La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an........................ 20 fr. » Départements. Un an................. 25 fr. »
- — Six mois........................ 10 fr. » — Six mois................ 12 fr. 50
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- LES QUARANTE-SEPT VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC LES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES ET DE LA 2e SÉRIE DES ANNÉES SUIVANTES
- Paris, — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- REVUE DES SCIENCES
- El DE LEURS APPLICATIONS Alix ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- DIRECTEUR
- HENRI DE PARVILLE
- VINGT-CINQUIEME ANNEE
- 1897
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- MASSON ET C", ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, boulevard saint-germain, 120
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- 25“ ANNÉE.
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LE PREMIER FIA.CRE MJTOMORILE
- A TARIS
- Le premier fiacre automobile circule enfin dans Paris, et nous avons le plaisir d’en présenter la
- physionomie à nos lecteurs, les laissant juges d’apprécier l'esthétique essentiellement perfectible de ce véhicule encore unique en son genre, mais désor- L mais historique au point de vue de la locomotion automobile. C’est un ancien cocher de fiacre à che-
- Le premier liacre automobile à Paris.
- vaux — le moteur à avoine, le moteur sale dont parle avec mépris notre collaborateur, M. Baudry de Saunier, — c’est, disons-nous, un cocher de fiacre à chevaux, M. Biguet, qui, avec le concours financier d’un industriel parisien, M. Dalisson, a eu l’idée de faire exécuter ce fiacre automobile par M. Roger, le constructeur bien connu, et c’est l’Association des ouvriers en voitures qui a fabriqué toute la carrosserie du nouveau véhicule mécanique de
- 25e année. — 1er semestre.
- M. Roger. Le coté historique ainsi établi, décrivons rapidement la voiture elle-même : elle appartient au type dit landaulet, formant coupé ou landau. Sa longueur, entre perpendiculaires extrêmes, est de trois mètres environ, tandis qu’un fiacre avec son cheval en occupe plus de cinq. Si, comme il faut l’espérer, l’application des fiacres automobiles se généralise, l’encombrement des chaussées se trouvera, à circulation égale, moins grand qu’avec les fiacres
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- à chevaux, même en négligeant l’inlluence exercée sur cette réduction d’encombrement par l’accroissement de la vitesse moyenne des véhicules. Les roues en bois sont munies de caoutchoucs pleins. Elles sont montées sans écuage. L’intérieur de la voiture est très confortable; sa longueur est suffisante pour que les voyageurs puissent étendre les jambes et tenir largement à l’aise à trois, le troisième voyageur étant assis sur un petit strapontin formant avancée sur la banquette.
- La voiture est mise en mouvement par un moteur à essence de pétrole à un seul cylindre, disposé dans le caisson formant l’arrière de la voiture. Ce moteur, du type à quatre temps, reçoit un mélange d’air et d’essence provenant d’un carburateur. L’inflammation du mélange est électrique. Les gaz provenant du cylindre s’échappent, après leur travail, dans un amortisseur, et de là dans l’atmosphère, sous la voiture. La provision d’essence est de 15 litres; le refroidissement du cylindre moteur est assuré par 50 litres d’eau renfermés dans deux réservoirs disposés latéralement dans le caisson. La vapeur provenant de réchauffement du cylindre vient circuler dans une chambre tubulaire placée horizontalement sur le coffre du moteur ; le mouvement du véhicule produit automatiquement une circulation d’air rapide à l’intérieur de cette chambre tubulaire, ce qui facilite le refroidissement et la condensation de la vapeur produite par réchauffement du cylindre. La puissance du moteur, qui peut atteindre 5 chevaux, est transmise aux roues motrices arrière J par un système de poulies et courroies actionnant ,un arbre intermédiaire qui commande à son tour Taxe des roues par une chaîne de Gall. Cette combinaison perniGt de supprimer rapidement l’action jdu moteur sur les roues sans arrêter celui-ci, et de passer facilement de la petite vitesse à la grande vitesse. La petite vitesse varie entre 10 et 12 kilomètres par heure, la grande entre 22 et 21 : les vitesses intermédiaires s’obtiennent en agissant sur la richesse du mélange gazeux et les proportions de son admission au cylindre, ce qui a pour effet de réduire la puissance du moteur, et, par suite, la vitesse du véhicule.
- ‘ Le glissement des courroies contribue à régulariser la vitesse et à réduire les réactions provenant de variations fréquentes et souvent inverses de la puissance du moteur d’une part, et de la résistance de la route d’autre part.
- Le mouvement se transmet aux roues d’arrière par un mouvement différentiel, et les roues d’avant qui servent à la direction sont commandées par un volant à axe horizontal placé au milieu de la voiture. Le cocher-mécanicien est placé sur le siège sur la gauche, de façon à manœuvrer la direction avec la main droite : cette même main commande le débrayage du moteur et le changement de vitesse. Contre le siège et entre ses jambes, le conducteur a sous la main le réglage du mélange d’air et d’essence de pétrole, ainsi que l’admission au cylindre. Un
- frein à pédale sous le pied droit, agissant sur l’axe des roues motrices et un frein à main agissant sur les bandages de la roue d’arrière, permettent un arrêt rapide du véhicule. Une boîte d’outils est suspendue contre le tablier d’avant formant paravent, et non plus garde-crotte. Le poids total de la voiture en ordre de marche est d’environ 000 kilogrammes.
- Telles sont les principales dispositions du premier fiacre automobile circulant dans Paris. L’heureuse initiative prise par M. biguet va recevoir de nombreuses et rapides imitations. M. Doulat conduira bien têt dans Paris le deuxième fiacre automobile. Une Société de fiacres automobiles est en formation à bordeaux, et, au printemps prochain, une cinquantaine de véhicules de la Société anonyme française de fiacres automobiles circuleront dans Paris.
- Nous assistons aux débuts d’une évolution dont on ne saurait prévoir l’importance. Paris restera toujours le paradis classique, .mais il cessera d’être l’enfer des chevaux : nous ne pouvons qu’applaudir à ce progrès humanitaire et souhaiter tout succès au premier fiacre automobile. X..., ingénieur.
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- LE LANCER INTERNATIONAL
- DE BALLONS-SONDES
- D’après le désir exprimé par la conférence internationale de météorologie, qui s’est réunie à Paris au mois de septembre dernier, sous la présidence de M. Mascart, un lancer international de ballons-sondes a été organisé, le 14 novembre, à 2 heures du matin, par MM. ilermite et Besançon. Il a donné des résultats fort intéressants.
- A Paris, la manœuvre de l’aérophile a été exécutée à l’usine à gaz de la Yillette, à 2h 6m. La nuit était obscure, le ciel brumeux et le vent venait du sud-ouest; il était faible. Les opérations ont été exécutées à la lumière des becs de gaz qui brûlent toute la nuit dans la cour des gazomètres. Le ballon cubait 380 mètres, il a été chargé avec le gaz courant de la Compagnie Parisienne. Le matériel montant, y compris l’enveloppe du ballon, ne pesait que 46kg,240.La force ascensionnelle dépassait 200 kilogrammes.
- L’aérostat a disparu presque instantanément aussitôt que l’on a coupé le câble de retenue. L’on n’aurait pu juger de la direction qu’il a prise si l’on n’avait eu la précaution de lancer un ballon lumineux quelques minutes avant le départ du ballon-sonde.
- L’aérostat a été retrouvé un peu après le lever du soleil dans les environs de Dinant. 11 était resté un peu plus de cinq heures en l’air et avait parcouru plus de 300 kilomètres presque tous dans la haute atmosphère, car, jusqu’à 6 et même jusqu’à 8000 mètres, comme le prouvent les ascensions des autres aérostats, le vent était presque nul.
- Les ballons montés partant de Saint-Pétersbourg et de Berlin n’ont fait l’un et l’autre qu’un trajet de 2 à 500 kilomètres en douze heures, quoiqu’ils se soient tous les deux élevés à une altitude de 4 à 5000 mètres.
- Le ballon-sonde français est parvenu jusqu’à une altitude de 15000 mètres. Des paysans belges l’ont découvert au moment où il venait de s’accrocher aux branches de deux énormes chênes. Comme ces braves gens n’avaient point entendu parler de l’expérience, ils n’ont pris aucune précaution pour s’emparer de l’aérostat, qui a été très maltraité ; le fdet surtout est complètement irréparable. Heureusement
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- les diagrammes des instruments sont intacts. C’est ainsi que M. Hermite a pu constater qu’à l’altitude maxima de 15 000 mètres régnait une température de 63° au-dessous de zéro, qui était en rapport avec celle de 24° à 27° de froid trouvée par les autres aérostats vers 4 à 5000 mètres.
- En effet, dans toutes les expériences de sondages aériens exécutées jusqu’à ce jour, il semble que le décroissement de la température est d’autant plus lent que l’on prend les mesures à des altitudes plus élevées.
- Le ballon-sonde français est parvenu à une altitude beaucoup supérieure à celle des autres. Nous n’avons pas donné sur la carte la trajectoire du ballon-sonde de Saint-Pétersbourg, qui, fabriqué hâtivement, a crevé à 1500 mètres; celui de Berlin, qui, dit-on, a éprouvé le même sort, ne s’est élevé qu’à 6000 mètres. Son enregistreur paraît avoir donné cependant des résultats coin parables aux lectures thermométriques prises à bord du ballon Bremser, monté par le physicien Berson. Cette coïncidence est de nature à donner confiance dans les indications des enregistreurs.
- Les ballons-sondes et les ballons montés de Saint-I’éters-
- Pskov
- Berlin
- Brzozow
- Dînant
- Horms^rinde
- ^r-, ^tnas bourg ' Munich Lir|,
- Graphique des chemins parcourus par les ballons-sondes.
- bourg et de Varsovie ont été lancés par les aérostiers militaires russes, d’après les ordres de l’empereur Nicolas. Les ballons de Berlin et de Strasbourg ont été gonflés par les aérostiers militaires allemands. À Strasbourg, l’opération était dirigée par le capitaine Mœdebeck.
- Le ballon-sonde de Berlin, ainsi que le ballon monté, ont été gonflés aux frais de l’empereur Guillaume.
- Il y a eu également une ascension montée à Munich. Elle était dirigée par le capitaine Guttenberg, et les observations étaient faites par M. Erk, directeur du Bureau central de Bavière. Le départ a été exécuté à 6 heures du matin.
- Au mois de mai de cette année, M. Erk, un des membres du Comité international d’aérostation scientifique, n’a pas exécuté moins de quatre ascensions libres pour comparer des situations météorologiques définies.
- La France est représentée dans le sein du Comité international par M. Cailletet, membre de l’Académie des sciences, M. W. de Fonvielle et M. Joseph Jaubert.
- Les frais de cette expédition aérienne ont été faits par M. le baron Edmond de Rothschild.
- Plusieurs élèves de la Société française de navigation aérienne ont aidé aux manœuvres.
- Les résultats obtenus pendant ces diverses ascensions seront comparés, examinés, discutés au sein du Comité international désigné en septembre par la Conférence météorologique. Peut-être en déduira-t-on quelques conséquences nouvelles sur l’abaissement des températures à mesure que l’on s’élève dans les régions supérieures de l’atmosphère. \V. de F.
- PLANTES DE MONTAGNES
- ET PLANTES DE PLAINES
- Quand on visite une exposition d’horticulture et que l’on voit les grandes variations que peuvent présenter les Heurs des pivoines, des anémones, des bégonias, des chrysanthèmes et d’une foule d’autres plantes, on est naturellement porté à se demander si les autres organes, la tige, la feuille, etc., peuvent éprouver des variations aussi étendues, et si les éléments de la structure même, les vaisseaux, les fibres, par exemple, ne peuvent pas, eux aussi, varier dans de larges limites.
- Une même espèce peut vivre dans des conditions bien différentes ; sur la pente aride d’une colline ou sur les bords très humides d’un marais; dans un champ exposé presque toute la journée au soleil, ou au milieu d’un lourré, à une ombre épaisse; dans une plaine peu élevée, ou dans une région montagneuse, à 2000 ou 5000 mètres d’altitude.
- Dans ces conditions si diverses, une plante reste-t-elle semblable à elle-même ou éprouve-t-elle des modifications considérables ?
- Ainsi posé, le problème exigerait, pour être résolu complètement, une quantité énorme de recherches. On comprend, en effet, qu’il faut étudier séparément l’influence de chaque cause susceptible de produire des modifications, chaleur, lumière, humidité, nature du sol, etc. Et le nombre de ces causes est en quelque sorte infini. Que ne peut-on pas, par exemple, faire rentrer dans ce mot « nature du terrain » 7 Les diverses propriétés physiques du sol peuvent avoir chacune leur influence spéciale, chacun des éléments chimiques a son rôle particulier et produit des effets qui pourront varier suivant la proportion de cet élément dans le sol.
- On voit donc qu’il y a là un nombre considérable de problèmes à résoudre, dont beaucoup sont importants par leurs applications pratiques. La question des engrais, par exemple, n’est-elle pas capitale en agriculture au point de vue de la quantité et de la qualité des récoltes?
- Mais ce problème de la variation des plantes suivant les conditions de milieu où elles se développent peut être parfois envisagé de façons diverses. On peut comparer des plantes d’une même espèce qui ont vécu dans des milieux qui diffèrent non à un point de vue unique, mais présentent, l’un par rapport à l’autre, un ensemble de conditions variables, et c’est le résultat produit par cet ensemble que l’on se propose d’étudier.
- Par exemple le climat d’une plaine des environs de Paris n’est pas du tout le même que le climat d’une région élevée des Alpes ou des Pyrénées. Les températures sont à chaque instant très différentes et leurs variations dans le courant d’une année ne se ressemblent pas beaucoup ; la lumière reçue par le sol est en quantités très inégales ; l’air des régions élevées est beaucoup plus raréfié et beaucoup plus
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- sec. Bref, ee que l’on peut appeler le climat parisien et le climat alpin dilièrent à beaucoup d’égards, et l’on peut se proposer de rechercher quelles modifications externes ou internes se produisent dans des plantes d’une même espèce, selon qu’elles auront grandi à 50, 100 ou 200 mètres d’altitude d’une part, ou bien à 1500, 2000, 2500 d’autre part.
- Pendant plusieurs années M. Gaston Bonnier, professeur à la Sorbonne, a fait des recherches sur ce point, et nous allons voir qu’il est arrivé à des résultats intéressants.
- Pour étudier l’influence du climat alpin, M. Bonnier a établi des cultures, d’une part en plaine, au laboratoire de biologie végétale de Fontainebleau, à Pierrefonds, à Louye (Eure), et d’autre part dans les Alpes, à Chamonix (1050 mètres d’altitude), au
- Montanvers (1020 mètres), à l’aiguille de la Tour (2400 mètres) et, dans les Pyrénées, à Cadéac (Hautes-Pyrénées, 740 mètres d’altitude), au col de la Paloume (2050 mètres).
- Il est indispensable d’établir de semblables cultures si l’on veut arriver à des conclusions justes et précises. 11 ne suffit pas, en effet, de prendre une plante dans une région de plaine, une autre plante de la même espèce à 1500 mètres d’altitude pour pouvoir affirmer que les modifications trouvées sont dues à la différence des deux climats. Car si l’on n’a pas cueilli les deux échantillons sur un sol de même nature, certains des résultats observés peuvent être dus à la nature du sol, et l’on commettrait une erreur en les attribuant au climat. En outre toutes les graines d’une plante ne sont pas identi-
- Fig. 1, il’1 1 ù (j. — Plantes de plaine et de montagne. — N" 1. Scahieuse de plaine. — N" 2. Scalneuse de montagne.
- N° 3. Millel'euilles de plaine. — N° 4. Jlilleieuilles de montagne. — N” o. Pissenlit de plaine. — N° 6. Pissenlit de montagne.
- ques ; deux graines semées Tune après l’autre dans des conditions semblables fournissent parfois deux plantes fort différentes, et, dans ce cas, un tel résultat ne peut être attribué qu’aux graines elles-mêmes.
- 11 faut donc absolument, pour n’avoir à constater que les variations réellement dues au climat alpin, placer des individus que Ton veut comparer dans le même sol, à une même exposition, etc. Pour éviter les erreurs dues aux inégalités que les graines présentent entre elles, il faudra semer dans chacune des stations un grand nombre de ces graines. Les différences individuelles disparaissent quand on considère l’ensemble des deux lots de plantes obtenues. On peut encore procéder autrement : on choisit comme sujets d’études des plantes vivaces se reproduisant aisément au moyen de fragments. Dès lors on prend une touffe de la plante, on la partage en
- deux portions aussi égales que possible, on place Tune dans la terre préparée en plaine, l’autre dans la terre préparée à une grande altitude.
- Toutes les difficultés ne sont pas encore résolues. Impossible dans la montagne de faire son champ d’expériences dans un endroit trop accessible : les plantes seraient enlevées à mesure qu’elles croîtraient. Même dans un endroit d’un abord difficile, M. Bonnier a constaté parfois que les bergers des montagnes avaient visité ses cultures et s’étaient servis de la palissade qui les entourait pour avoir du bois de chauffage.
- Il faut donc avoir un gardien. Il le faut consciencieux et soigneux : mais ses soins même ne sont pas sans danger. Des plantes qui viendront bien à la fois dans des stations aussi diverses qu’à Fontainebleau et à Chamonix ne sont pas des plantes horticoles : ce sont des plantes sauvages ; le gardien va les pren-
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- dre pour de mauvaises herbes, et, .à mesure qu’il les verra apparaître, il les enlèvera avec d'autant plus de soin qu-’il fera son devoir plus consciencieusement. La terre aura été bien sarclée, mais rien n’y poussera ; l’expérience est manquée, voilà une année de perdue. Cette mésaventure est arrivée une fois à M. Bonnier.
- Enfin on finit cependant par vaincre les difficultés de diverses sortes que l’on rencontre, et l’on obtient des plantes à étudier. Elles subissent des changements suivant qu’elles ont grandi à 100 ou à 2000 mètres d’altitude, et les différences présentées sont bien dues à l’ensemble des conditions qui constituent le climat alpin.
- Un fait très frappant dans les plantes alpines, c’est d’une part la taille réduite des organes aériens, et, d’autre part, le développement considérable des organes souterrains. La figure 1 présente des exemples bien nets de ces faits. Que l’on examine par exemple la Sca-bieuse; on voit qu’en plaine (n° 1) un pied a donné de nombreuses tiges élancées terminées chacune par un capitule et portant de grandes feuilles à diverses hauteurs; dans la montagne (n°2) on n’obtient qu’une seule tige très courte, un seul capitule, et seulement quelques petites feuilles groupées en rosette au niveau du sol. Au contraire, la partie souterraine est relativement beaucoup plus développée dans la petite plante de la montagne que dans la haute plante de la plaine. On ferait des observations analogues sur les Millefeuilles (nos 5 et 4), les Pissenlits (nos 5 et fi), les Topinambours (fig. 2, nos 1 et 2), et beaucoup d’autres plantes.
- Un autre fait que l'on constate chez les plantes alpines, c’est l’intensité du coloris de leurs fleurs. La Bruyère commune, d’un rose pâle à Fontainebleau, devient, dans les Alpes, d’un rouge beaucoup plus vif; la couleur bleue des Campanules est plus intense dans les hautes altitudes; les Renoncules et les Lotus, dont la couleur jaune est déjà assez vive dans les plaines, acquièrent dans les montagnes des tons d’un jaune rouge très intense.
- Les feuilles elles-mêmes sont plus colorées ; leur couleur verte est beaucoup plus foncée ; un examen au microscope fait voir que la chlorophylle est plus abondante dans les plantes des montagnes.
- Les parties souterraines se constituent des réserves beaucoup plus abondantes aux hautes altitudes.
- Tous ces rhizomes extrêmement longs ou très gros renferment par exemple beaucoup plus d’amidon que les rhizomes grêles des plantes de plaine. Et ce fait n’a pas un intérêt purement scientifique. Les pommes de terre des régions élevées des Alpes sont plus riches en fécule et plus prisées que celles venues dans les régions des plaines. Sur le marché de Grenoble, les pommes de terre de la Mure sont toujours à un prix plus élevé que celles de la plaine du Graisivaudan.
- Mais ce n'est pas seulement par leurs caractères extérieurs que les plantes des hautes altitudes se distinguent des plantes venues dans les plaines. La structure interne est aussi profondément modifiée.
- Ainsi la figure 2, nos o et 4, représente des coupes minces faites dans les feuilles de deux échantillons comparés de Lotus. On voit jusqu’à quel point, dans les Alpes (n° 4), les limbes des feuilles présentent des cellules très allongées perpendiculairement au plan de la feuille, constituant, pour employer le mot technique, un tissu en palissade très développé. Chez la plante de plaine, au contraire (n° 5), les cellules sont courtes, séparées les unes des autres, surtout à la face inférieure, par de larges méats, constituant ainsi un tissu lacuneux. On constate aussi que les stomates sont généralement plus nombreux par unité de surface sur les feuilles des plantes alpines.
- Les tiges présentent également entre elles des différences importantes : dans les plantes de montagnes l’épiderme possède des cellules à parois plus épaisses, et il en est de même souvent de plusieurs assises sous-épidermiques. La lignification des fibres et des parois des vaisseaux est plus considérable; les canaux sécréteurs, quand il y en a, sont plus grands.
- Enfin les fonctions de ces deux sortes de plantes ont également des intensités diverses. Le tissu en palissade, qui est d’une façon toute spéciale, le tissu assimilateur étant plus développé, et plus riche en chlorophylle, l’assimilation est plus intense chez les plantes alpines ; il en est de même de la transpiration.
- Il est aisé de comprendre maintenant comment
- Fig. 2, n°* 1 à 4. — Plantes de plaine et de montagne. — N° 1. Topinambour de plaine. — N* 2. Topinambourg de montagne.
- — N“ 3. Lotus Corninilatus de plaine. Coupe du limbe de la feuille ; es, épiderme de la face supérieure ; ei, épiderme de lace inférieure; ed, endoderme d’un faisceau; l, liber; b, bois.
- — N° 4. Lotus Corninilatus de montagne.
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- LA NATUHE
- les modifications de structure et de fonctions que nous venons d’étudier sont en relation avec les conditions de végétation des régions de montagnes. .
- Pendant une grande partie de l’année la température est très basse, le sol couvert de neige. La plante n’a donc, pour accomplir son évolution annuelle, que quelques mois à sa disposition. Mais, grâce à l’éclairement intense qu’elle reçoit, son tissu assimilateur se développe beaucoup, la chlorophylle s’y forme en abondance, l'assimilation y est très active et permet la formation et l’accumulation dans des parties souterraines très développées de réserves abondantes que la plante utilise rapidement pendant sa période de végétation.
- L’air est très sec aux hautes altitudes ; cette sécheresse de l’air agit au point de vue du tissu en palissade dans le même sens qu’un éclairement intense. Les deux actions s’ajoutent donc. La sécheresse de l’air a pour effet d’autre part de développer la lignification des tissus. Grâce à cette lignification et au développement plus considérable des fibres, la plante peut résister plus aisément à de basses températures.
- Et e’est de la sorte que les plantes alpines peuvent arriver à se maintenir malgré la courte durée de leur végétation annuelle et l’ensemble des conditions défavorables dans lesquelles elles se trouvent placées. L. Dufour,
- Au laboratoire de biologie végétale à Avon (Seine-et-Marne).
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- L’ALCOOLISME AU PREMIER AGE
- C’est malheureusement positif. Le buveur ne se contente pas de devenir alcoolique ; il tient à rendre alcoolique son entourage, sa femme et ses enfants. Il y a longtemps que nous l’avons fait remarquer. M. Lance-reaux vient de le répéter avec toute son autorité à l’Académie de médecine.
- Ces jours derniers, nous avons encore constaté le fait dans un faubourg de Paris ! La mère était assise en face d’un litre de vin noirâtre, avec son poupon de deux ans sur les genoux; elle avait fait de larges emprunts à la bouteille. « A ton tour », disait-elle, et l’abominable boisson passait dans la bouche de l’enfant. Nous voyons des garçonnets de dix ans, des petites fdles du même âge, absorber vins et liqueurs. « Prends donc, cela donne de la force! » dit le père à l’enfant. Le préjugé subsiste et se répand quand même. Et l’on s’étonnerait de voir grandir les ravages de l’alcoolisme, de voir augmenter le nombre des malades et des criminels ! Oh ! la belle génération qui se prépare dans les grandes villes et dans certaines campagnes. M. Lancereaux a suivi pas à pas chez plusieurs enfants l’influence néfaste des boissons alcooliques. Dès l’âge de deux ans, on les soumettait à des excès de vin ; d’autres, déjà intoxiqués, prenaient dès six ans des liqueurs fortes, puis de la crème de menthe pour mieux digérer le vin devenu indigeste. Aussi, cirrhose, paralysie symétrique; ailleurs, gros ventre, altération des membres, jambes grêles, altération, du foie, de la rate, estomac distendu, etc. ; ailleurs, parésies, névrites; ailleurs, crampes, fourmillements, élancements douloureux, etc. Bref, tous les symptômes de l’intoxi-Cfition alcoolique. C’est navrant et vraiment lamentable.
- Et la dépopulation s’accentue! Comment en serait-il autrement? Les buveurs sont atteints profondément, mais leur descendance l’est aussi. Et, si les enfants s’en mêlent, où irons-nous? Il ne s’agit pas de récriminations plus ou moins bien établies. L’influence de l’alcool est prouvée, démontrée, confirmée. Comme l’a fait M. Pau-leno, interne de M. Lancereaux, recommandez donc à votre fermier de donner à ses poules et à ses lapins de trois mois un petit verre matin et soir, de l’absinthe, de la menthe, etc. Et il tuera ses lapins et ses poulets. Peut-être, enfin, trouvera-t-il que l’on a tort de devenir buveur. Non, il objectera que le buveur n’est ni un poulet ni un lapin. Ainsi se crée sous nos yeux une race nouvelle, une déviation de l’espèce, qui est destinée à périr. Ainsi s’en vont les sources vives du pays.
- Et ce n’est pas assez encore de griser les enfants, dans la basse classe, il faut encore redouter que, dans la classe aisée, l’alcoolisme ne pénètre par l’intermédiaire de la nourrice. M. Yallin a constaté, dans une enquête personnelle, que dans beaucoup de familles aisées, on accorde par jour aux nourrices une bouteille et plus de vin généreux et, quelquefois, à volonté de la bière riche en alcool. 11 faut bien soigner la nourrice pour avoir un enfant fort. Toujours le même préjugé. « L’alcool donne de la force! » Où a-t-on vu cela? Sur quelles expériences se fonde-t-on? En attendant, nourrice, mangez et surtout buvez bien. La vieille chanson l’a dit : C’est pour l’enfant. Eh bien ! vous l’empoisonnez, l’enfant, car vous l’alcoolisez.
- L’enfant de quelques mois devient nerveux, agité, irascible, son sommeil est troublé par des cauchemars et il devient comateux. Puis surviennent les convulsions, etc. On appelle le médecin. Il songe à la dentition et à la méningite. Et la nourrice, docteur? Elle a pris depuis huit jours des bouteilles de vin généreux et son porter ou son ale, et en abondance ! N’est-ce pas pour l’enfant ?
- Eh bien ! supprimez le vieux vin, la bière, et l’enfant cesse de s’agiter. Le cas est loin d’être unique. MM. Combe, Déminé, de Berne ; Gayrand, de Toulouse ; Baër, de Berlin ; Ladame, de Neufchâtel, etc., en ont rappelé de nombreux exemples. Il faut qu’une nourrice boive; elle doit boire au moins un litre de plus que si elle ne nourrissait pas, mais qu’elle se garde d’absorber les boissons dites hygiéniques. Que l’on tolère un peu de vin, soit; autrement, la nourrice se croirait perdue. Quels maîtres, quelle maison ! Il ne faut pas oublier, l’influence du moral. Mais pas d’excès. M. Vallin est aussi de cet avis. Dans la pratique, un demi-litre de vin par jour en mangeant, un litre de lait pur ou coupé dans l’intervalle, à discrétion de l’eau fraîche et, si elle a horreur de l’eau, de l’eau édulcorée avec un sirop de fruits. Un peu de bière à la rigueur, mais de la bière faible. N’allons pas surtout, par préjugés absurdes, rendre les petits enfants alcooliques. Nous n’en avons pas trop pour l’avenir du pays.
- H. de I*.
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- L’HORIZON GYROSCOPIQUE
- DE L’AMIRAL FLEURIAIS
- Nous avons décrit, dans La Nature1, le premier dispositif de l’horizon gyroscopique que son inventeur, alors capitaine de vaisseau, avait présenté au monde savant et maritime sous le nom de gyroscope collimateur. L’amiral Fleuriais consacra à l’étude et au perfectionnement de
- 1 Vov. n° 710, 011^8 janvier 1887, p. 85.
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- LA SATURE.
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- son appareil les dix dernières années de sa vie, et c’est au moment où il allait expérimenter l’instrument sous sa forme définitive, au milieu de 1895, que la mort vint le frapper.
- Les expériences qu’il comptait faire ont été exécutées par le lieutenant de vaisseau Schwerer, sur le Dubour-dieu et sur la Drôme, et les résultats obtenus récemment, présentés à l’Académie des sciences par M. E. Guyou, ont montré que l’instrument réunissait toutes les qualités nécessaires à un instrument de navigation.
- Le but de l’appareil est de suppléer à l’horizon de la mer pour la mesure des hauteurs des astres, par temps de brume ou la nuit. Le résultat est obtenu en créant une verticale artificielle à l’aide d’un gyroscope de précession très lente, assez léger, et de dimensions assez réduites pour être monté sur un sextant.
- Pour obtenir la durée de rotation nécessaire à une série d’observations, il était nécessaire de soustraire la toupie à la résistance de l’air. L’amiral Fleuriais a placé son gyroscope dans une cage de verre contenant de l’air très raréfié. Grâce à un ensemble de dispositifs aussi simples qu’ingénieux, cette toupie, enfermée dans sa cage vide d’air, est lancée avec une vitesse considérable et, malgré la force vive intense dont elle est animée, l’observateur peut la manier sans danger de projection du pivot hors de sa crapaudine, et sans danger de rupture. Depuis près de quinze mois, un même gyroscope a été soumis, par M. Sclvwerer, à de nombreuses expériences à la mer et à terre, et il donne aujourd’hui des résultats aussi satisfaisants qu’au premier jour.
- La durée de la rotation (plus d'une heure, sur laquelle vingt-cinq minutes sont utilisables) n’a pas diminué sensiblement. On peut donc affirmer que le gyroscope Fleuriais a largement l’endurance indispensable aux instruments de mer.
- Son utilité pratique sera considérable dans certains climats, où il arrive fréquemment qu’une nappe de brume cache l’horizon, tandis que l’on aperçoit nettement le disque du soleil. M. Schwerer s’est trouvé dans cette situation sur la Drôme pendant dix jours, sur une période de vingt-sept jours, et a pu, grâce au gyroscope, continuer des opérations de sondages qui exigeaient une grande précision dans la position du navire.
- MM. les lieutenants de vaisseau Arago, Boyer, Perrin, Schwerer et de Sugny ont expérimenté l’instrument à la mer et signalé les inconvénients révélés par la pratique.
- La théorie en a été faite par M.Baule,et la construction par MM. Hurlimann et Démichel. La précision de la construction de l’appareil est telle que le vide s’est parfaitement maintenu dans l’instrument pendant dix mois. Après les expériences en mer, M. Schwerer, à son retour en France, a soumis l’instrument à des expériences à outrance, ayant pour but d’éprouver d’une façon définitive l’endurance du pivot. Plus de quarante lancements à toute vitesse ont été* effectués, et la durée de rotation a été prolongée bien au delà du temps nécessaire pour l’observation d’une série complète de hauteurs. Après cette rude épreuve, le pivot était en excellent état et sans usure appréciable.
- Ces dernières expériences ont même fait entrevoir la possibilité de maintenir et de régler à volonté l’acuité du pivot et, par suite, la vitesse de redressement de l’axe de la toupie.
- 11 suffirait pour cela de faire tourner la toupie, pendant un temps plus ou moins long, dans une position fortement inclinée. Pendant la rotation conique qui résulte
- de cette inclinaison, le pivot vient s’appuyer par le côté sur les bords de la crapaudine, et cette rotation a pour résultat d’aiguiser pour ainsi dire le pivot.
- L’horizon gyroscopique, sous sa nouvelle forme, remplit toutes les conditions de précision, de solidité et de valeur pratique indispensables à un instrument de navigation. X..., ingénieur,
- ÉGLISES MONOLITHES DE LALIBÉLA
- (abyssinie)
- Parmi les nombreuses curiosités que renferme l’Abyssinie, figurent au premier rang ses églises monolithes. Leur nombre est considérable, car, d’après les renseignements fournis par M. A. Raf-lray, actuellement consul de France au Cap, qui en a visité quelques-unes, lors d’une mission officielle
- ÊyiloAéSV, St?
- Fig. 1. — Église monolithe (le Médani-Allemin (le Sauveur du monde). (Plan.)
- auprès du négous Johannes en 1881, il en existerait près de deux cents, qui sont encore actuellement livrées au culte. La plus rapprochée du littoral est située sur les frontières orientales de l’Haramat, un peu au nord de la ville d’Agula. Ces singuliers édifices sont de dates plus ou moins récentes, mais ils se rapportent tous comme style aux églises de la ville de Lalibéla, capitale de la province de Lasta. Cette ville est placée en dehors des routes généralement parcourues,soit parles Européens, soit même par les marchands abyssins, ce qui s’explique par
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- LA N A T l H E.
- ce fait qu'elle est une cité exclusivement religieuse, avec une population de 5000 âmes seulement, et que, pour y arriver, on est obligé de parcourir un pays très accidenté. Aussi, M. A. RaflVay est-il, dans les temps modernes, le premier Européen qui y ait pénétré.
- « Les églises qu’elle renferme, dit-il, sont au nombre de dix, et cependant le voyageur, en arrivant à Lalibéla, est tout étonné de n’apercevoir, au milieu des huttes qui forment toute ville abyssinienne, aucun monument digne d’attention. Mais, s’il parcourt la cité, il ne tarde pas à rencontrer de vastes tranchées, longues et sinueuses, qui le conduisent au pied de ces églises. » C'est qu’en effet ces monuments font partie intégrante du mont Abouna Yousef, au flanc méridional duquel est adossée Lalibéla. L’architecte a fait creuser des carrières à ciel ouvert, au milieu desquelles il a laissé un bloc qui ne tient plus à la montagne que par sa base, quelquefois aussi par l’un des côtés. Dans ce cas, un tunnel semi-circulaire permet de faire le tour de l’édifice (église Abba Libanos).
- Le bloc a été ensuite travaillé extérieurement, de manière à simuler des murailles et môme des portiques avec colonnades. Enfin, on a fouillé l'intérieur, en ménageant des colonnes, des voûtes latérales et transversales en plein cintre (fig. 5) pour soutenir le plafond, et on a, en dernier lieu, percé des fenêtres pour laisser parvenir l’air et la lumière.
- Ces édifices sont donc bien de véritables monolithes. Ils présentent d’ailleurs des dispositions de
- détail bien différentes, et sont répartis en trois groupes, l’un de cinq, l’autre de quatre, le dernier d’une seule église. L’orientation commune est celle l’Est et fous les caractères architectoniques se
- rapportent au style byzantin ; on n’y remarque aucune inscription. Dans les deux premiers groupes, des cours entourent les églises, et des tranchées ou des passages voûtés les font communiquer entre elles. La roche danslaquelleelles sont taillées est, une sorte de grès rouge à gros grain, assez friable. D’après les traces qu’on peut observer encore aujourd’hui sur les murs, l’unique instrument employé a dû être le pic, car on ne trouve nulle part le poli qu’aurait donné le ciseau.
- Nos figures, exécutées d’après des dessins de M. Raff'ray, représentent l’église de Médani-Allemm (le Sauveur du monde) et celle d’IIam-manuel ( Emmanuel ), qui sont les principales du 1er et du 2e groupe.
- Celle de Médani-Allemm (fig. 2 et 5), de forme rectangulaire, est entourée extérieurement d’une colonnade qui supporte un avancement de la terrasse supérieure. Celle-ci n’est pas absolument plate, mais affecte la forme d’un toit à deux pentes. A l’intérieur (fig, 1 et 5), le monument est divisé en cinq nefs et huit travées formées par des colonnes rectangulaires. Celles-ci sont ornées de chapiteaux et reliées entre elles par des pleins cintres qui encadrent des plafonds carrés et plats. A l’extrémité de chaque travée, se trouveunecroiséc dont la partie inférieure comprend une croix à bras inégaux, et la partie supérieure dix
- de
- Fig. 2. — Église monolithe de IJédani-Allemni. (Vue extérieure.)
- Fig 3. — Église de Médani-Allennn. (Vue intérieure.)
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- LA NATURE
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- petites ouvertures circulaires surmontées d’un groupe d’autres beaucoup plus petites en forme d’étoiles et de croix grecques. Ces dernières ont été, dans l’origine, fermées par des verres de couleur dont il subsiste encore quelques vestiges. Des murailles transversales ferment le vestibule et le chœur. L’excavation a 45 mètres de longueur, 58 de largeur et 10 de pro 1 o n d c u r.
- Les dimensions extérieures de l'église mesurées à la colonnade sont : longueur 55"‘,50; largeur 25m,50. Enfin comme dimensions intérieures, on a : longueur
- 26 mètres, lar- Fjr
- geur 19m,50.
- La plus grande
- épaisseur des murs est de 2m,08 intérieurement dans un état parfait de conservation, mais, à l’extérieur, la colonnade qui l’entourait était trop fragile pour résister aux injures du temps et des hommes.
- Aussi n’est-elle plus entièrement intacte que sur le fronton oriental.
- L’église d’IIam-manuel (fig. A) est la plus belle du second groupe : elle affecte, ainsi que la cour qui l’entoure, une forme rectangulaire. La cour a 7)0 mètres de long sur 24 de large et 11 "*,50 de profondeur.
- L’église a 17m,50 de long et 1 lm,50 de large. Il y a dans la cour un petit baptistère en forme de croix grecque. L’édifice est porté par une espèce de soubassement en gradins. Les grandes façades accusent trois étages percés de quinze ouvertures, dont une porte. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont en forme de croix, celles du premier étage en plein cintre, avec chapiteaux, et celles du second sont carrées. Entre
- i, — Église monolithe d'IIammamiel (Emmanuel). (Vue extérieure.)
- Cette église est
- Fig. 5. — Église monolithe de Ghorgliis (Georges). (Vue prise à la surface du sol.)
- chaque croisée se trouvent une colonnade et plusieurs moiilures plates ou bandeaux.
- Nous donnons également (fig. 5) une vue en dessus de l’église Ghorgbis (Georges) (3e groupe) en
- forme de croix grecque, d’un volume à peu près égal à la précédente : cette figure donne l’aspect que présentent, à lleur de sol, les monolithes que nous venons de décrire. Les autres églises de Lalibéla sont généralement de dimensions plus laibles, quoique ayant nécessité des travaux d’excavation fort importants.
- Ces curieux monuments ont tous été édifiés
- sous le règne du négous Lalibéla, auquel les traditions abyssiniennes attribuent un rôle mystique des plus considérables, et qui vivait, croit-on, au xne siècle de notre ère. 11 avait appelé, d’Alexandrie, un
- Egyptien nommé Sidi-Meskal qui vint avec 500 ouvriers exécuter cette remarquable entreprise, et dont le tombeau subsiste actuellement dans l’église de Médani-Al-lemm. D’après un manuscrit en langue ghèze, consulté par M. Raf-fray et conservé dans la même église, ce travail colossal, si l’on examine le cube des excavations intérieures et extérieures des églises et celui des cours et des communications, ainsi que la pauvreté des moyens d’action mis à la disposition des ouvriers, n’aurait demandé que25 ans, durée qu’une tradition orale porte à 28.
- Comme nous l’avons dit plus haut, l’état de conservation des édifices est généralement parfait à l’intérieur; l’extérieur a, au contraire, souffert non
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- LA NATURE.
- seulement des intempéries, mais encore des injures des hommes, notamment à l’époque de l’invasion musulmane, où le sultan Mohammed Gragne, pour effacer toute trace de christianisme en Abyssinie, fit ensevelir toutes les églises sous des décombres. Elles demeurèrent en cet état pendant de longues années et ne furent déblayées qu’après l’expulsion des envahisseurs par les Abyssins aidés des Portugais, puis rendues au culte.
- Les églises de Lalibéla ont servi de modèles à toutes celles qui ont été établies dans les autres parties de l’Abyssinie; mais ces dernières ne sont que des copies plus ou moins imparfaites de leurs devancières, et en tout cas beaucoup plus récentes. Aussi offrent-elles moins d’intérêt au voyageur, en même temps qu’elles ne jouissent pas, comme celle que nous venons de décrire, de la vénération très grande qui s’attache aux souvenirs mystiques du négous Lalibéla. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manutactures.
- IA CLASSIFICATION DÉCIMALE
- C’est une idée à la fois pratique et bizarre qu’a eue M. Melville Dewey, de faire rentrer toutes les connaissances humaines dans un groupement procédant par subdivisions successives. en dix parties. Pourquoi dix? Uniquement afin de permettre un étiquetage dans lequel chaque chiffre corresponde à un certain degré de généralité.
- Ce seul fait d’une division arbitraire en dix parties exclut l’idée d’une classification naturelle; il ne s’agit point ici d’une création philosophique, mais simplement d’un résultat pratique à atteindre, le classement rapide des publications, des ouvrages et des fiches de bibliothèques; sous cette forme, le procédé de M. Dewey pourrait, avec plus d’exactitude, prendre le nom d’étiquetage décimal.
- Nous voilà bien loin des classifications telles que les tentèrent Leibnitz ou Ampère, ou même Auguste Comte. Celles-ci étaient scientifiques, celle de M. Dewey est uniquement administrative.
- Ce point de vue étant nettement établi, on conviendra qu’un tel procédé s’imposait. Les publications scientifiques deviennent si nombreuses que l’on doit, par tous les moyens possibles, faciliter aux chercheurs la lecture de ce qui les intéresse spécialement. Faute d’un indice suffisant, que le titre d’un Mémoire ne donne pas toujours, on laisse passer plus d’une importante publication, alors que l’on perd un temps précieux à lire un long Mémoire pour y découvrir l’idée que l’on cherche et qui ne s’v trouve pas.
- Le chiffre est souvent plus précis que le mot : il fixe et délimite mieux l’idée. Le tout est maintenant de passer, par les moyens les plus pratiques, du projet à l’exécution, d’imaginer les subdivisions successives qui se commandent à peu près rigoureusement, qui comprennent toutes les connaissances et en marquent sans ambiguïté la place. C’est ici que commence la difficulté; suivant les pays, les individus, les habitudes de l’esprit, la classification pourra varier à l’infini, et le système ne devra être considéré comme bon que lorsqu’il aura été approuvé par un grand nombre de spécialistes dont le savoir embrasse toutes les
- connaissances humaines. Il est bien impossible, en effet, d’admettre que le premier savant du monde, l’homme le plus érudit qui soit sur terre, soit également capable de fixer le détail de toute une classification, y employât-il les meilleures années de sa vie. L’œuvre de classification doit donc être une œuvre en collaboration, faite en partant d’une première division suivant les grandes lignes que M. Dewey a fixées en poussant le partage plus ou moins loin, suivant l’étendue de ses connaissances dans les diverses branches de la science.
- Les spécialistes et les sociétés savantes ont collaboré de leur mieux soit à la classification de M. Dewey, soit même à un remaniement de ses premières propositions. La Société royale de Londres a entrepris une partie du travail. La Société française de physique, sur la proposition de M. G.-M. Gariel, a fait de son mieux pour avancer la besogne dans la science dont elle s’occupe *, mais ce n’est pas sans quelques retouches à l’œuvre de M. Dewey que l’on est parvenu à faire une classification de détail à peu près satisfaisante.
- Dans le Nouveau Monde, on ne pense pas comme dans l’Ancien; M. Dewey a, si l’on en croit sa classification, des habitudes d’ingénieur plutôt que de savant. Il vit dans un milieu où l’art n’a pas encore su faire sa place, témoin l’une de ses classes qui contient à la fois le théâtre, l’opéra, les jeux de cartes, l’équitation et la pêche, en un mot, tout ce qui amuse et délasse, alors qu’une classe spéciale est consacrée à la musique.
- Cela dit, non pour critiquer l’œuvre de M. Dewey, mais pour la caractériser, nous pouvons passer au détail de sa classification.
- La première division comprend les dix classes suivantes :
- 0 Ouvrages généraux : I Philosophie; 2 Religion; 5 Sociologie; 4 Philologie; 5 Sciences; 6 Sciences appliquées; 7 Beaux-Arts; 8 Littérature; 9 Histoire.
- Chacune de ces grandes classes est ensuite subdivisée en dix autres, en réservant toujours le chiffre 0 pour les idées les plus générales. C’est ainsi que le nombre 50 s’appliquera aux sciences en général, le chiffre suivant pouvant maintenant spécialiser dans cette généralité.
- Les neuf classes correspondant aux chiffres de 1 à 9 après le premier 5 comprennent les diverses sciences qui comportent les numéros suivants :
- 51 Mathématiques; 52 Astronomie; 53 Physique; 54 Chimie; 55 Géologie; 56 Paléontologie; 57 Biologie; 58 Botanique; 59 Zoologie.
- Spécialisons encore, en prenant la physique pour exemple. Sous le chiffre 530, nous classerons les publications sur la physique en général, les ouvrages didactiques, les traités ou dictionnaires de physique.
- Suivons maintenant la subdivision dans une des branches de la physique, la chaleur, portant l’étiquette 536. Nous la diviserons, suivant sa nature, ses effets, ses relations avec la matière, sa mesure, etc. L’une de ses sections, portant le chiffre 6, sera la calorimétrie. Nous voici déjà très loin, en apparence, avec le nombre 536,6 ; tous les mémoires traitant de la calorimétrie viendront se placer dans cette case; mais, si l’on arrêtait ici la subdivision, nous aurions encore une véritable bibliothèque pêle-mêle sous ces quatre chiffres; les chaleurs spécifiques, les chaleurs latentes, les chaleurs de combustion, les instru-
- 1 Les membres de la commission nommés par la Société de physique étaient MM. Bouty, président, Pellat, secrétaire général de la Société, Gariel, rapporteur, P. Culmann, P. Janet, L. Poincaré, Ch.-Éd. Guillaume.
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- LA NATURE.
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- ments de toutes sortes scientifiques ou industriels tenant de près ou de loin à la calorimétrie viennent se grouper sous ce titre encore très général. Nous mettrons donc les instruments dans le groupe 61, les déterminations de chaleurs spécifiques sous le nombre 62, et ainsi de suite. Ici, nous n’épuiserons pas nos dix chiffres, afin de conserver la coordination à peu près logique des matières. Enfin, comme les méthodes de détermination des chaleurs spécifiques diffèrent considérablement suivant l’état d’agrégation des corps sur lesquels on opère, il y a lieu de créer des sections encore plus restreintes, dans lesquelles nous rangerons les mesures de la chaleur spécifique des solides, des liquides et des gaz.
- Récapitulons : un Mémoire nous parvient sous le titre : Détermination de la chaleur spécifique de quelques métaux usuels.
- Nous parcourons successivement les divisions, classes, groupes, sections qui nous amènent à sa case exacte, en
- procédant comme suit :
- Sciences.........................5
- Physique..........................53
- Chaleur.......................... 536
- Calorimétrie..................... 536,6
- Chaleur spécifique............... 536,62
- Chaleur spécifique des solides . . 536,621
- Assurément, on pourrait subdiviser encore, de telle sorte, par exemple, que l’on sache à la seule vue du chiffre, de quels solides il s’agit, entre quelles limites de température les mesures ont été laites, etc. Mais en voulant faire trop bien, on finirait par introduire dans le classement une très grande complication. Il vaut mieux, si l’on tient absolument à fixer l’idée, reprendre le titre du Mémoire par un autre côté, et chercher un nouveau groupement se rapportant au point laissé dans le vague par la première classification, et qui, dans la seconde, ira droit au but. On voudra, par exemple, faire ressortir la nature des corps sur lesquels a porté la détermination, on aura recours à la classe 54, chimie, au groupe 546, chimie inorganique, où l’on trouvera les métaux dans leur ordre.
- Souvent on aura ainsi besoin de recourir à deux groupements, soit pour définir parfaitement l’objet du Mémoire, soit pour indiquer les diverses questions qui y sont traitées. Ainsi, un travail sur les illusions d’optique peut comprendre des recherches indépendantes sur l’organisme de l’œil, sur la chimie de la vision, sur le jugement et ses erreurs, sur bien d’autres choses encore, sans que pour cela le Mémoire soit le moins du monde désordonné. On devra, dans ce cas, avoir recours à autant de classifications différentes que le Mémoire comprend de sujets distincts.
- Il est difficile de prévoir le sort qu’aura la classification de M. Dewey ; on s’en occupe beaucoup en ce moment, avec un bon vouloir indéniable; de nombreuses revues ont adopté franchement son système, et font précéder chaque article de son chiffre. C’est évidemment la meilleure manière de voir si le système est viable. Bouder parce qu’il contient quelques imperfections serait aussi peu raisonnable que de l’accepter sans restrictions et sans vouloir admettre des modifications que l’expérience ne manquera pas de suggérer. Le mieux est de le mettre sincèrement à l’essai, sans parti pris, avec l’idée que, de toutes façons, une classification s’impose, et que le fait que celle de M. Dewey est en partie artificielle, ne doit pas lui aliéner les sympathies de ceux qu’intéresse le progrès.
- Nous savons le sort qu’ont eu toutes les classifications naturelles, émanées des plus grands esprits. La perfection n’est possible que pendant une période très courte, alors qu’on n’entrevoit qu’une partie d’une question. Dans un stage plus avancé de son étude, elle se ramifie, pénètre d’autres domaines ; les relations, d’abord cachées, deviennent alors évidentes ; tel phénomène tout petit au début devient prédominant dans un groupe que relie la même idée; il quitte le lieu qu’on lui avait assigné dans une classification naturelle. Mais, si l’on abandonne délibérément la logique pure, la ' classification a des chances pour être plus longtemps adaptée à son but. L’idée se transforme, l’étiquette reste. Gh.-Éd. Guillaume.
- TEMPÉRATURE DES TUBES DE GEISSLER
- RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
- L’opinion que la température des gaz dans la partie positive des tubes de Geissler est bien inférieure à celle qui correspond au rouge naissant, est déjà relativement ancienne : elle a été émise pour la première fois en 1879 par MM. E. Wiedemann et W. Ilittorf, mais il n’avait pas encore été fait de recherches expérimentales directes pour déterminer avec quelque précision cette température. La question prend une importance toute particulière en présence des travaux entrepris depuis quelques années sur la luminescence et la lumière froide. Cette lacune vient d’être comblée par M. R. W. Wood, à l’Institut physique de Berlin, et les résultats obtenus par l’auteur sont des plus intéressants.
- Les tubes soumis aux expériences étaient alimentés par un courant continu produit par une batterie d’accumulateurs de 600 éléments en tension, dont la force électromotrice totale était d’environ 1250 volts. Les températures étaient mesurées à l’aide d’un bolomètre formé d’un fil très fin de platine-iridium enroulé en spirale placé dans le tube, et déplacé dans ce tube sur les diverses stratifications.
- Ce fil avait seulement 35 microns de diamètre. Par suite de difficultés d’étirage, il a été remplacé par une lame de platine de 1 micron d’épaisseur, 1 millimètre do largeurr et 15 millimètres de longueur.
- Sans entrer dans le détail de ces expériences, nous nous contenterons d’en indiquer les principaux résultats :
- Les premières expériences ont été faites en laissant le tube en communication avec la pompe, de façon à éliminer le plus complètement possible l’augmentation de pression produite par l’échauffemeut du gaz. Pour des tubes sans stratification à la pression de 0mm,3 (de mercure sans doute, car l’auteur ne le spécifie pas), le courant variant de 1,5 à 3,6 milliampères, l’accroissement de température a varié de 15° à 25°7 C. A la pression de 3 millimètres, le courant variant de 1 à 4,6 milliampères a fait varier l’accroissement de température de 23° à 73° C.
- En supprimant la communication du tube avec la pompe, c’est-à-dire en laissant constants le volume du gaz et sa densité, on a obtenu des accroissements de température très peu supérieurs, mais qui ont indiqué une constance très remarquable du rapport de la température à l’intensité du courant. Tant que les stratifications n’apparaissent pas, la température reste sensiblement constante sur la plus grande longueur du tube.
- Lorsque les stratifications apparaissent, le bolomètre accuse un faible accroissement de température dans les
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- LA NATURE.
- parties obscures et un maximum d’accroissement dans la partie lumineuse. En valeur absolue, ces accroissements de température sont inférieurs à ceux obtenus avec les pressions relativement élevées de 1 à 5 millimètres. Ils ne dépassent guère une vingtaine de degrés pour les parties les plus chaudes, et, quelles que soient les conditions de l’expérience, la température du point le plus chaud dans le tube reste inférieure à 100° G., même dans un milieu dont la température est déjà de 25° G. On peut donc affirmer aujourd’hui, avec preuves expérimentales à l’appui, que la lumière du tube de (leissler est bien de la lumière froide, mais un abîme semble nous séparer encore de l’application industrielle de cette lumière à l’éclairage public ou privé.
- Gctte application, dont on ne saurait prévoir encore toutes les conséquences, est sans doute réservée au siècle prochain.il est probable du reste que de nouvelles et intéressantes expériences seront entreprises à ce sujet. E. II.
- EMPLOI DES RAYONS X
- POUR LES RECHERCHES ANATOMIQUES
- Nous avons présenté, M. Contremoulins et moi, à l’Académie des sciences, une série de radiographies faites sur le cadavre et dans lesquelles on observe des détails anatomiques insaisissables jusqu’ici. Nous voulons parler de la disposition du système artériel jusqu’à ses plus fines divisions.
- C’est le professeur Marey qui nous a suggéré l’idée de rendre le système vasculaire opaque pour les rayons X en l’injectant avec une substance contenant en suspension des poudres métalliques impalpables.
- La substance que nous avons employée dans ces expériences est un liquide composé de cire à cacheter les bouteilles, chauffée, additionnée d’alcool et de poudre très fine de bronze. Cette matière est
- Figure ra<liogm]>liique obtenue par M. fiemy.
- injectée dans les vaisseaux avec une seringue anatomique ordinaire. La seule difficulté consiste à remplir complètement le tissu vasculaire sans le faire éclater.
- La main avec son bras représentée ci-dessus a été préparée d'après ce procédé. Un peut suivre sur cette figure, dans leurs rapports avec le système osseux, les divisions des artères, les arcades palmaires, les collatérales des doigts et jusqn’aux houppes vasculaires de la pulpe digitale.
- On comprend, en voyant l’épreuve photographique reproduite ci-dessus, l’importance d’une semblable application des rayons X : pour juger du rapport exact des parties, il n’est plus besoin de faire d’ouvertures, de suivre des vaisseaux faciles à ouvrir au bistouri.
- Certainement l’habileté des anatomistes a déjà obtenu des résultats aussi précis, mais au prix de quels efforts! D’un autre côté, ce qui est possible au scalpel pour les gros vaisseaux devenait imprati-
- cable pour les petits qui sont fins comme des cheveux, plus fins que la lame qui doit les découvrir et les isoler.
- 11 fallait alors employer les méthodes de préparations usitées par les micrographes, et encore ne parvenait-on à une observation un peu certaine que sur des coupes minces.
- La vue d’ensemble de ces petits vaisseaux était donc réservée aux seules projections radiographiques.
- L’image qui est sous les yeux du lecteur consacre par conséquent la réalisation d’un progrès pour les anatomistes et même pour les micrographes. 11 est permis de penser que ce n’est pas le dernier.
- Ajoutons que cette épreuve qui donne de si fins détails a pu être obtenue d’un seul coup, mettant en évidence la délicatesse en même temps que la puissance des rayons Rôntgen. Rem y,
- Professeur agrégé à la Faculté de médecine. —
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- LA NAITRE.
- ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE DE L1YENUE DE L’OPÉRA, Â PARIS
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’avenue de l'Opéra éclairée à l’électricité. Disposition des candélabres.
- Depuis le 25 novembre, une des plus belles voies de Paris, l’avenue de
- l’Opéra, est éclairée à l'électricité, et les résultats obtenus à tous les points de vue ont été certainement des plus satisfaisants. Dans les quelques lignes suivantes, nous donnerons divers renseignements sur les principales dispositions adoptées.
- Pour desservir les lampes à arc de l’avenue de l’Opéra, une dérivation a été prise sur la canalisation déjà établie dans la rue des Petits-Champs et dans l’avenue.
- Elle provient de l’usine municipale des Halles, comme nous l’avons déjà dit dans un précédent article1. La canalisation primaire à 2400 volts, alimentée par les alternateurs Ferranti, arrive dans un kiosque, installé à gauche, au coin de
- Fig.
- l’avenue de l’Opéra et de la rue des Petits-Champs, et qui servait autrefois aux fontaines à eau chaude. Les fils de dérivation traversent d’abord des coupe-circuits fusibles AA, isolés au pétrole et placés dans des récipients en porcelaine, ainsi que des interrupteurs bipolaires NN à haute tension. Ces appareils sont placés sur un panneau de marbre blanc, que l’on peut apercevoir au centre dans la figure 2 qui nous montre l’installation des transformateurs et des appareils de distribution à l’intérieur du kiosque. Chacun de ces deux circuits dessert un transformateur Labour de 15 kilowatts, construit par la Société l'Éclairage électrique et destiné à alimenter
- Vue intérieure du kiosque renfermant les transformateurs.
- Voy. n° 896, du 2 août 1890, p. 131.
- 25 lampes à arc du modèle que nous allons indiquer plus loin. Les transformateurs sont placés dans le
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- LA NATURE.
- kiosque à la partie supérieure; les circuits primaires sont à une différence de potentiel de 2400 volts et les circuits secondaires à 220 volts. A leur sortie des transformateurs, les circuits secondaires viennent desservir les circuits des lampes qui aboutissent tous au kiosque, chacun à un tableau séparé. La canalisation a été faite en câble concentrique sous plomb et armé d’une section de 12 millimètres carrés, construit par la Société industrielle des téléphones. Ces câbles ont été placés directement en terre à une profondeur de 60 centimètres avec un grillage métallique pour signaler leur présence. Le câble concentrique permet d’éviter les effets d’induction sur l’armature en fer et sur les différents câbles voisins.
- Les lampes à arc sont montées par 5 en tension. Des branchements spéciaux ont été faits à l’aide de boîtes de connexion au pied de chaque candélabre. C’e^t dans cette boîte que se font les jonctions du câble annulaire. A la sortie, l’âme concentrique du câble est reliée à un commutateur bipolaire à deux directions permettant de faire passer le courant dans la lampe ou dans une résistance équivalente,
- Les lampes sont au nombre de 50, réparties dans 10 circuits, dont 5 permanents et 5 variables. Les deux transformateurs dont nous avons parlé plus haut sont destinés à desservir chacun 5 circuits ; et l’on peut à volonté coupler sur le même transformateur soit les circuits permanents, soit les circuits variables par la manœuvre de commutateurs spéciaux.
- Les tableaux de distribution destinés à chaque circuit de 5 lampes sont également placés dans le kiosque à gauche et à droite du tableau d’arrivée de l’usine. Chaque tableau comporte deux coupe-circuits à barrette mobile C, une broché de prise de courant P pour intercaler un ampèremètre, une bobine de self-induction S, et un appareil de mise à la terre système Cardew.
- Les lampes utilisées sont des lampes Kremenezky différentielles et à point lumineux fixe, de 14 ampères, fonctionnant par 5 en tension sur 220 volts. Ces lampes ont été choisies après un concours à l’usine des Halles entre les divers modèles de lampes pour courants alternatifs.
- La différence de potentiel utile aux bornes de chaque lampe est de 36 volts ; on compte une perte de 20 volts dans la bobine de self-induction pour assurer une certaine élasticité de réglage.
- Les lampes sont placées dans des candélabres d’une hauteur de 5 mètres, au nombre de 45 sur les trottoirs de gauche et de droite de l’avenue de l’Opéra et au nombre de 7 sur des refuges établis dans le milieu de l’avenue. Un réflecteur intérieur a été fixé dans le globe pour renvoyer sur le sol toute la lumière. La distance qui sépare deux candélabres voisins est environ de 28 à 30 mètres. La figure 1 donne une vue d’ensemble de l’installation des candélabres et montre les dispositions adoptées ; la vue a été prise de la place du Théâtre Français.
- L’installation de ce nouvel éclairage, qui anime l’avenue et modifie son aspect le soir, a été faite par le service municipal d’électricité des Halles centrales, sous la direction de M. H. Maréchal, ingénieuf de la lre section. L’éclairage est brillant et laissé entrevoir trois lignes de feux nettement accusées. Nous ne pourrons qu’applaudir aux améliorations apportées dans l’éclairage de nos grandes voies parisiennes. J. Laffargue.
- CHRONIQUE
- L'industrie véloeipédique. — Chaque vélocipède est aujourd’hui frappé d’une taxe de 10 francs qui s’élève en réalité, avec les frais de perception, à 10fr,82. Cet impôt est excessif, et, en raison du rôle utile et bienfaisant de la bicyclette, et pour servir aussi les intérêts d’une industrie nouvelle et importante, M. Descubes, député de la Corrèze, demandera à la Chambre la réduction de la taxe de 10 francs à 5 francs. A ce propos, il s’est livré à une enquête approfondie qui met en relief l’étonnant développement qu’a pris la vélocipédie depuis plusieurs années. Nous croyons intéressant de résumer les résultats des recherches de M. Descubes. Le nombre des vélocipèdes existant en France est d’environ 550 000. Pendant l’exercice 1895-94, l’impôt a porté sur 149 080 machines, l’année 1894-95 en a vu déclarer 202126; en 1895-96 l’impôt a porté sur 217 590.
- Le projet de 1897 prévoit un produit de 2 568 705 francs, portant sur 250 000 machines en chiffres ronds, ci................................... 250 000
- Il est permis de supposer que 25 000 machines échappent à l’impôt pour diverses raisons qu’il n’est pas nécessaire de développer,
- ci............................................... 25 000
- Il existe dans les fabriques un stock d’environ 50000, ci................................ 50 000
- Dans les magasins de vente, vélodromes, entrepôts, maisons de location, ou peut supposer qu’il s’en trouve encore 25 000, ci. . 25 000
- Il convient d’ajouter à ces chiffres les vélocipèdes appartenant aux employés de l’Etat, qui sont exonérés de taxe, ceux employés par l’armée, etc., ci............................... 20 000
- Total égal. . . 550 000
- (les machines représentent une valeur d’environ 75 millions. La production annuelle, de 20 000 machines qu’elle était en 1889, dépasse aujourd’hui le chiffre de 100 000 qui se répartit ainsi : six de nos plus importantes fabriques françaises produisent environ 50 000 machines, et toutes les autres réunies, au nombre de 150 environ, peuvent arriver à un chiffre égal. Le nombre d’ouvriers employés dans l’industrie vélocipédique s’élève à environ 20 000 ; le chiffre global des salaires n’est pas moindre de 50 millions. L’industrie vélocipédique est donc bien devenue une industrie considérable.
- Le poirier de la reine Jeanne. — Le dernier ouragan qui s’est abattu récemment sur Toulon et ses environs a renversé le doyen des poiriers, connu dans là contrée sous le nom de poirier de la reine Jeanne, parce qu’il datait de près de six siècles. C’est au quartier de Sainte-Musse, entre Toulon et la Valette-du-Var, dans la propriété de M. Chabaud, ancien jardinier de la marine,
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- LA NATURE.
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- que se trouvait cet arbre vénérable dont le tronc ne mesurait pas moins de 5m,G0 de circonférence. En relation avec la plupart des sociétés botaniques de France et d’Europe, M. Chabaud s’était enquis de la plus grande dimension atteinte par les poiriers, et nulle part on n'a pu lui signaler un de ces arbres qui, pour l’âge et la dimension, pùt rivaliser avec celui qu’une violente bourrasque vient d’abattre après environ six cents ans d’existence.
- Un traction électrique à Paris. — Le Conseil général de la Seine, dans une de ses dernières séances, après une discussion mouvementée, a pris enfin une décision qui va donner toute satisfaction aux partisans de la traction électrique. 11 a autorisé la Compagnie générale parisienne (Tramways Sud) à substituer, à titre d’expérience, la traction électrique à la traction animale sur la ligne Bastille-Charenton, à la condition que sur les places, dans les carrefours, à la traversée et aux croisements des voies, elle utiliserait la traction par conducteur et caniveau souterrain, et qu’elle n’emploierait le fil aérien avec trolley que le long de l’avenue Daumesnil et dans le bois de Vin-cennes. L’autorisation est essentiellement précaire. Dans le cas où le Conseil général jugerait que cette autorisation ne doit pas prendre un caractère définitif, la Compagnie devra rétablir à ses frais l’état de choses actuel. Dans ces conditions, il est absolument certain que le Conseil général ne pouvait qu’accepter les propositions de la Compagnie. C’est ce qu’il a fait, et nous estimons que c’est là la bonne voie. Tout le monde a de graves préventions contre l’emploi du trolley aérien ; mais il faut reconnaître que les parties les plus critiquées sont surtout les croisements de rues, les traversées, etc. Et même à Paris, l’établissement du trolley aérien sur quelques boule-lards et avenues extérieures pourrait-il être rejeté ? Il nous semble que l’on ne peut fonder une discussion aussi grave et aussi importante sur des préventions parfois même très justifiées; il est absolument nécessaire de tenir compte également des résultats de l’expérience, et d’une expérience faite sur les endroits intéressés; à tous points de vue, l’essai de traction électrique sur la ligne llastille-Charenton ne peut être que très intéressant et très instructif. J. L.
- Un nouveau métal des terres rares. — On vient de découvrir un nouveau corps qui appartient à toute cette série d’oxydes que l’on rencontre dans le sable de quelques contrées du Nouveau Monde et que l’on désigne sous le nom de terres rares. 11 est classé avec les cérium, glucinium, ittryum, lanthanium, didymium, zirconium, etc. M. Barrière, qui l’a trouvé, lui a donné le nom de lucium. D’après les études et les recherches déjà effectuées, son spectre est spécial, assez voisin de celui de Verbium. Son poids atomique est de 104. Il a été rencontré dans le sable monazite. Il pourra également entrer dans la composition des manchons pour becs à incandescence. Il est probable que la série de ces différents corps précieux n’est pas encore épuisée, et qu’après le lucium on découvrira encore quelque élément nouveau parmi les terres rares.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 novembre 1896. — Présidence de M. Chati».
- Les nitrates des eaux fluviales. — A l’occasion de la crue extraordinaire de la Seine, survenue dans les premiers jours de novembre dernier, M. Th. Schlœsing s’est
- préoccupé de déterminer la teneur en acide nitrique des eaux de la Marne, de l’Yonne et de la Seine. Il s’agissait, pour l'auteur, de vérifier le résultat déduit de ses longues et patientes recherches antérieures. D’après lui, les titres élevés (8 à 9 milligrammes par décimètre cube) se présentent quand les eaux sont claires et exemptes d’eaux de ruissellement, avec des débits d’ailleurs très variables mais souvent fort importants. Les hauts titres seraient donc indépendants des débits, comme si le mélange des eaux souterraines d’un bassin avait un titre à peu près constant, sans relation avec leur plus ou moins grande abondance. Les pluies si abondantes de la fin d’octobre ayant surtout chargé les rivières d’eaux de ruissellement, il était à prévoir que leur teneur en acide nitrique devait être relativement faible, au moment de la grande crue du commencement de novembre. C’est le fait que M. Schlœsing a vérifié au moyen d’analyses opérées sur des échantillons d’eau prélevés sur l’Yonne, au-dessus de Montcreau, sur la Marne, au-dessus de Charenton, et sur la Seine. La teneur de ces eaux a été trouvée respectivement de 5 milligrammes, 5 milligrammes et 4 milligrammes avec des débits de 800 mètres cubes par seconde pour l’Yonne et 1240 mètres cubes pour la Seine. L’auteur ajoute que si, au moyen de ces données, on calcule le poids des nitrates enlevés au sol en- 24 heures, on trouve que l’Yonne a emporté 650 000 kilogrammes et la Seine 900 000 kilogrammes par jour.
- Bactéries fossiles. — M. Renault a déjà signalé la présence de bactéries fossiles dans le terrain houiller, en s’attachant à l’étude de restes silicifiés. Il confirme aujourd’hui sa découverte, au moyen d’expériences portant sur la houille elle-même. On sait que celle-ci présente quelquefois des tiges de sigillaire et d’autres espèces végétales. M. Renault pratique des coupes de ces bois. Ces coupes sont très fines et sont par suite translucides. En les étudiant au microscope, on y reconnait tous les vaisseaux, lesquels ont été respectés par les bactéries. On reconnaît aussi les cellules en lamelles radiales constituant les rayons de la plante. C’est là que les bactéries ont trouvé un milieu convenable pour pulluler. Elles ont d’abord dévoré l’amidon des cellules, puis attaqué les membranes cellulaires. M. Renault a donné à ces bactéries le nom de micrococcus carbo ; il en a reconnu deux variétés.
- Application des rayons de Rôntgen à l'ostéologie. — M. Lemoine, après avoir appliqué les rayons de Rôntgen à l’étude des ossements fossiles, a entrepris des recherches comparatives sur le squelette des animaux de la faune actuelle. Il a fait usage de pièces osseuses dénudées et soumises à une dessiccation aussi absolue que possible. Dans ce nouveau genre de recherches, les rayons de Rôntgen ont fourni des épreuves qui ne peuvent même être comparées avec celles que fournissent des animaux pourvus de leurs tissus normaux. On voit ainsi apparaître une quantité de choses nouvelles, telles que les alvéoles dentaires, les dents de remplacement, etc. Dans un autre ordre d’idées, M. Lemoine a recherché quel parti on pouvait tirer des rayons de Rôntgen, au point de vue des animaux conservés dans l’alcool. Les pièces rares que l’on préserve de cette manière ne sont point susceptibles, en raison même de leur nature, d’être soumises aux procédés ordinaires d’investigation (dissection, mise à nu du squelette). Bien que l’imprégnation par l’alcool soit une condition d’expérience défavorable, les résultats obtenus son très satisfaisants, grâce à l’emploi d’une technique spéciale. Ces nouveaux travaux ont été accomplis dans le
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- LA NA TL 11 E.
- lahoratoire de M. le I)'' llémy, avec le concours de M. Contreinoulins. M. Lemoine montre une bonne épreuve préparée à l’aide d’une jeune autruche.
- Varia. — M. Perrotin a calculé les éléments de l’orbite de la comète de Giacobini, au moyen des observations récentes de cette comète faites à l’observatoire de Nice, et embrassant un arc héliocentrique de 58°.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- LE CÈDRE DE L’AVENUE D’ORLÉANS
- A PARIS
- Hier, l'arbre majestueux était le roi d’un superbe parc situé à Paris, avenue d’Orléans. Demain, la
- hache, qui ne respecte meme pas les centenaires, l’aura probablement abattu. 11 a plus d’un siècle,'ce merveilleux conifère, si bien acclimaté dans la terre parisienne. Il n’en est pas, dans noire pays, de plus pittoresque, d’une si belle envergure, d’une beauté si saisissante, avec ses branches si régulièrement étagées, et formant de si admirables ramures.
- Ses larges branches sombres jetaient dans la perspective, au milieu des autres arbres, un contraste des plus poétiques. Les rayons du soleil s’v jouaient merveilleusement.
- Aujourd’hui, son entourage si gai, de gazons, de mousses, de plantes et de Heurs de toute sorte, a disparu, et le vieux cèdre, parmi les amas de pierres
- Le cèdre de l’avenue d’Orléans, à Paris. (D'après une photographie.)
- et les tombereaux des entrepreneurs, est désolé.
- Qui le planta? Il serait difficile de le préciser. Mais on s’accorde généralement à penser qu’il fut apporté par Bernard de Jussieu, et qu’il a un lien étroit de parenté avec le cèdre du Jardin des Plantes, dont la végétation a été un peu moins heureuse.
- On aurait peut-être pu le conserver.
- Les percements de rues pouvaient permettre de le maintenir dans sa place primitive; mais l’amour delà ligne droite, si chère à notre génération, l’a condamné.
- Nous avions un espoir : M. Dareau, le propriétaire, l’avait concédé à la Ville de Paris à la condition qu’il serait transporté au parc de Montsouris. Mais, les racines de l’arbre pénètrent à une profondeur si grande ; elles se répandent dans un rayon si étendu, que le transport du géant a paru presque
- impossible, et les chances de vitalité après la transplantation presque milles. Dans ces derniers temps, ces puissantes racines ont subi tant de meurtrissures par la pelle et par la pioche, qu’en effet il semble qu’il serait resté peu de chance à ce vieux cèdre de reprendre vie et de prospérer dans un nouveau sol.
- C’est grand dommage, car nous ne possédons guère cà Paris d’arbres centenaires comme on en rencontre dans plusieurs grandes villes d’Europe. On a gardé encore partout le culte des vieux arbres. Chez nous, nécessité fait loi. Avec les vieux arbres s’en vont les vieux souvenirs. Emile Dubois.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Lairiie, rue de Fleuras, 9.
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- y 1228. — 12 DÉCEMBRE 1890. LA NATURE
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- LE TRICYCLE A MOTEUR A ESSENCE DE PETROLE
- DE MM. DE DION ET liOUTOX
- La troisième course d’automobiles Paris-Marseille- teurs, a révélé au public les qualités très rcmarqua-
- Paris, dont nous avons souvent entretenu nos lec- blés de vitesse, de puissance et d’endurance des
- Fig. 1. — Vue latérale du tricycle de Dion et Bouton. Fig. 2. — Vue d’arrière du tricycle de Dion et Bouton.
- tricycles à essence de pétrole que construisent de- son apparente gracilité, ce léger véhicule est arrivé puis deux ans à peine MM. de Dion et Bouton. Malgré troisième, battant bon nombre de scs grands et
- Fig. 5. — Schéma du système moteur du tricycle.
- puissants concurrents, et parcourant la longue étape 71 heures, à une vitesse moyenne de 2-4 kilomè-
- de 1711 kilomètres, malgré vents et tempêtes, en très par heure. Cette magnifique performance met
- 25a année. — 1er semestre. 2
- ?
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- LA NATURE.
- au tout premier rang des tricyles automoteurs le véhicule de MM. de Dion et Bouton et nous procure l’agréable occasion d’en donner une description aussi complète que possible.
- Le tricycle de Dion et Bouton représenté en vue latérale figure 1 et par l'arrière figure 2 appartient à la classe des véhicules automobiles mixtes actionnés séparément ou simultanément par la puissance musculaire du cycliste ou la puissance mécanique produite par un moteur thermique à essence de pétrole. Son aspect général est celui d’un tricycle ordinaire à tubes renforcés et à fourche armée pour assurer sa rigidité et sa résistance. L’écartement des deux roues arrière est de 1)2 centimètres, et le poids total du véhicule de 80 kilogrammes.
- Les roues en bois ou en acier avec rayons tangents sont munies de pneumatiques Michelin ; les pédales agissent sur la roue dentée qu’elles commandent par l’intermédiaire d’un encliquetage qui ne transmet l’effort exercé sur ces pédales aux roues d’arrière que lorsque la vitesse de l’axe des pédales tend à dépasser celle des roues d’arrière. On peut donc cesser de pédaler à un instant quelconque sans que l’arrêt des pédales agisse en quoi que ce soit pour ralentir la vitesse imprimée au tricycle par le moteur. L’arrêt progressif ou rapide de la marche du véhicule s’obtient en agissant sur deux freins, l’un, à sabot, qui agit sur le pneumatique de la roue d’avant, l’autre, à lame élastique garnie de cuir, qui actionne l’axe même des roues motrices reliées par un train différentiel.
- Le moteur se compose essentiellement d’un réservoir carburateur, d’un cylindre moteur à explosion et d’un allumage électrique que nous allons décrire successivement en nous aidant de la figure 5 qui montre schématiquement les liaisons entre les parties essentielles du système moteur.
- Réservoir carburateur. — Ce réservoir carburateur, de forme triangulaire, est placé directement sous la selle. 11 est constitué par un réservoir en tôle C partiellement rempli d’essence de pétrole de densité 0,7 (700 grammes par litre). Dans ce réservoir plonge un tube vertical T1 par lequel pénètre l’air extérieur, terminé par une lame métallique L disposée horizontalement au-dessus de l’essence. Un ilotteur F fait connaître à chaque instant le niveau de l’essence de pétrole dans le carburateur. L’air arrivant par le tube et guidé par la lame L vient lécher la surlace de l’essence et s’en sature. L’air chargé d’essence remonte dans le carburateur et vient à la partie supérieure, où il rencontre deux robinets à axe horizontal. L’un des robinets R permet l’admission, en proportions variables, d’air extérieur, d’air chargé d’essence, ou d’un mélange des deux dans le second robinet R' qui l’amène au cylindre du moteur. Le cartouche du bas de la figure 5 montre ce robinet en coupe et en fait comprendre les dispositions. La commande de ces deux robinets se fait à l’aide de deux manettes distinctes disposées à portée de la main sur la partie horizontale du cadre. Le cycliste règle
- ainsi très facilement, avec une seule main,- et la composition du mélange explosif, et la proportion dans laquelle se fait à chaque instant l’admission de ce mélange au cylindre moteur.
- Moteur. — Le moteur est du type dit à quatre temps : aspiration, compression du mélange, explosion, évacuation des produits de la combustion. Le cylindre D du moteur est disposé verticalement, et muni d’un grand nombre d’ailettes venues de fonte avec lui. Pendant la marche du véhicule, l’air ambiant vient lécher les ailettes, et les refroidit suffisamment pour que l’on n’ait pas besoin d’emporter d'eau de refroidissement qui alourdirait inutilement le tricycle. La distribution du gaz dans le cylindre à simple effet se fait à l’aide de deux soupapes SS' disposées sur le côté du cylindre, à sa partie supérieure.
- L’aspiration suffit pour actionner la soupape d’admission S’ maintenue sur son siège par un ressort à boudin. La soupape d’échappement S est commandée par une came G, avec un dispositif spécial de réduction par engrenages qui permet de n’ouvrir cette soupape qu'une fois tous les deux tours. Le bruit à l’échappement est réduit à presque rien en faisant déboucher cet échappement dans un cylindre B où les gaz viennent se détendre et s’écoulent ensuite dans l’atmosphère par quelques petits trous ménagés à la partie inférieure de ce cylindre de détente. Dans la figure o, ce cylindre est représenté verticalement. En réalité, il est fixé horizontalement sur la partie gauche du bâti du tricycle.
- (Test l’aspiration provoquée par la marche du moteur qui introduit de l’air dans le carburateur et produit ainsi le mélange explosif de richesse variable qui sera utilisé un instant plus lard. L’évaporation de l’essence tend à la refroidir, et, par suite, à réduire sa volatilisation : on remédie à cet inconvénient en faisant passer à travers le carburateur, dans un serpentin A ménagé à cet effet, une partie des gaz chauds provenant de l’échappement. Ce serpentin est visible dans le bas du carburateur, figure 5.
- Le pistou poussé de haut en bas par l’explosion, une fois tous les deux tours, agit par l’intermédiaire d’une bielle sur un bouton de manivelle reliant deux volants disposés dans une boîte cylindrique en aluminium remplie d’huile, dans laquelle plonge la tète de bielle à chaque révolution. Le barbotage produit par la rotation de l’arbre assure un graissage abondant des cylindres.
- L’axe des volants se prolonge sur le côté droit, en dehors de la boîte, et porte un pignon P qui engrène avec une 'ïoue dentée montée sur l’axe des roues d’arrière. Ce même axe porte le train différentiel qui permet aux deux roues du tricycle de décrire des chemins différents dans les courbes, ainsi que le pignon denté relié à l’axe des pédales par une chaîne pour la mise en marche du moteur au démarrage et l’aide éventuelle et momentanée que lui apporte le cycliste en pédalant, dans une montée, par exemple. La vitesse normale du tricycle est de
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- LA NATURE.
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- 20 kilomètres par heure, correspondant à 1400 tours par minute de l’arbre du moteur, ou 700 explosions par minute.
- La provision d’essence est d’environ quatre litres : suivant la difficulté de la route, ces quatre litres d’essence permettent de parcourir de 70 à 100 kilomètres. Les accumulateurs d’allumage ont une capacité suffisante pour une marche continue de 150 heures, soit 3000 kilomètres.
- La vitesse en palier peut atteindre jusqu’à 35 kilomètres. Un cycliste dont le poids ne dépasse pas 100 kilogrammes peut franchir des rampes de 4 à 5 pour 100 sans s’aider des pédales. Il la franchit naturellement plus vile en s’aidant des pédales, et peut même, avec leur secours, franchir des rampes de 10 à 12 pour 100.
- L’axe moteur se prolonge du coté gauche du tricycle et commande par engrenages un arbre intermédiaire sur lequel sont montés la came U, qui actionne la soupape d’échappement S', et la came qui commande l’allumage électrique.
- Allumage électrique. — Le mode d’allumage électrique adopté par M. de Dion est tout spécial. 11 se fait à l’aide d’une bobine d’induction, alimentée par deux petits accumulateurs disposés dans une boîte rectangulaire suspendue au cadre horizontal du tricycle (figure 2). Cette bobine d’induction a son circuit primaire ouvert ou fermé au moment opportun par une came d’allumage montée sur l’axe qui commande la soupape d’échappement, et qui tourne deux fois moins vite que l’axe moteur.
- Une combinaison de leviers permet de décaler la came sur l’axe qui la commande, et de faire jaillir l’étincelle d’allumage au moment de la course du piston qui correspond aux meilleures conditions de rendement.
- Cet allumage se fait très simplement en disposant sur le circuit secondaire de la bobine d’induction une coupure T de 1 millimètre de longueur, entre deux fds de platine disposés au sommet du cylindre : l’un de ces fils communique directement à la masse, le second est isolé dans un petit tube en porcelaine. Le circuit primaire est ouvert ou fermé à volonté en manœuvrant un interrupteur disposé dans la poignée de gauche M du guidon. On ouvre le circuit en tournant la poignée M dans un sens, on le ferme en la tournant sur elle-même en sens inverse.
- La mise en route, le réglage delà vitesse et l’arrêt sont des plus simples. Pour partir, on ouvre un petit robinet N, disposé à la partie supérieure du cylindre, et dont le but est de supprimer la résistance produite par la compression de l’air, lorsque l’on met le tricycle en mouvement à l’aide des pédales, avant la première explosion. On s’assure que la came de l’allumage électrique est bien placée, que le robinet de .réglage du carburateur est dans une position moyenne, et que le robinet d’admission du mélange explosif dans le cylindre est ouvert en plein. .On pédale alors vivement et l’on ferme le circuit électrique des accumulateurs $ur le primaire de la
- bobine, en tournant la poignée de gauche du guidon sur elle-même dans le sens convenable. 11 se produit des explosions que l’on perçoit très nettement par le robinet ouvert au-dessus du cylindre, que l’on ferme alors, et auquel on ne touche plus jusqu’à la prochaine mise en route.
- Pour régler la vitesse, on agit sur la quantité de gaz envoyée au cylindre, sur la richesse du mélange et sur le calage de la came d’allumage; après quelques tâtonnements, ces trois réglages se font très facilement, et l’allure de la marche du moteur indique au cycliste exercé lequel des trois facteurs il convient de modifier pour se placer à chaque instant dans les meilleures conditions de fonctionnement et de rendement.
- Pour l’arrêt, on commence par interrompre le courant électrique d’allumage, en tournant la poignée gauche du guidon en sens inverse de celui de la mise en route et on serre les deux freins : le frein à lames avec la main gauche et le frein ordinaire avec la main droite. Dans une descente continue de quelque durée, on doit serrer successivement l’un et l’autre frein, afin de ménager les parties frottantes et d'éviter un échauffement excessif, soit du pneumatique d’avant, soit de la poulie de frein calée sur l’axe moteur.
- Le robinet que l’on ouvre à la partie supérieure du moteur, pour la mise en marche, sert également au graissage du cylindre, lors d’un arrêt de quelque durée. Le pétrole introduit par ce robinet lubrifie les bagues du piston et les empêche d’adhérer au cylindre.
- On voit, par cette description, quelle simplicité de moyens sont mis en œuvre dans le tricycle de Dion et Bouton : nous voudrions insister sur la perfection des détails, et montrer l’étude approfondie dont chacun d’eux a été l’objet, mais la place nous fait défaut. Entre la bicyclette automobile, dont l’expérience a rapidement fait raison, et la voiture automobile, dont le prix élevé interdit l’emploi à bien des bourses, le tricycle apporte la solution tant attendue du véhicule individuel à propulsion mécanique. Nos belles routes de France ne tarderont pas à être sillonnées de ces tricycles pratiques, qui demandent au voyageur juste assez de fatigue et d’attention pour occuper les loisirs de la route et secouer légèrement sa paresse. r E. H.
- RÉFRACTIONS, MIRAGES
- ET FATA MO RG AS A SUR LE LAC LÉMAN
- Les rayons lumineux qui traversent des couches aériennes de densités différentes subissent des réfractions. Ces réfractions, souvent très fortes dans les couches d’air au contact de la surface terrestre et aqueuse, se traduisent par des déformations, des déplacements apparents, ou des redoublements de l’image des objets considérés à grande distance.
- Les réfractions et mirages sont d’apparition très fréquente, car il est rare que le sol ou l’eau soit
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- de même température que l'air sous-jacent; on les reconnaît aisément quand on a appris à les observer. L’observation en est le plus facile sur une nappe liquide, celle-ci ne présentant pas les irrégularités d’une plaine terrestre; sur un lac, elle est plus instructive ([ue sur la mer, car les distances de la côte opposée d’un lac sont connues, tandis que l’éloignement d’un navire qui passe au delà de l’horizon marin est indéterminé.
- J’ai cru qu’il y aurait intérêt à préciser les conditions générales de l’apparition des types principaux des mirages et réfractions, et je me suis efforcé d’enchaîner par une synthèse les milliers d’observations isolées que nous avons eu l’occasion de faire sur le Léman, ainsi que sur divers autres lacs du centre de l’Europe et sur la mer.
- Je choisirai pour ma description une journée de printemps, époque à laquelle, si le temps est beau et clair, calme du matin au soir, les conditions thermiques relatives des deux milieux, eau et air, changent du tout au tout. Dans les heures de la matinée, l’air refroidi pendant la nuit est moins chaud que la surface du lac et nous avons les réfractions sur eau chaude-, dans l’après-midi, l’action solaire a élevé la température de l’air au dessus de celle de l’eau, et nous avons les réfractions sur eau froide. Voici la suite des phénomènes qui se développent successivement sous nos yeux ; pour en illustrer la narration, je représente dans une série de croquis abcd les mêmes deux barques marchandes, aux voiles latines, qui sont censées naviguer sur le lac au delà de la ligne d’horizon apparent, disons à 10 kilomètres de distance.
- Dans les premières heures de la journée, l’air est encore froid, plus froid que l’eau. Les réfractions sur eau chaude donnent le spectacle classique de mirage de désert. Le cercle de l’horizon est rapproché, la courbure apparente et la nappe sphéroïdale du lac est exagérée; sur la ligne de l’horizon les crêtes des vagues s’élèvent en dentelures découpées; la nappe d’eau semble abaissée, et les objets situés au delà de l’horizon paraissent soulevés; nos barques semblent ilotter à une certaine hauteur, quelques minutes de degré; leur image symétrique apparaît renversée au-dessous de l’image réelle. C’est le mirage sur eau chaude (voy. en a).
- Vers dix heures ou midi les conditions théoriques de l’air et de l’eau changent de relation. L’air rapidement échauffé atteint la température de l’eau puis la dépasse. Nous devrions alors, semble-t-il, avoir les réfractions sur eau froide ; mais, chose singulière et encore inexpliquée, il n’en est rien. Si le temps est
- calme, pendant des heures encore, le phénomène de mirage persiste avec tous les caractères accessoires, exagération de la rotondité de la terre, dentelures des vagues, rapprochement du cercle de l’horizon, image inférieure renversée des objets au delà de l’horizon. La seule différence que j’aie pu constater, c’est que, tandis que dans le mirage sur eau chaude l’image inférieure était symétrique et égale en hauteur à l’image réelle, dans le mirage sur eau froide l’image symétrique est déformée en perdant de la hauteur; elle n’a plus que la moitié, le tiers, le quart de la hauteur de l’image réelle (voy. en b).
- Dans l'après-midi, tout à coup, sous l’influence, à ce ((ue je crois, d’un souffle de brise qui détruit l’équilibre instable des couches aériennes, le spectacle change subitement et nous assistons à l’apparition de la F ata morgana (les palais de la fée Morgane des Italiens). Sur une partie limitée du cercle de l’horizon on voit un phénomène étrange : la côte opposée semble bordée de hautes falaises, les objets éclairés sont étirés en masses rectangulaires juxtaposées ; on dirait les massifs des maisons des quais d’une grande ville. D’un côté de la Fata morgana, l’horizon apparent est affaissé et nous avons encore le mirage sur eau froide; de l’autre côté l’horizon est relevé et nous avons ce que je vais appeler les réfractions sur eau froide. Entre deux, la Fata morgana est une combinaison des deux phénomènes. En c, nous voyons les deux barques prises dans la Fata morgana ; les voiles sont comprimées de bas en haut et apparaissent en triangles surbaissés; au-dessous d’elles, leur masse éclaircie s’étire en vastes rectangles blanchâtres.
- La Fata morgana se déplace dans le sens de la brise régnante; quand elle a parcouru tout le cercle de l’horizon, il ne reste plus que l’apparition des réfractions sur eau froide, caractérisées par l’éloignement du cercle de l’horizon, l’apparence de surface à concavité supérieure que prend la nappe sphéroïdale du lac, le soulèvement de l’horizon apparent, l’apparition d’objets très éloignés masqués en réalité par la rotondité de la terre, enfin la compression verticale des objets bas sur l’eau, à grande distance. En d, se trouvent les voiles latines des barques réduites à l’état de triangles tellement surbaissés qu’elles sont presque méconnaissables.
- C’est un spectacle attrayant, par ses changements à vue et ses déformations étranges, que nous offre l’observation attentive des phénomènes à réfraction sur la nappe des lacs. F.-A. Forel,
- Professeur à l’Université de Lausanne.
- JÏfffîoxrEt/1
- Réfractions, mirages et Fata morgan sur la nappe du lac Léman.
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- LA NATURE.
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- LES LÉVRIERS RUSSES
- LOFKI, LE CHIEN DU TSAR
- La Russie, avec ses immenses steppes et son organisation quasi-féodale, est la terre privilégiée des lévriers; avec les chiens médialane employés spécialement à la chasse à l’ours, on peut dire que les lévriers dont on se sert pour la poursuite du lièvre, du renard et du loup, sont les deux seules races de chiens véritablement russes. Je ne parle pas du chien d’Esquimau qu’on rencontre dans le nord de la Russie, comme dans toutes les régions septentrionales. La chasse à courre est le passe-temps le plus répandu
- et le plus agréable aux Russes. Chaque petit propriétaire a au moins deux ou trois lévriers et se livre à cette chasse avec frénésie. Tous les grands seigneurs ont des meutes de vingt à trente lévriers. Dans le chenil de S. M. l’Empereur il y a toujours au moins soixante lévriers toujours prêts à chasser, sans compter les lices et les jeunes chiots d’élevage. Dans cette meute, unique au monde, le Tsar a l’ait choix de cinq ou six sujets d’élite avec lesquels il chasse souvent seul ; parmi ces derniers, il en est un qui jouit de l’estime toute particulière du jeune souverain et que les Parisiens ont pu voir lors du triomphal voyage de l’auguste ami de la France : c’est Lofki, un cadeau qui a été fait au Tsar
- Lévrier russe. Lofki. le chien du Tsar.
- par son oncle le grand-duc N. Nicolaiewitch.
- Lofki est un lévrier Barzoï, un des plus forts et des plus grands qui soient connus : il mesure
- 70 centimètres de hauteur et 85 centimètres de tour de poitrine. Le champion des lévriers écossais Co-lonsay au Cap, Max Neill, qui mesurait 28 pouces de hauteur (71 centimètres et demi), n’avait que
- 71 centimètres de tour de poitrine. La tête de Lofki est très caractéristique : absolument rase et sèche, le museau fin et allonge', les oreilles petites et couchées en arrière ; de véritables boucles tombent de derrière les oreilles et de chaque coté du cou comme une crinière, et les poils du cou sont si abondants que sa tête semble sortir d’un manchon. Le tronc est couvert du même poil long et soyeux jusqu’en arrière des cuisses, où il atteint 50 centi-
- mètres. La couleur de sa robe est entièrement blanche avec des taches fauves.
- I)e tous les chiens qui composent le chenil impérial, Lofki est le seul qui ait le privilège d’accompagner son maître dans tous ses déplacements ; c’est un vieil ami pour le jeune empereur, et surtout pour la petite grande-duchesse Olga, vis-à-vis de laquelle il se permet, sans doute, des caresses que le Protocole est impuisant à empêcher.
- Lofki a beaucoup chassé, mais maintenant il est en retraite, et a une mission de confiance, c’est lui qui partage, avec les deux immenses cosaques qui ont si fort intrigué, il y a peu de temps, le public parisien, l’honneur d’être le gardien du sommeil de S. M. Nicolas II, qui ne manque pas un matin de caresser sa bonne tête line aux yeux vifs et intelligents.
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- LA NATURE.
- Les chenils impériaux de Russie sont, du reste, merveilleusement fournis de lévriers de toutes espèces : lévriers à poils longs, de la race de Lofki, lévriers à poils ras, lévriers de Crimée, lévriers cir-cassiens, etc.
- Les lévriers à poils ras (Chortaia Borzaia) sont originaires de la Pologne, mais où on les trouve le plus communément, c’est dans le sud de la Russie, pays qui leur convient mieux, car ils sont sensibles au froid à cause de leur poil court. Ils deviennent rares en Russie, et sont remplacés presque partout par le greyhound anglais, plus élégant quoique plus petit et moins rapide.
- Les lévriers de Crimée (Krimskaia Borzaia) ressemblent beaucoup au lévrier à poil long, dont ils n’ont pas la vitesse, le « jet », mais qu’ils surpassent en force et en résistance à la course ; ils ont de plus un flair qui leur permet de continuer à suivre leur proie quand même elle est hors de vue; ils chassent les lièvres et les renards, mais ils sont rarement assez audacieux pour s’attaquer au loup.
- La meilleure des races de lévriers russes est la race dite de Circassie (Gorskaia Torzaia) ; ils sont intrépides, vifs et possèdent un fond merveilleux. Leur tête est aussi plus régulière comme forme, plus allongée, plus étroite au front, et la proéminence occipitale plus saillante; les oreilles sont plus pointues au bout, plus fines et couvertes de longs poils ondulés ; la poitrine est plus profonde que chez les autres races asiatiques; les pieds sont secs et très solides et ils mènent un train beaucoup plus rapide. La couleur de leur robe est noire, noire et feu, noire et grise.
- Le lévrier à poil demi-long ( Tchistopsonia Borzaia) est le plus abondant en Russie, on le regarde comme provenant du croisement du barzoï avec le lévrier circassien. Citons encore, pour être complet, les lévriers de Valachie, ceux du Turkestan, les lévriers des Kalmouks et le lévrier griffon (Brouda-staia Borzaia) qu’on rencontre en Courlande et qui a beaucoup d’analogie avec l’ancien lévrier griffon celtique, et enfin le lévrier d’Anatolie qui est à courte queue comme nos braques du bourbonnais ou même totalement privé de cet appendice.
- Toutes ces races se ressemblent plus ou moins et se distinguent seulement par la longueur ou la richesse du poil, la forme des oreilles, et la région dont ils sont originaires.
- Depuis quelques années, on voit beaucoup de lévriers russes dans nos pays, ils ont même pendant un certain temps joui des faveurs de la mode; mais ils manquent souvent d’intelligence et de flair; s’ils se perdent, il leur est difficile de se retrouver.
- Les beaux sujets deviennent aussi de plus en plus rares ; Lofki, comme étant de race absolument pure et appartenant à un souverain ami de la France, méritait bien un souvenir et une mention spéciale.
- Paul Mégnin.
- LE CINQUANTENAIRE DE NEPTUNE
- Il y a eu tout récemment cinquante ans que se fit une des plus belles découvertes de l’astronomie. C’est en etfet le 25 septembre 1846 que l’astronome allemand J. G. Galle trouva la planète Neptune à l’endroit même qu’avait désigné Le Verrier, par la seule puissance de l'analyse mathématique. Le Verrier avait dit, après des années de laborieux calculs : o Là, dans ce petit coin du ciel, doit exister une planète encore inconnue ». Et quelques jours après, Galle découvrait la planète.
- A l’occasion de cet anniversaire, l’Association des naturalistes allemands, réunie à Francfort, a transmis un télégramme de félicitations à M. Galle, aujourd'hui directeur de l’observatoire de Breslau1. Peut-être en France avons-nous tous, par ce temps de centenaires et de cinquantenaires, un peu trop oublié la date mémorable de la découverte de Le Verrier. On a bien fait de s’en souvenir à Francfort. M. Galle est né en 1812, à Pabsthaus, près de Wit-tenberg; quand il trouva la planète, il était assistant à l’observatoire de Berlin. 11 dirige l’observatoire de Breslau depuis 1851. C’est le doyen des astronomes.
- Rien avant Le Verrier, on soupçonnait l’existence d’une planète encore inconnue dans notre système solaire. On avait déjà avancé qu’au delà de la planète Uranus, il devait exister un autre astre et on l’avait même baptisé par anticipation du nom de « Ophiôn ». Plus tard, en 1821, Bouvard, à Paris, fit remarquer avec certaine insistance que les mouvements d’Uranus faisaient prévoir l’existence d’une planète perturbatrice. Ce sont ces recherches antérieures qui évidemment décidèrent Le Verrier, excellent analyste, à soumettre la question au calcul. En partant des perturbations d’Uranus, il devait parvenir à trouver les éléments de la planète perturbatrice. Mais le travail était colossal. Il en vint à bout après des années de calculs laborieux, et son Mémoire fut inséré dans la Connaissance des Temps. Par une curieuse coïncidence, l’astronome anglais Adams terminait à peu près dans le même temps des recherches analogues, quoique moins développées. Cependant, Le Verrier communiquait à l’observatoire de Berlin, en septembre 1846, la position qu’il assignait à la planète perturbatrice d’Uranus. Quelques jours plus tard, Galle mettait par beau ciel l’œil à la lunette et, dès le premier soir, il découvrait à la place indiquée l’astre de Le Verrier. La nouvelle eut un grand retentissement et se répandit dans le public,, qui en parla pendant longtemps. Ce fut le point de départ de la fortune de Le Verrier, alors encore bien peu connu dans le monde savant.
- Il est juste de rappeler qu’en Angleterre, Challis, guidé par les notes manuscrites d’Adams, avait déjà recherché la planète avant Galle dès le mois d’août. Mais il ne la rencontra pas. Galle lui-même ne fut pas seul pour faire sa découverte. À côté de lui se
- 1 Ciel et Terre.
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- trouvait d’Arrest. Cet astronome suivait sur la carte de l’heure XXI — c’est Houzeau qui nous donne ce détail — les configurations d’étoiles que Galle décrivait de vive voix .à la lunette. Et ce fut d’Arrest qui arrêta son collègue à l’étoile de huitième grandeur qui ne figurait pas sur la carte.
- Ce que l’on sait moins, c’est que cette planète ignorée avait déjà été observée en tant qu’étoile, sans que l’on eût reconnu son mouvement, et même depuis longtemps! Lalande l’avait remarquée les 8 et
- 10 mai 1775, Lamont le 25 octobre et encore les 7 et 11 septembre 1846, c’est-à-dire quelques jours avant la découverte de Galle.
- Le nouvel astre porta d’abord le nom de planète Le Verrier. Mais déjà on avait lini par appeler Ura-nus la planète Herschel. Les noms propres détruiraient l’unité de dénomination usitée parmi les astronomes. Aussi Arago, croit-on, proposa, dans uneséancc du Bureau des longitudes, le nom de Neptune, qui prévalut. Et depuis janvier 1847, la planète Neptune a été classée officiellement parmi les acquisitions de notre système solaire. Telle est très brièvement l'histoire de la planète Le Verrier. Ces quelques faits méritaient bien un court souvenir.
- Henri de Parvieee.
- --e-<>«-
- CAS DE PARASITISME
- CHEZ UN CHAMPIGNON
- Dans les derniers jours du mois d’octobre, j’ai rencontré dans les forêts du Jura un champignon du genre Russule, qui présentait une particularité fort curieuse. Sur le chapeau, une petite russule un peu inclinée, comme le montre la figure ci-jointe n0’ 1 et 2, adhérait fortement par son stipe et par une portion du pourtour de son chapeau. Aucune ligne de démarcation tranchée ne se voyait entre les deux individus. Ceux-ci, très bien conservés, n’en étaient plus à leur première jeunesse; le collier sur l’aspect duquel on aurait pu établir le nom spécifique avait disparu. Les lamelles étaient parfaitement intactes, de même que le dessus du eliapeau. Tout autour de la base du stipe du petit individu, la surface du chapeau était de couleur plus claire. Une coupe intéressant les deux champignons (n° 4) montre l’adhérence parfaite. Le tissu du stipe du petit individu se continue directement dans le parenchyme du chapeau du porteur.
- 11 est difficile de s’expliquer la cause de cette singulière particularité. La petite russule a-t-elle été accidentellement jetée sur la grande et a-t-elle peu à peu fait corps avec cette dernière par ses points de contact, ou s’est-elle développée complètement aux dépens de l’organisme qui la porte, par une sorte de bourgeonnement? Ou encore, une spore d’une russule voisine a-t-elle trouvé sur ce chapeau un terrain favorable pour y développer un mycélium duquel serait sortie la partie visible du champignon? Le n° 1 de la figure nous fait voir la position ’des deux champignons, nous montrant la petite russule vue par la face inférieure du chapeau. Le n° 2 indique la position des deux champignons, montrant la petite russule vue de flanc; le n° o représente la position des deux champignons montrant la petite russule vue par la face supérieure du chapeau. On voit en a le champignon porteur,
- en b le champignon porté ; en c le stipe du champignon porté; en d le pont reliant une portion du pourtour du champignon porté à la face dorsale du chapeau du champignon porteur. Le n° 4 nous montre une coupe transversale des deux champignons. En a est le stipe du champi-
- JZjtfojqxvSc.
- Cas de parasitisme chez un champignon.
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- gnon porteur; en b, les lamelles; en c, le chapeau; en d, le stipe du champignon porté; en e, le chapeau; en f, le pont reliant une portion du pourtour du champignon porté à la face dorsale du chapeau du champignon porteur. Dr Maurice Jacquet,
- A l’Institut d’anatomie deyiîucarest.
- CHANGEMENTS DE VITESSE
- POUR BICYCLETTES
- En étudiant le choix rationnel du développement d’une bicyclette1, nous étions arrivé à cette conclusion que, pour un cycliste de puissance donnée, le développement idéal serait celui qui, se modifiant d’après la nature du terrain et ses déclivités, ferait travailler le cycliste dans des conditions de vitesse angulaire des pédales, d’effort sur les pédales et de puissance constants. Les progrès de la mécanique du cycle fourniront sans doute avant peu la solution de cet intéressant problème, mais, en attendant, on peut se contenter d’une solution intermédiaire qui profite de l’élasticité de la machine humaine au point de vue des trois facteurs considérés (vitesse, effort et puissance), et simplifier le problème en réduisant à deux seulement les développements que doit présenter la machine, l’un élevé, pour les belles routes, les paliers et les faibles rampes, l’autre faible pour les côtes dures et, surtout, les descentes dangereuses.
- Nous nous proposons d’examiner, dans cet article, les principales solutions du problème, en tant qu’elles ont reçu une sanction pratique matérielle, et qu’il nous a été permis de les voir ou de les expérimenter.
- Un mot, d’abord, des tentatives infructueuses et
- 1 Vov. n° 1185, du 15 février 1890, p. 165.
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- des solutions incomplètes : au Salon du cycle de 1895 figuraient deux changements de vitesse à chaîne sautante. L’axe des pédales et l’axe des roues portaient chacun deux roues d’engrenages sur lesquelles un mécanisme plutôt compliqué faisait passer alternativement la chaîne unique, suivant que l’on voulait obtenir la grande ou la petite vitesse. Pour faire passer la chaîne d’un train d’engrenages sur un autre, il fallait détendre cette chaîne en articulant l’axe des pédales ou en disposant un tendeur mobile. Le système ne s’est pas répandu, et les inventeurs ont renoncé à perfectionner les premiers modèles construits sur ce principe.
- On a ensuite cherché la solution dans l’emploi d’une double transmission, avec deux paires d’engrenages et deux chaînes, dont une seule travaille à la fois.
- Système Pégase. — La bicyclette Pégase, dont la figure 1 montre les parties essentielles du changement de vitesse, est fondée sur ce principe. Dans cet appareil, l’axe des pédales porte en son milieu une partie hexagonale G sur laquelle peut coulisser une poulie à double gorge R munie de dents D en saillie sur scs deux faces latérales extrêmes. Cette poulie est, à l’aide d’un levier A commandé à volonté par le cycliste, amenée à droite ou à gauche de sa position moyenne, et scs dents entrent dans des encoches ménagées sur les joues des moyeux qui entraînent les roues E. Ces dents 1) solidarisent l’une ou l’autre des roues E avec l’axe des pédales, suivant que la poulie J» est poussée d’un coté ou de l’autre. Lorsque l’une des roues E est embrayée, l’autre est folle, et réciproquement. En choisissant convenablement les pignons que commandent respectivement les deux roues E, d’égal diamètre pour la symétrie de la machine, on dispose à volonté de deux développements très inégaux, et facilement modifiables à volonté par le simple changement des pignons que les deux roues actionnent. Le changement se fait rapidement en marche, par la simple manœuvre d’un levier, et sans descendre de machine. L’emploi de deux chaînes et de deux paires d’engrenages est un inconvénient racheté par cet avantage que si l’une des chaînes vient ît casser, on peut achever l'étape en utilisant la seconde chaîne et en embrayant
- la roue correspondante. L’inventeur du svstème,
- M. E. Fontaine, a trouvé là une solution simple et élégante du problème, mais le dispositif alourdit un peu l’aspect de la machine.
- Les deux systèmes que nous allons décrire sont . basés sur le principe des engrenages épieycloïdaux : ils s'appliquent généralement au moyeu de la roue d’arrière, dont ils n’augmentent les proportions et le poids que dans d’insignifiantes proportions.
- Système V et R. — Ce système, ainsi désigné par The American Importing C°, qui l’exploite, est constitué essentiellement par un pignon denté K, commandé par la chaîne, fou sur l’axe fixe de la roue d’arrière et muni d’une denture intérieure, dans laquelle viennent engrener quatre petits pignons II, dont les axes sont montés sur le moyeu M. Sur l’axe fixe G coulisse un pignon 1) à l’aide de la clavette 0, commandée par la roue D et la tige A.
- Ce pignon peut occuper trois positions distinctes suivant qu’il est entièrement poussé vers la droite, comme le représente la figure 2, vers la gauche, ou placé dans une position intermédiaire.
- La position représentée sur la ligure correspond à la réduction de vitesse : dans cette position, le pignon D est immobilisé dans l’espace, car ses dents sont en prise avec la pièce dentée F solidaire de l’axe fixe G. Le pignon K commandé par la chaîne n’agit ainsi sur le moyeu U que par l’intermédiaire des roues II se développant sur le pignon fixe I). 11 en résulte que pour un tour entier de la roue K, le moyeu M décrit moins d’un tour. Si, par exemple, la roue dentée K porte 60 dents et le pignon D 20 dents seulement, lorsque K aura fait un tour, c’est-à-dire aura avancé de 60 dents, le moyeu M n’aura avancé que de 60 — 20 = 40 dents, soit deux tiers de tour. Le rapport des nombres de dents respectifs du pignon I) et de la roue K règle donc la réduction de vitesse qui peut être quelconque en principe. En pratique, elle varie entre 25 et 55 pour 100.
- Dans la deuxième position, le pignon D est entièrement poussé vers la gauche. Il a quitté la pièce F et est venu en prise avec la pièce E, concentrique à l’axe et dentée intérieurement. Mais cette pièce F est solidarisée avec les axes des petites roues satellites II, et, par suite, solidaire du moyeu. En repoussant
- Fig. 1. — Changement de vitesse à double chaîne, système Pégase.
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- le pignon I) vers la gauche, on a donc solidarisé, fait un bloc de tout le mécanisme, c’est-à-dire que la roue K, les roues H, la pièce E et le pignon U tournent ensemble à la même vitesse angulaire; on n’a plus ainsi, dans cette position, qu’une transmission ordinaire. Pour passer sans à-coup d’une position à l’autre, les extrémités du pignon 1) sont arrondies ainsi que les entrées des pièces dentées F et E.
- La clavette C qui entraîne le pignon R ne pénètre pas -dans ce pignon J); elle est réduite, sur toute la longueur de ce pignon, au diamètre de l’axe fixe G. Ce pignon est donc fou sur l’axe G, fixe par rapport au cadre lorsqu'il n’est pas en prise avec la couronne dentée F.
- Dans la position intermédiaire, pour laquelle le pignon I) n’est en prise avec aucune des deux couronnes dentées E et F, toutes les parties du mécanisme deviennent indépendantes ; la roue K peut tourner pendant que le moyeu M est immobile, ou inversement. 11 faut éviter de laisser le mécanisme dans cette position intermédiaire, à moins que l’on ne descende une pente longue ét douce et que la machine soit munie d’un lrein permettant un arrêt, rapide et sur devant un obstacle surgissant inopinément.
- Système Cohendet. — Le système Cohendet est fondé sur un principe analogue à celui que nous venons de décrire, mais le mécanisme se présente sous une forme plus simple et plus aplatie, ce qui permet de le disposer à volonté, soit sur la roue d’arrière, soit sur l’axe des pédales. On y retrouve (fîg. 5) le pignon denté D et son engrenage intérieur,
- les petites roues satellites E, au nombre de quatre, et la roue dentéeCsur laquelleelles viennent engrener. Le mode de commande seul diffère. Lorsque la machine est sur la vitesse normale, le peigne A fixé sur un plateau solidaire de la roue C s’engage dans la
- denture!)et solidarise tout l’ensemble : mais si, par une manoeuvre exté r i e u r e,' une combinaison de leviers non représentée sur la figure, on vient appuyer sur la pièce A, sur sa gauche, et la fixer dans l’espace, on arrête en même temps la pièce G et on dégage le peigne A des dents 1). La transmission du mouvement ne se fait plus (jue par l’intermédiaire des petites roues E engrenant avec la roue fixe C. Le rapport des vitesses dépend des nombres respectif des dents intérieures de 1) et extérieures de C.
- Les deux systèmes que nous venons de décrire sont des réducteurs de vitesse, c’est-à-dire que les engrenages intérieurs n’entrent en fonction que pendant une faible fraction du temps total, lors de la montée des côtes, et dans des conditions où le soulagement apporté par la réduction de multiplication compense, et au delà, la perte de rendement occasionnée par l’introduction d’un mécanisme intermédiaire.
- Quelques inventeurs ont résolu le problème inverse et réalisé un multiplicateur de vitesse, c’est-à-dire un appareil dans lequel le mécanisme auxiliaire agit pendant tout le temps et se trouve supprimé seulement à petite vitesse. Il y a dans cette combinaison de multiples inconvénients qui nous dispensent
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- d’insister sur ces systèmes, moins parfaits que les réducteurs dont nous venons de donner quelques exemples réalisés, construits industriellement et qui ont fait leurs preuves dans la pratique.
- Les objections faites aux changements de vitesse sont au nombre de trois : la complication, le poids et le prix. La complication n’est qu’apparente, car les procédés actuels de construction mécanique et l’emploi rationnel de roulements à billes permettent de se jouer des difficultés et de réduire les frottements dans des proportions insignifiantes. Le poids n’a également qu’une importance secondaire, et l’on commence à revenir un peu de cette idée qu’il faut construire avant tout une bicyclette légère, avec des tubes trop minces et trop fragiles, des pneumatiques trop petits n’avalant pas l’obstacle, des cadres trop mesquins, des manivelles trop courtes et des selles inconfortables par leur manque... d’assise. Nous estimons, et c’est le fruit de notre expérience personnelle, que l’accroissement de poids de l kilogramme environ apporté à notre machine par l’adjonction d’un changement de vitesse est largement racheté par l’avantage qu'il nous donne de monter toutes les côtes sans fatigue, et surtout de les descendre. Quant au prix, c’est évidemment l'objection la plus sérieuse, mais elle n'est pas de nature à faire reculer bon nombre de touristes qui retrouveront vite en agrément les quatre-vingts à cent vingt francs (jue coûte actuellement un bon changement de vitesse. Et puis, le dernier mot n’est pas dit, et peut-être le quatrième Salon du cycle, qui ouvre ses portes au moment où paraît cet article, nous révélera-t-il des merveilles que nous présenterons, le cas échéant, à nos lecteurs, comme suite naturelle à cette première étude qui résume l’état actuel de la question. E. Hospitalier.
- LES STATIONS CENTRALES
- d’énergie électrique a paris
- Les stations centrales d’énergie électrique qui ont été établies à Paris, il y a quelques années seulement, et dont nous avons donné la description1, ont poursuivi leur œuvre, et pour la plupart elles viennent d’être obligées d’augmenter la puissance disponible dans leurs usines. L’Industrie électrique du 25 octobre 1896 a publié à ce sujet une statistique très documentée ; nous en résumerons les points principaux dans les lignes suivantes.
- On sait que des concessions dans Paris ont été accordées par le Conseil municipal en 1888 sur des surfaces ayant la forme d’un secteur, afin de forcer les compagnies d’électricité à effectuer la distribution de l’énergie électrique aussi bien dans les quartiers du centre que dans les quartiers périphériques.
- Les sociétés concessionnaires sont actuellement au nombre de 6 : la Compagnie continentale Edison, la Société d’éclairage et de force par l’électricité, la Compagnie parisienne d’air comprimé et d’électricité, la Société anonyme du secteur de la place Clichy, la Société du
- 1 Voy. Tables des Matières, 2e série, 1885-1892, à la librairie Masson et Cie.
- secteur des Champs-Elysées et la Société du secteur de la rive gauche. 11 faut ajouter le réseau municipal, ce qui porte à 7 le nombre des distributions d’énergie électrique réparties dans Paris.
- La Compagnie continentale Edison possède trois usines : la station Drouot, la station Trudaine, et la station du Palais-ltoval. Une sous-station d’accumulateurs a été établie rue Saint-Georges. Ces trois usines peuvent être montées en quantité pour desservir le réseau total de distribution. Parmi les changements survenus, nous signalerons la récente installation à l’avenue Trudaine de 2 machines Corliss pilons de 750 chevaux à 105 tours par minute, commandant directement 2 dynamos Brown à 2 anneaux et 2 collecteurs de 600 kilowatts, donnant 4500 ampères à 150 volts. Au 1er octobre 1896, cette Compagnie avait dans ses usines une puissance totale disponible de 5500 kilowatts. Les accumulateurs utilisés pouvaient fournir 420 kilowatts. Le nombre de lampes à arc atteint 1570, le nombre de lampes à incandescence 82 876, soit un total de 97 550 lampes de 10 bougies. Le nombre de moteurs électriques alimentés sur le réseau était de 49, dont 27 d’une puissance totale de 55 kilowatts pour usages divers, et 22 de 65 kilowatts pour ascenseurs.
- La Société d'éclairage et de force par l'électricité a fait un certain nombre d’installations nouvelles. A l’usine de Saint-Ouen, qui effectuait jusqu’ici la transmission de force motrice dans Paris à l’aide de courants continus pour alimenter diverses sous-stations, elle vient de monter 2 alternateurs Butin et Leblanc à courants diphasés de 250 kilowatts à 88 volts. Après transformation à l’usine en courants diphasés à 6000 volts, la transmission sera faite dans Paris et stations diverses pour alimenter des transformateurs de courants diphasés en courants continus. A l’usine de la rue de Bondv, en remplacement de deux machines Weyher-Richemond-Dcsroziers, on a installé une machine Farcot horizontale de 600 chevaux à 70 tours par minute, commandant une dynamo Resro-ziers de 400 kilowatts à 5000 ampères, et deux turbines Laval de 500 chevaux chacune à 750 tours par minute. La Société possède 6 usines dans Paris. La puissance totale de toutes les usines était au 1er octobre 1896 de 5820 kilowatts; il faut ajouter une puissance de 290 kilowatts fournie par les accumulateurs. Le nombre total de lampes à arc était de 2500, le nombre de lampes à incandescence de 42 500 ; on peut compter un total de 60 957 lampes de 10 bougies. Sur le réseau se trouvaient 154 moteurs de 551 kilowatts pour usages divers et 8 de 57 kilowatts pour ascenseurs.
- La Compagnie parisienne d’air comprimé et d'électricité est sur le point d’avoir achevé la transformation complète du système de distribution qui avait été adopté dès le début. La distribution s’effectue actuellement à 5 fils et est alimentée par une nouvelle usine que la Société vient de faire construire quai Jemmapes. Cette usine renferme 12 chaudières Belleville donnant chacune 2600 kilogrammes de vapeur par heure à la pression de 8 kilogrammes par centimètre carré, 5 machines à vapeur verticales compound de 1200 chevaux à 70 tours par minute, et 5 dynamos de la Société alsacienne à collecteur extérieur de 600 volts et 1200 ampères, soit 720 kilowatts. De cette usine partent 4 feeders d’une section de 1000 millimètres carrés, 2 pour alimenter la sous-station Saint-Roch, et 2 pour la station Mauconseil. Les usines qui étaient utilisées autrefois, l’usine du boulevard Richard-Lenoir et de Saint-Fargeau, existent encore et
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- LA NATURE.
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- servent de réserve, ainsi que diverses petites autres sta-t tions locales. La puissance totale de l’usine du quai Jem-mapes est de 2160 kilowatts, et la puissance des usines Richard-Lenoir et Saint-Fargeau de 2525 kilowatts. Au 1er octobre 1896, cette société desservait 1808 lampes à arc, 66 971 lampes à incandescence, soit au total 150 296 lampes de 10 bougies, et 59 moteurs de 550 kilowatts pour usages divers et 44 moteurs de 150 kilowatts pour ascenseurs.
- La Société anonyme du secteur de la place Clichy a utilisé l’espace laissé libre dans sa magnifique usine de la rue des Dames en installant de nouvelles machines verticales de 500 chevaux à 64 tours par minute. La puissance totale de cette station centrale est de 2600 kilowatts fournis par les machines et de 400 kilowatts fournis par les accumulateurs. On comptait 756 lampes à arc, 97 555 lampes à incandescence, soit au total 115 555 lampes de 10 bougies. En tenant compte de toute la puissance fournie pour l’éclairage, la force motrice, et même le chauffage électrique, car le secteur compte 16kilo-wats pour cette dernière application, on arrive à un total de 118 998 lampes de 10 bougies. Le secteur de Clichy est un de ceux qui se sont le plus appliqués à développer l’emploi des moteurs électriques. Ceux-ci sont au nombre de 48 d’une puissance totale de 90 kilowatts pour usages divers et 125 de 271 kilowatts pour ascenseurs. Ce secteur, à l’aide d’un feeder spécialement établi dans ce but, fournit l’énergie électrique aux moteurs utilisés pour actionner les vérins poussant le bouclier dans la construction de l’égout collecteur allant de la porte de Clichv à la place de la Trinité, aux moteurs électriques desservant la locomotive électrique qui sert à enlever les déblais, et aux moteurs qui mettent en marche les pompes d’épuisement installées par la Ville à la porte de Clichy. Il faut également ajouter que l’énergie électrique est fournie au grand et au petit toueur électriques qui fonctionnent dans l'égout de la Madeleine à la place de la Concorde.
- La Société du secteur des Champs-Élysée s dispose actuellement dans son usine de Levallois d’une puissance de 1800 kilowatts; elle dessert 162 lampes à arc, 102167 lampes à incandescence, soit 105179 lampes de 10 bougies, 12 moteurs de 24,6 kilowatts pour usages divers et 11 moteurs de 57,5 kilowatts pour ascenseurs.
- La Société du secteur de la rive gauche n’a pas apporté de modification au matériel installé à l’usine d’Issy, depuis la description que nous en avons donnée1 2. Le nombre de lampes à arc desservies atteint 580, le nombre de lampes à incandescence 19 972, soit au total 28247 lampes de 10 bougies. Cinq moteurs de 25,5 kilowatts sont employés pour usages divers et 12 de 55,8 kilowatts pour ascenseurs. Une installation de chauffage électrique a été laite ; elle comprend 2 appareils de 6 kilowatts.
- Le réseau municipal est alimenté par l’usine municipale. des Halles, qui a une puissance totale de 570 kilowatts ; les appareils desservis comprennent 492 lampes à arc, 5629 lampes à incandescence, soit 10150 lampes de 10 bougies et 8 moteurs de 7,56 kilowatts. D’intéressantes applications de l’énergie électrique ont été faites pour l’éclairage public par M. H. Maréchal, ingénieur du service municipal de la lre section, dans le square de la Tour Saint-Jacques, aux carrefours des rues Saint-Denis et de Rivoli et dernièrement dans l’avenue de l’Opéra3.
- En résumé, la puissance totale disponible dans les sta-
- 1 Yoy. n° 1196, du 2 mai 1896, p. 347.
- 2 Yoy. n° 1227, du 5 décembre 1896, p. 15.
- ions centrales de Paris était de 17 775 kilowatts au 1er octobre 1896 au lieu de 10 965 au lor octobre 1895. Le nombre total de lampes réduites en lampes de 10 bougies était de 545 914 en 1896 au lieu de 454 567 en 1895. Le nombre de moteurs était de 295, d’une puissance totale de 1452 kilowatts, en 1896; en 1895, ils étaient au nombre de 154 et n’avaient qu’une puissance de 551 kilowatts. Si l’on fait le total de tous les appareils installés chez divers abonnés, on trouve une puissance totale installée de 25 276 kilowatts en 1896 et de 16616 en 1895.
- En présence de ces chiffres, on ne saurait nier les grands progrès accomplis par les stations centrales d’énergie électrique de Paris; ils sont très remarquables, si l’on considère les obstacles qui se sont présentés et les difficultés qui-ont dù être vaincues. ,1. Laffakgue.
- TREMPE DE L’ACIER
- A l’aCIDE 'PHÉNIQUE
- M. Levât a étudié la trempe de l’acier à l’acide pbénique. Ses premiers essais ont porté sur deux burins en acier fondu Holtzer de qualité supérieure. Le premier, porté au rouge cerise, a été trempé à l’eaa. Le second, à la même température, a été trempe dans une solution d’acide phé-nique du commerce, jusqu’à obtention de la teinte bleue. Il a fait attaquer avec les deux outils trempés du fer ébauché et de la fonte blanche extra«-dure : le burin trempé à l’eau s’est ébréché à plusieurs reprises ; le burin trempé à l’acide phénique a résisté intégralement. Les seconds essais ont porté sur deux barres d’acier corroyé et d’acier fondu ordinaire, portées au rouge blanc, lesquelles ont été l’une et l’autre trempées à bleu dans une solution pareille d’acide phénique. Comparés aux échantillons non trempés, les échantillons trempés à l’acide phénique ont présenté une cassure plus line, devenant d’un blanc miroitant à la lime. La teneur en carbone n’a pas augmenté, mais l’épreuve à la flexion a donné une élasticité un peu plus grande aux barres trempées à l’acide phénique. L’acier trempé à l’acide pbénique acquiert de la dureté, de l’élasticité, de la souplesse. Il tient ferme comme outil d’attaque et il offre toutes les qualités d’une bonne trempe douce.
- UN TOUEUR HYDRAULIQUE
- Sous ce titre, un de nos abonnés, M. A. Guyétano, professeur à l’école du Mont-Roland, à Dole, nous a adressé une Note intéressante sur un nouveau toueur hydraulique, dù à M. Alexis Besson, de Lyon, et qu’il a vu fonctionner cet été. Cet appareil ne fonctionne pas seulement comme moteur fixe, mais encore comme toueur, capable de remonter le courant avec une charge, en se balant sur un câble fixé en amont dans la rivière.
- Pour la traction des bateaux dans les cours d’eau à courant rapide, on est obligé de substituer aux moteurs animés, hommes, chevaux, etc., utilisables seulement dans les cours d’eau à faible courant, des moteurs mécaniques généralement actionnés par la vapeur. Et même quand le courant devient très fort, comme par exemple dans le Rhône, il faut recourir au touage, qui permet une meilleure utilisation de la puissance motrice. Or, moteurs et loueurs coûtent cher et dépensent beaucoup. On conçoit donc qu’un appareil utilisant la force motrice du courant pour la progression des bateaux soit très utile dans les cours d’eau à courant rapide. Le nouveau toueur se com-
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- LA N A TL RE.
- pose essentiellement de deux flotteurs, reliés d’une façon rigide par des entretoises, et sur lesquels sont montés plusieurs arbres parallèles. Les arbres extrêmes portent un train de roues dentées, supportant des chaînes sans lin auxquelles sont convenablement attachées des palettes; l’arbre intermédiaire porte un tambour mis en mouvement au moyen de roues dentées par l’un des deux autres arbres, et sert à enrouler un câble fixé en amont.
- Le courant marchant dans un sens déterminé entraîne les palettes, maintenues de façon à ne pouvoir se replier en arrière, et produit ainsi une puissance motrice proportionnelle à leur surface et au cube de la vitesse. Les palettes, par l’intermédiaire des roues dentées, actionnent le tambour sur lequel vient s enrouler le câble, déterminant ainsi la progression de l’appareil et des bateaux qu’il remorque.
- Des essais réalisés avec un appareil imparfait, à Ront-de-Poittc sur l’Ain,
- (Jura), ont permis de constater un rendement suffisant pour une exploitation industrielle. En effet, un appareil qui n’utilisait guère que 50 centimètres carrés de surface de palettes a pu, dans un courant d’une vitesse de déplacement d’environ 2 mètres par seconde, non seulement se remonter lui-même avec une vitesse de 0m,50 par-seconde, mais encore entraîner après lui deux bachots de pèche chargés de 7 on 8 personnes, soit une charge totale d’environ 1200 kilogrammes. On peut juger par là quelle serait la puissance d’un moteur bien construit, utilisant une surface considérable, ce que l’on peut réaliser facilement sans exagérer les dimensions d’un appareil. La puissance motrice ne coûtant d’ailleurs rien, on ne se trouve limité dans cette voie 'que par les conditions pratiques de construction.
- LA PLUS PETITE MAISON DE PARIS
- La Notice que nous avons récemment publiée1 au sujet d'une des plus pëtites maisons de Paris, nous a valu plusieurs lettres de nos abonnés. Toutes nous signalaient la plus petite maison de Paris, située au n° 59, rue du Chàtcau-d’Eau. Nous avons pensé que nous devions montrer son aspect (voy. figure ci-dessus). On ne peut guère penser en effet qu’il y ait de demeure plus exiguë. La construction a été laite entre les deux murs mitoyens des maisons nos 57 et 41 de la rue; il n’y a pas même lm,50 de 1 Voy. n° 1223, du 7 novembre 1890, p. 363.
- La plus petite maison de Taris.
- largeur intérieurement, pour la façade. La profondeur de l’immeuble ne dépasse pas 5 mètres. Le rez-de-chaussée est occupé par un cordonnier qui l’habite, m’a-t-il dit, depuis quarante ans. Son échoppe étroite et bien modeste lui suffit cependant pour gagner honorablement son existence. Le premier étage de cette maison exceptionnelle consiste en une chambre de même surface que l’échoppe du rez-de-chaussée, et communique avec les appartements du premier étage delà maison n° 41. Elle a été habitée longtemps, paraît-il, par un bébé. Ne dormant que dans un berceau, ses parents avaient jugé qu’ils lui avaient donné là une chambre à coucher suffisante.
- Cette maison, on peut l’appeler ainsi puisqu’elle a son numéro spécial, dépend d’une propriété assez considérable, dont le terrain fait un retour dans la rue du Château-d’Eau. Son entrée principale est située 66, rue du Faube-Saint-Martin. La rue du Château-d’Eau, dans laquelle se trouve cette maison originale, est trop moderne pour avoir une histoire comme d’autres voies parisiennes. Elle s’appelait autrefois la rue Neuve-St-Nicolas;
- ce nom lui venait d’une enseigne bien connue dans le quartier de la Porte Saint-Martin. Ce n’était alors qu’une rue étroite, créée vers l’an 1780. Des décisions ministérielles la firent élargir à différentes époques, en 1828, en 1857, etc. Cette rue Ncuve-Saint-Nicolas, partant de la place du Château-d’Eau, changeait de nom dès son entrée dans la rue du Faubourg-Saint-Martin. Pour son prolongement jusqu’à la rue des Petites-Ecuries, on avait choisi le nom de rue Neuve-Saint-Jean. Le percement de cette rue date de 1780 comme la précédente, et son nom lui vient également d’une enseigne célèbre.
- Actuellement, ces deux rues n’en forment plus qu’une, qu’on désigne sous le nom de rue du Château-d’Eau. La belle mairie qu’on vient d’inaugurer depuis peu, située du côté de cette rue, presque en face de notre petite maison, et qui se développe si luxueusement rue du Faubourg-Saint-Martin, change complètement l’aspect de ce quartier, autrefois monotone et sans intérêt. A. T.
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- LA NATU1SE.
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- NOUVEAUX COMPTEURS POUR BICYCLETTES
- LE CYCLOMÈTRE UNIVERSEL I)E M. FONREAU.
- On embrasse sous le nom générique de compteurs une série d’appareils de mesure ou d’indication qui n’ont entre eux que des rapports très éloignés.
- Pour nous en tenir aux compteurs de bicyclettes, onsaitqu’il en existe aujourd’hui deux classes bien distinctes :
- Les odomètres, qui enregistrent et totalisent le chemin parcouru entre deux époques.
- Les tachymètres, qui font connaître à chaque instant la vitesse à laquelle se meut le cycliste au moment où il consulte l’appareil.
- La combinaison d’un chronomètre et d'un odomètre permet, par un calcul élémentaire, de déterminer indirectement la vitesse moyenne entre deux époques données, et de se passer de tachymètre. Les odomô-tres et les tachymètres sont-ils les seuls instruments qui fournissent des indications intéressantes au cycliste? C’est par la négative que nous répondons à cette question en décrivant deux nouveaux appareils de création récente, et qui, dans certaines circonstances, donnent des renseignements plus utiles et plus précieux que la totalisation de la route effectuée, ou la vitesse atteinte à uii instant donné. Le premier est le cyclomètre universel de M. Fonreau, le second la montre-tachymètre de M. Chateau.
- Cyclomètre universel. — Sous ce nom, l’inventeur désigne un appareil qui fournit, outre les indications ordinaires d’un chronomètre, d’un odomètre et d’un tachymètre, un graphique complet, permanent et irrécusable de tous les mouvements de la bicyclette pendant une période indéterminée. Ce résultat est obtenu très simplement par le cyclomè-tre à l’aide d’un mécanisme dont voici le principe : Un mouvement d’horlogerie entraîne un cylindre
- — LA MONTRE TACHYMETRE DE M. CHATEAU
- représenté sur la partie supérieure de la figure 1, d’un mouvement uniforme. Sur ce cylindre appuie une
- bande de papier qui se déroule d’un côté et s’enroule de l’autre. Cette bande est perforée régulièrement pour être en-régulièrement par le cylindre muni de dents qui pénètrent dans les perforations, et porte une graduation qui permet d’y lire les temps en heures et minutes. Pendant que le papier se déroule d’un mouvement uniforme, un style en argent se promène transversalement sur le papier, suivant une génératrice du cylindre entraîneur, avec une vitesse proportionnelle à celle du cycliste. Ce résultat est obtenu par une transmission à cordelette, à l’aide d’une poulie montée sur la roue d’avant et une poulie à gorge disposée sur le cyclomètre. La
- combinaison des deux mouvements, style et papier,laisse sur ce dernier spécialement préparé une trace plus ou moins oblique, perpendiculaire à l’axe du cylindre si la roue d’avant est immobile, parallèle si la vitesse était infinie. Mais pour éviter d’employer des bandes de trop grande largeur, le style est, par un petit mécanisme de déclenchement, ramené au point de départ à chaque kilomètre. Le graphique se présente donc sous l’aspect d’une série de lignes brisées d’autant plus rapprochées que la vitesse du cycliste est plus grande. Un déduit la vitesse à un instant donné de leur inclinaison et la vitesse moyenne du nombre de retours à zéro entre deux époques déterminées. Pendant les arrêts, le style marque une ligne droite sur la bande, dans le sens du déroulement, ligne dont la longueur représente la durée de l’arrêt. Un seul coup d’œil sur le graphique montre donc toutes les phases d’un
- tramée
- Fig. 1. — Cyclomètre universel (le M. Fonreau.
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- LA NATURE.
- voyage pendant une journée ou une semaine, la bande de papier durant huit jours. L’appareil fournit ainsi des instructions précieuses et des souvenirs inaltérables d’un voyage, la bande pouvant se détacher et se coller sur un carnet de route. En cas d’arrêt de longue durée, il suffit de retirer la bande de papier du cylindre entraîneur pour interrompre le déroulement dû papier. Une seule recommandation à faire aux faux avaleurs de kilomètres : ne pas confier la bicyclette à un manœuvre trop zélé pour faire tourner la roue à la main pendant que l’on goûte les joies d’un repos plus ou moins gagné. Le graphique du cyclomètre pourrait s’en ressentir, soit en accusant des vitesses fantastiques, soit en accusant des ralentissements et des accélérations incompatibles avec les accidents de la route présumée suivie. Un œil exercé ne tarderait pas à débiner le procédé et à mettre les rieurs d’un côté qui ne serait pas le bon. Le cyclomètre est le compagnon obligé des touristes sages, collectionneurs et documentaires.
- Montre-tachymètre. — Le nom adopté par M. Chateau pour désigner son appareil ne répond que très imparfaitement à sa fonction, car il ne donne la vitesse du cycliste que dans des conditions spéciales et répond à un autre but, beaucoup plus intéressant à notre avis, tant pour les coureurs que pour les touristes : c’est un véritable entraîneur automatique, au sens absolu du mot, tant dans son but que dans ses résultats. En effet, l’appareil réglé pour une vitesse donnée fait connaître à chaque instant, par une lecture directe, si la vitesse moyenne a été inférieure, égale ou supérieure à celle que l’on s’était assignée au moment du départ. L’appareil fait, par un mécanisme des plus simples, l’intégrale, la somme des avances et des retards successifs, et en donne la valeur sur un cadran. On voit tout de suite combien est précieuse cette indication toute spéciale pour un coureur qui veut battre un record, car il sait toujours, à chaque instant, s’il est en dehors ou en dedans de la vitesse moyenne qu’il doit maintenir pour battre ce record, ce que ne lui donne pas un indicateur de vitesse ordinaire. Cette indication est également précieuse pour le touriste qui, connaissant la distance entre deux points donnés, et le temps dont il dispose pour la franchir, règle son appareil en conséquence, et n’a plus qu’à tenir l’aiguille immobile, avec l’avantage de connaître la grandeur des retards ou des avances causés par les accidents du terrain ou autres, et la faculté de les compenser lorsque l’occasion est favorable.
- L’appareil qui réalise ces conditions est d’une simplicité extrême : il est basé sur le même principe que le cinémomètre du lieutenant Yalessi, bien connu des marins, et un régulateur de moteur de filatures construit par M. Collin, prédécesseur de M. Chateau, il y a plus de trente ans. Une montre ordinaire, mais munie d’une grande aiguille battant la seconde, est disposée sur un support mobile autour d’un axe vertical. Ce support mobile, commandé par
- la roue d’avant de la bicyclette, tourne en sens inverse de l’aiguille des secondes, et avec une vitesse telle qu’à la vitesse choisie, il fasse exactement un tour par minute.
- Dans ces conditions, si le cycliste conserve rigoureusement sa vitesse, l’aiguille des secondes faisant un tour par minute dans un sens, et la montre un tour par minute en sens inverse, l’aiguille restera immobile dans l’espace pendant que le cadran tournera avec la montre. Si le cycliste ralentit, l’aiguille avancera, se déplacera dans le sens de son mouvement ; si, au contraire, il va plus vite, l’aiguille paraîtra reculer.
- Elle reviendra à la position du départ chaque fois que la vitesse moyenne depuis ce départ sera égale à celle pour laquelle l'appareil aura été préalablement réglé.
- Dans l’appareil construit par M. Chateau (fig. 2), ce réglage se fait en changeant, même en marche, la position du pignon denté qui commande le mouvement du support de la montre. A cet effet, ce pignon denté commande un plateau percé de plusieurs rangées de trous disposés sur des cercles concentriques, et dans lesquels s’engagent les dents du pignon. La plus grande vitesse correspond au cercle de plus petit diamètre. Les vitesses limites sont commandées par le but poursuivi par le cycliste. Pour un coureur, on peut graduer l’appareil jusqu’à 00 kilomètres par heure et se servir de l’aiguille des secondes; pour un touriste, on limite les vitesses moyennes entre 8 et 20 kilomètres par heure, et il suffit de faire usage d’une montre ordinaire, en prenant pour indicateur l’aiguille des minutes. Nous avons la conviction que lorsque l’appareil de M. Chateau sera plus connu, et, partant, mieux apprécié, son usage se répandra rapidement parmi les touristes, car il répond mieux aux besoins de la pratique que Podomètre et le tachyniètre. Son prix est insignifiant, car on peut y placer une montre ordinaire que le cycliste a ainsi toujours sous les yeux, et l’acquisition de l’appareil se limite au boîtier de la montre et au système de transmission qui l’actionne.
- A. Mateür.
- CHRONIQUE
- Étude expérimentale des ampoules utilisées en radiographie et fluoroscopie. — A propos de notre récent article sur ce sujet1, nous avons reçu de M. V. Chabaud quelques intéressantes observations que nous nous empressons de publier. Dans le tube à croix de Crookes, dont on se servait au début de fa découverte de M. Rôntgen, la croix devenait un siège puissant de rayons X lorqu’elle se trouvait sur le trajet cathodique. L’idée de M. Chabaud en faisant le tube qui porte son nom, était de créer sur la paroi anodique en regard de la cathode un foyer de rayons X ; ceux-ci ont la propriété de traverser facilement l’aluminium. Ce tube permettait donc d’obtenir des radiographies, la plaque photographique étant placée derrière l’anode; il donnait de bons
- 1 Vov. n° 1225, du 21 novembre 1896, p. 585.
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- LA NATURE.
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- résultats. Eu ce qui concerne la propriété du palladium dont il est question à la fin de l’article précité, voici l’explication qu'en donne son auteur. Quand un tube où se trouve une lame de palladium devient résistant, il faut le ebaulîér dans une étuve pour dégager les gaz condensés sur les parois ou contenus dans la lame de palladium et les électrodes. On le laisse ensuite refroidir; si le tube se montre trop peu résistant, on y fait passer le courant en utilisant la lame de palladium comme anode. On fait ainsi rentrer dans celle-ci une partie des gaz qui en sont sortis et l’on arrête le tube à la résistance voulue. Dans une ampoule où l’anode se trouve constituée par une lame de platine inclinée à 45°, les rayons cathodiques ne se réfléchissent pas sur cette lame de platine, mais ils viennent simplement la frapper et, suivant les théories admises, ils créent en rencontrant cet obstacle un foyer de rayons X qui sortent du tube dans toutes les'directions. J. L.
- L’œil des poissons et l'objectif photographique. — Dans les appareils photographiques on a, selon les circonstances, copié la façon de faire de l’homme ou du poisson par la mise au point. Quand on se sert de bonnettes on modifie le foyer de l’objectif, on fait comme l’homme et la plupart des animaux qui, pour accommoder leur œil aux divers plans, font varier sa distance focale en changeant sa courbure. Quand, au contraire, on met au point avec une crémaillère en faisant varier la distance entre le verre dépoli et l’objectif, ce qui est le cas général, on opère comme les poissons qui n’ont pas la faculté de changer la courbure de leurs yeux mais qui peuvent avancer ou reculer leur rétine pour faire la mise au point. G. M.
- La poste aux abeilles. — Le Garden Work nous signale les expériences récentes d’un agriculteur anglais qui paraissent de nature à faire considérer la poste aux abeilles comme devant donner des résultats aussi surs que la poste aux pigeons. Qn peut emporter l’abeille très loin de sa ruche, elle y revient sûrement. La dépêche confiée à l’abeille est une photographie microscopique collée entre scs ailes. Nous regrettons seulement que notre confrère ne nous indique pas ce qu’il entend par très loin. Il y aurait, si la chose était réellement possible, un réel avantage à substituer l’abeille au pigeon, parce qu’il serait alors impossible de voir le messager et par conséquent d’intercepter la communication. Mais ces expériences demanderaient à être contrôlées. Avis aux apiculteurs. G. M.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 décembre 1896. — Présidence de M. Cou nu.
- Diffusion de Vargon et de Vhélium dans la nature. — On se rappelle que MM. Bouchard et Troost ont déjà signalé, dans les gaz des eaux de Cauterets, la présence de l’argon et de l’hélium. L’un ou l’autre de ces gaz prédominait suivant les sources. M. Bouchard a étudié à ce point de vue les eaux de Bagnoles-de-l’Orne, afin de savoir si ces eaux, qui sont silicatées, jouissent de la même propriété que les eaux sulfureuses de Cauterets. Il a constaté que les gaz qui s’échappent de la source de Bagnoles contiennent 5 pour 100 d’acide carbonique et 95 pour 100 d’azote. Mais cet azote, soumis à l’action de l’étincelle d’induction en présence de l’oxygène, a présenté 4,5 pour 100 d’azote irréductible qui a été reconnu, par l’examen spectroscopique, pour être de l’argon avec traces d’hélium. 11 y a lieu de noter cette forte proportion d’argon.
- Application des Rayons de Rontgen en médecine. — Après avoir remarqué que les rayons de Rontgen ont été employés avec succès, par les chirurgiens, soit pour déterminer l’état d’un os, soit pour reconnaître la position d'un corps étranger, mais non point par les médecins, M. Bouchard signale une application qu’il vient de réaliser dans sa clinique. Un malade, présentant d’un côté du thorax un épanchement dans la plèvre, est soumis à l’action des rayons de Rontgen devant un écran phosphorescent. Ceux-ci traversent fort bien la moitié normale du thorax, mais sont éteints par le liquide dans la moitié qui présente l’épanchement. Celui-ci devient dès lors apparent et l’on peut apprécier à la fois la place et l’importance de l’épanchement.
- Dosage de l'oxyde de carbone dans le sang. — M. Gréhant remarque que l’analyse spectrale ne permet pas de déceler la présence de faibles quantités d’oxyde de carbone dans le sang. Les caractères spectraux sont encore visibles, lorsque le sang oxycarburé est mélangé à un volume égal de sang normal, mais ne persistent pas au-dessous de ce rapport. M. Gréhant propose en conséquence de décomposer, à la température de 100°, le sang oxycarburé au moyen de l’acide acétique. Il recueille l’oxyde de carbone et le dose au grisoumètre. Cet appareil convient fort bien en effet pour ces recherches, à cause de sa sensibilité, car 1 centimètre cube d’oxyde de carbone correspond à 7,4 divisions.
- Varia. — M. Paul Gibier indique une méthode pour recueillir le venin des serpents vivants. — M. Lacroix décrit le mode de transformation des granits au contact des couches calcaires. — M. Roze montre que la gale des pommes de terre produit un état favorable au développement d’autres microbes. — M. Deslandres annonce les résultats qu’il a déduits des observations du soleil faites pas lui au Japon, pendant l’éclipse du 8 août 1896. Cii. de Villedeuil.
- UN ÉPISODE DE CHàSSE EN CHINE
- d’après UN ANCIEN KAKEMONO PROVENANT DU PALAIS D’ÉTÉ
- La chasse a toujours été, comme on sait, depuis les premiers temps du monde, un des principaux plaisirs des hommes. Dans le lointain pays de Chine, il en lut toujours aussi de même; nous en voyons la preuve dans les célèbres relations du grand voyageur vénitien Marco Polo, qui vivait au treizième siècle (1269-1295). L’Empereur de la Chine ou le grand Khan, comme Marco Polo l’appelait dans ses récits, avait l’habitude de quitter Cambalu (Peking ou cour du nord), pour aller jusqu’à la mer Oceane se livrer au plaisir de la chasse.
- Le grand Khan, au dire de Marco Polo, voyage toujours sur quatre éléphants qui portent une moult et belle chambre de bois toute couverte en dedans de drap d’or et en dehors de peaux de lion (c’est-à-dire de peaux de tigre ou de léopard). Là aussi sont plusieurs barons pour le récréer et lui tenir compagnie.... Quand le grand Khan est arrivé à un lieu nommé Cacciarmodun1, il y trouve tendus ses
- 1 Cliaehiri-Mondou, sur le fleuve Usuri, tributaire de l’Amour (Mandchourie).
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- LA NATIIR K.
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- pavillons et ceux de ses 1 ils, de ses barons et de ses l'emmes, au nombre de plus de dix mille, moult beaux et riches.... Les gerfauts, les faucons et les autres oiseaux et bêtes ont pareillement leurs tentes.... Le grand Khan a avec lui des médecins, des astrologues, des fauconniers et autres officiers, et tout est ordonné aussi bien que dans sa capitale. Il reste en ce lieu jusqu’au printemps et pendant ce temps il ne cesse d’oiseler, prenant grues, cygnes et autres oiseaux; et ses gens qui sont répandus alentour lui rapportent chaque jour force venaison.... Sachez encore que par toutes les terres où le grand Khan a seigneurie, nul roi ni baron ni autre homme n’ose prendre ni chasser lièvre ou daim ou toute autre hôte qui se reproduit du mois de mars au mois d’octobre ; et si on avait l’audace de le faire on en
- serait grandement puni, parce que le seigneur l’a défendu. Nous ne pouvons malheureusement donner une gravure de ces expéditions antiques décrites par Marco Polo, mais voici (voy. fig. ci-dessous) un épisode de chasse exécutée dans la province de Mandchourie. C’est la reproduction d’un ancien kakémono chinois appartenant à un de nos abonnés, M. François Beau, ingénieur aux mines de la Grand’Combe (La Le-vade), qui a eu l’obligeance de nous en envoyer une photographie. Nous avons pu faire déchiffrer les inscriptions qui l’accompagnaient, placées de chaque coté de la composition et pointes à l’encre de Chine. Nous avons cru pouvoir les omettre afin de donner plus d'importance au tableau. Sans être aussi ancienne que les récits de Marco Polo, cette image date cependant de 115 années. File aurait été exécutée par un
- peintre bien connu qui vivait au temps de l’empereur Kien-Long (1756-1796), le septième de la dynastie des Tsing. Cet artiste se nommait Kia-llong. U composa cette jolie peinture pour la donner à son protecteur Thou-Tàn, ministre des finances, le huitième mois de la quarante-cinquième année du règne (août 1781).
- Ce kakémono, dont la dimension est de 2 mètres de longueur sur 1 mètre de hauteur, a été pris dans le Palais d’Etê par un militaire français, lors de la guerre de 1860. La peinture est faite sur papier de Chine, toute parsemée de pointillés d’or. Le principal personnage, sans doute le ministre Thou-Tàn, est sur un cheval hlanc: à ses cotés sont groupés des personnes de sa suite à cheval ou à àne. lis viennent de descendre un sentier rocailleux de la forêt pour arriver au moment où deux jeunes daims, poursuivis par un chasseur tireur d’arc, vont périr sous
- ses coups. Bans le même moment on voit dans le premier plan du tableau un jeune chien poursuivant deux martres. Aujourd’hui, en Chine, le luxe d’autrefois est bien diminué, c’est le temps delà simplicité. Si l’empereur de Chine va chasser, il se fait porter par quatre hommes dans un palanquin, les éléphants et les cortèges extraordinaires ont disparu. Le Fils du Ciel d’il y a plus d’un siècle avait cent éléphants qui servaient pour les grandes solennités. Aujourd’hui, dans l’ancienne écurie impériale de Peking, nommée llsün-hsiang-so, où tous les batiments soût encore considérables, il n’en fait plus garder que trois, qui sont si petits et si maigres qu’ils ne pourraient jamais porter un si grand personnage.
- Albert Tissaxdieh.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Laiilke, rue de Fleuras, 9.
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- lu DÉ CK MME
- Il existe à Nice, sur la terrasse de la belle villa Henry de Cessoles, coquettement assise au fond d’une riante colline au débouché du vallon de Mon-tégu, un palmier dattier qui constitue une véritable curiosité.
- Jamais jusqu’ici aucun palmier dattier n’avait fourni de fruits savoureux sur les côtes de la Méditerranée. Celui-là, depuis 1895, porte chaque année une douzaine de régimes sur lesquels se développent de belles dattes comestibles et sucrées mûrissant dès le moisd’avril,alors que sous le climat africain, la maturité des dattes les plus précoces ne se produit qu’au mois de juillet (fig. 1). Ce palmier
- dattier est donc le premier qui ait permis de récolter en France des fruits agréables et propres à la consommation. M. Émile Sauvaigo, conservateur de la
- Bibliothèque de Nice et secrétaire général de la Société d’agriculture, a récemment découvert ce dattier dans le jardin de M. le chevalier de Cessoles; M. Ch. Naudin, de l’Académie des sciences, en a poursuivi l’étude botanique détaillée et M. Léon Dru a fait sur cet arbre intéressant une communication à la Société internationale d’agriculture de France. On peut compter sur la côte d’azur les plantes propres à l’alimentation. On connaît depuis plusieurs années le
- Figuier de Barbarie, le Néflier du Japon, le Bananier, le Goyavier; on a admiré récemment les Plaqueminiers ou Kakis, les Anones Chérimoliers, les Hovenia, les Asimines, les Eugenia; mais on n’aurait jamais pu croire que l’on mangerait à Nice, sans la fécondation artificielle déter m inée par l’homme, des dattes bien nourries, délicieuses, riches en 25* année. — 1er semestre.
- matières sucrées, et dont la maturité s'effectuerait pendant le mois d’avril (fig. 2 et 5).
- Ce palmier aurait été apporté de Bordighera en 1882. Mais comment serait-il venu à Bordighera? Il existe à Laghouat, en Algérie, localité relativement froide où la neige est parfois très abondante, une race de dattiers à fruits noirs et qu’on ne trouve que
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- LA N A T U B K.
- là. Le dattier de Nice serait-il un dattier de Laghouat? C’est possible, mais c’est assez peu vraisemblable.
- À ert juger par son aspect, onpounait le supposer hybride du Dattier commun et du Palmier canariote, à moins qu'on ne préière le rattacher au Phoenix seneyalensis, qui porte de petites dattes noires. Par la glaucescence de ses palmes, la configuration de ses régimes et par la grosseur et la forme de ses fruits, il rappelle tout à fait le Dattier proprement dit ; mais par le notable élargissement de la base de ses palmes à leur insertion sur le tronc, il semble revendiquer un certain degré de parenté avec le Palmier des Canaries. A ce compte, il serait hybride; mais pour en trouver l’origine, il faudrait remonter à quinze ou vingt ans; or, à cette époque, fait remarquer M. Sauvaigo, il ne paraît pas qu’il y eut des Palmiers des Canaries en état de fleurir dans les jardins de la Provence. Une autre hypothèse, tout aussi fondée, consisterait à voir dans cet arbre une simple variation de l’espèce classique du Dattier, chez lequel, en effet, les variétés se comptent par centaines. Sait-on d’ailleurs où est la limite de la variabilité des espèces1 ?
- C’est par le secours du pollen du Palmier des Canaries qu’un grand nombre d’hybrides fertiles du Dattier du Sahara ont pris naissance et produisent aujourd’hui dans quelques jardins d’Hyères, du golfe Juan, d’Antibes, des dattes qui mûrissent. Mais ces dattes laissent toujours dans la bouche une saveur d’àpreté désagréable.
- M. Sauvaigo admet plutôt que les régimes du dattier de Nice ont été fécondés par le pollen du Phoenix canariensis qui se trouvait dans son voisinage, par l’intermédiaire des abeilles ou d’autres insectes. Il est de fait que certains Phœnix senega-lensis produisent quelquefois des fruits comestibles quand leurs fleurs sont f écondées ou par un arbre de la même espèce ou par un Phœnix canariensis.
- Dès l’apparition des premières Heurs du Palmier des Canaries sur le littoral, les botanistes avaient déjà émis l’opinion que l’on pourrait récolter des dattes comestibles en Provence, à la condition de choisir d'abord des variétés précoces du Dattier commun et de faire féconder ces variétés par le pollen de leur espèce. Ces prévisions se sont ainsi réalisées. « C’est dans l’hybridation qu’il faut chercher les chances de succès », disait dès 1872 M. Edmond André3. Et de fait, avant d’arriver au palmier comestible, on a produit des dattiers de toute beauté comme celui d’Hyères, place des Palmiers, celui de l’hôtel de ville de Cannes, celui de la propriété de Tousta, à Cimiez, dont la hauteur atteint 20 mètres, enfin ceux de Bordighera, la ville aux palmiers.
- Quoi qu’il en soit, M. Naudin a baptisé le palmier dattier de la villa Henry de Cessoles du nom de Phœnix melanocarpa pour rappeler la couleur noire de ses fruits; chaque datte mesure environ 4 centimètres de long sur 2 centimètres et demi de diamètre ;
- 1 Le Phœnix melanocarpa, par Emile Sauvaigo.
- - Les palmiers hybrides en Provence, lievue horticole, 1802.
- c’est à peu près la grosseur de l’olive. La couleur est d’un noir foncé ; chaque datte pèse en moyenne 8 grammes. La peau est ferme, se détache aisément de la pulpe qui constitue autour du noyau une enveloppe épaisse, charnue et sucrée. M. de Cessoles avait envoyé cette année à M. Aimé Girard, de l’Académie des sciences, une quantité suffisante de dattes pour que l’on pût en faire l’analyse. M. Aimé Girard a mis en relief quelques faits intéressants. D’habitude, dans les dattes d’Asie, la matière sucrée est formée de sucre ordinaire. Un en retire même du sucre cristallisable pour les besoins de la consommation. Ici, au contraire, la saccharose fait défaut; la matière sucrée du fruit est constituée par de la lévulose, et en poids elle atteint les deux cinquièmes du poids de la pulpe. De plus, on ne trouve ni acides, ni composés tanniques1. Cette composition chimique toute spéciale du fruit du Phœnix melanocarpa explique sa saveur si caractéristique. La lévulose rend la datte moins sucrée et l’absence d’acides lui communique de la douceur. La pulpe, riche en pectine, fond pour ainsi dire dans la bouche et l’écorce si fine de la datte lui transmet son parfum délicat.
- Il serait donc utile de ne pas laisser à l’état de simple curiosité une espèce de fruits aussi savoureuse et aussi précoce que celle des dattiers de la villa de Cessoles. Il faut souhaiter qu’on la propage désormais sur le littoral de la Provence.
- Elles auraient certainement grand succès sur nos tables parisiennes, ces dattes nées sur le sol français.
- Henri de Parville.
- LE 4e SALON DU CYCLE
- EXPOSITION ANNUELLE DE VÉLOCIPÉDIE ET d’aUTOMOBILE
- Le 4e Salon du cycle a été inauguré samedi dernier 12 décembre à 2 heures et demie au Palais de l’Industrie, par le ministre du Commerce, M. Boucher. Disons immédiatement que le nombre des exposants est monté cette année au chiffre étonnant de 520 ! Le rez-de-chaussée du vaste monument des Champs-Elysées contient avec peine cette profusion de stands multicolores et de coquets salons qui se serrent les uns contre les autres jusque dans les moindres recoins des voûtes sombres où d’ordinaire les expositions ne placent que leurs débarras!
- Le Salon du cycle, à en juger par l’invraisemblable cohue de visiteurs qui est accourue à son ouverture, cohue qu’aucune exposition de peinture, aucune exhibition, si bien tambourinée fût-elle, n’a jamais provoquée à degré égal, cette foire annuelle des machines à faire de la vitesse, est décidément une des grandes attractions qu’attend vers décembre le public de tous les mondes! 11 est utile, je crois, de signaler ainsi l’enthousiasme sincère qui pousse vers les brillantes manifestations de leurs sports tous ceux qui ont goûté à ces deux modernes facteurs de santé et de liberté que sont la bicyclette et l’automobile.
- Mais quoi de nouveau? Les nouveautés, il faut l’avouer, y sont très clairsemées. De-ci, de-là, quelques curieuses
- 1 Aimé Girard. Sur la composition et les fruits du Phœnix melanocarpa. Comptes rendus de l’Académie des sciences, n° 10,1806.
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- implications de principes connus et remis en lumière, quelques perfectionnements bien venus; mais de franche originalité, aucune. Les constructeurs de bicyclettes ont seulement employé tous leurs efforts à fabriquer avec plus de soins les modèles bientôt classiques. On ne saurait trop les louer d’amener ainsi peu à peu à leur perfection des types de machines qu’une nouveauté révolutionnaire seule peut détrôner, révolution qui d'ailleurs n’est pas encore à l’horizon. Cette tranquillité momentanée a permis aux fabricants français, protégés contre la concurrence étrangère par des droits de douane de 225 francs les 100 kilogrammes, d’abaisser sensiblement leurs prix ; ils ont pu se créer un outillage spécial en vue de la fabrication à grand nombre de pièces bien définies, et c’est d’autant qu’ils ont pu dégrever le coût de revient de chaque bicyclette et partant le chiffre à demander à l’acheteur. En résumé, les bicyclettes 1807 seront mieux finies et moins chères que leurs sœurs— déjà vieilles — de 1806. C’est, au point de vue social, la meilleure constatation à faire au Salon du cycle de cette année.
- Les caractéristiques de cette attrayante exposition sont d’autre part au nombre de deux : 1° la progression de l’automobile sur la bicyclette. Les voitures automobiles, il faut le reconnaître, font, dans le goût du public plus que dans la voie de la perfection, des progrès surprenants. Le président du comité d’organisation, élu par les exposants, n’est-il pas cette année un « chauffeur », le comte de Dion? — 2° L’invasion de notre pays, aux routes si propices au cyclisme, où l’argent est si facile, l’invasion par les marques américaines ! C'est là une fatalité prévue, mais cette importation de machines de toutes sortes, qui ne sont d’ailleurs aucunement supérieures à nos bicyclettes nationales et sont d’un prix plus élevé, ne peut que faire bénéficier nos fabricants d’idées originales et souvent pratiques. Dans un prochain article accompagné de nombreuses gravures, nous passerons en revue les meilleures des conceptions que les Américains exposent au Salon et nous constaterons que les inventeurs français n’ont pas perdu le record de l’ingéniosité.
- Je ne voudrais pas clore ce premier article de généralités sans signaler deux stands où, bien qu’il n’y soit fait aucun commerce, le monde vélocipédique afflue, parce qu’ils représentent des idées éminemment utiles : le premier, celui de l’association que son distingué président, M. Ballif, a amenée en trois années à la puissance de 50 000 membres, le Tou ring club de France, qui défend les intérêts de tous les touristes, qui veille à l’entretien et à l’amélioration des routes, etc. ; les types de poteaux indicateurs de « descentes dangereuses », de « secours vélocipédique », etc., que le T. C. F. expose là à côté de graphiques multiples, conslituent une leçon de choses nouvelle pour beaucoup. Le second stand « moral » qui mérite visite, et dont l’idée mérite l’encouragement de tous ceux qui s’intéressent particulièrement aux sports nouveaux, est celui de la Société frança ise de prévoyance des employés du commerce de l’industrie vélocipédique et de l’automobile, qu’un décret ministériel a autorisée et que conduit avec une ténacité heureuse son fondateur, M. Marais.
- Ces exemples de solidarité attireront, je l’espère, de la part des lecteurs de La Nature, une sympathie plus vive encore sur ces industries si curieuses et si bienfaisantes pour notre pays que sont le cyclisme et l’automobile. Prochainement nous étudierons dans leurs détails les divers progrès que le Salon actuel a révélés pour chacune d’elles. L. Baudp.y de Saunier.
- LES GROTTES DE JONAS
- L’une des localités d’Auvergne le plus souvent recommandées aux touristes est la curieuse petite ville de Besse-en-Chandesse, où les souvenirs historiques sont si pittoresquement matérialisés par toute une collection de maisons sculptées dont chacune est un vrai bijou. Les amis de la nature peuvent de leur côté faire de Besse le centre de toute une série d’excursions de haut intérêt parmi lesquelles on rappellera ici la visite du lac l’avili, d’une beauté si dramatique, l’ascension du pic de Sancy, qui est bien l’observatoire le plus haut de la France centrale, et, dans une autre direction, la course au lac de Chambon et au château de Murols, illustrés par les incomparables descriptions de George Sand.
- C’est auprès de Besse aussi que sont les grottes de Jonas : elles valent largement la peine qu’on doit prendre pour y parvenir. Quand on quitte la ville, il faut traverser une région essentiellement basaltique qui donne auprès de Saint-Diéry et auprès de Crest des escarpements pittoresques ; même au puy de Treuil se montre une véritable colonnade. Dominant de beaucoup toute la surface peu accidentée des environs, s’élève au loin le volumineux massif du puy de Saint-Pierre-Colamine qui fait le piédestal, jusqu’à 1000 mètres d’altitude, d’une petite église d’où la vue est fort étendue.
- Peu de points de l’Auvergne sont plus volcaniques d’apparence : ce sont de tous côtés des amas de scories bizarres dans leurs formes et frappantes dans leurs couleurs, qui vont du noir profond ou rouge de sang en passant par les intermédiaires les plus ménagés ; des coulées de lave, et spécialement celles du puy de Montcineyre, au pied duquel est le lac Pavin, accidentent le sol de leurs « cheires » rebelles à toute culture ; des amas de conglomérats très variés dans leurs éléments s’étendent sur une large surface.
- C’est dans cette dernière catégorie de roches que1 les grottes de Jonas ont été creusées. Ces roches forment des lits grossiers superposés en couches à peu près parallèles entre elles et qui sont adossées au puy de Saint-Pierre.
- « La couleur rouge de ces scories, dit Henri Lecoq, le jaune pur des lichens qui les recouvrent en quelques endroits, la fraîche verdure des cèdres et le vol rapide de Tbirondelle des rochers qui a fixé dans cette solitude son séjour d’été, en font un lieu très remarquable et très pittoresque. »
- Mais ce qui rend la localité tout à fait étrange, c’est précisément la présence des grottes, dont on voit même de très loin les ouvertures béantes et noires, au nombre de quarante peut-être, se détacher en noir de la paroi verticale du rocher.
- Malgré l’apparence abrupte, l’ascension n’en est pas difficile et même on rencontre de véritables escaliers tournants d’une conservation parfaite, et
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- grâce à eux l’exploration peut se l'aire très aisément. Comme le montre le beau dessin d’Albert Tissandier joint à cet article, elles sont à diverses altitudes au-dessus de la plaine : 9, 12, 15 et jusqu'à 50 mètres, et elles diffèrent encore par leurs dimensions très inégales, depuis celle d’une petite cabane jusqu’à celle d'une énorme salle où plus de cent personnes pourraient tenir à l’aise. Çà et là les murs sont décorés d’ornements, et une salle, considérée comme ayant été une chapelle, a ses murs peints de fresques intéressantes, sinon d’une haute valeur artistique.
- Les antiquaires sont assez d'accord pour reporter une partie au moins de ces travaux au treizième
- siècle, mais ils discutent sur l’affectation véritable de ces cavités singulières.
- Ainsi, d’après certains érudits, les auteurs des excavations seraient les Templiers, qui s’étaient proposé par cette œuvre gigantesque de transformer en citadelle le rocher de Colamine. « C’était, dit l’auteur anonyme d’un ouvrage intitulé : Vacances en Auvergne (1857), la retraite la plus curieuse, et la merveille la plus étonnante qui fût au monde. On y arrivait jadis par un pont-levis, qui devait avoir 5(J pieds au-dessus du sol, à en juger par les ouvertures de l’entrée principale. Quatre étages superposés les uns sur les autres communiquaient entre eux par un escalier tournant, taillé
- Vue d'ensemble des grottes de Jouas j>rès de Hesse en Auvergne. (Dessin d'après nature de M. Albert Tissandier.)
- de main d’homme dans la masse du rocher. Les appartements étaient éclairés par des ouvertures rondes qu’on avait pratiquées dans le basalte. On voit encore la salle d’armes, le réfectoire, les cuisines, les écuries et les auges pour les chevaux. Mais ce qu’il y a de plus remarquable et de mieux conservé, ce sont les chambres des chevaliers et la chapelle; elles portent encore des traces de leur destination primitive. Depuis des siècles, cette forteresse, qui semble l’œuvre des Titans, est déserte, et personne n’a songé à l’utiliser, si ce n’est pour en faire des greniers à foin. »
- D’autres auteurs pensent qu’il s’agit d’un véritable village souterrain, et c’est l’opinion de Henri Le-coq, qui a écrit un magnifique ouvrage en cinq gros volumes intitulé : Les époques géologiques de l'Au-
- vergne. On serait en ce cas en présence de vestiges provenant de quelqu'une de ces peuplades troglody-tiques si singulières, connues en Amérique sous le nom de cliffs-dwellers, et dont nous avons en France même des spécimens en plusieurs régions, comme la Touraine.
- La ruine du village souterrain de Jonas serait la conséquence d’un éboulement, genre d’accident très fréquent dans des terrains du genre de celui où les grottes sont perforées; à Pardines, on en voit un exemple entre bien d’autres, de larges fissures traversent le rocher, et chaque année au dégel il s’en détache des lambeaux, qui peu à peu anéantiront complètement ces restes vénérables, et jusqu’à leur souvenir. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE
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- LE PARATONNERRE
- I)E LA TOUR SAINT-JACQUES
- Le paratonnerre est certainement, un appareil des plus utiles, et qui rend chaque jour de grands services en protégeant nos maisons et nos édifices contre les décharges de la foudre. Mais jusqu’ici les études et les observations sur ces appareils n’avaient pas fourni de résultats pratiques nombreux et dignes d’être mentionnés. Aussi l’attention des électriciens a-t-elle été mise en éveil lorsque, il y a quelques semaines, M. H. Becquerel présenta à l’Académie des sciences une Note de MM. Mildé et Grenet sur l’efficacité de la protection de la tour Saint-Jacques contre un coup de foudre exceptionnel qui avait éclaté le 7 juillet 1896. D’après les documents officiels rédigés par le directeur de l’Observatoire, une première décharge avait éclaté à 211' 58m 22% donnant un vif éclair et étant accompagnée d’un grand bruit. La pointe du paratonnerre avait été portée au rouge sur une longueur de 50 à 60 centimètres, et au même instant on avait entendu le bruit caractéristique de l’émission d’un violent effluve. Cinq décharges successivement sont ainsi survenues dans la durée de quelques minutes.
- Il était intéressant de connaître les principales dispositions employées dans ce paratonnerre. C’est dans ce but que nous avons fait une visite à l’Observatoire de la tour Saint-Jacques et que nous avons relevé les arrangements représentés dans la figure ci-dessus. Le paratonnerre proprement dit est formé d’une tige centrale d’une longueur de 2 mètres, dépassant de 20 centimètres à peine la pointe métallique placée sur la statue de saint Jacques que l’on voit dans notre figure à droite. Cette dernière pointe semble plus élevée par suite d’un effet de perspective, bien qu’en réalité il en soit autrement. Les statues placées aux angles de la tour portent également, chacune une courte tige terminée par une pointe, et reliée par une chaîne métallique à un anneau cen-
- tral. Cet anneau est maintenu autour de la tige par une corde qui le fixe sur la poulie du drapeau supérieur. On peut, en s’aidant de cette corde, hisser cet anneau ou le descendre à volonté. Cette disposition est intéressante parce que, l’anneau étant relevé à la partie supérieure de la tige centrale, on forme avec les chaînes comme une sorte de cage métallique destinée à recueillir toutes les décharges électriques et sous laquelle les observateurs peuvent en toute sécurité se livrer à leurs travaux. Il est ainsi possible aux météorologistes de se trouver à leurs postes d’observation môme quand la foudre les menace et précisément pour l’observer de près. Aussi il leur a été facile de constater, pour l’orage mentionné plus haut, que la pointe du paratonnerre avait
- rougi sur une longueur de 50 à 60 centimètres.
- En ce qui concerne l’installation proprement dite du paratonnerre, un double conducteur est disposé de manière à envelopper complètement la tour Saint-Jacques. Ce conducteur est lormé par un ruban de cuivre rouge de 5 centimètres de largeur et de 1 millimètre d’épaisseur ; il s’applique contre les parois des murs comme on peut le voir dans le n° 2 de notre figure.
- Les prises de terre ont été particulièrement soignées. Les deux conducteurs A et B (n° 1 de la figure) descendent le long de la tour, enveloppés dans une gaine de plomb, et sont reliés, l’un, A, aux conduites maîtresses de gaz et d’eau C et D, et l’autre, B, à un tube en tôle E de 15 centimètres de diamètre et de 10 mètres de longueur enfoncé dans le sol.
- Ces diverses précautions peuvent être très importantes dans l’établissement des paratonnerres.
- 11 arrive quelquefois, quand la section des conducteurs est trop faible, qu’un premier coup de foudre fasse fondre le métal. 11 y a interruption du circuit et l’édifice n’est plus protégé. Le fait s’est produit à Bruxelles. Dans le système établi à la tour Saint-Jacques, les conducteurs sont multiples, à large section, et la foudre ne peut les faire fondre. C’est une garantie du bon fonctionnement du paratonnerre. J.L.
- Dispositifs du paratonnerre de la tour Saint-Jacques. En cartouche, prises de terre.
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- LA NAT U UK.
- ROBINET POUR RECIPIENTS DE GAZ
- COMPRIMÉS OU LIQUÉFIÉS
- MM. Ducretet et Lejeune ont récemment présenté à l’Académie des sciences un nouveau robinet pour récipients destinés aux gaz comprimés ou liquéfiés. Tous ceux qui font un usage fréquent de Voxygène comprimé savent, par expérience, que ce gaz, lancé trop vivement, par le simple jeu du robinet du récipient, dans un détendeur ou directement dans le tube de caoutchouc fixé à la lampe oxhydrique, produit quelquefois une violente explosion, et la combustion du tube de caoutchouc dans le second cas. MM. Berthelot et Vieille ont signalé dernièrement le danger que l'acétylène liquéfié peut présenter, dans les mêmes conditions, lorsqu’il est lancé trop vivement dans un détendeur ou dans tout autre réservoir de faible capacité : le danger serait en permanence dans les mains de tout le monde. Le nouveau robinet de sortie de MM. Ducretet et Lejeune offre une plus grande sécurité ; il ne permet pas la sortie rapide du gaz, même par une manœuvre rapide de la vis V. A l’intérieur de ce robinet se trouve une soupape S, ayant une ouverture de sortie permanente et réglée; par suite, cette soupape permet une rentrée rapide du gaz pour le remplissage du récipient D, mais elle s’oppose à une brusque sortie du gaz, ainsi qu’il vient d’être dit ; on évite ainsi l’introduction anormale du gaz dans le détendeur ou dans la conduite de distribution.
- A L’EXPOSITION D’AYICULTURE
- Il est assez curieux de noter combien, dans cette fin de siècle de prodigieuse activité et qu’on croirait tout entière à l’électricité et à la mécanique, le nombre de ceux qui s’intéressent aux choses de la terre et à la vie des champs est considérable. Il n’y a pas vingt ans, les Concours généraux agricoles avaient lieu seulement tous les cinq ans; aujourd’hui, c’est tous les ans qu’ils ont lieu, chaque chef-lieu de canton a son concours régional, et les expositions consacrées par des Associations agricoles à certaines races bovines ou ovines, par des Sociétés particulières aux chiens, aux poules, aux pigeons, ne se comptent plus. Ces jours derniers, au Palais de l’Industrie, en même temps que le Salon du cycle, se tenait une très importante exposition avicole, importante autant par le nombre des bêtes exposées que par leurs qualités et leurs variétés; notre grand confrère quotidien le Journal, qui, on se le rappelle, avait obtenu un gros succès avec son Exposition des chats, était le promoteur de ce concours international qui a définitivement consacré l’élevage des animaux de basse-cour.
- Les visiteurs de cette exposition, toute spéciale, mais très intéressante, ont dù s’étonner de la beauté du plumage,
- de l’air florissant et plein de santé de la plupart des sujets exposés ; parmi ceux de nos lecteurs qui possèdent une basse-cour, beaucoup, j'en suis certain, sont satisfaits du « rendement » de leurs volailles; dans une exposition, le rendement n’est rien ou presque rien, la présentation, c’est tout. En Angleterre, les éleveurs professionnels ou amateurs possèdent, au suprême degré, l’art de préparer une volaille pour une exposition. Voyez au Crystal Palace ou à VAgricultural Hall, les sujets exposés ont tous ce « je ne sais quoi » que les Anglais appellent « the good condition of birds » et qui les fait immédiatement remarquer.
- Assurément les exposants ne présentent jamais au jury que les sujets de choix de leur élevage ; mais encore y a-t-il manière de les présenter. Le moyen à employer est très simple : Avez-vous choisi une bête réunissant les meilleurs caractères de sa race, habituez-Lt au public, pour qu’elle ne s’effraie pas au passage du jury ; puis, l’avant-veille, la veille même du concours, faites-lui un lavage complet, une véritable lessive, dans une eau chaude savonnée à laquelle vous aurez ajouté un peu — très peu — de bleu, séchez-la avec une éponge et de la flanelle, lissez-luiles plumes avec une brosse mouillée d’eau dans laquelle vous avez préalablement délayé un demi-fiel de bœuf ; et le lendemain vous aurez une hé te qui, tout de suite, attirera les regards des juges et des visiteurs. N’oubliez pas les pattes : net-toyez-les au savon et frottez-les légèrement de vaseline qui leur donnera un aspect brillant et lisse.
- Quant à la crête et aux barbillons, une fois nettoyés, enduisez-les d’une mixture de vinaigre et d’eau, ce qui contribue à la circulation du sang et raidit la crête, qui se porte bien droite ; la fleur de soufre ou le sulfate de fer mélangés à la pâtée contribuent à donner à la crête une belle coloration rouge vif. Voilà tout le secret de la présentation des volailles, du « bon conditionnement de la livrée », comme me disait un confrère anglais.
- Ce que nos voisins d’outre-Manche n’ont, par exemple, jamais pu obtenir, c’est la bonne et belle préparation des volailles mortes; c’est pourtant bien simple. La bête ayant été préalablement engraissée, on lui blanchit la chair en la nourrissant avec de la farine d’orge mouillée de lait écrémé; puis, douze heures avant de la tuer, on la met dans un endroit chaud et on lui fait boire un breuvage contenant deux tiers de lait, un tiers d’eau et un peu de sel. Après quoi on sacrifie la bête, on la plume, et, pendant qu’elle est encore chaude, on l’enveloppe dans un linge que l’on a préalablement imbibé de lait. Cela fait, on dispose l’animal dans une forme, un « sabot », et on le ficelle avec des bandelettes comme si on préparait une momie. Voilà en quelques mots les petits moyens employés par nos éleveurs pour préparer leurs bêtes d’expositions. C’est à la portée de tout le monde. Paul Mégnin.
- Robinet pour récipients de gaz comprimés ou liquéfiés.
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- LA NAT LUE.
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- 100 KILOMÈTRES EN 20 HEURES
- DE MARCHE
- PAR DEUX OFFICIERS DE CHASSEURS A PIED
- Deux jeunes lieutenants du 19e bataillon de chasseurs à pied viennent d’exécuter une marche de plus de 100 kilomètres en vingt heures et demie.
- C’est au cours d’une permission et sans aucun entraînement préparatoire spécial qu’ils ont parcouru cette distance dans des conditions de température très défavorables.
- Partis de Troyes le 20 novembre à midi, ils atteignaient le 51e kilomètre à Pont-sur-Seine à 8 heures du soir. Ils en repartaient à 9 heures et demie, marchaient toute la nuit, et étaient de retour à Troyes le 21 à 8 heures et demie du matin.
- Sur ces vingt heures et demie, seize avaient été consacrées à la marche et quatre et demie au repos et aux repas en quatre fois :
- Au 50e kil. à 4 heures du soir. 45 minutes.
- Au 51e kil. à 8 heures .... 1 h. 50 m.
- Au 70e kil. à minuit 45 rn. . . I h. 15 m.
- Au 95e kil. à 6 h. 50 m. du mat. 1 heure.
- La vitesse moyenne de marche, arrêts compris (vitesse productive), a donc atteint 4km,880 à l’heure. La vitesse moyenne effective (arrêts non compris) s’est élevée à Gkm,250 à l’heure.
- Le temps et la saison étaient peu favorables à une pareille marche : de la pluie, du vent, des routes détrempées et boueuses, une nuit longue et froide. Et cependant, dès l’arrivée à Troyes, nos deux officiers, frais et dispos, faisaient d’abord une visite très correcte, se présentaient au Cercle, déjeunaient avec leurs camarades et reprenaient leur service aussi naturellement qu’ils auraient pu le faire après une nuit passée au bal.
- L’exécution d’une semblable course dénote chez ceux qui l’ont réalisée un excellent entraînement général et une remarquable endurance; mais elle révèle encore des qualités militaires plus hautes et plus précieuses : elles . ont en effet leurs sources dans un moral bien trempé et daps une volonté ferme qui sont restés les maîtres des forces physiques.
- L’effort très dur que ces jeunes officiers ont ainsi volontairement effectué pour se mieux connaître et pour s’éprouver, constitue la meilleure des disciplines personnelles.
- Donner l’exemple en payant de sa personne sera toujours œuvre féconde, œuvre de chef dans tous les grades et dans toutes les situations. Flamel.
- PONTS CHINOIS
- ARCHITECTURE D’EXTRÊME-ORIENT
- Bientôt la curiosité des Parisiens se portera vers la Seine, tous viendront se rendre compte des progrès de la construction du pont Alexandre III, le pont triomphal de l’Exposition de 1900. Nous avons pensé que nos lecteurs pourraient peut-être lire, en attendant l’exécution de ce grand travail, quelques détails sur des ponts peu connus d’Extrême-Orient. Ils jouissent en ces pays d’une grande renommée ; ce
- sont aussi des ponts triomphaux ou sacrés. Nous parlerons d’ahord de ceux des Chinois.
- La ville de Eoochow est, comme on sait, la capitale de la province du Fo-Kien, elle est placée sur le côté nord de la rive du fleuve Min et renferme plus de 000000 habitants. Le fleuve, superbe en ces lieux, est semblable en largeur à ceux qu’on admire aux États-Unis et ses eaux ne sont pas moins tumultueuses. La ville s'étend dans une grande plaine et le long des deux rives, elle est reliée par un pont colossal construit tout en granit ; c’est le Wan-tcheou-tsiao ou pont des dix mille longévités. Il serait difficile de croire, malgré son nom, que sa construction première date de dix mille ans, aussi les mandarins de la ville de Foochow sont d’accord pour dire que le Wan-tcheou-tsiao a été exécuté il y a six à sept cents ans, c’est-à-dire à l’époque de la XXIIe dynastie, celle de Nang-Song, 1127 à 1279 de l’ère chrétienne. Ce pont est construit sur des piles formées de blocs de granit s’élevant peu au-dessus du lit du fleuve, de sorte que, pendant les hautes eaux, fréquentes à Foochow, le tablier est en partie ou quelquefois entièrement submergé. Les masses granitiques qui le composent sont si solides, si lourdes, que jusqu’à présent, malgré l’état de délabrement où elles se trouvent et les siècles écoulés, elles ont pu résister à la force extrême du courant. Aux époques des basses eaux, les jonques de commerce peuvent passer entre les dix-huit piliers de ce pont, dont la longueur est considérable. Ce qui est remarquable dans cette antique construction, c’est son aspect primitif. Les blocs de granit qui composent les piles sont ornés, dans leur partie supérieure, d’une corniche bâtie avec des pierres donnant l’aspect de consoles rapprochées supportant des bandeaux très grossièrement taillés (voyez fig. 1, le détail d’une des travées du Wan-tcheou-tsiao). L’écartement des piles est variable; il est d’environ 5 mètres près du rivage et va jusqu’à près de 8 mètres dans le milieu du fleuve. Le tablier du pont, de 12 mètres de largeur, est porté par des monolithes dje granit faisant l’office de solives dont les extrémités sont taillées de la même manière que celles d’une pièce de charpente. Elles supportent le tablier, c’est-à-dire le dallage formé de larges plaques granitiques.
- Les parapets, également en granit, sont composés de larges bandeaux sans moulures, pareils à des madriers, venant s’assembler sur de lourds piliers coiffés d’une boule sculptée légèrement aplatie.
- Tout le long du jour, la foule des habitants allant d’une rive à l’autre du fleuve occasionne un spectacle des plus pittoresques. Comme on le voit sur la gravure, les parapets sont encombrés par de nombreuses petites boutiques exposant de menus objets qui excitent la curiosité et font la joie des passants.
- Nos vieux ponts de Paris, de date bien plus récente, élevés sur la Seine, étaient bordés de même, mais nous faisions alors plus encore que les Chinois des temps antiques. On connaît les anciennes gra-
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- LA NA T IDE.
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- vures, devenues presque populaires, d’Israël Sylvestre et de Perelle, ([ui donnent l’aspect du pont Saint-Michel en 1650 et de celui de Notre-Dame en 1660. Les Parisiens ne se contentaient point de petites boutiques, ils élevaient sur leurs ponts des maisons à plusieurs étages.
- Nous nous éloignerons maintenant de Foochow pour gagner les environs de Peking, où nous trouvons aussi des ponts remarquables qui ont été construits [tendant la durée de la dynastie des Ming (1368-1627). A peine est-on sorti des murs de Tong-Chow, ville située au bord du Pci-ho et où commence l’immense voie dallée de 'granit conduisant à la capitale
- du Fils du Ciel, que l'on passe sur le superbe pont de marbre connu par les Européens sous le nom de Palikao. Presque toutes ses balustrades sculptées ont été malheureusement ruinées, lors du passage de l’armée française conduite par le général de Mon-tauban en 1860.
- En dehors de Peking, dans la direction des grandes murailles, sur le chemin qui conduit à la fameuse porte de Pa-la-ling, on traverse le beau pont construit sur la rivière le Sha-how. Nous en donnons la vue figure 2. C'est l'empereur Siuen-te (1426-1436), le cinquième de la dynastie des Ming, qui ordonna sa construction, premièrement pour faciliter l’accès à
- Fig. 1. — Vue d’une travée de Wan-tcheou-tsiao ou pont des dix mille longévités, à Foochow (Chine). (D’après nature par M. Albert Tissandier.)
- la porte frontière de Pa-ta-ling, et ensuite à la route qui conduit aux célèbres tombeaux des empereurs ses ancêtres Yun-lo et Ilong-hy.
- Ce pont est tout en granit rose. Le dallage de son tablier (12 mètres de largeur) se compose d’énormes blocs de granit maintenus entre eux par d’épaisses tiges de fer en forme de queue d’aronde.
- Nous voyons ici une grande différence dans la construction de ce monument. Entre l’époque de fondation de celui de Foochow et de celle du pont de Sha-how, près de deux siècles se sont écoulés. Les architectes chinois étaient devenus plus experts dans leur art; ils savaient construire les voûtes. Les sept arches (plein cintre) du pont de Sha-how, élégantes de proportion, sont, de même que les assises des piles, soigneusement exécutées. Les balustrades sont
- aussi traitées avec une certaine finesse et sont formées de panneaux de granit qui viennent s’assembler aux légers piliers à la manière d’une construction en bois ; les architectes montrent ici qu’ils conservaient encore, malgré leur expérience acquise, les anciennes méthodes d’assemblages de charpente dont ils ne se sont d’ailleurs jamais tout à fait débarrassés, même jusqu’à nos jours.
- Nous ne pouvons multiplier ici les exemples de ces intéressantes œuvres chinoises qui témoignent de leur ancienne puissance de civilisation. Nous en citerons un autre encore d’un genre moins grandiose mais cependant charmant d’aspect. Il s’agit d’un joli pont de marbre d’une seule arche qui a été construit sous le règne de l’empereur Kien-long (1756-1796). TI est tout en marbre blanc et sert à tra-
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- LA NATURE
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- verser un des nombreux petits canaux qui se trouvent non loin des grandes murailles de la ville de Peking. Les balustrades sont d’un modèle original, avec les
- panneaux pleins qu’on remarque à leur base et les parties ajourées dans lesquelles se découpent des volutes gracieuses soutenant le léger bandeau d'ap-
- Fig. 2. — Vue du pont de granit rose construit sur la rivière Sha-Ilow près de Peking, conduisant aux grandes murailles.
- pui (fig. 5). Les piliers carrés dans lesquels vien- motif bizarre ayant l’aspect d’un turban de forme nent s’assembler ces ornements sont coiffés d’un élevée. On remarque aussi les panneaux de marbre
- Fig 5. — Pont de marbre conduisant au temple de Hvvang-ssu près de Peking. (D’après nature par M. Albert Tissandier.)
- très curieusement découpés, qui servent en quelque sorte de contreforts aux quatre principaux piliers placés à l’entrée.
- De nombreux pèlerins passent sur ce pont sans jamais, sans doute, remarquer son agréable aspect. Ils vont faire leurs dévotions auprès d’un superbe
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- LA NATURE.
- monument en marbre blanc tout rempli de sculpture. L’est le tombeau de Dalaï-Lama, renommé par sa piété et sa grande sagesse. L’empereur Kien-long l’avait prié de venir auprès de lui pour l’éclairer et l’aider de ses conseils. Dalaï-Lama ne put rester longtemps auprès de son protecteur bienveillant. 11 mourut d’une cruelle maladie. Pour l’honorer et conserver sa mémoire à la postérité, Kien-long lui éleva un monument magnifique dans le temple de llwang-ssu, et fit construire les ponts élégants qui y conduisent. Albert Tissandier.
- UN NOUVEAU FERMENT DU SANG
- M. llanriot vient de faire une découverte de chimie physiologique considérable en nous révélant le secret de la transformation des graisses dans l’organisme, et en démontrant l’existence dans le sang d’un nouveau ferment. On ignorait complètement comment la graisse disparaissait de l’économie. On savait bien comment on engraissait ; mais on ne se doutait pas de la façon dont on maigrissait. Maintenant, la question est éclaircie. Les amylacés, c’est-à-dire les féculents, se transforment presque entièrement en graisse dans l’organisme, d’après les recherches antérieures de M. llanriot. C’est pourquoi on défend les féculents aux obèses. Qui en mange engraisse forcément. Les amylacés font de la graisse, c’est entendu ; mais nous ne conservons pas toute cette graisse dans le corps. Comment disparaît-elle? Que devient la graisse ainsi fabriquée dans nos tissus? Or, par des expériences multiples, M. llanriot a mis en relief ce résultat nouveau : le sérum du sang, le sang lui-même renferme un, ferment spécial analogue à la diastase, ferment qu’il a nommé «lipase ». Et ce ferment jouit de la propriété de saponifier les graisses. Après quoi, les graisses se dédoublent en acide carbonique et en sels alcalins et sortent du corps.
- On croyait autrefois que les graisses s’oxydaient sous l’influence de l’oxygène de l’air. L’oxygène ne joue aucun rôle dans le phénomène, puisque M. llanriot a constaté que le ferment agit à l’abri de l’air ; la lipase saponifie les Corps gras sans aucune intervention de l’oxygène. Il ne faudrait pas en conclure que l’exercice physique n’a pas d’action sur le départ des matières grasses. Brûlez votre graisse par de l’exercice au grand air, disait-on. Non, l’air ne brûle rien du tout. Mais l’exercice est salutaire, parce qu’il active la circulation du sang et, par cela même, facilite le travail du ferment qui agit sans le concours de l’air, mais d’autant mieux qu’il traverse plus souvent tous nos tissus. Le résultat est le même; la théorie seule diffère. M. Hanriot n’a encore pu trouver l’organe de sélection du ferment et, par suite, son origine. 11 a rencontré le nouveau ferment en quantité très notable dans la glande pancréatique. Ce ferment persiste avec toute son activité dans le sérum du sang, car au bout de huit jours il saponifiait encore les graisses. Sa présence est certaine partout où il y a une réserve graisseuse à utiliser, aussi bien dans les végétaux que chez les animaux.
- Les phénomènes de dénutrition semblent donc s’exercer comme ceux de la digestion par l’intermédiaire de ferments solubles. Nous assimilons notre nourriture à l’aide de ferments ; nous nous débarrassons des résidus alimentaires au moyen de ferments. Le ferment, c’est l’ouvrier de la vie.
- Ces vues nouvelles conduiront à des applications théra-
- peutiques utiles. Il est clair que l’on pourra sans doute extraire le ferment saponificateur et, en l’administrant aux obèses, les débarrasser au moins en partie de leur excédent graisseux. La glande thyroïde, qui souvent détermine le maigrisseinent, est assez riche en ferments sapo-nificateurs; peut-être son efficacité tient-elle à ce fait. En tout cas, là aussi on est sur la voie de découvertes intéressantes. II. de P.
- REPRODUCTION DE L’IMAGE DU SOLEIL
- DANS L'ATMOSPHÈRE
- M. P. de Heen a eu l’occasion de faire dernièrement une observation peu ordinaire sur la reproduction du soleil dans l’atmosphère. Il donne à ce sujet, dans Ciel et Terre, quelques renseignements que nous reproduisons.
- « Me trouvant dans l’express qui part de Bruxelles pour Liège, écrit M. de Ileen, j’eus l’occasion d’observer un phénomène qui peut offrir un certain intérêt. Nous étions arrivés à peu de distance de la gare d’Ans (quelques minutes avant 7 heures du soir). Je contemplais
- Horizon
- Reproduction de l’image du soleil dans l'atmosphère.
- distraitement le disque du soleil a, qui était en partie caché par un nuage assez épais et qui sur sa tranche me paraissait présenter plusieurs couches nuageuses successives, lorsqu’il me parut qu’un deuxième disque a', moins éclatant que le premier, se produisait à peu près comme cela est indiqué dans la figure ci-dessus (n°l). L’éclat du soleil était d’abord assez vif, et je crus un instant à une illusion de mon œil trop vivement impressionné. Cependant, cet éclat n’avant pas tardé à diminuer, je pus m’assurer de la parfaite réalité de l’image a'. Enfin, je vis apparaître une troisième image en a". Malheureusement, deux secondes plus tard, le phénomène me fut caché par les bâtiments de la gare d’Ans, et lorsque le train repartit, le soleil était complètement couvert par la masse nuageuse. Le phénomène doit probablement être attribué à une cause analogue à celle qui a présidé à un curieux coucher de soleil que j’ai observé à Hevst-sur-Mer, au mois de juillet 1886, comme le montre la même figure (n° 2). L’image du soleil se présenta d’abord double, puis, au moment du contact avec la ligne qui limite l’horizon, les deux disques devinrent tangents et empiétèrent ensuite l’un sur l’autre, de manière à présenter une .figure d’architecture mauresque, puis offrit une forme simplement allongée. »
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- LA NATlillE.
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- L’EXPÉDITION POLAIRE
- DE M. ANDRÉE
- M. Andrée a procédé au remplacement du l)r Ekholm, démissionnaire, parce, que ce météorologiste distingué, qui malheureusement n’a encore pris part à aucune ascension aérostatique, ne trouvait pas que le Ballon-Polaire eût une imperméabilité suffisante pour répondre aux conditions du programme de l’expédition. Le choix du hardi chef de l’expédition polaire en ballon s’est porté sur M. Knut Frænkel, ingénieur civil et élève de l’École supérieure industrielle de Stockholm. Depuis sa sortie de l’école, le nouveau compagnon de M. Andrée a été attaché à la construction du chemin de fer de l’Etat dans le nord de la Suède (service des terrassements et des charrois). Il est âgé de vingt-sept ans.
- Dans le cas où MM. Strindberg et Frænkel seraient empêchés par maladie ou autrement de prendre part à l’expédition polaire, M. Andrée a nommé un remplaçant, qui se rendra en tout cas au Spitzberg pour aider au gonflement et diriger le départ.
- Ce remplaçant est M. Swedenborg, lieutenant dans le régiment d’artillerie du nord de la Suède et gendre du baron Nordenskiôld, le célèbre explorateur suédois.
- MM. Frænkel et Swedenborg vont se rendre prochainement en France pour apprendre le métier d’aéronaute sous la direction d’un praticien éprouvé.
- M. Lachambre a rapporté du Spitzberg des photographies que M. Rabot, le célèbre voyageur des régions arctiques, qui a visité M. Andrée à l’île des Danois, a projetées dans la conférence qu’il a faite à la Sorbonne le 15 décembre dernier, devant la Société française de topographie, et sous la présidence de M. Darlan, ministre de la Justice.
- La conférence de M. Rabot, qui a été fort applaudie, était consacrée à l’étude générale des explorations polaires.
- M. Andrée a passé un traité avec un libraire de Stockholm, M. Frollen, pour la publication du récit de son expédition de 1896, qui a donné lieu, malgré le non-départ, à un voyage des plus intéressants; mais l’ouvrage ne paraîtra que lorsque le Ballon-Polaire aura quitté l’île des Danois en 1897, et aura emporté les trois intrépides Suédois vers les régions encore inconnues du Pôle.
- M. Lachambre a ramené à Paris le Ballon-Polaire, qu’il a été chargé d’entretenir en bon état d’imperméabilité.
- Les découvertes de M. Nansen facilitent beaucoup la tâche de M. Andrée, car l'on sait maintenant que si le Ballon-Polaire peut rencontrer des montagnes sur sa route avant d’atteindre le Pôle Nord, ce ne sera qu’à partir du 89e degré, c’est-à-dire au delà des régions déjà connues. W. de Fojnvielle.
- LES EAUX D’ÉGOUT
- A PARIS
- La Commission des eaux d’égout vient de faire son Rapport annuel au ministre du Commerce. L’émissaire général des eaux qui doit alimenter les champs d’épandage de la Ville de Paris est terminé jusqu’au Val d’Her-blay, point d’où se détache la branche spéciale pénétrant dans le parc agricole d’Achères.
- La mise en service d’un second tiers des terrains domaniaux a eu lieu à partir du mois de juin 1896, et les travaux de distribution des eaux d’égout dans le dernier tiers des mêmes terrains sont sur le point d’être terminés. Les épandages pourront donc être effectués sur les
- 799 hectares qui formaient autrefois les fermes domaniales de Fromainville et de Garenne et les anciens tirés de la forêt de Saint-Germain.
- Les travaux d’adduction et de distribution sont, en outre, en cours d’exécution sur le domaine des Fonceaux, d’une superficie de 180 hectares, contigu aux terrains domaniaux.
- Ainsi, la ville de Paris fait actuellement des irrigations sur 800 hectares environ, non compris les 500 hectares de la plaine de Gennevilliers, où l’épandage n’est que facultatif pour les cultivateurs.
- La commission a constaté que la ville de Paris se conforme aux prescriptions des lois réglementant l’utilisation agricole de ses eaux d’égout et l’assainissement de la Seine.
- Les eaux ne sont répandues que sur des parties du sol mises en culture ou en nature de bois.
- Du 16 février au 51 août 1896, soit pendant 198 jours, on a déversé, d’après le relevé dressé par M. l’ingénieur en chef du service technique de l’assainissement,
- 9 461 286 mètres cubes sur une étendue qui a varié, pendant cette période, de 500 à 500 hectares. L’irrigation a presque atteint, pendant les derniers mois de juillet et août, le maximum de 40 000 mètres cubes par hectare et par an, prévu par l’article 4 de la loi du 4 avril 1889.
- Malgré ces épandages, effectués dans la plus large mesure autorisée, la commission n’a remarqué aucune mare stagnante, et, d’autre part, aucun déversement en Seine d’eaux d’égout non épurées n’est opéré dans la traversée du département de Seine-et-Oise.
- FEUX FOLLETS EN MER
- La production des feux follets se manifeste assez rarement pour avoir été mise en doute par quelques savants. On les observe le plus fréquemment dans les cimetières et dans les canaux vaseux. Dans les cimetières, où le gaz s’échappe du sol sans traverser une couche d’eau, le feu follet affecte la forme d’une longue flamme; dans l’eau, le gaz s’échappe en huiles qui s’enflamment au contact de l’air, en produisant, quand l’air est calme, des couronnes blanches d’anhydride phosphorique. Ces phénomènes peuvent être reproduits artificiellement, avec tous leurs caractères, en enfouissant dans le sol humide ou en jetant dans l’eau du phosphure de calcium, substance préparée en faisant passer des vapeurs de phosphore sur de la chaux portée au rouge. Sous l’action de l’eau, le phosphure de calcium dégage des gaz, formés d’hydrogène et de phosphures d’hydrogène, qui s’enflamment spontanément au contact de l’oxygène de l’air. Les couronnes blanches sont dues à la combustion du phosphore, qui donne naissance à de l’anhydride phosphorique, poudre blanche affectant la forme de couronnes. Cette formation des couronnes est due uniquement à la sortie de la fumée par une ouverture circulaire, ouverture pratiquée par la bulle à la sortie de l’eau. Toute fumée, s’échappant un peu brusquement par une ouverture circulaire, donne naissance à des couronnes.
- J’ai eu l’occasion, pendant les mois d’août et de septembre derniers, d’observer des feux follets très
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- LA NATURE.
- nombreux et très intenses dans le port du Croisic (Loire-Inférieure). Pendant plusieurs soirées, particulièrement vers le milieu du mois d’août, la production des feux follets devint si abondante et se manifesta avec une telle énergie, que ce phénomène attirait sur les quais tous les baigneurs et les marins. Les marins se montraient particulièrement étonnés, ces feux follets leur étant encore inconnus. Le capitaine du port du Croisic, qui habite cependant cette ville depuis de longues années, affirmait avoir vu ces singulières lueurs pour la première fois de sa vie. Inutile d’ajouter que baigneurs et marins donnaient de ce phénomène les explications les plus fantaisistes.
- Je dois à la vérité de dire que je crus tout d’abord à une mystification de quelque chimiste, s’amusant à jeter dans la mer quelques bâtons de phosphure de calcium; mais cette hypothèse n’était pas admissible. Les bulles se montraient tellement énormes qu’il eût fallu se servir de bâtons d’une dimension extraordinaire qu’on ne trouve pas dans le commerce. Puis, les leux follets se reproduisant chaque soir et sur une étendue de mer considérable, il eût été nécessaire de faire une dépense exagérée, hors de proportion avec une simple plaisanterie.
- Je n’ai jamais vu personne lancer dans la mer le moindre objet. Enfin, voici ce qui a levé tous mes doutes. Les bulles de gaz, très volumineuses au mois d’août, au moment de la saison orageuse, sont devenues de plus en plus petites pendant le mois de septembre, à mesure que la température s’abaissait. Vers le 20 septembre, époque où le phénomène a pris fin, il ne se produisait plus que des bulles extrêmement petites, plus nombreuses peut-être, et disséminées sur une surface très grande. Il fallait donc en conclure que la cause productrice de l’hydrogène phos-phoré subissait des variations par suite des changements de température et de l’état électrique de l’atmosphère. I)e même que certains ferments décomposent les corps minéraux et organiques riches en soufre, et produisent de l’hydrogène sulfuré, de même il devait exister dans les eaux du port du Croisic des ferments encore inconnus, capables de décomposer les phosphates et les matières organiques riches en phosphore, mettant en liberté de l’hydrogène phosphoré. Or, on sait combien les circonstances atmosphériques agissent sur ces ter-mentations. Certains jours, particulièrement pendant les orages, le lait tourne avec une rapidité prodigieuse, et la viande se corrompt aussi en quelques heures.
- Je termine en donnant quelques détails sur la production des feux follets. Ces feux follets étaient parfaitement caractérisés et reproduisaient en très
- grand l’expérience classique des huiles d’hydrogène phosphoré, obtenues par l’action de l’eau sur le phosphure de calcium. J’ai parfaitement observé la formation des fumées blanches d’anhvdride phos-phorique et l’odeur caractéristique d’ail. Les couronnes ne se produisaient pas à cause de l’agitation constante de l’air.
- Les bulles abondaient principalement dans les deux bassins qui avoisinent le marché aux poissons, d’où l’on jette souvent à la mer des détritus, et particulièrement des têtes de sardines. Elles se désa-
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- geaient un peu partout dans ces bassins, mais plus particulièrement dans certaines encoignures où le Ilot devait accumuler les détritus. Cette partie du port du Croisic est très propre et ne contient pas de vase. Les bulles atteignaient parfois des dimensions énormes. J’ai vu des lueurs tellement vives que le port en était illuminé comme par des éclairs. J’ai remarqué parfois, mais assez rarement, des dégagements réguliers de bulles suivant une direction rectiligne, comme si le corps, d’où s’échappaient les bulles, était entraîné par le courant. Quelques personnes, je dois mentionner cette hypothèse, admettaient que ces bulles étaient dues à la putréfaction de grosses méduses, alors assez abondantes.
- La production des feux follets coïncidait, le plus souvent, avec la phosphorescence de la mer, autre phénomène très distinct et ayant une toute autre origine. J’ai vu cependant, vers le milieu de septembre, des feux follets alors que la mer ne présentait aucune trace de phosphorescence.
- Des expériences, consistant à laisser putréfier sous l’eau des matières organiques riches en phosphore, comme de la cervelle de mouton, ont donné des résultats négatifs quant à la production de l’hydrogène phosphoré. Cela provient de l’ahsence des ferments organisés, propres à déterminer le formation de l’hydrogène phosphoré. Ces ferments doivent être fort rares et n’exister que dans des conditions très particulières, encore inconnues.
- J’ai eu l’intention de me procurer ces ferments dans le port du Croisic, au moment où le dégagement des feux follets présentait son maximum d’intensité. Il aurait fallu recueillir dans un filet la substance productrice des bulles. Cette opération, malheureusement, n’a pu être exécutée cette année. J’espère que les mêmes phénomènes se reproduiront l’année prochaine et que, prévenu et muni des appareils nécessaires, il sera possible de se procurer les ferments phosphorificateurs.
- Ci -joint un croquis de la portion du port du Croisic où l’on a observé les feux follets.
- A. Bleunard,
- Docteur ès sciences.
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- Jetée 1^, Jetée Môle
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- Escalier Escalier Estai K Ç U SL i S P
- Feux follets dans le port du Croisic.
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- LA NATURE.
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- LES CATACOMBES MEXICAINES
- DE GUANAJUATO
- 11 existe encore à l’heure actuelle, dans maintes contrées, de singulières et bizarres coutumes qui ne laissent pas que de surprendre les étrangers visitant ces pays. Tels sont en particulier les usages ayant trait aux inhumations et que l’on rencontre dans certaines parties du Mexique, notamment dans la petite ville de Guanajuato.
- Contrairement à ce qui se passe chez tous les peuples européens et aussi chez ceux du Nouveau Monde, le défunt n’a droit tout d’abord, dans le cimetière de cette ville, qu’à un repos temporaire n’excédant pas cinq années. La famille peut, il est vrai, à l’expiration de cette première concession, que la commune accorde indistinctement à tous, riches ou pauvres, en acquérir une autre pour le même laps de temps.
- Seules, les personnes fortunées, en payant une somme assez considérable, ont la chance d’obtenir pour les leurs et pour leur propre compte, après l’achèvement de la période imposée à chacun, une sépulture perpétuelle. C’est qu'aussi, le cimetière de Guanajuato ne ressemble en rien aux vastes champs de repos que les grandes villes comme les moindres bourgades et hameaux consacrent et réservent au culte de leurs morts.
- En dehors de cette ville, en rase campagne, l’étranger aperçoit, non sans surprise, de bizarres constructions dont le but et la destination lui échappent tout d’abord. l)e longues files massives de murs couronnés par une voûte en plein cintre s’étendent parallèlement les unes aux autres au-dessus du sol. Aucune baie extérieurement visible ne vient interrompre l’uniformité de la maçonnerie dont la blancheur éblouit sous la réverbération des rayons d’un soleil étincelant.
- Des croix de pierre surmontent d'endroits en endroits la partie supérieure de ces murs. En approchant, l’aspect général change et le visiteur reconnaît alors que ce qu’il prenait de loin pour une maçonnerie compacte, constitue au contraire une sorte de tunnel, à l’intérieur duquel on peut accéder
- à l’aide d’une porte basse et étroite percée à l’une des extrémités de ce souterrain en plein air.
- D’une épaisseur totale de 8 mètres, chacune de ces véritables catacombes se compose de deux murailles de o mètres, réunies ainsi que nous l’avons dit par une voûte et laissant entre leurs faces intérieures parallèles un passage de 2 mètres de largeur. A droite et à gauche de ce couloir central, on remarque, percées symétriquement et superposées les unes aux autres, une quantité innombrable de niches horizontales, profondes de fi à 8 pieds et dont les ouvertures rectangulaires ont environ 80 centimètres de coté.
- Chacune de ces cavités pratiquées dans la paroi des murs représente une tombe dans laquelle on glisse le corps ; après quoi l’orifice est hermétiquement clos à l’aide d’une pierre soigneusement
- scellée. Une inscription placée extérieurement indique le nom, l’àge et la qualité du défunt. Pendant une période consécutive de cinq années, il pourra dès lors reposer en paix et recevoir les fréquentes visites de ses parents et de ses amis. L’entrée de ces catacombes demeure en effet libre depuis le matin jusqu’à la tombée de la nuit.
- Mais si, à l’expiration du délai fixé réglementairement, la famille n’intervient pas et oublie de payer une redevance nouvelle imposée par la commune et s’élevant à 125 francs, il est de règle que le mort doit quitter son asile temporaire et céder la place à un autre. Ce dernier se trouvera à son tour purement et simplement expulsé, après une période équivalente, dans le cas où les siens n’acquitteraient pas, entre les mains d’un receveur spécial, cet impôt obligatoire.
- Au dire du Révérend J. C. Cartxvright, de la mission épiscopale méthodiste à Guanajuato, qui rapporte ces faits, les cadavres déposés dans ces tombes singulières, au lieu d’entrer en décomposition, se momifient rapidement. Le pasteur américain attribue la transformation qui s’opère à l’action constante du soleil ardent qui chauffe les parois extérieures des murs et transforme en autant de fours ou d’étuves de dessiccation les niches dans lesquelles reposent les corps.
- Les catacombes de Guanajuato au Mexique.
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- LA NATURE.
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- On serait tenté de croire (jue les dépouilles mortelles de ces malheureux oubliés et expulsés sont alors déposées en terre sainte ; il n’en est cependant pas ainsi. Les fossoyeurs, après le retrait de la momie de sa tombe, la dressent et l’appuient, sans respect pour la qualité du mort, contre les murs intérieurs. Ils prennent cependant soin d’accrocher sur la poitrine un petit écriteau rappelant le nom de celui dont il ne reste plus que les débris desséchés.
- L’illustration qui accompagne cette Notice et qui n’est autre que la reproduction d’une photographie prise, dans l’une des catacombes, à l’aide de la lumière oxhydrique, par le Révérend J. C. Cart-wright, photographie macabre s’il en fut, montre au lecteur comment les momies se trouvent placées. La famille a le droit, paraît-il, de faire de ces restes humains ce que bon lui semble. Elle peut les emporter en entier ou par morceaux, ou encore les laisser exposés à l'endroit même où on les a placés et rangés en files.
- Ucux qui les abandonnent ainsi viennent du reste religieusement visiter leurs proches défunts. La dessiccation des cadavres, à ce qu’affirme toujours le Révérend, a atteint un tel degré, qu’à l’heure actuelle on retrouve encore des momies intactes après une durée de plus de vingt années. Il arrive cependant fréquemment que, pris de remords en voyant un des leurs livré ainsi aux regards de tous, les parents se cotisent entre eux et lui assurent derechef un nouvel asile temporaire.
- L’honorable pasteur raconte à ce sujet une anecdote bien caractéristique. À Guanajuato existait et existe encore une dame appartenant à la haute classe de la société. Elle devint veuve puis se remaria quelques années après. 11 lui prit un jour fantaisie d’aller rendre visite, en compagnie de son second époux, à la tombe de celui à qui elle avait donné un successeur. Elle n’avait oublié qu’une chose, c’était que le numéro un était mort et enseveli depuis plus de cinq ans.
- On devine aisément son émoi, lorsqu’elle aperçut, grimaçant un horrible sourire, la momie de son premier mari. Une épouvantable attaque de nerfs s’ensuivit ; elle ne prit fin que devant la promesse réitérée et formelle du numéro deux, de faire disparaître pour toujours dans une nouvelle tombe son infortuné prédécesseur. Cette opération se fit du reste sur l’heure, mais la dame se promit bien de ne plus renouveler quand même son imprudente incursion dans le royaume des trépassés.
- Nous avions bien raison de dire, au commencement de cet article, combien nombreuses sont les coutumes étranges existant chez certains peuples, même parmi les plus civilisés cependant. 11 a fallu le récit du pasteur américain pour nous faire connaître les catacombes de Guanajuato et les usages bizarres qui président, dans cette petite ville, à l'ordonnancement et à la durée des inhumations. Avant lui, un grand nombre de voyageurs nous avaient mis au courant des habitudes et de la vie
- mexicaines. Aucun d’eux n’avait fait mention de la singulière nécropole qui, dans ce pays, remplace nos asiles de repos pour les morts. Cu. Marsillox.
- NÉCROLOGIE
- Charles Packe. — Un des plus grands explorateurs des Pyrénées, M. Charles Packe, de nationalité anglaise, vient de s’éteindre. M. Charles Packe était depuis longtemps un grand ami de la France et pendant plus de trente années il n’a cessé de venir en notre pays, préférant à tout autre endroit les montagnes pyrénéennes. C’est lui qui le premier fit les ascensions du mont Posels et des monts Maudits ; il trouva aussi le passage du port d'Oo, près de Bagnères-de-Luchon. Ses découvertes les plus considérables ont été faites dans les Pyrénées Centrales et sur le versant espagnol. En 1860, les Pyrénées aragonaises étaient inexplorées. Partant de Gavarnie, il pénétra tout d’abord dans la vallée d’Arraces (Haut Aragon), dont les murailles à pic, les cascades et les forêts sont aujourd’hui si admirés de tous les touristes. 11 réussit l’ascension du Nethou, la plus haute cime des Pyrénées (5404 mètres). M. Charles Packe s’occupait de botanique dans toutes ses explorations, et fit d’amples moissons de plantes rares. Son œuvre la plus importante fut sa carte des monts Maudits au 80 000e qui parut en 1866. Il la fit seul, au prix des plus grands efforts. Malgré quelques légères omissions d’ailleurs inévitables dans un travail cependant si soigneusement exécuté, cette carte reste encore utile, trente ans après son apparition.
- CHRONIQUE
- La production des vins en I89B. — Le Bulletin de statistique du ministère des Finances publie la Note suivante sur la production des vins en 1896. La récolte des vins en France est évaluée à 44 656 000 hectolitres, soit une augmentation de 17 968 000 hectolitres par rapport à la récolte de 1895 et de 14 159 000 hectolitres sur la moyenne des dix dernières années. En comptant encore 4 050 000 hectolitres pour l’Algérie, selon les estimations provisoires qui ont déjà été transmises à l’administration, et environ 500 000 hectolitres pour la Corse, on arrive à une production totale de 49 millions d’hectolitres. Des augmentations apparaissent dans 79 départements. La reconstitution du vignoble y a contribué pour un chiffre important. D’autre part, la vigne avait généralement échappé aux gelées tardives, et la floraison s’était faite dans de bonnes conditions. A la fin du mois de juillet la situation était presque partout remarquablement belle. Malheureusement une longue suite d’intempéries a nui à la maturation parfaite du raisin et a favorisé la propagation des maladies cryptogamiques. La récolte a été affectée d’abord au point de vue de la quantité, bien que sept départements seulement restent au-dessous de leur production de l’année dernière, et, en outre, au point de vue de la qualité qui, dans plusieurs régions, n’a pas répondu aux espérances que l’on avait pu concevoir. Suivant les estimations faites dans chaque département en tablant sur les divers prix locaux de vente chez les récoltants, la valeur de la récolte de 1896 s’élèverait à 1174 millions de francs. Dans ce total, les vins de qualité supérieure (et par là il faut entendre seulement les vins dont le prix de vente chez le récoltant dépasse 50 francs l’hectolitre, sans les droits) sont compris pour 80 millions de francs, cor-
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- rcspondant à une quantité de 1 515 000 hectolitres, et les vins de qualité ordinaire pour 1088 millions de francs, correspondant à une quantité de -45 540 000 hectolitres.
- 1 .es métaux précieux à Terre-Neuve. — On a déjà signalé les riches gisements d’or découverts près de Saint-Jean, à Terre-Neuve. Des nouvelles récentes annoncent d’autres découvertes encore. Un immense dépôt de minerai d'argent et de plomb aurait été signalé à Lawn, dans la haie de Placentia. Ce gisement, très riche comme teneur, aurait 1600 mètres de longueur et une puissance de 5'",50. D’autre part, des quartz aurifères ont été reconnus à Ming’s Bight, à 520 kilomètres au nord de Saint-Jean.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 décembre 1896. — Présidence de M. Cousu.
- La radioscopie appliquée à la pathologie. — Dans la dernière séance, M. le professeur Bouchard a décrit des expériences de radioscopie portant sur un malade atteint d’épanchement pleurétique. On se rappelle que les rayons de Rôntgen donnaient sur un écran phosphorescent une tache obscure du côté du poumon malade, tache qui révélait une opacité occasionnée par les liquides épanchés. En continuant pendant plusieurs jours consécutifs l’observation du malade, par ce procédé, M. Bouchard a vu peu à peu la tache obscure s’éclaircir, au fur et à mesure que la résorption progressait. Chez un malade, il a eu la surprise de voir une zone obscure persister parce qu’il y avait une infiltration tuberculeuse non soupçonnée. Chez un autre malade pour lequel l’examen micrographique des crachats n'avait donné aucune indication, il a vu au bout de quelques jours une opacité se produire, puis ensuite tous les symptômes de la tuberculose. — Ainsi, conclut M. Bouchard, il n’est pas douteux que la radioscopie ne constitue, en certain cas, un moyen nouveau de diagnostic.
- Pluie noire en Cochinchine et pluie rouge en Tunisie. — M. Mascart rapporte qu’une pluie noire a été observée en Cochinchine. Les dépôts recueillis après évaporation de la pluie ont été examinés par M. Aimé Girard. Ils provenaient de grains de riz altérés par l’huinidité au contact de l’air. Le riz devient ainsi très léger et peut être emporté par les vents. La pluie rouge tombée à Bizerte est de toute autre origine. La matière qu’elle laissait déposer a été étudiée à Tunis par M. Ginestoux. Elle est composée d’objets microscopiques, de cristaux, de diatomées, de silice amorphe, de grains colorés en rouge. Cette substance rouge est du feldspath ; on ne trouve pas de mica.
- Océanographie. — S. A. le prince de Monaco expose les résultats de sa septième campagne d’exploration sous-marine à bord de la Princesse-Alice. Ce voyage devant faire l’objet d’un article spécial dans La Nature, on se bornera à signaler la découverte d’un banc dans l’Atlantique, situé par 51° 28' de lalitude nord et 57° 50'de longitude ouest et présentant une circonférence de 75 kilomètres. L’hydrographie en a été faite; elle accuse une profondeur moyenne de 76 mètres et l’orientation de son jtlus grand diamètre est nord-ouest-sud-est. 11 y a dans cette découverte une indication précieuse pour la navigation, car les tempêtes sont quelquefois particulièrement dures au-dessus des bancs. On signalera encore un appareil imaginé par M. Richard pour opérer des prises d’eau à grande profondeur, dans des conditions qui permettent d’étudier les gaz que contient cette eau. En principe, l’appareil se compose d’une bouteille remplie de mercure placée au-dessus d’une cuvette. Cette bouteille, lorsque
- l’appareil est descendu à la profondeur voulue, frappe un heurtoir qui la fait se retourner. Le mercure s’écoule dans la cuvette et la bouteille s’emplit d’eau prise dans la couche ambiante. Un second mouvement rapproche la bouteille du mercure, et dès lors l’eau de la bouteille se trouve emprisonnée et isolée. M. Richard a pu ainsi constater que la quantité de gaz contenue dans les eaux profondes était la même que dans les eaux superficielles, si l’on tient compte de l’excès qui doit exister dans les eaux profondes par suite de l’infériorité de la température par rapport à la température des eaux superficielles.
- Probabilité d'inondations prochaines. — M. Tarry communique des cartes présentant les lignes isobares et isothermes de la journée obtenues en utilisant toutes les observations reçues par le Bureau central météorologique. Les courbes de M. Tarry diffèrent de celles du Bureau parce qu’elles reposent sur un plus grand nombre d’observations. L’auteur annonce que les circonstances qui ont amené les inondations de la fin d’octobre menacent de se reproduire. Un grand cyclone à marche lente va aborder l’Europe, apportant un nouveau volume d’eau énorme.
- Varia. — M. Gautier, constructeur d’instruments d’astronomie, est désigné en première ligne pour la place d’artiste ayant rang de membre titulaire du Bureau des longitudes. — M. Ilallard continue ses recherches sur les petites quantités de métalloïdes dans les métaux par l’élec-trolyse. — M. Halopeau a découvert une combinaison anti-moniotungstique analogue au phosphotungstate. — M. Jourdain a exécuté des recherches en vue de déterminer avec certitude l’insecte dont le rouget est la larve.
- Ch. de Villedeuil.
- VAPORISATION DANS LES TUBES
- La chaudière à vapeur est certainement un des engins de l’industrie actuelle qui a été le plus étudié et modifié peu à peu dans ses différentes parties au fur et à mesure que l’expérience apportait de nouveaux enseignements. Les constructeurs et les ingénieurs se sont surtout attachés à assurer la circulation d’eau pour éviter les coups de feu et autres accidents semhlahles, et tout le monde connaît les intéressantes dispositions adoptées dans les chaudières multitubulaires. On a beaucoup discuté sur la théorie de ces appareils, et l’on a trouvé diverses explications fondées sur les différences de densité de l’eau chaude et de l’eau froide pour rendre compte de la circulation qui s’opérait. Nous n’avons pas à revenir sur ces diverses théories ; nous désirons seulement exposer les résultats de deux expériences suggestives réalisées par M. Solignac et faciles à répéter. Prenons, comme l’indique la figure 1, un récipient en verre présentant sur le coté une tubulure latérale E. Mettons cette tubulure en communication avec un tube métallique placé au-dessus d’un bec de gaz ; ce tube est réuni à un tube de verre recourbé à la partie supérieure et revenant en G au-dessus de notre récipient. Faisons brûler le bec de gaz avec une ilamme modérée ; après quelques instants, nous constatons en E dans le vase un dégagement de vapeur à la partie supérieure du tube, et une rentrée d’eau à la partie inférieure. En même temps, le tube rougit à l’endroit qui est
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- exposé à la flamme, et nous voyons qu’une colonne d’eau s’élève péniblement dans le prolongement du tube, pour ne venir que très rarement se déverser en G. Cette première expérience nous montre nettement qu’avec les dispositions adoptées, il n’y a pas de circulation d'eau proprement dite. Et cependant l’eau, dans la partie gauche de notre tube, est certainement plus chaude que l’eau provenant du vase. N’oublions pas non plus que la partie du tube exposée à la flamme est devenue complètement rouge après quelques instants de chauffe.
- Modifions maintenant très légèrement les dispositions primitives en adaptant en E, à l’orifice de sortie du tuyau métallique, une tuyère ou sorte de petit bouchon à plus faible section que le tube. On voit cette tuyère tenue à la main dans la figure 1, et mise en place dans la figure 2. Tout porte à croire d’abord que, la section du tuyau d’écoulement étant diminuée, il en résultera pour l’eau un passage plus difficile, et qu’il pourra arriver de chauffer au rouge un tube qui ne sera traversé (pie par une très faible quantité d’eau. Cependant nous voyons bientôt la couleur l’ouge du tube disparaître peu à peu, et l’on peut suivre la marche graduelle de l’eau qui arrive et qui circule par l’ombre que l'on voit s’avancer ; car au passage de l’eau le tube se refroidit.
- La figure 2 se rapporte à cette phase de l’expérience; le phénomène est si frappant que nous l’avons reproduit en cartouche de façon à bien montrer ce qui se passe en pratique. Après quelques instants, le tube a repris sa couleur sombre, et l’on peut, en retirant la flamme, le toucher impunément; la température ne dépasse pas 35° environ. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que l’on approche à ce moment les doigts du tuyau ; et nous devons avouer que lorsque M. Solignac a répété ces essais en notre présence et nous a invité à toucher le tube, nous ne l’avons fait qu’en le voyant lui-même agir sans aucune défiance.
- L’expérience comporte encore un autre enseignement. Dans ce dernier cas, l’eau chaude et la vapeur
- sortent en G d’une façon régulière et en abondance. 11 y a donc bien dans ce cas particulier une véritable circulation d’eau.
- Tous ces changements ont été opérés par la mise en place de la tuyère E. 11 faut donc bien en conclure que pour assurer une bonne circulation de l’eau dans une chaudière, il est nécessaire d’établir, aux points où chaque tube s’en détache, une sorte d’étranglement. Dans ces conditions, on crée une résistance du côté de la chaudière, et le liquide, par cela même,
- se déplace du côté opposé; une fois le mouvement produit comme dans l’amorçage d’un siphon, la circulation s’établit dans le tube et se poursuit facilement. Remarquons aussi que dans le deuxième cas la chauffe a été poussée aussi loin que possible en augmentant la flamme, et que l’on a atteint les limites les plus élevées correspondant à une combustion d'environ 400 kilogrammes de charbon par heure et par mètre carré de surface de grille. Dans les premiers essais, la combustion ne dépassait pas 180 à 200 kilogrammes de charbon. Pour rendre l’expérience encore plus saisissante, M. Solignac répète ces
- essais avec des tubes en étain. Dans la première expérience, le tube est rapidement fondu ; dans la deuxième, au contraire, il résiste et supporte la chauffe.
- En pratique, les conséquences de ce simple essai peuvent être importantes. Pour éviter les accidents dus à la surchauffe et aux défauts de circulation d’eau, il suffira donc, d’après M. Solignac, de prendre les dispositions que nous venons d’indiquer.
- M. Solignac se propose d’adapter le nouveau dispositif à une chaudière de son système, en étamant les tubes pour rendre la démonstration encore plus évidente ; nous souhaitons que les résultats soient satisfaisants et surtout qu’ils soient appuyés par des chiffres déterminés expérimentalement qui fixeront définitivement les idées sur cette question si intéressante à tant de points de vue. Nous aurions là un véritable progrès à enregistrer. J. L.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Fig. 1.
- Expérience de vaporisation dans un tube.
- Fig. 2. — Expérience de vaporisation dans un tube avec tuyère. En cartouche, est représenté le changement subit de coloration du tube par l’arrivée d’eau.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- i\'° J 230. — 20 DÉCEMBRE 1800.
- LA NA TU UE.
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- Les formes de radoub ou nerie sont incontestablement d’une exploitation facile, et constituent le complément indispensable de l’outillage d’un grand port, mais il n’est pas toujours aisé de leur accorder tout remplacement dont elles ont besoin ; en outre elles nécessitent des fondations considérables et d’autant plus délicates à construire que les sous-sols voisins de la mer sont généralement peu compacts, soumis à des infdtra-
- cales sèches en maçon-
- Fig. 2. — Le Zarngoza, vaisseau amiral de la flotte mexicaine, dans le dock.
- ne réunissent guère les
- bonne tenue des maçonneries. Enfin, en raison de
- la fixité de leur longueur, elles présentent le grave inconvénient de ne pas permettre de proportionner la dépense de force motrice.et de temps au tonnage du navire qui les emploie. Aussi a-t-on cherché, dans divers cas, à substituer à ces fosses colossales des appareils exigeant moins de place, dont le poids relativement faible n’impose aux sous-sols que des pressions aisées à répartir et dont on puisse à volonté restreindre
- tions énormes, en un mot conditions nécessaires à la bonne exécution et à la
- 25e année.
- 1er semestre.
- la longueur à la proportion réellement utile. Tels sont, par exemple, les docks recevant les navires
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- par côté ou slips dont nous avons donné la description1, à propos de l’appareil de ce genre que M. Labat, son inventeur, a installé dans le port de Rouen. Un autre type entièrement différent fonctionne sur les chantiers de construction et de réparation de Y Union Iran Wo rks à San-Francisco (Californie). La figure 1 en fournil une vue générale pendant le fonctionnement et la ligure 2, reproduite d’après une photographie, montre le Zaragoza, vaisseau amiral de la flotte mexicaine, en train de passer dans le dock. Ces dessins, ainsi que la description qui suit, sont empruntés au Scientific American.
- La cale sèche ou dock à soulèvement hydraulique de San-Francisco se compose essentiellement d’une plate-forme constituée par trois poutres longitudinales ou longrines en acier; celle du centre, qui supporte la quille des navires, a lm,90de hauteur et les deux autres im,50. Elles sont reliées entre elles par 56 poutres transversales qui, au centre, présentent la même hauteur que la lon-grine principale, et, à leurs extrémités, 0m,85.
- L’ensemble est solidement rivé, et porte un plancher en bois pour la circulation des ouvriers. Sur la longrine centrale sont disposés les tins à la manière ordinaire, et sur chacune des autres, les ventrières dont on règle la position par des câbles (fig. 4), et qu’on applique contre les flancs du navire à l’aide d’un cliquet engagé dans une crémaillère. La longueur totale de la plate-forme est de 152m,70 et sa largeur de 20 mètres.
- Elfe repose sur 56 pistons de presses hydrauliques, soit 18 de chaque côté du dock, avec un diamètre de 0ra,77, et une course de 4m,55. Les têtes de piston portent des poulies à gorge de im,80 de diamètre avec des câbles d’acier dont l’une des extrémités est reliée par un étrier aux traverses de la plate-forme, et l’autre à la plaque d’attache du cylindre hydraulique, qui est fixe, ce qui donne pour la plate-forme une levée double de celle du piston. Chaque presse est placée entre deux pilotis renfermés dans des enveloppes en tôle de 0m,75 de diamètre intérieur (fig. 5), dont la longueur est suffisante pour descendre jusqu’au-dessous de la vase, et d’autre part pour monter au-dessus du niveau des hautes mers moyennes. Chacune de ces enveloppes
- 1 Voy. n° 941, du 15 juin 1891, p. 17.
- renferme 7 pieux de 30 mètres de longueur, qui sont tous recepés à leur extrémité supérieure et recouverts d’un chapeau en fonte. L’un des pilotis peut supporter une charge de 82 tonnes, ce qui donne pour chaque cylindre une force disponible de 164 tonnes. Les chapeaux de fonte dont nous venons de parler sont surmontés par deux longrines en acier de 0m,45 de hauteur qui servent de supports directs aux cylindres (fig. 4). Pour équilibrer la poussée exercée par les poutres transversales Q de la plate-forme sur les pilotis Z, on les a contre-butés chacun par des moises R solidement amarrées sur les pieux S.
- Il est naturellement nécessaire d’employer un système spécial pour égaliser automatiquement la levée des pistons. A cet effet, la conduite d’alimentation I) règne sur les deux côtés et sur l’une des extrémités du dock, et relie les diverses presses à l’accumulateur : la conduite de secours E suit le
- même parcours, et se déverse dans le réservoir d’alimentation placé sur le toit de l’usine des pompes. A la partie supérieure de chaque plongeur est établie une boite à deux soupapes hydrauliques, l’une d’admission, l’autre d'évacuation ; elle porte un tuyau R qui télescope dans un autre C ; ce dernier, alimenté par la conduite I), descend sous l’eau, le long des pilotis. Un levier F commande les tiges de la boîte A, et son point d’appui est à égale distance de chacune d’elles, tandis qu’il se termine par un écrou G.
- Celui-ci se déplace sur une vis verticale reliée à une ligne d’arbres qui règne sur les trois côtés du dock, et commandée par une paire de machines à vapeur placées dans la chambre des pompes et uniquement employées à cet usage. Lorque l’écrou monte, le levier détermine l’ouverture de la soupape d’admission ; le plongeur se soulève et l’admission continue jusqu’à ce que le levier arrive à la position horizontale : à ce moment l’écrou bute contre un arrêt et l’admission ferme. Dans ces conditions on peut relever un navire sur l’une des extrémités de la plate-forme sans que l’autre soit occupée, tout en obtenant pour l’ensemble une parfaite horizontalité. Un système de verrous hydrauliques permet de soulager les pistons quand la plate-forme est relevée. Les machines à vapeur de l’usine de refoulement sont au nombre de deux : elles ont 0m,50 de dia-
- Fig. 5 et 4. — Cale sèche de San-Francisco. — Fig. o. Vue latérale.
- Fig. 4. Coupe transversale montrant la disposition des presses et de la plate-forme.
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- mètre et 0m,40 de course et actionnent par engrenages quatre pompes horizontales à plongeur de 0m,085 de diamètre. La moyenne des coups est de 51 par minute.
- L’accumulateur pèse 28 tonnes et a une course de lm,25. Son contrepoids se compose, comme d’ordinaire, de rondelles mobiles qu’on charge en nombre plus ou moins grand suivant le poids du 1 navire à soulever.
- La soupape de refoulement des pompes est en communication avec l’accumulateur, en sorte que toute fuite qui se produirait dans les conduites se trouve constamment remplacée d’une manière automatique.
- Le dock de San-Francisco peut lever des navires d’un tonnage maximum de 6000 tonneaux. La pression nécessaire dans les conduites pour manœuvrer l’appareil à vide est de 19 kilogrammes, et, quand il est chargé, de 50 kilogrammes par centimètre carré. La vitesse de levée dans ce cas est de 0m,08 par minute. Géo Rexel,
- Ingénieur civil.
- L’OZONE ET LA PHOSPHORESCENCE
- M. Marius Otto vient de découvrir un fait expérimental, présenté récemment en son nom à l’Académie des sciences par M. Friedel, et qui peut être gros de conséquences. Ce fait réside dans les phénomènes de luminescence auxquels donne lieu l’ozone dans des conditions spéciales. Le fait a été constaté pour la première fois en aspirant de l’air ozone à l’aide d’une trompe à eau. La lumière prenait naissance au point de contact de l’eau et de l’ozone et l’eau restait lumineuse pendant 5 à 6 secondes après la sortie de la trompe, au point qu’un flacon rempli de cette eau lumineuse promené dans une chambre noire permettait de suivre nettement sa trace. Les essais ont été faits à l’aide d’oxygène ozone renfermant 40 à 50 milligrammes d’ozone par litre, et produit avec les ozoneurs imaginés par l’auteur. 11 semble que la luminosité ainsi produite par le contact de l’ozone et de l’eau soit due à la présence, dans cette dernière, de matières organiques d’origine animale ou végétale, et que la plupart des matières organiques soient susceptibles de donner lieu, avec l’ozone, à des phénomènes de phosphorescence. C’est donc là un cas très particulier et très intéressant de combustion à basse température, et un exemple nouveau de production de lumière froide, qu’il ne faut pas confondre avec la lumière noire, deux mots dont l’accouplement fait bondir tout esprit scientifique. E. H.
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- L’ÉCLIPSE DU 9 AOUT 1896
- J’ai été chargé, par le Bureau des longitudes, d’aller observer au Japon l’éclipse totale du 9 août 1896 L Pour des raisons diverses, l’expédition a été décidée très tard, et la mission a disposé de cinq semaines au plus pour organiser les nombreux appareils nécessaires à l’étude physique complète du phénomène. R a fallu expédier, le 17 mai, les soixante-
- 1 Note à l’Académie des sciences, décembre 1896.
- dix caisses du gros matériel par Marseille et le canal de Suez, sans avoir assemblé et essayé les pièces principales. D’autre part, la mission elle-même, comprenant quatre personnes, le chef de mission et trois assistants, MM. Millochau, Ferdinand Mittau, Joseph Mittau, a gagné le Japon par la voie plus courte de l’Amérique et du Canada, et est arrivée à Yokohama le 15 juin, quatorze jours avant le gros matériel.
- Là, j’ai pu terminer les derniers préparatifs et, d’après les conseils des météorologistes japonais, choisir définitivement, comme station d’observation, le petit port d’Yésashi, sur la côte nord de File de Yézo. Cette même station a été adoptée aussi par la mission japonaise du professeur Terao et par la mission américaine du professeur Todd. Enfin, j’ai soumis le cas spécial de la mission et sa préparation insuffisante à l’amiral de Reaumont, commandant l’escadre de l’Extrême-Orient, et au capitaine de vaisseau Routet, commandant du croiseur Alger, désigné pour conduire la mission au lieu d’observation. J’ai reçu d’eux le meilleur accueil et la promesse que toutes les ressources du navire seraient à notre disposition.
- Le 1er juillet, la mission, avec son matériel complet, a quitté Yokohama sur le croiseur Alger, et est arrivée à Yésashi le 5 juillet. Deux jours après, le matériel entier était réuni, par les moyens du bord, à l’emplacement choisi, et le commandant laissait à terre trois officiers et dix marins (mécaniciens, ouvriers d’art), qui restèrent attachés à la mission pendant la durée entière de son séjour. Avec ce renfort important, avec l’aide des ateliers du bord, les défauts du matériel ont été facilement réparés et l’observatoire spécial de l’éclipse a été construit rapidement, malgré l’obstacle d’une pluie persistante (pendant les six semaines du séjour, il y a eu seulement huit jours clairs).
- Même il a été possible de donner à l’observatoire une extension plus grande que dans l’expédition précédente du Sénégal. J’ai pu, d’une part, reprendre les expériences nouvelles, abordées pour la première fois en 1895, et, d’autre part, organiser encore de nouvelles recherches. On a préparé pour l’éclipse cinq instruments astronomiques principaux qui portaient dix-huit appareils distincts.
- Les instruments sont : un équatorial de huit pouces, prêté aimablement à la mission par M.Jans-sen; deux équatoriaux de cinq pouces et de six pouces, un grand pied Cauchoix et un sidérostat polaire.
- Les appareils sont : sept chambres pour la photographie de la couronne, donnant des images du disque solaire de 0m,0015, 0,n,005, 0m,0065, O"1,005, 0m,01,0m,05, 0m,'07 ; deux spectroscopes à réseau et à prismes destinés à l’étude de la rotation de la couronne ; deux chambres prismatiques ; trois spectroscopes à fente, dont deux pour l’étude du spectre ultra-violet; une lunette de six pouces sur pied spécial, un spectrophotomètre pour les rayons lumineux, un photomètre pour les rayons calorifiques et un
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- polariscope. Ces quatre derniers appareils étaient confiés aux officiers de marine, MM. Lebouleur de Courlon et Urbin, lieutenants de vaisseau, M. Dumas, aspirant de marine, qui avaient travaillé à leur construction avec dévouement et habileté.
- Malheureusement, le jour de l'éclipse, le ciel a été couvert, et le premier contact n’a pu être observé; mais, ensuite, les nuages se sont un peu éclaircis, et l'on a pu voir le croissant solaire, mais pâle et avec des bords diffus. Ces conditions peu favorables ont persisté pendant la totalité : après le deuxième contact1, l’anneau coronal s’est montré à travers les nuages, mais faible et se détachant à peine sur le lond du ciel légèrement éclairé. Aussitôt, je donnai l’ordre d’abandonner pour les appareils photographiques les poses successives avec plaques différentes, adoptées pour le cas du beau temps, et de poser avec une seule plaque sensible pendant la durée entière
- du phénomène (soiff2‘" 55s). lîref, sur les sept chambres photographiques, les six premières ont fourni une image de la couronne pins ou moins forte ; la septième chambre et les appareils spectraux qui exigeaient plus de lumière n'ont rien donné.
- Les photographies1 montrent l’anneau coronal diffus au bord intérieur, large au plus d'un rayon solaire, et presque dépourvu à l’extérieur des rayons caractéristiques; on aperçoit seulement de vagues prolongements dans les directions nord-ouest, nord-est et sud-ouest. Mais ces épreuves donnent nettement la distribution générale de la lumière dans la couronne; leur étude conduit à des conséquences d’ordre général et éclaircit la question de la dépendance entre les taches et la couronne, dépendance indiquée déjà en 1872 comme probable par M. Janssen.
- La couronne de 1896 présente, en effet, aux
- Mission astronomique au Japon. — Installation de l'observatoire à Yésaslii (île de Yezo). (D'après une photographie).
- pôles, et surtout au pôle nord, une diminution nette de lumière, ce que les x\nglais appellent une fente (a rift2); et, à ce point de vue, elle se distingue de la couronne de 1895, qui correspond à un maximum de taches, alors que, en 1896, la décroissance des taches est déjà notable. Or, si l’on se reporte aux couronnes antérieures, on constate aussi cette large fente polaire dans la phase des taches décroissantes, et même elle est d’autant plus large qu’on est plus éloigné du maximum des taches. Les analogies sont surtout nettes avec les couronnes de 1886, de 1875, de 1851, qui sont à la même distance du maximum ; même avec celle de 1875, il y a identité, la fente nord, dans les deux couronnes, étant plus noire que la fente sud, et l’équateur est plus brillant que l’équateur ouest.
- 1 D’après les observations de MM. Lebouleur et Milloehau, le deuxième contact a eu lieu à 5h 4m 25% temps moyen d’Yé-sashi, et le troisième contact à 5h 6m 57'.
- 2 La fente nord a son milieu à peu près au pôle nord du Soleil ; la l'ente sud est un peu portée vers l’est.
- D'ailleurs, cette lente polaire, qui augmente avec les taches décroissantes, s’explique bien dans la théorie éruptive de la couronne et dans la théorie électrique, qui sont les deux généralement admises; car elle s’accorde avec la découverte récente de Spôrer, qui constate la diminution croissante de la latitude moyenne des taches, dans l’intervalle des deux minima.
- Ln résumé, l’éclipse de 1896 confirme la loi suivante, inditptée déjà dans une certaine mesure par les éclipses antérieures : les variations périodiques des taches, qui sont suivies par les protubérances, s’étendent aussi à la couronne, et, donc, à l’atmosphère solaire tout entière.
- L’importance de cette loi apparaît d’ailleurs plus grande, si l’on remarque que les variations périodiques des taches s’étendent aussi à plusieurs éléments du magnétisme terrestre. II. Deslandues,
- de. l'Observatoire de Paris.
- 1 Deux épreuves montrent aussi la planète Vénus et faiblement la planète Jupiter.
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- LA N AT LU E.
- LE DRESSEE DES CANONS DE FUSIL
- Les personnes qui n’ont suivi que de très loin la fabrication des armes n’apprendront pas sans quelque surprise que les exigences modernes concernant la précision des armes à feu portatives n’avaient que peu réagi sur les procédés de vérification employés
- depuis deux siècles. Sans doute, la vériiieatiqn d’ensemble dont nous parlerons tout à l’beure avait sensiblement progressé; mais les méthodes d’examen détaillé restaient à peu de chose près ce qu’elles étaient autrefois. Le dressage des canons de fusil était, jusqu’à ces dernières années, confié à un petit nombre d’ouvriers spéciaux qui arrivaient, par suite de dispositions particulières et surtout après une
- Fig. 1. — Vérification du dressage d'un canon de fusil à l’aide de l’appareil de M. Dévé.
- longue pratique, à indiquer assez exactement les défauts intérieurs d’une arme à la seule inspection du canon. La méthode employée était celle que l’on connaît dans les arsenaux sous le nom de procédé du cierge. L’arme dont on veut déterminer les défauts est dirigée contre un écran mi-partie blanc et noir dont on examine l’image déformée à l’intérieur du canon. La ligne qui sépare les deux moitiés de l’écran apparaît alors sous une forme analogue à celle d’un cierge, d’où le nom du procédé.
- Les inconvénients de ce système sont évidents; quelle que soit l’habileté de l’ouvrier préposé à l’examen, il lui est bien difficile de préciser l’endroit d’une déformation, son étendue et, son amplitude; telle tare toute locale, qui nécessiterait un simple alésage, est caractérisée comme courbure, que l’on produit en sens inverse en essayant un dressage inutile. Puis — cela arrive — l’ouvrier n’apporte pas toujours la même attention et le même intérêt à son travail ; un peu de négligence conduira à des retouches sans fin parce qu’elles auront été mal commencées. Contre des erreurs de cette nature, un chef d’atelier est désarmé; dans une opération qui pré-
- sente de grandes difficultés et un certain aléa, il est à peu près impossible de faire la part du problème lui-même, du manque d’habileté, de la négligence ou de la mauvaise volonté. Aussi, bien qu’un procédé mécanique dût conduire à ce regrettable résultat de supprimer des artistes de l’industrie, une réforme de ce travail s’imposait d’autant plus que l’on cherchait plus de précision dans la fabrication des armes. Nous verrons du reste plus loin combien sont délicates les vérifications auxquelles les armes sont soumises, et, au lieu d’être surpris que la simple vue de l’ouvrier soit devenue insuffisante, nous serons bien plutôt étonnés de ce qu’un procédé aussi élémentaire ait été longtemps suffisant.
- Dans les fabriques françaises, il vient d’être remplacé par une méthode optique extrêmement simple, imaginée et expérimentée par M. le capitaine Charles Dévé, alors attaché à la manufacture de Chàtellc-rault.
- L’appareil de M. Dévé consiste essentiellement en un miroir qui se déplace le long de l’arme, en prenant successivement l’inclinaison de tous les endroits où il passe, et dont on mesure les mouvements en
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- LA NATURE.
- examinant ceux de l’image d’un fil qu’il réfléchit.
- En pratique, voici comment l’appareil est disposé : le miroir est fixé à l’avant d’une petite broche cylindrique épousant exactement, par deux renflements, le calibre intérieur de l’arme. Par un coté, ces bourrelets s’appliquent contre les rayures, pressés, au point diamétralement opposé, par deux ressorts plats. Dans son mouvement de progression, la broche indiquera donc les défauts de rectitude de l’arme suivant la génératrice opposée au ressort. En mettant successivement le ressort en haut, à droite, en bas, à gauche, dans quatre observations successives, on aura déterminé la forme exacte de quatre lignes situées à l’angle droit, allant d’un bout à l’autre du canon, et on pourra, avec la plus grande facilité, différencier les courbures générales d’avec les défauts locaux. Pour l’observation des mouvements du miroir, M. le capitaine Dévé adapte, en avant de l’arme, une lunette auto-collimatrice, c’est-à-dire une lunette mise au point sur l’infini, et portant au loyer de l’objectif un réticule de fils croisés. Les fils, éclairés par une ouverture latérale et une glace inclinée ( tîg. 1, détail), envoient au miroir des rayons parallèles qui reviennent former une image dans le plan même du réticule. L’inclinaison initiale du miroir est ici sans conséquence, à la condition toutefois qu’elle soit assez faible pour que l’image du réticule revienne dans la lunette; quelle que soit la position de cette image on n’observera que ses déplacements qui indiqueront les variations d’inclinaison du miroir.
- La forme pratique de l’appareil est la suivante. Le cylindre portant le miroir M est relié, par le moyen de deux chaînons, à une tringle commandée par une corde qui s’enroule sur une poulie (fig. 2). Les chaînons ont pour hut de laisser toute liberté au porte-miroir dans le sens transversal. La corde peut être actionnée par ses deux extrémités, de telle sorte que l’ori peut, à volonté, faire avancer ou reculer le miroir. La position de l’explorateur dans le canon est indiquée par une petite plaque en métal P montée sur la corde, et qui porte deux petites saillies en regard des deux bourrelets du cylindre.
- Le réticule est fixe dans la lunette; mais celle-ci est montée sur un support qui lui permet deux mouvements à angle droit, qu’on lui communique à l’aide de deux vis munies de tambours.
- Au début de l’opération, on règle la lunette de façon que le réticule et son image se superposent. Dans la suite, on estime, par comparaison avec les dents de deux peignes placés dans le plan du réticule, le mouvement de l’image, ou bien on ramène la coïncidence en agissant sur les tambours. Dans les appareils en usage à Châtellerault, une dent du peigne correspond à un angle de 1 /1000 et une division de tambour à un angle de 1/5000. On pourra donc estimer très facilement un défaut de dressage correspondant à une déviation de 1 décimètre sur 500 mètres. On pousserait l’approximation plus loin, si la chose était reconnue néces-
- saire, en augmentant les dimensions des appareils.
- La manœuvre de l’instrument est des plus simples. Le canon de l’arme étant fixé dans deux colliers (fig. I ), un aide introduit le miroir par le tonnerre jusqu’à la tranche de la bouche. L’observateur règle alors la lunette, et, agissant sur la corde, retire doucement le miroir vers la culasse. Les fusils du modèle 86 portent quatre rayures à pas constant, de 24 centimètres; les cloisons sont donc éloignées, sur une même génératrice, de 6 centimètres. Le passage du bourrelet de la rayure sur la cloison se manifeste par un petit mouvement de l’image auquel il n’y a pas lieu de faire attention. L’observation porte, au contraire, sur les positions de l’image dans les conditions analogues de placement de l’explorateur (pii se renouvellent de 6 en 6 centimètres.
- Les indications de l’instrument sont très faciles à interpréter et à repérer. L’observateur voyant l’image s’écarter à gauche ou à droite, dans une des quatre directions principales, indique à son aide l’existence d’un défaut, en même temps que sa direction et son étendue. L’aide, muni d’un morceau de craie, marque sur le canon l’endroit du défaut, et le côté de l’arme sur lequel il faudra frapper pour la redresser.
- Nous avons dit que les défauts de l’arme devaient être déterminés pour quatre génératrices situées dans deux plans rectangulaires; cela est vrai en principe, et c’est effectivement ainsi que l’on opère pour les réglages très précis; mais en pratique, le cylindre explorateur est suffisamment pressé dans tous les sens pour indiquer d’un seul coup tous les défauts, aussi longtemps qu’il s’agit d’une précision moyenne.
- L’usage de l’appareil est très rapide; dans une journée de dix heures, un observateur exercé examine, avec son aide, plus de 500 canons. Le vérificateur de dressage juge en dernier ressort ; toutefois, pour le travail approximatif, le procédé du cierge est encore employé, non plus pour estimer les défauts, mais pour constater leur absence, et le vérificateur optique a eu pour premier résultat de rendre les dresseurs plus attentifs, en révélant leurs moindres fautes. Au début de l’emploi de l’appareil, la moitié des canons revenant du dressage étaient jugés insuffisants; après un mois, le déchet était tombé à un cinquième.
- L’application que nous venons d’exposer de l’appareil du capitaine Dévé se rapporte au canon seul, pendant sa fabrication et son alésage. Mais, lorsque l’arme est terminée, il convient de faire une vérification d’ensemble, portant sur l’angle formé par la ligne de mire et le dernier élément du canon. Dans ce but, le fusil, suspendu à une bretelle passée dans le pontet, repose par le cran de mire et le guidon, dans deux appuis solidement fixés sur une plateforme. La lunette, dont la position par rapport à la droite joignant ces deux appuis est invariable, indique, par une seule observation dans le miroir, l’angle formé par cette droite et l’axe du canon dans sa dernière section de 6 centimètres. La graduation
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- est faite de telle sorte que l’écart lu à la lunette exprime, en centimètres, la déviation du projectile qui se produirait à une distance de 200 mètres. Les armes jugées bonnes sont acceptées, celles qui présentent des défauts de réglage dépassant très peu la limite de tolérance imposée au régleur sont essayées au tir. Enfin, les armes dont l’erreur est considérable sont démontées, et l’on essaye séparément les divers éléments du réglage.
- La vérification d’ensemble a conduit à de très curieuses observations sur l’influence de petites courbures au voisinage de la bouche. Des armes, jugées défectueuses et essayées au tir ont donné des résultats très différents de ceux que l’on aurait pu prévoir. Par exemple, une arme qui aurait dù tirer 20 centimètres à droite met le coup en direction, mais 30 centimètres trop bas. Si l’on essaye de régler le tir en relevant l’extrémité du canon, on aggrave le défaut; si l’on ramène au contraire le dernier élément en direction, on relève le tir.
- Ces déviations du projectile à angle droit de la direction de l’erreur semblent bizarres; et, cependant, lorsqu’on cherche à se rendre compte, par le calcul, des efforts résultant d’un déplacement latéral du projectile animé d’une grande vitesse, on est surpris de voir combien ces efforts sont grands.
- Prenons comme exemple le projectile du fusil modèle 86, dont la masse est de 15 grammes, et la vitesse initiale de 650 mètres par seconde. Supposons que le canon soit tordu de telle sorte que l’examen des 6 derniers centimètres révèle un écart de 20 centimètres à 200 mètres, soit de 1/1000; au sortir de l’arme, la balle devra prendre, dans ces 6 centimètres, un mouvement transversal lui donnant une direction erronée de 1/1000; elle devra s’écarter de la ligne droite de 0,005 centimètre, la courbure étant supposée parabolique, et l’acce'Iéra-tion constante.
- La vitesse transversale moyenne sera de (71)ÏÏ0RIj9 “ cen^m^lres Par seconde.
- La vitesse transversale au sortir de l’arme sera donc de 65 centimètres par seconde, et l’accélération sera
- 0,65
- 0,000 092
- 707 mètres par seconde2.
- L’effort en kilogrammes nécessaire pour dévier la balle sera donc :
- 707x0,015
- 9,81 ~ 1Ü,8‘
- Ainsi, cette petite déviation du projectile qui, sur un parcours de 6 centimètres, atteint 3 centièmes de millimètre, exige, de la part de l’arme, un effort de 10,8 kilogrammes.
- Il n’est donc pas surprenant que les effets du tir soient très différents de ceux qu’indiquait l’examen purement géométrique de l’arme. La réaction de la balle doit produire des déformations du canon, et ramener le coup partiellement en direction. Cependant, il reste à la balle, en même temps qu’un mou-
- vement transversal, une tendance à tourner autour d’un axe vertical. Par l’effet gyroscopique, cette tendance se transforme en une rotation autour d’un axe horizontal ; la pointe de la balle s’abaisse, et, par le glissement sur l’air, dévie vers le bas.
- Les précautions que l’on prend pour ajuster parfaitement une arme peuvent paraître exagérées lorsqu’il s’agit d’un fusil de guerre et non plus d’une arme de stand. M. le capitaine Dévé répond lui-même à cette critique qui pourrait être adressée à sa méthode; nous ne saurions mieux faire que de reproduire, en terminant, la justification qu’il donne lui-même de son procédé.
- « Les officiers, qui considèrent avant tout le fusil dans son emploi sur le champ de bataille, trouveront peut-être futile la recherche d’une extrême justesse pour une arme de guerre ; mais, si 1’emploi du fusil contre des buts très étendus est le cas général, on ne saurait oublier qu’il se présentera des circonstances où le soldat devra profiter de toute la justesse et de toute la précision de son arme; les éclaireurs, les sentinelles, seront souvent dans ce cas. Or, ne suffit-il pas qu’une telle éventualité puisse se produire pour justifier l’emploi des moyens susceptibles d’accroître, dans la mesure où on le jugera nécessaire, cette justesse et cette précision? »
- Ch.-Éd. Guillaume.
- L’HEURE PAR LES CLEPSYDRES
- La clepsydre, ou horloge à eau, a été, dès le principe, employée pour indiquer l’heure, c’est-à-dire que, sans le concours d’aucun fonctionnement mécanique, elle a pu d’abord servir à mesurer le temps. Aussi, à cause de sa simplicité, la clepsydre a-t-elle été connue dès la plus haute antiquité et même utilisée par les premières civilisations.
- « Les clepsydres sont la plus ancienne de toutes les inventions horaires, dit Bailly dans son ouvrage l"Astronomie moderne ; on n’aurait pas employé la chute d’eau pour partager l’équateur en douze parties, si l’on avait eu un cercle divisé et la sphère d’airain. Cet instrument aurait donné, du reste, la division cherchée et connue. »
- Bien que l’allégation de Bailly soit discutable, on ne peut nier cependant que l’origine des clepsydres se perde dans la nuit des temps. Ainsi l’histoire nous apprend que dès l’an 2679 av. J.-G., sous le règne de l’empereur Hoang-ti, les Chinois connaissaient la clepsydre.» On sait aussi que dès la plus haute antiquité, les Indiens se servaient d’une clepsydre bien primitive dont nous parlerons plus loin. L’Égypte en possédait déjà avant le Ve siècle de l’autre ère (fig. 2, n° 1), car Platon les y remarqua dans un de ses voyages et les rapporta en Grèce de cette contrée.
- Scipion Nasica les introduisit à Rome à son retour de Grèce, et elles étaient déjà connues en Gaule à l’arrivée de Jules César, qui fut étonné de les y voir.
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- On trouve dans une inscription du recueil de Boni le nom attribué à l’ouvrier de ces horloges hydrauliques à Rome : automatarius clepsydrarius. Cette qualification donnée au mot l'aber se voit dans une inscription de Gruter, et les ouvrages auxquels ces anciens ouvriers travaillaient sont appelés dans le Digeste : automataria.
- Nous ne prétendons pas donner dans ce travail une histoire conqdète de la clepsydre ; nous rapporterons seulement la description des plus caractéristiques. Les premières clepsydres dont nous trouvons mention dans l’histoire étaient d’une naïve simplicité. Si, pour les classer, nous voulons leur donner un nom, nous pourrions les appeler clepsydres à submersion. Ce système primitif lut employé par les Indiens, comme nous l’avons dit. Us posaient sur l’eau de petits bateaux qui, percés d’un trou au lond, surnageaient d’abord et s’enfoncaient progressivement au fur et à mesure que l’eau entrait par l’ouverture, et comme la durée de la submersion complète était connue, on avait ainsi une mesure approximative du temps.
- Les Siamois se servaient d’un moyen analogue : « Les Siamois, dit M. Turpin dans Y Histoire civile et naturelle du royaume de Siam, n’ont inventé que des mojens incertains pour diviser le temps. On n’y voit pas d’horloges à roues : c’est avec un vase où l’eau entre par un trou, qu’on détermine les heures, et, chaque fois qu’un vase est rempli, des hommes gagés frappent sur des bassins de cuivre pour avertir qu’un nouveau temps succède à celui qui n’est plus. » Mais ces procédés ne donnaient qu’un résultat bien approximatif : aussi voit-on la clepsydre à submersion se perfectionner encore.
- Aux vases d'égale grandeur, les Mongols substituèrent des bassins de dimensions différentes, de manière à indiquer les heures du jour avec leur du rée relative pour chaque saison. Ils nommaient
- gari le temps que mettait le vase à se remplir. Comme il y avait plusieurs gari dans une heure, un surveillant frappait sur une table de cuivre autant de coups qu’il y avait de gari de passés depuis la dernière heure qu’il avait annoncée par une sonnerie différente.
- C’est en Rirmanie que la clepsydre à submersion atteignit toute la perfection compatible avec la simplicité de son fontionnement.
- M. Dubois de Jancigny parle ainsi de la Rirmanie :
- « Parmi les Rrahami-nes du Palais, venus de la côte de Coromandel, de Ceylan ou du Rengale, on en choisit un qui doit veiller sur l’horloge d’eau qui s’y trouve et dont voici la forme : on remplit un vase d’eau sur lequel on pose une tasse qui est graduée à l’intérieur de manière à indiquer les quarts d’heure. Cette tasse s’enfonce peu à peu et ainsi on obtient une division du temps assez exacte.
- Malgré les perfectionnements apportés à cette sorte de clepsydres, leur précision était cependant des plus douteuses ; aussi furent-elles généralement remplacées par les clepsydres simplement à écoulement ou à écoulement et à flotteur. Elles se composaient d’un vase qui mettait un certain temps, pour les premières, à se vider; pour les secondes, à se remplir. Comme dans celles-ci le flotteur exigeait presque toujours une combinaison mécanique, nous en parlerons plus spécialement en parlant des clepsydres mécaniques.
- Les Persans avaient autrefois une clepsydre à écoulement bien primitive. Us employaient jadis dans cerlaines contrées, nous a dit Son Excellence le général Nazar-Aga, un moyen de mesurer le temps que M. Héron de Yillefosse a constaté aussi à Tébessa. Pendant l’été, l’eau étant assez rare, chaque propriétaire n’a le droit d’avoir de l’eau pour arroser ses champs que pendant un temps déterminé et d’après l’étendue de sa propriété. Aussi, au moment oîi l’on ouvre l’écluse qui doit laisser aller l’eau dans
- Fig. 1. — Clepsydre offerte à Charlemagne, d’après une estampe ancienne.
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- les canaux, un homme chargé de ce contrôle tient à la main un hassin, percé au tond, le remplit de la quantité déterminée, et l’écluse ne reste ouverte que
- le temps que le hassin met à se vider. Enfin le même perfectionnement que nous avons constaté dans les clepsydres à submersion lut aussi apporté dans
- Fig. 2. — N0’ 1, 2 et 3. — N° 1. Clepsydre égyptienne d’après un hiéroglyphe du Musée du Louvre.
- N° 2. Clepsydre en grès au Musée de Cluny. — N* 3. Coupe d’une clepsydre en étain du dix-septième siècle.
- Fig. 5. — N°‘ 1, 2 et 2. — N* 1. Clepsydre par Salomon de Caus. — N° 2. Clepsydre par Jacques Besson. N° 3. Clepsydre avec réveille-matin.
- les clepsydres à écoulement. En Grèce, on remplissait d’eau un vase d’argile ou de métal qu’on plaçait dans une niche pratiquée dans la muraille à cet effet. A l’extrémité inférieure du vase on remarquait un tuyau étroit par lequel l’eau s’échappait goutte à
- goutte et venait tomber dans un récipient divisé par des lignes indiquant les heures. L’eau atteignait peu à peu chacune de ces divisions et marquait ainsi les différentes parties du jour et de la nuit.
- Salomon de Caus a aussi étudié les clepsydres et.
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- appliquant les antiques moyens, il signale à ce sujet différents problèmes d’horloges à eau ; son problème 7, par exemple, qui est intitulé « Pour faire Orologe avec le cours d’une fontaine naturelle, laquelle pourra faire son cours très juste sans être sujette à être montée journellement », est curieux (fig. 3, n° 1).
- Dans un livre de Jacques Resson se trouve la gravure d’un édicule au milieu duquel est représentée une statuette actionnée par l’eau et marquant l’heure avec une baguette (fig. 3, n° 2).
- Le musée de Cluny (fig. 2, n° 2) possède une clepsydre de table à écoulement en grès de Flandre, du xviie siècle ; elle est placée dans une vitrine, salle des faïences. Cette pièce, décorée d’ornements émaillés bleus, est composée de deux bassins superposés et reliés par des montants assez légers et laissant l’intervalle des deux bassins complètement à jour.
- Nous avons cru devoir classer parmi les clepsydres simples, comme se rapprochant de celles à écoulement et comme servant de transition entre celles-là et les clepsydres mécaniques, l’instrument appelé « clepsydre à tambour ». La description et le moyen de la fabriquer sont indiqués dans la traduction du « Traité des horloges élémentaires ou la manière de foire des horloges avec l’eau, la terre, l’air et le feu, de l’Italien Dominique Martinelli de Spolete, sur l’imprimé à Venise en l’année 1663 ». D'après lui, ces pièces pouvaient marquer les heures, les jours, la semaine, le quantième, les mois, les phases de la lune, etc.... Il les faisait à sonnerie et à réveille-matin, et même, d’après le texte de la composition d’une horloge, « semblables à celle qu’on voit sur la grande place de Venise, avec les Maures qui sonnent les heures et les trois Rois qui, en passant, saluent la Sainte Vierge ». (Chap. xiv.)
- Nous retrouvons cette traduction dans les Récréations mathématûiues et physiques d'Ozanam (1694), puis en partie seulement dans le Traité général des horloges, du R. P. Alexandre, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur (1754) qui, à tort, attribue l’invention de la clepsydre à tambour à Dom Charles Yailly, religieux du même ordre que lui, en 1690. Cette clepsydre fut inventée bien antérieurement. Dans nos recherches à la Ribliothèque Nationale, nous avons trouvé aux estampes un prospectus avec gravures, représentant la clepsydre de Martinelli, comme étant inventée par le R. P. Dom Thimothée Langlois, barnabite en l’an 1693, et pour laquelle le sieur Duflos a obtenu le privilège du roi. « Il les débitait, dit le prospectus, en sa maison, rue de la Vieille-Monnaie, attenant au Singe-Vert. »
- Nous parlerons d’autant plus volontiers de ces pièces qu’il nous a été donné d’en voir d’originales, et même d’en posséder une; du reste elles ne sont pas très rares.
- Ces clepsydres se composaient d’une boîte cylindrique en étain, plate à ses deux extrémités et assez semblable par sa forme à un tambour. Nous ne donnons
- ici (fig. 2, n° 5) que la coupe intérieure de la pièce, d’après nature, la forme générale étant très connue. Mais nous donnons le croquis de son réveille-matin tel que le signalent Martinelli et Dom Thimothée. Il se compose d’une roue dentelée en forme d’étoile qui, entraînée par un poids, actionne le battant de la clochette. La détente du réveil est soulevée par l’axe du tambour qui, en descendant le long des montants, la rencontre à l’heure convenue, en face de laquelle elle a été préalablement placée (fig. 5, n° 5).
- Le premier mécanisme qui compliqua la clepsydre à écoulement fut le flotteur. Le premier essai d’un flotteur fut bien timide. Nous lisons dans l’ouvrage : « La Conformité des coutumes des Indiens orientaux avec celles des Juifs », que les Mongols avaient une horloge à eau composée de deux bassins dont l’un était plein et l’autre vide. Dans le fond de ce dernier on plaçait un large morceau de liège qui pouvait facilement monter et descendre. Au bord du bassin s’élevait une petite colonne sur laquelle étaient marquées les heures qu’indiquait avec une baguette une petite figure placée sur le liège. Le bassin plein se déversait peu à peu dans le bassin vidé; l’eau soulevait le liège et la petite statue indiquait sur la colonne les heures qui y étaient marquées.
- Il nous reste à étudier une clepsydre envoyée par fioèce1, sénateur romain, à Gondebaud, roi des Burgondes, qui était compliquée de plusieurs combinaisons mécaniques mais dont le fonctionnement ne nous est pas connu.
- Dans une histoire, traduite en 1715 par Gervaise, prévôt de l’église Saint-Martin, à Tours, on trouve le fait suivant : « Les Bourguignons, peuple grossier, étant alors à Rome, y avaient vu des cadrans solaires et des hydrauliques qu’ils admirèrent parce qu’ils n’en connaissaient pas la structure. • Ils prièrent Théodoric, roi des Ostrogoths, d’en envoyer à Gondebaud, leur roi, comme la chose qui pouvait lui être le plus agréable. Pour les satisfaire, l’empereur Théodoric en écrivit à Boèce, le plus habile mathématicien qu’il y ait en Italie. Sa lettre est du style de Cassiodore, secrétaire de Théodoric. Boèce répondit aux désirs de Théodoric. Il fit venir de tous côtés les maîtres les plus habiles et travailla lui-même à la construction des hydrauliques. Ces clepsydres marquaient exactement le cours du soleil, de la lune et de tous les astres. Sans roues, sans poids et sans ressorts, par la vertu d’une certaine quantité d’eau renfermée dans un vase d’étain en forme de boule, qui tournait incessamment, entraîné par sa propre pesanteur. »
- Malgré les indications sommaires que nous avons sur cette clepsydre de Boèce, on ne peut nier cependant qu’elle ne ressemblait à la clepsydre à tambour dont parle Martinelli. Peut-être ces pièces étaient-elles inspirées de l’instrument de Boèce, en admettant qu’elles n’en soient pas réellement les descendantes.
- 1 Boèce naquit à Rome en l’an 470 de notre cre.
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- Nous avons trouvé dans les livres de Hiérone Cardan, médecin milanais, qui vivait au xvie siècle, la description d’une clepsydre qui appartenait à Sapor, roi des Perses, et qui daterait du me siècle de notre ère.
- Nous laissons à l’historien son naïf langage : « On récite que Sabor, roi des l'ersiens, fit construire de vitre une machine de telle façon tant grande, qu’il était assis au centre d’icelle comme en la sphé-rule et rotondité de la terre, voiant sous ses pieds les astres, les étoiles qui se couchaient, se levaient, en sorte que néanmoins qu’il lut mortel, il semblait être sur toute la hautesse et exspectation de mortalité. »
- Au vie siècle, Choricius de Gaza a décrit une horloge singulière qui formait la plus étonnante curiosité de sa ville natale. Dans cette horloge, des aigles d’airain étaient placés sur une même ligne en nombre égal à celui des heures. Chacun d’eux portait dans ses serres une couronne, prêt à la déposer sur la tête d’Hercule. Le Soleil donnait le signal, revêtu des insignes royaux, et portant dans sa main gauche le Globe céleste; il étendait la main droite vers les portes quand le moment était venu, et aussitôt Ilercule paraissait pour recevoir la récompense de ses douze travaux répondant par son ordre à l’une des heures de la journée.
- Mais une des plus célèbres clepsydres que l’art arabe ait produite, fut celle que le calife Haroun-al-Raschid offrit à Charlemagne. L’apparition de cette merveille avait produit alors un si prodigieux effet, sur le peuple que le mot de clepsydre évoque ordinairement dans notre esprit le souvenir du grand empereur d’Occident.
- Dans la traduction d'Eginhard : « La vie publique et privée du très glorieux empereur et roi Charlemagne », par Turley, on lit le récit suivant :
- « Abdalla, ambassadeur du roi de Perse, et avec lui des moines de Jérusalem, qui s’acquittaient de la mission que leur avait confiée le patriarche Thomas, se présentèrent devant l’empereur. Les deux moines avaient nom Georges et Félix; Georges, abbé du mont des Oliviers, était Germain de nation et son véritable nom était Egibald. Us offrirent à Charlemagne des présents que lui envoyait le roi de Perse, qui consistaient entre autres choses en une horloge de bronze doré construite avec un art admirable. Un mécanisme, mû par l’eau, indiquait les heures qui étaient annoncées par un nombre égal de petites boules d’airain qui tombaient dans un bassin de cuivre. A midi, douze cavaliers sortaient de douze fenêtres qui se refermaient derrière eux. On admirait encore dans cette horloge d’autres merveilles, mais il serait trop long de les rapporter ici. Elle fut présentée à l’empereur dans son palais d’Aix-la-Chapelle.
- « A Tlemcen, dit l’abbé J.-J. Le Barges, parmi les objets rares que l’on conservait dans le Méchouar, on se servait, pour embellir la salle de réunion pendant la nuit solennelle du Maula, de celui qui excitait le
- plus l’admiration des spectateurs, c’était une horloge à sujets, connue sous le nom de Khezaned-el-Mendjânah (l’appareil de l’horloge).
- « Cette horloge merveilleuse était ornée de figures d’argent d’un travail ingénieux et d’une structure solide. Sur le plan supérieur de l’appareil s’élevait un buisson sur lequel était perché un oiseau cachant ses petits sous ses ailes. Un serpent, sortant de son repaire, situé au pied de l’arbuste, grimpait jusque dans les branches et menaçait les petits oiseaux qu’il voulait surprendre. Près de la corniche on pouvait suivre la marche naturelle de la lune pendant la nuit. Sur la partie intérieure, on remarquait dix portes correspondant aux dix heures de la nuit ; et, sur les deux parois, deux autres portes plus larges que les autres. Au commencement de chaque heure deux aigles sortaient de deux grandes portes et venaient s’ébattre dans un bassin de cuivre.
- « Comme dans la clepsydre précédente, ces deux aigles laissaient tomber dans le bassin une boule de cuivre qu’ils tenaient dans leur bec. Au même instant le serpent, qui était arrivé au haut du buisson, poussait un sifflement et mordait l’un des petits oiseaux que sa mère était impuissante à défendre. Alors la petite porte qui correspondait à l’heure indiquée frémissait doucement, s’ouvrait, puis laissait passer une jeune esclave d’une rare beauté. Celle-ci s’avançait, portait la main gauche devant sa bouche, comme pour saluer le souverain qui présidait la réunion, et tenait de la droite un cahier, sur lequel étaient gravés quelques vers qui indiquaient l’heure et faisaient en même temps l’éloge du calife. »
- Cette curieuse clepsydre parut pour la première fois à la fête du Mauled de l’an 760 de l’hégire, sous le règne d’Abbou-IIammou IL
- Les clepsydres ont été remplacées par les horloges à poids moteur et à échappement qui leur ont emprunté la majeure partie de leurs fonctions astronomiques ou d’automates.
- Les clepsydres montrent quels ont été de tout temps les efforts des hommes pour obtenir la mesure du temps. A ce titre surtout il était bon d’en rappeler l’histoire. Planchon.
- PROJET DE TRAIN CONTINU
- Chaque exposition internationale pose à nouveau le problème encore incomplètement résolu d’un moyen de transport commode et puissant, permettant d’amener à l’Exposition de grandes foules et de les ramener vers le centre sans leur imposer l’obligation d’attentes fatigantes dans les gares et les stations. Les projets n’ont pas manqué, et nous avons décrit ici même celui de M. Eugène llénard1, ainsi que le chemin mobile (Side-Walk) de Chicago2. C’est un perfectionnement très appréciable de ces deux systèmes que propose pour l’Exposition de 1900
- 1 Yov, n° 722, du 2 avril 1887.
- 2 Yov. n° 1067, du 11 novembre 1893.
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- L A NA T UH L.
- M. Thévenet-Leboul, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Dans le projet de M. Ilénard, il avait été prévu des arrêts périodiques pour la descente des voyageurs, la continuité du train mobile n’existait que dans l’espace, et non dans le temps. A Chicago, le train continu, animé d’une vitesse uniforme, était accessible par l’intermédiaire de deux plates-formes successives, la première marchant à une vitesse égale à la moitié de celle de la deuxième, soit respectivement 5 et 11) kilomètres par heure.
- On accédait donc aux banquettes du train continu en deux étapes, en passant d'abord de la vitesse zéro à la vitesse 1,4 mètre par seconde, puis de la vitesse 1,4 à celle 2,8 mètres par seconde. Dans le système imaginé par M. Thévenet-Leboul, la vitesse du train continu serait de 12 kilomètres par heure, sans aucun arrêt, et les voyageurs pourraient prendre place commodément sans vitesse relative. Ce résultat est obtenu très simplement à l’aide de plates - formes tournantes très ingénieusement combinées. Le train mobile continu forme une chaîne sans fin parallèle et épanouie aux stations terminus et aux stations intermédiaires en forme de boucles presque circulaires de 20 mètres de rayon.
- Ces plates-formes sont percées au centre d’un évidement de 4 mètres de rayon et tournent à une vitesse angulaire telle que leur circonférence extérieure se déplace à une vitesse égale à celle du train.
- Le voyageur atteint le centre de la plate-forme par un escalier intérieur et arrive à un plancher fixe en forme de couronne d’où il passe sur la plate-forme mobile, animée sur le bord de cette couronne d’une vitesse qui ne dépasse pas 60 centimètres par seconde. (Nous avons vu qu’à Chicago la vitesse était plus du double.) Les personnes les moins ingambes se familiarisent rapidement avec cette gymnastique élémentaire, si nous en jugeons d’après notre expérience de la World’s Fair.Une fois sur la plate-forme mobile, le voyageur gagne la périphérie de cette plate-forme et se trouve porté, sans s’en apercevoir, à la même vitesse que celle du train continu dans lequel il monte alors comme si plate-forme et train étaient immobiles, line plate-forme de 20 mètres de rayon représente 125 mètres de développement, sur lesquels 80 au moins peuvent être utilisés pour la montée et la descente, ce qui représente 20 à 25 secondes, temps largement suffisant. La descente se fait par une manœuvre inverse. On peut également combiner deux plates-formes tournantes distinctes à chaque station, l’une pour la montée, l’autre pour la descente.
- Tout le système combiné par M. Thévenet-Leboul est ingénieux, mais il soulève une grave objection. Le train continu, après avoir contourné une plate-forme, s’en écarte pour suivre sa direction, et si un voyageur distrait s’y
- prend un peu trop tard pour monter ou descendre, il s’expose à buter contre des cloisons, barricades ou balustrades qu’il est nécessaire d’ériger pour que le voyageur n'aille pas se jeter dans le vide. C’est là un danger dont nous ne voyons pas bien le moyen préventif. Si un voyageur distrait brûle sa station, il devra continuer jusqu’à la station suivante, descendre et remonter dans la partie du train qui retourne vers la station brûlée. Ce sera une simple perte de temps sans autre conséquence. II.
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- CONTRACTION DE LA FACE
- DANS LE SAL'T
- Contraction de la face dans le saut.
- Dans le saut, dit Longet, le corps entier se détache du sol et flotte en l'air à la manière d’un projectile;
- la photographie que nous reproduisons, et qui est due à un photographe de Saint-Dié, rend on ne peut mieux cette comparaison.
- L'effort d’impulsion provoque une contraction de tout le corps; tronc et membres, au moment de l’enlèvement, ne forment plus qu'une tige rigide et ondulée.
- La photographie dont il s'agit donne l’image d’un saut très élevé au moment où est donnée l’impulsion ; elle reproduit le corps en plein effort et en entière contraction. On peut se rendre compte de la violence de l’effort par l’aspect du visage du jeune homme (quinze ans): le nez, les lèvres, les arcades sourcilières, les paupières, le Iront, le cou, sont violemment contractés. L’effet est d’autant plus accentué que l’énergie de l’effort a congestionné la lace.
- On dirait, à voir cette ligure, que le sauteur éprouve subitement une grande douleur et qu'il va éclater en sanglots.
- Cette photographie, prise par M. Franck, photographe à Saint-Dié (Vosges), avec la photo-jumelle Carpentier, grossie ensuite, est intéressante, puisqu’elle donne le faciès contracté d’un sauteur au moment précis de l’effort d’impulsion.
- 11 est certain que l’on pourrait obtenir ainsi une série d’effets surprenants et souvent meme très instructifs à l’aide de la photographie.
- Dr A. Fournier.
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- LA NATLRE.
- (il
- UN NOUVEAU CYCLE ^APPARTEMENT
- & l’hygiénique ))
- La bicycletUe est aujourd'hui le sport le plus en vogue: enfants, femmes, vieillards, pédalent à Terni. Cet usage si général de la bicyclette cst-il une excellente chose, comme le prétendent quelques-uns? ou bien n’y faut-il voir qu’une habitude déplorable, ca-de déformer par une attitude vicieuse les membres et le rachis des enfants, et de déterminer chez la femme des accidents locaux sérieux, dus en grande partie à la trépidation incessante des instruments les plus parfaits? Nofre conclusion sera brève.
- L’exercice le plus hygiénique devient, par l’abus, nuisible et dangereux. Les sports en plein air sont les dispensateurs de la santé, mais à la condition essentielle d’être mis en pratique avec modération.
- L ’ exercice musculaire poussé, chez l’homme sain, jusqu’à une légère lassitude, active l’élimination des toxines spéciales dues à l’hyperactivité cérébrale. Le cyclisme raisonné est ainsi, au même titre que la chasse, l’équitation, un véritable repos pour les hommes à vie sédentaire; il excite les phénomènes généraux de nutrition, active la désassimilation, et par suite la réparation incessante de nos cellules. Il en est tout autrement du surmenage .—L ’ exercice m uscu-laire poussé jusqu’à la fatigue est dangereux et nocif au premier chef. Le surmenage détermine en effet une hyperproduction telle des produits toxiques de désassimilation que les poisons organiques s’accumulent, les excrétions normales se trouvant impuissantes à leur évacuation.
- L’intelligence des surmenés s’affaiblit à la longue, l'individualité même disparait, et l’homme en trahie dans toute l’acception de ce mot n’est plus qu’une machine bien peu digne d’intérêt, à une époque où la mécanique et l’électricité nous comblent de tant d’instruments merveilleux.
- Nous ne saurions donc admettre l’usage de la bicyclette qu’avec modération, à ce degré où il est un repos pour l’homme soumis habituellement à un travail cérébral assidu. La femme se trouvera également très bien de cet exercice si elle ne se laisse pas entraîner à des luttes de vitesse et à des records de
- distance, qu’elle paiera bien vite de sa beauté, de ses formes, de sa santé. Le cyclisme rationnel et méthodique est également, pour bien des hommes d’un certain âge, un grand agrément.
- 11 leur permet d’entretenir l’adresse et la vigueur de leurs muscles, la liberté de leurs articulations.
- Et combien de ces fervents de la bicyclette, qu’ils ont appris à mancuvrer à 60 ans, 65 ans et parfois plus, sont dans l’attente d’une éclaircie du ciel, d’un rayon de soleil, qui leur permette d’effectuer leur promenade quotidienne.
- L’exercice de la bicyclette conduisit naturellement les constructeurs à établir des appareils de chambre, analogues aux appareils dits de gvmnas-tique de chambre et connus depuis longtemps, mais munis des mêmes pédales, de la même selle que la bicyclette.
- Quelle bonne fortune pour les coureurs de pouvoir s’entraîner à domicile, de pédaler au pied de leur lit des 50, des 100 kilomètres, de gravir des cotes, d’exercer, à l’aide d’un frein, la puissance de leurs muscles ! C’est dans ce but que fut construit, après d’autres appareils actuellement abandonnés, le veloroom, présenté il y a quelques années comme le type de la bicyclette de chambre.
- Le veloroom est un excellent appareil d’entraînement, mais convient-il aux malades, aux convalescents, aux gens débiles, aux rhumati -sants, aux goutteux, dont les articulations viennent d’être tuméfiées et endolories durant de longues semaines ?
- L’expérience fut bien vite démonstrative. L'usage de cet appareil, qui nécessite un effort musculaire réel, ne devait pas être toléré par les tissus encore si susceptibles des podagres, à peine relevés d’une attaque aiguë. C’est après avoir éprouvé personnellement les inconvénients graves d’un exercice exagéré, au cours de la convalescence d’une attaque de rhumatisme, avec tendance à l’ankylosé et à l’impotence absolue des membres inférieurs, qu'analysant sur elle-même les avantages et les inconvénients du veloroom, une personne d’une grande intelligence se rendit compte bientôt que tout effort, si léger qu’il fut, occasionnait chez elle un retour des douleurs articulaires, une aggravation réelle.
- Le mouvement lui-même semblait bienfaisant,
- lu nouveau cycle d’appartement, « l’Ilygiéuique ».
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- LA NATURE.
- mais l’effort nécessaire à mettre en action l’appareil ne pouvait être toléré plus de quelques minutes. N’était-il pas possible de réaliser un appareil d’appartement véritablement pratique et capable de suppléer à domicile ces merveilleux appareils de gymnastique suédois que chacun peut admirer aux nouveaux thermes impériaux de Carlsbad ?
- L’appareil nouveau que nous venons d’examiner, et qui a été construit par la personne que nous venons de citer, est un progrès sur tout ce qui avait été réalisé jusqu’ici dans le même but. 11 est simple, peu coûteux, n’exige des convalescents aucun développement appréciable de force musculaire, et permet tout aussi bien aux personnes qui veulent maigrir de réaliser à domicile, les fenêtres ouvertes, leur séance de sudation ou leur promenade bi-quotidienne. Cet instrument, nommé par l’inventeur « l’Hygiénique », parce qu’il permet de réaliser à domicile les « promenades hygiéniques du cycliste »,est donc au premier titre un appareil médical, excluant tout danger de surmenage.
- Ce qui en fait la perfection est avant tout son extrême simplicité. Le cycle de chambre « l’IIygié-nique » est en effet essentiellement composé d’une selle de forme et de hauteur variables et d’un pédalier de bicyclette, relié par une chaîne à une double manivelle portant ou non un frein, et destinée à être tenue à l’aide des mains. Ses roulements doivent être parfaits. Tel est cet appareil, qui permet à quiconque, valide ou convalescent, de pédaler à domicile, sans effort, sans fatigue, s’il veut simplement réaliser par le mauvais temps une marche de courte durée ou bien rendre le mouvement à ses articulations raidies par une attaque récente de goutte ou de rhumatisme. Bientôt le retour des forces et de la motilité permet d’augmenter la longueur des séances, et d’obtenir, en exerçant à la fois bras et jambes, c’est-à-dire le corps entier, une sudation modérée et salutaire.
- Les mains, qui tiennent la double manivelle, peuvent en effet, ou bien suivre simplement le mouvement des pieds, ou bien le provoquer, les jambes demeurant passives, ou bien exiger de ces dernières, par un effort contraire, une dépense musculaire plus considérable.
- Ce cycle d’appartement est donc appelé à rendre les plus grands services aux personnes qui ont besoin d’un exercice modéré et journalier.
- Quoi de mieux pour maigrir, si vous ne pouvez faire après chaque repas la promenade obligée, que de pédaler une demi-heure ou une heure chez vous, sans latigue exagérée, à l’abri de la pluie ou de la neige?
- Ouvrez la fenêtre et vous serez en plein air. Le goutteux, le rhumatisant peut ainsi prendre chaque jour de l’année l’exercice nécessaire à l’entretien de ses articulations momentanément ankylosées, et prévenir par la sudation le retour des crises aiguës, si justement redoutées.
- L’action commune des bras et des jambes permet à la personne active de doser elle-même, en étant son
- propre frein, la force qu’elle veut dépenser. Ceux même qui veulent combattre l’adiposité doivent savoir par expérience combien le surmenage leur est nuisible et quel profit au contraire ils peuvent retirer d’un régime régulier et d'un exercice musculaire journalier après chaque repas. L’appareil que nous avons décrit permet à quiconque de réaliser à domicile, les jours de mauvais temps, les cures de terrain, les promenades de Brides, de Marienbad. Nous le croyons donc appelé à rendre à une foule de personnes de tout âge la vigueur et la jeunesse physiques. l)r Doven.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- CONCOURS DE l’ANNEE 1896
- Séance annuelle publique du 21 déc. 1806
- Présidence de M. Cornu.
- L’Académie des sciences a tenu le 21 décembre sa séance publique annuelle. Suivant l’usage, le Président a consacré la première partie de son discours d’ouverture de la cérémonie à l’exposé du principal fait scientifique de l’année écoulée, et naturellement son choix s’est porté sur les rayons Rontgen.
- M. Cornu s’attache d’abord à mettre en relief l’intérêt puissant et trop souvent méconnu des recherches spéculatives des savants.
- « Le public ne voit que le succès final ; il ignore généralement le point de départ, souvent mystérieux, de ces recherches ; il ignore surtout ce qu’il a fallu d’efforts et de persévérance pour arriver à ce qu’on nomme vulgairement une découverte pratique ; il serait même enclin à dédaigner la science abstraite, source de toutes ces méditations et à mesurer le mérite du savant à l’utilité immédiate, pour ainsi dire à la valeur commerciale de ses découvertes.
- « L’utilitarisme est en effet une des maladies de notre société actuelle, peut-être l’une des plus graves, parce qu’elle tend à briser l’essor de l’esprit humain vers l’idéal et à le rabaisser au culte exclusif des intérêts matériels. L’histoire des grandes découvertes du siècle, fruit d’études longues et désintéressées, devrait au contraire montrer que la source des progrès réels est moins dans l’exploitation des résultats acquis que dans la recherche libre, abstraite, fantaisiste même, en un mot dans la science pure et indépendante, largement ouverte à toutes les aspirations de l’intelligence. »
- A l’appui de cette réflexion il constate que le germe de la découverte de M. Rontgen se trouve dans l’expérience de l’œuf électrique vulgarisée dans la seconde moitié du siècle dernier. Dans cette expérience deux tiges métalliques terminées en boules laissent jaillir la décharge électrique dans un globe de verre transparent où l’on a fait le vide. L’étincelle s’étale peu à peu à mesure que l’on retire l’air et finit par remplir le globe d’une magnifique gerbe rose ou violacée.
- Après cent années environ de vaine curiosité, l’expérience est transformée par Abria, de Bordeaux (1845), qui lance dans l’œuf électrique la décharge induite, produisant ainsi, dans la belle lueur diffusée, des stratifications. De plus la boule positive présente toujours une aigrette et la boule négative une sorte de gaine obscure.
- « Puis viennent les recherches de Crookes guidées par des vues théoriques sur l’état de la matière raréfiée à l’extrême.
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- « 11 observa alors une série de phénomènes nouveaux : à mesure que le vide augmente, la gaine obscure de la cathode grandit, chassant devant elle les stratifications qui s’évanouissent l’une après l’autre; lorsque enfin la gaine obscure remplit tout l’espace, le verre de l’ampoule devient fluorescent, surtout à l’opposite de la cathode. M. Crookes voit dans ce phénomène la confirmation de ses idées; pour lui ce sont les molécules du gaz raréfié, repoussées par l’électricité négative, qui bombardent le fond de l’ampoule et parleurs chocs font jaillir ces lueurs. 11 institue alors une série d'expériences fort curieuses pour démontrer l’existence de ces projectiles ; ici, il les arrête par un écran intérieur en aluminium, l’ombre de l’écran se peint alors au fond du tube.
- « Enfin Ilerz, conduit par d’autres vues, constate que le bombardement moléculaire traverse l’écran d'aluminium enfermé dans l'ampoule, lorsqu’il n’est pas trop épais. Mais le phénomène n’acquiert tout son intérêt qu’aprèsque M. Philipp Lenard, profitant de cette transparence de l’aluminium, eut fait sortir dans l’air les rayons cathodiques jusque-là confinés dans le vide en perçant l’ampoule d’une très petite fenêtre fermée par une lame mince de ce métal. Les radiations filtrées au travers de cette singulière vitre excitent la fluorescence, impressionnent les plaques photographiques, déchargent les corps électrisés. Toutes ces propriétés ont été étudiées minutieusement par'M. Lenard.
- « Toutefois c’est à M. Rontgen qu’appartient le mérite d’avoir, grâce à un meilleur agencement de l’expérience, montré tout le parti susceptible d’être tiré de la découverte.
- « C’est le hasard, ce hasard heureux dont savent scnls profiter les observateurs perspicaces, qui mit aux mains de M. Rontgen l’appareil définitif, simple et puissant. Un tube de Crookes, enfermé dans une boîte de carton, fut mis en action au fond d’un laboratoire obscur; une plaque fluorescente se trouvait par hasard à côté, elle s’illumina.
- « M. Rontgen l’aperçut; il en conclut immédiatement que les radiations cathodiques d’un simple tube de Crookes sont assez intenses pour traverser l’ampoule de verre et le carton épais. La photographie à travers les corps opaques était inventée. »
- M. Cornu consacre ensuite quelques paroles de regrets sincères à ceux de ses membres que l’Académie a perdus dans l’année : MM. Fizeau, Sappey, Daubrée, lîesal, Trécul, Tisserand, et termine en proclamant l’attribution à l’illustre physicien lord Kelvin de la médaille Arago, à l’occasion de la cinquantième année de son élection à la chaire de philosophie naturelle à l’université du Glascow.
- M. Cornu rappelle, au sujet de cet hommage rendu au savant anglais, les paroles que lui adressait M. Mascart lors des fêtes du centenaire de l’Institut, paroles qui se trouvent admirablement convenir à la circonstance :
- « Dans une autre occasion où vous parliez en votre nom personnel, vous nous avez causé une profonde émotion en déclarant que vous aviez une dette de reconnaissance envers notre pays, que nos grands esprits tels que Fourier, Laplace et Sadi Carnot avaient été vos inspirateurs et que vous considériez la France comme Yaima mater de votre jeunesse scientifique.
- « Si la dette existe, vous l’avez payée avec usure. Dans la longue série de travaux et de découvertes que jalonne votre admirable carrière, une des plus nobles que l’on puisse réver, vous avez abordé toutes les questions de cette science à laquelle la littérature anglaise conserve le beau nom de « philosophie naturelle )), soit pour contribuer aux progrès des conceptions théoriques, soit pour en déduire
- des applications utiles au développement de l’industrie et au bien de l’humanité. »
- La lecture de la liste des prix a suivi ce discours.
- Sciences mathématiques. — Grand prix : M. Edmond Maillet. — Prix Bordin : M. Jacques Iladamard. — Prix Francœur : M. Yalson. — Prix Poncelet : M. Painlevé.
- — Prix extraordinaire de (1000 francs : un prix de 1500 francs est décerné à M. Baule, un prix de 1000 francs à M. Darrieus, un prix de 1000 francs à M. Schwcrer; des encouragements sont accordés à MM. Blot, Monaque, Morache, Paqué, Terrier et de Vanssay.
- Mécanique. — Prix Montyon : M. Henri Parenty. — Prix Plmney : M. Marbec. — Prix Lalande : M. Pierre Puiseux. — Prix Valz : M. Bossert. — Prix Janssen : M. Deslandrcs.
- Statistique. — Prix Montyon : Comité d’assurances à primes fixes sur la vie, M. le Dr lluguet; une mention très honorable est attribuée à Mmo Pégard, et une mention honorable à M. G. Baudran. — Prix Jecker : un prix est partagé entre MM. Matignon, Auger, Bouveault et Gen-vresse. — Prix Vaillant : MM. A. Guye et Charles Lallemand. — Prix Fontannes : M. Douvillé. — Prix Desma-zières : M. Etn. Bescherelle. — Prix Montagne : un encouragement est accordé à M. Flagev. — Prix Thore : M. Charles Janet.
- Médecine et chirurgie. — Prix Montyon : deux prix sont décernés à MM. Sigismond Laskowski et Legrain, un troisième prix est partagé entre MM. Imbert et Bertin-Sans d’une part, et MM. Oudin et Barthélemy de l’aulre; trois mentions sont attribuées à MM. Comby, Brocq et Jacquet, Broca et Maubrac, une citation est accordée à MM. Dignat, Viry et Gils. — Prix Barbier : le prix est partagé entre MM. les D" Bertrand et Fontan, et M. le Dr Raynaud ; une mention très honorable est attribuée à M. le Dr Moreigne. — Prix Bréant : MM. Rénon, Netter et Thoinot. — Prix Godard : M. le Dr Max Melchior, de Copenhague; une mention très honorable est attribuée à M. le Br Paul Delbet. — Prix Serres : le prix est partagé entre M. Mathias-Duval et M. Alfred Giard; une mention est attribuée à M. Laguesse. — Prix Bellion : le prix est décerné à M. le Dr de Brun; une mention honorable est attribuée à M. Bodin. — Prix Mège : M. Mauclaire. — Prix Lallemand : M. Raphaël Dubois. — Prix du baron Larrey : M. le I)r Edmond Delorme.
- Physiologie expérimentale. — Prix Montyon : le prix est décerné à M. Contejean ; une mention honorable est attribuée à M. Pagès. — Prix Pourat : M. le Dr Joachiin-stbal (de Berlin). — Prix Philipeaux : M. Tissot. — Prix Gay : M. André Delebecque.
- Arts insalubres. — Prix Montyon : M. Émile Cacheux.
- — Prix Trémont : M. Frémont. — Prix Gegner : M. Paul Serret. — Prix Delalande-Guérineau : M. le commandant Toutée. — Prix Jean Reynaud : M. Henri Poincaré, membre de l’Académie des sciences. — Prix Jérôme Ponti ; MM. Benoit, Chapuis et Guillaume.
- Arrérages. — Prix Leconte : MM. J. Roussel et Hen-neguy. — Prix Tchihatcbef : prince Henri d’Orléans. — Prix Houllevigue : M. Joannis. — Prix Cahours : le prix est partagé entre MM. Freundler, Lebeau, Hebert et Varet.
- — Prix Saintour : le prix est partagé entre MM. Guntz et Renault. — Prix Laplace : M. de Nanteuil de la Morville.
- — Prix Rivot : MM. de Nanteuil de la Morville, Dutilleul, Balling et Leroux.
- M. Berthelot lit emuite une longue et très intéressante Notice sur la vie et les travaux du savant minéralogiste François Mallard, décédé en 1894. Cii de Vjlledecil.
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- ALFRED NOBEL
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- Au moment où paraîtront ces lignes, le corps de l'inventeur de la dynamite sera transporté de San-Remo à Stockholm.
- Dans son numéro du 10 décembre, YAftonbladet de Stockholm, à qui nous empruntons le portrait que nous publions avec cette Notice, annonçait la nouvelle inattendue de la mort d’un des savants et ingénieurs suédois les plus justement célèbres. Un télégramme arrivé le matin de la Cote d’Azur lui avait appris qu’Alfred Nobel venait de rendre le dernier soupir dans sa chère villa de San-Remo qu’il habitait depuis qu’il avait fermé son laboratoire de Paris.
- Né à Stockholm en 1835, Alfred Nobel était dans la soixante-troisième année de son âge, et il semblait destiné à jouir encore quelque temps du fruit de ses grandes découvertes. C’était le plus jeune des trois frères Nobel, fils d’un mécanicien de talent qui s’était établi tersbourg, où l’homme célèbre dont la Suède pleure aujourd’hui la perte reçut son éducation. C’est encore dans cette ville qu’Àlfred Nobel se trouvait en 1860, lorsque son père y fonda une fabrique de nitroglycérine dans laquelle il ne tarda pas à faire une découverte capitale.
- Les accidents qui arrivaient à la nitroglycérine sous sa forme liquide se multiplièrent tellement que le gouvernement songeait à interdire cette substance précieuse dont l’industrie moderne ne peut se passer, lorsqu’en 1867 Alfred Nobel trouva le moyen de la solidifier avec une facilité surprenante. L’idée de cette heureuse modification lui fut suggérée par une circonstance fortuite. Une touric de nitroglycérine s’était fissurée pendant le transport et le liquide s’était répandu dans le sable siliceux qui formait l’emballage. Il s’était amalgamé avec les infusoires dont la microscopique carapace avait été remplie d’une goutte qu’elle retenait captive par un effet capillaire, de manière à constituer une substance d’un aspect analogue à celui de la cassonade; or cette substance avait toutes les propriétés de la nitroglycérine et elle pouvait être maniée sans danger. La dynamite était inventée, et elle prit le surprenant développement que l’on connaît. L’usage
- coupable qu’en firent certains conspirateurs insensés n’entrava pas sa vulgarisation dans tous les ateliers de travaux publics. En 1878, Alfred Nobel fit une seconde découverte presque aussi importante. Il parvint à transformer la nitroglycérine en une sorte de gélatine ayant la solidité du coton-poudre, ne se décomposant jamais spontanément et détonant avec une puissance considérable. M. Berthelot estime à 60 pour 100 l’économie que l’emploi de la dynamite peut apporter dans les travaux de mine. Des statistiques évaluent à 5 millions l’économie annuelle réalisée par l’industrie suédoise et à 80 millions celle que l’industrie universelle doit à Alfred Nobel dans te même temps.
- L’inventeur heureux présenta sa grande découverte à l’Académie des sciences dans sa séance du 17 juillet 1861. Son patron fut le vénérable Chevreul. M. Berthelot consacra de nombreuses pages à l’étude de cet explosif dont les propriétés confirmaient si bien ses belles théories. Il fut le premier chimiste de marque à en décrire l’extrême importance. Les Comptes rendus ont conservé le souvenir d’un débat assez vif, dans lequel M. Berthelot montrait au général Morin que la poudre noire, que celui-ci continuait à lui préférer, était relativement sans puissance balistique.
- Le développement de l’industrie du pétrole, à laquelle Nobel s’intéressa vivement, accrut aussi sa fortune dans une proportion considérable, eta fait des Nobel unefamilleque l’on compte parmi les plus riches.
- Pour apprécier l’usage qu’il faisait de ses richesses, nous nous contenterons de rappeler l’histoire de l’expédition Andrée, à laquelle il souscrivit pour la somme de 90 000 francs, sous la condition que les 90000 autres qui manquaient seraient trouvés en six mois. Ils le furent en trois jours, grâce à la générosité du roi et du baron Oscar Dickson. C’est donc encore à Alfred Nobel que l’on doit cette tentative hardie qui a déjà excité à un si haut degré l’attention universelle.
- La mort de Nobel laissera un vide parmi les grands inventeurs contemporains. NV. deEonvielle.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdieu
- Paris. — Imprimerie Laiiiiie, rue de Fleuras, ‘J.
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- N» -12 5-1.
- 2 JANVIER 1 897.
- LA NATURE.
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- A NOS LECTEURS
- A partir de ce jour, je prends la direction de La Nature. Mon ami et confrère M. Gaston Tissandier, désireux de se reposer après un quart de siècle de labeur, MM. Masson, éditeurs du recueil, m’ont fait l’honneur de me désigner pour continuer l’œuvre que leurs communs efforts ont portée à un si haut degré de succès et de prospérité. Le nom de M. Gaston Tissandier restera indissolublement lié à La Nature. C’est Tissandier qui a fondé La Nature; c’est lui qui a su grouper autour de lui tant de bonnes volontés, tant de collaborateurs savants et dévoués, enfin un aussi grand nombre de lecteurs qui sont devenus ses amis. Nous devons honorer ceux qui, avec le plus grand désintéressement, la plus haute indépendance, et dans le seul but de se rendre utiles, consacrent leur existence à répandre la bonne parole dans le monde. Lorsque, au lendemain de nos revers, l’Association française pour l’avancement des sciences fut fondée, elle prit fièrement cette devise : « Pour la Science et pour la Patrie ». Gaston Tissandier , lui aussi, aurait pu écrire en tète de son journal : « Pour la Science et pour la Patrie ». La Nature a rendu depuis vingt-quatre ans d’éminents services à la cause scientifique. Elle a fait partout aimer la science.
- Tissandier a montré le chemin; il a tracé un sillon fécond qu’il faudra s’efforcer de suivre et d’agrandir encore. J’espère que les nombreux lecteurs de La Nature voudront bien reporter sur moi, la bienveillante sympathie qu’ils n’ont cessé depuis si longtemps de témoigner à notre ami Gaston Tissandier. Hexri de Parville.
- Nos lecteurs remercieront avec nous M. Henri de Parville d’assumer à notre demande, et à celle de M. Tissandier, la lourde tâche de diriger La Nature.
- M. Henri de Parville ne veut pas permettre que l’on rappelle ici les titres de tout genre qui le désignaient pour cette difficile et importante mission. H est de la maison, et ne consent pas à ce qu’on y fasse son éloge. Au surplus que dirions-nous qui ne fût connu de nos lecteurs? Sa profonde érudition, ses travaux personnels, son esprit toujours ouvert à tout ce qui se fait ou s’écrit dans le domaine de la science, son don d’exposition qui lui permet de mettre à la portée de tous les questions les plus ardues, toutes ces qualités précieuses n’ont pas à leur être l'appelées. Sous sa direction, La Nature ne peut que recevoir une impulsion nouvelle et gagner encore en autorité.
- C’est d’ailleurs à l’œuvre que nous désirons être jugés.
- Rien n’est modifié, ni dans l’esprit, ni dans les traditions qui ont fait le succès du journal.
- Le concours des deux fondateurs de La Nature, MM. Gaston et Albert Tissandier, nous reste entièrement, acquis. Nos lecteurs retrouveront aussi dans nos colonnes les noms de tous nos collaborateurs. Enfin M. J. Laffârgue conserve les fonctions de secrétaire de la Rédaction. L’Administration.
- LE STÉRÉO-CINÉMATOGRAPHE
- Les rayons Rôntgen et le cinématographe ont été, sans conteste, les deux succès scientiffco-populaires de l’année. Les rayons X ont cependant lassé déjà la curiosité publique, tandis que leurs applications s’étendent chaque jour dans le domaine de la médecine et de la chirurgie. Quant au cinématographe, malgré les nombreuses concurrences surgies de tous côtés, et malgré ses imperfections, il continue à faire recette, et amusera longtemps encore nos enfants et
- année. — 1er semestre.
- nos petits-enfants. On reproche cependant avec raison aux projections animées le tremblotement des images et aussi leur manque de relief. Nous croyons savoir que M. J. Carpentier a paré au premier inconvénient en employant deux appareils conjugués projetant successivement sur le même écran deux séries d’images se succédant alternativement, de façon à ne jamais laisser cet écran dans l’obscurité.
- Dans le cinématographe de MM. Lumière, les images se succèdent à raison de 15 par seconde environ ; chacune d’elles reste sous l’œil du spectateur
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- pendant 2/45 de seconde; le troisième 1/45 complétant le quinzième est utilisé pour le changement automatique de vues ; l’écran se trouve alors obscur, et c’est la succession rapide des éclairements et des obscurités de l’écran qui produit le papillotemcnt caractéristique auquel le dispositif ingénieux de M. J. Carpentier a pour but de remédier.
- Le stéréo-cinématographe que nous suggérons comme perfectionnement du cinématographe actuel a pour but de supprimer ce repérage, tout en donnant aux vues projetées un relief équivalent à celui obtenu dans un bon stéréoscope pour les vues inanimées ou, plus exactement, immobiles. Nous proposons, pour atteindre ce but, de combiner le cinématographe de MM. Lumière, l’appareil à projections alternées de M. Carpentier et le système de projections stéréoscopiques de M. Ilulhmann, de la façon suivante. Deux cinématographes combinés et rapprochés l’un de l’autre prennent simultanément deux séries de négatifs de la scène à reproduire; ils tournent ensemble, mécaniquement reliés, à la même vitesse, mais, par le calage initial des deux appareils sur l’arbre commun, ils prennent des vues alternées, et produisent deux bandes distinctes renfermant un nombre égal de vues.
- Après avoir préparé les deux bandes positives correspondantes, on les fait défiler dans un cinématographe double projetant les deux séries de vues avec leur décalage, de 4/50e de seconde,‘par exemple, si chaque appareil produisait 15 vues par seconde, en intercalant un verre rouge dans l’un des faisceaux et un verre bleu dans l’autre faisceau de projection. Il n’est pas nécessaire que les deux séries de vues ainsi projetées coïncident exactement. Si, maintenant, nous regardons l’écran à l’aide d’un lorgnon portant un verre bleu et un verre rouge, chaque œil recevra individuellement les impressions d’un appareil et d’un seul. Leur combinaison produira l’effet stéréoscopique désiré, tout en supprimant le papillotemcnt, car il n’y aura jamais d’extinction simultanée des deux images perçues séparément : les éclipses d’une série correspondent aux intensités maxima de l’autre série..
- La combinaison cinématographique que nous indiquons se prête à des effets non moins curieux que nouveaux. Si, par exemple, l’une des séries défile avec une certaine avance de vues sur la seconde, tous les mouvements seront vus deux fois, successivement, sur le même sujet, en fugue, et l’on aura peine à discerner la cause de l’illusion optique dont on sera le jouet. En plaçant dans les appareils deux vues différentes, on les percevra simultanément et séparément, bien que projetées sur le même écran.
- Le seul inconvénient — d’ailleurs léger — de ce spectacle réside dans l’obligation de munir chaque spectateur d’un binocle à verres colorés, mais comme on peut en faire d’excellents, pour la somme de dix centimes, il n’y a pas là de quoi faire hésiter un entrepreneur de spectacle... entreprenant. E. H.
- LE NESOPITHEGUS
- SIXGE FOSSILE DE MADAGASCAR
- La grande île de Madagascar, ou plutôt le petit continent, dont nos soldats viennent de faire définitivement une colonie française, est encore peu connue des naturalistes et leur réserve sans doute bien des surprises. Sa faune et sa flore sont tellement spéciales que, dès le siècle dernier, leur caractère étrange avait frappé les voyageurs. Le botaniste Commerson, qui visita Madagascar vers 1770, exprimait cette idée en disant, dans le style emphatique de l’époque : « La nature semble s’être retirée à Madagascar comme dans un sanctuaire pour y travailler sur d’autres modèles que ceux auxquels elle s’est asservie ailleurs ». Aujourd’hui, nous dirions plus simplement que Madagascar, comme toutes les terres isolées de l’hémisphère austral (Australie, Nouvelle-Zélande, etc.), possède une faune et une flore de caractères plus tranchés que celles des grands continents septentrionaux.
- La faune de Madagascar est surtout intéressante par le contraste qu’elle présente avec celle de l'Afrique, dont les géographes la considèrent, à tort, comme une simple dépendance. Cette grande île est un continent aussi distinct que l’Australie elle-même.
- On sait que Madagascar est complètement dépourvue de Singes, tandis que ces animaux abondent sur la côte voisine d’Afrique. Ils sont remplacés à Madagascar par des Lémuriens, animaux d'une organisation différente, comme l’a montré M. Milne-Edwards.
- Mais il est possible qu’il n’en ait pas toujours été ainsi. C’est ce que tendrait à prouver la découverte du curieux fossile dont nous mettons la figure sous les yeux du lecteur (p. 68), et qui semble, par ses caractères, plus voisin des Singes que des Lémuriens.
- Nous avons déjà parlé1 de la découverte faite à Madagascar d’un Maki fossile de taille gigantesque, auquel M. Forsyth Major a donné le nom de Megaladapis.
- Peu après, le Muséum d’histoire naturelle de Paris recevait des ossements fossiles provenant des mêmes gisements et se rapportant également à de grands Lémuriens que M. Filliol a décrits sous les noms de 1) inoie mur et Thaumastolemur.
- A la suite de ces découvertes successives, M. F. Major résolut d’aller explorer en personne les couches géologiques d'où provenaient ces débris. Peu après, il partait pour Madagascar. Ses recherches, interrompues par les opérations militaires, furent reprises immédiatement après et couronnées d’un succès inespéré : la découverte d'un type absolument nouveau et probablement d’un grand intérêt au point de vue de l'évolution des Mammifères.
- Les deux pièces principales sur lesquelles ce type est fondé ont été recueillies dans les marais de Sirabé, district de Yakinankaratra, dans la région centrale de Madagascar, un peu au sud de Tananarive. L’espèce, dédiée par M. F. Major à son jeune assistant,
- 1 Yoy. n° 1212, du 24 février 18041 p. 108.
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- M. A. Robert, qui l’a découverte, vient d’être décrite par lui sous le nom de Nesopithecus ïioberti.
- Les couches où se trouvaient ces ossements sont 1 d’origine très récente et contemporaines de celles où l’on trouve des restes d'Æpyornis.
- L’une de ces deux pièces est une mâchoire supérieure entière avec les os nasaux et une partie de la région faciale comprenant la cavité orbitaire et les apophyses zygomatiques ; l’autre est une mâchoire inférieure hrisée mais munie, d’un côté, de sa série dentaire presque complète. 11 est bien probable que ces pièces proviennent, sinon du même individu, du moins d’une seule et même espèce, car elles s’adaptent parfaitement l’une à l'autre.
- Rien que M. F. Major n’hésite pas à considérer ces débris comme ayant appartenu à un Mammifère de l’ordre des Singes1, j’estime qu’il y a lieu de faire quelques réserves à cet égard. En effet, chez tous les Singes vivants et fossiles actuellement connus, en y comprenant les Singes américains et même les Ouistitis, pourtant si dégradés, les dents sont en nombre égal aux deux mâchoires. Or, chez le Nesopithecus, et comme le montrent nos figures, il existe à la mâchoire supérieure une paire de dents de plus qu’à la mâchoire inférieure. C’est là une différence d’une importance capitale et qui nous porte à supposer que le Nesopithecus doit former, dans les catalogues systématiques, non seulement une famille à part, comme l’admet M. F. Major, mais encore un ordre ou, tout au moins, un sous-ordre particulier.
- Ce qui reste du squelette de la face indique que l’angle facial était à peu près le même que celui des Cercopithèques ou Guenons : la tête ôtait ronde avec un museau peu proéminent. Les orbites sont dirigées en avant et séparées de la fosse temporale par ûne cloison osseuse. Le canal lacrymal est à l’intérieur de l’orbite. Les os nasaux vus de profil sont concaves et les incisives internes se touchent sur la ligne médiane. Tous ces caractères rapprochent le Nesopithecus des véritables Singes. Par contre, les os nasaux et la région interorbitaire sont plus larges que ceux des Singes : d’après M. F. Major, ce caractère serait le seul point de ressemblance que le type nouveau présenterait avec certains Lémuriens.
- La formule dentaire, à la mâchoire supérieure, est celle des Cébiens ou Singes américains, c’est-à-dire deux incisives, une canine, trois prémolaires et trois vraies molaires de chaque côté. Les arrière-molaires sont à quatre tubercules et de forme presque carrée, semblables à celles des Cercopithèques, saut qu’elles décroissent de la première à la dernière, ce qui s’observe aussi sur plusieurs Singes du Nouveau Continent. Les prémolaires sont grosses, à section presque triangulaire, insérées obliquement et s’imbriquant par leur bord externe, d’où il résulte que la dernière est presque transversale. La canine est
- 1 Le terme Anthropoïdea dont il se sert correspond aux véritables Singes, par opposition aux Lemurdidea ou Lémuriens dont les naturalistes anglais font un simple sous-ordre des Primates.
- assez forte, saillante et munie d’un talon interne. Les incisives internes sont plus fortes que les externes et insérées plus en avant que celles-ci ; il existe un intervalle entre la deuxième paire d’incisives etla canine.
- La mâchoire inférieure ne montre plus que les alvéoles des incisives, mais on voit que ces dents, au nombre de quatre comme à la mâchoire supérieure, étaient proclives. Des six dents qui restent en place, les trois postérieures sont des arrière-molaires tout à fait semblables à celles d’en haut, et décroissant également de la première à la dernière. Les trois dents antérieures doivent être considérées comme des prémolaires, bien que la première soit un peu plus forte et caniniforme : mais en adaptant les deux pièces l’une à l’autre, on voit que cette dent vient se placer en arrière de la canine supérieure, de sorte que l’on doit la considérer comme une prémolaire, suivant les règles actuellement établies pour la nô-menclature des dents. 11 n’existe aucun intervalle entre cette prémolaire et l’incisive externe, la canine manquait donc complètement à al mâchoire inférieure.
- En résumé, cette dentition, malgré les rapports qu’elle présente, d’une part, avec les Cercopithéciens (par la forme des arrière-molaires), de l’autre, avec les Singes américains (par le nombre des dents à la mâchoire supérieure), est en réalité très particulière surtout à la mâchoire inférieure.
- Parmi les Singes fossiles que l’on peut comparer à celui-ci, je ne vois guère que l'Homunculus pata-gonicus décrit par M. FL Ameghino d’après des débris provenant du tertiaire de la Patagonie australe. L’Homunculus était un Singe de la taille des Ouistitis et dont, malheureusement, on ne connaît pas la mâchoire supérieure. Mais sa mâchoire inférieure, que nous figurons, à côté de celle du Nesopithecus, présente, comme chez ce dernier, immédiatement après les incisives, une dent « prémola-riforme », suivant l’expression même de M. Ameghino, et qui peut être considérée aussi bien comme une prémolaire que comme une canine. La troisième arrière-molaire manque dans la mâchoire qui sert de type à ce genre, on peut supposer que la formule dentaire inférieure était identique à celle du Nesopithecus.
- Les rapports que le Nesopithecus présente avec les Lémuriens sont plus douteux. Cependant ces derniers manquent souvent de canine à la mâchoire inférieure, ou bien cette canine est remplacée par une dent tout à fait semblable aux incisives. Chez l’Indri adulte, la canine inférieure fait défaut, sans que cette dent soit représentée par une incisive. Chez le jeune de cette même espèce on trouve trois prémolaires et trois arrière-molaires en arrière de la canine caduque : il suffit de supposer que cette canine tombant avec l’âge, la prémolaire antérieure soit conservée, pour qu’on ait exactement la formule dentaire du Nesopithecus. Le genre Hapalemur se rapproche de ce dernier par la disposition caractéristique des deux paires d’incisives supérieures.
- Mais ces ressemblances sont, sans doute, simplement adaptatives, c’est-à-dire dues à l’influence
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- d’un régime exclusivement végétal, et je suis disposé à croire, avec M. F. Major, qu’il n’existe pas d’affinité réelle entre les Lémuriens et le Nesopilhecus.
- Ueut-étre arriverait-on à un. résultat plus positif, si l'on comparait ce dernier à un autre groupe de Mammifères éteints dont les relations naturelles sont aussi restées longtemps problématiques. Je veux parler de ces Ongulés tossiles, aujourd'hui rapprochés des Porcins et (pie l’on a décrits tout d’abord comme des Singes sous les noms de Cebochœrus, Macacus eocœnus, Colobus grandœvus, etc. Les arrière-molaires de ces Ongulés tertiaires ressemblent à celles des Singes et, par conséquent, à celles
- du Nesopitkecus, et c’est ce qui explique la méprise dont des naturalistes habiles, tels qu’Owen, Fraas et d’autres, n’ont pu se mettre complètement à l’abri. Dans le groupe des Porcins les dents sont aussi quelquefois en nombre différent aux deux mâchoires (chez 1 e Cliœropotanius par exemple).
- Si donc on admet, avec M. Milne-Edwards, (pie les Lémuriens descendent de quelque type voisin des herbivores, on peut admettre aussi (pie les Singes, et surtout le Nesopitkecus, sont des formes modifiées, dérivées de Mammifères omnivores plus ou moins voisins des Porcins tertiaires dont on a fait les genres Hyotherium, Acotherulum, Chœropota-
- Fig. 1 à 5. — Sesopithecus Huberti, singe lossile de Madagascar. — Fig. 1. Mâchoire supérieure, de profil. Fig. 2. La meme, vue par la l’ace palatine. — Fig. 5. Mâchoire inférieure du même, vue par en dessus. — Hg. I. Mâchoire intérieure de Y Ilomunculus palagonicus. — Fig. o. Mâchoire inférieure du üryopithecus Funtani (les fi g. 1, 2, 3, 5 sont réduites à demi-grandeur naturelle; i est de grandeur naturelle).
- mus, etc. Cette hypothèse est parfaitement compatible avec celle deM. F. Major, qui voit dans le Ne-sopithecus un type synthétique, proche parent de l’anectre commun des Cébiens et des Cercopithéciens;
- Dans mon précédent article, en parlant du Mega-ladapis, j’ai reproduit la curieuse description (pie Flacourt fait, en 1658, du Trétrélrétré, quadrumane à face humaine qui aurait encore vécu de son temps à Madagascar, et j’ai supposé qu’il s’agissait d’un animal plus ou moins voisin du Megaladapis, tout en reconnaissant que celui-ci, avec son museau allongé, ne correspondait qu’incomplètement «à la description de Flacourt. Aujourd’hui que nous connaissons le Nesopithecus, il saute aux yeux que cette description s’applique bien {dus exactement à ce dernier, qui devait en effet avoir « la tète ronde et
- une lace humaine » comme le Trétrëtrëlre de FIacour t.
- C’est une raison de plus pour désirer que de nouvelles recherches nous fassent mieux connaître ce tvpe si intéressant et qui, selon toute apparence, ne s’est éteint qu’à une époque relativement récente.
- En attendant, nous donnons la figure des deux pièces sur lesquelles est fondée la description du Nesopithecus. Nous avons placé en regard la figure de la mâchoire inférieure du Dryopithecus, grand Singe anthropoïde du miocène de France, afin qu’on puisse se rendre compte de la dimension et des caractères du nouveau type de Madagascar. Enfin nous donnons, à côté, la figure de la mandibule inférieure de l'Ilomunculus de Patagonie.
- D1 E. Troeessart.
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- PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE PAR CERF-YOLANT1
- Lorsque, en 1888 et 1889, je publiai ici le résultat de mes premières expériences de photographie aérienne par cerf-volant, et plus tard, en 1890, quand
- j’exposai, dans une brochure parue chez Gauthier-Villars, les détails de mon procédé, j’avais bien entrevu certains perfectionnements; mais un temps
- Fig. 1. — Vue prise en cerf-volant de la petite ville de Labruguière (Tarn).
- assez long et de nombreuses expériences ont été nécessaires pour les rendre pratiques. J’ai dù modifier mon matériel ; et ce sont ces modifications dont je veux parler en montrant les spécimens qu’elles m’ont permis d’obtenir.
- J’ai construit mon cerf-volant démontable pour en rendre le transport non seulement possible mais facile.
- Pour cela, la corde de ceinture du cerf-volant, au lieu d’être fixée aux quatre bras de la charpente, vient simplement embrasser, par quatre boucles, l’extrémité de ces quatre bras. J’ai remplacé le papier, trop fragile et inextensible, par de la soie de Chine (ponghée) cousue après la corde de
- 1 Yov. Table des matières, 2e série. 188.1-1802.
- ceinture. Les deux pièces qui constituent la charpente sont réunies par un boulon à oreilles. On voit
- dès lors combien sont faciles le montage et le démontage de l’appareil. La queue, dont je dois l’ingénieuse disposition à M. P ingénieur Ferdinand Pottier, se compose d’un étroit ruban d ’ é l o lfe barbelé des deux côtés, dans l’axe duquel, pour plus de solidité, on coud une ficelle légère. Cette queue, qui prend très bien le vent, présente le précieux avantage de ne pas s’embrouiller.
- Comme obturateur, j’ai dû renoncer à la guillotine placée à l’avant de l’objectif (du moins pour les aplanats) et prendre un obturateur rotatif disposé entre les lentilles et actionné par un fort caoutchouc. La rapidité est ici un facteur de la plus haute im-
- EfloRisv Sc
- Fig. 2. — Dispositions de la chambre noire sur le cerf-volant.
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- portance; surtout avec certains vents, sujets à de fréquents changements de direction et d’intensité, dus aux reliefs des terrains qu’ils viennent de balayer.
- Enfin j’ai renoncé à fixer ma chambre à l’arête du cerf-volant, disposition défectueuse en ce qu’elle augmentait le poids de celui-ci et faisait, par conséquent, croître la traction qu’il exerce sur la corde de manœuvre. M. Émile Wenz, de Reims, dont une intéressante épreuve a été publiée ici ‘, a eu l’idée de suspendre la chambre dans la bride même du cerf-volant. Cette heureuse disposition, en diminuant la traction du cerf-volant, permet l’emploi d’une corde plus faible et par suite plus légère.
- J’ai donc adopté le dispositif ingénieux de M. Wenz, mais en le modifiant de façon à pouvoir prendre soit une vue verticale (plan), soit une vue perspective en avant, en arrière, à droite ou à gauche.
- Ma chambre noire est munie de deux boulons placés l’un à droite, l’autre à gauche, environ au centre de la figure, permettant de la faire tourner sur ces deux boulons autour de son axe horizontal perpendiculaire à l’axe optique (fig. 2).
- S’agit-il d’une vue verticale, je la dispose, l’objectif tourné vers le sol, dans la bride ci-contre, constituée par deux rondelles de bois R (n° 2) fixées aux points de jonction des deux cordes de tête AB, des deux cordes de queue CD et des deux cordes EF aboutissant à la corde de manœuvre. De légers palonniers en bambou maintiennent entre ces cordes un écartement suffisant pour que la chambre, suspendue aux rondelles par ses deux boulons, puisse librement tourner. Une fois la position verticale obtenue, le serrage des écrous assure le maintien de cette position.
- Veut-on prendre une vue perspective sous un angle quelconque, soit dans le plan vertical, soit dans le plan horizontal, je suspends la chambre noire par ses deux boulons dans un cadre léger ABCD (n° 3) fixé lui-même par deux autres boulons EF placés l’un en haut, l’autre en bas, dans un second cadre GHIJ auquel viennent se relier les cordes de la bride. Je puis alors tourner l’axe optique de l’appareil à droite ou à gauche de la ligne du vent, vers l’avant ou vers l’arrière de mon cerf-volant, incliner cet axe vers le sol sous l’angle qui me paraît le plus convenable ou le diriger sur l’horizon.
- Pour faciliter ces diverses manœuvres, je dispose les cordes de la bride de telle sorte que le cerf-volant étant dans sa position d’équilibre (35° environ sur l’horizontale), le cadre GHIJ occupe une position à peu près verticale.
- La photographie (fig. 1) qui accompagne cette Note est une vue générale de la petite ville de Labru-guière. Elle a été prise à 230 mètres au-dessus du sol par vent de S.-S.-E. que l’on nomme ici vent d'autan, l’objectif orienté au N.-E. et incliné vers le sol sous un angle de 45°. L’aspect de cette épreuve rap-
- 1 Yoy. n# 956, du 26 septembre 1891, p. 261.
- pelle à s’y méprendre celui des vues cavalières si répandues au moyen âge. Aussi bien que sur un plan, on peut se rendre compte de la forme circulaire de Labruguière, autrefois entourée de remparts, de ses rues concentriques, de ses faubourgs, qui peu à peu se sont étendus autour de la vieille enceinte à mesure que s’éloignait le souvenir des terribles luttes du seizième siècle.
- Une autre photographie a été prise par même vent, sous le même angle vertical et à la même hauteur; mais l’objectif a été dirigé vers le nord. Elle reproduit le faubourg ouest limité à gauche par la ligne de chemin de fer de Castres à Mazamet. On aperçoit à droite une petite portion de l’ancienne ville.
- Une particularité intéressante de ces deux épreuves, c’est qu’elles contiennent une portion commune. L’usine et le parc que l’on voit au bas de la première se retrouvent au centre de la seconde. Il serait donc possible, grâce à la savante méthode topographique de M. le colonel Laussedat, de dresser le plan de cette portion de Labruguière. On voit toute l’utilité que peut présenter la photographie aérienne par cerf-volant. Arthur Batut.
- L’AUTOMOBILE AU 4e SALON DU CYCLE
- Il est peut-être un peu tard pour jeter un coup d’œil d’ensemble sur le quatrième Salon du cycle qui vient de fermer ses portes le 27 décembre dernier, après quinze jours d’un succès ininterrompu, mais nous avons pour excuse de ce retard la prodigieuse vitalité même de l’automobile.
- Jusqu’au dernier jour, en effet, des nouveautés, quelques-unes inachevées, ont fait successivement leur apparition, et, après chaque visite, se dégageait l’impression générale, plus forte pour nous chaque fois, qu’une évolution, presque une révolution, se produisait dans la construction automobile. L’évidence de cette évolution ressortira, croyons-nous, de la lecture de cet article.
- En allant du léger au lourd, du faible au puissant, nous dirons d’abord un mot des motocycles ou cycles à moteur, c’est-à-dire des appareils dans lesquels la puissance humaine et la puissance mécanique se prêtent un mutuel appui et agissent simultanément ou successivement.
- Après l’échec lamentable de la bicyclette Ilildebrand et Wolfmuller, qui fit sensation il y a deux ans, mais que personne en France ne put se résoudre à adopter, on pouvait croire que la question était définitivement enterrée, et nous partagions cette opinion, car jusqu’au dernier jour, il n’y avait pas, au Salon du cycle, une seule bicyclette à moteur. C’est le dernier jour seulement que M. Garreau a présenté une bicyclette très élégante, dont le mécanisme est presque invisible, et qui pèse, en tout, 20 kilogrammes, y compris le moteur, d’une puissance de 25 kilogrammètres par seconde (un tiers de cheval). Pour réaliser ce véritable tour de force, cette merveille de mécanique construite par M. Ravasse, M. Garreau utilise le tube d’arrière du cadre comme réservoir à essence de pétrole, une autre partie du cadre comme cylindre moteur, etc. Nous décrirons en détail cette curieuse petite machine dès que nous aurons pu l’expérimenter.
- De même que nous n’avons à signaler qu’un seul type de bicyclette à moteur, il ne figurait au Salon du cycle
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- qu’un seul type de tricycle à moteur, celui de MM. de Dion et Bouton, récemment décrit ici même, et présenté en toute liberté par une demi-douzaine de- maisons qui se sont contentées d’appliquer ce système aux tricycles qu'elles construisent ou qu’elles montent à l’aide de pièces détachées. Cette adoption, ou adaptation, est le plus bel éloge que l’on puisse faire du système de MM., de Dion et Bouton.
- Si, en résumé, les motoc.ycles présentés se réduisent à deux types, les voiturettes et les voitures sont légion.
- On désigne sous le nom de voiturette un véhicule léger, peu encombrant, pouvant recevoir deux personnes, trois au plus, et les véhiculer à une vitesse qui ne dépasse généralement pas 20 kilomètres à l’heure. Le nom de voiture est réservé aux véhicules plus lourds, plus rapides et plus confortables, et qui peuvent transporter de deux à dix voyageurs.
- Si, par exemple, nous passons en revue les voiturettes et voitures à deux places, un type très apprécié des touristes, et celui qui se répandra certainement au plus grand nombre d’exemplaires, nous voyons une série de véhicules dont le poids varie entre 120 et 000 kilogrammes, et la puissance du moteur entre 1 et 6 chevaux.
- Les plus anciennes voitures, vieilles de quatre ans, construites solidement et munies de moteurs puissants, en vue de résister aux rudes épreuves de la course sur route, attirent aujourd’hui, il faut bien le reconnaître, beaucoup moins l’attention du public que les voiturettes légères dont le Salon du cycle renfermait une douzaine de types, tous très intéressants par quelques particularités.
- En matière de tourisme, l’avenir le plus immédiat et le plus certain de l’automobile, nous avouons que nos préférences ne vont ni à la victoriette légère, trop légère, de M. Morel, ni aux voitures puissantes et rapides, mais lourdes, trop lourdes, de MM. Panhard et Levassor, pour ne citer que les extrêmes.
- Entre la promenade sur un tapis, victorieusement enlevée par la victoriette, et les courses vertigineuses au milieu des éléments déchaînés auxquelles résistent les voitures des derniers concours, il y a, croyons-nous, un juste milieu, celui des routes moyennes, parcourues à des vitesses moyennes, avec des étapes de longueur moyenne. C’est ce qu’ont compris bon nombre de constructeurs en créant un type intermédiaire qui n’est ni la voiturette proprement dite, ni la voiture monumentale que les courses Paris-Bordeaux et Paris-Marseille ont popularisée.
- Ce n’est pas dans des promenades hâtives faites autour des stands que l'on peut apprécier la valeur des dispositifs adoptés par les constructeurs, aussi nous dispensons-nous de citer aucun nom et d’établir aucune comparaison entre les voitures exposées, mais il nous est agréable de constater la réaction générale accusée de la plupart des constructeurs contre les formes et les dispositions imposées en quelque sorte par les exigences d’une inutile lutte de vitesse et d’endurance. Si les chevaux de course ne sont pas entraînés pour l’attelage, les voitures de course ne sont pas, a fortiori, construites pour tourister, un verbe qui passera bientôt dans le langage courant. Mais le résultat tangible est là, et c’est lui qui caractérisera le Salon de 1896 : une douzaine de constructeurs, rompant de propos délibéré avec des traditions relativement récentes, mais déjà bien vivaces, ont vraiment établi ou cherché à établir la voiture de promenade, en renonçant franchement aux étapes de 200 kilomètres et aux vitesses de 55 kilomètres à l’heure. Ils ont atteint leur but en créant
- des voitures à deux places dont le poids varie entre 200 et 500 kilogrammes, en les munissant de pneumatiques qui résistent très bien à ces faibles charges, en réduisant à 60 ou 80 kilomètres la longueur des étapes et la vitesse inaxima à 20 ou 25 kilomètres par heure.
- Lorsque ces véhicules auront subi leurs épreuves sur la route, nous décrirons ceux qui auront satisfait au programme.
- Un autre enseignement du Salon est le triomphe définitif de l’essence de pétrole et du moteur à explosion. 11 y avait juste trois voitures à vapeur et une voiture électrique, mais celle-ci mérite un article spécial que nous lui consacrerons bientôt. E. Hospitalier.
- UNE ÉTRANGE CRÉATURE
- UE MOLE OU I'OISSOX-LLWE
- Aux alentours des îlots qui, vers le sud, avoisinent l’archipel de Santa-Barbara, dans les parages où les marées lentes et régulières se font le plus sentir, existe en abondance une créature étrange vivant au sein des eaux et dont la forme rappelle vaguement celle des poissons, bien qu’appartenant à cette espèce. Les indigènes désignent cet être, à l'aspect d’outre à demi gonflée, sous le nom de Mola-Mola ; on le connaît généralement sous l’appellation de Mole ou Poisson-Lune.
- Ce poisson, au profil bizarre, au corps recouvert d’une peau rude, épaisse et huileuse, ne possède pas de queue. Par contre il a deux énormes nageoires opposées l’une à l’autre. La première, la dorsale, est volumineuse de dimensions ; elle se termine en pointe. Le seconde, la nageoire anale, atteint des proportions équivalentes à la précédente comme forme et comme hauteur. On dirait, en considérant le mole, qu'un cruel accident l’a privé pour toujours de l’appendice caudal qui joue un rôle si important chez tous ses congénères. Cette anomalie lui donne un air caractéristique de gaucherie et de lourdeur.
- Le corps du poisson-lune, s’il n’a pas de queue, se trouve garni à sa partie postérieure d’un faisceau de muscles vigoureux qui, par leur énergique action, la remplacent du moins en partie. Cette organisation singulière tend à indiquer que le mole doit être un bien piètre nageur. Sa nature et son tempérament apathiques paraissent donner pleinement raison à pareille supposition. Il se laisse en effet très facilement approcher par les pêcheurs ; sa gloutonnerie aidant, les bateliers le capturent sans une bien vive opposition de sa part ni une grande résistance.
- Néanmoins, lorsqu’un bruit insolite trouble sa paisible somnolence, le poisson-lune disparaît promptement pour se montrer de nouveau à une faible distance et fuir plus rapidement encore dès qu’on semble vouloir le poursuivre. La taille de ce poisson extraordinaire atteint fréquemment trois mètres de hauteur de l’extrémité d’une nageoire à l’autre. Des pêcheurs ont capturé, dans les eaux californiennes, des moles aux dimensions beaucoup plus considérables, véritables monstres marins, hideux et informes.
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- LA NATURE
- C’est surtout par les fortes chaleurs de la saison estivale que ces poissons abondent à Santa-Barbara. Comme des masses inertes, sortes d’épaves vivantes, la nageoire dorsale et la partie supérieure du corps émergeant complètement de l’eau, paresseusement ils se chauffent aux rayons d’un soleil incandescent. Les vagues indolentes les recouvrent par instants, puis, se retirant, laissent apercevoir la majeure nartie de la masse somnolente du mole. Autour de lui, d’innombrables oiseaux de mer aux cris aigus et discordants voltigent sans cesse.
- Les cormorans se montrent sans contredit les plus audacieux de tous. Fréquemment ils se posent sans vergogne sur le dos du poisson-lune. Celui-ci
- ne semble nullement s'apercevoir de la présence de l'indiscret compagnon qui, tranquille et calme, se délasse sur ce perchoir improvisé. Rien n’est plus curieux que de voir, sur cet énorme corps boursouflé et flottant au gré des eaux et du vent, plusieurs de ces oiseaux aquatiques réunis. Ils se lissent paisiblement les plumes, puis, capricieux, prennent leur essor pour accourir de nouveau à tire-d’aile et se reposer encore.
- Les vieux pécheurs des îles Santa-Barbara affirment que le mole recherche volontiers le voisinage immédiat du cormoran. Ils ajoutent que des animalcules sans nombre, féroces parasites, s’acharnent sur l’infortuné et disgracieux poisson. Seul, pré-
- Le Mole ou Poisson-Lune.
- tendent-ils, le cormoran a le pouvoir de débarrasser la victime de cette vermine grouillante. D’autres, au contraire, disent que le poisson-lune, heureux de pouvoir se chauffer au soleil, habite de préférence les eaux tièdes qui attirent également les oiseaux aquatiques par suite de l’abondance du menu fretin.
- D’après ces mêmes pêcheurs, les palmipèdes apercevant, allant à vau-l’eau, le corps du mole, s’abattent sur lui comme ils le feraient sur un débris flottant quelconque. Quoi qu’il en soit, le poisson-lune aux proportions énormes ne présente aucune des qualités nutritives que la majeure partie des représentants de l’espèce possèdent à un si haut degré. Sa chair n’est pas comestible; elle se compose de muscles filamenteux élastiques, réfractaires à toute mastication.- La plupart des enfants de l’archipel de'coupent
- le poisson en longues lanières qui, séchées au soleil, acquièrent la curieuse propriété de se transformer en une matière rebondissante lorsqu’on lance ces fragments sur le sol.
- Bien que provenant de toute évidence des œufs pondus et fécondés par les moles adultes, œufs abandonnés ensuite à eux-mêmes, les jeunes alevins n’ont aucune ressemblance avec leurs procréateurs. Pendant de nombreuses années, on les a considérés comme appartenant à des genres bien distincts de celui du poisson-lune. A l’heure actuelle, en dépit de ces dissemblances premières, on a reconnu qu’en réalité les sujets nouvellement éclos faisaient bien partie de la même famille, celle du poisson-lune ou Orthagoriscus. Ch. Marsillon.
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- LA NATURE.
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- LE GIYRE FERTILISATEUR
- L’azote, ce cor|»s inerte, dont les combinaisons jouent un si grand rôle dans l’alimentation de tout ce qui vit à la surface de la terre, est doué de
- moyens de dispersion et de distribution très variés et toujours intéressants. L’atmosphère le renferme sous diverses formes : à l'état élémentaire (gaz, azote), formant la plus grande masse de l’air; à l’état de composés ammoniacaux et nitrés dans l’air et dans
- Le givre fertilisateur.
- les météores aqueux: pluie, brouillard, rosée, neige, grêle, givre.
- L’azote élémentaire, utilisé par certaines catégories de végétaux, est trop répandu pour qu’il soit nécessaire de s’y arrêter. Son état gazeux se prête du reste à une répartition uniforme et parfaite sur tous
- les points du globe. Il n’en est pas ainsi de l’azote combiné sous les formes nitrée et ammoniacale; infiniment plus rare, sa répartition est essentiellement dépendante des phénomènes météorologiques.
- Les composés azotés de l’atmosphère proviennent surtout des décompositions qui s’opèrent incessam-
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- LA NATURE.
- ment à la surface du globe et de l’action des phénomènes électriques sur l’azote élémentaire atmosphérique.
- , Très solubles dans l’eau, les combinaisons azotées de l’air se dissolvent dans l’eau des météores aqueux, liquides ou glacés, et sont ramenés avec eux vers le sol.
- Des chiffres fournis par trois années d’expérience *, nous avons conclu que la richesse moyenne des eaux météorologiques recueillies à Gembloux est de lms,49 d’azote combiné par litre, ce qui, rapporté à la hauteur annuelle de 692 millimètres de pluie, correspond à 10ke,51 d’azote par hectare et par an.
- A Montsouris (Paris) on a constaté 14ks,28. En Allemagne et en Italie, 11^,50. A Rothamsted (Angleterre) 7ks,56.
- Les richesses maxima et minima des eaux météoriques s’écartent considérablement de notre moyenne, et parmi les eaux analysées ce sont celles provenant de la fonte du givre qui nous ont donné les résultats les plus remarquables.
- « Le givre qui s’attache aux branches présente à l’air, qui le baigne de toute part et se renouvelle sans cesse, une grande surface d’absorption pour les corps solubles qu’il charrie, et les arhres isolés, les plantations, les forêts, apparaissent comme d’immenses filtres, purifiant Pair qui circule à travers leur branchage, le dépouillant de ses combinaisons azotées, lesquelles, ramenées au sol par le dégel, serviront à nouveau d’aliment aux espèces végétales et rentreront ainsi dans le cycle vital. »
- L’analyse des eaux de givre recueillies en 1889 et 1890 nous a fourni une teneur moyenne de 7ms,52 d’azote par litre, soit cinq fois plus que l’eau de pluie. Un givre recueilli le 51 décembre 1890 a accusé 9 milligrammes par litre.
- Pendant les froids rigoureux de l’hiver 1894-1895 j’ai fait quelques essais, en vue de me rendre compte de la quantité de givre pouvant s’attacher aux rameaux 1 2.
- Le 7 février 1895, par une température de — 16°G., j’ai récolté, pesé et analysé le givre fixé sur différents arbustes du parc de sylviculture de l’Institut agricole de l’Etat. J’ai trouvé, par centimètre carré d’écorce des rameaux, 131 milligrammes de givre ou 1ks,5l0 par mètre carré. Par mètre cube d’espace limité par les extrémités du branchage d’un Betnla Rotundifîa, j’ai récolté lk»',755 de givre titrant 5ms,2 d’azote combiné par kilogramme.
- Le givre du 7 février 1895 n’était pas très abondant; néanmoins son poids dépassait 1 kilogramme par mètre cube de branchage. Dans une forêt en futaie de 10 mètres de hauteur, on aurait trouvé au moins 100000 kilogrammes de givre par hectare,
- 1 Recherches sur la composition de l'atmosphère, par A. Petermann et J. Graftiau, Mémoires couronnés et autres Mémoires publiés par l’Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 1893.
- 2 Bulletin de VAssociation beige des chimistes, août 4895.
- équivalant à un apport de plus d’un demi-kilogramme d’azote combiné, ou près de 800 grammes si l’on eût pris le titre moyen de 7m®,5 par kilogramme.
- Le givre est parfois d’une abondance extraordinaire. Il est capable alors de briser sous son poids des branches de 10 centimètres de diamètre. 11 y a quelques années beaucoup d’arbres dans les environs de Gembloux furent dépouillés ainsi d’une partie de leurs branches. Le givre, à moitié fondu à leur pied, représentait une couche d’eau de 5 à 4 centimètres, correspondant à une fumure de près de 20 kilogrammes de nitrate de soude par hectare entièrement boisé.
- C’est donc avec raison que nous avons pu dire que le givre représente un facteur appréciable dans la constitution de la réserve d’azote des surfaces boisées.
- Les autres météores aqueux : pluie, neige, brouillard, rosée, qui restent pendant quelque temps adhérents aux rameaux et aux feuilles d’arbres, à l’herbe des prairies ou aux plantes de nos cultures, arrêtent également au passage les composés azotés de l’air, et chaque gouttelette qui arrive au sol lui apporte son infiniment petit tribut d’azote.
- J. Graftiaü,
- chef des travaux il la Station agronomique de Gembloux.
- Le givre est parfois d’une abondance extraordinaire, comme vient de nous le dire M. Graftiau dans son intéressante Notice, mais ce n’est pas dans nos contrées d’Europe qu’on peut le mieux en étudier les effets. Nous ne voyons son complet développement dans nos campagnes et dans nos bois que rarement. Il faut, pour admirer les neiges et le givre, se rendre dans les grandes forêts canadiennes situées dans les Montagnes Rocheuses. C’est dans ces contrées que, pendant près de huit mois de l’année, la neige recouvre toutes choses sur la terre. La gravure ci-contre donne bien l’idée de l’aspect des magnifiques paysages des Montagnes Rocheuses canadiennes. Elle représente une cabane placée au milieu de hauts sapins, qui fait partie des dépendances de la jolie station de Glacier Ilouse (près de 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer). Cette station (genre chalet), propriété de la Compagnie du chemin de fer du Canadian Pacific, sert en toute saison aux voyageurs. Pin été, c’est le point de départ des excursions au pic de Sir Donald et aux grands glaciers des monts Selkirk, non moins splendides que ceux de la Suisse. L’hiver, on s’v arrête encore pour contempler la neige, mais alors les promenades deviennent presque impraticables sur les pics. Quelques hardis chasseurs osent se risquer dans ces parages, surtout dans les monts Grizzly, pour aller tuer des ours. Les touristes ordinaires doivent se contenter de la vue du givre, qui alourdit les branches des sapins et leur donne un aspect fantastique, aux alentours de Glacier Home. Une neige épaisse, toujours renouvelée pendant les longs mois d’hiver, reste éblouissante de blancheur, éclairée comme elle est souvent par les rayons
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- LA nature:
- du soleil. Le sont des spectacles magnifiques, que malheureusement les Européens ne peuvent aller contempler qu’au prix d’un long et l’atigant voyage. À. T.
- LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
- DANS LES MERS POLAIRES
- Le Fram, pendant une grande partie de la campagne dans les mers arctiques, a été éclairé à l’électricité. Une pareille installation, dit le Cosmos, si elle avait exigé l’emploi d’une machine à vapeur, eût été une véritable folie dans des régions du globe où le combustible est si précieux pour le chauffage que son absence équivaut presque au manque de vivres; mais beaucoup de navires norvégiens ont en permanence, à bord, un moulin destiné à actionner les pompes du bord ; ceux des touristes qui ont fréquenté Dieppe ou Fécamp ont vu certainement nombre de porteurs de bois munis de cette installation ; or un moulin de ce genre avait été établi sur le Fram, et son rôle était d’actionner une dynamo qui chargeait des accumulateurs, quand le vent lui permettait de travailler. Il paraît que le système fonctionna très bien jusqu’au jour de mai 1895 où les engrenages multiplicateurs entre l’aéro-moteur et la dynamo firent défaut. À cette époque, d’ailleurs, l’appareil fut détruit, parce qu’on utilisa ses différentes parties pour établir les moyens de transport que l’on voulait employer sur la glace. Par les grands froids, le liquide des éléments des accumulateurs fut congelé. Mais l’expérience démontra que la solution acide ainsi solidifiée constituait un excellent électrolyte et les accumulateurs n’en fonctionnaient pas moins parfaitement, fournissant à toute réquisition le courant nécessaire à l’éclairage.
- LÀ MARINE DE GUERRE CHILIENNE
- En dépit de sa faible population, qui s’élève à peine à trois millions d’âmes, le Chili tient à ne pas rester en arrière du mouvement qui entraîne les nations européennes, et même les Etats-Unis de l'Amérique du Nord, à se créer une importante marine de guerre; on se rappelle certainement que la Hotte chilienne a fait parler d’elle à plusieurs reprises, notamment à propos d’une malheureuse guerre civile qui a déchiré ce pays. Actuellement, le gouvernement cherche à n’acquérir que de sérieuses unités navales, et, comme nous allons le voir, quelques-unes d’entre elles sont du type le plus perfectionné qu’on ait imaginé jusqu’à présent.
- Le budget de la marine chilienne est, pour le dernier exercice, de 6 678 000 piastres papier, ce qui, nominalement du moins, correspond à peu près à 55 millions et demi de francs. Sans compter, bien entendu, les vieux bateaux à peu près immobilisés, ni les deux écoles de mousses, la flotte possède un cuirassé de première classe, le Capitan Prat, qui a été décrit lors de son lancement aux chantiers de la Seyne, et qui présente des caractéristiques fort intéressantes, puis un cuirassé garde-côtes, le Huascar, un croiseur cuirassé, YAlmirante Cochrane, quatre croiseurs de deuxième classe, dix de troisième, enfin une série de canonnières, de croiseurs-torpilleurs et
- de torpilleurs de première ou de deuxième classe.
- Parmi les croiseurs les plus récents, nous signalerons le Blanco Encalada, qui a pris le nom d’un navire fameux pour avoir été torpillé pendant la guerre civile à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure. Sorti des chantiers Armstrong d’Eswick, il a 112m,74 de longueur, 14m,15 de largeur et un tirant d’eau moyen de 5m,64, avec un déplacement de 4500 tonneaux. Son armement est composé de deux gros canons de 20 centimètres se chargeant par la culasse, de deux pièces à tir rapide de 15 centimètres, puis de vingt-quatre autres de petit calibre, enfin de deux canons de Gatling et de cinq tubes lance-torpilles. Le Blanco Encalada a subi vaillamment les essais les plus variés : on a pu, par exemple, décharger à la fois toutes ses bouches à feu sans que l’aménagement intérieur ou les superstructures eussent à souffrir le moins du monde des vibrations intenses qui résultèrent de ces détonations simultanées. D’autre part, à tirage forcé, on a soutenu l’allure très rapide de 22,78 nœuds, tandis qu’à tirage naturel, le navire a pu marcher d’une façon continue à raison de 21,75 nœuds ; du reste, grâce à ses soutes à combustible qui peuvent contenir jusqu’à 900 tonnes de charbon, et dont le plein ordinaire est de 550, il maintiendrait durant vingt-quatre heures une vitesse de 21 nœuds et demi. Muni d’un soufflage en bois et d’un doublage en cuivre, et, en outre, d’un double fond sur toute sa longueur, le Blanco Encalada est un type de croiseur tout à fait remarquable.
- Mais, parmi les additions nouvelles faites à la flotte du Chili, nous trouvons des types plus intéressants encore.
- C’est d’abord l’Esmeralda, croiseur construit à New-Castle-on-Tyne par la maison Armstrong, et dont la mise à flot remonte à quelques mois. Long d’un peu plus de 152 mètres entre perpendiculaires, avec une largeur extrême de,16m,15 et un tirant d’eau moyen de 6m,24, il a un déplacement de 7000 tonneaux seulement. Construit entièrement en acier, soufflé en bois et doublé en cuivre, il est protégé de bout en bout par un pont d’acier en dos d’âne, dont l’épaisseur varie entre 58 et 51 millimètres, et qui recouvre toute la machinerie, les soutes et les appareils à gouverner; une ceinture cuirassée de 2m,15 de hauteur et de 15 centimètres d’épaisseur s’étend sur 106m,68 de longueur, et, à ses extrémités, sont disposées des murailles transversales de 15 centimètres également. L’approvisionnement en combustible, disposé, suivant l’usage, au-dessus du pont cuirassé pour ajouter à la protection, représente un poids de 1200 tonnes. L’armement est entièrement composé de canons à tir rapide, dont deux de 20 centimètres, protégés par une couple d’épais boucliers, et embrassant un horizon de 270°; il y a seize canons de 15 centimètres, habilement installés de façon à pouvoir tirer les uns en chasse, les autres en retraite, les autres enfin en bordée. Quant aux trois tubes lance-torpilles, l’un est sur l’avant au-dessus de l’eau, les deux autres
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- submergés de chaque bord. Les essais de vitesse de YEsmeralda ont donné plus de 25 nœuds.
- Un autre genre de navire de guerre lancé récemment pour le compte du gouvernement chilien est YAlmirnnte Simpson, croiseur torpilleur de la même série que Y Almirante Lynch et Y Almirnnte Con-dell, mais qui, construit dans les chantiers Laird frè res, de Birkenhead, a pu profiter des progrès accomplis depuis le lancement des deux autres. La longueur totale en est de 75 mètres, la largeur de 8m,40 et le tirant de 4m,90; le tonnage est seulement de 858 tonneaux. Naturellement la coque est tout en acier; elle est partagée en un grand nombre de compartiments étanches transversaux, et une
- cloison longitudinale sépare les deux séries de machines, en s’étendant d’ailleurs de bout en bout. On a augmenté très sensiblement l’épaisseur des tôles du pont et de la coque à l’aplomb des machines pour leur fournir une protection qu’augmente encore la disposition des soutes à charbon. L’armement est naturellement assez simple : d'abord un tube lance-torpilles sur l’avant, puis deux autres sur les lianes; deux canons de 50 centimètres,vquatre à tir rapide beaucoup plus légers, puis deux canons-revolvers et enfin une installation pour creuser les mines sous-marines. Quant à la machinerie, elle comprend deux séries de machines à grande vitesse et triple expansion, développant, ensemble 5000 chevaux indiqués.
- Vue d’ensemble du contre-torpilleur Capitnn Orella. (D’après une photographie.)
- et commandant deux hélices jumelles; elles sont alimentées par quatre chaudières tubulaires Normand, qui travaillent à une pression de 1400 kilogrammes par décimètre carré. L'Almirnnte Simpson a donné aux essais 21 nœuds un quart en moyenne, et au tirage naturel il fournissait encore 17 nœuds un quart. Notons, en passant, que ce petit navire a pu être livré en dix mois.
- Avant de finir, nous signalerons 1 eCapitan Orella, qui est aussi un de ces contre-torpilleurs dont le Chili veut avoir une flottille, un torpedo-boat destroyer, comme disent les Anglais. Nous en donnons une photographie qui montre bien son aspect caractéristique et qui a été prise pendant les essais. C’est encore la maison Laird brothers qui a construit ce navire. 11 a 65 mètres de longueur, 0m,60 de lar-
- geur et 51,1,90 de creux; les chaudières sont du type à tubes d’eau, une modification des chaudières Normand. Sans insister sur ce contre-torpilleur, dont les points principaux ressemblent beaucoup à ceux de Y Almirante Simpson, nous ferons remarquer qu’aux essais qui viennent d’être terminés sur la Clydc, la vitesse moyenne obtenue a été de 50,18 nceuds, sans qu’on forçât les machines, et alors que le contrat spécifiait seulement 50 nœuds. I)u reste, le Capilan Orella, dispose d’une puissance de 6200 chevaux-vapeur.
- Comme on le voit, la llotte chilienne est des mieux composées ; car elle possède des types de navires qui feraient bonne figure dans les marines européennes.
- Daxifj, Beeeet.
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- LA AA TU RE..
- CARTES DE VISITE PHOTOGRAPHIQUES
- Aux approches du mois de janvier, chaque année, tout le monde se dit qu’il faut en finir avec cette coutume bizarre d'envoyer sa carte à tous les gens que l’on connaît de près ou de loin et même à ceux qu’on ne connaît pas, mais qui vous font la politesse de vous imposer l’échange en commençant par vous envoyer la leur.
- Mais cette belle résolution ne peut longtemps tenir; de peur de froisser telle ou telle personne que les strictes convenances vous font
- un devoir de saluer à cette occasion, vous vous laissez aller cette année à envoyer votre carte à des centaines de personnes, tout comme les années précédentes. Et voilà comment dans les quinze premiers jours de janvier des millions de cartes de visite sont distribuées en France, et des milliards en Europe.
- Il ne faut pas croire que l’usage des cartes de visite soit une invention moderne et particulière à notre continent. Comme les visites sont une mode de tous les temps et de tous les pays, l’emploi des cartes de visite est répandu jusque dans l’Extrême-Orient, depuis des siècles.
- De nos jours, quelques esprits bizarres ont pensé qu’il serait
- plus logique d’échanger son portrait au lieu de carte ordinaire, et ont créé le portrait-carte, appelé portrait-visite, mais cet usage n’a pu s’accréditer parmi nous.
- Ces années passées, le besoin d’ajouter à son nom une formule de salutation quelconque pour rendre la carte moins banale, fit décréter qu’il serait permis d’inscrire cinq mots de compliments, manuscrits ou
- imprimés, dans la forme impersonnelle, à ses cartes de visite, tout en ne payant que le tari! réduit de la taxe postale.
- Mais même ces formules de politesse ou de souhaits ne nous font aimer davantage la carte de visite que
- tout le monde maudit et que chacun envoie à son prochain.
- Que faudrait-il donc pour la rendre agréable puisque nous ne pouvons la supprimer? — L'illustrer par la photographie. Non pas d’une façon baroque, ou monotone, en donnant notre portrait toujours, mais, comme dans les exemples que voici, en don-Fig. 1. nant à notre ima-
- ge une tournure
- Originale, une iormenouvelle, un caractère allégorique.
- L’ami qui nous a remis depuis quelques années sa carte si gentiment illustrée nous pardonnera
- cette indiscrétion. En 1891, M. et Mme Emile Marx se font photographier dans une nacelle qui n’est autre qu’une hannette de mercier ; par une habile retouche sur le cliché, on silhouette le terrain sur lequel elle reposait pendant l’opération, on dessine quelques nuées, puis un ballon, et nos deux touristes quittent la terre à laquelle ils disent au revoir, pour aller au loin porter aux amis leurs vœux pour 1892.
- Pour 1897, c’est monté sur une locomotive que notre vieil ami, affublé en mécanicien, se fait prendre par un confrère. Il met en l’honneur des lecteurs de La Nature une pancarte accolée aux lianes de la machine, disant aux destinataires ; « Rapide de 1897 apportant nos bons vœux ». C’est la figure que nous représentons figure 1.
- Une seconde composition nous montre deux hommes sandiviches se promenant dans une rue de la ville; au dos de celui qui s’en va, nous lisons
- Fia
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- LA NATURE.
- adieu 1896, et sur le devant de celui qui vient, on remarque les souhaits de bonne année, pour 1897 (Voy. lig. ‘J).
- En 1894, notre amateur-armateur est débouta la barre d’un gouvernail d’un vapeur qu’il baptise : le File-vile, et le titre peu banal de la carte lui fait dire : il file vite, elles aussi..., les années que nous saluons.
- En 1895, c’est un duel à mort, au fond d’un bois : le temps a tué 1895, et, pour la remplacer, un bébé apparaît dans sa petite voiture, 1896 ; ses souhaits sont présentés sou« forme d’un poteau indicateur comme ceux (pie nous rencontrons aux carrefours des grands chemins : Route nationale de longue vie, n° 1896, vous conduira au n° 1897 par 565 jours de bonheur et de santé.
- Enfin, pour varier, s’inspirant de l’actualité, notre ami, monté sur le siège d'une voiture automobile, arrive à nous sous un aspect non moins original que les fois précédentes.
- Nous prenons l’idée pour nous et La Nature envoie sous cette forme nouvelle ses meilleurs souhaits à ses lecteurs. Albert Rergeret.
- CHRONIQUE
- Une nouvelle méthode d'assainissement des puits. — On n’a plus à faire la preuve des dangers que présentent les puits au point de vue de la contagion possible des maladies microbiennes, de la fièvre typhoïde notamment ; on sait combien de villages se voient décimés par cette terrible maladie, simplement parce que les puits qui assurent la consommation d’eau ne reçoivent pas seulement des eaux de source, mais encore des eaux de drainage polluées par les fosses d’aisances. Le IFKocli, préoccupé à juste titre de ce péril, conseille d’établir dans les puits un appareil de filtrage par le sable, dont il donne la constitution très simple. Au centre du puits on descend un tube de fer de 6 à 8 centimètres de diamètre, dont l’extrémité inférieure, fermée par une cloison métallique également, est percée d’une série de petits trous permettant à l’eau de s’introduire dans le tube. Tout l’espace libre entre celui-ci et les parois (autant que possible maçonnées) du puits est rempli de gravier fin jusqu’à une hauteur supérieure au niveau le plus élevé que puisse atteindre jamais l’eau. Par-dessus, et jusqu’à l’ouverture du puits, on entasse du sable grossier, et l’on établit, comme de coutume dans les pompes, en haut du tube plongeur un corps aspirant. L’eau qui est pompée, d’où qu’elle vienne, est donc toujours filtrée par son passage à travers le sable. On ne peut probablement pas dire que toutes les bactéries soient arrêtées, car le filtrage par le sable n’est pas encore reconnu comme tout à fait suffisant, mais c’est au moins une grande sécurité, et l’installation est fort simple. Notons qu’il importe toutefois que le sable fin ne puisse pas remonter et s’engager dans le corps de pompe.
- Les loups en France. — Bien qu’il ait fallu dès le mois de juillet ouvrir un crédit supplémentaire de 5000 francs pour la destruction des loups, ce qui a porté la dépense à 15 000 francs, la commission du budget a maintenu pour 1897 l’allocation à 10 000 francs. En 1883, ce service a coûté 104 450 francs, il a baissé progressivement et a encore coûté, en 1895, 17 700 francs. Depuis
- 1882 on a dépensé en primes, variant de 200 à 50 francs, un total de 595 920 francs. On a détruit pour cette somme 13 loups et louves s’étant jetés sur des êtres humains, 144 louves pleines, 4822 loups et louves, et 5913 louveteaux. Evidemment, il ne devrait plus y avoir de loups en France, s’ils ne se recrutaient pas en Allemagne et en Italie, car outre qu’il y en a peu dans les Pyrénées espagnoles, ce sont des animaux qui généralement ne sont pas très dangereux et que l’on écarte avec la lumière d’une allumette. L’Irlande a pu se délivrer des fauves, mais en France il y en aura toujours, car les frontières les laissent passer, et si jamais la Hongrie et la Russie s'en voyaient libres, il en viendrait du Turkestan, où ils abondent.
- Un nouveau voilier monstre. — Une nouvelle unité à compter dans la liste longue déjà des grands voiliers qui se substituent de plus en plus aux voiliers de tonnage moyen. Le navire qu’on vient de mettre à flot a été construit sur les chantiers Laporte et Cie, au Grand-Qucvilly, près de Rouen ; il se nomme Dunkerque, et appartient à la maison A.-D. Bordes et fils, qui possède toute une flotte de ces voiliers monstres, notamment la France, le plus connu. Le Dunkerque a 500 tonneaux de plus que les dix autres quatre-màts de type semblable lancés à Nantes ou à la Seyne pour les mêmes armateurs. Sa longueur totale est de 105“,50, 95ra,50 seulement entre perpendiculaires, avec 15”,90 de largeur extrême et 5”,30 de creux sur quille ; sa surface de voilure dépasse 4500 mètres carrés; elle est portée par quatre mâts. La hauteur des grands mâts au-dessus du pont est de 54 mètres ; les basses vergues n’ont pas moins de 28 mètres de long. Ajoutons, pour donner une idée de l’importance de ce navire, qu’il possède dix-huit voiles carrées, quatre focs, neuf voiles d’étai, une brigantine et une flèche. Son tonnage atteint près de 6000 tonneaux.
- Œufs ferrugineux. — Après les légumes rendus ferrugineux par absorption de principes nutritifs chargés de fer, voici les œufs ferrugineux. M. Emile Lévy nous communique à ce sujet son mode opératoire : L’assimilation du fer par l’organisme s’opère toujours très difficilement. Les diverses formes sous lesquelles il a été présenté n’ont rendu, jusqu’à présent, son assimilation possible que dans des proportions insignifiantes, et en fatiguant toujours l’estomac. C’est pour parer à ces inconvénients que M. Lévy a pensé que la meilleure manière de le faire pénétrer dans l’organisme serait de trouver le moyen de le procurer tout digéré; pour cela, il fallait avoir recours à un intermédiaire. 11 a choisi la poule, qui, en absorbant le fer en quantité convenable, peut, eu égard à la grande force d’assimilation dont jouit son estomac, le digérer très facilement, et le restituer dans l’albumine, c’est-à-dire dans l’œuf, où, sous cette forme, il peut être entièrement absorbé sans fatigue par les estomacs les plus délicats. Le fer est donné aux poules à l'aide de grains de froment enrobés d’un sel de fer très absorbable. H suffit d’une dizaine de ces grains par poule et par jour pour obtenir, au bout de trois ou quatre jours, des œufs déjà très riches en fer tout digéré. Pour ne pas compter les grains, nous dirons qu’une demi-cuillerée à café par poule suffit. Si l’on a une dizaine de poules, on mélangera au grain qu’on leur donne habituellement cinq cuillerées à café de ces grains ferrugineux, en ayant soin de bien les répartir dans la masse. Quant aux grains ferrugineux, M. Lévy en garde le secret, car il les vend en gros et en détail. Simples remarques : L’auteur a-t-il fait analyser ses œufs ferrugineux? Et est-il bien sûr qu’ils soient particulièrement riches en fer? C’est, précisément,
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- cette démonstration qui nous fait défaut et qui pourrait seule donner de la valeur à l’idée ingénieuse de l’auteur. Défaut de ventilation dans un tunnel. — On
- a observé dans l’exploitation du chemin de fer métropolitain souterrain de Buda-Pesth un inconvénient assez singulier. Le tunnel n’offre pas un nombre suffisant d’orifices de ventilation, et les trains qui le parcourent compriment l’air comme dans l’àme d’un canon Zalinski. D’après The Engineer, on a constaté qu’à diverses reprises les véhicules ont été soulevés de dessus les rails, et les voyageurs presque suffoqués. L’une des sections du tunnel n’a qu’une cheminée de ventilation sur une longueur de plus de 5 kilomètres, et c’est particulièrement dans cette région que se produisent les accidents signalés ci-dessus.
- Une machine volante. — D’après The Engineer, on se propose d’expérimenter à Altona une nouvelle machine volante, analogue, en principe, à celle d’Otto Lilienthal, et due à M. À. Stentzel. Les ailes ont une envergure d’environ 6 mètres et une surface de 7 mètres carrés. Elles se meuvent dans un secteur de 70° et présentent une courbe de 1/12. La machine pèse 54 kilogrammes et est commandée par un moteur inventé par M. Stentzel. Le fluide employé est de l’acide carbonique comprimé. Sous une pression de cinq atmosphères, on obtient une force motrice de un cheval, et avec sept à neuf atmosphères deux à trois chevaux. On prétend que la vitesse de la machine motrice est aisément réglable, de sorte que l’appareil volant pourrait fonctionner à des vitesses variables.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 décembre 1896. —Présidence de M. Cousu. Nouvelles applications des rayons Xàla médecine. — M. Bouchard, qui a déjà signalé les utiles applications que l’on peut faire des rayons X à l’investigation des lésions pulmonaires, pour lesquelles elles servent de contrôle au moyen de diagnostics habituels, la percussion et l’auscultation, signale un cas dans lequel les rayons X ont permis de déterminer l’origine certaine d’une matité constatée dans le haut du poumon d’un malade. Cette matité n’était pas due à un épanchement mais bien à une induration. Il fait connaître ensuite une série d’applica-tions nouvelles plus importantes parce que cette fois les moyens ordinaires de diagnostic sont insuffisants. Les lésions auxquelles elles sont relatives sont les maladies du cœur. Un malade atteint de battements du côté droit de la -poitrine qui permettaient de diagnostiquer un anévrisme de l’aorte a été reconnu atteint d’une tumeur avec déplacement du cœur à droite. Une autre observation a montré une saillie de la crosse de l’aorte; une autre, l’hypertrophie de l’aorte. M. Bouchard ajoute que s’il a réussi avec les organes thoraciques, il n’a obtenu aucun résultat pour les organes abdominaux.
- Dépense énergétique des muscles. —Dans des travaux antérieurs, M. Chauveau a étudié la dépense énergétique des muscles en contraction dynamique. Il a montré que le travail mécanique est en rapport avec les échanges respiratoires, la quantité d’oxygène absorbé et réchauffement qui en est le témoin final. Il a démontré ainsi que les muscles effectuent une dépense énergétique moindre lorsqu’ils travaillent sous un degré de raccourcissement peu accentué. Il expose aujourd’hui que la contraction statique conduit aux mêmes constatations ; les écarts de dépense sont très considérables. Ainsi, en repré-
- sentant par 1 1’échauffement dû à l’action d’une charge soutenue par l’avant-bras fléchi sur le bras d’un angle très ouvert, réchauffement qui correspond au soutien de la même charge dans la position de l’avant-bras rectangulaire sur le bras est 1,4. Pour le muscle beaucoup plus raccourci, on note 1,8. M. Chauveau a pu établir, par des expériences très précises, que la considération des échanges respiratoires aboutit aux mêmes conclusions. Enfin il a varié les conditions d’expérience en opérant sur des charges différentes, et il peut affirmer que la force créée, la dépense énergétique et réchauffement final, sont des quantités liées entre elles.
- Toxicité du sang d'anguille. — La toxicité du sang d’anguille est un fait qui a été signalé d’une façon certaine. M. Phisalix a eu l’idée de rechercher si ce sang ne pourrait conférer l’immunité contre le venin de vipère.
- Il a démontré que si on détruit la propriété toxique de ce sang en le chauffant à 55° ou 60°, on détruit la substance toxique, mais on laisse subsister les substances immunisantes. En administrant ce sang ainsi préparé à un cobaye, on le met en état de résister à l’action d’une inoculation de venin de vipère, à la condition cependant qu’il se soit écoulé un certain temps entre les deux inoculations. L’administration presque simultanée de sang d’anguille et de venin de vipère ne permet pas d’observer l’immunité.
- Préparation d'un corps nouveau. — M. Granger a étudié l’action du phosphore sur la mousse de platine et le platine métallique. Il a obtenu, en chauffant la mousse de platine, au-dessous du rouge, le phosphure Pt P2. L’auteur a ensuite examiné les produits formés aux diverses températures quand on fait réagir le phosphore sur le platine métallique. Au rouge, il se forme un phosphure Pt3P5, puis, la température s’élevant, la teneur en phosphore va en diminuant, jusqu’à n’être plus que 4 pour 1 OU au rouge blanc.
- Le refroidissement du globe cause primordiale de l'évolution. — M. Marey présente un important travail de M. R. Quinton, sur le refroidissement du globe considéré comme cause primordiale de l’évolution. On sait, par les travaux précédents de M. Quinton, qu’en face du refroidissement du globe, la vie acquiert le pouvoir d’élever la température du sang. C’est là l’origine des animaux à sang chaud. Or les animaux essentiellement primitifs étaient ovipares. Mais quand la température du sang s’éleva, l’animal fut fatalement amené à couver pour mener à bien l’éclosion de l’œuf. La vie réalisa cette incubation de deux manières : intérieurement par la poche marsupiale et par la viviparité ; extérieurement par la couvaison. Mais le mode de reproduction qui varie, causant toujours dans l’échelle animale une réaction anatomique, un plan nouveau d’organisation répondit à chacun de ces changements. Telle est l’explication des deux plus grandes classes animales, les oiseaux et les mammifères. M. R. Quinton fait remarquer que cette cause d’apparition, hier inconnue, était l’objection la plus grande formulée contre la théorie transformiste.
- Varia. — M. Stanislas Meunier présente une Note suites roches asphaltiques et les origines de l’asphalte. — M. Pommel décrit les hippopotames fossiles d’Algérie. — M. Guntz, après avoir préparé un hydrurc et un azoturede lithium, est arrivé à obtenir le carbure de lithium. — M. Golson étudie l’action de l’acide fïuorhydrique gazeux et sec sur les sulfates alcalins. Ch. de Viuædeujl.
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- LA NATURE.
- Fig. 1. — Détail de la scène intérieure. Les voleurs en train de perforer le coffre-fort.
- LES OUTILS DES CAMBRIOLEURS
- Progrès partout ! L’art des cambrioleurs ne connaît plus de bornes. Ces mandrins n’ont pas encore trouvé le moyen d’enlever délicatement et sans bruit les énormes coffres-forts, aux portes blindées, qui sont employés aujourd'hui dans les bureaux et dans les caisses; mais ils sont parvenus à les ouvrir avec art et habileté', sans recourir à lit vulgaire pince monseigneur, et en utilisant des outils simples et appropriés. Ils ne peuvent déplacer facilement le coffre-fort, la porte leur résiste; ils appliquent
- alors une fraiseuse sur la porte, et, en quelques tours de vilebrequin, ils découpent un disque d’un diamètre de 10 à 15 centimètres qui laisse une ouverture suffisante pour leur permettre de passer les bras et de se livrer avec tranquillité aux exercices de leur lucrative profession. Nous citerons à ce sujet l’exemple que nous a fait connaître récemment un de nos abonnés de Marseille,
- M. G. Gaubert.
- Au mois de novembre 1896, une nuit, entre 11 heures du soir et 1 heure du matin, quelques-uns des prolession-nels dont nous venons de parler se sont attaqués au coffre-fort de la maison Picon, à Marseille.
- La ligure 1 nous représente le détail de la scène qui a dû se passer; deux cambrioleurs percent le coffre-fort pendant qu’un autre se tient à la porte pour faire le guet. La ligure 2 nous montre d’une part la perforeuse perfectionnée qui a été employée, et le même appareil enfoncé danslaporte du coffre-fort.Les malfaiteurs ont d’abord perforé à hauteur de la serrure, à l’aide d’un vilebrequin, un trou de 2 à o centimètres de diamètre et d’une certaine profondeur.
- Fig. 2.
- Ce trou a ensuite été taraudé pour donner prise à une tige fdetée E, qui est munie d’une poignée P à son extrémité. La perforeuse proprement dite est formée d’un ruban en tôle d’acier F fermé sur lui-même et présentant sur l’un de ses contours des dents
- de scie. Ce ruban est maintenu par une tige transversale sur laquelle est fixé un levier vertical 1)C et par un étrier G. La tige filetée E, qui a d’abord été placée dans la porte, sert d’axe de rotation. On fixe sur cet axe la fraise F et il suffit de manœuvrer le levier UC pour faire mordre la scie sur la plaque du coffre-fort. Après quelque temps d’un travail silencieux,
- une rondelle se détache et vient avec l’outil. Le coffre-fort n’offre plus dès lors aucun obstacle aux cambrioleurs. 11 est bon de faire connaître le nouveau
- procédé d’attaque des coffres-forts. Un homme prévenu en vaut deux. On sera désormais sur ses gardes. Une opération de ce genre n’est pas toujours applicable; elle nécessite un certain temps et divers préparatifs. Et l’on pourra dans tous les cas la révéler au bon moment, en ayant recours à une sentinelle qui s’endort rarement, à l’électricité. U ne suffit pas de percer un trou pour parvenir à la serrure, il faut ouvrir la porte de la caisse, et par cela seul on peut faire retentir une sonnerie. Et si enfin les cambrioleurs se contentaient d’enlever ce qui est à la portée de la main et tout près du trou, il serait encore possible, par un artifice assez simple, de dénoncer leur travail par un signal électrique. A progrès, progrès et demi ! M. Leroy.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Paris. — Imprimerie Lauckë, rue de Fleuras, 9.
- La perforeuse perfectionnée.
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- L’année 1807 vient de commencer. Trois ans nous séparent à peine de l’Exposition universelle de 1900c, Les projets dressés pour l’Exposition ont enfin été adoptés et nous allons entrer désormais dans la période d’exécution. Quelque temps encore et l’on aura oublié les préparatifs. Aussi nous paraît-il bon de conserver par quelques lignes le souvenir du premier acte de cette entreprise colossale.. On sait bien déjà que cette fois on a encore notablement augmenté les surfaces utiles. L’enceinte comprendra le Cours-la-Rcine, les quais, l’Esplanade des Invalides, le Champ-de-Mars, le Trocadéro.
- L’entrée principale se trouvera aux Champs-Elysées, près de la place de la Concorde, presque en plein Paris. On peut dire que l’inauguration des travaux date virtuellement de la pose de la première pierre du pont Alexandre III par l’Empereur de Ifussic. En fait les premiers coups de pioche n’ont été donnés que dans les derniers jours de novembre, pour établir la tranchée et le tunnel qui pendant les travaux relieront la Seine aux palais nouveaux à construire sur l’emplacement actuel du Jardin de Paris. Pour ne pas gêner la circulation sur le quai, on a pris le sage parti de faire arriver les matériaux de construction à pied d’œuvre et de remporter les déblais par une voie souterraine de communication avec le fleuve. Les bateaux amèneront à quai les pierres et les fers et débarrasseront les chantiers des divers
- déblais. Quelques jours après les fêtes russes, on avait commencé l’installation des palissades qui limitent aujourd’hui remplacement des travaux de construction et de démolition. Ces palissades devant rester en place pendant plusieurs années, on les a faites élégantes. On n’y collera aucune affiche. Contre les panneaux pleins de celte clôture peinte en vert tendre, on disposera de distance en distance de légers pilastres en treillage, reliés par des linteaux également en treillage. Et devant on plantera des massifs de fleurs et d’arbres ; des plantes vivaces grimperont le long des treillages : on masquera ainsi les chantiers.
- On va poursuivra simultanément la démolition du Palais de l’Industrie et du Palais de la Ville de Paris pour faire place nette et ouvrir la grande artère qui se prolongera par le pont Alexandre III jusqu’aux Invalides. A la fin de février, on aura déjà abattu tout le front N.-O. du vieux Palais de 1855. Les salles consacrées à l’Exposition des Arts décoratifs n’existeront plus. On ne conservera que la nef et la partie opposée de l’édifice pour donner un dernier asile au concours hippique et au Salon de 1897.
- M. Girault termine les dernières études relatives au grand et au petit Palais des Beaux-Arts. Le petit Palais sera exécuté selon le projet primé, à peu de modifications près. Le grand Palais est arrêté dans ses grandes lignes. L’étude est presque terminée. Pour que l’on se rende bien compte de l’effet architectural, M. A. Picard, commissaire général, a désiré que l’on en exécutât une maquette en plâtre au centième. On jugera bien mieux ainsi de la valeur artistique du monument.
- Les premiers travaux de l'Exposition. Vue de l’entrée du tunnel souterrain.
- 25e année. — 1er semestre.
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- LA NATURE.
- Quant au pont Alexandre III, le projet dressé par MM. Résal, ingénieur en chef, et Alby, ingénieur ordinaire-des ponts et chaussées, a été définitivement approuvé. Ce pont aura une seule arche de 110 mètres de portée et d’environ 0 mètres de llèche. Il aura -40 mètres de largeur, dont un trottoir central de 10 mètres, deux chaussées de 10 mètres, deux trottoirs latéraux de 5 mètres. L’arc surbaissé comportera trois articulations : une à chaque retombée, une à la clef. L’ouvrage sera en acier coulé. L’exécution va commencer aussitôt que les eaux de la Seine le permettront.
- En ce moment c’est le service de la voirie de l'Exposition qui a commencé les préparatifs de la première heure pour l’établissement du tunnel du Cours-la-Reine. En moins d’un mois, on a fait la tranchée à travers le quai ; on l’a prolongée jusqu’à l’emplacement des nouveaux Palais, on a terminé le tunnel et l’on a rétabli la circulation. Les tramways et les voilures passent au-dessus du souterrain comme avant les travaux. On ne se douterait pas que l’on a ouvert une voie nouvelle, de l’ancien Jardin de Paris jusqu’à la berge. Les travaux de terrassement ont été exécutés par soixante-dix-huit ouvriers seulement. Il a fallu déblayer le terrain sur 12 mètres de largeur du côté de la Seine jusqu’au passage des voies de tramways, et, de l’autre côté de la route, on a fait une tranchée de 25 mètres de longueur, 5 mètres de largeur et 5 mètres de profondeur, qui sera prolongée jusqu’aux Palais nouveaux. Entre temps, une équipe de charpentiers a battu les pieux qui serviront à assurer la construction de l’estacade en Seine destinée à l’apport des matériaux.
- Le souterrain est constitué par un système de charpentes à la fois simple et solide ; il consiste en pieux jointifs battus par des moutons à vapeur ; leurs extrémités supérieures sont taillées en tenons sur lesquels viennent s’assembler des pièces de bois de même équarrissage que les pieux et ayant comme eux une section de 45"‘mx45'lim. Le premier tablier est surmonté d’un second en madriers de 11 centimètres d’épaisseur sur lesquels on rétablit la voie.
- C’est là évidemment un tout petit travail. Mais c’est, le début, le commencement de la grande entreprise, et voilà pourquoi il prend par cela même un intérêt particulier. Et c’est si vrai que la foule ne quitte pas les chantiers du Cours-la-Reine ; la berge présente une animation inconnue jusqu’ici. Tout le monde, veut avoir vu commencer les travaux de l’Exposition. Et chacun de s’arrêter et de dire son mot. On en dira bien d’autres avant l’ouverture.
- Ingénieurs, architectes, entrepreneurs, ouvriers, tous vont mener désormais vigoureusement les travaux. Avant la fin de l’année qui commence, on verra partout sortir de terre les constructions nouvelles. Quelle que soit l’opinion que l’on ait eue sur la convenance d’une Exposition universelle en 1900, que l’on s’en soit montré le partisan ou l’adversaire, il n’y a plus à discuter, l’heure de l’exécution a sonné; il ne faut plus penser qu’à réussir, ne plus perdre de vue que
- l’entreprise est profondément nationale et que l’honneur du pays s’y trouve engagé. Par conséquent, chacun doit résolument concourir, selon ses forces, à préparer le triomphe définitif. Nous faisons des vœux ardents pour le succès de l’œuvre grandiose qui désormais doit être chère aux cœurs français.
- Hexri de Par ville.
- LA CHÂSSE DU NANDOU EN PATAGONIE
- M. G. E. Walsh décrivait récemment la chasse de l’autruche américaine ou nandou dans les vastes plaines de Patagonie : cette chasse se fait au chien courant d’une façon fort intéressante. Les Indiens lancent leurs meutes à la poursuite de l’oiseau, qui s’enfuit à toute vitesse, tandis que les chasseurs le suivent, montés sur les chevaux les plus rapides qu’ils peuvent se procurer ; ils n’ont point du reste l’espoir de forcer la bête, et ils ne peuvent songer à la gagner de vitesse. Mais il profitent d’une habitude toujours identique qu'a cet animal. Quand celui-ci sent que les chiens sont bien partis à sa poursuite et à toute vitesse, il fait un brusque écart, un saut de côté, et le voilà qui repart sur une ligne faisant un angle très prononcé avec sa première direction. Naturellement la meute, ne pouvant prévoir ce brusque écart, continue encore un certain temps, emportée par son élan, et, quand elle peut s’arrêter et revenir sur ses pas, l’oiseau a déjà gagné une grande distance sur elle. Une bonne partie des chiens sont pour ainsi dire démoralisés par cette ruse, et ils abandonnent la chasse sans vouloir essayer même de recommencer la poursuite; seuls les vieux routiers semblent confiants, sachant bien que leur maître e t là pour finir l’œuvre qu’ils ont commencée; en effet, les chasseurs ont l’œil au guet, et comme ils sont relativement assez près de la meute, quand l’oiseau fait le coude brusque qui le sépare des chiens, il se rapproche des chasseurs : ceux-ci lancent alors contre lui le fameux lasso, aujourd’hui si connu, et qui s’est répandu jusque dans l’Amérique centrale. Les bolas, les deux petites balles de pierre qui sont au bout des lanières de l’extrémité, sifflent dans l’air, et tout va s’enchevêtrer dans les jambes du nandou en le jetant à terre, à sa grande surprise. Il n’avait pas prévu cette intervention qui déjoue son habileté à éviter les chiens. JL B.
- LE 4e SALON DU CYCLE1
- Le cyclisme devient de plus en plus le sport bon marché par excellence. Non seulement les bonnes bicyclettes sont descendues jusqu’au prix de 500 francs, mais encore aucun changement notable n’est venu depuis deux ans forcer le propriétaire d’une machine à la changer pour cause de « mode ». La coupe des bicyclettes 1895 ne s’est pas modifiée en 1890 et s’est pour ainsi dire classifiée en 1897. Toutefois la mode s’attaquant à toute chose terrestre, notons que, la saison prochaine, un cycliste ne sera « bien mis » que si sa machine possède deux roues égales de 70 centimètres de diamètre au plus, quelques constructeurs même atteignent le minimum de 60 centimètres ; si également les mani-
- i Suile. — Voy. u° l‘2'29, du 19 décembre 1896, p. 34.
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- velles, qu’on faisait jadis de 1G centimètres et demi, mesurent un bon centimètre de plus. J’ajouterai que chaque année davantage se propage cette déplorable habitude de supprimer tout frein à la bicyclette. Les accidents mortels que cette copie de la machine de course cause tous les mois ne peuvent décidément prévaloir contre pareille imprudence !
- D’importants perfectionnements aux lignes établies ont été apportés cette année par la maison anglaise Humber et par la maison française Rocket. La première a jugé avec raison que l’arrière d’une bicyclette subissait du côté de la chaîne des efforts bien plus considérables que du côté opposé qui ne lui sert en réalité que de soutien, et que, si la flexion du cadre en cette partie n’est pas sensible à l’œil, elle n’en est pas moins préjudiciable au meilleur rendement possible du travail des jambes. Elle a par conséquent renforcé par un second tube (lîg. 1, n° 1) le tube d’arrière qui unit, côté chaîne, le pédalier et l'axe de la roue motrice.
- La marque Rocket, qui se spécialise depuis quelques années dans le perfectionnement du pédalier, cet organe majeur qu’on pourrait appeler le cœur de la bicyclette, a fait breveter un nouveau pédalier très curieux qui constitue une des rares innovations heureuses de ce 4e Salon. Ce pédalier (n° 2) est dit « sans axe », en ce sens qu’il se compose uniquement d’un manchon A à l’intérieur duquel viennent se visser, chacune de leur côté et en sens inverse, les manivelles B et B' jusqu’à ce qu’elles se bloquent l’une l’autre, les roulements se faisant dans les têtes memes des manivelles. Il résulte de ce dispositif que le pédalier est aussi étroit que possible, l’écartement entre les pédales n’atteint pas 10 centimètres; il résulte de plus qu’en cas de manivelle faussée, il suffit de dévisser la pièce malade sans toucher au réglage du pédalier ; que toute clavette et par suite tout déclavetage en cours de route sont supprimés, et qu’enfîn, détail essentiel, la roue dentée se trouve rejetée bien plus près du centre vertical du pédalier; la chaîne exerce sa traction en dedans du roulement, suivant CD, et ne produit plus ce coincement de l’axe sur les billes habituel aux roues dentées travaillant en dehors du roulement, selon la grande généralité. Au même stand, était exposée une pédale ajustable à toutes les mesures de semelles par un dispositif simple qu’explique bien le n° 5 de la figure 1, et qui présente en sus l’appréciable avantage d’être hermétique à la poussière, cette ennemie-née de la bicyclette comme le vent est l’cnnemi-né du cycliste !
- Le vent et la poussière sont des freins naturels terriblement puissants, mais ils ont le tort, en tant que freins, de n’être ni constants, ni instantanés, et bien que, ainsi que nous l’avons noté, le frein soit de plus en plus proscrit du cyclisme, il est des cas cependant, celui du tourisme en montagne notamment, où il est agréable, sinon prudent, de ne pas compter sur ses jambes seules pour éviter l’allure involontaire d’un train express. Voici donc deux
- freins extra-puissants, celui de Cottereau et celui de Jussy (nos 4 et 5). Le premier agit à la fois sur la roue directrice par friction sur le caoutchouc, sur le pédalier et sur la roue arrière par tambours serrés dans des colliers de cuir; la simple pression de la main sur le levier du frein produit ce triple effet. La disposition du frein Jussy utilise chez le cavalier des parties musculaires qui, d’ordinaire, ne travaillaient guère que comme coussins : vous reculez de quelques centimètres sur votre selle, et, grâce à ce pal rembourré, que l’on voit au-dessus de la roue motrice, voici la roue bloquée. Frein énergique auquel manque peut-ctre quelque cachet de distinction !
- La fourche de Loma est une assurance donnée au cycliste contre la rupture toujours grave, mais aujourd’hui devenue rare, de la tête de la fourche qui maintient et guide la roue directrice. Ainsi que le montre le n° 6, elle se compose d’une fourche ordinaire dans la tête de laquelle sont introduites : une première pièce tubulaire, qui s’appuie par deux plaquettes sur les fourreaux et qui est b rasée avec elle; puis une seconde, tubulaire également, qui entre dans la première, est brasée avec elle et porte aussi deux plaquettes s’appuyant sur les fourreaux. Il en résulte que les fourreaux sont en somme maintenus par trois rangées de plaquettes qui se consolident les unes les autres.
- Une transmission inédite et bien originale est celle qu’exposait la marque Rouxel et Dubois et que représente le n° 7. Elle se compose d’une grande roue dentée et d’une petite, les deux réunies par une chaîne ainsi que nous les voyons communément, mais la chaîne ici ne roule pas sur elles : la chaîne roule sur deux petites roues folles qui mettent la chaîne simplement en tangence avec la grande et la petite roue dentées usuelles. Elle n’engrène ainsi à la fois que sur une dent entière de chaque pignon, au lieu de dix ou douze, réduisant d’autant les pertes par frottement. Remarquons que cette curieuse transmission, laissant la roue motrice hors de la chaîne, en facilite considérablement le démontage au cas d’une réparation urgente du pneumatique.
- Tels sont les perfectionnements ou remaniements principaux que le Salon du cycle dernier a indiqués dans le fond même de la bicyclette connue. Quant aux remaniements de forme, je me bornerai à signaler celui qu’on nous propose dans la bicyclette « normale » (n° 8) et qui est fait de bonnes intentions. C’est ainsi qu’en chargeant de la majeure partie du poids du corps la roue motrice, en soutenant fortement les reins du pédaleur, en rapprochant son assiette du sol de façon à lui permettre de poser pieds à terre sans sortir du siège, l’inventeur a suivi les dictées de sa raison. Il ne manque sans doute à cette machine que la consécration de vitesse que seules peuvent donner les pistes. La bicyclette normale battra-t-elle jamais le record de l’heure? C’est au surplus un instrument de promenade qu’a cherché là le constructeur, de même que la bicyclette
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- LA NATURE.
- sociable de la ligure 2 n’a d’aulre prétention que de plus à la suite l’un de l’autre, se tournant presque mettre les deux cavaliers d’une même monture non le dos, en tandem, mais l’un à coté de l’autre, en
- Fig. 1, n" 1 à 10. — Dispositifs spéciaux des organes de la bicyclette.
- conversation plus facile et plus amicale, avantage précieux que vient renforcer ce détail de commodité de logement : le peu de longueur de la machine, qui n’excède pas celle d’une bicyclette à un seul voyageur.
- Si nous examinons maintenant, après le fond et la forme des bicyclettes 1897, les accessoires nouveaux qui ont été conçuspour elles, nous constatons que là surtout s’est essayée l’ingéniosité des inventeurs et des constructeurs français, bien en avance même sur les Américains. Là, les innovations de détail, bizarres ou pratiques, pullulent. Ce n’est quelquefois presque rien, comme cette tige de selle llumber(t\g. 1, n°9), composée de deux simples pièces
- en angle et qui peut, selon l'inclinaison nécessaire au cycliste, prendre toutes les positions désirables. Mais
- ce rien a une importance extrême au point de vue usuel. Voici d’ailleurs quelques-uns de ces petits et gros bibelots : une burette extensible(fîg. 1, n° 10) dont le col s’allonge à volonté pour atteindre les trous graisseurs les plus inaccessibles ; un porte-bagages américain(fîg. 5, n° 1 ) qui s’ouvre et se ferme comme un parapluie ; une minuscule chan-celièrepour bout de pied (fîg. 5, n° 2) qui se monte sur les pédales des dames frileuses; une pompe photocycliste et un cyclopode, l’un complétant l’autre,» pour les amateurs encore trop rares de vélocipédie et
- Fig. 2. — Bicyclette transformée en sociable.
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- de photographie combinées : le cyclopode est un bicyclette roule, est replié le long du cadre(fig. 5, n°3) pied mobile à allongement variable qui, lorsque la et fait trépied avec les roues lorsque l’instant de
- Fig. 3, n0’ 1 à 10. — Accessoires divers du cyclisme.
- photographier est venu; la pompe photo-cycliste est I une pompe ordinaire couchée sur le guidon et qui { peut se redresser verticalement, s’allonger et supporter une photo-jumelle.
- Pour l’ascension des côtes, on nous propose deux méthodes : ou bien l’achat d’une bicyclette dite la côtière (fig. 5,n°4),dont l’avant seul est modifié en ce sens que, sous le guidon , est placé un levier actionnant par une tige une petite roue dentée engrenant avec le moyeu de la roue directrice. Il suffit de saisir à pleine main le guidon et le levier et de les serrer comme les branches d’une pince pour fournir un travail supplémentaire qui aide à l’ascension de la
- pente; ou bien l’acquisition d’une simple ceinture en cuir, une ceinture Hercules (fig. 5,n°6) qui
- s’appuie sur les os du bassin et s’accroche en avant au tube horizontal de la bicyclette, et donne ainsi au cycliste un point d’appui fixe qui lui permet de produire sur les pédales des efforts qu’on nepeut guère supposer lorsqu’on n'a pas essayé ce procédé cependant si simple !
- La nuit venue, voici un petit appareil de 120 gr. qui vous fera satisfaire à la double exigence du règlement de circulation : être éclairé et se faire entendre, voici le grelot-lanterne (fig. 5, n° 7). Une courroie permet de fixer au guidon cette veilleuse sonore. De retour au logis, voici, pour
- Fig. 4. — Caisse Vincent pour remballage.
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- remiser d'aplomb votre bicyclette, le support inslan-tané, le support-grappin (fig. 5, n° 8), tout en 1er et, replié, tenant dans une armoire. Pour vous-même, si l’hydrothérapie vous tente après l’excursion, entrez dans ce vélodouche (fig. 3, n° 5), qui se compose d’un tub au milieu duquel est installée une pompe aspirante et foulante mue par une paire de pédales, et pédalez ferme, sous la pluie que vos pieds déversent sur votre tête ! Enfin si, pour un long voyage, vous désirez emporter en chemin de fer votre bicyclette, admirez cette caisse Vincent (fig. 4), d’un maniement enfantin et qui se plie comme un portefeuille, ainsi que le montre le numéro i.
- Parmi les inspirations que le cyclisme a données aux autres industries, remarquons le patin-bicyclette (fig. 3, n° 10), qui est formé de deux minuscules roues garnies de caoutchouc creux réunies par une entretoise de métal sur laquelle sont montées les courroies de bout de pied et de talon. Des expériences ont été faites de ce patin dans les allées du Bois de Boulogne; l’inventeur affirme qu’on peut ainsi rouler, avec un peu d’habitude de cet exercice, à une allure de 15 à 18 kilomètres à l’heure. Notons également le pied à billes pour meubles que figure la gravure 9 de la figure 3 et qui supprime, en même temps que tous les systèmes de roulettes, le portc-à-faux des meubles, les déchirures de tapis, les dégradations de parquets, etc. C’est là une intelligente application des billes qui est tout indiquée pour les lits, les pianos et les pièces d’ameublement pesantes. L. Baudry de Saunier.
- LE FROID ET LA CHALEUR SUR LA TERRE
- Les jours commencent à augmenter; bien peu cependant, mais ils auront déjà gagné à la fin de janvier lh4m. Au solstice de décembre que nous venons de dépasser, le soleil se levait à 7h53 et se couchait à 4h5, nous éclairant seulement 81110. En y ajoutant la demi-clarté du crépuscule qui dure environ 30 minutes, et celle du matin, la durée réelle du jour atteignait à peine 9h 25. Neuf heures de jour; quinze heures de nuit, sans compter les heures de brouillard. A la Saint-Sylvestre et pour Paris, gain de 4 minutes.: A feerlin, Londres et Paris, le jour le plus long dure 16h30,,et le plus court 7h50. A Stockholm et à Upsal, le plus long est de 19h30 et le plus court de 5h50. A Hambourg et à Danzig, le plus long compte 17 heures et le plus court 7 heures. A Pétersbourg et a Tobolsk, le plus long 21h30 et le plus court 5 heures. A Archangel, le plus long 22h50 et le plus court 2h30. A Tornéo; le plus-long'23 heures et le plus court lb30. A Wardœus, en Norvège, et au cap Nord, le jour dure depuis le 21 mai jusqu’au 24 juillet sans interruption. Enfin, dans le Spitzberg, le plus long jour dure 3 mois et demi.
- Le soleil est plus près de nous en décembre qu’en juin. Nous en sommes éloignés en ce moment de 146 millions de kilomètres, et nous ne l’aurons plus en juillet qu’à 151 millions de kilomètres. Différence en faveur de l’hiver : 5 millions de kilomètres. Alors on se demande toujours pourquoi il lait froid en hiver et chaud en été. L’explica-
- tion est bien élémentaire et cependant, puisque quelques personnes l’oublient, il n’est pas superflu de la rappeler.
- Il ne faut pas se lasser de faire remarquer qu’un poêle qui chauffe 8 heures sur 24 heures est loin de donner la même température qu’un poêle qui chauffe 16 heures sur 24 heures. Ainsi fait le grand calorifère solaire. 11 nous envoie à peine de la chaleur pendant 8 heures et encore la chaleur reste souvent dans les nuages. En juin, avec beau ciel, il nous en donne pendant I5h50 : pendant un temps double. 11 est tout simple que nous ayons plus chaud en été qu’en hiver.
- En outre les rayons solaires agissent d’autant plus qu’ils arrivent plus verticalement sur nous. Faites tomber sur une ligne horizontale deux lignes parallèles presque verticales et en même temps deux autres lignes très inclinées, il sera facile de constater que la surface comprise entre les deux droites presque verticales est autrement grande que la surface comprise entre les deux parallèles très inclinées. On saisit la différence presque d’un coup d’œil. Donc, les rayons solaires, tombant sur la terre moins inclinés en été qu’en hiver, nous apportent une bien plus grande quantité de calorique. Les physiciens disent : « La quantité de chaleur ou de lumière émanant d’un foyer est proportionnelle au cosinus de l’angle d’inclinaison des rayons et en raison inverse du carré de la distance ». Or l’inclinaison agit ici beaucoup plus que la distance. Donc, finalement, ce froid de l’hiver a pour origine la
- petite durée du jour et la grande obliquité des rayons solaires. Et voilà encore une fois, en deux mots, pourquoi sous nos latitudes nous avons froid en ce moment et pourquoi nous aurons chaud dans quatre ou cinq mois.
- Enfin, comme on pourrait objecter que cependant, même en hiver, il y a des journées chaudes, et que le soleil nous envoie imperturbablement les mêmes rayons obliques à peu près pendant le même temps, nous ajouterons vite, pour faire cesser toute équivoque, qu’il existe d’autres causes secondaires d’échauffement ou de refroidissement, mais des causes toutes locales, qui influencent, hiver comme été, la température générale. La principale, c’est le vent régnant. Il est certain que les vents du nord nous arrivent glacés et nous refroidissent encore, et d’autant mieux que souvent avec eux le ciel se dégage et le sol rayonne, sans obstacle, sa chaleur dans l’espace. Double raison pour que le thermomètre s’abaisse. Au contraire, si les vents du sud qui viennent de l’océan se propagent à nos latitudes, comme ils sont chauds, ils agissent comme le font les bouches d’un calorifère dans un appartement : ils nous enveloppent d’air chaud. L’air est chauffé par la mer, qui se refroidit relativement peu en hiver aux basses et aux moyennes latitudes. La température de l’atmosphère ambiante s’élève forcément sur le passage des vents marins du sud. Et ainsi, nous avons en hiver et en été des journées plus froides et des
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- journées plus chaudes. Mais ces variations sont indépendantes du grand foyer calorifique qui est tout là-bas, à 1N0 millions de kilomètres, et dont la température reste constante. Telle est brièvement la genèse du chaud et du froid sur la terre. Fi.amel.
- NOUVEAU TUBE DE CROOKES
- POUR DYNAMOS A COURANTS ALTERNATIFS
- L’utilisation directe des alternateurs et des transformateurs industriels pour la radioscopie et la radiographie présente cet inconvénient capital que leur courant, de forme à peu près sinusoïdale, ne donne pas de polarité fixe comme la bobine de Ruhinkorff; et que, par conséquent, dans une ampoule de Crookes, chacune des deux électrodes devient alternativement cathode et anode, qu’on n’a pas de foyer défini et que les images ne présentent aucune netteté.
- Pour tourner cette difficulté, on a imaginé différentes formes d'ampoules avec lesquelles on a toujours cherché à utiliser la totalité de l'énergie formée par la source d’électricité alternative. Ceci entraînait fatalement l'asymétrie des électrodes et la formation de foyers parasites nuisibles à la netteté de la radiographie.
- Nous avons pu éviter ces inconvénients en reliant les fils conducteurs à deux électrodes concaves en aluminium placées en face l’une de l’autre aux extrémités du tube, de telle sorte que leurs foyers coïncident en un point central. A ce point est placée une lame de platine inclinée de 45° sur la ligne axiale et symétriquement par rapport à chacun des miroirs concaves. Quand l’un des miroirs agit comme cathode, il envoie la totalité de ses rayons sur cette lame qui les réfléchit sur un des hémisphères de l’ampoule; et de même pour l’autre.
- Dans ces conditions, nous n’utilisons qu’une alternance par période, mais étant donné le nombre minimum de périodes des alternateurs industriels, qui est de 40 à 100, cela suffit amplement pour assurer à la lumière la fixité parfaite indispensable à la radioscopie. La même ampoule nous a donné, comme cela devait être, de très bons résultats avec les courants de haute fréquence fournis par le dispositif de Tesla ou de d’Arsonval. La lame de platine doit avoir une surfaee plus grande que celle des miroirs, de façon à arrêter tous les rayons cathodiques envoyés par chacun d’eux. Sans cette précaution, les rayons qui passeraient à coté d’elle ne manqueraient pas, étant données les hautes intensités que les alternateurs permettent d’utiliser, de chauffer et de fondre le miroir d’aluminium placé en face.
- D” Oudin et Barthélémy.
- UNE NOUVELLE JUMELLE
- Les lunettes employées pour obtenir le grossissement des objets terrestres, ou, ce qui revient au môme, leur rapprochement apparent, sont de deux sortes : la longue-vue et la lunette de Galilée. Elles ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients.
- La longue-vue, par suite de son système optique qui emploie des foyers longs, et dans laquelle l’image donnée à l’envers près de l’objectif doit être redressée au moyen de lentilles supplémentaires, est toujours assez encombrante, même pour des grossis-
- sements relativement faibles; il serait, par suite, impossible de la monter sous forme de jumelle, et c’est regrettable, puisqu’on perd ainsi le bénéfice de la vision binoculaire qui nous fait percevoir le relie!.
- La lunette de Galilée est beaucoup plus courte, l’image est retournée par l’oculaire, qui est divergent; elle est, par suite, plus lumineuse. Aussi pour les jumelles c’est toujours elle qui est employée. Mais elle embrasse un champ peu étendu et, du reste, pour les forts grossissements, elle perd rapidement l’avantage d’être plus courte; car si pour un grossissement de deux fois elle a deux tiers de moins que la longue-vue, pour un grossissement de dix fois la différence n’est plus que d’un cinquième.
- Pour avoir une lunette maniable pouvant être montée en jumelle, ayant un champ assez étendu, un fort grossissement, et restant lumineuse, il fallait trouver un moyen de modifier la lunette dite Iongue-
- • Fig. 1. — Marche îles rayons dans la jumelle stéréoscopique.
- vue, en raccourcissant son foyer, en supprimant le système des lentilles qui redresse l’image.
- C’est un physicien français, Porro, qui le premier indiqua la marche à suivre pour arriver à ce résultat. Il employait deux prismes à réflexion totale qui forcent le rayon lumineux à revenir deux fois sur lui-même et, en même temps, retournent l’image. Mais les tentatives faites par lui et quelques autres, notamment par Hoffmann, pour arriver à un résultat pratique n’eurent pas de succès.
- C’est seulement depuis peu que M. Zeiss, l’opticien bien connu d’Iéna, a réussi à appliquer cette méthode avec un plein succès sur un nouveau système de jumelle que nous avons pu expérimenter chez M. Krauss, concessionnaire des brevets Zeiss pour la France.
- Comme on le voit sur le dessin ci-dessus (fig. 1), on en a figuré une coupe du système optique, le rayon lumineux arrivant par l’objectif tombe sur un prisme à réflexion totale qui le renvoie sur un
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- second prisme semblable où il se brise de nouveau pour aller à l’oculaire. C’est un peu le système du serpentin qui permet d’employer une grande longueur sur un faible volume. On pourrait supposer que l’emploi de deux prismes doit enlever beaucoup de lumière et foire perdre le bénéfice de la suppression du redressement par un système de lentilles. 11 n’en est rien, parce que le prisme laisse passer beaucoup plus de lumière qu’une lentille dans laquelle la partie centrale est à peu près seule utilisée par suite de l’emploi du diaphragme; en outre ces prismes sont en verre, d’une pureté telle que, placés sur une feuille de papier blanc, on ne distingue pas de différence de teinte entre la partie du papier qu’ils recouvrent et celle (non couverte. Il y a un autre avantage très considérable qui résulte du mode de construction de ces jumelles; c’est l’augmentation de la sensation du relief qui résulte de l’écartement des objectifs. On remarquera en effet (fig. 2) que, si les oculaires sont forcément à une distance de 6 à 7 centimètres, qui est celle de l’écartement moyen des yeux, les objectifs se trouvent, par suite de l’emploi du prisme, répartis à 11 centimètres l’un de l’autre. Or on sait que l’effet stéréoscopique est d’autant plus accentué que les points de vue d’où arrivent les rayons aux yeux de l’observateur sont plus écartés. Ce principe avait du reste été étudié par Ilelmoltz, qui a proposé, sous le nom de télestéréoscope, un appareil où les rayons se réfléchissent sur des miroirs; c’est en s’inspirant de cette idée que M. Zeiss a construit un second modèle de jumelle où on peut augmenter, pour
- ainsi dire indéfiniment, l’écart entre les objectifs. Le schéma ci-dessus (fig. 1) fera comprendre comment on arrive à ce résultat; en face de l’objectif se trouve un prisme à réflexion totale A qui renvoie le rayon sur un second prisme R, pouvant être aussi éloigné qu’on le désire du premier, l’écart étant déterminé par la longueur locale de la lunette; après s’être réfléchi deux fois dans le prisme B, le rayon rencontre un troisième prisme C qui le renvoie à l'oculaire. Dans la jumelle construite sur ce principe (fig. 3), et qu’on a appelée jumelle stéréoscopique, une charnière permet de mettre les deux corps de lunette dans le prolongement l’un de l’autre (n° 1 ) ou parallèlement (n° 2) pour le transport. Ces deux positions peuvent être utilisées dans des cas spéciaux ; on peut, par exemple, dans la première, s’abriter derrière un arbre (n° 3), et dans la seconde derrière
- un mur (n° 4) pour faire ses observations plus à l’aise.
- Lorsqu’on examine un paysage avec ce nouveau type de jumelle, on est surpris du relief que prend l’image; les objets se placent à leurs plans respectifs et on peut se rendre compte de leur position exacte.
- Au point de vue militaire ces instruments sont appelés à rendre de réels services en permettant de mieux apprécier les distances pour le réglage du tir, de voir plus distinctement les travaux faits par l’adversaire et d’évaluer la profondeur des troupes qui se trouvent au loin; ils seront le complément indispensable de l’équipement des officiers.
- G. Mareschal.
- —*<>«—
- Fig. 5. — Jumelle Zeiss avec prismes permettant d’obtenir un maximum d’effet stéréoscopique.—N° 1. Jumelle ouverte.—j\° 2. Jumelle fermée. — N° 5. Position permettant de s'abriter derrière un arbre. — N* i. Derrière un mur.
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- LE TOMBEAU DE PASTEUR
- Le samedi 26 décembre a eu lieu la translation du corps de Pasteur, de Notre-Dame à l’Institut de la rue Dutot. On peut dire que la France entière
- assistait par son cœur et par sa pensée à cette imposante et touchante cérémonie. Pasteur, comme dans une apothéose, a pris place dans sa demeure définitive. Tout ce qui porte un nom dans les sciences, dans les lettres et dans la politique était venu appor-
- Le tombeau de Pasteur.
- ter un suprême hommage à celui qui ne fut pas seulement le plus illustre savant de son temps, mais qui a été et rester un des plus grands bienfaiteurs de l’humanité.
- Le cortège, au sortir de Notre-Dame, s’était formé dans l’ordre suivant : La famille ; les délégués des Sociétés scientifiques et médicales de Lon-
- dres : sir Joseph Lister, président de la Société royale ; sir John Evans ; sir Dyce Dukworth ; sir W. Priestley; MM. Sterling et Crookchank; le Conseil d’administration de l’Institut Pasteur; le général Tournier et le commandant Moreau, représentant le Président de la République; MM. Loubet et Brisson, présidents du Sénat et de la Chambre
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- des députés; MM. Méline, président du Conseil; Rambaud, ministre de l’Instruction publique; les représentants des autres ministres ; les sénateurs et les députés, etc.; le Conseil de l’Université; les membres de l’Institut; le préfet de la Seine; le Préfet de police; le président du Conseil général de la Seine; le président du Conseil municipal; les membres de la Faculté de médecine ; le Comité consultatif d’hygiène ; la Société nationale d’agriculture ; l’Académie de médecine; le Conseil d’hygiène; les représentants de l’Assistance publique ; l’Ecole normale supérieure ; l’Ecole polytechnique ; l’Ecole vétérinaire d’Alfort; l’Association des étudiants et les invités.
- Les journaux quotidiens ont donné les détails de la cérémonie et reproduit les nombreux discours prononcés par M. Rambaud, ministre de l’Instruction publique, MM. Rertrand, Legouvé, par sir Joseph Lister, par MM. Cornu, Rergeron, Perrot, Parry, Per-rier et par M. Duclaux, directeur de l’Institut Pasteur. Nous n’avons pas à y revenir ici. Nous tenons seulement à conserver par la plume et par le crayon le souvenir de ce suprême hommage rendu à notre grand Pasteur. Tout le monde n’a pu visiter la crypte et cependant tout le monde désirerait la connaître. Nous la reproduisons ici telle qu’elle a été photographiée la veille de la cérémonie après toute une journée de pose à la lumière du pétrole et nous la décrivons telle que nous l’avons vue à la première heure.
- La crypte où vient d’être déposé le corps de Pasteur a été construite à l’extrémité de la galerie du rez-de-chaussée de l’Institut Pasteur, sous l’escalier et le vestibule qui précèdent la salle de la Bibliothèque. Sur le cintre du portail, au-dessus d’une grille de fer forgé où s’enroulent de délicates arabesques de lierre, on lit ces mots : Ici repose Pasteur.
- La voûte rampante qui domine les degrés par lesquels on descend au tombeau porte en inscription, détachée sur le fond d’or des mosaïques, le passage suivant du discours de réception du maître à l’Académie française, sorte d’invocation qui salue dès le seuil le visiteur :
- HEUREUX CELUI QUI PORTE EN SOI UN DIEU,
- UN IDÉAL DE BEAUTÉ, ET QUI LUI OBÉIT,
- IDÉAL DE L’ART, IDÉAL DE LA SCIENCE,
- IDÉAL DE LA PATRIE, IDÉAL DES VERTUS DE L’ÉVANGILE
- A droite et à gauche, le long des surfaces murales lambrissées de ce magnifique marbre de Carrare appelé « paonazzo », des masses de larges pavots en lleurs d’où se dressent, comme en un cortège triomphal, des palmes tendues vers l’inscription. Puis s’abaisse un premier arceau orné de compositions décoratives qui rappellent les travaux de Pasteur sur la rage. Ce sont à gauche, dans de clairs paysages, des chiens, à droite des lapins, et au centre de la clef de voûte, en souvenir des premières inoculations, le berger Jupille étranglant de son fouet un chien enragé.
- Au delà de cet arceau, et formant dais au-dessus
- du sarcophage très simple en porphyre de Suède à paillettes d’opale, une coupole décorée de quatre figures symboliques reliées par leurs ailes éployées et représentant la Foi, la Science, la Charité, l'Espérance. A droite et à gauche, de vastes pans de marbre paonazzo étalent leurs superbes arborescences naturelles, ainsi que des tentures où se lisent, gravées en lettres rouges, les découvertes mémorables de Pasteur.
- 1848. Dissymétrie moléculaire. — 1857. Fermentations.— 1862. Générations dites spontanées.
- — 1865. Études sur le vin. — 1865. Maladies des vers à soie. — 1871. Études sur la bière. — 1877. Maladies virulentes. — 1880. Virus vaccins.
- — 1885. Prophylaxie de la raye.
- Ces inscriptions sont encadrées de feuillages de houblon, de vigne et de mûrier.
- C’est ensuite un second arceau, décoré comme le précédent de motifs empruntés aux travaux de l’illustre savant sur les maladies virulentes : des bœufs, des poules, des moutons, dans des cartouches autour desquels serpentent des feuilles de houblon.
- Les deux arcs-doubleaux reposent de chaque côté sur trois colonnes de porphyre à chapiteaux ioniques de marbre blanc. Ces douze colonnes se dressent à la tête et au pied du sarcophage, comme une garde d’honneur imposante de majesté.
- Une petite chapelle occupe l’abside de la crypte et est enrichie, comme toute la partie supérieure du monument, de mosaïques sur fond d’or. Au-dessus de l’autel, dans l’encadrement d’un arc de cercle, la colombe céleste qui descend à tire-d’aile vers la terre, épandant un faisceau de rayons d’or sur un semis de fleurs printanières, lequel se répète d’ailleurs tout au long de la cimaise de marbre. La voûte du chœur est ornée d’une large croix dont les rinceaux sertis d’or flamboient sur un fonds d’améthyste.
- A gauche se détache, en lettres noires, cette touchante inscription : « Ce monument fut élevé en MDCCCXCVI à la mémoire de Pasteur par la piété de sa veuve et de ses enfants ».
- Et plus bas : « Charles-Louis Girault composa l’architecture et la décoration, il dirigea les travaux.
- — Luc-Olivier Merson dessina les figures de la coupole. — Auguste Guilbert-Martin exécuta les mosaïques. »
- Tel est, brièvement décrit, cet admirable monument de piété familiale élevé à l’un des plus bienfaisants et purs génies dont s’honorent la France et l’humanité. M. Charles Girault, en produisant une telle merveille d’art, a su, par l’ingéniosité de sa conception architectonique et la grâce idéale de son ornementation décorative, exclure de cette tombe d’apôtre tout caractère de désolation sépulcrale. Tout y respire une paix sereine et radieuse. L’artiste a ainsi réalisé dans l’éclat des marbres et des mosaïques l’impression de l’éternel rayonnement de la science pastorienne. * J.-F. Gali,.
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- POUR IA SCIENCE
- La cérémonie de l’Institut Pasteur a été suivie, à quelques jours de distance, d’un épilogue qui ira au cœur des amis de la science. Mme la baronne Maurice de Hirsch vient de faire à l’Institut de la rue Dutot un don vraiment royal. Plie a mis à la disposition de cet établissement une somme de 2 millions. M. Bischoffsheim, de l’Académie des sciences, qui a déjà tant fait pour l’Institut, a fait part à Mme Pasteur du don magnifique de Mme de Hirsch. Dès le lendemain, le Conseil d’administration, ayant à sa tète son président, M. Bertrand, de l’Académie française et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, s’est empressé d’aller porter à la généreuse donatrice l’expression de toute la gratitude des « Pastoriens ». Le budget de l’Institut est très faible. Les frais sont devenus considérables à mesure que les services se multiplient : rage, croup, charbon, virus divers; les savants de l’établissement, par abnégation et par dévouement, ne touchent pas tous leurs émoluments statutaires, et l’on citait dernièrement l’un des plus éminents qui, ayant reçu de l’Académie des sciences un prix très recherché, s’est hâté d’en donner la valeur à son « cher Institut ». Rue Dutot, on travaille avant tout pour la gloire.
- On va pouvoir maintenant fonder des laboratoires de chimie et de biologie qui manquaient, augmenter le nombre des maîtres et des préparateurs que l’on ne pouvait rémunérer, et poursuivre des recherches d’une extrême importance qu’il avait fallu ajourner, faute de ressources. La science aussi a besoin d’un budget. Et là plus qu’ailleurs on peut affirmer que c’est un budget qui rapporte. L’or et l’argent se transforment en découvertes qui sauvent des vies humaines et augmentent le patrimoine national.
- Mme la baronne de Hirsch, par son don superbe à l’Institut Pasteur, a bien mérité de la science et du pays. Et nous tenions à le dire. 11. de P.
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- LES ÉLÉPHANTS AFRICAINS
- On s’occupe beaucoup des éléphants en ce moment. Nous avons déjà publié1 une étude de M. E. Blanc, qui montrait tout le parti que l’on pouvait tirer des éléphants africains en les domestiquant. L’auteur regrettait que l’on ne considérât l’éléphant que comme un producteur d’ivoire au lieu de chercher à l’utiliser comme auxiliaire de l’homme pour les transports. Un journal anglais a annoncé que sur les instances du gouvernement de Bombay une zone de protection pour les bêtes à trompe venait d’être instituée dans le pays des Somalis par les autorités britanniques; elle s’étend du passage appelé Cheikh, à l’est, jusqu’à la frontière abyssine, à l’ouest, et occupe une superficie d’environ 520 kilomètres sur 80 ; pour chasser dans cette zone, il faut être muni d’un permis en forme; de plus, un district d'une soixantaine de kilomètres carrés y a été délimité, qui comprend les monts Gada-bursi, et dans lequel la chasse est absolument interdite. Les autorités de l’Afrique orientale allemande avaient déjà établi deux réserves spéciales pour ces animaux. On pense que ces efforts et la décision prise par le gouvernement anglais auront pour effet de repeupler rapidement l’Est africain d’éléphants.
- 1 Voy. n° 1219, du 10 octobre 1896, p. 294.
- FLEURS ET PLANTES LUMINEUSES ’
- Les lueurs phosphorescentes que produisent dans les ténèbres certaines Heurs ou plantes constituent, il faut le reconnaître, un des phénomènes les plus étranges du règne végétal. C’est l’illustre Linné qui, le premier, a attiré l’attention du monde savant sur ces faits singuliers inobservés ou inconnus jusqu’à lui. En se promenant par une calme, chaude et belle nuit d’été dans le jardin de son père, il demeura tout surpris devant une touffe de Tropæa-tum majus, la capucine commune, qui semblait avoir des fleurs resplendissant de colorations irisées au milieu de l’obscurité.
- Captivé par la nouveauté d’un tel spectacle s’offrant si inopinément à ses regards, le futur savant renouvela à maintes reprises ses visites nocturnes, et chaque fois, sous la voûte sombre des cieux endormis, il put se rendre compte que jusqu’au lever du soleil de bizarres lueurs s’échappaient des fleurs de capucine. Un électricien de l’époque, Wilcke, à qui le jeune Linné avait fait part de ses intéressantes observations, attribua cette particularité à un phénomène électrique, opinion que partagèrent aussitôt nombre d’écrivains qui s’occupaient alors de cette curieuse propriété.
- Cependant, tous n’étaient pas d’accord sur ce point ; quelques-uns d’entre eux émirent l’avis que cette phosphorescence ne pouvait et ne devait qu’être apparente, tenant uniquement à une illusion d’optique. Quoi qu il en soit de ces opinions divergentes, comme la production des lueurs a lieu principalement lors des nuits durant lesquelles l’électricité atmosphérique prédomine à l’état latent, l'affirmation de Wilcke a toujours trouvé d’ardents et convaincus partisans.
- Nombreuses sont les fleurs possédant l’étrange propriété observée chez la capucine. Parmi elles, le Lis de marais, qui pousse abondamment dans les marigots de l’Afrique australe, présente les mêmes particularités. Erasme Darwin, qui a étudié de près cette fleur, la désigne entre toutes comme le type le plus parfait des végétaux phosphorescents. Les assertions formelles d’un grand nombre de savants observateurs ne laissent subsister aucun doute sur ce que certaines plantes jouissent de la singulière propriété de devenir lumineuses la nuit.
- Un naturaliste suédois, Ilaggren, poussa l’amour de ces nouvelles recherches jusqu’à charger un gardien spécial de parcourir pendant des nuits entières les serres qu il possédait et de lui signaler immédiatement plantes ou fleurs devenant lumineuses. Le savant put ainsi constater que la phosphorescence se produisait notamment a la suite d’une journée ensoleillée, tandis qu’elle demeurait invisible par les temps pluvieux. Ces lueurs augmentaient d’intensité pendant les mois de juillet et d’août ; elles apparais-
- 1 Illustrations provenant du Pall Mail Magazine.
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- LA NATURE.
- saient une demi-heure environ après le coucher du soleil pour s’évanouir dès que se montrait l’aurore.
- llaggren mena plus loin ses investigations, il soumit ces Heurs singulières à l’examen microscopique afin de s’assurer si le phénomène ne tenait pas à la présence d’insectes ou d’organismes producteurs de l’étrange lumière. Ses expériences réitérées lui démontrèrent l’invraisemhlance de cette opinion ; il ne trouva rien et conclut que, conformément à l’avis de Wilckc, le phénomène observé avait très probablement une origine électrique. Il estima en outre que le pollen de la ileur devait jouer un rôle important dans la production de cette lumière pour le moins extraordinaire. Ce qui semblait confirmer son dire, c’est que la Ileur de la capucine sur laquelle il expérimentait brillait d’un plus vif éclat à l'époque de la pleine floraison.
- Dowden et trois autres botanistes observèrent le même phénomène à plusieurs reprises ; ils rendirent compte de leurs diverses constatations dans le Journal de botanique qui, vers 1842, paraissait à Londres.
- Plus récemment,
- Canon Russel a pu, durant ces dix dernières années, constater des phénomènes identiques. Ses Mémoires scientifiques prouvent que la phosphorescence observée par lui s’étend jusqu’aux feuilles de diverses plantes, celles de la capucine en particulier. Ce savant démontra ainsi que les lueurs émises persistent même après que l’on a détaché les feuilles de la plante mère.
- En septembre 1891, il écrivait à la Science Gos-sip ce qui suit : « Pendant la soirée du 19 juin 1889, je me promenais dans le jardin du presbytère, lorsqu’en passant auprès d’un beau pied de souci double commun, la Calendula officinalis, je fus
- frappé de la lumière intense rayonnant autour de ses fleurs. J’attendis quelques secondes et j’observai, à ma grande surprise, que les lueurs qui scintillaient semblaient se jouer autour des pétales. Je pensai que j’étais victime d’une illusion oculaire ; aussi, pour me rendre exactement compte de ce que je voyais, j’appelai diverses personnes et leur demandai si elles apercevaient quelque chose d’extraordinaire.
- « Plusieurs s’écrièrent qu’elles voyaient des petites flammes danser autour des fleurs de souci; d’autres les distinguaient à peine et seulement à de rares intervalles; quelques-unes enfin, en dépit d’une attention soutenue, n’apercevaient rien d’anormal. Cela tenait sans doute à ce que la puissance de la vision variait grandement chez les observateurs , le nerf optique des uns et des autres étant plus ou moins sensible. Toujours est-il que ce phénomène, qui avait pris naissance vers huit heures et demie du soir, dura toute une heure avec des alternatives remarquables de puissance ou de décroissance . A certains moments la plante entière devenait phosphorescente. » La fraxinelle ou Diclamnus fraxi-nella, dont trois variétés existent dans les jardins, blanche, rouge et pourpre, semble l’emporter en intensité lumineuse sur les autres Heurs ou plantes phosphorescentes. Ce végétal sécrète abondamment une huile essentielle qui, au moment des fortes chaleurs, se répand en couche mince à la surface de la fleur puis se volatilise, imprégnant de sa substance l’air ambiant. Cette gaine de vapeur jouit de la propriété de devenir lumineuse dans l’obscurité, de telle sorte que les fleurs paraissent s’enflammer au contact de l’atmosphère qui les environne.
- Une variété d’euphorbe, VEuphorbia phospho-
- Fig. 1. — Fleurs et plantes phosphorescentes.
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- rea, possède aussi à un très haut degré le pouvoir de devenir phosphorescente pendant la nuit, au cœur des vastes forêts brésiliennes. Dans cette même contrée, une sorte de gazon que les habitants appellent khus-khus, à certaines heures de la nuit brille d’un vif éclat. Au dire des voyageurs dignes de foi, à maintes reprises, les chevaux et autres animaux broutant cette herbe s’arrêtaient surpris et épouvantés en la voyant s’illuminer subitement, et les entourer de flammes qui voltigeaient en tous sens le long de leurs membres tremblants. Chose singulière, la sève d’une vigne vierge de l’Amérique du Sud, désignée dans le pays sous le nom de cipo, s’échappe et tombe en larmes de feu de la tige.
- Si les fleurs jouissent à un remarquable degré de l’étrange propriété de devenir phosphorescentes pendant l’obscurité des nuits, d’autres végétaux, parmi les fougères, les mousses et les champignons, brillent d’un éclat équi-valent, dans les mêmes conditions.
- Aux environs de Dresde, notamment existent plusieurs mines de charbon où pullule une espèce d’agaric de très petite taille serpentant le long des puits et des galeries. Il donne au visiteur l’illusion d’innombrables festons lumineux aux colorations changeantes que la main de l'homme aurait patiemment accrochés en tous sens aux parois et dans les plus faibles antrac-tuosités des roches.
- Pendant de nombreuses années, les botanistes ont cru se trouver en présence d’une espèce particulière, tandis que ces curieuses plantes appartiennent à la famille des agarics comestibles et non au groupe des cryptogames rhizomorphes dans lequel on les rangeait. L’éminent naturaliste Joseph Hooker estime que cette phosphorescence prend sa source
- dans une combustion lente mais sans chaleur qui s’opère dans le mycélium des champignons par suite d’une oxydation constante de cette substance. Les Indes septentrionales comptent, parmi les agarics qui y croissent, un cryptogame analogue à celui des mines de Dresde et devenant également lumineux.
- L’Agaricus olearius, champignon commun dans le sud de la France, croît, ainsi que son nom l’indique, sur l’écorce de l’olivier et jusque dans ses moindres crevasses. Parasite de cet arbre, il fait son apparition aux mois de novembre et de décembre, et transforme le tronc de l’olivier en une masse phosphorescente produisant un des eflets les plus originaux qui se puissent rencontrer. Les botanistes attribuent cette particularité aux mêmes raisons que celles signalées par M. Hooker pour l’agaric des mines saxonnes.
- Tout aussi remarquable que le précédent est ÏAgaricus Gardnen, parasite d’un palmier brésilien. Sa lumière, d’un blanc jaunâtre éclatant, peut se comparer, comme intensité et beauté, à celle que donnent en voltigeant de fleur en fleur les lampyres des pays chauds. Un autre cryptogame originaire de Bornéo, et comme les précédents poussant sur diverses essences d’arbres, émet une lueur aux reflets verdâtres analogues à ceux de l’étincelle électrique. Lorsque les indigènes aperçoivent cette singulière lumière brillant dans la nuit noire, ils s’enfuient épouvantés, croyant avoir devant leurs yeux le malin esprit.
- Nous arrêterons là cette nomenclature qui menacerait de devenir trop longue. Nous nous bornerons à signaler les intéressantes expériences exécutées par le 1)' TulaSne sur la phosphorescence végétale. C’est ainsi qu’il a constaté que la lumière émise par les
- Fig. 2. — Lianes et agarics phosphorescents.
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- champignons disparaît complètement dans le vide ou lorsqu’on les plonge dans une enceinte ne renfermant que des gaz irrespirables. Il déduit de cette constatation que, conformément aux affirmations d'Hooker, il se produit une combinaison entre l’oxygène de l’air ambiant et une substance particulière à cette jdante. Telle est l’explication la plus vraisemblable, et généralement admise par les savants, du singulier phénomène qu’offrent un grand nombre de végétaux devenant lumineux pendant l’obscurité des nuits. Ch. Marsillox.
- CHRONIQUE
- La tourbière de Coste-lsland. — La grande tourbière voisine de Coste-lsland, en Irlande, s’est subitement déplacée. Avant le glissement, on a entendu un grondement, comme si un tremblement de terre s’était produit. A la base s’est formé un vaste lac qui a englouti une dizaine de personnes, une grande quantité de bétail et une maison. La masse tourbeuse continue à glisser, emportant tout devant elle sur une largeur de un mille et demi. Elle glisse dans la direction des lacs de Killarney, détruisant sur son passage les ponts, les routes, les fermes et les maisons. Les rivières que rencontre la tourbière sur son passage et qui ont été grossies par les pluies, charrient des cadavres d’ànes, de moutons et d’autres bestiaux, ainsi que des débris de toutes sortes, des meules de foin, des sacs de blé, etc. Le pays est dévasté sur une étendue de plusieurs milles à la ronde.
- Une ilc dont les habitants s’abstiennent de boissons alcooliques. — Le gouverneur de Sainte-Hélène, dans son rapport annuel au Ministère des colonies, donne une description de sa visite à l’ile de Tristan d’Acunha à bord du vaisseau amiral Raleigh. « Cette petite île, écrit le gouverneur, est située à environ 1500 milles, presque juste au sud de Sainte-IIélène, et environ à la même distance à l’ouest du cap de Bonne-Espérance. J’ai trouvé les 01 habitants, dont 18 hommes, 23 femmes, et 20 enfants, sous l’autorité du vieux Peter W. Green, en excellente santé et désirant plutôt la visite de l’aumônier que celle du docteur du navire. Le climat de l’île est admirable, et la condition des habitants laisse peu à désirer au point de vue matériel. Pendant de nombreuses années le Révérend Edxvin II. Dodgson y a vécu et travaillé, tout à fait satisfait de sa modeste nourriture, et se contentant de ne recevoir ses lettres, apportées par un navire de guerre, qu’une seule fois par an. M. Dodgson s’en retourna en Angleterre en 1802, et l’école qu’il dirigeait a dû être fermée, au grand ennui des habitants. — 11 y a 600 tètes de gros bétail, 500 moutons, quelques porcs, quelques ânes, des poules et une grande quantité d’oies. La pomme de terre est la principale nourriture, et celles que nous avons achetées étaient d’excellente qualité. La colonie se compose de petites maisons construites en pierre au pied d’une haute montagne pleine de précipices. Les habitants s’abstiennent complètement de boissons alcooliques, peut-être plutôt par nécessité que par désir ; mais, par leur santé robuste, ils offrent une forte preuve en faveur de la tempérance. — De temps en temps une expédition part sur de petits bateaux pour l’île Inaccessible, située à 20 milles, afin de se procurer des phoques, et par là leur lumière. Les albatros, qui autrefois abondaient à Tristan d’Acuna et fournissaient de grandes quantités
- d’œufs, ont complètement disparu à cause des chats sau vages qui sont très nombreux, et qui, il faut l’espérer, vont maintenant se mettre à détruire les rats qui sont une plaie de l’île. »
- Soixante-six millions de kilogrammes de pommes de terre. — Voici quelque temps déjà qu’on apporte des éléments nouveaux à l’histoire de l’introduction de la pomme de terre en Europe ; mais quel que soit celui auquel nous devons le précieux tubercule, il n’en a pas moins mérité de nous une reconnaissance qui ne doit faire qu’augmenter encore, depuis qu’on trouve à la parmentière (ainsi qu’on disait autrefois) des usages multiples. Le fait est que la récolte des pommes de terre dans le monde, autant qu’on peut s’en procurer des statistiques exactes, atteint un chiffre énorme et qui s’accroît d’année en année. Si nous en croyons une publication commerciale allemande toujours bien informée, le Hnndels-Museum, la récolte des quatre principaux pays producteurs d’Europe a été, en 1892, de 49 848 milliers de tonnes de pommes de terre, le chiffre correspondant étant de 4000 environ pour l’Amérique du Nord. En 1895, le total général est de 65 926 milliers de tonnes, qui se répartit ainsi : 57 481 pour l’Allemagne, 21 000 pour la France, 7065 pour l’Angleterre et 2950 pour la Belgique ; le reste représente la part de l'Amérique septentrionale, Il ne faut pas s’étonner de voir l’Allemagne en tète de cette liste, étant donné le parti qu’elle sait tirer de la pomme de terre, non pas seulement au point de vue alimentaire, mais surtout en matière industrielle, pour fabrication des alcools, féculerie. Ainsi, sans parler des contrées où la production est secondaire, on n’obtient, dans les cinq pays considérés, pas moins de 65 milliards 926 millions, nous pouvons dire 66 milliards de kilogrammes de pommes terre.
- Engrais de déchets de poissons. — La pèche de certaines espèces maritimes est parfois si abondante que la vente ne peut s’en faire assez rapidement et qu’une bonne partie en pourrit sans autre utilisation possible qu’à titre d’engrais; les marchés des grandes villes, les criées des ports de mer sont aussi journellement encombrés de déchets analogues. 11 faut donc les vendre comme fumier ; mais, dans ce but, on doit leur faire subir un traitement pour en tirer tout le parti possible et pour en rendre le transport véritablement pratique. Un extrait d’abord les huiles et graisses par décoction, par pression, ou au moyen d’un dissolvant, la benzine, le sulfure de carbone se recommandant en l’espèce. On peut alors mélanger ces déchets de poissons avec du nitrate de sodium et une petite quantité de bisulfite de potasse, ou d’autres sels, comme le borax, jouissant de propriétés antiseptiques; quand la putréfaction est avancée, on malaxe avec une certaine quantité de charbon de bois, en ajoutant de la créosote, du phénol ou quelque antiseptique analogue.
- Corrosion de l’aluminium. — Le Journal (le la Société chimique de Londres résume les résultats d’expériences faites à cet égard par M. Donath. Il a reconnu que l’aluminium dur en feuilles n’est pas attaqué par l’eau privée d’air par l’ébullition, tandis que l’eau ordinaire agit sur lui d’une façon appréciable. Le sulfate de chaux en dissolution est sans action sur lui, mais les solutions de chlorures et surtout de nitrates le dissolvent aisément. Il résiste de même aux graisses, aux acides gras et au phénol anhydre fondu; mais une solution bouillante de phénol à 10 pour 100 forme des taches jaunes et fait
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- passer dans la solution une partie de l'aluminium. L’auteur attribue cependant ce fait à l’action de l’air plus qu’à celle du phénol.
- Un alamltic monstre. — On sait que la Californie produit maintenant une quantité réellement considérable de vin, qui trouve facilement à se vendre aux Etats-Unis; une bonne partie de ces produits sont des vins liquoreux, quelque peu analogues aux vins espagnols, et dont on augmente artificiellement la teneur en alcool. Or, l’alcool qui sert à cette opération est obtenu pour une grande part en Californie même : c’est ainsi que sur la propriété connue sous le nom de « El Final )), dans le comté de San Joaquin, près de Stockton, on a installé un alambic, un appareil à distillation véritablement monstrueux. Pour donner une idée de ses dimensions et de sa production, les propriétaires, qui en sont très fiers, disent qu’il fournit en une seule journée assez d’alcool pour enivrer 40 000 personnes, en un mois il en produirait de quoi griser toute la population de New-York ! Pour tranquilliser, relativement, les membres des Sociétés de tempérance, nous dirons tout de suite que cet alcool est presque exclusivement employé à accommoder les vins de la propriété. L’installation est très complète en même temps que très compliquée : elle comprend toute une série d’appareils distillatoires où le vin se transforme en alcool d’un degré de plus en plus élevé ; toute l’opération est finie en dix minutes. On peut traiter par jour environ 15 000 gallons de vin, ce qui fait à peu près 60000 litres.
- La construction des chemins de fer au Siam.
- — Quand nous parlons des chemins de fer du Siam, nous dirions plus exactement le chemin de fer, car, en dehors de la toute petite ligne à voie étroite qui dessert Paknam, il n’y a dans ce pays qu’une ligne en construction, celle de Bangkok à Korat. Elle devait primitivement être terminée le 12 décembre 1895, mais on a donné aux entrepreneurs une première prorogation de délai d’une année, et au fait elle ne pourra guère être livrée au trafic qu’à la fin de 1897. Ce chemin de fer est la première ramification de tout un réseau qu’on veut étendre à travers le Siam pour mettre en exploitation les richesses latentes que renferme cette contrée. Il a pn .développement det 260 kilomètres, et il est construit par M. Murav Campbell, qui s’est fait un des promoteurs dès voies ferrées en Asie. Il traverse une région extrêmement, fertile, mais l’établissement en a rencontré des difficultés particulières. En effet, dans ces plaines d’alluvions et marécageuses, le sol manque de solidité pour l’assiette de la voie, en même temps que la fièvre guette et décime les travailleurs-; ajoutons encore que les transports sont tout spécialement difficiles par suite de l’absence de routes. A tous ces points de vue le chemin de fer en question est une entreprise fort intéressante.
- La profondeur des mers. — Il est difficile de se faire une idée de la profondeur que peuvent atteindre les différentes mers. Cependant des sondages ont été effectués malgré toutes sortes de difficultés, et quelques chiffres ont été déterminés qui représentent le maximum de profondeur généralement accepté. Nous avons déjà1 fait connaître quelques chiffres à ce sujet ; nous en ajoutons encore d’autres. Parmi les mers les moins profondes, on compte la mer Baltique, dont la profondeur est de 427 mètres, celle de la mer du Nord atteint 898 mètres. Viennent ensuite l’océan Glacial antarctique et
- 1 Yoy. n° 1215, du 12 septembre 1896, p. 259.
- la mer Noire, d’une profondeur de 2620 mètres environ, et la mer du Japon, de 5000 mètres. La mer de Chine, la mer Méditerranée, et l’océan Glacial arctique ont des profondeurs respectives de 4295, 4400 et 4846 mètres. Nous trouvons ensuite des profondeurs de 6260 mètres pour la mer des Antilles, 6295 mètres pour l’océan Indien, et 7570 mètres pour l’Atlantique sud. Enfin les profondeurs maxima sont atteintes par le Pacifique sud, l’Atlantique nord et le Pacifique nord, où l’on trouve des profondeurs de 8181, 8541 et 8516 mètres.
- Un nouveau type de voiture. — Le directeur de l’usine américaine « GreatFalls Iron Works», de Montana, M. L. S. Woodbury, vient d’imaginer un nouveau type de voiture dont il attend beaucoup, et qu'il nomme liorse cycle, cycle à cheval : il compte qu’avec ce véhicule un cheval couvrira facilement 1785 mètres à la minute! La promesse est engageante, mais nous ne garantissons point le résultat ; tout ce que nous pouvons faire, c’est de décrire le système d’après les renseignements succincts que nous avons. La voiture est à quatre roues, du type léger que les Américains nomment buggy, mais ce qui constitue la bizarrerie, c’est que le obérai n’est point attelé en avant ; il l’est au centre de l’espace occupé par les quatre roues ; il y est enfermé un peu comme dans certains manèges où l’on utilise le mouvement de ses pieds sur un plancher mobile. Comme à une pareille vitesse, la résistanoe de Pair serait évidemment énorme, on enferme tout l’appareil sous une sorte de carapace s’effilant en coupe-vent et recouvrant les roues, le cheval et même le voyageur; celui-ci est assis sur un siège léger placé derrière le cheval ou même au-dessus de lui. Nous n’avons pas besoin de dire que des vitres sont ménagées dans la carapace pour permettre au cocher de voir où il va. Ce que nous ne voyons pas, nous, c’est que l’invention soit d’un intérêt réellement pratique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du é janvier 1897. ?
- » x •
- Présidence de MM. Cornu et Chatix.
- Préparation d'un corps nouveau. — M. Melzner a préparé le tellure, en faisant réagir le gaz ammoniac sec sur le chlorure de tellure porté à la température de 250°. Le produit obtenu se présente à l’état pulvérulent. A la température de 0° les mêmes éléments donnent un chlorure double de tellure et d’ammoniaque. Enfin, en mettant en présence, à la température de —15°, le chlorure de tellure et l’ammoniaque, on obtient un azoture de tellure TeAz. C’est un composé amorphe qui détone avec violence sous le choc et qui n’est attaqué ni par l’eau ni par l’acide acétique étendu, mais que la potasse décompose avec dégagement d’ammoniaque.
- Action défensive du système nerveux contre l'infection microbienne. — MM. Charrin et Gley ont effectué des recherches qui établissent que le système nerveux joue un rôle dans la défense de l’organisme contre l’infection microbienne. Ils ont opéré sur un microbe particulier, le proleus, dont l’inoculation détermine des phénomènes inflammatoires suivis de suppuration. Lorsque l’on inocule à un animal sain le sang d’un animal immunisé contre le proteus, les phénomènes caractéristiques de l’infection ne se produisent pas. Pour mettre en évidence le rôle du système nerveux dans cette expérience, MM. Charrin et Gley coupent l’un des nerfs sciatiques d’un animal sain, puis
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- ils inoculent dans chaque patte le sérum du sang d’un animal immunisé. Dans ces conditions, la patte dont le nerf est intact est protégée, tandis que la patte dont le nerf a été coupé présente les phénomènes inflammatoires. Le système nerveux joue donc un rôle dans la défense de l’organisme contre l’infection microbienne.
- Élection.— M. Wolf, membre de la section d’astronomie et astronome de l’Observatoire de Paris, est élu vice-président de l’Académie des sciences pour l’année 1897.
- Varia. — M. Stanislas Meunier présente une Note sur l’époque de la formation du sable phosphaté à la surface de la craie brune. — M. de Lapparent a consacré un ouvrage à l’histoire géologique des Vosges.
- Cu. de Yilledeuil.
- LÀ GYMNASTIQUE
- DANS L’ARMÉE ANGLAISE
- Le souille d’anglomanie qui, depuis nombre d’années déjà, passe sur nos têtes, a, entre autres résultats, tué nos jeux français pour leur substituer, sous le titre pompeux de « sports », des pastiches qui, au point de vue hygiénique, ne nous paraissent en rien supérieurs à nos exercices nationaux . Les barres, la simple balle ont disparu ; au ballon a succédé le ioot—bail ; à la paume, le lawn-tennis; aux boules, le crocket, etc., sans autre avantage, ce nous semble (c’en est un cependant), que de permettre au beau sexe de se mêler à plusieurs d’entre eux. Tant qu’il ne s’agit que de divertissements de société, il n'y a pas grand mal; c’est affaire de mode; mais on cherche en vain pourquoi, par exemple, le jeu mille fois plus dangereux du foot-ball a reçu, dans nos programmes de gymnastique, l’estampille officielle, de préférence au ballon, et donne lieu à des concours intra-scolaires avec palmes à l’appui. Pour tant faire que d’empiéter sur le temps consacré à la vraie et utile gymnastique, ne valait-il pas mieux rester nous-mêmes, au lieu de nous affubler de costumes de clowns, de plus ou moins bon goût, qui certainement ne sont pas, dans un certain monde où le costumier joue un grand rôle, sans avoir une certaine influence sur la vogue?
- Si nous avions pris aux Anglais un de ces exercices primordiaux dans lequel ils excellent, la natation, nous ne tiendrions pas le même langage; mais l’eau, que nos voisins pratiquent peut-être trop exclusivement pour l’usage externe, n’a pas encore suffisamment pénétré dans nos mœurs, et il ne serait
- pas difficile de citer tels de nos grands établissements scolaires qui délivrent ou reçoivent chaque année des prix de foot-ball et ne conduisent pas une seule fois leurs élèves aux bains froids.
- Plus pratiques que nous sont, on l’a souvent répété, ces aimables voisins que nous pillons trop par caprice. Quand ils nous prennent quelque chose, du moins nous empruntent-ils du lion. C’est ainsi que l’introduction delà gymnastique dans l’armée anglaise est d’origine française. En 1860 seulement fut envoyée en France une commission d’officiers chargés d’étudier le système depuis longtemps adopté chez nous dans l’armée, et de son rapport date l’institution de cet important accessoire de l’éducation militaire d’outre-Manche. Depuis lors rien n’a été négligé pour donner à cette branche d’exercices tout le développement qu’elle comporte. Il n’y a pour ainsi dire pas une garnison en Angleterre qui n’ait son gymnase, et, à en juger par la photographie que nous reproduisons ci-dessous, nos petits sont déjà forts.
- Bien qu’à ce titre cette petite scène militaire puisse être signée « français », nous n’allons pas jusqu’à engager nos architectes des futurs palais d’expositions à en prendre le sujet du milieu comme couronnement d’un dôme d’honneur quelconque ; mais il ne serait peut-être pas plus laid que d’autres.
- En tout cas, recrues et vieux soldats, tous s’exercent et s’entraînent dans ces gymnases, dont le centre est, pour l’Angleterre, le camp d’Aldershot. Là se trouve le gymnase du grand quartier général qui forme les professeurs, sous la direction d’un colonel, inspecteur général, et d’un état-major spécialement chargés des exercices physiques dans l’armée britannique. Le gymnase de Gurragh, ici représenté, en est l’équivalent pour l’armée irlandaise.
- On connaît notre belle Ecole de gymnastique de Joinville qui a servi de type à tant d’institutions analogues. Là, pendant des mois et des années, on assouplit le corps de nos jeunes soldats, on prépare des maîtres d’armes et des moniteurs pour l’armée.
- Des concours entre notre école de Joinville et l’une quelconque de celles que nous venons de citer nous paraîtraient moins histrioniques et aussi intéressants et instructifs que les autres luttes ou matches nautiques, de foot-ball et de bicyclette si souvent annoncés sur nos murs. E. B.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandikr Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
- Exercices de gymnastique dans l'armée anglaise.
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- N° 1255.
- 10 JANVIER 1897.
- LA NATURE.
- LES RUINES DU GRAND ZIMRARYÉ
- EN AFRIQUE AUSTRALE
- Les ruines du Grand Zimbabyé en Afrique Australe ont déjà été plusieurs fois décrites et, depuis qu’elles ont été signalées en 1871 par l’explorateur allemand Cari Mauch, elles ont attiré vivement l’attention des archéologues et des savants; car une théorie, qui est tout au moins très défendable, y veut voir la preuve d’une antique occupation phénicienne en ces pays lointains, hier encore presque inconnus, aujourd’hui dépendants de la Chartered.
- Mais tout le monde n’a pas l’occasion de se transporter dans le Mashonaland entre le Limpopo et le Zambèze, à environ dixjours de route au nord de Johannesburg; peu de personnes ont donc vu ces monuments eux-mêmes et nous ne croyons pas, d’autre part, qu’on les ait représentés dans un recueil français; aussi avons-nous pensé qu’il y aurait quelque intérêt à publier ici le dessin ci-joint.
- Commençons par décrire sommairement les ruines elles-mêmes et nous examinerons ensuite l’origine qu’on leur attribue.
- Les monuments anciens de l’Alrique australe se trouvent dans ce que l’on appelait jadis le Monomo-tapa, pays où, dès le début du seizième siècle, les Portugais pénétrèrent certainement et où l’existence de ees ruines étranges, en même temps que celle des mines d’or voisines, attira aussitôt l’attention de leurs explorateurs. Leur âge antérieur à cette époque n’est donc pas contestable. La principale construc-
- ü° ann®e- — 1er semestre.
- Ruines du Grand Zimbabyé en Afrique australe. Vue d’une tour.
- tion est celle du Grand Zimbabyé, situé à environ 64 kilomètres du fort Victoria, sur la rive est de la Sabia, à 4000 mètres d’altitude. Il y a là, sur un plateau granitique, dont la simple érosion a produit, comme en tout pays, des blocs ruiniformes ayant donné lieu à des interprétations très fantaisistes, deux édifices distincts : au nord, une sorte de forteresse, qualifiée, par le voyageur Bent, d’acropole;
- au sud, une large enceinte elliptique surmontée de deux tours coniques. Tous deux sont bâtis de la même façon en blocs de granit grossièrement équarris, et disposés par assises superposées sans ciment.
- L’acropole est sur un rocher, qui présente vers le sud un abrupt de près de 24 mètres de haut. Tout à fait au sommet, se dressent des blocs de granit, de 12 à 15 mètres, et des piliers de marne ayant au plus 5 mètres, couverts de dessins géométriques. Au-dessous se trouve une plate-forme où M. Bent voit l’emplacement d’un temple, d’un autel, etc., et où se dressent huit piliers surmontés de formes d’oiseaux très conventionnelles ayant jusqu’à lm,50 de haut. Quelques
- fouilles ont lait rencontrer là des débris de poterie informes et des vases, dont l’un porte un dessin représentant un Hottentot conduisant trois zèbres et un hippopotame. En outre, ce qui est particulièrement important, on a découvert, au-dessous de ce qu’on appelle le temple, un fourneau de mineur en ciment extrêmement dur, avec de petits creusets d’argile ayant servi à la fusion de l’or et contenant des parcelles d’or encore adhérentes, des outils, une lingo-tière en stéatite, etc.... Un prospecteur,ayant visité
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- cos ruines avec soin, nous a dit qu’en plus d’un point il y avait vu des résidus de quartz aurifère.
- L’enceinte elliptique est séparée de l’acropole par une petite vallée ; elle a 80 mètres suivant son grand axe et forme une plate-forme entourée d’une muraille en granit ayant au plus 5 mètres de large à la base, avec une hauteur maxima de 11 mètres, dans laquelle sont ouvertes, vers le nord, trois petites portes d’accès d’un mètre de large. En cette muraille, au sud-est, se trouve une bande ornementale, déjà mentionnée par un voyageur du seizième siècle, où l’on a prétendu reconnaître le signe du Verseau; de grands blocs de pierre équidistants, d’un effet assez étrange, se dressent au-dessus.
- L’intérieur de l’enceinte est un labyrinthe inextricable, où l’on remarque seulement un passage étroit entre deux murs de 10 mètres de haut et deux tours coniques qui, paraît-il, sont absolument pleines (ou éboulées) à l’intérieur, sans aucune trace visible d’escalier : ce qui a fait supposer, d’une façon très romanesque, à notre avis, que l’on avait affaire à un symbole religieux.
- C’est l’une de ces tours que représente notre gravure. Elle peut avoir environ 5 mètres de haut et il est certain que sa forme. tronconique et son mode de construction ne sont pas sans présenter quelque analogie avec les fameux nouraghes de Sardaigne (notamment avec celui de Zuri, près Abbasanta), ou avec les talayots des îles Baléares, dont on a attribué l’origine aux Phéniciens.
- De l’étude d’ensemble faite, il y a quelques années, sur ces monuments sardes par M. Perrot *, il ressort ({lie c'étaient très vraisemblablement des forteresses, et l’on peut remarquer que, dans plusieurs d’entre eux ou à leur voisinage immédiat, on a trouvé des ateliers de fondeurs de bronze, de même qu’à Zim-babyé on a découvert un atelier de fondeur d’or 2. Mais la construction de Zimbabyé ne présente pas un type assez caractéristique pour qu’on puisse attribuer une importance très grande à un pareil rapprochement. Tout individu ayant à se défendre peut avoir l’idée de construire une tour semblable avec les blocs de rocher qu’il trouve à sa portée, sans avoir pour cela aucun rapport d’origine ou de parenté avec le peuple constructeur des nouraghes. Un peu de scepticisme paraîtrait donc naturel en pareille matière si les documents historiques ne venaient pas apporter des arguments intéressants en laveur de l’origine très ancienne des ruines de Zimbabyé.
- Au début du seizième siècle, par exemple, un auteur portugais, nommé Joao de Barros, parle des ruines de Zimbaoé et dit que, suivant les Maures du pays, elles ont été construites pour protéger des mines d’or voisines.
- En 1656, de même, nous retrouvons, dans un grand atlas hollandais, publié chez Joannes Jansonius, sous le titre de Nouvel Atlas ou Théâtre du Monde, les noms de Zimbaos, Buro et Manica, accompagnés
- 1 Histoire de l'Art dans Vantiquité, tome IV, 1887.
- - Loc. cit., p. 4o.
- de cette mention : « ubi est auri fodina, où il y a une fouille d’or». Et le texte ajoute : « le roi du Bu-tua,pays riche en mines d’or, est sujet du Monomo-tapa (Transvaal); on y voit une magnifique maison, nommée Zhnbal, de figure carrée, de prodigieuse grandeur et qui est bâtie de fort grandes pierres ».
- Quelle que soit l’époque où ont été construits les édifices de Zimbabyé, il est un point à peu près démontré, c’est leur relation avec des exploitations aurifères au voisinage.
- La connaissance des gisements d’or de l’Afrique australe -— non pas dans le Transvaal proprement dit, mais dans sa partie nord, particulièrement dans ce pays du Manica que les Anglais, en raison de sa richesse présumée, ont récemment cru devoir enlever aux Portugais — était, comme nous venons de le voir, parvenue en Europe dès le seizième siècle1, et on peut dire qu’elle n’y a jamais été perdue, bien que, dans notre siècle, on ait eu d’abord une tendance croissante à les considérer comme légendaires.
- Nous possédons, en particulier, un fort ancien document daté de 1768 où il en est question. C’est un recueil de Mémoires manuscrit, dont nous publierons peut-être un jour quelques fragments, Mémoires remis au duc de Praslin et relatifs à un projet très étudié d’organisation et de mise en valeur de l’ilc de Madagascar, qui donna lieu à ce moment à une mission secrète.
- Dans un de ces Mémoires, l’auteur, un gentilhomme du Dauphiné devenu colon à f ile de France, M. deMaudave2, mentionne, chemin faisant, absolument comme nous pourrions le faire aujourd’hui, l’importance que peut présenter Madagascar au point de vue des relations commerciales avec la côte africaine voisine, notamment avec cette position capi-tate de la haie de Delagoa, où l’examen approfondi du célèbre périple d’IIannon semble montrer que les Phéniciens étaient peut-être arrivés dès le temps d’Hérodote, et qui, d’ici peu, sera certainement le grand port de toute l’Afrique australe, en même temps que le point d’accès principal vers tout l’intérieur :
- « Un autre objet, dit-il, non moins essentiel de notre établissement à Madagascar est la facilité de créer et d'étendre de nouvelles branches de commerce sur la côte orientale d’Afrique, depuis la terre de Natal jusqu’au cap de Guardafui. La baie de Lagoa, où se décharge une grande rivière qui vient de l’intérieur des terres, mérite d’être mieux connue
- 1 Vers la fin du seizième siècle, don Sanlos de Portugal visita et décrivit dans ses Mémoires des exploitations d’or abandonnées du Mashonaland qui, selon lui, pouvaient remonter à plusieurs siècles. Des fouilles de ce genre ont été trouvées dans la vallée de la Mazoé, dans le district de Salisbury, etc.; au Mashonaland (Génie civil, 8 août 18D6). Pour les gisements d’or du Soudan, on arrive de même à la certitude qu’il y a eu anciennement de premières exploitations portugaises. Les Portugais ont abordé l’Afrique par tous les côtés et pénétré fort loin dans l’intérieur. Puis tout ce grand etfort s’est trouvé compromis et perdu.
- 2 Voir Pouget de Saint-André : La colonisation de Mada-qascar sous Lords XV, d'après la correspondance inédite du comte de Maudave, 1 vol., chez Cballamel, 188G.
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- et plus fréquentée. On y échange des toiles et des guingans contre de l’or, de l’ivoire et des esclaves. J’ai vu au Cap de Ronne-Espérance de ces esclaves, qui sont forts et robustes et qui paraissent moins stupides que les autres Cafres. Le reste de cette portion de la cote d’Afrique renferme plusieurs villes opulentes et peuplées, où l’on peut trafiquer avantageusement. Telles sont Melinde, Monbaze, Soffala, Quilloa, Sena, Mozambique, etc. Dans les premières de ces villes les Arabes sont la nation dominante. Ils trafiquent avec les nègres de l’intérieur des terres jusqu’au fond du Monomotapa, dont ils tirent beaucoup d’or. Quoique les Portugais prétendent à l’exclusif dans cette partie de l'Afrique, leur misère et leur faiblesse donnent beau jeu aux interlopes. Us n’ont presque point de gouverneur portugais dans ce quartier dont on n’achète la bienveillance avec des chemises et quelques paires de bas.
- « Il est sûr que la cote orientale d’Afrique regorge de richesses et qu’il est très praticable d’y établir le négoce le [dus lucratif. L’établissement de Madagascar nous procurera toutes les facilités désirables. »
- Rien, on le voit, n’est nouveau sous le soleil ; il est possible que les Phéniciens aient connu, bien des siècles avant Jésus-Christ, les spéculations sur les mines d’or de l'Afrique australe, avec leurs enthousiasmes irréfléchis suivis d’excessifs désabusements, et, dès le siècle dernier, ce M. de Maudavc, un précurseur en matière d’entreprises coloniales, signalait l’importance commerciale de Madagascar, en même temps que le lien intime qui peut rattacher ce pavs à l’Afrique du Sud en assurant du même coup sa prospérité. L. de Launay.
- EXTRACTION D’UNE AIGUILLE
- PAR UN ÉLECTRO-AIMANT
- SANS INTERVENTION CHIRURGICALE
- Nous appelons l’attention sur une opération intéressante réalisée par M. Radiguet, le constructeur bien connu.
- La localisation des corps étrangers à l’aide des rayons X est entrée aujourd’hui dans l’usage courant des cliniques, et l’on peut, d’autre part, citer un certain nombre de cas d’extraction de fragments de fer ou d’acier à l’aide de l’électro-aimant; mais nous nous trouvons en présence de la première opération dans laquelle les deux procédés ont été combinés. 11 y a, dans cette expérience, l’indication d’un mode opératoire des plus simples et qui pourra, croyons-nous, rendre de très réels services dans une foule de circonstances analogues. L’emploi de l’écran seul a déjà conduit à des résultats, mais aussi à quelques déboires. M. Albert Londe nous a montré, par exemple, dans son laboratoire de la Société d’optique, une série de radiographies faites en vue de déterminer la position exacte d’une aiguille dans la main d’un enfant. Deux fois de suite, l’incision montra que l’aiguille avait voyagé et ne se trouvait plus à l’endroit indiqué par la radiographie. La méthode magnétique épargne évidemment ces opérations,toujours désagréables, lors même qu’elles ne sont pas dangereuses.
- D’ailleurs, cette méthode a déjà été appliquée à des cas d’une extrême difficulté. Dans son excellent Ouvrage
- /’Éleclro-Aimant1, M. Silvanus-P. Thompson cite plusieurs operations ainsi faites, et dont le succès peut être considéré comme une merveille de chirurgie. En voici une particulièrement intéressante : un forgeron, frappant sur un pic neuf, fut atteint à l’œil gauche par un fragment détaché de l’outil. « Ce fragment, dit le professeur Thompson, arriva jusqu’à la sclérotique, à (5 millimètres environ de la cornée. L’homme ressentit, sur le moment, peu de douleur; mais deux jours après, survinrent une vive souffrance et une grande irritation, avec obscurcissement de la vue, non seulement de l’œil malade, mais des deux yeux. 11 fut envoyé, le 10 décembre, à l’infirmerie de Cardifl, où on l’examina. On trouva une petite lésion au point où le fragment avait pénétré, du côté interne, et l’examen ophthalmoscopique révéla la position du fragment, qui s’était planté dans la rétine, à la partie supérieure externe de l’œil. La trace qu’il avait laissée en traversant l’humeur vitrée se distinguait également par de petites opacités. L’œil indemne présentait des signes très nets d’irritation sympathique. Le jour suivant, on procéda, sous l’action de l’éther, à un léger élargissement de la blessure, pour permettre l’introduction du pôle de l’électro-aimant. On le fit pénétrer à travers la chambre vitreuse en suivant, autant qu’on pouvait le présumer, la direction originairement prise par le morceau d’acier. La première fois, l’instrument fut retiré sans résultat; mais, à la seconde tentative, le petit fragment d’acier sortit à travers la blessure, à la remorque du pôle. Il ne s’échappa qu’une goutelctte d’humeur vitreuse, et l’œil fut bandé après un pansement antiseptique. » Au bout d'un mois environ, le forgeron pouvait lire de petits caractères, et il reprit son travail dans le courant de l’été suivant. La vision centrale était redevenue normale, mais le champ visuel était un peu réduit en raison des lésions subies par la rétine.
- Laissons maintenant Ja parole à M. Radiguet, pour raconter l’opération à laquelle il a pris part. C.-E. G.
- Pour faire suite à l’article de M. Crestin paru dans La Nature2, je demande la permission de signaler l’extraction d’un fragment d’aiguille, d’un pied humain, au moyen d’un électro-aimant et avec l’aide des rayons X.
- Dans le courant de novembre un de mes clients me demanda de faire une épreuve radiographique pour préciser la place d’une aiguille qui lui était entrée dans le pied deux mois avant.
- Deux radiographies furent faites, l’une à plat, l’autre de profil, et il nous fut facile de tracer extérieurement la direction de l’aiguille.
- Je conseillai alors à mon client de faire faire l’opération, lorsqu’il me rappela l’article précité en me disant qu’étant diabétique il redoutait la moindre blessure et me demanda d’essayer de produire l’extraction directement par la traction de l’aimant.
- Nous primes rendez-vous pour le 9 décembre, et, assisté du Dr Néquet, au moyen d’un écran au platino-cyanure de baryum, nous vérifiâmes à nouveau la place de l’aiguille, laquelle était située au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne du pouce du pied gauche. J’employai un électro-aimant très puissant; grâce à l’écran je voyais ce que je faisais et n'avais pas de surprise à redouter, l’appareil pouvant supporter sans échauffement sensible un courant de 20 volts et 7 ampères. La première séance dura une heure ; nous constatâmes que l’aiguille avait bougé de plusieurs millimètres; le lendemain, après une heure et
- 1 Traduit par E. Boistel (Fritseh, éditeur).
- 3 Voy. n* 1212, du 22 août 1890, p. 182.
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- demie, l’aiguille jaillit vers l’électro-aimant, par le trou où elle était entrée. C’était un fragment d'aiguille n° 10 ayant exactement 1 centimètre de longueur, côté du chas. 11 ne s’écoula pas une goutte de sang. Mon diabétique était sauvé. A. Radiguet.
- LES ST4TUES DE NEIGE ARTIFICIELLE
- Grâce a un sculpteur de grand talent, doublé d’un ingénieur, M. Pierre Roche, on pourra admirer cet hiver, dans les salons, des statues de neige artificielle qui, dans les chauds effluves des fêtes et des hais, jetteront leur note toute frissonnante.
- De tout temps la neige a séduit les décorateurs. On raconte que Laurent de Médicis fit faire à Florence des statues de neige par les plus grands artistes. Donatcllo et Michel-Ange ne dédaignèrent pas de se prêter à cette fantaisie.
- De nos jours même, on peut voir chaque année à Bruxelles un concours de statues de neige.
- Les Russes non seulement élèvent avec elle des statues, mais encore bâtissent des palais éphémères qui fondent doucement sous les tièdes caresses du soleil.
- Ce que Dona-tello et Michel-Ange ne pouvaient faire que l’hiver, M. Pierre Roche, grâce aux progrès de la science, peut le faire en toute saison.
- Tous ceux qui ont vu fonctionner une machine à glace ont constaté que les tuyaux dans lesquels circulent des gaz liquéfiés qui se détendent (acide sulfureux, ammoniaque, etc.) se recouvrent d’une certaine couche de neige. 11 est évident que si, à l’intérieur d’une statue de forme appropriée, on fait se détendre le gaz liquéfié sous pression, de l’acide carbonique par exemple, il en résultera un froid très vif. Ce froid provoquera le dépôt sur la statue d’une buée d’abord légère, qui augmentera rapidement d’épaisseur et qui se prendra finalement en une masse neigeuse du plus bel effet. C’est là que réside tout le secret de l’ingénieux procédé de M. Pierre Roche.
- Nous représentons ici un ours tout recouvert de neige artificielle. La statue est en métal bon con-
- ducteur, cuivre ou zinc, et résistant bien au froid sans déformation sensible. Dans le socle qui la supporte (voyez A, fig. 1) on dispose un récipient C, plein d’acide carbonique liquéfié. Au moyen d’une clef R on peut ouvrir le robinet qui ferme le récipient : l’acide carbonique liquide projeté à l’intérieur de la statue se détend alors en produisant un froid considérable. Au bout de quelques minutes la statue est entièrement couverte de neige. On empêche cette neige de fondre en maintenant un dégagement constant et très faible d’acide carbonique. Dans le cas où les statues de neige artificielle doivent être établies dans des endroits clos, il est bon de ménager une conduite de dégagement pour 1 acide carbonique. On conçoit aisément à quelle infinie variété d’applications peut se prêter le procédé ingénieux de M. Pierre Roche.
- 11 est devenu facile aujourd’hui de se procurer dans le commerce des gaz liquéfiés tout préparés. On vend des bouteilles d’acide carbonique liquéfié. Les réservoirs sont en acier et on les transporte à domicile. On trouve également des réservoirs d’acide carbonique sous de hautes pressions. La détente du gaz peut souvent suffire à produire un froid inférieur à
- zéro. Les fabricants d’eau gazeuse se servent couramment de ces bonbonnes d’acide carbonique pour charger de gaz les bouteilles qu’ils répandent dans le commerce sous des noms variés. Il existe plusieurs compagnies vendant le gaz liquéfié ou comprimé dans des réservoirs résistants. L’installation du système de M. Roche est donc aisée, si l’on a le goût et l’idée de ces petites applications originales de la science. Du même coup d’ailleurs on se procure ainsi un moyen de préparer la glace pendant la belle saison. Distraction en hiver, utilisation encore en été. La statue de neige dans le salon, la galerie ou la serre aux grands palmiers pcndantlesjours froids de l’hiver, refroidissement des locaux pendant les journées chaudes dcl’été. Utile dulci. C’est toujours un plaisir d’associer dans une même œuvre l’imagination de
- Fi«. 2.
- l’ingénieur et celle de
- artiste.
- Marius Otto.
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- TYNÂN
- L’ORANG-OUTANG Mi JARDIN ü’ACCLIMATATION
- Quoique portant le même nom que le célèbre agitateur irlandais, Master Tynan, le nouveau pensionnaire du Jardin d’Acclimatalion est bien l’ètre le plus calme et le plus doux qu’il soit possible de voir. Voici quelques mois seulement qu’il est en France, mais il a toujours pour ainsi dire vécu en captivité. Tynan a quatre ans et demi, affirment ses gardiens, peut-être bien dépasse-t-il cinq ans; il est arrivé sans son extrait de naissance. Capturé tout jeune, il fut d’abord la propriété d’un officier, puis d’un médecin de marine, il est donc habitué à la société de l’homme, et il serait sans doute fort marri, si d’aventure on lui offrait la liberté dans les vastes forêts de Bornéo dont il est originaire. Cette déjà longue captivité est de bon augure pour l’avenir, et il est à présumer que ce sympathique « homme des bois » fera longtemps encore la joie des visiteurs, grands et petits, du Jardin d’Acclimatation.
- Jusqu’à présent, Tynan n'a pas encore eu un seul instant le... mal du pays, il se porte comme un charme; il est vrai qu’il est entouré des soins les plus affectueux de la part de son gardien, M. Bi-geard, qui a pour lui de véritables attentions de père nourricier.
- On représente parfois l’orang comme un animal méchant, s’attaquant à l’homme, arrachant de grosses branches d’arbres pour s’en servir comme d’une massue ; encore une légende qui vient on ne sait d’où, car l’orang est plutôt peureux et indolent, même à l’àge adulte. A l’approche des voyageurs, il se sauve et cherche un refuge sur la cime des arbres, il se cache dans le feuillage et attend les événements; certes, s’il est blessé et qu’il se trouve nez à nez avec son adversaire, il défend chèrement sa vie; ses bras sont vigoureux et ses dents réellement terribles, mais pour s’en servir il faut qu’il soit acculé et poussé à bout.
- Tynan est assez grand pour son âge, 1 mètre au moins, mais ses bras n’ont cependant pas la longueur démesurée qui se rencontre habituellement chez les singes de son espèce ; sa jambe est courte, et son ventre semble déjà marquer une certaine tendance à l’obésité. Il est blond, d’un blond vénitien,
- couleur distinguée, et rare chez un orang. Sa tète est presque humaine, le front légèrement fuyant, le visage absolument nu et encadré de quelques poils roux qu’on dirait naissants, la bouche largement fendue et admirablement meublée, les yeux vifs, intelligents; pétillants de malice ; et n’était son museau fortement en galoche et ses yeux droits, on prendrait l’ami Tynan pour un laid représentant du sexe fort du Céleste Empire.
- L’intelligence, la douceur, et aussi le succès qu’il obtient auprès du public, ont poussé M. Porte, le directeur du Jardin d’Acclimatation, à mettre Master Tynan dans ses meubles : depuis quelques jours en effet, il possède une armoire à glace dans laquelle il se mire avec joie, et un lit; chaque soir il dispose
- et arrange son matelas de foin et ses couvertures, on dirait une grande personne qui a souci d’être bien couchée. Mais Tynan n’aime pas à coucher seul ; comme tous les animaux de sa race — et il a cela de commun avec beaucoup de personnes — il craint la solitude ; aussi lui a-t-on donné un compagnon de cage : Rigolo, un macaque de petite espèce dont il ne peut plus maintenant se passer ; que Rigolo s’absente, ne fut-ce qu’un instant, et Tynan pleure comme un enfant.
- Rien n’est curieux comme la dînette de ce petit ménage. Au matin, Tynan et Rigolo, à peine éveillés avalent une tasse de lait, puis leurs deux repas journaliers se composent d’œufs, de viandes grillées, de poissons frits et de desserts variés, des fruits, pommes,.noix et noisettes.
- De même qu’aux enfants bien sages, on accorde parfois à Tynan certaines douceurs ; prononcez seulement devant lui le mot : vermouth ! et vous verrez ses yeux étinceler. C’est que Tynan a une prédilection marquée pour le Torino : ce petit apéritif, dont il fait souvent un digestif, sans en être incommodé pour cela, est la grande récompense de Tynan; de même une aile ou une cuisse de poulet. Quand il a bu et mangé, Tynan s’essuie la bouche du revers de sa main, — peut-être que s’il avait une serviette..., — puis, dans la paille de sa cage, il choisit une bûchette bien dure et il s’en sert comme d’un cure-dent ; est-ce une imitation de sa part, ou un besoin? Je ne saurais le dire, mais il se pourrait que ce fût l’un et l’autre.
- Dernièrement, rendant visite à Tynan, j’ai été le
- Tynan, l’orang-outang du Jardin d’Acclimatation.
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- témoin d’une petite scène qui prouve à quel point sont développés l'intelligence ou l’instinct d’imitation chez les singes. L’artiste qui m’accompagnait, désirant prendre quelques croquis de Tynan, avait prié son gardien de le faire sortir un instant de sa cage ; je le vis regarder avec une grande attention M. lîi-geard ouvrir le cadenas de sa porte. Après s’ètre laissé croquer avec une bonne grâce que je me plais à reconnaître, Tynan réintégra son domicile ; à peine rentré, nous le vîmes s’escrimer à arracher un brin de fil de fer de son grillage; il y réussit enfin, et n’ayant à sa disposition aucun des instruments d'un serrurier, c’est avec ses mains et ses dents qu’il essaya de modeler quelque chose qui ressemblait à une clef; puis avec de multiples précautions, il passa ses deux bras en dehors du grillage et essaya à son tour d'ouvrir le cadenas en introduisant son fil de 1er dans le trou de la serrure et le tournant dans tous les sens. N’est-ce pas merveilleux?
- J’ai toujours eu une très grande prédilection pour la gent simiesque; souventes fois il m’est arrivé de passer plusieurs heures à les regarder, et le temps, certes, me paraissait moins long que si j’avais eu à subir la représentation d’un drame ibsénien.
- Allez rendre une petite visite à Tynan, restez vers lui quelques instants, et vous reviendrez, comme moi, émerveillé de son intelligence et persuadé plus que jamais que beaucoup d’hommes sont moins intéressants et moins sympathiques que beaucoup de singes. Paul Méc.nix.
- LE LAIT STÉRILISÉ
- ET LALLA1TEMENT ARTIFICIEL
- Tout dernièrement, l’Académie de médecine recevait de M. le l)r Queneau, de Levallois-Perret, la lettre suivante, que M. le Secrétaire perpétuel transmettait à M. le D1 Charpentier avec prière de répondre au nom de l’Académie.
- A M. le Secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine.
- Monsieur,
- J’exerce la médecine depuis trente et un ans; j’ai suivi, au sujet de l’allaitement des nouveau-nés, les conseils de mes anciens maîtres, conformes à ceux de l’Académie; je vous avoue que je m’en suis bien trouvé.
- Aujourd’hui, le Conseil municipal veut introduire l’usage du lait, soi-disant stérilisé. Qu’adviendra-t-il aux nourrices? Devront-elles suivre les doctrines des édiles de Paris, ou bien devront-elles continuer à prendre pour guide les instructions de l’Académie, qu’on leur remet avec leur livret, et où il leur est dit que ledit lait doit être tiédi au bain-marie, etc.?
- Recevez, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l’expression de mes sentiments les plus distingués, espérant que vous voudrez bian saisir l’Académie de médecine d’une question qui intéresse si vivement les enfants et le corps médical tout entier. Signé : Dr E. Gueneau.
- M. Charpentier a fait à ce sujet le Rapport suivant qui a été approuvé par l’Académie.
- « M. le Dr Gueneau, qui a suivi jusqu’à ces temps derniers les prescriptions de l’Académie, n’a eu qu'à s’en
- louer, et se plaît à le constater. Mais ces prescriptions de l’Académie datent de 1892, et depuis cette époque des travaux nombreux, publiés tant en France qu’à l’étranger, nous ont montré les avantages de l’emploi du lait stérilisé pour l’alimentation des nouveau-nés et des enfants du premier âge, dans les cas où l’allaitement au sein est impossible ou insuffisant.
- « Rappelez-vous tous les communications de notre collègue Rudin à cette tribune, les résultats obtenus dans les crèches par les I)ra Balluze, Drapier, M. Brès, par Variot, Combv, Luzard, dans les dispensaires dont ils ont la surveillance et la direction. Allez à la Maternité, dans le service de notre collègue Budin, et constatez les bénéfices que tirent de l’emploi du lait stérilisé les nouveau-nés, et vous pourrez vous assurer, de visu, que non seulement le lait stérilisé est bien supporté par ces enfants, mais que depuis son emploi les diarrhées vertes, le choléra infantile, ont disparu, et que la morbidité et la mortalité de ces enfants ont considérablement diminué.
- « Ma réponse à la lettre de M. le Dr Gueneau sera donc fort courte :
- « 1° Oui, il faut partout aujourd’hui substituer l’emploi du lait stérilisé à celui du lait cru ou bouilli pour l’alimentation des enfants du premier âge, et à ce point de vue nous no pouvons que féliciter le Conseil municipal d’exiger l’emploi du lait stérilisé dans toutes les crèches et dispensaires; et les médecins de la protection de l’enfance devront, à ce point de vue, se montrer très sévères pour les nourrices dont ils ont la surveillance.
- « 2° 11 faut que l’Académie charge le plus promptement possible sa Commission permanente de l’Hygiène de l’enfance de modifier, dans ce même sens, les prescriptions formulées par elle jusqu’en 1892, au point de vue de l’allaitement artificiel, et d’imposer aux nourrices surveillées l’usage exclusif du lait stérilisé, en leur donnant, aussi clairement que possible, les instructions nécessaires pour qu’elles puissent procéder elles-mêmes à la stérilisation du lait qu’elles donnent aux nourrissons dont elles ont la charge et la responsabilité. »
- LA TRACTION ÉLECTRIQUE A PARIS
- Dans sa séance du G janvier f 897, la Société internationale des électriciens s’est longuement occupée de l’importante question de la traction électrique. M. L. Krieger a d’abord présenté un tiacre électrique, qui n’est encore qu’une voiture d’essai, mais qui circule régulièrement dans Paris. L’avant-train d'un fiacre ordinaire a été remplacé par un avant-train moteur portant deux moteurs électriques fixés directement sur chaque roue et la commandant par un engrenage dans le rapport de 1 à 10. Les moteurs sont à un seul palier et offrent un encombrement très réduit. La direction est obtenue par un servo-moteur formé d’une manette de commutateur permettant de mettre à volonté en court circuit un des moteurs. L’avant-train de la voiture tourne d’un angle égal à celui dont tourne la manette. Un fiacre ainsi transformé, d’un poids total de 1150 kilogrammes et renfermant 285 kilogrammes d’accumulateurs, a pu effectuer des parcours de 30 kilomètres. M. Krieger a construit une seconde voiture spécialement disposée pour la traction électrique. Celle-ci, d’un poids total de 1860 kilogrammes à vide, renferme 640 kilogrammes d’accumulateurs Julien, soit 16 éléments de 50 kilogrammes de plaques d’une capacité normale de 450 ampères-heure. La voi-
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- turc fonctionne à un régime de 50 à 00 ampères, avec une différence de potentiel de 50 volts, à une vitesse moyenne de Kl à 12 kilomètres par heure; dans certaines rampes, l’intensité monte à 185 ampères. M. Krieger poursuit ses recherches et pense que des fiacres électriques circuleront bientôt dans Paris.
- Après cette intéressante communication, la discussion sur la traction électrique à Paris, commencée dans une précédente séance, a continué. M. Maréchal, ingénieur du service municipal, a développé certaines considérations d’une grande importance pour Paris. 11 a montré les difficultés qui se présentaient pour l’établissement des conducteurs aériens et indiqué les moyens de les résoudre. On pourrait parfaitement installer dans Paris, sur les boulevards extérieurs et dans plusieuis grandes artères, des trolleys avec certaines réserves et certaines précautions. L’expérience va du reste être réalisée avenue Daumesnil, le Conseil municipal ayant autorisé cette installation. Après avoir étudié les systèmes de traction par accumulateurs, par contacts à niveau du sol, par caniveaux souterrains, M. Maréchal a insisté sur les avantages que pourraient procurer les systèmes mixtes de traction à caniveau, à trolleys et à accumulateurs. 11 a terminé en disant que la traction électrique apportait la solution du problème des transports en commun. M. E. Sartiaux a constaté avec plaisir que le trolley allait avoir désormais le droit de cité dans Paris, mais il faudrait que l’administration ne le forçât pas à s’arrêter aux fortifications, et le laissât pénétrer à l’intérieur de Paris. M. Lauriol a ensuite présenté quelques observations concernant particulièrement la voirie urbaine ; il s’est montré entièrement hostile à l’établissement des fils aériens et du trolley dans Paris. 11 a examiné ensuite les conditions de fonctionnement du tramway de Romainville et des tramways à caniveau souterrain. M. Vuilleumiera répliqué que le tr amway fonctionne très régulièrement et que l’expérience a révélé seulement quelques défauts sans importance. La séance s’est terminée par quelques observations de M. Mékarski qui a défendu la traction par air comprimé, par une communication de M. Vedovelli sur des généralités, et par une réponse de M. Regnard aux critiques concernant le trolley. J. L.
- LÀ FATIGUE DUE A LA LECTURE
- MM. Harold Hriffing et S. .1. Franz rendent compte, dans la Plnjsiologicnl Review, des expériences qu’ils ont instituées sur la fatigue due à la lecture, et les moyens de l’éviter, fis en concluent que la cause principale de la fatigue visuelle réside dans la dimension des caractères d’impression. On ne devrait pas employer de caractères inférieurs à l”m,5 en hauteur, car l’organe intéressé se fatigue rapidement même avant qu’on soit arrivé à cette dimension. L’intensité de l’éclairement n’a pas une grande importance quand le lecteur se trouve en plein jour. Mais si elle tombe au-dessous de 10 bougies-mètre, l’effet produit est encore plus défectueux que celui dû à la petitesse des caractères, et on peut considérer une quantité de 100 bougies-mètre comme une bonne limite d’éclairement. La lumière blanche paraît préférable à la lumière jaune pour l’éclairage artificiel. On conseille le papier blanc. La forme des caractères serait de moindre importance que leur épaisseur ; les auteurs recommandent de laisser des intervalles convenables entre les lignes d’impression.
- L’HIVERNAGE DE NANSEN
- A LA TERRE DE FRANÇOIS-JOSEPH
- Nous avons précédemment raconté les principales péripéties du magnifique voyage de l’expédition norvégienne du I)r Nausen à travers l’océan Glacial artique1, mais cette mémorable exploration du Fram présente un trop grand intérêt pour que nous n’y revenions pas, en donnant des détails complémentaires. Nous publions aujourd'hui le récit plein d’attrait de l’hivernage du l)r Nansen et de son compagnon Johansen, sur la côte nord-ouest, alors inconnue, de la Terre de François-Joseph, où les deux vaillants explorateurs étaient péniblement parvenus à la suite de leur pointe hardie ver^ le pôle Nord, en traînant leurs kayaks sur la glace et en ramant dans les chenaux de mer libre. Ce récit, véridique histoire de Robinson d’un nouveau genre, est extrait de la pittoresque narration qu’a fait paraître Nansen lui-même dans le Daily Chronicle de Londres.
- « Le 20 août 1895, nous étions emprisonnés par les glaces, à environ 81° 15' de latitude nord et 55° 1/2 de longitude est (Greenwich). L’automne se trouvait maintenant si avancé que je considérais qu’il était trop tard pour commencer le long voyage au Spitzberg, où nous ne pouvions guère espérer d’arriver à temps afin de trouver quelque navire baleinier rentrant en Europe, et où par conséquent nous devions hiverner sans avoir assez de jours pour amasser des provisions et faire nos préparatifs. Comme l’endroit où nous étions arrivés semblait fort convenable pour un hivernage, et qu’il paraissait y avoir des occasions suffisantes d’attraper du gibier, nous pensâmes que le plus sûr était de nous y arrêter et de nous préparer pour l’hiver.
- « Nous nous mîmes immédiatement à l’œuvre pour tuer des morses (fig. 1), de la graisse desquels nous avions l’intention de nous servir pour faire du feu. Cependant, pour deux hommes, la manipulation de ces grands animaux était un travail considérable; à la lin, nous abandonnâmes la manœuvre de les traînera terre ou même sur la glace. Notre seul expédient était d’être couché sur eux, dans l’eau, tandis que nous enlevions la peau et le lard ; mais, en même temps, il arriva que nos effets furent complètement saturés d’huile et de saleté, et rendus ainsi particulièrement impropres à nous protéger contre le froid et les tempêtes, Les ours blancs n’étaient pas rares ; aussi en tuâmes-nous pour notre dépôt d’aliments d’hiver.
- « Après avoir amassé des provisions temporaires, nous nous mîmes au travail pour construire notre hutte, qui fut bâtie de pierres, de terre et de mousse. Un problème difficile à résoudre était de savoir comment nous ferions le toit. Nous trouvâmes heureusement une pièce de bois qui était venue à la dérive sur ce rivage ; nous l’employâmes comme
- 1 Yoy. n° 1217, du 2G septembre 1896, p. 257.
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- faîtage du toit de la maison en y étendant des peaux de morse arrêtées aux coins des deux côtés par de grosses pierres, et au-dessus encore nous mîmes de la neige. Ériger une cheminée n’était pas non plus chose facile, attendu qu’il manquait les pierres nécessaires ; notre unique ressource fut par conséquent de la construire en glace et en neige, matériaux qu’il fallait renouveler deux ou trois fois au cours de l’hiver.
- « Pour la cuisine, l’éclairage et le chauffage, nous employions du lard de morse, et de la graisse d’ours. La viande et la graisse d’ours étaient notre seule nourriture. Le soir, nous en faisions frire dans une grande poêle en aluminium ; le matin, nous en faisions bouillir. Nous préparions ensuite notre lit et notre sac à dormir (sleeping-bag) de peaux d’ours : pour avoir plus chaud, nous nous mettions tous les deux dans un même sac. En somme, nous étions tout à fait confortables , dans notre hutte basse, dont une grande partie était située au-dessous du niveau du sol et se trouvait par conséquent bien protégée contre les violentes tempêtes d’hiver, qui faisaient constamment rage. A l’aide de nos lampes, nous réussissions à garder à l’intérieur une température voisine du point de congélation, tandis que contre les murs elle demeurait naturellement beaucoup au-dessous. Ceux-ci étaient couverts d’une couche épaisse de givre et de glace, ce qui, à la lumière des lampes, donnait une belle apparence marmoréenne aux murs de la hutte, en sorte que, dans nos moments heureux,
- nous pouvions rêver être logés dans un « palais de marbre » (marble hall).
- « La hutte avait environ 5 mètres de long, 1"‘,80 de large et était suffisamment élevée en quelques endroits pour nous permettre de nous tenir debout.
- Notre couche était formée de pierres grossières : nous ne pouvions jamais complètement réussir à trouver un niveau tolérable. Notre plus importante occupation pendant tout l’hiver était, en conséquence, de pencher le corps dans les positions les plus variées, à l’effet de découvrir celle dans laquelle la pression des pierres pourrait se faire le moins sentir. « Nous n’avions aucun travail qui put nous aider à faire passer le temps ; nous ne faisions guère autre chose que dormir, manger, et dormir à nouveau. Si
- quelqu’un tient à la vieille croyance que le scorbut provient du manque d’exercice, voilà une preuve frappante que ce n’est pas di^Jout le cas. Ce-qui est étrange, c’est que notre appétit a continué intact durant tout l’hivernage et que nous consommions notre viande et notre graisse d’ours toujours avec la même voracité. Quand le temps le permettait, nous faisions une promenade d’une heure chaque jour, dans l’obscurité, en dehors de la hutte, mais il était fréquemment si tempétueux qu’il n’eût pas été prudent de mettre le nez au delà du passage qui menait à notre palace. Plusieurs jours s’écoulaient souvent pendant lesquels nous étions complètement en repos, jusqu’à ce que la rareté de la glace pour faire de l’eau à boire, et celle de la nourriture, nous obli-
- Fig. 2. — Nansen et Joliansen tirant le kayak.
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- geassent «à sortir pour aller prendre de la glace et traîner au dedans la carcasse ou la cuisse d’un ours.
- « Après novembre, nous ne lûmes pas visités de nouveau par les ours jusqu’en mars, et notre seule société pendant l’hiver était un certain nombre de renards, constamment assis sur le toit de notre hutte, où nous pouvions les entendre ronger perpétuellement nos jambons gelés. Cela nous faisait souvent rêver que nous étions confortablement assis chez nous (al home), écoutant les rats dans le grenier, et nous ne les empêchions nullement de toucher à notre abondance. Ces renards appartenaient tant à la variété blanche qu’à la précieuse race foncée, et, si nous avions voulu, nous aurions pu facilement amasser une grande quantité de fourrures de prix.
- Fig. 5. — Nansen partant pour la Imite (l’hiver.
- vîmes une nuée de petits pingouins se diriger derrière nous le long des montagnes, vers le nord. C’était le premier salut de la vie et du printemps. Plusieurs autres suivaient cette troupe et, bientôt après, les montagnes autour de nous étaient remplies de ces petits visiteurs du nord en été, qui rendaient la vie à toute chose avec leur gazouillement joyeux.
- « Le ciel foncé que _ nous avions eu durant tout l’hiver et spécialement maintenant au printemps, dans le sud et le sud-ouest, nous faisait supposer qu’il devait y avoir dans cette direction de l’eau dont il était la réflexion. Nous avions donc tout espoir de faire une tri^versée rapide et facile, dans nos kayaks, jusqu’au Spitzberg, en partie par la mer libre et en partie sur les glaces flottantes; et comme la lumière du jour était revenue, nous nous occupions des préparatifs de ce voyage.
- Toutefois notre approvisionnement de munitions n’était pas assez fort pour nous permettre, à mon opinion, de le gaspiller sur ces bêtes, parce qu’il me semblait que les ours étaient le plus petit gibier qui put nous rendre la valeur de nos balles.
- « Au total, l’hiver passa mieux que nous ne nous y attendions. Notre santé était excellente et si nous avions eu seulement quelques livres, un peu de farine et de sucre, nous étions tous les deux d’accord que nous aurions vécu comme des seigneurs (lords).
- « Finalement, le printemps arriva, avec le soleil et les oiseaux. Combien je me souviens de ce premier soir, peu de jours avant que le soleil apparût au-dessus de l’horizon, lorsque subitement nous
- Fig. 4. — Johansen dans son vêtement de peau de loup.
- « 11 y avait néanmoins beaucoup à faire avant de partir. Nos habits étaient si râpés et saturés de graisse et de saleté, qu’ils n’étaient nullement sor-tables pour un voyage pareil. Nous nous fabriquâmes donc deux complets avec les deux couvertures que nous avions apportées. Quant à notre linge, nous essayâmes de le laverie mieux possible, mais jamais auparavant je n’avais connu ce que c’était que d'exister sans savon. Il était assez difficile d’arriver à nettoyer notre personne, mais pour ceci nous nous arrangions dans une certaine mesure, en nous frottant dans le sang et la graisse des ours et ensuite en enlevant cela par une friction avec de la mousse. Mais ce procédé n’était aucunement applicable aux effets. Après avoir essayé de toutes les manières, nous ne trouvâmes, dans notre désespoir, aucun autre expédient que de les faire bouillir aussi
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- bien que possible, et ensuite de les gratter avec un couteau. De cette façon, nous en enlevions autant qu’il le fallait pour pouvoir voyager avec, quoique le fait de mettre des vêtements propres Une fois arrivés en Norvège fut toujours dans notre pensée la plus grande joie que la vie pouvait nous procurer.
- « Nous avions à faire un nouveau « sac à dormir » de peaux d’ours, que nous séchâmes et préparâmes en les étendant sous le toit de notre hutte. Notre bonne et précieuse tente de soie que nous avions eue durant le voyage de l’année précédente, était devenue, à la suite .des tempêtes d’automne, tellement usée, que je ne jugeai pas qu’elle put servir plus longtemps. Nous fûmes donc obligés d’employer les voiles de notre traîneau en guise de tente. Nos provisions pour le voyage consistaient principalement en viande et graisse d’ours et notre combustible était de l'huile et du lard de morse. Nous étions sûrs de trouver suffisamment de gibier sur notre route, si les provisions emportées s’épuisaient. »
- Enfin, les deux courageux explorateurs quittèrent leur campement d’hiver le 19 mai 1896, et, après un mois de marche difficile, ils étaient heureusement recueillis par l’expédition Jackson.
- Jacques Léotard,
- Secrétaire général de la Société de géographie de Marseille.
- LE SYSTÈME MÉTRIQUE
- EX ANGLETERRE
- 1 Nous apprenons avec plaisir que la Chambre de commerce de Liverpool vient de voter à l’unanimité une résolution en faveur de l’adoption du système métrique des poids et mesures. Nous n’en sommes nullement surpris; l’idée fait son chemin et le sens pratique de nos voisins la conduira à bien. La plus grande difficulté à surmonter réside, nous n’en avons jamais douté, dans un sentiment national exagéré chez eux, nous allions dire dans une morgue, qui aime ce qui lui appartient et y tient par cela seul. Mais il y a toujours moyen de s’entendre et voici qu’un M. Joseph Jonas a trouvé (peut-être dans le ventre d’une haleine) que Watt (le grand Watt) est réellement l’inventeur d’un sxstème décimal des poids et mesures; l’auteur de cette découverte publie même à cet égard des lettres intéressantes de l’illustre mécanicien. Le fait est curieux assurément, s’il existe réellement; mais ce qui ne l’est pas moins, ce sont les réflexions dont le journal anglais à qui nous empruntons cette nouvelle fait suivre son récit.
- « Il est absolument courant, dit The Electrical Engineer, qu’une invention faite en Angleterre et passant ensuite sur le continent, où elle est adoptée, devienne l’objet de bruyantes revendications de la part de ceux qui tout d’abord ne daignaient même pas la considérer. Dans l’espèce, le système de Watt aurait abouti, comme le garantit le nom seul de son inventeur, à des poids et mesures de dimensions beaucoup plus commodes que le système métrique. Il semblerait vraiment qu’en prenant cette idée et la développant, les Français l’aient à demi ruinée avec leurs déplorables unités et leur pédante nomenclature. »
- Il est possible, bien que nous ne saisissions pas bien la portée de cette dernière qualification, que les Anglais eussent mieux fait que nous. Nous ne défendons pas autre-
- ment l’unitc elle-même, dont la réalisation première est entachée d’une légère erreur; mais, à cela près, elle a une base rationnelle et est d’une dimension très pratique, se rapprochant même assez du yard pour ne pas trop choquer, dans son aspect, ceux qui sont familiarisés avec cette dernière unité.
- Pourquoi d’ailleurs, puisqu’il était en si bon chemin. Watt n’a-t-il pas été plus avant ou pourquoi ses compatriotes ne l’ont-ils pas suivi? Mais nous ne faisons pas de cette question une affaire de clocher ; une préoccupation plus élevée nous domine, et, quelle que soit l’unité qui, dans tous les cas, pouvait toujours s’appeler mètre, le système décimal qu’on en a fait dériver est incontestablement plus rationnel et la numération plus simple (pie toute autre. Ils s’imposent tous deux aujourd’hui dans un grand nombre de calculs autrement inextricables, même pour les Anglais, qui n’arrivent à en sortir qu’en employant sous cape ce qu’ils dénigrent tout haut, sauf à en traduire ensuite les résultats dans leur système, pour l’intelligence de leurs lecteurs.
- Nous comprenons d’autant moins la susceptibilité de John llull en cette circonstance, que ses ancêtres n’y mettaient pas tant de façons. Qu’on remonte ou non au latin, origine commune d’une partie de nos langir s, sa perch ou rod (5,5 yards) ne vient-elle pas de notre perche'! Son mot troy, de notre livre de T rayes ? Son grain, de notre grain! Son ounce, de notre once ? Sa pint, de notre pinte'! Ses gill et gallon, d’un de nos vieux mots français? Sa ton, de noire tonne, tonneau? Notre denier ne lui a-t-il pas fourni l’abréviation d, pour penny? Son avoirdupois n’est-il pas français de toutes pièces et n’a-t-il pas été introduit pour désigner une livre qui avait plus de poids que la livre troy?
- Franchement, quand on a créé ces deux livres différentes et qu’on se sert couramment de Yhundredweiglit qui signifie évidemment le poids (weight) de 100 (liun-dred) livres et vaut en réalité 112 livres, on n’a pas le droit de se montrer bien difficile pour les autres.
- Qu’à tout cela ne tienne d’ailleurs! Que nos voisins se donnent la satisfaction d’adopter le système métrique et décimal, et nous leur passons gaiement leurs fantaisies.
- E. Boistel,
- LA. BOUTARGUE
- La préparation des œufs de mulet donne un produit fort apprécié dans tout le bassin de la Méditerranée, et connu sous le nom de boutargue. Le mulet est un poisson de mer très abondant dans la Méditerranée, qui fraye en juillet, août et septembre, et donne lieu pendant ces mois de l’année à de grandes pêches.
- A Martigues, centre de production de la boutargue en France, ce sont exclusivement les œufs d’une espèce de mulet ou muge, appelée muge céphale (Mugis cephalus), qui servent à sa préparation, car, au dire des pêcheurs du pays, les œufs des autres espèces donnent un produit de mauvais goût et difficile à conserver.
- Les écailles des mulets sont enlevées sur le ventre depuis la tète jusqu’à la queue, et au moyen d’un couteau on pratique une incision allant des ouïes aux premières nageoires; on passe alors l’index et le médium de la main gauche entre la chair et les œufs pour éviter de déranger leur disposition, et on prolonge l’incision jusqu’à l’orifice anal, on en fait une autre rectangulaire de manière à laisser un petit morceau de chair adhérent à la masse des œufs qui sans cette précaution s’écrouleraient.
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- La boutargue ainsi retirée du ventre du poisson est mise avec les autres dans un baquet d’eau où on les lave avec soin ; le sang restant dans les veines est chassé en les pressant légèrement avec le doigt, et les boutargues sont ensuite déposées sur un lit d’algues mouillées. — Ce lavage terminé, on les sale fortement avec du sel très fin et de premier choix, on les presse pendant un temps d’autant plus long que l’air est plus humide et elles sont lavées à grande eau pour dissoudre le sel en excès. Elles sont ensuite placées sur un plan incliné où elles s’égouttent et sèchent. Au bout de vingt-quatre heures on les transporte dans les chambres de séchage, petits bâtiments de la hauteur d’un étage dont les fenêtres sont closes intérieurement par un tamis très fin pour empêcher les mouches et les poussières de passer et extérieurement par des volets qu’on ferme dès que le soleil donne. On les laisse étalées sur des tables en ayant soin de les retourner plusieurs fois par jour, jusqu’à ce qu’elles aient pris une certaine dureté ; on les enlève alors pour les placer sur des claies où elles restent une huitaine de jours, temps qu’il faut ordinairement aux boutargues pour devenir complètement sèches, c’est-à-dire livrables au commerce.
- 11 arrive, lorsque le'temps est humide, que les boutargues se couvrent de petits points blancs qui ressemblent à de la moisissure; on les fait disparaître en les essuyant souvent avec un linge imbibé d’huile d’olive.
- La boutargue se consomme en grande quantité en Algérie et Tunisie pendant les fêtes du Rhamadan. Son prix varie beaucoup suivant les pays et sa fraîcheur.
- Le mode de préparation employé à Martigue est fort soigné et donne un produit de qualité supérieure qui se vend de 12 à 16 francs le kilogramme. A Kôme le prix moyen est de 10 francs le kilogramme. A Damiette, centre de production de la boutargue en Egypte, le prix varie de 7 à 12 francs le kilogramme. En Algérie et Tunisie 7 à 9 francs.
- Mais on comprend que ces prix sont très variables suivant l’état de conservation de la boutargue et l’abondance des pèches. Armand R.
- LES BIENFAITEURS DE LA SCIENCE
- Nous avons annoncé dans notre dernier numéro1 le don superbe fait à l’Institut Pasteur par Mme la baronne de Hirsch. L’ingénieur suédois Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, décédé en décembre dernier à San-Remo, par testament écrit et signé à Paris le 27 novembre 1895, outre des legs de 2 à 5 millions institués en faveur d’une vingtaine de personnes, amis et serviteurs, a mis à la disposition des savants des sommes considérables. Voici les dispositions principales arrêtées par M. Alfred Nobel :
- « De tout le restant de ma fortune réalisable, il sera disposé ainsi qu’il suit : le capital réalisé en valeurs sûres par les liquidateurs constituera un fonds dont la rente sera annuellement distribuée à ceux qui, pendant l’année écoulée, auront rendu les plus éminents services à l’humanité.
- « La rente sera divisée en cinq parts égales qui seront attribuées ;
- « La première : à celui qui, dans le domaine de la physique, aura fait la découverte ou l’invention la plus importante ;
- « La seconde : à celui qui, dans le domaine de tla chimie, aura fait la découverte ou l’amélioration la plus importante ;
- « La troisième : à celui qui aura fait la découverte la
- 1 Yoy. n° 1232, du 9 janvier 1897, p. 91.
- plus importante dans le domaine de la physiologie ou de la médecine ;
- « La quatrième : à celui qui, dans le domaine des lettres, aura produit l’œuvre la plus haute dans le sens idéal ;
- (( La cinquième : à celui qui aura agi le plus ou le mieux pour la fraternité des peuples, pour la suppression ou la diminution des armées permanentes et pour la constitution ou la propagation des Congrès de la paix.
- « Les deux premiers prix (physique et chimie) seront décernés par l’Académie des sciences de Suède; celui des travaux physiologiques ou médicaux par l’institut Carolin, de Stockholm ; le prix littéraire par l’Académie suédoise, et celui pour la propagation de la paix, par une Commission de cinq membres, élus par le Storthing (diète) norvégien.
- « C’est ma volonté expresse qu’on ne s'inspire, pour l’attribution de ces prix, d’aucune considération de nationalité, afin que le plus digne reçoive la récompense, qu’il soit Scandinave ou non. »
- La fortune réalisable de M. Nobel serait très considérable. On l’estime à près de 50 millions. Si ce chiffre n’est pas exagéré, le montant de chacun des prix annuels fondés par le célèbre inventeur serait voisin de 500000 francs. Alors même que cette valeur serait encore très réduite, on peut dire que jamais encore donateur n’avait mis pareilles récompenses à la disposition des savants. Le nom de M. Alfred Nobel restera éternellement vivant parmi ceux des plus grands bienfaiteurs de la science. Flamel.
- L’INDUSTRIE LAITIÈRE
- DANS LES MONTAGNES DU CENTRE
- FABRICATION I)U FROMAGE I)E CANTAL
- La traite1, dans les pâturages d’Auvergne, se fait deux fois par jour. Le lait est d’abord recueilli dans des ferais, sortes de seaux de bois d’une trentaine de litres de capacité. Il est ensuite transvasé dans la gerle ou baquet à deux anses, dont la dimension varie suivant les régions et l’importance des vacheries. Ordinairement, les gerles contiennent de 5 à 6 férats, c’est-à-dire de 90 à 180 litres au maximum. Souvent, au moment du transvasement, on tamise le lait à travers un linge très lin, pour en isoler toutes les impuretés qu’il peut tenir en suspension.
- Lorsque la traite est terminée, on réunit les deux poignées de la gerle par une corde, de façon à simuler une espèce d’anse, qui permettra de la suspendre à une assez longue barre de bois pouvant être portée sur les épaules de deux hommes. Afin d’éviter le balancement, susceptible de déterminer la perte d’une certaine quantité de lait, les deux porteurs, au moment de la mise en marche, ont soin de partir d’un pied différent. La photographie ci-jointe, provenant des montagnes de la Margeride, représente le départ d’une traite pour le buron. Tandis que le premier porteur est parti du pied droit, le second commence à marcher du pied gauche. La gerle,
- 1 Dans un travail antérieur (v. La Nature du 6 juin 1896, p. 5), j’ai beaucoup insisté sur la curieuse façon dont s’effectuaient les traites dans le Plateau Central, ainsi que sur les raisons qui militaient en faveur de cette pratique assez bizarre.
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- pouvant avoir ici une contenance de 5 férats, est fermée par un couvercle de bois, et laisse voir sur le côté le linge qui vient de servir à la filtration du lait. Enfin, le second porteur tient à son bras gauche le férat avec lequel il a effectué la traite.
- La fabrication du fromage d’Auvergne se fait dans le mazut ou buron. Quoique moins coquet et moins propre, le buron peut être assimilé au chalet des montagnes de Suisse où se prépare le fromage de Gruyère. Il se compose d’un rez-de-chaussée et d’un grenier. Dans la première partie, se trouvent tous les instruments nécessaires à la fabrication, ainsi qu’une cheminée permettant au cantalès de préparer sa nourriture et celle de ses aides. A la suite de la pièce principale, et communiquant avec elle, est aménagée la cave d’affinage où les produits doivent rester une trentaine de jours avant d’être livrés au
- commerce. Quant au premier, il communique avec le rez-de-chaussée par une simple échelle. C’est à la fois un dortoir et un magasin à vivres, comprenant, avec les lits, du cantalès et de ses auxiliaires, une certaine réserve de foin qui sera distribuée aux veaux comme nourriture complémentaire pendant toute la saison d’été. Quelquefois l’organisation est encore beaucoup plus simple. Ainsi, il existe des luirons ne comportant qu’une cave et qu’une salle de fabrication, où couche le fromager.
- Dès son arrivée au buron, le lait est mis en présure dans la gerle même qui a servi à le transporter. L’emprésurage se fait à la température ordinaire, soit 30 ou 55° centigrades.
- Lorsque, au bout d’une heure, la masse est prise, on procède à son rompage au moyen d’instruments susceptibles de varier suivant les localités. Le plus
- Fig. 1. — Départ d’une traite pour
- communément employé est la ménole, espèce de rondelle de bois ajustée à l’extrémité d’un manche assez long. Le fromager agite la ménole dans la masse coagulée, de façon à pulvériser le caillé et à obtenir ainsi la séparation du liquide de la matière solide. Cela fait, il devra profiter de la mollesse et de la plasticité des molécules caséeuses, pour les réunir en une masse unique à la partie inférieure du liquide dans lequel elles nagent. Dans ce but, il se sert de ïatracadou ou ramasseur, visible sur la droite de la seconde gravure. Le ramasseur se compose d’une lamelle de bois assez mince venant s’adapter au manche de la ménole. Le cantalès plonge cet instrument dans le liquide, et lui communique un mouvement de rotation très lent, en faisant glisser la rondelle sur la paroi interne de la gerle. Sous l’influence d’une douce pression, le caillé finit par s’agglomérer en une masse homogène qui tombe à la partie inférieure du récipient. On
- buron. (D'après une photographie.)
- opère ensuite une véritable décantation au moyen d’une puisette nommée pouzet.
- Pour être manœuvré plus facilement, le pouzet, que l’on peut remarquer sur la partie supérieure de droite de la table d’égouttage, est pourvu en son milieu d’une poignée assez saillante.
- Quelque loin que l’on pousse l’opération, la puisette est complètement insuffisante, et ne peut permettre d’enlever tout le liquide du gâteau de caillé. C’est alors qu’intervient la pratique la plus répugnante, toujours suivie avec persistance dans la majorité des fromageries de montagnes. Le bloc de caillé, encore chaud, est enlevé de la gerle pour être déposé dans la faisselle ou coupelle de bois percée de nombreux trous à sa partie inférieure. Tout d’abord, il est légèrement comprimé entre les mains pendant une heure environ. Après ce premier pétrissage, le cantalès, le pantalon retroussé, se met à genoux sur le caillé, et le malaxe très énergiquement
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- pour en extraire une nouvelle quantité (le petit lait.
- La photographie ci-contre représente la phase principale de la fabrication. Le cantalès, monté sur la faisselle, agissant à la fois avec les genoux et avec les mains, est en train de pétrir le caillé pour ramener à un état de siccité désirable (fig. 2).
- Toutes ces manipulations sont faites sur la selle ou table d’égouttage, suffisamment inclinée pour permettre l’évacuation du petit lait. La faisselle est ensuite renversée sur le caillé et chargée d’une pierre assez volumineuse. Sous l’influence de cette nouvelle pression, il sortira encore une petite proportion de liquide.
- Le nouveau produit, la tome, doit subir une légère fermentation avant d’être utilisé. La pâte prend alors du liant, de l’onctuosité, et acquiert en même temps une couleur jaune clair. D’après
- M. Duclaux, la fermentation est d’autant plus active que les êtres microscopiques se trouvent dans un milieu extrêmement favorable [tour se développer. Elle est le résultat de ferments aérobies, qui modifient la matière caséeuse, attaquent le sucre de lait en produisant de l’acide carbonique sous l’influence duquel la pâte se creuse de vacuoles nombreuses.
- Le fromage est formé par la réunion de plusieurs tomes. Comme pour la première partie de la fabrication, le moulage se fait sur la selle. Toutes les tomes sont coupées, puis émiettées au moyen d’un racloir de bois nommé bouc. Ce nouvel instrument, adossé dans la gravure contre l’atracadou, a sa partie travaillante hérissée de dents nombreuses et saillantes. Avant d’être moulées, les tomes doivent être salées. La proportion de sel employée varie suivant la saison et le volume du fromage ; elle est au maximum de
- Fig. 2. — Fabrication du fromage de Cantal. Malaxage du caillé. (D’après une photographie.)
- 2 kilogrammes pour une fourme de 50 à 40 kilogrammes.
- Les moules à fromages de Cantal se composent de trois parties : 1° la faisselle constituant la base; 2° la feuille, lame de hêtre assez flexible se repliant dans l’intérieur de la faisselle de façon à constituer un cylindre de 20 à 25 centimètres de hauteur ; 5° la guirlande, petit cercle de bois dont le rôle est de maintenir la feuille et de limiter son extension, surtout lorsque l’action de la presse se fera sentir.
- Ainsi disposé, le moule est prêt à être chargé. Il sera rempli de tome convenablement émiettée et salée, puis porté sous la presse, où il devra rester un certain temps (fig. 2).
- Les presses des burons, construites d’une façon assez primitive, laissent généralement beaucoup à désirer. Elles se composent d’un madrier fixe supportant le fromage, sur lequel vient se rabattre un plateau mobile chargé d’un immense bloc dérocher.
- Je regrette ne pouvoir donner une idée bien complète de l’intérieur d’un buron; mais les fromageries de montagnes sont généralement si obscures qu’il m’a été absolument impossible d’en relevçr un cliché photographique.
- Après sa sortie de la presse, la fourme est portée dans la cave, où elle reste environ un mois, avant de devenir un produit marchand. Pendant sa période de maturation, elle est l’objet de soins assez nombreux. On la retourne de temps à autre, et on lave la croûte avec de l’eau ordinaire ou légèrement salée.
- Dans certaines localités du Plateau Central, le fromage de Cantal donne lieu à des transactions commerciales très importantes. Le prix en est fort variable, suivant la qualité et la saison. Ordinairement il oscille entre 100 et 120 francs les 100 kilogrammes.
- En défalquant les frais de main-d’œuvre, on arrive à conclure que le litre de lait ressort à 11 centimes
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- ou J I centimes et demi, chiffre tout à l'ait insuffisant, surtout si on considère les faibles aptitudes laitières des races d’Aubrac et de Salers.
- La préparation du fromage de Cantal pourrait recevoir de nombreuses améliorations.
- Il est hors de doute qu’avec quelques réformes sérieuses, et notamment de grands soins de propreté, on obtiendrait un produit plus apprécié des consommateurs et surtout beaucoup plus rémunérateur pour les propriétaires. Albert Vilcoq,
- Processeur d'agriculture à Montargis (Loiret).
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- CHRONIQUE
- I,e mouvement de la population française. —
- Le Journal officiel du ((janvier a publié le Rapport adressé par le ministre de l’Intérieur au Président de la Répu-blipue au sujet du recensement auquel il a été procédé le 29 mars 1890. On y voit, une fois de plus, combien est lent l’accroissement de la population en France. Pendant la période quinquennale de 1891 à 1896, l'augmentation n’a été que de 175 027 habitants : le chiffre total a passé de 58 542 948 à 58 517 975. La progression moyenne annuelle s’est élevée à 55 000 environ, c’est-à-dire de 1 pour 1000. Et ce qui aggrave la situation, c'est que ce maigre accroissement porte tout entier sur les villes, que 65 départements ont vu diminuer leur population, que les régions agricoles surtout sont de moins en moins habitées. Sur les cinq départements de la Normandie, il n’en est pas un seul dont l’effectif ne soit en décroissance : la Seine-Inférieure elle-même, malgré Rouen et le Havre, n’échappe pas à la règle ; dans toute la province, la perte est de 51 628 âmes. Bien entendu, par contre les grandes villes augmentent sans cesse. Paris gagne 88 877 habitants, Lyon, 27 951; Marseille, 58 490. Le département de la Seine, à lui tout seul, se grossit de 198 919 âmes; il absorbe donc toute l’augmentation de la population totale du territoire, plus 25 000 habitants. En ce qui concerne spécialement Paris, si l’on examine les résultats des quatre dernières périodes de recensement, on voit que la progression a été constante, mais nullement uniforme. Elle a été de 280 217 habitants dans la période finissant en 1881, de 75 527 dans la suivante, de 105 407 entre 1886 et 1891, de 88 877 dans la dernière période. Ces oscillations s’expliquent sans doute par l’effet des Expositions universelles ; la première et la troisième période ont compris les années 1878 et 1889. De là l’élévation de leurs chiffres. Attendons-nous, d’après cela, à une nouvelle et très notable augmentation pour 1901. Ces résultats sont regrettables. Il est plus facile, malheureusement, de déplorer le mal que d’y porter remède.
- lit" tranchant des rasoirs. — Par une méthode optique des plus délicates, fondée sur le principe des interférencKS, et dont l’exposé ne saurait trouver place ici, M. Mallock a réussi à déterminer avec assez de précision l’angle du tranchant des rasoirs, et vient de communiquer les résultats de ses recherches à .la Royal Society, de Londres. On comprend l’intérêt que présente la question pour les fabricants qui doivent construire l’instrument dans les meilleures conditions de fil et de conservation du fil, conditions contradictoires et peu précisées jusqu’ici au point de vue de leur ordre de grandeur. Il résulte de ces recherches que le tranchant du rasoir se présente sous la forme d’une surface arrondie de très grande courbure, et, par suite', d’un très faible
- rayon de courbure. Ce rayon de courbure est, pour le rasoir étudié, inférieur à 1/8000 de millimètre. En retranchant la pression qu’exerce un semblable tranchant sur un poil de barbe dont le diamètre est d’environ 0,15 millimètre, lorsqu’il a pénétré des deux tiers dans le poil à couper, M. Mallock a trouvé que la surface de contact du tranchant avec le poil est de 1/40000 de millimètre carré, et comme ce poil de barbe se courbe de 50° sous un poids de 5 centigrammes agissant à une distance de 5 millimètres de la peau, la pression correspondante est de lkV2 par millimètre carré. Mais cette pression étant inférieure à celle de l’écrasement de la corne, M. Mallock en conclut que le rayon de courbure déterminé par lui est une valeur maxima qui n’est pas atteinte en pratique sur un rasoir fraîchement repassé.
- Production du pétrole. — Les Etats-Unis et la Russie sont, on le sait, les deux grandes sources de la production du pétrole. L’an dernier, le premier de ces pays a fourni 55 millions de fûts de 189 litres, et le second 58 millions 1/5. La production totale pour le monde entier est évaluée à 95 millions de fûts, mais il est hors de doute qu’une quantité assez importante d’huile est consommée sur place et n’entre pas dans les calculs statistiques. Voici, d’après Engineering, la production des autres principaux pays producteurs :
- Autriche-Hongrie. . . . 1 250 000 fûts.
- Canada..................... 892 574 —
- Indes...................... 295 994 —
- Java....................... 295 654 -
- Viennent ensuite, mais avec une production beaucoup moindre, le Pérou, la Roumanie, l’Allemagne, le Japon, l’Italie. La production des Etats-Unis semble d’ailleurs devoir s’augmenter encore. Dans un récent Rapport au service de géologie, M. Joseph I). Weeks annonce le creusement de 20 à 25 puits dans la région des Apa-laches, deux de ces puits devant donner 27 000 litres par jour chacun. Dans le district de Los Angeles (Californie du Sud), la production a presque triplé en trois ans, dans le AVyoming elle augmente aussi rapidement. Mais c’est surtout au Pérou que l’exploitation des dépôts d’huile prend une activité de plus en plus grande. Il existe, dans ce dernier pays, des dépôts de 1800 kilomètres carrés de superficie, et les dépôts de Pensylvanie qui, depuis trente ans, ont donné plus de 516 millions de fûts, n’ont guère que 900 kilomètres carrés. Le pétrole trouvé au Pérou contient 84,9 pour 100 de carbone, 15,7 pour 100d’hydrogène et 1,4 pour 100 d’oxygène; les puits doivent être descendus à 240 mètres. Le fonçage d’un puits de 500 mètres coûte environ 12 500 francs, et 20 grands puits alimentent une raffinerie dont l’établissement revient à 500 000 francs. Sur 49 puits forés depuis 1892, 44 sont productifs et quelques-uns donnent jusqu’à 155000 litres par jour. Le pétrole brut est d’ailleurs employé pour le chauffage des locomotives de toutes les lignes péruviennes ; il est également utilisé dans plusieurs manufactures et dans les usines à gaz. En Russie, le nombre des puits augmente aussi. On n’en comptait que 278 en 1889, produisant environ 20 millions de fûts. Aujourd’hui, il en existe 622 qui fournissent 58 millions 1/5 de fûts, dont 26 millions seulement sont pompés, le surplus coulant librement. La profondeur des puits est d’environ 180 mètres.
- Un cinématographe «le fO sous. — Le camelot devait à sa dignité de ne pas laisser passer l’année 1896 sans créer un cinématographe populaire, à la portée de
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- toutes les bourses, et c’est cet appareil que nous avons découvert dans les baraques du boulevard, au moment des fêtes de Noël. Il se présente sous la forme d'un médaillon-breloque rectangulaire de 2 centimètres de longueur, 15 millimètres de largeur et 5 millimètres d’épaisseur seulement, et se compose de deux photographies microscopiques que l’on amène successivement et périodiquement devant un petit trou circulaire ménagé sur la tranche du médaillon. Ces deux vues, convenablement choisies et habilement manœuvrécs à la cadence convenable, donnent l’illusion d’un mouvement bien défini. Nous avons particulièrement remarqué dans la collection une sauteuse de corde, un scieur de bois, M. Félix Faure saluant, une couturière et une blanchisseuse. Le cycliste est moins réussi, car il faudrait une succession de quatre photographies au moins pour donner l’illusion du mouvement de rotation des pédales. Nous recommandons à l’ingénieux inventeur de cet appareil de compléter sa collection en y introduisant un chef d’orchestre et certains exercices de gymnastique, toutes les scènes, en un mot, qui se caractérisent par deux positions extrêmes. Le cerveau interpole et imagine les positions absentes.
- Transmission d’énergie éleetrique de Niagara à Buffalo. — L’usine électrique des chutes du Niagara dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises1, transmet l’énergie électrique à la ville de Buffalo, à 41 kilomètres de distance, depuis le 16 novembre 1896. Les courants diphasés produits par les génératrices à Niagara à 2200 volts et à la fréquence de 25 périodes par seconde sont transformés en courants à 11 000 volts par 2 transformateurs de 1250 chevaux chacun. Les enroulements de ces transformateurs sont combinés de façon que l’on puisse les coupler pour obtenir 11 000 ou 22000 volts. On marche actuellement à 11 000 volts. La ligne de transmission est formée de conducteurs de 175 millimètres carrés de section fixés sur isolateurs en porcelaine qui sont établis sur des poteaux en cèdre dont la hauteur varie entre 10 et 20 mètres. Les poteaux ont été prévus pour recevoir trois lignes distinctes, soit 12 câbles. A Buffalo, le courant à 11 000 volts traverse deux autres transformateurs qui ramènent la différence de potentiel à 2000 volts. Le courant est ensuite envoyé dans 2 transformateurs rotatifs qui fournissent du courant continu aux barres de distribution sur lesquelles sont branchées les lignes de tramways de Buffalo. Cette première transmission est relative à une puissance de 1000 chevaux, et le prix de fourniture est de 180 francs le cheval-an. Mais, d’après le contrat passé, l’usine du Niagara devra fournir une puissance de 10 000 chevaux à partir du 1er juin 1897, et elle devra prendre ses dispositions pour augmenter ensuite cette puissance à raison de 10 000 chevaux par an pendant 5 ans. En 1900, la puissance totale transmise atteindra donc 40 000 chevaux.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 janvier 1897. — Présidence de M. Cuatin.
- Distribution des planètes du système solaire. — 11 existe une loi numérique très connue sous le nom de loi de Bodc qui fournit, d’une façon très grossièrement approchée, les distances des planètes au Soleil, en fonction de la distance de la Terre au Soleil. M. le colonel Delaunay a imaginé un mode de représentation beaucoup plus exact, mais qui a, il faut en convenir, l’inconvénient
- 1 Vov. n° 1195 du 25 avril 189G, p. 555.
- d’être différent pour le groupe des quatre premières planètes, Mercure, Vénus, la Terre et Mars, et pour le groupe des quatre autres planètes à grandes distances. Les distances des corps célestes du premier groupe sont repré-
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- sentées respectivement par les expressions 2
- „ /14—2
- •>( —
- s(u
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- /14—
- \ 56
- dont le calcul donne 0,588,
- 0,722, 1,000, 1,527. Or, ces distances sont respectivement 0,587, 0,725, 1,000, 1,524. On voit donc que l’approximation est incomparablement plus grande que celle de la loi de Bode, mais il faut observer que la distance de Mars n’est plus représentée qu’en passant du coefficient 5 au coefficient 5, alors qu’on devrait l’obtenir à l’aide du coefficient 4.
- Les parasites des fourmis — M. Ch. Janet a observé les rapports de certains acariens avec diverses espèces de fourmis. Quelques acariens sont de véritables parasites des fourmis ; ils déchirent les membranes minces qui se trouvent intercalées entre les anneaux et sucent le sang des fourmis.
- La coagulation du sang. — Sous ce titre : « Contribution à l’étude des ferments coagulateurs du sang », M. Dastre présente le résultat d’expériences jetant un jour nouveau sur un phénomène qui paraissait bien connu. Dans ce but, M. Dastre propose d’agir sur le plasma. On admettait que trois conditions sont nécessaires pour réaliser la coagula lion : la substance fibrinogène, les sels solubles de chaux, le ferment coagulateur. Ces trois conditions seraient nécessaires, mais non pas suffisantes. La présence de certaines substances alcalines dans le sang peut rendre la coagulation impossible, mais si l’on neutralise ces substances par un acide, la coagulation peut s’effectuer.
- Action de l'acide chlorhydrique sur les sulfates. — M. Albert Colson a étudié dernièrement l’action de l’acide chlorhydrique gazeux et sec sur le sulfate de soude. Il a démontré que si dans un tube scellé et contenant du sulfate de soude chauffé à 150° on fait arriver du gaz chlorhydrique sec, de manière qu’un grand excès de sulfate de soude se trouve en présence du gaz chlorhydrique, on obtient le bisulfate et du chlorure de sodium. 11 était important, avait conclu M. Colson, de savoir s’il y a déplacement d’acide sulfurique par l’acide chlorhydrique ou formation de composés complexes inconnus jusqu’ici. L’étude de la réaction du gaz chlorhydrique sur les sulfates métalliques de cuivre, de plomb, etc., lui avait permis de trancher cette question et d’affirmer que l’action de l’acide chlorhydrique sur le sulfate de soude est une succession ou mieux une superposition de phénomènes de dissociation hétérogène. M. Colson expose aujourd’hui les réactions en question sur les sulfates de chaux, de cuivre, etc.
- Varia. — M. Armand Gautier présente la 2e édition de son traité de chimie biologique en faisant remarquer qu’il a introduit dans cette édition des chapitres nouveaux sur les toxines, les ferments, l’évolution de la cellule vivante, le mécanisme de transformation des matériaux dans la cellule, l’origine de l’urée en dehors de tout accès de l’oxygène, etc. — M. Moureaux a déterminé la variation séculaire de la déclinaison magnétique a l’aide d’observations exécutées à Perpignan, Nice et au Parc Saint-Maur. La variation déduite a été de —4' à Perpignan, —4,8 à Nice et — 5,5 à Paris. —MM. Charles Richet et André Broca ont opéré des recherches sur l’excitabilité du cerveau. Ch. de Villedeuil.
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- LA NATURE.
- HORLOGE CYCLISTE
- Parmi les quelques curiosités qui figuraient au 4e Salon du cycle du Palais des Champs-Elysées, il convient de mentionner particulièrement la singulière horloge cycliste, exposée dans le stand de la Société Parisienne de construction vélocipédi-que. La foule des visiteurs s’arrêtait volontiers devant cette immense horloge entièrement construite avec des pièces de cycles. Nous en reproduisons le dessin pour ceux qui n’ont pu aller à l’Exposition internationale de vélocipédie de la lin de décembre 181)6.
- C’est vraisemblablement la plus grande horloge construite jusqu’à ce jour.
- Tous les mouvements sont apparents. Toutes les pièces ont été employées comme si on les avait détachées de bicyclettes. L’idée est en effet originale.
- Il s’agissait de prendre à un certain nombre de bicyclettes leurs organes principaux, cadres, guidons , fourches, manivelles, pédaliers, roues, etc., et de s’en servir pour réaliser une horloge colossale.
- Ainsi il a été fait.
- Aussi ne distingue-t-on tout d’abord qu’une sorte de trophée élevé en l’honneur de la « petite Reine ». Puis, au second coup d’œil, on s’aperçoit que dans ce grand cadre circulaire tient une véritable horloge.
- L’horloge cycliste sonne les heures, les demi-heures et les quarts d’heure sur trois cloches accordées. Toutes les roues, munies de leurs pneumatiques et convenablement équilibrées, entrent dans la construction, et constituent des rouages de précision. La transmission est assurée par des chaînes à doubles rouleaux. Les axes sont montés à billes et tout
- fonctionne avec une douceur et une régularité remarquable. Douze organes intermédiaires transmettent le mouvement aux aiguilles. Il résulte de cette disposition ingénieuse qu’une erreur à l’avance ou au retard sur le balancier se trouve compensée quand la rotation est communiquée aux aiguilles. L’erreur effectivement est divisée par le nombre des organes intermédiaires. C’est pourquoi la marche générale de l’instrument est excellente et comparable à
- celle des meilleures horloges. Le mouvement, entièrement visible, est actionné par un poids de '200 kilogrammes. Le balancier est formé par une fourche de cadre, à l’extrémité de laquelle est suspendue, en guise de lentille, une roue de bicyclette. Les aiguilles sont faites avec des axes de pédaliers et leurs extrémités par des burettes de graissage. Enfin les heures sont marquées sur le cadran par des manivelles disposées en chiffres romains. Au surplus notre dessin parle aux yeux et fera suffisamment comprendre l’intérêt de la nouvelle horloge. Nous le répétons, c’est une simple curiosité, mais une curiosité qui mérite certainement d’être signalée, puisque c’est le premier modèle du genre et qu’il est peu probable que, même pour être agréable à la mode, on se décide à fabriquer ces horloges excellentes, grandes ou petites, pour les vélocipé-distes amateurs d’horlogerie. En tout cas celle-là, entièrement construite dans les ateliers de la Société Parisienne, est bien française; elle a droit à nos meilleurs souvenirs. Raoul Tempe.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek
- Horloge cycliste.
- Paris. — Imprimerie Laiicbe, rue de Fleurus, 9.
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- .V 1234.
- 23 J A N VI K II 180 7.
- I. A .NA T lili E.
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- LES WAGONS-CHAPELLES
- DU TRANSSIBÉRIEN
- La prodigieuse ligne lerrée que les Russes établissent à travers toute la Sibérie s’exécute rapidement, maigre les difficultés qu’on rencontre; du reste, les lecteurs de La Nature ont déjà été entretenus de ce travail formidable, qui mettra l’Extrême-Orient à quelques jours de l’Europe. La construction n’emprunte pas seulement son intérêt à l’immensité de l’entreprise, mais plus encore peut-être aux conditions toutes spéciales dans lesquelles on se trouve. Les Russes sont passés maîtres dans la création de ces voies de 1er qui naissent comme par enchantement sur les territoires les plus ingrats,
- au milieu des plaines de sable, des vastes solitudes : tout le monde a conservé le souvenir du fameux chemin de fer transcaspien, qu’il est question de prolonger encore plus loin. Leurs procédés sont particulièrement intéressants à une époque où l’on parle tant de lancer des lignes ferrées à travers l’Afrique.
- Tout est à inventer pour l’exploitation comme pour la construction du Transsibérien : la traversée du continent asiatique, qui forcément durera des jours et des jours, nécessite un matériel roulant tout à lait à part, de même qu’il faut des installations spéciales pour assurer l’existence des agents du chemin de fer le long de la ligne, dans des stations souvent complètement isolées des plus petits centres habités.
- Tout ce matériel est en train de se créer, au fur
- Vue d'ensemble d’un wagon-chapelle du Transsibérien.
- et à mesure de l’avancement de la voie, car dès maintenant les tronçons assez considérables livrés à l’exploitation donnent lieu à un courant énorme de voyageurs, non pas seulement les ouvriers et le personnel en général qui se rend sur les chantiers, mais encore une foule d’hommes, de femmes, d’en-lants, tous gens robustes qui s’en vont joyeusement vers les terres vacantes de l’Est, coloniser la Sibérie, et mettent à profit le nouveau moyen de transport si commode qui s’offre à eux. Nous ne dirons pas grand’chosc des stations, constructions de briques assez agréables d’aspect, auxquelles est toujours accolé le réservoir d’eau monté sur une tour en granit ; on n’y a point oublié un jardin, et très souvent l’on y rencontre un buffet où l’on utilise les longs arrêts que fait le train à chaque instant.
- Ces trains se composent de voitures de trois classes : quelques wagons de seconde classe, qui proviennent encore maintenant des réseaux russes 25° année. — ter semestre.
- proprement dits, puis des voitures de troisième classe d’un excellent type, établies tout exprès pour le Transsibérien, et qui, la nuit, se transforment en dortoirs à trois rangées de couchettes. Il y a enfin la quatrième classe, composée tout uniment de fourgons dans les parois desquels on a percé quelques fenêtres et où l’on a disposé des banquettes rudimentaires.
- Mais ce matériel roulant vient de s’augmenter de wagons d’un type absolument nouveau. On connaissait jusqu’ici les wagons-lits, les wagons-restaurants, les wagons-écuries, les wagons-salons, et le train spécial imaginé pour la construction du Transcaspien contenait un wagon-épicerie où les ouvriers pouvaient acheter tout ce dont ils avaient besoin. On a maintenant le wagon-chapelle. A la vérité, voilà déjà un certain temps que dans les États de l’Union américaine où la population est très clairsemée, dans le Dakota septentrional notamment, on avait
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- LA NATURE.
- imaginé de mettre des églises sur roues et de les transporter de stations en stations, pour tel ou tel des cultes qui abondent sur le territoire de la Confédération. Mais les wagons-chapelles du Transsibérien sont beaucoup plus nombreux, mieux installés, et cette fois ils font réellement partie du matériel d’exploitation d’un chemin de fer.
- C’est le comité ordonnateur de la construction du Transsibérien qui, sous la présidence de l’Empereur, avait décidé la création de ces chapelles ambulantes; on avait fait remarquer que la plupart des employés des stations secondaires et ceux qui logeraient dans les baraquements intermédiaires pour la surveillance et l’entretien de la voie, ne pourraient fréquenter les églises des villes ou des villages, qui seront forcément longtemps encore très disséminés le long de la ligne. 11 fallait donc, alin de satisfaire à leurs besoins religieux, faire circuler un wagon aménagé en chapelle, pourvu de tous les objets nécessaires au culte orthodoxe et desservi par un prêtre que nommerait le Saint Synode.
- Nous donnons la photographie d’une des chapelles roulantes nouvellement construites dans ce hut.
- Extérieurement ces voitures ne se distinguent pas très nettement des wagons ordinaires; on peut remarquer cependant que les fenêtres affectent la forme et les ornements caractéristiques du style architectural byzantin. Il y a une porte à une extrémité et de chaque côté du wagon, sans compter une ouverture qui permet l’intercommunication avec le reste du train. La caisse est du type à bogies. Au-dessus des portes d’entrée, le panneau extrême se découpe pour former une arcature double où est suspendu un jeu de cloches destinées à appeler les fidèles du rite grec. Quant à l’intérieur, il est assez élégant et décoré suivant les motifs très éclatants de l’art russe; les murailles sont recouvertes de peintures représentant les images saintes ; enfin on n’a pas oublié l’autel, le tabernacle, les flambeaux pour les cierges. Et le pope s’en va de station en station, dans sa maison roulante, célébrer le culte divin aux pauvres isolés de la grande ligne asiatique.
- Daniel Bellet.
- BENJAMIN GOULD
- SON ŒUVRE SCIENTIFIQUE
- Né à Boston, le 27 novembre 1824, et mort le 2ti novembre 1896, Benjamin Gould étudia en Europe l’astronomie, sous la direction de Gauss, visita plusieurs observatoires, vint aussi en France où il suivit les cours de nos écoles et fréquenta quelque temps l’Observatoire de Paris, alors sous la direction d’Arago. De retour dans son pays, il fut chargé, par le Coast Survey, de la détermination des positions astronomiques de diverses stations géodési-ques d’Amérique.
- Gould a fait preuve, au plus large degré, dans toute sa carrière scientifique, de cet esprit d’initiative hardie, si prononcé et si fréquent chez les habitants du Nouveau Monde.
- Aussitôt qu’un progrès était réalisé dans un domaine
- quelconque de la science, Gould s’empressait d’en tirer parti pour ses travaux personnels. C’est ainsi que nous le voyons, le premier, faire intervenir l’électricité dans la détermination des longitudes et enregistrer télégraphiquement l’échange des signaux et les observations d’études.
- Il avait déjà effectué une quinzaine d’opérations de ce genre avant que l’on eût commencé à employer en Europe ces procédés aussi exacts que rapides. A peine le câble transatlantique était-il posé, que Gould, en 1860, partait pour Valence et y établissait le Pavillon qui a servi à la détermination des différences de longitudes entre l’Europe et l’Amérique, reliant ainsi les deux continents par des opérations très précises. Le réseau de ces déterminations s’étendait alors de Greenwich à la Nouvelle-Orléans, embrassant presque le quart de la circonférence terrestre.
- A côté de ces travaux de haute géodésie, M. Gould a exécuté un grand nombre de travaux d’astronomie pure et a été, sans contredit, un des créateurs et un des maîtres les plus distingués de l’école astronomique d’Amérique.
- Il a fondé et entretenu à ses frais, de 1848 jusqu’en 1861, 1» premier journal astronomique des États-Unis. C’est dans ce recueil qu’il avait publié ses recherches personnelles ; interrompues pendant de longues années, cette publication fut reprise par lui dès son retour à Boston et continuée avec éclat jusqu’à la tin de sa vie.
- De 1855 à 1859, Gould a organisé à Albany l’observatoire Dudley, et c’est là que fut établie par lui la première pendule normale' à l’abri des variations de température et à compensation barométrique. Le Catalogue d’étoiles fondamentales construit par Gould a servi, jusqu’à une époque récente, non seulement pour le calcul des éphé-mérides américaines, mais aussi de base pour les travaux dans tous les observatoires du Nouveau Monde.
- Comprenant quelle haute importance possèdent les anciennes observations, Gould entreprit la réduction dé celles qui avaient été faites à Paris par d’Agelet de 1782 à 1785 et les a publiées en 1866. Il a de plus effectué une série de travaux analogues en réduisant toutes les observations obtenues par Jenc de 1846 à 1850 à Washington. Sachant que le ciel austral était très incomplètement exploré et offrait un vaste champ d’investigation, Gould, se dévouant complètement aux intérêts scientifiques, n’hésite pas à quitter son pays natal pour répondre à l’appel de la République Argentine. Le charme et la loyauté de son caractère, sa compétence scientifique si variée lui firent bientôt conquérir toute la confiance du Gouvernement, sous les auspices duquel il fonda, de 1870 à 1872, à Cordoba, un observatoire permanent muni d’instruments de premier ordre.
- C’est à partir de celte époque que Gould, devenu tout à fait indépendant et n’étant pas obligé de disperser son activité sur des travaux multiples, entreprit et exécuta plusieurs recherches de longue haleine et offrant un caractère remarquable d’unité.
- Il a publié, vers 1874, son Vranométrie argentine relative au ciel austral, et dans cet ouvrage, destiné à devenir classique, il a inscrit toutes les étoiles visibles à l’œil nu, en déterminant par trois estimations au moins la grandeur de chacune d’elles. Le nombre d’étoiles variables qu’il a découvertes à cette occasion est égale à celui constaté jusqu’à cette époque pour le ciel boréal. Les règles établies par Gould pour la nomenclature et la délimitation des constellations ont fait disparaître la confusion qui régnait jusqu’alors et ont été universellement adoptées. Son Uranométrie fait autorité pour le ciel austral comme celle d’Argelander pour le ciel boréal.
- On sait que les grands travaux d’observations par zone,
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- effectués par Bcssel et Argelander, ont eu pour but de faire connaître les positions des étoiles de la première à la neuvième grandeur, de — 5° à 80°, de l’hémisphère boréal. Gould a pris place à côté de ces grands astronomes en achevant à Cordoba, dans l’espace de quelques années, une exploration générale du ciel austral par zones, qui a fourni les positions de 73160 étoiles. 11 menait de front, avec cette vaste entreprise, un second travail de haute précision s’étendant de l’équateur au pôle, et faisant connaître les coordonnées exactes de 52 448 étoiles, basées sur 110 000 observations méridiennes.
- L’ensemble de ces trois grandes études constitue un monument d’une valeur inestimable, point de départ nécessaire de toutes les recherches d’ensemble qui pourront être exécutées sur le ciel austral.
- L’un des premiers, Gould avait appliqué la photographie avec succès à la détermination des positions des astres. Il a rapporté, de Cordoba, environ 1400 clichés propres à des mesures précises. Leur étude et leur réduction ont été la principale occupation de ses dernières années.
- En dehors de ses grands travaux d’astronomie, on doit à Gould d’importantes publications d’un ordre tout à fait différent, et que je ne veux que mentionner. Sous les auspices de la Commission sanitaire des États-Unis, il a fait paraître un ouvrage de 400 pages in-4°, dans lequel diverses lois de statistique, d’anthropologie et de physiologie de Laurent déterminées par des observations effectuées sur environ 50 000 hommes. Dans le même ouvrage, sont consignés les résultats d’innombrables expériences faites sur les réserves de l’armée fédérale, dans le but d’arriver à établir la loi de croissance de l’espèce humaine.
- Les conditions climatériques de l’Amérique du Sud étaient encore mal connues en 1872. Gould a établi un réseau de stations météorologiques, comprises d’un côté entre les tropiques et la Sierra del Fuezo et de l’autre entre les Andes et l’Atlantique. Depuis cette époque, on fait régulièrement, trois fois par jour, des observations météorologiques. Plusieurs volumes in-4° ont été publiés par lui sur cette matière et sur le climat de Buenos-Aires.
- L’œuvre de Gould est une des plus considérables qu’un astronome ait jamais léguées à la science. Elle laissera des traces profondes dans les deux pays où s’est exercée son activité. M. Loewy,
- Membre de l’Académie des sciences, directeur de l'Observatoire de Paris.
- CONSTANTES ÉLECTRIQUES
- DE L’OXYGÈNE LIQUIDE
- MM. Fleming et Ilewar poursuivent leurs recherches aux basses températures et viennent de déterminer les constantes diélectrique et magnétique de l’oxygène liquide à — 182°. D’après la théorie de Maxwell, le produit de ces deux constantes électriques doit être égal à l’indice de réfraction relatif à une longueur d’onde infinie. Les recherches auxquelles nous faisons allusion ont apporté une nouvelle et très intéressante confirmation expérimentale des vues de Maxwell. La capacité inductive de l’oxygène gazeux, à la pression et à la température ordinaires, étant sensiblement égale à l’unité, celle de l’oxygène liquide à — 182° est égale à 1,491. En considérant des volumes égaux, et en représentant la susceptibilité magnétique de l’oxygène à 15° C. et à la pression 760 comme égale à l’unité, celle de l’oxygène liquide à
- — 182" C. est égale à 1594. Gomme les densités sont dans le rapport de 849 à 1, il en résulte que, à masses égales, la susceptibilité magnétique de l'oxygène liquide est à peu près le double de celle de l’oxvgène gazeux. Cette propriété magnétique est donc, non pas moléculaire , mais fonction de l’état d’aggrégation. La perméabilité magnétique de l’oxygène liquide, déduite des valeurs de sa susceptibilité magnétique, est de 1,00287, c’est-à-dire bien inférieure à celle des métaux réputés non magnétiques tels que l’acier au manganèse d’IIad-field. L’indice de réfraction de l’oxygène liquide déterminé par MM. Liveing et Ilewar est égal à 1,2181, dont le carré est 1,4857. Le produit de la constante diélectrique 1,491 par la perméabilité magnétique 1,00287 est 1,495. La concordance est donc vérifiée à sept millièmes près, ce qui est très satisfaisant si l’on tient compte des ‘ difficultés énormes que présentent les expériences.
- ATELIER ET LABORATOIRE
- DE PHOTOGRAPHIE
- DE Mme LA BARONNE AD. DE ROTHSCHILD
- Lorsqu’on veut faire de la photographie sou occupation favorite, il est bon d’avoir une installation spéciale où chacune des opérations diverses que nécessite l’épreuve finale ait sa place marquée. Le cliché initial exige peu de place, à part le local destiné à la pose; mais le positif peut être obtenu de bien des façons différentes, dont les principales sont le tirage sur les papiers aux sels d’argent, de platine ou au charbon ; les agrandissements, les réductions par projection, etc., et pour chacune de ces méthodes les opérations sont différentes, peuvent même se nuire dans certains cas; aussi devra-t-on, autant que possible, consacrer à chacune des locaux distincts. Certes, cela n’est pas indispensable et nous connaissons des amateurs qui, ne disposant que de fort peu de place et d’une installation sommaire, obtiennent des choses merveilleuses ; mais ceux-là sont rares et il est clair qu’on a plus de chances pour une bonne réussite quand on est bien outillé. Comme modèle d’une installation bien comprise à tous les égards, on peut citer l’atelier et les laboratoires que vient de faire installer Mmc la baronne Ad. de Rothschild dans un jardin contigu à son hôtel de la rue de Monceau, à Paris. L’architecte, M. E. Longfils, a tiré parti d’une façon fort rationnelle de l’espace mis à sa disposition (fig. 1). Au premier étage, il a placé tout ce qui concerne l’obtention du négatif. Salon d’attente et cabinet de toilette pour les modèles, vaste atelier de pose, vaste laboratoire de développement des clichés. Au rez-de-chaussée nous voyons tout ce qui concerne les positifs, la retouche du cliché; puis un local spécial pour le tirage au charbon. Ce procédé nécessite, comme on sait, la sensibilisation du papier peu de temps avant son emploi, aussi a-t-on prévu un cabinet de dessiccation attenant au laboratoire. Les virages pour papiers au sel d’argent se trouvent à proximité d’une vaste galerie couverte où se fait l’exposition des châssis-presse. Le platine, qui exige un développement tout spécial, a aussi son laboratoire à
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- part. Une vaste salle est réservée au montage des épreuves terminées, collage et satinage. l)e grands couloirs qui longent tout le bâtiment rendent tous les locaux indépendants les uns des autres. A l’aide du plan ci-dessous (fig. 2) on se rendra justement compte de l’esprit d’organisation qui a présidé «à cet aménagement. On entre par le jardin dans un spacieux vestibule, où débouche l’escalier d’honneur, qui donne accès au 1er étage. La première pièce donnant dans ce vestibule est celle de la retouche, elle communique avec une autre beaucoup plus vaste, où se font le
- collage et le satinage et qui donne sur la galerie couverte destinée à l'exposition des clichés pour le tirage au châssis-presse. Un petit vestibule avec sortie directe sur le jardin permet d’accéder directement aux laboratoires. D’abord celui consacré au développement du papier au platine, avec cuve spéciale pour l’oxalate de potasse et une autre pour le fixage à l’acide chlorhydrique; à coté du platine, l’or, son voisin dans l’armorial des métaux. Ici, le fixage se faisantà l’hyposulfite, toujours si difficile à éliminer, on a pris toutes les dispositions pour faciliter des
- Fig. 1. — Yuu d'ensemble (le l'immeuble destiné au laboratoire.
- lavages abondants, ainsi qu’on le voit par la présence de nombreux robinets d’eau. Le laboratoire voisin est celui destiné au charbon, sensibilisation et développement; nous en sortons par le cabinet noir destiné à faire le séchage dans l’obscurité et nous trouvons le couloir de dégagement qui rend
- escalier, sur le palier duquel se trouve la porte qui communique avec l’hôtel, nous pénétrons dans l’élégant salon à côté duquel se trouve un très confortable et très complet cabinet de toilette. Puis nous trouvons l'atelier de pose, qui a 10 mètres de longueur sur 4m,85 de largeur et peut être encore élargi en cas de besoin en ouvrant les larges baies qui le réunissent au couloir de dégagement. Tout contre l’atelier se trouve le laboratoire de développement, très spacieux et tout particulièrement étudié. Chaque chose y a sa place bien marquée, l’hyposulfite est sagement relégué dans un coin. Les verres de différentes couleurs : vert, jaune, rouge, destinés à varier l’éclairage suivant les besoins, sont montés sur
- toutes les pièces du rez-de-chaussée indépendantes.
- Là s’arrête la partie concernant les manipulations et les pièces qui suivent sont destinées à servir de dépôt des produits et du matériel et de cabinet pour le préparateur.
- Au premier étage, où nous accédons par le grand
- des châssis qui se manœuvrent avec la plus grande facilité.
- Le chauffage de tous les locaux se fait par un calorifère; partout l’eau chaude, l’eau froide et le gaz sont à la disposition de l’opérateur. De vastes armoires, des cabinets munis de nombreux rayons permettent le classement méthodique des clichés et des produits en réserve.
- C’est une installation modèle qui pourra servir de type à tous ceux, amateurs ou professionnels, qui voudront se trouver dans les meilleures conditions pour tirer tout le parti possible des applications si nombreuses de la photographie. G. M.
- Fig. 2. — l’ians du laboratoire.
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- LES HAUTES MAISONS A NEW-YORK
- Fig. 1. — Aspect comparatif des principales hautes maisons de New-York (États-Unis).
- La Nature a décrit en 18931 les hautes maisons de Chicago, à l’époque de la grande exposition qui eut lieu aux Etats-Unis; elle indiquait plus tard comment les Américains savent les construire2. Depuis cette époque les habitants de New-York ont voulu de même avoir leurs maisons extraordinaires. Les deux villes toujours rivales, Chicago et New-York, ne sauraient supporter qu’entre elles une infériorité quelconque puisse subsister, aussi leur préoccupation consiste tour à tour à se dépasser.
- Nous parlions de la maison célèbre à Chicago, le Masonic fraternity temple association, qui possède 21 étages. Cette maison semblait déjà presque fantastique en 1893, aujourd’hui elleparaî-
- 1 Yoy. n° 996, du 2 juillet 1892, p. 73 et n° 1052, du 29 juillet 1893, p. 119.
- - Yoy. u° 1105, 21 juillet 1894, p. 159.
- tra ordinaire. La ville de New-York a construit, depuis, dans son quartier le plus commerçant, entre City Hall et la Batterie, un certain nombre de hautes maisons. Bientôt elles remplaceront toutes les anciennes, et les habitants, dépaysés au milieu des rues devenues trop étroites, chercheront leur voie dans un labyrinthe de gigantesques monuments.
- Voici le plan de la partie industrielle de la ville de New-York, montrant par teinte noire toutes les hautes maisons élevées depuis quelques années (fig. 2). Ce quartier formait autrefois presque toute la ville. C’est l’ancien New-York d’il y a 80 ans.
- On comprend d’ailleurs le besoin de maisons si hautes, dans des quartiers relativement restreints dont le développement s'accroît chaque jour. Le prix du sol acquiert aussi des proportions invraisemblables; dans Broad-Way, un pied carré de ter-
- Fig. 2. — Plan partiel de New-York montrant en noir l’emplacement des hautes maisons de la ville.
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- rain coûtait dernièrement un peu plus de 900 francs ; pour élever la maison de la Compagnie The Surety, il fallut payer le pied carré de 880 francs à 1400 francs. La compagnie d’assurance sur la vie, la Manhattan a payé 9000 francs le mètre carré pour élever ses étonnants batiments. Les actionnaires de maisons dont le point de départ est déjà si coûteux ne peuvent retrouver les intérêts de leur capital qu’en accroissant le nombre des étages. C’est ainsi qu’ils peuvent arriver à amortir les frais d’exploitation : l’éclairage à l’électricité, les réparations, l’eau, les ascen-
- Fig. — Élévation et coupe rte la maison rte Park-Row, la plus haute rte New-York.
- ceurs et le confortable exigé pour les bains, le chauffage, etc. Le prix des terrains augmentant sans cesse, il est naturel de voir les propriétaires obligés d’élever de plus en plus leurs immeubles.
- Nous donnons l’aspect de la maison de la Compagnie de la Surety (A, fîg. 1). Elle a 94m,848 de hauteur et dépasse de beaucoup celle de la Compagnie The World, qu’on voit à gauche de la gravure. Bâti depuis longtemps, ce monument n’atteint que 89 mètres. Celle de la Tract Society (C) est de 88m, 160 et celle de Saint-Paul (D) arrive à 93 mètres. La flèche de l’eglise de la Trinité qu’on remarque en E, n’ayant que 85 mètres de hauteur, ne semble plus
- rien auprès de ces nouvelles constructions. Enfin voici la dernière maison encore inachevée actuellement (B); elle dépasse de beaucoup toutes les autres, déjà si extraordinaires. Nous en montrons la façade détaillée et la coupe (fig. 3). Elle aura 27 étages, non compris les trois étages de ces clochetons dont le sommet atteindra la hauteur de 106 mètres au-dessus du sol de la rue. Le Capitole, le monument le plus grandiose de Washington (F, fig. 1), n’a que 87 mètres d'élévation. Cette maison, élevée sur un plan assez irrégulier, couvre une surface de près de 1400 mètres carrés. De même que tous les autres édifices de ce genre, la maison de Park-Row se compose d’un squelette d’acier, sorte d’échafaudage dont toutes les parties sont ensuite garnies et recouvertes de briques ou de plaques en pierre, marbre ou granit. Pour établir les premières fondations de cette maison géante, il n’a pas fallu moins de 3500 pilotis en bois de sapin non écorcé de 25 à 43 centimètres de diamètre. Ils sont enioncés à 6 mètres de profondeur dans un lit de sable, arasés à 10m,50 au-dessus du niveau de la rue. Ces pilotis sont disposés par rangées, à 45 centimètres l’un de l’autre et écartés à 60 centimètres d’axe en axe. Après ce pilotage, on recouvre le sol, jusqu’au niveau de la tête des pilotis, d’une couche de béton soigneusement damée.
- C’est sur ce béton que reposent les dalles de granit de 25 centimètres d’épaisseur, destinées à supporter les socles en briques et les chapitaux granitiques sur lesquels viennent se placer les colonnes de la carcasse d’acier ou leurs semelles d’appui.
- La maison de Park-Row sera desservie par 15 ascenseurs hydrauliques. Quelques-uns ne serviront que pour le transport des marchandises ou le service de chacun des étages. Les autres, destinés au public, auront des cabines confortables de 2m,05 de côté. Essayés avec une charge de 2350 kilogrammes, ils marcheront avec une vitesse de 5m,50 par seconde. Cette vitesse est inconnue chez nous ; pour les Parisiens, elle paraîtrait certainement presque vertigineuse. Albeiît Tissandier.
- LA. PESTE AUX INDES ANGLAISES
- La peste fait depuis plusieurs semaines des ravages lamentables dans les Indes. Les statistiques officielles de la peste jusqu’au mois de janvier portent 5394 cas et 2356 décès; mais ces statistiques sont trompeuses. Beaucoup de cas de peste sont dissimulés ou classés sous le nom d’autres maladies.
- La mortalité se produit principalement parmi les maho-métans et les Hindous. Les Parsis aussi sont atteints dans une forte proportion. Chose curieuse, les prisons et les orphelinats n’ont pas eu un seul cas de peste, quoiqu’ils soient situés dans les quartiers infectés. Les animaux de basse-cour, les oiseaux, les porcs, les rats, périssent de la peste.
- Certaines autorités médicales proposent que des camps soient établis pour y recevoir toutes les personnes non atteintes par l’épidémie.
- La peste sévit à Bandra et dans d’autres districts, notamment à Poona, où l’on constatait, le H courant,
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- 87 cas et 51 décès ; 8000 personnes sont allées camper à Andoeri où l’eau manque déjà et où l’on redoute, en outre, une épidémie de choléra.
- A Bombay, la coutume des Parsis est d’exposer les cadavres sur la tour du Silence pour les faire dévorer par les oiseaux de proie; or, les vautours ne touchent plus à ces cadavres. On procède toute la journée à des inhumations dans des cimetières inahométans et la place commence à y manquer. Le jour, on ne voit que convois mortuaires. Les nuits sont constamment troublées par les chants, les bruits des cymbales et les autres cérémonies funèbres des Indous. Ceux-ci brûlent tous les jours leurs morts sur des bûchers, suivant les usages indigènes. On trouve des cadavres dans les rues et, dans beaucoup de cas, les gens épouvantés refusent d’enterrer les morts.
- M. le Dr Yersin, de l’Institut Pasteur, qui fait avec succès, depuis un an, des expériences d’inoculation d’un virus préservateur, est arrivé à Nha Trang (Annarn) où la peste bubonique sévit avec une certaine intensité. Il va installer un laboratoire pour la préparation du sérum en grande quantité.
- On s’est ému un peu en France des dangers de contamination ; la peste bubonique pourrait nous envahir par l’intermédiaire des objets de provenance indienne. On a même avancé que la peste était à Londres. Un ou deux cas se sont déclarés en effet, il y a quelques semaines, sur un navire arrivant des Indes, mais les mesures prophylactiques les plus sévères ont été prises immédiatement et, depuis, aucun cas ne s’est produit. Si, ce qui est loin d’être probable, on constatait quelques cas isolés dans notre pays, ils s’éteindraient sur place. A Bombay, sur près de 3000 personnes contaminées, on relève à peine une vingtaine d’Européens. Les conditions hygiéniques dans lesquelles nous vivons ne sont pas comparables à celles des Hindous et des Chinois.
- On peut se rassurer sur la possibilité de l’invasion de la peste chez nous. Si, contrairement aux prévisions, la maladie apparaissait, nous sommes armés pour enrayer aussitôt sa propagation. 11 existe rue Dutot assez de virus anti-pesteux pour arrêter dans son essor le fléau indien. C’est l’opinion des médecins autorisés et des spécialistes de l’Institut Pasteur. J.-L. Gall.
- CONSERVATION DES VIANDES
- PAR i/ÉLECTRICITÉ
- M. Pinto, de Rio-de-Janeiro, a imaginé un nouveau procédé de conservation des viandes, fondé sur l’emploi de l’électricité, au sujet duquel Y Electricien fait connaître les renseignements suivants. On plonge la viande à conserver dans une solution à 30 pour 100 de sel ordinaire, et l’on fait passer dans le bain un courant continu. En dix à vingt heures, la salaison est complète et la viande, retirée, est mise à sécher. Pour un bain de 3000 litres de saumure, dans lequel on peut immerger 1000 kilogrammes de viande, le courant peut être de 100 ampères sous une force électromotrice de 8 volts. Les électrodes doivent être en platine, car si l’on employait d’autres métaux, comme le zinc ou le fer, les sels qui se formeraient seraient nuisibles. La réussite de M. Pinto est à souhaiter; si, par son procédé, il parvint à empêcher radicalement la putréfaction des viandes, il aura rendu un réel service à l’alimentation en même temps qu’il aura ouvert une nouvelle voie aux applications de l’électricité.
- APPAREIL PORTATIF AUTO-GÉNÉRATEUR
- D’OXYGÈNE
- Nous sommes dans la saison où l’on s’occupe le plus de projections, soit comme conférencier, soit comme amateur photographe, et l’une des graves questions qui se posent en cette occurence est toujours celle de la lumière ; car non seulement il ne faut pas oublier d’allumer sa lanterne, comme le singe de la fable, mais encore il faut lui donner une clarté suffisante pour que chacun voie quelque chose et le distingue très bien. A plusieurs reprises nous avons déjà entretenu nos lecteurs de cette question et nous leur avons signalé les appareils nouveaux à mesure qu’ils paraissent. En général on a supposé que l’opérateur pouvait avoir à sa disposition l’électricité, ou le gaz d’éclairage, ou au moins un tube d’oxygène comprimé. L’emploi de l’électricité est assez limité, le gaz d’éclairage se trouve aujourd’hui dans beaucoup de localités, mais on peut s’en passer en employant le saturateur à éther de M. Molteni*.
- Ce qui peut manquer, c’est l’oxygène, car quoiqu’on le trouve aujourd’hui facilement en tubes très portatifs, il y a des personnes qui, bien qu’il ne soit jamais arrivé d’accident, ne se soucient pas de manier un gaz comprimé à 120 atmosphères; de plus, si l’on habite une localité éloignée ou si l’on voyage, il est plus sûr de pouvoir fabriquer soi-même son oxygène. 11 y a longtemps, très longtemps même, qu’on a disposé pour cela un matériel spécial composé d’une cornue, d’un laveur et d’un sac en caoutchouc; ce furent même, jusqu’à l’apparition de la lumière électrique et de l’oxygène comprimé, les accessoires indispensables de toute lanterne à projections; ce sont encore les seuls qu’on doive employer pour le cas qui nous occupe, et l’appareil de MM. Clément et Gilmer que nous présentons aujourd’hui à nos lecteurs, n’a comme nouveauté que sa disposition très portative et par suite très pratique.
- Parmi les différents moyens indiqués par la chimie pour la préparation de l’oxygène, on a toujours recommandé comme étant le plus pratique, la décomposition du chlorate de potasse par la chaleur; pour faciliter le dégagement du gaz on fait un mélange de trois parties de chlorate pour une de bioxyde de manganèse. C’est le procédé qui est employé ici et l’on trouve des gâteaux comprimés formés du mélange ci-dessus et faits spécialement pour la dimension des cornues. Celles-ci sont au nombre de quatre, fermées par un couvercle avec vis de pression et réunies par le même tube de dégagement. Au-dessous d’elles coulisse sur deux rails une lampe à alcool L qui, automatiquement, se place successivement sous chaque cornue à mesure des besoins.
- 1 Yoy. n° 1125, du 22 décembre 1894, p. 51.
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- Tout le système est monté sur une plate-forme que supporte la partie supérieure (l’un sac S destiné à recevoir l’oxygène; des guides O, au nombre de trois assurent l’ascension régulière de la plate-lorrne à mesure que le sac se gonfle. Une caisse A en tôle est remplie au trois quarts d’eau pour laver l’oxygène et forme en même temps le poids nécessaire pour comprimer le sac, afin d’assurer le passage du gaz dans le chalumeau lorsqu’on ouvre le robinet!).
- Le fonctionnement de l’appareil est très simple : après avoir chargé les quatre cornues avec les gâteaux préparés, ou à leur défaut avec le mélange de chlorate et bioxyde qu’on a fait soi-même, on les ferme hermétiquement au moyen des vis de pres-
- sion et on allume la lampe sous la cornue n° 1. Au bout d’un quart d’heure environ on entend barboter l’oxygène dans le laveur ; il entre par le tube Epour en ressortir par le tube II et l'on voit monter tout le système, soulevé qu’il est par le sac qui se remplit de gaz.
- On }»eut alors commencer à allumer la lanterne. Nous avons dit que la provision de la première cornue étant épuisée, la lampe vient se mettre automatiquement sous la seconde. A cet effet elle est placée sur un petit chariot qui porte un barillet P et qui coulisse sur les rails M; un ruban d’acier qui s’enroule sur le barillet est attaché au support placé vers M, de sorte que le chariot est sollicité à se dé-
- Appareil portatif auto-générateur (l’oxygène.
- placer de la cornue n° 1 à la cornue n° 4 ; mais il est retenu sous le n° 1 par un laquet Y qui vient buter contre l’arrêt B. Cet arrêt constitue une sorte d’échappement à ancre et la tige qui le porte est solidaire d’un bras R qui lui est perpendiculaire. Ce bras porte à son extrémité un galet qui suit un guide T; dès que le sac a reçu à peu près toute la quantité de gaz que peut produire la cornue, il soulève assez la plate-forme pour que le galet dépasse la tige T; c’est alors que l’arrêt B bascule, laissant passer le taquet Y qui va buter contre l’arrêt suivant, sous la seconde cornue. Comme on continue à consommer de l’oxygène le sac baisse peu à peu et le galet reprend sa position contre la tige T; ce n’est qu’au bout d’un quart d’heure environ que le gaz commence à se produire dans la cornue n° 2 et sou-
- lève à nouveau le sac, et ainsi de suite jusqu’à la dernière cornue.
- Le chalumeau peut fonctionner ainsi pendant une heure et demie ; mais si l’on veut prolonger la séance on a largement le temps de recharger les cornues avant que la {(révision du sac ne soit épuisée. Les liges qui servent de support ou de guide se démontent et tout le système tient dans une caisse qui mesure O"1,54 de long sur 0m,45 de large et 0m,25 de haut.
- Nous avons essayé récemment cet appareil, qui a fonctionné à notre entière satisfaction ; conjointement avec le saturateur oxyéthérique, il permettra de faire des projections dans les pays les moins
- civilisés. G. Mareschai..
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- YOITURETTES AUTOMOBILES ET TOITURE ELECTRIQUE
- En signalant à grands traits dans notre numéro du 2 janvier les nouveautés automobiles du quatrième Salon du cvcle, nous constations le succès des voitu-
- rettes, en promettant de présenter celles qui avaient reçu le baptême de la rue, ainsi que le coupé électrique de M. A. Darracq. Nous tenons aujourd’hui
- notre promesse en reproduisant ici, d’après des photographies, quelques-uns des types de voiturettes d’agrément et de tourisme, et en donnant plus de détails sur la voiture électrique, qui constitue une
- Fig. 3. — Voiture Mors.
- ou moins favorables. Nous n’en saurions dire autant de bon nombre d’autres automobiles exposées au Salon du cycle, et c’est avec raison que l’on demande la création, aux Salons futurs, d’une piste d’essai moyennement accidentée, afin de permettre aux visiteurs d’apprécier la'valeur des véhicules autrement que par l’aspect séduisant de leur étincelante carrosserie.
- nouveauté sensationnelle dans le domaine à peine frayé de l’automobile.
- Toutes ces voitures ont fait leurs preuves, et nous les avons toutes vues rouler, dans des conditions plus
- Fig. 4. — Coupé électrique Darracq.
- Voiturette Morel. — Les évolutions de cette mignonne victoriette, dans le stand même de l’inventeur, l’ont vite rendue populaire parmi les visiteurs. Ce petit quadricycle ne pèse que 120 kilogrammes, et peut transporter deux personnes sur des routes peu accidentées : c'est le type de voiture de promenade, pour des excursions de quelques
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- heures par de belles journées de printemps ou d’été.
- On retrouve dans la construction de la victoriette la plupart des dispositifs mécaniques qui ont fait le succès des bicyclettes pliantes du capitaine Gérard. Le moteur, disposé sous le siège, est identiquement celui du tricycle à pétrole de MM. de Dion et Bouton que nous avons décrit dans notre numéro du 12 décembre dernier. M. Morel lui a seulement ajouté un changement de vitesse constitué par une transmission intermédiaire formée de deux poulies coniques reliées par une courroie. La courroie déplacée à volonté sur les cônes permet de faire varier la vitesse entre deux limites extrêmes, suivant les difficultés du terrain. Un guidon de bicyclette sert à commander la direction. Ce guidon se place sur le côté gauche lorsque la voiture transporte deux personnes, et au milieu lorsqu’elle ne reçoit qu’un seul voyageur.
- Le véhicule est très élégant, très coquet et très séduisant : nous craignons seulement qu’il soit un peu léger pour supporter deux personnes sur une route a peine médiocre, et que le moteur soit insuffisant pour le service qu’on lui demande, car les pédales ont été supprimées ; il ne faut donc plus compter sur l’appoint que pourrait apporter la puissance humaine. L’expérience nous apprendra si ces craintes sont exagérées.
- Voiturette Richard. — Parmi les nombreux types de voiturettes exposés au Salon, celle présentée par M. Georges Richard (fig. 2) attirait tout particulièrement l’attention par ses proportions harmonieuses, par l’impression nette de juste milieu entre les voiturettes d’appartement et les voitures d’excursion, de voyage et de course qui ont fait le succès d’autres marques. La voiturette en ordre de marche pèse un peu moins de 300 kilogrammes et peut fournir une étape de 120 kilomètres sans renouvellement de la provision d’essence. Elle est actionnée par un moteur à quatre temps système Benz, à allumage électrique, bien connu de nos lecteurs. Nous avons eu l'occasion de faire une promenade dans Paris sur cette voiturette, par un temps déplorable, et sur les voies les plus encombrées, et nous avons pu constater combien la manœuvre en est simple et facile. Presque tout le poids portant sur l’arrière-train, une femme ou un enfant peut soulever l’avant-train et faire faire demi-tour au véhicule sur place, dans le cas où cette manœuvre serait nécessaire pour se tirer d’un mauvais pas.
- Sans présenter grande nouveauté, la voiturette Richard nous paraît, par ses proportions et des dispositions de détail dont l’exposé sortirait de notre cadre, réaliser le type auquel aspire le touriste qui veut passer partout sans être cependant atteint de célérité, la maladie à la mode chez les chauffeurs, et qui se contente de 25 à l’heure en palier.
- Voilure Mors. — L’automobile exposée par M. Mors se classe, par son aspect, son poids et ses dimensions, à la limite indécise qui sépare les voiturettes des voitures, mais plus près des voitures proprement dites. C’est le véhicule du touriste en passe d’être atteint de célérité et de devenir avaleur de
- kilomètres. Il est principalement caractérisé par les dispositions du moteur et le mode d’allumage. Le moteur est à quatre cylindres disposés par paires, et inclinés à angle droit l’un par rapport à l’autre dans chaque paire. Les boutons de manivelle sur lesquels agissent les pistons de chaque paire de cylindres sont en opposition, c’est-à-dire décalés de 180°. 11 résulte de cette combinaison que l’arbre moteur reçoit deux impulsions par tour, que l’un des cylindres travaille à la compression pendant que l’autre produit son travail utile, et que le couple moteur est sensiblement constant, ce qui supprime presque complètement les trépidations caractéristiques des moteurs à essence de pétrole pendant l’arrêt, lorsque les transmissions sont débrayées. L’allumage se produit dans chaque cylindre en utilisant l’extra-courant de rupture d’un circuit inductif alimenté par un accumulateur très léger, utilisé seulement pour la mise en marche. Dès que le moteur est en mouvement, le courant nécessaire à l’allumage est fourni par une petite dynamo d’une puissance suffisante pour éviter tout raté d’allumage. La voiture, montée sur pneumatiques, comme les précédentes, offre un confortable très apprécié et permet, grâce à la puissance du moteur et à la réserve d’essence qu’il renferme, d’accomplir de longs trajets à des vitesses qui peuvent atteindre et dépasser 50 kilomètres par heure.
- Voiture électrique de M. A. Darracq. — Nous quittons ici le domaine du véhicule léger pour entrer dans celui des véhicules lourds, très lourds même, puisque le coupé électrique pèse plus d’une tonne et ne peut utilement véhiculer que deux personnes, plus le cocher. Cet inconvénient, qui constitue une des plus grosses objections soulevées jusqu’ici contre la voiture électrique, est contrebalancé par tant d’avantages que nous persistons à croire à son succès définitif — et prochain —- pour la locomotion à l’intérieur des grandes villes, partout où le rechargement des batteries d’accumulateurs ne présente pas de difficultés.
- L’essence de pétrole sera réservée aux voitures de tourisme et de commerce, l’énergie électrique actionnera les fiacres et les voitures de maîtres, dans tous les cas où l’économie passera avant le luxe — incomparable et éternel — d’un magnifique attelage de chevaux. Mais ce n’est pas le moment de revenir sur ces considérations générales si souv#t développées ici même, et nous devons nous borner aujourd’hui à décrire le nouveau véhicule de M. Darracq, qui tient à la fois du coupé par la forme générale de sa caisse, et du cab par la position de son conducteur. La caisse repose sur des ressorts montés sur un châssis très rigide en tubes d’acier, et ceux-ci reposent à leur tour sur les essieux de quatre roues en bois garnies de caoutchouc. La direction de la voiture s’obtient à l’aide d’un long levier passant au-dessus du toit de la voiture et agissant sur les roues d’avant montées sur un système d’essieu dit brisé.
- La voiture est brillamment éclairée par deux lan-
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- ternes électriques disposées de chaque côté, une troisième devant et au milieu, et une quatrième à l’intérieur. Ces lanternes s’allument à volonté en agissant sur des boutons placés à l’intérieur de la voiture.
- L’énergie électrique est fournie par une batterie de 40 accumulateurs Fulmen disposés dans deux caisses placées l’une à l’avant, l’autre à l’arrière de la voiture. Ces accumulateurs, couplés invariablement en tension, ont une capacité de 125 ampères-heure au débit normal de 25 ampères, mais ce débit peut être notablement dépassé dans les démarrages et les côtes. Le poids de la batterie est de 400 kilogrammes. La charge des accumulateurs exige un potentiel final de 100 volts, à raison de 2,5 volts par élément, on peut donc effectuer cette charge sans trop grande perte sur les réseaux de distribution à 110 volts.
- Le courant fourni par les accumulateurs actionne un moteur électrique à 4 pôles excité en dérivation, avec induit à double enroulement. Le commutateur unique manœuvré par le conducteur, et combiné d’une façon analogue à celui des contrôleurs de tramways électriques, effectue automatiquement, dans l’ordre nécessaire et voulu, toutes les connexions entre les résistances de démarrage, de réglage, de vitesse et de couplage des induits en tension ou en dérivation pour obtenir la mise en train, le freinage et l’arrêt, sans que le conducteur ait autre chose à faire qu'à tourner la manette dans un sens ou dans l’autre. Un inverseur spécial permet de réaliser éventuellement la marche en arrière lorsque cette marche est nécessaire.
- Pour éviter les à-coups du démarrage et le débit excessif, anormal, que produirait ce démarrage, on a intercalé entre l'axe des roues et la commande du différentiel une série de ressorts qui se compriment et donnent au moteur le temps de se lancer avant le plus léger déplacement de la voiture; le couple résistant est nul et croît progressivement avec la compression des ressorts. Grâce à ce dispositif, les accumulateurs sont bien ménagés* et le démarrage se produit presque insensiblement.
- Le freinage se fait généralement par récupération. En effet, si le moteur est excité au maximum et les deux induits montés en tension, il suffit que la voiture roule à demi-vitesse pour que la force contre-électromotrice du moteur dépasse celle des accumulateurs : ce moteur fonctionne alors comme une dynamo, il recharge les accumulateurs, récupère utilement l’énergie au lieu de la gaspiller en frottement sur les bandages et les sabots du frein ordinaire. On obtient une action plus énergique en fermant l’induit en court circuit, tout en laissant les inducteurs excités. Le passage de la marche à l’arrêt ne peut se faire qu’en passant par les positions intermédiaires correspondant aux deux modes de freinage électrique. Chaque arrêt fournit donc une récupération élémentaire. Dans le cas où les circuits seraient accidentellement coupés, un frein de secours purement mécanique manœuvré au pied assure de son
- côté un arrêt rapide, mais on ne l’utilise qu’en cas d’urgence.
- La batterie de 400 kilogrammes permet d’obtenir, sans rechargement, une marche effective de cinq heures, à la vitesse d’environ 12 kilomètres à l’heure, très suffisante, souvent même excessive à l’intérieur des villes.
- Avec les progrès possibles et prévus dans la capacité et le débit des accumulateurs, il sera possible de réduire le poids, ou d’augmenter un peu la vitesse et la durée. Dès que l’on atteindra 80 kilomètres de parcours et 16 kilomètres par heure de vitesse moyenne — et l’on y est presque — la voiture électrique donnera satisfaction à toutes les exigences raisonnables, et pourra occuper sa place ai? premier rang des véhicules automobiles pratiques dans les grandes cités. Le coupé-eab de M. A. Dar-racq est un de ceux qui ont le mieux fait entrevoir cet avenir prochain et plein de promesses, dont se réjouissent déjà — en espérance — les directeurs de stations centrales de distribution d’énergie électrique. En effet, vendre le courant jusqu’à minuit pour l’éclairage, et de minuit à midi pour la recharge des voitures électriques, c’est le rêve d’aujourd’hui, la réalité de demain. E. Hospitalier.
- LE DANGER DES FEGX BLANCS
- POUR LES SIGNAUX DE CHEMINS DE FER
- On a déjà, en Amérique et en Europe, très souvent remarqué que l’emploi des feux blancs pouvait présenter des dangers pour indiquer la voie libre sur les chemins de fer, spécialement quand des maisons habitées se trouvent tout près de la ligne : rien n’est plus facile pour un mécanicien que de confondre alors la lampe placée à une fenêtre avec un feu de signal. A ce point de vue spécial, on peut trouver un remède au mal en plaçant sur les mâts, de signaux deux feux qu’on doit toujours voir dans la même position relative ; notons d’ailleurs que la méthode est loin d’ètre généralement suivie. Mais le danger est plus grave, il peut se présenter dans des conditions tout autres. La vitre d’un signal rouge peut être brisée d’une façon fortuite, ou même du fait d’une personne malintentionnée, d’un enfant : alors le feu rouge devient immédiatement feu blanc, un train arrive, il doit considérer la voie libre, et il continue sa route. Un accident épouvantable peut en résulter : nous ne sommes point dans le domaine de l’imagination, mais dans celui des faits, car tout dernièrement un déraillement s’est produit à Boston par suite de la rupture d’une vitre de signal; d’autre part, il y a un an, une catastrophe fort grave a eu lieu sur le « Chicago and West Michigan Railway » pour une cause identique, et nous pourrions retrouver d’autres exemples probants. Supposons au contraire que les feux verts soient exclusivement employés pour indiquer la voie libre ; si une vitre de lanterne rouge est cassée, le mécanicien est forcé de comprendre que la voie ne lui est point ouverte et tout accident est évité. Cette transformation s’impose tellement que les grandes compagnies anglaises ont récemment dépensé des sommes énormes pour modifier dans ce sens les feux de tous leurs signaux.
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- LA NATURE.
- LA GROTTE DE LA MOUTflE
- La grotte de la Mouthe est située au hameau de la Mouthe, — d’où le nom que je lui ai donné, — commune de Tavac, canton de Saint-Cyprien, arrondissement de Sarlat, département de la Dordogne.
- Elle se trouve à l’altitude de 193 mètres, soit à 123 mètres au-dessus du niveau de la voie ferrée qui passe à 3 kilomètres environ de là, — cote de la station des Eyzies (chemin de 1er de Périgueux à Agen). — Elle est au sommet d’une colline boisée, d’où la vue s’étend à une assez grande distance. Creusée naturellement dans le coniacien supérieur (crétacé supérieur), elle s’ouvre par une haie demi-circulaire, large de 10m,95 et haute de 3 mètres dans sa partie la plus élevée, au bord, en partie boisé, d’une sorte de cirque peu profond, cultivé généralement en vigne et maïs, et dont le plus grand diamètre ne dépasse guère 180 mètres. Elle est précédée d’un petit plateau, descendant en pente douce vers le fond du cirque et dont le niveau était, le jour où je l’ai visitée pour la première fois, le même à peu près que celui de la grotte à l’entrée, par conséquent, à 6 ou 7 mètres au-dessus dudit fond. Enfin le hameau de La Mouthe, dont elle dépend, est à 300 mètres à peine du seuil de la grotte. L’orientation de celle-ci est Est-sud-est et la roche, dans laquelle elle est percée, est constituée, d’après mon très honoré maître, M. F. Fouqué, de l’Institut, par un calcaire grenu, très peu cohérent et très impur; elle est mélangée d’argile et contient des grains de quartz.
- A dater du moment où j’ai entrepris l'étude de la grotte de la Mouthe, je l’ai explorée, à quatre reprises différentes, en pratiquant une première tranchée, pour me rendre compte de la longueur de la grotte, et du milieu à traverser, reconnaître la ou les époques successives auxquelles la grotte avait été habitée, constater l’authenticité des dessins qui m’avaient été signalés comme gravés sur ses parois, en découvrir d’autres, s’il en était, prendre l’estampage tout au moins de quelques-uns d’entre eux, si possible, et déterminer l’époque ancienne ou moderne à laquelle ces gravures paraissent remonter. Les résultats de ces
- quatre premières campagnes, ont été les suivants. La grotte était encore, — à mon arrivée à la Mouthe, le 24 juin 1895, à partir du point où l’ouverture, semblable à celle d’un four, avait été découverte, — obturée presque jusqu’à la voûte. Cette ouverture, demi-circulaire, mesurait seulement, en effet, 37 centimètres dans sa plus grande hauteur et 62 centimètres de largeur. La figure n° 1 montre l’entrée de la grotte en 1895, fermée par un mur en pierres sèches. Le sol était, sur une hauteur que j’ai pu évaluer à 30 centimètres environ, celui d’un foyer néolithique.
- Une première coupe du terrain, pratiquée de haut en bas, à l’entrée, m’a permis de constater que la grotte avait été habitée par l'homme — l’homme préhistorique seul, du moins dans la partie vierge de toutes fouilles — à deux époques distinctes : aux temps néolithiques et à l’époque quaternaire, géologiquement parlant. En effet, la couche superficielle est exclusivement formée par des foyers de cendres et de charbon, qui renferment, avec un certain nombre de silex taillés, des ossements d’animaux appartenant à l’époque géologique actuelle, de nombreux fragments de poteries grossières, primitives, et des ossements humains, dont quelques-uns paraissent provenir d’un seul et même sujet. Cette couche repose immédiatement sur une stalagmite plus ou moins épaisse, qui la sépare très nettement de foyers beaucoup plus anciens, comme le prouve la faune dont j’ai recueilli, dans ce second milieu, un certain nombre de restes, dès mes premières recherches (Ursus spelæus, Hyæna, Taran-dus rangifer, etc.). Dans cette même couche, j’ai trouvé aussi de nombreux silex taillés, dont plusieurs burins, — quelques-uns très épais, — des armes et des instruments en os, parmi lesquels je citerai une aiguille très bien faite, très fine, presque entière et remarquable par sa longueur : elle mesure, telle qu’elle est, 18 centimètres de long. J’ai découvert également, dans ces mêmes foyers, quelques os gravés de traits, ainsi que des dents percées (canines de cervidé, canines de petit canidé), pour être portées comme bijoux ou amulettes. Mais je n’y ai trouvé ni poteries, bien entendu, ni silex polis, ni, jusqu’à présent, d’ossements humains.
- Fig. 1. — Vue de l’entrée de la grotte de la Mouthe, en 1895.
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- A une faible distance de l’ouverture de la grotte, le gisement néolithique cesse complètement, laissant la stalagmite à découvert. Par contre, les foyers quaternaires persistent, mais en général, moins riches qu’à l'entrée, leur coloration est moins noire, ils revêtent une teinte rouge sombre qu’ils empruntent aux argiles auxquels ils sont plus ou moins mêlés. Plus loin encore, ce ne sont plus, à proprement parler, de véritables foyers, mais c’est la couche d’argile plus ou moins pure, parfois comme sableuse, qui renferme çà et là, avec les restes de la même faune quaternaire, des silex taillés. Enfin, en certains points, notamment à 61 mètres de l’entrée, on trouve de véritables accumulations de restes d’ours, des dents d’hyène et de nombreux coprolithes du même animal. La grotte de la Mouthe a donc été, de par l’ensemble des objets qu’elle m’a fournis jusqu’à ce jour, non seulement habitée par l’homme préhistorique à deux époques très distinctes, mais encore elle a été, à un moment donné, un véritable repaire d’ours, et l’hyène des cavernes y a aussi séjourné ou tout au moins y a fait des incursions à plusieurs reprises et de plus ou moins longue durée.
- C’est le H avril 1895 que les premiers dessins, gravés sur les parois de la grotte, ont été aperçus par mon correspondant de Tayae, M. G. Berthou-meyrou, lequel, sur ma demande, avait pénétré dans ladite grotte aussi loin qu’il lui avait été possible de le faire, malgré l’étroitesse du passage, étroitesse telle, avant l’établissement de la tranchée, que l’on ne pouvait avancer que lentement et en rampant. Or, ces dessins non seulement ne sont pas apocryphes, mais aujourd’hui, après une minutieuse étude, ils ne paraissent pas laisser de doute sur leur ancienneté, quelques-uns des traits gravés se prolongeant sous la stalagmite qui les recouvre.
- La tranchée que j’ai fait commencer au mois de juin 1895 et poursuivre depuis lors à chacune de mes campagnes, et toujours sous mes yeux, est aujourd’hui parvenue à 147 mètres de l’entrée de la grotte. Elle est actuellement ouverte sur une largeur et une hauteur à peu près suffisantes pour que l’on puisse passer presque partout debout, sans être obligé de se courber, si ce n’est dans la partie terminale. Mais, arrivé en ce point, j’ai constaté que
- l’on pouvait pénétrer au delà, sur une nouvelle longueur de soixante-dix mètres environ, mais seule-1 ment en rampant sur le ventre, tant la stalagmite se rapproche de la voûte.
- Sur plusieurs points de ce nouveau parcours, le marteau a mis à découvert des os et des dents soudés dans la stalagmite. Mais à cette distance de 220 mètres environ, le passage se rétrécit tellement qu’il est impossible de le franchir sans briser les stalactites ou la stalagmite qui l’obstruent.
- Quant aux dessins que j’ai pu étudier et qui sont la découverte la plus importante faite dans la grotte de la Mouthe, puisqu’ils font de celle-ci une grotte unique en France, du moins jusqu'à ce jour, ils sont de deux ordres : les uns consistent en de simples gravures au trait, faites sur les parois mêmes et la voûte de la grotte; les autres en des gravures du même genre, mais dont certains traits ont été passés à l’ocre, revêtant ainsi une teinte rouge brun plus ou moins foncée; enfin un troisième genre de dessins est plutôt une sorte de striage de la roche, dont les traits ont été coloriés delà même manière, plutôt qu’une gravure véritable. Les premiers et les seconds représentent uniquement des animaux. Ils sont gravés en creux à même la roche,pour laplu-part assez superficiellement, de sorte que l’estampage en est souvent fort difficile. Je citerai un bison et un autre animal, dont le train de derrière semble être celui d’un bovidé, tandis que la tête, malheureusement un peu fruste, paraît être celle d’un cheval à la crinière courte et hérissée. Equidé ou bovidé, cet animal, dont la figure 2 nous montre le dessin gravé sur le parois de la grotte à 95 mètres de l’entrée, ne mesure pas moins, de l’extrémité du museau, assez effilé, à la pointe de la queue, dirigée un peu obliquement de haut en bas, de lm,88 de longueur. La photographie a pu en être obtenue après maints essais par un savant géologue de Périgueux, M.' Ch. Durand, grâce à un éclairage de 140 bougies et à une pose de quatre heures et demie.
- La faune, dont j’ai recueilli divers débris, comprend des insectivores, des carnivores, notamment les genres Ursus, Canis, Hyæna; des rongeurs, dont le Castor; des pachydermes (Equus, Sus); des ruminants (Cervus, Bos, Capra) et principale-
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- ment le Renne ; des reptiles, genre Ranci ; des oiseaux de plusieurs espèces ; quelques rares invertébrés, les uns terrestres comme Yllélix, les autres marins comme les genres Patelin, Nassa (la Nassa nerilea, dont j’ai parlé plus haut). Je dois aussi une mention particulière à une pièce des plus rarement trouvées, je crois, dans les cavernes quaternaires de la France, habitées par l'homme', je veux parler d’un fragment de dent paraissant provenir d’un Hippopotame. Je dois aussi signaler un morceau de dent de Rhinocéros.
- Tels sont, sommairement résumés, les principaux résultats des fouilles que j’ai commencées au mois de juin 1895 et que j’ai poursuivies depuis lors jusqu’au mois de septembre 1896. Emile Rivière,
- Sous-Directeur de laboratoire au Collège de France. —
- FREIN ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
- Nous avons assisté, samedi dernier, à des expériences entreprises sur la ligne de l’Ouest, entre Paris et Mantes sur un nouveau système de frein continu imaginé par M. Chapsal. On sait que pour unifier les freins employés en France, l’administration a imposé le frein Westinghouse à air comprimé. C’est ce frein, avec de légères variantes, qui fonctionne sur toutes nos lignes. Il est puissant et il a fait ses preuves. Cependant son emploi est moins satisfaisant quand le nombre des voitures est grand. Lorsqu’on forme un train de plus de 15 voitures, les sabots des freins actionnés par le conduit d’air n’opèrent plus le serrage que peu à peu et d’autant moins vite que le wagon est plus éloigné de la locomotive. Il faut en effet plus de trois secondes pour que l’action de l’air parvienne jusqu’en queue du train. De là des réactions gênantes pour les diverses voitures et les voyageurs reçoivent quelques petits chocs désagréables à chaque arrêt du train. Au début de l’emploi des freins continus, en 1878, les réactions étaient telles, que souvent sur la ligne de Ceinture, Paris-Champ-de-Mars, les voyageurs assis sur les banquettes d’arrière étaient brutalement projetés sur les voyageurs d’avant. Depuis, les effets ont été très atténués, mais enfin, on les constate encore quelquefois quand le train est long.
- De plus, avec les freins actuels, si une rupture se produit dans la conduite d’air, le train se trouve par cela même bloqué, car tous les freins sont serrés à la fois. Il faut stopper forcément, et attendre que l’on ait desserré à la main, et le frein est hors d’état de servir, jusqu’à la station où il sera possible de placer un nouveau tuyau sans fissure. 11 faut marcher avec une extrême prudence.
- Sans parler des détails, on voit que le système employé presque partout présente certains défauts. La modification étudiée par M. Chapsal depuis un an et réalisée aujourd’hui les font complètement disparaître. On se rappelle le principe du frein Westinghouse. Une conduite d’air comprimé à 4 atmosphères passe sous tous les wagons, et par un mécanisme intermédiaire installé sous chaque voiture fait serrer les sabots qui appuient sur les jantes, aussitôt qu’on fait baisser la pression. Quand la pression de l’air est normale, les sabots sont éloignés des jantes, quand elle diminue, les sabots frottent. Bref, il s’agit d’une transmission mécanique par air comprimé. M. Chapsal a eu l’idée d’actionner encore les freins par un courant électrique indépendant de la conduite d’air
- comprimé. Le courant ouvre une valve de sortie de l’air et directement fait baisser la pression de 4 atmosphères à 2 atmosphères et même moins et par suite détermine le jeu des sabots. Donc deux commandes indépendantes des freins.
- L’action électrique étant instantanée, les freins entrent en fonction aussi vite en queue qu’en tète ; l’arrêt est régularisé et les réactions de voiture à voiture supprimées. Enfin, s’il se produit une fissure dans les tuyaux d’air, le courant électrique permet toujours de fermer la valvule de sortie de l’air des petits réservoirs installés sous chaque voiture; aussi le train se débloque, reprend delà vitesse, et s’il faut s’arrêter, le courant ouvre les réservoirs, et les freins obéissent. On peut produire le freinage encore 4 à 5 fois même après rupture de la conduite d’air. C’est un résultat considérable pour la sécurité de marche.
- Pendant les expériences, on a examiné tous les cas de la pratique. On a freinété simultanément par l’air et par l’électricité. On a ralenti par l’électricité seule; on a supposé une rupture de la conduite, ce qui a amené un arrêt. On est reparti avec le courant seul et l’on a serré les freins électriquement à la station suivante, etc., etc. On est ainsi bien plus sùr de la conduite d’un train, parce que l’on possède deux moyens distincts d’agir à distance sur tous les freins; si l’un ne fonctionne plus qu’imparfaitement, l’autre reste à la dis position du mécanicien et réciproquement. Le train d’essai comportait J8 voitures; on a marché à 75 kilomètres à l’heure et les arrêts ont été d’une douceur remarquable. Le nouveau frein électro-pneumatique est très ingénieux et paraît d’une grande efficacité. Nous nous contentons de mentionner les essais de samedi. Nous reviendrons prochainement avec plans et dessins sur sa description complète. La question est d’un intérêt général.
- Henri de Parville.
- CHRONIQUE
- La profondeur des mers. — D’après les Peter-inann's mittheilungen de mars 1896 (p. 69), le Pacifique nord ne détient plus, avec ses 8516 mètres, le record des profondeurs océaniques : en 1895, le vaisseau de guerre anglais Pingouin a trouvé dans l’océan Pacifique sud, entre les îles Fidji et la Nouvelle-Zélande, les trois énormes creux de 9184 mètres, 9413 mètres et 9427 mètres. Ainsi les dépressions de l’écorce terrestre dépassent en hauteur, par rapport au niveau de la mer, les plus grands de ses reliefs connus, puisque le Gaurisankar dé l’Hima-laya n’a que 8840 mètres d’altitude. Il est vrai qu’on n’a pas encore réfuté formellement la prétendue existence de sommets de 9 à 10000 mètres, que certains voyageurs disent avoir aperçus très loin au nord du Gaurisankar.
- Poids atomique du magnésium. — M. le Professeur Richards et, M. Parker, du « Harward College » viennent de rendre compte à l’Académie américaine des sciences de leurs expériences destinées à étudier à nouveau la détermination du poids atomique du magnésium. On sait que M. Marignac a donné pour cet élément, en 1884, le chiffre de 24,37 comme moyenne d’un grand nombre d’essais très concordants. L’exactitude de cette valeur a été entièrement confirmée par MM. Richards et Parker. La méthode employée consiste à analyser le chlorure de magnésium. On préparait ce sel avec de grandes précautions, en chauffant le chlorure double d’ammonium et de magnésium dans un courant d’acide chlorhydrique
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- sec ; puis on le transportait dans un tube à pesées, sans qu’il pût être exposé à l’humidité, et on précipitait le chlore par le nitrate d’argent. Les résultats de quatre séries d’expériences très concordantes ont fourni comme moyenne le chiffre de 24,562 en prenant pour l’oxygène celui de 16,ou de 24,179 en donnant à l’oxygène une valeur de 15,88.
- Sirènes à air comprimé. — On vient de remplacer tes sirènes à vapeur du phare situé à l'embouchure de la Clyde, en face de Donoon, par des appareils à air comprimé. Le motif de cette modification réside dans l’économie de temps qu’on peut réaliser sur celui qui est nécessaire à la production de la vapeur, quand un brouillard se produit subitement. La compression de l’air s’opère à l’aide de moteurs à pétrole. L’ensemble de l’installation comprend deux sirènes, l’une de 0m,125, l’autre de 0m,150, placées dans une tour spéciale construite elle-même sur le rivage près du phare ; à la suite on a construit le bâtiment des machines, qui comprend trois moteurs Campbell, comprimant l’air dans un réservoir à lke,75 par centimètre carré. Ce réservoir sert à l’alimentation des sirènes. Deux machines suffisent pour fournir le volume d’air dépensé, et la troisième est en réserva.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 janvier 1897. — Présidence de M. Cmatix.
- Combinaison de l'argon et de l'hélium.— M. Bertbe-lot annonce qu’il est parvenu à réaliser la combinaison de l’argon et de l’hélium, sous l’influence de l’effluve électrique. L’appareil employé est extrêmement sensible et permet d’apporter, dans la mesure des volumes, une approximation de 1/500 de centimètre cube. La réaction des deux gaz est fort lente et M. Berthelot, bien que l’ayant prolongée pendant 180 heures, ne l’a pas laissé épuiser. Il estime qu’il faudrait 400 heures pour que la réaction produise tout son effet. Malheureusement il n’a pu disposer que de volumes très faibles, 15 centimètres cubes, de telle sorte qu’au bout de 180 heures le volume se trouvait tellement réduit que l’appareil ne permettait plus de constater les variations de volume. M. Berthelot croit que si on pouvait opérer sur des volumes considérables d’argon et d’hélium, on obtiendrait des combinaisons binaires simples.
- Les chaleurs spécifiques. — On admet que les gaz simples possèdent des chaleurs spécifiques identiques; or, les gaz doivent en réalité, à ce point de vue, être répartis en quatre classes. La première classe comprend l’oxygène, l’hydrogène et l’azote dont la chaleur spécifique à pression constante est 6,8, et à volume constant 4,8. La différence correspond au travail extérieur de dilatation. Le rapport des deux chaleurs spécifiques est de 1,41. Un deuxième groupe comprend l’argon, l’hélium, le mercure (et sans doute aussi le cadmium) pour lesquels le rapport des chaleurs spécifiques est 1,66. Un troisième groupe comprend le chlore, le brome et l’iode, dont les chaleurs spécifiques sont 8,6 et 6,6 correspondant à un rapport de
- I, 50, rapport que vérifient des expériences sur la vitesse du son. Ce groupe est en quelque sorte intermédiaire parce qu’à partir de 1600° à 1800° la densité de ces gaz diminue et que, par suite, la loi de compressibilité n’est plus applicable. Enfin le quatrième groupe comprend le phosphore dont les chaleurs spécifiques à pression constante et à volume constant sont respectivement 13,4 et
- II, 4 avec un rapport de 1,17.
- Radiographie médicale. — Après M. Bouchard qui a appliqué la radiographie au diagnostic des maladies des organes thoraciques, voici M. Potain qui a réalisé une application des plus heureuses de la radiographie. Il s’agit cette fois de la goutte. La radiographie de la main montre des cercles clairs, qui indiquent manifestement une transparence du tissu osseux beaucoup plus grande sur certains points, bien qu’aucune lésion ne soit apparente. Les variations d’intensité lumineuse des images sont effectivement dues d’ailleurs au tissu osseux car elles ont été obtenues avec des mains détachées de cadavres et dépouillées de tout tissu. Quelle est la nature de cette altération? La radiographie va fournir la réponse : c’est la substitution, dans le tissu osseux, de l’urate de chaux au phosphate de chaux. Des expériences comparatives permettent en effet de constater que l’urate de chaux laisse passer, sous une épaisseur huit fois plus grande, la même quantité de rayons que le phosphate de chaux.
- Comparaison des durées d’oscillation de deux pendules. — M. Lippmann a imaginé un procédé nouveau de comparaison des durées d’oscillation de deux pendules, au moyen de l’étincelle électrique. Le procédé actuel de comparaison par la méthode des coïncidences n’est pratique qu’à la condition que les deux pendules aient des durées d’oscillation quelque peu différentes, parce que, dans le cas contraire, les coïncidences ne se reproduisent qu’à des intervalles beaucoup trop longs. La méthode de M. Lippmann garde un caractère de sensibilité extrême, tout en écartant cet inconvénient des grands intervalles de temps. L’un des pendules A est muni d’un circuit électrique actionnant un relai qui permet de produire des étincelles synchrones. On éclaire avec celles-ci le second pendule B et on observe, au moyen de cet éclairage, un index fixé à ce pendule. L’index oscille dans le champ d’un microscope à micromètre. Si les deux pendules avaient rigoureusement la même durée d’oscillation, l’image de l’index apparaîtrait fixe. Mais si le pendule B a une durée d’oscillation différente, quelque faible que soit la différence, l’image se déplace dans le champ du microscope. Au bout d’un certain temps, 100 secondes par exemple, dans une expérience de M. Lippmann, l’image peut avoir avancé d’une division du micromètre, et ce déplacement correspond avec le microscope employé à une durée de 1/600 000. Par la méthode des coïncidences, il faudrait prolonger la durée des oscillations pendant six à sept jours pour pouvoir effectuer la comparaison de deux pendules présentant une aussi faible différence de durée d’oscillation. M. Lippmann arrive même, par un agencement d’expérience très ingénieux, à opérer la comparaison en faisant intervenir la photographie.
- Élection. — L’élection d’un membre dans la section d’anatomie et zoologie, en remplacement de M. Sappey, donne les résultats suivants : au premier tour de scrutin M. Filhol obtient 20 suffrages; M. Vaillant, 10; M. Johan-nès Chatin, 16; M. Dareste, 4; M. Mathias Duval, 3; M. Giard, 10. Au second tour de scrutin, M. Filhol est élu par 30 voix confire 22 données à M. Chatin et 4 à M. Giard.
- Varia. — M. Benoît a recherché la loi de transparence des gaz pour les rayons X; il a trouvé que si l’on considère les gaz à la même température et à la même pression, les opacités sont proportionnelles à la densité des gaz. Ch. de Yilledeuil.
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- LA N VT U HE.
- LE NÉOGRÂPHE
- Le confort moderne est fait de l’accumulation de petites commodités où se complaît l’ingénieuse imagination de nos inventeurs et l’on peut dire que ceux-ci ne sont jamais en retard pour trouver de nouvelles dispositions pratiques. Nous accueillons volontiers tout ce qui peut nous éviter la peine de lever le petit doigt. La déliance — parfois justifiée — où nous tenons nos contemporains, n’est pas sans avoir fait naître, en particulier, un grand nombre d’appareils de contrôle ; et, en dehors de ce sentiment où la prudence a sa part, les gens soucieux du bon ordre de leurs affaires cherchent à assurer l’enregistrement en quelque sorte automatique de tout ce qui se passe chez eux. C’est sans doute en songeant à ces gens bien ordonnés qu’un inventeur a imaginé le petit appareil auquel il a donné le nom euphonique de Neographe et que je veux décrire en deux mots. Il consiste en un petit pupitre qu’on pose sur une table ou qu’on accroche à un mur (fig. l). Deux fentes transversales en haut et en bas de la tablette. Par la fente inférieure, je vois émerger deux bandes superposées de papier sans fin; ces bandes de papier proviennent d’une bobine A cachée dans les flancs du pupitre et sur laquelle elles sont enroulées ensemble (fig. 2) : c’est dire qu’elles se déroulent également ensemble, lorsque je tire la première, que je pose sur la tablette pour enfiler son extrémité dans la fente supérieure, d’où elle va s’enrouler sur un petit tambour-magasin B. Sur cette première bande, nous plaçons une feuille de papier à décalque retenue dans des rainures latérales, et par-dessus nous rabattons la seconde bande de pnpier dont l’extrémité est libre, au delà d'une réglette a bascule F dont le poids suffit à la main-
- tenir. v\insi disposé, l'appareil est prêt à fonctionner.
- Avons-nous une note à prendre, une facture à donner, un phonogramme à enregistrer? 11 suffit d’écrire sur le papier tendu devant nous ; grâce au papier à décalque, l’écriture est fidèlement reproduite sur la bande inférieure. Tournons la molette
- G qui termine l’arbre du tambour - magasin : cette bande inférieure vient s’y enrouler, entraînant la bande supérieure qui vient poser sur le pupitre une nouvelle partie blanche, tandis que la partie écrite file en dehors de la réglette. Celle-ci présente une arête en lame de couteau sur laquelle nous déchirons nettement la note ou la facture qui vient d’être enregistrée pour la remettre à l’intéressé.
- Ainsi, sans qu’on s’en occupe autrement, toutes les opérations de la journée se trouvent enregistrées, et il suffit de fermer le pupitre à clef pour que
- l’employé lui-même ne puisse pas toucher à ce témoin incorruptible : contrôle efficace et automatique.
- Les applications d’un semblable appareil sont des plus variées ; elles sautent aux yeux, sans qu’il soit bien nécessaire de les énumérer longuement.
- On comprend aussi tout l’intérêt de cet appareil dans une grande maison de commerce ou une grande fabrique pour faire le soir un résumé de toutes les opérations effectuées dans la journée. Elles ont toutes été fidèlement enregistrées dans l’ordre même où elles se sont produites et à l’heure où elles ont eu lieu. Le bilan d’une journée peut être établi très rapidement et sans aucun tâtonnement. Il n’était pas superflu de faire connaître cette invention pratique. G. Bkthuys.
- Le Gérant : P. Masson
- Fig. 2. — Détails intérieurs de l’appareil.
- Paris. — Imprimerie Laiiuhe, rue de Fleurus, ‘J.
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- Xe 1255. — 50 JANVIER 1 897.
- LA NATURE.
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- LÀ CATASTROPHE DE KILLÀRNEY
- (IRLANDE
- Il il été question ici même1 des éruptions de vase qui se manifestent parfois au sein des tourbières. On a rapporté là, d’après une étude spéciale de M. Klinge, ce que l’on sait de ce phénomène assez rare et attribué à diverses causes : absorption d’eau considérable par le marais, — explosions de gaz, — affaissements de couches de terrain, — effondrements de cavernes, etc.
- D’autre part, on observe plus fréquemment ce qu’on appelle les tourbière s flottantes, surfaces con-
- sidérables de marais tourbeux, détachées du fond auquel elles adhéraient, et emportées flottantes sur les rivières ou glissantes sur les pentes du terrain : effet produit par l’entrc-croisement des crevasses que déterminent soit les sécheresses prolongées, soit l’extraction mal conduite de la tourhe1.
- C’est surtout en Irlande, la terre classique de la tourbe, que surviennent ces accidents naturels, souvent désastreux, comme celui qui vient de coûter huit vies humaines, près de Killarney.
- Cette catastrophe paraît avoir présenté les caractères à la fois de la tourbière flottante et de l’éruption de vase, d'après les renseignements que nous devons à l'obligeance de M. le D1' Scharlf, proie
- Souches et racines d’arbres enfouies dans un bog. (D’après une photographie de M. R. Welck, de Belfast.]
- au Muséum of science and art de Dublin, et que nous allons résumer.
- Le lundi 28 décembre 1896, vers 2h 50 du matin, à 20 kilomètres à l'est des fameux lacs de Killarney (comté de Kerry, sud-ouest de l’Irlande), entre King-williamstown et Rathmore, sur le territoire de Knocknagree2, le Bog Haghanima (tourbière de la mule)3 creva soudainement et transforma en un irrésistible torrent de boue le petit ruisseau qui le traversait paisible. Comme un glacier qui s’écroule,
- 1 Yoy. n° 1155, du 20 juillet 1895, p. 127.
- 2 C’est au S. E. de Gastle Island et non Coste Island, comme le dit la mention sommaire faite à ce sujet dans La Nature du 9 janvier (n° 1252, p. 94).
- 3 V. la description du bog ou champ de tourbe irlandais dans mon article sur la CMe d’Anlrim (n° 1211 de La Nature, 15 août 1896, p. 167).
- 25e année. — 1er semestre.
- cette véritable avalanche emporta d'abord la maison du gardien d’une carrière de pierre à chaux : cet homme, Cornélius Donnelly (âgé de 44 ans), fut englouti avec sa femme (-40 ans) et ses 6 enfants (18 mois à 16 ans), ainsi que les victimes des catastrophes de l’Àltels en 1895 et de Saint-Gcrvais en 18922 ; son chien seul put échapper.
- Poursuivant sa course pendant des lieues, emplissant les lits creux des rivières, s’étalant sur leurs rives plates, se précipitant en bruyantes cata-
- 1 V. Kixahan. Valleys, fissures, fractures and faults, p. 10, Londres, Trubner, 1875, in-8°.— Reclus, Géographie, t. IV, p. 755. — Ouseley (Ralph), Moving of a bog in Gal-way, transact. royal Irish Acad. 1788.
- 8 Voy. n° 1170, du 2 novembre 1895 et n° 1158, du 25 mars 1895 (2e semestre 1892, passim).
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- ractes par-dessus tous les accidents de terrain, le fléau balaya des étables et des granges, détruisit le bétail et les récoltes, recouvrit les champs cultivés de plusieurs mètres de vase tourbeuse. La rivière d’Ownacree charriait dans la rivière Flesk (qui se jette dans le grand lac de Killarney), une pâte boueuse provoquant une énorme crue des deux rivières, l’arrêt d’une usine électrique et l’extinction des lumières dans plusieurs bâtiments de la ville de Killarney.
- C’est donc vers 2h 50 ou 5 heures du matin que plusieurs personnes, dans les environs, furent réveillées par un bruit fort et insolite ; d’autres prétendent n’avoir rien entendu; mais ce ne fut pas avant le lever du jour qu’on put comprendre ce qui s’était passé. Plusieurs maisons habitées virent le flot visqueux et ravageur arriver à moins de 2 mètres de leur seuil, et ne durent leur salut qu’à leur situation sur de légères éminences. D’autres habitations furent envahies par plus d’un mètre de boue. A 5 heures du matin, un garçon, nommé Daly, cheminait, en pleine nuit, dans ces parages, quand la route lui fut coupée par le torrent de boue : pendant deux heures il erra à travers champs, fuyant l’éruption qui s’étendait de toutes parts. Depuis longtemps la maison du gardien de carrière était rasée de fond en comble.
- La première terreur passée, on se mit à la recherche des cadavres des victimes, qui a été particulièrement difficile ; des hommes attachés avec des cordes sondaient, au moyen de fourches, la vase, où ils enfonçaient jusqu’au cou. Ils ont réussi à retrouver les corps de Cornélius Donnelly et de sa femme (le29 décembre) et celui de leur fils aîné (le 51 décembre) seulement, tous trois nus ou à peu près : les malheureux ont dû être arrachés de leurs lits et roulés par le torrent de vase. De pieuses obsèques leur ont été faites par toute la population des alentours.
- Le phénomène ne s’est pas borné à la phase éruptive : une portion de bog, mesurant 80 hectares de superficie et épaisse par place de 9 mètres, s’est mise en mouvement sur près d’un mile (1609 m.) de largeur ; pendant plusieurs jours elle est descendue lentement, parcourant environ 14 kilomètres, et déposant sur toute cette longueur et sur une largeur moyenne de 400 mètres plusieurs mètres de boueux linceul ; à des intervalles irréguliers il se détachait de son front de grosses masses de tourbe, et il s’en échappait des flots de vase qui se précipitaient vers les vallées et les rivières, balayant tout sur leur passage et entraînant des débris de toutes sortes jusqu’aux lacs de Killarney. Dans la journée du mardi 29 on avait établi un pont provisoire en un point favorable : pendant une heure ce pont servit à une active communication ; soudain il fut emporté par un jet de lave tourbeux qui faillit entraîner avec lui six jeunes gens. Le 51 décembre au soir le mouvement n’était pas arrêté, quoique tout péril immédiat eût disparu.
- Les dégâts atteignent réellement les proportions
- d’un désastre : routes coupées, ponts emportés, 50 hectares de bonnes terres stérilisées sous la tourbe boueuse, provisions de pommes de terre et bestiaux enlevés, étables et greniers démolis, instruments aratoires perdus, pêcheries de la rivière Flesk et de Killarney gravement compromises, enfouissement d’une carrière et d’un four à chaux qui assuraient le chaulage des terres environnantes, 52 familles (200 personnes) dépouillées de tout leur avoir et réduites à la plus profonde misère, tel est le bilan du ravage commis dans les domaines de lord Kenmare. Peut-être ne sera-ce pas tout encore, car une autre portion de tourbières, vaste d’environ 280 hectares, s’est crevassée et animée aussi d’un très léger mouvement de progression. Il est à craindre qu’un jour ou l’autre des pluies prolongées ne provoquent une répétition de la catastrophe. Cette redoutable perspective a fait déserter un grand nombre d’habitations. Le village de Gneeveguilla est dans la terreur.
- Le cataclysme est né sur un large plateau élevé d’environ 400 mètres au-dessus de la mer. Selon les uns, à la suite des pluies abondantes qui ont accru outre mesure le poids du bog, et ont fini par l’arracher complètement ; selon les autres par l’excessif approfondissement du fossé d’extraction de la tourbe le long du bord de la tourbière; selon d’autres encore, à cause du gonflement de cours d’eau souterrains qui auraient miné le sous-sol, cette dernière hypothèse étant basée sur l’existence d’un petit ruisseau souterrain dans la carrière que gardait le malheureux Donnelly. Dans les trois cas en somme, c’est à l’abondante précipitation atmosphérique des jours précédents qu’il faut en première ligne imputer le désastre. Certaines personnes prétendent avoir entendu dans le bog, durant la semaine avant Noël, des craquements sourds et prolongés. Toujours est-il que le lit du bog a été complètement mis à nu et qu’au lieu d’une plaine unie, au pied d’un amphithéâtre de collines, se voit maintenant un ravin de 6 à 15 mètres de profondeur. On croit que la masse a dû commencer par s’abattre en une gigantesque vague de 18 à 20 mètres de hauteur et 400 mètres de largeur, qui s’est peu à peu transformée en coulée visqueuse ; on y voyait flotter, parmi les objets arrachés aux maisons et aux champs, les grosses racines d’arbres morts depuis des siècles et qui, comme le montre notre gravure, sont enchâssées dans les tourbières et ramenées au jour par l’exploitation.
- Une fois de plus ce sinistre, qui frappe si cruellement un pauvre district de la malheureuse Irlande, est de nature à attirer sérieusement l’attention sur l’étude trop négligée des infiltrations souterraines.
- La Société royale de Dublin vient d’envoyer sur place une commission scientifique, chargée de rechercher les causes du fléau : puisse-t-elle découvrir le moyen d’en prévenir la répétition!
- E.-A Martel.
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- LA NATURE.
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- MOTEUR ROTATIF A VAPEUR FILTZ
- Les moteurs rotatifs présentent de grands avantages sur les moteurs alternatifs. Ils n’ont pas de point mort, ne nécessitent aucun volant et se mettent immédiatement en marche ; leur rotation détermine peu de trépidations, de légères fondations sont donc suffisantes.
- Jusqu’ici, il a été surtout construit des turbines à vapeur. Il nous suffira de citer le turbo-moteur Parson en usage dans la marine de guerre et la turbine de Laval.
- MM. Filtz inventèrent, il y a quelques années, un moteur rotatif à vapeur et à détente dont une description a déjà été donnée ici1. Cette machine venant de subir une transformation complète, il nous paraît utile, en raison des avantages des moteurs rotatifs, d’attirer l’attention sur ce nouveau modèle. Dans cette machine, la vapeur agit par sa pression, elle se détend même pendant une certaine période. Le moteur, quoique à commande directe, est susceptible d’allures lentes, de changement de marche, ce qui permet de l’adopter, non seulement pour la conduite des pompes centrifuges, des dynamos, mais aussi pour la traction des voitures ou la propulsion des bateaux. Il convient d’ailleurs pour toutes les applications industrielles, puisqu’on a construit des machines de ce système depuis 2 jusqu’à 100 chevaux. La figure 1 est une vue d’ensemble.
- En principe, l’arbre du moteur M reçoit son mouvement de rotation d’un plateau P (fig. 2, nos 3 et 4) traversé par deux palettes A et B, diamétralement opposées, sur lesquelles agit directement la vapeur. Ces palettes A et B, qui forment piston, traversent à frottement doux le plateau P dans deux fentes ménagées à cet effet. Dans le mouvement de rotation du plateau P, elles prennent par rapport à celui-ci un mouvement alternatif sous l’influence de deux rampes hélicoïdales qui les guident.
- Entrons maintenant dans les détails de construction du moteur dont nous venons d’indiquer brièvement le principe. Les nos 3 et 4 de la fig. 2 représentent schématiquement des vues intérieures de l’appareil, le n° 5 est une coupe horizontale faite suivant le plan inférieur du plateau P.
- Un cylindre creux, vu en coupe sur les figures, est fermé par deux fonds fixes f et f présentant chacun la forme de deux rampes hélicoïdales tournant l’une à droite, l’autre à gauche et se raccordant suivant deux génératrices, l’une inférieure ab, l’autre supérieure cd. Ces fonds sont traversés dans des presse-étoupes par l’arbre moteur M qui porte une pièce P. Cette sorte de plateau repose à frottement doux sur la génératrice inférieure a'b' du fond f' et sur la génératrice supérieure cd du fond f. La pièce P partage ainsi le cylindre creux en deux parties dans le sens de la longueur. Un dispositif spécial assure
- 1 Voy. n° 1034, du 25 mars 1893, p. 261.
- l’étanchéité le long des génératrices sur lesquelles repose le plateau. On voit sur la fig. 2, n"2, que la coupe de P affecte en réalité la forme d’un double T. Cette forme est nécessaire pour que la vapeur ne puisse passer d’une face du plateau sur l’autre. La pièce 1*, qui n’est pas susceptible d’un déplacement longitudinal, étant maintenue par les fonds suivant a'b' et suivant cd, peut recevoir un mouvement de rotation autour de son axe.
- Comme nous l’avons déjà dit, elle est percée de deux fentes suivant un diamètre. Ces ouvertures livrent passage à deux palettes A et B ayant comme hauteur l’écartement des fonds dd! et comme largeur la distance cd. Ces palettes s’appuient nécessairement sur les rampes hélicoïdales directrices ; d’autre part, leurs arêtes verticales frottent l’une sur l’arbre, l’autre sur la surface intérieure du cylindre, elles forment donc cloisons étanches à la vapeur. Une garniture particulière permet de conserver l’étanchéité malgré l’usure et de rattraper le jeu produit. L’espace compris de chaque côté du plateau est ainsi partagé par les droites de contact a'b', cdet les deux palettes A et B en trois parties.
- Les orifices de vapeur o et o' (n° 5) débouchent dans les fonds de chaque côté des droites a'b' et cd. Immédiatement après la ligne de partage — dans le sens du mouvement — se trouve l’orifice o d’admission qui est très court, de l’autre côté est ménagé l’orifice d’évacuation o' qui est très allongé. L’admission, l’évacuation de la vapeur sont réglées directement, sans organe de distribution, par le passage des palettes devant les orifices. La vapeur agit sur les palettes, les pousse et les force ainsi à glisser sur les rampes hélicoïdales en entraînant le plateau et, par suite, l’arbre dans leur mouvement de rotation seulement. Pour comprendre le fonctionnement de l’appareil il. suffit de considérer ce qui se passe d’un des côtés du plateau, l’appareil étant symétrique par rapport à la pièce P. Considérons, par exemple, la partie inférieure (n° 5).
- Aussitôt que la palette A a découvert l’orifice d’admission o, la vapeur agit sur elle à pleine pression. La vapeur emprisonnée entre A et B se détend en poussant à la fois les deux palettes. Mais la surface utile de A de ce côté du plateau étant plus petite que la surface utile de B, comme il est facile de le voir sur les nos 3 et 4, l’action sur B 1’emporte. Dans la troisième case, entre B et la ligne de partage cd du plateau sur le fond, la vapeur s’échappe par l’orifice d’évacuation o'. Cet orifice doit être ménagé dès la ligne ef suivant laquelle le£ surfaces de A et de B deviennent égales, car si cette disposition n’était pas prise, la vapeur agirait à contre-pression. Lorsque B a dépassé ef, la vapeur vive tend seule à faire tourner l’arbre.
- D’après une théorie mathématique établie par M. R. Guyot-Sionnest, ingénieur civil des constructions navales, la force motrice varie du simple au double et la détente est égale à 3/2. Cette faible détente correspond à une médiocre utilisation de la
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- LA NATLlHE.
- vapeur, aussi M. Filtz a-t-il été amené à construire sur le même principe des moteurs à détente multiple ayant leurs plateaux montés sur le même arbre.
- Les fonds des cylindres sont alors décalés, ce qui régularise le couple moteur. Un assez grand nombre de moteurs de ce nouveau système ont été construits et sont en service; nous citerons en particulier un moteur de 70 chevaux pouvant développer jusqu’à 100 chevaux.
- Quelques moteurs sont à changement de marche, mais la vapeur agit assez mal dans ces conditions, à cause de la forme de l'orifice
- d’évacuation qui devient orifice d’admission et de la compression qui en résulte. Cet inconvénient est de
- peu d’importance dans l’application du moteur Filtz aux voitures et aux bateaux, la marche arrière n'étant qu’accidentelle.
- Pour terminer nous donnerons quelques indications sur les moteurs construits. Un moteur de o chevaux à cylindre unique pesant 28 kg. développe cette puissance à 1200 tours par minute pour un diamètre de 94- millimètres, la pression d'admission étant de G kilogrammes. Pour la même pression, un moteur compound dont
- Fig. 2. — N”' 1 à a. Détails des diverses pièces du moteur.
- les cylindres ont respectivement pour diamètre 550 millimètres et 600 millimètres donne 40 chevaux à 500 tours par minute, il pèse 1200 kilogrammes et son encombrement est moindre que 1 mètre cube. La
- consommation peut descendre à 9 ou 10 kilogrammes par cheval-heure pour machine compound marchant
- à condensation, Louis Turgan.
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- LA NATURE.
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- IA RIVALITÉ DES COURS D’EAU 1
- Comment deux cours d’eau peuvent-ils être rivaux? N’est-ce pas un paradoxe de se servir d’une telle formule, quand on voit chaque rivière si bien assujettie à un cours invariable, obligée de couler sur les points les plus bas de sa vallée, et séparée de ses voisines par des crêtes que les géographes nous ont appris à considérer comme inviolables sous le nom de lignes de partage? Loin d’être jamais en antagonisme, les cours d’eau ne nous apparaissent-ils pas bien souvent comme complices, lorsque à de certains moments ils semblent s’entendre, dans une infernale conspiration , pour se venger, en débordant partout, des obstacles que l’humanité, par les endiguements et la culture, oppose à leur libre expansion?
- Et pourtant c’est bien une véritable concurrence qui règne entre toutes les rivières. Chacune d’elles est un outil acharné à la destruction de la terre ferme, et dans ce travail c’est à qui arrivera le plus vite. Tant pis pour l’instrument moins actif que son voisin. Il verra peu à peu son domaine se restreindre; ses affluents seront, les uns après les autres, emmenés en captivité, et un jour viendra où le cours d’eau mutilé, vingt fois amputé, souvent obligé de changer du tout au tout le sens de son écoulement, ne sera plus qu’une suite de tronçons isolés, dont une étude sagace pourra seule reconstituer l’ancienne continuité.
- Le mécanisme de cette action est des plus simples. En vertu de la loi qui règle le fonctionnement de toutes les puissances naturelles, un cours d’eau doit tendre vers la conquête de l’équilibre stable ; c’est-à-dire qu’il lui faut un lit tellement disposé qu’en chaque point, la puissance vive de l’eau en mouvement soit presque exactement contre-balancée par le frottement du fond. Cela ne peut être réalisé que si la courbe du lit est continue. De plus, comme la
- 1 Sous ce titre original, M. de Lapparent a fait, le 18 décembre 1896, à la Société de géographie, une conférence dont nous l’avons prié de donner un résumé à La Nature, en raison de la nouveauté du sujet.
- vitesse s’accélère avec la descente, et que la masse de l’eau augmente constamment par les affluents, il faut que la pente diminue sans cesse jusqu’à l’embouchure, où elle doit être rigoureusement nulle.
- Aussi, quel qu’ait été à l’origine le profil du terrain, il faut que, prenant pour niveau de base son débouché dans la mer, chaque fleuve entaille son lit pour se rapprocher peu à peu du profil d’équilibre. Dans les débuts, la courbe provisoire offrira des ressauts, correspondant aux parties les plus dures du terrain ; mais peu à peu le travail se régularisera, et, en même temps, le creusement ne cessera de progresser de l'aval à Vamont, à l’inverse
- de ce qu’on pourrait être tenté de croire a u premier abord (fig. 1).
- Cela étant, si deux cours d’eau AB et CD sont à l’œuvre sur les deux versants opposés d’une même crête E (fig. 2), l’arête de partage ne sera respectée que s’ils ont exactement la même puissance de creusement. Mais l’efficacité du travail dépend à la fois de la quantité de pluie qui alimente la rivière, de la chute verticale entre la crête et l’embouchure, enfin du degré de résistance du terrain. Ces éléments pouvant être très variables d’une
- rivière à une autre, celle qui est le plus favorisée pousse son creusement plus vite que sa voisine et finit par dépasser la crête commune, en obligeant la ligne séparative des eaux à une perpétuelle migration. Quand le travail est arrivé jusqu’à la rencontre du cours d’eau le plus paresseux, toute la partie haute DF de ce dernier se trouve capturée et dirigée vers le versant opposé à celui qui la recevait. Bien mieux, le creu^ment continuant, la portion FG est à son tour conquise au profit de AF et obligée de changer de pente, en même temps que le reste GC’, considérablement appauvri, coule désormais dans un sillon disproportionné avec son importance.
- De tels accidents ont été on ne peut plus fréquents dans l’histoire des rivières. C’est ainsi que la Moselle, qui autrefois se jetait dans la Meuse à Pagny, a été capturée au profit de la Meurthe par un affluent de cette dernière, qui aboutissait à Frouard à un niveau inférieur à celui où la Moselle coulait alors à Toul. Seulement, par cette capture trop ambitieuse
- Profil d’eqi
- Niveau de base
- Fig. 1. — OABCD, profil initial (lu terrain ; 01, 0II. OUI. profils successifs du lit en voie de creusement.
- Coupe verticale. £
- Niveau de base sup‘
- Niveau de base inférieur
- Coupe verticale et plan
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- LA NATURE.
- d’un cours d’eau plus puissant qu’elle-même, la Meurthe a perdu son nom à partir de la rencontre. De la même manière, ce qu’on appelle aujourd’hui la rivière de l’Aire n’est autre chose que l’ancien cours supérieur de la Bar, conquis par un affluent de l’Aisne, qu'un niveau de hase inférieur favorisait. Cet affluent, poussant son creusement jusqu’à Grand-pré, s’est emparé, non seulement de la haute Bar, devenue l’Aire, mais d’une partie de la moyenne Bar, obligée maintenant de couler en sens inverse de sa pente originelle, sous la forme des ruisseaux de l’Agron et du Briquenay. Enfin, en Champagne, le marais de Saint-Gond, près de Sézanne, résulte de la décapitation infligée au Petit-Morin par deux affluents de l’Aube et de la Marne, qui ont d’ailleurs fait subir le même traitement, l’un au Surmelin, l’autre au Grand-Morin1.
- Toutes les fois qu’unc crête montagneuse tombe beaucoup plus brusquement d’un côté que de l’autre, les cours d’eau du versant rapide ont, sur ceux de la pente opposée, un avantage considérable. Si, par surcroît, la cbute de pluie est plus forte sur le même versant, il n’en faut pas davantage pour que les cours d’eau entament la ligne de crête par des gorges plus ou moins profondes, et reportent l’arête de partage des eaux fort loin en arrière, sur une chaîne beaucoup moins importante que celle qui a été franchie.
- Ainsi la chaîne culminante de l'Himalaya tombe presque d’un seul jet vers la plaine gangétique, à peine différente du niveau de la mer, et il s’abat de ce côté des pluies exceptionnelles. Aussi les affluents du Gange, pour développer leur courbe d’équilibre, ont-ils dû creuser dans la crête des gorges de 3000 mètres. Il en résulte, d’un côté, que les cimes culminantes semblent parfois complètement isolées de toutes parts, ce qui leur imprime une majesté particulière; de l’autre côté, que le partage des eaux s’opère en arrière, au pied de quelque ride qui semble insignifiante relativement à la chaîne principale.
- De même, grâce à une chute brusque de près de 5000 à 6000 mètres, et malgré la rareté relative des pluies, les rivières qui descendent du Pamir et du Kouenlun pour se perdre dans le Tarim ont fortement entaillé les crêtes culminantes, capturant en arrière, au profit de leur bassin, des territoires qui originairement devaient en être indépendants.
- 11 n’est pas de carte géographique bien faite qui, étudiée à la lumière de cette notion nouvelle, ne raconte en foule les épisodes si variés de la grande lutte des cours d’eau. Ainsi la géographie physique devient une histoire, encore plus riche en récits de victoires, de conquêtes, de destructions, que ne peut l’être l’histoire de l’humanité*. A. de Lapparent.
- 1 C’est à un géographe américain, M. Morris Davis, qu’est due la révélation de ces derniers épisodes de la géographie française.
- * Voir le développement de ces notions dans les Leçons de géographie physique de M. de Lapparent. Paris, Masson et C‘*, 1 vol. in-8\
- MARCHES RAPIDES
- Nous recevons de M. le Dr L. Le Pileur, fils du Dr A. Le Pileur, qui fit l’ascension scientifique du mont Blanc avec Martins et Bravais en 1844, l’intéressante communication suivante.
- Le numéro de La Nature du 19 décembre dernier contient la relation d’une marche de 100 kilomètres effectuée en vingt heures par deux officiers. Youlez-vous permettre à un de vos abonnés de vous faire le récit inédit d’une marche qui, à une époque où les sports étaient moins en honneur qu’aujourd’hui, n’a pas laissé pourtant de faire un peu de bruit dans un cercle d’intimes.
- J’avais vingt et un ans, ce qui excuse bien des folies, et j’avais parié faire 30 lieues en vingt-quatre heures sans jamais courir, mais avec toute liberté d’arrêt. Orléans fut choisi comme but de la course, mais comme cette ville est à 122 kilomètres de Paris, pour réduire la distance à 120 kilomètres, il fut convenu que je m’arrêterais au faubourg Bannier. Je n’avais comme entraînement qu’une grande habitude de la marche, encore depuis deux mois n’avais-je pas fait une seule course ; enfin je n’avais jamais parcouru cette route ni fait plus de 80 kilomètres.
- Le départ fut fixé au samedi soir 23 novembre 1861, et le jeudi je fus autorisé à aller à Étampes pour me dégourdir les jambes et voir le chemin que je comptais faire la nuit.
- Le jour du départ, je pris un léger repas à 5 heures, me couchai à 5 heures et demie et dormis profondément jusqu’à 10 heures et demie. Je revêtis alors une chemise de laine, un pantalon de laine léger, pas de gilet, une jaquette pouvant se croiser, chaussettes de laine très épaisses, forts souliers et guêtres embrassant le bas du pantalon, béret, et pris une canne. Rien dans les poches que l’espoir! A il neures je bus une tasse de chocolat au café de la Nouvelle Poste sur l’emplacement duquel s’élèvent maintenant les magasins de Pygmalion, et voulant faire bonne mesure à mes adversaires, au lieu de Notre-Dame, je pris comme point de départ la Tour Saint-Jacques, que je quittai à 11 heures et demie du soir. Un de mes amis, aujourd’hui grave officier ministériel aussi vaillant et bien portant que moi, m’accompagna jusqu’à Arpajon, où il monta dans la voiture qui me suivait portant parieurs et témoins. Je fus pris alors par une pluie pénétrante qui me poursuivit pendant plus de trois heures et ne me quitta qu’à Étampes, où j’arrivai à 7 heures et demie. Je déjeunai avec deux œufs et une grillade et repartis à 9 heures par très beau temps.
- AAngerville, où j’arrivai seulement à midi et demi, je trouvai un de mes oncles qui, prévenu, avait fait le matin 12 kilomètres pour me rejoindre, et, malgré ses quarante-six ans, m’accompagna le reste du temps, son parapluie sur l’épaule (on est marcheur dans ma famille).
- A Toury je me reposai quarante-cinq minutes et pris un verre de vin chaud.
- A Cercottes, je commençai à éprouver un peu de fatigue qui se traduisit par une soif vive à laquelle il fallait résister. La nuit était obscure, on ne voyait pas à dix pas; les gros pavés de la route, alors impériale, rendaient la marche incertaine et difficile et les bas-côtés étaient trop glissants pour qu’on pût les prendre. Ce fut le moment le plus pénible de la course, et cependant ma vitesse était extrême, car dans les deux dernières heures je fis constamment le kilomètre en huit minutes. Dans
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- LA NATURE.
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- une chaumière où je bus un verre d’eau, le seul, on me rendit courage en m’annonçant que ma tâche serait bientôt finie, et une demi-heure après, à 7 heures trois quarts, une file de maisons me donnait l’espoir d’avoir touché le but. En effet, un maréchal ferrant, dont la forge flambait, me réjouit le cœur en me disant que j’étais à Orléans, dont le premier réverbère était à cinquante pas. J’y allai attendre la voiture.
- Il y avait vingt heures un quart que j’avais quitté Paris, j’avais fait dans ce laps de temps 120 kilomètres, ce qui, en déduisant deux heures un quart d’arrêt, donnait pour dix-huit heures de marche une moyenne de 6km,666m à l’heure; elle avait été, de Paris à Étampes, de 7 kilomètres à l’heure; d’Étampes à Angerville de 5km,719m; d’Angerville à Orléans de 6km,769m-
- Je n’étais pas trop fatigué puisque je dînai de très grand appétit; il y avait douze heures que je n’avais rien pris qu’un verre de vin chaud. Le lendemain, après un sommeil de dix heures, j’allai visiter les sources du Loiret et rentrai à Paris... en chemin de fer.
- Le numéro du Sport de la semaine suivante rendit compte en trois lignes de ce fait-divers et plusieurs témoins aujourd’hui encore vivants pourraient attester l’exactitude de ce récit.
- Veuillez agréer, je vous prie, monsieur le Rédacteur, mes salutations les plus empressées. I)1' L. Le Pileuh.
- Paris, 20 janvier 1897.
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- L’ÂÉROSTATION MILITAIRE
- EN ALLEMAGNE
- Personne n’a perdu de vue le grand rôle joué par les ballons pendant le siège de Paris. On se rappelle encore qu’après la guerre on fit de nombreux essais pour arriver à résoudre le problème de la direction des ballons. On n’a certainement pas oublié les tentatives de direction imaginées par M. Hervé Mangon ; le grand ballon étudié par M. DupuydeLôme, mû à bras d’hommes; plus tard le ballon avec moteur électrique de MM. Tissandier, parti de l’avenue de Versailles ; enfin toutes les expériences de ballon dirigeable entreprises à l’établissement de Meudon-Chalais, sous la direction de MM. les capitaines Krebs et Renard, et poursuivies depuis par M. Renard. Le ballon La France s’est élevé de Chalais-Meudon par vent faible et est retourné à son point de départ. Seulement la puissance motrice a été reconnue trop faible pour lutter même contre des vents de vitesse de 8 mètres par seconde. Le moteur électrique est trop lourd. Depuis, M. Renard s’est appliqué à imaginer des moteurs plus légers et nous n’avons pas à révéler ici les derniers résultats obtenus.
- Les premiers essais d’aérostation militaire en Allemagne n’ont point été brillants. Le détachement aéronautique a été formé à Cologne, au mois d’août 1870, avec deux ballons, l’un de 1110, l’autre de 650 mètres cubes, achetés à l’aéronaute anglais Coxwell. Après avoir exécuté quelques ascensions captives, médiocrement réussies, devant Strasbourg, le 24 septembre, il est revenu devant Paris où il a été dissous le 10 octobre.
- Au lendemain de la guerre, en 1872, des expériences eurent lieu à Rerlin, mais la création d’un parc aérostatique militaire ne date que de 1874. Quatre officiers et un détachement de 29 hommes commandés par un cinquième officier, assisté de 4 sous-officiers, y ont été attachés. L’établissement possédait 4 ballons. L’année suivante, les aéronautes ont figuré dans les grandes manœuvres près de Cologne, où l’envahissement d’une place fut simulé.
- C’est seulement en 1886 que le détachement a obtenu une installation permanente à Tempelhof, près de Rerlin. Il était commandé par un major et se composait del capitaine, 2 lieutenants, 1 aéronaute et 34 soldats ou sous-officiers. Le matériel se composait d’un treuil à vapeur et d’un câble de 600 mètres de long, d’un générateur de gaz hydrogène et de 3 ballons. C’est dans cette même année que le détachement reçut le nom de détachement aéronautique et fut attaché au régiment des chemins de fer.
- En 1887, des expériences de tir furent exécutées à l’école d’artillerie, Le détachement reçut un uniforme spécial, et, dans les grandes manœuvres, prit part à un siège près de Mayence. En 1888, on se servit pour la première fois de l’hydrogène comprimé dans des tubes d’acier, système expérimenté avec succès dans l’armée anglaise. C’est à ce moment que des physiciens de la Société allemande de navigation aérienne commencèrent à participer aux ascensions militaires, ce qui n’a jamais cessé. En 1889, le détachement prit part aux grandes manœuvres du siège de Kustein et du 10° corps, en présence de l’empereur. En 1890, on essaya d’imiter les manœuvres de Toulon et Ton ajouta un ballon à un vapeur de la flotte. Cette même année, le gouvernement bavarois créa un parc aérostatique à Munich.
- Depuis ce moment, on peut dire que les ballon* militaires ont subi, comme en France, toutes les épreuves nécessaires, afin que Ton pût se rendre compte des divers services qu’ils sont appelés à rendre en campagne.
- C’est à la suite des expériences exécutées avec le 16° corps devant l’empereur en 1892, qu’en 1894 on essaya lê système des ballons cerfs-volants de M. Siegsfeld. Ces expériences, dont le but est de diminuer l’amplitude des oscillations de l’aérostat et de faciliter les observations, ne paraissent pas avoir donné de bons résultats. Cependant on les continue actuellement. Toutefois ces appareils bizarres ont été en état de figurer en 1894 dans les grandes manœuvres du 17e corps qui ont été exécutées devant l’empereur dans la Prusse occidentale.
- Les ballons normaux ont une capacité de 625 mètres cubes. Leur ravitaillement se compose de prolonges chargées de 20 tubes contenant chacun 7 mètres cubes de gaz sous pression de 200 atmosphères. L’étoffe est en soie caoutchoutée au lieu d’être vernissée comme chez nous. Le système français est préférable comme imperméabilité.
- Les soupapes étaient primitivement en métal comme celles des ballons militaires français, qui avaient naturellement servi de modèle. Les uns comme les autres ayant été plusieurs fois foudroyés, on a compris la faute commise et contre laquelle nous avions inutilement protesté à Paris. On emploie partout des soupapes en bois ou en caoutchouc durci.
- L’effectif du détachement aéronautique se composait en 1893 de 118 soldats, 6 sergents, 10 caporaux. Il était commandé par 1 major, 1 capitaine et 4 lieutenants.
- Des détachements sont attachés à différents corps d’armée. Celui d’Alsace-Lorraine en est certainement pourvu.
- Nous serions entraîné trop loin si nous entrions dans le détail des rapports des aéronautes militaires d’Allemagne avec les aéronautes civils. Nous ne pouvons que féliciter les uns et les autres de l’excellent exemple qu’ils donnent.
- Grâce à leur entente cordiale les physiciens de Berlin lancent leurs ballons sondes avec de l’hydrogène pur, qui ne coûte rien à personne, pas même à l’État ! En France les expérimentateurs payent et, par économie, sont bien obligés de se servir du gaz d’éclairage, inférieur à l’hydrogène pur. W. DE FOX VIELLE.
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- LA NATURE.
- LE NOUVEL HÔTEL
- DE IA SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANCE
- M. le Président de la République, accompagné de Mme F. Faure, de sa maison civile et militaire, de MM. les ministres du Commerce et des Colonies, etc., a honoré de sa présence la fête d’inauguration du nouvel hôtel de la Société des ingénieurs civils de France, qui a été célébrée le 14 janvier au milieu d’une affluence considérable d’ingénieurs et d’industriels membres de la Société et de leurs familles. A la veille d’achever sa cinquantième année d'existence (car elle date de 1848), cette puissante agglomération
- de toutes les forces du Génie civil français comprend près de 5000 membres ; elle se trouvait donc à l’étroit dans son ancien hôtel qui, construit en 1872, alors que le nombre des membres atteignait le chiffre de 1000, n’offrait plus les surfaces nécessaires ni pour les locaux destinés aux séances, ni pour les dégagements lors des assemblées générales, ni enfin pour la bibliothèque.
- L’emplacement choisi est situé rue Blanche et comprend une superficie totale de 700 mètres carrés. Les constructions couvrent 550 mètres. L’architecte, M. Delmas, ingénieur des Arts et Manufactures, professeur à l’Ecole centrale et ancien élève de l’École des beaux-arts, s’est efforcé de grouper les
- Fig..l, — Vue extérieure du nouvel hôtel de la Société des Ingénieurs civils de France.
- divers services dans un ordre rationnel. — Au sous-sol la machinerie et les archives ; au rez-de-chaussée le vestibule, ses annexes (logement du concierge et vestiaire) et la salle des séances, de façon à éviter l’encombrement dans l’escalier les jours de grande affluence; à l’entresol les locaux affectés au cercle (fumoir, salles de lecture) ; au premier étage, le secrétariat et la salle du Comité ; au deuxième étage, la salle de bibliothèque et les dépôts de livres ; enfin, au troisième étage, l’appartement du secrétaire général, ayant accès direct avec l’extérieur au moyen d’un escalier particulier qui dessert également les divers étages de l’hôtel.
- Ces dispositions sont nettement accusées par la façade sur la rue, que représente notre figure n° 1. Sa longueur est de 50 mètres. Au rez-de-chaussée,
- trois portes séparées par des colonnes donnent accès dans le vestibule. La large baie ainsi formée se continue jusqu’au troisième étage, et éclaire toute la partie centrale de la construction et les pièces principales donnant sur la rue. Elle comporte un remplissage en fer, et le grand arc qui la couronne s’appuie sur deux pylônes en pierre avec pilastres décoratifs au milieu desquels sont ménagées des ouvertures plus petites correspondant à des pièces de moindre importance. De chaque côté de la baie centrale se présentent, à chaque étage, trois fenêtres superposées percées dans la pierre. L’ensemble est d’un style sobre et parfaitement approprié à sa destination, comme aux habitudes professionnelles des membres de la Société.
- Le sous-sol comprend la salle des chaudières em-
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- LA NATURE.
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- ployées pour le chauffage, les poêles, les salles d’archives et de remisage pour le matériel, enfin celles qui contiennent la machinerie de l’ascenseur électrique, des monte-charges hydrauliques, du plancher mobile et du mécanisme du rideau en fer. Au rez-de-chaussée, le vestibule, qui offre une superficie de 125 mètres carrés, est divisé en deux parties par des piliers qui supportent le plancher supérieur. Il donne accès, par six portes susceptibles d’être démontées «à volonté, dans la salle des séances (fig. 2),
- qui occupe 525 mètres carrés et peut contenir 500 personnes assises. Son plancher est mobile; établi habituellement en pente, il est articulé à l'un de ses côtés suivant une ligne parallèle au vestibule. 11 est à peu près équilibré à l’autre extrémité au moyen de chaînes et de contrepoids. La différence d’équilibre est d’environ 1000 kilogrammes et il suffit de manœuvrer deux treuils conjugués pour vaincre cette résistance et amener le plancher dans une position horizontale. Lorsqu’il est arrivé à ce
- Fig. 2. — Vue de la salle des séancesjlc la'Société des Ingénieurs civils de France, le soir de l’inauguration.
- point, des supports verticaux réglables à l’aide devis permettent de le maintenir en place. On dispose ainsi à volonté d’un plancher en amphithéâtre pour les réunions d’ingénieurs, ou horizontal pour les réceptions mondaines. A proximité de la salle des séances se trouve une salle annexe de 100 mètres carrés, qui peut être réunie à la première et en est, à l’ordinaire, séparée par un rideau en tôle ondulée. Nous bornerons notre description à cette partie des locaux, qui est la plus en vue : les autres n’offrent d’ailleurs pas de disposition spéciale. Signalons toutefois à l’entre-sol une pièce pouvant former tribune
- en démontant les fermetures qui la séparent de la grande salle.
- M. Delmas a largement utilisé pour la construction des voûtes du sous-sol, du plancher et des voûtes du rez-de-chaussée, le ciment armé, qui, comme l’on sait, prend de jour en jour une importance plus considérable à cause de l’économie de son prix de revient et de la rapidité de sa mise en œuvre. Comme mode de décoration, le stuc forme les revêtements des murs du vestibule et de l’escalier d’honneur. Des mosaïques polychromes richement ornées constituent le sol du vestibule et les deux
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- LA NATURE.
- caissons de son plafond. Quant à la grande salle, elle est construite en tôle d’acier ; les murs mitoyens n’ayant pu être intéressés dans la construction, l’ossature est constituée par quatre grands arcs à âmes pleines qui supportent des plafonds surbaissés en verre, avec larges bandes de tôles découpées. Un second plafond vitré règne au-dessus des premiers, et l’espace intermédiaire reçoit l’air vicié qui y pénètre par les tôles découpées, avant d’être expulsé par une cheminée d’appel munie d’un ventilateur électrique.
- Le chauffage est opéré parle système à eau chaude sous pression, dit système Anceau. Dans la salle des machines, deux chaudières à feu continu peuvent être utilisées, soit ensemble, soit séparément, pour chauffer l'eau qui circule dans une canalisation à ailettes autour de laquelle est appelé l’air à distribuer ; l’air vicié est évacué par une série de gaines verticales qui sont également chauffées afin d’accélérer le tirage. La grande salle est chauffée par une chaudière à feu intermittent.
- L’éclairage, entièrement emprunté à l’électricité, comprend six lampes à arc qui desservent la grande salle et environ 5Û0 lampes à incandescence réparties dans les divers locaux.
- L’hôtel de la Société des ingénieurs civils de France a été commencé le 29 mars 4896; la première séance qui y a été tenue a eu lieu le 17 décembre 1896. Il n’a donc fallu que 262 jours pour élever cet important édifice qui fait honneur à l’architecte et à la Société. H. Mirbeau,
- Ingénieur civil.
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- LES CHEMINS DE FER
- DANS L’AFRIQUE DU SUD
- Ces régions qui sont à peine ouvertes à la civilisation et à l’immigration européennes, Bechuanaland, Rhodesia, cette fameuse Rhodesia qui est une création de celui qu’on a appelé le Napoléon du Cap, tous ces territoires se couvrent rapidement de voies ferrées qui en vont faciliter la conquête définitive et la pacification. C’est ainsi que le chemin de fer du Bechuanaland est actuellement achevé jusqu’à 260 kilomètres au delà de Mafeking, les terrassements sont même en bonne voie jusqu’à une distance de • 552 kilomètres. Et cependant les difficultés à vaincre sont énormes, spécialement par suite du manque presque absolu d’eau : chaque jour il faut faire venir de Mafeking et distribuer le long de la ligne, pour les hommes et pour les machines, 125 000 litres d’eau. Les progrès sont aussi rapides et aussi surprenants dans la Rhodesia. On a commencé dès 1892 une voie partant de Fontesville et se dirigeant sur Salisbury; les 116 kilomètres n’en ont pas plus tôt été terminés qu’un contrat a été passé pour prolonger encore cette ligne, ce qui représente une longueur de 189 kilomètres à travers le fameux district ravagé par la mouche tsétsé, qui empêche les transports au moyen des bêtes de trait ordinaires. Enfin, depuis, on a entamé l’établissement du chemin de fer Fontesville-Beïra, et les ouvriers sont déjà au travail sur la ligne Mafeking-Buluwayo. On ne peut se défendre d’un sentiment d’admiration véritable pour une pareille rapidité dans la mise en œuvre de colonies à peine naissantes. D. B.
- COMBATS DE NANSEN
- AVEC UN OURS ET UN MORSE
- Le vaillant explorateur Nansen raconte comme suit, dans le Daily Chronicle de Londres, les deux aventures les plus dramatiques survenues durant son voyage dans les glaces du pôle Nord. La première se produisit en juillet 1895, pendant sa marche avec Johansen vers la Terre de François-Joseph, et la seconde en juin 1896, lorsque les deux intrépides voyageurs faisaient route à travers cet archipel polaire1.
- Sous la patte d'un ours. — « Un jour, nous eûmes une aventure qui aurait pu être beaucoup plus sérieuse. Nous étions juste sur le point de traverser un chenal, au milieu de la glace, dans nos kayaks. Cela était généralement accompli en liant les deux kayaks ensemble sur la glace, ensuite en les mettant sur l'eau, et après en nous glissant, avec les chiens sur le pont, à la rame, à travers le chenal. Comme mon kayak arrivait à un coin de la banquise et pendant que j’étais occupé avec, Johansen se retourna pour tirer son kayak près de lui.
- « Subitement, j’entendis un bruit derrière moi, et me tournant, je vis Johansen sur le dos, avec un ours pardessus lui et tenant l’ours par la gorge. J’allais saisir mon fusil, qui était sur l’avant de mon kayak, mais au même moment, le bateau glissa dans l’eau, et le fusil avec. En déployant toute ma force, je tirai le kayak lourdement chargé de nouveau en haut; mais pendant que j’agissais ainsi, j’entendis Johansen observer tranquillement : « Il (( faut vous hâter si vous ne voulez pas arriver trop tard ». À la fin, je tirai mon fusil hors de son étui et me retournai net armé avec, l’ours étant juste en face de moi.
- « Dans la précipitation du moment, j’avais armé le canon droit, qui était chargé avec du plomb; mais la charge fit effet derrière l’oreille, et l’ours s’abattit entre nous. La seule blessure que Johansen avait reçue était une légère égratignure au dos d’une main, et nous continuâmes notre route, bien chargés de viande fraîche d’ours.... »
- Morse et kayak. — «... Une fois, mon kayak fut attaqué par un morse. Ces monstres avaient essayé à plusieurs reprises de nous détruire, en venant brusquement par-dessous et en attaquant le kayak par un coup violent, qui aurait pu aisément nous chavirer, mais iis n’avaient pas réussi jusqu’ici. Cette fois cependant, l’attaque fut plus violente. Le morse se précipita subitement contre mon kayak, et, mettant une nageoire sur le rebord, il essaya de le chavirer, et en même temps il promena ses longues défenses dans le fond, heureusement néanmoins sans me toucher. Je manœuvrai pour donner au morse un tel coup sur la tête avec ma rame, qu’il se leva droit hors de l’eau, faillit tomber sur moi, mais disparut le moment suivant aussi vite qu’il était venu.
- « L’eau se précipita dans le kayak par les longues fentes faites à la coque par le morse, et j’enfonçai rapidement. Ce n’est qu’au dernier moment que je vins à bout de pousser mon kayak sur un glaçon qui se prolongeait sous l’eau, et je m’échappai en sûreté de mon bateau sur la glace. Le lendemain fut employé à réparer le kayak et à sécher les vêtements, l’équipement, l’appareil photographique, etc..., qui étaient tout trempés d’eau de mer, quoique heureusement aucun mal réel n’eût été fait. » Jacques Léotard.
- 1 Vov. n° 1233, du 16 janvier 1897, p. 103.
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- LA NATURE.
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- LES VOIES DE TRAMWAYS
- Le public se rend bien compte, par les cahots qu’il éprouve, du mauvais état de certaines voies de tramways sur lesquelles il voyage ; ce dont il ne se doute pas, c’est qu’il en coûte souvent très cher aux Compagnies exploitantes, pour lui procurer des voyages aussi désagréables. Cela peut paraître paradoxal. Rien n’est pourtant plus exact et plus compréhensible.
- Lorsqu’une voie de tramway est en bon état, les voitures y circulent plus facilement que lorsque les rails sont usés et déformés; en d'autres termes, il faut dépenser plus de travail pour faire mouvoir une voiture sur une mauvaise voie que sur une bonne; et comme le travail, c’est de l’argent, il arrive, en fin de compte, que les Compagnies feraient une économie notable en donnant satisfaction aux justes exigences du public.
- Prenons un exemple.
- La voie des tramways funiculaires de State street, à Chicago, n’avait pas été réparée depuis de longues années ; elle était en très mauvais état; mais, d’un autre côté, les réparations devaient s'élever à près de 310 000 francs. Le directeur de la Compagnie, M. K. Bowen, était donc perplexe : devait il faire e'’cctuerces réparations tout de suite, ou était-il profitable d’attendre encore, une ou plusieurs années, que la voie fût complètement usée?
- Toute supposition, quand il s’agit de chiffres, conduit presque fatale.cent à des erreurs. M. Bowen résolut donc de faire une expérience préalable. Pour cela, il fit circuler une même voiture dynamométrique sur une voie nouvellement construite et sur le funiculaire de State street. 11 reconnut ainsi que sur celui-ci l’effort de traction, c’est-à-dire la force nécessaire pour faire mouvoir la voiture, était de 6,875 kilogrammes plus élevé par tonne que sur la voie neuve. Il fallait donc dépenser 6,875 X 1000 = 6875 kilogrammètres de plus pour remorquer une tonne sur une longueur d’un kilomètre. Or, le trafic annuel, sur la ligne de State street, est de 65 915 400 tonnes kilométriques; l’excès de travail résultant du mauvais état des voies était donc, par an, de 65 915 400x6875 kilogrammètres, soit 1 678 400 chevaux-heures aux jantes des roues, correspondant au double à peu près à la station centrale. Le prix de revient du cheval-heure aux jantes des roues est d’environ 10 centimes. La dépense supplémentaire s’élevait donc à la somme énorme de 167 840 francs par an! Encore, faudrait-il tenir compte de l’usure plus grande du matériel sur une mauvaise voie, et de la perte de recettes par mécontentement des clients.
- Les nouvelles voies qui ont éié posées dans State street a la suite de ces expériences, si intelligemment conduites par M. Bowen, dureront environ douze ans; l’ensemble des réparations a coûté, comme nous le disions plus haut, 310 000 francs. L’économie résultante sera par conséquent très considérable.
- Que de Compagnies pourraient agir de même, au grand profit de leurs actionnaires et du public !
- 11 suffirait de déterminer, par des essais à la voiture dynamométrique, quand la dépense en force motrice arrive à excéder l’intérêt des sommes nécessaires pour les réparations.
- Nous ne quitterons pas ce sujet sans décrire sommairement les nouvelles voies de State street; elles comportent plusieurs points nouveaux que l’expérience a suggérés à M. Bowen.
- Les roues des voitures de tramways sont légèrement
- coniques; la table de roulement des rails des anciennes voies était plate; il en résultait que les roues, au début, ne portaient sur les rails qu’en un seul point a (fig. 1 ) ; tout le poids du véhicule portait sur ce point, dont l’usure était très rapide ; les roues ne tardaient pas à se creuser auprès du boudin et étaient bientôt mises hors d’usage; leur remplacement coûtait fort cher. Il en était ainsi jusqu’à ce que les rails et les roues fussent usés de façon que, leurs surfaces s’épousant, l’usure fût plus régulière.
- La conicité des roues est nécessaire pour maintenir les
- i , t , i i
- Fig. 1 et 2.
- Diagrammes de roues portant sur des rails de tramways.
- voitures dans l’alignement; on ne pouvait songer à la supprimer. M. Bowen a donc été conduit à donner à la table de roulement, sur une partie de sa longueur, une inclinaison égale à la conicité des roues (fig. 2). De la sorte, l’usure des rails et des roues est très régulière, ce qui procure une économie très sensible dans l’exploitation. Il j’ésulte bien de cette disposition une série de glissements, par suite de l'inégalité des diamètres en différents points, tels que a, b et c, mais la puissance absorbée de ce chef et l’usure correspondante sont insignifiantes, eu égard aux avantages qu’on retire de cette pratique. L’excès de puissance qui en résulte n’est que de 0,025 cheval-heure par tonne kilométrique, avec un coefficient de frottement de 0,15. B faut remarquer que cette perte n’est qu’apparente, puisque, avec les anciens rails, l’usure ne tardait pas à amener un résultat semblable. G. Pellissier.
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- PÉNOMBRES ET ILLUSIONS D’OPTIQUE
- Une source lumineuse d'étendue suffisante, comme la flamme d’une lampe ou d’un bec de gaz, donne d’un objet opaque, sur un écran placé derrière, une ombre obscure, entourée d’une pénombre d’autant plus claire à l’œil que l’intensité de la lumière est plus forte. Introduisons progressivement un deuxième objet opaque entre la source lumineuse et le premier objet; son ombre paraît déformer et attirer à distance l’ombre du premier. L’ombre du doigt, par exemple, semble faire bourgeonner vers son extrémité l’ombre voisine d’un objet placé plus près de l’écran sur lequel se dessinent les silhouettes. Les apparences variées qu’on observe ainsi sont d’autant plus frappantes que la source lumineuse est plus intense. Elles sont très
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- LA NATURE
- belles à observer dans les ombres données par le soleil.
- L’explication se réduit à ceci : Si les dimensions de la source lumineuse diminuaient jusqu’à devenir comparables, par exemple, à celles d’un arc électrique, l’ombre du premier objet s’avancerait jusqu’aux limites de sa pénombre primitive et les contours de la silhouette seraient plus accusés. Or, le second objet introduit entre le premier et la source lumineuse masque une partie de la source supposée vue du bord du premier objet qui regarde le second. L’ombre de ce bord doit donc gagner sur la pénombre et s’étendre ainsi sur l’ombre du second objet; l’ombre du bord doit aussi présenter un contour plus net.
- L’ombre d'un*3 tige, sous l’influence d’un système de fentes placées entre la tige et la source, obliquement à la tige, à 45° de préférence, semble brisée en une série de segments (fig. 1), qui forment parfois une sorte de torsade. Avec deux systèmes de fentes l’un derrière l’autre, inclinés de 45° l’un sur l’autre, on peut obtenir deux systèmes de torsades croisées d’un curieux effet, etc....
- On peut nettement observer ces apparences sur le verre dépoli d’une chambre noire photographique, dont on a remplacé l’objectif par un diaphragme éclairé en lumière diffuse ; à l’intérieur de la chambre noire, on dispose les deux objets l’un derrière l’autre, par exemple une aiguille à tricoter, et, plus près du verre dépoli, un système de fentes découpées dans une carte de visite. On peut alors photographier les effets d’ombres ainsi produits. Les déformations d’ombres ainsi photographiées1 s’exagèrent quand l’augmentation de l’intensité lumineuse ou de la durée de pose font di-* minuer l’étendue des pénombres.
- Ü On peut obtenir une photographie semblable à celle que reproduil la figure 2, disposant dans la chambre noire une petite Couronne de carton en face du diaphragme, circu-
- 1 La photographie que reproduit la figure 1 a été obtenue en réalité dans des conditions toutes différentes, dans le but d’imiter des phénomènes de pénombres qui se passent dans l’œil même.
- laire éclairant, puis, plus près du verre dépoli, des aiguilles à tricoter maintenues parallèles à des distances convenables. Les ombres des aiguilles s’infléchissent en pénétrant obliquement dans la pénombre de la couronne assez étroite pour ne pas donner d’ombre. A l’intérieur du petit cercle de la couronne, l’ombre des aiguilles ne prolonge pas l’ombre extérieure. Il y a exception pour la tige centrale qui pénètre normalement à la couronne. L’aiguille de gauche se montre comme dédoublée dans la pénombre de la couronne; cela tient à ce que la couronne est assez étroite pour que l’ouverture éclairante du diaphragme, supposée vue de cette partie de l’aiguille, paraisse divisée, par la partie gauche de la couronne, en deux régions séparées, donnant deux ombres distinctes de l’aiguille.
- Les exemples précédents suffisent à montrer ce qu’il peut y avoir d’inattendu et de varié dans les déformations qu’une ombre présente au voisinage des ombres des objets antérieurs. Tous ces effets, si complexes soient ils, s’expliquent parfaitement par de simples considérations de rajons rectilignes et par les propriétés photométriques de la rétine ou de la plaque photographique, selon que les ombres sont observées sur un écran ou photographiées.
- Les mêmes effets se produisent avec les rayons X. Mais, par une erreur bien singulière, les divers physiciens qui ont observé des apparences de ce genre dans les ombres de Ront-gen les ont attribuées à des propriétés spéciales des rayons X. Or, ces phénomènes se produisent aussi avec la lumière et sont dus à la simple propagation rectiligne que les expériences les plus délicates n’ont pu jusqu’ici trouver en défaut avec les rayons X.
- 11 faudra donc désormais ne pas oublier que, dans une radiographie bien réussie, des déformations locales nettement accusées peuvent se produire, précisément dans les parties les plus nettes des silhouettes. G. Sagnac,
- Agrégé de physique, préparateur à la Sorbonne.
- Fig. 1. — Déformation de l'ombre d’une tige verticale sous l’influence d’uu système de tentes à 45°.
- Fig. 2. — Dédoublement et déformations des ombres de tiges dans la pénombre d’un anneau.
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- LA NATURE.
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- LES LàMPES k ÂRC EN YÂSE CLOS
- LAMPE A ARC DE M. L.-R. MARKS
- La pratique actuelle dans l’emploi des lampes à arc alimentées par les secteurs de distribution d’énergie électrique par courant continu, au potentiel de 110 volts, consiste à les grouper par séries de deux en tension et à laisser jaillir l’arc dans une atmosphère renouvelée, où la combustion des charbons se produit assez rapidement pour rendre nécessaire leur remplacement journalier. Ce renouvellement entraîne une double dépense, résultant de la consommation des charbons et surtout de la main-d’œuvre exigée par ce renouvellement.
- L’emploi de deux lampes solidaires présente aussi certains inconvénients dans les petites installations où l’on pourrait avoir intérêt à rendre les foyers indépendants, ce qui ne peut se faire, avec les lampes ordinaires, qu’en acceptant un gaspillage énorme d’énergie électrique, la seconde lampe devant être, dans ce cas, remplacée par une résistance équivalente.
- Une lampe à arc fonctionnant seule sur un réseau à 110 volts et n’obligeant à remplacer les charbons qu’après 150 ou 200 heures d'allumage, répondrait donc à un véritable besoin dans un grand nombre de cas particuliers, et c’est pour satisfaire à ce besoin spécial qu’ont été créées les lampes à arc enfermé qui, depuis environ un an, inondent le marché en Amérique, en Angleterre et en Allemagne. Le système particulier que nous allons décrire, connu en Amérique sous le nom de The Pioneer, est certainement le premier en date, car son inventeur, M. L. B. Marks, présentait les premiers résultats de ses recherches au Congrès national des Électriciens, tenu à Chicago en août 1895, sous le nom de lampe à arc incandescent. Dans ses premiers essais, M. L. B. Marks n’avait en vue qu’un accroissement de la fixité de la lumière et de la durée des charbons, aussi l’arc fonctionnait-il à 55 volts seulement. Dans la lampe nouvelle représentée ci-contre, l’arc absorbe 80 volts et la résis-
- tance additionnelle 50 volts, ce qui le met dans des conditions d’utilisation de l’énergie électrique sensiblement équivalentes à celles résultant de l’emploi de deux arcs en tension avec le système ordinaire.
- La lampe à arc en vase clos de M. L. B. Marks, représentée ci-dessous, ne diffère des lampes à arc ordinaire que par l’adjonction d’un petit globe intérieur en cristal opalin en forme d'œuf dans lequel les gaz résultant de la combustion des charbons restent enfermés, grâce au couvercle supérieur qui forme un joint presque absolument hermétique, sans s’opposer cependant au mouvement du charbon supérieur pour le réglage. Un mécanisme élémentaire enfermé à la partie supérieure permet l’amorçage de l’arc et le défilement du charbon supérieur. Ce mécanisme est constitué par deux solénoïdes fixes dont les noyaux mobiles sont attachés, par l'intermédiaire de deux leviers croisés, à des mâchoires qui s’appliquent contre la tige qui supporte le charbon supérieur et la coincent. Lorsque le courant faiblit, les mâchoires se desserrent et laissent glisser cette tige ; mais ce glissement se fait d’une façon imperceptible, grâce à l’usure lente des charbons. Le régulateur ne renferme aucun poids, aucun ressort, aucune roue, et ne comporte aucun réglage.
- La résistance intercalée dans le circuit, destinée à absorber les 20 ou 50 volts représentés par la différence entre les 80 volts pris par la lampe et les 100 à 110 volts fournis par la distribution, est disposée au sommet de la lampe sous la forme d’une longue spirale roulée en hélice. Ce dispositif, commode pour l’installation, qu’il simplifie, présente cependant l’inconvénient d’allonger un peu la lampe.
- L’arc voltaïque produit dans les gaz confinés par le globe hermétique présente un aspect spécial : le charbon positif se creuse à peine et le charbon négatif reste sensiblement plan. Avec 80 volts aux bornes des charbons, l’arc a 8 millimètres de longueur environ. Avec des charbons homogènes très purs de 12 à 15 millimètres de diamètre, l’usure des charbons dans un arc de 5 ampères n’est guère supérieure à 0,5 millimètre par heure pour le charbon
- Lampe à arc eu vase clos de M. L. B. Marks.
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- LA NATURE.
- négatif inférieur et à 1,4 millimètre par heure pour le charbon positif supérieur. Dans ces conditions, le point lumineux reste pratiquement fixe dans l’espace, et le charbon négatif neuf, après avoir fait une première campagne de 150 à 200 heures comme négatif, est repris comme positif pour fournir une seconde campagne de même durée avec un nouveau négatif qui sera repris à son tour et ainsi de suite. Chaque renouvellement de charbons, chaque trimage, pour employer un néologisme assez usité, n’exige donc que le remplacement d’un seul charbon.
- Grâce à la longueur de l’arc, le charbon positif est très dégagé et l’ombre portée par le charbon très réduite; mais l’arc ne couvre pas toute la surface du charbon positif et se promène continuellement sur cette surface en déplaçant le point d’émission. Les résultats comparatifs des lampes à arc ordinaire et des lampes à arc en vases clos dans les conditions de leurs emplois pratiques respectifs font encore défaut, et toute appréciation de ce chef nous semble prématurée.
- Telles sont les dispositions les plus récentes des lampes à arc en vase clos de M. L. B. Marks.
- En dehors des avantages résultant de l’emploi de lampes indépendantes et de l’économie sur les charbons et leur renouvellement, la lampe à arc en vase clos en présente un certain nombre d’autres de moins grande importance, mais également appréciables par les consommateurs dans certaines circonstances, tels, par exemple, que la propreté, les insectes et la poussière ne pouvant pénétrer dans le vase clos où l’arc prend naissance, l’absence de danger d’incendie par l’absence de chute de morceaux de charbon incandescent, la hauteur moins grande de l’appareil qui en permet l’installation plus commode, la simplicité du mécanisme de réglage, etc.
- Ces avantages sont compensés par d’autres inconvénients que notre impartialité nous oblige à signaler, sans que nous soyons en mesure de vérifier leur exactitude, car ils sont mis en relief par des concurrents. Le plus grave réside dans le moindre rendement du foyer lumineux résultant d’une part de la taille même des charbons et dans l’emploi de deux globes, dont l’un opalin, qui absorbent en pure perte une partie importante de la lumière émise par l’arc. Il se forme, avec le temps, un dépôt à la surface intérieure du globe fermé qui absorbe également une partie notable de la lumière.
- De plus, les radiations violettes émises par l’arc long sont plus grandes que celles émises par un arc court, et ces radiations sont perdues pour l’effet lumineux. Enfin, l’arc se promenant dans le cylindre de gaz chauds limité par les extrémités sensiblement planes des deux charbons, à la recherche du point de moindre résistance, fait varier à chaque instant, sinon le flux lumineux total, du moins son intensité dans une direction donnée, inconvénient très atténué d’ailleurs par la présence du globe opalin. Toutes ces causes de perte et d’irrégularité rendraient l’arc enfermé moins économique que l’arc ordi-
- naire, même en tenant compte des frais moindres de renouvellement des charbons.
- Nous n’avons pas entre les mains des résultats d’expériences comparatifs émanant d’une source non intéressée qui nous permettent de déterminer la valeur et l’importance des inconvénients que nous venons de signaler. 11 se peut que ces inconvénients soient prohibitifs dans certaines applications, mais il en est un grand nombre d’autres où ils présentent bien peu d’importance, si l’on en juge par la rapidité avec laquelle se multiplient les applications et les marques de lampes à arc enfermé depuis moins d’un an. Si, comme dit un sage proverbe anglais, The proof of the pudding is in lhe eating, la preuve de la valeur du système est dans la consommation abondante qu’en font John Bull et l’oncle Sam. Au moment où les inventeurs de lampes à arc envase clos sont légion, nous avons le devoir de rendre hommage à M. J. B. Marks, qui a le premier réussi dans une voie où bien d’autres avaient échoué avant lui, et qui mérite pour lui-même le nom de Pioneer sous lequel sa lampe fait son chemin dans le monde. E. de Lécépé.
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- CHRONIQUE
- I-.es bienfaiteurs de la science. — Sir Joseph Prestwich a fait un legs important à la Société géologique de Londres. Nous devons ajouter que l’illustre savant a fait aussi un legs à la Société géologique de France. A la séance de rentrée de la Société géologique (9 novembre 1896, page clxxiv), après avoir annoncé la mort de Prestwich et rappelé brièvement sa vie scientifique, M. Albert Gaudry, de l’Académie des sciences, l’éminent professeur de paléontologie du Muséum, s’est exprimé ainsi : « M. Prestwich, qui avait un grand cœur en même temps qu’un grand esprit, a été reconnaissant des marques d’affection et d’honneur qu’il a reçues de nous. Lady Prestwich me charge de communiquer à la Société géologique de France un extrait du testament de sir Joseph Prestwich qui renferme ces mots : « Je lègue la somme de 500 livres (12 500 francs) à la Société géologique de France à Paris, en considération de la courtoisie et de la coopération amicale que j’ai toujours reçue des géologues de ce pays. » Le legs de sir Joseph Prestwich sera délivré à la mort de sa femme. Le revenu servira à donner un prix tous les trois ans. Ce noble témoignage sera accueilli avec reconnaissance par tous nos compatriotes. C’est un admirable exemple de la solidarité qui doit unir tous les savants, à quelque nation qu’ils appartiennent.
- Une curieuse application des rayons X. —
- Les rayons X n’étaient pas connus hier et déjà les diverses sciences s’en sont emparées et les font servir à leurs investigations. Les chirurgiens arrivent, avec eux, à trouver la place exacte, dans l’organisme humain, d’un corps étranger qui y a pénétré, et les orfèvres ont trouvé un moyen très facile de reconnaître les vrais diamants des faux. Voici maintenant ces mêmes rayons employés aux recherches archéologiques1. Le Bollettino del natura-lista nous apprend qu’au Musée de Vienne existe une momie égyptienne enveloppée de bandelettes classiques. Longtemps on discuta la question de savoir si c’était une
- 1 Voy. n° 1220, du 17 octobre 1896, p. 319.
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- momie humaine ou bien seulement un ibis, oiseau sacré du bords du Nil. La momie, soumise aux rayons Rôntgen, donna une épreuve radiographique où il était facile de reconnaître un crâne d’oiseau. La momie était donc un ibis.
- I.c soleil bleu. — La lune bleue est généralement considérée comme un phénomène d’une rareté extraordinaire. Le soleil bleu se montre quelquefois, car il a été observé à deux reprises au coucher du soleil dans la soirée du 28 juillet 1896, par le capitaine Salveson, commandant l'aviso-corvette Ellida, de la marine royale norvégienne : le navire se trouvait au large du cap Stat, sur la côte occidentale de la Norvège. D’après the Journal of the Brilish astronomical Association, ce phénomène a été observé deux fois de suite à quelques secondes d’intervalle, quand le navire était soulevé sur les vagues, alors que le soleil, très clair, disparaissait au couchant.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 janvier 1897. — Présidence de M. Ch.vti.n.
- Hommage rendu à M. Faye. — A l’occasion du cinquantième anniversaire de l’élection de M. Faye à l’Académie des sciences, une médaille a été frappée, sur l’initiative de l’Académie, dans le but de perpétuer le souvenir d’une collaboration aussi longue que fructueuse et de rendre un hommage mérité au savant si aimable et si aimé. La remise de cette médaille ayant été décidée pour la séance publique du lundi 25 janvier, M. Chatin, sitôt après le dépouillement de la correspondance, a prononcé, en sa qualité de président, l’éloge du récipiendaire d’il y a cinquante ans. Il a rappelé son entrée à l’Académie à l’âge de trente-quatre ans, les travaux par lesquels il s’est acquis un nom durable dans la science et a célébré la fortune si rare d’une collaboration aussi prolongée que tout permet d’espérer voir durer longtemps encore. Retenons surtout pour nos lecteurs la théorie des grands mouvements giratoires de l’atmosphère terrestre, des phénomènes de la surface du soleil, de la formation de la croûte terrestre qui se plie si bien à l’interprétation des résultats fournis par les mesures de la gravité. M. Faye a répondu quelques paroles émues, remerciant l’Académie de l’avoir conservé dans son sein, malgré son grand âge. v Il n’est point de retraite à l’Académie et la mort seule peut la séparer de ses membres tant ils tiennent à l’honneur de lui appartenir. )>
- Préparation de corps nouveaux. — M. A. Oranger décrit les propriétés d’un phosphure de chrome et d’un phospbure de manganèse obtenus en chauffant les chlorures de ces métaux dans un courant de vapeur de phosphore et d’hydrogène. Le phosphure de chrome GrP est gris, d’aspect et d’éclat graphitoïdes; le phosphure de manganèse Mn5 P2 a l’éclat et la couleur de l’acerdèse ; il est cristallisé en aiguilles fines. Ces corps sont peu altérables.
- Accidents de la surface solaire. — M. Deslandres adresse une série de photographies d’une protubérance ou flamme solaire qui présente un très grand intérêt, au point de vue de sa position. A ce titre elle est extraordinaire car jamais on n’en avait aperçu d’aussi considérable dans le voisinage du pôle Sud. Les photographies préparées par M. Deslandres montrent les diverses phases du développement de la flamme qui a fini par atteindre une hauteur énorme égale au tiers du diamètre du Soleil.
- Un alliage précieux. — M. Guillaume présente un travail sur la dilatation des aciers au nickel. On sait que
- l’on emploie, en métrologie, des étalons en platine iridié, parce que ce métal possède le double avantage d’être inaltérable à l’air et d’avoir un faible coefficient de dilatation. Mais ce métal a l’inconvénient de coûter fort cher. L’acier, qui possède également un faible coefficient de dilatation, ne convient pas pour la confection des étalons permanents, parce qu’il est altérable à l’air. M. Guillaume a trouvé un alliage d’acier et de nickel réunissant la double qualité d’être aussi inaltérable que le nickel et d’être 12 fois moins sensible que le fer à l’action de la chaleur et 10 fois moins que le platine. Cet alliage contient 36 pour 100 de nickel et 64 d’acier du commerce. C’est donc, par excellence, un métal convenable pour la métrologie et pour la chronométrie, car les variations de longueur d’une tige de 1 mètre d’un tel alliage ne produiront que des effets à peu près insensibles sur la durée de l’oscillation. Cette variation n’atteint en effet, pour 1°, que 1 millième de millimètre. Pour arriver à ce résultat, M. Guillaume a opéré une série d’essais méthodiques portant sur 19 règles fabriquées avec des alliages différents. Pour chacune d'elles, il a déterminé la dilatation moyenne entre 0 et 100° et la dilatation correspondant à une température donnée, au moyen d’une formule à deux termes, dont un du second degré.
- Interversion des sensations visuelles. — M. Ernest Moussard a imaginé une lunette qui transforme l’impression visuelle produite par une empreinte en une sensation de relief. Cet appareil est basé sur un phénomène de pseudoscopie. Les images données par la lunette sont renversées, de telle sorte que les ombres paraissent changées de côté et donnent ainsi la sensation du relief. L’appareil fonctionne bien, tant que le point lumineux ne se trouve pas dans le champ de la lunette.
- Action physiologique de l'électricité. — M. d’Arsonval signale une Note sur les effets physiologiques de courants intermittents d’une durée extrêmement brève mais fort rapprochés. Ces courants diffèrent des courants ordinaires dits de haute fréquence, en ce qu’ils sont obtenus au moyen de l’application sur une machine statique d’un dispositif spécial permettant d’obtenir plus de 12 000 oscillations par seconde, de telle sorte qu’ils sont toujours de même sens. L’auteur a constaté que les effets de tels courants ne sont pas de même nature que ceux des courants de haute fréquence.
- Élections. — L’Académie désigne, en première ligne, au choix du ministre, pour trois places d’astronomes vacantes à l’Observatoire de Paris, MM. Paul Henry, Bi-gourdan, Callandreau; en deuxième ligne, MM. Bossert, Renan, Puiseux. — M. Tchermack est élu membre correspondant de la section de minéralogie.
- .Varia. — M. Bordas, directeur du Musée d’histoire naturelle à Saint-Denis (Réunion), transmet certaines observations sur l’acclimatation à l’île de France etàl’île delà Réunion de certains insectes apportés par des navires. — M. Maneuvrier a déterminé le rapport des deux chaleurs spécifiques de l’acétylène; il a Irouve 1,256. —M. Char-rin a réuni dans un livre ses travaux sur les poisons de l’organisme. Il a étudié, dans cet ouvrage, les phénomènes de sécrétion de la cellule organique en partant des travaux de M. A. Gautier. Les substances ayant cette origine peuvent produire tous les phénomènes morbides de sécrétion de la cellule microbienne ; il y a donc dans ce fait un élément important pour la thérapeutique.
- Ch. DE VlLLEDEUlL.
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- LA NATURE.
- UNE (ME A QUATRE PATTES
- Depuis quelques jours, le Muséum d’histoire naturelle possède un palmipède phénomène très curieux ; ce n’est pas le fameux canard à trois becs, mais une cane à quatre pattes. Le fait, évidemment, n’est pas d’une très grande rareté, et Isidore Geoffroy Saint-lli-laire, dans son Histoire générale et particulière des anomalies de Vorganisme chez l'homme et chez les animaux (Paris, 1852), rapporte qu’il a constaté l’existence de cette disposition chez plusieurs poulets dans des établissements d’incubation artificielle ; dans les galeries d’anatomie du Musée de Douai on peut aussi voir plusieurs de ces exemples de duplication complète
- sur les deux membres en même temps chez divers oiseaux, pintades, coqs, poules, pigeons, voire même dindons, en squelettes ou conservés dans l’alcool. M. Pierre Mégnin, directeur de l’Éleveur, en a également plusieurs dans ses collections. 11 semble du reste que ce soit du Nord que nous vienne, non pas cette fois la lumière, mais la plus grande variété de phénomènes anatomiques.
- La cane du Muséum de Paris a ceci de curieux, qu’elle est vivante, se porte admirablement bien, pond et court comme si elle n’avait que deux pattes.
- Ces anomalies de la nature, sans être très communes, se rencontrent plus souvent chez les Gallinacés que chez les autres animaux, soit qu’il
- Une cane à quatre pattes.
- s’agisse de l’augmentation de nombre d’un ou de plusieurs des membres, soit de l’absence ou de l’arrêt de développement d’un des organes locomoteurs.
- Parmi ceux de nos lecteurs qui pratiquent l'élevage des oiseaux de basse-cour, très certainement il en est qui ont du constater dans leurs couvées quelques-unes de ces anomalies; la plus fréquente est la polydactylie : des poussins naissant avec plusieurs doigts surnuméraires ou même une région digitée supplémentaire, plus ou moins complète, mais bien distincte et complètement séparée de la région digitée normale. Tantôt c’est sur l’ergot seul que porte l’anomalie, et alors, par exemple, au lieu d’un seul, il en existe deux et même plusieurs; la raison est que les segments qui entrent dans la composition d’un membre sont susceptibles de se bifurquer et de devenir la base d’insertion d’un organe supplémentaire. En ce qui concerne la duplicité complète
- des membres, l’explication de ce phénomène est assez délicate si l’on ne veut pas faire d’incursion dans le domaine de la science pure et de la tératologie. Je vais cependant tâcher d’être clair et bref : dans l’évolution des êtres, deux germes se sont rencontrés; s’ils s’étaient développés également ils auraient donné deux jumeaux soudés ensemble : mais l’un, pour une cause ou pour une autre, a été arrêté dans sa croissance. Cette anomalie n’est donc que la formation très incomplète d’un être supplémentaire, dont une partie seulement a pris un développement normal et s’est soudée au sujet complet. C’est du moins l’opinion des savants compétents, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Dareste et Larcher, et je ne saurais mieux faire que d’adopter leurs théories. Paul Mégnin.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1250. — ü FÉVRIER 1897.
- LA NATURE.
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- LE MICROPHONOGRAPHE DUSSAUD
- De nouvelles expériences ont été faites récemment par M. Dussaud à propos de la perception des sons chez
- les sourds-muets au moyen d’un appareil combiné dans ce but et qui porte le nom de microphonographe.
- Fig. 1. — M. Dussaud et son jeune sourd-muet qui tient à l'oreille Fig. 2. — Photographie instantanée prise pendant que l'appareil le cornet téléphonique. L’appareil ne fonctionnant pas, la figure joue la Marseillaise. Immédiatement la figure s’épanouit et le a sa tristesse habituelle. jeune sourd-muet bat la mesure.
- Le microphonographe est un appareil qui sert à amplifier la voix comme la loupe à grossir une image, aussi ou-vre-t-il dans les sciences un chapitre nouveau : la microphonographie ou microscopie du son.
- Cet instrument permettra, dans l’a uscul tation, d’étudier les plus faibles bruits des organes sains ou malades, et, d’autre part, il rendra d’immenses services aux sourds et aux sourds-muets.
- En janvier 1896, M. Dussaud1, ému du sort d’une malheureuse sourde-muette, reprit un travail qu’il
- 1 M. F. Dussaud est né en 1870, il a été reçu docteur ès sciences en 1891 avec une thèse sur la réfraction de la lumière. Depuis 1892, il a enseigné la physique à l’École de mécanique et à la Faculté des sciences de Genève. Ses travaux sur les parfums, la gutta-perclia, la vulcanisation, les amalgames, la dorure de l’aluminium, ont trouvé de nombreuses
- avait commencé autrefois et appliqua ses efforts à trouver un appareil augmentant à volonté l’intensité du son. Aprèsiune 'année de recherches, le 29 décembre dernier, il faisait fonctionner avec un plein succès, devant un certain nombre de médecins, au laboratoire de physiologie de la Sorbonne, l’instrument qu’il nomme micro-phonographe.
- L’amplification des sons parut extraordinaire et, le lendemain, l’éminent docteur Laborde, directeur du laboratoire de physiologie, présentait à ses collègues de l’Académie de
- applications et lui ont fait décerner une médaille d’or pour les services rendus à l’industrie; en 1895 il a été élu député. — Il a publié plusieurs Mémoires dont l’un spécialement remarqué sur la réfraction du son, où se trouve une expérience demeurée classique. (Voir La Nature, fig. 1, n° 1185, du 15 février 1896, p. 161.)
- Fig. 5. — Microphonographe Dussaud. Vue d’ensemble. — A, cylindre horizontal mù par un mouvement d’horlogerie. — B, microphone enregistreur commandant le burin destiné à graver la cire. — C, piles électriques. — D, cornet téléphonique.
- 25° année. — 1er semestre.
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- LA NA TI H K.
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- médecine le résultat des observations qu'il avait faites avec le microphonographe. II faut distinguer sous ce nom deux appareils distincts : 1° l'enregistreur, 2tf le répétiteur.
- L'enregistreur. — II se compose (voir lîg. 5) d’un cylindre horizontal mù par un mouvement d’horlogerie. Sur ce cylindre on lixe un rouleau de cire devant lequel se déplace au moyen d'un mécanisme une pièce de la forme et de la grosseur d’une montre, composée essentiellement d’électro-aimants minuscules qui agissent sur une membrane commandant le burin destiné à graver la cire. Pour enregistrer de faibles bruits, on place dans la région correspondant à l’organe à examiner un microphone d’un système particulier qu’on relie au microphonographe enregistreur par un courant électrique provenant d’un à soixante petits éléments au sulfate de mercure. Par l’intermédiaire du courant, les sons recueillis par le microphone sont fidèlement répétés par la membrane du microphonographe et inscrits dans la cire par le burin.
- On peut ainsi enregistrer des pulsations du cœur chez un jeune homme auquel on vient de déterminer artificiellement une crise de palpitations.
- On a pu constater de celte façon les variations qui se produisent dans le rythme et l’intensité des battements du cœur.
- M. Dussaud a enregistré d’une manière analogue les crises dues aux émotions de l’artiste et de l’orateur.
- On ne conservera plus seulement le chant, la parole, mais bien les mouvements de l’àme, c’est en un mot la vie enregistrée.
- Dans les strophes passionnées qui exigent toute la force, on constate des coups plus secs, plus presses, plus rapides, de véritables émotions internes qui se gravent par des sons plus métalliques, plus graves et qu’on pourra faire revivre à perpétuité comme les témoins des heures où l’on sent que l’àme vibre tout entière.
- On peut inscrire les plus faibles bruits constatés dans les différentes affections du poumon et du cœur. On conçoit l’importance d’un pareil instrument pour l’auscultation et le diagnostic. Tout est enregistré et peut être répété jusqu’à dix mille fois sans subir d’altérations. L’oreille des étudiants en médecine pourra s’habituer à entendre tous les bruits des organes sains et malades. L’appareil répète ce que le maître vient d’entendre et l’élève peut ainsi se rendre compte de ces mêmes bruits et non de ceux qui suivent et peuvent varier dans une certaine mesure. Le profe -seur de pathologie interne pourra faire entendre à ses auditeurs, au moyen du microphonographe, tous les bruits normaux et anormaux du corps humain.
- Le médecin praticien pourra ainsi, à l’appui de ses observations, entendre de nouveau les bruits pathologiques qu’il avait constatés lors d’une première visite et se rendre compte par conséquent de la marche de la maladie; d’autre part, dans les cas
- difficiles, lorsqu’il y a plusieurs praticiens ou lorsqu’il est nécessaire, pour constater l’état d’un organe, d’entendre à différentes reprises les bruits produits, une seule application de l’appareil permettra de les écouter indéfiniment, sans fatigue pour le médecin ni le malade et à l’insu de ce dernier.
- C’est l’étude de l’infiniment petit dans le domaine des sons. Qui sait les révélations qui nous attendent? Un ingénieur américain distingué, M. Basaldua, a déjà consulté Edison au sujet d’un travail qu’il désire entreprendre avec un microphonographe Dussaud extra-sensible. 11 s’agirait d’enregistrer les bruits de la pensée. Dans les heures d’activité cérébrale intense, il se produit par l’afflux sanguin une série de bruits dans notre cerveau dont la boite crânienne est comme le résonnatcur. La pensée est un son imperceptible pour notre oreille, c’est peut-être une harmonie mystérieuse et douce qui s’en va remplir les milieux inconnus où s’agite la pensée et oh se passent les phénomènes psychiques et télépatiques.
- Dans un tout autre ordre d’idée, par un microphone horizontal, M. Dussaud a enregistré les bruits infinitésimaux que produisent les insectes par leur marche ou par le frottement de certains organes. Là encore, il y a une foule de notions curieuses qui étaient ignorées et qui jettent un jour singulier sur les mœurs de ces êtres qui ont aussi leur sens musical, leurs modes préférés si l’on peut s’exprimer ainsi, et qui marchent parfois avec des cadences bizarres et variées qui leur sont propres.
- Qui peut dire s’ils ne trouvent pas à leurs rythmes des sensations agréables et si, dans leurs longs défilés, les fourmis n’ont pas certaines allures déterminées rappelant notre pas militaire?
- C’est un horizon immense et fécond qui vient d’être ouvert tout à coup dans le champ de la physiologie, de la médecine et de l’histoire naturelle.
- Le répétiteur. — Il se compose également d’un cylindre horizontal mù par un mouvement d’horlogerie. Sur ce cylindre on place le rouleau de cire gravé par l’enregistreur et un mécanisme déplace devant la cire une membrane munie d’un style arrondi. Sur celte membrane est fixé un petit microphone muni de vis micrométriques, de ressorts et de leviers.
- Tel est dans ses parties essentielles le microphonographe répétiteur. Pour s’en servir on fait passer dans l’appareil le courant électrique de I à 60 éléments au sulfate de mercure; après avoir traversé le microphonographe, le courant se rend dans un cornet analogue à ceux des téléphones.
- On entend alors dans le cornet ce qui a été inscrit sur la cire avec une intensité qui va de la plus faible à la plus considérable, suivant le courant envoyé.
- Notre figure 1 représente un jeune sourd-muet. L’appareil ne fonctionnant pas, la figure a son expression de tristesse habituelle.
- Notre figure 2 représente le même enfant d’après une photographie instantanée prise pendant que l’appareil jouait la Marseillaise. Immédiatement la
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- figure s’épanouit et instinctivement il bat la mesure. Ce sujet, si sourd qu’un mot crié à son oreille de toute la force possible n’est pas entendu, aussitôt qu’il met l’oreille au cornet microphonographique, manifeste sa joie et ne quitte l’instrument qu’avec regret. On s’occupe actuellement de l’éducation auditive des jeunes sourds-muets au moyen du microphonographe. Pour cela on leur fait entendre des milliers de fois les différentes voyelles. On conçoit que cet éveil du sens dans l’audition leur facilitera grandement l’usage de la parole, qu’ils n’ont pu acquérir jusqu’ici que par l’étude du mouvement des lèvres. 11 ne faut pas oublier que les sourds-muets ne sont muets que parce qu’étant sourds ils n’ont jamais entendu les sons, et que le microphonographe, en leur donnant la perception des sons quand ils ont encore des vestiges, si faibles soient-ils, de capacités auditives, leur est d’un grand secours pour améliorer leur prononciation si défectueuse en général.
- En ce qui concerne les sourds, on est arrivé dans beaucoup de cas à de sensibles améliorations en appliquant l’appareil deux heures par jour pendant un certain laps de temps. Cela est bien naturel, les sourds sont des gens auxquels on devrait le plus parler et auxquels on parle le moins à cause de la fatigue qu’on en éprouve. Leurs facultés auditives s’affaiblissent de plus en plus par le manque d’usage ; de plus, s’ils ont une oreille meilleure que l’autre, ils y consacrent toute leur attention et la mauvaise devient tous les jours pire. Le microphonographe réveille par la gymnastique auriculaire les organes endormis et paresseux, il les stimule en les forçant à vibrer par ses sons si puissants qu’une oreille normale ne peut les supporter même une seconde sans éprouver de violentes douleurs.
- En outre l’appareil constitue un audiomètre très précis par le nombre d’éléments nécessaires1 pour atteindre les sons perceptibles. L’appareil mesure donc la surdité, et, à ce titre déjà, il présente une grande utilité en médecine pour constater les améliorations ou les aggravations dans les différentes phases d’un traitement ou aux diverses périodes de la vie humaine. Poursuivant ses recherches, l’inventeur travaille actuellement, en vue de l’Exposition de 1900, à un microphonographe de grande dimension pouvant supporter des courants considérables, calculé pour faire entendre la voix à une foule de 10 000 personnes, et où l’enregistreur et le répétiteur, ingénieusement combinés dans un même appareil, permettent de répéter en même temps que l’on inscrit.
- Cela constituera sans doute l’une des choses les plus originales de notre Exposition.
- Nous ne pouvons mieux nous résumer qu’en citant les lignes du D1' Laborde :
- 11 y a là toute une science en germe : la microphono-
- 1 L’un des jeunes sourds-muets traités par le microphonographe Dussaud avait besoin, il y a dix mois, de 22 cléments de pile pour arriver à la perception du son. Aujourd’hui 2 éléments seulement sont suffisants.
- graphie ou étude des faibles bruits des organes sains ou malades. Le son étant quelque chose d’infiniment passager, il faut le fixer pour pouvoir l’étudier, c’est ce que fait le phonographe, mais seulement pour les sons d’une certaine intensité. De plus, jusqu’à présent on n’étudiait les sons inscrits sur le cylindre de cire qu’avec l’oreille. M. Dussaud a pensé qu’il fallait, surtout pour les bruits faibles et les ouïes mauvaises, amplifier ce son inscrit et il a imaginé avec le microphonographe le premier « microscope » du son pour les bruits faibles, la première « lunette » pour les ouïes mauvaises1.
- Notons en terminant que c’est un habile mécanicien français, M. Sivan, qui a construit les appareils de M. Dussaud. George-F. Jaubert,
- Docteur es sciences.
- LES ËBOULEMENTS DE FALAISES
- Le 7 décembre 1896, la population de Dieppe apprenait avec consternation qu’un énorme éboulement s’était produit pendant la nuit sur la falaise qui domine le château et qu’il avait entraîné en partie une villa de plaisance appartenant à un banquier parisien. Dès le matin, des curieux faisaient en foule un vrai pèlerinage et montaient par la route de Pourvillc jusqu’au lieu du sinistre. Une bande de terrain de 60 mètres de large à partir du bord de la falaise et de 80 à 90 mètres de longueur s’était en effet détachée ; elle avait glissé le long de l’escarpement presque vertical de 100 mètres de craie qui horde la mer, et, par la vitesse de sa descente, avait été projetée dans l’eau par-dessus les rochers, où elle forme maintenant une sorte de jetée de 8 à 10 mètres de hauteur sur 200 mètres d’avancée. Le cube de matériaux ainsi arrachés peut sans exagération être évalué à 150000 mètres cubes.
- La figure 1 jointe à cet article montre comment la villa Bellevue a été à moitié engloutie dans la catastrophe : heureusement elle n’était point habitée dans cette partie et l’on n’a pas à déplorer d’accident de personne. Dans une des chambres épargnées logeait le concierge, qui a éprouvé une des fortes émotions qu’on peut ressentir.
- « J’étais couché, a-t-il raconté, et je dormais profondément, quand, vers minuit, j’entendis un bruit insolite : une sorte de roulement sourd et des craquements. Je me lève, j’ouvre la fenêtre; mais, n’entendant plus rien, je crois que c’est quelque voisin revenant de la foire et voulant me faire une farce. J’allais me recoucher quand le bruit recommença. Je m’habille à la hâte et, saisissant mon fusil, je descends, une lanterne à la main. En arrivant derrière la maison je comprends tout : le kiosque avait disparu ! Je sentais le terrain trembler sous mes pas ; je rentre en courant et, montant quatre à quatre les escaliers, je réveille ma femme : « Viens vite, ma « pauvre femme, nous sommes perdus, nous dégrin-« golons dans la falaise. » On juge de l’émotion de ma pauvre femme ainsi réveillée en sursaut ; elle s’habille à peine et se sauve, se réfugiant chez un voisin.
- 1 Voir Tribune médicale, 30 décembre 1896, p. 1052.
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- LA NATURE.
- Moi, je cours chercher du secours et je ramène le capitaine des pompiers et M. Leconte, architecte, qui, à la vue des choses, vers 5 heures du matin, me dit : « 11 n’y a rien à faire qu’à vous en aller ». Il avait raison ; quelques instants pins tard un épouvantable roulement se fai-sait entendre, c’était la falaise qui descendait à la mer. Tendant toute la nuit ce ne fut qu’une suite de chocs formidables comme des coups de canon ; enfin, à 7 heures du matin, un dernier craquement se produisit ; cette fois c’était fini, le chalet dégringolait bientôt aux trois quar.ts. » M. Leconte, l’architecte cité dans ce récit, est un
- très bon géologue et j’ai eu le plaisir de le compter pendant plusieurs années au nombre des excursionnistes du Muséum. Aussi était-il admirablement placé pour se rendre compte du phénomène et ai-je
- été très aise qu’il voulût bien me transmettre ses observations.
- « La falaise, m écrit-il, s’est effondrée d’un seul coup sur une longueur de 100 mètres environ, et, contrairement à ce qui arrive d’ordinaire, la craie, au lieu de tomber au pied de la falaise, a été projetée à 100 ou 150 mètres, comme si l’énorme charge de sable (30 ou 40 m. d’épaisseur) qui couronne la falaise en cet endroit s’était introduite,
- La villa Bellevue, après l'éboulement du 7 décembre 1896.
- Vue des flancs de la falaise du cap de la Hcve au-dessous de Bléville. (D'après une photographie de M. Henri Boursault.)
- comme un coin géant, entre la roche intacte et la roche ébranlée. Il est fort curieux de voir — du haut de deux entonnoirs ou demi-cônes éehancrés dans le haut de la falaise — comme une grande moraine frontale demi-circulaire, de 100 à 150 mètres de rayon, formée par la craie et entourant deux grands
- éhoulis de sable. L’expression de moraine que j’emploie est presque de situation, car les talus de sable très mouvants ont entraîné lentement tous les décombres, et briques, lucarnes entières, tronçons d’escaliers, meubles écrasés, etc., ont voyagé sur les pentes comme les roches tombées sur le glacier,
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- mettant deux ou trois jours à parvenir jusqu’au bas. »
- En présence de la catastrophe de Dieppe il peut paraître quelque peu paradoxal de déclarer que le phénomène n’a en réalité rien d’accidentel. Au point de vue géologique il est fatal et on peut dire physiologique : tous les points de la falaise sont destinés à subir un peu plus tôt ou un peu plus tard la môme fortune descensionnelle que la villa Bellevue. Une expérience bien des fois séculaire le prouve et tout le long de la côte des résutats manifestes remplaceraient à la rigueur les traditions. Tout près de Dieppe par exemple, sur la falaise qui domine le Follet, les antiquaires ont étudié avec grand profit, à la suite de l’abbé Cochet, une très vieille cité dite improprement « Camp de César ». Eh bien, il suffit d’une promenade de deux heures pour reconnaître que cette Cité de Limes n’est qu’un reste très partiel de travaux beaucoup plus importants dont la plus vaste surface a été successivement précipitée dans la mer.
- En remontant vers le nord on voit à Penly, puis au Tréport, puis au Bourg-d’Ault, des preuves d’éboulements relativement récents. Vers le sud il en est de même; des deux côtés, de Pour-ville à Saint-Valéry, à Étretat et surtout au cap de la Hève, les traces sont continues. A Varangeville un gisement de calcaire grossier colorié par Passy sur sa carte géologique paraît s’être abîmé dans les flots.
- La figure 2 représente, d’après une photographie de M. Henri Boursault, le flanc de la falaise au-dessous de Bléville. On y voit une série de terrasses irrégulières qui font comme un gigantesque escalier jusqu’au galet sur lequel est étalé un inextricable
- chaos de blocs précipités d’en haut. C’est l’aspect de la ruine, de la démolition active et inexorable.
- Dans un magnifique ouvrage en deux volumes in-folio accompagné d’un atlas de planches superbes et pour plusieurs tout à fait artistiques1, un savant géologue du Havre, M. C. Lennier, a fait un relevé et conservé le récit d’une longue série d’éboulements qui depuis le dernier siècle ont peu à peu modifié le littoral au profit de la mer et au détriment de la surface continentale. On y voit les étapes d’un
- phénomène gran-diose que les hommes peuvent étudier mais qu’ils ne sauraient empêcher, bien qu’ils puissent, en des points très restreints et par des travaux convenables, d’ailleurs fort coûteux, en retarder un peu les progrès. J’ai eu l’occasion il y a déjà nombre d'années d’appeler l’attention sur la démolition des côtes par la Manche et de constater que cette érosion dure certainement depuis assez longtemps pour qu’on soit assuré que la séparation de l’Angleterre par l’ouverture du Pas de Calais est son œuvre.
- Pour compléter cette étude et comme application tout à fait directe à la catastrophe de Dieppe, il y a lieu de décrire le mécanisme des éboulements de falaise. Des témoignages nombreux s’ajoutent au récit du concierge de la villa Bellevue pour en préciser tous les points. D’ordinaire, il se fait un glissement très lent, parfois sensible seulement au prix de beaucoup d’attention ; mais après un temps plus ou moins long, deux ans quelquefois, il s’accélère et peut prendre une allure très rapide.
- 1 L’estuaire de la Seine; mémoires, notes et documents pour servir à l'élude de l’estuaire de la Seine, parti. I.cn-nior, conservateur du Muséum de la Ville du Havre, etc., !l'Sè.
- Fig. 3. — Éboulement du cap de la Ilève; décollement des roches le long des plans de stratification. (D’après une photographie de M. .Henri lîoursault.)
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- Parmi les effets nombreux de ce déplacement on a cité quelquefois des particularités imprévues. Le 14 juin 1860, lors d’un des éboulements du cap de la Ilève, on vit s’échapper, de toutes les fissures qui se produisaient dans le terrain en travail, des lueurs phosphorescentes qui furent comparées à la clarté qui s’allume à la mer lorsque des myriades de noctiluques viennent illuminer les Ilots. On a émis l’opinion qu’on peut expliquer ces lueurs « par le dégagement de chaleur que devait produire le frottement de masses aussi considérables les unes contre les autres, et qui pouvait être augmenté par l’inflammation des pyrites blanches en décomposition qui se trouvaient en grande quantité dans le terrain éboulé ».
- Le glissement a pour contre-coup ordinaire le soulèvement au pied de la falaise d’un bourrelet de galets qui peut dépasser le niveau de la mer et constituer qn récif dangereux pour la navigation. D’un autre côté les masses projetées, comme on vient de le voir à Dieppe, en pleine mer font aussi des hauts fonds qui par leur situation échappent à la dénudation côtière. Bientôt elles se recouvrent d’une vraie cuirasse vivante d’algues, de halanes et de patelles qui se renouvellent sans cesse et assurent leur conservation. Celle-ci ne semble cependant pas devoir être indéfinie, et la destruction de ces écueils est réalisée par le travail de perforation mécanique auquel se livre toute une légion de mollusques dits lithophages (mangeurs de pierre), aux premiers rangs de laquelle les pholades, les saxi-caves et les vénérupes méritent d’être mentionnées.
- Quant à la cause des éboulements de falaise, elle est complexe et se rattache à la collaboration de deux agents bien distincts' d’érosion : la mer et les eaux d’infiltration.
- Pour ce qui est de la mer, on sait avec quelle énergie les flots, durant les tempêtes, s’élancent vraiment à l’assaut du littoral, dont ils minent le pied à l’aide des galets lancés comme avec une gigantesque catapulte. La craie, privée ainsi de son support inférieur, s’abîme par grandes plaques verticales que. les eaux s’acharnent ensuite à dépecer, à pulvériser et à délayer. Ce décollement est d’ailleurs préparé par le système de grandes cassures verticales (joints) qui traversent la roche dans diverses directions et la débitent en prismes d’une dimension et d’un dessin assez uniformes, tronçonnés horizontalement par les plans de stratification ou diastromes. La figure 3, prise au cap de la Hève, montre avec détail un décollement de ce genre consécutif à l’action érosive de la mer.
- Quant aux eaux d’infiltration, elles agissent d’une façon d’autant plus efficace que la falaise oppose aux divers niveaux qui la constituent des résistances inégales à leur circulation.
- Dans la falaise de Dieppe1 au point même où s’élevait la villa Bellevue, la terre végétale repose sur
- 1 Stanislas Meunier. Géologie régionale de la France, p 297. (Bunod, éditeur, 1889.)
- une couche d’argile plastique, au-dessous de laquelle est un poudingue de cailloux très roulés. Plus bas se montrent des argiles lignitifères tout à fait comparables à celles qu’on exploite dans les « cendrières » du département de l’Aisne, et au-dessous d’elles des argiles plus ou moins sableuses, renfermant des silex et représentant le résidu de la dénudation souterraine de la craie. Tout ce terrain, dépendant des niveaux tertiaires et représentant plus de 30 mètres d’épaisseur, se prête à l’établissement de plusieurs niveaux d’eau. A la suite de pluies abondantes, comme il y en a eu cette année, les lits argileux se délayent et permettent le glissement facile des masses superposées.
- A Dieppe ces diverses causes se sont certainement superposées. L’éboulement du 7 décembre 1896 est une conséquence à la fois de la longue série de pluies de l’année dernière et des tempêtes exceptionnellement violentes de la période équinoxiale.
- Nous ne terminerons pas sans noter que les éboulements de falaises ne jettent pafe la perturbation seulement parmi nos semblables et qu’ils ont aussi des contre-coups plus ou moins funestes chez un grand nombre d’animaux. Qui a pensé à la légion des insectes, des mollusques confortablement enfouis pour passer l’hiver dans la protection du sommeil léthargique et qui s’est vue tout à coup arrachée à son inconsciente quiétude? Et les lapins dont les terriers s’ouvrent à chaque pas sur le bord de l’escarpement? Et les oiseaux eux-mêmes, les freux, les corneilles de falaises, les mouettes, arrachés à leur sommeil et s’élançant éperdus dans les airs obscurs?
- Et pourtant, comme nous le disions tout à l’heure, la démolition des falaises est un phénomène normal de l’évolution terrestre. Il procure aux forces sédi-mentaires des matériaux à mettre en œu'vre dans l’édification de nouveaux terrains; il contribue à supprimer les inégalités de la surface, non seulement en arasant les reliefs, mais encore en comblant avec leur substance les abîmes sous-marins ; il nous offre enfin, sous une forme particulièrement sensible, le spectacle de l’intense activité qui, contrairement aux diverses suppositions primitives, règne sans interruption dans les profondeurs du milieu géologique. Stanislas Meunier.
- U FAMINE DANS L’INDE
- Depuis le commencement du siècle, c’est bien la quatorzième fois que les Indiens sont en proie aux atroces souffrances de la faim !
- Pendant la famine de 1861, environ neuf cent mille personnes moururent d’inanition dans une seule province ; celle de 1866 fut encore plus horrible, et dans la province d’Orissa on compta environ un million de victimes. Des populations entières furent réduites à l’état de squelettes.
- En 1876, la famine fit six millions de victimes. Toutes les offres généreuses, les élans de la plus ardente charité furent impuissants à atténuer le terrible fléau, et il est malheureusement à craindre qu’il en sera de même cette fois !
- Comment peut s’expliquer un tel phénomène dans un
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- pays donl le climat est toujours liède, le ciel sans cesse doucement azuré, la température merveilleusement propice à la fertilité des terres, à ce point que l’Inde est la partie la plus productive du globe?
- Les récoltes se font drux fois par an en temps normal et cela devrait être suffisant pour parer — sinon éviter — aux effets de la disettte. Il n’en est rien et les Indiens, semblables en cela à tous les habitants des pays chauds, ne se soucient pas de l’avenir et se montrent plutôt prodigues. Mais leur ciel enchanteur a aussi ses inconstances.
- Cette année, la pluie a fait défaut, les vents ont soufflé violents, les perturbations atmosphériques ont sévi, exerçant une iufluence à ce point désastreuse sur les semences et la végétation que les produits de la terre ont été nuis, l'ne terrible misère en est résultée.
- Presque tous les territoires se trouvent dans cette situation. Ceux qui sont baignés par des fleuves abondants ont pu cependant recueillir quelques produits de la terre, mais rares et si précaires qu’ils suffiront à peine à leur alimentation locale. Il ne faut donc pas songer que ces territoires puissent venir au secours de ceux auxquels la fatalité a tout enlevé. On calcule que sur trois cent millions d’hommes, cipquante millions seront exposés à lutter contre l’épouvantable calamité.
- Qui 1 sera, cette fois, le nombre des victimes? Tel est le douloureux problème !
- Dans le Radjpoutana, province indienne flu nord, la chaleur a été si forte et si excessive, que les fontaines et les sources sont restées longtemps à sec. De même les cours d’eau et certains fleuves. Sur certains points, la terre s’est désagrégée et s’est crevassée et la végétation est complètement arrêtée.
- LA RUE RÉAUMUR
- A PARIS
- Le percement de la rue Réaumur récemment achevé est une opération de voirie qui mérite à plus d’un titre de fixer notre attention. C’est la continuation de l’œuvre entreprise depuis déjà nombre d’années et qui a pour but de faire pénétrer dans les quartiers du vieux Paris l’air, le jour, la lumière, et d’assurer partout la circulation dans les meilleures conditions.
- La rue Réaumur a une longueur totale de 1400 mètres, comprise entre la rue du Temple et la place de la Bourse. La largeur de la chaussée est de 12 mètres; de chaque coté se trouve un trottoir de 4 mètres. La largeur totale atteint donc 20 mètres. Sensiblement dans le prolongement de la rue du Quatrc-Septembre, elle formera à peu près un alignement droit entre la place de l’Opéra et le square du Temple. Elle doublera ainsi les grands boulevards et aura pour but de diminuer l’encombrement de ces grandes voies.
- Les travaux qui ont été effectués ont comporté une mise à l’alignement, par la démolition de quelques maisons, entre la rue Turbigo et la rue Saint-Martin, et un percement complet entre la rue Saint-Denis et la place de la Bourse. Dans la mise à l’alignement entre la rue Turbigo et la rue Saint-Martin, on a mis à découvert l’ancien cloître de Notre-Dame-
- dcs-Champs. Le percement a été fait en plusieurs fois. En 1895, on a exécuté les travaux du tronçon compris entre la rue Saint-Denis et la rue de Cléry; ces travaux comprenaient le relèvement de la chaussée, ainsi que les travaux d’égout et de conduites d’eau entre le boulevard Sébastopol et la rue Saint-Denis, dont le niveau a été relevé de près de 40 centimètres. Les travaux d’égout ont consisté principalement dans la construction d’un collecteur se déversant dans le collecteur central du boulevard Sébastopol; ces travaux ont présenté quelques difficultés. Il s’agissait, en effet, de construire, à 80 centimètres des maisons et en contre-bas des fondations de cesdites maisons, dans un sol de gravois, une galerie de près de 5 mètres de largeur hors œuvre et de om,60 de hauteur, tout en conservant l’écoulement des eaux fluviales et ménagères qui se déversaient dans un ancien égout qui a dù être démoli.
- En 1896, on a effectué le percement entre la rue de Cléry et la place de la Bourse. Ces travaux ont été rapidement menés pour avancer l’époque d’ouverture de la rue; ils ont été poursuivis jour et nuit, avec 500 ouvriers. L’éclairage électrique a été installé. i.
- Nous représentons dans la figure 5 la vue du chantier prise dans les derniers mois de 1896, au moment où les travaux se trouvaient4dans toute leur activité. Des difficultés spéciales se sont rencontrées en raison de la profondeur des égouts et des nombreux obstacles trouvés dans le sous-sol.
- En certains endroits, des maisons non expropriées se trouvent en saillie sur l’alignement, de telle sorte que la paroi extérieure de l’égout était immédiatement voisine des murs de fondations et que le fond de la fouille, situé à 7 mètres du sol, était en contre-bas desdites fondations. Afin d’éviter des dangers et pour ne pas compromettre la solidité de ces maisons, dont l’une a neuf étages de hauteur avec les combles, il a fallu progresser avec beaucoup de prudence, par petites portions, et employer divers moyens. Quand la nature du sol l’a permis, on a procédé par petites sections de 4 mètres, en souterrain ; en une autre partie où les gravois étaient à une trop grande profondeur, on a fouillé jusqu’à la hauteur de la voûte, qui a été construite sur le sol formant cintre, avec partie des piédroits; la solidité des maisons et du sol étant ainsi assurée, on a, après séchage complet des maçonneries de voûte, construit en sous-œuvre les piédroits et la cunettc, et procédé à la sortie des déblais par des puits voisins.
- Dans la partie de la rue Réaumur comprise entre la rue Saint-Denis et la rue des Petits-Carreaux, se trouve à gauche la rue Thévenot, qui a été incorporée à la rue. La figure 1 nous montre une vue d’ensemble de la rue prise à cette hauteur. A gauche se trouvent la rue Thévenot, puis un terre-plein formant trottoir et la rue Réaumur ; à droite on peut remarquer déjà les échafaudages de nouvelles constructions. La figure 2 nous donne la coupe transversale de la rue dans cette même partie, dans le
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- sous-sol et à la hauteur du sol. On voit en G le collecteur, en E l’égout, en S une chambre à sels et à outils. Un emplacement M a été réservé pour le
- futur métropolitain ; en T se trouve également un emplacement pour une ligne de tramways. On remarquera en G, sur les trottoirs, près des mai-
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de la rue Réaumur, entre les rues Saint-Denis et des Petits-Carreaux.
- sons, les canalisations de gaz et d’électricité. 1 hlissement de 2000 mètres d’égout, dont 700 mètres L’ensemble des travaux a compris au total l’éta- | de collecteur, et la pose de 3500 mètres de eon-
- Fig. 2. — Coupe transversale de la rue Réaumur entre les rues Saint-Denis et des Petits-Carreaux.
- duites d’eau. La surface totale à déblayer a atteint 33000 mètres carrés. En raison de l’instabilité du sous-sol, on a établi sous la chaussée une fondation en empierrement. La chaussée a été pavée en pierres ; le pavage en bois ne sera posé
- que lorsque les tassements ne seront plus à craindre.
- La dépense totale, y compris les expropriations, a été de A0 millions. Les travaux ont été exécutés sous les ordres de M. Boreux, ingénieur en chef de la voie publique, et de M. Henri Maréchal, ingénieur
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- Le percement de la rue ltéauinur. Vue prise du chantier pendant les travaux.
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- des ponts et chaussées de la première section, par MM. Bigorgne et Simonet, conducteurs municipaux de la Ville de Paris.
- L’inauguration de cette nouvelle voie spacieuse qui vient Tort à propos permettre de dégager la circulation sur les grands boulevards de Paris sera faite, au moment où paraîtront ces lignes, par M. le Président de la République. J. Laffaiigue.
- LA PESTE
- LES RATS ET LES ÉPIDÉMIES -- VIRUS ANTIPESTEUX
- La peste qui fait tant de ravages dans les Indes préoccupe l'opinion publique en Europe. On redoute que, comme autrefois, elle ne finisse par passer d’Asie dans la vieille Europe. Franchira-t-elle le cordon sanitaire que l’on s’efforce de lui opposer? On a déjà prétendu qu’il s’était produit deux cas à Marseille, ce qui est inexact. On a observé deux cas sur un navire qui venait d’arriver en Angleterre. Mais la maladie a été éteinte sur place. Il est peu probable que, surtout à 1’approche du printemps, car la peste est une maladie d’hiver, nous ayons à redouter une invasion. En tout cas, le gouvernement a pris des précautions; nous sommes bien armés contre le fléau. Et s’il parvenait jusqu’à nous, on peut penser que l’on arrêtera la propagation du mal dès le début par des mesures prophylactiques énergiques.
- La peste de 1897 est absolument la vieille peste d’autrefois. Mêmes bubons, même contagiosité, mêmes symptômes. Les pestiférés de Bombay ressemblent trait pour trait aux pestiférés de Libye, de Syrie, d’Égypte. La maladie les enlève en trois jours comme jadis et même en moins d’un jour. On retrouve la trace du fléau dès la plus haute antiquité. Dès le troisième siècle, on lit dans un manuscrit de Rufus découvert dans la collection d’Ori-baza par le cardinal A. Mai : « Les bubons appelés pestilentiels sont tous mortels et ont une marche très aiguë, surtout ceux que l’on observe en Libye, en Égypte, en Syrie. Denis de Scvrta en fait mention. Dioscoride et Posidonius en ont parlé longuement dans leur traité sur la peste qui a régné de leur temps en Libye. » La maladie peut se transporter à grande distance. Les foyers sont restreints à la Perse et à l’Inde principalement; mais elle a fait des invasions répétées sur les rives de la mer Rouge, du golfe Persique et de la mer Caspienne. La première apparition épidémique authentique date du sixième; siècle, (C’est l’épidémie dite de Justinien. Elle occasionna enj542 une mortalité effrayante à Constanti- ‘ nople,. et s'étendit en Grèce et en Italie. En 1548, nouvelle invasion qui avait d’ailleurs été précédée d’une série moins grave, d’incursions depuis le sixième siècle. Ce De fois le fléau régna avec une extraordinaire intensité. Partie d’Asie, la peste gagna successivement l’Italie, l’Espagne, Marseille et toute la France. Laure de Noves, que Pétrarque rendit célèbre, y succomba à Avignon.
- La peste,reparut à Londres en 1G65 et 1668. Elle fit sa dernière apparition à Marseille en 1721. Cette peste de Marseille ou de Provence^ été la dernière dont nous avons eu à souffrir. On n’a pas perdu la mémoire des actes d’admirable dévouement dont elle fut l’occasion et surtout, de l’héroïsme de l’évêque Belzunce. De documents médicaux remontant à 1722 et retrouvés aujourd’hui , il résulte que la peste de Marseille provenait d’Asie, qu’elle était extrêmement contagieuse et qu’elle enlevait ses victimes même quelquefois au bout
- de quelques heures. Toute maison où elle était entrée était pestiférée, tous les membres d’une même famille y mouraient les uns après les autres. La contagiosité est évidente, mais peut-être l’a-t-on un peu exagérée? Le milieu y est pour beaucoup et surtout les conditions hygiéniques dans lesquelles vit la population exercent un rôle prépondérant. Même à Bombay, où les gens du pays meurent en grand nombre, les Européens rendus résistants par leur régime sont très rarement atteints. Pendant la fameuse peste d’Égypte, on a pu constater que si la peste était transmissilde par contact direct et par l’intermédiaire des objets divers, elle ne frappait pas tous ceux qui s’approchaient des malades. La peste sévit en Egypte de 1798 à 1801. Nos médecins visitèrent sans cesse les pestiférés et la plupart échappèrent au fléau. On se rappelle l’acte admirable du médecin Desgenettes. Beaucoup refusaient de soigner les pestiférés. (( La peste ne tue que ceux qui ont peur, s’écrie Desgenettes. C’est la peur qui fait tant de victimes. Et la preuve la voici. » 11 s’approeha d’un pestiféré, emplit sa lancette du pus d’un bubon et s'inocula le contenu devant l’assistance. « Et maintenant vous verrez bien si j’en meurs! » Et Desgenettes n’en mourut nullement.
- En 1835, pendant la peste du Caire, les dévouements furent nombreux. Ferdinand de Lesseps, alors consul, a constaté, dans une lettre d’Alexandrie au ministre des Affaires étrangères, la belle conduite des médecins français Rigaud et d’Aubert. Ces hommes dévoués se multipliaient et relevaient le courage des malades. La plupart des médecins indigènes ou étrangers faisaient leurs visites cachés sous un manteau de toile cirée et effrayaient, par leurs précautions, les gardes-malades. Rigaud et d’Aubert entraient partout où il y avait des pestiférés, les touchaient, les réconfortaient par leurs conseils. Et ils ne furent pas atteints. Rigaud, plus tard, cependant, paya de sa vie son dévouement.
- Ainsi, pour la peste comme pour le choléra et les autres maladies infectieuses, la transmissibilité n’est pas fatale. Il faut compter aussi avec le terrain d’ensemencement, avec l’organisme du sujet. La contagiosité se fait d’ailleurs surtout par les vêtements et par les objets infectés par le pestiféré. En les brûlant, on éteint le mal sur place.
- Il faudrait se défier surtout des modes de contamination inconnus jusqu’ici, et notamment des animaux et des insectes, qui sont des agents d’infection très actifs. 11 va de soi que la peste, maladie infectieuse, a son microbe, et les animaux sont les grands propagateurs des microbes. On peut présumer qu’à Bombay et ailleurs ce sont les rats qui amènent la diffusion de la maladie.
- M. Yersin a constaté que le microbe existe non seulement chez l’homme atteint de peste, mais aussi chez les rats qui meurent au début de l’épidémie. Souvent, ces animaux pestiférés présentent de gros ganglions, véritables b ibons remplis de bacilles spécifiques. Avec les cultures pures, provenant de peste humaine, il est facile de reproduire la maladie sur le rat et sur la souris en les inoculant au moyen d'une piqûre. L’animal infecté meurt en 36-60 heures.
- Le rôle des rats ne paraît pas plus douteux dans cette épidémie que dans celle de Hong-Kong. Quelques recherches récentes faites par llankin confirment celles de Yersin. Dans une maison où étaient mortes deux personnes de la peste, on fit des recherches et on trouva plusieurs rats morts. L’ouvrier qui fut employé à celle recherche prit la peste et mourut. Dans celte même
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- maison, Ilankin ayant remarqué la présence d’un grand nombre de fourmis, qui venaient chercher leur nourriture sur les cadavres des rats, examina à leur tour ces fourmis et les trouva remplies de bacilles de la peste.
- D’autre part, un mois avant que la peste éclatât à bombay, on avait noté une mortalité extraordinaire parmi les rats. A Canton, lors delà dernière épidémie, on ramassa en quelques semaines plus de 22 000 cadavres de rats.
- Dans un travail lu à la Société épidémiologique de Londres, le Dr Cantlie pose les conclusions suivantes : 1° que les rats atteints ou morts de la peste peuvent infecter d’autres animaux, comme les serpents ou les chacals, qui dévorent leurs cadavres: 2° que les rats sont toujours atteints d’une maladie semblable à la peste quand cette maladie règne épidémiquement chez l’homme ; 3° que le rat peut infecter l’homme, mais que le mode de contagion reste indéterminé.
- Quant à la grande mortalité qui frappe les rats avant le développement de l’épidémie, ou peut se demander si la peste frappe réellement les rats avant les êtres humains, ou bien si la période d’incubation est seulement plus courte chez eux que chez l’homme.
- Au moment des épidémies de peste, et même après que la maladie a disparu, on trouve dans le sol des localités infectées un microbe exactement semblable à celui de la peste, mais moins virulent que celui retiré des bubons.
- Ce microbe se conserve dans la terre et l’on conçoit que les rais puissent se contaminer. Ainsi se réveillent les épidémies. Car, comme l’avait pressenti Pasteur, la peste a des germes de longue durée et le virus atténué peut reprendre sa forme active.
- Cette étiologie nous explique pourquoi la peste sévit avec tant d’intensité dans les pays comme la Chine, où les familles vivent entassées, sur un sol souillé de détritus de toute sorte, visité par les rats. La peste, qui est sans doute d’abord une maladie de rat, devient bientôt une maladie de l’homme. M. Yersin a vu aussi à Hong-Kong que les mouches peuvent transporter le virus, et il a pu donner la peste à des cobayes en leur injectant un peu d’eau stérilisée dans laquelle il avait broyé des mouches trouvées mortes au laboratoire.
- Voilà pour l’origine du fléau. Maintenant quelques lignes rapides sur nos moyens de défense. L’hygiène d’abord, la vaccination préventive ensuite. Car on a trouvé un vaccin efficace contre la peste. M. Yersin avait été observer la peste en 1894; il rentra à Paris pour faire à l’Institut Pasteur une étude détaillée du bacille. Sous la direction de M. Roux et avec le concours de MM. Calmette et Borel, il entreprit la préparation d’un virus antipesteux. On injecta une culture récente de peste sous la peau d’un cheval, et quand la fièvre fut passée, on recommença; et ainsi avec des doses de plus en plus fortes et à des intervalles de plus en plus grands. Trois semaines après la première injection, on saigna le cheval et on recueillit le sérum du sang. Ce sérum constitue un vaccin. Injecté sous la peau de cobayes auxquels on avait inoculé la peste, les petits rongeurs restèrent indemnes. M. Yersin reconnut que le sérum exerçait une action préventive; qu’après la maladie contractée, le sérum agissait encore et arrêtait le mal. Armé de ce sérum bienfaisant, il repartit pour l’Indo-Chine. 11 installa, à son arrivée à Nha-Trang (Annam), près des régions où régnait la peste, une écurie pour immuniser des chevaux et un laboratoire pour la préparation des virus1. Mais il fallait trouver un Chinois complaisant pour expérimenter le nouveau vaccin. Personne ne voulait
- 1 Annales de l'Institut Pasteur, 25 janvier 1897.
- essayer. Or M. Yersin rencontra à Canton Mgr Chausse, évêque de la mission catholique, qui précisément était en quête d'un remède pour sauver un jeune Chinois du séminaire gravement atteint. Le jeune Chinois, déjà à moitié mort, reçut de M. Yersin le sérum antipesteux. C’est donc un Chinois qui fut inoculé le premier. Le lendemain de l’opération, la fièvre avait disparu et le pestiféré était sauvé.
- M. Yersin fut rappelé en Annam. Mgr Chausse écrivait quelques jours plus tard à M. Flazelle, consul de France à Canton :
- (( M. Aersin est un médecin prévoyant. En guérissant le jeune séminariste il a montré la valeur de son remède; en nous laissant une seringue et quelques flacons de sérum, il nous a épargné beaucoup d’ennuis. Deux nouveaux cas se sont déclarés dans la même maison ; l’un, dimanche, l’autre, hier lundi. On a injecté la liqueur et aujourd’hui les deux élèves sont sur pied, les bubons ne sont plus douloureux, la fièvre est à peu près tombée. ))
- M. Yersin reçut bientôt de l’Institut Pasteur 80 flacons de sérum. Et il put continuer les vaccinations b Amov. 20pestiférés furent traités parla sérothérapie, oà Canton, 23 à Amoy. 2 ont été inoculés trop tard et sont morts. En tout cas 24 ont été sauvés, ce qui donne une mortalité de 7,6 pour 100, alors que la mortalité ordinaire par la peste est d’au moins 80 pour 100. De plus, le sérum employé avait voyagé sur l’Océan pendant les chaleurs; il avait pu perdre une partie de ses propriétés actives. Ces résultats sont donc en somme très encourageants, surtout quand on se rappelle les statistiques si rassurantes déjà fournies par la sérothérapie dans les affections infectieuses.
- Ainsi, sans insister davantage, on prend partout ses précautions, les gouvernements et les instituts sanitaires! Si, par impossible, un cas survenait, on aura immédiatement recoure à la désinfection rigoureuse de la maison ; on pratiquera la vaccination sur les différents habitants et le mal cedera sur place. L Institut Pasteur a immunisé un grand nombre de chevaux et pourra distribuer abondamment le sérum préservateur. Le danger est bien loin d’être à nos portes. On peut même penser qu’il n’y frappera pas. Mais c’est déjà le plus souvent victoire gagnée quand on est prêt à recevoir l’ennemi. Et il suffit que l’on soit prêt pour qu’il ne vienne* pas. Nous sommes Pfêts. Henri de Parville.
- INTERRUPTEUR A MERCURE
- POUR BOBINES d’iN'DUCTION
- Depuis la belle découverte de M. le professeur Rôntgen, la bobine d’induction est devenue un appareil auquel on demande des services surtout plus prolongés. Il devient nécessaire d’éviter certains inconvénients.
- Dans le type d’interrupteur communément dénommé interrupteur à marteau, les surfaces de contact arrivent à s’échauffer à tel point quelles se soudent ensemble. La bobine s’échauffe, l’isolant des diverses spires fond, on a des décharges internes et, en quelques minutes, l’appareil est hors d’usage. C’est du reste pour obvier à ces* inconvénients que Foucault avait imaginé son trembleur à mercure qui supprime le danger d’une soudure accidentelle. La pratique a démontré les avantages indiscutables de cet interrupteur qui, outre la sûreté du fonctionnement,
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- LA NATURE.
- donne avec la même bobine des étincelles beaucoup plus longues et plus nourries. Néanmoins son régime de vitesse est moins rapide que celui du trembleur à marteau et le nombre des passages du courant est par là même de beaucoup réduit. Dans les expériences de photographie à l’aide des rayons Rontgen, il s’agit, lorsque l’on opère sur le vivant, de réduire autant que possible les durées d’exposition, et il paraît vraisemblable qu’il y aura avantage indéniable à faire passer dans l’ampoule le nombre le plus élevé de décharges dans l'unité de temps ; cependant la question est encore fort controversée et divers opérateurs éminents, parmi lesquels nous citerons M. Chappuis, le savant professeur de physique à l’Ecole centrale des arts et manufactures, soutiennent qu’il y a intérêt à ne pas précipiter la cadence de l’interrupteur à mercure. Quoi qu’il en soit et plaçant la question sur un autre terrain, nous devons reconnaître (pe la limite des variations” du trembleur à mercure est peu élastique, à cause de la masse même du mécanisme; d’autre part il est impossible de régler à volonté la durée de passage du courant : en effet, aussitôt que la tige de platine pénètre dans le mercure, elle est immédiatement attirée en sens contraire ; on peut donc admettre que les périodes de contact et d’interruption sont sensiblement égales.
- Au cours de nos travaux sur la photographie à l’aide des rayons Rontgen, nous avons constaté qu’il y avait avantage: 1° à augmenter le nombre des passages du courant dans l'unité de temps; 2° dans chaque passage à diminuer la période d’interruption qui correspond à l’extra-courant.
- Pour réaliser pratiquement ces conditions, nous avons fait construire par MM. Bazin et Leroy, les habiles constructeurs, un interrupteur spécial dont voici sommairement la description.
- Un moteur électrique (voy. fig.), actionné par une pile indépendante1, donne un mouvement rapide de rotation à un arbre central sur lequel est montée une
- 1 On peut employer également un moteur mécanique quelconque, pourvu que l’on puisse en faire varier la vitesse suffisamment pour obtenir le maximum d’ellet.
- came métallique de forme spéciale A. Cette came a pour but de soulever alternativement un bras de levier B auquel est suspendue la lige métallique C destinée à plonger dans le godet à mercure I) et produire les contacts et les interruptions. A cause de la forme de cette came, la durée de contact est de 5/4 de la période, la durée de l’interruption n’étant que de 1/4. Ce rapport, qui donne le maximum de rendement, a été adopté par nous à la suite d’expériences minutieuses. Le godet garni de mercure et d’eau alcoolisée est contenu dans un petit réservoir rempli d’eau E, destiné à éviter réchauffement lors d’expériences de longue durée. La tige de
- contact se règle à l’extrémité du bras de levier au moyen d’un bouton de pression F. Une vis spéciale G et un ressort antagoniste II dont on peut faire varier la longueur permettent de régler exactement la course du levier. Cet interrupteur, indépendant de la bobine, est relié à celle-ci au moyen de deux fds souples qui sont fixés d’une part à la pièce qui supporte le marteau et de l’autre au contact de celui-ci. Il est nécessaire de retirer le marteau ou de l’éloigner suffisamment.
- Cet appareil, employé avec diverses bobines de nos meilleurs constructeurs, et en particulier avec celles de M. Ducre-tet, nous a permis d’obtenir d’excellents résultats au point de vue de la radiographie. Les étincelles sont beaucoup plus nourries et augmentent dans une proportion très sensible. L’éclairement des ampoules de Crookes est également beaucoup plus brillant et les temps de pose diminués dans une proportion notable.
- C’est pour ces diverses raisons que nous avons cru pouvoir décrire ce petit perfectionnement de la technique opératoire dans l’application d’une découverte où il reste encore beaucoup à faire l.
- Albert Londe.
- 1 Dans l’emploi du lluoroscope on esttrès gêné par l’intermittence de l’éclairement de l’ampoule qui produit un tremblement fatigant pour l'observateur. En employant un interrupteur tel que celui que nous venons de décrire et en lui donnant une très grande vitesse, nous arrivons à réaliser la continuité de l’éclairage de l’ampoule.
- Interrupteur à mercure pour bobines d'induction. — A. Came. — B. Levier oscillant. — C. Tige métallique de contact. — I). Godet contenant le mercure et l’eau alcoolisée. — E. Réservoir d'eau. — F. Vis île réglage de la tige de contact. — G. Vis de réglage de la course de la tige de contact. — 11. Ressort antagoniste. — 1 et 2. Fils de la pile actionnant le moteur. — 3 et 4. Fils se rendant au marteau de la bobine et à son contact fixe.
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- LA NATURE.
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- IA YÏGNE DANS LE MIDI
- La culture de la vigne est une de celles qui réclament les soins les plus munitieux et les plus suivis. Elle a été bien éprouvée dans ces dernières années; mais par suite des traitements appropriés auxquels les vignerons les ont soumis, d’après les conseils de nos plus illustres chimistes, nos vignobles n’ont pas tardé à reprendre, et lorsque la température est clémente, ils produisent des vins qui ne le cèdent en rien à ceux d’autrefois.
- Sans vouloir revenir ici sur toutes les opérations bien connues de la culture de la vigne proprement dite, du traitement des différentes maladies,etc., nous dirons quelques mots particuliers aux soins donnés à la vigne dans le Midi, et sur la récolte.
- Les terrains sont d’abord défoncés au moyen’de
- Fig. 1. — Monte-charge hydraulique pour élever le raisin.
- les départements de l’Hérault, de l’Aude, du Gard, des Pyrénées-Orientales, sans oublier les vignobles si productifs et si renommés du Bordelais et du Maçonnais dont les crus sont célèbres dans le monde entier, les vignobles de la Bourgogne justement réputés, ceux de la Touraine et du Cher, et les fameux coteaux du Saumurois.
- L’époque des vendanges arrivée, des armées d’ouvriers et d’ouvrières sont embauchées pour couper, porter et charroyer les grappes de raisins suspendues aux ceps, pendant que les tonneliers s’empressent d’achever la confection des barriques. Les hottes des vendangeurs sont vidées dans des tombereaux garnis de toile imperméable qui retiennent tout le jus et qui vont basculer leur chargement au pied d’un monte-charge. Une chaîne sans fin armée de godets élève d’un mouvement continu les grappes au premier étage de la cave. La figure n° 1 nous montre un tombereau au pied d’un monte-charge hydraulique.
- charrues à vapeur à une profondeur de Üm,50 à 0m,60. Des plants de vigne choisis parmi ceux qui résistent le plus aux différentes maladies, et notamment au phylloxéra, sont transportés dans ces terrains à l’époque propice. L’année suivante, le vigneron greffe sur ces pieds les espèces de vignes qui conviennent le mieux à la nature du sol, et qui iournissent les qualités de vins demandées. Après trois années d’attente et de soins, si la température a été favorable et si les maladies n’ont pas arrêté l’élan des nouvelles pousses, on peut commencer à récolter quelque peu. Cette récolte chaque année augmente, non seulement en quantité mais aussi en qualité, jusqu’à complet développement. Les ceps deviennent ensuite vigoureux et superbes et donnent alors une belle et abondante moisson.
- Nous avons ainsi dans notre belle France des hectares recouverts de vignes, particulièrement dans
- Fig. 2. — Intérieur d'une cave en 1896.
- Dans la cave, chaque godet vide sa provision dans un fouloir dont les rouleaux d’acier, formidable mâchoire, broient les grains, qui retombent dajis un wagonnet sur rails et que des hommes poussent à l’orifice des cuves ou des foudres de la cave dans lesquels, par des trous aménagés dans le plancher, la charge est versée. C’est particulièrement dans l’intérieur de ces caves que le matériel s’est bien modifié et que le progrès a apporté de grands changements. La figure 2 nous montre l’intérieur d’une cave en 1896. On aperçoit dans le fond à gauche un moteur à gaz actionnant une pompe ; au-dessus se trouve un filtre pour permettre d’obtenir des liquides clairs.
- Il est certain que désormais il faudra compter avec l’outillage moderne dans nos vignobles. L’industrie viticole n’est pas un vain mot. La machine pénètre partout, et si l’on veut tirer le rendement maximum dans la culture et dans l’utilisation du terrain, il faudra non seulement se préoccuper pour le sol des
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- LA NATURE.
- progrès de la chimie, mais encore pour l’exploitation des progrès de la mécanique. G. Saillant.
- CHRONIQUE
- I>e« bienfaiteurs de la science. — L’an dernier, mourait à Nantes, dans un âge très avancé, un homme fort savant, qui était en même temps un homme de bien et un bon Français, M. James Lloyd. Voué, dès sa jeunesse, à l’étude de la botanique, il s’était fait surtout connaître par la publication d’une excellente Flore de l'ouest de la France, embrassant toutes les plantes qui croissent sur le littoral et dans les régions voisines de l’intérieur, depuis l’embouchure de la Gironde jusqu’à l’extrémité du Finistère. Cet ouvrage, qui atteignait récemment sa 6e édition, était appuyé sur un herbier des plus riches et sur une bibliothèque spéciale des plus complètes que son possesseur a légués à la ville d’Angers, avec la rente nécessaire pour l’entretien et l’augmentation de cette collection précieuse. Mais le digne M. Lloyd a fait plus : désireux d’encourager non seulement la botanique, mais encore les botanistes, il a stipulé, dans son testament, qu’un de ces derniers serait désigné comme conservateur delà bibliothèque et de l’herbier, avec un traitement d’au moins 5000 francs au pavement duquel un legs spécial est affecté. Il a stipulé que le poste modeste, mais honorable, créé par lui, serait confié, « en dehors de toute considération de grades universitaires, à un botaniste humble, ami de la nature, voué au progrès de la science qu’il a aimée et cultivée »). Et il a chargé la Société botanique de France, dont il était un des membres les plus anciens, de dresser une liste de présentation de trois candidats, entre lesquels le maire d’Angers sera tenu de choisir. Aussi, la Société botanique fait-elle appel à la publicité pour permettre à un plus grand nombre de candidatures de se manifester et pour mieux répondre aux intentions du botaniste nantais. Les demandes seront reçues par elle (rue de Grenelle, 84) jusqu’au 15 mars prochain.
- Le cyclone du 20 juillet 1890, qui dévasta les allées du Jardin des Plantes, fit aussi dans les galeries du Muséum des dégâts importants. Le Musée de minéralogie fut particulièrement éprouvé; par le toit vitré que creva l’avalanche l’eau entra à flots, défonçant les vitrines, noyant les échantillons; quantité de sulfates fondirent; d’autres sels se boursouflèrent dans leurs gangues et durent être retirés du Musée. Mme Lebaudv, qui s’intéresse vivement à la conservation des richesses minéralogiques du Muséum, vient de faire don à cet établissement d’une somme importante qui, selon son désir, sera employée à compléter les collections décimées.
- La bibliothèque de Ménélick. — Le négus vient de décréter la création, dans sa capitale Addis-Ababa, d’une bibliothèque où seront transportés tous les livres et manuscrits qui se trouvent en Éthiopie. L’histoire de la partie la plus importante de ces manuscrits est assez curieuse : une tradition populaire assurait que, lors de l’invasion des musulmans en Éthiopie, au seizième siècle, les monarques abyssins avaient caché dans une des îles du lac Zouay, l’île Debra-Sina, une grande partie des livres éthiopiens de leur bibliothèque. Le grand-père de Ménélick, le roi de Choa, Sehia Sellasié, disait, en 1859, à notre compatriote Rochet d’IIéricourt : « Nous irons au lac Zouay. Vers le milieu de ce grand lac, se trouve une île où sont déposés les manuscrits que nos pères ont sauvés lors de l’invasion de Mohammed Gragne; nous la
- visiterons. )) Ce projet de Sehia Sellassié, qui était un lettré dont il reste encore aujourd’hui des poèmes en langue ghèze, n’a été mis à exécution que par son petit-fils, le négus actuel. Il y a trois ou quatre ans, en effet, le roi Ménélick ordonna de construire une flottille de radeaux pour faire la conquête des îles du lac Zouay. On s’attendait à une vive résistance de la part des insulaires, qui, vivant depuis trois siècles dans un complet isolement, étaient armés, très peu hospitaliers, et qui considéraient les manuscrits dont ils avaient la garde comme des divinités tutélaires. L’île de Debra-Sina était, d’ailleurs, protégée par les superstitions des riverains, qui n’avaient jamais osé la profaner. Une véritable expédition fut organisée pour conquérir les îles saintes. Il e«t probaule que l’artillerie qui accompagnait le négus en imposa aux insulaires, car ils se soumirent immédiatement. On trouva, dans l’île principale, un grand nombre de livres, qui furent apportés au roi. Celui-ci, après les avoir fait recouvrir de couvertures de soie, selon la mode abyssine, les rendit à l’ancien chef, qu’il maintint dans ses fonctions, en lui confiant de nouveau la garde des manuscrits. Ils vont être transportés dans la nouvelle bibliothèque de la capitale, dès qu’elle sera installée.
- Statistique des exemptions militaires. —
- D’après une communication faite à la Société d’anthropologie, un médecin principal de première classe, professeur au Val-de-Grâce, se basant sur les comptes rendus officiels des conseils de révision de 1887 à 1895, a établi une statistique comparée des exemptions du service militaire en France. Il a fait la répartition par département et pour chaque nature d’infirmités du nombre de jeunes gens exemptés sur mille examinés. Voici le résumé des principaux résultats auquels il est arrivé. Les maladies de peau, autres que la calvitie et la teigne, sont en somme assez rares en France. C’est dans Meurthe-et-Moselle que se trouve le chiffre le plus élevé des exemptions motivées par ces affections; les chiffres les plus faibles se trouvent dans la Dordogne, la Corse et Lot-et-Garonne. On demeure frappé du nombre considérable d’hommes que les hernies soustraient au service militaire; ce nombre, pendant sept ans (1887 à 1895), n’a pas été moindre de 27 889, cette infirmité étant à peu près uniformément répandue par tout le territoire. Les pieds plats constituent une infirmité très peu répandue en France; les départements de la Bretagne, en y ajoutant la Manche, forment un groupe plus éprouvé que les autres régions ; les départements du centre, au contraire, paraissent jouir d’une immunité manifeste. Enfin, parmi les jeunes hommes de vingt ans, on peut chaque année compter en France près de 4000 tuberculeux.
- Les instituts Pasteur en Russie. — Le premier institut Pasteur pour le traitement de la rage fut ouvert à Odessa en juillet 1886, sous l’initiative du professeur Metchnikoff. Dans le courant de la même année, d’autres instituts antirabiques furent établis à Varsovie, à Samara, à Saint-Pétersbourg et à Moscou. En 1887, un sixième établissement du même genre fut ouvert à Karkoff, et un septième en 1888 à Tiflis. Tous ces instituts sont actuellement en pleine activité. Les dernières statistiques publiées montrent que le total des malades traités dans ces divers établissements de 1886 à 1892 atteint le chiffre de 14 569. Sur ce total, il y a eu seulement 265 morts, soit une mortalité de 1,84 pour 100. On compte environ 9600 sujets mordus par des chiens enragés, avec une mortalité de 0,79 pour 100. Les morsures de loups ont donné une mortalité bien plus élevée,
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- LA NAT U UK.
- loi)
- 10,20 pour pour 100, — 101 décès pour 1021 mordus. Le nombre des sujets traités augmente chaque année, ce qui prouve la confiance du public dans l’inoculation préventive. On ne peut malheureusement établir de comparaison avec le passé. Car avant la création des instituts antirabiques le nombre des cas de rage restait inconnu des autorités. En moyenne le nombre des cas déclarés s’élevait chaque année à une centaine, sur lesquels plus de la moitié succombait.
- laK'oinolive électrique à Baltimore.—Les trois locomotives électriques qui desservent par un système de trolleys la ligne souterraine du Baltimore and Ohio Rail-road vont bientôt être employées au service des voyageurs comme elles le sont actuellement pour les trains de marchandises. Les conducteurs aériens seront à cet effet prolongés jusqu’au deux stations voisines des tètes du tunnel, pour éviter l’emploi des locomotives ordinaires qui amenaient les trains jusqu’à ce dernier. D’après la liailroad Gazette, ces machines électriques donnent toute satisfaction : la charge maximum qu’elles ont pu remorquer comporte 41 wagons de marchandises en charge et deux locomotives simplement traînées. L’usine électrique doit d’ailleurs fournir la puissance nécessaire non seulement à la traction dans le tunnel, mais encore à 180 voitures de tramways employées par une Compagnie locale, et à l’éclairage d’une grande partie de la ville.
- Historique des prix de la soie. — M. le vicomte d’Avenel indique, dans la Revue des Deux Mondes, que la soie ouvrée en étoffes qui vaut aujourd’hui environ 50 francs le kilogramme pour les qualités moyennes, atteignait couramment au seizième siècle, et même plus tard, des prix variant de 400 à 600 francs pour les soies à coudre et les franges, et de 900 francs pour les tissus fabriqués, satins ou velours. Un compte de la maison du Roi en date de 1342 mentionne même un « cendal vermeil » — sorte de taffclas — qualilié de très riche, au prix de 1400 francs pour le poids correspondant à notre kilogramme. Le tissu le plus cher qu’ait rencontré l’auteur dans ses investigations, portant sur sept siècles de fabrication, est un drap d’or que Louis XIV paya 414 francs le mèfre en 1070,poury faire tailler une robe de chambre. D’autre part, on a fabriqué l’an dernier à Lyon, pour l’im-pcratrice d’Allemagne, un lampas fond blanc, orné de fleurs, d’oiseaux et de feuillages en relief, qui était destiné à un costume et ne sera employé que comme tenture. 11 a coûté 600 francs le mètre et la façon seule vaut plus de 100 francs.
- I.e tricycle snr les voles ferrées. — Une intéressante décision vient d’être prise par le comité technique des chemins de fer, qui a décidé que les grandes Compagnies devraient mettre à l’essai le système de tri-cyles, utilisé depuis longtemps en Russie, pour la surveillance des voies ferrées. Il s’agit d'un appareil à grand écartement d’essieu, dont deux roues s’adaptent sur un même rail, la troisième sur l’autre. Le garde de la voie, placé sur un siège situé juste au-dessus du milieu de la ligne, actionne le tricycle à l’aide de pédales. La position qu’occupe le garde lui permet de marcher à une certaine vitesse et de surveiller les deux rails à la fois. Ce sera pour ces modestes travailleurs une économie sensible de temps et surtout de fatigue, car jusqu’à ce jour ils faisaient à pied leur inspection. Les machines de ce genre en usage en Russie sont très légères — leur poids varie entre 19 et 22 kilogrammes — et le déraillement en est très facile, à l’annonce d’un train venant en sens
- inverse. Les premières expériences seront faites prochainement par les Compagnies d’Orléans et du Nord, désignées pour expérimenter le tricycle sur leurs grandes lignes.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er février 1897. — Présidence de M. Ciiatix.
- Propriété du ferment du sang humain. —M. A. Gautier analyse un travail de M. Henriot sur les propriétés du ferment du sang humain, la lipase. Ce ferment a été conservé pendant plusieurs mois dans des tubes stérilisés. L’action de la chaleur sur son activité a été étudiée avec beaucoup de soin. Cette activité augmente avec la température lorsque celle-ci croît de 0 à 55°. A cette température de 55°, l’activité du ferment atteint un maximum ; elle décroît ensuite et devient nulle à 65°. Entin, à la température constante, les quantités de corps gras saponifiés sont proportionnelles au temps, au moins pour des intervalles qui ne dépassent pas 20 minutes.
- Application nouvelle de la radiographie. — MM. Rémy et Contremoulin ont réalisé une application nouvelle de la radiographie. C’est l’étude des muscles, cette partie délicate de l’anatomie, qui bénéficie de la nouvelle application. MM. Rémy et Contremoulin injectent d’abord du bichromate de potasse, puis ils font macérer dans une solution de nitrate d’argent. En faisant ensuite intervenir la radiographie, on voit apparaître sur l’épreuve les fibres des muscDs ainsi que les insertions.
- Varia. —M. Patin a étudié les combinaisons de l’antipyrine et des phénols. — M. Kœhler a résumé en un volume les résultats zoologiques de sa campagne d’exploration sous-marine. Ciï. de Villedeuil.
- LE CYCL0DR0ME
- On a pu voir en 1896 à Evian, à l’Exposition de Genève et à Paris, au Bois de Boulogne, aux chalets du Cycle, un appareil qui attirait les amateurs cyclistes de tous les sexes, une* sorte de vélodrome d’appartement pour s’entraîner sur place, invefité par M. Guignard, de Lausanne.
- Le realislic home traîner permet au cycliste de pédaler et de rouler en chambre comme s’il se trouvait sur route. L’appareil se compose de trois rouleaux horizontaux montés sur un bâti et presque entièrement recouverts par une plate-forme. Ges rouleaux sont reliés entre eux et disposés de façon que, lorsqu’on place sur la plate-forme une bicyclette avec le cycliste, la roue directrice passe sur l’un d’eux et la roue motrice sur les deux autres. Aussitôt que l’on pédale, la roue motrice entraîne les rouleaux, et comme ceux-ci fuient sous la machine, en raison même de la vitesse qu’on leur imprime, le cycliste travaille toujours, sans parvenir à quitter ce chemin fuyant. C’est comme s’il parcourait une route sans fin se déplaçant comme lui. On peut ainsi, sur place, faire autant de kilomètres que l’on désire avec la vitesse que l’on souhaite. On court toujours avec les rouleaux sans avancer d’un centimètre.
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- LA NATURE.
- Le mouvement de rotation des rouleaux se transmet à un appareil de contrôle, cadran avec aiguille sur lequel on lit la vitesse atteinte ou le nombre de kilomètres parcourus. A l’aide d’un frein, on peut aussi augmenter la résistance et placer le cycliste dans les conditions où il se trouverait s’il gravissait une côte plus ou moins accentuée. Or, en 1896, à Genève et au Bois, c’était à qui placerait sa bicyclette sur l’appareil et montrerait sa puissance de cycliste. Les rouleaux ronflent dans leur rotation rapide ; le coureur sur place pédale avec énergie, s’échauffe, transpire et suit de l’œil le cadran. 30, 35 et 40 kilomètres à l’heure. On l’encourage; 45, 50 kilomètres. La sueur l’inonde en quelques minutes d’effort : 55, 65 kilomètres! C’est tout. Le cycliste n’en peut mais. Il a marché trois à quatre minutes jusqu’à ce qu’il ait atteint la vitesse énorme de 65 ki-
- lomètres à l’heure. La majorité n’atteint pas ce chiffre, il s’en faut. Heureux ceux qui font monter l’aiguille jusqu’à 45 et 50 kilomètres.
- Ce passe-temps a eu la vogue, d’autant mieux que souvent les coureurs de profession se sont mêlés aux amateurs les mieux entraînés. Cet exercice un peu trop violent peut d’ailleurs être mesuré à la taille et aux forces de chacun et servir non seulement à entraîner les moins doués, mais encore à apprendre les secrets du cyclisme aux débutants. L’équilibre est facile sur les rouleaux; on peut se retenir à une colonnade en cas de trop grande inclinaison et il devient facile de pédaler sans crainte sur cette route mouvante.
- Au dernier Salon du cycle, cet appareil a été considérablement agrandi. Sur une large plate-forme on a groupé parallèlement quatre ou cinq jeux de rou-
- Le cyclodronie.
- leaux, de façon à mettre en ligne plusieurs coureurs de profession. Chaque jeu, par une transmission simple, va porter le mouvement sur une immense table ovale à des coureurs en miniature qui rappellent les petits chevaux des casinos des bains de mer. Ces coureurs, avec leurs machines, se déplacent sur cette grande piste en raison des efforts faits par les cyclistes qui pédalent sur les rouleaux. Chaque cycliste porte les couleurs correspondant aux couleurs des petits coureurs. En sorte que leur vitesse de marche n’est plus révélée par une aiguille tournant sur un cadran, mais par le déplacement sur la piste des coureurs lilliputiens. On traduit ainsi la marche sur place par une progression réelle des coureurs figurés. C’est donc pour le public une vraie course en chambre.
- Un coup de pistolet et aussitôt les rouleaux fonctionnent, les cyclistes commencent lentement, accélèrent les coups de pédale et les petites bicyclettes
- montées avancent en conséquence sur la piste.
- Enfin, voilà le but! Quel triomphe! Applaudissements frénétiques! Et les vrais coureurs en pleine transpiration, comme s’ils avaient eux-mêmes parcouru 40 kilomètres, se dérobent aux acclamations et disparaissent pour faire place à de nouveaux lutteurs. Le cyclodrome a la vogue cet hiver. Que sera-ce à la belle saison? Après la fermeture de l’Exposition de vélocipédie, il s’est établi sur le boulevard Montmartre, 14, à Paris, au Pont-de-Fer. Et il est clair que ni M. Guignard, l’inventeur du cyclodrome, ni M. Hurel, le dépositaire de l’appareil, n’ont à se plaindre des Parisiens! Tout le monde va voir le cyclodrome. O règne de la bicyclette, des vélodromes et des cyclodromes! Ce n’est pas fini.
- Raoul Tempe.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- ÜS° 1257
- LA NATURE
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- . — 15 FÉVRIER 1897.
- FOUILLES DU PROFESSEUR HILPRECHT A NIPPUR
- Fig. 1. — Vue générale des ruines.
- Parmi les découvertes scientifiques et archéologiques qui honorent notre temps, il faut mentionner
- en première ligne les fouilles de M. de Sarzec ,à Tello. Un éminent- assyriologue, M. Ileuzey, en a rendu
- compte à l’Académie des Inscriptions et a fait ressortir toute leur importance1. Par des monuments indiscutables, nous remontons à près de quarante
- 1 On peut consulter le magnifique ouvrage, Découvertes en Chaldée, dû à MM. Ileuzey et de Sarzec.
- 25* année. — 1M semestre.
- siècles avant notre ère et la Chaldée peut rivaliser avec l’antique Egypte. L’inscription de Nabonide le prouve sans réplique. « Le cylindre de Naramsin, fils de Sargon, porte-t-elle, que depuis 5200 ans aucun roi parmi mes prédécesseurs n’a vu, Samas
- 11
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- LA NATURE.
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- (le Soleil), le grand seigneur de Sippara me l’a révélé. » Cette inscription a été tracée 558 ou 555 ans avant notre ère. Nous sommes donc peu éloignés des quarante siècles qui longtemps ont été considérés comme la date initiale du genre humain. M. de Sarzec montre qu’à cette époque il y avait en Chaldée une population nombreuse, capable d’ériger des temples et des palais, un gouvernement organisé, une civilisation plus avancée que nous ne pouvions le supposer, et, ce qui paraîtra peut-être plus curieux, une religion monothéiste. Ea était le Dieu grand et probablement le dieu unique.
- Mais pour qu’une population ait pu se former, pour qu’une organisation sociale ait été créée, pour que des arts, tels que les stèles et les bas-reliefs les attestent, se soient développés, pour que des villes aient pu s’établir et s’agrandir, il est clair qu’il a fallu de longs siècles.
- Les travaux de M. de Sarzec, ses nouvelles découvertes ont déjà permis de pénétrer dans ces siècles inconnus et voici qu’une expédition américaine, sous le patronage de l'Université de Philadelphie et sous la direction du professeur Hilprecht, est venue ajouter à nos connaissances et nous ouvrir des horizons nouveaux.
- M. Hilprecht est connu dans la science; il a trouvé, là où s’élevait l’antique ville de Nippur, une inscription appartenant à un roi d’Accad et remontant à plus de 4000 ans av. J.-C.1.
- Ce fut sur ce même emplacement qu’il résolut d’entreprendre les nouvellles fouilles que nous allons raconter; elles devaient amener d’intéressantes découvertes.
- Une colline, la fille du Prince, tel est le nom que lui donnent les Arabes, s’élève dans le désert à 97 pieds au-dessus du niveau du sol (fîg. 1). Les fouilles ont montré qu’elle était formée de débris de toute sorte accumulés par les siècles. Plusieurs temples ou palais avaient successivement été superposés sur le même emplacement. Le temple le plus récent paraissait avoir été érigé par Kadashmann Durgu, qui vivait environ 1200 ans avant notre ère; mais on reconnut que les briques qui portaient son nom ne formaient qu’un revêtement destiné sans doute à consolider un temple plus ancien érigé par Ur-Gur 2800 ans avant J.-C. (fig. 2).
- Les fouilles continuèrent et mirent assez rapidement au jour les fondations mêmes du temple construites en briques cuites de 8 pieds d’épaisseur. Sous ces fondations, on reconnut une plate-forme également en briques, seul mode de construction connu à Nippur, où la pierre fait défaut. Ces briques étaient carrées et mesuraient 4 pieds 1/2 en longueur et en largeur sur 8 pouces d'épaisseur. Leur face supérieure était de forme convexe, système de construction assurément fort rare et dont je ne trouve pas pour le moment d’autre exemple. Chaque brique portait l’empreinte du pouce de
- 1 Bul. Acad, des insc., 1893, p. 291.
- l’ouvrier et on a pu relever sur nombre d’entre elles, tracés en caractères cunéiformes, les noms de Sargon et de Naram-Sin son fils, que les fouilles de Tello nous avaient fait connaître.
- Deux puits couvrant ensemble une superficie de 100 pieds carrés furent successivement creusés sous la terrasse ou plate-forme attribuée à Sargon l’Ancien. Ils mirent au jour un troisième temple, évidem-menl le plus ancien de tous (fig. 5), auquel M. Ilil-precht donne comme date minima environ 6000 ans avant notre ère. En continuant toujours les recherches, on arrivait enfin, à 50 pieds au-dessous de la plate-forme, à la terre vierge. L’homme ne l’avait jamais foulée, aucun débris ne rappelait sa présence.
- Entre le dernier temple et le sol au contraire, on rencontrait de véritables amoncellements dus à des générations successives. Ces amoncellements mesurent, je viens de le dire, 50 pieds et c’est sur le calcul du temps nécessaire à leur dépôt, calcul bien fragile et si souvent illusoire, que le savant professeur établit la date qu’il donne.
- Ce qui est plus intéressant, c’est le nombre d’inscriptions sur briques ou sur tessons de poterie qui ont été recueillies. Ces épaves d’une vieille civilisation ont été expédiées au Musée Impérial de Constantinople, où M. Hilprecht s’occupe actuellement à les déchiffrer et à les classer. Ces inscriptions révéleront sans doute des secrets encore inconnus et permettront peut-être de fixer avec quelque certitude des dates que, jusqu’à présent, il n’est permis d’accepter qu’avec réserve.
- Sans doute, l’homme est bien plus ancien sur la terre qu’on ne le croyait jusqu’à ces dernières années. Telle est la seule conclusion à tirer des découvertes que nous venons de raconter, comme des découvertes qui les ont précédées. Toutes confirment les hypothèses admises depuis longtemps par la science. Ajoutons seulement, à l’honneur des Américains, qne toutes ces fouilles ont été entreprises au moyen de souscriptions particulières et que les frais, montant à près de 400 000 francs, ont été rapidement couverts : c’est là un de ces exemples que l’on ne saurait trop répéter et que l’on ne saurait surtout trop imiter. Mis de Nadaillac.
- ÉPREUVES PHOTOGRAPHIQUES ARTISTIQUES
- A LA GOMME BICHROMATÉE
- Les photographes revendiquent depuis longtemps le titre d’artistes et on le leur conteste en disant qu’ils ne font que du travail mécanique, dans lequel l’art n’a rien à voir. Pour la plupart d’entre eux, c’est absolument vrai ; surtout depuis la vogue toujours plus grande des appareils à main et à magasin. Une image artistique est plutôt un hasard, la part de l’opérateur y entre pour bien peu de chose. On ne peut cependant pas conclure de là que la photographie doit exclure forcément l’art, car, aussi bien que le crayon ou le pinceau, elle est un moyen de réaliser une conception. Celui qui l’emploie sera artiste s’il produit une œuvre qui nous procure la sensation du beau; s’il fait œuvre personnelle par le choix des costumes, le
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- groupement des personnages et des accessoires en vue de réaliser sa conception. Et pourquoi même ne lui laisserions-nous pas le droit de prendre plusieurs clichés photographiques pour en composer ensuite un tableau unique, en faisant sur chacun d’eux une judicieuse sélection ? Le peintre ne fait-il pas une série d’études de ses principaux motifs pour composer son tableau? Il arrivera certainement que sans le chercher, le tableau s’offrira tout fait au photographe, s’il s’agit d’un paysage notamment; mais encore faut-il qu’il fasse preuve de sentiment artistique pour choisir le point où cet assemblage d’arbres, d’eau, de rochers, etc., forme sujet de tableau et se présente sous l’éclairage le plus convenable.
- Mais ce n’est pas tout d’avoir su obtenir un cliché, il faut surtout savoir le tirer par les procédés qui lui conviennent le mieux et qui tendent à rapprocher le résultat définitif du dessin ou de la gravure, ou même de quelque chose qui ne ressemblera ni à l’une ni à l’autre, mais qui aura son cachet particulier. Il faut pour cela laisser à l’opérateur une large part dans ce qu’on pourra appeler l’interprétation du cliché.
- L’un des procédés qui se prêtera le mieux à cela, est celui de la gomme'bichromatée, connu depuis’plus de quarante ans et tiré de l’oubli récemment par quelques amateurs dont les œuvres ont été considérées, aux dernières expositions de Paris, Londres, Vienne, Bruxelles, comme véritablement artistiques et se sont du reste vendues tout comme des aquarelles et des gravures de maîtres.
- La théorie repose sur la propriété qu’ont les substances gélatineuses ou gommeuses de devenir insolubles à la lumière quand elles ont été traitées par le bichromate de potasse ; leur degré de solubilité varie en raison de l’intensité de la lumière qui les a impressionnées et on obtient toutes les demi-teintes d’un cliché photographique.
- On prépare une solution de gomme arabique à 40 pour 100 qu’on colore avec une couleur à aquarelle; puis on fait une solution de bichromate de potasse à 10 pour 100. On mélange les deux solutions par parties égales et, au moyen d’un large pinceau, on étend sur la feuille de papier choisie : Canson, Whatman, etc.
- On fait sécher à l’obscurité et ensuite on expose au châssis-presse sous un cliché. Le développement, c’est-à-dire la dissolution des parties restées solubles, se fait à l’eau tiède, à 30° environ. Telle est la façon d’opérer ; mais il y a beaucoup à travailler chacune des opérations de détail.
- Pour la solution de gomme il y a avantage à ne pas l’employer fraîche; elle est plus sensible quand elle est vieille. M. II. Kühn, d’innsbruck, conseille de faire dissoudre dans son poids d’eau une quantité de gomme arabique et de la laisser reposer jusqu’à ce qu’elle moisisse, puis de la filtrer et de la conserver ainsi. Le choix des couleurs a aussi une grande importance et certaines d’entre elles, qui seraient décomposées par le bichromate, ne sont pas utilisables. Il y a là aussi beaucoup à chercher; le vermillon, l’indigo, le bleu de Prusse, le noir de fumée, la terre de Sienne brûlée donnent de bons résultats. Les papiers à dessin et à aquarelle doivent être bien encollés; ceux qui sont à grain trop prononcé ne donnent pas si bien les blancs purs. La quantité de gomme employée a aussi une influence sur le résultat ; l’image sera dure s’il y en a trop, elle sera faible s’il y en a peu.
- Le papier peut être séché rapidement (à l’obscurité bien entendu) au-dessus d’un réchaud de charbon et être employé immédiatement : mais on peut le conserver pendant trois ou quatre jours.
- Le temps de pose exact est très délicat à déterminer;
- pour fixer les idées, nous dirons qu’il est d’environ un quart d’heure à une demi-heure à l’ombre, suivant le cliché employé; on voit du reste l’image se dessiner légèrement sur le papier. Au sortir du châssis-presse, on plonge l’épreuve dans l’eau froide pour enlever la plus grande partie du bichromate, et, dès ce moment, on peut opérer en pleine lumière. On change l’eau deux ou trois fois jusqu’à ce qu’elle reste claire, puis on passe à l’eau tiède où l’image continue à paraître; elle se dépouille complètement dans l’espace d’un quart d’heure. C’est pendant cette dernière opération que l’habileté et le goût de l’opérateur peuvent intervenir en facilitant avec un pinceau le dépouillement de certaines parties. Pour terminer, l’épreuve est lavée une dernière fois à l’eau froide et passée dans une solution d’alun qui durcit la couche.
- Nous avons, à dessein, indiqué d’une façon très sommaire la série des opérations ; il est impossible de donner des indications précises, à moins d’écrire un volume.
- Il faut chercher, tâtonner et recommencer. C’est là ce qui constituera l’œuvre personnelle, permettra de se distinguer du voisin et de produire en somme une œuvre artistique. G. Mahesciial.
- LA BICYCLETTE ET L’ARCHÉOLOGIE
- Voici deux mots qui ne riment guère et la reine du jour ne possède pas de parchemins poudreux. Ce n’est ni chez les Romains ni chez les Grecs qu’il faut chercher son origine. Dans une intéressante conférence sur les moyens de locomotion insérée dans le Bulletin de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, M. le baron de Vinck de Win-nezeele donne quelques intéressants détails archéologiques sur la bicyclette. Un curieux vitrail du dix-septième siècle existe en Angleterre dans l’église Saint-Gilles, à Stoke Poges. L’idée cycliste, à en croire cette extraordinaire et authentique verrière, existerait de toute éternité. Ce vitrail, décrit dans l'Athnæum de 1869, représente un ange à cheval sur un vélocipède en bois.
- Le journal Wheeling en parle en ces termes :
- « Au milieu de l’un de ceux-ci (les vitraux), un ange nu et sans ailes aux cheveux bouclés tient à deux mains une longue trompette et paraît sonner un appel vigoureux.
- Il est à cheval sur une pièce de bois terminée par deux volutes et reliant deux roues : celle de devant très petite, celle de derrière beaucoup plus grande. Dans la partie droite du vitrail un jeune homme fume la pipe ; dans celle de gauche un autre joue du violon. Les costumes sont ceux de l’époque de Cromwell. ))
- Est-ce une preuve concluante de l’existence ancienne
- du vélocipède? V. B.
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- RÉFRACTIONS EXTRAORDINAIRES
- CONNUES SOUS LE NOM DE FATA MORGANA
- M. Forel, le savant professeur de Lausanne, a appelé l’attention sur les différentes réfractions qui se produisent à la surface des lacs et dont l’une des plus extraordinaires, observée depuis longtemps au détroit de Messine, est connue sous le nom de Fata Morgana1.
- Elle est, d’une manière générale, caractérisée par
- 1 Voy. n° 1228, du 12 décembre 1896, p. 19.
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- ce tait que les objets situés sur la rive opposée du lac semblent singulièrement étirés dans le sens vertical; les rochers, les murs, les maisons paraissent transformés en d’immenses constructions, dont les Italiens ont fait les palais de la fée Morgana. Les Fata Morgana sont un phénomène extrêmement instable et qui ne dure, en général, que quelques minutes; lorsqu’il cesse, l’objet, dont les dimensions verticales étaient si agrandies, prend souvent des proportions extrêmement réduites. Comme M. Corel l’a constaté avec moi, les Fata Morgana n’occupent qu’un segment limité et perpétuellement variable de l’horizon; tout à côté d’elles, se produisent fréquemment des réfractions d’un ordre tout différent. Je ne les ai observées sur le Léman que par des temps calmes, et lorsque la température de l’air est notablement plus chaude que celle du lac; mars, avril et mai sont les mois où elles sont les plus belles . Nous reproduisons dans la ligure ci-jointe une photographie qui a été faite par MM. Picard, de la Chaux-de-Fonds, à la lin de 1896, et qui nous montre un effet de mirage obtenu avec une barque sur le lac Léman. On remarquera la dissemblance des voiles du vrai bateau et de son image. Quand la photographie a été prise, le ciel était un peu nuageux.
- Plusieurs savants, parmi lesquels je citerai de llumboldt, Woltmann,
- Charles Dufour, ont parlé des Fata Morgana; mais, jusqu'à présent, on n’en a pas, à ma connaissance, donné d’explication satisfaisante; car, dans le cas où l’air est plus chaud que l’eau du lac, nous observons tantôt les Fata Morgana, tantôt, et le plus souvent, le mirage connu sous le nom de mirage sur eau froide, et qui a été fort bien étudié par Bravais1; dans ce dernier mirage, les objets éloignés ont leurs dimensions verticales réduites. Il semble singulier que les mêmes conditions thermiques puissent donner naissance à deux mirages diamétralement opposés. Voici comment je crois pouvoir expliquer cette anomalie apparente.
- En observant maintes fois les Fata Morgana avec une lunette puissante, j’ai constaté que, en réalité, les objets ne sont pas agrandis, mais qu’il se produit plusieurs images superposées du même objet, qui
- 1 Bravais, Notice sur le mirage (Annuaire météorologique de la France, p. 250; 1852).
- sont tantôt directes, tantôt renversées. J’en ai compté jusqu’à cinq. Comme ces images sont, en général, très rapprochées ; que parfois même elles empiètent l’une sur l’autre, il est très difficile de les séparer à l’œil nu, et elles donnent l’illusion d’un objet agrandi. Parfois, une partie seulement de l’objet donne naissance à des images multiples. Ainsi j’ai vu souvent des barques avec deux coques, les voiles ne présentant rien d’extraordinaire; quelques instants plus tard, il ne restait plus qu’une coque et les voiles paraissaient gigantesques.
- 11 semble résulter de ces observations que les Fata Morgana ne sont qu’un mirage à images multiples.
- L’analyse mathématique peut d’ailleurs rendre compte des faits observés. Dans sa Notice sur le mirage1, Bravais démontre la possibilité de trois images, dans le cas où « une couche d’air chaud vient se superposer plus ou moins brusquement à une couche d’air froid, et lorsque le calme subséquent de l’atmosphère permet à ces deux nappes de subsister quelque temps dans cet état ». Mais ce sont là précisément les conditions qui sont remplies pendant l’apparition des Fata Morgana, puisque, comme je l’ai dit plus haut, il est nécessaire, pour que le phénomène se produise, que l’air soit très calme et notablement plus chaud que l'eau. Cette existence de trois images n’est qu’un cas particulièrement simple des Fata Morgana. J’ai essayé d’expliquer par l'analyse la production des cinq images que j’ai observées, mais j’ai été arrêté par la complication des calculs.
- Bravais montre aussi comment, dans le cas de trois images, certaines parties seulement d’un objet donnent lieu à des images multiples : ce phénomène se produit également, comme on l’a vu.
- Enfin, si l’on réfléchit que deux couches d’air de densités très différentes ne peuvent rester longtemps superposées l’une à l’autre sans se mélanger, on se rendra facilement compte de l’instabilité du phénomène, et l’on comprendra pourquoi les Fata Morgana et le mirage sur eau froide peuvent se succéder si rapidement dans la même région du lac. André Delbecque,
- Ingénieur des Ponts et Chaussées.
- 1 Bravais, lue. oit., p. 204.
- l'ne barque sur le lac Léman. Effet de mirage.
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- IA CHÈVRE
- SOX UTILITÉ — LES CHÈVRES DE TOGfiEXRl’Rfi
- Depuis quelques semaines, on peut voir au Jardin d’Acclimatation, au Rois de Boulogne, une nouvelle famille de chèvres, d’espèce pour ainsi dire inconnue en France, et qui présente cette particularité de n’avoir pas de cornes ; le male seul se distingue par une plus forte barbiche et une sorte de toupet assez semblable à celui qu’ont les chiens d’arrêt de la race de Pont-Audemer. Ces chèvres appartiennent à la race de Toggenburg, nom qui leur vient du massif montagneux de la Suisse duquel elles sont
- originaires ; celles du Jardin d’acclimatation sont arrivées en droite ligne du petit village de Wildhaus, le plus élevé du Toggenburg. Certainement, avec leur pelage uniformément gris, leurs oreilles droites, leurs pattes blanches ainsi que le ventre, leur face fine et intelligente bordée à droite et à gauche par deux lignes blanches allant des lèvres au coin des yeux, leur port gracieux, les chèvres de Toggenburg sont les plus belles de l’Europe; elles sont aussi les plus recommandables, s’acclimatant facilement, acceptant n’importe quelle espèce de nourriture, et ayant de plus l’avantage d’être excellentes laitières.
- 11 est assez curieux et en même temps regrettable de constater que la chèvre soit bannie des concours agri-
- Les chèvres de Toggenburg.
- coles généraux ou régionaux, comme du reste le chien de berger, cet indispensable auxiliaire des gardiens de troupeaux, bovins, ovins ou porcins, qui eux figurent dans toutes les solennités agricoles. Il n’y a véritablement pas de motifs plausibles à cet ostracisme. La valeur que représente la chèvre, les services qu’elle rend dans certains pays, les améliorations dont elle est susceptible, sa production de chevreaux et de peaux si estimées en mégisserie, la viande qu’elle fournit, le lait et le fromage qu’elle donne, devraient abondamment prouver qu’elle a droit à la bienveillance des pouvoirs administratifs. Peut-être que la dénomination de vache du pauvre donnée à la chèvre est une des raisons pour lesquelles on a l’air de tenir en mépris la race caprine.
- Il y a pourtant en France — d’après une assez ré-
- cente statistique du ministère de l’Agriculture — plus de 1 500 000 chèvres ; si on met à 15 francs le prix moyen d’une chèvre,—il en est qui valent moitié plus—on peut estimer à 22 millions la valeur de la population caprine ; or, par un miracle de rendement, ces 22 millions rapportent largement 100 pour 100; c’est un fait extraordinaire en économie agricole et auquel on n’a jamais songé : par an une chèvre donne 42f,',50 de bénéfice net; c’est plus que son propre prix.
- Nos voisins d’outre-Manche ont bien compris l’utilité de la chèvre : ils ont fondé un She goat Club, duquel font partie aussi bien les membres de l’aristocratie qui élèvent des chèvres que les vulgaires bergers; des expositions ont lieu, comme du I reste en Norvège et en Danemark, exclusivement
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- consacrées aux chèvres. Ce club caprin publie des brochures, les répand à profusion; dans la dernière parue, il préconise surtout la chèvre sans cornes, et se rapprochant le plus possible par la couleur de la chèvre blanche, comme donnant le meilleur lait. La Toggenburg répond assez bien à ces conditions.
- Chaque saison, on peut voir à Paris des béarnais qui amènent des troupeaux de chèvres, ils les nourrissent en dehors des barrières, et le matin, ils les promènent dans Paris pour vendre leur lait à la tasse. Les amateurs ne manquent pas. Du reste le lait de chèvre est excellent à tous les points de vue ; les médecins le recommandent tous comme plus léger et plus digestif, plus riche en crème que le lait de vache ; et comme l’a dit le savant professeur d’AIfort, M. Nocard, « la tuberculose de la chèvre est si rare que son lait peut être consommé en toute sécurité ». 11 y a en effet très peu d’exemples de chèvres tuberculeuses.
- C’est le lait de chèvre qui entre en grande partie dans la composition des fromages de Cabriaux, de Sassenage et de Saint-Marcellin. La peau des chèvres se travaille à Lille, Roubaix, Tourcoing, elle sert à faire des imitations de fourrures précieuses. Il serait à souhaiter qu’on s’occupât de la chèvre et qu’on favorisât son élevage : celui qui réhabilitera la chèvre calomniée fera œuvre de justice. En Algérie, on élève beaucoup de chèvres, de même en Corse, mais c’est la Suisse qui vient en première ligne; il y a en effet plusieurs grands établissements, où on « fait de la chèvre » : à la Société d’agriculture de Brigue (Valais), à l’hôpital de Soleure (Valais), a la Société économique de Berne, à la Société d’utilité publique d’Uri (Altdorf), à la Société d’agriculture d’Hérisau (Appenzel), à l’Ecole d’agriculture du Ruttli.
- Là on obtient en croisant les races, ou en améliorant celles qui existent, des animaux qui donnent un très grand rendement de lait. C’est ce qu’il faudrait faire en France, ou tout au moins en Algérie, pays très propice à l’élevage, et organiser aussi à Alger, à Oran, à Constantine, des concours où les chèvres exposées montreraient aux indigènes les progrès réalisées. Ce bon exemple, suivi d’encouragement, et de primes en argent, serait certainement sensible aux Arabes et profitable à la colonisation.
- Paul Mégnin.
- LA PLUIE ARTIFICIELLE
- EXPÉRIENCE DE COURS
- Pourquoi et comment pleut-il? L’explication générale est simple. Il y a de la vapeur d’eau dans l’air. Il y en a surtout quand les vents viennent du sud, c’est-à-dire de l’équateur. Là-bas, l’eau de mer, sans cesse échauffée, s’évapore activement, et la vapeur d’eau, en vertu de sa légèreté, s’élève dans les hautes régions. L’air chargé de vapeur est entraîné par la circulation atmosphérique du sud au nord et, en redescendant peu à peu, parvient à nos
- latitudes plus froides saturé d’humidité. Pour peu que la pression atmosphérique diminue, le pouvoir absorbant de l’air pour la vapeur s’abaisse et la vapeur d’eau se condense et tombe. C’est la pluie. L’eau de l’océan équatorial nous est restituée. Les petites rivières, c’est l’eau de pluie. Donc la pluie s’en va à l’océan et l’eau de l’océan nous revient sous forme de pluie.
- Les eaux atmosphériques ont pour origine les eaux marines équatoriales. La pluie pénètre dans la terre et s’en va alimenter les petites rivières qui se déversent dans les fleuves. Les fleuves se perdent dans la mer et la mer distille l’eau dans l’atmosphère.
- Le cycle est complet et permanent.
- On a objecté cependant que l’eau de mer est salée et que l’eau de pluie [est douce. Évidemment. A l’Équateur, l’eau de mer distille, se débarrasse de ses sels, et la vapeur résultante est formée uniquement de vapeur d’eau.
- L’explication est à la portée de tout le monde. M. le professeur Errera, de Bruxelles, l’a illustrée récemment par une jolie expérience qui en rend tous les détails sensibles aux yeux1. M. Errera prend une éprouvette en verre d’environ 20 centimètres de haut sur 10 centimètres de diamètre et il verse à l’intérieur à moitié de la hauteur de l’alcool à 90°. Il recouvre l’éprouvette avec une capsule en porcelaine et on chauffe l’ensemble au bain-marie avec précaution sans atteindre le point d’ébullition de l’alcool. Alors, on retire l’éprouvette et on la dépose sur une table en bois. La capsule qui la coiffe se refroidit peu à peu et assez pour que les vapeurs d’alcool qui s’y trouvent emmagasinées se condensent. Au bout de quelques minutes, on voit se produire dans l’intérieur de l’éprouvette une pluie fine formée par des gouttelettes qui, vues au microscope, ont de 40 à 50 millièmes de millimètre de diamètre. Et cette pluie persiste pendant une heure.
- Au début, ces vapeurs s’élèvent jusqu’à la capsule. C’est un peu l’image de ce qui se passe sous l’équateur; puis les nuages se forment et s’abaissent de plus en plus à mesure que le vase se refroidit. Il en est ainsi pour les nuages qui arrivent à nos latitudes. Enfin vient la pluie.
- Si, au lieu de laisser sur l’éprouvette la capsule chaude, on la remplace au commencement de l’expérience par une soucoupe froide, le spectacle change. On observe un tourbillonnement rapide de vapeurs, l’image d’une tempête en miniature, accompagnée de cyclones dus au refroidissement inégal des parois.
- En somme, par cet artifice facile à réaliser, M. Errera nous donne une idée suffisante de la circulation de la vapeur d’eau dans l’atmosphère. L’alcool de l’éprouvette, c’est l’océan d’où s’élèvent les vapeurs qui se condensent à une certaine altitude, laissant au-dessus d’elles le ciel bleu et pur et se résolvant peu à peu en pluie.
- Cette petite expérience est bien facile à réaliser dans les conditions que nous venons d’indiquer. Elle pourra servir, dans les cours de physique élémentaire et de météorologie, à faire saisir d’un coup d’œil le mécanisme de la formation des nuages et de la précipitation de la pluie. Flamel.
- 1 Lettre de M. Errera dans Ciel et Terre.
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- ACTION DU ZINC SUR LES TINS ROUGES
- Ayant appris qu’un viticulteur avait vu s’altérer le vin d’un fût dans lequel s’était trouvée une lame de zinc, j’ai institué, au laboratoire de l’École nationale d’arts et métiers d’Aix, une expérience tendant à déterminer l’action du zinc du commerce sur le vin rouge.
- Une lame de zinc du commerce de 1 millimètre d’épaisseur sur 25 de longueur et 15 de largeur a été introduite, le 11 décembre 1896, à 7 heures du matin, dans une bouteille contenant 1 litre de vin rouge. Ensuite on emplit une bouteille pareille de la contenance de 1 litre, du même vin, tiré du même fût. Cette seconde bouteille fut placée dans des conditions identiques, à côté de la première. Les deux bouteilles furent soigneusement bouchées et cachetées.
- Au bout de dix jours, le bouchon de la première bouteille sautait. Ayant introduit un tube à travers ce bouchon, je me suis convaincu que le gaz dégagé était du gaz hydrogène. J’ai bouché à nouveau, et le bouchon cette fois a tenu jusqu’au 11 janvier 1897, 7 heures du matin, date à laquelle j’ai retiré la lame de zinc de la première bouteille, à l’efl'et d’examiner comparativement les deux vins. La lame de zinc était décapée, brillante après essuyage au papier buvard, avec quelques granulations de sels zinciques adhérents. Voici le tableau comparatif des propriétés de ces deux vins :
- Qualités. Vin normal. Vin dénaturé par le zinc.
- Saveur normale styptique
- Couleur vineuse, normale rouge, sale, couperosé
- Poids spécifique. . 1 1,004
- Degré en alcool. . 10,15 10,15
- Extrait sec. . . . 22 22,6
- Tartre 1,50 1,25
- Acidité totale . . 5,75 5
- Cendres 4,55 5
- La teneur en alcool n’avait pas varié.Le vin normal contenait des fleurs ; il n’v en avait pas traces dans le vin dénaturé.
- L’extrait sec de vin dénaturé présentait un reflet métallique, irisé ou bleuâtre par endroits.
- 11 faut en conclure : 1°, que le zinc dénature le vin rouge en le rendant toxique; 2°, que le zinc doit être sévèrement proscrit du métal des robinets pour tonneaux, foudres, cuves et bacs vinaires. L.-A. Levât.
- LES CATACOMRES DE PARIS
- ET LEUR FAUNE
- Chaque année des milliers de visiteurs descendent dans les catacombes de Paris, font une promenade dans l’ossuaire et remontent au jour tout heureux de revoir le soleil et de n’avoir plus sous les yeux ce cauchemar de millions de squelettes et de crânes grimaçants devant la foule, que l’on a arrachés à leur antique sépulture.
- Bien peu cependant de ces visiteurs savent ce que sont les catacombes, quelle est leur origine, leur étendue, leur avenir. Presque aucun ne se doute que chaque année ajoute quelques kilomètres de galeries, aux cent cinquante kilomètres de galeries maçonnées qui existent à l’heure actuelle. Tout cela cependant est intéressant et nous allons essayer d’en donner une faible idée. Que l’on se reporte tout d’abord aux temps troublés où une poignée d’enva-
- hisseurs, à la suite de Caius Julius César, s’était abattue sur la Gaule.
- A la place du Paris moderne, une humble bourgade de bois s’élevait dans une petite île de la Seine, qui avait suffi jusque-là aux besoins de nos pères, mais qui était indigne des glorieux conquérants. En quelques siècles, ceux-ci la remplacèrent par une grande et belle cité qui, débordant de l’île, s’étendit largement sur les deux rives, englobant au sud le Mons Lucotitius (Sainte-Geneviève), le Mons Fetardus (Mouffetard) et les quartiers qui, depuis, prirent le nom de Saint-Marcel. Des palais, des temples, des arènes, des maisons splendides en belles et bonnes pierres de taille remplacèrent les humbles cahutes de bois et de chaume.
- Des carrières s’étaient ouvertes tout à l’entour de la cité, pour fournir les matériaux propres à la construction, et un inventaire fait par des architectes, bien longtemps après, par l’ordre de Colbert, nous apprend que toutes les pierres employées à ces constructions provenaient du bord méridional de la Seine. D’abord à ciel ouvert, ces carrières durent bientôt s’enfoncer sous terre, par suite de l’épaisseur plus grande des matériaux inutilisables qui recouvraient le banc de roche propre à la construction, le calcaire grossier.
- C’est ainsi que nous trouvons, sous le Muséum d’histoire naturelle, le quartier Saint-Marcel et peut-être le jardin du Luxembourg, les salles et les galeries de ces premiers carriers, aussi nettes que s’ils venaient de les quitter.
- Beaucoup plus tard, au temps des Capétiens (les Mérovingiens ayant conservé leurs coutumes germaniques de construire en bois, ou ayant habité les restes des palais romains), une nouvelle activité régna dans le sous-sol des environs de la ville, et tous les monuments de cette époque, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, et les centaines d’églises détruites depuis deux siècles, sortirent des galeries souterraines. Ce travail de mine se continua pendant tout le moyen âge; chaque propriétaire, chaque église, chaque couvent avait sa carrière souterraine à lui, ët exploitait la pierre pour son compte sans se soucier du voisin (fig. 1); les Chartreux minèrent tout le dessous de l’emplacement actuel du Petit Luxembourg et de l’Ecole de pharmacie, les Capucins creusèrent le sol où s’élève l’Observatoire (les fameuses caves de l’Observatoire sont leur œuvre), l’hôpital Cochin, partie du Yal-de-Grâce, etc. Les travaux étaient conduits sans ordre et sans souci de la surface du sol. Tantôt on exploitait le banc supérieur du calcaire grossier, tantôt le banc inférieur, de sorte que certaines maisons se trouvèrent reposer parfois sur deux étages de souterrains, sans compter les caves.
- Tout cela n’eut guère d’abord d’autre inconvénient que de fournir un domicile sûr aux nombreux malandrins et bandits qui infestaient la nuit la ville et ses environs, pillaient et rançonnaient les passants. La terreur qu’ils inspiraient était grande,
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- LÀ NATURE.
- d’autant plus qu’ils savaient y introduire un srain de mystère et de surnaturel au moyen de quelques diableries bien inventées, de quelques disparitions sous terre habilement calculées, au moment où ils allaient être saisis par les archers du guet, ou de grands feux et grands bruits la nuit au vieux château de Vauvert. Aller au diable Vauvert est une expression qui est restée de cette époque. Mais Paris s’agrandissait de jour en jour et les maisons de plus en plus lourdes Unirent par effondrer le sous-sol ainsi miné.
- Les rares auteurs qui ont traité la question des catacombes ne font remonter le premier effondrement qu’à l’année 1774. Grâce à un manuscrit entièrement inédit qu’a bien voulu nous communiquer l’aimable et savant professeur M. Gazier, nous pouvons remonter plus haut. Vers 1620 six religieuses Feuillantines vinrent de Toulouse s’établir au faubourg Saint-Jacques (rues actuelles des Feuillantines et Glaude- Bernard). Le 17 septembre 4625 la première pierre de leur couvent fut posée par le cardinal Barbe-rini. Trois jours après une muraille et une énorme table de pierre étaient englouties dans une excavation subitement ouverte sans qu’on pût les y retrouver. On descendit dans l’excavation et on en leva le plan. En 1669 nouvel effondrement. En 4670 on fonda une procession annuelle dans les carrières et l’on y déposa une statue de la Vierge, sans doute la même qui se trouve encore actuellement sous la rue Saint-Jacques.
- La même année un ouvrier fut enseveli sous « plus de trente charte de pierre », mais, deux grosses pierres ayant formé cintre à côté de lui, il en fut quitte pour quelques contusions. « Dom Jean de Sainte-Agnès, ajoute le manuscrit, a remarqué, et plus de deux cents ouvriers l’ont rapporté comme lui, que plus de vingt fois le ciel de la carrière setoit éclatté dans des endroits d’où les ouvriers ne faisoient que sortir, comme si les anges eussent soutenus les pierres jusqu’à ce qu’ils eussent été en sûreté. »
- Vers 1775 plusieurs maisons de la barrière d’Enfer (place Denfert-Rochereau) s’effondrèrent subitement, puis d’autres, puis d’autres encore. L’autorité, émue,
- fit des sondages, pénétra dans les carrières. Soufflot, l’architecte du Panthéon, et Brébion furent spécialement commis à cet effet et le rapport peu rassurant qu’ils publièrent jeta dans Paris une terreur autrement grande que celle des bandits d’autrefois.
- Il fut démontré que tout le Paris d’alors reposait sur d’immenses vides, qu’il n’y avait pas un monument, pas une église, pas une maison qui ne fût menacée de se voir engloutie à l’improviste. Aussi le roi Louis XVI ordonna-t-il la création immédiate d’un service technique d’ingénieurs et d’ouvriers chargés d’inspecter le sous-sol et d’en entreprendre la consolidation. Charles-Axel Guillaumot fut le premier organisateur du service (1777). Il commença la construction d’une série de murailles et de galeries destinées à soutenir la voûte des carrières dans les points les plus menacés. Héricart de
- Thury, qui lui succéda (1809-1830), rêva grand et fit sous terre de véritables monuments d’architecture 2).
- Leur travail s’est continué depuis, et l’on a bâti plus de 150 kilomètres de galeries de soutènement; le travail de reconsolidation du sous-sol actuel de Paris est loin d’être terminé, et M. Pel-lé, le chef actuel du service, s’en occupe activement. Lorsque l’on aura bâti encore 200 kilomètres de galeries, dans le Paris actuel, toutes les carrières actuellement reconnues auront retrouvé leur stabilité. Mais jamais plus, quoi qu’on fasse, le sol de Paris ne présentera une sécurité absolue.
- C’est vers 1782 que commença, la création de l’Ossuaire, cette vaste nécropole qui s'étend sous tout le quartier de la place Denfert-Rochereau. L’encombrement des cimetières était tel que dans quelques-uns (cimetière des Innocents par exemple) le sol s'était élevé de 4 mètres au-dessus des rues environnantes dans l’espace de 800 ans. Les caves des maisons voisines distillaient un véritable « bouillon de microbes », comme nous dirions à présent, dont le simple contact suffisait à amener sur la peau des rougeurs et des ulcérations.
- Tous. les ossements contenus dans les anciens cimetières de Paris furent versés, à mesure de la démolition, dans des galeries appropriées, et tous les ossements actuellement retirés des fondations et des
- Fig. 1. — Intérieur d’une carrière creusée au seizième siècle, sous la rue de la Tombe-Issoire.
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- fouilles de Paris vont s’enfouir aux catacombes. Plus galeries, qui ont été murées de fortes maçonneries de six millions de crânes déjà sont entassés dans les et ne communiquent avec le réseau général que
- par d’énormes et fort massives portes de fer.
- Vers 1780, Buffon, alors directeur du Jardin des Plantes, entreprit de grandes constructions et fut très gêné par l’état du sous-sol. « Tous nos ouvrages
- de maçonnerie, écrit-il à Thouin, le 25 mai 1785, iraient bien sans ces maudites carrières qui, seules, coûtent autant que tout le reste; néanmoins il faut en venir à bout, et j’ai écrit à M. Verniquet (l’archi-
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- tecte) que, s’il en était nécessaire, nous augmenterions encore le nombre des ouvriers pour cet objet. »
- En dehors de la décoration funèbre de l’Ossuaire, quelques œuvres d’art égayent certaines galeries. C’est ainsi que dans une carrière dite de Port-Mahon, se voit une série de reliefs sculptés vers 1780 par un ouvrier de l’Inspection des carrières, représentant la ville et le port de Port-Mahon, aux Baléares, où l’homme, nommé Décure, dit Beauséjour, ancien vétéran des armées de S. M. Louis XV, avait été enfermé (fig. 3).
- Dans un souterrain de l’étage inférieur, qui rappelle par son faire les anciennes cryptes de couvent, et situé aux environs de la rue de la Santé, se voient trois niches, sur l’une desquelles est cette inscription gravée en caractères anciens, lux (lumière), et sur les deux autres, en caractères plus modernes, pain, viande. Quelle était la destination de ce caveau, cachot ou réserve à provisions? Nul sans doute ne pourra plus éclaircir le mystère. Armand Viré.
- LES ACCUMULATEURS DE CHALEUR
- Dans un précédent article1, nous avons signalé un nouveau système d’accumulateurs de chaleur à la baryte qui reposait sur le principe suivant :
- Quand la baryte hydratée subit la fusion aqueuse, ce qui a lieu au-dessous de 100°, le produit fondu absorbe en même temps une certaine quantité de chaleur qui est restituée lentement quand le sel repasse de l’état fondu à l’état solide. C’est la baryte qui a jusqu’ici donné les meilleurs résultats dans cet ordre d’idées; ces résultats sont même bien supérieurs à ceux obtenus avec l’acétate de soude qui avait été employé jusqu’alors. Depuis, les nouveaux accumulateurs de chaleur ont fait leurs preuves et c’est de leur emploi que nous voulons parler.
- Outre leur usage tout désigné comme chaufferettes d’appartement, comme chauffe-plats, moines, etc., ils peuvent être employés avantageusement au chauffage des voitures publiques : omnibus, tramways ou wagons de chemins de fer.
- Ce chauffage ne peut s’effectuer que par un des modes suivants : par agglomérés, chauffage à la vapeur, à l’air chaud, par thermosiphon, enfin par bouillottes à l’eau, à l’acétate de soude ou à la baryte.
- L’emploi des agglomérés exige le relèvement des caisses des voitures sur les châssis pour introduire les briquettes de l’extérieur. On a souvenance des nombreux accidents arrivés quand on n’avait pas soin de faire évacuer dehors le produit de la combustion des briquettes ; il se dégageait de l’oxyde de carbone qui pouvait provoquer l’asphyxie des voyageurs. Le déversement à l’extérieur des produits brûlés est donc exigé à juste titre.
- Le chauffage à la vapeur peut s’effectuer, soit en empruntant celle-ci à la locomotive, soit en la fournissant par une chaudière installée dans un fourgon.
- 1 Yov. n° lt78, du 28 décembre 1895, p. 60.
- Ces systèmes exigent une mise en chauffage une demi-heure avant le départ du train, une construction de conduites parfaite et des frais d’entretien assez considérables; enfin la température obtenue dans les voitures est trop élevée pour notre climat.
- Le chauffage à l’air chaud est aussi défectueux. Le thermosiphon donne une bonne température, mais cet appareil est solidaire de la voiture, et en cas de réparations, celle-ci est immobilisée pendant un certain temps. En cas de grands froids, il y a congélation possible, à moins de continuer le feu sans intermittence. Toutes ces considérations prouvent la supériorité du chauffage par bouillottes. Ces appareils, en effet, ne présentent aucun danger d’incendie, sont indépendants des voitures chauffées; ils ont seulement l’inconvénient d’exiger une certaine manutention, d’autant plus grande qu’ils se refroidissent plus rapidement et qu’il faut, par con-
- Schéma de l’appareil employé pour le remplissage des bouillottes.
- séquent, les changer plus souvent. Le chauffaga par bouillottes aux sels fondus présente naturellement cet inconvénient à un bien moindre degré, car ces appareils peuvent conserver la chaleur pendant un temps trois fois plus long que les bouillottes à eau chaude. Les chaufferettes à la baryte présentent à cet égard une supériorité des plus marquées.
- Enfin un autre avantage — et non des moindres — du chauffage par bouillottes, consiste dans son prix de revient, inférieur à celui des autres systèmes. Voici en effet le prix du chauffage suivant les divers systèmes que nous avons examinés, en rapportant ce prix à un voyageur transporté à 1 kilomètre :
- Agglomérés...........................0fr,005149
- Chauffage à la vapeur. . ............0fr,005784
- à l’air chaud..............0fr,002726
- Thermosiphon.........................0,r,002686
- Bouillottes mobiles à l’eau chaude. . . 0fr,001772
- — — à l’acétate de soude. 0fr,002072
- — — à la baryte .... 0fr,001971
- Le remplissage des bouillottes d’eau et d’acétate de soude fondu ne présente aucune difficulté ; celui
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- des appareils à la baryte, qui s’effectue une lois pour toutes, exige certaines précautions.
- La baryte, en effet, absorbe l’acide carbonique de l’air en se transformant en carbonate de baryte dont les propriétés sont totalement différentes de celles du composé primitif. Le remplissage des bouillottes doit donc être opéré à l’abri de l’air et à une température élevée. On emploie pour cela l’appareil représenté schématiquement par notre figure : la baryte est fondue dans une chaudière hermétiquement close, munie d’un agitateur mécanique ou mû par une manivelle, et chauffé à feu nu. On chauffe à la température de l’ébullition. La vapeur d’eau qui se dégage est condensée dans un serpentin, entouré d’eau froide, qui surmonte la chaudière et retombe dans celle-ci. Quand toute la masse est en pleine fusion, la baryte est dirigée par un conduit à robinet dans les bouillottes qu’on a eu soin de chauffer préalablement. Le remplissage doit être aussi parlait que possible ; la fermeture hermétique de l’appareil est obtenue par un bouchon à joint d’amiante.
- Le système de chauffage par les accumulateurs à la baryté est certainement recommandable par sa commodité, ses propriétés hygiéniques, par la grande durée du temps pendant lequel il fournit une chaleur constante et modérée, enfin par son prix de revient des plus modiques. A. Hébert.
- UNE YICTOIRE DU CANON
- SUR LE BLINDAGE
- Tout dernièrement il nous est venu d’Amérique, par la voie de notre excellent confrère le Scientific American, la nouvelle qu’une plaque de blindage harveyisée était enfin traversée par un projectile.
- Cette nouvelle est-elle donc si importante, et mérite-t-elle notre étonnement?Ceux qui savent ce que sont les plaques harveyisees et le progrès qu’elles ont apporté au cuirassement, n’hésiteront point à le penser.
- Nous ne voulons pas refaire l’histoire de cette lutte curieuse, en même temps que bien inutilement coûteuse, que se livrent depuis des années le canon et la cuirasse. La fameuse frégate cuirassée la Gloire a donné par la suite naissance aux énormes cuirassés, que maintenant leurs blindages alourdissent outre mesure ; le canon, de son côté, s’est perfectionné, transformé même, tandis que la poudre qu’il emploie et les projectiles qu’il lance pénètrent des épaisseurs de métal véritablement fantastiques. Chaque fois que les fabricants de cuirassements ont eu imaginé une disposition ou une composition qui résistait au choc du projectile, les inventeurs et les constructeurs de canons ont trouvé mieux et ont réussi à pénétrer la plaque. C’est ainsi qu’on avait d’abord beaucoup fait fond sur les plaques en acier-nickel : l’acier-nickel est en effet un métal extrêmement précieux à bien des titres, et l’on pensait qu’il était capable de supporter l’attaque des projectiles les plus perfectionnés. Aussi les spécialistes, les
- métallurgistes furent-ils découragés quand ils virent l’acier au nickel se laisser pénétrer tout comme les autres. Ce fut à ce moment de découragement que M. Harvey produisit sa brillante invention. On a constaté que, d’une façon générale, pour résister au choc des obus, les plaques ne doivent pas être chimiquement homogènes dans toute leur épaisseur : il faut que la face extérieure soit plus riche en carbone que le corps du blindage. C’est donc dire qu’après le traitement ordinaire il faut pratiquer la cémentation superficielle, dissoudre dans cette surface une petite quantité de carbone, en l’empêchant de pénétrer trop loin. Précisément M. Harvey avait imaginé un procédé qui répondait très bien à ce desideratum ; il surcémentait, au moyen de charbon d’os très riche en phosphore, la face antérieure de la plaque, qui devenait une sorte de fonte phosphoreuse. Certes le système était un peu lent, puisqu’il ne fallait pas moins de 15 à 20 heures pour cémenter d’un centimètre et demi une plaque d’acier doux de 20 centimètres d’épaisseur; de plus, comme le faisait remarquer M. Croneau, les avantages de la plaque Harvey ou harveyisee (suivant l’adjectif qu’on a créé) ne sont pas très marqués pour les projectiles animés de vitesses extrêmes ; mais en fait, et pour les conditions ordinaires d’un tir, ces blindages constituent un progrès fort remarquable. Ce qui le prouve, c’est que toutes les grandes usines métallurgiques françaises ont acheté ce procédé et y recourent constamment.
- A ce progrès de la défense a correspondu naturellement, et comme toujours, un nouveau progrès de l’attaque ; il s’est manifesté par l’adoption pour les projectiles de coiffes en fer ou en acier doux épousant la forme de la pointe de l’ogive. L’assujettissement de la coiffe est obtenu par divers moyens, aimantation, vis, pose à chaud, etc. ; jusqu’à une certaine incidence, le projectile à coiffe montre une réelle supériorité, traversant là où l’obus ordinaire s’arrêterait, et présentant tout au moins une pénétration bien plus grande. Toutefois le système offre des dangers si la coiffe vient à se détacher.
- Or, l’obus qui vient de traverser une plaque Harvey est précisément un projectile à coiffe; et c’est grâce à cette coiffe qu’il a accompli le haut fait dont nous voulons parler. Ici elle est fixée par des vis au sommet de l’ogive, et on la croirait plutôt destinée à protéger cette pointe avant le tir. 11 semble surprenant que cette masse d’acier doux qui vient couvrir et émousser la pointe de l’obus, lui permette justement de pénétrer dans les plaques. Pour expliquer ce phénomène curieux, on a eu l’idée d’une assimilation : on rappelle une expérience bien connue et qui consiste à percer un sou au moyen d’une aiguille. Pour cela il faut et il suffit, comme on dit en géométrie, que l’aiguille passe d’abord à travers un bouchon de liège qui la maintient droite, la force du coup de marteau pouvant se transmettre entièrement suivant la verticale, et sans se décomposer latéralement pour plier et casser l’aiguille. De même, très évidemment, la
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- coiffe métallique conserve la pointe de l’obus intacte au moment où il atteint la plaque, au moment de l'impact, selon l’expression anglaise ; la pointe reste absolument rigide jusqu’à ce qu’elle ait franchi le passage difficile, c’est-à-dire qu’elle ait traversé la surface surcémentée. Ajoutons tout de suite que le métal de la coiffe se trouve fondu par la chaleur développée au moment du choc, et ce métal fondu joue le rôle de lubrifiant en facilitant la pénétration de l’obus. 11 faut bien entendu aussi que celui-ci, même après avoir percé la surface surcémentée, ait une dureté et une homogénéité particulières pour continuer de se frayer un chemin à travers le reste de la plaque et même à travers la construction qui la soutient, comme nous allons le voir.
- La gravure ci-contre représente la plaque har-veyisée de 254 millimètres sur laquelle se sont effectués les tirs.
- Tout d’abord on avait envoyé un projectile Holtzer de 205 millimètres, pesant 145ks,59 et animé d’une vitesse de 548 mètres à la seconde ; ainsi que cela se produit d’ordinaire pour ces obus, comme pour ceux de la fabrication Sterling-W lie e-ler, celui-ci avait partiellement pénétré dans le blindage, en le fracturant, mais en se brisant lui-même et en y laissant sa pointe engagée. C’est le coup indiqué par le chiffre 1 sur la photographie. Un deuxième coup fut tiré, avec de la poudre brune et un obus de 452mm et45k&,55, animé d’une vitesse de 640 mètres par seconde ; ce ne fut qu’un succès partiel, bien que le projectile sortît des usines de MM. Johnson et Cie, de Spuyten Duyvil à New-York, qui avaient pleine confiance dans leur fabrication. L’obus avait bien pénétré de 20 centimètres, mais la plaque, en rebondissant, avait brisé le projectile et lancé sa culasse en arrière, tandis que sa partie antérieure restait dans] la plaie. C’est le n° 2 de la
- photographie. Enfin nous arrivons au troisième coup, qu’on voit en bas de la plaque; celle-ci se trouve bien complètement transpercée de part en part. Cette fois MM. Johnson, sûrs de la réussite, avaient demandé qu'on employât, pour donner une plus grande vitesse, 12k» ,7 de poudre sans fumée. L’obus pesait pour son compte 47k®,7, et frappa la plaque avec une vitesse de 765 mètres à la seconde. Nous voyons le résultat sur la plaque, ce trou net qui écaille quelque peu la surlactf durcie, et l’effet sur le projectile, qui garde sa
- forme générale intacte. Et cependant il avait traversé non seulement le blindage, mais encore 50 centimètres de chêne de la charpente soutenant la plaque, puis trois tôles millimètres d’épaisseur, et on l’avait retrouvé enfoncé de 2m,50 dans le sable de la cible. C’est tout au plus si sa culasse s’était fracturée diagonale-ment jusqu’à la ceinture de cuivre . La pointe était demeurée intacte ; le projectile s’était naturellement un peu déformé en supportant u n e sorte d’étirage; il avait bien diminué de poids, mais il avait supporté vaillamment cette épreuve, et à peine voyait-on quelques craquelures toutes superficielles et de quelques centimètres seulement de longueur. On remarque sur la partie supérieure de l’obus les stries hélicoïdales tracées par les bords du trou perforé dans la plaque. Nous n’insistons pas sur celle-ci, dont la plaie est visible avec toute sa netteté ; intérieurement même, on y voit le métal fondu par le passage de l’obus.
- Yoilà donc les plaques Harvey battues ; sans aucun doute les métallurgistes vont se mettre à l’œuvre pour faire mieux encore et vaincre à leur tour le canon. Daxiel Beixet.
- Obus Johnson et plaque Harvey.
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- L’EFFONDREMENT
- DU CLOCHER DE L’ÉGLISE DE LA CHATRE
- Un accident singulier est survenu, il y a quelques semaines à peine, le 8 décembre 1896, dans le petit village de la Châtre, en Indre-et-Loire. Le clocher de l’église, qui venait d’être reconstruit, s’est effondré, mais heureusement sans entraîner d’accidents mortels. Un de nos abonnés, M. Guillaume Cochard, à Chàteauroux, nous a envoyé quelques renseignements intéressants sur cette chute, et il y a joint quelques photographies que nous avons utilisées et dont nous sommes heureux de le remercier.
- L’ancien clocher, que représente la figure 1 dans
- la partie gauche, avait été construit dans le courant du seizième siècle ; il tenait à la fois des styles gothique et roman. Un donateur .offrit, il y a peu de temps, une somme de 40 000 francs pour construire sur ce vieux clocher une flèche dans un style plus en harmonie avec celui de l’église. On démolit donc le vieux beffroi qui recouvrait le vieux clocher, et on édifia sur cette hase bien ancienne le clocher que nous montre la partie droite de la figure 1, à une échelle différente. Dans ce dessin, on voit nettement la bâtisse qui a été conservée, et la nouvelle construction qui a été élevée au-dessus.
- La masse de maçonnerie et de pierre de taille, ainsi placée sur la hase dont nous parlons, avait un volume de 500 mètres cubes. La pression que cette nouvelle
- Fig. 1. — Le clocher.de l’église de la Châtre.
- A gauche, l’ancien clocher; à droite, la nouvelle construction.
- construction exerçait sur l’ancienne n’était que de 5 kilogrammes par centimètre carré. Cette pression était relativement faible, mais les anciens murs, épais de deux mètres et flanqués de contreforts de lm,50, de hauteur étaient peu solides. Us consistaient uniquement en un placage à l’intérieur duquel se trouvaient seulement du sable et une poussière noire. Le clocher de la Châtre avait eu également à souffrir déjà dans plusieurs circonstances; en 1793, pendant la Révolution, il avait été incendié et plus tard frappé par la foudre. Le 8 décembre 1896, à deux heures de l’après-midi, au moment où l’on se préparait à poser sur le clocher la croix surmontée du coq gaulois, les vieux murs s’écrasaient en laissant tomber en dehors leurs faces extérieures, et bientôt on se trouvait en face d’un énorme monceau de pierres brisées que représente la figure 2. On remarque que le
- Fig. 2. — Vue de l’église de la Châtre, après T effondrement du nouveau clocher.
- pan gauche du clocher est resté debout, et que les deux maisons qui se trouvaient devant ont été écrasées. Mais l’effondrement ayant mis une demi-heure pour s’effectuer entièrement, après que se furent produites les premières oscillations, on a pu éviter de graves malheurs. Cette chute était prévue depuis quelques jours déjà; on pense cependant que les tempêtes des 6 et 7 décembre 1896 ont exercé de fortes pressions qui ont hâté la catastrophe.
- j. Lebon.
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- LES COCONS A SOIE
- ET LES RAYONS RÔNTGEN
- On sait que le cocon mâle donne un rendement en soie beaucoup plus considérable que le cocon femelle, que par conséquent il y aurait intérêt à développer par la sélection
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- LA NATURE
- le caractère de la prédominance des inàles dans les pontes.
- M. J. Testenoire, directeur de la condition des soies de Lyon, a eu l’idée d’appliquer les rayons X du professeur Rontgen à la détermination, dans l’intérieur même des cocons, du sexe des chrysalides; en collaboration avec M. 1). Levrat, chimiste de la condition, la solution du problème a été obtenue.
- Les chrysalides femelles contiennent à l’intérieur de leur corps les œufs qui seront fécondés lorsqu’elles seront devenues papillons ; ces œufs ne sont pas aussi bien traversés par les rayons Rontgen que le reste du corps de la chrysalide.
- Soit par la photographie, soit par l’observation directe sur l’écran fluorescent, ce caractère permet d’établir d’une manière très nette la séparation des chrysalides mâles et femelles vues à travers l’enveloppe du cocon.
- La sélection et le pourcentage des mâles pourront ainsi se faire pour chaque ponte et ces indications seront mises à profit par les graineurs.
- MM. Testenoire et Levrat comptent poursuivre ces expériences sur les transformations successives dans l’intérieur du cocon, du ver en chysalide, de la chrysalide en papillon. M. Levrat a déjà appliqué ces nouvelles radiations à la classification des Lépidoptères.
- A Paris, M. le professeur A. Riche a démontré que les rayons X étaient efficaces pour reconnaître les soies chargées et apprécier la valeur de cette charge. Dans le laboratoire de MM. Ducretet et Lejeune, M. Persoz, directeur de la condition des soies à Paris, a réalisé, à diverses reprises, cet essai direct1.
- CHRONIQUE
- Curiosités de l’air liquide. — Nous avons signalé à différentes reprises les intéressantes expériences faites par M. le professeur Dewar à la Royal Institution, grâce à l’outillage presque unique dont il dispose pour produire Pair liquide en grandes quantités. En voici quelques nouvelles qui ne le cèdent en rien aux précédentes au point de vue de la curiosité et de l’originalité. Si l’on fait arriver un fin jet d’hydrogène à travers de l’oxvgène liquide et que l’on enflamme ce jet, la combustion se continue à travers le liquide et l’eau produite par la combustion se dépose à la surface de l’oxygène liquide sous forme de neige. Il se forme, dans ces conditions, une grande quantité d’ozone qui se concentre au fur et à mesure de l’épuisement de l’oxygène. Le graphite et le diamant brûlent de la même façon en produisant de l’acide carbonique solide et de l’ozone. En imbibant d’oxygène liquide un morceau de charbon de bois ou un petit tampon de coton, il suffit de chauffer un point de la substance au rouge pour obtenir une combustion si vive qu’elle en devient explosive. Produire de la neige et de l’acide carbonique solide par combustion sont des résultats qu’on fera difficilement passer pour banaux. Les expériences de M. Dewar seront répétées par l’auteur lui-même au mois de mars prochain à Paris devant la Société des Amis des sciences.
- Densité de l’ozone. — M. Marius Otto, par une nouvelle méthode ingénieuse, est parvenu à déterminer la densité de l’ozone. Elle est égale à environ une fois et demie celle de l’oxygène, soit exactement 1,6584. A zéro et
- 1 Note extraite du Bulletin des soies et des soieries (de Lyon) et d’une Notice de MM. Ducretet et Lejeune sur les rayons X.
- à la pression de 760 millimètres, 1 litre d’air pèse l*r,295, 1 litre d’oxygène, 1er,42 et 1 litre d’ozone,2fr,07.
- Rapidité de construction d’un navire cui- < rassé. — Notre confrère The Encjineer donne un exemple remarquable de la rapidité apportée par certains chantiers anglais dans la construction des cuirassés. Durant la semaine commençant le lundi matin 6 décembre et finissant le samedi 12 à 1 heure de l’après-midi, les chantiers de l’arsenal de Portsmouth ont mis en place sur la coque du croiseur Cæsar 51 plaques de blindage, pesant en moyenne 15 tonnes chacune. Le travail le plus rapide exécuté jusqu’ici sur les mêmes chantiers n’avait pas dépassé 20 plaques posées en une semaine, sur le croiseur de 1re classe Prince George.
- Une source de pétrole en Savoie. — Dans la forêt de Doussard, à l’extrémité du lac d’Annecy, on vient de découvrir une .source de pétrole. La forêt de Doussard est un célèbre rendez-vous cynégétique. C’est un des derniers endroits où l’on chasse l’ours en Savoie. Or, deux chasseurs suivaient les traces d’un de ces animaux, qu’ils avaient relevées la veille dans la forêt. Arrivés à quelque cent mètres de la Yilla des Fleurs, village de Marceaux, les deux chasseurs, qui, jusque-là, s’étaient abstenus de fumer en forêt, — l’odeur du tabac étant un avertissement maladroit, quand on poursuit « dom Brun », — allumèrent leur pipe avec une allumette-tison, puis ils jetèrent le tison encore enflammé dans une flaque qui traversait le sentier. On juge de leur surprise, quand ils virent la flaque prendre feu. L’expérience renouvelée plus loin donna le même résultat. A l’odeur, les deux fumeurs de pipe et chasseurs d’ours reconnurent sans peine que du pétrole surnageait sur l’eau de la flaque. De retour dans leur village, ils s’empressèrent de prévenir les habitants qui, le lendemain, accouraient en foule et faisaient eux-mêmes l’essai du pétrole. L’eau de la flaque venait d’une source sortant de mines d’anthracite, qui, depuis plusieurs années, sont exploitées dans la contrée. En 1895 déjà, un ingénieur, M. J.-E. Carrey, qui vient de mourir, et qui découvrit, en 1872, les sources de pétrole de Roumanie, entre Turn-Séverin et Orsowa, et dans la vallée de Bra-tisch, en se promenant dans les parages de Faverges, avait été frappé de la conformation du terrain. Il aperçut même des feux follets et acquit la conviction qu’une source de pétrole devait se trouver dans la forêt, à 20 ou 30 mètres de profondeur. M. Kuss, ingénieur forestier, a été chargé d’étudier les lieux et de faire une enquête sur la découverte de Doussard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 février 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Les dangers de la fabrication des allumettes. — M. le Dr Magitot a étudié les conditions de l’assainissement de la fabrication des allumettes au phosphore blanc. Il conclut que l’assainissement de ce travail est aujourd’hui simple, facile, certain à réaliser. La méthode proposée par M. le Dr Magitot emploie deux ordres de moyens destinés à combattre les deux facteurs des accidents : le phosphorisme et la nécrose. Au phosphorisme, il convient d’opposer la ventilation des ateliers par des moyens artificiels assez puissants pour soustraire les ouvriers aux émanations toxiques, condition réalisée d’ailleurs dans plusieurs industries chimiques. A la nécrose, au mal chimique, il faut opposer la sélection^ouvrière, c’est-à-dire le recrutement et le maintien du personnel parmi les individus dépourvus de toute lésion de la bouche et de l’ap-
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- pareil dentaire capable de fournir une porte d’entrée au mal chimique. Parmi les usines qui fabriquent actuellement des allumettes on en trouve plusieurs parfaitement salubres dans lesquelles aucun accident ne s’est jamais produit (usine d’Alger, d’Àix en Provence et quelques usines italiennes) ; d’autres en grand nombre n’ont plus que des accidents relativement rares (Belgique, France, Allemagne) et sont assimilables par l’hygiène. Quelques-unes enfin sont dans un tel état de dégradation et d’insalubrité, qui rend leur assainissement impossible, qu’elles devraient être supprimées (Aubervilliers).
- Réduction des nitrates du fumier. — M. Dehérain s’est occupé d’un problème fort important que de récents travaux ont posé, celui de la réduction des nitrates des engrais par les bactéries du fumier de ferme. En effet, si le fumier n’exerce pas toujours une action fertilisante en rapport avec sa composition, c’est, d’après quelques agronomes allemands, qu’il renferme des bactéries réductrices des nitrates, d’où la conclusion qu’il faut détruire ces bactéries en traitant le fumier avant son épandage par l’acide sulfurique. M. Dehérain repousse absolument cette conclusion. L’étude approfondie de ces bactéries lui a montré qu’elles n’exercent leur action qu’autant qu’elles sont apportées à la terre par des quantités de fumier surabondantes. Toutes les fois qu’on distribue le fumier aux doses modérées seules utilisées dans la pratique, loin de voir les nitrates disparaître du sol, on les voit augmenter. Les sels ammoniacaux apportés par le fumier se nitrifient alors très aisément. Le traitement du fumier par l’acide sulfurique entraînerait les cultivateurs à des dépenses à la fois considérables et inutiles.
- Les propriétés nutritives des marrons et châtaignes. — M. Balland s’est occupé du rôle des marrons et châtaignes dans l’alimentation publique en France. La contribution apportée par ces fruits est en effet considérable, car, en 1894, la consommation s’est élevée à 2963 quintaux. Les départements de l’Ardèche, de la Corse et de la Sardaigne sont ceux où la consommation est le plus considérable. Les plus gros marrons viennent de la région des Pyrénées. Les marrons rôtis retiennent40pour 100d’eau; cuits à l’eau, ils en gardent 70 pour 100. Mais les marrons desséchés ne gardent que 12 à 15 pour 100 d’eau; ils contiennent alors autant d’azote que le blé. M. Balland conclut qu’ils pourraient figurer parmi les substances entrant dans la nourriture du soldat.
- L'argon dans le sang. — MM. Regnard et Schlœsing ont recherché quelle était la proportion de l’argon contenu dans le sang. Comme cette quantité devait être nécessairement très faible, ils ont opéré sur un volume de sang considérable (10 litres de sang de cheval), et en maintenant ce sang à l'abri de l’air. Ils ont ainsi trouvé que 1 litre de sang contenait 20 centimètres cubes d’azote et 0°%4 d’argon.
- Les fausses trombes. — M. Faye décrit sous ce nom des phénomènes atmosphériques qu’il faut absolument distinguer des cyclones, des trombes et tornados proprement dits. En effet, tandis que la cause des cyclones, trombes et tornados, se trouve dans les hautes régions de l’atmosphère où se forment des tourbillons descendants qui charrient les nappes d’air supérieures avec une vitesse de 50 à 90 kilomètres à l’heure, la cause des fausses trombes est sur le sol. Dans un air parfaitement calme, des colonnes d’air peuvent s’élever sur un point du sol particulièrement échauffé. Ces colonnes s’évasent en entonnoir. Sous l’influence du moindre souffle elles
- prennent une giration et une légère brise les transporte, un vent plus frais les dissipe. M. Faye rappelle des observations de ce genre faites en Egypte par M. Pictet au-dessus de petits monticules de sables.
- Élections. — lia été procédé à l’élection d’un membre dans la section de mécanique, en remplacement de M. Résal. Les candidats étaient, en première ligne, M. Bazin, en deuxième ligne, M. le général Sebert, en troisième ligne, MM. Kœnigs, Lecornu, Félix Lucas, Vicaire, Vieille. Au 5e tour de scrutin, M. le général Sebert est élu par 29 voix contre 27 données à M. Bazin.
- Erratum. — Dans le compte-rendu de la séance du 4 janvier, une communication sur la défense du système nerveux contre l’infection microbienne a été attribuée à MM. Charrin et Gley ; il faut rectifier ainsi cette indication : « MM. Charrin et de Nittis. » Ch. de Villedeuil.
- LES COQUILLES D’ŒUFS
- Les œufs, que la cuisine moderne sait accommoder de tant de manières différentes, peuvent devenir, entre les mains d’un ami des sciences, l’objet d’un grand nombre d’expériences de chimie et de physique amusantes.
- La facilité avec laquelle le carbonate de chaux de la coquille est attaqué par les acides faibles, par le vinaigre, par exemple, est utilisée pour la curieuse mystification de l’œuf frais passant à travers une bague, ou pour les travaux artistiques des œufs gravés, portant en relief des noms, des ornements ou dessins quelconques. La Nature, quia décrit la manière d’obtenir ces reliefs en protégeant partiellement la coquille au moyen de cire ou de vernis, de façon à faire des réserves, a indiqué aussi la curieuse rotation automatique de l'œuf frais flottant dans un bol de vinaigre, et mis en mouvement par l’ascension des bulles d’acide carbonique provenant de la décomposition de sa coquille.
- Dans le domaine de la physique, les expériences que l’on peut exécuter avec des œufs, pleins ou vides, sont extrêmement nombreuses; je me bor-nérai à citer les suivantes : Manière de faille tenir un œuf debout sur le bord d'un verre, l'œuf désobéissant (centre de gravité) ; le bateau et les ballons a vapeur (réaction des gaz); l’œuf valseur, l’œuf toupie, l’œuf toupie à fouet (force centrifuge); l'œuf aréomètre, le maximum de densité de l'eau (densité des liquides) ; l'œuf dans la carafe (pression atmosphérique) ; le vase de Tantale (hydrostatique) ; l’œuf miroir (réfraction) ; l'œuf sauteur (élasticité des gaz), et tant d’autres que je ne puis énumérer ici et qui permettraient presque de modifier ainsi le dicton célèbre : Omne experimentum ex ovo.
- Les modèles inédits que je présente aujourd’hui n’ont rien à voir avec les sciences physiques et chimiques, sauf la fontaine de Héron, sur laquelle nous reviendrons plus loin. Us sont destinés à prouver que, malgré leur fragilité, plus grande que celle du verre, les coquilles d’œufs peuvent se prêter facilement à de petits travaux d’amateurs, et devenir des objets
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- d’utilité ou de fantaisie, tels que porte-bouquets, paniers, eorbeilles, porte-allumettes, etc.
- M. Martial Jacob, l’habile artisan qui a exécuté ces spécimens, d’après nos indications, a imaginé de renforcer les coquilles, à l’endroit où doit travailler l’outil, au moyen de gabarits découpés, de forme circulaire ou ovale, en métal, en bois ou en carton épais. Si nous voulons, par exemple, couper l’œuf perpendiculairement à son axe, nous découperons dans du carton une ouverture circulaire, dont le diamètre correspondra à celui de l’œuf à la hauteur où l’on veut le couper.
- Nous fixerons notre anneau de carton sur la coquille de l’œuf à l’aide de cire à cacheter, la cire se trouvant du côté de la coquille qui doit être enlevée. Puis, à l’aide d’un outil bien simple, une petite lime d’horloger, du prix de 20 centimes, nous limerons le pourtour delà coquille, en plaçant la lime bien à plat sur la face du gabarit. Une fois la section opérée, nous polirons le bord à l’aide de papier de verre ou de papier à émeri très lin. C’est par ce moyen si simple que tous les modèles de notre dessin ont été obtenus. Pour les sections parallèles au grand axe, les échancrures des gabarits doivent avoir une forme ovale; on les rectifie par tâtonnements, en les appliquant sur la coquille. La figure n° 7 du centre de notre dessin indique comment on peut obtenir la forme du panier: deux anneaux circulaires servent à guider la lime pour les deux bords de l’anse; on ne coupe, bien entendu, que jusqu’au bord du panier, c’est-à-dire seulement suivant la moitié du pourtour ; pour le bord du panier, une fois les deux gabarits circulaires enlevés, on colle à la cire le gabarit ovale, parallèle au grand
- axe de l’œuf, et l’on coupe à la lime de part et d’autre jusqu’à la rencontre de l’anse. Pour les objets qui ont un pied, comme les petites coupes, ce pied n’est autre chose qu’une calotte découpée dans le petit bout ou le gros bout d’un autre œuf. On a soin de pratiquer, au sommet de la calotte, un petit trou permettant de souder le pied au corps du vase, avec
- de la cire, et d’une façon invisible.
- Si l’on veut exécuter des dentelures ou perforations, comme celles qui ornent les deux coupes représentées dans les nos 4 et 5, on remplit la coquille d’un peu de plâtre fin, gâché très serré; une fois le plâtre pris, la coquille, peut se travailler à la lime, à la scie, au foret, comme un morceau de pierre; le démoulage du plâtre se fait aisément, car la membrane intérieure de l’œuf a empêché le plâtre d’entrer en contact avec la coquille. Dans la fontaine de Héron (nos 1 et 2), les assemblages sont renforcés par de petits morceaux de liège ; les joints sont rendus étanches au moyen de cire à cacheter ; les tuyaux sont des brins de paille; l’ajutage est une paille fermée par un bouchon de cire que l’on a traversé par une aiguille chauffée, de façon à obtenir un trou capillaire. Ainsi construite, notre fontaine donne un jet de 7 à 8 centimètres de hauteur. L’ajutage vertical peut être remplacé par un petit bouchon percé de trous horizontaux, et donnant des jets latéraux du plus gracieux effet, surtout lorsque la fontaine est entourée de fleurs. Arthur Good.
- Le Gérant : P. Masson.
- Travaux d’amateurs en coquilles d’œufs. — 1. Fontaine de Héron (vue extérieure). — 2. La même (coupe verticale). — 5. Porte-bouquet. — 4 et 5. Coupes (dentelures et perforations). — 6. Panier. — 7. Manière de couper l’œuf avec la lime (fabrication du panier).
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1258. — 20 FÉVRIER 1807.
- LA NATURE.
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- UN RLOC ERRATIQUE AU PANTHÉON
- Des travaux de fondation entrepris au n° 52 de la rue Lacépède ont amené la découverte d’un bloc de grès, de très gros volume, qui a vivement intrigué le propriétaire du sol, M. Fougeron, architecte. Voulant s’expliquer la présence insolite d’un tel bloc en pareil endroit,
- M. Fougeron signala le fait au savant professeur du Muséum,
- M. Albert Gaudry, qui pria son assistant, M. Roule, d’aller visiter ce singulier gisement. J’ai eu le plaisir d’accompagner M. Boule, et les résultats de notre visite m’ont paru de nature à intéresser les lecteurs de ce journal1.
- Le bloc en question, de forme grossièrement pentagonale, mesure 5n,,50 de tour et 0m,80 de hauteur. 11 a donc un volume de 1 mètre cube environ et pèse approximativement 2600 kilogrammes. Il est constitué par un grès assez fin, dur, légèrement jaunâtre, identique au grès que l’on exploite vers Étampes et qui sert également de substratum à la forêt de Fontainebleau.
- Notre bloc erratique, aux contours un peu mousses, présente sur ses flancs des entailles assez profondes et des cavités arrondies, d’une assez grande dimension, qu’on dirait faites par la main de l’homme, car leur fond est assez régulièrement creusé. L’une de ces cavités, de forme ellipsoïde, a 0m,20 de profondeur et 0m,50et 0m,80 de diamètre.
- Le bloc se trouvait au milieu d’alluvions sableuses renfermant des galets de silex peu volumineux. Ces
- 1 Je liens à remercier ici M Aucomte, un aimable Creiisois, dirigeant les travaux, qui a mis beaucoup d’emprcssemenl à nous être agréable.
- 25° année. — 1er semestre.
- alluvions, qui ont en moyenne 1 mètre d’épaisseur, reposent sur des sables très fins, jaunâtres, un peu marneux, que les géologues désignent sous le nom de sables deBeauchamp.Les alluvions sont recouvertes à leur tour par une terre végétale noirâtre renfermant des débris divers et constituant un terrain artificiel. Les couches qui le supportent ont été, au contraire, déposées par les eaux. Les alluvions proviennent de la Seine, qui était autrefois un lleuve plus important qu’aujour-d’hui. A l’époque quaternaire, où l’on constate, pour la première fois, l’existence de l’homme, la Seine avait plusieurs kilomètres de large et coulait dans une vallée beaucoup moins profonde que la vallée actuelle, puisque les alluvions du Panthéon, comme celles du plateau de Yincennes et d’Ivry, représentent le fond de cette vallée. La Seine roulait alors, d’après Bcl-grand, de 50000 à 60000 mètres cubes d’eau par seconde, tandis qu’aujour-d’hui le débit des grandes crues n’atteint pas plus de 2500 mètres cubes à la seconde. On peut se demander si la puissance de transport d’un tel cours d’eau n’a pas été capable de charrier d’Étampes ou de Fontainebleau, jusqu’à Paris, le bloc gréseux dont il est question ici. Je ne le pense pas et j’en donnerai plus loin les raisons. De pareils blocs ayant été rencontrés, en 1866, au Trocadéro, des géologues émirent l’hypothèse, peu vraisemblable, qu’ils avaient été transportés par des glaciers venant du Plateau Central. La présence de ce bloc de 2600 kilogrammes peut s’expliquer, il me semble, d’une façon plus rationnelle. On sait, en effet, que la mer existait jadis sur l’emplacement de Paris et quelle s’étendait assez loin de tous côtés. Cette mer, qui a été soumise
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- Fig. 1. — Vue d’un bloc erratique dans les fondations d’une maison de la rue Lacépède, à Paris.
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- à de nombreuses vicissitudes, qu’il serait trop long d’exposer ici, a déposé successivement les couches qui forment aujourd’hui les terrains des environs de Paris. Mais immédiatement après le retrait de la mer ces couches étaient continues et les plus superficielles formaient un vaste plateau. Les collines de Montmartre, de Belleville, du mont Valérien, de Clamart, de Montmorency, de Villejuif, etc., ne sont que des témoins, isolés par l'érosion, de cet ancien plateau.
- Dès que la mer se fut retirée l’érosion atmosphérique commença son œuvre. Les eaux pluviales, profitant des irrégularités de ce nouveau sol, tracèrent les premiers linéaments du réseau hydrographique actuel. L’ablation fut particulièrement intense pendant les dernières époques géologiques et notamment pendant le quaternaire. C’est ainsi que les collines de Montmartre, de Belleville, la butte San-nois, qui dominent aujourd’hui tout le paysage parisien, étaient primitivement des points bas.
- Revenons à notre bloc : il faut le considérer comme le témoin des dépôts de la mer des sables de Fontainebleau, dont il ne reste plus que des lambeaux sur les plateaux les plus élevés de Paris. Il est même relativement facile de se rendre compte de la hauteur à laquelle il devait se trouver jadis. Nous savons, en effet, que les sables de Beauchamp, qui forment la base des fondations de la maison située au n° 52 de la rue de Laeépède, sont recouverts, en beaucoup de points voisins, par la série suivante :
- Calcaire de Saint-Ouen. . . 10 mètres (en moyenne)
- Gypse 10 — —
- Marnes blanches 2 — —
- Marnes vertes 8 — —
- Meulière de Brie 5 — —
- Marnes à huîtres 2 — —
- Sables de Fontainebleau.. 55 — —
- Grès de Fontainebleau.... 5 — —
- Total 75 mètres (en moyenne)
- L’ensemble des couches comprises entre les sables de Beauchamp et les grès de Fontainebleau avait donc une épaisseur d’environ 75 mètres. C’est donc 75 mètres de terrain qui ont été enlevés au droit de la rue Laeépède. Il ne reste plus sur la colline du Panthéon que le calcaire de Saint-Ouen. La hau-
- teur du Panthéon étant de 79 mètres, les grès de Fontainebleau devaient jadis se trouver sensiblement au niveau du dôme qui surmonte cet édifice.
- Ces grès, qui sont recouverts, où ils existent, par des couches peu épaisses, ont dû d’abord servir de falaises aux premiers cours d’eau qui ont sillonné les plateaux existant jadis sur l’emplacement de Paris.
- L’érosion ayant ensuite à la fois élargi et approfondi les vallées, de grands quartiers de rochers ont dû s’ébouler au milieu du fleuve, comme cela se voit aujourd’hui sur le flanc des collines des environs d’Ktampes et de Fontainebleau. Les plus volumineux de ces blocs n’ont pu être, entraînés par les eaux à cause de leur poids, tel celui de la rue de Laeépède, qui a dû occuper des points de plus en plus bas à mesure quel’affouillement des eaux s’exercait sur des couches de plus en plus anciennes. 11 porte d’ailleurs, sur ses flancs, la trace des érosions atmosphériques.
- On constate, en effet, fréquemment la présence, sur les grès de Fontainebleau,de trous en forme d’écuelles, très analogues à ceux qui existent sur le pourtour de notre bloc. Ces cavités ont donné lieu jadis à de nombreuses discussions de la part de savants qui avaient décrit minutieusement les formes qu’ils présentaient. A cause de leur régularité, ils pensaient qu’elles avaient été creusées par la main des hommes. Ces rochers auraient servi, d’après eux, de tables de festin aux peuplades primitives, ou de tables de sacrifices aux druides. En réalité, les trous qu’on observe sur ces blocs ont été creusés parles agents atmosphériques. Des blocs de meulière de Brie accompagnaient le rocher de la rue de Lacé-pède et avaient dû subir un sort analogue. Ils appartenaient (fîg. 2) à des couches intermédiaires entre les sables de Beauchamp et les grès de Fontainebleau.
- L’histoire de ces blocs erratiques est liée à l’histoire du creusement de la vallée de la Seine. On peut se reporter à l’époque où les couches, dont ils faisaient partie, recouvraient l’emplacement actuel de Paris. De ces couches il ne reste que des lambeaux épars, au sommet de collines que l’érosion découronnera et fera disparaître, à leur tour, dans un avenir plus ou moins lointain. Ph. Glangeaud,
- Docteur ès sciences.
- PANTHEON
- Grès cTe 'Fon taine b/eau
- Sables de Fontainebleau
- Meulière de Brie
- SEINE
- Marnes blanches et ventes
- Calcaire de St Ouen
- Sables de Beauchamp
- g. 2. — Schéma montrant la hauteur, par "rapport au Panthéon, des différentes assises
- géologiques existant jadis sur l’emplacement de Paris. — Les parties hachées figurent la partie du sol respectée par l'érosion. — A. Position du bloc de la rue Laeépède. A'. Hauteur à laquelle il se trouvait primitivement.
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- LA NATURE
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- LES RATONS RÔNTGEN
- ET LES AFFECTIONS PULMONAIRES
- Les rayons Rôntgen apportent depuis quelque temps une aide considérable au diagnostic médical. On commence à bien s’en apercevoir en France et à l’étranger. Encore dernièrement, à Paris, M. le professeur Bouchard montrait nettement que les épanchement pleurétiques et les lésions tuberculeuses sont aisément reconnaissables à l’examen direct au moyen de l’écran fluorescent. C’est très bien de diagnostiquer une affection, mais comme ce serait encore mieux de la guérir ou de l’améliorer ! Depuis des mois, on attribue aux rayons X des propriétés thérapeutiques. Et même quelques cliniciens un peu pressés ont prétendu que les rayons allemands remplaceraient la lymphe de Koch démodée pour le moment. Nous n’en sommes pas là. Cependant il faut suivre de près les expériences et les observations de nature à faire espérer que les applications thérapeutiques des rayons Rôntgen pourraient avoir quelque chance de réussite.
- Déjà M. Lortet, le savant doyen de lia Faculté de médecine de Lyon, comme on l’a annoncé l’année dernière, a réalisé des expériences tendant à prouver que les nouvelles radiations, en pénétrant dans l’intérieur des tissus, sont susceptibles d’en modifier la vitalité et même peut-être d’exercer une action parasiticide.
- Depuis, quelques observations intéressantes ont été faites par divers expérimentateurs. A la Société médicale des hôpitaux, MM. les docteurs Rendu et du Castel ont fait connaître un nouveau cas d’application des rayons X au traitement des phlegmasies aiguës de l’appareil thoracique.
- Un jeune homme de vingt ans, bien constitué, est pris de fièvre et de courbature. Diagnostic au bout de deux jours : pneumonie adynamique. Après huit jours de traitement, amélioration. Puis, brusquement, aggravation : symptômes de broncho-pneumonie grippale; accès de fièvre violents. État de plus en plus grave. Un mois après le début, M. le professeur Potain conclut à une pneumonie caséeuse aiguë. Expectorations avec bacilles de Koch. L’état infectieux s’accuse de plus en plus. Le thermomètre s’élève à 40°,5, à 40°,8. M. Chantemesse diagnostique infiltration granuleuse du poumon droit et, en présence de l’insuccès de toute thérapeutique, il conseille le transport du malade à la campagne et l’aération continue, sans recourir à aucun médicament antipyrétique.
- C’est dans ces conditions peu encourageantes et alors que la situation semblait presque désespérée que le père du malade, ayant eu connaissance des tentatives physiologiques de M. Lortet sur des cobayes tuberculeux au moyen des rayons Rôntgen, pria MM. Rendu et du Castel d’employer cette médication pour son fils. Par déférence pour le désir de ce père malheureux, ces deux médecins, sans conviction personnelle, résolurent d’essayer la méthode. On s’adressa à M. Ducretet pour la technique des rayons X et l’on soumit le malade aux radiations Rôntgen chaque matin pendant une heure. Les rayons étaient concentrés et réfléchis sur la poitrine du patient. On vérifia s’ils passaient bien au travers du corps. Pour cela, on disposa une plaque photographique enfermée dans son châssis derrière le dos du malade. Au bout de quarante-cinq minutes, on développa la plaque. Les côtes antérieures et postérieures, les omoplates, une petite médaille furent très nettement reproduites. Donc, les rayons pénétraient au travers du parenchyme du poumon. La plaque ne permit
- pas de préciser la disposition des lésions pulmonaires.
- Le jeune malade ne signala aucun effet physiologique particulier. Point de sensation douloureuse; point de calorification cutanée ; aucune modification dans le pouls et dans la respiration. Le jeune homme s’endormait presque toujours pendant chaque séance. Quant aux conséquences thérapeutiques, elles furent assez rapides. La première application des rayons X fut faite le 15 juillet. Le 16 juillet marque un changement radical dans l’évolution de la maladie. La fièvre disparaît, l’appétit s’accentue. Le 20 juillet, pendant la radiation, se développe une éruption érythémateuse, l’ébauche du coup de soleil produit d’hahitude par l’application des rayons X. Les jours suivants, l’érythème s’étend et progresse jusqu’au 28 juillet : production de plilyctènes, d’escharres, etc. Pendant ce temps l’amélioration de l’état général du malade se poursuit régulièrement. Les modifications locales du poumon suivent l’état général. Plus de matité et bonne sonorité. Bref, le 28 août, la guérison était certaine. Et, le 4 octobre, le malade, parti pour la campagne, était florissant de santé et, depuis, il continue à très bien se porter.
- Que conclure de ce fait? Les sceptiques diront : il y a simple coïncidence. C’est possible. Cependant l’amélioration très franche est venue nettement après trois jours d’application des rayons Rôntgen et elle a continué jusqu’à guérison. Comment les rayons invisibles peuvent-ils agir? Il est loisible de supposer qu’à l’instar des champignons et des moisissures, qui meurent lorsqu’on les expose à une forte lumière, les microbes des fermentations pathologiques subissent un arrêt dans leur vitalité et un ralentissement dans leur pullulation quand ils sont touchés par les rayons dont l’action chimique est certaine. Il peut survenir dans les profondeurs des tissus une atténuation de la virulence microbienne, analogue à celle qu’exercent les rayons solaires sur le bacille de la diphtérie. Puis la révulsion énergique et persistante produite par les rayons X doit jouer son rôle dans la modification du milieu pathologique. Si de pareils troubles trophiques atteigpent les téguments, il est permis de penser que des perturbations de même ordre peuvent se produire dans l’intimité des tissus et que le parenchyme du poumon a dû être impressionné aussi activement que la peau.
- Dans tous les cas, et sans conclure, prudemment, à l’influence des rayons X, MM. Rendu et du Castel disent avec raison : « Il est probable que, sous peu, des tentatives du même ordre se répéteront et que nous saurons à quoi nous en tenir sur la valeur thérapeutique du nouvel agent physique». L’observation que nous venons de résumer constitue jusqu’ici un fait unique. D’où son importance. Elle servira de jalon d’attente pour des recherches ultérieures
- Il y a en effet grand intérêt à savoir s’il y a simple illusion ou si, au contraire, les nouvelles radiations peuvent se montrer parfois efficaces dans le traitement de certaines affections du poumon1. Dr Bill.
- 1 Dernièrement MM. Lannelongue et Acharfl ont institué un certain nombre d’expériences relatives à l’action des rayons X sur les cultures microbiennes. Pendant deux heures par jour et pendant cinq jours on a fait agir des rayons puissants sur diverses cultures. Les résultats ont été négatifs ; déjà d’autres expérimentateurs avaient constaté tantôt des résultats positifs, tantôt des résultats négatifs. Tout dépend de l’opacité des cultures vis-à-vis des rayons X. Nous n’estimons pas que ces expériences soient de même ordre que l’expérience sur le vivant de MM. Rendu et du Castel.
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- LA N AT IJ UE.
- YÉLOCIPËDIE MILITAIRE
- La vélocipédie militaire combattante a l'ait ses premières armes officielles aux grandes manœuvres de 1890, où une compagnie a opéré, sous le commandement du capitaine Gérard, comme soutien de cavalerie.
- Le but qu’on se propose d’atteindre vient d être exposé dans un projet de loi portant création de 25 compagnies déposé à la Chambre par M. Le Hérissé, député; ce projet dit en substance que l’adjonction des compagnies de cyclistes à nos divisions de cavalerie indépendantes doit laciliter le service de découverte, rendre plus puissante l’action offensive delà cavalerie et prêter à celle-ci, en toutes circonstances, la force de résistan-que possède
- l’infanterie, force qui fait défaut à la cavalerie.
- La réunion d’une troupe nombreuse de cyclistes et la nécessité pour elle de marcher et de combattre sur tous les terrains devaient naturellement entraîner des modifications à la bicyclette ordinaire de l’homme isolé, du touriste, qui ne dépend que de ses caprices et utilise, à son gré, toute la largeur et toute la longueur de la route qu’il suit.
- La bicyclette devait donc devenir portative pour permettre au cycliste de passer à travers champs et sous bois; de là une première modification et l’abandon du cadre ordinaire de la bicyclette qui, pliée, ne pouvait se porter à dos sans blesser le porteur; la photographie (tig. 1) ci-jointe montre la com-
- Fig. 1. — Une compagnie de cyclistes machines au dos.
- pagnie de cyclistes, machines au dos, se disposant à manœuvrer en dehors de la route.
- La réunion de 200 cyclistes ne pouvait de plus entrer réellement dans le domaine de la pratique que si on arrivait à permettre aux nouveaux combattants
- de rouler en ordre compact, de manœuvrer sans à-coups, de pouvoir ralentir jusqu’à l’arrêt complet sans être contraints de descendre de machine, de faire demi-tour sur place, de constituer enfin une troupe maniable, bien dans la main de son chef. Il fallait aussi qu’elle pût instantanément faire face dans toutes les directions, être tou-à répondre par ses feux à toute
- Fig. 2. — Une compagnie de cyclistes menacée faisant face à l'attaque.
- jours prête enfin attaque de la cavalerie.
- La photographie (fig. 2) montre la compagnie au
- moment où, menacée sur un de ses lianes par une cavalerie adverse, elle s’est arrêtée en faisant face à l’attaque sans descendre de machine. La figure 5 nous représente un groupe d’officiers cyclistes.
- Pour permettre à la compagnie de cyclistes d’être une troupe manœuvrière, on a disposé la bicyclette de telle sorte que le cycliste peut à tous moments prendre avec les pieds le contact du sol. Cette condition-là seule rend possible la constitution des compagnies dont, pour elles comme pour n’importe quelle troupe, la discipline de manœuvre doit être la première qualité. On s’est imaginé que les avantages réalisés dans la bicyclette pliante devaient provoquer les inconvénients suivants : l°une perte de vitesse par suite de la position plus arrière du cavalier; 2° une
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- LA NATURE.
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- hauteur trop faible du pe'dalier au-dessus du sol.
- En admettant que le premier inconvénient signalé soit exact pour les grandes vitesses, où serait le mal, puisqu’on ne peut, en troupe, dépasser des vitesses moyennes?
- Yaut-il mieux avoir une machine permettant les grandes vitesses, qu’on n’utilisera pas, et perdre par cela même l’avantage autrement important de la maniabilité de la troupe; ou bien avoir au contraire une machine avec laquelle on ne peut atteindre que la vitesse maximum possible en troupe et qui de ce chef permet d’assurer l’ordre, la cohésion, la discipline dans la manœuvre de l’unité tactique considérée?
- En ce qui concerne la hauteur des pédales au-
- dessus du sol, elle est de 11 centimètres, soit de 1 centimètre inférieure à celle généralement admise. Rien n’empêche d’élever le pédalier de 1 et même *2 centimètres; si on ne l’a pas fait c’est parce que la nécessité ne s’en est jamais fait sentir au cours des expériences qui ont eu lieu depuis deux ans et plus particulièrement cette année, pendant les manœuvres du 2e corps, où la compagnie de cyclistes a eu à passer dans des chemins particulièrement difficiles et défoncés par la pluie dont le mois de septembre a été tout spécialement gratifié.
- La bicyclette qui a rendu possible la vélocipédie militaire combattante a été imaginée par M. le capitaine Gérard. On a essayé de la copier en la modi-
- Fig. 5. — Un groupe d’officiers cyclistes.
- fiant légèrement en Allemagne et à l’étranger. En réalité, le type créé par M. Gérard est le meilleur que nous connaissions. Il a fait ses preuves depuis trois ans dans les grandes manœuvres. Le cadre ordinaire a été supprimé. D’un tour de main, on fixe ou démonte la tige soutien et la bicyclette est prête à recevoir le cycliste ou à se plier. Le cycliste prend position un peu plus en arrière que dans le système ordinaire et pédale plus bas. On peut même pédaler, pour obtenir le maximum de vitesse, en appuyant d’abord le talon, le plat du pied et la pointe. En un mot, le pied se déplace sur la pédale comme s’il se développait sur le sol pendant la marche. Il paraît que dans ces conditions, un cycliste moyen peut fournir une traite et un train que n’obtiennent pas les vélocipédistes les plus exercés.
- La bicyclette pliante du capitaine Gérard, par sa simplicité, sa commodité, sa rigidité, aura eu le mérite d’attirer l’attention des spécialistes et de fournir à l’armée une machine omnibus qui résiste aux intempéries et aux mauvaises routes.
- On avait douté longtemps que la vélocipédie militaire put rendre des services à la guerre. Après ce que nous avons dit, la question est jugée. Nous aurons désormais des compagnies de cyclistes. L’exemple est d’ailleurs suivi presque partout dans les armées européennes. Et comme il faut toujours rendre justice à chacun, nous devons dire hautement que le nom du capitaine Gérard restera lié à l’invention de la vraie bicyclette de guerre et à l’organisation de la vélocipédie militaire. Commandant Z.
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- LA NATURE.
- LA CHÂSSE AU CHAMOIS
- La mignonne petite bête que le chamois! Il a doux caractère; son œil est limpide; son corps est d’une élégante sveltesse. Hélas! il va disparaître de nos montagnes blanches. 11 faut se hâter de parler de lui, pendant qu’il bondit encore à travers les rochers des Alpes françaises. Nous voudrions intéresser les âmes sensibles à son triste sort, et le sauver, si possible, de la destruction définitive.
- Le chamois, que les savants appellent « capra rupica-pra », était, il y a cinquante ans, le maître incontesté des cimes neigeuses. On n’avait pas inventé alors l’alpinisme, sport qui a familiarisé l'homme avec les escalades de rochers, les courses sur les névés, les séjours dans les chalets. La montagne était solitaire et silencieuse. Quelques hardis villageois s’y aventuraient, mais tous n’en revenaient pas, et les animaux paisibles, la marmotte, le bouquetin, le chamois, pouvaient brouter l’herbe maigre et parfumée des prairies qui étendent leurs verts tapis à côté des glaciers blancs. C’était alors, pour lui, la vie libre et vagabonde, à travers les broussailles grêles, les forets touffues, les éboulis mouvants. On voyait poindre partout Ja fine silhouette de ce quadrupède agile, emblème gracieux de la vie errante, dans l’atmosphère limpide des hautes régions. Il est d’une frugalité très grande : l’hiver, il se contente de maigres touffes d’herbe, de feuilles d’arbuste desséchées, d’écorces d’arbre, ou de lichens verdâtres qui pendent avec mélancolie aux branches des mélèzes. Cette abstinence forcée ne nuit pas à l’élasticité et à la vigueur de ses muscles. Le chamois offre du reste une résistance incroyable à la fatigue. 11 supporte avec stoïcisme les froids les plus intenses. Songez qu’il vit presque toujours au milieu des neiges, qu’il entend sans frémir ces rafales terribles qui hurlent si fort dans les couloirs rocheux. Quand l’orage gronde, quand l’air est rempli de flocons blancs, le chamois garde son sang-froid, secoue sa jolie tète, bondit à travers les précipices. Il va se blottir dans une anfractuosité si la tourmente est trop forte.
- Parfois, il est victime de son audace et de son agilité. La traversée des glaciers lui est souvent funeste. Chacun connaît les glaciers de nos Alpes françaises, fleuves grandioses, aux vagues vertes ou bleues, rayés de temps à autre par une moraine de cailloux noirs. Il est dangereux pour un profane de s’y aventurer. Les imprudents disparaissent dans d’insondables crevasses, que dissimulaient de légers ponts de neige. Ceux qui ont peur des accidents s’avancent lentement sur ces surfaces trompeuses. Ils se hasardent sur ces blocs de glace, armés de chaussons de laine, de bâtons ferrés, de lunettes bleues. Le chamois n’y met pas tant de façons : avec ses petits pieds de corne dure, il bondit sur cette plaine irrégulière avec une maestria superbe. Mais il ne prend pas toujours le temps de calculer son élan : alors il tombe dans les crevasses, la tète fracassée, les pieds broyés. Quelquefois aussi la pierre sur laquelle il saute tremble, se détache, roule dans l’abîme avec son fardeau.
- La chasse au chamois est très émouvante et ceux qui la pratiquent ne s’en lassent jamais. Ce n’est point parce qu’elle a pour théâtre de grandioses paysages. Le chasseur, en général, ne regarde pas autour de lui : tout à sa passion, il dédaigne le pittoresque, qu’il patauge au fond d’un marais, ou qu’il marche sur une prairie fraîche et parfumée. 11 recherche l’émotion de la poursuite, les surprises de l’affût, la joie de la victoire. Ici la victoire est difficile. Le chamois est plein de ruse, il sait à merveille dépister le plus fin chasseur, soit en restant immo-
- bile, soit en fuyant devant l’ennemi, on pourrait dire à tire-d’aile tant sa course est légère, tant il franchit avec aisance les obstacles les plus insurmontables. Les alpinistes qui, dans leurs ascensions, aperçoivent souvent ce gracieux quadrupède, sont un peu humiliés lorsqu’ils le voient passer à toute vitesse dans des couloirs où ils se traînent péniblement avec d’infinies précautions, avec le secours de la corde et du piolet.
- Le plus redoutable ennemi du chamois, c’est ce montagnard prudent, intrépide, qui, en été, sert de guide aux citadins qui s’aventurent à travers les massifs des Alpes. Ces guides sont aussi familiers avec la montagne que le chamois lui-mème, ils en connaissent le moindre accident, le plus petit sentier. Ils se glissent avec agilité de rocher en rocher, passent dans les fentes étroites, s’aventurent à travers les éboulis, qui souvent s’écroulent sous leurs pieds légers en larges coulées de pierres. Mais rien ne peut arrêter ces audacieux nemrods : entre eux et le chamois c’est un duel à mort. Plus d’une fois le guide, emporté par l’ardeur de la poursuite, disparaît dans un précipice, ou se casse les jambes au fond d’un trou.
- Pour comprendre la passion dont sont animés les chasseurs, il faut les avoir entendus narrer leurs exploits dans un des hôtels de la Bérarde ou de la Grave. Ces hommes, d’ordinaire silencieux, au parler lent et bref, se transforment subitement. On sa croirait, pour un instant, transporté dans le Midi sonore, si là-bas, à travers la petite fenêtre, on ne voyait pas briller la neige immaculée de la Meije ou de la Yanoise. Ils parlent, ils font des gestes, ils s’animent; nous assistons aux péripéties de la course. Nous les voyons errer de rocher en rocher. Nous entendons le sifflement des balles à travers les échos de la montagne. Le fameux guide Gaspard, de la Grave, qui a ascensionné si souvent la Meije, est toujours très taciturne. Il est difficile de lire ses impressions sur sa figure basanée. Mais s’il raconte ses chasses au chamois, on voit, sous la forte arcade sourcilière qui termine son front solide, étinceler ses yeux d’un feu sombre. Il parle presque avec volubilité; et sa voix tremble d’émotion lorsqu’il rappelle les longues heures qu’il a passées à l’affût, dans le massif du Pelvoux.
- On comprend tros bien cette passion du montagnard pour la chasse au chamois : la poursuite est pleine de péripéties dramatiques d’une singulière poésie. La course du chamois et du chasseur est une course échevelée, digne de figurer dans les contes fantastiques, où les deux adversaires jouent pour ainsi dire avec la mort, le long des corniches vertigineuses, à l’ombre des séracs chancelants. Rien ne les arrête, ni les mugissements de la tempête, ni le bruit funèbre de l’avalanche. L’affût est souvent très pénible. Le chamois a l’odorat très subtil, et la vue singulièrement perçante. Il voit de très loin son ennemi : il « entend » le moindre de ses mouvements. Lui-même peut rester longtemps dans une immobilité parfaite, et la plus petite vibration de l’air est perçue par cet animal si sensible. Mais il a maintenant trop d’ennemis; s’il parvient à déjouer les ruses de l’homme, il ne peut rien contre les fusils à longue portée. De jour en jour les chamois disparaissent, tant le nombre de leurs adversaires s’accroît, tant on perfectionne les moyens de les détruire. On peut déjà marcher pendant des journées entières dans le Pelvoux et dans l’Oisans, sans voir se détacher, dans l’air limpide et bleu, sa radieuse silhouette. Traqué avec furie, il se défend avec obstination : mais sa fin est proche. Il serait temps, si l’on veut conserver ce spécimen gracieux de la faune alpestre, de prendre
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- quelques sages mesures de conservation : il serait possible de réserver aux chamois un ou deux massifs où ils pourraient vivre et se reproduire en toute sécurité.
- Tout à l'heure, c’est la saison paisible pour la gentille bête. Elle est seule là-haut dans la solitude neigeuse, où règne l’absolu silence. Elle n’y entend que le bruit sec de ses sabots sur la neige durcie, le sifflement aigu de la bise dans les arbres dépouillés, et le vol strident de l’aigle ou du gypaète dans l’azur infini du ciel. Vienne le printemps, elle quittera la région glacée pour courir à travers les forêts parfumées. Ce sera pour le chamois la saison des amours. Elle a donné naissance à une gracieuse légende : le chamois se met alors à la recherche du muguet dont la blanche corolle s’élève coquettement à l’ombre discrète des taillis. 11 broute avec avidité la fleur parfumée. Alors, grisé par cette odeur capiteuse, il s’élance en avant, la tête droite, les narines frémissantes, les yeux en feu. Il va, il va très loin ainsi, parcourant d’immenses distances, insouciant de la fatigue et du danger. J. Corcelle,
- Agrégé de l’Université.
- LA COMPRESSION DE L’ACIER
- Depuis quelques années, les métallurgistes ont produit des aciers doux grâce auxquels on a pu faire en acier coulé un grand nombre de pièces qui autrefois se faisaient en acier forgé, en fer ou en fonte. Les applications de l’acier coulé s’étendent tous les jours ; on sait que c’est ainsi que doit être construit le pont Alexandre III. Malheureusement l’exécution des pièces en acier coulé présente de nombreuses difficultés. La très haute température de 2000° à laquelle se fait la coulée rend la confection des moules très difficile. Elle a de plus, pour conséquence, un grand retrait qui, lorsqu’il est gêné par le moule, donne lieu à des criqures, c’est-à-dire à des lignes de rupture dans la masse. D’autre part, les lingots d’acier, d’acier doux surtout, renferment une grande quantité de gaz dissous (10 pour 100 du volume total environ) qui ne peuvent s’échapper complètement, au moment de la solidification, et produisent des soufflures, sortes de cavités ménagées dans le lingot. On comprend les graves inconvénients de ces soufflures qui altèrent profondément la résistance du métal. Divers moyens permettent de les éviter : les uns chimiques, consistant dans l’addition de manganèse, les autres mécaniques.
- Parmi ces derniers, nous ne voulons retenir que l’action d’une pression énergique sur le lingot. M. Witworth pensa à comprimer, au moyen d’une presse hydraulique puissante, des lingots d’acier encore en fusion pendant tout le temps de leur refroidissement, de manière à chasser les gaz dissous. Les premiers essais datent d’une quinzaine d’années ; les résultats furent médiocres. Le procédé fut repris et une presse hydraulique fut construite à Manchester dans l’usine Witworth; cette fois encore on n’eut pas pleine satisfaction.
- Cependant, la grande usine métallurgique américaine de Bethléem fit les frais d’une installation complète ; la réussite fut alors presque absolue. Il y a quelques mois, le Creusot, qui avait vendu à Bethléem ses procédés de fabrication de plaques de cuirasse, lui acheta ses procédés Witworth et fit à son tour construire une presse hydraulique à comprimer l’acier, d’une puissance de plus de 10U00 tonnes.
- La presse du Creusot se compose essentiellement d’une chape supportée par quatre piliers (voy.fig.) et d’un piston qui se meut de bas en haut. La chape porte un cylindre
- en acier ayant même diamètre qu’une lingotière cylindrique qui repose sur le piston. La lingotière a 6 mètres de haut et est constituée par quatre anneaux circulaires en acier servant en quelque sorte de frettes à des douves en fonte qui en garnissent complètement l’intérieur. Ces douves ont leurs angles arrondis de manière à laisser entre elles des sortes de conduits verticaux. Les douves sont recouvertes avec un enduit poreux convenablement tassé. La lingotière ne repose pas directement sur le piston hydraulique, mais sur une plate-forme qu’un second piston permet de mouvoir. Après avoir été préalablement remplie d’acier en fusion, la lingotière est amenée, grâce à ce piston, exactement au-dessous du cylindre porté par la chape.
- On admet alors sous le piston principal l’eau sous pres-
- Coupe de la I ingotiere.
- Vue générale-.
- Schéma de la presse et coupe de la lingotière.
- sion provenant de multiplicateurs destinés à amplifier la pression des accumulateurs hydrauliques. Lorsque la lingotière est suffisamment soulevée, elle est obturée exactement par le cylindre supérieur et l’acier est soumis à l’énorme pression de 10 000 tonnes qui permet de diminuer la hauteur du lingot de 500 à 550 millimètres sur une hauteur totale de 6 mètres. Les gaz s’échappent au travers de l’enduit poreux, soit par les conduits ménagés entre les douves, soit par de petits trous percés dans les plans de réunion des différents anneaux.
- Dans les lingots qui ont été ainsi comprimés, tous les défauts, tels que criqures, soufflures, se concentrent au centre de la partie supérieure. On peut se servir entièrement du haut du lingot pour confectionner des pièces forées : canons, arbres d’hêlice ; tandis que le bas est utilisé pour des pièces pleines.
- Le procédé Witworth dont nous venons de donner un aperçu ne permet encore que le coulage sous pression de gros lingots, de formes simples, mais il est facile de comprendre les avantages que l’on peut tirer de la compression de l’acier pendant son refroidissement. C’est un pas fait dans la diminution du forgeage ; il en résulte des réductions de prix et des améliorations dans les qualités des aciers. Louis Türgan.
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- LA NATURE.
- WAGONS-BARS ET NOUVELLES VOITURES DE lre CLASSE A PLATES-FORMES
- DES I IGNES DE BANLIEUE DE LA COMPAGNIE DE i/oUEST
- Un essai assez curieux a été entrepris depuis l’été de 1896 sur les lignes de banlieue de la Compagnie de l’Ouest, notamment sur les lignes de Versailles et de Saint-Germain. Un certain nombre de trains comportent dans leur composition un wagon-bar destiné à permettre aux voyageurs de toutes classes de prendre en cours de route les consommations qui se servent habituellement dans les cafés.
- Cette innovation a été fort goûtée du public, elledoit d’ailleurs être étendue prochainement à un bien plus grand nombre de trains.
- La figure 1 donne une vue d’ensemble extérieure du wagon.
- Ainsi qu’on le voit sur le plan représenté tigure 2, le wagon-bar est divisé en deux compartiments de dimensions égales : l’un d’eux constitue le café, il est destiné aux voyageurs de première classe; l’autre constitue la buvette, il est destiné aux voyageurs de seconde. Contre l’une des parois latérales de la caisse du véhicule se trouve adossé, à cheval sur les deux compartiments, le bar servant à distribuer les consommations. Les compartiments sont séparés d’ailleurs par une cloison à hauteur d’homme, permettant d'embrasser la profondeur du véhicule dans les parties hautes, tout en maintenant la distinction complète entre les deux classes. La disposition intérieure de la voiture est représentée figure 3. L’accès dans la buvette ou le cale s’opère aux deux extrémités de la voiture au moyen de plates-formes isolées de l’intérieur par des portes à coulisse.
- La charpente de la caisse de la voiture est entièrement en bois de teck ; elle est recouverte extérieurement d’un panneautage en frises de teck verni verticales ; les parois latérales sont percées de larges baies accouplées deux à deux et munies de châssis vitrés.
- La voiture comporte un lanterneau, dont les
- baies sont munies de châssis vitrés, mobiles autour de leurs axes. Les deux compartiments sont à couloir central, les tables sont disposées des deux côtés de ce couloir dans le sens transversal de la voiture ; la cloison de séparation est percée d’une porte réservée au service, et placée dans le prolongement du
- couloir central.
- Le châssis vitré des baies latérales comprend deux parties distinctes : l’une, in fér ieure, est fixe, et l’autre, supérieure, peut se lever pour ouvrir ; cette disposition permet d’aérer sans incommoder les voyageurs. De plus, la partie mobile est assez étroite pour qu’il soit impossible de passer la tète au dehors ; il y aurait en effet grand danger à le faire, car les dimensions du véhicule atteignent presque complètement les limites du gabarit. Comme l’aération due au simple appel d’air par la partie mobile des châssis et les baies du lanterneau serait insuffisante, à
- cause de la fumée, on a placé sur la toiture quatre ventilateurs torpilles qui renouvellent constamment l’air de la voiture.
- L’éclairage s’obtient au gaz d’huile au moyen des becs spéciaux et intensifs de. la Compagnie du gaz d’huile. Le chauffage est assuré par un appareil thermosiphon dont le foyer est placé à l’une des extrémités de la voiture. L’eau chaude circule suivant chacun des côtés longitudinaux de la caisse dans deux tuyaux superposés placés contre la partie inférieure des parois.
- La décoration intérieure du compartiment de première classe est composée exclusivement de teck et d’étoffe de Lincrusta Walton. Le lambris, divisé en panneaux démontables, les parties apparentes de la charpente de la caisse, les baguettes et les moulures sont en teck verni. Au-dessus de la cimaise, les panneaux de face et les plafonds sont recouverts d’étoffe
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- 2*™ Classe
- leC* Classe
- Fig. 2. — Plan du wagon-bar.
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- LA NATURE.
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- de Lincrusta Walton collée sur cartons épais. Deux grandes glaces sont placées à l’extrémité des deux cotés de la porte d’entrée. Les tables, les chaises, la cloison de séparation sont en acajou verni.
- Dans le compartiment de seconde classe, le lambris, les panneaux de face et les plafonds sont en frises de sapin verni ; ces panneautages sont encadrés par les parties apparentes de la charpente en teck verni. Les tables sont en teck verni ; les chaises en no ver verni et cannées.
- Le bar est en teck verni, il est garni d’étagères et de tous les accessoires nécessaires à la préparation des consommations ou au lavage des verres ; il est muni notamment d’une glacière, d’un fourneau à gaz, d’une pompe à bière, etc. Un réservoir placé
- Fig. 3. — Vue intérieure (lu wagon-bar, montrant la disposition du bar et du couloir central.
- Les principales dimensions du véhicule sont les suivantes :
- Écartement d’axe en axe des essieux .... 6m,500
- Longueur totale duvéhicule de tampon à tampon. . 12m,300 Longueur totale extérieure de la caisse . . . l lm,990
- Largeur extérieure de la caisse................... 2m,870
- Longueur intérieure........................... 9m,596
- Largeur intérieure. 2m,760
- Longueur des plates-formes.................... 2™, 1 40
- Largeur des plates-formes (à la ceinture), . . Om,778
- Largeur des plates-formes (au-dessus de la
- ceinture).................................. l^OoS
- Entre Paris et Auteuil circulent, d’autre part, des voitures de première classe à plates-formes, absolument identiques, sauf l’aménagement intérieur, aux wagons-bars que nous venons de décrire. Ces voitures sont à couloir central ; la disposition générale en est donnée dans la vue intérieure représentée
- sur la toiture renferme une provision d’eau suffisante. Le service est assuré par un garçon pour chacun des compartiments et par le bar-man, qui se tient toujours dans le bar et qui est chargé de préparer et de distribuer les consommations.
- La figure 2 montre la vue du bar de service, avec le couloir central, la cloison de séparation et les tables pour les consommateurs ; elle permet aussi de se rendre compte de l’aménagement intérieur de la caisse.
- Le châssis de la voiture est à deux essieux, il est construit entièrement en acier, il est muni des appareils du frein Westinghouse, d’un réservoir à gaz et de tous les organes en usage à la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest. ’
- Fig. 4. — Vue intérieure des voitures de première classe à plates-formes et à couloir central.
- figure 4. Les banquettes, disposées symétriquement par rapport à ce couloir, sont à deux places; elles se font vis-à-vis deux à deux et constituent ainsi une série de petits compartiments à quatre places. Comme pour le compartiment de première des wagons-bars, la décoration intérieure est composée de Lincrusta Walton et de teck verni. Les sièges sont en noyer verni. Ces voitures contiennent 58 places.
- Ce type de voiture 'paraît appelé à rendre des services appréciables dans les jours de grande affluence qui se représentent fréquemment sur la ligne de Paris à Auteuil, comme pour les courses, revues, etc. En raison du peu de durée du trajet, il est possible, en effet, d’utiliser les plates-formes, et d’augmenter ainsi le nombre déjà assez considérable de voyageurs qu’elles peuvent transporter. L. B.
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- LA NATURE.
- DISTRIBUTION D’ÉCLAIRAGE
- ET DE FORCE MOTRICE ET TRACTION ÉLECTRIQUE A VERSAILLES
- Depuis plusieurs mois déjà, la ville de Versailles possède une installation électrique intéressante pour alimenter à la fois la distribution d’éclairage et de force motrice d’une part et la traction d’autre part. La station centrale est située en dehors de la ville, à Porchefontaine. Elle comprend trois bâtiments, l’un destiné aux chaudières, l’autre aux machines à vapeur et aux dynamos, et le troisième au laboratoire et à la maison d’habitation. Les chaudières sont au nombre de quatre ; elles sontmultitubu-laires, ont une surface de chauffe de 160 mètres carrés et peuvent donner chacune 2000 kilogrammes de vapeur sèche à la pression de 9 kilogrammes par centimètre carré. Les machines à vapeur sont au nombre de quatre, dont deux sont accouplées directement avec des dynamos à courant continu pour la traction, et les deux autres commandent par courroie les alternateurs monocycliques pour la distribution d’éclairage et de force motrice. Les machines à vapeur pour la traction sont horizontales, monocylindriques, à détente variable par le régulateur, et peuvent donner une puissance effective de 240 chevaux à la vitesse angulaire de 300 tours par minute. Les dynamos à courants continus sont à 8 pôles et donnent 400 ampères à 500 volts. Les alternateurs ont une puissance de 300 chevaux à 3000 volts.
- Les tramways électriques ont remplacé les tramways à chevaux déjà existants, et de nouvelles lignes ont également été établies. Le réseau actuel comporte quatre lignes d’une longueur totale de 15km,211 avec une longueur de 5 kilomètres à 3km,500 pour chacune d’elles. La voie est en rails Broca de 36 kilogrammes par mètre courant et à l’écartement de lm,44. Les rampes ne sont pas élevées et ne dépassent pas au maximum 3 pour 100. La ligne aérienne sur laquelle s’appuie le trolley est supportée paç des poteaux de 9“,5.de hauteur. Ceux-ci sont surmontés soit de lampes à arc servant à l’éclairage public, soit de boules ornementales. Les poteaux placés au milieu des voies, sur des refuges, ont deux bras formant consoles. Le feeder d’alimentation est constitué par un câble de 300 millimètres carrés posé directement dans le sol et qui aboutit place des Tribunaux. Les voitures, actuellement au nombre de 15, sont des voitures automobiles à truck indépendant de 40 places. L’installation a été faite par la Compagnie française pour l’exploitation des procédés Thomson-Houston; elle est exploitée parla Société versail-laise de tramways électriques et de distribution d’énergie électrique. ^ J. L.
- LE GRISOU DANS LES MINES
- M. Kôhler a fait des études sur l’action de la pression atmosphérique sur le dégagement du grisou dans les mines de charbon. D’une série de nombreuses observations, il a pu déduire quelques conclusions que le journal Prometheus nous fait connaître. En général, la teneur de l’air de la mine en grisou diminue quand la pression atmosphérique augmente; inversement, elle augmente quand celle-ci diminue. L’augmentation et la diminution de la teneur en gaz sont d’autant plus rapides que les variations de la courbe des pressions barométriques sont plus brusques. Le dégagement des gaz ne dépend pas de la valeur absolue de la pression atmosphérique. Si après une chute brusque du baromètre, la diminution de pres-
- sion devient moins rapide, ou si, après que la courbe des pressions a atteint son minimum, elle se tient à ce minimum pendant un certain temps, il se produit une décroissance lente de la proportion de gaz. Les maxima et mi-nima de la courbe de dégagement du gaz ne correspondent par suite pas toujours à ceux de la courbe barométrique.
- LA PLUIE EN FRANCE
- LES VILLES OU IL PLEUT LE PLUS ;
- CELLE OU IL PLEUT LE MOINS
- Tout le monde a pu remarquer que le phénomène de la pluié est fort variable suivant les localités que l’on considère. En France, il pleut souvent dans certaines régions, rarement dans quelques autres. Quand la pluie tombe, ici elle est très faible ; là, elle est tellement forte qu’elle occasionne des désastres. Le même département présente quelquefois ces grandes différences de fréquence, d’intensité ou d’abondance. Il est donc difficile de caractériser une région tout entière, sous le rapport de la pluie, d’après les mesures effectuées dans une seule station pluviométrique. Il faut un très grand nombre de stations quand la surface territoriale à étudier possède une vaste étendue. En toute rigueur même, les résultats obtenus ne devraient s’appliquer qu’à la localité qui les a fournis.
- Le service pluviométrique organisé en France a cependant permis de reconnaître qu’il y a dans notre pays huit régions qui offrent ordinairement des maxima principaux de pluie : ce sont celles qui avoisinent les Pyrénées occidentales, les Cévennes, les Alpes, le Jura, les Vosges, le Plateau Central, les monts du Morvan et ceux de la Bretagne. Cela confirme le principe, déjà souvent vérifié, que la pluie augmente avec l’altitude. Dans nos plaines du Nord-Ouest et du Nord, la hauteur annuelle de pluie reste quelquefois au-dessous de 500 millimètres, tandis qu’elle dépasse souvent 2 mètres dans les stations élevées de nos départements montagneux.
- Toutefois, si le principe est vrai d’une manière générale, il souffre aussi de nombreuses et importantes exceptions. C’est ainsi qu’à Vialas, dans le département de la Lozère et dans le bassin de l’Ardèche, à 522 mètres seulement d’altitude, il tombe, annuellement et en moyenne, 1653 millimètres de pluie, alors qu’on en constate seulement 952 millimètres à Florac, qui est situé à 25 kilomètres de distance, dans le même département, et à 551 mètres d’altitude. Bien plus, Bayonne reçoit 1253 millimètres d’eau pluviale, soit 300 millimètres de plus que Florac, et 400 millimètres de moins que Vialas, quoique son altitude ne soit que de 12 mètres. Dira-t-on que Bayonne est située tout près de la mer, et au pied des Pyrénées? On pourra répondre que Perpignan se trouve dans une situation absolument analogue, à 32 mètres d’altitude, et qu’on y relève à peine 546 millimètres d’eau de pluie, c’est-à-dire moins de la moitié de la quantité recueillie à Bayonne.
- On trouve des anomalies de même ordre si l’on étudie avec quelques détails la fréquence de la pluie. En général la pluie est plus fréquente à mesure que le relief du sol augmente ou qu’on se rapproche de la mer, mais les exceptions sont aussi remarquables que dans le cas précédent. À Bordeaux, il y a 205 jours de pluie par an, tandis qu’on n’en compte que 142 à Lorient, 125 à Bayonne, 89 à Perpignan, et 131 à Bagnères-de-Bigorre, dont l’altitude atteint 553 mètres.
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- LA NATURE.
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- La quantité de pluie n’est même pas toujours en rapport avec le nombre des jours pluvieux. Vialas, qui compte 94 jours de pluie, Nantua qui en a 136, Gérardmer qui en subit 147, fournissent respectivement 1653, 1254 et 1550 millimètres d’eau, tandis que les 205 jours pluvieux de Bordeaux n’en produisent que 764 millimètres.
- Toutes ces singularités, que l’on pourrait croire créées par le hasard ou par des conditions absolument locales, relèvent cependant au premier chef de causes générales que nous connaissons encore imparfaitement, mais que nous faisons plus que soupçonner. Il est bien certain que si la topographie environnante joue quelquefois un rôle important dans le régime pluvial d’une localité, il faut aussi lui adjoindre l’influence primordiale qui appartient à la situation géographique de cette localité, c’est-à-dire à la position qu’elle occupe par rapport aux trajectoires ordinaires des dépressions atmosphériques, grandes ou petites.
- D’après ce que nous venons de dire, on reconnaîtra qu’on se heurte à de grandes difficultés quand on cherche à tracer exactement une carte pluviométrique dans laquelle les hauteurs de pluie seraient représentées par des courbes continues. Mais il est relativement facile de dresser une carte sur laquelle on se contentera d’inscrire, près des localités importantes, les quantités annuelles de pluie et les nombres annuels de jours de pluie qu’on a observés, en moyenne, dans ces localités. C’est un projet qne nous avons commencé à mettre en exécution, d’après les observations publiées par le Bureau central météorologique, pour près de 2000 stations réparties dans toute la France. Nous extrayons des préliminaires de ce travail les deux tableaux suivants qui représentent les villes d’une certaine notoriété où il pleut le plus et celles où il pleut le plus souvent.
- ABONDANCE DE LA PLUIE.
- Localités. Altitudes. Quantités de Nombre de jours
- Gérardmer 685 mètres. pluie. de pluie. 1550 m/m 147
- Pontarlier 823 — 1370 — 143
- Nantua 484 — 1254 — 136
- Bayonne 12 — 1253 — 125
- Chambéry 283 — 1210 — 142
- Bagnères-de-Bigorre. . 553 — 1178 — 131
- Château-Chinon. . . . 540 — 1169 — 142
- Tulle 246 — 1120 — 143
- Besançon 251 — 1092 — 159
- Aurillac 666 — 991 — 135
- FRÉQUENCE DE LA PLUIE.
- Localités. Altitudes. Nombre de jours Quantités de
- Bordeaux 74 mètres. de pluie. 205 pluie. 764 m/m
- Brest 56 — 189 960 —
- Clermont-Ferrand. . . 388 — 169 618 —
- Pontarlier 823 — 163 1370 —
- Le Havre 89 — 159 911 —
- Besançon 251 — 159 1092 —
- Cherbourg 20 — 158 873 —
- Epinal 333 — 157 979 —
- Bar-le-Duc 186 — 156 946 —
- Gérardmer 683 — 147 1550 —
- Ce premier résultat a été déduit d’une statistique comprenant cinquante stations et quinze années d’observations (1880-1894). S’il n’atteint pas l’exactitude que nous obtiendrons plus tard pour notre carte, il doit s’en écarter très peu, car nous avons choisi les cinquante stations utilisées dans les régions qui présentent habituellement des
- maxima de pluie, tant sous le rapport de la quantité que sous celui de la fréquence.
- Nous donnons ci-dessous un second tableau, qui concerne quelques-unes des principales villes de France et qui permet de faire quelques comparaisons intéressantes avec les deux précédents :
- Quantités Nombres
- Villes. Altitudes, annuelles de annuels de
- pluie. jours de pluie.
- Paris.................... 56 mètres. 481 m/m 136
- Lyon.................... 175 — 739 — 146
- Marseille................ 74 — 547 — 72
- Bordeaux................. 74 — 764 — 205
- Toulouse................ 194 — 642 — 124
- Cherbourg................ 20 — 873 — .158
- Besançon................ 251 — 1092 — 159
- Le Havre................. 89 — 911 — 159
- Saint-Etienne .... 550 — 741 — 117
- Brest.................... 56 — 960 — 189
- Au premier examen des tableaux on voit que c’est Bordeaux qui compte le plus grand nombre de journées pluvieuses ; Brest vient ensuite, et Clermont-Ferrand en troisième ligne. C’est cependant cette dernière localité qui reçoit le moins d’eau pluviale après Marseille et Paris. Enfin on peut encore constater que Marseille a trois fois moins de jours pluvieux que Bordeaux, et qu’elle est, parmi les villes que nous avons considérées, celle où il pleut le moins et le moins souvent.
- Pour terminer, nous ferons remarquer que nous avons volontairement laissé de côté les observatoires installés au sommet des montagnes, à cause de leur situation exceptionnelle, dans des endroits peu habités. Nous ajouterons cependant, pour achever de caractériser d’une manière sommaire la répartition des pluies en France, que les quantités d’eau pluviale, ainsi que les nombres de jours pluvieux enregistrés par ces observatoires, ne dépassent guère les valeurs atteintes dans quelques stations de moyenne altitude. Le sommet du mont Ventoux, qui s’élève à 1900 mètres, a 108 journées pluvieuses qui fournissent 1544 millimètres d’eau. Le Pic du Midi, dont l’altitude atteint 2859 mètres, reçoit seulement 1541 millimètres d’eau répartis sur 185 journées. Enfin le Puy de Dôme, dont la cime ne dépasse pas 1465 mètres, est l’observatoire qui subit le plus grand nombre de jours de pluie ou de neige : on en compte 256 qui donnent en moyenne 1586 millimètres d’eau météorique.
- J.-R. Plümandon,
- Météorologiste à l’Observatoire du Puy de Dôme. ——
- LES GISEMENTS ACTUELS
- DU GUANO DU PÉROU
- Signalé pour la première fois aux Européens par Humboldt, en 1804, quoique les Incas l’aient connu depuis des siècles, le guano du Pérou ne commença à être l’objet d’un commerce important qu’à dater de 1844. Les principaux gisements en voie d’exploitation, ou dont l’exploitation est interrompue, sont compris entre les 6e et 22e degrés de latitude sud ; mais, en descendant dans le Chili, on en rencontre jusqu’au 45e degré. En allant du nord au sud, les principaux gisements sont : Lobos de Tierra, Lobos de Afuera, Macabi, Gueîiape, Chincha, Ballesta, Patillos, Patache, Pabellon de
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- LA NATURE.
- lurent ceux des îles Chinchas, qui iournirent près de 9 000 000 de tonnes pendant une période de trente ans.
- En 1870, on commença l'exploitation d’autres gisements. Les îles Ballesta, Macabi, Guefiape donnèrent 1 500 000 tonnes. On entama ensuite les îles de Lobos et les masses énormes de la province de Tarapaca, à la côte sud du Pérou : Patillos, Patache, Pabellon de Pica, etc., dont l’exploitation, commencée en 1874, a fourni environ 8 000 000 de tonnes jusqu’en 1888.
- Nous arrivons ainsi à un total de 18 500 000 tonnes en une quarantaine d’années, soit une consommation annuelle de près de 440 000 tonnes. L’épuisement
- Vue de bandes de pélicans sur les gisements actuels du guano du Pérou.
- Pica, Punta de Lobos, Huanillos, Chipana. Plus bas dans le Chili, on rencontre les Mexillones et les Corcovado. 11 y a aussi des gisements tout le long de la côte.
- Les guanos qu’on rencontre dans les autres parties du monde, par exemple à Ichabre, Saldanha et Damaraland en Alrique, aux îles Backer et Pboënix dans la mer du Sud, se trouvent à peu près sous les mêmes latitudes,
- Le guano est produit par l’accumulation des excréments et des carcasses d’oiseaux marins qui vivent en grande quantité sur les îles désertes, les rochers abrupts et les plaines sablonneuses tout le long de la côte. Les premiers gisements exploités
- des guanos est presque impossible parce que les causes de leur formation existent toujours, qu’on peut les favoriser et même les provoquer.
- La mer est inépuisable : au lieu de s’appauvrir, elle s’enrichit sans cesse des déchets de la vie animale des continents ; le poisson ne pourra donc que se multiplier. Les marins rapportent que dans les mers péruviennes, chaque fois que l’on puise un seau d’eau, on en retire une portion de poissons. Les pingouins et les pélicans, qui produisent le guano, sont très voraces et stationnent par bandes nombreuses sur un même point. Chaque oiseau rend en moyenne 52 grammes d’excréments par nuit; un dépôt annuel de 40000 tonnes de guano frais n’est donc que le produit du travail digestif de 5 420 000 pélicans seulement, tandis qu’on estime
- leur nombre à un chiffre plus élevé. Un capitaine de navire a apporté, il y a peu de mois, des photographies de quelques dépôts en voie de formation dont nous présentons un spécimen. On est ému en contemplant cette multitude de paisibles industriels •préposés par la mère nature à la fabrication du guano au moyen des poissons de mer. Par des moyens naturels et simples, ils accomplissent gratuitement et fatalement un des cycles de l’éternel roulement de la matière. Avec de pareils collaborateurs, l’agriculture n’a pas à craindre l’épuisement de cet excellent engrais, et, à ce point de vue, cette gravure est un document authentique d’une grande valeur. D. Crispo,
- Directeur du laboratoire d’analyses de l’État à Anvers.
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- LA N AT U11E.
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- APPAREILS MÉCANIQUES
- DE GYMNASTIQUE MÉDICALE
- Dans une communication fort intéressante faite devant l’Association française pour l’avancement des sciences, M. Ph. Tissié mettait très clairement en lumière les diverses sortes d’exercices du corps qu’on peut employer pour mener à bien l’éducation physique de l’enfance ; il étudiait à ce point de vue les différents sports et leur influence plus ou moins heureuse, et il comparait les trois méthodes en présence : méthode allemande, avec gymnastique aux agrès, gymnastique de suspension qui conduit à l'acrobatie; méthode anglaise, qui est faite de sports, et enfin méthode suédoise, qui est une gymnastique de
- planches et d'attitudes. Notre auteur n’hésitait pas à reconnaître de grands avantages à cette dernière, qui est rationnelle et excellente, quoique peu récréative.
- Précisément le docteur suédois A. Levertin vient de publier une étude très bien faite sur un des côtés spéciaux de la gymnastique pratiquée dans son pays : il s’agit d’appareils de médecine curative astreignant le malade ou le débile à une gymnastique toute particulière et parfois localisée.
- L’inventeur de cette méthode est un Suédois, le Dr Zander, qui a imaginé en réalité une série complète d’appareils formant un ensemble logique, et qui a fondé à Stockholm, vers 1865, un institut spécial qui fonctionne toujours sous le nom d’« Institut médico-mécanique » ; l’idée a même pris une extension fort grande, et, avec la collaboration du l)r Zan-
- Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
- Appareils mécaniques de gymnastique médicale.
- der, il s’est créé d’autres établissements tout à fait analogues, les appareils étant tous fabriqués par la « Goranssons Mekaniska Yerlestad » de Stockholm.
- Comme, dans toutes ces méthodes, il s’agit, avec le système Zander, d’exercer les muscles, pour leur faire donner le travail nécessaire à cette fin, ils ont à surmonter la résistance qu’offre un levier à contrepoids, que l’on aperçoit nettement dans les figures que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs. Ces exercices réguliers, accommodés suivant la force de chacun, modifient les tissus musculaires, activent Ta circulation sanguine ou lymphatique, fortifient le système nerveux. Ils utilisent non seulement les mouvements actifs, mais aussi, quoique bien entendu d’une façon secondaire, les mouvements passifs, ceux qui sont exécutés sans une intervention des muscles dirigés par la volonté ; quelques-uns des appareils agissent par frottement, par percussion, par pétrissage des tissus, si l’on peut employer ce
- mot. Le Dr Zander a imaginé un appareil pour exercer chaque groupe de muscles, sans compter que d’autres dispositifs fort bien combinés mesurent avec une précision mathématique les plus petites particularités, les plus légers changements du contour du corps et des différents membres, et enregistrent graphiquement les courbes du dos.
- Nous donnons la reproduction de quelques-uns des dispositifs les plus caractéristiques : la liste en serait fort longue, et nous n’en signalerons qu’un certain nombre. Voici par exemple un système pour redresser le corps; on prend place sur une plateforme, et il faut que le haut des cuisses demeure en. contact avec un appui métallique, tandis qu’une corde passant sur une poulie de renvoi tend à soulever un contrepoids analogue au contrepoids des disques; elle se termine, d’autre part, par une petite poulie sur laquelle glisse une autre corde se reliant à deux sortes de bricoles de cuir. L’une entoure la
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- LA NATIJllE.
- ceinture, l’autre passe par-dessus les épaules, un peu au-dessous du cou; pour soulever le contrepoids, on est obligé d’avancer la ceinture, afin de demeurer en contact avec l’appui dont nous avons parlé, tandis qu’au contraire on rejette les épaules en arrière, ce qui est le but à atteindre. C’est ensuite une sorte d’échelle montée sur un cadre assez haut et disposée obliquement : on s’y couche, un des bras s’appuyant sur une barre placée en dessous de l’échelle, pendant que l’autre, celui du côté à développer, s’étend jusqu'à atteindre d’autres barreaux formant une échelle verticale à une des extrémités de l’appareil. Pour exercer le malade à plier puis à abaisser les bras, tout en faisant un effort plus ou moins intense, on lui met aux mains deux poignées reliées à deux cordes qui, après avoir passé sur des poulies de renvoi, se fixent au bras d’un levier à contrepoids (fig. 1). Voici encore (fig. 2) un mécanisme ayant pour but de développer la poitrine en rejetant les épaules en arrière; puis un autre où l’on prend exactement la même position qu’à cheval, sur’une selle fixée à un bâti en ionte, l’ensemble pouvant être animé mécaniquement de vibrations analogues à celles que donne le cheval (fig. 3). Nous pourrions citer aussi un appareil devant lequel on se place debout, la jambe entre deux tiges oscillantes, qui viennent frapper alternativement l’un et l’autre côté du membre.
- En somme la méthode Zander, qui paraît fort originale, semble aussi très bien comprise au point de vue des résultats, car on l’a adoptée dans plusieurs hôpitaux installés en Allemagne comme conséquence de la loi sur l’assurance obligatoire. On a créé également des instituts Zander dans un assez grand nombre de villes de bains, à Baden-Baden, à Wiesbaden, à Karlsbad, à Marienbad, et l’usage simultané des eaux et des appareils suédois exercerait une action remarquable. Daniel Bellet.
- CHRONIQUE
- La gravité apparente. — A l’occasion de l’horizon gyroscopique de l’amiral Fleuriais récemment présenté par M. Caspari à la Société française de physique, M. Pellat a cité une curieuse expérience faite par M. Audemarsurun ventilateur à force centrifuge. Ce ventilateur portait un grand tambour tournant autour de son axe. M. Audemar, s’étant installé dans le tambour, contre la paroi verticale, sentit la force centrifuge le presser fortement contre cette paroi. En même temps, un trou central que portait le plafond du tambour sembla monter progressivement jusqu’à se placer au-dessus de sa tète : c’est qu’en effet la gravité apparente, résultante de la gravité vraie et de la force centrifuge, s’inclinait à mesure que la vitesse augmentait, jusqu’à venir passer par le trou central. L’expérience de M. Audemar met en relief une singulière modification des appréciations de nos sens apportée par la perturbation d’un seul des facteurs physiques du milieu ambiant. Elle peut être l’origine de spectacles curieux et inédits, analogues à l’escarpolette diabolique décrite ici même il y a quelques années.
- Les enveloppes inviolables aux rayons de Rttntgen. — MM. Theyer et Ilardmuth, de Vienne, ont trouvé, d’après le Papier Zeitung, le moyen de mettre les enveloppes de lettres, chose fort importante, à l’abri des indiscrétions des rayons X. A cet effet, les enveloppes sont entièrement bronzées dans l’intérieur, ou bien sont garnies d’ornements en pâte de bronze, rapprochés les uns des autres. On a demandé à l’Institut autrichien, pour l’examen et l’enseignement de la photographie et des procédés de reproduction, de vérifier si ces enveloppes empêchent de connaître le contenu des lettres photographiées à l’aide des rayons Rôntgen. Les expériences faites montrent que les enveloppes entièrement bronzées révèlent une action affaiblie des rayons Rôntgen ; dans les autres qui sont ornementées avec de la pâte de bronze, les endroits laissés en blanc étaient seulement indiqués; dans les deux cas, on a pu réussir, à l’aide de ces rayons, à rendre intelligibles les caractères écrits avec de l’encre ordinaire sur une feuille de papier enfermée dans chacune de ces enveloppes.
- Observation sur les alcooliques. — Dans une discussion récente à la Société de médecine publique, M. le Dr F. de Grandmaison a communiqué le résultat de ses observations sur les 500 premières femmes ayant fréquenté ses consultations à l’hôpital Laënnec. 156 (soit 51 pour 100) présentaient des signes non douteux d’alcoolisme chronique. L’intoxication fait le plus de ravages dans la période active de l’existence, soit de 20 à 40 ans. Quant à la répartition par profession, elle fournit les chiffres suivants : cuisinières 60, femmes de ménage 34, marchandes au panier 9, blanchisseuses 9, femmes de chambre 6, couturières 6, autres professions à nombres inférieurs, 32, soit au total 156. On voit que la plus forte proportion est atteinte par les cuisinières et les femmes de ménage qui les remplacent dans un certain nombre de cas.
- Raisins blancs et noirs. — Un horticulteur du Midi affirme qu’on peut obtenir des raisins blancs et des raisins noirs sur le même cep, par le procédé suivant : Prenez deux sarments, l’un donnant du raisin blanc, l’autre du raisin noir, écrasez ensemble les deux bouts et, avant de les mettre en terre, réunissez-les par une légère ligature. Quand on opère avec beaucoup de soin, l’expérience réussit toujours et rien n’est plus curieux que le résultat obtenu; on à des ceps qui portent à la fois des rabins blancs et même des raisins moitié blancs et moitié noirs, dont la qualité ne le cède en rien à ceux des ceps ordinaires.
- Un chemin de fer sans wagons. — Quelque étrange que cela puisse paraître, il faut entendre la chose dans son sens absolument strict : la voie ferrée dont nous voulons parler est parfaitement exploitée sans qu’on y emploie, non pas seulement des wagons plus ou moins compliqués, mais encore la moindre plate-forme roulante. C’est à Bridai Veil, dans l’État d’Oregon, non loin de Dalles, qu’est installée cette ligne, dans une forêt mise en exploitation par la compagnie Bridai Veil tim-berituj Co. Chaque train circulant sur ce chemin de fer primitif se compose uniquement d’une locomotive assez rustique, comme on en voit dans les exploitations forestières, traînant tout un chapelet d’énormes troncs d’arbres aussi gros généralement que la chaudière de la machine. Entre les rails on a disposé une série de madriers cloués aux traverses et formant comme un plancher continu sur lequel glissént les troncs. Sans doute il y a des frotte-
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- LA NATURE.
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- ments considérables, mais quelle simplicité dans cette exploitation ! Pas de chargement ou de déchargement des bois sur les véhicules, opération longue et difficile; pas d’entretien desdits véhicules. On se contente de graisser le plancher de madriers là où la voie n’est pas en pente, et on le renouvelle à peu de frais quand il est trop usé.
- Et le train, si on peut lui donner ce nom, marche à une bonne allure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 février 1897. — Présidence de M. Ciiatin.
- L'âge de cuivre et l'âge de bronze. — Par des recherches précédentes, M. Berthelot a établi que le cuivre avait été anciennement employé en Orient, au moins pour certains objets d’un caractère spécial. Mais les recherches avaient porté sur des objets sacrés et il restait douteux que le cuivre pur eût été employé d’une façon courante dans ces âges reculés. Il a examiné, cette fois, des objets chaldéens appartenant au Musée du Louvre, destinés à des usages vulgaires, des haches, un fer de lance dont l’antiquité ne serait pas moindre de 6000 années. Ces objets sont en cuivre pur. Quelques-uns, qui devaient être plus durs, renferment des traces d'arsenic et de phosphore. Or si l’on considère que le minerai de cuivre du Sinaï ne contient pas d’arsenic, on est conduit à conclure que cette substance a été ajoutée. Ces objets dans la terre ont une patine verdâtre, mais transportés dans les vitrines des musées, ils se recouvrent d’efflorescences et par une chaîne de réactions la masse entière se transforme en protoxyde de cuivre.
- Le perfectionnement de la vinification. — M. Muntz a étudié les conditions dans lesquelles la fermentation du jus de raisin dans la cuve s’opère avantageusement. La température atteint assez vite 30°; la fermentation est alors rapide. Mais si la température continue à s’élever et atteint 40°, la levûre alcoolique est tuée et le milieu devient favorable au développement de bactéries. En empêchant réchauffement excessif, on obtient une fermentation régulière et un vin de bonne qualité. M. Muntz observe que c’est une nouvelle application du principe de la réfrigération qui a rendu de si grands services dans l’industrie de la fabrication de la bière. Il est étonnant, ajoute-t-il, qu’on n’ait pas songé plus tôt à l’essayer sur la vinification. M. Muntz a procédé non point à une expérience de laboratoire, mais à une expérience portant sur de grandes quantités. Le prix de revient est excessivement faible et par suite l’opération offre un caractère pratique. Le moment le mieux choisi pour arrêter réchauffement est la température de 33°. A 37°,5 la réfrigération produit un effet moins avantageux ; à 59° ou 40°, l’effet est nul. La levûre est tuée; la réfrigération est impuissante à la revivifier. Les bactéries introduisent dans le vin de l’ammoniaque. Si la fermentation a eu lieu à basse température, la quantité d’ammoniaque n’est que de 4 à 5 milligrammes par litre ; mais si la fermentation a eu lieu à une température trop élevée, la quantité d’ammoniaque atteint 50 milligrammes et même 100 milligrammes lorsque la levûre a été tuée. De plus dans ce dernier cas le vin est faible en alcool. L’ammoniaque persiste dans le vin ; on la retrouve après 7 à 8 ans de bouteille.
- Aspect de- la planète Mars. — M. Perrotin a repris à l’observatoire de Meudon, avec la grande lunette équa-
- toriale de cet établissement, les observations d’astronomie physique qu’il a déjà exécutées à l’observatoire de Nice et au mont Mounier sur la planète Mars. Celle-ci se présentait cette année à la fin de janvier sous un aspect plus favorable. M. Perrotin divise la planète Mars en quatre parties : deux calottes polaires et deux zones parallèles à l’équateur. L’une de ces zones est celle des canaux, l’autre celle des mers. Il a constaté de très faibles modifications de la structure des canaux par rapport à ses observations antérieures, mais les changements qu’on avait cru apercevoir n’ont rien de réel. C’est la région des canaux qui donne la couleur rouge. Les régions polaires sont caractérisées par une transparence remarquable. En effet, lorsqu’un canal s’avance vers le nord, il est d’autant plus visible qu’il progresse vers le nord, ce qui est contraire à ce que l’on pouvait attendre, car l’épaisseur d’atmosphère traversée est plus considérable. Donc l’atmosphère est, dans ces régions, plus transparente.
- La diète et l'infection microbienne. — MM. Tessier et Guinard ont recherché l’influence de la diète et de l’inanition sur l’effet de certaines toxines microbiennes. Mais il est probable, selon l’opinion de M. Chauveau, que les résultats tirés de leurs expériences peuvent être de beaucoup généralisés, quoiqu’elles ne portent que sur la pneumo-baciline et la toxine de la diphtérie. Ils ont constaté que ces toxines sont beaucoup moins actives sur des animaux en état d’inanition. Le simple jeûne ne permet pas de rien constater. Des chiens qui, dans l’état normal, eussent succombé à l’infection microbienne, résistent très bien lorsqu’ils sont préparés par l’inanition. On ne constate alors qu’un effet faible et passager.
- Varia. — M. Charpentier présente une théorie nouvelle des excitations lumineuses de la rétine. — M. Girard, professeur à la Faculté de médecine de Toulouse, a découvert un ferment d’origine végétale analogue à la lipase. — M. Sarrau lit une Notice sur la vie et la retraite du général Favé. Ch. de Yjlledeuil.
- IA JUMELLE DE POCHE
- DE M. LE COMMANDANT NAPOLÉON NEY
- Ce n’est pas un jouet que cette jumelle de la taille d’un porte-cigarettes, et qui tient aisément dans une poche de gilet! Les noms de ses auteurs, M. le commandant Napoléon Ney, qui la conçut, et M. Huet, opticien du ministère de la Guerre, qui l’exécuta, sont le plus sûr garant de la valeur de cette nouvelle invention pratique.
- Il s’agit ici en effet d'une jumelle destinée moins encore au théâtre, où son grossissement est peut-être excessif, où la clarté et la largeur de champ sont les seules et banales qualités requises, qu’aux manœuvres militaires où la vue des officiers doit pouvoir s’appliquer sur des points définis et lointains et où l’impedimentum du paquetage et de l’équipement ne peut aisément être aggravé du poids d’une jumelle ordinaire. Son usage est tout indiqué pour les touristes à bicyclette ou en automobile, voire même à pied, qui choisissent toujours avec soin leurs accessoires le plus légers et le moins encombrants qu’il est possible de les trouver; pour les courses, la campagne, etc.
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- LA NATURE.
- On devine que cette jumelle, qui ne pèse que 250 grammes, est presque entièrement constituée, pour la monture, en aluminium ; quelques parties seulement sont faites en acier, soit pour les ressorts, soit pour assurer à l’ensemble une réelle solidité.
- La ligure 1 représente la jumelle fermée. Elle mesure exactement 11 centimètres de longueur, sur 8 de largeur et 2 d’épaisseur. A gauche, un bouton moleté fait mouvoir les œillères afin de permettre l’adaptation de la jumelle à la vue de chacun. A droite, un anneau dans lequel peut se passer une chaînette ou un cordon pour éviter la chute ou la perte de l’objet. Au centre, sur l’un des plats, un écusson de métal se lève à volonté et peut être saisi par les doigts afin d’empêcher la jumelle de glisser. Enfin, à la partie inférieure, un poussoir fait s’ouvrir instantanément la jumelle.
- La figure 2 montre la jumelle en fonction. La personne qui s’en sert regarde en A et A' par les œillères mises à sa vue par le bouton B; l’écusson C est relevé; les objectifs D et 1)' sont dans un plan rigoureusement parallèle à celui des œillères, et deux volets latéraux E et E' viennent maintenir l’écartement des deux plats. Pour fermer l’appareil, il suffit d’appuyer sur le bouton nickelé F ; le volet porte-objectifs 1) D' cède sous la pesée et, en même temps qu’il abat les deux volets latéraux, fait rentrer les deux œillères. Une pesée sur le couvercle du boîtier referme la jumelle comme un simple porte-monnaie. Remarquons en outre que, si nous dévissons le bouton G, les deux objectifs nous viennent à la main pour que nous procédions facilement au nettoyage des verres, pour même que nous les utilisions comme loupes à la lecture d’une carte ou d’un document.
- Les détails du mécanisme qu’indique la figure 5 sont d’une ingéniosité réelle qui égale d’ailleurs leur simplicité. Le couvercle a été enlevé pour la démonstration. Le volet porte-objectifs 1)D' est maintenu redressé par deux petits ressorts à boudins s’appliquant sur le fond du boîtier. Si, appuyant sur le bouton nickelé F, nous abattons progressivement ce volet, nous le voyons atteindre par sa partie supérieure une petite queue d’acier S qui est un appendice de la pièce sur laquelle se meuvent les œillères.
- Cette queue, s’abaissant sous l’effort du volet, ramène en arrière les deux œillères. Le volet porte-objectifs, continuant à s’abattre, vient heurter par ses parties latérales deux tiges T et T' rivées au bas de chacun des volets latéraux, et les abaisse. Les trois volets et les deux œillères sont donc ainsi rentrés dans la boite. A ce moment, le volet porte-objectils qui couvre le tout se clenche sur un ressort V de façon à permettre au couvercle de la jumelle de se fermer. L’opérateur peut ainsi éviter de se pincer les doigts sans avoir à lutter contre les ressorts à boudin qui tendent constamment à relever le volet porte-objectifs. Mais une autre difficulté se présentait : la boîte étant rouverte par l’opérateur, il fallait que les trois volets revinssent instantanément en place utile, et cependant le ressort V, dont l’emploi est indispensable ainsi que nous venons de le voir, venait de les fixer abattus ! M. Ney et M. Huet ont adroitement résolu ce petit problème aux données en apparence contradictoires. Ils ont fait légèrement bomber le ressort Y, de sorte que, lorsque le volet porte-objectifs s’y est clenché, le couvercle de la jumelle, en même temps qu’il la ferme, appuie sur cette partie bombée et déclenche le volet, qui n’est resté accroché que le temps nécessaire à la fermeture de la boîte. Le volet porte-objectifs est donc dégagé du ressort qui le retenait, et, n’obéissant plus qu’aux deux ressorts à boudins, attend qu’on appuie sur le poussoir pour se redresser subitement et redresser avec lui les deux volets latéraux.
- Ajoutons au bénéfice de cette jumelle qu’elle est indécentrable, aucun pas de vis n’étant utilisé dans sa construction qui permette aux lentilles de jouer et de présenter les irrisations désagréables dont sont coutumières trop de jumelles.
- Cette jumelle de poche réunit sous un très petit volume tous les avantages d’une jumelle encombrante; son mécanisme très simple semble devoir lui permettre de devenir un objet d’usage quotidien pour le théâtre, le tourisme et l’armée.
- L. Baudry de Saunier.
- Le Gérant : P. Masson.
- La jumelle de poche.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1231I. — 27 F F Y II I K II -1 80 7.
- LA NAT U K E.
- Lk MEILLEURE CUILLÈRE
- Je ne sais plus en quel ouvrage Herbert Spencer se plaignait amèrement qu’en se civilisant l’homme eût dédaigné de perfectionner les objets usuels. « Je suis assis en mou fauteuil, disait-il, et ce fauteuil est fabriqué en dépit du bon sens. Le fabricant ne s’est nullement préoccupé de la forme du corps humain que le siège devait recevoir. — Je prends mes pincettes pour mettre du charbon dans le feu, je ne puis arriver à y maintenir un morceau. Le fabricant de pinces ne s’est pas préoccupé de mettre des rainures
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- aux mors de la pinccttc; ce qu’on y veut saisir glisse..., etc., etc. »
- Le progrès ne marche nulle part d’un pas égal. Il en est des Européens comme des nègres du Soudan qui n’ont ni truelles ni instruments de maçon et bâtissent avec leurs seules mains, qui remplacent tous les instruments. Et pourtant ils travaillent admirablement le fer. Et ces mêmes races africaines si arriérées dans la bâtisse nous sont supérieures par quelques points ! Tant il est vrai qu’il est parfois utile de considérer un plus petit que soi.
- Ces réflexions me sont venues en étudiant et admirant les cuillères des habitants du Congo, cuillères
- Différents modèles de cuillères.— 1. Cuillère des nègres congolais. — 2. Cuillère européenne. — 5, 4 et 5. Cuillères indoues.
- 6 et 7. Cuillères du moyen âge.
- bien mieux construites et bien mieux adaptées à leur but que les nôtres.
- Ne vous est-il jamais arrivé en mangeant votre soupe de répandre un peu du contenu de la cuillère? Au moment d’aspirer le liquide, une légère quantité s’écoule des parties latérales et mouille les coins de la bouche.
- Voulez-vous vous servir dans le plat et prendre de la sauce, vous maniez une cuillère, puis la reposez le manche sur le bord. Si le plat est un peu grand, la cuillère glisse et tombe dans la sauce.
- Rien à craindre de tout cela avec la cuillère africaine. La coupe1 de la cuillère européenne (fig.2) est à bords très allongés. Or, plus les bords d’un récipient se
- 1 Nous employons le mot coupe pour distinguer cette partie du manche et ne pas répéter pour elle le mot cuillère comme on fait généralement, ce qui crée une confusion.
- rapprochent de la rectiligne, plus il est difficile d’y boire; carie liquide coule à la lois sur toute la longueur du bord que l'on incline. Plus les bords sont courbés, plus on a chance de faire couler le liquide au point le plus déclive.
- La cuillère africaine (lig. 1) a une coupe moins allongée que la nôtre, elle est plus large, les bords en sont donc plus convexes. Et comme elle est plus creuse, elle contient davantage.
- Le manche ne glisse pas quand on le pose sur le bord du plat, car il forme avec le plan horizontal mené par les bords de la coupe un angle bien plus accusé, de 45° au lieu de 30°. Cette inclinaison plus forte du manche permet de mieux tenir la cuillère et de la manier plus facilement, car le manche, étant plus oblique, forme un bras de levier moins long et se manie plus aisément.
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- 25e année. — -I01 semestre.
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- L’extrémitc du manche qu’on a en main a la forme d’une spatule à bords allongés. Ce bord s’adapte bien à la courbe de l’index et le pouce et le médius s’appliquent surlesfaces plates. Notre cuillère de civilisé est moins bien en main avec sa grosse extrémité et son bord concave. Semblables aux africaines sont les cuillères chinoises qu’on a adoptées chez nous pour manger le potage aux nids d’hirondelles : ce qui donne un cachet d'exotisme aux repas dans lesquels ce mets coûteux est offert.
- La forme de la cuillère a d’ailleurs beaucoup varié suivant les races, et, puisque nous sommes sur ce chapitre, faisons une légère excursion comparée dans ce domaine.
- Les pays qui se nourrissent principalement de pâtes ne font pas usage de cuillères. Les Orientaux, pour manger le riz, comme les Napolitains pour le macaroni, se servent de leurs doigts. Les Romains, d’après G. de Mortillet, n’avaient pas de cuillères proprement dites, car ils ne faisaient usage que d’aliments liquides ou solides et n’avaient pas d'intermédiaires. Ils buvaient les mets liquides dans des tasses. Comme couverts, ils possédaient un instrument pointu à une extrémité pour piquer les aliments, portant à l’autre un tout petit godet, soit rond, soit allongé en forme de langue, qui, à cause de sa petitesse, ne pouvait guère servir qu’à recueillir le jus de viande'.
- Les Kabyles se serviraient encore, paraît-il, de cuillères semblables. La cuillère à grande coupe n’apparaît qu’à l’arrivée du christianisme, comme le prouvent les devises et les emblèmes qu’elle porte. A l’époque carlovingienne, le manche était quadran-gulaire ou arrondi ; il s’aplatit et s’élargit à l’extrémité que tient la main vers le dix-septième siècle. Au moyen âge, nous dit Yiollet-le-Duc (Dict. du mobilier), on fabriquait des cuillères à manche pliant, qu’on pouvait ainsi porter dans sa poche. Les cuillères anciennes avaient presque toujours une coupe à bords circulaires. Cette forme ancienne se retrouve dans nos provinces. Or cette forme circulaire est plus commode pour boire le liquide.
- La cuillère est d’un usage très général. On en trouve aux Indes qui sont très ornées et qui existent par séries s’emboîtant les unes dans les autres. Aux Indes comme en Perse la coupe est souvent pointue. Bien des peuples primitifs en fabriquent en bois, et même en pierre. Mais surtout ils excellent à en former au moyen de coquilles auxquelles ils adaptent un manche. Ce serait peut-être l’origine de la cuillère primitive. Car son invention est bien ancienne. On en a trouvé à l’époque néolithique dans les habitations lacustres.
- Puisque la cuillère a subi de si grandes variations et que l’ethnographie peut en rassembler des formes si diverses, nos fabricants devraient bien en offrir au public des formes variées au lieu de toujours nous offrir la même cuillère classique dont le métal et la
- 1 D’autres pensent qu’il s'agit simplement (le cuillères à parfums.
- décoration seuls varient. Ce type disparaîtrait bien vite si le public pouvait le comparer aux autres.
- I)r Féi.ix Régnault.
- LA DISPARITION
- DES ÉCREVISSES EUROPÉENNES
- Les écrevisses européennes et françaises en particulier disparaissent avec une rapidité telle que le public s’en est ému et que l’on ne parle que de l’extinction complète de ces crustacés, victimes de la gourmandise humaine. Leur élevage artificiel et leur remplacement par des écrevisses américaines sont à l’ordre du jour. Nous croyons donc intéressant de dire quelques mots de la biologie de ce « petit poisson rouge qui marche à reculons », comme l’appelait jadis un dictionnaire célèbre.
- L’écrevisse vit dans les rivières fraîches où l’eau est souvent renouvelée et dont le fond rocailleux leur offre de nombreux abris. Il paraît quelle est plus abondante dans les rivières orientées est-ouest que dans celles dirigées nord-sud, qui leur procure moins d’ombre. Pendant le jour en effet elle craint la chaleur du soleil et demeure au repos sous les pierres ou dans le creux des rives. Ce n’est guère qu’à la tombée de la nuit qu’elle sort de son refuge et se met en chasse.
- En hiver les écrevisses tombent dans un état de torpeur et hivernent dans les crevasses naturelles du ruisseau ou dans celles qu’elles se sont creusées elles-mêmes. Les galeries qu’elles creusent dans le sol mou et tourbeux atteignent souvent de très grandes dimensions. On a remarqué que les orifices des terriers étaient situés d’autant plus profondément que les rivières étaient plus sujettes à geler. Tant que le froid n’est pas vif, les crustacés restent à l’entrée de la galerie, dont ils oblitèrent l’orifice avec leurs grosses pinces, ne laissant flotter dans l’eau que leurs antennes, grâce auxquelles ils peuvent se rendre compte des matières alimentaires, mortes ou vivantes, qui viennent à passer et les saisir avec les pinces. On assure même qu’ils ne se font pas faute non plus de capturer par la patte les rats d’eau qui viennent à passer et de les maintenir submergés jusqu’à ce que mort s’ensuive.
- Leur nourriture est très variée : très voraces, les écrevisses dévorent en somme tout ce qui est à leur portée. Les mollusques, les têtards, les débris de viandes, les choux, les carottes, tout leur est bon. On les a accusées d’avoir une affection immodérée pour la viande faisandée, mais il paraît qu’il n’en est rien. Si on leur donne deux morceaux de viande, l’un pourri, l’autre frais, elles se jettent d’abord sur ce dernier. Les mâles ont malheureusement la fâcheuse habitude de dévorer parfois leurs femelles, ce qui est une singulière perversion de l’instinct et cause un grave obstacle à l’élevage artificiel. Le fait a été maintes fois constaté de visu : le mâle saisit sa victime par la tête, déchire sa carapace et continue
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- par le dos en faisant sauter la carapace jusqu’à la queue. L’expérience suivante, fuite en 1892 en Allemagne, montre bien l’importance de cette « écrevissophagie ». Dans un étang alimenté d’eau de source et sans trace d’issues, on introduisit 165 mâles et 165 femelles. On les nourrit abondamment avec des poissons. Ceci se passait en septembre. En mars de l’année suivante, on dessécha l’étang et on n’y trouva plus que 52 femelles. Les 165 mâles en avaient dévoré 115 en six mois!
- La respiration a lieu au moyen de branchies situées de chaque côté du corps, sous la carapace, juste à l’endroit de l’insertion des pattes.
- Nous ne parlerons pas de l’organisation interne, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous nous contenterons de signaler la présence dans l’estomac, en été, de deux masses calcaires, autrefois employées en médecine, que tout le monde connaît sous le nom d’yeux d’écrevisses. Ce sont des réserves de calcaire qui servent à l’animal lorsqu’il mue, c’est-à-dire lorsqu’il change de carapace. A ce moment les « yeux » tombent dans l’estomac, sont broyés, dissous, et leur substance passe dans le sang pour, de là, être sécrétée par la peau, au dehors.
- Ce phénomène de la mue est fort curieux. L’animal se débarrasse entièrement de sa carapace comme une personne retire ses vêtements au moment de se coucher. Dans sa célèbre monographie, Huxley a fort bien décrit les phases successives de cette mue : nous y renvoyons le lecteur.
- Pendant que la nouvelle carapace se forme, les écrevisses sont molles et, dépourvues de moyens de défense, deviennent très timides. Elles se cachent alors dans les anfractuosités les plus étroites.
- Les écrevisses muent au moins huit fois la première année, cinq fois la seconde, deux fois la troisième, puis une fois par an jusqu’à la mort.
- La ponte a lieu au commencement de l’hiver. La femelle se couche sur le dos et replie son abdomen (ce que le public appelle la queue) de manière à constituer une sorte de cavité incubatrice. Les 200 œufs, dès leur sortie, sont fixés par une matière agglutinante aux pattes de l’abdomen. L’incubation dure à peu près tout l’hiver. Au printemps les jeunes sortent de l’œuf et se cramponnent aux pattes natatoires de leur mère (fig. 1, n° 1). Leur aspect général ne diffère que peu de celui de leur mère, sauf que la carapace est très bombée. Un peu plus tard, ils quittent de temps à autre le giron maternel, mais reviennent s’y blottir à la moindre trace de danger.
- A la fin de la première année, l’écrevisse a près de 5 cent. 1/2 de longueur. A deux ans, elle a 7 cent. 1/2, à trois ans 9 cent. 1/2, à quatre ans 12 centimètres, à cinq ans 15 cent. 1/2. Elle croît ensuite lentement de manière à atteindre au plus 19 à 20 centimètres. A partir de cinq ans, les écrevisses sont aptes à la reproduction, mais elles peuvent vivre, croit-on, jusqu’à quinze ou vingt ans.
- En Europe, on trouve quatre espèces principales
- d’écrevisses (fig. 1, n° 2) : l’Écrevisse à pieds rouges (Astacus fluviatilis); l’Ecrevisse à pieds blancs (Asta-cus pallipes) ; l’Écrevisse des torrents (Astacus tor-rentium) et l'Ecrevisse à pieds grêles (Astacus leptodactylus). Les deux premières habitent presque toute l’Europe; on les rencontre notamment en France. La troisième espèce habite surtout les régions montagneuses et les plateaux de l’Europe centrale. Enfin l’Écrevisse à pieds grêles est celle dont la répartition géographique est la plus étendue.
- Notre carte (fig. 2) indique la répartition générale des écrevisses à la surface du globe. L’Europe est leur patrie principale ; mais on en trouve aussi en Asie, en Amérique, en Océanie, etc.
- En Europe, les écrevisses sont en butte à une multitude d’ennemis, notamment de petites sangsues (Branchiobdélia) qui s’attachent à la face inférieure de l’abdomen et aux branchies, de petits mollusques (Cyclas) qui se fixent aux bouts des pattes, de champignons (Saprolégniées) qui envahissent tout le corps, et enfin de vers parasites (Distoma cirrigerum) qui farcissent parfois les muscles des écrevisses. Suivant les lieux et les époques, c’est tel ou tel parasite qui se développe. Il n’y a donc pas, comme on le dit trop souvent, une maladie, mais des maladies de l’écrevisse. Dans ces derniers temps on a publié une multitude de recherches sur ces dernières, mais, je dois dire, à la courte honte des zoologistes, que leur seul résultat a été d’embrouiller la question d’une manière inextricable. La maladie due au Distome paraît cependant être la plus fréquente et la plus mortelle : c’est elle qui a décimé les écrevisses en Alsace en 1878 et en France, ainsi qu’en Allemagne, en 1881.
- La pêche aux écrevisses est très facile. Le plus souvent on se borne à pénétrer, les pieds nus, dans les ruisseaux et à retourner les pierres qui brisent le courant ou à plonger les bras dans les anfractuosités de la rive. Le difficile est de ne pas se laisser pincer. On peut encore disposer dans le courant des fagots très branchus où les écrevisses viennent chercher un refuge. En retirant brusquement les fagots on fait une ample récolte, surtout quand on est habile. Mais le mode de chasse le plus répandu et le plus pratique repose sur l’emploi des balances. Ce sont des filets en forme de troncs de cônes renversés et maintenus par des cercles de fil de fer galvanisé. Le cercle supérieur est réuni, par trois cordelettes, à une baguette placée sur la rive. Au fond de la balance on fixe une grenouille éventrée, des intestins de lapin, du foie ou de grosses moules de rivières. La balance, placée de manière à affleurer le fond, près des berges non éclairées, est relevée de quart d’heure en quart d’heure. On enlève en même temps les écrevisses, qui, dans l’espoir d’un bon déjeuner, avaient pénétré dans les filets. On voit qu’une seule personne peut surveiller en même temps un grand nombre de balances et anéantir rapidement toute la population d’une rivière.
- C’est là à n’en pas douter qu’il faut rechercher
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- les causes de la dépopulation des rivières européennes en écrevisses. Les diverses maladies y sont bien pour quelque chose, mais c’est là un facteur presque négligeable à côté de la destruction à laquelle se livrent les approvisionneurs de nos restaurants.
- Il faut bien remarquer en effet que, pour qü’une écrevisse soit apte à reproduire, et ait en même temps une valeur marchande, il lui faut au moins cinq ans. Si l’on veut qu’une rivière contienne toujours à peu près le même nombre d’habitants, il ne faut par an en détruire qu’un cinquième. Or, les pêcheurs d’écrevisses en font disparaître un bien plus grand nombre.
- On a de tous temps aimé les écrevisses, mais, autrefois, la consommation était beaucoup moins élevée que de nos jours. On les dégustait
- pour ainsi dire sur place, ou tout au moins à une petite distance de l’endroit où on les pêchait
- En 1884 il a été apporté aux Halles 7 781 000 écrevisses. __ 1885 — — — 5 552 000 —
- _ 1880 — — — 4233 000 —
- Les prix des premières écrevisses apportées à Paris étaient très peu élevés. Ils augmentèrent rapidement à mesure que les approvisionnements devenaient plus difficiles. Ils redescendirent quand on commença à en importer d’Allemagne, puis de Russie. Les plus hauts prix sont atteints en février, c’est-à-dire au moment des grands dîners : ils arrivent parfois à 100 francs le cent. Les plus bas prix sont atteints en août ; ils descendent alors à 15, 10 ou 8 francs le cent (en gros).
- Aujourd’hui la récolte des écrevisses françaises est absolument nulle. Nous sommes obligés de
- péennes grêles; c,
- n, Écrevisse à pieds rouges Écrevisse des torrents.
- l>, Écrevisse à pieds
- nous adresser depuis de longues années à l’Allemagne et à l’Autriche. Elles-mêmes se sont dépeuplées et s’adressent à la Russie. Mais, dans ce pays encore, elles com-
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- localités sont dirigées sur les autres pays et, parfois, employées à faire des conserves. L’expérience a été surtout tentée par M. Lavrotf, à Yolsk, où elle a pleinement réussi.
- À l’héure actuelle, dit le Journal de pêche, de Saint-Pétersbourg, à qui nous empruntons ces détails, la fabrique de M. Lavroff est impuissante à satisfaire aux demandes, qui, par leur nombre et leur importance, suffiraient à alimenter une dizaine au moins d’établissements similaires. Le seul obstacle à leur création est l’ignorance des procédés de préparation, car chaque industriel garde son secret, si simple d’ailleurs que soit la chose en elle-même. En outre, la fabrication en question a été décrite plus d’une fois dans les livres spéciaux, absolument ignorés malheureusement des industriels russes.
- Le même recueil donne les conseils qui suivent pour faire lesdites conserves. Les queues d’écrevisses fraîches sont dépouillées de leur enveloppe écailleuse, que l’on ouvre de deux cotés à l’aide de ciseaux; la queue ainsi dégagée, on relire l’intestin postérieur. Les queues sont ensuite rangées dans des boîtes de fer-blanc par couches séparées entre elles par un lit de sel fin blanc. Une fois remplies, les boîtes sont fermées aussitôt et bouchées soigneusement par une soudure, après quoi on les plonge dans des chaudières d’eau bouillante pendant 10 à 20 minutes.
- Quelquefois, avant de les boucher, on saupoudre les conserves d’un peu d’anti-septine (préparation à l’acide borique) vendue dans tous les dépôts de produits pharmaceutiques. Cette dernière précaution est même superflue si la boîte de fer-blanc a été bien soudée et bouillie, c’est-à-dire chauffée à 80 degrés, température à laquelle les microorganismes de la décomposition animale sont détruits. Dans ces conditions, sans accès de l’air atmosphérique, les conserves ne peuvent pas se gâter.
- Les écrevisses russes que l’on envoie en France viennent pour la plupart par navire au moins jusqu’en Allemagne, où elles font escale. C’est ainsi que, dernièrement, le vapeur Karl vonLinen a amené de Bjoerneliorg, en Finlande, jusqu’en Allemagne, 400000 écrevisses vivantes. Celles-ci, les gourmets l’affirment, sont d’un goût beaucoup moins fin que celui des écrevisses françaises; cela n’a rien d’éton-nant, vu la longueur du trajet, pendant lequel elles
- s’autodigèrent en partie. Peut-être à cet égard ferions-nous bien d’imiter ce que l’on fait à Rome pour produire des écrevisses tout à fait succulentes. L'Éleveur nous apprend en effet qu’on y installe des façons de rayons superposés sur lesquels on dispose des milliers de petits pots en terre communiquant entre eux par un conduit où circule incessamment de l’eau fraîche. Dans chaque pot, une seule écrevisse : à deux, elles se battraient, au' détriment de leur engraissement. On les parque en mai, et, chaque jour, on les nourrit avec du pain et du maïs. A ce régime, elles engraissent très vite, et acquièrent une saveur excellente.
- Quels remèdes opposer à la dépopulation croissante et bientôt complète des écrevisses en Europe?
- Evidemment, il n’v en a que deux. Ou repeupler les cours d’eau ou faire de l’élevage artificiel. La première méthode est certainement la meilleure, puisqu’on peut amener des écrevisses vivantes de Russie et même de contrées plus éloignées. Mais elle ne donnera de bons résultats que si elle est protégée par une loi très dure sur le braconnage, qui, malheureusement, est fort difficile à enrayer. Il faudrait interdire la pêche pendant au moins cinq ou six ans.
- Quant à l’élevage artificiel, en principe, il ne soulève pas de grandes difficultés et presque tous ceux qui l’ont tenté l’ont réussi. On élève les écrevisses dans de petits étangs artificiels ou dans des cuves en bois dont le fond est garni de rocailles et, point le plus important, où l’eau est très fréquemment renouvelée. On les nourrit avec des débris de viande de boucherie. Malheureusement la croissance des écrevisses est, avons-nous dit, fort lente. Il faut donc attendre longtemps avant de pouvoir tirer parti du capital engagé, sans compter les frais parfois très grands qu’entraînent le renouvellement de l’eau et la nourriture. De plus, la fécondité des écrevisses est relativement médiocre, et enfin ces crustacés, ainsi que nous le disions plus haut, se dévorent très souvent entre eux. Tous ces inconvénients font que l’élevage artificiel est assez aléatoire et force à vendre les produits à un prix très élevé. Cet élevage ne peut donner de résultats pratiques que s’il est utilisé pour la production de petites écrevisses. On n’a guère de cette façon qu’à nourrir les parents. Quand les petits ont atteint une année, on les jette dans les ruisseaux naturels, qu’ils repeuplent lentement mais
- ''•r~
- Fig. 3. — Écrevisse américaine (Cambarus affinis).
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- LÀ NATURE.
- sùrement. Il y a lieu de s’étonner que le gouvernement n’ait pas encore créé de ces stations d’ « écre-vissieulture », si l’on peut s’exprimer ainsi.
- L’élevage naturel ou artificiel se butte d’ailleurs à un grave inconvénient : ce sont les maladies qui, parfois, déciment les écrevisses sans que l’on puisse rien opposer au fléau. .
- À cet égard, l’essai que va tenter M. Raveret-Watel mérite d’ètre signalé. Il se propose d’acclimater à la station agricole de Fécampdes écrevisses américaines qu’il a eu la chance de recevoir, bien vivantes, de New-York. Ces écrevisses jouiraient en effet de la précieuse propriété d’ètre réfractaires aux diverses maladies de l’écrevisse européenne. Contrairement à ce qu’ont dit tous les journaux, cet essai n’est pas le premier. En effet, en 1893, M. Max von Borne a rapporté que, dans ses domaines où les écrevisses mouraient de maladie, il lâcha cent écrevisses américaines qui, toutes, se montrèrent réfractaires et prospérèrent.
- En Amérique, on rencontre de véritables écrevisses, appartenant, comme les mitres, au genre Astacus, dans la Colombie anglaise, l’Orégon et la Californie. Au delà des montagnes Rocheuses, depuis les grands lacs jusqu’au Guatemala, on rencontre encore des écrevisses, mais appartenant au genre Cambarus.
- Les écrevisses dont l’acclimatation va être tentée à Fécamp appartiennent à ce dernier genre : ce sont des Cambarus affinis (fig. 3). Les Cambarus diffèrent de nos écrevisses en ce que leur appareil respiratoire, au lieu de présenter 56 branchies, n’en compte que 34. Ils sont en outre d’une plus grande dimension. Les plus petits mesurent 14 centimètres de l’extrémité. du rostre à celle de l’abdomen. Ils pèsent en moyenne 70 grammes. La cuisson leur donne une magnifique couleur rouge et leur chair est fort délicate. f
- Bonne chance à l’américaine! ~ Henri Coi;i>in.
- LA "VINIFICATION
- DANS LES RÉGIONS MÉRIDIONALES
- Dans les vignobles du midi de la France et plus encore dans ceux de l’Algérie et de la Tunisie, le raisin arrive à la cuve à une température qui atteint et dépasse souvent 30°.
- La fermentation s’établit alors rapidement, et, sous son influence, le moût s’échauffe, en un ou deux jours, jusqu’à 40° et même 42°.
- A ce moment, la levure alcoolique est tuée et la vinification s’arrête. Les vins restent douceâtres et constituent un milieu favorable au développement des bactéries, qui en altèrent la nature et y produisent des maladies. Aussi est-il fréquent de voir dans ces régions les récoltes compromises ou même complètement perdues.
- En empêchant réchauffement excessif du moût, on obtient, au contraire, une fermentation régulière ; tout le sucre est transformé en alcool et les microorganismes nuisibles ne trouvent plus un terrain propice à leur multiplication. Les vins sont alors de qualité bien supérieure
- et ne donnent plus d’inquiétude pour leur conservation.
- Ce résultat peut être obtenu à l’aide d’un appareil tubulaire1, dans lequel circule le moût, et qui est arrosé d’eau, appareil presque identique à celui qu’emploient les brasseurs pour refroidir les moûts de bière.
- Il résulte de mes observations que le moment le plus opportun pour effectuer cette réfrigération est celui où le moût en fermentation a atteint 35° à 34°. Si on laissait monter la température jusqu’au point critique où la levure commence à souffrir, c’est-à-dire à 57°,5, les résultats seraient bien moins satisfaisants; si on la laissait monter jusqu’au point où la levure est tuée, c’est-à-dire à 39° ou 40°, l’opération serait faite en pure perte, car le refroidissement ne rendrait pas la vie à la levure.
- Aux vendanges de 1896, dans le Roussillon, j’ai appliqué la réfrigération à plusieurs milliers d’hectolitres de vin, dans un appareil débitant 80 hectolitres à l’heure; cette opération, qui représente à peine une dépense de 10 centimes par hectolitre, a donné aux vins une grande supériorité sur ceux qui avaient été traités par les procédés usuels.
- En effet, la fermentation des premiers était terminée au soutirage; ils avaient une plus grande richesse alcoolique et ne contenaient plus que des traces de sucre ; parfaitement sains, ils se clarifiaient rapidement. Ceux qui n’avaient pas été refroidis, dont la température s’était élevée jusqu’à 39° et 40°, avaient moins d’alcool, étaient encore très doux, restaient louches pendant plusieurs mois et menaçaient de s’altérer.
- Je reproduis ici quelques-uns des résultats que j’ai obtenus dans le Roussillon, aux vendanges de 1896, sur des vins de Carignan examinés au décuvage, dix jours
- après la récolte : Échauffement maximum du moût.
- Alcool Sucre l'estant pour 100. par litre.
- Réfrigéré. . . 35°, 5 H,7 »
- — ... 36°,0 11,43 5*r,9
- — ... 37°,5 11,5 6Br,5
- Non réfrigéré . 39°,0 10,2 26gr,0
- — 39°,0 à 40«,0 10,1 55e'', 0
- Lorsque la température critique de 37°,5 est dépassée,
- ne fût-ce que de 1° ou 1°,5, la qualité du vin est immédiatement changée dans une forte proportion.
- La réfrigération, judicieusement appliquée à la vinification, peut donc rendre les plus grands services; elle a si merveilleusement réussi dans la fabrication de la bière, qu’on peut s’étonner de la voir s’introduire si lentement dans la pratique vinicole.
- L’envahissement, par des bactéries, des vins qui se sont échauffés outre mesure, dans le cours de la fermentation, m’a porté à rechercher si, parmi les produits qu’élaborent ces microorganismes, dans le cours de leur développement, et qui modifient la qualité des vins, on retrouvait de l’ammoniaque*.
- La plupart de ces organismes sont, en effet, des ferments des matières albuminoïdes et détruisent la molécule azotée complexe, avec production d’ammoniaque. La levure, au contraire, on le sait par les travaux de Pasteur, fait disparaître cet alcali, qu’elle utilise pour la formation de ses tissus.
- Les résultats de mes expériences ont été ceux que j’avais prévus. Les vins qui ont fermenté à basse tempé-
- 1 M. Brame paraît avoir été le premier à essayer ce mode opératoire.
- 2 La présence de sels ammoniacaux dans le vin avait déjà été signalée, notamment par M. Maumené.
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- rature, et dans lesquels les bactéries sont très peu abondantes, ne contiennent, en effet, que de faibles quantités d'ammoniaque, 4 à 5 milligrammes par litre en moyenne ; ceux qui se sont échauffés au point de rendre la levure inerte et de se trouver envahis par les bactéries, contiennent de l'ammoniaque en très forte proportion, jusqu’à 50 et même 100 milligrammes par litre.
- Voici quelques exemples qui montrent l’influence du degré d’échauffement sur les proportions d’ammoniaque formées dans des vins du même cépage et de la même
- propriété :
- Température maxinia Ammoniaque atteinte formée
- par le moût. par litre.
- 1895 ............... 57°,5 6“*r,6
- 1895 .............. 40°, 5 ()0mer,0
- 1896 .............. 54°,25 3m‘r,2
- 1896 ............... 40<>,0 21ms'',92
- J’ai pu isoler de ces vins des bactéries qui sont d’actifs agents de décomposition pour les matières albuminoïdes.
- D’une façon générale, d’ailleurs, j’ai retrouvé beaucoup plus d’ammoniaque dans les vins malades ou incomplètement fermentés que dans les vins sains ou vinifiés dans de bonnes conditions.
- J’ai comparé entre eux des vins de la Gironde, de même cépage et de même origine, dont les uns étaient restés sains et dont les autres étaient devenus malades :
- Ammoniaque
- par litre.
- 1893. Saint-Émilion. Vin non mannité. 20’"*r,5 1893. Saint-Emilion. Vin mannité. . . 48“gr,0
- 1896. Médoc. Vin non cassé............... 4m*r,92
- 1896. Médoc. Vin cassé...................25mer,56
- L’ammoniaque ainsi formée persiste dans les vins, et je l’ai retrouvée après sept et huit ans de bouteille.
- Elle ne paraît pas avoir, par elle-même, une influence sur la qualité des vins ; mais son dosage peut avoir son utilité, car une forte proportion est l’indice d’une vinification défectueuse ou de maladies de début et doit inspirer des inquiétudes quand il s’agit de vins de garde.
- À. Muntz,
- De l'Académie des sciences.
- LES IMPURETÉS DE L’ATMOSPHÈRE
- Le6 impuretés contenues dans l’air atmosphérique ont exercé, durant ces dernières années, la sagacité de nombreux chimistes, et cependant un des plus importants problèmes y relatif n’a pas encore reçu sa solution définitive. On savait bien, en effet, que l’air des salles mal aérées et remplies de monde est toxique, mais on n’était pas d’accord sur la vraie cause. Les études de Brown-Séquard et d’Arsonval ont, en France, montré que l’air confiné renfermait des ptomaïnes toxiques et nous pensons qu’ils sont dans le vrai. En Amérique et en Asie, les physiologistes et les chimistes ont d’autres idées qu’il faut tout de même faire connaître.
- Le black hole de Calcutta est, quoique poussé à l’extrême, l’exemple le plus frappant de la toxicité de l’air confiné.
- On attribua d’abord ces mauvais effets à la proportion réduite d’oxygène, puis à un excès d’acide carbonique, et, lorsqu’on eut démontré que ce gaz n’était pas lui-même un poison, on fit intervenir certaine émanation plus ou moins mvstérieuse dont la nature défiait toute investigation. Enfin on affirma qu’ils étaient dus aux nitrites con-
- tenus dans l’air, mais aucune de ces explications, assez plausibles de prime abord, n’avait été suffisamment contrôlée par l’expérience pour être admise sans conteste.
- M. Georges Defren, du Massachusetts Institute of Technology, vient d’apporter une intéressante contribution à cette dernière hypothèse. Son travail, essentiellement réduit à la détermination des quantités d’acide nitreux ou de nitrites contenus dans les salles fort bien ventilées de l’Institut de Technologie, conduit à cette conclusion : la présence des nitrites dans l'air et leur effet puissant sur l'organisme humain semblent hors de doute.
- Nous résumerons donc cet important Mémoire d’après le Technological Quaterly, en passant toutefois sous silence les travaux des précédents investigateurs pour nous occuper exclusivement de ces dernières recherches.
- Le chimiste américain a employé deux méthodes.
- La première consiste à exposer, pendant un temps variable (1 à 19 heures), de l’eau pure au contact de l’air et à estimer ensuite le nitrite absorbé au moyen du réactif de Griess. Dans chaque cas on trouva des nitrites dont la quantité dépendait du temps d’exposition et de la nature du travail effectué dans la salle. L’expérimentateur nota en outre que l’allumage du gaz favorisait la production des nitrites, soit que cela tînt uniquement à une oxydation incomplète des composés nitrogénés accompagnant le gaz, ou encore à l’union directe de l’azote et de l’oxygène.
- Le second procédé était qualitatif. M. Defren remplissait, avec de l’air à examiner, de larges bouteilles, il y ajoutait de l’eau, et, après un contact de douze heures ou plus, il effectuait l’analyse de ce liquide. Le total trouvé par un temps serein était faible, environ 0,014 d’anhydride nitreux pour 10 000 parties d’air. Comme dans le premier cas, ce chiffre augmentait notablement si on éclairait la pièce au gaz et si beaucoup de personnes s’y trouvaient réunies. Toutefois la plus grande quantité observée fut 0,07 pour 10 000, et, contrairement à l’attente du chimiste, l’air exhalé qu’on fit passer à travers de l’eau n’y donna jamais trace de nitrites. Pour expliquer ce fait, il suppose que les nitrites, en présence d’un grand volume d’oxygène, se décomposent; l’azote seraitalorsmisenliberté.
- D’autres expériences montrèrent que l’air contenant des nitrites ne donnait souvent pas de réaction par son passage dans l’eau, que l’eau dans laquelle une personne s’est lavé les mains contient une forte proportion de nitrites, et enfin que l’air atmosphérique est entièrement privé de nitrites après une averse.
- M. Defren pense aussi que le phénomène bien connu des symptômes d’oppression qu’on éprouve dans un air confiné provient de la quantité trop forte de nitrites qui y est accumulée. Telles sont les recherches américaines.
- A notre avis, il n’a pas été assez tenu compte du fait qu’une solution d’acide nitreux est rapidement transformée en acide nitrique par le peroxyde d’hydrogène et que réciproquement l’ammoniaque est oxydé par l’acide nitreux. D'après cette réaction, le chiffre donné pour le total d’acide azoteux renfermé dans l’air serait trop faible et l’absence apparente de nitrites dans l’air exhalé serait expliquée. Enfin, au point de vue des effets physiologiques, il faut bien faire remarquer que les jours se suivent et ne se ressemblent guère. Autrefois on recommandait pendant les épidémies de faire tomber sur un sou un peu d’acide azotique. L’acide hypoazoteux ainsi formé était un corps oxydant préservatif des germes infectieux. Tout est bien changé. Laissons à l’expérience le sein de décider en dernier ressort. Jacques Boyer.
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- IA FRAPPE D’UNE MÉDAILLE
- A e’hôtei, des monnaies, a paris
- Dans quelques jours l'Hôtel des Monnaies à Paris va frapper la magnifique médaille, due à M. Cha-plain, l’éminent graveur, et destinée à perpétuer le souvenir du voyage en France de l’Empereur et de l’Impératrice de Russie. La figure 2 ci-jointe représente le revers et la face de cette médaille, dont on admirera le dessin et toute la finesse.
- C’est bien d’admirer, mais comment arrive-t-on à faire ces chefs-d’œuvre? Comment opère-t-on à l’Hôtel des Monnaies?
- Les souverains russes, dans leur visite au quai
- Conli, ont voulu être initiés à ce travail et Leurs Majestés ont assisté à la frappe des médailles. Nous avons tenu aussi à voir dans les ateliers ce qu’avaient déjà vu le Tzar et l’Impératrice. M. A. Patey, graveur d«s monnaies, a bien voulu nous montrer sur place les opérations successives qui permettent aujourd’hui de frapper les médailles si remarquables qui sortent de l'Hôtel des Monnaies. Nous lui devons des remerciements et nous sommes heureux de les lui adresser ici.
- L’artiste qui se propose d’exécuter une médaille doit d’abord tracer un ou plusieurs croquis. Il en précise les détails, soit en prenant des modèles vivants, soit en utilisant des mannequins qu’il habille
- Fig. 1. — Vued'ensemble d'une machine àjfrappcr les médailles à l’IIôtcl des Monnaies, à Paris.
- et qu’il drape à sa volonté. Lorsque la composition est bien arrêtée, on l’exécute en bas-relief; à cet effet certains artistes se servent de cire, d’autres de terre glaise. Le modèle étant suffisamment avancé est moulé. L’épreuve obtenue en plâtre est retouchée, moulée de nouveau, reprise dans le creux, puis sur le relief, jusqu’à ce qu’elle soit mise bien au point. Ce modèle est ensuite donné au fondeur qui en fait une épreuve en fonte de fer ou en métal de cloche. On se sert quelquefois du cuivre obtenu par la galvanoplastie et qui a été nickelé afin d’avoir plus de résistance. Cette épreuve à grande échelle doit servir à la réduction, qui se fait au moyen d'un tour spécial par une application du pantographe, à la grandeur désirée, et sur un morceau d’acier bien recuit. Ainsi s’obtient le « poinçon ». Encore est-il
- que le poinçon primitif n'est qu’une ébauche que le graveur retouche très soigneusement en reprenant chaque trait, jusqu’à ce qu’il soit satisfait de son œuvre.
- Le poinçon définitif est ensuite trempé de façon à lui communiquer une grande résistance. Et cette trempe exige certaines précautions spéciales. Le poinçon ou coin ne doit pas être en contact direct avec le feu. On le place la gravure en bas dans une boîte en tôle ou dans un pot en terre réfractaire; on l’entoure et on le recouvre complètement de charbon de bois en poudre. Le tout est ensuite porté au tour à une température de 7 00 à 800° suivant les aciers ; puis le coin est plongé; brusquement dans l’eau.
- Après quoi, le poinçon ainsi trempé est enchâssé fortement dans une chemise en fer (A, fig. 5) ou sorte
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- de frette qui le maintient et lui permet de résister à l’écrasement au moment oîx il est placé sous le balancier de la machine à frapper.
- Avec ce poinçon en relief il s’agit de préparer la matrice proprement dite, c’est-à-dire un modèle en creux. On prend un morceau d’acier doux bien recuit, d’un diamètre plus grand que le poinçon et suffisamment épais pour qu’il ait un peu d’élasticité. One de ses extrémités est terminée en pointe (11). Le
- Fipr. 2. — Face et revers de la médaille frappée en 1
- poinçon a été placé sous la vis du balancier de la machine à frapper. Notre figure 1 représente la vue d’ensemble de cette machine. Le balancier commande une vis centrale qui, dans son mouvement de descente, vient exercer sur l’objetqu’on lui présente une pression déterminée. On place la pointe du morceau d’acier à transformer en matrice juste au centre, au-dessus du poinçon, sous la vis de la machine à frapper. On met en mouvement le balancier pour faire pression.
- honneur de l’Empereur et de l’Impératrice de Russie.
- Celui-ci descend doucement d’abord pour ne pas déformer le poinçon; on donne un deuxième et un troisième coup de balancier. La pointe du morceau d’acier s’écrase et prend en creux une partie de l’empreinte du poinçon.
- La matrice commence à se dessiner. Le coin ou la matrice est ensuite recuit, c’est-à-dire porté au rouge à l’abri de l’air; on le laisse ensuite ref roidir très lentement, le lendemain l’opération recommence.
- On renverse la disposition du poinçon et de la matrice, le poinçon, cette fois, est placé en haut (C, fig. 5) et la matrice en dessous dans une forte virole d’enfonçage ou chemise pour éviter tout danger d’écrasement. Les points de repère ont été très habilement choisis pour que les images ne se doublent pas et que les lignes déjà tracées concordent bien. On continue la frappe; on donne des coups de balancier jusqu’à ce que l’on atteigne les creux nécessaires et la pureté des traits.
- Le métal se prête plus ou moins facilement à cette opération ; aussi le graveur aide-t-il avec le burin et l’échoppe à faire remonter le métal. Quand l’enfonçage est terminé, la pièce est tournée, décolletée sous
- une forme (I), fig. 3) lui permettant d’être emboîtée par la virole à monnayer (B, fig. 1), puis enfin retouchée à l’outil et terminée avec un soin minutieux; on la trempe et on la met dans une chemise comme
- précédemment le poinçon. On a obtenu ainsi la face.
- Le revers se fait de la même façon. On pourrait obtenir directement la matrice en gravant en creux dans un bloc d’acier; mais si une rupture survenait à la trempe ou pendant la fabrication des médailles, tout le travail serait à recommencer.
- En somme, les pièces de face et de revers (A et C, fig. 1 en cartouche) sont préparées. On peut maintenant passer à la frappe.
- Pour frapper les médailles, on doit se servir de la virole B de monnayage, destinée à emboîter les coins et à empêcher le métal de déborder et de s’étendre sous la pression. Cette virole est en acier et fer, elle est trempée. Une fojs fixée, pour obtenir la médaille, on prend un flan préalablement découpé à l’emporte-pièce dans une plaque de métal laminée à l’épaisseur nécessaire. C’est la médaille nue. L’un des coins, généralement la face, est placé sous le ba-
- Fig. 3. — Détails divers des poinçons pour la frappe.
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- lancier, la virole vient l’emboîter. Au-dessus, on dépose le llan de métal ; par-dessus encore, le coin de revers. Deux coups de balancier et c’est tout. Le coin de revers est enlevé, puis la virole qui enchâsse fortement la médaille. C’est cette opération que représente la figure 1. Le flan est chassé de la virole à l’aide d’un déviroloir évidé en dessous de façon à ne laisser porter que les bords, et d’un seul coup de marteau. Ce n’est pas encore tout à fait terminé. On n’a obtenu ainsi qu’une première ébauche. A vrai dire, pour atteindre la perfection, il faut encore avoir recours à plusieurs coups de balancier, 2 ou 5 pour les petits modules, 6, 7, 8 et jusqu’à 50 pour les plus grands. Et après chaque opération, les flans doivent être mis au recuit et au décapage ; il convient aussi de limer et tourner les bords pour que la médaille puisse entrer facilement dans la virole et que le repérage puisse se faire exactement. On voit que la série de toutes ces opérations est complexe et délicate. La frappe d’une médaille exige un très grand talent de l’artiste, mais aussi une extrême habileté opératoire de la part des praticiens. Il est juste de le dire, et il n’était pas superflu de le montrer en quelques lignes au moment même où va être mise à la disposition du public la belle médaille commémorative du voyage du Tsar et de l’Impératrice en France. M. Lekoy.
- COURANTS A INTERMITTENCES RAPIDES
- Un générateur électrique donnant des courants à intermittences rapides, autrement dit à haute intermittence, vient d’être imaginé par leDr Boisseau du Rocher, et expérimenté avec succès par M. d’Arsonval au Collège de France. Les courants qu’il produit ont des propriétés spéciales qui les différencient complètement des courants de haute fréquence. Ces derniers, en .effet, sont des courants alternatifs, tandis que les courants à haute intermittence sont produits sans changement de pôle. Aous n’entrerons pas dans les détails du générateur, nous dirons que les courants s’obtiennent, en grande partie, au moyen de condensateurs à une seule armature (l’air ambiant servant de seconde armature), dans lesquels a été fait le vide de Crookes, et au moyen d’un interrupteur spécial. Les intermittences varient, suivant les cas, de 1200 à 7000, 20000, 30000, etc., intermittences par minute.
- Ces courants donnent lieu à des phénomènes physiques intéressants, tels que la production de la foudre glohu-aire, et la production de lueurs vives ressemblant aux éclairs de chaleur. Ils désorganisent les corps solides, volatilisent les liquides, décomposent les gaz. Ce sont ces actions que M. Boisseau du Rocher utilise pour la production de l’électrolvse médicamenteuse gazeuse contre les maladies de la peau. Les courants à intermittences rapides pénètrent profondément l’organisme et ne sont pas douloureux : 1° si l’on tire une décharge de l’un des côtés du crâne, les membres du côté opposé se contractent; 2° appliqués sur la joue, ils produisent une salivation acide ; 3° si l’on tient l’interrupteur à la distance voulue du patient, la totalité des muscles se contractent, aussi bien les viscères que les autres muscles; 4° quelques instants suffisent pour déterminer de la sudation; 5° enfin, si l’on applique l’interrupteur sur un point
- d’élection, le muscle entre en contracture tétanique.
- Les résultats thérapeutiques sont les suivants : 1° une augmentation considérable de l’urine; 2° le relèvement du taux de l’urée; 3° la disparition du sucre chez les glycosuriques ; 4“ une sédation considérable du système nerveux. Employés contre les manifestations de l’hystérie, ils donnent des résultats excellents et durables; 5° à noter également le traitement de certaines paralysies; 0° enfin, comme traitement des maladies de la peau et du cuir chevelu, l’alopécie, ils donnent des résultats remarquables. Contre ces affections, M. Boisseau du Rocher utilise, le plus souvent, leur action sur les liquides et sur les gaz, pour produire des médicaments à l’état gazeux. La nature des médicaments employés diffère d’ailleurs avec la nature de l’affection.
- Les courants à haute intermittence ont des allures et des propriétés différentes selon qu’on utilise les pointes, les boules, etc., et selon le nombre d’intermittences. Ils peuvent être reproduits toujours identiques à eux-mêmes, avec leurs caractères propres, et sont faciles à enregistrer sur des plaques photographiques. G. Maresohal.
- LE BOUT DES DOIGTS
- M. le Dr Féré, le savant médecin, vient de remettre en honneur, sous une forme nouvelle, la chiromancie. Cette fois, le fil indicateur et révélateur, c’est l’empreinte des doigts. M. Féré cherche à établir que les crêtes papillaires des doigts et des orteils diffèrent pour chaque individu et présentent des caractères en quelque sorte personnels, en rapport avec la fonction des mains, le degré de culture morale, etc. Plus les empreintes digitales sont perfectionnées, et plus le fonctionnement des doigts est lui-même perfectionné ; plus elles sont compliquées et fines, et plus la sensibilité et le développement intellectuel sont considérables. Donne-moi ton doigt, et je te dirai qui tu es.
- M. Féré avance que chaque personne possède une manière spéciale de se servir de ses doigts; la préhension est différente chez les uns et chez les autres. Pour un même sujet, elle reste toujours identique à elle-même. S’il s’agit d’individus à culture intellectuelle, les doigts ne se disposent pas de la même façon pour saisir un objet chez les gens très intelligents et chez les gens qui le sont moins. Bref, la façon de « prendre avec la main » peut servir d’un coup d’œil à caractériser la valeur intellectuelle d’un sujet. M. Féré étudie les empreintes digitales en appliquant simplement la pulpe des doigts enduits d’encre grasse sur une surface blanche, sur un corps rond comme une balle. Telle empreinte, tel caractère, tel individu. Il en serait des papilles des doigts comme des circonvolutions du cerveau. Gela semble logique. Plus il y a de détails, plus c’est fin et délicat, et plus les impressions doivent être parfaites, plus l’homme doit être supérieur. En pratique, il doit falloir une jolie expérience pour arriver à caractériser un individu avec le bout de ses doigts. Mais on y arrive, puisque M. Féré y est parvenu. Les chiromanciens feront bien désormais d’ajouter à leurs connaissances, déjà vieilles, les données nouvelles communia quées par le savant médecin à la Société de biologie.
- Flamel.
- LE FILAGE DE L’HUILE A LA MER
- Le paquebot Aréthuse, de la Compagnie des Messageries maritimes, commandé par M. Baretge, est parti de Poulo-Condore, le fi décembre 1890, faisant route sur Singa-
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- porc, par temps couvert et à grains, forte brise de nord-est, mer grosse, la brise fraîchissant graduellement. Vers midi, coup de vent nord-est, mer énorme; les lames menacent à chaque instant de déferler à bord. Le bâtiment doit fuir devant le temps, la mer est démontée. M. Ba-retge a recours au fdage de l’huile.
- A cet elfet, il fait remplir d’étoupe les cuvettes des lieux de l’avant et celles de l’arrière, et fait verser de l’huile par-dessus. Le résultat attendu n’a pas été long à se faire sentir. Les grosses lames, qui arrivaient furieuses sur l’arrière, se trouvaient, par l'effet de l’huile, divisées en trois parties. Le navire se trouvait soulevé par une grosse houle, et les grandes crêtes qui surmontaient les lames passaient à quelques mètres, à tribord et à bâbord du navire, dépassant de beaucoup la hauteur de la lisse. Le navire se trouvait dans un sillon formé par les grosses lames' qui l’escortaient, tribord et bâbord, sans oser s’en approcher. Le résultat obtenu était parfait. Avec une très grande attention à gouverner, il n’v avait plus rien à craindre.
- Le commandant dut fuir à la lame jusqu’au lendemain matin. La nuit, très obscure, ne lui permit pas de voir arriver les grosses lames ; il était prévenu de leur approche. et de leur direction par la brise, qui augmentait de force. Le 7 décembre, à 7 heures du matin, la mer étant un peu tombée, il fit route au sud 11° est. La mer s’est encore trouvée paralysée par l’huile; les lames étaient brisées à 3 ou 4 mètres du bord, et frappaient sans force contre le flanc du navire. Malgré cette garantie, il jugea prudent de faire route au sud, de manière que la traînée d’huile se’ fit sentir de plus loin et brisât, par conséquent, la lame à une plus grande distance, résultat qui fut encore obtenu.
- Le commandant Baretge a continué la même route jusqu’à minuit. A partir de ce moment, la mer tomba, quoique la brise fût toujours très forte. Il cessa le filage de l’huile. La dépense a été d’environ 5 kilogrammes par heure.
- D’après les résultats obtenus, il faut, pour que l’huile produise son effet, que la vitesse du navire soit bien en rapport avec l’état de la mer. Durant ce temps, sa vitesse n’a pas été supérieure à 8 nœuds. Étant en fuite, il a essayé d’augmenter la vitesse; il était alors envahi par la mer. Il a également essayé étant grand largue ; il lui fut impossible de continuer sa route sans s’exposer à de grosses avaries. 11 en conclut que la vitesse à 8 noeuds était bien en rapport avec l’état du temps et qu’à cette allure l’huile a produit son plus grand effet. J.-F. G.
- LES MOSAÏQUES DE FLEURS
- : • A. TÉNÉRIFFE
- En dépit de son volcan, qui forme comme un phare prodigieux pour les marins de l’Atlantique, en dépit des coulées de lave qui couvrent des étendues immenses, Ténériffe possède une admirable végétation, au moins sur certains points, végétation qui produit un effet délicieux en se détachant sur les champs de roches ignées : ce sont des oasis de verdure qui réjouissent les yeux et qui comptent un grand nombre de plantes embaumées. Si l’on va notamment dans la partie septentrionale de l’île, dans la petite ville d’Orotava, l’ancienne Aratapala, capitale du
- Taoro, c’est-à-dire de la petite république des cités de Ténériffe, on est charmé par cette richesse du règne végétal. Orotava se trouve dans un cirque verdoyant situé à 5 kilomètres de la mer, et où tout semble fait pour le plaisir des yeux : les maisons s’y étagent sur un terrain montueux, et cet amphithéâtre montre partout des massifs d’arbres odorants, des parterres fleuris ; en bas de la ville s’étend un jardin botanique splendide où se pressent toutes les variétés indigènes à côté d’arbres exotiques. On ne s étonnera point qu’Orotava soit fort apprécié comme séjour d’été par les riches Canariens, qui viennent s’y installer en foule.
- Cette abondance des fleurs donne lieu à une coutume des plus originales et des plus pittoresques le jour d’une des grandes fêtes religieuses de l’année. On sait qu’Espagnols, Italiens, Portugais prêtent une grande pompe extérieure à ces cérémonies, et l’on peut s’en rendre compte à Madrid même, au passage de la moindre procession : les balcons sont ornés avec des draperies, avec des drapeaux, quelquefois simplement avec les châles brodés des habitantes de la maison, souvent aussi on jette à terre des pétales de roses. Cette coutume se retrouve du reste fidèlement dans le midi de la France.
- Mais ces jonchées de fleurs sont bien mesquines, si on les compare à la façon dont se font les choses dans la petite ville d’Orotava, où l’on peut jeter les fleurs sans compter.
- Voilà des années et des années que la Fête-Dieu est devenue dans cette délicieuse petite cité l’occasion de ce qu'on appelle la « Fête des Fleurs », dont les habitants sont fiers de faire les honneurs aux étrangers, et que le Strand Magazine a décrite tout récemment d’une façon très complète. Ce jour-là le clergé, suivi de la foule des fidèles, porte le Saint Sacrement dans les rues, partant de la petite église d’Orotava pour y revenir après avoir traversé toute la ville. Or, les rues où passe la procession sont recouvertes d’un véritable tapis de fleurs ou plutôt de pétales de fleurs : non point cette simple jonchée dont nous parlions tout à l’heure, mais les pétales, de couleurs diverses, sont groupés par les fidèles avec une habileté infinie, de manière à former des dessins dont on peut juger par les photographies que nous reproduisons ici.
- C est un travail considérable que de disposer ainsi, et forcément très vite, ces étendues de chemins fleuris. Il faut d’abord, un certain temps avant la date de la grande cérémonie, faire cueillir toutes les fleurs qu’on peqt se procurer dans les jardins de la ville et du voisinage ; on assortit ces fleurs par couleur et on les effeuille. Les matériaux sont prêts, sous la forme de tas énormes embaumés. Dès l’aube du jour delà fiesta, les travailleurs de bonne volonté se mettent à l'œuvre : au milieu de la chaussée (les trottoirs ne participant point à cette décoration) on commence par mettre des cadres en bois ou en carton, composés de petites cloisons verticales, un peu à la façon des cloisons des émaux, et qui déterminent
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- les contours des dessins qu’on veut exécuter. Ce sont des moules, pour ainsi dire, que d’habiles artistes vont remplir de pétales de la couleur voulue. Généralement, et comme on peut le voir sur les photographies, c’est un même dessin qui s’étend d’un bout à l'autre d’une rue, dessin qu’on varie du reste tous les ans et dont les motifs sont le plus souvent des enroulements ou des grecques. L’ensemble est gracieux, en dépit de la simplicité des moyens, et la disposition de la ville en amphithéâtre permet encore mieux de juger du spectacle, puisque les rues se présentent presque verticalement à vos yeux quand vous êtes dans le bas. En dehors des dessins courants, on fait aussi, aux différents carrefours, des rosaces d’un type particulièrement recherché; souvent encore les riches propriétaires tiennent à honneur de décorer d’une façon magnifique la portion de la rue qui est devant leur maison, et alors l’imagination des dessinateurs improvisés se donne libre carrière : ils représentent quelque objet de la Passion, une croix monstre, une couronne d’épines, ou bien un coq blanc, un calice doré. Le fond de ces peintures en fleurs est toujours d’un vert sombre : il est en effet formé de bruyères coupées en menus morceaux. Quand l’artiste a fini de rem-plir les moules d’une épaisseur suffisante de pétales, alors il enlève les cadres de bois ou de carton, et son œuvre est achevée, œuvre bien éphémère d’ailleurs, et qu’on s’empresse d’asperger d’eau pour la conserver fraîche du moins jusqu’au passage de la procession. Pendant ce
- temps, la foule des habitants, en costume de fête, parcourt les rues, mais bien entendu en restant sur les trottoirs, et en respectant scrupuleusement ces merveilles florales qui font son admiration; il n’y a pas à craindre que même un enfant se hasarde à mettre le bout du pied sur le tapis réservé à la procession du Saint Sacrement. D’un point élevé, de quelque terrasse formant le toit d’une maison, c’est un spectacle absolument unique, la vue de toutes ces rues ainsi couvertes de tapis aux vives couleurs et aux effluves embaumés.
- Le jour commence à baisser, les parfums s’accentuent encore, et c’est le moment où la procession se met en marche, tandis que tintent les cloches de l’église. Enfants aux robes rouges, prêtres aux vêtements splendides, chantres aux ornements cramoisis, elle s’avance sur le tapis odorant et lorme une gamme inoubliable de couleurs avec les fleurs sur lesquelles elle marche et les capuchons
- rouges des femmes qui la suivent. Elle avance toujours, au son de la musique; puis elle s’éloigne peu à peu; et dès lors c’est la lin du charmant décor, de ces mosaïques si péniblement faites le matin même. La foule sait qu’elle a le droit maintenant de marcher sur les beaux tapis, déjà écrasés, piétinés par la procession, et bientôt, de toutes ces splendeurs de coloration, il ne reste plus qu’un amas confus de brindilles de bruyères et de pétales de fleurs d’où s’élève pourtant encore un parfum pénétrant. Daniel Bellet.
- Fig. 1. — Commencement de décoration d'uuc rue.
- Fig. 2. — Une mosaïque vue de près.
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- LE GRAU-DU-ROI
- l'eu de touristes, en France, connaissent la petite station balnéaire du Grau-du-Roi, et les baigneurs des plages normandes qui vont, de juin en août, vivre dans les petits trous pas chers, où ils retrouvent la même société parisienne, ne se doutent guère qu’à quelques lieues de Palavas — encore une station à la mode! — existe, au bord de l’immense plage qui forme l’extrême fond du golfe du Lion, une petite commune de quelques milliers d’àmes dont la population, composée en majeure partie de pêcheurs, de haleurs et de saliniers, est accueillante pour tous ceux qui, dédaignant les plages consacrées par le snobisme, viennent au Grau-du-Roi prendre leurs quartiers d’été.
- Le Grau-du-Roi est, en effet, une petite commune de l’arrondissement de Nîmes et du canton d’Aigues-Mortes, et, de plus, le seul port de mer du département du Gard. Bâtie sur les deux rives du chenal maritime d’Aigues-Mortes, elle était, avant 1879, une section de cette dernière localité, dont elle est séparée aujourd’hui après avoir constitué son territoire distinct, moitié sur les bords de l’étang du Repos, moitié sur les bords de l’étang du Levant, qui, l’un et l’autre, appartiennent à d’importantes compagnies de Salins.
- Tout récemment, l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion a été attirée sur le Grau-du-Roi par un phénomène étrange qui crée à cette commune une situation de nature à lui mériter la sollicitude de l’État et à fixer sur elle l’attention des observateurs.
- Le Grau-du-Roi disparait en partie. Lentement la mer, dans la gigantesque lutte qu’elle soutient depuis des siècles et des siècles contre le Rhône, ronge, envahit la plage du Grau. Ses grandes vagues écumantes qui s’arrêtaient autrefois, tumultueuses, à 60 mètres de la plage actuelle, viennent battre maintenant contre les premières habitations de la rive gauche du chenal, étendre leurs larges nappes d’eau à l’extrémité de la grande rue, la rue principale. Le Casino, qui, il y a trente ans, lors de sa construction, était à 70 mètres de la plage, est dans l’eau; une jolie et coq.uette villa italienne que M. Granon, architecte de la ville de Nîmes, a fait construire à peu près à la même époque, à 50 mètres
- du bourrelet de sable, est menacée par la mer qui, nuit et jour, depuis un mois, frappe de formidables coups de bélier ses fondations, franchissant la terrasse, s’acharnant à arracher pierre à pierre les murs qui lui font obstacle.
- Et ce n’est pas tout. Du côté de l’étang du Levant, dans lequel la mer s’engouffre par un grau situé à 4 kilomètres de l’agglomération, le danger est tout aussi immédiat, tout aussi grave. Cet étang, qui venait baigner les premières maisons de la rive gauche du Grau-du-Roi, a, sous la pression des incessants vents d’est, subi une crue de 40 centimètres, transformant en archipel les maisons les plus proches, inondant les rues, créant pour les autres habitations un danger tel que les habitants ont dû murer leurs portes et ne pénètrent chez eux qu’en enjambant un obstacle de 20 à 50 centimètres de hauteur.
- Le spectacle qu’offrait la petite ville au moment de l'inondation était par-ticulièrement mais douloureusement original. Dans certaines rues basses, au milieu desquelles on aurait pu naviguer en bette, on traversait les chaussées à l’aide de planchons; devant les portes, les habitants exhaussaient l’étroit terre-plein qui leur sert de trottoir, avec du sable que retenait une poutre ; ceux-ci élevaient des dunes minuscules qu’ils étançonnaient avec des fagots de sarments; ceux-là s’ingéniaient à construire des batardeaux compliqués, et c’était une véritable armée d’ouvriers en sabots et en chaussons de laine élevant contre les eaux de l’étang des barrages de toute sorte. La crue était à un moment si forte que les eaux étaient arrivées jusqu’à 500 mètres dans l’intérieur du village, menaçant de former un îlot du temple protestant.
- Les vents du nord et du nord-ouest qui ont soufflé depuis dans le golfe du Lion ont peu après remis les choses en état, refoulé l’étang du Levant vers la mer et la mer vers le large; mais il serait prudent, je crois, de prendre de sérieuses précautions pour éviter une inondation nouvelle toujours possible à la première saute de vent.
- Cette situation du Grau-du-Roi est d’autant plus curieuse qu’elle est due à un déplacement de la mer de ce côté de la plage.
- Ce phénomène s’était produit une fois déjà aux Sain-tes-Maries, de l’autre côté du Rhône. Le fleuve, qui charrie chaque année à la mer 20 millions de mètres cubes d’alluvions, refoulé par la mer du côté des
- Phare de l'Espiguette.
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- LA NATURE.
- Saintes et du coté du grau de Roustan qui avait été imprudemment fermé, portait ses vases et ses sables dans le golfe de Fos, dont les fonds s’étaient, en quelques années, considérablement exhaussés, menaçant de fermer l’étang de Garonte et par conséquent l’étang de Berre.
- Dans son formidable remous, la mer avait, petit à petit, franchi les digues, envahi et creusé la plage à tel point que par une forte poussée de vent d’est elle s’étendit une nuit dans les rues des Saintes jusqu’à l’escalier de la vieille église. On ouvrit le grau de Roustan et tout danger disparut, le Rhône, en quelques mois, reconstitua la plage que la mer sa rivale avait détruite. Au Grau-du-Roi le même phénomène se produit sans qu’on puisse, pour le moment, en déterminer les causes. La mer ronge la plage, inonde les vignobles que les riverains ont plantés depuis quelques années à peine, porte la menace et la ruine jusque dans les rues du village, et là-bas, à 8 kilomètres, vers le phare de l’Espi-guette qui sépare le golfe du Grau de celui de Bau-duc, la pointe de sable avance, avance toujours, à tel * point que le phare qui a été construit il y a vingt ans à peine au bord de la mer en est éloigné aujourd’hui par une plage en cap de 300 mètres de longueur.
- Quel est le remède à appliquer à cette situation? C’est évidemment de jeter des digues, des ouvrages de protection, et contre la mer d'un côté, et contre l’étang de l’autre; car il n’est pas possible de laisser cette pauvre commune du Grau-du-Roi sous l’impression de cette incessante menace.
- Elle est si originalement jolie, la petite commune du Grau, avec devant elle la grande mer sur laquelle le chenal maritime d’Aigues-Mortes pointe ses deux épis comme deux cornes de taureau ; elle a si bon air avec ses jaunes et grises maisons basses groupées autour de son vieux phare éteint qui a été remplacé par les feux des épis ; elle a si bien conservé, avec son bac à péage, l’originalité d’une bourgade du moyen âge, qu’il serait vraiment dommage qu’on abandonnât à ses propres moyens le seul port de mer du Gard, sur lequel la marine a déjà jeté les yeux pour y construire un abri pour ses torpilleurs et qu’on songe enfin à relier par une voie ferrée à Aigues-Mortes.
- Un vieux dicton affirme qu’à quelque chose malheur est bon ! Puisse-t-il en être de même pour le Grau-du-Roi, et le péril auquel il vient d’échapper attirer sur lui la sollicitude de ceux qui disposent du sort des petites communes!
- Antomn Palliés.
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- CHRONIQUE
- Septième lancer international de ballons sondes. — Le 18 février à 10 heures est parti de l’usine à gaz de la Villette Y Aérophile, de MM. Georges Besançon et Gustave Hermite. On se souvient qu’au dernier lancer le petit ballon tombé en Belgique dans les branches d’un
- arbre avait été très endommagé. 11 n’a pu servir de nouveau. C’est grâce à la libéralité du prince Roland Bonaparte que l’on a pu se procurer un nouveau matériel et faire l’ascension du 18 février, qui coïncidait avec des ascensions de même ordre à Berlin, Strasbourg et Saint-Pétersbourg. Le nouveau ballon sonde renfermait, outre les appareils ordinaires, barométrographe, thermomètre,etc., l’appareil de prise d’air de M. Cailletet, réservoir cylindrique vide qui s’ouvre automatiquement au bout d’une heure et demie d’ascension et s’emplit de l’air ambiant. C’est M. Muntz qui s’est chargé d’analyser cet air des hautes régions. Après un long traînage de 5 kilomètres, la nacelle s’est séparée du ballon, et, environ trois heures après le départ, on a recueilli à Chaulnes (Somme) les divers appareils un peu endommagés. Le ballon a été retrouvé plus loin en lambeaux. M. Hermite a cependant pu lire les divers diagrammes qui ont été tracés avec plus ou moins de netteté. Il s’est assuré ainsi que YAérophile avait atteint l’altitude de 15 000 mètres et qu’à cette hauteur la température était de —64° au-dessous de zéro, soixante-dix degrés de moins qu’à terre au moment du départ. L’appareil de prise d’air Cailletet a fonctionné dans une couche où la pression n’était plus que de 140 millimètres de mercure. Ce septième lancer confirme les résultats obtenus précédemment. Les ascensions de ballons qui ont été opérées en Allemagne en présence de l’empereur et des ambassadeurs de France et de Russie ont eu lieu de la manière suivante : le ballon militaire le Condor, dirigé par le lieutenant de Kehler et le Dr Suering, a atteint 8700 mètres de hauteur et a atterri le soir à Schneidemuehl, dans le cercle de Kolmar, district gouvernemental de Bromberg. Le ballon enregistreur le Cirrus s’est déchiré immédiatement. Un ballon enregistreur militaire, équipé pour le remplacer, est descendu à Seeren,dans le cercle d’Oststern-berg, district gouvernemental de Francfort-sur-l’Oder. Un autre ballon militaire, dirigé par le Dr Berson, a atteint une hauteur de 4600 mètres et a atterri à 6 heures du soir à Nakel, cercle de Wissitz, dans le district gouvernemental de Bromberg.
- I.es dimensions et la forme de Jupiter. — Cette planète étant la plus grosse, et par suite la plus considérable de celles qui forment le cortège du Soleil, son étude est très importante : aussi les astronomes la suivent-ils avec la plus grande attention. Nous donnons ici quelques renseignements d’après la Revue scientifique. Fin 1801, M. "W. Schur avait effectué une longue série de mesures héliométriques destinées à déterminer les éléments de Jupiter. Il vient de soumettre à une discussion approfondie une série de mesures semblables faites en 1857 par Winnecke avec l’héliomètre de Bonn. Les valeurs fournies par ces anciennes déterminations s’accordent avec celles de M. Schur, qui a repris ces études en 1892, en 1893, en 1894 et en 1896. Cet astronome a remarqué une certaine anomalie présentée par les mesures faites au voisinage des quadratures : le diamètre équatorial est alors trouvé trop petit d’environ 0"28, déduction faite de l’influence de la phase qui est généralement inférieure à 0"54 : cette erreur est causée par l'inégalité de l’éclairement des deux bords. D’après le Bulletin astronomique, qui reproduit l’étude publiée par M. Schur dans Astronomische Nachrichten, voici le résumé des valeurs obtenues pour A, le diamètre équatorial, pour B, le diamètre polaire, et pour a, quantité inverse de l’aplatissement, par Bessel (Kœnigsberg, 1833 à 1835), par Johnson (Oxford, 1850-1851), par Main (Oxford, 1861 et
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- LA NATURE.
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- 1874), par Bellamy (Oxford, 1874-1875), par Winnecke (1857), et enfin par Schur, de 1891 à 1890 :
- Observateurs. A B a Poids.
- Bessel 57",66 55”,24 15,6 2
- Johnson 37,51 55,11 16,9 1
- Winnecke .... 57,59 55,20 17,1 2
- Main 37,14 34,94 16,9 1
- Bellamy 57,19 35,02 17,1
- Schur 57,42 55,10 16,2 2
- Moyenne. . . 37,40 35,15 16,52
- On sait que la masse de Jupiter est presque 510 fois plus considérable que celle de notre Terre, tandis que toutes les autres planètes du système solaire réunies entre elles ont une masse à peine 124 fois plus grande que celle de notre globe.
- Intoxication par l’arnoclie. — M. Laveran a communiqué à l’Académie de médecine, au nom de M. Matignon, une Note sur ce sujet. La maladie est causée par l’ingestion d’une plante appelée atriplesa et qui rappelle un peu le goût de l’épinard. La toxicité est due non à la plante, mais à un parasite de la famille des arachnides, qui vit sur ses sommités. Le début est assez soudain et se manifeste par un engourdissement douloureux des extrémités, qui sont ensuite atteintes d’œdème et de cyanose. La face est prise après la main. Après cette phase d’infiltration, la maladie se caractérise par une série de déformations de la face et des extrémités. L’état général reste bon, malgré l’apparence de « magot chinois » que semble revêtir à ce moment le sujet. Lorsque la maladie est arrivée à la période d’ulcérations, celles-ci se cicatrisent et laissent à nu un tissu chéloïdi-que. Le traitement consiste dans les purgatifs et l’antisepsie intestinale.
- I.es billes des vélocipèdes.— On croit généralement que les billes des roulements des vélocipèdes ont été inventées spécialement pour ce genre de machines. En réalité on connaissait bien avant les bicyclettes les roulements sur billes. Dès 1857, MM. Courtois, Tihay et Defrance exploitaient un brevet relatif à un système de coussinets à billes; on s’est servi du système pour diminuer le frottement des supports de cloches, des axes des moulins, des machines à battre, etc. Vers 1869, M. Su-riray, de Melun, avait monté sur billes un grand volant de sa scierie, et plus tard, devenu constructeur de vélocipèdes à Paris, rue du Chàteau-d’Eau, il prenait sous le n° 86 680 un brevet pour « coussinets à boules d’acier ». Cette innovation n’eut pas de succès à l’époque. Et comme bien souvent, elle nous est revenue d’Angleterre, vers 1880, après avoir subi une série de perfectionnements. Les Anglais ont importé chez nous le coussinet à billes, de réglage facile. L’idée est française, l’application réelle est anglaise.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 février 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Exploration des couches supérieures de l'atmosphère.
- MM. Ilermite et Besançon fournissent des renseignements précis sur les résultats tirés de la dernière ascension de YAérophile relativement aux couches supérieures de l’atmosphère. Il convient tout d’abord de noter que 1 aérostat s’est élevé à la hauteur maxima de 15 000 mètres et non point de 10 000, comme on l’avait cru en premier lieu. Cette erreur provient de cette circonstance que les
- diagrammes de la pression étaient souillés par suite du traînage du ballon sur un parcours de 5 kilomètres. L’appareil de prise d’air imaginé parM. Cailletet a bien fonctionné, il est en ce moment chez M. Muntz pour l’analyse des gaz. Les conclusions de l’analyse seront communiquées lundi prochain. Ce même jour la Commission aéronautique scientifique se réunira à l’Institut sous la présidence de M. Bouquet de la Grye.
- Particularités observées sur certains squelettes. — M. Lacroix a eu l’occasion d’examiner des squelettes renfermés dans des cercueils de plomb, et provenant d’un ancien couvent de Minimes sis rue de Béarn, à Paris. Ces squelettes présentaient cette particularité singulière que le crâne était rempli de cristaux de phosphate de chaux tribasique. C’était une sorte de géode d’un nouveau genre due à la réaction du phosphore de la matière cérébrale. M. Edmond Périer expose que le fait n’est pas sans précédent. Il a eu pour sa part à examiner des squelettes d’enfants que leur mère, lors de leur naissance, avait étouffés et cachés dans un tonneau déposé à la cave. Quelques années plus tard, cette dame vendait sa maison et oubliait le tonneau et son contenu. Les crânes des squelettes examinés par M. Edmond Périer étaient tapissés intérieurement d’une couche de 1 centimètre de phosphate de chaux.
- Préparation de cristaux transparents. — M. Ch. de AVatteville présente des cristaux remarquables par la pureté de leurs formes géométriques autant que par leur transparence souvent extraordinaire. Il s’agit de cristaux d’alun, de chlorate de soude, de sulfate de cuivre. Les cristaux d’alun sont particulièrement remarquables. Ces échantillons ont été obtenus en faisant plonger dans la dissolution saline un petit cristal de même nature animé d’un mouvement de rotation lent et continu, un à deux tours par seconde. La cristallisation opérée de cette manière offre un aspect spécial.
- Election. — L’Académie procède à l’élection d’un membre dans la section de physique, en remplacement de M. Fizeau. Au premier tour de scrutin, M. Violle, présenté en première ligne, est élu par 55 voix. Les candidats présentés en seconde ligne obtiennent : M. Amagat, 11 voix; M. Bouty, 4; M. Gernez, 7.
- Varia. — M. Gaudry présente une Note de M. Choffat, sur le terrain crétacé du Portugal. — M. Roze adresse une nouvelle communication sur un parasite de la pomme de terre. Ch. de Villedeuil.
- LE LUCIPH0RE
- DISTRIBUTEUR D’ALLUMETTES ENFLAMMÉES
- Le Luciphore est un petit appareil qui est destiné à tirer le meilleur parti possible des allumettes de la régie. Tout le monde connaît les allumettes de la régie ! Elles passent, non sans raison, pour être un peu capricieuses. Elles s’enflamment ou ne s’enflamment pas, selon leur bon plaisir. Les gens pressés ou les personnes nerveuses ont leur opinion faite à cet égard. On frotte; l’allumette rate; le phosphore se détache ou bien il fait mine de brûler... et s’éteint. Et d’une! et de deux.... Cela va souvent ainsi jusqu’à la demi-douzaine. Quelquefois l’allumette prend d’emblée. Elle brûle à bleu, lentement, la flamme
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- L A A AT UH K.
- vient. Pas du tout. Extinction brusque. Quand on a hâte d’allumer sa bougie ou sa lampe, on se fait communément une dose de bon sang qui explique aisément la réputation particulière qui entoure nos excellentes allumettes. Ayez donc besoin de vous dépêcher et d’avoir vite de la lumière!
- On a combiné des frottoirs, on a essayé de frotter doucement, puis fort, de placer l’allumette la tête en bas, la tête en haut, inclinée à 45 degrés, de lui donner à la main de petits coups oscillatoires. Peines perdues. L’allumette se montre généralement récalcitrante. Et si même vous y mettez de la mauvaise humeur, elle vous lance à la tète des parcelles de phosphore enflammé. Il faut redouter ces parcelles en feu qui pourraient atteindre l’œil et qui souvent brûlent les vêtements. Les allumettes taquinées de trop près se vengent et peuvent devenir dangereuses.
- Un inventeur a eu une idée excellente. Il s’est
- Fig.JI. — Vue d'ensemble de l'appareil.
- Aussitôt que l’on appuie sur cette touche et qu’on l’abaisse d’un mouvement sec, l’allumette couchée vient frotter sur un petit peigne d’acier disposé à l'extrémité de la gouttière et qui n’est pas visible sur le dessin. En même temps l’allumette, maintenue au bout opposé par un ressort, se redresse vivement et d’horizontale devient verticale, encastrée dans le ressort. Sa nouvelle position est indiquée dans la vue d’ensemble du Luciphore. La touche a été abaissée et l’allumette sortie de l’intérieur a pris feu et brûle tranquillement.
- La manœuvre est simple. Abaissez la touche et aussitôt l’allumette apparaît en feu et surgit brusquement à la façon des petits diables qui sortent de leur boîte. Puis, droite comme un cierge, elle se consume lentement, au grand plaisir du consommateur.
- Toute la provision y passe successivement. Chaque allumette prend sa place et vient à volonté s’enflammer sous l’œil de l’opérateur. Si, en appuyant sur
- proposé un petit problème qui a l’air tout simple, mais qui est gros de conséquences. Il a voulu faire prendre les allumettes.
- Et voilà comment il a imaginé le Luciphore.
- Le Luciphore, au premier abord, est un bloc nickelé ayant l’apparence d’un presse-papier de métal (fîg. 1); et de fait, placé sur la table de travail, il peut servir de presse-papier. 11 a fl centimètres de large, 8 centimètres de profondeur et 7 centimètres de hauteur environ. Sa forme rappelle un peu celle d’un bureau Louis XV minuscule. On introduit une provision d'allumettes dans le réservoir intérieur de l’appareil après avoir ouvert la porte latérale indiquée dans la figure 1. Ce paquet d’allumettes tend à descendre à la partie inférieure, où se trouve une rainure transversale. Une allumette s’engage dans la rigole et s’y couche horizontalement (fig. 2, en cartouche). A la partie antérieure, on voit une touche.
- Fig. 2. — Vue intérieure et détails.
- la touche, on sent un peu de résistance, c’est que l’allumette s’est mal engagée dans la rainure horizontale. Il suffit de manier la touche un peu délicatement pour que tout rentre dans l’ordre.
- Alors, d’un coup sec, on enflamme l’allumette. U y a très peu de ratés avec cet appareil. On peut même juger de la qualité d’un paquet à la façon dont les allumettes s’enflamment dans le Luciphore. La composition phosphorée prend, puis le soufre, puis enfin le bois; la flamme est bien verticale.
- Ce petit appareil est très ingénieux. Il constitue un allumoir automatique ou distributeur d’allumettes enflammées à bon marché. Il permettra de faire des économies d’allumettes et surtout des économies de patience! Jugez donc, des allumettes qui s’enflamment du premier coup ! C’est à n’y pas croire! Henri de Parville.
- Le Gérant : 1'. JIassox.
- Paris. — Imprimerie Laiiüre, rue de Fleurus, 9.
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- V mu. — <i MA II S 1 8 il 7. LA N AT U UK.
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- LE GRAND ÉQUATORIAL
- DE L’EXPOSITION DE BERLIN
- On installe en ce moment en Allemagne, à l'observatoire de Grünewald, un équatorial gigantesque qui avait vivement attiré la curiosité des curieux à l’Exposition de Berlin en 1896. Cette lunette extraordinaire sera surtout destinée aux observations photographiques des astres.
- C’est un immense équatorial sans coupole et dont les dispositions sont neuves. Au premier aspect, on dirait un énorme canon sur son affût. Le tube se dresse sur son support et a plus de 20 mètres de longueur, la hauteur d’une maison de Paris. Cette lunette gigantesque est en équilibre sur sa base, grâce à une masse en fer affectant la forme d’un grand fer à cheval qui fait contrepoids.
- Dans ce fer à cheval, on a disposé une seconde masse de même forme au milieu de laquelle existe une plateforme servant de cabine pour les astronomes. Sur le plancher, l’observateur, bien assis, met facilement l’œil à l’oculaire. Un petit moteur électrique, installé à côté et à portée de la main, permet à l’astronome de déplacer la lunette et de la diriger sur le point du ciel qu’il désire explorer. Et la disposition de l’instrument est telle que l’oculaire ne change jamais de place ; seule sa direction se modifie au gré de l’observateur. Le moteur obéit du bout du doigt et donne à ce géant la position convenable.
- La monture a eu pour constructeur M. Austalt Hupe; elle est disposée pour recevoir deux objectifs, l’un destiné à l’observation directe, l’autre aux observations spectroscopiques et surtout photogra-
- phiques. Ce dernier objectif aura 11,1,10 de diamètre avec une longueur focale de 7 mètres. Cette partie de l’instrument n’est pas encore terminée. Les disques de verre ont été fournis par MM. Schot et Cenossen , d’Iéna ; le polissage sera fait par MM. Steinheil, de Munich. L’autre objectif a une ouverture de 0m,70, et aura la longueur locale extraordinaire de 20'“,70. Cette longueur n’a pas
- encore été employée. D’habitude, en effet, on considère comme normale une longueur focale égale à quatorze fois l’ouverture. On dépasse rarement ce rapport. Les grandes lunettes de l’observatoire de Lick (États-Unis) ont une longueur focale égale à dix-huit fois le diamètre de leur objectif. Mais à Grünewald, le tube dépasse 20 mètres de long, ce qui met le rapport de la longueur focale et de l’ouverture à 50 pour 1.
- On a adopté cette dimension insolite pour faciliter les recherches télescopiques et accroître les dimensions de l’image. On pourra effectivement obtenir directement une image du soleil de près de 0m,20 de diamètre, et cette image sera susceptible de supporter un agrandissement photographique considérable. On aura le soleil avec un diamètre de plus de 0ul,60. Ce nouveau télescope, très original, ne sera sans doute pas mis à l’abri des mauvais temps par une coupole, ce qui eût conduit à des frais d’installation extrêmement coûteux ; la lunette est enveloppée d’un tube gaine qui a été jugé suffisant pour la garantir contre les intempéries des saisons.
- Ce nouvel instrument d’observation constitue une innovation importante. L’expérience lui sera-t-elle favorable? (J’est ce que nous ne saurions savoir encore. L’avenir répondra à cet égard. Mais la ten-
- Le grand équatorial de l’Exposition de Berlin.
- 25* année. — Ier semestre.
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- LA NATURE.
- tative est intéressante, et, sL elle réussit , elle pourrait amener certaines modifications dans l'établissement des grandes lunettes astronomiques.
- André Scholl.
- L’HYGIÈNE DANS L’ARMÉE
- M. le Ministre de la Guerre vient d’adresser au Président de la République un Rapport rassurant sur les progrès de l’hygiène dans l’année *. Nous en résumons les points les plus saillants.
- L’amélioration de l’état sanitaire dans l’armée va en croissant. De 10 à 11 pour 1000 en 1870, la mortalité n’est plus que de 5,29 pour 1000 en 1896. C’est le chiffre le plus faible qui ait jamais été observé; et, cependant, l’effectif actuel de l’année est d’un sixième environ plus considérable qu’en 1889, où l’on se félicitait, si légitimement d’ailleurs, de la diminution que la mortalité militaire avait déjà subie. Son chiffre absolu est tombé, de 1887 à 1896, de 5519 décès à 2900, pendant que les effectifs s’étaient élevés de 480 672 à 516500 hommes environ. La fièvre typhoïde a disparu dans certaines garnisons qu’elle décimait naguère, soit qu’on y ait amené de l’eau de source, soit que le filtrage par les bougies Chamberland ait assaini d’une manière permanente des eaux impures, soit encore que l’on ait stérilisé par la chaleur les organismes nuisibles de ces eaux.
- Je me propose, dit le général Billot, dans son rapport, de doter des appareils de stérilisation à vapeur d’autres casernements, au fur et à mesure que les allocations budgétaires le permettront. De plus, pour faire cesser les difficultés que l’on trouve à faire bouillir l’eau de toute une garnison par les procédés usuels, dès que des surprises épidémiques viennent fondre sur la Iroupe, j’ai décidé qu’un de ces appareils, monté sur roues, serait placé au chef-lieu de chaque corps d’armée ou gouvernement militaire, prêt à être expédié d’urgence partout où il en sera besoin.
- En 1896, le nombre des cas de fièvre typhoïde dans l’armée a été de 2142, et le chiffre des décès, de 441 ; 57 cas de variole se sont produits, 2 seulement ont été suivis de décès.
- L’armée devient donc de moins en moins sujette à la variole, et l’immunité acquise par les soldats, soit dans l’armée active, soit dans la réserve et l’armée territoriale, limite les ravages que cette terrible et odieuse maladie exerce encore dans la population civile d’un beaucoup trop grand nombre de localités en France. C’est la revaccination qui a préservé nos troupes, en Algérie, à Madagascar et au Tonkin, au milieu des populations indigènes parmi lesquelles ce fléau est endémique et meurtrier.
- Le service de santé avait soumis à l’un des prédécesseurs du général Billot la proposition de doter l’armée de la méthode sérothérapique dans le traitement de la diphtérie ; dès les premiers mois de 1895, tous les hôpitaux militaires ou militarisés, comme les plus petits centres militaires de France et d’Algérie, ont été pourvus de l’instrument spécial indispensable à l’inoculation du séi um anti-diphtérique que nous fournit en abondance et que renouvelle libéralement l’Institut Pasteur, aussitôt qu’il en est besoin. Aussi la mortalité croupale, qui était de 64 pour 100 en 1895, est-elle tombée à 24 en 1895 et à 22 en 1896.
- 1 Journal officiel, 24 février 1897.
- La scarlatine, la rougeole, la grippe sont toujours fréquentes, mais aisément combattues.
- D’une manière générale, les ressources dont l’hospitalisation éventuelle peut disposer en fait de baraques et de matériel de toute nature sont telles que l’on ne saurait concevoir aucune inquiétude sur la facilité avec laquelle le service de santé pourrait faire face aux éventualités, si pressantes, si excessives, et de quelque nature qu’elles puissent être. Les mesures prophylactiques contre la peste seraient aussi rapidement prises, le cas échéant, que l’ont été celles nécessitées par le choléra en 1894 et le typhus, en Algérie, en 1895. On doit être complètement rassuré à l’égard de la propagation de la peste dans l’armée; si improbable qu'elle puisse être en France, en raison de l’application des mesures prophylactiques internationales, elle serait arrêtée en Algérie et en Tunisie, par l’application des mesures que le Comité technique de santé a soumises à l’approbation du ministre de la Guerre.
- L’UTILISATION DES CHUTES DU NIAGARA
- Nous avons déjà parlé1 en plusieurs circonstances de l'utilisation des chutes du Niagara. Notre confrère the Electrical Engineer publie une Note de M. B. Rankine qui donne quelques détails sur la puissance actuellement empruntée aux chutes, avec sa répartition.
- La Compagnie Niagara Falls Paper utilise 7200 chevaux hydrauliques; Pittsburg Réduction C° pour la fabrication de l’aluminium, 5050 chevaux électriques; theCarborun-dutn C° pour la préparation du carborundum, 1000 chevaux ; Acetvlene L. H. and P. C° pour la préparation du carbure de calcium, 1075 chevaux; B. and N. F. Electric Light and Power C° pour un éclairage local, 500 chevaux; Walton Ferguson pour la préparation du chlorate de pot sse, 500 chevaux; Niagara Electro-Chemical C° poulie peroxyde de sodium, 400 chevaux; B. and N. F. Elec-trical Railway pour des tramways locaux, 250 chevaux ; N. F. and S. B. Railway C° également pour des tramways locaux, 250 chevaux.
- Toute cette puissance est distribuée depuis le 1er octobre 1896. La Buffalo Street Railway C° utilise 1000 chevaux depuis le 15 novembre 1896. L’Acetylene Light, Beat and Power C° a reçu 1000 chevaux au 1er février 1897, 1000 chevaux au 1er mars 1897 et en recevra 2000 au 1er novembre 1897. La fabrique Mathieson Alkali Works disposera au 1er juin 1897 de 2000 chevaux. Enfin, au 15 novembre 1897, la Société devra fournir 1000 chevaux à la Buffalo Street Railway C°, et 5000 chevaux à la Buffalo General Electric G0 pour l’éclairage. La puissance électrique qui doit être distribuée atteint donc aujourd’hui 18 025 chevaux. Si l’on ajoute à cela les 7200 chevaux hydrauliques pour la Niagara Falls Paper C°, et 400 chevaux pour MM. Albright et Wilson, électro-chimistes, on arrive à un total de 25625 chevaux. On remarquera que cette utilisation des chutes a surtout en vue les applications électro-chimiques. J. L.
- LES GROS BLOCS Dü DILUVIUM
- Nous n’avons pas besoin de rappeler le très intéressant article de M.* Glangeaud sur « un bloc erratique au Pan-
- 1 Yoy. n° 1253, du 16 janvier 1897, p. 111.
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- LA N AT ü UE.
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- thcon », paru récemment1. Nous avons reçu à ce propos un grand nombre de communications. Le bloc de grès découvert dans le diluvium de la butte Sainte-Geneviève à Paris est loin d’être unique en son genre. Nous pourrions en citer d’autres. Pour expliquer comment ce bloc se trouvait à sa place, M. Glangeaud interprète les choses autrement qu’on ne le faisait encore il v a une dizaine d’années. Belgrand croyait que ces blocs énormes étaient transportés horizontalement à grande distance par des eaux torrentielles. La Seine eût entraîné les blocs de Fontainebleau par exemple, comme les eaux actuelles descendant des hautes montagnes déplacent des rochers de plus d’un mètre cube. Cette manière de voir, très répandue, n’est pas la bonne. On s’est étonné qu’elle n’ait pas été admise par M. Glangeaud. 11 faut donc bien dire que l’ancienne théorie ne tient pas debout devant l’examen détaillé des faits. Ce n’est pas un cours d’eau torrentiel qui a déposé ce bloc jadis au Panthéon. La théorie est tout autre et bien autrement originale. Ce bloc est descendu en place tout seul verticalement et peu à peu, à mesure que les sables et les grès étaient progressivement enlevés par la dénudation. Ce bloc était tout là-haut à fleur du sol, alors plus élevé d’environ 70 mètres qu’aujourd’hui. Il s’est abaissé à mesure que la dénudation faisait son œuvre et il n’est plus aujourd’hui qu’à 50 mètres au-dessus de la Seine.
- Cette explication du gisement des blocs doit être substituée à l’ancienne. Aussi bien eût-on pu se souvenir qu’elle est strictement celle qui a été donnée ici même en maintes circonstances. La doctrine du déplacement vertical des gros blocs du diluvium par dénudation a été développée par notre collaborateur et ami M. le professeur Stanislas Meunier, soit dans son cours du Muséum, soit pendant de nombreuses excursions géologiques publiques dans des régions très variées, soit enfin dans des publications, et par exemple dans l’article qu’il consacrait2, en 1895, à la découverte près de Bicètre d’un gros grès analogue à celui de la butte Sainte-Geneviève et qui pi é-sentait des particularités bien curieuses.
- Par conséquent c’est celle que nous adoptons. Evidemment elle est opposée à la théorie qu’ont longtemps professée les géologues; aussi nous comprenons bien les remarques qui nous ont été adressées à ce sujet. Mais elle est conforme à la nouvelle doctrine des « causes actuelles »; elle a aujourd’hui toutes les faveurs des noms les plus autorisés. Elle est acceptée presque partout. Nous tenions à le dire pour faire cesser toute équivoque. Oui, les gros blocs du diluvium que l’on a considérés comme apportés par les eaux sont au contraire des témoins d’un autre âge, descendus de l’ancienne surface du sol jusqu’aux gisements actuels. Il s’agit d’une migration sur place de haut en bas à mesure de la dénudation des formations géologiques intermédiaires. Le phénomène a un véritable intérêt. IIexhi de Parville.
- LE BEURRE DE COCO
- Beurre de coco ! Le coco fournit du beurre ? Parfaitement, et du beurre qu’il ne faudrait pas dédaigner. Dans les pays d’origine, les Indes et l’Afrique, le beurre extrait du coco nucifera est employé à l’état frais comme graisse alimentaire. Ce beurre rancit rapidement, en acquérant une mauvaise odeur,
- 1 Voy. n®1238,du 20 février 1897, p. 177.
- 2 Voy. n° 1060, du 23 septembre 1893, p. 266.
- et l’on ne saurait l’importer en Europe. Mais on a fini par trouver le moyen d’épurer la graisse de coco, et des usines en Allemagne, en Angleterre, en France et même en Espagne livrent a la consommation des quantités notables de graisse de coco, qui entrent en concurrence avec les margarines, les saindoux et les graisses similaires. En France, celte nouvelle industrie prend un certain développement. Plusieurs tentatives malheureuses ont été faites d’abord en cherchant à mettre à profil le procédé allemand d’épuration des graisses de coco de M. Schlinch, exploité à Mannheim. On n’a pas réussi. Plus tard, MM. Bang et Buflin imaginèrent d’enlever, par un traitement à la chaux, les acides gras cocciniques, caproïqucs et butyriques qui communiquent au coco cette saveur détestable de ran-cissage le rendant impropre aux usages culinaires.
- On a mis dans le commerce cette graisse végétale épurée sous le nom de « la taline ». C’est une graisse blanche, entièrement fusible dans la bouche, absolument neutre de goût. Elle fond à 51°, tandis que le beurre de coco brut fond à 25°. Elle se conserve, et au bout d’un mois d’exposition a l’air libre, elle est sans altération sensible. M. Ferdinand Jean, directeur du nouveau laboratoire de contrôle chimique des substances alimentaires, fit envoyer de la taline de Marseille au Congo, en avril 1896, et au retour, en septembre dernier, il l’examina. Or, après un séjour de cinq mois en mer et aux colonies, les propriétés organoleptiques de la graisse végétale n’avaient pas été modifiées.
- C’est fort bien ; seulement on pouvait naturellement se demander, avant de se servir de cette graisse de coco pour la pâtisserie et les usages culinaires, si, en définitive, elle était nourrissante. Estelle digestible? En 1887, dans un Rapport à l’Académie de médecine, M. Bugnet admit que le beurre de coco était plus digestible que les autres corps gras d’origine animale, parce qu’il renfermait plus de glycérines à acides gras solubles que le beurre de vache. Or, si cette théorie était exacte, il en résulterait que le beurre de coco préparé par le procédé de Bang et Ruffin devrait être considéré comme moins nutritif que le beurre de coco brut, car, précisément, le procédé enlève les acides gras solubles. M. le docteur Bourot, ancien médecin en chef de l’hôpital militaire de Yincennes, et M. Ferdinand Jean ont voulu savoir ce qu’il en était réellement par des expériences directes. Ils ont communiqué le résultat de leurs recherches à l’Académie des sciences. Gomme le professeur Jolies, directeur du laboratoire de Vienne, l’avait fait pour le beurre et pour la margarine, ils ont nourri des chiens avec le beurre de vache. Ils ont trouvé ainsi que, la digestibilité du beurre de vache étant de 95,8 pour 100, la digestibilité du beurre de coco, privé de ses acides gras solubles, s’élève à 98 pour 100. Si ces expériences sont bonnes, le beurre végétal l’emporterait donc sur le beurre de vache.
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- Mais il n'y a pas que le procédé Ru (Ton et Rang en France. Il existe à Amilly (Loiret) une usine qui depuis plusieurs années livre du beurre de coco qui se consomme non seulement en France, mais que l’on importe même aujourd'hui en Allemagne. Ce beurre renferme la majeure partie des acides gras solubles et néanmoins se conserve bien. L'auteur de cet autre procédé est M. Raphaël Miguet. Après avoir cherché vainement, par la soude, la potasse et autres bases, à fixer les acides gras du beurre de coco, afin de lui enlever son odeur insupportable de rance et l’arrière-goùt qu’il laisse à la bouche, M. Miguet a trouvé un moyen d’opération simple dans l'emploi de la vapeur surchauffée.
- À Âmilly, toute l'usine, dont nous représentons une vue générale, se réduit à ùne grande chaudière correspondant à une puissance de 100 chevaux. Ce
- générateur distribue par un grand nombre de tuyaux, dans de vastes cuves superposées et en relation entre elles, la vapeur d’eau. Celle-ci dissout, divise et lave la masse du coprah qui sort de cette épreuve plus ou moins prolongée dans un parlait état de blancheur, et sans perte sensible de ses principes nutritifs. Un seul ouvrier, tout .à la fois chauffeur, mécanicien et teneur de livres, suffit quant à présent pour fabriquer environ 200 kilogrammes par jour.
- M. Raphaël Miguet achète par tonnes a Marseille le coprah provenant des cocotiers de Ceylan, qui est le meilleur. Et l’usine le transforme, comme il a été dit, en beurre de coco marchand, plus connu dans le commerce sous le nom de « beurre d’Àmilly ». Nous devons ces détails à M. Gcnin, chanoine d’Orléans, qui, il y a quelques années, étant curé d’Amilly, a pu assister aux efforts poursuivis par M. Raphaël
- Usine d’Amilly (Loiret), pour la fabrication du beurre de coco.
- Miguet pour trouver un procédé simple d’épuration. Nous avons goûté au nouveau beurre. Il est certainement supérieur au saindoux pour la confection des fritures, pommes de terre, poissons, etc. Il ne laisse aucun arrière-goût. On comprend très bien que son emploi tende à se généraliser tous les jours, et qu’il soit déjà très répandu dans les communautés religieuses, dans les écoles, dans les chartreuses. M. R. Miguet en envoie des quantités considérables à la chartreuse de Dusseldorf, en Allemagne. C’est un service à rendre que de faire connaître cette graisse végétale. On parvient, en réduisant les frais comme à l’usine de M. Miguet, à livrer le beurre d’Amilly à lfr, 20 le kilogramme, soit 60 centimes la livre. Du beurre végétal à 60 centimes la livre, c’est un bienfait. Il y a tant de personnes qui achètent du mauvais beurre à lfr,50 la livre.
- Le beurre végétal est supérieur à beaucoup de margarines et surtout aux saindoux américains, pour
- lesquels le consommateur éprouve certaine répugnance. Les graisses de qualité inférieure peuvent contenir comme d’ailleurs le beurre de vache des microorganismes pathogènes, des moisissures, des cysticerques, etc. La pureté du beurre de coco est garantie par son origine végétale, et dans le traitement de M. Miguet par la stérilisation à la vapeur surchauffée.
- On peut dire qu’il serait sans doute préférable d’utiliser ce beurre pour les équipages des navires de préférence aux graisses de bœuf aromatisées connues sous le nom de « Graisses de Normandie ». En tout cas, dans beaucoup de ménages, en province et à Paris, on aurait grand avantage à se servir du beurre végétal épuré à la vapeur, parce qu’il est comparable au beurre de coco consommé sur place aux Indes et qu’il est d’un emploi particulièrement économique. J.-F. Gall.
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- BOUILLOIRES A GRILLES TUBULAIRES
- DE POMPEI
- Dans une communication laite à Y American Society of Mechanical Engineers, M. AV. T. Donner a donné d’intéressants détails sur des bouilloires trouvées à Pompéi et dont l’appareil de chauffage consiste en des grilles tubulaires très analogues comme principe à nos appareils actuels de production de vapeur.
- La figure 1 représente l’une de ces bouilloires vue de l’extérieur, et les figures 2 et 3 des coupes verticale et horizontale. L’épaisseur du métal (bronze) est d'environ 1 millimètre. Le cylindre extérieur A est réuni au cylindre intérieur qui se termine par un couvercle sphérique IL L’espace annulaire forme
- n° 1 prouve en outre que les anciens cherchaient à augmenter la surface de chauffe non seulement par • l’emploi de grilles tubulaires, mais encore par l’adjonction d’une sorte de dème au loyer. Le chargement se faisait par le couvercle supérieur. Ce dernier ne servait sans doute que quand on avait à faire des réparations ou le nettoyage des appareils. Le couvercle supplémentaire F, beaucoup plus petit que l’orifice et assemblé à charnière, donnait passage au liquide. L’eau chaude était puisée à l'aide d’une large cuiller ou meme d’un vase.
- Dans la seconde bouilloire, le cylindre intérieur R est réuni au corps de l’appareil par une collerette qui affleure l’orifice C. Il augmente de diamètre à mesure qu’il descend vers la grille, au-dessous de laquelle les bords se retroussent et sont fixés sur l’enveloppe extérieure de la bouilloire.
- M. AV. T. Donner croit que cette pièce de ménage
- la chambre d’eau tandis que le cylindre intérieur 1) constitue le foyer. Dans ce premier modèle, l’introduction du combustible se fait à la hauteur de la grille par une porte rectangulaire E, et les gaz de la combustion s’échappent par une série de trois orifices latéraux C. Le second modèle, auquel se rapportent les figures V, 5 et 6, est moins pratique au point de vue du chauffage, puisque les charbons ardents sont introduits par le trou C qui doit aussi donner issue aux gaz. Alais ces bouilloires ont l’une et l’autre de véritables grilles tubulaires comportant des tubes en feuilles de bronze laminées puis soudées ou brasées. Ouverts aux deux bouts dans le fond de la chambre d’eau, ils servent à la circulation du liquide exactement comme dans nos générateurs tubulaires actuels.
- La disposition du cylindre intérieur du modèle
- servait principalement à la fabrication des boissons chaudes, dont les anciens faisaient, comme nous, un usage considérable. Les deux objets sont montés sur des trépieds, et le modèle n° 1 se distingue par une riche ornementation, notamment pour les poignées en.forme de mains humaines, et le couvercle sur lequel se trouvent deux petits lutteurs en bronze. Peut-être représentent-ils des types de Samovars ayant appartenu à quelque élégante du premier siècle de notre ère et figuré à ses réceptions. On voit en tout cas que l’application du système tubulaire, qui a, comme l’on sait, donné l’essor aux locomotives en augmentant considérablement leur puissance de vaporisation, n’est pas neuve; ce qui, d’ailleurs, n’enlève rien à la gloire de Séguin, qui, très probablement, n’avait jamais vu les bouilloires curieuses que nous venons de décrire. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Bouilloires à grilles tubulaires de Pompéi.
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- IA RÉCOLTE DES TINS ET DES CIDRES
- EN 1896
- La reconstitution des vignobles se manifeste par des augmentations de superficie dans 54 départements au lieu de 27 ; toutefois, sur beaucoup de points, les arrachages l’ont encore emporté sur les nouvelles plantations. Aussi, toutes compensations faites, la superficie de l’ensemble du vignoble français a diminué en 1896 de 18 569 hectares. Cette superficie est aujourd’hui de 1 728435 hectares, au lieu de 1 747 002 hectares qu’elle atteignait en 1895.
- La production totale des vins s’étant élevée à 44 656 155 hectolitres, le rendement moyen à l’hectare, pour l’année 1896, ressort à 20 hectolitres, soit une augmentation de 11 hectolitres par rapport à la quotité de rendement moyen de 1895. En 1893, année considérée comme très favorisée, le rendement moyen à l’hectare n’avait dépassé que de 2 hectolitres celui de 1896. La production des vins, l’année dernière, a été de beaucoup supérieure à la moyenne des dix dernières années, qui est de 50 517 000 hectolitres. Le mouvement de la production a été, depuis 1886, le suivant : en 1886, 25 063 000 hectolitres; en 1887, 24 533 000; en 1888, 30102 000; en 1889, 25 224000; en 1890, 27416000; en 1891, 30 140000; en 1892, 20 082 000; en 1895, 50070000; en 1894, 59053000; en 1895, 26688000; en 1896, 44 656 153.
- La récolte de l’année dernière est donc, après celle de 1893, la plus belle de ces dix dernières années. C’est l’Hérault qui tient la tête dans le tableau de la production des vins : il a produit 7 623 059 hectolitres. Viennent ensuite l’Aude, avec 3 608 058 hectolitres, la Gironde 5 554 552, les Pyrénées-Orientales 2058 079, le Rhône 1 967 722, le Gard 1 718 547, Saône-et-Loire 1530 095, la Loire-Inférieure 1500 000, le Puy-de-Dôme 1 290 527, l’Yonne 1 076 359. A la récolte des vins vient s’ajouter la fabrication : celle des vins de raisins secs a été de 888010 hectolitres, contre 758114 en 1895; celle des vins de sucre s’est élevée à 1 426 531 hectolitres, au lieu de 1 425 960 en 1895. En outre, 7 378 764 hectolitres de vins ont été importés en France pendant les dix premiers mois de 1896. Les vins d’Espagne figurent dans ce chiffre pour 4656 661 hectolitres; les vins d’Italie pour 9923; les vins de Portugal pour 160; les vins d’Algérie pour 2 369 517, et les vins de Tunisie pour 79 643 hectolitres. En ce qui concerne l’Algérie, les chiffres définitifs de la récolte s’élèvent à 4 546 532 hectolitres pour une superficie de 118 118 hectares, savoir ; département d’Alger, 42 887 hectares et 2076 756 hectolitres; Oran, 55 769 hectares et 1 532204 hectolitres; Constantine, 19 462 hectares et 757 572 hectolitres.
- La récolte des cidres s’est élevée, en 1896, à 8074 392 hectolitres ; elle a été inférieure de 17 512122 hectolitres à la production de 1895 et de 6 271456 hectolitres à celle des dix années antérieures. En 1895, trois départements (la Manche, le Calvados et l’Ille-et-Vilaine avaient produit plus de 5 millions d’hectolitres, et 10 en avaient produit plus d’un million. Les seuls départements où la production, en 1896, ait dépassé 1 million d’hectolitres sont : llle-et-Yilaine, 1 158 105 hectolitres; Seine-Inférieure, 1 121 774; Eure, 1 057120.
- Ces statistiques nous montrent que la quantité de vin produite en 1896 a été supérieure à celle des deux années précédentes; la quantité de cidre, au contraire, a été inférieure.
- L’APPONTEMENT PUBLIC DE PAUILLAC
- Bordeaux occupe actuellement le troisième rang parmi nos grands ports marchands ; il vient après Marseille et le Havre. Ces deux dernières villes se trouvent dans une position beaucoup plus favorable au point de vue maritime. On se fait difficilement à l’idée qu’un port de l’importance de celui de Bordeaux ait pu prendre naissance à 100 kilomètres de la mer. Il a fallu toute l’activité commerciale qui s’est développée dans cette ville depuis plusieurs siècles pour atteindre ce résultat.
- Dans ces dernières années de grands sacrifices ont été faits pour améliorer la situation de notre grand port. On a creusé un bassin à Ilot bien digne de l’importance du port, autant par scs proportions que par son outillage. On s’est encore occupé d’un canal qui, sous le nom de Canal de Gratteqnina, eût permis aux bateaux de fort tonnage de venir profiter des avantages créés par les nouveaux docks. Ce dernier projet n’a pu aboutir. Enfin, on a projeté et construit de nouveaux quais qui, par leurs développements et leurs agencements, ne le cèdent à nuis autres. On a bien compris en outre que ce n’était rien de s’outiller pour recevoir les grands navires, mais qu’il fallait encore et surtout leur assurer l’accès de tous les ouvrages que l’on avait édifiés à leur intention.
- I)e ce côté-là on a été moins heureux. Malgré des travaux de tous genres, les résultats obtenais, aussi appréciables qu’ils soient, n’ont pas produit des résultats'assez rapides pour lutter d’une façon avantageuse contre l’augmentation grandissante du tonnage des bateaux en général et en particulier de ceux qui fréquentent journellement le port de Bordeaux.
- Par la voie du fleuve, la distance entre Bordeaux et l’Océan est d’environ 100 kilomètres. Dans la première partie de l’estuaire, entre la Pointc-de-Crave et Pauillac (50 kilomètres), les grands bateaux peuvent naviguer en tout temps. 11 n’en est malheureusement pas de même dans la seconde partie, entre Pauillac et Bordeaux.
- Le fleuve va en se rétrécissant progressivement, et de 6 kilomètres de largeur qu’il avait devant Pauillac, il ne lui reste plus que 500 mètres à Bordeaux; de plus, il est parsemé d’îles qui viennent encore rétrécir les passes. Si nous ajoutons qu’en hiver il règne trop souvent des brouillards intenses, on voit jusqu’à quel point la navigation devient impossible, sinon très dangereuse, pour tous les bateaux.
- Quant aux paquebots de fort tonnage qui ont leur point d’attache à Bordeaux, ils sont obligés de débarquer à Pauillac en pleine rivière tous leurs voyageurs et la plus grande partie de leur fret.
- Au retour, c’est l’opération contraire. Ils quittent Bordeaux presque à vide, complètent leur chargement à Pauillac et n’embarquent leurs voyageurs
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- qu’au dernier moment. On voit quelle perte de temps les compagnies de navigation éprouvent de ce fait. Or c’est surtout à la navigation que s’applique l’axiome célèbre « Time is money ».
- Bordeaux est, avant tout, une tête de ligne très importante pour les voyageurs, et il convient pour la prospérité de la ville que le trafic ne soit pas diminué. Or les passagers se plaignent, non sans raison, de la longueur du parcours entre Bordeaux et Pauillac, et vice versa, du peu de confortable des petits bateaux affectés à leur transport et des dangers réels qu’ils peuvent courir.
- 11 y a un an à peine, un bateau de ce genre, perdu dans la brume, chercha pendant toute la soirée un point d’accostage, et, à la nuit tombante , réussit à s’amarrer auprès d’un hameau, où les cent passagers ne purent trouver ni le gîte ni la nourriture et passèrent une nuit dont ils se souviendront longtemps.
- Les bateaux d’escale sont logés à la même enseigne, et il y a quelques années une des plus puissantes, compagnies anglaises, la Steam Pacific Navigation C°, donna un exemple, qui heureusement n’a pas été suivi, en transportant son escale à la Palice.
- Le moment, ou jamais, de s’émouvoir était venu. 11 fallait créer une œuvre de rénovation capable de paralyser sans plus attendre la concurrence naissante. M. Eugène Pereire comprit que quelques millions jetés à Pauillac assureraient la prospérité de Bordeaux et deviendraient une source de profits pour la société financière qui entreprendrait la création d’un point fixe d’accostage à Pauillac. Dès ce moment, la société de l’appontement public de Pauillac était créée.
- Les études furent faites aussitôt, rapidement poussées, et les travaux, confiés aux habiles ingénieurs-constructeurs, MM. Daydé et Pillé, commencèrent sans retard. Dès le début, on se trouva aux prises avec des difficultés imprévues. Les courants alternatifs et très violents, qui changent de sens (juatre fois par 24 heures, éprouvèrent maintes fois les installations flottantes. La vase, qui consti-
- tuait le premier sol à traverser, n’ayant aucune consistance, on ne parvenait pas à fixer les caissons, même lorsque l’encastrement atteignait plusieurs mètres. Le fonçage des tubes présenta dès les premiers essais des difficultés telles que l’on fut sur le point de renoncer à leur emploi. MM. Daydé et Pillé eurent l’excellente idée de se servir d’un vieux pont venu en leur possession par remplacement. Ils le transportèrent pièce par pièce sur les lieux, en refirent, le montage en y ajoutant une armature centrale, et, le faisant porter sur les piles en maçonnerie déjà construites, obtinrent pour le fonçage des tubes une fixité qu’aucun amarrage n’avait pu leur offrir et qui, cependant, était indispensable à la bonne exécution de ce travail.
- Cet ouvrage, qui comporte des installations accessoires très importantes, a été complètement terminé à la fin de 1895 et ouvert à l’exploitation depuis un an. La fig. 1 montre sa position par rapport à Pauillac, la fig. 2, les dispositions prises pour le fonçage des tubes, et la fig. 5 les travaux terminés.
- L’appontement proprement dit repose sur 20 piles en maçonnerie fondées sur le rocher à l’air comprimé à la cote moyenne de 12 mètres au-dessous de l’étiage, par 8 mètres d’eau au-dessous du même niveau, la couche de vase sur le rocher étant, par conséquent, de 4 mètres environ. Ces piles sont rectangulaires et ont à la base 6m,70 sur 5 mètres et à leur sommet 5m,65 sur 4 mètres. L’espace entre les piles est rempli par 91 tubes en fonte encastrés également dans le rocher au moyen de l’air comprimé. Ils ont un diamètre extérieur de lin,25 et une épaisseur de 25 millimètres. Des poutres principales, au nombre de 37, relient transversalement les files de piles et pieux, ou simplement les 5 pieux dans l’intervalle des piles. Ces poutres ont une hauteur de 906 millimètres, elles sont armées de 4cornières de 80 centimètres. Toutos les files sont entretoisées transversalement. Le plancher est constitué par 16 poutrelles longitudinales reliées entre elles par des entretoises et sur lesquelles reposent des madriers en chêne placés dans le sens
- Fig. 1. —Carte montrant l’emplacement île rapponlemcnt à Pauillac.
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- de la longueur. Les voies sont munies, de distance est relié à la terre ferme par une passerelle en courbe en distance, de plaques tournantes. L’appontement reposant sur des pieux en fonte du meme modèle
- Fig. 3. — Vue des premiers travaux terminés.
- que ceux précédemment décrits. Une forte culée en maçonnerie reçoit l’extrémité du côté de la terre. L’appontement peut facilement recevoir 7 bateaux à la fois et c’est largement suffisant pour le trafic
- du fleuve, surtout si l’on considère que, grâce aux engins dont nous donnons plus loin la description, le chargement et le déchargement s'opèrent avec une grande rapidité et dans un temps très réduit. La
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- figure \ nous montre un lia tenu en chargement. La machinerie est destinée à actionner les grues
- hydrauliques et les dynamos produisant la lumière électrique. Trois générateurs de Næycr ayant chacun
- Fig. 4. — Un bateau en chargement. Arrivée du train de voyageurs.
- 95 mètres carrés de surface de chauffe produisent la vapeur. Trois pompes de 80 chevaux refoulent l’eau sous un contrepoids de 80 tonnes qui produit dans les tuyaux de conduite aux grues une pression
- constante le 55 kilogrammes par centimètre carré. Les dynamos sont actionnées par une turbine Lavai à 1600 tours par minute. L’eau nécessaire aux appareils hydrauliques est fournie par un puits artésien
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- foré à 417 mètres de profondeur et débitant 55 mètres cubes à l’heure. L’eau est filtrée avant d’arriver aux pompes.
- Il nous faut encore signaler les dispositions adoptées pour faire monter le contrepoids. C’est ce contrepoids lui-même qui, descendu à un certain niveau, ouvre la prise de vapeur des pompes qui se mettent par le fait en mouvement d’une façon automatique; l’arrêt des machines est produit identiquement lorsque le contrepoids atteint le niveau au-dessus duquel il ne doit plus monter. Mais comme dans ce dernier cas il y aurait un danger réel si pour une cause quelconque l’arrêt des pompes venait à ne pas se produire, quelques centimètres au-dessus, le contrepoids rencontrerait un levier commandant une vanne de décharge dont le volume d’écoulement correspond à celui des pompes.
- Les grues hydrauliques sont au nombre de 18 et de force variable. Neuf peuvent fonctionner à 1500 ou 5000 kilogrammes, les autres à 750 ou 1500 kilogrammes. Le bâti qui les porte livre passage entre ses montants à un wagon ordinaire; cela a permis de poser deux voies de plus sur l’apponte-ment. Ces voies sont au nombre de cinq et permettent d’amener les voyageurs et les marchandises en tous les points et toujours à portée du navire en charge ou en déchargement.
- Les installations à terre comprennent, outre la machinerie dont nous avons parlé plus haut, un vaste entrepôt de charbon de terre, une halle aux marchandises composée de deux immenses bâtiments jumeaux couvrant une surface de 2700 mètres carrés de quais couverts et découverts et de nombreuses voies de raccordement ou d’évitement.
- Une station très confortable a été construite pour la Compagnie des chemins de 1er du Médoc par les soins et aux frais de la Société. Tous les trains circulant dans les deux sens s’y arrêtent.
- Un boulevard de 1800 mètres de long sur une largeur moyenne de 15 mètres relie l’appontement à Pauillac. Il porte le nom de boulevard Eugène-Pereire. La figure 5 nous donne une vue d’ensemble de toute l’installation, de la gare d’arrivée et de l’ap-pontement. A Bordeaux, la Société de l’appontement possède une installation particulière très importante.
- Sur un vaste emplacement, de 20500 mètres carrés, en bordure le long du cours du Médoc, on a établi deux bâtiments couverts, l’un pour le départ et l’autre pour l’arrivée. L’espace libre comprend des cours pour les voitures et tout un système de voies qui se raccordent aux voies de la Compagnie des chemins de fer du Médoc. Tous les voyageurs et toutes les marchandises partent de là et sont transportés en une heure sur l’appontement en ligne directe. Nous avons lait nous-même le parcours dernièrement et avons assisté à l’embarquement des passagers et des marchandises sur le Saint-Laurent, de la Compagnie générale transatlantique; passagers, marchandises et animaux ont été mis à bord en moins d’une heure.
- Cette intéressante installation est due à M. Eugène Pereire, qui a été puissamment secondé par M. A. de Yial, directeur de la Société. Pour la partie technique on a eu recours aux conseils éclairés de M. A. Rohoglia, inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite. Les travaux ont été exécutés, sous la surveillance de M. Allemandou, ingénieur de la Société, par MM. Daydé et Pillé. A. Gaston Counié.
- ——.
- PROPRIÉTÉS NOUVELLES DES RAYONS X
- On n’est point au bout des découvertes dans ce domaine si fécond en surprises. Gette fois, la nouveauté ne sort pas d’un laboratoire; c’est un atelier de construction qui l’a vue naître. M. Radiguet, le constructeur bien connu et apprécié pour son ingéniosité, nous a convié récemment à assister à de très curieuses expériences que nous allons décrire.
- Yoici, en deux mots, le fait essentiel : un tube à foyer de métal est soigneusement dissimulé derrière un certain nombre de voiles noirs. Dès qu’on l’excite, tous les objets en verre ou en cristal placés de l’autre côté du voile se mettent à briller d’un éclat que l’on peut qualifier d’assez vif dans la complète obscurité où se trouvent les observateurs. Un verre, une carafe, montrent toutes leurs facettes, de chacune desquelles part une lueur analogue à celle du ver luisant. Dans cette obscurité, chère aux spirites, les phénomènes que l’on observe, pour être explicables, n’en sont que plus intéressants; si l’on n’avait suivi toute l’évolution des rayons X depuis leur première origine, on serait bien tenté de croire à une mystification ou à un fantôme réel en voyant un inoffensif verre à boire se promener seul en apparence derrière le voile, la main qui le tient étant absolument invisible.
- Les émaux, le diamant, la porcelaine, d’autres corps aussi montrent à des degrés divers cette faculté de luire dans l’obscurité sous l’action des rayons X. Quoi de nouveau, dira-t-on? Les écrans aux platino-cyanures, ceux au tungstate de chaux, d’autres encore présentent les mêmes phénomène.; à un degré plus élevé. C’est vrai; et cependant, il y a, dans l’observation que nous rapportons, en^ dehors de son élément pittoresque, un fait nouveau. La lumière a été observée maintenant dans des corps qui semblent posséder une parfaite stabilité, ce qui conduirait presque à douter de la théorie photochimique du phénomène. J’y reviendrai à une autre occasion ; mais, pour le moment, je voudrais suivre l’enchaînement des phénomènes depuis les plus anciennes observations jusqu’aux faits actuels.
- Lorsque parurent les rayons X, ou, plus exactement, lorsque M. Rontgen fit entrer leur étude dans une voie toute nouvelle, les opinions les plus diverses sur leur ori•> gine se manifestèrent. L’une de ces opinions trouva pour porte-parole l’illustre mathématicien II. Poincaré. « C’est le verre, disait-il dans un remarquable article de la Revue générale des Sciences, c’est le verre qui émet les rayons X, et il les émet en devenant fluorescent; ne peut-on alors se demander si tous les corps dont la fluorescence est suffisamment intense n’émettent pas, outre les rayons lumineux, des rayons X de Rontgen, quelle que soit la cause de leur fluorescence? Les phénomènes ne seraient plus alors liés à une cause électrique. Cela n’est pas très probable, mais cela est po. sible et sans doute assez facile à vérifier. »
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- Cette idée de M. Poincaré fit son chemin, et la vérification qu’il demandait ne se fit pas attendre; en France, MM. Charles Henry, G.-1I. Niewenglowski, II. Becquerel surtout; en Angleterre, M. Silvanus Thompson, firent de belles expériences à la suite desquelles il devint évident que certains corps émettent des radiations de longueur d’onde probablement très courte, et qui possèdent la propriété de traverser les corps opaques à la lumière ordinaire.
- Lorsqu’une idée théorique, fùt-elle erronée, a conduit à une découverte expérimentale, elle a rendu le service qu’on pouvait en attendre. S’il faut ensuite l’abandonner, elle n’a pas moins sa place inarquée dans la chaîne ininterrompue du progrès dans la connaissance de la nature. Des recherches ultérieures me semblent avoir montré que l’hypothèse émise à la première heure, avec une réserve prudente, par M. Poincaré n’est pas l’expression exacte des faits. Dans les premières expériences avec les tubes en forme de poire, la cause et l’effet étaient intimement mélangés dans la tache lumineuse d’où partaient les rayons X; il était donc bien facile de prendre l’une pour l’autre. Les tubes à foyer de platine ont montré que la production des rayons X n’est pas liée à la fluorescence ; bien plus, certaines expériences ont conduit à penser qu’une lumière abondante dans le tube est l’indice d’une forte absorption, qu’il convient d’éviter si l’on veut obtenir d’un tube tout ce qu’il peut donner. Les tubes dont l’anticathode métallique est bien plane et suffisamment large représentent une ligne de démarcation bien nette dans le plan même de l’anticathode. En avant de ce plan, le tube est fortement lumineux, alors qu’il l’est très peu en arrière de ce plan. Cette lumière n’est donc pas due aux rayons cathodiques et n’est pas liée à la production des rayons X; au contraire, elle prend naissance en tous les points où les rayons X atteignent le verre. Ce phénomène fait partie de l’ensemble de ceux auxquels donne lieu la transformation des rayons X en radiations de longueur d’onde plus grande.
- Lorsque les faits sont bien connus, il est souvent facile de les lire entre les lignes dans d’anciens Mémoires; il eut été plus utile de les y trouver avant ; aussi ne puis-je, considérer comme un mérite bien transcendant d’avoir signalé l’an dernier, dans un Mémoire de M. Goldstein, paru en 1881, la description du phénomène qui nous occupe‘.Le consciencieux physicien, qui fut un véritable précurseur de la découverte de Rôntgen, a observé les curieuses lueurs qui se produisent sur les parois des tubes, toutes les fois qu’un faisceau de rayons cathodiques est coupé, à l’intérieur, par un écran conducteur ou isolant, faisant ou non partie d’un circuit électrique. M. Goldstein produisait des rayons X dans un tube focus, et les lueurs qu’il observait étaient l’un des effets les plus constants de ces rayons. Il parlait alors d’une réflexion diffuse, en quoi nous estimons aujourd'hui qu’il avait tort. Mais combien nous lui pardonnerons volontiers de n’avoir pas vu la véritable nature du phénomène, en songeant que chaque jour encore, des personnes travaillant constamment à la production des rayons X parlent couramment de la réflexion des rayons cathodiques qui se produit sur l’anode, placée à 45° dans les tubes, dans le but d’obtenir la réflexion dans les meilleures conditions. Revenons aux phénomènes observés par M. Radiguet. Nous en avons fait ressortir le côté pittoresque; il convient maintenant de les relier aux faits connus et de montrer comment ils les complètent.
- 1 Les rayons X, 2e édition, p. 53.
- Les rayons X forment un faisceau complexe de radiations de diverses natures. Certaines de ces radiations sont susceptibles de produire la luminescence du verre; mais, d’après le principe constant d’après lequel une radiation n’agit que si elle est absorbée, ces rayons particuliers ne se trouvent plus qu’en petite quantité dans le faisceau traversant les parois du tube. Il fallait un faisceau primitif d’une grande intensité pour que cette observation devînt possible en dehors du tube. Le phénomène lumineux que M. Radiguet réussit à observer dans tous les points de la pièce où fonctionne le tube semble être analogue à celui que représente l’ampoule elle-même. En dehors de l’absorption par les parois, l’affaiblissement avec la distance rend compte de la faible intensité relative du nouveau phénomène, et montre la cause pour laquelle il n’avait pas été observé jusqu’ici.
- Les expériences de M. Radiguet apportent une confirmation très utile à une idée que nous avons émise depuis longtemps, bien qu’avec des preuves insuffisantes ; c’est que, dans les expériences si brillantes de M. Crookes, la lumière que donnent le diamant et les pierres précieuses soumises au bombardement cathodique n’est pas le résultat direct de ce bombardement ; les rayons X se produisent sur la substance elle-même, qui se trouve dès lors dans les meilleures conditions possibles pour les absorber et les transformer en radiations ultra-violettes ou en radiations lumineuses.
- Si l’on essaie, en effet, de calculer le rapport des intensités des rayons atteignant chaque point du diamant lorsqu’il est lui-même la source des rayons X, ou lorsque au contraire il est placé hors du tube, à une distance commode pour l’expérience, on arriveia aisément à conclure que l’éclat peut être, dans le premier cas, des centaines de mille fois plus intense que dans le second. En dehors de l’affaiblissement dû à l’absorption des parois et de l’air traversé, la distance seule rend le phénomène presque imperceptible, comparé à ce qu’il était dans les expé-rienses de M. Crookes.
- M. Wiedemann avait entrepris d’observer les phénomènes à l’intérieur du lube; il évitait ainsi l’absorption par ses parois, et pouvait opérer sur le vrai spectre des rayons X; j’ai cru devoir insister à plus d’une reprise sur l’intérêt particulier que présenteut les expériences faites dans ces conditions. Sans aucun doute, les phénomènes qui nous occupent seraient aussi beaucoup plus brillants dans l’emploi du tube de M. Roiti, dont l’une des parois, celle précisément qui sert à engendrer les rayons X, est en aluminium. Il est fort probable que cette paroi absorbe des rayons différent de ceux qui produisent la luminescence du verre, et ne la diminuent pas sensiblement.
- M. Wiedemann a montré, il y a près de deux ans, la vraie marche à suivre si l’on veut étudier le spectre émané de l’anticathode; dans ses belles recherches sur les actions lumineuses des radiations qu’il nommait alors les rayons de décharge, il plaçait les corps phosphorescents à l’intérieur même du tube.
- On ne sait pas, en général, combien l’air est absorbant pour la lumière ultra-violette. M. Cornu a montré, il y a quelques années déjà, que dans le fond de l’atmosphère, le spectre solaire ne dépasse pas les longueurs d’onde de 0n,295 et que les plus faibles longueurs non absorbées dans les quelques mètres d’air traversés dans un laboratoire entre la source et le spectroscope sont de Ou,185. D'autre part, M. Schumann a trouvé, tout récemment qu’une couche d’air d’un dixième de millimètre d’épais-
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- seur est complètement opaque pour des radiations encoie plus courtes. Cette bande d’absorption très intense de l’air possède une largeur encore inconnue; pour les très faibles longueurs d'onde auxquelles correspondent les rayons X, la transparence semble presque entièrement revenue. Mais rien ne nous dit que l’anlicathode n’émet pas des radiations qui se trouvent précisément dans la région d’opacité de l’air.
- En résumé, les recherches de M. Radiguet apportent un important argumenta l'idée d’après laquelle les lueurs émanées des parois du tube sont un des nombreux effets des rayons X. C’est là surtout que gît leur valeur théorique. On peut prévoir aussi qu’elles conduiront à quelques résultats pratiques auxquels leur auteur a pensé. Le renforcement des actions photographiques des rayons X a été essayé jusqu’ici soit avec le spath-fluor, dont il est presque impossible de se procurer des plaques bien homogènes présentant des dimensions suffisantes pour les plus petites radiographies de la pratique courante, soit au contraire des écrans artificiels semblables à ceux qui servent
- Fig. 1. — Mécanisme du payement préalable ajouté à un compteur à gaz ordinaire.
- le pensait, et si elle n’est pas payée, la Compagnie terme aussitôt son robinet en même temps que son crédit.
- Pour bien des petits ménages d’ouvriers où l’argent se gagne au jour le jour et se dépense de même, il serait préférable de pouvoir payer au comptant et d’acheter le litre de gaz, comme on achète le litre de vin, au fur et à mesure des besoins et des ressources.
- C'est ce que plusieurs fabricants ont compris en créant des types spéciaux de compteurs qui ne fonctionnent qu’après avoir reçu l’argent.
- Il en existe de plusieurs systèmes et nous avons choisi comme spécimen celui de MM. Maldant et Dupoy qui est d’un fonctionnement très simple et d’un mécanisme très ingénieux.
- Le compteur ordinaire n’est pas modifié, on y ajoute le mécanisme du payement préalable comme on le voit sur notre gravure (fig. 1). Une fente dis-
- à la cryoscopie. Mais on sait que ces derniers ne sont nettement lumineux que lorsque les corps sensibles sont en petits cristaux. A l’état pulvérulent, ils sont presque insensibles aux rayons X. Or on n’est guère parvenu, jusqu’ici, à éviter, sur la plaque photographique, le grenu de l’écran. Peut-être y arrivera-t-on avec les verres, les porcelaines, les émaux que l’on peut obtenir d’un aspect très homogène, et qu’il est facile de travailler optiquement de façon à éviter toute irrégularité visible dans la radiographie. C.-E. briLi..viME.
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- COMPTEUR A GAZ A PAYEMENT PRÉALABLE
- Le compteur à gaz installé chez le consommateur est un livre de crédit ouvert par la Compagnie. La marchandise est constamment à portée de la main, elle vous tente et vous la prenez ; mais à la fin du mois la note arrive, souvent plus élevée qu’on ne
- Fig. 2. — Détail du mécanisme du compteur à payement préalable.
- posée sur le sommet de l’appareil permet l’introduction d’une pièce française de 10 centimes; dès que cette pièce est engagée dans la fente on presse sur un levier pour la faire tomber dans la caisse. Après quoi on peut allumer le gaz, on en aura pour deux sous, mais pas plus; le compteur s’arrêtera automatiquement quand la quantité à laquelle donne droit la somme versée sera épuisée.
- Voici comment ce résultat est obtenu. Le gaz venant de la canalisation entre dans l’appareil par la chambre HJ (fig. 2) et ne peut passer au compteur que par le trou K, qui en temps ordinaire est fermé par un clapet P, Si on introduit une pièce de monnaie dans la fente ad hoc, on voit qu’elle vient tomber verticalement dans l’une des dix dents d’une roue A. Lorsqu’on appuiera sur la manette M, elle servira d’intermédiaire entre cette manette et la roue A et fera tourner celle-ci d’une dent, c’est-à-dire d’un dixième de tour, puis tombera dans la
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- caisse. Mais la roue A est solidaire de la vis il sur laquelle se trouve un écrou C; celui-ci est par conséquent soulevé quand la vis tourne et il entraîne avec lui le clapet P qui ouvre le passage du gaz. On comprend que si au lieu de mettre une seule pièce de 10 centimes on en met deux, trois ou plus à la suite l’une de l’autre, comme on fait manœuvrer chaque fois le levier, on soulèvera d’autant plus le clapet. On remarquera que l’écrou G porte des dents hélicoïdales qui engrènent avec une vis sans fin I) dont l’extrémité se termine par un pignon. 11 forme engrenage d’angle avec la roue F qui est commandée par la roue R. Gelle-ci se trouve reliée directement à la turbine du compteur, qui devient le moteur du système. A mesure que le compteur tourne par suite du passage du gaz, il actionne donc la vis sans fin D et fait redescendre peu à peu l’écrou C et par suite le clapet P. Il est clair qu’il mettra d’autant plus de temps à refermer ce clapet que l’écrou aura été plus soulevé, c’est-à-dire qu’on aura introduit un plus grand nombre de pièces de monnaie. Le clapet L, qu’on voit à la partie inférieure de la figure, appartient au compteur sur lequel on adapte en S le mécanisme spécial au payement préalable.
- Afin que le consommateur sache toujours quelle est la provision sur laquelle il peut compter, on a disposé sur le coté de l’appareil un indicateur qui, comme on le voit sur les deux vignettes de notre gravure (fig. 2), se compose d’un secteur portant une partie blanche et une partie noire. Une petite fenêtre ménagée devant ce secteur n’en laisse voir qu’une partie : si c’est la noire qui apparaît c’est qu’il n’y a pas de provision ; dès qu’on verse à la caisse on voit apparaître successivement une, deux, trois..., dix, des divisions tracées sur la partie blanche. On ne peut verser plus de 10 pièces d’avance. Une fois la dixième introduite la fente se trouve obturée et ne se rouvre que quand on a consommé la quantité équivalente à la valeur d’une pièce.
- On a calculé, bien entendu, les divers engrenages de façon que le prix de revient du mètre cube soit le même par ce système à payement préalable que par le payement à terme. G. Mareschal.
- UN SERPENT À DEUX TÈTES
- Les veaux à cinq pattes, les moutons ou lapins à deux têtes ont, pendant de nombreuses années, joui auprès des foules d’un très grand succès de curiosité; ils ont toujours eu le don d’émerveiller les badauds. Que diraient ces bonnes gens s’il leur était donné de voir, à l’heure actuelle, une hydre vivante, un serpent qui, tout comme les monstres qu’on exhibe dans les foires, possède deux têtes? Malgré l’horreur instinctive que produit à tous la vue d’un reptile, quelques amateurs d’excentricités naturelles tomberaient en admiration devant un pareil phénomène bien certainement unique au monde.
- Au dire du Scientific American, cet être bizarre existe ; son propriétaire, M. E.-C. Fischer, qui habite New-York, l’a rapporté d’un de ses voyages dans l’Amérique Centrale. L’ophidien en question, représenté par l’illustration accompagnant cette Notice et reproduction d’une photographie, appartient à l’espèce connue scientifiquement sous le nom d'Heterodom Simus. Chacune des têtes de ce jeune monstre, dont l’àge ne dépasse pas quatre mois et la longueur trente centimètres, est parfaitement conformée. Entièrement séparées l’une de l’autre, elles se soudent au corps unique au niveau des vertèbres inférieures du cou.
- Chaque tète semble agir isolément et posséder une volonté bien distincte. La robe de ce reptile bicéphale a une coloration générale brun-verdàtre, changeante par instants suivant l’état de son humeur. Les yeux ont un éclat tout particulier; la bizarre et extraordinaire petite créature a tout l’air d’avoir une intelligence développée. En effet, lorsque M. Fischer s’approche de la boîte en verre dans laquelle il conserve son prisonnier, ce dernier déroule rapidement ses anneaux et rampe en toute hâte du côté où se tient son maître. Il lève en même temps ses deux têtes vers lui et darde dans sa direction ses langues fourchues en signe de joie et de satisfaction.
- On doit ne pas manquer de donner simultanément à manger aux deux têtes; chose singulière, elles paraissent, en effet, très jalouses l’une de l’autre. Elles se disputent et se battent souvent; par mo-
- Serpent ù deux têtes.
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- ments aussi, elles jouent ensemble. La nourriture habituelle de cet ophidien se compose de lait, de viande crue et de sang de bœuf. Il possède une très grande vivacité, surtout pour un serpent vivant en captivité; de plus, il est doué d’une force musculaire remarquable, en dépit de sa petite taille. Lorsque XHeterodom Simus a atteint l\àge adulte, sa longueur dépasse quatre pieds. Ch. M.
- NÉCROLOGIE
- Cieorges Ville. — C’est une figure franchement ori ginale qui vient de disparaître. Si jamais savant fut le fils de ses œuvres, c’est bien Georges Ville. Avec un bien faible bagage scientifique, il sut, à force de volonté et de travail, s’élever à la hauteur d’un véritable précurseur, et, par ses conceptions aussi hardies que neuves, prendre une place à part dans le monde savant. On fonda pour lui, au Muséum de Paris, la chaire de physiologie végétale. Peut-être ce titre ne répondait-il pas, en réalité, aux travaux de Ville et aux théories qu’il professa. En tout cas, son enseignement eut dès l’origine un retentissement d’autant plus grand qu’il heurtât les idées admises et qu’il était en désaccord avec les doctrines des plus grands agronomes du temps. Personne n’oubliera ses conférences au champ de Vincennes, ni la voix, ni la diction, ni le geste un peu théâtral de ce novateur passionné. Georges Ville avait la foi et il voulait la faire passer dans l’esprit de ses auditeurs. 11 a vraiment créé un mouvement salutaire autour de ses idées. Il ne faudrait pas en exagérer l’importance; mais, en fait, Georges Ville a joué son rôle dans les applications de la chimie à l’agriculture. Cours de chimie agricole avant tout, en effet, les leçons de Georges Ville! Programme : la nutrition intensive des végétaux par engrais chimiques. Nous reviendrons plus à loisir sur l’œuvre de l’auteur des Lois de la production végétale et du Catéchisme des engrais chimiques, etc. Qu’il nous suffise, en ces quelques lignes aujourd’hui, de nous joindre à ceux qui l’ont accompagné à sa dernière demeure et lui ont apporté un pieux témoignage de regrets et de sympathie. M. Georges Ville est mort à la suite d’une longue maladie, le lundi 22 février, à l’âge de soixante-treize ans. J.-F. G.
- —o<>*—
- CORRESPONDANCE
- Paris, 27 février 1897.
- Monsieur le directeur,
- Dans le n° 1237 de La Nature du 13 février 1897, p. 163, vous avez publié, sous mon nom, un article traitant des réfractions extraordinaires. La plus grande partie de cet article est bien de moi, car elle a déjà paru dans une Note que j’ai envoyée à l’Académie des sciences (Comptes rendus, 17 août 1896). Mais vous y avez ajouté quelques lignes et une photographie auxquelles je suis complètement étranger. La photographie paraît, à première vue, représenter un effet de mirage sur le Léman; mais ce mirage est imaginaire, et d’après ce que m’écrit mon ami le professeur Forel, très versé dans ces questions d’optique,'la double image du bateau résulte simplement d’un accident photographique qui doit s’ètre produit pendant l’ouverture de l’obturateur.
- Veuillez agréer, monsieur le Directeur, l’expression de ma considération la plus distinguée.
- Andbé Delebecque.
- Par suite d’une transposition, on a effectivement placé
- dans le texte de M. A. Delebecque plusieurs lignes qui auraient dû venir en note à part et qui servaient d’explication à la photographie que nous avait envoyée M. Picard, de la Chaux-de-Fonds. Celte photographie, comme nous l’écrit de son côté M. Picard, et ainsi qu’il l’a reconnu après coup, résulte d’un double déclenchement de l’obturateur. D’où les deux images superposées. L’épreuve de M. Picard offre un curieux exemple de double impression et de faux mirage. II. de P.
- CHRONIQUE
- Les bienfaiteurs de la science. — A la fin de
- l’année 1896, dans les derniers jours, le prince de Galles a procédé à l’inauguration, à Albermarle Street, d’un laboratoire de chimie offert par le Dr Mond aux savants anglais et qui est désigné sous le nom de Laboratoire Davy Faraday. Cet établissement est installé dans un hôtel voisin immédiat de celui qu’occupe depuis le commencement du siècle, dans le quartier fashionable de London Royal Institution, le grand établissement où Davy, Faraday et Tyndall ont successivement professé, et où tant de découvertes immortelles ont été successivement accomplies. Avant que le Dr Mond ait fait l’acquisition de ce grand bâtiment de forme monumentale, il i tait occupé par l’hôtel de lord Cowley, qui fut ambassadeur d’Angleterre à Paris, pendant la plus grande partie du règne de Napoléon 1IL La transformation qui a été faite sous les yeux du Dr Mond, et d’après ses plans, ne lui a pas coûté moins de 2 400 000 francs. Les caves, qui du temps de lord Cowley regorgaient de vins célèbres, sont consacrées aux accumulateurs et aux enceintes à température constante. Un laboratoire spécial construit sur une masse énorme de béton, de manière à éteindre toutes les vibrations, est réservé aux pesées de précision. Un autre est consacré à l’étude des explosifs. 11 est revêtu d’une énorme cuirasse d’acier, dans laquelle on a creusé un petit trou, un seul, de dimensions infimes, mais suffisantes pour que l'on puisse voir tout ce qui se passe dans cette enceinte convulsive sans avoir rien à redouter. Le reste de l’établissement comprend dix-huit laboratoires, mis gratuitement à la disposition des savants qui veulent y exécuter des recherches particulières. Les demandes d’admission doivent être adressées à lord Ramsay et au professeur Dewar. D’après les règles de l’établissement, on ne doit se préoccuper que d’une chose : savoir si le pétitionnaire est suffisamment désigné par ses travaux antérieurs pour l’étude des phénomènes auxquels il désire se consacrer. En outre le nouveau laboratoire doit être considéré comme une succursale de Royal Institution.
- Unç nouvelle plante & caoutchouc. — La consommation du caoutchouc augmente constamment, et l’on détruit sans compter les plantes qui le fournissent : on saigne les arbres et les lianes avec un vandalisme qui s’est reproduit souvent en bien des matières, et il devient de toute urgence, non seulement qu’on impose d’autres façons de faire, mais surtout qu’on prépare des cultures de plantes à caoutchouc pour remplacer les richesses naturelles si inutilement dilapidées. Aussi, non seulement on essaye d’obtenir des caoutchoucs artificiels, ou tout au moins de modifier heureusement les latex encore sans usage possible, mais encore la station botanique do Ceylan a établi des cultures d’hevea, et on commence à imiter cet exemple au Congo français. Mais voici qui est mieux : jusqu’à présent, sur la côte occidentale d’Afrique, comme le fait remarquer un savant naturaliste, M. II. Le-
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- cotnle, on n’utilisait guère pour cette production que les lianes du genre Landolphia; on signale maintenant, comme devant pouvoir être fructueusement exploité, un arbre qu’on rencontre à Accra, à Lagos, à Fernando-Po, le Kickxia africana (Benth). De son tronc, qui peut atteindre jusqu’à 15 et 20 mètres de haut, s’échappe à la moindre incision un lait dont la coagulation à froid dure deux semaines : le caoutchouc ainsi produit (car c’en est bien) vaut un shilling la livre anglaise. D’autre part, la station botanique de Lagos obtient par évaporation à chaud, et moyennant des précautions qu’on ne nous explique point, une matière de qualité supérieure qui vaut presque 2 shillings et demi. Le kickxia est en pleine exploitation à Lagos : c’est une vraie révolution économique pour cette colonie, puisque l’exportation du caoutchouc y dépasse 5 millions de livres pendant le dernier exercice, alors qu’elle n’atteignait pas auparavant 40 000 livres. Ainsi que le dit M. Lecomte, il y aurait le plus grand intérêt à rechercher le kickxia dans les forêts de nos colonies du golfe de Guinée, où il doit se rencontrer tout comme au Lagos.
- lin musée commercial en Chine. — On sait que maints pays possèdent maintenant des musées commerciaux où vendeurs et acheteurs peuvent voir les différents produits susceptibles de les intéresser, juger de ce qu’il serait possible de faire venir de l’étranger ou au contraire d’exporter sur les marchés extérieurs. Voici que la Chine, qui semble quelque peu désirer sortir de sa torpeur légendaire, en même temps qu’elle consent à la construction de vraies lignes ferrées sur son territoire, veut imiter les nations occidentales en créant un de ces musées. 11 paraît en effet, et d’après une information sure, qu’un musée commercial vient d’être établi à Pékin : il est installé dans un des bâtiments de l’Université de la capitale, l’aménagement en ayant été fait avec les conseils de la Mission américaine méthodiste. Dans ce musée on doit exposer spécialement les machines étrangères, et les différents systèmes mécaniques de provenance européenne ou américaine. Le directeur du Musée demande qu’on lui envoie des modèles, des photographies, des dessins de machines, de charrues notamment, de navires, de fusils, de machines électriques, de voitures, de moulins à vent, de métiers à tisser, de presses d’imprimerie. On comprend que la nouvelle est intéressante pour tous nos industriels français : il importe seulement que les objets qu’on veut faire exposer soient accompagnés d’une Notice écrite en chinois, et donnant une description, au besoin le prix de l’objet, le nom et l’adresse du fabricant. Dès maintenant les visiteurs du Musée deviennent de plus en plus nombreux, et ils semblent désireux de faire connaissance avec les produits de l’industrie étrangère. C’est ce qui peut s’appeler un signe des temps.
- Nonveau procédé d’irrigation. — M. Max Rin-gelmann, directeur de la station d’essais des machines agricoles, a fait récemment l’éloge d’un nouveau procédé d’irrigation, expérimenté dans les propriétés des initiateurs. MM. de Courzac et Pascault, château de la Planche, près de Vivonne (Vienne). On l’a appelé la vivonnaise. Il paraît qu’il assure, avec une rapidité à laquelle on n’était guère accoutumé, l’élévation des eaux d’arrosage pour la culture, ou des eaux d’alimentation pour les exploitations rurales, les fabriques, les moulins, et aussi pour les modestes agglomérations. La combinaison de MM. de Courzac et Pascault consiste dans le montage d’une roue en fer très légère, formée d’aubes radiales et pendantes, dont les
- panneaux sont en tôle ondulée, sur un axe qui la fait tourner entre deux paliers tixés à un bâti de bois; ces paliers sont constitués par des pieux armés d’un sabot à vis, que l’on enfonce à l’endroit où la roue doit se mouvoir. La roue, implantée contre la berge d’une rivière ou dans une simple dérivation, est frappée par le courant; en tournant, elle rencontre, adapté à chaque aube, un auget cylindrique en zinc, incliné vers l’axe par un coude qui forme goulotte d’écoulement. A l’autre extrémité, l’auget se raccorde avec un tube siphoïde à trois branches, lequel assure la sortie de l’air pendant que l’augrt est rempli d’eau. L’action du courant permet le remplissage de chaque auget qui, suivant le mouvement de rotation, vase déverser à la partie supérieure dans une gouttière qui amène l’eau sur la rive. L’irrigation pratiquée avec ce nouveau système est rapide et économique; en effet, avec une vitesse de courant de 2P> centimètres par seconde, on peut élever 5840 litres par heure à lra,50 environ au-dessus de la rivière ; avec une vitesse de 60 centimètres, on atteint le chiffre respectable de 24 à 25 000 litres.
- l.a moutarde blanche comme fourrage. —
- Tout récemment un colon tunisien s’est livré à des essais fort intéressants sur l’emploi de la moutarde blanche comme fourrage. Après une fumure de 25 000 kilogrammes de fumier de ferme à l’hectare, et un léger labour, il avait semé sur 20 ares 2 kilogrammes de moutarde blanche mélangée à 1 kilogramme de sainfoin d’Espagne. Il a obtenu une récolte haute de 1 mètre, avec un rendement de 25 000 kilogrammes à l’hectare. Ce fourrage, dont les bœufs étaient fort avides, contient 88,2 pour 100 d eau, 2,6 de matières protéiques, 0,41 de matières grasses brutes, 2,4 de matières solubles dans l’alcool, 1,7 d’amidon, 2,4 de cellulose non saccharifiable, et le reste en matières minérales.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1er mars 1897. — Présidence de M. Cuatin.
- Action propre de l'uranium sur les corps électrisés. — M. Becquerel expose le résultat de recherches qu’il a poursuivies, en vue de préciser les conditions de l'action exercée par l’uranium sur les corps électrisés. II s’est servi, pour ses expériences, à la fois de l’électroscope d’Hurmuzescu et d’un autre électroscope extrêmement sensible à une seule feuille d’or, permettant d’apprécier une fraction de volt. Il a ainsi constaté qu’un fragment d’uranium approché de la boule d’un électroscope le décharge, que le potentiel soit très considérable ou que le potentiel soit seulement d’une fraction de volt, que l’appareil soit chargé d’électricité positive ou négative. Le phénomène affecte donc le caractère d'une action générale. Si l’on place un conducteur terminé par une boule et chargé d’électricité en regard d’un autre conducteur identique, puis si l’on dispose à distance au-dessus des deux boules une lame d’aluminium, la charge électrique passe d’une boule sur l’autre. M. Becquerel s’est demandé quel pouvait être le rôle de l’air en cette circonstance. On sait déjà que l’air ayant séjourné sur l’uranium décharge un électroscope lorsqu’on le projette sur la boule de l’électroscope. Dans îe but d’éclaircir cette difficulté, M. Becquerel a enfermé la boule de l’électroscope dans une petite cage de verre. Le plafond de celte cage porte une lame d’aluminium ; enfin, deux tubulures latérales opposées permettent de faire traverser la cage par un courant d’air passant entre la boule et la plaque. Dans
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- ces conditions, la décharge est beaucoup plus lente. M. Becquerel s’est aussi occupé du rôle de la pression; il a observé qu’elle exerçait une action; il se propose d’opérer dans le vide pour résoudre complètement la question.
- Nouveau procédé de stérilisation des liquides alimentaires. — M. Kuhn a imaginé un nouveau procédé de stérilisation des liquides alimentaires basé sur l’emploi combiné de la chaleur et de la pression. La chaleur, ce moyen si simple de stérilisation, est quelquefois inapplicable, parce qu’elle change la saveur des liquides. Or comment chauffe-t-on les liquides? Dans des appareils ressemblant plus ou moins à la marmite de Papin. Au-dessus du liquide se trouve un espace libre dans lequel s’accumulent les gaz et la vapeur dont la réaction produit pression sur le liquide. M. Kuhn a imaginé de chauffer le liquide, lait, bière, cidre, vin, dans un vase clos exactement rempli, de telle sorte que les gaz et vapeurs ne peuvent se dégager et que, par l’effet immédiat de sa dilatation, le liquide se trouve soumis à des pressions énormes. Non seulement les liquides ayant supporté cette épreuve sont stérilisés, mais encore ils n’ac.quicrent
- Fig. 1. — Plaques inusables sur un escalier en pierre. En cartouche, détails de la plaque.
- PLAQUES ET DALLES INUSABLES
- On sait combien il est difficile de maintenir en bon état les marches d’escaliers en pierre sur lesquels circule toujours un public sans cesse en mouvement. Les piétinements continuels, malgré tous les soins pris à cet égard, amènent leur usure rapide. On songerait naturellement pour tourner la difficulté à employer un métal, tel que le cuivre ou l’acier, qui résisterait beaucoup plus facilement à ces divers frottements. Mais il en résulterait un sol plus glissant, sur lequel les pieds des passants ne pourraient se fixer solidement, et les accidents causés par ces mauvaises dispositions seraient susceptibles de se multiplier.
- M. Mason a combiné un système qui peut à la fois assurer la solidité des pierres et des marches, et se prêter très aisément à la circulation. Le système consiste en une série de rainures longitudinales en laiton fixées elles-mêmes à la partie supérieure d’une plaque de même métal. Ces rainures reçoivent des lames de plomb qui sont entrées à force et qui ressortent en haut de façon à recouvrir tous les re-
- pas le goût de cuit qui en altère la saveur, lorsqu’ils ont été chauffés dans les conditions ordinaires. Ils conservent leurs propriétés organoleptiques , circonstance qui constitue la supériorité du procédé sur les autres méthodes. M. Kuhn a traité de cette manière du jus de raisin, puis il l’a ensemencé avec une levure unique et choisie. La fermentation a donné un produit bien supérieur à celui qu’eût fourni la fermentation spontanée du même jus dans la cuve. La saveur est changée par cette voie qui est l’inverse de l’addition de substances étrangères; aussi peut-on dire que ce mode de stérilisation est fort important au point de vue industriel aussi bien qu’au point de vue scientifique.
- Varia. — M. Guillaume adresse le résumé de ses observations des taches du soleil faites à l’observatoire de Lyon, pendant le dernier trimestre 1890.— M. Perrin présente une Note sur la décharge des corps électrisés par les rayons X. — M. le professeur Guy on fait hommage à l’Académie de la 5e édition de son traité sur la thérapeutique des voies urinaires. Cu. de Villedecil.
- Fig. 2. — Bulles inusables.
- Autre modèle installé sur des marches.
- bords des rainures de laiton On aperçoit du reste, dans le cartouche de la figure 1, en 1 la vue de face et en 2 la vue latérale d’un morceau de ces plaques. Le plomb offre au pied un appui ferme et l’empêche de glisser ; il résiste de plus facilement au frottement pendant un temps assez long, et peut du reste être remplacé très aisément. La figure 1 nous fait voir l’application de plaques ainsi composées sur des escaliers en pierre; dans la figure 2, les marches tout entières en sont revêtues. Ces dalles et plaques ont déjà été essayées à Londres dans diverses gares, où le mouvement des voyageurs ne s'arrête pas de la journée, ainsi qu’à la gare de Finsbury Park, à la Compagnie du chemin de fer de North Greathern, et en diverses installations ; on a partout constaté des résultats satisfaisants.
- Ajoutons que l’armature proprement dite qui reçoit les lames de plomb peut être également en acier trempé, en laiton ou en un antre métal dur, suivant les applications. M. Leroy.
- Le Gérant : I*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fieurus, 9.
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- N° 1241. — là MARS 1897.
- LA NATURE.
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- LAMPE A ACÉTYLÈNE
- SYSTÈME LÉTAN’G ET SERPOLLET
- La facilité apparente avec laquelle il est possible d’obtenir la production du gaz acétylène, au moyen de l’action de l’eau sur le carbure de calcium brut, a déterminé la création d’un nombre considérable déjà de gazogènes portatifs.
- 11 s’en faut, et de beaucoup, que ces tentatives aient toutes été couronnées de succès, et il n’y a guère qu’en donnant de grandes dimensions aux gazomètres qu’un fonctionnement satisfaisant de ces appareils a pu être obtenu.
- Différentes causes signalées d’abord par MM. Lé-tang et Serpollet, et bien mises en lumière plus tard par M. Loewcs, de Greenwich, concourent à rendre irrégulier le dégagement de l’acétylène. Parmi celles-ci il faut citer, en première ligne, la propriété que possède la chaux résultant de la décomposition du carbure de calcium brut, d’absorber temporairement une grande quantité d’eau lorsque sa température est élevée et de la remettre en liberté lorsque la masse se refroidit.
- Les effets de cette hy-grométricité variable de la chaux ont une influence perturbatrice d’autant plus importante qu’ils se manifestent aussi bien dans les appareils dont la marche est réglée par un débit intermittent du liquide que dans ceux dont le principe repose sur la durée de l’immersion du carbure dans l’eau.
- Si on considère, en effet, ce qui se passe lorsqu’une quantité notable de carbure est soumise à l’action de l’eau, on voit que d’une part il se dégage de l’acétylène, et que d’autre part il se forme de la chaux qui s’hydrate immédiatement et dont la température s’accroît considérablement de ce chef. Cette élévation thermique a pour effet, comme des mesures directes l’ont montré, de faire absorber à la chaux jusqu’à trois fois son poids d’eau.
- Lorsqu’on supprime le contact de l’eau et du carbure dans le but d’arrêter le dégagement de l’acétylène, la température tendant à s’abaisser, la chaux met en liberté l’eau quelle vient d’enmagasiner. Celle-ci réagit sur le carbure en provoquant une surproduction gazeuse qu’il faut recueillir dans un gazomètre de grande capacité ou bien laisser fuir dans l’atmosphère.
- 25' année. — 1er semestre.
- Certains constructeurs américains ont imaginé, pour pallier ce défaut, de faire des gazogènes à parois extrêmement résistantes, parfaitement clos, dans lesquels le gaz, se produisant en excès, s’accumule en se comprimant.
- De trop nombreux accidents, causés par l'acétylène, emmagasiné sous pression, ont démontré l’indéniable danger qu’offre le maniement de semblables appareils.
- La solution permettant de tourner cet obstacle de la surproduction, adoptée par MM. Létanget Serpollet, a été imaginée dans un ordre tout nouveau et tout à fait différent d'idées.
- De même que le pétrole que nous brillons dans nos lampes n’est point tel que le liquide impur qui sort des puits de Bakou ou de Pensylvanie, de même le carbure de calcium brut, tel qu'il sort du four électrique, ne peut être employé dans les gazogènes de volume réduit.
- Le résidu de chaux compacte, obstacle principal au fonclionnemeut régulier des appareils, ne pouvant être supprimé par les moyens mécaniques essayés en premier lieu, il restait encore à employer les procédés chimiques, et c’est ainsi que le problème fut définitivement résolu.
- Un petit nombre de substances jouissent de la propriété de dissoudre la chaux et il ne pouvait d’autre part être question de recourir, dans ce but, à des acides minéraux, comme l’acide chlorhydrique, par exemple, dont l’action corrosive aurait pu s’étendre jusqu’à détruire les gazogènes eux-mêmes.
- La chimie organique offrait un choix plus étendu et la substance adoptée comme présentant, au plus haut degré, toutes les qualités requises, en même temps qu’une innocuité absolue, fut la glucose.
- Ce corps a la propriété de se combiner à la chaux, en formant un sucrate de chaux non caustique, non vénéneux et très soluble; il est couramment employé à cause de son prix peu élevé, sous le nom de sucre de maïs ou de pommes de terre, dans la confection des sirops et des conserves de qualités communes.
- La carbure de calcium, intimement malaxé avec la glucose au moyen de procédés mécaniques que nous ne décrirons pas ici, se tranforme en un corps ayant des qualités si nouvelles, qu’on peut en quelque sorte le qualifier de raffiné.
- Lampe à acétylène.
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- II est, en elïet, devenu insensible à l’action de l’humidité ; il a perdu son odeur caractéristique, et, enfin, il se décompose, qualité essentielle, sans laisser de résidu solide au contact de l’eau.
- La lampe portative à acétylène, que l’emploi du carbure préparé a permis de réaliser, est fondée tout simplement sur le principe du briquet à hydrogène de Gay-Lussac.
- Cet appareil se compose : 1° d'un réservoir extérieur ayant la forme d’un cylindre renflé à sa partie supérieure (voir la figure ci-contre); 2° d’une cloche, surmontée de canaux d’adduction amenant le gaz dans un filtre, rempli de filaments ténus de verre, fermé à son extrémité supérieure par un robinet porte-bec ; 5° d’un panier ajouré supporté par une tige se fixant au rebord inférieur de la cloche par un cran à baïonnette.
- Le chargement de la lampe est des plus simples. Le panier, préalablement rempli de carbure, est fixé sous la cloche et celle-ci est introduite dans le grand réservoir. On verse de l’eau dans ce dernier jusqu’à ce qu’il soit presque plein et on ouvre le robinet. L’air contenu sous la cloche s’échappe d’abord; puis, après un instant de contact avec l’eau, le carbure est attaqué, l’acétylène se dégage et il n’y a qu’à allumer le bec.
- En fermant le robinet on éteint la lampe; l’eau est refoulée par le gaz, dont le dégagement cesse dès que le contact avec le carbure n’existe plus. Celui-ci, en effet, ne repose pas sur un lit de chaux, mais sur des fils de fer constituant le panier à claire-voie, qui ne peut retenir qu’une quantité d’eau pratiquement négligeable.
- Lorsque tout le carbure a été décomposé, il faut, pour recharger la lampe, renouveler la provision de carbure et changer l’eau du réservoir.
- Le type le plus fort des lampes de ce système actuellement dans le commerce contient 600 grammes de carbure raffiné, ce qui permet un éclairage continu de six heures, avec une puissance lumineuse d’au moins vingt-cinq bougies.
- Le prix du carbure raffiné est soumis aux mêmes variations que celui du carbure brut, mais il peut être assez exactement estimé à 50 centimes le kilogramme.
- En se basant sur ce chiffre qui, avant peu, sera certainement réduit, on voit que la dépense horaire de la lampe est de 5 centimes seulement. Pour obtenir une lumière de même intensité avec le pétrole il faudrait dépenser 7 centimes, et 62 centimes avec la bougie.
- L’acétylène peut donc déjà être économiquement substitué, pour l’éclairage de nos habitations, au pétrole, dont la provenance est exclusivement exotique.
- La chaux, le charbon, le sucre, sont tous, à l’inverse du pétrole, des produits de notre industrie nationale, et l’énergie électrique elle-même, nécessaire à la formation du carbure de calcium, provient de la puissance presque inutilisée, jusqu’à présent, des torrents de nos montagnes.
- La science possède parfois des moyens permettant de résoudre, avec une promptitude digne de remarque, les problèmes économiques internationaux les plus inattaquables en apparenoe.
- Dans cette lutte pacifique et féconde des intelligences contre la matière, nous ne pouvons nous priver de constater, sans une satisfaction légitime, que notre pays reste au premier rang.
- Albert Etançon.
- LÀ PESTE ET LE COMITÉ CONSULTATIF
- d’HYGIÈNE DE FRANCE
- M. Henri Monod vient de faire au Comité consultatif d’hygiène de France un long et important Rapport relatif à l’épidémie de peste qui sévit aux Indes et aux mesures qui ont été prises pour les combattre1. Nous en analyserons sommairement quelques passages.
- L’existence de la peste bubonique à Bombay a été dénoncée dans le courant du mois de septembre dernier, bien qu’il soit certain qu’elle sévissait dès le mois de juillet.
- Jusqu’en février 1897, on a estimé le nombre des victimes à 12 459.
- Mais ces chiffres peuvent être faussés pour diverses raisons. Les autorités n’ont fait figurer dans les bulletins hebdomadaires la nouvelle rubrique « fièvre bubonique » que depuis novembre, et cette rubrique ne comprend que les cas déclarés au service sanitaire. De plus .les inspecteurs municipaux chargés de rechercher les malades de la peste et de constater les décès ne sont pas des médecins ; ce sont des fonctionnaires d’un rang très subalterne, que leur modeste situation peut rendre facilement accessibles aux sollicitations des familles, toujours intéressées à dissimuler les cas de peste ; dans ces conditions, il est bien évident que l’on n’attribue à l’épidémie que les victimes qui portent des trace® incontestables et visibles extérieurement, c’est-à-dire des bubons.
- Quoi qu’il en soit, la situation à Bombay, dit M. Henri Monod, est navrante. Un grand nombre d’usines, de maisons de commerce ont fermé leurs portes. La gène qui résulte du départ de la plus grande partie des marchands s’accentue tous les jours. 11 devient de plus en plus difficile de se procurer les objets et les fournitures d’un usage courant et de conserverie nombre de domestiques strictement indispensable pour le service des maisons. Les hôtels et les clubs sont désorganisés par le manque de personnel subalterne.
- En raison de la diversité de races et de castes, les autorités municipales rencontrent une grande difficulté à faire exécuter toute mesure sanitaire. Les scènes lugubres que l’on voit partout maintenant se multiplient dans les quartiers indigènes. Les Hindous morts sont toujours transportés à découvert, et il arrive que les cadavres de pestiférés restent longtemps exposés parce que l'on ne peut pas trouver des gens de même caste pour transporter ]es corps, et qu’aucun Hindou appartenant à une autre caste ne consentirait à le faire. Les familles musulmanes enterrent elles-mêmes leurs morts dans des cimetières au milieu de la ville, à une très petite profondeur et sans surveillance ; or, l’on sait par les expériences de Yersin
- 1 Journal officiel, 1er mars 1897.
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- LA NATURE.
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- que le sol est un excellent milieu pour la conservation et la propagation de la peste. On voit partout, accroupies le long des maisons, des bandes de misérables exténues, sans asiles, qui ne songent même plus à mendier. Les décès en pleine rue sont fréquents....
- En ce qui concerne les mesures de protection, M. Monod exprime le regret que l’Angleterre n’ait rien fait en vue de la désinfection, selon les conventions votées par ses représentants à la Conférence internationale de Paris. Dans tous les ports de départ des navires venant de l’océan Indien, on eût dù opérer une désinfection rigoureuse à terre de tout objet contaminé. On fermait ainsi le port au mal et l’on rendait plus facile la défense contre le fléau.
- 11 semble, dit M. Monod, que les choses se passent aujourd’hui comme elles se sont passées de tout temps, à savoir que, si les pèlerins sont soumis à une visite médicale individuelle, leurs bagages, déposés à bord avant cette visite, ne subissent aucune désinfection ; que, quant aux embarquements faits sur des navires autres que les navires à pèlerins, ni à l’égard des personnes, ni à l’égard des choses, aucune précaution quelconque n’est prise.
- Cela est extrêmement regrettable. Aucune personne n’aurait dù être autorisée à quitter le port de Bombay sans être examinée; aucun objet susceptible de transmettre le mal, sans être désinfecté. L’Angleterre eût dù faire à Bombay, pour préserver les nations de la peste, ce que nous avons fait au Havre en 1892, avec succès, pour les préserver du choléra. Elle eût pu le faire facilement et à très peu de frais.
- Aucun cas de peste n’a encore été signalé à Calcutta ; mais le service médical de celte ville laisse entendre que, d’un moment à l’autre, l’épidémie peut s’y déclarer, par suite de la négligence et de « l’incroyable apathie >) de l’administration municipale.
- L’inquiétude est générale, dit le Rapport. On se rend bien compte qu’en raison de l’état d’insalubrité ordinaire des villes de l’Inde, où les soins les plus élémentaires de propreté et d’hygiène sont inconnus, l’épidémie risque de prendre les proportions d’une véritable calamité publique. Au cours d’une excursion récemment faite par le consul de France à Calcutta dans la province du Bengale, il lui a été donné d’apprécier combien ces craintes étaient fondées : à Jamalpour, à Bankipour, à Patna, à Bénarès surtout, les quartiers indigènes, où s’entasse une population d’une densité extraordinaire, sont des cloaques immondes que la superstition populaire défend depuis des siècles contre toute mesure de salubrité.
- Aussi, les fissures par lesquelles la peste peut se faufiler n’ayant été fermées nulle part, il a fallu multiplier les mesures administratives de protection en Turquie, en Égypte, au Maroc, en Bulgarie, Roumanie, dans le golfe Persique, etc. M. Monod entre dans de nombreux détails sur ce qui a été fait partout et notamment en France. On les trouvera dans le Rapport.
- Nous reproduisons seulement une lettre de M. Roux, de l'Institut Pasteur, communiquée par M. Monod au Comité consultatif en réponse aux diverses questions qui lui ont été adressées :
- « Je m’empresse de répondre aux questions que vous me posez :
- « 1° A quelle température le microbe de la peste est-il sûrement tué ?
- (( En milieu humide, il est tué en moins d’une heure à 58° et plus rapidement encore à 100°.
- « D’après Kitasato, la dessiccation tue le microbe.
- « Des cultures du sang de la pulpe d’organes pestiférés, desséchées en couche mince, ne contenaient plus de microbes vivants après quatre jours.
- « Puisque la dessiccation, seule, tue le microbe, il C't certain que celle-ci, aidée de la chaleur, le fera périr plus vite.
- « Les cultures exposées en couches minces à l’air et à la lumière solaire étaient stérilisées rapidement.
- « 2° Y a-t-il certitude scientifique que telle ou telle nature d’objets est ou n’est pas capable de transporter vivant, au loin, le microbe de la peste?
- u II est imposible de dire a priori que tel objet ne peut pas transporter le microbe de la peste, car on peut toujours concevoir des conditions où les objets auraient été souillés. Mais, dans la pratique, les divers objets sont, par leur nature même, plus ou moins exposés aux souil-lui 'es. Ainsi, les linges, les habits portés seront évidemment contaminés bien plus fréquemment que des graines, des bois, etc., qui ne le seront que par exception et que dans le cas où ils contiendraient des rats ou des souris pestiférés.
- « Même sur des objets souillés, le microbe ne se conservera longtemps que dans certaines conditions d’humidité, de non-exposition à l’air ou à la lumière.
- « Il me semble donc que les mesures à prendre contre ces objets doivent être guidées par ces considérations générales.
- « Recevez, etc. » Dr Roux.
- A la suite de la lecture de cette lettre, sur l’initiative de M. Cornil, le Comité consultatif a émis le vœu :
- Que la prohibition absolue d’entrée et de transit de certaines marchandises considérées comme particulièrement dangereuses, édictée par le décret du 19 janvier 1897 contre les provenances des ports de l’Inde contaminés, soit étendue à tous les ports atteints de peste ;
- Que le décret du 9 février soit rapporté ;
- Que des instructions soient données aux services de la Santé pour la simple et stricte exécution des prescriptions du décret du 4 janvier 1896.
- Ce vœu a été adopté par le Comité à l’unanimité.
- En outre, le Comité a nommé une commission spéciale chargée de lui présenter dans un très bref délai un Rapport sur le degré de danger que présentent, au point de vue de l’introduction de la peste, les céréales, les graines, les cotons de toute nature, les laines manufacturées ou non, et sur les procédés de désinfection qui seraient applicables à ces marchandises. J.-F. Gall.
- PROLONGEMENT DES QUAIS
- SUR l’hüDSON RIVER ET DÉGAGEMENT DE WEST STREET A NEW-YORK
- Lorsqu'on 1626 la Compagnie hollandaise des Indes Occidentales acquit des Indiens File de Manhattan, pour 60 guilders, somme équivalente à 125 francs de notre monnaie, nul n’aurait pu se douter de l’importance des surfaces qu’il y aurait à conquérir sur les deux rives de l’Hudson (North et East River) pour obtenir les emplacements nécessaires à l’immense commerce de la ville actuelle de New-York. La figure 2, qui représente la pointe de cette île, donne, pour la partie ombrée, l’aire primitive qui a servi de berceau à la cité, et pour la partie
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- claire, la superficie considérable conquise depuis près de 500 ans, génération par génération. Sur tout le périmètre on voit que ces surlaces comprennent, outre plusieurs grandes voies parallèles aux rivages, une quantité énorme de jetées ([tiers) entre lesquelles viennent s’amarrer et se décharger les innombrables navires de commerce qui fréquentent le [tort, et les non moins encombrants lcrry-boats qui mettent en communication l'ile avec la terre ferme. Ces additions se sont constituées peu à peu le plus souvent sous l’influence d’intérêts privés : néanmoins, dès 1654, on avait reconnu la nécessité de protéger les rives contre les courants rapides des deux bras du fleuve et particulièrement sur l’East River, à l’aide d’un rideau continu de palplanches, et une ordonnance rendue à cet effet forme le premier document officiel relatif à ces importants ouvrages.
- Toutefois la limite ainsi assignée aux rivages n'a pas tardé à être reculée de plus emplus, en raison de l’occupation successive de tous les terrains disponibles, et c’est ainsi que se sont créées les grandes voies dites West et South Street qui longent les bras du lleuve et donnent passage à tout le trafic qu’ils leur apportent.
- Jusqu’à ces
- temps, il régnait dans la première de ces voies un encombrement extraordinaire. A droite sont les constructions importantes et fixes, à gauche se trouvent les hangars et les bâtiments légers appartenant aux compagnies de navigation. Depuis 1871, on s’est préoccupé d’élargir graduellement West Street dans les parties les plus encombrées et de la prolonger vers le nord, tout en régularisant et en augmentant sa largeur. A cet effet, on a construit et on continue à établir, du coté
- de la mer, un mur de quai dont la crête se trouve à 54 mètres au delà de l’ancien rideau en palplanches dont il a été ci-dessus question. West Street recevra ainsi un accroissement de largeur de 21 mètres, et présentera sur tous les points 75mètres en œuvre. On
- __________compte consacrer
- 15 mètres aux hangars qui desservent lcsjetées, et 24 mètres aux magasins destinés aux marchandises qui ne ](cuvent être laissées à l’air libre ; mètres seront affectés à la circulation des véhicules de toute nature. Les murs de quai sont exécutés de deux manières différentes, suivant qu’on peut compter sur un fond rocheux, ou qu’on ne dispose que de fonds vaseux. Dans les deux cas, des blocs en béton sont descendus à l’aide d’une grue flottante (fig. 1) qui vient les [(rendre
- sur le rivage pour les immerger à l'emplacement désigné ; l’obliquité du rocher se corrige à l’aide de sacs de béton. Avec des fonds vaseux, les blocs reposent sur des [(ilôts foncés jusqu’au sol résistant, reliés à leurs extrémités supérieures par des chapeaux et au-dessous des blocs par de fortes moises. Dans le premier cas, le remplissage en arrière des blocs consiste en gros enrochements ; dans le second, les pilots sont protégés par des pierrailles de [dus faible échantillon ; les terre-pleins situés en arrière des murs seront occupés par des constructions légères. On prévoit aussi l’établissement d’immenses formes de radoub pour la réparation des transatlantiques. Trois de ces ouvrages seront accolés, dont l’un aura une longueur de 240 mètres, et pourra recevoir les navires des dimensions les plus grandes connues jusqu’à ce jour. G. Richou.
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- LA PÊCHE DES POULPES
- Le poulpe ou la pieuvre, comme on l’appelle souvent, doit une notoriété toute particulière à son aspect horrible, à sa consistance molle et visqueuse, à ses gros yeux cerclés d’or, profonds et glauques, à ses huit liras garnis de ventouses, et aussi aux récits et aux légendes qui ont pris thème de l’action paralysante de ces bras souples qui enlacent comme des serpents.
- Le poulpe, de son nom savant l'octopus, est peu redoutable dans nos mers, grâce à sa faible taille; mais il n’en excite pas moins la plus vive répulsion : aussi la plupart de nos lecteurs ne seront-ils pas peu étonnés d’apprendre qu'il ne manque pas de gens pour apprécier grandement ce céphalopode comme
- article alimentaire. Afin de satisfaire l’appétit de ces étranges gourmets, on se livre sur certains points d’une façon intense à la pèche du poulpe : c’est ainsi que cette pèche est pratiquée avec ardeur dans le sud de la Régence de Tunis, et cela d’autant plus que la pieuvre est pour l’indigène un aliment bon marché en même temps qu’un important objet d’exportation. On peut dire qu’on la rencontre partout, en plus ou moins grande abondance, sur les rivages tunisiens; mais on ne la poursuit guère que sur la partie du littoral comprise entre Monastir et Mahrès, l’animal semblant choisir comme séjour de prédilection le canal de Kerkennah. Djerba voit cette industrie spéciale s’exercer sur son rivage, mais c’est surtout Sfax qui est devenu pour ainsi dire l’unique marché de ce produit de la mer. Les riverains des autres parties du golfe de Gabès ne semblent que se préoc-
- La pêche des poulpes en Tunisie.
- cuper médiocrement de ce mollusque, réservant leur activité pour la seule pêche des éponges.
- I)’une façon générale, et quoiqu’on en prenne toute l’année, la capture du poulpe se pratique principalement en octobre, d’octobre à mars. Nous avons dit que l’indigène consomme très volontiers le céphalopode en question pour son alimentation personnelle, mais surtout pendant les années de sécheresse. Quand les Arabes, Zlass, Souassi, Mekellits, Mehbdaou autres, voient leurs récoltes menacées par l’absence continue des pluies, un grand nombre d’entre eux quittent momentanément leurs douars, descendent sur la plage et demandent à la mer la nourriture de chaque jour; ils vont même porter sur les marchés du littoral l’excédent de leur pêche qu’ils ne peuvent consommer par eux-mêmes. Cette manière de faire a donné lieu à une croyance dans la région de Sfax : on se figure et l’on répète que les poulpes sont plus abondants pendant les années
- de sécheresse, alors qu’il faut dire simplement qu’on les capture davantage, le marché en étant plus encombré parce que la sécheresse a fait augmenter le nombre des indigènes qui se livrent à cette pêche.
- Du reste, celle-ci peut être pratiquée fort aisément, même par ceux qui n’en ont pas l’habitude continue.
- Le poulpe demeure tout près du rivage; il parcourt lentement les immenses bas-fonds qui s’étendent au-devant du littoral, et il trouve des proies abondantes dans ces eaux tiôdes. Il fait la chasse à l’affût, c’est-à-dire qu’il est toujours en quête d’un abri pour se masquer à la vue des autres animaux qu’il veut surprendre au passage. Les indigènes tirent précisément parti fort habilement, mais aussi très simplement, de ce besoin qu’il a de trouver des cachettes, et, pour le prendre, ils n’ont pas besoin d’appareils compliqués, pas même du moindre
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- LA NATURE.
- canot : il leur suffit d’un fagot de branches de pal mier ou de quelques pierres.
- A marée basse, les voici qui, sur la plage, retroussent leur burnous et leur chemise jusqu’à mi-cuisse, puis ils entrent dans la mer, atteignant les fonds qui sont recouverts par quelque 80 centimètres d’eau. Ils choisissent les endroits herbeux, et y disposent en ligne des abris faits avec les pierres ou les fagots qu’ils ont apportés. Ils laissent leurs pièges tendus et regagnent la plage au moment où la mer monte. Le poulpe se met alors en chasse; tout étonné, mais aussi tout joyeux de ces abris qui se sont bâtis pendant son absence, il y pénètre, s’en fait un domicile qu’il apprécie à sa juste valeur, et, dans sa nouvelle cachette, il saisit de ses bras llexibles toutes les proies qui ont l’imprudence de passer à sa portée. La mer commence de baisser, mais il s’en inquiète peu, enchanté qu’il est de jouir d’un refuge qu’on lui a si aimablement préparé; nous pourrions certainement nous attendrir sur sa naïveté et sa confiance, si ce n’était pas une bête si laide et si vorace. Le pêcheur approche, au fur et à mesure que le retrait de la mer (si peu sensible du reste dans la Méditerranée) lui permet de le faire, il parcourt toute la série des pièges qu’il a disposés et généralement y fait une ample récolte. Notons tout de suite qu’il y a, pour les eaux profondes, un autre mode de pèche : alors on laisse pendre dans l’eau, dans les courants notamment, un long cordage auquel sont suspendues, de distance en distance, des gargoulettes à panse rebondie ouvertes à leurs deux extrémités. Les poulpes s’empressent d’entrer dans ces refuges qui s’offrent à eux, et l’on n’a plus qu’à relever le cordage pour s’en emparer. On peut aussi, quand ils nagent entre deux eaux, les prendre à la main ou au moyen d’un trident.
- Mais il faut préparer la pêche quand on l’a ramenée à terre, et commencer par tuer les poulpes, ce qui n’est pas une petite affaire, car ils ont la vie particulièrement dure. Tout d’abord on décapu-chonne l’animal, en lui enlevant une sorte de membrane dure qui lui recouvre la tête; puis on le saisit par une de ses extrémités, et on le frappe vigoureusement contre terre, plus de cent cinquante fois de suite : il n’en faut pas beaucoup moins pour le tuer. Cette opération a aussi l’avantage d’en attendrir la chair, qui est fort coriace ; il faut encore le malaxer, en le comprimant sur le sol, tout en lui imprimant un léger mouvement de va-et-vient. Il dégorge à peu près toute l’eau qu’il contient, et on achève de le sécher en le suspendant à une corde tendue au soleil. Après cela il est prêt pour l’exportation, et susceptible de se garder pendant toute une année, grâce au sel qu’a laissé dans sa chair l’évaporation de l’eau de mer.
- Pendant une année, la pêche produit parfois jusqu’à 200 tonnes et plus de poulpes desséchés; on réunit les poissons par paire, en les nouant par l’extrémité des bras, et on les exporte en Grèce, aux Cyclades, aux Sporades, en Crète. Le bas peuple de
- -Grèce notamment en fait une grande consommation pendant les deux carêmes de Pâques et de l’Assomption qu’impose la religion orthodoxe. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il ne s’agit là que d’un mets peu délectable, qui rappelle d’assez près le cuir par sa résistance à la mastication. Et cependant il n’est pas sans être apprécié même sur certains points des côtes françaises.
- Nous ne parlons pas des côtes espagnoles ; et pourtant les pêcheurs de Cangas, dans la baie de Vigo, s’adonnent activement à la pêche de la pieuvre, qu’ils échaudent à l’eau de mer et font sécher ensuite ; mais c’est pour la livrer en paquets de 65 à 70 kilogrammes à des commerçants qui l’exportent au Brésil et dans les républiques de la Plata. Le poulpe a du reste toujours été apprécié comme appât pour la pêche, tout comme le calmar ou encornet, qui est employé par les pêcheurs de morue pour amorcer leurs hameçons. Mais en France même, sur les côtes de l’île de Ré principalement, les populations maritimes font une consommation extrêmement importante d’un céphalopode, décapode, parent très proche du poulpe. Il s’agit de la seiche, la sepia officinales, bien connue et par la couleur quelle fournit et par son os central cher au bec de nos serins. Les insulaires rhétais pêchent la seiche ou même la ramassent quand elle vient à la côte décapitée par quelque poisson ; tantôt ils la font cuire, sous le nom bizarre de casseron, dans un court-bouillon où ils ne manquent point de laisser se vider la poche à encre ; tantôt ils la dessèchent pour l’hiver, un peu à la façon arabe, mais en la faisant passer par un bain de chaux pour l’attendrir : c’est alors la seiche moîtrée. Je ne conseille à personne de goûter ni à l’un ni à l’autre de ces plats. Daniel Rellet.
- DANS LES ALPES
- Tous les touristes, les amis de la montagne qui, en Dauphiné ont parcouru la frontière, admiré ses sites incomparables depuis Briançon jusqu’au Lau-taret, liront avec intérêt les lignes suivantes signées de M. Elzéard Rougier1. La neige a été abondante pendant l’hiver actuel, et même en mars, elle était encore accumulée sur plusieurs mètres de hauteur dans les Alpes, sur le col du Galibier, et sur la route du Mont-Genèvre, qui conduit de Briançon à Oulx, l’épaisseur de la neige dépassait 5 et 6 mètres. Laissons la parole à M. Elzéard Rougier.
- Le village du Mont-Genèvre n’est pas entre la neige, mais plutôt sous la neige. On croirait à la disparition de ses 350 habitants. Seuls l’aubergiste et ses filles apparaissent à l’arrivée de quelques clients. Et de fait, il y a quatre ou cinq traîneaux sur l’étroit chemin blanc. Pendant qu’on prépare le déjeuner et que les chevaux vont manger l’avoine dans une espèce de souterrain qui sert d’écurie, nous explorons le village. Oh ! pas grand, mais absolument indescriptible dans sa ouate de neige et de glaçons. Des sentiers, si l’on peut appeler ça des sentiers, per-
- 1 Le Petit Marseillais.
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- incitent, en enfonçant toutefois jusqu’au ventre, de s’aventurer entre quelques maisons, dont on n’aperçoit plus que les pignons et les cheminées, avec la croisée percée sous l’angle même de la toiture. Tout le reste est enfoui dans
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- une crème blanche, résistante et splendide sous la lumière.
- .Nous voulons tenter d’aller jusqu’au seuil de l’église; mais c’est de toute impossibilité, la porte à peu près tout entière a disparu, et nous nous trouvons là entre des murs de neige qui dépassent 5 mètres. Un vrai décor de catacombes blanches. Pour aller d’une chaumière à l’autre, il y a parfois de petits tunnels ; et c’est encore le moyen le plus pratique pour circuler. 11 y a presque autant de neige au penchant des toits que sur le sol. Certaines maisons en portent un capuchon dont le poids, au dire des habitants du pays, irait jusqu’à 500 quintaux. Mais vous n’avez pas la sensation d’un pareil écrasement, en aucune façon. La neige sur les toitures est restée suspendue en édredons légers, comme tout gonflés d'air, on ne saurait trouver de comparaison plus exacte. Les édredons blancs se rejoignent dans les étroites ruelles, de sorte que vous passez sous une véritable voûte de blancheurs par endroits irisées.
- Le soleil étant aujourd’hui magnifique, les blocs se désagrègent, comme à Briançon, toutefois d’une taille si considérable, qu’il y a danger de mort à demeurer par là. Nous nous plaçons à distance : c’est alors un spectacle étonnant de voir lentement, lentement, la moitié d’un toit de neige glisser et se précipiter d’un coup, d’un seul coup, dans le vide, avec un fracas assourdissant.
- Vous me demanderez, sans doute, où nichent les 350 habitants du Mont-Genèvre? Tous les étages supérieurs et même les rez-de-chaussée sont abandonnés depuis le 1er novembre jusqu’en avril, les familles se réfugient dans les étables, qui deviennent de véritables arches de Noé. Nous avons visité plusieurs de ces intérieurs pittoresques. La tiédeur y est bonne et le repos aussi. Dans la même pièce, vivent chevaux, mulets, vaches, brebis; c’est touchant et idyllique. De simples barrières séparent des gens les bêtes inoff'ensives et peu effarouchées.
- En effet, des agnelets nous caressent les mains; des lapins viennent presque sous le manteau de la cheminée glaner un peu de nourriture. Les lits des habitants sont placés l’un à côté del’autre, abrités de rideaux d’andrinople.
- C’est la vie biblique dans toute son innocente primitivité ; et il n’est pas rare de voir quelque hôte de la maisonnée prendre son repas avec une poule familière sur l'épaule. L’intérieur respire le calme et la résignation. Les hommes soignent les animaux, raccommodent leurs instruments de labour, et les femmes filent le lin de leur quenouille. On entend des agneaux bêler et des ânons jeter de grands coups de trompette.
- Pour pénétrer du dehors jusqu’aux écuries d’hiver, il faut pratiquer dans la neige des tranchées de plusieurs mètres. Cela paraît un conte de fée. Et cependant on mène cette vie laponne, pas à quinze heures de Marseille.
- Au Mont-Genèvre se trouve un hospice où, depuis saint Bernard, les voyageurs indigents sont hébergés un jour et une nuit. Le passage de Napoléon l’a rendu célèbre. On v voit la chambre où il a couché, ornée encore de quelques meubles de l’époque. L’hospice, admirablement tenu par M. Francou et sa femme, contient un dortoir pour les hommes et un autre pour les femmes. Les lits sont d’une propreté exceptionnelle. Sur les murailles des corridors et des appartements se remarquent des tableaux anciens, dont quelques-uns ont beaucoup de valeur.
- Pourquoi l’hospice, moyennant une rétribution raison-
- nable, ne s’ouvrirait-il pas aux touristes ? Ce n’est pas la place qui manque ni même le confortable ; les plus difficiles voyageurs s’y trouveraient à souhait. Le Club Alpin, à ce qu’on nous a dit, aurait obtenu de l’Etat le fermage de cette maison. La nouvelle fera certainement plaisir aux excursionnistes alpins qui trouveront auprès du gérant, M. Francou, l’accueil le plus empressé.
- Après un réconfortant déjeuner à l’auberge, nous allons par un merveilleux chemin de neige jusqu’à la frontière, située à 1500 mètres seulement. La douane italienne, pendant l’hiver, se replie au premier village après le pont, à Clavières. Nous en distinguons, nous en devinons plutôt les baraques enfouies dans les blancheurs. La borne limitrophe a comme disparu, mais nous voyons le poteau noir qui porte le nom de France et celui d'Ualie. L’eau qui gronde sous les sapins enfarinés du Fort-du-Bœuf n’est plus française, quoique sortie du pied du Janus ; elle a suivi le versant opposé à la Durance, et s’appelle la Dora-Riparia. La Durance qui se précipite, à quelques kilomètres de là, n’est qu’un ruisseau à peine comparable au Jarret. Mais grossie, au hameau des Alberts, de la Clairée, elle devient tout à coup abondante et s’en va arroser Briançon, Flmbrun, Sisteron, où elle reçoit le Buech ; les Mées, où elle reçoit la Bléonne, avant de se jeter dans le Rhône, sous Avignon. Tout à l’heure, nous trouvant presque à sa source, nous nous disions : voici les flots qui bientôt alimenteront Marseille. Quant aux vastes plaines de neige qui nous environnent, ne sont-elles pas les réservoirs qui nous fourniront en partie les belles eaux de la cascade de Longchamp?
- Revenons à la frontière. L’endroit est grandiose et sinistre; un pont, qu’un seul coup de hache trancherait, sépare les deux nations. Mais vers le mont Genèvre, bien au centre du col, se dresse un glorieux obélisque, de 20 mètres de hauteur, sur les quatre faces duquel éclate le nom de l’empereur. Il fut élevé en 1802, par les soins du préfet Ladoucette, en souvenir de la route ouverte entre la France et l’Italie.
- Tout seul, énorme et délicat à la fois, dans la blanche immensité, cet obélisque commande la route, réconforte les alpins de France et semble dire à l’Italie : souviens-toi ! La neige l’enlise à demi, chaque hiver, dans sa virginale magnificence. Mais le soleil d’Austerlitz qûi tombe du firmament, à cette heure, comme un glaive d’or, l’effile et le fait resplendir.
- LES POPULATIONS PRIMITIVES
- DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE
- I
- M. Manuel Zavaleta, archéologue distingué de la République Argentine, a exposé dans le palais du Trocadéro une très intéressante collection de près de deux mille pièces d’archéologie et d’anthropologie auxquelles il n’a pas craint de faire traverser les mers dans le seul but de les soumettre au jugement de nos savants, ce qui nous permet de constater combien est grand le prestige scientifique que la France a su conquérir parmi les nations.
- Cette collection est le résultat de nombreuses fouilles et de patientes recherches poursuivies pendant dix-huit années â Fafi, Amaicha, Calacao dei Yalle, c’est-à-dire dans la province de Tucuman, comprise dans l’immense vallée enserrée par l’une des
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- ramifications des Cordillères des Andes où se développa, pendant la période précolombienne, la civilisation des Calchaquies, presque inconnue encore, les musées d’Europe ne possédant jusqu’ici qu’un très petit nombre d’objets de cette provenance.
- Les Calchaquies constituaient pourtant l’une des plus intéressantes races de l’Amérique du Sud, si l’on en juge par les importants monuments élevés par eux — forteresses, nécropoles, grottes couvertes de pétroglyphes — qui ont résisté aux secousses volcaniques, aux influences atmosphériques, aux luttes de la conquête.
- Ce qui frappait surtout le visiteur, c’est la très complète série des urnes funéraires (fig. 1) qui ont
- toutes de 50 à 60 centimètres de haut. Il en existait, paraît-il, d’autres de dimensions bien plus considérables, dans les sépultures fouillées par M. Zavaleta, mais dont les proportions et la fragilité en ont rendu le transport impossible.
- Ces dernières contenaient, suivant l’usage commun aux races guarany, avec certains ustensiles ou instruments, des ossements qu’il a malheureusement été impossible de conserver, mais qui très probablement étaient des squelettes d’adultes; dans celles que nous avons sous les yeux au Trocadéro, on aurait, dit-on, trouvé des restes d’enfants. Une croyance très répandue en Amérique et acceptée généralement, semble-t-il, par les ethnographes de
- Fig, 1. — Urnes funéraires calchaquies. — N°‘ 1, 2, 5, 4. Urnes funéraires. — N”' 5, G. Vase péruvien et détail du centre.
- N0’ 7, 8, 9. Pucos ou couvercles des urnes.
- ce pays, est que ces petites urnes étaient en effet destinées à recevoir le corps de jeunes victimes offertes en holocauste à des dieux sanguinaires. D’après l’examen de ces urnes, le Dr Hamy estime que ce devaient être plutôt des vases dédicatoires déposés pleins de chicha auprès des momies, comme on le faisait en Bolivie.
- D’une facture médiocre, modelées sans art dans une terre plus ou moins grossière engobée de noir* de rouge, de jaune et de blanc et dessinant parfois' des reliefs sans grâce péniblement appliqués sur leur panse, leur col ou leurs anses, elles sont toutes d’un aspect général assez unitorme et ne se distinguent que par les traits de couleur qui forment des dessins géométriques assez compliqués et sans signification bien claire. Au milieu de ces ornements l’œil a peine
- h reconnaître des figures humaines, des symboles plus ou moins caractéristiques, sur l’interprétation desquels les savants sont souvent divisés.
- L’une des images les plus fréquentes (fig. 1) est celle d’un personnage d’aspect assez triste, dont la tête est esquissée bien primitivement sur le col du vase dont la panse forme apparemment le reste du corps. Les bras, parfois en relief, toujours longs et grêles, viennent s’arrondir sur le ventre, les mains presque jointes, tenant serrée entre leurs doigts une petite proéminence difficile à définir (fig. 1, nos 1, 2, 4).
- M. Quiroga, archéologue argentin, qui a publié sur la collection Zavaleta un très intéressant Rapport, croit voir dans cet ensemble la représentation de la divinité de la mort (sourde aux prières humaines, car
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- elle n’a jamais d’oreilles) ou d’un dieu pleureur, dont les mains seraient jointes sur le pupu ou nombril.
- Nous ne croyons pas que cette interprétation soit absolument justifiée et, étant donné l’usage si répandu des libations funéraires chez les Indiens, l’habitude d’entourer les morts des objets les plus précieux, et aussi probablement de tout ce qui pouvait leur rendre favorable les dieux les plus estimés, il nous paraît possible d’y voir soit la commémoration de ces libations, soit l’image d’une sorte de Bacchus indigène.
- Le pupu, d’un relief invraisemblable (le culte ombilical n’étant nullement, que nous sachions,
- répandu chez ces peuples), ne serait alors autre chose que l’imitation — bien grossière il est vrai — du gobelet que l’on retrouve sur les vases analogues du Pérou qui, grâce à leur facture infiniment plus artistique, ne laissent aucun doute à l’interprétation ; on peut s’en rendre compte en examinant dans notre gravure (fig. 1, nos 5 et 6) la reproduction d’un des vases de la belle collection de poteries péruviennes du musée d’ethnographie.
- L’on trouve aussi très fréquemment parmi les arabesques des serpents repliés et contournés dont les têtes, souvent multiples, forment parfois les yeux de la figure principale (fig. 1, n° 5); des suri ou nan-doux courant les ailes déployées (fig. 1, n°2); d’autres
- Fig. 2. — Divinités et squelettes calchaquies. — N°‘ 1, 2 et 5. Amulettes. — N" 5, 4, 6 à 10, Divinités. N* 11. Momie et crânes déformés.
- animaux encore aux formes étranges, ainsi que des personnages entiers aux robes amples et rayées de bandes noires verticales, aux pieds humains tournés dans la même direction, mais ayant tantôt une tète de femme, tantôt une tête d’oiseau (fig. I, n° 4). Enfin les anses symétriques sont elles-mêmes formées quelquefois par des figurines accroupies, à la face plate, au nez pointu et crochu comme le bec d’un perroquet.
- Toutes ces urnes étaient fermées par des pucos (fig. 1, nos 7, 8, 9), sorte de bols s’adaptant exactement à l’ouverture et formant ainsi couvercle. Ils sont, comme elles, ornés de dessins variés et l’on observe souvent sur leurs bords des animaux en relief, serpents ou grenouilles, qui semblent se pencher pour boire (fig. 1, n° 8). Quelques-uns d’entre
- eux, par la finesse de leur exécution, peuvent soutenir la comparaison avec certaines des terres cuites de l’Orient, comme l’a déjà fait remarquer le Dr Moreno.
- Les nombreuses divinités des Indiens d’Antis sont plus particulièrement représentées (fig. 2) par des petites statuettes isolées, en terre, en pierre ou en os, variées à l’infini par la fantaisie des artistes, mais conservant toujours leurs attributs propres et leurs lormes allégoriques. Ici c’est le Dieu des morts, là le Pacha Macha, qui centuple le grain de maïs confié à la terre et double en une année le troupeau de guanaques ; plus loin, le Chiqui ou Puellai, funeste et terrible ; puis le dieu des fêtes, égayé par les libations A'athoja fermentée ; un autre dont les jambes sont intentionnellement coupées aux chevilles et qui est vêtu à partir de la ceinture d’une
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- petite jupe courte en plumes qui rappelle celles dont les Indiens ont encore l’habitude de se servir, ou encore un monstre inconnu à la bouche énorme meublée de quatre dents longues et espacées et des idoles spéciales, restes d’une religion phallique et primitive; enfin des amulettes de toutes formes, depuis celles qui constituaient l’ornement principal des colliers, jusqu’aux plaques pectorales que l’on retrouve maintenues sur la poitrine des momies comme celle (fig. 2) que 5f. Zavaleta a pu transporter sans trop la détériorer et qui complète très heureusement l’importante série des crânes sur lesquels il est facile de constater la déformation artificielle dite aymaritique. F. Landrin.
- L’OZONE AUX GRANDES ALTITUDES
- M. le Dr Maurice de Thierry a entrepris, sur l’initiative de M. Janssen, de doser l’ozone aux diverses stations du mont Blanc et à l’observatoire du sommet. Les observations ne sont pas toujours faciles en montagne. Cependant les premières constatations faites depuis 1895 conduisent déjà à quelques résultats. M. M. de Thierry a commencé par se servir des papiers bien connus qui bleuissent fortement quand l’ozone est en grande quantité ou qui noircissent lorsqu’on se sert de papier à oxyde thalleux. Puis, pour plus de sùret*\ il a eu recours, avec raison, à la méthode de dosage employée à l’observatoire municipal de Montsouris depuis de très longues années, par M. Albert Lévy. Il a reconnu ainsi que l’ozone abondait à Chamonix (1050 m.) et surtout aux Grands-Mulets (3020 m. d’altitude). Le mauvais temps l’a encore empêché cette année d’organiser les prises d’air à l’observatoire du sommet.
- Le vent étant de composante sud, l’auteur a trouvé des quantités d’ozone très supérieures à celles que l’on relevait au Parc de Montsouris à Paris dans les mêmes journées. A Chamonix, la proportion d’ozone atmosphérique a été, le 23 et le 24 août 1896, de 3rae,5 pour 100 mètres cubes d’air; à Montsouris, seulement de 2ms,5. Mais aux Grands-Mulets elle a atteint 9ms,40 sur 100 mètres cubes d’air ; c’est-à-dire qu’elle a été près de quatre fois plus grande qu’à Paris.
- M. de Thierry en conclut que la quantité d’ozone croît avec l’altitude.
- Il va de soi que la quantité d’ozone sera vraisemblablement encore plus grande aux Rochers-Rouges (4503 m.) et à l’observatoire du mont Blanc (4810 m.).
- Ces études appellent certaines réflexions. Il est possible qu’elles conduisent à des faits nouveaux et intéressants. Ou bien, ce qui aurait déjà son importance, qu’elles confirment simplement les résultats antérieurs. Aujourd’hui et telles qu’elles sont présentées, elles ne sauraient rien nous apprendre que nous ne connaissions déjà. Avancer que l’ozone augmente avec l’altitude, c’est répéter ce que nous savions tous, et depuis longtemps, sans avoir fait l’ascension du mont Blanc. Il y a bel âge que les physiciens ont constaté que l’ozone était très commun à la montagne. Nous avons dit, il y a plus de vingt ans, que les papiers ozonoscopiques bleuissaient presque instantanément aux grandes altitudes. Dès 1200 mètres, l’effet est remarquable. A 1800 mètres, il s'accuse encore, et au Saint-Gothard, à 2000 mètres par exemple, certains jours, il ne faut pas plus de quelques minutes pour voir le papier de Schœnbein virer au bleu sombre. Aux niveaux plus bas, à Lucerne par exemple, il fallait le même jour plus de deux heures et mémo trois heures pour amener la colo-
- ration bleu foncé. Il est donc prouvé depuis des années que l’ozone augmente avec la hauteur.
- Dans quelles proportions? c’est, par exemple ce qu’a bien mieux précisé que ses devanciers M. de Thierry en ayant recours à une méthode de dosage exacte; le papier ozonoscopique ne fournissant guère que des indications qualitatives.
- Cependant encore, il ne faudrait pas de quelques analyses en conclure à des proportions définies selon les altitudes. Tel jour, tel résultat, tel autre jour, autre résultat. L’ozone est en quantité très variable dans l’air, selon le vent régnant et selon sa vitesse. Nous avons pu traverser plusieurs fois de hauts cols sans en trouver de traces. Au contraire, certains jours, l’ozone abondait. Dans l’Enga-dine, sur la route de la Majola, des papiers attachés aux boutonnières du vêtement bleuissaient en un quart d’heure. Mais l’orage était proche. Et les grondements du tonnerre se répercutaient dans le lointain. Au sommet du Rigi, quelquefois l’ozone est en si grande abondance qu’on sent à plein nez son odeur caractéristique; pendant des semaines, au contraire, on n’en trouve plus que des quantités insignifiantes.
- L’altitude joue donc son rôle. Mais c’est le vent régnant qui exerce une action bien autrement prépondérante; M. de Thierry s’en apercevra en multipliant les expériences. Lorsque le vent vient du sud, il est chargé d’ozone. Quand il vient du nord, il en renferme peu, et souvent point. Il y a longtemps que Marié Davy et d’autres ont signalé la grande abondance de l’ozone à l’approche des tempêtes du sud. L’ozone apparaît même à Paris, sur les hauteurs, quand la tempête vient ou que l’orage est proche. Par conséquent, il ne faut pas dire qu’il y a tant ou tant d’ozone à telle altitude. Tout dépend de la situation atmosphérique. Il va de soi qu’aux grandes hauteurs l’air charrié par les vents est pur et a conservé l’ozone détruit par les poussières organiques aux bas niveaux. Et l’on constate naturellement d’autant plus d’ozone que le même air des hauteurs se renouvelle plus vite.
- En résumé, l’ozone augmente avec l’altitude et considérablement, les jours où les montagnes sont balayées par des courants atmosphériques humides venant de la mer. Par vent du nord, établi depuis quelque temps, il est très rare que l’on constate la présence de l’ozone. Il était bon de rappeler brièvement les connaissances acquises depuis longtemps, au moment où la question de l’ozone, un peu trop délaissée, commence de nouveau à préoccuper les
- observateurs. H. de P.
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- LA PHOTOGRAPHIE ARTISTIQUE
- ET LA PEINTURE
- Les expositions d’art photographique de Londres, de Bruxelles et de Paris ont nettement prouvé que le photographe était capable de produire des œuvres ayant un cachet artistique. Tous ceux qui ont visité ces expositions ont pu remarquer que les agrandissements y étaient admis en plus grand nombre que les épreuves directes et que d’ailleurs ils y produisaient un effet beaucoup plus agréable ; il est aussi bien connu que telle pelite photographie obtenue avec un appareil à main de dimensions réduites ne dit absolument rien, alors que la même, projetée sur un écran, tient sous le charme tout un auditoire. Nous nous proposons d’examiner dans cet article les causes de ces faits que tous les photographes sont à même d’observer.
- La photographie nous donne une représentation en perspective rigoureusement exacte des sujets qu’elle repré-
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- sente. Considérons en effet une chambre noire, munie, pour plus de simplicité, d’unsténopé 0, et soient A, IJ, G..., une série de points d’un objet placé devant elle à l’extérieur; ces points donnent sur la plaque sensible T' des images a' b' c'.... On sait que sur le phototype les blancs de l’objet viennent en noir, les noirs en blanc, et qu’en outre l’image est renversée : regardant la couche de gélatine du cliché, on voit à droite ce que l’œil placé en 0 et regardant l’objet aurait vu à gauche et réciproquement. Le tirage des photocopies a pour effet de redresser l’image et de rétablir l’ordre des blancs et des noirs. 11 en résidte que la photocopie peut être rigoureusement superposée à l'image perspective a, b, c..., qui serait obtenue sur un tableau T, occupant, par rapport au point de vue 0, une position exactement symétrique de celle occupée par la plaque T' lors de la pose. Si notre chambre avait été munie d’un objectif et non d’un sténopé, il aurait été facile de montrer que la perspective est tout aussi fidèle à la condition que cet objectif ne déforme pas les lignes droites, c’est-à-dire soit exempt de distorsion.
- Il résulte de ce fait que si l’on a soin d’examiner la photocopie positive a, b, c..., avec un seul œil placé exactement au point de vue 0, c’est-à-dire en un point occupant par rapport à la photocopie la position même
- ~~ c
- qu’occupait le centre optique (ou mieux le point nodal d'émergence) de l’objectif par rapport à la plaque sensible lors de la pose, l’œil aura exactement la même impression que s’il regardait l’objet lui-même A, B, C..., et si, sur la photocopie positive, a, b, c..., les couleurs étaient distribuées comme sur l’original, l’illusion serait complète.
- Les traités de perspective appliquée à la peinture nous indiquent que théoriquement c’est ainsi qu’on devrait examiner un tableau ; mais personne ne suit cette règle. C’est qu’en réalité la perspective d’un tableau n’a pas été établie d’un point de vue absolument fixe ; l’œil du peintre est essentiellement mobile et, d’ailleurs, au fur et à mesure qu’il achève son œuvre, il juge de l’effet produit quand il l’examine avec les deux yeux; enfin la distance principale (distance du point de vue au tableau) est généralement assez grande et les déformations causées par le déplacement de l’œil du spectateur sont d’autant plus faibles que cette distance principale est plus grande.
- Au contraire, l’œil photographique, l’objectif, demeure immobile durant la pose et est unique. Déplus, la distance principale, qui n’est autre que le tirage de la chambre (égale ou légèrement supérieure à la distance focale de l’objectif) ne dépasse guère quelques décimètres.
- Aussi, si le spectateur borgne et immobile des théoriciens est une pure chimère quand il s’agit de peinture, il n’en est plus de même quand il s’agit de photographie. Une photographie obtenue avec un tirage de la chambre de 0m,30, de 0m,40, etc., doit être examinée avec un seul œil, placé à unedistance rfe0m,30, rfe0ra,40 etc,,de l'image. En opérant ainsi on éprouvera une sensation de
- relief aussi agréable que celle donnée par l’emploi du stéréoscope.
- L’illusion sera encore plus complète si l’on a soin d’isoler l’image observée afin de supprimer toute comparaison des dimensions du tableau avec les objets qui l’entourent et de faire par suite disparaître toute sensation du plan de l’image pour ne laisser que celle du sujet représenté. C’est ce que l’on fera en plaçant devant l’œil un petit tube conique noirci intérieurement, ou simplement la main fermée. Un dispositif qui donne un excellent résultat consiste à tirer du phototype un positif sur verre et le mettre à la place du verre dépoli de la chambre noire, et à l’examiner par une petite ouverture percée dans une planchette remplaçant la planchette d’objectif. On avance ou on éloigne l’épreuve jusqu’à ce qu’on obtienne le meilleur effet. Notre œil ne voit distinctement que les objets situés à une distance supérieure à la distance de vision distincte, qui varie entre 23 et 30 centimètres selon les individus. Il en résulte que le tirage ne doit jamais être inférieur à 25 et même 50 centimètres, et qu’on ne doit pas employer d’objectif de distance focale inférieure à 50 centimètres, si les images obtenues doivent être regardées directement. 11 ne faut pas en conclure que les objectifs à courte distance focale et par suite les appareils à main de faible tirage doivent être rejetés, .liais alors les photographies devront être examinées, agrandies au moyen d’une loupe ou d’une lanterne à projections ; on pourra encore en tirer des épreuves amplifiées. Agrandir une photographie revient à lui substituer une image identique à celle qu’on aurait obtenue au moyen d’une chambre à tirage plus long.
- Plus l’amplification est grande, moins, lorsqu’on examine à tort — ce qui se fait couramment — la photographie avec les deux yeux, l’absence de la seconde représentation, correspondant au second œil, se fait sentir; de plus la sensation de la surface plane sur laquelle est peinte l’image disparaît bien plus facilement que si l’on regarde un tableau plus rapproché ; elle disparaît surtout dans le cas des projeclions, l’ohscurité de la salle ayant pour effet d’isoler l’image projetée des objets environnants.
- Les considérations précédentes expliquent la préférence donnée aux agrandissements sur les épreuves dUectes dans les expositions d’art photographique ; nous en conclurons aussi que les tableaux ne devraient jamais, dans ces expositions, être accrochés ni trop haut ni trop bas, de manière que le point de vue soit à peu près à la hauteur des yeux du spectateur. G. IL Nieavenglowskj, Préparateur à la Faculté des sciences de l’Université de Paris.
- UN PONT NATUREL
- DANS LES ALPES-MARITIMES
- Quiconque a passé ne fùt-ce qu’un hiver à Nice, a sûrement visité la ravissante grotte de Saint-André et constaté que cette grotte est, à vrai dire, un tunnel, ou, mieux, un pont, puisque, par-dessus son dos, passe, en travers d’une gorge abrupte, une grande route de voitures.
- Moins connue, parce que un peu plus éloignée, mais autrement grandiose, est l’arche géante qu’on peut admirer près du village de Saint-Vallier-de-Thiey (A.-M.), qui, situé sur la route de Digne, à 12 kilomètres seulement de Grasse et 720 mètres
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- d’altitude, est, à lui seul, un but intéressant de promenade et la première étape habituelle de la migration printanière des hivernants vers la Savoie et la Suisse.
- En cette excursion, tout est enchantement et surprise pour les yeux. Au panorama sans limites qu’offre, du col du Pilon, tout en bas, la Cote d’azur, — symphonie montante de tous les bleus, de la plaine, de la montagne et de la mer, où jettent parfois leur petite note voilée, ou noire ou blanche, les hauts pics de la Corse lointaine, — un cadre tout en grisaille sert de repoussoir : sombres chaînes pelées, derrière lesquelles il semble qu’il n’y ait plus de France, mais qui, brusquement, s’entr’ou-vrent pour laisser jaillir, du milieu d’un nid de verdure, au pied d’une muraille de mille mètres à pic, les sources vauclusiennes de la Siagne, aussitôt rivière, sans avoir été ruisseau. Et rivière puissante, qui ne s’est pas contentée de trancher, mieux qu’une Rurandal, dans les 300 mètres d’épaisseur des calcaires jurassiques d’où elle sourd et d’en balayer les déblais, en vallée profonde, jusqu’au niveau des argiles de l’Infralias, mais qui, encore, a su rompre l’un après l’autre les successifs barrages qui. jadis, la devaient retenir en un chapelet de lacs profonds, ainsi qu’en témoignent les hautes terrasses de tuf échelonnées sur ses bords.
- Le premier de ces barrages, attaqué de front, un peu en dessous de l’emplacement où se font face aujourd’hui la mystérieuse ruine du Marinon et la coquette chapelle de Saint-Jean, n’avait pas dû faire grande résistance, affaibli préalablement par le double jeu du plissement de l’écorce terrestre qui avait défléchi, pour la Siagne, en rigole nord-sud, les énormes bancs primitivement alignés en travers, d’est à ouest.
- Mais, après avoir triomphé de la roche dure, la rivière avait butté contre l’argile molle de l’étage bathonien, qui l’avait tout doucement rejetée, ainsi que le montre la figure 1, dans le sens de la stratification, c’est-à-dire du fil des bancs. Fil difficile à suivre, à en juger par les méandres hésitants qu’on voit, de la Croix de Siagne, zigzaguer anguleuse-ment au pied de la montagne et lisérer de leur spumeuse blancheur une série de caps sombres qui
- s’engrènent comme les dents aiguës d'une mâchoire géante.
- Le profil schématique et les deux coupes géologiques de la figure 1 expliquent ces inégalités de cheminement par la plissure ondulatoire de la barre rocheuse, dont une ultime retombée en travers du courant longtemps l’arrêta net.
- Combien de siècles demeura étanche cette écluse de Titans, c’est ce qu’attestent les dix mètres d’épaisseur de tuf dont, peu à peu, s’exhaussèrent les quarante mètres de cascade qui évaporaient les eaux calcaires du lac, constamment sursaturées, par les chaleurs de l’été, comme par les froids de l’hiver, par les clapotis de surface et la stagnation des profondeurs.
- D'un amoncellement de brindilles pétrifiées s’édifia le vaste dos d’ànequi, si largement, aujourd’hui, réunit les deux rives, qu’il faut, de dessus, bien regarder,
- pour apercevoir, tout au fond, le torrent rouler. Mais, hélas! inutile autant que majestueux, le grand oeuvre de la nature a b o u t i t aux dangereux abrupts de Ca-berlin, qu’à peine osent traverser, de temps à autre, quelques che-vriers des bastides perdues de la commune de Mons (Yar). Four-tant c’est par là qu’en avançant, avec prudence, de quelques centaines de mètres, on a, en se retournant, la plus belle vue d’ensemble sur le pont, dont apparaît presque légère Féléphantesque superstructure, tant se découpent élancés, sur le fond noir des grottes de tuf, les blancs piliers et arceaux qui semblent porter la lourde travée à la façon d’un entablement gothique. Rien ne saurait peindre la grâce que prennent, en ce cadre sauvageries frondaisons ténues accrochées aux moindres fentes de la roche massive et mirant leur tremblotante image dans Fonde, ailleurs bondissante, mais ici toute calme, aux reflets d’argent.
- La photographie que reproduit la figure 2 a voulu rendre, surtout, l’effet classique de haute trouée qu’on va toujours admirer d’en bas. La voûte, d’une quinzaine de mètres d’élévation, sur cinq à peine de largeur au niveau de l’eau, et près du double au linteau, laisse voir à droite, dénudées du placage incrustant qui, partout ailleurs, en masque la véritable nature, les strates presque verticales de dolo-
- Coupe schématique.
- • NORD
- PLAN.
- Echelle . 20000.
- 1 l'ithordq- 2 KimMi'1' 3 Séyuan,r.l'et/icuirV ‘ï OsSbrcL'}' 5 Ca.llvv'y 6 Poi.
- Fig. 1. — Explication géologique du cours de la Siagne au coude de Ponadieu.
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- LA NATURE.
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- mie dure qui lui servent de pilier, et dont la présence explique par quel mécanisme a dû se Ira ver issue l’ancien lac supérieur.
- Est-ce lentement, par l’infiltration progressive de 1 eau à travers les joints, peu à peu lubrifiés d’argile grasse ou d’algues visqueuses? Est-ce brusquement, sous 1 intensité de la poussée hydrostatique ou le coup de bélier des roches dévalées d’amont? Toujours est-il qu’un jour, expulsée à la manière d’une carte hors du jeu, l’une de ces tables énormes, de calcaire callovien, particulièrement fissile, ouvrit la brèche, tôt élargie, par où se vida d’un coup, comme de notre époque, à Saint-Ger-vais, le lac tout entier.
- Ce dut être, en ces gorges étroites et contournées, une trombe irrésistible, puisqu’une simple crue ordinaire est capable, encore à présent, d’emporter, sans en laisser de traces, des blocs de plusieurs mètres de diamètre, comme celui qu’on voyait, couvert de personnages, au premier plan de toutes les anciennes photographies, et même encore sur une gravure du Club Alpin de 1895, alors qu’il ne se retrouvait déjà plus sur mes premiers clichés, pris en 1888, ayant été enlevé (j’ai pu, non sans peine1, arriver à fixer la date exacte) le 20 octobre 1880.
- C’était à ce rocher que les touristes aimaient à confier leurs noms, fragile hommage à la beauté du lieu, fugaces inscriptions qu’effaçait la pluie, que balayait le vent, et qu’emporta finalement un orage, comme faillit aussi la préciosité des hommes et la cor-
- ruption de la langue, emporter le doux et joli vieux nom du site. Ponadiou disaient les anciens, par contraction du patois pouont nadiou (en provençal classique, ]>ont natiéu) qui veut dire pont natif, pont né tout seul, pont naturel. Pourquoi faut-il qu’à l’époque de la confection du cadastre, un scribe ignare du provençal, autant, peut-être, que du français, en écrivant Pont-à-Dieu, ait voulu faire montre
- de plus de prétention que ces bonnes femmes de Grasse qui, elles, ne pensent certainement pas faire un mot composé, quand, pour parler français (?!), elles baptisent fau-dieu certain objet de toilette féminine, qui, à l’encontre de tant d’autres, n’a rien ni de faux ni de divin, le vulgaire faudiou, tablier ! L’Etat-Major a consacré l’hérésie et tout le monde aujourd’hui, par peur d’avoir l’air de faire une faute d’orthographe, aime mieux en faire une, criarde et certaine, en vers la logique et l’étymologie.
- Regrettable erreur, qui méritait d’être relevée. Double profanation i n -consciente, contre la vieille langue de Provence, et contre le nom du Grand Architecte qui, pour donner un pendant à ce Pont-au-Diable de Suisse, admiré pour son utilité grande autant que pour sa surhumaine hardiesse, aurait mieux choisi, assurément, que ce cul-de-sac infranchissable, ce pont qui ne mène à rien, cette soudure de monts qui semble une ironie, cette impossible topographie, enfin, faite pour déconcerter l’ingénieur autant quelle défie la curiosité du touriste montagnard. Adriex Guébhard.
- Kig. 2. — I’ouadieu, arche naturelle près Saiiit-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes).
- 1 Quelques dates d'hydrologie locale, Grasse, 1896.
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- LÀ NATURE.
- CHRONIQUE
- Encaïne et cocaïne. — D’après une communication de M. Reclus, l’eucaïne, succédané de la cocaïne, lui serait inférieure, malgré tout ce que l’on a pu dire en Allemagne sur le nouvel anesthésique local. M. Reclus a comparé les deux substances en injectant une solution à 1 pour 100 dans la région à anesthésier. Or voici ce qu’il a constaté : 1° l’injection de l’eucaïne est plus douloureuse que celle de la cocaïne; 2° l’action sur les tissus est inverse de celle de la cocaïne, qui est vaso-constrictive, tandis que celle de l’eucaïne est vaso-dilatatrice, ce qui fait baigner le champ à opérer dans une masse sanguine ; 5° l’analgésie produite par l’eucaïne ne dure que trente à trente-cinq minutes, au lieu de soixante à soixante-dix minutes, comme avec la cocaïne. Ces différences, toutes en faveur de la cocaïne, sont-elles compensées par une moindre toxicité de l’eucaïne, comme l’ont avancé les Allemands? Le professeur Pouchet a institué des expériences sur les animaux et il a constaté que les troubles causés par la cocaïne s’annonçaient par quelques symptômes : l’agitation, la pâleur, tandis que l’eucaïne détermine brusquement des accidents graves. La conclusion de cette communication est qu’on doit préférer à l’eucaïne la cocaïne, à l’aide de laquelle M. Reclus a déjà produit l’anesthésie plus de 4000 fois, sans avoir eu un accident à relever.
- Fabrication électrique de la levure. — Depuis quelque temps on préconise, dans la brasserie, un nouveau procédé de fabrication électrique de la levure, inventé par un chimiste de Vienne (Autriche), M. Moller. Ce procédé présente l’appréciable avantage d’éviter toute fermentation acide, accessoire et parasitaire ; il consiste à stériliser le moût par un courant électrique, puis à l’ensemencer avec de la levure également électrisée. Résumons, d’après le Moniteur scientifique, cette opération. Après la saccharification du moût, on le fait refroidir jusqu’à 15° on 18° centigrades en le soumettant en même temps à un courant de 5 ampères, qui tue toutes les bactéries ou germes apportés par l’air ou les matériaux employés. A cet effet, on passe le moût dans un bac dont le fond est occupé par une plaque de métal, zinc, ou de préférence aluminium, reliée à l’un des pôles d’une source électrique, tandis que l’autre pôle communique avec une autre plaque conductrice maintenue à la surface du liquide. Comme électrode, on peut, en outre, employer le serpentin refroidisseur qui assure la circulation d’eau de refroidissement dans l’appareil. La levure mère, qui provient d’une opération antérieure, e^t aussi exposée à l’action du courant afin de tuer les bactéries qui auraient pu, accidentellement, s’v développer. Suivant la nature et la qualité de la levure que l’on désire obtenir, l’intensité de courant doit être de 5 à 7 ampères ; certaines races de levure sont plus sensibles que d'autres à l’action du courant électrique. La levure obtenue est semée dans le moût stérilisé ; pendant la fermentation, qui se produit très vite, on continue à traiter le moût par un courant positif d’intensité convenable. Le rendement que l’on obtient, en raison de l’extraordinaire activité de la levure, est excellent.
- Nouvelle machine volante. — M. A. Stenzcl, à Altona (Allemagne), à l’exemple de son malheureux compatriote Lilienthal, a construit récemment une machine volante, que Ylllustrirte Zeituncj décrit avec quelques détails. Cette machine imite un oiseau dont les ailes, de forme parabolique, ont une envergure de 7 mètres et se meuvent dans un angle de 70°, sous l’action d’une
- machine motrice à acide carbonique comprimé, imaginée par M. Stenzel. En se servant de gaz à 5 atmosphères, on obtient un cheval-vapeur; la puissance peut être portée à 2 et 5 chevaux avec du gaz à 7 ou 9 atmosphères. Les estais ont été faits en suspendant la machine à un câble de sûreté pour éviter tout accident; dans ces conditions, le moteur, réglé à un cheval, fait progresser la machine de 5 mètres à chaque battement des ailes. Avec un cheval et demi, le câble est tout à fait déchargé, l’appareil vole librement; le nombre des battements d’ailes est de 1,5 par seconde et chaque battement donne un déplacement en avant de près de 5 mètres. L’élasticité des ailes est très remarquable et l’inventeur y voit une des principales causes du succès; ces organes sont établis avec tubes d’acier sans soudure et bambou; ils sont recouverts d’une sorte de toile caoutchoutée. Un gouvernail qui rappelle la queue des oiseaux permet de diriger l’appareil. Les essais ont été faits à vide jusqu’à ce jour; mais, encouragé par le succès, l’inventeur va construire un appareil qui pourra porter une personne. Cet appareil pèsera 80 à 100 kilogrammes; les ailes auront une surface d’une vingtaine de mètres carrés et le moteur fournira une puissance de 4 chevaux et demi.
- lies mouches et les rayons X. — Un savant allemand, M. Axenfeld, a fait la curieuse expérience suivante. Ayant placé des mouches dans les deux parties d’un récipient composé d’une boîte de bois et d’une boîte de plomb communiquant par un tube opaque, il exposa le tout à la radiation d’un tube; à l’ouverture des boîtes, il constata que la plupart des mouches avaient émigré du côté du bois. Une autre expérience lui montra que les mouches se dirigeaient de préférence du côté de la lumière. De là à conclure que les mouches sont sensibles aux rayons X et en ont jusqu’à un certain point la perception, il n’y a qu'un pas. Encore faudrait-il vérifier si l’attraction n’est pas due simplement à la matière des deux boîtes, les mouches préférant bien probablement le bois au plomb. On varierait l’expérience en cherchant l’action des rayons X sur les araignées; elle conduirait peut-être à de curieux résultats.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 mars 1897. — Présidence de M. Ciiatin.
- Composition chimique des couches supérieures de Vatmosphère. — M. Cailletet décrit l’appareil employé par MM. Ilermiteet Besançon pour recueillir de l’air dans les hautes régions de l’atmosphère. Cet appareil était porté par YAërophile dans sa dernière ascension ; il a ramené de l’air provenant des couches situées à 15 000 mètres d’altitude. Il se compose d’un réservoir cylindrique en cuivre, d’une capacité de 6 litres environ, mis en communication avec l’atmosphère par un tube flexible en cuivre aboutissant à un robinet qui peut s’ouvrir à un moment fixé d’avance et se referme quelques instants après. Un manomètre placé sur le réservoir permet de constater à chaque instant la pression de l’air qu’il renferme, pression dont on déduit l’altitude au moment de la prise d’air. Le réservoir a été préalablement chauffé à 150° et on y a fait le vide aussi complètement que possible. Pour que l’appareil puisse tenir ce vide, le robinet automatique a été construit sur un plan spécialement imaginé par MM. Ducretet et Lejeune. La clef en est percée suivant un canal oblique de telle sorte que les canaux d’adduction et d’écoulement ne sont pas dans le prolonge-
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- ment l’un de l’autre. Enfin, la pièce dans laquelle tourne la clef a la forme d’un dé à coudre, comme dans les appareils de M. Carré destinés à la production du froid. Grâce à ces précautions, l’appareil peut tenir le vide pendant un temps extrêmement long, à 1 demi-millimètre près. On savait, par l’examen des graphiques de la pression atmosphérique fournis par les ascensions précédentes, que le ballon n’atteint sa hauteur maxima qu’une heure un quart environ après son départ. En conséquence l’ouverture du robinet est réglée par un mouvement d’horlogerie de manière à se produire au bout de ce temps. La fermeture succède à deux minutes d’intervalle. Mais, en raison de la température extrêmement froide des hautes régions de l’atmosphère (—60° environ), il importait de mettre le mouvement d’horlogerie et le robinet à l’abri de l’eflet de la congélation des huiles. Dans ce but ces pièces sont réchauffées par un récipient contenant de l’acétate de soude surfondu qui maintient pendant au moins quatre heures une température de 15°. L’air recueilli a été analysé par M. Müntz. Ce savant a trouvé sur 100 volumes une quantité d’acide carbonique représentée par O”,055. Puis, pour l’air débarrassé d’acide carbonique, 20’,79 d'oxygène pour 100 volumes, et 78’,2 7 d’azote avec 0\94 d’argon. On voit que la quantité d’acide carbonique est légèrement supérieure à celle que l’on renconlre à la surface de la terre ; au contraire la quantité d’oxygène est très légèrement plus faible. Faut-il conclure de là définitivement à une différence de constitution des couches supérieures de l’atmosphère? M. Müntz expose qu’il convient de réserver tout jugement. Il serait en effet possible d’expliquer ces très légères différences par l’oxydation d’une très faible quantité de l’huile du robinet et même de faire intervenir l’oxydation du réservoir de cuivre. M. Müntz ajoute que l’appareil actuel eff donc susceptible de perfectionnement. Il faudrait d’abord chercher dans les hydrocarbures une matière grasse parfaitement inoxydable, ce qui peut être trouvé, ensuite dorer l’intérieur du réservoir. M. Berthelot objecte que la dorure, fùt-elle très épaisse, ne donnerait pas de bons résultats, parce que l’or comme le platine absorbe l’oxygène ; enfin il ne croit pas à l’existence d’un hydrocarbure parfaitement inoxydable.
- Action du phosphore sur l'or. — M. A. Granger étudie l’action du phosphore sur l’or et reprend à cette occasion les expériences de Schrôtter et Ed. Ilavy. L’auteur montre que l’or s’unit facilement au phosphore au voisinage de 400°, mais qu’à la température du rouge sombre, il n’y a plus de combinaison. MM. Hautefeuille et Perrev ont montré du reste que l’or, à température plus élevée, absorbait bien le phosphore mais laissait dégager ce corps pendant le refroidissement et rochait. M. A. Granger, en opérant à une température pas trop élevée et en ayant soin de refroidir brusquement son appareil, a pu préparer un phosphure d’or de composition définie. Ce phosphure' est gris, friable, et d’aspect boursouflé; il se décompose sous l’influence de la chaleur. Le chlore et l’eau régale l’attaquent, sa composition est exprimée par la formule Au3 P4.
- Élection. — L’Académie élit, en remplacement de M. Trécul, dans la section de botanique, M. Bonnier par 42 voix, contre 5 données à M. Maxime Cornu et 11 à M. Prilleux.
- Varia. — M. Choflàt présente un travail sur l’étage garumnien en Portugal. Cii. de Ville de cil.
- AMUSEMENTS AMÉRICAINS
- Le Yankee est comme un grand enfant très intelligent, très joueur et très pratique. Pour lui, tout est prétexte à échange d’argent. Ne raconte-t-on pas que deux personnes passant au bord d’une rivière voient un de leurs amis communs tomber à l’eau et lutter contre le courant qui l’entraîne : « Il va se noyer, dit l’un d’eux. — Mais non, dit l’autre. — Vingt dollars qu’il se noiera! — Cinquante qu’il ne se noiera pas! » Le marché conclu, les deux amis assistèrent impassibles à l’agonie du malheureux qui ne larda pas à succomber. 11 y avait pari; si l’un des joueurs avait secouru le moribond, il perdait! Pourtant, chacun isolément n’aurait pas hésité à venir en aide à l’infortuné. « L’expérience » de Crash City, un peu moins macabre, a l’avantage d’être plus véridique; elle est non moins caractéristique. La Compagnie de chemins de fer Missouri, Kansas et Texas désirait $e défaire de vieux matériel, locomotives et wagons. En les vendant dans les conditions ordinaires, elle n’en pouvait tirer qu’une somme dérisoire. Un des principaux agents de la Compagnie imagina ce qui suit; il s’appelle W. G. Crusb, un nom prédestiné, car, en anglais, Crmh signifie écraser, anéantir, et notre homme ne proposa pas moins que d’écraser les locomotives et les wagons, puisqu’on ne pouvait les vendre.
- On fit choix d’un terrain d’une superficie d’environ 400000 mètres carrés, environné par des collines qui formaient un amphithéâtre naturel ; puis on annonça par toutes les voies criardes de la réclame que tel jour, à telle heure, tous les amateurs d’émotions fortes pourraient assister à un accident de chemin de fer ; deux locomotives entraînant des trains de wagons se précipiteraient l’une contre l’autre et s’écraseraient avec grand fracas pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles — sans parler de l’esprit.
- A cette alléchante annonce plus de 50 000 personnes quittèrent leurs travaux et se dirigèrent vers le lieu de l’expérience, qui fut baptisé Crush City. Une véritable ville, en effet, exista pendant l’espace d’un jour, car en plus des curieux, il y avait les industriels qui suivent toujours les agglomérations de peuple : saltimbanques, hommes phénomènes, marchands de victuailles et de boissons, entrepreneurs de jeux de hasard; sans compter les agents de police qui avaient prudemment organisé des baraques pouvant servir de prison et d’hôpital. Née avec l’aube, cette ville disparaissait au crépuscule du même jour. Ajoutez les prix payés pour les entrées, qu’on peut évaluer à au moins 1 dollar par personne, les bénéfices réalisés sur le voyage en chemin de fer de cette multitude, la location des places aux industriels, et vous verrez que le vieux matériel était bien vendu. Comme, de. plus, trente mille personnes avaient passé un moment d’ineffable angoisse, tout aurait été pour le mieux dans le meilleur des mondes si des accidents mortels ne s’étaient produits. Mais n’anticipons pas. La locomotive n° 999, remorquant un
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- LA NATURE.
- train de 6 wagons, et la locomotive 4001 avec une semblable charge, firent les frais de la fête. A 4 h 50 de l’après-midi, elles firent un dernier voyage; elles se retirèrent à environ 4 mille (4 600m) en arrière du point où elles devaient se rencontrer, puis, chacune sur une voie différente. elles se croisèrent à toute vitesse; elles furent ensuite aiguillées sur la même voie et marchèrent à la rencontre, à faible vitesse; près de se toucher elles s'arrêtèrent, les si filets et les cloches retentirent : elles se saluaient au milieu des acclamations de la foule, tels deux gladiateurs dans le cirque romain. Enfin, elles furent
- Fig. 1. — Les machines se saluant.
- dirigées
- aux « starting
- et lancées à toute vitesse
- posts
- fune contre l’autre.
- Pour indiquer à quel poi nt les têtes étaient surexcitées, nous signalerons un incident : le mécanicien du train 4001 resta sur sa locomotive jusqu’à ce que celle-ci fût en marche à pleine vitesse, afin d’être certain que tout irait bien; alors, tout étant préparé, il se suspendit aux rampes du marchepied et sauta sur un des tas de cendres disposés à cet effet le long de la voie ; il ne se fit aucun mal. Il est désormais célèbre; nous ne citerons pas son nom, pour ménager sa modestie,
- Cependant les deux monstres s’approchaient l’un de l’autre dans des nuages de vapeur et de fumée, nu milieu du vacarme insensé des cris de la multitude, du branle des cloches, des appels stridents des sifflets. À peu de distance du point de collision, une centaine de bombes étaient placées, que les lo-
- Fig. 2. — Après la collision.
- eomotives en passant firent sauter. Ce fut le signal du silence; les poitrines étaient haletantes : 45 secondes plus tard le choc eut lieu; choc terrible, monstrueux; un instant les deux trains reculèrent, puis ce fut un écrasement général des wagons ; les
- chaudières firent explosion et les débris des machines, projetés en tous sens, volèrent en sifflant dans l’air ; un nuage intense de vapeur cacha pendant une seconde le spectacle; quand il se dissipa, les deux locomotives et sept des wagons ne formaient plus qu’un monceau informe de débris hideux. La comédie était terminée ; le drame commençait. Deux personnes avaient été tuées par les pièces de fer projetées par l’explosion; plusieurs autres avaient été blesseos ; le bruit courut qu’un plus
- grand nombre de victimes avaient succombé et une émeute faillit en résulter. Mais bientôt l’émotion fut calmée et les « chasseurs de souvenirs » se précipitèrent à l’envi pour ramasser, qui un fragment de bois des wagons, qui une pièce des machines ; ces débris orneront (?) leurs demeures à l’avenir !
- 11 pourrait se faire que cette exhibition monstrueuse coûtât cher à la compagnie, car elle a été attaquée en dommages-intérêts par les victimes ou leurs familles. Mais, franchement, ces malheureux n’avaient-ils pas été, eux-mêmes, chercher leur triste sort? G. Pellissier.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 124‘2.
- 20 MARS 1807.
- LA AA T LL K.
- 241
- CAPTURE EN MER DE DIVERS OISEAUX
- APPARTENANT A LA FAUNE CONTINENTALE
- Dans la quinzième réunion des naturalistes du Muséum, le 24 novembre 1896, M. Milne-Edwards a signalé la capture récente, en pleine mer, de trois oiseaux, savoir un Martin-pêcheur et deux Faucons. Le Martin-pêcheur a été pris par M. Baron, correspondant du Muséum, le 20septcmbre 189 6, à bord du paquebot la Navarre, à 500 milles de terre, par 57° 2 7' de latitude nord et 65° 20' de longitude ouest, après uncoup de vent venant du nord-est. Cet oiseau, dont la dépouille a été remise au laboratoire d’ornithologie, appartenait à une espèce américaine, le Ceryle alcyon, que l’on trouve pendant la belle saison sur la plus grande partie de l’Amérique du Nord, et pendant l’hiver dans l’Amérique centrale et aux Antilles. Le Ceryle alcyon est de taille beaucoup plus forte que notre Martin-pêcheur (Alcedo ispida L.) et beaucoup moins somptueusement vêtu.
- Sa queue est courte et ses ailes, peut-être un peu plus pointues et relativement plus longues que celles de notre Martin-pêcheur, ne semblent cependant guère propres à porter à travers l’Océan un oiseau au corps massif, à la tête forte, au bec volumineux. Aussi les Martins-pêcheurs alcyons qui quittent en automne le Canada ou l’État de New-York pour aller hiverner aux Antilles ne doivent-ils point prendre la voie de mer ; ils suivent probablement dans l’intérieur des terres les vallées de l’Ohio et du Mississipi ou passent le long des côtes de la Caroline, de la Géorgie et de la Floride, trouvant sur leur route, le long des cours d’eau, leur nourriture accoutumée. Il faut donc considérer comme un individu égaré l’oiseau qui a été capturé à bord de la Navarre au nord des Bermudes.
- 25* année. — 1er semestre.
- L’autre fait cité par M. Milne-Edwards est moins extraordinaire. Il s’agit de deux Faucons, (pie le capitaine Gosselin, commandant le paquebot Saint-Laurent, de la Compagnie générale transatlantique, captura à son bord en 1896, au commencement du mois de novembre, alors que le navire, parti de Colon, se trouvait à environ 500 kilomètres de toute terre. Ces oiseaux, qui étaient venus se poser dans la
- mâture, paraissaient épuisés de fatigue; aussi ne fut-il pas difficile de s’en emparer. Bamenés en France, ils furent olîerts au Muséum par le capitaine Gosselin et se trouvent actuellement à la ménagerie du Jardin des Plantes où j’ai pu les examiner. Ce sont des Faucons pèlerins, de la race américaine que le prince Ch.-L. Bonaparte désignait sous le nom de Faucon des Canards (Falco anatum). Or chacun sait que les Faucons pèlerins sont capables de s’élever à de grandes hauteurs et de franchir à tire d’aile de vastes espaces. Sous le rapport de la puissance du vol, les Faucons pèlerins d u Nouveau Monde ne le cèdent pas à ceux de l’Ancien "Monde, et, de même que ceux-ci, vont passer l'hiver sous un ciel plus clément. Les Faucons des Etats-Unis traversent alors le golfe du Mexique et arrivent à Cuba et à la Jamaïque, tandis que les Faucons du Canada se rendent aux Bermudes. Comme le dit Brehm, pour des oiseaux aussi bien doués sous le rapport des organes du vol un voyage d’une centaine de lieues est une simple promenade. Toutefois les ouragans si terribles dans la mer des Antilles triomphent de la vigueur de ces hardis voiliers et les jettent hors de leur route, comme des navires désemparés; les vents du nord qui apportent jusqu’à la hauteur de la Havane les courants d’air froid de la baie d’Hudson, et qui soufflent souvent avec une violence extraordinaire dans la période comprise
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- Murlni-pècheur alcyon pris en ruer par M. Daroii,
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- LA NATURE-
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- entre octobre et mars, peuvent aussi prendre en poupe les oiseaux migrateurs et les pousser au delà du bitt qu’ils désirent atteindre. C’est sans doute une de ces causes qui a déterminé la capture des Faucons olï'erts au Muséum par M. le capitaine Gosselin et celle d'un Faucon qui vint s’abattre dans le golfe du Mexique, sur un navire de Hambourg, et qui fut donné au Jardin zoologique de cette ville, où Brelnn put le voir, il y a vingt ou trente ans.
- De mon côté, dans le Catalogue manuscrit des oiseaux envoyés do l’Inde au Muséum par Dussu-micr, le 12 octobre 1820, j’ai trouvé mentionné un Faucon d’espèce nouvelle qui avait été pris dans les mers de Chine à 500 lieues de Bornéo et des cotes de la Cochinchinc. Vérification faite, ce prétendu Faucon, dont la dépouille empaillée figure encore dans les collections du Muséum, était un Épervier de l’espèce que Reinwald et Tennninck ont désignée sous le nom d'Epervier vergeté (Accipiter virgatus). A celte même espèce se rapportent deux oiseaux dont la dépouille est conservée dans les collections du Musée britannique, à Londres et qui ont été pris par M. Conrad, l’un le 11 novembre 1871, en vue des cotes de la Cocbinchine, l’autre trois jours plus lard en face de File Natuna. Comme la première, ces deux captures s’exjdiquent aisément par Ce que nous savons du genre de vie des Épervier s vergetés. Pendant la belle saison ces Rapaces habitent le nord de l’Asie, la Chine et le Japon, mais, à l'approche de la mauvaise saison, ils gagnent des contrées plus chaudes, et tandis que beaucoup d’entre eux s’arrêtent dans l’Inde méridionale et dans l’Indo-Chine, d’autres, plus hardis, poussent jusque dans les îles indo-malaises. Pour ces oiseaux dont le vol est moins puissant que celui des Faucons, la traversée de la mer de Chine n’est pas exempte de périls et les accidents du genre de ceux que nous venons de raconter doivent être plus fréquents qu’on ne pense.
- Avant de quitter l’ordre des Rapaces je demanderai la permission de rappeler un fait que j’ai cité, il y a quelques années, dans la partie ornithologique du grand ouvrage consacré aux résultats scientifiques de la Mission envoyée au cap Horn pour l’observation du passage de Vénus sur le Soleil1. Il s’agit d’une Chouette qui est tombée à bord de la Romanche, le 16 aocit 1882, alors que le navire, transportant la Mission, allait de France à Montevideo et se trouvait par 21° 29' de latitude nord et 59°27' de longitude ouest2. Cette Chouette, dont la dépouille fut rapportée au Muséum par M. le Dr Ilahn, appartenait à l’espèce dite Chouette des terriers (Athene ou Speolyto cunicularia) qui est répandue depuis les États-Unis jusqu’à la pointe méridionale de l’Amérique et qui diffère de notre
- 1 Mission scientifique du cap Horn, 1882-1883, t. VI, Zoologie, Oiseaux, p. 45.
- 2 Une erreur dans la lecture de l’étiquette du spécimen m’avait fait dire que l’oiseau avait été pris à 5° au sud de Montevideo. Je puis aujourd’hui corriger cette faute, d’après les documents publiés par M. le commandant Martial.
- Chouette par ses formes plus élancées, par ses pattes plus longues aussi bien que par ses mœurs. La Chouette des terriers vit, en effet, presque constamment à terre ; elle habite et niche dans des trous qu’elle creuse dans le sol des pampas ou dans les terriers abandonnés par les petits rongeurs ; elle ne se perche jamais; mais, comme on peut déjà le soupçonner d’après la conformation de ses ailes qui sont bien développées et assez pointues, elle vole bien et peut s’élever et même se tenir suspendue dans les airs pour guetter les insectes, les petits reptiles et les rongeurs dont elle fait sa proie. On comprend donc que, surprise dans son vol par un coup de vent, elle puisse être jetée loin de son milieu habituel. Or, d’après les observations publiées par M. le commandant Martial, dans l’histoire du voyage de la Romanche, le 16 août 1882, le vent était assez fort et avait tourné du nord-ouest au sud-est en passant par l’ouest; il avait donc pu cueillir, pour ainsi dire, la Chouette dont je parle sur les cotes du Brésil et de l’Uruguay et venir la jeter sur le pont du navire.
- Il est encore plus facile d’expliquer la capture d’une Hirondelle de cheminée (Ilirundo ruslica) prise dans le cours de la même expédition, mais pen-’dant le voyage de retour, le 18 octobre 1885, près des îles du Cap Vert. C’était évidemment un oiseau égaré, séparé d’une bande qui effectuait sa migration d’automne et allait prendre ses quartiers d’hiver dans les régions équatoriales.
- J’en dirai autant d’un Traquet tarier (Pratincola rubetra) que M. le Dr Ilahn a mentionné dans scs notes manuscrites comme ayant été pris le 20 octobre 1885 au nord des îles du Cap-Vert, et d’une Linotte à laquelle M. Sahin Berthelot, ancien consul de F1rance, a fait allusion en ces termes dans son livre intitulé Oiseaux voyageurs et Poissons de passage '.
- « Partis de Cadix sur le Pelayo, dit M. Berthelot, nous naviguions depuis deux jours vers les Canaries, lorsqu’une Linotte venant de l’est, d’Afrique sans doute, s’abattit sur une des vergues du navire. L’oiseau, fatigué, se reposa quelques instants, voltigea ensuite dans la mâture, prit sa part des miettes restées sur le pont après le déjeuner de l’équipage, puis, tout à coup, faisant entendre un cri de départ, il pointa droit à l’ouest et disparut. — « Où va-t-il? nie dit un passager. — A Madère, » lui répondis-je. Nous étions, en effet, par le travers de cette île, et, d’après l’estime du capitaine, à la distance de plus de 50 lieues. La Linotte, pas plus que nous, ne pouvait l’apercevoir, mais son instinct géographique lui avait dit que là-has, sous des nuages amoncelés à l’horizon, il y avait une terre hospitalière où elle trouverait bon gîte. »
- Il faut considérer encore comme des migrateurs la plupart des oiseaux que M. J. Dybowski, l’explorateur bien connu, actuellement Directeur de l’agriculture de la Régence de Tunis, a rencontrés en mer,
- 1 Tome I, p. 12.
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- dans le cours de son dernier voyage à la côte occidentale d’Afrique, et dont il m’a remis la liste. Le 19 septembre 189b, il a vu, par le travers des Bis-sagos, à environ 80 milles au large, des Tourterelles qui, épuisées de fatigue, sont tombées à la mer.
- Quelques jours plus tard, le 28 septembre, avant d’atteindre le cap Finistère, à 100 milles au large environ, le vent étant assez fort et soufflant des côtes du Portugal, M. Dybowski captura sur le pont du navire qui l’emportait une Tourterelle vineuse (Tur-tur vinacea), un Traquet roux (Saxicola ru fa), une Bergeronnette champêtre (Motacilla campestris), une Bergeronnette grise (Motacilla alba), une petite Fauvette du genre Pouillot et une Farlouse ou Pipit des prés (Anthus pratensis). A l’exception de la Tourterelle qui, s’il n’y a pas eu d’erreur de nom, appartenait à une espèce africaine, tous les autres oiseaux que je viens de citer se rapportent à cette catégorie d’espèces européennes qui vont passer l’hiver dans le nord et l’ouest de l’Afrique. Ces Passereaux, tous de petite taille, si frêles et si délicats, ces Bergeronnettes, ce Traquet, ce Pouillot, cette Farlouse avaient été jetés par le vent hors de l’une des routes immuables que suivent leurs congénères pour gagner leurs quartiers d’hiver, routes qui ne traversent pas toutes les continents, mais dont l’une au moins paraît suivre les côtes du Portugal.
- Des observations analogues ont été faites dans les mers du Nord. Ainsi Brehm a reçu un Roitelet qui avait été pris au milieu de la Baltique et le naturaliste Faber a rencontré jadis un Pipit au milieu de sa route entre le Danemark et l’Islande. Dans le cours de l’expédition de l’aviso la Manche à File Jan-Mayen et au Spitzberg, expédition à laquelle prirent part le professeur Pouchet, M. le Dr Pettit et M. Rabot, un Pipit des arbres (Anlhus arbore us) fut tué le 16 mai 1892, pendant la navigation sur la mer d’Islande. On savait déjà, du reste, que quelques oiseaux de cette espèce remontaient très loin vers le nord, dépassaient le cercle polaire arctique et se montraient au mois de juin dans les parages de Tromsoe et sur l’ile Jan-Mayen.
- Pendant ce même voyage de la Manche, le 28 juin 1892, un autre Passereau, un Martinet de murailles {Cypselus apus) fut pris à bord du navire qui se trouvait alors en vue des îles Féroë.
- C’était la troisième fois seulement qu’on rencontrait dans ces parages un représentant d’une espèce que sa puissance de locomotion rend parfaitement capable d’accomplir de longues traversées, mais que son tempérament frileux semblerait devoir éloigner des régions boréales. Les captures précédentes de Martinets sur les îles Féroë avaient d’ailleurs eu lieu, comme celle ci, dans le courant du mois de juin.
- En feuilletant les anciens registres d’entrée des collections du Muséum, j’ai rencontré la mention d’un Fournier qui était venu s’abattre, en vue de la Terre des États, dans les parages du cap Horn, sur le navire que montait M. Edeleslan Jardine, aide-
- commissaire de la marine et auteur de plusieurs ouvrages scientifiques. Que cet oiseau fût un véritable Fournier ou un Limnornis, c’était en tous cas un Passereau de petite taille, une sorte de Fourmilier appartenant à la faune terrestre de l’Amérique du Sud.
- Enfin, dans le cours de la troisième campagne scientifique de la Princesse-Alice, S. A. le prince Albert 1er de Monaco a vu, le 4 juin 1896, des centaines d’Hirondelles envahir son navire, qui se trouvait alors entre Monaco et la Corse.
- Si j’avais voulu tenir compte des Oiseaux de mer et des petits Échassiers de rivage, j’aurais pu augmenter considérablement la liste des espèces qui, à ma connaissance, ont été prises à bord des navires; mais j’ai tenu à choisir mes exemples exclusivement dans la catégorie des oiseaux appartenant à la faune continentale. Les observations faites sur ceux-ci présentent, en effet, un intérêt particulier, parce qu’elles nous renseignent sur l’amplitude des migrations et sur les directions suivies par les oiseaux dans leurs déplacements annuels. En même temps* comme l’a fait remarquer M. Milne-Edwards, elles peuvent nous expliquer certaines particularités de la distribution des oiseaux à la surface du globe. On peut admettre, en effet, que de même que des graines apportées par les vents ont germé en des terres isolées au milieu des océans, des oiseaux égarés y ont parfois trouvé une patrie et y ont implanté leur race qui s’est adaptée à de nouvelles conditions d’existence. E. Oustalet.
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- LE BATEAU ROULEUR1
- Est-ce que nos premières prévisions seraient les bonnes? Le bateau routeur devait faire ses essais au commencement de janvier. Nous sommes en mars et le nouveau navire est toujours au quai de Croisset à Rouen.
- Sans vouloir cependant en rien préjuger des résultats que donneront à la longue les essais en route libre du bateau rouleur Y Ernest-Bazin, il nous paraît intéressant d’insister sur quelques points qu’il est convenable de ne pas laisser dans l’ombre.
- Le bateau rouleur, tel qu’il a été construit, est un chariot flottant à six roues, poussé par une hélice. Mais alors que dans un chariot ordinaire les roues, éprouvant peu de frottement, tournent aisément, il faut dans le bateau Bazin provoquer la rotation des rouleursen les actionnant par des moteurs distincts.
- L’inventeur a prévu qu’il suffirait d’une faible puissance sur chaque rouleur pour l’amener à rouler avec une vitesse circonférentielle égale à la vitesse donnée au bateau par l’hélice.
- Le roulement étant produit, on ne saurait nier qu’une machine principale de faible puissance puisse communiquer au flotteur une vitesse relativement considérable.
- 1 Voy. n° 1188, du 7 mars 1890, p. 224.
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- Il fallait donc vérifier avant tout si le principe du roulement économique était exact. Nous croyons que sur ce point les essais récents n’ont pas été satisfaisants, les moteurs des routeurs s’étant montrés beaucoup trop faibles.
- Actuellement l’hélice absorbe 600 chevaux, et chaque rouleur 50 chevaux. Tour réaliser la vitesse prévue il semble qu’on sera obligé de porter les machines de 50 chevaux à 150, soit une augmentation de 600 chevaux et une dépense totale de 1500 chevaux, pour imprimer au navire, qui déplace 246 tonnes, une vitesse de 22 nœuds.
- L’économie relative au type actuel qui devait être de 80 pour 100 descendrait à 50 pour 100. Mais
- encore faudra-t-il compter avec les échaulfemcnts considérables qui se produisent dans les paliers des routeurs et qui obligeront à ne pas dépasser une vitesse de rotation très faible par conséquent, une vitesse de propulsion également faible, à moins d’atteindre des dimensions de routeurs exagérées.
- Admettons que ces prévisions soient pessimistes, que les essais donnent raison aux calculs de M. Bazin, quelles seront les applications du rouleur?
- 11 ne saurait ctre question de construire sur les données du rouleur des navires de guerre, trop exposés aux coups de l’ennemi, de simples cargo-boals qui ne pourraient prendre de charge.
- M. Bazin, lui-même, ne préconise son type de
- Vue d'ensemble du bateau routeur terminé.
- navire que pour le transport rapide des passagers de luxe et des dépêches. Il faudra pour cela que le bateau rouleur puisse affronter des mers comme l’Atlantique nord où l’on rencontre quelquefois des vagues de 11 mètres de hauteur, et il nous semble à craindre que les efforts auxquels seront soumis la plate-forme et les paliers ne disloquent le navire. D’autre part la stabilité du Bazin est de nature telle qu’une fois incliné le bateau éprouve de grandes difficultés à se relever, d’où danger de chavirage.
- La bonne tenue à la mer sera peut-être révélée par les essais, mais elle semble au premier examen fort douteuse. Nous devons dire cependant que les vagues viendront se briser sur des surfaces courbes, en mouvement, séparées les unes des autres, tandis que dans les navires actuels la mer vient
- battre une surface plane, immobile et continue.
- En eau douce, sur lacs et rivières, le bateau rouleur rencontrera encore de grands obstacles. La hauteur des rouleurs au-dessus de l’eau empêchera souvent de passer sous les ponts et leur grand tirant d’eau ne leur permettra que l’accès des rivières profondes. Même en supposant 1 ’Ernest-Bazin dans les conditions de réussite les plus favorables, c’est-à-dire en supposant que le roulement puisse se produire économiquement, ce qui est en contradiction avec les expériences déjà faites, il semble donc que l’avenir du bateau rouleur soit très limité. Nous reviendrons sur le bateau rouleur après sa première sortie en mer. A. L.
- Ingénieur civil dos constructions navales.
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- L’« HOMME-MOMIE »
- Les bizarreries pathologiques sont souvent des prétextes à exhibitions.
- Chaque fête foraine compte au nombre de ses attractions quelques monstruosités dont le public se montre toujours friand. Ici, le Géant, « l’homme le plus grand du monde » ; là, le Nain, « le plus petit de l’univers » ; à côté, la Femme à barbe, la Femme colosse; puis 1 ’Homme-tronc, monstre ectvomèle, privé de plusieurs ou de tous les membres ; THomme-poisson, atteint de cette affection cutanée qui, à l’hôpital, porte le nom à'ichthyose;
- Y Homme - squelette, en général un cas à'atrophie musculaire, etc., etc.
- Un clinicien, en parcourant les foires, pourrait recruter plus d’un spécimen afférent à la pathologie.
- Paris possède actuellement Y Homme-momie, et ce nouveau « phénomène », dont l’étrange apparence attire les badauds,n’est encore qu’un exemple d’une affection morbide, peu fréquente il est vrai, mais bien décrite et scien-tiliquement étudiée.
- L'Homme momie vient du pays du soleil, — non de l’Egypte, comme semble l’indiquer son nom, —mais de Provence, où sa réputation prit naissance et prospéra rapidement, sanctionnée par les examens médicaux et par plusieurs publications scientifiques. Examiné d’abord, à Marseille, par M. Platon, il a, peu de temps après, inspiré au professeur
- Fig. 1. — L"Homme-momie. (D'après une photographie.
- Fig. 2. — L’Homme-momie et son barnum.
- (D'après des photographies publiées dans la Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière.)
- Grasset une leçon clinique, à l’hôpital Saint-Eloi, de Montpellier.
- La Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière a publié cette intéressante étude, recueillie par M. Ye-del, et accompagnée de nombreuses photographies.
- « A première vue, dit le professeur Grasset,
- c’est un homme desséché ; le tissu cellulaire sous-cutané a disparu, les muselés c-t les os sont atrophiés à l’extrême, la peau présente une sclérose des plus étendues. Par sa tète, il évoque l’image de
- sainte Marie l’Egyplienne de Ribera ; tout son corps est réduit à l’état de squelette; mais c’est un squelette habillé d’une peau sèche et collée, comme une momie (fig. 1).
- « Voyez la face : la peau est appliquée contre les os; l’absence de muscles est à peu près complète,
- l’ensemble est comme figé, ratatiné, d’aspect cicatriciel. La bouche est immobile, rétrécie, enlr'ouverte, comme taillée dans un morceau de cuir, suivant l’expression de Charcot; les lèvres très amincies sont trop petites pour recouvrir les dents, ne peuvent être appointées pour siffler. Les oreilles, enrai-dies, indurées, ne sont pour ainsi dire pas tabulées. Le nez, déprimé à la hase, très effilé à la pointe, présente, à sa partie moyenne, une saillie surtout marquée du côté droit ; les ailes sont réduites au minimum, ne jouissent d’aucun
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- i;a nature.
- mouvement. Les paupières, très grêles, repliées en dedans, trop courtes, n’arrivent pas à recouvrir naturellement les globes oculaires, qui présentent de ce fait un aspect exorbitant. »
- Les os de la face sont atrophiés, les joues décharnées, le menton froncé. Pas de barbe, mais les cheveux sont abondants et normaux.
- Les membres, eux aussi, sont extrêmement réduits dans toutes leurs dimensions (fig. 2). La peau, de couleur jaune sale, tachetée de plaques rosées, semble collée aux os, dont toutes les aspérités se dessinent exagérément. A la main, les tendons apparaissent, saillants comme les cordes d’un violon. Les jambes ont l’aspect de pattes d’échassiers, les orteils se recroquevillent en griffes.
- La peau, bien que tendue et épaissie par places, conserve encore une certaine souplesse. On peut la pincer entre les doigts, sauf au niveau des pieds. Mais les mouvements des membres sont très limités par les rétractions fibreuses, en particulier les mou-xements d’extension. Aussi le sujet conserve-t-il toujours une attitude ankylosée ; son pied surtout semble fixé à sa jambe comme serait un pied de bois. 11 se tourne tout d’une pièce, comme une statue sur une selle d’atelier.
- Par contre, ce squelette ambulant possède un cœur, des poumons, un foie, un estomac, qui ont conservé leurs justes proportions et leur fonctionnement normal. Il a bon appétit, digère bien, dort bien. Sa sensibilité est intacte. Il ne se plaint d’aucune douleur.
- Les facultés intellectuelles ne sont nullement atteintes ; il cause avec h-propos, plaisante à l’occasion et « fait montre de connaissances qui lui auraient valu la première place à l’école, avec certificat d’études à l’appui ».
- Son histoire est brève : on sait que sa mère s’est remariée trois fois et a mis au monde 12 enfants. Il est né dans des conditions normales, mais chétif, ayant déjà,paraît-il, « la peau collée contre les os ». Cependant, il marchait à 10 mois et parlait au temps réglementaire.
- C’est vers la deuxième année que commencèrent à s’accentuer les signes de cette singulière affection qui devait, à l’âge de 12 ans, atteindre son apogée. Depuis cette époque, en effet, Y Homme-momie est tel qu’on le voit aujourd’hui, âgé de 28 ans, haut de lm,45 et pesant 24 kilogrammes, figé dans le même état depuis plus de seize années.
- Ce curieux exemple de momification des tissus pendant la vie n’est pas unique en son genre. Il faut dire, à sa louange, qu’il mérite de figurer en très bonne place parmi ceux qu’on retrouve, çà et là, dans la littérature médicale.
- Au dix-septième et au dix-huitième siècle on avait déjà signalé ces cas de rétraction partielle ou totale de la peau. Cuzzio, médecin de l’Hospice des Incurables, à Naples, a publié, en 1752, l’observation d’une jeune fille de 17 ans dont la peau présentait un resserrement et une dureté extrêmes, à tel point qu’on
- faillit renoncer à la saigner, les lancettes s’émoussant sur cette enveloppe cutanée, « dure comme du bois ». La malade ne pouvait fermer ni les paupières ni les lèvres, et sa raideur était telle qu’on l’eût prise pour une statue. C’était bien la Femme-momie.
- Depuis lors, les observations se sont multipliées. Le terme expressif de Scrofule-momie a été proposé, en 1817, par Alibert, pour des cas du même genre. Mais c’est Gintrac qui, en 1847, a baptisé cette maladie du nom qu’elle porte encore aujourd’hui : la sclérodermie. Verneuil, llortcloup, Hardy, Bail, Charcot, etc., ont consacré à son étude d’importants travaux.
- La sclérodermie, comme son nom l’indique, est caractérisée surtout par une induration et une rétraction de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, se limitant le plus souvent aux extrémités des membres, mais pouvant envahir le corps entier, y compris la face, où sa localisation produit un masque vraiment borible à voir. Si l’on ajoute à ces caractères la pigmentation de la peau, généralement brunie ou tachetée de plaques jaunes et grises, l’atrophie musculaire qui réduit les membres à l’état squelettique, et les ankylosés des jointures immobilisant les malades dans une attitude soudée dont ils ne peuvent se départir, on voit se constituer un ensemble morphologique qui répond exactement à celui que présente Y Homme-momie, actuellement exhibé en public. Ce « phénomène » au corps décharné, dont les membres semblent réduits à leur squelette engainé dans un fourreau de parchemin, et dont la face hideuse ne serait pas déplacée dans un sarcophage du musée égyptien, cette momie ambulante qui fait son tour de France, excitant sur son passage la curiosité, la pitié et l’horreur, est encore une attraction pathologique, car il faut considérer Y Homme-momie comme un rare exemple de sclérodermie généralisée. D‘ Henry Meige.
- LA NATALITÉ A BERLIN
- D’après les statistiques anglaise et française, portant sur 900 000 naissances et se rapportant à neuf pays ou grandes villes, Suède, Finlande, Norvège, Danemark, Alsace-Lorraine, Brunswick, Edimbourg, Glascow, Berlin, Budapest et la France, on obtient, d’après l’âge des mères, le tableau suivant :
- NOMBRE DES NAISSANCES POUR 100 FEMMES
- Age des mères. Moyenne des pays d’Europe. France.
- 15 à 19 ans. 47,5 40,0
- 20 à 21 — 45,8 28,0
- 25 à 29 — 57,2 25,0
- 50 à 54 — 29,5 17,7
- 55 à 59 — 22.4 11,2
- 40 à 41 — 9,7 4,9
- 45 à 50 — . 1,4 0,7
- 51 à 55 — 0,05 0,04
- Ces chiffres ne nous sont pas favorables. Si l’on prend Berlin seul, l’infériorité s’accuse.
- Nous ne sommes pas précisément en avance, à Paris. La natalité parisienne est dans le marasme. C’est bien différent à Berlin. A la bonne heure ! D’après une statistique berlinoiso, en 1895, il est né 48 80B enfants. Mais ce
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- n’est pas ce résultat déjà beau qui est frappant. C’est celui qui suit. On a relevé les particularités que voici : Une mère de quarante-trois ans a eu 23 enfants. Une autre mère de quarante-trois ans et une autre de quarante-cinq ans ont eu chacune 21 enfants. Et ce n’est pas fini, paraît-il. Une mère de trente-neuf ans en est à son vingtième enfant. Deux mères ont eu chacune leur dix-neuvième enfant. Dix mères ont eu leur dix-huitième enfant. Trente-trois mères ont eu leur seizième enfant. Une mère de trente et un ans a eu son quatorzième enfant. Dans 204 familles on compte 12 enfants. 447 femmes ont eu des jumeaux et 6 ont eu trois enfants à la fois. Bref, 250 femmes, à elles seules, ont enrichi la ville de Berlin de 5219 rejetons ! C’est d’un bel exemple ; et il mérite de ne pas passer inaperçu. Mais, connuounon,il restera, on peut le craindre, sans aucune influence sur la descendance française.
- Il ne faudrait pas croire cependant que nous sommes incapables de marcher sur les traces des Berlinois. Je crois même que le record de la natalité nous appartient ou nous a appartenu, au moins du temps des guerres de l’Empire. On a cité un certain Français, Pellen, un Provençal, ancien soldat des armées impériales et médaillé de Sainte-Hélène, dont la progéniture dépasse par le nombre celles des Berlinois les plus renommés en la matière.
- M. Pellen se maria en 1813 avec M1,e Joséphine Négrel, de Saint-Jean, et il eut vingt-neuf enfants, dont 25 garçons et 4 filles. Onze de ces enfants sont encore vivants aujourd’hui.
- M. T. Pellen, qui était devenu entrepreneur de travaux publics, est mort à Marseille en 1884, à l’âge de 90 ans, après avoir pu contempler autour de lui 64 petits-fils et petites-filles, sans parler des arrière-petits-enfants. Mais M. Pellen était de la Grande Armée ! N’importe, vingt-neuf enfants, c’est plus beau qu’à Berlin ! Si nous voulions.... Hélas ! tout est là ! Et l’on ne parlerait plus tristement de la dépopulation qui menace de tarir les sources vives de notre beau pays de France. H. de P.
- TRANSMISSION DE L’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- AUX CHEMINS DE FER DU NORD A PARIS
- Le problème de la transmission de l’énergie à distance par l’électricité a une importance industrielle qui n’échappe à personne. Depuis déjà plusieurs années, la Compagnie des chemins de fer du Nord s’est préoccupée de trouver à ce sujet des solutions simples et pratiques. Cette compagnie, dont le trafic augmente chaque jour, a besoin d’une grande quantité d’énergie électrique, soit pour alimenter les appareils d’éclairage, les appareils de manœuvre, tels que cabestans, treuils, ascenseurs, pompes, etc., pour charger en diverses sous-stations des accumulateurs servant de réserve ou destinés à l’éclairage électrique des voitures. C’était notamment une nécessité pour cette compagnie de disposer à proximité de la gare à Paris d’une source d’énergie électrique très puissante. On ne pouvait songer à l’établissement d’une station centrale en des espaces déjà très limités et trop restreints pour des services nombreux et compliqués. Aussi la Compagnie des chemins de fer du Nord a-t-elle eu recours à la transmission de force motrice à distance. Elle s’est
- entendue à cet effet avec la Société d’éclairage et de force par l’électricité qui possède à Saint-Ouen-les-Docks une station centrale importante et qui transmet déjà dans Paris à diverses sous-stations pour la distribution l’énergie électrique par courants continus à haute tension.
- Mais l’expérience a démontré que lès transmissions d’énergie par courants continus à 5000 volts, la plus haute différence de potentiel que l’on puisse employer pratiquement avec ces courants, ne sont pas toujours économiques et présentent beaucoup d’inconvénients. 11 fallait donc avoir recours aux courants alternatifs ; mais d’autre part il était nécessaire, aux points d’arrivée, pour la charge des accumulateurs et autres opérations diverses, de disposer du courant continu. On pouvait alors effectuer la transmission par courants alternatifs, et à la station réceptrice utiliser un appareil de transformation spécial donnant du courant continu. C’est le problème compliqué et hérissé de difficultés de toutes sortes qu’a résolu fort élégamment M. Maurice Leblanc, ingénieur de la Société pour la transmission de la force, avec le concours des services électriques de la Compagnie des chemins de fer du Nord.
- Les premières expériences basées sur ces principes furent faites en 1894 entre la Chapelle et Épinay (Seine) et donnèrent des résultats très satisfaisants ; le rendement industriel total atteignit et dépassa même 85 pour 100.
- Les secondes expériences, celles dont nous voulons parler tout particulièrement, ont eu lieu dans le courant de l’année dernière, et ont donné des résultats encore plus appréciables que ceux que nous venons de mentionner.
- L’installation qui a été faite et expérimentée en 1896 est actuellement en service normal. L’énergie électrique produite à Saint-Ouen- les -Docks sous forme de courants diphasés est transmise à la gare de la Chapelle à Paris à une station réceptrice où se trouvent des transformateurs redresseurs qui reçoivent les courants diphasés et fournissent du courant continu à différence de potentiel variable dans des conditions permettant les applications les plus diverses. La station de la Chapelle doit en effet assurer l’éclairage et la manutention de la gare aux marchandises, des bureaux, ateliers et magasins du service de la traction et du matériel roulant. La ligne de transport établie doit encore desservir plusieurs autres sous-stations : au Landy, où se fera la charge des accumulateurs pour l’éclairage des voitures, à la gare de triages de la Plaine pour l’éclairage des voies et bureaux, et aller encore alimenter à Paris les stations de la rue du Faubourg-Saint-Denis et du boulevard Barbés de la Société d’éclairage et de force. Nous allons maintenant examiner en détail les diverses parties de cette installation.
- Nous remarquons tout d’abord que l’on a employé pour la transmission, des courants diphasés. Sans insister beaucoup sur la nature de ces courants, ce qui nous entraînerait trop loin, nous dirons qu’il s’agit
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- là do doux courants alternatifs do, même fréquence et de même intensité. Ils sont produits dans deux circuits distincts et séparés et qui sont disposés de telle sorte (jue lorsque l'un des deux courants atteint son intensité maxima, l’autre a une intensité nulle, et lorsque le premier a une intensité nulle, le second a son intensité maxima. Les deux courants ne sont [dus en concordance de phases; il y a entre eux une différence de phase constante qui dans le cas actuel est de 90°, les deux courants sont diphasés. Ces courants se prêtent bien à une transmission de force motrice, parce qu'aux stations réceptrices ils mettent très aisément en marche le
- moteur sans offrir aucune difficulté. Us offrent à cet égard une supériorité très marquée sur les courants alternatifs simples ou monophasés.
- La station centrale d’énergie électrique de Saint-Ouen-les-I)ocks renferme deux alternateurs volants Leblanc construits par la maison J. Farcot, à courants, diphasés, de 250 kilowatts à 88 volts et à 1420 ampères par circuit, à la fréquence de 59 périodes par seconde. Ces alternateurs sont montés directement sur l’arbre de moteurs à vapeur Corliss mono-cylindriques .à quatre tiroirs et à condensation, de 550 chevaux, tournant .à la vitesse angulaire de 65 tours par minute. La figure 1 donne une vue
- Fig. 1. — Vue d'ensemble des alternateurs et transformateurs à courants diphasés installés dans la station centrale de Saint-Ouen-les-Doeks (Seine).
- d’ensemble des deux alternateurs et la figure 4 nous montre le schéma général de l’installation totale, en comprenant le diagramme des alternateurs. L’induit est fixe et formé de barres de cuivre logées dans des encoches de fer placées à la périphérie intérieure d’un grand anneau de Gm,25 de diamètre. Les enroulements sont disposés de façon à donner deux circuits dont les tensions sont décalées de 1/4 de période. L’inducteur se compose d’un grand volant portant sur son pourtour 72 pèles en tôle de 2 millimètres d’épaisseur qui sont fixés sur le volant à l’aide de boulons. Des circuits amortisseurs spéciaux servent à augmenter la stabilité des alternateurs lorsqu’ils sont en synchronisme. Le courant d’excitation est emprunté aux machines à courant continu de l’usine et amené aux circuits qui entourent les 72 électro-
- aimants. Les deux alternateurs peuvent se coupler en quantité sans aucune difficulté ; leurs rendements électriques sont respectivement de 92,5 et 94,5 pour 100. On voit dans la figure 4 le circuit d’excitation E des alternateurs À, le volant Y supportant les pêdes qui se déplacent devant les circuits M et M\
- A la sortie de l’alternateur, les deux circuits a et b, à 88 volts, viennent traverser des transformateurs T, qui ont pour but de porter aux bornes de chaque circuit la différence de potentiel à 6000 volts. Ces transformateurs sont formés de trois noyaux magnétiques c, c, d, dont le dernier est commun aux deux circuits magnétiques ainsi formés. Sur chacun des noyaux c, c sont enroulés les circuits primaires à basse tension p, p. Les enroulements
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- secondaires s, s à haute tension (0000 volts) sont intervalle pour assurer une ventilation entre les fixés par-dessus; on a eu soin de laisser un faible deux enroulements. Le rendement des transforma-
- tig. 2. — Vue intérieure de la station réceptrice de la Chapelle. — A gauche, transformateurs d’arrivée. A droite, tableau secondaire de distribution. Au milieu, moteurs-redresseurs.
- tours a atteint 90,7 pour 100. De l'usine de Saint-Ouen part une ligne aérienne LT/ à 4 conducteurs formés chacun de 12 fils, et d’une section totale de 21 millimètres carrés. Cette ligne, pour la partie placée sur poteaux, a une longueur de 5000 mèlres environ; elle se continue ensuite souterrai-nement par deux câbles concentriques l et l' à deux conducteurs d e 50 millimètres carrés et d'une longueur de 5540 mètres. Ces câbles ont été fournis par la Société industrielle des téléphones. C’est sur cette ligne venant de l’usine que sont actuellement prises en B et C les dérivations pour
- la station réceptrice du Landy et en D les dérivations pour l’usine réceptrice de la Chapelle. La
- ligne se continuera ensuite en F pour aller alimenter les stations de la rue du Faubourg-Saint-Denis et du boulevard Barbés.
- Les fils d’arrivée à la station de la chapelle G et G' traversent d’abord un interrupteur général à 6000 volts II et IF, des coupe-circuits fusibles J et J7, des compteurs Aron K et E' et des régulateurs de tension B et R7 formés de bobines de self-induction en série sur chaque circuit. Le courant arrive ensuite dans des -transformateurs Q et Q7 dont les
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- bobines sont seulement représentées. Ces appareils sont formés de deux transformateurs ordinaires à circuit magnétique fermé A et B, comme on le voit dans la petite figure explicative placée à gauche et en haut de la figure générale, et réunis perpendiculairement. Les bobines secondaires S S' sont indiquées au-dessous dans noire schéma. A la sortie du circuit secondaire la tension est ramenée à 110 volts. Les fils des divers enroulements sont réunis entre eux et aboutissent ensuite par des connexions 00' aux touches d’un redresseur U U, qui est mis en marche par un petit moteur synchrone Y. A l’aide de deux balais, on recueille en X des courants continus à HO volts qui sont transmis aux divers cir-
- cuits d’utilisation a, [3, y- L’usine de la Chapelle, dont la figure 2 donne une vue intérieure, renferme deux transformateurs de 45 kilowatts chacun qui abaissent la tension des courants diphasés de 0000 à 110-165 volts. Les moteurs redresseurs sont au nombre de 5 pouvant donner chacun 500 ampères sous 110 à 165 volts en courant continu ; un de ces appareils sert de réserve et peut être mis en service à la place de l’un des deux autres. La figure 5 nous montre une vue détaillée du moteur-redresseur.
- Divers essais et expériences ont été effectués par les services électriques de la Compagnie du Nord, sous la direction de M. E. Sartiaux. On a d’abord fait fonctionner un moteur-redresseur à la Chapelle
- Vue en plan
- USINE OU LANOY RÉCEPTRICE C
- Exci
- desservir les cabestans
- •HyMarçonrSc
- Accumulateurs
- Fig. 4. — Schéma général de l’installation.
- à 500 ampères et à 150 volts pendant six heures consécutives. La bobine de self-induction dont nous avons parlé permet très facilement ce réglage. On a pu monter jusqu’à 550 ampères sans trouver d’é-chauffement ni trace d’étincelles aux balais. Le rendement électrique de l’installation de la Chapelle, ou rapport de la puissance utile en watts en courants continus à la puissance totale fournie en watts en courants diphasés à 6000 volts à l’entrée de la station, a varié de 62,5 à 91,2 pour 100 pour des puissances de 16,8 à 50,4 kilowatts. Les rendements des diverses parties de l’installation ont été les suivants : rendement de la transformation des courants diphasés en courants continus à la Chapelle 91,2 pour 100, rendement de la ligne de transmission d’une longueur totale de 9k,500,. 92 pour 100,
- rendement des transformateurs au départ de l’usine de Saint-Ouen 9^,6 pour 100, et enfin rendement moyen de l’alternateur générateur 96 pour 100. Le rendement industriel de la transmission ou rapport de la puissance utile en courants continus à la Chapelle à la puissance totale dépensée sur l’arbre des alternateurs à Saint-Ouen-les-Docks a donc atteint 77,8 pour 100. C’est un résultat des plus satisfaisants.
- Telle est en quelques mots la courte description d’une installation fort intéressante à de nombreux points de vue et qui peut amener de grands changements dans l’état actuel de production d’énergie électrique dans Paris par des stations centrales établies à l’intérieur de la ville. J. Laffargde.
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- LE BANQUET CLÉMENCE ROYER
- Il y a huit jours une élite d’écrivains, de penseurs et de savants était réunie au Grand Hôtel, célébrant en un banquet la grande savante qu’est Clémence Royer.
- Clémence Royer, comme simplement elle le disait, est inconnue de la masse du public même lettré. Mais dans le monde des penseurs, parmi les savants, son nom a une grande et haute signification : celle d’un précurseur des conceptions biologiques modernes.
- Encore très jeune, économiste remarquable, elle partageait avec Proudhon le prix proposé parle canton de Vaux, pour son travail Traité de l'impôt ou de la dime sociale.
- Un peu plus tard elle traduisait l'Origine des espèces de Darwin, et dans sa préface que le I)r Letourneau caractérise très justement de terrible, tirant aussitôt toutes les conséquences de la théorie transformiste, allant plus loin que Darwin lui-même, elle révolutionnait, non sans luttes, les doctrines scientifiques alors en cours et contribuait largement à la pénétration dans la science de la notion transformiste qui devait avoir raison du créationisme de jadis.
- Aujourd’hui que tout cela est chose courante on est bien étonné que la lutte ait été aussi vive, et l’on oublie les combattants de la première heure !
- En métaphysique, en astronomie mathématique, Clémence Royer tient aussi une place importante. Ses récents Mémoires : l'Inconnaissable, la Matière, la Constitution du Monde et l'ordre cosmique, sont d’une profondeur de vue, d’une pénétration de dialectique, d’une acuité d'analyse absolument étonnante. C’est l’œuvre d’un penseur de génie comme Renan appelait Clémence Royer.
- Les nomlreux admirateurs et amis qui se pressaient autour d’elle, récemment, venus de toutes les parties du monde, les multiples adresses qu’elle a reçues alors, lui ont montré et prouvé que son nom n’était pas oublié de tous, qu’il était honoré par ceux qui pensent et luttent, qui, comme elle, se donnent tout entiers au labeur de l’tsprit ayant seul suffi à remplir sa vie. Toutes les femmes — et aujourd’hui elles sont nombreuses — qui croient, et le démontrent, que la femme est apte aux plus délicats travaux de l’esprit, considèrent l’exemple que fournit Clémence Royer comme la plus probante démonstration de cette thèse. Autour d’elle, affectueuses et reconnaissantes, elles se pressaient en grand nombre.
- Et puis tous ceux, rares il est vrai à notre époque, qui pensent que pour l'homme il y a autre chose que de gagner de l’argent ou de faire de la politique, ne peuvent s’empêcher d’admirer cette femme de grand cœur et de haute intelligence, qui a consacré sa vie aux plus élevées spéculations de l’esprit, méprisant celles de la terre. C’est à la fois un noble exemple de pur et haut désintéressement et une preuve vivante de ce que peut un cerveau génial, même en un frêle corps de femme. A ce double titre Clémence Royer a bien mérité de la science et de la société. Capitan.
- L’ÉPAISSEUR DU CRANE
- L’égalité, quoi qu’on en puisse dire, n’existera jamais nulle part et en aucune circonstance. Jusqu’aux os du crâne qui se montrent inégaux individuellement et selon les races! M. Péan a mesuré, avec des appareils de précision donnant l’épaisseur des os au centième de millimètre, une centaine de crânes normaux d’hommes et de femmes.
- La moitié gauche de la voûte crânienne est un peu plus épaisse, un demi-millimètre, que la moitié droite. C’est
- le contraire de ce que l’on constate pour le reste du squelette. Le crâne est toujours un peu plus épais chez les peuplades sauvages que chez les peuples civilisés. L’épaisseur des crânes féminins est inférieure à celle des crânes masculins. La vieillesse amène l’épaisseur, mais pas autant que beaucoup d’auteurs l’ont avancé. Les différents os de la boîte crânienne ont des épaisseurs diverses. Chez l’adulte, l’épaisseur des pariétaux est de 1 à 2 millimètres; le frontal est un peu plus épais, entre 2 et 3 millimètres.
- M. Lagneau a insisté, de son côté, à l’Académie de médecine, sur l’inégalité de l’épaisseur du crâne. Sur un ancien champ de bataille où gisaient encore des ossements de Perses et d’Égyptiens, il y a plus de deux mille deux cents ans, Hérodote faisait la remarque suivante :
- « Les crânes des Perses sont minces, de sorte que si tu veux jeter un seul caillou, tu les perfores; mais ceux des Egyptiens sont épais, de sorte qu’avec peine tu les briseras, si tu les frappes avec une pierre. » En Égypte, il semble avoir existé des types céphaliques variés; Pruner-Dev, à côté d’un type fin, a décrit un type grossier.
- Suivant Zanetti, les crânes étrusques sont remarquables par la délicatesse de leur forme, la minceur de leurs os. Rroca aussi, comme M. Péan, pensait que les crânes très épais étaient plus communs dans les temps préhistoriques qu’ils ne le sont aujourd’hui. Aussi a-t-on dit que l’épaisseur du crâne pourrait marquer le degré de civilisation. C’est possible ; mais il pourrait aussi être tout bonnement en relation avec la taille et l’état de santé physique. La civilisation n’accroît pas, en général, les forces et la santé. C’est pourquoi la minceur ou l’épaisseur de la boîte crânienne, tout en dépendant de l’évolution de l’humanité, est sans doute en rapport immédiat avec la faiblesse ou la vigueur individuelle. J.-F. Gall.
- LES ORIGINES DE M0NA.C0
- Pendant qu’à Paris, pendant le Carnaval et la Mi-Carême, nous saupoudrons de confetti les rues, les trottoirs et les gens, que nous zébrons les arbres des boulevards de serpentins multicolores, tout là-bas, sur la Côte d’azur, c’est depuis longtemps la fête des fleurs. Les voitures disparaissent sous les roses, les jacinthes et les mimosas; on se bat gaiement avec les anémones et les violettes ; les chaussées sont semées de pétales parfumés. Et le soleil du Midi préside à ces batailles de fleurs. La latitude joue un grand rôle en ce monde. Au moment où les heureux de la terre, les désœuvrés et les souffrants, se promènent devant la mer bleue à Nice, Cannes, Menton, où les privilégiés font crier sous leurs pas le sable blanc des allées fleuries de Monte-Carlo, il ne nous semble pas superflu de rappeler les origines de Monaco. Autrefois et aujourd’hui ne se ressemblent guère sur ce roc avancé qui se mire dans la Méditerranée.
- Aujourd’hui la foule doree et le luxe moderne; autrefois port commercial et refuge des premiers navigateurs. Les Egyptiens ont visité d’abord ce petit coin du continent. Puis les Phéniciens vinrent faire escale à Monaco. Ils y élevèrent dans les parages de la Porte Neuve actuelle un temple dédié à Hercule. Après les Phéniciens, les Grecs. M. Philippe Berger, de l’Institut, dans un article très étudié sur les origines orientales de la mythologie grecque, disait der-
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- LA NATURE.
- nièrement : Monaco s’appelait de son nom complet : Portus Herculus Monœci, et les Grecs, ces grands inventeurs de mythes et d’étymologies séduisantes et artificielles, qui en connaissaient l’origine phénicienne, l’expliquaient par Hercule Monoïkos, c’est-à-dire Hercule qui n’eut qu’un temple, le temple de Tyr. En réalité le portus Monœci est le port d’IIercule « qui donne le repos », en phénicien, melkart menouakh. Cette interprétation est nouvelle et avait échappé aux auteurs moins familiarisés que M. Berger avec les idiomes sémitiques1.
- Partout, dit encore M. Berger, où les Phéniciens trouvaient une anse sûre, ces hardis marchands y fondaient un comptoir. Deux choses le composaient : en haut, sur le rocher, un temple, qui leur servait de phare et annonçait les plaisirs de la terre aux marins empressés d’y apporter leurs ex-voto ; en bas, protégé par le promontoire, un port. Ils y installaient avec eux leurs divinités protectrices. Ce n’est pas sur les hauteurs, comme l’ont fait plus tard les Grecs et les Romains, que l’on élevait ces monuments.
- Un espace consacré, à ciel ouvert, avec une arche contenant l’image de la divinité, représentée le plus souvent sous une forme rudimentaire et grossière : un cône, une pyramide, une pierre qui se dresse en l’air, un hermès, c’est-à-dire une pierre qui est un dieu, et par devant un autel et quelques symboles sacrés, voilà tout l’appareil du culte.
- Souvent, mais pas toujours, le temple était précédé de deux colonnes ou deux pierres, d’où l’on a fait dériver les colonnes d’Hercule. Sur ce dernier, M. Berger s’exprime ainsi :
- L’Hercule tyrien est le prototype de l’Hercule grec. Il était le grand dieu des Tyriens, celui qu’on rencontre dans tous les ports de la Méditerranée, et ses pérégrinations ne sont que l’image des voyages des Phéniciens dans les contrées les plus lointaines.
- 11 est permis de voir dans ces constructions primitives le commentaire sans doute exact des douze travaux d’Hercule qui ont inspiré tant d’écrivains et d’artistes et qui sont représentés dans les peintures célèbres de la galerie du grand escalier du Palais de Monaco.
- Les Phéniciens, peuple essentiellement colonisa-
- 1 Revue des Deux Mondes.
- teur, sillonnaient la Méditerranée pendant que les Ibères et les Ligures peuplaient les régions occidentales de l’Europe. Les Phéniciens fondaient Carthage, élevaient à Cadix un temple à leur dieu Melkarth, celui-là même dont les Grecs ont fait Hercule; ils couvraient les côtes de leurs comptoirs depuis l’Espagne jusqu’aux Alpes Maritimes.
- L’antiquité grecque et romaine a conservé le souvenir des conquêtes des Phéniciens dans les légendes relatives à Hercule, personnification de leur race. Celles qui se rapportent à la région de Monaco montrent le héros ethnique revenant d’Espagne, où il a terrassé le brigand Géryon, franchissant les Alpes Maritimes, où il construit une route, et consacrant à sa mémoire la montagne et le port de Monaco.
- Il est facile de reconnaître ce que recouvre cette légende très transparente : les Phéniciens, après la conquête de l’Espagne, créèrent des établissements
- entre les Pyrénées et les Alpes, et tracèrent une route le long de cette dernière chaîne, dont la construction a souventoccupéles historiens et frappé l’imagination des poètes. Ils firent du port de Monaco, si bien choisi pour la possession du passage des Alpes Maritimes au col de la Turbie, un lieu de débarquement et un entrepôt commercial, e t il est à remarquer que de tous les établissements phéniciens transpyrénéens, à part La ville de Pyréné, construile également à l’extrémité maritime d’une grande chaîne, Monaco est la seule ville dont les légendes fassent mention, et que cette fondation est liée à la construction d’une route à travers les Alpes, la voie Herculéenne (voie d’Hercule)1. L’empire de Tyr disparut au sixième siècle, lors de la conquête de la Phénicie par les Perses et Cyrus.
- Monaco a donc une très haute antiquité. La petite ville a joué un rôle important aux premiers temps de l’histoire. Il n’était pas superflu de le rappeler brièvement à ceux qui aujourd’hui, insouciants du passé, se promènent sur la splendide terrasse de Monte-Carlo, au milieu des grands palmiers ensoleillés et des fleurs odorantes, et jouissent à l’abri des soucis de l’incomparable spectacle de la mer bleue. E. Axrmé.
- 1 G. Saigc, Journal de Monaco.
- Principauté de Monaco. Vue du Palais et de la Tète-dc-Cliien.
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- LA N A TU HE.
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- LA BROUETTE AYANT PASCAL
- On a pendant longtemps attribué l’invention de la brouette à Biaise Pascal (10 40), mais on sait aujourd'hui d’une façon évidente qu’elle était connue bien avant lui. Ici même nous avons déjà reproduit1 une gravure de 4555 prouvant d’une façon certaine que la brouette existait au milieu du seizième siècle; mais voici aujourd’hui une preuve non moins évidente de son existence au quinzième siècle. Il existe au Musée de Saint-Dié (Vosges) un magnifique graduel ayant près d’un mètre de haut, avec des marges enluminées* représentant les travaux auxquels se livraient les moines de ce temps, travaux qui consistaient à exploiter les mines situées sur leur domaine. Beaucoup de pages ont été enlevées, les plus remarquables sans doute, on ne sait par qui ; mais, parmi celles qui restent, il en est une où se trouve représentée une brouette ayant exactement la forme de celles encore employées aujourd’hui, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par la gravure ci-contre, qui est une reproduction directe en grandeur naturelle, par la photogravure, de l’enluminure en question. Le livre est daté du commencement du seizième siècle (4510), on peut donc admettre que quand il a été fait la brouette était connue déjà depuis quelques années, ce qui fait remonter son origine au moins au quinzième siècle. 4‘ascal n’y serait pour rien, ce qui n’enlève du reste absolument rien à sa gloire.
- Ce qui a pu donner lieu à cette légende, c’est qu’il s’occupa, paraît-il, de la vinaigrette, qu’on appelait aussi brouette. C’est une sorte de chaise à porteurs montée sur deux roues et poussée à bras d’homme ; on en trouvait encore dans certaines villes il y a une vingtaine d’années, à Lille notamment; mais nous ne croyons pas qu’elles fussent encore en service. C’est Pascal qui les aurait, sinon inventées, au moins perfectionnées, en y ajoutant un système de suspension permettant d’atténuer les secousses.
- Il est bien probable que la brouette remonte à une haute antiquité, car on en trouve, paraît-il, des spécimens sur d’anciennes images annamites. C’est du
- 1 Voy. n° 845, du 10 août 1889, p. 165.
- reste un instrument si simple qu’il serait étonnant qu’on ne l’ait pas employé dans tous les temps et elle pourrait bien avoir contribué à la construction des pyramides ; nous ne pensons pas cependant qu’elle figure dans les hiéroglyphes.
- La page du graduel de Saint-Dié d’où nous avons extrait la gravure ci-dessous est aussi fort intéressante au point de vue des documents qu’elle nous donne sur l’exploitation des mines de Lorraine à cette époque, et nous en trouvons une description très complète, faite par M. Gaston Save, dans la Lorraine artiste. On voit sur l’une des marges un wagonnet, chargé du minerai sortant de la mine, et
- poussé à bras sur des rails en bois ; les tramways, par conséquent, ne datent pas d’hier. Le minerai est déchargé sur le bord d’un réservoir d’eau où un ouvrier le concasse à coups de marteau ; un autre lave ces fragments, en les agitant dans un cuveau à fond percé de trous qui plonge dans l’eau.
- La pulvérisation du minerai est faite dans une batterie de six pilons actionnés par une grande roue hydraulique à au-gets recevant l’eau en dessus ; un ouvrier ramasse le minerai sous ces pilons et le charge dans un cuveau, près duquel est la brouette; c’est cette partie de la marge qui est reproduite ici. Au-dessous on voit un crible où un ouvrier passe le minerai qui est ensuite lavé dans un courant d’eau en l’agitant avec un râteau. Dans l’autre marge on voit les bûcherons qui coupent dans la forêt les arbres destinés au boisement des puits et des galeries et à l’alimentation du fourneau qui est figuré en dessous. Le minerai y était probablement mélangé au charbon et au bois pour opérer sa réduction; on aperçoit un ouvrier tenant une grande fourche destinée à brasser le mélange et à dégager les scories.
- Au bas de la marge se trouve un puits boisé, muni d’un treuil et au-dessous trois hommes manœuvrent un treuil semblable pour faire remonter du fond de la mine un grand baquet de bois rempli d’eau; c’était sans doute le moyen employé pour épuiser l’eau des galeries, la pompe ne paraît pas avoir été en service dans cette exploitation. G. M.
- La brouette au quinzième siècle. Fac-similé grandeur naturelle d’un fragment de la marge du graduel de Saint-Dié. (D’après une photographie de M'1* M. Pellechet.)
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- I.<* cidre «l’Allemagne. — Depuis quelques années on remarque que l’Allemagne achète en France, et notamment en Normandie, une grande quantité de pommes; on s’en était d’abord étonné, parce que les fruits ainsi exportés ne sont bons généralement qu’à transformer en boisson. Ce mouvement a pris une importance considérable, puisqu’il a pu atteindre en 1895 près de 12 000 tonnes. On en a maintenant l’explication: les Allemands, qui passaient jusqu’ici pour avoir une passion presque exclusive pour la bière, se mettent à apprécier et à consommer le cidre, si bien même que, dans les années d’abondance de pommes, la brasserie en souffre sérieusement. 11 ne faut pas croire du reste que nos voisins se contentent, pour la fabrication du breuvage cher aux Normands, de travailler les fruits d’importation; les pommiers se cultivent en grande quantité tout particulièrement sur les bords du Mein, sur les coteaux du Taunus et de l’Odenwald, dans la vallée du Neckar. Des fabriques se sont installées sur place, et maintenant on ne se contente plus de produire pour la consommation locale, on commence sérieusement à exporter. En 1890 cette exportation n’était encore que très minime, quelque chose comme GO tonnes ; mais d s 1895 il fallait en compter au moins 200, et en 1895 on a dépassé 550 tonnes. C’est un progrès extrêmement rapide. Le cidre exporté provient principalement de Franc-fort-sur-le-Mein, parce que là on le fait exclusivement avec des fruits allemands ; il se conserve très bien, tandis que le cidre xvurtembergeois, fabriqué surtout avec des fruits importés, ne peut guère supporter les déplacements. Comme curiosité, nous ferons remarquer que les fabriques allemandes exportent déjà de leur cidre dans l’Afrique orientale et dans l’Afrique occidentale. Espérons qu’il ne viendra jamais le jour où le cidre d’Allemagne supplantera notre classique cidre de Normandie.
- Statistique «le l’or et «le l’argent. — La production de l’or en 1896, dans le monde entier, est évaluée à 10164 497 onces fines, estimées à 45 176 750 livres sterling, contre 9 G52 005 onces fines, évaluées à 40 999 778 livres sterling en 1895. Les États-Unis sont en tète avec 2 618 259 onces, puis vient l’Australie avec 2 217 874 onces, et l’Afrique avec 2155 584 onces. Tour l’argent, nous avons le chiffre de 161 055 500 onces, d’une valeur commerciale de 20 652 645 livres sterling, contre 169 180 249 onces, valant 21 059 416 en 1895. Près d’un tiers de ce total est pour les Etats-Unis.
- Producti«m du platine en Russie. — La Russie produit annuellement, d’après les statistiques du ministère des Finances, quarante fois plus de platine que tous les autres pays réunis. En 1880, la production s’est élevée à 2946 kilogrammes. En 1894, 5028 kilogrammes. Mais, en 1895, elle n’a été que de 4415 kilogrammes, à cause du temps humide qui a duré pendant tout l’été. C’est dans le Sud-Oural que l’on trouve ce métal, qui est presque entièrement exporté à l’état brut, en Allemagne, où on le travaille. Le prix actuel du kilogramme est de 1125 francs.
- l u plat de vers palmistes. — Tout le monde a entendu parler, avec plus ou moins de dégoût, de certains vers blancs dont les Annamites se régalent avec délices; il s’agit des vers palmistes. Mais généralement on n’a pas grands détails sur cette cuisine exotique, et nous pensons intéressant de relever ceux que fournissait récemment un voyageur fort expert sur toutes les choses de l’Indo-Chine,
- M. Paul d’Enjoy. Parmi les variétés innombrables de palmiers que possède notre colonie, se rencontre un dattier connu sous le nom annamite de cay cha-la; ce dattier donne des fruits fort estimés, mais ses produits sont ceux d’un végétal demeuré à l’état sauvage, car les Annamites ne se donnent point la peine de le cultiver. Or, c’est dans le cœur du chou du cha-la que se loge le fameux ver palmiste ou con duony, si apprécié des gourmets de tout l’Extrême-Orient. La chair de ce petit animal est blanche et délicate, et il ne faut pas s’en étonner, car les feuilles naissantes du cha-la sont une nourriture de choix ; il y peut puiser la sève capiteuse de l’arbre. Bien souvent les Orientaux, après avoir recueilli les vers entre les feuilles du chou, en font l’élevage ou plutôt en pratiquent l’engraissement pendant des mois, et ils leur donnent alors des mets absolument choisis, chair de pêches, jus de poires, de pommes, de kakvs, de bananes : on prétend que les gourmets retrouvent tous ces parfums délicats dans la chair du ver, qui a naturellement une saveur de lait sucré. Le ver palmiste, dont le corps ressemble à un ballon annelé ayant fis mouvements d’un accordéon, possède une petite tète cornée qu’on enlève au moment de la cuisson : celle-ci se fait sous forme de beignets ou de friture croustillante, et les Européens qui se sont hasardés à en manger avouent que ce n’est point mauvais du tout. C’est du reste un mets recherché et cher, car à la campagne même un ver se vend 25 centimes, et le prix atteint 50 centimes sur les marchés des grandes villes.
- Redressement «l’une cheminée d’usine. —
- M. Rueff, ingénieur à Bordeaux, nous a envoyé une pholo-graphie et quelques renseignements sur le rediessemcnk d’une cheminée qui a été effectué dans l’usine de la Société anonyme l’Huilerie bordelaise. Il s’agissait de redresser une lourde cheminée en tôle haute de 40 mètres, n’ayant pas moins de 2m,20 de diamètre dans sa plus petite section et garnie intérieurement d’un épais revêtement en briques. Par suite d’un affaissement du sol, cette cheminée penchait de plus d’un mètre. On résolut de pratiquer, dans la base formée d’assises en briques, une incision angulaire formant une tranche de 5 mètres de longueur, 5 mètres de largeur et 18 centimètres d’épaisseur. L’opérat'on était assez délicate, il fallait remuer un poids d’au moins 200 à 250 tonnes au milieu des bâtiments de l’usine et à quelques mètres seulement de la voie du chemin de fer d’Orléans. On pratiqua d’abord sur trois des parois de la base des ouvertures de 1 mètre de longueur sur 70 centimètres de hauteur. Les vides ainsi produits furent soi-gnemement bouchés au moyen de poutres et madriers légèrement espacés mais solidement coincés, et l’incision fut pratiquée. Dans ces conditions, la cheminée ne reposait plus d’une part que sur le bord resté intact de la paroi du massif opposée à la partie coupée et d’autre paît sur les trois piles de bois que l’on enduisit de pétrole et auxquelles on mit le feu. Au fur et à mesure de la combustion, l’affaissement désiré se produisit par l’écrasement lent et progressif des piles de bois. La cheminée, ayant peu à peu retrouvé son aplomb exact, put ainsi venir se reposer sur la nouvelle assise. Le succès de l’opération fut complet et celte énorme masse vint prendre place sai s secousse et sans production d’aucune fissure sur sa base modifiée.
- Une nouvelle application «les rayons X. —
- Dans une récente communication faite à la North Western Eleclrical Association, à Milwaukee (États-Unis), M.Caryl D. Haskinsa suggéré une application nouvelle des rayonsX, a l’analyse rapide et grossière des charbons par le lluoro-scope. L’opacité des échantillons de carbone aux rayons X
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- est proportionnée, sinon proportionnelle, à la quantité de cendres qu’ils renferment, la base des cendres étant constituée par des métaux opaques aux rayons X, tandis que le carbone pur est transparent. En comparant deux échantillons de mêmes dimensions et de même épaisseur, mais dont l’un renfermerait une teneur de cendres connue, il serait possible, très probablement, d’apprécier la valeur respective des deux échantillons. L’idée est originale, semble rationnelle, et mérite une vérification expérimentale que nous croyons favorable à la nouvelle application.
- IVonveanx arbres à gutta-perchn. — On fait de nos jours, avec les applications de l’électro-chimie, un tel usage de la gulta, que la disparition des Isonondra Guttas, arbres tropicaux desquels on retire le suc épaissi, apparaît comme imminente. On a même de la peine à se procurer assez de graines pour établir des plantations. Aussi est-ce avec satisfaction que l’on a suivi les recherches de M. fleckal, le savant professeur de la Faculté de Marseille, et de divers botanistes éminents, dans le but de découvrir d’autres arbres à gutta. Dans l’Afrique équatoriale, entre le Haut-Sénégal et le Ail, sur l'immense parcours du Niger, se trouve aggloméré en de grandes forêts facilement exploitables un végétal — le Butvro-Parker — que les indigènes appellent Karé et qui se rencontre surtout dans les terrains argilo-siliceux, ferrugineux et rocailleux du pays des Bambarras, duBouré et du Fouta-Djalon. Depuis longtemps les Africains l’exploitent pour ses graines qui donnent un corps gras recherché par les nègres sous le nom de karité ou beurre de galans. Cet arbre de .haute futaie croît très rapidement et peut être exploité dès sa quatorzième année. Sa tige et ses rameaux sont pourvus de vaisseaux emplis d’une sève qui se solidifie après perforation et fournit un suc épais ayant non seulement l’aspect mais encore les propriétés de la gutla-percha. De plus, on commence à exploiter dans la Guyane et dans le nord de l’Amérique du Sud un arbre dont le nom scientifique est Bullet 7’rceetle nomvulgairc Baiata. Le suc épais extrait du baiata est plus cher que la gutta, mais il est aussi plus mou à la température ordinaire et devient moins cassant sous l’influence du froid. La récolte du baiata constitue une industrie régulière et une maison américaine a acquis dans la Guyane hollandaise trois cent mille hectares de terrain pour l’exploitation en coupe réglée de ce végétal.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 mars 1897. — Présidence de M. Ciiatix.
- La fixation de l’azote. — M. Berthelot fait connaître de nouvelles expéiienccs sur la fixation de l’azote par la benzine et par le sulfure de carbone sous l’influence de l’effluve électrique. Dans le cas de la benzine, 5 molécules de benzine s’unissent à 1 molécule d’azote. Malgré la très faible quantité du composé obtenu par cette voie, M. Berthelot a pu en déterminer la nature et reconnaître ainsi qu’on rentre par la synthèse dans les séries organiques normales, car le produit est analogue à ceux qui se forment dans les plantes sous l’influence de l’électricité atmosphérique. C’est celte conclusion qui rend très intéressante l’expérience de M. Berthelot. L’illustre secrétaire perpétuel décrit ensuite un petit appareil destiné à remplacer dans l’analyse spectrale des gaz les tubes actuellement en usage. Le nouvel appareil est très simple et très pratique, mais il ne permet d’apercevoir que les raies principales.
- La vigne en Normandie. — M. Lindet signa'e un cas de prospérité de la vigne en Normandie, c’est-à-dire bien au delà de la limite de culture de la vigne. Cette limite traverse le département de Ma;ne-el-Loire ; or, c’est ph s de 100 kilomèlr» s au nord de celle-ci, aux environs d’Alençon, qu’un agriculteur a eu, il y a quelques années, l’idée de planter une vigne, qui se trouse aujourd hui en pleine prospérhé et fournit un raisin comestible bon pour la vendange. L’espèce employée est empruntée aux régions froides et humides de la Chine et du Japon ; elle est caractérisée par d-s feuilles aussi grondes que les feuilles d’aristoloche. Le vin qu’on en tire renfermait en 1895 0 pour 100 d’alcool, et, en 189G, 9 pour 100. Il est d’une saveur agréable, bien que contenant une quantité de tanin double de celle que l’on rencontre habituellement ; il se distingue encore par sa richesse en matière colorante. Son pouvoir tinctorial est en effet qu'ntup'c de celui du vin du midi de la Franoe.
- L'utilisation de l'acétylène. —M. de Perrodil a retracé dans un ouvrage l’historique des travaux îccomplis sur le carbure de calcium et l’acétylène. La fabrication du carbure de calcium, qui a pris naissance en France, continue à s’y développer et l’on peut prévoir qu’à la fin de l’année, il y aura dans notre pays huit à dix mille chevaux-vapeur employés à cette fabrication. L’auteur examine ensuite les nombreux appareils proposés pour l’utilisation de l’acétylène. Tous ces appareils peuvent se ranger en deux groupes : ceux où l’eau tombe goutte à goutte sur l’acétylène de manière à produire le gaz au fur et à mesure des besoins de la consommation, et ceux où le carbure de calcium se trouve en présence d’un excès d’eau. Les premiers ne paraissent pas susceptibles d’avenir parce qu’ils fournissent des mélang. s gazeux à propriétés variables; les seconds, au contraire, fournissent le gaz avec des propriétés constantes. C’est donc dans celte dernière voie qu’il y a lieu de poursuivre les essais.
- Un hôte des fourmilières. — M. Ch. Janet communique le résultat de recherches sur les mœurs d’un acarien, l’antenophorus, qui se distingue par cette particularité que les pattes antérieures de l’insecte ont l’aspect d’antennes. Ces pattes sont le siège d’une sécrétion visqueuse qui permet à l’acarien d’adhérer aux corps sur lesquels il se pose. On le rencontre dans les nids de certaines espèces de fourmis; il est dépourvu d’yeux, mais ses pattes antennes sont douées d’une grande sensibilité.
- Varia. — M. Darzens a préparé à l’état de pureté le dérivé chloré de l’anéthol, corps jusqu’ici mal connu. ,
- Cl). DE VlLLEDEÜlL.
- L’ÉCHELLE AUX LAMES DE SABRES
- ET LE DANSEUR MEXICAIN
- De tous les exercices qu’on a pu voir dans le cirques aux États-Unis, aucun, paraît-il, nous dit le Scientific American, n’a plus excité la curiosité que celui de l’échelle de 2 mètres de hauteur dont les échelons, formés de lames de sabres, sont montés par une jeune et très alerte lady. Comment fait-elle, disent les spectateurs étonnés, pour gravir pieds nus ces échelons si dangereux sans jamais se blesser? Le secret était bien
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- gardé, mais on a su enfin le divulguer. On comprend aisément, à la vue de la gravure, la disposition des sabres encastrés sur les montants de l’échelle dont la partie coupante forme chacun des échelons. Les spectateurs sont priés d’ailleurs d’inspecter toutes choses avant le commencement des exercices. Ils peuvent voir que les lames de sabres sont bien aiguisées, au point de couper sans déchirer la moindre feuille de papier. Aucune supercherie n’est possible ; il faut chercher ailleurs le truc employé. Voyons alors les pieds nus de la jeune saltimbanque. Quelques moments avant de paraître devant le public, elle les a à plusieurs reprises trempés dans une solution sursaturée d’alun, de façon à s’enduire la peau d’une couche de ce sel aluneux. A cette
- Fig. 1. — L’échelle aux lames de sabres.
- Dans le même cirque, on peut voir un autre exercice du même genre exécuté par un jeune clown déguisé en Mexicain. Celui-ci présente au public un plateau de lm,20 de longueur sur 0m,90 de largeur, dont la profondeur est de 0m,15 environ. II est presque entièrement remplis de débris de verres cassés. Le Mexicain brise devant les spectateurs quelques grosses bouteilles de verre et en jette tous les tessons coupants dans le plateau afin qu’il soit tout à fait garni. Il retire ensuite ses souliers, montrant ses pieds nus qui ne semblent avoir subi aucune espèce de préparation, et commence à danser parmi les débris de verre. Après cet exercice, tout le monde constate avec étonnement que les pieds du danseur n’ont nullement souffert et qu’ils sont aussi intacts qu’auparavant.
- L’adroit Mexicain a choisi un certain nombre d’épais morceaux de verres brisés dont il a légère-
- solution sursaturée d’alun, on ajoute encore autant de sulfate de zinc qu’on a fait dissoudre de sel aluneux. La faiseuse de tours n’essuie point ses pieds, elle les laisse recouverts de la mixture dont ils sont imprégnés, attendant qu’ils soient secs. Au moment où elle va paraître devant le public pour faire ses exercices, elle trempe une dernière fois ses pieds dans une eau presque glacée et les laisse de même sécher sans les essuyer.
- Pour gravir l’échelle, la jeune femme doit être fort attentive. Si ses pieds glissaient ou étaient mal posés sur les échelons, elle pourrait se blesser dangereusement. 11 faut placer bien droit sur les lames coupantes la plante des pieds sans aucune hésitation, et sans lui faire subir la moindre déviation.
- Fig. 2. — Le danseur mexicain.
- ment émoussé les parties les plus coupantes et les a disposés tout d’abord au centre du plateau. Quant à ceux qu’il brise devant vos yeux et dont il garnit les bords, il sait adroitement les éviter, en dansant presque toujours d’ailleurs au milieu de la boîte. On sait aujourd’hui que les pieds du danseur sont trempés dans une épaisse solution d’alun -et que, après avoir été bien séchés, ils sont vigoureusement frottés d’une couche de résine en poudre. Grâce à ces préparations diverses, la jeune lady qui gravit l’échelle aux lames coupantes et le danseur mexicain n’ont jamais vu jusqu’à présent leurs pieds agiles recevoir la moindre égratignure, et ils continuent à exciter l’étonnement des spectateurs.
- Albert Tjssandier.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- La construction des canons à tir rapide ne date guère que d’une quinzaine d’années. Les premières bouches à feu réalisant les conditions de rapidité du tir que l’artillerie pouvait exiger à la guerre ont été construits en 1882, à peu près en même temps parMM.IIotchkiss et Nordenfeld, en Angleterre. En 1888, l'usine allemande de Gru-son, aujourd’hui réunie aux établissements d’Essen, commençait à construire d’après les mêmes principes des pièces de différents calibres.
- Des essais eurent lieu peu de temps
- après aux États-Unis et en Autriche. Enfin, en 1895, l’usine Krupp construisait toute une artillerie à tir rapide, dont les différents types étaient adoptés par plusieurs États de l’Europe et de l’Amérique du Sud.
- Dans tous ’ces canons, la rapidité du tir est obtenue d’une part par la simplification du chargement, qui se fait d’un seul mouvement, le projectile et la charge étant réunis par une douille à culot métallique exactement comme le sont les balles de fusil; d’autre part par la suppression presque complète du recul de l’affût, ce qui facilite le pointage.
- Les canons Krupp possèdent un système de fermeture dont des essais nombreux ont démontré la simplicité et la solidité, les deux qualités essentielles de toute fermeture pour le tir rapide. Ce système est le même dans les canons de gros et de petit calibre. C’est un coin cylhidro-prismatique muni
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- d’une double
- vis de serrage à manivelle. Par un simple demi-tour la culasse s’ouvre ou se ferme. Quand elle s’ouvre le percuteur est tiré automatiquement en arrière, etladouillc, saisie par un éjec-teur à deux branches, est rejetée de côté. Quand elle se ferme, le percuteur s’arme, un taquet permet à volonté la mise de feu automatique ou à l’aide d’un tire-feu, en frappant la capsule qui est disposée dans le culot de la douille. L’obturation complète est assurée par un anneau avec contre-plaque en acier et
- par l'emploi d’une étoupille qui s’aplatit sur le trou fait au culot par le percuteur. Le frein ditlère suivant les calibres. Dans le canon de campagne (tig. 1 )
- c’est une sorte de rouet à cames monté sur l’essieu de l’affût, qui emmagasine automatiquement le recul pendant le tir. Dans les canons de gros calibre ffig. 2) le recul est limité par un frein hydraulique dont le piston est relié au canon, tandis que le corps de pompe est solidaire de la plate-forme.
- A l’Exposition de Chicago, on a pu voir tous les canons à tir rapide du système Krupp rangés dans le pavillon de l’usine d’Essen. C’étaient : des canons de montagne du calibre de 57, 60, 75 millimètres ; des pièces de campagne du calibre de 75 millimètres, des pièces de siège et de place du calibre de 75, 105 et 240 millimètres, enfin diverses pièces de bord et de côte montées sur un affût fixe à pivot central. La rapidité du tir de ces pièces peut être
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- Le canon de campagne de 75 millimètres.
- Fig. 2. — Le canon de siège de 105 millimètres sur affût à frein automatique.
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- LA NATURE.
- de dix à quinze coups par minute. Le canon de campagne léger a été adopté par plusieurs États de l’Amérique du Sud. C’est un canon dont la longueur d’àme a lm,660,[qui a 24 rayures et pèse 235 kilogrammes, qui lance un projectile de 4ks,500 avec une vitesse initiale de 556 mètres. L’affût pèse 260 kilogrammes et peut être traîné par quatre chevaux.
- Le canon de campagne lourd a lm,900 de longueur d'âme (28 calibres) et 28 rayures. Il pèse 510 kilogrammes; il lance un projectile pesant 5k*,850 avec une vitesse initiale de 500 mètres par seconde. L’affût, à plaques en tôle d’acier, pèse 410 kilogrammes. C’est sur ce modèle de canon, dans lequel on tire de la poudre sans fumée et auquel il a été apporté depuis 1895 certains perfectionnements de détail, que la Prusse se propose, selon toute vraisemblance, de réfectionner son matériel d’artillerie de campagne. Major Nitepp.
- LA MER DU PÔLE NORD
- ET SES COXSÉQÜEXCES
- Parmi les résultats obtenus au cours de la mémorable expédition polaire de Nansen, il n’en est peut-être pas de plus important, au point de vue de la connaissance du globe terrestre, que la démonstration, faite par les sondages du Fram, de l’existence d’une mer profonde au pôle Nord.
- Jusqu’ici, sur la foi des mesures effectuées près du Spitzberg et des îles de la Nouvelle-Sibérie, la plupart des géographes s’accordaient pour penser que la mer arctique était très peu profonde. On lui assignait, en moyenne, quelque chose comme 500 mètres. Tel est du moins le chiffre que M. H. Wagner acceptait dans un récent travail, où il évaluait le volume total de cette mer à treize cent vingt mille kilomètres cubes.
- A la vérité, d’autres (et nous étions de ceux-là), partant de considérations théoriques, n’étaient pas disposés à accepter un chiffre aussi bas. Frappés de ce fait que, sur le globe, à toute saillie correspond presque toujours, à l’extrémité opposée du même diamètre, une dépression sensible et réciproquement; convaincus, d’autre part, que la région antarctique est occupée par une terre où Ross a mesuré des altitudes de 5000 et même de 4000 mètres, ils se disaient que la protubérance du pôle Sud devait avoir pour contre-partie une cavité creusée dans l’écorce au pôle Nord.
- Ces raisons théoriques attendaient, pour mériter créance, une démonstration expérimentale. Cette démonstration vient d’être donnée avec éclat par la campagne de Nansen. A peine le Fram avait-il dépassé les îles de la Nouvelle-Sibérie, où la profondeur delà mer n’était guère que de 150 mètres, que partout où on a pu jeter la sonde, elle a dû descendre entre 5000 et 4000 mètres. Ce n’est qu’aux abords immédiats du Spitzberg qu’on a recommencé à trouver des bas-fonds.
- Si l’on réfléchit que la profondeur moyenne des
- océans est évaluée aujourd’hui, par les géographes les plus compétents, aux environs de 5500 mètres, on en conclura que la mer du pôle arctique, malgré la faible surface qu’elle occupe, a son fond aussi bas que celui des mers les plus importantes. Donc, toutes proportions gardées, c'est elle qui représente la dépression la plus marquée de la surface terrestre, puisque, au lieu de correspondre à une surface énorme, comme celle de l’Atlantique ou du Pacifique, cette profondeur de 5500 mètres se localise dans une sorte de cuvette de quatre millions et demi de kilomètres carrés. Pour le dire en passant, cette superficie est presque exactement celle que John Murray attribue au continent antarctique.
- Si donc on représente la surface des iners par le cercle ponctué AB (voy. fig.), en exagérant beaucoup les hauteurs, la surface de la partie solide prendrait la forme figurée en CD, l’axe des pôles étant la ligne AD et la saillie AC de la mer au-dessus du pôle arctique se trouvant juste égale à la proiubérance BD formée par la terre antarctique. De celte façon, l’écorce solide aurait une forme voisine de celle d’une toupie.
- 11 est très remarquable que ce résultat, pleinement d’accord avec les considérations qui avaient conduit M. Lowthian-Green à attribuer au globe une forme tétraédrique, permette de concilier les opinions divergentes qui se sont fait jour, parmi les astronomes et les géodésiens, relativement à la forme de notre planète. Aujourd’hui, la moyenne de toutes les mesures d’arcs semble donner, pour l’aplatissement, une valeur de 1/294; c’est-à-dire que la différence entre le rayon polaire et le rayon équatorial serait la 294e partie de la valeur de ce dernier. D’un autre côté, en partant de considérations purement astronomiques, et en se fondant sur la valeur de la précession des équinoxes, M. Tisserand a cherché à établir que l’aplatissement ne pouvait pas être supérieur à 1/297.
- Ce désaccord pourrait s’expliquer si l’on réfléchit que la presque totalité des mesures effectuées se rapporte à l’hémisphère boréal, l’autre présentant très peu de surfaces propices à une détermination d’arc méridien. Or, si les deux hémisphères n’ont pas la même forme, il est naturel que le chiffre déduit des mesures relatives à l’un d’eux ne concorde pas avec le chiffre d’ensemble que fait prévoir l'astronomie. Et une protubérance notable au pôle Sud, entraînant une déformation correspondante du niveau marin, viendrait justement diminuer l’aplatissement moyen, comme l’exige le calcul de M. Tisserand. A. de Lapcarent.
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- LE FREIN ÉLECTRO-PNEUMATIQUE
- SYSTÈME CHAPSAL
- Nous avons signalé récemment1 les expériences entreprises sur la ligne de Versailles et sur la ligne Paris-Mantes avec le nouveau frein Chapsal. Nous revenons aujourd’hui, comme nous l’avions annoncé, avec certains détails, sur le mécanisme et les avantages de ce frein.
- Il importe tout d’abord de rappeler en deux mots ce que c'est qu’un frein continu automatique.
- La figure 1 montre l’ensemble des appareils du frein Westinghouse. L’organe principal est un cylindre à freins F portant deux pistons en cuir embouti. Sous l’influence de l’air comprimé, ces pistons sont repoussés, et les tiges t V viennent actionner la timonerie, c'est-à-dire l’ensemble des pièces de fer qui transmettent cet effort aux sabots après l’avoir amplifié à l’aide de bras de levier convenables.
- En dehors de ce cylindre est monté sur chaque voiture un distributeur ou triple valve T relié par une tuyauterie convenable d’une part au cylindre à freins F, d’autre part à un réservoir auxiliaire A et ensuite à une conduite générale G qui règne tout le long du train et est réunie entre chaque véhicule à l’aide d’accouplements flexibles b a.
- Un robinet d’accouplement r permet de fermer cette conduite en queue ; elle aboutit en tète à un robinet de manœuvre M qui est placé sous la main du mécanicien, et à l’aide duquel tout le fonctionnement s’effectue. Ce fonctionnement est du reste des plus simples :
- Pendant la marche, une pompe de compression à vapeur comprime constamment de l’air dans un réservoir principal qui n’est pas représenté sur la figure, mais qui communique à l’aide d’un tube R avec le robinet de manœuvre M. En marche, ce robinet est placé de telle sorte que l’air comprimé circule dans toute la conduite générale; il passe de là par les triples valves dans les réservoirs auxiliaires A qu’il remplit également, tandis que ces mêmes triples valves font au contraire communiquer les cylindres à freins avec l’extérieur. Pour produire un serrage, le mécanicien laisse échapper par le robinet de manœuvre une certaine quantité d’air. 11 en résulte dans toute la conduite générale une dépression successive qui a pour effet de mettre en mouvement les systèmes mobiles contenus dans les triples valves. Aussitôt le réservoir auxiliaire est mis en communication avec le cylindre à freins, et par conséquent les freins se serrent.
- Pour desserrer, le mécanicien renvoie de l’air dans la conduite générale, ce qui replace les systèmes mobiles des triples valves dans la position de marche, et permet par conséquent aux réservoirs auxiliaires de se recharger et au cylindre à freins de se vider
- 1 Yoy. n° 1234, du 23 janvier 1897, p. 126.
- et de produire le desserrage. Le robinet i sert à isoler tout le système des appareils spéciaux en cas d’avarie quelconque tout en permettant à la conduite générale de subsister.
- Sur la figure 2 nous avons représenté exactement le môme ensemble d’appareils après Iransforrnation à l’aide du frein Chapsal. Il suffit, comme on le verra, d’ajouter une valve électrique E en modifiant convenablement la tuyauterie qui reliait la triple valve au cylindre, et de transformer légèrement la partie supérieure du robinet de manœuvre pour y placer un commutateur-inverseur électrique. Un fil électrique L court tout le long du train, et vient aboutir à un contact central placé dans la tête d’accouplement, de telle sorte qu’en faisant l’accouplement pneumatique, l’accouplement électrique se trouve par là même établi. Ce fil de ligne porte sous chaque voiture une dérivation / aboutissant à la valve électrique.
- Enfin le courant est fourni à l’aide d’une batterie de piles ou d’accumulateurs P donnant de 15 à 20 volts avec 0,1 ampère par véhicule, et tenant pour un train de 24 voitures la place occupée actuellement par la boîte à outils sur l’avant des locomotives. Ces accumulateurs sur les grandes lignes n’ont guère besoin d’être rechargés qu’au bout de quelques mois.
- Le fonctionnement de la valve électrique est le suivant : celte valve comporte sur la gauche une partie s relative au serrage, et sur la droite une partie d relative au desserrage. Les systèmes mobiles de ces deux parties sont mis en action à l’aide d’un anneau Gramme oscillant autour d’un axe, vers la gauche lorsque passe un courant direct, et vers la droite lorsque passe un courant inverse. Le sens du courant est donné par la position de la manette du robinet de manœuvre.
- L’explication du fonctionnement est dès lors des plus simples. En marche normale, il n’y a pas de courant qui passe. Lorsque le mécanicien produit un serrage à fond, en même temps qu’il évacue l’air de la conduite générale par le robinet de manœuvre, le courant de serrage se trouve établi, et chaque valve électrique produit instantanément et simultanément sur chaque véhicule le serrage des freins. Lorsque le mécanicien veut desserrer son frein, et qu’il place son robinet à la position de remplissage de la conduite, le courant inverse se trouve par là même établi, et les valves électriques font instantanément et simultanément communiquer sous chaque voiture le cylindre à freins avec l’extérieur.
- On voit donc que dans ces deux cas les deux freins fonctionnent par la même manœuvre, que l’un d’eux remplace toujours l’autre en cas de raté, et que de plus l’action électrique étant instantanée, cette action produit instantanément le serrage ou le desserrage partout où l’action pneumatique n’a pas encore eu le temps d’intervenir.
- Le commutateur du robinet de manœuvre est en outre disposé de sorte que lorsqu’au lieu de
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- LA NATURE.
- mettre le robinet à la position de serrage à fond ou de desserrage à fond, le mécanicien le met à certaines positions intermédiaires, le courant électrique seul passe sans que la conduite générale soit mise en relation par le robinet avec l’extérieur. Si donc le mécanicien met un instant son robinet à la position de serrage électrique, le courant direct passe immédiatement et toutes les valves électriques font sous chaque voiture communiquer les cylindres à freins avec les réservoirs auxiliaires, ce qui donne immédiatement lieu au serrage. Lorsqu’il met un instant son robinet à la position électrique de desserrage, le courant inverse passe immédiatement, et les valves électriques produisent des évacuations locales des cylindres à freins. On voit donc qu’en faisant jouer plus ou moins longtemps la manette de son robinet dans ces deux positions et en la ramenant ensuite à la position neutre, le mécanicien peut, soit introduire dans les cylindres à freins, soit en retirer, de l’air par fractions aussi minimes qu’il le désire, et par conséquent obtenir une graduation d’effort, c’est-à-dire une modéra-bilité absolument complète.
- Le frein électropneumatique Chapsal n’est donc pas un appareil nouveau qui R jj demande la suppres-sion ou la réfection des appareils existants; c’est au contraire une simple modification pouvant s’appliquer à tous les freins continus actuels ( Westinghouse,
- Wenger, Clayton, etc...), de telle sorte que vînt-il à se produire des ratés dans le fonctionnement électrique, pour une raison ou pour une autre, on retomberait purement et simplement dans le fonctionnement des freins actuels.
- Il résulte de ce nouveau dispositif des avantages précieux :
- Le premier résultat obtenu est de supprimer tous les chocs et réactions brusques qui se produisent si souvent, et que nous connaissons si bien chaque fois que le mécanicien ne se sert pas avec habileté de son frein, ou chaque fois que le nombre des véhicules d’un train dépasse une certaine limite.
- Fit!
- Ces réactions sont telles que souvent, pour les trains de courses par exemple, dans la composition desquels entrent 22 et 24 voitures, elles peuvent môme arriver à produire des ruptures d’attelage.
- Mais ce n’est pas tout : il est très peu d’entre nous qui n’aient assisté à un blocage intempestif d’un train en cours de route, blocage provenant de la rupture d’un boyau d’accouplement qui provoque instantanément le serrage à fond de tous les freins.
- Tous également nous avons été victimes d’un incident semblable se produisant non plus sur un train tout entier, mais sur une voiture isolée, sans que, la plupart du temps, le mécanicien ou les conducteurs s’en aperçoivent; ces incidents causent aux voyageurs la plus grande frayeur, par suite des secousses violentes auxquelles ils sont soumis; c’est ce qu’on appelle en terme du métier : un blocage intempestif de voiture isolée. Dans le premier cas, le train doit être immédiatement protégé à l’arrière ; tous les réservoirs et cylindres à freins doivent être vidés successivement sous chaque voiture jusqu’au desserrage complet, et, si comme cela arrive le plus
- souvent, on se trouve dans l’impossibilité de réparer immédiatement l’avarie sur place, le train doit repartir à petite vitesse puisqu’il est privé de frein, pour gagner une station voisine où on procé • dera à la réparation ou à l’exclusion de la voiture avariée. L’arrêt minimum est dans tous les cas de dix minutes à un quart d’heure, et il est inutile d’insister sur la perturbation que cela peut produire sur une ligne à service un peu intensif, sans compter les causes d’accidents qui peuvent en dériver.
- Dans le deuxième cas, si l’incident est signalé au mécanicien ou à un des conducteurs, le train doit quand même s’arrêter un instant pour permettre à ce dernier de desserrer la voiture en question. Le plus souvent, le fait se reproduit au bout de quelques minutes, attendu qu’il provient la plupart du temps d’un défaut de fonctionnement du distributeur, et on se voit obligé d’arrêter de nouveau pour fermer définitivement le robinet d’isolement de la voiture
- E_/M£>lpKvSï
- 2. — Ensemble schématique du même (rein avec addition de la disposition électro-pneumatique Chapsal.
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- en question, et la mettre comme on dit sur conduite blanche, c’est-à-dire la priver de son frein, tout en lui permettant d’établir la communication entre la partie avant et la partie arrière du train.
- Le frein Chapsal supprime complètement ces deux inconvénients. En effet, dès que le mécanicien sent son train se ralentir, sous l’influence d’un serrage intempestif des freins, il lui suffît de pousser son robinet de manœuvre dans une position donnée pour faire passer un courant électrique de desserrage, et produire instantanément le déblocage de tout le train. S’il est sous un tunnel, sur un viaduc, dans une courbe, sur des aiguilles, il évite les inconvénients multiples que pourrait avoir dans ce cas un serrage intempestif et violent, et il repart à toute vitesse soit jusqu'à une prochaine station, soit jusqu’à un endroit propice, où il puisse s’arrêter en toute sécurité sous la protection des signaux pour examiner ce qui s’est passé.
- Pour atteindre ce but, il n’a du reste qu’à faire cesser à l’aide du robinet le passage du courant de desserrage, et comme les réservoirs auxiliaires du train sont restés intacts, les freins se serrent immédiatement. Bien plus, il peut répéter trois ou quatre fois cette manœuvre, c’est-à-dire, avec une conduite générale entièrement ouverte, serrer et desserrer trois ou quatre fois son train, et par conséquent, dans toutes les circonstances de la pratique, gagner un endroit absolument sùr où se fera la réparation de l’avarie.
- Nous venons de voir la possibilité de marcher à grande vitesse et de produire plusieurs serrages et desserrages successifs avec la conduite générale ouverte. Inversement les mêmes manœuvres peuvent s’exécuter avec la conduite générale fermée ou obturée. Les causes de cette obstruction peuvent être multiples : on peut avoir oublié de rouvrir un robinet d’accouplement; ce robinet peut avoir été fermé malintentionnellement ; enfin l’obstruction peut provenir soit d’un corps étranger, soit de la désagrégation du caoutchouc d’un boyau.
- Qu’arrive-t-il dans ce cas? Le mécanicien, qui croit avoir dans la main son moyen de sécurité habituel, manœuvre dans cet ordre d’idées, et ne produit cependant aucune action sur toute la partie du train qui suit le véhicule où l’obstruction existe.
- La plupart du temps, voyant sa vitesse se maintenir, il perd la tête, fait fonctionner à tort et à travers son robinet de manœuvre, et finalement arrête sur une longueur telle qu’un accident grave peut se
- produire si le fait arrive dans une gare ou mieux encore à un terminus.
- Avec le dispositif Chapsal, cet aléa est entièrement supprimé, car en poussant son robinet à fond pour le serrage du frein ordinaire, le mécanicien établit par là même le courant de serrage du frein électrique, et par conséquent partout où le premier ne fonctionne pas, le second le remplace : l’accident est donc dans tous les cas évité. ,
- Enfin, à côté de ces améliorations palpables, le frein Chapsal en apporte une autre, c’est celle de la « modérahililé ». On entend par là la possibilité de graduer le serrage et le desserrage à volonté, et de maintenir ces pressions graduées aussi longtemps qu’on le désire.
- Jusqu’ici certains freins, comme le frein Wenger et le frein à vide, sont modérables ; toutefois cette modérabilité épuise rapidement les réservoirs auxiliaires, et au bout d’un certain temps il faut, fatalement desserrer les freins pour recharger ces derniers, et procéder ensuite à un nouveau serrage.
- Si cela était sans inconvénient, on pourrait passer condamnation; mais il n’en est pas ainsi. On a remarqué en effet que chaque fois qu’on donne dans une pente un coup de serrage brusque, on produit un certain glissement, un certain « déripage » de la voie. Ce fait imperceptible en lui-même arrive cependant à produire des désordres graves au point de vue de la stabilité de cette voie, et si celle-ci n’est pas parfaitement entretenue, il peut advenir un beau jour, surtout dans une courbe située en descente, un déraillement partiel ou total.
- Quant au desserrage, très peu de freins sont réellement modérables à ce point de vue, qui est cependant très intéressant, car il permet au mécanicien de freiner d’abord en toute sécurité un peu plus qu’il ne serait nécessaire, et de ramener ensuite par la modérabilité au desserrage sa pression exactement à ce qu’elle doit être pour maintenir son train à une allure donnée.
- Le frein Chapsal donne cette modérabilité aussi bien au serrage qu’au desserrage de la façon la plus absolue et la plus complète et permet de la maintenir pendant une durée illimitée.
- En effet, dans ce cas, c’est le frein électrique seul qui agit, puisant pour le serrage directement l’air des réservoirs auxiliaires pour l’envoyer dans les cylindres à freins, tandis que, pour le desserrage, il évacue directement à l’extérieur l’air de ces cylindres.
- Fi;;. 5. — l’holographie de la valve électro-pneumatique, au quart de grandeur réelle.
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- Los distributeurs n’ont pas changé de position, et il s’ensuit que les réservoirs auxiliaires, communiquant toujours avec la conduite générale, recouvrent d’une façon continue l’air qu’ils ont perdu. Aussi, avec le frein Chapsal, un mécanicien pourra-t-il, sur une pente d’une longueur absolument quelconque, maintenir pendant un temps illimité dans le cylindre à freins une pression donnée qui lui sera nécessaire pour descendre sa pente a une vitesse donnée, c’est-à-dire pour compenser l’accélération du train. S’aperçoit-il que par suite des fuites qui existent toujours dans les cylindres à freins, la pression baisse un peu, il rétablit immédiatement l’équilibre avec un léger serrage électrique, et s’il dépasse un peu la limite, il ramène rigoureusement au point voulu à l’aide d’un léger desserrage. Jusqu’ici ce résultat n’avait été obtenu qu’avec le frein double du P.-L.-M. nécessitant deux conduites, quatre accouplements, et un distributeur supplémentaire par voiture.
- Le frein Chapsal conduit aux résultats suivants :
- Double moyen complet de sécurité entre les mains du mécanicien, chacun de ces moyens agissant simultanément par la même manœuvre du robinet, et l'un d’eux remplaçant celui qui viendrait à manquer.
- Suppression de tous les chocs et réactions provenant de la manœuvre des freins actuels, ou de la trop grande longueur des trains.
- Suppression des blocages intempestifs du train entier et des blocages de voitures isolées.
- Suppression des incidents et accidents pouvant résulter d’une obturation de conduite générale.
- Modérabilité absolue au serrage et au desserrage.
- Et ces résultats sont obtenus, nous le répétons, à l’aide d’additions si peu coûteuses que les Compagnies seront en état de recouvrer en très peu de temps les frais d’application. Max Rodes,
- Ingénieur des mines.
- LE ROLE PHYSIQUE DE L’HYDROXYLE
- On connaît depuis longtemps la singulière anomalie que présente l’eau, au point de vue de la réfraction des ondes électriques ou du pouvoir inducteur spécifique.
- On sait que les théories de Maxwell conduisent à attribuer aux diélectriques un pouvoir inducteur égal au carré de leur indice de réfraction. Or, tant qu’on ne posséda sur l’indice que des données déduites d’expériences optiques, cette loi sembla se vérifier bien mal.
- Dans aucun cas, cependant, l’écart n’était aussi grand que dans celui de l’eau, pour laquelle le carré de l’indice est égal à 1,7 environ, alors que toutes l?s expériences récentes conduisaient à attribuer à son pouvoir inducteur la valeur énorme de 75 à 80. Ce n’est que lorsqu’on put effectuer ies mesures directes de la longueur des ondes électriques ou de la réfraction de ces ondes dans des prismes de grande dimension que l’on put vérifier la relation de Maxwell. On trouva dans ce cas un indice qui cadrait parfait» ment avec la valeur du pouvoir inducteur.
- L’eau est donc douée de réfraction anomale au plus haut degré. L’anomalie qui se manifeste déjà à une petite distance dans l’infra-rouge par une absorption énergique des radiations se poursuit ou recommence dans le spectre électrique. Mais l’eau n’est pas seule douée de cette
- anomalie; dans un travail présenté à la Société royale des sciences de Leipzig, M. Drude vient de montrer que tous les corps contenant l’hydroxyle (011) sont doués de ce qu’il nomme l’anomalie électrique; ces corps possèdent soit une valeur très élevée de l’indice pour les ondes électriques, soit une marche de l’indice qui va en croissant avec la longueur d’onde.
- La cause de l’anomalie en général a été l’objet de recherches théoriques auxquelles s’attachent les noms de Ifelmholtz et de lord Kelvin, pour ne citer que les principaux initiateurs de ces théories. Ils ont ramené l’anomalie de réfraction à une vibration propre des molécules consommant et dénaturant l’énergie vibratoire qui leur parvient. S’il est avéré que le groupe hydroxyle produit toujours l’anomalie électrique, on pourra en conclure que la période propre de vibration de ce groupe est relativementrès lente. M. Drude fait d’ailleurs remarquer que la période de cette vibration est d’autant plus longue que le groupe est plus chargé d’autres atomes.
- Ces remarques de M. Drude, fondées sur de nombreuses expériences, ramènent à un phénomène auquel M. Rontgen a consacré autrefois un travail de peu d’étendue et qui est resté à peu près inconnu, mais qui renferme peut-être l’idée la plus originale que l’on doive à l’heureux parrain des rayons X.
- Rassemblant les diverses anomalies présen tées par l’eau,— anomalie de dilatation,de compressibilité,de fluidité, etc., — il arrive à en conclure que, jusqu’à une certaine température, l’eau est une solution de glace. Il suffit, en effet, d'y réfléchir un instant pour se convaincre que, qualitativement du moins, toutes ces anomalies s’expliquent en supposant que l’eau tient en suspension ou en dissolution des particules de glace qui disparaissent peu à peu, soit par la chaleur, soit par la compression, et qui, dans ce dernier cas, laissent l’eau d’autant plus fluide qu’elle en contient moins. Au moment où M. Rontgen proposait cette théorie, on ne savait pas encore que la chaleur spécifique de l’eau passe par un minimum. J’ai eu l’occasion de faire remarquer déjà que l’existence de ce minimum apporte une vérification de plus à la théorie de M. Rontgen.
- Cette idée n’en est pas restée là. Il y a quelques années, M. William Ramsay établit sa belle théorie de l’association moléculaire, suivant laquelle certains groupes d’atomes peuvent avoir une tendance à se rassembler même lorsqu’ils sont déjà pris dans un lien moléculaire. Parmi ces groupes, l’hydroxjle joue un rôle fort important.
- Qualitativement, cette idée conduit aux mêmes conclusions que celles de M. Rontgen, mais elle semble lui être préférable au point de vue quantitatif, car la chaleur de formation de ces groupes est très faible et suffit à expliquer les faibles anomalies observées; l’idée de M. Rontgen semblerait exiger de plus fortes irrégularités.
- Combinons maintenant les recherches de M. Drude avec les idées de M. Ramsay; nous arriverons à cette conclusion qui les embrasse toutes deux, que l'anomalie électrique est une conséquence du groupement ou de l'association des molécules due h la présence du groupe hydroxyle.
- Les liens de molécule à molécule sont toujours très faibles; les diverses molécules enchaînées doivent donc posséder dans leur ensemble un mode vibratoire relativement lent. Ainsi s’explique que l’anomalie soit surtout électrique. Si ces conclusions sont exactes, on devra s’attendre à trouver l’anomalie diminuée et même à la voir disparaître aux températures élevées où l’association cesse d’exister. Ch.-Éd. Guillaume.
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- MAISONS ET INTÉRIEURS CHINOIS
- Qu’il s’agisse des palais impériaux, de ceux appartenant aux princes de sang royal, des opulentes demeures particulières ou des plus humbles chaumières, les habitations chinoises se ressemblent toutes, sinon par leurs proportions et leur richesse, du moins par leur profil général extérieur. Toutes possèdent de vastes toits aux longs pans aplatis et s’étendant bien loin au delà de la lace externe des murs. Leurs angles sont relevés et, par cette forme spéciale, rappellent les dispositions que les ancêtres nomades des Célestes donnaient jadis à leurs tentes.
- Le choix du terrain sur lequel doit s’élever la future demeure familiale joue un rôle important dans la vie chinoise. Une sorte de géomètre, joignant à ces fonctions celles de sorcier, se charge de ce soin délicat. L’emplacement arrêté définitivement par lui, il commence par exorciser le sol afin d’en chasser le malin esprit et y attirer au contraire les bons génies. Ces derniers veilleront sans cesse sur les habitants de la maison et s’opposeront à la venue des maladies ; ils disputeront même à la mort ceux dont ils doivent protéger à jamais l’existence.
- Avant de commencer la construction de l’édifice projeté, le géomètre-sorcier érige sur le contour extérieur de la propriété un mur de briques de 5 mètres environ de hauteur. Une seule haie ménagée à front de la rue ou de la ruelle, porte basse constamment close, donne accès sur la voie publique. Entourés d’une enceinte continue, les génies bienfaisants ne peuvent plus s’échapper; dès lors le chef de famille peut être assuré que, constamment présents, ils s’acquitteront avec zèle de la tâche qui leur incombe et à laquelle ils ne failliront pas.
- Pour plus de sûreté, la porte extérieure se trouve surmontée des images de deux divinités, Muny et Shan, gardiens vigilants dont la vue seule effraie et chasse les noirs démons. Il arrive quelquefois cependant que, trompant par ses artifices la rigoureuse surveillance de ces veilleurs divins, un diable parvient à franchir le seuil de la porte. 11 ne peut aller plus loin, car un écran de bois sculpté placé en arrière et à peu de distance de l’ouverture lui barre le chemin. La croyance populaire estime en effet que le moindre obstacle existant sur la route rectiligne que suit toujours l’esprit malin suffit pour l’obliger à revenir en hâte sur ses pas et à fuir au loin.
- Toutes les précautions se trouvant ainsi soigneusement prises en faveur du repos, du bonheur et de la paix des futurs habitants, le pseudo-sorcier songe à construire les trois corps de bâtiments distincts constituant une maison chinoise complète. Au milieu d’un pittoresque jardin orné d’arbres, de Heurs, d’idoles et de vasques remplies d’eau courante dans laquelle grouillent les inévitables poissons rouges, s’élève, isolée, l’habitation du chef de famille. A droite et
- à gauche, formant retour d’équerre, se dressent des demeures d’importance un peu moindre.
- Des murs de briques ou de pisé, suivant la richesse du propriétaire, mais percés de nombreuses ouvertures aux profils originaux et bizarres, les séparent du logis principal. Des jardins les entourent aussi. L’une de ces ailes doit abriter les femmes, qu’aucun regard étranger, sauf celui du maître, ne doit apercevoir; les enfants possèdent le même asile. Les domestiques et les esclaves habitent l’autre. Cependant, lorsque la fortune du Chinois ne lui permet pas de se livrer à un tel luxe de constructions différentes, l’architecte se contente d’édifier une vaste maison dans laquelle tout le monde habite.
- L’appartement des femmes, dont nul ne peut iranchir le seuil sans s’exposer au courroux des dieux lares, occupe dans ce cas toute la partie postérieure de la demeure commune. Le chef de famille se tient au contraire dans les pièces qui donnent du côté de la rue. Domestiques et esclaves se logent pêle-mêle dans des appentis situés au fond de la propriété. A de très rares exceptions près, et à moins que le maître ne manque tout à fait de fortune, ces prescriptions dans l’ordonnancement des appartements se trouvent toujours et rigoureusement observées par tout Chinois qui se respecte.
- En pénétrant dans le vestibule qui précède constamment les appartements, un luxe extraordinaire et de bon goût frappe les yeux des visiteurs. Des cloisons aux laques ajourées, montant souvent jusqu’au-dessous du toit, entourent cette première pièce. De tous côtés pendent, reliées aux solives par des cordelières en soie, des lanternes en papier aux colorations merveilleuses. De riches consoles en ivoire sculpté garnissent tous les angles et supportent des bronzes et des vases d’une incomparable beauté. La fleur bleue du lotus, fleur de bienvenue pour l’étranger, émerge de chacun de ces vases aux cloisonnés si purs.
- Des colonnes torses, aux ors étincelants, malgré la demi-obscurité qui règne, dressent leurs fûts élégants au milieu des cloisons latérales; elles délimitent les portes intérieures par lesquelles on pénètre dans les appartements. Des tentures de soie, aux merveilleux dessins brodés en relief, dissimulent leurs ouvertures. Des dalles de marbre blanc recouvrent le sol. En soulevant une de ces portières le visiteur entre dans le salon de réception au milieu duquel le maître de la maison attend, debout, qu’il puisse adresser à son hôte d’un instant les compliments d’usage, attirant sur sa tête les bénédictions du ciel et pour les siens une félicité éternelle.
- Les deux illustrations ci-jointes qui sont des reproductions de photographies faites à Canton, ne peuvent donner au lecteur qu’une bien faible idée des merveilles de toute nature que renferment les salons ordinaires ou parloirs, ceux de réception aussi, dont le plus grand nombre, ornés en tous sens de glaces magnifiques, éblouissent en vérité, tant les dorures et les ciselures abondent. Le
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- moindre *iège, le plus petit guéridon, chef-d’œuvre de marqueterie et de fine mosaïque, représentent de véritables trésors d'une valeur inestimable; partout l’ivoire, la laque et l’or marient leurs vives couleurs.
- Rien rarement les maisons chinoises, sauf celles construites à l’européenne, n’ont de plafonds. Ces dernières ne possèdent plus il est vrai ce caractère de profonde originalité qui se fait remarquer chez les premières, nous ne pensons donc pas devoir en parler; leur distribution intérieure ne diffère que fort peu de celle que nous voyons chaque jour autour de nous. Les cloisons séparatives des appartements, dans les demeures construites dans le style du pays,
- richement et finement sculptées, n’aboutissent pas toujours jusqu’au toit. Mais des solives pendent, superbement drapées, de luxueuses étoffes, soieries merveilleuses dont les plis recouvrent la partie supérieure de ces cloisons.
- Extérieurement aux murs du batiment principal, comme aussi autour des deux annexes, régnent des vérandas continues, dans lesquelles, au milieu des fleurs les plus belles, aux parfums les plus suaves, entourés d’oiseaux au plumage éclatant, vivent durant le jour les membres de la famille. C’est dans la véranda que les femmes brodent, jouent, cousent et mangent, c’est là qu’elles reçoivent les visites de leurs amies ou de leurs proches du sexe féminin. Le
- Fig 1. — Salle îles consultations données par les médecins chinois à Canton. (D’après une photographie.)
- soir seulement, à la nuit tombante, elles rentrent dans leurs logis particuliers où les objets les plus riches et les plus précieux se rencontrent à chaque pas. Le chef de famille, lui aussi, lorsque ses affaires ou ses fonctions officielles ne l’appellent pas au dehors, passe la majeure partie du temps dont il dispose sous sa véranda.
- Une légère balustrade à hauteur d’appui en bois fouillé et sculpté avec une finesse incroyable de détails sépare les diverses galeries des jardins entourant les maisons. Des milliers de plantes grimpantes aux fleurs odoriférantes forment extérieurement, par leur entre-croisement, une barrière infranchissable aux regards indiscrets, tout en permettant aux personnes protégées par cet abri verdoyant de voir tout ce qui se passe au dehors. Fenêtres et portes de
- plain-pied facilitent aux habitants de la maison l’accès à la véranda. Comme les vitres se trouvent remplacées par des carreaux en papier huilé, ne laissant filtrer qu’une faible quantité de lumière, on tient les fenêtres constamment ouvertes, mais pendant le jour seulement.
- Dès que la nuit apparaît, toutes ces ouvertures se ferment et alors se produit de toutes parts un éclairage féerique. Les mille lanternes aux papiers multicolores s’allument comme par enchantement; leurs douces clartés fondent et harmonisent délicieusement les tons éclatants des dorures étincelantes, des marbres blancs et des laques vernies et peintes. C’est l’heure des épanchements infimes, le moment où, tout entière, la famille se réunit pour causer, chanter et rire; heureux moment pendant lequel
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- chacun oublie pour un instant les ennuis et les vicissitudes de l’existence pour ne se souvenir (pie de la joie et du bonheur de se trouver assemblés afin de prendre le thé en commun !
- Les Célestes, s’ils se lèvent tard, se couchent par
- contre de bonne heure; les chambres dans lesquelles ils se retirent pour goûter le repos ne sont pas moins luxueuses que leurs salons privés ou de réception. Le lit constitue un véritable monument aux dimensions gigantesques, formé d’un amoncelle-
- ment de coussins et de draperies, le tout richement brodé. Ils ignorent l’emploi des oreillers tels que nous les comprenons; les leurs varient suivant la saison de l’année. En été ils font usage de coussins en porcelaine dans lesquels une légère dépression se trouve ménagée pour y maintenir et appuyer la tête ;
- les Chinois pauvres se servent de sacs nattés en feuilles de bambou, et remplis de ces mêmes feuilles. Pendant l’hiver, un oreiller de crin recouvert de soieries brodées s’emploie de préférence.
- Le « Diable étranger », nom par lequel le Chinois désigne les Occidentaux, a rarement l’occasion
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- de visiter un de ces intérieurs. Mais lorsque, les relations aidant, il obtient cette faveur, il ne peut se défendre d’un sentiment admiralif en contemplant le luxe inouï et les merveilles qui l’entourent et au milieu desquels le Céleste coule son existence la plupart du temps oisive. En dépit des progrès accomplis par le monde entier, le Fils du Ciel continue à se laisser vivre, heureux de son sort et réfractaire à toute
- idée de civilisation nouvelle. Ch. Mausillox.
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- LA. CALVITIE ET SON MICROBE
- Je ne sais si quelque statisticien fantaisiste a jamais fait le dénombrement des chauves dans les pays de race civilisée; il doit être considérable. Allez dans une salle de spectacle, dans une réunion quelconque où l’on n’entre que tète décoiffée, et vous serez stupéfait, en y prêtant attention, de la quantité de crânes plus ou moins dépourvus de cheveux. Et combien qui échapperont à votre œil scrutateur, masqués par une perruque dissimulant habilement la calvitie! Les chauves sont légion, et pour expliquer la dénudation prématurée de leur tète, ils vous donneront de bonne foi mille et une interprétations, dont la meilleure ne vaut pas cher. C’est le port du chapeau, de cet affreux haut de forme, qui entretient chaleur et sudation ; c’est le rhumatisme, ce sont les névralgies. La liste des causes serait longue. Aujourd’hui nous savons pourquoi nous devenons chauves : c’est un jeune savant bien connu parmi les dermatalogistes qui nous l’apprend ; la calvitie a son microbe, comme les maladies infectieuses, contagieuses, et ce microbe envahit, étouffe le bulbe pileux, anéantit la végétation et la reproduction du poil, et vous polit le crâne avec plus ou moins de rapidité.
- A l’élat normal, la peau sécrète, par l’intermédiaire des glandes sébacées, nne matière grasse, le sébum, destinée à lubrifier la peau. Sous l’influence de causes variées, cette sécrétion s’exagère et devient une véritable maladie, connue sous le nom de séborrhée grasse, survenant à l’époque de l’adolescence et caractérisée par des manifestations du côté du cuir chevelu, de la peau, du front, du nez, où elle prend la forme d’acné.
- Les glandes hypertrophiées sécrètent à l’excès, formant de véritables kystes. La peau est alors piquetée de petits points noirs que la pression exprime du conduit sous la forme d’un cylindre blanchâtre, d’aspect vermiforme, d’où vient très vraisemblablement le proverbe populaire, tirer les vers du nez. Ce cylindre graisseux, dit comédon, n’est que l’amplification considérable d’un des petits kystes séborrhéiques. Or, en examinant le contenu de ces cocons séborrhéiques, de ces comédons, en raclant simplement le sébum d’une peau normale, le Dr Sabouraud a reconnu dans cette matière l’existence, par myriades, d’un microbe spécial, d’un très fin bacille qui ne dépasse pas un millième de millimètre de longueur, est punctiforme et se rassemble quelquefois en courtes chaînes. On le décèle facilement dans cette matière grasse au moyen des colorants habituels employés en bactériologie.
- C’est ce petit microbe que M. Sabouraud a isolé, cultivé, étudié sous toutes ses faces, qui est l’agent actif, par lui-même ou par les toxines qu’il sécrète, de la dépilation. La glande sébacée est toujours l’annexe d’un poil dans le follicule duquel elle vient s’aboucher, environ au tiers superficiel du follicule. C’est là que siègent les colonies microbiennes de la séborrhée, sous la forme d’un cocon de lamelles cornées, de sébum et de bacilles. Ce cocon, c’est le cylindre blanc que l’expression fait sourdre
- de la peau. Sous l'influence de cette compression, sous l’action du bacille, la papille génératrice du poil s’atrophie, le poil se flétrit, tombe; il repousse mais plus grêle, plus ténu, jusqu’à ce que la papille définitivement atrophiée ne donne plus naissance à aucun poil.
- La dépilation ainsi produite est, comme la séborrhée grasse, prédominante au vertex; el e est lente, diffuse, met souvent des années à s’accomplir. Mais, peu à peu, elle est complète, défmi'ive, et, sur le tégument dénudé, l’infection séborrhéique arrive même à disparaître sans que le chevt u puisse repousser. C’est là, dit M, Sabou-r.md, tout le secret de la calvitie.
- Un point intéressant de l'étude de notre confrère est l'étroite parenté qui rattacherait, d’après lui, la pelade à la séborrhée. La pelade est, on le sait, caractérisée par des plaques de calvitie, de véritables tonsures survenant dans les cheveux, la barbe, et laissant en très peu de temps des plaques arondies, plus glabres qu’après le passage de la meilleure tondeuse. Le poil tombe it ne repousse pas, à moins que par un traitement énergique, cautérisation au chloroforme et à l’acide acétique, on ne détruise le parasitisme et on ne modifie les conditions trophiques de la surface cutanée dépilée. Eh bien, cette pelade, dont on observe des épidémies contagieuses dans les lycées, les casernes, aurait pour point de départ le même microbe : c’est, suivant l’expression de M. Sabouraud, une infection locale aiguë de séborrhée grasse. Bien que très différente en apparence, comme évolution, comme marche, de la calvitie vulgaire, c’est la même maladie; l’une est aiguë, l’autre chronique. Et la preuve de cette identité est fournie par les inoculations aux animaux ; des injections de cultures du microbe à des moutons, des cobayes, des lapins, provoquent des plaques alopéciques caractéristiques.
- Ces données nouvelles sur l’origine de la calvitie nous promettent-elles une thérapeutique efficace? Peut-on proclamer qu’il n’y aura plus de chauves? Le vingtième siècle verra-t-il reparaître les luxuriantes chevelures de nos ancêtres gaulois et les fabricants de perruques, de faux cheveux, ne seront-ils désormais que les fournisseurs d’accessoires de théâtre et de carnaval? On peut l’espérer. Cependant, qui n’a connu de jeunes sujets à la figure abîmée par l’acné, par la séborrhée, des adultes ayant tous les attributs de la séborrhée grasse à un degt é prononcé et qui portent, jusqu’à un âge avancé, une chevelure abondante? Offrent-ils, de par certaines conditions de tempérament, de milieu, des conditions peu propices à la propagation et à la diffusion du microbe? sont-ils des terrains de culture réfractaire? On peut le croire. Pour nos descendants, pour sauvegarder les caractères esthétiques de la race humaine, souhaitons que les belles recherches de M. Sabouraud conduisent à une thérapeutique rationnelle et surtout efficace. Dp A. Caktaz.
- L’ACÉTYLÈNE DISSOUS
- On a utilisé jusqu’ici le gaz acétylène sous trois formes caractéristiques : gaz liquéfié, gaz sous pression et gaz à la pression ordinaire. En dépit des belles promesses de son plus actif et dévoué promoteur, l’acétylène liquéfié n’a [lus aucun avenir industriel devant lui, et les accidents qu’il a causés, en lui portant un coup fatal, ont enrayé, pour un temps, nous en sommes convaincu, la marche triomphante du nouvel illuminant. Le gaz sous pression constitue un mode d’emploi qui ne convient que dans des circonstances toutes spéciales, et ne permet pas le transport économique, à cause du poids et de l’encombrement des réservoirs. Le gaz sans pression doit être
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- produit chez le consommateur même, et les appareils, fort simples aujourd’hui, qui serv-nt à le fabriquer, font encore peur à quelques-uns et demandent des manipulations périodiques qui rebutent certains autres.
- La contemplation d’un siphon d’eau de Seltz a donné à MM. Claude et Hess l’idée d’un quatrième mode d’emploi du gaz acétylène, et cette idée ne manque ni de nouveauté ni d’originalité. Il suffirait, se sont dit les inventeurs, de trouver un liquide qui, sous une pression modérée, pût dissoudre une grande quantité de gaz acétylène, et le restituer par simple diminution de pression, comme l'eau de Seltz abandonne son acide carbonique, pour réaliser un accumulateur facile à remplir et à vider.
- Après de longues et méthodiques recherches, MM. Claude et Hess ont trouvé que l’acétone, obtenu facilement par calcination de l’acétate de chaux, dissout, suivant son état de pureté, de 25 à 50 fois son volume d’acétylène par atmosphère. A la pression de 10 atmosphères, 1 litre d’acétone renferme donc de 250 à 500 litres de gaz et peut en restituer, par simple diminution graduelle de la pression, de 200 à 250 litres. La différence restera emmagasinée une fois pour toutes dans le liquide qui sert indéfiniment, aux pertes près, à emmagasiner et restituer successivement de nouvelles quantités d’acétylène. Pour utiliser le réservoir, l’accumulateur d’acétylène, il suffit d’interposer un détendeur convenable entre le réservoir et le bec ou la canalisation à desservir.
- Uq simple manomètre disposé sur le réservoir fait connaître la quantité de gaz dont on peut disposer avant épuisement, le remplacement d’un réservoir par un autre se fait en un instant, et il suffit d’avoir deux réservoirs montés sur la canalisation, l’un en service et l’autre en attente, pour que l’éclairage se produise sans aucune interruption, par une simple manœuvre de robinets.
- On voit, sans que nous ayons besoin d’insister longuement, toutes les combinaisons auxquelles se prête l’acétylène dissous, et tout spécialement aux éclairages mobiles, tels que voilures de chemins de fer, voitures hippomobiles et automobiles, tricycles et bicyclettes, télégraphie optique militaire, etc., etc.
- Quant aux dangers que présente l’acétylène dissous, ils sont peut-être plus grands que ceux de l’acétylène sans pression, mais incomparablement moindres que ceux de l’acétylène liquéfié auquel les travaux de MM. Claude et Hess donnent le coup de grâce. Telle est, dans ses lignes essentielles, la nouvelle voie ouverte par MM. Claude et Hess aux applications futures de l’acétylène.
- Des recherches nouvelles révéleront peut-être des dissolvants supérieurs à l’acétone; il sera également possible d’immobiliser ce dissolvant dans des matières plus ou moins agglomérantes ou agglutinantes, etc., mais, en tous cas, pour faire passer ces idées dans le domaine industriel, il faudra qu’une puissante compagnie monopolise, en quelque sorte, ce nouvel avatar du gaz acétylène, et puisse assurer à ses clients futurs un renouvellement des provisions et un roulement régulier, un échange facile et commode des réservoirs épuisés contre des réservoirs pleins. Il y a là toute une série d’études à faire, d’appareils à créer, de transports à combiner, de succursales à monter, toute une organisation, en un mot, sur laquelle nous reviendrons ultérieurement, lorsque les concours industriels et financiers prêtés aux inventeurs par des notabilités scientifiques et industrielles parisiennes auront fait passer l’acétylène dissous du domaine du laboratoire dans celui de la pratique. E. de Lécépé.
- LES CATACOMBES DE PARIS
- ET LEUR FAl’XE1
- Il ne faudrait pas croire que ces sombres demeures fussent complètement vides d’habitants ; non que des gens y vivent encore habituellement, ni que je veuille parler des 6 000 000 d’âmes ayant vécu et dont les os décharnés reposent en paix dans ces hypogées. 11 y a là toute une catégorie d’êtres peu visibles si l’on n’y prête une forte attention, qui rampent, courent, volent, marchent et se reproduisent loin des rayons du jour. Ce sont généralement des insectes, des myriapodes, de petits crustacés qui sont bien curieux à étudier en ce sens que l’absence de lumière a produit chez eux une série de modifications, d’atrophies de certains sens, d’exagération de certains autres.
- Ils forment généralement une transition entre les espèces qui vivent au jour et les véritables espèces des cavernes naturelles. Leur couleur est en général disparue; ils sont complètement blancs. Le pigment en effet est sous la dépendance immédiate de la lumière, et de même que la chlorophylle des plantes disparaît à l’obscurité, de même les cellules pigmentaires des animaux disparaissent ou s’atrophient. Cependant certaines catégories d’animaux, les coléoptères notamment, paraissent plus rebelles à la décoloration.
- Tantôt les yeux existent encore, noirs, bien normaux en apparence, quoiqu’une bougie, approchée de ceux-ci, ne paraisse faire fuir les animaux que quand la chaleur et non la lumière s’en fait trop vivement sentir; tantôt on ne voit plus qu’un petit point pâle, tantôt enfin plus rien n’apparaît et le tégument recouvre l’emplacement où devrait être l’œil. Par contre l’ouïe paraît chez quelques-uns plus subtile et le moindre bruit les force à la retraite; la raison nous en est donnée par l’étude microscopique qui nous révèle chez ces animaux des organes auditifs (bâtonnets de l’antenne ou de l’antennule) qui ont pris des proportions vraiment extraordinaires.
- Chez d’autres c’est le système auditif qui se développe et nous voyons croître les fossettes ou les poils penniformes d’une façon fort curieuse. Chez d’autres enfin, le système tactile prend une floraison merveilleuse de poils simples ou bifurqués, répandus sur tout le corps, et qui semblent être un merveilleux moyen de sentir la proie et d’éviter le danger.
- Chez les Campodes, rares il est vrai dans les catacombes plus que dans les cavernes, on voit des an-^ tennes énormes atteindre deux et trois fois la longueur normale. Les fourches anales également s’allongent, s’effilent et font ressembler l’animal à qûelque bête de l’Apocalypse. Chez eux les poils tactiles acquièrent leur maximum de développement et on les voit
- Voy. n° 1237, du 15 février 1897, p. 167.
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- tout hérissés de petites baguettes raides, pointues, terminées par une petite sphère enfoncée dans les téguments. On dirait vraiment une longue pelote couverte d’épingles. Antennes et fourches s’agitent en tous sens, tâtent le sol, prennent le vent, et c’est seulement lorsque tout paraît tranquille aux alentours que notre animal s’aventure hors dos petites anfractuosités qui lui servent de tanière pour brouter tranquillement les cryptogames qui lui servent de nourriture.
- Des Podurelles, aux yeux rouges ou sans yeux, habitent tous les vieux champignons et sautent de
- tous cotés comme de petites puces blanches. Des vers décolorés rampent à terre, tandis que d’agiles coléoptères encore colorés, pourvus de petits yeux, mais déjà couverts de longs poils tactiles comme leurs congénères des cavernes, courent sur le sol, et que les araignées de toutes formes, souvent aveugles, tendent leurs filets à d’invisibles mouches.
- Des myriapodes blancs, atteignant jusqu’à 6 centimètres de long, dévorent les vieux boisages.
- Les eaux ne sont pas moins riches. D’innombrables infusoires nagent en tous sens, émettent et rentrent leurs pseudopodes, s’accrochent aux grains de sable
- i\"‘ 1 à 9. — La faune des catacombes de Paris.
- N* 1. Cyclops fimbriaius, femelle. — 2. Myriapode. — 3. Pseudoscorpion (aveugle). — i. Arachnide. —5. Campodea staphylinus (aveugle). 6. Podurelle. — 7. Asctlus arptaticm (aveugle). — 8. Trechiis micros. — 9. Crevette. Gnmmnrus putennm (aveugle).
- et aux menus débris; tandis que les Cyclops agiles, aveugles ou pourvus d’yeux rouges, nagent vivement et se nourrissent de ces infusoires. Souvent d’ailleurs ils sont la proie des Gammarus puteanus, longues crevettes blanches, aux yeux absents ou rudimentaires, aux nombreux organes sensoriels très développés, qui dévorent également les jolis Asellas vivant dans les fontaines souterraines.
- Enfin dans les vieux bois il n’est pas rare non plus de rencontrer quelque Pseudoscorpion aveugle agitant ses curieux cliélicères velus.
- Comme on le voit la faune souterraine de Paris est riche et variée. A son sujet se pose plus d’un problème zoologique. Quelle est l’origine de cette faune ? quel est le temps nécessaire à effectuer ces
- singulières modifications? Mystère non résolu, mais d’autant moins insoluble qu’un laboratoire spécial vient d’ètre aménagé au Muséum dans les catacombes elles-mêmes.
- Nous avons pu en effet, grâce à l’obligeance de M. Milne-Edwards, directeur du Muséum d’histoire naturelle, retrouver une ancienne entrée des galeries souterraines qui s’étendent sous le Jardin des Plantes, et M. Milne-Edwards y a ordonné les travaux d’aménagement nécessaires. Nous pourrons donc étudier sur place l’influence de l’obscurité sur les animaux que nous y introduirons. Tous les amis des sciences doivent donc lui en être reconnaissants, et nous aurons plus d’une fois à y revenir. Ahmaxd Viré.
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- L’INDUSTRIE LAITIÈRE
- DANS LES MONTAGNES DU CENTRE FABRICATION DU BEURRE DE PETIT-LAIT
- Le petit-lait, recueilli pendant les différentes phases de la fabrication du fromage de Cantal1 contient encore une petite proportion de matière buty-reuse susceptible d’ètre utilisée pour la préparation d’un beurre de qualité secondaire. Dans les burons, au lur et à mesure de sa production, il est versé dans des baquets spéciaux nommés badignoux, et abandonné à lui-même pendant huit ou dix jours. Sous l’influence du repos, la faible quantité de crème qui existe dans la masse liquide finit par gagner la partie supérieure, où elle peut être récoltée d’une façon assez simple. Pour obtenir le beurre, il suffit de déterminer l’aggloméra -lion des molécules buty-reuses entre elles au moyen du barattage. De même que la fabrication du fromage, cette nouvelle opération est beaucoup trop imparfaite pour donner des produits réguliers. Elle n’implique nullement l’idée d’un matériel moderne, qui permettrait de simplifier et de réduire considérablement toutes les manipulations.
- Après avoir été prélevée des badignoux par l'écrémage, la crème est introduite dans un baquet percé d’un trou à sa partie inferieure, et soumise à l’action d’une pression énergique, soit à l’aide d’un bâton, ou mieux encore de la ménole.
- Lorsque la masse est prise, il faut la délai ter et la laver. Pour cela, on enlève le bouchon situé à la partie inférieure du récipient, et on ajoute plusieurs fois de l’eau sur le beurre, en opérant une série de décantations successives, jusqu’à ce que le liquide sortant soit à peu près clair. La photographie ci-dessus, extraite des montagnes de la Lozère, donne une idée de cette singulière opération. Elle représente le cuveau faisant office de baratte, dont la partie inférieure est percée d’un trou bouché par un simple tampon de bois. Le cantalès est en train d’agiter sa ménole dans tous les sens, pour activer la formation du beurre.
- 1 Voy. n° D255, du IC janvier 1897, p. 107.
- Le beurre de montagne est généralement caractérisé par son odeur détestable. Le plus souvent, il est consommé par le personnel des burons et par les paysans. Cependant, on en voit quelquefois figurer sur les marchés, mais son prix de vente est toujours inférieur, et ne dépasse jamais un franc le kilogramme. Quant aux résidus liquides provenant de cette dernière fabrication, ils servent à engraisser des porcs qui se trouvent dans une loge située à proximité du buron.
- Dans les fermes, le beurre de lait est préparé exactement de la même façon, seulement la durée d’exposition du lait dans les crémeuses est considérablement réduite, et l’écrémage peut être fait après une douzaine d’heures de repos. Aussitôt après le barattage, le beurre est exquis; mais il perd rapidement sa saveur pour acquérir au bout de quelques jours une odeur rance très forte. Cette particularité pouvant paraître assez bizarre au premier abord, n’a rien d’extraordinaire si on considère l’imperfection des procédés de fabrication. En effet, quelque soin que l’on prenne, il reste toujours une certaine quantité de petit-lait dans le beurre. Ce liquide, extrêmement fermentescible à cause du sucre qu’il contient, ne tarde pas à s’aigrir et à communiquer un mauvais goût au produit.
- 11 est regrettable de voir confectionner avec un lait aussi riche et aussi savoureux que celui des montagnes du Centre, des produits si médiocres et d’une conservation si douteuse.
- Depuis quelques années, plusieurs propriétaires lozériens et aveyronais, favorisés sous le rapport des voies de communication, ont complètement abandonné leur fabrication primitive. Ils transforment aujourd’hui tout leur lait en beurre, en se servant d’écrémeuses centrifuges et de barattes perfectionnées.
- Grâce à cette ingénieuse combinaison, ils obtiennent du beurre fin de centrifuge, qui peut rivaliser sur les marchés du Midi avec les meilleurs produits charentais.
- On pourrait évidemment apporter à l’industrie laitière actuelle des montagnes du Centre de nombreuses améliorations. En ce qui concerne les beurres secondaires, il faudrait tout d’abord supprimer l’écrémage spontané à la température ordinaire en
- Fabrication du beurre de petit-lait. — Barattage.
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- LA NATURE.
- plaçant par exemple tous les récipients à petit-lait dans un courant d’eau fraîche pour accélérer la montée de la crème, et éviter ainsi un contact prolongé de la matière grasse avec le liquide fermentescible. Dans le même but, on pourrait avoir recours à une éercmeuse centrifuge, ou à un liquide acide comme en Suisse, pour obtenir instantanément la précipitation de la matière buty reuse.
- Il est certain qu’avec ces quelques modifications, on obtiendrait un produit qui, sans avoir la qualité d’un bon beurre direct, n’en aurait pas moins une plus grande valeur marchande.
- Albert Vii.coq,
- Professeur d'agriculture à Montargis (Loiret). ——
- NÉCROLOGIE
- Antoine d’Abbadie. — Nous avons le profond regret d’annoncer la mort de M. Antoine d’Abbadie, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes. M. d’Abbadie s’est éteint à Paris, le 20 mars, dans sa quatre-vingt-septième année. 11 faisait partie de l’Académie depuis 1857, dans la section de géographie et de navigation. Nous le voyions encore à l’avant-dernière séance de l’Académie, entouré de tous ses confrères et amis. Voyageur, astronome, géodésien, physicien, numismate, M. d’Abbadie a rendu de grands services à la science. L’un des premiers, il a pu pénétrer et séjourner en Abyssinie et nous rapporter des renseignements utiles. M. d’Abbadie, malade depuis de nombreu-es années, avait voulu, de son vivant, faire don à l’Académie de son beau château d’Abbadia, près d’Uendaye, et d’un capital produisant une rente de 40 000 francs, à la condition qu’on confectionnerait, en cinquante ans, un catalogue de 500 000 étoiles. M. Cornu, alors président de l’Académie des sciences, se fit l’interprète de la compagnie en affirmant au donateur que l’on veillerait scrupuleusement à l’exécution de ce grand catalogue d’étoiles. Nous reviendrons dans un article spécial sur ce savant éminent, qui a mérité pendant toute sa vie toutes les sympathies et tous les respects des amis de la science. J.-F. G.
- CHRONIQUE
- L’arbre qui siffle. — On donne le nom d’ « arbre qui siffle », selon le Pharmaceutical Journal, à un arbre dont le nom scientifique est le Isofar. On en tire une gomme connue sous le nom de gédaref ou gomme Sen-naar. Cet arbre est fort amusant. Le vent qui souffle à travers ses branches produit, d’après ce que rapporte le Dr Schweinfurth, un son analogue à celui de la flûte. Ces propriétés musicales, surprenantes de la paît d’un arbre, sont dues à ce fait que la base des épines dont ses branches sont hérissées est perforée par un insecte spécial qui, pour sucer la gomme, transforme toutes les épines en petites flûtes. Cet arbre se trouve en abondance dans le sud de la Nubie.
- L’électrIciÉé dans la culture. — Depuis déjà quelques années, de nombreuses expériences ont été faites sur l’électro-culture. M. Narkewitsch-Iodko vient de renouveler quelques essais à Saint-Pétersbourg, et le journal Electrical Review fait connaître les résultats obtenus. Les dispositions employées étaient les suivantes. On
- plaçait sur le terrain soumis aux expériences des poteaux en bois de 8 à 10 mètres de hauteur pourvus, à leur extrémité stipérieure, d’une ou plusieurs aiguilles de cuivre nickelé. Ces aiguilles étaient isolées et servaient de point de départ à quatre fils reliés à des plaques de zinc fixées dans le sol. Dix à quinze de ces poteaux suffisent pour un hectare, la dépense est environ de 40 francs. L’électricité atmosphérique se trouve ainsi amenée dans le sol. 11 en résulte la décomposition électrolytique des substances chimiques dont se nourrissent les plantes, décomposition qui facilite l’absorption. Le sol est divisé par les actions mécaniques résultant du passage du courant; ce dernier effet a été mis en lumière par des photographies montrant des groupements spéciaux de particules de poussières sous l’influence des courants électriques faibles. Les résultats obtenus sont, dit-on, des plus favorables, la récolte des pommes de terre s’est trouvée augmentée de plus d’un tiers; pour des arbres fruitiers la production a été portée dans certains cas de 512 à 525 kilogrammes. Il serait intéressant que l’expérience fût renouvelée en de nombreuses localités et que tous les résultats pussent être comparés.
- La consti uction des steamers. — Le tableau suivant montre bien les progrès réalisés pour la construction des steamers, depuis le Britannia, le premier transatlantique régulier en 1840, jusqu’à la Campania, le dernier navire qui délient le record de la traversée de
- l’Atlantique.
- Britannia, Campania. 1810. 18%.
- Longueur, pieds..................... 207 020
- Largeur.............................. 34 65
- Tirant d’eau......................... 17 20
- Tonnage, tonneaux................... 1150 13 000
- Puissance, chevaux-vapeur........... 740 50 000
- Consommation par cheval-vapeur. . . 5-1 1-5
- Consommation totale par voyage, tonnes. 570 5000
- Vitesse en nœuds................... 8-5 22
- Mode de propulsion....................aubes hélices
- Matériaux de construction...........bois acier.
- La Britannia n’avait qu’une seule machine, la Campania a deux machines à triple expansion et indépendantes; la Britannia avait deux cylindres de lm,80 de diamètre et de 2m,05 de course, la Campania en a cinq pour chaque machine, de lm,725 de course; la Britannia avait cinq chaudières tubulaires et rectangulaires en fer, la Campania a douze chaudières tubulaires et cylindriques en acier. Voici encore quelques curieuses comparaisons. La Britannia brûlait 2,4 tonnes de combustible par voyage pour chacune des 224 tonnes de marchandises qu’elle portait, la Campania, 2 tonnes par voyage pour chacune des 1620 tonnes de sa cargaison. Par chaque passager de cabine la Britannia, qui pouvait en transporter 115, consommait 4,7 tonnes de charbon, contre 2 3/4 tonnes pour chacun des 1700 passagers de la Campania.
- Le papier et le défrichement. — Dans un volume de T Encyclopédie Léauté, « Les Succédanés du papier », M. V. Urbain, répétiteur à l’École centrale, montre avec quelle intensité on défriche pour se procurer la pâte à papier. Pendant le cours de l’année 1895, dit-il, on a constaté que la France et l’Angleterre avaient manufacturé plus de 400 000 tonnes de pâte chimique, avec des bois importés de Suède et de Norvège. Ce chiffre doit attirer l’attention des économistes, car il représente le rende-
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- ment en cellulose de pins ou de sapins, âgés de trente ans au moins. Un pin de trente-cinq à quarante ans de belle venue ne cube pas plus de 1 mètre.cube. Lorsqu’il aura été cbranché, écorce, etc., il ne pourra donc former plus de 150 kilogrammes de pâte mécanique, propre à la papeterie. Il en résulte qu’un journal à grand tirage absorbe, à lui tout seul, une centaine d’arbres par numéro, en attribuant à son papier moitié de pâte de bois chimique et moitié de pâte de bois mécanique. Dans un demi-siècle, si l'on n’y prenait garde, toutes les forêts d’Europe seraient fauchées et imprimées à fond ; le bocage serait sans aucun mystère et les rossignols de muraille seraient le dernier souvenir de leur poétique espèce. Au point de vue statistique, la consommation du papier, dans le monde entier, a atteint, en 1895, 1 500 000 000 de kilogrammes. Le chiffon est devenu une rareté, et il faut recourir à la paille, à l’alfa, à l’aloès et à l’ortie.
- Un câble télégraphique entre l’Allemagne et l’Espagne. — Une compagnie allemande vient d’achever,, ces jours derniers, la pose d’un câble sous-marin entre Etnden (Allemagne) et Vigo (Espagne). Ce câble, d’une longueur de plus de 2000 kilomètres, représente la première section des lignes sous-marines que le gouvernement allemand, jusqu’ici tributaire de l’Angleterre pour ses communications transatlantiques, se propose de construire pour correspondre directement avec les deux Amériques et avec le continent africain. Ce câble a d\jà eu pour effet d’enlever à la France le tralic des télégrammes du nord de l’Europe, qui transitait jusqu’ici par ses lignes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 mars 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance, M. Chatin se lève et prononce l’allocution suivante :
- « J’ai le douloureux devoir de faire connaître à l’Académie qu’elle vient d’étre frappée d’un grand deuil. Puisse ce deuil, le premier de ma présidence, en être le dernier !
- (( Notreéminent et sympathique confrère M. A. d’Abbadie, qui appartenait à notre compagnie depuis 1857, et qui, lundi dernier, assistait encore à cette séance, vient de s’éteindre à l’âge de 87 ans, âge qui n’était pas encore la vieillesse pour sa robuste constitution, tant phvsique que morale.
- (( M. d’Abbadie honora et fit aimer le nom français dans ses voyages scientifiques, au Brésil, en Abyssinie surtout, où il pénétra un des premiers.
- « A la fois astronome, géodésien, géographe, physicien et numismate, comme le rappelait M. le président Cornu en lui remettant la médaille Arago, M. d’Abbadie a voulu concourir, même après sa mort, au progrès des sciences qui avaient été l’occupation de sa vie, en léguant à l’Académie, avec d’importants revenus, son château d’Abbadia, pour qu’elle y fit continuer les recherches qui avaient été l’honneur et le charme de sa vie.
- (( L’Académie des sciences, qui a décerné à M. d’Abbadie les honneurs (présidence et médaille Arago) dont elle dispose, et qui eût voulu faire plus, veillera pieusement, dans sa reconnaissance, à l’accomplissement des vœux de son bienfaiteur, l’eminent confrère auquel elle adresse un triste et suprême adieu, })
- La séance a été levée après cette allocution.
- Ch. DE VlLLEDEUIL.
- CONFETTI ET SERPENTINS
- CANNE A CONFETTI --- SPIROBOLE A SERPENTINS
- Pendant le carnaval parisien et le jour de la mi-carême, les confetti et les serpentins triomphent. L’invention est de date récente, mais elle rattrape le temps perdu. Que de confetti, que de serpentins! beaucoup trop selon le goût de quelques-uns. C’est une pluie continue sur les boulevards, sur les grandes voies. Dans la soirée on en trouve par couches de 2 à o centimètres d’épaisseur sur certains points. Et les serpentins qui enveloppent les arbres de leur réseau multicolore ! Au soleil l’effet est charmant, mais le lendemain, si la pluie vient, le coup d’œil est lamentable. Tous ces petits rubans qui pendent aux branches, décolorés, déchiquetés, font triste mine. Lendemain de fête. Toujours triste, un lendemain de fête !
- La vogue étant acquise aux confetti, il va de soi que l’on a cherché à en tirer tout le parti possible. L’esprit d’invention ne manque pas à Paris. On s’est faligué de les jeter à poignée du haut des balcons des maisons ; on a souvent, pour faire mieux et aller plus vite, secoué des sacs entiers sur la tête de la foule. C’est une pluie drue très circonscrite, mais qui ne dure pas assez. Nous avons vu épuiser ainsi au boulevard de la Madeleine une douzaine de grands sacs en cinq minutes. C’est abusif! On a cherché mieux. Alors on a vu apparaître « la canne à confetti ». Elle a du succès, cette nouvelle sarbacane, parce que les petites rondelles sont projetées au loin et retombent en fusées colorées sur les chars et sur les figurants.
- Impossible d’échapper au tir. L’arme est juste et les projectiles, lancés avec force, retombent gracieusement en gerbe sur le but choisi. A 10 mètres, on est certain de couvrir son ennemi de rencontre comme si on l’avait visé avec une bombe à éclats. Nous aurons évidemment un jour, pour les lêtes de Nice et de Cannes, une sarbacane à Heurs et l’on pourra lancer au loin les bouquets et les pétales parfumés. En attendant les Parisiens projettent des confetti avec la canne à la mode. Canne en bambou ordinaire d’apparence. On dévisse la pomme d’argent, on tire de sa poche une longue cartouche chargée d’un volume très respectable de confetti unicolores. On iniroduit dans la canne. Avec un bourroir, on enfonce la cartouche, qui fait plier le ressort intérieur. On déchire et l’on enlève le papier enveloppe. L’arme est chargée. Vers le milieu de la canne se trouve un bouton de déclenchement. La Reine des Reines passe, attention! On appuie sur le bouton. Le ressort intérieur se détend. Et d’un coup part comme une balle loule la provision de confetti. A 8 ou 10 mètres, la gerbe se forme et redescend en pluie colorée sur le char royal! C’est un chatoiement de teintes, un étincelle-ment de pierreries. Tout le char est recouvert d’émeraudes et de saphirs !
- Et nouvelle cartouche, nouveau tir. 11 y a des gens qui décochent ainsi leur centaine de cartouches par jour au plus grand plaisir des badauds. Elle a eu du succès, la canne à confetti.
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- LA NATURE.
- Le même système s’est glissé, sous une autre forme, jusque dans les restaurants, à la table de famille, et surtout dans les cabinets particuliers. On a bien dîné,on est gai. C’est l’heure du champagne! La bouteille est la bienvenue avec son goulot d’or. Les coupes attendent. On fait sauter les fils de fer. Le bouchon oscille. La mousse va sortir....
- Canne lance-conl'etti. — 1. Cartouche.— 2. Bourroir.
- Et, stupéfaction, c’est un bouquet de confetti qui s’échappe bruyamment de la bouteille, frappe le plafond et retombe sur la table en la couvrant de pétales de toutes couleurs. Il y en a partout..., jusque dans les verres. C’est le champagne aux confetti. Le stratagème se devine. Comme pour la canne, on a chargé la bouteille d’une cartouche, et,
- Bouteille de champagne lance-couletti.
- en pressant sur un ressort bien dissimulé, on a fait partir le bouchon et... les confetti.
- Enfin, pour épuiser la liste des nouveautés dans la matière, il serait injuste de ne pas mentionner le « Spirobole », sorte d’arbalète lance-serpentins.
- C’est un instrument de plein air qui a ses amateurs. Le serpentin jeté à la main ne va pas très loin, il manque le but le plus souvent.
- On a eu l’idée d’assurer le tir et de lui donner une véritable précision. Comme par magie, le spirobole déroule et développe en un clin d’œil toute la longueur du rouleau de papier. Il était bien enroulé ; un vingtième de seconde et voilà son extrémité parvenue au but. Si le serpentin a 30 mètres de développement, c’est un ruban qui s’échappe comme un diablotin d’une boîte, et raye l’espace d’une bande colorée en s’élevant dans l’air. L’effet produit par ce tir enrubanné est très joli.
- Le système est simple. Le rouleau s’engage dans une rainure pratiquée sur la crosse de ce fusil-arbalète. On arme avec un solide cordon de caoutchouc qui maintient un ressort puissant. Il suffit d’appuyer
- sur une gâchette. On décroche ainsi le cordon de caoutchouc ; le ressort, en se détendant, imprime le mouvement au rouleau. Pour cela, le rouleau est garni extérieurement d’une bande de toile que l’on
- attache à un point fixe et qui pénètre dans depetites pointes placées dans la rainure de l’arbalète. Un des bouts du serpentin se trouve ainsi attaché. La propulsion fait dérouler le paquet qui s’en va toujours en se dévidant jusqu’à l’autre extrémité. Le mouvement ne cesse que lorsque tout le serpentin est développé. 11 va de soi qu’il ne faut pas tirer avec le spirobole à bout portant. On serait exposé à recevoir le rouleau qui, avant d’être développé, ferait balle et pourrait blesser. L’œil est séduit par ces rubans colorés qui rayent l’air ensoleillé.
- Voilà pour 1897. Nous verrons si l’on trouvera encore du nouveau pour le prochain carnaval.
- Raoul Tempe.
- Le Gérant : P. Masson.
- Spirobole lance-serpentins.
- Paris. — Imprimerie Laiicre, rue de Fleurus, 9.
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- >0 1244. — 5 AVRIL 181)7.
- LA NATURE.
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- L’HEURE NOUVELLE
- Est-ce rinlluencc de la fin du siècle? toujours est-il que nous aimons le changement; pour certains esprits un peu inquiets, le changement c’est le progrès ! Ce n’est pourtant pas la même chose, et il s’en fout, comme le prouve l’expérience de tous les jours. Quoi qu’il en soit, depuis quelque temps, on s’attaque à la question de l’heure. L’heure de jadis est devenue un peu vieillotte. Ne pourrait-on pas en donner une autre aux gens du vingtième siècle? Et l’on propose de démolir l’heure actuelle pour nous en offrir une toute neuve.D’ahord, comment la nation qui a imaginé le système métrique a-t-elle le mauvais goût de se servir encore de l’heure duodécimale? C’est un non-sens. Il nous laut l’heure décimale ; le partage du jour non plus en 24 parties, mais en 20, ou multiple de 10. Alors nous serons conséquents avec nous-mêmes.
- Et nous serons bien plus avancés. La proposition de l’adoption de l’heure décimale doit être portée à la Chambre des députés, C’est pressé, paraît-il. H faudrait, en effet, être prêt pour 1900!
- Ce n’est pas tout.
- Pendant que l’on entreprend des réformes, on ne saurait trop en foire. Depuis la loi du 15 mars 1891, l’heure légale en France et en Algérie est l’heure temps moyen de Paris. 11 y a six ans que toutes nos horloges, abandonnant l’heure locale, doivent indiquer l’heure de Paris. Six ans ! C’est beaucoup. Il fout changer. On demande de biffer d’un trait de plume les réserves que la France avait faites à la Conférence de Washington en refusant d’accepter le méridien anglais pour origine de l’heure. On insiste,
- au contraire, pour que, désormais, nous entrions dans le concert européen et que notre heure légale devienne l’heure de Greenwich.
- L’heure en Europe est maintenant régie par le système des fuseaux emprunté aux États-Unis. Dans chaque fuseau règne partout la même heure. U y a le fuseau oriental, le fuseau central, le fuseau occidental. Les horloges avancent exactement d’une
- heure quand on passe d’un fuseau dans l’autre. Le fuseau occidental a l’heure de Greenwich ; le l'u-seau central, Berne, Berlin, Vienne, Rome, etc., marque 2 heures quand le fuseau occidental marque 1 heure, etc. La France, l’Espagne et le Portugal ont conservé l’heure du méridien de leur capitale. Quant au fuseau extrême, il est représenté surtout par la Russie. Ce pays n'a pas changé son heure ; aussi bien le hasard a voulu qu’elle ne différât pas sensiblement de l’heure du fuseau oriental, en avance de deux heures sur Greenwich. Bref, c’est Greenwich qui fournit l’heure de l’Europe. Nous n’avons pas accepté cette suprématie. L’accepterons-nous? On le demande. Toute question d’amour-propre à part, cela simplifierait les horaires de chemins de fer. Car c’est la bouteille à l’encre que les heures de chemins de fer quand on traverse les frontières, ce qui devient de plus en plus commun de nos jours.
- Un exemple. J’arrive de Berne. Je règle ma montre sur l’horloge type de la poste de Berne, dont la marche est contrôlée tous les matins à 8 heures, par l’observatoire de M. Hirsch à Neuchâtel. Je mets l’aiguille sur 7 heures précises. Tous les horaires suisses ou français spécifient : « L’heure dp Suisse, c’est-à-dire l’heure du fuseau central, est en
- 18
- Fig. 1. — Tour île l’horloge, place Saint-Marc, à Venise. (D’après une photographie.)
- 23” année. — 1er semestre.
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- avance sur Paris de cinquante-cinq minutes ». Ma montre marque à Berne 7 heures ; donc il est à Paris 6b5'n. J’arrive à Paris et je regarde les horloges qui se trouvent sur mon chemin. Ma montre marque 8 heures (heure centrale). Donc il doit être à Paris 7h 5m. Ah! que non! Ce n’est pas cela du tout. Les horloges parisiennes ne donnent pas du tout l’heure prévue, 7h5m. Elles marquent 7h 10m. Cinq minutes de plus! Le voyageur qui vient de régler sa montre sur le cadran impeccable de M. Ilirsch se demande si l’on ne sait plus l’heure en France. Où est l’erreur?
- L’erreur est dans les horaires et résulte de la vieille habitude que nos Compagnies de chemins de 1er ont conservée de créer à côté de l’heure légale encore une heure nouvelle pour simplifier les choses. L’horloge du dehors dans les gares donne l’heure légale; mais l’horloge intérieure ou horloge du réseau indique l’heure avec cinq minutes de retard. On en est encore à l’époque où l’on consentait 5 minutes de répit aux retardataires. Au dehors 5 heures. En dedans 21' 55m. On crée chez nous des heures à volonté'.
- Or, voici ce qui arrive. L’heure du fuseau central est exactement d’une heure en avance sur Greenwich. Paris est en avance sur Greenwich de 9m20s. L’heure du réseau des chemins de 1er français, retardant de 5 minutes sur l’heure de Paris, n’est plus en avance sur Greenwich que de 4m 20s, en chiffre rond, de 5 minutes. A l’étranger, comme on ne s’inquiète naturellement que de l’heure des chemins de fer, et que l’on ignore quelquefois qu’elle ne correspond pas à l’heure française réelle, on dit et l’on marque sur les horaires que la France retarde sur le fuseau central de 1 heure moins 5 minutes, soit 55 minutes. En réalité, la différence est presque de 10 minutes. Et voilà pourquoi il n’y a pas accord entre la montre réglée à Berne et l’heure de Paris.
- De plus, cette indication inexacte des 55 minutes d’écart entre l’heure centrale et l’heure française incite les étrangers à dire qu’avec un peu de bonne volonté on ferait disparaître ces -désaccords et ces complications, puisque, au lieu de spécifier un écart de 55 minutes entre le fuseau central et Paris, il suffirait, pendant que l’on y est, d’indiquer un écart d’une heure. Et nous aurions ainsi l’heure exacte du fuseau occidental. On saurait, du moins, qu’il faut simplement faire avancer ou retarder les aiguilles d’une montre d’une heure juste en traversant la frontière. On se trompe ici, puisqu’il s’agit, non pas de 5 minutes, mais de 10 minutes! Sans insister, on voit comment se pose la question de
- 1 Cette question des heures est vraiment bien amusante. Vous êtes à Genève, par exemple, il est 5 heures. Vous allez à quelques dizaines de kilomètres, à Evian : il n’est plus que 2h5m. Sur le bateau qui vous amène, 3 heures ; sur le ponton, 2h5m. Sur une rive, 0 heures; en face, à Vevey, 7h 5m ; à Saint-Gingolph, à droite de la rue, c’est G heures; à gauche, c’est 7h 5”. Et le soleil est là-haut qui brille à la même hauteur et a l’air de dire : Pauvres humains !
- la réforme de l’heure ! D’abord transformation de l’heure duodécimale en heure décimale. Ensuite heure européenne et heure du méridien de Green-vich. Ces modifications sont très grosses, et demanderaient à être discutées l’une après l’autre; elles sont d’ailleurs d’importance inégale. Nous traiterons à part de l’heure décimale et de l’heure européenne. Nous voulons nous arrêter aujourd’hui sur une troisième réforme, la plus modeste, mais qui suscitera encore bien des critiques.
- Nous nous servons communément d’heures de jour et d’heures de nuit, 12 heures de jour, 12 heures de nuit. Minuit à midi, midi à minuit. Les réformateurs trouvent cela absurde. On est obligé de mettre dans les horaires heures du matin, heures de nuit. On commet des erreurs. On peut s’y tromper à la lecture, l’imprimerie elle-même peut faire confusion. Enfin, en science, les observateurs omettent de préciser, 3 heures matin ou 3 heures soir, etc. Si bien qu’il y a incertitude sur l’heure réelle d’un phénomène. Enfin, c’est un mauvais système. Sans doute parce qu’il nous sert depuis quatre mille ans.
- Qu’est-ce qu’on veut encore? Eh bien! on veut supprimer les heures du matin et les heures du soir. On propose de compter désormais les heures de 1 à 24. Minuit, 0 heure ; 1 heure, 2 heures, 5 heures ; puis, midi, 12 heures; 2 heures, 14 heures; 3 heures, 15 heures, etc. Dès lors, plus de confusion possible. « Vous me ferez le plaisir de venir dîner chez moi à 19 heures. » L’invité qui recevra cette missive demandera à réfléchir. — À19 heures? Dix-neuf heures ! Enfin, en cherchant, il finira par s’y retrouver. On se fera au langage nouveau. Mais de même qu’il a fallu un siècle pour comprendre ce que c’est qu’un mètre, pour ne plus se servir dans les transactions des aunes, des acres, des se-tiers, etc., il faudra encore un certain temps pour s’habituer aux 16 heures, 13 heures, 18 heures, etc. Les uns diront ; « A bientôt, à 10 heures. » Les autres répondront : « À 22 heures, » Ce sera le gâchis. Voyons, est-ce 10 heures du matin, est-ce 10 heures du soir? La simplification proposée engendrera un trouble de quelques années dans tous nos usages. Et les horloges? Quelle patience pour entendre 17, 18,19, 20 et 24 heures! Et quelles complications dans les mouvements d’horlogerie ! On perdra du temps à écouter un coucou chanter 24 fois!
- Mais enfin, c’est affaire de goût. Les novateurs m’en voudraient trop si je formulais une opinion que l’on devine et je tiens à ne contrarier personne pour une réforme de si mince conséquence. Je dois, du reste, à la vérité de déclarer que cette modification dans la façon de compter les heures date de 1884, du Congrès de Washington, et quelle a été rajeunie en 1895 par le Congrès des chemins de fer tenu à Londres. Trois pays se servent déjà de la numération de 1 à 24 heures sur les cadrans des horloges, appliquée il y a plus de quinze ans sur les fuseaux horaires des États-Unis. Ce sont l’Italie,
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- le Canada et l’Inde anglaise. A cette liste il faudra joindre, au 1er mai 1897, la Belgique, qui, depuis trois ans, a adopté l’heure centrale de l’Europe. M. Vandenpeereboom, ministre des travaux publics, a décidé, sans coup férir, que tous les services placés sous sa direction : postes, télégraphes, téléphones, etc., appliqueront le système de numération de 1 à 24. Il nous faudra nous débrouiller dans ce chaos et aller apprendre 'a Bruxelles ce que sera l’heure 14 ou l’heure 25.
- l/idée qui hante quelques esprits de compter les heures de 1 à 24 est vieille. Les astronomes ont toujours partagé la journée en 24 parties égales; seulement le point de départ des heures est fixé à midi, tandis que dans l’usage civil on le fixe à minuit. On pourrait bien adopter tout de suite la numération des astronomes, car les heures 15, 18, 19, 24, etc., tomberaient ainsi la nuit, ce qui nous éviterait d’ouvrir la bouche aussi longtemps pour dire 14 heures, 20 heures, etc. Seulement, pour les nécessités de la vie, il serait trop incommode de scinder
- Fig. 2. — Cadrans italiens divisés en 2-1 heures, r *
- la journée civile à midi. Jusqu a midi, il faudrait, par exemple, dater 16 décembre; puis, après déjeuner, 17 décembre. Les journaux du matin dateraient 16 décembre et du soir 17 décembre. On gagnerait un jour en paraissant à 0hlm! Quoi qu’il en soit, il y a longtemps que l’on avait songé à supprimer midi et minuit et à compter de 1 à 24. Un astronome belge bien connu, M. llouzeau, avait écrit jadis un article suggestil intitulé : « Pourquoi les cadrans de nos horloges sont-ils divisés en 12? »
- 11 fournit sur l’origine de cette manière de compter quelques détails intéressants, et il ne nous semble pas superflu de lui emprunter quelques renseignements1. Le comptage des heures par 12 a pris naissance, selon M. llouzeau, chez les Accadiens, vivant dans les contrées de la Mésopotamie, il y a aujourd’hui plus de quarante siècles. Il a été adopté ensuite par les populations primitives de la Grèce. Pourquoi
- 12 divisions du cadran à une époque où le système décimal était naturellement usité parce qu’on se servait des dix doigts pour compter? C’est que les anciens avaient remarqué qu’il y avait douze lunaisons dans l’année, et ils avaient partagé en conséquence la route du soleil sur la circonférence de la sphère céleste. Il y avait douze étapes dans chacune
- 1 Article reproduit in extenso dans Ciel et Terre.
- desquelles cet astre se retrouvait avec la lune. A ces étapes, correspondaient douze constellations, et, dans chacune d’elles, on avait choisi pour guide une étoile déterminée. Cette étoile faisait l’office d’une aiguille de nos horloges. Quand elle se levait, c’était le commencement d’une heure, et il y avait des veilleurs pour suivre le lever des étoiles indicatrices. Quand l’une d’elles se montrait,le veilleur criait l’heure. La journée entière était de 12 heures d’abord. On trouva incommode la journée de 12 heures. On dédoubla l’heure primitive, et l’on arriva à l’heure simple, c’est-à-dire à la division du jour en 24 heures. C’est l’usage de l’heure simple de 24 heures à la journée qui prévalut. On s’en servit partout, à Ninive, à Ba-hvlone et en Égypte. La figure astronomique du treizième siècle avant notre ère, sculptée au plafond d’un tombeau royal égyptien, montre les douze étoiles dont l’apparition à l’horizon de Tliôhes marquait l’origine des douze heures doubles depuis le crépuscule jusqu’à l’aurore.
- Les Chinois avaient adopté dès l’origine la division en 10 heures. C’est une forme de l’heure décimale que l’on veut aujourd’hui nous donner. Les Accadiens, de leur côté, avaient remarque que. le nombre 12 est bien préférable au nombre 10, parce que ce dernier n’est divisible que par 2 et par 5, tandis que 12 peut être divisé en 2, en 5, en 4 et en 6, ce qui lui donne un supériorité pratique pour servir de mesure. Les Scandinaves étaient de cet avis et comptaient aussi par douzaines. Encore aujourd’hui, malgré l’introduction du système métrique en Suède, le peuple compte souvent par groupe de 12 et de 12 fois 12. Les Anglais font valoir encore ces arguments pour critiquer notre système métrique.
- La subdivision en heures de jour et en heures de nuit que l’on cherche à supprimer aujourd’hui a une origine simple. Autrefois, il y avait des veilleurs de nuit pour surveiller les étoiles; mais de jour le personnel était tout autre; il suivait le mouvement de l’ombre du gnomon. Il y avait veilleurs de jour et veilleurs de nuit qui ne prenaient contact que le matin. Ainsi se trouvaient rendues bien distinctes les heures de jour et les heures de nuit. Aussi plus tard les aiguilles de nos cadrans firent deux tours au lieu d’un pendant la durée du nychte-mère des Grecs (jour et nuit). Nos horloges actuelles portent donc l’empreinte d’une époque de civilisation très primitive. Mais on leur doit d’avoir régularisé la durée des heures, car, pendant plus de trente-sept siècles, les heures de nuit n’eurent pas la durée des heures de jour.
- Ainsi, depuis les Accadiens, nous divisons la journée en deux fois 12 heures. Et M. llouzeau, qui est très partisan de la numération 1 à 24, après s’être demandé pourquoi la division des cadrans en 12, conclut-il : « Pourquoi, pourquoi? Tout bonnement parce qu’il y a quatre mille ans que l’on comptait comme nous comptons. » Il n’y a pas d’autres raisons.... C’est évident. Il reste à savoir si les raisons que l’on nous présente pour changer nos
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- habitudes sont tellement pressantes qu’il faille se décider dès demain à changer nos cadrans et nos horloges et à imiter l'Italie, la Belgique, l’Amérique, le Canada, etc. Les chemins de fer diront : Oui. Et le bon public’? Est-ce qu’il ne compte plus ? J'en ai bien peur. Henri de Parviule.
- UN LAC DE L’ALASKA
- Le Préfet apostolique de l’Alaska, le Père Tossi, a fait récemment un voyage dans ce pays; il a pu en rapporter des observations fort intéressantes, notamment sur un lac assez bizarre de cette région, le lac Selawik. Cette nappe d’eau, située à une distance relativement assez faible de la mer, est sujette aux marées, et, ce qui est le plus étrange, ce (pii même peut paraître paradoxal, elle se compose de deux nappes superposées, une nappe d’eau douce et une nappe d’eau salée, cette dernière se trouvant naturellement au fond par suite de sa densité. Un autre phénomène est à remarquer dans ce lac : c’est qu’au milieu de la glace épaisse qui se forme sous ce climat très froid sourdent des sources d’eau chaude.
- L’eau gèle jusqu’à une profondeur de lm,20 à lm,80 : on aperçoit des trous où l’eau ne gèle pas; tout autour la croûte de glace est très mince, et s'épaissit au fur et à mesure qu’on s’éloigne du point d’émergence de la source. Sur le pourtour du cercle ainsi formé, l’eau sort et se congèle en formant comme une muraille circulaire, autour de la surface d’eau libre. Celte muraille peut atteindre parfois 1 mètre de hauteur.
- RÉFRIGÉRANT D’EAUX DE CONDENSATION
- Souvent, dans les machines à vapeur terrestres à détente multiple, on ne peut employer la condensation, malgré la grande économie de charbon qui en résulte. A bord des navires, un courant continu d’eau de mer circulant dans le condenseur permet de condenser la vapeur évacuée, souvent à terre la quantité d’eau nécessaire manque. Dans les villes le prix de l’eau est très élevé, dans certaines régions l’eau fait presque complètement défaut.
- Il faudrait donc pouvoir assurer la circulation avec une quantité d’eau faible et limitée. S’il était possible de refroidir, sans perte sensible, l’eau qui s’est échaudée en provoquant la condensation de la vapeur, on pourrait s’en servir à nouveau, de même qu’on alimente une chaudière avec l’eau provenant de la condensation de la vapeur qui a effectué son travail. Ce problème de la condensation économique et possible avec peu d’eau est résolu par le réfrigérant d’eaux de condensation de MM. Chaligny et Cio. L’appareil se compose d’une vaste caisse en tôlerie remplie de fascines qui repose sur une cuve en maçonnerie, comme l’indique la figure. Cette caisse porte sur un de scs côtés un ventilateur permettant de produire un violent courant d’air au travers des fascines, tout en n’absorbant que 1 à 2 pour 100 de la puissance totale de la machine principale. A la partie supérieure de la caisse sont ménagées une
- série de gouttières spéciales dans lesquelles est refoulée l’eau chaude provenant de la circulation, Ou de la condensation par mélange. L’eau déborde des gouttières, se répand en gouttelettes au travers des différents étages de fascines et s’évapore partiellement sous l’influence du courant d’air.
- L’évaporation ainsi produite est très faible, elle ne représente que 8 kilogrammes sur 200 à 500 kilogrammes d’eau nécessaires à la condensation par cheval et par heure. Elle suffit cependant pour refroidir le courant d’eau de 15° environ, abaissement de température très suffisant.
- L’eau refroidie, avant de sortir de la cuve en maçonnerie où elle vient s’accumuler, est obligée de traverser, grâce à un système de cloisons et de chicanes, un filtre à coke et à éponges où elle s’épure. On peut alors la renvoyer à nouveau au condenseur.
- Les applications des réfrigérants d’eaux de condensation se multiplient de plus en plus. Il en a été installé dans les stations d’éclairage électrique, dans les arsenaux de l’État, aux chemins de fer. Ces appareils répondent en effet à un véritable besoin de l’industrie urbaine et leur fonctionnement extrêmement économique explique leur succès.
- Louis Turgan.
- Réfrigérant d’eaux de condensation, système Chaligny.
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- CHEZ LES SINGES
- Ce n’est certes pas moi qui trouverai impropre le qualificatif consacré : nos amis, appliqué aux chiens ; mais il me semble qu’il existe d’autres animaux qui méritent également à plus d’un titre notre amitié.
- Pourquoi ne dirait-on pas aussi bien : nos amis les singes, en parlant de ces intelligents quadrumanes, aussi intéressants que curieux à étudier? Les singes ont été calomniés, on s’est plu à les représenter comme des êtres perfides, faux, méchants, vo -leurs, indécents, j’allais dire menteurs — que leur manque-t-il, en effet, d’autre que la parole pour ressembler à des humains? Le naturaliste AVogler disait des singes que c’étaient des « hommes transformés » et Brehm, des « caricatures de l’homme qui lui ressemblent par leurs défauts o. Cette opinion me semblerait plus juste quoique encore exagérée. Les singes sont drôles, et comme on se plaît à développer par l’éducation et pour l’amusement de la galerie cette drôlerie naturelle, on arrive parfois à les rendre insupportables; le même fait ne se produit-il pas chez certains enfants dont on excite les facultés naissantes et qui deviennent de véritables petits diables? Les singes, évidemment, n’ont pas tous le même degré d’intelligence, mais le développement auquel, chez eux, peut atteindre cette faculté les élève bien certainement au-dessus des autres mammifères — et en outre, on ne peut leur refuser une certaine réflexion. Avec le chien et l’éléphant — les deux extrêmes — le singe est
- l'animal le mieux doue; il aime à apprendre et son instinct naturel d’imitation lui permet d’exécuter avec facilité toutes sortes d’exercices. Il sait s’approprier après quelques essais les tours les plus divers, que le chien par exemple n’apprend qu’avec peine; mais, au dire des dresseurs d’animaux savants, il
- montre moins de bonne volonté que le chien devant le public et s’acquitte, peut-être, de sa tache avec moins de soins; mais sa mémoire est excellente, je dirai même merveilleuse. A Hambourg, chez le célèbre Ilagenbeck, le lournisseurat-titré de toutes les grandes ménageries, il existe au milieu de son établissement une vaste rotonde où 200 singes au moins prennent leurs ébats en complète liberté. Fait curieux et qui montre l'intelligence et l’esprit réfléchi du singe qui n’a nullement besoin de professeur,
- Ilagenbeck a donné à ses pensionnaires une multitude de jouets d’enfants, balles, cerceaux, brouettes, petits établis de menuisier, etc.; les singes s’amusent avec tous, sans que personne n’ait pris la peine de leur montrer la manière de s’en servir; plus fort encore : au centre de cette rotonde est une immense trémie à grains qui déverse dans une augette : maïs, noisettes, noix, quartiers de pommes, etc., à la condition qu’on tourne une roue d’appel placée au sommet. Eh bien! nos amis les singes ont compris, sans qu’on le leur expliquât, le maniement de la trémie; pendant que l’un d’eux tourne la roue, les autres, assis en rond autour de l’augette, attendent la descente des friandises qu’ils dégustent, et lorsque celui qui tourne la roue s’aperçoit que c’est bientôt son tour de
- Fig. 2. — Bamboula. (Jardin d’Acclimatation.)
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- prendre sa part au festin, il arrête son travail, pousse un petit cri et un camarade vient le remplacer. N’est-ce pas merveilleux? et combien d’animaux seraient vraiment capables d’une aussi intelligente initiative?
- Les écrivains de l’antiquité ont toujours été en admiration devant les facultés intellectuelles du singe; les Indiens et les Égyptiens ont eu pour lui une véritable vénération et ont même façonné des dieux à son image. C’est que les singes sont aussi des modèles d’affection maternelle. Les pères et mères singes ont pour leurs enfants un amour que, certes, — un récent et abominable crime l’a prouvé, — certains hommes ne possèdent guère. Quand Bébé-singe désobéit, — ce qui est rare, les jeunes singes étant en général très soumis, — la mère ne se fait pas faute de le corriger, en le pinçant, en le secouant ou lui donnant des calottes, mais autrement ce ne sont que cajoleries et petits soins. Il arrive même très souvent que le chagrin de la mort de son enfant tue la mère; et si dans la famille un petit devient orphelin, il n’en sera pas moins bien soigné, car un individu de la tribu, mâle ou femelle, adopte le petit sans famille et lui témoigne autant d’amour qu’à sa propre progéniture.
- Une autre des grandes qualités du singe, c’est l’affection et la reconnaissance pour les personnes qui le soignent et qui lui font du bien. Les visiteurs du Jardin d’Acclimatation, au Bois de Boulogne, ont certainement vu, dans le Pavillon des singes, une très belle guenon à la barbiche et aux favoris blancs, et qui n’a que trois pattes, ou plutôt trois mains : c’est Diane la Manchote (fig. 1), — une Cercopithèque, — qui, malgré son accident, se fait encore remarquer par son agilité. Ses formes sont gracieuses et légères, ses mains fines ; quant à ses attaches, je ne craindrai pas de les qualifier d’aristocratiques. C’est une beauté... dans son genre. Hélas ! Diane est invalide, elle a perdu un bras, non pas à la bataille, mais à la suite d'une opération chirurgicale.
- Un beau matin, il y a de cela deux ans, Bigeard, le dévoué préposé aux singes du Jardin, trouva sa petite Diane geignant dans un coin de la cage, se tenant le bras, de grosses larmes coulaient de ses jolis yeux : Diane avait le bras cassé en deux endroits. Pauvre Diane ! victime de ses trop joyeuses gambades. Que faire? M. Porte, le directeur du Jardin, était d’avis de sacrifier Diane, elle souffrait tant que c’eût été une délivrance. Mais Bigeard tenait à la petite bête, si douce, si caressante; tout justement un jeune médecin de Neuilly, le D1 Tolmer, se trouvait là; il s’offre à tenter de remettre le bras de Diane malgré les difficultés que présentait la réduction de la fracture. La chose est faite, et on emprisonne le pauvre petit bras dans un appareil en plâtre. Diane est mise dans un local à part et spacieux, et comme compagnon on lui donne un chat. Malgré ses souffrances la jolie guenon restait sage et tranquille, le bras en écharpe, et chaque
- jour le Dr Tolmer lui venait rendre visite; mais soit la saison, la trop grande chaleur, ou la mauvaise constitution de Diane, des abcès surviennent, le bras ne guérit pas; il va falloir se résoudre à terminer les souffrances de la bête. Bigeard se désole, lui qui la soignait avec tant de dévouement, et Diane se montrait si reconnaissante! Le l)r Tolmer alors eut l’idée d’essayer l’amputation du bras, c’était une planche de salut. On fait l’opération, Bigeard tenait sa préférée dans les bras, un coup de ciseau et un coup de scie, et voilà Diane manchotte. Pendant le temps qu’a duré l’opération — Diane n’avait pas été endormie — la petite bête pleurait de douleur, sans pousser un cri, et de douleur aussi elle mordait la manche de son gardien sans même lui effleurer la peau. Combien d’hommes en auraient fait autant! Une suture, un pansement, et Diane va rejoindre son ami-chat. Tant que la cicatrisation ne fut pas complète, le Dr Tolmer venait voir Diane chaque jour, et du plus loin que la bête l’apercevait, elle venait à lui, le caressait, l’embrassait, se pele-tonnait dans ses bras ; si elle avait pu autrement lui prouver sa reconnaissance, certainement elle l’aurait fait. Depuis Diane a réintégré la rotonde avec ses compagnons, elle n’a pas perdu sa légèreté et gambade toujours comme si de rien n’était ; mais que le Dr Tolmer vienne au Jardin, Diane cesse ses jeux pour venir — le fait est exact — lui serrer la main à travers les barreaux.
- Ce petit accident survenu dans la vie d’un singe ne méritait-il pas d’être conté? et dira-t-on maintenant que les singes sont faux et méchants?
- Non loin de Diane la Manchote, il y a aussi un autre singe très curieux et très intelligent, c’est Bamboula (fig. 2),un Lagotriche de Castelnau, originaire du Brésil. L’espèce en est assez rare et c’est dommage, car Bamboula est vraiment joli. La face est noire, d’un beau noir de nègre, et le pelage gris foncé est absolument semblable, à part la couleur, à celui de la loutre; la queue est très longue et prenante comme celle des Atèles. Bamboula, avec les visiteurs, est d’une douceur et d’une gentillesse charmantes; comme il est très gourmand, il espère toujours qu’on lui offrira des friandises. Par exemple — explique le fait qui voudra — Bamboula a une horreur instinctive de ses frères supérieurs nègres. Lors de la visite du Czar, nos lecteurs se souviennent qu’on fit venir des troupes d’Afrique. Ces excellents moricauds firent une visite au Jardin d’Acclimatation. Quand ils arrivèrent près de la cage de Bamboula, celui-ci se mit dans une fureur... noire, à tel point qu’il en tomba malade. Pourtant les Brésiliens sont de couleur foncée, mais ne sont pas de race nègre.
- Nos amis les singes ont eu et ont encore trop de détracteurs pour que je ne me sois pas permis d’essayer la réhabilitation de la race simiesque, intéressante et curieuse à plus d’un point de vue.
- Paul Mégxin.
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- LA NATURE.
- VISIBILITÉ EXCEPTIONNELLE DE MERCURE
- Copernic est mort, dit-on, en exprimant le regret de n’avoir jamais pu voir Mercure à l’œil nu. Plus heureux que ce grand homme, beaucoup de nos lecteurs, surtout ceux qui ne demeurent pas dans un pays de brouillards comparables à ceux de la Vistule, vont pouvoir apercevoir la jolie petite planète.
- Et qu’ils ne s’attendent pas à avoir sous les yeux un petit astre faible d’éclat, à peine visible, c’est comme les plus belles étoiles du ciel que brille Mercure dans des conditions comme celle-ci ; il sera certainement plus éclatant que l’œil du Taureau, Aldébaran, la plus brillante de son voisinage, qui se couchera, du reste, plus tard que lui, c’est-à-dire que Mercure se verra à l’ouest d’Aldébaran et du groupe des Pléiades (la Poussinière).
- I)u mercredi 25 avril au samedi 2 mai, Mercure restera sur l’horizon pendant plus de deux heures après le coucher du Soleil, 2b8m le lundi 28. C’est dire que pendant l’un quelconque de ces dix jours, pour peu que le ciel ne soit pas trop chargé de vapeurs au couchant, pendant près de deux heures après la disparition du Soleil, Mercure se verra.
- Il suffit, du reste, que Mercure demeure sur l’horizon pendant une heure de plus que le Soleil pour qu’il puisse être aperçu, et ceci arrivera du vendredi 11 avril au mercredi 15 mai, c’est-à-dire pendant 52 jours consécutifs. Nous le répétons, il est peu probable que ceux qui chercheront à profiter des dix jours les plus favorables pour chercher à voir Mercure, soient déçus dans leur attente.
- On aura en outre à observer une circonstance exceptionnelle, c’est l’arrivée de Mercure dans la même région que Vénus, du 16 au 20 avril. Mercure va passer, le 17 avril, au sud de Vénus, à dix fois environ la largeur de la Lune de distance, en sorte que, bien belle encore, Vénus pourra servir à trouver Mercure dans la direction sud-ouest le mercredi 16, dans la direction sud-est les jours suivants. En sorte que le mercredi 16, Mercure se couchera lh51m après le Soleil et Vénus 40 minutes encore plus tard; le jeudi 17, le coucher du Soleil sera suivi après lh56m de celui de Mercure, celui de Vénus arrivant 28 minutes plus tard que ce dernier; le vendredi 19, 1h 41 " d’intervalle entre les couchers de Mercure et du Soleil, celui de Vénus arrivant 14 minutes seulement après celui de Mercure; samedi 19, Mercure et Vénus se coucheront ensemble, lh27m après le Soleil; enfin dimanche 20, ce sera Vénus qui disparaîtra la première, 1h 57“ après le Soleil, et 15 minutes avant Mercure. J. Vinot.
- L’OBSERVATOIRE DU MONT BLANC
- L’ŒUVRE DE M. YALLOT
- Le .nom de M. Joseph Vallot est aujourd’hui un des plus connus dans l’alpinisme et dans la météorologie des hautes altitudes ; tout le monde sait qu’il a installé une station d’observations presque au sommet du mont Blanc : c’est « l’observatoire Vallot », bien qu’on doive lui attribuer, en vertu de la priorité, le nom d’Observatoire du mont Blanc ; c’est sa chose et son œuvre entièrement personnelle. C’est lui qui en a eu la première idée et qui l’a réalisée avec sa fortune personnelle, en s’aidant seulement des conseils et des connaissances architecturales d’un membre de sa famille, M. Henri Vallot.
- La chose prend encore plus d’intérêt si l’on voit
- ce qu’est devenue maintenant la modeste station de deux pièces qui avait d’abord été édifiée en 1890 an rocher des Bosses; sans doute cette station avait déjà nécessité des efforts considérables, des dépenses très sérieuses, une peine d’autant pins grande pour la construction que, pendant les travaux, créateur et travailleurs devaient séjourner sous la tente, exposés à toutes les intempéries. Mais on est stupéfait quand on pénètre dans l’Observatoire du mont Blanc actuel, et quand on en voit l’aménagement ; c’est une maison, une maison véritable qn’on trouve à cette altitude de 4565 mètres, et en même temps une station scientifique outillée à merveille. Les photographies que nous reproduisons, et qui sont dues à M. Vallot lui-même, donnent déjà une idée suggestive de cette installation, où la cuisine ne laisse pas plus à désirer que le laboratoire.
- Nous ne rappellerons point les détails d’édification de l’observatoire, en 1890; on en a parlé à cette époque1; le chalet, dont l’exécution avait été menée à bien par trois guides, avait 5 mètres de long sur 5 de large et était divisé en deux pièces, l’une offerte comme refuge à tous les voyageurs, l’autre formant l’observatoire. Sous ces modestes dimensions, il avait rendu les plus grands services à la science, aux savants et aux simples touristes. C’est ainsi que dès 1890 un éminent astronome, M. Janssen, avait séjourné près d’une semaine dans l’observatoire, avait étudié l’oxygène du soleil et vérifié ses mémorables travaux à ce sujet.
- M. Vallot cependant ne voulait pas s’en tenir là, et en même temps qu’il s’occupait de la construction de l’observatoire du Club Alpin aux Grands-Mulets, il agrandissait de quatre pièces son observatoire du mont Blanc, dont deux étaient destinées aux touristes ; il y logeait, en 1891, l’expédition envoyée par M. Eiffel pour creuser une galerie de recherche du rocher dans la neige du sommet. Enfin, depuis 1892, l’observatoire ne compte pas moins de huit pièces, ce qui est énorme à une pareille altitude, surtout quand on considère l’aménagement confortable et le mobilier de ces pièces ; l’habitabilité de la construction est devenue parfaite, même pendant les tourmentes de neige. Notons du reste que l’assiette du bâtiment est excellente grâce aux semelles en charpente qui le supportent et aux arcs-boutants qui prennent appui extérieurement; un mur en pierre enveloppe l’édifice en noyant ces arcs-boutants, et la glace constitue entre les pierres un ciment d’une dureté à toute épreuve. Un avantage précieux consiste en ce que les parois de planches sont partout doubles, ce qui forme un matelas d’air assurant une bonne température intérieure. La pièce d’entrée était autrefois inhabitable pendant les tourmentes, la neige s’y précipitant chaque fois qu’on ouvrait la porte; maintenant un double tambour devant l’entrée évite cet inconvénient. Enfin, les fenêtres sont à doubles vitres et munies de volets intérieurs glissants.
- ' 1 Voy. n° 902, du 15 septembre 1890, p. 225.
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- La surlace occupée par le bâtiment est de 90 mètres répartie en huit pièces : cuisine et atelier formant
- carrés, et elle se trouve, comme nous l’avons dit, pièce d'entrée; à droite, chambre des guides conte-
- Fig. 1. — Vue extérieure de l'Observatoire Vallot au Mont Blanc.
- Fig. 2. — Laboratoire principal deTObservaloirc.
- nant cinq lits, et d’où l’on peut passer dans une chambre aux provisions; sur la même rangée que celle-ci, la chambre à deux lits du directeur, puis le laboratoire des enregistreurs, et une chambre
- extrême fort bien organisée pour la photographie et la spectroscopie, éclairée uniquement par le haut .au moyen d’uue fenêtre qu’on peut fermer complètement ou garnir seulement d’un châssis de couleur.
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- Fig. 3. — Chambre du Directeur de l’Observatoire.
- Fig. 4. — Cuisine de l’Observatoire. (D'après des photographies.)
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- Parallèlement, est une chambre à coucher d’amis, munie de trois lits, et enfin un laboratoire de physique où est installé un tour, et par lequel nous rejoignons la cuisine. Il faut songer que ces pièces ont une longueur de 5 mètres, et bien que le toit de celles des extrémités soit en pente un peu rapide, la vie y est confortable, en dépit de l’altitude où l’on se trouve et des neiges qui vous entourent. Jetez un coup d’œil dans le laboratoire principal, et vous serez émerveillé, non pas seulement de son aménagement, mais encore des innombrables instruments qu’il contient. Le fait est que M. Yallot n’a pas dépensé moins de 20 000 francs en achat d'instruments. Les ustensiles de cuisine n’ont pas coûté aussi cher, mais ils ne sont pas moins appréciés par les habitants de l’observatoire, et ils représentent un arsenal respectable. Dans la photographie de cette cuisine, nous signalerons les deux fourneaux à pétrole, parce que la marmite qu’ils supportent est d’un type particulier : comme l’eau bout à 85° à cette hauteur, pour obtenir la cuisson des aliments il a fallu imaginer des sortes d’autoclaves.
- Nous ne pouvons insister pour montrer quelle ingéniosité a été dépensée dans cette installation par M. Yallot, aidé de l’expérience de M. Henri Yallot ; on comprend du reste quelle peine et quels frais a entraînés le transport de Chamonix au rocher des Bosses, sous forme de charges qui ne pouvaient dépasser un poids de 15 kilogrammes. Ajoutons que M. Yallot, tout en réservant le principal bâtiment pour l’observatoire, a voulu faire construire, puis donner à la commune de Chamonix, un refuge pour les voyageurs, composé de deux pièces.
- Yoilà sept années que fonctionne l’observatoire du mont Blanc créé aux Bosses par M. Yallot ; le directeur s’est occupé d’abord de météorologie courante, mais depuis qu’un nouvel observatoire a été édifié dans ce but sur la neige même de la cime, il s’adonne surtout à la physique du globe, et ceux qui voudront se rendre compte de la masse de travaux qu’il a su accumuler n’auront qu’à lire les deux beaux volumes qu’il a déjà fait paraître sous le titre à’Annales de VObservatoire météorologique du mont Blanc. On verra combien la science doit à ce modeste savant qui n’a pas hésité à consacrer 65000 francs de sa fortune personnelle à une création aussi hardie. Pierre de Mériel.
- L’AGE Dü CUIVRE EN CHALDÉE
- Les découvertes faites en Chaldée, à Tello, depuis quelques années, par M. de Sarzec, ont fait connaître des monuments d’une haute antiquité, remontant aux origines de la civilisation, c’est-à-dire à cinq ou six mille ans. Elles ont fourni, entre autres, des armes, ornements et outils, susceptibles de jeter une nouvelle lumière sur l’origine de l’industrie des métaux. Tels sont les objets déposés au Musée du Louvre et que M. Heuzey, notre confrère, a bien voulu soumettre à mon examen.
- Voici les résultats que j’ai obtenus, lesquels font suite aux recherches méthodiques que je poursuis depuis quel-
- ques années sur les métaux des anciennes civilisations. U en résulte de nouveaux progrès dans la connaissance de ces intéressantes questions. On y rencontre les premiers et plus anciens monuments datés appartenant à l’àge du cuivre.
- 1. J’ai d’abord analysé une lance ou lame colossale, portant divers dessins et inscriptions, avec le nom d’un roi de Kish, lequel remonterait à une époque antérieure à Our-Nina, c’est-à-dire à quatre mille ans environ avant notre ère. Cette lance n’a pas dû servir à un usage pratique ; elle semble avoir un caractère hiératique, ayant été consacrée à quelque diviuité, ou à quelque souverain. Elle est formée par un métal rouge, fortement altéré dans quelques-unes de ses parties, et changé en une pâte verdâtre.
- j’ai analysé séparément le métal et les produits de son allération.
- La limaille du métal est constituée par du cuivre sensiblement pur; je n’y ai rencontré ni étain, ni plomb, ni zinc, ni arsenic, ni antimoine, en proportion sensible.
- La portion oxydée est formée par un oxychlorure de cuivre hydraté (atakarnite) exempt de carbonate. Il ne s’v trouvait pas d’arsenic, ni d’antimoine, ni d’étain, ni de zinc, mais une trace de plomb. Cette matière, desséchée à l’étuve, renfermait Cl = 19,6. L’atakamite :
- SCuO.CuCl* -f- 411*0,
- une fois desséché, contient Cl= 19,1.
- Cet oxychlorure résulte de l’action des eaux saumâtres du sol, au sein duquel la lame a séjourné depuis tant de siècles. Une fois l’objet retiré des profondeurs et mis en contact avec l’air, la présence des chlorures alcalins et de l’atakamite menace d’en amener, à la longue, la désagrégation totale, par suite de sa transformation progressive en protoxyde de cuivre. Cette désagrégation résulte d’un certain enchaînement de réactions, qu’une petite quantité de chlorure de sodium détermine, avec l’intermédiaire de l’atakamite, et que j’ai définies par des expériences directes (Annales de Chimie et de Physique, 7e série, t. IV, p. 552). Elle a commencé à se produire dès à présent sur la lame chaldéenne déposée au Louvre, et la menace d’une destruction lente. La plupart des statuettes de cuivre trouvées dans les mêmes fouilles, et dont j’ai donné l’analyse1, ainsi que celle des haches dont il va être question, sont également en train d’éprouver cette altération dans le Musée. Elles y sont étiquetées à tort : objets de bronze, étant de cuivre pur.
- 2. Herminette à douille, formée par un métal rouge. Fragments cassés, revêtus d’une patine verdâtre. Un instrument semblable est représenté entre les mains de personnages chaldéens, sur les monuments, de l’époque d’Our-Nina à celle de Goudea, c’est-à-dire de l’an 4000 à l’an 5000 environ avant notre ère.
- Les fragments que j’ai analysés sont constitués essentiellement par du cuivre métallique, associé à un peu de protoxyde. Xi étain, ni plomb, ni zinc, ni arsenic, ni antimoine. La herminette n’est donc pas formée par du bronze, mais par du cuivre sensiblement pur.
- Il existe au Louvre plusieurs haches chaldéennes analogues à douille transversale, circulaire, située vers l’une des extrémités, de la même forme que certaines haches de bronze des temps préhistoriques en Europe. Ces ha ches chaldéennes de cuivre pur sont également moulées. On en voit de pareilles, figurées dans les ouvrages de Much (Die Kupferzeit), dans les belles publications de M. Chantre sur l’âge du bronze, dans celles de M. Monte-
- 1 Histoire des Sciences, 1.1 : Transmission de la Science antique, p. 391.
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- lius sur l’âge du cuivre en Suède, dans celles de M. Martin sur le Musée de Minoussinsk (Sibérie). Ce sont des formes industrielles, communes, dues sans doute à un même mode de fabrication et d’emploi.
- 5. Hachette ou herminelle complète, rouge, à tranchant vif, horizontal, et à douille; elle a été trouvée, encore emmanchée, au-dessous des constructions anciennes du roi Our-Nina. M. Heuzey la regarde comme l’objet peut-être le plus ancien rencontré dans ces fouilles. Le métal est dur; c’est du cuivre pur exempt d'étain, de plomb, de zinc ; mais il renferme des traces d’arsenic et de phosphore. Ce métal semblerait donc avoir été durci par le concours de ces derniers éléments ; de même que les instruments trouvés dans les mines du Sinaï, dont j’ai publié récemment les analyses. Mais nous ne possédons pas les minerais qui ont été employés dans la fabrication des objets chaldéens, et dès lors nous ne pouvons pas affirmer, comme j’ai pu le faire pour les outils du Sinaï, que la présence de l’arsenic résulte sans doute de l’addition de quelque substance étrangère au minerai de cuivre proprement dit. En tout cas, je le répète, il s’agit ici de cuivre et non de bronze, les outils chaldéens ne contenant pas d’étain.
- Indépendamment des objets de cuivre qui précèdent, M. Heuzey m’a remis divers échantillons d’autres métaux, trouvés dans les mêmes fouilles, mais de date moins certaine. Voici les résultats que j’ai obtenus :
- 4. Objet ovoïde, d’apparence métallique, pesant 121 grammes, trouvé avec les objets chaldéens. La limaille était constituée par du fer en partie oxydé, sans arsenic, ni zinc, ni alumine.
- 5. Lingot et rognures (anciennes) d’un métal blanc, trouvés avec des objets chaldéens dans un vase de grosse poterie. La limaille du lingot renfermait : argent 95,1 ; cuivre, petite quantité; patine notable; pas de plomb. Les rognures renfermaient: argent 98,0; cuivre, traces; pas de plomb.
- 6. Feuille d’or jaune, d’origine chaldéenne ou assyrienne. Cet or ne renferme ni cuivre, ni plomb, ni fer en proportion sensible. Il contient une dose considérable d’argent, dose que le poids minime de l’échantillon mis à ma disposition ne me permet pas d’ailleurs de préciser davantage. La présence de l’argent dans cette feuille d’or n’en mérite pas moins attention, car elle répond à la composition des feuilles d’or provenant des tombeaux de l’ancienne Égypte, telles que celles du cercueil du roi Hor-Fou-Ab-Ra (xne dynastie) et du trésor de Dahchour, découvertes par M. de Morgan, et que j’ai analysées (An-nales de Physique et de Chimie, 7e série, t. IV, p. 572). De même certains fils d’or et les perles d’or du collier de la princesse Noub-IIotep (xne dynastie). C’est toujours l’alliage antique d’or et d’argent, désigné sous le nom A'asem. En Chaldée comme en Égypte, à ces époques reculées, on savait mal purifier l’or natif.
- L’existence de degrés successifs dans l’usage et la purification des métaux, soit usuels, soit précieux, ressort de toutes ces analyses. En particulier, l’emploi du cuivre pur pour fabriquer les armes et outils, même d’usage courant, en Chaldée, vers l’an 4000 avant notre ère, est établi par les analy-es. Il a précédé l’emploi du bronze, c’est-à-dire du cuivre allié à l’étain, lequel se retrouve dans des objets postérieurs, en Chaldée comme en Égypte. On peut même ajouter que la forme des haches à douilles, les procédés de moulage et de fabrication, aussi bien que les usages pratiques auxquels ces outils étaient destinés, ont été les mêmes, soit pour les haches de cuivre pur
- de la Chaldée, soit pour les haches de bronze préhistoriques de l’Europe et de la Sibérie. Ces observations me paraissent d’autant plus dignes d’intérêt qu’elles ont porté sur des objets authentiques et qui remontent, en Chaldée et en Egypte, aux temps historiques proprement dits, conditions que les objets de cuivre pur trouvés en Europe ne remplissent pas au même degré. Les découvertes faites en Egypte et en Chaldée apportent dès lors de nouvelles lumières aux problèmes relatifs à l’origine de l’industrie des métaux dans l’histoire de l’humanité. M. Berthei.ot,
- Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.
- Là DENSITÉ DE L’HOMME
- Les médecins font grand cas de la balance qui fournit le poids du malade. Il est important certes de savoir si un sujet gagne en poids, ou s’il perd en poids. Le poids est un indicateur du bon fonctionnement de l’individu. Et si les habitants de la ville se servaient plus souvent de la balance, entre deux âges, ils éviteraient sur le tard l’embonpoint, l’obésité morbide qui vient ensuite, la déformation du corps et toutes les conséquences qui s’en suivent pour l’intégrité des fonctions respiratoires, fonctions du cœur, etc. L'usage de la balance fournit un diagnostic dont il faut tenir compte. On commence à se soigner contre l’envahissement de la graisse beaucoup trop tard.
- Ma>s au poids, il serait essentiel, pour juger de l’état individuel, d’adjoindre la densité. Il arrive quelquefois que l’on maigrisse en apparence et que, cependant, la balance révèle un excès de poids. Au contraire, on grossit, et la balance indique une perte de poids. C’est que le volume du corps n’est pas toujours en relation avec son poids. On peut avoir du muscle, comme on dit, et peser beaucoup, n’en point avoir, peser moins et être gros. Un homme réellement bien portant est bien musclé ; ses tissus sont denses; il est bien proportionné. Le malade ou le sujet qui le devient à courte échéance a ses tissus mous, le ventre prédominant, l’estomac dilaté ; il a du volume. Il faudrait donc pouvoir apprécier la densité individuelle, c’est-à-dire le rapport entre le poids et le volume. Plus la densité sera grande, et plus on pourra en inférer que le sujet est dans de bonnes conditions de santé. C’est un élément de diagnostic important.
- Or il serait facile d’avoir le volume d’un sujet. Il suffirait qu’en entrant avec précaution dans une baignoire spéciale, l’eau déplacée s’en allât par un trop-plein dans un récipient gradué. D’un coup d’œil, on lirait la graduation et l’on aurait immédiatement le volume du baigneur par le volume d’eau. Le poids divisé par le volume donne la densité. L’expérience est bien facile à réaliser et ne réclamerait que quelques minutes.
- On comprend, sans qu’il soit utile d’insister, la portée de la méthode. Il ne suffit pas de maigrir, il faut rester dense. Il ne suffit pas d’avoir un léger embonpoint, il faut être dense. La densité, c’est le signe le plus parfait de l’intégrité fonctionnelle. Le travail musculaire rend dense; l’activité, la paresse, les mauvaises digestions, la vie à l’air confiné, enlèvent l’élasticité au muscle, rendent le tissu mou et lâche, prédisposent à la maladie. Je souhaite, donc que les thérapeutistes fassent entrer en ligne de compte l’appréciation de la densité individuelle, et que bientôt on trouve dans nos villes d’eaux et dans nos Meilleurs établissements une baignoire volumétrique permettant à chacun de déterminer plusieurs fois par an les variations de densité du corps. II. de P.
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- LES COUPS DE MER ET LES TEMPÊTES
- U a été beaucoup question, il y a peu de temps, des coups de mer et des tempêtes qui sont survenus de tous côtés et qui ont produit partout des effets désastreux. Un de nos abonnés, M. le I)' Lorin, à Elbeuf, nous a fait eonnaitre à ce sujet quelques effets semblables qu’il a pu constater en 1894, étant médecin militaire à Mostaganem, et dont il a conservé quelques photografihies. A celte époque ou construisait dans cette ville une jetée. Un titan servait à l’immersion de blocs bétonnés et pouvait se déplacer sur des rails au fur et a mesure de l’avancement des travaux. Dans les premiers jours du mois de décembre 1894, cet appareil subit les assauts d’une tempête épouvantable qui redoubla vers la fin du mois et dans les premiers jours de janvier 1895.
- Pendant tout ce temps la jetée fut inabordable, sauf à de rares et courts moments où il était permis de se rendre compte des ravages causés par les vagues. Au commencement du mois de janvier la jetée était en partie découronnée d’un superbe mur de blocs pesant entre 10,25 et 70 tonnes. Les alfouillements pendant plus de quatre semaines de tempête avaient amené des éboulements successifs ; le choc des vagues avait peu k peu fait glisser des blocs non encore reliés aux autres par un bétonnage solide. Notre correspondant prit alors plusieurs photographies; la figure ci-dessus en reproduit une qui représente un bloc de 70 tonnes et un autre de 50, déplacés par la vague de toute la largeur de la jetée et venus du coin gauche de la vue. Le mur de blocs a également disparu totalement sur la gauche. Au mois de mars suivant survenaient de nouvelles tempêtes qui projetaient le titan à la mer et causaient encore une série de dégâts importants.
- On pourrait encore citer un grand nombre de ravages parfois plus terribles causés par la mer, villes emportées, jetées englouties, etc. Les faits que nous avons rapportés plus haut nous donnent un exem: pie frappant de la violence des Ilots de la mer, lorsqu’ils sont soulevés par la tempête. .1. Lebon.
- VOITURES ÀUT0M0RILES
- POUR CHEMINS DE FER (SYSTÈME SERPOEEEt)
- L’idée d’une voie de chemin de fer entraîne toujours avec elle comme corollaire celle d’un train circulant sur cette voie, et lorsqu’il s’agit de voyageurs, ce train doit comporter au moins, en dehors des voitures qui leur sont destinées, une locomotive, un tender et un fourgon à bagages. C’est là un matériel certainement exagéré lorsqu’il s’agit de lignes d’intérêt local, d’un faillie trafic, sur lesquels la recette — les statistiques du ministère des Travaux publics nous en fournissent la triste démonstration — ne dépasse pas quelquefois 5 francs par kilomètre et par jour.
- On simplifie un peu le matériel en employant des
- locomotives - tender et en remorquant des voitures mixtes ayant des compartiments de plusieurs classes différentes, mais le personnel d’un train semblable se compose toujours d’un chef de train, d’un mécanicien et d’un chauffeur.
- Un train léger idéal devrait réduire à l’unité et le matériel et le personnel, et c’est un acheminement vers cette voie de simplification et d’économie que réalisent les voitures automobiles étudiées par la Société des générateurs à vaporisation instantanée dont le premier exemplaire (fig. 1, p. 285), a été expérimenté cet hiver sur la ligne Paris-Lyon-Méditerranée, entre CorbeiletMalesherbes.
- Cette voiture automobile est actionnée, comme une locomotive, par des moteurs à cylindre horizontal disposés sous le châssis et commandant directement les roues d’avant. Le moteur est alimenté par une chaudière k vaporisation instantanée système Serpol-let, chauffée par des briquettes agglomérées qui réduisent l’encombrement du combustible k un minimum, tout en facilitant son arrimage. La voiture automobile pèse 17 tonnes en ordre de marche et peut transporter 44 voyageurs, dont 52 assis et 12 debout sur la plate-forme d’arrière. Les quatre roues ont 1 mètre de diamètre, et la distance de leurs axes, l’empattement, est de 4 mètres. On sait que la caractéristique de la chaudière Serpollet est de fournir de la vapeur k pression essentiellement variable et proportionnée
- La mer à Mostaganem.
- Vue des blocs bétonnés de 50 et de 70 tonnes, déplacés par la tempête.
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- ;^ux besoins, c’est-à-dire à l’efTort de traction que doit exercer le moteur à chaque instant, suivant les déclivités et les résistances de la voie. Ainsi, dans le cas particulier, la chaudière peut fournir de la vapeur
- à la pression de 15 kilogrammes par centimètre carré, mais il suffit d’une pression de 8 kilogrammes par centimètre carré seulement pour faire rouler la voiture avec ses 44 voyageurs à la vitesse de 50 ki-
- Fig. 1. — Voiture de chemin de fer automobile, système Serpollet.
- lomètres par heure. En réduisant la vitesse et en augmenlant la pression, la meme voiture peut, sur les pentes ordinaires des lignes de chemins de lcr, traîner une seconde voiture à voyageurs ou un fourgon à bagages, comme le représente la fig. 2.
- Le matériel simplifié dont nous venons d’indiquer les lignes essentielles a été réalisé pour la première fois en vue d’un service à faire dans le Wurtemberg, et ce n’est pas un mince succès pour notre sympathique compatriote, M. Serpollet, d’avoir obtenu en Allemagne une commande de matériel français. Notre cosmopolitisme s’en réjouit, tandis que notre patriotisme regrette de voir l’initiative de l’application d’un progrès national venir de l’étranger.
- Les compagnies de chemins de fer d’intérêt local dont l’exploitation ne joint les deux bouts que grâce
- la garantie de l’Etat
- princesse épuisable et déjà rébarbative — feront bien d’étudier de près les voitures automobiles de M. Ser-polletjfj: elles y trouveront certainement le moyen de boucler d’un peu plus près leur budget et de réduire leurs coefficients d’exploitation, qui, pour quelques-unes, dépasse 150 pour 100, soit 150 fr. de dépenses pour 100 francs de recettes. Certaines lignes n’ayant pas la garantie de l’État ont des coefficients d’exploitation encore
- plus considérables. L’automobile est à la mode, et les lignes de chemins de fer devront s’y soumettre, chaque fois qu’elles auront intérêt à créer des trains légers et fréquents, des trains-tramways, en un mot, adoptés depuis quelques années par certaines grandes compagnies en vue de besoins spéciaux. A. Dufaut.
- un fourgon ordinaire de chemin de fer.
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- NANSEN A PARIS
- Le l)r Fridtjof Nansen est arrivé à Paris le 25 mars à 5 heures. Depuis ce jour, il a accaparé l'attention publique; il a été salué partout avec enthousiasme; il a marché d’ovation en ovalion. Nansen a été accueilli par Paris avec les honneurs réservés aux souverains. Nous connaissions tous l’œuvre, mais nous ne connaissions pas l’homme. L’explorateur nous est apparu dans toute l’apothéose de sa gloire. On a acclamé aussi l’homme, qui a plu dans sa simplicité; on l’a applaudi d’autant plus qu’il était accompagné de sa courageuse compagne, Mme Nansen, heureuse, après les jours de tristesse, d’assister au triomphe de l’intrépide explorateur de la mer Arctique.
- A notre tour nous désirons en quelques lignes saluer la présence de Nansen parmi nous et constater avec satisfaction les sentiments enthousiastes qu’elle a provoqués dans notre pays. L’héroïque entreprise de Nansen est de celles qui vont droit au cœur d’une nation comme la nôtre et font vibrer dans ce qu’elle a de noble, et môme de poétique, l’aine française. Un aime jusqu’au délire chez nous ceux qui, dans un but désintéressé, n’hésitent pas à mettre en jeu leur existence et, sans compter avec le péril, à marcher vers l’inconnu pour le seul amour de la gloire et de la vérité : voilà pourquoi Paris s’est donné tout entier à l’explorateur norvégien.
- Depuis le départ du F ram jusqu’au retour de l’expédition, La Nature1 a suivi l’entreprise ; nous en avons raconté les phases et les émouvantes péripéties. Nous n’avons plus à y revenir. Qu’il nous suffise de dire que l’on a bien compris à Paris toute la portée et toute la philosophie de l’œuvre de Nansen. L’hommage solennel qui vient de lui être rendu successivement par la Société de géographie, par le Gouvernement et par le Conseil municipal, satisfera l’opinion publique et montrera à l’explorateur jusqu’à quel point on a su apprécier et admirer ses travaux en France.
- En l’absence de M. Bouquet de la Grye indisposé, et au nom des sociétés de géographie de France, le prince Roland Bonaparte, président de la Commission centrale de géographie, l’attendait à sa descente de wagon.On n’a pas oublié les paroles de bienvenue qu’il a adressées à M. et M“e Nansen, ni les remerciements chaleureux de l’illustre explorateur. Dès le lendemain, c’était le Président de la République qui recevait M. Nansen à l’Elysée et lui remettait la cravate de commandeur de la Légion d’honneur. Le soir la conférence du palais du Trocadéro était présidée par le ministre de l’Instruction publique. Le ministre avait à sa droite l’explorateur portant le grand cordon de l’ordre de Saint-Olaf et autour du cou le ruban de la Légion d’honneur. A gauche du ministre étaient assis M. Méline, président du Conseil, M. le commandant Serpette, représentant le Président de la République, M. Besnard, ministre de la Marine, M. Lebon, ministre des Colonies, etc. Après la conférence, fréquemment interrompue par d’enthousiates acclamations, le prince Roland a annoncé, aux applaudissements prolongés de l’assistance, que la Société de géographie de Pa is décernait à M. Nansen la grande médaille d’or, la plus haute récompense dont elle dispose.
- La soirée n’était pas finie. Elle devait se terminer chez le prince Roland, où la réception a pris un caractère de grandeur incomparable dans le cadre superbe de l’hôtel de l’avenue d’Iéna. De 10 heures à minuit, tout ce qui porte un nom dans les sciences, dans les lettres, dans les
- 1 Voy. n° 1253, du 16 janvier 1897, p. 105.
- arts et dans la politique, a passé par le salon de Louis XIV, entourant l’explorateur, le félicitant et le complimentant pendant des heures entières. M. Nansen, comme toujours, remercia avec son bon sourire et sa simplicité charmante.
- La Nature1 a décrit l’hôtel récemment construit de notre éminent collaborateur M. le prince Roland Bonaparte, à propos de l’inauguration de la Bibliothèque, cette merveille de goût sobre. C’est dans ces salons si admirés depuis quelques années que M. Nansen a reçu les hommages de tout Paris savant. La soirée du prince Rolmd restera dans tous les souvenirs. Elle durera comme un écho de nos sentiments d’estime, de sympathie et de respect pour le héros de l’expédition polaire. Après la Société de géographie, après le Gouvernement, le Conseil municipal du Paris a tenu aussi à souhaiter solennellement la bienvenue à Nansen. Il a fait frapper pour lui et pour ses compagnons une médaille commémorative. Nous retenons ces paroles du très beau discours de M. Sauton, piésident du Conseil municipal, qui, lui ausQ, a pensé à l’homme en même temps qu’à l’explorateur.
- « Ce n’est pas, dit-il, exclusivement au savant, à l’explorateur que s’adresse celte réception, c’est également à l’homme que vous êtes.
- « Des sentiments divers qui vous invitent à l'action et qu’une volonté invincible a disciplinés et dirigés, celui qui commande en vous en toute circonstance et à toute heure, c’est l’amour de votre patrie.
- « .... Dans notre société moderne, trop exclusivement attachée aux satisfactions de l’égoïsme, il est, en plus grand nombre qu’il n’apparaît, des hommes modestes, dont la condui e n’est dictée que par le sentiment du devoir. Votre exemple sera salutaire, car les témoignages si honorables qui vous sont décernés sont la preuve éclatante que la noblesse du caractère commande toujours l’admiration et le respect.... Paris est heureux de vous voir dans ses murs. Il n’a pas oublié les témoignages de sympathie que la France a reçus de vos compatriotes en 1870; il connaît les sentiments d’amitié et d’union qui unissent votre nation à la nôtre.... Enfin, monsieur, ne trouvez-vous pas que le Fram a un certain air de famille avec l'antique vaisseau des armoiries de la ville de Paris ? Tous deux ont traversé d’épouvantables tempêtes et de chacun d’eux on p ut dire : Fluctuât nec mergitur.
- « Ils ont aussi même devise : « En avant ! en avant ! toujours en avant î » dans la voie du progrès pour le bien de l’humanité. »
- M. de Selves, préfet de la Seine, a prononcé également à l'adresse de M. Nansen un discours spirituel très applaudi dont nous relevons les derniers mots :
- « Je vous l'ai dit, nous admirons vo're hardiesse, votre intrépidité que rien ne lasse, mais comme nous aimons votre tendresse et votre poésie! On admire les grands sommets, monsieur, mais on aime les vertes oasis qui reposent l’âme.
- « Que le héros et l’homme de cœur unis en vous veuillent donc bien accueillir avec l’hommage de Paris l’ex -pression de notre salut cordial et de nos vœux. ))
- Il serait injuste, dans ces souvenirs rapides, d’oublier un nom aimé, celui de M. Rabot, l’ami, le compagnon, le guide de M. Nansen à Paris, et le traducteur si autorisé du récit de l’Expédition qui va paraître bientôt en français. C’est chez M. Rabot que Nansen s’est rendu le premier et a dîné le soir même de son arrivée. L’illustre
- 1 Voy. n° 1217, du 26 septembre 1896, p. 262.
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- explorateur a tenu à donner à notre compatriote ce haut témoignage d’estime et d’amitié.
- Quand ces lignes paraîtront, M. Nansen aura répondu au vœu d’une des plus anciennes Sociétés de géographie françaises, en acceptant l’invitation de faire à Rouen une seconde conférence. La vieille ville normande aura été privilégiée.
- Et ensuite l’illustre explorateur poursuivra son voyage triomphal à travers l’Europe.
- « Suivant sa nohle tradition, a dit M. Nansen à la gare du Nord, la France se plaît toujours à recevoir avec éclat les voyageurs scientifiques sans distinction de nationalité; mais la réception d’aujourd’hui dépasse cependant mon attente », et, très ému, il serra la main de ceux qui l’entouraient. Peut-être l’accueillera-t-on ailleurs mieux encore, mais jamais hommage n’aura été plus spontané et plus profondément sincère que celui que vient de lui rendre la Ville de Paris. Nous ne doutons pas un instant qu’en quittant le sol français, le grand explorateur norvégien n’en conserve le bienveillant souvenir. H. de P.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 mars 1897. — Présidence de M. Chatin.
- M. Nansen. — M. Nansen assiste à la séance et M. le président lui souhaite la bienvenue.
- Les arts industriels en Égypte. — M. Amelineau a rapporlé d’Egypte divers petits flacons retirés de tombes anciennes situées à Abydos. Quelques-uns de ces flacons renferment des matières grasses. M. Friedel a recherché la nature de ces matières; il a trouvé qu’elles étaient constituées soit par de l’acide stéarique associé à de la glycérine, soit par de l’acide palmitique. 11 a recueilli également des pépins de raisin provenant de gâteaux mis dans la tombe des morts. Enfin, un petit récipient en onyx contenait une matière grasse additionnée de sulfure de plomb qui devait être employée pour la teinture des sourcils.
- La casse des vins. — M. Bouflard s’est déjà occupé, en 1894, de la maladie des vins connue sous le nom de casse. Il a préconisé, à cette époque, comme moyen préventif, la chaleur et l’acide sulfureux. M. Bouflard a extrait l’oxydase de la maladie et démontre expérimentalement qu’il suffit de porter le vin à la température de 52° pour tuer le ferment.
- Transformation du diamant en graphite. — M. Mois-san fait connaître que le diamant exposé au bombardement des tubes de Grookcs se recouvre assez vite d’un voile foncé qui lui donne l’aspect de plombagine. Ayant examiné des diamants soumis à cette action, il a pu reconnaître que cet affaiblissement d’éclat était dù à l’existence d’une couche de graphite stable comme celui qui se forme à la température de 5500°. Il ne cède qu’à plusieurs attaques du mélange oxydant de chlorate de potasse et d’acide azotique concentré. Le diamant est attaqué en profondeur et présente des stries comme si une partie tendre avait été détruite. M. Moissan conclut qu’il y a dans le diamant des parties de différente nature dont les unes sont attaquées par le bombardement du tube de Crookes.
- Varia. — M. le Dr Martin Durr présente d’admirables photographies de la cage thoracique obtenues au moyen des rayons de Rdntgen. — M. Moissan a résumé, dans un volume intitulé (( le Four électrique », ses travaux si divers sur la ebimie des hautes températures. — M. Pellissier fait hommage d’un ouvrage traitant de l’éclairage à l’acé-tvlène. Ch. de AAlledeuil.
- GEORGES MLLE
- Une des personnalités marquantes de notre époque vient de disparaître. Georges Ville a été enlevé à l'affection de sa famille et de ses amis par une maladie de cœur compliquée d’accidents spéciaux.
- Ce travailleur infatigable, dont la vie a été si bien employée pour la science et pour l’agriculture, s’occupait sans relâche de son champ d’expériences de Yincennes, créé par lui en 1860.
- Déjà très soulfrant, il voulut aller le visiter. 11 en revint beaucoup plus malade, mais enthousiasmé du bel aspect de ses récoltes futures : il y aura là, nous disait-il, de quoi faire de bien belles conférences pendant l’été prochain ! Ilélas ! le champ d’expériences restera muet : mais les nombreux auditeurs qui s’y pressaient chaque année garderont la mémoire des magnifiques leçons qu’ils ont entendues.
- Dès la première jeunesse, Georges Ville se fit remarquer par les plus brillantes qualités. En 1842, à peine âgé de dix-huit ans, il arriva premier au concours pour l’internat en pharmacie. Dix ans plus tard, il fut nommé professeur de ebimie agricole à l’ancien Institut agronomique de Versailles, qui devait disparaître pour renaître plus vivace sous sa forme définitive.
- Georges Ville se montra, dès le début, le professeurs! apprécié en France et à l’étranger. Il avait la parole ardente et facile : la voix très belle. et très flexible, le geste chaleureux. Ses auditeurs n’oublieront jamais cette chaude éloquence mise au service des plus ardentes convictions. C’était réellement l’homme inspiré, l’apôtre qui fait des prosélytes : et il en a fait beaucoup, dans le monde agricole bien plus encore que dans le monde scientifique.
- Pendant fort longtemps, les savants de profession ont été hostiles et injustes envers Georges Ville. Et les élèves formés par ces savants partageaient toutes leurs préventions. En 1857, le gouvernement impérial créa pour Georges Ville, au Muséum, une chaire spéciale, de physique végétale, qui fut brillamment occupée par le titulaire jusqu’à sa mort, c’est-à-dire pendant quarante ans. Georges Ville a été un révolutionnaire en chimie agricole.
- Sur la foi de Lavoisier et de tous ses successeurs, on avait admis qu’un des éléments de l’air, Yazote, qui est à l’état libre dans l’air et en forme les 4/5 environ, est inerte, au point de vue de la végétation. Pour s’assimiler l’azote nécessaire à leur constitution, les plantes, croyait-on, ne peuvent le prendre qu’à des matières azotées (nitrates, sels ammoniacaux, etc.).
- L’illustre Boussingault, agronome éminent, avait entrevu cette grande vérité si bien démontrée par Georges Ville : les plantes peuvent absorber directement l’azote de l’air. Mais il se bâta de rentrer dans les rangs du monde scientifique et prétendit prouver, par des expériences certaines, qu’il s’était trompé. Boussingault eut donc raison contre lui-même.
- Trente ans et plus, Georges Ville lutta tout seul contre tout le monde, armé de preuves expérimentales irréfragables et d’une rigoureuse dialectique.
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- L’infatigable lutteur convainquit peu de personnes : à part notre illustre maître Ghcvreul et le physicien Régnault, qui avait formé Georges Ville à son école de pratique scientifique rigoureuse.
- Quand les hommes habitués aux études scientifiques entendaient Georges Ville développer ses idées avec une ardeur toute méridionale, ils étaient plutôt mis en défiance par ces effets oratoires. Ces dis-cours sont trop beaux, disaient-ils, les expériences ne doivent pas être exactes !
- Cette grosse erreur régna fort longtemps et empêcha de répéter les expériences de Georges Ville; et. quand on s’y décida, il fut absolument impossible de le trouver en défaut sur aucun point.
- Que de temps perdu ! depuis le jour où Georges Ville disait à Roussingault : « Vos expériences ne signifient rien, car elles portent sur des plantes malades, étiolées. Moi, je n’opère que sur des plantes élevées sous verre, c’est vrai : mais vigoureuses et bien portantes, comme dans la vie normale. Répétons mes expériences et vous serez de mon avis. »
- Roussingault mourut sans les avoir répétées.
- Enfin, M. Berthelot ayant démontré que l’azote libre est absorbé dans des circonstances très variées (et même par la terre, en dehors de toute végétation) ; MM. llellriegel et Wilfarth, en Allemagne, ayant fait voir que certains microbes développés sur les racines des légumineuses les rendent plus spécialement aptes à l’absorption de l’azote libre (fait démontré depuis longtemps par Georges Ville), il se fit un revirement complet dans le monde scientifique. Georges Ville triompha sur toute la ligne. Mais ses ennemis ne l’abandonnèrent pas.
- La plupart organisèrent sur ses travaux la conspiration du silence, citant même ses travaux avec éloges, mais s’abstenant de nommer l’auteur. Ce système fonctionne encore actuellement.
- Les immenses travaux de Georges Ville n’ont pas seulement porté sur la science pure.
- Les grandes découvertes qu’il a faites, vulgarisées par son champ d’expériences et par une série d’excellentes publications (l'Ecole des engrais chimiques, etc.) ont transformé l’agriculture sur les points les plus importants : c’est ce qui a été parfaitement compris par d’illustres agronomes étrangers et de grands agriculteurs, en France, Belgique, Russie, Espagne, etc.
- Grâce à l’intelligent appui de deux ministres, M. Ruruy et, plus tard, M. Rupuy, Georges Ville a fait établir des champs d’expériences dans plusieurs milliers de communes. Ces champs ont donné de très bons résultats, tout à fait probants au point de vue de l’emploi des engrais chimiques. Ils ont été consignés dans de lumineux Rapports.
- Georges Ville voulait étendre ces résultats à toute la France : ils auraient tranformé l’agriculture française, comme le prouvent les immenses progrès réalisés en Russie, en Espagne, en Amérique, où d’innombrables champs d’expériences ont été créés sous l’inspiration de l’apôtre des engrais chimiques.
- En parlant de l’absorption de l’azote de l’air, Georges Ville a créé la sidération, système de cul-ture adopté maintenant par les meilleurs cultivateurs. Ce système permet de prendre à l’air la plus grande partie de l’azote nécessaire aux plantes, de façon à réduire à fort peu de chose la dépense d’engrais azotés.
- Sa grande découverte des dominantes a permis de reconnaître quel est l’élément indispensable à chaque [liante ; potasse pour la vigne, phosphate de chaux pour la canne à sucre, etc. De sorte que l’on compose des engrais qui ne contiennent que les éléments utiles à chaque culture.
- Il est d’ailleurs impossible, dans une courte Notice nécrologique, de
- ]lasser en revue une œuvre aussi colossale
- qui représente plus de cinquante années de travaux.
- La postérité l’appréciera et classera Georges Ville parmi les savants originaux de ce siècle et parmi les bienfaiteurs de l’humanité. Ce que Lavoisier a fait pour l’oxygène, Georges Ville l’a réalisé pour
- l’azote : mais combien le problème était plus dif-
- ficile ! La révolution agricole causée par ses travaux sera profitable à l’humanité tout entière.
- En effet, suivant le mot célèbre d’Adam Smith, celui qui fait pousser deux brins d’herbe là où il n’en poussait qu’un seul, rend plus de services à l’humanité que bien des conquérants.
- Ch.-Er. Guignet,
- Directeur des teintures aux Manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais,
- ex-professeur intérimaire au Muséum (physique végétale).
- Le Gérant : I*. Massox.
- Georges Ville, né à Pont-Saint-Esprit (Gard), le 25 mars 1821; mort à Paris, le 22 février 1897.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- .V 1 ‘245.
- 10 AVRIL 1 HO7.
- LA N AT URL.
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- LES GROTTES DE CALÉS
- Lorsque, en avril 1896, avec la caravane tunisienne, organisée par M. René Millet, Résident général de France dans la Régence, je visitai, sur la frontière de la Tripolitaine, la si curieuse région des Troglodytes, à Hadèje, dans le pays des Mat-matas, je fus frappé par l’étrange similitude de construction qui existait entre les habitations des MatmataSjOÙ le caïd nous avait offert une si patriarcale hospitalité, et celles déjà vues, en Provence, mais dont il ne me restait qu’un souvenir peu précis.
- Et j’évoquai, là, tout près des chotts troublants,
- à quelques kilomètres de ce désert impénétrable sur les sables duquel semble planer le burnous noir du Touareg comme l’aile déployée d’un corbeau, j’évoquai, là, devant ces primitives habitations à la porte desquelles nos chaouchs drapés, immobiles, dans leur vêtement blanc, ressemblaient à des cariatides, ce beau pays de Provence auréolé d’azur et d’or, comme le blason de ses anciens seigneurs, et ce petit coin de Calés, près de Lamanon, où d’autres troglodytes avaient, eux aussi, il y a des siècles et des siècles, creusé leur demeure, à l’aide de cailloux tranchants et d’instruments primitifs, en ces grottes mystérieuses conservées là, au milieu de la civilisation moderne, comme un terme original de compa-
- ras grottes de Calés près de Lamauou (lîouches-du-llliône). (D'après une photographie de M. Terris.)
- raison. C’est pour cela que j’ai voulu les revoir tout récemment, les grottes de Calés, près de Lamanon, sentir au milieu de ce site sauvage comme une impression du passé et y reconstituer, avec mes souvenirs d’Hadèje, la vie grouillante de tout un peuple disparu. Hélas! l’effort d’imagination est trop grand, et le paysage rustique qui encadre les grottes de Calés ne permet plus de mettre en place les premiers habitants de ces grottes.
- Quels étaient-ils?
- Lamanon petite commune actuelle du canton d’Eyguières, dans les Bouches-du-Rhône, est un ancien fief du moyen âge où vivait, en 1553, dit César Nostradamus, un nommé Cartier, d’Alleins, le premier « pétardier » de son temps. Or, Cartier d’Alleins habitait, précisément, avec ses reîtres, qui 25* année. — 1er semestre.
- « brigandaient les passans » selon l’expression même de Nostradamus, ces fameuses grottes de Calés que l'historien provençal appelle des spélonques.
- Dans la tradition populaire les grottes de Calés ont servi de repaire aux brigands, le souvenir de Cartier d’Alleins, exécuté à Aix par arrêt du Parlement, s’est incrusté dans l’imagination des masses, et vous ne rencontreriez pas un paysan de la contrée qui ne sache cette légende par cœur.
- Heureusement, ici, comme ailleurs, la légende n’est pas d’accord avec l’histoire, et il suffit d’examiner les grottes de Calés pour voir que bien avant les brigands, Ali Babali de Provence, prédécesseurs du populaire Gaspard de Besse, ces logements primitifs ont été habités.
- En effet, en sortant de Lamanon par le côté ouest,
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- on trouve au pied du versant oriental des alpines un large vallon qu’on appelle la trouée de Lamanon. Au sommet s’étage le vallon de Calés, à l'extrémité duquel on parvient par une monte'e rapide. Au fond de cette trouée, un mur barre l’entrée d’une plateforme allongée, bordée, à droite et à gauche, de rochers escarpés; mais une porte, qui paraît dater du moyen âge, ainsi que les débris des murailles et des tours, permet de suivre une sorte de rue des deux côtés de laquelle les roches sont percées d’un très grand nombre de trous. L’effet de ces pans coupés de rochers taillés sous la cognée de quelque cyclope est fantastique; ces murailles de granit inégales donnent l’impression de maisons à quatre, cinq et six étages élevés sur rez-de-chaussée.
- Ce qui est bizarre, c’est qu’il est impossible, lorsqu’on a visité les grottes du rez-de-chaussée, de visiter celles des étages, et on cherche inutilement dans l’intérieur des premières grottes, sur la face du rocher, une issue, un escalier pour parvenir aux rangs supérieurs. De l’autre côté, au contraire, les grottes sont moins nombreuses, moins régulièrement disposées, mais il existe des passages intérieurs, sorte de puits, pour monter de celles d’en bas aux plus élevées.
- Villeneuve, qui a fait en 1820 la description de ces grottes, et en donnait un croquis dans un album spécial très rare aujourd'hui, et que j’ai sous les yeux, compare ces réunions de grottes de Cales, ces niches dans le flanc de la montagne, à celles de Beni-Hassein en Égypte. Maundruel en a observé de semblables près de Seide dans le Levant, Pococke, d’autres dans les environs de Damas ; mais celle d’Ispica, en Sicile, qui a été décrite par le prince de Biscaris et l’abbé de Saint-Non, ressemble en tout point à celles de Calés, avec cette différence que l’établissement d’Ispica était plus considérable et les habitations plus nombreuses.
- Comme à Ispica, on a trouvé à Calés des fragments de poterie romaine, de briques et de meules. Cela prouve que ces grottes n’ont été, comme l’affirme la légende populaire, ni des repaires de brigands, ni des monuments de la misère du moyen âge.
- C’est plus haut qu’il faut remonter dans l’histoire pour trouver l’origine de ces habitations humaines, qui n’auraient su convenir également aux Templiers auxquels on les a aussi attribuées.
- Les unes sont de primitives grottes naturelles agrandies et aménagées — relativement — pour donner aux êtres primitifs qui y ont vécu un confortable, ou l’illusion du confortable; les autres ont été taillées artificiellement, car cette opération était pour leurs habitants moins compliquée que la construction d’une hutte, d’une cabane, fussent-elles aussi rudimentaires que nos cabanes de Crau et de Camargue, qui ressemblent, de loin, à de lourds manteaux de pâtres étendus sur deux bâtons.
- Au reste les grottes de Calés sont peu spacieuses. Comme celles d’Hadôje, en Tunisie, taillées dans d’épaisses couches de tuf argileux, elles contiennent,
- au fond, des espèces de sophas découpés dans la roche pour servir de lit aux habitants; on y trouve des trous carrés à hauteur d’homme, semblables à des armoires, et des creux sur le sol qui étaient, sans nul doute, le foyer.
- Saurel affirme que ces grottes ont été habitées avant et après l’ère chrétienne; mais, dans l’épaisseur de la couche noire qui les tapisse et sur laquelle les touristes ont incrusté avec leur couteau de chasse ou d’excursion des initiales, des dates, des devises, des monogrammes naïfs, on chercherait vainement une indication qui permît de reconstituer un peu de leur passé.
- Les grottes de Calés font de cette trouée de Lamanon le site le plus curieux et le plus intéressant du département des Bouches-du-Rhône. J’ai malheureusement constaté, lors de ma dernière visite, que là comme ailleurs, à Calés comme aux Baux, le temps fait son œuvre. La pluie, le soleil et le mistral s’acharnent contre les misérables grottes, furieux de voir qu’elles résistent davantage à leurs morsures que les ruines du château de Lamanon, plus haut, qu’élevèrent et rebâtirent deux formidables tueurs d'hommes, le comte Raymond de Turenne et le fameux De Vins, qui a mis sa main sanglante sur toutes les herses des châteaux de Provence. àntoxin Pam.iks.
- LA DOCTRINE DES CAUSES ACTUELLES
- J'ai lu avec un grand plaisir l’article que M. Henri de Parville a consacré récemment1 à certains gros blocs rocheux renfermés dans le diluvium. Et, en même temps que je lui ai beaucoup de gratitude de la mention qu’il a faite à cette occasion du caractère démon enseignement, je suis très heureux de constater qu’il affirme une adhésion complète à la doctrine des causes actuelles. L’avis d’un homme aussi distingué que no're savant rédacteur en chef est d’un très grand prix et de nature à entraîner dans le public beaucoup de convictions.
- Comme M. de Parville le dit très justement, le nombre des opposants à la doctrine dont il s’agit va tous les jours en diminuant, mais encore maintenant il n’est pas nul et je crois qu’on s’intéressera à quelques lignes sur l’état présent de la discussion.
- Tout d’abord il faut bien s’entendre sur ce qu’on désigne par causes actuelles et ne pas rééditer à ce sujet de véritables jeux de mots comme celui auquel s’est li 'ré naguère Charles Sainte-Claire Deville dans son cours du Collège de France2. Les partisans des causes actuelles croient voir dans les faits naturels la preuve que notre globe traverse depuis l’origine des choses les étapes d’un développement progressif et parfaitement continu, sans apparition possible à un moment quelconque de manifestations en désaccord avec les lois qui dominent les phénomènes ordinaires. Il en résulte que la géologie d’aujourd'hui ne diffère par aucun trait essentiel de la géologie passée, et par conséquent que les phénomènes anciens s’expliquent par l’observation des réactions encore en cours sous nos yeux — étant bien acquis que l’âge progressif
- 1 Yoy. n° 1240, du G mars 1807, p. 210.
- 3 Vov. Coup d’œil historique sur la géologie, in-8°, 1878.
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- du globe introduit à chaque instant un coefficient spécial quant a l’intensité et quant à l’allure des phénomènes.
- Ainsi, pour prendre un exemple exceptionnellement simple, on pense que les coquilles maintenant fossiles ont été introduites dans la masse du calcaire grossier exactement comme les coquilles aclm lies sont introduites dans la vase marine qui se dépose dans la baie du Mont-Saint-Michel. A cet égard tout le monde est d’accord et il n’y a pas un seul géologue pour dire que les vieux sédiments proviennent de causes diflérentes de celles qui déterminent les sédiments d’à présjnt. Mais en y regardant de près on reconnaît que la série des sédiments est compliquée par de nombreux incidents.
- Certains d entre eux sont portés au sommet d’une haute montagne, au sommet des Diablerets dans les Alpes, ou au sommet du mont Perdu dans les Pyrénées. D'autres contrastent brusquement sur une même verticale : dans le sous-sol du département du Nord on constate que le terrain crétacé en couches parfaitement horizontales repose sur du terrain houiller en couches redressées et contournées. Ailleurs, les anciens dépôts semblent résulter de causes plus intenses que les dépôts actuels, aussi on trouve ordinairement les cours d’eau, fleuves, rivières et ruisseaux, dans l’étroit thalweg de vallées beaucoup plus larges et plus profondes qu’eux; la Seine, large de quelques mètres, serpente dans une vallée dont les versants sont à plusieurs kilomètres de distance mutuelle.
- C’est ici que les divergences commencent, et tandisqueles aclualisles, comme on les appelle quelquefois, se font fort d’expliquer tous ces résultats d’observation et une infinité d’autres, par l’exercice pur et simple des actions actuellement en travail, les cataclysmiens au contraire supposent qu’à certains moments le cours régulier des phénomènes a été interrompu par des manifestations violentes n ayant aucun rapport avec colles qui nous entourent. C est une brusque commotion de l’écorce terrestre qui a porté des fonds de mer à des altitudes alpestres, ou qui a arasé des masses rocheuses soudainement- démantelées, ht dans les deux cas, tous les animaux qui vivaient sur la terre et toutes les plantes ont péri pour être ensuite remplacés par d’autre-'. C’est un gigantesque cours d’eau qui a creusé la vallée de la Seine qu’il remplissait d’un bord a 1 autre, et M. Glangeaud, dans l’aiticle auquel M. de Parville faisait allusion l’autre jour, évoquait l’idée il une Seine de plusieurs kilomètres de largeur. Ce serait de môme pour les glaciers et, sans rire, il y a des auteurs qui nous parlent d’un glacier de 460 kilomètres, s’étendant depuis les sommets du Valais jusqu’à la banlieue de Lyon et recouvrant le lac Léman d’une croûte congelée de 1600 mètres d’épaisseur!
- La discussion sur ces divers chapitres, passionnants pour qui y prend part, affiche un caractère auquel ne peut taire attention le public et qui mérite pourtant d’être signalé à cause des conséquences auxquelles nécessairement il conduit. A chaque détail examiné, les cataclysmiens répandent sur les actualistes des expressions très hautaines et déclarent « ridicule » l’opposition qu’on leur fait; mais bientôt on constate que petit à petit ils modifient leur manière de s'exprimer et qu’ils retirent les uns après les autres aux phénomènes les plus importants le caractère de soudaineté qu’ils leur attribuaient d’abord.
- Ainsi pour les soulèvemen's de chaînes de montagnes, ils n’en sont plus à parler du moment de surrection d’une ligne de relief et ils reconüaissent que les Alpes, que 1 Oural, que les monts Scandinaves, etc., ont mis des périodes géologiques tout entières à se former, de sorte
- qu'on ne saurait plus attribuer à leur origine la cause de la destruction des faunes. Il est loin le temps où Cuvier écrivait : « Les déchirements, les redressements, les renversements des couches plus anciennes ne laissent pas douter que des causes violentes ne les aient mises en l’état où nous les voyons.... La vie a donc été troublée sur cette terre par des événements effroyables. Des êtres vivants sans nombre ont été victimes de ces catastrophes ; leurs races même ont fini pour jamais et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnaissables pour les naturalistes. » Aujourd’hui on a des preuves irrécusables que la vie s’est continuée sans variantes dans les régions en voie de soulèvement, et les espèces, les variétés elles-mêmes de la faune pliocène, fossilisées dans les collines subapennines, continuent de prospérer dans les abîmes de la Méditerranée.
- Quant au mécanisme du soulèvement, les cataclysmiens ont posé en fait qu’il diffère absolument de tout ce que nous pouvons voir et que les tremblements de terre, i ssentiellement distincts du phénomène de l’ouverture des failles, ne sauraient jamais amener la production du relief orogi aphique. « Les lèvres des fissures formées par les commotions souterraines présentent dans la plupart des cas, dit M. Fouqué, des dénivellations légères; mais il est facile de constater que les différences de niveau dues à l'action des secousses se sont opérées par un mécanisme spécial, bien différent de celui qui a donné naissance aux failles. » C’est en somme une réminiscence de Ch. Sainte-Claire Deville, qui, après avoir cité la conclusion que tire Lyelldu soulèvement contemporain de la côte du Chili à la suite d’une secousse sismique, s’écrie : « L’auteur ouhlie^Lî compter combien il faudra de tremblements de terre ne cette importance pour produire une chaîne qui, comme l’Himalaya, s’étend sur une longueur de plus de 4000 kilomètres et possède des pics de 0000 mètres d’altitude)). Cependant, et malgré l’autorité de ces savants, les faits les plus positifs n'ont pas tardé à contredire leurs as-ertions de la façon la plus catégorique, et, le 28 octobre 1891, il se constituait au Japon, à la suite d’un tremblement de terre qui secoua 245000 kilomètres carrés, tua 7000 personnes et en blessa 100000, une vraie faille avec dénivellation de 60 centimèlres et décrochement horizontal de plus d'un mètre. Maintenant les cataclysmiens admettent que ce tremblement de terre a été au p:opre un « mouvement orogénique ».
- Il y a très peu de temps encore, l’école dont nous contestons les principes posait en fait que le phénomène volcanique est un trait essentiel de l’époque actuelle. Les épanchements de roches éruptives ne sauraient s’expl quer par les éruptions volcaniques et leur cause ne se manifeste plus. Dans les livres même très récents on affirme que la série des éruptions volcaniques n’a commencé qu’à l'époque éocène; et l’on me permettra de noter que dès 1879, dans un ouvrage intitulé Les causes actuelles en géologie, j’insistais déjà sur la communauté du mécanisme de sortie des roches éruptives de tous les âges (p. 88). Maintenant, sans avoir l’air d’y faire la moindre attention, les cataclysmiens, éclairés par les éludes de M. Geikie et de bien d’autres, parlent formellement des volcans de tous les âges, même des volcans paléozoïques. Et Elie de Beaumont, qui faisait des temps modernes 1ère des deltas et des dunes en même temps que celle des cratères, serait bien forcé d’admettre des deltas houil-lers et des dunes tertiaires et autres.
- Voilà de bien grandes conquêtes de l’actualisme et qui font bien augurer des autres. On peut ajouter que nous
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- sommes à la veille d’en voir deux non moins frappantes et qui se feront vraisemblablement avec le même caractère tranquille que les précédentes : elles concernent l’histoire des anciens glaciers et le creusement des vallées par les rivières.
- Pour les glaciers, les catadysmicns écrivent encore : « Le fait que les anciens polis glaciaires se montrent à nous sans la moindre discontinuité, du haut en has des gorges aujourd’hui occupées par les glaciers, prouve jusqu’à l’évidence que ces gorges étaient creusées dans leurs dimensions actuelles, quand le phénomène glat iairc a commencé ses manifestations ». Mais d’ici peu ils reconnaîtront que cette continuité même prouve tout le contraire, à savoir que le glacier charriant des pierres à la surface du sol y a pénétré peu à peu, abandonnant progressivement les régions hautes exactement comme fait une lame de scie dans une pièce de hois qu’elle entame.
- Pour le creusement des vallées par les rivières, révo-
- lution des idées, pour inavouée qu’elle soit encore, s'accuse cependant dès maintenant de la manière la plus évidente. Si on y réfléchit un peu, on verra que le phénomène de la (( capture », pour employer l’expression de M. Davis, n’est qu’une forme, intimement liée avec les autres du mécanisme même de l’érosion fluviairc. Dans les parties captées, les vallées n’ont pas un autre caractère que dans les parties différentes, et dès lors il n’y a plus l’ombre d’un prétexte pour faire intervenir dans celles-ci un âge de dénudation spécialement énergique. Je regarde comme certain que d’ici à bien peu d’années les géologues seront tout prêts à contester qu’on ait jamais pu imaginer la Seine de plusieurs kilomètres dont on nous gratitie encore mais qui jouit de son reste, et qui restera seulement comme un monument de la légèreté des observateurs.
- Leur excuse sera, ici comme dans toutes les autres directions, d’avoir été trop pressés et de ne pas avoir eu le sentiment de la durée des temps géologiques. Les belles
- Fi«r. 1. — N** 1, 4 et 5. Haches de pierre. — N” 3. Pointes de tiédies. — N" 2. Petits outils. N" 7 et 8. Instruments de musique. — IV” 6, 10 et 12. Pilons. — N°* 9 et 11. Mortiers.
- dissertations sur les « similitudes », si justes en soi mais si mal appliquées, seront comme non avenues et tout le monde sera d’accord.
- Est-il besoin d’ajouter que, comme Constant Prévost y insistait déjà, la croyance à la persistance des causes n’implique pas l’identité des époques? Le refroidissement spontané de la terre, en amenant des étals successifs de la surface nettement distincts les uns des autres, amène aussi les mêmes causes à produire des effets variables, et c’est un trait constant de tous les ensembles de faits compris dans une série évolutive. Mais on saura sans doute plus tard retrouver en dehors du globe des milieux où d’an-cit ns états terrestres étant reproduits, on pourra trouver à appliquer la doctrine des causes actuelles à l’étude des phénomènes de tous les âges. Déjà la constitution de la coque lumineuse du soleil paraît pouvoir nous renseigner sur les débuts de l’écorce solide de notre propre planète, et ce n’est sans doute qu’un premier exemple des conquêtes dont sera le théâtre le domaine de la géologie comparée. Stanislas Meunier.
- LES PEUPLES PRIMITIFS
- DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE1 II
- Nous avons dit que les objets découverts par M. Zavaleta provenaient, très probablement, de quelques-uns de ces cimetières préhistoriques de la République Argentine que le voyage de MM. Inocensio Liberani et Rafael llernandès a fait, pour la première fois, connaître au commencement de 1877.
- Chaque tombe a l’aspect d’une sorte de cromlech formé de pierres plus ou moins grosses disposées en cercle, et d’une autre, assez volumineuse, qui couvre la sépulture. C’est au centre de cette enceinte que sont déposés les vases de terre, décorés de chevrons et de grecques polychromes, que nous avons décrits dans notre précédent article et qu’auprès d’eux sont
- 4 Yoy. n° 12-41. du 15 mars 1897, p. 251.
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- placés divers ustensiles, armes ou bijoux, dont l’importance varie avec la classe hiérarchique du mort.
- Les armes (11g. 1) se composent principalement de pointes de flèches en silex ou en obsidienne d’un beau travail; de houle* de pierre,boléodoras,assez grosses qui devaient être lancées à l’aide d’une sorte de fronde, et enfin de haches en pierre polie entaillées, comme le montre notre gravure, dans la partie qui forme masse et est opposée au tranchant, d’une sorte de gorge où se fixait le manche.
- C’est là un mode d’emmanchement spécial qu’il est très curieux de retrouver chez les calchaquies, alors que chez les peuples environnants ce même résultat était obtenu bien plus pratiquement au moyen d’un trou percé dans la pierre, et qu’il faut remonter dans l’Amérique du Nord, chez les Pueblos
- par exemple où elles sont encore en usage, pour rencontrer des haches exactement semblables et présentant les mêmes dispositions d’attache.
- Si on s’explique facilement les nombreux points de rapprochement qu’on remarque entre les coutumes des nations relativement voisines, et si, notamment, l’on peut même attribuer à une très ancienne exportation la présence dans les sépultures qui nous occupent de certains vases qui, par leur facture absolument typique (le fond en pointe, la tête de puma classique, etc.), décèlent, avec une certitude presque absolue, une origine péruvienne, il nous paraît autrement difficile d’expliquer, d’une façon à peu près satisfaisante, l’usage commun, chez deux peuples séparés par des centaines de lieues, d’un objet identique et tout particulièrement d’un
- Fig. 2. — N°* 1 et, a. Épingles de mantes ou de coiffures. — N° 2. Cloche. — N“ 5. Sceptrp. — N° 4. Plaque sonore, N' 6. Agrafes. — N* 7. Hachettes de bronze et plaque pectorale. — N° 8. Colliers.
- système d’attache compliqué qui n’a vraisemblablement pas pu venir simultanément à l’esprit de deux peuplades différentes si l’une ne l’a inspiré à l’autre.
- Avec les armes étaient mêlées des écuelles de toutes formes, plates ou creuses, sur certaines desquelles l'on remarque encore les serpents et les grenouilles qui se penchent sur les bords ; des pucos ou aiguières en terre très fine et d’une cuisson par-laite (quelques-unes à anses tubulées), qui, par le soin apporté à leur fabrication et le fini de leur décoration, montrent bien l’importance que ces Indiens, passionnés pour les boissons fermentées, Valhoja ou la chicha, attachaient aux récipients destinés à les contenir et qui constituaient un des principaux luxes de leurs intérieurs.
- Les pilons et les mortiers (fig. 1) — metalcs, pierres à broyer — qui servaient à écraser les substances alimentaires, médicinales ou tinctoriales,
- affectent des formes particulières et sont tantôt terminés aux angles par des têtes humaines ou animales, tantôt soutenues par des pieds pris dans la masse, tantôt enfin entièrement façonnés pour donner l’aspect d’une bête accroupie. Les uns sont plats, à peine creusés en forme de coupe, répondant à la courbe peu accentuée du pilon horizontal, qui devait être manié à peu près comme nos hachoirs; et les autres sont, au contraire, profondément entaillés, les faces latérales presque verticales.
- On retrouve rarement trace des graines que les Indiens concassaient pour leur nourriture, mais il est permis d’admettre que, comme au Pérou, c’était principalement du maïs; quant aux teintures, si l’on s’en rapporte aux usages actuels, elles étaient obtenues : le noir par l’extrait d’une sorte de cassis, le blanc par une dilution de terre de pipe, le rouge et le jaune avec de l’ocre.
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- Dans des calcaires durs d’un grain lin étaient taillés quelques étranges instruments de musique, simples cônes percés de trous à diverses hauteurs donnant des notes différentes, ou statuettes d’animaux, comme les caïmans superposés ([ue reproduit notre gravure. Ce sont des sortes d'ocarinas, analogues «à ceux utilisés, encore de nos jours, à la guerre ou dans les bacchanales, par les tribus sauvages qui peuplent la Bolivie, si voisine du pays des anciens Calchaquies et dont quelques exemplaires figuraient à l’Exposition du centenaire de la découverte de l’Amérique, à Gènes.
- M. Zavaleta a pu recueillir aussi une fort belle série de colliers (fig. 2) dont certains, composés de simples petites pierres plates et carrées enfilées par le centre, ou de petits morceaux de serpentine avec un coquillage (conus) comme ornement central, contrastent, par leur sauvagerie, avec ceux — évidemment d’origine étrangère et sans doute hispano-américaine — formés de verroteries et de perles émaillées.
- Parmi les autres ornements (lig. 2) nous citerons des broches en pierre, en os ou en métal ; de longues épingles de vêtements (topos) en ivoire ou en argent semblables à celles trouvées par M. Wiener au Pérou et presque identiques (sauf les proportions plus réduites de la palette) aux grandes épingles de mante des femmes d’Araucanie ; enfin des anneaux de différentes formes, dont un en or, pareils à ceux portés par les orejones péruviens.
- C’est à côté de ces objets, dans des vitrines spéciales, qu’a été placée la très remarquable série des objets de cuivre ou de bronze, on ne sait encore au juste (fig. 2).
- Ce sont d’abord des cloches aplaties et à ouverture elliptique pouvant être suspendues par deux trous percés dans la face supérieure ; puis des disques sonores,véritables tam-tams; des tulpos, tran-chets servant au culte; des plaques pectorales, etc., ornés de dalmatiques symboliques qui s’éloignent de l’ornementation des céramiques avec serpents et masques. Parmi ces objets figure une pièce d’un intérêt exceptionnel et dont on ne connaît que quatre exemplaires analogues.
- C’est une sorte de sceptre en forme de hache, coulé en métal provenant, dit-on, des mines de Fa-matina et qui éveillerait assez bien l’idée de commandement.
- M. (fuiroga considère ce sceptre comme constitué par une main aux doigts écartés avec un œil au centre, montée transversalement sur un manche, dont le sommet est ciselé en forme de tète humaine et en traduit ainsi le symbole : la tête conçoit, la main exécute et ordonne, l’œil veille.
- Nous ferons remarquer que si l’on tient le manche horizontalement, ce qui serait une main donne plutôt l'aspect saisissant d’un animal fantastique à haute crête, pourvu d’une mâchoire aux dents formidables, surmontée d’une espèce de corne ou de défense recourbée en arrière et complétée, vers le
- milieu du corps, qui forme le talon du sceptre, par une queue contournée. Si notre interprétation est exacte l’ensemble figurerait probablement le totem (armoiric) de la tribu commandée par le possesseur de cet insigne; mais, quelle que soit exactement l’idée poursuivie par l’artiste, cet instrument révèle un instinct esthétique indéniable, une imagination très vive et surtout une habileté réelle pour le travail des métaux.
- Tel est, dans ses grandes lignes, l’ensemble de la collection Zavaleta, dont l’importance a été pour ainsi dire consacrée par la visite de la Société des Américanistes français et dans laquelle on trouve de précieux documents capables d’éclairer certains problèmes et de compléter à divers points de vue les investigations et les brillantes synthèses des llumboldt, des d’Orbigny, des Gastelnau, des Quatrefages, des Bastian, et d’apporter de nouveaux éléments aux études des ethnographes et des spécialistes sur les populations primitives américaines.
- C’est à eux qu’il appartient en effet de rechercher et de fixer l’âge des objets qui composent ces belles séries et de nous dire si la civilisation que nous fait connaître la collection Zavaleta remonte, comme le soutiennent certains savants du Nouveau Monde, à une très haute antiquité, ou si, comme nous le croirions plus volontiers, elle a été contemporaine de la civilisation incasique, dont l’influence semble se révéler par le choix et les procédés d’ornementation, et aussi par la présence dans les sépultures d’objets d’une origine péruvienne incontestable. F.Laxdrin.
- IA PESTE DANS L’ART
- La peste, qui ne respecte rien, a même fait une invasion dans l’Art.
- Il n’est peut-être pas de maladie dont le dossier iconographique soit plus richement documenté; le nombre des œuvres artistiques qu’elle a inspirées se chiffre par centaines ; les meilleures datent des époques où le fléau fut le plus désastreux.
- S’il est vrai que les peuples de l’Antiquité aient été cruellement éprouvés par plusieurs épidémies de peste, par contre, il n’existe, à notre connaissance, aucun monument figuré relatif à ces lointaines épidémies.
- Mais, au Moyen Age, sous la Renaissance, et jusqu’au siècle passé, aux époques où la peste fit des apparitions désastreuses dans tous les pays de l’Europe, l’Art eut maintes fois l’occasion de s’inspirer des scènes réalistes et dramatiques que fit naître cette calamité.
- Et les artistes contemporains des grandes épidémies ont souvent reproduit avec sincérité les accidents pathologiques dont ils avaient été témoins.
- Il y a donc un double intérêt, scientifique et artistique, à étudier leurs productions. Charcot et Paul Richer l’ont amplement démontré dans leur bel ouvrage sur les Difformes et les Malades dans
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- l'Art. Ils ont consacre aux Pestiférés un important chapitre dont on ne saurait trop s’inspirer.
- C’est sur les images de saint Roch qu’il faut chercher les premières traces iconographiques de la peste.
- Au début du quatorzième siècle, alors que la peste sévissait avec rage dans presque toutes les grandes villes d’Italie, saint Roch, simple pèlerin, se lit le médecin et le consolateur des pauvres.
- A Rome, à Rimini, à Aquapendente, il guérit beaucoup de gens « qui estoient frappez de peste à mort ».
- Mais, à l’hdpital de Plaisance, il fut lui-même atteint par la maladie : « saisi d'une lièvre violente, et ressentit une douleur en la cuisse gauche, comme si on la luy eust percée d’une flèche ».
- C’était la peste, à n’en pas douter, avec son début fébrile et sa localisation ganglionnaire, si douloureuse que le saint, malgré toute sa résignation, ne pouvait s’empêcher de crier. Le mal lit de rapides progrès, bientôt survint un délire bruyant accompagné d’une grande agitation nerveuse, une des formes les plus redoutables de l’infection. Sans pitié pour le pèlerin qui s’était montré toujours si pitoyable, on l’expulsa de l’hôpital, et même « on le chassa de la ville, comme un phrénétique; de sorte qu’à la seule faveur de son bâton, il se retira en un petit bois voisin, où, se reposant sous un cormier, il s’abandonna à la divine Providence ».
- C’est là que, d’après la légende, il fut découvert par le chien d’un gentilhomme nommé Gathar. L’animal, plus compatissant que les habitants de Plaisance, apportait tous les jours au pestiféré un pain dérobé à la table de son maître. En souvenir de cet épisode, on représente souvent saint Roch accompagné d’un chien qui porte un pain dans sa gueule; parfois la charitable bête est figurée léchant les plaies de son maître d’adoption.
- Malgré la gravité du mal et ce cruel abandon, saint Roch guérit de la peste. Il mourut quelques années plus tard, à Montpellier, sa ville natale, d’une seconde atteinte de peste, disent ses biographes, mais plus vraisemblablement d’une autre maladie infectieuse. On raconte que le corps du saint apparut enveloppé d’une lumière surnaturelle et qu’on découvrit près de lui cet écrit : « Ceux qui, frappez de peste, invoqueront le secours de Roch, en seront guéris ».
- Depuis lors, Saint Roch fut toujours imploré par les pestiférés.
- On le représente tenant d’une main un bourdon auquel souvent pend une gourde. De l’autre main il relève son vêtement pour montrer sa jambe nue et c’est sur ce membre que les artistes ont coutume de figurer les stigmates de la maladie. Beaucoup se contentent d’indiquer des incisions ou des plaies sanglantes purement conventionnelles, sans caractères distinctifs. D’autres font voir des éruptions qui n’appartiennent évidemment pas à la peste, mais qui ont été inspirées par la vue d’autres
- affections cutanées, assez semblables à la variole.
- Mais, sur un certain nombre de figurations on retrouve, fort exactement rendues, les ulcérations charbonneuses de la peste et surtout la tumeur pestilentielle par excellence, le bubon de l’aine, le gavocciolo.
- Charcot et Paul Richer ont signalé plusieurs tableaux très significatifs à cet égard.
- Venise, qui fut, à plusieurs reprises, décimée par des pestes terribles, se plaça sous la protection de Saint Roch, et les peintres vénitiens ont laissé un grand nombre d’œuvres d’art où le saint est représenté frappé par le mal dont lui-même fut atteint. Les caractères des lésions pestilentielles sont généralement rendus avec exactitude.
- A l’Académie des Beaux-Arts do Venise, un saint Roch de Carlo Crivelli (quinzième siècle), apparaît décharné, l’œil fiévreux, la face torturée par la souffrance, montrant sur sa cuisse la tumeur spécifique, Un autre de Bartolomeo Montagna, implorant le Seigneur avec saint Sébastien, porte aussi un gavocciolo largement incisé et d’où s’écoule un flot de sang.
- La vérité pathologique atteint une surprenante précision sur une œuvre d’art soigneusement étudiée par M. Paul Richer et qui appartient au docteur Pierre Marie (fig. 1).
- Il s’agit d’une statuette en bois peint, de la fin du quinzième siècle, provenant, suivant toute probabilité, de Cologne ou des environs. Le saint porte le manteau de pèlerin; sa main gauche, aujourd’hui brisée, devait tenir un bourdon; il est coiffé d’un petit bonnet qui descend jusque sur les oreilles. De la main droite il soulève son manteau pour montrer sa jambe nue. A la partie supérieure de la cuisse, en avant et en dedans, se voit une « tuméfaction surmontée d’une fente oblique dont les bords sont irréguliers et comme ulcérés. De cette tumeur on peut suivre, jusqu’au bord du soulier, unréseau à larges mailles de vaisseaux sinueux faisant une notable saillie et représentant les traînées de lymphangite qui accompagnent les abcès ganglionnaires ». La localisation de ce réseau à la partie interne de la jambe et de la cuisse, et son point d’origine au niveau de la malléole interne, représentent bien la distribution des vaisseaux lymphatiques de cette région. Il ne paraît pas douteux que l’auteur de cette curieuse statuette ait eu l’occasion de voir de près des cas de peste bubonique, et qu’il ait retenu fort exactement les apparences de l’adénite et de la lymphangite concomitante.
- C’est surtout à l’occasion des grandes épidémies qui désolèrent les provinces méridionales de l’Europe que les représentations figurées de la peste commencèrent à se multiplier.
- « On comprend, disent Charcot et Paul Richer, que l’art, qui vit d’émotions, ait trouvé dans de semblables malheurs une source inépuisable d’œuvres puissantes. Et dans la peinture de ces grandes calamités où les sentiments les plus divers se fai-
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- saient jour, où les scènes les plus terribles pouvaient prendre place à coté des plus touchantes, les artistes trouvaient l’occasion de déployer toutes les ressources de leur génie. »
- Ainsi naquirent d’incomparables chefs-d’œuvre; et, dans le nombre, il en est quelques-uns dont les auteurs, ont non seulement fait preuve d’un talent supérieur, mais se sont montrés, par surcroît, observateurs attentifs, soucieux de reproduire fidèlement la nature, et même la maladie, jusque dans ses plus lamentables manifestations.
- Nous ne pourrons que glaner ça et là dans la longue liste que nous avons dressée des peintures dont les épidémies de peste ont fourni le sujet.
- Les répétitions sont d’ailleurs fort nombreuses, et, au point de vue spécial qui nous intéresse, un grand nombre d’œuvres d’art doivent être laissées de côté.
- La peste ayant surtout sévi en Italie, dans le centre artistique le plus florissant de l'Europe, c’est l'a qu’on trouve en plus grande abondance les manifestations de la peste dans l’art.
- Raphaël a peint une peste, inspirée de VÉnéide, et connue sous le nom de II Morbetto, gravée par Marc Antoine. Les détails caractéristiques font défaut, mais la violence du fléau est attestée par les cadavres qui jonchent le sol, hommes et bêtes.
- Les épidémies de Venise, depuis le treizième jusqu’au dix-septième siècle, ont inspiré plusieurs compositions importantes dont une dizaine, dues au Tintoret, étaient destinées à orner l’église Saint-Roch où elles sont encore.
- Mais c’est, avant tout, la Peste de Milan que les artistes se sont attachés à reproduire, avec saint Charles Rorromée intercédant pour les pestiférés. Les principales peintures relatives à ce sujet sont de Fr. Vanni, Cigoli, Fr. Gossi, Carie van Loo, Lemon-nier, Guérie, etc., et un has-relief de Puget, à la Santé de Marseille.
- La Peste de Sienne a été peinte par F. Vanni. Celle de Florence, en 1548, dont Roccace a donné une si émouvante description en tête de son Déca-méron, a aussi suscité plusieurs œuvres d’art.
- En 1656, Naples fut décimée par une peste ter-
- rible. Un peintre contemporain, Domenico Gargiulo, dit Micco Spadaro (1612-1679), a laissé plusieurs vastes compositions qui conservent au musée de la ville le souvenir de cette calamité. La plus grandiose représente la place del Mercato au plus fort de l’épidémie. Cette place publique est un véritable charnier où malades, morts et moribonds sont entassés dans un affreux pêle-mêle. On emporte les cadavres par tombereaux. Les gestes de douleur et d’effroi, les convulsions agoniques, les plaies, les ulcérations, la putréfaction des chairs sont rendus avec un réalisme impressionnant. On voit que les noms des artistes de l’école italienne dominent dans cette énumération très écourtée. Ce sont eux, en effet, qui ont eu les plus nombreuses occasions d'observer de visu les funestes effets de la peste.
- I/école flamande est cependant représentée par des peintresillustres, J. van Oost le Vieux (au Louvre), G. de Crayer (musée de Nancy), etc. Rubens a peintplusieurs tableaux relatifs à la peste : Saint François de Paule apparaissant aux pesti férés, conservé à la Pinacothèque de Munich; l’esquisse originale est au musée de Vienne ; et Saint Roch intercédant pour les pestiférés, dans l’église Saint-Martin d’Àlost (Relgique), etc.
- La terrible épidémie de 1720, qui fit tant de victimes à Marseille, a suscité un grand nombre d’œuvres d’art, presque toutes de 17x0le française et conservées dans cette ville. Un tableau de J.-F. de Troy, un autre de Guérin, nous montrent le courageux chevalier Rose commandant les forçats qui jettent à la mer les pestiférés. François Gérard, Mansiau, célèbrent le dévouement de Mgr lîelsunce, évêque de Marseille; David représente Saint Roch intercédant pour les pestiférés, etc.
- Nicolas Poussin a peint aussi une Peste de Marseille qui se trouve à Vienne, dans la galerie Czcr-nin. Mais son chef-d’œuvre est la Peste des Philistins, au musée du Louvre (fig. 2).
- Le principal épisode semble avoir été inspiré par un récit véridique d’Ambroise Paré . 11 représente une mère, depuis peu trépassée, dont l’enfant cherche à sucer le sein refroidi, tandis qu’un homme
- Fig. 1. — Statue en bois de Saint Roch avec les stigmates de la jiesto.
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- Fig. 2. — La Pente des Philistins. D’après le tableau de Nicolas Poussin.
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- écarte le petit être pour le préserver de la contagion, s’il en est temps encore. Non loin de là, un jeune homme, fort et beau, agonise à côté d’un vieillard; plus loin gît le cadavre d’un nouveau-né; le fléau n’épargne aucun âge. Les survivants pleurent, se lamentent, invoquent le ciel ou, perdant tout espoir, s’abandonnent à la fatalité.
- Quelques-uns s’efforcent de transporter au loin les morts; la plupart se bouchent le nez pour ne pas respirer l’odeur épouvantable qui s’en dégage, car la putréfaction des pestiférés commence presque aussitôt après la mort.
- Un détail est à remarquer : ce sont les rats, que Poussin a figurés en grand nombre dans son tableau, et qui, dans presque toutes les épidémies de peste, sont les premiers atteints par la maladie.
- Une des plus belles compositions qu’aient inspirées les épidémies de peste a été exécutée par Pierre Mignard. Elle représente la Peste d'Épire.
- La scène qui se passe au premier plan est particulièrement impressionnante; elle a aussi un grand intérêt médical que Charcot et Paul Richer ont bien fait ressortir : un médecin vient d’ouvrir, avec une lancette, un bubon de l’aisselle, dont l’origine pestilentielle n’est pas douteuse, et dont la figuration est conforme à la réalité. Mais a peine a-t-il pratiqué l’incision que, frappé soudainement par le mal qu’il cherche à guérir, le courageux opérateur sent ses forces l’abandonner, laisse tomber son bistouri, sa palette à saignée, et s’affaisse sur lui-même, victime du devoir professionnel (fig. 5).
- Cet épisode dramatique semble inspiré d’un passage de Lucrèce, au sujet de la peste qui ravagea l’ile d’Eginc, sous le règne d’Éaque. On lit, en effet, au VIe livre du poème De rerum natura : <• Rien n’arrête la violence du fléau : il se déchaîne avec fureur contre ceux mêmes qui travaillent à le détruire, et la science devient funeste à celui qui l’emploie. »
- La Peste d'Épire est des dernières années de Mignard. 11 avait déjà peint un tableau représentant Saint Charles communiant les pestiférés, destiné au maître-autel de Saint-Charles dei Catenari.
- Ch. Blanc rapporte, à propos de ce tableau, une anecdote qui montre bien le souci qu’avait Mignard de s’entourer de documents précis et pris sur nature : Désirant faire une étude de cadavre, il obtint d’un frère capucin la permission de peindre un mort qui devait, selon la coutume d’Italie, être exposé,
- le visage découvert, la nuit dans une église. Tl se mit à l’œuvre; mais, au bout d’un certain temps, le billot sur lequel reposait la tête du cadavre vint à tomber avec fracas, entraînant la lumière qui éclairait la chapelle. Mignard en éprouva une violente terreur ; il voulut s’esquiver et ne put, dans l’obscurité, retrouver la porte. Le frère capucin vint heureusement à son secours et le peintre acheva son étude.
- Enfin, dans notre siècle, le tableau bien connu de Cros, au musée du Louvre, représentant les Pestiférés de Jaffa, offre aussi un intérêt médical :
- Le général Donapartc est figuré touchant du doigt l’aisselle d’un pestiféré. On peut rappeler à ce propos que les rois de France faisaient autrefois un geste analogue pour guérir les écrouelles.
- Charcot et Uaul Richer ont insisté sur ce fait que le peintre avait voulu préciser la nature du mal, en indiquant sa localisation coutumière. C’est pour laisser voir le bubon du creux de l’aisselle que le malade soulève son bras en portant la main à sa tête, et non pas, comme le croyait Ch. Rlanc, pour faire au général le salut militaire.
- La peste, dont le nom n’évoque guère que de tristes souvenirs, a cependant fait naître quelques dessins d’apparence caricaturale; mais ils ne sont pas de pure fantaisie : ils ne font que reproduire les mesures prophylactiques prises par certains médecins, en vue de se préserver de la contagion.
- Charles de l’Orme, médecin deLouisXIIl, dont M. Bernardin a récemment rajeuni l’histoire, raconte en quel singulier costume il soignait les pestiférés : « Je me fis faire un habit de maroquin que je ne quittai plus, et je pris l’habitude de ne jamais sortir sans avoir dans la bouche de l’ail, dans le nez de la rue, dans les oreilles de l’encens, sur les yeux des bésicles. Plus tard même je fis faire un masque du même maroquin que l’habit, où j’avais fait attacher un nez long d’un demi-pied, afin de détourner la malignité de l’air. »
- Une figure du Traité de la peste de Manget ( 17 ^1 ) représente une variante de cet habit carnavalesque qui, d’après l’auteur, aurait été importé d’Italie (fig. 4). C’est dans le même accoutrement que nous voyons un médecin de Marseille, pendant la grande épidémie de 1720, figuré sur une curieuse gravure de Mel-chior Fuesslinus, signalée par M. B. Reber [Janus, o livr., p. 299). La légende dit en allemand : « Image de l’habit en cuir de Cordoue d’un médecin de Marseille, pendant la peste, portant dans l’enve-
- Habii beé Médecins, et autres personnes (fui 'visitent Les Pestiférée, 01 est be marrocfuin be leu&nt,le masque a les y eux. de cristal,et uulmi^ ne^yempU be parfume
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- loppc du nez des fumigations, et tenant la baguette avec laquelle il doit tâter le pouls. »
- En voyant ces aflublcments ridicules, on s’explique que la peste, qui fit verser tant de larmes, ait aussi l'ait naître quelques sourires.
- Ce rapide aperçu des œuvres d’art dont la peste a fourni la donnée, suffit à montrer le rôle qu’elle a joué dans la genèse des productions artistiques. On lui doit des chefs-d’œuvre d’une poignante émotion, et, parfois, d’un saisissant réalisme. C’est peut-être la seule inlluence heureuse qu’ait exercée cet le funeste maladie. Dr Henry Mek;e.
- L’ « OCEANIC »
- PAQUEBOT EXTRA-RAPIDE
- La lutte de vitesse pour la traversée des Etats-l’nis en Europe et vice verset continue, sans que nous y prenions part. Le Lloyd allemand fait construire à Stettin un immense paquebot de 20 500 tonneaux et 50 000 chevaux, qui n’aura pas moins de 197 mètres de long, fdera 25 nœuds et gagnera ainsi quelques heures sur les meilleurs steamers actuellement affectés à la ligne dont il s’agit. Mais les Anglais ne veulent pas se laisser distancer; leur White Star Line vient de commander aux constructeurs llarland et Woolf de Belfast un paquebot qui portera le nom à'Oceanic et qui dépassera sous tous les rapports le navire que les Allemands ont sur chantiers. UOccanic aura 215 mètres de long, un déplacement de 18000 tonnes, une puissance de 45 000 chevaux et réalisera une vitesse de 25 nœuds. Il sera incontestablement le navire le plus rapide du monde; car les quelques torpilleurs, tout en machines, qui fdent de 27 à 50 nœuds « aux essais », sont incapables de retrouver cette allure ou de la soutenir dès qu’il y a un peu de mer. UOccanic pèsera autant que deux cuirassés de premier rang, les grands blindés anglais exceptés, et aucun croiseur rapide ne saurait lui être comparé, au point de vue de la vitesse ; il se jouera de leur poursuite, et, ce qui le rendra très précieux en temps de guerre, c’est que, avec ses soutes et ses cales à marchandises pleines de charbon, il pourra accomplir le tour du monde sans faire de combustible. 11 sera aussi le plus grand bâtiment qui ait jamais été construit : le Great-Eastern avait 7m,50 de moins. En somme, sa construction pourra être considérée comme le principal événement maritime des dernières années du siècle. Le saut de vitesse qu’il doit réaliser, saut qui n’est pas de moins de 6 nœuds sur les vitesses des paquebots les plus rapides, est des plus remarquables; mais on se demande si un navire comme VOceanic rétribuera les capitaux qu’on va engloutir dans sa construction. Ses machines consommeront environ 600 tonnes par jour ; ses traversées seront moins longues et il fera plus de voyages par an que les paquebots existants. Les efforts que font les Anglais et les Allemands devraient nous préoccuper sérieusement; nous sommes déjà très en retard sur nos concurrents pour les services postaux de l’Amérique du Nord, et, actuellement, les navires que nous mettons en ligne luttent avec peine contre les bâtiments étrangers, parce que ceux-ci sont plus rapides. <)u’adviendra-t-il lorsque les différences de vitesse seront plus considérables encore? Si l’on n’v prend garde, les paquebots français se verront abandonnés par leur clientèle et le grand mouvement de voyageurs auquel donnera lieu l’Exposition de 1900 profitera à nos rivaux. J. de D.
- LA YAPEUR D’ALDÉHYDE FORMIQUE
- ET LA DÉSINFECTION DES LOCAUX
- L’hygiène publique et privée peut actuellement disposer d’un procédé d’une efficacité certaine contre les germes infectieux dont sont imprégnés les matelas, les objets de literie, les rideaux, vêtements, etc. C’est le traitement par l'étuve à vapeur. Mais il n’en était pas de même jusqu’ici pour les surfaces des locaux contaminés, murs,planchers, meubles, et les parties superficielles des linges, tentures, etc., qu’il est nécessaire de traiter sur place. Longtemps on avait attribué à l’acide sulfureux ( produit gazeux), ou au sublimé corrosif (produit utilisé en pulvérisations), des qualités que des études récentes de M. Yaillard et d’autres savants ont démontré n’être qu'illusoires. En Allemagne on désinfecte les murs des casernes et des hôpitaux en les frottant avec des mies de pain qu’on brûle ensuite. Mais le succès de tout procédé qui repose sur une action manuelle dépend surtout de l’intelligence et des soins du personnel chargé de l’appliquer. 11 n’en est pas de même avec l’emploi d’un désinfectant gazeux, dont les vapeurs vont automatiquement exercer leur action sur tous les points.L’aldéhyde formique ou formaldéhyde est le résultat de l’oxydation des vapeurs d’alcool méthylique (esprit de bois). M.Trillat, expert-chimiste au Tribunal civil de la Seine, en a donné, en 1889, une méthode de fabrication industrielle qui consiste à diriger un mélange d’air et d’alcool sur un corps incandescent. Le produit ainsi obtenu est un liquide aqueux d’une odeur très particulière, rappelant l’odeur de souris : les vapeurs qu’il dégage même à la température ordinaire sont très irritantes pour les yeux et pour les voies respiratoires.
- Ce sont ces vapeurs que M. Trillat a utilisées pour la désinfection des locaux, après des expériences exécutées à l’hôpital Cochin avec M. le Dr Bardet1. Mais la production et l’application pratique de la formaldéhyde exigeaient trois conditions : 1° employer la formaldéhyde du commerce qui fournit un volume considérable de vapeurs à bon marché ; 2° obtenir le volume nécessaire dans un temps très court afin de rendre les locaux rapidement disponibles et d’éviter que l’odeur caractéristique des vapeurs ne s’attache aux objets traités; 5° combiner l’appareil producteur de manière qu’il pût être installé en dehors des locaux à traiter, afin de supprimer tout danger d’incendie et de préserver l’opérateur de l’atteinte irritante des vapeurs. Le produit du commerce, qui contient environ un tiers de son poids de formaldéhyde pure, a le grave inconvénient, lorsqu’on le chauffe, de se prendre en masse bientôt et de devenir inerte. Mais en y ajoutant du chlorure de calcium qui absorbe la vapeur d’eau, et en opérant sous pression dans un autoclave analogue à celui des laboratoires de bactériologie, M. Trillat a pu distiller en une heure la presque totalité de formaldéhyde pure contenue dans l’appareil. En même temps, tout le dégagement des vapeurs irritantes étant
- * Voy. n° 1154, du 15 juillet 1895, p. 105. 1
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- effectué en vase clos, l’appareil, dont le maniement est à la portée de tout le monde, pouvait, sans inconvénient, être placé à l’extérieur d'une maison, d’une villa, d’une salle d’hôpital, etc., car il suffisait d’introduire dans la serrure de la porte d’entrée le tube de dégagement ayant 1 millimètre de diamètre. On réalise ainsi ce résultat, en apparence paradoxal, de détruire les germes infectieux déposés sur les murs, les tentures, etc., d’une maison, sans avoir besoin d’y pénétrer.
- On voit de suite quels perfectionnements l’auteur a apportés au procédé qui a été décrit ici même il y a un an et demi. Ce n’est pas toutefois sans de nombreux essais que M. Trillat est arrivé au but cherché. La première expérience au moyen de l’autoclave fut faite à Courbevoie dans une maison à trois étages; des bacilles de la décomposition et des spores de charbon virulents, répandus sur 24 objets, furent disposés dans chacune des pièces, puis furent ensemencés après un dégagement qui dura 24 heures.
- Les cultures bactériologiques démontrèrent que tous les germes pathogènes exposés avaient été détruits. Une Commission nommée par M. le Ministre de la Guerre expérimentale procédé Trillat dans une des grandes salles de l’hôpital du Yal-de-Grâce. Notre fig. 1 montre la disposition adoptée. Le cube de la salle est de 660 mètres environ : on avait placé dans diverses parties delà pièce des linges contaminés par les germes infectieux tels que bacilles delà tuberculose et de la dipthérie, vibrions cholériques, bacilles typhique et tétanique, pneumocoque, charbon spo-rulé, etc. La durée d’action des vapeurs lut de dix heures : tous les germes librement exposés furent
- tués, mais ceux qui étaient contenus dans des matelas ou dans des linges plusieurs fois repliés sur eux-mêmes ne furent pas atteints. La conclusion du Rapport officiel est la suivante : « Réduite à ces proportions (c’est-à-dire à la désinfection des surfaces), l’action de la formaldéhyde n’en reste pas moins d’une incontestable utilité pour la désinfection des
- locaux; son emploi paraît devoir être avantageusement substitué à celui des pulvérisations de sublimé, dont l’efficacité est moins que douteuse1. »
- 11 ne s’agissait donc plus que de diminuer le temps employé au dégagement des vapeurs. De nouveaux essais, institués à Montpellier par M. le l)r Rose, agrégé à la Faculté de Médecine, démontrèrent qu’en 5 heures tous les germes pathogènes exposés librement dans des locaux de 740 mètres cubes étaient anéantis, et que les vapeurs
- agissaient avec la même énergie dans les parties supérieures, moyennes et infé-rieures d’une grande salle, aussi bien que sur tous les points de la salle considérée dans sa longueur. Poursuivant sans relâche le perfectionnement de sa méthode, M. Trillat vient de démontrer par des essais faits devant le personnel de l’Institut Koch à Rerlin, et tout dernièrement devant une Commission nommée par la Société Médicale de Rouen, qu’un local d’une capacité correspondant à celui d’un appartement pouvait être désinfecté en une heure*. M. le Dr Nicolle, professeur à l’Ecole de Médecine de Rouen, qui a dirigé ces expériences, donne les détails suivants sur le mode opératoire : l’autoclave est
- 1 Itappnrt de MM. Vaillant et Lemoine*. Annales de VInstitut Pasteur. (Septembre 1806.)
- 2 La Normandie médicale, u° du 15 janvier 1807.
- Fig. 1. — Désinfection d'une salle de l'Hôpital du Yal-de-Grâce.
- Fig. 2. — Désinfection d’une villa.
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- rempli aux deux tiers avec la solution, puis fermé. On allume la lampe à pétrole qui se trouve à la partie inférieure. L’appareil est maintenu fermé jusqu’à ce que le manomètre indique que la tension des vapeurs atteint 5 atmosphères. A ce moment, on introduit le tube de dégagement dans le trou de la serrure de l’appartement à désinfecter.
- On a eu soin, au préalable, de fermer les fenêtres, de baisser les tabliers des cheminées, de laisser ouvertes les portes de communication des chambres, ainsi que celles des armoires, et les tiroirs des tables. M. le I)1' Nicolle ajoute qu’une heure après que l’appareil a cessé de fonctionner, la stérilisation est complète. Il faut alors ouvrir pour éviter que l’odeur s’attache trop fortement aux tentures , parquets, etc.
- On doit, en raison des propriétés irritantes des vapeurs, se présenter avec un mouchoir devant la bouche et le nez, sans respirer, aller rapidement ouvrir les fenêtres et sortir. Au bout de 10 minutes, l’air est devenu respirable : le soir même, si l’on a opéré dans la matinée, l’odeur est assez atténuée pour permettre de coucher dans la pièce.
- Le procédé est donc à la fois sûr et pratique, en ce qui concerne bien entendu les désinfections superficielles, et comme nous l’avons déjà indiqué, la faculté de placer l’autoclave formogène au dehors confère une lacilité d’application qui est vraiment tout à fait remarquable.
- Notre figure 2 représente la désinfection d’une villa obtenue dans ces conditions. On voit l’appareil, d’une grande simplicité, placé à la porte en dehors du bâtiment.
- La méthode est du reste également applicable dans un grand nombre de cas, par exemple pour la désinfection des cales et des divers locaux des navires, du matériel roulant de chemin de fer, etc.
- Elle paraît, en un mot, parvenue à un point de perfectionnement qui permet de la signaler aux services publics, et qui justifie entièrement les conclusions très favorables de MM. les D1S Bosc et Nicolle sur son efficacité certaine pour la stérilisation des surfaces. G. Richou,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- ASCENSEUR FIXE OU MOBILE
- M. E. Dumarchey, mécanicien à Paris, vient d’inventer un système d’ascenseur dans lequel une ou plusieurs personnes peuvent s’élever elles-mêmes sans fatigue à diverses hauteurs, s’arrêter, monter plus haut, redescendre, et cela par une manoeuvre des plus simples. Le nouvel appareil, qui offre plus de sécurité que les grandes échelles doubles employées jusqu’ici, pourra servir dans nos musées, pour la pose et le nettoyage des tableaux, et remplacera les échafaudages volants employés par les peintres dans les grands édifices, pour l’entretien ou le nettoyage des plafonds et l’intérieur des coupoles des expositions, etc. A l’extérieur, cet appareil pourra être employé pour la construction ou l’entretien des maisons, pour sauvetage en cas d’incendie, etc. Comme le montre notre dessin, l’ascenseur est rendu mobile au moyen d’un chariot muni de roues. La plate-forme supporte un treuil pour commander les organes servant à son élévation ou usa descente. Ces orga nés sont des croix de Saint-André, articulées à leurs centres et à leurs extrémités de façon à former des parallélogrammes déformables. Au repos, tous ces parallélogrammes sont fermés, et tous les supports articulés sont repliés les uns sur les autres dans le chariot. Une fois l’ascenseur développé, comme le fait voir la figure, les parallélogrammes sont ouverts, maintenant la plateforme à la hauteur voulue. Yoici comment s’obtient le mouvement : les deux tiges inférieures des croix de Saint-André, ainsi que les deux tiges supérieures, sont montées sur des axes munis de galets se déplaçant dans des coulisses horizontales. Ce sont des vis, filetées en sens inverse, qui, commandées par un pignon mis en mouvement au moyen d’une vis sans fin, produisent l’éloignement ou le rapprochement simultané des galets, et par conséquent la fermeture ou l’ouverture des parallélogrammes, correspondant à la descente ou à l’ascension de la plate-forme.
- Des étançons, formés de plusieurs parties coulissant l’une dans l’autre, assurent la stabilité de l’appareil. L’accès de la plate-forme, lorsque l’appareil est plié, se fait à l’aide d’une petite échelle, que l’on voit à la droite du dessin. Arthur Goor.
- Ascenseur fixe ou mobile Dumuiriiey.
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- CHRONIQUE
- Apparitions Inmincnsrs. — La science quitte quelquefois le laboratoire et sait parfaitement bien se rendre aimable à ses heures. Elle fréquente même les salons et nous n’en voulons pour preuve que le compte rendu suivant que nous empruntons à la revue des sciences du Journal des Débats.
- (( Il n’v a pas que chez les frères Isola que l’on voit des choses étonnantes. Un physicien de nos amis, grand adepte des rayons X, nous a fait assister à une petite séance de magie qui en vaut bien une autre. Programme : « Apparitions mystérieuses; nouvelles applications des rayons X. » C'était en carnaval et l’on pouvait soupçonner quelque mystification. Il n’v en avait aucune, comme il le fut prouvé après les expériences, et nous étions en plein domaine de la physique la plus correcte. On nous lait pénétrer dans un salon qui n’avait rien de machiné, où seulement les lustres en verre, les verroteries, les p ireelaines abondaient avec des vases énormes garnis de lleurs. Dans un petit coin un appareil, gros comme une lanterne magique, tout enveloppé d’une étoffe noire..., et dans la pièce une vingtaine de curieux.
- On éteint les lumières, comme pour une séance de spiritisme. On entend une sorte de crépitement. Puis, brusquement, on voit passer doucement dans l’espace une main gigantesque lumineuse qui monte et descend au-dessus des assistants. Elle les frôle presque, puisqu’on entend un petit cri de terreur aussitôt réprimé. « N’ayez pas peur, dit l’hôte de la maison. Cette main n’est pas celle d’un revenant ! Je vous la montrerai dans un instant aux lumières. » En même temps courent dans la pièce et dans toutes les directions des violons lumineux. « Mais nous sommes chez les Davenport! ne peut s’empêcher de faire remarquer un vieil habitué du boulevard. — Point; aucun esprit n’a jamais visité la maison. » On l’aurait cru volontiers cependant, car les violons continuaient de danser au-dessus des têtes.
- Enfin les violons s’en vont muets comme ils étaient venus. Mais une grosse sphère descend du plafond comme une boule de phosphore et oscille à la façon d’un pendule. 1 ne sonnette lumineuse tinte en faisant devant la sphère une révérence continue. On voit le battant en feu s'agiter et frapper la sonnette, pendant que la boule brillante décrit ses courbes capricieuses.
- Tout à coup, aux quatre coins du salon, des gLces ont l’air de s’enflammer; les vases chargés de fleurs s'illuminent; les lustres étincellent; une table chargée de lasses et de verres s’éclaire; tout est en feu, et la pièce tout entière si sombre s’éclaire de toutes parts de lueurs phosphorescentes d’une tonalité douce et bleuâtre. Dans Pair, passent comme des lucioles; sur le tapU, on croyait voir partout glisser des vers luisants. Les femmes sont comme piquées au corsage et dans les cheveux de pierres lumineuses. Les diamants lancent des lueurs fantastiques; les émaux brillent; les cristaux rayonnent comme au clair de lune. Partout une lumière délicate qui chasse les ténèbres sans permettre cependant de distinguer nettement ce qui se passe autour du salon. Une vraie lumière de château enchanté qui brille et ne permet pas de voir. Les plus nerveux crient maintenant à la magie. Le physicien répète tranquillement qu’il fait de la science pour ses invités.
- Tout retombe dans l’obscurité. Une carafe pleine d’eau apparaît phosphorescente. Elle est suspendue au milieu de la pièce comme un petit bal'on ; l’eau lance des éclair s.
- Un plateau se dessine bleuâtre dans un coin et vient lentement se placer sous la carafe; d’un autre coin surgit un verre brillant, qui s’en va, avec la même lenteur, se poser sur le plateau. Enfin, une cuillère descend du plafond. Un sucrier apparaît. On voit distinctement le sucre phosphorescent sortir, morceau par morceau, du sucrier et tomber dans le verre. La carafe s’agite et, comme mue par une force occulte, se renverse à point pour verser l’eau dans le verre. A son tour, la cuillère sort de son immobilité et elle se met à tourner vivement dans le liquide, fa'sant fondre le sucre. Tout cela avec une étonnante précision et sans qu’on puisse savoir quel est le fil magique qui donne le mouvement à ces objets inertes. Rien de si singulier que ces corps dont la phosphorescence tranche sur le noir du salon et qui se dressent et se meuvent sous l’influence d’une main invisible.
- brusquement, tout disparaît. C’est encore l’obscurité profonde. On perçoit un bruit sec. Et, aussitôt, du plafond s’échappe une pluie étincelante de confetti ; puis des serpentins lumineux se déroulent en volutes courtes ou longues d’un meuble à l’autre, enfermant les palmiers et les fougères de l’appartement dans un réseau phosphorescent. La pièce est rayée de rubans lumineux aux teintes blafardes. Une nouvelle pluie d’or, et tout s’éteint comme après un bouquet de feu d’artifice ! On applaudit le magicien. Mais les mains s’arrêtent et les cœurs battent.
- Là-bas, dans un coin, devant une portière de velours, tout à coup surgit dans l'ombre une forme humaine, vague d’abord, vaporeuse, à peine dessinée; l’apparition grandit et s’avance. Ma voisine recule ; elle n’est pas la seule, car on entend un bruit de chaises qui se déplacent.
- Le fantôme fait encore quelques pas et s’arrête. C’est une femme. La taille est élevée; le visage apparaît d’une pâleur verdâtre. Mais quelle physionomie extraordinaire! Les yeux sont absents ; on distingue deux trous noirs sous les paupières. La bouche est close ; les cheveux sont phosphorescents. Un grand voile lumineux entoure cette statue animée et dans ses plis jouent de petits éclairs qui brdlent comme des paillettes et des pierres précieuses. Le bras droit se lève lentement en secouant des flammes. El des doigts écartés jaillissent des rayons de feu qui vont illuminer l’assistance.
- On n’applaudit plus. L’apparition muette et sévère attire tous les regards. Elle est là superbe, mais effrayante. Elle montre du doigt le ciel. Un coup de gong qui surprend les spectateurs retentit dans le silence. Puis l’apparition se raidit plus droite que jamais, laisse tomber son bras et recule doucement. A ce moment, la tète cesse de luire; on n’aperçoit plus qu’un grand corps sans visage. Le cou s’obscurcit peu à peu. La taille s’en va en morceaux. On ne distingue plus que le bas du fantôme enveloppé dans son grand voile diamanté. Puis les formes deviennent de plus en plus vagues. Et l’apparition s’évanouit.
- Les chaises se rapprochent, on entend un soupir de soulagement. Un immense bouquet lumineux se dessine en relief au milieu du salon avec une banderole bleue sur laquelle on lit : « Rayons X ».
- La lumière électrique brille et le salon s’éclaire magnifiquement. Notre hôte est debout et dit : « C’est fini », et répète, en souriant à ma voisine un peu émotionnée : « Pas de spiiitisme, pas d’occultisme, pas de surnaturel! des rayons X, rien que des rayons X ». Et c’était vrai. Si vrai que nous pouvons en gros et sommairement rendre compte de cette séance mystérieuse. On sait bien que les .rayons Rônlgen, invisibles pour notre œil,
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- rendent phosphorescentes les substances fluorescentes, et notamment les écrans recouveitsde platino-cyanurc, lesdia-mints, le verre, etc. Dernièrement, M. Radiguet reconnut que, sous l’action des rayons X, tous les objets en verre, en cristal, brillent d'un certain éclat dans la complète obscurité1. L’appareil producteur des rayons X est caché derrière plusieurs voiles noirs. On ne le devine même pas. Et, cependant, à travers tous ces voiles les rayons passent et s’en vont il'uminer les objets en verre, et rien que ces objets, si bien que, si l’on tient à la main un verre, une carafe, on apercevra phosphorescentes toutes les facettes du verre, et dans l’obscurité on verra le verre, la carafe, se promener seuls dans l’espace, la main qui les tient restant absolument invisible. Non seulement le verre devient phosphorescent à distance derrière l’appareil aux rayons X, mais encore les émaux, les diamants, la porcelaine, etc. Ces faits mis en évidence par M. Radi-guet étaient susceptibles d’être illustrés par des expériences plus « sensationnelles ». On pouvait évidemment s'en servir pour exciter la curiosité et donner aux amis du nouveau une véritable leçon de physique amusante. Deux compères, en tout trois opérateurs, et il n’en fallait pas plus pour produire les apparitions luminemes. Des boules de verre, des carafes, des violons en porcelaine, des vases en porcelaine, des confetii en papier cyanuré et platiné, des serpentins à enduit fluorescent, des lucioles, des ileurs en verre, des gants lumineux, etc., tel était tout le matériel employé. 11 suffisait de bien promener ces objets devant les spectateurs; on ne pouvait voir ni les compères, ni leurs déplacements dans l’obscurité de la pièce,puisque les rayons X n’affectent pas la vue. Et le fantôme? Une figurante habile, de grande stature, d’abord cachée derrière une tenture et enveloppée d’un voile recouvert d’une matière fluorescente, le visage enduit d’une poudre au sulfure de zinc phosphorescent.... La femme s'éclaire seule aux rayons X et, dans le noir de la pièce, apparaît comme un fantôme livide.... »
- Ce compte rendu des Débats a intrigué un certain nombre de personnes. Nous avons reçu des demandes de renseignements d’universités françaises et étrangères. Il nous appartient sans doute plus qu’à tout autre de lever le voile discret qui couvrait le nom du physicien, puisque la soirée a été donnée en l’honneur de La Nature et chez son administrateur. Le physicien, c’est M. Radiguet lui-même, le constructeur très apprécié. Il a bien voulu produire les apparitions lumineuses chez M. et Mme Masson, devant un très petit cercle d’invités de la dernière heure : membres de l’Institut, membres de l’Académie de médecine, professeurs de la Faculté, etc. M. Radiguet a été vivement félicité par MM. Guvon, Potin, Dieulafov, Pozzi, Rouilly, Gérùme, de Nadaillac, de Lapparent, Bapst, de Nalèche, etc. Il a beaucoup intéressé aussi avec ses belles expériences de radiographie et de radioscopie à travers le corps humain. Nous remercions, au nom de la rédaction de La Nature, M. Radiguet de nous avoir donné la primeur d’expériences encore inédites, au moins sous celte forme saisissante. Fi.amel.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 avril 1897. — Présidence de M. Cu.vm.
- Dessins préhistoriques. — M. Emile Rivière appelle l’attention sur les résultats qu’il a tirés de ses dernières fouilles "dans le département de la Dordogne, à la grotte
- 1 Yoy. n° 1210, du 6 mars 1897, p. ‘218. "
- de la Moutlie1. 11 décrit spécialement les remarquables dessins préhistoriques gravés sur les parois de la grotte. Le plus rapproché est à 9b mètres de l’ouverture et le plus éloigné à 147 mètres. Ces intéressantes tentatives d’art remontent aux temps préhistoriques et sont les premières que l’on ait relevées en France. Elles reproduisent des animaux sans doute communs à cette époque : une sorte de bovidé, un bison, un daim ou un renne au corps tacheté, deux autres animaux indéterminables.
- Le passage de la lumière au travers des corps opaques. — M. d’Arsonval décrit une expérience nouvelle de M. Lebon, relative à la transparence des corps opaques. M. Lebon colle sur une plaque d’ébonile, épaisse de deux millimètres environ, une étoile de papier d’étain. La plaque d’ébonite est encastrée dans un cadre de bois et l’on applique contre la face d’ébonite une plaque photographique, maintenue par un volet dont la pression est assurée par des ressorts suivant la disposition des châssis de tirage. La face recouverte de la figure en papier d’étain est donc extérieure. Si l’on expose ce châssis à la lumière et que l’on soumette ensuite la plaque photographique aux opérations du développement, on voit apparaître en noir l’image du dessin. Il résulte de là que la partie de la plaque d’ébonite recouverte de papier d’étain a été beaucoup mieux traversée par la lumière. Cette expérience, si singulier que puisse paraître le résultat, a été contrôlée par M. d’Arsonval et parM. Lippmann. On ne peut l’expliquer par l’intervention des rayons de fluorescence. D’ailleurs, il est à remarquer que l’expérience réussit encore très bien si l’on recouvre extérieurement la feuille d’ébonite portant la figure d'étain par une deuxième feuille d ebonite. Enfin la température ne joue évidemment aucun rôle, car si l’on tran'por.e le châssis dans une étuve obscure, sans exposition préalable ou postérieure, les opérations du développement ne donnent aucune image.
- La combinaison du carbone et du fer. — La combinaison du carbone et dufer a depuis longtemps fixé l’attention des chimistes, mais on n’avait pas obtenu directement cette combinaison par l'union du carbone et du métal. M. Moissan a étudié particulièrement la solubilité du carbone dans le fer. 11 a reconnu qu’à la température élevée du four électrique, il se produit une combinaison définie du carbone et du fer ; ce carbure est alors liquide cl se décompose lorsque la température s’abaisse. Dans la fon'c grise refroidie lentement et solidifiée vers 1150°, il ne reste que peu de carbone en combinaison, et l’on voit apparaître à la surface des efflorescences de graphite. La fonte blanche en garde davantage. L’acier non trempé, dont le point de fusion est plus élevé encore, en renferme un peu plus. Enfin, on peut obtenir un métal riche en cristaux de carbure, en x’efroidissant brusquement dans l’eau une masse de fer saturée de carbone au four électrique. Il est facile de séparer ce carbure à l’état de pureté. Il a pour formule Fe3 G, il possède les propriétés du carbure retiré de l’acier. M. Moissan en décrit les principales propriétés. Ce carbure de fer défini peut, comme les autres carbures métalliques, dissoudre par élévation de température un excès de carbone qu’il abandonne sous forme de graphite lorsque la température s’abaisse.
- Élection. — M. Radau est élu membre de la section d’astronomie, en remplacement deM. Tisserand, par 57 voix, contre 20 données à M. Bigourdan et 2 à M. Perrotin.
- Varia. — M. Hanriot signale les caractères qui différencient la lipase du sang et la lipase du pancréas. —
- | 1 Voy. n° 1254, du 23 janvier 1897, p. 12i.
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- LA NATURE.
- M. Le Gailet a déterminé la différence de potentiel des couches atmosphériques distantes de 5 mètres en altitude. Ch. lie ViujuiEuiL.
- LES FIGURES ANIMÉES
- Le cinématographe a excité l’imagination des inventeurs. Un a cherché à simplifier et l’on a simplifié au delà de toute expression. Un nous a donné le cinématographe breloque à 19 sous, le follio-scopc simple et le follioscope mécanique, tout petits appareils qui ont été décrits ici et qui sont maintenant bien connus. Mais depuis,
- MM. Louis-Antoine Garchey et Antonin Rcgny, de Lyon, ont réalisé un dispositif ingénieux breveté, s’il vous plaît, qui permet, sans aucun appareil, de produire aussi 1’ illusion du mouvement. La solution est très originale. Les figures animées sont vraiment drôles et amuseront un instant les grands et les petits enfants.
- Les figures de MM. Garchey et Re-gny, ce sont des ombres chinoises colorées qui s’animent positivement d’elles-mêmes sans qu’on leur fasse exécuter aucun mouvement.
- Il suffit, en effet, de promener devant elles une bougie ou une lampe. Sur un écran translucide, on a dessiné ou peint des figures représentant des personnes, des animaux, des objets. Les parties qui doivent prendre un mouvement, telles que bras, mains, jambes, oreilles, pattes, etc., sont rapportées et collées de façon à n’être pas adhérentes à l’écran, mais, au contraire, à pouvoir en être plus ou moins écartées à la main. Ces parties non adhérentes sont placées du côté éclairé et projettent, par conséquent, leurs ombres sur l’écran. Aussi, quand on déplace le foyer lumineux,
- nécessairement la position de l’ombre portée change sur l’écran, en sorte que le spectateur, assis du côté opposé à l’éclairage, s’imagine que les images s’animent. Au lieu de déplacer la lumière, on peut inversement promener l’écran devant la lumière. Les bras remuent, les mains s’agitent, etc. Un voit ainsi un cheval qui piaffe, un chat dont les oreilles se dressent, une bonne vieille dont les mains tremblent,
- des poissons rouges qui frétillent dans l’eau, etc.
- Il est clair que l’on peut par ce moyen réaliser des menus à figures animées, des éventails, des écrans de cheminée, des écrans tournants, des tableaux à annonces, etc. Nous représentons sur notre dessin « la ménagère et son chat », « les poissons rouges » et « le meunier et son âne ». En écartant un peu les parties mobiles des images, on voit les doigts, les pattes, la queue s’animer, le menton de galoche s’allonger et se raccourcir, les oreilles de l’àne se dresser, etc. Nous avons figuré les ombres portées, qui, naturellement, se déplacent quand le foyer lumineux se déplace lui-même.
- L’idée est singulière d’avoir donné le mouvement à des images inertes par les déplacements des ombres portées.
- En fait, tout reste immobile sur l’écran transparent. Le foyer lumineux seul, en variant constamment de position, produit des ombres qui se raccourcissent ou s’allongent.
- Ces figures animées vont rester la distraction en vogue en avril, et l’on s’en souviendra sans doute encore l’hiver prochain. Raoul Tempe.
- Le Gérant : P. Masson.
- Figures animées par déplacement des ombres portées.
- Paris. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9.
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- LA NATUltL.
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- CULTURE RATIONNELLE DU CYCLAMEN
- Les découvertes de la chimie moderne ont absolument modifié les pratiques jusqu’ici en usage de l’agriculture et de l’horticulture. Au lieu de procédés empiriques, on a maintenant des méthodes rigoureusement scientifiques, et le succès des cultures futures appartiendra à celui qui saura appliquer directement à la pratique et à son besoin personnel de production les idées scientifiques modernes.
- Nous trouvons la confirmation de ce que nous avançons dans une très savante conférence faite le 29 novembre 1896 devant la Société d’horticulture de Picardie, par M. Truf-faut, horticulteur à Versailles.
- Le grand-père de M. Truffaut cultiva un des premiers, vers 1850, le Cyclamen pevücum. Son père est un grand hor-ticulteur et lui-même étudie dans les laboratoires spéciaux la physiologie végétale et ses applications à une culture vraiment rationnelle des végétaux.
- Au début de la culture des cyclamens, l’horticulteur avait surtout pour 1 but l’obtention de bulbes qui étaient livrés à l’état sec aux amateurs. Mais bientôt la vogue de ces plantes allant croissant, la vente des spécimens fleuris prit plus d’extension. L’horticulteur chercha dès lors à obtenir rapidement des plantes en belle floraison. D’une manière générale, les résultats acquis furent très irréguliers et on a pu remarquer, chez certains spécialistes, des cultures manquées par suite de circonstances qu’on ne s’expliquait pas.
- M. Truffaut résolut alors d’appliquer à la culture des cyclamens les idées actuelles de la physiologie végétale et de voir si le rendement de ces plantes
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- pouvait être amélioré en changeant le mode de nutrition. Il pensa qu'en plaçant un cyclamen dans un sol très fertile et riche en éléments minéraux utiles aux plantes, et en arrosant avec de l’engrais humain, il obtiendrait une augmentation de vigueur de la plante et, par suite, une floraison plus brillante.
- Le résultat pratique de ce système lut désastreux. 11 obtint des plantes très volumineuses, aux feuilles
- très larges portées par des pétioles peu résistants et une floraison presque nulle.
- Une autre série de plantes de même race cultivées dans un sol meuble, peu riche en éléments minéraux, et arrosées, en petite quantité, d’engrais azoté, donna des spécimens de taille moyenne, mais d’un type pur et portant de nombreuses fleurs bien formées, épanouies sur un feuillage ferme. Ce (jue la culture n'a pu accroître, ni même conserver, c’est cette délicieuse odeur que possèdent les cyclamens qui égaient de leurs corolles ailées les pentes boisées des Alpes.
- Notre savant horticulteur a voulu étudier de près ces faits bien imprévusets'est livré à de nombreuses analyses. Il résulte des tableaux fournis par l’auteur que les cyclamens sont les plantes les plus pauvres en acide phos-phorique et en matières minérales, plus pauvres meme que les orchidées épiphytes ; mais leurs cendres sont plus riches en chlore, en silice, en oxyde de fer.
- Les cyclamens étant peu exigeants pour leur alimentation en matière minérale et azotée, le choix de la terre où ils sont appelés à croître doit plus préoccuper le praticien que la question des engrais. Le mélange de terreau de feuilles et de terre silieo-argilense semble bien approprié aux besoins de ces plantes.
- Ces résultats d’expériences et d’analyses montrent mieux qu’une longue dissertation combien il est
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- Pi.nl de Cyclamen.
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- LA NATURE.
- dangereux d’énoncer en physiologie végétale des idées générales de culture. Avec les théories actuelles sur l’utilité ou l'emploi des engrais, qui aurait pu croire que les cyclamens ne devaient pas bénéficier de ces substances si prônées ? On pouvait penser qu’elles donneraient des résultats merveilleux au point de vue de la floraison des plantes. 11 n’en est cependant rien en pratique, l'eu d’horticulteurs, en voyant végéter et pousser difficilement, dans de maigres terres, les gracieux Adiantum, se seraient doutés que ces fougères au feuillage si fin et si léger étaient capables de produire une masse énorme de matières végétales sous l'influence d’engrais appropriés.
- Dans une expérience d'une durée de deux mois, M. Truffant a constaté que chaque mètre A'Adiantum produit 1089 gr. de matière végétale, soit 0554 gr. par an, soit 65 540 kg. à l’hectare. Récolte bien supérieure en poids au produit d’un hectare de betteraves à sucre ou meme aux bonnes récoltes de foin.
- Pour arriver à ce résultat qui peut paraître extraordinaire, il n’a fallu ajouter au sol, par an et par mètre carré, que 210 gr. de nitrate de soude et 216 gr. de carbonate de potasse.
- Ainsi donc, dans le cas des cyclamens, l'accroissement obtenu en volume et en poids était nuisible à la production des fleurs; dans le cas des Adiantum les mêmes effets ont produit des résultats différents.
- La-conclusion, c’est que l’horticulteur sérieux devra bien se rendre compte du but pratique qu’il veut atteindre, sans se laisser circonvenir par des industriels habiles et perdre son temps en faisant sur ses cultures l’essai de produits plus ou moins avantageux toujours coûteux et produisant parfois un résultat tout différent de ce que l’on pouvait en attendre. V. Brakdicourt,
- Secivtiiire de la Société liiinéeiiiic.
- LA MER DU POLE NORD'
- Dans une très récente livraison, M. A. de Lapparent a signalé la découverte due à M. Nanscn d’une mer polaire arctique très profonde comme justifiai.t l’opinion que le globe terrestre n’est pas sphéroïdal, mais en « forme voisine de celle d’une toupie ». Et un petit croquis joint au texte ne laisse aucune ambiguïté à cette assertion.
- fl est vrai qu’en donnant ce dessin l’auteur a bien voulu prévenir le lecteur qu’il y « exagérait beaucoup les hauteurs ». Rien de plus légitime que les exagérations de hauteurs qui sont dans bien des cas le seul moyen de les rendre sensibles. Il y a pourtant des circonstances où il faut y prendre garde, et avant tout quand il s’agit de considérations de forme. Que dirait-on d’un orogéniste qui, après avoir décuplé la hauteur du mont Blanc par rapport à sa base, tirerait des conclusions de la pente ainsi obtenue par le profil ? Eh bien M. de Lapparent ferait rigoureusement la même chose s’il n’allait beaucoup plus loin encore dans la même voie. 11 signale la foi me en toupie du globe qu’il a dessiné et il en tire de mu tiples conséquences. Mais il ne remarque pas que la forme en toupie résulte exclusivement de ses exagérations de dessin. Au lieu d’affecter à la mer polaire un diamètre de
- 1 Yoy. n° 1245, du 27 mais 18117, p. 258.
- 15 à 20° (le 1/18 de toute la circonférence), il lui en attribue un de tout près 90° (c’est-à-dire du 1/4); au lieu de 4000 mètres de profondeur, c'est-à-dire 1/1500 du rayon terrestre, il lui donne 1/8 de ce rayon, ce qui correspond à une profondeur de plus de 700 000 mètres (soit 195 f is ce qu’il fallait représenter et plus de 10 fois l’épaisseur admise pour toute l’écorce terrestre).
- Ici l’exagération se traduit encore plus que dans le premier cas par un changement complet dans la forme. Avec 4000 mètres de profondeur le fond de la mer ne cesse p s d’être convexe, tandis qu’on le voit devenir sensiblement plan dans le dessin, et la comparaison avec la toupie, déjà injustifiée par la minuscule surfave de la dépression polaire, devient tout à fait impossible à présenter. En somme, en admettant la mer libre au pôle, son bassin réel ne modifie pas d’une façon sensible le profil géométriquement régulier du sphéroïde terrestre.
- J’ajouterai un mot, inspiré par le même point de vue, sur la théorie tétraédrique considérée dans son ensemble. Comme on le sait, elle consiste à supposer que par le fait de la contraction consécutive à son refroidissement spontané, le globe terrestre passera progressivement à la forme d’une pyramide triangulaire. M. Lowthian Green, l’auteur du système, se fonde sur des considérations géométriques et même sur l’expérience qui montre, à ce qu’il assure, qu’un tube cylindrique en caoutchouc dans lequel on fait le vide prend une section triangulaire. Toutefois la supposition formulée par la théorie est si énorme et en contradiction si flagrante avec la forme sphérique de la terre, de la lune et des planètes, qu’on a éprouvé le besoin d’v introduire un correctif, et c’est ce correctif qui me paraît devoir être signalé comme méthode de raisonnement au moins très singulière. Au lieu d’inscrire dans la sphère, comme forme définitive delà terre, un tétraèdre ordinaire, on y insère un hexa-tétraèdre ou pyramide triangulaire dont chaque face est la base d’une pyramide à six faces convexes, et il en résulte un solide à vingt-quatre faces triangulaires courbes et ne différant pas beaucoup de la sphère.
- Mais cet artifice est bien loin d’être aussi ingénieux qu’il peut paraître à première vue. Il est en effet en opposition même avec le point de départ expérimental que nous venons de rappeler et qui est donné comme sa principale justification. Quand la sphère se déforme par contraction, elle tend à se creuser en certains points de sa surface et le triangle dans lequel se convertit la section du tube de cioutchouc mentionné a des côtés courbes mais concaves. Donc si le tétraèdre produit est compliqué de faces secondaires courbes, celles-ci seront nécessairement concaves et non convexes, et la distance s’accentuera encore avec le profil cir.ulaire.
- Je crois que ces remarqu-s étaient nécessaires pour mettre le lecteur en garde contre certaines déductions séduisantes au premier abord mais qui, malgré la forme mathématique dont on les enveloppe d’ordinaire, ne reposent réellement sur aucun fondement sérieux.
- Stanislas Meunier.
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- L’INDUSTRIE ÉLECTRIQUE EN FRANCE
- Dans son Rapport à l’assemblée générale, dont nous avons déjà parlé (n0 1245, du 27 mars 1897, Informations), le président de la chambre syndicale des industries électriques, M. F. Meyer, a cité quelques chiffres intéressants en ce qui concerne l’industrie électrique en Franco. Au 51 décembre 1896, la province seule confiait
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- LA NATURE
- r.07
- 428 stations centrales comprenant une puissance de 51500 chevaux. Si l'on ajoute à ce nombre les 25000 chevaux de Paris, et si l’on y joint encore les installations particulières, on arrive à un total de 150 000 chevaux utdisés pour l’industrie électrique en France. La traction électrique s’est beaucoup développée pendant ces dernières années. Dans 19 villes de France, les tramways électriques s’étendent sur près de 500 kilomètres avec une puissance de 10 à 12000 chevaux, et dans les listes statis'iques d’Europe, la France vient en >econd rang aussitôt après l’Allemagne et avant l'Angleterre elle-même. L’exportation des appareils fabriqués en France n’est pas très élevée, et dans bien des cas nous recevons des produits de l’étranger. Sur 6794 quintaux de machines dynamos importées en Italie au cours de 1895, la France figurait pour le chiffre dérisoire de 91 quintaux. Tandis que nous exportions 555000 kg. de machines finies et 178000 kg. de pièces détachées, l’étranger importait 745000 kg. des premières et 204000 des secondes. Seule, la fabrication des charbons d’arc et celle des lampes à incandescence porte au dehors les marques françaises; nous n’avons importé que 59500 kg. de charbons et 20 500 kg. de lampes; nous en avons exporté 282000 et 55500kg. J. L.
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- LA CRISE CHEVALINE
- L’Amérique, qui fut, pendant de longues années, un véritable paradis pour les éleveurs et les marchands de chevaux, a maintenant cessé presque complètement ses achats, et la production chevaline locale est elle-même atteinte d’une crise inquiétante pour l’avenir de ce « noble et superbe animal ». Aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique, d’excellents chevaux se vendent couramment 150 francs. Le Bulletin officiel de l'Agriculture des États-Unis attribue cette baisse anormale, excessive, à la substitution, à peu près universelle là-bas, du moteur mécanique au moteur animé. Toutes les grandes villes américaines sont aujourd’hui desservies par de vastes réseaux de tramways à traction électrique ; le fluide court partout, il raye le ciel de ses milliers de fils, circule sous les rails, semant sur son parcours la vie et le mouvement. Par suite de l’adoption de ce nouveau mode de traction si économique, si sur, si maniable, toute la cava'erie des anciennes compagnies d’omnibus et de tramways a été mise en disponibilité; et l’agriculture, qui emploie généralement, surtout dans les grandes exploitations, le moteur mécanique pour actionner les instruments de labour et de moissonnage, a été impuissante à absorber le flot hippique versé sur les marchés par la fermeture des grandes écuries urbaines. Tout fait croire à la persistance de la crise, puisque les causes qui l’ont amenée subsistent.
- En France, le contre-coup de la crise américaine s'est fait sentir, mais les prix d’achat et de vente n’ont pas sensiblement varié; ils semblent même se relever depuis quelques mois, et pourtant la concurrence est rude : la bicyclette a beau être la reine du jour, le cheval est et sera toujours la bêle de promenade par excellence ; du reste, la furie de locomotion à coups de pédales, qui avait gagné toutes les classes, tous les âges, tous les sexes, subira peut-être aussi une crise, l’engouement a été trop rapide et trop violent. Je suis loin d’être un vélophobe et un sectaire, mais personne, je crois, ne voudra contester l’agrément des promenades à cheval; on n’est jamais seul, un cheval, c’est un ami, un compagnon qui vous comprend. 11 y a autant de différence entre l’équitation sur
- le cheval d’acier et celui de liuffon qu'entre un air d’opéra joué par un orgue de barbarie et le même air chanté par Van Dick.
- C’est pourquoi la crise que certains veulent voir sur la production chevaline française n’existe pas : car il faudra toujours à la France des chevaux; beaucoup de chevaux.
- Sans même parler des animaux de travail, il en faut pour le luxe et pour les remontes d’une cavalerie nombreuse. Si le cheval en était réduit à ne plus servir que de béte de boucherie, il faudrait rayer du catalogue des expressions courantes : le caractère chevaleresque du Français ; et personne ne voudra contester qu6 le caractère d’une race n’ait une grande influence sur ses actes.
- La crise chevaline existe si peu en France — le pays' placé dans les conditions les plus favorables pour l’élevâges des chevaux — que la production est insuffisante pour le' service des armées, et que le gouvernement est souvent obligé d’avoir recours aux écuries de l’étranger. Il est vrai de dire aussi que les éleveurs ont été si peu encouragés à faire du cheval de guerre, et craignant la concurrence probable de la traction mécanique au cheval de service, ont trop tourné leurs efforts vers le cheval de grande race et de luxe; si c’est là la crise, elle est très peu grave et ne vient que d’un vice de direction donné à l’industrie chevaline ; comme on dit dans la chanson : c’est la faute au gouvernement! On comprend très bien qu’avec le caractère américain, le cheval ait subi une dépréciation et se voie supplanté par la vapeur et l’électricité; mais ce n’est pas en France, où les poètes ont chanté « les nobles palefrois et les blanches haquenées », que nous aurions à craindre une crise autre que passagère.
- Paii, Még.nin.
- ANTOINE THOMSON D’ABBADIE1
- Antoine d’Abbadic, membre de l’Académie des sciences et du Bureau des longitudes, s’est éteint le 20 mars dernier à Paris dans sa 87e année. Il était né à Dublin le 3 janvier 1810, d’une famille des Basses-Pyrénées établie momentanément en Irlande et qui rentra en France au commencement de 1813. Les d’Abbadie descendaient de ces moines lais institués, dit-on, par Charlemagne pour défendre la frontière contre les excursions sarrasines. Le nom d’Abbadie n’était pas à l’origine un nom propre, mais un nom de fonctions (abbalia abbndia); il désignait les guerriers qui vivaient dans les abbayes du pays basque, la lance au poing. De là vient que le nom est aujourd'hui si répandu avec un seul b ou deux b.
- Tout enfant, le jeune Anloine d’Abbadie manifesta une curiosité insolite pour l’inconnu qui l’environnait. « Qu’v-a-t-il au bout du chemin? demandait-il à sa gouvernante. Une rivière, mon ami. — Et après la rivière? Une montagne. —Et après? — Je ne sais plus; je n'y suis pas allée. — Eh bien, j’irai voir », répliquait l’enfant. Jeune homme, il ne changea pas ; il voulut toujours savoir. Il visita le Brésil avec une mission de l’Académie des sciences et vint ensuite retrouver son frère à Alexandrie.
- L’Éthiopie était peu connue; elleattira scs regards. Il partit avec son frère Arnould dans le but de faire des recherches archéologiques. L’archéologie s’étant
- 1 Yoy. n° 1243, du 27 mars 1897, p. 270.
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- LA NAT(iHL.
- montrée stérile, les deux frères se rabattirent sur la géodésie et pendant onze ans Antoine d’Abbadic parcourut l’Ethiopie et y vécut de la vie indigène, s’assimilant les cinq dialectes abyssins. L’exploration fut difficile, semée de dangers. De Massaouah, sur les bords de la mer Houge, jusqu’au fond du pays de Kalia qu’il fut le premier à visiter, Antoine d’Abbadic a couvert le pays d’une triangulation qui nécessita 5000 relèvements de positions effectués en 525 stations successives. L’espace compris entre Massaouah et le mont W'ocho au sud de Kaffa représente environ 1000 kilomètres, un peu plus que la traversée de la Lrance, le long du méridien de Paris, et le réseau trigonométrique a atteint 250 kilomètres de largeur. Antoine d’Abbadie resta de 1837 à
- Fig. 1. — Perron d’entrée.
- il sut, pendant son existence toute de travail, se faire estimer et aimer de tous ceux qui eurent la bonne fortune de le connaître. Nous avions l’honneur de causer avec lui quelques semaines avant sa mort; déjà profondément atteint par la maladie et presque aphone, il n’hésitait pas à nous entretenir de ses voeux pour l’avenir, bien que chaque parole lui fût difficile et qu’on devinât qu’elle lui occasionnait de la douleur. Il s’agissait de science et il voulut parler quand même.
- Lorsqu’il fut président de l’Académie des sciences, il y a quelques années, il se sacrifia pour répondre à l’honneur qui lui avait été fait. Déjà les mots ne sortaient que bien difficilement de sa gorge fatiguée. Il fit, un an durant, des efforts surhumains pour remplir son rôle de président. Et, jusqu’au bout, il a assisté aux séances du lundi.
- Lu I8DG, sentant l’àge avancer, il résolut de réser-
- 1848 dans le pays des dallas. U serait trop long d'énumérer les travaux des deux frères ; ils sont bien connus et concernent aussi l’ethnographie et la linguistique. Tous deux furent nommés chevaliers delà Légion d’honneur le meme jour, le 27 septembre 4 850.
- Le 22 août 1867, l’Académie des Sciences ouvrait ses portes à Antoine d’Abbadie, et il était nommé membre du Bureau des Longitudes en 1878. C’est lui qui fut chargé d’aller observer à Saint-Domingue le passage de Vénus sur le soleil, le 15 octobre 1882.
- Au lieu de se spécialiser, comme on le fait quelquefois aujourd'hui outre mesure, d’Abbadie suivit le mouvement scientifique sous ses diverses formes, et il fut à la fois astronome, géodésien, archéologue, ethnographe, numismate, etc. D’un caractère élevé,
- Fig. 2. — Salon d'honneur.
- ver à l’Académie des sciences une donation splendide. M. le duc d’Aumale a donné Chantilly à l’Institut. M. Antoine d’Abbadie a voulu faire don a l’Académie des sciences de son magnifique château d’Abbadia situé près d’Ilendayedans les Basses-Pyrénées, sur les bords de la baie de Biscaye. L’Académie entrera en possession de cette propriété et des 510 hectares de terre qui l’environnent après la [mort de Mme d’Abbadie, et d’un capital produisant une rente de 40 000 francs. M. d’Abbadie n’a mis qu’une seule condition à sa donation. Il a poursuivi ses travaux astronomiques à xVbbadia. II a commencé à cataloguer les étoiles et à étudier les variations de la pesanteur. Il a demandé qu’en échange de son incomparable cadeau, l’Académie lit confectionner en cinquante ans un catalogue de 500 000 étoiles.
- Le Bureau de l’Académie, représenté par son président, M. Cornu, et M. Bertrand, secrétaire perpé-
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- LA NATUUE.
- tuel, alla à Abbadie témoigner de sa gratitude à M. et Mme d’Abbadie, et M. Cornu rendant compte de la mission, le 27 janvier 189(î, en s’adressant à M. d’Abbadie qui avait repris aussi sa place, s’exprima ainsi :
- « L’Académie veillera à l'observation scrupuleuse des travaux préparés dans votre observatoire d’Ab-badia, en particulier à l’exécution de ce grand catalogue d’étoiles commencé par vos soins et des études sur la direction de l’intensité de la gravité locale. »
- Et, en même temps, M. Cornu remettait à l’éminent académicien une médaille commémorative portant d’un coté l’image du grand Arago et, de l’autre, la mention de la donation et les remerciements de la Compagnie.
- Le château d’Abbadia sera donc consacré à la dé-
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- terminalion des étoiles qui ne sont pas encore cataloguées. Et il est vraisemblable, selon la pensée du donateur, que l’on fera appel, pour assurer ce travail colossal, aux ordres religieux, ou au dévouement de quelques prêtres séculiers. Déjà le chapelain du château s’est dévoué à cette tâche ingrate mais importante.
- En tout cas, ceux qui vivront dans le château ne seront pas précisément à plaindre. Abbadia est une merveille bâtie sur les plans de Yiollet-le-l)ue, modifiés et exécutés par l’architecte Dulhoit avec des réminiscences historiques des quatorzième et seizième siècles. L’Observatoire est attenant au château ; il avait été construit trente ans auparavant; il possède une lunette méridienne et les instruments astronomiques essentiels. C’est dans une cave profonde
- Fig. 5. — Vue générale du château d'Abbadia.
- de l’Observatoire que M. d’Abbadie a fait plus de 2000 observations sismiques au pendule.
- Le château d’Ahbadia, superbe d’aspect, s’élève dans une situation admirable. Nous reproduisons une vue d’ensemble, le perron d’entrée et le salon. La décoration intérieure est de toute beauté. Les statues y sont en grand nombre. Dans l’escalier d’honneur on s’arrête notamment devant une curieuse statue de bois servant de torchère, « l’Esclave éthiopien ». On lit partout des sentences et des devises en toutes langues. Quand la porte d’entrée s’ouvre, un jet de lumière \ient frapper les lettres d’or de deux distiques latins, un souhait d’hospitalité souriante :
- .. . Hospes aveto !
- Horæ sint rapidæ, sit tibi fausta domns.
- Salut, mon hôte, que les heures te paraissent courtes, que cette maison te porte bonheur!
- Ceux qui ont eu le bonheur de visiter Abbadia
- ont pu remarquer qu’il manque une pierre au balcon d’une des fenêtres : cette pierre ne sera jamais posée. C’est encore un vœu du donateur. Elle a une histoire. M. d’Abbadie s’était lié d’amitié en cours de voyage avec le prince Louis-Napoléon, alors en Amérique. « Si j’arrive jamais au pouvoir, lui dit un jour Louis-Napoléon, ce que vous me demanderez sera accordé d’avance. » Le prince devint empereur des Français. Napoléon III avait beaucoup de mémoire. Il rencontra un jour son ancien compagnon et dit à brùle-pourpoint à l’auteur de la Géodésie éthiopienne : « Je vous avais promis une discrétion en Amérique; est-ce que vous l’avez oublié? » M. d’Abbadie répondit finement ; « Sire, je construis un château près d’Hen-daye pour y finir mes jours. Si vous daignez à votre prochain voyage à Diarritz faire pour moi quelques kilomètres, je me considérerai comme très honoré de vous voir poser la dernière pierre de ma demeure ». L’empereur sourit et promit. Mais on était
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- LA NATURE.
- r.io
- en 1870, et Napoléon III ne retourna plus à lïiarritz. Voilà pourquoi une pierre manque au château d’Ahbatlia.
- Tel lut brièvement l'homme et le savant que nous venons de perdre. Son nom respecté survivra parmi nous encore plus longtemps que l’édifice grandiose dont il a lait libéralement don à l’Académie des sciences. Henri de Parmi.le.
- INFLUENCE DU PORTE-GREFFE
- SUR le greffon
- MM. G. Rivière et G. Bailhache ont transmis à l’Académie des sciences, comme il l’a été dit dans notre Gompte rendu, une Note sur l’influence du porte-grefl'e sur le greffon.
- Ce travail constitue une contribution importante a la physiologie de la greffe végétale. Nous le reproduisons intégralement.
- Depuis longtemps déjà on avait observé que les arbres fruitier-, et notamment les nombreuses variétés de poirier à fruits de table que nous cultivons, étaient toujours influencés dans leurs caractères, suivant la nature des porte-greffes sur lesquels ils étaient greffés.
- On avait remarqué, en eftet, que si les particularités essentielles de ces variétés n’étaient point changées, leur vigueur et leur hâtivité à fructifier, ainsi que le volume, la couleur et la saveur de leurs fruits étaient cependant notablement modifiés selon qu’elles étaient greffées sur le poirier franc ou sur le cognassier.
- Mais jusqu’à ce jour, quoique ces observations se rapportassent à l’une des plus importantes questions de physiologie végétale, aucune n’avait été l’objet d’un contrôle scientifique afin de leur donner toute la précision et la rigueur indispensables.
- C’est ce travail que nous avons entrepris et que nous résumons dans cette courte Note.
- Comme il fallait naturellement procéder dans des conditions absolument semblables, nous avons soumis à l’analyse, pendant trois années consécutives, des fruits mûrs de la variété de poirier connue sous le nom de Triomphe de Jodoigne, que nous récoltions sur deux arbres dont l’un est greffé sur franc et l’autre sur cognassier.
- Les résultats de ces analyses, que nous avons réunis sous forme de moyennes, sont consignés dans les colonnes du tableau ci-contre.
- Il n’est toutefois pas inutile d’ajouter tout de suite que ces deux poiriers sont du même âge (15 ans), et que leur végétation a toujours été normale, qu’ils sont dirigés sous la même forme et qu’ils sont plantés côte à côte dans le même jardin : par conséquent, qu’ils plongent leurs racines dans le même sol.
- Ni la composition du sol, ni l’âge des arbres, ni l’exposition, qui ont souvent tant d’influence sur le volume et la saveur des fruits, ne peuvent donc être invoqués contradictoirement dans la circonstance.
- De la lecture de ce tableau, qui résume les résullats des analyses exécutées pendant les années 1894-1895 et 1896, il est facile de déduire :
- 1“ Que le poids moyen des fruits récoltés sur le Triomphe de Jodoigne greffé sur le cognassier est bien supérieur à celui des fruits provenant de la même variété greffée sur le poirier franc;
- 2° Que la densité de ces mêmes fruits est plus élevée dans le premier cas que dans le second ;
- 5° Que la proportion d’acide libre (exprimé en acide sulfurique, S03H0) e-t plus gran fe dans le jus extrait des fruits récollés sur la variété dont il s’agit, greffée sur le cognassier, (pie dans le jus des fruits récoltés sur celte même variété, greffée sur le fianc;
- a0 Enfin, et c’est là le fait le plus important qu’il convenait plus particulièrement de mettre en relief, c’est que la quantité de sucre total contenue dans le jus des fruits récoltés sur le Triomphe de Jodoigne greffé sur le cognassier est notablement plus élevée que dans le jus des fruits cueillis sur cette même variété, quand celle-ci est soudée au franc. >
- On observe, en effet, une différence de près de 9 grammes de sucre to'al par litre de jus en faveur de la greffe sur cognassier.
- Soit, en somme, pour des arbres produisant annuellement chacun 500 fruits environ, de 280 ou de 406 grammes, suivant le porle-greffe, une quantité de sucre totale qui atteint seulement 7 kilogrammes avec le Triomphe de Jodoigne soudé au franc, tandis qu’elle dépasse Tl kilogrammes avec celte même variété greffée sur cognassier.
- La fonction chlorophyllienne est donc manifestement moins active dans le premier cas que dans le second.
- Na'ure
- des éléments dosés
- et particularités Poirier fraïu.
- Nature du porte-greffe.
- Excédent en faveur du Triomphe de Jodoigne Cognassier, greffé sur cognassier.
- Couleur du fruit. Verte. Jaune doré, teinté
- de rose du côté du soleil.
- Poids moyen (établi sur 10 fruits). 280*' 400*' 120*'
- Densité des fruits. 0*',995 0*',9987 0*',0057
- Densité du jus à
- 15° 1*',04G l*',0ol 0*',005
- Acidité du jus (pai litre et exprimé en acide sulfurique S03lt0). . Cendres (par litre 1*',070 1*',190 0*\12G
- de jus) .... 2*', toi; 2*', t00 0*',500
- Sucre réducteur (parlitredejus). Sucre total (par 90“',060 95*', 400 3*'. 400
- litre de jus).. . 93“',400 102*', 333 8*',933
- Sans insister sur la coloration, qui est toujours plus
- exaltée chez les fruits récoltés sur le Triomphe de Judoi-
- gne greffé sur le cognassier, ni sur la proportion variable de cendres contenue dans le jus de cette variété de poires, selon la rature du porte-greffe, quoique ces différentes particularités ne soient pas sans importance, nous nous permettrons d’ajouter, cependant, que les recherches que nous avions entreprises, sur le même sujet, en 1886 et 1887, et sur la variété de poirier connue sous le nom de Doyenné d'hiver, nous avaient donné des résultats absolument semblables à ceux que nous venons de faire connaître.
- Nous les reproduisons dans le tableau ci-dessous :
- Nature de la variété.
- Doyenné d'hiver. . Doyenné d’iiiver. .
- Nature du sujet Poids Sucre total pour 100 porte-greffe. moyen. de jus.
- Cognassier. Franc. . .
- 435»'
- 230*'
- 11 *',59 9*'.04
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- LA NATURE.
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- I)e l'ensemble de ces expériences il résulte que le porte-greffe exerce une influence considérable sur le greffon, puisqu’il jouit de la propriété d’exalter ou d’affaiblir la plupart des phénomènes physiologiques dont celui-ci est le siège. G. Rivière et G. Rauhache.
- —
- LA RÉDUCTION DES NITRATES
- PAR LES BACTÉRIES DU FUMIER
- lu agronome allemand, M. Wagner, avait récemment constaté que le fait de délayer du croltin de cheval dans une solution d’azotate de soude amène au bout de quelques heures une fermentation du mélange accompagnée d’un dégagement d’azote pur. Après cinq jours, la décom-po'ition du nitrate est totale : l’azote a été mis en liberté et il ne reste plus que de la soude. Ce chimiste était alors autorisé à penser qu’une décomposition si rapide était due à certains microorganismes *.
- Effectivement, à quelque temps de là, un autre savant, M. Stutzer, reconnaissait dans les excréments deux bactéries, le Bacterium coli commune et le Bncterium déni-trificans l; puis dans la paille une autre espèce, le Bacterium denitrificans II. Les deux premières vivent en svmbioses, c’est-à-dire s’entendent comme larrons en foire pour accomplir leurs méfaits, chacune d’elles étant incapable de décomposer seule le nitrate ; la troisième, plus hardie, agit seule. Ces microbes utilisent 20 pour 100 de l’azote du nitrate, le reste se dégage. La déperdition de l’azote du fumier comprend donc deux phases, d’abord la nitrification d’une partie de l’azote qu’il renferme, ensuite la décomposition par les bactéries du nitrate formé. M. Stutzer, connaissant le mal, a cherché un remède basé sur la propriété qu'a un liquide acide, même étendu, de tuer les bactéries dénitrifiantes, et il conseillait aux agriculteurs d’épandre sur le fumier du superphosphate contenant 10 pour 100 de son poids d’acide libre1 2. C’est contre ce conseil funeste que M. Dehérain s’est élevé dernièrement, et, dans une communication à l’Académie des sciences, il en a fait voir les dangers.
- D’après son Mémoire, les liquides qui renferment de l!îtmidon en plus du nitrate et du phosphate sont, parmi les substances organiques carbonées, les mieux appropriées au développement des microorganismes dénilri-tiants. En second lieu, comme l’azote du nitrate se dégage presque tout à l’état libre (sur 100c“3 de gaz dégagé, 12e”15 seulement se trouvaient à l’état de protoxyde) et que la réduction e-t plus rapide en va*e clos qu’à l’air, l’éminent professeur du Muséum en conclut que les bactéries n’utilisent que l’oxygène des nitrates. D’autre part, il les rencontra non seulement sur la paille ou les déjections d’animaux, mais dans la terre arable. Toutefois leur activité n’est pas assez grande pour empêcher les terres de se ni-trater très suffisamment, à moins qu’on n’y ajoute de l’amidon.
- Pour obtenir, en effet, la destruction des nitrates par les produits excrémentiels, il faut en incorporer au sol d’énormes quantités. Dans le cas où on mélange, comme les agronomes précités, les nitrates avec la terre dans la proportion de 1 à 2 grammes des premiers pour 10 grammes de la seconde, la réduction s’opère, mais, heureusement, cette moyenne n’est jamais atteinte dans la pra-
- 1 Voir n» 1153, du 6 juillet 1895, p. 91.
- 2 L’emploi de l’acide sulfurique liquide aurait présenté des
- inconvénients.
- tique, sinon il faudrait à 1 hectare, pesant 4000 tonnes environ, 400 tonnes de crottin ou de fumier! L’agriculture pratiquée de la sorte conduirait sûrement à la ruine les plus riches fermiers, puisque actuellement la fumure n’excède pas d’ordinaire 80 tonnes à l’hectare. Dans ces conditions, les nitrates s'accroissent au lieu de disparaître. L’excès en tout est un défaut.
- Cependant on ne retrouve pas à l’état de nitrates la totalité de l’azote introduit, bien que les terres enrichies de fumier gardent durant des années et des années une fécondité respectable. Cela tient à ce que l’azote s’est assimilé au sol pour donner de l’humus. D’ailleurs le cultivateur sait aujourd’hui augmenter l’action de la fumure d’automne en épandant du nitrate de soude au printemps.
- Cet engrais est applicable à toutes les terres, tandis que si on arrose le fumier d’acide sulfurique on n’aura plus, en définitive, que de la paille mélangée à des sulfates de potasse et d’ammoniaque. Or ce dernier convient seulement aux terres fortes, il est inutile pour beaucoup de terrains légers, et pour les sols calcaires il est nuisible.
- En résumé, agriculteurs, ne vous inquiétez pas plus du bacterium n° 1 que du bacterium n° 2. Laissez l’acide su furique aux industriels et aux... vitrioleuses, et continuez, ainsi que par le passé, à combattre l’épuisement de vos champs au moyen du fumier; c’est encore le meilleur de tous les engrais. Jacques Dover.
- LE NOUVEAU VAPEUR « ADIRONDACK »
- DE l’hUDSON
- La rivière d’Hudson qui relie Albany à New-York est une des plus fréquentées de l’Amérique du Nord, en été surtout où elle transporte un grand nombre de voyageurs à Saratoga, au lac George, et dans les parages de l’Adirondack et du Saint-Laurent. Elle est desservie par la Peoples Line au moyen d’une flotte nombreuse dont l’origine remonte au Westches-ter lancé en 185Y et dont le développement successif vient d’aboutir à la construction de l’Adirondack, un des plus beaux bâtiments modernes, capable de rivaliser, comme vitesse, dimensions et aménagements, avec ce que l’industrie actuelle de la con-stuction navale a produit de mieux:
- 11 a été mis en chantier à Greenpoint, État de New-York, le 8 juin 1895, et construit dans l’espace de cinq mois, puis lancé et armé pour être enfin en état de naviguer au début de la saison d’été de 1896. Sa coque est presque uniquement en bois et sa machine à vapeur verticale à balancier, du type simple à condensation par surface. Ces deux conditions surprennent à première vue pour un aussi beau bâtiment sous le règne de l’acier et des machines à quadruple expansion ; mais il a été con struit suivant les exigences de la navigation spéciales à la rivière d’Hudson et basées sur l’expérience des mariniers les mieux familiarisés avec ce service. On a choisi le bois en raison de sa plus grande flexibilité et de sa ténacité mieux indiquées pour supporter les efforts auxquels est exposé le navire quand il passe sur les bancs de sable dans les basses eaux ; une coque en bois solidement bandée possède à cet
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- LA NA TL HE.
- égard une élasticité que n’offrent pas les feuilles «l’acier, sujettes à se rompre ou à se déformer.
- Quant à sa machine simple, elle a été préférée à une machine à double ou triple expansion, comme plus économique dans le cas actuel. En effet, si ces dernières machines sont plus avantageuses pour un service continu à la mer, si leurs conditions de fonctionnement justifient pleinement la plus-value de leurs nombreux organes compliqués, il n’en est pas de même ici. L’Adirondack ne sert pas toute l’année et ne fait qu’un seul voyage, de dix heures environ, par jour. Tous comptes faits, on a reconnu que le charbon économisé sur un service relativement aussi court ne compenserait pas les frais d’établisse-
- ment et d'entretien d’une machinerie plus perfectionnée.
- Ce bâtiment (car, ainsi que l’indique la figure d’ensemble, c’est un véritable bâtiment à plusieurs étages) a une longueur totale de 125 mètres sur 27,n,40 de large; sa coque a 5'",50 de profondeur et il tire 2m,i0 d’eau. Son tonnage brut est de 4500 tonnes, et il peut porter 1000 tonnes de marchandises. Le chêne, le châtaignier, le cèdre rouge et le pin entrent dans sa construction, mariés au fer sous forme d'entretoises et de boulons.
- La coupe partielle du bâtiment, représentée dans la grande figure ci-jointe, donne une idée de l’importance de la machinerie dans ces tjpes de navires
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de Y Adirondack, vapeur de l'IIudson.
- .fluviaux; elle en occupe, comme on voit, toute la hauteur. Les roues ont 9 mètres de diamètre et portent 12 aubes incurvées en acier, de 1"',1 de largeur sur 5m,85 de longueur. Elles plongent d’environ lni,65 dans l’eau et leur vitesse angulaire moyenne est de 2(i tours par minute.
- L'Adirondack a été étudié par le vice-président même de la Compagnie avec un soin tout particulier, tant au point de vue de la beauté de ses formes et de ses lignes que de son aménagement. Grâce à la savante économie réalisée dans son poids, on a pu lui donner un étage de plus qu’à d’autres navires de mêmes dimensions et d’égale puissance faisant partie de la même flottille. On en compte cinq : l’étage principal, le salon, la galerie, la galerie supérieure et le dème; le tout n’entraînant pas plus
- de 2,n,4 de tirant d’eau. Il comporte 550 pièces de luxe, dont 28 salons, avec 286 hamacs dans les cabines et 120 pour l’équipage. Chaque chambre à coucher possède un lit en fer ou en cuivre et une fenêtre donnant sur l’extérieur. La grande salle à manger, à l’arrière du pont principal, est éclairée par de larges baies d'où l’on a, de part et d’autre, la vue continue de la rivière; elle se termine par deux autres salles à manger particulières dont la situation, tout à fait à l’arrière, est encore plus riante. Toutes ces pièces sont lambrissées en acajou blanc avec plafonds décorés.
- Du quatrième pont, également palissé d’acajou, un large escalier conduit au salon principal, de style Empire, gris-blanc et or, particulièrement luxueux, auquel les galeries ne le cèdent en rien comme ri-
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- LA NAT U UE.
- «)l,»
- diessc avec leurs panneaux en acajou et leurs rampes en 1er poli.
- Le tout est éclairé à l’électricité, fournie par un ensemble spécial capable (l’alimenter 2400 lampes
- à incandescence, sans compter un projecteur permettant au pilote de voir devant lui à plus de a kilomètres de distance.
- À la partie extrême de la galerie supérieure se
- Fig. 2. — Vue de la machinerie de FAdirondack.
- trouvent le café et le iumoir, d’où la vue s’étend de tous côtés sur le splendide spectacle qui se déroule incessamment aux yeux des voyageurs.
- Indépendamment d’une vaste distribution d’eau en cas d’incendie, toutes les pièces ou parties du navi%re le plus exposées sont munies de thermostats localisant immédiatement les points menacés.
- En somme rien n’a, comme on voit, été négligé pour donner au riche Américain qui fréquente ces parages tout le luxe, le confortable et la sécurité dont il a aujourd’hui besoin.
- L'Adirondack n’a pas encore eu jusqu’ici à développer toute sa puissance; mais il a parcouru à pleine charge de marchandises et de passagers, en
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- LA NATURE.
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- sept heures cinquante-cinq minutes, la distance de 251 kilomètres environ qui sépare d’Àlbany son corps mort de New-York. La plus grande vitesse à laquelle il ait marché a été de 33 kilomètres à l’heure entre New-York et Hudson, cette vitesse se trouvant considérablement ralentie par les bas-fonds dans la partie supérieure de la rivière. E. Boistel.
- RÉSISTANCE À L'ÉCRASEMENT
- DE LA GLACE
- ACTION DE IA GLACE SUR LES DIGUES DE RÉSERVOIR EN MAÇONNERIE
- Je viens de parcourir un assez grand nombre d’articles relatifs à la stabilité des digues de réservoir, et il m’a semblé que personne, jusqu’à ce jour, ne s’était préoccupé de l’action des glaces qui se forment à la surface des réservoirs. il est vrai que l’on casse soigneusement la glace auprès des digues, mais, lorsque la température s’abaisse à —15° ou — 20°, la glace qui se reforme dans l’intervalle des opérations peut atteindre et même dépasser 4 centimètres.
- L’action de ces quatre centimètres d’épaisseur de glace semble au premier abord tout à fait insignifiante. Cette action est en réalité effrayante et je crois utile, dans l’intérêt de la sécurité publique, d’appeler sur ce point l’attention des constructeurs.
- On a fait dans le laboratoire de l’École des ponts et chaussées des expériences destinées à déterminer la résistance à l’écrasement de la glace. A cet effet, on a constitué, en portant de l’eau à une température de — 10° à — 15°, des prismes de glace de 4 centimètres de hauteur à bases carrées. L’une des bases avait 4 centimètres de côté, l’autre 5 centimètres, comme l’indique la fig. 1.
- Soumis à des efforts tendant à l’écraser, un premier prisme a supporté sans se déformer une charge de 300 kilogrammes, soit 18iE.75 par centimètre carré de la petite base qui a 4x4, soit 10 centimètres carrés; il s’est écrasé sous une charge de 720 kilogrammes, soit 45 kilogrammes par centimètre carré.
- Un second prisme a supporté sans se déformer un effort de 324 kilogrammes, soit 20 kilogrammes par centimètre carré ; il s’est écrasé sous un effor t de 040 kilogrammes, soit 40 kilogrammes par centimètre carré. Au moment des expériences, la température de l’air ambiant était de -j- 30° et l’on peut admettre que la résistance à l’écrasement de la glace peut atteindre 40 kilogrammes par centimètre carré.
- Supposons que, dans un réservoir, l’eau soutenue par la digue MN (fig. 2) soit au niveau AB, qu’une couche de glace de 40 à 50 centimètres d’épaisseur recouvre le réservoir en B et qu’entre la digue et ce massif de glace il existe une couche de glace de 4 centimètres d’épaisseur.
- Le massif B soumis aux lois de la dilatation tendra à écraser la petite couche de glace contre la digue, et l’effort qu’exerce la glace sur la digue correspondra à sa résistance à l’écrasement. Pour un mètre de longueur de digue la surface de la glace en contact avec le mur est 100x4 ou 400 centimètres carrés, et l’action exercée par la glace est 400x40 soit 16 000 kilogrammes.
- Si l’on considère un plan horizontal CD situé à une distance h au-dessous du niveau de l’eau, c’est-à-dire au-dessous de AB, le moment de renversement produit par la glace sera égal à 16 000 h kilogrammètres.
- Le moment dû à la poussée de l’eau sur le parement
- vertical AD est égal, comme on le sait, pour un mètre de /<3
- longueur de digue, à 1000 — kilogrammètres.
- b
- En donnant des valeurs à h on forme le tableau suivant :
- Moments de renversement dus
- à l’action à la poussée
- de la glace. de l’eau.
- Pour h = 5m,00................ 80 000km 20 833km
- — /, = 10"\00............... 1G0 000kra 166 G67kra
- — h — 20”,00................ 320 000km 1 7.33 333k™
- On voit qu’à 5 mètres au-dessous du niveau de l’eau,
- l’action de la glace est quadruple de celle due à la poussée de l’eau sur le parement vertical; à 10 mètres les deux actions sont à peu près égales ; à 20 mètres l’action de la glace n’est guère que le quart de l’action de l’eau.
- A centimètres
- Élévation. Plan.
- Fig. 1. — Prismes de glace soumis à l'écrasement.
- M
- F= 16000
- Fig. 2 et 3. — Profils d'une digue de réservoir. — Fig. 2. Coupe transversale. — Fig. 3. Figuration du joint dû à l’action de la glace.
- Que se passera-t-il si une digue a été calculée sans tenir compte de l’action de la glace? U s’ouvrira un joint en j (fig. 3) au point le plus faible, c’est-à-dire au point où la somme des deux actions produ t le plus grand travail dans la maçonnerie, mais en même temps la digue se déplacera en A, la couche de 4 centimètres cessera d’être écrasée et l’équilibre s’établira. Lorsque l’on viendra casser la glace, le mur reprendra sa position initiale, puis, la glace se reformant, l’action renaîtra et la fissure horizontale augmentera pour disparaître de nouveau avec l’effort, mais pour disparaître sans cesser d’exister. Il est d’ailleurs impossible de soupçonner l’existence de la fissure qui est cachée par l’eau.
- Lorsque l’eau remontera dans le réservoir, la sous-pression qu’elle exercera sur le joint j s’ajoutant à la poussée sur le parement vertical, le renversement pourra se produire bien avant que l’eau ait atteint le niveau que la digue a pu supporter antérieurement.
- Le renversement d’une digue doit d’ailleurs toujoursavoir lieu brusquement lorsqu’il est dù à la poussée de l’eau. Aussitôt que l’équilibre est rompu il se produit un joint du côté de l’eau, la sous-pression qu’exerce l’eau sur ce joint s’ajoute à l’action qui a provoqué la fissure, la fissure augmente, le moment de renversement croît avec elle et la chute doit se produire presque instantanément.
- Ch. Dupuy,
- Inspecteur général des Ponts et Chaussées en retraite.
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- LA NATURE.
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- LA> FAUNE CAVERNICOLE
- Nous recevons la lettre suivante :
- (( L'intéressant article de M. Armand Viré sur les Catacombes de Paris et leur faune1 signale de curieuses modifications organiques survenues chez diverses espèces d’animaux, par suite de leur adaptation au milieu obscur où on les a recueillis.
- « Dans ces observations — qui confirment les données antérieures que l’on possédait, et y ajoutent même — l’auteur a constaté deux sortes principales de modifications : les unes consistant dans l’atrophie d'organes devenus inutiles dans le nouveau milieu d’existence, les autres) dans le développement extraordinaire d’autres organes, réclamés par les conditions nouvelles d’habitat.
- « D’autres modifications enfin, comme la décoloration, ne touchent pas aussi directement aux nécessités de la vie animale, bien qu’elles soient fort intéressantes à constater.
- « M. V iré annonce, dans l’article qui motive ces lignes, qu’il se propose d’ctudier expérimentalement l’influence de l’obscurité sur des espèces habituées à vivre à la lumière.
- « Il y aurait, ce semble, une manière d’augmenter encore l’intérêt des expériences projetées.
- « Ce serait d’étudier simultanément l’influence de l’obscurité sur les types normaux, et celle de la lumière sur les variétés déjà modifiées par l’obscurité.
- « 11 serait curieux et instructif à la fois — en même temps que très important au point de vue de la connaissance des lois d’évolution — de rechercher si les variétés modifiées par l’obscurité reviendraient au type primitif, les organes atrophiés se reconstituant progressivement à la lumière et les organes développés à l’excès ou augmentés d’appendices anormaux revenant aux conditions premières du type ; et si, par suite, une évolution en sens inverse se produirait dans les deux cas soumis à l’expérimentation.
- « Sans doute, on comprend que les animaux modifiés par l’obscurité ne puissent, en liberté, se trouver facilement dans les conditions voulues pour retourner au type normal, les modifications par eux subies les rendant inaptes au combat de la vie s’ils reviennent à la lumière. Mais, dans une expérience où ils seraient mis à l’abri de leurs ennemis, il en serait peut-être autremént.
- « Cette expérience, en tous cas, nous paraît mériter d’être tentée ; et c'est pourquoi nous nous permettons de la signaler à l’attention des lecteurs de La Nature. » Comte Maurice Delamarre,
- Membre de la Société géologique de France, conservateur du Musée d’histoire naturelle de Blois.
- Nous avons reçu d'autre part les remarques suivantes :
- « M. de Parville a bien voulu me communiquer la lettre de M. le comte Delamarre, lettre qui m’a causé un très vif plaisir en me montrant que le sujet qui m’intéresse n’est pas indifférent, loin de là, aux lecteurs de ce journal.
- « Dans mon précédent article, j’ai dû, pour ne pas le gonfler démesurément, me borner et me restreindre et je compte, dans un article subséquent, insister sur quelques expériences générales sur la faune cavernicole. Je donnerai ici seulement quelques indications sur la question
- 1 Voy. n° 1243. du 27 mars 1807, p. 267
- précise posée d'une façon très intéressante par M. le comte Delamatre.
- « J’ai effectivement tenté quatre expériences successives sur le retour au type normal de deux espèces de crustacés cavernicoles.
- « Les deux premières ont été faites il y a deux ans au laboratoire de M. le professeur Dastre, à la Sorbonne. Elles ont été interrompues par la rupture de l’appareil siphonnant destiné à emmener l’eau des bacs. Elles portaient sur le Niphargus Virei, Chevreux, jolie espèce de crevettines, atteignant jusqu’à 6 centimètres de long qui ont été décrites par M. Chevreux dans le Bulletin des Naturalistes du Muséum (1896, n° i), et sur lesquelles j’ai donné quelques détails dans le sixième Mémoire de la Société de spéléologie en 1896. C’est une espèce qui habite les grottes du Jura et que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs. L’expérience avait duré environ un mois, a Les résultats étaient néanmoins déjà surprenants. « Presque tous mes échantillons présentaient des taches « pigmentaires d’un beau noir brun, diffuses, sans formes « régulières, dispersées sur tout le tégument et particu-« fièrement abondantes sur les blessures des pattes et des « antennes en voie de guérison. »
- « Une autre expérience fut tentée au Muséum d’histoire naturelle, au laboratoire de M. Milne-Edwards, sur une nouvelle espèce de Gammarus, que M. Chevreux est occupé à étudier et qui ne paraît avoir été rencontrée jusqu’ici qu’aux Catacombes et dans les puits de Bretagne.
- « Bien qu’ayant duré un peu plus longtemps, l’expérience fut moins concluante, les taches étant beaucoup plus petites et moins nombreuses, ce qui tient sans doute à ce qu’elle a été entreprise en plein hiver, et l'hiver dernier ayant été particulièrement sombre. Elle fut interrompue par l’oxydation et la destruction du grillage de toile métallique qui permettait l’écoulement de l’eau des bacs tout en laissant les animaux prisonniers. Ceux-ci s’en allèrent aux égouts.
- « Une quatrième expérience est en train depuis quelques jours dans de meilleures conditions, la toile métallique étant remplacée par de la toile d’amiante qui, elle, ne se corrompra pas.
- « Je me propose d’ailleurs, dès que l'installation de notre labora'oire souterrain sera terminée, d’étendre, dans le laboratoire de la surface du sol, cette expérience àrun grand nombre d’animaux aquatiques et terrestres, de façon à avoir ainsi une double expérience en sens inverse — passage de la vie aérienne à la vie cavernicole, et passage de la vie cavernicole à la vie aérienne — dont les résultats se contrôleront et se corroboreront vraisemblablement. Nous reviendrons du reste là-dessus dans un article spécial. » Armand Viré.
- PLAN INCLINÉ POUR VOYAGEURS
- L’idée d’utiliser un plan incliné mobile pour le transport des marchandises n’est pas nouvelle, et nous avons décrit ici même1 l’installation de la gare Saint-Lazare, installation qui rend journellement de si grands services pour la manutention des innombrables colis qui traversent cette gare toujours affairée, et si encombrée l’époque des bains de mer.
- 1 Yoy. n° 846, du 17 août 1889, p. 181.
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- LA NATURE.
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- Depuis longtemps les Américains, qui ont été les initiateurs de ce mode de transport, avaient proposé de l’appliquer également aux voyageurs, et c’est avec un plein succès que M. Jesse W. Reno en a fait la première installation à Coney Island, en septembre dernier, où il a été utilisé par 75000 voyageurs. Ce succès a décidé les administrateurs du Pont de Brooklyn à l’établir, à titre expérimental, à l’extrémité du pont du côté de New-York, et c’est le dispositif adopté que représente la ligure ci-dessous, reproduite d’après le Scientifîc American.
- Ce plan incliné n’est autre chose qu’un ascenseur au sens le plus rigoureux du mot : il est constitué par une courroie sans fin de 50 centimètres de largeur, formée de dalles en fonte de 40 centimètres de largeur, convenablement striées pour fournir un appui non glissant pour les pieds des voyageurs. Ces dalles en fonte sont reliées à leurs extrémités et portent des petites roulettes qui reposent sur deux guides inclinés. La transition entre le plancher fixe et le plancher mobile est assurée par une série de légères saillies analogues à des dents de peigne, et formant le raccordement. Une main courante,
- — c’est le nom qui lui convient,
- — se déplaçant à la même vitesse que le plan incliné, facilite aux voyageurs leur équilibre vertical. Cette main courante est formée d’une chaîne sans fin recouverte d’une bande de cuir recouverte elle-même d’une feuille de caoutchouc. Tout cet ensemble est actionné par un moteur électrique d’une puissance de 5 chevaux.
- Le plan est incliné de 25° sur 1 horizontale, et rattrape une différence de niveau de 2m,l. 11 se déplace à la vitesse de 24 mètres par minute et peut débiter 5000 voyageurs par heure pour 50 centimètres de largeur. On voit par ces chiffres quelle supériorité écrasante présente le plan incliné sur l’ascenseur le plus vaste et le plus rapide, d’autant mieux que toute attente est supprimée, le plan incliné étant toujours prêt à élever immédiatement les voyageurs qui se présentent pour l’utiliser.
- Espérons qu’un jour ou l’autre, la gare Saint-Lazare complétera son installation actuelle en lui adjoignant un plan incliné pour voyageurs, que ceux-ci apprécieront bien vite à sa juste valeur. A. Dufaut.
- LE REFUGE PÀCKE1
- En général, les plus hautes sommités de la chaîne pyrénéenne se rencontrent sur la ligne de faîte ou aux abords de celle-ci, et plus généralement en Espagne, où elles forment des massifs d’une grande altitude, reliés le plus souvent à l’axe central par des chaînons relativement peu élevés.
- Sur le versant français, il n’existe qu’un seul massif montagneux isolé dont l’altitude atteigne ou dépasse 5000 mètres : c’est le massif du Néouvielle, comprenant le pic d’Aubert (5092 m.), le pic Long (5194 m.), le pic Padet (5401 m.), le Cambiel (5175 m.) et plusieurs cimes d’altitude un peu moindre.
- Ce groupe donne naissance à de nombreux cours d’eau qui alimentent une multitude de lacs, dont certains comptent parmi les plus grands des Pyrénées, ces derniers distribués sur le versant oriental du massif. Il est circonscrit, à l’ouest, par les vallées des gaves de Gavarnie et de Barèges; à l’est, par les Nestes, qui vont arroser la vallée d’Aure. 11 se relie, au nord, au pic du Midi-de-Rigorre par le col du T ou r m’a le t, où passe la route carrossable de Barèges à Bagnèrcs; et, au sud, aux montagnes du cirque de Troumouse et à la frontière par le col de Cambiel, que lranchit un chemin muletier.
- Les terrains primitifs constituent le sol de cette région où le granit abonde, l/aspect est grandiose et sévère : des crêtes hardies, déchirées en clochetons aigus, s’élancent jusqu’aux cimes neigeuses drapées de glaciers. Plus bas, jusqu’au fond des gorges sauvages, s’étagent d’épaisses sapinières, à l’ombre desquelles dorment de ravissants petits lacs.
- Malgré les beautés de cette région* le nombre des visiteurs est resté relativement peu important. Cela tient à son isolement. I/ascension des sommets principaux était rendue difficile par suite de leur trop grand éloignement des points de départ, généralement trop bas. Une station intermédiaire s’imposait.
- Depuis quelques années déjà M. Fontès, ingénieur en chef des ponts et chaussées, chargé des travaux d’emmagasinage des eaux du lac d’Orédon, avait
- 1 Voy. n° 1229, «lu 19 décembre 1896, p. 46.
- Plan incliné pour voyageurs, système Reno.
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- LA NATURE.
- «Tl /
- bien voulu permettre aux touristes l’usage des bâtiments utilisés par les gardiens du lac, à une altitude de 1870 mètres; et le Club alpin avait aidé M. Fouga dans la construction d’un chalet-hôtel à Fabian, commune d’Aragnouet. Mais ces localités, situées hors du passage habituel des touristes, n'étaient pas encore visitées comme elles auraient dû l’être. Il fallait établir un abri sur le versant occidental du massif du Néouvielle, à proximité des stations balnéaires de Luz-Saint-Sauveur et de Barèges.
- Vers la fin de l’année 1805 un don de 1000 francs fut fait au Club alpin français par M. Packe, pour être affecté à des travaux utiles au Club, dans les
- Pyrénées. Cet Anglais s’était passionnément épris de nos belles montagnes depuis sa jeunesse et venait y passer chaque année la belle saison, étudiant la llore du pays, sa structure géologique et sa topographie. Quelques mois après, la direction centrale du Club attribua le don de M. Packe à la section du Sud-Ouest du Club alpin, en y ajoutant une subvention d’égale importance, pour l’aider à construire un refuge sur le versant ouest du Néouvielle.
- Chargé par la Section de rechercher un emplacement convenable, de dresser les divers plans de la future construction et de traiter pour ces questions avec un entrepreneur, j’employai à ces travaux une partie des vacances de 1894 et de 1895.
- Refuge Packe.
- Le point choisi fut le col de ltabiet, dépression importante de la crête reliant le Néouvielle aux montagnes qui dominent Luz, à l’orient, et qui fait communiquer le haut vallon de Bolou avec la gorge de Bugarret et de Brada. Le refuge a été construit sur cette arête, à une altitude de 2450 mètres environ. Les travaux, commencés en août 1895, furent terminés la même année, avant la mauvaise saison.
- Comme genre, la nouvelle construction rappelle Tuquerouye : c’est un abri en maçonnerie de chaux hydraulique, élevé en voûte ogivale formant toiture, recouverte d'un enduit imperméable de coaltar. Une cheminée, des tables métalliques, des couchettes en fer treillagé supportant des matelas et quelques ustensiles de cuisine complètent l’aménagement intérieur. Un placard fermant à clé renferme les usten-
- siles. Des clés sont déposées : à Barèges, hôtel Tain-turier; à Luz, hôtel de l’Univers; à Cèdre, hôtel de la Grotte; à Gavarnie, hôtel des voyageurs; à Fabian, chez M. Fouga.
- Un chemin muletier a été établi jusqu’au refuge, qu’un piéton peut atteindre de Barèges ou de Luz en cinq heures de marche. Le site est grandiose. De la terrasse du refuge, le regard embrasse un panorama très étendu : vers le midi, le pic Long forme la partie la plus imposante du tableau ; plus loin, se profilent, par delà les gorges profondes de Brada, les cimes du mont Perdu, du Marboré, du cirque de Gavarnie et du Yignemale. Vers le nord se dresse le pic du Midi-de-Bigorre ; on peut même, par un temps clair, distinguer l’observatoire élevé sur son sommet. Comme point de départ, le refuge permet
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- LA NATURE.
- d'effectuer en trois heures l’ascension du Néou-vielle, et en quatre heures celle du pic Long ; on est admirablement placé pour explorer l’intéressante région lacustre du versant occidental du massif.
- L’inauguration du refuge Eacke a eu lieu le 10 août dernier.
- Il est préférable de donner aux abris en montagne le nom même des localités où ils s’élèvent, cette appellation désignant du même coup et l’abri et sa situation géographique. Pour le refuge Packe, la section du Sud-Ouest a cru devoir déroger à ce principe, parce que l’emplacement, appelé sur certains ouvrage^ col de lbabiet, porte dans le pays des noms différents, qui prêtent à confusion. Elle a voulu profiter de cette occasion pour perpétuer la mémoire du généreux donateur qui avait provoqué la construction de cet abri, de ce fidèle ami de nos montagnes, de ce savant modeste, précurseur des alpinistes de mérite dont les travaux honorent le Club alpin. Par une coïncidence douloureusement triste, M. Packe s’éteignait en Angleterre quelques jours à peine avant l’inauguration du refuge qui porte son nom. Lourde-Rociieblave,
- Vice-président delà section du Sud-Ouest du Club alpin français. —e^>-o—
- CHRONIQUE
- Les bienfaiteurs de la science. — Les applaudissements sont rares à l’Académie des sciences. On en a entendu cependant et de très nourris, quand, au début de l’avant dernière séance, M. Bertrand, secrétaire perpétuel, a donné lecture d’une lettre de M. IL Wilde, pré-ident de la « Manchester Literary and Philosophical Society », sur les doctrines chimiques actuelles. La lettre se terminait par les lignes suivantes : « En reconnaissance des nombreux profits que j’ai retirés de la science française, tant pure qu’appliquée, j’ai l’honneur d’offrir à l’Académie la somme de f 157 500 livres- pour être placée en rente française, et l’intérêt provenant de cette somme devra être appliqué à la fondation d’un prix de quatre mille francs à décerner tous les ans à l’auteur d’une découverte ou d’un ouvrage quelconque en astronomie, physique, chimie, minéralogie, géologie et mécanique, qui, au jugement de l’Académie, sera jugé le plus méritant. L’attribution de ce prix sera internationale et pourra être rétrospective. » Une donation anglaise à l’Académie des sciences! C’est une bonne et grande nouvelle. Et grâce aux libéralités exceptionnelles de M. IL Wilde, la liste des bienfaiteurs de la science compte un nom de plus à honorer et à aimer.
- Les courants à haute fréquence en physiologie. — M. le I)r d’Arsonval vient de faire, à la Société des électriciens, une communication intéressante sur l’action physiologique et thérapeutique des courants alternatifs à haute fréquence. Il a d’abord montré la puissance d’introduction de ces courants à l’aide de quelques expériences, notamment en plaçant un circuit formé d’un tour de fil avec une lampe à 1 mètre environ d’un solénoïde qui était composé de six spires et traversé par des courants alternatifs. Puis il a indiqué divers dispositifs pour soumettre l’homme à ces expériences d’électrisation, en employant un grand solénoïde. Il a ensuite fait connaître les principaux résultats obtenus jusqu’à ce jour. L’action des courants à haute fréquence donne d’abord une
- augmentation des oxydations de l’organisme. Un sujet qui éliminait 17 à 21 litres d’acide carbonique par heure en élimine 57 litres après avoir subi cette action. On constate ensuite une augmentation de la production de chaleur; un calorimètre spécial à air très sensible met cet effet en évidence. Enfin, il y a une action marquée sur le système nerveux, mais non sur les nerfs de sensibilité générale ; ce qui explique que l’homme soumis à ces actions n’éprouve aucune sensation. Les courants à haute fréquence pénètrent très profondément à l’intérieur du corps humain et ne se localisent pas à la surface. Les résultats dont il est question ont été obtenus à la clinique par MM. Apostoli et Uharrin. En terminant, M. d’Arsonval cite les expériences entreprises avec le L)r Charrin, pour étudier l’action des courants à haute fréquence sur les microbes et les bactéries. Les toxines sont neutralisées, et transformées en vaccins. MM. d’Arsonval et Charrin poursuivent des essais pour arriver à traiter à l’intérieur du co;ps les maladies microbiennes en soumettant les sujets à l’action d’un solénoïde traversé par d» s courants à haute fréquence.
- Les engrais industriels et l’arsenic. — Des
- expériences suivies ont montré que parfois les engrais industriels exerçaient une influence nuisible sur la plante. M. Jules Sloklasa, à la suite de divers travaux au laboratoire de l’École polytechnique tchèque, a trouvé que ce rôle devait être attribué à l’arsenic que renferment ces engrais. L’acide sulfurique renferme environ 1 pour 100 d’arsenic. Il en résulte que les superphosphates et sulfates de potasse et d’ammoniaque, dans la fabrication desquels entre l’acide sulfurique, contiennent jusqu’à 0,7 pour 100 d’arsenic. On a surtout remarqué que l’acide arsénieux exerçait l’action la plus pernicieuse. L’arsenic est surtout nuisible chez les plantes avec chlorophylle. Le grain de chlorophylle semble donc être extraordinairement sensible à cette influence.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 avril 1897. — Présidence de M. Chatin.
- M. Crookes. — M. Crookes, l’éminent physicien anglais, assiste à la séance et M. Chatin lui souhaite la bienvenue.
- Propriétés d’un nouvel appareil générateur des rayons X. — M. le Dr Foveau de Courmelles et M. G. Se-guv ont imaginé un nouvel appareil générateur de rayons X, composé de plusieurs ampoules de Crookes greffées sur un même circuit. Us ont d’abord constaté que si l’on réunit sur une même sphère deux ou plusieurs ampoules en tension avec un courant de bobine, on obtient dans l’une seulement des rayons de Rôntgen, et dans les autres des stratifications lumineuses. Cette dissemblance d’effets semble indiquer une inégale répartition de la matière gazeuse se produis rnt au moment du passage du courant. Enfin, en se bornant à deux ampoules, on peut, en les plaçant convenablement, arriver à déterminer rapidement la position d’un corps étranger dansl’organi-me.
- Nouveau procédé de combinaison directe de l'azote et du charbon. — M. Lance a repris les expériences relatives à la formation du cyanure d’ammonium sous l’influence d’un courant de gaz ammoniac passant sur du charbon. Il a observé que si l’on ajoute au gaz ammoniac un mélange d’hydrogène et d’azote, le rendement en cyanure est singulièrement augmenté. L’azote du mélange se combine direefrment au charbon et l’on peut calculer que
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- LA N AT U RL.
- le cyanure formé emprunte 70 pouf 100 de son azote à ce mélange.
- Vaccination contre Vempoisonnement par le ricin — il. Cornevin a imagine d’appliquer la vaccination à l'immunisa'ion de ceitains animaux contre les effets de l'empoisonnement par la graine de ricin, de manière à pouvoir introduire cette substance dans leur alimentation. M. Cornevin a découvert que la ricine, matière éminemment toxique lorsqu’on l’injecte sous la peau, perd sa propriété nocive si on la chauffe pendant un temps assez long. La ricine ainsi modifiée devient alors immunisante, non seulement contre l’empoisonnement résultant de l'ingestion de la graine de ricin, mais encore contre les effets de l’inoculation de ricine non chauffée. Des porcs immunisés peuvent recevoir sans le moindre inconvénient dans leur ration alimentaire 100 grammes de tourteaux de ricin, quantité suffisante pour les tuer en 24 heures.
- Propriété nouvelle des rayons X. — M. forel signale une propriété singulière des rayons X d’où il résulte que le cadavre d’un animal mort est moins perméable aux rayons X. L’auteur mentionne encore la formation d’un abcès sous l’action des rayons X.M. Lannelongue, en faisant connaître ces faits, ajoute que quelle qu’en soit la cause, il e?t certain que les rayons X agissent puissamment sur l’organisme en déterminant des troubles de nutrition des cellules, d’où résulte la mort des tissus, la nécrose véritable, aseptique, conséquence de modifications chimiques des éléments des tissus. M. 'Lannelongue regrette que fauteur n’ait pas examiné la suppuration de cet abcès, dont la curation a été longue, dans le but de déterminer s’il s’agis?ait bien d'une suppuration chimique, telle qu’en peut provoquer l’injection de certaines substances. On aurait eu ainsi une confirmation des idées exposées ci-dessus. M. Lannelongue rapproche cet effet physiologique des rayons X de l’action quelquefois constatée des rayons chimiques du spectre solaire. 11 rappelle que dans un service d’hôpital des enfants au berceau ayant été un jour sortis à l’ombre dans une cour qui n’avait r. ça le soleil que dans sa partie supéiieure, un certain nombre d’enfants furent brûlés et moururent; d’autres furent atteints d’érysipèle ou de phlegmon. Une expérience répétée en protégeant | artiellement le corps par un vcnc à base d’urane permit de constater que l’accident était dû aux radiations chimiques.
- Toxicité des alcools. —- Pour étudier la toxicité des alcools, on injectait l’alcool sous la peau de certains animaux. C’est ainsi qu’on a pu reconnaître que l’alcool éthylique était le moins nocif. M. Picot a eu recours à une autre méihode. Il a placé des poissons ou des batraciens dans des mélanges titrés d’eau et d’alcool, et il note ensu te la durée de survie. Les résultats qu’il a ainsi obtenus sont assez généraux pour être susceptibles d etre représentés par des courbes.
- Varia. — M. Pomerantzeff a calculé les attractions locales de la vert cale en 57 sta ions situées dans l’Asie centrale, région du Sir Daria. 11 a constaté des déviations qui atteignent 40". — M. de Lépine a déterminé la chaleur de formation de l’aldéhyde f rmique dissous et gazeux.
- — M. Rico décrit les conditions météorologiques de l’observato re de l’Etna, situé à 5000 mètres d’altitude.
- — M. Becquerel annonce que des sels d’uranium, main-
- tenus dans l’obscurité depuis plus d’une année, lui ont permis d’obtenir une épreuve photographique donnant lieu de croire qu’ils n’ont rien perdu de leur activité photographique. Ch. de Vili.edeuil.
- « LE COUPEUR DE TÈTES »
- Autres temps, autres mœurs.
- Il y a tantôt six ans, ayant voulu faire représenter sur une de nos scènes parisiennes un truc de décapité sans effet de (/laces, nous avions reçu des directeurs auxquels nous nous étions adressé cette même réponse : « Spectacle trop à sensation, et pas assez dans nos mœurs! » jusqu’à ce qu’un imprésario, emportant notre idée au delà des mers, fit monter ce « truc » dans un des music-halls de l’Amérique, où la décapitation du clown qui chaque soir se prêtait à l’expérience obtint un vif succès.
- Sont-elles donc changées à ce point, nos mœurs, que ce qui paraissait il y a quelques années fort sanguinaire est devenu aujourd’hui un spectacle de famille, où court en foule le public?
- C’est ce qu’on est en droit de se demander en assistant à une soirée d’un de nos cafés-concert les plus connus, et dont le « clou » est sans contredit le numéro intitulé « le coupeur de têtes », présenté par le professeur Gauthier.
- Spectacle saisissant s’il y en a -un. Qu’on en juge d’ailleurs.
- Au milieu de la scène, tendue d’un voile noir, flammé d’argent, se trouve un billot tel que ceux qui servaient autrefois, et servent encore (sous une forme un peu modifiée) en Allemagne, pour les décapitations (fig. 1, A). A la gauche de la table de supplice un autre billot (fig. 1, B) ordinaire. A droite, un panier en osier destiné à recevoir la tête du condamné.
- Le bourreau (le professeur Gauthier) s'avance, de rouge habillé, escorté de deux moines à l’air sinistre.
- Après un petit speech, destiné à expliquer à l’assistance qu’il va procéder à la décollation d’un sujet de bonne volonté, celui-ci apparaît poussé par les deux aides du bourreau.
- Pendant que ceux-ci font agenouiller le condamné devant le billot A, le professeur Gauthier croit devoir ajouter qu’il n’a pas l’intention de faire croire à une décapitation véritable, son sujet recevant tous les soirs le coup de hache.
- Esprits faibles et timorés, rassurez-vous.
- La hache se lève, tournoie, et, s’abattant, d’un coup sec fait rouler la tète dans le panier ad hoc.
- Le bourreau se précipite sur elle, l’emporte vivement et la place sur le billot B, tandis que le corps du supplicié, agité des derniers tressaillements, re tombe lourdement sur la table. C’est charmant!
- Là s’arrêtait notre « truc », absolument semblable à cette première partie de celui du professeur Gauthier, car nous estimions que l’impression devait être suffisante pour un public qui, heureusement, n’est plus celui des arènes romaines. M. Gauthier, en jugeant autrement et désirant ajouter au plaisir des yeux celui des sens, invite les personnes qui voudraient toucher le corps et la tête du supplicié, à s’approcher pour s'assurer que tout est bien chair,
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- os, et... sang, car celui-ci ruisselle du cadavre mutilé.
- Le défilé commence et c’est une étude de mœurs curieuse que d’écouter les propos qui s’entre-croisent, depuis ceux du mauvais plaisant, sceptique, qui propose de faire éternuer la tète du condamné, jusqu’à ceux de la candide jeune fille qui, naïvement, avoue qu'il doit bien y avoir un secret, car on ne peut couper ainsi une tète tous les soirs !...
- Mais ce secret? Le voici en quelques lignes. Au moment où le condamné s’agenouille sur la table de supplice, les deux aides du bourreau se placent entre lui et le public.
- Le sujet en profite pour glisser la tète dans une ouverture dissimulée vers le haut du billot A, tandis
- qu’un des aides, s’emparant d’une tète en cire la place sur le billot de façon qu’elle paraisse rattachée au corps du sujet (X, fig. 5).
- L’illusion est complète pour le public, qui croit voir le condamné dans la position de la figure I, quand, en réalité, il est placé comme dans la figure 5.
- C’est donc cette tète en cire qui tombe sous le coup de hache et laisse échapper en jet le sang dont elle est remplie.
- Au moment précis où la hache s’abat, le sujet se laisse glisser rapidement, de façon que, la tète toujours dissimulée dans l’intérieur du billot, il vienne s’étendre sur la table de supplice.
- « Le coupeur de têtes ».
- Cette manœuvre est dissimulée par un simple petit rideau d’étoffe imitant le bois du billot et qui se referme après le passage du cou.
- Le condamné se place alors dans la position indiquée sur la figure 4, c’est-à-dire la tète fortement enfoncée dans une ouverture pratiquée dans la table.
- Un aide enlève le billot A (de crainte que le public ne s’aperçoive du truc précité, lorsqu’il sera permis de venir toucher le cadavre). L’autre aide, se plaçant entre le public et le sujet, applique contre le cou de celui-ci un tube de carton (fig. 2 et 5) affectant la forme d’un cou sectionné et s’adaptant exactement contre celui du condamné, qui semble ainsi bien décapité, tandis qu’en réalité sa tête se trouve sous la table. L’illusion fort réussie est complétée par quelques autres détails; on trouve que du sang de bœuf
- coagulé a été appliqué sur le morceau de carton.
- Ajoutons enfin que, lorsque le bourreau place la tète de cire sur le billot A, il l’escamote vivement dans l’intérieur de ce billot, tandis qu’un compère, passant la tête par une ouverture ménagée en haut du bloc, vient prouver aux spectateurs qu’ils ont affaire à une tête en chair et en os!
- Plaignons cependant ce second sujet qui doit rester ainsi dissimulé dans ce billot haut de 0m,50à peine, et dont la tète nage dans le sang qu’on n’a pas cru devoir ménager pour ajouter à l’horreur de ce spectacle. Et maintenant, à quand la guillotine?
- Carolds Karl.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiube, rue de Fleur us, 9.
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- N° 1247. — 24 AVRIL 1897.'
- LA NATURE.
- LES ARSENAUX DU JAPON
- La récente guerre sino-japonaisa. est venue jeter un jour tout nouveau sur la situation de l’Extrême-
- Orient; elle a montré, même à ceux qui suivent ~ -
- moins cette question pourtant si intéressante, /Âjf>
- "% , -#
- Fig. 1. — Les travaux de construction de l'arsenal de Yeddo.
- transformation extraordinaire qui s’est produite au dans les applications industrielles ou autres, le Japon Japon. Dans le domaine scientifique général comme s’est mis au courant de toutes les nouveautés occi-
- Fig. 2. — Vue d’ensemble de l'arsenal de Yeddo.
- dentales ; on lui a même reproché plus d’une fois d’aller trop vite en besogne et de copier servilement son modèle. Cette attaque, injuste à notre avis, a suscité une réponse d’un publisci te japonais distingué, M. Marumo, qui disait textuellement ceci : « Nous
- prenons tout ce que nous jugeons bon à l’Europe, laquelle marche en avant comme un pionnier qui ouvre la route, et nous l’ajustons à notre tempérament, à nos besoins, sans jamais l’imiter en aveugles ». Le fait est que le Japonais n’a pas seu-
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- 25° année. — 1er semestre,
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- LA NATURE.
- lement le don de l'imitation, mais celai bien {dus précieux et bien différent de l’assimilation : il le montre actuellement dans le domaine industriel.
- Toutefois on peut se demander si le Japon n’a pas tort de se lancera corps perdu, et à fonds non moins perdus, dans les dépenses d’armement qui pèsent si lourdement sur les peuples européens; il en est arrivé déjà aux déficits budgétaires, alors qu’il n’en est pourtant encore qu’aux débuts de ces dépenses. Sans doute a t-il pu, grâce à cela, battre la Chine dans le conflit qui s’est élevé entre les deux nations, mais il serait instructif de faire la balance entre ce que cette lutte lui a coûté et lui coûtera et ce qu’elle peut lui rapporter.
- Sans entrer à fond dans cette question, qui sortirait du cadre de ce journal, nous voudrions montrer comment, dans leur désir de puissante organisation militaire, les Japonais ont su se créer des arsenaux pour leur llotte.
- Pendant longtemps le ' gouvernement japonais n’avait attaché que fort peu d’importance à sa marine de guerre : c’est qu’en effet son armée de terre l’occupait à peu près seule parce que, après la fameuse révolution qui détruisit le système féodal, il s’agissait d’organiser des forces permettant de réprimer ou plutôt de prévenir toute insurrection des samouraï, des nobles dépossédés de leurs privilèges. La marine avait bien été nominalement réorganisée par des officiers anglais, mais elle n’avait qu’un rôle effacé, puisque ses crédits pouvaient se confondre, dans le budget de 1880, avec ceux de la guerre, le tolal ne s’élevant, du reste, qu’à 55 750000 francs.
- Cependant déjà on cherchait au Japon à s’inspirer de ce qui se faisait en Europe; grâce à l’obligeance de la Société de géographie de Paris, nous pouvons mettre sous les yeux de nos lecteurs des photographies de l’arsenal qu’en 1874 on venait de construire à Yeddo, ou Tokio, dans l’ancien yashi des princes de Mito. Sans doute les bâtiments n’étaient pas immenses, mais ils avaient déjà l’apparence bien caractéristique de bâtiments industriels du type européen, et dans une photographie prise à la même époque et donnant le personnel de l’arsenal, on peut constater l’envahissement du costume européen parmi les indigènes.
- Mais ce n’est en réalité que vers 1885 que le mikado et ses conseillers résolurent de doter le pays d’une marine pouvant imposer le respect même à une nation européenne. C’est à cette époque que le Japon fit appel au concours si précieux de M. Bertin, aujourd’hui directeur de nos constructions navales. Depuis lors on sait quel développement a pris la llotte japonaise et quels succès elle a remportés. Naturellement on a, en même temps, amélioré les arsenaux, et nous allons les passer en revue, en nous aidant de renseignements forts complets récemment publiés par notre éminent collègue, M. de Chasseloup-Laubat.
- Le principal de ces arsenaux est celui de Yakoshi-Ka, au sud de Yokohama et à l’entrée du golfe de Tokio. I/arsenal est au fond d’une baie, mais tout à
- la fois sur une presqu’ile, si bien qu’il a la mer devant et derrière lui. A un certain point de vue il est mal placé, en ce sens que l’eau est profonde tout près de terre, et que les navires ennemis pourraient venir à moins de deux kilomètres des chantiers sans craindre les torpilles fixes; par contre, la presqu’ile en question est hérissée de collines qui protègent les constructions contre un tir direct, et même partagent l’arsenal en plusieurs sections qui communiquent entre elles par des tunnels. Ces collines sont fort abruptes, avec des pentes qui atteignent jusqu’à 70° et qui présentent cette bizarrerie de ne point se désagréger sous l’influence des pluies grâce à l’argile solide qui les forme.
- Malheureusement l’arsenal est à l’étroit, et l’on ne peut y installer que 5500 ouvriers ; de plus, par suite du manque d’eau douce, il ne faut pas songer à y travailler les grosses pièces, et il ne joue guère que le rôle d’atelier d’assemblage. Il a été fondé en 1868 par des Français, et il comprend des cales, des bassins, des ateliers d’ajustage, de chaudronnerie. L’établissement est bien tenu, les ouvriers font à peu près tout ce qu’exécutent. les bons ouvriers d’Europe, à cela près pourtant qu’ils sont encore assez inexpérimentés pour la grande construction en fer.
- Nous ne citerons que pour mémoire l’arsenal de Kobé; il est situé sur une mer intérieure, et s’il construit des torpilleurs, ce n’est guère que pour les petites constructions qu’il est employé et utilisable. Mais nous mentionnerons spécialement l’arsenal d’Osaka : celui-ci est installé dans le fameux château moyen âge élevé, paraît-il, il y a quatre cents ans, par l’empereur llideyoski. A la vérité on ne s’y livre pour ainsi dire qu’à la confection des canons, à la fabrication des projectiles; mais il n’en est pas moins remarquable en ce que tous ceux qui y travaillent, depuis l’ingénieur en chef jusqu’au dernier manœuvre, sont des Japonais. Sans doute, beaucoup d’entre eux sont passés par des ateliers de l’Occident ou ont eu des instructeurs européens; mais ce que nous savons de l’enseignement technique dans l'empire du Soleil Levant nous assure que l’on n’a plus besoin de ces instructeurs en aucune branche scientifique ou industrielle; ce qui nous confirme encore dans cette opinion, en dehors des renseignements de toute espèce que nous avons pu recueillir, c’est qu’un autre arsenal, établi à Nagasaki, et qui appartient à une compagnie privée, ne compte pas un seul employé ou travailleur quelconque européen.
- On parle actuellement de modifier, peut-être même de déplacer les arsenaux japonais, d’en installer un notamment à Simonosaki; la chose ne nous paraît nullement improbable. Les Japonais, en effet, consacrent des sommes formidables à leur armement, et dans le budget de 1895 le chapitre de la marine de guerre dépassait 28 millions de francs; mais si cette transformation doit avoir lieu, il n’en était que plus intéressant d’exposer la situation présente des arsenaux que possède dès maintenant le Japon.
- ' Daniel Bei.let.
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- OBSERVATIONS A PROPOS 1)E
- LA FORME DE L’ÉCORCE TERRESTRE
- Dans ses remarques à l’occasion de la mer du pôle Nord, M, Stanislas Meunier nous parait avoir été bien sévère en déclarant que les considérations relatives à la symétrie tétraédrique du globe « ne reposent réellement sur aucun fondement sérieux ».
- Tel n’est pas l’avis de beaucoup de personnes ; et il en est même, comme M. Lallemand, l’éminent directeur du service du Nivellement général de la France, qui ont su donner, à l’appui de ce système, des raisons mécaniques de la plus haute portée. On nous permettra de les rappeler ici.
- Lorsque, sur le globe primitivement fluide, s’est formée par refroidissement la première écorce solide, cette écorce a dù commencer par être à peu près sphérique, comme la masse liquide qu’elle enveloppait. A partir de ce moment, en possession d’une étendue désormais invariable, et obligée de s’adapter aux dimensions progressivement décroissantes d’un noyau en voie de contraction, elle a dû, en vertu du principe de la moindre action, se comporter de manière à garder, le plus longtemps possible, la totalité de sa superficie sans duplicature.
- Or, si la sphère est, de tous les corps réguliers, celui qui renferme le plus grand volume sous la moindre surface, le tétraèdre est, au contraire, celui qui réalise, pour un volume donné, la plus grande étendue superficielle. Il est donc tout naturel que la symétrie tétraédrique soit le terme vers lequel ait dù tendre, dès le début, l’écorce solide en voie de déformation.
- Ainsi l’hypothèse en elle-même est parfaitement raisonnable. D’autre part, correspond-elle aux faits? Nous n’hésitons pas à répondre oui, en nous fondant sur ce résultat remarquable que, dix-neuf fois sur vingt, les antipodes de la terre ferme tombent en pleine mer, alors que la proportion des surfaces maritimes aux surfaces continentahs est seulement de deux et demi à un. Une opposition diamétrale aussi persistante, et qui trouve sa confirmation aux deux extrémités de l’axe terrestre, atteste une propriété de l’écorce qui appartient essentiellement aux corps de symétrie pyramidale, tandis qu’elle est directement contradictoire avec la forme sphérique.
- M. Stanislas Meunier nous reproche d’avoir considérablement exagéré, dans notre dessin, les inégalités de la surface. Mais tout le monde a pu comprendre qu’il s’agissait d’un simple schéma, destiné à rendre sensible ce qu’une figure à l’échelle n’eùt pas pu faire ressortir. 11 en est exactement de même de l’aplatissement terrestre. L’honorable professeur du Muséum n’ignore pas qu'il est absolument impossible de rendre cet aplatissement perceptible sur un dessin. Dieu sait pourtant s’il a des conséquences astronomiques importantes, telles que la pré-ce sion des équinoxes et la nutation! Contester la symétrie pyramidale du globe, en arguant de l’insignifiance absolue des inégalités mesurées, me semble tout aussi légitime que de nier la forme ellipsoïdale du globe ou l’excentricité de l’orbite terrestre.
- Tous les phénomènes de la physique sont d’ailleurs dans le même cas. Au premier aspect, les différences paraissent négligeables; et pourtant c’est sur ces minimes inégalités que reposent et la biréfringence des cristaux, et leur différente conductibilité suivant les directions, etc.
- Au surplus, chacun reste libre d’apprécier comme il lui convient la théorie de M. Lowthian Green. Pour nous,
- en même temps qu'elle se justifie par le principe de la moindre action, elle offre le précieux avantage de grouper tous les faits de la géographie autour d’une formule remarquablement simple. C’est pourquoi nous persistons à croire qu’elle est fort loin de manquer de a fondement sérieux ». A. de Lappadent.
- LES SAUVAGES D’EZY
- Le peu que j’ai eu l’occasion de dire des misérables visités par moi, les vacances dernières, aux environs d’Ezy, a vivement excité la curiosité1. Le fait est que le spectacle qu’ils offrent n’est pas banal. Je sais bien qu’il y a des misérables partout. Mais il s’agit d’une tribu établie à demeure en rase campagne et dont la vie n’est comparable qu’à celle des sauvages les plus malheureux.
- Le bourg d’Ezy, bourg ouvrier, un des rares centres de fabrication des peignes en corne et en ivoire, est à gauche du chemin de fer. A 1 kilomètre de distance environ, un sentier, traversant la voie par une ouverture de la haie brisée, conduit au pied du coteau crayeux qui forme à droite la limite orientale du plateau de la Normandie. Sur une longueur d’environ 200 mètres, ce coteau se divise en trois ou quatre terrasses irrégulières, sur chacune desquelles s’ouvre une série de caves creusées à l’époque où le coteau, aujourd’hui nu, se couvrait de vignobles. Ce sont ces caves, abandonnées l’une après l’autre, qui ont fini par servir de refuge à une population spéciale. J’allai la visiter une première fois au crépuscule. Et j’avoue que ce n’est pas sans quelque malaise que je m’engageai dans le sentier qui grimpe de la base au faîte, d’une terrasse à l’autre, sentier coupé oà et là par des éboulements. Ni cris, ni tapage. Le calme complet et, dans l’ignorance des lieux, peu rassurant. Des êtres humains circulent. Des formes s’agitent en avant de trous noirs. Pas une lumière; on n’y connaît que celle du soleil. Pas un feu allumé, pour la cuisine du soir. Tout le monde n’est pas encore de retour au gîte. Les mornes hôtes de ces parages, en nous croisant, nous disent cependant volontiers bonsoir. Ils sont plutôt timides, et n’ont pas ce regard chargé de haine menaçante des misérables des grandes villes. On s’enhardit à leur causer, sans espérer des réponses bien sincères. Une vieille femme cassée descend, armée d’un crochet de bois, à la provision d’eau, au puits à Heur de sol qui se trouve au bas du coteau, de l’autre côté de la voie, pour l’usage commun. Vient ensuite un garçon d’environ treize à quatorze ans, le corps sans un lambeau de linge, couvert d’une loque qui fut un paletot et d’un pantalon fait de trous. Il porte une vieille marmite de fer battu toute couverte de rouille. A quoi emploie-t-il ses journées? Il ne sait ou n’ose le dire. — Va-t-il à l’école? — Oh! non! — Pourquoi? — Est-ce qu’il y a songé? Sait-il seulement ce que c’est que l’école. — Il répond sans effronterie, mais sans aucune hésitation, dans son
- 1 Revue de l'Ecole d’anthropologie de janvier cl Revue scientifique du 6 février 1897.
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- ignorance absolue à l’égard de toute loi civile, de toute obligation morale. Il a bien deux ou trois frcres dans le même cas que lui. Des rires bruyants, qui sortent de l’un des trous dont la porte est entr’ou-vertc, nous engagent à nous approcher. Nous entrons. 11 y a là deux voyous sordides qui gigotent devant une fdle {luette, du moins habillée de pièces de vêtements cousues. Tous trois se taisent subitement, par crainte plutôt que par respect assurément. La fille, qui paraît treize ans, en a plus de dix-sept. Elle affirme qu’elle travaille, menteusement ; elle ne peut dire à quelle sorte d’ouvrage. Combien sont-ils abrités dans ce trou? Cinq. Et on ne voit qu’un lit.
- Ce lit consiste en un cadre de bois posé sur quatre pierres. Et il est garni uniquement de feuilles sèches recouvertes d’une toile malpropre, de celle dont sont faits les sacs les plus grossiers. Plus loin, un couple encore jeune (si la femme paraît plus de trente ans, l’homme ne les a sans doute pas encore) enlève rapidement à notre approche quelques objets d’une courette enclose, objets qu’ils cachent derrière la porte de la cave.
- Nous leur inspirons quelque appréhension, sans aucun doute. Tous deux sont très polis, Lui, est très fier d’une courge (toute sa culture) qu’il a élevée dans sa courette. Elle, effeuille quelques brindilles de bouleau pour faire des balais. Que font-ils tout le jour et qu’est-ce qui a pu les amener là, jeunes encore, sans la charge d’enfants, et robustes, tous leurs membres bien entiers? Il est difficile de le savoir. L’homme baisse les yeux; son visage, au teint terreux, est sans expression, et garde cependant l’empreinte d’une honte longtemps infligée. Il a quelque chose à cacher, que bien des personnes connaissent sans doute. Et son attitude humble, qui veut attirer la commisération, est celle que prennent à la prison ses hôtes habituels, que le vice et la paresse dégradent, mais qui ne connaissent pas l’arrogance cynique du crime hardi.
- Parmi tous les habitants de ces grottes artificielles, y a-t-il un seul adulte qui ne soit pas un délinquant d’habitude? On ne sait au juste. On croit qu’il n’y en a pas un. On ne se rappelle cependant pas qu’il y ait eu là des crimes commis et du sang répandu, malgré des bruits d’infanticide qui
- ont amené des investigations dont tous ont tremblé longtemps. Sont-ils pour cela inoffensifs? Cela se dit. Qui peut l’assurer? L’existence de chacun d’eux est un problème. Lorsque les ombres s’amassent, et que rien ne bouge plus dans ces antres sinistres, gouffres béants le long de la paroi blanchâtre du coteau nu, comment ne pas éprouver quelque sentiment d’appréhension?
- J’ai voulu revoir au grand jour du soleil levant la face de ces sauvages d’Ezy. Dès 8 heures du matin bon nombre d’entre eux étaient « à leurs affaires ». — A leurs affaires? — C’est un ancien qui nous dit cela, à moi et aux trois aimables habitants d’Ezy qui ont bien voulu me guider dans le dédale des sentiers et me renseigner d’après les dires du pays.
- Il est propre, celui-là; il nous le fait remarquer ; il a une chemise, presque une cravate, si je n’ai pas été abusé, et ses vêtements ont des pièces. La cave est profonde, garnie de vieux meubles, à peine pourris du pied, balayée, éclairée d’une vitre enchâssée dans la porte, magnifique. Sa batterie de cuisine se compose toutefois, comme celle des autres, exclusivement de boîtes de conserves ramassées sur les tas d’ordures. Mais il a des pommes de terre dans un coin, produit de la culture qu’il a faite sur le devant de sa cave, et un bon tas de bois sec. Son poêle *est fait de morceaux de ferrailles joints ensemble. Le feu est allumé. Il vit là avec son frère justement en train de manger de sa cuisine, bouillie de ses pommes de terre, noirâtre, nauséabonde, arrosée d’un peu de boisson mendiée qui ne vaut guère mieux que de l’eau. Ils sont depuis quarante-sepL ans « aux caves ». Ils y ont connu des temps bien meilleurs. Leurs parents avaient acheté trois caves et une maison. Celle-ci, tout contre, n’a plus que ses quatre murs écroulés. Alors on venait des environs, manger et boire dans la maison, et la cave qu’ils habitent servait justement encore de salle de bal. Son frère, le vieux mendiant à la figure longue, rougeaude, aux gros yeux bleus, approuve de la tête et rit à ces souvenirs, des souvenirs de sabbat nocturne. Eclopé, allant chaque jour par les chemins, armé de béquilles, pour « chercher sa vie », il se redresse encore, dans ses loques sordides, ses paupières se plissent, il prend un air malin, tout éme-
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- rillonné. Cependant d’antres souvenirs passent. On parle d’une femme, la « noiraude », connue à Ezy. Justement c’était sa femme. Pourquoi sa femme à lui? Dame! puisqu’ils dormaient dans le meme trou. Elle était venue de Paris. Elle avait habité vingt années Paris! Vingt années de gloire, « dans différentes places ». Mais tout cela n’a qu’un temps, dit-il, presque goguenard. Maintenant la voilà morte. Elle a eu la chance de mourir à l’hôpital d’Évreux. Et lorsque nous nous éloignons, avec de grands gestes de tète, il nous tend la main, heureux. 11 y a peu de temps, se livrant en jouet à la basse plaisanterie, il s’était laissé enfoncer dans la bouche une bille de billard que, pour un peu, on n’eût pas pu retirer. De toutes les maisons, une dizaine, qui furent élevées jadis sur les terrasses entre les ouvertures des caves, avec les rognons de silex des bancs crayeux qui s’éboulent au bas du coteau, rognons sans surface d’adhérence que ni mortier ni plâtre ne pouvait tenir fortement assemblés, il y en a bien encore une avec ses fenêtres et son toit. Elle est d’ailleurs toute basse et c’est ce qui l’a sauvée d’une ruine complète.
- Deux vieillards l’occupent, bien courbés, les yeux chassieux, geignant. Ce sont des notables assurément. Ils ne nous montrent pas leur intérieur. Mais de leur maison à leur cave, ils ont presque un petit jardin, planté, soigneusement clos. On y voit un petit tas de fumier, signe évident de richesse. Ils ont en effet assez d’ordre, assez de constance, assez de vertu pour... élever des lapins. Et la femme fait encore des balais de bouleau. Ils possèdent quelque chose. Ils sont bien les seuls. Voilà cependant un peu plus loin deux enfants blonds et roses, entièrement vêtus. Leur mine est presque propre et saine. Nous sommes stupéfaits. Leur mère nous a entendus. Elle se montre, rit et remercie pour les sous donnés. Elle est encore jeune, sans flétrissure apparente, blonde et grasse, du pur type normand, pas lavée, mais suffisamment vêtue. Qu'est-ce quelle peut bien faire aux caves? Oh! il y a bien longtemps qu’elle y est. Elle y est venue d’un village voisin avec sa mère, à l’âge de huit ans; sans doute après quelque catastrophe qu’on ne raconte pas, survenue au père, à moins qu’elle n’ait pas eu de père. 11 y a de cela vingt-deux ans. Elle a trente ans, et quatre
- enfants déjà. Elle en attend un cinquième. Elle se plaît là, se montre parfaitement heureuse, étalée au soleil, à la portée de son trou noir où il fait chaud en hiver. Son homme se livre probablement à quelque occupation, pêche ou braconnage, qui de temps en temps rapporte des pièces de monnaie. Un ancien clerc de notaire réfugié là, lui aussi, à la suite d’on ne sait quelles circonstances, et qui se fait le porte-parole des habitants de l’endroit, y est devenu pêcheur habile.
- Les familles de quatre et cinq enfants sont bien au nombre de cinq ou six, et c’est déjà curieux dans ce pays de dépopulation. Celle de cette jeune femme est la seule dont l’aspect soit humain.
- Tout à côté, dans l’embrasure même de l’ouverture, nous apercevons un grouillement d’enfants en train de revêtir quelques loques, leurs membres maigres encore nus. La mère est étendue sur le dos
- dans le cadre de bois qui lui sert de lit. On se couche avec le jour et on se lève bien après le soleil. Volontiers on dormirait toute la journée, n’était la nécessité de se mettre à la recherche d’un peu de nourriture. Et on n’a pas même les précautions et la propreté de la plupart des sauvages. Sur le devant même de cette cave où ne se distingue qu’un fouillis d’objets sans forme, sans nom, ne laissant libre pour y entrer qu’un étroit sentier, les excréments de la famille couvrent tout le sol. Les misérables n’auraient que dix pas à faire pour monter au bois qui couvre le toit de leur grotte; ils préfèrent s’accroupir là en face le soleil et les uns devant les autres. Sans les pluies qui de temps en temps balayent tout, ils se vautreraient dans leurs crottes. Une épidémie de fièvre typhoïde a sévi, il y a peu de temps, parmi eux et cela tient évidemment à ce détail de leurs mœurs. Croyant que la maladie était contagieuse, un des hommes qui furent atteints alla se promener, tremblant la fièvre, dans tout le pays, dans le farouche espoir de la répandre.
- Des familles, à notre approche, se retirent, inquiètes, dans leur tanière, si obscure, qu’on ne distingue plus que le bruit de leur voix. D’autres, au contraire, en sortent pour regarder, telles qu’elles sont, des filles, des garçons de quatorze ans, à peu près nus. Une grande fille, aux membres maigres,
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- mais résistants, durcis au grand air et au soleil, s’avance, n’ayant sur le corps qu'une robe en morceaux salis, qui lui descend aux genoux. Ses cheveux, en toison e'paisse et dressée, ne connaissent pas le peigne. Elle n’éprouve pas le moindre embarras de ses longues jambes nues, de ses pieds crasseux, de son vêtement troué. Elle voudrait être polie, s'offre aux questions, va, vient, désirerait quelques sous et n’ose les demander. Son insouciance est absolue. Nourrie, elle deviendrait une bête robuste. On devine aisément quelles destinées peuvent l’attendre. Mais elle prétend qu’elle travaille. 11 paraît d’ailleurs qu’on peut trouver aux caves femmes et tilles... pour faire ménage. Le maire d’une commune voisine, ayant a s’occuper de l’entretien d’un garçon infirme, paresseux et incapable, le fit, par économie, conduire aux « Gaves». Le misérable, là, se fit une vie nouvelle. Il trouva une femme digne de son mérite. Et même il en eut plusieurs enfants.
- Quelle peut bien être la qualité de ces enfants, qui tous descendent d'alcooliques, de dégénérés, de gens hors de la société, pour qui le fardeau de la civilisation a été trop lourd, qui en rejettent le poids et refusent de se soumettre aux obligations légales communes? On s’attend d’abord à trouver là réunis tous les exemplaires des habitués de Cours de Miracles, des bancals, des aveugles, des scrofuleux, des bossus et même des enfants phénomènes. Vivre de leur vie, avec certaines infirmités, est cependant impossible.
- Terrés en ce coin isolé, ils ont à volonté du grand air et du soleil, mais ils n’ont que cela. Ils sont dénués absolument de tout ce qui est nécessaire à la vie civilisée. De temps en temps l’un ou l’autre attrape un vêtement usé; mais pas un n’a une pièce de linge complète. Et pour laver leurs guenilles, le savon leur est à peu près inconnu. Us n’ont jamais couché entre des draps, ni mangé dans de la vaisselle propre, autour d’une table garnie. Ils ne savent pas ce que c’est que de travailler régulièrement pour a\oir une pitance assurée. Chaque jour, pour un peu de nourriture, ils sont obligés de courir les chemins, maraudant et mendiant. Et pendant la rigueur de l’hiver, il faut qu'ils sortent de temps en temps de leurs trous et qu’ils s’exposent presque sans vêtements au froid et à la pluie. Ceux qui naissent souffreteux ne peuvent résister à un pareil régime.
- La vie sauvage exerce une sélection sévère sur ceux qui la pratiquent. A tous ces enfants qui ont survécu des années malgré l’absence de précautions et de soins, il ne manque donc que d’être suffisamment nourris pour devenir robustes. L’influence de la misère dégradante et des vices de leurs parents leur imprime un faciès commun. Et leur mentalité est tombée, certainement, avec une facilité qui déconcerte, à un niveau étrangement bas. Ils ne paraissent rien désirer, du moins vivement, de ce qu’ils n’ont pas, leurs besoins bestiaux une fois satisfaits.
- Incapables d’attention soutenue, l’école où ils seraient enfermés leur apparaît comme une geôle intolérable. Et l’appàt d’un vêtement neuf ou de quelque autre avantage matériel ne suffirait pas pour les y retenir. Leur genre de vie les sépare d’ailleurs tellement des autres et ils portent si bien sur leur figure la tare de leur déchéance, qu’ils seraient cantonnés à part par le mépris. Des tentatives persévérantes pour ouvrir leur intelligence et les moraliser sont restées sans résultat.
- Un amateur d’Anet, M. Paul Cachon, a eu l’amabilité de mettre à ma disposition quatre portraits qu’il a pris lui-même d’habitants des caves. L’un d’eux, à l’air un peu hébété et aux traits contractés douloureusement, est un véritable emblème de la navrante misère. En me les communiquant, M. P. C. m’écrivait : « Deux de mes amis, MM. A. Ilozet et Blan-cheton, retour l’un du Soudan, l’autre du Siam, que je me suis amusé à conduire « aux Caves », en leur annonçant queje leur présenterais des sauvages nature à quelques centaines de mètres du chemin de fer et du télégraphe, n’en revenaient pas ». Il n’est pas bien sûr, en effet, qu’ils aient vu, au Soudan ou en Indo-Chine, sauvages plus dégradés que ces indigènes de notre pays, que ces enfants de la Normandie plantureuse. Et ce fait à lui seul, par le contraste saisissant qu’il offre, dans le cadre de notre civilisation brillante, appellerait des considérations qui, à divers points de vue, sont d’une réelle
- gravité. Zaborowski.
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- APPLICATIONS DE LA MÉTHODE RÔNTGEN
- AUX SCIENCES MÉDICALES
- LA LORGNETTE HUMAINE DE M. SE GUY
- Les applications de la méthode Rôntgen prennent tous les jours une importance de plus en plus grande dans les sciences médicales, et si, au début, quelques praticiens ont pu émettre certains doutes au point de vue de la valeur de ce nouveau moyen d’investigation, aujourd’hui nous croyons qu’il n’en est plus de même. Les premiers résultats étaient du reste très imparfaits, la netteté laissait beaucoup à désirer et, d’autre part, les durées d’exposition démesurément prolongées ; actuellement les progrès sont incontestables, on obtient de très grandes finesses et la pose est de beaucoup diminuée ; tout n’est cependant pas dit sur ce dernier point et pour les parties épaisses du corps on éprouve encore de sérieuses difficultés, les malades ayant grand’peine à garder l’immobilité absolue pendant le temps nécessaire.
- C’est alors qu’on a eu l’idée de mettre à profit le phénomène primordial signalé par Rôntgen, la fluorescence de certains corps sous l’influence des rayons X. De nombreux essais ont été tentés de divers côtés et actuellement on fabrique d’excellents écrans (au pla-tinocyanure de baryum le plus généralement) qui permettent de faire un examen direct sans recourir
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- à la photographie. L’étude immédiate au fluoroscope ou radioscopie paraît donc destinée à être employée conjointement avec la radiographie.
- 11 est en effet bien des cas où sur l’écran on percevra sans difficulté les corps étrangers (projectile, aiguille, éclat de verre) ou une lésion du système osseux (fracture, luxation, etc.), il est alors inutile de faire un cliché photographique; mais si, au lieu d’examiner les parties les moins épaisses du corps, la main, l’avant-bras et le bras, le pied et la jambe, il s'agit d’étudier la cuisse, le tronc, le bassin ou le crâne, nous- sommes obligés de constater que les résultats obtenus sont encore bien insuffisants; la nécessité de l’inscription sur la plaque photographique s’impose alors parce que sur celle-ci les impressions s’accumulent et, avec une durée d’exposition suffisante, on pourra obtenir l’image complète que l’on ne faisait que soupçonner sur l’écran fluorescent.
- Du reste nous croyons que la photographie, bien quelle nécessite une installation spéciale et des frais supplémentaires, est le complément indispensable de la méthode Rontgen appliquée aux sciences médicales tout comme dans les autres sciences. Le document obtenu devient impersonnel, il peut se conserver, être étudié, discuté, comparé à d’autres, et enfin publié. Si l’on ne nie plus aujourd’hui les avantages de la photographie ordinaire pour la reproduction des malades que l’on a pourtant sous les yeux, que l’on peut examiner à l’aise, tout porte à croire que cette méthode générale est encore plus nécessaire lorsqu’il s’agit d’étudier une lésion interne que l’on entrevoit plus ou moins nettement pendant quelques instants. Que de détails, de points secondaires peuvent échapper et que l’on retrouvera sur l’épreuve !
- Sans insister davantage sur les avantages comparés de la radioscopie et de la radiographie, nous estimons que dans la pratique ces deux méthodes doivent se compléter réciproquement, le praticien estimant dans chaque cas particulier la part qui doit être donnée à l’une ou à l’autre; rien ne sera plus facile d’ailleurs puisque le matériel nécessaire est identique.
- Nous arrivons maintenant à l’étude des causes qui ont cantonné jusqu’à présent les applications de la méthode Rontgen dans un certain nombre de laboratoires officiels et dans quelques rares installations particulières, mais n’en ont pas encore permis la divulgation plus grande : la première question qui se pose est celle du prix de revient ; l’achat d’accumulateurs, de bobines, d’ampoules et des divers appareils accessoires nécessaires pour faire un travail suivi, ampèremètres, voltmètres, rhéostats, etc., entraîne fort loin, sans compter la dépense d’énergie électrique et tous les frais nécessités par les opérations photographiques. Si encore la technique était établie d’une façon définitive, on pourrait sans crainte dépenser la somme nécessaire; mais il n’en est rien, la bobine de Ruhmkorff, qui donne actuellement les
- meilleurs résultats, sera certainement remplacée par des transformateurs spéciaux mieux appropriés au travail qu’ils doivent fournir et plus résistants ; tout n’est pas dit sur la fabrication des ampoules dont on présente tous les jours des modèles nouveaux, les écrans fluorescents sont encore destinés à se perfectionner grandement : pour toutes ces raisons le médecin, établi loin des grands centres, aura les plus grandes difficultés s’il veut mettre à profit soit la radioscopie, soit la radiographie. Et si même nous supposons qu’il n’a pas reculé devant la dépense, il éprouvera bien des déceptions lorsqu’il faudra faire un examen à domicile ou obtenir des photographies sur des malades qui ne peuvent que difficilement garder l’immobilité. 11 devra alors disposer d’une table d’expérience bien étudiée et utiliser un matériel plus portatif que celui que l’on emploie dans les laboratoires régulièrement installés.
- C’est à ce titre que nous croyons devoir décrire un nouveau dispositif fort ingénieux imaginé par M. G. Seguy et qui, par sa simplicité, son peu de volume, sa portativité et enfin son prix de revient abordable, paraît destiné à combler une lacune importante. Jusqu’à présent, en effet, nos principaux constructeurs se sont appliqués à perfectionner le matériel de laboratoire sans chercher à réaliser un type plus simple et plus économique susceptible de devenir l’instrument du travailleur isolé. Le modèle créé par M. Seguy et qu’il a dénommé la lorgnette humaine nous paraît résoudre le problème (fig. 1).
- Une boîte hermétiquement fermée renferme une batterie de 4 accumulateurs d’un type suffisamment résistant pour pouvoir être transportée sans inconvénients. Cette batterie actionne un transformateur spécial de M. Seguy qui, sous un volume réduit, permet d’obtenir l’intensité électrique suffisante pour illuminer l’ampoule. Une des parois latérales de cette boîte se développe et montre l’ampoule placée sur un support articulé permettant de lui donner toutes les positions. Le support est fixé sur une planchette mobile dans des coulisses, ce qui permet d’amener l’ampoule au contact de la partie à examiner. La liaison du transformateur aux deux pôles de l’ampoule est faite au moyen de fils souples enfermés dans des tubes épais de caoutchouc. On évite ainsi les décharges fort désagréables à recevoir lorsque l’on se sert de conducteurs insuffisamment isolés. Pour mettre le transformateur en marche, il suffit d’appuyer énergiquement sur un bouton qui actionne l’interrupteur. La manœuvre inverse produit l’arrêt.
- Comme ampoule, M. Seguy se sert de son modèle bi-anodique qui donne d’excellents résultats pour la radioscopie et la radiographie. L’ampoule étant orientée convenablement on interpose la partie à examiner, et le médecin, prenant à la main la lorgnette humaine, peut faire son examen avec tout le soin désirable. La lorgnette est constituée par une chambre noire à soufflet tronconique dont le fond est formé par un écran fluorescent : la partie anté-
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- Fig. 1. — N” 1. A, boîte. Iî, bouton de mise eu marche et d’arrêt du trembleur. C G’, conducteurs. 1), ampoule. E, support articulé. F, avant de la boîte avec ses glissières. L, lorgnette humaine, — N" 2, Détails intérieurs. A, boite. G, transformateur Seguy. II, accumulateurs.
- rieure porte deux ouvertures à l’écartement des yeux et garnies d’épaulemcnts qui, épousant la forme du front, permettent à l’opérateur de ne pas être gêné par la lumière extérieure. Ce dispositif, qui ressemble à celui proposé par Edison, permet de faire les examens en plein jour sans être obligé d’établir l’obscurité dans la pièce.
- M. Se gu y fabrique des écrans particuliers qui n’ont aucun grain et dont la surface en quelque sorte porcelainée est très résistante, ce qui n’a pas lieu dans les écrans obtenus avec le platino-cyanure de baryum retenu par une matière adhésive quelconque : dans ce dernier cas l’écran doit être protégé par une lame de verre (Ducretct) ou par une feuille de celluloïd (badiguet).
- Avec le matériel que nous venons de décrire nous avons pu examiner très facilement les membres d u corps humain, qui a pparaissent avec grande netteté ; les parties plus épaisses, cage thoracique, bassin, se voient également, mais avec plus de difficultés ; on distingue cependant assez bien les côtes, le cœur, le diaphragme. Les résultats obtenus nous ont paru de tous points comparables à ceux que l’on obtient avec la plupart des installations de laboratoire.
- Ce même appareil peut être utilisé également pour la photographie et il suffit, après avoir disposé con-venablerriïSlt l’ampoule, de placer en face la partie à reproduire reposant sur la plaque photographique
- Fig. 2.
- enveloppée de papier noir ou même dans un châssis recouvert à sa partie supérieure d’une feuille de carton ou d’aluminium mince. A titre d’indication, nous avons pu obtenir des photographies de main
- avec tous les détails du système osseux en deux minutes. Ce temps de pose était d’ailleurs pleinement suffisant. La distance de l’ampoule à la main était de 10 centimètres.
- La figure n° 2 représente la table d’expérience établie par M. Se-guy. Elle comporte dans toute sa longueur un évidement q u i permet de recevoir le châssis photographique ou un plancher de bois de même
- épaisseur. On peut donc glisser le châssis à la place la plus convenable et, au moyen d’un jeu de
- quelques planchettes de largeurs différentes, garnir complètement l’évidement de telle façon que la surface soit bien plane, aucune partie n’étant saillante. Le malade est alors étendu par-dessus ; les bords de la table portent des évidements qui permettent de fixer le support de l’ampoule à tel ou tel endroit. Pour la radiographie, l’ampoule se place au-dessus de la table, pour la radioscopie en dessous.
- En résumé, l’appareil de M. Seguy nous paraît destiné à rendre de sérieux services à tous ceux qui veulent mettre en œuvre la belle découverte du professeur Rôntgen et à en mettre l’application à la portée de beaucoup. Albert Londe.
- Table d’opération de M. G. Seguy et dispositif général pour l’examen radioscopique.
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- LE PALAIS DU QUAI D’ORSAY
- A PARIS ET SA FLOUE
- Les dernières ruines rappelant, hélas! l’année terrible, et dont on regrette d’avoir encore le spectacle sous les yeux après vingt-cinq ans, à Paris, vont probablement bientôt disparaître.
- Le Palais d’Orsay, qui était affecté d’une part à la Cour des Comptes et d’autre part au Conseil d’Etat, lut incendié, comme plusieurs autres édifices de la capitale, à la fin de la Commune. Sa construction, due à l’architecte Bonard, remonte à
- l’année 1810, mais son achèvement à 1855 seulement, et la surface qu’il occupe est d’environ 15 000 mètres carrés.
- On s’est demandé maintes fois ce que l’on pourrait bien faire de ces ruines, certainement assez solides pour être restaurées, et dont la réfection eut coûté infiniment moins cher qu’un monument nouveau.
- Toutes les propositions d’affectations diverses de l’ancien Palais ont été mises en avant et signalées par la presse, sans qu’aucune d’elles fut réalisée. L’hésitation des pouvoirs publics dure depuis un quart de siècle, mais il est certain que l’approche de l’Exposition universelle va faire mûrir les projets
- Vue intérieure du Palais du quai d’Orsay, à Paris. (D’après une photographie de M. G. Tissandier.)
- et trancher la question à courte échéance. C’est la moins vraisemblable et la plus inattendue des destinations de cet amoncellement de calcaire qui, pour le moment, semble prévaloir : la gare du chemin de fer d’Orléans transférée au quai d’Orsay. Le Parisien se fait difficilement à cette idée, et n’en comprend guère l’utilité et les avantages, si ce n’est le prix du terrain concédé ; mais il paraît néanmoins que le projet est exécutable et qu’il rendrait des services. C’est celui qui semble réunir le plus de chances de succès aujourd’hui.
- Nous sommes déjà loin de 1887, où l’on s’était presque décidé pour la reconstruction pure et simple de la Cour des Comptes. M. Dubufe estimait à 4 500 000 fr. le prix des travaux à exécuter, alors que la reconstruction totale des bâtiments entraî-
- nerait une dépense de 12 millions. Cet architecte, pendant neuf ans, a poursuivi sans relâche l’adoption de son projet, qui fut enfin voté par le Sénat le 2 mars 1894. Mais, chez nous, les idées changent beaucoup en deux ans, et, à la Cour des Comptes, il est plus que probable que l’on substituera une grande gare centrale. Un avenir prochain nous dira le dernier mot à cet égard.
- Depuis de nombreuses années les cours intérieures de l’édifice en ruine ne servaient plus qu’à remiser des tonneaux d’arrosement et divers ustensiles de voirie. Cependant des exercices de cavalerie y ont été faits pendant quelque temps, par les troupes de la caserne avoisinante. Un gardien est le seul locataire de cet immeuble et il y est fort à l’aise. C’est lui qui en fait les honneurs lorsque quelque amateur
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- d’archéologie contemporaine obtient l’autorisation de satisfaire sa curiosité. Néanmoins, d’autres êtres animés y ont élu domicile, ce sont des oiseaux de diverses espèces et probablement des rats qu’aucun fonctionnaire n’inquiète.
- Quant aux végétaux de toutes sortes, il y a plusieurs lustres qu’ils se sont développés là à leur guise, broussaillant partout où quelques fissures ont permis à leurs racines de prendre pied, écartant les pierres, soulevant les dalles, s’en donnant à l’envi de ruiner davantage ces ruines de vingt-cinq ans. Cette sorte d’oasis d’un nouveau genre a frappé les citadins depuis longtemps : les journaux en ont souvent parlé et les botanistes eux-mêmes ont trouvé le sujet d’études intéressantes dans cette petite forêt vierge ; un professeur d’un grand établissement scientifique y a même naguère mené ses élèves pour y faire une herborisation.
- On ne doit pas être surpris, d’ailleurs, que la végétation se soit implantée dans ce milieu chaotique et tranquille. Les arbres des plantations publiques, ou des jardins qui existent encore dans le faubourg Saint-Germain ont répandu leurs graines, soit à la faveur du vent, soit amenées par les oiseaux. Ceux-ci, le plus souvent moineaux pillards, apportent là le butin qu’ils ont prélevé aux cages des oiselets captifs du quartier, et s’en repaissent sans crainte d’être troublés. C’est ce qui explique la variété de la flore des ruines de la Cour des Comptes. Celle-ci, qu’on ne s’étonne pas de cet honneur, a même été publiée dès 1884 dans un petit volume instructif et fort bien écrit par un homme très connu, et qui, avant d’être un alpiniste hors de pair, a fait avec succès de la botanique pendant quinze ans. M. Yallot, l’auteur de la Flore (lu pave' de Parus, de la Flore de Caute-rets et d’autres ouvrages de chimie végétale et de météorologie plus importants, a consacré une partie de sa fortune à édifier sur le mont Blanc l’observatoire qui porte son nom. Pour ceux qui connaissent un peu M. Yallot, c’est un citoyen qui a bien mérité de son pays, mais pour qui le connaît mieux, c'est un des plus beaux caractères qu’on puisse rencontrer.
- La Flore de la Cour des Comptes, annexée à la Flore du pavé de Paris, nous apprend que dans l’espace de douze ans, il s’est développé plus d’une centaine de sortes de plantes en ce point du quai d’Orsay, et, plus exactement, 152 espèces ont été recueillies à des dates différentes par M. Vallot, mais quelques-unes en exemplaire unique. Depuis eette publication, le nombre des espèces a probablement augmenté. La nature chimique des décombres a favorisé telles ou telles espèces, suivant que le substratum était calcaire ou siliceux, que le vent amenait peu à peu des détritus variés, enfin les restes des plantes elles-mêmes : feuilles, tiges, etc., tout cela, accumulé depuis un quart de siècle, a fait un humus favorable à la frondaison qui, chaque printemps, se développe en ce lieu.
- Les arbres y sont nombreux; ceux dont les se-
- mences ont été apportées par le vent dominent; ce sont les Erables planes et Sjcomores, l’Ailante, le Peuplier noir et le Peuplier Tremble, les Saules blanc, fragile et des vanniers, le Bouleau, le Platane et la Clématite des bois. D’autres, vraisemblablement, sont dus aux oiseaux : merles, corbeaux et moineaux principalement, tels sont le Sureau, le Figuier, le Micocoulier, le Groseiller sanguin et le G. à maquereau, la Yigne-vierge, le Bosier églantier, le Cerisier, la Douce-amère et le Lierre. Enfin, des circonstances qui nous échappent ont permis l’introduction du Lilas, de la Mauve de Syrie, du Buis, du Fusain du Japon et du Robinier.
- Pour les plantes herbacées ou arbrisseaux de petite taille les moyens d’importation ont été au moins aussi variés. D’abord toutes les espèces ayant des graines ou des fruits ailés, c’est au vent qu’en revient la cause principale : les Epilobes (Epilobium monta-nurn, hirsutum, collinum), l’Eupatoire cannabine, les Aster, le Pas-d’àne, la Pâquerette, les Séneçons, les Lacerons, la Laitue des murailles, l’Epervière, la Piloselle, les Leontodon, la Centaurée, les Chardons, le Pissenlit, etc. Peut-être est-ce également ainsi que se sont introduits en ce point le Polypode vulgaire, la Fougère male, la Fougère à aiguillons et la Fougère-aigle.
- Quant aux espèces d’autres sortes : Graminées, Composées, Légumineuses, etc., on présume que leur présence est fréquente dans les fourrages, et la proximité de la caserne du quai d’Orsay doit être la raison la plus probante de leur existence à la Cour des Comptes : la Flouve odorante, la Crételle, le Gaudinia fragilis, la Canche fïexueuse, le Millet verticillé et quelques céréales. On y peut joindre trois espèces de Carex, les Yéroniques petit-chêne et à feuilles de Serpolet, la Ballotte fétide, le Marrube et le Bugle rampant; puis trois sortes de Trèfles, dont le rare Trèfle élégant ; enfin le Mélilot blanc, le M. officinal, la Lupuline et la Coronille. Dans les mêmes conditions se sont implantés le Silène des prés, la Mauve sylvestre, le Liseron des haies, le Mouron, la Yiolette, le Coquelicot, la Bourse à pasteur, diverses Renoncules, etc. Pour ce qui est du Fraisier et du Framboisier, également constatés au quai d’Orsay, c’est aux oiseaux qu’on peut en attribuer le transport.
- On a observé fréquemment que beaucoup de fruits de petite taille et des graines ayant passé par l’intestin des animaux, sans être altérés, sont dans les meilleures conditions pour germer promptement, et le stratagème a souvent été mis en œuvre par quelques praticiens, pour des espèces dont la germination se fait attendre en les semant normalement. Or, beaucoup d’espèces à fruits charnus sont ainsi propagées par les animaux et retrouvées parfois à grande distance.
- Bien que cette énumération très incomplète des espèces de plantes constatées à la Cour des Comptes ne semble pas d’un grand intérêt, elle donne cependant la mesure de la facilité avec laquelle des localités, en apparence stériles et désolées, sont suscep-
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- tibles de se couvrir promptement de végétation par des procédés dont on aime à découvrir le mécanisme. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que des spécialistes se sont appliqués à la recherche des plantes murales et rudérales des vieux édifices ou des villes anciennes et modernes. M. Yallot a donné une liste bibliographique assez étendue de botanistes (jui ont publié des travaux de ce genre, ce qui prouve en somme que le sujet n’est pas banal et qu’il mérite de fixer l’attention des naturalistes. Ces observations peuvent souvent expliquer certains faits qui viennent en aide aux études de géographie botanique, et qui se trouveraient faussées sans ces connaissances préalables. J. Poisson.
- L’ECTYPOSCOPE
- L’ectyposcope est un petit appareil fort intéressant, imaginé par M. E. Moussard et qui permet de voir directement en relief et redressés les objets qui se trouvent en creux et renversés. C’est là la solution d’un problème difficile, qui sera certainement très utile aux modeleurs, aux graveurs et autres artistes ayant à étudier constamment des empreintes ou modèles en creux. La figure ci-jointe donne dans le n° 1 une vue d’ensemble de l’appa-riel, et dans le n° 2 une coupe intérieure. Il se compose,
- L’ectyposcope. — N° 1. Vue d'ensemble. — N° 2. Vue intérieure; 1. Prisme; 2, Lentille plan convexe; 5, Lentille biconvexe.
- comme on le voit, d’un pied cylindro-comque sur lequel est vissée perpendiculairement une branche cylindrique qui porte l’objectif. Ce dernier est formé d’une lentille plan convexe en 2 et d'une lentille biconvexe en 3, toutes deux convergentes et à court foyer. En 1, à la base du pied cylindro-conique se trouve un prisme triangulaire ou un miroir incliné. A la partie supérieure est monté un oculaire composé d’une lentille convergente plan-convexe, que l’on peut déplacer facilement pour le réglage à l’aide d’un pas de vis. Pour se servir de l’appareil, on place les objets à examiner dans le champ de l’objectif. Les rayons frappent les lentilles 2 et 3 et viennent former en 1 sur le prisme des images renversées qui sont à leur tour renvoyées verticalement à travers les lentilles de l’oculaire. A la sortie de l’oculaire les images sont amplifiées et viennent frapper l’œil de l’ob-
- servateur. Quelle que soit la position donnée à un objet ou à un texte on peut toujours le voir sous les quatre aspects suivants et leurs intermédiaires. Ex. :
- A = A V > <
- Si l’objet est gravé ou moulé en creux, on le voit en relief et vice versa, suivant l’éclairage donné à cet objet.
- Cet appareil est en réalité très simple; il est toutefois bien utile pour les usages dont nous avons parlé plus haut. M. Lebon.
- YÉLOCIPÉDIE
- HISTOIRE DU PREMIER VÉLOCIPÈDE VOITURE A RESSORTS
- À propos de l'article que nous avons déjà publié à ce sujet1, un de nos abonnés, M. le I)' L. Uoussié, à Onzain (Loir-et-Cher), nous a envoyé la photographie d’une draisienne que nous reproduisons dans la fig. 1, p. 532, et qui est différente de celles que nous avons décrites. Cet instrument a été fabriqué vers 1820 parun sieur An, d’Onzain, ouvrier charron, qui s’en servit, au dire de ses enfants pour faire son « tour de F rance ». Ce bicycle est encore en bon état, mais le guidon n'y est plus. Il a la forme allongée d’un cheval ; il manque une oreille et la queue. La hauteur maxima est de lm,07, la longueur totale de l’avant à l’arrière lm,76. La roue d’avant a un diamètre de 0m,56, et la roue d’arrière un diamètre de 0m,82. Ces roues sont en bois, garnies de fer sur leur circonférence ; la roue d’arrière est à rayons contrariés et est bien établie. En A se trouve un repose-pieds, en C une selle et en B un porte-bagages. La selle est ingénieusement disposée, rembourrée en crin, et même confortable. Elle est allongée et placée sur un ressort convenablement souple. Le porte-bagages est constitué par un plateau ovale en bois muni de courroies. Ce bicycle, malgré sa vétusté, est encore solide et roulant. A l’époque de sa construction, un grand nombre de compagnons charrons du pays étaient pourvus de machines semblables pour faire leur « tour de France ». Après les divers appareils que nous avons déjà décrits, il était intéressant de faire connaître cet appareil authentique, qui peut compter parmi les ancêtres de la bicyclette actuelle.
- Un de nos lecteurs, M. E. Douliot, bibliothécaire de la ville d’Epinal, nous a également fait parvenir un document précieux pour l’histoire du vélocipède, et que reproduit la figure 2. Il est fait mention, en mars 1775, d’une voiture exécutée en Angleterre et qui va au moyen de ressorts, dans une revue politique et littéraire appelée Journal encyclopédique, qui se publiait à Bouillon. « M. Ovenden, mécanicien anglais, dit le texte qui accompagne la gravure, a imaginé une voiture avec laquelle on peut voyager sans chevaux et faire aisément par heure 6 et même 9 ou 10 milles, lorsque le chemin est uni. » En A
- 1 Yoy. n° 1218, du 3 octobre 1896, p. 279.
- 1
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- LA NATURE.
- est la place du domestique qui met la machine en mouvement au moyen des leviers R, R; C est la manivelle au moyen de laquelle on règle la direction ; 1) est la caisse qui cache l’ouvrage do l’essieu qui porte les roues de derrière GG. Cet ouvrage consiste en deux roues cannelées ; la plus grande rainure contient la corde attachée au levier R, et l’autre celle qui est attachée au ressort d’acier E. L’usage de ce ressort et de cette dernière corde est de relever les leviers que le domestique a fait descendre en y appuyant alternativement les pieds.
- En F se trouve la caisse où peuvent se tenir une ou deux personnes; en 11 est attachée à l’essieu de devant la manivelle avec laquelle le domestique dirige la voiture. Cette description, extraite en grande partie du journal que nous avons mentionné, est Lien incomplète. Notre correspondant, M. Rou-liot, croit cependant qu’on peut en conclure (jue la voiture était munie de poulies à rochets ayant pour axe l’essieu des roues de derrière.
- Ces poulies entraînaient dans leur mouvement l’essieu pendant la descente de la pédale; en même temps, une corde fixée à une seconde gorge, s’enroulant sur la poulie, tendait un ressort. La pédale étant arrivée au bas de sa course et n’étant plus pressée par le pied de l’homme, le ressort faisait tourner la poulie en sens inverse. Dans ce mouvement la pédale était relevée pendant que l’essieu continuait à tourner dans le sens que lui avait imprimé l’action de la première pédale, et que lui imprimait, au même instant, la seconde pédale. Ces premiers essais sont très curieux et nous montrent les expériences d’automobilisme dont on s’occupait déjà à la fin du siècle dernier. M. Leroy.
- FRUITS ÉVAPORÉS
- Depuis quelque temps, on aperçoit à la devanture des épiceries des sacs munis d’une étiquette sur laquelle est écrit : fruits évaporés. Cette désignation bizarre et mal choisie fait croire au public qu’il
- s’agit de fruits ayant perdu leur arôme. 11 n’en est rien. Ce que les épiciers vendent, ce sont des fruits desséchés, dont l’industrie commence à se répandre en France, grâce surtout à l’initiative de MM. J. Nanot, directeur de l’École nationale d’horticulture de Versailles, et L. Trit-schlcr, ingénieur des arts et manufactures , qui ont d’ailleurs publié sur la question un fort intéressant travail.
- L’industrie des fruits évaporés — je dirais des « fruits secs » — n’est pas précisément nouvelle ; il
- y a beau temps qu’on l’appliquait aux prunes et aux raisins dits de Corinthe; mais ce qu'il y a de relativement récent, c’est de s’en servir aussi pour la conservation des pommes, des poires, des abricots et autres fruits, dont les producteurs ne savent que faire.
- En Amérique, bien que les procédés de culture soient moins parfaits que chez nous, la production des fruits a pris une proportion inouïe. Là, en effet, on ne se contente pas d’envoyer la récolte pêle-mêle au marché, un peu comme nous le faisons. On la divise d’abord en trois lots; le plus beau est envoyé dans les grandes villes, où, grâce au choix avec lequel il a été fait, l’écoulement est certain ; le plus défectueux est envoyé au pressoir; le moyen enfin est desséché et envoyé aussi loin qu’on le désire, notamment en Europe; la France est même son meilleur débouché. Grâce à ce tri judicieux, il n’est
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- pas rare de voir le prix de vente des fruits selects dépasser celui qu’aurait atteint la récolte vendue en bloc. Aujourd’hui la culture fruitière occupe d’immenses espaces de terrains et cette expansion est, sans nul doute, occasionnée par l’industrie des fruits évaporés grâce à laquelle une bonne partie de la production trouve un écoulement aussi sûr que fructueux (sans calembour). Pour ne citer qu’un exemple de cette importance, les Etats de New-York et de Californie ont exporté, pendant l'année 1888, plus de 52 000 000 de kilogrammes de fruits desséchés, représentant environ 18 500 000 francs. Sans la dessiccation, ces fruits auraient été certainement perdus ou se seraient peut-être vendus à vil prix.
- En France, où l’agriculture tient une si large place, on commence à s’apercevoir — nous sommes toujours très longs à nous mettre en train — que l’on ne tire pas de la culture fruitière tout ce que l’on serait en droit d’espérer. Aussi la méthode de conservation des fruits par la dessiccation, qui, d’Amérique, s’est étendue d’abord en Allemagne et en Autriche, puis en Angleterre, en Suisse et en Italie, paraît-elle faire de nombreux adeptes. Aujourd’hui, une bonne partie des fruits évaporés, vendus chez les épiciers, viennent de Normandie ou des environs de Paris; l’industrie se développera encore plus lorsque, comme le Gouvernement en a l’intention, on bordera les routes avec des arbres
- Conservation des fruits par la dessiccation.
- fruitiers. Les espaces, si vastes, que laissent vides le phylloxéra et le black-rot dans nos vignes, trouveront aussi dans la culture fruitière un emploi très rémunérateur. En Amérique, quand une culture marche mal, on ne se lamente pas, comme nous le faisons, pour la sauver. On la supprime et on la remplace par une autre. C’est ce qui a eu lieu, il y a quelques années, lorsque la production considérable de blé amena une dépression et un abaissement considérables des cours. La plupart des cultivateurs abandonnèrent carrément la culture du froment et la remplacèrent les uns par l’élevage, les autres par la culture potagère ; d’autres enfin, les plus nombreux, par la culture fruitière, véritable renaissance de l’agriculture américaine. Aujourd’hui, cette culture représente plus de 1500 millions de francs!
- Comme nous le disions plus haut, cette extension n’a pu se produire que grâce à la pratique de la dessiccation par la chaleur, qui permet d’exporter la récolte au loin, de la conserver intacte pour les années de disette, de diminuer l’encombrement du marché et enfin d’utiliser les produits médiocres.
- La méthode de conservation des fruits par la dessiccation présente le grand avantage d’être à la portée de tout le monde. Si l’application en grand demande quelques appareils spéciaux, —d’ailleurs peu compliqués — le plus petit cultivateur peut aussi tirer parti de sa récolte à l’aide du simple four de sa cuisine ou de celui de son boulanger. L’opération n’exige aucune connaissance spéciale ; elle est aussi très économique, puisqu’elle ne demande aucun accessoire, ni récipients, ni matières étrangères. D’au-
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- LA NATURE.
- tre part, le goût du irait n’est pas altéré et sa conservation est indéfinie. Enfin le prix de transport des fruits privés de leur eau est considérablement moins élevé (près de huit fois) que celui des fruits frais.
- La dessiccation des fruits peut s’opérer à l’aide de la chaleur du soleil, — dans les pays où il fait chaud, —par une exposition alternative au soleil et au four de boulanger; enfin par la chaleur seule. Cette dernière méthode est de beaucoup la meilleure, à tous les points de vue; nous ne parlerons brièvement que de celle-là.
- Les appareils dont on se sert portent le nom à'évaporateurs. Ce sont essentiellement des fours où circule un air chaud, destiné à entraîner l’eau des fruits. La température ne doit jamais dépasser 100° sous peine de cuire les fruits et de leur enlever par suite leur arôme sui yeneris. L’air circule à une vitesse de 4 à 5 mètres par seconde. Dans un bon appareil, le courant doit aller toujours dans le même sens et ne pas présenter de remous ; sans quoi, il se produit à la surface des fruits des condensations de vapeur qui nuisent à leur qualité et à leur bonne conservation. Certains évaporateurs peuvent dessécher 100 à 500 kilogrammes de fruits en vingt-quatre heures; d’autres peuvent en traiter 800 à 2000 kilogrammes pendant le même temps; leur volume seul diffère à peu près. Le principe de tous les évaporateurs est le même, mais on peut en distinguer trois catégories principales. Dans les uns, le courant s’élève verticalement. Dans les autres, la chambre de séchage est inclinée de manière à faire dévier plus ou moins le courant de sa direction naturelle. Enfin, dans les troisièmes, l’air chaud se meut horizontalement. Dans tous ces modèles les fruits sont placés sur des claies constituées essentiellement par des cadres en bois, supportant une toile métallique.
- La plupart des fruits doivent être préparés avant d’être placés dans les évaporateurs. A certaines prunes, on enlève les noyaux. Les abricots et les pêches sont coupés en deux. Les pommes et les poires sont pelées cl; divisées en quartiers ou on tranches. Toutes ces opérations peuvent être pratiquées à la main, mais généralement on les confie à des appareils qui les exécutent mieux et plus vite. C’est ainsi qu'il existe des appareils pour peler les pommes, en enlever le cœur et les découper en rondelles. Enfin, pour empêcher les fruits de se colorer, on les soumet, d’abord, dans des boîtes ad hoc, à des fumigations sulfureuses.
- Nous n’avons pas l’intention de donner ici un traité complet de la dessiccation des fruits. Nous nous contenterons, à titre d’exemple, de dire comment l'on traite les pommes. En France, on ne peut guère employer que la Reinette d'Angleterre et la Pomme cle paille, parce qu’elles ne perdent que 80 pour 100 d’eau, tandis que les autres races abandonnent à la cuisson 85 et même 90 pour 100 de leur poids.
- Les pommes sont d’abord pelées et découpées en tranches, tout cela à la machine : une fillette arrive facilement à traiter ainsi 1 hectolitre à l’heure. Comme les rondelles brunissent à l’air et conservent cette coloration même après le séchage, on a l’habitude de les blanchir à l'aide de l’acide sulfureux : c’est là une pratique qui n’a d’autre but que de faciliter la vente en donnant des produits agréables à l’œil; mais elle est mauvaise en ce sens que l’acide sulfureux donne de l’acide sulfurique, nuisible à la santé. Ensuite les fruits entiers ou les quartiers sont mis sur les claies de l’évaporateur, sans se toucher les uns les autres ; les rondelles sont disposées en piles couchées. Le temps pendant lequel on les laisse varie avec les appareils ; avec une température de 90° il faut environ cinq ou six heures. Quand l’opération est terminée, on étale les rondelles desséchées dans de vastes greniers, à fenêtres garnies de gaze (pour empêcher l’arrivée des insectes), où elles réabsorbent un peu de l’humidité ambiante et redeviennent malléables sans perdre de leurs qualités. On les utilise pour la pâtisserie, les compotes, les marmelades ; elles sont meilleures que les fruits frais et n’ont pas besoin d’être assaisonnées de sucre. Les pommes évaporées se vendent environ 52 à 80 francs les 100 kilogrammes. Vendues fraîches, elles n’auraient rapporté que 55 à 45 francs les 1000 kilogrammes. C’est un beau bénéfice.
- Uexiu Cornun*.
- CHRONIQUE
- Les peuples asiatiques. — M. Alb. Gaultard a fait une communication à la Société d’ethnographie sur les changements qui se sont produits en quelques années dans le type de certains peuples de l’Asie orientale. Depuis la révolution de 1868, les Japonais ont fait tous leurs efforts pour s’assimiler la civilisation européenne, et peu à peu ils ont renoncé presque complètement au mode de vie de leurs ancêtres pour adopter celui des Occidentaux. 11 en est résulté les transformations les plus frappantes dans leur type national. Un certain nombre d’entre eux ont cessé d’avoir les yeux bridés et les pommettes saillantes ; beaucoup d'enfants nés dans ces dernières années n’ont plus rien du nez épaté de leurs aïeux ni même du teint jaune qui les caractérisaient. En revanche, quelques Européens établis d’une matière définitive au Japon ont perdu la couleur rosée de leur peau, et leurs yeux sont devenus bridés. M. Ed. Leclère faitobserver que son frère, M. Adhémar Leclère, résident de France à Kratié, a constaté que certains Français établis au Cambodge avaient, après un assez court séjour dans ce pays, pris d’une façon étonnante non seulement le type, mais les allures des indigènes. M. le docteur Verrier signale, à cette occasion, les récentes recherches de M. le D'' Matignon, communiquées à la Société d’anthropologie de Paris et d’après lesquelles les enfants chinois et japonais naissent avec de larges taches pigmentaires pincées sur la région sacro-lombaire. 11 se demande s’il ne faudrait pas voir en cela un stigmate héréditaire permettant de rapporter l’origine des populations de l’Extrême-Orient à une race noire océanienne. D’après une Note publiée par la Société de géographie
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- LA NATURE.
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- commerciale, le meme phénomène se présenterait chez les enfants des tribus intérieures de l’archipel des Philippines.
- Le torpilleur (( Turbinia )). — Une société anglaise vient de faire construire un torpilleur à hélice dont la machine, au lieu d'ètre du type à pilon ordinaire, est une turbine du système Parson. Ce torpilleur, Turbinia, a 50'“,2Ü de longueur, 2m,75 de large et déplace 42 tonneaux. A ses premiers essais, il a atteint 29",6, vitesse absolument inconnue jusqu’ici pour les bateaux d’aussi petite taille. Dans la turbine Parson, au lieu d’accepter franchement la très grande vitesse de la vapeur comme dans la turbine Laval, on réduit cette vitesse en forçant la vapeur à faire mouvoir plusieurs turbines successives. Malgré cela le nombre de tours atteint encore le chiffre colossal de 2400 tours à la minute. A ces extrêmes vitesses les dimensions de la machine sont très réduites, ce qui laisse à bord du Turbinia un très grand disponible pour les aménagements. Il sera très- intéressant de rapprocher des résultats donnés par Turbinia, les résultats que donneront les bateaux mus par une turbine Laval par l’intermédiaire de dynamos ou directement par le moteur rotatif Filtz.
- L’Association «1e la Croix Verte. — Un connaît déjà l'Association de la Croix Rouge et celle de la Croix Blanche, qui ont toutes deux pour mission de venir en aide aux soldats blessés ou convalescents; on vient de créer à Vienne une Société quelque peu analogue, mais qui poursuit un but bien différent. Cette Société, dite de la Croix Verte, se propose d’aider les ascensionnistes dans les Alpes et les excursionnistes parcourant les régions montagneuses. On installera des abris sur les hauts sommets, où seront des dépôts de vivres ainsi que des boîtes contenant les divers objets dont on peut avoir besoin en cas d’accident. De plus on créera un enseignement pour les guides, afin de leur apprendre à donner les premiers secours aux blessés. La Société en question a pris naissance dans le Club alpin autrichien.
- Longueur des lignes télégraphiques «lu globi*.
- — D’après une statistique récente, le développement des lignes télégraphiques de toute la terre mesure environ 7 900 000 kilomètres, sans parler de 292 600 kilomètres de câbles sous-inarins. Les chiffres se subdivisent comme il suit : 2 840 000 kilomètres pour l’Europe ; 500 000 kilomètres pour l’Asie; 160 000 kilomètres pour l’Afrique; 4 050 000 kilomètres pour l’Amérique et 550 000 kilomètres pour l’Australie. La première place appartient à l’Amérique, l’Europe n’occupe que la seconde malgré l’extension active de son réseau.
- La navigation arrêtée par une fleur. — La
- nouvelle est assez bizarre pour nous venir d’Amérique, mais elle nous est certifiée par un document officiel. Depuis quelque temps on avait remarqué, sans y attacher d’importance, la multiplication prodigieuse des jacinthes d'eau dans le lit de la rivière Saint-John’s et de ses tributaires, rivière qui arrose la ville de Jacksonville, en Floride. Dernièrement on avertit le département de l’Agriculture que la navigation serait sous peu complètement arrêtée si l’on n’y portait remède, étant donnée l’intensité extraordinaire de la végétation sous le climat humide et chaud de cette région, et le Ministère vient de charger le professeur J. Weber, d’Eustis, de faire une enquête et d’indiquer les mesures à prendre.
- Le repos chez les plantes. — Toutes les plantes, même sous les climats les plus favorables, en apparence,
- à la continuité des phénomènes vitaux et delà croissance, ont besoin d’une période de repos, d’une période pendant laquelle la vie est ralentie. Les unes prennent leur repos pendant la saison des pluies, d’autres pendant la période sèche, au contraire, beaucoup pendant la période froide ou relativement froide de l’année, ou pendant la période la plus chaude. Un Scandinave, rapporte la Revue scientifique, M. W. Johannesen, s’est demandé s’il n’y aurait pas un moyen d'abréger cette période de repos, et il croit l’avoir trouvé dans un procédé bizarre, dans une sorte d'intensification de la période de repos, qu’il obtient en exposant les bulbes ou les bourgeons pendant vingt-quatre heures à l’action d’une atmosphère saturée de vapeurs dé chloroforme ou d’éther. Quelle que soit l’interprétation, en tout cas, le fait est que les plantes ou bulbes ainsi traités prennent plus rapidement leur essor végétatif que ceux qui n’ont pas été traités, et c’est là un fait qui peut avoir un intérêt pratique considérable. On a déjà remarqué que des tubercules d’Orchidées qu’on avait placés à la chaleur, près de tuyaux de chauffage, et qui par là avaient été plus complètement desséchés, avaient plus vite repris leur végétation que des tubercules conservés par les procédés ordinaires.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 avril 1897. — Présidence de M. Cuatin.
- MM. Foersler, directeur de l’observatoire de Berlin, et Hirsch, directeur de l’observatoire de Neuchâtel, assistent à la séance, ainsi que plusieurs membres de la Commission internationale du mètre actuellement réunie à Paris.
- Du rôle de la peau dans la nutrition. — Au cours, des recherches qu’il poursuit sur la nutrition, M. le professeur Bouchard a été frappé de la nécessité de connaître les données numériques relatives au corps humain. C’est une obligation absolue de déterminer la surface du corps, parce qu’elle exerce une influence considérable sur les actions chimiques dont l’organisme est le siège. Les parties actives travaillent proportionnellement à la surface. Ainsi, chez l’homme normal, 1 kilogramme de chair renferme 160 grammes d’albumine; chez l’homme obèse, 1 kilogramme de chair ne renferme que 70 grammes d’albumine. M. Bouchard indique, dans sa Note, des procédés de mensuration de la surface du corps humain.
- La transparence des corps opaques. — M. Perigot a répété les expériences de M. Lebon relatives à la transparence des métaux pour certaines radiations que ce dernier a appelées la lumière noire. Il a pu vérifier les résultats de M. Lebon, mais il fournit une explication absolument différente. M. Perigot part de cette remarque que l’action prolongée d’une lumière sur une plaque photographique tend à croître avec la durée de l’action pendant un certain temps, mais atteint un maximum à un moment donné et décroît ensuite. En d’autres termes, après que le maximum a été atteint, la lumière détruit le travail qu’elle avait exécuté. Dans ses expériences M. Lebon emploie une plaque qui est voilée, c’est-à-dire qui a subi un léger effet de lumière. Celle-ci est placée derrière une lame d’ébonite sur laquelle on a collé un fragment de métal. La lumière continue de passer très faiblement au travers de l’ébonite, de telle sorte que le maximum finit par être dépassé et l’impression amoindrie, tandis que, sous les parties protégées par
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- LÀ NATURE.
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- le fragment de métal, l’action de la lumière n’ayant pu se continuer au delà du maximum, et par suite s’atténuer, l’impression paraîtra plus considérable. En employant une plaque non voilée, on constate que la lumière traverse l’êbonite et non pas l’écran, car, cette fois, seules les parties placées sous l’êbonite sont impressionnées. Pour vérifier la transparence de l’êbonite, M. Perigot a interposé une lame d’ébonite entre son œil et le foyer d’une lampe à arc; il a très sensiblement distingué le foyer lumineux.
- Varia. — M. Troost présente, au nom de divers correspondants, une Note sur la séparation du chlore et du brome et une autre Note sur la séparation du nickel et du cobalt basée sur l’insolubilité du chlorure de nickel dans l’éther saturé de gaz chlorhydrique.
- ('.U. DE VlLLEDEUlL.
- PARADES AMÉRICAINES
- UN NAVIRE DE GUERRE A TROLLEY
- Les parades gigantesques pour lesquelles les Américains ont un faible marqué, et que nous réservons d’ordinaire en France pour le mardi gras et la mi-carême, se sont manifestées tout particulièrement à propos des récentes élections, et ont trouvé dans le trolley qui sillonne aujourd’hui toutes les grandes villes américaines, et aussi les petites, un moyen de propulsion et d’illumination des plus précieux, grâce auquel on a pu faire grand, ce qui est la passion dominante des neveux de l’oncle Sam.
- Nous avons déjà décrit1 la procession électorale électrique qui a sillonné pendant quelques jours
- Parade américaine. — Un cuirassé à trolley.
- l’énorme cité de Chicago. A Terre-Haute, c’est une copie d’une locomotive à vapeur que le trolley entraînait par les rues de la ville; à Pitchburg et dans les villes environnantes, car le trolley réunit les villes entre elles, et remplace avantageusement la plupart de nos chemins de fer dits d’intérêts électoraux qui n’ont ni trains, ni voyageurs, ni recettes, la Pitchburg and Leominster streeL Railway Company a donc fait monter sur un truck de voiture électrique un énorme cartonnage représentant, à une échelle réduite, un cuirassé moderne. Cette carcasse de 11 mètres de longueur, peinte en blanc, et munie de tous les principaux accessoires, était mise en mouvement par deux moteurs électriques Westinghouse de 50 chevaux chacun, et éclairée par 25 lampes à incandescence.
- À certains moments, des feux de Bengale rouges allumés sur le pont du cuirassé lui donnaient une allure que nos confrères qualifient de martiale, et un
- aspect qui devaient fortement impressionner les terriens de Leominster qui n’avaient jamais eu l’occasion de voir un cuirassé.
- Après les élections, et le triomphe du candidat Mac Kinley, pour lequel la parade avait été montée, le véhicule amphibie a été utilisé pour des excursions, et chacun a voulu faire au moins une promenade sur le croiseur rouleur, concurrence en carton-pâte du rouleur Bazin. Une fois la curiosité publique satisfaite, le cartonnage a été retiré du truck ; celui-ci a reçu une caisse de voiture ordinaire, tandis que celui-là, installé dans le parc de la Compagnie, en fait un des plus beaux (?) ornements, jusqu’à ce que les caprices des saisons le fassent bientôt tomber en miettes. Sic transit.... E. H.
- 1 Voy. n° 1225, du 21 novembre 1896, p. 400.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1248. — l” MAI 1897.
- LA NATURE.
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- LES NOUVELLES PLANTATIONS AU MUSÉUM
- A LA SUITE DU CYCLONE DU 26 JUILLET 1896
- On se souvient des effets désastreux du cyclone du 26 juillet 1896, qui éprouva certains quartiers de Paris plus particulièrement. Le Jardin des Plantes eut à souffrir tout spécialement, pas tant pour ses immeubles, quoique plusieurs collections furent souillées par la pénétration de l’eau à l’intérieur des galeries, que pour les arbres et pour tous les végétaux d’ornement ou d’intérêt scientifique que renferme cet établissement.
- On a rarement l’occasion, dans notre région tern-
- ies préserver de cette mitraille enveloppante, chaque grêlon ayant en moyenne la taille de dragées de baptême, et plusieurs d’entre elles furent portées dans des pharmacies du quartier à demi ou totalement évanouies, d’autres y conduisaient leurs enfants blessés. C’est surtout dans les galeries à vitrage supérieur que le vacarme fut épouvantable, et là où les verres n’étaient pas d’une épaisseur suffisante, ils furent brisés par milliers.
- La tourmente dura à peine cinq minutes, mais les dégâts qu’elle fit furent surprenants. D’un bout à l’autre du Jardin, les grandes allées étaient jonchées, sur un mètre d’épaisseur, de branches, de feuilles hachées, et tous les massifs de fleurs ou de plantes à feuillages étaient anéantis. L’Ecole de botanique était ravagée : quantité de grands arbres 25° année. — 1er semestre.
- pérée, d’assister à un phénomène de la sorte. Le ciel se couvrit rapidement de nuages noirs, ce qui donna l’impression d’une éclipse totale du soleil; puis subitement la nuée creva et un bruit inconnu, mais effroyable, se fit entendre, et plongea dans une stupeur bien compréhensible habitants et animaux. Le dimanche le public est nombreux au Jardin des Plantes, et la soudaineté de la trombe surprit les promeneurs affolés. Hommes, femmes et enfants couraient en tous sens pour chercher un refuge contre la grêle serrée qui tombait en nappe tellement compacte qu’à quelques mètres on ne voyait aucun des objets placés devant soi. De pauvres femmes tenant leurs bébés ne savaient comment
- d’essences précieuses furent renversés ; mais c’est surtout dans la ménagerie et les allées qu’ils succombèrent en plus grand nombre et les plus volumineux naturellement. Les massifs purent être refaits en entier, mais les arbres, quelques-uns de 1 mètre de diamètre de tronc, brisant tout dans leur chute : grilles de parcs, cabanes d’animaux, etc., durent être remplacés, au moins ceux des grandes allées, et c’est ce qui vient d’être fait tout récemment.
- Pendant près de trois mois, on rentra dans des celliers improvisés le bois des arbres qu’il avait fallu débiter sur place.
- C’est alors que le Directeur du Muséum se mit en quête des moyens de réfection du Jardin où, dans la ménagerie et les allées, il était tombé 296 arbres, non compris ceux de l’École de botanique. Il s’assura du
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- Allée des Marronniers du Muséum, presque entièrement débarrassée des branchages qui couvraient le sol à la suite du cyclone du 26 juillet 1896.
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- concours des pouvoirs publics pour obtenir des fonds spéciaux de secours qui furent promis, mais il fallut agir provisoirement avec les faibles ressources du Muséum.
- Les vides énormes qui s’étaient formés dans les grandes allées, plantées du temps de Rull'on, par le célèbre jardinier Thouin, étaient ceux qu’il était urgent de combler. Aussi M. Milne-Edwards, ne voulant pas surseoir et profitant de la saison propice, fit planter tout récemment, dans les meilleures conditions possibles, de jeunes arbres sortant des pépinières de M. Croux, après avoir fait défoncer le sol et remplacer la terre usée par de la terre neuve; il n’a pas fallu moins de 1500 mètres cubes de bonne terre pour effectuer ces plantations.
- L’allée des Marronniers, très éprouvée, reçut 0G nouveaux arbres de môme essence; mais dans les allées de Tilleuls, les vides furent occupés forcément par de jeunes Platanes au nombre de 142. Il y a quinze ans environ, Decaisne, auquel on doit la proposition du Platane pour les plantations publiques, fit remplacer les Tilleuls morts de vétusté du Jardin des Plantes par ses arbres préférés; aussi a-t-il fallu continuer la plantation avec des Platanes et non avec des Tilleuls qui, d’ailleurs, à l’intérieur de Paris; ont l’inconvénient de perdre leurs feuilles dès le mois d’août.
- Les quelques allées transversales, naguère ornées de belles espèces : Aubépine parasol, Yirgilia d’Amérique, etc., n’ont pu malheureusement être occupées par des spécimens de même sorte, sauf exception, à cause de la lenteur de leur végétation ou leur rareté dans les pépinières. Dans l’une des allées on a mis des Ormes pleureurs, dans une autre des Catalpa speciosa, et ailleurs, où quelques vieux arbres encore debout et ayant bonne allure méritaient d’être conservés, tels que les Acacias boule et les Arbres de Judée, on a remplacé les manquants par de jeunes sujets de même espèce pour ne pas rompre l’harmonie.
- Cette petite énumération donne un aperçu de ce qu’un accident comme celui du 26 juillet a pu causer de dommages dans un espace restreint, alors qu’à une faible distance les immeubles et les plantations n’ont pas souffert.
- Malgré les conditions économiques dans lesquelles ces travaux de réfection ont été faits, on peut estimer à 55000 francs les frais de réparations qu’a entraînés dans les jardins du Muséum ce cyclone, sans tenir compte d’autres dégâts dans les galeries de collections, des toitures enlevées et des vitres des serres ou des châssis à multiplication qu’il a fallu remplacer, etc. J. Poisson.
- LES CALORIFÈRES
- ET LEURS DANGERS
- Dans un grand nombre d’appartements de Paris et dans les édifices publics, le chauffage de l’air a lieu à l’aide de calorifères installés dans les caves; l’air pris à l’extérieur
- circule dans des tuyaux chauffés par des foyers puissants et vient se déverser par des bouches à l’intérieur des pièces.
- On a relevé plusieurs accidents dans les appartements ainsi chauffés. M. Gréhant a puisé de l’air aux bouches et neuf fois s ir dix ses l’ésultats ont été négatifs. Dans un seul cas et dans un immeuble delà rive gauche, dans l’appartement d’un médecin, il a constaté la présence de l’oxyde de carbone.
- Un premier accident survenu il y a deux ans chez ce médecin, pendant la nuit, et qui a fjilli coûter la vie à toute sa famille, composée de cinq personnes, était dû certainement à l’oxyde de carbone : des maux de tète, des vertiges, une faiblesse musculaire telle que, réveillé par les cris de sa fille, le docteur tomba au pied du lit; tout cela démontrait l’absorption par le sang du poison gazeux. M. Gréhant a fait prendre de l’air dans cet appartement, mais les fenêtres avaient été largement ouvertes et il n’a pas pu déceler la moindre trace d’oxyde de carbone. Le 22 mars 1897, dans le même appartement, un nouvel accident fût signalé le matin, dans une chambre à coucher habitée par un enfant, qui s’était plaint de maux de tète : l’air confiné présentait une légère odeur de charbon ; on prit rapidement 200 litres d’air à l’aide d’un soufflet appliqué sur la bouche de chaleur et d’un grand sac de caoutchouc.
- L’air analysé renfermait 1 /2200 d’oxyde de carbone, proportion suffisante pour expliquer les accidents. La proportion d’acide carbonique était 18 fois plus grande que dans l’air ordinaire. La proportion d’oxvgène était descendue de 20,8 à 10,15.
- M. Gréhant à ce propos, a vérifié l’ancienne expérience de Henri Saint-Claire Deville, d’après laquelle la fonte portée au rouge laisse passer les gaz de la combustion. Les poêles en fonte rougie dégagent dé l’oxyde de carbone ; la cloche en fonte des calorifères aussi. C’est maintenant un fait certain. Et les fourneaux de cuisine qui sont en fonte doivent également en dégager.
- Mais, en ce qui concerne les calorifères de cave visés par M. Gréhant, la cause du danger est multiple. Le savant professeur du Muséum semble l’attribuer uniquement à la fonte rougie des tuyaux de la chambre de chaleur. Ce n’est pas le cas ordinaire. Et quand il le voudra l'hiver prochain, je lui ferai déceler de l’oxyde de carbone beaucoup plus souvent peut-être qu’il ne le pense. A chaque commencement de mise en feu en hiver, il y a assez souvent, pendant quelques heures, production d’oxyde de carbone, parce que les tuyaux, en rougissant, brûlent incomplètement les matières organiques des poussières qui se sont accumulées pendant les cinq ou six mois d’été. Et pendant le chauffage normal en hiver, il peut arriver qu’un calorifère réputé bon dégage même par moments de l’oxyde de carbone. C’est que plus souvent qu’on ne le croit un calorifère présente des fissures ignorées ; il y a communication entre le foyer et la chambre aux tuyaux par des défauts de maçonnerie et les tuyaux en tôle de raccord sont souvent mal joints. Si bien que les gaz du foyer pénètrent dans l’air des tuyaux et sont évacués par les bouches de chaleur. Et cela survient surtout quand le tirage est réduit et que le temps est brumeux ou pluvieux. On a l’habitude de dire : cela sent le charbon de terre. Je le crois; c’est le foyer qui envoie un peu de ses gaz dans les appartements.
- La circulation d’air, qui devrait être indépendante du foyer, est polluée par une communication passée inaperçue.
- Tout va bien par temps sec, quand le tirage est bon; mais l’effet se fait sentir même par bon temps assez sou-
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- vent. Presque partout, on a l'habitude économique de gouverner le foyer quand le feu est bien pris, en recouvrant la bouille incandescente d’un lit plus ou moins épais de poussier, c’est-à-dire de débris de charbons mêlés aux cendres. Le tirage est aimi très réduit et un seul chargement peut durer de six à dix heures. Cette pratique est en quelque sorte nécessaire, autrement on consommerait beaucoup, et la température monterait trop haut.
- Fort bien, mais aussitôt, s’il y a fissure, l’oxyde de carbone pénètre dans l’air des tuyaux, il entre dans l’appar-ment par les bouches. Nous avons observé le fait très souvent; et il n’y a pas à en douter, car on voit la fumée
- peut rester ignorée longtemps. C’est pour cela qu’on remplace aujourd’hui tous ces vieux systèmes par les calorifères à eau sans pression du type américain ou par des calorifères à eau sous pression. Quoi qu’il en soit, ces quelques lignes n’ont d’autre but que de mettre en évidence un danger peu connu. On fera une analyse un jour et on ne constatera rien ; le lendemain, quand le chimiste aura le dos tourné, on trouvera de l’oxyde de carbone, le gaz empoisonneur par excellence, qui tue les globules du sang et détermine à la longue des désordres d’autant plus graves qu’ils se produisent lentement et traîtreusement pendant les mois entiers de la saison froide. On est malade, affaibli. — Cherchez bien. Et très souvent il s’agira de l’oxyde de carbone et de ses méfaits. Un bon averti en vaut deux. Henri de Parville.
- elle-même sortir parles bouches. Voilà unecause d’intoxication. Il importe donc beaucoup, pour juger de la valeur d’un calorifère, de fermer la clef jusqu’au minimum; si la fumée se dégage par les bouches, il y a certainement une fissure et les pièces à chauffer renferment évidemment de l’oxyde de carbone. Ces calorifères-là sont dangereux et M. Gréhant le constatera aisément. Seulement, pour reconnaître l’oxyde de carbone, il faut faire les analyses quand le temps est pluvieux et quand le tirage est au minimum, et non point à tout hasard. Nous appelons l’attention des propriétaires sur ce moyen très simple de vérifier l’étanchéité de ces calorifères de cave. On n’y prend pas assez garde... et d’autant mieux que la fissure
- LA VITESSE DES TRAINS DE LUXE
- EN EUROPE 1
- Depuis quelques années la Compagnie des wagons-lits a organisé des trains de luxe à long parcours qui mettent les capitales d’Europe en relation entre elles et principalement avec Paris.
- Des voitures confortables, dans lesquelles les voyageurs retrouvent les commodités des meilleurs hôtels, permettent de faire de longs voyages sans fatigue, en même temps que la durée de ces voyages est devenue elle-même plus courte par suite de l’allongement des étapes, de la réduction de durée des
- Services de Hxùnsdohuce'
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- Grenade
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- Fig 1. — Carie d'Europe montrant les parcours effectués par les trains de la Compagnie des wagons-lits, ainsi que les trains comprenant simplement des wagons-lits ou des wagons-restaurants de cette Compagnie.
- 1 Voy. n° 951, du 22 août 1891, p. 182.
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- arrêts intermédiaires, et de l'augmentation de la vitesse de marche.
- Nous avons décrit précédemment le type le plus récent des voitures de la Compagnie des wagons-lits, dont l’aménagement intérieur est si confortable. Elles comportent, en effet, comme on sait, une série de cabines distinctes dont les cabinets de toilette sont indépendants. Un couloir longitudinal et des assemblages à soufflet relient les divers wagons et permettent ainsi la circulation à couvert sur toute la longueur du train. La grande longueur des caisses, qui sont supportées sur des boggies, lait que les secousses tenant à l’état de la voie ne sont pas trop sensibles pour les voyageurs. On peut citer, en
- outre, ce fait que les glaces mobiles sont maintenues d’une manière très rigide et ne sont pas bruyantes, ce qui contribue également à atténuer la fatigue du voyage.
- Nous avons reproduit dans l’article antérieur déjà rappelé diverses ligures donnant la vue intérieure de ces wagons, et nous les complétons en donnant ici deux autres vues de ce matériel de luxe: l’une (lîg. 2) représente la vue extérieure des voitures, et l’autre (fig. 3) donne la disposition des wagons-restaurants que comportent ces trains.
- On rencontre sans doute actuellement, dans le matériel des Compagnies de chemins de for, des voitures de luxe qui peuvent supporter la comparaison avec
- Fig. 2. — Vue extérieure des nouvelles voitures de la Compagnie des wagons-lits.
- celles des wagons-lits ; mais ce qui fait l’intérêt particulier des trains organisés par cette Compagnie, c’est la possibilité d'effectuer des voyages à très long parcours, et d’aller pour ainsi dire d’une extrémité à l’autre de l’Europe sans changer de matériel. Le Nord Express, par exemple, part de Paris pour aller jusqu’à la frontière russe de Wirballen, à une distance de 1926 kilomètres, après avoir traversé un grand nombre de réseaux différents et voyagé pendant un jour et demi. Les voitures iraient jusqu’à Saint-Pétersbourg, à 895 kilomètres plus loin, comme le fait du reste le personnel du wagon-restaurant, si la différence de largeur des voies de Russie et d’Europe n’obligeait à effectuer un transbordement à la frontière. Encore, comme toutes ces voitures ont leurs caisses suspendues sur des boggies, se préoc-
- cupe-t-on de tourner la difficulté résultant de cette différence de largeur des voies, en effectuant seulement le changement des boggies : pendant l’arrêt à la frontière, on soulèverait donc les caisses tout entières au moyen de trucks appropriés pour les faire passer des boggies larges sur les boggies étroits ou inversement. C’est la disposition qui a été adoptée pour le train spécial de l’empereur de Russie qui se trouverait ainsi étendue aux trains de luxe ordinaire, ce qui permettrait aux voyageurs de conserver continuellement la même cabine pendant tout le parcours, sans être affectés par le changement de largeur des voies.
- En dehors des avantages qu’ils assurent au point de vue du confortable, les trains des wagons-lits présentent encore celui de réaliser sur chaque réseau la
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- vitesse maxima qu’il comporte, car la traction en est assurée par les meilleures machines de ce réseau, et, d’autre part, les étapes sont toujours aussi longues que possible.
- On peut donc, en étudiant la marche de ces trains de luxe, comparer par là même les vitesses maxima actuellement atteintes dans les différents pays de l’Europe continentale.
- Nous reproduisons dans la figure I une carte d’Europe donnant le tracé des diverses directions parcourues; celles-ci sont figurées par des traits pleins lorsqu’el-1 e s comportent des trains complets homogènes, ou par des pointillés de types différents suivant qu’elles comprennent seulement dans un train ordinaire la simple addition d’un wagon-lit ou celle d’un wagon-restaurant.
- Pour nous en tenir à ce qui concerne seulement les trains internationaux complets, nous voyons qu’au départ de Paris, ils sont affectés actuellement à quatre grandes directions principales :
- 1° Le Nord Express allant de Paris ou d’Osten-de à Saint-Pétersbourg par Cologne et Berlin.
- 2° L'Orient Express allant de Paris à Constantinople ou à Costanza par Munich et Vienne.
- 3° Le Peninsular Express allant de Calais à Brindisi par Modane et Milan en contournant Paris par la Grande Ceinture.
- 4° Le Sud Express allant de Paris à Madrid ou à Lisbonne.
- Nous indiquons dans le tableau suivant (p. 342) les longueurs et les durées des parcours effectués dans les différents pays traversés, et nous en déduisons les vitesses moyennes correspondantes, après déduction des arrêts.
- Nous indiquons en outre les vitesses maxima, ce qui permettra d’apprécier l’accroissement de vitesse réalisé dans ces dernières années depuis les tableaux analogues que nous avons publiés déjà.
- On remarquera, d’après ces divers tableaux, que les vitesses moyennes et vitesses maxima atteintes en France dépassent de beaucoup celles des autres pays de l’Europe continentale ; les vitesses réalisées sur certains parcours des réseaux du Nord et d’Orléans peuvent atteindre en effet 82 à 86 kilomètres,
- et se rapprochent ainsi des vitesses les plus considérables qui soient obtenues en Angleterre, car, sur certaines directions, celles-ci peuvent aller en service courant jusqu’à 85 et 91 kilomètres à l’heure.
- 11 est intéressant à titre de comparaison de rappeler ici l’exemple du train spécial de Londres à Paris qui a été mis en marche le 12 juin 1896 par les compagnies du London Chatham and Dover et du Nord français à l’effet de transporter un groupe d’excursionnistes pour le Grand Prix. Ce train a pu gagner une heure environ sur les trains les plus rapides, lesquels effectuent le parcours en 7h 30. Il a franchi la distance de 126km,4 séparant Victoria Station de Douvres-Quai en 81m56s ce qui représente une vitesse à l’heure de 92km,6 ; mais cette vitesse a même encore été dépassée sur le réseau français, car le train a pu franchir la distance de Calais à Amiens, soit 165 kilomètres, en 103m48s, et celle d’Amiens à Paris, soit 150km,8, en81m6s, ce qui représente des vitesses moyennes de 95km,3 pendant la première étape, et de 96km,8 pendant la seconde, et encore faut-il observer que le train français, pesant 95 tonnes, était plus lourd que le train anglais,
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- pesant 75 tonnes seulement. Par contre, la ligne du Nord est moins accidentée que celle du London Chatham and Dover Railway.
- NORD EXPRESS
- Parcours. Temps. Vitesse à l'heure.
- Paris-Erquelines 241km 2" 52“ S4kra
- Erquelines-IIerbeslal .... . 167 5 56
- llerbcstal-Bcrlin . 674 10 10 66 5
- lîerlin-VYirballen . 744 11 18 66
- XYirballen-Saint-Pélershourg. . . 893 15 37 57
- ORIENT EXPRESS
- Paris-Avricourt . 410km 5h48“ 70kn '5
- Avricourt-Siinbarh . 642 10 59 58
- Simbach-Vienne . 305 5 29 55 5
- Vienne-Yicrciorsova . 775 14 44 52 5
- Ycrciorsova-Coslanza . . . 608 14 13 42 5
- PENINSULAR EXPRESS
- Calais-Pierrefitfe . 284 k“ 3h35m 79km
- Yilleneuvc-Modanc . 678 11 29 59
- Modanc-Brindisi . 1205 22 31 52
- SUD EXPRESS
- Paris-Irun . 821k“ 11k 51“ 69km
- Irun-Yillarformoso . 628 14 19 45 5
- Yillarformoso-Lisbonnc .... . 439 20 47 40 5
- Au retour, les vitesses sont peu différentes de celles de l’aller, et nous n’avons pas cru nécessaire de les indiquer ici. Quant aux vitesses maxima, elles ne dépassent pas en général les vitesses moyennes de plus de 6 à 10 kilomètres ainsi qu’on le verra par les tableaux suivants :
- NORD EXPRESS
- Parcours. Temps. Vitesse à l'heure.
- Paris à Saint-Quentin 154ktn lh47m 86 km5
- Ostcnde à Bruxelles 122 1 40 72 5
- Dortlmund à Oberhausen .... 48 39 74
- Korsowka à Ostroff 76 1 34 62
- ORIENT EXPRESS
- Cliâlons à Bar-Ie-Duc 81km lh 6“ 73kn >5
- Carlsruhe à Oos 53 28 68
- XVelz à Linz 25 23 65 5
- Tsaribrod à Nisch 98 2» 10 45 5
- PENINSULAR EXPRESS
- Calais à Amiens 164km 2» 82
- Dijon à Mâcon 125 1 43 72 5
- Turin à Alexandrie 91 1 28 62
- SUD EXPRESS
- Les Aubrais à St-Pierre-des-Corps. H2km 1>>20“ 84km
- Burgos à Venta de Barros .... 84 1 32 54 5
- Santarem à Entrocamento. . . . 32 34 56 5
- On voit donc que ces vitesses de 90 kilomètres à l’heure, qui auraient paru dangereuses autrefois, peuvent être réalisées maintenant sans trop de difficulté, et il y a lieu de penser qu’elles sont appelées à se généraliser davantage, sur les grandes directions tout au moins. L. Bâclé.
- LA DIVISION DÉCIMALE
- DES UNITÉS D’ANGLE ET DE TEMPS
- Avec la fin du siècle, nous constaterons l’adoption quasi-universelle du système de mesures métriques et décimales créé par la Convention française il y a cent ans. Deux grandeurs, le temps et les angles, ont jusqu’ici fait exception, dans la subdivision de leurs unités de mesure, malgré les nombreuses propositions faites à diverses époques pour leur décimalisation plus ou moins complète. Depuis quelques mois, une nouvelle campagne est engagée, et les projets nouveaux se succèdent avec une déplorable fécondité. Si l’on s’accorde pour apprécier l’importance d’une semblable réforme, les avis sont très partagés sur la manière de la réaliser, et aussi sur l’opportunité d’un changement aussi radical dans des habitudes dont l’origine se perd dans la nuit des temps.
- Les divergences d’idées viennent des différences des besoins; l’unité de longueur qui convient aux études microscopiques est beaucoup trop petite pour l’astronomie.
- En ce qui concerne le temps et les angles, pour l’astronome les unités naturelles sont évidemment le jour et la circonférence, et leurs subdivisions décimales ad infinitum.
- Pour la vie courante et les besoins ordinaires de la science, de l’industrie et du commerce, le jour et la circonférence sont de trop grandes unités, et il devient nécessaire d’adopter des subdivisions.
- En est-il de meilleures que celles universellement adoptées, et qu’on nous permettra de ne pas rappeler? C’est ce que nous allons rapidement examiner, en indiquant les principales solutions proposées en vue de les remplacer.
- M. de Rey Pailhade divise le jour en cent cés, et la circonférence en cent cirs. Le ce vaut 14m24“, le centicé 8“ 64.
- Le cir, unité d’angle, vaut 3° 56', le centicir 2' 9" 6.
- M. de Chancourtois adopte la division de l’angle droit en 400 grades, système pratiqué parle service géographique de l’armée, et divise le jour en 40 chrones. Un chrone vaut 36“ et un cenlichrone 2*16. Le grade vaut 54' et le centième de grade (qu’il faudrait appeler centigrade) 32" 4.
- M. Henri de Sarrauton propose de conserver la division du jour en 24 heures, de diviser chaque heure en 100 minutes centésimales et chaque minute centésimale en 100 secondes centésimales. Pour faire concorder la division du temps et celle des angles, M. de Sarrauton divise la circonférence en 240°, divisés eux-mêmes en minutes centésimales et en secondes centésimales.
- La Société de géographie d’Oran et le conseil général de la même ville appuient chaudement cette proposition.
- Entre ces trois propositions, celle de M. de Rey Pailhade, tout en satisfaisant les astronomes, aurait l’avantage de créer une unité pratique de grandeur commode, de l’ordre de grandeur du quart d’heure actuel, mais elle soulève de graves objections, communes d’ailleurs aux trois systèmes, et que nous indiquerons tout à l’heure.
- En dehors de ces objections générales, la proposition de M. de Chancourtois ne saurait rallier les astronomes, comme le fait justement observer M. Bouquet de la Grye, car leur'unité fondamentale, le jour, ne serait plus divisée en 10 ou en 100 parties, mais en 40 parties. Ce serait un système pseudo-décimal.
- La proposition de M. de Sarrauton ne supporte pas l’examen, même le plus superficiel.
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- En effet, avec les tendances petit nègre qui caractérisent le langage moderne, le mot centésimal aura vite disparu pour laisser subsister seulement des degrés, des minutes et des secondes, ce qui amènera, à chaque instant, les plus regrettables méprises. Mais il y a plus. L’heure correspondant à 10° de la circonférence, la minute de temps correspondra à 10 minutes d’angle et la seconde de temps à 10 secondes d’angle.
- La confusion des langues de la légendaire tour de Babel n’est rien à côté de celle qu’amènerait rapidement l’adoption des propositions de M. Sarrauton, car le mot minute s’appliquerait à quatre unités différentes, de même nature deux par deux. C’est déjà trop que, dans le langage ordinaire, le mot minute désigne à la fois une unité d’angle et une unité de temps sans aucune corrélation astronomique ou géographique.
- Mais des objections d’un ordre général et d’une importance capitale s’opposent à une décimalisation quelconque des unités d’angle et de temps, et nous condamnent, bon gré mal gré, à conserver la division du jour en 24 heures et les subdivisions du jour et des angles en parties sexagésimales.
- En premier lieu, les heures, les minutes et les secondes constituent des unités internationales et universelles que plusieurs siècles ne parviendront pas à détruire, mais c’est là un argument purement conservateur et de nulle portée contre une réforme présentant la moindre importance pratique. Les réformateurs oublient trop volon-t ers que l’heure et la seconde sont les unités de temps fondamentales de tout l’édifice scientifique élevé pendant le dix-neuvième siècle. Le magnifique système de grandeurs et d’unités C. G. S., d’un emploi universel, est fondé sur le centimètre, la masse du gramme et la seconde. Supprimer la seconde, ce serait détruire tout le système C. G. S. et le recommencer sur de nouvelles bases, avec l’éventualité d’une nouvelle entente très problématique. Supprimer l’heure et la remplacer par le ebrone, ce serait apporter la perturbation la plus complète dans toutes les industries, changer toutes les données mécaniques, tous les prix de revient, tous les horaires, tous les graphiques, toutes les observations météorologiques, tous les facteurs, en un mot, dans lesquels le temps intervient directement ou indirectement.
- Dans quel but une si grave et si difficile résolution? Dans le but de mettre un semblant d’accord entre les unités d’une grandeur qui, par nature, s’écarte tellement de toutes les autres, présente une importance si primordiale, que ses subdivisions sexagésimales se sont transmises sans changement depuis plus de cinquante siècles. Le jeu n’en vaut certes pas la chandelle.
- Ce que nous venons de dire au sujet des unités de temps s’applique également aux unités d’angle.
- La division de la circonférence en 400 grades est une réforme qui n’intéresse qu’un très petit nombre de travailleurs, les géographes, les hydrographes et les géodésiens; et cependant ils n’ont pu se mettre d’accord, car les uns conservent le degré, tandis que les autres ont adopté le grade, au grand détriment de l’unification des documents qu’ils établissent.
- Dans ces conditions, les partisans les plus convaincus des réformes — et nous nous croyons quelque droit à nous mettre du nombre — sont conduits à conclure que l’on peut passer à d’autres questions, sans perdre plus de temps à discuter celles que nous venons d’indiquer dans leurs lignes essentielles.
- Pour M. le contre-amiral P. Serre, l’heure décimale
- est une absurdité (sic), et nous n’oserions exprimer si catégoriquement la même opinion si elle n’était émise par une autorité si bien placée pour juger la question, car c’est la marine qui devrait, en somme, retirer les plus grands avantages de la réforme proposée.
- Conservons donc la journée de vingt-quatre heures, l’heure de soixante minutes, la minute de soixante secondes, et la circonférence divisée en 500°. Si nous voulons faire quelque chose d’utile, divisons le jour en 24 heures numérotées consécutivement, comme le fanaient les Romains autrefois et le font les chemins de fer italiens aujourd’hui.
- Nous y trouverons des avantages autrement pratiques et directs que ceux qui devraient résulter de l’emploi du cé du chrone ou de l'heure décimale, deux mots dont l’association nous fait, une fois de plus, bondir, puisque le caractère propre de l’heure est précisément son défaut de décirnalité. E. Hospitalier.
- LE BAMBOU DANS LES CHARPENTES
- A maintes reprises on a signalé les usages divers auxquelsle bambou peut s’appliquer, non pas seulement dans la vie des indigènes des pays où pousse cette précieuse plante, mais encore d’une manière beaucoup plus générale. Dernièrement on a pu indiquer l’emploi qu’on en fait utilement pour la défense des rives des cours d’eau, à la place des classiques fascines ; d’autre part, les Japonais ont à s’en louer grandement pour remplacer la cellulose et jouer le rôle de cofferdam, de matière encombrante et flottante, dans les cloisonnements des navires de guerre. Mais voici qu’un de nos consuls aux Indes néerlandaises insiste sur le parti qu’on pourrait tirer du bambou dans les constructions, spécialement pour l’établissement des échafaudages.
- On n’a pas oublié le curieux échafaudage de ce genre au moyen duquel on a récemment élevé un phare au Japon. Le fait est que, même en France, ce bois devrait être fort recherché dans ce but. 11 a des qualités dont la plupart des gens ne se doutent point : on le trouve formant des perches toutes prêtes, d’une grande longueur, d’une grande légèreté, et qui présentent pourtant, en dépit de leur faible grosseur, une résistance beaucoup plus forte que tout autre bois.
- A Java, c’est avec des bambous soutenus par trois ou quatre hommes que les portefaix transportent les fardeaux les plus lourds. Deux de ces bambous de 4 centimètres seulement de diamètre, placés parallèlement, supporteront sans fléchir en aucune façon un grand piano à queue suspendu entre eux deux au moyen de cordages.
- On peut deviner par là quelle est la résistance fantastique d’un bambou de 20 à 25 centimètres de diamètre, lors même que la portée en atteint 20 mètres de long. M. Barré-Pousignon citait l’exemple d’une chèvre de 8 mètres de haut, faite de bambous de 10 centimètres de diamètre, qu’il a vue lever deux poutres en fer accouplées pesant ensemble 1100 kilogrammes.
- Ajoutons à la louange du bambou qu’il ne se pourrit ni en terre ni dans l’eau, et que plus il sèche et vieillit plus il devient solide : on comprend à ce titre combien il serait précieux pour les échafaudages, dont les bois demeurent exposés à toutes les intempéries et restent parfois très longtemps en place. Quant au prix d’achat, il est extrêmement réduit, puisqu’il oscille entre 0fr,20 et 1 franc suivant la grosseur, l’espèce et la longueur. P. de M
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- LA NATURE.
- LES RÉCOMPENSES
- DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES
- Par une singulière coïncidence, la Société royale de Londres a décerné ses récompenses très appréciées à plusieurs savants dont les noms, justement estimés par leurs confrères, ont déjà atteint la grande popularité. Je ne veux point parler de M. Karl Gegenbaur, le célèbre professeur d’anatomie d’Heidelberg, ni de M. Grassi, le savant morphologiste italien, à peine de sir Archibald Geikie, le géologue le plus en vue du Royaume-Uni, ou de M. Charles-Vernon Boys, dont nous avons cependant plus d’une fois exploité, au profit de nos lecteurs, le remarquable don d’enseignement. Leurs noms, bien connus des spécialistes, ne sont guère sortis jusqu'ici de leur cercle. Dans le public, M. Lippmann, à qui la Société
- royale vient de donner sa plus haute marque d’estime en le recevant dans son sein au titre d’associé étranger, est devenu rapidement populaire, grâce à la belle solution qu’il a donnée du problème de la photographie des couleurs, auquel on avait déjà consacré tant de travaux couronnés seulement d’un demi-succès. M. Moissan, dont une série de travaux récents ont fait sensation, s’est révélé un chercheur remarquable par ses travaux sur le fluor, qu’il isola le premier; mais c’est de l’emploi judicieux qu’il fit du four électrique à la préparation de corps ayant une certaine importance industrielle que date sa notoriété. On n’a pas manqué cependant de mettre en vedette, dans le Rapport déposé à l’appui des propositions du Conseil de la Société royale, relative à la remise de la médaille Davy, le premier travail, dans lequel M. Moissan avait déployé une grande ingéniosité.
- Je m’arrêterais volontiers à la médaille Rumford,
- que l’on dédoubla pour la première fois en faveur de M. Lenard et de M. Rdntgen. Dans le public, le professeur Rontgen est certainement le plus connu des deux remarquables physiciens; mais dans la découverte dont on a tant parlé depuis un an, les mérites de M. Lenard soutiennent largement la comparaison avec ceux de l’heureux professeur de Würtzburg; si l’on se reporte, en effet, aux articles consacrés ici même aux rayons cathodiques, on verra combien la découverte finale était préparée avant que M. Rontgen fût entré en lice. 11 serait ridicule assurément de prétendre rabaisser les mérites de M. Rônt-gen; mais on peut, sans le faire, chercher à mettre en pleine lumière ceux de ses précurseurs. Nous l’avons tenté à plus d’une reprise pour M. Lenard, pour M. Goldstein et M. AViedemann; le jugement de la Société royale nous montre que nous avions vu juste. Si M. Lenard a été seul admis à partager l'heureux sort de M. Rontgen, c’est que la récompense a été donnée pour l’observation des rayons hors du
- tube ; cela manquait assurément aux expériences de M. Goldstein et de M. Wiedemann.
- La Société royale distribue cinq médailles. La plus ancienne, qui est aussi la plus importante, est la médaille Copley. Fondée en 1731, elle a été décernée chaque année, à quelques exceptions près; elle est destinée à récompenser les découvertes de premier ordre dans toutes les branches de la science. Ses premiers titulaires furent Stephen Gray, puis Desagu-liers qui la reçut trois fois. Ensuite, nous trouvons les noms de Benjamin Franklin, Cavendish, Ilerschell, Volta, Wollaston, Davy, (Ersted, Faraday, Liebig, Darwin, Ilelmholtz, et, parmi les génies que la France a donnés au monde, Arago (1825), Poisson (1852), Antoine Becquerel (1837), Sturm (1840), J.-B. Dumas (1843), Le Verrier (1846), Foucault (1855), H. Milne-Edwards (1856), Chevreul (1857), Michel Chasles (1865) Régnault (1869), Pasteur (1874), Boussin-gault (1878), Wurtz (1881). La liste de ses titulaires est un véritable panthéon de la science.
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- LA NATURE.
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- La médaille Rumford, qui fut décernée pour la première fois à Rumford lui-même en 1800, est bisannuelle ; elle vise particulièrement les travaux de physique pure ou appliquée à l’astronomie ou à d’autres branches de la science. Nous retrouvons, parmi ses titulaires, Régnault en 1848, Arago en 1850 et Pasteur en 1856; puis, en 1810, Malus, Fresnel en 1824, Biot en 1840, Jamin en 1858, Fizeau en 1866, enfin M. Descloiseaux en 1870, M. Janssen en 1876 et M. Cornu en 1878; en résumé, 11 savants français sur 58. Plus d’une fois, en effet, la médaille est restée sans attributions. Ainsi, après Fresnel, il s’écoula huit années avant qu’on trouvât un savant digne de la recevoir, et ce fut Raniell qui rompit le charme, bientôt suivi de Melloni.
- La médaille royale, queDaltonet Ivory partagèrent pour la première fois en 1826, a été décernée chaque année depuis lors, et presque toujours en double
- jusqu’ici elle était restée dans le Royaume-Uni, dont elle franchit pour la première fois les limites.
- La récente élection de M. Lippmann, bientôt suivie de celle de M. Ainagat, dont les admirables travaux ont fait grand bruit à l’étranger, nous amène à dire quelques mots de l’organisation de la Société royale, très différente de celle de l’Académie des sciences de Paris, avec laquelle cependant elle offre le plus de similitude au point de vue de son importance. Les membres de la Société se divisent en quatre catégories. En tête de leur liste complète on trouve, eu gros caractères, et très en vedette : Her Sacred Majesty Queen Victoria, Patron; puis, en plus petit texte, les noms du prince de Galles, du duc d’Edimbourg et du duc d’York. Viennent ensuite les membres proprement dits de la Société, les Fellows Royal Society (f. r. s. en abrégé) et enfin les membres étrangers. Le nombre des Fellows est illimité; ils ne sont pas classés en sections et la seule restriction porte sur le nombre de fellows élus
- exemplaire; elle n’est allée que très peu à l’étranger. Balard est le seul Français qui l’ait reçue; trois Allemands : Struve, Encke et Mitscherlich, en furent titulaires en 1827, 1828 et 1829, puis éclipse complète; enfin deux Suisses, De Candolle et Oswald Herr, la reçurent en 1853 et 1877.
- La médaille Davy, qui vient d’être décernée à M. Moissan, est de création plus récente; partagée pour la première fois en 1877 entre Bunsen et Kir-choff, — on liquidait un arriéré, — elle fut remise en 1878 à MM. Cailletet et Raoul Pictet, qui étaient parvenus au même moment à liquéfier l’air atmosphérique; puis viennent, en 1879, M. Lecoq de Bois-baudran,M. Charles Friedelen 1880, M.Berthelot en 1885, M. llaoult en 1892 et M. Lebel en 1893 ; ce dernier chimiste partagea la médaille avec M. Van ’t Iloff; ils avaient créé en commun la stéréochimie.
- La médaille Darwin est bisannuelle depuis 1890 ;
- conformément à la volonté de lluinphry Davy ».
- chaque année. Ce nombre est limité à 15 au maximum ; l’élection a lieu en une seule fois, ce qui supprime la fièvre intermittente qui précède chaque admission, et la transforme en une crise périodique annuelle. Le fait de limiter les élections annuelles a conduit, par une loi naturelle, à fixer presque sans variation le nombre total des membres de la Société, qui est généralement compris entre 410 et 420. Quant aux membres étrangers, ils sont actuellement au nombre de 52, parmi lesquels nous relevons les noms de MM. Berthelot, Bertrand, Chauveau, Cornu, DesCloiseaux, Hermite, Janssen, Mascart et Poincaré ; les noms de Daubrée et de Fizeau figurent encore sur la liste publiée cette année.
- Nous n’avons parlé que des médailles de la Société royale, et nullement des récompenses pécuniaires. Il ne faudrait pas en conclure que la Société n’ait pas à sa disposition des fonds destinés à encourager les recherches scientifiques; elle a, entre autres, à sa discrétion, une somme annuelle de cent mille francs
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- LA NATURE.
- versée par la caisse de l’État dans le but de fournir des subventions pour des travaux en projet ou en cours. Ces sommes restent dans le pays1; elles sont attribuées, sur la demande des intéressés, en vue d’un travail particulier dont le plan a été indiqué avec un devis des dépenses à faire. Les subventions s’élèvent parfois à des sommes considérables, versées en un ou plusieurs exercices. Ainsi, MM. Thorpe et Rucker ont reçu, en plusieurs fois, une somme de vingt mille francs environ pour leurs mesures magnétiques dans le Royaume-Uni. De cette façon l’état se décharge de la partie la plus délicate concernant des fonds attribués aux recherches scientifiques. La Société royale les distribue sous sa propre responsabilité et dans la mesure où elle le juge convenable, à des savants de valeur ayant un programme déterminé d’expériences. Ce mode de distribution donne une grande élasticité à la manière d’organiser les dépenses; l’inertie existe peu, puisqu’il faut justifier d’un travail en cours ou au moins en projet pour participer à la distribution. Quelque soit le jugement porté sur ce genre de participation de l’État au progrès scientifique, on reconnaîtra qu’il est en parfaite harmonie avec le irait saillant du caractère britannique, l’individualité. C.-E. Guillaume.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- EXPOSITION ANNUELLE 1)E PAQUES
- La réunion annuelle de la Société française de physique a eu lieu le 23 et le 24 avril 1897, dans les salles de la Société d’encouragement, rue de Rennes, à Paris. Cette réunion a pour but de grouper dans une exposition d’ensemble les divers appareils et nouveautés présentés dans le courant de l’année aux séances de la Société de physique.
- Nous trouvons tout d’abord un éclairage intense réalisé dans le vestibule d’entrée par les brûleurs à gaz Denay-rouze. L’éclairage des diverses salles a été obtenu par des lampes à arc Cance. M. Loyal a construit un nouveau moteur à pétrole pour faibles puissances de 2 à 3 chevaux. La Compagnie française d’appareillage électrique nous a montré divers modèles d’interrupteurs, de disjoncteurs, de coupe-circuits à fils fusibles interchangeables pour courants de haute tension de 500 à 5000 volts.
- Dans une salle du rez-de-chaussée, M. Pellin a installé une série d’expériences d’optique très intéressantes, *et a fait voir un dilalomètre basé sur la méthode des anneaux colorés de M. Le Châtelier, un appareil de lord Kelvin, modifié par M. Brillouin, avec addition d’un miroir pour projeter l’allongement d’un fil soumis à des charges, un photomètre de MM. Blondel et A. Broca, un spectropho-tomètre de M. d’Arsonval. Nous mentionnons aussi l’oscillographe double à vision directe de M. Blondel, pour l’étude des courants alternatifs. Cet appareil, exécuté par M. Pellin avec le concours de M. Jigouzo, était branché sur le secteur de la rive gauche et permettait d’obtenir les courbes du courant alternatif fourni.
- M. Radiguet, dans un petit laboratoire spécial, montrait toutes les actions lumineuses des rayons X, dont nous avons parlé dernièrement. Parmi les diverses radiographies, nous
- 1 A l’exception d’une rente de 1250 fr., reliquat de la souscription au monument de Joule, qui, sous le nom de Prix Joule, est mis, par la Société royale, à la disposition du corps savant le plus officiel des pays ayant pris part à la souscription.
- en citerons une de grandeur naturelle de l’homme-momie.
- M. Le Dantec a exposé une série d’appareils de démonstration pour réaliser les vibrations de la lumière polarisée, et la polarisation rotatoire. La maison J. Carpentier a construit l’oscillographe à induction de M. Abraham et elle le faisait fonctionner sur le courant alternatif. Cet appareil permet de suivre nettement les diverses allures de la courbe, se présentant sous forme de sinusoïde tantôt régulière, tantôt toute déformée. Nous avons vu aussi une boîte de résistances de 1 mégohm divisé.
- Notre collaborateur, M. Ch.-Éd. Guillaume, a imaginé un pendule compensé en acier au nickel de la Société de Commentry-Fourchambault, et a réalisé quelques expériences très curieuses sur le magnétisme des aciers au nickel ; nous laisserons à M. Guillaume le soin de présenter lui-inême ici ses divers appareils.
- M. Chabaud avait exposé des tubes Colardeau pour rayons X, une lampe à cadmium de M. M. Ifamy, des tubes de Crookes, des photographies Rôntgen obtenues avec les tubes Colardeau-Chabaud, et un électroscope à trois feuilles d’or de M. Benoist. MM. Remy et Contremoulins ont fait un grand nombre de radiographies, qui démontrent la méthode de M. Contremoulins, pour déterminer la position des corps étrangers, dans le corps humain.
- Dans la petite salle du premier étage de l’Hôtel de la Société, nous avons trouvé des modèles d’accumulateurs Dinin, Blot, des fleure lumineuses de M. Trouvé et des interrupteurs électriques uni, bi et tripolaires, ainsi que des disjoncteurs et lampes de M. Ilyne-Berline. Nous avons vu un interrupteur bipolaire pour une intensité de 1200 ampères. M. Cailletet a exposé son appareil pour recueillir l’air à de grandes hauteurs dans les ascensions internationales.
- La salle du premier étage renfermait les appareils de MM. Ducretet et Lejeune pour rayons X, les appareils électriques de MM. Arnoux et Chauvin, le gyroscope collimateur dans le vide de l’amiral Fleuriais, construit par M. Démichel, la lampe à acétylène de M. Gossard, les transformateurs de courants continus en courants alternatifs à basses fréquences de MM. Gaiffe et Cio, des spécimens de fixations de couleurs d’interférence de M. Ch. Henry, les appareils électriques et mécaniques de M. J. Richard et la lampe à acétylène de MSI. Létang et Serpollet. M. Lioret a fabriqué un nouveau modèle de phonographe qui parle à haute voix et que l’on pouvait entendre dans toute la salle. Enfin il nous a été permis d’examiner des épreuves chronophotographi-ques et d’assister à des projections animées faites par les soins du Comptoir général de photographie. En regardant à travers un éventail présentant une série de petites ouvertures, on voyait disparaître toute trace d’oscillation. En résumé, l’Exposition annuelle de la Société de physique a obtenu cette année, comme les années précédentes, un légitime succès de curiosité. J. Laffargue.
- VARIATION DIURNE DE LA PLUIE
- La plupart des stations météorologiques françaises n’effectuent chaque jour qu’une seule mesure de la pluie. A l’observatoire du Puy de Dôme on possède, pour une période de dix années, de 1875 à la fin de 1894, des observations pluviométriques effectuées toutes les trois heures depuis 6 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir dans les stations de Clermont-Ferrand (388 mètres) et du sommet de la’mon-tagne (1467 mètres). Nous avons considéré la pluie
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- a un double point de vue, quantité et fréquence.
- Quantité. — Pour chacune des dix années de la période, nous avons calculé les totaux des quantités de pluie tombées à la station de Clermont-Ferrand et à celle du Puy de Dôme dans les cinq intervalles de trois heures qui séparent les observations tri-horaires. Dans ces totaux nous avons compris toutes les quantités de pluie mesurables au pluviomètre, nous n’avons négligé que celles qui n’atteignaient pas un dixième, de millimètre. Nous avons ainsi obtenu des nombres qui, pour chaque année, varient avec les heures de la journée. Les variations ne sont pas, il est vrai, identiques chaque année; mais si l’on examine la figure 1 qui représente graphiquement les résultats numériques, on reconnaît au premier coup d’œil qu’il tombe dans les deux stations une bien plus grande quantité de pluie durant l’après-midi que pendant la matinée. Le fait est même vrai pour toutes les années, malgré les divergences d’allures qui existent entre les différentes courbes annuelles. On remarque encore que presque toutes les courbes passent par un maximum entre 3 heures et 6 heures du soir, de même qu’elles ont un minimum entre 6 heures du matin et 3 heures du soir, le plus souvent entre 9 heures et midi, ou entre midi et 3 heures.
- Il y a cependant des années qui présentent des irrégularités remarquables. Telle est par exemple, à Clermont et au Puy de Dôme, l’année 1890 qui, contrairement à’toutes les autres, compte un minimum relatif très accusé de midi à 3 heures du soir, à la place d’un maximum. Enfin l’année 1891, dans les deux stations, et en outre les années 1885 et 1889 pour Clermont seulement, offrent un maximum dans la matinée au lieu du minimum habituel qui se trouve remplacé par deux minima, l’un nocturne, l’autre entre midi et 3 heures du soir.
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- Quelles que soient les causes et l’importance de ces irrégularités que nous expliquerons une autre fois, les anomalies disparaissent, même avec notre courte période de dix ans, quand on considère les valeurs moyennes des quantités de pluie aux différentes heures de la journée. Pour les deux stations ce résultat est mis en évidence sur la figure 1 par les courbes que nous avons formées avec de petites croix. Ces courbes ont une forme régulière qui montre clairement l’excès de pluie de l’après-midi, avec un minimum bien accusé de 9 heures à midi pour le Puy de Dôme, et un minimum nocturne
- pour Clermont. Elles ont été construites avec les nombres suivants : Puy de Dôme. 175mm de 6 h. du matin à 9 h.; 158mm de 9 h. à midi; \ 76mm de midi à 3 h.; 24Cmm de 3 h. à 6 h. ; 214mm de 6 h. à 9 h. du soir. — Clermont. 54mra de 6 h. du matin à 9 h. ; 60mm de 9 h. à midi; 71mm de midi à 3 h. ; 114mm de 3 h. à 6 h.; 83mm de6h. à 9 h. du soir.
- Fréquence. — Dans la détermination de la fréquence de la pluie nous avons volontairement négligé les quantités inférieures à 1 millimètre.Nous avons
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- 65
- 1889 60
- Puy-de Dôme./ 55
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- Fig. 1.
- Quantité et fréquence de la pluie
- Fig. 2.
- suivant les heures de la journée.
- agi ainsi dans le but d’éliminer radicalement pour Clermont le produit de la rosée, pour le Puy de Dôme ceux de la rosée et du givre ordinaire. Ces condensations de la vapeur d’eau ont en effet un caractère tout spécial; et si nous en avions tenu compte elles auraient faussement altéré quelques résultats en diminuant la fréquence relative des vraies pluies notables.
- Nous avons donc calculé, pour la durée de chaque année, combien de fois il y a eu des pluies d’au moins 1 millimètre pendant chacun des intervalles de 3 heures compris entre 6 heures du matin et 9 heures du soir. Nous avons ainsi obtenu des nombres qui sont graphiquement représentés dans la figure 2 pour nos deux stations de Clermont et du
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- LA NAT U K K.
- Puy de Dôme. Au premier examen de ce diagramme, on reconnaît encore l’existence d’un minimum de fréquence le matin, et celle d’un maximum le soir. Mais pour certaines années il y a des irrégularités assez nombreuses, surtout dans les heures auxquelles se produisent les phases extrêmes.
- Au Puy de Dôme, l’année 1890 présente même une inversion complète : maximum dans la matinée et minimum dans la soirée. En 1891, outre le maximum d u soir, il y en a un autre entre 9 heures et midi; celui-ci est séparé du premier par un profond m i n i-mum qui a lieu entre midi et 5 heures, et qui se retrouve en 1892 et 1895. — A Clermont les anomalies sont également nombreuses. Toutefois, aucune année ne comporte de maximum accentué le malin, et tous les maxima notables se produisent entre midi et 6 heures du soir, surtout après 5 heures.
- Pour les deux stations, les anomalies disparaissent encore si l’on considère les valeurs moyennes de fréquence déduites des dix années de la période d’observations. On le voit sur la figure 2 par les courbes que nous avons tracées avec des points croisés d’après les nombres moyens suivants : Puy de Dôme. 45 fois de 6 h. à 9 h. du matin; 44 de 9 b. à midi; 44 de midi à 5 h. ; 55 de 5 h. à 6 h.; 51 de 6 h. à 9 h. du soir. — Clermont. 16 fois de 6 h. à 9 h. du matin; 15 de 9 h. à midi; 19 de midi à 5 h. ; 22 de 5 à 6 h. ; 19 de 6 h. à 9 h. du soir.
- Sans rechercher les différentes causes qui rendent
- la pluie plus abondante et plus fréquente durant la soirée que pendant la matinée, il nous paraît nécessaire de signaler au moins la plus importante, qui est la chaleur rayonnée par le soleil. C’est elle en effet qui élève dans les hautes régions de l’atmosphère les masses d'air chargées de vapeur d’eau qu’elle échauffe dans le voisinage de la surface terrestre. Ces masses d'air supportent une pression de moins en moins grande à mesure que leur altitude augmente. Elles se dilatent donc et par suite se refroidissent aussi progressivement. Mais elles se trouvent en outre transportées dans des couches dont la température est de plus en plus basse, et qui, par contact et par mélange, les refroidissent encore davantage. Bientôt elles le sont assez pour
- ne plus pouvoir maintenir en dissolution leur vapeur d’eau qui retourne à l’état liquide et qui tombe en pluie. On comprend d’après cela pourquoi les pluies sont plus abondantes et plus fréquentes le soir que le matin. C’est qu’alors le soleil a eu le temps d’échauffer les couches inférieures de l’air et d’élever ainsi d’énormes quantités de vapeur d’eau jusqu’au condensateur constitué par les hautes régions de l’atmosphère. J.-R. Plumandon,
- Météorologiste à l'observatoire du Puy de Dôme
- LES AVALANCHES
- Les causes et les effets des avalanches sont connus depuis trop longtemps pour que nous ayons à
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- revenir sur ce sujet. 11 existe cependant deux sortes d’avalanches : celles qui sont prévues, c’est-à-dire celles qui, par suite de la conformation des montagnes, se sont frayé un chemin qu’elles suivent régulièrement chaque année et auxquelles on a donné le nom de l’endroit oîi elles tombent. Parmi celles-ci, et l’une des plus importantes dans la région de Davos-Platz, est celle qui tombe au lieu dit du Schwa-bentobel (tig. 1), sur la route postale de Davos à ïhu-sis (Grisons). Ces avalanches étant prévues, des moyens de défense et de secours ont été pris contre elles, tels que la construction de tunnels de secours ou de parapets sur le versant de la montagne. La figure 2 montre quelle quantité de neige une avalanche entraîne avec elle.
- Une avalanche qui rentre dans la même catégorie est celle représentée par notre lig. 5, qui tombe régulièrement du Schwarzhorn derrière l’hospice de la Fluela ( Passage de la Fluela de Davos dans l’Engadine). L’on peut voir sur cette photographie la manière dont elle est formée.
- Ces avalanches, étant prévues, sont en général fort anodines, mais il n’en est pas de môme de celles que nous plaçons dans la seconde catégorie : les imprévues. Témoin celle qui tomba le 6 février 1897 à quelque 100 mètres de l’hospice de la Fluela et ensevelit cinq hommes et huit chevaux.
- Deux convois se croisaient sur la route lorsque tout à coup retentit un bruit formidable venant du Weisshorn-Grat. Avant qu’un seul homme put bouger, tous, hommes, chevaux, voitures, furent enlevés comme des fétus de paille, par le vent de l’avalanche, probablement asphyxiés, jetés contre la paroi opposée (Schwarzhorn) et recouverts
- Fig.
- par l’avalanche. La neige qui tomba pendant quatre jours recouvrit cette scène d’horreur et l’on ne se douterait guère aujourd’hui qu’à l’endroit où la poste fiasse il y a eu une avalanche. Et pourtant la route est à trente mètres au-dessus de la roule véritable.
- L’avalanche avait 400 mètres de largeur et a parcouru un chemin d’environ un kilomètre.
- A un endroit où l’on a retrouvé deux chevaux et trois hommes, l’avalan-
- 20 mètres de hauteur. Deux cadavres n’ont pu encore être retrouvés aujourd’hui après plus de trois mois de recherches. L’on suppose qu’ils sont au sommet de l’avalanche et l’on est obligé d’attendre la fonte des neiges pour retirer les cadavres.
- Sur ces hauteurs ( le passage est à 2400 mètres d’altitude), plus de végétation, plus d’arbres qui retiennent les avalanches, aussi leurs effets sont-ils toujours terribles, et pas d’année ne se passe qu’on n’ait à enregistrer quelques morts.
- Les figures qui accompagnent les quelques lignes que nous venons de donner reproduisent des photographies qui ont été faites par M. Sigrist-Herder, à Davos-Platz. Elles donnent une idée de ce que peuvent être de neige dans les montagnes de
- Passage de la Fluela. Avalanche tombée du Sdnvarzhorn derrière l'hospice de la Fluela.
- les avalanches la Suisse.
- Maurice Picard.
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- NÉCROLOGIE
- Dr Maillot. —Nous avons le grand regret d’annoncer la mort de M. le Dr Magitot, qui a succombé à une crise d’asthme, dans son appartement du boulevard Malesher-bes, le 23 avril. Il n’avait que soixante-trois ans. M. Magitot s’était consacré depuis longtemps à l’ondotologie.
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- LA NATURE.
- Ses recherches sur la chirurgie déni aire sout bien connues. Il fut avec Broca et Ch. Robin un des fondateurs de la Société d’anthropolog'e et il en devint le Président il y a quelques années. M. Magitot était membre de l’Académie de médecine. Tout le monde se rappelle ses derniers Mémoires sur l’hygiène des allumettiers et sur le phosphore blanc. M. Magitot était bienveillant, serviable, complaisant; il n’avait que des amis. II. de P.
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- CHRONIQUE
- I.es vieux arbres. — Le doyen des arbres de Paris, le vénérable acacia planté en 1630 par Vespasien Robin à la place qu’il occupe encore au Jardin des Plantes, entre les nouvelles et anciennes galeries d’histoire naturelle, a eu beaucoup de peine à résister aux dernières tempêtes. Les cataplasmes de plâtre dont on avait blindé ses plaies et recouveit ses profondes rides de vieillesse ont été projetés sur le sol, et l’on a dù étayer de tringles de fer et d’énormes poutres de chêne cet invalide. Malgré ses béquilles, le vieil acacia rajeuni par le printemps pousse de nouvelles feuilles : il est encore vert. Mais l’administration du Jardin des Plantes annonce, par une pancarte, qu’elle ne répond pas des suites d’un prochain coup de vent. Cet accacia de 230 ans n’est pas le plus vieux que l’on connaisse ; il s’en faut de beaucoup. Les Américains prétendent posséder le doyen des arbres du monde. Ce vieillard est un taxodium qui se trouve dans le cimetière de la petite ville de Tulle sur la route d’Oazaca à Guatemala par Tehuantepec, dans l’Amérique du Nord. A 1“,50 du sol, le tronc de cet arbre a près de quarante-quatre mètres de circonférence, sinuosités comprises. Le plus grand diamètre a 12 mètres et le plus petit 6 mètres; on voit par là que sa forme est aplatie. La hauteur est de 50 mètres et ses branches s’étendent à une distance à peu près identique du tronc. On évalue son âge à 2000 ans ! Répétons-le sous réserves.
- Un vide absolu. — Toutes les méthodes employées jusqu’ici pour produire un vide absolu dans une enceinte ne résolvent le problème que d’une façon approximative. Le vide barométrique, le plus parfait connu jusqu’à ce jour, est rempli de vapeurs de mercure, car la tension de vapeur de ce métal liquide n’est pas nulle à la température ordinaire. Pour obtenir un vide plus parfait, M. le professeur Elmer Gates, de Washington, a indiqué un moyen fort original, auquel il semble difficile d’opposer des objections sérieuses. Il prend un tube d’essai en verre presque infusible et le remplit complètement de verre fondant à une température beaucoup plus basse. Pendant que le tout est chaud, il exerce une aspiration dans le tube et en retire le verre fondu, niais en partie seulement, de façon qu’une partie du verre fusible forme bouchon à l’extrémité du tube de verre infusible. On laisse refroidir le tout, et comme la solidification se produit sans que l’air puisse pénétrer, il semble établi que l’espace ainsi renfermé dans le tube constitue un vide parfait et absolu. En soudant au préalable des fils de platine dans le tube ainsi vidé, on pourrait l’utiliser à l’étude des décharges électriques, et à fixer définitivement les idées relatives à la conductibilité électrique du vide. Joli sujet de thèse pour un de nos futurs docteurs ès sciences.
- Morsure des araignées. — M. Davidson, aux Etats-Unis, a eu l’occasion d’étudier les morsures faites par deux araignées de petite taille ayant pour noms Phidiptus Johnsoni et Latrodeclus mactans, et il publie les résul-
- tats de ses recherches dans Therapeulic Gazette. Ces deux araignées ont ur.e glande à venin, avec une dent creuse par où le venin passe de la glande dans la blessure. La dernière semble po séder un venin très puissant d’après certaines observations. M. Brown, de Pomona, parle de symptômes très alarmants, douleur vive dans la partie blessée et dans la région précordiale, faiblesse, nausées, transpiration, cyanose, pendant des semaines. M. Davidson n’a point observé de cas aussi graves et, pour lui, les symptômes ne diffèrent point, comme gravité, de ceux que détermine une simple piqûre de guêpe ou d’abeille. Comme traitement, il conseille des lavages répétés avec une solution de sublimé corrosif à 1 pour 1000.
- Un pont de plus de huit kilomètres. — D'après notre confrère The Mechanical World, ce pont est construit en pierre, tout près de Sangang en Chine, et il traverse un petit bras de mer dépendant de la mer Jaune. Il paraît qu’il a 8kra,500 de développement; le nombre des piles qui le soutiennent est de 500, chacune d’elles étant ornée d’un lion en marbre exécuté au triple de la grandeur naturelle; la chaussée est à 19 mètres environ au-dessus du niveau des basses eaux moyennes. La construction en semble remonter à 800 ans et la maçonnerie est en excellent état de conservation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 avril 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Préparation de corps nouveau. — M. A. Granger a obtenu, en chauffant à 400° de l’argent divisé, dans la vapeur de phosphore, du biphosphure d’argent. Ce corps se produit également quand on fait réagir le phosphore sur le chlorure d’argent porté à 400°. Le biphosphure d’argent est gris, cassant ; il a l’éclat métallique et présente au microscope une structure métallique. Ce phosphure est facilement décomposable sous l’influence de la chaleur; il est nécessaire pour qu’il subsiste que le refroidissement ait lieu brusquement. Il ressort des expériences de MM. Uautefeuille et Perrey et de celles de M. Granger, que l’argent peut se combiner au phosphore vers 400°, puis vers 500° ne plus avoir d’action sur ce corps, et enfin vers 900° s’y unir de nouveau avec facilité.
- Un parasite des truffes. — Durant ces derniers mois et peut-être corrélativement aux pluies tombées avec une persistance exceptionnelle, on a vu apparaître des vers dans les truffes. On affirmait que c’étaient des larves d’helminthes transmissibles à l’homme. M. Johannès Chatin montre que ces appréhensions sont gratuites. Les seuls vers que l’on observe sur la truffe sont de simples anguil-lules tcrricoles absolument inoffensives, ne dépassant d’ailleurs jamais les couches périphériques du tubercule. La cuisson suffit à faire disparaître toute trace de danger.
- L’immunité des gallinacés contre la tuberculose humaine. — MM. Acbard et Lannelongue ont vérifié un fait au sujet des poules et des oiseaux, suivant lequel ces animaux seraient réfractaires à la tuberculose humaine. Des cultures du bacille, du pus, des fragments de tubercules, venant de l’homme ou ayant passé par l’organisme du cobaye ou du lapin, injectés à des poules, n’ont jamais donné que des lésions purement locales ayant duré quelquefois plus de deux ans. Or on obtient les mêmes effets en injectant des bacilles morts. Cette similitude d’action entre les bacilles vivants et les bacilles morts donnait lieu de penser que les bacilles étaient tués par les humeurs. Des expé-
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- LA NATURE.
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- riences spéciales ont montré que les bacilles soumis 'a cette cause restent vivants. Le sang est également sans action sur les cultures. Mais ce sang injecté à des cobayes n’a communiqué aucune propriété préventive ou curative de la tuberculose. MM. Achard et LanneloDgue ont également inoculé préventivement à des cobayes du sérum d’oiseaux qui avaient subi depuis plusieurs semaines les inoculations de tuberculose. Le résultat a été nul.
- Guérison radicale des hernies. — En juillet dernier M. Lannelongue a présenté à l’Académie de médecine cinq malades qu’il avait guéris radicalement de hernies inguinales par des injections de chlorure de zinc. D’un dernier examen remontant à quelques jours, il résulte que la guérison s’est maintenue parfaite et dans des conditions bien supérieures à celles que donne la méthode opératoire. Au point de vue du danger des deux méthodes, il n’y a pas non plus de comparaison possible car l’injection, très facile à pratiquer, ne nécessite pas plus de deux à trois minutes. Cette injection a pour résultat de provoquer le développement d’un tissu qui bouche l’anneau inguinal; aussi M. Lannelongue appelle-t-il le procédé en question : méthode sclérogène. Les malades n’ont plus à porter de bandage par suite de l’obturation naturelle de l’anneau. M. le I)r Demars a pareillement soigné six cas de hernies et a obtenu également un succès complet.
- La transparence des corps opaques. — M. Lebon a effectué une nouvelle expérience contrôlée par M. d’Ar-sonval, et qui semble établir que l’ébonite, sous une épaisseur de 5 à 4 millimètres, n’est aucunement transparente. M. Lebon emploie une plaque photographique dont une moitié seulement est voilée, c’est-à-dire a subi l’action de la lumière d’une lanterne pendant une fraction de seconde. On recouvre cette plaque photographique d’une plaque d’ébonite épaisse de 3 millimètres et portant, collé sur une de ses faces, un découpage en étain. On expose le système à la lumière solaire et l’on obtient après le développement une' image sur la partie voilée. L’autre partie de la plaque ne décèle au contraire aucune image. 11 est donc bien clair que les radiations ne traversent pas la plaque d’ébonite, bien que la partie protégée par la lame d étain révèle une action lumineuse certaine. M. Lebon varie cette expérience de façons différentes. Enfin, il signale des effets de décharge de lelectroscope sous l’iüfluence des rayons lumineux ordinaires réfléchis sur des surfaces métalliques. Les résultats sont très différents suivant la nature des surfaces.
- Élections. — M. Bassot est désigné en première ligne pour la place de membre du Bureau des longitudes en remplacement de M. Fizeau; M. Lippmann est désigne en seconde ligne. Ch. de Yilledeuil.
- THÉÂTRE À DEUX SALLES
- Les habitants de New-York ont la réputation d’ètre les plus grands amateurs de théâtre de toute l’Amérique. Cette réputation est justifiée par le nombre sans cesse croissant de leurs lieux de plaisir toujours bien remplis, et les directeurs de ces établissements appliquent toute leur industrie à satisfaire et développer, même au prix des conceptions les plus bizarres, ce goût qui fait leur fortune. Depuis quelques années la faveur progressive du prétendu genre « vaudeville », qui n est guère la-bas que notre « café-concert », a donné naissance
- à un type spécial de théâtre qui, en plus de la scène et de la salle, comporte des annexes spéciales de divertissements avec promenoirs, cafés, salons de repos, etc., et, pour les mois chauds d’été, l’inévitable jardin couvert. La supériorité d’une représentation se juge bien, au programme, par la qualité des œu*;res mises en scène, mais ce sont surtout sa longueur et sa variété qui en font le charme. Plus les divers artistes exécutent rapidement leurs entrées et leurs sorties, plus on peut concentrer de distractions dans un temps donné, plus on attire le public. L'a comme partout ailleurs on retrouve le tempérament de ce peuple affairé qui se résume dans ces quatre mots : faire beaucoup et vite.
- C’est pour répondre à ce besoin que le propriétaire du « Proctor’s Pleasure Palace », de New-York, a eu recours à l’expédient indiqué par les figures 1 et 2, qui consiste à faire servir une même scène à deux salles distinctes. L’une d’elles est, comme on le voit sur la coupe en long (fig. 2), la salle proprement dite; l’autre, la nouvelle salle ou palmarium (ainsi nommée en raison des palmiers et autres plantes tropicales qui la décorent), est séparée de la première par la scène. Le théâtre primitif ne présente rien de bien particulier, si ce n’est le jardin couvert et le café en sous-sol qu’on ne trouve guère chez nous; on y reconnaît les grands murs de la scène, le gril, le rideau, les trappes pour les apparitions ou disparitions, et, à côté, à droite, un espace autrefois réservé aux loges d’artistes qu’on place plus habituellement aujourd’hui sur les côtés ou en arrière de la scène.
- Pour réaliser l’idée de doubler la salle, on a simplement construit, derrière le théâtre proprement dit, un vaste hall qu’on a fait communiquer avec le précédent en découpant dans son mur de fond une grande arcade; le plancher de la scène convenablement soutenu a été prolongé dans le sens voulu, et celle-ci munie de tous ses accessoires ; apres quoi il ne restait plus qu a peindre sur leur nouvelle face les parties dormantes pour avoir la double scène complète.
- Primitivement on avait l’intention de donner simultanément sur ces deux scènes des représentations non susceptibles de se nuire mutuellement, et c’est en effet ce qui a eu lieu l’été dernier; mais ordinairement le rideau donnant sur le palmarium reste baissé ; on ne le lève que pendant les entr’actcs ou pour certains spectacles d’acrobatisme, d’exhibitions d’animaux, etc. Un passage souterrain constamment ouvert aux spectateurs fait communiquer les deux salles et entretient ainsi entre elles un mouvement de va-et-vient qui n’a d’égal que le croisement des regards d’une scène à l’autre à l’étage supérieur.
- C’est la première fois qu’on tente une expérience de ce genre, et elle était, dit-on, attendue avec beaucoup de sollicitude par le public. Le Scientific American, qui nous donne ces détails avec le dessin à l’appui reproduit ci-contre, ne nous dit pas quel a
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- LA NATURE.
- été son succès ; mais, si elle est du goût des Américains, tant mieux pour eux. Quant à nous, elle ne nous paraît guère enviable jusqu’à nouvel ordre. Nous |
- nous figurons difficilement qu’on puisse apprécier le charme musical et chorégraphique d’un ballet en avant d’acrobates dont les mouvements ne peuvent
- Fig. 2. — Coupe longitudinale du théâtre à deux salles.
- se faire sur le même rythme et en ayant comme perspective et arrière-plan un duo, chanté ou parlé, d’ordre tout différent.
- Dans ces conditions, qu’on aille au théâtre pour voir ou pour être vu, le spectacle lui-même nous semble devoir être bien secondaire, et point n’est be-
- soin, suivant nous, de tant de frais : la vie courante suffit amplement à égayer ou attrister les acteurs ou spectateurs de la comédie humaine. E. Boistel.
- Le Gérant : 1*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiuhe, rue de Fleuras, 9.
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- N* 12 49.
- 8 MAI 1897.
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- DÉTERMINATION Dll
- COEFFICIENT DE TRACTION DES VOITURES
- EXPÉRIENCES DE M. A. MICHELIN
- Les progrès rapides de la locomotion automobile ont remis à l’ordre du jour la question du coefficient
- de traction des différents bandages employés sur les roues de ces voilures. Les avis sont encore très partagés, et il ne fallait rien moins que des expériences directes et précises pour résoudre définitivement le problème et faire éclater, sans contestation possible dans l’avenir, la supériorité du bandage pneuma-
- Voilure remorquer. Voilure dyiiamométiique. Tracteur.
- Fig. 1. — Train (lyinimomctiique ayant servi aux expériences de M. Michelin sur la détermination des coefficients
- de traction des voitures.
- tique sur le bandage en fer et sur celui en caoutchouc plein.
- Déjà l’an dernier des expériences probantes avaient
- été faites par M. Michelin, mais les chiffres obtenus n’étaient que comparatifs, et ne fournissaient pas des résultats numériques pouvant servir au calcul
- _________ Roues en fer. _____________Caoutchoucs pleins.............. Pneus. 'y
- Fig. 2. — Courbe tracée par L'enregistreur dynamométrique sur une partie du quai IVésident-Caruot, à Suresucs. (Macadam vieux, sec, un peu défoncé, vitesse de 22 km par heure.)
- de la puissance des moteurs à placer sur les automobiles : elles ont été reprises récemment dans des conditions plus favorables, aux environs de Paris, à l’aide du singulier équipage représenté figure 1, et que les fidèles cyclistes de la banlieue nord-ouest ont pu voir circuler en avril dernier.
- Mais avant de décrire l’appareil, un mot sur la définition même des facteurs à mesurer. On sait
- que pour tirer un véhicule sur une route, que nous supposerons en palier pour simplifier le problème, il faut exercer un certain effort, une force horizontale, qui dépend de la nature de la route, du poids de la voiture, de la nature des bandages, de la suspension de la voiture, de ses roulements, et aussi de sa vitesse. Cette force de traction se mesure en kilogrammes, et le rapport de cette force en kilo-
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- 25* année. — Ier semestre.
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- grammes au poids de la voiture traînée, mesuré également en kilogrammes, constitue le coefficient de traction, que l’on exprime généralement en kilogrammes par tonne, ou, plus simplement, en millièmes, en vue d’éviter l’emploi de nombres fractionnaires.
- Le problème expérimental consiste donc à tirer une voiture d’un poids connu dont les roues sont munies des bandages à étudier, sur des terrains variés, et à mesurer l’effort de traction exercé à chaque instant. On en déduit le coefficient de traction par le calcul simple que nous venons d'indiquer.
- Dans les expériences laites par M. Fonvielle, sous la direction de M. Michelin, un tracteur à vapeur de M. de Dion traînait la voiture à remorquer par l’intermédiaire d’un dynamomètre enregistreur installé lui-même dans un fiacre placé entre le tracteur et la voiture remorquée (fig. 1).
- La voiture dynamométrique appartient à la Compagnie générale des voitures. Le dynamomètre placé dans la voiture se compose, en principe, d’un ressort double disposé transversalement dans la voiture : le milieu de l’une des lames est fixé à la voiture, le milieu de l’autre lame s’attache directement, par une barre en fer qui traverse la voiture, au véhicule à remorquer. Sous l’effort de traction, le ressort fléchit, s’ouvre et s’écarte de sa position d’équilibre d’une longueur proportionnelle à l’effort exercé. En plaçant un crayon vertical sur la partie mobile du ressort, et en faisant dérouler transversalement, sous la pointe de ce crayon, une bande de papier d’un mouvement uniforme, ce crayon tracera une courbe qui permettra de déterminer la grandeur de l’effort à chaque instant, ainsi que la valeur moyenne de cet effort sur un parcours de longueur donnée.
- Afin de déterminer la vitesse, un autre crayon appuie sur le papier d’une façon continue et se trouve soulevé un instant à chaque tour de roue par un mécanisme commandé par cette roue : il trace ainsi un trait interrompu qui permet de mesurer la vitesse du véhicule, déduite de celle du déroulement du papier, du nombre d’interruptions et du développement de la circonférence de la roue commandant le crayon.
- Le diagramme figure 2 montre les tracés obtenus avec différents bandages (fer, pleins et pneus) à la vitesse de 22 kilomètres par heure sur du vieux macadam, sec, un peu défoncé, quai Président-Carnot, à Suresnes. Les expériences étaient faites en remplaçant les roues de la voiture et en égalisant les poids. On remarquera que les courbes relatives aux bandages pneumatiques sont bien moins élevées et beaucoup plus régulières que celles qui correspondent aux bandages en fer.
- L’effort de traction est donc plus régulier et les secousses moins sensibles avec le pneu qu’avec le plein.
- Les valeurs moyennes des coefficients de traction déduites de ces expériences, en intégrant les résul-
- tats obtenus sur des parcours de 1 kilomètre, sont résumées dans le tableau suivant :
- RANDAGUS.
- CONDITIONS DU L'KXPKRIENCU. CAOUTCHOUCS PNEU-
- I. Boulevard de la Seine (Puteaux). (Palier) Bon macadam, dur, sec et poussiéreux. FEU. PLEINS. MÀT1QUE:
- Vent debout v = 11,7 km par heure. 27,2 21,5 22,5
- Vent arrière v =11,7 —• 25,5 22.8 20.8
- Vent debout v= 19,7 — 51, l 29,9 21.8
- Vont arrière v = 19,7 — Bon macadam, dur, tégèremen t boueux. 27, G 25,2 25,8
- v — Il km par heure 27,-4 26,5 21.0
- v — 20 — Bon macadam, fortement détrempé 59,9 55,6 51,8
- r = 21 km par heure II. Iîoll. de Versailles (Suuesnes). (Rampe de 10 millièmes) Bon macadam, dur, sec, poussiéreux 15,6 12,6 55,0
- r = 11 km par heure 62,1 61,1 57,2
- w -= 19 - III. Route deS'-Germain (Courbevoie) (Rampe de 5 millièmes) Pavé ordinaire, un peu gros, sec. 75,0 61,1 59,6
- v = 11 km par heure Pavé ordinaire, un peu gros, boite codante. 12,2 10,1 56,1
- v —18 km par heure Pavé ordinaire, un peu gros, boue demi-sèche. 51,9 57,6 11,0
- v = 12,5 km par heure 41,5 11,6 56,0
- v = 20,0 — IV. Qlui Président-Carnot (Suresnes) (Palier) Macadam vieux, un peu défoncé. 52,2 56,0 10.7
- îj = 22 km pur heure 55 • 8 28,0 22,5
- Ces chiffres mettent nettement en relief l’influence de la vitesse sur le coefficient de traction ainsi que celle du vent. La supériorité du pneumatique sur le bandage en fer, qui n’est que de 10 pour 100, à faible vitesse et sur bon terrain, s’élève jusqu’à 53 pour 100 lorsque le terrain est défoncé et que la vitesse atteint 22 kilomètres par heure.
- On peut dire, sans exagération, que l’emploi du pneumatique fait gagner de 20 à 25 pour 100 en moyenne sur le coefficient de traction, et, par suite, sur la puissance du moteur et la consommation du combustible.
- Ces avantages ne sont pas à dédaigner, et bien qu’ils aient été reconnus en principe par tous les spécialistes compétents, nous devons être reconnaissants à M. André Michelin d’en avoir fixé l’ordre de grandeur par des expériences précises et par des appareils enregistreurs dont l’impartialité est indiscutable. E. Hospitalier.
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- LES ANCIENS GLACIERS
- ET LES CAUSES ACTUELLES 1
- Ce journal a publié récemment un article où M. Stanislas Meunier a pris à partie les géologues qu’il appelle « cataclysmiens ».
- La doctrine des causes actuelles étant aujourd’hui uni-
- 1 Voy. n° 1245. du 10 avril 1897, p. 290.
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- versellement acceptée, en ce sens que personne ne songe à faire intervenir dans le passé d’autres causes que celles qui agissent dans le présent, on pourrait se demander qui l’honorable professeur du Muséum a bien pu viser, si cet article ne lui fournissait l’occasion de revenir, à propos des anciens glaciers, sur une théorie qui lui est exclusivement personnelle, et qu’il a développée, il y a deux ans, dans un recueil scientifique belge.
- L’esprit de cette théorie se résume tout entier dans cette phrase de l’article, où M. Stanislas Meunier constate que « sans rire, il y a des auteurs qui nous parlent d’«/t glacier de 460 kilomètres, s’étendant depuis les sommets du Valais jusqu’à la banlieue de Lyon et recouvrant le lac Léman d’une croûte congelée de 1600 mètres d’épaisseur ».
- Ces hommes, assez forts pour garder leur sérieux en énonçant ce que M. Stanislas Meunier considère comme une énormité, c’est tout simplement Y unanimité des géologues de profession, depuis les Agassiz, Charpentier, Desor, Martins, Collomb, Alphonse Favre, jusqu’aux Ileim, Baltzer, Penck, du Pasquier, Boule, etc. Pour déclarer que de tels observateurs sont arrivés à des conclusions « risibles », il faut évidemment avoir des raisons très puissantes : non seulement de celles qu’on puisse concevoir du fond d’un laboratoire parisien, mais de ces raisons basées sur l’étude même du terrain, et qui permettent d’administrer, comme on dit en justice, la preuve de ce qu’on avance.
- Or, chacun sait que les moraines alpines s’étendent, d’un côté, jusqu’à Lyon, et que, de l’autre, elles ont franchi en plusieurs points la chaîne du Jura pour se répandre en Franche-Comté. Voilà des faits que nul ne conteste.
- Au lieu de les expliquer par une masse de glace qui aurait recouvert la région de Neuchâtel jusqu’à plus de 1200 mètres d’altitude, M. Stanislas Meunier préfère admettre que les Alpes ont formé, à l’origine, un grand plateau, dont les glaciers ont peu à peu scié et fait reculer les bords jusque dans l’Oberland.
- Dans ce cas, puisque les moraines de la Croix-Rousse, près de Lyon, ne sont contestées par personne, il faut qu’un plateau, s’élevant au-dessus de la limite des neiges persistantes, c’est-à-dire à plus de trois mille mètres, ait eu son bord tout près de Lyon, comme tout contre la crête du Jura, et que, postérieurement aux temps tertiaires, l’érosion l’ait fait reculer, sur toute sa périphérie, de Lyon au Valais. Nous laissons le lecteur juge de Yénormité de cette hypothèse, comme aussi de la destinée qu’auraient pu subir les débris provenant d’un pareil cube. 11 faut remarquer aussi que ce devait être une « scie » d’une espèce toute particulière que celle qui, après avoir commencé à opérer sur les sommets du Jura, s’était ensuite retournée de 90° pour ne plus entamer la crête, et la laisser, si droite et si dépourvue d’échancrures, en face de la plaine suisse, sur laquelle se concentrait toute son action.
- Ce qui est plus grave encore, c’est qu’on ne peut mettre en doute la succession, plusieurs fois répétée, d’invasions et de retraites de la glace. Tout le monde sait que près de Zurich, à un niveau peu différent de celui du lac, il existe des lignites, avec débris d’industrie humaine, qui reposent sur une moraine ancienne et sont recouverts par une autre sensiblement plus récente.
- Donc, si la première invasion a « scié » la vallée dans l’ancien plateau alpin, la seconde a retrouvé cette vallée toute faite, et comme elle a laissé ses traces jusqu’à de grandes hauteurs, nous voilà contraints de rendre au glacier
- l’épaisseur que refuse d’admettre M. Stanislas Meunier.
- Mais passons sur ces reproches, dont l’auteur de l’article pourrait se débarrasser en arguant que tout le monde, en Suisse, a mal observé. Ce que nous prétendons, c’est que c’est précisément la doctrine des causes actuelles qui condamne la thèse de M. Stanislas Meunier.
- En premier lieu nous mettons qui que ce soit au défi de citer, soit dans les Alpes, soit en Norvège, soit au Groenland, soit en Asie, un seul exemple d’un plateau actuellement scié par des glaciers. L’hypothèse admise est donc purement gratuite.
- En second lieu, nous voudrions savoir comment on doit se représenter la surface du plateau suisse avant son invasion par la glace. Personne n’ignore que toute la région, à la fin des temps tertiaires, était encore recouverte par la mer dite helvétienne. C’est donc très tardivement que le plateau suisse a pris naissance.
- D’autre part, M. Stanislas Meunier prend soin de nous dire, dans son article, qu'à ses yeux les montagnes ont surgi grâce à une série de soubresauts minuscules, chacun ne produisant qu’une dénivellation de quelques centimètres, mais se succédant avec le temps à raison de plusieurs milliers.
- Or, depuis l’instant où les premiers soubresauts ont élevé au-dessus de la mer ce qui devait être la chaîne alpine, il est inévitable que les eaux courantes y aient accompli leur œuvre en y découpant tout un système de vallées. Donc, au moment où, à force de tressaillir, le massif avait passé de l’altitude zéro à celle des neiges persistantes, il était certainement accidenté de vallées profondes; de sorte que la glace n’a eu qu’à s-'y installer, sans exercer aucune action de « sciage » sur les bords depuis longtemps adoucis du prétendu plateau. Aussi a-t-on, en mainte occasion, recueilli des preuves attestant qu’avant la plus ancienne des invasions quaternaires, les vallées suisses étaient au moins aussi profondes qu aujourd’hui.
- Cela suffit, nous semble-t-il, pour ruiner une hypothèse déjà si difficile à faire accepter. 11 faudrait, en effet, admettre que, pendant la longue surrection du massif, les causes actuelles, celles qui produisent le modelé de la terre ferme, auraient consenti à suspendre entièrement leur action.
- 11 reste à montrer que le monde « actuel » nous offre précisément des exemples de ces grandes épaisseurs de glace que M. Stanislas Meunier ne peut admettre.
- Nansen s’est chargé de nous fournir ces preuves, dans la mémorable traversée du Groenland qu’il a faite en 1888. 11 a trouvé le pays tout entier enseveli, sur toute sa longueur et sur cinq cents kilomètres de largeur (précisément la dimension de l’ancien glacier lyonnais!), sous un manteau continu de neige et de glace, dont il a évalué l’épaisseur entre mille et dix-sept cents mètres.
- Or le Groenland est à la même latitude que la Norvège, et, sans cataclysme, il suffit d’une distribution particulière des courants d’air et des précipitations atmosphériques pour lui infliger des conditions aussi exceptionnelles relativement à tous les pays environnants. M. Stanislas Meunier exprimera-t-il le regret que Nansen ait pu « sans rire » communiquer de tels faits au monde savant? Ce serait bien risqué de mettre en doute, non seulement la parole, mais la faculté d’observation d’un tel homme. Concluons donc que les phénomènes « actuels » offrent largement tout ce qu’il faut pour justifier l’hypothèse des anciens glacière de la Suisse, tandis qu’on y chercherait vainement une justiti-cation quelconque en faveur du découpage progressif d'un plateau. A. de Lapparent.
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- LA NATURE.
- TRANSMISSION DE FORCE MOTRICE
- DANS LES MOULINS TRUFFAUT, A PARIS
- Fig. 1. — Vue d’ensemble de l’installation des gazogènes Buirt; Loncuuchez pour la production du gaz pauvre,
- aux moulins Truffaut, à Paris.
- I)e nouveaux et grands moulins viennent d’être installés dans l’enceinte même de Paris, par la So-
- ciété des moulins Truffaut. Ces moulins, placés sur le bord de la Seine, 85, quai de Javel, non loin des
- Fig. 2. — Vue intérieure de la salie des machines où sont installés les trois moteurs à gaz.
- Magasins généraux, comportent plusieurs perfectionnements de la mécanique moderne dans la partie qui concerne la force motrice et dans celle qui touche aux appareils de meunerie. Nous ne nous occulterons spécialement que des dispositions mécaniques.
- La force motrice, d’une puissance de 550 chevaux, au gaz pauvre, a été établie par les ateliers Matter et Cie, de Rouen. Les moteurs à gaz, d’un modèle spécial, combiné par MM. Rclamare-Dcbouttc-ville et Malandin, sont au nombre de deux, chacun
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- LA NATURE
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- d’une puissance de 250 chevaux, destinée à la conduite directe des appareils de meunerie. Ils sont disposés pour la marche ininterrompue de jour et de
- nuit. Un troisième moteur de 50 chevaux actionne une dynamo qui est destinée au service de la transmission électrique de force motrice et une
- Fig'. 5. — Vue des appareils de broyage.
- autre dynamo pour assurer l’éclairage électrique. Le gaz pauvre est produit par une batterie de
- trois gazogènes du système Buire-Lencauchez, dont on aperçoit une vue d’ensemble de l’installation
- Fig. 4. — Installation des plansichters circulaires, pour le blutage,
- dans la figure 4. On sait que le principe de ces appareils consiste à produire un gaz pauvre par la distillation d’un charbon maigre. Le gaz, au sortir des gazogènes, se refroidit dans des jeux d’orgues suivis d’une batterie de laveurs ; il se rend
- ensuite au gazomètre qui le livre aux moteurs.
- La figure 2 représente une vue intérieure de l’usine de force motrice où sont installés les trois moteurs à gaz et qui se trouve placée dans le sous-sol du bâtiment central. Derrière la salle des ma-
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- chines est une grande transmission, commandée, à l’aide de poulies et de courroies, par les deux moteurs de 250 chevaux. Les machines dynamos peuvent également être actionnées par cette transmission, au moyen d’un embrayage, au lieu d’être mises en mouvement par le moteur à gaz de 50 chevaux. La grande transmission commande directement dans le batiment central une série d’appareils divers de meunerie dont nous allons dire quelques mots. La transmission électrique est faite dans les autres bâtiments.
- La génératrice à courants continus pour transmission de force motrice peut produire 400 ampères et 110 volts à 280 tours par minute. La machine dynamo pour l’éclairage donne 160 ampères à 110 volts à 1000 tours par minute; elle alimente actuellement 250 lampes à incandescence et 4 lampes à arc. Les machines dynamos et les moteurs électriques ont été construits par MM. Hillairet et Iluguet, l’installation électrique a été faite par la maison Amelin et Renaud ; l’installation du moulin et des appareils de meunerie est due à MM. Brault, Teisset et Gillet. L’ensemble des moulins comprend trois corps de bâtiments : les magasins et silos à blé, les magasins à nettoyage et les moulins situés dans le bâtiment central, et les magasins à farine et issues.
- Le blé arrive à l’usine par voie ferrée ou par voitures jusqu’au bâtiment des silos ; il est versé au rez-de-chaussée dans une trémie alimentant un élévateur. Celui-ci remonte le blé à un séparateur placé au dernier étage du bâtiment. L’élévateur et les monte-sacs sont mis en mouvement par un moteur électrique de 18 chevaux consommant une intensité de 140 ampères à 110 volts et tournant à 700 tours par minute. Ce magasin renferme des cases à blé pouvant contenir 52000 sacs.
- Un transporteur au sous-sol reprend le blé des silos et le conduit à l’aide d’un autre transporteur souterrain dans le bâtiment central ou bâtiment du moulin. Là, le blé est repris par un élévateur qui le monte et le déverse dans un grand boisseau, pour être dirigé ensuite dans une série très complète d’appareils de nettoyage sur lesquels nous ne pouvons insister. Avant d’être mis en mouture, le blé passe à une balance automatique. Le broyage est ensuite effectué à l’aide des broyeurs dont on voit l’installation dans la figure 5. Le blutage se fait dans des plansichters circulaires système Bunge (fig. 4). Ces appareils, destinés à effectuer le triage de la farine, sont animés d’un mouvement à la fois circulaire et vertical. La farine se trouve repoussée à la périphérie par suite de la force centrifuge, et entassée dans des sacs situés à l’étage inférieur par suite du mouvement d’agitation dans le sens vertical qui se produit en même temps. Dans ce bâtiment, le mouvement est transmis aux divers appareils par poulies et courroies depuis la salle des machines, située dans le sous-sol, jusqu’à la partie supérieure. Il nous semble cependant que, même avec les dispositions adoptées, il y aurait eu certainement avan-
- tage à avoir recours à la transmission électrique.
- Nous arrivons ensuite au troisième bâtiment, qui renferme les magasins vers lesquels sont dirigés tous les produits terminés. Ces magasins sont réunis au bâtiment du moulin par une grande passerelle sur laquelle sont installés les transporteurs. Les sons sont placés dans des cases, les farines dans des chambres circulaires, et le tout est reçu en sacs au rez-de-chaussée pour être chargé directement sur voitures ou wagons. Dans ces magasins, le mouvement des divers appareils est également obtenu par un moteur électrique de 18 chevaux, prenant 140 ampères à 110 volts et à 700 tours par minute.
- Pour compléter la description, nous devons signaler un autre petit bâtiment séparé renfermant une machine spéciale pour le nettoyage des sacs. Cette machine est actionnée par un moteur électrique de 5 chevaux, de 40 ampères à 110 volts et à 1000 tours par minute.
- Telles sont les principales dispositions mécaniques et électriques de nouveaux moulins importants, installés dans Paris et qui peuvent produire actuellement 1000 quintaux de farine en 24 heures.
- J. Laff.yrgue.
- LE TYPHUS ET LES INSECTES
- On avait déjà accusé les punaises de transmettre parfois la tuberculose, ce qui d’ailleurs est loin d’être certain, puisque le microbe de la phtisie ne se trouve pas dans le sang. Aujourd’hui on prétend qu’elles peuvent être une source d’infection pour le typhus récurrent.
- 11 y a quelques années, M. Tiktine observa à Odessa le premier cas de cette maladie. C’était un matelot qui, probablement, avait contracté la maladie à Jaffa.
- Dix à douze jours après ce premier cas d’autres se déclarèrent. Deux ans après, l’épidémie avait fait tache d’huile et atteint 10 000 sujets!
- Or, la plupart des malades étaient des habitués des asiles de nuit, où constamment viennent s’échouer les matelots ayant par trop sacrifié à Bacchus.
- 11 est donc infiniment probable que c’est le premier matelot atteint qui a contaminé ses camarades. M. Tiktine croit que ce sont les punaises, très abondantes dans ces asiles, qui ont transmis la maladie d’un sujet à un autre. A priori la chose n’a rien d’impossible, puisque les bacilles du typhus récurrent, les spirochètes, abondent dans le sang. Les punaises les absorbent en même temps que ce dernier quand il en contient. En allant piquer un autre dormeur, quelques spirochètes, soit attachés à la trompe, soit dégorgés accidentellement, peuvent pénétrer dans le sang et infecter le sujet.
- Pour vérifier cette hypothèse, M. Tiktine soumit des punaises au jeûne jusqu’à ce qu’elles fussent devenues plates et transparentes; il les appliqua ensuite sur la peau des malades et des singes atteints de typhus et chez lesquels le sang contenait des spirochètes. Toujours, le sang contenu dans l'estomac de ces punaises contenait des spirochètes, même au bout de 18 heures. Ce sang inoculé à un singe bien portant lui communiquait le typhus.
- Il est donc fort probable que les punaises peuvent transmettre le typhus récurrent, mais la preuve directe est encore à faire. Henri Coupin.
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- LES GROTTES DE RANCOGNE
- Les grottes de Rancogne offrent certaines curiosités qui méritent d’être connues.
- Rancogne est un bourg situé à quelques kilomètres au sud de la Rochefoucauld (Charente), au bord de la Tardoire, rivière intéressante à plusieurs titres et qui prend sa source entre Nontron et Rochecliouart, dans les. roches cristallines qui constituent le plateau granitique limousin; elle pénètre ensuite dans une étroite bande de terrain jurassique (calcaire compact) située entre ce plateau et la zone crétacée qui va de Ribérac à Barbezieux, Jonzac, etc. C’est dans cette bande calcaire, fendillée en tous sens, qu’elle présente ses particularités souvent décrites, fissures, gouffres et puisards grâce auxquels elle est tributaire de la Touvre, un affluent de la Charente. A Rancogne même, elle est encore une jolie rivière, très conrante, aux hords ombragés, tandis que plus loin, à la Rochefoucauld, elle laisse voir les trois
- quarts de l’année son fond rocheux : les grottes s’ouvrent au pied d’uu monticule de 70 à 80 mètres de hauteur situé tout au hord de la rivière et sur lequel est bâtie l’église du village (fig. 2).
- La figure 1 donne un plan des grottes pris sur place et rectifié simplement sur les indications du guide. De l’entrée A on pénètre, par un assez long couloir en pente douce, parfois fortement surbaissé, dans une grande salle, remarquable par ses dimensions (50m X 50m) et dont il est difficile, à la lueur des torches, d’apercevoir le plafond. Au centre, une stalactite, visible sur l’épreuve(fig. 5), et qui, d’après le guide, se trouve juste au-dessous du chœur de l’église construite dans l’axe vertical de cette salle. La photographie donne mal l’idée des proportions du sujet : il m’a été impossible d'y faire figurer un personnage qui put servir de terme de comparaison, toute ma caravane étant occupée à produire des éclairs magnésiques ; toutefois les amateurs exercés s’en feront une idée suffisante par cette indication,
- Sa/le superposée
- avecjour en E. -
- \ grottes de Rancogne
- iLa Rochefoucauld
- NORD
- Grande
- ANGOULEME
- Fig. 1. — Situation et plan des grottes de Rancogne.
- que l’objectif employé est un Zeiss de 95° d’angle, foyer 85 millimètres, diaphragme 1/18; il a fallu, en outre, plus de 100 grammes de magnésium, mélangé à une petite quantité de chlorate de potasse et de sulfure d’antimoine, pour obtenir un nombre d’éclairs capable d’illuminer suffisamment les parois. L’appareil employé est décrit depuis longtemps et se compose de pipes en terre, de tubes de caoutchouc et de mèches de coton imbibe'es d’alcool.
- Au fond de cette salle, bruit un petit ruisseau coulant dans la direction nord-est-sud-ouest, qui ne tarit jamais, et qui augmente considérablement de volume chaque fois que les pluies grossissent la Tardoire : il n’est donc pas téméraire d’avancer que ce ruisseau est une infiltration de la rivière. Où se rend-il exactement? Est-ce dans la Touvre, est-ce dans le Bandiat qui, lui aussi, parallèle à la Touvre, s’infiltre comme elle en de multiples points? Rien ne l’indique a priori.
- Latéralement à la grande chambre se trouvent des salles plus petites, communiquant par des galeries, et offrant des configurations de roches ou des formes de stalactites bizarres au sujet desquelles l’imagi-
- nation peut s’exercer comme dans toutes les grottes possibles ; avec un peu de bonne volonté, le guide vous fera voir un éléphant, un pied, etc.... Disons de suite que certaines de ces formes sont dignes d’attirer l’attention des naturalistes aussi bien que celles des touristes. Ainsi, après avoir passé un couloir de coupe ellipsoïde B, sur les parois duquel on distingue les ondulations du courant qui l’a creusé jadis, on arrive, après maintes glissades sur la glaise, à une échelle qui conduit à une chambre C où des lames verticales et transparentes sont appliquées à la paroi à la manière des valvules conniventes de l’intestin grêle.... Ces lames, frappées, rendent des sons argentins très purs, variables, et peuvent presque donner la gamme ; d’où leur nom : les « orgues ».
- D’autres salles, très basses, offrent une « pluie » pétrifiée au plafond, ou de gracieuses colonnettes. On n’y arrive que par des trous de souris ou de véritables cheminées et on se console de ces difficultés en face de l’enthousiasme du guide qui éclaire complaisamment une tête de baleine avec ses fanons, assez peu visible sur l’épreuve (fig. 4). A signaler aussi un splendide « bénitier » gothique dans une salle D
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- superposée à line autre latérale à la grande salle. Cette salle 1) s’ouvre sur le coteau à une dizaine de mètres au-dessus de l’entrée A.
- 11 serait intéressant de multiplier les observations qu’il est possible de faire, non seulement à Ranço-
- nne, mais dans toute la région, et que le temps ne m’a pas permis d'entreprendre. Je signalerai simplement aux touristes les grottes voisines du Qué-roy, près du Randiat, aussi curieuses mais moins bien déblayées que celles de Rancogne, découvertes
- Fig. 2. — Monticule au pied duquel se trouvent les grottes de Rancogne.
- l’année dernière, signalées par le journal et dans de solipèdes ou de ruminants, les crânes et autres lesquelles on peut voir encore quelques ossements vestiges humains ayant été emportés par des « mes-
- Fig. 5. — Vue extérieure des grottes.
- sieurs de Bordeaux », disent les gens du pays; les jolis paysages de la perte du Randiat, à la lisière de la belle l'orét de Braconne ; les fosses en entonnoir de cette forêt, grande fosse, fosse limousine et fosse mobile, qui représentent des orifices de gouffres ou des effondrements considérables et signalent les drains gigantesques qui font du régime
- Fig. 4. — Vue intérieure des grottes.
- hydrologique souterrain du pays une inconnue attirante; enfin, les sources ombreuses de la Touvre, le Bouillant, le Dormant et la Lèche, qui sont, dit Reclus, l’émissaire naturel d’un bassin de près de 1000 kilomètres carrés. Dr Eybert,
- Aide-major.
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- LES OISFAUX POLYPHONES
- Darwin, Romanes, etc., ont montré depuis long-leiu[)s ([uc le chant des oiseaux résulte souvent de
- l’éducation des parents. Les premiers essais des oisillons sont comparables au bégaiement de nos enfants. Aussi le langage chanté n’appartient qu’à certaines espèces. Mais, par imitation, beaucoup d’oiseaux peuvent apprendre à chanter. Dans les volières, certaines
- Les oiseaux chanteurs. 'Rossignol Serin, Bouvreuil, Chardonneret, l'inson.
- espèces copient le chant d’autres espèces. On a vu des moineaux s’approprier le chant des linotes. On dit aussi que l’on peut fabriquer à volonté certains oiseaux chanteurs. Dans ces derniers temps M. Louis Mingaud, de la Société des sciences naturelles de Nîmes, a fait connaître des faits curieux à cet égard1.
- 1 llevue scientifique.
- « Je possède, dit-il, depuis le mois d’avril 1895, un vulgaire moineau qui, pris au nid, a été nourri à la becquée; dès que le passereau a pu se suffire à lui-même, je l’ai mis dans une cage où se trouvaient déjà un pinson, un chardonneret et deux serins. Au bout de quelque temps, le moineau s’est approprié le chant de ses compagnons, à tel
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- point que l’on s’y méprend. Il ramage comme le pinson, chante avec finesse comme le chardonneret et, avec des roulades, contrefait les serins. II n’y aurait peut-être là encore rien de bien étonnant, car beaucoup d'oiseaux possèdent la faculté de s’approprier le chant des oiseaux chanteurs; mais où je trouve que mon moineau est véritablement polyphone, si je puis lui appliquer ce terme, c’est dans le fait suivant : Au printemps, j’ai l’habitude, continue de raconter M. Mingaud, de capturer des grillons des champs et de les garder vivants dans de petites cages ad hoc. Jusqu’à ce jour, ces petites cages étaient pendues à coté de celle de mes oiseaux, et aucun de ceux-ci, même le moineau, n’avait eu la prétention d’imiter le chant du cri-cri. Cette année j’ai pris de nouveaux grillons et j’ai mis leurs cages à coté de celle de mes oiseaux. Quel n’a pas été mon étonnement, deux jours après, d’entendre le moineau imiter avec sa voix le chant du grillon! »
- Et M. Louis Mingaud ajoute : « Aujourd’hui les grillons sont morts depuis longtemps et le pierrot ne cesse d’imiter le chant de ces orthoptères qu’il entremêle à celui des autres oiseaux. Chose curieuse à mentionner, ce moineau ne sait pas du tout chanter ou mieux piailler comme un moineau. Fort jeune, il a été pris au nid ; sa mémoire n’a pas su conserver le piaillement de ses parents. »
- Un autre observateur a recueilli un fait du même genre qui lui a été rapporté par un garde-chasse. Cet homme avait élevé deux linots, pris au nid quelques jours après leur naissance, et, comme sa maison était située au milieu de bois où les linots étaient inconnus, les oisillons n’eurent jamais l’occasion d’entendre le chant de leurs parents. En revanche, plusieurs rossignols vivaient dans les massifs voisins, et, lorsque les jeunes linots commencèrent à chanter, le garde ne fut pas peu étonné de constater qu’ils avaient pris le chant du rossignol et en rendaient les notes a\ec une grande pureté! Des linots chantant comme des rossignols !
- Le même observateur raconte qu’il eut l’occasion de faire des remarques analogues sur les pinsons, qui ont des chants très variés (au moins une quinzaine). Le même oiseau est souvent doté de deux et même de trois chants. Il est à noter que tous ces chanteurs ne sont pas confondus entre eux. Les chants sont rigoureusement localisés, et, dans une circonscription délimitée, tous les individus de l’espèce ont les mêmes chants et le même nombre de chants. Dans la ville qu’habitait cet observateur, les amateurs de pinsons connaissaient à plusieurs lieues à la ronde les stations de ces chanteurs variés, et ils pouvaient ainsi à leur gré se procurer des sujets possédant leurs chants de prédilection. Il résulterait de ces faits que généralement les oiseaux n’ont de chant que par imitation.
- De même, enfin, M. Béguin rapporte1 le cas d’un tout jeune moineau qui partagea pendant quelque temps la cage d’un chardonneret et qui gazouillait absolument comme lui.
- 1 Le Cosmos.
- 11 serait intéressant de poursuivre des expériences de cette nature et de voir si l’oiseau polyphone n’est qu’une exception, ou si cette faculté d’imitation est plus ou moins générale. Pourrait-on vraiment constituer ainsi de nouveaux oiseaux chanteurs? Flamel.
- NOTES SUR LE FOOT-BÀLL
- Il y a dans les mœurs, comme dans l’histoire, des conquêtes imprévues. La marche triomphale du football à travers les habitudes jusqu’alors si sédentaires de notre jeunesse française en est un nouvel exemple. Le foot-ball avait tout contre lui. Son premier défaut était d'être anglais. On nous répète à chaque instant que nous sommes des anglomanes renforcés. Cela n’est pas; car à part le petit groupe de gommeux parisiens qui affectent de ne porter que du linge blanchi à Londres, il suffit qu’une mode arrive d’outre-Manche, pour qu’elle éveille aussitôt des susceptibilités « patriotiques » dans la presse et dans l’opinion. De plus, le foot-ball taisait son entrée chez nous précédé d’une réputation nettement établie de brutalité : les mères françaises qui craignent les rhumes et les engelures ne pouvaient dès lors lui faire un accueil sympathique. Enfin, c’est un jeu collectif : il exige la formation de deux équipes deonzeou quinze joueurs chacune : pour se déployer à l’aise, ces équipes ont besoin d’un vaste espace de terrain plat et gazonné. Autant de motifs pour que les maîtres ne fussent pas favorables à une innovation qui allait forcément compliquer la discipline et accroître le poids de leurs responsabilités.
- Mais il faut signaler un dernier désavantage auquel nul de ceux qui ont popularisé le foot-ball en France n’avait songé, et dont, pour ma part, j’ai été long à me rendre compte. Il est impossible au spectateur qui n’est pas « au courant » de comprendre quelque chose à ce qui se passe sous ses yeux. Il voit une mêlée, des bras et des jambes enchevêtrés, des poitrines qui se heurtent, des mains qui se crispent, toute une série d’efforts auxquels il s’intéressera s’il est peintre ou sculpteur, qui lui feront horreur s’il est pédagogue ou s’il a simplement l’àme sensible. Comment, en face de ce travail intense des muscles, la pensée lui viendrait-elle qtie des forces intellectuelles et morales sont, au même moment, mises à contribution et que rien ne sommeille dans l’être qui se débat là devant lui? SiPaul Bourget, pourtant si bien fait pour comprendre cela, n’a pas su l’apercevoir, qui donc le pourrait? La description qu’il donne, dans Outre-Mer, d’un match de foot-ball, est une trompeuse photographie : tout ce qui s’y trouve reproduit est exact et réel; mais elle ne reproduit pas tout. C’est donc que la partie cérébrale du jeu — de beaucoup la plus importante — demeure invisible; c’est donc que le muscle y sert d’écran à l’intelligence.
- On maudissait le foot-ball avant de le connaître. La malédiction fut bien plus énergique quand on le
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- connut. Les journalistes, horrifiés, en firent de terribles descriptions, propres à donner la chair de poule aux parents les moins craintifs; des listes de tués et de blessés, importées d’Angleterre, circulèrent comme pièces à l’appui ; certains proviseurs prirent sur eux de l’interdire aux lycéens. Rien n’y fit : la marée monta avec une parfaite régularité. Les jeunes gens mirent, à vaincre tous les obstacles, une persévérance dont nul ne les aurait crus capables. Les prairies manquaient; ils jouèrent sur la terre battue, dans le sable, au risque de se rompre les os ; ils auraient pour un peu joué sur des tas de cailloux. Je me rappelle des parties épiques au Bois de Boulogne sur la pelouse de Saint-Cloud. L’endroit était fort dangereux ; un arbre était planté tout au milieu ; les joueurs pouvaient à tout instant être précipités sur cet arbre et s’y frapper durement aux tempes. C’était un chêne rabougri et très laid. J’ai bien fait dix démarches pour obtenir qu’on l’enlevât ; mais on sait ce qu’il en coûte pour toucher à un arbre du Bois de Boulogne ! et l’état civil de ce personnage était si compliqué que je ne réussis jamais à trouver à l’Hôtel de Ville le supérieur hiérarchique qui avait droit de décider de sa vie, en dernier ressort! Deux beaux terrains furent aménagés au Champ-de-Mars, de chaque côté de la Galerie de trente mètres, lorsque les bâtiments de l’Exposition de 1889 eurent été démolis : M. Alphand nous les avait destinés, mais ils furent réclamés pour les pupilles du Conseil municipal ; les petits bambins des écoles primaires, vêtus de jerseys rayés qu’ils s’obstinaient à porter pardessus leurs chemises et coiffés de « polos » à la dernière mode, s’en vinrent gravement, pendant deux saisons, occuper ces pelouses et y prendre leurs puérils ébats pendant que les lycéens, arrivés à l’âge où les jeux athlétiques sont si nécessaires à l’épanouissement viril, sg voyaient relégués dans des préaux trop étroits et exposés à des accidents graves.
- En province, la question des terrains n’était pas si difficile à résoudre. Avec de l’ingéniosité et de la persévérance, on trouva des champs inoccupés que les propriétaires consentirent à prêter ou à louer à bas prix ; ou bien l’autorité militaire, la société des courses, la compagnie du chemin de fer concédèrent aux lycéens et aux sociétés athlétiques l’usage des terrains dont elles pouvaient disposer. Mais un autre inconvénient se présenta : l’absence d’émulation. L’émulation est l’essence du foot-ball. Il n’y a pas d’intérêt à y jouer entre camarades qui se connaissent trop bien, qui vivent ensemble depuis longtemps ; à Paris, il y a dix lycées : chaque ville de province n’en a qu’un.... On voit, parce rapide exposé, toutes les chances qu’avait le foot-ball d’expirer, faute de foot-ballers. Or, depuis dix ans, le mouvement athlétique a subi bien des vicissitudes, bien des arrêts; il y a eu parfois des enthousiasmes exagérés, plus souvent encore des découragements injustifiés. L’aviron n’a pas prospéré comme on s’y attendait ; ce sport si parfait au point de vue du travail musculaire, si captivant par « l’ivresse de nature » qu’il
- procure à ses adeptes, n’a encore séduit qu’une portion relativement infime de notre jeunesse. Quant au jeu de longue-paume, si intéressant et qui a l’avantage supérieur d’être pour la France un exercice traditionnel, un exercice vraiment national, nous avons en vain travaillé à lui rendre son ancienne popularité. Impossible de faire prendre la boxe, même la boxe « française », qui est un art tout parisien.... A de certains moment les courses à pied ont iléchi; les maîtres de manège, les professeurs d’escrime et de gymnastique se plaignent sans cesse de la concurrence que leur fait la bicyclette : leur clientèle diminue.... Un seul sport n’a connu ni arrêts ni reculs : le foot-ball. A quoi cela peut-il tenir — du moment que les circonstances lui ont toujours été adverses — sinon à la valeur intrinsèque du jeu lui-même, aux émotions qu’il procure, à l’intérêt qu’il présente?
- Si les règlements du foot-ball sont assez complexes, on peut toutefois les ramener à quatre ou cinq règles fondamentales qui sont simples. Que cherche le joueur? 11 vise à s’emparer du ballon, à l’amener près de la ligne de but de l’adversaire et à lui faire toucher terre derrière cette ligne et le plus près possible du but que marquent deux grands piquets réunis à mi-hauteur par une barre transversale. S’il y parvient, il marque un essai, lequel se chiffre par un certain nombre de points pour son camp : le ballon est alors placé sur une ligne perpendiculaire à la ligne de but et partant de l’endroit où l’essai a été fait ; on pose le ballon à terre sur un point quelconque de cette ligne et d’un coup de pied savamment donné, un joueur s’efforce de le faire passer entre les deux piquets, et au-dessus de la barre transversale ; l’essai est alors « transformé en but » et de nouveaux points sont comptés : c’est leur total qui tout à l’heure établira la victoire. Le football, en effet, se joue, à la différence de la plupart des jeux, en quatre-vingts minutes; la partie se divise en deux portions de quarante minutes chacune : pendant l’entr’acte qui les sépare, les camps changent de côté. A la fin de la partie on additionne les points ; plus les équipes sont fortes, moins élevés seront les totaux: si rien n’a été marqué d’aucun côté, le match est nul.
- Tel est le canevas, en apparence très rudimentaire, que viennent compliquer quelques règles additionnelles extrêmement géniales. La manière la plus avantageuse de s’approcher de la ligne du but de l’adversaire, c’est incontestablement d’y porter le ballon en courant et en évitant de se faire « arrêter ». On a le droit, en effet, d’arrêter l’homme qui court avec le ballon, en se saisissant de lui, sauf par le cou ou par les jambes, ce qui pourrait être dangereux. On l’arrête par le milieu du corps. Se voyant sur le point d’être-arrêté, que va chercher le joueur? à se dessaisir du ballon et à le « passer » à un partenaire. Or, il ne peut pas le passer en avant. Il ne peut le jeter à un partenaire que sur la même ligne ou en arrière. Voilà une combinaison qui rappelle certains
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- jeux de dames : pour gagner du terrain, le ballon commence donc par reculer. Mais, d’autre part, le joueur lui-mème est hors jeu, s'il se trouve en avant du ballon à un moment où ses partenaires se le passent; il n’est plus qualifié pour le prendre jusqu a ce qu’il soit de nouveau à sa place, en arrière du ballon.... Quelque peine qu’on se donne pour expliquer ceci, il doit forcément en résulter de la confusion dans l’esprit du lecteur. Ce qui peut au contraire lui devenir aisément intelligible, c’est l’ensemble de qualités physiques et morales nécessaires à un bon joueur de foot-ball pour se tirer d’une situation aussi compliquée. U lui faut de la force sans doute et du poids pour arrêter ses adversaires et résister à leurs arrêts. Mais la souplesse, l’élasticité lui sont bien [dus nécessaires encore. Il doit être bon coureur et pouvoir au milieu de sa course en modifier brusquement l’allure ou la direction, se jeter à droite ou à gauche, se couler entre deux ennemis ou bien fondre sur eux pour les dérouter au moment où il vient habilement de se débarrasser du ballon au profit d’un partenaire : autant de décisions à prendre qui exigent du coup d’œil et du sang-froid, de l’abnégation même, car il faut souvent renoncer à accomplir une prouesse individuelle dans l’intérêt de l’équipe, se dessaisir du ballon au moment de (enter soi-même un essai, parce qu'un autre est mieux à même d’y réussir. Enfin, il y a l’esprit de discipline qui s'impose. Chaque équipe ne saurait voir Y ensemble de la bataille, c’est l’affaire du capitaine, qui dirige ses hommes en conséquence, qui sait le fort et le faible de chacun, qui doit prévoir les mouvements et réparer les erreurs.
- C’est l’opinion des Anglais, qu’un homme inintelligent ou simplement lentdans sa compréhension ne deviendra jamais un bon foot-baller. C’est aussi l’opinion de beaucoup d’officiers distingués de l’armée britannique, qu’il y a dans un capitaine de foot-ball sachant son métier l'étoffe d’un véritable stratégiste. De pareilles louanges, fréquemment décernées, en disent long sur le mérite du jeu Mais voici qu’une preuve originale et bien imprévue du caractère véritablement scientifique du foot-ball nous vient d’Amérique.
- Un avocat de Boston, nomméDeland, et qui n’avait dans sa jeunesse ni pratiqué, ni même vu pratiquer sous ses yeux le foot-ball — l’athlétisme n’est pas ancien aux États-Unis : c’est à l’issue de la guerre de Sécession qu’il s’est développé — assista un jour
- à un match universitaire. Il en sortit très captivé et voulut s’initier aux règles du jeu ; il les étudia donc consciencieusement et, de [dus en plus enthousiaste, suivit assidûment tous les matclies de la saison; cela se passait il y a quelques années seulement. Tout à coup une révélation se fit dans l’esprit deM. Deland; il se procura VHistoire du Consulat et de l’Empire, de Thiers,et se mit à piocher les campagnesdeNapo-Iéon. M. Deland cherchait s’il n’y aurait pas dans la tactique impériale quelques préceptes applicables au foot-ball; ceci suffit à montrer qu’il avait saisi la caractéristique du jeu. Or, Napoléon excellait à détacher soudainement des masses d’hommes pour les jeter à l’improviste là où l’ennemi s'attendait le moins^ à les rencontrer. Le capitaine de football peut en faire autant s’il a un moyen de transmettre rapidement et mystérieusement à scs hommes des ordres précis. Ce moyen est simple : il leur parlera en langage chiffré. Quand M. Deland publia les résultats de ses méditations, le monde du foot-ball en fut révolutionné ; on discuta passionnément la réforme proposée et en peu de temps elle fut appliquée par les principales équipes universitaires. En 1893, j’ai suivi l’entraînement de l’équipe de Princeton. Les joueurs, enfermés dans un grand batiment, sorte de manège énorme, s’y exerçaient à comprendre et à traduire aussitôt en mouvements les chiffres cabalistiques que leur lançait à l’improviste le capitaine; le secret de ce langage était, bien entendu, jalousement gardé; ensuite, ils allaient sur le champ de jeu suivre leur entraînement habituel. 11 s’agissait du match annuel qui, au mois de novembre, met aux prises à New-York les deux universités de Yale et de Princeton. Le grand jour arriva; il y eut plus de quarante mille spectateurs et l’enthousiasme fut indescriptible. A tout instant, les nombres appelés d’une voix sonore provoquaient des mouvements d’un ensemble parfait et d’une opportunité géniale ; la rapidité avec laquelle ils s’accomplissaient était foudroyante. Si intéressé que je fusse au spectacle que j’avais sous les yeux, il me parut que la tactique Deland était doublement défectueuse. En lançant brusquement plusieurs hommes sur un seul, elle accroissait beaucoup les chances d’accidents ; il n’y en eut pas ce jour-Ià, mais le danger couru n’en apparaissait pas moins clairement. En second lieu, le rôle de chaque équipier était diminué de tout ce
- Vue à vol d'oiseau d'un champ de fool-ball. — AA'A"A'" Lignes de but des deux camps. — l!li'lî"li"' buts formés par deux piquets espacés cl réunis à mi-hauteur par une barre transversale. — EE’.K"E"' Espaces dans lesquels ou peut compter des essais. — ce’ Espaces dans lesquels il faut faire passer le ballon en le lançant avec le pied pour transformer l'essai en but. — Si un essai a été fait en o, c’est sur un point quelconque de la ligne o'o" que le joueur devra placer le ballon à terre pour tenter de l'envoyer avec le pied en e.
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- que gagnait le rôle du capitaine; sur lui reposait la plus grande part de responsabilité. Son initiative devenait trop puissante; les autres étaient réduits à une obéissance trop absolue. Ce qui est admirable dans le foot-ball, c’est le perpétuel mélange d’individualisme et de discipline, la nécessité pour chaque homme de raisonner, de calculer, de se décider pour lui-méme et en même temps de
- subordonner ses raisonnements, ses calculs, ses décisions à ceux du capitaine. Il n’est pas jusqu’au sifflet de l’arbitre l’arrêtant pour une « faute » qu’un camarade a commise et qu’il n’a pas même aperçue, qui n’exerce sa patience et sa force de caractère. Ainsi compris, le foot-ball est, par excellence, l’image de la vie, une leçon de choses vécue, un instrument pédagogique de premier ordre.
- Aux États-Unis môme, on n’a pas tardé à se rendre compte des inconvénients de la méthode Deland et on l’a quelque peu délaissée. Si je l’ai rappelée ici, c’est que rien ne prouve mieux à quel point le foot-ball est un jeu scientifique : le seul
- fait d’avoir pu lui faire subir une pareille transformation en lui appliquant les principes de la stratégie militaire, établit péremptoirement son caractère « intellectuel ». En tout ceci, je n’ai parlé que du jeu dit de Rugby : le foot-ball se joue aussi sous d’au-
- Fig. 5. — Une « mêlée » au foot-ball.
- très règles appelées règles d'Association. L’Association est un sport très élégant, plein de finesse, mais qui ne saurait être comparé au Rugby. H est interdit de toucher le ballon avec les mains, de le porter..., c’est en somme un « ballon au pied » habilement réglementé, mais ne comportant pas les combinaisons et les péripéties du Rugby. Et maintenant ce Rugby, qui porte le nom du célèbre collège d’Angleterre d’où partit, voici cinquante ans, la grandiose réforme pédagogique de Thomas Arnold, ce Rugby n’est-il, comme on l’a prétendu, qu’un dérivé de la soulel La soûle était jadis en grand honneur parmi les paysans de Normandie, et les descriptions qui sont parvenues jusqu’à nous donnent l’impression d’un
- furieux plaisir auquel prenaient part, d’enthousiasme, des villages entiers. Mais je dois dire que je n’ai aperçu nulle part la trace de ce qui rend les combinaisons du moderne foot-ball si variées et si captivantes, je veux dire une réglementation scientifique.
- Si les Français savaient le rôle de l’intelligence et de la volonté, la part de l’esprit et du caractère dan? la plupart des sports, — et dans celui-ci en particu* lier, — avec quel entrain ils y pousseraient leurs en fants! Mais le Français est un grand sceptique : saint Thomas est son patron. 11 faut qu’il touche du doigt.... On ne peut pourtant pas rendre le foot-hall obligatoire pour tous les hommes valides à partir de
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- 30 ans, afin de leur en faire mieux apprécier les bienfaits! Alors, il faut attendre que lesjoueursd’au-jourd'hui deviennent pères à leur tour! C’est long, mais sûr. Pie mu; de Coubertix,
- Président du Comité international des jeux olympiques.
- CORRESPONDANCE
- LA VAPEUR D’ALDÉHYDE FORMIQUE
- Nous recevons la lettre suivante :
- Monsieur le Directeur,
- Dans un article sur La vapeur d'aldéhyde formique et la désinfection des locaux*, M. Itichou, après avoir parlé de la production et de l’emploi pratique de la formaldéhyde, ajoute : « On voit donc quels perfectionnements M. Trillat a apportés au procédé qui a été décrit ici même il y a un an et demi ». Il y a là une légère inexactitude que je tiens à rectifier, attendu que j’ai propose moi-même ces perfectionnements dans une Note à l’Académie des sciences le 27 janvier 1890.
- J’ai montré dans cette Note l’inconvénient des appareils produisant sur place l’aldéhyde formique par la réaction d’Hofmann et j’ai proposé l’emploi du trioxyméthylène (obtenu par évaporation de la solution commerciale), que l’on dépolymérise par un courant d’air chaud dans un appareil placé à l’extérieur des locaux à désinfecter. Quinze jours après, dans une addition à mon premier brevet, j’indiquai une modification à mon appareil permettant l’emploi de la solution elle-même dans certains cas.
- Quelque temps après, M. Trillat, abandonnant à son tour les lampes sur lesquelles il avait cependant fait publier des expériences absolument décrives, employa la solution, et, dans une Note à l’Académie des sciences2, il indiqua l’appareil qu’il avait fait construire à cet effet et que l’on plaçait h l’intérieur des pièces à désinfecter.
- Quant à l’addition de chlorure de calcium, elle a été proposée par M. le Dr Miquel en 1894 et il est 5 remarquer que si ce produit a une action à la température ordinaire, il n’en a plus vers 150-140°, le liquide condensé ayant à peu près la même composition que la solution de formaldéhyde employée.
- Veuillez agréer, monsieur le Directeur, etc.
- A. Brochet,
- Docteur ès sciences, chef des travaux pratiques à l’Ecole de physique et do chimie industrielles.
- CHRONIQUE
- Le traitement de ia rase à l’Institut Pasteur.
- — M. Duclaux, directeur de l’Institut Pasteur, a fourni, à l’Assemblée générale annuelle du 15 mars 1897, des renseignements fort intéressants sur le traitement de la rage pendant l’année 1896 et pendant les dix premières années d’existence de l’Institut Pasteur. Le nombre des mordus qui ont suivi le traitement en 1896 a été de 1508. Sur ces 1508 malades, 4 seulement ont succombé, soit environ 5 pour 1000, alors qu’au début la mortalité des inocu’és était de 9 pour 1000. Le service de prophylaxie antirabique de l’Institut Pasteur fonctionne depuis dix ans. Pendant cette
- 1 Voy. n° 1245, du 10 avril 1897, p. 299.
- 4 Voy. n° 1187, du 29 février 1896, p. 207.
- période 19 000 personnes, dont 16 000 Français et 5 000 étrangers, ont suivi le traitement. Parmi les étrangers, on a compté 900 Anglais, 429 Belges, 555 Espagnols, 558 Portugais, 200 Russes et 175 Grecs. En France, c’est le Midi qui a envoyé à l’Institut Pasteur le plus grand nombre de malades, puis le Nord et surtout Paris et le département de Seine-et-Oise. Le centre est relativement indemne. Par 100 000 habitants le nombre des mordus est ; en Vendée de 5, dans l’Yonne de 4, dans la Sarthe de 4 ; par contre, il s’élève à 52 dans les Pyrénées-Orientales et Vaucluse, à 75 dans la Drôme et à 78 dans le Gard; enfin il est de 52 dans les Bouches-du-Rhône, de 85 dans la Seine et de 89 dans le Rhône. Sur les 19 000 personnes soignées à l’Institut Pasteur depuis dix ans, 90 seulement, soit 0,5 pour 100, sont mortes malgré les inoculations.
- Les cloisons isolantes dans les navires pétroliers. — On sait qu’un point de première importance dans les vapeurs pétroliers transportant le pétrole en vrac dans des réservoirs, c’est d’isoler complètement ceux-ci des chambres de chauffe. Pour assurer cet isolement on établit entre les cales et les chambres un double cloisonnement vertical qu’on remplit d’eau de mer; mais quand un navire est à la mer depuis un certain temps, surtout s’il fatigue un peu, il n’y a pas d’étanchéité possible dans le cloisonnement, les rivets jouent, l’eau de mer qui forme cofferdam fuit hors du cloisonnement, et le pétrole, ne trouvant plus une contre-pression suffisante, s’infiltre dans ce compartiment, monte à la surface de l’eau, et peut ensuite pénétrer dans les soutes à charbon et de là dans les chambres de machines. Ce n’est pas une supposition, mais un accident qui s’est produit, il y a quelque temps, à bord du tank steamer hollaudais Bremerhaven, et qui fut naturellement suivi d’un incendie. Il faudrait donc pourvoir à ce danger, soit en comprimant l’eau sous forte pression dans le compartiment isolant, soit en faisant communiquer ce compartiment avec la mer, pour que l’huile qui y surnage puisse constamment être enlevée, ou bien encore en maintenant le compartiment vide par le jeu d’une pompe spéciale.
- L’acide carbonique de l’atmosphère et la température. — M. Arrhenius a fait une série d’essais pour déterminer l’influence exercée sur la température par la teneur de l’atmosphère en acide carbonique. Les résultats qu’il a obtenus par le calcul sont les suivants, d’après notre confrère Philosopliical Magazine :
- Variation de la température annuelle calculée pour une teneur eu acide carbonique de. . . . 0,67 1,5 2,0 3,0
- Par 65° latitude nord 3®,1 3°,5 6°,0 9°,3
- — 45° — 5°,5 5°,6 5°,9 9°,2
- — 0° — 5°,0 5°,1 4®,9 7°, 3
- 45° latitude sud 3®,4 5°, 7 5°,9 9°,2
- Une variation très faible de la teneur en acide carbonique peut donc donner lieu à une variation de plusieurs degrés de température. La végétation et la vie animale de la période tertiaire et des zones polaires pourraient donc s’expliquer, non plus par une période de température plus élevée que la température actuelle, mais par l’existence d’une atmosphère plus riche en acide carbonique. Il suffirait en effet que la teneur en acide carbonique eût été deux fois et demie ou trois fois plus grande qu’actuellement pour qu’il en résultat un relèvement de température de 8 à 9°.
- La bicyclette et le télégraphe en Angleterre.
- — Notre confrère the Electrical Review annonce qu’une expérience intéressante vient d’être entreprise en Angle-
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- LA NATURE.
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- terre par l'administration des postes et télégraphes. Depuis quelques années, le Post Office encourageait ses porteurs de dépêches à se servir de bicyclettes pour activer la délivrance des télégrammes. Les jeunes distributeurs employaient leurs propres machines, l’administration leur allouant une indemnité hebdomadaire pour réparations, entretien, etc. L’emploi de la bicyclette a été reconnu si avantageux, qu’on a décidé d’établir une comparaison entre le coût du système d’indemnité et le prix de la fourniture directe des machines par l’administration elle-même. Cent machines ont été construites par la « Quadrant Cycle Company », de Manchester; elles ont été livrées au service dans certaines villes du royaume désignées pour en faire l’essai. Ces machines, émaillées en rouge, portent l’inscription Post Office et sont ornées du monogramme royal peint sur le cadre. On a l’intention d’en employer une partie dans les quartiers suburbains de la métropole.
- li’almosphèrc (les tunnels. — La gène que l’on éprouve sous le tunnel pourtant si court des Bati-gnolles, en sortant de la gare Saint-Lazare à Paris, montre assez l'importance de la ventilation de ces ouvrages quand ils servent à un trafic intense. Sur la ligne de Bologne à Florence, il existe 52 tunnels à une voie construits jadis pour une circulation assez restreinte; aujourd’hui on y emploie des locomotives de 56 tonnes, mises en couple pour remorquer des trains de marchandises de près de 260 tonnes, sur des rampes de 1/40. En tout temps l’aération est mauvaise, mais quand le vent vient de l’ouverture inferieure et qu’un de ces trains monte, la situation est presque intenable. Les mécaniciens et chauffeurs en sont fort incommodés, malades parfois. Non seulement la température atteint facilement 42°,6, mais encore, après le passage d’un convoi, 1000 parties d’air contiennent 18,4 d’acide carbonique et 12,5 d’oxyde de carbone.
- Conduites de gaz et de pétrole. — La Philadelphia natural Gas C°, à Pittsburg, établit en ce moment une canalisation de gaz qui mérite de fixer l’attention. Cette conduite, dont l’installation ne coûtera pas moins de 10 millions de francs, aura 160 kilomètres de longueur et traversera toute l’étendue de la région où se dégage le gaz. L’extrémité vers Pittsbourg est déjà posée; elle a une section de 91,5 centimètres de diamètre qu’elle conserve sur 22 kilomètres de longueur. Le diamètre est ensuite de 50 centimètres. Pour amener le pétrole de Michailowo à Batoum, on parle également de l’installation d’une conduite de 229 kilomètres de longueur dont le prix de revient s’élèvera à 20 millions de francs.
- I n moyen curieux pour remplacer un cuir embouti. — On a signalé, il y a quelque temps, un moyen bien original et tout à fait effectif pour remplacer le cuir embouti d’une presse hydraulique, alors qu’on voulait continuer de faire fonctionner l’appareil sans attendre une nouvelle garniture. On sait que la graine de lin a la propriété de se gonfler démesurément par l’humidité : à la place du cuir on mit donc un sac cousu en forme d’anneau cylindrique, sac en forte toile s’entend, qu’on remplit de graine de lin fortement tassée. Le gonflement voulu se produisit, et la presse marcha presque sans perte jusqu’à ce que le nouveau cuir embouti fût livré.
- Hommes nains en Asie. — Un journal russe du Turkestan a annoncé que deux voyageurs danois, MM. O ifsen et Philipsen, ont découvert sur les plateaux du Pamir, en Asie centrale, une nouvelle tribu où les hommes et les
- animaux sont extraordinairement petits. Le bœuf atteint la taille d’un âne d’Europe, et l'àne n’est pas plus grand qu’un chien. Les chèvres et les brebis sont aussi très petites. Le genre de vie sur ces hauts plateaux et la pauvreté de l’alimentation seraient les causes de cet arrêt dans le développement physique de l’homme et des animaux. Cette nouvelle peuplade ne se nourrit que du produit de la chasse.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 mai 1897. — Présidence de M. Ciiatin.
- La constitution chimique du blé. — M. Aimé Girard expose une méthode de recherche des éléments entrant dans la composition chimique des grains de blé. Il montre que les procédés en mage sont surannés et ne peuvent donner au meunier des renseignements pour la direction de ses travaux. Toute analyse chimique doit être exécutée sur des produits provenant d’une mouture rationnelle faite en laboratoire. Dans ce but M. A. Girard emploie un petit moulin à cylindres imaginé par MM. Brault, Teisset et Gillet. Le blé est ainsi séparé en 70 pour 100 de farine paniliable destinée à la boulangerie, et 50 pour 100 de bas produits et issues destinés au bétail. L’analyse chimique succède ensuite à l’analyse métallique. Des faits nouveaux et importants sont alors mis en lumière : dans la farine panifiable, on ne trouve plus que 4 à 5 pour 100 de matières solubles au lieu de 8 à 10 selon l’opinion accréditée. Ces matières solubles sont la diastase, la galactine, la saccharose, et non point de la dextrine et du glucose. Le gluten, dont le pourcentage sert de mesure à la valeur alimentaire des farines, doit aujourd’hui être étudié à un point de vue nouveau, et ses propriétés physiques, capitales au point de vue de la levée du pain, doivent être caractérisées d’après les travaux récents de M. E. Fleurent. L'amidon enfin, qui représente les 2/5 du poids du blé et que jusqu’à présent on dosait par différence, doit être dosé directement et en nature. M. Aimé Girard parvient à extraire des sous-produits et issues le gluten et l’amidon qui, à l’état de farine, étaient restés adhérents aux sons, et il appelle l’attention sur l’importance du dosage des celluloses qui, sous la forme de tissus divers, constituent l’enveloppe de l’amande farineuse.
- Le dosage de l’oxygène dans les eaux chlorurées. — M. Albert Levy a déjà indiqué un procédé de dosage de l’oxygène dans les eaux de rivière. Il ajoute dans ce but aux eaux à étudier une solution titrée d’un sel ferreux. Celui-ci pas-e à l’état ferrique et le fer est ensuite dosé par le permanganate de potasse. Ce procédé ne convient pas avec les eaux de mer, dans lesquelles il est cependant parfois très important de pouvoir doser l’oxygène. Pour permettre cet'e opération, M. Albert Levy remplace le permanganate par du bichromate de potasse.
- Varia. — M. Yallot expose les résultats d’explorations géologiques du mont Blanc, desquelles il résulte que la disposition des couches en éventail, universellement admise, est une erreur. Ces couches sont parallèles et inclinées vers l’Italie ; il n’y a qu’une exception, au col des Géants. — M. Goncssiat, de l’observatoire de Lyon, a étudié la variabilité de la latitude à l’observatoire de cette ville. — M. Lallemand présente une Note sur le repérage de la verticale. Ch. de Villedeoil.
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- LES ERREURS DU CINÉMATOGRAPHE
- SUPPRESSION DU SCINTILLEMENT
- Lorsqu’on voit projeter sur l’écran, au moyen du cinématographe, la vue d’une rue où passent des voitures, il arrive fréquemment, ainsi que beaucoup de nos lecteurs nous l’ont déjà fait remarquer, qu’une ou plusieurs voitures ont une de leurs roues qui semble ou être arrêtée ou tourner en sens inverse.
- L’explication de cette anomalie est assez simple, mais nécessite cependant une figure schématique pour être bien comprise.
- Faisons d’abord remarquer que si les roues des voitures étaient parfaitement rondes et avaient leur surface uniforme, nous ne les verrions pas tourner; telle une poulie do transmission bien montée sur son axe par exemple. Mais il n’en est pas ainsi et il se produit, à la surface des rayons et de la jante, des jeux de lumière qui mettent en relief certains points que nos yeux suivent et voient tourner par conséquent.
- Choisissons l’un de ces points,
- A par exemple, et supposons que la bande de l’appareil chronophoto-graphique qui prend l’image se déroule avec une vitesse réglée pour obtenir dix images à la seconde.
- Voici trois cas qui peuvent se présenter (lîg. 1).
- Si la roue fait par exemple un tour par seconde, le point A sera photographié dix fois pendant ce temps et donnera sur la bande (n° 1) des images a, aif n2, qui, projetées ensuite sur l’écran, donneront bien l’impression de la rotation de la roue dans son véritable sens.
- Mais si la roue tourne à raison de dix tours par seconde, le point A qui aura donné une première image a (n° 2) sera revenu à son point de départ lors de la prise de la seconde image ax, et ainsi de suite pour a2, a5, etc. A la projection la roue paraîtra donc immobile.
- Enfin, si la roue fait moins d’un tour par seconde, il arrivera que le point A ne sera pas tout à fait revenu à son point de départ lors de la prise de la seconde image et il se trouvera photographié en alf puis successivement en «2, er3, etc., et à la projection la roue semblera tourner en sens inverse.
- Le fait ne se produit jamais en même temps pour la même voiture sur les roues d’avant et sur celles d’arrière, puisqu’elles ne sont pas du même diamètre et ne tournent pas à la même vitesse.
- Le cinématographe, qui n’est pas autre chose que l’appareil chronophotographique destiné à l’étude du
- mouvement, peut donc, dans certains cas, nous induire en erreur, et cet exemple des roues qui paraissent immobiles ou semblent tourner en sens inverse nous prouve une fois de plus qu’il faut être prudent avant de tirer des conclusions de résultats obtenus par la méthode scientifique avec les instruments même les plus perfectionnés. Un inconvénient qui est commun à tous les systèmes d’appareils qui ont surgi comme par enchantement depuis un an, c’est le déplacement de l’image et le scintillement.
- On peut éviter à peu près le déplacement dans un appareil bien construit; quant au scintillement, qui provient des alternatives rapides de lumière et d’ombre,, qui sont inhérentes au principe même de l’appareil, il est fort difficile d’arriver à le supprimer par construction.
- M. Gaumont y arrive par un moyen indirect, dont nous ne nous expliquons pas très bien le principe, mais dont nous avons pu constater l’elficacité. Ce moyen consiste à faire regarder l’image au travers d’un réseau, d’une grille, tels qu’une toile métallique, par exemple. Pour rendre l’instrument plus présentable, il a eu l’idée de le faire construire sous la forme d’un petit éventail japonais (lîg. 2).
- La partie supérieure a été ajourée en forme de grille et le spectateur n’a qu’à interposer celle-ci entre ses yeux et l’image.
- 11 y a forcément un peu de perte de lumière et nous avions pensé d’abord que c’était peut-être là la r.iison du résultat obtenu, mais il n’en est rien, car si on remplace la grille par un verre fumé, enlevant la même quantité de lumière, le scintillement persiste. C’est donc au réseau qu’il faut attribuer l’effet produit et cet effet s’accentue encore si on lui imprime un léger mouvement de va-et-vient.
- Il serait peut-être utile dans certains cas d’installer entre l’écran et les spectateurs une séparation en toile métallique à laquelle on imprimerait une légère oscillation ; nous ne pensons pas que la chose ait été essayée. Jusqu’à présent chaque spectateur manie son écran à sa guise et peut faire des comparaisons sur son efficacité en le retirant subitement.
- La forme d’éventail est très heureusement choisie; le prix en est assez minime pour qu’on puisse en distribuer gratuitement à tous les spectateurs et il peut du reste être atténué encore par la publicité qu’on peut y imprimer. Ce sera à l’avenir le complément indispensable de toute exploitation de projections animées. G. Mareschal.
- Le Gerant : 1'. Masson. Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleucus, 9.
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- Fig. 1. — Les erreurs du cinématographe. — lV 1, la roue tourne dans le véritable sens; n” 2, elle paraît immobile ; 11° 5, elle tourne en sens inverse.
- etc.,
- Fi". 2. — Eventail à grille supprimant le scintillement des projections animées.— N° 1. Fermé. — N° 2. Ouvert.
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- N° 1250.
- 15 MAI 1897.
- LA NATURE.
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- UN GARDE-MANGER ORIGINAL
- On sait quelles applications multiples il se fait du métal et comment il a suppléé le bois, dans la construction des maisons notamment. Mais on serait pourtant complètement dans l’erreur de s’imaginer que le bois va cesser d’être employé partout où le métal peut jouer son office : c’est qu’en effet il offre des qualités toutes particulières qui seront toujours appréciées à leur valeur. Non seulement il se présente facilement à pied d’œuvre, comme on dit, sur les lieux mêmes où on veut l’utiliser,mais encore le travail en est très simple, la préparation d’un madrier est chose tout à fait élé-mentaire, alors qu’une poutrelle de fer ou d’acier doit le plus souvent être apportée de loin, et qu’il faut un outillage spécial pour la travailler quand besoin est.
- 11 faut dire aussi qu’en lui-même le bois possède une résistance et une élasticité qui ont pu être avantageusement comparées à celles du fer et de l’acier : nous n’en voudrions pour exemple que ces immenses estacades, ces ponts de bois, ces trestles, ainsi qu’on les appelle, qui sont innombrables aux Etats-Unis, et qui ont donné toute satisfaction. Si cela ne nous entraînait trop loin de notre sujet, nous pourrions montrer, avec preuves à l’appui, que les ingénieurs américains en sont toujours enchantés et continuent d’y recourir. En pratique, les charpentes de pin « à longues feuilles » sont soumises à des efforts qui atteignent 12650 kilogrammes par décimètre carré, et le poids mort n’entrant que pour une part extrêmement faible dans cette charge. Or, comme le faisait récemment |
- remarquer notre excellent confrère Engineering, dans de pareilles conditions, on se croirait obligé d’adopter un facteur de sécurité de 5 ou de 6, si la construction était d’acier, tandis qu’avec le bois tout semble pour le mieux alors que, suivant les^expé-riences de Lanza, le facteur correspondant atteint à peine 3. Encore ce chiffre est-il au-dessus, de la réalité si l’on tient compte des fentes qui se produisent dans le bois au fur et à mesure qu’il se dessèche. Ces conclusions ont été amplement confirmées par des recherches très minutieuses récemment exécutées sur les bois canadiens par le professeur llcnry T. Bovey, dans les laboratoires de l’Université de Mac Gill,à Montréal. Quelque intérêt que puissent présenter ces recherches, nous n’v insisterons pas, mais nous noterons que ce qui fait une des particularités du bois, c’est qu’il n’a pas pour ainsi dire de limite élastique, ressemblant en cela aux ressorts d’acier trempé.
- Après ces indications rapides d’avantages multiples et précieux, on ne s’étonnera plus si l’on continue de recourir au bois en maintes circonstances. Malheureusement il est exposé aux attaques de bien des ennemis ; tantôt c’est la vermoulure, tantôt ce sont les tarets qui le rongent en ne lui laissant plus que l’apparence de la solidité. Comme certains papillons, comme une multitude de vers et quelques crustacés, plusieurs oiseaux se livrent eux aussi à cette œuvre de destruction : c’est ainsi qu'on se plaint vivement en Norvège des dégâts commis par le pic, spécialement sur les poteaux télégraphiques. 11 y creuse des trous qui ont jusqu’à 7 et 8 centimètres de diamètre; il poursuit sans doute des vers qu’il se figure entendre creuser leurs galeries, alors qu’il entend tout simplement le bruit
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- Un garde-manger original.
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- LA NATURE.
- bien connu du vent qui fait résonner les fils.
- C’est d’un oiseau de la meme famille, le wood-pecker des Américains, que nous voudrions tout particulièrement parler, eu montrant la façon bizarre dont il ravage et utilise tout à la fois les poutres qu’il trouve à sa disposition. Précisément la gravure que nous donnons représente un poteau télégraphique carré, la tète cerclée de fer comme celle d’un pilotis, que notre oiseau a tout simplement travaillé pour le transformer en garde-manger. Ce poteau est une poutre en bois de cèdre qui avait été plantée près de Phoenix, dans l’État d'Orégon.
- Le woodpecker est un laborieux qui, à l’imitation de la fourmi du bon La Fontaine, accumule pendant la belle saison des provisions pour l’hiver : d’ordinaire il établit son garde-manger dans le tronc de quelque gros pin. L’oiseau, employant à merveille son bec solide et pointu, commence par forer dans le bois un trou de bonne dimension : il a son projet; le trou terminé, il s’envole, et revient bientôt portant une espèce de patelle dont il fait sa nourriture habituelle. 11 la dépose à l’entrée de la petite cavité, et la martèle, la frappe avec son bec jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus qu’une toute petite partie de la coquille. 11 recommence un autre trou, s’en retourne aux provisions, et il répète ce manège un très grand nombre de fois.
- Souvent aussi notre oiseau choisit comme grenier [tour ses provisions des tiges creuses de plantes mortes, qu’on trouve bourrées de patelles. On aftirme qu’il n’hésite point parfois à établir ses réserves à une grande distance de son nid ; mais il est bien évident qu’il préfère ses commodités, et qu’il profite des bonnes occasions qui se présentent : c’est évidemment pour cela qu’il avait honoré de sa confiance le poteau de cèdre que représente notre dessin. On y voit très nettement l’oiseau en train de manger une patelle que contenait un des trous innombrables qui mouchettent le bois. On remarquera qu’il ne reste plus que quelques coquillages en place, la mauvaise saison et les approvisionnements tirant à leur fin. Damel Bef.let.
- t,A DÉFORMATION TÉTRAÉDRIQUE 1)E
- L’ÉCORCE TERRESTRE ET LA PESANTEUR
- Dans un précédent numéro1, M. A. de Lapparent a relevé, avec la grande autorité qui lui appartient, certaines critiques formulées par M. Stanislas Meunier2 contre la théorie de Lowthian Green, d’après laquelle, avec les ‘progrès du refroidissement, l’écorce solide du globe — la lithosphère— aurait pris la figure d’un ellipsoïde de révolution présentant une très légère déformation tétraédrique.
- M. de Lapparent a bien voulu rappeler les arguments, d’ordre géométrique et dynamique, que nous avons autrefois donnés à l’appui de ce système.
- 1 Yoy. n° 1247, du 24 avril 1897, p. 323.
- 2 Yoy. n° 1246, du 17 avril 1897, p. 306.
- 11 n’est peut-être pas inutile de rappeler également la confirmation pratique que nous avons obtenue en opérant un vide partiel dans des ballons de caoutchouc, et les résultats analogues constatés par MM. Ghesquière et de Joly, sur des ballons de verre ramollis par la chaleur 1.
- D’autre part, nous avons montré que les phénomènes sismiques et volcaniques présentent leur maximum d’intensité dans le voisinage des zones les moins résistantes de la lithosphère, c’est-à-dire le long de la grande dépression formée par la Méditerranée, l’archipel de la Sonde et la mer des Antilles, et, accessoirement, près des sommets du tétraèdre (Alpes, Himalaya, Montagnes Rocheuses) et dans le voisinage des arêtes de la pyramide2.
- La distribution géographique des tremblements de terre et des volcans fournissait aussi une nouvelle preuve à l’appui de la théorie tétraédrique.
- Les progrès de la mesure de la pesanteur depuis cette époque permettent d’en ajouter une autre, qui — à notre connaissance du moins — n’a pas encore été signalée.
- Si, en effet, la surface extérieure de la lithosphère présente une figure ellipsoïdale, avec une légère déformation tétraédrique, cette déformation, toutes choses égales d’ailleurs, doit se retrouver en petit sur les surfaces terrestres de niveau, et, par conséquent, doit se traduire par des anomalies correspondantes dans les mesures de la gravité réduite au niveau de la mer, c’est-à-dire diminuée de l’attraction de la masse continentale émergeant au-dessus des océans.
- D’une part, au voisinage des sommets du tétraèdre, la surface fondamentale de niveau (surface de niveau zéro), appelée quelquefois le çjêdide, faisant saillie sur l'ellipsoïde normal, l’attraction centripète doit y être plus faible, et la composante centrifuge verlicale plus grande que sur l’ellipsoïde, double motif pour que la pesanteur etl’ective, différence de ces deux actions, y soit moins forte que la pesanteur normale calculée pour l’ellipsoïde, d’après la loi classique de Clairaut.
- D’autre part, au centre des grands océans occupant les faces du tétraèdre, le déficit de matière correspondant à la légèreté relative de l’eau de mer par rapport à la croûte solide doit avoir pour conséquence que la surface fondamentale de niveau passe au-dessous de l’ellipsoïde normal. Pour des raisons inverses des précédentes, la pesanteur, dans ces régions, doit donc être plus forte que ne le voudrait la théorie de Clairaut.
- Or, précisément, les plus récentes mesures de la gravité3 s’accordent toutes pour accuser un déficit de pesanteur dans les grands massifs montagneux, et pour déceler, au contraire, un excès de gravité dans les îles océaniques.
- On a voulu expliquer ces anomalies en admettant, d’une part, l’existence de vides, ou tout au moins de matières moins denses sous les montagnes, et, d’autre part, en supposant une épaisseur et une densité plus fortes de l’écorce sous les mers, en raison de la faible température du fond des océans.
- Sans nier l’influence de telles causes dans la production des anomalies en question, on peut se demander si
- 1 Voir La théorie tétraédrique de la forme de la terre par R. de Girard, Revue thomiste, 5e année, p. 497 à 741.
- 2 Yoy. n° 726, du 50 avril 1887, p. 346.
- 5 Voir notamment Die Schwerkraft im Hochgebirge, par le Dr Helmert (Berlin, 1890), et diverses communications de M. le L‘-Colonel DefForges sur les mesures de la pesanteur, dans les Comptes rendus de VAcadémie des sciences.
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- L A NAT UHE.
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- une partie de celles-ci ne seraient pas dues à la déformation tétraédrique de l’écorce.
- La chose, en tous cas, vaudrait la peine d’être étuliée par les géodésiens.
- Un autre critérium de l’existence de la déformation tétraédrique du géoïde serait fourni par l’aplatissement du globe terrestre dans l’hémisphère sud.
- Cet aplatissement, en effet, devrait être trouvé un peu moindre que celui résultant des mesures actuelles d’arcs de méridiens, dont la pluj art ont été effectuées dans la partie moyenne de l’hémisphère nord.
- Il est à souhaiter que, dans un avenir prochain, l’extension des opérations géodésiques sur l'hémisphère austral nous apporte cette dernière confirmation. Cn. Lallemand,
- Ingénieur en chef îles mines, Directeur du nivellement général de la France.
- LE NÉCESSAIRE CHIMIQUE TRUBERT
- POUR ESSAIS AGRICOLES
- Si les expériences de chimie synthétique obligent un amateur de science à s’entourer d’un matériel plus ou moins coûteux, mais très encombrant, par contre les essais d’analyse qualitative n’exigent qu’un bien petit nombre d’instruments simples, et aisément transportables. Les analyses quantitatives, celles qui peuvent surtout intéresser l’agriculteur, opérant loin des grands centres, et sans laboratoire organisé, réclament surtout des instruments précis, construits avec intelligence, destinés à atteindre un but spécial. Rien n’empêche que l’inventeur et le constructeur, en combinant la théorie et la pratique, les méthodes et les dispositions, ne parviennent à faire jouer plusieurs emplois à chaque pièce, de façon à réduire leur nombre au minimum, en sorte qu’une simple cassette contienne tous les ustensiles indispensables aux diverses analyses agricoles.
- Ce but nous paraît suffisamment réalisé dans le « nécessaire chimique » qu’a imaginé M. Albert Tru-bert, agrégé de l’Université, et professeur au lycée de Roanne. Lassons à la description du contenu de la boîte.
- Comme, à la campagne, il est bien rare qu’on ait le gaz à sa disposition, pour tous les essais où il faut chauffer, on se sert d’une petite lampe à alcool, sans mèche, dont on apprend bien vite le maniement. D’abord faible au début, la flamme s’élargit à mesure que l’alcool s’échauffe; un modérateur permet de la régler. Il est bon au surplus de mouiller avec de l’eau fraîche le réservoir de la lampe pour ralentir, à la fin des opérations, l’activité du feu.
- La lampe est munie d’une couronne formant support et qui reçoit tantôt un petit ballon, tantôt une capsule à fond plat. Celle-ci est destinée aux dessiccations et incinérations; celui-l'a, aux expériences où il faut faire bouillir une liqueur sans calciner un résidu (dosages : de l’alcool dans les vins, cidres, bières, — de l’azote dans les nitrates..., etc.). On recourt aussi au ballon pour les attaques à chaud auxquelles nuirait une évaporation trop active.
- Les réactions à froid, comme celle des carbonates et des acides, ou des matières ammoniacales sur
- l’hypobromite, s’opèrent dans un grand flacon de 400 centimètres cubes qui s’emploie également lorsqu’il s’agit d’apprécier, par la méthode de l’auteur, l’acidité des liqueurs fermentées et des vinaigres.
- Un second flacon beaucoup plus petit (60 centimètres cubes seulement) sert de récipient lorsqu’on dose par distillation l’alcool dans ces mêmes boissons.
- Passons aux deux pièces les plus importantes et les plus originales de la collection : la cuve et la cloche à gaz. La cuve, à niveau constant, est percée d’un orifice latéral au quart environ de sa hauteur.
- Si l’on ferme ce petit trou, la cuve peut se remplir d eau et se transformer en réfrigérant (dosage de l’alcool dans les vins, bières et cidres) ; si on l’ouvre lorsque la cuve reçoit la cloche graduée pleine d’eau, l’excès d’eau chassé de la cloche par l’arrivée des bulles de gaz est expulsé au fur et à mesure du dégagement. La cloche recueille par le moyen d’un tube abducteur à crochet un volume d’air précisément égal à celui du gaz (azote, acide carbonique) qui s’échappe des matières traitées dans le flacon à réaction. Quant au titrage de l’azote nitrique par le procédé Schlœsing, il s’opère à peu près à la manière ordinaire, avec les précautions habituelles. Bien entendu, avant toute lecture des volumes gazeux, on rebouche l’ouverture de la cuve afin de pouvoir rétablir par l’affusion d’eau fraîche l’égalité des niveaux extérieur et intérieur.
- Le matériel est complété par un entonnoir en verre, par des tubes pleins ou creux, par des bouchons en caoutchouc dont les plus petits peuvent s’ajuster à volonté sur le ballon, le petit flacon ou la cloche. Cette dernière joue au besoin le rôle d’une véritable éprouvette graduée (dosage du tanin dans les vins ; de la crème et des matières grasses dans le lait). Les bouchons sont tous percés de deux trous ; pour les expériences où le second orifice est inutile, on l’obture avec une tige pleine en verre.
- N’oublions pas les instruments de mesure : alcoomètre très sensible pouvant fonctionner aussi connue œnobaromètre; pipette, compte-gouttes. Tous ces appareils, de même que la cloche graduée, sont étalonnés avec exactitude et nous avons pu vérifier leur parfaite justesse.
- Il nous faut expliquer brièvement, à titre d’exemple, comment avec le matériel Trubert on dose le calcaire dans une terre, et comment on apprécie l’acidité d’un vin. On prélève un gramme de terre desséchée et tamisée; si l’on n’a pas de balance à sa disposition on se sert d’un petit seau ou jauge en cuivre annexé au nécessaire, et dont la capacité correspond au gramme de terre fine. 11 est facile de constater la très * suffisante justesse de ce procédé expéditif. Le gramme de terre pulvérulente occupe un volume presque invariable, quelle que soit la composition du sol, parce que les densités spéciales à chacun des éléments constituants diffèrent peu les uns des autres. On précipite la terre au fond du grand flacon dans lequel on introduit ensuite la jauge renfermant une quantité convenable d’acide chlorhydrique dilué. Le flacon est ensuite fermé par un bouchon percé d’un tube coudé
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- raccordé avec le tube à crochet qui aboutit sous la cloche. Celle-ci étant supposée pleine d’eau, et la cuve à niveau constant débouchée, on incline le flacon en le maniant par le goulot de manière à provoquer l'attaque de la terre. L’acide expulse du calcaire le gaz carbonique qui, envahissant le flacon, repousse à son tour dans la cloche un volume d’air dont on l’ait la lecture à la fin de l’opération avec toutes les précautions requises en pareil cas.
- On recommence avec un poids connu — 50 centigrammes par exemple — de carbonate de chaux pur ou de marbre blanc, et on compare le résultat avec celui qu’on a obtenu avec la terre expérimentée.
- Avec un dispositif analogue on titre l’acidité d’un vin. On verse tout d’abord dans le flacon 20 centimètres cubes de vin, par exemple; puis, avec l’aide des brucelles on introduit une jauge pleine de bicarbonate de soude pulvérisé ; puis on referme, l’on agite pour déterminer l’attaque du bicarbonate en le diffusant dans le vin, et on apprécie le volume gazeux qui afflue dans la cloche. On recommence avec 20 centimètres cubes d’une liqueur aiguisée de 10 grammes d’acide tartrique par litre; le niveau liquide s’abaisse à une division de la cloche, généralement différente de celle observée avec le vin, quoique constante pour une température et une pression données. Le quotient des deux valeurs successivement observées fournit l’acidité exprimée en grammes d’acide tartrique par litre de vin.
- Ce procédé, qu’aucun chimiste n’avait mis en pratique avant M. Trubert, donne de bons résultats si on compare les chiffres obtenus à ceux fournis par la méthode classique de titrage à l’eau de chaux. 11 présente l’avantage d’être basé sur un phénomène apparent, facile à constater, et non sur un changement de teinte délicat à saisir, mais il ne réussit qu’en présence d’une très petite quantité de bicarbonate (50 à 50 centigrammes) ou d’un énorme excès de ce réactif (nous conseillons alors pour notre compte d’employer 6 grammes de sel par expérience). Avec les doses moyennes, il intervient des phénomènes de dissociation accroissant le dégagement gazeux, et rendant illusoire la proportionnalité des résultats. Pour la même raison, la question de la jauge n’est pas moins délicate; il ne faut pas la choisir trop étroite, ni surtout trop longue, parce qu’alors le liquide, même fortement agité, ne pourrait ni bien humecter la poudre, ni à plus forte
- raison l’entraîner dans le flacon; trop courte, en revanche, la jauge se coucherait toutde suite d’elle-même presque horizontalement et la décomposition débuterait avant qu’on fût prêt à recueillir le gaz.
- Cet inconvénient se produit avec les jauges ordinaires dont le culot est arrondi. *On l’éviterait en faisant usage de jauges à fond tantsoitpeu aplati, et pouvant d’abord se tenir droites, puis, après une légère secousse, se coucher complètement au fond du flacon. De cette manière leur contenu se diffuserait intégralement dans la liqueur acidulée.
- Pour les essais calcimétriques, l’agronome devra procéder, au préalable, à des tarages qui lui prouveront la nécessité de se servir à doses rationnelles d’un acide convenablement dilué (cette précaution est requise également avec le caleimètre Bernard, mais elle suffit d’ailleurs pour obtenir de bons résultats). Si l’on réfléchit à cette observation ainsi qu a celles que nous avons formulées plus haut, on
- comprendra sans peine que l’appareil Trubert n’est pas à recommander aux amateurs débutants trop pressés.
- En chimie, comme dans toutes les sciences où il faut manier, mesurer, ou expérimenter , le novice doit tout d’abord s’exercer à se servir d’appareils précis et perfectionnés; plus tard, alors, ayant acquis une certaine habitude, un certain « flair », il pourra sans désavantage user d’instruments plus simples, mais moins commodes. Le nécessaire Trubert, sous sa forme portative, réunit tout l’attirail indispensable aux analyses agricoles et à certaines analyses médicales sur lesquelles nous ne voulons pas insister ; il peut recevoir aussi dans des cases disposées d’avance une collection des réactifs les plus usuels. Ce laboratoire en miniature rendra de réels services aux personnes déjà tant soit peu familières avec la chimie qui voudront, soit manipuler à la campagne sans s’imposer les frais d’une installation en règle, soit procéder à des dosages sur place dans le cours d’une excursion, d’autant plus que la capacité de la cassette permet : aux gens prudents d’y loger quelques pièces en double destinées à parer aux éventualités d’accidents ; à ceux qui visent à la perfection, d’y caser selon leur spécialité deux ou trois accessoires supplémentaires peu volumineux non indispensables, mais propres à abréger leur tâche.
- Antoine de Saporta.
- Principales pièces du nécessaire chimique Trubert. — A droite, cuve à niveau constant et cloche à gaz reliée au grand flacon par un tube abducteur; au centre, jauges diverses, entonnoir, brucelles, lampe à alcool, ballon, capsule, éprouvette à pied avec alcoomètre et thermomètre ; à gauche, petit flacon, pipettes, tamis, etc.
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- TRANSMISSIONS MÉCANIQUES
- Nous avons eu l'occasion d'étudier dernièrement deux nouveaux systèmes de transmission sur lesquels nous allons dire quelques mots.
- Le premier système, représenté par la figure 1, est un embrayage à spirale de Lind-say, exploité à Paris par M. K.
- Lelorrain. La poulie que l’on veut mettre en mouvement est clavetée sur un cône E qui est plein, muni de coussinets et qui est fou sur l’arbre F. On voit toutes ces dispositions dans la vue d’ensembW(n° 1) et sur la coupe intérieure (n° 5).
- Sur ce cône E
- vient s’emboîter FlS- *•
- un cône élastique A (n° 2), composé d’une spirale en acier qui porte à ses extrémités des saillies. Le nombre de spires et la section varient suivant la puissance à transmettre. La griffe d’une fourche équilibrée B vient buter contre ces saillies; cette fourche est munie de deux taquets de poussée en contact avec la spirale et porte un cran D dans lequel se déplace une barrette G que l’on peut manœuvrer à distance à l’aide d’un levier.
- La fourche B est fixée sur l’arbre F au moyen d’une clavette G. Pour embrayer, il suffit de pousser la barrette G, la fourche B se déplace et entraîne la spirale B qui glisse doucement et vient s’appuyer sur le cône E pour le mettre en mouvement. On voit que l’on peut facilement graduer la mise en marche par la manœuvre du levier, et on peut faire avancer aussi lentement qu’on le veut le cône élastique sur le cône plein. On peut aussi limiter la puissance transmise, en ne poussant pas le cône-élastique à fond. Ce n’est en effet que lorsque ce dernier est complètement embrayé que toute la puissance pour lequel il a été calculé est
- Embrayage à spirale de Lindsay.
- T2)*J ;
- Fis
- transmise. Le débrayage se fait très aisément par une manœuvre inverse. Ajoutons que les deux cônes doivent toujours être maintenus graissés. Dans les ateliers exposés aux poussières, ou pour des raisons diverses, le cône élastique est logé dans une boîte en fonte fermée. La transmission peut être aussi
- inversée suivant les circonstances. Sur une extrémité de l’arbre moteur est claveté le cône en fonte ; sur ce cône est emmanché le cône élastique dont nous avons parlé. Dans ce cas, le cône plein tourne librement à l’intérieur du cône élastique, lorsque l’arbre moteur est en mouvement et l’arbre conduit au repos.
- Ces embrayages se construisent pour deux modèles, les uns permettant de fonctionner à toutes vitesses angulaires jusqu’à 2000 tours
- par minute, les autres au contraire réservés aux mouvements lourds, tournant à faible vitesse angulaire. Us peuvent être établis pour des puissances de 2000 chevaux.
- Ges appareils ont l’avantage d’embrayer progressivement, sans aucun choc et à toutes vitesses angulaires; le débrayage est aussi très aisé, il est instantané et complet.
- Signalons encore une utilisation possible. Le cône élastique peut être terminé, comme nous l’avons indiqué plus haut, par une queue de butée à chaque extrémité. Le mouvement peutalorsêtre transmis à l’arbre à conduire dans deux sens opposés, si l’arbre moteur est actionné dans un sens ou dans l’autre. Supposons deux moteurs actionnant un arbre commun au moyen de poulies munies d’embrayages à double mouvement; il est possible de régulariser la marche de ces deux moteurs l’un par l’autre. L’embrayage peut être également disposé de laçon à empêcher un moteur d’entraîner l’autre.
- — Transmission Osprood à vitesse variable.
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- 11 est parfois nécessaire d’avoir des transmissions à vitesse variable. La figure 2, que nous reproduisons d’après notre confrère Iron Age, nous montre les principales dispositions du système Osgood qui est appliqué en Amérique dans les ateliers de la Wal-tham Watch C°. Un arbre A, qui reçoit le mouvement par les poulies de gauche, porte un disque I).
- A gauche et à droite de ce disque sont placés deux rouleaux à friction R et IV qui présentent à leur jante deux faces inclinées. Ces rouleaux peuvent être déplacés facilement en tendant plus ou moins les ressorts S et S' à l’aide de la tige P. De part et d’autre des rouleaux sont installés deux autres plateaux E et E' qui actionnent un même arbre B transmettant le mouvement. Les rouleaux R et R' frottent à la fois par une de leurs faces sur le disque D et par l’autre face sur chacun des plateaux. Ces deux derniers sont donc mis en mouvement, mais avec une vitesse angulaire beaucoup plus grande, et dont la valeur varie suivant la position occupée par les rouleaux. Nous avons dit plus haut que les rouleaux pouvaient être déplacés par la manœuvre de la tige P. La vitesse est maxima quand les rouleaux sont au centre, et minima quand ils se trouvent «à la périphérie. J. Lvffargue.
- EMPLOI DU PROTOXYDE D’AZOTE LIQUÉFIÉ
- COMME COMBURANT DANS LES OBUS ET LES MOTEURS
- Lorsqu’on étudie les explosifs, on est frappé de ce fait que s’il existe un énorme écart entre la force de la poudre noire et celle des explosifs modernes, l’écart entre l’explosif le plus puissant actuellement connu et le mélange tonnant d’hydrogène et d’oxygène est également considérable. Ce dernier mélange constitue la source d’énergie la plus grande à poids égal qu’on puisse mettre en liberté par le phénomène de l’explosion, mais l’emploi de ce mélange à une densité suffisante de chargement est pratiquement impossible.
- Nous avons proposé de remplacer ces deux gaz par deux autres relativement faciles à liquéfier et qu’on trouve facilement dans le commerce : l’acétylène liquide d’une part, comme gaz combustible, le protoxyde d’azote liquide d’autre part, comme comburant.
- Les propriétés de l’acétylène sont suffisamment connues pour qu’il n’v ait pas lieu de s’en occuper ici.
- Le protoxyde d’azote, ce gaz hilarant des chimistes, présente un ensemble de propriétés qui auraient dû frapper depuis longtemps les chimistes : les difficultés résultant de l’emploi sous pression deviennent des avantages lorsqu’il s’agit des obus, puisque la pression augmente considérablement la vitesse d’explosion ; quant à l’emploi dans les moteurs, une disposition simple comme celle de l’antique fusil à vent permettrait d’utiliser non seulement la détente du gaz liquide, comme dans le fusil Gif-fard, mais en outre l’expansion due à l’énorme dégagement de chaleur produit par la réaction.
- 1° Le protoxyde d’azote peut facilement être obtenu en grandes quantités et à bon marché : on le transporte depuis longtemps à l’état liquide, sous une pression bien inférieure à celle qui existe dans les récipients contenant l’oxygène pur, et en masse beaucoup plus grande; il n’est
- pas signalé d’accident résultant de cette coutume. Le procédé classique de préparation qui consiste à décomposer l’azotate d’ammoniaque par la chaleur, d’autres consistant à réduire l’acide azotique, n’utilisent que des produits de peu de valeur.
- ‘2° Il est formé avec une absorption de chaleur considérable, 20,6 calories. C’est donc un explosif. Il est fort probable que les récipients de protoxyde d’azote liquide, munis d’une fusée, constitueraient des obus fort dangereux. Sous ce rapport le protoxyde d’azote est supérieur comme comburant à l’oxygène : on sait que les expériences classiques sur les combustions sont plus brillantes dans ce gaz que dans l’oxygène. Il ne le céderait à ce point de vue qu’aux composés oxygénés du chlore, mais ceux-ci sont évidemment impraticables, vu leur trop grande sensibilité. En revanche, il est bien supérieur au peroxyde d’azote, hase des fameuses panclastites, qui, en se décomposant, ne dégage guère que 3 calories, et qui, de plus, est corrosif.
- À un point de vue moins meurtrier, combien ne serait-il pas intéressant de réaliser l’expérience dans un appareil suffisamment résistant pour ne pas éclater sous la haute pression produite, mettre le carbone résultant de la décomposition de l’acétylène en présence de l’acide carbonique et de l’azote, à une pression .comparable à celles que la matière réalise effectivement dans les profondeurs de la terre, et à une température comme il en existe à la surface des astres ! Ne voilà-t-d pas des conditions qui évoquent l’idée du diamant produit à l’intérieur de la terre ou dans les météorites !
- Terminons en montrant la quantité de chaleur dégagée par la réaction.
- On construit actuellement des moteurs où l’on utilise la décomposition de l’acétylène, mais 26 grammes de ce gaz donnent 24 grammes de charbon : que de difficultés pour brûler ce charbon !
- Ajoutons à cette molécule d’acétylène 5 molécules de protoxyde d’azote (220 grammes) pour former 2 molécules d’acide carbonique et une d’eau. La quantité de chaleur dégagée sera la somme de 188,6 calories (chaleur de formation de l’acide carbonique), 58,1 calories (chaleur de formation de l’eau), 61 calories (chaleur de décomposition de l’acétylène) et 105 calories (chaleur de décomposition du protoxyde d’azote), soit un total de 410,7 calories. Pour 1 kilogramme du mélange, cela nous donne un nombre de 1669 calories, supérieur à la chaleur de décomposition de la nitroglycérine.
- Ce qui fait une énergie de 1669x425 (équivalent mécanique de la chaleur) = 709325kilogrammèlres.
- Quant au volume de gaz mesuré à 0° sous la pression de 760 millimètres, il sera de 728 litres. A. Duboin,
- Docteur es sciences physiques.
- L’EAU ET LE AIN
- Est-ce qu’il faut boire du vin absolument pour se donner des forces? Il y a un préjugé très répandu à cet égard. Le vin et l’alcool donnent de la force. C’est à voir.
- Les gens qui boivent mangent peu. L’alcool soutient, disent les buveurs. Il est de fait que ceux qui font grand usage des boissons fermentées ont leur digestion très ralentie. Quand on boit de l’eau, la digéstion est autrement rapide. L’estomac ne manque pas de vous en prévenir. On a faim trois ou quatre heures après le repas. Les gens qui raisonnent mal en concluent naturellement que le vin les nourrit et que l’eau fraîche ne les soutient pas. L’illusion
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- LA N AT U UE.
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- est complète. C’est un peu comme si l’on prétendait qu’un foyer de chaleur, un poêle, une cheminée fonctionnent mieux quand la combustion est ralentie et dure plus longtemps. Oui, elle dure plus longtemps, mais elle ne fournit pas de calorique; encore un peu, le feu s’éteindrait.
- La cellule animale n’a pas été créée pour êlre gorgée d’alcool; pour qu’elle reste dans son état normal, il lui faut de l’eau. Autrement, sa fonction est entravée. C’est pourquoi l’organisme, imprégné d’alcool, se trouve dans une situation morbide. Alors se déclarent les maladies par ralentissement de la nutrition, et apparaissent les symptômes caractéristiques, obésité, gravelle, rhumatismes, ( te. De sorte que cette fausse idée de boissons qui « soutiennent » conduit directement à une transformation néfaste de la fonction, à une diminution des forces et à une altération delà santé. Qui digère lentement sous l’influence de l’alcool, perturbateur de la nutrition, est déjà un malade. Celui-là a grand besoin d’eau, un remède meilleur que celui des pharmaciens.
- Est-ce exact que l’alcool ralentit la nutrition cellulaire et générale ? L’observation le démontre largement. L’expérience aussi. MM. Chittender et Mendel, de Yale Uni-versity, viennent encore de faire voir, en opérant in vitro, que les boissons fermentées retardent les processus chimiques de la digestion. lisent directement mis en contact des substances alimentaires avec des liquides digestifs. Dès qu’on ajoute aux liquides digestifs 20 pour 100 d’alcool, l’activité digestive est enrayée. Le vvisky pur, qui renferme environ 50 pour 100 d’alcool, mélangé à la dose de 1 pour 100 seulement aux sucs digestifs, augmente de plus de 6 pour 100 le temps de la digestion. Dans quelques cas cependant, l'action a été nulle. N’importe, le fait n’est pas douteux, et nous l’avons constaté il y a plus de vingt-cinq ans avec le Dr Corvisart. L’alcool retarde les phénomènes d’assimilation, et, si l’on s’imagine que le vin, les liqueurs fortes soutiennent, c’est uniquement, d’abord, parce que ces boissons excitent le système nerveux, et semblent donner des forces, et, ensuite, parce que le sentiment de la faim est retardé par cela même «pie la nutrition est entravée.
- On a fait, il y a trois ans, aux États-Unis, une expérience qui est bien démonstrative. C’est le pendant de celle que les ingénieurs de chemins de fer exécutèrent autrefois sur les ouvriers anglais nourris avec de la viande et les ouvriers belges alimentés avec des légumes. Les mangeurs de viande accomplirent une besogne double de celle des végétariens. De même, en Amérique, on a fait travailler vingt hommes ne buvant que de l’eau et vingt hommes du vin, de la bière et du brandy. Au bout de vingt jours, on mesura le travail effectué. Les ouvriers buveurs de liqueurs fortes eurent le dessus pendant les six premiers jours; puis vint une sorte de période de réaction; finalement, les buveurs d’eau l’emportèrent en effectuant un travail au moins triple. On contrôla l’expérience en changeant les rôles. Les buveurs d’eau durent adopter le régime alcoolique pendant vingt jours et réciproquement les buveurs de vin et de boissons fermentées furent mis à l’eau claire. Encore cette fois, les ouvriers buveurs d’eau finirent par donner une somme de travail notablement supérieure à celle des buveurs de vin. La conclusion s’en détache naturellement. Pour un effort prolongé, l’usage de l’alcool diminue la puissance musculaire ; en d’autres termes, la machine humaine alimentée avec de l’eau fournit plus d’énergie qu'avec l’alcool. Donc c’est bien un préjugé populaire que d’admettre que l’usage
- du vin donne des forces. Pour donner un effort momentané, oui ; pour un travail prolongé, non.
- Est-ce à dire qu’il faille renoncer au vin et même à l’alcool d’une façon absolue? Ce serait sans doute exagérer aussi. L’alcool, rarement, mais quelquefois, peut, dans des circonstances assez spéciales, rendre des services en activant énergiquement la circulation. Comme médicament il ne faut pas rejeter le vin. Il renferme des sels minéraux et des principes divers dont l’utilité est incontestable. Mais, à notre point de vue, non seulement il convient de ne pas en abuser, mais même de n’en user que comme médicament et encore il faut bien choisir son vin. Telle personne a besoin de certain vin, et telle autre d’un vin très différent. La composition des vins est très variable en dehors de la proportion d’alcool qu’ils renferment. 11 y a des vins acides, il y a des vins presque neutre*, des vins riches en fer, des vins riches en tanin, des vins à essences, et des vins qu’il faut défendre aux nerveux, aux rhumatisants, aux goutteux, aux obèses, des vins qu’il faut recommander aux affaiblis, aux débilités, aux neurasthéniques, etc. Le choix est plus difficile qu’on ne le pense et c’est le médecin, un médecin compétent, qui peut seul dire au malade : « Tel vin convient dans ce cas et celui-ci dans tel autre ». Choisir son vin au hasard peut avoir des inconvénients. Aussi, quand ily a doute, le mieux est de ne pas oublier que l’on a mis de l’eau à notre disposition pour étancher notre soif. Les cas — et il y en a — où l’eau ne passe pas facilement sont rares; on a pris, en Angleterre et en Amérique, l’habitude d’alcooliser légèrement l’eau en pareille circonstance. C’est une exception à tolérer, mais le moins possible.
- Bref, l’eau est la boisson naturelle. Chez les buveurs de vin, de bière, de cidre, de toutes boissons fermentées, il vient nécessairement un moment où les fonctions se modifient, où la nutrition s’altère et est entravée. C’est la maladie qui vient à son heure; son arrivée était prévue.
- Moralité : Défiez-vous du meilleur des vins pris surabondamment, car nous buvons trop de liqueurs, dites « reconstituantes », comme nous mangeons trop de biftecks et de côtelettes dites « réconfortantes ». Nous buvons trop de petits verres. Un petit verre après le café. Qu’importe ! Mais cela peut faire plus de 750 petits verres au bout de l’année et à la longue cela finit par faire un chiffre respectable de litres d’alcool ! Défiez-vous du petit verre, surtout quand vous êtes obligé de vivre dans ces grands tiroirs que nous appelons pompeusement des « appartements », lorsque vous prenez peu d’exercice et qu’il vous faut respirer l’air souillé des grandes vdles. Hippocrate Ta dit : de l’eau, de l’air et de la lumière.
- Henri de Parville.
- LA CLOCHE RUSSE A CHATELLERAULT
- Le 19 mai, on va baptiser à Châtellerault la cloche monumentale qui a été donnée à l’église Saint-Jean-l’Évangéliste de cette ville par le Tsar.
- Comment et pourquoi ce don a-t-il été fait à cette église de Châtellerault? l’histoire est assez intéressante à connaître.
- En octobre 1891 s’installait à Châtellerault une mission militaire russe envoyée pour présider à la fabrication de 500 000 fusils destinés à l’armée russe. Ces fusils devaient être exécutés à la manufacture d’armes de Châtellerault, sous la direc-
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- tion de la mission russe ainsi composée : colonel Sokérine; capitaines : prince André Gagarine, Savostianew, Kholodowski et Hubert de Greiflénfels.
- Fig. 1. — l’ne face de la cloche. (D’après une photographie de M. Borda.)
- Avec la collaboration du colonel Kamps, directeur, et des officiers français attachés à la manufacture d’armes, ce travail considérable fut mené à bien en trois ans et demi. Mille fusils sortaient chaque jour de la manufacture. Les travaux étaient activement menés par l'entrepreneur, M. Adrien Treuille. 7000 ouvriers y furent employés.
- Le 1er novembre 1804, on annonçait la mort d’Alexandre III. À l’instigation de M. Treuille, une grande manifestation fut alors organisée. Aux prières solennelles présidées par l’évêque de Poitiers, Mgr Pelgé, assistaient dans l’église Saint-Jean-l’Évan-géliste les notabilités civiles, militaires et religieuses, réunies pour donner a la Russie ce témoignage de sympathique condoléance.
- La relation de ces cérémonies fut transmise à l’empereur Nicolas II qui, de sa main, écrivit au-dessous ces mots : « profondément touché ».
- À partir de ce moment, les rapports devinrent fort cordiaux entre les officiers russes et l’abbé Guérin, curé de l’église Saint-Jean-l’Évangéliste de Château-neuf, quartier de Châtellerault où se trouve la manufacture.
- Au moment du départ de la mission, après des adieux solennels, le colonel Sokérine demanda à M. I’abbé Guérin ce que le gouvernement russe pourrait faire pour lui être agréable. Alors, en souvenir de la cloche offerte à la ville de Paris, au moment de la visite de l’amiral Avellan, M. le curé demanda pour son église une cloche qui symboliserait l’amitié de la France et de la Russie.
- Le chef de la mission russe n’oublia pas celte demande. Au mois de janvier 1896, la question de la cloche fut soumise à S. M. l’Empereur de Russie, après avoir été confiée à l’examen et à l’étude des généraux russes et du ministre de la Guerre. L’empereur approuva le projet qui lui fut présenté ; il ajouta même la devise qui se trouve répétée sur la cloche en français et en russe : « Sonnez la Paix et la Fraternité des peuples ».
- A la suite de la visite du Tsar à Paris, l’ornementation de la cloche fut encore modifiée, de façon à bien indiquer l’amitié des deux peuples par la figuration des profils des deux présidents Carnot et Félix Faure alternant avec ceux des deux tsars Alexandre III et Nicolas II.
- Enfin la cloche fut fondue dans l’usine de M. W. Orlovv, de Saint-Pétersbourg, et, en mars 1897, M. le curé Guérin en recevait la nouvelle à Châtellerault.
- En même temps, le Ministre de l’Intérieur, informé par le Ministre des Affaires étrangères, télégraphiait au maire de Châtellerault, par l’intermédiaire du Préfet de la Vienne, que le don impérial était fait « en mémoire d’Alexandre III et pour rappeler aux générations la sympathie et l’amitié de la Russie et de la France ». Le maire, M. Camille Dehogues, s’empressa d’envoyer à Sa Maj esté Nicolas II, au nom du Conseil municipal, une adresse de remerciements pleine de respectueuse reconnaissance et de patriotisme.
- Peu après, la cloche était expédiée à Châtellerault,
- Fig. 2. — Autre face de la cloche. (D’après une photographie de 31. Borda.)
- et M. le curé Guérin en était Je destinataire au nom de l’église de Saint-Jean-l’Évangéliste.
- Nous savons qu’après la réception officielle et le
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- baptême de la cloche, le Conseil de fabrique de la paroisse se propose, dans une nouvelle adresse, d’ètre, près de S. M. l’Empereur de Russie, l’interprète des sentiments de sympathique et respectueuse reconnaissance qui se manifestent de toutes parts.
- La cloche passa par Paris et des démarches furent faites pour pouvoir l’exposer pendant quelques jours; malheureusement elles ne purent aboutir, le Palais de l’Industrie, seul endroit convenable pour l’exposer, étant alors occupé par le Concours hippique.
- Le 18 mars elle arrivait à Chàtellerault ; le 19, on procédait en gare à l’enlèvement de la cloche du
- truck sur lequel elle se trouvait. C’est cette opération que représente la figure 3.
- Transportée à travers la villejusqu’au faubourg de Chàteauneuf au milieu d’un concours considérable d’assistants pleins d’enthousiasme, elle fut déposée devant l’entrée de l’église Saint-Jean-l’Evangéliste. L’opération fut dirigée par M. Rollée, le fondeur de cloches bien connu du Mans. Introduite ensuite dans l’église, elle fut visitée par d’innombrables admirateurs.
- Mercredi 19 mai aura lieu le baptême solennel, présidé par le cardinal Lecat, de Bordeaux, assisté de
- Fig. 3. — Départ de la cloche de la gare de Chàtellerault. (D’après une photographie de M. Camille Dehogues.)
- Mgr Pelgé, évêque de Poitiers. Le Président de la République sera représenté par le chef d’escadron d’artillerie Bourgeois, de sa maison militaire. Le Tsar a délégué pour le représenter le baron Freede-ricksz, son aide de camp général.
- Tel est en quelques mots l’historique de ce superbe et symbolique don de l’Empereur de Russie à la France, et voilà pourquoi il est adressé à l’église dont dépend la manufactures d’armes où ont été fabriqués les 500 000 fusils russes.
- Les photographies que nous donnons ci-dessus (fig. 1 et 2) nous permettront de ne pas entrer dans des détails descriptifs inutiles.
- Comme on le voit, cette cloche est fort ornée; elle est complètement argentée; les figures, les
- inscriptions, les attributs, la boule et la croix qui surmontent la cloche, les anses pour la suspension, sont dorés.
- Latéralement, sur une face, de chaque côté du trophée de drapeaux, on voit les médaillons de Félix Faure et de Nicolas II ; sur l’autre face les médaillons de Carnot et d’Alexandre III. Sur les deux autres faces on lit les inscriptions suivantes, sur l’une : « Don de Sa Majesté Nicolas II, empereur de toutes les Russies, à l’église de Saint-Jean-l’Evangéliste de la ville de Chàtellerault. Sonnez la paix et la fraternité des peuples. 2 novembre 1894. » Cette même devise est répétée en gros caractères (en français puis en russe) sur le bord de la cloche.
- Sur la face opposée on lit l’inscription suivante :
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- « Baptisée par Mgr Pelgé, évêque de Poitiers. Au baptême elle reçut les noms : Alexandre-Nicolas. Le parrain a été M. Adrien Treuille, la marraine Mme Adrien Treuille, née Jeanne Delphine de la Fou-chardière. Curé de la paroisse : M. Sincère Guérin. »
- Enfin, entre les inscriptions du bord : Fonderie de cloches. Usine W. H. Orlow, Saint-Pétersbourg. »
- Cette cloche pèse environ 2620 kilogrammes. Le battant, 150 kilogrammes. Elle mesure 2m, 05 de haut sur lm,65 de diamètre. Note : Si bémol bourdon.
- Tel est ce remarquable objet d’art, plein d’un si réel et si élevé symbolisme, traduisant bien l’état d’àme de nos amis les Russes. Puisse cette cloche sonner de longues années, comme dit si bien Nicolas II, pour la paix et la fraternité des peuples ! Capital.
- L’INTELLIGENCE DU CHIEN
- Il v aurait tout un gros volume à écrire sur l’intelligence du chien, ce chacal civilisé qui est devenu notre commensal, et que bien des hommes regardent comme leur plus fidèle, leur seul fidèle ami. Comme je n’ai pas un gros volume à ma disposition, je me contenterai d’aborder en quelques lignes un tout petit côté de la question, qui n’est pas le moins intéressant. Il s’agit des actes que le chien accomplit sur une indication fournie verbalement par l’homme. On a rapporté divers exemples de chiens qui avaient la notion précise d’un certain nombre de mots, de telle manière que, lorsqu’on prononçait devant eux ces mots, ils conformaient immédiatement leur conduite à l’idée émise. Un propriétaire roumain possédait un chien de chasse dressé en même temps au service de la maison. Il allait chercher et apportait à son maître les objets que celui-ci lui désignait : « Garçon, va me chercher mes bottines, mes pantoufles.... » Et Garçon ne se trompait pas. « Ta me chercher un tel, ou une telle. » Et le chien partait à la recherche de la personne demandée, la prenait par le pantalon ou la jupe, l’amenait au maître.
- J’ai chez moi, à la campagne, un petit chien, du sexe féminin, et qui répond au nom de Miss, héréditaire dans sa tribu. Ce chien est parfaitement inoffensif : une souris le mettrait en fuite ; et toute sa fonction consiste à aboyer rageusement après les mendiants qui viennent tirer ma sonnette. Ce qui ne l’empêche pas, d’ailleurs, d’être gâté ainsi qu’un enfant, et considéré un peu comme faisant partie de la famille. Mon chien comprend certaines phrases. En quelque endroit de la maison que je me trouve, si je dis : « Où est le chien? », Miss accourt immédiatement, et, lorsqu’un obstacle l’arrête, elle jappe jusqu’à ce qu’on lui ait ouvert la porte qui lui barre le passage. Quand je lui donne un os, ou une friandise, comme il faut éviter de tacher le parquet, pour ne pas attirer sur ma tète certaines foudres domestiques, je me hâte de dire, dans ce français incorrect avec lequel on parle généralement — à tort, avouons-le — aux enfants et aux animaux : « Allez à la cour avec ». Je n’ajoute absolument aucun geste, mais cela suffit • Miss a compris, et jamais elle ne se permettra de croquer son os ou son morceau de sucre qu’elle ne soit arrivée dans la cour. L’intelligente petite bête sait parfaitement quand il est question d’elle dans la conversation, et son regard, bien souvent, y .prend part. Il suffit qu’on prononce son nom pour qu’elle s’éveille : la maligne ne dort jamais que d’un œil. Bien plus, elle me comprend
- sans que j’aie besoin de lui parler; et j’ai fait à différentes reprbes cette suggestive expérience. Si je donne à mon visage un air mécontent, si je fronce les sourcils, Miss se fait petite, suppliante, et semble me demander pardon d’un crime imaginaire; si ma physionomie s’éclaire, elle se redresse, et sa queue frétille de satisfaction. Je puis à mon gré provoquer autant de fois qu’il me plaît ces changements d’attitude.
- Comment un chien, livré à ses propres forces, peut-il acquérir une telle perspicacité? Ce problème intéressant n’est pas insoluble. — Évidemment, le chien ne se rend pas compte du sens précis, intrinsèque, des phrases auxquelles il conforme ses actes; il ne saurait les analyser. Les mots ne déterminent chez lui une impulsion que s’ils sont assemblés d’une certaine manière ; une autre juxtaposition le dérouterait. Pour attribuer à chacun une signification isolée, il faudrait une série de déductions et de comparaisons dont son cerveau n’est pas capable ; la syntaxe du brave toutou ne va pas jusque-là. 11 a son langage à lui, et il s’en sert pour communiquer avec les autres individus de son espèce, pour manifester ses sentiments. Mais son vocabulaire est restreint, composé seulement d’un très petit nombre de cris par lesquels il exprime ses émotions, qui ne sont pas elles-mêmes bien complexes. De l’emploi d’aussi rudimentaires interjections à l’analyse d’une phrase du langage humain, il y a une distance énorme, presque un abîme.
- Il ne faut donc pas voir, à la base de l’acte du chien qui obéit à la voix de son maître, une véritable compréhension de la phrase prononcée, mais simplement une manifestation de la mémoire sensible qui préside à la représentation des images dans le cerveau animal. Les exemples de ces souvenirs des sens qui deviennent le point de départ d’actions jusqu’à un certain point raisonnées, et dont la conservation peut entraîner une habitude, sont extrêmement nombreux. Il y en a un qui est classique : c'est celui du chat qui ne revient pas à un endroit où on l’a reçu à coups de bâton. La topographie de cet endroit se grave dans sa mémoire, et lorsque le hasard le ramène au lieu où il a été fustigé, la vue seule des détails qui l’entourent lui rappelle qu’une première fois il n’a dù son salut qu’à la fuite. Aussi s’en écarte-t-il prudemment, car pour lui le bâton est toujours là qui l’attend. Cette association d’images aboutissant à un acte qui en découle comme une conséquence nécessaire, n'e-t pas autre chose qu’un réflexe psychique, analogue au réflexe physique qui nous fait, par exemple, brusquement écarter la main d’un objet brûlant. Eh bien! pour le chien qui exécute certains ordres imposés simplement par une phrase, l’accoutumance de l’oreille aux consonances toujours semblables de cette phrase joue le même rôle que le souvenir du bâton, si salutaire au chat. Toute la difficulté pour lui réside dans l’effort indispensable pour trouver l’acte précis correspondant à un assemblage déterminé de sons. Une fois ce sens démêlé, la mémoire a fait le reste. Et il est probable qHe l’animal a été aidé, dans cet effort initial, à l’insu même du maître, par certains indices qui ont fourni des points de repère à son intelligence en travail. C’est ainsi qu’il a appris à répondre à l’appel de son nom parce que, lorsqu’il était jeune, le maître, en prononçant ce nom, l’encourageait d’ordinaire à venir par l’offre d’une friandise ou par une caresse. Plus tard, il a reconnu à ses dépens que lorsqu’on l’appelle, ce n’est pas précisément toujours pour le flatter; mais le pli est pris, et il sait ce qu’on veut de lui quand on prononce son nom.
- Dans l’exemple personnel que j’ai rapporté, je suppose
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- que, primitivement, et sans que je m’en sois aperçu, l’émission de ces mots : « Allez à la cour avec » s’accompagnait d’un geste geste qui a éclairé le chien sur le sens précis de la phrase. L’ordre donné comprenait donc deux parties, l’une pour l’oreille, l’autre pour l’œil. Le chien, avant reconnu que ces deux parties constituaient un même tout, quelles étaient toujours associées, en a conclu qu’elles lui imposaient toutes deux la même action. Que l’une ou l’autre fasse défaut, par suite, l’ordre n’en est pas moins complet pour lui; et le jour où j’ai supprimé le geste, l’association de la phrase et de l’acte qui en était pour lui le résultat ordinaire était assez parfaite pour que l’involontaire suppression dont je me rendais coupable ne lut pas de nature à le dérouter. « Où est le chien? ». « Chien » lui suffit ; il sait parfaitement qu’il est un « chien », parce que, en prononçant ce mot, j’avais sans doute instinctivement l’habitude de diriger mon regard vers lui. S’il lit dans mes yeux mes sentiments à son égard, c’est que cette lecture lui a été primitivement facilitée par des moyens plus tangibles, caresses ou reproches, et dont mes jeux de physionomie n'étaient que le corollaire. Aujourd’hui, à l’intelligente bête le corollaire suffit.
- A. Aclcque.
- IA CATASTROPHE
- C’est fini ! Memento quia pulvis es ! Le glas funèbre a retenti dans toute la France, dans le monde entier.
- Les sympathies sont venues de tous côtés, pour adoucir, s’il est possible, ces navrantes et profondes douleurs. Au delà des frontières, un même frisson d’épouvante et de compassion a saisi l’Europe à la nouvelle de tant d’horreurs. La catastrophe du 4 mai a brisé tous les cœurs et fait jaillir des larmes de sang. Paris conservera longtemps l’image terrible de ces êtres humains se débattant dans un brasier ardent. Destinée cruelle, mort injuste !
- Nous ne pouvons, au milieu de ces sombres épreuves, qu’enregistrer ici cet épouvantable désastre; mais du moins tenons-nous à joindre aussi notre pieux témoignage de douloureuse sympathie à tous ceux qui ont été adressés aux parents des victimes et nos respectueux hommages à toutes ces femmes dévouées, grandes dames et sœurs de charité, qui ont perdu la vie pour sauver ceux qui criaient la faim. Tous ces chers morts ont disparu dans la fournaise « pour accomplir, a dit une voix autorisée, cette fonction de la charité qui, si elle est la rançon de la richesse, est aussi le plus noble et le plus doux des devoirs humains ». Henri de Parvillk.
- Ce n’est pas l’heure de récriminer et les récriminations nous apparaîtraient odieuses dans ces moments de tristesse. Nous voudrions seulement en deux mots appeler l’attention sur un danger permanent qu’a fait sauter aux yeux le sinistre drame de la rue Jean-Goujon. Tous les jours, dans les réunions mondaines, partout où il y a agglomération, il y a danger. Le feu, l’infernal feu guette ses victimes, et, s’il y a foule dans une enceinte, le péril est menaçant. Aux bals, aux soirées, a-t-on réfléchi au danger? On a dit quelquefois que l’on dansait sur un volcan. L’expression est plus juste quelle ne le semble d’abord. Une étincelle, électrique, une petite flamme de bougie, le feu fait son œuvre rapide ! Et c'est souvent la mort pour la foule affolée. L’initiative privée a des responsabilités morales. Il serait si simple, au cas de réunion dans un local, de multiplier les extincteurs et d’éta-
- blir toujours un service de secours. La leçon est terrible, mais qu’elle nous serve au moins désormais! S'il y avait eu des cxlinctcurs, on eût pu, rue Jean-Goujon, éteindre le feu avant qu’il ne se fût propagé dans ce milieu éminemment combustible. Un poste de secours et quelques coups de hache eussent mis à bas les cloisons de bois et permis à la foule de sortir en masse. On ne redoutait rien, a-t-on dit, le Bazarde Li Charité fermait avant la fin du jour. Pas de gaz, pas d’électricité! Et sait-on les secrets de l’avenir1? Une allumette tombée delà poche d’un funvur pouvait en plein jour transformer les décors et les tissus en brasier rouge de feu. Jour et nuit, il faut veiller et multiplier les précautions. 11 y a eu mieux qu’une allumette, hélas ! 11 y a eu la lampe du cinématographe! IL de P.
- UN DISTRIBUTEUR AUTOMATIQUE DE GAZ2
- Qui de nous, rentrant mouillé ou grelottant dans sa chambre d’hôtel, n'a réclamé une rapide flambée qu’un garçon nous faisait attendre au gré de son humeur. Un foyer à gaz (il en existe aujourd’hui d’excellents) simplifie la question. II est toujours prêt et s’allume d’un seul coup ; et pourtant les hôteliers, qui joignent le souci bien légitime de leurs intérêts à celui du bien-être de leurs clients, hésitent, non sans raison, à mettre sous la main de ceux-ci un moyen de chauffage d’un usage si commode, mais d’un si difficile contrôle ; un robinet qu’on ouvre, une allumette qui craque, et le gaz s’en va sans qu’on s’en doute et sans qu’on puisse faire payer la juste redevance que tout service rendu entraîne avec lui.
- Mettez des compteurs, dira-t-on ; mais il en faudrait autant que de chambres. Et quelle sujétion que de relever leurs indications au moment de dresser la note du voyageur ! Quelle porte ouverte aux discussions! Le problème serait résolu, si chacun pouvait se procurer, sans appels ni formalités, la quantité de gaz qu’il réclame. Un distributeur automatique où l’on glisse sa pièce de monnaie, et tout est dit : plus de discussions pénibles. On sait à quoi l’on a droit et, la provision épuisée, une nouvelle contribution la renouvellera sans embarras.
- Tel est le but que permet d’atteindre le distributeur automatique Hour. C’est un compteur, si l’on veut, mais qui ne laisse passer qu’une quantité de gaz déterminée, correspondant à la pièce de monnaie pour laquelle il est construit. L’acheteur occasionnel qui, moyennant sa menue pièce d’un franc ou de cinquante centimes, s’est acquis le droit de brûler cette quantité de gaz, règle d’ailleurs sa consommation à sa guise, allumant ou éteignant quand il lui plaît. A chaque instant, il peut lire ce qui lui reste à dépenser sur un cadran divisé en fractions équiva-valentes à 5 centimes de gaz.
- Quant au fonctionnement de l’appareil, il est des
- 1 Le cirque Molier, où s’entassaient chaque année 400 personnes, vient d’être incendié en plein jour! Quelle autre fournaise !
- 2 Voy. notre précédent article, Compteur à gaz à payement préalable, n° 1240, du 6 mars 4897, p. 220.
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- plus simples. Tant qu’aucune pièce de monnaie n’y est introduite, la manette extérieure est folle et sans liaison avec le robinet chargé de donner issue au gaz, en sorte qu’un indiscret consommateur peut bien tourner la manette en tout sens, il en est pour ses frais : le robinet reste fermé. Il faut, pour faire cesser le sortilège, que la pièce requise, dûment glissée dans la rainure, tombe sur le levier L (fig. 5) qui s’abaisse alors et vient établir la connexion nécessaire entre le boisseau du robinet et la manette. Le voyageur n’a plus qu’à tourner celle-ci pour ouvrir celui-là; mais, du même coup, il arme le ressort qui interrompra brusquement la jonction et fermera le robinet automatiquement, dès que sera écoulée la mesure de gaz préalablement payée.
- I La seule ouverture du robinet suffit également à remonter et à mettre en marche un petit mouvement d’horlogerie. Une came C (fig. 2) est entraînée par ce mouvement ; elle achève son tour et déclenche le ressort de fer-meture, juste quand la mesure de gaz est écoulée. En même temps, la piécette tombe dans le tiroir où s’emmagasine la recette ; le levier L se relève, et toute solidarité cesse entre la manette et le robinet.
- On le devine, il faut que la vitesse de rotation de la came soit, à chaque instant, proportionnelle à la quantité de gaz qui s’écoule, et, par suite, à l’ouverture du robinet. On y parvient, et l’on produit l’accélération ou le ralentissement nécessaire du mouvement d’horlogerie, en modifiant automatiquement la longueur du pendule-régulateur. À cet effet, la lentille II de ce pendule glisse sur sa tige, grâce à une chaînette à laquelle elle est suspendue et qu’entraîne un secteur S calé sur le boisseau du robinet.
- Nous avons montré comment ce petit appareil permettait d’assurer commodément le chauffage des voyageurs dans des chambres d’hôtel. Mais ce' n’est pas là l’unique application qu’on en peut faire.
- II procure d’une manière générale le moyen de
- livrer le gaz au comptant, quel que soit l’usage auquel on le destine, et chacun imaginera aisément les cas particuliers où l’emploi d’un semblable distributeur sera avantageux ou tout simplement commode. G. Béthisys.
- L’ART ET LES MŒURS DES AÏNOS
- « Il faut se hâter d’étudier cette race curieuse à bien des titres », écrivait M. le marquis de Nadaillac en terminant l’étude si intéressante sur les Aïnos qu’il publia dans La Nature, « bientôt elle aura disparu devant une civilisation qu’elle ne peut ni comprendre, ni s’assimiler. » Exprimant la même idée en des termes à peine différents, un des maîtres les plus éminents de l’anthropologie moderne, Quatrefages, écrivait dans son beau livre sur Y Unité de la race humaine : « C’est une des races qui vont disparaître et sur laquelle il faut se hâter de recueillir des renseignements. » C’est pour ce motif que nous essayons encore une troisième fois de parler au sujet des Aïnos, bien que successivement ils aient
- déjà fait l’objet ici même de deux fort intéressants articles 1. “
- On a prétendu à tort que les Aïnos étaient absolument dépourvus de goûts artistiques. Les dessins que nous reproduisons ici, pris d’après nature, suffiraient à démontrer le contraire. La figure 2 représente la gaine d’un poignard sculptée sur bois. Les dessins très curieux qui ornent la gaine du poignard dénotent, bien que primitifs d’allures, un instinct certain dans l’ornementation. Le manque de symétrie qu’on remarque dans la reproduction des mêmes motifs sur les deux moitiés de la gaine est d’une fantaisie qui rapproche l’ornementation des Aïnos de celle des Japonais. On sait, en effet, que l’esprit essentiellement fantaisiste des artistes japonais les éloigne généralement de la symétrie parlaite et de l’uniformité dans les motifs de décoration relativement à un plan médian. On sait aussi la difficulté de trouver une « paire » dans les objets d’art vraiment anciens. De ce côté il y a une analogie assez curieuse à constater. Il n’est pas inutile de rappeler à propos du poignard dont nous reproduisons le dessin, qu’il est d’usage que le jeune homme qui veut se marier fasse don à sa fiancée, Comme premier cadeau, d’un sabre. C’est là la première condition imposée à l’Aïno qui veut prendre femme. Aussi cette arme est-elle fort
- ‘ Dr Mayet. Les Aïnos ou A’ehis du Japon : La Nature, 10 août 1878. læs Aïnos : La Nature, 7 janvier 1803, p. 87.
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- recherchée par les jeunes gens. Elle jouit à leurs yeux de la meme faveur qu’un joli bijou. La ligure 2 reproduit le dessin fait d’après nature d’une cuiller d’Ainos. On en remarquera avec intérêt les ornements curieusement découpés. Les Japonais, comme les Chinois, on le sait, se servent, pour porter les aliments à leur bouche, de baguettes de bois ou d’ivoire. Les Aïnos emploient pour les mêmes usages, non des baguettes cylindriques et minces comme celles des Japonais et des Chinois, mais des sortes de spatules aplaties, larges de 2 à 5 centimètres. Les mêmes motifs d’ornementation que ceux qui sont sculptés sur la gaine du poignard se retrouvent sur la cuiller dont nous donnons le dessin, preuve d’une stérilité d’imagination artistique, preuve aussi d’une sorte d’entêtement atavique dans les coutumes de cette race qui disparaît. Au sujet de cette fidélité aux usages et d’entêtement à rester dans leurs mœurs sauvages, citons quelques exemples curieux.
- On sait que les Aïnos ont le système pileux très déve-
- loppé. (Yov. lig. 1 et les photographies de M. le marquis de Nadaillac cité plus haut.)Darwin (dans la Descendance de l'homme) remarque cette particularité qui a une grande valeur au point de vue anthropologique, car les Aïnos sont à peu près les séuls habitants d’Extrême-Orient à posséder un pareil développement du système pileux1. Or, on trouve l’anecdote suivante racontée par un historien japonais : « Jadis, au temps où le prince de Matsou-Mayé (quinzième siècle) gouvernait l’ile de Yéso, il voulut exiger des Aïnos qu’ils se rasassent le devant de la tête comme les Japonais le faisaient alors. 11 édicta donc une loi qui ordonnait aux Aïnos dose raser la tête à la japonaise. Mais, au bout d’un certain temps, une ambassade envoyée par les Aïnos vint vers Matsou-Mayé pour porter leur réponse au Gouverneur : « Nous avons, di-« rent-ils, nos mœurs, « qui nous ont été transit mises par nos ancêtres. Si nous les abandonnons « pour adopter celles des Japonais, nous erai-(( gnons fort d’encourir les châtiments du Dieu
- « sage. Nous ne pouvons donc nous soumettre à votre « ordre qui nous forcerait à adopter les coutumes « japonaises. » Le Gouverneur impérial se vit impuissant devant une résolution aussi ferme et il fit abroger la loi qu’il avait édictée. » Autre fait tiré du même document. « Un Aïno avait bâti par exception sa maison à la japonaise, mais il se vit bientôt dans la nécessité de la démolir, contraint par une décision
- prise par le conseil des chefs. Les parents et les ascendants de cet Aïno voulurent le forcer à détruire
- 1 Au delà de l’Inde, dit Darwin, la barbe disparaît chez les Siamois, Malais, Kabnuks, Chinois, Japonais; cependant les Aïnos, qui habitent les îles du nord de l’Archipel du Japon, sont les hommes les plus velus qu’il y ait sur la terre. Les Japonais, au contraire, sont glabres, il est extrêmement rare de rencontrer un Japonais barbu. M. Veitch constate que les dames japonaises « nous reprochaient nos favoris, les regardaient
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- sa maison dans la crainte que d’autres Aïnos ne suivissent son exemple et que les coutumes japonaises ne prissent pied à Yéso. » On voit par ces exemples avec quelle force cette race à l’agonie tient à ses usages. Les Aïnos ont voulu rester isolés dans leurs coutumes, figés dans leurs traditions. Ils ont voulu résister au grand courant de civilisation qui entraînait le Japon tout entier vers la civilisation européenne, et, dans ce combat trop inégal, ils ont succombé.
- Ces hommes velus, aux cheveux en broussaille, aux mines de sauvages, qui succombent par la loi de la sélection naturelle, représentent cependant pour nous un des échelons de l’immense échelle que l'humanité gravit depuis tant de siècles. On retrouve dans leurs cimetières les mêmes silex taillés, les mêmes haches de pierre polie que celles des époques de Solutré et de la Madeleine. L’homme quaternaire a existé à Yéso comme le démontrent les pierres taillées dont on trouve de nombreux échantillons au musée d’Uakodaté.
- Encore un trait des mœurs de cette curieuse race, traduit d’un document japonais : « Quand un Aïno meurt à la suite d’un accident, les amis de la famille doivent se rendre chez lui pour y pleurer le défunt et, au moyen d'un sabre, pratiquer une incision sur le front du chef de la famille. C’est ce que les Aïnos appellent le Rikkotchi; cet usage aurait pour but, selon les uns, de faire oublier par la douleur physique la douleur morale, et, suivant d’autres, de rappeler au parent les douleurs éprouvées par celui qu’il vient de perdre. » Cet usage ne fait-il pas souvenir du fameux « harakiri » des Japonais, de plus en plus oublié?
- 11 y a quelques années, une femme, Miss Isabella Bird, a passé plusieurs mois parmi les Aïnos et cela absolument seule. Elle nous a laissé un récit très exact et très intéressant des observations qu’elle a pu prendre pendant son séjour à Yéso (Unbeaten Tracks in Japan, Yokohama). Nous avons nous-même pu constater, dans un séjour fait dans l’ile de Yéso, l’exactitude de ce récit.
- En constatant la singularité des mœurs de cette race, on peut donc conclure avec Broca « que les Aïnos constituent dans l’humanité un groupe entièrement isolé, une espèce peut-être primordiale qui témoigne victorieusement en faveur de la multiplicité des types humains ». I)r Miciiaut.
- NÉCROLOGIE
- M. le due d’Aumale. — M. lü duc d’Aumale est mort dans son domaine de Zucco, en Sicile, le 6 mai, à 2h 30 du malin. llenri-Eugène-Philippe-Louis d’Orléans, duc d’Aumale, était né à Paris le 10 janvier 1822. Il avait été élu le 30 décembre 1871 membre de l’Académie française en remplacement de Monlalembert. En 1889 il
- comme fort laids, et voulaient que nous les enlevassions pour être comme les Japonais ». Les anciens Daïmiosse rasaient et les acteurs eux-mêmes ne portent pas de fausses barbes. Tout tend donc à démontrer un contraste absolu sur ce point entre les Japonais et les Aïnos.
- fut élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Il était aussi membre libre de l’Académie des beaux-arts, membre de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arls de Belgique, docteur ès lois de l’Université d’Oxford, président de la Société littéraire des bibliophiles français. Il était grand-croix de la Légion d’honneur. Nous consacrerons un article spécial à celui qui honora, à un aussi haut degré, comme prince, comme citoyen et comme soldat, le nom français.
- M. Des Cloizeaux. — M. Legrand Des Cloizeaux, né à Beauvais en 1817, est mort le 7 mai. M. Des Cloizeaux s’était placé au premier rang des minéralogistes par ses très beaux travaux sur la cristallographie et les propriétés optiques des minéraux. D’abord maître de conférences à l’École normale supérieure, puis, professeur à l’Ecole centrale, il avait été nommé à la chaire de minéralogie du Muséum. L’Académie des sciences l’avait élu en remplacement de M. le vicomte d’Archiac en 1869. Il avait présidé l’Académie en 1888. Il fut certainement un des représentants les plus éminents de l’enseignement supérieur en France. M. Des Cloizeaux était très estimé dans notre pays et à l’étranger. Il laissera partout derrière lui de profonds regrets.
- CHRONIQUE
- JLa Société royale «le Londres. — Dans notre article sur les médailles de la Société royale de Londres, on a omis de mentionner parmi les savants français récemment élus l’un des plus dignes de cette distinction très recherchée non seulement en Angleterre, mais dans toute l’Europe, M. Albert Gaudry, de l’Académie des sciences. Le très éminent professeur au Muséum d’histoiie naturelle de Paris a été nommé en 1896 membre de la Société royale de Londres. C’est un nom aimé qu’il convient d’ajouter a la liste des académiciens français appartenant aujourd’hui à l’illustre compagnie savante de Londres.
- Les lami’ea à lumière oxyélhérique. — Elles sont sinistrement à l’ordre du jour, ces lampes dont un exemplaire a causé l’horrible drame du Bazar de la Charité. Ün les emploie quand on n’a pas de gaz à sa disposition. Les vapeurs d’éther remplacent l’hydrogène et leur combustion avec l’oxygène engendre une lumière éclatante. On s’en sert souvent dans les lanternes de projections photographiques. Notre collaborateur, M. G. Mareschal, qui a une grande habitude de ces lampes, fait remarquer qu’elles sont construites aujourd’hui de façon à assurer toute la sécurité désirable. Cependant un danger subsiste. L’éther qui doit se mêler à l’oxygène est renfermé dans une cloche hermétiquement close et versé sur des matières spongieuses : pierre ponce ou feutre. Quand on se sert de la lampe pour la première fois, on sait exactement ce qu’il faut mettre de liquide et on évite tout excès, mais ensuite on ajoute de l’éther un peu au hasard, ei si l’on en met trop, la cloche s’emplit de vapeurs à la tension ordinaire. Si l’on ne prend pas la précaution d’évacuer le trop-plein, qu’ensuite, après avoir ouvert le robinet d’oxygène, on ouvre à son tour le robinet de la cloche, en présentant une allumette enflammée, des gouttelettes d’éther sont entraînées et donnent une flamme de plus d’un mètre de long. Est-ce ainsi que le feu a pris rue Jean-Goujon, ou d’une manière analogue, c’est possible, sans que nous soyons en droit de l’affirmer. En tout cas, il est bon de prévenir les expérimentateurs qui se servi-
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- raient de la lampe oxyélhérique, qu’il est essentiel de prendre scs précautions contre tout excès d’cther dans la cloche-réservoir où l’on verse ce liquide.
- La production vlnicole dans l’Argentine. —
- On ne se fait pas une idée des progrès de l’indu-lrie vinicole dans la République Argentine. Pendant l’année 1890 les vignobles de ce pays ont donné 1300 000 hectolitres d'un produit qui n’est sans doute pas encore d’une bonne conservation, mais qu’on améliore de jour en jour. Ce total représente le double de la quantité de vin importée dans la République.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 mai 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Allure générale de la dénudation glaciaire. — M. Stanislas Meunier expose les considérai ions suivantes. Plus on étudie les phénomènes si actifs auxquels donne lieu la progression des glaciers avec la collaboration des actions météoriques qui leur font comme une large auréole, et plus on est frappé de leur analogie avec ceux dont s’accompagne la dénudation glaciaire. L’auteur a déjà étudié un certain nombre de faits concernant cette grande question, et il tient à compléter la série de ses observations en montrant que le phénomène dit « de capture )> a joué un grand rôle dans la distribution des formations morainiques. Pour bien saisir le trait essentiel des phénomènes signalés, il rappelle l’exemple classique de capture de la Maurienne, signalé par M. Morris Davis, et il suppose pour un moment que la première de ces rivières charrie des matériaux faciles à distinguer d’un coup d’œil de ceux que déplace l’autre. Ceci posé on reconnaîtra que dans la vallée actuelle de la Superbe ayant capturé la Maurienne se trouvent, en deux niveaux superposés, des matériaux détritiques correspondant : le plus ancien à l’époque où la Superbe travaillait seule ; et le plus récent au temps où la Maurienne a été contrainte de fournir sa collaboration. Après une série d’exemples, M. Stanislas Meunier arrive à la conclusion que la structure qu’il a supposée dans les produits morainiques est précisément celle des célèbres gisements de lignites interglaciaires de Durnsein, Wetzikon et d’Utznach; on la retrouvera dans la situation des conglomérats d’Hot-tingen, et dans un très grand nombre d’autres cas. Le mécanisme de sa production ne manque donc pas d’intérêt.
- La nutrition des. végétaux. — M. Dehérain présente une Note de M. J. Dumont sur la dialyse des humâtes. Après avoir rappelé succinctement les travaux antérieurs intéressant cette question, notamment les expériences contradictoires de M. Grandeau et de M. Petermann, l’auteur montre que les matières humiques dissoutes dans les carbonates alcalins traversent assez facilement les membranes parcheminées, si l’on provoque une diminution de pression à l’intérieur du dialyseur. L’influence heureuse des humâtes a été démontrée par M. Dehérain et M. Bréal. L’engrais de ferme et le purin doivent surtout leur puissance fertilisante à leur abondance.
- Décès. — M. Chatin prononce l’éloge de M. Des Cloi-zeaux, décédé depuis la dernière séance, et exprime la gratitude de l’Académie envers la mémoire de M. le duc d’Aumale. La séance est ensuite levée en signe de deuil. Ch. de Villedeuil.
- LITHOPHANIES EN PAPIER
- Tout le monde connaît ces plaques de porcelaine blanche que l’on place contre les vitres des fenêtres et qui, vues par transparence, donnent l’illusion d’un dessin très pur et très artistique. L’effet obtenu provient simplement de différences dans l’épaisseur de la porcelaine : les parties épaisses sont plus foncées que les parties minces. Peu de personnes savent que l’on peut fabriquer soi-même des objets analogues avec du papier. C’est là un charmant passe-temps sur lequel nos' lecteurs seront certainement heureux d’avoir quelques renseignements. Nous pouvons leur donner ces derniers grâce à un opuscule publié par M. L. de Villanova1, qui désigne ce nouveau travail d’amateur sous le nom de Papyro-g rapide.
- L’outillage nécessaire pour obtenir des « Papyro-phanies » (on me permettra de créer ce mot nécessaire) est peu compliqué. Ce sont tout simplement des ciseaux, des grattoirs, des feuilles de papier de différentes épaisseurs et enfin, autant que possible, un pupitre en verre qui permet de voir le travail par transparence sans avoir constamment besoin de le porter le long de la fenêtre.
- La collection des papiers doit se composer d’environ sept modèles : 1° papier à décalquer; 2° papier plombaginé ou papier bleu, servant au transport du décalque sur le papier ; 5° papier de soie ; 4° papier écolier ; 5° papier couronne, plus épais que le précédent; 6° papier à dessin, plus épais que le précédent et supportant aisément les grattages ; 7° papier bristol (carte de visite). Collés judicieusement les uns sur les autres, grattés par places, rehaussés ailleurs de gouache blanche, ils donnent des opacités différentes et, par transparence, des dessins.
- Le choix du sujet a une certaine importance. Ceux qui ne savent pas dessiner le prendront dans un livre ou un journal illustré ; les autres créeront des modèles de toute pièce. D’une manière générale, on peut dire que le dessin ne sera jamais reproduit exactement ; ce qu’on aura, c’est l’aspect général, la sensation d’ensemble. On fera en somme de l’impressionnisme, comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Ainsi, par exemple, comme le fait remarquer M. de Villanova, l’herbe d’une prairie ne doit pas être minutieusement exécutée ; quelques touffes légères, çà et là, sur le premier plan, suffisent pour indiquer que le sol n’est pas de la terre. Dans les parties ombrées, il ne faut pas encombrer d’accessoires qui seraient perdus.
- Le sujet ne doit pas être trop compliqué. Il faut que les différentes parties se détachent nettement les unes des autres.
- Ceci dit voici la manière de procéder à la confection d’une papyrophanie. On applique d’abord sur
- 1 L. de Villanova. La Papyroqraphie. Ch. Mendel, édit. Paris. 1897.
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- le pupitre en verre une feuille de papier écolier que l’on colle par les bords seulement. C’est sur ce « papier de fond » que l’on colle les autres papiers. A l’aide du papier à décalquer et du papier bleuté, on y transporte les principaux contours des objets.
- On prend alors une feuille de papier écolier et on décalque dessus les parties qui doivent être découpées et laisser voir le blanc absolu. On les découpe ensuite.
- Après quoi, prenant un autre papier, soit le même, soit un plus fort, selon la teinte que l’on l’on veut obtenir, on décalque dessus les découpures (jui doivent être collées et qui feront les traits et les ombres. On procède ensuite au collage (avec de la colle de pâte) en ayant soin de coller d’abord les papiers les plus minces, pour finir par les plus épais. Ainsi, on colle d’abord sur le papier de fond appliqué sur le verre le papier perforé qui a ménagé les blancs.
- Quand il est sec, on colle dessus les autres papiers en employant aussi peu de colle que possible. Quand tout le dessin est fixé sur le papier de fond, et quand il est sec, on commence à gratter les endroits nécessaires. On termine, enfin, en faisant les retouches avec le blanc de gouache.
- Prenons deux exemples simples. Voici un petit paysage (fig. 1, n°l ) représentant deux maisons au centre et deux arbres de chaque côté. Nous commençons par calquer le profil A (fig. 1, n° 2), que nous découpons dans du papier écolier et que nous collons sur le papier de fond. On découpe ensuite les arbres B et G et on les colle à leur place (fig. 1, n° 3). On
- prend les branches des arbres (D et G) et on les dispose en superpositions plus ou moins grandes jusqu'à ce qu’on soit arrivé à l’effet voulu. On complète en faisant avec le blanc de gouache les fenêtres, les lucarnes, l’ombre du chaume et quelques
- détails dans le terrain et les arbres. Avec le grattoir, on fait le terrain des arbres de droite. Notre deuxième exemple (fig. 2) montre la salle du palais des Thermes, au Musée de Cluny. Voici comment on l’obtient. Découper E (n° 2 ) dans du papier écolier et le coller sur le papier de fond. Faire les découpures : A, avec du papier écolier ; B, avec du papier couronne, et C, avec du papier bristol (n° 3). Les barreaux des fenêtres du fond, les arceaux, les pierres des murs s’obtiennent avec le blanc de gouache. Le grattoir
- donne les demi-teintes dans les superpositions.
- Quand le travail des papyro-phanies avec du papier blanc est devenu familier, on en fait d’autres en couleur. Pour cela on emploie des papiers teintés. On peut aussi se servir de couleurs transparentes à l’eau, mais il faut peindre sur le papier du fond, du côté où il n’y a pas de collage.
- Les papyrophanies ne servent pas seulement à orner les fenêtres. On en fait aussi de jolis écrans, des lanternes et des abat-jour. Ge nouvel art d’agrément me paraît appelé à avoir un grand succès. Henri Coupin.
- Le Gérant : P. Masson.
- Fig. 1. —Lithophanie en papier.
- Fig. 2. — Autre lithophanie en papier.
- Paris. — Imprimerie Laulre, rue de Fleurus, 9.
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- très bonnes conditions pour répondre au but que nous signalions.
- C’est d’abord en Russie toute une série d’écoles techniques ayant pour mission de former des agents de degré inférieur (car nous n’avons pas en vue les hautes écoles), et fonctionnant sous le contrôle exclusif du gouvernement : s'il s’agit d’établissements d’Etat, cela s’explique par ce fait que la majeure partie des chemins de fer russes appartient déjà au gouvernement. Ces écoles, auxquelles sont annexés des ateliers d’apprentissage, instruisent des mécaniciens ou des aides-mécaniciens, des chefs d’équipc de la voie, etc.; l’idée en est due, notons-le tout de suite, à la féconde initiative privée de quelques
- L’INSTRUCTION TECHNIQUE
- DES AGENTS DE CHEMINS DE FER
- On comprend, sans qu’il soit besoin d’y insister, l’importance que présente l’instruction technique des agents de chemins de fer, surtout de ceux qui sont constamment occupés à l’exploitation proprement dite. Dans la plupart des pays, l’initiation des nouveaux employés se fait sans méthode nettement arrêtée, sans organisation spéciale, et le plus souvent par une pratique du service à côté d’agents déjà expérimentés. Il n’en est pas cependant partout ainsi, et nous voudrions donner deux exemples bien caractéristiques d’un enseignement créé dans de
- Intérieur du wagon-école américain.
- compagnies, mais l'Etat l’a faite sienne en absorbant les différentes institutions et en leur donnant à toutes une organisation identique. On y admet les enfants des agents des chemins de fer ou, à leur défaut, les jeunes gens de quatorze à dix-huit ans, ayant une instruction préalable suffisante. Durant cinq années ils suivent les cours de l’école en qualité d’externes, les deux dernières années étant plus particulièrement consacrées à des travaux pratiques sur les voies ferrées, entretien de la voie, travaux d’atelier, conduite des trains, télégraphie, etc., selon la spécialité qu’ils ont choisie. Le programme est assez vaste et bien compris : on enseigne les mathématiques élémentaires, des notions de physique et de télégraphie, de la mécanique générale et appliquée, de la technologie du bois et des métaux, des notions de construc-
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- tion et d’architecture, d’exploitation et de travaux de chemins de fer, du dessin, puis enfin du travail manuel, serrurerie, menuiserie, etc. Les élèves ne payent que 40 fr. par an, et l’on comprend qu’ils ont une bonne instruction pratique en sortant de l’école.
- Quand ils ont suivi intégralement les cinq années d’études, ces élèves reçoivent un diplôme qui leur donne un droit de priorité pour l’obtention d’une place d’agent technique inférieur des chemins de fer ; ils ont d’ailleurs, ce qui est fort appréciable, l’avantage d’une réduction sur leur temps de service militaire.
- Actuellement il existe vingt-sept de ces écoles d’État; l’une d’elles, installée à Nicolaïev, est plus particulièrement destinée à former des agents pour la construction proprement dite des voies ferrées ; une autre existe à Vychni-Yolotchok, qui possède des
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- programmes un peu spéciaux. Enfin, n’oublions pas de dire que deux compagnies privées de chemins de fer, qui subsistent encore au milieu de l'envahissement de l’État, celle de Varsovie-Vienne et celle de Moscou-Kazan, administrent assez librement deux écoles analogues qui leur appartiennent.
- Les Américains, en gens essentiellement pratiques qui comprennent tout l’intérêt qu’une entreprise de chemins de fer peut avoir de posséder des employés parfaitement au courant de leur besogne, ne pouvaient hésiter à chercher les moyens de répandre l’instruction technique parmi ce personnel. Naturellement ils l’ont fait d’une façon fort originale, suivant leur habitude, et qui semble bien comprise pour donner d’excellents résultats avec des dépenses très réduites. Nous en pouvons signaler un exemple qui nous est fourni par M. Garstang, ingénieur en chef de la traction sur le Clcveland, Cincinnatti, Chicago and Saint-Louis Railwav.
- On s’est évidemment inspiré de l’idée des universités itinérantes, et l’on résolut de porter la bonne parole, c’est-à-dire les connaissances techniques, le long de la ligne, dans les principales agglomérations, de manière à mettre les divers agents à même de suivre ces cours spéciaux tout en étant dérangés le moins possible de leurs occupations et de leur résidence normales. Le plus simple était alors d’installer sur roues une salle de conférences munie de tous les aménagements nécessaires, et l’on a imaginé le wagon dit « Air-brake instruction car », voiture d’instruction pour le service des freins à air ; en réalité, c’est une voiture d’enseignement général, comme nous allons le voir.
- Extérieurement, et à part les indications qu’il porte, le wagon ne diffère pas sensiblement des grands cars à bogies des lignes américaines; il a 16 mètres de longueur, et son apparence est élégante. Intérieurement il est divisé en deux compartiments : l’un est un salon et en même temps un bureau, contenant une table à écrire, des sièges, un water-closet, une toilette, et en outre deux couchettes superposées. La décoration en est simple et ne présente rien de particulier. C’est l’autre compartiment qui est la partie intéressante de la voiture, c’est la salle de conférences, l’école roulante où se font les cours et où se trouvent les divers appareils à faire fonctionner devant les auditeurs, qui peuvent ainsi les étudier dans tous leurs détails.
- En effet, le long d’une des parois du wagon sont disposés tous les appareils de signaux et de freinage par l’air comprimé de deux locomotives, respectivement du type à 8 et à 10roues; à la suite, viennent les freins des conducteurs de train, montés de façon à se relier au reste de la conduite. Celle-ci, réduite à son développement minimum par des circonvolutions bien ménagées, se distribue aux cylindres et aux valves d’un wagon à voyageurs et de six wagons à marchandises, qui ne sont, bien entendu, représentés que par les parties constituantes du frein à air. En somme, tout le tuyautage, les
- boyaux d’accouplement, raccords, cylindres, valves, etc., sont exactement aux places respectives qu’ils occupent dans un convoi ordinaire; en outre, au-dessus de chaque appareil complet, est pendue une photographie représentant le véhicule même auquel le frein s’appliquerait dans la pratique. Entre chaque appareil s’ouvre une fenêtre qui jette une abondante lumière sur tous les mécanismes.
- Ajoutons encore que, accrochées aux murailles, montées sur des tables spéciales, sont des valves de freins coupées par moitié, suivant le dispositif qui est adopté généralement dans les musées industriels : les agents peuvent complètement se rendre compte du système. A une des extrémités du wagon, à l’opposé du compartiment servant de bureau, est disposée une chaudière verticale commandant une pompe à air qui sert à alimenter les freins et à les faire fonctionner devant les yeux des spectateurs. Cette machinerie est complètement isolée par une cloison mobile du reste du wagon, où la chaleur ne peut se répandre. Sur des tableaux noirs collés aux parois de la salle sont représentés en schémas les différents systèmes de freinage; puis on trouve encore dans ce wagon à conférences d’autres appareils en section, pompes à air, injecteurs, dispositifs à projeter du sable sous les roues de la locomotive, graisseurs, etc.
- Tout est aménagé pour rendre le séjour de la voiture très confortable : des sièges mobiles sont à la disposition des auditeurs; le chauffage se fait à la vapeur, l’éclairage est assuré par un bon nombre de lampes brûlant du gaz Pintsch. Notons un détail intéressant : tous les appareils qui sont en service courant pour le wagon même se trouvent réunis aux modèles installés dans la salle des cours, et l’on peut ainsi les faire fonctionner devant les élèves.
- L’ « instruction car » parcourt donc le réseau de la compagnie, s’arrêtant dans les divers arrondissements de l’exploitation à des dates fixées à l’avance, et l’on s’arrange de manière que les différents agents puissent suivre autant que possible les conférences faites dans cette école roulante. Daniel Bellet.
- LES NOUVEAUX CUIRASSÉS ANGLAIS
- Il y a en architecture navale une mode comme pour les vêtements, avec cette différence que ce ne sont pas d’inexplicables caprices qui président à scs changements, mais les impérieux progrès que font chaque jour les sciences qui concourent à la construction d’un navire de guerre. Au début du cuirassement on recouvrait le bâtiment d’un blindage uniformément épais, et dans toutes ses parties. Les moyens de le perforer devenant plus puissants, on dut, sous peine de voir ce navire s’enfoncer dans l’eau et perdre toute vitesse, diminuer cette épaisseur sur les points où la protection était moins exigeante C’est ainsi que dans ces dernières années on était arrivé à réduire la protection extérieure des bâtiments à une ceinture de flottaison de 55 centimètres
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- au milieu, 40 centimètres à l'avant et 55 centimètres à l’arrière (Amiral-Baudin, Formidable, etc.). Elle paraissait suffisante pour abriter les organes essentiels du navire contre les obus de rupture, les seuls projectiles que sa coque eut à redouter. Mais les résultats des expériences faites, tant en France qu’à l’étranger, avec des obus chargés de mélinitc, de lyddite et autres explosifs, ont dù modifier encore une fois le système des blindages. Moins bien doués que les obus de rupture au point de vue de la pénétration, les nouveaux projectiles peuvent néanmoins passer à travers une plaque d'épaisseur moyenne, et quand ils l’ont traversée ou sont tombés sur le pont, ils font des ravages tels qu’il suffit d’un seul de ces obus pour mettre un navire hors de combat.
- Les Anglais, qui, on le sait, construisent énormément depuis quelques années, ont été les premiers à tenir compte de l’entrée en scène du redoutable engin, et ont dressé les plans de leurs plus récents navires en conséquence (1895). Ces bâtiments sont 1 eMajestic, 1 c Magnificenl, le Jupiter, le Prince-George, le Victorious, le Mars, Yllannibal, le
- Coupc et plan des nouveaux cuirassés anglais.
- Cœsar et VIllustrions, tous lancés et presque tous essayés. Ces neuf cuirassés sont du même type, c’est-à-dire qu’ils ont les mêmes dimensions, le même armement et la même vitesse (longueur : 120 mètres; déplacement : 15140 tonnes ; vitesse : 17 nœuds à 18 nœuds; armement : 44 canons de calibres différents). Sur tous court une cuirasse de 25 centimètres d’épaisseur seulement, mais har-xeysée, haute de 5m,50 au-dessu^ de l’eau et s’étendant sur les deux tiers de la longueur de la coque. L’avant et l’arrière sont simplement protégés par un pont blindé de 100 millimètres, 76 millimètres et 65 millimètres et un cloisonnement spécial. Les tourelles, les blockhaus et les casemates sont également cuirassés.
- Telle est, en ce moment, l’expression la plus complète du navire d’escadre, et le type qui va servir de modèle, jusqu’à nouvel ordre, aux architectes navals. Déjà les Italiens, à l’affût de tous les progrès, ont mis plusieurs bâtiments de ce genre en chantier. 11 y a lieu de penser que nous les imiterons à notre tour lorsque le Parlement aura voté le programme de constructions neuves qu’élabore le Conseil supérieur de la Marine. L. R.
- LES GÉNÉRATEURS OXYÉTHÉRIQUES1
- Depuis le sinistre du 4 mai, il n’est question que des générateurs oxyéthériques destinés aux projections avec la lampe de Drummond dans le cas où on ne possède pas le gaz d’éclairage. Ce générateur est d’origine américaine, il est décrit dans le traité de M. Lewis Wright Opticalprojection de 1891. L’inventeur de cet appareil, M. Ivcs, fait remarquer que la lumière oxyélhérique est loin d'être sans danger et qu’elle ne doit être misé que dans des mains expérimentées. Le modèle actuel construit parla maison E. Ducretct et Lejeune est semblable au modèle américain, avec un seul cylindre comme le recommande M. Ives. Il est indépendant de la lanterne à projection et de la lampe Drummond; par suite le bâton de chaux, qui devient incandescent au contact du jet de gaz oxyétbérique enflammé, est placé à une certaine distance du générateur. La communication entre le générateur oxyétbérique et la lampe de Drummond est ass 'rée par un tube de cuivre rouge fixé sur le générale: r; ce réservoir est fait en tube métallique épais, il ne d<‘it contenir aucun excès d’éther. Généralement la lampe Drummond et le générateur ovy-éthérique sont alimentés par de l’oxygène compiimé; pour éviter la brusque sortie du gaz, par une mauvais * manœuvi e du robinet fixé sur le récipient contenant l’oxygène comprimé, on emploie un dispositif qui, automatiquement, s’oppose à cette sortie intempestive du gaz.
- LE DUC D’AUMALE2
- C’était la semaine de deuil ! Après la catastrophe du Razar de la Charité, la mort du duc d’Aumale : contre-coup peut-être du sinistre drame du 4 mai. L’émotion tue. A la nouvelle de tant de malheurs, le duc, très impressionné, ne laissa rien paraître sur son visage de soldat; mais,quelques heures plus tard, la crise cardiaque qui avait failli l’emporter à Paris, il y a quelques mois, se reproduisit brusquement ; le prince ne put y résister ; il mourut dans la nuit du 6 mai, au milieu de ce beau domaine de Zucco en Sicile qu’il aimait tant et qu’il venait visiter presque chaque année au mois de mai.C’est une bien grande figure qui disparaît avec ce fils de roi, de si belle allure qu’en descendant au.tombeau il semble que s’en va pour toujours le dernier des princes d’assez haute envergure pour aspirer au sceptre. Il honorait la race française.
- Son Altesse Royale Henri-Eugène-Philippe-Louis d’Orléans, duc d’Aumale, quatrième fils du roi Louis-Philippe et de la reine Marie-Amélie, naquit à Paris le 16 janvier 1822. Après de brillantes études au collège Henri IV, il entra, à l’âge de dix-sept ans, dans l’armée comme officier, au camp de Fontainebleau; puis il dirigea pendant quelque temps l’École de tir de Yincennes. En 1859, il fut promu capitaine au 4e régiment de ligne. L’année suivante, il accompagnait en Afrique, en qualité d’officier d’ordonnance, son frère le duc
- 1 Vov. n° 1125, du 22 décembre 1894, p. 51.
- 2 Le portrait du duc d’Aumale a paru dans le n° 1177, du 21 décembre 1895, p. 40.
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- d'Orléans et se distinguait aux combats de l'Affroun, du col de Mouzaïa, du bois des Oliviers; il était, la même année, successivement promu chef de bataillon et lieutenant-colonel. Atteint par la lièvre, il fut rappelé en France, et au moment où il faisait à la tête du 17e léger une rentrée triomphale à Paris, il faillit être victime de l’attentat de Quénisset ( 15 septembre 1841).
- Le duc d’Aumale retourna l’année suivante en Algérie, avec le grade de maréchal-de-eamp ; il commanda pendant deux ans la subdivision de Médéah, où il se signala par de nouveaux faits d’armes, notamment par la capture hardie de la smala de l’émir Abd-el-Kader. Il fut nommé lieutenant-géné-
- ral et commandant supérieur de la province de Cons-tantine.
- Le *25 novembre 1844, il épousa une fille du prince Léopold de Salernc, Marie-Caroline-Auguste de Bourbon, née le 26 avril 1822.
- En 1847, le duc d’Aumale remplaça le maréchal Bugeaud comme gouverneur général de nos possessions d’Afrique. A la nouvelle de la Révolution de février 1848, il gagna l’Angleterre, d’où il protesta, avec le prince de Joinville, contre le bannissement de sa famille. 11 résida tour à tour à Claremont et à Twiekenham.
- Nous rappelons en termes trop courts malheureusement, tant la place nous est comptée, cette exis-
- Fig. 1. — Château de Chantilly. Forte d'honneur. (D'après une photographie).
- tence si remplie, si pleine de hauts faits et souvent d’aventures chevaleresques. Le prince avait du sang du Béarnais et il ne craignait pas de le dire quelquefois en souriant pour s’excuser d’avoir fait souvent le coup de feu comme un simple soldat. Quelle saisissante et admirable histoire on pourra écrire en racontant la vie de ce prince soldat, de ce délicat lettré, de ce citoyen aimé et honoré partout et à toute époque et dont le renom de grande popularité survécut aux crises révolutionnaires! Ils sont bien rares ceux dont la popularité résiste au temps !
- La révolution avait brisé son épée; l’exilé gagna l’Angleterre. C’est à l’étranger qu’il commença la publication de son Histoire des princes de Condé. Les premiers volumes imprimés en 1861 furent
- saisis en France et ne purent être mis en vente qu’en 1889. L’œuvre fut continuée a Chantilly. On se souvient des événements de 1870. Le duc d’Aumale demanda à servir dans l’armée comme simple Français. On le lui refusa. Le suffrage universel lui ouvrit les portes toutes grandes. Le département de l’Oise l’élut en 1871 par 52222 voix. Il fut plus tard réintégré dans l’armée au titre de général de division et reprit en 1872 du service actif. Ce fut à ce titre qu’il présida le procès Bazaine. Tout était perdu, invoquait Bazaine dans sa défense, le gouvernement impérial avait disparu, il ne restait rien. « 11 restait la France, monsieur, » répondit le duc d’Aumale.
- La loi du 25 juin 1886 qui expulsa les chefs de familles ayant régné en France le fit rayer des cadres
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- de l’armée. Le duc écrivit au président Grévy une lettre restée fameuse qui se terminait par ces lignes : « Quant à moi, doyen de l’état-major général, ayant rempli en paix comme en guerre les plus hautes fonctions qu’un soldat puisse exercer, il m’appartient de vous rappeler que les grades militaires sont au-dessus de votre atteinte et je reste : le général Henri d'Orléans, duc d’Aumale. »
- La réplique du gouvernement ne se fit pas attendre. Le duc fut banni; il se retira à Bruxelles. H devait avoir le dernier mot. Quelque temps plus tard il répondit à celte injuste mesure en faisant don à l’Institut du château de Chantilly. Le duc d’Aumale avait été élu membre de l’Académie fran-
- çaise le 50 décembre 1871, en remplacement de Montalcmbert, puis, en 1888, membre de l’Académie des sciences morales et politiques; il était aussi membre libre de l’Académie des beaux-arts. Trois fois académicien, et héritier du prince de Condé, il voulut que le joyau superbe de cet héritage revînt après sa mort à la plus illustre compagnie savante de notre pays. 11 fit part de sa donation en transmettant à ses collègues le paragraphe 0 de son testament.
- Paragraphe 6. — Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec ses bois, ses pelouses, ses eaux, ses édifices et tout ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, objets d’art, tout cet ensemble
- qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre qui m’a fait l’honneur de m’appeler dans ses rangs à un double titre, et qui, sans e soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction comme aux secousses trop brusques, conservant son indépmdance au milieu des fluctuations politiques.
- Eu conséquence, je donne et lègue à l'Institut de France, qui en disposera dans les conditions ci-après déterminées, le domaine de Chantilly tel qu’il existera au jour de mon décès, avec la bibliothèque et les autres collections artistiques ou his'oriques que j’y ai formées, les meubles meublants, statuts, trophées d’armes, etc.
- 11 n’apporta qu’une seule restriction à ce don royal. C’est qu’il ne serait rien changé à Chantilly.
- On y conserverait la chapelle, où est le cœur de Condé, affectée au culte et dans laquelle il sera dit des messes particulières à certaines époques déterminées. Les splendides collections du château seront réunies sous le titre de « Musée Condé ». Ce testament est daté du 28 septembre 1880.
- Après ce cadeau sans précédent, le gouvernement dut céder à l’opinion. Le 9 mars 1889, le duc d’Aumale fut autorisé à rentrer en France. 11 eut pu dédaigner cette permission. Dans une lettre datée de Bruxelles le 19 janvier et écrite au général de Gal-lifl’et, il disait fièrement : « Il ne s’agit pas là d’une faveur qu’on sollicite, accepte ou refuse, mais d’un acte d’équité. Pouvais-je accueillir autrement qu’avec gratitude l’acte qui mettrait fin à mon exil et me rendrait ce que l’homme a de plus cher, la Patrie ! »
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- Le 11 mai 1889, le duc d’Aumale arrivait à Paris et le jour même siégeait à l’Académie française.
- Nous n’avons pu parler ni du prince, ni du soldat, ni du bibliophile passionné; Son Altesse Royale Mgr le duc d’Aumale ne nous appartient ici que comme membre de l’Institut, comme bienfaiteur des sciences, des arts et des belles-lettres, comme donateur de ce magnifique château de Chantilly que plusieurs fois par semaine le public pourra bientôt visiter. C’est à Chantilly que le duc d’Aumale a passé les dernières années de sa vie, achevant de donner un abri aux épaves glorieuses de la France d’autrefois et en accumulant tant d’œuvres d’art, tant de chefs-d’œuvre, de trésors et de richesses. Dans la salle des Batailles, on trouvera les drapeaux pris à Roeroy, l’épée à poignée d’ivoire du grand Condé. On admirera le joli salon des Singes, exquise fantaisie du xvme siècle. Et il faudra bien saluer cette incomparable bibliothèque, qui évoque de toute part la mémoire impérissable de l’historien de Condé! Rem militarem et argute loqui, vieille devise gauloise bien digne de ce Fils de France !
- Depuis quelques jours, et sur la terre natale qu’il affectionnait si chèrement, dans le mausolée de Dreux, à côté de tant de noms illustres, repose pour l’éternité celui qui n’eut dans sa vie que deux ambitions, faire le bien et servir la Patrie !
- Henri de Paryiixe.
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- LES ÊTRES VIVANTS
- CONSIDÉRÉS COMME RÉACTIFS GÉOGRAPHIQUES
- Les plantes et les animaux sont assimilables à des instruments de physique des plus délicats réagissant sous une foule d’influences extérieures.
- Les combinaisons si multiples et si variées de la flore et de la faune correspondent chacune à un ensemble bien défini de conditions de milieu, en vertu desquelles s’étend ou se limite ce qu’on appelle « l’aire d’habitat ». Ces conditions comprennent les divers éléments du climat, du sol considéré soit géologiquement, soit géographiquement, de la nutrition, de la propagation, etc. Toute modification qui les affecte a son retentissement immédiat sur les êtres vivants qui en dépendent, et qui la révèlent soit par une transformation, soit par leur disparition.
- En conséquence, la présence de tel ou tel organisme, dont les conditions d’existence sont bien connues, peut servir à caractériser très nettement le milieu qu’il habite. Par extension, le mode de répartition des animaux et des plantes peut fournir d’utiles renseignements sur certains détails de géographie physique locale. Et comme ce sont des instruments d’une extrême sensibilité, des analogies insoupçonnées, des différences ignorées, qui auraient échappé à tout autre procédé d’investigation, peuvent être révélées par leur présence ou par leur absence.
- Considérés à ce point de vue, les êtres vivants sont donc d’excellents réactifs géographiques.
- L’utilisation de ces réactifs, toujours d’une grande utilité, est parfois indispensable et ne peut être suppléée par aucune autre source d’information. En voici un exemple.
- Pendant l’été de 1895, chargé de l’exploration de l’ile d’Anticosti, à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, j’avais à me faire une opinion raisonnée sur le climat réel
- de cette île, réputée a priori comme une des régions les plus froides du Canada. Depuis quelques années, un relevé thermométrique des températures avait été fait au phare de la Pointe-Sud-Ouest, mais tous les météorologistes savent que ces relevés ne signifient rien en dehors d’un certain rayon. Je ne pouvais guère y puiser que ce renseignement, savoir : qu'au phare de la Pointe-Sud-Ouesl, depuis le début des observations, les froids de l’hiver ne commencent pas plus tôt et ne finissent pas plus tard qu’en France sous la latitude de Paris, et qu’ils ne sont pas plus rigoureux. Pour juger avec une précision absolue de la température de toute l’ile, je n’avais qu’un réactif infaillible : la végétation. En effet, le végétal ne s'acclimate jamais : les siècles n’y font rien; dès que la température varie en dehors des limites entre lesquelles prospère chaque espèce, celle-ci dépérit ou meurt. Ce fait universel permet d’établir le principe suivant :
- La flore d’un pays indique, avec la plus exquise sensibilité, les degrés extrêmes de chaleur et de froid qu’il a éprouvés depuis l'origine de cette flore.
- Or, l’examen de la flore d’Anticosti permet d’affirmer immédiatement que celte île appartient (suivant la classification de Unger) non à la zone subarctique, comme la plus grande partie du Canada, mais à la zone tempérée froide, dont la limite méridionale se trouve vers le 45e degré de latitude. Si l’on voulait arguer de la présence du thuya d’Occident sur la côte sud-orientale, on pourrait même constater, pour cette partie-là, un climat encore plus méridional, car, sur tout le continent américain, le thuya d’Occident n’atteint même pas, à sa limite nord, le 45° parallèle, alors qu’à Anticosti, il dépasse le 49°. Mais même sans tenir compte de ce fait extraordinaire, on peut affirmer, d’après l’examen général de la flore, que l île d’Anticosti est le pays le moins froid du Canada. On peut affirmer, en outre, que depuis l’origine de cette flore, jamais le froid n’a atteint à Anticosti la rigueur de .notre hiver de 1879-1880, puisque celui-ci a détruit en France des végétaux qui prospèrent dans l’ile d’Anticosti. Et cependant, c’est surtout à Anticosti, toutes choses égales d’ailleurs, que les végétaux se trouvent dans les conditions où ils sont le plus exposés à geler, puisqu’ils vivent sur un sol imprégné d’eau et sont eux-mêmes gorgés d’humidité. Il faut donc que le climat soit suffisamment doux pour qu’ils puissent survivre.
- Voilà le fait indéniable qui résulte de l’observation C
- Le froid oppose une limite nettement tranchée à l’aire d’habitat des végétaux. La limite imposée par la chaleur est moins nette, mais cependant très sensible. Au-dessus de la température normale d’habitat d’une espèce, les individus sont de plus en plus disséminés : ils accomplissent mal toutes les phases de leur végétation, leur longévité est diminuée. C’est ainsi que le mélèze, l’arbre par excellence de la zone subarctique et des hautes régions montagneuses, y acquiert les qualités les plus précieuses de dureté, d’inaltérabilité, de résistance. Sa croissance y e>t lente, sa fructification tardive; mais il traverse des siècles sans arriver au dépérissement. Transporté dans un habitat plus tempéré, le mélèze croît vite, fructifie rapidement, mais aux dépens de sa longévité et des qualités de son bois. A 50 ans, il dépérit, livrant un arbre au tissu mou, léger, sans résistance et sans durée -. Donc les faits de la végétation fournissent
- 1 Paul Combes. Exploration de file d’Anticosti, p. 19
- 1896).
- * Arthur Noël. Essai sur les repeuplements artificiels, p. 3 (1882).
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- des données positives sur les températures extrêmes de la région où on les observe, et sur la variation de ces températures. La végétation est le seul thermomètre qui permette de mesurer avec précision les températures des anciens temps historiques et préhistoriques.
- Rien de mieux connu que les conditions normales de la culture de la vigne. Or, l’histoire nous apprend qu’au xme et au xive siècle, la vigne prospérait en Bretagne, en Normandie, en Picardie, en Flandre, en Brabant, jusqu’à Utrecht en Hollande, et en Angleterre dans le Sur-rey1. Le recul de la zone de culture de la vigne depuis cette époque est une preuve irréfragable de la détérioration continue de la température de ces régions.
- On sait que la zone de l’olivier subit un recul analogue.
- Mes souvenirs personnels me permettent de citer un vieil olivier situé dans la propriété de mes parents à Mon-tolieu2, dans le département de l’Aude, sur les dernières pentes méridionales de la Montagne Noire, et qui était certainement le plus septentrional de France. Il fut tué par l’hiver de 1870-1871, et la zone de l’olivier recula, de ce fait, de plusieurs kilomètres. On voit de quelle utilité sont les végétaux pour préciser certaines données de la géographie physique.
- Les animaux peuvent rendre des services analogues.
- Ainsi, M. Achille Raffray, vice-consul de France, qui a visité l’Abyssinie à plusieurs reprises, a pu y établir, par ses observations entomologiques, une division en quatre zones altitudinaires, correspondant exactement à des différences caractéristiques de climat et de végétation3.
- La première est celle du littoral, c’est-à-dire des régions tout à fait chaudes, ne dépassant pas 800 mètres d’altitude. Cette zone est exclusivement peuplée d’animaux qu’on retrouve dans toute la région saharienne du nord de l’Afrique. JuSqu’à 2000 mètres s’étend une deuxième zone, celle des vallées chaudes, des plaines relativement basses de l’Abyssinie. Sa faune a exactement la variété des formes et la richesse des couleurs de la faune sénégalienne. M. Raffray y a rencontré une quantité considérable d’insectes qui ne diffèrent pour ainsi dire pas de ceux du Sénégal : il y a même beaucoup d’espèces qui sont complètement identiques. Tient ensuite la zone des hauts plateaux, vraiment caractéristique de l’Abyssinie, et dont l’altitude extrême est de 2800 mètres. Les insectes qui l’habitent appartiennent à des types très variés : la plupart ont des formes spéciales; quelques-uns ont de la ressemblance avec ceux de l’Afrique australe; on y rencontre aussi un grand nombre de types appartenant au bassin fie la Méditerranée, c’est-à-dire se trouvant en Asie Mineure, en Grèce, et même dans le midi de la France. De 2800 mètres à 3800 mètres, on arrive à une sorte de région subalpine, dont la faune est très pauvre. Les insectes qui vivent dans cette région appartiennent presque tous à des types de notre Europe tempérée et même montagneuse. La plupart d’entre eux ont leurs équivalents dans des espèces qui vivent dans les Pyrénées, dans les Alpes et surtout en Styrie. Il n’y a qu’un ou deux genres qui soient propres à cette région, — genres qui n’étaient pas encore connus, formes nouvelles, mais voisines de formes européennes.
- 1 J. Péroehe. Les variations séculaires de la température. (Revue scientifique, 29 septembre 1888.)
- 2 Le nom même de Montolieu (nïons Olivarum, mont des Oliviers) indique bien que ce lieu fut autrefois renommé par scs olivettes.
- 3 Paul Combes, L'Abyssinie en 1896, p. 20.
- On voit quelles analogies géographiques fait pressentir l’observation de ces similitudes de formes, entée les différentes zones altitudinaires de l’Abyssinie, et d’autres contrées de l’Afrique, de l’Asie et même de l’Europe, — et quelles conséquences pratiques il est possible d’en tirer.
- Ce qui précède suffit à démontrer qu’il existe toute une méthode d’investigation par les êtres vivants dont la géographie physique peut tirer un parti considérable.
- Paui, Combes.
- MITRAILLEUSE AUTOMATIQUE H0TCBKISS
- Où s’arrêteront les progrès des engins de guerre? Voici une mitrailleuse qui fonctionne automatiquement, et qui peut tirer jusqu’à 500 et G00 cartouches d’infanterie p#r minute (fig. 1).
- Cette nouvelle petite machine de guerre, véritable merveille de mécanisme, charge un fusil, ferme la culasse, met le feu, ouvre le tonnerre, rejette l’étui vide et introduit une autre cartouche exactement comme le ferait un soldat avec une arme à magasin. La description générale que nous en donnons suffit pour en faire comprendre tout de suite le fonctionnement :
- Un canon de fusil à paroi renforcée À (lig. 3,n°1) est vissé à l’avant d’une boîte de culasse B qui renferme le mécanisme opérateur. En dessous et parallèlement à ce canon est fixé un cylindre creux C qui communique avec l’arme par un orifice foré dans la volée à une certaine distance de la bouche. Dans ce cylindre se meut un piston à came E (ms 2 et 3) destiné à faire fonctionner la culasse mobile, le percuteur et le mécanisme d’alimentation. C’est en cela que consiste toute la machine.
- Le coup parti, aussitôt que la halle a dépassé l’orifice de communication du canon avec le cylindre, les gaz de la poudre pénètrent dans la chambre en avant du piston et le repoussent en arrière à une position où le retient une gâchette. Lorsqu’on presse ensuite la détente, la gâchette se dégage, le piston rendu libre est lancé en avant à sa position initiale par le moyen d’un ressort à boudin.
- Voilà donc le piston animé d’un moux'ement alternatif qui sera constamment entretenu tant que la chambre de chargement du canon de fusil sera approvisionnée de cartouches. C’est ce mouvement du piston qui, par des dispositions très simples et extrêmement ingénieuses de cames, de pignons et de rampes, chasse la culasse mobile en arrière, ouvre le tonnerre, extrait l’étui vide, le projette au dehors, pousse une nouvelle cartouche dans la chambre de chargement, ferme le tonnerre, presse la détente et fait partir le coup, remplissant en un mot toutes les fonctions du tireur. Chaque mouvement de va-et-vient amène une cartouche dans la position de chargement, prête à être poussée à sa place par la culasse mobile et tirée.
- Les cartouches sont disposées parallèlement sur des lames en laiton (n° 5) où elles sont maintenues par des agrafes. Des évidements sont pratiqués au milieu de ces lames ou bandes pour y laisser enga-
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- ger les dents de l’entraîneur qui est actionné par le piston. 25 bandes de cartouches sont disposées dans des boîtes en carton de telle manière qu’il suffit, pour charger, d’enlever le couvercle, d’introduire l’extrémité de la bande dans le couloir d’alimentation en
- la poussant à fond. Chaque bande est expulsée automatiquement après épuisement. En introduisant de nouvelles bandes successivement, sans interruption, on rend le tir continu.
- Pour refroidir le canon, qui s’échauffe considéra-
- blement pendant le tir, et permettre de le manier sans danger de brûlure, on a fretté sur le tube un radiateur à ailettes qui enlève une grande partie de la chaleur développée.
- Un régulateur, placé vers l’extrémité du cylindre à gaz, permet de faire varier dans une certaine mesure l’espace occupé par les gaz de la poudre en avant du piston et d’assurer le fonctionnement régulier du mécanisme.
- L’arme est munie d’une crosse en bronze avec pièce d’appui pour permettre d’appuyer à l'épaule et de viser. Elle repose sur un affût formé de trois pieds dont les branches s’articulent sur une crapaudine dans laquelle vient s’emmancher le chandelier portant la mitrailleuse. La branche arrière du trépied porte une sellette sur laquelle peut s’asseoir le tireur.
- L’aflut s’élève ou s’abaisse à volonté en rappro-
- chant ou en écartant les branches du trépied. Il permet ainsi de tirer soit debout, soit assis, soit couché. On peut en relever les branches en brancard et,
- ainsi disposée, la mitrailleuse peut être commodément portée par deux hommes.
- Son poids total n’est d’ailleurs que de 20 kilogrammes. Pour le transport sur les roules on la sépare en deux parties, le canon et l'affût, mises chacune dans une gaine en cuir. L’affût a la branche d’arrière repliée à cet effet et le chandelier-support reste engagé dans la crapaudine. Un mulet porte le tout; une gaine est fixée à droite sur le bât, l’autre à gauche, ainsi qu’un coffret d’accessoires de rechange et un coffre de munitions (fig. 2).
- Un autre mulet porte les munitions supplémentaires renfermées dans deux coffres, contenant chacun 32 bandes de chargement, c’est-à-dire
- Fig. 2. — Transport de la mitrailleuse Hotdikiss à dos de mulet.
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- 960 cartouches, soit au total 1092 cartouches.
- La mitrailleuse peut être démontée et remontée par un soldat d’une intelligence moyenne et sans l’usage d’aucun outil. Le mécanisme moteur étant
- rectiligne ne dérange en rien l’exactitude du tir et permet de tirer sous toutes inclinaisons au-dessus ou au-dessous de l’horizon sans un déplacement de la cartouche. Celle-ci n’est en contact avec la partir
- Fig. 5. — Détails de la mitrailleuse Ilotelikiss. — 1. La mitrailleuse montée; A. Canon renforcé; R. Radiateur à ailettes; II. Ilolle du mécanisme de culasse; C. Cylindre à gaz; II. Régulateur. — 2. Coupe longitudinale de la culasse ouverte montrant le mécanisme; E. Piston à cames en arrière ; le percuteur avec sa tête mobile ; le ressort à boudin comprimé ; le verrou ouvert ; la gâchette. — 3. Coupe longitudinale de la culasse fermée; le piston en avant; le ressort à boudin détendu; le verrou fermé. — 4. Vue perspective du couloir d’alimentation où s’introduisent les bandes-chargeurs. — d. Vue perspective d’une bande-chargeur en laiton montrant la disposition des cartouches maintenues par les agrafes.
- échauffée du canon qu’au moment de la décharge.
- Deux hommes sont nécessaires pour la manœuvre; mais, en cas de nécessité, un seul homme suffit.
- Sur le champ de bataille on peut la déplacer très aisément en la mettant en brancard. En pays de montagne on pourrait même la séparer en trois par-
- ties, la boîte de culasse, le canon et le mécanisme, dont chacune ne pèserait pas dix kilogrammes.
- Le tir peut à volonté être conduit lentement à raison de 100 coups par minute, ou rapidement jusqu’à la vitesse de 600 coups. Major Nitepp.
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- LES ÂQIMIUMS PUBLICS D’EUROPE
- L’amour et la* recherche de l’inconnu, le besoin inné chez l’homme de surprendre et de comprendre les secrets de la nature, l’ont conduit à tout fouiller de son regard investigateur, depuis l’immensité des voûtes célestes avec Képler, en passant par les hautes régions de l’atmosphère dans la nacellede Gay-Lussac, par les nuages dont il a soutiré la foudre au risque d’y perdre Franklin, par les sommets élevés, péniblement gravis d’abord par de Saussure, Bravais, Martens et Le Pileur, et aujourd’hui accessibles aux chaises à porteurs, en attendant les chemins de fer ou ascenseurs électriques encore à leurs débuts, par les pays au delà des mers les plus impraticables, jusqu’aux entrailles de la terre qui ont englouti Pline le Jeune. Seuls les abîmes de la mer sont restés jusqu’ici à peu près insondables. De là l’intérêt qu’excitent chez tous, grands et petits, les quelques traces de toute cette vie sous-marine dont, depuis un tiers de siècle à peine, savants et vulgarisateurs ont mis sous nos yeux étonnés le spectacle réduit dans les aquariums des villes européennes.
- C’est à un Anglais, M. Alford Lloyd, que paraît revenir la première idée de ce genre d’exhibitions, à la création desquelles il prit une part active à Paris, Hambourg, Hanovre et Sydenham. Elles eurent d’abord une très grande vogue; mais, le public se lassant de tout, même des choses sérieuses, nombre d’entre elles ont peu à peu disparu, faute du nerf vital de toutes choses.
- La classification des aquariums européens qui ont subsisté n’est pas sans présenter quelque difficulté en raison de leurs diverses affectations, les uns étant exclusivement réservés aux scientifiques études biologiques, les autres revêtant uniquement le caractère de la vulgarisation, d’autres enfin tenant un moyen terme entre ces deux extrêmes. Les premiers sont généralement en dehors et loin des grandes villes ; on peut citer parmi eux, comme modèles du genre, ceux de Banyuls, pour la Méditerranée, et de Concarneau, pour l’Atlantique. Ceux de Paris, Berlin et Brighton appartiennent plus particulièrement à la seconde catégorie, tandis que la Stazione zoologica de Naples, d’abord, et, après elle, l’aquarium d’Amsterdam, tiennent la tête parmi les établissements mixtes. Sans pénétrer ici dans les arcanes de la science, nous nous occuperons seulement des deux dernières classes, des aquariums publics.
- Ces divers établissements ont certains caractères communs par lesquels l’art et la science semblent avoir rivalisé en vue de donner aux sens l’illusion aussi parfaite que possible du milieu où le spectateur est censé plongé. C’est ainsi qu’ils affectent généralement à l’intérieur la forme de grottes souterraines, dont l’accès froid, humide et sombre, au milieu de rochers factices, imprime au visiteur le sentiment d’une translation dans les profondeurs de la mer. On y trouve ensuite de larges corridors plus
- ou moins obscurs, sur les côtés rocailleux desquels de grandes ouvertures à parois de glaces permettent à l’œil de plonger horizontalement dans les vastes bassins amplement éclairés par la lumière du jour ; les dispositions optiques y sont prises d’ailleurs de manière à offrir l’apparence d’une grande profondeur horizontale qui, jointe à une habile dissimulation de la surface de l’eau, laisse réellement l’impression d’un coin liquide découpé dans l’océan. Les glaces mêmes qui ferment les ouvertures ne sauraient être très grandes en raison de l’épaisseur par laquelle il leur faudrait résister à la poussée de l’eau; mais d’heureuses combinaisons de pentes et d’obliquité des murs en béton rustiqué qui limitent les bassins viennent encore ajouter aux effets optiques ci-dessus signalés, en vue de l’illusion cherchée.
- Le même soin est apporté à la dissimulation des tuyaux d’arrivée d’eau, des pompes, trop-pleins,etc., aussi bien que des agents nécessaires à l’entretien de ces cuves. Tout ce service est aménagé en arrière et ordinairement soustrait aux yeux des profanes. Des passages obscurs soigneusement fermés et dissimulés conduisent à cette partie officinale, et, si l’on y pénètre, on est tout d’abord ébloui par les flots de la lumière du jour contrastant avec les sombres corridors précédemment quittés. On se trouve sous une halle vitrée par laquelle la lumière se déverse abondamment sur les parois rocailleuses des bassins pour se réfléchir ensuite vers les galeries réservées au public. De chaque côté d’un large passage bétonné se dressent les'euves à travers lesquelles on aperçoit, invisible soi-même, les glaces servant d’objectifs aux visiteurs. On ne voit au-dessus et autour de soi que conduites d’eau, serpentins, pompes, desservant discrètement les divers réservoirs au milieu d’un murmure et d’un bouillonnement savamment soustraits aux étrangers. L’objet de ces dispositions est de faire face à un renouvellement continu d’eau claire et bien aérée, élément essentiel de la conservation des animaux. En ce qui concerne l’approvisionnement d’eau de mer, le système de la « conservation » a été reconnu plus favorable à l’hygiène des pensionnaires que le renouvellement réel par apports réguliers. Indépendamment de la raison d’économie, la même eau pouvant servir et resservir pendant des mois et même des années, on a constaté que le renouvellement de l’eau de mer introduisait un courant constant d’impuretés qui échappaient à la filtration. L’eau d’approvisionnement est, en conséquence, conservée dans une citerne bétonnée dont la capacité varie, suivant les établissements, entre dix et cinquante fois le volume total des réservoirs. Dans ces conditions de fraîcheur, d’obscurité et de température constante, l’eau semble jouir de la propriété de se purifier et de se reposer, même en peu de jours, en abandonnant les matières qu’elle tient en suspension et reprenant son aptitude d’aération. C’est à cette citerne que se rend, après un filtrage sommaire, toute l’eau issue des cuves, et de là quelle leur est de nouveau distribuée après
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- aération. Ce mode de circulation est combiné de manière à renouveler plusieurs fois par jour l’eau de chaque réservoir. Les habitants semblent bien s’en trouver; aucun d’eux ne s’en est jamais plaint.
- l)e ces considérations générales, si l’on passe aux différents aquariums publics d’Europe, on trouve tout d’abord, comme nous l’avons dit, celui de :
- Naplesb —Sa situation au milieu d’un jardin public, sur le golfe, est exceptionnelle. On y accède par d’élégantes allées serpentant au mil:.eu de pelouses et de massifs de plantes et de cactus séculaires et d’où l'on découvre le profil lointain de l’îlede Capri, les eaux bleues du golfe et la masse du Vésuve.
- Le bâtiment lui-même ressemble à un vaste palais, dont l’aile principale est la plus ancienne ; elle remonte à 1875, époque à laquelle la station zoologique a été créée par le professeur Anton Dohrn. L’aile d’arrière est de construction plus récente et réservée aux études physiologiques. L’aquarium occupe le sous-sol du bâtiment principal; il est ouvert tous les jours; les parties supérieures, comprenant les laboratoires, bibliothèque, salhs d’études et de recherches, ne sont généralement pas accessibles aux étrangers.
- Les dispositions générales intérieures, modelées sur le type habituel dont nous avons parlé, font admirablement jouer à l’œil du spectateur, sous le beau soleil d’Italie, les brillantes couleurs,de la faune du golfe qui en fait le principal intérêt. On y voit vingt-quatre grands réservoirs environ, dans lesquels un savant aménagement des ombres et des lumières met en relief les chatoyants reflets de cette agitation sous-marine. Une première cuve présente une collection d’étoiles de mer et d’oursins, aux vives couleurs, fixés aux glaces qui la ferment. Au fond et en arrière, un groupes de crinoïdes ressemble à une étincelante corbeille de fleurs animées. Un bassin voisin renferme une riche et sombre végétation sous-marine en avant de laquelle des trigles ailés, rougeâtres et brillamment mouchetés, effleurent timidement le sol du bout de leurs nageoires penniformes. Là, une petite bande de calmars aux mouvements délicats et rapides va et vient prudemment, et au-dessous d’eux on aperçoit parfois une série de grands tritons et des grappes d’œufs de seiches. Dans un autre bassin un banc d’anémones de mer offre le spectacle des grandes et splendides espèces communes dans les eaux australes, avec leurs couleurs brune, orange, jaune et vermillon qui justifient en partie leur nom ; on y aperçoit également, au fond, des coraux et une forêt d’éventails de mer blancs et violets, bordés de coraux d’un beau rose, qui s’épanouissent en fleurs jaunes comme de véritables étoiles. Plus loin, c’est une foule d’ascidies, curieux vertébrés rudimentaires qui semblent un vestige de la forme primitive des poissons. Des espèces délicates, transparentes, solitaires, telles que le flasque Ciona, contrastent avec le Cynthia cramoisi et d’autres masses grossières et épaisses.
- 1 Voy. n° 406, du 12 mars 1881, p. 230, et les Tables des matières, lre série, à librairie Masson et Cie.
- Autour d’eux on voit des files de Salpa et, accidentellement, à'Amphioxus qui ne se montrent que de temps à autre; cachés dans le sable, ils en émergent, frémissent comme pris d'une frayeur subite, et disparaissent brusquement. La variété est la note dominante des bassins voisins. L’un se signale par l’éclat des couleurs de ses habitants ; l’autre est au contraire caractérisé par la plus parfaite dissimulation, si bien que le visiteur a parfois besoin de regarder longtemps avant de pouvoir distinguer dans le réservoir, vide en apparence, les espèces cachées de tous cotés. C’est ainsi qu’il découvre successivement les raies et les carrelets, que leur coloration permet à peine de discerner du fond de sable sur lequel ils reposent, le curieux observateur dont les yeux semblent chercher les étoiles et qu’on entrevoit à peine enfoui sous le sol arénacé, puis une série de crustacés ramenés sur eux-mêmes et comme incrustés dans les rochers qui bordent le bassin, ou un crabe égaré, errant avec précaution et portant sur sa large carapace aplatie tout un jardin protecteur de végétations sous-marines. A côté les bizarres syngnathes et les chevaux marins suivent inertes les mouvements des longues herbes sous-marines. Dans un bassin plus vaste flottent avec indolence des tortues de mer, et au milieu de tessons de terre cuite sont blotties les murènes au regard féroce, à l’apparence de serpents, aux mâchoires aiguisées, qui défrayaient les dîners des Romains et les plaisirs sanguinaires de Son Altesse Pollion.
- Quant aux détails d’organisation intérieure, ils rentrent dans les dispositions générales communes aux établissements du même genre.
- Amsterdam. —Moins riant comme aspect et comme situation, raquarium d’Amsterdam, dans sa froide et sévère beauté architecturale, s’harmonise avec le caractère général du pays qui l’environne. C’est le plus récent des aquariums publics d’Europe. Il a été ouvert en 1880 comme annexe des bâtiments de la fameuse Société zoologique d’Amsterdam « Natura Artis Magistra », alors dirigée par le I)rWestermann. Sa vaste façade, qui ne mesure pas moins de 90 mètres de long, a été très heureusement mise à profit au point de vue de sa décoration et de ses dispositions intérieures avec colonnes, arcades, corniches monumentales, sans sacrifice sensible comme espace ni comme apparence à son objet immédiat. La galerie principale sur laquelle donnent les bassins a près de 50 mètres de long et est entièrement revêtue de marbre qui diffuse la lumière issue des glaces des aquariums. Ceux-ci, au nombre de vingt, dont les plus vastes mesurent 9m,05 environ de longueur, sont admirablement aménagés pour faire valoir les collections aux mille couleurs et aux mouvements incessants qu’ils renferment. Ce qui frappe le plus l’observateur attentif, c’est la grande variété de poissons qu’on a réussi à faire vivre dans un même réservoir ; on y rencontre entre autres les espèces les plus répandues sur les côtes de la mer du Nord, le turbot et la sole, la morue, les raies, le carrelet, et
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- même le hareng et le maquereau, qui ont cependant généralement besoin de grands espaces. Cette collection ne serait pas complète sans les poissons d’eau douce, qui comprennent un certain nombre d’espèces américaines, le loup, l'amia et le silure, dont les derniers contrastent étrangement comme dimensions avec leur cousin d’Europe, le Wels géant du Danube.
- De l’extrémité de cette galerie le visiteur passe dans une sorte de rotonde brillamment éclairée, où des tables de marbre ornées de fleurs et supportant d’autres bassins étalent de nouvelles espèces intéressantes de poissons d’eau douce et de salamandres ; et finalement on arrive à un vaste amphithéâtre destiné à des conférences populaires et garni d’étagères de marbre admirablement installées, supportant des préparations sèches ou conservées dans l’alcool d’espèces typiques d’invertébrés et de vertébrés d’ordres infé-
- rieurs. Le tout est très soigneusement entretenu, grâce à l’énergique et intelligente administration du directeur actuel, le Dr Kerbert.
- Plymouth. — L’aquarium public de Plymouth, sur la côte du Devonshire, a été édifié par les soins de l’Association biologique maritime. Tout le rez-de-chaussée de son laboratoire est ouvert aux visiteurs et leur offre une collection choisie de la faune de la Manche. Les relations incessantes de l’établissement avec les pêcheries britanniques lui assurent un approvisionnement exceptionnel qui lui assigne un rang important parmi les aquariums maritimes.
- Paris. — L’aquarium du Trocadéro a, dans son temps, car il est aujourd’hui un des plus anciens, été regardé comme le plus beau d’Europe. Un peu abandonné actuellement, il produit, à première vue, surtout après les précédents, une impression pou
- Fig. 1. — Aquarium d'Amsterdam.
- favorable; mais cette sensation d’un instant n’empêche pas finalement le visiteur de reconnaître son très intéressant caractère. Il appartient, comme les premiers du genre, au type en forme de grotte. On accède à sa galerie principale souterraine par des marches grossièrement taillées dans un roc artificiel et au doux murmure d’une petite cascade. Cette galerie, sombre et froide, fait ressortir en vive lumière l’alignement des parois verticales des bassins qui prennent jour par le haut, au milieu d’un groupe d’arbustes, et dont l’eau bleuâtre est constamment animée par les mouvements de ses hôtes. Elle est circulaire et comporte, outre les neuf bassins qui ornent sa périphérie, deux réservoirs centraux séparés par une allée. On y remarque surtout la grande hauteur des bassins, dont l’eau a dans quelques-uns plus de 3,n,5 de profondeur et détermine une énorme pression sur les parois de glaces. Cet effort considérable est habilement compensé par une division de
- ces glaces en panneaux de moindre importance, solidement reliés entre eux par des armatures de fer soigneusement dissimulées. Cette grande hauteur de cuves a permis d’y loger de grandes plantes aquatiques à hautes tiges qui contribuent à l’ornementation. L’aquarium est aujourd’hui presque exclusivement alimenté en poissons d’eau douce.
- A cette exposition publique se trouve adjoint un laboratoire affecté à des expériences de pisciculture, sous la haute direction de M. Jousset de Bellesme. Les bassins d’étude sont disposés en files verticales, de manière à réaliser la circulation d’eau en cascade recommandée par les promoteurs de ce précieux genre d’élevage.
- Berlin. — Comme le précédent, cet aquarium, dont la fondation, due au lUBrehm, remonte à 1869, est un des premiers d’Europe. Entreprise privée, il est très bien administré et objet de soins particuliers qui attirent un grand nombre de visiteurs.
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- Sa situation dans le voisinage de la promenade des Lilas (Unter den Linden) est exceptionnellement avantageuse au point de vue de l’étranger qui visite Berlin. Son aspect extérieur, qui lui donne plutôt l’apparence d’un théâtre, ne révèle
- Fig. 2. — Aquarium (l'Amsterdam. — Les bassins.
- de terre et de lézards, avant qu’il n’arrive de grotte en grotte, par de sombres escaliers taillés
- cependant pas sa destination. La première galerie par laquelle on entre est un long corridor à arceaux de fer, bien éclairé, garni, des deux côtés, de glaces transparentes, où les regards du visiteur sont attirés par la vue de tarentules, de tortues
- Fig. 5. — Aquarium de ISrighton. — Galerie principale.
- I dans le roc et latéralement égayés d’aquariums, au | véritable objet de sa promenade. Jusque-là il traverse
- Fig. I. — Aquarium de Brighton.
- des salles circulaires surmontées de dômes et qui abritent ici des tortues de ports et des crocodiles, là un essaim d’oiseaux diaprés des plus vives couleurs, un peu plus loin des orangs-outangs et des chimpanzés, animaux qui, tout en n’ayant rien d’aquatique, ont toujours fait la fortune de l’établissement.
- L’un des caractères les plus curieux de cet ensemble est l’impression de longue distance parcourue dans ce labyrinthe incessamment montant et descendant. On ne peut, à la sortie, se figurer que le tout tienne dans un aussi petit espace extérieur et l’on est frappé des ingénieuses dispositions prises tant en vue de
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- cette illusion que comme aménagement des spectacles offerts et comme dissimulation de tout service intérieur.
- Une des particularités à noter est le liquide artificiel substitué à l’eau de mer par le directeur actuel, le Dr Dermes, mélange employé depuis de longues années, dans lequel vivent très bien, malgré leur réclusion, ses nombreux habitants, et surtout précieux dans un centre aussi éloigné de la mer. La répartition des poissons entre les bassins est d’ailleurs régionale ; les uns renferment la faune de la mer du Nord; les autres, celle de la Méditerranée; d’autres encore, celle de la Baltique.
- Brighton. — L’aquarium de cette petite ville balnéaire est un des plus typiques, sinon un des plus grands, parmi les récents aquariums d’Europe. Son architecture intérieure, sa proximité de Londres et son voisinage de la Manche sont pour lui autant d’éléments vitaux aussi bien comme attrait que comme alimentation. *
- Son aspect extérieur n’a cependant, il faut le reconnaître, rien de séduisant, entre un restaurant et un petit théâtre. Un escalier spacieux, un vestibule et un salon de lecture précèdent la grande galerie qui s’étend en façade sur une longueur de 120 mètres et présente un beau caractère d’ampleur et d’ornementation, malgré son style hybride, partie ogival, partie roman et partie italien, avec ses deux grandes voûtes parallèles retombant sur une grande file de colonnes médiane. De part et d’autre de ce vaste cloître s’alignent les grandes glaces des aquariums, dont le nombre dépasse cinquante. Au milieu se trouve un bassin plus étendu, de 30 mètres de façade et de forme arrondie, dans lequel on cherche à entretenir un ou deux petits cétacés, dauphins et marsouins. Ces derniers, ainsi que les veaux marins et les lions de mer voisins, attirent particulièrement la foule; mais la faune de la Manche y est surtout brillamment représentée et constitue le véritable intérêt de cette dernière collection.
- Le journal de New-York, Appletons Popular Science, auquel nous empruntons les éléments de ce travail, ne parlant pas des aquariums américains, nous sommes induits à croire que ce genre d’attraction n’existe pas au delà de l’Atlantique. E. Boistel.
- CORRESPONDANCE
- UN DERNIER MOT SUR LES ANCIENS GLACIERS
- J’ai lu avec un certain étonnement l’article queM. deLap-parent consacre, dans la dernière livraison de La Nature, h la question des anciens glaciers, non pas que je me sois jamais attendu à l'acquiescement de l’honorable géologue, mais parce qu’il résulte de son écrit uno idée tout à fait inexacte de l’hypothèse que j’ai proposée et qui me paraît de plus en plus la seule capable d’expliquer les phénomènes glaciaires des montagnes.
- Je sais que h s discussions doivent ici se faire très concises et je me bornerai à quelques lignes de protcstilion.
- Tout d’abord laissez-moi déblayer le terrain d’une confu-
- sion que j’avais cru prévenir dc^ mes premières publications entre les glaciers de nos chaînes alpines ctlcs glaciers polaires. L’allure en est essentiellement différente et les causes en sont tout au très, géographiques dans un cas, cosmiques dans l’autre, malgré la collaboration des « courants d’air » qui interviennent. Je n’ai donc pas à me défendre de cette insinuation de « mettre en doute non seulement la parole, mais la faculté d’observation )) de M. Nansen.
- En second lieu je reste persuadé que M. de Lapparent n’a pas compris mon travail (et cela sans doute par ma faute), car il aurait vu que cette « scie » de g'ace qu’il mentionne à plusieurs reprises n’a pas à mes yeux l’allure qu’il m’accuse de lui donner et que je croyais avoir indiquée par une comparaison des anciennes Alpes avec le Pamir actuel. Sans revenir sur les détails, et cela dans l’intérêt même d’une thèse que j’ai à cœur de ne pas rendre fastidieuse au lecteur, je dirai seulement que le résultat de mes observations, non pas dans « le fond d’un laboratoire parisien- » mais bien <( sur le terrain », c’est que l’histoire des glaciers et celle des cours d’eau sont, au point de vue de la dénudation, calquées l’une sur l’autre. Par exemple la superposition de moraines successives comme on en voit avec intercalation de lignites à Utznach, à Wctzikon, à Durnstein et ailleurs, tient à des captures de glaciers pareilles aux captures des rivières et des torrents.
- M. de Lapparent assure que « l’unanimité des géologues!! » professe l’opinion contre laquelle je me suis élevé; mais, si j’avais été d’accord avec tout le monde, je n’aurais rien eu à dire. N’oublions pas que cette même unanimité des géologues faisait chorus à la théorie du réseau pentagonal maintenant si délibérément dédaignée, et rappelons-nous que le suffrage universel n’a rien à voir dans l’établissement des vérités scientifiques.
- En tous cas, j’ai trouvé dans l’attaque de M. de Lapparent un grand motif de satisfaction. C’est de le voir déclarer que la doctrine des causes a luel’es est universellement acceptée « en ce sens, ajoute-l-il, que personne ne songe à faire intervenir dans le passé d’autres causes que celles qui agissent dans le présent ». On conviendra qu’il y a loin de là à cette phrase écrite il y a douze ans par la même plume à propos des récifs coralliens et des bassins houillers : « Nous avons eu d’autant moins de peine à nous y rendre que ces vues nouvelles, en portant un coup sensible à la théorie des causes lentes1, fortifient par là même les doctrines de l’école à laquelle nous nous faisons honneur d’appartenir. » L’ « actualisme » ne peut qu’être enchanté de sa nouvelle recrue. Stanislas Meunier,
- Professeur au Muséum.
- CHRONIQUE
- Le celluloïd ininflammable. — L’incendie qui vient de causer une si terrible catastrophe à Paris a fait une triste réclame au cinématographe et aux bandes sur lesquelles s’étendent ses photographies. En effet, si l’on s’en rapporte aux premiers résultats de l’enquête, le feu qui a pris dans la lampe du cinématographe du Bazar de la Charité s’est communiqué immédiatement au rouf au que forment les rubans de celluloïd dans l’appareil : naturellement ce celluloïd a pris feu, et, en jaillis-s mt, a formé un brandon redoutable. Un inventeur et chimiste bien connu, M. Tommasi, a cherché à rendre
- 1 C’est en vain qu’on a quelquefois cherché à distinguer les « causes lentes » des « causes actuelles i> et on doit regarder ces deux expressions comme synonymes (S. M.).
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- ces bandes cinématographiques ininflammable*, et il a pu nous en montrer des échantillons qui brûlent à peine comme un papier épais et chargé, alors que les bandes ordinaires s’enflamment comme de la poudre. On comprend que la découverte est importante et méiitc d’être signalée, car elle s’appliquera certainement à tous les produits fabriqués en celluloïd.
- I.a voilure de la poste à New-York. — Au lieu des cabriolets que nous employons à Paris, pour emporter des correspondances des bureaux de quartiers au bureau central, les Américains ont décidé maintenant de recourir à des voitures comportant des tables à l’intérieur et un espace disponible suffisant pour que des employés y effectuent le tri des correspondances en cours de route ; cela fait gagner naturellement beaucoup de temps. Il y a déjà plusieurs villes de l’Union ou l'on fait circuler dans ce but des wagons spéciaux sur les réseaux de tramways électriques; on en a fait de même à New-York sur les funiculaires, et voici que maintenant, pour les quartiers où il n’y a point de tramways à câbles, on met en circulation de grandes voitures toutes blanches et traînées par deux chevaux. On y pénètre par une porte s’ouvrant derrière et au moyen d’un escalier de quelques marches ; intérieurement se trouvent une longue table à trier et à timbrer et des casiers de classement ; les deux employés au travail sont éclairés par deux brûleurs à gaz comprimé.
- Nouveaux tuyaux pour conduites de gaas. -
- On sait tous les accidents qui sont survenus dans les villes où sont installées à la fois les conduites de gaz et les canalisations souterraines d’électricité. Les conduites de gaz étant métalliques, il en résulte que les communications s’établissent facilement de tous côtés, et amènent bientôt des courts circuits. On vient de mettre en fabrication, en Angleterre, des conduites de gaz en papier. Ces tuyaux se fabriquent en enroulant du papier de cellulose de bonne qualité autour d’un mandrin ayant le diamètre voulu; chaque rouleau est trempé dans de l’asphalte fondu et on obtient ainsi un tuyau complètement imperméable à l’air et à l’eau, résistant à de fortes pressions et à toutes les causes ordinaires de détérioration. Ces tuyaux sont réunis au moyen de manchons extérieurs également en papier et imprégnés d’asphalte à leurs deux extrémités. Il sera intéressant de voir comment sc comporteront ces tuyaux une fois placés dans le sol, après deux et trois ans.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 mai 1897. — Présidence de M. Chatin.
- De la gradation des végétaux. — M. Chatin expose des considérations fort importantes sur la signification de l’existence des appendices et de leur symétrie dans l’appréciation de la gradation des végétaux. Les feuilles et les parties de la fleur (calice, corolle, étamine, pistils) sont considérées successivement dans leur existence, leurs dispositions principales et leur évolution. Des nombreux faits observés, comme des études précédentes de l’auteur sur la localisation, ressortent l’infériorité des monocoty-lédones, et, parmi les dicotylédones, la subordination des dialypétales et gamopétales.
- La lunure du chêne. — Les lunures sont des anneaux d’une teinte plus ou moins claire qu’on remarque parfois dans le. duramen sur des sections transversales des chênes rouvres et pédonculés. Elles ont été étudiées par Buffon
- et Duhamel. M. Emile Mer a porté à son tour ses recherches sur ce phénomène en lui appliquant les méthodes de la science moderne. Il a constaté que la lunure est une maladie causée par les froids des grands hivers qui a pour effet d’entraver la transformation de l’auhier en duramen et d’en provoquer la mort à une période plus ou moins avancée de cette transformation. Après la mort, la lunure passe à l’état de lunure rousse par suite de l’oxyda'ion du tanin et de la série de dégénérescences dont les séquestres du bois de chêne sont d’ordinaire le siège. Les chênes à minces accroissements (chênes à bois gras) sont prédisposés à être lunés parce que chez eux la duramenisation est déjà ralentie; ils peuvent être atteints dans un hiver à froids modérés. On avait remarqué que le bois luné, quand on l’emploie, est sujet à la vermoulure et à la pourriture. Le premier effet est dû à la présence de l’amidon, le second à la teneur assez faible de tanin et surtout au défaut d’imprégnation des fibres ligneuses par ce corps. Les lunures sont bien plus répandues qu’on ne croit. Un grand hiver cause des désastres à longue échéance, non seulement en réduisant la production ligneuse pendant plusieurs années, mais encore en préparant le bois à être le siège d’altérations ultérieures. L’hiver 1879-1880, le plus rigoureux de tous ceux que l’on ait eus depuis deux cents ans, aura entraîné des conséquences qu’on ne soupçonnait pas jusqu’à présent.
- Nouvelles déterminations de la pesanteur. — M. J. Collet a entrepris une série de déterminations de l’intensité de la pesanteur lo long du parallèle de 45°, de l’Océan à Turin, coupant ainsi le massif du Plateau Central et des Alpes. Ces expériences si délicates sont conduites par l’auteur avec toute l’habileté et tout le soin désirables. L’achèvement de cette tâche se trouve retardé par le mauvais temps qui a sévi pendant les mois d’aout et de septembre 1896. M. J. Collet communique sans plus attendre les résultats qu’il a obtenus à Saint-Pierre-de-Chastel et Aurillac, dans le Plateau Central et à Turin. Dans les deux stations du Plateau Central, situées l’une à l’altitude de 753 mètres, et l’autre à l’altitude de 040, M. J. Collet a observé un déficit notable de la pesanteur, ainsi qu’il arrive en pays de montagnes; il a observé un déficit plus considérable encore à Turin, dont l’aliitude est de 233 mètres. Selon la remarque de l’auteur, il y a lieu d’être surpris de ce résultat, malgré le voisinage des Alpes, mais il rappelle à ce sujet que Turin est placé au centre de l’accident orographique le plus puissant de l’Europe, et qu’on y a constaté l’une des anomalies les plus considérables qui soient connues jusqu’à ce jour dans la déviation de la verticale. On voit qu’en ce lieu, à la déviation de la pesanteur s’adjoint une anomalie non moins remarquable de l’intensité de la pesanteur.
- Élection. — M. Klein de Gatlingue est élu membre correspondant de la section de géométrie.
- Varia. — L’Académie entend la lecture d’une intéressante Notice sur la captivité de Poncelet à Saratov, après la bataille de Krasnoie. — M. Lœwv présente de magnifiques photographies lunaires obtenues à l’Observatoire de Paris et indique les particularités qu’elles révèlent. — M. le professeur Bouchard annonce qu’il a pu, au moyen de la radioscopie, apercevoir les battements de l’aorte chez un malade atteint d’insuffisance aortique. Dans une autre expérience, il a pu, à l’aide de la radiographie, mettre en évidence un cancer de l’œsophage.
- Ch. de YiLLEDEca.
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- GHÆSSE ÉLECTRIQUE DES INSECTES
- Mois de mai parfumé, mois des oiseaux, mois des fleurs! Le soleil a réveillé les bois endormis; la vie est devenue intense, toute la gent ailée babille; les feuilles fusent aux branches comme des feux d’artifice. Les arbres se couvrent comme par magie de leur parure d’émeraude. Partout la nature crie : Ilosannah! Hosannah! Dès l’aube c’est la fête du printemps. Sur les fines herbes déjà hautes tremblotent les gouttelettes de rosée comme des perles nacrées ; tout le long du chemin, au bord des fossés, s’épanouissent en bouquets les genêts d’or. La jolie saison pour les promenades matinales, pour les excursions dans les bois, dans les champs ! Les prés sont llcu-ris, les sentiers odorants sont garnis d’aubépines blanches et pavés de petits cailloux luisants. Les blés se dressent verts à perte de vue, les ruisseaux coulent gaiement entre les pâquerettes et les marguerites. Les pommiers étalent leurs branches rabougries saupoudrées de poussière rose. L’air est pur et sent bon. Joli mai ; pourquoi s’en va-t-il si vite et pourquoi le soleil pressé ne fait-il pas une petite halte au printemps? Il marche, il marche, et dans un mois les
- jours diminueront déjà. Mais n’y songeons pas. Les jeunes naturalistes ont encor»; le temps de courir après les papillons et les amateurs de faire leurs provisions d’insectes.
- Là-bas sous les vieux pommiers, voici la vieille mare aux grenouilles coassantes tout entourée de roseaux et de mousses chevelues. Que de bruit, quelle foule, quelle turbulence dans ce monde aquatique! Les insectes pullulent, les têtards s’agitent, les habitants sont en liesse. C’est le printemps aussi dans la vieille mare. Aussi voit-on les amateurs se pencher sur les bords et s’efforcer de saisir quelques spécimens d’insectes. La chasse n’est pas toujours fructueuse, car ils sont défiants, les habi-
- tants de la mare. Et pourtant il serait si aisé de faire une chasse abondante. Comment?
- Ne sait-on pas bien jusqu’à quel point les insectes et les poissons sont attirés invinciblement par leclat de la lumière? Des braconniers n’ont-ils pas pêché ainsi en eau illuminée? On a défendu, et l’on a bien fait, chez nous la pêche à la lumière, qui mettrait vite à sec nos minces réserves de poissons. Mais dans les mares, mais même dans certains étangs, avec la permission du propriétaire, on peut bien allumer sa lanterne et entreprendre des chasses fructueuses d’insectes, de larves de coléoptères, d’hémiptères, de monoptères, de diptères. Et quelles récoltes!M. Paul Noël, directeur du Laboratoire d’entomologie régionale
- agricole,vantait encore dernièrement la méthode et la recommandait. On prend une lampe à incandescence de 5 à 4 bougies. On installe sur le bord de la marc un petit accumulateur comme ceux dont se ,, servent les bicyclistes pour leur lanterne. On le relie à la lampe par des fils assez longs. La lampe, trop légère pour descendre dans l’eau, est fixée à un demi-cercle en fer et au-dessous du demi-cercle et de la lampe on place un grand piège de 0m,80 d’ouverture copié sur le modèle des petits pièges à oiseaux. Le piège est garni d’une toile d'emballage recouverte d’un filet de ficelle. On descend le piège lentement dans la mare avec la lampe. On allume, la lumière brille. Aussitôt, insectes, poissons, salamandres, grenouilles, têtards, larves de toute sorte accourent en grande affluence. On tire la ficelle. Le piège se détend; on éteint. Et d’un seul coup de filet, on retire plusieurs kilogrammes d’animaux, surtout si la mare renferme des poissons.
- On peut encore employer simplement un petit tube de Geissler alimenté par une bobine de Ruhmkorff. Flajiel.
- Chasse électrique des insectes.
- Le Gerant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 1252. — 29 MAI 1897.
- LA N AT U11E.
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- Là NOUVELLE ÉCOLE DE PÊCHE DE MARSEILLE
- L'École de pèche de Marseille. — 1. Filets lixes. La muselière. — 2. Tis et soeletières. — 3. Fort vieux de Marseille.
- 4. L’Hirondelle. — 5. Le pont avant-dunette du commandant. — f>. Filets flottants. Le Sanlinal.— 7. L’ancliouLet.
- 8. Le gangui au moulinet (filet traînant). — 9. Le gangui (filet traînant). — 10. L’eissaugue. (D'après les croquis de M. 11. Iilachc.)
- Depuis longtemps déjà, mais avec plus d’insistance depuis une dizaine d’années, les pêcheurs des côtes de la Méditerranée exposent aux pouvoirs pu-
- 25° année. — 1er semestre.
- blics des doléances ininterrompues. Ils se plaignent de l’appauvrissement de la mer et de ne pouvoir plus se nourrir de scs produits. Et ces excellentes
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- populations, qui fournissent à la défense nationale, par l’Inscription maritime, le meilleur contingent de nos marins, se demandent à quelles causes ils doivent attribuer cette déplorable situation.
- Les uns estiment que la dépopulation des zones côtières occasionnée par une pêche irraisonnée avec des engins destructeurs doit être examinée avec sollicitude et que, même contre les pêcheurs, l’administration doit trouver un remède. Dans cet ordre d’idée, ceux qui adoptent les mesures radicales ont demandé que les décrets de 1859 et de 1862 qui régissent la pêche côtière dans le cinquième arrondissement maritime soient modifiés et que les filets traînants soient rigoureusement interdits.
- Les autres ont formellement déclaré que les pêcheurs ne savaient pas retirer du champ maritime tout le gain qu’il peut leur offrir et qu’à la routine qui leur a appris à tracer des sillons mouvants sur la grande bleue avec le soc de leur barque devaient succéder l’enseignement professionnel, l’instruction technique qui ne laissent rien au hasard.
- C’est cette dernière idée qui a prévalu parmi ceux que les pêcheurs ont depuis longtemps intéressés à leur cause et c’est à elle que nous devrons bientôt l’école professionnelle de pêche créée par délibération du Conseil municipal de Marseille en date du 22 octobre 1895.
- Cette école, dont le but est de donner aux jeunes gens qui se destinent au métier de pêcheur l’instruction rationnelle nécessaire à l’exploitation de la mer, apprendra encore aux pêcheurs déjà établis les notions pratiques de la navigation, propagera dans le public, par des conférences spéciales, le goût des choses de la pêche et l’application à l’industrie des produits de la mer; enfin elle pourra venir en aide aux instituteurs en leur montrant les principaux types des classes animales qui constituent le cours de zoologie primaire.
- Le programme des matières qui seront enseignées à l’Ecole de pêche de Marseille est assez vaste, il comprend en effet : la description théorique des engins et filets usités sur les côtes françaises, le calage, la traîne et la dérive, la fabrication et le montage ; la connaissance des mœurs des poissons et animaux marins comestibles; l’indication de la taille minima des espèces adultes; les procédés de conservation. A ces connaissances techniques s’ajouteront des éléments de géographie et de géométrie : les variations du compas; la description des embarcations de pêche; l’école du gréeur et du'manœuvrier; les règlements des routes à suivre, des feux et du balisage, des signaux de jour et de nuit.
- L’enseignement comprendra en outre un cours de médecine pratique : désinfection des bateaux, exercices pratiques de pansements.
- Les cours pratiques des matelots et patrons pêcheurs se feront en mer, et, comme complément à l’école, un musée de pêche sera installé dans un local communal où on réunira la plupart des engins
- et filets de la Méditerranée, les diverses espèces d’animaux marins et de poissons comestibles, ainsi qu’une collection importante de bateaux miniatures qui serviront aux démonstrations théoriques.
- Le programme comprend en outre des conférences au public sur les fonds sous-marins, les procédés de multiplication et d’élevage des mollusques, crustacés et poissons comestibles, ainsi que sur les méthodes de conservation et de salaison, de manière à développer l’aquiculture et l’industrie des conserves de toutes natures. Des conférences spéciales sont réservées aux instituteurs.
- L’enseignement pratique aux pêcheurs aura, je l’espère, des résultats féconds, car, il faut bien le dire, contrairement aux pêcheurs de l'Océan, les pêcheurs de la Méditerranée ne connaissent pas leur métier de pêche, tout en étant très experts à manœuvrer tel ou tel engin. En un mot ils se spécialisent trop, et le jour où l’état de la mer est défavorable au genre de pêche qu’ils pratiquent, alors qu’il serait propice à un autre, nos braves pêcheurs attendent, les bras croisés, sur le port, dans les calanques, devant les pannes au milieu desquelles se balancent leurs barques, que le temps s’améliore, et s’énervent de leur inaction.
- L’âpprentissage du pêcheur est des plus pénibles et il réclame une somme de connaissances que bien des professions manuelles n’exigent pas, et si nos pêcheurs de la Méditerranée ne connaissent pas la pêche proprement dite, s’ils se cantonnent dans la pratique de un, deux, trois engins au plus, c’est parce qu’ils ont tous appris leur art à l’école de la routine. A dix ans, ils sont partis un bon matin comme mousses sur une barque et sont devenus très experts dans le genre de pêche qu’on leur a montré. S’ils ont pratiqué l’art traînant, personne comme eux n’a connu les fonds, les roches, les obstacles sous-marins, les raïsses, les récifs et la marche d’un filet au milieu des vallées sous-marines. S’ils ont pratiqué l’art flottant, ils en ont bientôt remontré aux plus habiles sur les courants, les passages des poissons migrateurs. S’ils ont pratiqué l’art fixe, ils ont bientôt connu tous les postes du littoral, toutes les calanques, tous les endroits propices. Mais cependant ils sont rares les pêcheurs qui pourraient abandonner l’art traînant pour l’art fixe et vice versa.
- Il faut ajouter tout de suite que beaucoup n’ont pas les moyens d’avoir un double ou un triple matériel de pêche et les ressources pour l’entretenir.
- Et c’est peut-être à cette spécialisation qu’il faut attribuer les séculaires rivalités qui existent dans les ports de la Méditerranée entre les pêcheurs de l’art traînant et les pêcheurs de l’art fixe.
- La pèche dans la Méditerranée s’exerce en effet par trois catégories d’engins déterminés par le décret du 15 novembre 1859, sous le contrôle de l’inscription maritime et des prud’hommes, une institution qu’ignorent les pêcheurs de l’Océan. Les filets fixes sont ceux qui sont tenus au fond au moyen de piquets ou de poids et qui ne changent pas de position
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- une fois calés ; mais il faut comprendre dans cette catégorie les filets qui, attachés à un point fixe, soit à terre, soit à hord d’une embarcation, sont manœuvres de manière à ne pas traîner au fond. La muge-lière que les Napolitains exercent près des ports est un filet fixe ; le tis, l’entremaille, la rissole ou socle-tière spécialement affectés à la pêche des soclets, sont également des filets fixes qu’on retire de la mer lorsque les poissons s’y sont emmaillés.
- Les filets flottants sont ceux qui vont au gré du vent, du courant ou de la lame sans jamais s’arrêter ou traîner au fond. A cette catégorie appartiennent le sardinal, la courantille, l’anchoubet, très pratiqués sur nos côtes.
- Les filets traînants sont ceux qui, coulant au fond au moyen de poids placés à la partie inférieure, y sont promenés sous l’action d’une traction quelconque, quelque restreint que soit l’espace parcouru, quelque faible que soit la traction et de quelque manière qu’elle s’exerce. A cette catégorie appartient le bœuf, grand chalut traîné par deux bateaux et que pratiquent les pêcheurs de Martigues, de Port-de-Rouc, de Cette, du Grau-du-Roi. Le gangui, que pratiquent les pécheurs de Marseille, de Cassis, de Cette, de Randol, de Menton et de Nice, est traîné par un seul bateau; c’est un chalut à ailes, mais plus petit que le boeuf, qui a 55 mètres de développement alors que le gangui n’a que 20 mètres. L’eissaugue, qui appartient également à la catégorie des arts traînants, est un filet comme le gangui avec poche et ailes, mais d’un développement de 500 à 550 mètres ; il ne peut être ni traîné ni remorqué à la voile ou à l’aviron, il faut le haler à bras du large à terre. Dans cette catégorie entre encore un petit filet traînant qu’on appelle le gangui au moulinet ou chevrotière, qu’on traîne au moyen d’un vireveau.
- Dans chaque catégorie les pécheurs auront donc à la nouvelle école de pêche des indications précieuses qui leur seront utiles et leur permetlrontde s’initier à la manœuvre de tous les principaux engins employés dans la Méditerranée et sur nos côtes de Provence.
- Lorsque le Conseil municipal eut, par sa délibération d’octobre 1 895, décidé de créer à Marseille une école professionnelle de pêche, adoptant l’idée émise en 1895 par les professeurs MM. Guillard, de Lorient, et Paul Gourret, de Marseille, il en assura immédiatement le fonctionnement .en inscrivant au budget de la Ville une subvention importante et en obtenant du Conseil général et du département de la marine un appui effectif. Le personnel enseignant fut placé sous la direction de M. Paul Gourret, le distingué ichtyologiste qui est depuis si longtemps, à la station de zoologie marine, le collaborateur de M. Marion, dont la réputation est universelle.
- L’État, alors, sur la demande de l’administration municipale, mit à la disposition de la ville de Marseille un navire hors d’usage, l’ex-croiseur l'Hirondelle.
- VHirondelle est l’ancien yacht qui avait été construit spécialement pour l’impératrice Eugénie. Il est resté sept ou huit ans sur chantiers et ne fut mis à la mer qu’en 1808. L’impératrice devait peu s’en servir. Après la chute de Napoléon 111, Y Hirondelle fut transformée en croiseur et attachée définitivement au port de Toulon. Ses formes élégantes, le riche aménagement de ses cabines, sa puissante machine, son spardeck allant de l’avant à l’arrière, la désignaient à cette transformation, et bien nombreux lurent les officiers qui sollicitèrent le commandement de ce navire. Le dernier fut le commandant Davin. L’Hirondelle navigua jusqu’en 1892; depuis cette époque, l’ex-yacht impérial, mis au rancart, désarmé, démît té, attendait dans un coin de la rade toulonnaise que la vétusté achevât sa ruine.
- Et voilà que Y Hirondelle prolonge sa carrière en subissant une nouvelle transformation en école de pêche.
- Remorquée de Toulon à Marseille, car la pauvre invalide ne pouvait naviguer par ses propres moyens, Y Hirondelle est désormais solidement ancrée et amarrée devant l’IIôtel de Ville, où elle fait pendant à l’école des mousses, de l’autre côté de la palissade du Quai aux Huiles, où tombait récemment sous les coups des casseurs de navires son ancien compagnon de grandeur Y Aigle, le yacht de Napoléon 111, qui s’est émietté en ferraille et en vieux bois.
- Depuis son arrivée à Marseille, des escouades d’ouvriers charpentiers, callats, peintres, menuisiers, ont pris possession de son pont, de ses salons, de ses cabines, qui, modifiés, arrangés, constitueront une très pittoresque école de pêche.
- Les travaux d’aménagement seront bientôt terminés et l’école s’ouvrira officiellement dans la première quinzaine de juin prochain. Jusqu’à nouvel ordre, l’école ne recevra que des externes, mais déjà les inscriptions sont nombreuses.
- La durée des études est fixée à deux ans.
- J’ajoute que depuis 1895, des écoles de pêche ont été fondées à Roulogne, à Dieppe, à Groix, aux Sa-bles-d’Olonne, et qu’elles ont rendu, comme les écoles du même genre qui existent en Angleterre, .en Norvège et en Amérique, de grands services aux pêcheurs. Axtoxix Palliés.
- PROCÉDÉS RAPIDES DE DÉBARQUEMENT
- DU MATÉRIEL D’ARTILLERIE
- L’artillerie étudie en ce moment des procédés rapides de débarquement en pleine voie et avec ses propres ressources d’une batterie chargée sur un train. H peut arriver qu’au cours des événements d’une guerre, une batterie d’artillerie chargée sur un train soit appelée à débarquer en pleine campagne sans le secours d’aucun des dispositifs et accessoires qu’on trouve dans les gares pour aider à cette opération. La destruction de la voie, l’occupation par l’ennemi d’une station, une attaque inopinée
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- Fig. 1. — Dispositifs employés pour le débarquement, des chevaux. (D'après une photographie.)
- Fig. 2. — Opérations pour la descente d'un fourgon. (D’après une photographie.)
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- — Débarquement d'un avant-train; les roues enrayées sont maintenues en arrière.
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- Fig. 4. — Descente d’un arrière-train; les piquets supports sont accrochés aux moyeux.
- (D'après une photographie.)
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- sont autant de circonstances qui amèneraient l’artillerie à débarquer dans ces conditions imprévues.
- Aussi s’est-on préoccupé dans ces derniers temps de cette question. Plusieurs procédés ont été étudiés et mis à l’épreuve tant à l’étranger qu’en France. Celui qui paraît devoir chez nous être adopté et réglementé est celui qui a été indiqué par M. le capitaine Barthélemy.
- Les photographies que nous reproduisons représentent différentes phases du débarquement d’une batterie opérant avec cette méthode.
- Ces photographies ont été prises au cours d’un exercice exécuté à Fontainebleau par une des batteries à cheval de la 7e division de cavalerie.
- Le système du capitaine Barthélemy repose sur les principes suivants :
- 1° Utiliser pour le débarquement des chevaux l’arrière-train de la fourragère ou du chariot de batterie séparé de son avant-train et employé comme rampe.
- 2° Descendre séparément et à la force des bras les deux trains de chaque voiture.
- Lorsque le train d’une voiture est près d’arriver à terre, recevoir ses moyeux dans des supports de circonstance qui permettent aux roues d’arriver sans choc sur le sol.
- Le débarquement des voitures d’une batterie commencera, bien entendu, par celui de la voiture qui doit servir de rampe pour le débarquement des chevaux.
- La meilleure des voitures à affecter à ce service est la fourragère, qui, à cause de sa longueur, donne une rampe très douce.
- On n’utilise le chariot de batterie, qui donne une pente beaucoup plus raide, qu’en cas d’absence de fourragère.
- Une fois la voiture qui doit servir de rampe descendue à bras, on enlève son avant-train et l’on obtient ainsi une rampe très mobile et très commode qui affleure juste au niveau du plancher des wagons à chevaux.
- Sur le plancher de la voiture, on répand de la paille et du sable afin de rendre sa surface moins glissante.
- La photographie (fig. 1) représente un débarquement de chevaux effectué au moyen du chariot de batterie ; l’unité qui exécutait l’expérience pendant laquelle ont été prises nos épreuves ne possède pas de fourragère.
- L’arrière-train d’un chariot de batterie étant réuni à son avant-train par une courte flèche, c’est cette flèche qui pose à terre quand les deux trains sont séparés ; il y a lieu alors de combler avec du sable ou des sacs d’avoines l’espace vide compris entre le bas de la rampe et le sol, espace vide d’ailleurs très réduit.
- Les hommes que l’on voit des deux côtés du chariot sont là pour l’empêcher de faire aucun mouvement pendant la descente des chevaux et maintenir sa partie supérieure bien au contact du plancher du
- wagon. Plus à gauche on voit un homme avec une pelle qui se tient prêt à jeter du sable sur le plancher du chariot dès que le cheval sera descendu.
- La photographie (fig.5) représente le débarquement d’un avant-train. Au moyen des cordages que possède la batterie, les roues de cette demi-voiture ont été enrayées de telle sorte que tout mouvement de rotation leur soit impossible.
- Deux hommes placés de l'autre côté du truck retiennent avec un autre cordage la voiture qui descend. Ce cordage de retraite fait un tour autour de l’essieu du truck, ce qui donne aux deux hommes qui retiennent une puissance considérable.
- Dix autres hommes font avancer la voiture en la soutenant.
- Les supports accessoires dont nous avons parlé ci-dessus ont été préparés à l’avance et comme il suit : avec une corde à fourrage, on forme une sorte de dé en corde que l’on place sur la pointe d’un de ces gros piquets qu’emporte l’artillerie sous ses voitures et qui lui servent à tendre des cordes pour attacher les chevaux au bivouac.
- Un de ces supports préparé se voit très nettement sur la photographie (fig. 1), appuyé contre le truck voisin du wagon d’où débarquent les chevaux, au-dessous du moyeu de l’arrière-train du caisson chargé sur ce truck.
- Dès que l’essieu de la demi-voiture qu’on descend arrive à une distance de la terre un peu supérieure à la hauteur du piquet-supports on accroche par son dé en corde un de ces supports à chaque moyeu.
- L’essieu continuant à descendre, les supports touchent terre ; alors, au lieu de continuer à descendre verticalement, il pivote autour des deux points d’appui des supports qui posent à terre et les cercles des roues viennent toucher le sol sans aucun choc.
- La descente de l’arrière-train d’une voiture se fait de la même façon, avec cette différence que, dès qu’on le peut, on réunit cet arrière-train à son avant-train déjà descendu.
- La photographie (fig. 4) montre la descente d’un arrière-train; les piquets-supports sont déjà accrochés aux moyeux. Un canonnier placé de chaque côté maintient chacun des supports bien vertical afin qu’il ne se produise aucun glissement quand la voitnre | pivotera autour du point d’appui des supports.
- Toutes les voitures de la batterie se débarquent comme nous venons de l’expliquer, à l’exception des fourgons.
- Les deux trains des fourgons ne pouvant se séparer, il faut descendre d’un seul coup ces voitures.
- Pour exécuter cette opération, on décharge complètement le fourgon, puis, à bras, on en fait passer l’avant-train par-dessus le bord du truck, des hommes montés en nombre suffisant sur le derrière de la voiture faisant contrepoids et permettant aux roues de devant de toucher terre sans choc.
- La descente se continue ensuite complètement à bras.
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- La photographie (fig. 2) montre avec beaucoup de netteté le mécanisme de cette opération.
- Le débarquement dont nous avons reproduit les phases et qui comportait le déchargement de 18 voitures et la descente de 200 chevaux, a demandé environ deux heures. Commandant Z.
- PONTS JAPONAIS
- ARCHITECTURE Ij’eXTRÊME-ORIEN'T
- Il serait difficile de dire que les Japonais aient une architecture qui soit véritablement nationale. Lorsqu’on a visité une partie des nombreuses provinces du Japon, aucun monument ayant un caractère particulier ne peut être remarqué, sauf dans la province de Isé, où la religion shintoïste, religion officielle du pays, a su garder intact l’aspect de ses constructions d’origine.
- Dès les premiers siècles de notre ère chrétienne, les Japonais avaient des relations avec l’empire de Chine. Us envoyaient des ambassadeurs près du fils du ciel par la terre coréenne, ou allaient étudier par eux-mêmes les mœurs et coutumes de leurs voisins. Ils savaient écouter les récits des voyageurs coréens avec lesquels ils avaient des rapports constants, et surtout suivre leurs leçons. C’est ainsi que l’art chinois, arrivé à ces époques à son apogée, pénétrait peu à peu au Japon. L’apparition de la religion de Ilouddha en ce jpays, l’an 552 après Jésus-Christ, acheva la révolution qui commençait à s’opérer.
- La grande simplicité des temples disparut, et de nouveaux sanctuaires s’élevaient en grand nombre. Toujours construits en bois, ils apparurent alors très riches en ornements et en sculptures délicates; les laques et les peintures commencèrent à les décorer. L’art de construire les ponts était très rudimentaire chez les Japonais. Ils s’en tenaient presque partout au type unique des ponts en bois en forme d’arc à forte courbure. Dans les localités éloignées des centres commerciaux, on voit encore quelquefois des Komori-Vataci (passages en paniers) qui sont composés d’un câble solide sur lequel les gens du pays se font glisser, à l’aide de cordages, dans une sorte de nacelle suspendue à un support fragile. Autrefois les rivières ne pouvaient pour la plupart être traversées qu’à dos d’homme ou dans une litière dont les porteurs devaient marcher ayant de l’eau souvent presque jusqu’au-dessus des épaules, ou même parfois se mettre à la nage. Dans d’autres localités, à Miyagino, par exemple, situé près de Myanoshita, la célèbre station balnéaire de la province de Sagami, on remarque des passerelles ingénieuses que nos montagnards pourraient aisément imiter sans avoir à faire de grands frais de travaux. Ce pont rustique est exécuté très simplement et son aspect est intéressant (fig.l). Le torrent est large en cet endroit, aussi fallut-il élever des piles assez, considérables pour établir le tablier. Les habitants ont confectionné tout d’abord deux sortes de grands paniers cylindriques, de
- 5 mètres de hauteur environ, faits en lanières de bambou formant des mailles écartées. Us les posèrent dans le torrent et les remplirent de galets roulés. Ces galets, maintenus par le réseau de bambou, constituent des piles solides sur lesquelles on n’a plus qu’à poser le nombre de madriers nécessaire pour faire la passerelle, qui est garnie de branches d’arbres recouvertes d’une épaisse couche de mottes de terre. Ces piles n’ont à vrai dire que peu de durée. Un nouveau pont est reconstruit à quelques mètres plus loin quand cela est devenu nécessaire, et les anciennes piles de galets laissées en amont ne tardent pas à s’effondrer dans le torrent.
- Dans les jardins des temples, les voyageurs remarquent les gracieux ornements qui les embellissent; ce sont autant de réminiscences de la Chine. Les sanctuaires, lieux de promenade très fréquentés des Japonais, sont toujours accompagnés d’étangs ou de rivières artificielles, remplis de lotus ou d’autres plantes aquatiques. Us leur servent de cadre, et des ponts aux silhouettes originales y sont placés pour l’agrément des nombreux pèlerins.
- Dans la province de Isé, sur la montagne d’Asama, non loin de la ville de Yamada, on remarque, au centre des jardins des temples bouddhistes, un pont rustique dont nous donnons l’aspect (fig. 5). Son arc forme une courbure très accentuée. U serait impossible de passer sur ce pont, sans les saillies de bois formant des sortes d’échelons qui sont fixées sur le tablier aux endroits où la courbe est le plus rapide. Les pieds ne glissent plus sur les planches de cèdre, et si l’on sait se soutenir aux légères balustrades, on arrive tant bien que mal sur la partie supérieure. Le pont des temples d’Asama est très soigné dans tous ses détails et quelques fines sculptures représentant des feuillages enroulés ornent les principales pièces de la charpente. A Tokio, capitale de la province de Musachi, où réside l’empereur du Japon, on voit un pont du même genre ;*il orne les jardins du temple shintoïste de Temmanju, plus connu sous le nom de Kameido. Celui-ci est demi-circulaire, il est moins parfait d’exécution que le pont d’Asama, mais je l’ai représenté (fig. 2) pour montrer l’arrangement des petits échelons placés à la naissance de l’arc du pont, sans lesquels on ne pourrait monter. Les jardins du Kameido sont ornés de nombreux bosquets plantés de glycines dont les grappes fleuries sont délicieuses à contempler au mois d’avril. Les habitants de Tokio ne manquent pas d’aller, à cette époque, faire des pèlerinages au temple, où la divinité reste toujours cachée à tous les regards, et boire le thé sous les fleurs, pendant que les enfants escaladent à l’envi le pont sacré placé à l’entrée du sanctuaire. Ces gracieuses constructions rustiques servent surtout pour l’agrément des yeux ; les Japonais se plaisent à en contempler le pittoresque aspect et à remarquer les reflets charmants qu’elles produisent dans le miroir des étangs.
- Yoici un autre pont (fig. 4) qui est situé dans les jardins du temple fameux de Dazaïfu (province de
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- Chiku-Zen), au sud du Japon. Celui-ci est entièrement construit en granit, sauf les parties les plus légères des balustrades, qui, seules, sont en bois de cèdre. Les nombreuses piles monolithes, de forme
- Fig. 1. — Passerelle de Miyagino avec ses piliers cil galets, prés de Miyanoshita (province de Sagami).
- carrée, qui soutiennent le pont, sont reliées entre elles par des traverses granitiques assemblées comme les pièces de charpente employées dans les constructions de bois. 11 en est de même pour tous les
- Fig. 2. — Petit pont et sanctuaire de Kameïdo, près de Tokio (Japon).
- autres détails de ce pont qui conduit dans un petit ! quantité d’ex-voto de bronze représentant des bœufs, îlot verdoyant au milieu duquel on remarque une | des chimères, des oiseaux fantastiques, etc. Ils sont
- placés sous des pruniers dont les ileurs sont si belles au printemps. l)e magnifiques camphriers, l’arbre sacré, plusieurs fois séculaires, bordent la jolie petite rivière artificielle qui baigne tous les jardins. Un second pont, semblable au premier, vous ramène sur la terre terme, près du temple consacré à Tenjin, qu’on vénère en ces lieux comme le dieu de
- la calligraphie. Tenjin vivait en l’an 901 de l’ère chrétienne, il était alors gouverneur généralissime de l’île de Kyùshu. Banni et persécuté, il mourut en l’an 905; mais à sa mort de nombreux prodiges furent signalés, qui prouvèrent combien il avait été accusé faussement, et dans le même temps ses ennemis furent ruinés et confondus. Tenjin fut ainsi édifié.
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- Enfin nous représentons, figure 5, le grand pont de bois qui relie les deux rives du Kamogawa, la
- rivière de Kioto (province de Yamashiro). Cet ouvrage est plus moderne que ceux dont nous venons de
- Fig. 5. — Grand pont de bois à Kioto sur le Kamogawa (province de Yamashiro). (D’après nature, par Albert Tissandier.)
- parler et son mode de construction se rapproche de celui qu’on emploie en Europe.
- On remarque surtout le soin avec lequel chacune des pièces qui le composent a été équarrie et taillée. Les piliers sont des échantillons superbes
- pris dans le tronc des pins Chamœcîparis obtusa (le Hinoki), considéré comme le bois le plus parfait et le plus durable. C’est d’ailleurs celui qu’on choisit principalement pour les temples et les sanctuaires. Chaque pilier a été enfoncé directement dans le
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- lit de la rivière, sans recevoir de peinture ou de vernis. Au-dessus de ces colonnes de pin, on remarque que la saillie des poutres qui soutiennent le tablier du pont a été abritée par une légère toiture en planches. Grâce à cette précaution, dans ce pays où le climat est chaud et humide, cette saillie est préservée de la pourriture causée par les eaux de la pluie. Les légers piliers de bois qui forment la balustrade sont aussi, pour la même raison, coiffés par d’élégantes boules de cuivre.
- Pendant la saison d'été, les eaux de Kamogawa sont basses, ce qui n’empêche pas cependant le courant d’ètre très rapide. Le lit de la rivière est divisé entre mille petits bras qui forment des îlots de sable et de galets sur lesquels les Japonais établissent des plates-formes en planches réunies entre elles par de légères passerelles. I)cs marchands de toutes sortes y sont installés, ayant eu soin d’étaler partout auparavant des nattes multicolores ou de jolis tapis, et les habitants de Kioto viennent le soir avec leur famille au milieu de l’eau pour se reposer et prendre le frais. Partout des lanternes de couleurs variées sont accrochées, c’est une illumination charmante. Tout en buvant du saké ou en mangeant des fruits, on peut jouir, moyennant quelques sous, du spectacle que vous donnent des danseurs ambulants qui font des grimaces et des danses caractéristiques, tout en sautant dans l’eau.
- Actuellement les Japonais méprisent les artistes chinois, leurs anciens maîtres, pour ne plus s’occuper que de l’art moderne européen. Ils détruisent même leurs anciens travaux pour les remplacer hâtivement par d’autres du nouveau style. Venant étudier dans nos pays, ils sont arrivés à avoir des ingénieurs habiles qui renoncent complètement à l’architecture pittoresque d’autrefois, sauf pour leurs temples. Ils construisent aujourd’hui des ponts en pierre ou en fer, tout semblables à ceux qu’on remarque en Europe, nous n’aurons pas pour cette raison à nous en occuper ici. Albert Tissandier.
- UNE CURIEUSE ILLUSION D’OPTIQUE 1
- Nous avons déjà donné autrefois plusieurs exemples d’illusions d’optique. Ils indiquaient les erreurs de notre œil selon que l’on regardait des lignes parallèles, horizontales ou verticales. Nous avons parlé en même temps des illusions signalées par M. Zollner, puis par M. Helmholtz, dans lesquelles des bandes noires parallèles peuvent paraître convergentes ou divergentes sous l’influence de lignes obliques, etc.
- Il serait superflu de revenir longuement aujourd’hui sur cette question ; nous croyons devoir faire connaître cependant une illusion vraiment curieuse que vient de nous indiquer un de nos lecteurs, habitant la ville de Sydney (Australie).
- Ici l’illusion est extraordinaire. Il semble bien
- 1 Voy. n° 149, du 8 avril 1876, p. 290.
- certain que le panneau A est pins petit que le panneau B (voy.fig.). Pour être persuadé du contraire, il faut décalquer le premier pour l’appliquer exactement sur le deuxième. On se rendra compte alors que tous deux sont identiques. Considérés à nouveau et remis dans leur position première, il semble tou-
- jours que A reste plus petit que IL Si nous traçons une ligne pour joindre les points G et D, nous voyons qu’elle est parallèle à la ligne E F qui forme le coté opposé de ces panneaux. Le charme est alors rompu; l’illusion est détruite, et il faut bien se rendre à l’évidence. Les deux panneaux A et B apparaissent ce qu’ils ont toujours été, c’est-à-dire absolument semblables. Dubar.
- L’EXPLOITATION ET LE SULFATAGE
- DES BOIS
- Depuis l’extension des voies de communication, l’exploitation des bois en montagnes est devenue plus facile et plus rémunératrice. Aujourd’hui les résineux principalement font l’objet d’un commerce très important. Us fournissent, outre le bois de chauffage et les planches, des échalas pour les vignes, des étais de mines et des poteaux télégraphiques. Ces derniers surtout ont une assez grande valeur, et nécessitent pour leur préparation un matériel assez considérable.
- Les poteaux télégraphiques utilisés sur les lignes de chemin de fer, ou dans l’administration des postes et télégraphes, sont taillés dans des pins de diverses espèces. Us doivent être assez régulièrement conformés, et présenter toutes les garanties désirables au point de vue de leur durée.
- Comme ils doivent résister à toutes les intempéries, il est nécessaire de leur faire subir un traitement les rendant moins accessibles aux divers agents atmosphériques. C’est cette opération qui constitue le sulfatage.
- Le sulfatage consiste à faire pénétrer de façons différentes une dissolution de sulfate de cuivre dans l’inté-
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- LÀ NATURE.
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- rieur du tissu ligneux de l’arbre pour le conserver.
- Lorsqu’il s’agit de petites pièces, comme les traverses de chemin de 1er, on se sert de la compression. Un les empile dans un cylindre très résistant où l’on fait arriver, à l’aide d’une pompe, le liquide sulfaté à une pression convenable. Au bout de quelques minutes la pénétration du liquide est bien suffisante; on peut enlever les premières pièces et les remplacer par d’autres.
- L’opération n’est pas aussi simple s’il s’agit de poteaux télégraphiques. Leur dimension, leur poids, augmentent singulièrement les difficultés du traitement, surtout s’il doit avoir lieu sur place. Dès le début, on avait essayé de se servir de la force ascensionnelle de la sève, pour faire pénétrer le liquide cuprique dans l’intérieur du bois. L’arbre, encore sur pied, était dépouillé de toutes ses branches, sauf d’un bouquet terminal pour activer le déplacement de la sève. À sa base, on perçait un trou à l’aide d’une tarière, et l’on ajustait dans cette ouverture un tube venant plonger par son autre extrémité dans un récipient contenant une dissolution de sulfate de cuivre. Sous l’influence de l’aspiration, le liquide préservateur montait petit à petit dans l’arbre, et finissait à la longue par gagner les parties supérieures. Quoique le sulfatage fût irréprochable, ce procédé aujourd’hui est complètement abandonné à cause de sa lenteur. Depuis lors, bien des systèmes ont été proposés.
- La difficulté est de trouver un procédé qui, tout en réduisant le matériel et les frais, permette de traiter les arbres sur le lieu même de l’exploitation.
- I)e nombreux poteaux télégraphiques ont été extraits dans ces dernières années des montagnes du Centre, et notamment des parties hautes du département de la Lozère. En 1894 et 189b, un négociant de Béziers, M. Gaillard, avait installé d’importants chantiers dans les environs de Saint-Sauveur-de-Peyre et de Saint-Chély-d’Àpcher1.
- Là, les arbres abattus étaient sulfatés sans trop de frais d’une façon assez simple. On montait au milieu du chantier un échafaudage d’une dizaine de mètres de hauteur. À des distances variables, se trouvaient plusieurs plates-formes destinées à supporter les récipients devant contenir le liquide à injecter. Dans la photographie ci-contre (fig. 1), on peut remarquer trois étages différents auxquels on accède par des échelles.
- Les deux étages supérieurs supportent les tonneaux distributeurs. Le premier est à 6 mètres du sol, et le second à 8 mètres. Peut-êlre, au premier abord, s’étonnera-t-on de la présence de ces deux tonneaux, qui semblent compliquer tout le système, et ne pas avoir leur raison d’être. L’un et l’autre sont indépendants, et doivent sulfater des arbres de longueurs différentes.
- En pratique, on considère que pour obtenir de bons résultats, il faut un récipient distributeur
- 1 Stations de la Compagnie du Midi (ligne de Ncussargues à Sévérac-le-Châleau).
- situé à une hauteur du sol équivalente à la longueur de l’arbre à sulfater. Ainsi le premier tonneau servira à traiter des arbres de 0 mètres de long, et le second des arbres de 8 mètres.
- Comme dans l’installation dont nous nous occupons, 8 mètres est la dimension maximum, il est inutile d’établir un échafaudage d’une plus grande hauteur.
- Le fond de chaque tonneau est percé d’une ouverture communiquant au moyen d’un tuyau métallique avec une foule de petites tubulures situées à la partie inférieure.
- Il est assez difficile, d’après la photographie, de se rendre compte de la répartition du liquide dans les arbres en traitement, aussi j’aurai recours à un schéma pour suivre plus facilement les différentes phases de l’opération. Chaque cuve fonctionnant séparément, il suffit de connaître l’organisation de l’une d’elles pour comprendre le fonctionnement de tout l’ensemble.
- Près de l’échafaudage, en C (fig. 2, n° 2), se trouve un puits devant fournir la quantité d’eau nécessaire aux besoins du service. Cette eau sera montée au moyen d’une pompe aspirante et foulante jusque dans la cuve À où elle doit aboutir.
- L’eau, avant de tomber dans la cuve, est obligée de traverser un panier B rempli de cristaux de sulfate de cuivre. La dissolution est donc obtenue par un lavage continuel des cristaux. A sa partie supérieure, en D, le tuyau d’amenée est fermé par un robinet à flotteur, de sorte que malgré le fonctionnement constant de la pompe, l’écoulement s’arrête de lui-même lorsque le liquide occupe un certain niveau dans l’intérieur du récipient. La conduite principale E, part du fond de la cuve pour amener la dissolution jusqu’à la base des arbres à sulfater. Elle est munie dans sa partie inférieure de nombreuses tubulures sur lesquelles viennent se greffer des tubes en caoutchouc, terminés par des embouchures métalliques.
- Si nous supposons maintenant cette dernière partie en coupe transversale, nous voyons (fig. 2, n°5) : au centre, la conduite principale; en a et a' les tubulures, qui pénètrent dans les arbres G et G', dont l’inclinaison par rapport au sol est très accentuée afin de permettre au liquide de se déplacer plus facilement dans toute la masse ligneuse. Enfin au-dessous se trouve une gouttière de bois disposée suivant un plan incliné MN. Elle sert de support pour les arbres, et doit en même temps recueillir la dissolution non utilisée, pour la déverser dans une citerne F située à son extrémité. Ce liquide peut être ensuite repris par la pompe aspirante et foulante, pour être monté une seconde fois dans la cuve distributrice.
- L’eau du puits et le contenu dé la citerne peuvent être aspirés par le même corps de pompe au moyen des deux conduites L et L’ susceptibles d’être isolées par les robinets R et R’ (fig. 2, n° 2).
- Quant au système d’adaptation du tube injecteur.
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- LA NATURE
- il est assez ingénieusement combiné. On enfonce à la tête de l’arbre, aux deux extrémités d'un même diamètre, deux crochets b et b' (fig. 2, n° 1) coudés à angle droit et légèrement appointés aux extrémités c et c\ A sa partie supérieure, chaque crochet est terminé par une tige filetée susceptible de recevoir un écrou. Une planchette ST traversée par les tiges bb' peut être plus ou moins appliquée contre la section de l’arbre, au moyen de ses écrous d et d’. Elle est pourvue dans son milieu d’une ouverture circulaire, dans laquelle vient se fixer la tubulure de métal reliée au tube de caoutchouc.
- Toutefois, avant de mettre la planchette à demeure, o n dispose au-dessous d’elle, suivant une circonférence d’un diamètre un peu moindre que celle de l’arbre à traiter, une corde i, qui, avec le système de serrage de la partie supérieure, pourra pliquée contre la section.
- Il doit toujours exister un espace en P, véritable petit réservoir que la dissolution doit traverser, avant de pénétrer dans les pièces à injecter. De cette façon, la pression se répartit uniformément sur toute la section, et le traitement est beaucoup plus régulier.
- La corde joue donc ici le rôle d’un véritable joint s’opposant à la déperdition du liquide. En pratique elle présente quelques inconvénients, et, quelle que soit l’énergie du serrage, on ne peut éviter le suintement.
- L’idéal serait évidemment le joint de caoutchouc, mais outre son peu de solidité et la facilité qu’il aurait de se détériorer, il deviendrait beau-
- coup trop onéreux pour des installations semblables. L’injection dure une huitaine de jours. Pendant l’opération, il se forme souvent à la tête un dépôt solide, qui empêche le sulfatage de se poursuivre régulièrement. Lorsqu’on le constate, on doit démonter la planchette, rafraîchir la section à la scie, et remettre de nouveau les arbres en traitement.
- La photographie précédente, provenant des environs de Saint-Chély-d’Apcher (Lozère), donne une idée suffisante de l’ensemble de l’opération,
- On peut remarquer au premier plan l’ouvrier chargé d’actionner la pompe; sur la droite de nombreuses pièces inclinées dans lesquelles sont fixées les conduites secondaires chargées d’apporter la liqueur cuprique.
- La diffusion du sulfate de cuivre est très régulière, et, grâce à l’obligeance des représentants de M. Gaillard, j’ai pu facilement me con-
- 1. — Traitement des poteaux télégraphiques. Appareil à sulfater.
- être fortement ap
- de la région
- vaincre de l’efficacité de l’opération.
- En mettant à nu quelques parties ligneuses traitées, et en les humectant avec une dissolution de ferro-cyanure de potassium, on voyait immédiatement apparaître un précipité rouge-brun uniforme, indice de la régularité de répartition du sel de cuivre dans l’intérieur du corps ligneux.
- Tout ce système, extrêmement simple par lui-même et peu coûteux d’installation, est évidemment appelé à rendre de très grands services dans les exploitations montagneuse. Albert Yilcoq.
- Professeur d'agriculture à Montargis (Loiret).
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- LA NATURE.
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- LES MEDECINS EN FRANCE ET À PARIS
- M. FélixDuce a publié, il y a quelque temps, dans la Semain e médicale, au sujet des médecins exerçant en France et à Paris, une statistique fort curieuse qui mérite de fixer quelques instants notre attention.
- Considérons d’abord la carte deFrance(fig. 1 ); d’après les traits et teintes adoptés pour représenter la proportion de médecins pour 10 000 habitants, et qui sont variables suivant cette proportion, nous trouvons des différences très notables suivant les régions. Il existe d’abord deux centres où il n’v a pas 1 médecin pour 10000 habitants : une partie des départements du Finistère, des Côtes-du-Nord et du Morbihan, et, une partie du département de la Haute-Loire, aux environs du Puy. Un assez grand nombre de départements ne renferment que 1 à 1,0 médecin pour 10 000 habitants; mais la moyenne générale de médecins est environ de 3 à 3,9 pour 100000 habitants. Dans le Nord, aux alentours du département de la Seine, et dans l’Est, il y a environ 5 à 5,9 médecins pour 10000 habitants.
- Quelques départements se distinguent tout particulièrement. Une partie du département de la Gironde renferme 6 à 6,9 médecins ; il en est de même pour une région du département de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Nous trouvons une moyenne de 7 à 7,9 médecins dans des contrées de l’Hérault, du Gers et de l’Ailier. La moyenne
- atteint de 8 à 8,9 aux environs de Marseille, de Toulouse, et dans diverses régions du Gers. Dans
- une partie du dé-partement des Alpes-Maritimes, il existe de 9 à 9,9 médecins, et enfin la moyenne dépasse 10 dans une partie du département des Alpes-Maritimes et des Hautes-Pyrénées. Cette répartition des médecins se fait évidemment suivant les diverses régions où se trouvent des établissements d’eaux ou des établissements hygiéniques.
- A Paris, les choses changent et les moyennes augmentent dans de grandes proportions, comme le montre la figure 2. Les ch i lires romains indiquent les arrondissements, et les chiffres arabes représentent les quartiers. Des teintes diverses, dont la désignation est donnée au bas de la carte, indiquent les différentes proportions. Le maximum de 69,4 médecins pour 10000 habitants est atteint dans le quartier 4 du IXe arrondissement, dans a Chaussée-d’Antin. Nous trouvons ensuite les moyennes suivantes : 59,1, dans le quartier 4 (Madeleine) du XIIIe arrondissement; 41,1 dans le quartier 3 (Europe) du même arrondissement; 38,8 dans le quartier 1 (Gaillon) du IIe arrondissement; 38,5 dans le quartier 3 (Palais-Royal) du Ier arrondissement ; 37,2 dans le quartier 2 (place Vendôme) du même arrondissement; 36,5 dans le quartier 1 (Saint-Georges) du IXe arrondissement; 35,7 dans le quartier 2
- Fig. 1. — Cartogramme de la répartition des médecins dans chaque arrondissement de France.
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- Fig. 2. — Cartogramme de la répartition des médecins dans chaque quartier de Paris.
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- LA NATURE.
- Ali
- (Faubourg du Roule) du YlIIearrondissement et 54,7 dans le quartier 5 (Faubourg Montmartre) du IXe arrondissement. La moyenne tombe ensuite à 28,5 dans le quartier 5 (Saint-Tbomas-d’Aquin), à 25,4 dans le quartier 2 (Invalides), du VIIe arrondissement ; à25, I dans le quartier 1 (Saint-Germain-l’Auxerrois) du L1- arrondissement, et à 20,7 dans le quartier 5 (Odéon) du VIe arrondissement. Au Fur et à mesure que nous entrons ensuite dans les arrondissements périphériques, les moyennes diminuent notablement pour atteindre un minimum de 0,5 dans le quartier 5, de la Gare, dans le XIIIe arrondissement.
- I)> A. M.
- CORRESPONDANCE
- LA YAI'EUR D’ALDÉHYDE FORMIQUE
- Les allégations de M. Brochet, contenues dans la correspondance du 8 mai, étant de nature à égarer l’opinion de vos lecteurs, je prends la liberté de les rectifier :
- L’idée de l’emploi du trioxyméthylène pour régénérer des vapeurs de formaldéhyde, que M. Brochet considère comme nouvelle, avait été indiquée par moi en 1891. D’autre part, le procédé proposé par cet auteur, consistant à entraîner le trioxyméthylène par l’acide carbonique ou un courant d’air chaud, est totalement différent de celui du principe de l’autoclave fornrogène qui constitue le véritable perfectionnement à ma méthode et mon invention1. Non seulement l’idée, mais aussi l'application de cette nouvelle méthode sont antérieures à la Note de M. Brochet, du 27 janvier 1890, et dans laquelle il propose « des perfectionnements )).
- Quant à prétendre que je n’ai jamais proposé, dans mes Notes à l’Académie des sciences, de placer l’autoclave formogène à l’intérieur des locaux à désinfecter, c’est une assertion inexacte et je défie mon contradicteur de la prouver. On pourra voir dans toutes mes expériences que si les lampes d’oxydation ont été employées à l'intérieur, l’autoclave formogène ne l’a jamais été, puisqu’il a été imaginé dans ce but.
- Je trouve inutile, après ces constatations, de poursuivre plus longtemps cette polémique : qu’il me suffise d’ajouter que depuis 1889 je m’occupe de la formaldéhyde, que j’ai constamment publié sur ce sujet et que je suppose bien avoir le droit de continuer à perfectionner la méthode que j’ai été le premier à préconiser. A. Tuillat.
- CHRONIQUE
- Venin des mouches à miel. — M. Langer, de Vienne (Autriche), a fait des recherches expérimentales avec les sécrétions des glandes à venin des mouches à miel. En déposant ces sécrétions sur la conjonctive des lapins il a vu survenir une sécrétion abondante, des larmes, du clignotement, de l’hyperbémie de la conjonctive, du chémosis, un écoulement. Tous ces phénomènes disparaissaient ordinairement au bout de cinq jours. Les sécrétions des glandes à venin se présentent sous forme d’un
- 1 MM. Vaillard et Lemoine (Annales de l’Institut Pasteur, septembre 1896), dans le Rapport concernant les expériences que j’ai commencées en juillet 1895, pour le Ministère de la Bucrre, s’expriment ainsi : « Sur notre demande, M . Trillat a dû faire subir à ses appareils des modifications de principe, qui ont abouti « la construction de l'autoclave formogène ».
- liquide clair et transparent, de réaction acide, d’une odeur aromatique, renfermant une petite quantité d’acide formique. Au moment de sa sécrétion il ne renferme pas de microbes et agit même d’une façon légèrement bactéricide. Si l’on dilue les sécrétions dans de l’eau de façon à avoir une solution à 1 pour 100 ne présentant plus de réaction acide, le liquide dilué provoque encore sur la conjonctive du lapin les mêmes phénomènes d’irritation, ce qui semble prouver que le principe toxique n’est pas l’acide formique. Les recherches faites pour isoler ce principe toxique ont montré qu’il s’agissait d’un corps qui présentait les réactions des alcaloïdes, résistait à la chaleur et à la congélation, de même qu’à l’action des acides. Injectée dans les veines du lapin, cette substance amène très rapidement la mort de l’animal ; introduite sous la peau, elle provoque une gangrène locale; injectée dans le péritoine, elle amène la mort de l’animal dans l’espace de dix heures. Chez les chiens le venin d’abeille agit de la même façon que le venin de vipère.
- Le recul des fusils. — MM. C. Crehore et Owen Squier, qui appartiennent tous deux au corps de l’artillerie des États-Unis, ont fait des études, qui sont passées trop inaperçues en France, sur le recul des fusils. Dans ce but, ils ont fixé au canon de l’arme un écran de carton noir, percé d’une série de trous : le soleil, réfléchi par un miroir, passait par ces trous pour pénétrer dans une chambre photographique. Par suite, au moment du tir, l’écran étant animé des mêmes mouvements que le fusil, les rayons lumineux venaient décrire des courbes sur la plaque sensible, courbes que le développement révélait d’une façon très simple. MM. Crehore et Owen Squier ont constaté que tout d’abord le fusil est animé d’un simple mouvement en arrière, dans le sens de son axe; puis il s’élève dans son ensemble, parallèlement à lui-même, en s’inclinant ensuite légèrement en haut; il se produit enfin une période de descente très irrégulière et variable suivant le tireur, alors que les premiers mouvements sont toujours identiques. En employant deux écrans, les mêmes expérimentateurs ont pu constater que, au moins avec le fusil Springfield, il ne se fait pour ainsi dire sentir aucun mouvement tant que le projectile n’a pas quitté le canon, tout au plus l’arme reculait-elle en ligne directe, et par suite le relèvement du canon ne pourrait nullement alfecter la justesse du tir.
- Éclairage électrique des trains. — La Revue scientifique annonce que plusieurs compagnies de chemins de fer anglaises, parmi lesquelles le Great Northern et le Norlh British, viennent d’adopter un système permettant d’éclairer à l’électricilé individuellement chaque wagon. Ce système, expérimenté d’abord pendant plusieurs mois sur le London Tilbury and Southern Railway, consiste à placer sur chaque véhicule une dynamo génératrice et une batterie d’accumulateurs. La dynamo, qui n’absorbe qu'un tiers de cheval, est actionnée au moyen d’une courroie par l’essieu. Les variations de vitesse qui, au premier abord, semblent rendre impossible cette disposition, sont compensées sur la dynamo par un appareil très ingénieux qui permet à cette machine de fonctionner au même régime avec des vitesses comprises entre 20 et 80 kilomètres à l’heure; dans ces conditions, le débit électrique reste sensiblement le même, quelle que soit la vitesse du train. Lorsque cette vitesse descend au-dessous de 20 kilomètres à l’heure, un régulateur rompt le circuit de la dynamo, met les lampes en communication avec la batterie d’accumulateurs et substitue ainsi aulomaliquement cette seconde source d’électricité
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- à la première. Les accumulateurs sont, d’ailleurs, chargés en route avec une partie du courant de la dynamo. Ce système d’éclairage donne, paraît-il, de bons résultats. La dépense d’installation sur un wagon de cinq à six compartiments s’élève à environ 1250 francs. Le poids supplémentaire est de 225 kilogrammes, et l’excédent de traction emprunté à la locomotive par la dynamo ne dépasse pas un demi-cheval par voiture. Des lampes de 8 bougies éclairent les wagons de première et de deuxième classe, tandis que ceux de troisième classe ne reçoivent que des lampes à 5 bougies.
- Un wagon sans roues. — 11 ne s’agit point d’un chemin de fer glissant, mais d’un wagon ordinaire qui, à ce que dit un journal américain, a parcouru plusieurs kilomètres après avoir perdu ses trucks à bogies, suspendu aux attelages qui le reliaient aux deux véhicules voisins. C’était entre Xenia et Trebeins, dans l’Ohio; le train, qui était un convoi de marchandises, marchait à une bonne vitesse, quand les trucks du wagon en question en furent violemment séparés, par quelque à-coup sans doute : ils sautèrent sur la voie parallèle, y tombèrent d’aplomb et vinrent en collision avec une machine circulant sur cette voie. Quant au wagon suspendu, on ne s’aperçut de son état qu’à l’arrivée du train.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 mai 1897. — Présidence de M. Chati.n.
- üe l'invariabilité de longueur des mires de nivellement. — Les nivellements de haute précision se font au moyen de mires en bois. M. Charles Lallemand, directeur du Nivellement général de la France, s’est occupé de la question des variations de la longueur des mires en bois, sous la double action de la température et de l’humidité. M. le colonel Goulier a déjà établi que la variation de longueur des mires dépend de la tension relative et non de la tension absolue de la vapeur d’eau de l’atmosphère. Cette loi ayant été l’objet de quelques contestations à la suite de certaines opérations de nivellement opérées en Autriche et en Bavière, M. Lallemand montre que ceux-ci, loin de contredire les résultats du colonel Goulier, ne font que les confirmer.
- Application des rayons X aux constatations médico-légales. — M. le Dr Foveau de Courmelles signale une ingénieuse et utile application des rayons X à l’appréciation des lésions traumatiques. Il a examiné un ouvrier couvreur tombé d’un toit au cours de son travail il y a un an environ. Cet homme, ayant eu le péroné brisé dans la chute, a actionné son patron. L’examen radiographique montre le col avec courbure anormale du péroné et rapprochement de cet os du tibia.
- Lancement de ballons sondes. — MM. Dermite et Besançon communiquent les résultats obtenus par la dernière ascension de ballons sondes. Le lancement a eu lieu le 15 mai dernier à 5h50 du matin à l’usine de la Yillette, et, douze heures plus tard, à 3h 45, le ballon atterrissait dans un petit village voisin de Novare (Italie). Les instruments ont été retrouvés intacts. Le ballon s’était élevé à la hauteur de 17 000 mètres. Le baromètre est descendu à 90 millimètres et le thermomètre à — 60°. M. le général Venukoff annonce qu’un aulre ballon sonde lancé de Saint-Pétersbourg est tombé en Finlande. Ses instruments étaient intacts. La hauteur atteinte a été de 11 000 mètres et la température ininima de — 75°.
- Action de la lumière sur les mélanges de chlore et d'hydrogène. — M. Gautier a repris les expériences de Bunsen sur la combinaison directe du chlore et de l’hydrogène. Il importe d’employer des gaz qui soient à la fois purs et secs. Pour l’hydrogène, la chose est assez aisée, mais pour le chlore, elle est très difficile. Pour révéler l’effet véritable de la lumière sur le mélange des deux gaz, il fallait que ceux-ci eussent été préparés à l’abri de la lumière et que la détermination de l’état du mélange, au bout d’un certain temps, fût elle-même pratiquée dans l’obscurité absolue. Toutes les expériences de M. Gautier ont été exécutées dans une cave sans soupirail située au fond d’un corridor obscur fermé à chaque extrémité par une porte, et, entre les deux portes, par une lourde draperie de laine noire. M. Gautier est arrivé à préparer dans l’obscurité les deux gaz chimiquement purs et desséchés, à les mélanger en volumes égaux et à déterminer chimiquement l’état du mélange par une expérience réalisée dans l’obscurité. L’hydrogène et le chlore ainsi préparés peuvent rester en présence dans l’obscurité, pendant dts mois, sans se combiner. M. Gautier a essayé l’effet de la lumière artificielle, et il n’a pas trouvé trace de combinaison sous l’action de cette lumière.
- Tatouages médicaux dans TÉgypte ancienne. — M. le Dr Fouquet a eu l’occasion d’étudier le cadavre momifié d’une femme nommée Ament, qui fut prêtresse de la déesse llator vers l’an 5500 avant notre ère. Le visage paraissait contracté par la souffrance et le ventre présentait un tatouage très développé. A cette occasion M. le I)r Fouquet signale que les indigènes du Caire se font encore tatouer pour se guérir des névralgies ou autres affections. Cette pratique s’est donc perpétuée depuis plusieurs milliers d’années. Ce tatouage se fait tantôt par points alignés, tantôt par combinaisons de lignes rectangulaires formant un quadrillage, tantôt suivant des courbes associées à des points. La prêtresse d'JIator a sans doute succombé à une péritonite.
- Exploration de cavernes. — M. Martel décrit l’hydrographie souterraine de la chaîne de Devoluy que l’on traverse en allant de Gap à Grenoble. Dans cette chaîne, s’ouvrent des puits appelés chouruns dans le pays. M. Martel, en compagnie de MM. Martin, Lory, Tabouret, Vési-gnié, Armand, a exploré les cavernes dans lesquelles donnent accès deux de ces puits, le chourun Clôt et le chou-run Camarguier. Le premier s’ouvre à une altitude de 1740 mètres, sa profondeur est de 70 mètres; le second s’ouvre à une altitude de 1550 mètres et descend à une profondeur de 55 mètres. Cii. de Yilledeuil.
- ---—
- L’ENFANT ÉVAPORÉ
- (the flying child)
- On présente en ce moment en Amérique un truc qui a beaucoup de succès. Nous ne savons si, en France, il paraîtrait aussi extraordinaire, car nous croyons avoir vu quelque chose d’approchant.
- Quoi qu’il en soit, voici en quoi consiste l’expérience. Sur la scène se trouvent deux caisses d’emballage que l’on fait examiner. Un jeune enfant en costume de fantaisie très voyant arrive alors. On lui bande les yeux et un spectateur est prié de lui mettre en main une pièce de monnaie après l’avoir marquée
- L’enfant entre alors dans une des caisses, qui, au moyen d’une corde venant d’en haut, est ficelée, puis
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- LA NATURE.
- soulevée à environ 2 mètres de terre. On prie un spectateur de se mettre debout dessous pour bien prouver qu’il n’existe aucun effet de glace. L’ouverture de la caisse est du côté des spectateurs et l'enfant est visible. On'ouvre alors la seconde caisse, qui est parfaitement vide, et elle est ensuite fermée, puis enlevée comme la précédente à 2 mètres du sol. A ce moment l’opérateur ferme, en tirant une ficelle, le couvercle de la première caisse, compte une, deux, trois, rouvre le couvercle : l’enfant a disparu, la boîte est vide. On descend la seconde caisse, on l’ouvre, et, à la stupéfaction générale, l’enfant se trouve dedans et il rend aussitôt au spectateur la pièce marquée qui lui avait été confiée précédemment.
- Cette description exacte de l’expérience montre l’effet qu’elle doit produire sur les non-initiés, mais le lecteur aura sans doute facilement deviné en partie les moyens successifs employés pour produire ce mystère. Lorsque l’enfant arrive sur la scène, on lui bande les yeux. C’est afin qu’il soit moins reconnaissable et qu’un second enfant, à peu près semblable, revêtu du même costume, puisse tout à l’heure être pris pour lui. Il entre (dos au public) dans la première caisse, avec une pièce de monnaie qui lui a été remise par un spectateur. A ce moment, une coulisse pratiquée dans le fond de la caisse lui permet de se débarrasser de la pièce, qui coule dans le dessous du théâtre, où elle est attrapée
- L'cillant évaporé.
- par le second acteur. Le premier enfant se retourne comme en tâtonnant, ce qui est expliqué par son bandeau, et fait alors face au public. La caisse est enlevée du sol et l’on passe à la seconde, qui est bien vide, mais au moment où la porte est fermée et la corde liée autour de la caisse, l’enfant n° 2 s’y introduit par le fond,qui est à bascule, comme dans l’expérience bien connue de la malle. La caisse est soulevée et il ne nous reste plus qu’à expliquer la disparition soudaine du premier enfant, disparition très simple, qui n’est qu’une illusion d’optique. Un des côtés de la caisse est formé, outre la paroi de planches, d’une clace étamée montée à charnières, recouverte du côté
- O ,
- de l’argenture avec des planches légères et cjui se rabat sur cette paroi comme un volet. Lorsque l’enfant est dans la caisse, et que le couvercle a été
- fermé en bas par l’opérateur, il ouvre le volet qui vient couper pour ainsi dire la caisse en deux et donner l’apparence d’une caisse vide.
- Comme à ce moment on est surpris par la vue de l’enfant dans l’autre caisse, que même en supposant qu’il y ait eu substitution, on garde cependant un certain doute à cause de la ressemblance extérieure des deux enfants, à cause de la pièce de monnaie et grâce aussi à l’illusion causée par la mise en scène du tour très simple par lui-même, on ne pense pas à demander la vérification du contenu réel de la première caisse, le rideau se baisse et le tour est... exécuté. Le prestidigitateur Alber.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9-
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- LA NATURE
- VINGT-CINQUIÈME ANNÉE — 1897
- PREMIER SEMESTRE
- \
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abbadie (Antoine d’), 270,507.
- Abeilles (La poste aux), 51.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1), 15, 31, 47, 62, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 174, 191, 207, 223, 238, 255, 271, 287, 303, 318, 335, 350, 367, 385, 599, 415.
- Acétylène (L’utilisation de P), 255.
- Acétylène dissous (L’), 266.
- Acide carbonique de l’atmosphère et la température (L’), 366.
- Acier (La compression de 1’), 183.
- Acier à l’acide phénique (Trempe de T), 27.
- « Adirondack » de l’Hudson (Le nouveau vapeur), 311.
- Aérostalion militaire en Allemagne (L’), 135.
- Age de cuivre et l’âge de bronze (L’1, 191.
- Age du cuivre en Chaldée (L’), 282.
- Aiguille par un électro-aimant (Extraction d’une), 99.
- Aïnos (L’art et les mœurs des), 380.
- Air liquide (Curiosités de l'jt 174.
- Alambic monstre (Un), 95.
- Alcools (Toxicité des), 319.
- Alcoolisme au premier âge (L'), 6.
- Alcooliques (Observations sur les), 190.
- Aldéhyde formique (Correspondance. La vapeur d’), 366, 414.
- Aldéhyde formique et la désinfection des locaux (La vapeur d’), 299.
- Alliage précieux (Un), 143.
- Allumettes (Le danger de la fabrication des), 174.
- Alpes (Dans les), 230.
- Aluminium (Corrosion de 1’), 94.
- Ampoules utilisées en radiographie et fluoroscopie ( Études expérimentales des), 50.
- Amusements américains, 239.
- Apparitions lumineuses, 502.
- Appontement public de Pauillac (L'),
- ’ 214.
- Aquariums publics d’Europe (Les), 394. Arbre qui siffle (I/), 270.
- Arbres (Les vieux), 350.
- Argon dans le sang (L’), 175.
- Argon et de l’hélium (Combinaison de), 127.
- Argon et de l’hélium dans la nature (Diffusion de U), 31.
- Armée (L’hygiène dansl’), 210.
- Amodie (Intoxication par U), 207. Arsenaux du Japon (Les), 521.
- Arts industriels en Egypte (Les), 287. Ascenseur fixe ou mobile, 501. Association de la Croix Verte (L’), 555. Atmosphère (Composition chimique des couches supérieures de 1’), 238. Atmosphère (Exploration des couches supérieures de 1’), 207.
- Atmosphère (Les impuretés de 1’), 199. Atmosphère des tunnels (L’), 367. Aumale (Le Ducd’), 387.
- Automobile au 4e Salon du cycle (L’), 70.
- Avalanches (Les), 348.
- Aviculture (A l’Exposition d’), 38.
- Azote (La fixation de 1’), 255.
- Azote et du charbon (Nouveau procédé de combinaison directe de 1’), 318.
- B
- Bactéries fossiles, 15.
- Ballons-sondes (Le lancer international de), 2, 415.
- Ballons-sondes (Septième lancer international de), 206.
- Bambou dans les charpentes (Le), 343.
- Banquet Clémence Royer (Le), 251.
- Bateau rouleur (Le), 243.
- Beurre de coco (Le), 211.
- Beurre de petit-lait (L’industrie laitière, fabrication du), 269.
- Bibliothèque de Ménélick (La), 158.
- Bicyclette et l’archéologie (La), 163.
- Bicyclette et le télégraphe en Angleterre (La), 366.
- Bicyclettes (Changements de vitesse pour), 23.
- Bienfaiteurs de la science (Les), 107, 148, 158, 222, 318.
- Blé (La constitution chimique du), 367.
- Bloc erratique au Panthéon (Un), 177.
- Bois (L’exploitation et le sulfatage des), 410.
- Bouilloires à grilles tubulaires de Pom-péi, 213.
- Boutargue (La), 106.
- Brouette avant Pascal (La), 253.
- c
- Câble télégraphique entre l’Allemagne et l’Espagne (Un), 271.
- Calorifères et leurs dangers (Les), 338.
- Calvitie et son microbe (La), 266.
- Cale sèche à manœuvre hydraulique du port de San-Francisco, 49.
- Cane à quatre pattes (Une), 144.
- Canne à confetti, spirobole à serpentins 271.
- Canon sur le blindage (Une Victoire du), 171.
- Canons Krupp à tir rapide (Les), 257.
- Caoutchouc (Une nouvelle plante à),
- 222.
- Cartes de visite photographiques, 77.
- Carbone et du fer (La combinaison du 303.
- Catacombes mexicaines de Guanajuato (Les), 45.
- Catacombes de Paris (Les), 167.
- Catacombes de Paris et leur faune (Les) 267.
- Causes actuelles (La doctrine des), 290.
- Cavernes (Exploration de), 415.
- Cèdre de l’avenue d’Orléans à Paris, 16.
- Celluloïd ininflammable (Le), 398.
- Chaleur (Les accumulateurs de), 170.
- Chaleurs spécifiques (Les), 127.
- Champignon (Cas deparisitisme chez un), 23.
- Chasse au chamois (La), 182.
- Chasse électrique des insectes, 400.
- Chasse en Chine (Un épisode de), 31 <
- 27
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-
-
-
- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Châtaignes (Les propriétés nutritives des), 175.
- Chemin de fer sans wagons (Un), 190.
- Cheminée d’usine (Redressement d’une), 254.
- Chemins de fer au Siam (La construc--tion des), 95.
- Chemins de feg dans l’Afrique du Sud (Les), 158.
- Chêne (La lunure du), 599.
- Chèvre (La). Les chèvres de Toggen-burg, 165.
- Chien (L’intelligence du), 578.
- Chutes du Niagara (L’utilisation des),
- 210.
- Cidre d’Allemagne (Le), 254.
- Cinématographe de 19 sous (Un), 110.
- Cinématographe (Les erreurs du), 568.
- Classification décimale (La), 10.
- Cloisons isolantes dans les navires pétroliers (Les), 566.
- Clocher de l’église de la Châtre (L’effondrement du), 175.
- Cocaïne et eucaïne, 258.
- Cocons à soie (Les), 175.
- Cloche russe à Châtellerault (La), 575.
- Combat de Nausen avec un ours et un morse, 158.
- Compteurs pour bicyclettes (Nouveaux), 29.
- Compteur à gaz à payement préalable,
- 220.
- Conduites de gaz et de pétrole, 567.
- Confetti et serpentins, 271.
- Corps nouveaux (Préparation de), 79,95, 145, 550.
- Corps opaques (La transparence des), 555.
- Coupeur de tètes (Le), 519.
- Courants à haute fréquence en physiologie (Les), 518.
- Courants à intermittences rapides, 202.
- Correspondance 222.
- Cours d’eau (La rivalité des), 155.
- Crâne (L’épaisseur du), 251.
- Crise chevaline (La), 507.
- Cristaux transparents (Préparation de), 207.
- Crookes (M,), 518.
- Cuillère (La meilleure), 193.
- Cuirassés anglais (Les nouveaux), 588.
- Cuir embouti (Un moyen curieux pour remplacer un), 567.
- Cyclamen (Culture rationnelle du), 505.
- Cycle (Le 4e Salon du), 82.
- Cycle d’appartement (Un nouveau), 61.
- Cvclodrome (Le), 159.
- D
- Débarquement du matériel d’artillerie (Procédés rapides de), 403.
- Densité de l’homme (La), 285.
- Dénudation glaciaire (Allure générale de la), 585.
- Désinfection des locaux (La vapeur d’aldéhyde formique et la), 299.
- Dessins préhistoriques, 503.
- Diamant en graphite (transformation du), 287.
- Diète et l’infection microbienne (La), 191.
- Diluvium (Les gros blocs du), 210.
- Distributeur automatique de gaz (Un), 579.
- Distribution d’éclairage et de force motrice et traction électrique à Versailles, 186.
- Division décimale des unités d’angle et de temps (La), 342.
- Doigts (Le bout des), 202.
- E
- Eaux d’égout à Paris (Les), 43.
- Eau et le vin (L’), 574.
- Eboulcmcnts de falaises (Les), 147.
- Echelle aux lames de sabre et le danseur mexicain (L’), 255.
- Eclairage électrique de l’avenue de l’Opéra, à Paris, 15.
- Eclairage électrique des trains, 414.
- Éclipse du 9 août 1896 (L’), 51.
- École de pèche de Marseille (La nouvelle), 401.
- Ecorce terrestre (La forme de P), 323.
- Écorce terrestre et la pesanteur (La déformation tétraédrique de U), 570.
- Écrasement de la glace (Persistance à 1’), 514.
- Écrevisses européennes (La disparition des), 194.
- Ectyposcope (L’), 331.
- Églises monolithes de Lalibéla (Abyssinie), 7.
- Électricité dans la culture (L’), 270.
- Elections à l’Académie des sciences, 127, 143, 175,207, 239, 303, 399.
- Électricité (Action physiologique de P), 143.
- Éléphants africains (Les), 91.
- Empoisonnement par le ricin (Vaccination contre P), 319.
- Énergie électrique de Niagara à Buffalo (Transmission d’), 111.
- Énergie électrique aux chemins de fer du Nord à Paris (Transmission de P), 247.
- Enfant évaporé (L’), 415.
- Engrais de déchets de poissons, 94.
- Engrais industriels et l’arsenic (Les), 318.
- Enveloppes inviolables aux rayons de Rôntgen (Les), 190.
- Equatorial de l’Exposition de Berlin (Le grand), 209.
- Êtres vivants considérés comme réactifs géographiques (Les), 590.
- Eucaïne et cocaïne, 238. •
- Exemptions militaires (Statistique des), 158.
- Expédition polaire de M. Andrée (L’), 43.
- Exposition universelle (Les premiers travaux de P), 81.
- F
- Face dans le saut (Contraction de la), 60.
- Famine dans l'Inde (La), 150.
- Fatigue due à la lecture (La), 103. Faune cavernicole (La), 315.
- Faye (Hommage rendu à M.), 143. Ferment du sang (Un nouveau), 42.
- Feux blancs (Le danger des), 123.
- Feux follets en mer, 43.
- Fiacre automobile à Paris (Le premier),
- 1.
- Figures animées (Les), 504.
- Fleurs et plantes lumineuses, 91. Foot-ball (Notes sur le), 362.
- Fouilles du professeur llilprecht à Nip-pur, 161.
- Fourmilières (Un hôte des), 255. Fourmis (Les parasites des), 111.
- Frein électro-pneumatique système Chapsal (Le), 126, 259.
- Froid et chaleur sur la terre (Le), 86. Fruits évaporés, 532.
- Fusil (Le dressage des canons de), 53. Fusils (Le recul des), 414.
- G
- Gallinacés contre la tuberculose humaine (L’imimfnité des), 350.
- Garde-manger original (Un), 369.
- Générateur des rayons X (Propriétés d’un nouvel appareil), 318.
- Générateurs oxyétbériques (Les), 587.
- Gisements actuels du guano du Pérou (Les), 187
- Givre fertilisateur (Le), 73.
- Glaciers (Les anciens), 398.
- Glaciers et les causes actuelles (Les anciens), 554.
- Gould (Benjamin), 114.
- Grau-du-Roi (Le), 205.
- Gravité apparente (La), 190.
- Grisou dans les mines (Le), 186.
- Grottes de Calés (Les), 289.
- Grottes de Jonas (Les), 35.
- Grottes de Rancogne (Les), 359.
- Grotte de la Moutlie (La), 124.
- Gutta-percha (Nouveaux arbres à), 255.
- Gymnastique dans l’armée anglaise (La), 96.
- Gymnastique médicale (Appareils mécaniques de), 189.
- H
- Hernies (Guérison radicale des), 351, Heure par les Clepsydres (L’),55.
- Heure nouvelle (L’), 273.
- Hivernage de Nansen (L’), 103. Homme-Momie (L’), 245.
- Hommes nains en Asie, 367.
- Horizon gyroscopique de l’amiral Fleu-riais (L’), 6.
- Horloge cycliste, 112.
- Hôtel de la Société des Ingénieurs civils de France (Le nouvel), 136. Huile à la mer (Le filage de P), 202. llydroxyle (Le rôle physique de P), 262. Hygiène dans l’armée th’)> 210
- I
- Ile dont les habitants s’abstiennent de boissons alcooliques (Une), 94.
- Illusion d’optique (Une curieuse), 410. Industrie électrique en France (L’), 506.
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-
-
-
- Industrie laitière dans les montagnes du Centre (L), 269.
- Inondations prochaines (Probabilité d’), 47.
- Instituts Pasteur en Russie (Les), 158.
- Instruction technique des agents de chemin de fer (L’), 385.
- Interrupteur à mercure, 155.
- Irrigation (Nouveau procédé d’), 223.
- J
- Jumelle (Une nouvelle), 87.
- Jumelle de poche de M. le commandant Napoléon N'ey (La). 191.
- Jupiter (Les dimensions et la forme de), 206.
- K
- Killarney (La catastrophe de), 129.
- L
- Lac de l'Alaska (Un), 276.
- Lait stérilisé (Le), 102.
- Lampe à acétylène, système Létang et Serpoliet, 225.
- Lampes à arc en vase clos (Les), 141.
- Lampes à lumière oxyélhérique (Les), 382.
- Lévriers russes (Les). Lofki, le chien du Tsar, 21.
- Levure (Fabrication électrique de la), 238.
- Lignes télégraphiques du globe (Longueur des), 335.
- Lithophanies en papier, 383.
- Locomotive électrique à Baltimore, 159.
- Lorgnette humaine de JI. Séguy (Application de la méthode Rontgen aux sciences médicales, 326.
- Loups en France (Les), 78.
- Luciphore (Le), 207.
- Lumière électrique dans les mers polaires (La), 75.
- Lumière au travers des corps opaques (Le passage de la), 503.
- Lumière sur les mélanges de chlore et d’hydrogène, 415.
- M
- Machine volante (Nouvelle), 79, 238.
- Maison de Paris (La plus petite), 28.
- Maisons et intérieurs chinois, 263.
- Maisons à New-York (Les hautes), 117.
- Marches rapides, 134.
- Marche (100 kilomètres en vingt heures), 59.
- Marine de guerre chilienne (La), 75.
- Marrons et châtaignes (Les propriétés nutritives des), 175.
- Mars (Aspect de la planète), 191.
- Médaille (La frappe d’une), 200.
- Médecins en France et à Paris (Les), 415.
- Mercure (Visibilité exceptionnelle de), 279.
- Mer du pôle Nord (La), 306.
- Mer du pôle Nord et ses conséquences (La), 258.
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Mer et les tempêtes (Les coups de), 284. Mers (La profondeur des), 95, 126.
- Métal des ferres rares (Un nouveau), 15. Métaux précieux à Terre-Neuve (Les), 47. Microphonographe Dussaud (Le), 145. Mires de nivellement (Invariabilité de longueur des), 415.
- Mitrailleuse automatique Hotchkiss (La), 591.
- Monaco (Les origines de), 251.
- Morsure des araignées, 350.
- Mosaïques de fleurs à Ténçriffe (Les), 203.
- Moteur rotatif à vapeur Filtz, 131. Mouches à miel (Venin des), 414. Mouches et les rayons X (Les), 258. Moutarde blanche comme fourrage (La), 223.
- Muscles (Dépense énergétique des), 79. Musée commercial en Chine (Un), 223.
- N
- Nandou en Patagonie (La chasse du), 82.
- Nanscn (M.), 287.
- Natalité à Berlin (La), 246.
- Navigation arrêtée par une fleur (La), 335.
- Navire cuirassé (Rapidité de construction d’un), 174.
- Nécessaire chimique Trubert (Le), 371.
- Nécrologie: CharlesPacke,46.Nobel (À.), 64. Georges Ville, 222. Antoine d'Abba-die, 270. DrMagitot, 549. Le Duc d’Aumale, 582. Des Cloizcaux, 382.
- Néographe (Le), 128.
- Neptune (Le cinquantenaire de), 22.
- Ncsopilhceus (Le), 66.
- Nitrates des eaux fluviales, 15.
- Nitrates par les bactéries du fumier (La réduction des), 175, 311.
- Nobel (Alfred), 64.
- O
- Obscrvaloirc du mont Blanc (L’), 279.
- « Occanic », paquebot rapide (L’), 299.
- Océanographie, 47.
- Œil des poissons et l’objectif photographique (L’), 51.
- Œufs ferrugineux, 78.
- Œufs (Les coquilles d’), 175.
- Oiseaux appartenant à la faune continentale (Capture en mer de divers), 241.
- Oiseaux polyphones (Les), 561.
- Opaques (La transparence des corps),
- 551.
- Or et de l’argent (Statistique de 1’), 254.
- Orang-outang du Jai’din d’Acclimatalion (Tynan, F), 101.
- Outils des cambrioleurs (Les), 80.
- Oxygène liquide (Constantes électriques de P), 115.
- Oxygène (Appareil portatif auto-générateur d’), 119.
- Oxygène dans les eaux chlorurées (Le dosage de 1’), 567.
- Oxyde de carbone (Dosage de 1’), 31.
- Ozone (Densité de 1’), 174.
- Ozone aux grandes altitudes (L’), 234.
- Ozone et la phosphorescence (L’), 51,
- P
- Palais du quai d’Orsay à Paris et sa flore (Le), 329.
- Palmier dattier de Nice (Le), 33.
- Papier et le défrichement (Le), 270.
- Parades américaines, 336.
- Paratonnerre de la Tour Saint-Jacques (Le), 37.
- Pasteur (Le tombeau de), 89.
- Peau dans la nutrition (Du rôle de la) 335.
- Pendules (Comparaison des durées d’oscillation de deux),127.
- Pénombres et illusions d’optique, 139.
- Pesanteur (Nouvelle détermination de la), 599.
- Peste (La), 154.
- Peste aux Indes Anglaises (La), 118.
- Peste dans l’art (La)', 294.
- Peste et le comité consultatif d’hygiène de France (La), 226.
- Pétrole (Production du), 110.
- Pétrole en Savoie (Une source de), 174.
- Peuples asiatiques (Les), 534.
- Peuples primitifs de la République Argentine (Les), 292.
- Phosphore sur l’or (Action du), 239.
- Photographie (Atelier et laboratoire de), 115.
- Photographie aérienne par cerf-volant, 69.
- Photographie artistique et la peinture (La), 234.
- Photographiques artistiques à la gomme bichromatée (Épreuves), 162.
- Plan incliné pour voyageurs, 315.
- Planètes du système solaire (Distribution des), Ml.
- Plantations au Muséum (Les nouvelles), 337.
- Plantes (Le repos chez les), 335.
- Plantes de montagnes et plantes de plaines, 3.
- Plaques et dalles inusables, 224.
- Platine en Russie (Production du), 254.
- Pluie (Variation diurne de la), 346.
- Pluie artificielle (La), 166.
- Pluie en France (La), 186.
- Pluie noire en Cochinchine et pluie rouge en Tunisie, 47.
- Poids atomique du magnésium, 126.
- Poirier de la reine Jeanne, 14.
- Poisson-lune (Une étrange créature, le môle ou), 71.
- Pommes de terre (Soixante-six millions de kilogrammes de), 94.
- Pont de plus de 8 kilomètres (Un), 550.
- Pont naturel dans les Alpes-Maritimes (Un), 235.
- Ponts chinois, 39.
- Ponts japonais, 407.
- Population française (Le mouvement de la), 110.
- Populations primitives de la République Argentine (Les), 231.
- Porte-greffe sur le greffon (Influence du), 310.
- Poste à New-York (La voiture de la), 399.
- Poulpes (La pêche des), 229.
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-
-
-
- &2G
- INDEX ALPHABETIQUE.
- Production vinicolc dans l’Argentine (La), 383.
- Protoxyde d’azote liquéfié (Emploi du), 374.
- Puits (Une nouvelle méthode d’assainissement des), 78.
- Q
- Quais sur l’Hudson river et dégagement de West Street à New-York (Prolongement des), 227.
- R
- Radiographie (Application nouvelle de la), 159.
- Radiographie médicale, 127.
- Radioscopie appliquée à la pathologie (La), 47.
- Rage à l’Institut Pasteur (Le traitement de la), 366.
- Raisins blancs et noirs, 190.
- Rasoirs (Le tranchant des), 110.
- Rayons Rontgen à l'ostéologic (Application des), 15.
- Rayons Rontgen en médecine (Application des), 31.
- Rayons Rontgen et les affections pulmonaires (Les), 179.
- Rayons X (Propriété nouvelle des), 218, 519.
- Rayons X (Une nouvelle application des), 142, 254.
- RayonsX aux constatations médico-légales (Applications des), 415.
- Rayons X à la médecine (Nouvelles applications des), 79.
- Rayons X pour les recherches anatomiques (Emploi des), 12.
- Récompenses de la Société royale de Londres (Les), 344.
- Réfractions extraordinaires connues sous le nom de fata morgana, 163.
- Réfractions,mirages et fatamorganasur le lac Léman, 19.
- Réfrigérant d'eaux de condensation, 27G.
- Refroidissement du globe cause primordiale de l’évolution (Le), 79.
- Refuge Packe (Le), 516.
- Robinets pour récipients de gaz comprimés ou liquéfiés, 38.
- Rontgen aux sciences médicales (Application de la méthode), 326.
- Rue Réaumur (La), 151.
- Ruines du grand Zimbabyé (Les), 97.
- S
- Salon du cycle (Le 4e), 34.
- Sang (La coagulation du), 111.
- Sang humain (Propriétés du ferment du), 159.
- Sang d’anguille (Toxicité du), 79.
- Sauvages d’Ezy (Les), 323.
- Science (Pour la), 91.
- Sensations visuelles (Interversion des), 143.
- Serpent à deux têtes (Un), 221.
- Serpentins et confetti, 271.
- Singes (Chez les), 277.
- Soie (Historique des prix de la), 159.
- Sirènes à air comprimé, 127.
- Société française de physique, exposition annuelle de Pâques, 346.
- Société royale de Londres (La), 382.
- Soleil bleu (Le), 143.
- Soleil dans l’atmosphère (Reproduction
- de l’image du), 42.
- Spirobole à serpentins, canne à confetti, 271.
- Squelettes (Particularités observées sur certains), 207.
- Stations centrales d’énergie électrique à Paris (Les), 26.
- Statues de neige artificielle (Les), 100.
- Steamers (La construction des), 270.
- Stéréo-cinématographe (Le), 65.
- Stérilisation des liquides alimentaires (Nouveau procédé de), 224.
- Sulfatage des bois (L’exploitation et le), 410.
- Sulfates (Action de l’acide chlorhydrique sur les), 111.
- Système métrique en Angleterre (Le), 106.
- Système nerveux contre l'infection microbienne (Action défensive du), 95.
- T
- Tatouages médicaux dans l’Égypté ancienne, 415.
- Théâtre à deux salles, 351.
- Torpilleur « Turbinia » (Le), 335.
- Toueur hydraulique (Un), 27.
- Tourbière de Coste-Island (La), 94.-
- Traction des voitures (Déterminalion du coefficient de), 355.
- Traction électrique à Paris (La), 15,
- 102.
- Train continu (Projet de), 59.
- Trains de luxe en Europe (La vitesse des), 339.
- Transmission de force motrice dans les moulins Truffaut à Paris, 356.
- Transmissions mécaniques, 373.
- Tricycle à moteur à essence de pétrole (Le), 17
- Tricycle sur les voies ferrées (Le), 159. Trombes (Les fausses), 175.
- Truffes (Un parasite des), 350.
- Tube de Crookes (Nouveau), 87.
- Tubes de Geissler (Température des), I l. Tuyaux pour conduites de gaz (Nouveaux), 399.
- Typhus et les insectes (Le), 558.
- U
- Uranium sur les corps électrisés (Action propre de 1’), 225.
- Y
- Vaporisation dans les tubes, 47.
- Végétaux (La gradation des), 599.
- Végétaux (La nutrition des), 383.
- Vélocipèdes (Les billes des), 207.
- Vélocipédie, 531.
- Vélocipédie militaire, 180.
- Vélocipédiquc (L’industrie), 14.
- Venin des mouches à miel, 414.
- Ventilation dans un tunnel (Défaut de), 79.
- Vers palmistes (Un plat de), 254.
- Viandes par l’électricité (Conservation des).
- Vide absolu (Un), 350.
- Vigne dans le Midi (La), 157.
- Ville (Georges), 222, 287.
- Vinification (Le perfectionnement de lai, 191.
- Vinification dans les régions méridionales (La), 198.
- Vins (La casse des), 287.
- Vins en 1896 (La production des), 46.
- Vins et des cidres en 1890 (La récolte des), 214.
- Voies de tramways (Les), 139.
- Voilier monstre (Un nouveau), 78.
- Voiture (Un nouveau type de), 95.
- Voilures automobiles pour chemins de fer, 284.
- Voiturettcs automobiles et voiture électrique, 121.
- I
- Zinc sur les vins rouges (Action du), 167.
- w
- Wagons-bars et nouvelles voitures de lre classe à plates-formes, 184. Wagons-chapelles (Les), 113.
- Wagon sans roues (Un), 415.
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-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Aci.oque (A). — L’intelligence du chien, 378.
- Aller. — L’enfant évaporé, 415.
- André (E). — Les origines de Monaco, 251.
- Armand (B.). — La Boutargue, 106.
- Bâclé (L.). — Wagons-bars et nouvelles voitures de lr8 classe à plates-formes, 184. — La vitesse des trains de luxe en Europe, 339.
- Bailhaciie (G.). — Influence du porte-greffe sur le greffon, 310.
- Barthélémy. — Nouveau tube de Crookcs, 87.
- Batut (Arthur). — Photographie aérienne par cerf-volant, 69.
- Baudry de Saunier (L.). — Le 4e Salon du cycle, 34, 82. — La jumelle de poche de M. le commandant Napoléon Ncy, 191.
- Bei.i.et (Daniel). — La marine de guerre chilienne, 75. — La chasse du Nandou en Patagonie, 82. — Les wagons-chapelles, 113. — Les chemins de fer dans l’Afrique du' sud, 138. — Une victoire du canon sur le blindage, 171. — Appareils mécaniques de gymnastique médicale, 189. — Les mosaïques de fleurs à Ténériffe, 203. — La pêche des poulpes, 229. — Les arsenaux du Japon, 321. —Un garde-manger original, 369. — L’instruction technique des agents de chemin de fer, 385.
- Bergeret (Albert). — Cartes de visites photographiques, 77.
- Bertiielot (M.). — L’âge du cuivre en Chaldée, 282.
- Béthuys (G.). —Le Néographe, 128. — Un distributeur automatique de gaz, 379.
- Bleunard (A.). — Feux follets en mer, 43.
- Boistel (E.). — La gymnastique dans l’armée anglaise, 96. — Le système métrique en Angleterre, 106. — Le nouveau vapeur « Adirondak » de l’Hudson, 311. — Théâtre à deux salles, 351. — Les aquariums publics d’Europe, 394.
- Boyer (J.). — Les impuretés de l’atmosphère, 199. — La réduction des nitrates par les bactéries du fumier, 311.
- Brandicourt (V.). — La bicyclette et l’archéologie, 163. — Culture rationnelle du cyclamen, 305.
- Brochet (A.). — Correspondance; la vapeur d’aldéhyde formique, 366.
- Capitan. — Le banquet Clémence Royer, 251. — La cloche russe à Châtellerault, 375.
- Cartaz (Dr A.). — La calvitie et son microbe, 266.
- Combes (Paul). — Les êtres vivants considérés comme réactifs géographiques, 590.
- Corcelle (J.). — La chasse au chamois, 182.
- Cornié (A. Gaston). —L’appontement public de Pauillac, 214.
- Coubertin (Pierre de). — Notes sur le foot-ball, 362.
- Coupin (H.). — La disparition des écrevisses européennes, 194, — Fruits évaporés, 332. — Le typhus et les insectes, 358.
- — Lithophanies en papier, 383.
- Crispo (D.). — Les gisements actuels du guano du Pérou, 187.
- Delebecque (A.). — Réfractions extraordinaires, 164. — Correspondance, 222.
- Deslandres (H). — L’éclipse du 9 août 1896, 51.
- Doyen (Dr). — Un nouveau cycle d’appartement, 61.
- Duboin (A.). — Emploi du protoxyde d’azote liquéfié comme comburant dans les obus et les moteurs, 374.
- Dubois (E.). — Le cèdre de l’avenue d’Orléans, à Paris, 16.
- Dufaut (A.). — Voitures automobiles pour chemins de fer, système Serpollet, 284.— Plan incliné pour voyageurs, 315
- Dufour (L.). — Plantes de montagnes et de plaines, 3.
- Dupuy (Cii.). — Résistance à l’écrasement de la glace, 314.
- Etançon. — Lampe à acétylène système Létang et Serpollet, 225.
- Eybert (Dr). — Les grottes de Rancogne, 359.
- Flamel. — 100 kilomètres en 20 heures de marche, 39. —
- Le froid et la chaleur sur la terre, 86. — Les bienfaiteurs de la science, 107. — La pluie artificielle, 166. — Le bout dos doigts, 202. — Apparitions lumineuses, 302. — Los oiseaux polyphones, 561. — Chasse électrique dos insectes, 400.
- Fonvielle (W. de). — Le lancer international de ballons-sonde, 2. — L’expédition polaire de M. Andrée, 43. — Alfred Nobel, 61. — L’aérostation militaire en Allemagne, 155.
- Forel (F.-A ). — Réfractions, mirages et fata morgana sur le lac Léman, 19.
- Fournier (Dr A.). — Contraction de la face dans le saut, 60.
- Gall (J. F.). — Le tombeau de Pasteur, 89. — La peste au* Indes Anglaises, 118. — Le filage de l’huile à la mer, 202.
- — Le beurre de coco, 211. — Georges Ville, 222. — La peste et le comité consultatif d’hygiène de France, 226. — L'épaisseur du crâne, 251. —Antoine d’Abbadic, 270.
- Glangeaud (Pii). — Un bloc erratique au Panthéon, 177.
- Good (Arthur). — Les coquilles d’œufs, 175. — Ascenseur fixe ou mobile, 301.
- Graftiau (J.). — Le givre fcrtilisateur, 73.
- Guébhard (A.). — Un pont naturel dans les Alpes-Maritimes, 235.
- Guignet (Ch.-Er.). — Georges Ville, 287.
- Guillaume (Cii.-Ed.). — La classification décimale, 10. — Le dressage des canons de fusil, 53. — Propriétés nouvelles des rayons X, 218. — Le rôle physique de l’hydroxyle, 262. — Les récompenses et la Société royale de Londres, 344.
- Hébert (A.). — Les accumulateurs de chaleur, 170.
- Hill (Dr). — Les rayons Rôntgen et les affections pulmonaires, 179.
- Hospitalier (E.). — Température des tubes de Geissler, 11.
- — Le tricycle à moteur à essence de pétrole, 17. —Changements de vitesse pour bicyclettes, 23. — L’ozone et la phosphorescence, 51. — Projet de train continu, 59. — Le stéréo-cinématographe, 65. — L’automobile au 4e Salon du cycle, 70. — Voiturettes automobiles et voiture électrique, 121. — Parades américaines, 336. — La division décimale des unités d'angle et de temps, 342. — Détermination du coefficient de traction des voitures, 333.
- Jacquet (Dr M.). — Cas de parasitisme chez un champignon, 23.
- Jaubert (G.-F.). — Le mierophonographe Dussaud, 145.
- Karl (Carolus). — Le coupeur de têtes, 320.
- L. (A.). — Le bateau rouleur, 243. .
- Laffargue (J.). — Éclairage électrique de l’avenue de l’Opéra, à Paris, 13. — La traction électrique à Paris, 15. — Les stations centrales d'énergie électrique à Paris, 26. — Étude expérimentale des ampoules utilisées en radiographie e"t fluoroscopie, 30. — Le paratonnerre de la Tour Saint-Jacques, 37. — Vaporisation dans les tubes, 47. — La traction électrique à Paris, 102. — La rue Réaumur à Paris, 151.
- — Distribution d’éclairage et de force motrice et traction électrique à Versailles, 186. — L’utilisation des chutes du Niagara, 210. — Transmission de l'énergie électrique aux chemins de fer du Nord à Paris, 247. — L’industrie électrique en France, 306. — Société française de physique, exposition annuelle de Pâques, 346. — Transmission de
- force motrice dans les moulins Truffaut à Paris, 356. _______
- Transmissions mécaniques, 373.
- Lallemand (Ch.). — La déformation tétraédrique de l’écorce terrestre et la pesanteur, 370.
- Landrin (F.). — Les populations primitives de la République Argentine, 231, 292.
- Lapparent (A. de). — La rivalité des cours d’eau, 153. — La mer du pôle Nord et ses conséquences, 258. — La forme
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- de l’écorce terrestre, 323. — Les anciens glaciers et les causes actuelles, 354.
- Launay (L. de). — Les ruines du grand Zimbabyé, 97.
- Lebon (J.). — L’effondrement du clocher de la Châtre, 173-
- — Les coups de mer et les tempêtes, 284. — L’ectypo-scope, 531.
- Lécépé (E. de). — Les lampes à arc en vase clos, 141. — L'acétylène dissous, 266.
- Léotard (Jacques). — L’hivernage de Nansen, 103. — Combats de Nansen avec un ours et un morse, 138.
- Leroy (M.). — Les outils des cambrioleurs, 80. — La frappe d’une médaille à l’Hôtel des monnaies, à Paris, 200. — Plaques et dalles inusables, 224. — Velocipédic, histoire du premier vélocipède, voiture à ressorts, 331.
- Levât (L.-A.). — Action du zinc sur les vins rouges, 167.
- Lœwy (M.). — Benjamin Gould, 114.
- Londe (A.). — Interrupteur à mercure pour bobines d’induc-lion, 155. — Applications de la méthode Rôntgen aux sciences médicales ; la lorgnette humaine de M. Séguy, 326.
- Lourde-Rocheblave. — Le refuge Packe, 316.
- M. (Dr A.). — Les médecins en France et à Paris, 413.
- Mareschal (G.). — L’œil des poissons et l’objectif photographique, 31. — La poste aux abeilles, 31. — Une nouvelle jumelle, 87. — Atelier et laboratoire de photographie de Mme la baronne Ad. de Rotschild, 115. — Appareil portatif auto-générateur d’oxygène, 119. — Epreuves photographiques artistiques à la gomme bichromatée, 162. — Courants à intermittences rapides, 202. — Compteur à gaz à payement préalable, 220. — La brouette avant Pascal, 253. — Les erreurs du cinématographe, suppression du scintillement, 368.
- Marsillon (Ch.). — Les catacombes mexicaines de Guanajuato, 45. — Une étrange créature, le môle ou poisson-lune, 71.
- — Fleuis et plantes lumineuses, 91. — Un serpenta deux tètes, 221. — Maisons et intérieurs chinois, 263.
- Martel (E.-A.). — La catastrophe de Killarney, 129.
- Mateur (A.). — Nouveaux compteurs pour bicyclettes, 29.
- Mégnin (Padl). Les lévriers russes. Lofki, le chien du Tsar, 21.
- — A l’Exposition d’aviculture, 38. — Tynan, l’orang-outang du Jardin d’acclimatation, 101. — Un cane à quatre pattes, 144. — La chèvre, 165. — Chez les singes, 277. — La crise chevaline, 307.
- Meige (Dr Henri). — L’homme-momie, 245. — La peste dans l’art, 294.
- Meriel (P. de). — L’observatoire du mont Blanc; l’œuvre de M. Vallot, 279. •
- Meunier (Stanislas). — Les grottes de Jonas, 35. — Les ébou-lements de falaises, 147. — La doctrine des causes actuelles, 290. — La mer du pôle Nord, 306. — Les anciens glaciers, 398.
- Micraut (Dr). — L’art et les mœurs des Aïnos, 380.
- Mirbeau (11.). — Le nouvel hôtel de la Société des ingénieurs civils de France, 136.
- Muntz (A.).—La vinification dans les régions méridionales, 198.
- Nadaillac (M!‘ de). — Fouilles du professeur Hilprecht à Nippur, 161.
- Niewenglowski (G.-H.). — La photographie artistique et la peinture, 234.
- Nitepp (Major). — Les canons Krupp à tir rapide, 257. — Mitrailleuse automatique Ilotchkiss, 391.
- Orro (Marius). — Les statues de neige artificielle, 100.
- Oudin (Dr). — Nouveau tube de Crookes, 87.
- Oustalet (E.). — Capture en mer de divers oiseaux appartenant à la faune continentale, 241.
- Palliés (A.). — Le Grau-du-Itoi, 205. — Les grottes de Cales, 289. — La nouvelle école de pèche de Marseille, 401.
- Parville (H. de). — L’alcoolisme au premier âge, 6. — Le cinquantenaire de Neptune, 22. — Le palmier dattier de Nice, 33. — Un nouveau ferment du sang, 42. — Les premiers travaux de l’Exposition universelle, 81. — Pour la
- science, 91. — Frein électro-pneumatique, 126. — La peste, 154. — Le luciphore, 207. — Les gros blocs du diluvium, 210. — L’ozone aux grandes altitudes, 234. — La natalité à Berlin, 246. — L’heure nouvelle, 273. — La densité de l’homme, 283. — Nansen à Paris, 287. — Antoine Thomson d’Abbadie, 307. — Les calorifères et leurs dangers, 338. — Nécrologie, Dr Magitot, 349. — L’eau et le vin, 374. — La catastrophe, 379. — Le duc d’Aumale, 387.
- Pélissier (G.). — Les voies de tramways, 139. — Amusements américains, 239.
- Picard (M.). — Les avalanches, 348.
- Pileur (Dr L. Le). — Marches rapides, 134.
- Planchon. — L’heure par les clepsydres, 55.
- Plumandon (J.-R.). — La pluie en France, 186. — Variation diurne de la pluie, 546.
- Poisson (J.). — Le palais du quai d’Orsay à Paris et sa flore, 329. — Les nouvelles plantations au Muséum à la suite du cyclone du 26 juillet 18ü6, 337.
- R. (L.). — Les nouveaux cuirassés anglais, 386.
- Radiguet (A.). — Extraction d’une aiguille par un électro-aimant, 99.
- Régnault (Dr Félix). — La meilleure cuillère, 193.
- Remy. — Emploi des Rayons X pour les recherches anatomiques, 12.
- Renel (Géo). — Cale sèche à manœuvre hydraulique du port de San-Francisco, 49.
- Piiciiou (G.). — Églises monolithes de Lalibéla (Abyssinie), 7.
- — La fatigue due à la lecture, 103. — Bouilloires à grilles tubulaires de Pompéi, 213. — Prolongement des quais sur l’Hudson river et dégagement de West Street à New-York, 227. — La vapeur d’aldéhyde formique et la désinfection des locaux, 299.
- Rivière (F.). — La grotte de la Mouthe, 124.
- Rivière (G.). — Influence du porte-greffe sur le greffon, 310.
- Rodes (Max). — Le frein électro-pneumatique, système Cbapsal, 259.
- Sagnac (G.). — Pénombres et illusions d’optique, 139.
- Saillant (G.). — La vigne dans le Midi, 157.
- Saporta (A. de). — Le nécessaire chimique Trubert, 371.
- Schoi.l (A.). — Legrand équatorial de l’Exposition de Berlin, 209.
- Tempe (Raoul). — Horloge cycliste, 112.— Le cyclodrome, 159.
- — Confetti et serpentins. Canne à confetti, spirobole à serpentins, 271. — Les figures animées, 304.
- Tissandier (A.). — La plus petite maison de Paris, 28. — Un épisode de chasse en Chine, 51. — Ponts chinois, 39. — Les hautes maisons à New-York, 117. — L’échelle aux lames de sabres et le danseur mexicain, 255. — Ponts japonais, 407.
- Trillat (A.). — La vapeur d’aldéhyde formique, 414.
- Trouessart (Dr E.). — Le Nesopithccus, 66.
- Turgan (L.). — Moteur rotatif à vapeur Filtz, 131. — La compression de l’acier, 183. — Réfrigérant d'eau de condensation, 276.
- Vilcoq (Albert). — L’industrie laitière, 107 — L’industrie laitière dans les montagnes du centre, fabrication du beurre de petit lait, 269. — L’exploitation et le sulfatage des bois, 410.
- Yilledeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l’Àcadémic des sciences, 15, 31, 47, 62, 79, 95, 111, 127, 143, 159, 174, 191, 207, 223, 238, 255, 271, 287, 303, 318, 335, 350, 367, 583, 399, 415.
- Vinot (J.). — Visibilité exceptionnelle de Mercure, 279.
- Viré (A.). — Les catacombes de Paris, 167. — Les catacombes de Paris et leur faune, 267. — La faune cavernicole, 515.
- X..., ingénieur. — Le premier fiacre automobile à Paris, 1.
- — L’horizon gyroscopiquc de l’amiral Fleuriais, 6.
- Z (Commandant). — Vélocipédie militaire, 180.
- Zaborowski. — Les sauvages d’Ezv, 323.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, Imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Le cinquantenaire de Neptune (IL de Pauville). ... 23
- L'éclipse du 9 août 1896 (II. Deslandres).............. 51
- Le grand équatorial de l’Exposition de Berlin (A. Scholl). 209
- Visibilité exceptionnelle de Mercure (.1. Vinot).......279
- Distribution des planètes du système solaire. ... 111
- Aspect de la planète Mars..............................191
- Les dimensions et la forme de Jupiter..................' 206
- Physique générale.
- L’horizon gyroscopique de l’amiral Fleuriais (X, ingénieur)................................................... 6
- Température des tubes de Geissler. Recherches expérimentales (E. IL). . ..................................... 11
- Robinet pour récipients de-gaz........................... 38
- Feux follets en mer (A. Bleunard)...................... 43
- L’ozone et la phosphorescence (E. H.).................. 51
- Le dressage des canons de fusil (Ch.-Ed. Guillaume) . . 53
- Le stéréo-cinématographe (E. IL)......................... 65
- Une nouvelle jumelle (G. Mareschal)...................... 87
- Extraction d’une aiguille par un électro-aimant (A. Ra-
- digüet). ............................................. 99
- Les statues de neige artificielle (Marius Otto)..........100
- Le système métrique en Angleterre (E. Boistel) . . . 106
- Constantes électriques de l’oxygène liquide..............115
- Pénombres et illusions d’optique (G. Sag.nac)............139
- Le microphonographe Dussaud (G.-F. Jaubert)..............145
- Interrupteur à mercure pour bobines d’induction
- (A. Londe)............................................155
- Les accumulateurs de chaleur (A. Hébert).................171
- Les cocons à soie et les rayons Rôntgen..................173
- Les rayons Rôntgen et les affections pulmonaires
- (Dr Bill) ...»........................................179
- Propriétés nouvelles des rayons X (C.-E. Guillaume). . 218
- Lampe à acétylène, système Létang et Serpollet (A. Etan-
- çox)..................................................225
- Le rôle physique de l’hydroxyle (Ch.-Ed. Guillaume) . . 262
- L’acétylène dissous (E. de Lécépé).......................266
- L’ectyposeope (M. Leçon).................................331
- Les erreurs du cinématographe, suppression du scintillement (G. Mareschal)......................................368
- Les générateurs oxyéthériques............................387
- Une curieuse illusion d’optique..........................410
- Élude expérimentale des ampoules utilisées en radiographie et fluoroscopie.................................. 30
- La radioscopie appliquée à la pathologie............ 47
- Un alambic monstre.................................. 95
- Un cinématographe de 19 sous.........................110
- Sirènes à air comprimé ..... 127
- Les chaleurs, spécifiques............................127
- Comparaison des durées d'oscillation 'de deux pendules...............................................127
- Une curieuse application des rayons X................142
- Application nouvelle de la radiographie..............159
- Curiosités de l'air liquide. . . . ^................174
- Densité de l’ozone...................................174
- La gravité apparente.................................190
- Les enveloppes inviolables aux rayons de Rôntgen. 190
- Les mouches et les rayons X..........................238
- Une nouvelle application des rayons X...............254
- Apparitions lumineuses. .............................302
- Le passage de la lumière au travers des corps
- opaques..........................................303
- Propriétés d'un nouvel appareil générateur des
- rayons X.........................................318
- Propriétés nouvelles des t'ayons A'..................319
- La transparence des corps opaques............. 335, 351
- Un vide absolu.......................................350
- Nouvelles déterminations de la pesanteur.............399
- Électricité théorique et appliquée.
- Éclairage électrique de l’avenue de l’Opéra, à Paris
- (J. Laffargue)......................................... 13
- Les stations centrales d’énergie électrique à Paris
- (J. Laffargue)........................................... 26
- Le paratonnerre de la Tour Saint-Jacques (J. Laffargue). 37 La lumière électrique dans les mers polaires. ... 57
- Nouveau tube de Crookes (Dr Oudin et Barthélémy). . 87
- La traction électrique à Paris (J. L.)....................102
- Conservation des viandes par l’électricité..................119
- Voiturettes automobiles et voiture électrique (E. Hospitalier).....................................................121
- Les lampes à arc en vase clos (E. de Lécépé)..............141
- Distribution d’éclairage et de force motrice et traction
- électrique à Versailles (J. L.)..........................180
- Courants à intermittences rapides (G. Mareschal). . . 202
- L’utilisation des chutes du Niagara (J. L.)...............210
- Transmission de l’énergie électrique aux chemins de fer
- du Nord à Paris (J. Laffargue) . ........................247
- L’industrie électrique en France (J. L.)................. . 306
- Transmission de force motrice dans les moulins Truf-faut à.Paris (J. Laffargue).................................356
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- TABLE DES MATIÈRES.
- La traction électrique à Paris......................... 15
- Transmission d’énergie électrique de Niagara à
- Buffalo.............................................111
- Locomotive électrique à Baltimore......................159
- Action propre de T uranium sur les corps électrisés. 223
- Fabrication électrique de la levure....................238
- L’électricité dans la culture..........................270
- Un câble télégraphique entre l’Allemagne et l’Espagne.................................................271
- Longueur des lignes télégraphiques du globe. . . . 355
- La bicyclette et le télégraphe en Angleterre. . . 366
- Éclairage électrique des trains........................414
- Nouveau procédé de combinaison directe de l’azote
- et du charbon......................................518
- Préparation de corps nouveau.......................350
- La constitution chimique du blé....................367
- Le dosage de l’oxygène dans les eaux chlorurées. . 567
- Le celluloïd ininflammable.........................598
- Action de la lumière sur les mélanges de chlore et d'hydrogène.........................................415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- Photographie.
- Photographie aérienne par cerf-volant (A. Batut). . . 69
- Atelier et laboratoire de photographie de Mnie la
- baronne Ad. de Rothschild (G. Mareschal)............115
- Epreuves photographiques artistiques à la gomme bichro-
- matée (G. Mareschal)................................162
- La photographie artistique et la peinture (G.-11. Nieaven-
- glowski)..........................................235
- L'œil des poissons et l'objectif photographique. . 51
- Chimie générale.
- Appareil portatif auto-générateur d’oxygène (G. Mares-
- chal)..............................................119
- Action du zinc sur les vins rouges (L.-A. Levât). . . . 167
- Les impuretés de l’atmosphère (J. Boyer)...........199
- Le beurre de coco (J.-F. Gall)........................211
- L’ozone aux grandes altitudes (H. de P.)..............234
- La vapeur d’alhéhyde formique et la désinfection des
- locaux (G. Richou).................................299
- Correspondance; la vapeur d'aldéhyde formique (A. Brochet) ...............................................566
- Le nécessaire chimique Trubert pour essais agricoles
- (A. de Saporta)....................................371
- Emploi du protoxyde d’azote liquéfié comme comburant dans les obus et les moteurs (A. Duboin). . . . 374
- L’exploitation et le sulfatage des bois (A. Vilcoq) ... 410
- Un nouveau métal des terres rares..................... 15
- Les nitrates des eaux fluviales....................... 15
- Diffusion de l'argon et de l'hélium dans la nature. 31
- Dosage de l'oxyde de carbone dans le sang............. 31
- Les métaux précieux à Terre-Neuve..................... 47
- Une nouvelle méthode d’assainissement des puits. . 78
- Préparation d'un corps nouveau.................79, 95
- Corrosion de l'aluminium.............................. 94
- Action de Tacide chlorhydrique sur les sulfates. . . 111
- Poids atomique du magnésium...........................126
- Combinaison de l’argon et de l’hélium.................127
- Préparation de corps nouveaux.........................145
- Un alliage précieux...................................145
- Les dangers de la fabrication des allumettes.. . . 174
- Les propriétés nutritives des marrons et châtaignes. 175
- L’argon dans le sang..................................175
- Préparation de cristaux transparents..................207
- Nouveau procédé de stérilisation des liquides alimentaires............................................224
- Eucaïne et cocaïne....................................238
- Composition chimique des couches supérieures de
- l’atmosphère.......................................238
- Action du phosphore sur l’or..........................239
- Statistique de l’or et de l’argent....................254
- Production du platine en Russie.......................254
- La fixation de l'azote................................255
- L’utilisation de l’acétylène...................... . 255
- Le papier et le défrichement..........................270
- Les arts industriels en Egypte........................287
- Transformation du diamant en graphite.................287
- La combinaison du carbone et du fer...................303
- Églises monolithes de Lalibéla (Abyssinie) (G. Richou). . 7
- Réfractions, mirages et fata morgana sur le lac Léman
- (Forel F.-A.)......................................... 20
- Les grottes de Jonas (Stanislas Meunier).............. 35
- Le paratonnerre de la Tour Saint-Jacques (J. Laffarguk). 52 Reproduction de l’image du soleil dans l’atmosphère. . 42
- Le froid et la chaleur sur la lerre (Flamel).......... 86
- La catastrophe de Killarney (E.-A. Martel)............129
- La rivalité des cours d’eau (A. df. Lapparent)........155
- Les éboulements de falaises (S. Meunier).................147
- Réfractions extraordinaires connues sous le nom de fala
- morgana (A. Delebecque)...............................163
- La pluie artificielle (Flamel)...........................166
- Un bloc erratique au Panthéon (Pu. Glangeaud). . . . 177
- La pluie en France (J.-R. Plumandon).....................186
- Les gros blocs du diluvium (II. de Parville)..........211
- L’ozone aux grandes altitudes (H. de P.)..............234
- Un pont naturel dans les Alpes-Maritimes (A. Guébiiard). 235 L’observatoire du mont Blanc, l’œuvre de M. Vallot
- (P. de Mériel)........................................279
- Les coups de mer et les tempêtes (J. Lebon)..............284
- La doctrine des causes actuelles (S. Meunier)............290
- Observations à propos de la forme de l’écorce terrestre
- (A. de Lapparent).....................................325
- Variation diurne de la pluie (J.-R. Plumandon) .... 346
- Les avalanches (Maurice Picard)..........................348
- Les anciens glaciers et les causes actuelles (A. de Lapparent) .................................................354
- Les grottes de Rancogne (Dr Eybert)......................359
- La déformation tétraédrique de l’écorce terrestre et la
- pesanteur (Ch. Lallemand)..........................'. 370
- Les anciens glaciers (Stanislas Meunier).................398
- Pluie noire en Cochinchine et pluie rouge en Tunisie ..................................................... 47
- Océanographie..................................• . 47
- Probabilité d’inondations prochaines..................... 47
- Le refroidissement du globe cause primordiale de
- l’évolution........................................... 79
- La tourbière de Coste-Island............................. 94
- La profondeur des mers.................................. 126
- Le soleil bleu...........................................143
- Une source de pétrole en Savoie..........................174
- Les fausses trombes......................................175
- Exploration des couches supérieures de l'atmosphère ..................................................207
- L’acide carbonique de T atmosphère et la température ....................................................366
- Lancement de ballons-sondes..............................415
- Exploration des cavernes.................................415
- Sciences naturelles. — Zoologie. Botanique. — Paléontologie.
- Plantes de montagnes et plantes de plaines (L. Dufour) Le cèdre de l’avenue d’Orléans à Paris (E. Dubois) . . Les lévriers russes. Lofki, le chien du Tsar (P. Mégnin) Cas de parasitisme chez un champignon (Dr Jacquet) . Le palmier dattier de INice (II. df. Parville) ....
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Le Ncsopithecus, singe fossile de Madagascar (Dr E. Troues-
- sart) .............................................
- Une étrange créature, le môle ou poisson-lune (Cn. MaR-
- SILLOX) ..............................................
- Lâchasse du Nandou en Patagonie (D. Bellet). . . .
- Les éléphants africains...............................
- Fleurs et plantes lumineuses (Cn. Marsillon)..........
- Tynan, l’orang-outang du Jardin d’acclimatation (Paul
- Mégnin)............................................
- La Boutargue (Armand B.)..............................
- L’industrie laitière dans les montagnes du Centre
- (A. Yilcoq).................................... .
- La grotte de la Mouthe (E. Rivière)...................
- Une cane à quatre pattes (P. Mégnin)..................
- La chèvre, les chèvres de Toggenburg (Paul Mégnin). . Les catacombes de Paris et leur faune (A. Viré). 107,
- La chasse au chamois (J. Corcelle)....................
- La disparition des écrevisses européennes (H^Coupin). .
- Un serpent'à deux tètes (Ch. M.)......................
- La pêche des poulpes (1). Bellet).................
- Capture cn mer de divers oiseaux appartenant à la
- faune continentale (E. Oustalet)...................
- Chez les singes (P. Mégnin). . . .....................
- Culture rationnelle du cyclamen (V. Brandicjurt) . . .
- La faune cavernicole (A. Viré)........................
- Le palais du quai d’Orsay et sa flore (J. Poisson) ....
- Fruits évaporés (H. Coupin)...........................
- Les nouvelles plantations au Muséum à la suite du
- cyclone du 26 juillet 1890 (J. Poisson)............
- Le typhus et les insectes (11. Coupin)................
- Les oiseaux polyphones (Flamel). .....................
- Un garde-manger original (1). Bellet).................
- L’intelligence du chien (A. Acloque)..................
- Les aquariums publics d’Europe (E. Boistel)...........
- Chasse électrique des insectes (Flamel)...............
- Bactéries fossiles....................................
- Application des rayons de Iiôntgen à l'osléoloyie. .
- Les parasites des fourmis.............................
- Intoxication par l'amoche.............................
- Une nouvelle plante à caoutchouc......................
- Nouveaux arbres à gutta-percha........................
- Un hôte des fourmilières..............................
- L'arbre qui siffle....................................
- Le repos chez les plantes........................
- Les vieux arbres......................................
- Moi’sure des araignées..........,.....................
- Un parasite des truffes...............................
- L'immunité des gallinacés contre la tuberculose
- humaine............................................
- De la gradation des végétaux..........................
- La lunure du chêne....................................
- Venin des mouches à miel. ............................
- Géographie. — Voyages d’exploration*
- L’expédition polaire de M. Andrée (W. de Fonvielle).
- L’hivernage de Nansen (Jacques Léotard)..............
- Combat de Nansen avec un ours et un morse (J. Léotard) ...............................................
- Le Grau-du-Roi (Antonin Palliés).....................
- Dans les Alpes.............\.........................
- Les origines de Monaco (E. André)....................
- La mer du pôle Nord et ses conséquences (A. de Lappa-
- rent).............................................
- Un lac de l’Alaska...................................
- Nansen à Paris (II. -de Parville)....................
- Les grottes de Calés (Antonin Palliés)...............
- La mer du pôle Nord (Stanislas Meunier)..............
- Le refuge Packe (Lourde-Rocheblave)..................
- Les êtres vivants considérés comme réactifs géographiques (Paul Combes)...................................
- Une île dont les habitants s’abstiennent de boissons alcooliques .........................................
- Anthropologie. — Ethnographie* Sciences préhistoriques*
- Les ruines du grand Zimbabyé (L. de Launay) .... 97
- Fouilles du professeur Hilprecht à Nippur (M1' de Na-
- daillac)..............................................101
- La bicyclette et l’archéologie (Y. B.)................103
- Les populations primilives de la République Argentine
- (F. Landrin)..........................................251
- Maisons et intérieurs chinois (Cn. Marsillon)............263
- L âge du cuivre en Clialdée (M. Bertiielot)..............282
- Les peuples primitifs de la République Argentine
- (F. Landrin)..........................................292
- Les sauvages d’Ézy (Zaborowski)..........................523
- L’art et les mœurs des Aïnos (Dr Michaut)................380
- L'âge de cuivre et l’âge de bronze.......................191
- Les arts industriels en Égypte...........................287
- Dessins préhistoriques...................................505
- Les peuples asiatiques................................. 534
- Hommes nains en Asie.....................................367
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. Travaux publics. — Arts industriels.
- Le premier fiacre automobile à Paris (X..., ingénieur) 1 Le tricycle à moteur à essence de pétrole (E. H) . . . 17
- Changements de vitesse pour bicyclettes (E. Hospitalier) .................................................. 23
- Trempes-de Parier à l'acide phénique................... 27
- Un toueur hydraulique' r............................... . 27
- Nouveaux compteurs pour bicyclettes (A. Mateuii). . . 29
- Ponts chinois (Albert Tissandier)...................... 59
- Les eaux d’égout à Paris............................... 43
- Vaporisation dans les tubes (J. L.).................... 47
- Projet de train continu (H.).............................. 59
- Un nouveau cycle d’appartement (Dr Doyen)................. 61
- L’automobile au 4e Salon du cycle (E. Hospitalier). , . 71
- Les premiers travaux de l’Exposition universelle (H. de
- Parville).............................................. 81
- Le 4e Salon du cycle (L. Baudry de Saunier)............ 82
- Les wagons-chapelles du Transsibérien (Daniel Bellet). 113 Les hautes maisons de New-York (A. Tissandier). . . . 117
- Voiturettes automobiles et voiture électrique (E. Hospitalier) ..................................................121
- Le danger des feux blancs pour les signaux de chemins
- de fer..................................... ........123
- Frein électro-pneumatique (H. de Parville)................126
- Moteur rotatif à vapeur Filtz (L. Turgan)..................131
- Le nouvel Hôtel de la Société des Ingénieurs civils de
- France (H. Mirbeau).................................... 130
- Les chemins de fer dans l’Afrique du Sud (D. B.). . . 138
- Les voies de tramways (G. Pélissier)......................159
- La rue Réaumur à Paris (J. Laffargue).....................151
- Le cyclodrome (Raoul Tempe)...............................159
- L'effondrement du clocher de l’église de la Châtre
- (J. Lebon).............................................175
- La compression de l’acier (Louis Turgan)..................183
- Wagons-bars et nouvelles voitures de lre classe à
- plates-formes (L. B.)..................................184
- Le grisou dans les mines..................................186
- La frappe d’une médaille à l’Hôtel des monnaies à Paris
- (M. Leroy).............................................200
- Bouilloires à grilles tubulaires de Pompéi (G. Richou). 213 Compteur à gaz à payement préalable (G. Mareschal). 220
- Prolongement des quais sur P Hudson river et dégagement de West street à New-York (G. Richou). . . . 227 Le frein électro-pneumatique, système Chapsal (Max
- Rodes)..............................................259
- L’heure nouvelle (H. de Parville)..........-...........273
- Réfrigérant d’eaux de condensation (L. Turgan). . . . 276
- Voitures automobiles pour chemins de fer, système Ser-poilet (A. Dufaut) .......................................284
- 66
- 71
- 82
- 91
- 91
- 101
- 106
- 107
- 124
- 144
- 165
- 267
- 182
- 194
- 221
- 229
- 241
- 277
- 505
- 315
- 529
- 332
- 537
- 358
- 501
- 309
- 578
- 394
- 400
- 15
- 15
- 111
- 207
- 222
- 255
- 255
- 270
- 335
- 350
- 350
- 550
- 350
- 399
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- 43
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- Ascenseur fixe ou mobile (Arthur Good). ...... 301
- Résistance à l’écrasement de la glace, action de la glace sur les digues de réservoir en maçonnerie (A. Dupuy) 514
- Plan incliné pour voyageurs (A. Dufaut)..............515
- Yélocipédie, histoire du premier vélocipède, voiture à
- ressorts (M. Leroy).................................. 531
- La vitesse des trains de luxe en Europe (L, Baqlê) . . 539
- Le bambou dans les charpentes............................343
- Détermination du coefficient de traction des voitures, expériences de M. A. Michelin (E. Hospitalier). . . 353
- Transmissions mécaniques (J. Laffargue).................375
- Un distributeur automatique de gaz (G. Béthuys). . . 379
- Instruction technique des agents de chemin de fer
- (Daniel Bellet).......................................585
- Ponts japonais, architecture d’Extrême-Orient (A. Tis-
- sandier)............................................. 407
- Défaut de ventilation dans un tunnel................. 79
- Une machine volante..................................... 70
- La construction des chemins de fer au Siam. ... 95
- Un nouveau type de voiture.............................. 95
- Le tricycle sur les voies ferrées....................159
- Un chemin de fer sans wagons.........................190
- Les billes des vélocipèdes..............................207
- Redressement d’une cheminée d’usine......................254
- Un pont de plus de 8 kilomètres..........................o50
- L’atmosphère des tunnels.................................567
- Conduite de gaz et de pétrole............................567
- Nouveaux tuyaux pour conduites de gaz....................399
- Le recul des fusils......................................414
- Un wagon sans roues. . ..................................415
- De l'invariabilité de longueur des mires de nivellement ......................................... • • • 415
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- L’alcoolisme au premier âge (H. de P.)................. .
- Emploi des rayons X pour les recherches anatomiques
- (Rémy)..............................................
- Un nouveau ferment du sang (H. de P.)..................
- Contraction de la face dans le saut (Dr A. Fournier) . . La gymnastique dans l’armée anglaise (E. B.) . . . . Extraction d’une aiguille par un électro-aimant (A. Ra-
- diguet).............................................
- Le lait stérilisé et l’allaitement artificiel..........
- La fatigue due à la lecture (G. Bichou)................
- La peste aux Indes anglaises (J. F. Gall). ......
- La peste, les rats et les épidémies, virus antipesteux
- (II. de Parville) . ................................
- Appareils mécaniques de gymnastique médicale (1). Bellet) ..................................................
- Le bout des doigts (Flamel)............................
- L’hygiène dans l’armée , , , ,.........................
- La peste et le comité consultatif d’hygiène de France (J.-
- F. Gall)............................................
- L’homme-momie (Dr Henri Meige)....................
- L’épaisseur du crâne (J. F. Gall)......................
- La calvitie et son microbe (Dr A. Cartaz)..............
- La densité de l’homme (H. de Parville) .......
- La peste dans l’art (Dr Henri Meige)...........• • •
- La vapeur d’aldéhyde formique et la désinfection des
- locaux (G. Richou).....................••••;•
- Applications de la méthode Rôntgen aux sciences médicales, la lorgnette humaine de M. Séguy (A. Londe). Les calorifères et leurs dangers (II. de Parville) . . .
- Le typhus et les insectes (H. Cdupin)..................
- Notes sur le foot-ball (P. de Coubertin) ..............
- L’eau et le vin (H. de Parville).......................
- Les médecins en France et à Paris (I)r A. M.)..... Application des rayons de Rôntgen en médecine . . La radioscopie appliquée à la pathologie . ... .
- Œufs ferrugineux. ,.................................... •
- Nouvelles applications des rayons X à la médecine.
- Dépense énergétique des muscles........................
- ’Toxicité du.sang d'anguille. . . .....................
- 6
- 12
- 42
- 60
- 96
- 99
- 102
- 103
- 118
- 154
- 189
- 202
- 210
- 226
- 245
- 251
- 266
- 283
- 294
- 299
- 326
- 338
- 558
- 362
- 374
- 413
- 51
- 47
- 78
- 79 79 79
- Action défensive du système nerveux contre l’infection
- microbienne. ...................................... 95
- La coagulation du sang................................111
- Radiographie médicale.................................127
- Interversion des sensations visuelles.................143
- Action physiologique de l'électricité..................143
- Les instituts Pasteur en Russie........................158
- Propriété du ferment du sang humain...................159
- Observation sur les alcooliques.......................190
- La diète et l’infection microbienne...................191
- Particularités observées sur certains squelettes. . . 207
- Les courants à haute fréquence en physiologie . . 518
- Vaccination contre l’empoisonnement par le ricin. . 319
- Toxicité des alcools..................................319
- Du rôle de la peau dans la nutrition..................335
- Guérison radicale des hernies.........................351
- Le traitement de la rage à l'institut Pasteur. . . . 366
- Applications des rayons X aux constatations médico-
- légales 415
- Tatouages médicaux dans l'Égypte ancienne. . . . - 415
- Agriculture. — Acclimatation. Pisciculture.
- Le givre"fertilisateur (J. Graftiau).............• •
- La vigne dans le Midi’fM. Saillant)..................
- Les gisements actuels du guano du Pérou (D. Crispo). . La vinification dans les régions méridionales (A. Muntz). L’industrie laitière dans les montagnes du centre, fabrication du beurre de petit lait (À. Vilcoq)...........
- La crise chevaline (P. Me'gnin)......................
- Influence du porte-greffe sur le greffon (G. Rivière et
- G. Bailhacre)........................................
- La réduction des nitrates par les bactéries du fumier
- (J. Boyer)........................................
- Les aquariums publics d’Europe (E. Boistei.).........
- La nouvelle école de pèche de Marseille (1. Palliés). .
- Le poirier de la reine Jeanne........................
- Soixante-six millions de kilogrammes de pommes de
- terre ............................................
- Engrais de déchets de poissons.......................
- La profondeur des mers...............................
- Réduction des nitrates du fumier.....................
- Raisins blancs-et noirs. . ..........................
- Le perfectionnement de-la vinification...............
- Nouveau procédé d'irrigation.........................
- La moutarde blanche comme fourrage...............• •
- Le cidre d’Allemagne.................................
- La vigne en Normandie................................
- L’électricité dans la culture . . ...................
- La casse des vins. : ................................
- Les engrais industriels et l'arsenic........* • • •
- 73
- 157
- 187
- 198
- 269
- 307
- 310
- 311
- 394
- 401
- 14
- 94
- 94
- 95 175
- 190
- 191 223 223
- 254
- 255 *270
- 287
- 518
- Art militaire. — Marine.
- Cale sèche à manœuvre hydraulique du port de San-
- Franciscô (Géo Renel)..............................
- Le dressage des canons de fusil (Ch.-Ed. Guillaume). . La marine de guerre Chilienne (Daniel Bellet)-. . . . Une victoire du canon sur le blindage (D. Bellet) . •
- Yélocipédie militaire (Commandant Z.).................
- Le filage de l’huile à la mer (J.-F. G.)..............
- L’hygiène dans l'armée................................
- L’appontement public de Pauillac (A.-G. Cornié). . . .
- Le bateau rouleur (A. L.).............................
- Les canons Krupp à tir rapide (Major Nitepp)..........
- L’«0ceanic», paquebot extra-rapide.......................
- Le nouveau vapeur « Adirondak » de 1 Hudson (E.
- Boistel)...........................................
- Les arsenaux du Japon (Daniel Bellet).................
- Les nouveaux cuirassés anglais (L. R.) .......
- La mitrailleuse automatique Hotchkiss (Major Nitepp)..
- 49
- 53
- 75
- 171
- 180
- 202
- 210
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- 243
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 1
- Procédés rapides de débarquement du matériel d’artil-
- lerie (Commandant Z.)..............................405
- Un nouveau voilier monstre........................... 78
- Statistique des exemptions militaires................ 158
- Rapidité de construction d'un navire cuirassé. . . . 174
- La construction des steamers.........................270
- Le torpilleur « Turbinia »............................555
- Aéronautique.
- Le lancer international de ballons-sondes (W. de F.). . 2
- L’aérostation militaire en Allemagne (AV. de Fonviei.i.e). 155 Septième lancer international de ballons-sondes. . . 200
- Nouvelle machine volante.............................258
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Charles l'acte.................................... 46
- Alfred Aobéi...................................... 64
- Le tombeau de Pasteur (J.-F. Gall)............. 89
- Les bienfaiteurs de la science (Flamel)..........107
- Benjamin Gould, son œuvre scientifique (I.ikwv) . . . . 114
- Georges Ville (J.-F. G.)..........................222
- Antoine d’Abbadie (J.-F. G.)......................270
- Georges Ville (Ch.-E. Guignet)....................287
- Antoine Thomson d’Abbadie (II. de Parville).......507
- Dr Magitot (I1. de I'.) .......... ... 519
- Le Duc d’Aumale (II. de Parville)..................587
- Les bienfaiteurs de la science. ...................142
- Hommage rendu à M. Faye........................145
- Les bienfaiteurs de la science............. 158, 222
- M. Croo lies......................................518
- Sociétés savantes.— Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (séances hebdomadaires de F) par Ch. de Villedeuil, 15, 31, 62, 79, 95. 111, 127,
- 143, 174, 191, 207, 225, 238, 255, 271, 287, 303,
- 318, 535, 550, 367, 385. 599,....................... 415
- Le 4e Salon du cycle (L. Baudry de Sadnier) . . . 34, 82
- A l’Exposition d’aviculture (P. Mégnin)................ 58
- Les récompenses de la Société royale de Londres (C.-E.
- Guillaume)..........................................544
- Société française de physique; Exposition annuelle de
- Pâques (J. Laffargde).......................• • 546
- Élections à l'Académie des sciences, 127, 143, 175,
- 207......................................... 503, 599
- L’association de la Croix Verte........................355
- Science pratique et récréative.
- Le néograplie (G. Béthuys)........................... 128
- Les coquilles d’œufs (A. Good)......................... 175
- Plaques et dalles inusables (M. Leroy).....................224
- 427
- Amusements américains (G. Pélfsier).........................239
- L’échelle aux lames de sabres et le danseur mexicain
- (A. Tissandier)..........................................255
- Confetti et serpentins. Canne à confetti, spirobole à
- serpentins (U. Tempe)....................................271
- Les figures animées (Raoul Tempe)...........................304
- Le coupeur de têtes ^Carolus Karl)..........................319
- Théâtre à deux salles (E. Boistel)......................352
- Notes sur le foot-ball (P. de Coubertin)................362
- Lithophanies en papier (H. Coupin)..........................383
- L’enfant évaporé (Albf.r)...................................415
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- La classification décimale (Ch.-Ed. Guillaume)....... 10
- La plus petite maison de Paris (A. Tissandier)....... 28
- Un épisode de chasse en Chine (A. Tissandier) .... 51 100 kilomètres en vingt heures de marche (Flamel). . 39 Les catacombes mexicaines de Guanajuato (Ch. Marsillon). 45
- L’heure par les Clepsydres (Planchon)................ 55
- Cartes de visites photographiques (Albert Beugeret) . . 77
- Les outils des cambrioleurs (M. Leroy)............... 80
- Pour la science (H. de Parville). . ^ . 91
- Horloge cycliste (Raoul Tempe)..........................112
- Marches rapides (Dr L. Le Pileur)....................134
- La famine dans l’Inde...................................160
- La jumelle de poche de M. le commandant Napoléon Ney
- (L. Baudry de Saunier)...............................191
- La meilleure cuillère (l)r Félix Régnault)........... 193
- Les mosaïques de fleurs à Ténériffe (Daniel Bellet). . 203
- Le luciphore (H. de Parville)...........................207
- La récolte des vins et des cidres en 1896............ 214
- Correspondance (André Delebecque)........................222
- La natalité à Berlin (II. de P.).....................246
- Le banquet Clémence Royer (Capitan).....................251
- La brouette avant Pascal (G. M.).....................253
- Parades américaines; un navire de guerre à Trolley
- (E. II.)..............................................536
- La cloche russe à Châtellerault (Capitan)................375
- Chasse électrique des insectes (Flamel)..................400
- Les médecins en France et à Paris (Dr A. M.) .... 413
- L’industrie vélocipédique................................ 14
- La poste aux abeilles.................................... 51
- La production des vins en 1896....................... 46
- Les loups en France...................................... 78
- Le mouvement de la population française..............110
- Le tranchant des rasoirs.................................110
- Production du pétrole....................................110
- La bibliothèque de Ménélick. ... 158
- Historique des prix de la soie...........................159
- Un musée commercial en Chine.............................223
- Statistique de l’or et de l’argent................... 254
- Production du platine en Russie..........................254
- Les bienfaiteurs de la science . ....................518
- La navigation arrêtée par une fleur......................535
- Le traitement de la rage à l’Institut Pasteur. . . . 566
- Les cloisons isolantes dans les navires pétroliers. . 366
- Un moyen curieux pour remplacer un cuir embouti. 567
- La production vinicole dans l’Argentine..................382
- Pèche au moyen de la lumière électrique .... 583
- La voiture de la poste à New-York....................599
- FIN DES TABLES
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-
-
- ERRATA
- Page 28, col. 1, ligne 26. Page 87, col. 1, ligne 57.
- Page 87, col 2, lignes 35 et
- Page 88, col. 1, ligne 46. Page 114, col. 2, ligne 10.
- Au lieu de : centimètres,
- Il faut : décimètres.
- Au lieu de : près de l’objectif,
- Il faut : par l’objectif.
- Au lieu de : ci-dessus (fig. 1), on en a,
- Il faut : ci-contre (fig. 2), où on a.
- Au lieu de : répartis,
- Il faut : reportés.
- Au lieu de : Valence,
- Il faut : Valcntia (Irlande).
- Page 173, col. 1, ligne 5. Page 209, col. 1, ligne 55.
- Page 209, col. 2, ligne 4.
- Page 308, légende de la fig. 2 Page 597, col. 1, ligne 2.
- Au lieu de : Indre-et-Loire, Il faut : Indre.
- Au lieu de : M. Austalt Hupe,
- Il faut : l'établissement Hupe.
- Au lieu de : MM. Schot et Gcnossen,
- Il faut : MM. Scliott et C14. Au lieu de : salon d’honneur, Il faut : chambre d’honneur. Au lieu de : des lilas,
- Il faut : des tilleuls.
- Paris. — Imprimerie Laiicue, rue de Fleuras, 9.
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- INFORMATIONS
- —®— Société technique de l'acétylène et des industries qui s’y rattachent, tel est le nom d’une Société qui vient de se constituer à Paris, à la suite d’une assemblée générale, tenue le 23 novembre dernier. Son but est de défendre les intérêts des acélylé-nistes menacés de divers côtés. Les Compagnies de chemins de fer ont déjà soulevé des difficultés pour le transport du carbure de calcium. Les Compagnies d’assuranees veulent ou voudraient imposer aux consommateurs d’acétylène des surprimes supérieures à celles acceptées pour l'éclairage au gaz ; les autorités administratives enfin, sans qu’aucune ordonnance ait été encore rendue, usent d’un <iroit discrétionnaire, abusif, pour classer en troisième catégorie les installations domestiques d’acétylène et même pour interdire tout simplement son emploi. Le bureau nommé dans l’Assemblée générale est ainsi constitué : Président : M. G. Trouvé. Vice-présidents : MM. Forest et Hospitalier. Trésorier : M. Dreyfus. Secrétaires : MM. Doyen et de Perrodil. Comité : MM. de Boismenu, Cahen-Strauss, Cuinat, Deroy et Souriou. Pour tous renseignements relatifs à cette nouvelle association, pour la défense du progrès contre la routine, association dont doivent faire partie tous les acétylé-nistes, s’adresser à M. de Perrodil, 11, rue Say, à Paris, qui communiquera aux intéressés les statuts et le règlement.
- —@— M. Féré a étudié le rapport entre le poids des œufs et la durée de rincubation. En moyenne, l’œuf de poule pèse 60*r,18, tandis que celui de canard pèse 73*r,93. L’incubation chez la poule est de vingt et un jours et chez le canard de vingt-cinq jours. Or, le rapport de 60*r,18 à 73sr,93 est de 81,53 et le rapport de 21 à 25 est de 84. Le rapport du poids des œufs et le rapport des durées d’incubation sont donc très voisins.
- —®— D’après le Journal agricole, qui en a fait le relevé, le nombre de litres de lait arrivés à Paris en 1895 par les différents chemins de fer s’élève au chiffre respectable de 171 514 920. La Compagnie de l’Ouest, lignes de Bretagne et de Normandie, en a apporté à elle seule près de 77 millions. Pour les autres lignes, Est, Nord, Orléans, P.-L.-M., la quantité varie de 20 à 27 millions. La ligne de l’Etat n’en a transporté que 733 280 litres.
- —®— La Société anonyme des aciéries et forges de Firminy (Loire) fabrique depuis quelque temps des fils d’acier spéciaux très homogènes et dont la charge de rupture peut atteindre 200 kilogrammes par millimètre carré. Ces fils peuvent être fabriqués pour des diamètres allant de 0mm,2 à 5 millimètres. D’après les renseignements publiés, ces fils donnent toute satisfaction dans leur emploi comme cordes à piano.
- —@— L’amélioration des moyens de transport est certainement, à l’heure actuelle, un des besoins les plus urgents de la population de la banlieue. Nous n’en voulons pour preuves que le nombre des délibérations des Conseils municipaux de la banlieue transmises au Conseil général de la Seine. Le Conseil municipal d’Issv-les-Mouli-neaux a demandé d’accorder à MM. Cauderay et Renard la concession d’une ligne de tramways électriques traversant ladite commune. Le Conseil municipal de Boulogne a pris une délibération relative à la création, sur cette commune, de trois lignes de tramways à traction électrique. Des délibérations semblables ont été adoptées par les Conseils municipaux d’Alfortville, de Bondy, de
- Créteil, de Villemonble, de Champigny-sur-Marne et de Noisy-le-Sec. Le Conseil municipal de Saint-Mandé a demandé la création d’une ligne de tramways électriques entre Charenton et Pantin par Saint-Mandé. Le Conseil municipal de Montreuil-sous-Bois propose l’établissement de deux lignes de tramways, allant l’une de Charenton à Pantin, et l’autre de Montreuil à Yillemonble. On remarquera que dans toutes ces propositions, la traction électrique a été adoptée en principe ; on a donc là de bonnes occasions pour essayer les tramways à trolley.
- —®— C’est un exemple unique dans l’histoire de la médecine que le cas de la léthargique de Thénelles. Un de nos confrères s’est rendu ces jours-ci à Thénelles, petit village situé à quelques lieues de Saint-Quentin, pour prendre des nouvelles de la dormeuse. Marguerite Boyenval s’est endormie brusquement le 21 mai 1883 à l’âge de dix-neuf ans et ne s’est pas réveillée depuis. On a essayé de tous les moyens pour la faire sortir de léthargie sans y parvenir. Elle dort depuis quatorze ans ! La bouche et les yeux sont clos. La jeune fille est d’une maigreur extrême. On la nourrit par le bas, mais il est à craindre qu’elle ne finisse par s’éteindre comme une veilleuse qui manque d’huile. Elle s’affaiblit tous les jours et sa respiration ne met plus qu’une très légère buée sur une glace. Un sommeil de quatorze ans !
- —®— L’Association des industriels de France contre les accidents du travail, continuant l’œuvre qu’elle a entreprise de perfectionner l’outillage existant et surtout de contribuer à assurer la sécurité dans le travail, a ouvert un concours public pour la création d’un chapeau de sûreté pour scies circulaires. Ce concours sera clos le 31 décembre 1896. Pour tous renseignements, s’adresser au siège de l’Association, 3, rue de Lutèce, à Paris.
- —Le cours élémentaire de photographie que la Société française de photographie a confié cette année de nouveau à M. Ernest Cousin, est ouvert depuis le mercredi 2 décembre,*à 9 heures du soir, et a lieu les mercredis suivants à la même heure. Le cours est public, les dames y sont admises, il est complété par des séances de manipulations pratiques. Pour tous renseignements et pour retirer les cartes d’inscription, s’adresser au Secrétariat de la Société, 76, rue des Petits-Champs, à Paris.
- —®— Petite statistique comparée du vin et de la bière dans le monde. L’Autriche-Hongrie figure pour 14 millions, la France pour 10 millions. La Belgique, à elle seule, consomme autant de bière que les 40 millions de Français, 10 millions d’hectolitres. La récolte totale du vin dans tout l’univers s’élève à environ 130 millions d’hectolitres. Le chiffre de production générale de la bière, d’après la statistique établie par J.-P. Roux, est supérieur de 50 millions au chiffre de la production vinicole et atteint 180 millions d’hectolitres. Les principaux consommateurs de toute cette bière sont en tête l’Allemagne et l’Angleterre, l’une pour 48 millions, l’autre pour 47 millions d’hectolitres. Puis viennent les Etats-Unis, 37 millions.
- —®— En Allemagne, classique pays des diligences, à Berlin même, la distribution des lettres se fait aujourd’hui uniquement par des facteurs cyclistes. Résultat immédiat : il y a dans Berlin 27 distributions par jour. Voilà qui va laisser rêveurs les pauvres Parisiens attendant en vain leur courrier. Dans Berlin, une lettre mise à la poste traverse la ville et est distribuée entre trois quarts d’heure et une heure après. C’est moins de temps que n’en met à Paris un télégramme pour faire 800 mètres.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Jean Luce, à Grasse (Alpes-Maritimes), nous envoie plusieurs photographies représentant une centenaire qui habite le petit village de Caille, à 1200 mètres d’altitude environ entre les petits villages de Séranon et de la Ferrière. Cette centenaire, Anne-Françoise Funel, est née le 24 décembre 1792; elles étaient deux sœurs jumelles; la seconde est décédée à l’âge de huit mois. Anne-Françoise jouit encore de toutes ses facultés et vaque à ses affaires. Elle vit à Caille entourée du respect et de l’affection de tous.
- M. L. Mayeux, à Nantes, nous fait parvenir deux photographies qu’il a prises cet été en allant visiter Croix et Belle-Ile. L’une a été faite au trou d’Enfer; on remarque au milieu une tète de lion nettement dessinée. L’autre a été prise à Belle-Ile ; elle contient une roche que l’on désigne dans le pays sous le nom de roche du chien.
- M. L. Vanvincq-Reniez, à Andruicq (Pas-de-Calais), nous adresse une Notice sur le Tremblement de terre du 2 septembre 1896 Arras-Douai, extraite du Bulletin de la Société belge d’astronomie.
- Renseignements. — il/. D. J. Dragoumis, à Poros. — Il faut vous adresser directement à l’auteur, 10, avenue Mac-Mahon, à Paris.
- M. A. Sauve, à Rome. — 1° Pneumatiques Michelin, 7, rue Gounod, à Paris. — 2° Nous avons décrit les miroirs platinés dans le n° 928, du 14 mars 1891, p. 239; les fabricants étaient MM. Dodé, 99, boulevard de Charonne, à Paris.
- M. A. M. A., à Varna. — Hameçons en gros : M. Charpentier, 36, boulevard Sébastopol; M. Cornu, 130, rue Saint-Denis; M. Herbert Wyers, 75, rue du Temple, à Paris.
- M. Couleru-Meuri, à Chaux-de-Fonds. — Vous pourrez vous rocurer du carborundum à l’usine française d’Orbine, à la athie (Savoie).
- M. D. L., h Lunna. — 1° Les métaux qui ont un point de fusion supérieur à 1200° sont les suivants : ferro-nickel, 1230°, palladium, 1500°, platine, 1775°. — 2° Il s’agit probablement des miroirs platinés dont nous parlons plus haut.
- M. le Dr M. C., à Montréal-du-Gers. — 1° Le Génie civil, 6, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris. — 2° M. Forest, 70, quai de la Râpée, à Paris.
- M. M. Dalla Biasia, à Vérone. — La première édition de cette brochure a été épuisée rapidement ; vous pouvez vous adresser à la librairie que nous avons indiquée.
- Un lecteur, à Tours. — 1° Le moteur à gaz ne peut être utilisé pour les ascenseurs, en raison des démarrages fréquents auxquels ces appareils sont soumis. On emploie l’eau sous pression, l’air comprimé ou l’électricité. — 2° 11 n’existe pas encore d’ouvrage *à ce sujet.
- M. P. Waidemann, à Neuillv; M. F. Guillaumot, à Paris.
- — Nous avons donné la description d’un système de lampe à alcool à incandescence dans le n° 1175, du 7 décembre 1895, p. 4; le fabricant est M. A. Engelfred, 6, rue Saint-Quentin, à Paris.
- M. M. S., à Clichy. — Le support métallique dont vous parlez nous semble offrir un certain danger; il serait prudent de le faire relier au sol.
- M. R. Courtois, à Paris. — Pour enlever les taches sur le noyer ciré, il faut frotter avec du papier de verre, et passer ensuite une ou plusieurs couches d’encaustique.
- M. A. R., à Metz. — 1° Vous trouverez un ouvrage industriel sur le chauffage, dû à M. Ser, à la librairie Masson et C1’.
- — 2° La deuxième série des tables de La Nature est déjà parue depuis plusieurs années et s’étend de 1883 à 1892.
- Un abonné, à Paris. — La maison Rueff, 106, boulevard Saint-Germain, a un laboratoire de radiographie à la disposition de tous les médecins qui désirent en faire usage.
- M. H. D., & Calais. — 1° Pierres et fossiles : Comptoir géologique de Paris, 53, rue Monsieur-le-Prince ; Comptoir géolo-
- gique A. Stuer, 40, rue des Mathurins ;TM. Boubée fils, 5, place Saint-André-des-Arts, à Paris. — 2° Il fauQ demander le catalogue.
- M. M. Houard, à Paris. — Pour ce qui concerne les accumulateurs Blot, adressez-vous à la maison, 39 bis, rue de Châ-teaudun.
- M. de Vitry, à Pexonne. — Vous trouverez à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris, plusieurs ouvrages de téléphonie pratique qui pourront vous renseigner.
- M. W. Le Docte, à Gemhloux. — 1° La détermination de cette hélice exigerait de longues recherches et expériences. — 2° La soie pondiée de Chine convient très bien. — 5° Vous trouverez dans Te petit livre des Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie, une très bonne formule de vernis pour ballons.
- M. E. Hermerie, à Compiègnè. — 1° Le journal L'Electricien, 18, rue des Fossés-Saint-Jacques, à Paris, a récemment publié la description de cet appareil. — 2° La description de« transformateurs est donnée dans tous les ouvrages d’électricité.
- M. Marguet, à Paris. — Vous trouverez à ce sujet quelques calculs dans le Traité élémentaire d'électricité, de M. E. Hospitalier, à la librairie Masson et Cie, et dans les Leçons sur l'électricité de M. E. Gérard, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. J. P., à Paris. — 1° Il existe divers appareils de ce genre; nous en décrirons prochainement un s’il fonctionne bien. — Nous avons indiqué ces détails dans nos précédents articles.
- Un abonné, à Cosne. — Nous avons décrit dans les précédents volumes un grand nombre de tours de prestidigitation, et entre autres L'esprit frappeur dont vous parlez, dans le n° 1076, du 13 janvier 1894, p. 112.
- M. P. Collet, à Dunkerque. — Vous pourriez essayer le procédé que nous avons indiqué pour peindre sur les verres de lanternes magiques ; consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles, lr0 série, dont il est question plus haut.
- M. L. Bechet, à Paris. — Le procédé le plus simple pour fabriquer chez soi du vinaigre est de laisser aigrir du vin dans un baril pour former une mère. Il suffit ensuite de l’alimenter avec les résidus de vins, de cidre, etc., et l’on obtient d’excellent vinaigre.
- M. Ch. F., à V. — Vous pourriez adopter la lampe au pétrole Y Eclatante, 36, rue de Chabrol, à Paris.
- M. C. J., & Pau. — Nous ne pouvons vous fournir ici tous les renseignements que vous demandez; consultez les tables des matières qui viennent de paraître dans le n° 1226, du 28 novembre 1896.
- M. M. T., à Orléans. — 1° Adressez-vous à MM. Poulenc, 92, rue Vieille-du-Temple. 2° Ce résultat est atteint en pratique. — 5° Il reste souvent des dépôts.
- M. M. Lesage, à Paris. — Cette raie doit provenir, il nous semble, soit d’une fente dans le châssis, soit d’une réflexion extérieure sur un objet brillant; il aurait fallu examiner votre appareil pour pouvoir vous répondre.
- M. C. Cercler, à Grignon. — Il serait nécessaire d’essayer si, en pratique, le bandage de cuir fonctionne bien, comme vous l’indiquez.
- M. J. Angelvin, à Marseille. — Nous avons parlé des chaufferettes à acétate de soude dans le n° 503, du 15 janvier 1883, p. 101 ; les dépositaires de ces appareils étaient, à cette épo-qne, MM. Ancelin et Gillet, 32, boulevard Henri IV, à Paris. Dans le n° 1178, du 28 décembre 1895, p. 60, nous avons fait connaître de nouveaux accumulateurs de chaleur à la baryte: vous aurez tous les renseignementsqui vous sont nécessaires en vous adressant à M. Lemaître, 159, rue du Faubourg-Poissonnière, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Manuel de Yassendi, à Bilbao. Nous vous avons déjà répondu précédemment ; il nous est impossible de vous fournir les renseignements que vous avez demandés. — M. E. Lubslein. à Paris. Il n’existe pas d’ouvrage spécial sur ces questions; quelques indications sont parfois seulement données par les journaux. — M. Ch. Maundrell, à Boulogne-sur-Mer. Pour pouvoir vous répondre, il nous faudrait faire de longues recherches que nous ne pouvons entreprendre. — Un abonné, à Borne. Consultez un journal de bourse; nous ne nous occupons pas de questions financières. — M. Lindebour, à Paris. Nous n’avons pas traité ces diverses questions. — M. L. L., à C. Nous avons fait connaître un grand nombre de procédés pour préparer diverses encres dans les Recettes et Procédés utiles, lr“ et 2' séries, à la librairie Masson et Cie, mais leur préparation est assez délicate. — M. Savary, à X; M. D. H., à V. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes, les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Nouveau porte-mines à (rois couleurs. — Ce petit porte-mines de poche réunit sous le même volume d'un portemine ordinaire les trois couleurs de mines qu’on utilise jour-
- Porte-mines à trois couleurs.
- 1. Vue d'ensemble. — 2. Yue d’un support de mine sorti de l’étui. 3. Moyen de faire déplacer les mines.
- nellement : noir, rouge et bleu. Les mines différentes sont indépendantes et s’utilisent séparément à mesure des besoins; elles sont reliées par un petit bouton qui glisse sur le corps du porte-mines et qu’on fait déplacer à mesure des besoins el d’après la couleur du crayon qu’on veut utiliser. La figure n° 1 nous montre la vue d’ensemble de l’appareil; la figure n° 2 nous fait voir un support de mine sorti de l’étui, et la figure n° 3 nous indique le moyen de déplacer les mines à volonté. Ce porte-mines vraiment ingénieux et pratique se trouve chez M. Mathieu, 131 à 135, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- Appareil & cacheler les lettres. — Il arrive fréquemment que l’on se brûle les doigte en cachetant soit un paquet, soit une lettre, surtout lorsqu’on arrive à employer la partie extrême du bâton de cire. L’appareil que nous mentionnons a donc été construit pour éviter ces inconvénients. Comme le montre notre figure n° 1, l’appareil est formé
- Appareil à cacheter les lettres. — 1. Vue d’ensemble. -— 2. Mode d’emploi.
- d’une sorte de pince à quatre branches dans lesquelles glisse une bague de serrage. Les. extrémités des branches forment grille et tiennent la cire. A la partie supérieure de l’instrument est ménagé un cachet pour y recevoir les initiales. L’em-çloi de ce petit instrument permet de réaliser quelques petites économies; on peut user la cire jusqu’à la dernière parcelle. Le cachet et la cire ne forment qu’un seul instrument. Cet ingénieux appareil se trouve à la même adresse que le portemines à trois couleurs.
- Canif coupe-cors et ciseaux. — Le petit instrument que nous présentons par nos figures ci-dessous est fort bien construit. La lame large- et épaisse (n° 1 de la figure à gauche), effilée, tranchante et très courte, permet de la tenir de très près sans qu’on puisse se blesser. L’instrument étant bien en
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- main, on peut facilement opérer l’enlevage des cors. Afin de l’utiliser à plusieurs usages, on a ménagé une paire de ciseaux comme le montre la figure du milieu. Ces ciseaux sont formés d’une lame indépendante (n° 2) venant se compléter avec l’autre lame qui est formée par le dos de la lame dite coupe-cors. Une petite targette placée en 5 à la partie inférieure
- Canif coupe-corps et ciseaux. —- A gauche, vue de l’appareil fermé. Au milieu, vue des ciseaux ouverts.
- A droite, l’appareil dans sa gaine.
- ferme l’instrument en réunissant les deux manches; l’appareil est alors enfermé dans une gaine n° 4. — Le canif coupe-cors et ciseaux se trouve à la même adresse que les deux appareils précédents.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les résidus industriels employés comme engrais. Industries minérales et animales, par A. Larbalétrier, professeur de chimie et de technologie agricoles à l’Ecole d’Agriculture du Pas-de-Calais. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de
- M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Masson et Cie et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Procédés de conservation des produits et denrées agricoles, par A. Desmouuns, préparateur au laboratoire agronomique de Blois. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de
- M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Masson et Cio et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2fr. 50, cartonné 3 fr.
- Le ver à soie. Son élevage, son cocon, par Jean de Loverdo, ingénieur agronome, 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Masson et Cie et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50, cartonné 3 fr.
- Annales de l'Observatoire météorologique du mont Blanc, publiées sous la direction de M. J. Vallot, fondateur et directeur de l’Observatoire, tome II. 1 vol. in-4°. Paris, G. Steinhed, éditeur, 1896.
- Bibliographia physiologica, 1895. Répertoire des travaux de physiologie de l’année 1895, classé d’après la classification décimale par Cil. Richet, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, avec la collaboration de MM. Atbanasiu, J. Carvallo, Contejean et Dupuy, 1 vol. in-8°. Félix Alcan, éditeur. Paris. 1896.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Valeur nutritive du bouillon. — Dans une discussion à la Société de thérapeutique, on a soulevé incidemment la question de la valeur nutritive du bouillon. M. Catillon rappelait à ce propos les expériences faites au laboratoire de Vulpian par Bochefontaine et Larville. Ces physiologistes avaient essayé de nourrir des chiens uniquement avec du bouillon; ils leur donnaient journellement le bouillon de 500 grammes de viande et ne donnaient à d’autres chiens que de l’eau, frugal régime s’il en fut, aussi bien pour une série que pour l’autre. Or, les animaux ont vécu à peu près le même laps de temps, vingt-neuf jours les premiers, vingt-huit jours les seconds. Les expérimentateurs en concluaient fort judicieusement que la v:.iur nutritive du bouillon était à peu près nulle. Faudrait-il en
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- conclure au rejet systématique de ce breuvage? Il y a bouillon et bouillon. Si vous faites une pitoyable décoction, comme elle devait être faite dans le laboratoire, ce bouillon devait être assez maigre, en prenant le mot dans un sens culinaire. Mais si vous prenez le bouillon d’un vrai pot-au-feu, c’est-à-dire la décoction prolongée de bonnes pièces de viande, avec addition de navels, carottes, etc., vous n’aurez pas, j’en conviens, un «aliment de premier ordre, mais les parties sucrées des légumes seront dissoutes, de même une certaine partie de la graisse,
- des albumines seront entraînées et tenues en suspension (les fameux yeux du bon bouillon), et si vous n'avez pas un aliment de premier ordre, substantiel et réparateur, vous aurez un liquide chaud, contenant une certaine quantité, minime, si vous voulez, mais réelle, de produits «assimilables et qui vaudra mieux que de l’eau claire. On ne demande pas au bouillon d’être une soupe mitonnée, et tel quel ce breuvrage sera, quand rien ne contre-indique son emploi, car il s’acidifie rapidement, préférable à de vulgaires et insipides tisanes. Dr X.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 25 novembre. — 0°,2 N. 2. Presque couvert. 0,0 Très nuageux; beau après 19 b.
- Mardi 21 — 0°,7 N. N. E. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux jusqu a 15 b.; couvert ensuite.
- Mercredi 25 ... . 1°,0 N. E. 5. Couvert. 0,0 Presque couv. jusqu’à 14 b.; beau ensuite.
- Jeudi 26 —1°,1 N. N. E. 5. Presque couvert. 0,0 Très nuageux de 8 à 16 h.; beau avant et après.
- Vendredi 27 ... . — 5°, 6 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu'à 16 b.; très nuageux ensuite.
- Samedi 28 -5" ,9 E. N. E. 5. Beau. 0,0 Très nuag. jusq. 5 h.; couv. de 8 à 15 b.; beau le reste du temps.
- Dimanche 29 — 5°,9 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Quelques nuages.
- NOVEMBRE 1896
- SEMAINE DU LUNDI 25 AU DIMANCHE 29 NOVEMBRE
- La courût'- supérieure indique la nébulosité de 0 à 10: les flèches inférieures, la direction du veut, t.es courues du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriaues tbaromètre ramené à 0. au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- I«n neige à Lyon. — La neige a fait son apparition à Lyon, le mercredi 2a novembre, dans la matinée. Elle est tombée en assez grande abondance.
- Une pluie d'encre à. Hayeux. —A propos d’une pluie d’encre tombée le 21 octobre dans le canton de Trévières, le Bulletin de la Commission météorologique du Calvados nous apprend que le même phénomène a été également observé à Bayeux et à Longues. L’auteur de l’article, M. G. Guilbert, donne des explications intéressantes sur la cause possible du lait.
- « Le 21 octobre, alors qu’un centre de dépression couvrait le Calvados, que l’air était absolument calme, éclatait à Caen, vers 11* 50” du matin, un vaste incendie. Une grande quantité de constructions légères, abritant d’immenses quantités de fourrages, environnées de fumiers d’écurie, devenaient en quelques instants la proie des flammes. A un certain moment, le foyer incandescent couvrait 2000 mètres carrés, et, sur ce foyer, le jet des bouches d’incendie, des pompes à vapeur et de toute puissance lançait — l’expression est exacte — des torrents d’eau sur les débris enflammés.
- « Que devenait cette eau au contact d’un brasier de semblable étendue? Instantanément vaporisée, elle formait avec la fumée de véritables nuages de vapeur d’une exceptionnelle température. Au milieu du câline de l’atmosphère, la vapeur et la fumée confondues s’élevaient en colonnes puissantes jusqu’à plusieurs centaines de mètres de hauteur, puis, saisies par le refroidissement, se condensaient en cumulus superposés, d’aspect solide, d’une étrange beauté. Entraînés vers l’ouest par un courant insensible d'est-sud-est, ces nuages s’étendirent en quelques heures jusqu’à
- l’horizon, en conservant leur forme, leurs contours et leur opacité très prononcée,
- « Le lendemain, 22 octobre, le minimum barométrique persistant sur la région, l’air demeure immobile; les nuages flottent, indécis, dans l’atmosphère très humide : le nuage artificiel dû à l’iucendie de la veille n’est •plus visible, mais lie peut, au milieu de cette stagnation de l’air, s’être bien éloigné du point de sa formation.
- « Et voici que, dans la soirée et la nuit, des orages éclatent. L’arrondissement de Bayeux — région vers laquelle disparaissait trente-six heures auparavant l’immense nuage de vapeur et fumée de l'incendie de Caen — n’est pas épargné. Il y tonne, il y pleut, et cette pluie est noirâtre : c’est une pluie d’encre. Quelle en est l’origine, la cause? Ne venons-nous pas de l’indiquer, c’est l'incendie du 21.
- « On objectera peut-être que si notre explication était juste, des pluies d’encre seraient aussi nombreuses que les incendies qui leur donneraient naissance, les mêmes causes devant produire les mêmes effets. Nous répondrons que l'incendie de Caen s’est produit dans des circonstances toutes particulières, au centre d'une dépression barométrique, par un calme absolu, au milieu d’une atmosphère saturée d'humidité.
- « Loin d’être entraînée, réduite en lambeaux, par un vent plus ou moins violent, la colonne de vapeur et fumée restait compacte et homogène; elle entraînait avec elle une infinité de particules noircies provenant de matières d’origine végétale éminemment combustibles, et voici comment nous expliquons la pluie d’encre de Bayeux, Trévières, Longues : la nuage artificiel de l’incendie, à l’état de cumulus, s’est trouvé au-dessous d’un nuage orageux et pluvieux; les cristaux déglacé èt de neige de cet orage, en tombant à travers le cumulus formé de vésicules noircies, se coloraient à ce contact, s’emparaient des poussières suspendues dans le nuage inférieur et devenaient, par la fusion, en arrivant au sol, une pluie.vraiment noire, la fameuse pluie d'encre. »
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 2$, à 2 lu 53 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
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- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE BERVIGB DU JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS D’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE MASSON BT Q1", 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- INFORMATIONS
- —Le ministre de l'Instruction publique, conformément à la double présentation en première ligne faite par l’Académie des sciences et le conseil de l’Observatoire, a soumis à la signature du Président de la République un décret aux termes duquel M. Maurice Lœwy, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, sous-directeur actuel de l’Observatoire de Paris, est nommé, pour une période de cinq ans, directeur de l'Observatoire, en remplacement de JI. Tisserand, décédé.
- —®— M. Gabriel Lippmann vient d’être nommé membre étranger de la Société Royale.
- —®— Le comité chargé d’élever à Melun une statue à Pasteur vient d’accepter le projet de M. d’Houdain, sculpteur. Le buste en marbre blanc de Pasteur sera supporté par une stèle pyramidale et quadrangulaire, au pied de laquelle se trouve une bergère de la Brie, coiffée de la traditionnelle marmotte et accompagnée d’un mouton mérinos. La bergère et le mouton seront coulés en bronze. La bergère offre une palme à l’immortel auteur de la vaccination charbonneuse. Un beau bas-relief en bronze placé sur le revers de la pyramide rappellera un épisode de la fameuse expérience de Pouilly-le-Fort. A Toulouse, l’Université a déjà réuni plus de 16 000 francs, pour concourir à l’érection du monument qui doit être élevé à Pasteur, à Paris.
- Longueur de quelques tunnels. Le tunnel du Saint-Go-thard mesure 14,920 kilom., le souterrain du Mont-Cenis 12,220 ki-lom. Les tunnels de Mauvage, sur le canal de la Marne au Rhin, 4,700 kilom.; de la Nerthe, ligne de Marseille, 4,638 kilom.; de Blaisy, ligne de Paris-Lyon-Méditerranée, 4,100 kilom.; du Credo, sous la montagne de ce nom, ligne de Genève, 3,900 kilom. ; de la Uoublonnière, ligne de Caen, 3,100 hilom, ; de Dommartin, ligne de Strasbourg, 2,678 kilom. de Rolleboise, ligne de Rouen, 2,600 km.
- —Une violente secousse de tremblement de terre venant du sud au nord a été ressentie le 3 décembre à Annezin-les-Béthune, -aux environs d’Arras. Elle a été précédée d’un sourd grondement souterrain.
- —La Société internationale des électriciens, dans sa séance du 2 décembre 1896, a commencé l’étude de la traction mécanique. Le secrétaire général, M. llillairet, a fait un exposé de l’état actuel de cette question. Il a montré d’abord que les modes .actuels de' transport ne répondaient plus aux besoins, et il a insisté sur la nécessité d’établir un métropolitain et un réseau de tramways à traction mécanique. Il a passé ensuite en revue les différents modes de traction connus : à vapeur, à air comprimé, à vapeur surchauffée, à gaz, et électrique, eu insistant sur les avantages et inconvénients de chacun d’eux.
- •H&— La mer d’Azow gelée. Le Don et la mer d’Azow viennent de geler d une façon inattendue. Les bâtiments ont été pris au dépourvu -et sont arrêtés dans leur trajet; douze bateaux à vapeur sont pris dans la glace entre Azovv et Hostow et un grand nombre de vaisseaux dispersés dans divers ports de la mer d’Azow, à la suite d’une violente tempête, y restent immobilisés par la glace.
- —Un nouveau journal vient de paraître ayant pour tilre -Revue de physique et de chimie et de leurs applications industrielles. Il est publié sous la direction scientifique de M. P. Sclmtzen-
- berger, l’éminent chimiste. Le but de ce journal, comme nous l’expose un avant-propos, est de tenir un public spécial au courant des nouveautés scientifiques et industrielles de la physique et de la chimie, de lui faire suivre, dans des résumés concis et ordonnés, les travaux récents de France et de l’étranger, et de lui faire donner par les maîtres de la science, savants et techniciens, la note juste sur les questions d’actualité.
- —Un buste de Renan vient d’être installé au Collège de France, dans la salle où il professa pendant de si longues années.
- —@— M. l’abbé Péehcnard a officiellement accepté les fonctions de recteur de l’Institut catholique de Paris, en remplacement de M. l’abbé d’Hulst, décédé.
- —®— De nouvelles expériences de labourage électrique ont été faites vers la fin du mois de novembre à Bertaucourt-Épourdon, dans le département de l’Aisne. Une locomobile de 25 chevaux mettait en marche une machine dynamo qui alimentait une ligne aérienne établie sur des poteaux dans un champ. Un trolley se déplaçait le long des câbles et transmettait le courant au moteur électrique commandant la charrue. Ce mode de labourage est très intéressant, mais ne peut encore convenir qu’à de grandes exploitations.
- —®— La Société impériale de géographie de Saint-Pétersbourg a décidé, sur la présentation du général-gouverneur du Turkestan, d’organiser une expédition scientifique pour explorer le territoire du Turkestan, én 1897, et notamment pour étudier la région du Pamir qui est annexée à la Russie en vertu des dernières conventions. Il paraît que, dans ces parages, on a trouvé des rubis, du lapis-lazuli et autres pierres précieuses.
- —0— Deux chasseurs de Doussard (Ilaute-Savoie) suivaient, dans l’immense forêt de cette commune, les traces d’un ours relevées la veille. Après des recherches infructueuses, ils rentraient à leur domicile. Arrivés près du village de Marceau, l’un des chasseurs alluma sa pipe et jeta à terre le tison encore enflammé. Quelle ne fut pas leur surprise en constatant que le tison venait de mettre le feu à une petite source sortant au milieu du sentier! Ils avaient ainsi découvert, par hasard, une source de pétrole, peu importante, il est vrai, car le liquide inflammable ne s’étend qu’en petite nappe au-dessus des eaux de la source. Ce phénomène s’explique aisément, car il existe dans cette partie de la montagne plusieurs mines d’anthracite.
- Notes cyclistes. — Le quatrième Salon du cycle sera la grande actualité de la semaine prochaine, car son ouverture aura lieu à l’heure où paraîtront ces lignes. Nos lecteurs comprendront que nous ayons sacrifié à cette actualité en consacrant au cycle trois articles du présent numéro, l’un d’automobile, le deuxième de cyclisme, et le troisième d’accessoires utiles aux deux sports modernes Toutes les nouveautés intéressantes du Salon seront décrites dans La Nature, et, pour quelques-unes d’entre elles, avant la fermeture du Salon.
- — M. Pierre Giffard, l’apôtre convaincu et convaincant du cvcle et de l’automobile, quitte le Petit Journal, dont il dirigeait depuis de longues années le service des informations, pour se consacrer exclusivement au Vélo. Nous ne saurions dire qui mérite le plus de félicitations, du Grand Vert ou de Pierre Giffard. Adressons-les e.r-œquo, dans l’embarras où nous met ce problème difficile. Oh! combien !...
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES»
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Tricycle à pétrole : MM. de Dion et Bouton, 12, rue Ernest, à Puteaux, ou M. A. Michelin, 7, rue Gounod, à Paris. — Changements de vitesse : Le Pégase, M. E. Fontaine, 27, nie Tronchet, à Paris. — L’U et R. American Importing C°, 6, place de la Madeleine, à Paris; M. Cohendet, 166, quai Jemtnapes, à Paris. — Compteurs pour bicyclettes : M. Fonreau, 54, rue de Chabrol; M. Chateau, 118, rue Montmartre à Paris.
- Communications. — M. M. Boumads, a Maëstricht, à propos de l’accident que nous avons signalé dernièrement, YÉclairage d'une gare arrêté par une souris (n° 1224, du 14 novembre 1896, p. 379), nous écrit qu’il a eu l’occasion de faire également une observation qui prouverait que les souris sont friandes de caoutchouc et de l’enveloppe isolante des conducteurs. Dans une fabrique de Maëstricht éclairée électriquement par courants continus à 120 volts, une dérivation prise pour alimenter deux lampes traversait le mur dans un tube Berg-mann. Les souris avaient rongé le câble jusqu’à l’entrée du tube et même dans l’intérieur du tube à la profondeur où leurs petits museaux avaient pu pénétrer.
- M. D. Cellarius, à Sainte-Marie-aux-Mines, nous a envoyé une collection de tableaux-disques pour l’impression des trois couleurs. La collection de 50 planches donne environ 800 nuances diverses obtenues toutes par la simple superposition du jaune, rouge et bleu. Des numéros së trouvant au bas de chaque nuance indiquent la gamme de chacune des trois couleurs qui y est contenue. Pour connaître exactement la force que doivent avoir les points ou lignes des différentes demi-teintes de clichés simili-gravure destinés à l’impression aux trois couleurs, on approche de l’original colorié un des tableaux-indicateurs, que l’on tourne jusqu’à ce qu’on ait trouvé la nuance correspondant à la partie de l’original dont on veut connaître la valeur. Les numéros placés au bas de chaque nuance correspondent avec ceux des planches I, II et III (chiffres romains) ou 1, 2 et 3 (chiffres arabes) dont les nuances indiquent la grosseur des points ou lignes à donner aux différentes teintes d’un cliché. Ces tableaux-indicateurs sont un excellent guide pour faire les retouches aux trois épreuves tirées des clichés faits d’après l’original colorié et destinées à être ensuite reproduites par la similigravure. Ces tableaux servent plus spécialement aux imprimeurs, photograveurs, chromistes; ils sont cependant d’une grande utilité aux peintres et même aux teinturiers.
- M. Barros Aranjo, à Rio-de-Janeiro, nous adresse deux photographies de roches animées. L’une d’elles représente deux têtes de sauvage avec les cheveux en broussaille ; la deuxième nous montre une tête dans une énorme bouche, et, un peu plus loin, dans le fond du paysage, la tète d’un éléphant, ses yeux, ses oreilles et le commencement de la trompe. Ces photographies sont amusantes, et nous remercions notre correspondant d’avoir bien voulu nous les envoyer.
- Renseignements. — M. A. Fauvclle, à Lunéville. — Nous avons reçu la dernière description de votre appareil et nous l’avons remise à notre collaborateur qui s’occupe de ces questions.
- M. C., à Angoulême. — Bouteilles de purge : MM. J. Grou-velle et Arquembourg, 71, rue du Moulin-Vert; M. Bordier, 20, rué Claude-Yellefaux, à Paris, et M. Berteau, 18, rue du Liégat, à Ivry (Seine).
- M. E. Piron, à Guîtres. — Machines-outils : MM. Bariquand et Marre, 127, rue Oberkampf; M. Bouhey, 43, avenue Dau-mesnil, à Paris.
- M. E. C. de Crozals, à Béziers. — Les bourrelets de bonne qualité donnent toute satisfaction pour les joints de portes et fenêtres; adressez-vous à la maison Jaccoux, 57, rue de l’Échiquier, à Paris.
- M. A. Pennellier, à Vesoul. — 1° Acétylénogène Patin :
- M. Rudolph, 15, boulevard Saint-Denis, à Paris. — 2° Lampes portatives : M. Trouvé, 16, rue Vivienne; M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent; M. Alber, 68, rue François-Miron. —. 2° MM. Poulenc frères, 92, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- Un abonné à Pnievo (Pologne). — Il faut soumettre le: liquide à une distillation dans un appareil spécial.
- M. Martin, à Chessy. — Veuillez vous adresser au Bureau central météorologique de France, rue de l’Université, à Paris, et lui faire part de votre désir d’établir une station météorolo-gique.
- M. G. Coste, à Montpellier. — Demandez ces renseignements? à la Société d’agriculture de Nice; nous publierons prochaine-ment un article sur cet arbre intéressant.
- M. C. Y. K., à Liège. — Il serait nécessaire de faire une' série d’études et d’expériences pour déterminer les divers élé-i ments du tricycle électrique dont vous parlez; la construction de cet appareil nous semble très possible. M. Pingault; a fait construire en 1895 par M. G. Richard une bicyclette d’entraînement à moteur électrique d’un poids total de 89 kilogrammes, dont 14 kilogrammes pour la bicyclette, 50 kilo-grammes pour le moteur électrique et 45 kilogrammes pour la batterie d’accumulateurs. Cette bicyclette, entraînée par un moteur de 0,75 cheval, marchait à la vitesse de 48 kilomètres à l’heure; les accumulateurs fournissaient 25 watts-heure par kilogramme.
- Un abonné, à Anvers. L’objet est encore visible dans lès conditions que vous indiquez.
- M. Durand, à Saint-Etienne. — Vous trouverez de bons renseignements sur la fabrication des pâtes à papier ainsi que sur les encres et cirages dans divers ouvrages de la collection de Manuels Roret, à la librairie encyclopédique Roret, à Paris.
- M. A. C.,k Genève. — Certains chimistes nient la formation de ce composé, d’autres l’affirment.
- M. G. Swieeinsky, à Jassy. — Nous ne pouvons étudier votre projet ; soumettez-le à la Société d’encouragement à Paris.
- M. B. B., à la Corogne (Espagne). — Les étudiants emploient des ouvrages divers; les traités les plus répandus sont les suivants : Eléments de botanique, par Van Tieghem; Traité de zoologie, de Carlet; Précis de minéralogie, de Lapparent; Géologie, de Yelain; Traité de pharmacie, d’Audouard; Drogues simples, de Planchon et Colin ; Histoire naturelle, de Lanessan.
- M. Ch. Delignières, à Abbeville. — Bicyclettes à pétrole : MM. Duncan, Suberbie, 16, rue Halévy, à Paris.
- M. G. B., à Morges. — Broyeurs et concasseurs : M. Fortin, 54, rue Sedaine; M. Barbier, 46, boulevard Richard-Lenoir ; M. Bordier, 14, rue Vineuse, à Paris.
- M. B. Dollander, à Manchester. — Machines à imprimer : MM. Dragon et Cic, 74, rue Amelot; MM. Paul Abat et Ragueneau, 8, rue Joquelet, à Paris.
- M. A. M. Tavares, à Porto. — Presses pour huile d’olive : MM. Mabille frères, à Amboise (Indre-et-Loire); M. Savary, à Quimperlé (Finistère).
- M. J. C., à X. — 1° Les plaques en plomb pur conviennent pour lès accumulateurs genre Planté et donnent de très bons résultats. — 2° Machines à vapeur pour canots; maison Bréguet, 19, rue Didot; M. Mors, 48, rue du Théâtre; MM. Filtz, 255, rue de Vaugirard; Société anonyme de traction, 58, rue de Laborde, à Paris.
- M. Bailly, à Lyon. — 1° Nous ne connaissons pas de procédé spécial. — 2° On emploie ordinairement le tan.
- M. J. Rolez fils, à Londres. — 1° Nous avons déjà un article en préparation sur l’intéressante installation que vous mentionnez ; tous nos remerciements. — 2° Votre demande d’abonnement a été transmise à la librairie.
- M. G. B., à Lescar. — 1° Dans notre dernière Boîte aux lettres, nous avons fait connaître plusieurs adresses de marchands de fossiles; ils vous fourniront également les ouvrages que vous demandez. — 2° Nous ne saurions vous donner cette explication.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. H. Guillemin, à la Rochelle. Nous ne pouvons nous occuper de ces questions; tous nos regrets. — M. J. Claverie, à Saint-Jean-de-Luz. Nous ne comprenons pas votre demande ; nous n’avons pas les photographies que vous réclamez. — M. Dubois, à Paris. Il vous faut consulter une agence de brevets qui fera les recherches nécessaires. — M. H. V-, à Paris. Nous ne pouvons discuter ces questions de brevets qui sont souvent tics délicates. — M. A. Porte, à Bernay; M. D. B., à Lille; M. George, à Lyon. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et O. — M. Dulong, à Marseille; M. D. N-, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans (a « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- autres fruits. — Cet appareil se trouve chez M. Mathieu, 131 et 133, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- Le pneu universel pour la pose avec obturateur.
- — En photographie on ne fait plus guère que de l'instantané en plein soleil ; mais cependant, combien de fois ne serait-il pas préférable de faire de la pose à l’ombre ? Cette idée de ne permettre que l’instantané est tellement ancrée chez certains fabricants, qu’ils n’ont même pas prévu dans leur appareil un procédé pour faire la pose d’une façon sérieuse. Ils vous disent simplement de presser une première fois sur le bouton de l’obturateur pour l’ouvrir et d’opérer de même pour le fermer
- Le pantograplie pour caricatures. — Le pantographe que nous décrivons n’est pas l’appareil ordinaire bien connu qui permet de reproduire à une échelle plus ou moins grande un dessin déterminé. Il est fondé sur le même principe ; mais, par le simple déplacement de la tige verticale qui maintient une traverse portant les stylets, il laisse effectuer des reproductions en caricatures des dessins donnés comme modèles. Comme on le voit par la figure ci-jointe (n’ 1), le modèle, qui consiste en des dessins en creux et relief sur plaques métal-
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- Pantographe caricature. — 1. Dispositions de l’appareil. 2 et 3. Modèles et caricatures obtenues.
- quand la pose est terminée. Mais les appareils à main étant très légers sont peu stables sur un pied et on est presque sur de les remuer en opérant ainsi ; la poire en caoutchouc seule permet d’opérer sûrement sans remuer l’appareil. Aussi pour com-
- filéter- certain» obturateurs dont la disposition ne permet pas 'addition d’un déclenchement pneumatique, M. Belliéni, de Nancy, a-t-il construit un petit appareil indépendant qui peut se fixer au-dessus de tous les boutons de déclenchement. C’est un petit cylindre de cuivre, terminé par deux oreillettes en même métal, destinées à recevoir les vis pour le fixage sur la chambre, dans lequel se trouve un petit soufflet en caoutchouc relié par un tube souple à la poire de même matière. On obtient avec ce petit appareil très simple une force suffisante pour opérer le déclenchement des obturateurs des chambres détectives de différents systèmes qui ne sont pas munies de manœuvre pneumatique. G. M.
- Le casse-noix, casse-noisette et coupe-raisin. —
- C’est une heureuse idée d’avoir réuni sur le même instrument un appareil à usages multiples, permettant de séparer les
- liques,est placé à gauche,maintenu en E sous des caoutchoucs-1IBFD et fixé à la hase par une pointe en A. A droite est posée une feuille de papier blanc sur laquelle se déplace le stylet traceur. Nous plaçons la tige articulée du pantographe au point 3 par exemple, et nous suivons sur la figure de gauche, aveo une pointe portée sur la tige transversale, tous les traits de notre modèle. Nous voyons aussitôt divers traits se reproduire sur notre papier à droite, mais avec une certaine déformation. Si nous plaçons la tige du pantographe en 1, 2, 4, 5, nous obtenons des déformations différentes. Les figures n°s 2 et 3 nous montrent à gauche le modèle et à droite en regard les caricatures tracées par le pantographe. Cet ingénieux appareil permet d’effectuer un grand nombre de dessins et de portraits en tous' genres en multipliant les diverses combinaisons possibles. —i Le pantographe caricature est à la même adresse que l'appareil précédent.
- BIBLIOGRAPHIE
- Casse-noix, casse-noisette et coupe-fleurs. — 1. Vue de l’appareil. 2. Mode d’emploi pour couper une rose.
- grappes de raisins, de casser les noix ainsi que les noisettes. Notre figure indique suffisamment la construction de cet appareil, les parties cintrées et crénelées sont les casse-noix et casse-noisettes, .la. pince coupante à la partie supérieure non seulement coupe les branches de raisin, mais en plus forme pinces et les maintient, de sorte qu’en tenant la grappe par la queue on peut séparer la grappe et la partie coupée ne tombe pas. Cette pince peut également servir à cueillir les fleurs et
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces
- Les pupazzi noirs. Ombres animées. Notice historique sur les| ombres. Construction du théâtre et des ombres. Machination des personnages. Intermèdes et pièces, par M. Le.mêkcier de; Neuville. 1 vol. in-8°. Ch. Mendel, éditeur. — Paris, 1897.; Prix : fi francs.
- Dans ce volume, la technique des ombres est présentée d’uiiè façon à la fois originale et littéraire. Après une iNotice historique sur Séraphin et son théâtre, l’auteur indique la façon de construire un théâtre d’omhres, de découper et machiner les personnages; puis, comme s’il donnait une représentation, il fait suivre ses! indications de différents motifs littéraires qui, exécutés successi-' vement, pourraient former une soirée très complète : portraits critiques, en vers, d’acteurs et d’auteurs connus ; un changement de ministère, récit en vers, et une féerie en deux actes, en prose.
- L'acétylène, historique, propriétés, fabrication, applications, par Georges Dumont, ingénieur des arts et manufactures, et Ernest Hocbou, ingénieur civil des mines. 1 vol. in-8°, édité par le Génie civil, C, rue de la Chaussée-d’Antin. — Paris, 1896. Prix : 3 fr. 50.
- L’ouvrage de MM. G. Dumont et E. Houbou s’adresse à toutes les personnes qui s’intéressent à la production et aux applications de ce nouveau gaz. Les auteurs ont décrit dans ce volume les procédés de préparation du carbure de calcium avec le prix de revient actuel, les propriétés physiques et chimiques de l’acétylène, et en particulier l’étude de sa combustion et de son pouvoir éclairant. Ils ont également insisté sur scs autres applications diverses, notamment sur le chauffage et la force motrice, ainsi que sur ses applications chimiques, et sur un très grand nombre d’appareils qui ont été proposés pour la préparation de ce nouveau gaz. Un chapitre spécial'est consacré à l’examen des dangers que peut présenter l’acétylcne.
- Chimie des parfums et fabrication des essences, par S. Piesse.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Édition française, par F. Chardin-IIadancourt et IL Massi-gxon. 1 vol. in-18 de la Bibliothèque des connaissances utiles. — Paris, librairie J.-B. Baillière et fils, 1897.
- Principes de colonisation, par M. de Lanessan, professeur agrégé d’histoire naturelle à la Faculté de médecine de Paris, ancien gouverneur général de lTndo-Chine. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. — Paris, 1897. Félix Alcan, éditeur. Prix : 6 francs.
- Formation mécanique du système du monde, avec un résumé de la nouvelle théorie, par l’abbé Th. Moreux, par le L-colonel R. du Ligondès. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires, 1897.
- The principal household insects of the United States, by L. 0. Howard and C. L. Mvrlatt, with a chapter on insects affecting dry vegetable foods, by F. II. Chittenden. 1 brochure in-8". — Washington, Government Printing Office, 1896.
- Argon, a new constituent of the atmosphère, by Lord Rayleigh and professor William Ramsay. 1 brochure m-4°. Smith-sonian contributions to knowledge. — Methods for the détermination of organic matter in air, by David Hendricks Bergey. 1 brochure in-8°. — City of Washington. Published by the Smithsonian Institute, 1896.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 novembre. -- 5°,8 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Mardi V décembre. — 5°,8 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 7 h.; puis nuageux ; couv. à partir de 13 h.; halo; gouttes de 20 à 22 h.; jduie ensuite.
- Mercredi 2 5°,7 E. 2. Couvert. 2,6 Couvert; pluie à plusieurs reprises; gelée blanche.
- Jeudi 3 4°,0 S. 2. Couvert. V Couvert; brouillard de 7 à 18 h.; de 100 m. à 8 h. 1/2; pluie jusqu'à 6 h
- Vendredi 4 8°,2 S. S. E. 3. Couvert. 1,6 Couvert jusqu a 18 !i.; nuageux ensuite ; pluie à plus, reprises.
- Samedf 5 7°, 5 S. S. W. 6. Couvert. 9,6 Nuageux de 12 à 18 h.; couvert avant et après; petite pluie de 5 h. 4 > à 7 h. et à 22 et 21 h.
- Dimanche 6 7°,0 S. E. 4. Couvert. 5,9 Couvert; jduie à plusieurs reprises.
- NOVEMBRE-DECEMBRE 1896 -- SEMAINE DD LUNDI 30 NOVEMBRE AU DIMANCHE 6 DÉCEMBRE
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi | Samedi | Dimanche
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- Ln courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10: les flèches inferieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Purc-Saint-IMaur en novembre l$9tt
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 730””,92. Minimum 738““,15 le 15 à 3 heures et demie du matin. Maximum 772”“,95 le 22 à 9 heures du soir.
- Moyennes thermométriques : des minima —0°,07 ; des maxima 6°,27 ; du mois 3°,10; vraie des 2i heures 2°,70. Minimum —6°,7 le 50 un peu avant 8 heures du matin. Maximum 11°,3 le l*r un peu avant midi. 11 y a eu 16 jours de gelée dont uu seul, le 128, sans dégel et 5 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 4"",99; la moindre 1””,8 le 30 à 11 h. du matin; la plus grande 8““,1 le 14 h 3 heures du soir. Humidité relative moyenne 87,5; la plus faible 55 le 50 à 11 heures du matin et 1 heure du soir ; la plus forte 100, en 13 jours.
- Pluie 50””,2 en 56 heures et demie réparties en 12 jours. Un peu de neige mêlée à la pluie dans la nuit du 8 au 9. Nébulosité moyenne 29. 10 jours de brouillard, celui du 19 au soir a été d’une épaisseur rare : à 10 heures il cachait les objets à 25 ou 30 mètres; on apercevait néanmoins la lune. Vents du nord à l’est très dominants, presque toujours faibles.
- Température de la Marne : le matin, 5°,79; le soirl 5°,91 ; moyenne du mois, 5°,85. Elle a varié de 2°,,91 le 30 à 7°,50 le 4. La rivière, très trouble, ne s'est un peu éclaircie qu’à la lin du mois ; elle a baissé en même temps de près de 2”,50.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de novembre 1896 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 2””,60. Thermomètre plus bas de 5°,38. Tension de la vapeur moindre de 1““,53. Humidité relative à peu près égale. Pluie à peu prés égale. Nébulosité plus faible de 12.
- Ce mois de novembre est le plus froid depuis ceux de 1858 et 1871, qui ont offert à l’Observatoire de Paris une moyenne de 3°,t correspondant à peu près à 2°,5 au Pare ; il faut ensuite remonter à 1782 pour rencontrer uu mois de novembre plus froid ; c’est le plus rigoureux depuis 1757 jusqu’à présent. Le mois de novembre, ordinairement le plus sombre de 1 année avec décembre, n’avait pas présenté aussi faible nébu,osité depuis 1884.
- L’automne de 1896 (septembre, octobre, novembre) présente les résultats suivants :
- Moyennes. Écarts. Barom. à midi. 755"”,98 —1,66 Therm.moy. vraie. 8°,67 —1,42 Tension de la. vap. 7““,52 — 0,54
- Moyennes. Écarts. Humidité relative. 85 0
- Pluie........... 327”“,3 -+-164,7
- Nébulosité ... 68 +• 7
- Et l’année 1896 :
- Moyennes. Écarts. Baromètre. 739““,22 -+- 1,28 Thermomètre. 9°,97 -+- 0,08 Tension de la vap. 7””,57 — 0,14 Humidité relative. 78 — 1
- Moyennes. Écarts.
- Pluie........... 647,6 -+- 70,6
- Nébulosité, . . 61,5 h-2
- Gelée...........62 jours — 4
- Tonnerre.. . . 24 jours — 5
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 4, à 6 h. 0 m. du soir.
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- ---- JL- M. GASTON TISSANDIER, directeur
- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et & la a Boîte aux lettres > doivent être adressées A la REDACTION de « LA NATURE », 120, boulevard Saint-Germain.
- TOUTES LES COMMUNICATIONS QUI CONCERNENT LE SERVIOB DO JOURNAL (ABONNEMENTS, RÉCLAMATIONS, CHANGEMENTS S’ADRESSE, ETC.) DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES A LA LIBRAIRIE MASSON BT d‘% 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS.
- INFORMATIONS
- —©— L’Académie des sciences décernera au prince Henri d’Orléans, dans sa séance publique du 21 décembre, le prix Tchihatchef, destiné à récompenser les travaux les plus importants sur l’histoire naturelle dans l’Asie centrale. La valeur de ce prix est de 3000 f rancs.
- —fî— La réouverture du Collège de France vient d’avoir lieu. Sait-on, à ce propos, que cette institution, qui portait alors le nom de Collège royal, reçut de Louis XIV, le 18 janvier 1699, des armoiries qui. figurèrent pendant près d’un siècle sur tous les actes, certificats et publications de l’établissement? Elles portaient : D’azur à un livre ouvert d’argent, sur lequel sont écrits les mots : Docet omnia; le livre accompagné de trois fleurs de lis d’or, dont deux en chef et une en pointe. Ces armes se voyaient, au dix-huitième siècle, au-dessus de la porte d’entrée. Un rapport de l’inspecteur voyer chargé de surveiller l’exécution de l’arrêté municipal relatif à la suppression des armoiries indique qu’elles s’y trouvaient encore à la fin de l’année 1792.
- —On a célébré le 6 décembre, à Prague, le troisième centenaire de Descartes. Les universités de France avaient été invitées à la cérémonie qui a eu lieu à l’Hôtel de Ville, par l’Association scientifique et la Société des mathématiciens tchèques.
- —@— Le Jardin d’Acclimatation a reçu dernièrement quatre ours de Sumatra, gros comme des chiens de taille moyenne, lis ont été installés dans une grande cage construite exprès pour eux derrière le palais d’hiver, en face du chenil.
- —A l’exposition de gallinacés qui vient d’avoir lieu à Birmingham, un coq, un simple coq, a été vendu pour le prix fabuleux de 5030 francs. Cet intéressant et précieux volatile appartient à la race des gamecocks rouges, avec poitrine noire.
- —M. Ch. Frémont a étudié le travail fourni par les riveurs dans la construction des chaudières et il fait connaître les résultats de ses recherches dans la Revue technique. Les riveurs emploient deux sortes de marteaux, le petit marteau à main du poids moyen de 4 ,8 à 2 kilogrammes, et avec lequel le travail produit par coup de marteau est d’environ 8 kilogrammètres ; et le marteau à devant du frappeur, d’un poids moyen de 4,5 kilogrammes. Le travail produit avec ce marteau est d’environ 46 à 18 kilogrammètres par coup de marteau en frappant à devant, et le nombre de coups de 13 à 45 en quinze secondes, ce qui produit un travail de 45 kilogrammètres par seconde. En frappant à la volée, le travail du coup de marteau est de 22 à 23 kilogrammètres, mais le nombre de coups frappés est de 10 coups en quinze secondes, ce qui correspond encore à un travail moyen de 45 kilogrammètres par seconde.
- —Le 28 décembre, M. Marcel Deprez, membre de l’Institut, fera, à VAutomobile Club de France, une conférence sur la valeur comparée de la vapeur, des mélanges explosifs et de l’électricité au point de vue de leur emploi dans le véhicule automobile. S’il y a lieu, nous reviendrons sur ce sujet.
- —Dimanche matin 13 décembre 1898 est rentrée à Paris la mission commandée par le lieutenant de vaisseau Ilourst, de retour du long voyage qu’elle vient d’accomplir à travers le Soudan, du mois de mars 1894 au mois d’octobre 4896. Elle a d’abord gagné le Sénégal, puis Bammako, et a fait la descente du Niger sur le bateau en aluminium le Jules-Davousl, d’une longueur de 11 mètres, muni de trois mâts avec voiles triangulaires et d’un poids de
- 950 kilogrammes. Elle a relevé le Niger dans son parcours entier, et elle a démontré qu’il est navigable sur un trajet d’environ 1700 kilomètres. Ces résultats sont importants parce qu’ils ouvrent une nouvelle route pour desservir le Soudan; il faut en féliciter nos vaillants officiers qui composaient cette mission.
- —Il vient d’arriver à Lille un géant qui mesure 2m,40 de hauteur. Constantin, c’est le nom du colosse, est né en Suisse; il est âgé de dix-neuf ans et pèse 455 kilogrammes. Ses pieds mesurent 42 centimètres de longueur, ses mains ont 36 centimètres de largeur de paume. Constantin, qui fait six repas par jour, absorbe quotidiennement de 42 à 45 livres de nourriture.
- —@— On sait que le Daily-Chronicle a demandé à Nansen une relation complète de son expédition vers le pôle. Ce récit a paru dans les premiers jours de novembre; il a obtenu un immense succès. Les trois numéros du Daily-Chronicle ont été tirés à 750 000 exemplaires et on en prépare encore une seconde édition. Cette publication a suscité un procès entre le journal et l’éditeur de Nansen, qui doit publier ce même récit sous forme de livre et qui se plaint d’une concurrence qu’il qualifie de déloyale. Des documents versés aux débats, il résulte que Nansen a reçu du Daily-Chronicle 25080 francs pour son télégramme de 4500 mots adressé, dès son retour en Norvège, et 400000 francs pour le grand article de 45 000 mots paru dans les trois premiers jours de novembre. S’il avait atteint le pôle, sa dépêche devait lui être payée 425000 francs, ce qui eût mis le mot à 83fr,33, prix inconnu jusqu'ici dans la littérature. Dé son côté, l’éditeur s’est engagé à payer 250000 francs le livre de l’explorateur et on estime que, en tenant compte des droits de traduction, ce récit de voyage rapportera en tout à son auteur plus de 750000 francs.
- —®— Combien de temps pour qu’une dépêche de Londres parvienne à Valparaiso ? Voici la réponse. A l’occasion du match nautique entre Oxford et Cambridge, qui s’est terminé par la victoire d’OxIord, on a voulu constater en combien de temps minimum pourrait être « câblé », des bords delà Tamise à Valparaiso, l'avis de la victoire d’une des équipes; bien entendu, les compagnies dont le télégramme devait emprunter le réseau s’étaient concertées à l’avance et, dix minutes avant le match, toutes les correspondances ordinaires avaient été suspendues. Dès l’arrivée de l’équipe victorieuse, la dépêche a été lancée de Londres à Careavellos, puis le câble sous-marin l’a conduite à Pernambouc et enfin à Buenos-Ayres; elle a pris ensuite la ligne du Pacifique, traversant le continent sud-américain, et enfin elle arrivait à Valparaiso cinquante-cinq secondes après être partie de Londres, parcourant plus de 15000 kilomètres dans ce court espace de temps.
- —®— L’expédition antarctique organisée par un officier de la marine belge, M. de Gerlacbe, comme l’expédition Andrée, n’a pu artir cette année. Elle se mettra en route le 15 juillet prochain, ’ici là, on aura préparé tout spécialement la Delgica, navire acheté en Norvège pour la navigation, si pénible, qu’elle aura à faire dans les glaces et dans des mers fort tourmentées.
- — ®— MM. Siemens et Halske ont évalué le travail produit par un coup de foudre qui a fondu un poids connu de fer ; ils ont trouvé que ce travail équivalait à une dépense de 7000 chevaux pendant une seconde.
- —$— Tremblement de terre en Italie. Le 40 décembre 1896, à 8h 45“ du soir, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Reggio-de-Calabre, en Italie.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le robinet
- S>oui‘ récipient de gaz comprimés ou liquéfiés est construit par IM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- Communications. — M. Le Briero, à Port-Launay, nous adresse des renseignements sur la tempête qui a eu lieu le 4 décembre sur les côtes de Bretagne et dont nous parlons dans la Chronique météorologique. Il nous fait parvenir les tracés des diagrammes d’un baromètre enregistreur Richard. La courbe présente deux dépressions très nettes à un jour d’intervalle.
- M. Bodereau, à Paris, nous écrit pour nous faire connaître que le bee Denayrouse, qu’il a longuement expérimenté, conviendrait très bien comme source lumineuse pour les projections, si la grande chaleur qu’il dégage n’empêchait son introduction dans la lanterne. On pourrait peut-être éviter cet inconvénient par divers dispositifs appropriés. Un de nos lecteurs pourrait-il nous donner quelques renseignements à ce sujet?
- M. P. Tavernier, à Bordeaux, à propos des récentes observations que nous avons publiées à cet égard, nous informe qu’il a eu l’occasion de voir encore dans sa ville les hirondelles le 9 décembre 1896.
- M. E. Hoffmann, à Paris, nous adresse une brochure ayant pour titre : La vie et les travaux de Charles le Maout( 1805-1887). Cette Notice est la communication cpi’il a adressée au Congrès provincial de Saint-Brieuc, le 27 juin 1896.
- Renseignements. — M. J. L., à M. — 1° Vous pourriez installer un appareil enregistreur très sensible dans divers endroits de la maison. — 2° Un accumulateur demande à la fin de la charge 2,2 volts environ; avec votre dynamo ne donnant que 40 volts vous pourrez charger seulement 16 éléments en tension. Il faudra donc grouper plusieurs batteries en quantité suivant l’intensité que fournira votre machine.
- M. G. Gr uère, à Dijon. — Demandez ces renseignements à l’auteur de l’article au Bureau international des poids et mesures, à Sèvres.
- M. M. T.,à Orléans. — Il faut recouvrir de paille le gazomètre et le mettre dans un endroit abrité.
- M D. Corbeaux, à Epernay. — La maison Stransky frères, 20, rue de Paradis, à Paris, était dépositaire, il y a quelques années, d’un système de graphophone. Voyez aussi au Comptoir gènèh'al de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. Louis Béreau, à Paris. — 1° Le vingtième siècle commencera le 1er janvier 1901. — 2° Cette photographie ne se trouve pas dans le commerce.
- M. G. L., au Havre. — Il n’existe pas d’ouvrage à ce sujet; mais un Mémoire spécial a été présenté au Congrès international de chimie appliquée. Adressez-vous au secrétaire général, 1.56, boulevard Magenta, à Paris.
- M. M. Le Héron, à Paris. — 1° "Nous avons publié sur les plantes d’appartement deux articles dans lesquels vous pourrez trouver les renseignements que vous demandez, dans le n° 758 du 10 décembre 1887, p. 22, et dans le n° 928 du 14 mars 1891, p. 231. — 2° Il faut consulter un naturaliste.
- M. le Dr Bécigneul, à Nantes. — Votre explication nous paraît exacte; l’image renversée doit provenir d’une double réflexion.
- M. Jolahache, à Jalacinga (Mexique). — Consultez l’Annuaire du Bureau des longitudes, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. F. Foerster, au Havre.— Pour ce qui concerne les anodes d’argent platiné et iridié employées dans les accumulateurs Peyrusson, il faut vous adresser aux-constructeurs, MM. Pautier et Ci0, à Angoulêine.
- M. Almerici Almerico, à Cesena. — 1° Le prix est de 5 francs cartonné et 2 fr. 50 broché. — 2° Les adresses que vous demandez sont les suivantes : MM. Panhard et Levassor, 19, avenue
- d’Ivry, et MM. Peugeot, 22, avenue de la Grande-Armée, à Paris. — 5° Pour imperméabiliser les bottes de chasse, on emploie un encaustique formé de 1 kilogramme d’huile de pied de bœuf pour 500 kilogrammes de gutta-percha ; le mode de préparation est indiqué dans les Recettes et procédés utiles, 1r* série.
- M. P. Pasquet, à Etampes. — If n’existe pas d’ouvrage spécial; mais ces diverses questions sont traitées dans les Leçons de chimie biologique par M. A. Gautier, dans Y Hygiène de l'obèse par MM. Proust et Mathieu, etc., à la librairie Masson et Cu.
- M. Ch. Taverdon, à Paris. — Nous connaissons bien votre essoreuse automobile, qui se trouve dans le commerce depuis déjà quelque temps.
- M. Bascoulerguet, à Clermont-Ferrand. — Vous trouverez ces tubes chez M. V. Chabaud, 10, rue de la Sorbonne, et chez M. Séguy, 53, rue Monsieur-le-Prince.
- M. V. Berthelot, à Troyes. — 1° Un kilogramme de carbure de calcium se combine avec 562 grammes d’eau. — 2° La formation de ces divers composés n’a pas été démontrée. Nous avons publié un très grand nombre de renseignements sur ces questions d’acétvlène dans le tome II de l’année 1896 de La Nature, notamment dans le n° 1220, du 17 octobre 1896, p. 314.
- Un abonné des Landes. — 1° Consultez les Recettes de l’électricien à la librairie Masson et Ci0, — 2° Il faut paraffiner les têtes des charbons. — 3° Verser de l’eau légèrement tiède et laisser tremper quelque temps.
- Un abonné, à Thann. — Pour la conservation des bois, on recommande beaucoup l’emploi du carbonyle, à la Société française du carbonyle, 222, rue du Faubourg Saint-Denis, à Paris.
- M. G. Allain, à Charleville. — 1® Nous publierons prochainement un article sur les acétylénogènes les plus pratiques; nous n’avons donné jusqu’ici que la description de quelques lampes portatives. — 2° Nous avons annoncé dans la bibliographie de notre dernier numéro un ouvrage qui pourrait vous convenir.
- Un lecteur, à X. — L’opération galvanoplastique que vous indiquez ne pourra se faire qu’en déposant d’abord sur le moule une épaisseur de cuivre et en la recouvrant ensuite de nickel. Ce métal s’applique principalement sur le cuivre, le bronze, le mailleçhort, le fer, la fonte et l’acier; voyez les Recettes de VElectricien dont il est question plus haut.
- M. A. Sauve, à Rome. — Dans notre Boîte aux lettres du n° 1227, du 5 décembre 1896, nous vous avons donné l’adresse de MM. Dodé comme fabricants de miroirs platinés. Nous apprenons que cette maison n’existe plus : vous trouverez des glaces platinées chez MM. Pillon et Velter, 42, rue des Fourneaux, à Paris.
- M. Gibert, à Paris. — La manufacture anglaise dont vous demandez l’adresse est l’Auto-Machinery C°, à Coventry (Angleterre).
- M. Jacques, à Paris. — II a paru sur les expériences de Tesla un livre fort intéressant ayant pour titre The inventions, researches and writings of Nikola Tesla with spécial refe-rence to his work in polyphasé currents and high potential lighting, by Th. Commerford Martin. L’ouvrage a été édité par le journal The Electrical Engineer, 203, Broadway, à New-York.
- M. P. B., à Paris. — On a déjà construit de nombreuses piles portatives analogues à celle dont vous parlez, mais elles n’ont jamais donné de très bons résultats.
- M. L. Lucas, à Concarneau. — Nous n’avons jamais vu jusqu’à ce jour que des lampes à incandescence à alcool.
- M. L. P., à Paris. — Le Comptoir général de photographie, mentionné précédemment, donne des renseignements et conseils aux amateurs.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Noguès, à Valence. Nous ne pouvons vous donner d’autres renseignements que ceux contenus dans les petits livres dont vous parlez. — MM. Pillon et Velter. Nous indiquerons volontiers votre adresse chaque fois que ces objets nous seront demandés. — M. tiinot, à Saint-Etienne. Nous ne connaissons pas d’adresse spéciale à vous faire connaître pour ces scieries ; mais il doit certainement en exister dans votre région. —M. L. Rousselet, à Malaunay; M. D. V., à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr' série, à la librairie Masson et Cio. — M. Ch. Mercier, à Paris. Nous n’avons aucun renseignement sur cet appareil. — M. G. Jacquier, à Grenoble. 1° Nous avons transmis à l’administration votre demande d’un numéro 2° Nous avons décrit un appareil analogue, il y a peu de temps; remerciements. — M. H. Beghin, à Paris. Nous n’avons pas trouvé les photographies dont vous parlez; tous nos regrets.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Machines & vapeur de démonstration. — Les
- petites machines à vapeur dont nous voulons dire quelques mots présentent des particularités amusantes. Dans la figure 1, se trouve montée sur un cylindre une machine à vapeur reliée par un tuyau de cuivre à un petit serpentin également en cuivre et qui est placé au-dessus d’une petite lampe à alcool. L’autre extrémité du tuyau A communique avec un robinet C qui est réuni lui-même à un tuyau plongeant dans le cylindre servant de base à la machine. Ce cylindre est rempli d’eau à moitié environ; il porte en B un ajutage qui nous permet d’insuffler sous pression une certaine quantité d’air avec
- Machines à vapeur. — N* Machine avec alimentation d’eau sous pression d’air comprimé. — N° 2. Machine avec alimentation d’eau provenant d’un siphon d’eau de Seltz.
- volonté la planchette. Pour se servir de l’appareil, il suffit de lacer dans la barre de fer du filet fixé à la partie supérieure u wagon les deux crochets qui «ont cousus aux sangles, comme nous le fait voir la figure n° 2. — L’accoudoir pour wagons se trouve chez M. E. Glaudel, 15, rue du Caire, à Paris.
- Interrupteur bipolaire disjoncteur.— 11 arrive bien souvent dans les installations électriques que les fils fusibles ne fondent pas exactement à l’intensité pour laquelle ils ont été déterminés. Il peut en résulter des détériorations pour les divers appareils en circuit. L’interrupteur bipolaire disjoncteur a pour but de couper automatiquement un circuit dès que l’intensite qui le traverse dépasse l’intensité normale. Cet appareil renferme à la fois une bobine de self-induction élevée qui s’oppose à toute
- Interrupteur bipolaire disjoncteur. — N° 1. Vue d’ensemble. N" 2. Coupe intérieure.
- la petite pompe pneumatique placée devant. Le robinet C a d’abord été fermé: si nous l’ouvrons légèrement, quelques gouttes d’eau viennent dans le serpentin se vaporiser aussitôt, et la vapeur alimente la machine. L’appareil fonctionnera tant qu’il y aura de l’eau dans le récipient et que la pression sera suffisante. La chaudière présente quelque analogie, un peu lointaine, avec les chaudières Serpollet. Dans la figure 2 est représentée une autre disposition pour l’alimentation. La machine à vapeur et la lampe à alcool n’offrent ancune différence. Le réservoir inférieur est seulement réuni par un tube de caoutchouc à un siphon ordinaire d’eau de Seltz. Il suffit d’appuyer sur le levier du siphon pour alimenter la chaudière. — Ces deux machines à vapeur se trouvent chez M. Chomeau, 35, passage du Havre, à Paris.
- Accoudoir pour wagons. — Les distractions ne sont pas toujours très nombreuses dans les wagons pendant de longs voyages. Après avoir regardé pendant quelques heures les paysages qui se déroulent sous les yeux, beaucoup de personnes s’occupent à lire. Il est malaisé de tenir le livre à la hauteur
- Accoudoir pour wagons. — N* 1. Détail de l’appareil. — iV 2. Mode d’emploi.
- augmentation brusque de courant, et un interrupteur armé qu? produit la rupture du circuit dans un temps plus court que celui nécessaire à l’intensité pour atteindre une valeur trop élevée. La figure J donne une vue d'ensemble de l’appareil, et la figure 2 une coupe intérieure. L’un des pôles de la station arrive à une borne, traverse l’enroulement N de la bobine,
- Euis, par les lames flexibles du bras mobile H, est conduit à là orne reliée à l’installation de l’abonné ; les deux autres bornes constituant le bipolaire, portent deux prolongements élastiques entre lesquels se glisse le coin métallique F qui ferme le circuit. Dans cette position de fermeture, la plaquette en fer P, poussée par le ressort R, vient s’enclaver sur un bord encochç sur le rouleau G, et le ressort à boudin R attaché au levier do contact est alors fortement armé ; cette fermeture se produit en manœuvrant la manette M d’abord vers la gauche, puis en la repoussant à droite. Si le courant atteint la limite fixée et réglée par la bande du ressort R, la plaquette P, attirée vers lé bas, produit l’extinction en déclenchant le levier; le mémo effet s’obtient à volonté, en appuyant sur le bouton B; il se produit également par un court circuit dans l’installation. — L’interrupteur disjoncteur est construit par la Compagnie pour là fabrication des compteurs, 16, boulevard de Vaugirard, à Paris;.
- BIBLIOGRAPHIE
- Loi des équivalents et théorie nouvelle de la chimie, pat* Gustave <Marqfoy. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Masson et Cie. Prix : 7 fr. 50.
- En considérant les divers éléments du monde physique, l’auteur a été naturellement amené à étudier la matière. Comme synthèse de cette étude, il a acquis la conviction que la matière esk une. En faisant, dès lors, sur la loi de la formation des corps, la seule hypothèse qui lui ait paru simple et rationnelle, il a découvert la" loi naturelle qui enchaîne les équivalents de la chimie dans une formule arithmétique. Après avoir exposé la loi suivant laquelle tous les corps ont été formés, M. Marqfoy établit la théorie constitutive des corps, basée sur l’hypothèse que la matière est une. La concordance des formules et des lois trouvées par cette théorie avec les expériences de la physique et de la chimie confirme la vérité de l’hypothèse.
- des yeux, et les mains sont bientôt fatiguées. Le petit accoudoir peut remédier à ces inconvénients. 11 se compose, comme le montre la figure 1, d’une planchette horizontale munie de deux sangles qui portent chacune à leurs extrémités un crochet et une boucle. Les sangles permettent d’élever ou d’abaisser à
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Annuaire général et international de la photographie. Directeur : M. Marc Leroux, 5° année, 1897. 1 vol. in-8°. — Paris, E. Plon, Nourrit et Cie, éditeurs.
- Les explosifs et les explosions au point de vue médico-légal, par P. Brouardel, doyen de la Faculté de médecine dé Pari’. 1 vol. in-8°. — Paris, J.-B. Baillière et fils, éditeurs. Prix : 6 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Teinture du buis en noir. — On recommande, pour donner au buis une belle couleur noire, d’appliquer en couches successives, plus ou moins nombreuses suivant le besoin, la teinture
- suivante :
- Pvrolignite de fer à 12° B............. 500 parties.
- Bisulfite de soude à 55° B............. 50 —
- . Acide acétique à 6° B..................100 —
- Extrait de campêche ramené à 12° B. 20 —
- Fabrication des tubes minces en métal. — On a fréquemment besoin, notamment pour la construction des appareils
- délicats, destinés aux laboratoires, d’obtenir des tubes en nickel tout à la fois minces et résistants. Voici comment on peut les fabriquer d’une façon simple, au moyen de l’élec-trolyse, d’après les renseignements que nous donne 17n-dustrie électrique. On fait tout d’abord une matrice en alliage fusible ayant la forme droite ou courbe du tube dont on a besoin. On y dépose ensuite, par éleetrolyse, une couche de nickel de l’épaisseur rigoureusement égale à celle que l’on désire; lorsque cette épaisseur est obtenue, on plonge le tout dans l’huile bouillante. L’alliage fond et laisse subsister uniquement le tube en nickel. Ce procédé a été appliqué avec succès à la fabrication des tubes pour les manomètres métalliques.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 7 décembre . 7°,8 W. S. W. 4. Couvert. 4,3 Couvert jusqu’à 17 h.; puis nuageux ; beau après 19 h.: pluie a diverses reprises.
- Mardi 8 1°,8 S. S. W. 2. Couvert. 0,2 Très nuageux; gelée blanche; halo.
- Mercredi 9. .... 3°,9 S. S. E. 3. Couvert. 1,5 Couvert jusqu’à la li ; beau ensuite ; pluie de 2 à 10 h.
- Jeudi 10 1°,1 S. 2. Quelques nuages. 1,3 Beau jusqu’à 7 b.; nuag. ensuite; gelée, blanche; halo.
- Vendredi 11 ... . 2°,3 S. S. E. 3. Couvert. f 0,0 Quelques nuages àî h.; couvert ensuite ; gelée blanche.
- Samedi 12 4°,9 S. 1. Couvert. 0,0 Couvert ; éclaircies à 24 h.
- Dimanche 13. . . . 3°,2 S. W. 2. Beau. 2,3 Beau de 7-à 13 h.; nuag. av. et apr. jusqu’à 19 h.; couv. eus.; pluie à part’r de 21 b.; gelée blanche; halo.
- DÉCEMBRE 1898 -- SEMAINE DO LUNDI 7 AU DIMANCHE 1» DÉCEMBRE
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique ta nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes <iu milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe -plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempêtex en France. — Une grande tempête s’est abattue sur les côtes de Bretagne à la date du 4 décembre. Le baromètre est descendu à 720“”. Depuis 1762, jamais il n’élait descendu si bas. 1 a mer a été très grosse. Poussée par les vents, elle a envahi les routes avoisinant la rade de Brest. La tempête a occasionné des dégâts considérables dans les régions voisines. Au Couquet, le parapet qui surmonte la jetée est détruit sur une longueur de 60 mètres; la cabane du canot de sauvetage a eu ses pignons enlevés; plusieurs bateaux ont coulé. A Camaret, les pêcheurs ont subi de grandes pertes; des casiers et des ustensiles de pêche ont été détruits en grand nombre.
- A Penmarc’h, la tourelle située sur la roche La Plote, près du phare La Vieille, et qui est élevée de 8 mètres au-dessus des hautes mers, a été arrachée et a disparu. Les jetées de l'ile de Sein sont détruites. Un voilier faisant le service de correspondance entre l’ile de Batz et Morlaix a fait naufrage. La coque du navire a été trouvée sur la grève.
- A la date du 5 décembre, une violente tempête a également eu lieu sur la Manche ; le bateau, de Douvres à Calais .n'a pu quitter Douvres. A Granville, on a eu à déplorer la collision des deux trois-mâts le Léopold et le Prudent ; les équipages ont été sauvés.
- Des accidents de même nature ont eu lieu le 6 décembre aux Sables-d’Olonne ; il y a eu neuf victimes. A Iloyan, la mer, poussée par la violence de l’ouragan, a passé sur les quais et sur les boulevards ; devant la grande entrée du Casino municipal, il s’est formé un véritable lac; les
- boulevards ont été couverts d’écume apportée par les vagues ; les poteaux téléphoniques qui relient le fort de Suzac à celui de Boyau ont été emportés; le mur qui longe les quais neufs en arrière du passage a été enlevé. La marée de la nuit du 6 au 7 décembre a été encore plus terrible. Le vent, alors, était accompagné de graillé violents. A 2 heu'res, la mer submergeait les quais et les boulevards ; plusieurs bateaux arrachaient les pieux d’amarrage, cassaient leurs amarres et tombaient les uns sur les autres. Le bateau de l’Etat Alcyon tombait sur des petits bateaux qui, sous cette poussée puissante, cassaient aussi leurs amarres et s’en allaient à la dérive.
- A Pauillac, la Gironde est montée sur les quais. A Blaye, elle a couvert le débarcadère, les allées, le port et l’emplacement de la gare. Bordeaux a été à son tour visité par la tempête ; elle a fait rage toute la journée du 6 décembre et toute la nuit; la pluie tombait par paquets énormes, le vent souillait en tourbillons d’une grande violence ; plus de cent personnes ont été renversées par le vent, heureusement sans blessures graves ; on ne compte pas les tuyaux de cheminée, les tuiles, les vitres, les arbres brisés. 11 n’y a pas eu d’accident grave en rade ; la marine, prévenue par la brusque descente du baromètre, tombé à 732“”, avait pris toutes les précautions d’usage. La mer démontée a ouvert une brèche d une quarantaine de mètres dans la nouvelle digue non encore terminée de la pointe de Grave et les flots se sont répandus de tous côtés et ont inondé une partie de la plaine qui termine le Bas-Médoc.
- A-la même date, on a signalé les dégâts faits par de violentes tempêtes à Marseille, à Draguignan et à Nice.
- PHASES DE LA LUNE : 1\ Q. le 12, à 0 h. 39 m. du matin.
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- Réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
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- INFORMATIONS
- —M. Maquenne, docteur es sciences, assistant au Muséum d’histoire naturelle, est nommé, jusqu’à la fin de l’année 1896-1897, maître de conférences de chimie organique à la Faculté des sciences de Paris, en remplacement de M. Combes, décédé.
- —Samedi, 26 décembre, à 9 heures trois quarts, cérémonie de la translation du corps de Pasteur de Notre-Dame à l’Institut de la rue Dutot.
- —La Société nationale d’agriculture de France vient de procéder à l’élection d’un membre ordinaire dans la section d’économie des animaux. Les candidats étaient : MM. Teisserenc de Bort, sénateur, et Vacher, député. M. Teisserenc de Bort a été élu par 30 voix sur 35 votants.
- —Le Comité de l’Association des ingénieurs de l’Ecole des ponts et chaussées de France a procédé dernièrement à l’élection de son secrétaire général. M. Arlh. Engelfred, l’ingénieur bien connu, a été choisi à l’unanimité des suffrages pour occuper ces hautes fonctions.
- —— Le tour du monde.... en trente jours. Nous voilà loin du tour du monde de Jules Verne. Et ce n’est pas une fiction, mais bel et bien une réalité prochaine, de par l’achèvement, d’ici à la fin du siècle, du chemin de fer transsibérien. C’est tout à fait l’avis du Ministre des voies et communications de la Russie, qui vient de terminer l’inspection des travaux de la nouvelle ligne dont il promet l’ouverture pour 1909. Si bien que le voyageur partant de Saint-Pétersbourg le 1er janvier, par exemple, arrivera le 8 à Vladivostock ; de là, un paquebot le conduira à San-Francisco, où il débarquera dix jours après, soit le 18. De San-Francisco à New-York, quatre jours et demi de chemin de fer. Départ de New-York le 23 au soir, arrivée à Brême le 29, et à Saint-Pétersbourg trente heures plus tard. Actuellement, on peut faire le tour du monde par le canal de Suez en soixante-six jours. Nous voilà à trente en attendant mieux encore.
- —©— Un violent tremblement de terre s’est produit le 17 décembre 1896, à 5 heures et demie du matin, dans le centre et dans l’ouest de l'Angleterre. La secousse a duré plusieurs secondes, elle s’est ressentie sur une étendue considérable et a été très violente ; elle a été dans beaucoup de localités précédée de grondements souterrains et suivie de violents coups de tonnerre et de grêle. L’aire affectée s’étendait jusqu’à la mer, à l’ouest d’une ligne tirée de Londres à Manchester. Bien que la secousse ait été assez vivement sentie à Londres et dans le Pays de Galles, c’est surtout dans les Midlands et la vallée de la Severn qu elle a été forte. Hereford parait avoir •été le centre le plus atteint. Les églises de cette ville ont été plus ou moins éprouvées, presque toutes les cheminées sont tombées. Une femme est morte de peur. Dans les centres voisins, des portes ont été ouvertes, des tableaux et des assiettes, accrochés au mur, jetés sur le sol. Presque partout le mouvement a été précédé de grondements souterrains. On croit qu’il s’est produit un glissement dans les assises rocheuses de cette partie de l’écorce terrestre sous la vallée de la Severn. Des dégâts ont été constatés sur beaucoup de points, notamment à Gloucester, Ledbury, à Tewkesbury, Oxford, Wid-combe, Cookam, Slough, Windsor, Uxbridge, Birmingham, Manchester, Liverpool.
- —®— Le 17 décembre, à Paris, vers 11 heures du matin, le ciel
- était extraordinairement couvert, un brouillard épais avait envahi les rues et les quais. Partout, dans les rues étroites surtout, les boutiques ont dû éclairer leurs magasins. Le phénomène, qui pour Londres serait banal, a présenté une intensité rare pour le climat parisien. Aux observatoires de Montsouris et de la Tour Saint-Jacques, on a reconnu qu’au-dessus d’un brouillard déjà assez épais par lui-même, un véritable écran de nuages noirs et neigeux était venu s’interposer entre les rayons solaires et le sol ; c’est à ce phénomène assez curieux qu’est due l’extraordinaire opacité du ciel dans la matinée du 17. On a observé que vers 9 heures une première traînée de nuages opaques a traversé le ciel du nord-ouest à l’ouest et au sud ; puis, vers 10 heures, nouveau passage du nord vers l’est. Le radiomètre, qui était resté immobile pendant toute la matinée, s’esf remis en marche, avec une extrême lenteur d’ailleurs, à llh 55.
- —La Seine vient de subir, une nouvelle crue, qui a atteint à Paris, le vendredi 18 décembre 1896, les cotes suivantes : pont d’Austerlitz, 3“,70; pont Royal, 4m,70, et à Bezons (aval), 4m,65.
- —$$— Une explosion s’est produite le 12 décembre dans l’après-midi pendant des essais de gaz acétylène, dans une fabrique Isaak, située dans le Spenerstrasse, à Berlin. Il y a eu quatre morts : le fabricant, deux monteurs et un chef mécanicien. Nos renseignements „ particuliers nous permettent d’affirmer qu’une fois de plus l’acétylène liquide est la cause de ce nouvel accident ; l’acétylène sans pression ne saurait être incriminé.
- —®— Après le projet d’expédition de M. Andrée au pôle Nord, voici encore MM. Louis Godard et Surcoiïf, qui se proposent aussi de construire le ballon la France, pouvant rester soixante jours dans l’air, et de partir du Spitzberg pour les régions polaires. La nouvelle expédition serait prête pour 1898. Nous avons tout le temps d’y penser
- —L’institution des Ecoles d’arts et métiers, à laquelle M. Boucher, ministre du Commerce, a rendu hommage en allant de sa personne décorer, au siège de la Société des anciens élèves de ces éeoles, M. Martin, ingénieur en chef de la ligne de Vincennes, remonte au siècle dernier. L’Ecole des arts et métiers de Châlons est la doyenne de nos Écoles nationales. C’est le duc de La Rochefoucauld-Liancourt qui fonda, en 1780, cette École des arts et métiers de Châlons, que plus tard Bonaparte visita pendant le Consulat. Le premier consul fut si frappé de l’organisation et de l’excellence des études de l’École de Châlons, il comprit si bien,les services que cette pépinière de mécaniciens pouvait rendre à l'État, qu’il s’empressa de créer une,succursale à cette école en fondant, par décret du 19 mars 1804, l’École des arts et métiers d’Angers. Quant à la troisième École des arts et métiersr celle d’Aix, elle est due à l’initiative de M. Thiers, qui sut persuader au ministre du Commerce Cunin-Gridaine de la fonder : l’École d’Aix fut ouverte en 1843.
- —M. Thiry a étudié une bactérie deux fois trouvée dans l’eau de puits par M. Macé. C’est un microbe chromogène donnant les trois couleurs fondamentales. Il s’agit d’un bacille court, lentement mobile, liquéfiant la gélatine, anaérobie facultatif. A 56° et 37°, ses cultures sont incolores et ne se colorent qu’une fois sorties de l’étuve. Si on le cultive sur pomme de terre, normalement, il se produit une coloration bleu indigo du tubercule, la culture étant grise ou violette. Sur gélatino-peptone à l’eau, le pigment est vert émeraude ; sur la même gélatine au bouillon, il est rouge vif. On peut obtenir des solutions aqueuses ou alcooliques de pigment, vertes, rouges, jaunes, bleu violet. Quelquefois apparaissent dans les'cultures sur gélose ou pomme des amas cristallins d’un bel indigo foncé.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits — Le pneu universel pour la pose avec obturateur qui a été décrit dans les Petites Inventions du n° 1228, du 12 décembre 1896, se trouve chez M. Belliéni, 17, place Carnot, à Nancy. — L’appareil de M. Dévé pour le dressage des canons de fusil est construit par
- M. Jobin, 21, rue de l’Odéon, à Paris. — La bicyclette hygiénique se trouve chez M. Humber, 19, rue du Quatre-Sep-tembre, Paris.
- Communications. — M. Léon Sully, à Saint-Pierre (Martinique), nous informe qu’une légère secousse de tremblement de terre a été ressentie dans cette ville le 13 novembre à minuit 20 minutes. Cette secousse sismique très faible est en coïncidence avec une dépression cyclonique qui a eu lieu du 12 novembre à midi au 14 à minuit. Le centre géométrique de la dépression était N.-E.. les vents de terre soufflaient au
- N. -N.-O.
- M. S. Maura, à Lanera, nous envoie la photographie d’un entraîneur vélocipédique rustique construit au château de Car-resse par un meunier du pays. Cet appareil consiste en une bicyclette de chambre fixe avec volant entraîné par transmission à l’aide des pédales. Il répond aux besoins que nous avons déjà signalés en parlant des bicyclettes hygiéniques.
- Renseignements. — M. J. Gutiénez, à Sinalva (Mexique). — Il faut vous adresser directement à la maison que vous indiquez.
- M. le marquis de Carmeycure, à Valence. — Le Traité élémentaire d'électricité de M. Joubert ou de M. Hospitalier vous conviendrait parfaitement; vous le trouverez à la librairie Masson et Cie.
- M. P. G., à Fresnoy. — Baromètres et thermomètres : M. V. Chabaud, 10, rue de la Sorbonne; MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, et M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. Ph. de Kraupenski, à Kichineff (Russie). — Nous avons donné plusieurs moyens pour enlever à l’huile de foie de morue son goût désagréable, dans les Nouvelles scientifiques, à l’article Hygiène et santé, notamment dans le n° 1098, du 10 juin 1894, et dans le n° 1137, du 16 mars 1895; mais nous ne connaissons pas le procédé dont vous parlez.
- Un abonné, à Garni. — Nous ne croyons pas qu’il ait été publié d’ouvrage spécial sur cette question ; nous avons décrit un très grand nombre de ces monuments; voyez les Tables des matières, tomes I et II, à la librairie Masson et Cio.
- M. E. Alamagny, à Saint-Chamond. — Consultez l’ouvrage dont il est question dans la Bibliographie du n° 1228, du 12 décembre 1896.
- M. Altaïr, à Paris. — 1° Aimants puissants : M. Carpentier, 20 rue Delambre, MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard. — 2° La maison Billaut et Billaudot, 22, rue de la Sorbonne, pourra vous procurer cette substance.
- M. J. B., a Angoulème. — L’appareil dont vous parlez est uniquement composé d’une plaque de zinc et de cuivre ; appliqué sur la peau, il donne un faible courant électrique par suite de l’attaque du zinc par la sueur acide.
- M. A. Guyétano, à Dole. — Le chiffre indiqué se trouvait dans votre manuscrit; nous ferons un erratum.
- M. Leroy, à Cuesmes. — Il n’existe pas de traité spécial à ce sujet; vous trouverez divers renseignements dans les ouvrages de chimie industrielle.
- M. V. K. M., à Paris. 1° Les résultats que nous avons mentionnés pour la trempe à l’acide phénique (n° 1228 du 12 décembre 1896, p. 27) ont été obtenus avec un acier fondu Holtzer de qualité supérieure. — 2° Il faut employer une solution d’acide phénique du commerce.
- M. Camperio, à Santa de Monza. — Nous ferons prochainement une étude pratique des divers acétylénogènes en usage.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Cette puissance est trop faible; il n’est pas possible d’avoir une petite dynamo autoexcitatrice. Adressez-vous cependant à M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, ou à M. Chomeau, 33, passage du Havre, à Paris.
- M. F. B. M.,k Montbéliard. — L’ouvrage de M. J. Lefèvre, Les Moteurs, à la librairie J.-B. Baillière et fils, à Paris, donne quelques détails sur les modes d’allumage des moteurs à gaz.
- M. le DT W., à Kroules. — Vous trouverez la composition de ces couleurs dans divers petits livres de la collection des Manuels Roret, à la librairie encyclopédique Roret, à Paris.
- M. E. Lefèvre, à Couvron. — Vous pourrez vous procurer un ozonateur, 9, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris. Nous avons donné la description d’un générateur électrostatique à ozone dans le n° 1189, du 14 mars 1896, p. 240.
- M. C. V., à Lyon. — 1° Ces instruments de précision sont assez délicats et ne peuvent être mis entre les mains d’ouvriers. — 2° Quels sont les appareils que vous désirez?
- M. F. Andreu, à Mahon. — Adressez-vous à l'Ingénieur civil, 49, rue Montorgueil, à Paris.
- M. S. M., à Auxon. — H faudrait une grande batterie de piles pour fournir cette puissance ; nous n’en connaissons pas qui pourrait vous convenir.
- E. Huaved, à Montreuil-Bellav. — 1° Il y a diverses qualités de pétrole du commerce qui ne donnent aucune odeur, la Luci-line entre autres. — 2° Nous parlerons plus tard de ces appareils.
- M. Charles, à Saint-Dié. — Vous pourrez vous procurer des ouvrages de ce genre à la librairie Fntsch, 30, rue du Dragon, ou à la librairie Bernard, 53, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. Chillet, à Oullins. — Veuillez demander les renseignements à M. Danysz, à l’Institut Pasteur, à Paris.
- M. G. A., à Craïova.—L’adresse demandée est 53, rue Mon-sieur-le-Prince, à Paris.
- M. G. Bordaz, à Sainte-Marie. — Ce travail a été abandonné par suite de divers points qui ont été contredits par quelques - savants.
- Un drapier, à Aussillon. — L’analyse de la matière constituant les taches jaunâtres pourrait seule en indiquer la nature ; il faut confier cette opération à un chimiste.
- M. G. Tuffierre, à Noisy-les-Bains. — 1° Nous avons depuis un an consacré plusieurs articles à ce nouveau mode d’éclairage et nous avons fait connaître les applications intéressantes. — 2° Vous trouverez des appareils à acétylène chez M. Rudolph, 15, boulevard Saint-Denis, à la Compagnie d’éclairage par l’acétylène, 51, rue Vivienne, à Paris.
- M. D. L., à Lille. — La section de vos câbles d’alimentation est trop faible pour laisser passer l’intensité de 150 ampères ; il ne faut pas dépasser une densité de 2 ampères par millimètre carré.
- M. Dubus, à Marseille. — Vous trouverez du manganèse pour piles à la maison A. Maguin, 10, rue Alibert, à Paris.
- M. Dehon, à Brest. — La turbine à vapeur de Laval est construite par la maison Breguet, 19, rue Didot, à Paris.
- M. Leroy, à Bordeaux. — Une pompe centrifuge de faibles dimensions vous conviendra très bien ; adressez-vous à la maison L. Dumont, 55, rue Sedaine, à Paris.
- M. G. D., h Paris. — Nous vous conseillons d’employer de préférence de la fibre.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. L. Bonbon, à Troyes. Nous avons transmis votre demande à l’éditeur, la librairie générale des sciences, 53, rue Monsieur-le-Prince, à Paris. — M. L. E. V., à San Martin. Nous avons écrit à MM. Roullier et Arnoult de vous faire parvenir le catalogue que vous réclamez. — M. R. Law. à Genève. Cette note est trop spéciale ; nous ne pouvons la publier. — M. Raymond Snyers, à Bruxelles. Nous regrettons de ne pouvoir vous fournir ces renseignements. — M. Léon Brey, à Paris. Nous ne comprenons' pas la nouvelle disposition dont vous parlez pour l’allumage du bec Auer; veuillez nous faire un petit croquis. — M. R. Destout, à Paris. Nous n’avons pu nous procurer la composition de cet alliage — M. Paloux, à Oran. Nous avons bien reçu votre communication, mais il nous est impossible de l’insérer; tous nos regrets. — Un lecteur, à Besançon. L’adresse du constructeur du pneu universel est donnée en tête de la présente Boite aux lettres. — M. Dubois, à Lille ; M. Lerant, à Marseille. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr“ série, à la librairie Masson et C’”. — M. A. R., à Paris. Consultez le même petit livre que ci-dessus, à la même librairie. — M. A. Roncalli, à Bergame. Nous ne connaissons pas de procédé, spécial. — M. Ch. Rivière, à Lille ; M. L. Comtois, à X. Nous ne pouvons vous fournir ces renseignements. — M. Sulot, à Paris ; M. J. Bernard, à Paris. Remerciements pour vos communications.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants, qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à tontes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Mal de mer. — Le Dr Minor, de Memphis, croit que le mal de mer a son origine dans un trouble du labyrinthe de l’oreille. La lésion des canaux semi-circulaires provoque rapidement du vertige, de la perte d’équilibre et des nausées. Il en conclut que le mal de mer n’est qu’un vertige du même genre et il en trouve la preuve dans ce fait que les personnes, jeunes ou âgées, atteintes de surdimutité peuvent, pour la plupart, faire de courtes ou longues traversées, sans éprouver les pénibles angoisses du mal de mer. Cela tient, d’après lui, à l’abolition, par destruction ou atrophie, des fonctions des canaux semi-circulaires. Il suffirait donc de placer un sujet sain dans ces conditions et d’annihiler, pour le temps du passage, les fonctions du labyrinthe. Le Docteur américain croit trouver dans la cocaïne un moyen excellent. Il instille dans le conduit auditif trois à quatre gouttes d’une solution d’oléate de cocaïne à 8 pour 100 et la sensibilité spéciale du labyrinthe serait abolie pour une ou plusieurs heures. L’effet du médicament est-il toujours certain? Les médecins auristes emploient souvent les solutions de cocaïne en instillations dans le conduit pour abolir la sensibilité du tympan, pour de petites opérations; je ne sais s’ils ont observé des modifications portant sur la sensibilité des parties profondes de l’oreille. Le moyen, en tout cas, n’est pas dangereux, si on use de la solution avec précaution, et le nombre des voyageurs est assez considérable aujourd’hui pour qu’on puisse être fixé à bref délai sur la valeur de ce moyen. Dr X.
- Le marron d'Inde. — Dès les premiers froids d’automne, les marronniers se sont dépouillés de leurs feuilles et de leurs fruits. Cet arbre, originaire d’Asie Mineure, est répandu dans tous les jardins; c’est par milliers qu’on peut le compter dans les environs de Paris. Que fait-on de ce beau fruit, du marron, si proche parent de la vraie châtaigne et qui n’en diffère en rien en apparence? Le marronnier d’Inde est cependant d’un autre groupe botanique ; c’est l’ÆscuIus hippocastaneus, famille des Acéridées; le vrai marron, la châtaigne, que l’Auvergnat du coin de rue nous vend toute grillée, est de la famille des Amentacées, la Castanea Vesca. Le premier n’est malheureusement pas comestible comme le second; il contient en effet dans sa fécule un principe âcre. Que peut-on faire cependant de cette quantité de marrons jetés chaque année sur le sol? Si vous consultez les enfants, ils vous diront qu’on en fait, les enfilant un à un, de merveilleux colliers ou guirlandes; qu’on en fait, pour peu qu’on ait un peu d’adresse dans les doigts et un bon couteau, de petits morceaux de sculpture admirables, paniers, têtes de moines, etc.... Ce ne serait pas là motif à récolter les marrons. L’écorce du marronnier a été proposée comme un succédané du quinquina, à l'époque où l’écorce du cinchona était chose rarissime et coûteuse. C’est à son principe actif, l’es-culine,et au tannin qu’elle doit ses propriétés fébrifuges. L’escu-line seule, facile à extraire, soit de l’écorce de l’arbre, soit de l’écorce de la semence, peut être employée comme tonique et cordiale. On a encore retiré du marron d’Inde une huile qui a été autrefois en grande faveur comme lénitif et calmant dans les douleurs de goutte et de rhumatisme. La teinture a été employée comme antigastralgique, pour combattre les congestions du tube intestinal; tout ceci est un peu oublié aujourd’hui. Si la pharmacologie s’est désintéressée du marron d’Inde, l’agronomie semble vouloir en tirer parti en utilisant cette source abondante de fécule pour la nourriture du bétail. On le donnait du reste jadis aux chevaux à Constantinople et en Asie (d’où le nom d’hippocastaneum) mêlé à du son pour prévenir la pousse et la guérir, et cette pratique est encore en faveur auprès de certains vétérinaires. Le marron d'Inde décortiqué contient une proportion de 17 à 20 pour 100 de fécule, 6 de gomme, 8 à 0 de tissu végétal, 4 de saponine, matières extractives azotées, huile 7 à 8 et eau 45. Cette quantité d’un cinquième du poids en fécule montre quelle valeur nutritive peut avoir cette semence. On l’utilise de la sorte dans quelques exploitations agricoles, en faisant légèrement griller les marrons et en les mêlant aux tourteaux ou à la betterave ; on en obtient les meilleurs résultats. Dr X.
- BIBLIOGRAPHIE
- Irlande el cavernes anglaises, par E.-A. Martel, 1 vol. in-4°, avec 121 gravures, 18 plans et coupes, et 5 planches hors texte. — Paris, librairie Ch. Delagrave, 15, rue Souftlot.
- Notre excellent collaborateur, M. Martel, le vulgarisateur des beautés des Cévennes et des gorges du Tarn, — le hardi explorateur des gouffres des Causses, des rivières souterraines du Karst autrichien, des cavernes des îles Baléares, des Katavolhres du I'é loponèse, etc., — publie, à la librairie Delagrave, le nouvéau vo-
- lume que nous annonçons et qui n’est pas moins curieux que ses précédents ouvrages. Le livre donne d’abord, comme suite aux Abîmes, couronné il y a deux ans par l’Académie des sciences, le récit détaillé et les résultats scientifiques des aventureuses recherches exécutées par l’auteur en 1895 dans les gouffres ou swal-low-holes des îles Britanniques; goulfres jusqu’ici à peine explorés, à cause des daugereuses chutes d’eau qui en compliquent la descente. A noter surtout l’émouvante et première visite du Ga-ping-Ghyll dans le Yorkshire. Puis le livre, ne se bornant pas à l’exposé technique de ces originales investigations à l’intérieur de la terre, démontre, à l’aide de belles et nombreuses gravures, combien l’Irlande, comme trop longtemps les Cévennes, est injustement méconnue des touristes : Père des agitations politiques y est passée, la sympathie pour la France y demeure très vive, les merveilles pittoresques et les trésors d’archéolqgie y abondent. M. Martel fait, pour l’Irlande, comme pour la Lozère jadis, une bonne œuvre en conseillant aux promeneurs amis de belles choses de visiter en foule la verte Erin, si infortunée et si admirable !
- Hypnotisme-Religion, par le Dr Félix Regnvült, 1 vol. in-8% avec une préface de M. C. Saint-Saë.ns, membre de l’Institut. Paris, librairie Schleicher frères, 15, r. des Saints-Pères, 1897.
- Dans ce livre intéressant, notre collaborateur très compétent louéhe aux questions les plus importantes de la vie sociale, et il a recours, pour les expliquer, à un nouveau facteur psychique absolument ignoré des anciens philosophes : l’hypnotisme. Far l’hypnotisme, les fanatiques anesthésiés s’imposent des tortures, l’extase hypnotique produit les hallucinations. L’hypnotisme explique les sorciers du moyen âge, les lycanthropos, les incubes, les épidémies de convulsionnaires, la léthargie, le juif errant, etc.
- Les raisins précoces pour le vin et la table, par Y. Pulliat. 1 vol. in-4° de la Bibliothèque du Progrès agricole et viticole, précédé d’une préface par M. J.-M. Gcillon, chargé des conférences d’ampélographie à l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier. Camille Coulet, éditeur à Montpellier. Paris, Masson et Cie, éditeurs. Prix : 7 fr. 75.
- La photographie et la photochimie, par G. H. Niewenglowski, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale.— Paris, Félix Alcan, éditeur, 1897.
- Les cliff dwellers, monographie par M. le Mi9 de Nadaillac. 1 vol. in-8°. Extrait de la Revue des questions scientifiques, octobre 1896. Louvain, imprimerie Polleunis et Centerick, 50, rue des Orphelins, 1896.
- L’heure décimale et la division de la circonférence, par M. Henri de, Sarrauton. Note de M. A. Carnot, inspecteur général des mines, membre de l’Institut. 1 brochure in-8°. Paris, E. Bernard et Cie, éditeurs, 1897. Prix : 1 fianc.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Emploi des substances désinfectantes et antiseptiques. — Des expériences récentes, faites par Heider, sont mentionnées dans un article du docteur A.-S. Young, secrétaire du bureau de salubrité de l’Etat du Maine, paru dans le Journal of Médecine and Science. Elles se rapportent aux effets de diverses substances antiseptiques sur les sporules de l’anthrax à diverses températures. Une solution d’acide carbolique à 5 pour 100 ne détruit pas, à la température ordinaire d’une chambre de malade, le bacille en 50 à 40 jours; à la température de 40°C, elle le détruit en 4 heures; à 55° en un laps de temps qui varie de 5/4 d’heure à 2 heures, à 75° en un temps qui varie de 5 à 15 minutes. Une solution contenant 5 pour 100 d’un mélange en poids égaux d’acide carbolique pur et d’acide sulfurique, détruit le bacille en 2 heures à 40°, en 50 minutes à 55° et en 1 minute à 75°. Une solution à 5 pour 100 de créosol pur et d’acide sulfurique à poids égaux agit en 1 heure à 40° et en 5 minutes à 55°. Une solution de lysol à 5 pour 100 ne détermine pas la stérilisation en 2 heures à la température de 60°, tandis que la stérilisation est effectuée complètement en 5 minutes à 80°. Une solution contenant 1 pour 100 d’acide sulfurique ne produit aucun effet au bout de 7 heures à la température ordinaire; à celle de 75°, elle agit complètement en 70 minutes. Une dissolution de potasse caustique à 5 pour 100 ne détermine pas la stérilisation en 8 ou 10 heures à la température ordinaire d’une chambre ; elle détruit les sporules à 55°, en un laps de temps variant de 5/4 d’heure à 2 heures et, à 75°, de 2 à 10 minutes. De l’eau à la température de 70° C. n’agit qu’au bout de 8 à 9 heures; à 85° elle agit en 40 à 45 minutes et à 95° en 15 minutes.
- Manière de dégeler les conduites d'eau gelées. —On enlève la neige qui recouvre éventuellement les tuyaux, puis on recouvre ceux-ci d’une couche de chaux vive de 25 centimètres d’épaisseur que l’on éteint en l’arrosant. La chaleur
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- qui se dégage de la chaux pendant cette opération a bientôt raison de la glace qui s’est amassée dans les tuyaux.
- L'eczéma photographique. Remèdes. — On a mis depuis quelque temps à la disposition des photographes un nouveau révélateur connu sous le nom de métol qui est, comme l’hy-droquinone, un des nombreux dérivés de la houille. Mais bientôt ceux qui l’ont employé sans précaution se sont aperçus qu’ils avaient une sorte de maladie de peau, un eczéma, sur les doigts qui manient les clichés pendant le développement et ils ont renoncé à ce nouveau produit qui n’est pas cependant sans avoir ses qualités. Un moyen d’éviter l’inconvénient signalé est de se servir de la pince spéciale qu’on trouve chez tous les mar-
- chands de fournitures photographiques ; pour ceux qui préfèrent leur main à toute autre pince, il y a les doigts en caoutchouc, et enfin un bon moyen de se préserver est de s'enduire légèrement les doigts de vaseline avant de commencer à développer. Pour ceux qui seraient atteints de Yeczéma méiotique (il faut bien baptiser ce nouveau-né), voici une pommade indiquée par le Photographie News :
- Ichtyol . . . . 5
- Lanoline . . . . 10
- Vaseline blanche. . . . . . . . 15
- Acide borique . . . . 20
- on enduit les parties malades avec cet onguent et la guérison se fait en quelques jours. G. M.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 43",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 décembre. 7°,2 S. S. W. 4. Couvert. 4,5 Couvert, sauf éclaircies de 4 à 8 h.; pluie à diverses reprises.
- Mardi 15 3°,6 W. N. W. 2. Couvert. 9,1 Très nuageux jusqu’à 22 h.; beau ensuite; petite pluie de 16 à 18 h.
- Mercredi 16 ... . —1«,0 S. 1. Couvert. 0,6 Nuageux jusqu’à 8 h ; couvert ensuite ; grains de neige de 10 à 12 h.; gouttes de 16 à 22 h.
- Jeudi 17 1°)5 N. 1. Couvert. 0,4 Couvert ; bruine de 10 à 13 h.
- Vendredi 18 ... . 0°,0 N. E. 1. Couvert. 0,3 Couvert ; grains de neige à 24 1j.
- Samedi 19 O’hO N. 5. Couvert. 0,0 Couvert; sol recouvert de 1“” de neige à 4 h.; grains de neige de 9 à 17 h.
- Dimanche 20. . . . 0°,0 N. N. E. 3. Couvert. 0,0 Couvert; grains de neige à 22 et 24 b.
- DÉCEMBRE 1898 — SEMAINE DD LDNDI U AD DIMANCHE 20 DÉCEMBRE
- Lundi I Mardi | Mercredi I Jeudi I Vendredi | Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure ludique ta nébulosité de 0 a 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courues du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques Ibaromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- I,a neige. — La neige est tombée en très grande abondance dans lut de Jersey, le 28 novembre 1896, dans la matinée. Elle est restée plusieurs jours sans disparaître. La neige a fait à Paris sa première apparition dans la nuit du 21 au 22 décembre.
- Ii« départ des hirondelles en 4800. — Comme suite à la Note que nous avons publiée, au sujet du départ des hirondelles en 1896, dans notre Chronique météorologique du n° 1226, du 28 novembre 1896, M. de Rocquigny-Adanson a reçu d'Angers des renseignements de M. l'abbé Gossin. La présence des hirondelles a ôté remarquée le 4 décembre 1896 à Montfaucon, dans le département de Maine-et-Loire, malgré une température déjà froide. Il n’y avait pas encore eu cependant de gelée.
- Observation de tremblements de terre éloignés à l’aide du pendule horizontal. — Durant l'été de 1893, deux pendules horizontaux du système llebeur-Paschwitz furent installés à l’Observatoire de Cliarkow (Russie), et les résultats des observations qui ont été effectuées à l’aide de ces instruments viennent d’être publiés par le directeur de cet Observatoire, M. le professeur Leivitsky. Du 4 août 1893 au 9 octobre 1894,139 pulsations terrestres ont été enregistrées. La durée de quelques-unes de ces perturbations est extraordinaire. Ainsi, les oscillations provoquées par les tremblements de terre ressentis en Grèce, du
- 29 au 27 avril 1891, durèrent respectivement pendant 14h 50” et 12k 33*. Celles dues au tremblement de Constantinople, du 10 juillet suivant, se prolongèrent pendant 13h26“.
- Dans ces deux cas, il est vrai, l’épicentre ne se trouvait pas à une très grande distance.
- Lors du tremblement de terre observé au Japon, le 22 mars, le pendule fut agité pendant 101114", et lors du tremblement de terre du Véné-zuéla, le 28 avril, pendant ÎO* 30".
- tempête du tt décembre à Angers. — J'ai eu l’occasion de faire quelques observations particulières sur la tempête du 6 décembre à Angers. Le minimum barométrique a eu lieu à 4‘ 3>“ du soir et a atteint 719””.43. Cette dépression était très nettement marquée sur le diagramme de l’euregistreur Richard. Le ciel était couvert de nimbus venant vite du sud-ouest avec pluie faible. Depuis vingt-six ans que j’observe le baromètre, je ne l’ai jamais vu descendre aussi bas. Le 10 décembre 1872, il était tombé à 726“”,90 à 5 heures du soir. La vitesse du vent a été de 20”,5 par seconde à 4k 30“ et 511 37" du soir. La température moyenne de la journée a été de 7°,6. La hauteur de la pluie de 7 heures du matin à 7 heures du soir s’est élevée à 6"",8. A. Cheux,
- A l’Observatoire météorologique de la Baumette, près Angers.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 20, à 4 h. 15 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —M. Callandreau, membre de l’Institut, vient d’être élu correspondant de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg.
- —S. M. le roi de Suède et de Norvège vient d’accorder la croix de Suède à M. G. Tissandieretà M. W. de Fonvielle, les deux aéronautes bien connus, pour les renseignements et conseils qu’ils ont donnés à M. Andrée à propos de son expédition au pôle Nord.
- —$$— Le Conseil des ministres a décidé qu’une somme de NO 000 francs serait consacrée à l’érection d’une statue à Henry Gif-fard. La question de l’emplacement n’a point encore été résolue.On a parlé de l’intérieur de l’École coloniale, qui a reçu une dotation de 200000 francs sur les fonds Giffard. Mais l’exécuteur testamentaire et les amis de Henry Giffard sont unanimes pour demander que le monument élevé à la mémoire d’un grand inventeur soit placé au Conservatoire des arts et métiers.
- —#— La Commission française scientifique d’aérostation a été constituée récemment en verlu d’une délégation de la conférence internationale sous la présidence de M. Bouquet de la- Grye, membre de l’Institut MM. Mascart et Cailletet en font partie ; le secrétaire est M. W- de Fonvielle.
- —Le Bulletin de Vinstruction publique a publié les résultats statistiques des examens de l’enseignement primaire en 1896, comparés à ceux de 1895. 128609 aspirants se sont présentés en 1896 pour l’obtention du certificat d’études primaires élémentaires, contre 128181 en 1895. 101580 ont été admis en 1896, contre 99 992 en
- 1895. Le nombre des aspirantes à ce même certificat était de 107 791 en 1896, en augmentation de 2166 sur 1895. Ont été admises, en
- 1896, 86506,contre 85475 en 1895.
- —Le journal Eleklrotccknischer Anzeiger annonce que le carbure de calcium pourrait être employé pour former le filament des lampes a incandescence; la lumière ainsi obtenue serait très brillante et aurait un éclat intermédiaire entre l’arc et l'incandescence.
- —S$— Il a été beaucoup question dans ces derniers temps du blé chinois. A la séance du 5 novembre de la Société des agriculteurs de France, M. Néron, vice-président, a demandé l’avis de M. Bro-quette sur cette variété de blé préconisée par M. Mauger, directeur de l'établissement agricole de Fraisières (Tarn-et-Garonne). M. Bro-quette a cultivé cette variété concurremment avec celle connue sous le nom de « Blé de Bordeaux ». Des éludes comparatives auxquelles il s’est livré, il ressort qu’il ne saurait exister de différence entre les deux. Le blé chinois cultivé par M. Broquctte lui avait été fourni par M.le baron d’Avène. Contrairement à l’opinion admise, M. Broquctte n’a pu constater pour le blé chinois une précocité plus marquée.
- —Les quantités de sel qui conviennent le mieux aux rations des animaux soumis au régime de l’élevage sont ; cheval, 50 grammes par jour; bœuf à l'engrais, 120 grammes; vache à l'engrais, îiJ grammes; veau d’un an. 40grammes; veau de six mois, 15 grammes ; mouton à l’engrais, 4 grammes ; vache laitière et bœuf de travail, 40 grammes. On sait que l’on peut mettre aussi dans l’étable ou l'écurie un morceau de sel gemme ou de sel ordinaire dans un sac de toile peu serrée.
- —Les accroissements successifs du poids des locomotives et du nombre des véhicules qu’elles traînent n’ont pas seulement eu pour conséquence l’obligation de renforcer ou de remplacer les ouvrages d’art des grandes voies ferrées. On a dù également se préoccuper de remédier à l’insuffisance des anciens systèmes de freins continus, soit à air comprimé, soit à vide, qui n’assuraient plus, dans des conditions convenables, la rapidité de propagation du serrage et du desserrage. La Compagnie des chemins de fer de l'Ouest procède, précisément, à des expériences très intéressantes sur la ligne de Paris-Versailles, avec un train muni de freins Westinghouse modifiés
- et perfectionnés par l’adjonction d’une nouvelle commande électropneumatique, due à l’un de ses ingénieurs, M. Chapsal. D’après les renseignements que nous avons pu recueillir, ce nouvel appareil répondrait parfaitement au desideratum formulé ci-dessus, tout en présentant, en outre, une série d’avantages spéciaux qui méritent d’attirer l’attention.
- —®— Des lézards vivants ont été trouvés dans le tuf des carrières de pierre à chaux de Lux et Talbott, au nord de Anderson (Indianaj. Des ouvriers en train de piocher à même la roche découvrirent une série de « poches ». Dans chacune de ces poches on trouva un lézard vivant; aussitôt retirés et exposés à l’air, ils moururent au bout de quelques minutes. Ils étaient d’une couleur cuivrée très particulière; quoiqu’ils eussent la place des yeux, ils n’avaient pas de-globe dans l’orbite. Les zoologistes déclarent, et cela semble évident, que ces lézards vivaient il y a des milliers et des milliers d’années, et qu’ils ont été ainsi murés, enterrés vivants au moment de la formation de la roche. Il n’y avait aucun passage possible pour l’air dans leur étrange cellule, et naturellement aucune espèce de nourriture n’y pouvait parvenir.
- —Une intéressante découverte a été faite à Bideford, cette si curieuse petite ville du North Devon (Angleterre), où fut débarqué le premier tabac qui pénétra en Angleterre, et où Charles Ivingley écrivit la plus grande partie de son « Westward Ho! ». Depuis un grand nombre d’années cinq très vieux canons servaient de poteaux d’amarrage sur les quais de Bideford. Lorsque dernièrement on élargit les quais, ces canons furent enlevés et jetés comme ne présentant aucun intérêt ni aucune utilité. Quelqu’un s’avisa que c’étaient des débris de 1’ « Armada » espagnole, et, en fait, ils provenaient du San Juan, qui fut pris naguère dans les eaux voisines le second jour du combat. Jusqu’à ce jour, l’origine de ces canons n’avait pas été vérifiée, mais ils viennent d’être soigneusement examinés par le capitaine Enthoven R. H. A., de Woolwich, qui paraît satisfait du résultat de ses recherches pour deux d’entre eux. Ils ressemblent avec une exactitude remarquable aux cànons que possédait sir Archibald Campbell. et qui avaient été pris sur un galion naufragé dans le détroit de Mull, au moment de la fuite de l’Armada autour de l’Ecosse, pour regagner l’Espagne.
- —H— Le superphosphate constitue un excellent agent de conservation du fumier, supérieur même au plâtre superphosphaté. Suivant H. von Krause, il suffit d’une quantité de superphosphate beaucoup moindre que de plâtre superphosphaté, car un tiers ou un quart du premier produisent autant d'effet que le second, mais aussi parce que le superphosphate a une solubilité beaucoup plus grande et peut, >ar conséquent, se disséminer mieux dans l’engrais. On donnera donc a préférence au superphosphate, et il vaudra mieux employer les hauts titres, car, d’après Krause, la qualité du superphosphate employé comme ajouté au fumier n’est nullement indifférente; plus la matière employée est riche en phosphates facilement solubles, plus son action est complète et intensive.
- —®— Un navire de cent vingt-quatre ans. La construction en bois des navires avait ses bons côtés : Le voilier danois De tre sostere, du port d’Aeroeskjobing, est arrivé dernièrement à Kicl avec un chargement de tourteaux de graines oléagineuses. Ce navire a été construit à Rudkjobing en 1772 : il est toujours solide, ne fait pas d'eau et navigue très bien. Un navire célèbre dans les fastes de la marine française, le trois-ponts l'Océan, avait donné une preuve analogue de longévité. Combien y a-t-il de navires en fer ayant ilotté trente années seulement?
- —D’après Electrical Review, on emploie maintenant des petits moteurs électriques pour faire sonner les cloches. Ce moteur est fixé par un support vertical dans le centre de la cloche; il met en marche un marteau porté sur son arbre, et ce marteau, en décrivant un tour complet, vient frapper la cloche à chaque tour. Notre confrère ajoute que l’on obtient ainsi un son extrêmement clair.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. E. M., à Saint-Germain-en-Lave, à propos de notre récent article sur les catacombes mexicaines,
- paru dans le n° 1229, du 19 décembre 1896, p. 45, nous écrit la lettre suivante : « Je suis resté vingt-deux ans au Mexique et j’ai parcouru le pays à peu près tout entier. Votre numéro du 19 décembre contient un article de M. Ch. Marsillon, sur les catacombes de Guanajuato, qui se termine par ces mots : « Avant lui (M. Cartwright), un grand nombre de voyageurs « nous avaient mis au courant des habitudes et de la vie mexi-« caines. Aucun d’eux n’avait fait mention de la singulière « nécropole qui, dans ce pays, remplace nos asiles de repos « pour les morts. » Et pour cause ! vous répondront ceux qui ont tant soit peu visité le Mexique. C’est que ces singulières coutumes n’existent point d’une manière générale. Les Mexicains ont le plus grand respect de leurs morts — un respect un peu superstitieux et craintif, résultat de la manière inquisitoriale dont les conquérants espagnols leur enseignèrent le catholicisme. Les cimetières entourent généralement la petite église qui existe dans les moindres villages; et je sais tel « pueblo » (petit village) où les habitants, armés de pierres et de revolvers, ont assailli la maison du « jefe politico » (analogue à notre maire) qui voulait changer l’emplacement du cimetière parce que celui-ci était en contre-haut et très rapproché du réservoir d’eau d’alimentation. L’exhumation est pour eux un sacrilège, et leurs cimetières sont lieux sacrés. Les catacombes de Guanajuato sont les analogues de nos « ossuaires » et ont le même but. Dans d’autres villes, où les cadavres ne se momifient pas, il existe de véritables ossuaires (cimetière de Mexico, cimetière français notamment) où sont conservés les ossements des morts dont la concession n’a été prise que pour sept ans. Vous voyez donc qu’il n’y a là aucune habitude singulière, ni exotique, au sens un peu étrange que nous attachons à ce mol. J’insiste un peu sur ces faits, car, malheureusement, l’on s’imagine trop souvent, en France, que le Mexique est un pays sauvage. Ses habitants, au contraire, ont une merveilleuse faculté d’assimilation des usages européens et français en particulier. Nous aurions pu prendre là une très grande et très utile influence. »
- Renseignements. — J/. E. G., à Paris. — L’ouvrage le plus autorisé sur cette question est : Les rayons X el la photographie à travers les corps opaques, par Ch.-Ed. Guillaume, à la librairie Gauthier-Villars et fils.
- M. J. Mercier, à Nice. — Nous avons donné quelques renseignements qui vous seront utiles sur le durcissement des pierres calcaires à l’aide des silicates alcalins dans le petit livre des Recettes et Procédés uti'es, lre série, à la librairie Masson et Cio.
- M. P. de B., à Saint-Pierre et Miquelon. — La Photogazette, rédacteur en chef : G. Mareschal, à la librairie Carré et Naud, 5, rue Racine, à Paris.
- M. G. Rose, à Poissy. —La présence à l’Ecole centrale n’est pas considérée comme présence sons les drapeaux; il faut vous renseigner à votre bureau de recrutement.
- M. A. Pailhès, à Paris. — Ces poêles au pétrole ne donnent pas de mauvais résultats ; mais il faut toujours assurer une certaine ventilation dans la pièce où ils se trouvent.
- M. J. L., à M. — Dans les conditions nettement déterminées dont il s’agit, nous croyons que la demande n’est pas fondée.
- M. Dubois, à B. — 1° Il faut compter une puissance de 20 à 25 chevaux pour la machine à vapeur, soit 18 chevaux à la machine électrique ou 15 kilowatts. — 2° Vingt lampes à arc de 10 ampères conviendront pour cet éclairage. — 5° La différence de po'enfiel sera de 120 volts; les lampes à arc seront montées par 2 en tension.
- M. Leroux, à Marseille. — On peut faire actionner toutes sortes de machines-outils par des moteurs électriques; suivant
- la vitesse angulaire, la commande peut être directe ou par transmissions intermédiaires.
- M. D. R., à Lille. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. L. Dumont, à Morlaix. — Moteurs à gaz Otto : 15, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. X., à Craon.— 1° Il existe plusieurs appareils analogues;, vous en trouverez divers modèles chez MM. Stransky frères, dont l'adresse est donnée plus bas. — 2° Cet appareil est un très bon instrument.. — 5° Les prix sont très variables.
- Un lecteur, à Moulins. — 1° Une école d’électricité a été ajoutée au Laboratoire central d’électricité, 14, rue de Staël, à Paris. — 2° L’admission a lieu après concours. — 5“ On ne peut fournir aucun renseignement à ce sujet.
- M. G. P., à Sainte-Hermine. — Vous aurez des détails sur les moteurs à pétrole dans les ouvrages Le Pétrole, par MM. Biche et Halphen, et Les Moteurs, par J. Lefèvre, à la librairie J. Baillière et fds, à Paris. En ce qui concerne leur adaptation aux voitures, consultez Les Automobiles, par Farman, à la librairie Fritsch, à Paris.
- M. A. M., à Lille. — Adressez-vous à la librairie Bécus, 55, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- M: D. Moreau, à Saint-Saulve. — Chauffage à vapeur : MM. Hamelle et Cie, 94, boulevard Richnrd-Lenoir ; MM. J. Grou-velle et Arquembourg, 71, rue du Moulin-Vert; MM. Lebœuf et Guion, 16, rue des Meuniers, à Paris.
- M. le Dr Piquot, à Aïn-Draham. — 1° Vous trouverez diverses recettes pour papier au ferro-prussiate dans les Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cie. — 2° Scies circulaires : M. P. Jlug, 57, rue de Lyon: M. Huré, 218, rue Lafayette; MM. Peugeot frères, 2, rue Béranger, à Paris.
- M. L. Pierron, à Saint-Léonard. — 1° Consultez l'annuaire publié par le Bureau des longitudes, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris. — 2° Pians en relief : MM. Cabrisv, Blanc et Cie, 161, rue Lecourbe, MM. Regnard frères, 55, rue Bayen, à Paris. — 5° Nous ne connaissons pas le fabricant.
- M. J. Prax, à Pevrac. — Installations d’éclairage électrique : Maison Gramme, 52, rue Saint-Georges; Société Y Eclairage électrique, 55 bis, rue de Chàteaudun; MM. Sautter Jlarlé ctCio, 26, avenue de Suflren, à Paris.
- M. Ch. Rippcrt, à Nice. — 1° Pompes centrifuges : M. L. Dumont, 55, rue Sedaine, à Paris; MM. Pinctte, à Chalon-sur-Saône. — 2° Ascenseurs électriques : Compagnie des ascenseurs Utis,'25, rue de la Paix; MM. EHoux et Cic, 74, rue Lecourbe; M. A. Pifre, 174, rue de Courcelles, à Paris.
- M. Richaud, à Paris. — Boîtes à musique : MM. Stranskv frères, 20, rue de Paradis.
- M. H. R., à Paris. — 1° 11 existe à Paris Y Ecole municipale de physique et de chimie, 42, rue Lhomond. — 2° Le concours a lieu tous les ans au mois de juillet. — 5° Demandez un programme d’admission au secrétariat.
- M. N. D., à Grignon. — 1° Cos études ont déjà été faites pour la photographie des couleurs; voyez divers ouvrages à ce sujet à la librairie Gauthier-Villars et fils. — 2° Vous trouverez des verres de couleur chez M. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- M. A. Leygoute, àRelizane. — Pantins électriques : M. Ra-diguct, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire; M. Bonetti, 69, avenue d’Orléans, à Paris.
- M. A. Rieffel, à X. — Des expériences ont, en effet, été faites en Allemagne pour produire directement de l’énergie électrique par la combustion du charbon ; les essais se poursuivent encore. Une étude spéciale à ce sujet a paru dans le n° llti de Y Industrie électrique, du 25 octobre 1896.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. I). de L., à Avignon. Nous avons donné l’adresse du fabricant en tête de la Boite aux lettres ; il faut lui demander directement le prix de l’appareil. — M. Liautaud, à Paris. Celle question est intéressante; mais nous ne pouvons faire les diverses recherches qui seraient nécessaires. — M. Duhard, à Lyon. Les dessins de votre appareil sont incomplets; it serait utile d’avoir une coupe longitudinale. — M. B. M., à X. Nous ne nous occupons en aucune façon de questions financières, et nous ne voulons nullement intervenir. — M. Leverlut, à Arras. L’appareil peut être très bon; mais il faut le construire et l'expérimenter pour donner quelques résultats réellement obtenus. On ne peut se baser sur les chill'rcs déterminés par le calcul. — M. Durand, à Paris; M. A'., à A.; M. M. .Y., à V. Voyez les Becettcs et Procédés utiles, lre série, à la librairie MasSon et Cu. — M. Dubois, à Nancy; M. J. P., à Paris. Remerciements pour vos communications.— M. E. Anadyr, à Nice. Cette question est en dehors de notre compétence.
- ht ns ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
- JANVIER-FÉVRIER-MARS 1897.
- iMars
- Il l «ëvreer 21 au mérid ien à mi luit.
- Janvier
- • Cocher
- Persee
- Passage
- ARS
- 1, anv.
- Moue he £» 1 Avril
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- PetitChien
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- Baleine
- Ëridan
- Lièvre
- Grand/Chien
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- Pass.à min
- Hercule
- Pégase
- Dauphin
- Boissons
- hiucui
- Aigle et A itinoüs
- Serpent
- SATUIINE
- URANUS
- SOLE!
- orpioh
- .tai re
- Po ,sson Aust'al
- ECLH'SCS.
- 1897. Satellites. Commencement.
- Fin.
- OCCULTATIONS. Immersion. Emersion.
- Février 11 I 9 h. 42 ni. 38 s. 12 h. 16 m.
- Satellites de Jupiter. — 13 11 8 h. 57 m. 18s. 12 h. 16 m.
- 16 I 17 h. 7 rn 55 s.
- ECLIPSES. OCCULTATIONS. 18 1 11 h. 56m. 20 s. 14 h. 0 m.
- 1897 Satellites Commencement. Fia. Immersion. Emersion. 19 III 7 h. 7 m.
- Janvier 1 1 16 In 51 m. 18 s. 20 I 8 h. 26 m.
- — 1 11 17h. 19m. 51 s. — 20 U 11 h. 33m. 43 s. 14 h. 51 m.
- — 3 I 11 h. 19 m. 35 s. 14 h. 38 m. — 25 1 15 h. 44 m. 38 s. 15 h. 24 m.
- — 5 II 11 h. 32 m. — 25 IV 13 h. 45 m.
- — G IV 12h.50m.52s. 17 h. 52 m. — 26 III 10 h. 59 m. 14 s. 6 h. 52 m.
- — 7 III 10 h. 53 m. — 27 I lOh. 13m. 7s. 7 h. 50 m.
- — s l 18 h. 44 m. 20 s. — 27 II 16 h. 58 m. 18 s. 15 h. 55 in.
- ' 10 I 13h. 12 m. 37 s. 16 h. 25 m. Mars 5 II 6 h. 16m. 43 s.
- — 12 1 10 h. 52 m. — 4 I 17 h. 38 m. 37 s. 15 h 8 m.
- 12 II 13 h. 55 m. — f> III 14 h. 36 m. 58 s. 10 h. 8 m.
- — 11 111 10h.55m. 5s. 10 h. 53 m. 14 h. 24 m. — 6 I 12h. 7m. 9s. 9 h. 54 m.
- — 17 I 15 h. 5 m. 45 s. 18 h. I l m. — 6 II 16 h. 10 m.
- 19 I 9h.54in. 4 s. 12 h. 57 m. — 8 I 6 h. 55 m. 59s.
- — 19 II 11 h. 50 m. 59 s. 16 li. 16 m. — 10 II 8 h. 52 m. 45s.
- 21 111 11 h. 22m. 45 s. 17 h. 50 m. — 11 I 16 h. 52 ni.
- 23 IV 9 h. 9 m. 13 h. 21 m. — 12 111 15 h. 23 m
- 24 1 16 Ii. 58 m. 59 s. — 13 I 14h. lm.20s. 11 h. 18 m.
- 26 I 11 h. 27 in. 20 s. 14 h. 22 m. — 14 IV 8 h. 20 in. 27 s. 12h.37m.56s. 8 h. 17 m.
- 26 11 14 h. 26m. 55 s. 18 h. 35 m. — 15 I 8 h. 29 m. 52 s.
- 28 I 8 li. 48 m. — 17 II 11 h. 28 m. 44 s. 7 h. 55 ni.
- 28 III 15h. 20m.51 s. — 20 I ioh.55m.40s. 13 h. 5 m.
- — 51 I 18 li. 52 m.20 s. — 22 1 10h.2im.14s. 7 h. 29 m.
- Février 2 I 15 h. 20 m. 43 s. 16 h 7 m. — 24 II 14h. 4m.40s. 9 h. 53 m.
- 2 II 17 h. 3 m. 14 s. 27 I 14 h. 49 m.
- 4 I 7 h. 49 m. 4 s. 10 h. 32 m. 29 I ' 12h.18m.44s. 9 h. 15 m.
- 6 II 10 h. 0 m. 51 I 6 ii. 47 m. 26s.
- — 9 I 15 h. 14 ni. 15 s. 17 li. 50 m. — oi 11 12 h. 13 m.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Éclipse annulaire de Soleil, le 1** février 1897, invisible à Paris.
- C unmencement de l’éclipse générale, 1" février, à 5 h. 52 m, 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 179°44' 0. de Paris, latitude = 27° 12’ A.
- Commencement de l’éclipse aunulaire, 1" février, à 6 h. 3i m, 0, demps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =163° 18'E. de Paris, latitude = 31° 23' A.
- Commencement de l’éclipse centrale, 1" février, à 6 h. 53 m, 3. temps •moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 163° 14' E. de Paris, latitude = 31° 36' A.
- Eclipse centrale à midi vrai, 1" février, à 8 h. 16 m. 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 120° 32' O. do Paris, latitude s= 28° 53'A.
- Pin de l’éclipse centrale, 1" février, à 10 h. 11 m, 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 62° 54' O. de Paris, latitude = 11° 4’ B.
- Fin de l’éclipse annulaire, 1” février, à 10 h. 15 m, 6, temps moyeu de Paris, dans le lieu, longitude =63°0'0. de Paris, latitude = 11°16'B.
- Fin de l’éclipse générale, t" février, h 11 h. 17 m, 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 79° 33' 0. de Paris, latitude = 14° 56' B.
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1897 Nom de l’étoile. Grandeur. Immersion Émersion.
- Janvier 7 7936 B A C. 5.9 4 h 25 m, 3 5 h. 41 m, 4
- — 13 7 Taureau. 6.1 8 h. 16 m, 7 Ippulse 1 l'i do bord.
- — 13 19 Taureau. 5.0 13 h. 44 m, 5 14 b. 37 m, 5
- — 13 16 Taureau. 6.4 13 li. 58 m, 7 ippulse i i'î do bord.
- 1897. Nom de l’étoile. Grandeur. Immersion. Émersion.
- Janvier 13 18 Taureau. 6.3 14 h. 13 m, 5 ippolse i t'i ds bord.
- 13 20 Taureau. 4.8 14 h. 14 m, 8 14 h. 39 m, 6
- 14 7* Taureau. 5.7 4 h. 41 m, 3 ippulse i 4'5 do bord.
- 18 g* Ecrevisse. 5.4 5 h. 14 m, 9 — î'3 —
- — 18 2788 B.A.C. 6.0 11 h. 36 m, 5 _ ü'S —
- 20 A Lion. 5.0 12 h. 40 m, 2 — l'5 —
- __ 21 pz Lion. 5.9 18 h. 8 m, 0 19 h. 5 m, 0
- — 24 75 Vierge. 6.0 12 h. 49 m, 0 13 h. 25 m. 0
- — 29 9 Sagittaire. 3.7 17 h. 59 m, 9* 18 h. 42 m. 8
- Février 7 101 Poissons. 6.4 4 h. 41 m, 9 5 b. 24 m, 7
- — 8 26 Bélier. 6.4 10 h. 7 m, 9 11 h. 4 m, 0
- — 13 57 Gémeaux. 6.2 7 h. 51 m, 1 9 h. 6 m, 4
- — 15 48 Gémeaux. 6.0 16 h. 44 m, 0 17 h. 29 m, 5
- — 15 S Ecrevisse. 4.5 7 h. 27 m, 2 ippolse i PS do bord.
- — 15 5029 B.A.C. 6.5 15 b. 9 m, 0 14 h. 16 m, 5
- — 16 18 Lion. 6.2 12 h. 13 m, 3 13 b. 0 m, 3
- — 17 53 Sextant. 6.2 15 h. 12 m, 8 16 b. 6 m, 1
- — 18 3873 B.A.C. 6.5 7 h. 55 m, 1 8 h. 45 m, 1
- — 19 q Vierge. 5.7 18 h. 48 m, 0 19 h. 45 m, 8
- — 24 45 Ophiuchus. 5.8 15 b. 48 m, 7 16 h. 33 m, 0
- Mars 9 19 Taureau. 5.0 5 h. 12 in, 4 6 h. 3 in, 6
- — 9 18 Taureau. 6.5 5 h. 18 m, 8 6 h. 23 m, 0
- — 12 e Gémeaux. 5.2 14 b. 3 m, 3 14 h. 2 4 m, 9
- — 16 A Lion. 5.0 7 h. 9 m, 3 7 h. 58 m, 2
- — 17 t)5 Lion. 5.9 11 h. 40 m, 7 12 h. 49 m, 1
- — 19 24034 Lalande. 6.1 11 h. 51 m, 7 12 b. 52 m, 2
- — 4 Scorpion. 6.3 12 h. 25 m, 6 13 li. 27 m, 5
- — 't'i it Scorpion. 3. i 14 b. 19 m, 0 ippolse t Pî do bord.
- — 25 6562 B.A.C. 6.3 16 h. 48 m, 2 18 b. 3 m, 5
- * L’étoile est sous l’horizon.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 décembre. — 0°,8 S. W. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux jusqu’à 14 b.; couvert ensuite ; brouillard de 16 à 19 h.
- Mardi 22 — 2°,3 E. N. E. 1. Couvert. 0,0 Quelques éclaircies le matin; couvert le soir; petite neige à 5 h.
- Mercredi 23 ... . —0°,9 N. 2. Couvert. 0,1 Couvert; petite neige de 11 b. 1/2 à 13 h.
- Jeudi 21 0°,3 W. N. W. 1. Couvert. 0,1 Couvert.
- Vendredi 25 ... . 0M S. 3. Couvert. 4.0 Couvert; neige de 2 ou 5 b. à 7 h. 1/2; gouttes de 8 h. 15 à 9 11. 50: brouillard dans la soirée.
- Samedi 26 0°,6 S. 2. Couvert. 3.4 Eclaircies de 10 à 12 h.: couvert avant et après; petite pluie de 20 à 25 b. ; brouillard jusqu’à 9 b.
- Dimanche 27 ... . 5°,1 S. W. 2 Couvert. 2 1 Couvert le malin; nuageux le soir ; pluie (ine jusqu'à 5 h. Il 2.
- DÉCSMBR: 1898 — SEMAINE DO LÜNDI 21 AO DIMANCHE 27 DÉCEMBRE
- Lu courbe supérieure indique la nébulosité de O a 10 : les fléchés inférieures, ta direction du vent. Les courues au milieu ututquent : courbe épaisse, les pressions barométriques lbaromètre ramené à 0. au niveau de la meri: courbe plus mince, theimomc<*•» à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- La crue «le la Seine. — La Seine a monté sensiblement à Paris le 22 décembre 1896, de 12 centimètres au pont de la Tournelle et de 16 centimètres au pont Boval. La navigation a été interrompue à peu près complètement. En aval de Suresnes, les ports, les chemins de lialage et les îles ont été submergés. On a signalé plusieurs accidents, heureusement purement matériels : des bateaux, emportés par le courant, se jetant contre les piles des ponts. Le Préfet de police et M. Guillemin, inspecteur général de la navigation, accompagnés des inspecteurs spéciaux, ont fait, à bord d’un bateau parisien, une excursion en amont et en aval du ileuve jusqu’à Choisy-le-Hoi et jusqu’à Saint-Denis. La Marne a monté de 12 centimètres à l’écluse de Chalifert et de 16 à l'écluse de Charenton. Le canal de Saint-Maur a été interdit à la circulation, les portes-écluses ont été fermées et plusieurs péniches ont été retenues à Joinville-le-Ponl. La rivière a débordé sur plusieurs points.
- Les froids de novembre 1806. — Le mois de novembre a
- été remarquable au point de vue de la température. Une seule fois, depuis 65 ans, eu Belgique, le nombre de jours de gelée en novembre a été plus élevé que cette année (en 1858, avec 21 jours), et trois fois seulement le minimum absolu a été inférieur à celui de 1896 (— 10°.4 en 1858. — 7°,7 eu 1879 et —12°,8 en 1890). Le journal Ciel et Terre a publié à ce sujet plusieurs renseignements. La première gelée de l’hiver actuel s’est déclarée à Uccle le 5 novembre, mais le froid n'est devenu un peu vif qu'à partir du 27. Voici, au surplus, le tableau des jours où le thermomètre est descendu au-dessous de 0U : 5, — 1°,3 ; 6, — 3°,7: 7. — 3°.5 ; 8, —1°.9; 10,-2°,7; 11, — 0",6; 17,-0°,4; 18, —1°,1; 22,—1*,0; 23, -1°,6; 21, -3»,0; 25, - 2°,3; 26, -3“,0; 27, — 6»,1 ; 28, - 7°:0; 29, — 6°,5; 30, — 7°, 4. l ue bise assez forte a rendu la seusalion de froid particulièrement désagréable du 25 au 29. La température movctme de 1896 est trop basse de 5°. Depuis 1833. les mois de novembre 1858 et 1871 ont seuls donné une valeur thermoméfrique plus faible.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 27, à 0 b. 18 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Par décret en date du 29 décembre 1896, rendu sur la
- nosition du ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts, lilne-Edwards (Alphonse), membre de l’Académie des sciences, professeur de zoologie (mammifères et oiseaux) au Muséum d’histoire naturelle, est nommé directeur de cet établissement pour une nouvelle période de cinq ans.
- —|gi— Le tombeau de Pasteur sera visible les premier et troisième samedis de chaque mois, à l’Institut de la rue Dutot, de 1 heure à 4 heures.
- —1®— D’après des avis reçus des Etats-Unis, l’apparition des Léonides aurait, en plusieurs points de ce pays, été très remarquable dans les nuits des 13 et 14 novembre. A certains moments, on a vu tomber jusqu’à douze étoiles filantes en même temps, et, à Indianapolis, on a pu distinguer encore des météores après le lever du soleil, et même jusque vers le milieu du jour.
- —©— M. du Bois-Reymond, le célèbre physiologiste, professeur à l’Université de Berlin, est mort en cette ville à l’âge de soixante-dix-huit ans. C’est à tort qu’on lui a attribué une origine française. Le professeur berlinois était en réalité originaire de iVeuehâtel en Suisse. Son père était allé au commencement de ce siècle se fixer à Berlin comme maître de français. A cette époque, le pays de Neuchâtel était encore principauté prussienne. Dubois, qui s’était fait à Berlin une réputation d’homme exact et consciencieux, sollicita et obtint une place dans l’administration des affaires de Neuchâtel, qui suffisaient à occuper un bureau spécial. 11 monta bientôt en grade et devint Hofrath (conseiller auhque). Mais il oublia si peu son pays natal qu’il envoya ses fils faire leurs classes à Neuchâtel. C’est, en eflet, dans l’excellent collège de cette petite ville que du Bois-Reymond et son frère cadet (qui devint un mathématicien fort distingué) ont fait leurs humanités. Leur mère était fille du pasteur Henry, d’une famille de réfugiés, qui faisait partie de la colonie française de Berlin. Du Bois-Reymond abandonna de bonne heure ses premières études théologiques pour étudier la physique et la médecine. Membre cle l’Académie des sciences de Berlin en 1851, M. du Bois-Reymond en devint secrétaire en 1867. Il laisse de nombreux ouvrages hautement appréciés. L’Inslitut physiologique de Berlin, bâti et aménagé suivant ses plans, est un modèle du genre.
- —f$— Un grand métallurgiste anglais, sir John Brown, vient de mourir à l’âge de quatre-vingts ans. Sir John Brown a dirigé pendant de longues années une des plus grandes industries métallurgiques de Sheffield. Le premier, en Angleterre, il a fabriqué des plaques de cuirasse de grandes dimensions pour le service de la flotte. Ces blindages, constitués d’abord avec du fer laminé, ont cédé le pas devant des plaques eompound (en fer avec couverte d’acier) dans la fabrication desquelles l’usine Brown était très renommée. Depuis, cette usine a renoncé à ce genre de fabrication et a emprunté à la France et aux Etats-Unis leurs procédés d’usmage des cuirasses en acier. Sir John Brown est connu aussi pour les progrès qu’il a fait faire au matériel des chemins de fer.
- —@ — La Société des ingénieurs civils de France met au concours, pour le prix Giffaril à décerner en 1899, mais pour ses membres seulement, le sujet suivant : automobiles sur routes, voitures et tracteurs publics et particuliers pour la ville et la campagne (voyageurs, commerce, camionnage, etc.). Les concurrents devront commencer leur Mémoire par une revue sommaire et critique de l’état de la question, puis présenter la description de quelques types exécutés ou susceptibles d’exécution. La valeur du prix est de 3000 francs. Les Mémoires devront être déposés le 31 décembre 1898, dernier délai.
- —H— Un essai intéressant va être fait prochainement sur les
- trains des lignes d’Auteuil. Ceux-ci seront pourvus d’un appareil automatique qui indiquera les noms des diverses stations. Lorsqu’un tram quittera une gare, un système se mettra en mouvement et le nom ue la prochaine station apparaîtra dans un cadre placé dans chaque wagon. Cet appareil fonctionne déjà depuis longtemps sur le Métropolitain de Londres, où il rend de réels services aux voyageurs.
- —®— La population parisienne semble décidément réfractaire à la crémation. En 1893, il y avait eu 189 incinérations; en 1894, 216. Au 1er novembre 1896, on n’en comptait encore que 137.
- —©— La Société des Ingénieurs civils de France vient de prendre possession de son nouvel hôtel situé rue Blanche, 19, à Paris. L’architecte, M. F. Delmas, professeur à l’École centrale, est parvenu en huit mois à édifier cette importante construction, qui comprend au rez-de-chaussée un vaste vestibule pavé en mosaïque et une salle de séances contenant 650 places. L’entresol est consacré aux salles de commissions et aux bureaux du président et du secrétaire général ; le premier étage, éclairé d’un côté par une très large baie en plein cintre donnant sur la rue, de l’autre par les fenêtres qui prennent jour au-dessus de la salle des fséances, est consacré à la Bibliothèque, riche de près de 100 000 volumes. Au-dessus se trouve un atelier de photographie et l’appartement du secrétaire général de la Société. La salle des séances emprunte les principes de sa décoration aux grandes arca-tures métalliques qui soutiennent le comble vitré, et donnent à cette pièce un aspect sévère qui cadre avec les habitudes professionnelles de la Société. Nous reviendrons sur l’hôtel de la Société des Ingénieurs civils.
- —Un violent cyclone a détruit presque complètement la ville de Nevertire, dans la Nouvelle-Galles du Sud (Australie). Les détails manquent : on sait seulement que les victimes sont nombreuses.
- —Le Muséum du Jardin des Plantes vient de s’enrichir d’un aigle des Karpatlies de couleur fauve, qui a été capturé aux environs de Marmaros-Szigeth (Hongrie). Ce spécimen, très rare, que le Jardin des Plantes possède pour la première, fois, lui a été offert par M. Valière, qui revient d’un voyage en Hongrie.
- —La Société nationale d’acclimatation de France a reçu, par le transatlantique la Bourgogne, 100000 œufs de saumon de Californie, envoyés par la Commission fédérale des Pêcheries des États-Unis. Ces œufs, arrivés en excellent état, ont été aussitôt distribués aux membres de la Société, ainsi qu’à divers établissements dépendant des ministères de l’Agriculture et des Travaux publics.
- —@— Les Nouvelles de Hambourg annoncent que l’artillerie de campagne allemande possède un matériel complètement nouveau de canons à tir rapide en acier nickel et pourvus d’un système de fermeture et de frein perfeetiouné. Une partie de ce matériel, environ trois batteries par régiment d’artillerie, a été livrée à l’armée active. Le reste du nouveau matériel se trouve dans les magasins, prêt à être livré au premier signal en cas de mobilisation aux troupes de l’armée en campagne.
- —S— D’après les recherches de M. C. Phisalix, si l’on injecte dans l'abdomen d’un cobaye, vingt-quatre heures au moins avant de l’inoculer avec une dose mortelle de venin de vipère, 1 centigramme et demi de sérum d’anguilles préalablement rendu inoffensif par un chauffage à 58“ pendant 15 minutes, le seul symptôme appréciable est une élévation de température légère; l’animal résiste d’une manière remarquable à l’intoxication. Il est vraisemblable que les substances immunisantes du sérum d’anguilles ne proviennent pas d’une transformation de la toxine vénéneuse, et sont des albumens ou des peptones.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses des appareils décrits. —Le Vélodouche, M. llum-ber, 19, rue du Quatre-Septembre, Paris.— Le frein Cottereau, M. Cottereau, à Dijon. — La bicyclette normale, M. Challaud, 4, quai Pierre-Fatio, à Genève. — Pédalier et pédale Rocket, 74, rue de la Folie-Regnault, Paris. — Transmission l’indépendante, 12, rue du Ranelagh, Paris. — Support-grappin, M. Ovide Cahen, 1, avenue de Saint-Cloud, Versailles. — Le Grelot lumineux, 25, rue Meslay, Paris. —Pieds à billes pour meubles, MM. Grosperrin et Maurey, 49, rue Montorgueil, Paris. — Panier Edison, 11, avenue de l’Opéra, Paris. — Patin-bicyclette, M. Harris, 72, boulevard Haussmann, Paris. — Pour ce qui concerne les œufs ferrugineux décrits dans le n° 1231 du 2 janvier 1897, p. 78, s’adresser à M. E. Lévy, 19, boulevard Rochechouart, à Paris.
- Communications. — M. J. Quélin, à Angers, nous adresse deux brochures ayant pour titres : Les orages à Pornic, et Océans et fleuves aériens. Ces Notices sont extraites du Bulletin de la Société d'études scientifiques d’Angers (année 1895).
- Renseignements. — M. H. Hanin, à Paris. — 1° Le fait que vous mentionnez de l’incandescence d’un morceau d’allumette dans la flamme est déjà bien connu. On a essayé de l’utiliser en trempant le bois dans diverses substances ; mais il n’y a pas eu d’application jusqu’ici. — 2° On a dit récemment que l’oxyde de carbone pouvait être absorbé par une solution d’oxyde cuivreux.
- Un abonné, à Cognac. — Les accidents que nous avons signalés surviennent à la suite d’une action prolongée.
- M. le Dr Bruneau, à Chàteauroux. — Nous pouvons vous indiquer les journaux suivants : Moniteur des arts, directeur : M. Chérié, 166, boulevard Montparnasse; Gazette des beaux-arts, 8, rue Favart, à Paris.
- M. S. M. G., à Auxon. — Les meilleurs résultats pour de faibles lampes intermittentes sont donnés par des piles Leclanché couplées en tension et en quantité. Vous pouvez employer des piles au bichromate ou à l’acide chromique, à la condition de changer souvent le liquide et de relever les zincs après le service.
- Société Rabotnik, à Saint-Pétersbourg. — Adressez-vous aux constructeurs suivants : M. Chabaud, 12, rue de la Sorbonne ; M. Noé, 8, rue Berthollet; M. Exupère, 71, rue de Turbigo, à Paris.
- M. A. A. Baposo, à Ponla Delgada. — 1° Nous ne croyons pas qu’une traduction française de cette brochure ait été publiée. — 2° Adressez-vous à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. Delfau, à Draguignan. — Le compteur Thomson convient très bien pour les courants alternatifs et a une marche silencieuse; il est fabriqué par la Compagnie générale des compteurs, 16, boulevard de Vaugirard, à Paris.
- M. G. de Geyter, à Mouscron. — 1° La suite de ce travail ne paraîtra pas; nous avons reçu plusieurs réclamations au sujet du premier article. — 2° Nous n’avons plus l'adresse de l’auteur.
- M. G. R. K., à Strasbourg. — 1° Tous ces chiffres ne sont pas encore connus; ils ne sont, pour la plupart, pas encore déterminés exactement. — 2° Nous avons transmis à l’administration votre réclamation au sujet de votre adresse.
- M. le Dt G. Van Neck, à Bruxelles. — 1° Nous avons déjà donné quelques renseignements à ce sujet; remerciements. — 2° Le bec à incandescence dont vous parlez est dù aux inventeurs que vous désignez.
- M. Lebon, à Marseille. —> l’n indicateur de Watt sur le piston de la machine vous donnera à chaque instant la puissance indiquée.
- Un abonné, à Y. — Il faut établir cette formule par un grand nombre d’expériences; tout dépend de la chaleur solaire.
- M. D. R., à Lille. — Consultez le Traité élémentaire d'électricité de M. Joubert, à la librairie Masson et Cie.
- M. J. D. H., h Viesville. — Le four électrique et toutes ses applications ont été 'décrits dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences. Nous avons publié un grand article sur les fours électriques et la chimie à haute température dans le n* 1158, du 10 août 1895, p. 166.
- M. X. F., à Amiens. — Le bisulfate de mercure peut remplacer le sulfate de mercure ; il faut avoir soin d’ajouter quelques traces d’acide.
- M. Troussel Dumanoir, au Petit-Quévilly. — Nous parlerons de cet appareil.
- M. Petit Pierre, à Chaumont. — Voici les ouvrages que vous demandez : Fabrication de l'aluminium, par A. Minet, prix 5 francs; Emploi et alliages de l’aluminium, par A. Mi-net; Fabrication de T ammoniaque par Truchot, prix 6 francs, à la librairie Bernard Tignol, à Paris.
- M. R. Aubry, à X.... — Les expériences de radiographie ont été faites le plus souvent à l’aide de la bobine d’induction ; quelques observateurs se sont toutefois exceptionnellement servis de machines statiques à grand débit.
- M. le Dr E. B., a Paris. — Nous croyons que le dispositif que nous avons signalé peut s’appliquer à l’appareil dont vous parlez ; vous pouvez du reste soumettre directement le cas à M. Belliéni, 17, place Carnot, à Nancy.
- M. Dumont, à Paris. — Nous avons déjà fait connaître dans nos petits livres des Recettes et Procédés utiles lre et 2° série un grand nombre de procédés pour détruire les cafards. Les diverses pâtes employées produisent des effets plus ou moins actifs. On nous a indiqué dernièrement un nouveau produit connu sous le nom de cafardicide foudroyant. Le fabricant se charge à forfait de la destruction des cafards; c’est M. Ledain, 19, rue des Fermiers, à Paris.
- M. L. Maire, à Cressin-Rochefort. — Consultez le Guide pratique de l’amateur électricien par Keignart, à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. T., à Soignies. — 4° Les oiseaux de France, par Tous-senel, à la librairie Fayard, 18, boulevard Saint-Michel, à Paris. — 2° Pas d’édition, avec gravures coloriées. — 2“ La librairie Masson et Cie a publié Les oiseaux d'Europe, par MM. Prévost et Lemaire, avec 80 planches coloriées; le prix de l’ouvrage est de 25 francs.
- Un lecteur, à Anvers. — Nous pensons que l’on pourra obtenir l’effacement si l’objet est assez éloigné.
- M. A. Puigbo, à Marseille. —Nous allons donner la description des principales nouveautés.
- M. A. Sabatier, à Béziers. — Cet appareil se trouve chez M. Humber, 19, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- Un abonné, à Liège. — 1° Les brevets concernant les accumulateurs à oxydes sont valables; pour les accumulateurs au plomb seul, des dispositions ont été brevetées, mais non le principe. —2° Les accumulateurs à oxydes donnent des capacités plus élevées.
- Un acétyléniste, à Neuvy. — On a construit des appareils beaucoup plus simples ; voyez la description de l’acétylénogène Patin en demandant une Notice à M. Rudolph, 15, boulevard Saint-Denis, à Paris.
- M. E. Baldinno, à Turin. — Fourneaux à pétrole : M. Ferrari, 31, boulevard Haussmann; M. Bertrand, 19, rue d’Haute-ville. à Paris.
- M. E. S., à Mutzig. — 1® Nous allons faire des recherches et nous vous répondrons. — 2° Ce défaut ne peut provenir que d’une réflexion intérieure.
- M. E. L., à Montpellier. — Il n’est pas possible de fournir un chiffre même très approximatif; l’expérience est nécessaire en raison des circonstances atmosphériques.
- Questions. — N° 1554. — M. H. B., à Saint-Malo, demande quels sont les moyens employés pour conserver en petites bouteilles le jus pur d’un citron.
- Accusés de réception.’— Avis divers. — M. D. Lerant, à Paris. Chaque appareil a ses avantages et ses inconvénients; c’est à vous de faire un choix. — M. Dubois, à Brest. Vos données sont insuffisantes pour effectuer le calcul; il faut également connaître la longueur. — M. R. M., à Nancy. Il est nécessaire de construire l’appareil et de le soumettre à l’expérience. Les résultats obtenus permettront seulement de porter un jugement. — JM. Dumartin, à Paris. Adressez-vous à une agence de brevets qui s’occupera de toutes les formalités nécessaires pour prendre ce brevet. — M. A. D., à Paris; M. V. T., à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et C‘“. — M. J. Aquet, à X. ; M. G. Dezaunay, à Nantes. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS*
- Le folioscope mécanique. — Dans le n° 1190 du 21 mars 1896, p. 256, nous avons présenté à nos lecteurs, sous le nom de folioscope, un petit cinématographe de poche très curieux; c’était un petit cahier portant sur chacune de ses pages une image d’un mouvement décomposé ; en feuilletant vivement ce cahier on voyait défiler successivement toutes les phases du mouvement et, chaque feuille formant obturateur pour la feuille précédente, on se trouvait dans les conditions nécessaires pour que l’œil reçoive l’impression d’un mouvement continu. M. Watillaux se servait pour son folioscope d’images
- Le folioscope mécanique.
- dessinées à la main, mais il s’est entendu maintenant avec M. G. Demenv, le chronophotographe bien connu, pour avoir des images plus vraies du mouvement et il a un peu transformé la manière de les regarder. Au lieu de les monter en cahier, il les monte autotir d’un axe placé horizontalement dans une boîte en carton et muni d’une manivelle. La boîte est percée d’une ouverture près de laquelle se trouve collé un petit taquet qui force chaque image à s’arrêter un instant quand on fait tourner l’axe d’un mouvement continu; on obtient ainsi le même effet qu’avec le cahier; seulement on a l’avantage de pouvoir opérer beaucoup plus régulièrement et plus sûrement. Les images étant obtenues par la photographie au moyen de l’appareil Demeny, leur nombre a été de beaucoup augmenté et les mouvements sont plus vrais et plus doux. Gomme on a reproduit un sujet différent au recto et au verso de chaque feuille, il s’ensuit que chaque appareil permet de voir deux images en mouvement suivant qu’on tourne dans un sens ou dans l’autre. — Le folioscope mécanique est construit par M. Watilliaux, 110, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- Nouveau coupe-œufs. — Nous avons eu déjà l’occasion de mentionner ici plusieurs modèles de coupe-œufs, plus ou moins parfaits; celui que nous présentons aujourd’hui offre certaines dispositions qui le rendent très pratique. Comme
- Nouveau coupe-œuts. —1. Vue de l’appareil. —2. Application sur l’œuf.
- notre figure le démontre (n° 1), il est formé de deux parties principales réunies par une charnière. La première, à la partie inférieure, que l’on applique sur l’œuf, est pourvue circulaire-ment de petites lames d’acier formant ressort et terminées par
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- une pointe très aiguë. La seconde partie forme pour ainsi dire couvercle ; on l’abaisse sur l’œuf et, en appuyant fortement, elle s’emboîte sur la première partie. Les petites lames d’acier pénètrent dans la coquille de l’œuf et la coupent d’une façon très nette. — Le nouveau coupe-œufs se trouve chezM. Mathieu, 131 à 135, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- Balance-cuvettes pour développement de photographies. — On a déjà imaginé plusieurs modèles rie balance-cuvettes pour développement de photographies. La disposition que représente la figure ci-jointe nous" a été communiquée par un de nos abonnés. Un plateau horizontal en bois dur sur lequel repose la cuvette photographique est fixé à la partie supérieure d’une tige verticale en acier terminée par
- Balance-cuvettes pour développement de photographies.
- une partie demi-sphérique. Celle-ci a son point d’appui sur un4 crapaudine en cuivre qui t st munie d’une fourchette dans laquelle circule librement une petite tige, qui a pour but d’empêcher le plateau de pivoter sur lui-même. 11 suffit alors de transmettre un mouvement circulaire à l’extrémité de la tige pour faire osciller le plateau en tous sens. Le moteur employé peut être un mouvement d’horlogerie, un petit moteur électrique alimenté par une pile-bouteille au bichromate, ou encore une petite turbine hydraulique à axe vertical. — Le balance-cuvettes est construit par M. C. Messaz, photographe, à Lausanne.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire pour Uan 1897, publié par le Bureau des longitudes. 1 vol. in-16. —Paris, Gauthier-Villars et fils, imprimeurs-libraires du Bureau des longitudes. Prix : 1 fr. 50.
- Temps de pose qu’exige une bonne épreuve radiographique, par L. N. Vandevyver, répétiteur à l’Université de Gand. 1 brochure in-8°. — Bruxelles, flayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1896.
- L’art dans les projections, par Frédéric Dii.laye. 1 brochure in-8°. — Paris, L. Gaumont et Cie, éditeurs. Le Comptoir général de photographie.
- Annuaire astronomique et météorologique pour 1897, par Camille Flammarion. 1 vol. in-16 exposant l’ensemble de tous les phénomènes célestes à observer pendant l’année. Paris', librairie E. Flammarion. Prix : 1 fr. 25
- Brasseur ou art de faire toutes sortes de bières françaises et étrangères, par F. Malepeyre. Nouvelle édition entièrement revue et mise au courant des connaissances actuelles par Sciiield-Treherne. 2 vol. in-16 avec atlas de la collection des manuels Roret. — Paris, L. Mulo, libraire-éditeur, 1896. Prix : 8 francs.
- Bibliographia physiologica, 1896. Répertoire des travaux de physiologie de l’année 1896, classé d’après la classification décimale par Ch. Richet, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris, avec la collaboration de MM. Athanasiu, J. Carvallo, Contejean et Dupuy. Premier fascicule. Paris, Félix Alcan, éditeur.
- An Account of the Crustacea of Norway, with short descriptions and figures of ail the species, bv G. 0. Sars, vol. IL Isopoda. Part. I, II. Apseudidæ, Tanaidæ. 1 brochure in-8°. Bergen, Published by the Bergen Muséum, 1896.
- A dictionary of birds, by Alfred Newton, assisted by Hans Gadow. Part IV. Sheathbill-Zyp-Dactyll. 1 vol. in-8°. Londoli, Adam and Charles Black, 1896.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pour chasser les rats. — M. Autofage, correspondant du Praticien, recommande, pour éloigner et chasser définitivement les rats des greniers, magasins à farine et tous autres endroits qu’ils, affectionnent particulièrement, de laisser toujours dans les locaux qu’ils ont coutume d’envahir des branches de menthe sauvage qu’on renouvelle au fur et à mesure qu’elles se fanent. L’odeur, sans doute, donnerait le résultat cherché.
- Les chromâtes comme désincrustants. — Le chimiste autrichien A. Rubricius recommande tout particulièrement la méthode qui est employée'à Anina et dans d’autres localités d’Autriche pour prévenir ou enlever les incrustations dans les chaudières. A l’eau d’alimentation on ajoute un mélange composé
- de 90 pour 100 de chromâtes solubles et de 10 pour 100 de soude. Ces sels transforment les carbonates plus ou moins insolubles de l’eau en chromâtes solubles qui se précipitent sous la forme d’une boue ne présentant aucune adhérence aux parois de la chaudière et qu enlève un simple lavage. Les incrustations même déjà formées sont réduites peu à peu et transformées en boue. Pour une chaudière ordinaire il suffirait de quelque cent grammes du mélange par jour, la dose devant augmenter un peu pour les eaux très chargées.
- Tissus à nettoyer les cuivres. — D’après M. J. Boulât, on peut confectionner des tissus pour nettoyer les cuivres à sec, en employant la recette suivante. On délaye 4 grammes de savon de Marseille dans 20 grammes d’eau, puis on ajoute 2 grammes de tripoli blanc; on trempe le linge et on laisse sécher. Le tripoli rose vaudrait encore mieux, mais le blanc suffit.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 décembre. 0°,3 S. S. E. 2. Couvert. 0,0 Beau à 1 h.; nuag. à 4 h.; couvert ensuite; pluie dans l’après-midi ; brouillard de 2 ou 300 mètres à 4 b.
- Mardi 29 6°,1 N. W. 5. Couvert. 3,0 Couvert; gouttes à 4 h.
- Mercredi 30 ... . 3°,2 S. 3. Couvert. 0,0 Quelques éclaircies à 1 h.; couvert ensuite; quelques gouttes à 23 h.
- Jeudi 51 6°,1 S. S. W. 4. Couvert. 1,0 Couvert jusqu’à 8 h. et de 20 à 25 h.; nuageux le reste du temps.
- Vendredi l*'janvier 5°,1 S. S. W. 2. Couvert. 0,4 Quelq. éclaire, çà et là ; couv. le reste du temps ; bruine à 7 h. et petite pluie de 21 h. 30 à 25 h. 43. Couvert; un peu de pluie à 41 b.; petit brouillard à7 h-
- Samedi 2 5°,6 E. 0. Couvert. 0,2
- Dimanche 3 —0°,1 E. 2. Beau. 0,0 Couvert à 1 h. et de 8 à 10 h.; nuageux à 4,11 et 12 h.; beau le reste du temps.
- DÉCEMBRE-JANVIER I89C-97 — SEMAINE DO LUNDI 28 DÉCEMBRE 1896 Aü DIMANCHE 3 JANVIER 1897
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courues du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer) ; courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tes inondations en Grèce. — Des inondations désastreuses se sont produites récemment dans diverses parties de la Grèce. La ville de Lebauea a été complètement inondée.
- Les travaux de drainage du lac Copaïs sont gravement endommagés. La digue du principal canal s’est rompue et le lit de l'ancien lac a été submergé.
- A Kyriakom, dix maisons ont été détruites et douze personnes se sont noyées. Dans les environs de cette localité, un grand nombre de bergers ont péri, de même que leurs troupeaux. La Penée a inondé de grandes étendues de terrain en Thessalie. La crue a continué quelques jours et les eaux du fleuve ont détruit plusieurs villages. Dans le nord du Pélopo-nèse, les dégâts ont été également importants. Les communications sur la voie ferrée entre Corinthe et I’atras ont été interrompues. La ville djAtalante, qui avait été presque détruite en 1891 par un tremblement de terre, a éprouvé un nouveau désastre. Elle vient d’être submergée par suite de la crue de deux torrents.
- Chute d’un météore. — D’après le Cosmos, le vapeur le Wi/korumen, arrivé de New-York à Danzig, il y a quelques jours, rapporte un fait curieux dont il aurait été témoin pendant sa traversée. Le 17 novembre, au matiu, par 48° 10' nord et 46u ouest, un formidable météore courant du
- sud-est au nord-ouest tomba dans l’Océan à deux milles en avant du bâtiment. 11 laissa dans l’espace une traînée lumineuse qui persista plusieurs minutes. Cinquante minutes après, une immense vague assaillit le navire; mais on ne peut démontrer que ce second phénomène ait eu un rapport quelconque avec la chute du météore.
- Tremblement de terre en Scandinavie. — l’ne secousse de tremblement de terre a été ressentie le 14 décembre à 9 heures du matin sur la côte sud de la Norvège, près de la frontière suédoise. La direction était de l’est à l’ouest; plusieurs maisons ont été détruites.
- On signale également deux secousses assez fortes à Karlstad (Suède), le 13 décembre à 8“30. Ces secousses se sont succédé rapidement; elles ont duré une vingtaine de secondes et étaient dirigées du sud-est au nord-ouest.
- ,e I" janvier 4909 à Pari». — La température à Paris a été celle d’une journée de printemps ! 8 degrés au-dessus de zéro à 8 heures du matin, 10 à midi—4 de moins qu’à Alger. Le ciel était un peu nuageux, mais la pluie n’est tombée que le soir, à 9 heures. Les Parisiens étaient émerveillés de cette température qu’ils ne sont pas habitués à connaître à cette époque de l’année. Le 2 janvier 1897, la journée a été nébuleuse. On a dû allumer le gaz dans plusieurs quartiers.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 3, à 6 h. 13 du n a’.in.
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- N° 1233 (16 janvier 1897), du Journal «LA NATURE »
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —8— M. Joseph Bertrand, secrétaire perpétuel de l’Académie des -sciences de Paris, vient d etre nommé membre honoraire de l’Académie Impériale des sciences de.Saint-Pétersbourg.
- —$ — M. Adolphe Carnot, membre de l’Académie des sciences, ingénieur en chef des mines, a reçu de l'empereur de Russie l’ordre de Saint-Stanislas de lre classe.
- —8— M. Alfred Rambaud, ministre de l'Instruction publique, vient d’inviter, par circulaire, les inspecteurs d’académie à se préoccuper de la question des eaux destinées à l’alimentation des écoles primaires publiques ou privées dont l’ouverture est projetée, en les autorisant à faire appel au concours des laboratoires des Facultés des sciences pour l’analyse des eaux sur la qualité desquelles ils conçoivent des doutes. Le ministre a donné des instructions pour que ces analyses soient faites gratuitement ‘et aussi rapidement que possible, les écoles, aux termes de la loi, pouvant être ouvertes sans aucune autre formalité, à l’expiration au délai d’un mois.
- —§— L’Académie de médecine vient de décerner un prix de 800 francs à M,t,e Gacbes-Sarraute, la savante « doctoresse », pour scs études sur le corset. Le corset, tel qu’il est confectionné et porté depuis le commencement de ce siècle, présente de graves inconvénients pour la santé générale. Mma Gacbes-Sarraute l’a montré paille nombreux exemples et elle a fixé la forme rationnelle qu’il convient d’adopter. I/Académie. par cette haute récompense, a donné son approbation aux utiles travaux de M“® Sarraute.
- —8— M. Ch. Roussette, l’observateur bien connu, nous signale le passage sur Auteuil et sur Paris de milliers d’oiseaux de petite taille volant en bande compacte à une assez grande hauteur et paraissant occuper une surface de 250 mètres de largeur sur 100 mètres de long. Ces oiseaux se dirigeaient de l’ouest à l’est. M. Roussette pense qu’il s’agit- de martinets. L’observation a été faite le 0 janvier à 4 b. après-midi et le passage n’a pas duré plus de 20 secondes.
- —® — Voitures automobiles pour voies ferrées. L’exploitation économique de certaines lignes de chemins de fer n’est compatible qu’avec l’emploi de trains légers et c’est dans cet esprit qu’ont été créés les trains-tramways de trois à quatre voitures seulement. Mais si l’on veut réduire encore le nombre de voyageurs et celui des voitures, il faut renoncer à la locomotive et la remplacer par une voiture automobile. Le système Serpollet, déjà appliqué avec succès sur certaines lignes de tramways, vient de donner la mesure de sa valeur sur une ligne de chemins de fer construite pour le Wurtemberg et expérimentée il v a quelques jours sur la ligne P.-L.-M., entre Corbeil et Malesberïies. Cette voiture automobile pèse 17 tonnes à vide en ordre de marche et peut transporter 44 voyageurs, dont 32 assis et 12 debout sur une plate-forme d’arrière. Elle repose sur 4 roues de 1 mètre de diamètre avec un empattement de 4 mètres. Le système moteur, placé à l’avant, dans un compartiment isolé du reste” de la voiture, attaque directement l’axe des roues d’avant par un mécanisme analogue à celui des locomotives, et est alimenté par une chaudière à vaporisation instantanée du système Serpollet. La chaudière peut admettre la vapeur dans le cylindre jusqu’à une pression maxima de 15 kilogrammes par centimètre carré. C’est la variation de la pression qui règle en quelque sorte le couple moteur appliqué à la jante des roues. A 8 kilogrammes par centimètre carré, la voiture chargée de ses 44 voyageurs roule en palier à la vitesse de 50 kilomètres par heure. En réduisant la vitesse et en accroissant la pression, la voiture automobile pourra remorquer une voiture à voyageurs ordinaire. Sauf quelques incidents, inévitables dans des premières expériences, les résultats ont été des plus concluants, et c’est un nouveau succès que nous enregistrons avec plaisir à l’actif de la Société des générateurs à vaporisation instantanée et de son sympathique ingénieur, M. Serpollet.
- —8— De nouveaux glissements viennent de se produire à la falaise de Dieppe où s'effondra rcccmment le chalet de R. Bamberger.
- Une quarantaine de mètres cubes environ, formant épi, se sont éboulés sans provoquer aucun accident. On attribue ces glissements, qui continueront sans doute, à l’existence, sur ce point, de puits creusés pour l’assèchement des sources de la falaise.
- —®- On pensait pouvoir mettre très prochainement en circulation un certain nombre de louis du modèle nouveau. Mais comme le ministre des Finances et la Commission des Beaux-Arts n’ont pas encore adopté, d’une façon définitive, le projet qui leur a été soumis par M. Chaplain, et que la fabrication des coins, des poinçons et la gravure exigent au minimum quatre mois, ce n’est que vers la fin de l’année que nous verrons apparaître les nouvelles pièces de 20 francs. Quant aux médailles commémoratives de la visite des souverains russes en France, elles ne pourront être livrées au public avant le deuxième semestre de 1897. Le prix est fixé à 8 francs pour les médailles en bronze et à 32 francs pour les médailles en argent. Il ne sera pas frappé de médailles en or.
- —®— La 2e chambre du Tribunal civil de Marseille a statué, dans une instance en responsabilité civile dans les débats de laquelle, pour la première fois, les rayons Rontgen ont été appelés à éclairer l’opinion du tribunal. Voici dans quelles circonstances. Au mois de mai dernier, M. C... était blessé assez grièvement par un cheval conduit par le sieur X..., charretier au service d’un courtier maritime. Le charretier, poursuivi devant le tribunal correctionnel sous l’inculpation de blessures par imprudence, fut condamné à 25 francs d’amende et son patron déclaré civilement responsable. La blessure de M. C... parut d’abord peu grave; c’était une fracture de la clavicule au niveau du tiers externe. Malheureusement, la clavicule fracturée se ressouda dans le sens antéro-postérieur, au lieu de se ressouder dans le sens vertical, ce qui a amené, malgré 1a guérison, une fragilité extraordinaire de l’os pour l’avenir. C’est dans ces circonstances que M. C..., par l’organe de M® Vallier, demandait au courtier maritime 5000 francs de dommages-intérêts. Pour démontrer la véracité de ses indications pathologiques, M® Vallier ne s’est pas contenté de fournir au tribunal un certificat du Dr Flavart énonçant la particularité ci-dessus et motivant sa demande de dommages-intérêts, il a produit à l’appui de ses assertions une photographie du thorax de son client obtenue par M. Gassend à l’aide des rayons Rontgen et au moyen de laquelle les juges ont pu se rendre compte de visu des conséquences de l’accident. Cette expérience a été concluante et la 2e chambre a accordé à M. C... 1501) francs de dommages-intérêts.
- —8— Singulier accident qui mérite une mention. En remplissant de charbon le calorifère d’une maison située rue de la Tour, à Paris, le concierge ressentit au bras une douloureuse piqûre. Une enflure se produisit presque aussitôt et le pauvre homme, transporté immédiatement à l’hôpital Beaujon, y est mort le soir même, malgré une opération immédiate. Le commissaire de police a ouvert une enquête sur cette mort mystérieuse. Il a appris que des locataires de la maison avaient constaté, à diverses reprises, la présence dans leurs appartements de guêpes géantes qui semblaient y être entrées par les tuyaux du calorifère. Est-ce une de ces guêpes dont la piqûre a causé la mort du malheureux concierge?
- —®— Le lieutenant Fauquinon, du 11e chasseurs alpins, en garnison à Annecy, parti dimanche en excursion avec le lieutenant Clément Grandcourt, au col du Nantet, situé à 1433 mètres au-dessus du lac d’Annecy, dans le massif de la Tournette, est tombé dans un précipice de 150 mètres. Le corps a été ramené à Annecy. M. Fauquinon était considéré comme le meilleur alpiniste de la 55® brigade.
- —®— Le cours de< reproductions industrielles des œuvres d’art de M. Léon Vidal à l'École nationale des Arts décoratifs, 3, rue de l’Éeole-de-médecine, à Paris, aura lieu le dimanche 17 janvier 1897 à 10 heures du matin et les dimanches suivants.
- —8— La peste sévit avec une extrême violence à Kurrachee, dans les Indes. A Bombay, la panique augmente, les fabriques ferment faute de bras.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le cinématographe de 19 sous se trouve chez M. llimy, 100, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- Communications. — M. D. Crispo, directeur du laboratoire d’analyses de l’Etat à Anvers, nous envoie une Noie sur les gisements actuels du guano du Pérou, et un Rapport sur les accidents provoqués par l’emploi du nitrate de soude au printemps 1896. Ces deux Notices, qui renferment des détails fort intéressants, ont été publiées par M. llayez, imprimeur de l’Académie royale de Belgique, à Bruxelles.
- Un chimiste, à Paris, à propos d’un renseignement fourni dans notre précédente Boîte aux lettres, nous écrit que l’oxyde de carbone est absorbé dans les laboratoires par une dissolution de chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique ou l’ammoniaque; l’absorption est très rapide.
- M. Bauvin, à Angers, nous communique un portrait dans lequel on voit la boiserie, formant le fond de l’atelier, au travers d’une partie du bras de la personne qui a posé. Cela ne peut être l’effet que d’une double pose, inconsciente de la part de l’opérateur, et qui peut provenir d’un petit trou existant soit dans le bouchon de l’objectif, soit dans l’obturateur. Si l’image du fond n’est visible que sur une partie du personnage, c’est précisément dans sa partie la plus éclairée; le reste manquant un peu de pose, on ne distingue que l’image la plus intense, celle du personnage. Nous ne voyons pas d’autre explication.
- Renseignements. — M. R. Jullien, «X.... — 1° L’intensité de 12 ampères est fournie par votre pile en court circuit, c’est-à-dire à une différence de potentiel presque nulle. — 2“ L’intensité de 1,5 ampère que vous obtenez dépend de la résistance intercalée en circuit, soit, dans votre cas, de la résistance des accumulateurs. — 3° Pour diminuer la durée de charge, il faut augmenter l’intensité sans toutefois dépasser la limite normale ; vous obtiendrez ce résultat en élevant la différence de potentiel aux bornes.
- M. C. H., à Namur. — Nous pouvons indiquer le Précis de chimie de M. Troost, le Traité de chimie minérale, organique et biologique de M. A. Gautier, les Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industriels de M. J. Girardin, le Nouveau traité de chimie industrielle de MM. Wagner, Fischer et Gautier ; vous trouverez encore un grand nombre d’autres traités à la librairie Masson et Ci0.
- M. Dulong, à Marseille. — On compte en général une production de 8 à 10 kilogrammes de vapeur par kilogramme de charbon brûlé. Mais par cheval-heure utile sur l’arbre de la machine à vapeur, on trouve une dépense de 12 à 15 kilogrammes de vapeur avec une marche normale dans de bonnes conditions de charge.
- M. L. R., à Paris. — La distribution de l’énergie électrique est faite à 110 volts; vous pouvez brancher cet appareil directement sur les fds de distribution.
- M. D. M., h Lille. — Celte étude n’a pas encore été faite; mais nous pouvons vous assurer que des physiciens travaillent en ce moment à ces expériences.
- M. E. S., à Mutzig. — Nouvel appareil respiratoire : M. Cas-sassa, 257, rue Saint-Martin, à Paris.
- Un botaniste, à X. — 1° La librairie Masson et Cie a publié un traité de botanique de M. Van Tieghem. — 2° Pour ces divers ouvrages, veuillez vous adresser à M. Klincksieck, 50, rue des Ecoles, à Paris.
- M. A. Desjardin, à Evrecy (Calvados). — Les nouveaux Verres dont vous parlez se trouvent chez M. L. Fischer, opticien, 19, avenue de l’Opéra, à Paris.
- M. A. Chenellement, à Metz. — Il faut prendre certains liquides d’une densité inférieure à celle de l’eau, tels que les
- alcools, les éthers, la benzine, l’essence de térébenthine, l’aldéhyde, l’esprit de bois, etc.
- M. D. M., à X. — Pour trouver un moven d’enlever à l’huile d’olive un goût de fruit trop accentué, vous pourriez peut-être consulter le Fabricant et épurateur d’huiles végétales et animales, dans la collection des manuels Roret.
- M. Leroux, à Joinville. — L’adresse que vous demandez est la suivante : Compagnie générale transatlantique, G, rue Auber, à Paris.
- M. Dion, à Nice. — Vous pouvez très bien faire insfaller un petit moteur à gaz ou à pétrole pour actionner cette machine.
- M. Lebois, à Marseille. — Nous n’avons pas encore entendu parler de ce dispositif, mais nous ne pouvons vous garantir qu’il n’a pas encore été employé; il faudrait consulter une agence de brevets.
- M. J., à Bordeaux. — Des expériences complètes n’ont pas encore été faites sur ce nouveau bec pour l’éclairage.
- M. L. G., à Paris. — Dans le projet de machine dynamo que vous nous envoyez, nous trouvons que l’arc d’embrassement des inducteurs n’est pas assez développé et que l’entrefer n’est pas assez réduit ; il faudrait refaire tous les calculs.
- M. J. il/., à Paris. — Lorsque l’appareil aura été construit et essayé, nous l'examinerons volontiers.
- Un abonné, à Mulhouse.—Le phénomène que vous signalez des piétons qui semblent courir et des roues de voiture qui semblent aller en arrière dans les images des cinématographes provient : 1° de ce que la vitesse avec laquelle les images défilent à la projection n’est pas la même que celle à laquelle la pellicule a défilé lors de la prise des images ; 2° du rapport existant entre la vitesse de l’objet et l’intervalle de temps entre la prise de chaque image. Nous reviendrons là-dessus prochainement.
- M. C. L. A., à Nice. — Veuillez demander ce renseignement au Journal de l’agriculture, 2, carrefour de la Croix-Bouge, à Paris.
- M. L. 0. L., à X. — Vous trouverez tous ces ouvrages concernant l’élevage, la reproduction, l’entretien, le choix des espèces des animaux de basse-cour, dans la Ribliolhètpie de l’Eleveur, publiée sous la direction de M. Pierre Mégnin, 2 1er, avenue Aubert, à Vincennes (Seine).
- M. le l)r Dallas, à Castelnau. — 1° Un quatrième volume a été publié au même prix que les précédents. — 2° Vous pourriez demander ce vernis à la maison Bolloré-Sœhnée, 19, rue des Filies-du-Calvaire, à Paris.
- M. A. Baudon, à Fontenay-le-Comte. — Fourneaux à essence minérale : M. F. Besnard, 28, rue Geoffroy-Lasnier; M. F. La-motte, 54, rue de Paradis; MM. Lépine et Bourdon, 2G, rue de Sévigné, à Paris.
- M. J. Carlier, à Bruxelles. — Nous n’avons pu nous procurer aucun renseignement sur l’appareil dont vous parlez.
- M. le Dr de Chezelle, à Loches. — Consultez Les Levures, par Kayser, dans l’Encyclopédie des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, à la librairie Masson et C,e.
- M. A. de K., à Lisbonne. — Il faut vous adresser aux divei'ses sociétés existantes, notamment à la Compagnie continentale d’éclairage par l’acétylène, 51, rue Vivienne, à la Compagnie d’acétylène, 29, rue de Rocroy, à Paris.
- M. V. Pierret, aux Barres. — Cette bicyclette n’offre aucun avantage. *
- M. le lient' F., à Chambéry. — Vous aurez probablement quelques ouvrages sur ces questions, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. A. V., à X. — Nous ne comprenons pas votre question; veuillez nous l’exposer plus clairement.
- Questions. — N° 1355. — M le Dr V. Chinsoli, à Ravenne (Italie), demande un moyen simple et pratique de pulvériser très finement l’aluminium.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E.-H. Ernult, à Binche. Nous ne pouvons nous charger de vous fournir des renseignements tinanciers et commerciaux. — M. Lelong, à Paris. Nous ne croyons pas que l’appareil dont il est question puisse être fabriqué dans les conditions que vous indiquez. — M. E. Lechevallier-Chevi-gnard, à Paris. Nous ne pouvons vous fournir aucun renseignement sur celte fabrication; tous nos regrets. — M. Becker, à Paris. Voyez le petit livre des Recettes et procédés utiles, lro série, à la librairie Masson et Cie. — M. D. L., à Paris; M. Dubois, -à Lille. Consultez le même petit livre que ci-dessus, 5° série, à la même librairie. — M. J.-E. A., à Marseille; M. L. Flesselle, à Essonnes. Remerciements pour votre communication. — M. D. G-, à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les rerr
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIEÏQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Nouvelle pipe. — Les fumeurs sont incorrigibles, malgré tous les graves inconvénients que présente l’emploi abusif du tabac. Il faut donc chercher des dispositifs pour atténuer ces inconvénients ou les faire disparaître, s’il est possible. A ce titre, nous signalerons la pipe représentée par les figures ci-jointes. Elle se compose d’un culot ordinaire A, dans lequel est fixée une petite boule C. Cette dernière présente un ajutage
- Nouvelle pipe. — 1. Vue d’ensemble; A, culot: B, tuyau d’aspiiation ; G, boule de dépôt. — 2. Usage.
- vertical qui permet de l’adapter au culot, et un autre tube latéral qui vient pénétrer dans le tube d’aspiration B. La nicotine qui se dépose tombe au fond de la petite boule de verre et la fumée seule est aspirée par le tuyau B. Le dessin n° I donne une vue d’ensemble de l’appareil; dans le n° 2 un fumeur semble utiliser la nouvelle pipe sans aucune défiance et sans craindre les ravages de la nicotine. — La nouvelle pipe se trouve chez M. Strauss, rue des Dominicains, Nancy.
- Verres de voyage. — Dans les voyages, promenades, trajets en chemins de fer, il est difficile d’emporter de grands nécessaires, et pour boire l’on se contente le plus souvent d’un verre unique qui sert pour les différents vins ou liquides. Un fabricant ingénieux a construit plusieurs verres qui rentrent les uns dans les autres et qui sont séparés par une légère enveloppe en peau doublée extérieurement de liège. Sous un très faible volume, on peut ainsi disposer de 5 verres, et grâce à la
- Verres de voyage. — 1. Étui. — 2. 3. 4. Verres avec enveloppes <’e liège.
- 5. Emploi.
- précaution prise de les séparer par l’enveloppe dont nous avons parlé, on ne risque nullement de les casser. On voit dans les n°* 2, 3, et 4 les trois vases dont il est question. Dans le verre n° 2 se trouve une enveloppe de liège dans laquelle on place le verre n° 4, et à l’intérieur de celui-ci est placée une aulre enveloppe dans laquelle est également un autre verre n° 3. Les trois verres sont ensuite r* nfermés dans un élégant étui en cuir très pratique (n° 1). Dans une promenade, trois touristes peuvent ainsi disposer chacun d’un verre, comme le montre notre dessin n° 5. — Le verre de voyage est en vente chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Nouveau buvard continu. — Tout le monde sait combien il est désagréable de changer une feuille de buvard, au moment où l’on vient d’écrire une page et que l’on désire sécher l’encre. Cette nécessité a souvent fait renoncer à l’emploi d’un appareil spécial, et bien des personnes se contentent de prendre une simple feuille de buvard que l'on place sur le bureau. Le buvard que nous signalons est formé d’une longue bande de papier buvard enroulée sur un rouleau à gauche. Cette bande vient glisser sous une lame flexible et s’enrouler sur un autre rouleau placé à droite. Une clef que l’on aperçoit
- Nouveau buvard continu. — L'appareil en fonct on. — Manœuvre.
- dans notre figure permet de faire marcher à volonté le rouleau de droite, comme le montre notre dessin. On comprend dès lors très aisément le fonctionnement de l'appareil. Pour chan-ger la feuille de buvard après un certain temps de service, il suffit de donner un tour de clef. Cet appareil est des plus simples et est certainement très utile sur un bureau. — Le buvard continu se trouve chez M. Kralz-Boussac, 5, rue Saint-Laurent, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Bibliographie française. Recueil de catalogues des éditeurs français, accompagné d’une table alphabétique par noms d’auteurs et d’une table systématique. Renseignements bibliographiques de toute nature sur un ouvrage donné ou sur une matière quelconque, fi vol. grand in-8° formant 7000 pages. Librairie 11. Le Soudier, 176, boulevard Saint-Germain, à Paris. Prix : broché, 50 francs. 1896.
- L’important ouvrage que nous signalons, et qui représente un travail considérable, est un recueil général des calalogues des éditeurs, accompagné d’une table. Cette bibliographie des ouvrages français comprend tout ce qui existe chez les éditeurs; elle forme six volumes, les tomes t à V renferment tous les catalogues, classés par ordre alphabétique, le tome Vf contient les tables. Celles-ci sont au nombre de deux : une table alphabétique par noms d’auteurs, et une table systématique par ordre alphabétique de matières. La table alphabétique donne le nom d’auteur, le titre succinct de l’ouvrage, la page du catalogue où on devra se reporter pour avoir des renseignements plus complets sur le livre cherché, et enfin le nom de l’éditeur. La table systématique comprend 400 rubriques, renvoyant aux catalogues qui renferment des divisions détaillées. Il est ainsi possible de trouver très facilement des renseignements sur près de 120 000 ouvrages. Ou comprend qu’une bibliographie de ce genre soit appelée à rendre les plus grands services.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Colle de relieur. — Pour faire une bonne colle telle qu’en emploient les relieurs, on recommande de prendre 1 litre environ d’eau dans lequel on jette yne vingtaine de grammes d’alun; on fait dissoudre à chaud, puis, après refroidissement, on y ajoute suffisamment de farine pour obtenir une consistance crémeuse. On porte alors sur le feu et l’on fait bouillir en remuant constamment; pour empêcher cette colle de moisir, on y met quelques gouttes d’huile de girofle. Si l’on veut avoir une colle analogue mais dure, on additionne d’une petite quantité de résine en poudre et d’un ou deux clous de girofle, avant de faire bouillir : elle se conservera pendant au moins une année, et, quand on voudra s'en servir, on n’aura qu’à y ajouter de l'eau pour l’amollir.
- Le fendillement des peintures. — Dernièrement, M. Raym donnait quelques bons conseils pour empêcher le fendillement des peintures. En principe, ce petit accident, fort désagréable
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- parfois, provient du mélange de résines quelconques dans l’huile ou dans le vernis qui a servi à détremper les couleurs; aussi ne doit-on jamais employer que des huiles pures et clarifiées et de l’essence de térébenthine, et quant à ajouter du siccatif, en petites proportions du reste, il faut qu’il soit garanti sans résines. Pour les cloques, qui sont aussi préjudiciables que les fendillements, on ne doit peindre que sur des surfaces complètement sèches, après grattage et brossage s’il y a lieu, en évitant les huiles cuites et en forçant la quantité de térébenthine pour la première couche.
- Pour imperméabiliser les chaussures. — Aux nombreuses recettes de ce genre déjà données, nous en ajouterons une qui brille au moins par sa simplicité. On immerge les chaussures
- pendant quelques heures dans une eau de savon épaisse : le liquide pénètre le cuir et y forme un acide gras qui remplit le but cherché.
- Protection de l'étamage des glaces. — Si solide qu'il soit, l’étamage des glaces et des miroirs est assez rapidement altéré par le contact de l’air qui s’infiltre sous les cadres. M. G. Phi-lipps recommande de le recouvrir d’on vernis qui sèche rapidement et qui est ainsi constitué :
- Térébenthine.................. 720 grammes.
- Résine Dama......................150 —
- Kaolin........................... 90 —
- Graphite pur................... 100 —
- On fait bouillir et l’on applique en couche continue.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). —> Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 janvier. . . —3°, 4 S. E. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu'à 15 h. ; couvert ensuite.
- Mardi 5 0°,0 S. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 18 h. ; beau ensuite ; petit brouillard à . midi.
- Mercredi 6 2\1 S. E. 2. Couvert. 0,0 Très nuageux.
- Jeudi 7 7'»1 S. E. 3. Couvert. 3,1 Couvert ; pluie le malin.
- Vendredi 8 6",9 E. S. E. 3. Couvert. U Couvert le matin; très uuagcux le soir; pluie le matin; halo.
- Samedi 9 4°,9 S. E. 2. Beau. 5,8 Nuageux jusqu’à 17 h.; couvert ensuite; halo.
- Dimanche 10... . 5°,1 S. S. E. 1. Couvert. 00 Très nuageux le malin ; couvert le soir; halo.
- JANVIER 1697 — SEMAISE DD LÜND1 4 AD DIMANCHE 10 JANVIER
- La courbe supérieure indique ta nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes au milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions baromètriaues Ibaromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à Vabri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques fuîtes au Parc-Saint-Maur en décembre 1996
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 751”",81. Minimum le 6 à 11 heures du soir, 725””,83. Maximum le 20 à 10 heures du matin, 771”“,78.
- Moyennes thermométriques : des minima 1°,79; des maxima 5°,46; du mois 3°,73; vraie des 21 heures 3°,66. Minimum —4°,9 le 1" vers 3 heures du matin : deuxième minimum de —4°,1 le 22. Maximum 10°,3 le 31 vers 1 heure du soir ; il y avait un maximum de 10",0 le 4 à 9 heures du soir. 11 y a eu 12 jours de gelée dont un sans dégel le 22, et 6 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 5””,27 ; la moindre 2””,1 le 1*' à 4 h. du matin ; la plus grande 8””,5 le 5 à 8 heures du soir. Humidité relative moyenne 87 ; la moindre 51 le 5 à 4 heures du soir ; la plus grande 100, en 11 jours.
- Pluie 63“”,2 en 102 heures réparties en 21 jours. Quelque peu de neige insignifiante les 16, 22 et 23; le 23, de 1 h. à 7 heures et demie du matin il en est tombé 6 centimètres sur le sol. Cette neige a lini de fondre le 26. Plus 5 autres jours de grains de neige ou gouttes.— Nébulosité moyenne 86, pas un seul jour de temps clair. Vent du sud très dominant. Il y a eu des coups de vent violent du sud-sud-ouest dans les nuits du 4 au 5 et du 6 au 7 ; un coup de vent du nord-nord-ouest fort le 29 au matin.
- Température moyenne de la Marne : le matin, 3°,88 ; le soir, 4°,03 ; du mois, 3°,96. Minimum, 0°,81 le 22; maximum, 5°,88 le 9. Elle a été très trouble après les premiers jours du mois. Assez haute la deuxième moitié du mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de décembre 18% présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 4“”,06 ; thermomètre plus haut de 1°,47 ; tension de la vapeur plus grande de 0““,2i. Humidité relative moindre de 2. Pluie plus forte de 17”“,6. Nébulosité plus grande de 15.
- Ce mois est beaucoup moins chaud que décembre 1895, dont la moyenne était de 5°,25. 11 a été assez pluvieux, mais surtout très couvert; nous ne trouvons une nébulosité pareille qu’en 1863 et une plus grande en décembre 1843. 11 offre un minimum barométrique remarquable de 725”“,83 le 6 décembre à 11 heures du soir, le plus bas depuis le 10 décembre 1872 à 6 heures du soir, 723””,05, mais à une altitude plus grande de 8 mètres ; ce dernier chiffre revient donc, à notre station actuelle, à 723““,81, nombre plus faible de 2 millimètres que le dernier abaissement du 6 décembre 1896. M. Cheux, à la Baumette, près d'Angers (altitude 44",79), a trouvé un minimum barométrique de 719“",43 à 4 h. 35 du soir, inférieur de 2““.5 environ à celui qu’il avait observé le 10 décembre 1872 (721”"95). A Vendôme, M. Nouel, à l’altitude 83",4, a eu 720““,3 à 7 heures du soir, ce qui diffère peu du chiffre trouvé au Parc de Saint-Maur.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 10, à 9 b. 55 m. du soir.
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- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Lundi prochain, l’Académie des sciences fêlera le cinquantenaire de M. II. Faye. A la suite d’un banquet, le Président remettra à M. Faye une médaille grand module en or à son effigie. M. Faye, le disciple le plus aimé d’Arago, est en effet entré à l’Académie en 1847. Tous les astronomes et les météorologistes connaissent ses beaux travaux. L’Académie a tenu à récompenser par cet hommage spontané toute une vie de gloire et de dévouement à la science.
- —@— Le 14 janvier, la Société des ingénieurs civils, à l’occasion de l’inauguration de son nouvel hôtel de la rue Blanche, a donné une soirée artistique à laquelle ont assisté M. le Président de la République et MM. les ministres du Commerce et des Colonies. Après la soirée a eu lieu un bal qui a été très animé.
- —Une nouvelle à sensation circule en ce moment à l’Institut Pasteur. Le professeur Koch, avant son départ pour le Cap, aurait laissé à un de ses élèves la formule d’une tuberculine, revue, corrigée et perfectionnée. La nouvelle lymphe de Koch serait en préparation à la fabrique de sérums dirigée par Behring. Sous réserves.
- —Un accident dû à l’acétylène est survenu le 12 janvier à Paris, rue Chanzv, dans la cité Prolh. Un fabricant de tuyaux de plomb, M. E. fluguct, qui se servait de l’éclairage à l’acétylène, avait voulu regarder avec une bougie dans le* gazomètre pour voir s’il restait du'gaz. Ce dernier s’est enllammé, une explosion s’est produite, et M. Huguet a été frappé mortellement au visage
- —On voit en ce moment des taches sur le soleil, même à l'œil nu. Bu 4 au 7 novembre, M. Ballot en a aperçu une à travers le brouillard à Paris. M. II Loiseau, à La Flèche, en a dessiné une le 14 novembre. Ces jours derniers, M. Ch. Comte, du laboratoire physiologique du Parc des Princes, alors de passage à Londres, a observé aussi à l’œil nu, sur le disque rouge du soleil, une belle tache qu’il a retrouvée le lendemain.
- —On a cité, ces jours-ci, comme ayant obtenu le record de la vitesse en mer le croiseur américain le Minneapolis qui a lilé aux essais 23 nœuds. Il paraît que le croiseur le plus rapide du monde est en ce moment le navire chilien le Buenos-Ayres de 4300 tonnes, construit en Angleterre. lia effectivement filé à ses essais de novembre dernier 23 nœuds 2 dixièmes.
- —©— Le blé employé comme combustible. Le Daily Mail rapporte, d’après des journaux américains, que dans l’Etat de Nebraska, on se sert maintenant du blé comme combustible, parce qu’il est meilleur marché que n’importe quelle autre matière. La feuille anglaise met ce fait en parallèle avec la terrible famine qui sévit dans l’Inde.
- —Dimanche dernier, 17 janvier 1897 a eu lieu au grand amphithéâtre de la Sorbonne, une séance solennelle présidée par M. Alfred Rambaud, ministre de l'instruction publique, membre du Comité Dupleix destiné, comme on sait, à exciter les Français à fonder des établissements dans leurs lointaines possessions, et par M. André Lebon, ministre des colonies. L’affluence était considérable et la conférence faite pour la circonstance par M Gabriel Bonvalot, le célèbre voyageur qui vient d’être élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur, a eu grand succès. On célébrait le bi centenaire du marquis Joseph-François Dupleix, l’ancien gouverneur des établissements français de l’ïnde. Par l’influence de ce grand homme, ce pays allait, comme on sait, appartenir tout entier à la France, lorsque le gouvernement inexpérimenté et imprévoyant du roi Louis XV, faisait tomber Dupleix en disgrâce, et abandonnait en même temps aux Anglais cette admirable colonie.
- —®— La souscription ouverte par le lord-maire de Londres pour secourir les victimes de la famine qui sévit aux Indes anglaises, atteint déjà le chiffre de 1750 000 francs. La détresse augmente avec rapidité chaque jour. On assure que la moitié de la population des
- districts du territoire de Bundelcund, situé dans la partie orientale du grand plateau central de l’Inde, devra avoir recours à l’assistance publique.
- —$$— On voit en ce moment au n° 10 du boulevard des Capucines, à Paris, un genre de projections qui n’est pas banal. L’auteur du truc a eu l’idée de projeter sur un écran, au moyen d’une sorte de grand mégascope, des personnages réels, deux fois grandeur naturelle. L’effet est tout à fait surprenant. On a l’impression d’un tableau, mais avec des couleurs d’une vivacité merveilleuse, que connaissent bien ceux qui ont examiné les images données par la chambre noire. U y a en même temps une douceur de tons et un fondu qui rendent réellement ce spectacle digne du nom de a vision d’art » qui lui a été donné.
- —Üfc— Les journaux américains annoncent la mise à l’étude d’un projet de transformation de puissances hydrauliques en électricité dont l’importance dépasserait celle du Niagara. Il s’agirait d’obtenir une puissance de 100000 chevaux-vapeur, en détournant line partie du Saint-Laurent à Masséna (ville de l’Etat de New-York) et la déversant par un canal à créer, dans un cours d’eau voisin, le Grass River. Ce dernier coule parallèlement au Saint-Laurent, et s’en rapproche jusqu’à 5km,5 à la hauteur de Masséna, pour le rejoindre à 12 kilomètres en aval. Mais tandis que la pente du fleuve atteint en moyenne, dans cette partie, 2m,50 par kilomètre, celle de son affluent n’est que de lm,25. On pourrait ainsi utiliser une hauteur de chute de lm,25xl2 = 15 mètres, et le canal aurait environ 5 kilomètres de longueur. Les dimensions prévues pour cet ouvrage lui permettraient de débiter 450 mètres cubes par seconde. On estime qu’il coûtera environ 5 000 000 de francs. La puissance disponible sera, pour la majeure partie, utilisée sur place pour la fabrication de la pâte de bois et du carbure de calcium. On parle aussi d’installer des dynamos de 10 000 chevaux commandées directement par les arbres des turbines, et d’employer des fours de 1000 et de 2000 chevaux électriques.
- —L’industrie des cycles en Belgique. lia Belgique a exporté, pendant les onze premiers mois de l’annee 1896, pour 1559 470 fr. de vélocipèdes, notamment pour 659582 en Hollande, 449537 en Allemagne, 139630 en France et 126343 en Angleterre. Les importations se sont élevées à 3076160 francs. L'Angleterre a introduit en Belgique des vélos pour 1 754 929 ; la France, pour 556 158 ; l’Allemagne, pour 472 597; les États-Unis, pour 219 492; la Hollande, pour 8615 francs. Les droits perçus pour les onze premiers mois se sont élevés à 369232 francs.
- —Il parait qu’en Italie, pour assurer la longue conservation des oranges et des citrons, on sale ces fruits comme des jambons, quoique par des procédés différents. Les fruits, cueillis à l’état vert, sont examinés soigneusement, puis plongés dans l’eau salée où on les laisse de trois à huit jours, selon l’état plus ou moins avancé de la maturité. Quand on veut les consommer, on les lave à l’eau douce jusqu’à ce que le sel ait été complètement dissous. On conserve ainsi le fruit avec tout son jus et toutes ses qualités.
- —|$— Les habitants de Bergerac ont assisté, une des dernières nuits, à un spectacle assez curieux. Dans le ciel, très pur en ce moment, un bolide s’est élancé du sud au nord, comme une immense fusée. La voûte céleste est restée, pendant quelques instants, divisée eu deux parties par une raie de feu absolument droite et immobile. Puis, cette raie, sans changer de place, s’est mise à flotter en lentes sinuosités. On eût dit un immense serpent de feu qui se tordait dans l’espace. La traînée lumineuse a ensuite diminué graduellement de longueur et, en même temps, s’est élargie pour former une tueur de faible dimension, affectant à peu près celle d’un cône, s’avançant insensiblement, non plus vers le nord, mais vers l’est, la pointe en avant, en diminuant toujours de taille et d’éclat, pour bientôt disparaître complètement. La durée de ee phénomène a été d’environ deux ou trois minutes.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Note. — La gravure qui accompagne l’article sur le tombeau de Pasteur, paru dans le n° 1232, du 9 janvier 1897, p. 89, a été faite d’après une photographie que nous a fournie M. A. Chevojon, photographe. C’est par erreur que cette indication de source a été omise précédemment.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Yictoriette Morel, 8, boulevard Poissonnière; Voiturette Richard, 15, rue Théophile-Gautier; Voiture Mors, 48, rue du Théâtre, à Paris; Coupé électrique Darracq, 12, rue Eugène-Flachat, à Paris. — L’appareil portatif auto-générateur d’oxygène se trouve chez MM. Clément et Gilmer, 10, rue de Malte, à Paris. — Le néographe est en vente à la Société des spécialités industrielles, 49, rue Lafayette, à Paris.
- Communications. — M. Th. Vautier, au laboratoire de photométrie de la Faculté des sciences de Lyon, nous adresse deux Notices sur l’enrichissement du gaz de l’éclairage par l’acétylène, et sur un bec type à l’acétylène. Ces brochures contiennent les résultats d’intéressants travaux effectués par l’auteur ; elles sont extraites du compte rendu du 23° Congrès de la Société technique de l’industrie du gaz en France et ont été publiées par la Société anonyme de publications périodiques, 15, quai voltaire, à Paris.
- M. Paul Vincey, ingénieur agronome, à Paris, nous envoie un travail qu’il a fait paraître dernièrement sur L’eau d’égout et la fertilité agricole (une brochure in-8°, typographie Cha-merot et Renouard, 19, rue des Saints-Pères, à Paris). L’auteur examine les conditions générales de l’utilisation des eaux, les rendements agricoles et la teneur en principes fertilisants des récoltes pour les cultures à l’eau d’égout à Gennevilliers en 1895.
- M. E. Belloc, à Paris, nous a fait parvenir un grand nombre d’opuscules se rapportant à ses divers travaux, parmi lesquels nous citerons : De Lannemezan au glacier des Gourgs-Blancs (Hautes-Pyrénées), Seuils et barrages lacustres, Les lacs de Caïllaouas, des Gourgs-Blancs et de Clarabide (sondages et dragages), etc.
- MM. Windsor et Kenfield, éditeurs du journal Brick, à Chicago, nous écrivent au sujet de l’article Les catacombes mexicaines de Guanajuato (n° 1229, du 19 décembre 1896, p. 45). L’article original a été publié dans leur journal, et la photographie, prise par un homme du métier, a été faite en plein jour, et non à la lumière oxhydrique. Le soleil pénètre en effet par de nombreuses issues dans ces catacombes qui ne sont pas souterraines.
- Renseignements. — Un abonné, à Liège. — Parmi les ouvrages parus sur les accumulateurs électriques, nous vous citerons Les Accumulateurs électriques, par M. Montpellier, à la librairie Grelot, 18, rue des Fossés-Saint-Jacques, et l’ouvrage de M. Loppé, dans FEncyclopédie scientifique des aide-mémoire, à la librairie Masson et Cie, à Paris.
- M. M. Thibeaud, à Saint-Emilion. — L’éditeur actuel des cahiers de M. V. Jacquot L’art de dessiner simplement est M. L. Geisler, aux Châtelles, par Raon-l’Etape (Vosges).
- M. Delaferté, à Rouen.—Nous cherchons toujours;! publier des articles amusants comme vous les demandez ; mais il n’est pas toujours facile de deviner les tours de prestidigitation.
- M. F. A., à Villa-Savary. — 1° Ces peaux sont utilisées pour les douleurs ; il faudrait consulter des traités de médecine. — 2° S’il existe des plans, ils doivent être déposés à la mairie ; des recherches et des fouilles peuvent seules donner quelques résultats.
- M. L. Balduino, à Turin. — La fabrique des générateurs à vapeur Serpollet est 27, rue des Gloys, à Paris.
- M. Torqualo Magni, à San Marcello Pistoiese. — Nous n’avons pas fait nous-mème d’expérience avec cette machine; nous ne pouvons vous fournir exactement le détail que vous
- demandez. Mais vous pouvez exiger du fabricant qu’il vous garantisse la production du bloc de glace de 2 kilogrammes. *
- Un abonné, à N. — Des expériences ont déjà été faites pour déterminer les résistivités ou résistances spécifiques des solutions aqueuses du chlorure de sodium, en fonction de la richesse de la solution. Le Formulaire de l’électricien (18961 donne les chiffres suivants : à 18° C., une solution renfermant 5 pour 100 de chlorure de sodium, de densité 1,05, a une résistivité de 15 ohms-centimètre, une solution de 10 pour 100 (densité 1,07), une résistivité de 7,66 ohms-centimètre, et une solution de 20 pour 100 (densité 1,15), une résistivité de 5,16 ohms-centimètre. Nous ne connaissons pas de chiffres déterminés sur l’eau de mer.
- M. L. Garcin, à Saint-Germain. — Il faut nous envoyer une description complète de l’appareil, avec des dessins représentant les dispositions adoptées et des schémas pour les faire comprendre; si l’appareil est intéressant, nous en donnerons la description.
- Un abonné, à X. — S’il s’agit d’expériences ne nécessitant qu’une faible intensité et qu’une faible différence de potentiel, une batterie de piles Leclancbé conviendrait particulièrement ; si l’intensité doit atteindre une certaine valeur, il faut prendre des piles au bichromate. Vous trouverez ces diverses piles chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. Ch. Clément, à Autun. — On rend le papier transparent en l’enduisant de benzine, d’essence minérale, ou d’essence de térébenthine ; mais ces liquides s’évaporent après quelque temps, et le papier revient à son état primitif.
- M. G. Montagne, au Mans. — Nous ne comprenons pas ce que vous voulez désigner exactement par rails sans fin ; mais vous trouverez l’indication de tous les articles parus sur les chemins de fer dans les Tables des matières, 1" et 2e série, à la librairie Masson et Cie, à Paris.
- M. H. Bochet, à Paris. — Toutes les grandes maisons de machines à écrire donnent des leçons, par exemple la maison de la machine Yost, boulevard des Italiens, la maison de la machine Remington, rue de la Banque. M. Pigier, à l’Ecole de comptabilité et de commerce, 53, rue de Rivoli, a institué également des cours de machine à écrire et de sténographie.
- M. J. P., à Paris. — 1° 11 y a un couis public de photographie le mercredi soir à la Société française de photographie, 76, rue des Petits-Champs, à Paris. — 2° Vous pouvez aussi vous adresser pour des leçons au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch.
- M. F. A., à Ville-Savary. — 1° L’adresse que vous demandez a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil (n° 1252, du 9 janvier 1897). — 2° Nous avons entendu vanter beaucoup ces produits; mais il faut demander l’avis d’un spécialiste.
- Café Barbier, à Pont-de-Beauvoisin. — Nous ne croyons pas qu'une autorisation soit nécessaire dans le premier cas, puisque la ligne ne traverse aucune rue ; mais nous pensons que pour le second cas il faut consulter la direction des postes et télégraphes du département.
- M. E. André, à Lyon. — 1° Vous trouverez des renseignements sur la construction d’une bobine de Rumhkorff dans le Guide pratique de l’amateur électricien de M. Keignart, à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris. — 2° Adressez-vous à l’Institut radiographique, 15, rue Racine, à Paris.
- M. H. S., à Culoz. — Il suffit d’adresser une demande à l’École coloniale, boulevard Montparnasse, à Paris.
- Un abonné, h. Dreux. — Vous trouverez de bons appareils de ce genre chez MM. Slranskv frères, 20, rue de Paradis, à Paris.
- M. V. T., à Bruyères.— Voyez les catalogues de la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- Accusés de réception. —Avis divers. — M. Honorez-Emult, à Binchc. 1° 11 vous a été répondu dans notre précédente Boite aux lettres ; 2° Nous ne connaissons pas ce système. — M. L. Lc-fort, à Brest II ne nous est pas possible de vous indiquer la puissance de votre machine à l’aide des renseignements seuls que vous nous donnez ; il faut effectuer des mesures et des expériences. — M. Dubois, à Marseille. Nous sommes loin de partager votre avis; il serait préférable pour vous de renoncer à cette construction. — M. Lelong, à Paris; M. G. D., à Asnières. Voyez les Becettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie. — M. L. P.. à Nancy. Cette description est donnée dans le meme petit livre que ci-dessus, 2e série, à la même librairie. — M. D. M., à Bordeaux; M. P. S-, à Toulon. Remerciements pour vos communications. — M. Garnier, à X. Remerciements pour la photographie que vous nous avez adressée, mais que nous ne pouvons utiliser.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, maris elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Le « Multiple )) Panier-Laveur photographique. —
- Le Multiple, comme l’indique son titre, a pour but de contenir tous les formats de clichés photographiques. Il permet de mettre en même temps plusieurs grandeurs, depuis le format 4x4 centimètres jusqu’au 18 x 24, en passant par tous les formais inter-
- Le Multiple, panier-laveur photographique.
- 1. L'appareil monté. — 2. L’appareil plié .
- médiaires (n° 1). Cette facilité s’obtient en déplaçant les séparations mobiles qui accompagnent le panier-laveur ; l’une ayant sa cannelure en creux, l’autre en relief. On obtient ainsi toutes les dimensions par centimètres ou demi-centimètres. Ce panier se démonte très facilement en se repliant sous un très petit volume (n“ 2), on peut le mettre en poche. Il est fort commode pour tous ceux qui font de la photographie et tout particulièrement en voyage. Il est construit en zinc ; les crochets placés à chacun des angles, donnant l’immobilité et la rigidité aux parois, sont en cuivre poli. Beaucoup d’amateurs sont possesseurs de plusieurs appareils photographiques et sont obligés d’avoir aulant de cuves de lavage qu’ils ont de formats divers; le panier-laveur pliant le Multiple évite cet inconvénient. — Le Multiple se trouve chez Em. Target, 26, rue 8aint-Gilles, à Paris.
- Agrafes coulissantes pour intermédiaires photographiques. — Dans tout appareil photographique d’une dimension donnée, on peut employer de^ plaques de formai plus petit. Qui peut le plus, peut le moins; c’est entendu. Mais les petits cadres nommés intermédiaires, qu’on emploie à cet effet, pèchent généralement par les cr. chefs, ou tourniquets,
- Agiafc pour intermédiaire photographique. — I. Vue (l'ensemble.
- 2. Coupe latérale. — 5. Mode d'emploi.
- destinés à y maintenir la plaque. Ou bien ils ne tiennent pas, ou bien ils empiètent sur l’image d’une façon gênante. M. Lehmann a imaginé des petites agrafes indépendantes en métal, dont la forme est telle qu’on peut les placer en même temps à cheval sur le cadre et sur la plaque. Le verre est ainsi maintenu des deux côtés, et l’agrafe, tout en assurant la solidité, empiète très peu sur ses bords. On voit dans le n° 1 l’agrafe en perspective, dans le n° 2 la coupe latérale, dans le n° 5 le mode d’emploi. — Cette agrafe se trouve chez M. Lehmann, 54, rue de Bondy, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- La reine de Madagascar. — Encore une danseuse mise en mouvement par un mécanisme très simple ; mais cette danseuse est la reine de Madagascar, qui exécute des danses variées en s’accompagnant à l’aide d’une mandoline qu’elle tient à la main. Tout au moins pendant les danses entend-on un petit air de musique. La figure n° 1 nous montre la vue de la reine, et la figure n° 2 le mécanisme intérieur vu par-dessous. Celui-ci se compose d’un ressort que l’on tend à l’aide d’une clef et qui
- La reine <!e Madagascar. — 1. Vue d’ensemble. 2. Mécanisme intérieur vu par-dessous.
- en se détendant donne le mouvement à un pignon denté qui actionne une roue motrice. La reine peut donc se déplacer, et grâce à la disposition des deux roues principales et d’une petite roue auxiliaire placée par devant, suivre des tracés plus ou moins circulaires. Ajoutons à cela qu’à l’intérieur se trouve une petite boîte à musique qui se met en action dès que la reine commence à danser. — Le jouet se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Technique médicale des rayons X, par Abel Blgiet, professeur de physique biologique à l’Ecole de médecine de Rouen.
- 1 vol. in-16. Paris, Société d’éditions scientifiques. Prix :
- 2 francs.
- Annuaire général horticole. Année 1897. Syndicat central des horticulteurs de France. 1 vol. in-16. — Paris, Librairie* horticole du Jardin.
- Agenda horticole, par L. Hekry, chef des cultures au Muséum d’histoire naturelle, 1897. — Paris, Librairie horticole du Jardin.
- Notice historique sur la classe d'industrie et de commerce et sa section d'horlogerie dans leurs rapports avec l'industrie horlogère, suivie de leur participation h l'Exposition nationale suisse à Genève en 1896. Catalogue des objets exposés. Société des arts de Genève. 1 brochure in-8°. Imprimerie* Privât. Genève, 1896.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- La digestibilité du beurre. — Le beurre est l’élément primordial de la plupart des préparations culinaires. Sa bonne qualité, sa fraîcheur, sa pureté sont la base de la bonne cuisine. Mettez les assaisonnements les plus raffinés, prenez le cuisinier le plus parfait, si voire beurre est, je ne dis pas rance et mauvais, mais seulement médiocre, la cuisine m* vaut rien, vos mets ont perdu cent pour cent de leur qualité et de leur valeur. Donc, il faut du beurre frais, et de première fraîcheur. Mais il n’y a pas toujours possibilité d’avoir du beurre frais, c’est-à-dire récemment préparé. Dan-, les pays perdus, dans les voyages, dans bien des conditions, il faut avoir recours à des beurres de conserve, beurre simplement salé ou beurre fondu. Si ces beurres ont été bien préparés, votre cuisine n’en souffrira pas trop, et si le palais d'un gourmet raffiné regimbe contre l’emploi du beurre fondu, la grande majorité ne trouvera rien à redire. Tous ces beurres ; ont-ils également digestibles? Certaines transformations du Leurre par le cuisinier, comme ce que l’on appelle le beurre noir (pour les œufs, la raie et autres mets), qui n’est qu'un beurre surchauffé, modifient-elles les conditions d'absorption et de digestion facile de ce condiment? Questions, en apparence.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- secondaires et qui sont cependant importantes, en raison de l’intérêt qu’il y a, pour certaines maladies de l’estomac, à donner une alimentation de digestion absolument facile, très régulière. M. Gautrelet a cherché la solution de ce problème dans l’analyse chimique des diverses variétés de beurre. Le beurre frais renferme les éléments suivants (pour cent parties) :
- Eau...................................15
- Matière grasse...........................85,69
- Caséine.................................. 0,86
- Sucre de lait.......................... 0,49
- Cendres.................................. 0,20
- En analysant dans les mêmes conditions du beurre salé, du beurre fondu, du beurre de fusion (comme celui qui sert pour la préparation des œufs sur le plat, de l’omelette etc.) et du beurre noir, on trouve, dans la répartition des éléments, des différences notables. Dans le beurre salé, il y a 4 pour 100 d’eau de moins; dans le beurre fondu, plus d’eau, et aug-
- mentation de la matière grasse ; de même à un degré un peu moindre pour le beurre de fusion. Cette disparition de l’eau rend compte de la différence de digestibilité. L’eau, dans le beurre frais, divise les molécules de graisse et permet ainsi qu’elles soient plus facilement attaquées par les acides des sucs gastrique et intestinal, transformés et émulsionnés pour leur absorption. La suppression presque complète de l’eau, dans le beurre de fusion, absolue, dans le beurre fondu, donne plus de cohésion aux matières grasses et les rend moins attaquables. Le beurre noir est modifié dans sa qualité par le surchauffage qu’il subit; l’eau y a disparu, mais la matière grasse a été elle-même transformée en partie en glycérine, qui est directement assimilable, en partie en acides gras qui excitent la digestion. Ce beurre est donc, de ce fait, très digestible, et si l’on veut classer les diverses espèces de beurre à ce point de vue spécial, il faut placer, en première ligne, le beurre frais et le beurre salé ; en deuxième, le beurre de fusion et le beurre fondu. Dr X...
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations'de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 janvier. . 3°,9 N. N. E. 2. Couvert. 0,0 Beau à 1 h. ; couvert ensuite ; gelée blanche ; gouttes à 16 et 18 h.
- Mardi 12 5°,2 N. N. W. 1. Couvert. 0,0 Couvert; petite pluie de 17 à 17 h. 40; traces de bruine.
- Mercredi 13 5°,0 N. N. E. 2. Couvert. 4,0 Couvert; pluie une partie du temps jusqu'à 13 h.
- Jeudi 11 0°,2 N. N. E. 5. Couvert. 1,9 Couvert; gouttes à 4 et 9 h.
- Vendredi 13 ... . 0’,3 N. N. E. 5. Couvert. 0,0 Couvert."
- Samedi 16 1°,3 E. N. E. 3. Couvert. 0,0 Couvert.
- Dimanche 17... . 0’,0 N. 2. Couvert. 0,0 Couvert; traces de brunie vers 17 h. 1/2.
- JANVIER IP97 — SEMAINE DG LUNDI 11 AD DIMANCHE 17 JANVIER
- 1 Lundi | Mardi | Mercredi I Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de O à 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions'barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)] courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Violent orage <V Oourges. — Un violent orage a éclaté sur Bourges, le 8 janvier 1897, dans la matinée. Pendant près de vingt-cinq minutes, les éclairs, accompagnés de violents coups de tonnerre, se sont .succédés. Une pluie torrentielle et deux averses de gros grêlons sont tombées. C'est là, au mois de janvier, un phénomène céleste des plus rares. Le temps est demeuré très beau pendant le reste de la journée.
- 1,» pluie dans les Çévennes. — La pluie est tombée en très grande abondance dans la région des Civeunes et a grossi les rivières. Le 10 janvier, des éboulements se sont produits sur la ligue du chemin de fer du Vigan à Tourncmire, où la circulation s’est trouvée interrompue pendant plusieurs jours. Un transbordement a dû être établi pour les voyageurs entre les gares d'Arre et d’Aumessas. Au Grau-du-Roi. dans le département du Gard, la partie basse du village a été inondée par les eaux de l’étang du Repauset. Des barques ont circulé dans les rues pour
- apporter des vivres aux habitants dont les maisons se trouvaient sous l’eau.
- nomtations en Espngnc. — A la date du 7 janvier, de violentes tempêtes ont sévi sur les côtes d’Espagne, et la pluie est tombée plusieurs jours sans discontinuer. Le 9 janvier, le Guadalquivir a subi une hausse considérable et a atteint, à Séville, 9 mètres au-dessus de son niveau. Les rives et les promenades ont été inondées. Le service du chemin de 1er de Madrid à Tolède* a été interrompu par les inondations. Le vapeur ilindela, venant de Newcastle, est arrivé à Bilbao avec de grandes avaries. En diverses régions de la péninsule les pluies ont causé de nombreux accidents de chemins de 1er. mais on n’a eu à signaler aucune victime. Les services postaux et télégraphiques ont été interrompus sur plusieurs points. Tous les lleuves ont subi des crues extraordinaires. Le 10 janvier, la crue du Guadalquivir a diminué. Les eaux se sont retirées des faubourgs de Séville. L’inondation a diminué aussi dans la province de Tolède. Les dégâts causés dans les villages riverains des cours d'eau ont élé considérables.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —L’Académie des sciences Aient de célébrer le cinquantenaire de M. II. Faye. A cette occasion, le ministre de l’Instruction publique, par décret du 25 janvier, vient d’élever l’illustre astronome à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur.
- —©— Lorsque, en Angleterre, on a fait une souscription pour élever un monument à l’illustre physicien Joule, il s’est trouvé une somme qui est restée sans emploi et fournissant une rente de 50 livres sterling, soit 1250 francs. Il fut décidé que cette rente serait allouée deux ans de suite, pour faciliter ses recherches et ses études, à un jeune étudiant ayant le désir de continuer les travaux de Joule. II fut enfin convenu que cette allocation serait donnée non pas seulement à un jeune travailleur anglais, mais successivement à des jeunes étudiants des diverses nationalités chez lesquelles les travaux de Joule ont été en honneur. C’est la Société royale de Londres qui a mission de désigner le sa\rant le plus méritant en Angleterre. En ce qui concerne la France, il a été entendu que ce serait l’Académie des sciences. Or, c’est, en 1897, au tour de la France de profiter du don. La Société royale a invité l'Académie à lui désigner un jeune savant. Une Commission, composée de MM. Berthelot, Mascart, Cornu, Sarrau, Maurice Lévy, présentera un candidat. Nous croyons savoir que le candidat qui a réuni la majorité est M. Jean Perrin, de l’École normale.
- —L’Académie des sciences a mis au concours pour 1897 la question de l’étude théorique de la stabilité et de la progression de la bicyclette. La Société des ingénieurs civils de son côté vient de fonder un prix de 3000 francs pour le meilleur rapport sur les vé-hicules à traction mécanique. Le concours sera clos le 31 décembre 1898.
- —©— Le comité de patronage pour l’érection d’un monument à Pasteur, sur une des places de Paris, s’est réuni, à l’Institut de la rue Dutot, sous la présidence de M. Duclaux, membre de l’Institut. La somme totale, reçue par souscriptions à Paris, dans les départements et à l’étranger, est de 250000 francs. Une commission d’exécution a été chargée de désigner les artistes auxquels sera confiée l’exécution du monument, et de choisir l’emplacement sur lequel celui-ci sera élevé. Il serait question du rond-point qui forme la place Médicis, devant l’entrée principale du jardin du Luxembourg.
- —©— Vendredi 22jamùer s’est ouverte, dans deux salles annexes du palais du Trocadéro, l’exposition d’une très curieuse collection de fétiches, d’urnes funéraires, d’idoles, d’armes, etc., recueillie au cours de dix-huit années de patientes recherches faites dans la République Argentine par un archéologue argentin, M. Zavaleta. Tous les objets qui composent cette collection proviennent du pays qu’habitait, avant la conquête des Espagnols, une tribu d’indiens nommés Calehaqui, dont la civilisation était très ancienne. Nous reviendrons sur cette collection.
- —®— Le feu souterrain qui couve depuis de longues années dans les mines du Crcusot vient de se propager et s’ôst déclaré dans un banc de houille jadis exploité, au quartier Riaix. 11 a pris ces jours derniers des proportions plus graves et menace de gagner les sous-sols des maisons.
- —©— Les deux chimpanzés du Jardin des Plantes menacés de pneumonie vont mienx. Le mâle, le jeune Baboum, qui refusait toute nourriture, recommence à manger ; il est l’objet de tous les soins de sa compagne Balloue, plus âgée que lui et plus robuste. L’aîné des éléphants du Jardin des Plantes, Saïb, a recommencé ses farces printanières; c’est le moment où la solitude lui pèse, et pour calmer son ardeur, il a brisé les poteaux de son box et abîmé tout ce qui était démolissable ; on a dû l’installer provisoirement dans un autre box, à côté de l’hippopotame sénégalais. Le jeune pachyderme, nommé Kaekoo, qui, disait-on; était atteint d’engelures, a eu simplement des crevasses causées par le froid. Kaekoo a très bon ap-
- pétit, sa nourriture revient même assez cher au Muséum ; elle consiste par jour en 18 litres de lait et plusieurs litres de barbotage de son.
- —®— Nous avons annoncé (n° 1233) que l’Académie de médecine venait de décerner un prix à Mm“ le Dr Gaches-Sarraute pour ses études sur le corset. C’est la Faculté de médecine et non l’Académie qui a récompensé Mme Gaches-Sarraute.
- —©— La Section d’Ichthyologie de la Société impériale d’acclimatation de Russie nous informe qu’elle ouvrira, le 3 avril 1897, dans les vastes salles du Club des Chasseurs, à Moscou, un concours de pèche, de pisciculture et des industries qui s’y rattachent. Il comprendra les groupes suivants : 1° poissons, animaux et plantes d’aquarium et ae terrarium ; 2° appareils et instruments à l’usage des pêcheurs-amateurs ; 3° élevage artificiel des poissons ; 4° poissons et autres animaux aquatiques employés dans l’alimentation et dans l’industrie (conserves, poissons salés et fumés, colle de poisson, etc.) : 5° appareils en usage dans l’industrie de la grande pêche; 6° collections scientifiques. La Section d’Ichthyologie sera très reconnaissante aux exposants étrangers qui voudront bien prendre part à ce concours, pour lequel elle a décidé de décerner des diplômes donnant droit à l’obtention de médailles d’or et d’argent, contre remboursement de la valeur, ainsi que des mentions honorables. Les personnes désireuses d’y prendre part sont priées de faire parvenir leur adhésion, avant le 20 janvier/!" février 1897, à M. le Président du Comité d’organisation (Musée Polytechnique, place Loubianka, à Moscou) et de faire connaître les dimensions de l’emplacement qui leur est nécessaire. Cet emplacement sera mis gratuitement à leur disposition. Les envois devront être adressés franco à l’adresse ci-dessus. Les objets qui ne sont pas destinés à être vendus seront exemptés des frais de douane. Le Comité français d’organisation a décide de centraliser au siège commun de la Société nationale d'acclimatation et de la Société centrale d'agriculture, 41, rue de Lille, à Paris, tout ce qui concerne l’Exposition russe, renseignements, appareils, objets, etc. Les produits non exempts d’odeur ou susceptibles d’être rapidement détériorés devront être envoyés directement à Moscou par les exposants. Une Exposition des produits français va ouvrir ces jours-ci, 41, rue de Lille, à Paris.
- —©— Un mariage des plus extraordinaires vient d’être célébré... en Amérique. Le fiancé) âgé de 103 ans, « conduisait à l’autel » une mariée de 101 ans. Cette dernière, en toilette de soie noire, portait à la main un gros bouquet de houx et de gui. Mille parents et invités assistaient à la cérémonie. L’union parachevée, les nouveaux époux ont fait une promenade dans une voiture construite il y a 83 ans, et se sont installés dans leur élégant at home.
- —©— La Société industrielle de Rouen doit réunir, dans le courant de l’année 1897, un Congrès international pour l’examen des meilleures conditions d’hygiène et de production dans les manufactures textiles. La Commission d’organisation, dont le président est M. Zierer, a porté à l’ordre du jour du Congrès l’examen de la conslruction, du chauffage, de la ventilation, de l’humidification et du rafraîchissement des ateliers.
- —©— Un héritage de 109 millions. C’est la ville de Hanovre qui fait cet héritage qu’elle touchera en l’an 2150! L’original testateur a laissé à la ville un legs de 40 000 marks dont les intérêts devront se capitaliser jusqu’à ce qu’ils aient formé une somme ronde de 100 millions. Or, à 3 pour 100..., comptez, c’est en 2150 que les intérêts des intérêts monteront à 100 millions. C’est seulement à cette époque, d’après la volonté formelle du donateur, que Hanovre entrera en possession de son legs qu’elle devra employer à l’assainissement et à l’embellissement de la ville.
- —©— Le commandant du génie Strauss a fait don à l’Académie de médecine de la bibliothèque médicale de son frère, le regretté professeur Strauss.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les moteurs à vapeur rotatifs Filtz sont construits par la Société De-cauville, boulevard Malesherbes, 15, à Paris.
- Communications.—M. de Loma, inventeur de la fourche de bicyclette dont nous avons parlé dans notre article sur le 4e Salon du cycle (n° 1252, du 9 janvier 1897, p. 82), nous écrit que les pièces tubulaires qui constituent sa fourche sont indépendantes les unes des autres, et sont seulement brasées à leurs extrémités supérieures. De la sorte le guidon peut les commander toutes, même en cas de rupture de l’une des trois, et elles constituent en réalité trois têtes de fourche avec leurs tiges respectives maintenant toutes les trois et chacune par elle-même les fourreaux.
- M. Daniel Lièvre, sous-commissaire de la marine au Havre, nous fait parvenir une brochure contenant une étude sur une éruption volcanique au Japon, Higashi Kirishima, 15 mars 1896. Cette Notice est extraite du Bulletin de la Société de Géographie commerciale.
- M. È. Raynaly, à Paris, nous adresse un petit opuscule renfermant une revue et une étude critique ayant pour titre : La vérité sur la mnémotechnie. (Imprimerie Lemaire, 14, rue Séguier, à Paris.)
- M. Horn, à Paris, à propos de la chronique sur un défaut de ventilation dans untunnel (n° 1251, du2 janvier 1897, p. 79), nous a fait connaître que sur la ligne du chemin de fer souterrain de Buda-Pesth, dont il s’agit, et qui a bien 5700 mètres de longueur, se trouvaient U stations, dont 2 à l’air libre. La ventilation est donc assurée dans de bonnes conditions.
- M. P. Mégnin, à Paris, nous écrit qu'il a eu l’occasion de voir une maison plus petite comme façade et comme hauteur que celles dont nous avons parlé précédemment. Cette maison est située 148, boulevard Pereire nord, à Paris.
- M. E. Longfils, architecte à Paris, à propos de notre récent article sur L'atelier et le laboratoire de Mm0 la baronne A. de Rothschild, nous informe que cet édifice a bien été construit par lui, ainsi que nous l’avons dit; mais il nous prie d’ajouter que l’avant-projet de ce laboratoire a été dressé par son confrère, M. H. Saladin, architecte diplômé à Paris.
- Renseignements. — M. P. Deguilhem, à Monbahus. — 1° Nous croyons en effet qu’il s’agit de particules de charbon incandescentes; mais ce procédé ne nous semble pas pratique.
- — 2° Il faut demander le prix au fabricant.
- M. J. R. A., à Amplepuis. — 1° Les compteurs électriques Aron et Thomson employés à Paris donnent toute satisfaction.
- — 2° Ce compteur est intéressant, et a donné de bons résultats.
- Un lecteur, à Bayonne. — 1° Ces prix peuvent être très variables; nous ne pouvons vous les indiquer. — 2° Il n’existe pas d’ouvrage spécial.
- M. G. T., à Vitry-en-Artois. — On a essayé plusieurs isolants, mais aucun d'eux n’a donné de bons résultats; le verre seul a pu être employé.
- Un amateur, à Lille. — Vous trouverez tous ces détails d’installation dans le Manuel de l’ouvrier monteur électricien, à la librairie Bernard-Tignol, à Paris.
- M. A. Kaznaroff, à Saint-Pétersbourg. — Le chercheur de pôles dont vous parlez est construit par MM. Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. J. M. Lanzoni, à Constantinople. — 1° Cet appareil est en vente chez M. E. Krauss et C‘% 21, rue Albouv, à Paris. — 2° Le prix est de 200 francs environ. — 5° Nous n’avons pu avoir ce renseignement.
- M. Clidat, à Sousse. — 1° On a obtenu quelques résultats par ces traitements. — 2° On dit que les ozonateurs sont efficaces. — 5° Non.
- M. C. Silvestri, à Venise. — 1° Ce nouveau système peut
- s’adapter sur des becs ordinaires; mais il dégage une grande quantité de chaleur; on le trouve, 15, boulevard Montmartre, à Paris. — 2° Il s’agit d’un appareil différent.
- M. Max, à R. — La disposition de l’induit de la machine Siemens à double T n’est pas celle que vous indiquez dans votre schéma. L’armature est formée d’une lige cylindrique en fer dans laquelle sont creusées en regard l’une de l’autre deux rainures parallèles. C’est dans ces ramures que se trouve fixé l’enroulement de la bobine.
- M. Mazoyer, à Saint-Maixent. -— Pour déterminer le nom scientifique de ce mollusque, il serait nécessaire d’envoyer quelques spécimens au laboratoire de zoologie du Muséum d'nis-toire naturelle, à Paris.
- M. A. C,, à Angoulême. — Il serait difficile de fixer exactement la nature du précipité chimique qui s’est formé sans en faire l’analyse; il faudrait transvaser le liquide et le laisser décanter ; on le filtrera ensuite et on l’examinera.
- Un abonné, à Cognac. — Nous n’avons pas eu connaissance de nouvelle opération semblable.
- M. X., à Montélimar. — 1° Traité sur le caoutchouc, par Lamy et Falconnet, à la librairie Fritsch, 50, rue du Dragon, à Paris. — 2“ Aluminium brut et produits divers : MM. Bernard frères, 9, rue Edouard-Detaille ; M. G. Ples»v, 44, nie Oberkampf; M. E. Garnier, 50, rue Réaumur, à Paris.
- M. J. Vacher, à Treignac. — Il nous semble qu’avec ces nouvelles dispositions votre petite machine magnéto pourra fonctionner.
- M. E. Zafiropulo, à Marseille. — L’adresse demandée est la suivante : MM. Audibert et Lavirotte, 12, chemin des Quafre-Maisons, à Montplaisir, Lyon.
- M. L. de la Mahérie, à Pervenchère. — 1° Nous avons publié plusieurs recettes sur la polycopie dans la collection des petits livres de Recettes et Procédés utiles, à la librairie Masson et Cie. — 2° Nous avons déjà décrit plusieurs systèmes de voitures électriques.
- M. Ch. Cadiot, à Paris. — 1° Le Dictionnaire des arts et manufactures par Laboulaye, à la librairie Masson et Ci9. — 2° Nous ne connaissons pas d’appareil de ce genre.
- M. S.-M. Cottin, à Auxon. — Notre article donne les explications nécessaires; l’appareil peut fonctionner en toute saison. Le constructeur est M. P. Roche, 52, rue Vaneau, à Paris.
- M. J. Cordewener, à Bruxelles. — Veillez vous adresser à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. le Mif de Càrmejane, à Valence. — 1° Nous allons prendre des informations. — 2° Nous étudions la question et nous donnerons un article s’il y a lieu ; mais le sujet est un peu spécial pour nos lecteurs.
- M. L. Vidon, à Bourg-Argental. — Cette nouvelle pile n’est pas connue des électriciens.
- M. P. K., à Angers. — 1° Acide fluorhydrique anhydre : M. L. Moineau, 1, impasse Voltaire, à Ivry (Seine); MM. Kessler et Ci0, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). — 2° Acide carbonique liquide : M. Billault, ‘22, rue de la Sorbonne; M. P. Ge-quelle, 7, rue de Bondy, à Paris.
- M. L. Romano, à Toulon. — 1° Poêles au pétrole : M. Ferrary, 51, boulevard Haussmann, à Paris. — 2° Lampes portatives électriques de luxe : MM. Beau et Bertrand-Taillet, 226, rue Saint-Denis; MM. Durand et Guinier, 56, rue de Trévise; MM. Oppenheimer, 21, rue de Cléry; M. Soleau, 127, rue de Turenne, à Paris.
- M. Raynaud, à Vil. — Nous avons publié autrefois un article sur la captation des sources; voyez la table des matières lie série, à la librairie Masson et Cie.
- M. E. Caputo, à Naples. — On a ainsi observé une série de faits dont on ne peut encore expliquer la théorie.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. Fichaux. à Ilaubourdin. Les moteurs à pétrole bien réglés ne donnent pas de mauvaise odeur. —M. P. S., a Saint-Tropez. Ce sujet ne touche pas à la science ; tous nos regrets de ne pouvoir insérer votre ques-iion. — M. F. Witz, à Bischwiller. Remerciements pour votre communication. — M. A. Van Keeberghem, à Sébastopol. Cet appareil ne se fabrique plus. — M. G. Slehelin, à Ccrnay. Il serait nécessaire de consulter les statistiques pour pouvoir vous répondre ; nous ne pouvons entreprendre ce travail. — M. N. P., à Lille. Nous ne croyons pas que des expériences aient déjà été faites sur cette question. — M. D. L., à Marseille. Il est d'abord nécessaire-do tracer les plans de construction. — M. G. D., à Brest. En changeant la poulie, la machine pourra être utilisée. — il/. D. M.. à X.; M. Leront, à Lyon ; M. Beaujant, à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 1‘* série, à la librairie Masson et Cie. — M. Lacroix, à Pau; M. Modont, à M. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes, les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PT t
- PETITES MENTIONS1
- £.e porte-bébé. — Le nouveau porte-bébé que représente la figure ci-dessous sera d’une grande utilité pour les mères et les nourrices. C’est une sorte de tablier, en coutil blanc, très fort, et de forme octogonale, sur lequel est placé un coussin en pente. Il est boutonné au milieu du tablier, et peut se retourner sur les boutons à droite ou à gauche. Ce tablier soutient bien le dos et les épaules du bébé. Un autre oreiller, mi-
- Le porte-bébé. — 1. Vue de détail. — 2. Mode d'emploi.
- grandeur, pour élever davantage la tète, est cousu au premier coussin, de façon que l’on puisse s’en servir à volonté sans gêner l’enfant. Cel appareil est fixé par une ceinture qui serre autour de la taille de la mère. Deux bretelles passent sur les épaules et sont attachées à l’appareil par devant à l’aide de deux boucles, de façon que l’enfant soit soutenu comme dans un hamac, et ne risque pas de glisser ; la mère a ainsi les bras libres. Le n° 1 de la figure montre le détail du porte-bébé, et le n° 2 le départ à la promenade. Le tablier octogonal a 53 centimètres de longueur sur 46 centimètres de largeur. Il s’agit, comme on le voit, d’un appareil simple, pratique, facile à laver et peu coûteux. Plusieurs docteurs le recommandent. — Le porte-bébé se trouve chez M. Brooke, 6, rue d’Italie, à Taris.
- Le clown-grrlmpeur. — Le petit clown que nous représentons dans la figure ci-jointe est bien amusant. 11 s’appuie à l’aide de ses bras sur deux cordes et s’élève ainsi très facilement en se balançant alternativement de gauche à droite et de droite à gauche. Le n° 1 du dessin nous montre la disposition du clown sur les cordes, et le n° 2 la manière de le faire grim-
- DIETMÇH, ,
- Le clown-grimpeur.— 1. Vue du clown sur les cordes.—
- per. 11 suffit, comme on le voit, de tenir les deux cordes à la partie supérieure, et de toucher à la barre du trapèze à la partie inférieure, en donnant un léger mouvement d’inclinaison à gauche et à droife. Le clown suit ces mouvements et glisse successivement le long des cordes. Ce petit jouet, qui est en somme des plus simples, est très attrayant et excite une certaine curiosité.— Le clown grimpeur se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- Le porte-paquet. — La nécessité d’avoir un petit appareil spécial pour suspendre les paquets et les porter plus facile-
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- ment a été reconnue depuis longtemps ; plusieurs modèles ont déjà été imaginés et rendent des services. Nous en signalerons aujourd’hui un autre qui a le grand avantage d’être très maniable et très pratique. Il consiste (n° 1) en un tube métallique qiu renferme à l’intérieur deux petites tiges articulées, rentrées lorsque l’appareil ne sert pas, mais qui peuvent sortir par une rainure latérale (n° 2), lorsque le porte-paquet doit être utilisé. Une petite enveloppe circulaire peut se déplacer pour venir ouvrir ou fermer la rainure suivant les besoins. Les tiges articulées dont nous avons parlé portent à leurs extrémi-
- Kouve.iu portc-puquels. — 1. Vue de l'appareil fermé. 2. L'appureil ouvert. — 3. Mode d emploi.
- tés des crochets' qui peuvent maintenir des attaches et par suite soutenir divers paquets, comme le montre la figure 5. Lorsque l’aj^pareil ne sert pas, on le replie et on le porte très aisément. —Le nouveau porte-paquets est en vente à la même adresse que le clown grimpeur.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel technique de Massage, par le D" J. Brousses, médecin-major de lre classe, ex-répétiteur de pathologie chirurgicale à l’Ecole du service de santé militaire. Deuxième édition, avec 56 figures dans le texte. 1 vol. in-16, cartonné. Masson et Cie éditeurs, 1897. Prix : 4 francs.
- Les résidus industriels employés comme engrais. Industries végétales, par M. A. Larbalétrier, professeur de chimie agricole à l’Ecole d’agriculture du Pas-de-Calais. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Beauté. Masson et Cie et Gau-thier-Villars et fils, éditeurs. Paris. Prix broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Les parasites animaux de la peau humaine, par MM. W. Du-breuilh et L. Beille, professeurs agrégés à la Faculté de médecine de Bordeaux. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté. Masson et Cie et Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Paris. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- Promenade en Tunisie organisée par le gouvernement de la Régence à l'occasion de la session à Tunis du Congrès de l'Association pour T avancement des sciences, avril 1896. Texte de M. Henri Lokin, professeur au lycée de Tunis. Illustrations gravées d’après les photographies de M. H. Léonar-don. 1 brochure in-4°. — Paris, librairie Hachette et Ciu,
- 1896.
- Agenda du photographe et de l'amateur, par Ch. Mendeu.
- 1897. 1 brochure in-8°. Ch. Mendel. Paris. Prix : 1 franc.
- Tonnelier. Jaugeage des fûts, par MM. Paulin-Désorjieaux, H. Ott et W. Maigne. Nouvelle édition revue par R. Brunet, ingénieur agronome. 1 vol. in-8° de la collection des manuels Roret. L. Mulo, éditeur. — Paris, 1897. Prix : 3 francs.
- Annuaire de l’observatoire municipal de Montsouris pour 1897, Météorologie, Chimie, Micrographie, Applications à l'hygiène, contenant le résumé des travaux de l’Observatoire durant l’année 1895. 1 vol. in-18, avec diagrammes et figures dans le texte. Librairie Gauthier-Villars et fils. Paris. Prix : broché 2 fr. 50.
- Guide pour le soufflage du verre, par le l)r II. Ebert, professeur de physique à l’Université de Kiel. Traduit de l’allemand sur la deuxième édition et annoté par P. Lugol, professeur de physique au lycée de Clermont-Ferrand, chargé de conférences à la Faculté des sciences. 1 vol. in-18 jésus. Paris, 1897. Librairie Gauthier-Villars et fils. Prix : 3 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- HYGIÈNE ET SYNTÉ
- Le lait pour enfants. — Un bon quart des enfants nés à Paris ne peut, pour des raisons diverses que je n’ai pas à étudier ici, être mis en nourrice ou être allaité par la mère. Il en est de même en province dans une proportion beaucoup moins considérable. (Test le biberon, chargé d’un lait plus ou moins parfait, qui servira à l’alimentation de ces petits êtres. On s’est ingénié, pour parer à la fermentation du lait et aux dangers qui en peuvent résulter, à imaginer des procédés <tè stérilisation qui commencent à être répandus. Mais ce n’est
- ftas tout que d’avoir du lait de bonne qualité, de l’avoir stéri-isé ; il faut encore le rendre très assimilable en le rappro-
- chant, autant que faire se peut, de la composition du lait maternel. Le lait de vache, le plus usuellement employé, diffère du lait de femme par une quantité moindre de sucre et une uantité plus considérable de matières protéiques. Dans le but e le rendre aussi peu différent que possible, le Dr Halipré. de Rouen, conseille d’employer le moyen suivant : on coupe le lait de vache fraîchement trait d'un tiers d’eau, puis on ajoute par litre 15 à 20 grammes de crème fraîche, 35 grammes de lactose ou sucre de lait et 1 gramme de sel. Le lait ainsi préparé se rapproche beaucoup du lait de femme. 11 ne reste plus u’à le stériliser par les moyens ordinaires en le divisant dans es flacons de moyenne grandeur. Ce lait est très bien toléré par les enfants, parfaitement digéré, et a donné les meilleurs résultats. Dr X.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 RECRES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 janvier. . 0°,9 N. N. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert ; gelée blanche.
- Mardi 19 0°,4 N. N. W. 1. Couvert. 0,1 Couvert; petite neige de 4 à 8 li.; gelée blanche.
- Mercredi 20 1°,3 N. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert de 6 à 17 h.; nuageux avant et après ; gouttes à 2i h.
- Jeudi 21 0°,1 N. E. 2. Couvert. 1,2 Couvert; pluie ou neige à demi fondue jusqu’à 6 li
- Vendredi 22 ... . — 3°,7 S. W. 2. Couvert. 2,0 Couvert jusqu'à 18 b.; puis peu nuageux; beau après 21 h.; neige de 4 b. 1/2 à 12 h.
- Samedi 23 -4°,5 N. 4. Couvert. 2,0 Presque couvert; neige de 4 b. 15 à 8 h. 30 et quelquefois des grains.
- Dimanche 24... . — 5°,fi N. 5. Très nuageux. 0,6 Nuageux jusqu a 15 h.; couvert ensuite; souvent des grains de neige.
- JANVIER 1897 --- SEMAINE Dü LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 JANVIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions baromètrioues tbaromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- I.îl neise. —Une bourrasque du nord d’une rare violence, accompagnée de neige, a soufflé sur tout le littoral. Neiges à Paris à ]«irtir du 21, au Havre, Saint-Romans, Yvetot (50 centimètres de neige sur les routes), Reims, Cliàlons-sur-Marne, Saint-Etienne, Bordeaux, froid très vif.
- Par suite des pluies et des neiges qui ne cessent de tomber dans les Côvenues, la montagne du Gouffre, « la montagne qui marche », qui depuis longtemps n'avait fait parler d'elle, a accentué sa descente vers le Gardon, dont le niveau des eaux s’est élevé considérablement.
- Une violente tempête a sévi, le 19 janvier, sur toute la côte orientale de la Corse; durant toute la journée, un orage épouvantable s’est abattu sur la commune de Ghisonaccia ; à midi, la foudre est tombée dans un champ, a tué deux personnes et en a blessé cinq.
- La neige est tombée en assez grande abondance à Paris le 21 et le 23 janvier. A Lyon, la neige est tombée pendant toute la nuit du 22 au ,23 janvier, avec une abondance telle que la circulation des voitures et des tramways était rendue presque impossible. A la même date, à Saint-Etienne, par suite des neiges, les communications avec les localités environnantes étaient devenues difficiles. Les trains ont subi des retards importants. Le froid était très vif. A Grenoble, la neige était accompagnée de rafales et de bourrasques. La circulation était très difficile. Après une
- journée belle mais très froide, à Bordeaux, le 25 janvier, vers 5 heures et demie, une bourrasque a recouvert bientôt le sol d’une grande quantité de neige. La couche de neige qui couvrait le sol à Reims avait une hauteur de 13 à 11 centimètres. A Cherbourg, une tempête du nord, d’une rare violence, accompagnée de neige, a soufflé sur le littoral. La neige, qui avait cessé dans l’après-midi du 22 janvier au Havre, est tombée de nouveau en abondance le 23, l’épaisseur de la couche a atteint près de 30 centimètres, aussi la circulation des voitures est-elle devenue difficile. Les tramways n’ont pas circulé de la journée. Plusieurs centimètres de neige couvraient la campagne à Bourges: la neige était line et serrée et le temps était très froid.
- l'ne neige abondante est tombée aux mêmes dates à Londres et dans la plupart des régions de l’Angleterre. La circulation a été difficile pendant plusieurs jours.
- Tremblements de terre. — On annonce de Janina qu’un fort tremblement de terre a détruit, la plupart des villages de la- province de Delvino;on ignore encore le nombre des victimes.
- Une épouvantable catastrophe s’est produite le 20 janvier à Kishm, il > importante du détroit d'Ormuz, à l’extrémité méridionale du golfe de Perse. Trois tremblements de terre successifs ont détruit presque toutes les habitations. Sur 5000 habitants, des Arabes pour la plupart, 2500 ont été tués.
- PHASES LE LA LUNE : P. L. le 18, à 8 h. 26 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Le 2 février c’était la Chandeleur, fête de l’Église. Mais c’est aussi à la Chandeleur, si l’on s’en rapporte à la tradition, que doit changer l’hiver, s’adoucir s’il est froid, devenir plus rigoureux s'il est tempéré. Voici le dicton : « .4 la Chandeleur l’hiver se passe ou prend vigueur. » Nous verrons bien.
- —Le fameux ccdre du parc Dareau, à Montrouge, dont nous avons parlé dans le n° 1227, du 5 décembre 1896, p. 16, est toujours debout, et son tronc superbe porte orgueilleusement son magnifique dôme de verdure. Les habitants du quartier ne veulent point le laisser abattre, et comme sa transplantation dans le parc de Montsouris serait son arrêt de mort, ils demandent qu’on le laisse en place, en formant autour de lui un jardinet dont il occuperait le centre. Cette solution, disent-ils, est d’une exécution facile, puisqu’il se trouve dans l’axe d’une des rues tracées sur les terrains de l’ancien parc dont il était l’ornement. Appuyé.
- —®— Exposition de 1900. La mise en adjudication des travaux de fondations à l’air comprimé du pont Alexandre III aura lieu le lundi 25 février prochain, à 10 heures du matin, avenue de La Bourdonnais, 26. Ces travaux sont évalués comme suit : travaux à l’entreprise, 1612 748 francs; somme à valoir, 262252 francs; total,
- I million 875 000 francs.
- —®— Le Muséum a reçu une lionne d’Abyssinie qui lui a été offerte par M. Chefneux, négociant français, chef d’une des plus importantes maisons de commission établies en Abvssinie. Cet animal est venu grossir le nombre des lions et lionnes d’Abyssinie que possède le Jardin des Plantes et qui ont été offerts par MM. Grévy et Carnot, présidents de la République. Mme Katinka de Fehéry a offert au Jardin un très joli renard capturé en Hongrie.- Annonçons la naissance à la ménagerie d’un lama. Par contre, une des deux otaries que possédait la ménagerie a été trouvée morte sur le bord du bassin, où elle passait la plus grande partie du temps. On n’avait point observé qu’elle fût malade et on suppose qu’elle aura succombé au froid assez vif des dernières nuits de janvier. Cette perte sera très sensible au Muséum, car les deux animaux, achetés ensemble il y a cinq ans, avaient coûté 5000 francs, et même à ce prix on ne pourrait aujourd’hui se les procurer que difficilement.
- —S— Dans le Cassell’s Magazine du mois de janvier, M. John Munro s’efforce de donner une idée de ce que Londres consomme par jour de boissons diverses. Il estime la population de la capitale a un septième de celle du Royaume-Uni et la consommation journalière des boissons à un septième de celle du royaume. La bière est représentée par un tonneau de 76 pieds de haut sur 56 pieds de large: le vin par un tonneau qui a la hauteur du Royal-Exchange; les spiritueux figurent sous les traits d’une dame-jeanne de 20 pieds de haut sur 15 de large. Le thé, qui fit sa première apparition à Londres en 1658, représente une consommation journalière de •90000 livres. Au reste, il y a à Londres 14000 public-houses.
- —Le nombre des lecteurs à la- Bibliothèque nationale augmente chaque jour dans de notables proportions. Les bibliothécaires de la salle de travail ont reçu, en 1896, 540978 bulletins de demandes, soit, pour 290 jours pendant lesquels la salle a été ouverte dans toute l’année, une moyenne de 1167 bulletins par jour. En 1895 il y a eu 295 246 bulletins, et en 1894, il y en a eu 279 575.
- II y a vingt ans on en distribuait à peine 400 par journée.
- —Une cause bien singulière va se plaider prochainement en Irlande au sujet de l’accès public des sites pittoresques connus sous le nom de Giant’s Causeway, dans le comté d’Antrim. Une compagnie, la Giant’s Causeway Company Limited, s’est formée, a loué le sol qui rend ces sites accessibles, et émet aujourd’hui la prétention d’interdire leur accès public, et elle est en instance devant la juridiction anglaise, si compliquée pour faire reconnaître la légalité de ses prétentions. On devine quel intérêt peut présenter le gain d’une
- semblable cause, par ce fait seul que les Giant’s Causeway reçoivent environ 80 000 visiteurs par an. La défense des droits du public coûtera environ 10000 francs, et un comité s’est formé à Belfast, dans le but de réunir la somme nécessaire pour soutenir ce procès. L’idée de la Giant’s Causeway Company (Limited) est franchement commerciale, mais que diraient messieurs les Anglais si les Suisses, qui s’entendent déjà si bien à l’exploitation de leurs hôtels, en faisaient autant pour tous les sites pittoresques dont la nature les a si libéralement gratifiés?
- —La direction des affaires municipales de la Seine va faire paraître son Rapport annuel sur les services de l’approvisionnement de Paris, qui donne des renseignements curieux sur la consommation des Parisien^ pendant l’année 1896. Les éléments d’appréciation existent d’une façon certaine et complète pour les denrées payant, un droit d’octroi, ou frappées aux Halles d’un droit d’abri. On apprend ainsi que Paris a absorbé l’année dernière : 557 401 722 kilogrammes de pain ; 149 592 132 kilogrammes de viande de boucherie ; 24 016 995 kilogrammes de viande de porc ; 27138 776 kilogrammes de poisson (Halles centrales); 20501984 kilogrammes de beurre et 6770 491 kilogrammes de fromage; 12 251 810 kilogrammes de primeurs, fruits ou légumes, aux seules Halles centrales; 491 799 240 œufs; 8 701 019 kilogrammes d’huîtres; 28140099 kilogrammes de volaille ou gibier ; 1 597 339 kilogrammes de pâtés, terrines truffées, poissons marinés, etc. L’accommodage de cette masse de victuailles a exigé 17 750129 kilogrammes de sel et 1154998 kilogrammes d’huile d’olive. Elle a été arrosée de 5 011466 hectolitres de vin, de 156531 hcctotitres de cidrç ou poiré, de 258 686 hectolitres de bière et de 180 700 hectolitres d’alcool. Paris comptant 2 447 957 habitants, il résulte des chiffres précédents que chaque Parisien a absorbé, en moyenne, l’an dernier : 146 kilogrammes de pain, 71 kilogrammes de viande, 8kg,375 de beurre, 2k",765 de fromage, 5k«,554 d’huîtres, Uk«,086 de poisson, llk*,495 de volaille ou gibier, 652 grammes de pâtés ou terrines truffées, 201 œufs, 7k*,267 de sel, 204 litres de vin, 7lil,34 d’alcool. Indépendamment des denrées dont la liste précède, il entre dans la consommation d’un habitant quantité d’autres produits : lait, légumes frais ou secs, pommes de terre, fruits, conserves, café, cacao, confitures, thé, sucre, etc., qui ne sont soumis à aucun droit d’abri ou d’octroi, et dont on ne peut par suite apprécier l’importance exacte.
- —Le vieux Paris. On vient de commencer le dégagement de la rue du Four, dans la partie située entre la rue Bonaparte et la rue de Rennes. Dans quelques jours, l’ancien chemin qui, en 1621, conduisait de la Cité aux villages d’Issy et de Sèvres et qu’on nommait déjà viens Furni (chemin du Four) à cause d’un four banal appartenant à l’abbaye Saint-Germain, qui y était situé, sera devenu une belle et large voie, plus en rapport avec les rues avoisinantes. 11 n’est pas sans intérêt de rappeler qu’en 1398, cette rue, assez mal tenue, lut pompeusement dénommée : Grant rue Saint-Germain, puis Chaussée du Roy. Vers le règne de Henri IV, elle redevint la Grant rue du Fourg, puis le Chemin de Vaugirard, la rue de la Blanche-Oie, nom qui lui venait de l’enseigne d’un célèbre rôtisseur du temps, et enfin la rue du Four, appellation qu’elle a conservée jusqu’à nos jours. Ne quittons pas cette rue sans signaler qu’au n° 1, à l’angle de la rue Mautfaucon, existe un très beau mas-caron sculpté du dix-huitième siècle, représentant une tête de satyre chargée d’un panier de fruits formant clef de voûte. Ce masca-ron mérite certainement une visite.
- —®— Le gouvernement hollandais a décidé d’appliquer aux grandes écluses d’Ymuiden, qui forme l’avant-port d’Amsterdam, la machine électrique. Ces écluses sont les plus considérables qui existent en Europe ; elles mesurent 200 mètres de, longueur'sur 25 de largeur et 9m,65 de profondeur. Elles nécessiteront 36 moteurs électriques donnant de 17 à 47 chevaux. MM. Sclmckert et Cie, de Nuremberg, sont chargés des études et des installations.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le microphonographe Dussaud, s’adresser à M. Jaubert, 90, rue Jouffroy, à Paris. — L’interrupteur à mercure se trouve chezM. Bazin, ingénieur-constructeur, 47, rue du Rocher, Paris.
- Communications. — M. Ficatier, ingénieur à Moulins, nous écrit qu’il a appris récemment (La Nature, n° 1235) qu’un tremblement de terre s’était produit à Kishm, île importante du détroit d’Ormus, à l’extrémité méridionale du golfe de Perse; presque toutes les habitations ont été détruites, et sur 5000 habitants, 2500 ont été tués. Il nous rappelle, à ce sujet, l’intéressant article de M. de Lapparent sur l’équilibre de la terre ferme, dans le Correspondant du 10 septembre 1894. Dans cet article, l’éminent géologue semblait prédire des désastres analogues. Après une série de considérations relatives à la stabilité de la terre ferme,, il ajoutait : « Quand l’histoire nous apprend qu’en 526 plus de 100 000 habitants des rivages orientaux de la Méditerranée ont trouvé la mort dans un seul tremblement de terre, et qu’on voit, de nos jours encore, ces pays fréquemment visités par des catastrophes analogues, quoique moins meurtrières, on ne sera pas tenté de traiter de chimères les éventualités d’une rupture définitive du sol en Asie Mineure. On voit donc ce qu’il faut penser de l’expression de terre ferme et combien sont menacés tous ceux qui habitent les parages où se fait sentir par intervalles le tassement consécutif des grands plissements alpins. »
- M. A. Lancaster, directeur de l’observatoire royal de Belgique, à Uccle, nous prévient, à propos de notre récent article sur Benjamin Gould, que l’Aslronomical Journal, dont veut parler M. Lœwy, n’a commencé à paraître qu’en 1851 ; avant cette date, l’astronome 0. M. Mitcnel avait publié à Cincinnati, en 1847 et 1848, The sidéral Messenger a monthly journal devoted to astronomical science. Les trois volumes parus (vol. III inachevé) de ce recueil sont d’une excessive rareté.
- M. Lucien Iches, à Paris, nous écrit qu’il a eu l’occasion d’observer un météore à Issy, le 22 janvier, à 10 heures du soir. Le ciel était pur et les étoiles brillantes. Près de la petite Ourse apparut subitement une masse lumineuse ayant à peu près la forme d’une poire d’environ 25 centimètres de longueur. Elle marchait dans la direction nord-sud-est. Sa couleur était bleue au centre et jaune-blanc sur les bords, surtout vers la partie la plus étroite. Elle parut glisser horizontalement d’abord tout en restant elle-même immobile, pour suivre une marche descendante en roulant sur elle-même. Enfin la lumière s’éteignit, la masse noire fit un bond dans l’espace, se ralluma pour glisser encore un peu et s’éteindre tout à fait.
- M. Henri Coupin, docteur ès sciences, à Paris, nous fait savoir qu’il vient de fonder une Société internationale du concours photographique (cotisation annuelle : 2 fr. 50 pour la France et 3 francs pour l’étranger) qui a pour but exclusif d'établir des concours entre ses adhérents, de distribuer des prix aux lauréats et de reproduire les principales œuvres primées. Tous les mois, elle donne le sujet de quatre concours et tes prix qui y sont attachés. Elle publie un Bulletin (16 pages par mois) qui est envoyé gratuitement à tous les membres de la Société. Pour faire partie de la Société, il suffit d’envoyer son adhésion, accompagnée du montant de la cotisation, à M. le Président de la Société internationale du concours photographique, 1, avenue des Gobelins, Paris. — Voici le sujet des quatre premiers concours : 1° Une personne sautant par-dessus un obstacle (dix prix) ; 2° Un perroquet (dix prix) ; 5° Photographie allégorique représentant la Charité (dix prix); 4° Un paysage quçlçonque (dix prix ). Clôture : 15 avril 1897.
- M. Ch. Mendel, à Paris, nous adresse une circulaire insistant sur l’avantage de remplacer les aquarelles qui sont demandées par la Justice, danS l’instruction des affaires criminelles, par des photographies en trois couleurs. Cette dernière est de
- beaucoup plus précieuse au point de vue documentaire. On ne peut que souhaiter l’établissement d’un laboratoire de photographie à la Préfecture de police.
- M. A. Dugès, agent consulaire de France à Guanajuato, nous entretient des catacombes mexicaines, dont nous avons parlé dans le n° 1229 du 19 décembre 1896, p. 45, et nous donne de nouveaux renseignements. Ces catacombes consistent en un vaste carré en plein air entouré de murs dans lesquels sont pratiquées les niches où l’on dépose les cercueils. Les cadavres qui arrivent à se momifier peuvent être placés dans des niches murales ou dans la crypte comme le montrait notre figure. On ne peut descendre dans la crypte qu’avec une per-• mission spéciale du juge de l’état civil, et les visiteurs sont toujours accompagnés.
- Renseignements. — M. R. B., a Paris. — 1°Piles thermoélectriques : pile Noé, 8, rue Berthollet; pile Clamond, modèle Carpentier, 20, rue Delambre; poêle thermo-électrique Giraud chez MM. Besson et C‘“, 35, boulevard des Capucines, à Paris.
- — 2° Cette adresse nous est inconnue.
- M. P. Laurent, à Pau. — Lampes à désinfecter : M. Müller, pharmacien, 40, rue delà Bienfaisance, à Paris.
- M. A. R. V., a. Champagne. —- 1° 1 cheval-vapeur équivaut à 736 watts. — 2° Il faut compter 3 à 3,5 watts par bougie.
- — 3° La perte dans la transmission par courroie est environ de 30 pour 100; en ligne la perte ne dépasse pas 7 à 8 pour 100.
- — 4° Le watt est l’unité de puissance. — 5° Oui.
- Un abonné, à Louvain. — Vous trouverez le matériel nécessaire pour des expériences de radiographie chez MM. Ilucretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, chezM. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, ou chez M. G. Séguy, 13, rue Racine, à Paris.
- Un abonné, à Vaugirard. — Ces accidents peuvent être dus à plusieurs causes que l’on ne peut déterminer que par l’observation.
- M. A. Mancy,h Grenoble. — Le siège de la Société est, 15, boulevard Montmartre, à Paris; on vous donnera là tous les renseignements.
- M. L. Coll, à Madrid. — Il n’est pas possible, dans les appareils actuels, d’éviter le tremblement dont vous parlez.
- M. P. B., à X. — On a dit que cet ouvrage devait être publié ; mais il n’a pas encore paru.
- M. E. G., à Paris. — 1° Dans les moteurs à gaz et à pétrole, le mélange détonant doit être légèrement comprimé. — 2° La puissance est augmentée par cette compression.
- M. G. P., à Alger. — Les expériences que vous mentionnez ont réellement eu lieu ; notre présent numéro donne tous les renseignements que nous avons pu nous procurer.
- L'abonné n° 18 111, à X. — Nous ne savons pas si le dispositif dont vous parlez a été essayé ; mais pour effectuer ce& expériences, vous pourriez vous adresser aux divers constructeurs que nous désignons plus haut.
- M. R. Ducamp, à Nîmes. — 1° Nous ne connaissons pas d’installation électrique de ce genre que l’on puisse mentionner. — 2° Nous n’avons pas retrouvé la communication dont vous parlez; elle a dù être égarée. Tous nos regrets. — 3° Ces renseignements ont été fournis par les journaux.
- M. J. Martin, au Tréport. — Notre article sur la propulsion des chalands a paru dans le n° 1210, du 8 août 1896, p. 145. Vous pouvez vous adresser à M. Barcroft, à l’Association des ingénieurs anglais à Londres, ou à la Grand Canal C°, compagnie de navigation intérieure, à Dublin.
- M. N. P., à Elisavetgrad. — Vous aurez ces renseignements-en écrivant à M. J. Carpentier, 20, rue Delambre, à Paris.
- M. F. Lacroix, à Mâcon. — Nous ne trouvons pas d'autre ouvrage que la Distillation des bo’is, de M. Barillot, dans l’Encyclopédie Léauté, à la librairie Masson et Cio.
- Un amateur, à Paris. — Nous ne pouvons vous répondre complètement ; consultez Les Moteurs, par M. J. Lefèvre, à la librairie J.-B. Baillière et fils.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Dautheville, à Nice. Nous n’avons pas retrouvé jusqu’ici la description de cet appareil. — M. R. Bauvin, à Angers. Nous ne voyons pas d’autre explication que celle que nous avons donnée. — M. V. Delahodde, à Lille. Remerciements pour votre indication; nous ferons un erra tum. — M. Desbord, à Amiens. Consultez le petit livre les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie. — M. D. M-, à Paris. La description de cet appareil est donnée dans le même petit livre que ci-dessus, 2e série, à la même librairie. — M. L. R., à Paris; M. Gruon, à Brest. Remerciements pour vos communications.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes, les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison_
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- L’araignée et la mouche. — L’araignée a l’habitude de tendre des toiles et de se précipiter sur les mouches ou autres insectes qui tombent dans ses filets. Le jouet que nous décrivons est destiné à rappeler ces mœurs de l’araignée. On voit dans le n° 1 de la figure une mouche que l’on fixe par un crochet contre le mur. Au-dessous est une araignée. Il suffit de tirer une ficelle, et l’on voit aussitôt celle-ci grimper lentement en déplaçant alternativement ses deux longues pattes bien caractéristiques. En dehors de l’intérêt que présente ce jouet, il est curieux au point de vue mécanique. On voit dans le n° 2
- L’araignée et la mouche. — 1. Vue d'ensemble. — 2. Vue «lu mécanisme intérieur.
- le dessous de la bète avec le mécanisme intérieur. Un cordon est fixé à droite en haut sur l’araignée et vient ensuite s’enrouler sur une petite poulie piacée à l’intérieur de la mouche. Ce cordon vient a près s’enrouler sur une autre poulie fixée à la partie inférieure de l’araignée. En tirant sur le cordon, on donne donc un mouvement de déplacement à l’araignée, la mouche étant fixée contre le mur. La poulie dans l’araignée porte à la périphérie un taquet qui se déplace dans une rainure longitudinale faite sur une longue tige, comme le montre notre dessin. Cette tige est elle-même mobile autour d’un point fixe et peut se déplacer successivement à droite et à gauche suivant les mouvements de la poulie. Elle porte à son autre extrémité la tige horizontale qui maintient les pattes de l’araignée et elle leur transmet ainsi le mouvement dont nous parlions plus haut. — Ce jouet se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Haute-ville, à Paris.
- Une salière pratique. — Cette salière fonctionne par une simple pression du doigt et possède une fermeture automatique qui empêche toute introduction des poussières, microbes,
- Luc salière pratique.
- insectes, etc., etc. Elle est très pratique; elle ne peut se renverser. Par sa construction spéciale il est absolument impossible de prendre du sel soit avec les doigts, soit avec un couteau plus ou moins propre. Elle distribue à volonté peu ou beaucoup de sel, supprime la préparation journalière des salières. Le même appareil est également employé pour la distribution du sucre en poudre et du poivre. Pour s’en servir, il suffit de dévisser le pied, remplir aux trois quarts le tube en verre de sel fin bien sec, revisser le pied avec soin et ne pas forcer. On
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nou-vellesScientifiques est étrangère aux annonces. I
- prend la salière comme l’indique la figure, on appuie avec le pouce, à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’on ait obtenu la quantité de sel désirée. On monte ou on descend à cet effet la vis placée sous le bouton. — La salière se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, au Palais-Royal, à Pai’is.
- Le monocycle aérien. — Le jouet dont il est question nous représente un monocycliste qui grimpe le long d’une ficelle que l’on voit à la partie supérieure et à la partie inférieure de notre dessin (n° 1). On comprend aisément le mécanisme qui élève le petit grimpeur. A l’intérieur de la roue se trouve une poulie mobile autour de son centre et sur
- Le monocycle aérien. — 1. Vue-de détail. — 2. Mode d’emploi.
- laquelle s’enroule la ficelle. Celle-ci pénètre dans la roue en passant par un petit anneau porté par le guidon. En exerçant une légère traction sur la corde, comme le montre le n° 2 de la figure, on obtient le déplacemenrcle l’appareil. La poulie intérieure porte un axe sur lequel est fixée une pédale que l’on voit. Le cycliste appuie ses pieds dessus, et comme les jambes sont articulées, le jouet offre l’image amusante d’un cycliste faisant manœuvrer les pédales. — Le monocycle aérien së trouve à la même adresse que l’araignée et la mouche.
- BIBLIOGRAPHIE
- La triplice photographique des couleurs et l'imprimerie. Système de photochromographie Louis Ducos du llauron, par A. Ducos du Hauron, ï vol. in-18 jésus. Librairie Gau-thier-Villars et fils, Paris, 1897. Prix : fi fr. 50.
- M. Ducos du llauron est bien connu de tous ceux qui s’occupent de photographie. Son invention de la décomposition des teintes en trois monochromes par la photographie entre aujourd’hui dans la période de la pratique, Il était utile de réunir dans un ouvrage d’ensemble les travaux et les projets de l’inventeur de la photochro-mographie. Ce livre explique comment, avec trois planches d’impression, et au besoin même avec une seule, on peut accomplir, sur un nombre illimité d’épreuves, la reconstitution intégrale des objets colorés, et produire immédiatement l’illusion des spectacles naturels où la couleur prodigue ses enchantements.
- Poiver distribution for eleclric railroads, hv Louis Bell. 1 vol. in-8°. — New-York, Street Railway Publishing Company, 1897.
- M. L. Bell, qui est déjà connu en Amérique par une série d’ouvrages intéressants, vient de publier, sur la traction électrique, un ouvrage qui fournit des renseignements nouveaux et précieux. Un chapitre spécial est d’abord consacré à l’étude des principes fondamentaux. L’auteur examine ensuite les circuits de retour, les moyens les plus pratiques pour faire les joints des rails, les systèmes d’alimentation directe, les méthodes diverses de distribution, les sous-stations, la transmission de puissance aux sous-stations, elc. Dans d’autres chapitres nous trouvons l’étude des divers moteurs à courants alternatifs et polyphasés pour tramways, et un aperçu des économies que peut procurer l’emploi du courant alternatif. Mentionnons un autre chapitre contenant l’examen d’un service interurbain et d’un service extérieur. Le dernier chapitre se rapporte à divers détails du service et à diverses comparaisons. En résumé, l’ouvrage de M. Bell donne des renseignements intéressants pour les électriciens, et surtout fixe les idées par quelques chiffres d’une grande importance en ce moment où il n’est partout question que de traction mécanique.
- Le Vignole des mécaniciens. Études sur la construction des machines. Types et proportions des organes, par Arm ex gau o aîné, ingénieur. 3e édition entièrement refondue et augmentée. 1er fascicule, grand in-8°. Paris, E. Bernard et C"’, éditeurs, 1897.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Mordants pour la gravure sur métaux. — Le Anthony's Bulletin donnait dernièrement la recette de quelques mordants pour la gravure sur certains métaux. Pour l’aluminium, par exemple, on prend 124 grammes d’alcool, 186 d’acide acétique, 124 de beurre d’antimoine et 1240 d’eau. Pour le cuivre, mêmes quantités respectives d’alcool et d’eau et 124 grammes d’acide chromique. Enfin, pour le plomb, toujours avec la même proportion d’eau et d’alcool, on met 77 grammes de bichlorure d’étain. D. B.
- Encre pour écrire sur le verre et les métaux. — Dans la Central Zeitung fur Optik und Mechanik, Schobel recommande les compositions suivantes pour écrire sur le verre ou le métal. Comme encre noire, on emploie 1 à 2 parties de silicate de soude mélangées à 11 parties d’encre de Chine liquide; pour obtenir une encre blanche, on prend 3 à 4 parties de silicate de soude et 1 de sulfate de baryum. On conserve dans des bouteilles bien fermées, et l’on secoue avant d’employer; pour écrire on se sert d’une plume d’acier qu’on essuie quand on a fini. Cette encre résiste à presque tous les réactifs; avec un couteau on l’enlève facilement. D. B.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météoroloffique de France
- VENT PLUIE EN
- OBSERVATIONS THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE ÉTAT DU CIEL OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 7 HEURES DU MATIN de 0 à 9 MILLIMÈTRES
- Lundi 25 janvier. . —1°,6 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu'à 17 h.; quelques nuages ensuite ; grains
- de neige, grésil et gouttes à diverses reprises.
- Mardi 26 —0°,2 W. S. W. 3. Très nuageux. 0,5 Très nuageux jusqu’à 17 h.; quelques nuages ensuite ;
- neige à diverses reprises.
- Mercredi 27 — 5°, 9 S. W. 2. Très nuageux. 0,7 Nuageux jusqu’à 17 h. ; couvert ensuite, quelques fois
- 0,7 un peu de neige.
- Jeudi 28 —1°,1 W. N. W. 2. Beau. Beau de 5 à 8 h.; couvert à partir de 17 h.; très nua-
- geux le reste du temps ; grains de neige çà et là.
- Vendredi 29 ... . 0°,0 W. N. W. 2. Couvert. 0,0 Nuageux de 10 à 14 h. et à 19 h.; couvert le reste du
- temps ; neige jusqu’à 1 h., reprend à 22 h.
- Samedi 30 1°,3 S. S. W. 3. Couvert., 2,4 Éclaircies à 16 11.; couvert le reste du temps; neige,
- gouttes ou pluie les trois quarts du temps.
- Dimanche 31... . 2°,5 W. S. W. 2. Couvert. 10,1 Beau à 19-20 h.; couvert le reste du temps ; pluie cesse à 4 h.
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- JANVIER 1897 --- SEMAINE DU LUNDI 25 AU DIMANCHE 31 JANVIER
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- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 : les flèches inférieures, la direction du vent. Les courues du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Inondations dans les Pyrénées. — A la suite de pluies torrentielles, une série d’inondations ont eu lieu dans les Pyrénées le 16 janvier. A Perpignan, la Basse a débordé devant la préfecture, où elle a atteint les dalles du quai Carnot. L’Agly a débordé à Rivesaltes et à Torreilles. La plaine de la Salanque est restée quelques jours sous l’eau; la crue de tous les cours d’eau voisins a eu heu egalement. Le Tech a débordé à Palau-del-Vidre et a inondé la voie ferrée. Grâce à la promptitude des secours et aux mesures prises avec le concours des autorités civiles et militaires, le débordement de la rivière la Basse dans les quartiers de la banlieue de Perpignan, et particulièrement dans le quartier de la gare, n’a pas lait de victimes. Toutes les personnes bloquées par les eaux ont pu être secourues à temps et placées en lieux sûrs. La crue n’a duré que trois jours. La pluie n’a cessé cependant de tomber, mais moins abondamment. L’Agly a continué de déborder, ainsi que le Tech. Les eaux de ce dernier cours d’eau ont atteint une hauteur extraordinaire et ont menacé de rompre la digue qui protège, vers Elne, la
- idaine et la voie ferrée. Sur la route départementale allant d’Argelès-sur-ler à Céret, en face du village de Villelongue-del-Monte, un pont en maçonnerie s’est écroulé en partie. Il n'y a pas eu d’accident de personnes. Tous les jardins et les propriétés du quartier de la gare ont été ravinés et dévastés. Dans un chalet, les eaux ont atteint 2 mètres de hauteur. Derrière la gare des marchandises, la scierie mécanique de bois ouvrés, appartenant à M. Gilles Bue, a été entièrement saccagée ; les bois et les outils ont été emportés, les planchers défoncés. Les habitants ont
- dû s’enfuir par une ouverture pratiquée derrière l’immeuble, contre lequel on dut appliquer une longue échelle. Les dégâts ont dépassé 20 000 francs.
- I,n neige. — A la date du 24 janvier, la neige a continué à tomber abondamment en province : à Caen, à Fécamp, au Havre, à Reims, à Bourg, à Lyon, à Grenoble, à Bordeaux, à Toulouse, à Tarbes et sur la Côte d’Azur. Une violente tempête de neige a sévi dans la nuit du 24 au 25 janvier sur le royaume d’Angleterre. Dans la plupart des districts du sud de l’Ecosse, la neige a atteint 15 centimètres d’épaisseur, et l’on a craint que de nombreux troupeaux n’aient péri dans les montagnes, où les entassements de neige atteignent des hauteurs considérables. Dans le sud du Bedfordshire la neige a mesuré plus d’un pied d’épaisseur, et les sentiers du pays étaient recouverts jusqu’au niveau des haies. Sur la ligne du London and North-Western railway, entre Dunstablc et Leighton, la neige, chassée par le vent, a atteint par endroits une hauteur de 20 pieds, et un train de voyageurs, parti pour Leighton, a été à moitié enseveli. La ligne ôtait absolument impraticable, bien que la charrue à neige fût activement employée. Dans le Lincolnshire et le Cambridgeshire, les communications par voies ferrées ont été interrompues. On a signalé, sur tous les points de la côte, de nombreux sinistres.
- Des ouragans de neige ont sévi sur tout le Danemark. Les trains n’ont pas circulé pendant quelques jours. La glace commençait à se former sur le Sund.
- Le thermomètre à Strasbourg est descendu à 6 degrés au-dessous de zéro dans la journée, et une neige fine et serrée est tombée avec abondance.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 25, à 8 h. 18 m. du soir,
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —©— M. Gaillot, astronome titulaire à l’Observatoire de Paris, •est nommé sous-directeur de cet établissement, en remplacement de ÎI. Lœwy, nommé directeur.
- —©— Par décret rendu par le ministre de l’Instruction publique, MM. Paul Henry, Bigourdan et Callandreau, astronomes adjoints, -ent été nommés astronomes titulaires à l’Observatoire de Paris.
- —#— M. le Dr Yersin, qui est en ce moment à Bombay pour vacciner les pestiférés, vient dfêtre promu officier de la Légion d’honneur.
- —©— Notre collaborateur, M. J. Léotard, secrétaire de la Société de Géographie de Marseille, a été nommé officier d’Académie.
- —©— L’hiver 1896-1897, que l’on nous avait annoncé comme devant être rigoureux, a été jusqu’ici un hiver surtout pluvieux. La moyenne de la température, en janvier, a été au-dessus de la normale. Nous avons eu, dans beaucoup de jardins, des primevères en fleurs dès la fin de décembre. On vend des bouquets de perce-neige venant des environs de Paris. Les chèvrefeuilles montrent leurs premières feuilles; et quelques sureaux sont déjà verdoyants. Il est à craindre que ces premières pousses ne soient noircies par les dernières gelées de l’hiver.
- —©— Dans les premiers jours du mois de février, on a signalé une série d’avalanches de neige survenues dans les montagnes. Le 3 février, non loin de Briançon, des militaires appartenant au 159® de ligne, et conduisant deux mulets, revenaient du ravitaillement au fort de la Croix-de-Bretagne, lorsqu’ils se trouvèrent arrêtés par une avalanche d’une épaisseur de 4 à 5 mètres qui avait coulé et obstrué la route pendant qu’ils étaient au fort; ils rejoignirent le tournant inférieur de la route en coupant le lacet diagonalement, et trouvèrent là une deuxième avalanche qui venait de se produire. Les secours arrivèrent à temps pour les sauver. Une avalanche de neige s’est produite le 4 février dans la soirée à Bourg-Saint-Maurice (Savoie), et a causé un triste accident. Quinze chasseurs alpins du 11® bataillon, détachés à Bourg-Saint-Maurice, s’étaient aventurés sur le versant nord-est des cimes qui se détachent au sud du Petit Saint-Bernard, vers le col de la Traversette, à une altitude de 3050 mètres. Près de la redoute Ruinée, ils furent surpris par l’avalanche, qui précipita dans une crevasse deux sergents et quatre hommes. Les autres soldats vinrent apporter la triste nouvelle à Bourg-Saint-Maurice. Le commandant Schmitz, prévenu aussitôt, quitta Annecy avec un fort détachement, et se rendit sur les lieux. Trois chasseurs furent retirés vivants, l’un avec une jambe cassée et tous trois contusionnés. Des trois autres, on ne retrouva que les cadavres. Ce sont MM. Plumney, Ganachas et Grand. Les obsèques des victimes ont eu lieu le 7 février. A la même date, deux avalanches de neige sont aussi descendues de la montagne de Bagnères-de-Bigorre, occasionnant des dégâts dans la forêt; l’une, coulant du haut de la cime, a barré la route qui va de l'Esponne au Chiroulet et a arrêté un moment les eaux de l’Adour. La deuxième s’est produite à la ravine Goume-de-Jammes et est descendue encore jusqu’au chemin du Chiroulet. Il n’y a pas eu d’accident de personne.
- —®— Une crue subite de la Seine s’est produite récemment dans des conditions exceptionnelles : dans la nuit du 2 au 3 février, le niveau de la Seine s’est subitement élevé de lm,25, causant le plus grand désarroi le long des rives du fleuve. Le 6 février, la cote atteignait 4m,90 au pont dvAusterlitz, 4“,75aupont de la Tournelle et 5m,90 au pont Royal. On doit attribuer cette crue aux pluies générales depuis quelques jours et surtout à un relèvement considérable de la température qui a partout amené le dégel : le Grand-Morin, affluent de la Marne, a eu une crue formidable inondant la moitié de la ville de Coulommiers.
- —©— On a ressenti à Laybach, en Autriche, dans la nuit du 2 février, une violente secousse de tremblement de terre qui a duré plusieurs secondes.
- —®— On annonce que M. l’ingénieur de 2® classe de la marine Gabriel Maugas, actuellement en service à Brest, vient d’être désigné pour appliquer sur le bateau sous-marin le Gymnote un système d’hélice de son invention, qui serait appelé à donner de très appréciables résultats, tant au point de vue des plongées qu’à celui ae la conduite horizontale du navire même. Les branches de la nouvelle hélice sont mobiles et disposées de façon à pouvoir être orientées pour les plongées et sous divers angles. De plus, les palettes pouvant être maintenues parallèlement à l’axe, l’hélice sera pour ainsi dire affolée, c’est-à-dire qu’elle verra son action neutralisée, et, sans qu’il soit besoin de stopper, on pourra effectuer tous les changements de marche à toutes les hauteurs. L’expérimentation de cette hélice commencerait prochainement à Toulon. M. le vice-amiral Bes-nard se propose d’étendre l’emploi des bateaux sous-marins.
- —©— Le doyen des pensionnaires du Muséum vient de mourir. C’était un hippopotame femelle, originaire du Nil Blanc, offert au Muséum en 1855, par Alim-paeha, frère du vice-roi d’Egypte : jusqu’en 1880 il eut pour compagnon uu de ses pareils, offert à la ménagerie en 1853, par le vice-roi d’Egypte. Le pauvre pachyderme est mort dans son bain. C’est en prévision de cette fin que M. Milne-Edwards avait acheté l’année dernière, pour la bagatelle de 10000 francs, un autre hippopotame.
- —©— Les poissons ont-ils de la mémoire? On raconte bien que les carpes de Fontainebleau accourent au bord de leur bassin lorsque s’approche une nounou traînant des marmots après elle : les carpes associeraient l’idée de nounou et de marmots avec celle de petits pains jetés par morceaux. On aurait aussi dressé des poissons à arriver au son d’une cloche pour recevoir leur pâture. Mais voilà un savant qui révoque en doute ces légendes ichtyophiles. C’est un célèbre anatomiste allemand, M. L. Edinger, qui ouvre une enquête scientifique au sujet précisément de la mémoire chez les poissons. Il fait appel aux pêcheurs et pisciculteurs pour obtenir des observations exactes à ce sujet. Aidons-le.
- —On va transporter bientôt le Beaumarchais du sculpteur Clausade sur le piédestal qui l’attend au coin des rues Saint-Antoine et des Tournelles. A ce propos, sait-on que l’immortel auteur du Barbier de Séville eût mérité une statue au seul titre d’horloger? En 1754, en effet, Beaumarchais, à peine âgé de vingt-deux ans, présentait, sous son nom de Caron fils, à l’Académie des sciences un « nouvel échappement à repos pour les montres », qui fut une révélation et fit une révolution dans l’art de l’horlogerie. On retrouve, dans les procès-verbaux des séances de l’Académie, la description complète de cette invention, qui fut approuvée « en première ligne » avec cette mention : a Le nouvel échappement à repos présenté par M. Caron fils a été regardé comme le plus parfait qui ait été jusqu’ici adapté aux montres.... »
- —©— Le Aftonbladet de Stockholm annonce que le roi a accueilli favorablement la demande que lui a adressée M. Andrée, de mettre à sa disposition la canonnière Svensksund. Ce navire transportera au Spitzberg l’expédition du pôle Nord, que M. Andrée organise cette année. Une partie de l’équipement devra être transportée d’avance au Spitzberg sur un autre bâtiment.
- —©— Un coup de foudre au mois de février près de Marseille. L’orage qui a éclaté le 5 février a été violent. A 8h30 du soir, une femme qui venait de se coucher a été atteinte dans son lit. Selon toute apparence, la foudre est entrée par la cheminée de la cuisine, qu’elle a démolie, a traversé la salle à manger et la cuisine, léchant et effritant le plâtre des murs; puis, elle a, en partie, démoli la toiture, percé la cloison à la hauteur du plafond et fait son œuvre de mort !
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. —M. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins, nous adresse un opuscule extrait de Ciel et Terre et contenant une Notice sur Le départ des hirondelles.
- M. Ch. Gillet, à Fismes (Marne), à propos de notre récent article sur l’appareil portatif auto-genérateur d’oxygène (n° 1234 du 23 janvier 1897, p. 119), nous fait connaître que pour préparer l’oxygène on peut utiliser la décomposition à froid du peroxyde de sodium par l’eau. Cette réaction est analogue à celle de la préparation de l’acétylène. On peut opérer dans un vase en fer-blanc muni d’un tube à dégagement et d’un autre tube à robinet et surmonté d’un entonnoir contenant de l’eau. La réaction dégage de la chaleur ; aussi il est prudent d’opérer dans un vase métallique et au besoin de le plonger dans l’eau froide. Un kilogramme de peroxyde de sodium, dont le prix actuel est de 8 francs, donne facilement 150 litres d’oxygène. Ce procédé facile, sans danger, pourrait probablement rendre des services aux personnes s’occupant de projections photographiques.
- M. J. A. Bentes, à Lisbonne, au sujet de notre article sur Le système métrique en Angleterre, paru dans le n° 1233, du 15 janvier 1897, p. 107, nous écrit qu’il existe une preuve au-tenthique et une annotation d’un écrivain [français permettant de conclure que c’est à Locke, dès 1684, que l’on doit attribuer la conception originale du système métrique. II en est question dans l’ouvrage Œuvres de Locke et Leibnitz contenant l’Essai sur l’entendement humain, revu, corrigé et accompagné de notes par M. Thurot. Ce dernier ajoute en note : « L’établissement du nouveau système métrique décimal, l’un des plus beaux titres de gloire des savants français, n’a été que l'exécution d’une pensée toute pareille à celle que Locke exprime dans cette note, la seule qu’il ait cru devoir ajouter à son ouvrage. »
- M. Alfred de Coincy, à Jourdan, près Gabarret (Landes), nous adresse la communication suivante à laquelle il joint un petit croquis : « Dans la matinée du dimanche 31 janvier, un ouragan d’une grande violence, accompagné de torrents de pluie, a traversé le canton de Gabarret (Landes). Le baromètre était descendu dès 7 heures du matin au-dessous de 740 millimètres. La tempête a atteint son maximum d’intensité vers les 11 heures et n’a cessé qu’à 2 heures de l’après-midi. Tous les ruisseaux ont débordé ; des quantités d’arbres qui avaient résisté aux tempêtes de l’automne ont été arrachés. Le vent soufflait d’entre 0. et S.-O. Le calme est redevenu complet dans la soirée; le ciel s’est éclairci et c’est à peine si on apercevait quelques nuages et quelques vapeurs à l’horizon. A 6h 30 un bolide très brillant a traversé le ciel de l’est au sud à environ 20° à peine au-dessus de l’horizon. Il était à peu près de la grosseur de Jupiter, peut-être un peu plus. Sa marche était extrêmement lente. 11 a mis près de 50 secondes à parcourir environ 70° dans une direction horizontale et a disparu derrière un nuage. Il a laissé derrière lui une longue queue analogue à celle d’une comète, d’abord d’une nuance pourpre, ensuite bleue, puis verte, et enfin jaune, environnée d’une foule d’étincelles de mêmes couleurs. On aurait dit absolument une fusée de feu d’artifice. A partir environ de la moitié de sa course, toute queue a disparu et il cheminait seul comme une étoile isolée. Sa trajectoire n’était point rectiligne, mais ondulée. »
- M. E. Long/Us, architecte diplômé, à Paris, à propos de la rectification que nous avons fait paraître sur sa demande dans la Boîte aux lettres du n° 1235 du 30 janvier 1897, nous fait observer que nous avons supprimé le mot diplômé à la suite de sa qualification d’architecte. Nous nous empressons de réparer cette omission.
- Renseignements. — M. Ë. M., à Jolibert. — Vous trouverez les ouvrages de M. A. de Rochas chez M. Chamuel, éditeur, 5, rue de Savoie, à Paris.
- M. L. B., à X. — Adressez-vous à la maison Billault, 20,
- rue de la Sorbonne, ou à la maison Fontaine, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- Un ingénieur, à Paris. — 1° L’expérience du propulseur à réaction de MM. Just Buisson et Al. Giurcu, qui fit deux victimes, eut lieu le 16 décembre 1886; nous en avons donné la description dans le n° 735, du 2 juillet 1887, p. 70. — 2° Nous avons annoncé UDe brochure sur ce sujet dans la bibliographie du n° 1228, du 12 décembre 1896.
- Un lecteur, à Montélimar. — 1* Nous n’avons pas encore décrit cette fabrication, car tous les détails n’en sont pas connus. — 2° et 3° Consultez la Boîte aux lettres du n° 1235, du 30 janvier 1897; la même réponse a été donnée.
- M. F. Teissère, à Mulhouse. — Nous ne croyons pas qu’il existe de loi à ce sujet.
- M. J. D., à Saint-Etienne. — Chauffage des maisons d’habitation : MM. Geneste et Herscher, 42, rue du Chemin-Vert; MM. Grouvelle et Arquembourg, 71, rue du Moulin-Vert, à Paris.
- M. G. K., & Lourdes. — Cette solution peut en effet convenir ; adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. A. Mathieu, à Reims. — La librairie Gauthier-Villars et fils a fait paraître Les rayons X et la photographie à travers les corps opaques, par M. Ch.-Ed. Guillaume.
- M. A. Maussas, à Bordeaux. — Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la librairie Aulanier et Cio, 13, rue Bonaparte, à Paris.
- Un lecteur, à F. — 1° La Société des machines magnéto-électriques Gramme, 20, rue d’Hautpoul, à Paris, construit des dynamos à manivelle qui donnent 25 volts et 5 ampères; c’est toute la puissance que l’on peut obtenir dans ces conditions. — 2° Les lampes de 8 bougies consommant 32 watts environ, vous ne pourrez alimenter à la fois que 4 lampes. — 5° Il vous faudra 12 à 14 accumulateurs d’une capacité plus ou moins grande, selon le nombre d’heures que vous désirerez fonctionner.
- M. Leroy Bernard, à X. — Un chimiste de fabrique peut seul vous donner ce renseignement.
- M. A. S., à Paris. — Pour cette carte de France, adressez-vous à l’ancienne maison Andriveau-Goujon, 4, rue du Bac.
- M. T. Tcherbakof, à Moscou. — Nous avons décrit un nouveau féculomètre daDS le n° 1202, du 13 juin 1896, p. 32;
- S tour tout ce qui concernait cet appareil, il fallait s’adresser à I. Allard, professeur départemental d’agriculture de la Haute-Saône, à Vesoul.
- M. J. de L., à X. — 1° Il se forme avec le sel et la neige un mélange réfrigérant qui fait fondre la neige, et abaisse la température ambiante. — 2° Dans le cas que vous mentionnez, il se produit une petite quantité seulement de mélange réfrigérant qui, en abaissant la température, empêche la glace de fondre.
- M. 0. Rappini, à Ferrovia. — Le cinématographe de 19 sous dont nous avons parlé dans le n“ 1253, du 16 janvier 1897, p. 110, se trouve chez M. Himy, 100, rue Vieille-du-Temple, à Paris, ainsi que nous l’avons annoncé en tête de la Boîte aux lettres du même numéro.
- M. P. M., à. Cholet. — Pour assourdir les étages d’une maison, on a essayé d’interposer des couches de tan dans les plafonds.
- Un abonné, à Anvers. — Nous pensons qu’il sera difficile de faire disparaître cette tache sur le marbre; vous pourriez cependant essayer une pâte formée de blanc d’Espagne et de chlorure de chaux.
- M. F. Mouliérac, à Mèze. — 1° Pour le tectorium, il faut vous adresser à M. E. Lambert, ingénieur, à Bar-sur-Aube. — 2° L’eau ozonée était en vente, au moment où nous en avons parlé, chez M. E. Genin, 50, rue de la République, à Lyon.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. le Dr du Sanatorium du Canigou. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux publiés dans notre article. — M. L. Garen, à Saint-Germain. Nous n’avons pas reçu votre Mémoire. — M. V. Piston, à Malzè-ville; M. Brasseur-Andries, à Gand. Vos lettres ont été envoyées aux adresses que nous connaissons. — M. Lebois, à Lille; M. D. R., Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et Cu. — M. G. Ledant, à Paris. Remerciements pour votre communication. — M. E. Bealin, à Paris. Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés. — M. Z. Vasselin, à Paris. 11 n’existe pas d’ouvragé spécial sur cette question; et ces détails nous sont inconnus. — M. Manuel Galinolie, à Valencia. Nous ne savons pas l’appareil dont vous voulez parler ; veuillez nous le désigner exactement.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- LA CHASSE AU LOUP ET AU SANGLIER. — Dessins et texte inédits de A. Robida
- 1. Le sang’ier déprédateur. Ébats en famille et repues franche»dans les champs de pomme de terre. — 2. Compère le loup. Pas assez rare encore dans certains pays où il continue à prélever de temps en temps une dîme sur les étables. — 3. Le lieutenant de louveterie est chargé, dans sa région, de la destruction des loups et autres bêtes nuisibles, et pour cet entretient une meute, organise les chasses à courre et les battues. — •i. Le coup de fusil du débutant. Un raté complet, par bonheur, car le sanglier, touché quelque peu, se serait retourné sur le maladroit. — 5. La fin d’un vieux sanglier. — 6. Tête aux chiens. Le sanglier forcé a le boutoir dur et découd quelques chiens avant de recevoir la balle qui met fin à la lutte, ou le. coup de. dague quand le veneur vient le servir au couteau. — 7. L’affût aux loups. Compère le loup, très rusé et pourvu de jarrets d’acier, fatigue ou trompe souvent chevaux et chiens. L'affût et les pièges en ont plus facilement raison. — 8. Une battue. La fuite sous le feu des tireurs embusqués.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- COURS ET CONFÉRENCES
- Conférences de l’Association française pour l’avancement des sciences.
- L’Association française pour l’avancement des sciences, dont le président est M. Ë. Marey, membre de l’Institut, vient d’organiser, comme les années précédentes, une série de conférences des plus intéressantes. Quelques-unes de ces conférences ont déjà eu lieu ; mais nous donnons le programme en entier : 21 janvier. — M. L. de Launay. — Le Transvaal et ses mines d'or (avec projections).
- 28 janvier. — M. Hourst. — Du Sénégal au Dahomey (avec projections).
- 4 février. — M. L. Béguin. — La locomotion automobile (avec projections, par M. La Valette).
- 11 février. — M. Julien Lefèvre. — L’acétylène, propriétés,
- applications industrielles (avecprojections et expériences). 18 février. — M. L. Augé de Lassus. — Les grands sanctuaires de la Grèce : Delphes, Eleusis, Epidaure, Olym-pie, d'après les fouilles récentes (avec projections).
- 25 février. — M. le Dr Gilles de la Tourette. — Mesmei' et la caricature au dix-huitième siècle (avec projections).
- 4 mars. — M. C. M. Gariel. — La vision et la photographie par les rayons Rôntgen (avec projections et expériences). 11 mars. — M. H. Cuénot. — Excursion dans le Valais •' Val d’Anniviers, Evolena, Grand Saint-Bernard (avec projections).
- 18 mars. — M. Jacques Passy. — L’industrie des parfums, (avec expériences).
- Ces Conférences ont lieu à 8 heures et demie du soir au siège de l’Association, à l’Hôtel des Sociétés savantes, 28, rue Serpente, à Paris.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Rare Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" Février . 0®,9 S. S. E. 3. Couvert. 3,2 Beau à 1. ; couvert ensuite; pluie plus de la moitié du temps, mêlée d’un peu de neige à 7 h.
- Mardi 2 10® ,4 S. W. 4. Couvert. 9,0 Couvert ; pluie jusqu’à 8 h. ; halo.
- Mercredi 3 8°,2 W. 2. Couvert. 0,4 Presque couvert ; quelques petites averses.
- Jeudi 4 5°,5 S. 2. Couvert. 0,1 Presque couvert.
- Vendredi 5 7®,1 S. E. 2. Couvert. 1,4 Couvert jusqu’à 19 h.; éclaircies ensuite; gouttes ou pluie à diverses reprises.
- Samedi 6 7»,3 S. W. 3. Couvert. 2,5 Couvert; pluie de 12 à 17 h. 30.
- Dimanche 7 4®, 8 W. 3. Couvert. 3,4 Couvert ; éclaircies à 8 h. et de 13 à 15 h.
- FÉVRIER 1897 — SEMAINE DD LUNDI 1er AD DIMANCHE 7 FÉVRIER
- La courbe supérieure indique lu nébulosité de 0 à 10 : les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques Ibaromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc-Saint-Maur en janvier 1899
- par M. E. Renou.
- 1 Moyenne barométrique à midi, 754“”,33. Minimum 736“”,81 le 22 à
- 2 heures du soir. Maximum 771““,33 le 2 à 11 heures du matin. Moyennes thermométriques : des minima 0®,21 ; des maxima 4°,55,‘ du
- mois 2°,38; moyenne vraie des 24 heures 2®,23. Minimum —6°,8 le 23 vers 1 heure du matin. Maximum 11°,9 le 8 à 1 heure du soir. Il y a eu 16 jours de gelée dont 11 consécutifs du 20 au 30 ,et 3 jours sans dégel, de plus 6 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 4““,70 ; la moindre 2"",0 le 24 à 9 heures du matin; la plus grande 7*“,9 le 8 à 2 heures du soir. Humidité relative moyenne 85; la moindre 47 le 28 à 2 heures du soir; la plus grande 100 en 10 jours. Nébulosité moyenne 82 ; pas un seul jour beau ; 3 jours de petit brouillard.
- Pluie et neige 41“”,7 en 80 heures un quart réparties en 16 jours dont 9 jours de neige. Il y a eu de plus 2 jours de petite neige et 4 jours de gouttes qui n’ont pas marqué au pluviomètre. 1 jour de grésil le 25. Le 22 janvier la neige a couvert le sol d’une petite couche de 0“,03 qui s’est accrue jusqu’à 0",04 les jours suivants. Elle a disparu ensuite progressivement du sol le 30 et le 31.
- Vents de nord-est à nord-ouest très dominants ; puis de sud à sud-est. Le vent a été du nord fort le 24 de 1 heure à 8 heures du matin.
- Température moyenne de la Marne, 3®,88; elle avarié de 1®,19 le 30 à 5®,45 le 14. Trouble au commencement du mois et claire à la fin, elle a baissé d’un mètre dans le même intervalle.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de janvier 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 6“*,61 ; thermomètre plus haut de 0®,43 ; tension de la vapeur moindre de 0““,09 ; humidité relative moindre de 3; pluie plus forte de 7““,7 ; nébulosité plus grande de 12.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 1er, à 8 h. 25 m. dj soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —®— M. le Président de la République a visité le 10 février dernier l'Institut Pasteur; il a parcouru tous les laboratoires,accompagné par M. Duclaux, et MM. Roux, MetchnikofF, Marmoreek, etc. M. F. Faure s’est montré très satisfait des détails qui lui ont été donnés sur la fabrication des vaccins et notamment sur le vaccin antipesteux. 17 chevaux sont immunisés à Villeneuve-1’Etang et tout prêts à fournir de grandes quantités de sérum contre la peste. M. Roux a fait remarquer à ce propos que le microbe de la peste était tué par une simple solution d’acide phénique.
- —La crue de la Seine a repris depuis quelques jours avec une grande intensité. Nous avions fait remarquer en novembre dernier que les crues d’automne étaient très rares et peu graves, mais que si la saison restait pluvieuse, nous aurions encore, fin janvier ou février, des crues plus importantes. L’événement a confirmé la prévision. La crue de la Seine est devenue désastreuse. Le niveau des eaux s’est élevé le 15 à 6m,60 au Pont-Royal. Le fleuve déborde en amont et en aval sur de larges étendues. Les curieux sont venus en grand nombre voir au bois de Boulogne l’inondation, qui a envahi les berges de la Seine sur plusieurs centaines de mètres de largeur, de la porte de Saint-Cloud à la porte de Suresnes. Les chalets du bord de l’eau ont leurs jardins dans l’eau ; on ne peut y entrer qu’en bateau ou sur des passerelles. Les pelouses basses de Longchamp sont aussi inondées. Il en est de même au Point-du-Jour et à Autcuil.
- —A Angers, la levée de Saint-Florent, une des plus im-
- fiortantes parmi les digues destinées à protéger les riverains de a Loire contre les inondations, s’est rompue le 1 ‘2 février vers 41 heures du malin. La Loire se divise à Saint-Florent en deux bras séparés par l’ile Batailleuse; le plus petit est séparé de la vallée par une digue qui s’étend sur une longueur de quatre lieues, de Saint-Florent à Montjean ; c’estcette digue, épaisse de huit mètres, en terre, qui a crevé. Au moment où l’accident s’est produit, trois ouvriers bouchaient, sur la rive gauche de la Loire, une fissure; ils sentirent le sol céder. Chacun s’enfuit au plus vite. L’alarme était donnée aussitôt. Le tocsin sonnait. La cassure a d’abord été très petite, un mètre à peine ; l’eau a coulé faiblement dans la vallée, dont les habitants qui l’ont vue venir ont eu le temps de déménager leur mobilier et de sauver leurs bestiaux. Bientôt la fissure s’est élargie et la Loire s’est précipitée en (lots tumultueux, courbant et brisant les arbres, inondant sur une longueur de plusieurs lieues les vallées de Saint-Florent, Saint-Laurent et du Mesnil. Actuellement, la cassure, très nette, comme faite au couteau, a une largeur de 400 mètres environ. Un véritable torrent s’y engouffre. Il était 4 heures lorsque l’eau est parvenue à Montjean, dont les habitants avaient eu le temps de se retirer. Aussitôt après la rupture les eaux ont baissé en aval d’environ 50 centimètres.
- —La peste aux Indes. La situation reste stationnaire à Bombay. Malgré les bruits répandus, aucun cas de peste ne s’est produit à Calcutta. La nouvelle de son apparition près de Dacca est «gaiement dénuée de fondement. Nul cas n’est signalé sur aucun point de la frontière de l’Afghanistan.
- —@— Une exposition internationale aura lieu à Bruxelles du "24 avril au 15 novembre 4897.
- —L’explorateur norvégien Nanscn a fait, le mardi 9 février, à F Albert-Hall, à Londres, en présence de 10 000 personnes, sa première conférence. Le prince de Galles et le duc d'York y assistaient. 31. Nansen a fait le récit de son voyage. Le prince de Galles lui a remis une médaille en or que la Société royale de géographie -a fait frapper à son intention. M. Nansen donnera encore en Angleterre 46 conférences. En quittant l’Angleterre, le célèbre explorateur se rendra en Allemagne et en Russie. 11 viendra ensuite à Paris, puis, après s’être reposé pendant les mois d’été dans sa maison de
- Lysaker qu’il fait agrandir, il ira avec sa femme aux États-Unis, où il doit donner dans diverses villes une série de cinquante conférences. De retour dans son pays, Nansen doit se livrer à une étude plus complète des mers qui s’étendent entre le Spitzberg et le Groenland, en vue d’enregistrer leurs températures et de les comparer à celles des mers que le F ram a traversées dans son voyage de dérive. On dit qu’il a abandonné toute idée d’atteindre le pôle, bien qu’il croie toujours que cela soit possible, et considère que dans son voyage il a réuni tous les documents qui permettent de fixer les principales conditions scientifiques de la région polaire.
- —©— On signale, dans les environs de Béziers, un phénomène viticole qui ne manque pas de pittoresque. Il paraît qu’un bourgeon de vigne, avec ses feuilles, pousse malgré le froid, le vent, la neige, en pleine terre. Il mesure déjà plus d’un mètre de longueur.
- —L’Université de Paris arbore son enseigne. On a disposé sur les bâtiments de l’Ecole pratique de médecine des lettres d’or superbes formant ces mots : Faculté de médecine — Université de Paris — Ecole pratique. L’Ecole de droit, la Sorbonne, l’Ecole de. pharmacie, etc., recevront à leur tour l’enseigne dorée.
- —Une intéressante lutte de marche a eu lieu les 6, 7 et 8 février à Nice, entre Gallot, le célèbre marcheur, et deux chevaux choisis parmi les meilleurs. Gallot avait parié de fournir une marche de cinquante heures consécutives et de faire plus de kilomètres qu’un cheval pendant le même nombre d’heures. M. Audon, directeur de l’Agence hippique de Nice, avait parié le contraire. L’enjeu était de deux mille francs. 31. Audon avait choisi ses deux meilleurs chevaux pour les opposer à Gallot. La course a commencé le samedi 6 février et s’est terminée le lundi 8 février. Vers le milieu de la course un des chevaux était fourbu et refusait de marcher. Il paraît même que l’animal est mourant à la suite de l’excès de fatigue qu’il a eu à supporter. L’autre cheval a tenu bon. Mais Gallot est sorti victorieux. Après les cinquante heures de marche, il avait fait 2782 tours de piste et parcouru 278km,200. Le cheval restant n’avait que 2354 tours et parcouru que 277km,440.
- —%— A choses nouvelles, il faut des mots nouveaux. Le mot cependant peut être parfois plus vieux que la chose, même lorsqu’il s’agit d’une invention. Par exemple téléphone et microphone. Quelle est l’origine de ces mots si bien entrés dans la science et dans les usages actuels? D’après M. Thomas D. Lockwood, le mot microphone a été employé pour la première fois en 4827 et appliqué à un instrument mécanique, imaginé par Wheatstone et décrit par lui dans le Quarlerly Journal of Science. Le microphone avait pour but de rendre perceptibles les sons les plus faibles. Le mot téléphone remonte à 1845. Il était donné à un appareil imaginé par le capitaine John Taylor, « un instrument puissant destiné à transmettre des signaux, pendant le brouillard, à l’aide de sons produits par Pair comprimé traversant des trompettes ». En 1854, le même nom a été appliqué au système de langage musical imagine par Sudre. Les découvertes de ces dernières années ont singulièrement modifié et précisé le sens de ces deux mots.
- —LiElectricien rapporte un fait amusant d’après un journal d’Ecosse : Il y a quelques jours, M. Whyte, caissier de la Banque nationale à Antruthcr, dans lé comté de Fife, laissa par inadvertance son chien à la Banque, lorsque, son travail fini, il regagna ses pénates. Il se trouvait déjà à une distance de plusieurs kilomètres, lorsqu'il pensa à son toutou. Poussé par une inspiration subite, il se rendit au premier bureau téléphonique, à Pittenwum, et se mit en communication avec la Banque d’Antruther. « Hallo, hallo! C’est moi, Whyte. Est-ce que mon chien Black n’est pas resté au bureau? — Oui, il est encore ici. — Ail right! Mettez-ie en communication avec moi. » On approcha le tuyau acoustique de l’oreille du chien. Le maître siffla, héla le toutou : « Corne here!Black, corne here! » Le chien jappa, gratta contre la porte et bientôt se précipita dans la rue. Une heure après, Black était rentré au chenil.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La jumelle de poche se trouve chez M. Louis Huet, opticien, 114, rue du Temple, à Paris.
- Communications. — M. F. Bracomir, à la Costerie, par Neuville-en-Coudray, nous adresse la description d’un frein à contrepoids pouvant s’adapter aux machines d’extraction dans les charbonnages. Cette invention a pour objet une plate-forme mobile qui s’abaisse par le poids du mécanicien et ouvre les soupapes de vapeur, mais qui se relève, ferme toutes les soupapes et met en marche automatiquement le frein, lorsque le mécanicien quitte la plate-forme. L’absence momentanée ou intempestive de celui-ci peut en effet être une cause de catastrophe dans les installations dont il est question.
- M. le Dr J. Roulliès, à Agen, nous signale un phénomène météorique très intéressant dont il a été le témoin : « Le 31 janvier, nous dit-il, vers 6h 35* du soir, me trouvant sur le plateau
- ui couronne la colline de Saint-Cirez, près Agen, à 172 mètres
- 'altitude, il m’a été donné d’être témoin de la chute d’un magnifique bolide. L’apparence du phénomène était la suivante. Vers l’orient, à environ 3° au-dessus de l’horizon, j’ai d’abord aperçu comme une fusée s’élançant horizontalement d’un nuage dans la direction du nord au sud. Vers le milieu de son parcours, remarquablement rectiligne, le trait de feu s’est transformé en trois boules lumineuses; la première rouge intense, la seconde vert émeraude très brillant, et la troisième d’un beau violet. La seconde boule verte a décrit, presque aussitôt parue, une parabole et m’a semblé tomber, tandis que les deux autres continuaient leur trajectoire en ligne droite, puis brusquement elles ont disparu toutes ensemble. J’estime la durée du météore à deux ou trois secondes environ. Le ciel était encore très couvert du côté de l’orient et la grande tempête d’ouest qui sévissait depuis le matin avait pris fin, à Agen, vers les 3 heures. »
- M. le maire de la ville de Bourges nous fait savoir qu’une exposition nationale des beaux-arts aura lieu dans cette ville du 15 mai au 15 juillet 1897. Une section est réservée à la photographie.
- M. le colonel Van Bever, à Anvers, nous adresse un Mémoire contenant quelques considérations sur les forteresses à grand développement. Dans cet opuscule, l’auteur examine les meilleures conditions dans lesquelles il faut se placer et présente diverses observations d’un grand intérêt.
- M. le président de la Société française de photographie, à Paris, nous envoie une Note nous informant que cette Société va organiser un enseignement supérieur de la photographie. Le cours doit ouvrir prochainement ; on trouvera le programme détaillé des leçons au siège de la Société, 76, rue des Petits-Champs, à Paris.
- Renseignements. — M. Felice Prefuno, à Cuneo. — Dans notre description du moteur du tricycle de Dion (ne 1228, du 12 décembre 1896, p. 17 ), leflotteurF nesert qu’à faire voirie niveau de l’essence de pétrole. La lame L est mobile, elle peut se remonter ou se descendre à volonté pour que l’air arrivant par le tube T' vienne lécher plus ou moins près l’essence; la distance se règle par tâtonnements suivant la température, la qualité de l’essence, l’épuisement du réservoir, etc.
- M. A. Garrett, à Coimbra. — 1° Vous trouverez divers traités de chimie à la librairie Masson et C'\ à Paris. — 2° On désigne en général jusqu’ici l’argon par les deux premières, lettres Ar.
- M. J. Haguet, à Paris. — Aucun détail sérieux n’a été donné sur çette pile merveilleuse, à laquelle nous ne croyons pas beaucoup.
- M. C. Henry, à Namur. — 1° Parmi les ouvrages de ce genre, nous pouvons vous citer Consultations médicales de Grasset, 4 francs, ou le Dictionnaire usuel des sciences médi-
- cales, 21 francs, à la librairie Masson et Cie. — 2° Vous trouverez divers ouvrages de Pasteur, à la librairie Gauthier-Villars et fils. — 3° U faudrait connaître la nature de l’application et le détail de votre brevet pour pouvoir vous répondre.
- Un abonné, à Dreux. — Pupitres à pied pour musique : M. P. Colas, 22, rue Baurepaire; M. G. Gay, 62, rue de Sain-tonge ; M. E. Muller, 66, rue de Bondy, à Paris.
- M. P. Burgue, à Arreau. — Les diverses brochures que nous avons annoncées se trouvent soit à l’Association française pour l’avancement des sciences, 28, rue Serpente, soit au Club alpin français, 30, rue du Bac, à Paris.
- M. Villemey, à Paris. — Le Dr Nicolas aîné, luthier à Mire-court, a fait ses meilleurs violons vers 1820 à 1850; ces violons avaient une réelle valeur.
- M. E. Roux, à Neuilly-le-Réal. — i° Oui, cette bobine peut être utilisée. — 2° Nous avons donné plusieurs adresses dans notre dernière Boîte aux lettres. — 3° Voyez à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. L. Vanvincq, à Audruicq. — Nous partageons votre avis; en prenant les précautions nécessaires, ces œufs ne présenteraient aucune anomalie.
- M. A. C. L., à Lorient. — 1° Cette application pourrait être intéressante. — 2° Voyez Les Moteurs, par J. Lefèvre, à la librairie J. Baillière, à Paris.
- M. H. B., à Paris. — Demandez ces ouvrages à la librairie Michelet, dont l’adresse a été donnée plus haut.
- Un abonné, en Russie. — 1° Nous avons décrit le phonographe Lioret dans le n° 1176,du 14 décembre 1895, p. 28.— 2° L’appareil le mictophonographe, dont il est question dans le n° 1236, du 6 février 1897, p. 145, réalise en partie les conditions que vous demandez.
- M. J., au Havre. — Nous croyons qu’il sera difficile d’éviter l’humidité ; peut-être pourriez-vous essayer une dissolution de sulfate de cuivre.
- M. Ch.-J. Condor, à Alexandrie. ’— 1° Votre lettre a été transmise à la librairie. — 2° Remerciements pour votre photographie, que nous ne pouvons utiliser.
- M. Ricardo A. Reyes, à Manila. — Nous ne savons pas le produit que vous voulez désigner. Il en a peut-être été fait mention dans les annonces. Dans ce cas il faut vous adresser a l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. G. Arié, à Smyrne. — La Revue d’hygiène, à la librairie Masson et Cio, vous conviendra parfaitement.
- M. V. Bordoni, à Pavie. — Nous avons décrit plusieurs machines à écrire ; nous ne savons pas celle dont vous voulez parler.
- M. L. P., à Paris. — II faudrait faire un grand nombre d’essais de laboratoire pour pouvoir vous répondre ; adressez-vous à un chimiste.
- M. A. Olivier, à Paris. — Nous ne connaissons pas d’appareil spécialement établi dans ce but.
- Un abonné, à Chaponval. -— 1° La librairie Masson n’a pas; la collection de La Nature d’occasion ; c’est à vous de la chercher chez un libraire. — 2° Dés trépieds de ce genre doivent se trouver chez les fabricants de lunettes marines.
- M. L. Richardet, à Chaux-de-Fonds. — L’adresse de M. Guillaume est au Bureau international des poids et mesures à Sèvres (Seine-et-Oise).
- M. Hagen, à Gand. — M. Berthelot a en effet réalisé la synthèse de la benzine par la condensation de l’acétylène sous l’influence de la chaleur. Pour réaliser l’expérience, il suffit de chauffer de l’acétylène dans un tube recourbé et que l’on a recouvert d’une toile métallique à l’endroit exposé à la flamme. Nous ne pensons pas que ce procédé soit encore utilisé industriellement pour la fabrication de la benzine.
- M. L. Biaille, à Chemillé. — Le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et C‘% contient les renseignements nécessaires pour construire soi-même une: petite machine dynamo.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. le comte de Pralormo, à Pralormo (Italie). Nous ne connaissons pas d'application pratique de cet appareil. — M. Bühler, à Chaux-de-Fonds. Nous-n’avons pu avoir 1 adresse du fabricant. — M. L. D., à Lille. Pour effectuer ces recherches, il faut vous adresser à une agence de brevets. — M. G. R., à Lyon. Il est d’abord nécessaire d’établir tous les , plans complets de votre machine; ensuite vous construirez une ma-' chine d’essai que vous expérimenterez. — M. C. T., à Seurre. Nous ne croyons pas que les expériences en question aient donné les résultats merveilleux qui ont été annoncés. — M. Ch. Mercier, à Cha-renton. Nous allons nous occuper de cet article. — M. E. Hoo-rickx, à Bruxelles. Nous n’avons trouvé aucune adresse de fabricant.
- Dans la « Botte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-i seianements gui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- HYGIÈNE ET SANTÉ
- La gélante. — Bien des personnes atteintes d’affections cutanées supportent mal les,applications de pommades, quelques-unes manifestent pour ces onctions, qui doivent être parfois étendues à une grande partie du tégument, une répugnance invincible. Un dermatologiste célèbre, le Dr Unna, a imaginé des pansements avec un vernis spécial qui permet l’incorporation d’à peu près toutes les substances médicamenteuses et qui peut, de ce fait, recevoir des applications très nombreuses. Il a associé pour cela la gélatine et la gomme adragante, d’où le nom abréviatif de gélante. La préparation en est un peu délicate. Il faut préparer d’abord un mucilage de gomme adragante en laissant bien gonfler les fragments, pendant une période prolongée dans l’eau froide; le mucilage compact une fois obtenu est soumis g la vapeur d’eau, puis passé par expression à travers un tamis de mousseline. La gélatine est traitée, de même, par une dissolution où mieux une digestion à froid, un passage à là vapeur d’eau pour enlever une partie de ses propriétés. Les deux mucilages sont alors mélangés, passés à la mousseline et additionnés d’une faible quantité de glycérine. Pour prévenir l’altération par les moisissures, on ajoute une petite proportion, 2 pour 100, d’ichthyol et un peu d’eau de roses commë parfum. Ce mélange, amsî'"préparé, peut alors être additionné d’une foule de médicaments solubles et insolubles. On peut même y incorporer des corps gras, en les émulsionnant au préalable. Ce vernis, une fois appliqué tel quel, à froid, sur la peau, forme un enduit lisse qui sèche rapidement et a une action lénitive, adoucissante, en dehors de toute adjonction d’autre corps. Dr X.
- La jacinthe et l'eczéma. — La jacinthe, qui se cultive si gentiment, dans une carafe, avec un peu d’eau changée tous les deux ou trois jours, a été condamnée à la dernière réunion de la Société linnéenne de Londres comme une plante dangereuse. Non point qu’elle soit toxique et à mettre sur le même rang que la belladone, la digitale et autres solanées contenant les poisons les plus- violents. La jacinthe est nocive surtout pour les jardiniers qui manient les bulbes, les nettoient, les parent pour la vente. D’après les recherches du Dr Morris, on verrait survenir fréquemment chez ces personnes des irritations de la peau des mains et des bras, d’apparence eczémateuse, avec rougeur et vives démangeaisons. Les écailles de bulbe, fraîches ou sèches, ont le même inconvénient, et la variété qui le présenterait au plus haut degré serait la jacinthe romaine, variété Albulus. Dr X.
- Le corset. — Le corset rationnel de M“9 Gâches-Sarraute a eu encore à l'Académie de médecine les honneurs de la discussion. M. Laborde, chef des travaux physiologiques de la Faculté de médecine, a présenté à l’examen de ses collègues trois superbes radiographies, de grandeur presque naturelle, toutes relatives à l’influence du port du corset. Déjà, la reine de Portugal, qui suit de près le mouvement scientifique, avait pris des radiographies des dames de la Cour et mis en évidente les déformations dues au corset. Les nouvelles épreuves ont été obtenues parles docteurs Oudin et Barthélemy. La première épreuve montre, vu de prolil, le corps d’une femme sans corset. Elle porte habituellement le corset du modèle courant. L’abdomen est proéminent vers la partie inférieure. La région épigastrique est déprimée. La seconde représente la même femme avec son corset ordinaire. Le creux épigastrique est plus accentué en raison de la pression qu’il subit. Cette pression se manifeste sur tou te la partie' supérieure dè la ca vité abdominale èt refoule en avant et en bas les viscères qu’elle contient. L’abdomen est augmenté de volume au-dessous du bord du corset. La paroi abdominale est distendue. La troisième épreuve montre la même femme ayant substitué, séance tenante, au corset ordinaire un corset construit suivant les données exposées, l’an dernier, par Mm0 Garches-Sarraute dans sa communication à l’Académie, et qui se contente de reposer sur les hanches sans comprimer la région abdominale C’est presque un simple bandage qui se moule à partir des hanches sur l’abdomen. Dans ce cas, le creux épigastrique a disparu et l’abdomen n’est plus proéminent. 11 s’est fait, pour ainsi dire, un nivellement général. L’estomac est placé au-dessus du bord supérieur du corset, immédiatement au-dessous du diaphragme. 11 est maintenu dans cette position par le corset, qui emboîte le ventre et lui sert de soutien. La ligne correspondant à la taille se trouve au-dessous de la grande courbure de l’estomac et non au-dessus comme dans les cas ordinaires. Ces preuves mettent bien en évidence l’influence du corset sur les parois abdominales et les viscères.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- La conservation de la couleur des préparations anatomiques. — On se trouve en présence d’une difficulté particulièrement grande pour conserver la couleur primitive aux préparations anatomiques et aux pièces diverses qu’on veut garder dans les musées médicaux. De nombreux efforts ont été poursuivis dans ce but, mais l’on n’est pas arrivé encore à trouver le liquide voulu, et l’insuccès est complet surtout pour les poumons et le cerveau. Le Dr C. Kaiserling vient d’annoncer qu’il a enfin trouvé le moyen cherché, ou du moins qu’il a obtenu des résultats fort encourageants. L’organe qu’on veut conserver est d’abord placé dans une solution faite d’après la proportion suivante : 750 centimètres cubes de formaline, 1000 centimètres cubes d’eau distillée, 10 grammes de nitrate de potasse et 30 d’acétate de potasse. Bien entendu, on dispose l’organe de manière qu’il garde autant que possible sa forme primitive, il faut qu’il baigne dans une grande masse de liquide. La solution ne prend aucune couleur et peut servir successivement pour un grand nombre de spécimens. Pour n’importe quel tissu, il suffit d’une immersion de vingt-quatre heures, mais on peut doubler ce temps sans aucun inconvénient. On place ensuite l’organe pendant douze heures dans de l’alcool à 80 pour 100, puis, pendant deux heures, dans de l’alcool à 95 pour 100; enfin on le conserve définitivement-dans un mélange de glycérine et d’eau en parties égales, avec addition de 30 parties d’acétate de potasse. Pour les tissus 1res délicats, comme ceux de l’intestin, le liquide conservateur le meilleur-sera formé d’un mélange en parties égales d’eau et de glycérine, auquel on aura ajouté une partie d’alcool absolu pour dix parties du mélange. Le Dr Kaiserling obtient ainsi la conservation de la coloration naturelle du sang, même en cas de congestion, et la transparence de tous les organes, ce qui est fort important pour les examens pathologiques ; le cerveau reste tel quel avec toutes les particularités maladives ou autres qu’il peut présenter. Dans les nodules de tubercules, on retrouve la substance caséeuse du centre et les différentes zones nettement déterminées; tout demeure intact et le procédé semble du plus réel intérêt. D. B.
- Compositions pour papiers imperméables. — Le professeur Alfred Ilaussner nous entretient, dans Dinglers Polytechnisches Journal, de la question des papiers imperméables à l’eau. Une composition indiquée par The World's Paper Trad Review consiste en 100 parties de glucose, 100 parties d’acide acétique concentré, 10 parties de glycérine et 25 parties d’ammoniaque. On fond le glucose à douce chaleur, on abandonne au refroidissement jusqu’à 38°, puis on y ajoute la glycérine et on agite vivement pendant un quart d’heure environ, ensuite on y incorpore lentement l’acide acétique et l’ammoniaque en continuant à bien agiter. On ajoute à la pâte de papier environ un • dixième de cette mixture pour obtenir un papier imperméable. Cette composition comporte également l’association soit avec des résines, soit avec le sulfate d'alumine, mais elle a l’inconvénient de communiquer pas mal de raideur au papier. La composition de Nolon comprend 50 pour 100 de colle forte associée à de l’huile de lin, 20 pour 100 de résine en solution dans la térébenthine et 30 pour 100 d’asphalte. Auguste Hansel de Leisxvitz ajoute à une solution de colle du tungstate de. soude, puis précipite soit avec du tannin, soit avec un sel d’alumine quelconque. La masse insoluble obtenue est fondue à chaud et additionnée de glycérine, de sirop de sucre, de graisse, de caoutchouc et de gulta-percha. Suivant la proportion de matières, on obtient une masse plus ou moins souple. D’après les indications de Thomas A. Edison, le papier encollé ou non se transforme par le traitement à l’acide fluorhydrique en une masse souple et imperméable. Par compression des feuilles ainsi traitées on obtient un produit ressemblant au caoutchouc vulcanisé.
- Imitation de l'essence de rose. — Otto Yerley a fait breveter en Allemagne une préparation destinée à remplacer l’essence de rose. Son procédé consiste à traiter au sodium l’essence de géranium, en présence de chlorure de butyle ou de valéryle en solutions éthérées. On prend 250 grammes de sodium pour lk*,500 d’essence de géranium, 1 kilogramme de chlorure de butyle et 10 kilogrammes d’éther ne renfermant absolument pas d’eau. Après lavage, puis après distillation de l’éther, on obtient par distillation fractionnée un liquide incolore, bouillant à 145-140° sous une pression de 10 millimètres,
- , doué d’une odeur se rapprochant fort de celle de l’essence de ; rose.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- • ^ BIBLIOGRAPHIE
- Chimie des matières colorantes artificielles, par A. Seyewetz, .. chef des travaux de l’Ecole de chimie industrielle de Lyon, et . P. Sisley, chimiste-coloriste. Quatrième fascicule : Matières colorantes dérivées de la quinone-imide. — Matières colo-. vantes dérivées de ïindigoline, oxycétones et xanthones, pages 573 à 656. i vol. in-8°. Masson et Cie, éditeurs. — Paris, 1897. Prix : 6 francs.
- Recueil de procédés de dosage pour l’analyse des combustibles, des minerais de fer, des fontes, des aciers et des fers, par G. Arth, professeur de chimie industrielle à la Faculté des sciences de Nancy. 1 vol. in-8°. Georges Carré et C. Naud, éditeurs, 1897. — Paris. Prix : 8 francs.
- Annales de l’Institut national agronomique. Administration, enseignement et recherches. Ministère de l’Agriculture. N» 14, 16e année, 1891-1892. 1 vol. in-8°. Berger-Levrault et Cio, libraires-éditeurs. — Paris, 1896.
- La nature et la vie, par G. Viaud. 1 vol. in-16. —Paris, 1897. Prix : 3 fr. 50.
- Une grotte curieuse à Samt-Cézaire (Alpes-Maritimes). — Po-nadieu et les environs de Saint-Vallier-de-Thiey (Alpes-Maritimes). — Quelques dates de l’hydrologie locale. — Amusettes étymologiques provençales, par le Dr Adrien Guébhard, professeur Agrégé de la Faculté de Paris, à Saint-Vallier-de-Thiey, 1896.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION BT FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 février . . 2°,2 N. W. 2. Couvert. 0,0 Nuageux de 10 à 21 h. ; couvert avant et après ; halo.
- Mardi 9 5°,1 S. 3. Couvert. 0,4 Couvert ; pluie la moitié du temps; gelée blanche.
- Mercredi 10 ... . 8°,5 S. S. W. 2. Couvert. 3,4 Couvert, sauf quelques éclaircies ; bruine jusqu’à 7 h. et après 21 h.
- Jeudi 11 8°,9 S. W. 2. Couvert. 5,4 Couvert ; pluie les trois quarts du temps.
- Vendredi 12 ... . 8°,0 N. N. E. 2. Couvert. 6,3 Couvert; gouttes ou bruine le tiers du temps.
- Samedi 13 6°,5 S. E. 1. Couvert. 0,2 Couvert ; gouttes à diverses reprises.
- Dimanche 14. . . . 8°,8 W. 2. Couvert. 0,3 Très nuageux de 10 à 15 h. ; couvert avant et après ; pluie fine de 7 h. 30 à 8 h.
- FÉVRIER 1897 -- SEMAINE Dü LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 FÉVRIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent i courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Crue» e»^inondations. — A la suite des pluies continuelles qui ont eu lieu depuis le commencement du mois de lévrier, on a eu à enregistrer en province une série de crues et d'inondations. Le 5 février, à Besancon le Doubs a inondé la place du Marché ; l'étiage a été de 7”,55, mais le 4’février les eaux ont baissé de 20 centimètres par heure. Le 8 février la Dordogne, à Bergerac, a subi une crue exceptionnelle, a inondé les chemins de halage et les quais et a causé diverses inondations près de la gare • le 9, la crue était terminée. Le 8 février également, la crue du Rhône ’se faisait sentir. A Beaucaire, l'étiage marquait 5",20, à Aramon, 5» 10. A Pont-Saint-Esprit les routes étaient couvertes par les eaux et le service s’y faisait par bateaux. A la même date, le Rhône montait à Tarascon et à Avignon, où il mondait les îles Barthelasse et Piot, ainsi que les allées de Loulle. On a également signalé des crues de l’Adour à Dax, de la Loire à Nantes et de la Charente à Angoulème. A Nantes, un grand nombre d’ouvriers ont chômé plusieurs jours par suite de l’arrêt des travaux dans les usines proches du fleuve, qui ont été envahies par les eaux. A Angou-lême le quai du faubourg Saint-Cybard et celui du port Lhoumeau ont été envahis ainsi qu’une immense surface de terrain. La route d’Angoulême à Roflit a été recouverte sur deux points, en deçà et au delà du pont du Gond, où un service de bateaux a dû être organise pour les piétons.
- A Paris et dans la baulieue, après être restee stationnaire, ou ne subissant que de faibles variations, la Seine a repris depuis le 10 février son mouvement ascensionnel. La hausse a été surtout sensible sur la Marne, où des remises de bachotage ont été organisées à Joinville et à l’île de
- l’Ermitage. La rue du Perreux et la rue du Bac, au Perreux, ont été entièrement sudmergées; l'usine à gaz de Bry-sur-Marne a été envahie par les eaux et la ville a été privée de lumière. Dans la traversée de Paris, tputes les berges et les bas-ports ont été envahis et l’on a dû reculer encore les marchandises qu’on avait déjà garées. On a installé un service de bachotage à Auteuil. A Gennevilliers, la digue qui protège la plaine a été atteinte par les eaux, et on a dû installer sur ce point une surveillance de jour et de nuit. La persistance des vilains temps a aggravé la situation, et la crue de la Seine a causé divers ravages. Les affluents ont subi également de grandes crues. Dans la nuit du 12 au 13 février, le niveau du fleuve ne s’était élevé que de quelques centimètres, et les cotes marquaient, dans l’après-midi : 5”,10 au pont d’Austerlitz, 4“,95 au pont de la Tournelle, 6m,05 au pont Royal, 5”,69 à Bezons. 11 y a eu une forte montée de l’Yonne et du Grand-Morin. Le 15 février, la Seine a atteint 5“,60 au pont d’Austerlitz; 5“,50 au pont de la Tournelle; 6”,60 au pont Royal et 6”,30 à Bezons. A Corbeil, un chaland est venu se briser contre une des piles du pont; à Choisy-le-Roi, on n’a eu que le temps de faire évacuer une maison minée par les eaux. Près de Saint-Denis, on a fait évacuer un grand nombre de maisons dont quelques-unes menaçaient ruine. En aval de Paris, Auteuil, Gennevilliers, Colombes, Nanterre, ont été partiellement inondés.
- Tremblement de terre. — Une secousse de tremblement de terre, qui a duré huit secondes, a été ressentie à Messine le 12 février, un peu après minuit. Elle a été également ressentie à Catane, Minée, Oppido-Mamer-tina, Syracuse et Reggio de Calabre.
- PHASES DE LA‘LUNE : P. Q. le 9, à 7 b. 55 du soir.
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- N° 1239 (27 fèorier 1897), du Journal « LA NATURE »
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur eu chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- -®— Depuis lundi 15, la Seine à Paris est en décroissance. Dès le mercredi, la cote au pont Royal n’était plus que de om,95. Le jeudi 5m,15. Le lendemain 21, les quais à Paris étaient encore sous l’eau. Au moment où paraissent ces lignes, le fleuve est rentré à peu près dans ses limites normales et la navigation a repris son cours.
- —®— Les journaux quotidiens ont annoncé qu'un coin servant à la frappe de la médaille commémorative en l'honneur du Tsar et de l’Impératrice de Russie venait d’étre brisé. Cet accident est en effet survenu dans les premiers jours du mois de février et sera bientôt réparé. La fabrication doit commencer prochainement pour les médailles destinées aux sénateurs et aux députés; dans quelques semaines on frappera ensuite les médailles pour le public.
- —$— Aux environs d’Embrun, un officier du 28° bataillon alpin vient d’effectuer, seul, l’ascension du mont Guillaume (2575 mètres), en se servant de skis ou patins norvégiens. Du haut de la terrasse qui borde la ville les habitants suivaient des yeux cette audacieuse entreprise. Vers 11 heures du matin, on a vu arriver l'intrépide officier sur le plateau des Cheyères (2052 mètres), et, à 2 heures, on l’apercevait au sommet. A 7 heures, il était de retour.
- —©— Un nouvel éboulement relativement considérable s’est produit, à droite du chalet Bamberger, à Dieppe. La partie entourée, comprenant environ 2000 mètres euhes, s’est écroulée. Ce qui reste du chalet s’est affaissé de 2 mètres. Enfin, à l’ouest de-Pourville, un éboulement de 500 mètres cubes atteste le peu de solidité des terres qui bordent les falaises. De même la falaise d’Yport qui, sur un parcours de plus de 200 mètres, s’est crevassée à l’endroit dit des a Fontaines », menace, à chaque instant, de s’écrouler.
- —@— En procédant aux travaux de restauration de l’église Saint-Eustaehe, on vient de découvrir au-dessous du portail Louis XVI, qui fait suite à la chapelle du catéchisme, du côté de la rue Rambuteau, un caveau contenant neuf cercueils en plomb, paraissant dater du dix-septième siècle.
- —En opérant des fouilles dans un champ, à Terrasson (Dordogne), on a mis à nu, à 50 centimètres de profondeur, les vestiges d’un monument devant remonter au premier siècle de notre ère et paraissant être une villa gallo-romaine ; une des chambres est encore recouverte d’une belle mosaïque intacte, mesurant environ 5 mètres carrés.
- —&— Le plus lourd conscrit de France ? Le record de la pesanteur est certainement tenu par le jeune Jacquinet, de la commune de Salaise, canton de Roussillon (Isère), qui ne pèse pas moins de 129 kilogrammes !
- —®>— De très intéressants essais de transport par voiture à bœufs viennent d’être entrepris au Sénégal entre Louga et Yang-Yang. Les bœufs étaient attelés pour la première fois et avaient à traîner une charge de 500 kilogrammes; ils ont franchi en trente-huit heures de marche une distance de 120 kilomètres environ. Les résultats de ces essais ont été très heureux. L’impression produite sur les indigènes a été excellente. Ils ont été stupéfaits en apprenant que leurs champs pouvaient être labourés par des instruments aratoires traînés également par des bœufs. Le service des affaires indigènes a résolu de propager ce mode de transport et de mettre prochainement à la disposition des indigènes un nombre suffisant de voitures pour les aider à transporter, leurs arachides.
- —®— M. Charles Ombry propose un appareil permettant aux chefs de gare d’arrêter les trains en marche entre leur gare et les stations voisines. Le système de M. Ombry consiste à faire toucher
- au passage, par des pôles électriques saillant du train, des frottoirs métalliques placés le long de la voie (tous les 500 mètres, par exemple) et reliés enjre eux par deux fils électriques. Les pôles du frein aboutissent à une sonnerie ; les fils des frottoirs à un commutateur, en gare. Le chef de gare voulant arrêter tous les trains en marche entre sa station et la prochaine tourne le commutateur, le circuit se ferme et la sonnerie s’agite, ordonnant au train de stopper.
- -9- La souscription ouverte en Angleterre pour les victimes de la peste et de la famine atteint en ce moment plus de 7 millions. Le prince Nicolas de Monténégro a donné 1000 florins.
- —@— Les superbes arbres situés sur l’ancien emplacement du Jardin de Paris ne sont peut-être pas sacrifiés, comme on l’avait craint jusqu’à présent. M. le commissaire général de l’Exposition vient de décider qu’il fallait en tenter la transplantation. Et, comme les chariots actuels sont insuffisants pour des arbres de cette dimension, la ville de Paris va faire construire pour cette opération un chariot monstre qui ne coûtera pas moins de 8000 francs. En cet équipage spécial, quarante ou cinquante vénérables marronniers émigreront vers le bois de Boulogne, où les Parisiens pourront les retrouver, si la transplantation ne les tue pas, étant donné leur âge.
- —Avis aux philatélistes : il existe des timbres cyclistes. C’est en Australie occidentale que les amateurs devront aller tes chercher. Us font là-bas l’office de nos vulgaires timbres-poste. Ce sont les clients d’une entreprise postale, commissionnée par le gouvernement local, qui s’en servent pour acquitter les frais d’expédition des lettres et colis. Cette'entreprise est connue sous le nom de « Société des courriers cyclistes de Coolgardie » ; elle porte pour blason une bicyclette dernier modèle qui est reproduite sur les timbres qu’elle met à la disposition du public.
- —Ce que cela coûte quand on veut être abonné à tous les journaux, revues et recueils : la préfecture de la Seine a, en 1897, pour cette dépense, un budget de 6300 francs!
- —On annonce que des volées d’oies sauvages ont été vues sur les bords de la Meuse, dans la journée du 10 février; là direction de ces volées semblait être de l’est. Selon la tradition populaire leur passage annoncerait que le printemps serait prochain.
- —©— Un nouveau pensionnaire au Muséum. C’est un ours brun, mâle, âgé de neuf ans, qui s’appelle Martin comme tous les ours, mais qui présente cette particularité extrêmement rare d’être marqué sur le cou d’un croissant blanc. Ce croissant, large de trois doigts en son milieu, finit en pointe sous le cou, aux clavicules de l’animal. L’ours brun, à croissant blanc, a été cédé pour 500 francs au Muséum par le dompteur Roussel, qui n’osait plus trop le faire travailler, tant Martin était devenu méchant. On l’a placé dans le palais des fauves, troisième case, du côté de l’entrée.
- —@— M. Antoine Chalon a annoncé à la Société d’ethnographie, qu’il a entrepris une étude comparative sur la longévité dans les différentes sociétés humaines établies sur les bords de la mer, dans les vallées et sur le versant des montagnes. Il cite à ce sujet une première série d’observations qu’il a recueillies dans diverses parties de la France. A Chailly, village de la Côte-d’Or, dont la population est de 523 habitants et qui est situé au fond d’un vallon ouvert du côté nord-est, à une altitude d’environ 300 mètres, on compte en ce moment plus de vingt octogénaires. Ce cas est d’autant plus intéressant que ces octogénaires sont tous des paysans qui font une consommation énorme d’alcool. M. Chalon, en terminant, exprime le vœu que l’on entreprenne de nouvelles cartes ethnographiques mettant en relief la longévité des différentes nations dans leurs rapports avec leur système de nourriture, les cartes de ce genre qu’on a publiées n’étant plus au niveau des connaissances acquises en ces derniers temps.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le Luci-phore se trouve à la Commission Universelle, 16, rue de la Sorbonne, à Paris.
- Communications. — M. N. L..., ingénieur à Oléron, nous demande des détails sur le procédé cjue les Allemands emploient à l’établissement aérostatique militaire de Berlin, pour que le gaz hydrogène destiné au gonflement des aérostats ne coûte rien. Ce résultat provient de dispositions administratives fort intelligentes, mais sur la nature desquelles il ne nous est pas possible de nous exprimer sans manquer à la réserve que l’on nous a demandée. M. L... nous apprend qu’il établit à Oléron une fabrique de gaz oxygène dans laquelle l’hydrogène est un sous-produit accessoire complètement inutilisé. Il serait intéressant de savoir à combien reviendrait industriellement le mètre cube si on le recueillait et utilisait sur place. Quant à l'utiliser à distance, il n’y faut pas songer. Les chiffres que M. L... donne sont parfaitement conformes à ce que nous connaissons, et ils méritent d’être publiés afin d’empêcher de dangereuses illusions. Pour transporter 300 mètres cubes d’hv-drogène, il faudrait au moins un poids de 5000 kilogrammes de tubes d’acier coûtant 7000 francs. Tout en supposant que l'hydrogène soit mis gratuitement à la disposition des opérateurs, et qu’on ne leur fasse rien payer pour la force mécanique nécesssaire au chargement des tubes, les frais de transport des tubes et leur retour suffiraient pour rendre trop onéreux l’emploi du système. Ainsi le poids de la tonne transportée d’Oléron à Paris étant de 117 francs, chaque mètre cube d’hydrogène venant d’Oléron serait grevé de frais de transport s’élevant à 2 fr. 34 par mètre cube, c’est-à-dire plus du double du prix de l’hydrogène tiré de l’eau par l’action de l’acide sulfurique sur la rognure de fer, dans les appareils à procédés continus.
- M. L.-J. Michel, à Paris, à propos de notre récent article sur le système métrique en Angleterre (n° 1233, du 16 janvier 1897, p. 106), nous écrit qu’il ne lui paraît pas étonnant que l’idée d’imaginer un système décimal des poids et mesures soit venue à Watt, parce qu’elle a été discutée à plusieurs reprises par les membres de l’Académie des scienees au dix-huitième siècle et que la proposition de diviser les poids et mesures en décimales avait été formulée vers 1668 par un astronome célèbre de Lyon, nommé Mouton. C’est donc l’invention française qui aurait passé en Angleterre si Watt l’eût fait adopter.
- M. G. Pereire, à Paris, nous a fait parvenir une brochure ayant pour titre : Le métropolitain rationnel et ses conséquences au point de vue du développement des constructions et de l'avenir de Paris.
- M. G. Ramond, à Paris, nous envoie un opuscule contenant une Elude géologique de l'aqueduc de l’Avre, dérivation vers Paris des sources de la Vigne et de Verneuil. Cette étude est extraite des comptes rendus du congrès des Sociétés savantes 1896. Le même auteur joint à son premier envoi une brochure sur La Géologie des Indes anglaises d’après la nouvelle édition de A manual of the geology of India de M. R. Old-ham.
- Renseignements. — M. E. Carquillat, à Roubaix. — Nous avons décrit une fourchette masticatoire à 16 dents tranchantes dans les Petites Inventions du n° 1170, du 2 novembre 1895, et un masticateur de table dans les Petites Inventions du n° 1188, du 7 mars 1896. Les deux appareils se trouvent chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- M. L. A., à Avignon. — Le vent soufflant dans une direction entraîne les ondes sonores dans cette direction, et gène leur mouvement en sens contraire.
- M. L. M., à Vendôme. — C’est le problème posé par le
- Tour du monde de Jules Verne. On gagne du temps en allant vers l’est, puisque de son côté le soleil marche vers vous.
- M. L. Gau, à Mazamet. — Vous pourriez consulter l’ouvrage de l’encyclopédie scientifique Léauté Teintures et impressions, par M. Prudhomme, à la librairie Masson et Cio.
- M. G. Wolf, à Constantine. — Cette dynamo et ces appareils sont intéressants et peuvent rendre des services.
- M. H. P., à Auxon. — 1° Pour la conservation des bois tendres, on emploie une solution renfermant 3 à 4 kilogrammes de sulfate de cuivre pulvérisé par hectolitre. — 2° L’adresse de la rédaction est 120, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. H. Gavignot, à Boisdenemets, par les Thilliers. — Vous voulez probablement parler du tectorium, qui a été décrit dans le n° 1066, du 4 novembre 1893, p. 356. Il faut vous adresser à M. Lambert, ingénieur à Bar-sur-Aube.
- M. J. Pausier, à Oviedo. — Vous trouverez un ouvrage sur la fabrication des meubles en bois courbé, chez M. Thorin, 15, boulevard Poissonnière, à Paris.
- M. A. Tauxe, à Lausanne. — Pour ces divers ouvrages, il faut vous adresser aux librairies Gauthier-Villars et fils et Bau-dry, à Paris.
- M. le colonel Karpporf, à Moscou. — Pour ce qui concerne le néographe, décrit dans le n° 1234 du 23 janvier 1897, p. 128, il faut vous renseigner à la Société de spécialités industrielles, 49, rue Lafayette, à Paris.
- M, Guy, à Mirécourt. — Nous ne connaissons pas d’autre appareil que celui signalé dans notre récent article sur le cy-clodrome.
- Un lecteur, à Bayonne. — II est certain qu’il serait préférable que le réservoir fût sur le sol, car une partie de la vapeur doit se condenser dans la conduite et gêner le dégagement. Nous croyons cependant que la disposition actuelle peut rester, en ayant soin de purger souvent la conduite verticale.
- M. le V,e de C., au Mans. — Vous aurez ces renseignements sur les appareils Carré à la maison E. Lévy, successeur, 4, rue Claude-Vellefaux, à Paris.
- M. E. Carpy, à la Châtre. — 1° Nous prenons note de votre observation. — 2° Il se forme l’oxyde d’aluminium Al2O3.
- M. J. G., à Paris. — Vous trouverez à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, des albums de pose pour les sonneries et des ouvrages pratiques de téléphonie.
- M. le Dr Hortolès, à Montpellier. — Pour ce qui concerne les chaufferettes à la baryte dont il a été question dans le n° 1237, du 13 février 1897, p. 170, il faut s'adresser à M. F. Lemaître, 84, avenue de la République, à Aubervilliers (Seine).
- M. G. T* à Arras. — Cette maison n’existe plus; vous aurez des charbons pour piles à la Société Le Carbone, 33, rue de Lorraine, à Levallois-Perret (Seine); chez M. Berne, 57, avenue du Maine, ou à la Compagnie de charbons pour l’électricité, 53, rue de Châteaudun, à Paris.
- Questions. — N° 1555. — M. le 0e d'Esterno, au château delà Vésuves, par Autun, nous demande comment il se fait que pour tirer un coup de fusil, c’est-à-dire au moment où l’on a besoin d’y voir le mieux possible, on ferme un œil. Il a essayé depuis quelques années d’utiliser les deux yeux, et il nous écrit qu’on ne se figure pas comme à la chasse on distingue mieux un lapin, une perdrix, etc., en les tirant les deux yeux grands ouverts. D’où provient donc l’habitude de fermer un œil? Au début de l’invention des armes à feu, en était-il ainsi? Et à l’époque du tir à l’arc ou à l’arbalète? Comment tirent les chasseurs des différentes nations?
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. F., à Saint-Chamond. Nous ne connaissons pas le nom de cette merveilleuse pile; mais nous ne pensons pas qu’il faille ajouter foi aux renseignements donnés. —- M. R. de Lignerolles, à Amiens. Nous avons donné précédemment les chiffres statistiques que vous aviez demandés. — M. Roger Michel, à Acequias. Nous ne pouvons vous donner ces réponses ; il faudrait consulter un chimiste spécialisé dans celte industrie. — M. D. M., à Lille. Nous ne pouvons nous occuper de questions de brevets ; renseignez-vous auprès d’une agence. — M. Do-chain-Defer, à Couillel. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. Dulong, à Marseille; M. Chéron, à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et O.— M. Leloir, à Nice. La description de cet appareil est donnée entièrement dans le même petit livre que ci-dessus, 2® série, à la même librairie. — Un lecteur, à X. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. Joubert, à Paris. Remerciements pour votre intéressante communication; mais nous ne pouvons insister sur ces questions. — M. A. Jartiet, à Nantes. Nous avons reçu votre Notice descriptive; nous formons un dossier de tous les renseignements concernant l’acétylène. — M. C. H., à Namur. Il vous a été répondu dans la Boite aux lettres du n° 1238, du 20 février 1897.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- GRUES ET INONDATIONS. — Dessins et texte inédits de A. Robida
- 1. Les berges coupées. La rivière grossie escalade ses berges et vient indiscrètement baigner le pied des établissements de la rive. Seuls les canards des riverains s’en félicitent et barbotent avec plus de joie dans les eaux troubles. — 2. Un jardin trop arrosé. De plus en plus indiscrète, la rivière pénètre dans les jardins et jusque dans les caves des maisons. Les habitants cernés ne sortent plus qu’en bateau. — 5. Dn accident. Une péniche jetée par le courant contre une pile de pont. — 4. L'ile. La rivière sans façon passe par-dessus; l’ile n’est plus maintenant qu’une longue file d’arbres plantée au beau milieu du flot jaune. — 5. La pêche aux épaves. — 6. Les passerelles, montées sur chevalets dans les ‘ rues basses. Circulation difficile mais pittoresque. — 7. Le bateau lavoir, d'accès difficile maintenant, et retenu par des chaînes et des amarres renforcées.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Un remède pour les cors aux pieds. — La liste en est longue, mais citons-en encore un pour ce qu’il vaut. Prenez 195 grammes d’acide salicylique, 52 grammes de cannabis indica (chanvre indien), 2 grammes à .peu près d’huile de castor et enfin 15,r,5 de collodion. On obtient par le mélange une solution d’un vert clair, qu’il est facile de préparer. Naturellement, pour la conserver, il faut l’enfermer dans une bouteille bien bouchée, afin d’empêcher l’évaporation. On applique matin et soir pendant quatre jours, puis on prend un bain de pieds bien diaud, et on enlève la pellicule qui s’est formée.
- Préparation du musc artificiel. — Gretscbe et Mayer, de New-York, ont fait breveter le procédé suivant de préparation d’un musc artificiel. Voici, d’après The Journal of the Society of Chemical Industry, leur mode d’opérer. L’acide sulfurique
- est saturé à froid avec les parties solubles du naphte; la solution ainsi obtenue est saturée, chauffée peu à peu, neutralisée, et la substance odoriférante est traitée à un résinate alcalin, puis précipitée par du sulfate d’alumine. Le. précipité obtenu est lavé à l’eau, puisa l’alcool, et c’est cette solution alcoolique qui renferme le musc purifié.
- Imperméabilisation des tissus. — Voici une recette recommandée par MM. Lefèvre et Aron pour imperméabiliser tous les tissus. On met environ 5 grammes de caoutchouc ou de gomme de l’ara dans 987 srammes de benzine, et on y ajoute 10 grammes de paraffine. On peut remplacer la benzine par le sulfure de carbone, dont il ne faut point oublier l’inflammabilité; on fait dissoudre en remuant, et on laisse reposer un certain temps. Il ne reste plus qu’à plonger l’étoffe dans le liquide de manière à l’en imprégner, puis à essorer et à sécher à l’air chaud.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de Franoe
- VENT PLUIE EN MILLIMÈTRES
- OBSERVATIONS 7 heures du matin THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 février. . 7®,1 N. W. 2. Couvert. 0,5 Couvert jusqu’à 15 h.; puis très nuageux; beau après
- 20 h.
- Hardi 16 — 0°,6 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau, sauf quelques nuages çà et là.
- Mercredi 17 ... . — 3°,1 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Très nuageux à 91».; beau avant et après jusq. 18 h.; couvert ens.; brouillard jusqu'à 9 b. et dans la soirée.
- jeudi 18 —1°,1 S. S. E. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 11 h.; puis nuageux; beau après 13 h.; brouillard jusqu’à 7 h.; halo.
- Vendredi 19 ... . — 0°,6 S. S. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 8 h.; puis couvert ; nuageux après 15 h.; se recouvre apr. 21 h.; brouillard presq. toute la journ. Couvert; brouillard jusqu’à 10 h.; gelee blanche.
- Samedi 20 0®,9 S. S. W. 2. Couvert. 0,0
- Dimanche 21. . . . 6°,5 W. S. W. 3. Couvert. 0,0 Couvert de 4 à 13 h.; nuageux avant et après : gouttes
- fines entre 5 et 6 h.; gelée blanche ; halo.
- FÉVRIER 1897 — SEMAINE DD LUNDI 15 AD DIMANCHE 21 FÉVRIER
- -. La courue supérieure indique la nébulosité de ü à 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques <baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Climat de l’île Saint-Vincent fCnp Vert). — Cette petite île, qui se trouve par 17° environ de latitude nord, a, comme nous l’apprend Ciel et Terre, un climat très égal. La température y varie peu dans le cours de l’année. La moyenne est de 23°,4, avec les fluctuations suivantes par trimestre : janvier-mars, 21°,5; avril-juin, 23°,0; juillet-septembre, 25°,2 ; octobre-décembre, 23°,9. La moyenne annuelle des maxima est de 26°,1 ; celle des minima, de 21*,1. Le point le plus haut atteint par le thermomètre a été de 33°,2 ; le point le plus bas, de 8°,5. Le degré moyen d’humidité relative est de 74,1. Il est le plus faible au commencement de l’année (70,5) et le plus fort en été (77,6). Le vent souffle presque constamment du nord-est. La pluie est l’élément le plus capricieux. La hauteur annuelle est faible (212“ seulement), et des précipitations un peu copieuses ne sont observées qu’en été et parfois en automne. De janvier à juin, le pluviomètre ne reçoit en moyenne que 20*" d’eau ; de juillet à septembre, il recueille 155“", et d’octobre à décembre, 67““. Les mois d’avril, mai et juin sont généralement privés de pluie d’une manière absolue ; dans le cours de cinq années (1886-1890), il n’en est tombé que 0“,6 pendant cette période. En 1887, le total d’eau a atteint 474“ ; deux ans après (1889), il est descendu à 42““. Enfin, la pression atmosphérique moyenne, au niveau de la mer, est de 760“,8.
- La pluie à Marseille. — M, Stephan, le directeur de l’Observatoire de Marseille, nous a communiqué l’état comparatif des quantités d’eau recueillies dans cette ville pendant le dernier trimestre de l’année 1896, avec les chiffres des deux années précédentes et la moyenne des trente années écoulées entre 1867 et 1896 pendant les mêmes mois.
- Octobre. Novembre. Décembre. Total du trimestre.
- (1867-18%) 83““,75 73”,29 53”“,26 210“ ,30
- Année 1894 12 1 86 8 0 4 99 3
- — 1895 26 4 59 6 42 8 128 8
- — 18% 125 2 45 3 190 0 361 4
- Les vingt-deux premiers jours de l’année courante ont donné 58“,0.
- La période pluvieuse actuelle a succédé à une longue période de sécheresse s’étendant de décembre 1892 à septembre 1896. Pendant ces quarante-six mois, la quantité de pluie recueillie a été seulement de 1525“,9, au lieu de 2229““,8 qui tombent en moyenne dans le même temps.
- Il faut d’ailleurs noter que sur la quantité 1523“*,9, recueillie de décembre 1892 à septembre 18%, 176“,8 ont été fournis par les deux orages du 28 juillet et du % août 18%, qui ont donné : le premier 104“.l et le second 72”,7.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 17, à 10 h. 20 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —©— M. Amagat, le savant physicien, vient d’être nommé correspondant de la Société royale de Londres.
- —©— Le docteur Napias, inspecteur général au ministère de l'Intérieur, auteur de savants travaux et rapports ayant trait à l’hygiène, aux épidémies et à l’Assistance publique, a été élu membre de l'Académie de médecine dans la section d’hygiène, en remplacement du docteur Lagneau, décédé.
- —©— La crue de la Seine a provoqué une émigration de rats qui, fuyant leurs repaires ordinaires, où ils se trouvaient noyés, ont envahi les maisons riveraines. A Rueil, à Bougival, à Poissy, les habitants de certaines maisons ont dû se livrer à une chasse acharnée pour se débarrasser des rats, qui s’installaient en maîtres du rez-de-chaussée au grenier. Dans une île, à Poissy, sur une tète de saule assez large qui émergeait seule de l’eau, un pêcheur a trouvé blottis pêle-mêle cinq lapins de garenne et une vingtaine de rats; la peur avait été plus forte que la faim, et les rats terrifiés n’avaient nullement cherché à dévorer leurs compagnons d’infortune.
- —©— On signale encore une explosion due à l’acétylène au Bazar de Béthune. L’appareil, en sautant, a déterminé un incendie. Il n'y a pas eu d’acciaent de personnes.
- —©— Le dicton populaire : « A la Chandeleur l’hiver passe ou prend vigueur » semble avoir raison jusqu’ici. Depuis le 2 février, la température s’est très sensiblement relevée. Le 26 février, le thermomètre à l’ombre a marqué 17°. Et les premiers papillons voltigeaient sur les plates-bandes des jardins. Les chèvrefeuilles et les sureaux sont déjà garnis de leurs premières feuilles ; certains pêchers ont des fleurs. Février aura été exceptionnellement doux.
- —M. Adrien Poncet, le doyen des mécaniciens des chemins de fer français, chevalier de la Légion d’honneur, est décédé à Tours, à l’âge de quatre-vingt-un ans. C’est M. Adrien Poncet qui avait conduit la première locomotive qui ait fonctionné en France, sur la ligue de Saint-Etienne à Roanne, il y a près de soixante ans.
- —©— C’est un véritable tour de force qu’ont accompli huit employés de la Ville de Paris, sous la direction de M. Gagnant, entrepreneur de transports d’œuvres d*art : il ne s’agissait rien moins que de transférer du pavillon de la Ville, aux Champs-Elysées, au magasin d’Auteuil la grande toile (10mx7m) de M. Roll, la Fête du 14 Juillet, exécutée par cet artiste, pour le compte du gouvernement, afin de perpétuer le souvenir de la première fête nationale de la troisième République (1880). On ne pouvait songer à employer le procédé ordinaire : démonter la toile de son châssis et la rouler sur un bâton ; le tableau, enduit de gomme laque, aurait craqué à plusieurs endroits. Il n’y avait qu’un moyen de transport, le chariot. Maison conçoit la difficulté de remuer sans accident une toile pesant 1000 kilogrammes. Il fallut construire deux sabots, des lattes minces et une voiture spéciale sur un avant-train d’un des chars de la fête du 22 septembre. La toile fut descendue, à l’aide de palans, et placée dans les sabots, qui glissèrent parfaitement sur les lattes savonnées. L’opération ne dura pas plus d une heure. A l’avenir, on emploiera ce nouveau système, qui rendra de sérieux services, notamment pour le transport des toiles de l’Exposition universelle.
- —©— L’adjudication des travaux de fondation du pont Alexandre III a eu lieu avenue de La Bourdonnais. Ces travaux devront être exécutés par les procédés de l’air comprimé. Ils sont évalués à 4 612 749 francs, avec une somme à valoir Me 262 252 francs, soit un total de 1 875 000 francs. Huit entrepreneurs avaient soumissionné régulièrement, consentant des rabais qui variaient de 2 à 12 pour 100 de la somme totale. Ce sont MM. E. Letellier et Boulrinquien qui •ont été déclarés adjudicataires, comme ayant consenti le rabais le plus élevé, soit 12 pour 100.
- —; Papillon, un des plus beaux tigres du Jardin des Plantes, auquel il avait été offert, il y a sept ans, par M. Garnier-Laroche, résident français au Cambodge, vient de succomber à un mal inconnu. Ajoutons qu’on procède, en ce moment, au laboratoire du Muséum, à la naturalisation d’un hippopotame mort récemment, dont la peau ne pèse pas moins de 1000 kilogrammes. Ce gracieux pachyderme portait le nom de Bichette....
- —©— D’après Y American Manufacturer, la Russie n’est pas seulement le pays qui produit le plus de manganèse, mais sa production augmente chaque année. Elle fournissait, en 1894,244 792 tonnes, tandis que l’ensemble des autres contrées ne donnait la même année que 193 000 tonnes. A l’exception de la France, de l’Allemagne' et du Chili, le rendement annuel du manganèse a diminué, et particulièrement aux Etats-Unis. Cet état de choses paraît dû à la concurrence croissante des minerais du Chili et du Caucase, et qui ne cesse de s’étendre chaque année.
- —®— La valeur totale des capitaux employés, aux Etats-Unis, dans l’industrie électrique, est estimée, par le Cassier’s Magazine, à plus de 10 milliards de francs. Les chemins de fer électriques comptent à eux seuls pour 3500 millions. Le nombre des voitures de tramways à trolley dépasse 25000 et utilise plus de 19000 kilomètres de voies. D’ailleurs les chemins de fer à traction électrique représentent plus de 90 pour 100 des voies urbaines ou de banlieue. 4000 millions de francs sont consacrés à l’éclairage électrique et aux stations centrales de production d’électricité, et dans ce cliiflre n’est pas comprise la valeur des établissements où l’on fabrique les dynamos et leurs accessoires. 11 resterait environ 2500 millions pour fe coût des lignes télégraphiques, téléphoniques et de toutes les manufactures consacrées aux diverses industries électriques, ce qui ne paraît nullement exagéré pour un pays aussi vaste et aussi progressif que les Etats-Unis.
- —®— L’université kérouïne de Fez, au Maroc, serait, dit-on, la plus ancienne université de l’univers. Fondée au onzième siècle par une dame de Kairouan, en Tunisie, Fatma la Sainte, elle fut pendant tout le dixième et le onzième siècle une des seules universités où vinrent les Arabes et les Chrétiens. Fez a compté à cette époque, avant la fondation des universités de Paris, d’Oxford et de Cambridge, des étudiants andalous, français et même anglais, et des étudiants tunisiens, égyptiens, tripolitains et congolais. C’est actuellement encore le foyer occidental de la théologie musulmane. Au point de vue scientifique, les cours et les leçons sont très faibles. La plupart des étudiants qui y arrivent savent à peine lire et écrire ; ils ont reçu à l’école primaire les premiers enseignements, ils ont ensuite appris un certain nombre de versets du Coran, et c’est en cela que consiste toute leur science. Quelques élèves deviennent cependant des jurisconsultes érudits. Leur nombre est d’environ un millier, parmi lesquels quatre cents sont des boursiers, envoyés de toutes les parties du monde musulman, pour devenir les professeurs, les prêtres et les juges de leurs concitoyens.
- —©— Les rayons X viennent encore d’être très utiles dans une rave circonstance à Marseille. M. Vasseur, préparateur à la Faculté es sciences, avait avalé un os qui s’était arrêté dans le larynx. Des souffrances très vives et des difficultés de respiration inquiétaient les médecins. On décida l’opération fort délicate et dangereuse de l’ouverture de l’œsophage. Au moment de commencer, on eut l’idée de photographier avec les rayons X la partie malade. L’épreuve montra que l’os avait glissé pendant les sondages faits par les médecins. Les souffrances persistantes provenaient des lésions des tissus produites par ce corps étranger. On renonça, dès lors, grâce à la radiographie, a faire subir à M. Vasseur une opération douloureuse et redoutable.
- —©— Est-ce que le coupé traditionnel des jeunes mariés va être remplacé par des automobiles? Le samedi 27 février, à Paris, a eu lieu la première noce en voiture automobile. La mariée était assise dans un landau à pétrole avec les demoiselles et garçons d’honneur.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’adresse que nous avons donnée pour le porte-bébé, dans les Petites Inventions du n° 1235, du 30 janvier 1897, n’est pas exacte; nous prions le fabricant de vouloir bien se faire connaître. — Pour ce qui concerne le beurre de coco, s’adresser à MM. R. Miguet et Cie, à Àmilly (Loiret). — Les plaques et dalles inusables sont fabriquées par M. Pansard, 14, rue Thérèse, à Paris.
- Communications. — M. L. de la Mahérie, à Pervenchères (Orne), nous envoie une carte ancienne servant à tracer un cadran solaire avec les doigts. Il a trouvé ce document en classant de vieux papiers et cartes d’Allemagne qui ont dù servir aux guerres du premier Empire.
- M. le Dr Ch. Binet, à Angers, nous fait parvenir un petit opuscule ayant pour titre La méthode en anthropologie surnormale. Î1 est extrait du Bulletin de la Société de médecine d’Angers.
- Renseignements. — M. P. de Martenne, à Laizy. — 1° MM. Poulenc, 122, boulevard Saint-Germain, à Paris. — 2° Nous allons nous renseigner à ce sujet. — 3° Nous publierons prochainement la description de quelques appareils. — 4° Abat-jour à foyers conjugués de M. II. de Parville : MM. Ra-jeau et Tureuil, 46, rue de Sévigné, à Paris, — 5° Ce petit moteur fonctionne bien, mais nous n’avons pas fait d’essais de rendement.
- M. le C*3 A. de S.f à la Mogère. — Vous pourriez vous adressera la Société française de l’aluminium, 74, rue Amelot, ou à la Société française du nickel et de l’aluminium, 36, rue Lafayette, à Paris.
- M. J. Cortey, à Tullins. — Consultez Les débuts de l’amateur photographe,par J. Ducom, à la librairie Carré, 5, rue Racine, à Paris.
- Un abonné, à Beauvais. — Le tan a donné de bons résultats pour faire disparaître les herbes dans les allées, le goudron de houille a également été employé. Nom ne savons si le lait de chaux a été essayé.
- M. A. de Vicq, à Turnhout. — Les variations de vitesse sont progressives et ne déterminent pas de production de chaleur sensible, puisqu’il n’y a pas destruction de vitesse.
- M. M. Prados, à Sincelejo. — L’alambic des familles décrit dans le n° 1086, du 24 mars 1894, p. 267, se trouve chez M. Besnard, 28, rue Geoffrov-Lasnier, à Paris.
- M. E. B., à Saint-Pierre-d’Oléron. — 1° Voyez le Manuel d'hygiène industrielle de M. Napias, à la librairie Masson et Cie. — 2° On a annoncé l’étude d’un projet de loi. — 3° Institut Pasteur, 19, rue Dutot, à Paris.
- M. Albano L. Cardozo, à Porto; M. V. B. C., à Coulours; M. Tixier, à Clermont-Ferrand. — Vous trouverez ces renseignements dans divers ouvrages publiés à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. G. Van Asehe, à Gand. — Les adresses demandées sont les suivantes : M. Delahave, constructeur à Tours; la Maison parisienne, 71, avenue de la Grande-Armée; MM. Landry et Beyroux, 17, rue Albouy, à Paris.
- M. E. Stevens, à Bourges. — 1° Machines à vapeur : MM. Weyher et Richemond, à Pantin (Seine); M. J. Farcot, à Saint-Ouen (Seine); MM. Schneider et Cie, 1, boulevard Ma-lesherbcs,à Paris. — 2° De quels appareils électriques voulez-vous parler?
- M. A. G., à Bordeaux. — 1° Dans le petit livre des Becettes et Procédés utiles, lre série, dont il est question plus bas, nous donnons une formule de couleurs transparentes pour peindre les verres de lanternes magiques. — 2° Vous pourrez vous procurer ces couleurs chez M. L. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- M. le Dr Guillaume, à Chaumont. — 1° Les lampes à bas voltage sont difficiles à fabriquer; adressez-vous à la Société
- des lampes homogènes, 19, rue Didot, à Paris. — 2° Le calcul ne donne que des approximations ; il faut avoir recours à l’expérience. — 3° Cette charge d’accumulateurs peut s’effectuer en prenant certaines précautions.
- M. F. Wittemin, à Jemmapes. — Voici quelques adresses de constructeurs d’appareils : Compagnie d’éclairage par l’acé-
- Slène, 51, rue Vivienne; M. Rudolph, 5, boulevard Saint-Denis;
- M. Leroy et Janson, 13, rue de l’Odéon; MM. Létang et Ser-pollet, 27, rue des Cloys, à Paris.
- M. J. Maassen, à Aachen. — L’inventeur qui a ind qué cette composition est à Bruxelles; mais nous n’avons pas l’adresse exacte.
- M. H. J., à Lyon. — Nous avons donné les adresses des constructeurs des voitures automobiles en tète de la Boite aux lettres des numéros qui en contiennent la description. Nous vous donnerons encore les adresses suivantes : MM. Panhard et Le-vassor, 19, avenue d’Ivry; MM. Peugeot, 22, avenue de la Grande-Armée; voiturettes Bollée, 9, rue Halévy, à Paris.
- M. H. L., en Chine. — Nous n’avons pas d’adresse plus complète de l’inventeur; c’est une lanterne que l’on doit faire . construire soi-même.
- M. C. R., à Paris. — Poudres phosphorescentes : M. Menitz, 37, passage Jouffroy, à Paris.
- M. Paloux, à Oran. — 1° Nous pensions bien, en effet, que la vapeur ou l'air chaud devaient traverser le système de tubes, après leur action sur le piston. — 2° Il n’v a eu aucun frais; l’appareil est à votre disposition. — 3° Nous n’avons pas connaissance d’essais de ce genre.
- M. E. F., à Chalon-sur-Saône. — Les ouvrages ne donnent que des renseignements généraux, mais n’insistent pas sur les modes de construction ; voyez les Accumulateurs électriques parM. Montpellier, à la librairie Grelot, 18, rue des Fossés-Saint-Jacques, à Paris.
- M. G. Pfersdorff, à Gualeguaychu. — Il faudrait vous adresser directement à l’Office de publicité, 9, rue de Fleures, à Paris.
- M. B., à Rouen. — Il y a lieu de précipiter les sels calcaires par le carbonate de soude.
- M. H. G. Z., à Paris. — 11 est nécessaire de consulter la collection complète pour retrouver ce fait: vous n’avez qu’à vous présenter au bureau du journal.
- M. A. Couvert, à Bourg-en-Bresse. — Nous ne pensons pas-que l’on puisse trouver ce travail; le moyen le plus simple serait de faire recopier l’original en consultant une collection des Annales de physique et de chimie dans une bibliothèque, à la Société d’encouragement, à la Société française de physique, etc.
- M. Brouette, à Dreux. — Nous ne savons pas s’il existe des appareils de ce genre pratiques ; adressez-vous à M. Barras,. 123, boulevard Saint-Michel, ou à M. Affaire, 227, rue Saint-Martin, à Paris.
- M. A. de Montrand, à l’ile de Iago. — Nous croyons.que vous pourriez peut-être prendre un brevet, si votre système est réellement pratique, et vous entendre ensuite avec l’inventeur.
- M. Ch. Mion, à Bar-sur-Aube. — Les chaufferettes à l’acétate de soude étaient autrefois construites par MM. Ancelin et Gillet, 32,’ boulevard Henri IV, à Paris. Nous avons donné l’adresse du fabricant des bouillottes à la baryte dans la Boite aux lettres du n° 1259, du 27 février 4897.
- M. P. Stringhini, à Turin. — Ce produit n’est qu’un résidu d’une autre fabrication et ne se trouve que chez les marchands de produits chimiques.
- M. T. G., h C. — Nous donnons un moyen de rendre le papier transparent dans le petit, livre des Recettes et procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cie.
- M. N. P., à Toulouse. — Nous ne pensons pas que vous puissiez vous procurer ces renseignements; adressez-vous à M. Lachambre, aéronaute, 24, passage des Favorites, à Paris-Vaugirard.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. L- />., à Dom-front. Nous n'avons pas d'autre adresse: mais nous allons la réclamer.— M. A. Trébuy, à Charleville. Vos observations sont exactes; remerciements. — M. E. Henrard, à Bruxelles. Nous ne connaissons pas de teinture de ce genre. — M. A. T. .4., au Havre. Pour ♦trouver ce produit, il est nécessaire de faire une série d’essais chimiques que nous ne pouvons entreprendre. — M. Cannai, à Paris. Nous faisons -des recherches pour retrouver l'adresse exacte. — M. L. M., à Paris; M. G. Duvaiid. à Lille. Consultez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et Cie. — M. G. Lelony. à Paris. Cette description est donnée dans le même petit livre que ci-dessus, 4e série, à la même librairie. — M. Charot, à Blois; M. D. Jt., à V. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES MENTIONS1
- Cuvette inversable pour développement photographique; — La nouvelle cuvette que nous décrivons présente de grands avantages pour le développement des clichés. Elle se compose uniquement d’un fond formé d’une glace G sur laquelle s’appuie le cliché à développer, et de larges rebords C qui montent et se retournent, comme on le voit en A et B Qi0 1 de la figure), en laissant sur les côtés de grandes cavités.
- Cuvette photographique Y Inversable. — 1. Détails de la cuvette. — 2. Mode d’emploi.
- 11 est alors possible de relever la cuvette et suivre toutes les phases du développement d'un cliché, de l’examiner par transparence sans qu’aucune goutte du bain tombe à terre. Le liquide circule dans les rebords et le cliché reste maintenu sur la glace par la capillarité (n° 2). Quelques précautions sont a prendre pour utiliser cette cuvette dite VInversable. On verse d’abord le bain, puis on tient la cuvette presque verticale et on pose légèrement la plaque en la laissant s’abattre sur la glace du fond ; on ramène ensuite la cuvette à l’horizontalité et le bain couvre aussitôt la plaque d’une couche uniforme qui assure un développement égal et régulier. Pour retire! le cliché, on redresse la cuvette, on introduit un crochet entre la glace du fond et le cliché et on retire celui-ci. On vide la cuvette en enlevant le bouchon E. — La cuvette l'Inversable est construite par M. Lambert, 6, rue du Pot-d’Etain, à Bou-logne-sur-xMer ; mais elle est en vente chez tous les marchands de produits photographiques.
- Menu» de fantaisie. — Les charmants menus que nous annonçons pourront être utiles. Ils sont à la fois très simples et fort amusants. Ils consistent en différents modèles de petits cartons découpés et assemblés entre eux, rangés bien à plat
- Menus de fantaisie. — Chalets japonais et pavillons en carton.
- dans une boite et qui prennent bientôt sous les doigts l’apparence de gentilles maisons japonaises. Leurs décors et leurs colorations ajoutent à leur charme : un petit espace blanc est réservé pour mettre le nom du convive. Dans notre figure ci-jointe, on aperçoit deux pavillons avec les cartons repliés au-dessous. Nous représentons aussi une table où sont installés divers petits chalets. — Les nouveaux menus se trouvent chez MM. Beardand Kirby, 5, rue Auber, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Affûteur de rasoirs. — Pour les personnes qui ont souvent à faire usage du rasoir, il n’est pas d’opération plus fastidieuse que celle qui consiste à affûter l’instrument. Il faut promener légèrement le rasoir sur une planchette munie d’une épaisseur de cuir, en ayant soin de le tourner et retourner sans cesse. Les Anglais, gens pratiques, ont imaginé un petit appareil qui exécute mécaniquement l’opération. Le rasoir R, comme le montre la figure, est fixé sur un petit support de façon à laisser la lame entièrement libre. En avant se trouve montée sur un petit palier une manivelle!qui commande une tige portant en
- Appareil à affûter les rasoir
- C et C' deux arcs de cercle munis de cuir. En tournant la manivelle, le frottoir G se déplace sur la lame du rasoir, puis vient le frottoir C'. Mais la lame se déplace légèrement à droite, et ce deuxième frottoir passe à gauche. De la sorte après quelques tours de manivelle, la lame du rasoir est finement aiguisée. — L’appareil se trouve à la même adresse que les menus de fantaisie.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Le pain et la fièvre typhoïde. — La microbiphobie deviendra d’ici peu une maladie bien caractérisée et dont les pathologistes auront à décrire la symptomatologie ei le pronostic. L’étiologie est simple : les découvertes incessantes en bactériologie, la description de ces microbes si variés de nature et de virulence en sont la cause. Il n’v a pas à chercher ailleurs. En voici une nouvelle manifestation. Dans une épidémie de fièvre typhoïde qui a sévi il y a quelques mois sur un quartier de la ville de Lyon, on prétendit que la transmission de la maladie et sa dissémination s’étaient produites par l’intermédiaire du pain sorti d’une boulangerie. Comment le pain pouvait-il être l’agent de la contagion? C’était bien simple. Le pain était fabriqué avec l’eau d’un puits contaminé, dans laquelle la présence du bacille typhique avait été nettement décelée. Et les commentaires d’aller leur train. L’hypothèse un peu spécieuse de ce nouveau mode de transmission de la fièvre typhoïde vient heureusement d’être réduite à néant parles recherches du professeur Arloing. Les expériences qu’il a faites prouvent nettement, alors même que l’eau servant à la préparation du pain serait infestée, que le bacille est absolument détruit par la cuisson. Pour le démontrer, il place dans la pâte, avant la cuisson, des tubes remplis de cultures du bacille typhique ; après la cuisson de la pâte, les cultures sont absolument neutralisées et les ensemencements restent tout à fait stériles. Du reste, le bacille d’Eberth (bacille typhique) est détruit par la chaleur de 70° à 80° et l’on sait que la température du four des boulangers s’élève à plus de 200°; 225° d’après Wagner. Payen a montré jadis que la pâte, au centre d’un pain rond, atteint pendant la cuisson une température de 110°. On peut donc être tranquille sur la vitalité des bacilles, si l’eau qui a servi au boulanger en contenait : la fièvre typhoïde ne viendra pas nous frapper par cette voie. Dr X.
- BIBLIOGRAPHIE
- Comment discerner les styles du huitième au dix-neuvième siècle, par L. Roger-Miles. 1 fort vol. gr. in-8° relié, non rogné. — E. Rouveyre, éditeur, Paris. Prix ; 50 francs.
- Ce beau volume d’Education artistique (objets d’art, curiosités, etc.) vient d'être termine. On peut affirmer que cette
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- œuvre de patiente érudition et de goût sûr s’adresse à tout le monde, connaisseur ou non : indispensable comme un dictionnaire, parce qu’cn même temps livre de luxe fort beau à feuilleter, elle sera un instrument précieux de consultation journalière, et deviendra le véritable Manuel de la Curiosité.
- Les piles électriques, par Ch. Fabrï, maître de conférences à la Faculté des sciences de Marseille. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Paris, Gauthier-Villars et fils, et Masson et C‘\ éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- La lanterne h projections. Traité élémentaire, par E. Trutat, docteur ès sciences. 1 vol. in-16. —Paris, Cn. Mendel, éditeur, 1897. Prix : 1 fr. 25.
- Manuel du mécanicien de chemin de fer, par P. Gordon. 1 vol. in-8°. Librairie industrielle. J. Fntsch. — Paris, 1897. Prix : 5 francs.
- Sixteenth annual Report of the United State geological survey tothe sccretary of the lnterior 1894-1895. Ch.-D. Walcott, director. In four parts. 1 vol. grand in-8°. Washington, Government Printing Office, 1890.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 février. . 5°,0 S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert ; gelée blanche ; un peu de bruine à 12 h.
- Mardi 23 6°,5 S. W. 1. Couvert. 0,0 Couvert le mat.; puis très nuageux ; beau après 21 h.; gouttes fines à 9 h.
- Mercredi 24 ... . l‘?3 Calme. Beau. 0,0 Nuageux ; brouillard jusqu’à 8 h.; de 100 m. à 7 h.; gelée blanche; halo.
- Jeudi 23 3°,8 S. 2. Nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 16 h.; couvert ens.; gelée bl.; halo.
- Vendredi 26 ... . 6°,9 S. S. W. 3. Très nuageux. 0,0 Très nuageux; halo et arc circumzénilhal.
- Samedi 27 5°,0 N. 2. Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 17 h.; beau ensuite ; gelée bl.
- Dimanche 28. . . . 1®,6 N. 1. Couvert. 0,0 Couv. de 5 à 14 h.; puis beau jusqu’à 19 h.; nuageux le reste du temps ; brouillard jusq. 10 h.; gelée bl.
- FÉVRIER 1897 — SEMAINE DD LUNDI 22 AD DIMANCHE 28 FÉVRIER
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10: les flèches inferieures, la direction au vent. I.es courues du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer): courbe vlus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Un halo avec couronne A Paris. — Le Cosmos raconte que le samedi 15 février, pendant quelques minutes, après 9 heures du soir, on a pu, à Paris, admirer un phénomène qui n’est pas des plus communs; à savoir, un halo lunaire accompagné d'une couronne. Le halo était le halo blanc ordinaire de 22°, très net et complètement formé ; la couronne consistait également en une bande circulaire d’une largeur égale à celle du diamètre de la lune et d’un rayon de 2 à 3° ; le cercle rouge extérieur était assez facile à voir; à l’intérieur, le violet n’apparaijsait pas, la bande était terminée par une région bleue ; entre les deux couleurs extrêmes était une région verte nettement terminée du côté du rouge et s’estompant du côté du bleu. Entre la lune et la couronne était une aire d’un beau jaune aurore. Nous n’avons pas vu le commencement du phénomène, dit notre confrère, et, à partir du moment où nous l'avons aperçu, il n’a duré que quelques minutes. Il ne s’est pas évanoui, mais un rideau de nuages l’a caché à notre vue. C’est pourquoi nous n’avons pu mesurer exactement le diamètre de la couronne.
- Une averse. — 11 survient parfois des averses fort remarquables.
- Le journal Die Natur fait connaître une averse exceptionnelle qui a eu lieu le 2 août 1896 à Harzbourg. Les chiffres enregistrés à la station météorologique qui existe à la direction des forêts de cette localité ont été les suivants : jusqu’à 7 heures et demie du matin, 14””,8; de 7 heures et demie à 10 heures du matin, 26"“,0; de 10 heures à 1 heure de l'après-midi, 42"",1 ; de 1 heure à 6 heures de l’après-midi, 60““,5; de 6 heures du soir à 7 heures du matin, 27“,2; soit au total 170“",6. La hauteur moyenne des pluies annuelles est à Harzbourg de 769““,8: la hauteur mensuelle — pour les mois au cours desquels les averses sont le plus fréquentes — ne dépasse pas, en général, 170”",8. Une seule averse a donc atteint la moyenne mensuelle.
- V.a neige aux États-Unis. — On peut difficilement se faire une idée de la quantité de neige qui tombe aux Etats-Unis en certaines années. Le Bureau de Washington, qui a fait un résumé général de tous les résultats obtenus par les stations météorologiques du territoire de l’Union, a trouvé que la plus grande quantité de neige était tombée au sommet du Pike’s Peak durant l’hiver 1892-1895. Dans cette station, qui se trouve à l’altitude de 4340 mètres, il est, en effet, tombé une couche de neige d’une hauteur de 19 mètres.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 21, à 3 h. 53 m. du matin.
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- M. J. LAFF ARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —0— M. Amagat, élu la semaine dernière membre étranger de la Société royale de Londres, a été nommé membre étranger de la Société royale d’Edimbourg.
- —9— M. Weierstrass, élu récemment associé étranger de l’Académie des sciences, vient de mourir. M. A. Hermite lui a consacré une Notice nécrologique. M. Weierstrass a compté parmi les plus illustres géomètre? de notre temps. Ses beaux travaux sur la théorie des fonctions et la théorie des transcendantes elliptiques et abéliennes avaient appelé depuis longtemps sur le professeur de l’Université de Berlin l’attention des mathématiciens. Weierstrass partagera avec Riemann et Cauchy la gloire d’avoir découvert les principes fondamentaux qui ont amené l’analvse à son degré de perfection actuelle. Sa mort laissera un vide difficile à combler à l’Université de Berlin, dont il était l’honneur.
- —Le gouvernement russe vient de nommer M. Moureaux, chef du service du Magnétisme au Parc Saint-Maur, commandeur de l’Ordre de Saint-Stanislas. La Société de géographie de Saint-Pétersbourg lui a décerné une médaille d’or. On sait que M. Moureaux avaitpeçu la mission d’examiner toute une région à anomalies magnétiq'ues. Le point de la surface du globe où l’attraction magnétique est la plus grande se trouve en Russie, dans le gouvernement de Koursk, près d’un obscur village du district d’Obo-jane, nommé Kotchekorska. Cette force dépasse celle de tous les lieux voisins et même celle des régions polaires, où l’on croyait jusqu’ici qu’elle était exceptionnellement considérable.
- —Les travaux de l’Exposition de 1900 sont toujours activement poussés. Toute la voûte métallique de la travée occidentale du Palais de l’Industrie est maintenant abattue, et l’on vient d’attaquer la pierre même des soubassements; dans l’aile qui fait face au Cours la Reine, seul le double escalier subsiste encore intact.Quant à l’autre aile qui longe l’avenue des Champs-Elysées, on doit la conserver jusqu’au dernier moment ; on y a d’ailleurs installé les bureaux du service médical de l’Exposition et ceux du commissariat de police. De tout le Jardin de Paris il ne reste plus rien. Quatre chariots du service des promenades de la Ville sont occupés à enlever encore quelques marronniers qui restent : un grand nombre des beaux arbres de cette partie du Cours la Reine resteront à leur place où ils encadreront le palais qu’on va édifier. Le déménagement de 1’ « Exposition permanente clés colonies » est presque entièrement achevé. Le pavillon de la Ville de Paris est encore debout ; mais on annonce pour le mercredi 24 mars prochain l’adjudication de la démolition de ce pavillon.
- —Le 2 mars 1897, une tempête très violente a sévi à Bordeaux, et s’est étendue sur une partie de la France ; elle a passé dans la nuit du 2 au 3 mars et dans la journée du 3 mars sur Paris. Les bourrasques se sont succédé mêlées de pluie et de grêle. Une pluie des plus violentes a éclaté dans l’après-midi, faisant croire à un nouveau cyclone, en même temps que la neige fondue et le grésil balayés par le vent formaient au-dessus de Paris un brouillard qui obscurcissait le ciel. La baisse barométrique a été forte et rapide. Vers 4 heures, le ciel s’est un peu éclairci et le soleil s’est montré pendant quelques instants. La violence du vent, tout en restant très grande, a cependant beaucoup diminué. On a signalé éga-mcnl des ^désastres à Brest, à Cherbourg, au Havre, à Rochefort, à Fécamp, à Saint-Malo.
- —9— Une explosion de grisou s'est produite le 27 février aux •nouvelles mines de Saint-Eloi. Quatre ouvriers travaillaient à ce moment sur un échafaudage qui fut enlevé par la flambée. Les malheureux furent ensevelis dans un abîme de 200 mètres.
- —0— Le 27 février, à Annecy, à 4 heures 4/2, les habitants, levés à cette heure matinale, ont pu voir un magnifique bolide traversant l’espace de l’ouest à l’est. D’une grosseur rare, ce bolide, qui ne paraissait pas situé à une très grande hauteur, a accompli sa trajectoire accompagné d’un bruit ressemblant au roulement du tonnerre. Il a éclaté avant d’atteindre le sol et s’est alors divisé en une multitude de fragments enflammés.
- —9— D’après YOberhesissche Zeitung, un ballon enregistreur, lancé à Strasbourg, le 18 février, a été retrouvé le 27 dans une forêt près de la route de Rosenthal à Frankenberg. Les appareils indiquaient une hauteur de 44000 mètres et une température de 60° au-dessous de zéro.
- —®— L’Académie de médecine, après une longue discussion sur l’assainissement de l’industrie des allumettes, a adopté les conclusions suivantes sur un Rapport de M. Vallin : « Il est urgent de faire cesser l’insalubrité qui persiste dans un grand nombre de manufactures d’allumettes en France. La suppression du phosphore blanc est le seul moyen capable d’assurer l’assainissement définitif de cette industrie. L’emploi de machines automatiques perfectionnées est une ressource précieuse, mais à la condition que les opérations nuisibles aient toujours lieu dans une cage vitrée où ne séjournent pas les ouvriers. En attendant la réussite complète des expériences en cours, l’insalubrité actuelle pourrait être diminuée par les mesures suivantes : ventilation beaucoup plus active, emploi de courte durée et alternance des ouvriers dans les ateliers dangereux, sélection initiale et visites médicales périodiques avec élimination temporaire ou définitive des ouvriers ayant la bouché en mauvais état; installation plus complète et surveillance rigoureuse des réfectoires, des lavabos, des vestiaires, etc. »,
- —®— Le monument qui, grâce à l’initiative de M. Le Myre de Vilers, doit être érigé à l’extrémité du boulevard Saint-Michel, place de l’Observatoire, en l’honneur de Francis Garnier, l’un des premiers explorateurs de l’Indo-Chine, est à l’exécution dans l’atelier du statuaire Dcnys Puech. Sur un socle rond d’architecture orientale, un groupe de trois femmes, symbolisant la France, le Cambodge et la Géographie, entoure le buste du courageux explorateur auquel une palme est offerte. L’œuvre sera en bronze et granit.
- —9~ On annonce que Ménélik songe à doter son empire d’un réseau télégraphique. Une maison de Bruxelles aurait reçu mission de procéder aux travaux d’études préliminaires et de soumettre un projet au gouvernement abyssin. Avis aux constructeurs français.
- —Le travail d’établissement des feuilles de description de toutes les maisons parisiennes, au point de vue sanitaire, qui a commencé le 1er mars 4894, sera complètement terminé en 4900. Chaque maison de Paris aura alors son casier sanitaire. Ce dossier comprend : 4° une feuille de description de l’immeuble, comportant un croquis * avec indication des canalisations, des fosses, des prises d’eau, etc. ; 2° une feuille de statistique sanitaire indiquant les décès par maladies transmissibles survenus dans la maison ; 3° une feuille indiquant les désinfections opérées; 4° enfin plusieurs feuilles relatant les résultats des analyses d’eau, d’air, de poussière, qui auront pu être faites dans l’immeuble. Tous les dossiers d’une maison sont contenus dans une enveloppe donnant certaines indications utiles, telles que le mode de drainage, d’alimentation d’eau, etc. Ces dossiers sout tenus au courant; on inscrit chaque jour les renseignements sanitaires et les désinfections dont la liste est fournie par l’inspecteur général de l’assainissement. Plusieurs employés sont chargés d’aller effectuer sur place la description des immeubles, de compléter les plans, etc. Actuellement, plus de 35 000 maisons, réparties dans 4400 voies publiques ou privées, ont été décrites
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES^
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la lampe à acétylène, s’adresser à MM. Létang et Serpollet, 27, rue des Cloys, à Paris,.
- Communications. — M. E. G., à Gannay (Allier), nous écrit qu’il s’achève dans cette commune un pont tout en pierre granitique qui mérite, sous plus d’un rapport, d’attirer l’attention^ Il est dû à la coopération de trois départements, l’Ailier, la Nièvre -et Saône^et-Loire,. qui ont réussi, avec le concours dë l’Etat et des communes avoisinantes, à accomplir ce beau travail, dont les arches èt les culées, commencées en mai, furent terminées en septembre 1896. Les. arches sont hardies et ont un peu plus de 28 mètres d’ouverture. Le pont a une
- longueur approximative de 300 mètres ; la figure ci-jointe en donne une vue d’ensemble. Les travaux souterrains ont été exécutés en 1895 par MM. Prichard et Varigard, de Lyon, sous la direction de M. Louis Belliard. Il n’est arrivé aucun accident parmi les nombreux ouvriers employés. Les plans ont été dressés par M. Doër, ingénieur en chef, et M. Lemoine, ingénieur, avec la collaboration de M. Servant, conducteur des ponts et chaussées. Les dépenses ne dépasseront pas 700 000 francs. Notre correspondant est heureux de témoigner un souvenir reconnaissant à MM. Cornil et Sarrien pour le bienveillant concours que chacun d’eux a bien voulu apporter dès l’origine à cette œuvre toute nationale.
- M. L. Ottenheim, à Versailles, à propos du moteur rotatif à vapeur Filtz, dont nous avons donné la description dans le n° 1235, du 30 janvier 1897, p. 151, nous envoie des photographies concernant une machine rotative qu’il avait imaginée et construite en 1878. Les espaces occupés par la vapeur y sont sensiblement les mêmes que dans le moteur dont il est question; mais au lieu d’avoir des surfaces rampantes et des oscillations de piston, tout est rond, fait au tour ordinaire, et il n’y a aucun mouvement de va-et-vient.
- M. M. Laille, à Oloron-Sainte-Marie, nous écrit que la fabrique d’oxygène dont il a été question dans la Boîte aux lettres du n° 1239, du 27 février 1897, ne s’établit pas à Oléron, comme nous l’avons dit par erreur, mais à Oloron-Sainte-Marie (Basses-Pyrénées).
- Renseignements. — M. E. Anadyr, à Nice. — Nous pensons que le globe dont vous parlez produirait un bel effet dans une antichambre.
- M. E. Plonquet, à Boissy-Saint-Léger. — Vous trouverez de très bons appareils à la Société industrielle des téléphones, 25, rue du Quatre-Septembre, et à la maison Mildé, rue Des-renaudes, à Paris.
- M. Ch. Albert, à Fener (Suisse). — La poudre de pyrèthre de bonne qualité peut convenir.
- M. A. H., à Troves. — Nous ne pouvons vous fournir ces renseignements ; adressez-vous à la Société centrale des architectes, 168, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- MM. Rafer, à Saint-Chamond. — Il faut écrire directement au. Ministère du Commerce, 3° bureau ; toutefois nous pouvons vous dire que le Moniteur officiel du commerce est publié à la librairie Paul Dupont, 4, rue du Bouloi, à Paris.
- Un abonné, à X. — L’adresse de M. Marchai, fabricant d’aimants, est 11, rue d’Alembert, à Paris.
- M. A. Fatalot, à Évreux. — Vous aurez tous les renseignements en vous adressant à M. René Gandillot, 143, boulevard Pereire, à Paris.
- M. L. M., à Livourne. — U est bien difficile de dire en ce moment quelle est la voiture automobile la plus pratique et en même temps la plus économique. Les unes et les autres ont
- leurs avantages et leurs inconvénients. C'est à vous de faire un -choix parmi celles dont nous avons donné la description.
- M. A.. Pelon, à Paris. — Vous trouverez probablement les. renseignements que vous désirez dans le journal le Pétrole 3, rue Armand-Carrel, à Paris.
- M. G. Lœvi, à Paris, -r- Pour désaimanter une montre il faut la placer dans un champ magnétique, la tourner et la retourner dans tous les sens en s’éloignant lentement. Le journal VÉlectricien a parlé récemment d’un démagnétiseur spécial employé dans ce but, d’après un Mémoire de M. William Levis, président de la Horological Society de Philadelphie.
- Un abonné, à X. — Il faut vous adresser directement au Dr Callot, à Berck-sur-Mer".
- M. E. Legros, à Paris. — Les indications que vous trouvez toutes les semaines dans le bulletin météorologique donnent la direction et la force du vent comptée de 0 à 9. Dans l’exemple cité SSW veut dire süd-sud-ouest, le chiffre 2 signifie que la force du vent est égale à 2, le maximum étant 9.
- M. P. Viault, à X. — Adressez-vous directement à M. Dus-saud, député, professeur à l’École de-mécanique, à Genève.
- M. J. Bt J.,, à la Flèche. — Les études de M. Tissié sur les méthodes de gymnastique sé trouvent dans le volume des Communications du congrès de Caen, de l’Association pour l’avancement des sciences-en, 1894, ou dans le n° du 20 octobre 1894 . et le n° du 26 octobre 1895, de la Revue scientifique. Le travail de M. Levertin a été publié dans le journal Der Stein der Weisen en novembre 1896.
- M. J. Sébert, à Saint-Brieuc. — Vous nous demandez une formule simple et pratique de bain virodixateur pour papier au citrate d’argent. Voici à ce sujet quelques renseignements. On met toujours trop d’or dans les bains, il en faut très peu. . Il y a intérêt à nè pas employer deux fois le même bain pour ue les épreuves se conservent. En mettant juste la quantité ’or nécessaire on peut jeter le bain après usage. On fait la solution I suivante : eau chaude, 500 grammes; hyposulfite,; 150 ; alun de potasse, 50 ; azotate de plomb, 5. On laisse déposer vingt-quatre heures et on décante ou on filtre. On fait la solution II : eau chaude, 500 grammes; sulfocyanure de potassium, . 75. Un flacon A contiendra ces deux solutions mélangées après refroidissement. Un flacon B renfermera une solution de chlorure d’or à 2 grammes pour 1000 d’eau distillée. Pour l’usage on prendra 100 parties de A, 5 de B. La quantité d’or employée est, comme on le voit, très petite, mais elle est plus que suffisante.
- M. Maitrat, à Varennes. — Adressez-vous, pour les appareils d’éclairage, à M. Ferrary, 31, boulevard llaussmann, ou à M. Dit-mar, 52, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- M. E. Lamort, à Passy. — Appareils et accessoires pour pyrogravure : M. L. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, : et MM. Mary et fils, 26, rue Chapsal.
- M. A. Vulaz, à Limoux. — Photographies microscopiques pour porte-plumes, étuis : M. P. Adry, 15. rue Béranger, ' M. Arnoult Lépine, 171, rue Saint-Jacques, à Paris.
- M. L. Bechon, à Pont-de-Beauvoisin. — 1° La section du conducteur devrait être de 40 millimètres carrés en admettant 110 volts aux bornes de la dynamo et 100 volts aux bornes des lampes. — 2° Les fils du téléphone peuvent être placés sur les même* poteaux que ceux de l’éclairage, à une petite distance. Par précaution, on peut enrouler les deux fils, si le conducteur est double; mais avec les courants continus, l’induction n’est pas à craindre.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. F. Witz, à Bichwiller. Les questions que vous nous soumettez sont bien spéciales ; nous ne pouvons les examiner dans le journal. — M. A. Doneux, à Liège. Remerciements pour vos communications; les faits que vous mentionnez ont déjà été observés et sont bien connus des électriciens. — M. Dubois, à Paris. Cet appareil ne se trouve pas ’ dans le commerce ; il faut le fabriquer soi-même. — M. L. Retout, à Paris. D doit y avoir eu erreur dans vos mesures; veuillez les ’ refaire en ayant soin de noter à la fois la différence de potentiel et l’intensité. — M. X., à Lyon. Nous ne connaissons pas cette adresse. ,
- — M. P. de Martenne, à Autun. D vous a été répondu dans notre , dernière Boite aux lettres. — M. E. llouben, à Bruxelles. Cette adresse a été donnée en tète de la Boite aux lettres du numéro , même qui contient la description de l’appareil. — Un abonné, à X. . Nous n’avons pas d’autres renseignements. Tous nos regrets. — Un électricien, à Z. Nous croyons que votre système pour diminuer le ! nombre des collisions de trains sur les voies ferrées présenterait de sérieuses objections pratiques. — M. A. M., à Brest. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et Cu.
- — M. J. Julien, à SainMiermain*. Nous avons transmis votre lettre à M. Coupin.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes ; les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- PETITES MENTIONS1
- Verrou pour fixer les chambres photographiques sur leur pied. — Tous ceux qui emploient des appareils avec pied savent combien il est peu aisé de mettre la vis de ce dernier dans l’écrou de la chambre ; c’est un petit travail de patience auquel on n’arrive que par tâtonnement et après avoir rayé plus ou moins le dessous de son appareil. Yoici un petit verrou qui permet d’éviter cet inconvénient et qui devrait être d’un emploi général. On fixe sur la tète du pied le n° 1 de notre dessin; la partie A forme une mâchoire mobile qu’on peut manœuvrer avec le levier B. Le levier C sert à caler le premier dans la position fermée. Sous la chambre on a fixé un bouton représenté en 2 et 5. Le n° 4 fait comprendre la manœuvre, qui est alors des plus simples, la forme très évasée du verrou permettant d’y engager le bouton sans la moindre hésitation;
- Verrou pour chambres photographiques. — 1,2, 3. Pièces de détail du verrou. — 4. Mode d’emploi.
- il suffit d’écarter la machine A pour lui livrer passage et ensuite de la refermer et de la caler par les leviers B et C. La chambre ainsi fixée est aussi solide qu’avec la vis ordinaire, si incommode. Elle peut tout aussi facilement être orientée dans toutes les directions ; il suffit de desserrer momentanément la mâchoire. Dans certains systèmes de glissière qu’on avait fait jusqu’à présent, c’était un peu la raison qui empêchait de les adopter, on ne pouvait pas faire tourner la chambre sans déplacer en même temps le pied. Le verrou actuel n’ayant plus cet inconvénient, il est à espérer qu’on l’emploiera maintenant de préférence à la vis, dont le pas a été réglementé par le Congrès photographique de 1889, mais qui n’en a pas moins gardé tous ses défauts..— Le verrou se trouve chez M. Schaffner, 2, rue de Châteaudun, à Paris.
- Les boxeurs. — C’est vraiment un curieux jouet bien original et bien amusant que celui dont il est question dans cette petite Notice. Deux lutteurs en caoutchouc, revêtus du
- Les boxeurs.
- costume traditionnel, sont en présence l’un de l’autre sur un plancher horizontal. En arrière se trouve le public, composé en grande partie d’Anglais sans doute, qui semble prendre un vif intérêt à la lutte. Tout à coup on voit les deux adversaires s’élancer en avant, se reculer, revenir à la charge et se donner réciproquement de formidables coups de poings. Au moment où la lutte semble s’arrêter pour quelques instants, elle reprend aussitôt de plus belle. Les deux boxeurs sont en caoutchouc creux et chacun est. alimenté par un petit tuyau en caoutchouc
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- qui est muni d’une poire. On distingue ces deux poires dans notre dessin au premier plan : il suffit d’appuyer sur l’une ou l’autre ou sur les deux à la fois pour comprimer l’air et donner aux lutteurs les positions et les situations les plus comiques et les plus bizarres. Ce jouet amuse même les grandes personnes par les effets obtenus. — Pour les boxeurs, s’adresser au même fabricant que pour le revolver Securitas.
- Nouveau revolver Securitas. — Ce n’est pas dans l’intention de tuer que l’on porte des armes de défense contre des attaques de toutes sortes, mais surtout pour pouvoir effrayer et mettre en fuite les malfaiteurs au moyen d’une forte détonation, et la crainte d’un accident fait même hésiter bien des personnes à se munir de cet utile appareil. Pour éviter tous les ennuis que peut causer le port d’armes prohibées, un inventeur a construit un revolver Securitas en lui laissant les avan-
- Revolver Securitas. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Barillet.—3. Clavette. 4. Capsules. — o. Mode d’emploi.
- tages d'une véritable arme de défense. Ce revolver ressemble en tous points à un revolver ordinaire et son mécanisme est le même (n° 1), mais le barillet n’est percé qu’à moitié et porte dans chaque chambre un piston (n° 2) destiné à recevoir une amorce-capsule qui, lorsqu’on fait jouer le chien, provoque une très forte détonation. Le na 3 nous montre la clavette, le n° 4 la boîte de capsules et le n° 5 le mode d’emploi. De cette façon, le but est atteint et toute crainte d’ennui se trouve évitée, car le malfaiteur, en voyant l’arme et en entendant le coup, ne peut pas savoir que le revolver braqué sur lui est inoffensif; il croit plutôt que le premier coup a manqué et il cherche à se soustraire aux coups suivants aussi vite que possible. Le revolver Securitas est appelé à rendre également certains services aux cyclistes qui auront ainsi à leur disposition un moyen quelquefois efficace et toujours sans danger de se débarrasser des chiens, de se défendre contre les attaques de toutes sortes.— Le nouveau revolver Securitas se frouve chez M. Kralz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les poisons de l'organisme. Poisons des tissus, par A. Char-rin, professeur agrégé, médecin des hôpitaux, directeur adjoint du Laboratoire de pathologie générale. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Lkauté, membre de l’Institut. — Gauthier-Yillars et fils, et Masson et Cio, éditeurs, Paris. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- La bactéridie charbonneuse. Assimilation, variation, sélection, par F. Le Dantec, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, docteur ès sciences. 1 vol. petit in-8“ de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. — Gauthier-Vil-lars et fils, et Masson et Cie, éditeurs, Paris. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs.
- La plaque photographique (gélatino-bromure d’argent). Propriétés. Le visible, l’invisible, par R. Colson, capitaine du génie. 1 vol. in-8°.— Georges Carré et G. Naud, éditeurs. Prix : 5 francs.
- Aide-mémoire de poche de l’architecte et de l’ingénieur-constructeur, par Ch. Sée, architecte, ingénieur des Arts et Manufactures. 1 vol. in-16. Paris, librairie Bernard Tignol, 1897. Prix : 4fr,50.
- Hygiène et traitement du diabète, parlé Dr E. Moxi.v, secrétaire général de la Société française d’hygiène. 1 vol. in-10 de la Petite Encyclopédie médicale, 0e édition. — Paris, Société d’éditions scientifiques. Prix : 3 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Traitement des engelures. — Si elles ne sont pas ulcérées, laver la région atteinte avec de l’eau très chaude, puis appli-uer la pommade de Brocq : acide phénique, 1 gramme ; onguent e plomb, 20 grammes; lanoline, 20 grammes; huile d’amande douce, 10 grammes; essence de lavande, XX gouttes. Ou plus simplement lanoline, 40 grammes; sous-borate de soude, 10 grammes. Si l’engelure est ulcérée, nettoyer fréquemment avec de la liqueur de Van Swieten, et appliquer la pommade : axonge, 30 grammes; créosote, VIII gouttes; sous-acétate de plomb, VIII gouttes; laudanum de Sydenham, X gouttes.
- Celluloïd incombustible. — Voilà une nouvelle qui réjouira les exploitants de cinématographes. On sait en effet que les bandes employées dans ces appareils sont en celluloïd et brûlent avec une facilité remarquable ; on en a eu encore un exemple récent dans un grand café parisien. La Revue de chimie industrielle signale un brevet relatif à l’incombustibilité de cette matière ; il suffirait d’y introduire du chlorure de magnésium dissous préalablement dans l’alcool ; on en fait une solution à 30 pour 100 qu’on mélange à une solution à 10 pour 100 de celluloïd dans l’acétone. Le résultat ne modifierait en rien les qualités de transparence du celluloïd. G. M.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorolosriçpie de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1“ mars. . . 7“,0 S. S. W. 3. Couvert. 1,0 Beau à 1 h.; très nuageux de 9 à 16 h.; couv. le reste du temps ; pluie à diverses reprises.
- Mardi 2 5°,1 N. W. 4. Très nuageux. 1,7 Très nuageux de 5 à 16 h.; couv. avant et après ; halo ; pluie à div. reprises.
- Mercredi 3 7°,0 W. S. W. 5. Quelques nuages. 0,3 Nuageux ; pluie à diverses reprises avec de la grêle.
- Jeudi 4 3",0 S. VV. 2. Quelques nuages. 1,1 Peu nuageux jusqu’à 9 h.; couv. ensuite ; pluie à div. reprises ; gelée blanche.
- Vendredi 5 3°,1 S. S, W. 3. Très nuageux. 1,7 Très nuageux ; gelée blanche ; quelques averses, avec grêle à 18 h.
- Samedi 6 0°,7 S. 2. Beau. 6,4 Qq. nuages de 6 à 8 h.; tr. nuageux le reste du temps ; gel. bl.; pl. à div. repr. mêlée de neige fondue à 17 h.
- Dimanche 7 ... . 1°,9 N. 2. Couvert. 7,2 Très nuageux ; quelquefois des gouttes ; gelée blanche.
- MARS 1897 — SEMAINE Dü LUNDI 1er Aü DIMANCHE 7 MARS
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- SSrXmS^SS^LmmmmSSmSmSmmSSSSSmi
- La courue supérieure indique la nébulosité de 0 à 10: les flèches inférieures, la direction du vent. Les courues au milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barumétrioues Ibaromètre ramené à 0. au niveau de la mer)', courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche : courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc-üaint-Maur en février 4899
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 762*“,97 ; minimum 742““,09 le 2 à 9 heures du matin. Maximum 775”*,73 le 24 à 9 heures du matin.
- Moyennes thermométriques : des minima 4°,15; des maxima 10°,80 ; du mois 7°,48; vraie des 24 heures 6°,96. Minimum —3°,3 le 17 vers 7 heures du matin. Maximum 16°,7 le 26 à 1 heure et demie du soir. 11 y a eu 4 jours de gelée, tous du 16 au 19, et 8 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 6”“,51 ; la moindre 3”“,2 le 8 à 10 heures du matin ; la plus grande 9”“,2 le lsr à 6 heures du soir. Humidité relative moyenne 86 ; la moindre 42 le 26 à 2 heures du soir ; la plus grande 100 en 11 jours.
- Pluie 56”“,3 en 80 heures trois quarts réparties en 11 jours. Il est tombé le 1" un peu de neige mêlée à la pluie ; les principales chutes d’eau sont 10”“,8 le 1" en 15 heures et 10““,2 le 11 en 18 heures. 11 est tombé des gouttes les 21 et 23 et une trace de bruine le 22. Il y a eu 5 jours de brouillard ; les plus épais les 19, 24 et 28, de plus 5 jours ont offert une transparence atmosphérique de 2 à 3 kilomètres.
- La nébulosité moyenne du ciel a été de 75; le premier jour de gelée, le 16, a seul été noté beau, avec quelques nuages ; pendant la première quinzaine le ciel a été presque toujours couvert.
- Vents dominants du sud au sud-ouest ; puis du nord-est. Un seul coup de vent fort, du sud-ouest, à midi le 2.
- La température moyenne de la Marne a été de 6°,32 ; elle a varié de
- 2° ,28 le 1* à 8°,83 le 28. La rivière a été fort trouble et très haute tout le mois; le 14 elle a atteint 6”,46 (le zéro étant à l’altitude de 30“). C’est la plus grande hauteur depuis le 4 janvier 1883 où elle s’est élevée à 6“,87.
- Nous avons noté les floraisons suivantes : le 14, Tussilago farfara ; le 23, Saxifrage à larges feuilles et le 28 l’Abricotier.
- On a oublié de noter dans les derniers jours de janvier la floraison des Perce-neige.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de février 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 3““,97 ; thermomètre plus haut de 3°,20; tension de la vapeur plus forte de 1“”,35; humidité relative plus forte de 2 ; pluie plus forte de 0““,9 ; nébulosité plus forte de 7.
- Ce mois est un des plus chauds que Ton connaisse ; depuis 1873, je ne trouve au Parc que 1877 qui présente la même moyenne thermométrique et 1885 une un peu supérieure, 7°,10 ; la plus haute moyenne de la série dans ce siècle et même au delà, est celle de février 1869, qui a offert une moyenne de 7°,9 à l’Observatoire de Paris, correspondant à 7°,2 au Parc Saint-Maur.
- L’hiver de 1896-1897 (décembre-janvier-février) présente les résultats suivants :
- Moyennes. Écarts. I Moyennes. Écarts.
- Baromètre. . . 757““,38 — 2,23 I Humidité relat. 86 —1
- Thermomètre. 4°,28 -{-1,70 1 Nébulosité. . . 81 -t-11
- Tens. de la vap. 5”“,49 +0,50 1 Pluie..........141,““2 -h 26,3
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 3, à 0 h. 6 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Conformément aux vœux exprimés par le comité consultatif d’hygiène, que nous avons fait connaître dans notre dernier numéro, un décret du 10 mars rapporte ceux des 19 et 27 janvier et du 19 février sur les mesures relatives à la défense contre la peste et y substitue de nouveaux dispositifs. Les interdictions antérieurement stipulées sont maintenues en ce qui concerne l’importation et le transit des marchandises déjà désignées. Le linge de corps, les vêtements, les objets de literie des voyageurs et les tapis vieux ou neufs seront admis après désinfection. Les tapis sont des véhicules très dangereux de contamination, et leur désinfection ne peut être réelle qu a la condition de les détériorer, « A partir de la promulgation du présent décret, dit l’article V, aucun navire provenant d’une localité reconnue contaminée de peste, ou portant des tapis provenant directement ou indirectement d’une localité reconnue contaminée de peste, ne pourra pénétrer en France ou en Algérie, que >ar un des ports suivants : Marseille, Alger, Pauillac, Saint-Nazaire, e Havre et Dunkerque. »
- —i©— Statistique des confetti ! D’après un de nos confrères, voici quelques chiffres qui ont leur intérêt. Combien a-t-il été jeté de confetti dans Paris pendant les trois jours de fête du Bœuf gras? On en évalue le poids à plus de 200000 kilogrammes, sur la foi des fabricants. Réduisons de la moitié. Sait-on combien 100000 kilogrammes de confetti représentent de petites rondelles? Nous en avons fait plusieurs pesées d'un gramme; la moyenne des pesées donne 300 confetti par gramme, soit 300 000 confetti au kilogramme et 30 milliards en chiffres ronds pour les 100 000 kilogrammes jetés. 30 milliards, c’est-à-dire 50000 millions. Maintenant, placez 10 confetti l’un sur l’antre, cela fait à peu près l’épaisseur de 1 millimètre. 10000 confetti placés l'un sur l’autre et bien serrés l’un contre l’autre auraient donc une hauteur de 1 mètre. Les 30 milliards superposés atteindraient une hauteur de 3 millions de mètres, c’est-à-dire 3000 kilomètres, 10000 fois la hauteur de la tour Eiffel. Un confetti a en moyenne une largeur de 6 millimètres. En les plaçant bout à bout, on obtiendrait donc, pour les 50 milliards de confetti, une longueur de 180 millions de mètres, soit 4 fois et demi le tour de la terre ! Depuis leur première apparition au bal de l'Opéra, les confetti ont subi quelques transformations. Cette année, l’ingénieuse industrie parisienne a trouvé mieux que le confetti banal, qui consiste en une simple rondelle de papier. On a vu apparaître des pétales de fleurs, formés de confetti grand modèle collés les uns aux autres et mélangés de feuilles vertes artificielles. Les pétales, en quatre couleurs, se vendent, soit en boîtes, renfermant trois mille pétales, le prix en est de 4 francs ; soit en sacs, contenant sept cents fleurs, au prix de 1 franc. Ce prix s’abaissera vraisemblablement au fur et à mesure du développement de la fabrication. Les confetti se vendent couramment, à l’heure actuelle, 80 centimes le kilogramme ; les serpentins — suivant la qualité — de 4 franc à 2<r,5u le cent, ou de 8",50 à 21 francs le mille. En dehors des confetti, des serpentins et des fleurs animées, on vend encore, et en grande quantité, des papillons en papier collés sur des chardons et qui s’attachent aux vêtements, et aussi des rigolos, formés de. figurines en carton représentant des animaux ou des objets familiers que l’on accroche au dos des passants au moyen de petites épingles. « Amusez-vous! » crient les camelots. — a Oui, mais n’abusons pas », ajouterons-nous.
- —©— Les nouveaux collaborateurs de M. Andrée, MM. Frænkel et Swedenborg, qui sont arrivés dernièrement à Paris pour y étudier l’aérostation, ont fait le jeudi 41 mars leur première ascension au Parc aérostatique de Vaugirard, sous la direction de M. H. Lacham-bre, constructeur du ballon polaire. L’aérostat Le Nobel, d’un volume de 4000 mètres cubes et qui faisait son premier voyage, a été con-
- struit spécialement en vue de ces expériences. Il s’est élevé vers 4 heure et a traversé Paris à une altitude de 300 à 500 mètres, hauteur à laquelle il a rencontré les premiers nuages. II a passé successivement sur les Champs-Elysées, le Sacré-Cœur de Montmartre, l’île Saint-Denis, Ecouen, Luzarches, Montataire, Clermont, et a opéré sa.descente à Ravenel, près de Saint-Just (Oise), vers 5 heures du soir, à 80 kilomètres nord et après avoir parcouru 32 kilomètres avec guide-rope, à une hauteur variant de 50 à 70 mètres. L’altitude maxima a été de 4250 mètres et la température est descendue à zéro. M. Frænkel a fait des observations astronomiques et M. Swedenborg a pris plusieurs clichés des nuages.
- —Les travaux de l’Exposition de 1900. Les employés de la Aille de Paris qui travaillent actuellement à l’enlèvement des arbres, en vue de l’édification du grand palais aux Champs-Élysées, viennent d’essayer avec un plein succès un nouveau enariot construit spécialement pour l’enlèvement de très gros arbres. Deux marronniers séculaires qui se trouvaient en bordure au cours la Reine, et qui pèsent les respectables poids de 9000 et 13000 kilogrammes, ont été chargés sans trop de difficulté sur le chariot en présence de M. Bouvard, de M. Lion, inspecteur des promenades, et du jardinier en chef de la Ville de Paris. Ils ont été transportés à la Muette dans les jardins du « fleuriste » de la Ville.
- —Un mécanicien préoccupé. La semaine dernière un fait sans précédent s’est passé sur la ligne de Paris-Versailles. Le mécanicien a oublié de s’arrêter à une station. Il a passé à pleine vapeur devant la station de Bécon et, quand il s’est aperçu de l’erreur, il était trop tard pour la réparer. Les voyageurs ont dû descendre à Courbevoie et pour revenir à Bécon attendre le plus prochain train.
- —@— l.a troisième exposition internationale d’animaux de basse-cour a..ra lieu les 20 et 21 mars courant au Jardin zoologique d’acclimatal io.i. Le samedi 20, réception des animaux, volailles de Poorking ei de Hambourg, de toutes nuances, lapins béliers, lapins noir et leu, etc. Le dimanche 21, à 3 heures, vente aux enchères de tout ou partie des animaux exposés.
- —On signale depuis quelques jours des nuées demouchets planant sur Paris. L’émouchet ou crécerelle est le plus petit des oiseaux de proie. Il comprend diverses variétés : la crécerelle commune ou épervier des alouettes, la crécerelle à pennes grises, rare en France, la crécerelle des montagnes, la crécerelle de Bohême. La variété qui nous occupe est la crécerelle commune que l’on trouve partout en France, dans les vieilles tours, les clochers, les creux des vieux arbres, etc. C’est un oiseau roux, tacheté de noir, bec cendré; le dessus, les côtés et le derrière de la tête d’un gris cendré, un trait noir sous l’œil, la gorge d’un blanc roussâtre et le dessous du corps roux également, moucheté de raies brunes sur la poitrine et le ventre. La crécerelle ou émouchet fait la chasse aux mulots et aux petits oiseaux. L’émouchet s’attaque aussi aux perdrix et aux pigeons, sur lesquels il fond, qu’il étourdit d’un coup de bec sur le crâne et qu’il emporte pour les plumer avant d'en faire sa nourriture. En voyant ceux qui planent en ce moment sur Paris, beaucoup de personnes ont pu les prendre pour des pigeons. Mais l’erreur est facile à reconnaître, car le vol de l’émouchet est beaucoup plus large que celui du pigeon. Du reste on ne les voit pas planer longtemps sans qu’ils s'abattent sur quelque proie fascinée d’avance.
- —®— Le premier mariage à bicyclette a eu lieu récemment à l’Hôtel de Ville de Marseille. Le marié, M. Pécolle, est arrivé en bicyclette, bientôt suivi de M11* Latourre en bicyclette également, ainsi qu’une douzaine de bicyclistes, portant tous la culotte de soie blanche. Après la cérémonie M. et Mme Pécolle sont montés sur un tandem, suivis par les bicyclistes faisant partie de la noce.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. F. Daleau, à Bourg-sur-Gironde, nous envoie une brochure qui contient une étude faite par lui sur les Hameçons modernes en bois.
- M. E. Foubert, à Boubiers (Oise), nous écrit, à propos de notre récent article sur Les gros blocs du diluvium (n° 1240, du 6 mars 1897, p. 210), qu’il a eu l’occasion, depuis 1861, de rencontrer quelquefois dans sa ferme, située dans une plaine à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer, des gros blocs de grès semblables à ceux que nous signalons; il en a ainsi relevé d’un demi-mètre cube, soit ronds, soit plats, mais presque toujours debout. Notre correspondant ajoute qu’il explique la présence de ces grès par une migration de bas en haut, du centre à la surface.
- M. P. Faucher, à Lévesque (Gard), nous a fait parvenir deux photographies qui nous montrent l’une un arbre, un vieil amandier, représentant assez bien un homme qui semble soutenir un rameau avec un flambeau, et l’autre un rocher à profil animé qui existe dans le bois environnant le village de Sauve (Gard). Ce rocher a 2 mètres de hauteur et est très ancien.
- M. Léon Dumüys, à Orléans, à propos de notre récent article Les mosaïques de fleurs à Ténériffe, paru dans le n° 1259, du 27 février 1897, p. 203, nous écrit qu’il se trouvait à Paim-
- {>ol (Côtes-du-Nord) le dimanche 14 juin 1896; la procession de a Fête-Dieu circulait dans les rues et les habitants avaient répandu devant leurs maisons une grande quantité de jonchée, composée de feuilles diverses fraîchement arrachées des brindilles qui les portaient. Des fleurs des champs, des pétales de roses se mêlaient aussi à la verdure. Dans une rue très voisine de l’église où se formait le cortège processionnel, il a vu des mosaïques de fleurs composées avec goût et formant des dessins variés; la chaussée en était tapissée. Notre correspondant ajoute ensuite quelques détails sur les fleurs et sur la verdure qui sont répandues tous les ans, au mois de juin, dans les rues d’Orléans sur le passage de la procession.
- M. G. Salle, à Fiers (Orne), nous adresse une Note nous faisant connaître les nouveaux perfectionnements apportés au métier à tisser américain Northrop-loom, dont nous avons donné la description dans le n° H 71, du 9 novembre 1895, p. 374. Ce métier présente les caractéristiques suivantes : 1“ changement automatique de la (rame dans la navette sans arrêt ni ralentissement de vitesse du métier; 2° casse-fil en chaîne système nouveau; 3° réglage automatique de la tension de la chaîne et du déroulement de l’ensouple sans poids ni pression; 4° navette enfilant automatiquement en marche le fil de trame. Ses avantages sont les suivants : production de 30 pour 100 supérieure aux métiers actuels produisant les mêmes articles. Economie de main-d’œuvre, un ouvrier pouvant facilement conduire 15 métiers. Le travail de l’ouvrier consiste simplement à entretenir de trames le tambour spécial et à rattacher les fils de chaîne; l’ouvrier est averti qu’un métier est arrêté par suite de la rupture d’un fil en chaîne par une sonnerie électrique. 12 000 métiers de ce système, produisant des tissus de toute force et de toute largeur, fonctionnent aux Etats-Unis.
- M. V. Gonzalez Cazon, à Buenos-Ayres et M. Lacumaria, à Cordoba, nous écrivent que le navire le Buenos-Ayres, dont il est question dans les Informations du n° 1254, du 23 janvier 1897, n’est pas chilien, comme il est dit, mais argentin.
- M. A. Goret, à Neuilly-sur-Seine, à propos de l’appareil le Luciphore, que nous avons décrit récemment (n° 1259, du 27 février 1897, p. 207), nous fait savoir qu’en 1871 il avait imaginé une disposition semblable. Ce porte-allumettes, auquel il avait donné le nom de Lucigène, se composait d’une boîte en forme de socle de statue, dan6 laquelle on pouvait introduire 200 allumettes rondes. En appuyant sur un bouton placé à l’avant, une allumette sortait horizontalement et enflammée.
- Renseignements. — M. J. G., à Paris. — Ces renseignements ne peuvent être donnés qu’après essai de votre tube; adressez-vous à M. Chabaud, 8, rue de la Sorbonne, ou à M. Ra-diguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire.
- M. J. Plassard, à Paris. — 1° Il faut envoyer une plainte au service d’inspection générale de l’assainissement, 5, avenue Victoria. — 2° Pas d’appareil spécial. — 5° Des piles Leclanché peuvent suffire. — 4° Nous n’avons pas entendu parler de ces essais. — 5° Non.
- M. J. D. Ph., à Bruxelles. — 1° Il serait préférable de prendre une seule lampe de 6 bougies. — 2° La consommation serait de 120 watts-heure et la puissance de 24 watts. — 3° A 12 volts, il faut compter 7 à 8 accumulateurs. — 4° Dynamo à manivelle, à la Société Gramme, 20, rue d’Hautpoul, à Paris.
- M. F. F. Andreu, à Mahon. — Dans les distributions d’énergie électrique à courants continus à 3 fils (220 volts), la mise à la terre du conducteur neutre a pour avantage d’éviter les courts-circuits à 220 volts. S’il survient une perte sur un des deux conducteurs extrêmes, il y a aussitôt simplement court-circuit à 110 volts.
- Gercle militaire, à Commercy. — Pour tout ce qui concerne le Luciphore, il faut vous adresser au dépositaire qui a été désigné en tête de la Boîte aux lettres du n° 1239, au 27 février 1897.
- M. N. P., à Elisavetgrad. — 1° Des essais ont été entrepris, mais nous ne savons pas s’ils ont encore donné des résultats pratiques. — 2° Vous pourrez vous procurer un ouvrage de ce genre à la librairie Carré et Naud, 13, rue Racine, à Paris.
- M. le C%° del Valle, à Madrid. — Il ne serait pas impossible de disposer un microphone pour atteindre ce résultat, mais il s’agit d’un nouvel appareil à étudier. Vous pouvez poser le problème à la Société industrielle des téléphones, 25, rue du Quatre-septembre ; à la Société des téléphones Roulez, 9, rue Le Peletier; à M. Journaux, 56, rue des Cévennes, à Paris, ou à M. Dussaud, à Genève.
- M. H. Barbier, à Pacy-sur-Eure. — 1° Toutes les communications doivent être adressées à la rédaction de La Nature, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris. — 2° Si vous voulez bien nous faire connaître une autre formule, nous la publierons volontiers.
- M. A. de Vasconcellos, à Gollegâ (Portugal). — L’adresse demandée est la suivante : MM. Bengel jeune et Mégret, 64, avenue Parmentier, à Paris.
- M. J. Cervera, à Valencia. — Il faut exprimer votre désir au constructeur ; mais il devra faire fabriquer ces rouleaux spécialement.
- M. Champin, à Blois. — 11 serait nécessaire de faire faire l’analyse chimique de l’eau, pour connaître la provenance de ce goût que vous signalez.
- M. Moulin, à Saint-Etienne. — Nous ne pouvons que vous indiquer l’adresse d’un constructeur de machines de précision pour la fabrication des cartouches : M. Gauchot, à Vincennes (Seine).
- M. de Beaufort, à Chaillac. — Il existe un ouvrage ayant pour titre : Traité des paratonnerres, leur utilité, leur théorie et leur construction, par M. Callaud, à la librairie Schmidt, rue des Ecoles, à Paris. Nous vous conseillons de demander aussi le catalogue de la maison Ch. Mildé, 60, rue Desrenaudes, à Paris.
- M. le Dr Vaisser, à Mostaganem. — Pour ces générateurs électriques, veuillez vous adresser directement au Dr Boisseau du Rocher, 16, rue de la Pépinière, à Paris.
- M. A. D., h Lille. — Demandez ce renseignement à M. Plu-mandon, météorologiste au Puy de Dôme, à Clermont-Ferrand.
- M. M. Bordeaux, à Neuilly-sur-Seine. — Consultez le journal La Photo-Gazette, dirigé par notre collaborateur, M. G. Ma-reschal, à la librairie Carré et Naud, rue Racine, à Paris.
- M. Hubert Bouffé, à Cannes. — Le baromètre chimique, sturm-glass ou pronostic, a été décrit dans le n° 182, du 25 novembre 1876, p. 409. Le petit livre des Becettes et Procédés utiles, 2° série (Masson et Cie, éditeurs), en donne également une description.
- M. Olivier, à Paris. — 11 vous faudrait écrire directement à notre correspondant, et lui dire de nous transmettre l’autorisation de vous faire parvenir ce document.
- M. B. G. Lévy, h Paris. — Nous ne pouvons trouver l’article dont vous parlez; il vous faut consulter vous-même une collection dans une bibliothèque.
- (Voir la suite de la Boite aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la • Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRES {Suite)
- M. A. de Coincy, à Jourdan. — Nous ne croyons pas qu’il s’agisse du même bolide.
- M. A. N. Kovaleff, à Rostoff-sur-Don. — L’appareil Nivet pour l’essai des matériaux de construction, qui a été décrit dans le n° 1205, du 4 juillet 1896, p. 65, est fabriqué par M. Mathieu, 115, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- L’abonné A. M. C. 5, à Paris. — II est probable que les roues de la voiture tournaient avec une vitesse telle qu’elles semblaient immobiles au moment où les photographies ont été faites.
- M. J. Zryd, à Paris. — Nous avons publié un article sur la classification décimale dans le n° 1227, du 5 décembre 1896,
- p. 10.
- M. Chapitrer, à Auvers-sur-Oise. — La densité de l’eau de mer est de 1,026 et la densité de l’eau à 4° est 1. Un litre d’eau de mer est donc plus pesant qo’un litre d’eau douce.
- M. le lieutenant F., à Z. — La hauteur du pédalier, malgré ses inconvénients, a ici sa raison d’être, pour permettre au soldat de monter et de descendre rapidement. Quant à la manière de pédaler, elle est très recommandée par le capitaine Gérard ; c’est une habitude à prendre.
- M. G. Daloz, à Bougie. — Il faut vous adresser à un libraire qui pourra vous rechercher ce livre.
- Réponses. — N° 1355. — Visée avec un œil fermé. — A propos de notre précédente question, M. J. Lavenard, à Paris, nous écrit : « Dans beaucoup de sociétés de tir, aujourd’hui, un grand nombre de bons tireurs visent les deux yeux grands ouverts. D’où vient que jusqu’à ce jour l’un des deux yeux a dû être fermé? La cause tient à ce que les trajectoires étaient jusqu’alors peu tendues et de moins en moins si nous remontons jusqu’à Crécy. Le bout du canon étant très relevé, la crosse très basse, la tête était obligée de se pencher beaucoup à droite. Or la ligne qui passe par les deux veux n’étant plus parallèle au sol et dérangeant par là notre faculté habituelle de perception, la vue était troublée surtout par les reliefs qui se trouvaient déplacés par suite de l’inclinaison de la ligne des yeux. Un seul œil ouvert fait disparaître tout relief, donne l’image plane; le guidon tranchant sans appréciation de distance sur le cran de la hausse ainsi que sur le but visé servait d’intermédiaire pour la mire et la trajectoire, l’autre œil ne pouvait que nuire. Mais aujourd’hui, avec les trajectoires tendues, la crosse en S s’appuyant à l’épaule amène le canon presque horizontal au milieu du visage, à ce point que guidon et hausse ne sont plus utiles qu’au delà de 500 à 600 mètres. Jusque-là, et surtout à la chasse, les yeux peuvent rester grands ouverts, le tir est au jugé. Ne venons-nous pas de voir un petit Etat de l’Amérique du Sud, je crois, faire l’emploi pour sa flotte d’une carabine de 6 millimètres sans hauss ; ni guidon en raison de la tension de la trajectoire et de la difficulté de viser dans le tir sur mer. Ges hommes ne peuvent donc plus tirer qu’au jugé et les deux yeux ouverts, et ils n’en seront que plus adroits. »
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. P. de Lor-mais, à Paris. Nous n’avons pas retrouvé la description de l’expérience dont vous nous parlez. — M. J. Trusson, à Paris. Nous avons fait quelques recherches, et nous n’avons pu nous procurer de renseignements. — M. M. Gouttîer fils, à Gouvin; M. B., à Nanterre. Nous ne croyons pas qu’il existe d’ouvrage de ce genre. — M. J. Mouroux, à Paris. Nous ne connaissons pis le procédé dont il est question. — M. A. Lefort, à Paris. La formule pour faire l’eau de Cologne est donnée dans les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie. — M. A. Florensky, à Tiflis. Remerciements pour vos communications.
- PETITES INVENTIONS1
- Allumoir électrique pour becs de gaz. — Cet appareil est destiné à servir à l’allumage du gaz en général et en particulier pour les becs à incandescence Auër. L’allumage se fait au-dessus du verre, contrairement au mode employé jusqu’à ce jour. Ce dernier consiste en effet à employer une mèche d’amiante fixée au bout d’une tige de fer et dont on se sert pour allumer les becs par-dessous. Le grand inconvénient de ce système est de détériorer très vivement la base des manchons et aussi d’amener rapidement la casse des verres. Cette flamme d’alcool qu’on introduit sous le verre chauffe ce dernier à un seul endroit et le fait souvent éclater, et, par contre, les débris du verre viennent détériorer les manchons. De plus,
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- la flamme mise en contact avec le manchon au moment de l’allumage enlève au manchon de sa solidité. L’appareil que nous présentons est composé d’un vase cylindrique (n° 1) qu’on remplit aux deux tiers de bichromate de potasse ; ce vase est fermé par un bouchon de liège traversé par deux tiges ; à la remière correspond un zinc rendu mobile par un ressort à oudin, à la deuxième est fixé un chalumeau en cuivre qui est réuni au charbon de la pile. Ces deux tiges sont reliées au-dessus du bouchon par un fil conducteur qui, partant du zinc, traverse l’intérieur d’un tube en cuivre et vient aboutir à
- Allumoir électrique pour becs de gaz. — 1. Ensemble de l’appareil,-2. Fil de platine porté au rouge. — 3. Mode d’emploi.
- l’extrémité de ce tube. Il est relié à une petite spire de platine ui est protégée par une petite calotte appelée bec (n° 2) munie e deux ouvertures. En tenant l’allumoir d’une main, l’index osé sur le ressort à boudin (n° 3), et en appuyant légèrement e façon à tremper le zinc dans le bichromate, un courant électrique se produit et porte au rouge vif le petit fil de platine. En présentant le bec de l’appareil ainsi en fonctiopne-mènt et en tournant la clef du bec de gaz, celui-ci s’allume immédiatement. Cet appareil, qui est d’un prix modique, cause une dépense journalière insignifiante ; la charge de bichromate et le zinc peuvent durer assez longtemps. — Le nouvel allumoir électrique se trouve chez M. Ed. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- Aceroche-pelle et pincettes. — La pelle et les pincettes doivent toujours se trouver auprès du feu afin de permettre de le soigner suivant les besoins. Dans un grand nombre de cheminées cependant aucune disposition n’a été prise pour reposer ces appareils, et le plus souvent on est obligé de placer à côté un porte-pincettes spécial. La petite invention que nous mentionnons remédiera à cet inconvénient dans bien des cas ;
- Accroche-pelle et pincettes. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Vue intérieure. 3. Mode d’emploi.
- elle consiste en un simple appareil qui peut se fixer sur là cheminée et retenir les ustensiles nécessaires. Une vis horizontale porte une plaque latérale et peut se déplacer dans un écrou fixé sur un support qui se termine par une anse comme le montre le n° 2 de la figure. Le n° 1 nous fait voir la vue extérieure. On place l’appareil sur le rebord de la cheminée (n° 3) et on serre sur le côté les vis qui maintiennent en place la plaque latérale. On a ainsi un support pour reposer les pincettes et la pelle. — Cet appareil se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contre la toux. La péronine. — La péronine est un chlorhydrate de l’éther benzylique de la morphine. Le Dr Schrôder, médecin du sanatorium de Hohenhonnel, l’a expérimentée •comparativement avec le phosphate de codéine, contre la toux opiniâtre des phtisiques. De ces recherches il paraît résulter que la péronine occupe une place intermédiaire entre la codéine et la morphine. Employée dans 12 cas à la dose de 2 centigrammes à k centigrammes, 8 fois elle a amené une diminution notable de la toux, 2 fois il a fallu des doses plus élevées, 2 fois l’échec a été complet. Sans inconvénients jusqu’à 4 centigrammes, au delà elle peut provoquer des nausées, et une tendance marquée à la constipation. Dans deux cas même on
- a noté des sueurs et une expectoration difficile. Mais elle a donné à tous les malades un sommeil plus calme et plus tranquille que la codéine, à laquelle elle doit donc être préférée.
- Solution avec :
- Péronine............................. 0gr,50
- Eau distillée........................100 gr.
- Une cuillerée à soupe le soir dans de l’eau sucrée ou du thé léger.
- Pilules avec :
- Péronine........................... . 0!%30
- Excipient.....................Q. s. p. 30 pilules.
- à 3 pilules le soir en se couchant.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- observations 7 HEURES DU MATIN TiffiRHOMÊTRK VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 8 mars . . . 2°,1 S, S. W. 2. Couvert.
- Mardi 9 —1°,9 S. S. E. 1. Beau.
- Mercredi 10 ... . 7°,0 S. 3. Couvert.
- Jeudi 11 2°,3 S. S. W. 1. Quelques nuages
- Vendredi 12 ... . 7“,1 S. W. 3. Couvert.
- Samedi 13 0°,8 S. 2. Couvert.
- Dimanche 14. . . . 3°,1 S 2. Couvert.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,1 Couvert de 7 à 16 h.; peu nuageux avant et après.
- 0,0 Quelques nuages jusqu’à^8Ji.; couv. ensuite ; quelquefois des gouttes ; halo. Couvert jusqu’à 10 h.; puis nuageux ; beau après 18 h.; pluie dans la matinée ; halo.
- 3,6
- 2,2 Nuageux le matin, couvert le soir ; pluie dans la soirée ; gelée blanche.
- 1,2 Très nuageux le matin ; nuageux le soir ; un peu de pluie et de grêle à 15 h.
- 1,3 Presq. couv.; pluie de 6 à 10 h. 1/4 : grosse neige seule de 6 h. 43 à 7 h. 15; gelée blanche. Quelques éclaircies jusqu’à 9 h.: couvert ensuite ; pluie à peu près continue a partir de 9 h. 45.
- 3,7
- MARS 1897 — SEMAINE DD LUNDI 8 AD DIMANCHE U MARS
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- La foudre. — Pendant un orage qui a éclaté le 7 mars à Toulouse, la foudre est tombée sur une maison à Croix-Daurade ; elle a pénétré dans les appartements du premier étage et a réduit en pièces le mobilier et la vaisselle ; les cloisons ont été démolies et le plancher du second étage s’est effondré. Personne, heureusement, ne se trouvait dans l’appartement.
- Bourrasque à Paris. — Dans la nuit du 12 au 13 mars, une violente bourrasque s’est abattue sur Paris, accompagnée de pluie, de neige fondue et de vent impétueux.
- Orages et tempêtes. — Les orages et tempêtes que nous avons signalés dans les Informations du n" 1241, du 13 mars 1897, et qui sont survenus dans les premiers jours du mois de mars, ont causé une série de sinistres et d’accidents sur les côtes de l’océan Atlantique. A Brest, la mer a été démontée au large. De nombreux bateaux ont relâché. Les communications télégraphiques avec les îles de Sein, d’Ouessant et de Molène ont été interrompues {lendant quelques jours. A Cherbourg, le cuirassé Tréhouart, venant de Brest, a mouillé en rade, après une traversée mouvementée. Un bateau de pêche, le Raphaël, a été jeté sur les rochers de l'île Pelee; les trois hommes qui le montaient ont heureusement pu être sauvés. Au Havre, les vapeurs faisant le service entre le Havre, Honneur et
- les ports de la Normandie n’ont pu quitter le port le 3 mars. La mer était très grosse; en plusieurs endroits, l’eau envahissait les quais et une partie du quartier Saint-François était inondée. A Audierne, le canot Amiral-Roze, de la Société centrale de sauvetage des naufragés, sorti par mer très grosse pour porter gecours à une chaloupe en détresse, a réussi, après avoir chaviré sur la barre et brisé son gouvernail, à sauver sept hommes qu’il a déposés à Sainte-Evette. A Rochefort, de gros arbres ont été jetés à terre ; les baraques foraines établies sur les cours Roy-Bry et d’Ablois ont été fort endommagées. A 11 heures du soir, le 5 mars, les habitanls de quartiers différents de la ville prétendent avoir ressenti comme une secousse de tremblement de terre. Le baromètre était descendu alors à 743 millimètres. Le lendemain, il était remonté à 764 millimètres, eu même temps que le vent sautait du sud au nord-ouest. A Bordeaux, un télégramme de la Coubre a annoncé que le côtre-pilote de Pauillac a fait naufrage au point nommé Clohet-Brejeat. A Fécanip, la barque de pêche Marquerite, de Trouville, s’est perdue corps et biens près de la jetée Noriî, sous les yeux de la population, qui suivait avec anxiété les péripéties du drame. L’équipage était composé de cinq hommes. A Saint-Malo, le bri-antin Méléart, en partance pour Saint-Pierre et Miquelon, a échoué près es rochers. A Boulogne, la bourrasque a éclaté le même jour dans la matinée, à 9 heures et demie, sur le littoral. Toutes les rues ont été jonchées de tuiles et d’ardoises.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 11, à 3 m. h. 38 du soir.
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- M. J. LAFF ARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —®— Le Journal officiel du 17 mars publie un long Rapport au nom de la Commission chargée d’étudier les moyens de combattre l’alcoolisme et des arrêtés relatifs précédés d’une circulaire sur l’enseignement antialcoolique dans les établissements d’enseignement public.
- —Au Comité consultatif d’hygiène, M. le Dr du Mesnil a lu un Rapport sur une demande de la Société d'allaitement maternel, oui réclame, ainsi que le fait depuis un grand nombre d’années l’Académie de médecine, la proscription absolue du biberon à tube. Le Comité, conformément aux conclusions de ce Rapport, exprime ie vœu : 1° qu’à l’exemple de plusieurs de leurs collègues, les préfets interdisent l’emploi des biberons à tube par les nourrices mercenaires, placées par la loi Roussel sous la surveillance de l’autorité ; 2° qu’aucune récompense ne soit accordée à une nourrice qu’autant qu’il est établi par un certificat médical qu’elle ne se sert pas de biberon à tube (décision du Comité départemental du Calvados en 4884, et du Comité supérieur de protection des enfants en 1888) ; 3° que les mairies distribuent gratuitement des biberons sans tube, d’un nettoyage facile ; 4° que le service de l’inspection et les Commissions locales exercent une surveillance rigoureuse sur la nature des appareils, verres ou biberons, employés pour l’allaitement artificiel, et sur leur conservation en bon état constant de propreté. Le Comité constate que l’état actuel de la législation ne permet pas d’aller au delà.
- —Le jeudi 18 mars, à Paris, a eu lieu l’assemblée générale de la Chambre syndicale des Industries électriques, qui a été suivie du banquet annuel présidé par M. Boucher, ministre du Commerce et de l’Industrie. Le président de la Chambre syndicale, M. F. Meyer, directeur de la Compagnie continentale Edison, a présenté un Rap-
- {>ort sur les travaux de la Société pendant l’année, et il a montré es grands développements de l’Industrie électrique en Franco en 1896. M. Radiguet, trésorier, a fait approuver les comptes qu’il sait toujours tenir avec grande correction et entier dévouement, et la soirée «'est terminée par la distribution de médailles d’honneur à de vieux serviteurs qui sont resiés dans les mêmes fabriques pendant quarante et quarante-cinq ans.
- —@— Des nouvelles alarmantes nous parviennent de la province -de Constantine, au sujet de,l’invasion de sauterelles pèlerins. Après .avoir passé à Biskra, les sauterelles viennent d’arriver à Aïntouka, ravageant tout sur leur passage. L’invasion serait une des plus formidables qu’on ait jamais vues. Or, les fonds pour la combattre manquent totalement. •
- —Le 19 mars, à 1 heure et demie de l’après-midi, une importante fuite de gaz s’est produite sur la voie publique, à Paris, en face du n° 59 du boulevard Arago. Deux passants ont subi un • commencement d’asphyxie. Les pompiers de la caserne du boulevard de Port-Royal ont été appelés. Au bout d’une demi-heure ils ont réussi à boucher cette fuite de gaz avec de la terre glaise.
- —$£— On a livré récemment à la Monnaie les coins de la médaille à l’effigie de M. Casimir-Perier, président de la République, gravée • par M. Chaplain, de l’Institut. La Monnaie possède donc aujourd’hui la collection complète des portraits des présidents de la République, à l’exception decelui de M. Félix Faure. La médaille de M. Thiers a . été gravée par Oudiné ; celle du maréchal de Mac-Mahon, par Chaplain; celle de M. Grévy, par Daniel Dupuis; celles de Carnot, par Alphée Dubois et par Chaplain; celle de M. Casimir-Perier, par Chaplain. Pour M. Félix Faure, la Monnaie ne possède encore que la médaille commémorative du Congrès qui l’a élu Président de la République ; cette médaille, sans portrait du Président, est l’œuvre . du graveur Ponscarmc.
- —$$— L’empereur de Russie a offert, comme on se le rappelle,
- une cloche à la ville de Châtellerault. Cette cloche vient d’être transportée de Paris dans l’église Saint-Jean-l’Evangéliste. Elle sera baptisée en mai prochain. Elle mesure exactement 2m,50 de hautgur, lm,58 de diamètre. En bronze argentif, elle est recouverte d’oftie-ments dorés et porte les effigies de l’empereur Alexandre III, de l’empereur Nicolas II, du Président Carnot et de M. Félix Faure, Au bas, cette inscription en lettres françaises et en caractères russes :
- Sonne pour la paix et la fraternité des peuples.
- —La 4e chambre du tribunal de la Seine vient de prononcer un jugement qu’il est intéressant de faire connaître. Deux bicyclistes, MM. Hodey et Midavaine, se trouvaient un soir, vers 11 heures et demie, près de Colombes, sur un tandem qu’ils actionnaient de leur mieux, lorsque le tube se rompit. Ils furent violemment projetés sur la route, où ils restèrent longtemps évanouis. Tous deux étaient blessés, l’un très grièvement, avec le nez écrasé, la mâchoire fracassée et plusieurs dents broyées; l’autre avec des contusions qui le dégoûtèrent pour quelque temps du plaisir de la pédale. Ils assignèrent en dommages-intérêts le constructeur du tandem et le marchand qui le leur avait vendu. Des ingénieurs experts, MM. Henri de Parville, Hignette et S. Périssé, furent nommés pour rechercher les causes de l’accident et firent les constatations suivantes, qui pourront être utiles aux acheteurs de bicyclettes : Le tube appelé ordinairement tète de fourche avait été confectionné avec un métal trop faible et il n’avait pas été convenablement renforcé par l’adjonction d’un tube intérieur sans solution de continuité destiné à augmenter la résistance. Au lieu d’un manchon métallique solidement brasé, le tube dit tête de fourche ne contenait intérieurement que deux bagues distantes d’un centimètre environ qui laissaient entre elles un point faible sur lequel la pression de l’appareil en charge normale exerçait un effort qui devait amener fatalement la rupture du tube à bref délai. 11 était donc bien établi que l’accident était dû à un vice de construction, mais il s’agissait de savoir qui était responsable, du constructeur ou du vendeur de la machine. Le tribunal a décidé que c’était le vendeur ; c'est avec lui que les bicyclistes avaient traité ; c’est lui qui, dans sa facture, a inséré une clause de garantie contre les vices de construction. Le vendeur a donc été condamné à payer 4000 francs d’indemnité à M. Ilodey et 500 francs à M. Midavaine.
- —$?>— La quantité des viandes vendues à la criée à la Halle de Paris en 1895 fait ressortir l’importance de ce service alimentaire qui, organisé il y a quarante-sept ans aux frais du président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, fut une des heureuses innovations de l’époque. Il a été vendu en 1895 sous cette forme avantageuse et propre à faire mieux bénéficier le consommateur du bon marché, 38411 586 kilogrammes de viande, — déduction faite de 3750 qui ont été saisis — dont 12 364 704 de bœuf, 13 824126 de veau, 5 848 098 de mouton, 6 330 060 de porc frais et 44 596 de pore salé, à des prix très accessibles et moyens de lfr,37 le bœuf, l,r,70 le veau, lfr,48 le mouton, l,r,36 le porc frais et l,r,40 le porc salé. Malheureusement la vente est peu accessible aux petits ménages, qui sont obligés de payer beaucoup plus cher chez les revendeurs.
- —@— Il n’y aura plus de 29 février d’ici sept ans, les années portant le millésime d’un siècle, comme 1900, ne suivant pas la règle ordinaire qui veut que l’année soit bissextile tous les quatre ans. Que ceux qui sont nés le 29 février fassent donc le deuil de leur anniversaire pour longtemps.
- —Il existe à Philadelphie une horloge publique dont le cadran, éclairé à l’électricité, a 10 mètres de diamètre. La grande aiguille, qui pourrait servir de poutre à plancher, a 4 mètres de longueur, la petite. 2“\50, et le timbre sur lequel se piquent les heures est une cloche qui pèse 25 tonnes. Une machine à vapeur spéciale placée dans le sous-sol remonte périodiquement le mécanisme; une autre fournit la force motrice nécessaire pour l’éclairage.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le frein électro-pneumatique système Chapsal, s'adresser à M. le directeur des freins Soulerin, 23, rue Pas-quier, à Paris. — La canne lance-confetti et la bouteille de champagne se trouvent chez M. Renaut, 45, boulevard de Strasbourg, à Paris, et le spirobole est fabriqué par M. II. Passerat, 83, rue du Temple, à Paris. — La lampe à acétylène système Létang et Serpollet, décrite dans le n° 1241, du 13 mars 1897, p. 225, se trouve à la Société Choubersky, 18, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- Communications. — M. G. Martin, à Villenave-d’Ornon (Gironde), nous écrit que la chaux qui résulte de la préparation de l’acétylène est une chaux hydratée dont la pureté varie suivant le carbure employé. On peut utiliser cette chaux pour la confection de briquettes en y ajoutant des poussières de charbon de terre ou de bois, et pour tous les usages dans lesquels la chaux elle-même est employée, mortier, blanchiment des murs, etc. Délayée dans de l’eau, elle peut servir pour l’ari’osage dans les terrains ne contenant pas de calcaire.
- M. le D' E. Philbert, secrétaire général de la Ligue nationale contre l'alcoolisme, nous a fait parvenir une petite brochure due à M. Adolphe Coste et ayant pour titre : Aux insouciants qui s'alcoolisent sans le savoir. Cette Notice, qui donne d’excellents conseils, est éditée par MM. Asselin et Houzeau, place de l’Ecole-de-Médecine, à Paris.
- M. R. Rhem, agent de la factorerie française de Lomé-Togo-laijd (côte occidentale d’Afrique), nous écrit, à la date du 15 février 1897, qu’il a eu l’occasion d’observer différentes taches sur le soleil, le 8 janvier à 5h 30 du soir, et les jours suivants jusqu’au 12 janvier, au moment du coucher. Nous avons signalé ces taches, au moment où elles étaient visibles, dans les Informations du n° 1234, du 25 janvier 1897.
- M. J. Bourgery, à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), nous adresse une photographie d’une chaise automobile qu’il vient de construire. Cette chaise, qui est actionnée par un moteur à pétrole, tient le milieu entre les motocycles et les tricycles. Elle pèse 25 kilogrammes environ, et peut marcher à des vitesses variables entre 3 et 15 kilomètres par heure. Elle peut renfermer une provision d’eau de 4 à 5 litres et une réserve de pétrole de 2 à 5 litres. La direction se fait avec la main gauche. La puissance du moteur est de 0,5 à 0,66 cheval; la chaise étant au repos, il peut actionner une petite dynamo donnant 25 volts et 7 ampères, soit 175 watts.
- M. A. Coutureau, à Saint-Cloud, nous a envoyé des instructions sur une équerre d'alignement à double réflexion et à miroirs, et sur une équerette qu’il a imaginées. Ces appareils sont utilisés pour le lever des plans et le nivellement.
- M. Lavenard, à Paris, nous écrit, à propos de notre article sur le beurre de coco, qu’il en a fait usage et que son emploi appelle quelques réserves. Notre correspondant considère le beurre de coco comme utilisable dans les grandes cuisines pour les fritures, les ragoûts, etc., mais point pour les rôtis, les légumes verts et les potages ; il leur communiquerait quelquefois un léger goût de fumée. Le beurre de coco est extrêmement économique en province. D’abord parce qu’il en faut la moitié moins et même le tiers de moins de la quantité de beurre ou de graisse habituellement employée. Ensuite parce qu’il est vendu l,r,201e kilogramme. Le prix oscille entre 0,r,60 et 0,r,40 la livre quand celui du beurre varie de lfr,20 àl,r,40. Mais il s’agit de la province. Pour Paris, c’est tout autre chose. Dans l’état actuel des taxes, d’après M. Lavenard, on assimile le beurre de coco aux huiles de palme, et on fait payer 5 francs d’entrée par kilogramme. Dès lors, le prix d’achat pour le Parisien serait de 5 francs plus l,r,20, plus le port 0f‘,85, soit 7,r,05 le kilogramme et 3,r,50 la livre. 11 est clair que le beurre de coco ne saurait entrer sérieusement, dans ces conditions,
- dans l’alimentation parisienne. Mais c’est une question de droits d’entrée. Et il serait à souhaiter pour les petits ménages de Paris, qui méritent tant d’être secourus, que les droits fussent convenablement abaissés. L’utilité du nouveau beurre vaut la peine qu’on s’occupe de la question.
- Renseignements. — M. E. Amaney, à Vernon. — Le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 1” série, dont il est question plus bas, donne quelques renseignements sur un procédé de conservation des viandes par l’acide sulfureux.
- M. le Dr H. G., à B. (Allier). — 1° Voyez le petit livre mentionné ci-dessus. — 2° Consultez un vétérinaire.
- M. Bignand, à Vesoul. — 1° Nous ne connaissons pas de procédé spécial. — 2° Plusieurs ouvrages élémentaires d’électricité ont été publiés aux librairies Masson et C‘% Gauthier-Villars et fils, Fritsch et Tignol.
- M. G. Coste, à Montpellier. — Feuilles de mica : M. Aubert, 29, rue d’Alsace; M. Choquet-Goddier, 59, rue Meslay; M. de Wilde, 19, rue Jean-Jacques-Rousseau, à Paris.
- M C., à Melle-lez-Gand. — Voyez les Récréations scientifiques et La Physique sans appareils de M. G. Tissandier, à la librairie Masson et Cie.
- Un lecteur, à F. — Nous vous conseillons d’essayer plutôt l’emploi direct des piles genre Leclanché, montées en quantité en nombre suffisant pour ne demander à chaque batterie qu’un débit extrêmement faible. Vous éviterez ainsi les complications des mouvements d’horlogerie et l’intermédiaire des accumulateurs.
- M. M. C. A., à Valencia. — Nous croyons que des dispositions spéciales avec commutateurs ont déjà été employées pour atteindre le but dont vous parlez. Mais il faudrait examiner votre appareil pour vous renseigner sur sa valeur.
- M. A. Liewen, à Moscou. — Fibres Grandjean à base de cellulose pure, 105, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. E. M., à Valagua. — Les lampes offrent toute sécurité, mais il ne faut pas commettre d’imprudences.
- M. G. L., à Poissy. — Dans les deux cas que vous signalez, si vous faites marcher votre bateau à la fois avec la voile et avec le moteur, il y aura augmentation de vitesse.
- M. W. F., à X. — Demandez ces renseignements bibliographiques à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- Mme la C’" de Jonage, à Chamognieu. — Veuillez vous adresser au dépositaire que nous avons fait connaître en tête de la Boîte aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Pour vous donner des indications utiles sur les piles, il serait nécessaire de savoir l’application que vous avez en vue.
- M. M.. E., a Douai. — Ce sujet est un peu spécial pour nos lecteurs; nous vous conseillons de consulter la collection de F Industrie électrique, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. H. de Beaulieu, à Beslé. — Pour la destruction des mulots et des rats par empoisonnement, il faut vous adresser à l’Institut Pasteur, 1 9, rue Dutot, à Paris.
- M. T. Hermerre, à Compiègne. — 1° Il n'y a p;.-s d’ouvrage spécial sur cette question. — 2“ Nous vous faisons envoyer le numéro demandé.
- M. A. Dolmans, à Marcinelle. — 1° Compagnie française du celluloïd, 11, rue Bailly, à Paris. — 2° Vous trouverez ce produit chez les marchands de produits chimiques.
- M. L. D., h Domfront. — Nous n’avons pas cette adresse exacte; nous l’avons réclamée en tète de la Boîte aux lettres du n° 1240, du 6 mars 1897, et nous ne l’avons pas encore.
- Un chimiste, à X. — 1° Nous annonçons dans la bibliographie un ouvrage qui vous conviendra. — 2° Nous pensons que les entrées se font sur simple demande.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. II. Riquicr, à Paris. Nous n’avons pas retrouvé la recette que vous demandez. — M. J. Rouquier, à Saint-Martin (Espagne). Il nous est impossible de vous fournir ces renseignements. — M. A. T., à Mulliouse. Nous vous avons répondu directement. — M. Dubois, à Marseille. Consultez une agence de brevets; elle seule peut faire les recherches que vous demandez. — M. Leront, à Arras. Avant de construire l’appareil, il faut tracer un plan d’exécution. — M. Sauront, à Bordeaux; il/. G. M., à Paris. — M. C. Goretti, à Rome. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 2* série, à la librairie Masson etCie.— AI. V. R-, à X. Remerciements pour vos communications. — In abonné, à Anvers. Nous ne comprenons pas votre question.— M. E» Douliot, à Epinal. Remerciements pour votre Note, que nous utiliserons. — M. X., à Chaux-de-Fonds. Nous regrettons de ne pouvoir vous fournir ces renseignements. — M. le comte d'Esterno, à Autun. Nous étudions la question. — Al. L. Collin, à Auch. Nous avons transmis votre lettre à M. Chomeau, 53, passage du Havre, à Paris.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les rew
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
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- PETITES INTENTIONS1
- Le poisson rouge nageur. — Les petits poissons rouges dans les aquariums ont toujours beaucoup d’attraits pour les petits enfants. Aussi a-t-on dù en faire en caoutchouc pour permettre de les toucher et de les faire,nager à l’aise dans l’eau. Mais ces poissons en caoutchouc, s’ils restent à la surface de l’eau, n’imitent pas les mouvements des poissons vivants. Ce qui explique la parole d’un jeune enfant s’écriant en parlant
- Le poisson rouge nageur. — 1. Le poisson et le tube en caoutchouc. 2. Le poisson nageant.
- de ces poissons : « Ils sont morts, ils ne remuent ni la queue, ni les nageoires ». Il n’en est plus de même avec les petits poissons dont nous parlons. Ceux-ci sont en caoutchouc creux (n° I) et sont reliés par un tube à une poire qui permet de comprimer de l’air à leur intérieur. On obtient ainsi dans l’eau des mouvements fort curieux du poisson, qui agite sa queue, ses nageoires, se tourne à droite, à gauche, monte à la surface, semble redescendre plus bas et donne l’illusion véritable d’un poisson vivant. — Le poisson nageur se trouve chez M. Kratz-Houssac, 5, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Éteignoir à soufflet en cuivre poli. — Pour éteindre les lampes à pétrole dans des appliques murales, suspensions, étalages, les bougies des lustres, etc., ce nouvel éteignoir de salon rend d’excellents services. On sait en effet combien il est
- Éteignoir à soufflet. — 1. Vue d'ensemble. — 2. Mode d’emploi.
- difficile d’éteindre une lampe à pétrole, si l’on ne fait que manœuvrer la mèche. La flamme resle encore quelque temps oscillante et ne finit par disparaître qu’après quelques instants. Si l’on veut une extinction rapide, on est obligé de souffler dessus, ce qui n’est pas toujours très aisé lorsque la lampe est placée à une certaine hauteur, et ce qui demande encore un souffle assez puissant. L’appareil que nous signalons évite ces inconvénients. Un tube en cuivre poli, courbé à l’extrémité, comme le montre notre dessin (n’ 1), se termine en boule dans laquelle est logée une poire en caoutchouc. Celle-ci peut être comprimée vivement au moyen d’un bouton placé à la partie
- *( La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- inférieure. L’air ainsi chassé dans le tube souffle la flamme très commodément. Il suffit alors d’introduire l’extrémité de l’éteignoir dans le verre de la lampe (n° 2) et d’appuyer sur la poire. — L’éteignoir se trouve à la même adresse que le poisson nageur.
- Mangeoire à niveau constant et A rationnement.
- — Tous les vétérinaires reconnaissent qu’il est nécessaire pour la santé d’un cheval de manger lentement. Mais les chevaux dans l’écurie trouvent devant eux une auge pleine qui les en-
- Maiigeoire hygiénique et économique.
- 1. Coupe intérieure. — 2. Vue d’ensemble.
- gage à manger gloutonnement. Ils se jettent surtout sur l’avoine et en répandent souvent par terre une assez grande quantité. La nouvelle mangeoire corrige ces défectuosités. Elle se compose, comme on le voit dans le n° 1 de la figure, d’un récipient séparé de l’auge par une cloison,, qui ne laisse qu’une faible ouverture à la partie inférieure. Le récipient reçoit la quantité normale d’avoine, et il n’en tombe dans l’auge qu’une très faible quantité qui se renouvelle au fur et à mesure de l’épuisement. Le cheval est donc obligé de manger lentement et doucement. Cette mangeoire est à la fois hygiénique et économique. — Pour tout ce qui concerne la mangeoire à rationnement, il faut s’adresser à MM. Lavoipierre de Chaumont, For-tier et Cio, 59, rue des Mathurins, à Paris.
- BIBLIOGRAPHIE
- Cent points de vue sur Paris. Album de 400 pages avec 100 dessins inédits accompagnés de Notices historiques. Edité par la Publication de vues sur Paris et ses environs, du sommet de la Tour Eiffel, 48, rue de La Condamine, à Paris. Prix : 20 francs.
- L’album dont il est question renferme une série de dessins très pittoresques et se l'apportant à tous 1* s monuments les plus curieux de notre capitale. Ce qui les distingue surtout, c’est l’aspect sous lequel ils se présentent, vus du haut de la Tour. Chaque dessin est accompagné d’une petite Notice explicative.
- Cet intéressant album aura certainement un grand succès auprès de tous ceux qui tiennent à conserver un souvenir durable du majestueux panorama qu’ils ont pu admirer à la Tour Eiffel.
- L’éclairage à l’acétylène. Historique. Fabrication. Appareils. Applications. Dangers, par G. Pet.ussier. 1 vol. in-8°. Paris, G. Carré et C. Naud, éditeurs, 1897. Prix : 5 fr.
- L’éclairage à l’acétylène est certainement une des récentes dc-couvertes qui ont le plus excité l’imagination des inventeurs. Notre collaborateur, M. G. Pellissier, a réuni dans l’ouvrage que nous annonçons tous les renseignements qui concernent l’acétylène et ce volume sera très utile et rendra grand service à toutes les personnes que la question intéresse. Le chapitre premier est consacré à l’historique et à l’étude' des propriétés physiques et chimiques de l’acétylène, le chapitre deuxieme à l’examen des fours électriques et le chapitre 3 au carbure de calcium, à sa fabrication et à ses propriétés. Dans les chapitres 4, 5, 6 et 7, l’auteur examine successivement le principe de la préparation de l’acétylène, et les appareils générateurs. Dans le chapitre 8, nous trouvons une étude intéressante de la flamme de l’acétylène et des becs brûleurs ; dans le chapitre 9, divers renseignements sont donnés sur le prix comparé de l’éclairage à l’acétylène et sur les applications. Le chapitre 10 traite des manipulations pratiques. On voit, en résumé, que l’ouvrage de M. l’ellissier est très complet et bien documenté sur une question toute d’actualité
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Les flottes de combat étrangères en 1897, par le lieutenant de vaisseau de Balincourt. 1 vol. in-8°. —Paris, Berger-Levrault et G1*, éditeurs. Prix : 6 francs.
- L'aluminium, par A. Minet. Tome Ier. Fabrication. Tome II. Alliages, emplois récents. — Paris, Bernard Tignol, éditeur. Prix : 4 fr. 50 chaque tome.
- Annuaire de l'Observatoire royal de Belgique, par F. Folie, directeur de l’Observatoire, 1897. 64° année. 1 vol. in-16. Bruxelles, Hayez, imprimeur de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.
- Négociant en eau-de-vie. Liquoriste, marchand de vins et distillateur, par Ravon et Malei'eyre. Nouvelle édition, revue par II. Brunet, ingénieur agronome. 1 vol. in-16 de
- l’Encyclopédie Roret. Paris, L. Mulo, éditeur, 1897. Prix : 1 fr.
- La photographie de l’amateur débutant, par Abel Buguet,
- {>rofesseur agrégé des sciences physiques et naturelles au ycée de Rouen. 1 vol. in-16, 5° édition. — Paris, Société d’éditions scientifiques. Prix, 1 fr. 25.
- Manuel élémentaire de radiographie, par Georges Brunei.. 1 vol. in-16. Bernard Tignol, éditeur. — Paris. Prix : 1 franc.
- Technique médicale des rayons X, par Abel Buguet. 1 vol. in-16. — Paris, Société d’éditions scientifiques, 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologue de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN . THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Couvert. 17,9 A peu près couvert jusqu’à 13 h., puis nuageux jusqu'à
- Lundi 13 mars. . . 5°,5 S. 2. 6 h. 30; halo. Très nuageux.
- Mardi 16 S. 2. Peu nuageux. 0,2 Presque couvert; quelques averses dans l'après-midi*
- Mercredi 17 ... . 8°,8 S. S. W. 5. Très nuageux. 0,0 Couvert jusqu’à 11 h.; peu nuageux ensuite; pluie de
- Jeudi 18 10°,2 S. S. W. 4 Couvert. 0,7 6 h. 20 à 11 h. 30; halo.
- Vendredi 19 ... . 11°,1 S. S. W. 5. Couvert. 7,6 Très nuageux : pluie de 5 à 7 h. 30 ; halo.
- Samedi 20 7°,9 W. S. W. 5. Nuageux. 0,5 Très nuageux jusqu'à 15 b.; couvert ensuite.
- Dimanche 21. . . . 10\7 S. W. 1. Couvert, 0,0 Couvert ; quelques éclaircies dans la soirée ; forte brume de 8 à 9 h. 50.
- MARS 1897 — SEMAINE DO LUNDI 13 AU DIMANCHE 21 MARS
- ^ | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)’, courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Une tempête 4 Berlin. — Le vendredi 19 mars, dans la soirée, à Berlin, une violente bourrasque, accompagnée en beaucoup d'endroits de tonnerre et de grêle, s'est déchaînée sur la partie de la ville s’étendant sur la région du Rhin. Elle a causé sur différents points des dégâts considérables. A Bonn, la cheminée d'une fabrique de porcelaine s’est écroulée et a effondré le toit de la salle des fours. Plusieurs personnes ont été blessées grièvement. L’une d’elles a été tuée. A Solingen, une jeune fille a été tuée par la foudre ; une autre a été paralysée. À Dusseldorf, une grande grue électrique est tombée dans le Dassin du port et a détruit un remorqueur à vapeur. Dans plusieurs endroits, un grand nombre de maisons ont été endommagées ou se sont écroulées. A Aschaf-fenbourg, les signaux du chemin de fer se sont éteints, et deux trains se sont rencontrés ; quatre personnes ont été blessées grièvement, et six légèrement.
- Le climat de Tombouctou. — La région de Tombouctou a un hivernage et une saison sèche, dit Cosmos. Mais l'hivernage est loin d’être aussi fort et aussi régulier que dans le reste du Soudan. Il pleut une vingtaine de ibis environ. En 1894, la première tornade est arrivée le 10 juin ; les dernières sont en septembre. Le mois d'octobre est encore très mauvais; les eaux commencent alors à monter, le vent change et passe à l’est. La fraîcheur ne commence guère qu’au mois de novembre ; la bonne saison
- est en décembre et janvier. Souvent le soleil est alors caché pendant des journées entières, et il peut se faire qu’on le recherche même en plein midi et que l’on doive se couvrir de capotes. Les noirs disent qu’il y a eu de la glace à Tombouctou; ils s’expliquent en disant que le marigot était comme de la pierre. En tout cas, la température movenne, à 5 heures du matin, ne dépasse pas 5°. Le vent du nord est bien établi. C’est au mois de janvier que les eaux sont les plus hautes ; ainsi les hautes eaux coïncident avec la saison sèche. La chaleur commence à se faire sentir en mars, et les mois d’avril et de mai sont très mauvais. Le vent se met à l’est, brûlant, desséchant tout. On a, à l’intérieur des cases, des températures de plus de 45°. Tout le monde est malade ; les indigènes souffrent comme les Européens : les bêtes sont mangées par quantité de mouches, et bénie est l’arrivée d’une espèce d’oiseau voyageur, une grande grue noire, très laide d’ailleurs, qui, venant s’installer sur les toits des cases, annonce l’arrivée prochaine de l’hivernage. Rien de plus agréable, en effet, après les chaleurs accablantes, que la première ondée. Les inondations, qui commencent à baisser en avril, sont tout à fait retirées en juillet. Grâce à la nature sablonneuse du sol, à la température sèche qui règne généralement et surtout aux nuits fraîches dont on jouit presque toute l’année, on peut dire que le climat de Tombouctou est relativement sain. Moyennant certaines précautions, comme de prendre de la quinine préventive pendant la mauvaise saison, l’Européen peut s’y porter tout aussi bien que dans les postes du sud algérien.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 18, à 9 lu 57 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Le contre-amiral Bienaimé, membre du conseil des travaux de la marine, est nommé membre du conseil de l’observatoire de Paris et du conseil de l’observatoire de Meudon, en remplacement du vice-amiral de Maigret, appelé aux fonctions de préfet de la lre circonscription maritime.
- —Exposition de 1900. M. Ch. Bourdon, professeur à l’École centrale des arts et manufactures, vient d’être nommé ingénieur principal des installations mécaniques; M. R.-V. Picou est nommé ingénieur principal du service électrique, M. Meunier, ingénieur des services hydrauliques et M. Gurjenet, ingénieur de la manutention.
- —®— Travaux de l’Exposition de 1900. Le 8 avril prochain, aura lieu la mise en adjudication des travaux de construction des bâtiments d’administration de l’Exposition de 1900. Ces bâtiments sont destinés à remplacer le pavillon de l’avenue de La Bourdonnais, qui avait été construit lors de l’Exposition de 1889, mais qui va être appelé à disparaître, son emplacement étant compris dans les plans du palais du Champ-de-Mars. Le nouveau pavillon de l’Exposition de 1900 sera élevé dans les jardins dépendant des anciennes écuries impériales, à l’angle de l’avenue Rapp et du quai d’Orsay. Il sera assez vaste pour recevoir tous les services de l’Exposition, le commissariat général, les bureaux des directeurs et des architectes, le cabinet du médecin en chef, les postes de police et de pompiers, enfin tous les services appelés à fonctionner, tant dans la période des travaux que dans la période d'exploitation. Le pavillon aura deux entrées, l’une sur le quai d'Orsay, l’autre sur l’avenue Rapp. En 1900, il sera relié à l’Exposition par une passerelle jetée au-dessus de la partie du quai d’Orsay laissée à la circulation. Le nouveau pavillon devra être terminé le 1er octobre prochain. C’est le lor avril que les architectes de l’Exposition, qui sont, comme l’on sait, au nombre de vingt-quatre, ont pris officiellement possession de leurs fonctions. Ils auront donc trois années entières pour mener à bonne fin la tâche qui leur est confiée. Tous les plans sont maintenant arrêtés et le travail va commencer. Nul doute que tout ne soit prêt à la date fixée pour l’ouverture de l’Exposition de 1900.
- Sur la demande de M. Ilaller, directeur de l’Institut chimique de la Faculté des sciences de Nancy, MM. Solvay et Cia ont fait un don de 100000 francs à l’Université de Nancy, pour être affecté à la construction de laboratoires de chimie physique et d’électrochimie à l’Institut chimique de Nancy. Voici le texte de la lettre qui a été adressée par M. Marquet au directeur de l’Institut chimique de Nancy :
- Dombasle, 8 mars 1897.
- Monsieur Haller, directeur de l'Institut chimique, à Nancy.
- Comme suite à la demande que vous avez faite lors de notre dernier entretien, nous avons l’honneur de vous informer que notre Société, comprenant combien votre projet mérite l’attention de tous ceux qui s’intéressent au progrès des sciences et au développement de l’industrie, met à votre disposition une somme de 100 000 francs à titre de souscription pour la création des nouveaux instituts que vous avez en vue.
- Veuillez agréer, etc. Marquet.
- En même temps, M. Marquet avisait officiellement M. le recteur de l’Université de Nancy de ce magnifique don.
- —M. Stanislas Meunier, professeur au Muséum, fera, du 19 au 23 avril prochain, une excursion géologique publique aux falaises de Boulogne-sur-Mer, à Marquise, Ilydrequent, Ferques, Saint-Omer, •Cassel, Dunkerque, Béthune et Arras. Le rendez-vous est à Paris, à la gare du Nord, le lundi 19 avril 1897, à 8h30 du matin, où l’on prendra le train express pour Boulogne. Une réduction de 50 pour
- 100 sur le prix des places en chemin de fer sera accordée aux personnes qui s’inscriront au laboratoire de géologie, 61, rue de Bulibn, avant le 15 avril, à 4 heures (terme de rigueur). On trouvera au laboratoire fous les renseignements relatifs à l’excursion et spécialement un programme donnant le détail de Fitiriéraire. Une Conférence publique préparatoire à l’excursion et qui sera en même temps l’introduction du cours de cette année sur FHistoire géologique de la mer aura lieu le samedi 10 avril, à 5 heures précises, à l’amphithéâtre de la galerie de géologie du Jardin des Plantes.
- — On fait remarquer que Mgr Pelgé, évêque de Poitiers, qui vient de^ baptiser la cloche « Alexandre Nicolas », offerte par Nicolas II, empereur de Russie, à l’église Saint-Jean-l’Evangéliste de la ville de Chàtellerault, a fait ses études au collège Saint-Vincent sis en l’antique cité de Senlis, dans l’Oise. Ce collège de Saint-Vincent occupe les bâtiments de l’ancienne abbaye de ce nom, fondée en 1060 par Anne, fille de Iaroslav-Vladimirovitch, grand prince des Ruthènes ou Russes, et reine de France, ayant épousé le roi Henri Ier. Par une coïncidence également curieuse, c’est aussi à un ancien élève de Saint-Vincent, M. José-Maria de Heredia, de l’Académie française, qu’est revenu l’honneur d écrire pour le tsar et la tsarine, à l’occasion de l’inauguration du pont Alexandre III, la belle pièce de vers : Fax et Robur. Cette abbaye de Saint-Vincent fut fondée en exécution d’un vœu fait par Anne de Russie qui, demeurée stérile, désirait ardemment donner un héritier à la couronne de France. Ses prières ayant été exaucées, elle mit au monde un fils qui fut le roi Philippe Ier.
- —®— La découverte récente d’une vieille carcasse de frégate ou goélette de guerre au fond de la rade de Brest suscite les recherches de la marine et de plusieurs savants. L’un des chercheurs ayant déclaré que cette frégate avait dû être coulée par les canons espagnols du fort de la Pointe, un officier de marine, qui a entrepris des fouilles dans les archives, fait connaître qu’il est fort peu probable que les canons espagnols aient eu, à cette époque, une portée suffisante pour couler un bâtiment dans le nord de la rade. Il croit au contraire que cette épave provient de la flotte du duc de Vendôme, qui, en 1652, après un combat devant la Rochelle, vint relâcher à Brest avant de se porter au secours de Dunkerque. Une frégate, la Zélée, particulièrement éprouvée dans ce combat du 9 août, mouillée dans le nord de la rade, coula dans un coup de vent du sud-ouest, le 18, avant d’avoir eu le temps de rentrer dans l’arsenal pour se faire réparer. Les scaphandriers continuent à sauveter quantité de boulets, morceaux de canons, etc., de cette épave.
- —A la suite des rapports favorables des commandants de troupes, au sujet de l’emploi de la bicyclette dans l’armée, le ministère de la guerre allemand vient de décider d’augmenter considérablement l’etfcctif des véloeipédistes. En conséquence, cinq cents bicyclettes du modèle militaire ont été distribuées aux trois régiments de chemins de fer. Dans le 2e régiment, tous les hommes de la 3° compagnie sont pourvus de bicyclettes.
- —©— Une Compagnie de chemins de fer a-t-elle le droit de faire monter dans un compartiment d’une classe supérieure, contre le gré des voyageurs qui s’y trouvent, des personnes munies de billets d’une classe inférieure? Oui, soutenait la Compagnie du Nord. Non, déclarait un voyageur de deuxième classe qui protestait contre l’envahissement de son compartiment par des gamins turbulents munis de billets de troisième classe, qu’un employé avait fait monter en seconde à la gare de Pierrcfonds. Ce voyageur réclamait, par l'organe de Me Petit, du barreau de Versailles, le remboursement de la différence du prix des deux classes, soutenant qu'il n’avait bénéficié qu’imparfaitement des avantages que la Compagnie devait lui assurer. Le juge de paix de Villers-Cotterets, devant lequel l’affaire a été portée, a donné raison au voyageur et a condamne la compagnie à 4 francs de dommages-intérêts et aux dépens.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le réfrigérant d’eaux de condensation, il faut s’adresser à MM. Chaligny et Ci0, 54, rue Philippe-de-Girard, à Paris.
- Communications. — M. Ferd. Vander Haeghen, à Bruxelles, nous adresse un Opuscule ayant pour titre : Des graves dangers auxquels sont exposés les livres et les manuscrits de nos dépôts publics. Cette Note est extraite du Bulletin de l’Académie royale de Belgique.
- M. le Dr P. Maisonneuve, à Angers, nous a fait parvenir le numéro du journal La Vérité du 19 mars 1897 qui contient dans le feuilleton scientifique son article sur un nouvel appareil générateur d’acétylène ayant pour nom Le Capucin.
- M. Marius Plouquet, àFolembray (Aisne), nous écrit qu’une mouette, emportée probablement par la violence des vents de ces derniers jours, est venue s’échouer dans la petite commune de Folembray, près Laon. Aperçue dimanche 21 mars sur un étang de Mm° la baronne de Poilly, des gamins ont pu s’en emparer après lui avoir cassé une aile à l’aide de bâtons. Notre correspondant s’en est rendu acquéreur pour la faire naturaliser. La distance la plus courte de Folembray à la mer vers le Tréport est d’environ 180 kilomètres. Le fait d’un oiseau de mer perdu sur le continent est rare.
- M. L. Ypeij, ingénieur à la Haye, à propos du bateau rouleur VErnest-Bazin, dont nous avons encore parlé dans le n° 1242, du 20 mars 1897, p. 243, nous envoie la lettre suivante : « L’idée de ce bateau n’est pas nouvelle. Dans les Annales du génie civil de M. E. Lacroix, 2e série, tome II, année 1873, janvier, p. 43, on trouve la description d’une voiture marine avec planches à l’appui. Il y est question d’une invention de M. A. lluet, ingénieur civil, professeur à l’Ecole polytechnique de Yelft (Hollande). Quoique je ne puisse juger de la ressemblance plus ou moins grande des deux projets, il est certain qu’ils reposent tous les deux sur le même principe, appelé parM. Huet les roues flottantes. Quoique, à ma connaissance, le projet Huet n’ait jamais été réalisé en grand, au point de vue de la priorité l’ingénieur hollandais a certainement l’avantage. »
- M. Adolphon Carré, à Paris, nous fait connaître qu’il serait intéressant en ce moment de disposer un cinématographe devant un marronnier ou une autre plante dont la croissance va aussi vite et de le laisser en cet endroit quinze jours ou trois semaines, en ayant soin de faire fonctionner l’appareil le matin vers 9 heures et l’après-midi vers 5 heures jusqu’à complète floraison. On pourrait ainsi voir ensuite bourgeonner et sortir les feuilles et les fleurs du marronnier ; ce serait là un spectacle curieux et récréatif.
- Renseignements. — M. L. Espinacle, à Barcelone. — 1° L’apprêt a été attaqué, il faut repasser un vernis par-dessus. — 2° Nous ne pensons pas.
- M. le Dr N. Sacharoff, à Moscou. — Il faut vous adresser directement à M. le Dr Rendu, 28, rue de l’Université, à Paris.
- M. Vautrier, à Y. — Nous croyons que des expériences semblables ont été faites; vous aurez les renseignements à l’Institut Pasteur.
- M. R. Z., h F. — Tricycle de Dion et Bouton, 12, rue Ernest, à Puteaux (Seine).
- M. Conde de Valle, à Madrid. — Il vous a été répondu dernièrement dans la Boîte aux lettres.
- M. Sallé,a Fiers. —Nous avons publié votre communication dans le n° 1242, du 20 mars 1897.
- M. Bagnoli, à Orbetello. — Nous n’avons pas d’adresse plus complète que celle qui a été donnée précédemment.
- M. J. Servert, à Pékin. — 1° Vous pourrez faire un choix dans les livres de la collection des manuels Roret à la librairie
- Mulo, 12, rue Hautefeuille, à Paris. — 2° Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. A. B., à Puteaux. — Il est difficile d’obtenir une peinture de ce genre ; nous ne connaissons pas de formule spéciale.
- M. S. L., à. Paris. — Renseignez-vous auprès de l’auteur de l’article, 12, rue Demours, à Paris.
- M. A. D., à Sézanne. — Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. P. E. A., a Paris. — 1° Pour le beurre de coco, il faut s’adresser à MM. Miguet et C‘% à Amilly (Loiret), ainsi que nous l’avons dit en tête de la Boîte aux lettres du numéro dans lequel il en est question. — 2° Cet appareil se trouve à la Commission universelle, 16, rue de la Sorbonne. — 3° Voyez chez MM. Grivolas et Sage et Grillet, 16, rue Montgolfier.
- M. A. F., a Albi. —La disposition que vous nous soumettez nous semble de nature à fonctionner; l’expérience seule peut fixer sur sa valeur pratique.
- M. le F1® de C., au Mans. — Glacières artificielles : M. Douane, 23, avenue Parmentier ; M. J. Bustin, 5, boulevard de la Chapelle; M. Cheval, 11, rue Geoffroy-l’Angevin; M. Schaller, 332, rue Saint-Honoré, à Paris.
- M. L. 0., à X.... — Acide carbonique liquide : la Carbonique française, 20, rue Tiphaine; M. P. Coquelle, 7, rue de Bondy; MM. Blottière frères, 41, rue Sedaine, à Paris.
- M. A. E., à Grenoble. — Le couplage en tension de ces deux dynamos peut être fait sans aucune difficulté.
- M. R. Homo, à Damville; M. Barisien, a Grenoble. —H faut demander ces renseignements à l'auteur de la communication, vice-président de la Société photographique de Versailles.
- M. Joly, à Alençon. — L’adresse demandée est : 16, rue de la Pépinière, à Paris.
- M. L. Lôbel, à Jassy. — Des essais ont déjà été faits avec une pile semblable. Il serait nécessaire, pour porter un jugement, d’avoir des courbes de fonctionnement en décharge normale.
- M. P. C., à Troyes. — La mangeoire dont vous parlez a été décrite dans la Boite aux lettres du n° 757 du 16 juillet 1887.
- M. de Beaufort, à Chaillac. — 1° Des études datant de quelques années ont fait modifier l’opinion qui était acceptée jusqu’à ce jour. — 2° Le fait que nous citions a été observé pour un autre édifice.
- M. J. A. E., a Marseille. — 1° Il nous est impossible d’entrer dans tous cesdétails. Adressez-vous aux grands constructeurs : M. Clément, 20, rue Brunei; M. Ilumber, 19, rue du Quatre-Septembre; MM. Peugeot, 22, avenue de la Grande-Armée; MM. G. Richard, 110, rue d’Angoulème, à Paris. L’Acatène donne également de bons résultats.
- Un abonné, à Paris. — Lanterne électrique pour bicyclettes : MM. Sage et Grillet, 16, rue Montgolfier; la Société des accumulateurs légers, 49, rue des Archives, à Paris.
- M. E. R., h Per luis. — Les asperges peuvent être conservées dans des vases soumis à une certaine température; adressez-vous à la maison Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Un abonné, à A. (Allier). — La brochure que nous avons signalée se trouve au Comptoir géologique de Paris, 55, rue Mon-sieur-le-Prince, à Paris. Vous pouvez aussi vous adresser à M. G. Raymond, assistant de géologie au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- M. L. S., à Amiens. — Nous ne connaissons pas de moyen bien efficace; mais vous pourriez peut-être consulter quelques ouvrages sur les champignons, à la librairie Klincksieck, 52, rue des Ecoles, à Paris.
- Accusés de réception." — Avis divers. — M. G. Duclou, à Bordeaux. Nous n’avons pas le renseignement demandé. — M. fi. G., à Lille. Il faut faire faire l’analyse chimique de ce produit. — M. G. Lelong, à Marseille. Nous avons reçu votre demande; nous nous occupons de prendre les informations nécessaires. — M. Dubois, à Paris. Ce sujet peut prêter à de longues discussions — M. .4. /(., à Paris; M. Gémont, à Arras. Ces procédés sont indiqués dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cie, à Paris. — M. A. Cignolini, à Udine (Italie). Nous regrettons de ne pouvoir vous renseigner. — M. P. de Jankô, à Constantinople. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. Perno Giovanni, à Mazzarino (Sicile). Nous ne pouvons nous occuper de ces questions; remerciements. — M. A. C., à Versailles. Nous ne connaissons pas d’appareil spécial pratique à vous indiquer. — M. E. 11. M., h Bruxelles; M. H. Marchand, à Paris. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans ta « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
- AVRIL-MAI-JUIN 1897.
- • Cocher
- Persée
- Moue he £»
- s Juin
- L NEPTUI
- Poissons
- iJult
- JUPITEF
- Petit Chien
- Oriorr
- Baleine
- Coupe •
- Lièvre
- Cran d /Chien
- * l Avril
- IJuSn 21 , il»
- Passage au mérid V—<1 Courorfne
- inuil.
- Hercu
- Pégase
- Dauphin
- Poissons
- ihiucui
- Verse
- SATURNE
- Coroeau;
- Capricorne
- uranus
- orpiop
- Sagittaire
- Poisson Austral
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Satellites de Jupiter.
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- 1897. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Emersion.
- Avril 5 I 14 h. 13 m. 22 s. llh. 2m.
- ‘— 7 I 8li.42m. 5s.
- — 7 II 14 h. 35 m.
- — 10 III 7h. 8m. Ils. 10U.29m.47s.
- —. 11 11 8h.54m. ls.
- — 12 I 12 h. 51 m.
- — 14 I 10h.36m.52s. 7 h. 18 m.
- — 16 IV 10 h. 8 m.
- — 17 III llh. 7m. 17s. 14h.28m. 16s. 10 h. 16 m.
- — 18 11 11 h. 9m. 44 s.
- — 21 I 12h. 31 m. 44s. 9 h. 8 m.
- — 24 III 10 h. 21 m. 13 h. 56 m.
- — 25 II 13 h. 45 m. 19 s. 8 h. 38 m.
- — 28 I 10 h. 59 ra.
- — 30 I 8 h. 55 m. 23 s.
- Mai 2 II llh. 7m.
- — 5 1 12 h. 51 m.
- — 7 I 10 h. 50 m. 26 s.
- — 13 11 8h. 15m.50s.
- — 14 I 12 h. 4a m. 51 s. 9 h. 13 m.
- — 20 IV 8 h. 31 m. 2 s.
- 20 II 10h.48m.58s.
- — 21 I llh. 7m.
- — 23 I 9h. 9m.28s.
- — 23 III 10 h.. 22 m. 45 s.
- — 27 II 8 h. m.
- 30 III 11 h. 5m. 0 s. 9 h. 25 m.
- — 30 I llh. 4m.37s.
- Juin 3 II 10 a
- ÉCLIPSES. OCCULTATIONS.
- i897. Satellites. Commencement. Fin. Immersion. Emersion,
- Juin 6 I 9 h.. 29 m.
- — 6 III 9 h. 54 m.
- — 15 I 9 h. 23 m. 41 s.
- 21 II lOh. 25m. 19s.
- 22 IV 9 h. 24 m.
- — 29 I 9 h. 53 m. *
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1897. Nom de l’étoile. Grandeur Immersion. Emersion.
- Avril 9 48 Gémeaux. 6.0 10 h. 7 m, 9 11 h. 10 m, 2
- 11 5029 B.A.C. 6.5 8 h. 20 m, 7 9 h. 13 m, 9
- 12 18 Lion. 6.2 8 h. 4 m, 5 9 h. 19 m, 1 *
- -, 13 55 Sextant. 6.2 11 h. 53 m, 7 12 h. 58 m, 3
- . 15 q Vierge. 5.7 14 h. 57 m, 4 15 h. 52 m, 8
- 20 3 Sagittaire. var. 15 h. 3 m, 1 16 h. 3 m, 7
- —, 21 a Sagittaire. 2.4 17 h. 0 m, 7 18 h. 15 m, 8
- Mai 4 1562 B.A.C. 6.5 8 h. 0 m, 3 8 h. 51 m, 0
- 9 3270 B.A.C. 6.5 11 h. 59 m, 5 12 h. 34 m, 1
- 11 p3 Lion. 5.9 7 h. 26 m, 7 8 h. 20 m, 4
- 15 24034 Lalande. 6.1 9 h. 23 m, 4 10 h. 33 m, 0
- . 16 4 Scorpion. 6.3 8 h. 41 m, 5 lppnlse à 10 Ou bord.
- • 16 ic Scorpion. 3.4 9 h. 25 m, 0 10 h. 31 m, 0
- __ 16 5347 B.A.C. 6.0 14 h. 23 m, 8 lppnlse à b'5 du bord.
- 17 5792 B.A.C. 6.3 12 h. 3 m, 5 13 h. 8 m, 0
- 18 6194 B.A.C. 5.1 11 h. 39 m, 6 12 h. 0 m, 1
- 19 y1 Sagittaire. 5.4 13 h. 42 m, 4 lppnlse à 0'2 du bord.
- 23 7986 B.A.C. 5.9 14 h. 29 m, 5 15 h. 28 m, 5
- Juin 9 q Vierge. 5.7 9 h. 25 m, 5 10 h. 23 m, 2
- 14 3 Sagittaire. var. 11 h. 26 m, 6 12 h. 59 m, 1
- , 15 s Sagittaire. 2.4 12 h. 14 m, 1 12 h. 56 m, 4
- 17 19 Capricorne. 6.1 12 h. 28 m, 1 13 h. 26 m, 3
- 18 7599 B.A.C. 6.3 14 h. 4 m, 8 lppnlse b 04 du bord.
- 23 101 Poissons. 6.4 12 h. 50 m, 5 13 h. 44 m, 4
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Recherches sur les causes des mouvements du cœur, sur son innervation et son indépendance motrice, par le Dr Léon Germe, ancien professeur à l’école de médecine d’Arras, membre correspondant de la Société de médecine de Paris. 1 volume in-8° avec 14 planches hors texte. Paris, 1897. Masson et Cio, éditeurs. Prix 7 francs.
- Ce nouvel ouvrage du Dr Germe nous paraît appelé à faire sensation parmi les physiologistes et les médecins, en raison des judicieuses critiques auxquelles sont soumis les faits et les théories relatifs aux principes des mouvements du cœur, et surtout à cause de l’originalité de ceux exposés par l’auteur.
- Les gaz de l'atmosphère, par IIenriet (II.), ancien élève de l’Ecole de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, chimiste à l’Observatoire de Montsouris. — 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire,
- fubliée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut, aris, Gauthier-Villars et Masson et Cie éditeurs. Prix broché : 2 fr.50, cartonné 3 francs.
- Congrès international des pêches maritimes d'ostréiculture et d'agriculture marine organisé par la ville des Sables-d'Olonne du 5 au 7 septembre 1896. Comptes rendus dei séances publiés par Amédée Odin, secrétaire général, et Marcel Baudoin, secrétaire général adjoint. 1 vol. in-8’. Paris, Institut international de bibliographie scientifique, 1896. Prix : 15 francs.
- Eaux et boissons gazeuses, par MM. L. Gasquet, et E. Jarre. 1 vol. in-8° de l’Encyclopédie Roret, L, Mulo, libraire-éditeur, Paris, 1897. Prix : 4 francs.
- The natives of Sarawak and British North Bornéo, by Henry Ling Roth, with a préfacé by Andrew Lang. 2 vol. in-8“. London, Truslove and Hanson, 1896.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 22 mars. . . 6°,8 Calme. Nuageux. 0,6 Nuageux ; brouillard de 4 à 8 h., de 100 m. à 6 h.
- Mardi 23 89,5 W. N. W. 1. Quelques éclaircies. 0,0 Très nuageux jusqu'à 8 h.; quelques nuages ensuite.
- Mercredi 24 ... . 10°,9 S. 2. Peu nuageux. 0,0 Nuageux.
- Jeudi 25 9°,0 S. W. 2. Couvert. 0,0 Nuageux de 18 à 23 h.; couvert avant et après.
- Vendredi 26 . . . . 9“,4 S. S. W. 3. Très nuageux. 0,0 Nuageux ; halo.
- Samedi 27 9°,3 S. S. W. 4 Couvert. 0,0 Couvert de 7 à 10 h. et après 19 h.; nuageux le reste du temps.
- Dimanche 28. . . . 8° ,9 S. S. E. 2. Très nuageux. 0,0 Peu nuag. de 9 à 15 h.; presq. couv. le reste du temps ; un peu de pl. entre 19 et 20 h. avec éclairs à l’hor. N.
- MARS 1897 — SEMAINE DD LUNDI 22 AD DIMANCHE 28 MARS
- Lundi | Mardi I Mercredi I Jeudi I Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 A 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lies nuages lumineux. — Notre confrère Cosmos parle des recherches de M. 0. Jesse relatives à la hauteur des nuages lumineux. Cet observateur, qui, depuis plusieurs années, s’occupe de cette nouvelle classe de nuages qu'il a été le premier à observer, a donné, dans les Astro-nomische Nachrichten, un court résumé des principaux résultats obtenus par la discussion de toutes les observations de ces nuages effectuées de 1889 à 1891. Le fait le plus intéressant qui se dégage des recherches de M, Jesse, c’est la constance remarquable de la hauteur des nuages lumineux depuis dix ans. Cette hauteur a varié entre les limites étroites de 80,3 et de 88,5 kilomètres, la moyenne de toutes les mesures étant 82,1 kilomètres. Ces valeurs sont basées sur des séries de photographies prises en divers points : à Steglitz, à Berlin, à Nanen et à Rathenow.
- Tremblement de terre d Manosque (Dasges-Alpes). —
- Le 21 mars, à 6h 30“ du matin, on a ressenti à Manosque, dans le département des Basses-Alpes, une assez vive commotion de tremblement de terre.
- On a entendu comme un coup de canon et ce bruit a été accompagné d’une trépidation qui a ébranlé les maisons, mais qui n’a duré que deux ou trois secondes. L’oscillation a été si rapide qu’il était tout d’abord difficile d’indiquer le sens dans lequel elle s’est produite. Sauf quelques vitres cassées, il n’y a pas eu de dégâts. Une deuxième oscillation a eu lieu à 9 heures moins un quart, aussi rapide et dans les mêmes conditions que la première.
- Ce tremblement de terre paraît avoir été localisé à Manosque et sur un rayon allant du côté du nord, dans la direction de Voix et du Bois-d’Asson
- On ne l’a ressenti ni à l’est, de l’autre côté de la Durance, ni à l’ouest, ni au sud, du côté de Sainte-Tulle. Ce phénomène n’a pas eu non plus les caractères que présentent d’ordinaire les tremblements de terre. Au lieu de se manifester par des oscillations prolongées et répétées dont on perçoit très bien la direction, il a consiste en un énorme bruit souterrain et étouffé, à la suite duquel le sol a éprouvé une vive trépidation, presque immédiatement terminée. Le 22 mars, à 7 heures du matin, une nouvelle commotion s’est produite, mais beaucoup moins violente que la précédente.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 25, à 0 b. 9 m. du soir.
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- • M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —®— L’assemblée générale annuelle de l’Association syndicale •de la presse parisienne a eu lieu récemment au Grand-Hôtel, sous la présidence de M. Adrien Hébrard. L’assemblée a procédé à l’élection pour quatre ans de trois membres du syndicat. Ont été élus : MM. Pierre Giffard (Vélo), Boussel {Vérité) et Sabatier (Eclair). L’assemblée a ensuite nommé par acclamation : président honoraire, M. Adrien Hébrard; vice-président honoraire, M. Edouard Hervé, et membre honoraire, M. Hippolyte Marinoni, ancien trésorier. Avant de lever la séance, le président de l’assemblée a fait connaître, aux applaudissements de l’assistance, que M. Osiris avait décidé de mettre, comme en 1889, une somme de 100 000 francs à la disposition du syndicat de la presse pour récompenser l’œuvre reconnue la plus intéressante au point de vue artistique ou industriel.
- —— Exposition de 1900. Les travaux de maçonnerie du Grand Palais des Champs-Elysées et les travaux de fondation du Petit Palais viennent d’etremisen adjudication. La construction du Grand Palais commencera incessamment dans l’espace compris entre le €ours-la-Rcine, l’avenue d’Antin et le Palais de l’Industrie; quant au Petit Palais, il ne pourra être entrepris qu’après la démolition totale du Palais de l’Industrie.
- __g— En avril note pas un fil.
- En mai ôte tout ce qu’il te plaît.
- Le proverbe a raison. Avec le 2 avril est revenu l’hiver. Il â plu, tonné et neigé. Et la température est descendue à 5° la nuit et à 5 ou 0° le jour. Les giboulées de mars sont arrivées en retard. Un autre proverbe dit :
- Tonnerre en avril,
- Bon vin en baril.
- Ceci consolera les vignerons de la rigueur de la température au commencement d’avril. Il a tonné beaucoup, deux jours de suite. Alors nous aurons du bon vin en barrique..., si le proverbe est vrai. Seulement il a tonné le 1er avril! Et le 1er avril est bien connu par ses mystifications !
- —Un acte de bienfaisance à signaler. Mme veuve Charcot s’est engagée à abandonner la pension annuelle de 2000 francs qu’elle reçoit de l’Etat en faveur des veuves et des enfants des professeurs et des agrégés de la Faculté de médecine de Paris, morts sans fortune ou sans retraite suffisante.
- —Le Conseil municipal, sur le rapport de M. Dubois, a voté une somme de 5000 francs pour les frais d’installation et d'entretien d’un laboratoire de radiographie à l’hôpital Trousseau.
- —Les sauterelles en Algérie. Jusqu’à ce moment, l’invasion des sauterelles n’avait pas dépassé la ligne du désert. Le 30 mars, un vol considérable, ayant plusieurs kilomètres d’étendue, a été vu par des voyageurs dans” la plaine de Medjanah, aux environs de Bordj-bou-Arreridj, avançant vers le nord. Une Note du gouvernement général résume comme suit l’état de l’invasion : 1° Province d’Alger. Aucun vol n’a été signalé depuis le 19 février, où les acridiens apparurent dans l’oasis de Ghardaia. 2° Province de Constantine. Depuis le 10 mars, dans la région comprise entre Megnabra et le Djerid tunisien. un grand nombre de localités sont infestées par les sauterelles venues du sud. Des vols de criquets se sont abattus aussi sur divers points du territoire : au poste deTkout, à Biskra, à Malou, à Mechou-nech, à Elksar, à Djeda. Du 10 au 20 mars, de nombreux vols s’abattaient dans la région saharienne des Ouled Rechaich du cercle de Iveneliela, dans le territoire de Touggourt, enfin dans la commune mixte d’Aures et dans celle de Biskra. Partout des mesures ont été prises pour le ramassage des œufs et leur destruction par le piochage ou le labourage des terrains infestés. On voit que cette Note ne parle pas du vol signalé à Bordj-bou-Arreridj, sur la ligne de Sétïr.
- —®— Un village qui glisse. On nous annonce de Montauban que le village de Saint-Pierre-Livron, près de Caylus, qui est bâti sur des rochers surplombant la rivière Bonnette, a été entraîné, par un glissement des roches, à une centaine de mètres. Quatre maisons ont été précipitées, en même temps que le cimetière, dans la vallée, où elles se sont effondrées. L’église est menacée. Le glissement continue. Le village est évacué.
- —Depuis quelques nuits, des ballons captifs se livrent, au-dessus des forts de l’enceinte du camp retranché de Lille, à des expériences de signaux électriques, et de nombreux curieux, le nez en l’air, stationnent longuement et tâchent de comprendre la signification de ces éclairs aériens de l’électricité sillonnant le ciel au-dessus de la ville. Ces expériences ont, paraît-il, pleinement réussi.
- —1Le monde des savants russes, désireux de participer à l’édification d’un monument au grand savant français Louis Pasteur, vient d’ouvrir une souscription qui s’est élevée en peu de temps à la somme de plus de 20000 francs; ces fonds seront prochainement envoyés à Paris et transmis au Comité-du monument.
- —©— On écrit de Toulon que, dernièrement, au moment où le cuirassé espagnol Vitoria venait d’être mis à sec dans un des bassins de Missiessy, on a constaté non sans étonnement que sa coque était recouverte de grosses huîtres dont l’équipage et les ouvriers ont fait ample provision. Cette découverte explique la perte de vitesse du Vitoria, qui filait primitivement 10 nœuds 7 et dont la marche se ralentissait de plus en plus.
- —M. Boucher vient de faire signer au Président de la République un décret qui a été fort bien accueilli. Ce décret réduit de 10 centimes à 5 centimes la taxe des télégrammes entre la France, l’Algérie et la Tunisie, avec minimum de 50 centimes par télégramme. La taxe est réduite à 5 centimes trois quarts par mot en faveur des télégrammes de la presse; les télégrammes de cette nature, déposés après 10 heures du soir et avant 7 heures du matin, ne payeront que 2 centimes. Une taxe totale de 10 centimes par mot, avec minimum de 1 franc par dépêche, sera perçue pour les télégrammes dont on demandera la priorité.
- —La Deutsche Medicinische Wochenschrift publie une communication du professeur Koch concernant de nouvelles préparations de tuberculine. Il ressortirait de ce document que M.Koch est parvenu après plusieurs années de recherches à trouver une composition qui procurerait d’une façon tout à fait certaine l'immunité contre le bacille de la tuberculose. Chez les cobayes tuberculeux traités avec la nouvelle tuberculine, on a constaté des transformations régressives dans les organes infectés au commencement du traitement. On a obtenu une amélioration exceptionnellement marquée chez des personnes se trouvant dans la première phase de la phtisie pulmonaire et chez des malades al teints de lupus. Dans plus d’un cas, on pourrait considérer la guérison comme effectuée ; mais le professeur Koch, instruit par une première et fâcheuse expérience, pense qu’il est prématuré d’employer l’expression de guérison avant qu’un laps de temps suffisamment long se soit écoulé. Le remède n’a pourtant occasionné aucun phénomène accessoire inquiétant. On en fait usage au moyen d’injections sous-cutanées, d’abord par petites doses, et ensuite par doses de plus en plus fortes.
- —$$— Le Jardin d’Acclimatation, toujours à la recherche de ce qui peut intéresser et instruire ses visiteurs, a inauguré, le 28 mars, le vaste local situé sous la galerie des oiseaux du Palais-d’IIiver. Ce local, jusqu’ici fermé au public, sera désormais ouvert tous les dimanches pour la présentation de « Tableaux lumineux à transformations » représentant les principaux monuments de Paris à travers les siècles. Ces projections sont accompagnées de causeries-instructives d’un grand intérêt.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne les figures animées par le déplacement des ombres portées, s’adresser à MM. Garchey et Regny, à la Demi-Lune, près Lyon. — L’ascenseur fixe ou mobile est construit par M. Dumarchey, 5, rue des Moines, à Paris.
- Communications. — M. W. de Fonvielle, à Paris, nous adresse la communication suivante sur les sondages aériens de la haute atmosphère : « Lundi 29 mars la Commission scientifique de Paris a tenu au Palais de l’Institut la quatrième séance sous la présidence de M. Mascart. La discussion, à laquelle ont pris part MM. Cailletet, Teisserenc de Bort, le commandant Krebs, le prince Roland Bonaparte et M. Mascart, a porté sur les préparatifs d’une ascension à 4000 ou 5000 mètres que MM. Hermite et Besançon ont l’intention d’exécuter au commencement du mois de mai pour vérifier la loi des hauteurs barométriques. L’idée de cette ascension est due à M. Bouquet de la Grye, président de la Commission et de la Société de géographie, qu’une indisposition a empêché d’assister à la séance. Il a été décidé, sur la proposition de M. Mascart, que la vérification serait tentée à l’aide de clichés photographiques instantanés. M. Cailletet a été chargé de prendre les mesures pour assurer la parfait? horizontalité de la chambre noire. M. Be-sançon a présenté le projet de la construction d’un ballon sonde de 40 mètres cubes qui s’élèvera de 4000 à 5000 mètreé et emportera 5 kilogrammes d’instruments. Un ballon sonde de ce format sera lancé en même temps que Y Aérophile darts l’ascension prochaine du mois de mai. Samedi est arrivée à Paris une lettre de M. Hergesell, directeur du Bureau central météorologique d’Alsace-Lorraine, qui notifie officiellement à M. Bouquet de la Grye qu’une troisième ascension internationale sera exécutée au commencement de mai. Une notification identique a été envoyée à.Pétersbourg, à Berlin, à Stockholm, à Munich et à Vienne, etc. Dans ces circonstances, MM. Ilermite et Besançon seront imités 5 procéder au lancement de leur aérophile n° 111. Si le temps est favorable, cette opération sera accompagnée de l’ascènsion du Touring-Club pour la vérification des hauteurs barométriques. La circulaire de M. Hergesell apprend en outre que la nomination de MM. Tissandier et Glàisher comme membres honoraires a eu lieu à l'unanimité. Sur la proposition de M. Je général Rykatcheff, directeur de l’Obser-vatoire météorologique de Russie, M, Hergesell provoque le vote des membre» du Comité international sur la candidature de M. Kawasko, chef du Parc aérostatique de Pétersbourg. Il est certain que, comme les précédentes, cette nomination aura lieu à l’unanimité tant en Europe qu’en Amérique. On sait que l’ascension qui sel prépare est la troisième qui ait eu lieu depuis la création de la Commission internationale, créée en septembre 1896 par la conférence météorologique à l’issue de la séance de Paris qui a eu lieu sous la présidence de M. Mascart. »
- Renseignements. — M. P. M., h N. — 1° Accumulateurs Fulmen, 59, rue de l’Arcade, à Paris, —* 2°Ue fabricant de ce moteur est à Mannheim, en Allemagne.
- M. S., à Anduze. — Consultez la Dynamo, de MM. Hawkins et Wallis, ouvrage en deux volumes, traduction de M. E. Boistel, à la librairie Fritsch, 30, rue du Dragon, à Paris.
- Un abonné, à Boulogne-sur-Seine. — Pour la visite des catacombes, il faut s’adresser au service des carrières, 1, place Denfert-Rochereau, à Paris.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Pour une application de ce genre, la pile Leclanché est certainement la seule que l’on puisse employer.
- M. Alfred, à Gand. — La librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris, a publié une série d’ouvrages sur la photogravure; nous vous conseillons de consulter le catalogue.
- M. A. Planque, à Toulouse. — Nous avons annoncé un
- volume spécial sur cette question dans la Bibliographie du n° 1243, du 27 mars 1897.
- M. Dezaunay, à Mantes. — 11 faut demander ces renseignements à M. Ringelmann, professeur de génie rural à l’Ecole nationale d’agriculture de Grignon (Seine-et-Oise).
- MM. Prince et d’Ltiveaud, à Paris. — L’adresse de l’auteur de l’article est 7, quai de Seine, à Courbevoie (Seine).
- M. E. Duchemia, à Sens. — Ces machines dynamos sont construites par la Société l’Eclairage électrique, 250, rue Le-courbe, à Paris.
- M. E. Poirier, à Puerto Plata. — 1° Machine à faire les-cigarettes : M. A. Bruandet, 1, rue Auber; M. H. Lemaire, 150, rue de Rivoli, à Paris. — 2° Nous ne connaissons pas d’appareils semblables.
- M. P. Picard, à Saint-Malo. — Dynamomètre de précision : M. Maxant, 64, rue deSaintonge; M. J. Richard, 8, impasse Fcs-sart, à Paris.
- M. G. R. K, à Strasbourg. — Nous pouvons vous citer les Moteurs à pétrole, par A. Witz, à la librairie E. Bernard. Des chapitres importants sont aussi consacrés aux moteurs à pétrole dans les Moteurs de M. J. Lefèvre, et le Pétrole de MM. Riche et Halphen, à la librairie J.-B. Baillière et fils, à Paris.
- Un membre du cercle, à Nancy. — 1° Petite turbine hydraulique : M. Ch. Taverdon, 19, rue Claude-Bernard à Paris — 2° Cette description a été donnée dans les Recettes et procédés utiles 2e série (Masson et Cie éditeurs).
- M. C. L., à Saint-Etienne. — Appareils de précision pour mesures de longueur : M. Colas, 18, rue Saint-Gilles; MM. Au-riol frères, 67, rue Oberkampf, à Paris.
- M. L. Lalung, à Saint-Pierre (Martinique). — Appareils de sauvetage : M. G. Lotte, 181, rue de Charenton ; M. Métayer, 84, rue Saint-Antoine, à Paris.
- L’abonné X. F., à Amiens. — 1° Veuillez demander ces ouvrages à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Pans. — 2° Vous trouverez Histoire des parfums, Chimie des parfums, par Piesse, à la librairie J. Baillière, à Paris.
- M. L., à F. — Ce produit doitêlre conservé à l’abri de l’air; sinon il s’altère facilement et se réduit en poudre.
- M. R. Délogé, à Gay. — Vous trouverez diverses formules dans les manuels de photographie.
- M. de Beaulieu, h Waire. — Le procédé que vous mentionn z peut donner des résultafs assez approchés, à la condition de viser bien exactement le sommet de l’arbre, avec une petite lunette par exemple. Nous ne connaissons pas de procédé plus-simple.
- M. P. Carré, à Paris. — Nous avons vu l’appareil dont vous nous avez parlé; nous prenons des renseignements pour en donner la description.
- M. Gendron, à Lille. — Vous pourrez vous procurer un ingénieur physicien ou chimiste en vous adressant au vice-pré-ir dent de l’Association amicale des anciens élèves de l’École de physique et de chimie industrielles de la Ville de Paris, 42, rue Lhomond, à Paris.
- M. A. Trillon, à Ruffin. —Adressez-vous à M. J. Pellin, 21, rue de l’Odéon, à Paris.
- M. R. Berlier, à Dijon. — Vous trouverez probablement cris boîtiers à la Compagnie française du celluloïd, 11, rue Bailly, à Paris.
- Un lecteur, à Lunéville. — Une batterie de 6 à 8 accumulateurs doit être employée; on pourrait prendre pour la charge une pile au bichromate de potasse ou au sulfate de cuivre à écoulement.
- M. L. Romano, à Toulon. — Mme le Dr Gaches-Sarraute, 61. rue de Rome, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Dubois, à Marseille. Il n’est pas possible de vous répondre avant d’avoir consulté au moins les plans de votre appareil. —: M. II. M., à Paris. Cette pile ne peut vous être d’aucune utilité. — M. G. M., à Paris. Votre lettre a été transmise au constructeur. — M. Léon, à Brest. Il y a une erreur dans vos calculs; la longueur que vous trouvez est 2,5 fois trop grande. — M. Lefebvre, à Niort. Nous ne pouvons nous occuper de questions financières dans le journal. — M. F. S., àMutzig; M. L. D., à Paris; M. P. V., à Lille. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lr* série, à la librairie Masson et Cie, à Paris. — M. Lelong, à Pau ; M. J. D., h Paris. Remerciements pour vos communications. — M. D. L., à R. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. J. B., à Besançon. Les renseignements que vous demandez ne sont connus que des constructeurs et n’ont pas été publiés. — M. Petitdidicr, à Remiremont. Remerciements pour votre envoi; nous réservons ces questions. — M. Dhamelin-court, à Louviers. Nous prenons les renseignements, et nous vous répondrons prochainement.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Pince pour bicyclistes. — Les bicyclistes doivent toujours être armés de pinces, tourne-vis, petit marteau, etc. Il peut en effet survenir en route divers petits accidents qu’il est très facile de réparer soi-même. Et souvent l’on ne rencontre pas toujours sur la route un atelier auquel l’on puisse recourir. Il faut reconnaître également qu’un bicycliste, qui cherche à se vêtir très légèrement, à avoir une bicyclette légère, ne doit
- Pince pour bicyclistes. — 1. Vue de l'appareil. —• 2. Mode d’emploi.
- pas se surcharger d’outils multiples pourtant bien utiles. Pour éviter cet inconvénient, les constructeurs ont imaginé plusieurs appareils réunissant en une seule pièce tous ces outils. Nous décrivons un modèle de pince qui renferme (n° 1] un tournevis à une branche, une clef anglaise à l’autre, et qui, aux extrémités de la pince, peut serrer un écrou, et porte d’autres crans. On remarque aussi un matteau sur le côté. Le n° 2 de notre dessin montre le mode d’emploi. —- La nouvel'e pince se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Trousse portative. — Lorsque l’on se trouve en promenade, à travers la campagne, on a toujours besoin de petits outils ^divers, pour couper une branche, pour percer un trod, fixer une vis, etc. La petite trousse que nous signalons pourra être très utile. On voit (n° \ ) un support en acier contourné, de faibles dimensions, qui maintient une petite serpe, un cro-
- Trousse portative. — 1. Détail des outils. — 2. Usage.
- chet, un tire-bouchon, un tourne-vis, une vrille, un poinçon, un autre modèle de vrille et de poinçon. Ces divers outils sont mobiles autour d’un axe et peuvent être retournés pour servir séparément. Sous un très faible volume, on peut ainsi disposer d’une série d’outils. 11 n’est pas besoin de dire combien ces petits instruments peuvent être utiles dans certaines circonstances. Le n° 2 du dessin nous montre une partie de campagne; le tire-bouchon est utilisé. —La trousse portative se trouve chez MM. Kirby, Beard et Cu, 5, rue Auber, à Paris.
- Nouveau fourneau réchaud. — Le nouveau réchaud que nous décrivons se distingue des appareils semblables, parce qu’il brûle à la fois l’alcool et la vapeur d’eau. Il se compose d’un récipient en cuivre que l’on remplit d’alcool par l'ouverture A. Au-dessous se trouve un récipient en communication avec un tube incliné sur lequel est une ouverture B. Par cet
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiquei est étrangère aux annonces.
- orifice on verse une petite quantité d’eau. Au milieu est un tube cylindrique M dans lequel se place une mèche au niveau de l’ouverture G. Ce tube est recouvert d’un manchon portant les orifices C et D. Le réglage de la flamme se fait en ouvrant ou en fermant les ouvertures D et B. Pour l’ouverture D, il
- Nouveau fourneau lécliaud.
- suffit de déplacer le régulateur E. On ouvre ou on ferme le trou B en agissant sur le bouton II. On règle ainsi l’arrivée d’air et par suite l’intensité de la flamme. Pourjmetlre en marche le réchaud, il faut allumer la mèche en C ; on l’éteint en fermant les trous C, D, B et en plaçant le couvercle L. — Le fourneau réchaud est fabriqué par M. Bar, 5, rue Saint-Ambroise, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- La purification des eaux de boisson ferrugineuses. — On vient récemment d’essayer en Allemagne, pour l’alimentation des soldats, une méthode intéressante destinée à enlever les matières ferrugineuses des eaux de boisson qui en contiennent. A Aurich, on avait foncé un tube de 56 millimètres de diamètre jusqu’à une profondeur de 84 mètres dans un terrain alluvionnaire, pour alimenter des casernes; l'eau recueillie ne contenait point de matières organiques, mais une grande quantité de fer en solution, atteignant jusqu’à 19,2 milligrammes par litre. Après exposition à Pair, cel’te eau devenait brunâtre et trouble, par suite de la formation d’un hydrate de fer. Comme on n’avait point d’autre eau à sa disposition, on résolut de la purifier par la méthode C. Piefke, qui facilite la séparation du fer en divisant la masse d’eau en de nombreux petits filets. Dans un bassin rectangulaire, dont le fond est à trous et qui a 3 mètres de haut, 2 de long et 1 de large, on entasse des morceaux de coke ; l’eau tombe d’une façon uniforme à la sur-face du coke, et on la recueille dans une chambre inférieure. Elle passe alors sur un lit filtrant ayant 64 centimètres d’épaisseur de sable et 11 mètres carrés de superficie. L’appareil traite 3 mètres cubes et demi à l’heure; la proportion de fer tombe d’abord de 19,2 milligrammes à 7,21 après passage sur le coke, et à 1,08 à la sortie du filtre. De temps à autre il faut nettoyer le coke, et pour cela il suffit de faire passer l’eau en un courant unique qui emporte par sa violence tout l’ocre déposé ; de même, toutes les trois ou quatre semaines, on doit enlever la partie superficielle du filtre.
- Entretien des machines. — D’après Neuesle Erfindungen und Erfahrungen, pour entretenir en bon état les surfaces polies en fer ou en acier de toutes les machines en général, on commence par mettre dans une bouteille 20 parties de pétrole et une partie de paraffine; on bouche et on mélange bien en secouant; puis, avec un chiffon ou un pinceau, on applique sur les surfaces à entretenir. Le lendemain on frotte avec un linge de laine sec. On peut également prendre 5 parties d’huile de térébenthine, 25 de stéarine, 25 de rouge à polir et 25 de noir animal. On jette dans de l’alcool et l’on agite jusqu’à obtenir une masse parfaitement homogène ; on applique au pinceau, et
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- l’on attend que l’alcool s’évapore. On peut alors frotter avec un mélange de 25 parties de rouge à polir et de 45 de noir animal.
- Pour rendre le cuir imperméable. — Jean Pâssler, de Frei-herg, en Saxe, traite, dans Dinglers Polytechnisches Journal, des divers moyens pour rendre îe cuir imperméable. Parmi les bons procédés, il y a celui de Alexander où l’on enduit le cuir d’un mélange de 2 parties de benzine, 2 d’essence de térébenthine, 3 de colophane et 1 de vernis; puis le procédé suédois de Bâche, qui comporte l’emploi d’un mélange de 12 parties de résine, 8 de graisse et 0,3 de térébenthine. En imprégnant d'une solution de gélatine à teneur déterminée, puis saturant dans un bain de térébenthine, on obtient un produit qui est réellement trop sec, mais qui, par des additions, peut être fort utile dans certains cas. Une autre recette consiste à faire bouillir
- dans une solution de gélatine, puis à ajouter 15 à 20 pour 100 d’essence de térébenthine et un peu d’acide phénique.
- Un procédé de maturation artificielle des tomates. — Lorsque l’arrière-saison est pluvieuse comme l’année dernière, les tomates, qui sont généralement en abondance sur pied, mûrissent très difficilement et pourrissent en majorité. M. Chemin indique dans la Revue scientifique un procédé qui obvie parfaitement à cet inconvénient. Lorsque la fraîcheur des nuits et les pluies continuelles ôtent l’espoir d’une maturité normale, on arrache les pieds de tomates dont les fruits ont atteint une grosseur normale, et on couche horizontalement sous châssis les pieds, tiges et fruits de tomates que l’on étend sur un lit de feuilles bien sèches. De cette façon, les fruits parviennent à complète maturité et acquièrent la finesse de goût des fruits mûris naturellement.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES DO MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 29 mars. . . 7°, 3 W. N. W. 5. Nuageux. 2,5 Très nuageux jusqu’à 16 h.; beau ensuite ; pluie à 4 h.; halo.
- Mardi 30 4°,3 E. N. E. 2. Couvert. 0,0 Très nuageux.
- Mercredi 31 ... . 8°,5 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 16 h. ; nuageux ensuite ; orage avec pluie et grêle de 16 à 17 h. ; pluie dans la matinée.
- Jeudi 1" avril . . . 11°, 2 S. S. W. 4. Très nuageux. 30,6 Quelques éclaircies ; pluie à diverses reprises.
- Vendredi 2 5°,0 N. W. 2. Nuageux. 5,3 Couvert de 1 à 6 h., à 12 et 22 h. ; nuageux le reste du temps; tonnerre avec neige et grêle vers midi.
- Samedi 3 3°,6 S. E. 3. Couvert. 3,8 Couvert ; un coup de tonnerre à 3 li. ; pluie de 5 à 11 h. et de 19 1/2 à 24 h.
- Dimanche 4 . . . . 7°,0 N, N. W. 3. Couvert. 6,6 Couvert jusqu’à 23 h. ; peu nuageux à 24 h. ; pluie de 0 h. 25 à 3 h. ; petite pluie à 10 h.
- MARS-AVRIL 1897. — SEMAINE DD LUNDI 29 MARS AD DIMANCHE 4 AVRIL.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tempête à Butla-Pesth. — A la date du 25 mars une grande tempête a éclaté sur la ville de Buda-Pesth, en Hongrie. Un magasin en construction a été renversé par un vent d’une extrême violence. Trois ouvriers ont été précipités d’un échafaudage et grièvement blessés. Plusieurs autres ouvriers ont reçu des contusions légères.
- lin ébaulement à Annecy. — A la suite des pluies nombreuses survenues récemment, un éboulement s’est produit dans la commune de Manigod, près du hameau des Choseaux. Le torrent du Néant-Bruyant a charrié une boue livide de 50 mètres de largeur sur 4 de hauteur avec une vitesse de 40 centimètres par minute. Cette lave était à environ 201) mètres du torrent du Fier qu’elle menaçait d’obstruer. Un glissement de terrain s’est également produit à la montagne au-dessus des Choseaux sur une longueur de 1800 mètres avec une largeur de 1500 mètres. Huit maisons se sont écroulées. On craignait encore de nouveaux dégâts et une obstruction du torrent du Fier.
- I.e8 cônes de glace. — Le journal Ciel et Terre a rapporté quelques observations intéressantes concernant des cônes de glace. M. C. Dufour, professeur à Morges, a signalé qu’au mois de février 1893 le lac de Neuchâtel a gelé sur une assez grande étendue entre Grandson et Yverdon. Sur cette glace, il s’est formé des cônes tronqués d’une hauteur de 2 mètres. Dans ces cônes, il y avait une grande excavation tout à fait pareille à un cratère de volcan. Pour plusieurs d’entre eux, on pouvait y entrer, mais on aurait eu beaucoup de peine à en sortir. De pareils cônes de glace ont déjà été observés dans des circonstances analogues. Dans l’intéressant Mémoire qu’il a publié dans le numéro d’avril 1895 des Archives des sciences naturelles, sur quelques particularités de l’hiver 1894-1895, M. Kammermann a dit : « D’après de Luc, pendant le rade hiver de 1788 à 1789, à la fin de décembre, par une forte bise, le lac a gelé à Genève : et sur le bord de la couche glacée, il y avait une série de cônes creux et tronqués qui représentaient des cratères de volcan ». Dans l’Allemagne du Nord on observe fréquemment des cônes de glace pareils, avec ces excavations intérieures, quand la mer et les lacs gèlent alors qu’il fait un vent violent.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 2, à 4 h. 53 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Q— Il est créé une chaire de géographie physique à la Faculté des sciences de l’Université de Paris. M. Yélain, docteur ès sciences, est nommé professeur de géographie physique à ladite Faculté.
- —®— Exposition de 1900. Les travaux de fondation du pont Alexandre III sont commencés. On a déjà pratiqué des sondages et des fouilles, et les tramways qui suivent actuellement le quai vont
- Casser momentanément dans la deuxième allée du Cours-la-Reine.
- a fabrication des caissons énormes qui doivent constituer sur chaque rive l’assiette du nouveau pont se poursuit activement. Ces caissons seront montés sur place dans trois ou quatre mois. L’air comprimé nécessaire aux travaux étant emprunté aux canalisations de la Ville, il n’y aura pas de machines spéciales; les installations mécaniques du chantier seront aussi simplifiées que possible, et, par suite, l’emplacement même de ce chantier réduit au strict nécessaire. Les ingénieurs Resal et Alby pensent que les fondations du pont seront terminées dans la campagne 1897; le montage de la partie métallique se ferait en 1898. La campagne de 1899 serait réservée à l’achèvement de la partie architecturale, confiée à MM. Cassien-Bernard et Cousin, dont les premières études sont terminées et qui ont arrêté déjà des croquis d'ensemble.
- —L’adjudication de la démolition du Dôme central, au Champ-de-Mars, aura lieu le mercredi 28 avril prochain, à 2 heures de l’après-midi, au commissariat général de l’Exposition de 1900, avenue de La Bourdonnais, 30. La mise à prix est fixée à vingt mille francs. Le Dôme central, on le sait, eut pour architecte M. Bouvard, actuellement directeur des services d'architecture de l’Exposition. Sa démolition entraînera à bref délai celle de la galerie de 50 mètres qui relie le Dôme à la Galerie des machines.
- —4g— Il existe à Passy, à moitié cachée sous les lilas et les clématite», une petite salle de spectacle, un bijou d’architecture moderne qu’a fait construire et ajouter à son hôtel M. L. Mors, avec luxe et beaucoup de goût. Dimanche dernier, à 5 heures, M. Geo Richard a donné, sur la scène de ce joli théâtre, une séance de projections photographiques devant des invités très choisis et très compétents. L’illusion est véritablement admirable. Les projections étaient faites sur un écran de plus de 6 mètres de haut et le plus souvent avec de petits clichés de 4 centimètres 1/2 sur 6. Les personnages étaient plus grands, en général, que grandeur nature. II y a un relief étonnant dans ces images agrandies. M. Géo Richard a montré ainsi toute la route de Trouville à Honfleur, avec arrêt à Yillerville ; M. de Boulogne a promené les spectateurs à Cannes, Monaco, la Turbie, Menton! Enfin, M. Richard a terminé la séance par la projection de vues du Bois de Boulogne et de photographies coloriées. Trois heures de séance qui ont duré quelques minutes pour les invités, ravis de la finesse, de l’effet magique des images et des scènes si bien groupées de M. Richard; vrais tableaux de maîtres que quelques-unes de ces projections ! On a beaucoup applaudi et l’on a bien fait. Cela nous sort un peu des apparitions saccadées du cinématographe !
- —®— L’Aquarium de New-York vient de s’enrichir d’un géant des mers, comme il est rarement donné d’en voir. C’est un homard monstre, pesant 30 livres, qui a de gros yeux, des tentacules longs et des pinces énormes armées de dents comparables à celles d’un chien de forte taille. Ce homard a été pêché au large de Sandy-Hook par la goélette Becker, qui l’a apporté au marché Fulton. Jamais encore on n’avait vu son pareil à ce marché, où, jusqu’à présent, le « record du poids » était détenu par un homard de 26 livres. De l’avis des vieux pêcheurs, ce crustacé doit avoir au moins 100 ans ; sur quoi se basent les experts pour établir son état civil? l’histoire ne le dit pas. Dès son arrivée au marché, le géant des mers a été placé avec toutes sortes de précautions dans un grand réservoir, et on a fait prévenir le directeur de l’Aquarium, qui s’en est rendu aussitôt acquéreur moyennant 10 dollars.
- -Hg— Les journaux militaires allemands viennent de rendre
- compte des résultats de l’instruction des bicyclistes dans Farinée pendant l’année 1896. Les courses moyennes ont été d’environ 70 kilomètres, avec une vitesse de 15 kilomètres à l’heure, haltes comprises. La plus grande vitesse a été de 19 kilomètres à l’hetire dans une traite de 48 kilomètres. On est allé, pour les grandes distances, jusqu’à des courses de 130 kilomètres, où la vitesse à l’heure ne dépassait pas alors 13 kilomètres, y compris l’ensemble des repos, d’une durée de trois à quatre heures ; ce qui donne dix heures pour les 130 kilomètres, dont six à sept heures démarché seulement. Après cette instruction, on a fait passer les soldats-bicyclistes au servicecn campagne : reconnaissances, lecture de la carte, maniement du revolver, etc. Le 4 août, le lieutenant de Puttkamer fit procéder à une expérience de transmission de dépêches, aller et retour, sur un trajet de 42 kilomètres, soit 84 kilomètres en tout. Il avait disposé 4 relais, de '3 bicyclistes chacun, de 10 en 10 kilomètres, et fit transporter 3 dépêches; la transmission la plus rapide fut de 21 kilomètres à 1 heure. Cet officier estime qu’on peut exiger des parcours de 200 kilomètres par jour, après 40 jours d’entraînement. La bicyclette militaire employée par les Allemands est du type de la bicyclette pliante du capitaine Gérard, et ils s’appliquent actuellement à diminuer encore le poids (qui est d’environ 16 kilogrammes et demi) et à remplacer la chaîne par un meilleur mécanisme de transmission.
- —La ménagerie du Jardin des Plantes s’est enrichie d’un certain nombre de nouveaux pensionnaires. Ce sont d’abord deux magnifiques sangliers originaires du Gabon, envoyés par M. Sa-vorgnan de Brazza; puis deux plus petits, dons du docteur Loche-longue, médecin militaire. M. Louis Baron, agent du service maritime des postes, vient d’adresser à M. Milne-Edwards un chat-tigre, un toucan et deux aras. Enfin, signalons encore un ours du Caucase et deux kangourous géants, originaires d’Australie.
- —@— Le Jardin d’acclimatation vient de recevoir, en trois arrivages successifs, vingt-deux maras ou lièvres de Patagonie (Dolichotis patagonica). Le mara, pour la forme et la structure, tient à la fois du chevreuil, du lièvre et du cochon d’Inde, mais ce n’est, au fond, qu’un cochon d’Inde monté sur pattes et de race géante, puisqu’il arrive à peser jusqu’à 18 et 20 livres.
- —@— Les inondations du. Mississipi ont submergé une cinquantaine de villes et de villages. Soixante mille personnes environ ont perdu leurs biens. Six mille personnes se sont déjà réfugiées à Memphis. Des milliers d’autres y arrivent. La crue dépasse, de 2 pieds et demi, la plus forte qu’on ait jamais connue. La nappe d’eau a 300 milles de longueur et de 5 à 40 de largeur. Le Président des Etats-Unis demandera au Congrès des secours pour les victimes de ce désastre sans précédent.
- —@— A l’occasion de la mort de M. d’Abbadie, M. Charavay a eu l’idée de dresser le tableau des Doyens de l'Institut. Sur ce tableau, M. d’Abbadie ne venait qu’au 58 rang; l’aîné des académiciens est M. Legouvé,qui est nonagénaire; le second, M. Da-mour, minéralogiste, membre libre de l’Académie, 89 ans; le troisième est le philosophe Vacherot (Sciences morales et politiques), 88 ans; le quatrième, M. Gladstone, né en décembre 1808, membre associé de la même Académie. Depuis la mort de M. d’Abbadie, les 5e et 6e rangs appartiennent au chimiste allemand Bunsen et au comte Delaborde, tous deux âgés de 87 ans. Onze autres membres de l’Institut sont plus qu’octogénaires ; ce sont, par ordre de naissance : MM. Wallon, Bouillier, Yerdi (membre associé des Beaux-Arts), Ra-vaisson, Chatin, Faye, Français, Naudin, l’économiste allemand Bloçk, le docteur Roussel, le philosophe suisse Naville. Par ordre d’élection, le plus ancien des membres de l’Institut est l’astronome Faye, 1847 ; viennent ensuite MM. Ravaisson,1849; Wallon, 1850; Legouvé ,1855 ; Joseph Bertrand et Hermite, 1856; Léopold Delisle, 1857. En résumé, l’Institut compte 1 nonagénaire, 21 octogénaires et 69 septuagénaires ; cette statistique encourageante n’est pas de nature à diminuer le nombre des candidats.
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- Communications. — M. L, du Bouchet, à Paris, à propos de Ja Note concernant les années bissextiles, parue dans les Informations du n° 1243, du 27 mars 1897, rappelle que toutes les années bissextiles portant le millésime d’un siècle ne suivant pas la règle commune à ces années, ne cessent pas d’être bissextiles. C’est Jules César qui prescrivit le premier l’intercalation d’un jour tous les quatre ans, se basant sur la croyance que l’on avait à cette époque que le soleil emploie 365 jours un quart à faire sa révolution annuelle. Mais celte correction était trop forte. La valeur réelle de l’année tropique est de 365J,2422. La différence de 0J,0077834 par an s’élève à 0J,0511336 en 4 ans et à 3j,11336 en 400 ans. Lors de la réformation grégorienne rendue exécutoire en France le 9 décembre 1582, on continua à intercaler un jour tous les 4 ans. Seulement comme cette correction produit un retard de 3 jours en 400 ans, on décida de supprimer le jour intercalaire des trois années 1700, 1800, 1900. De plus, il fut arrêté que trois années séculaires communes seraient suivies d’une année séculaire bissextile. Pour savoir si une année séculaire est bissextile on n’a qu’à diviser son millésime par 4. L’an 1900, dont le millésime est 19, n’est pas divisible par 4, donc il n’est pas bissextile ; l’an 2000 sera bissextile, l’an 2100 ne le sera pas.
- M. D. Theillier, au Grand-Priel par Ilargicourt (Aisne), nous informe qu’il a vu, à plusieurs reprises, voler une hirondelle, le 51 mars dernier, vers 4 heures du soir, au-dessus des bâtiments de sa ferme, sise au village du Yerguier, canton de Ver-maud (Aisne). Cet oiseau n’a plus été revu depuis; la veille et I’avant-veille de son apparition, il y avait eu un violent coup de vent de S.-O., puis de N.-O.
- M. J. Quélin, à Angers, nous écrit que les hirondelles de cheminée (hirondo rustica) sont de retour, à Angers et aux environs, depuis le 23 mars. Il en a vu deux couples, et il les voit chaque jour au même endroit. Il n’a vu, le 50, qu’une seule hirondelle de fenêtre. Notre correspondant nous fait observer à ce sujet qu’il a indiqué déjà que les premières hirondelles arrivent toujours au moins quinze jours après la dernière gelée à glace, comme aussi elles partent au moins quinze jours avant la première gelée à glace. Cette remarque est basée sur trente-six années d’observation, pendant lesquelles il n’y a eu que trois exceptions pour l’arrivée, et pas une seule pour le départ. La dernière gelée a eu lieu à Angers le 8 mars.
- Le même correspondant nous informe qu’à Angers le dimanche soir, 4 avril, à 3h10, après une assez forte averse de pluie et grêle, un superbe arc-en-ciel double a paru dans le nord-est. Superposés et nullement séparés, les deux arcs montraient bien toutes les couleurs du prisme. On distinguait même une faible lueur, violet-bleu, en dessous. En même temps, environ 40° plus haut, un troisième arc-en-ciel se montrait aussi très brillant et complet.
- M. Ch. Gerhardt fils, ingénieur à Paris, à propos de notre récent article sur Georges Ville (n° 1244, du 3 avril 1897, p. 287), nous écrit : « Voulez-vous me permettre d’ajouter aux témoignages si vrais d’admiration qu’apporte sommairement la courte Notice de M. Ch. Guignet, l’appréciation qui était faite des travaux et de la valeur de G. Ville, à ses débuts dès 1853, par un savant qui, victime lui aussi des sommités officielles, mourut trop jeune pour jouir du triomphe de ses idées, aujourd’hui universellement adoptées. Voici des extraits de deux lettres de Gerhardt à Williamson :
- Paris, 24 juin 1853.
- Mon cher ami, j’ai vu l’autre jour M. Ville à son retour d’Angleterre ; il m’a parle avec enthousiasme de l’excellent accueil que vous lui avez fait, vous et vos confrères, ce qui ne me surprend nullement : il m’a aussi fait part des paroles bienveillantes qui ont été dites sur mon compte dans vos réunions. Ce dernier point, je dois le dire, me cause un bien vif plaisir, et je vous en exprime toute ma reconnaissance. J'ai bien besoin de ces encouragements; car, vous le savez, ils me manquent entièrement ici. M. Ville se trouve d’ailleurs
- dans une situation entièrement semblable. 11 n’a pas pu obtenir encore de Rapport sur son travail parce que celui-ci contrarie certaines sommités de l’Institut. Je connais depuis longtemps les appareils de Ville, je connais aussi sa manière de travailler, et je fais le plus grand cas de ses expériences.
- Jamais on n’en a fait sur la végétation ni d’aussi bonpes ni d’aussi étendues. Je suis charmé qu’il ait trouvé en Angleterre des appréciations plus éclairées que chez nous....
- Paris, 8 novembre 1853.
- ...le suis bien enchanté aussi que vous n’ayez pas oublié Ville, car il a gardé de vous un souvenir excellent, et nous avons très souvent parlé de vous dans nos entretiens. Pour moi je souhaite de tout mon cœur qu’il reçoive de l’Angleterre, pour ses travaux, les témoignages d’estime qu’il mérite à un haut degré.
- Ville appartient à cette catégorie de jeunes savants dont la jalousie et la malveillance cherchent à arrêter la carrière, ce qui serait d’autant plus fâcheux, que par sa position Ville est en mesure de nous rendre service à tous, b ailleurs, vous avez pu voir vous-même que ses travaux ne sont pas une oeuvre improvisée ; pour mon compte je ne saurais vous en dire trop de bien....
- M. W. Prinz, de l’Observatoire royal de Belgique, à Bruxelles, nous envoie une brochure ayant pour titre : Esquisses sélénologiques. Généralités sur certaines manifestations éruptives terrestres d’applioation possible à la sélénologie. Cette Notice est extraite de la revue Ciel et Terre.
- Renseignements. — M. E. P., à Hyères. — Il faudrait vous adresser directement aux docteurs mentionnés dans l’article que vous signalez.
- M. L. M., à Q. — Il est préférable de ne pas metlre la forge dans la pièce dont vous parlez.
- M. H. de Beaulieu, à Beslé. — Il serait nécessaire de confier le montage d’une telle machine à un mécanicien très sérieux; nous ne pouvons nous occuper de ces questions de détail.
- M. E. Z., à Mulhouse. — Veuillez vous renseigner à la Sociélé d’éclairage, 15, boulevard Montmartre, à Paris.
- M. Jotahache, à Falacingo (Mexique). — 1° Il n’existe pas d’ouvrage sur cette question. — 2° Nous n’avons pas encore entendu parler de cette fabrication.
- M. Fautrier, à Paris. — Nous ne pensons pas que les analyses dont vous parlez aient déjà été faites; mais on trouverait certainement des différences.
- M. Moret de liocheprise, à Paris. — 1° Nous transmettons à l’administration votre changement d’adresse. — 2° C’est à vous de faire un choix parmi les voitures dont nous avons déjà parlé. — 3° Nous décrirons cette voiturette dès quelle fonctionnera réellement.
- M. Dhamelincourt, à Louviers. — 1° Nous ne croyons pas que ce fait ait reçu une explication satisfaisante. — 2° Nous ne pourrions vous renseigner. — 3° Le corps isolant, placé sur les lignes de trolley aux endroits où se trouvent au-dessus des fils télégraphiques, a pour but unique d’éviter que ces derniers ne viennent tomber sur les fils de trolley. Cette protection a été établie par la Société des tramways: mais c’est l’Etat qui devrait protéger ses lignes dont la portée est exagérée.
- M. Ch. Chaloine, à Chouilly. — Adressez-vous à la maison L. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris; vous trouverez divers appareils de dessin.
- Un chimiste, à Béziers. — Voyez à la maison Poulenc frères, 122, boulevard Saint-Germain, ou à la maison Billaull, 20, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. Jourdain, à Paris. — Vous pourriez peut-être essayer les vernis de la maison Bolloré-Soehnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire.
- M. Nadir, à Péra. — 1° Remerciements pour votre photographie, qui est bien réussie. — 2° Vous trouverez des livres de ce genre à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. L. Baudoux, à Toulouse. — Vous pourrez vous procurer les renseignements nécessaires au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch; chez M. Mazo, 10, boulevard Magenta, et chez M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. L. Kien, à Vincey. — La résistance pratique des câbles en coton est de 0kg,3 par millimètre carré.
- Accusés de réception. — Avis divers. — MM. Raybaud et Sauvait, à Marseille. Renseignez-voUs à l’adresse que nous avons donnée en tête de la Botte aux lettres du n° 1243, du 27 mars 1897. — M. L. D., à Brest. Il vous faut consulter sur place un ingénieur électricien; nous ne pouvons vous établir ces devis sans voir les lieux. — M. D. G., à Paris. Celte question n’est pas de notre compétence. — M. Leroy, à Paris, voyez les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Ci#.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Êcla irage à Valuminium. — Jusqu’à présent le magnésium seul est employé pour produire un éclairage intense et instantané, en l’employant sous forme de poudre fine projetée dans une flamme ou mélangée à un corps riche en oxygène, tel que le chlorate ou le permanganate de potasse. On a bien recommandé, il y a quelques années de remplacer le magnésium par l’aluminium et les avantages signalés étaient assez importants : fumée moindre, prix moins élevé, éclairage plus intense ; mais jusqu’à présent, malgré ces promesses, il est probable que personne n’avait réussi, car nous voyons loujours le magnésium employé de préférence. Le Photographie News nous assure que les insuccès de l’aluminium proviennent simplement de ce que sa poudre excessivement divisée s’agglomère facilement en petites boules, ce qui empêche la combustion; il suffirait d’après lui, pour éviter cet inconvénient, de chauffer la poudre d’aluminium sur une lampe à alcool. C’est facile à essayer et cela en vaut vraiment la peine, car le magnésium a bien des inconvénients. G. M.
- Développement photographique à l’iode. — On a déjà signalé, il y a plusieurs années, que quelques gouttes de teinture d’iode ajoutées à un bain d’hydroquinone accélèrent le développement. M. Cousin, en faisant des essais à ce sujet, a remarqué u’on obtient, outre une accélération notable, un changement e ton dans l’image suivant la proportion d’iode employée : à faible dose les noirs deviennent internes, à dose plus forte l’image se voile et s’affaiblit. Pour le traitement des papiers au gélatino-bromure qui donnent des épreuves positives, par agrandissement ou par contact, cette observation présente un intérêt réel parce qu’elle permet d’obtenir de beaux noirs en employant la quantité normale et d’adoucir les images dures si on l’augmente. Le temps du développement a été de cinq à six fois plus rapide et les tons d’un beau noir, en "ajoutant au révélateur à l’hydroquinone trois gout'es d’eau iodée, par 100 centimètres cubes de bain. L’eau iodée se compo.-e de 5 grammes d’iodure de potassium et de 1 gramme et demi d’iode en paillettes dans 250 grammes d’eau. G. M.
- Recette pour rendre la quinine acceptable. — M. Schneider recommande de se servir de pommes mûres pour donner à la quinine un goût acceptable et même agréable. Il conseille de râper de la pomme (acide de préférence) et de mettre dans une cuiller à bouche le sel de quinine disposé entre deux couches de pomme râpée. Prise de cette manière, la quinine ne laisse dans la bouche aucun goût amer. D’autres ont recommandé d’administrer la quinine avec du cognac et du sirop d’écorces droranges, ou avec du cognac et du jus de citron concentré.
- Photozincog rapide directe. — M. L. Bordet, dans ses conférences à l’Ecole nationale des ponts et chaussées, a indiqué un procédé très intéressant de photozincographie directe. Dans ce procédé, la feuille de zinc, après avoir été décapée à l’acide sulfurique étendu, reçoit un léger grenage chimique par l’action d’un bain d’eau acidulée par l’acide nitrique (3 pour 100). La surface prend un aspect terne ; l’opération dure de 12 à 15 minutes, et à la loupe on distinguerait les aspérités du grain. Cette opération a pour but d’assurer la parfaite adhérence des couches très minces qu’on va déposer sur le zinc. Après avoir essuyé doucement, on couvre la feuille de la préparation suivante et on laisse sécher : noix de galle concassées, 250 grammes ; eau, 5 litres. On fait bouillir jusqu’à réduction d’un tiers ; on filtre sur une mousseline, et dans la liqueur refroidie on ajoute 50 grammes d’acide nitrique et 3 grammes d’acide chlorhydrique. Sur cette préparation qui donne au zinc un ton bleuté, on sensibilise par le bitume de Judée comme à l’ordinaire. On expose au châssis sous le calque, le dessin contre le bitume. On développe à l’essence de térébenthine. Sous les traits, le bitume resté soluble est enlevé. II faut rendre alors au métal la faculté de prendre l’encre grasse; on le fait en passant la planche dans un bain d’acide acétique à 5 pour 100, détruisant l’effet de la préparation gallique. On lave, on essuie et, par surcroît de précautions, on graisse légèrement les traits au tampon avec une huile quelconque. Il ne reste plus qu’à essuyer la plaque et à dissoudre à la benzine et à la brosse tout le bitume du fond. On peut ensuite livrer la plaque à l’imprimeur, l’encre du rouleau prendra sur les traits et n’adhérera pas sur les fonds. Cette manière d’opérer est, comme on voit, assez simple et économique pour être employée couramment lorsqu’il s’agit de tirages à un certain nombre d’exemplaires.
- HYGIÈNE' ET SANTÉ
- Contre le coryza. — J’ai déjà indiqué bien des moyens à employer pour enrayer les progrès de ce fâcheux mal, le rhume de cerveau; j’ignore si mes lecteurs ont été à même d’en vérifier l’efficacité. En voici un nouveau proposé par le Dr Cour-tade : c’est de faire dès le début de l’enchifrènement, dès les premiers éternuements précurseurs du coryza, une injection nasale avec de l’eau très chaude, à 50° au moins, eau qu’on additionnera légèrement d’un peu de sel de cuisine ou de bicarbonate de soude. L’irrigation doit être faite avec les précautions ordinaires, le jet de liquide dirigé en bas, vers la gorge, et non vers le haut du nez ; la poussée lente pour éviter des accidents de pénétration du côté des oreilles, si la muqueuse du nez forme un obstacle trop résistant ou s’il existe, du fait de légères malformations nasales, une étroitesse considérable du passage. Ges irrigations très chaudes amèneraient une décongestion de la muqueuse et une cessation rapide des accidents.
- Dr X.
- Nouveau désinfectant. — Le salubrol est obtenu par l’action du brome sur l’antipyrine diméthylée : c’est un composé stable in vitro, mais qui émet des vapeurs bromées au contact d’une substance organique. De là son action antiseptique qui en fait un succédané de l’iodoforme. C’est une poudre inodore, non toxique, même à doses élevées. D’après le Dr M. Silber, de Breslau, qui l’a spécialement étudié, non seulement il arrête, comme l’iodoforme, le développement des bactéries, mais encore a sur celui-ci l’avantage de tuer les cultures les plus virulentes (staphylocoques, bactéridie charbonneuse, etc.), après un contact de 15 à 20 heures. Employé contre les abcès, furoncles, brûlures, panaris, le salubrol a montré une action cicatrisante et dessiccante remarquable. Il forme presque immédiatement une croûte tellement adhérente que pour les petites plaies on peut se passer de tout autre pansement. La gaze au salubrol, dosée à 20 pour 100, est réservée au pansement des abcès et des surfaces ulcérées. Elle n’a pas besoin d’être stérilisée comme la gaze iodoformée. Elle n’a aucune action irritante sur la peau et son application sur les plaies n’est pas douloureuse ; si au contraire on emploie le salubrol en poudre, les malades éprouvent un sentiment de cuisson variable suivant les individus.
- Vinaigres de toilette. — Nous extrayons du Formulaire clinique du Dr S. Bernheim quelques formules qui peuvent être utiles. — a. Vinaigre britannique : acide acétique 600 parties, camphre 60, essence de girofle 2, essence de cannelle 1, essence de lavande 1. — b. Vinaigre de santé : essence de girofle 6 parties, essence de lavande 4, essence de rose 4, essence de benjoin 50, alcool 500, vinaigre concentré 1000. Laisser macérer et filtrer. —c. Vinaigre de toilette : Baume du Pérou 2 parties, eau-de-vie d’IIoffmann 30, teinture de Benjoin 10, eau coloniale 25, alcool 100, acide acétique 20, eau distillée 40. — d. Vinaigre de Bullg : teinture de benjoin 1 partie, acide acétique 20, eau coloniale 100. — f. Vinaigre de rose : huile de rose 1 partie, acide acétique concent. 15.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le four électrique, par Henri Moissan, membre de. l’Institut. 1 vol. in-8®. — Paris, G. Steinheil, éditeur, 1897. Prix : 15 francs.
- Le bel ouvrage que vient de faire paraître M. II. Moissan donne un historique complet des résultats obtenus jusqu’ici avec le four électrique. Dans le chapitre Ier on décrit les ditférents modèles de fours, on parle de la cristallisation des oxydes métalliques, de la fusion et volatilisation de quelques corps réfractaires. Dans le chapitre II nous trouvons diverses recherches sur les différentes variétés de carbone. Le chapitre III est consacré à la préparation au four électrique de quelques corps simples, chrome, manganèse, molybdène, tungstène, uranium, vanadium, zirconium, titane, silicium, aluminium. Dans le chapitre IV se trouve une étude des carbures, siliciures et borures.
- Le chien et ses races, par Pierre Mégnin. 1 vol. in-8°, 2° édition. — Paris, 1897, aux bureaux de l'Eleveur. Prix : 5 francs.
- L’éducation nouvelle. Études de pédagogie comparée, par Edmond Dreïfus-Brisac, rédacteur en chef de la Revue -internationale de l’enseignement, 3° série, 1 vol. in-8°. Prix :
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- 6 francs. Chacune des séries I et II est également en vente au prix de 6 francs.
- Faune de France contenant la description des espèces indigènes disposées en tableaux analytiques. Orthoptères, névroptères, hyménoptères, lépidoptères, hémiptères, diptères, aphaniptères, thysanoptères, rhipiptères, par A. Aclo-que. 1 vol. in-18. — taris, librairie J.-B. Baillière et fils, 1897.
- Le livre du siècle. Fascicule spécimen contenant des extraits de travaux originaux, par J. Rousseau, 1 vol. in-4. Paris, 1897, rue Taitbout, 45.
- Traité général des projections, par E. Trutat, directeur du Musée d’histoire naturelle de Toulouse. Tome I. 1 vol. in-80 Ch. Mendel, éditeur. Paris, 1897. Prix : 7 fr. 50.
- Annual Report of the Board of regents of the Smitksonian Institution, showing the operations, expenditures and condition of the Institution to Jidy 1894. 1 vol. in-8°. Washington, Government Printing Office, 1896.
- Mountain observatories in America and Europe, by Edward S. Holden, director of the Lick observatory. 1 vol. in-8°. Smithsonian Miscellaneous Collections. City of Washington, 1896.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lpndi 5 avril. . . . 1#,5 S. E. 2. Couvert. 0,1 Très nuageux.
- Mardi 6 2°,9 E. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 21 h. ; beau ensuite : neige fondante et grésil 7 à 10 h.: pluie et gouttes 11 à 20 h.: gel. bl.
- Mercredi 7 6°,4 S. S. W. 2. Couvert. 6,1 Beau à 1 h.; couv. jusq. 12 h.; nuag. le reste du temps, pi. d. la mat.; toun. à 14 h. 26 et 15 h. N.W. et N.N.E.
- Jeudi 8 5°,5 S. 4. Beau. 4,3 Peu nuageux fe mat.; très nuageux de 13 à 20 h., beau ens.; petit brouill. à 12 h.; gel. bl.
- Vendredi 9 r,o S. S. W. 0. Brouillard. 0,0 Beau de 1 à 4 h.; nuag. de 10 à 17 h.; couv. le reste du temps; brouil. ép. de 4à9h., 80m. à 5h.;pl.à23h.45.
- Samedi 10 9°,2 W. S. W. 2. Couvert. 4,4 Très nuag. de 10 à 13 et 24 h., couv. av. et apr.; halo ; pluie continue jusq. 20 h.; qq. averses l’après-midi.
- Dimanche 11. . . . 4°,7 N. 3. Nuageux. 1,0 Nuageux jusq. 16 h.; beau eus.; gelée blanche.
- AVRIL 1897. — SEMAINE DD LUNDI 5 Aü DIMANCHE 11 AVRIL.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Purc-8aint>Hlaur en mars 189}
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 754”“,37 ; minimum 739“",15 le 3 à 4 heures du matin; maximum 764““,03 le 21 à 11 heures du soir.
- Moyennes thermométriques : des minima 4°,91 ; des maxima 15°,14 ; du mois 9°,02; vraie des 24 heures 8°,73. Minimum —2°,3 le 8 et —2°,4 le 9. Maximum 23°,0 le 28 vers 2 heures du soir. 2 seuls jours de gelée, le 8 et 9 ; il y a eu de plus 8 jours de gelée blanche.
- Tension moyenne de la vapeur 6"",20 ; la moindre 2“”7, le 29 à 5 heures du soir; la plus grande 10““,1 le 22 à 8 heures du soir. Humidité relative moyenne 75; la moindre 27 le 29 à 4 heures du soir; la plus grande 100 en 4 jours.
- Pluie 85““,7 en 64 heures réparties en 19 jours. Le 31 nous avons eu un orage considérable qui a couvert le sol d’une couche de grêle qui ressemblait de loin à une couche de neige ; elle criait sous les pieds et était composée de grêlons ronds de 12 à 15 et même 18 millimètres de diamètre, formés tle glace parfaitement transparente avec un noyau, aussi sphérique, de 5 à 6 millimètres.
- Il y a eu quelques autres petites chutes de grêle insignifiantes ; mais le 13 une chute de neige abondante de 6 heures et demie à 7 heures et demie du matin.
- Nébulosité moyenne 68; aucun jour clair; aucun jour entièrement
- couvert. Grand orage le 31 de 4 à 5 heures du soir ; éclairs le 28 au soir du côté du nord.
- A part un vent de sud-sud-est et est-sud-est, tous les autres ont varié du nord au sud par l’ouest, le vent a été ouest-sud-ouest souvent violent dans la journée au 3, fort de la région ouest du 27 au 29.
- Il y a eu le 8 au matin un brouillard de 150 mètres et un de 100 mètres le 22 au matin.
- La température moyenne de la Marne, 9°,23; minimum, 6°,21 le 8; maximum, 12°,85 le 28. La rivière trouble tout le mois s’est maintenue généralement à une hauteur voisine de 3“,50 ; elle a atteint un maximum de 4”,41 le 20.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de mars 1897 présente les résultats suivants : baromètre plus bas de 3““,26; thermomètre plus haut de 2°,78. Tension de la vapeur plus grande de 1““,04; humidité relative égale ; nébulosité plus forte de 11 ; pluie plus forte de 47““,2.
- Nous avons noté les floraisons suivantes : le 12, Mahonia à feuilles de choux. 18, Groseillier commun. 19, Cerisier guignier; Brugnounier en leiu vent. 20, Pêcher de plein vent; Prunier à gros fruits longs, Ficaire, oucou. 21, Pruniers de Reine-Claude et de Monsieur. 22, Groseillier à maquereau; Poiriers dans plusieurs jardins. 25, Glechoma. 27, Alliaire. 28, Cassis. 29, Lamier blanc; Diélytra. 31, Laurier-Cerise.
- Nous avons vu une Hirondelle le 24; mais M. Gabriel Daviet en a vu à Paris la veille. Nous n’avions jamais vu les Hirondelles arriver si tôt.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 10, à 8 h. 36 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —®— Le comité international des poids et mesures est actuellement réuni à Paris; sont présents : M. Foerster, directeur de l’observatoire de Berlin, M. Hirsch, secrétaire général, directeur de l’observatoire de Neuchâtel, et MM. D. Mendeleef, Thalén, Lang, Clianey, Arndtsen, Bodola et de Macedo.
- —H— L’Enseignement spécial pour les voyageurs, au Muséum d’Histoire naturelle, commence le mardi 27 avril, à 10 b. du matin, dans la galerie de Zoologie. Ces leçons continueront les 'jeudis, samedis et mardis suivants à la même heure. La première conférence d’ouverture sera faite par M. Milne-Edwards ; puis les autres successivement par MM. Hamy, Verneau, Cheysson, Oustalet, Vaillant, Perrier, Bernard, Bouvier, Ch. Brongniart, Filhol, Bureau, Morot, Bois, Stanislas Meunier, Lacroix, Gaudry, Gréhant, Becquerel, Bigourdan, Davanne, colonel Laussedat.
- —©— Le concours agricole a eu lieu cette année, du 5 au 14 avril, au Palais des maeliines et dans la galerie de trente mètres, au Champ-de-Mars, à Paris. Dans la grande salle des machines se trouvaient au rez-de-chaussée d’un côté toutes les machines, locomo-biles, moteurs à pétrole, machines à battre, broyeurs, etc., dans une autre partie étaient installés les animaux gras, et les galeries du premier étage étaient réservées aux animaux de basse-cour.
- —&— Nous avons entendu le rossignol chanter dans les taillis du Bois de Boulogne, pour la première fois de l’année, le 13 avril.
- Depuis le 13 avril est ouvert, dans la galerie des Champs-Elysées, avenue des Champs-Elysées, le quatrième Salon annuel de photographie organisé par le Photo-Club de Paris, qui est une Société composée exclusivement d’amateurs. Cette exposition, qui comprend un grand nombre de photographies réellement remarquables, est des plus intéressantes et des plus brillantes. Le jury, composé de MM. Géroine, R. Billotte, Bergon, G. Dubufe, F. Flamcng, Jacquet, Le Bègue, Montenard, Rosset-Granger et de Saint-Marceaux, a fait un choix parmi toutes les œuvres présentées et n'a admis que celles présentant un caractère réellement artistique.
- ---un Comité s’est constitué en vue d’honorer la mémoire
- du baron Hippolyte Larrey, par l’érection d'un monument qui sera placé à l’Ecole de médecine militaire du Val-de-Grâce. Le Comité a pour président d’honneur M. Léon Colin, médecin inspecteur général de l’armée; pour président, M. le professeur Félix Guyon, membre de l’Institut et de l’Académie de médecine; pour vice-présidents, le docteur Bérenger-Féraud, ancien président du Conseil supérieur de santé de la marine; le docteur Bergeron, MM. Joseph Bertrand et Grandidier, membres de l’Institut ; l’amiral Lafont, le général Lamy, le docteur Vallin, médecin inspecteur de l’armée, membre de l’Académie de médecine ; pour secrétaire, le docteur Bureau ; pour trésorier, M. Georges Masson. Parmi les membres, citons : MM. Baudens et Jean Dupuy, sénateurs; Alicot, Edmond Blanc, A. Fould, Piédebidou, députés des Hautes-Pyrénées; comte Benoist d’Azy, Decroix, George Duruy, etc., etc.
- —Une des curiosités historiques de Paris va disparaître. Les bâtiments de la « Pompe à feu » de Chaillot seront démolis lors des prochains travaux d’alignement du quai de Billy et de la place de l’Alma. C’était jadis un terrain vague où furent entassés, la nuit de la Saint-Barthélemy, les cadavres de cinq cents huguenots. En 1778, les frères Perrier y" établirent une pompe à feu destinée à alimenter Paris d’eau potable. En ce temps-là l’eau de la Seine était encore potable. Depuis 1851, la pompe avait été remplacée par des machines moins rudimentaires. Mais c’était toujours « la Pompe à feu ».
- —Bientôt on verra dans Paris circuler des pompes à vapeur automobiles. En effet, M. Lépine, préfet de police, va, dans quelques jours, demander au Conseil municipal l’autorisation de disposer d’une
- somme de 3555 francs pour l’acquisition d’un moteur à pétrole destiné à la traction du matériel d’incendie.
- —d— La cocaïnomanie. La cocaïne semble vouloir faire concurrence à l’alcool aux Etats-Unis. Déjà on avait signalé une épidémie de cocaïnisme sévissant dans une ville du Connecticut et ayant pour origine une poudre au menthol et à la cocaïne, préconisée contre le coryza par un pharmacien, D’après le Memphis medical Monthly, le mal sévit aussi dans les Etats du Sud, non seulement parmi les personnes de la classe aisée, mais même parmi les nègres. D’après ce journal, en une nuit, dans une seule boutique, on vend 10 dollars (50 francs) de cocaïne par paquets de 25 centigrammes.
- —d— L’administration de l’Assistance publique vient de faire aménager des wagons spéciaux destinés au transport des malades par voie, ferrée. Ces wagons sont divisés en six compartiments : quatre situés au centre sont aménagés comme les wagons des trains-tramways de Saint-Denis, avec cette différence que les banquettes sont plus basses et- beaucoup plus espacées. Les voyageurs peuvent donc s’y tenir assis fort commodément; un système ingénieux, roliant deux par deux les banquettes qui se font vis-à-vis, permet de les transformer facilement en un lit très confortable. Ces voitures sont fort élevées, de sorte qu’au-dessus de cette première série de couchettes on en a pu aménager une deuxième. Là, ce sont de véritables lits en fer qui glissent sur les montants formant la séparation des compartiments, ce qui permet de lés descendre ou de les élever selon les besoins du service. Chaque voiture comprend ainsi seize lits : huit à l’étage inférieur, huit à l’étage supérieur. A l’arrière se trouvent d’un côté un cabinet de toilette avec watcr-closet, de l’autre une petite cuisine où seront préparés les médicaments et les aliments nécessaires aux malades. Le compartiment de devant est réservé aux infirmiers. Il est aménagé comme les wagons de 2e classe.
- —Dans les Indes, la décroissance de la mortalité par la peste, qui a été constatée depuis quelque temps,s’est encore accentuée; il n’y a eu que 1484 décès pendant cette dernière semaine, dont 692 sont attribués à la peste. Cependant, si la situation sanitaire paraît s’améliorer à Bombay, elle est aussi mauvaise dans les régions voisines, ainsi qu’à Poona et à Kurrachee,où la peste s’est déclarée plus tardivement. II semble donc que, comme cela a été constaté à Hong-Kong, l’épidémie s’épuise après six mois de durée, pour reparaître l’année suivante. On continue à surveiller avec beaucoup de soin le départ des voyageurs par terre et par mer.
- —Le Mississipi a débordé et inondé de vastes territoires; jamais il n’avait eu une crue aussi considérable depuis 1881 ; 200 maisons ont été sous l’eau. Un grand nombre d’autres ont disparu. Plusieurs milliers de familles sont restés sans abri, entre Minneapolis et Saint-Paul. La campagne qui environne Saint-Louis n’a été longtemps qu’une immense nappe d’eau.
- —@— Depuis le l9r avril il est interdit, sous peine de poursuites, de faire usage à Madagascar de poids et mesures autres que ceux qui sont établis par les lois françaises, à savoir : le kilogramme, le litre, le mètre et leurs multiples et sous-multiples.
- —H— M. Levassor, l’ingénieur bien connu, qui avait construit une des premières voitures automobiles ayant donné de bons résultats en fonctionnement pratique, est décédé subitement le 15 avril 1897. On sait tous les progrès que M. Levassor avait fait réaliser à l’automobilisme.
- —Des travaux intéressants vont prochainement être entrepris dans la rue Saint-Jacques, à Paris. On doit abaisser le sol entre la Sorbonne et le lycée Louis-le-Grand. En cet endroit passait l’antique voie romaine allant de Lutèce vers le centre de la France. On doit effectuer des recherches dans le but de retrouver toutes les voies romaines dont on connaît l’existence, mais dont on n’a pas encore retrouvé l’emplacement exact.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- lorgnette humaine est construite parll. Seguv, 13, rue Racine, à Paris. — Pour l’Ectyposcope, s’adresser à M. E. Moussard, à Bonnières (Seine-et-Oise).
- Communications. — M. J. Vinot, directeur du journal Le Ciel, à propos de notre article sur l'heure nouvelle (n° 1244, du 3 avril 4897, p. 273), nous transmet un mode de division du jour communiqué par M. Dierckx et qui a déjà servi aux anciens sous une forme voisine. Il suffit de prendre le cadran ordinaire de 12 heures et de le renverser en mettant XII en bas et YI en haut. Si une modification du pendule adapté à l’horloge ou du nombre des dents de quelques roues vient à faire marcher les aiguilles deux fois moins vite qu’aujourd’hui, la partie importante de la réforme est obtenue. On voit de suite que l’aiguille des heures suit absolument la marche du Soleil, s’élevant le matin, avant VI heures, s’abaissant le soir, après VI heures, pointant à nos antipodes à XII heures (minuit). L’ennui et la difficulté pour le public de compter 14 heures, 23 heures, etc., disparaît. L’heure est deux fois plus longue qu’aujourd’hui et c’est tout, mais les pendules de quinzaine marchent pendant un mois sans être remontées, et les montres marchent pendant 48 heures au lieu de 2 4 ; il devient même relativement facile de faire des montres marchant pendant une semaine sans être remontées. Si l’heure se divise en 60 minutes, la minute dure deux fois plus qu’aujourd’hui, c’est bien suffisant pour les besoins de la vie ordinaire, même pour les chemins de fer. Si l’heure se divise en 100 minutes, ce qui semble être la tendance actuelle, la minute vaudra 1 minute et deux dixièmes de la minute d’aujourd’hui, ce qui sera encore mieux suffisant; et si la minute se divise en 100 secondes, la seconde vaudra les 72 centièmes ou les 18 vingt-cinquièmes de la seconde d’aujourd’hui, la différence ne sera pas bien grande.
- M. S. Arnaud, directeur de l’usine de produits céramiques de la Bâte (Seine-et-Oise), nous adresse une brochure ayant pour titre : De l’application d’un nouvel émail sans plomb à la poterie de terre commune. Cette Notice donne divers renseignements sur les dangers des couvertes plombifères, sur le saturnisme des émailleurs et sur le nouveau vernis.
- M. Ed. Angelot, à Paris, nous fait parvenir une Notice sur une nouvelle roue pour la propulsion et la direction des navires et des aérostats.
- M. le professeur Raoul Gautier, directeur de l’Observatoire de Genève, nous a envoyé son Rapport sur le concours de réglage de chronomètres de l'année 1896. Ce Rapport a été présenté à la Classe d’industrie et de Commerce de la Société des arts de Genève le 15 mars 1897. Le concours a porté sur 484 chronomètres.
- Renseignements. — M. Em. Sénés, à Toulon. — Vous trouverez l’ouvrage de M. Faye, Sur l’origine du monde, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris.
- M. G. Rrciive, à Gournav-en-Bray. — Machines à fabriquer le grillage : M. Mackay, 2, cité Trévise, M. G. Jarre, 60, rue de Provence, à Paris.
- M. L. V., à Paris. — Ces objets ont été trouvés dans des fouilles ; il n’y a pas de fabricant spécial.
- M. 0. George, à Verviers. — Les appareils de pyrochromie, décrits dans le n° 1205 du 4 juillet 1896, sont fabriqués par MM. Gillet et Forest, 32, boulevard Henri IV, à Paris.
- M. P. André, à Paris. — Vous trouverez la recette pour amalgamer les zincs dans la masse dans les Recettes de l'Electricien, à la librairie Massonet Cie, à Paris.
- M. G. Morimbau, à Vincennes. — 1° La distribution d’heure par l’électricité est effectuée à Paris à l’Observatoire ; nous avons également décrit un système spécial dans le n° 974, du
- 50 janvier 1892. — 2° Demandez un ouvrage sur cette question à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- Un lecteur, àX. — Il n’existe pas d’ouvrage particulier; mais vous pourrez vous procurer quelques renseignements dans le Dictionnaire de chimie de Wurtz, et dans divers ouvrages de chimie.
- M. L. W., à Louvain. — Adressez-vous à M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, ouàM. Seguy, 13, rue Racine, à Paris.
- M. J. Vautier, à Rouen. — L’aiguille aimantée se dirige toujours vers le nord; voyez les traités de physique.
- M. J.-L. Michel, à Paris. — Le Bureau international des poids et mesures publie des Mémoires sur les principaux travaux effectués; il faut s’adresser directement au Pavillon deBreteuil, à Sèvres.
- M. S. P., à Toulon. — Les accumulateurs employés dans le tricycle de Dion et Bouton sont les accumulateurs Dïnin, 152, quai Jemmapes, à Paris.
- M. L. Espinache, à Barcelone. — 1° Nous avons transmis votre demande à l’administration. — 2° Fabricants de carton-pierre : MM. Baillif et Cio, 66, rue Truffault; MM. Flachat, Cochet et Cie, 79, avenue Ledru-Rollin; M. L. Flandrin, 15, quai de Bourbon, à Paris.
- M. Gerardo Aza, à Oviedo. — Consultez les ouvrages de MM. Appert et Henrivaux sur La Verrerie, à la librairie E. Bernard et Cie, 53 ter, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. E. Rlondeau, à Paris. — Moteurs à pétrole de faible puissance : M. E. Cadiot, 12, rue Saint-Georges.
- M. E. Klein, à Strasbourg. — Cette question concerne le service des annonces à l’Office de publicité, 9, rue de Fleuras, à Paris.
- M. A. Liewen, à Moscou. —- Machines à glace Carré : M. E. Lévy, 61 bis, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Balances : M. Besson, 2, rue de la Ferronnerie; MM. Brewer frères, 76, boulevard Saint-Germain; M. Exupère, 71, rue Turbigo, à Paris.
- M. le D’ Givolano Marvi, à Viterhe. — Nous ne connaissons pas l’adresse du fabricant de cette machine ; mais vous pourriez vous adresser à M. Roux, 12, rue Rougemont; à M. C. Terrot, 91, boulevard Voltaire, ou à MM. Fenwick frères, 21, rue Martel, à Paris.
- M. J. Briqueler, à Marseille. — Il faut consulter un chimiste sur chacune de ces données.
- M. R. Ch. de Chazal, à Madagascar. — 1° Nous rectifions l’erreur que vous signalez. — 2° Nous n’acceptons que les photographies qui se rapportent aux faits choisis par nous.— 5° Nous croyons que les timbres de Madagascar sont acceptés.
- M. P. Géraud, à Paris. —La lune rousse est celle qui, commençant en avril, devient pleine vers la fin du mois ou au commencement de mai. C’est celle qui suit l’équinoxe du printemps. En 1897, la lune rousse a commencé le 2 avril et finira le 1er mai.
- M. L., à Amiens; M. J. Cordeweener, à Bruxelles. — Pour tout ce qui concerne les appareils de désinfection dont il a été question dans le n° 1245, du 10 avril 1897, p. 299, il faut s’adresser à la Société de désinfection, 14, rue des Pyramides, à Paris.
- M. E. F., à Roanne. — Quand on voit la lune nettement, le ciel est pur; alors le sol rayonne beaucoup, à tel point qu’il peut y avoir plusieurs degrés au-dessous de zéro dans la terre, alors qu’au même moment dans l’air avoisinant le sol, il y a 1° ou 2° au-dessus de zéro. Il peut bien ne pas geler à
- I mètre au-dessus du sol et geler dans la terre. C’est pour cette raison que l’on attribue à la lune rousse tant de méfaits à là condition que le ciel soit clair. Quand il y a des nuages, ils font écran, et la température ne s’abaisse pas.
- M. J. S., h Buenos-Aires. — Il faut vous adresser directement à Mme le Dr Gaches-Sarraute, 61, rue de Rome, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. D. L., à Paris.
- II faut vous adresser à un chimiste spécialiste; nous ne pouvons nous charger de ces essais. — M. Dubois, à Lille. Il y a certainement une erreur; c’est kilowatts-heure qu’il faut lire. — 31. A. Renard, à Licge. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lre série (Masson et Cio, éditeurs). — M. Francisco Andreu, à Mahon. Remerciements pour votre envoi. Veuillez nous indiquer le journal d’où cet extrait a été retiré. —M. D. H., à Chamhéry. Nous avons fait connaître dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 4e série, un ciment pour tubes de verre et de cuivre qui pourrait vous convenir. — M. A. Porte, à Bernay. Nous n’avons pas de recette spéciale à vous indiquer.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Le radioscope-jouet. — Tout le monde connaît le petit instrument auquel M. Crookes a donné le nom de radiomètre, et qui se compose d’une ampoule de verre dans laquelle on a fait le vide à 1/5 de millimètre environ. Dans cette ampoule se trouve un moulinet, pouvant tourner librement autour d’un axe très fin, et dont les bras, en aluminium, portent quatre paillettes en mica. Une des faces de ces dernières est noircie afin que les quatre faces du même côté aient un pouvoir différent pour la chaleur. Exposé à la radiation du soleil ou à celle d’une lampe, le moulinet du radiomètre se met à tourner, avec une vitesse d’autant plus grande que le pouvoir d’absorber la chaleur d’une des faces de ses ailettes est plus grand que celui des autres faces,
- Le radioscope-jouet. — 1. Vue de l’appareil ordinaire. 2. Un papillon suspendu. — 3. Vue du papillon.
- et que la chaleur de la source de lumière est plus grande. Au lieu d’un moulinet, on peut façonner un papillon très léger (n° 3), en verre soufflé ou en feuille d’aluminium, dont les ailes sont noircies sur un de leurs côtés, et que l’on fixe à son corps par quelques spires de fil très fin de platine. On le suspend par un fil de soie, préalablement bien séché, ou par un fil très fin d’aluminium, à la partie supérieure d’une ampoule, un peu plus grande et plus haute que celle du radiomètre, et dans laquelle on fait le vide (n° 2). Lorqu’on expose cette ampoule au soleil ou à la lumière d’une lampe, le papillon prend des mouvements très variés et en s’agitant paraît animé et vivant. — Pour ce qui concerne cet intéressant jouet, s’adresser à M. A. Coret, 53, boulevard Bineau, à Neuilly-sur-Seine (Seine).
- Dessus de marches en plomb. — A propos des plaques et dalles inusables, dont nous avons donné la description dans le n° 1240, du 6 mars 1897, p. 224, un de nos abonnés, M. K. Lelor-
- Dessus de marches en plomb.
- rain, nous a fait connaître de nouveaux dessus de marches, formés, comme le montre la figure, de feuilles de plomb, dans lesquelles sont encastrées, sous une grande pression, des toiles métalliques en fil d’acier, d’épaisseur appropriée à celle des feuilles de plomb. La toile métallique rend le plomb
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- inextensible dans toutes les directions, il ne peut par suite se déformer sous l’influence de son propre poids, ou d’un effort accidentel. Il peut se fixer aisément par clous, vis ou rivets. Le plomb ne se polit pas à l’usage, il ne devient pas brillant et n’est pas glissant; il ne s’oxyde pas et résiste à l’humidité comme à la gelée. Ces feuilles pourraient s’appliquer à beaucoup d’autres usages; on pourrait les utiliser à la couverture des bâtiments, à la protection des poutrages de ponts métalliques, etc. — Le dépôt des feuilles de plomb se trouve chez M. Karl Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris.
- Obturateur & pose. — Cet appareil, construit par M. Turil-lon, est destiné à suppléer aux obturateurs qui ne permettent de faire que l’instantané et avec lesquels il faut employer le bouchon quand on veut poser. Or on sait que dans ces conditions,
- Obturateur de M. Turillon. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Mode d’emploi.
- et surtout avec un appareil léger, on est presque certain de remuer. L’obturateur de M. Turillon se compose d’une large bague n° 1, qui s’adapte sur le parasoleil de l’objectif et qui est fermée par un volet métallique. Un petit piston monté sur le côté, et mû par une poire en caoutchouc, entraîne ce volet qui peut, ou bien s’ouvrir et se refermer rapidement, ou bien s’ouvrir et rester dans cette position. Un bouton placé sur Je côté de l’appareil, et qu’on place soit sur la lettre I, soit sur la lettre P, permet de choisir celle des deux manœuvres que l’on veut obtenir. Pour les instantanés lents, ou les poses très courtes, on prendra la première. Le volet suit le mouvement de pression sur la poire, et si l’on donne un coup sec il s’ouvre et se referme aussitôt. Dans la seconde position du bouton, lorsqu’il est sur la lettre P, une première pression sur la poire relève le volet et il reste accroché dans cette position jusqu’à ce qu’on donne une seconde pression qui le referme. Cela permet la mise au point ou la pose prolongée. Cet obturateur est très peu volumineux et très léger, le plus grand modèle ne dépasse pas 50 grammes; il présente en outre l’avantage, lorsqu’on fait du paysage, de faire poser un peu plus le terrain que le ciel, par suite de la façon dont il démasqué peu à peu les lentilles de l’objectif. — L’obturateur à pose se trouve chez M. Turillon, 125, boulevard Voltaire, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- L’huile de coco et la chevelure. — Tout le monde connaît de nom le cocotier, dont l’amande, désignée sous le nom industriel de coprah, alimente un important commerce et fournit une huile utilisée couramment dans la savonnerie. Le cocotier abonde en Indo-Chine, où il reçoit le nom de cay-dua : or les Annamites, non seulement dégustent le lait de coco, au mangent l’amande quand elle est à l’état frais, mais encore extraient de cette dernière, lorsqu’elle est mûre, une huile ou dan-dua qui est fort appréciée pour les soins à donner à la chevelure; les femmes et les hommes s’en lubrifient les cheveux, et ils affirment que cela fortifie puissamment le bulbe deux. Le fait est que les Annamites, hommes ou femmes, ont es cheveux touffus et longs dont les nattes descendent toujours au moins plus bas que les hanches; de plus, on peut dire que la calvitie est inconnue en Annam. Il semble donc bien que l’huile de coco a une réelle influence comme principe régénérateur de la chevelure. Son seul tort est d’avoir une odeur un peu trop prononcée.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Les transformateurs de tension à courants alternatifs, par F. Loppé, ingénieur des arts et manufactures. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 francs. Masson et C‘% et Gauthier-Villars et fils, éditeurs.
- Cet intéressant petit livre donne une série de renseignements précieux sur les transformateurs. Dans une première partie théorique l’auteur établit les formules générales et étudie l’influence de la dispersion magnétique, de la forme de la courbe de la force électromotrice primaire, de l’hystérésis et des courants de Foucault. La deuxième partie (partie pratique) est consacrée à l’emploi des transformateurs, à leur classement, au calcul d’un appareil devant fonctionner dans des conditions données, aux mesures de précaution et à la description des principaux types de transformateurs pour courant monophasé et pour courants polyphasés.
- Les Insectes nuisibles, Ravages, Moyens de destruction, par
- A. Acloque (1 vol. in-32 de la Bibliothèque utile, Paris. Félix Alcan éditeur, 1897. Prix : 1 fr.
- Pour vaincre l’ennemi, il faut connaître ses mœurs, ses ruses, ses retraites, ses instincts, ses préférences. C’est cette description que donne M. Acloque sous une forme claire et intéressante, en même temps qu'il indique les moyens de destruction suggérés par l’expérience.
- Traité élémentaire de mécanique chimique fondée sur la thermodynamique, par P. Duhem, professeur de physique théorique à la Faculté des sciences de Bordeaux. Tome Ier. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie scientifique A. Hermann, 1897.
- Dans le livre Ier, l’auteur a examiné d’abord les principes fondamentaux de la thermodynamique, principe de la conservation de l’énergie, thermochimie, théorème de Carnot et la température absolue, les gaz parfaits, théorèmes sur les capacités calorifiques, etc. Le livre II est consacré à l’étude des faux équilibres et explosions.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 avril. . . 4°,9 S. E. 2. Nuageux. 0,0 Très nuageux; halo; gelée blanche.
- Mardi 13 8°, 9 E. 1. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 14 h. ; nuageux ensuite ; gouttes à 10 h.
- Mercredi 11 ... . 10°,5 S. S. W. 4. Couvert. 0,0 Beau à 1 h. : quelques éclaircies à 5 et 7 h. ; couvert le reste du temps ; pluie de 16 h. 40 à 18 h. 15.
- Jeudi 15 5°, 8 S. W. 2. Beau. 2,5 Couvert à 1 h. ; nuageux de 8 à 18 ; beau le reste du temps; petites averses à 15 h.
- Vendredi 16 ... . 4°,9 S. 2. Beau. 0,0 Beau de 1 h. à 9 h. ; très nuageux ensuite de 4 à 5 h ; brouillard après sur la Marne : gelée blanche ; halo.
- Samedi 17 9°,1 S. W. 3. Couvert. 0,0 Couvert ; halo ; pluie de 7 à 10 h.
- Dimanche 18. . . . 10°, 6 W. 4. Couvert. 2,6 Couvert jusqu’à 7 h. ; nuageux ensuite ; pluie de 3 à 7 h.
- AVRIL 1897. — SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 AVRIL.
- Jeudi
- Vendredi
- Mardi
- Mercredi
- Samedi
- Dimanche
- Lundi
- C MIDI 6 MiN 5 MIDI 6 MIN' 6 MIDI 6 min 6 MIDI 6 Min. 6 MIDI 6 MIN 6 MIDI 6 M|N 6 midi 6
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- f.es crues. — Le 8 avril et les jours suivants jusqu’au 12, la Seine a subi une crue qui s’est accentuée. Le port de Bercy a été envahi par les eaux, et les commerçants ont dû enlever précipitamment les futailles déposées sur la berge. En aval, les bas-ports de Sèvres, Saint-Cloud, Levallois, Asnières, ont été submergés pour la troisième fois de l’année. Le service de la navigation a pris toutes les précautions nécessaires. Le barrage de Port-à-1 Anglais a été baissé et on a couché les barrages de Suresnes.
- A la meme date, a Bordeaux, la Garonne, déjà grosse, a subi une crue subite. Ses eaux ont envahi plus de quarante maisons dans le quartier des allées de Bontaut, habitées par des familles ouvrières. Le commissaire de police et les pompiers ont organisé le sauvetage. Des enfants, seuls à
- ja maison, avaient dû se réfugier sur des échelles et sur les toits pour échapper à l’eau. Deux cents personnes se sont trouvées sans asile ; elles ont été logées à la caserne du Passage.
- Les crues de la Dordogne et de l’isle ont causé des dégâts considérables près de Libourne. De nombreux comptoirs et des chais ont été envahis par les eaux. Aux environs, lés vignobles ont été recouverts par les eaux qui ont franchi les digues. Sur plusieurs points l’eau a atteint le premier étage des maisons. Beaucoup de bestiaux ont été noyés. La prochaine récolte est compromise. Les pertes ont été considérables.
- Une avalanche. — Le 8 avril, une avalanche descendant de la chaîne d’Olau a obstrué la route de Saint-Firmin à la Chapelle-en-Valgodemar, au quartier de la Barrière, près de Gap. Il n’y a eu aucun accident. C’est la deuxième fois de l’hiver que pareil fait se produit au même endroit.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 17, à 6 h. 31 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du-journal.
- INFORMATIONS
- __Le Congrès des Sociétés savantes s’est ouvert le 20 avril
- 1897, à 1 heure dé l’après-midi, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Léopold Delisle, membre de l’Institut, assisté de M. Xavier Charmes, représentant M. Alfred Rambaud. Les diverses sections d’histoire et de philologie, d’archéologie, de sciences économiques et sociales, de sciences et de géographie historique ont tenu plusieurs séances. La session a été close le 24 et le Ministre a annoncé la prochaine nomination dans la Légion d’honneur de M. André, professeur de mathématiques au collège Stanislas, de M. Max Yerly, de la Société d’archéologie de la Meuse, et de M. Finot, archiviste du département du Nord.
- __La Société des Amis des Sciences, fondée par Thénard, a
- tenu sa séance publique annuelle, sous la présidence de M. Joseph Bertrand, membre de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, président de la Société, le jeudi 29 avril à 2 heures, dans le grand amphithéâtre de la nouvelle Sorbonne. Après l’allocution du président et le compte rendu de la gestion du Conseil d’administration par le secrétaire, M. J. Bertrand a lait une conférence sur la vie d’un savant du xvi° siècle, François Yictte.
- —La Société nationale d’Acclimatation a élu récemment M. Le Myre de Yilers président; MM. Edmond Perrier, membre de l’Institut, et Raveret, vice-presidents ; le baron deGuerne, secrétaire général.
- —$$— La Société des Amis des monuments parisiens a fait, le 24 avril 1897, une excursion à l’Hôtel de Ville de Paris. M. Charles Normand a exposé l’histoire des diverses salles d’après les recherches
- 3u'il a faites pour le Nouvel itinéraire artistique et archéologique é Paris.
- —Un Congrès international colonial aura lieu à l’Exposition de Bruxelles, sous le patronage du Roi des Belges, du 16 au 19 août 1897. Ce Congrès traitera de la colonisation, des colonies, de la méthodologie coloniale, de l’organologie de la colonisation, de l’introduction en Afrique des noirs d’Amérique, et de la philosophie de la colonisation.
- —Le chemin de fer métropolitain ne sera certainement pas établi à Paris pour l’Exposition de 1900. U ne reste que trois ans, et le plan général est à peine étudié. Le Journal de VElectricité annonce que M. Picard, se préoccupant vivement de cette importante question, a adressé au Préfet de la Seine une Note dans laquelle il indique la possibilité de réaliser des transports utiles en installant autour de l’Exposition un certain nombre de points d’embarquement d’où partiraient des lignes de tramways à traction mécanique et se dirigeant vers des centres importants de la capitale. Il y aurait 6 points d’embarquement sur la rive gauche et 6 points sur la rive droite. On établirait une longueur totale de lignes de 68 kilomètres que desserviraient des trains de 2 voitures de 50 places se succédant â 2 minutes et demie d’intervalle. 11 serait alors possible dans ces conditions de transporter environ 50 000 voyageurs par heure.
- —g— L’Association des industriels de France contre les accidents du travail vient de décerner cette année, pour la seconde fois, un certain nombre de médailles aux directeurs d’usines, contremaîtres et ouvriers qui lui ont été signalés comme s’étant particulièrement astreints à l’application et à l’observation des mesures propres à prévenir les accidents du travail, et à ceux qui ont créé ou perfectionné des appareils permettant d’assurer la sécurité du travail ou d’améliorer l’hygiène de l’atelier.
- —Dans sa séance du 19 mars, le Conseil d’hygiène publique et de salubrité a pris deux décisions intéressantes en ce qui concerne les installations d’éclairage à l’acétylène à Paris. Un éclairage particulier de 110 becs, dans une fabrique d’appareils d’éclairage, a •été autorisé aux conditions suivantes : les appareils producteurs et le gazomètre ne pourront être établis qu’à l’air libre ou sous un hangar ouvert et largement ventilé, éclairé par la lumière du jour, les canalisations resteront à découvert, les résidus de carbure seront
- dilués avec 10 fois leur volume d’eau, avant d’être écoulés à l’égout la pression dans toutes les parties de l’appareil ne pourra dépasser 50 centimètres d’eau. L’autorisation a été accordée également à l’installation d’un éclairage de démonstration dans un magasin de vente d’appareils pour la production et la consommation de l'acétylène. Mais l’appareil producteur sera isolé dans une guérite vitrée, largement aérée par des ventouses toujours ouvertes, aussi rapprochées que possible du plafond. Toutes les précautions exigées pour la canalisation du gaz ordinaire seront appliquées. On emploiera des canalisations métalliques à l’exclusion du caoutchouc. Les mesures relatives à l’écoulement à l’égout des produits résiduaires et à la pression dans l’appareil sont les mêmes que pour la première installation.
- —@— M. Andrée annonce que son expédition au pôle Nord partira de Gothenbourg pour le Spitznerg, le mois prochain. D’après ses calculs, son ballon sera gonflé et prêt à s’élever vers le 20 juin et il estime que s’il perd par jour 100 mètres cubes de gaz, le ballon demeurera suffisamment gonflé pour tenir l’air pendant six semaines.
- —®—_ Une nouvelle exploration au pôle Nord. Après Nansen, voici le lieutenant américain Pears qui se dispose à faire de nouvelles tentatives pour atteindre le pôle Nord par le Groenland. Il établira jusqu’aux points extrêmes où il pourra parvenir des stations pour assurer les approvisionnements. Il espère éviter ainsi la nécessité de revenir constamment en arrière pour se ravitailler, et pouvoir avancer successivement dans les régions polaires, de façon à se rapprocher du pôle encore plus que ne l’a fait Nansen.
- —II existe, de par le monde, un hôtel où tout le service est fait par des nains. Bien plus, cet hôtel appartient à deux nains. M. et Mmo Dot, qui, avant de devenir propriétaires, se sont montrés dans la plupart des cirques et des fêtes foraines en Amérique. L’hôtel en question se trouve à White-Plains, dans l’Etat de New-York. M. Dot, qui est âgé de trente-deux ans, ne mesure que 77 centimètres de hauteur exactement. Sa femme, à peu près du même âge, est un tout petit peu plus grande que lui. On la dit jolie comme une poupée. Ces deux nains ont une fille, un bébé aux dimensions microscopiques, — puisqu’elle n’a pas 40 centimètres de hauteur, — aujourd’hui âgée de près de trois ans et très bien constituée. Tous les domestiques, hommes et femmes, cuisiniers, valets de chambre, etc., n’ont pas plus d’un mètre de taille, et’ rien n’est plus drôle, paraît-il, que de s'installer pour quelques jours à l’hôtel de Whife-Plains; on se croit soudain transporté au pays de Lilliput.
- —@— M. Bordmann a imaginé un moteur rotatif à gazoline, sorte de turbine de 200mm de diamètre environ, occupant la position ordinaire des pédales. Ce moteur tourne à grande vitesse, mais celle-ci est réduite au moyen d une petite transmission intermédiaire calée sur le moyeu arrière; l’allumage est électrique. Le réservoir à gazoline, attaché au cadre, peut contenir un approvisionnement suffisant pour 89 kilogrammes, la consommation étant minime. L’étincelle est produite par un seul accumulateur pesant lks,4. A la disposition du cavalier se trouvent la soupape de réglage de l’admission de gazoline et le commutateur d’allumage. Un frein agissant sur le moyeu arrière est également à portée de la main. Le poids de l’attirail à monter sur la bicylette transformée serait de 5 kilogrammes seulement.
- —@— A la Société américaine des ingénieurs mécaniciens, M. YValdo, après avoir fait ressortir les nombreux avantages des bronzes d’aluminium, tant au point de vue de la résistance et de l’allongement que relativement à leur indifférence presque absolue à l’action des agents oxydants, étudie les procédés employés pour obtenir des tubes sans soudure, opération jusqu’à présent très difli-cilement réalisable. Il donne ensuite des résultats d’essais comparatifs de tubes de bronze, d’acier et d’aluminium étirés à froid, puis recuits au rouge, ou non recuits. Ces essais démontrent qu’avec un allongement peu différent le bronze d’aluminium donne une résistance à la rupture supérieure à celle de l’acier
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. L. Jacquot, à Sétif, nous écrit qu’en lisant dans le n° 1245, du 10 avril 1897, p. 289, la description des grottes de Calés, il s’est rappelé les habitations souterraines que s’étaient creusées, dans un faubourg d’Oran, certaines familles indigentes d’origine espagnole et que la municipalité a dû faire évacuer, il y a quelques années, pour cause de salubrité, et aussi de sécurité. Ces habitations, composées de deux, trois et quelquefois même quatre pièces, avaient été aménagées dans un sol assez friable, mi-partie sable et mi-partie galets, formant la berge d’un ravin descendu de Santa-Cruz, et qui entre dans le quartier de la Calère auprès de l’Esplanade des Casernes-Neuves. Les flancs de la montagne étant boisés, il était facile aux misérables habitants de ce village excentrique de sortir de leurs demeures et d’y rentrer sans être vus. Aussi, ce quartier était-il devenu le lieu de refuge par excellence de tous les maraudeurs de la ville. Les cavernes occupant toutes le côté nord du ravin, leur unique ouverture recevait donc la lumière et la chaleur du soleil de midi. Elles n’en étaient pas moins humides et fort malsaines, et la moindre épidémie prenait en un clin d’œil, parmi les troglodytes, des proportions eff rayantes. Nous avons relevé, en 1895, dit M. Jacquot, le plan de cet étrange village, et nous avons compté 15 habitations ainsi réparties : 12 au niveau du ravin, et 5 situées un peu plus haut, formant pour ainsi dire un premier étage auquel on accédait par un étroit sentier en corniche. Les chambres étaient des plus irrégulières et la plus grande n’avait pas 12 mètres carrés. Deux seulement possédaient chacune une fenêtre.
- M. Fernand André, à Beaune, nous adresse une épreuve photographique dans laquelle on distingue un arbre situé derrière un enfant, et apparaissant très nettement, tandis que l’enfant, que rien ne cache, n’apparaît qu’en ombre et semble vu à travers l’arbre. Des faits de ce genre ont déjà été signalés à plusieurs reprises. Notre correspondant ajoute une explication, basée sur un phénomène de réfraction semblable au mirage. Nous recueillons divers documents à cet égard, et nous publierons, s’il y a lieu, une étude complète.
- M. S. Guy, adminislrateur délégué de la Cie des huiles de coco neutralisées, à Marseille, nous a envoyé deux boîles échantillons de la Taline, le beurre de coco dont nous avons parlé dans notre dernier article du n° 1240, du 6 mars 1897, p. 211. Ce beurre végétal semble se conserver sans altération pendant plusieurs mois.
- Renseignements. — M. Draihtac, à Paris. — 1° Nous croyons que l’étincelle sera un peu trop faible. — 2° Vous trouverez du sulfate de zinc et des poudres phosphorescentes chez M. Menitz, 37, passage Jouffroy. Nous avons traité ces diverses questions de phosphorescences dans La Nature, 1894, tome I.
- M. D. R., à Lorient. — 1° Avec une différence de potentiel de 50 volts aux bornes, l’intensité sera de 5 ampères dans le circuit. — 2° Pour mesurer la puissance dépensée dans le cas que vous signalez, il faut multiplier la valeur de la différence de potentiel aux bornes du circuit, au delà de la résistance, par la valeur de l’intensité totale, soit 115 volts x 10 ampères = 1150 watts. — 3° Vos calculs sont inexacts.
- M. Mazeron, à Nevers. — On attache parfois des bracelets en caoutchouc à la patte des pigeons voyageurs, comme vous l’indiquez. Nous avons vu souvent aussi une indication imprimée sur une plume d’aile avec un timbre ea caoutchouc.
- M. R. Fouilliand. — Nous ne savons pas quel est le dépositaire actuel de cet appareil ; mais vous pourriez peut-être vous adresser à M. Serrin, 15, boulevard du Temple, à Paris.
- M. Richard Tuyet, à Barcelone. — Essayez de vous servir de la solution indiquée ; les vapeurs émises ne sont pas nuisibles.
- Mme Andrée, à Paris. — Les moyens pour faire disparaître les
- fourmis ont été donnés dans les Petits livres des Recettes et Procédés utiles, lrc, 2e et 4e séries, à l’adresse indiquée plus bas.
- M. E. Gondard, à Lyon. — L’idée que vous soumettez pré-senterait en pratique plusieurs inconvénients ; c’est pour cette raison que la disposition n’est pas employée.
- M. A. Bénier, à Puteaux. — 1° Nous donnons votre réclamation à la librairie. — 2° Nous vous conseillons de mettre sur votre store en étoffe un vernis noir, Bolloré-Soehnée, 19, rue des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. A. Soult, à Hellemmes. — 1° Il est probable que le chlorhydrate d’ammoniaque renfermait un grand nombre d’impuretés ou que la solution était trop concentrée. Le zinc était peut-être aussi mal amalgamé. — 2° Il est nécessaire de faire une analyse chimique. On a cependant fait connaître quelques procédés, mais ils ne donnent que des indications vagues.
- M. A. de Varel, à Bordeaux. — 1° Nous avons décrit plusieurs appareils pour l’agrandissement photographique; entre autres, nous vous indiquerons l’appareil dont il est question dans le n° 1188, du 7 mars 1896, p. 215. — 2° Nous avons fait connaître un grand nombre de machines à écrire, et il faut consulter la collection pour avoir tous les renseignements. La machine Bar-Lock est décrite dans le n° 1103, du 21 juillet 1894, p. 117, et la machine La Dactyle, dans le n° 1181, du 18 janvier 1896, p. 97.
- M. Smit, à Paris. — Il n’existe pas d’ouvrage spécial traitant cette question; des résultats d’expériences ont seulement été publiés.
- M. P. Carré, à Paris. — Voici les quelques renseignements que nous avons pu avoir sur le monte-charge métallique vertical à vapeur que vous nous avez signalé, et qui était employé dans une construction de la rue Réaumur, par MM. Nanquette et Marlaud, entrepreneurs. La grue est à balancier et peut élever un poids de 4000 à 5000 kilogrammes; la chaudière est verticale, à foyer intérieur et à 2 tubes bouilleurs, timbrée à 5k*,600 par centimètre carré ; diamètre de la chaudière 0m,950> longueur 2m,250; longueur du foyer intérieur lm,400, diamètre 0m,800; longueur des tubes bouilleurs 0m,800, diamètre 0m,250; longueur de la cheminée 0m,850, diamètre 0m,220 ; diamètre des soupapes de sûreté 0m,285; poids du levier 5ke,400, levier 50 millimètres; capacité 0m3,580; surface de chauffe 5m2,100.
- M. D., à Angoulême. — Cette eau renferme beaucoup de sulfate de chaux; il faudrait un désincrustant composé en grande partie de carbonate de soude pour précipiter la chaux.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Minafia, à Smyrne. Nous ne connaissons pas d’ouvrage traitant cette question — M. D. Lugon, à Nice. La pile que vous mentionnez n’a aucune valeur pratique. — M. Duroy, à Lille. Nous ne vous conseillons pas de prendre cette machine. — M. R. M., à Paris. Le constructeur a cessé toute fabrication. — M. Calisto Zapelli, à Ponte di Nossa. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cie, à Paris. — M. Relaurier, à Paris. Remerciements pour vos envois. —M. G M., à Blois. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Contre la migraine. La migrainine. —La migramine paraît être un citrate double d’antipyrine et de caféine. Ce n’est pas une combinaison chimique définie : c’est un mélange dont les proportions varient avec les auteurs. Voici en effet la formule de la migrainine, d’après Ewald : antipyrine, 85 parties ; caféine, 9 ; acide citrique, 6. Et voici celle qui est indiquée par Weckblad : antipyrine, 87 parties; caféine, 8; acide citrique, 0gr,50. Quoi qu’il en soit, la migrainine de Weckblad, comme celle d’Ewald, est soluble dans l’eau. Ses propriétés thérapeutiques sont remarquables. Ce serait le spécifique par excellence de la migraine. Depuis six ans, Overlach, Ewald n’auraient eu jamais un seul échec ni par la voie gastrique (en cachets), ni par la voie hypodermique. C’est en outre un excellent antipyrétique dont l’action est surtout remarquable dans l’influenza à la période de courbature. La dose chez l’adulte est de 50 centigrammes à 2 grammes par injection. Les effets de l’injection sont les suivants : a) Immédiats. Assez douloureuse. — b) Eloignés. Décongestionne la tête, active la circulation, diminue le pouvoir excito-réflexe de la moelle ou plutôt des centres supérieurs. Formule : migrainine, 8 grammes; eau stérilisée, 20 centimètres cubes. 1 à 4 centimètres cubes contre l’accès de migraine.
- /)ans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS1
- Inhalateur antiseptique permanent. — Il est prouvé aujourd’hui que l’antisepsie a donné des résultats remarquables dans le traitement d’un grand nombre de maladies. Elle est surtout un puissant moyen d’action contre la phtisie et autres affections des voies respiratoires. La meilleure méthode est d’avoir recours à l’inhalation d’un antiseptique approprié. Mais il ne suffit pas d’aspirer quelques instants par jour l’antiseptique choisi. Il faut utiliser un inhalateur en quelque sorte permanent. C’est dans ce but que MM. Tellier et Moncour ont imaginé l’appareil que représente le n° 1 de notre dessin, et qui se compose d’une pochette métallique maintenue par deux
- Inhalateur antiseptique permanent. —'1. Vue de l'appareil. 2. Mode d’emploi.
- cordons de suspension. La pochette, qui renferme un tampon de feutre absorbant, se place sur le menton et est fixée par les cordons s’appuyant sur les oreilles. La figure n° 2 nous montre le mode d’emploi. On verse sur le tampon de feutre le liquide à inhaler. L’air, qui est aspiré par le nez ou la bouche, passe au-dessus de la pochette et se sature de vapeurs antiseptiques qui sont introduites dans les poumons. Un excellent antiseptique a été combiné par les auteurs; on en peut varier la composition. Cet appareil sert la nuit et le jour, et peut être utilisé pour les maladies les plus graves ou les plus simples. Il s’est montré efficace dans les rhumes, les bronchites, l’in-fluenza; il peut servir encore pour les soins à donner aux dénis. — L’inhalateur antiseptique permanent se trouve à la pharmacie Moncour, 49, avenue Victor-Hugo, à Boulogne-sur-Seine (Seine).
- Appareil multiple. — L’appareil que nous désignons sous ce nom un peu vague peut être très utile en bien des circonstances, lors d’une promenade, d’une excursion, etc. Il
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- Appareil multiple. — 1. Détails d’uu côté. — 2. Détails de la deuxième face»
- est formé, comme le"montre notre ’ dessin, d’une partie centrale qui porte à son extrémité supérieure une clef très solide qu’un vélocipédiste peut fort bien utiliser: à la partie inférieure se trouve une pièce qui porte à gauche et à droite deux ouvertures permettant de saisir des boulons ; au centre de cette pièce sont un carré et un cercle. Au-dessus d’une face de l’appareil (n° 1), on voit une petite boîte pour allumettes et un petit casier renfermant du taffetas d’Angleterre. Enfin, à gauche sont, en haut et en bas, un poinçon et une lame de couteau, et
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- à droite un tire-bouchon et des petits ciseaux. Si nous retournons l’appareil, nous trouvons à la partie inférieure de la deuxième face (n° 2) un support pour fil et aiguilles et un petit poinçon. Ces deux objets sont représentés dans le n° 1, à gauche et à droite, entre les deux autres pièces. — L’appareil multiple est en vente chez MM. Kirby, Beard et C10, 5, rue Auber, à Paris.
- Jumelle faee-si maîn. — La jumelle face-à-main que nous faisons connaître à nos lecteurs se compose, ainsi que le montrent les n05 1 et 2 de notre figure, de deux objectifs et deux oculaires placés à une faible distance comme dans une jumelle ordinaire. Ils sont reliés p^r un mécanisme très simple et extensible. Sur le côté se trouve un long manche en écaille.
- Jumelle face-à-main. — 1 et 2. Détails de l’appareil. — 3. Usage.
- La mise au point se fait naturellement en inclinant plus ou moins le manche et en maintenant le bouton que l’on aperçoit à droite. La face-à-main a sur une jumelle ordinaire l’avantage d’être plus discrète, plus élégante et plus légère. — La jumelle face-à-main se trouve chez M. L. Bloch, constructeur, 1, avenue de la République, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Moyen de déceler l’oxyde de carbone. — On n’a trouvé jusqu’ici aucun moyen bien pratique et surtout bien efficace de déceler la présence de l’oxyde de carbone. M. A. Mermet a découvert qu’une solution faible de permanganate de potassium acidu'ée par l’acide azotique se décolore sous 1 influence de l’oxyde de carbone. Quand on ajoute un peu d’azotate d’argent, la décoloration est accélérée. De rose, la liqueur vire au blanc en plusieurs heures. Voici la formule : À. Liqueur de permanganate de potassium : On fait bouillir I litre d’eau distillée avec quelques gouttes d’acide azotique pur. On ajoute goutte à goutte le permanganate dissous jusqu’à coloration rose persistante. Après refroidissement, on dissout I gramme de permanganate cristallisé et on ajoute 50 centimètres cubes d’acide azotique. Conserver à l’abri de l’humidité. B. Liqueur d’argent : Dissoudre 2 ou 3 grammes d’azotate d’argent cristallisé dans 1 litre d’eau distillée. Liqueur réactif de l’oxyde de carbone à préparer au moment de l’expérience :
- Liqueur A.............................. 1 cent. eub.
- Liqueur B.................................. 20 —
- Acide azotique pur.......................... 1 —
- Eau distillée sans matières organiques. 50 —
- Pour opérer, on prend deux flacons à l’émeri pleins d’eau pure. On vide le premier dans la pièce dont il faut examiner l’air suspect. On vide le second à l’air libre pour le remplir d’air normal ; celui-là sert de témoin. On place les deux flacons sur une feuille de papier blanc et l’on verse dans chacun d’eux 25 centimètres cubes du réactif; puis on les abandonne à eux-mêmes après les avoir bouchés. Au bout d’un certain nombre d’heures, qui peut atteindre vingt-quatre, le flacon qui renfermera de l’oxyde de carbone sera décoloré; l’autre, le témoin, sera encore rosé. M. Merfnet recommande de faire ainsi l’examen des bureaux, des salles d’études ou de classes chauffés avec des foyers suspects. Il l’a tenté déjà plusieurs fois et il a ainsi mis en relief les résultats suivants : une prise d'air est pratiquée près d’un poêle à anthracite au moment où on le charge de combustible. Le réactif est décoloré très vite; l’air contient de l’oxyde de carbone. Après une saute de ven,t, le baromètre baisse de 10 millimètres en deux heures : une cheminé,e à feu continu et à combustion lente, chauffant une pièce de dimension moyenne, semble s’éteindre. On prélève de l’air dans la pièce.
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- Le réactif est décoloré en moins de deux heures. Il est clair qu’un accident aurait pu survenir si la cheminée s’était trouvée dans une chambre à coucher habitée.
- Nettoyage des limes. — Voici plusieurs recettes pour nettoyer les limes qui sont en service depuis quelque temps ; bien entendu il ne s’agit point de les affûter. Pour les débarrasser du plomb et de l’étain, on les plonge dans de l'acide nitrique, on les sèche dans de la sciure ae bois et on les brosse soigneusement. Pour enlever la limaille de fer, on use d’un bain de sulfate de cuivre, le cuivre précipité n’adhérant point, et on termine par un traitement à l’acide nitrique, qu’on pousse
- E’à ce que les vapeurs deviennent incommodantes. Les lies de zinc disparaissent avec l’acide sulfurique, celles de cuivre avec des applications répétées d’acide nitrique. Enfin nous ajouterons que pour les râpes on se trouve bien de lavages dans l’acide sulfurique chaud, suivis d’un brossage et d’un bain dans de la soude caustique ; on sèche et on brosse. Le séchage
- peut être hâté par l’emploi d’alcool qu’on verse sur les outils et auquel on met le feu.
- Une bonne encre à écrire. — Les diverses sortes d’encres ne manquent point de nos jours, mais malheureusement les fabricants ont abandonné presque complètement les anciennes encres aux sels de fer, à la noix de galle, qui ne s’effaçaient que bien lentement, pour adopter les couleurs d’aniline, qui se décolorent très vite. Il est donc utile, pour les écrits qu’on veut conserver, d’employer une encre comme celle qu’indique Geoffroy, et qui est au reste peu corrosive. On fait macérer pendant vingt-quatre heures 300 grammes de noix de galle dans 2000 d’eau, auxquels on ajoute 1000 grammes de vin blanc; on remue de temps en temps, puis on fait bouillir une demi-heure. On retire du feu et on ajoute 60 grammes de gomme arabique ’et 250 de sulfate de fer. Oh laisse digérer vingt-quatre heures, puis, après quelques bouillons, on filtre quand le refroidissement s’est produit.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-30). — Bureau central météorolooioue de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 a"9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 avril. . . 5°,7 S. W. 2. Quelques nuages. 0,0 Beau à 1 h. et 4 h.; nuageux jusqu’à 9 h. ; très nuageux, couv. ap. 15 h.; pluie dans la soir. ; gelée bl. ; halo. Beau de 20 à 23 h. ; nuageux le reste du temps ; pluie de temps en temps d. la mat.; un peu de grêle 10b. 30.
- Mardi 20 9°,1 W. S. W. 3. Couvert. 8,0
- Mercredi 21 ... . 8°,0 S. S. E. 1. Couvert. 0,8 Très nuag. à 1 h. et de 8 àl3h.;couv. le reste du temps; gouttes de 15 à 16 h. ; pluie de 16 h. 20 à 20 h. 50.
- Jeudi 22 11°,4 Calme. Couvert. 2,7 Couvert, gouttes et bruine à diverses reprises ; pluie de 22 à 23 h.
- Vendredi 23 ... . 6°,8 N. E. 4. Très nuageux. 0,6 Très nuageux le matin et peu nuageux le soir.
- Samedi 24 6°, 8 N. N. E. 4. Beau. 0,0 Nuageux de 8 à 17 h.: beau le reste du temps.
- Dimanche 25. . . . 5°,8 N. N. E. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux jusqu a 14 h.; peu nuageux ensuite ; beau après 19 h.
- AVRIL 1897. -- SEMAINE DD LUNDI 19 AD DIMANCHE 25 AVRIL.
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 « 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Un bolide. — Le 16 avril 1897, vers 11 heures du soir, un phénomène aussi curieux que rare s’est produit à Vierville, dans le département du Calvados. Les habitants d’une ferme, sise sur le bord de la route, ont aperçu une lueur immense illuminer l’espace pendant plusieurs secondes et suivie d’une explosion formidable dont la violence fit voler plusieurs vitres en éclats. Immédiatement, tout le personnel lut sur pied et, craignant une catastrophe, le fermier fit faire des recherches pour savoir la cause de ce fait. Un domestique ayant entendu un bruit semblable à un bouillonnement du côté de l’abreuvoir, sis à 200 mètres de là, se dirigea vers cet endroit. Il s’arrêta bientôt en poussant des cris de stupéfaction. Il appela son maître et ses camarades. Un spectacle étonnant s’offrit à leurs yeux : une vapeur intense dégageant une forte odeur sulfureuse
- enveloppait les abords de l’abreuvoir, et ce dernier était complètement à sec ; une masse ronde d’une grosseur énorme en occupait le milieu.
- Ce bloc, de couleur gris terne et strié de cristaux de diverses couleurs, dégageait une chaleur intense, et le sol était couvert de débris semblables à du minerai de fer. L’explication de ce phénomène fut donnée, le lendemain, par M. Samorty, membre de la Faculté de Caen, en convalescence à Angoville-au-Plain.
- On était en présence d’un bolide composé de matières qu’il y aura lieu d’analyser. Après avoir erré clans les espaces et par un singulier hasard ce météore vint à tomber dans l’abreuvoir ; par sa haute température (1200° environ), il volatilisa, en une seconde, les 14 mètres cubes d’eau que l’abreuvoir contenait. ’
- Le bolide de Vierville, qui pèse exactement 792 kilogrammes, a été acquis par le musée de Caen.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 23, à 9 h. 57 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —®— Un Congrès géologique international aura lieu au mois xl’août prochain à Saint-Pétersbourg, sous la présidence du grand-duc Constantin Constantinovitch. Des excursions géologiques auront lieu «m juillet et en septembre.
- —Exposition de 1900. Le 28 avril, dans l’après-midi, il a -été procédé, au commissariat général de l’Exposition de 1900, sous la irésidence de M. Bouvard, directeur des services d’architecture,- à adjudication des travaux de démolition du Dôme central. Il y avait quatorze soumissions, sous pli cacheté. M. Nicolas Caze a été déclaré adjudicataire, sur une offre de 25 750 francs. La mise à prix était de "20 000 francs. La démolition, entreprise dès le lendemain, est actuellement achevée.
- —Travaux de l’Exposition. Les travaux de fondation dupont Alexandre III se poursuivent sans relâche. Les terrassiers achèvent la large tranchée qui est pratiquée dans le quai de la rive droite; les affouillements, au delà de la limite du mur de soutien du quai, sont arrivés au niveau du lleuve. Sur la rive gauche, on commence à enfoncer les pilotis qui délimiteront dans le fleuve, au droit des travaux du pont, un espace rectangulaire pour établir au-dessous du niveau ordinaire de la Seine les fondations profondes de la culée. •Comme pour le pont Mirabeau, on fera usage pour ces travaux de caisses à air comprimé. Du côté du Cours-la-Reine se poursuivent les démolitions du Palais de l’Industrie et du pavillon de la Ville de Paris et la construction du grand Palais des Beaux-Arts. Commencée il y a trois semaines environ, la démolition du pavillon de la Ville de Paris est terminée.
- —#— Mme le DrAnita Newcomb, la fille de l’éminent astronome de Washington, est en ce moment à Paris pour parfaire ses études médicales.
- —L’Université de Pans a fait, ces jours derniers, une nouvelle doctoresse. Une étudiante russe, Mme Philipof, vient d’obtenir la note très satisfaisant pour la soutenance de la thèse suivante : « l)e la valeur des transplantations musculo-tendineuses dans le traitement du pied bot paralytique. » Mma Philipof est la femme d’un ingénieur de Saint-Pétersbourg.
- —<®~ Le 5 mai le soleil s’est couché exactement dans l’axe de l'Arc de Triomphe et des Champs-Elysées, à Paris.
- —Deux tremblements de terre désastreux viennent de se produire à la Guadeloupe et dans les Indes occidentales, le même jour, le 29 avril. A la Guadeloupe on annonce 4 morts, 40 blessés et de grands dégâts matériels. Dans les Indes les victimes se comptent par centaines et les dommages sont énormes.
- —Un accident est survenu le 26 avril dans la matinée au tramway électrique de Romainville à la place de la République à Paris. On sait que ce tramway prend le courant nécessaire à sa marche par un frotteur qui touche une série de plots métalliques disposés au contact du sol. Par un ingénieux système d’appareil automatique, le courant n’est en contact avec ces plots qu’au moment du passage des voitures. Dans le cas actuel, par suite du mauvais fonctionnement accidentel d'un levier et d’un défaut de manœuvre, le courant Æst resté sur plusieurs plots successifs. Une voiture de blanchisseur est passée à ce moment, les chevaux ont louché les plots et ont reçu une décharge électrique à 500 volts qui les a foudroyés. A joutons que la pluie qui tombait alors a établi de bons contacts. Cet accident est dû à une série de circonstances malheureuses qui se sont toutes réunies au môme instant.
- —®— Le Muséum d’histoire naturelle a reçu dernièrement un .magnifique chimpanzé femelle qui lui a été donné par M. Foufé,
- officier de marine. Signalons également, parmi les nouveaux pensionnaires1 offerts à M. Milne-Edwards, deux panthères mâle et femelle, un cerf et une biche de Tunisie, un mandril et un magot mâle.
- —M. Milne-Edwards, membre de l’Institut, a présidé le 27 avril, dans le grand amphithéâtre du Muséum d’histoire naturelle, la séance d’inauguration des cours pour les voyageurs naturalistes. Dans le discours qu’il a prononcé à cette occasion, il a insisté sur la variété des connaissances que doit avoir l’explorateur, qui, tour à tour astronome, médecin, naturaliste, etc., ne peut faire une œuvre vraiment utile que s’il est avant tout un savant.
- —@— M. Daniel Dupuis, qui a été chargé de graver notre nouvelle monnaie de bronze, vient de terminer le modèle définitif. Le côté face représente un profil de République au bonnet phrygien, avec l’exerguè République française, et la date 1897. Au revers, la Franee assise tient de la main gauche une branche d’olivier et de la droite le drapeau sous les plis duquel elle abrite un enfant, le génie du travail, portant un marteau et une gerbe de blé. Sur un cartouche se détache le chiffre mentionnant la valeur de la pièce; les mois Liberté, Egalité, Fraternité sont en exergue.
- —Une explosion de gaz s’est produite le 26 avril dans la soirée, à la station d’Albertgate, du chemin de fer souterrain métropolitain de Londres. Un wagon de première classe a été presque mis en pièces : il y a eu plusieurs blessés.
- —@— Un Congrès olympique se tiendra au Havre du 23 juillet au 1er août 1897. Le Comité international des Jeux olympiques est composé de M. Pierre de Coubertin, président; de M. Callot, secrétaire, et de MM. de Bikelas, le général de Boutowski, le commandant Balck, lord Amplhill, C. Herbert, Sloane, Dr Gebhardt, Kémény, Dr Jiri Guth, duc d’Andria Carafa, Cte de Bousies, Guff, Zubiaur. Les Commissaires du Congrès sont MM. Langstaff, Jacquemin, llenrotin, Fabens et Lafaurie. Le programme du Congrès comprend des questions de pédagogie, d’hygiène et de sport. Toutes les communications relatives au Congrès doivent être adressées aux bureaux du Comité international, 229, rue Saint-Honoré, à Paris.
- —Nous en avons fini avec les mois à r. Les huîtres, elles aussi, vont pouvoir vivre tranquilles, sans craindre l’écaillère homicide. A ce propos veut-on savoir combien les Parisiens ont mangé d’huîtres et de coquillages divers dans le courant de l’année dernière? 5 952855 kilogrammes seulement. Paris est également grand mangeur de poisson. Pendant la môme période, il a consommé 21 435275 kilogrammes de poisson commun, 2 086 442 kilogrammes de poisson ile deuxième qualité et 2 209 648 kilogrammes de première qualité.
- —Le Rapport lu à la séance générale du Conseil du Bureau central météorologique par M. Bouquet de la Grye, président, membre de l’Institut, constate les excellents résultats pratiques de ce service scientifique. « En 1896, dit le Rapport, sur 34 tempêtes qui ont abordé notre littoral, le service a pu en prévoir 31 ; la proportion est de 91 pour 100. Sur 195 avis ayant fait hisser les cônes aux sémaphores, 125 coups de vent se sont trouvés conformes aux prédictions, 50 ont été en défaut. Ces annonces ne regardent pas seulement les marins, elles intéressent aussi les cultivateurs, et leur utilité est d’autant plus grande qu’il s’agit d’une région plus éloignée de l’Océan. » On sait que c’est avec une dépense très minime que l’on est parvenu à réaliser ces miracles de prévision, dont la vulgarisation a sauvé la vie à un grand nombre d’hommes, car, malgré la défiance que les iraticiens affichent envers tout ce qui est science ou calcul, il y a >eaucoup de pêcheurs et de voiliers qui tiennent compte de ces avis. Malheureusement les armateurs de bateaux à vapeur qui ont des services à jours et à heures fixes, donnent aux capitaines l’ordre de partir contre vents et marées. C’est là l’explication des sinistres que la marine subit encore et récemment dans le golfe de Biscaye.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’éventail à grille pour le cinématographe se trouve au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- Communications. — M. E. Lucet, pharmacien à Rouen, nous adresse un petit opuscule sur Le tapioca, origine, préparation, caractères, composition, falsifications, et une notice traitant Du phénomène de la fasciation sur un rosier hybride remontant cultivé.
- MM. Ducretet et Lejeune, à Paris, nous écrivent la lettre suivante : « Depuis quelque temps on donne à Paris, comme du nouveau, la fluorescence, par les rayons X du professeur IP Rôntgen, du verre, du cristal, du cristal de roche, des sulfures, etc., etc. Le Dr Rôntgen, dans son remarquable Mémoire de décembre 1895, avait signalé tous ces phénomènes : les rayons X, disait-il, ne déterminent pas la fluorescence du platinocvanure de baryum seulement, mais,aussi celle des sulfures phosphorescents, du verre d’urane, du verre ordinaire, du spath, du sel gemme, etc., etc. A la page 207 de la Revue internationale d'électrothérapie, des D” G. Gautier et J. Larat, nos 7-8, février-mars 1896, le cristal de roche (quartz) y est indiqué, ainsi que l’action fluorescente des rayon# X sur la plaque de verre des plaques photographiques soumises à ces rayons. Il résulte de cette observation du Dr Rôntgen que la lame de verre ou de glace des plaques photographiques forme un écran fluorescent intérieur utile à la rapidité de la pose; des lames de ce genre, convenablement choisies, devraient être, par suite, employées avec les pellicules. Pour réduire le temps de pose des objets exposés aux rayons X, M. le Dr H. Van Ileurck (d’Anvers), en mars 1896, a fait usage d’écrans avec sels d’uranyle et il proposait les plaques en verre mince chargé d’oxyde d’uranium. Il faut les placer directement contre les plaques ou les pellicules sensibles, soit en dessus, soit en dessous. La Notice de M. le Dr Van Melckebeke, de mars 1896 (Anvers), décrit ces expériences; à la page 6 l’auteur rappelle,, comme antériorités, les expériences ci-dessus du Dr Rôntgen. Dans le même but, en mars 1896, les D” Winckelmann et R. Straubel (d’Iéna) firent usage du spath fluor. Ces travaux, bien connus, doivent être rappelés au public. Des lames en feldspath pur préparées par MM. F. Rapterosses et le verre connu sous le nom d’agatine donnent une belle fluorescence, mais les images sont moins nettes que celles données par les plaques en verre d’urane que nous avons proposées dans notre tarif de mars 1896, et dans celui de janvier 1897, en connaissance des travaux ci-dessus. »
- M. Tibulle Collot, propriétaire-agriculteur à Maizières, par Chevillon (Haute-Marne), nous envoie une Note donnant des Conseils sur la culture de la pomme de terre, sur les meilleurs engrais à employer suivant la nature des sols et sur les engrais spéciaux pour pommes de terre.
- M. A. Henry, à Languyon (Meurthe-et-Moselle), nous transmet une Notice sur un parachute à soupapes multiples pour aviateurs. Il joint à son travail un appareil d’expérience ; il ne nous est malheureusement pas possible de l’essayer.
- M. Ch. Heygel, à Strasbourg, nous fait parvenir la description, avec croquis, d’une bouteille uniquement en verre, que l’on ne peut remplir qu’une fois. Nous avons reçu un grand nombre de descriptions déjà semblables, et nous ne pouvons les publier toutes.
- Renseignements. — M. R. C., à Arras. — Podomètres : M. Lafontaine, opticien, rue delà Paix, M. Châtelain, 10, rue de Relsunce, à Paris.
- M. M. P., h X. — Un moyen simple de déterminer le grossissement d’une lunette, est de regarder une longueur déterminée, et de voir avec quelle grandeur elle apparaît. Dans la lunette terrestre, lorsque les lentilles qui servent au redressement des images sont identiques, ces dernières sont égales et
- le grossissement est le rapport de la distance focale de l’objectif à celle de l’oculaire.
- M. F. Delavau, à Limoges. — 1° Il faut d’abord enlever tout l’oxvde, en frottant avec un chiffon imbibé légèrement d’acide chlorhydrique. — 2J Consultez les Recettes et Procédés utiles lre série, à la librairie Masson et Cio, à Paris.
- M. P.-A. Legrand, à Paris. —Machines à coudre pour paille : MM. Drossner et Ci0, 52, boulevard Sébastopol, MM. Wilcox < I Gibbs, 55, rue des Petits-Champs.
- M. E, G.R.,k Lille. —Nous pensons que les communications seront établies par des fils séparés.
- M. J. Sébert, à Saint-Rrieuc. — 1° Les dispositions adoptées-restent secrètes; nous ne pouvons les faire connaître. -— 2°Ces écrans exigent une préparation spéciale; vous en trouverez à la maison Ducretet et Lejeune, 75, rue Claude-Bernard, à Paris.
- M. J. Rerreur, à Resançon. — 1° L’ouvrage que vous demandez est le suivant : Verre et Verrerie, par MM. Léon Appert et Jules Henrivaux, à la librairie Gauthier-Villars et fils, 55, quai des Grands-Augustins, à Paris. — 2° Dictionnaire des Falsifications, chez MM. Asselin et Ilouzeau, libraires, place del’Ecole-de-Médecine, à Paris. — 5° Le caoutchouc est soluble dans la benzine et dans l’essence de térébenthine.
- M. M. Chaumont, à Dijon. — Ce pinceau ne se trouvé pas-encore en France; vous pourriez toutefois vous adresser à la maison L. Rerville, 25, rue de la Chaussée-d'Antin, à Paris.
- M. R. F., à X. — Il faut s’adresser à M. le D' Sabouraud» 12, rue de Rome, à Paris.
- M. P. M. H., à Paris. — Consultez les ouvrages de la bibliothèque du journal l'Eleveur, 6, avenue Aubert, à Vincennes (Seine).
- M. G. L., à Libourne. — Nous ne connaissons pas de liquide semblable; il faudrait faire quelques recherches de laboratoire.
- M. X., à Paris. — Il n’y a plus besoin d’autorisation pour photographier dans Paris.
- Un abonné, à Mulhouse. — Pour les annonces il faut vous adresser à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. Le Royer, à X. — L’expérience a été faite par Tyndail et Rrown-Séquard ; ils ont recueilli de la vapeur d’eau pure.
- M. J. Prax, a Peyriac-Minervois. — 1° Moteuis à pétrole de faible puissance : M. Cadiot, 12, rue Saint-Georges; M. Grob, 56, rue Lafayette, à Paris; M. Merlin, à Yierzon (Cher); M. Lacroix, à Caen (Calvados). — 2° Consultez le Manuel de l’ouvrier monteur électricien, à la librairie Tignol, à Paris.
- M. le Vte H. de la Motterouge, à Paris. — 1° Ces questions sont traitées avec détails dans tous les ouvrages de mécanique pure» — 2° Nous allons rechercher des documents sur les locomotives des trains express de l’Etat. — 3° Cette expérience est déjà connue ; elle a été décrite par M. H. de Parville, dans les Débats. On explique le fait par le remous qui se produit, et par une contre-pression.
- M. Loubers, à Toulouse. — Nous ne pouvons vous dire si l’inventeur du procédé que vous indiquez existe encore; mais nous avons donné plusieurs recettes d’imperméabilisation des tissus, dans les Recettes et Procédés utiles, à l’adresse citée plus bas.
- M. Levernier, à Paris, — Nous avons déjà répondu à cette même question, dans la Roîte aux lettres du n° 1247, du 24 avril 1897.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Chenablement, à Metz. 11 nous est impossible d’avoir ce renseignement. — M. Dulong, à Nîmes. Il faudrait établir un devis complet, pour vous fournir les chiffres que vous demandez. — M. D. U., à Paris. Soumettez votre cas à une agence de brevets. — M. Ludoux, à Brest. Cet appareil ne peut être construit dans les conditions que vous indiquez. — M. Billard, à Paris; M. Lamouche, à Colombes. Voyez les Recettes et Procédés utiles lre série, à la librairie Masson et Cie, à Paris. — M. G.-L. Périer, à Anvers. Regrets de ne pouvoir nous occuper de ces questions financières. — M. J. D., à V. Il n’y a pas d’ouvrage particulier sur ce sujet; voyez les traités de chimie minérale.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Noir mat pour les objets en fer. — D’après la Revue suisse de photographie, pour donner une couche noire mate aux objets en fer, prendre 2 parties de chlorure de mercure, 1 de chlorure de cuivre, 6 d’acide chlorhydrique, enfin 5 d’alcool et 50 d’eau. On obtient une dissolution dans laquelle on trempera l’objet à traiter, qu’on aura soigneusement nettoyé au préalable; on peut aussi appliquer à la brosse, et même en deux coucher successives. On passe ensuite dans de l’eau chaude.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- LE MARCHÉ AUX FLEURS. — Texte et dessins inédits de A. Robida
- 1. Le site. Le plus joli marché de Paris, par ce que l’on y vend d’abord, et pour le cadre ensuite, au long delà Seine, sous les majestueuses tours du vieux Palais de Justice. — 2. Fleurs en pots, en paniers, en bourriches, en graines et en oignons. — 3. Quelques acheteurs. — i. Fit morceau de nature tropicale. Ici toutes les plantes aristocratiques destinées à faire l'ornement des salons, ou l’orgueil des jardins d’hiver. — 5. Le coin qui embaume, une véritable orgie de parfums et de couleurs, buissons de roses, bottes de violettes et de pensées, bosquets d’œillets, giroflées, jacinthes, tulipes, azalées, etc., une immense aquarelle odorante. — 6. La pépinière. Une vraie forêt à l’état d’espérance et de promesse, tous les arbres possibles attendant patiemment d'être enlevés et conduits à l’endroit agréable ou vilain, superbe ou ennuyeux, où devra s’écouler leur existence.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Modes opératoires de physique de J.-G. Bourbouze. Rassemblés et augmentés par Ch. Hemardinquer, préparateur à la Faculté des sciences, i vol. in-8°. Avec une Préface de M. G. Lippmann, membre de l’Institut. — Paris, imprimerie Desgranges, 1897. Prix : 12 francs.
- Cet ouvrage, rédigé dans une forme très simple, comprend la plupart des manipulations de physique, n'exigeant pas de connaissances mathématiques trop étendues. Comme le dit M. Lippmann dans la Préface, on ne peut enseigner sérieusement la physique qu’en mettant les élèves en contact avec l’expérience. L’ouvrage de M. Bourhouze est un utile conseiller à ce point de vue; car M. Bourbouze était un préparateur modèle, ayant la passion de l’expérience.
- Manuel du conducteur-chauffeur d'automobiles, par Maurice Farman. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque des actualités industrielles. — Paris, Bernard Tignol, éditeur.
- Dans ce petit livre, M. Farman a d’abord défini une automobile, puis il en a indiqué les principales parties. Il a ensuite parlé des conditions secondaires et a donné la description des automobiles Peugeot, Panhard et Levassor, Mors, David, etc. Dans les chapitres suivants, il a traité les motocycles, il a décrit le moteur Britannia, il a indiqué comment on fait une excursion, et il a fait connaître la réglementation des automobiles.
- Catalogue illustré de la Société des beaux-arts. 1 vol. in-8°. E. Bernard et Cia, éditeurs. — Paris, 1897. Prix ; 3 fr. 50.
- Nous signalons ce volume, qui contient 254 reproductions faites d’après de nouveaux procédés photographiques et qui permettent de se rendre un compte exact des principales œuvres exposées.
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- VENT PLUIE EN MILLIMÈTRES
- OBSERVATIONS 7heores bd matin THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 avril. . . M* l-t O © E. 2. Couvert. 0,5 Presque couvert ; violent orage de 14 h. 30 à 15 h. 47 ;
- (chute de foudre à 15 h. lï m. 1/2} : pluie à div. rep.
- Mardi 27 15°,6 S. W. 1. Presque couvert. 24,0 Nuageux; éclairs au S. S. W.-W. S. W. de 21 à 22 h.
- Mercredi 28 ... . 15°,5 Calme. Peu nuageux. 0,0 Nuageux; tonnerre de 22 à 23 h. ; un peu de pluie.
- Jeudi 29 15°, 9 S. 2. Beau. 0, 2 Nuageux ; halo ; orage à 20 h. : s’éloigne au N. E. ; éclairs
- 12°,6 toute la nuit ; quelques gouttes.
- Vendredi 50 ... . W. 1. Couvert. 5,0 Quelques éclaircies; grand orage zénithal de 14 à
- Samedi 1" mai. . . 9°,3 15 h. 30; pluie à diverses reprises.
- W. N. W. 2. Presque couvert. 15,8 Très nuageux jusqu’à 15 h. ; beau ensuite ; pluie de 2 h. 45 a 4 h.
- Dimanche 2 . . . . 7°,4 N. E. 1. Beau. 0,1 Nuageux de 9 à 14 h. ; beau avant et après ; halo cir-
- * conscrit.
- AVRIL-MAI 1897. — SEMAINE DU LUNDI 26 AVRIL AU DIMANCHE 2 MAI.
- * La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- ©rase k Ch&lons-sur-MIariie. — Un gros orage a éclaté dans la nuit du 29 au 50 avril sur Châlons-sur-Marne et les environs. A Sarry, des grêlons gros comme des œufs de poule se sont abattus sur les champs, où ils ont formé une couche de 20 centimètres de hauteur et ravagé les récoltes et les arbres. La consternation a été générale; les pertes sont énormes. Peu de cultivateurs étaient assurés.
- l,a pluie k Lille. — Une pluie torrentielle, accompagnée d’orage et de grêle, est tombée le 50 avril pendant une heure sur Lille et les environs. Un violent orage avait éclaté la nuit précédente sur Saint-Quentin. La foudre est tombée sur l’hôtel des postes et télégraphes de
- Saint-Thomas et a mis le feu à la tourelle où se rattachent les fils. En peu d’instants, la partie supérieure de l’immeuble a été embrasée. On a pu sauver la correspondance et les valeurs ; néanmoins les dégâts ont été considérables. Le service a pu reprendre, à 2 heures de l’après-midi, au moyen d’une installation provisoire.
- Inondations en Amérique. — Des pluies extraordinaires ont causé, le 27 avril, de fortes inondations dans le territoire de l’Oklahoma. Un torrent, profond de six pieds et large d’un mille, a ravagé la vallée de Cottonwood, et a renversé des maisons à Guthrie. Des centaines de personnes se sont raccrochées aux branches des arbres et personne n’a pu les secourir. Les victimes ont été très nombreuses. La rivière est à 9 mètres au-dessus de l’étiage.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 1«, à 8 h. 56 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —En vue de l’Exposition de 1900 et pour donner à Paris «n aspect qui fasse une impression favorable sur les nombreux visiteurs qui y viendront à cette époque, on va améliorer le pavage, l’éclairage et exécuter des travaux dans les promenades. Le Conseil municipal a voté, à cet effet, un crédit de 6 millions qui sera ainsi réparti : 2 millions seront consacrés à l’amélioration du pavé de pierre •et de bois ; 1 million pour les travaux de grosses réparations des promenades ; 1 million pour l’amélioration de l'éclairage électrique, et 500000 franes pour l’amélioration de l'éclairage au gaz. Enfin, on a prévu une dépense de 1500 000 francs pour payement des terrains retranchés de la voie publique. Les travaux ne commenceront que l’année prochaine; ils devront naturellement être terminés avant le mois de mai 1900. En ce qui concerne l’emploi des 18 500000 francs qui lui restent attribués pour des opérations de voirie proprement dites, la troisième commission du Conseil municipal prendra une résolution très prochainement. Elle présentera au Conseil, à la prochaine session, un projet de répartition à peu près égale entre les vingt arrondissements pour l’exécution de petites opérations de voirie. Il est probable que les crédits seront affectés de préférence aux opérations déjà votées ou commencées, et qui sont restées en suspens par suite d’insuffisance de ressources.
- —De nouveaux progrès viennent d’être réalisés dans la marche de l’Oricnt-Express. Il part maintenant de Paris (gare de l’Est) à 7h10 du soir et il arrive à Constantinople à llk 50 du matin au lieu de lk 50 du soir, gagnant ainsi 2" 20 sur son trajet total, qui est effectué en 64h 20 au lieu de 66h 40. L’Orient-Express passe par Sa Iz bourg et non plus par Simbach.
- —Le Transsibérien. Le Novoié Vrémia constate que le service régulier des trains de voyageurs sur le chemin de fer transsibérien s’effectue maintenant sans' interruption sur une longueur de 2000 verstes, environ 2200 kilomètres, depuis Tchéliabinsk jusqu’à Krasnoïarsk.
- —®— La Société photographique de la Haute-Saône, à l’occasion des fêtes qui doivent'avoir lieu à Yesoul (Ilaute-Saône), au mois de juin prochain, pendant le Concours régional agricole, organise un grandi concours d’épreuves entre amateurs français et étrangers. Ce •concours s’ouvrira le 27 juin et sera suivi d’une exposition qui durera un mois. Pour toute demande de renseignements et d’imprimés, s’adresser au président de la Société, 17, rue de l’Aigle-JS’oir, à Yesoul.
- —On annonce que le Directeur général des postes aux Etats-Unis a décidé d’appliquer à la Ville de New-York le système de « poste à domicile » qui a déjà été essayé avec succès dans diverses autres villes, à Boston, Portland, Cleveîand, Minneapolis, San-Fran-cisco, etc. Cette innovation consiste à faire placer, dans chaque maison, une boite d’un modèle spécial destinée à recevoir la correspondance — lettres ou paquets — des habitants de la maison qui n’ont qu’à déposer là leur courrier, comme ils le feraient à un bureau de poste. Les concierges sont autorisés à débiter des timbres aux locataires.
- —La Compagnie française des câbles télégraphiques vient de terminer l’armement de sonnouveau navire le Contre-Amiral-Caubet, destiné aux travaux d’entretien des câbles télégraphiques sous-raarins. Ce navire est à hélice, de 102m,47 de longueur sür Hm,50 de largeur environ ; sa jauge est de 2355 tonnes. La puissance de ses deux machines est de 1209 chevaux et sa vitesse moyenne de 11 nœuds par heure. L’outillage spécial, pour le relèvement et la pose des câbles, comporte les perfectionnements les plus récents. Un laboratoire très bien installé permet de faire des mesures précises. Quatre cuves peuvent contenir environ 1300 kilomètres de câbles divers.
- —$— M. Stern a fait remarquer, à propos de l’emploi thérapeutique de l’eau chaude, que les applications humides sont parfois
- nuisibles dans les maladies des yeux. Un patient qui a été présenté, » ayant éprouvé pendant cinq jours des douleurs de l’œil droit avec phosphènes, fit des applications avec un mélange d’infusion de camomille et d’extrait de saturne; pour accroître l’effet du remède, le patient laissait baigner le globe oculaire. Cependant les douleurs augmentèrent, et lorsque le patient se présenta à la consultation, les conjonctives étaient rouges, le cercle périkératique injecté, et dans l’hémisphère inférieur de la cornée on voyait une incrustation plombique causée par les compresses. L’acuité visuelle est aujourd’hui d un tiers. L’abrasion n’a pas réussi à faire disparaître l’incrustation. Il faut donc recommander aux patients de ne faire des applications que sur les yeux fermés.
- —@— Un naturaliste de Chicago a découvert dans son jardin une plante qui peut servir à la fois d’ornement et... de boussole! C’est le Silphium lacinalum, qui possède, paraît-il, la propriété d’indiquer le nord et le sud. 11 y a, dit ce savant, une tendance évidente à la direction nord-sud, chez les feuilles de cette plante ainsi que chez celles du Silphium terebintliianiceiim. Ce sont les jeunes plantes qui présentent l’orientation la plus nette.
- —Un des plus beaux saphirs qu’il y ait au monde a été exposé chez un bijoutier de Regent slreet. if vient de Ceylan et il est la propriété du major général Robley. Son poids est de 638 carats; on connaît, à la vérité, des saphirs plus lourds, mais celui-ci est incomparable pour son éclat et sa transparence. D’uiie couleur bleu laiteux, il possède, comme certaines pierres précieuses de Ceylan, la propriété de luire en étoile, ce qui est un avantage fort apprécié, non seulement par les lapidaires, mais par les oculistes. Cela signifie que, taillé en cabochon, et placé dans une lumière favorable, il laisse transparaître une superbe étoile à six pointes, d’éclat opalin, dont la nuance et dont la position changent selon les mouvements du foyer lumineux. Si l’on expose le saphir à deux ou trois foyers lumineux simultanément, îl offre deux ou trois de ces étoiles parfaitement distinctes.
- —On parle d’une bicyclette à moteur à éther, qui serait d’une puissance et d’une légèreté extraordinaires pour un poids total de 25 kilogrammes seulement. Le générateur est un petit cylindre placé debout sous la selle et dans lequel se trouve un tube en spirale entouré d’amiante, ayant 91 centimètres de longueur sur 73 millimètres de diamètre. Il contient Ik*r,800 d’éther chauffé par une lampe à gazoline alimentée par un réservoir placé dans le tube inférieur du cadre. La roue d’arrière fait mouvoir une pompe foulante qui envoie vers le réservoir d’éther un jet de gazoline enflammée; elle est elle-même mise en mouvement par deux pistons placés dé chaque côté de la roue motrice. Après avoir agi sur les pistons, la vapeur d’éther se répand à travers les tubes du cadre de la bicyclette, jusqu’au condenseur, placé au-dessous du guidon, et consistant en un serpentin de 20 centimètres de longueur. Mentionnons, mais faisons toutes nos réserves.
- —Depuis quelques années, on s’est préoccupé d’une cause d’exagération notable dans la quantité d’eau enregistrée par les compteurs. 11 résulterait de nombreuses constatations que l’air qui s’accumule, par suite de circonstances diverses, dans les conduites principales, met le compteur en mouvement, de sorte que l’abonné est amené à payer une quantité d’eau supérieure à celle qu’il a réellement consommée. Divers essais ont été faits en vue d’ecarter cette cause d’erreur et l’on a cherché, notamment, à établir devant le compteur une soupape de décharge automatique, empêchant l’entrée, dans la canalisation domestique,de l’air entraîné par l’eau. En Allemagne, on s’évertue à trouver une solution du problème. A Mannheim, la Compagnie des Eaux vient de mettre à l’essai un système dans lequel, au lieu de chercher à empêcher les accumulations d’air, on essaie de combattre l’action nuisible de cet air sur les indications du compteur. On peut appeler l’attention sur la question, qui mérite d’être examinée.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le nécessaire chimique de M. Trubert est construit par M. Broussard, quai de l’Horloge, 29, à Paris. — L’embrayage à spirale de Lindsay est fabriqué par M. K. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris. — Le distributeur automatique de gaz se trouve chez M. Hour, fabricant d’horlogerie, 7, rue Sainte-Anastase, à Paris.
- Communications. — M. A. Berthier, à Carouge-Genève, à propos de la description du microphonographe donnée dans le n° 1236, du 6 février 1897, p. 145, nous écrit : « J’ai moi-même imaginé, et décrit dans le Cosmos dès 1895, un appareil analogue au microphonographe. Ma Note fut envoyée en juillet 1895, et je m’étais même permis de vous faire hommage du numéro du Cosmos (samedi 5 novembre 1895) qui renfermait la description de mon appareil. Laissez-raoi vous rappeler qu’il s’agit également d’un amplificateur des sons, mais, et c’est en cela que mon invention se distingue de celle de M. Dussaud, les ondes sonores concourant à la reproduction du chant ou de la parole sont seules amplifiées, à l'exclusion de celles appartenant aux bruits parasites. Ce résultat ne peut s’obtenir avec le microphonographe, puisque l’enregistrement et la répétition s’effectuent à l’aide d’un burin ou stylet, dont les frottements sur le cylindre de cire sont loin d’être négligeables. Dans mon photophonographe, la substitution de l’enregistrement photographique à l’enregistrement mécanique permet de laisser complètement de côté les sons parasites; le rayon lumineux glisse sans frottement et sans bruit, soit sur la pellicule négative, soit sur celle positive. Je me permets de vous rappeler, en effet, que je remplace le cylindre de cire par une pellicule (cylindre ou ruban) sensible, enregistrant les variations d’intensité lumineuses produites par les vibrations de la plaque (membrane) faisant office de réflecteur. Pour la répétition, la pellicule se déroule entre une source de lumière et une pile au sélénium placée dans un circuit comprenant une forte pile et un microphone. Dans ma longue note du Cosmos, je signalais encore de nombreuses applications de mon photophonographe. Je disais, entre autres choses, que l’appareil, convenablement construit, permettrait d’une part de reproduire à l’infini, par simple tirage photographique, une mélodie ou un discours; que de plus, on pourrait établir sur le même principe une machine parlante (on pourrait donc non seulement faire entendre les sourds, mais parler les muets). Chaque phonogramme aurait une petite pile au sélénium, faisant partie du circuit des accumulateurs et du téléphone. Ce dernier serait construit de manière à donner une grande intensité aux sons produits.... Enfin, j’insistais sur la possibilité d’établir une machine chantante, donnant la voix humaine beaucoup mieux que le registre ainsi nommé des orgues ordinaires. »
- M. Paul Clerc, inventeur constructeur, 7, rue de l’Estrapade, à Paris, à propos de notre récent article sur Les calorifères et leurs dangers (n° 1248 du 1er mai 1897, p. 338), nous envoie une Notice sur le nouveau système hermétique qu’il construit pour poêles, cheminées, calorifères et foyers de toutes sortes, à charbon, à gaz ou à pétrole, et qui supprime les refoulements et règle les afflux d’air froid. Il consiste à entourer le foyer de plusieurs enveloppes concentriques, pour empêcher l’enveloppe extérieure de rougir. On sait que la tôle et la fonte rougies laissent filtrer les gaz à travers leurs pores, et qu’elles grillent les poussières de l'air, en causant de mauvaises odeurs. On calfeutre hermétiquement tous les joints de l’enveloppe et des conduites, on ferme la cheminée par une plaque obturatrice, bordée de feutre et serrée à vis sur le cadre en cuivre. On place sur le trou de tirage deux clapets ou soupapes, ainsi qu’un régulateur à ailettes, pour résister aux refoulements et aux afflux d’air froid. Les deux clapets d’air reculent dans la boîte, quand il y a afflux d’air, et s’avancent quand il y a refoulement, faisant du poêle une véritable pompe pneumatique, qui aspire
- l’air et les gaz dans le corps de la cheminée, sans qu’ils puissent jamais revenir dans la pièce chauffée. Quand les refoulements sont tout à fait persistants, le clapet de refoulement se maintient en permanence sur le trou de tirage, empêche tout passage de l’air et des gaz, et le feu s’éteint. Le chauffage hermétique donne donc une grande sécurité, en supprimant les émanations empoisonnées des poêles; il est également très économique.
- M. E. Pozzi, à Bergerac, nous adresse un Mémoire traitant des diverses manifestations de l’électricité atmosphérique. Le sujet est trop spécial pour être analysé ici.
- M. P. Ruât, à Marseille, nous envoie une Notice sur le* grottes Monnard. La visite de ces grottes fait l’objet d’une intéressante excursion dans la banlieue de Marseille.
- M. J. Crochet, maire d’Amilly (Loiret), nous écrit, à propos de notre article sur le beurre de coco paru dans le n° 1240, du 6 mars 1897, p, 211, que le produit en question n’est pas du beurre, et que la commune d’Amilly, grâce à ses belles prairies-et à ses nombreux troupeaux, produit un beurre naturel justement renommé. D’après les termes de notre article aucune confusion n’est possible.
- M. A. Marie, à Pont-l’Abbé, M. H. Jouan, à Cherbourg, nous font savoir que le bolide dont il a été question dans la-Chronique météorologique du n# 1248, du 1er mai 1897, n’a pas existé. Le fait, annoncé par plusieurs journaux locaux, avait" cependant été considéré comme sérieux.
- M. E. Durègne, à Bordeaux, nous envoie une Notice sur les-Dunes primitives et forêts antiques de la côte de Gascogne, extraite du Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux.
- Renseignements. — M. Froissart, à Douai. — Pour ce-qui concerne les bambous, vous pourriez vous adresser à la-maison Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie, à Paris.
- M. H., au Mans. — 1° Nous pensons en effet que cette matière est constituée par un bronze, mais nous ne pouvons vous indiquer lequel. — 2° Nous ne connaissons pas cette composition.
- M. P. Lesourd, à Tours. — Nous n’avons pas d’autres renseignements à donner à ce sujet, que ceux déjà publiés.
- M. E. Poirier, àPuerto-Plata. — 1° Nous ne pensons pas que ce gouvernement soit représenté à Paris. — 2° On ne peut encore savoir quelles sont les maisons chargées de ces travaux. — 3° On prépare l’acide carbonique en faisant agir l’acide tartrique sur le bicarbonate de soude.
- M. S. Bergot, à Lannilis. — Il faut vous adresser directement à M. S. Arnaud.
- M. S. M. C., à Auxon. — Nous n’avons pas d’autre adresse
- ue celle indiquée en tête de la Boîte aux Lettres du n° 1245,
- u 10 avril 1897, et qui était exacte.
- M. le Dr Lafage, à Neuilly. — La radiographie de l’homme-momie dont nous avons parlé a été faite par M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. A. J., à Genève. — Pour les pigeons voyageurs, il faut vous adresser au Jardin zoologique d’acclimatation au Bois de Boulogne, à Paris, et à M. P. Mégnin, 2 ter, avenue Aubert, à Yincennes (Seine).
- M. J.-B. Clévenot, à Saint-Dié. — L’alun, l'acétate de plomb, le silicate de potasse, donnent de bons résultats au point de vue de l’imperméabilité ; vous trouverez les formules dans les Recettes et Procédés utiles, lre série, à l’adresse mentionnée plus bas.
- M. A. Niderlinder, à Toulon. Nous avons indiqué plusieurs formules de pâte pour polycopie dans le petit livre désigné ci-dessus et surtout dans le volume 4e série ; nous ne connaissons pas la formule que vous demandez.
- M. F. Andreu, à Mahon. — 1° Remerciements pour l’envoi du journal. — 2° La transmission par poulies à friction Evans est employée dans diverses installations par M. E. Bour-dilliat, ingénieur à Grenoble.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. C. C., à X.
- Regrets de ne pouvoir vous répondre directement sur la valeur des triplettes dont vous parlez. — M. Darnis, à la Réole. Remerciements pour votre communication ; nous ne pouvons mentionner le fait dont il est question. — M. H. D., à Troyes. Nous n’avons pas de renseignements sur ce système. — M. E. Veiga, à Lisbonne. La préparation de ces cylindres est tenue secrète. — il/. E. G. B., à Pans. Nous n’avons pas d’autres détails sur ce moteur. —M. G. Rolland, à Bordeaux. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lro série, à la librairie Masson et Gie, à Paris. —M. X., à la Manufacture de Saint-Etienne. Cette recette est donnée dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 4a série, à la même adresse que ci-dessus.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, maris elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES J^ENTIFIQUES.
- PETITES INVENTIONS1 *
- Allnmoir électrique. — Il serait difficile de savoir le nombre exact de modèles d’allumoirs électriques qui existent aujourd’hui. Et ils sont tous fondés sur le même principe. Par
- lame tranchante (n# lj contre laquelle vient se déplacer une lame inférieure inclinée. En appliquant la lame tranchante sur une branche, on a déjà un point d’appui, ce qui facilite la manœuvre. La lame inférieure est portée sur une tige reliée, comme le montre la figure, par deux petits leviers aux branches qui forment la poignée de l’appareil. Le maniement de ce séca-
- Allumoir électrique. — 1. Vue extérieure. — 2. Vue intérieure.
- une manœuvre quelconque on ferme le circuit d’une batterie de iles sur une bobine et à la rupture l’étincelle qui jaillit en-amme une mèche de lampe. En général l’étincelle se produit au moment où le balai métallique vient frotter contre la lampe qui reste fixe. Dans le nouvel appareil, le balai est fixe et c’est la lampe qui se déplace, entraînée par une petite chaîne. Le fumeur peut ainsi allumer plus aisément son cigare ; c’est là un avantage qui n’est pas négligeable. — L’allumoir électrique esf chez M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris.
- Nouveau porte-bouteilles.' — On n’a parfois qu’une ou deux bouteilles à porter ; il n’est pas nécessaire pour cela de prendre un grand panier où le plus grand nombre des cases restent vides. L’appareil que nous mentionnons convient alors parfaitement. 11 est formé (n° 1 ) d’une tige centrale repliée en
- Nouveau porte-bouteilles. — 1. Vue de l’appareil. — 2. Usage.
- deux parties à l’extrémité inférieure et portant dans le haut une anse large. Dans cette dernière sont passés deux anneaux. Il suffit alors d’appuyer la bouteille dans la base repliée et de la maintenir en haut par un anneau. Cet appareil est à la fois très simple et très portatif. — Le nouveau porte-bouteilles se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- lTn sécateur. — Un bon sécateur est nécessaire au jardinier et à l’amateur-jardinier pour supprimer des arbres ou arbustes les branches à demi mortes qui ne portent aucune feuille ni aucun fruit et fatiguent inutilement l’arbre. La plupart des sécateurs connus jusqu’ici offrent beaucoup d’inconvénients au point de vue pratique. Celui que nous présentons mérite de fixer quelques instants l'attention. II est formé d’une
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- OIETRICH
- Sécateur. — 1. Détails de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- teur est doux, et celui-ci nous semble de nature à être apprécié dans les jardins. — Le sécateur est en vente à la même adresse[ que le nouveau porte-bouteilles. . .
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- . Charbons de tourbe. — M. Rosendahl a récemment indiqué un procédé pour transformer la tourbe en charbon. La toürbe brute est introduite dans des cornues en fonte fermées hermétiquement et munies de robinets qu’on laisse ouverts pendant qu’on chauffe les cornues jusqu’ù 250 degrés. A ce moment on ferme les robinets et on maintient la température constante pendant sept heures. Les goudrons et tous les produits volatils restent dès lors emprisonnés dans le coke produit par cette distillation, et l’on obtient un charbon représentant environ 80 pour 100 du poids de la tourbe emmagasinée dans la cornue. D’après les analyses effectuées au laboratoire de l’Ecole normale de Christiania, la composition moyenne de ce charbon est de 65 pour 100 de carbone, 16 pour 100 d’oxygène, 6 pour 100 d’hydrogène, 3,7 pour 100 d’eau et, chose remarquable, 5 pour 100 seulement de cendres. Il a une capacité calorifique de 6500 calories, soit environ celle d’une houille de moyenne qualité ; par contre son prix de vente ne dépasse pas 7,r,75 la tonne, tandis que celui d’une houille équivalente est au moins de 20 à 25 francs. Les essais faits aux usines Krupp ont montré que ce charbon convient très bien aux opérations métallurgiques; il se prête aussi au chauffage des poêles d’appartements. Une société a été constituée en Norvège pour l’exploitation du procédé.
- Essais de nouveaux alliages pour la fabrication des monnaies aux Etats-Unis. — La Monnaie de Philadelphie a reçu ordre de procéder à des essais, pour s’assurer des nouveaux alliages qu’on pourrait utiliser à la fabrication des monnaies divisionnaires. Naturellement, on a songé tout d’abord à l’aluminium, qui fait beaucoup parler de lui depuis quelque temps, et dont on vante particulièrement la légèreté, pour cette application nouvelle. Le Dr D. K. Tuttle, chimiste à la Monnaie de Philadelphie, est quelque peu sceptique au sujet de ce métal, notamment à cause de la difficulté qu’on rencontre pour lui faire subir le recuit ; il croit qu’il sera malaisé de le laminer en longues feuilles, comme on doit le faire pour les pièces de monnaie ; enfin il n’estime pas que ce métal puisse permettre un monnayage rapide et courant. Le nickel pur sera également soumis à des expériences; mais, en Suisse, on en a déjà essayé, et on a pu constater qu’il n’est nullement pratique : l’opération est lente et coûteuse, par suite de la grande chaleur à laquelle il faut soumettre le nickel pour le monnayer. Cette considération n’est pas négligeable aux Etats-Unis, où la frappe doit être intense. On essayera aussi le bronze d’aluminium, qui est malheureusement très dur à travailler, et dont l’apparence ressemble trop à celle de l’or; enfin on n’oubliera pas l’alliage de cuivre et de zinc connu sous le nom d’argent allemand, qui semble donner pleine satisfaction dans un des petits Etats de l’Amérique du Sud.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Animaux de France utiles ou nuisibles. Vertébrés, par MM. Clément et Troncet. 1 vol. in-8°. — Paris, librairie Larousse, 1897.
- Dans ce petit ouvrage, MM. Clément et Troncet ont passé successivement en revue le plus grand nombre des animaux qui vivent en France, en les réunissant par genres. En tète de chaque chapitre, ils ont donné la liste des espèces, et des indications sur les formes et dimensions de la plupart des animaux. Ils ont donné suffisamment de détails pour que leur ouvrage soit regardé comme une faune assez complète des vertébrés de France.
- Règlement ayant pour objet de prévenir les abordages en mer (d«21 février 1897). Marine nationale. 1 brochure in-8°. — Paris, Librairie militaire de L. Baudoin. Prix : 50 centimes. 1897.
- Congrès international des pêches maritimes, d'ostréiculture et d'aquiculture marine, organisé par la ville, des Sablesr d'Olonne, souï l'initiative de la Société l’Enseignement professionnel et technique des pêches maritimes, du 5 au 7 septembre 1896. Comptes rendus des séances, publiés par M. Amédée Odin, secrétaire général, et M. Marcel Baudoin, secrétaire général adjoint, 1 vol, in-8°. Paris, Institut international de bibliographie scientifique. Prix : 15 fr.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 3 mai. . . . 8®,0 N. E.l. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 10 h. à peu près ; couvert ensuite ; halo.
- Mardi 4 ...... 9°,2 N. W. 3. Beau. 0,0 Nuageux de 8 à 18 h. ; beau avant et après.
- Mercredi 5 8°,0 S. S. W. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 9 h. ; puis nuageux; couvert de 16 à 21 h. ; beau ensuite ; pluie dans la soirée.
- Jeudi 6 8®, 7 W. N. W. 2. Très nuageux. 1,4 Beau jusqu’à 6 h. et après 16 li. ; nuageux le reste du temps ; quelques averses ; gelée blanche ; halo. Beau jusqu’à 10 n.; couvert ensuite; qq. coup» de tonnerre au S. W. à 17 h. 30; gelée blanche ; halo.
- Vendredi 7 6®,6 S. W. 2. Beau. 0,5
- Samedi 8. . . . . . 9®,9 S. E. 1. Couvert. 1,0 Quelques éclaircies le matin ; couvert le soir ; gouttes vers 21 h. 30.
- Dimanche 9 . . . . 11®,9 W. N. W. 3. Couvert. 0,0 Couvert le matin; puis nuageux; beau après 17 h.; halo ; quelques traces de bruine.
- MAI 1897. — SEMAINE DD LUNDI 3 AD DIMANCHE 9 MAI.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à L’abri à boule, sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faîtes au Parc-S)aint-3laur en avril tS»î
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 754""”,8 5 ; minimum 731““,30 le 1*' à
- 4 heures du soir; maximum 768'““, 81 le 13 à 11 hcuresMu soir et à minuit.
- Moyennes thermométriques : des minima 3°,59 ; des maxiina 14°,69 ; du
- mois 10°,04; moyenne vraie des 24 heures 9°,51. Minimum —1°, le 3 à
- 5 heures et demie du matin, un seul autre jour de gelée — 0°,1 le 9 ; il y a 9 jours de gelée blanche. Maximum 23°, 1 le 27 à 2 heures du soir et le 29 à 3 h. 40 du soir.
- Tension moyenne de la vapeur 6””,60; Minimum 5mm,l, le 5 à midi. Maximum 11““,9 le 26 à 4 heures du soir. Humidité relative moyenne74; Minimum 30 le 24 à 2 et 4 heures du soir; Maximum 100 en 8 jours.
- Pluie 101““,1 en 85 heures réparties en 18 jours; la plus forte pluie a donné 24““,5 par une journée de grand orage dont nous parlerons tout à l’heure; pluie 19'“”,0,1e 30 aussi pendant un fort orage. Il y a eu deux jours de neige qui n’a pas persisté sur le sol. Le 1” à midi et le 6 à 7 heures du matin deux jours de faible grêle.
- Brouillard de 80” le 9 par un temps clair mais qui s’est couvert peu après ; èt partiel sur la Marne le 16. La nébulosité moyenne a été 67 ; pas un seul jour de temps clair.
- Il y a eu 7 jours de tonnerre ; le 2 avec neige abondaute et grêle à midi, le 5 un coup de tonnerre isolé à 3 heures du soir. Le 7 entre 2 heures et demie et 4 heures du soir l’orage passe au nord. Le 2tï, violent orage de 2 heures et demie à 3 heures trois quarts, à 5 heures et demie la foudre est tombée en deux fois distinctes sur les deux gouttières d’une remise en bordure sur la voie publique, avenue des Ailantes, 51, à 50 mètres à l’ouest de l’übservatoire ; elle brise les gouttières, s’enfonce dans le sol en suivant
- les tuyaux à gaz qu’elle déchire à 1 mètre en sous sol. Le 22 tonnerre lointain avec un peu de pluie. Le 29 orage à 8 heures dn soir; il passe sur Paris et se dirige au nord-est ; éclairs toute la nuit. Le 30 grand orage zénithal de 2 heures à 3 heures et demie du soir. Le 27 au soir il a éclair e au sud-ouest.
- Vents dominants du sud-sud-ouest au sud-ouest; puis du nord-nord-ouest au nord-est. Il a souillé fort du sud-ouest dans la journée du 14 et du_côtè opposé dans la matinée du 24.
- Température de la Marne, moyenne 11° ,00; elle a varié de 7®,93 le 8 à .15°,58 le 30; son niveau n’a pas beaucoup varié; il a été le plus haut de 4 mètres environ du 9 au 13 ; presque toujours trouble, elle ne s'est éclaircie un peu qu’à la fin du mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’avril 1897 présente les résultats suivants : baromètre plus bas de 0““,06 ; thermomètre plus bas de 0°,40. Tension de la vapeur plus forte de 0““,53 ; humidité relative plus forte de 4 à 5; pluie plus forte de 59””,7, à peu près 2 fois et demie plus forte que la moyenne ordinaire. Nébulosité plus forte, de 13.
- Ce mois a été "froid au commencement et chaud à la fin et très orageux ; je ne connais que 1894 qui ait présenté le même nombre de jours de tonnerre.
- Fleuraisons : le 8, Lilas; 13, Marronnier d’Inde ; 14, Pommier; 17, Rhubarbe; 23, Epine-vinette,Renoncule bulbeuse, Ancholie, Coignassier ; 25, Aubépine, Pivoine en arbre ; mais il y a eu de plus avancées dans d’autres jardins ; 26, Marronnier à fleurs rouges, Renoncule âcre ; 29, Epine à fleurs rouges, Palémoine bleue ; 30, Julienne simple.
- On a entendu le rossignol le 7; le pic-vert le 26; la tourterelle le 28. Ou n’a vu passer que quelques rares hirondelles dans tout le mois.
- PHASES DE LA LUNE ; P. Q. le 9, à 9 h. 46 m. du soir.
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- il N° 1251 (22 mai 1897), du journal c< LA MATURE »
- ' M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE L’ADMINISTRATION. — L’échéance du 31 mai étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les ; abonnés dont l’abonnemeut se termine avec le numéro du 29 mai (n* 1232) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le moa-< tant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départe- nients, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n’auront pas avant le 3 juin renom el* ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales > (2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à Ha Rédaction de « LA. NATURE », 120, Boulevard Saint-- Germain, à Paris.
- INFORMATIONS
- —— Les trois saints de glace, saint Mamert, saint Pancrace et saint Gervais, ont été bien durs cette année pour les cultivateurs. Il a fait froid ; il est tombé de la neige et dans le Midi le thermomètre est descendu à —5°. Les légumes, les primeurs et les vignes ont été gelés : c’est un désastre dans certaines régions. La moitié des récoltes est gelée aux environs de Paris. On a relevé 10 centimètres de neige aux environs du Puy, dans la région du Mézenc. Les 11, 12 et 13 mai ont donc été très froids <conformément à la tradition populaire. Heureusement que le fait ne se produit pas tous les ans et qu’il est même assez rare que les saints de glace se montrent si rigoureux. L’abaissement de température ne correspond pas d’ailleurs toujours, il s’en faut, aux trois dates fatidiques et il n’est pas si accentué que cette année. Le commencement du mois de mai en 1897 a ôté particulièrement froid partout.
- —©— Un célèbre astronome anglais, le professeur Edouard James Stone, est mort le 11 mai 1897, à l’âge de soixante-six ans, à Oxford, où il dirigeait l'observatoire Radlhilfe.
- —Triste épilogue à la catastrophe du 4 mai fourni par le Bulletin de la statistique municipale. Le Bulletin ènregistre pour l’avant-dernière semaine 132 décès par mort violente, dont 121 causés par l’incendie de la rue Jean-Goujon. Ce chiffre se décompose comme il suit : Morts pendant l’incendie, 106. Morts à l’hôpital ou à domicile «les suites de l’incendie, 10. Morts pendant l’incendie et non encore identifiés à la date du 8 mai, 5. Voici le sexe et l’âge des 116 per--sonnes reconnues : De 2 à 9 ans, 1 décès masculin, 4 féminins; de 10 à 19 ans, 1 masculin, 6 féminins; de 20 à 39 ans, 1 masculin, 37 féminins; de 40 à 59 ans, 39 féminins; de 60 et au-dessus,
- masculins et 21 féminins. Au total, il y a eu 110 victimes appartenant au sexe féminin et seulement 6 appartenant au sexe mas--culin. Et parmi ces dernières, 2 sont des jeunes garçons, 3 des vieillards et 1 seulement un adulte dans la force de 1 âge. Cette liste funèbre s’allongera encore un peu, car quelques personnes grièvement Urûlées sont mortes depuis ; d’autres aussi ont été atteintes de folie.
- —®— On affirme que l’enquête judiciaire conduite parM. Ber-tulus, juge d'instruction, dans la catastrophe de la rue Jean-Goujon, aurait révélé comment le feu avait été mis au Bazar. M, Bellac, qui s’occupait du cinématographe, s’étant aperçu que la lampe était insuffisamment alimentée, aurait pris un récipient plein d’éther pour charger le réservoir de liquide. M. Bazaschoff, qui l’aidait, l'aurait éclairé avec une allumette et les vapeurs d’éther se seraient enflammées. La cause de cet épouvantable drame ne serait imputable qu’aux deux expérimentateurs et non à l’appareil. Le feu -aurait pris comme il prend souvent quand une ménagère imprudente remplit sa lampe d’essence de pétrole le soir dans le voisinage d’une flamme.
- —®— Les officiers de paix de tous les arrondissements de Paris ont reçu une note de la préfecture de police leur prescrivant de •dresser dans les vingt-quatre heures une liste de toutes les maisons où peuvent, à un moment donné, se trouver réunies un grand nombre •de personnes, tels que hôtels, brasseries, bains, ateliers, magasins,
- bureaux, usines, etc., etc., avec la mention des issues qui y existent. Les endroits n’offrant pas la sécurilé nécessaire en cas d’incendie seront l’objet d’une enquête spéciale et des mesures amiables seront prises pour arriver à des modifications.
- —Plusieurs aérophiles ont été lancés le 13 mai 1897 par MM. Besançon et Hermite. Le ballon-sonde aérophile n° 3, parti à 3h 30 du matin de l’usine à gaz de la Villette, a atterri à 4 heures du soir à Castellato, près de Milan, après avoir accompli l’un des plus grands voyages aériens imaginables et atteint l’altitude très probable de 20600 mètres. L’aérophile n0 4, parti à 4 heures de l’après-midi, est tombé à Dicy (Yonne), à 6 heures du soir.
- —@— A l’occasion du troisième lancer international de ballons-sondes, une plaque commémorative des ascensions françaises du ballon-sonde VAérophile, qui atteignit 16 000 mètres, le 20 octobre 1895, a été posée le 13 mai 1X97 sur le mur de la chambre des compteurs de l’usine à gaz de la Villette, à Paris.
- —tf)— L’office sanitaire impérial d’Allemagne vient de publier le résultat des observations faites par le professeur Koch, qui était allé, à la tin de l’année dernière, étudier sur place la marche d’une épidémie de lèpre constatée à Memel et aux environs. Celte maladie y aurait été importée depuis 1870 par suite du trafic important de Memel avec les provinces baltiques. Jusqu'au mois de septembre 1896, il a été constate 27 cas, dont 25 appartiennent à la forme tubéreuse, 1 à la forme anesthétique et 1 à la forme mixte. 17 malades sont déjà morts ; des 10 survivants, 4 se trouvent dans les hôpitaux et 6 dans leurs familles. La période culminante de l’importation et de la propagation du fléau doit être placée entre 1882 et 1890. La contagion paraît surtout résulter de la cohabitation prolongée dans des locaux étroits, notamment du couchage en commun et peut-être aussi de l’usage de vêtements infectés. Elle peut aussi se produire par les sécrétions purulentes des ulcères et par les déjections. La transmission héréditaire n’a pas été démontrée jusqu’à présent, mais aucune guérison n’a été obtenue. La durée de la maladie varie de cinq à dix années. Depuis le départ du professeur Koch, deux autres cas ont été découverts dans le cercle de Memel. Les journaux ont annoncé également le décès d’un lépreux à Francfort-sur-l’Oder ; l’origine exotique de ce cas ne ferait aucun doute : il s'agirait d’un jeune Allemand né et élevé à Porto-Alegre (Brésil).
- —©— La Fédération colombophile de France a organisé de grands tournois colombophiles qui ont déjà commencé et se poursuivront dans les villes ci-après : le 16 mai, Nantes à Paris ; le 23 mai, Evreux à Paris; le 30 mai, Caen à Paris; le 9 juin, Cherbourg à Paris. D’importants prix doivent être attribués pour chacune de ces épreuves.
- —Les chemins de fer, en Amérique, mettent en circulation, sur leurs lignes, dans certains trains, des wagons spéciaux pour les enfants. Ces voitures, appelées nursery-cars, sont composées d’une salle à manger, d’un cabinet de toilette, d’une salle de bains et d’une grande pièce meublée d’une demi-douzaine de lits et de berceaux, c’est le dortoir. C’est aussi dans ce dernier compartiment que peuvent s’ébattre les enfants durant la journée. A cet effet, le plancher est recouvert d’un épais tapis et les parois de la voiture sont capitonnées, pour éviter que les bébés ne se blessent en tombant. Une chambre spéciale est réservée à la « bonne » qui doit veiller, aux frais de la Compagnie, sur tout ce petit monde pendant le voyage et remettre chaque enfant à qui de aroit quand on est arrivé à destination. Elle est en outre chargée de tous les autres soins et notamment de l’alimentation de sa crèche roulante : à l’un, elle donne le biberon, à l’autre la bouillie, tandis que les plus grands prennent leur repas à table dans la salle à manger.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. A. Lalbie, principal au collège de Villeneuve-sur-Lot, nous écrit pour nous rappeler avec raison que les photographies que nous avons publiées dans notre récent article Notes sur le Foot-Ball (n° 1249, du 8 mai 1897, p. 562), sont des photographies de lui, qu’il avait bien voulu nous adresser, et qu’il avait faites alors qu’il ét;iit principal du collège de Saintes. Elles représentent les élèves de ce collège jouant au foot-ball contrôle Sport athlétique bordelais, le 3 février 1895.
- M. E.-A. Martel, notre collaborateur bien connu, relève une phrase dans l’article sur les grottes de Rancogne (n° 1249, du 8 mai 1897, p. 559) où il est dit que les fosses de la forêt de Bracome et le régime hydrologique du pays sont une inconnue attirante. M. Martel répond qu’il a dégagé une partie de cette inconnue dans son exploration d’avril 1893. Le chapitre xxi, p. 378-386, de son livre Les Abîmes explique ce qu’il a vu et ce qui reste à faire, entre les pertes du Bandiah-Tardirre, et la source de la Touvre. Quelques déblaiements résoudront le problème.
- il/. G. Sagnac, à Paris, nous envoie un opuscule traitant des Illusions de la vue qui accompagnent les défauts d’accommodation; il est extrait du Journal de Physique, aviil 1897.
- M. L. Samenhof, à Grodno (Russie), nous a fait parvenir une lettre circulaire relative au choix d’une langue internationale.
- M. le Dc Mario Migneco, à Cat3ne, nous adresse une brochure ayant pour titre : Considerazioni ed Appunti sul Cane Cirneco.
- Renseignements. — M. Nadir, à Péra. — Il ne s’agit pas d’un remède spécial; relisez notre article.
- M. Juan Rsalasd, au séminaire de Concepcion (Chili). — Les beaux échantillons que vous nous avez adressés et dont nous vous remercions sont des tiges d’encrines et constituent des fossiles jurassiques.
- M. J. Collart, à Paris. — Nous avons parlé de la lune rousse dans la Boîte aux lettres du n° 1247, du 24 avril 1897.
- M. le comte d’Aucourt, à Montfort-l’Amaury. — Nous croyons que la dynamo n° 2 vous donnera toute satisfaction.
- M. L. Desobry, à Avon. — Nous avons reçu votre lettre et nous avons pris connaissance de votre objection ; mais il faut considérer que le verre s’écoulera par son propre poids.
- M. Brion, à Paris. — Il n’existe réellement pas de moyen sérieux pour combattre ce défaut.
- il/. H. Hammarlund, à Svangsta (Suède); M. de Lalieux de la Rocq, à Jeluy-Arqueunes (Belgique). — Vous pouvez consulter l’ouvrage du Dessécliage des fruits, par MM. Nanot et Tritschler, à la librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob à Paris. ’
- M. W. Hambachizé, à Paris. — Il n’y a pas à ce sujet d’autre ouvrage que celui que nous indiquons ci-dessus et que vous connaissez déjà.
- M. A. Pailhès, à Daumazan (Ariège). — Nous ne pouvons vous indiquer de systèmes semblables à ceux que vous désignez ; mais nous avons décrit le paratonnerre de la Tour Saint-Jacques, dans le n° 1229, du 19 octobre 1896, p. 37. Cet appareil a été établi par la maison Mildé, 60, rue Desrenaudes, à Paris.
- M. Ed.Magnier, à Thénac, près Saintes. — Calorifères à eau chaude avec ou sans pression : M. R. Gandillot, 143, boulevard Pereire; MM. Lebœuf et Guion, 14, rue des Meuniers; MM. Gour-velle et Arquembourg, 71, rue du Moulin-Vert, à Paris.
- M. R. B. L., à Pans. — 1° Nous ne pouvons vous renseigner. 2° Voyez les annonces et le dictionnaire de Bottin. — 3° Il serait nécessaire de faire l’analjse de ce précipité pour pouvoir vous répondre.
- il/. P. Skousi, à X. — Nous avons décrit la turbine Parsons dans le n° 768, du 18 février 1888, p. 187, la turbine Laval dans le n° 1083, du 3 mars 1894, p. 209, et le moteur Filtz dans le n° 1235, du 30 janvier 1897, p. 131.
- M. Ch. Barthélemy, à Alger. — Pour ces divers ouvrages, il faut vous adresser à la librairie du journal de la Marine Le Yacht, 55, rue de Châteaudun, à Paris.
- M. E. Hennequel, à Paris, — Celte alimentation n’est pas possible.
- M. F. F., à Nîmes. — Ces produits sont également dangereux pour la consommation.
- M. P. Gay, à Paris. — Nous ne savons pas si cette opération peut se pratiquer; mais veuillez vous renseigner auprès de M.Vérel, 19, rue Saint-Merri, et de M. P. Topart, 141, rue de Rennes,à Paris.
- M. Saclier, à Verdun-sur-le-Doubs. — Tubes en acier pour vélocipèdes : M. Brunon, à Rive-de-Gier (Loire) ; Société des corps creux, 89, rue de Richelieu, et M. Dieppedalle, 4, rue Pajol, à Paris.
- M. Bonne fis, à Valence-d’Agen. — Les champignons que vous nous avez envoyés sont arrivés en très mauvais état. Il nous est du reste impossible de faire déterminer leur espèce.
- M. J. Plassard, à Paris. — On passe une légère couche de benzine; le caouchouc peut alors se décoller. La benzine s’évapore ensuite et le caoutchouc reprend son état normal.
- M. P. T., à Auteuil. — Nous avons indiqué dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 2° série, un procédé de fabrication de pâtes et de papier à base d’amiante qui pourrait peut-être vous servir.
- M. Actuarius, à Bruxelles. — Il est probable que la plombagine n’était pas en couche assez épaisse à l’endroit où le cuivre ne s’est pas déposé.
- M. C. I. P., à Angoulème. — La quantité de carbonate de soude à employer varie suivant la qualité de l’eau ; il faut faire des essais. On ne doit jamais employer d’acide.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. D. R., ,h Lunéville. Il serait indispensable de faire un grand nombre d'expériences pour déterminer le coefficient de traction. — M. E. Pur pan à Bordeaux. Nous avons reçu votre lettre et nous vous remercions de votre proposition ; mais le sujet est un peu spécial pour nos lecteurs. — M. L. S, à X. Remerciements pour votre communication. — M.A. Tohac, à X.; M. G. Monjo, à Alger. Nous n’avons pas, pour le moment, d’autres renseignements que ceux déjà publiés.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pour noircir le cuivre. — On peut avoir à donner au cuivre une patine brune ou allant jusqu’au noir absolu. Pour cela, dissolvez une partie de nitrate de cuivre dans deux parties d’ammoniaque d’une densité de 0,96, en maintenant la solution froide; vous nettoyez soigneusement l’objet puis vous l’immergez dans le liquide. Une légère attaque le brunira, une immersion de quelques heures le fera passer au noir absolu. Si la teinte est trop foncée, vous traitez avec de l’acide chlorhydrique dilué, en piocédant peu à peu. Pour donner du brillant, on frotte ensuite avec un peu de cire ou de vaseline.
- Un nouveau papier tue-mouches. — MM. Gox frères ont fait breveter récemment une nouvelle formule de papier tue-mouches, que nos lecteurs pourront utiliser, au retour de la saison chaude, pour leur usage personnel s’entend, puisqu’il s’agit d’un brevet. On prend 12 parties de résine qu’on met dans lü d’huile de lin bouillie à consistance très épaisse, puis on y ajoute 4 parties de-miel, 1 de glycérine, et on enduit des feuilles de papier qu’on laisse sécher.
- Pour rendre imperméables les récipients en bois. — Pour obtenir des récipients en bois imperméables en même temps qu’inattaquables aux acides, on recommande, avec raison, l’emploi de la gélatine bichromatée. Or, voici un moyen extrêmement simple de former l’enduit voulu. On commence par étendre sur les parois du récipient une couche de colle forte chaude, ni trop liquide, ni trop épaisse; ce n’est pas autre chose que de la gélatine. Il faut ensuite l’imbiber d’une solution de bichromate : dans ce but il suffit de prendre quelques centimètres cubes de cette solution et de les promener dans le récipient, de manière que le liquide vienne en contact avec toutes les parties enduites de colle. On agit ainsi à plusieurs reprises, puis on expose le récipient à la lumière, après avoir vidé la solution qu’il contenait. Quand la gélatine a pris une teinte brunâtre, elle est devenue insoluble, et le but poursuivi est atteint.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandes, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à révondre à toutes les questions, ni a insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- PETITES INTENTIONS*
- Nouvelle cuvette verticale à développer. — La
- cuvette verticale de M. Malien est d’une grande simplicité.
- Cuvette verticale. — 1 et 2. Détails. — 3. Supports. 4. Vue d’ensemble.
- Elle se compose de deux plaques de mica réunies à leur partie inférieure et sur les côtés par des tubes appropriés qui forment une ferme'ure hermétique (nos 1 et 2) et assurent l’étanchéité. Il suffit ensuite de la reposer sur deux pieds latéraux (n° 5) et l’on a (n° 4) une cuvette verticale dans laquelle on déplace facilement un cliché à l’aide d’une pince spéciale. Le montage et le démontage de cette cuvette ne demandent que quelques secondes. Elle est incassable, de volume très réduit, et permet de suivre très facilement le développement du cliché. — Pour tout ce qui concerne cette cuvette, s’adresser à M. Malien, 19, avenue Victor-Hugo, à Paris.
- Tube lance-fleurs. — Nous sommes dans le mois des fleurs, il faut des fleurs partout. Il est facile d’en jeter avec le petit appareil que nous décrivons. Mais les fleurs employées sont des fleurs artificielles avec une queue leur permettant de s’attacher facilement sur l'objet qu’elles touchent.
- Tube lance-fleurs. — 1. Vue du tube. — 2. La fleur. 3. Mode d’emploi.
- L’appareil employé est un tube(n° 1), dans lequel on introduit la fleur par la queue teigneuse (n° 2). On l’enfonce autant que possible et on souffle ensuite dans le tube du côté où elle a été introduite. La fleur va se fixer sur la personne que l’on a visée fn° 3). —Le tube lance-fleurs se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- Appareil A reposer les plumes. — On est souvent embarrassé de sa plume à son bureau, si l’on n’a un appareil spécial pour la placer. On la pose sur le bord du bureau, de la
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- table. Elle répand de l’encre partout, elle tombe, etc. Le petit appareil que l’un voit en 1 est formé d’une série de lamelles de buvard serrées et juxtaposées en grand nombre. Il suffit de fixer la plume verticalement ; elle se tient et en même temps
- Appareil à reposer les plumes.
- 1. Vue d’ensemble. — 2. L’sage.
- laisse écouler l’encre dont elle était pourvue. — L’appareil à reposer les plumes se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Erratum. — L’allumoir électrique, le nouveau porte-bouteilles et le sécateur dont nous avons donné la description dans les Petites inventions du n° 1250, du 15 mai 1897, se trouvent chez M. P. Renaut, 45, boulevard de Strasbourg, à Paris. Nous avons indiqué d’autres adresses par erreur.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Le nettoyage des filtres. — Si vous voulez boire de l’eau ure, exempte des mille souillures qui peuvent être des agents e transmission morbifique, il faut filtrer votre eau; non pas avec le vieux filtre de jadis, à gravier, à charbon, qui finissait ar recueillir plus de germes et de moisissures que si l’on avait u l’eau à même la source. Par filtrage, il faut entendre les filtres en porcelaine, Chamberland ou autres, capables d’interdire aux moindres microbes le passage à travers les pores de la bougie. La plupart des appartements de Paris et des grandes villes sont aujourd’hui pourvus de ces appareils ; leur valeur stérilisante a été reconnue expérimentalement et démontrée sans conteste. Mais il faut savoir, et ne pas l’oublier, que le filtre finit par recéler dans ses pores tous les germes qu’il arrête au passage. Il est donc nécessaire, indispensable de procéder au nettoyage de la bougie, si l’on veut assurer d’une part la filtration régulière et en quantité suffisante, et d’autre part l’absolue stérilisation de l’eau filtrée. Quel est le meilleur moyen de stériliser ces bougies de porcelaine ? Dans un travail expérimental fort intéressant, le ür Vincent a étudié les divers procédés, leur valeur comparative, et il conclut qu’au point de vue de la stérilisation, le plus efficace est l’exposition à la chaleur sèche à 275°, 500°, comme la température du four des boulangers. Viennent ensuite par ordre décroissant : l’usage de l’hypochlo-rite de chaux avec lavage à l’acide chlorhydrique; la chaleur sèche à 200° ; l’étuve à vapeur d’eau sous pression ; le permanganate de potasse, avec lavage au bisulfite de soude; l’ébullition dans l’eau pendant un bon quart d’heure et mieux encore dans l’eau additionnée de 20 pour 100 de carbonate de soude ; la soude caustique à 5 pour 100; les acides minéraux au cinquième; enfin le permanganate de potasse à 5 pour 100 en simple immersion. Les moyens sont nombreux et notez que même celui qui est classé le dernier comme valeur a, en pratique, une valeur réelle. Pour les grands établissements, pour les appareils de filtration en grand, il est clair qu’on pourra choisir à volonté parmi ces différents moyens, en prenant, autant que possible, le meilleur. Mais, dans un ménage, comment procéder? La chose est bien simple. D’après ces expériences, c’est la chaleur à 200° et plus qui donne les meilleurs résultats; il ne vous est pas facile de porter votre bougie chez le boulanger; mais en combinant divers moyens vous pouvez arriver à une stérilisation absolue. Ayez, cela va sans dire, deux bougies, de façon à ne pas interrompre votre amenée d’eau pure, pendant que vous procéderez au nettoyage de l’autre. Changez les bougies chaque semaine, un peu plus souvent
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- quand, au lieu d’eau de source, on vous envoie, comme en été, de l’eau de rivière, trouble et malpropre. Commencez parfaire i nmerger et bouillir, un quart d’heure durant, votre bougie, dans de l’eau contenant 200 grammes par lit- e de sous-carbonate de soude (les cristaux de soude qu’on trouve dans toute les cuisines); lavez votre bougie à grande eau bouillante, à plusieurs reprises, et quand votre bougie aura passé par plusieurs bains de cette nature, mettez-la sur un support dans le four de votre fourneau de cuisine pendant une heure ou deux au moment du coup de feu du déjeuner ou du dîner. Si la température n’atteint pas celle d’un four de boulanger, elle est assez élevée pour tuer les germes qui auraient échappé à l’action de
- l’eau bouillante à 103° comme est la température de l’eau saturée de carbonate de soude. Pour les craintifs, et pour ceux qui tiennent à une stérilisation plus absolue, il faudrait, entre ces deux opérations, du lavage à l’eau alcaline et de l’étuve, laver la bougie à la solution de permanganate de potasse à 5 pour 100, la laisser immerger une heure dans ce liquide, la laver à la solution de bisulfite de soude. Ce sont en somme des opérations qui n’offrent rien de bien compliqué ; mais il faut retenir que, pour la pratique, si le lavage de la bougie est fait régulièrement tous les 7 à 8 jours avec de l’eau bouillante, on a grandes chances de détruire tous les germes nocifs et de ne boire que de l’eau parfaitement pure et exempte de microbes.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49-,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES RU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 10 mai . . . " 8°,1 S. 1. Peu nuageux. 0,0 Beau jusqu’à 6 h. ; puis nuageux; couvert après 19 h. ; gelée blanche ; halo et parhélie de droite.
- Mardi 11 7°,1 N. N. W. 4. Très nuageux. 0,5 Couvert jusqu’à 5 h. ; puis nuageux ; beau après 16 h. ; quelques éclaircies à 24 h. ; pluie à plusieurs reprises.
- Mercredi 12 ... . 5°,H N. N. W. 2. Couvert. 0,5 Très nuageux jusqu’à 20 h. ; beau ensuite ; plusieurs averses et un peu de grêle à 9 h. 45; gelée blanche.
- Jeudi 13 6°,3 N. 3. Quelques nuages. 0,5 Beau jusqu'à 6 b. et de 20 à 23 h. ; très nuageux le reste du temps.
- Vendredi 14 ... . 5°,0 S. 1. Presque couvert. 0,0 Presque couvert de 4 à 12 h. ; nuageux ensuite jusqu’à 18 n. ; beau à 1 h. et après 18 h. ; gelée blanche.
- Samedi 13 8°,5 N. E. 2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 13 à 17 h. ; beau avant et après; gelée blanche ; halo lunaire.
- Dimanche 16. . . . 9°,1 N. N. E. 3. Très nuageux. 0,0 Beau à 1 h. ; quelques éclaircies ; averse à 23 h. 45.
- MAI (897. — SEMAINE Dü LUNDI 10 AU DIMANCHE 16 MAI.
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblements de terre au Pérou. — Les tremblements de terre annoncés dans les Informations du n° 1249, du 8 mai 1897, dans les Petites Antilles, à la Guadeloupe, Antigua et Montserrat, ont eu leur répercussion jusqu’au Pérou. Dans la nuit du 50 avril au 1" mai, on a ressenti à Lima, vers 2 heures du matin, de violentes secousses qui ont duré une minute et ont mis en branle les cloches de toutes lés églises. Les habitants effrayés se sont précipités hors des maisons. Il y a eu un grand nombre de morts et des dégâts importants.
- Tremblement de terre à Arta. — Le 11 mai, dans la matinée, à 7 heures et demie, et dans la soirée, un tremblement de terre a été ressenti à Arta, en Italie ; il a duré trente secondes.
- Le froid. — Le froid que nous avons subi pendant toute la semaine du 9 au 16 mai a sévi également sur un grand nombre de départements et a gravement compromis une partie des récoltes. A Montluçon, dans la nuit du 11 au 12 mai, la gelée a détruit tous les vignobles des environs de Mont-lucon et de la vallée du Cher. Le thermomètre est descendu à —5°.
- Dans la même nuit, la gelée a détruit la moitié des vignes de la région mâconnaise. A 4 heures du matin, le thermomètre marquait 3* au-dessous de zéro. A 10 heures, sur certains points, il semblait qu’un incendie avait passé sur les vignes. A Chalon-sur-Saône, le froid a atteint 5° au-dessous de zéro ; la gelée a détruit les trois quarts des
- vignobles de la côte chalonnaise, les pommes de terre, les haricots et les colzas.
- A Auxerre, dans la nuit du 12 au 13 mai, le thermomètre est descendu à 5* au-dessous de zéro; il était descendu â 3, la nuit précédente. Le 12 et le 13 mai la gelée a été générale. Toutes les récoltes sont perdues, surtout les vignes, les fruits et les légumes. Les pertes sont évaluées à vingt millions pour le département.
- Le temps a été affreux dans le département de la Haute-Loire. A Yssin-geaux, le 13 mai, dans la matinée, le sol était recouvert de neige. Dans la région du Mézenc, le thermomètre a baissé beaucoup ; 10 centimètres de neige ont couvert le sol. Dans l’arrondissement de Brioude, le vignoble a été en partie détruit par la gelée ; un quart à peine de la récolte est resté sur pied.
- A Lille, il est tombé de la neige à gros flocons, et, à Bordeaux, le thermomètre a marqué — 5*.
- A Poitiers, il a gelé à glace et la moitié des récoltes de légumes et de vins est perdue. Dans le Jura, le thermomètre est descendu aussi à 3* au-dessous ae zéro et la gelée a fait de sérieux dégâts dans les prairies et les vignobles.
- Du 10 au 14 mai, un vent froid et violent a soufflé sur la région d'Aube-nas, fait tomber les fruits, retardé la maturité des primeurs et a compromis la récolte des cocons. Les vignes ont gelé en plusieurs endroits, et on considère déjà comme médiocres les prochaines vendanges.
- Dans la nuit du 13 au 14 mai, la gelée a particulièrement éprouvé les récoltes dans les vallées de Cransac et des environs.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 16, à 2 h. 4 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- AVIS DE I/ADMINISTRATIOH. — L’échéance du 31 mai étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les Abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 29 mai (n* 1252) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l'abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de juin aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n'auront pas avant le 3 juin renouvelé •u donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales <<2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et & la « Boîte aux lettres » doivent être adressées à la Rédaction de « LA NATURE », 120, Boulevard Sainte Germain, à Paris.
- INFORMATIONS
- —©— Le prince de Galles a inauguré le 22 mai le « Black Wall Tunnel », une des plus grandes entreprises du siècle. Ce tunnel passe sous la Tamise en avant du pont de la Tour. Sa longueur totale est d’un mille un quart. Il a coûté 1 400 000 liv. st. (35 millions de francs). Les travaux avaient été commencés en 1892. Nous y reviendrons.
- —®— Le 19 mai a été célébrée à Châtellerault la cérémonie du baptême de la cloche que nous avons annoncée dans notre précédent article (n° 1250, du 15 mai 1897, p. 375). Les représentants du Tsar et du Président de la République sont arrivés à 11 heures: les autorités leur ont été présentées à la gare, où s’était rendue toute la population de Châtellerault. Après un déjeuner chez le parrain de la cloche, M. Treuille, la cérémonie religieuse a eu lieu à 3 heures. Le général russe Freedericksz a fait remise de la cloche au nom de l’Empereur de Russie. Le cardinal Lecot a répondu par une allocution. A 7 heures le préfet a offert un banquet. Dans son toast le préfet a rappelé les sympathies de la ville de Châtellerault pour la mission russe, et il a fait en même temps l’éloge de la population laborieuse de Châtellerault, puis il a porté la santé de l’Empereur et de la famille impériale de Russie. Le général Freedericksz a remercié, puis il a levé son verre en l’honneur du Président de la République.
- —©— M. Blanchct, ancien élève de l’École normale, vient de faire, dans la province de Constantine, une découverte intéressante. Avec le concours de la Société archéologique de Constantine, il est parvenu à ramener au jour la ville musulmane qui fut, au onzième siècle, la capitale de l’Afrique du Nord : la Kalaa des Beni-Hammad. Cette ville, qui compta plus de 80000 habitants, est aujourd’hui couverte de moissons ; il faut, pour l’atteindre, chevaucher sept heures dans la montagne. De nombreux archéologues avaient passé à quelques kilomètres sans en soupçonner l’existence. M. Blanchet, mieux avisé ou plus heureux, a eu la bonne fortune de retrouver celte ville, où l’on a déjà exhumé une mosquée de 65 mètres sur 55, couverte demaux verts et soutenue de colonnes de marbre rose; un palais, une fontaine publique, un château fièrement campé au sommet d’un rocher et flanqué de tours dont la moins ruinée mesure plus de 14 mètres de hauteur.
- La découverte est d’autant plus intéressante qu’il n’existe en Algérie aucune ruine musulmane datant de cette époque. Les monuments de Tlemccn ont été bâtis au douzième siècle; ceux de la Kalaa datent de 1007; c’est donc tout un chapitre nouveau de l’histoire de l’art qui vient de nous être révélé.
- —Le lundi 17 mai, à 7 heures du soir, un court circuit s’est produit sur un des câbles principaux du secteur des Champs-Elysées, à Paris. A dix heures et demie l’accident était réparé.
- —L’Exposition des documents ethnographiques _ rapportés par le baron de Baye, de sa mission en Russie et en Sibérie, a été inaugurée le 22 mai à 2 heures au musée Guimet, par M. Charmes,
- directeur au ministère de l’Instruction publique. Le distingué explorateur a rapporté, de ses fouilles dans les dunes de sable de l’Iénisséi, une riche collection d’ossements, d’armes et de poteries des périodes paléolithique et néolithique; parmi les objets modernes, nous citerons la médaille commémorative de la prise de Paris par les alliés trouvée sur une femme baskir.
- —©— Le deuxième câble téléphonique entre la France et l’Angleterre a été immergé le 8 mai. Le câble part d’un point à l’ouest de Douvres et va atterrir à 6km,5 à l’ouest de Calais. Un troisième câble doit être posé par le gouvernement français.
- —©— La Société nationale d’horticulture de France a organisé des concours de bouquets à la main et de gerbes fleuries entre fleuristes professionnelles et entre amateurs. Ces concours auront lieu du 2 au 7 juin 1897 au jardin des Tuileries, à Paris.
- —©— Les rues inconnues à Paris. Il existe dans le quartier du Panthéon, entre le collège Sainte-Barbe et le lycée Louis-le-Grand, une longue impasse appelée impasse Charlière. Au fond est une plaque portant ces 3 mots : « rue de Reims » ; de rue pas la moindre trace. La rue de Reims consiste uniquement en un mur large de moins de 3 mètres. Voilà donc une rue qui n’a ni trottoir, ni porte, ni numéro, ni dégagement, ni développement en aucun sens. Elle était autrefois plus longue : elle allait jusqu’à la rue Valette. Mais les nouveaux bâtiments du collège Sainte-Barbe l’ont absorbée pour ainsi dire tout entière. Il existait de même entre la place de la Sorbonne et la rue St-Jacques une rue Gerson, remplacée par un couloir provisoire en planches lors des constructions de la nouvelle Sorbonne et aujourd’hui tout à fait disparue. Enfin il existe dans le même quartier une rue, la rue d’Ecosse, qui n’est qu’un long cul-de-sac sans lumière et sans issue. Ces quelques particularités sont si bien dissimulées que certaines personnes les ignorent quoique demeurant à quelques minutes de là.
- —©— L’allégement de la charge du fantassin est à l’ordre du jour dans les différentes armées. La bouderie de fer pour les havre-sacs et les cartouchières va être partout remplacée par des boucles d'aluminium ; la seconde paire de chaussures de cuir tend à être remplacée par une paire de chaussures de repos. Dans deux bataillons de cliaque corps d’armée une compagnie entière sera pourvue, cet été, de deux modèles d’espadrilles. L’espadrille basque pèse seulement 560 grammes ; l’espadrille catalane en pèse 650. Suivant les rapports établis à la suite des manœuvres, un choix de modèle unique sera fait pour doter notre infanterie d’une chaussure légère.
- —©— Un œuf d'Aléa impennis a été mis récemment en vente à Londres. La mise à prix a été de 2600 francs, et il a été adjugé pour 7280 francs.
- —©— Un colis d’un nouveau genre. C'est une gigantesque bille de bois qui a 14 pieds de diamètre, 3 pieds d’épaisseur et qui pèse 9000 kilogrammes. Un navire est chargé d’apporter de San-Francisco à Londres, pour le compte d’un richissime Américain, cet énorme morceau de bois, qui est la pièce à conviction d’un pari. M. William Waldorf Astor, l’Américain en question, avait parié de montrer une section horizontale d’un arbre de Californie d’un diamètre assez grand pour qu’elle pût servir de table à un banquet de 40 couverts. Il tient parole et voilà pourquoi ce colis inusité qui vient prouver qu’il est du bois dont on fait des flûtes de champagne.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. le Dr E. Destot, médecin-électricien, à Lyon, nous envoie une brochure ayant pour titre Atmosphères électriques-cl rayons X. Applications médicales et physiologiques. Cette Notice est extraite des conférences faites à la clinique médicale du professeur Lépine.
- M. A. Ladureau, à Saint-Ouen, à propos de la vapeur d’aldéhyde comme désinfectant dont il a été question récemment, nous dit qu’on a reconnu par expérience que la vapeur d’aldéhyde ne peut atteindre que les surfaces extérieures. Pour avoir la certitude de détruire tous les microbes dangereux que renferme un appartement contaminé par une maladie contagieuse, il faut soumettre toutes les literies et tentures à l’action de la vapeur d’eau à 110°. Notre correspondant ajoute que c’est ainsi que l’on opère au sanatorium central de Saint-Ouen qu’il dirige. Nous ferons remarquer que les Etuves municipales, à Paris, procèdent de la même façon. Elles désinfectent sur place les objets qui peuvent être atteints facilement, et elles emportent les literies, tapis et tentures pour les soumettre à la vapeur d’eau.
- M. H. Dierckx, à Anvers, nous écrit, à propos des nouveaux cadrans de 24 heures, qu’il partage l’avis de M. F. Allen, de l’American Raihvay Association, disant que le cadran de 24 heures est logique, mais non nécessaire. S’il fallait changer le système usuel, il serait préférable d’adopter la division du jour entier en 12 périodes avec des subdivisions décimales et de numéroter ces périodes nouvelles de 1 à 12. M. Dierckx a réalisé chez lui ce système sur une pendule qu’il a transformée en pendule sidérale, en conservant le cadran de 12 heures. De son essai il conclut que le simple ralentissement de la marche des deux aiguilles résout la question du cycle de 24 heures. Le cadran astronomique de 12 périodes n’a rien de déconcertant, nous dit M. Dierckx, les chiffres n’v ayant pas deux valeurs différentes, comme sur le cadran de 12 heures répétées. Le 1 représente bien la première heure d’un jour de 12 heures comme le 11 en est la dernière; et le 6 étant la caractéristique du midi, si l’on veut, les heures 5 d’une part et 7 de l’autre sont bien celles qui oscillent autour du point culminant. Revenir au cadran abandonné de 24 heures, c’est tourner dans un cercle vicieux. M. Dierckx nous envoie à l’appui de sa thèse deux modèles de cadrans doubles de 24 heures et une photographie de la pendule transformée. Les nombres 1, 2, 3, 5 sont représentés par leurs doubles 2, 4, 6, 8, ce qui donne le cadran sidéral de 24 heures, mais plus clair, plus visible à distance. Les minutes d’une division à une autre sont au nombre de 10 au lieu de 5, et l’aiguille des minutes indique donc les heures entières aussi bien dans la position verticale supérieure qu’au bas de sa course.
- M. Cli. S. R., à Paris, nous fait parvenir un petit tableau, sorte de calendrier perpétuel, à l’aide duquel on peut arriver facilement à connaître une date quelconque.
- Renseignements. — M. H. Pironon, à Clermont-Ferrand. — 1° La pile Carré au sulfate de cuivre est en vente chez M. H. Meynier, 15, rue du Bac, à Paris. — 2° Papier parchemin pour vases poreux : M. Failliot fils, 37, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie ; MM. Ilayman, Geismar et Lévy, 71, rue du Temple, à Paris.
- M. Bardon, à Paris. — Vous pourriez demander ce renseignement au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Itoch.
- M. G. L., à Sedan. — 1° La tension de 500 volts suffit pour tuer un cheval. — 2° Nous avons parlé de cet accident dans nos Informations du n° 1249, du 8 mai 1897.
- M. F. Cabreira, à Lisbonne. — Tubes d’étain pour couleurs : M. Daget, 11, rue Saint-Gilles; M. Cherrier, 12, boule-
- vard delà Villette; M. P. Boutillier, 6, rue des Coîonnes-du-Trône, à Paris.
- M. Cl. Lemaître, à Reims. — l°Le prix du cuivre électrolytique est environ de 130 francs les 100 kilogrammes.— 2° Vous trouverez ce produit chez les marchands de produits chimiques.
- — 3" Papier métallique en doublé d’étain : M. E. Lecomte, 10, rue Volney, à Paris. — 4° L’expérience seule peut vous donner ce renseignement.
- M. N. A., à Soissons. — Nous avons indiqué plusieurs manières de peindre sur le ciment dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cu.
- M. H. W., à Lausanne. — Fabricants de baudruche : M. J. Fabre, à Aubervilliers (Seine); Mm° YTe Grivard, 5, rue Payen, à Paris.
- M. L. E. C., à Paris. — Veuillez consulter l’Annuaire dit Bureau des longitudes, à la librairie Gauthier-Villars et fils.
- M. G. de Corval, au château de Moutsarin. — 1° Il faudrait faire des essais pour vous indiquer les proportions nécessaires.
- — 2° Nous avons fait connaître divers procédés d’incombustibilité du bois dans le petit livre des Recettes et Procédés utilesr lre série, à la même librairie que plus haut.
- M. le Capitaine Fauconier, à Ostende. — Pour le Cycletr que nous avons décrit précédemment, il faut vous adresser à M. Drzewiecki, 5, villa Damont, à Paris-Passy.
- Un abonné, à Paris. — Nous avons indiqué le traitement de la transpiration des pieds et des mains, dans Hygiène et Sant& (.Nouvelles scientifiques du n° 955, du 19 septembre 1891).
- M. Biver, à Rouen. — L’auteur de l’article ne boit que de-* l’eau depuis 16 ans; il a pu ainsi guérir plusieurs malades de la gravelle et de la goutte.
- I. L, à X. — 1° Vous trouverez un Manuel de paléontologie de M. S. Meunier, à la librairie Rothschild, 13, rue des Saints-Pères^ à Paris. — 2° Vous pourriez vous adresser au Comptoir géologique de Paris, 53, rue Monsieur-le-Prince, ou à M. Stuer, 40, rue des Mathurins, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. Barbé, à Boisguillaume. Nous regrettons de ne pouvoir nous charger de ce» commissions. — M. D. M., à Lille. Il faut consulter un chimiste et lui soumettre ces divers échantillons. — M. Lelong, à Blois. 11 n’est pas utile d’employer une résistance en dérivation. — M. Dumai\ à Tours; M. Saget,k Vesoul. Voyez le petit livre des Uccetles et Procédés utiles, 1™ série (Masson et O, éditeurs). — M. G. L., à Nice. Remerciements pour votre communication. — M. Parvus, à Clermont-Ferrand. Nous avons reçu vos articles; mais il nous est-impossible de les insérer. — M. Roussel, à Paris. Remerciement» pour vos renseignements.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Préservation du fer contre la rouille. — Nous avons déjà fait connaître un grand nombre de recettes pour combattre la rouille. D’après la Revue scientifique, M. A. Boucher a trouvé un nouveau préservatif. On fait dissoudre à froid 14 parties d’une résine (copal, colophane, etc.) dans 100 parties d’une soude caustique de densité 1,0439, et on mélange cette dissolution avec une autre dissolution alcaline de glutine (produit extrait des lessives sulfitiques de la fabrication des pâtes de bois) dans la proportion de 5 à 7. Cet enduit est alors appliqué sur la partie à protéger préalablement dérouillée, et on laisse sécher. On applique après sur cet enduit un vernis dont la composition e>t la suivante : huile de lin cuite avec protoxyde de manganèse, 5 parties; essence de térébenthine, 2,25 parties; benzine, 0,25 partie.
- Insecticide puissant. — Le Dr Marchai, chef des travaux de la station d’entomologie agricole à l’Institut agronomique, conseille, comme insecticide très énergique et absolument inoffensif pour les plantes, un mélange connu sous le nom de Rubina, et qui n’a, bien entendu, aucun rapport avec l’eau minérale. C’est un mélange à parties égales de goudron de bois et de soude caustique ; on l’emploie en solution de 1, 2 ou 3 pour 100, et il faut faire des essais préalables avant d’user couramment de solutions fortes.
- Ciment pour coller la porcelaine au métal. — Faire un mélange, à parties égales, d’eau et d’alcool à 95°; employer le liquide pour composer une pâte, en délayant 500 grammes environ de chaux finement pulvérisée et 250 grammes d’amidon.
- (Voir la suite des Recettes page 5e des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toute» les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres repues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES (Suite).
- Destruction des rongeurs nuisibles par les virus contagieux de l'Institut Pasteur. — Instructions et modes d’emploi. — Les virus préparés pour la destruction des rongeurs sont des germes de maladies spéciales à ces animaux : souris, mulots, campagnols, rats, gerbilles (en Algérie), loirs, lapins, etc. Ces virus ne sont nullement dangereux pour l’homme et les animaux domestiques tels que chevaux, bœufs, moutons, porcs, etc. Les virus sont cultivés dans des tubes en verre, sur gélose ou dans du bouillon ; les tubes sont fermés avec un tampon de ouate et cachetés. Pour employer ces virus, il faut : 1° ouvrir le tube en ôtant le tampon de ouate, si le tube est cacheté il faut chauffer un peu la cire pour la ramollir; 2° extraire le contenu du tube après y avoir versé un peu d’eau préalablement préparée; 3° délayer, en l’écrasant avec la main, ce contenu dans de l’eau préalablement salée, bouillie et refroidie. Pour saler l’eau, il faut prendre 5 grammes, c’est-à-dire une cuillère à café, de sel par litre d’eau. Il faut faire bouillir cette eau avec le sel pendant dix minutes pour détruire les microbes qu’elle contient et la laisser refroidir ensuite au-dessous de 40° pour ne pas cuire les virus ; 4° tremper, dans la solution ainsi préparée, du pain blanc rassis, coupé en petits cubes de 1 centimètre de côté, ou du grain grossièrement concassé et cuit dans l’eau. Un tube ouvert doit être employé en entier dans la même journée. Les tubes cachetés peuvent être gardés plusieurs mois; conservé à l’abri de la lumière, le virus conserve son action pendant très longtemps. — Applications. Les virus sont divisés en trois catégories comme suit : virus n° 1. Pour détruire les souris dans les maisons, magasins, greniers, etc., il faut prendre un quart de litre d’eau par tube de virus n° 1, tremper le pain dans la solution pendant une minute et distribuer ce pain préparé, le soir, dans les endroits fréquentés par les souris. Voir le lendemain si le pain a été bien mangé. Pour détruire complètement toutes les souris, il faut répéter la même opération deux ou trois fois à quinze jours d’intervalle. Pour détruire les campagnols dans les champs et les mulots dans les jardins ou les bois, il faut prendre un quart de litre d’eau par tube de virus n° 1 pour tremper le pain, un cinquième de litre par tube de virus n° 1 pour tremper le grain. Distribuer ces appâts dans la soirée, en introduisant un morceau de pain ou quelques grains trempés dans chaque trou frayé. Quinze jours après cette première opération, il faut fermer les trous. Si le lendemain et les jours suivants, tous les trous restent fermés, c’est que tous les campanols ou mulots ont été détruits; dans le cas contraire, si quelques trous s’ouvraient de nouveau, il faut les regarnir une deuxième fois de grains ou de pain préparés comme précédemment. Il faut, pour obtenir un résultat prompt et complet, 5 tubes par hectare dans les champs; 10 tubes par hectare dans les jardins, pour la première opération; et respectivement 1 et 3 tubes pour la deuxième opération. Virus n“ 2. Pour détruire les rats, il faut prendre un dixième de litre d’eau par tube de virus n° 2, tremper dans la solution du pain ou du grain cuit et distribuer ces appâts dans la soirée, dans des endroits fréquentés par les rats. Répéter la même opération deux ou trois fois, à dix jours d’intervalle. —Nota. L’Institut Pasteur a momentanément suspendu la préparation du virus n° 2 pour la destruction des rats. Il n’est actuellement fait aucune livraison de ce virus. Lorsque cette préparation sera susceptible d’être livrée, les intéressés en seront avisés par une circulaire. Virus n° 3. Pour détruire les loirs, les gerbilles et les lapins, délayer le bouillon de culture ou la gélose (virus n° 3) contenue dans le flacon dans une fois son volume d’eau; tremper dans cette solution du ain, du grain ou autres appâts ou bien arroser quelques ottes de luzerne ou des feuilles de choux (pour les lapins), et déposer ce< produits auprès des terriers. Faire cette opération après le coucher du soleil, ou, en tous cas, déposer les appâts à l’ombre. — Avis très important. Le virus n° 3 est dangereux pour les poules, pigeons et canards ; il n’est pas dangereux pour les autres animaux. — Prix : virus n° 1, lfr,5Ü le tube; virus n° 3, 5 francs le flacon. Franco dans toute la France. Adresser les demandes accompagnées de mandat postal ou chèque, à l’Institut Pasteur, service des virus, 53, rue Dutot, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Action de divers corps sur la fatigue musculaire. — M. Be-nedicente étudie l’action du café, du thé, du maté, du gua-rana, du coca sur la courbe de la fatigue musculaire. Régime alimentaire sain avec vin, sans aucun excitant. Voici les conclusions : le café, le thé noir, la pâte et le thé de guarana, le maté, la mastication des feuilles de coca élèvent considérablement la force de résistance de l’organisme quant à la fatigue
- musculaire. L’action est variable en intensité pour chaque substance. L’effet dynamogène est assez variable. Sous ce rapport viennent en ordre décroissant le coca, le café, le thé, le guarana, le maté. Le coca stimule l’énergie musculaire, la soutient élevée pendant un temps prolongé sans épuisement nerveux ni musculaire. Les infusions (café, thé, maté) ont un effet plutôt tonique que stimulant sur le système musculaire. L’action tonique du coca se maintient une heure, celle du thé, café, guarana se perd complètement après une demi-heure.
- Jus de citron artificiel. — Il peut être fréquemment utile de se procurer du jus de citron artificiellement préparé. D’après Hager, voici une bonne formule :
- Acide citrique..................... 70 grammes.
- Eau distillée......................850
- Huile de citron................ 0*r,7
- Alcool............................. 80 grammes.
- On dissout l’acide dans l’eau, puis l’huile dans l’alcool, et l’on mêle les deux solutions. Dr X.
- Ichthyol. — L’ichthyol est le produit de distillation d’une roche bitumineuse du Tyrol. Il tire son nom de la présence d’une quantité considérable d’inclusions de poissons dans la composition du schiste dont il est retiré. L’ichthyol ' est un liquide sirupeux, brunâtre, d’odeur bitumineuse, soluble dans l’eau, les huiles fixes et grasses. C’est un mélange complexe, dont la composition chimique reste encore mal définie. On a retiré de l’ichthyol deux combinaisons salines : l’ichthyosulfate d’ammoniaque et l’ichthyosulfate de soude. L’un et l’autre sont solubles dans l’eau, présentent les mêmes propriétés thérapeutiques que l’ichthyol et offriraient,-au point de vue hypodermique, des avantages sur l’ichthyol pur. Quelques auteurs admettent la similitude de l’ichthyol et de l’ichthyosulfate d’ammoniaque. L’ichthyol serait un bon spécifique des névralgies, des rhumatismes et d’un grand nombre de maladies cutanées (Unna). L’action élective de ce bitume sur la peau serait due à la présence d’une quantité assez considérable de soufre dans sa composition (15 pour 100 : Fritsch cité par Bardet). Différents auteurs, en particulier Boughareff, ont contesté la valeur thérapeutique de ce produit.
- BIBLIOGRAPHIE
- La technique des rayons X, par A. Hébert, préparateur à la Faculté de médecine. 1 vol. in-8°. Paris, G. Carré etC. Naud, éditeurs, 1897. Prix 5 fr.
- Cet ouvrage est un manuel opératoire de la radiographie et de la fluoroscopie, à l’usagé des médecins, chirurgiens et amateurs de photographie. L’auteur, qui est un de nos collaborateurs, décrit en effet en détail tous les appareils et toutes les opérations nécessaires à effectuer pour obtenir les radiographies, et, à titre d’exemples, il donne une collection de belles épreuves.
- Manuel pratique du conducteur d'automobiles, par Pierre Guédon et Yves Guédon, ingénieurs. 1 vol. in-8°. Paris, libraii ie industrielle J. Fritsch, 1897. Prix : 6 fr.
- Le manuel de MM. Guédon vient compléter les livres déjà parus sur cet intéressant sujet des automobiles, en donnant surtout des renseignements pratiques sur le fonctionnement et la conduite. Les auteurs parlent successivement des automobiles à vapeur, à gaz, des moteurs à essence de pétrole, des voitures électriques et des accessoires divers.
- Les Dynamos, par M. J.-A. Montpellier, 1 vol. in-8°. Paris, P. Vicq-Dunod et Cie, éditeurs, 1897. Prix : 16 fr.
- Cet important ouvrage donne un grand nombre de détails pratique» sur les dynamos et traite successivement les principes, la description, l’installation, la conduite, l’entretien et les dérangements. Cette dernière question est surtout examinée à fond.
- Electromoteurs et leurs applications, par G. Dumont. 1 vol. petit in-8° de VEncyclopédie scientifique, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, Gauthier-Villars et fils et Masson etCie, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50, cartonné 5 fr.
- Cours de chimie organique, parle professeur Œchsner de Coxinck. Université de Montpellier. Faculté des sciences. Supplément, 1er fascicule. Paris, Masson et Cie, éditeurs, 1897.
- Essai sur les éléments de mécanique des particules, par II. Majlert, ingénieur des voies de communication. Impartie. Statique particulaire. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars et fils, 1897.
- Traité d'arboriculture fruitière : greffe, pépinière, jardin fruitier, taille, espèces fruitières, par Pierre Passy, arboriculteur. 1 vol. in-16 de la Petite bibliothèque scientifique. — Paris, librairie J.-B. Baillière et fils, 1897. Prix: 2 fr.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- L'Évolution régressive en Biologie et en Sociologie, par MM. Jean Demoor, Jean Massart et Emile Vandervelde, professeurs à Bruxelles. 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. Paris, 1897. Félix Alcan, éditeur. Prix : 6 fr.
- Roues et turbines à vapeur, par K. Sosnowski. 1 brochure in-8°. Extr.ûte du bulletin de la Société d’encouragement pour l’industrie. Paris, Baudry et Cie, éditeurs, 1897.
- La Traction électrique, par C. Tainturier. 1 vol. petit in-8° de la Bibliotnèque électrotechnique. Paris, librairie industrielle J. Fritsch, 1897.
- La Truite de rivière. Pêche à la mouche artificielle, par G. Albert Petit. 1 vol. in-8°.Paris, librairie Ch. Delagrave, 1897.
- Rapport annuel de Vannée 1896 sur les services municipaux de l'approvisionnement de Paris. Direction des affaires municipales, Paris, 1897.
- Oceanic ichthyology, a treatise on the Deep-sea and pelagic fishes of the world, by G. BrovVn Gooue and Tarleton H. Bean. — Life historiés of North American birds from the parrots to the Grackles, by Charles Bendire. 3 vol. in-4°. Washington, Government Printing Office, 1895.
- Ânnals of the astronomical observatory of Harvard College. E. C. Pickering, director. Vol. XXX. Part IV. Vol. XL. Part V. Observations made at the blue hill meteorological observatory. Massachusetts. 2 brochures in-4°. — Cambridge, John Wilson and Son, 1896.
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique d* France
- OBSERVATIONS 7 HEURES OU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 17 mai . . . 14®,8 N. N. E. 2. Quelques nuages. 0,3 Nuageux ; tonnerre de 13 h. 50 jusqu’après 15 h.; pluie à diverses reprises.
- Hardi 18 16®,2 N. 2. Beau. 3,5 Presque couvert de 11 à 21 h., beau avant et après; tonnerre presque continu de 12 h. 45 à 16 h. 30.
- Mercredi 19 ... . 16°,1 N. N. E. 2. Quelques nuages. 11,0 Nuageux de 8 à 20 h.; éclairs dans la région S. dans la soirée.
- Jeudi 20 12®,0 N. 3. Couvert. 0,0 Couvert, sauf éclaircies dans la soirée ; éclairs dans l’E. à 21 h.
- Vendredi 21 ... . 16",0 N. E. 2. Peu nuageux. 0,0 Nuageux; petites aversesà 14 et 17 h.,mouillent le pavé.
- Samedi 22 13°,2 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Très peu nuageux.
- Dimanche 23. . . . 10°,1 N. N. E. 3. Couvert. 0,0 Couvert le matin puis nuageux ; beau après 18 h.
- MAI 1897. — SEMAINE DO LUNDI 17 AO DIMANCHE 23 MAI.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, ta direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Italie. — Le 15 mai à 2 h. 44 une
- forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Palerme ; elle a duré dix secondes et a été suivie d’une autre plus faible. Le même jour une secousse de tremblement de terre a également eu lieu à 3 heures de l’après-midi à Trapani.
- Orages et coups de foudre. — Un violent orage a éclaté le 17 mai dans la soirée sur Saint-Quentin. La foudre est tombée de nouveau sur l'ancien hôtel déjà incendié il y a quinze jours, et où se trouve le service du télégraphe. Le fil télégraphique a été atteint par la décharge électrique, près de la conduite de gaz, et un commencement d’incendie s’est produit, qui a été aussitôt éteint.
- La foudre a également causé quelques dégâts à la gare.
- Le 17 mai, dans la soirée, pendant un orage, la foudre est tombée au Bosquel, près d'Amiens, sur une cabane où quatre personnes étaient réfugiées. Le nommé Bonfils, marchand de fourrage, âgé de cinquante ans, a été tué; son frère a été grièvement brûlé. Une vache, dans un pâturage voisin, a été foudroyée.
- Dans la nuit du 17 au 18 mai, également, un orage s’est abattu sur les environs d’Arras. La foudre est tombée en plusieurs endroits, notamment à Wailly, où elle a tué un charretier nommé Tréhout, qui s’était réfugié sous un arbre, et à Tortequesne, où un jeune homme a été foudroyé.
- Un orage violent a éclaté le 18 mai sur la région de Laon et a fait plusieurs victimes. A Nizy-le-Comte, sur la route de Laon à Reims, trois hommes qui s’étaient réfugiés sous une meule ont été foudroyés. Ils sont morts tous trois sur le coup et la meule a été incendiée. A Besny-sous-Laon, trente-deux ouvriers, employés à la ferme Turquin, s’étaient aussi réfugiés sous une meule, dès le commencement de l’orage. Mais bientôt le contremaître leur conseillait de rentrer dans la ferme. Vingt-neuf se rangeaient à son avis. Moins d’une minute après leur départ, et alors qu’ils n’étaient encore qu’à 100 mètres de la meule, celle-ci fut frappée ae la foudre. Un des trois ouvriers qui étaient restés fut tué raide, le second a été brûlé au visage, le troisième blessé à la jambe gauche et son soulier a été projeté à plus de 10 mètres.
- Un orage a également eu lieu le 18 mai à Paris, et la pluie est tombée en abondance pendant quelques instants. Pendant l’orage, un homme de quarante à quarante-cinq ans a été tué par la foudre, à l’entrée de l’avenue des Moulineaux, près de la porte de Saint-Cloud. Ses vêtements et ses chaussures avaient été brûlés de place en place par la foudre.
- A Auxerre, le 18 mai, au cours d’uu violent orage de pluie et de grêle, la foudre est tombée sur le champ de tir, où un groupe de soldats, réfugiés sous les arbres, a été atteint. L’un d’eux a été frappé à mort ; deux ont été blessés et trois ont eu leurs vêtements lacérés.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 23, à 9 h. 44 m. du matin.
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