La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- L’INDU ST n ir;
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS 'APPLICATIONS AUX ARTS ET A
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. . — Six mois
- ABONNEMENTS
- 20 fr. » Départements. Un an.
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- LES QUARANTE-HUIT VOLUMES PRÉCÉDENTS SONT EN VENTE
- AVEC LES TABLES DES DIX PREMIÈRES ANNÉES ET DE LA 2e SÉRIE DES ANNÉES SUIVANTES
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE I.El'BS APPLICATIONS AÜS ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- DIRECTEUR
- HENRI DE PARVILLE
- VINGT-CINQUIÈME ANNÉE
- 1897
- DEUXIÈME SEMESTRE
- PARIS
- MASSON ET C", ÉDITEURS
- LIBRAIRE^ DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 120
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- ‘25' ANNÉE. — N° 1253.
- 5 JUIN 1897.
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- ' L’ARGENTAURUM
- ET LA PIERRE PHILOSOPHALE
- La science moderne, la chimie principalement, avec les ressources multiples de ses laboratoires, avec les fours*électriques et leur température prodigieuse, semble avoir à cœur de satisfaire à tous les désirs, à tous les efforts quelque peu aveugles des demi-savants d’autrefois, et notamment de ces alchimistes qui ont été comme les pionniers de la chimie actuelle.
- Tantôt faisant de réelles découvertes qui ont encore leur valeur, tantôt se livrant à des mélanges, à des cuisines cabalistiques, ils avaient toutes les ambitions, dont la moindre était de transformer en or les métaux les plus vulgaires, ou encore de fabriquer l’élixir de vie, donnant l’immortalité. En dehors de ces deux questions, de premier ordre on l’avouera, on a déjà réalisé quelques-unes de leurs idées, non pas qu’ils aient tout prévu ou prédit, mais parce que leurs désirs étaient sans bornes.
- Quelle joie ne ressentiraient-ils point, ces rêveurs, s’ils voyaient sortir du creuset électrique des diamants fabriqués de toutes pièces par la main de l’homme ! Et que serait-ce s’ils lisaient nos journaux, et s’ils voyaient annoncer la découverte de la pierre philosophale !
- Cette pierre tant cherchée, ce serait Yargentaurum de M. le Dr Emmens.
- Voilà déjà plusieurs mois qu’on parle de cette 25* aimée. — 2* semestre.
- substance étrange, dont le nom, composé bizarre, dit qu’elle est formée d’argent et d’or. 11 y a quelque temps, en effet, notre savant Directeur, M. de Par-ville, dans sa « Revue des Sciences » du Journal (les Débats, pouvait signaler sommairement, et en faisant toutes les réserves nécessaires, la formation d’un syndicat1 pour l’exploitation de la découverte du docteur américain. Mais la question se précise
- davantage maintenant et elle mérite d’être étudiée de plus près, M. Emmens venant de nous envoyer lui-même des renseignements nouveaux sur la valeur de son argentaurum.
- On ne peut évidemment pas dire a priori que pareille découverte^ soit impossible, d’autant qu’il s’agit ici plus spécialement de transformer la composition, non pas d’un métal quelconque, mais seulement de l’argent, pour lui donner les propriétés de l’or : ce serait une confirmation de la théorie si séduisante de l’unité de la matière. Il est vrai que, dans une étude* fort remarquable sur les « notions fondamentales des sciences mathématiques », M. Cugnin disait : « Pour le moment au moins, il faut en prendre son parti, la matière une n’existe pas » ; mais on remarque que c’est là une restriction toute relative, et M. Cugnin montrait, au contraire, comment on retrouverait le caractère de simplicité
- 1 Voir La Nature, couverture du numéro du 26 septembre 1896.
- 2 Revue scientifique, 29 août 1896.
- Le D' Emmens dans son laboratoire.
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- grandiose que l’homme recherche tant dans la nature, si l’éther était la matière à l’état d’atomes primordiaux sous sa forme la plus simple. Cet atome de l’éther constituerait par Scs groupements divers ou la variété de ses mouvements (car on est encore en plein inconnu) les atomes des corps simples qu’admet aujourd’hui la chimie. M. Cugnin indiquait précisément que rien alors ne s'opposerait plus à la solution du fameux problème de la pierre philosophale, le passage d’un atome déterminé à un atome d’or étant aussi logique que celui d’un atome d’éther à un atome de corps simple. Le même auteur, au milieu de multiples restrictions, admettait comme possible qu’on put ramener toutes les matières diverses à Lune d’elles, la plus légère, l’hydrogène.
- On pourrait aussi se reporter à une étude1 de M. Heckel sur « la Périodicité évolutive » ; on y trouverait des considérations du plus haut intérêt sur ces questions encore profondément mystérieuses ; on y verrait rappelées les généralisations de Mendeléef sur la périodicité dans les corps simples. On sait qu’en partant de ces idées on peut prévoir l’existence de corps simples encore inconnus, et c’est ainsi que Mendeléef avait affirmé l’existence d’un corps qui a été effectivement découvert, avec les propriétés annoncées, par M. Lccoq de Boisbaudran, et qui est le gallium. L’observation a d’autant plus d’intérêt que le I)r Emmens est un partisan de cette loi périodique et que, d’après lui, son argentaurum vient occuper Une place vide entre l’argent et l’or dans la table préparée en conformité de cette loi.
- Rien entendu, il ne finit pas inférer de ces rapprochements que nous nous portions garants des découvertes de M. Emmens; aussi bien tous les efforts accomplis autrefois dans le même sens l’avaient été en pure perte, comme le montrait ici même notre savant confrère, M. A. de Rochas, dans un article sur Y Or alchimique*. Mais le l)r Emmens est une personnalité scientifique et l’on doit attacher une importance à ses affirmations comme à ses travaux.
- Le Dr Stephen Emmens est un chimiste fort connu de New-York ; membre de la Société américaine de chimie, de « l’American Institutc of Mining Engi-neers », de la Société internationale des Electriciens, faisant partie de commissions officielles des Etats-Unis, il est à la fois l’inventeur d’un explosif, Yem-mensite, qui'a été adopté par le gouvernement pour la défense des côtes, d’une méthode de traitement des minerais de zinc sulfureux, et l’auteur de mémoires scientifiques appréciés. Tout récemment même, il vient de publier un volume intitulé « Argentaurum Papers », par allusion à la découverte qui attire en ce moment l’attention sur son auteur, et qui contient une série de considérations fort savantes sur la gravitation, la doctrine newtonienne.
- M. Emmens est pourtant, comme il le dit mélancoliquement dans le volume dont nous citions le titre, atteint d’une maladie de la moelle épinière qui le
- 1 Revue scientifique. 18 novembre 1893.
- 2 Nature, 1885-86, 1er semestre, pige 339.
- tient paralysé des jambes dans un fauteuil depuis 19 ans : la photographie que nous reproduisons le représente dans son laboratoire, devant ses appareils ‘de chimie, sur une Chaise roulante qui lui permet de se déplacer suivant les besoins de ses expériences.
- Dans les essais qui l’ont amené à produire Vargentaurum, il s’est naturellement inspiré des travaux des autres savants, non pas seulement de ceux "d’Edison ou de Tesla, mais surtout de ceux de Cary Lea, de Philadelphie. Ce dernier avait obtenu une modification moléculaire de l’argent, et constaté qu’on pouvait manipuler de l’argent pur de manière à le rendre soluble dans de l’eau, ce qui supposait qu’il était extrêmement divisé. Partant de ce premier résultat, M. Emmens affirme qu’il a brisé complètement les molécules de l’argent, la forme de matière inconnue jusqu’ici qu’il recueille ainsi étant précisément Y argentaurum, dont les propriétés sont voisines à la fois de celles de l’argent et de celles de l’or. Si l’on s’arrange de façon que les particules de cet argentaurum s’unissent une fois de plus, l’agrégation obtenue donne des molécules de plus grande densité que celles de l’argent primitif : le métal qui en résulte a l’apparence et les propriétés physiques de l’or, il est capable de supporter avec succès comme or les essais des établissements monétaires du monde.
- Nous apprenons maintenant de M. Emmens que, le 16 avril dernier, le Bureau d’essais des États-Unis, à New-York, vient d’acheter à « l’Argentaurum syndicale » le premier lingot d’or fait pour le commerce dans le laboratoire fondé par l’inventeur. Le poids de ce lingot avant fusion était de 7,06 onces (Fonce troy valant 31s1', 103 496) et, après fusion, de 7,04. Il contient 65,8 pour 100 d’or et 26 pour 100 d’argent, la différence des 100 parties ne nous étant pas indiquée. La valeur de l’or employé est de 95,76 dollars (de 5fr, 16 l’un), celle de l’argent de 1,11 ; les dépenses de fabrication sont estimées à 1,22 dollar, et la valeur nette à 95,65 dollars.
- Ajoutons qu’il paraîtrait que ce nouveau métal peut voir s’ouvrir devant lui le marché des métaux précieux, puisque le gouvernement des États-Unis l’accepte et le paye comme l’or ordinaire et naturel, si l’on peut employer cette expression.
- Jusqu’à présent, et en mettant les choses au mieux, les mineurs du Transvaal, comme le faisait spirituellement remarquer M. de Parville, peuvent demeurer tranquilles, car la production de Y argentaurum n’est pas encore fort rémunératrice ; mais, au point de vue de la science de la chimie, il est à désirer que ce beau succès s’affirme. Pierre'de Mériel.
- LES IMAGES DANS LES MIROIRS PLANS
- Bien des personnes qui se regardent dans leur miroir croient que celui-ci leur renvoie une image fidèle de-leurs traits. Il n’en est pourtant rien, comme nous allons le montrer en rappelant les résultats de l’application aux miroirs plans des lois de la réflexion de la lumière.
- On sait que si un point lumineux P est placé devant un miroir plan, les rayons lumineux émanés du point P pa-
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- laissent, après réflexion sur le miroir, provenir d’un point P' situé de l’autre côté du miroir et à la même distance de celui-ci que le point P; ce point P' est appelé en géométrie le symétrique du point P par rapport au miroir. C’est ce que montre la figure 1, qui représente ce qui se passe dans un plan perpendiculaire au miroir et contenant le point lumineux P; XY est la trace du miroir sur ce plan ; P 1, P I' sont deux rayons émanés de P ; ils se réfléchissent et prennent des directions I R, F R' telles que leurs prolongements aillent se couper au point P' symétrique du point P par rapport au miroir. l)e sorte qu’un œil qui reçoit l’ensemble des rayons tels que I R, F IF croit voir en P un point lumineux; P' est l’image du point P dans le miroir.
- Si maintenant, au lieu d’un seul point lumineux, on place devant le miroir un objet quelconque, chacun des points de cet objet se comportera comme le point P et donnera une image qui sera son symétrique dans le miroir. L’image de l’objet sera le symétrique de cet objet par rapport au miroir. Mais des propriétés des figures symétriques — propriétés que la géométrie a complètement étudiées — résultent ici des phénomènes curieux. Écrivez sur une feuille de papier le mot FLEUR, par exemple, et placez ensuite cette feuille de papier devant
- une glace A R, elle vous donnera une image comme celle que représente la figure 2.
- C’est qu’en effet le symétrique d’un objet par rapport à un plan n’est pas superposable à l’objet primitif. Dans le cas actuel, par exemple, l’objet est une figure plane, et son image apparaît comme si le mot FLEUR, étant écrit sur une feuille transparente, on le lisait par transparence, la feuille étant retournée; il en résulte que pour un observateur cherchant à lire l’image dans le miroir, ce qui était à droite a passé à gauche, et réciproquement ; et cela, non seulement pour le mot tout entier, mais aussi pour chaque lettre en particulier. L’expérience est encore bien plus curieuse avec une page d’écriture ; il devient impossible de déchiffrer l’image donnée par la glace.
- Que résulte-t-il de là pour nous, lorsque nous nous regardons dans un miroir? C’est que notre image paraît exécuter de la main gauche les mouvements que nous faisons de la main droite, que la moindre dissymétrie dans le visage passe de la droite à la gauche, etc. Ainsi, par exemple (fig. 3), considérons la ligne des yeux d’une personne placée devant un miroir, le regardant, et ayant par conséquent l’œil droit en 1), et l’œil gauche en G ; et supposons que celte personne ait une raie tracée dans les cheveux du côté de l'œil droit, au-dessus du point que nous marquons R.
- L’image représentera une personne regardant à l’opposé, dans le sens de la flèche f, et ayant, par conséquent,
- l’œil droit en d, l’œil gauche en g, et la raie en r, du côté de l’œil gauche. Peut-on dire que ce soit là une image fidèle? Ce n’est pas la représentation de ce que donnerait la personne vivante si elle se retournait pour regarder, comme son image, dans la direction de la flèche ; car elle conserverait la raie du côté de l’œil droit.
- Devons-nous donc renoncer à nous voir jamais tels que nous sommes? Non, un deuxième miroir peut réparer les fantaisies du premier. Placez une glace devant l’image bizarre que nous avons obtenue du mot FLEUR, et vous pourrez lire exactement ce mot dans cette nouvelle glace. C’est qu’en effet la première image peut se comporter à son tour comme un objet lumineux par rapport au deuxième miroir; celui-ci en dpnne une image symétrique qui, transportant la droite à la gauche et réciproquement, restitue la disposition même de l’objet primitif.
- L’expérience est un peu plus délicate à faire quand nous sommes à la fois l’objet et l’observateur. Mais voici une des meilleures dispositions pour y parvenir : considérons deux miroirs plans XY, X'Y' (fig. 4) se coupant à angle droit, et reprenons notre personnage DRG placé devant ces miroirs; XY donne une image dry comme plus haut; drg donne à son tour une image D'R'G', car les rayons partis de DRG et qui, après la première réflexion paraissent venir de drg, peuvent tomber sur le deuxième miroir X'Y'.
- On voit sur la figure que cette deuxième image I)' R' G' a bien la disposition qu’aurait le personnage s’il se retournait pour regarder dans la même direction où parait regarder l’image D'R'G'. La raie se trouve rétablie du côté de l’œil droit. Cette image D'R'G' résulte d’ailleurs tout aussi bien d’une première réflexion d'r’g' par le miroir X' Y', suivie d’une deuxième par X Y. Donc en tout trois images, dont une seule fidèle.
- L’avantage de la disposition à angle droit sur l’angle aigu quelconque est que dans ce dernier cas, comme on peut le voir aisément, il y a un plus grand nombre d’images, il y a des images parasites, parmi lesquelles il faut faire un choix, d’ailleurs assez facile. Au reste, on se l'appelle que c’est là le principe du kaléidoscope.
- Les images successives dans deux miroirs parallèles se prêtent à des considérations analogues aux précédentes.
- En résumé, prenez deux glaces à angle droit, et assez grandes pour que les rayons réfléchis par l’une puissent tomber sur l’autre. Placez-vous assez près de l’intersection, et regardez dans la direction de cette intersection. L’expérience est curieuse, et peut-être vous ménage-t-elle quelque surprise. J. Derôme,
- Licencié ès sciences.
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- EMBARQUEMENT MÉCANIQUE
- DES CHARBONS
- L’augmentation continuelle de la production des houillères en même temps que l’extension donnée aux transports par eau ont amené à perfectionner les moyens ordinairement employés pour rembarquement des charbons. Les procédés mécaniques sont les seuls permettant de rendre cette opération à la fois rapide et économique ; aussi de nombreuses solutions ont-elles été proposées, et les systèmes employés sur les « rivages » des houillères varient presque toujours d’une exploitation à l’autre.
- Le procédé le plus fréquent consiste dans l’emploi de wagons dont les caisses sont articulées sur les
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- châssis et peuvent basculer en soulevant l un des cotés; c’est line solution très simple, mais elle exige une force motrice et une installation d’appareils spéciaux de levage.
- Aux mines de Lens, des grues sont adaptées sur les locomotives; dans d’autres exploitations, le mouvement de bascule est produit par un appareil à air comprimé assez semblable aux appareils de frein en usage sur les lignes de chemin de fer, et que le mécanicien peut manœuvrer de la locomotive.
- On a pensé pouvoir éviter l’emploi de ces appa-
- reils de levage en
- des wagons semblables à
- ceux qui avaient été étudiés pour le service des remblais du canal de Panama ; la caisse de ces wagons est également articulée sur le châssis, mais son centre de gravité est en porte à faux par rapport à son point de suspension.
- Un verrou maintient la caisse dans sa position ordinaire, mais dès qu’il est tiré, le mouvement de bascule se produit sous l’action de la pesanteur.
- Fig. 1. — Schéma de l’embarquement mécanique du charbon.
- L’économie que semble donner ce dispositif est illusoire, car s’il supprime l’emploi des appareils de levage, il oblige par suite à augmenter le poids mort des véhicules, par la nécessité d’avoir un châssis restant bien en équilibre sur les rails au moment où l’on fait basculer la caisse; par suite, les frais de traction pour amener les wagons de la mine jusqu’au rivage et pour les retourner vides se trouvent ainsi fortement augmentés.
- Ce système présente en outre un autre inconvénient : le mouvement de bascule n’est pas uniforme, mais, au contraire, il donne lieu à une accélération
- inévitable, le chargement se trouve projeté assez 'brusquement, le charbon s’émiette, et la proportion des menus augmente.
- Un a cherché également à opérer l’embarquement au moyen de basculeurs, c’est-à-dire à l’aide de planchers oscillant autour d’un axe et donnant aux wagons une inclinaison suffisante pour faire glisser le charbon dans une trémie de chargement.
- On s’en était tenu pendant longtemps ' aux basculeurs hydrauliques, nécessitant par conséquent une force motrice spéciale. Nous croyons intéressant de signaler à ce point db vue la disposition imaginée
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- par M. Malissard-Taza, directeur des Ateliers de Mmc Yve Taza-Yillain à Anzin, car elle permet d’éviter l’emploi d’une force motrice extérieure, l’appareil fonctionnant simplement sons l’action du poids du wagon à décharger. Ce dispositif fort ingénieux porte le nom de basculeur à pendule différentiel et à frein hydraulique. 11 consiste en une plate-forme métallique F, oscillant autour de deux tourillons et sur laquelle le véhicule à culbuter vient se placer de laçon que son centre de gravité soit excentré par rapport à ces tourillons. Un piston P, plongeant dans un cylindre C complètement rempli d’eau, est relié à la plate-forme par sa tige et par une bielle articulée B dont l’extrémité est fixée du coté opposé
- au centre de gravité du wagon par rapport à l’axe des tourillons.
- Les parties supérieure et inférieure du cylindre communiquent par une conduite de faible diamètre munie d’un robinet R. Au-dessous de la plate-forme, un pendule composé de deux contrepoids est suspendu de façon que son centre de gravité soit situé dans le même plan vertical (pie l'axe des tourillons.
- Le véhicule, étant amené sur la plate-forme, est maintenu solidement à ses deux extrémités et tend alors à faire basculer l’appareil; mais le robinet II étant fermé, le piston, par suite de l'incompressibilité de l’eau contenue dans le cylindre, s’oppose à ce mouvement de bascule ; dès que le mécanicien ouvre
- ce robinet à l’aide du système de leviers L, il laisse alors échapper l'eau contenue dans la partie supérieure du cylindre; cet écoulement peut d’ailleurs se régler facilement par la manœuvre du robinet de façon à rendre le mouvement de ‘bascule aussi lent qu’on le désire. L’action des contrepoids, qui était nulle au début, va en s’accroissant à mesure que l’inclinaison devient plus forte, ce pendule sert donc ainsi de modérateur.
- Les portes du wagon sont mobiles autour d’un axe horizontal situé dans la partie la plus haute de la caisse ; dès que celle-ci va en s’inclinant, elles tendent à s’ouvrir par leur poids et par la poussée du chargement, mais elles sont maintenues fermées par un verrou qu’on n’ouvre que lorsque la plateforme a atteint l’inclinaison maximum de 58°.
- A ce moment, le charbon glisse doucement dans la trémie. Le retour du wagon vide à sa position horizontale est déterminé par l’action du pendule et ce mouvement est réglé également par le frein hydraulique.
- La trémie dans laquelle tombe le charbon est en deux parties, une fixe et une mobile, la partie fixe a une inclinaison assez faible, rendant l’écoulement du charbon facile et sans secousse, la partie mobile peut se manœuvrer aisément et permet de distribuer le charbon dans toutes les parties du bateau.
- Cette installation est complétée par un appareil de touage à la main. Cet appareil se compose d’un treuil sur lequel s’enroule un cable sans fin en acier; en reliant ce càlde au bateau, on peut donner à celui-ci des déplacements dans les deux sens, dès
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- qu’on imprime au câble un mouvement (le translation.
- Ce bascnleur, qui a été construit pour des wagons de 10 tonnes de chargement, permet d'embarquer 20 à 25 wagons à l’heure, c’est-à-dire 2000 à 2500 tonnes de charbon par journée de dix heures. Il ne nécessite que deux hommes pour cette opération. L. Raclé.
- COMPARAISON DE LA YAPEUR D’ÉTHER
- ET DE L’ACÉTYLÈNE
- AU POINT DE VUE DES DANGERS D’INCENDIE
- La catastrophe du Bazar de la Charité a montré une fois de plus le grand danger que présente la vapeur d’éther mêlée à l’oxygène ou à l’air.
- On est naturellement amené à comparer sous ce rapport la vapeur d’éther avec l’acétylène dont on a dit tant de mal.
- La vapeur d’éther se présente à première vue sous deux aspects particulièrement défavorables : tout d’abord elle est très lourde, sa densité étant 2,505; en second lieu, et comme conséquence, elle se diffuse très lente-
- ment. Nous pouvons, pour fixer les idées mettre sous les
- veux de nos lecteurs les nombres suivants qui représentent
- les vitesses moyennes des particules des 0 et sous la pression de 760 millimètres. principaux gaz à
- Hydrogène.... 1848 mètres p ar seconde.
- Ammoniac. . . . 815 — —
- Oxyde de carbone . 620 — —
- Protoxyde d’azote . 504 — —
- Azote 492 — —
- Air. 485 — —
- Oxygène 461 — —
- Acide sulfureux. . 420 — —
- Chlore ..... 547 — —
- Si on ajoute à ce tableau les nombres correspondants pour la vapeur d’éther et pour l’acétylène, on trouve :
- Vapeur d’éther . . 505 mètres par seconde
- Acétylène .... 511 — —
- Ces chiffres montrent d’une manière frappante que l’acétylène se diffuse beaucoup plus vite que la vapeur d’éther. Si donc on emploie au lieu d’éther l’acétylène gazeux, qui peut d’ailleurs se dégager d’un récipient où il est comprimé ou liquéfié, que va-t-il se passer?
- Je me place dans les plus mauvaises conditions: celles où on le mélange à l’oxygène. Si par erreur ou distraction on arrête le dégagement d’oxygène, l’acétylène continue à se dégager, mais au lieu de rester en place comme la vapeur d’éther, il gagnera, à cause de sa légèreté, les parties supérieures éloignées du foyer, de plus il se diffusera et il y a tout lieu de supposer qu’il le fera assez vite pour que sa proportion dans la masse d’air environnant devienne assez faible pour le rendre ininflammable. On sait d’ailleurs par l’expérience de tous les jours qu’on ne parvient pas à allumer un bec de gaz en plaçant un corps enflammé à une distance un peu grande de son orifice.
- Telles sont les réflexions que nous a suggérées cette catastrophe. L’occasion nous paraîtrait fort inopportune de les signaler, si, d’une part, nous n’avions été victime d’un accident d’acétylène au sujet de recherches qui d’ailleurs
- ne concernaient en rien l’éclairage et ne sauraient nuire à son avenir pour cet usage, si, d’autre part, elles ne nous paraissaient susceptibles d’être utiles pour l’avenir.
- A. Diboix,
- Docteur ès sciences physiques.
- L’INFLUENCE DE LA FRANKLINISATION
- SUR LA VOIX DES CHANTEURS 1
- La franklinisation exerce une action particulière sur la voix chantée. Lorsqu’on soumet à la franklinisation des chanteurs n’étant atteints ni de lésion de l’appareil vocal, ni même d’affection générale, en les faisant asseoir sur un tabouret isolant, relié au pôle négatif d’une machine statique à grand débit, et en leur faisant respirer les effluves qu’on dégage au niveau de leur visage à l’aide d’un balai de chiendent, on observe, au bout de peu de temps, souvent dès la première séance, des modifications au point de vue de l’intensité, de la hauteur et du timbre de la voix.
- Intensité. — La voix est plus ample, le son est renforcé. La respiration est, en effet, modifiée : les inspirations sont plus profondes, plus puissantes, tandis que l’expiration se fait plus également et dure plus longtemps. L’appui est meilleur, plus solide. L’essoufflement que produisent la multiplicité et la rapidité des inspirations dans certains morceaux de chant est très diminué et devient presque nul.
- Hauteur. — La voix tend à s’étendre dans le registre aigu. C’est surtout dans ce registre que l’action se manifeste ; le maniement en est plus souple, ce qui permet au chanteur de s’en servir et de s’y maintenir plus aisément. 11 en résulte que les notes élevées sont plus faciles et plus puissantes.
- Timbre. — La voix plus claire acquiert une qualité toute spéciale : du mordant, fille prend un timbre particulier que les artistes comparent à celui qu’on observe dans la période prémonitoire du coryza. Le passage, généralement si difficile, du registre ouvert au registre sombré, est bien plus aisé. Chez les artistes qui ne sont atteints d’aucune affection pouvant avoir une influence sur le bon fonctionnement de leur appareil vocal, on observe, à la suite de la franklinisation, que la voix devient plus ample, plus claire, plus souple, qu’elle acquiert un timbre particulièrement agréable, qu’elle est plus facile et se fatigue moins vite.
- La franklinisation facilite l’étude du chant aux élèves et aux débutants ; elle donne à la voix des artistes une beauté inusitée. A. Moutier et Granier.
- UN GLOBE TERRESTRE GIGANTESQUE
- En attendant les merveilles promises pour 1900, on annonce qu’un certain M. T. Ruddiman Johnston se préposé de construire, pour l’exposer à Londres, un grand globe terrestre au 1/500 000e. Ce globe aurait 25m,5 de diamètre environ, chaque kilomètre y étant représenté par une longueur de 2 millimètres. On verra ce globe d’une galerie hélicoïdale, à la partie supérieure de laquelle les visiteurs seront élevés par un ascenseur, et, comme la sphère sera animée d’un mouvement de rotation assez lent, on en pourra voir, en descendant, les diverses parties.
- Tout ce qui présente un caractère géographique d’une certaine importance y sera représenté et dénommé, ainsi
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences.
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- UA NATURE/
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- que toute ville de 5000 habitants, celles moins peuplées y ayant encore leur place marquée. L’échelle adoptée permettra en outre de désigner les villes en sept caractères de dimensions différentes suivant leur population. Londres, par exemple, y occupera une superficie supérieure à celle d’une pièce de dix centimes; les villes étant désignées en caractères particuliers, selon leur population, en examinant le globe, on pourra, étant donnée une ville connue, en trouver, par comparaison, une autre plus petite sur laquelle on sera moins bien fixé.
- Grâce à la diversité des couleurs et des nuances employées, on pourra obtenir une grande clarté en réservant le bleu pour les rivières et les lacs, le vert pour les plaines, le jaune pour les déserts, le gris pour les routes, le rouge pour les chemins de fer, et laissant aux montagnes leur couleur naturelle ; les noms afférents auront également une couleur distinctive; et, de plus, les nuances, pâles aux pèles, iront en s’accentuant en approchant de l’équateur.
- Quant aux océans, on aura largement la place voulue pour en indiquer les courants, les vents dominants, les températures, le degré de salinité, la profondeur, la nature du fond, en même temps que la pression atmosphérique et les variations de la boussole; quant aux terres, bien qu’il puisse y être tenu compte de la distribution géographique de la flore et de la faune, ainsi que d’autres données, il ne faut pas perdre de vue que ce globe n’est pas destiné à remplacer les atlas et les livres, mais bien à en encourager l’étude, et que le public en général le visitera pour se rendre compte de sa situation et de celle des autres ou pour se renseigner d’une manière sommaire sur un point quelconque, beaucoup plus (pie pour s’y livrer à des recherches scientifiques.
- Le même inventeur a également conçu un vaste globe terrestre creux qu’on verrait d’une plate-forme intérieure, comme il en a été déjà établi un à Leicester Square, à Londres, en 1851. L’espace extérieur réservé aux visiteurs étant supprimé, l’échelle en pourrait être encore plus grande.
- Cette idée nous rappelle celle qu’avait, il y a quelque cinquante ans, réalisée un de nos professeurs de géographie les plus distingués, M. Sanis, qui, dans un vaste parc situé à Montrouge, avait édifié un plan en relief d’une partie de l’Europe, à une échelle telle qu’on passait en bateau le détroit de Gibraltar. La rue du Géorama, aujourd’hui absorbée par la rue Mouton-Duvernet prolongée, en a longtemps perpétué le souvenir. E. Boistel.
- Là VISIBILITÉ DES COULEURS
- Il semblait qu’il n’y eût plus d’expériences à faire sur la visibilité des couleurs et celle des feux colorés vus à distance. II n’en est rien pour les officiers anglais et allemands, et récemment des commissions ont fonctionné en Allemagne et en Angleterre en vue de fixer, l’une, la distance à laquelle l’œil cesse de percevoir certaines couleurs; la seconde, le point où s’éteint l’éclat d’une lumière blanche ou colorée.
- En Angleterre il s’agissait d’examiner quel fondement ont les critiques formulées de tout temps contre la couleur écarlate des uniformes de l’armée anglaise. On prétend qu’elle tranche beaucoup trop sur l’aspect général du terrain. Des essais ont donc eu lieu pour lesquels on a procédé de la manière suivante.
- Dix hommes ont été revêtus d’habillements gris clair, rouge écarlate, gris foncé, bleu foncé et vert foncé, à raison de deux par couleur ; puis ils se sont éloignés pro-
- gressivement. La disparition s'est faite dans l’ordre cG dessus ; les dernières couleurs visibles ont été le bleu et le vert foncés.
- Les expériences allemandes ont établi de nouveau que la visibilité de la lumière d’une bougie est de 2250 mètres par nuit claire et de 1610 mètres par nuit pluvieuse. On savait déjà que la visibilité de la lumière blanche est proportionnelle à la racine carrée de son pouvoir éclairant.
- La lumière d’une bougie entourée d’un globe vert a pu être distinguée à 6 kilomètres, limite extrême. Les lumières vert sombre et jaune n’ont pu être aperçues à une distance assez courte. Quant au rouge, toutes ses teintes se voient d’assez loin, en particulier le rouge cuivreux. Ces dernières recherches avaient pour but de se rendre compte de la meilleure coloration à donner la nuit aux signaux employés à bord des navires. L. 11.
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- Là SOURCE DE Là BUNà
- (HERZÉGOVINE)
- Un récent ouvrage de M. G. Capus1, le vaillant explorateur de l’Asie centrale, compagnon du premier voyage de M. Bonvalot, a fort justement attiré l’attention sur un pays que les Français connaissent trop peu : bien que le Père Barrai y ait conduit, il y a une dizaine d’années, plusieurs de ces utiles et instructives caravanes scolaires où nos jeunes gens apprennent à mieux employer leurs vacances que dans les casinos de bains de mer ou de villes d’eaux, la Bosnie et l’Herzégovine ne reçoivent pas encore en foule suffisante les amis du pittoresque naturel et de la couleur locale ethnographique. On verra, dans le livre cité, quels progrès matériels ont faits à tous les points de vue, sous la salutaire et habile administration autrichienne, ces deux anciennes provinces turques; l’ordre et la sécurité y ont promptement ramené la prospérité, éloquent exemple de ce que l’entente européenne pourrait réaliser, si elle le voulait bien, en cette malheureuse et admirable péninsule des Balkans, transition si curieuse entre l’Occident et l'Orient. Je ne veux ici qu’ajouter une note aux attachantes histoires et descriptions que vient de nous narrer M. Capus.
- U s’agit d’un des plus beaux sites de l’Europe, la source de la Buna à Blagaj, à 13 kilomètres sud-est de Mostar, capitale de l’Herzégovine.
- Que l’on se figure, pour simplifier toute explication, une sorte de fontaine de Vaucluse, jaillissant, comme la source chère à Pétrarque, au pied d’une falaise haute de 200 ou 300 mètres; mais que l’on accroisse notablement le volume des eaux issues ainsi subitement de la terre : car la Buna herzégovinienne est plus puissante que la Sorgue provençale ; et surtout que l’on se représente les affreuses usines et guinguettes, qui ont retiré à Vaucluse le meilleur de son charme poétique, remplacées par les ruines originales d’une petite mosquée et d’un turbé. Un turbé c’est en Turquie un tombeau privilégié, soit de sultan, soit de quelque iman ou derviche mort en
- 1 A travers la Bosnie et l’Herzégovine, Taris, Hachette, in-4», 1897.
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- LA NATURE.
- odeur de sainteté : et dans celui de la Buna repose un bienheureux prêtre musulman dont un rare pèlerin vient de loin en loin révérer la mémoire et invoquer le céleste appui. Au milieu de notre gravure (fî". 2) se voient les ruines du sanctuaire, auquel s’est juxtaposé, sur la terrasse dominant la source, un joli kiosque oriental, désert aussi, à l'ombre vaste de l'immense falaise et des platanes séculaires. Seul un sommaire moulin, jasant des meules, sur un petit liras de dérivation, mêle en aval son bruit discret au grondement de l’eau et au gazouillis des rossignols; et si un être vivant se permet de venir troubler cette grandiose et enchanteresse solitude, la vue de son chatoyant costume balkanique suffit pour qu’on ne le traite pas d’intrus.
- Tout cela certes l’emporte en originalité charmc-resse sur les papeteries assourdissantes de Vaucluse et ses roches barbouillées de noires et niaises inscriptions.
- La forteresse médiévale ne manque même point à la Buna : la tour du cardinal Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon, laquelle ne lut jamais le château de Pétrarque, y est remplacée par la citadelle de S tep an Gratl, dont les créneaux démantelés se hérissent fièrement sourcilleux sur la plus haute crête de la muraille à pic. Pour la rivière, elle est la vraie sœur de Vaucluse, aussi énigmatiquement formée sous terre; collecteur unique d’une foule de ruisseaux perdus et d’une quantité de gouffres absorbant les pluies, à plusieurs hectomètres en l’air et plusieurs kilomètres au loin, pertes et avens des plateaux de Saint-Christol, du Ven-toux et de la montagne de Lure en France, polje et ponors de la Zalomska et de Nevesinsk en Herzégovine1.
- Jusqu’à présent l’homme n’a su que deviner le secret mécanisme de cette concentration souterraine ; il n’a pu ni parcourir les galeries, ni tracer le plan de ce réseau hydrologique intérieur, en tout semblable au système d’un fleuve aérien appelant dans son lit rivières, ruisseaux et fontaines. On croit seulement que, dans l’épaisseur des terrains quisé-parent la grande source basse de tous les hauts et
- 1 Yoy. Pu. Ballif, Wasserbanten in Bosnien und der Ilerccgovina, 1ro partie, Vienne, 1890, in-4°.
- lointains petits points d’absorption, doivent exister les amples tunnels, les grands dômes caverneux, les cascades tonnantes, les lacs tranquilles et les siphons étranglés dont la Piuka d’Adelsberg offre à l’heure actuelle la collection la plus complète et la mieux connue.
- Au mois d’octobre 1893, les eaux de la Buna étant très hautes, je m’étais demandé si l’antre coudé, de 5 ou 6 mètres d’ouverture, d’où s’échappe le flot tout entier (visible à droite de la gravure), était la branche ascendante d’un siphon comme à Vaucluse, ou bien un orifice de caverne pénétrable après la sécheresse ; la force du courant ne m’avait point permis de me servir là de mon bateau de toile1, et j’ignorais si quelqu’une des fissures observées, trop haut pour être atteintes, dans les falaises, ne conduirait pas, par une voie détournée, au bord
- même du fleuve intérieur qui doit si terriblement gronder dans sa conduite rocheuse naturelle. C’est par une fenêtre de ce genre qu’à Sa lies-la-Source (Aveyron), M. Gaupillat a retrouvé, en 1892, le courant venu du Tindoul de Vaissière.
- Ces deux doutes ont été levés négativement en 1894, d’après les renseignements que m’a obligeamment fournis M. Apfelbeck, conservateur au musée d’histoire naturelle de Séra-jevo (Bosnie) ; à l’aide d’une barque, aux basses eaux, on a constaté que le trou de sortie de la Buna n’a que quelques mètres de creux jusqu’à ce que le rocher baigne dans l’eau et produise le siphon complet; il reste à savoir si un scaphandrier réussirait là mieux que celui que M. l’ingénieur en chef Bouvier fit vainement descendre, en mars 1878, à 20 mètres sous le plus bas niveau de Vaucluse, sans rencontrer l’autre branche (descendante) du siphon2.
- Quant aux trous de la falaise, on est descendu dans l’un d’eux, en dessous de la ruine de Stepan Grad : et l’on a bien retrouvé l’eau, au niveau de la source, mais sous forme d’un petit bassin clos de toutes parts, sans aucune issue praticable, extrava-sement probable du grand siphon ; ce siphon n’a pas
- 1 Voy. Les abîmes, p. 483.
- - Voy. Huitième congrès de l’Association française (Montpellier, 1878, p. 348 et 307).
- Fig. 1. — Fausses pyramides de terre à Blagaj (Herzégovine). (D’après une photographie de l’auteur.)
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- Pig^ 2. — Source de la Buna, à Blagaj, près Mostar (Herzégovine). (D après une photographie.)
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- voulu se laisser contourner, comme on l’a fait en plusieurs points à Adelsberg, grâce à de petites galeries latérales ou trop-pleins1 2.
- La Buna est donc impénétrable à sa source, et c’est en déblayant et élargissant les ponors des hauts plateaux qu'il reste chances de suivre le chemin parcouru par la tête du berger, universelle légende des pays calcaires à rivières souterraines, que j’ai partout retrouvée depuis l’Irlande jusqu’en Péloponèse : le pâtre qui, chaque jour, jette un des moutons du maître au gouffre de la montagne, pour que sa mère le recueille émergeant de la source en plaine; jusqu’à ce que le maître, surprenant le fait, châtie cruellement le larcin et livre la tête même du pâtre à la ténébreuse route parcourue par les brebis volées.
- Egalement belles pour le touriste sont la Buna et Vaucluse, bien qu’inégalement respectées par l’avide industrie humaine; également problématiques et extraordinaires pour le géologue qui demeure rêveur devant ces deux grandioses phénomènes de la nature !
- A quelques centaines de mètres du point où naît la Buna, entre la source et le village de Blagaj, il faut remarquer aussi une autre manifestation géologique qu’on pourrait appeler de fausses pyramides de terre (fig. 1) : le large lit d’un torrent, à sec en temps ordinaire et furieux après les grandes pluies, est subitement coupé d’une brusque chute verticale, sorte de gradin à pic haut d’une dizaine de mètres ; ce gradin est taillé dans un conglomérat fort peu cohérent, très friable, où d’énormes blocs de pierre sont empâtés dans une gangue sableuse se désagrégeant sous les doigts. Quand l’eau ne coule pas, on voit toute la surface de cette inconsistante muraille striée de nombreuses rigoles d’érosion entre lesquelles font saillie les blocs à moitié déchaussés. Il y a là un accident du même ordre que ce qu’on appelle les Erd-Pyramiden, pyramides de terre, cheminées de fées : on sait que l’on désigne sous ce nom les aiguilles, tours et obélisques naturels souvent coiffés d’une sorte de chapiteau d’apparence monumentale, que l’on rencontre fréquemment dans les terrains aisément attaqués par l’érosion ou action mécanique de l’eau.
- Les plus remarquables pyramides de terre connues sont celles du Finsterbach près Bozen en Tyrol, du Colorado et du Garden of Gods aux états-Unis, de la vallée des Saints près de Boudes (Puy-de-Dôme), de Saint-Gervais (Haute-Savoie), du vallon des Thures près Briançon (Hautes-Alpes), de Fiesch (Valais), de Sachas au bord de la Durance®, etc.
- Il ne faut pas les confondre avec les accidents ruiniformes de même aspect qui caractérisent les terrains calcaires et dont la France possède entre autres quatre si beaux types à Mourèze (Hérault), Païolive (Ardèche), le Rajol et Montpellier-le-Vieux
- 1 Sur le contournement des siphons, voy. Martel, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18 mai 1896.
- 2 Voy. de Lapparcnt, Géologie, 3e édit, p. 159.
- (Aveyron) ; dans les fausses ruines de cette dernière catégorie en effet l’action chimique ou corrosive du calcaire, soluble dans l’eau chargée d’acide carbonique, a dù s’exercer conjointement avec l’action mécanique; les erd-pyramiden au contraire sont souvent érigées aux dépens de terrains argileux et volcaniques réfractaires à la corrosion; elles sont dues au ruissellement qui isole et laisse en saillie de gros blocs solides enchâssés dans des matières faciles à déliter et à entraîner.
- (( Les pyramides des Mées (Basses-Alpes) sont des sortes (le murs verticaux constitués par le poudingue politique entamé par l’érosion torrentielle. Des observations, faites en commun avec M. Zürcher, ont montré à M. Kilian que la production de ces singuliers témoins pouvait s’expliquer aisément par la présence de couches meubles dans la partie supérieure de la colline à laquelle elles sont adossées. Une série de petits torrents, servant d’écoulement aux eaux de ruissellement, se sont creusé des bassins de réception minuscules dans ces assises tendres (également miocènes) qui couronnaient la butte des Mées; les parties rétrécies en couloirs de ces ruis-selets s’établirent un peu plus bas, sur les flancs du coteau, et ne tardèrent pas à en entamer un peu les poudingues fortement cimentés en ces points. C’est un recul progressif de ces bassins de réception qui a eu pour conséquence l’approfondissement exagéré des couloirs parallèles : les parties mitoyennes ont fini par prendre la forme de véritables murs. C’est un bel exemple d’érosion régressive1. »
- A Blagaj il y a érosion régressive, recul progressif du même genre : seulement, au lieu d’une série d’aiguilles ou de murs parallèles isolés, on ne voit qu’un seul front de muraille sillonné de petites rainures et tout bosselé de blocs saillants, c’est ce que représente notre petite gravure; la différence provient ici de ce que la démolition du terrain est produite non par des pluies prolongées tombant goutte a goutte ou en filets minces, mais par une vraie cascade, une large et épaisse trombe d’eau qui, lorsqu’elle survient, doit abattre des pans entiers du gradin par-dessus lequel elle épanche sa 1 nappe. Bref les fausses pyramides de terre de Blagaj ont pour origine l’érosion régressive provoquée par le travail d’un cours d’eau puissant quoique intermittent ; c’est le même principe qui fait, beaucoup plus lentement, reculer les chutes du Niagara. Tandis que dans les vraies pyramides de terre, presque toujours situées à flanc de coteau ou sur les versants d’une ravine, ce sont plutôt les grosses averses qui provoquent la désagrégation : elles travaillent à petits coups innombrablement multipliés, au lieu d’agir comme une énorme et unique colonne d’eau; l’effet est le même, ablation des petites molécules et mise en relief des gros fragments du terrain. Seul le résultat définitif diffère dans ses formes par suite de la dissemblance du
- 1 Kilian, C. r. excurs. à Forcalquier, 29 sept. 1895, Bull, soc. géol., p.. 837 de 1895, 3e série, t. XXIII.
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- processus. Il m’a semblé qu’il n’était pas indifférent de signaler cette variante à l’aspect habituel des erd-pyramiden : c’est une exception qui confirme la règle. E.-A. Martel.
- L’HEURE DÉCIMALE
- L’heure décimale, qu’une commission officielle étudie en ce moment, préoccupe beaucoup les physiciens et les électriciens en particulier. M. Pellat, secrétaire général de la Société de physique, a rédigé au nom d’une commission nommée par cette Société un Rapport qui a été soumis aux pouvoirs publics. A la séance du 7 avril 1897, de la Société internationale des électriciens, il a soulevé également la question et a demandé que la Société prit une mesure analogue. Il a été aussi décidé que le Bureau s’occuperait de rédiger une Note qui serait adressée à M. le Ministre de l’Instruction publique et à M. le Ministre du Commerce, de l’Industrie, et des Postes et Télégraphes. Ce Rapport a été transmis par M. le I)1' d’Arsonval, membre de l’Académie des sciences, président de la Société des électriciens. Nous en trouvons les termes dans le Bulletin d’avril, et nous en résumons les principales parties dans les lignes suivantes.
- Après avoir rappelé que le système des unités électriques a été rendu obligatoire par un décret en date du 25 avril 1896, et qu’indépendamment des sanctions officielles, toutes les nations civilisées qui font usage de l’électricité emploient aujourd’hui ces unités sans aucune espèce d’exception ni de discussion, le Rapport explique que le système des unités électriques dérive immédiatement du système métrique, en tant qu’il adopte comme unités fondamentales le centimètre et le gramme. Mais les phénomènes électriques exigent aussi le choix d’une unité de temps; la seconde sexagésimale, 5600e partie de l’heure, a été universellement adoptée. Etabli sur ces bases, le système des unités électriques offre le premier et unique exemple, parmi les connaissances humaines, d’un système universellement adopté par toutes les nations du inonde. On doit attribuer le succès de cette entreprise à ce fait qu’une unité, du moins, était hors de contestation dans tous les pays du monde ; c’est l’unité de temps, la seconde.
- Les électriciens se sont donc émus en présence de la résolution, adoptée par la Commission officielle de décimalisation du temps et de la circonférence, de diviser désormais l’heure en 100 parties et chacune de celles-ci en 100 autres parties. Cette résolution, qui détruit l’une des bases du système des unités électriques, entraîne la ruine du système de mesures le plus cohérent qui existe à l’heure actuelle.
- Le Rapport examine ensuite en détail le côté industriel et technique de la question.
- Les mesures électriques sont aujourd’hui répandues dans les ateliers et dans les usines ; partout elles sont le complément ou la préparation du travail industriel. Toucher aux unités actuellement en vigueur, c’est bouleverser tous les calculs, tous les types établis ; c’est faire rentrer le chaos dans une industrie qui, à l’heure actuelle, présente une uniformité parfaite de méthodes et de résul-
- 1 Pour les Erd-pyramiden consulter : De Lapparent, Géologie, 5“ édit., 1893, p. 158; M. Lccoq, Époques géologiques de l’Auvergne, t. II, p. 541 (Vallée des Saints; voy. aussi Ann. Club alpin français pour 1885), Paris, Baillère 1867; Whympcr, Escalades dans les Alpes (Sachos), etc.
- tats. Il faut considérer aussi la perte causée par la mise au rebut des instruments actuels, ampèremètres, voltmètres, wattmètres, boîtes de résistance, qui représentent un capital considérable. Chez les consommateurs d’énergie électrique, les unités électriques ont aussi acquis leur droit de cité ; le watt-heure et ses multiples sont devenus des unités usuelles, les compteurs d’électricité sont gradués en hectowatls-heure. Le watt dépend de l’unité de temps. Si Ton touchait à la seconde, ce serait encore là un bouleversement complet d’usages bien établis.
- Les partisans de la réforme proposent aux électriciens de conserver leurs unités actuelles, que le décret signalé plus haut a pour ainsi dire matérialisées en définissant l'ohm par une certaine colonne de mercure, en représentant approximativement l’ampère par le poids d’argent déposé pendant un certain temps, le volt par la force électromotrice d’une certaine pile. Mais la notion de temps entre à chaque instant d’une façon explicite dans toutes les équations et dans toutes les formules et les unités électriques qui dépendent de l’unité légale de temps.
- La seconde sexagésimale a des liens trop profonds avec les plus anciennes habitudes de la vie de société comme avec les plus modernes besoins de la science et de l’industrie, pour qu’il soit possible d’yloucher. Il faut aussi considérer les nécessités de l’industrie électrique, qui représente dans le monde entier un capital de plus 'e 20 milliards de francs. J. L.
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- EXPÉRIENCE
- SUR L’INTERFÉRENCE DES ONDES
- M. John Wylie a communiqué à notre confrère Nature la jolie expérience que voici :
- On fixe aux branches d’un diapason excité électriquement deux fils de caoutchouc A G, B G aussi égaux que possible, se réunissant en un seul fil CI). Le diapason étant mis en vibration, les deux premiers fils suivent son
- A
- B
- mouvement et exécutent des vibrations rapides. Le troisième fil au contraire, qui reçoit à la fois deux impulsions opposées, reste en repos, mais il suffit de provoquer un amortissement sur l’un des trajets pour que le phénomène interférentiel soit détruit et que le fil C D se mette à vibrer.
- Si l’appareil est éclairé à l’aide d'une étincelle électrique, on voit aisément que les deux premiers fils décii-vent des mouvements symétriques.
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- L'AMPLIFICATEUR PHOTOGRAPHIQUE
- DE M. JOCX
- Faire petit pour obtenir grand, telle semble être aujourd’hui la devise des amateurs photographes. Elle a du bon car elle a pour beaucoup contribué à accroître leur nombre. L’agrandissement d’un cliché est en somme chose assez simple, mais qui demande cependant une installation ou un outillage ad hoc. Si on emploie la lanterne à projection, il faut avoir un
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- LA NATURE.
- modèle spécial «pii ne laisse passer aucune lumière blanche ; il faut aussi avoir soin de prendre un condensateur qui permette d’éclairer bien uniformément le cliché. C’est Là une des principales difficultés de l’agrandissement à la lumière artificielle, le cliché à agrandir est très souvent plus éclairé au centre que sur les bords. Cela n’arrive pas avec un bon appareil, bien approprié à la grandeur du négatif qu’on veut amplifier, mais il arrive fréquemment qu’on a une tendance à forcer un peu les appareils qu’on emploie, et telle lanterne construite pour des clichés 8x9 sera utilisée pour des 9x12; les résultats seront défectueux. A ce point de vue l'emploi de la lumière du jour est préférable; l’installation une fois faite sert pour toutes les dimensions de clichés, l’éclairage est toujours uniforme.
- D’un autre côté on ne peut pas travailler le soir et on doit varier ïè temps de pose non seulement selon la densité du cliché, mais aussi avec l’état du ciel.
- Toute médaille a son revers; quoi qu’il en soit, c’est la lumière du jour qui a été jugée la plus pratique pour les fabricants de petits appareils et ils ont combiné des instruments spéciaux, d’un maniement très simple, qui permettent d’opérer presque automati q u e ni c n t ; nous en avons déjà décrit plusieurs ici et nous ferons connaître aujourd’hui celui que fabrique M. Joux, le constructeur bien connu de la sténo-jumelle.
- Son appareil se compose d’une pyramide tronquée
- A sur laquelle est fixé un objec tif ; au-dessus s’adapte une boite B qui peut rester là à demeure, elle se ferme par un couvercle V, muni d’un verre dépoli, et que nous avons supposé ouvert. Un peu au-dessus de l’objectif un volet, qui glisse à frottement doux dans cette boîte, sert d’obturateur. A la partie supérieure delà boîte, et au-dessous du couvercle, se trouve une coulisse qui permet d’engager le châssis C portant le cliché à agrandir ; ce châssis a deux rainures situées à une distance telle l’une de l’autre que le cliché se trouve au point, pour un agrandissement en 15 X 18, lorsqu’on utilise la coulisse qui est la plus éloignée de l’objectif, et en 18 X 24 lorsque c’est la plus rapprochée. A la base de la pyramide se trouvent également deux logements destinés à recevoir
- Amplificateur photographique.
- un châssis à rideau dans lequel on met le papier sensible destiné à recevoir l’image agrandie. Le logement le plus éloigné de l’objectif sert pour la dimension 18 X 24 et le plus rapproché pour la dimension
- 15 X 18.
- La façon d’opérer est très simple : lorsqu'on a choisi la dimension de l’agrandissement qu’on veut obtenir et placé, dans le cabinet noir, une feuille de papier sensible contre la glace que renferme le châssis, on introduit celui-ci à l’endroit voulu dans l’appareil. D’autre part on dispose à l’autre extrémité le cliché suivant les indications que nous avons données tout à l’heure.
- Les choses étant ainsi disposées, on ferme le couvercle qui porte le verre dépoli et qui est destiné à tamiser la lumière et à la diffuser, on ouvre le rideau du châssis et on tire la vanne qui sert d’obturateur. 11 n’y a plus qu’à diriger l’appareil vers le ciel pendant quelques minutes, de une à dix, suivant le cliché, le temps qu’il fait et le papier em-ployé.
- On développe ensuite et on fixe comme d’habitude.
- Le môme appareil peut bien entendu être réversible, c’est-à-dire donner de petits clichés positifs avec de grands négatifs, ce qui est souvent utile pour faire des projections. Dans ce cas on utilise deux châssis spéciaux Det F représentés à part sur notre gravure. Le petit châssis D est à rideau et on y place dans le laboratoire la plaque sensible qui recevra l’image positive destinée à être projetée. Dans le châssis F, qui est muni d’un verre dépoli, on dispose le cliché 15 X 18 ou 18 X 24 destiné à être réduit; puis on met chaque châssis en place dans l’appareil en tenant compte des mêmes indications que pour l’agrandissement au sujet des emplacements ménagés pour les recevoir, suivant les dimensions à obtenir. Après avoir ouvert le rideau du petit châssis et découvert l’obturateur, on tourne le gros bout de l’appareil vers le ciel pendant une ou plusieurs minutes ; une expérience préalable est nécessaire pour déterminer le temps de pose. Avec ces appareils la besogne est très simplifiée et on peut opérer rapidement sans avoir à s’occuper de la mise au point ni de la mise en plaque. G. Mareschal.
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- LA NATURE.
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- MACHINE A COUDRE ÉLECTRIQUE
- Les applications mécaniques de l’énergie électrique pour la mise en marche de petits moteurs sur les réseaux des grandes villes ne sont pas encore très développées, surtout à Paris. Nous signalerons la machine à coudre, type New Paris, appartenant à M. Laligant, fabricant, que le secteur de la place Clichy vient de faire fonctionner électriquement, dans le but de contribuer à la propagation des applications électriques. M. Soubeyran, ingénieur principal, a bien voulu nous fournir à ce sujet quelques renseignements.
- La figure ci-jointe nous montre une vue d’ensemble de la machine. Le dispositif électrique a été installé de façon à pouvoir le supprimer facilement en cas d’accident et à faire fonctionner la machine par un simple déplacement de la courroie qui transmet le mouvement. Au-dessous du plateau de la table est fixé le moteur qui actionne le mécanisme par une courroie; sur la chaise de fonte de gauche se trouve le rhéostat de mise en marche et de réglage. Ce rhéostat peut facilement être commandé par une pédale placée à côté de la pédale ordinaire sur le même axe. Le moteur électrique est un moteur Lundell, excité en shunt. Les pièces polaires enveloppant l’induit portent une seule bobine excitatrice; le tout est enfermé dans une sphère en acier coulé. Ce dispositif peut facilement s’adapter à toute machine à coudre. A 110 volts et à 1200 tours par minute, le moteur peut fournir une puissance de 6 kilogramme très par seconde, soit 1/12 de cheval. Il peut tourner indifféremment dans les deux sens sans donner trace d’étincelles et sans qu’il soit nécessaire de décaler les balais. Ceux-ci sont constitués par des petits cylindres en toile métallique qui sont pressés par un
- Vue d'ensemble d’une machine à coudre actionnée par un moteur électrique Lundell.
- ressort et viennent s’appuyer sur le collecteur.
- Le rhéostat permet 5 changements de vitesse ; il comporte 6 plots, chacun avec un cran d’arrêt; en pressant légèrement sur ht pédale on passe d’un plot à un autre et on peut ainsi augmenter graduellement la vitesse. Un bouton placé à fleur de la table et à portée de la main permet de déclencher le curseur du rhéostat qui revient aussitôt au plot O et donne ainsi un arrêt presque instantané.
- hivers essais de consommation, en cousant des étoffes d’épaisseur et de nature variables, ont donné les résultats suivants (Voyez le tableau ci-dessous).
- D’après ces chiffres on peut adopter comme co nsommation moyenne une intensité de 0,4 ampère. A 110 volts, pendant une heure, la consommation est de 44 watts-heure ; le prix de rheclowatt-heurc pour application de force motrice étant de 0<\06, la dépense est de 2,0 centimes par heure, soit 26 centimes par journée de 10 heures.
- Il y a là certainement une application intéressante très économique, et qui permettra de fournir une plus grande quantité de travail, tout en épargnant la pied.
- fatigue et les inconvénients
- de la marche au
- Nature de l'étoffe. ]>ar minute.
- 1° Drap simple apprêté. 600 1 000
- 2° Calicot fin 600 1 000
- 5° Satinette ordinaire, . 600 1 000
- 4° Gros drap simple. . . 600 1 000
- 5° Gros drap double. . 600 1 000
- 6° Gros drap quadruple. 600 1 000
- en ampères.
- 0,55
- 0,40
- 0,52
- 0,57
- 0,54
- 0,59
- 0,55
- 0,58
- 0,57
- 0,45
- 0,40
- 0,45
- Laffargue.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Les renards noirs. — Un touriste eut l’idée, il y a quelques années, de peupler de renards noirs une des îles dans le voisinage du port de Boothbay. 11 choisit une île portant le nom d’Outer Héron, s’en assura la possession, et s’entendit avec des trappeurs de l’Alaska pour avoir un certain nombre de renards noirs. Une trentaine de renards noirs furent capturés vivants, et embarqués pour New-York. \ingt-trois périrent : mais les sept qui supportèrent le voyage arrivèrent en bon état, et furent mis en liberté dans l’ile. Ils se sont multipliés, et le propriétaire de cet élevage fait des aflaires importantes en fourrures, avec Londres. La peau du renard noir atteint une valeur égale à quatre fois en moyenne la valeur de la peau du renard bleu ; quand elle est de belle qualité, elle se vend de 1000 à 1250 francs. L’ile qui sert d’asile à cette colonie de renards possède des sources d’eau douce et de belles futaies de sapin, pin et épicéa : ses bords sont rocheux et difficiles à escalader. Un garde l’habite pour veiller à la conservation des animaux rares. Ceux-ci sont nourris de cadavres de chevaux qu’on abandonne dans les bois et qui proviennent du continent. Ils trouvent à se nourrir aussi avec le poisson et les mollusques rejetés par la mer, et passent une partie de leur temps sur le rivage, se retirant, pour se reposer, dans les fentes des rochers. Le climat est assez froid et se rapproche sensiblement de celui des îles de l’Alaska d’où ils ont été tirés.
- L’éclairage des trains à l’acétylène. — Un
- journal allemand, la Zeitung des Vereins deutscher Eisen-bahn-Venvaltungen, fait connaître les résultats des expériences faites sur l’éclairage des trains à l’acétylène en Allemagne. L'acétylène pur présente trop de dangers d’explosion pour pouvoir être employé pour l’éclairage des voitures de chemins de fer. Un mélange de 50 pour 100 d’acétylène et de 70 pour 100 de gaz d’huile ne présente aucun danger et déjà à 20 pour 100 d’acétylène, le pouvoir éclairant de la flamme du gaz a triplé. En comptant l’acétylène à 2 fr. 50 le mètre cube, sous la pression ordinaire des réservoirs de voitures, et le gaz d’huile 0 fr. 50 le mètre cube, la bougie-heure revient à 0,246 centime avec le gaz d’huile pur, et 0,15 centime avec un mélange de 20 pour 100 d’acétylène. L’emploi de l’acétylène, dans ces conditions, a, de plus, l’avantage de ne rien changer au matériel actuel; les mêmes réservoirs et les mêmes becs peuvent servir.
- Production de la bière en Allemagne. — La
- production de bière en Allemagne a été, pour l’année 1896, de 60 700 000 hectolitres, au lieu de 55 370 000 en 1895, dit la Revue scientifique. Cette production est presque tout entière consommée en Allemagne, puisque, en regard d’une exportation de 647 000 hectolitres, nous trouvons une importation de 547 000 hectolitres; il en résulte une consommation annuelle moyenne de 116 litres par habitant. L’Autriche, qui fournit la majeure partie des bières importées en Allemagne, ne produit que 18 675 800 hectolitres par an.
- Les hydrocarbures. — M. Lewes a fait dernièrement, à la Société de chimie d’Aix-la-Chapelle, une conférence sur la flamme des hydrocarbures. Il a résumé les principales recherches qu’il a effectuées. Les différents hydrocarbures qui composent le gaz d’éclairage se transforment en acétylène au contact de l’enveloppe chaude qui entoure la zone froide et non lumineuse de la flamme. L’éclat des flammes d’hydrocarbures est principalement
- dû à la localisation de la chaleur de décomposition de l’acétylène sur les produits mêmes de cette décomposition, c’est-à-dire l’hydrogène et le carbone. La température moyenne de la flamme, qui résulte de la chaleur de combustion des gaz, ne suffit pas à amener l’incandescence des particules de carbone mises en liberté.
- L’électroculture aux États-Unis. — M. Kinney a effectué, à Massachusets College, des expériences d’électroculture. Le courant employé était produit par quatre éléments Leclanché, ou par un élément Sansom donnant une force électromotrice de 2,88 volts. Une bobine d’induction servait à obtenir une plus grande variation de la force électromotrice. Le courant électrique était appliqué à des graines humectées dans des récipients en verre et sur du papier à filtre. Ces expériences ont montré que l’électricité exerce une influence appréciable sur la germination des graines ; 1’application de courants d’une intensité déterminée pendant de courtes périodes semble en effet accélérer la germination. L’écart a été de plus de 30 pour 100 entre la quantité de graines germées pour les graines traitées et celles non traitées. La différence de potentiel nécessaire varie entre moins de 1 volt et 3 volts avec des courants induits interrompus. Les graines qui ont été soumises à l’expérience étaient celles de moutarde blanche, de trèfle rouge, de colza et d’orge, et les observations ont porté sur environ trois mille racines et près d’un millier de tiges.
- Nouvelle machine puissante pour l’essai des matériaux de construction. •— L’Institut de technologie du Massachusets, qui poursuit des recherches fort intéressantes sur la résistance des matériaux de construction, va s’enrichir d’une précieuse machine. Elle pourra exercer une pression de 225 000 kg par cm2 au moins, et permettra d’essayer notamment la solidité des voûtes à l’écrasement. On sait que des expériences se sont récemment poursuivies à ce sujet en Autriche, mais on pense obtenir une précision bien plus grande avec la nouvelle installation.
- La fourniture des plaques de cuirasse aux États-Unis. — Le gouvernement des États-Unis a tout dernièrement ouvert une adjudication pour la fourniture de 8000 tonnes de plaques cuirassées pour les navires de guerre Alabama, Illinois et Wisconsin; le prix était fixé au maximum de 300 dollars (un peu plus de 1500 francs) par tonne de 907 kilogrammes, d’après la loi qui a ouvert les crédits nécessaires au programme naval. Or, par une bizarrerie qui mérite d’être citée, le gouvernement n’a pas trouvé un seul soumissionnaire à ce prix, sauf une maison qui l’aurait accepté moyennant le monopole de la fourniture pour vingt années.
- La production du carborundum. — On sait quelle précieuse matière à polir est le carborundum, que nous devons au four électrique : la production et la consommation en augmentent constamment. Il paraît que, durant l’année 1896, la « Carborundum Company » en a livré près de 500 tonnes au commerce sous la forme cristalline; d’ailleurs on se prépare maintenant à l’utiliser à l’état amorphe pour la production de l’acier.
- L’hygiène dans les pêches maritimes. —
- D’après les renseignements que publie la Revue maritime, l’hygiène et la propreté de nos pêcheurs ont réalisé de notables progrès dans l’année 1896, grâce à l’adoption d’un coffre à médicaments d’une part et à la perspective des primes que le ministre de la marine a bien voulu accorder pour les bateaux les mieux tenus. La plupart des armateurs ou des patrons n’ont pas encore fait l’achat
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- LA NATURE.
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- de l’instruction medicale dont la dépêche ministérielle du IG février annonçait l’apparition prochaine en librairie. Enfin plusieurs bateaux ont réclamé aux gardes-pêche de l’eau phéniquée, de l’alcool camphré, du linge. Quelques Hollandais nous ont aussi demandé des médicaments qu’on s’est empressé de leur offrir. A Aberdeen, dans un hôpital admirablement installé, nos pêcheurs sont traités gratuitement. Les frais de cet établissement, du à la charité publique, sont supportés par des fondateurs, des souscriptions et des dons éventuels. On rencontre, d’ailleurs, sur toute la côte anglaise, de nombreux établissements philanthropiques et même purement industriels, qui sont dus ainsi à l’initiative privée.
- Pèche au moyen de la lumière électrique. —
- Le journal Taglische Rundschau rapporte qu’on a fait dernièrement, en Angleterre, une expérience de pêche à la lumière électrique, qui a donné un résultat surprenant. Un bateau de pêche a été muni d’une batterie électrique d’une intensité lumineuse de 5 bougies. Cette lumière, bien protégée par un grillage, a été immergée à 7m,50, où elle éclairait un cercle d’un rayon de 50 mètres. Tous les poissons qui se trouvaient dans ce rayon se précipitaient aussitôt vers la source de lumière, et en quelques instants des quantités énormes de poissons furent attirés par la lumière, ce qui permit de faire une pêche extrêmement abondante : les filets étaient constamment remplis. Ce procédé peut, en cas de succès renouvelé, devenir désastreux pour les parages riches en poissons des districts côtiers; il pourrait donner lieu au braconnage du poisson, qu’il faut éviter dès le début, en n’autorisant ce mode de pèche qu’en pleine mer.
- Vieux arbres. — Nous avons cité dernièrement1 un arbre de l’Amérique du Nord, dont le tronc a près de 44 mètres de circonférence, dont l’àge est évalué à 2000 ans. Les Annales botaniques citent des arbres plus extraordinaires encore, soit sous le rapport de la grosseur, soit sous celui^de l’àge. Le plus gros arbre du monde serait un châtaignier qui se trouve sur les flancs de l’Etna, en Sicile. La circonférence a plus de 50 mètres. Dans la Sierra-Nevada, en Californie, un cyprès avait 100 mètres de haut quand les chercheurs d’or l’abattirent. Il avait, selon les calculs, 5000 ans au moins. A un autre cyprès, situé dans le cimetière de Santa-Maria de Tesla, au Mexique, les botanistes attribuent 4000 ans d’existence. Dans la Sénégambie, au voisinage du cap Vert, on trouve des boababsdont le feuillage constitue un dôme de 200 mètres de circonférence. D’après les recherches et les calculs faits par Adansonen 1749, certains de ces arbres seraient âgés de 0000 ans.
- Impression sur celluloïd. — M. Rousset, à Paris, est arrivé à imprimer sur celluloïd et à obtenir de bons résultats. Le celluloïd est imprimé à plat, il peut ensuite être travaillé à chaud sans nuire à l’impression, et quand la préparation est terminée, il résiste au polissage au tour. M. Rousset a obtenu sur celluloïd de très bons reports de similigravure et de gravure sur cuivre.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 mai 1807. — Présidence de M. Lus tin.
- Liquéfaction du fluor. — MM. Moissan et Dewar ont utilisé le froid intense produit par l’évaporation de l’oxygène liquide pour solidifier le fluor et étudier les pro-
- 1 Yoy, n° 1248, du 1er mai 1897, p. 550.
- priétés chimiques de ce corps sous cet état. En faisant arriver un courant de fluor dans un tube contenant de l’oxygène maintenu en ébullition tranquille, il ne se produit aucune condensation. Mais si l’on pratique le vide au-dessus de l’oxvgène de manière à provoquer une ébullition violente, on voit le fluor couler sur les parois du tube. C’est un liquide jaune clair, très mobile. Le fluor doit être préparé très pur, par voie électrolytique, en opérant sur un mélange d’acide fluorhydrique et de fluorure de potassium; il doit être débarrassé de toute trace d’acide fluorhydrique et de vapeur. On constate alors qu’à la température de l’expérience, — 185°, le fluor n’attaque plus le verre et donne ainsi un nouveau témoignage de l’inertie de la matière aux basses températures. Pareillement on le voit couler sur le carbone et sur le soufre sans déterminer aucune réaction chimique. Si l’on fait barboter le fluor dans l’oxygène liquide, on observe un précipité blanc qui reste en suspens. En filtrant le liquide, le précipité reste sur le filtre et détone. M. Moissan pense que l’on se trouve en présence d’un composé oxygéné du fluor, et déduit cette conséquence qu’à — 185°, l’affinité chimique n’est pas tout à fait éteinte comme on aurait pu le croire. De même l’affinité du fluor pour l’hydrogène persiste aux très basses températures, et M. Moissan ajoute qu’il n’a osé, de crainte d’accident, mettre l’hydrogène liquide en présence du fluor liquide.
- Les menhirs de Brunoy et de Roussy. — M. Émile Rivière présente deux intéressants Mémoires sur une série de menhirs relevés le long de la rivière d’Yerres sur le territoire des communes de Rrunoy et de Boussy-Saint-Antoine (Seine-et-Oise). Les menhirs mentionnés dans certains documents du quinzième siècle sous le nom de pierres frites ou fûtes ont été déjà signalés par plusieurs archéologues, mais ils n’avaient pas encore été décrits jusqu’à ce jour. M. Rivière rappelle également la découverte d’objets mérovingiens, tels que plaques de ceinturons, boutons et boucles en bronze, faite en ces dernières années dans le voisinage de l’église de Brunoy. Ces objets étaient associés à des squelettes humains qui paraissaient remonter à la même époque.
- Action physiologique des rayons X. — MM. Paul Richer et Londe, qui, depuis un an, expérimentent journellement à l’aide des rayons X, signalent un effet d’altération lente des tissus vivants qu’ils ont observé sur leurs mains. L’épiderme s’est épaissi, les poils sont tombés et les ongles se sont exfoliés, au point de donner à craindre qu’ils . n’aienfle même sort que les poils. En outre, par suite d’une singulière excitabilité développée sans doute par les altérations spéciales des tissus, ils ont acquis la propriété de sentir les rayons X. En interposant la main sur le trajet des rayons X, ils perçoivent une sensation particulière, même si l’expérience se pratique sans qu’ils puissent rien voir.
- Décès. — M. Bouquet de La Grye annonce là mort de M. Manen, membre correspondant de la section de géographie et navigation.
- Varia. — M. Callandreau a étudié les conditions de désagrégation des comètes au voisinage de la planète Jupiter. — M. A. Gautier démontre que la présence de l’humus dans les terres est nécessaire à la fertilisation, parce qu’il sert de nourriture aux microbes fixateurs d’azote. — MM. Arloing et Édouard Chantre présentent une Note sur les propriétés physiologiques du muscle sphincter ani. Cu. de Villedeuil.
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- LA NATURE.
- DISTRIBUTION D’EAU FROIDE
- ET DEAU CHAUDE A LA CAMPAGNE
- Une des questions à considérer dans une maison, c’est d’avoir l’eau à volonté. Les habitants des grandes villes sont prévilégiés à cet égard. Il existe presque partout des distributions d’eau sous pression, et il suffit d’ouvrir un robinet pour la recueillir.
- Il en est autrement à la campagne, dans les maisons d’habitation un peu éloignées des villages ou dans les fermes importantes. On trouve des puits, mais il faut des élévateurs qui puissent amener l’eau sous pression jusqu’à la maison. Il existe à cet égard un grand nombre d’appareils spéciaux très pratiques, qui reposent tous sur le principe suivant.
- Dans ces divers élévateurs on utilise la pression de l’air comprimé. Une pompe spéciale mue à la main permet d’introduire, dans*un récipient en tôle com-
- lermé ; réciproquement, lorsque le récipient est rempli d’eau, le robinet du tuyau d’arrivée est fermé et le robinet du tuyau de départ est ouvert. L’air comprimé fait alors pression sur l’eau et la force à s’élever dans les tuyaux de distribution et l’on peut facilement la recueillir en ouvrant divers robinets. En ayant soin de ne maintenir dans le récipient que de l’air sous pression, on peut le vider complètement. Parmi les divers appareils de ce genre, nous citerons les élévateurs de M. Edmond Henry, dont la capacité varie de 430 à 1250 litres. La figure 1 nous donne la vue d’une simple installation avec pompe à levier, avec les tuyaux d’arrivée et de départ en A et B.
- Le même constructeur a imaginé un dispositil intéressant qui complète heureusement l’élévateur. Il s’agit d’un bouilleur que l’on peut placer sur le trajet de l’eau et qui permet d’avoir de l’eau chaude. Il se compose d’un récipient en tôle galvanisée (fig. 2) de 120 litres que l’on plonge dans un bain-marie, chauffé
- plètement fermé, d’un volume déterminé pour les besoins de la maison, une certaine quantité d’air sous une pression choisie. Il suffit ensuite chaque jour de manœuvrer cette pompe et d’introduire aussi dans le récipient la quantité d’eau nécessaire. Deux robinets peuvent être successivement ouverts ou fermés pour ces deux opérations. Le récipient porte sur le coté un manomètre et un niveau d’eau à tube de verre. On peut ainsi connaître à chaque instant la pression de l’air comprimé à l’intérieur et la quantité d’eau qui se trouve dans le réservoir. L’eau arrive dans ce dernier, qui est entièrement fermé, par un tuyau particulier. Il se trouve également un autre tuyau, dit tuyau d’ascension, et qui se rend dans les diverses parties de l’habitation pour distribuer l’eau. Le tuyau d’arrivée et le tuyau de départ sont munis chacun d’un robinet. Lorsque l’on envoie l’eau dans le récipient, le robinet de départ est
- au feu de bois ou par un fourneau à charbon de terre. Le tuyau d’eau sous pression arrive à la partie supérieure, comme le montre en détail le cartouche de la figure. L’eau froide pénètre dans le tube central, descend, vient se chauffer et remonte sur les côtés pour ressortir par le tube extérieur et se rendre dans le tuyau de distribution. L’eau chaude est ainsi distribuée comme précédemment l’eau froide et également sous pression. On remarquera aussi qu’il suffit qu’une certaine quantité d’eau chaude soit puisée, pour qu’aussitôt une quantité égale d’eau froide pénètre dans l’appareil et vienne se réchauffer. A la partie supérieure du récipient se trouvent sur le côté un thermomètre qui permet d’apprécier la température de l’eau, et au-dessus une soupape de dilatation. Des robinets sont disposés pour le remplissage et la vidange du bain-marie. J. Laffargue.
- Le Gérant : J*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiihe, rue de Fleurus, 9,
- Fig. 1. — Élévateur d’eau avec pompe à levier. Fig. 2. — Bouilleur pour distribution d’eau chaude.
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- N* 125 4. — 12 JUIN 1897.
- LA NATURE.
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- LE THAR OU JHARÀL
- DE L HIMALAYA
- La ménagerie du Muséum d’histoire naturelle possède, depuis plus de deux ans, un Ruminant qui est encore fort rare dans les jardins zoologiques et qui n’attire cependant pas l’attention autant qu’il le mérite. Les visiteurs, et surtout ceux qui le voient dans sa livrée d’été, bien plus modeste que son costume d’hiver largement étoilé, le prennent en effet volontiers pour une sorte d’Antilope à cornes courtes ou pour une Chèvre de forte taille. Ce Ruminant,
- qu’on appelle vulgairement le Thar ou la Chèvre de l'Himalaya et que les naturalistes désignent sous le nom de Kemas ou Hemitragus jemlaicus, n’est pourtant ni une véritable Chèvre, ni une Antilope, mais un animal de type intermédiaire et, par cela même, extrêmement intéressant. Chez les Thars, en effet, le bout du museau est dénudé comme chez certaines Antilopes, le mâle n’a point de barbe au menton, le crâne est plus allongé et plus étroit, les orbites sont moins saillantes, les cornes relativement plus courtes (pie chez les Chèvres et à peine plus développées chez le mâle (pie chez la femelle; mais les mœurs sont à peu près celles des Bouque-
- Lc Thar (Hemitragus jemlaicus) de I’Iîimalaya en pelage d’hiver.
- (D'après l’individu vivant actuellement à la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle.)
- tins. Les mâles adultes de Y Hemitragus jemlaicus, comme celui qui vit 'actuellement au Jardin des Plantes et que la figure ci-dessus représente dans son costume d’hiver, sont des animaux d’aspect majestueux, mesurant plus d’un mètre de hauteur au garrot sur un mètre et demi de long. Leur tète, relativement fine, est surmontée de cornes beaucoup moins longues que celles des Boucs sauvages et domestiques. Ces cornes se touchent par leur hase, qui est épaisse et triangulaire, mais elles divergent aussitôt et se recourbent en arrière pour se terminer en pointe aiguë. Le chanfrein est droit ou même un peu excavé et la face est vêtue de poils courts et lisses, d’un gris noirâtre ou bleuâtre; au contraire la nuque, les côtés du cou, la gorge et la poitrine sont recouverts de poils touffus et allongés,
- 25* année. — 2* semestre.
- de couleur fauve, formant un magnifique camail qui, chez les vieux individus, peut descendre au-dessous des genoux, au moins pendant la période comprise entre octobre et mars. Ce camail rappelle tout à fait ces collets de Mouflon ou de Chèvre du Tibet que nos élégantes portaient l’hiver dernier et donne à l’animal une physionomie bizarre. Il se détache nettement sur le reste de la robe, qui est d’un brun plus ou moins foncé, tirant au noir sur le devant des membres et sur l’échine, le long de laquelle court une raie sombre, s’étendant jusqu'à la base de la queue.
- La crinière est à peine indiquée chez les jeunes mâles, dont le pelage est d’un ton gris uniforme et elle fait complètement défaut chez les femelles, qui sont toujours plus petites que les mâles et (pii
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- LA NATURE.
- portent un costume d’un brun rougeâtre ou grisâtre, passant au blanc sale sur les parties inférieures du corps. On constate du reste des variations de couleurs assez considérables entre des individus de même âge et de même sexe, et l'on tue de temps en temps des sujets dont la robe est d'un fauve clair ou rougeâtre.
- V llemitragus jemlaicus habite exclusivement la grande chaîne de l’ilinialaya, depuis le Sikkim jusqu’aux monts Pir Pandjal qui bordent la vallée de Kachmyr. 11 ne se trouve que sur les liants sommets, près de la limite supérieure de la zone forestière ou entre celle-ci et la région des neiges éternelles, sur les terrains rocailleux et couverts de broussailles.
- En temps ordinaire les vieux mâles se tiennent même presque constamment sous bois, tantôt faisant la sieste à l’ombre d'un chêne ou sous l’abri d’un rocher, tantôt circulant, avec une agilité extraordinaire, au milieu des arbres et des arbustes qui croissent sur les lianes escarpés des montagnes. Seules les femelles se montrent de temps en temps dans les espaces découverts.
- En raison de ces habitudes, la chasse du Thar offre des difficultés exceptionnelles et qui ne peuvent guère être comparées qu’à celles que présente la chasse d’un autre Ruminant de la même région, le Markhor ou Chèvre à cornes turbinées (Capra megaceros). Rien n'est plus fatigant et plus dangereux, dit le général Kinloch1, (pie de suivre durant des heures, sur des pentes abruptes, un gibier qu’on devine, dont on voit même les traces et qu’on ne parvient pas à découvrir, mais (pii, en revanche, est à chaque instant averti de l’approche du chasseur par le bruit que celui-ci fait en s’accrochant aux broussailles pour ne pas rouler dans un précipice. Soudain un bruissement de feuilles, un craquement de branches, un éboulis de cailloux annoncent la fuite d’un troupeau et c’est tout au plus si l’on aperçoit la croupe velue du dernier individu qui franchit, avec la rapidité de l'éclair, une profonde crevasse. A ce moment, lors même qu’on parviendrait à le frapper mortellement d’un coup de feu, la bête roulerait dans le précipice et serait perdue pour le chasseur. Les Thars ont, du reste, la vie très dure, et, dangereusement blessés, parviennent encore à gagner quelque retraite inaccessible.
- Telles sont les causes de la rareté des llemitragus jemlaicus dans les musées et, à plus forte raison, dans les jardins zoologiques. En dépit, ou plutôt à cause même de ces dangers, la chasse de ces animaux est, cependant pratiquée avec passion par quelques sportsmen anglais qui y cherchent plutôt l’occasion de déployer leur intrépidité naturelle que d’abattre un gibier de réelle valeur. La chair des femelles d'Hemitragus passe, il est vrai, pour être agréable
- 1 Alexander A. A. Kinlocli, Large Game Shooting in Thibet and the North-West, 2 vol. in-4°. Londres, 1860-1876 et Large Game Shooting in Thibet, the Himalaya and Northern India, in-8°, Calcutta, 1885.
- au goût, mais celle des vieux mâles exhale une horrible odeur de Roue.
- Dans cette espèce, comme chez beaucoup d’aulres Ruminants, les femelles et les jeunes font bande à part durant une partie de l’année et les vieux mâles promènent à l'écart leurs farouches et moroses personnes. Au mois d’octobre les couples se forment et les petits naissent, di(-on, au milieu de l'année suivante, en juin ou juillet. On prétend aussi qu’il n'y a qu'un seul petit par portée, quoique la femelle ait deux paires de mamelles. C’est là un fait qu’il ne sera pas possible de vérifier de sitôt, à la ménagerie du Muséum, car qui sait quand on parviendra à compléter le couple? En attendant on a essayé d’apparier le Thar avec une Chèvre domestique. L’union sera peut-être féconde. Le major Hodgson cite, en effet, l'exemple d’un croisement bien plus extraordinaire, celui d’un Thar avec une femelle de Cerf tacheté. Si l’on en croit cet auteur, le produit, né viable, ressemblait à la mère.
- L'llemitragus jemlaicus est connu sous les noms vulgaires de Tliar ci de Jhar aux environs deSimla, de Jharal dans le Népaul, de A’ras et de Jugla dans le Kaschmyr. Dans la chaîne des Nilghiris et dans celle des Ghâts occidentaux, il est remplacé par une autre espèce, Y llemitragus hylocrius ou Chèvre des Nilghiris, le Warri-atu des Tamils, Ylbex des colons anglais, qui vit à une altitude beaucoup plus faible, à 2000 ou 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer ou même plus bas encore. Le Warri-atu se distingue aisément du Thar par l’absence de ea-mail chez le mâle, dont le cou ne porte qu’une crinière courte et rude, >:ir la forme différente des cornes, par la présence des callosités sur les genoux et par la couleur brune foncée du pelage, sauf sur les parties inférieures du corps. On le trouve, en Groupes de dix, vingt, cinquante ou même soixante individus, sur les terrains rocheux qui bordent les précipices ou sur les pentes gazonnées qui s’étendent au-dessus de la zone des forêts. Comme le Thar il est très farouche, très difficile à chasser et par suite tout aussi rare, tout aussi mal représenté dans nos musées. En dépit de sa prudence et de son genre Je vie l’espèce n’a pu d’ailleurs échapper au sort commun à beaucoup de grands Mammifères de la même région; elle a été tellement décimée que l’on peut prévoir sa disparition prochaine, quoique dans ces dernières années quelques mesures tardives aient été prises pour essayer de sauvegarder son existence. E. üustalet.
- LE \1EUX NEUF
- LES CUIRASSES EX ÉTOFFE
- Un tailleur allemand proposait, il n’y a pas longtemps, ane cuirasse préparée avec une étoffe de son invention, qui était à l’épreuve de la balle.
- Il est probable que les essais n’ont point été favorables, puisqu’on n'a adopté dans aucune armée ce précieux pal-
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- LA NATURE
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- ladium; mais, de tout temps, la solution de ce problème a préoccupé les gens de guerre.
- En 1808, M. Muratori avait fait expérimenter avec succès des cuirasses faites de libres végétales, feutrées et solidifiées à l’aide d’acides1.
- Les journaux de 1780 contenaient l’annonce suivante :
- « Le sieur Dofiemont, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, vis-à-vis de Saint-Merry, vient d’ètre chargé de faire l’épreuve d’un certain nombre d’étoffes en soie, réunies pour garantir les coups de balle, dans les combats tant sur terre que sur mer; il a porté ses pièces d’essai à l'hùtel loyal de l’Arquebuse de Paris, où l’on a tiré dessus; la balle n’a frappé que les premières étoiles, et on l’a vue tomber aussitôt ; celle du pistolet à brûle-pourpoint est également tombée sur-le-champ. D’après ces expériences, on a commandé au sieur Dofiemont deux cuirasses, qu’il a faites et livrées. Depuis ce temps-là, il a trouvé moyen de les rendre très commodes à porter et de les perfectionner ainsi que des boucliers; elles sont plus légères de moitié que celles de fer*. »
- tient neuf ans auparavant, Louvois s’était déjà occupé d’une invention analogue, ainsi que cela résulte de la lettre suivante inédite, adressée à Vauban sous la date du 29 janvier 1(371 :
- « Je fais incessamment travailler à mettre le morceau d’étoffe dont je vous ai parlé en état de résister au plus fort coup de mousquet qu’on puisse tirer contre, et j’espère, dans toute la semaine prochaine, qu’il pèsera quatre livres et demie, et qu’il sera en état que pas un coup de mousquet de Suisse ne le pourra percer. Je ne crois point qu’en l’état où je le ferai mettre, il revienne à plus de 20 écus. La matière dont il est fait est plus pliante que du linge, quand elle est seule; mais, comme on la double et qu’on la pique, elle deviendra assez difficile à ployer, sans néanmoins qu’il soit impossible de le faire. )) Dans une autre lettre, également inédite, adressée à Louvois et datée du 25 novembre 1(572, Vauban revient sur ces essais :
- « Je vous supplie, monseigneur, de vous ressouvenir des cuirasses de ouate que vous vouliez faire faire l’an passé; car je crois que, si elles ont résisté tant soit peu, appuyées contre une muraille, elles résisteront tout à fait ne l’étant point et ne touchant à rien ; auquel cas on en pourrait faire d’excellentes targues3, que je n'estimerais pas moins (pie des cuirasses; l’épreuve n’en est pas bien difficile. Je vous supplie de la vouloir faire répéter de cette façon. »
- Je n’ai pu trouver encore le résultat définitif de l'invention présentée à Louvois. À. de Rochas.
- UNE DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE SIMPLE
- DE
- L’ACTION DES FORCES CENTRALES
- On désigne, en physique, sous le nom de forces centrales, toutes celles dont l’intensité varie en raison inverse de la distance. Les attractions des masses entre elles, des pôles magnétiques et des charges électriques, obéissent aux lois des forces centrales. On sait que, sous l’action d’une force centrale, un mobile, lancé avec une vitesse
- 1 C’était déjà à l’aide d’acidcs que. suivant Pline (liv. VIII, eh. 73), les Gaulois préparaient des étoffes résistant à l’action du fer et du feu.
- 2 Voir, sur cette invention de Deffémont, la Correspondance secrète, tome VII, p. 249.
- 3 Boucliers.
- initiale donnée, décrit une trajectoire elliptique, parabolique ou hyperbolique. Les orbites des planètes et des comètes sont des exemples de ces trajectoires.
- Pour produire une imitation exacte et facile de ces phénomènes, M. R. W. Wood a combiné un appareil très ingénieux et d’une extrême simplicité. Il se compose d’un disque de verre de 40 centimètres de diamètre environ percé à son centre d’un trou circulaire dans lequel on introduit un pôle d’un électro-aimant droit puissant. La surface du verre est noircie à la fumée et disposée horizontalement. Pour obtenir des trajectoires variées sur ce disque ainsi noirci, il suffit d’exciter l’électro-aimant disposé verticalement au-dessous du disque, le noyau passant par le trou, et de faire rouler sur le plateau de verre, en lui communiquant une certaine vitesse initiale, une bille en acier de 5 millimètres de diamètre, telle que celles employées pour le roulement des bicyclettes. Cette vitesse est communiquée à la bille en l’introduisant dans un tube en caoutchouc dont une extrémité porte sur la lame de verre et en soufflant par l’autre extrémité. On réalise ainsi les conditions énumérées plus haut, et l’on obtient, suivant les cas, une hyperbole, une parabole ou une ellipse, comme trace de la bille roulant sur le verre enfumé, mais ces courbes sont déformées par le fait que le frottement de la bille sur le verre réduit légèrement et graduellement la vitesse : mais comme on connaît la cause de ces déformations, l’expérience n’est que plus probante.
- La bille se déplaçant dans un plan horizontal, la pesanteur n’intervient en aucune façon pour troubler la loi du mouvement et son inscription automatique sur le verre enfumé.
- L’aimantation résiduelle de la bille d’acier modifie également les résultats, et les courbes seraient plus régulières ave/; des billes en fer doux, mais il n’en existe pas dans l^êômmerce.
- On'"qJ)lient à volonté une hyperbole, une parabole ou une ellipse en modifiant la vitesse initiale et l’intensité de pôle de l’électro-aimant. L’expérience est originale, d’une répétition facile, et se recommande à tous ceux qui ont à concrétiser avec élégance les principes de la mécanique céleste.
- LES VOITURES SANS CHEVAUX
- AU SIÈCLE UE LOUIS XIV
- La voiture automobile, ou plutôt la voiture sans chevaux, construite en 1775 par le mécanicien anglais Ovenden et dont ce journal a récemment1 publié la description, n’est pas le plus ancien véhicule de cette espèce, car Ozanam nous a laissé, un siècle plus tôt, la description d’un quadricycle automobile. Voici, en effet, ce qu’on lit (tome II, page 291) dans les Récréations mathématiques et physiques de M. Ozanam, professeur de mathématiques, ouvrage édité à Amsterdam chez George Gallet en 1696 :
- Problème XXI
- Construire un carrosse, dans lequel on se puisse conduire soi-même là où l'on voudra, sans aucuns chevaux.
- « Il faut que les deux petites roues de devant soient
- 1 Yoy. n° 1237, du 21 avril 1897, p. 334.
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- LA NATURE.
- mobiles autour (le leur essieu commun, comme dans les carrosses ordinaires, et que les deux grandes roues de derrière, comme A B, CD, soient fermement attachées à leur essieu commun EF (fig. 1), en sorte que cet essieu ne se puisse point mouvoir, sans que les roues se meuvent et roulent en même temps (planche 48, ligure 142).
- Au milieu de l’essieu EF on doit ajouter tout autour une lanterne GH, dont les lnseaux soient forts et ferrés, et attacher tout auprès sur la flèche une roue dentée I K, dont les dents puissent engrener dans les fuseaux de la lanterne, afin qu’en faisant tourner cette roue autour de son essieu LM, qui doit être perpendiculaire à l’horizon, par le moyen de la manivelle NOL, elle fasse tourner la lanterne GII, et avec elle l’essieu EF, et les roues A B, CI), lesquelles en cette façon rouleront et feront avancer le carrosse, sans qu’il soit tiré par quelques chevaux, ni par quelque autre puissance animée. Je ne dis pas que l’essieu E F doit entrer dans la flèche, afin qu’il puisse tourner ail dedans, parce que cela est aisé à deviner.
- On voit à Paris depuis quelques années un carrosse ou chaise (planche 61, fig. 212), qui a une forme à peu près semblable à celle de la figure 212 (fig. n° 2), et qu’un laquais posé sur le derrière fait marcher alternativement avec les deux pieds, par le moyen de deux petites roues cachées dans une caisse posée entre les deux roues de derrière, comme A B, et attachées à l’essieu du carrosse, comme vous voyez dans la figure 212, que j’expliquerai ici dans les mêmes termes qu’elle m’a été communiquée par un jeune médecin de la Rochelle, nommé M. Richard, lequel, outre l’application qu’il a pour les choses de sa profession, s’est attaché dès sa jeunesse aux mathématiques, et à la belle philosophie, ce qui fait espérer qu’avec le temps il imitera M. son Père, qui s’est acquis dans son pays une estime toute particulière.
- A A est un rouleau attaché par les deux bouts à la caisse qui est derrière la chaise, fig. 215 (fig. n°5). B est une poulie sur laquelle roule la corde qui lie le bout des planchettes CI), sur lesquelles les laquais mettent les pieds. E est une pièce de bois qui tient à la
- caisse, et retient les deux planchettes par l’autre bout, leur permettant de hausser et de baisser par le moyen de deux cordes AG, AD, qui sont attachées à leurs extrémités. F, F, sont deux petites plaques de fer qui servent à faire tourner les roues H, H, qui sont fixées à leur essieu, qui est aussi fixé aux deux grandes roues 11 (fig. 213, planche 61).
- Je crois qu’à présent on n’aura pas de peine à concevoir que le laquais mettant alternativement les pieds sur C, et sur D, une des plaques fera tourner une des roues à dents ; si par exemple il appuie sur la planche G, comme la figure le représente, elle doit descendre et faire monter la planche D, qui ne
- peut monter sans que la plaque de fer qui entre dans les dents de la roue ne la fasse tourner avec l’essieu et les deux grandes roues. Ensuite, appuyant sur la planche D, la pesanteur du corps la fera descendre et fera monter l’autre planche C,qui fera encore tourner la roue, et ainsi ce mouvement se continuera.
- 11 est facile de s’imaginer que les deux roues de derrière avançant, il faut que les deux petites de devant avancent aussi, lesquelles iront toujours droit, si la personne qui est dans la chaise les fait tourner avec les rênes qui sont attachées à une flèche sur le devant. »
- On voit que le carrosse décrit par Ozanam est absolument semblable comme mécanisme à celui dont on a déjà reproduit le dessin. Le fonctionnement du mécanisme est bien d’ailleurs celui qu’avait deviné M. Douliot. Quant au mécanicien anglais Ovenden, bien loin d’être un inventeur, c’était un simple copiste qui reproduisait purement et simplement un type de voiture imaginé un siècle auparavant.
- Qu’on n’aille pas croire du reste que la voiture sans chevaux d’Ozanam est la, première du genre. Elle paraît trop bien étudiée pour n’être qu’une première ébauche, et elle a vraisemblablement été précédée par d’autres modèles plus primitifs. On trouverait, d’ailleurs, autant que nous nous en souvenons, la description de l’un de ceux-ci dans les merveilleux manuscrits qu’a laissés Léonard de Vinci, manuscrits où existent en germe tant d’inventions géniales Capitaine L. de N.
- S^AToS^.’.z rc.
- Voiture sans chevaux.
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- LA NATURE.
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- LES ORIGINES DE L\ HOUILLE
- Il n’y a pas bien longtemps (pie l’on a une idée exacte de la façon dont la bouille a pu se former. On supposait naguère qu’elle était due à l’influence du « feu central » ; on était loin de se douter alors qu’elle eût une origine organique. Ce sont principalement les découvertes de savants français qui ont permis de résoudre ce problème important au point de vue scientifique et au point de vue pratique.
- L’observation a d’abord montré que la houille était constituée par des débris végétaux, plus ou moins altérés, réunis par une substance brune, ulmique, provenant, elle aussi, de la décomposition de ma-
- tières végétales. Cette constatation amena certains savants à croire que la houille résultait de l'enfouissement de forêts au lieu et place où elles avaient vécu. Une végétation luxuriante aurait couvert le sol et sur les débris des espèces végétales qui se brisaient et pourrissaient, poussaient de nouvelles plantes. Cet ensemble constituait un entassement considérable de matières végétales. Avec les théories alors en honneur, un cataclysme ne pouvait manquer de se produire; la forêt était couverte par les eaux charriant des sables et des argiles, sous lesquels disparaissait l’amas végétal. Le calme ne tardait pas à renaître, une forêt se réédifiait sur remplacement de la première et un nouveau cata-
- Les végétaux constitutifs de certains charbons, d’après E. Bertrand. — 1. Section verticale d'un thalle de Pila bibractensis, algue constituant le boghead d’Autun, grossie 200 fois environ. — 2. Section verticale d'uu thalle de Reinschia australis, algue formant le boghead d’Australie, grossie 400 fois environ. —5. Une spore (vue par son sommet) du boghead d’Australie, grossie 550 fois environ. — 4. Section horizontale d'un tlnlle de Reinschia australis, grossi 500 fois environ, c. Cavités cellulaires ; c’. Cellules du thalle coupées longitudinalement ; cO. Cavité du thalle.
- clysme la faisait recouvrir par de nouveaux sables et de nouvelles argiles. Ainsi s’expliquait l’alternance des couches de houille, de grès et d’argile que l’on observait dans les bassins houillers.
- Cette théorie, qui eut cours pendant un certain temps, ne put se soutenir devant l’examen des faits. On remarqua, en effet, que les couches de houille étaient très régulières, que des tiges d’arbres avaient été rencontrées souvent avec les racines en l’air; enfin il était impossible d’admettre que des végétaux pussent se conserver à l’air libre. Il était nécessaire qu’ils lussent soustraits a 1 action de 1 air pour fermenter et donner le combustible minéral.
- Après avoir fait un grand nombre d’observations de ce genre, un ingénieur français, M. Fayol, qui dirigeait l’exploitation de Commentry, fut conduit à émettre une nouvelle théorie de la formation de la houille, théorie basée sur des faits, sur des expé-
- riences, théorie rationnelle, qui rallie aujourd’hui la majorité des savants.
- Les mines de Commentry sont, en partie, exploitées à ciel ouvert, on peut donc voir aisément les rapports des différentes assises constituant le bassin. M. Fayol remarqua d’abord que les galets constituant les poudingnes étaient formés par des roches dont le gisement était parfois assez éloigné. Quant à la houille, elle résultait de résidus végétaux poses à plat et se recouvrant mutuellement. Il conclut de ces données qu’il avait fallu un liquide pour transporter et disposer de cette façon ces divers éléments. La houille ne s’était donc pas formée sur place, c’était un produit de transport.
- Le climat de l’époque houillère étant très humide, des pluies abondantes avaient arraché des arbres et des forêts entières et les avaient entraînés dans des dépressions lacustres. Les arbres avaient formé ainsi
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- LA N AT U HE.
- de véritables trains de bois flotté, analogues à ceux de certains fleuves d’Amérique, qui s’étaient accumulés dans les lacs, à l'embouchure des fleuves. Les matériaux les plus lourds, galets, sables, argile, se déposaient par ordre de densité. Les végétaux plus légers flottaient au loin et ne se déposaient que les derniers. Ainsi s’expliquent pourquoi les couches de grès et de houille ne sont pas parallèles et pourquoi toutes ces couches — ainsi qu’on l’observe dans les deltas — s’inclinent dans le même sens et sous un angle différent.
- M. Fayol contrôla son hypothèse par des expériences de sédimentation rapide. Il reproduisit artificiellement, «à l’aide de petits torrents, toutes les circonstances constatées dans les bassins houillers du Plateau Central. Les faits observés aujourd'hui à l’embouchure du Mississipi rendent encore plus vraisemblable, si possible, l’hypothèse de M. Fayol.
- Mais là ne se bornent pas les résultats acquis au point de vue scientifique. Tandis que l’ancienne théorie exigeait des milliers de siècles pour la formation d’un bassin houiller, la théorie du flottage permet de comprendre qu’il a fallu un temps relativement court pour combler les dépressions dans lesquelles s’est déposée la houille. La découverte de galets de houille, trouvés dans plusieurs bassins, autorise même la conclusion que la houille était formée avant son enfouissement.
- Ainsi la houille résulterait du flottage de végétaux et de leur dépôt dans des lacs.
- Tous les charbons ne sont pas cependant formés par flottage et aux dépens de grands végétaux. 11 en existe une certaine catégorie qu’on nomme des bogheads qui ont une origine différente. Les bogheads sont des houilles très homogènes, activement recherchées, car à la distillation elles fournissent en abondance des gaz très éclairants. Elles ne se clivent pas comme les charbons ordinaires et elles sentent légèrement l’huile de schiste.
- Si l’on examine un de ces bogheads au microscope, on le voit formé de corps jaune miel, de corps rouge sang disposés en lits au milieu d’une matière brunâtre.
- En 1870, un savant anglais. E. Newton, pensa que les corps jaunes étaient constitués par des spores et que la matière brune représentait du bitume. Certaines houilles semblaient donc constituées, contrairement à celles dont j’ai parlé plus haut, par une accumulation de spores noyées dans du bitume.
- Deux botanistes français, MM. Renault et Eugène Bertrand, entreprirent l’étude de ces bogheads et parvinrent après mille difficultés à montrer leur véritable constitution. Un des bogheads les plus connus en France, le boghead d’Autun, est formé par des boules jaune d’or dont l’ensemble équivaut aux 3/4 de la masse. Le nombre de ces boules microscopiques varie de 250000 à un million par centimètre cube. Chacune d’elles est l’appareil végétatif, le thalle d’une algue gélatineuse nommée Pila bibractensis. Des grains de pollen (voy. fig.), au nombre d’environ 25 000 par centimètre cube, con-
- tribuent à la formation de ce boghead, mais malgré leur nombre ils ne constituent qu’une faible portion de la masse. Algues et pollens sont englobés dans une matière brune, bitumineuse. Sur 7 kilomètres de long, 450 mètres de large et 0m,25 d’épaisseur, le boghead présente à Autun la même structure invariable. On peut donc dire qu’il est le produit exclusif d’une accumulation immense d'une seule espèce d'algues microscopiques et de grains de pollen, noyés dans une matière ulmique. Nous sommes loin des couches de houille formées par des végétaux ayant 20 à 30 mètres de haut.
- On a comparé ces algues microscopiques à nos Heurs d’eau actuelles. Comme celles-ci, les Pila ont dû couvrir la surface tranquille des eaux d’un lac. Pendant que ces fleurs d’eau se développaient les forêts voisines épandaient leur pollen. Algues et pollen, sous l’influence d’actions atmosphériques, se sont enfoncés ensemble au fond du lac en même temps que les acides ulmiqucs se précipitaient par la rencontre d’eaux douces avec les eaux calcaires. C’est ce précipité ulmique qui englobait les menus débris végétaux, les algues et les spores, et les entraînait dans sa chute au fond des eaux.
- Certaines houilles, les bogheads, ont donc une origine bien différente des charbons dont nous avons parlé. Il n’y a pas eu de transport par les lleuves, ni de charriage, dans leur formation. Les dépôts se sont faits rapidement, dans une seule période végétative. En employant une expression de M. Bertrand, on peut dire que les algues, encore vivantes, pleu-vaient sur le fond et que le pollen ou les spores macérés tombaient avec les algues. Ces dépôts ont été pénétrés par des infiltrations bitumineuses (provenant également de la macération de matières végétales), qui les ont transformés en charbon brillant. Les parties non imprégnées de bitume ont donné le charbon de terre ou fusain.
- « Les bogheads à algues peuvent se trouver mêlés aux houilles ordinaires, soit qu’ils les précèdent, soit qu’ils les suivent, soit qu’ils forment des lits intercalés dans les bancs de houille, soit que la houille forme des lentilles dans les bogheads. Mais ce sont toujours les algues qui donnent aux bogheads leurs caractères propres et non la trame ulmique, les spores, les grains de pollen. Là où l’algue existe il y a du boghead et il n’y en a que là. »
- Les divers bogheads connus ont une constitution semblable à celui du boghead d’Autun et ont une origine identique. Ce qui les différencie c’est l’algue qui les constitue. C’est ainsi que les "bogheads d’Australie sont composés de thalles de Reinschia, tandis que les bogheads de l’hémisphère boréal renferment principalement des Pila; le Pila bibractensis caractérise les bassins de l’Esterel et d’Autun, le Pila scotica ceux d’Ecosse, le Pila karpinsky, celui de Moscou, etc.
- En résumé, l’examen attentif et minutieux de la constitution de la houille permet de comprendre les diverses façons dont elle a pu se former. La
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- LA NATURE.
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- science n’a probablement pas dit son dernier mot et peut-être de nouvelles découvertes sont-elles proches qui viendront éclairer davantage la question de l'origine du combustible minéral le plus important, celui sans lequel l’activité des peuples se trouverait brusquement arrêtée. Pu. Glangeaud,
- Docteur ès sciences.
- LES FERMES A CHIENS
- E>T CHI.NE
- Tl existe en Mandchourie et dans toute la partie de la (Aline limitrophe de la Mongolie des milliers de métairies exclusivement consacrées à l’élevage des chiens. Chaque établissement nourrit plusieurs centaines de ces animaux qu’on abat par strangulation, quand ils ont atteint l’àge de huit mois, généralement vers le milieu de l’hiver, pour en avoir la peau. Ces peaux, très grandes et couvertes d’une magnifique fourrure, grâce au froid sévissant dans la région, servent à confectionner des vêtements d’hiver pour les habitants du Céleste Empire. Les chiens qui les fournissent et sont exclusivement élevés pour leur dépouille diffèrent absolument de nos races européennes. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que la fourrure de ces animaux soit aussi recherchée ; l’astrakan n’est-il pas un véritable mouton, et le petit-gris un simple écureuil en livrée hivernale.
- Les chiens à fourrure constituent l’unique richesse de ces contrées désolées, et chaque fermier en donne un certain nombre en dot à ses fdles, dot peu importante en vérité, car les peaux, seul bénéfice de l’éleveur, n’atteignent pas une très haute valeur. On emploie, en effet,
- 8 peaux de chiens pour confectionner une robe de 2 mètres valant I5fr,85 environ, ce qui abaisse le prix moyen d’une peau à 2tr,10, somme sur laquelle la façon de la robe, la préparation de la peau, son classement par couleur et longueur des poils, doivent encore être prélevés.
- Les peaux de chiens sont dirigées sur plusieurs centres d’affaires, d’où les acquéreurs les expédient aux localités telles que Moukden et Fou-Tehéou, où elles doivent être mises en œuvre. Ce commerce s’est chilfré l’an dernier par une somme de 1 000 000 de francs à Newchang, l’un des entrepôts les plus importants. L’année précédente, il y avait atteint 1 500 000 francs. P. M.
- TIRAGE RAPIDE
- DE CLICHÉS PHOTOGRAPHIQUES
- Au temps, lointain déjà, où il fallait tout un savant et mystérieux travail pour préparer sa plaque sensible, le photographe n’abusait pas du cliché ; il en faisait un petit nombre, les faisait bons et mettait ensuite tout son soin à en tirer des positifs sur papier.
- Aujourd’hui, avec les plaques sèches extra-rapides, l’appareil à main et à magasin, on braque son objectif de tous côtés, on déclenche l’obturateur, et, rentré chez soi, c’est à peine si l’on a le temps de développer les nombreuses plaques impressionnées. On y arrive, et le plaisir s’arrête souvent là; on met les clichés soigneusement dans une boite, mais on ne les tire jamais, c’est trop long.
- Il est certain que si l’on use des procédés qui nécessitent la lumière du jour, il faut, pour faire un tirage soigné, pouvoir disposer d’une partie de sa journée ; et c’est ce «pie bien des amateurs ne peuvent pas faire.
- D’autres procédés de tirage demandent moins de sur-
- veillance et peuvent se faire à la lumière artificielle.
- On fabrique une grande variété de papiers au gélatinobromure, d’une sensibilité suffisante pour être impressionnés, dans un châssis-presse, par contact avec le cliché, en les présentant pendant quelques secondes à la lumière d’une lampe à pétrole ou d’un bec de gaz.
- On fait ensuite paraître l’image par développement et on fixe à l’hyposulfite. On opère comme pour le cliché.
- Les positifs ainsi obtenus donnent des résultats très artistiques, si l’on sait choisir un papier approprié. Il est clair que les petites épreuves, remplies de fins détails, gagneront à être tirées sur un papier glacé; tandis que certains paysages de plus grande dimension feront meilleur effet sur un papier mat à grain plus ou moins gros.
- Ces papiers existent partout dans le commerce et on n’a (pie l’embarras du choix parmi les diverses marques.
- Ce mode de tirage présente surtout le grand avantage de pouvoir être fait à la lumière artificielle, c’est-à-dire à un moment quelconque. Mais il demande encore un certain temps par suite des opérations de développement, fixage, lavage, séchage. Pour bien des gens très occupés, c’est encore trop long. A ceux-là nous indiquerons la plaque maqique, avec laquelle, en cinq minutes, au maximum, tout est terminé, même le séchage, qui se fait au feu. L’inventeur, M. Chéron, emploie en effet, au lieu de gélatine, une émulsion à l’albumine, et par là, outre la finesse qui est plus grande, on a la faculté de pouvoir développer, laver et sécher à haute température.
- L’émulsion est couchée sur des plaques de tôle mince ou sur verre. Avec le premier support on est dispensé du collage sur carton, avec le second on obtient des transparents pour projections, stéréoscopes, vitraux, écrans, etc. Le traitement est des plus simples : mise au châssis-presse en contact avec un cliché, 1 minute ; exposition à un bec de gaz, 30 à 40 secondes ; développement à froid dans un bain à l’hydroquinone, 1 minute ; fixage dans l’hyposulfite, 30 secondes; lavage dans l’eau froide ou chaude, 1 minute, et enfin séchage devant le feu de la cheminée ou sur une lampe, 1 minute. En tout 4 minutes environ.
- Nous citerons encore, comme pouvant donner rapidement une épreuve positive, un papier qui, autant que nous avons pu en juger,, est sensibilisé par l’oxalatc de fer et l’azotate d’argent, et qu’on trouve dans le commerce sous le nom de papier sépia. 11 s’imprime en une ou deux minutes au soleil, et le soir nous avons réussi à obtenir une image en brûlant lm,50 de ruban de magnésium. Dès que l’image est bien indiquée, on arrête l’impression et on trempe l’épreuve dans de l’eau ordinaire, jusqu’à ce que les blancs soient bien purs, ce qui demande environ cinq minutes; puis on la passe dans une solution très faible (2 ou 3 pour 100) d’hyposulfite. L’image monte de ton, on la retire au bout d’une minute et on la lave, puis on la sèche au feu si l’on veut. On obtient un fort joli ton sépia, qui s’accentue encore au séchage.
- Puisque nous nous adressons aux gens pressés, rappc-lons-leur que quand ils ont lavé leur cliché un quart d’heure à l’eau courante, ils peuvent le faire sécher en cinq minutes devant le feu ou à la flamme d’une lampe, pourvu qu’ils l’aient fait séjourner pendant deux ou trois minutes dans une solution de formol du commerce à 3 pour 100. La gélatine est alors complètement insolubilisée.
- En résumé, avec les moyens dont on dispose actuellement, on peut toujours tirer une épreuve positive de ses clichés, même lorsqu’on a des occupations qui ne permettent pas de le faire dans la journée, et si le soir on ne dispose que de peu de temps. G. M.
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- LA NATURE.
- MOULINS ET MEUNERIES-BOULANGERIES
- DU SYSTÈME SCHWEITZED
- Depuis des millions d'années l'humanité vit surtout de pain, et aujourd’hui, dans ce siècle de propres industriel, nous ne sommes pas encore d’accord sur la meilleure manière de transformer le froment en farine.
- C’est que ce grain de hlé, si petit, est cependant bien complexe ; il renferme sous sa rude écorce une amande farineuse constituant l’aliment le plus complet.
- Dans la poire, la partie avoisinant la pelure est la plus savou-
- lins, vaincus mais non convertis. Ces vieilles meules de pierre avaient cependant un .merveilleux mode d’action sur le grain : elles déroulaient l’écorce et granulaient l’amande. Il ne s’agissait plus que de
- perfectionner le travail de
- Fig, 1. — Vue des meules et de leurs cannelures.
- reuse et la plus parfumée; de même dans le grain de hlé, c’est dans les couches extérieures de l’amande qu’il faut chercher les matières azotées, les phosphates et les diastases particulières du froment.
- La partie centrale du grain, composée de cellules dont le cycle de développement n’est pas encore complet, est surtout très riche en amidon.
- Comment les meuniers doivent-ils moudre ce grain de blé? Les uns, les meuniers à cylindres (ils sont aujourd’hui légion), disent : notre clientèle nous paye les farines en raison de leur blancheur, il faut donc faire blanc,toujours plus blanc.
- Conséquemment les cylindres dissèquent le grain de hlé, laminent l’amande, pour en retirer le maximum de farines blanches, c’est-à-dire riches en amidon et négligeant le surplus.
- Les autres, les vieux meuniers à meules, blanchis à force d’avoir moulu, maintiennent que ce laminage n’est pas la vraie mouture et ne donne pas le vrai bon pain comme celui de leurs pierres.
- Écrasés par la concurrence, abandonnés par le goût du jour, ils arrêtent leurs pittoresques mou-
- Fis. 2. — Petit moulin à bras.
- meule et de mettre l’industrie du meunier au niveau des progrès de la science en remplaçant la pierre par le métal et en substituant au travail grossier une action mécanique précise.
- C’est ce qu’a pensé M. Schweit-zer, issu d’une vieille famille de meuniers à meules, et c’est ce problème qu’il a en fi n résolu après de longues et laborieuses recherches.
- Nous donnons ci-dessus (fig. 1) une vue des meules annulaires en métal grâce auxquelles il a réussi à produire des farines d’une très grande pureté avec
- les rendements les plus élevés.
- Ces meules sont cannelées suivant des formes nouvelles et rationnelles en raison de leur travail ; leur parallélisme est assuré mathématiquement par des dispositifs de construction très simples qui les rendent constamment solidaires l’une de l’autre; un petit blutoir, aussi simple qu’ingénieux, opère la séparation de la farine, des gruaux et du son.
- Ce qui caractérise particulièrement les moulins Schweitzer, c’est que leurs dimensions peuvent être très réduites sans que la qualité de leur travail diminue. Ainsi, un petit moulin à bras (fig. 2) a été employé par l’armée pour une expérience de mouture de 6000 kilogrammes de hlé et a donné un.rendement moyen de plus de 78 pour 100 en bonne farine panifiable.
- Ces qualités, et le peu de force qu’ils exigent, font de ces moulins portatifs des moulins propres à tous les usages agricoles.
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- LÀ NATURE.
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- Par leur modo d’action, aussi varié que précis, ils opèrent, non seulement la mouture, mais aussi le concassage et la décortication de toutes les graines.
- La figure 5 montre l'application de ce système de moulin à la meunerie de la société Schweitzer et Cie; ici le but. de l'inventeur a été de reproduire avec une grande simplicité et une grande économie de force motrice toutes les opérations de la mouture graduelle.
- À la suite de la campagne de presse qui a fait la critique du pain trop blanc, et nous a donné, pour un instant, le fameux pain complet, — remède pire que le mal, — M. Schweitzer a mis à profit les qualités particulières de ses moulins pour la production des farines entières de pur froment.
- Actuellement une Société exploite ses procédés à Suresnes-Puteaux et fabrique journellement et d’une manière industrielle un pain blanc très nourrissant et très digestif, d’un goût excellent, qu’elle livre dans l’agglomération parisienne à 5 centimes par kilogramme au-dessous de la taxe.
- Ces usines, types des meuneries-boulangeries que l’inventeur-apotre voudrait généraliser, rapprochent le producteur de blé du consommateur de pain en supprimant les intermédiaires et spéculateurs et permettent d’appliquer à la fabrication du pain par grandes masses les procédés mécaniques propres et économiques auxquels la boulangerie s’est toujours montrée réfractaire. G. Aurmri.
- Application du moulin à meules métalliques à une grande meunerie.
- Fig. 3. -
- JETONS FRANÇAIS
- Quelle est la définition en numismatique du jeton? M. Henri de la Tour, dans l’introduction du premier volume de son Catalogue des jetons français de la Bibliothèque nationale, consacré aux Jetons des rois et des reines de France, propose la suivante : « Les jetons sont toutes les espèces métalliques qui n’ont pas été destinées à circuler comme monnaies et qui n’ont ni la dimension, ni l’épaisseur, ni le relief des médailles. » Mais, dans cette définition générale, il faut distinguer le jeton à compter, le méreau (pièce représentative de sommes perçues ou à percevoir), et enfin le « jeton de présence », variété du méreau, pièce remboursable, qui, distincte d’abord, en pratique comme en théorie, des jetons de compte, finit cependant par se confondre peu à peu avec eux.
- Le calcul au moyen de jetons fut d’un usage universel
- au moyen âge et à la Renaissance. Les plus anciens semblent remonter au règne de saint Louis. On s’en servait assez couramment pour établir les comptes. BufTon dit dans son Essai d’arithmétique morale que la manière de compter si ancienne avec les jetons était encore en usage au dix-huitième siècle. « Les femmes et tant de gens qui ne savent ou ne veulent écrire aiment à manier les jetons. » Diderot ajoute même que l’habileté dans cette sorte de calcul avait une telle importance qu’elle était considérée, chez une fille à marier, comme un sérieux apport dotal. M. Léopold Delisle a enfin montré, dans un savant Mémoire de la Bibliothèque de l'École des Chartes (t. Y, 2e série), comment ce procédé servait pour la reddition des comptes publics à la Cour de l’Echiquier de Normandie.
- M. de la Tour donne d’utiles renseignements sur l’exécution, la frappe, les devises et les légendes des jetons.
- Au point de vue artistique, l’âge d’or du jeton en
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- LA NATURE.
- France est le seizième siècle. Mais même aux siècles suivants l’intérêt d’art en reste souvent considérable, puisque, parmi ceux qui s’employèrent à en dessiner les modèles, on trouve les noms de Varin, P. Leclerc, Covpel, Lebrun, de Launay, Houchardon, l’ajou, etc....
- En tout cas, il est bon de le faire remarquer, pour tous ceux que le sujet intéresse, la collection des jetons de notre cabinet des médailles est la plus nombreuse et la plus riche qui existe en Europe. J.-F. Gall.
- UNE CLOCHE ÉLECTRIQUE
- On a déjà essayé en plusieurs circonstances d’emplover l’électricité pour faire mouvoir les battants de cloches et obtenir la sonnerie, sans être obligé de mettre en mouvement la cloche elle-même, qui peut souvent atteindre des dimensions assez considérables. Nous citerons entre autres l’exemple d’un curé, qui avait fait une installation
- Cloche électrique.
- semblable, pour la sonnerie de son église. Nous avons trouvé dernièrement dans un journal allemand1 un dispositif intéressant qu’il nous a paru utile de signaler. M. F. Relier, à Nürnbcrg, construit des cloches électriques semblables à celles que représente la figure ci-dessus. Un petit moteur électrique est fixé contre une planchette au-dessous d’une cloche ; on voit, sur notre dessin, le collecteur à la partie inférieure. Ce moteur, pour les cloches de faibles dimensions, consomme environ 1,5 à 2 ampères à 110 volts, soit 0,5 cheval. L’arbre de l’induit porte un axe vertical, qui se prolonge à l’intérieur de la cloche et qui maintient lui-même deux petites tiges horizontales, aux extrémités desquelles sont fixées deux boules, à l’aide de chaînettes. Le moteur électrique est placé de façon que l’axe vertical de l’induit ne coïncide pas avec l’axe de la cloche. Aussi, lorsque le moteur fonctionne, l'arbre entraîne les boules dans son mouvement de rotation; celles-ci, par la force centrifuge, sont projetées contre les bords de la 1 Elektrotechnische Zeitschrift.
- cloche en des points déterminés par suite de la longueur de la chaînette et par la distance de ces points à l’axe de rotation ; par leurs chocs répétés à chaque tour, elles donnent un son prolongé qui semble continu. Cette disposition est simple et semble pratique. 1). Lehoy.
- LA FABRICATION
- DES CHAPEAUX DE FEUILLES DE PALMIER
- Tout le monde connaît les fameux chapeaux de Panama, aujourd’hui quelque peu passés de mode en Europe, mais toujours fort appréciés dans l’Amérique Centrale et dans l’Amérique du Sud ; on sait que ces couvre-chefs proviennent du Centre-Amérique, mais il existe en Europe une industrie tout à fait analogue et fort curieuse.
- C’est en Espagne, et principalement à Malaga, qu’on la rencontre. Dans toute l’Andalousie, on trouve, croissant presque à l’ctat sauvage, un palmier d’une espèce particulière, le palmetto, qui constitue une véritable richesse pour le pays. Non seulement le fruit et la racine servent à l’alimentation, mais encore le noyau, extrêmement dur, fournit des boutons, des grains de colliers ou de chapelets. La feuille est encore la partie la plus précieuse de l’arbre. On en recouvre les toits des chaumières ; la fibre très fine qu’on en peut tirer sert à rembourrer les matelas et les meubles de tout genre, c’est comme un crin végétal; les côtes découpées entrent dans la confection de paniers, de paillassons, de balais, de cordages même, et enfin dans celle des chapeaux dont nous voulons parler.
- 11 s’agit d’une industrie de réelle importance, puisqu’elle n’envoie pas moins de cinq millions de chapeaux sur le marché extérieur, principalement aux Etats-Unis ; et ce n’est cependant qu’une fabrication familiale pour laquelle on n’emploie aucune machine, et à laquelle ne se consacre aucune grande manufacture dans toute la province de Malaga. Tous les chapeaux sont faits à la main, comme le sont depuis des siècles ces mêmes coiffures en feuilles de palmier que portent les paysans et les ouvriers espagnols; remarquons du reste qu’on fabrique aussi des qualités fines qui reviennent cher.
- On compte au moins 10 000 personnes, principalement autour d’Almojia, qui se livrent à ce travail : ce sont surtout des femmes et des enfants, les hommes les aidant quand ils n’ont point d’autre occupation; une ouvrière habile peut faire par jour de cinq à six grands chapeaux : quoique les prix soient très variables, on estime que, pour les dimensions moyennes, on les lui paye de 4 à 5 réaux, autrement dit .1 franc à lfr,25 la douzaine; quant aux grandes dimensions, le prix n’en dépasse guère 8 réaux. Aussi, bien qu’elles travaillent de 7 heures du matin à 6 heures du soir, les ouvrières les plus acharnées ne se font que des journées bien minimes.
- On n’a pas encore songé à introduire les machines dans cette industrie; de même on ne s’occupe guère de la culture du palmetto, qui pousse comme il peut, tantôt atteignant jusqu’à 6 mètres dans les terrains fertiles, tantôt ne dépassant point 2 mètres dans les sols rocailleux. P. de Méhiel.
- RECTIFICATION DES ARCS DE CERCLE
- On peut souvent avoir besoin dans les arts et l’industrie d’une solution graphique simple de la rectification des arcs de cercle, soit pour la division des arcs, le développement conique, le développement d’une circonférence sur une
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- LA N AT U HE.
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- autre circonférence, soit pour la mesure des secteurs et des segments. Nous avons déjà publié1 une solution de ce problème ; en voici une nouvelle plus exacte, plus simple et plus générale, une seule construction donne des résultats réciproques.
- Soit donné l’arc de cercle ABS de rayon OA. Si avec la corde AD du quart de la circonférence de rayon donne OA, on décrit une circonférence auxiliaire AFT ayant son centre en P sur OA prolongé et tangente au point A origine des arcs à considérer, tout rayon de cette circonférence auxiliaire tel que PF détermine sur la circonférence AS à son point de contact en (1 un arc AG dont la longueur développée est sensiblement égale à la corde AF de l’arc correspondant sur la circonférence auxiliaire AT. Réciproquement tout rayon mené sur AT passant à l’extrémité d’un arc AG correspond à l’arc AF dont la corde égale la longueur développée de l’arc AG.
- Si l’on cherche par le calcul les valeurs numériques des cordes auxiliaires correspondantes à des arcs donnés, on s’aperçoit que pour les arcs compris entre 0° et
- A
- 75° 45' les cordes trouvées sont plus petites que les longueurs développées des arcs, et qu’elles deviennent plus grandes au delà de 77° 46' et que cet excès augmente très rapidement à partir de 90°.
- Le ravon étant pris pour unité, les différences pour un mètre de rayon sont :
- 10° — 0m,000 001 567 150 —0”,000 010 70 20° — 0“,000 024 24 50° — 0ra,000 075 66 45° — 0m,000 189 52 60° — 0m,000 264 750 _ 0- 000 065 52
- 77°45' 0m,000 000 7
- 77° 46' + 0m,000 000 2
- 85° + 0m,000 508
- 90° + 0m,000 595
- 96° + 0m,000 914
- 81° 01',424 + 0m,000 125 arc—rayon de l’arc auxiliaire
- Par cette construction une mesure métrique peut remplacer un rapporteur d’une échelle quelconque centésimale ou sexagésimale, si l’on choisit des circonférences de 400 ou de 560 millimètres ou de leurs multiples.
- E. Pehaüx.
- FALSIFICATION DES CONFITURES
- Le procédé de fabrication des confitures est à la portée de toutes les ménagères et les livres de cuisine abondent en recettes qui ne diffèrent que par certains détails destinés à assurer plus ou moins la conservation. D’une façon générale tous les auteurs s’accordent à dire que, de même que pour faire un bon civet il faut un lièvre, il faut, pour une bonne confi-1 Voy. n° 894, du 49 juillet 1890. p. 103
- ture, employer des fruits. Cependant dans l’industrie on s’en passe très bien et on arrive à faire des gelées d’apparence superbe, de goût passable, qui n’ont du fruit que le nom. C’est souvent un mélange de glucose, d’acide tartrique, d’eau et de gélosine, le tout coloré en rouge plus ou moins vif ; ce 11’est pas là un produit précisément nuisible, mais il est incontestable qu’il y a tromperie sur la qualité de la marchandise vendue. 11 en est de même pour les gelées dans lesquelles on utilise le suc du fruit. Celui-ci est extrait au moment de la récolte et conservé en grande quantité pour être utilisé au moment du besoin; on peut ainsi, dans une certaine mesure, compenser par les bonnes années de récolte abondante, celles où le fruit fait défaut, car le suc extrait par fermentation se conserve en bouteille pendant longtemps. Mais ainsi conservé il a perdu dans la fermentation beaucoup de ses propriétés naturelles et notamment celle de se prendre en gelée. Le fabricant est donc forcé d’introduire une matière mucilagineuse qui remplace les principes perdus. C’est le plus souvent une sorte d’algue, l’agar-agar, ou colle du Japon, qui est employée ; elle donne une gelée incolore, insipide et inodore éminemment propre à remplir le but qu’on se propose. On y ajoute du sucre et de l’extrait de fruit, mais ce dernier a perdu en partie sa couleur et on la lui rend au moyen de matières colorantes végétales ou minérales. Bien que tout cela ne soit pas précisément nuisible à la santé, la vente de tels produits sous le nom de gelée de fruit n’en constitue pas moins une fraude qu’il est utile de pouvoir constater à l’occasion.
- Comme dans la plupart des procédés de fabrication le microscope donne ici tous les renseignements. Dans le cas d’une confiture artificielle à la colle du Japon on retrouve dans le champ de l’instrument des diatomées ou les éléments constitutifs des algues employées comme matières mucilagineuse. Il est rare qu’on puisse faire cette constatation immédiatement par l’examen direct du produit suspect ; le plus souvent il est nécessaire de lui faire subir une préparation, dont le détail serait trop long à exposer ici, qui permet d’isoler les caractères principaux des produits étrangers au fruit. Mais on n’a recours à cette préparation spéciale que quand un examen préalable a démontré qu’il est nécessaire de faire une contre-épreuve, car si on se trouve en présence d’une véritable confiture, le microscope donne tout de suite un renseignement certain. En effet, malgré la cuisson, malgré l’écrasement de la pulpe, malgré le filtrage du jus au travers d’un tissu de flanelle, on retrouvera toujours les éléments constitutifs du fruit en assez grand nombre et sous une forme assez complète pour qu’on puisse le caractériser.
- Dans la gelée de cerise, par exemple, on va retrouver des débris de la peau, les cellules qui contiennent le pigment rouge qui donne la coloration. Pour la groseille les cellules sclérenchymateuses sont essentiellement caractéristiques et on ne les trouve que là ; leur présence est constante et il suffit de placer
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- LA NATURE.
- sous le microscope une parcelle de la gelée à examiner pour les retrouver. Munies de parois épaisses toujours juxtaposées et réunies en groupes de forme variable qui s’entre-eroisent pour former une sorte de tissu compact de nattes, elles sont faciles à reconnaître. Les éléments constituent en dessous de l’épi-carpe et dans l'épaisseur du mésocarpe de la groseille une couche spéciale qui est assez friable et qui, sous l’influence de la pression à laquelle on soumet le
- fruit pour en extraire le jus, se divise en une foule de fragments qui sont entraînés.
- Pour la gelée de framboise les caractères principaux de la structure anatomique du fruit sont encore plus faciles à retrouver. Si elle ne contient pas les éléments si constants dont nous venons de parler au sujet de la groseille, elle se caractérise par l’existence d’une multitude de poils répandus sur toute la surface de l’épicarpe. En outre chacun de ces petits
- Fig. 3. Fig. 4.
- Fi»-. 1, 2, 3 et 4. — Ce qu'on doit trouver dans la bonne confiture. — Fig. 1. Gelée de cerise, ep, épicarpe aux stomates; sep, cellules du pigment rouge; m, cellules du mésocarpe et cristaux d’oxalate de chaux; ffv, faisceau fibro-vasculaire. — Fig. 2. Gelée de groseille, sc, cellules scléreuses; ep, épicarpe; m, mésocarpe; ffv, faisceau fibro-vasculaire. — Fig. 3. Gelée de framboise, ep, épiderme hérissé de poils; cr, cristaux d’oxalate; p, fragment du style qui couronne le fruit. — Fig. 4. Gelée de pommes, sc, cellules scléreuses contenant les petites pierres qui craquent sous la dent; m, débris du mésocarpe.
- grains, qui par leur réunion forment le fruit des framboisiers, est surmonté par un petit style dont on reconnaît aussi la présence et qui, par son épaisseur et la présence dans sa partie médiane d'un faisceau fibro-vasculaire se distingue facilement des poils.
- Enfin, dans la gelée de pommes on retrouvera les cellules scléreuses qui renferment les petites pierres qui craquent sous la dent quand on mange le fruit.
- On voit que si les fabricants sont bien outillés pour nous faire manger des produits qui diffèrent profondément de ceux annoncés sur l’étiquette,
- l’expert possède de son côté des moyens d’investigation assez sûrs pour dévoiler la fraude.
- Nous devons, en terminant, remercier M. Eugène Collin d’avoir bien voulu nous laisser puiser dans les notes très complètes que sa connaissance approfondie de l’anatomie végétale, sa grande expérience du microscope, lui ont permis de recueillir et qui font partie du reste d’un travail d’ensemble sur la falsification des denrées alimentaires qu’il compte publier prochainement. G. Maresciial.
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- LAMPE A PÉTROLE
- A INCANDESCENCE ACER
- La Société française d’incandescence par le gaz Auer a construit récemment une lampe à pétrole avec adaptation du manchon incandescent déjà bien connu. Cette lampe fonctionne bien et dans des conditions économiques et peu dangereuses.
- La figure ci-dessous nous donne une vue d’ensemble et une coupe intérieure. Sur le récipient à pétrole de la lampe est mastiquée une bague support A du brûleur ; au-dessus se trouve en B une galerie circulaire pour appel d’air qui arrive en F. Au centre sont installés deux tubes métalliques concentriques entre lesquels circule la mèche C que l’on peut faire monter ou descendre à volonté à l’aide de la crémaillère LN commandée par le bouton S. A la partie supérieure, au milieu on a disposé un disque en cuivre H pour modérer la combustion et diriger la flamme. Tout autour est une plate-forme sur laquelle s’emboîte une galerie G maintenue par deux vis V’. Cette galerie supporte d’une part le verre extérieur B qui est fixé par des appuis spéciaux et assujetti par un bouton de serrage V, et d'autre part une tête conique D dans laquelle vient se fixer le dé qui maintient le manchon. Ce dernier est tenu droit par une tige de nickel placée sur le côté. Le verre de la lampe doit avoir une hauteur de 35 centimètres pour que le tirage de la cheminée soit normal.
- Pour allumer la lampe, il faut d’abord retirer la galerie supérieure dont nous avons parlé, on allume la mèche, et un laisse échauffer pendant une minute environ le tube porte-mèche, on replace ensuite la galerie avec le verre et le manchon. On lève après la mèche peu à peu. Le pétrole arrive à la partie supérieure de la mèche, se vaporise, et, grâce à un appel d’air suffisant, la combustion du pétrole est complète. La température dégagée à ce moment porte le manchon à l’incandescence.
- Nous avons vu fonctionner cette lampe à plusieurs
- Lampe à pétrole à incandescence Auer. — 1. Coupe intérieure. — 2. Vue d’ensemble.
- reprises et nous pouvons dire que son fonctionnement est Irès bon. Il convient maintenant d’examiner le coté pratique de l’invention. Cette lampe permet d’employer tous les pétroles plus ou moins raffinés; elle ne donne par conséquent pas d’odeur et ne fume pas. Quelquefois le manchou peut noircir en quelques points; il faut aussitôt baisser la mèche et assurer le réglage. On peut reprocher à l'allumage de ne pas être instantané; mais il en est ainsi avec toutes les lampes à l’huile et à pétrole. D’après les chiffres publiés par la Société, une lampe à pétrole Auer, système Ditmar, donnerait une intensité lumineuse de 4,6 carcels, en consommant 56 grammes de pétrole. La consommation horaire atteindrait donc 7,8 grammes de pétrole par earcel-
- heure. Si nous comptonsà0fr,60 à Paris le litre de pétrole de 800 grammes, nous trouvons une dépense de 0fr,027 par heure et de 0fr,006 par car-cel-heure. Une lampe à pétrole ordinaire à bec rond donne 2 carcels , consomme 60 grammes de pétrole par heure, soit 38 grammes par carcel-heure. La dépense atteint donc 0fr,022 par carcel-heu re. D’après les mêmes renseignements donnés par la Société, les becs à gaz Auer consommant respectivement 80 et
- 120 litres à l’heure en donnant des intensités lumineuses de 4 et 6 carcels fourniraient la carcel-heure au prix de 0fr,006. Ce sont là de très sérieux avantages; mais on ne peut admettre ces chiffres pour déterminer un choix. Il importerait en effet de considérer en même temps les frais divers : prix d’achat, remplacement de manchons, réparations diverses; il faudrait examiner les avantages spéciaux de chaque mode d’éclairage, rapidité d’allumage, propreté, etc. Enfin, il serait nécessaire de voir si l’intensité lumineuse produite n’est pas trop élevée pour les applications que l’on a en vue. Sur une table de travail, une lampe de 1 carcel produit un éclairage suffisant. Quoi qu’il en soit, la lampe à incandescence à pétrole est certainement un grand progrès qu’il importe d’enregistrer. J. Laffargue.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Celluloïde ininflammable. —Ou recherche actuellement de tous côtés un moyen de rendre le celhdoïdc ininflammable. La Revue de chimie industrielle annonce que M. Asselot aurait fait breveter un procédé assurant l’ininflaininabilité de cette substance. II suffirait de faire dissoudre du celluloïde ordinaire dans de l’acétone, à la proportion de 25 grammes de celluloïde pour 250 d’acétone, puis de dissoudre, d’autre part, du chlorure de magnésium en poudre dans de l’alcool (50 grammes de chlorure pour 150 d’alcool). On fait du tout une pâte, de manière à avoir 20 grammes de liqueur de chlorure pour 100 de dissolution de celluloïde. On mélange intimement, et, après dessiccation, on obtient le celluloïde à l'abri de toute inflammation.
- Les wagons blindés aux États-Unis. — Comme on a pu le rappeler souvent, les attaques de trains par les voleurs ne sont pas une rareté aux États-Unis : voici, en effet, une Compagnie qui assure les transports de valeurs et messageries sur le chemin de fer « Pittsburg and Lake Erié )), et qui vient de mettre en circulation des forteresses roulantes. Les murailles en sont cuirassées, les portes percées de meurtrières, et aux extrémités sont de petites tourelles où peuvent se loger les défenseurs du wagon. Ajoutons enfin qu’au centre du wagon est une chambre blindée avec des plaques d’acier de près de 3 centimètres d’épaisseur.
- Le vol par l’électricité. — Sous ce titre, VÉlectricien nous fait connaître (non pour nous invitera en user, mais pour nous prévenir) un moyen qui permet de percer en trois minutes, sans bruit, sans lumière, une porte de fer de 8 centimètres d’épaisseur. Il suffit de brancher sur la canalisation électrique deux conducteurs : l’un aboutit à une résistance et à un charbon de lampe à arc ; l’autre est relié à la masse métallique du coffre-fort. Sur ce dernier, on applique une petit plaque, garnie intérieurement d’argile et présentant un trou au centre. Il suffit de faire pénétrer le charbon dans ce trou ; un arc jaillit aussitôt entre le métal et le charbon. 11 se dégage bientôt une température très élevée, le métal entre en fusion, et le crayon de charbon, dit notre confrère, s’enfonce comme dans de la cire molle.
- Le lait à Paris. — M. Vincey a donné à l’Ecole d’agriculture quelques renseignements sur l’approvisionnement du lait de Paris. En 1895, il a été consommé à Paris 299 875 000 litres de lait, ce qui domine 85‘,7 par habitant et par an, et un quart de litre environ par personne et par jour. Ce lait provient de trois origines : 1° des vaches des laiteries parisiennes — au nombre de 5700 environ — fournissant 10 litres par jour ; 2° de la banlieue parisienne dans un rayon de 20 kilomètres, où l’on compte 20 000 vaches laitières, dont le lait est consommé en partie à Paris, 53 millions de litres; 5° des départements voisins d’où les chemins de 1er transportent 135 millions de litres par an. La ville de Paris consomme en lait frais la quarantième partie du lait produit en France. Les 135 millions de litres venus par chemins de fer sont payés 12 centimes le litre aux cultivateurs; les 53 millions de la banlieue sont payés aux producteurs 10 centimes et les 21 millions de litres à Paris sont vendus 20 centimes; soit 30 millions de francs qui vont annuellement aux producteurs. La somme payée par les consommateurs s’élève à 5-4 millions de francs.
- Action de l’eau sur les conduites de plomb.
- — MM. Benelli et Antony ont étudié récemment l’action de l’eau sur les conduites de plomb. L’eau distillée, surtout quand elle est saturée d’air, exerce une grande action dissolvante; l’aération avec de l’acide carbonique retarde l’action. L’eau contenant du sulfate de chaux ou de soude n’a qu’une action moitié moindre que celle de l’eau pure ; cette action est également retardée par la présence de l’acide carbonique. Le bicarbonate de chaux réduit au quart la faculté dissolvante de l’eau pure, mais la présence de l’acide carbonique double son action à l’encontre de ce qui arrive par les autres sels.
- Lumière électrorapillalrc1. — M. 0. Sclmtt a étudié un nouveau phénomène, du à la décharge électrique et il le désigne sous le nom de <( lumière élec-trocapiflaire », on produit une lumière très intense, eu faisant passer la décharge d’une bobine d’induction à travers un tube capillaire, de 0,05 millimètre environ de diamètre, pourvu d’électrodes en aluminium ou en cuivre et remplis d’air à la pression ordinaire. Le tube se détériore rapidement. Les tubes plus gros ont une plus longue durée, mais donnent moins de lumière; aux [tressions élevées, le phénomène ne se modifie guère, les étincelles [tassent avec plus de difficulté ; aux pressions réduites, la lumière perd de son intensité. La nature du verre parait n’avoir aucune influence.
- Le tulipier pour boites à cigares. — La fabrication des boites à cigares est devenue tellement considérable aux États-Unis que l’emploi, autrefois unique, du cèdre d’Espagne n’a pu satisfaire à la demande. Après avoir essayé sans succès différents bois : orme, noyer, châtaignier, baobab et cotonnier, les fabricants ont adopté celui du tulipier de Virginie (Liriodcndron tulipifera) pour cet usage. Ce bel arbre est aujourd’hui considéré comme le meilleur bois de l’Amérique du Nord.
- La gravite et la densité moyenne de la terre.
- — MM. Rieharz et Menzcl ont institué des expériences pour déterminer la constante de la gravité et la densité moyenne de la Terre. Voici, d’après le Cosmos, un tableau résumant le résultat de leurs travaux comparativement à ceux des autres savants qui se sont occupés de la même (piest ion :
- Cavcndisli (balance de torsion). Reich — —
- Baily — —
- Cornu et Baille — —
- Jolly (balance à long bras). . . .
- Wilsing (pendule)...................
- Poynting (balance)..................
- Boys (balance de torsion) .... Rieharz et Menzel (double balance)
- 5,45
- 5,49 et 5,58 5,67
- 5,56 et 5.50 5,69 5,57
- 5.49 5,52
- 5.50
- Comme on le voit, ces résultats sensiblement égaux tendent à indiquer pour la Terre une densité d’environ 5,50 ; il s’ensuit que la Terre est la plus dense des planètes de notre système solaire.
- Un bloc de pierre de 1%35 tonnes. — Récemment on a apporté, pour en faire un piédestal à la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, un bloc de granit pesant 1235 tonnes; on lui a fait parcourir 21 kilomètres par mer dans un caisson flottant et 6 kilomètres et demi sur une voie construite spécialement dans ce but. Ce chemin était en réalité constitué par deux lignes
- 1 Annales de Wiedermann.
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- I,A NATURE.
- parallèles de poutres, sur lesquelles était fixée une cannelure longitudinale en métal dur ; une charpente soutenait le J>loc et était inunie également d’une cannelure analogue. Entre les gouttières de métal, on avait disposé des sphères de cuivre dur de 15 centimètres de diamètre. Le déplacement était ainsi grandement facilité, puisqu’il suffisait pour l’assurer de soixante hommes agissant sur un cabestan.
- I.:i valeur des «liirércnts «alorifugos, — D’après M. llepwarth, le duvet, qui est un calorifuge excellent pour les conduites de vapeur, ne laisse perdre que fi, 12 pour 100 de la chaleur; avec le coton cardé, la perte correspondante est de 8,1 ; de 11,4 avec des poils; de
- 15.2 avec le jute; de 15,0 avec le liège en poudre; de
- 14.2 avec la sciure de huis; de 14,7 avec la magnésie calcinée. Quant à l’amiante, qu’on recommande pourtant beaucoup à l’heure actuelle, elle laisserait perdre 47,0 pour 100 de la chaleur.
- Les correspondances au Japon. — Comme indice de la transformation caractéristique et totale qui se produit au Japon, on peut signaler l’expansion prodigieuse des correspondances postales. En 1886, il n’était passé par les bureaux de poste (pie 126 407 000 lettres et plis divers; dix années plus lard le mouvement est de 573 millions; du reste, en même temps, le coût moyen par pli est descendu de 0,01535 yen à 0,00710.
- La vapeur d’aldéliyde formique1. — Une erreur d’impression s’est glissée dans la lettre de M. Tri Hat, que nous avons insérée dernièrement. Page 414, première colonne, ligne 52, nous avons imprimé : « Quant à prétendre que je n’ai jamais proposé... etc. ». 11 fallait :
- « Quant à prétendre que j’ai jamais proposé ». Le sens de la phrase était totalement modifié par cette simple erreur ; aussi tenons-nous à la rectifier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 juin 1897. — Présidence de M Chatin.
- Les truffes de Chypre. — M. Chatin décrit fine espèce nouvelle de terfas appartenant à ce groupe si riche du bassin méditerranéen qu’il a étudié avec un soin si grand, il s’agit cette fois d’une terfa unique, dans l’espèce, que lui a envoyée M. Gennœdius, directeur des cultures de Pile de Chypre. La couleur de son écorce est noire et la chair possède une saveur agréable et assez parfumée ; ses spores sont très grasses. Cette terfa est très estimée par les Cypriotes, on la rencontre principalement à Morphon, près d’un ancien temple de Vénus ; aussi M. Chatin, déférant à un désir de M. Gennœdius, l’a-t-il appelée Tirfezia Aphroditis.
- La dégénérescence des Catlleya. — MM. A. Hébert et G. Truffart, frappés du dépérissement dont sont atteintes les orchidées cultivées en sériés, en ont recherché les causes et se sont adressés au genre Cattleya. M. Dehérain expose que, par analyses opérées sur divers spécimens en 1891, 1895 et 1897, pendant une période s’étendant de l’importation à la dégénérescence, les deux auteurs ont montré qu’à ce dernier degré ces végétaux sont appauvris en azote, potasse, chaux, magnésie et acide phosphorique, qui ont été enlevés par les fleurs détachées pour la vente. Le remède consisterait donc à fournir aux Cattleya des engrais appropriés, susceptibles de leur donner les matières fertilisantes qui leur font défaut.
- 1 Yoyez n° 1252, Au 29 mai 1897, p. 414.
- Lois de la combinaison des gaz. — On ne connaît pas actuellement de loi qui permette de mettre en évidence d’une façon certaine le rôle du temps dans les combinaisons chimiques des gaz. M. À. Gautier montre, par un exemple emprunté à la combinaison de l’hydrogène et de l’oxygène, qu’à la température de 270°, dans un mélange de 2 volumes d’hydrogène et 1 volume d'oxygène, il ne se combine que 2 pour 100 du mélange ; l’action ne se poursuit pas dans le mélange restant. A la température de 800° il se combine 94 pour 100. ; le reste trésiste indéfiniment à l’effet de la chaleur. Ces faits sont contraires aux hypothèses admises ou proposées. M. A. Gautier s’est préoccupé de rechercher dans quelles conditions s’exerçait l’action combinée du temps et de la lumière. Ces nouvelles expériences sont la suite de celles qu’il à déjà exécutées avec une habileté si remarquable sur l’affinité chimique du chlore et de l’hydrogène. En opérant sur ces deux gaz, il a observé d’abord que la lumière d’une forte lampe ne donnait en 1 heure que 2,55 pour 100 d’acide chlorhydrique avec des gaz secs, tandis qu’avec des gaz humides la proportion était de 60 [jour 109. Avec la lumière du soleil, par un temps voilé, les proportions sont respectivement de 6,7 et 92,5. On voit donc, par ces expériences, l’influence du rôle de la vapeur d’eau. M. A. Gautier a ensuite étudié l’effet de la prolongation de l’action lumineuse, et il a pu prouver que cette action passe par un maximum d’intensité qu’elle acquiert au bout d’un certain temps. Il a, en outre, constaté qu’un excès de volume de l’un des gaz augmentait la quantité d’acide chlorhydrique formé, notamment l’excès de chlore. M. A. Gautier conclut que la lumière fait naître l’affinité et que l’humidité augmente celle-ci. M. Berthelot objecte que, dans des expériences d’une si haute précision, il y aurait lieu de se défier de l’influence des parois du ballon de verre. Ce verre, sous l’effet de l’acide chlorhydrique et de l’eau, est désilicaté. M. A. Gautier répond qu’il a pourvu à l’objection et que ses ballons ont été préalablement bouillis dans l’acide chlorhydrique et soumis à l’acide chlorhydrique gazeux et chaud, ce qui a eu pour effet précisément de les désilicater, et, par suite, de les soustraire à l’action de l’acide chlorhydrique humide.
- Ch. de. Villedeuil.
- RÉCRÉATION PHOTOGRAPHIQUE
- LES RATONS X
- Tout le monde aujourd’hui s’intéresse aux rayons X, les savants s’en préoccupent, les vulgarisateurs nous en expliquent la ni a relie et les effets ; médecins et magistrats en attendent merveille, et les photographes ont désormais devant eux, grâce à la découverte de Rôntgen, vaste matière h études nouvelles.
- Mais, parmi ces derniers, combien d’amateurs, reculant devant l’achat d’un matériel coûteux, ont dû renoncer, non sans tristesse, à obtenir sur la plaque sensible l’ombre merveilleuse du squelette de leur main !
- Voici, pour les consoler, une récréation, une plaisanterie, une contrefaçon si l’on veut, qui nous a valu d’assez jolis succès de magicien en Égypte, pendant l’hiver dernier, pour que nous pensions pouvoir h présenter dans ce journal.
- Résultat que n’ont pas encore obtenu les savants,
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- ce sont des squelettes entiers que nous allons photographier, grâce à un « perfectionnement » des méthodes de Rontgen ; la manière d’opérer est ici d’une simplicité si prodigieuse que les amateurs magiciens verront certainement dans celte petite mystification un joli numéro de plus pour leurs séances de physique amusante en famille.
- Voici donc comment les choses se passent :
- O11 accroche à un mur une feuille de papier blanc devant laquelle un monsieur de bonne volonté est invité à se placer, dans telle attitude qu’il voudra (lig.
- 1). Ici, point de bobine de Ruhm-korff, point de plaques photographiques , point de tube de Crookes : un simple lil de magnésium (pie l’on enflamme devant le patient — une allumette-bougie rendrait le même service — et la feuille de papier développée en pleine lumière dans un liquide merveilleux montre en tous ses détails le squelette du monsieur complaisant (n°5, fig. 2).
- Le secret?
- Photographiez séparément, en les agrandissant un peu si vous voulez — un certain flou sera plutôt utile — chacun des huit squelettes représentés dans notre gravure (fig. 2); tirez-en des épreuves sur papier albuminé, ou mieux sur papier salé sensible (on trouve ces papiers chez tous les marchands de fournitures pour la photographie); fixez les épreuves obtenues, sans les virer, dans un bain neuf d’hy-posulfite de soude à 12 pour 100; laissez-les ensuite, pendant plusieurs heures, dans de l’eau souvent renouvelée, et plongez-les, jusqu’à dispari-
- tion complète de l'image, dans le bain suivant :
- Eau.......................... 500 grammes.
- Bichlorure de mercure. ... 5 —
- Chlorure (l’ammonium. ... 2 —
- Ce bain est vénéneux : ne le manier qu’avec les plus grandes précautions. Les épreuves, lavées de
- nouveau et séchées à l’ombre, paraissent être’de simples feuilles de papier blanc. Pour y faire apparaître l’image disparue du squelette, il suffit de les plonger dans une solutiond’hy-posulfite de sonde à 10 pour 100 : c’est le liquide merveilleux dont on se garde bien de dévoiler la composition.
- Ne pas oublier de marquer chaque épreuve d’un petit chiffre au crayon, celui, si l’on veut, que porte chaque squelette dans notre gravure, afin que l’on puisse, au moment
- voulu, les distinguer les unes des autres. Ilne reste plus qu’à jouer Iafpetite comédie imaginée pour la circonstance. La personne qui veut avoir la photographie de son squelette choisit l’attitude qu’elle préfère ; à vrai dire l’opérateurhabile dirige un peu ce choix et inspire les modifications voulues de manière à obtenir chez son sujet l’une ou l’autre des huit positions reproduites sur les feuillets qu’il a préparés. Le fil de magnésium, ou l’allumette, sont enflammés ; le papier accroché au mur est plongé dans la solution d’hypo-sulfite, et la ressemblance apparaît parfaite jusqu'à preuve — difficile à faire — du contraire. Magus.
- Le Gérant : I’. Masson.
- Taris. — Imprimerie Laiicrs- rue de Fleuras, 9.
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- N° 1255. — 19 JUIN 189 7.
- LA NATURE.
- MARINE DES ÉTATS-UNIS
- L (( IOWA )), CUIRASSÉ DE HAUTE MER
- « 11 n’y aura plus de combats navals. » Telle est l’opinion qu’un ancien officier de marine, A. Bocher, soutenait récemment avec une remarquable logique dans son livre sur l'Europe et les progrès modernes. 11 est certain qu’avec le matériel fragile et compliqué, sous son apparence redoutable, qu’est celui de toutes les marines aujourd’hui, les unes et les autres hésiteront quelque peu lorsqu’il s’agira de risquer contre des adversaires de force égale des navires aussi coûteux et aussi peu sûrs que ceux
- qu’elles possèdent. Quoi qu’il advienne delà thèse de M. Bocher, qu’elle soit une prophétie ou reste un paradoxe, il y a un fait bien évident, c’est que jamais les préoccupations d’une guerre maritime n’ont été plus vives et ses préparatifs plus accusés. Or, prévoir la guerre n’est-ce pas encore une façon de se battre? Seulement le champ de bataille s’est déplacé. De l’océan, il s’est trouvé transporté dans les arsenaux des grandes puissances maritimes. Ce ne sont plus les marins qui luttent les uns contre les autres, ce sont les ingénieurs. C’est à qui, en Angleterre, en France, en Russie, en Allemagne, en Italie, en Espagne, bâtira le navire le mieux défendu et le mieux armé, trouvera l’engin le plus original,
- Vue d’ensemble du croiseur américain de haute mer^l’Iowa.
- le canon le plus puissant, la machine la plus capable d’augmenter la force du bâtiment ou de rendre son maniement plus facile, sa vitesse plus vertigineuse.
- Dans ce combat où l’homme n’a plus à répandre son sang ni celui de ses semblables, mais à déployer ce que son génie a de plus sain et de meilleur, et qui n’en est pas moins ardent, les États-Unis se distinguent par leur calme et leur réserve. Tandis que les grandes puissances de ce côté-ci de l’Atlantique jettent leurs millions à la mer, sans toujours suffisamment réfléchir, l’amirauté américaine regarde, observe, s’empare de tous les perfectionnements, les expérimente longuement, avec soin, et quand elle s’est bien assurée de la valeur des nouveautés que l’on applique en Europe, elle les adopte à son tour, après leur avoir fait subir des épreuves répétées.
- 25* année. — 2* semestre.
- Cette circonspection des Américains explique la sage lenteur avec laquelle leur marine se transforme. Mais si elle ne possède encore qu’un nombre restreint de navires neufs, ceux-ci sont, pour ainsi dire, de qualité supérieure. Celui que représente notre dessin, Ylowa, lancé au mois de décembre dernier, sera l’un de ses plus beaux types. La flotte de l’Union n’en compte que trois de cette espèce : YIndiana,
- Y Oregon et le Massachussetts; ils datent de 1891. Ce sont ce que nous nommons en France des cuirassés d’escadre. Et de fait Yloiva, en particulier, ressemble beaucoup à notre Carnot. Il déplace 11 410 tonnes, mesure 110 mètres de long, 22 de * large. Son tirant d’eau est de 7,n,5, et sa puissance s’élève à 11000 chevaux. Comme défense Ylowa possède une ceinture d’acier Harwey longue de
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- 56 mètres et haute de 2m,33, épaisse de 555 millimètres et, au can inférieur, de 152 millimètres. Le blindage de ses grandes tourelles a des épaisseurs de 555 et de 205 mm ; celui des petites 205 et 140 mm ; ses casemates ont 101 et 102 mm ; son pont a 76 mm.
- L’armement de Ylowa consiste en 4 canons de 50 centimètres, 8 de 20 centimètres, 6 de 102 millimètres et 20 de 57 millimètres, soit 58 pièces représentant un poids de 45516 kg, plus 6 tubes lance-torpilles.
- C’est en février 1895 qu’a été passé l’acte qui confiait à la maison William Cramp et fils l’exécution de Ylowa. Il a donc été construit en moins de quatre ans, ce qui ne saurait surprendre, les chantiers Cramp étant peut-être les plus importants du monde. Quoique le bâtiment ne semble pas devoir être complètement achevé avant la fin de la présente année, les constructeurs l’ont soumis à un premier essai qui a fourni 16 nœuds 27 centièmes, soit un quart de nœud de plus que le chiffre imposé par le contrat. Ce chiffre sera évidemment dépassé lors des essais officiels. Dès maintenant ce quart de nœud assure à la maison Cramp une prime de 50000 dollars. L. Renard.
- EN PRÉSENCE DES MICROBES
- Aucune conception scientifique n’a fait une impression plus profonde, aucune doctrine n’a eu plus d’influence sur l’esprit public que la théorie bactérienne. Ces infiniment petits qui sont partout, que Miquel a trouvés au nombre de 14 000 par mètre cube dans une chambre à coucher de la rue Monge, de 16 000 dans les salles de la Pitié, qui souillent chacun des objets dont nous nous servons, chacun de nos aliments, ces microbes insaisissables, ces microbes capables d’engendrer les maladies, représentent en effet quelque chose d’assez terrifiant.
- Aussi la stérilisation de l’eau (Dieu sait à quels procédés chimiques on a parfois recours!), l’ébullition du lait, la surveillance des abattoirs, l’aération des appartements, enfin toutes les mesures d’hygiène possibles, sont loin de calmer certaines inquiétudes. Puisque nous vivons au milieu des microbes, puisqu’ils pénètrent en nous avec l’air, avec les aliments, quelquefois grâce aux altérations de nos revêtements muqueux ou cutanés, comment ne sommes-nous pas à chaque instant la proie des maladies infectieuses, comment l’organisme se défend-il contre ces attaques incessantes? Ce sont là des questions que se posent nombre de personnes.
- La possibilité de diffusion des virus par l’air est hors de doute : Koch, Cadeac et Mallet, Thaon, etc., ont déterminé la tuberculose chez les animaux en leur faisant respirer la poussière de crachats tuberculeux desséchés.
- Dans les conditions ordinaires, il faut faire la part du peu de virulence des germes morbides en suspension dans l’atmosphère ; la plupart du temps, déposés depuis longtemps sur des terrains peu favorables à leur pullulation, ayant subi l’action du froid, de la sécheresse, ou de la • lumière excessive, ils ne possèdent plus qu’une virulence atténuée : à cet égard, le soleil est un purificateur de premier ordre. L’électricité élimine la vitalité des microbes : avec le professeur d’Arsonval, nous avons obtenu quelques atténuations au moyen des courants à haute fré-
- quence ; mais, en l’absence des phénomènes électrolytiques ou thermiques, les atténuations sont peu marquées soit pour les germes, soit plus encore pour leurs toxines.
- L’eau offre non seulement un véhicule, mais un habitat aux microbes : les bactéridies y forment des spores, certaines espèces pourraient y pulluler vers 22°. On sait (pie la Seine est beaucoup plus souillée à Asnières qu’à Bercy. D’autre part, si souvent incriminée quand il s’agit de fièvre typhoïde, l’eau n’offre au germe de cette maladie qu’un asile éphémère, suivant Karlinski; la virgule cholérique ne résiste, selon Gamaleïa, que si elle ne se trouve pas en concurrence vitale avec d’autres parasites ; suivant Stutzer, suivant Burri, elle ne persiste pas plus de deux semaines dans l’eau des égouts.
- Le courant d’un fleuve joue un grand rôle dans son épuration : le Rhône, rapide et mouvementé, s’épure plus vite que la Saône. La lumière, la profondeur, la nature des gaz dissous, la quantité de matières organiques, sont autant de facteurs qui interviennent.
- En somme, dans les conditions ordinaires, les germes morbides qu’un organisme reçoit du sol, de l’air, de l’eau, de tout ce qui nous entoure, ces germes, en général, sont doués d’une virulence médiocre ; ils atteignent nos tissus à un moment où leur vitalité est amoindrie. Ils rencontrent, d’ailleurs, sur leur chemin une série d’obstacles destinés à arrêter les agents doués d’énergie.
- Avant de pénétrer dans l’intimité de l’économie, les bactéries doivent forcer les barrières naturelles, qui sont la surface cutanée, les muqueuse respiratoire, digestive, génitale. Or, il existe des moyens protecteurs, accumulés aux points par où l’assaillant pourrait s’introduire ; ces moyens constituent des défenses avancées de l’organisme.
- Les épithéliums, sans être infranchissables comme on le pensait jadis, opposent pourtant aux virus figurés une digue d’autant plus efficace que le nombre des envahisseurs a son importance ; ces protections organiques peuvent avoir raison d’adversaires isolés, qui triompheraient s’ils pénétraient en abondance ; or, la chose est impossible lorsque les murailles épithéliales sont intactes.
- Pour l’appareil respiratoire, une sorte de filtration s’opère, grâce aux vibrisses, à la filière des fosses nasales ; la membrane pituitaire est imprégnée d’un mucus acide, qui offre un mauvais milieu à la pullulation des parasites.
- La salive, de son côté, est bactéricide, non pas à la façon des solutions utilisées en chirurgie, mais comme le peuvent être des liquides organiques qui ne doivent pas altérer les cellules : les travaux de Bouchard, de Guignard, de Charrin, ont mis en évidence ces actions de composés chimiques ; à mesure que ces auteurs augmentent dans un bouillon de culture la proportion de naphtol, ils voient diminuer, puis enfin disparaître la faculté de sécréter, de se multiplier, de vivre.
- « Que les amygdales servent de porte d’entrée pour différents virus, pour la scarlatine par exemple, ainsi que le soutiennent lligstings Fox, Bergé, etc., la chose est possible. Toutefois, ce qui est plus sûr encore, c’est qu’au niveau de ces organes une abondante destruction de parasites a lieu par le processus de la phagocytose, c’est-à-dire parde fait de l’inclusion, de la digestion des bactéries à l’intérieur des leucocytes : les travaux de Büffer ont placé cette affirmation au-dessus des contestations. » — Dans les divers sucs de la cavité pharyngienne, les infiniment petits pullulent difficilement, deviennent une proie facile pour les phagocytes. Ces cellules de protection, combattants individuels dans la lutte de l’organisme, sont échelonnés sur toute la longueur de l’intestin,
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- LA NATURE.
- grâce aux follicules lymphoïdes, aux plaques de Beyer.
- Avec les sécrétions de l’estomac apparaît un antiseptique défini, l’acide chlorhydrique, libre à certaines heures seulement de la digestion ; aussi, selon les phases de cet acte, le passage sera plus ou moins bien gardé. — En tout cas, cette réaction d’acidité s’affaiblit dans l’intestin, où vivent en foule des bactéries, depuis les saprophytes vulgaires jusqu’aux microbes doués de virulence.
- La muqueuse intestinale est peut-être la plus efficace barrière de l’économie. Les poisons qu’elle contient, les parasites qu’elle emprisonne causeraient une mort rapide s’ils pénétraient dans l’économie : en elle se retrouvent, à un degré plus élevé encore, les qualités antitoxiques du foie, sa faculté de détruire les poisons microbiens ou autres. Que cette muqueuse soit altérée par une entérite, aussitôt les toxiques plus abondamment absorbés donneront lieu à des symptômes divers, accès fébriles, céphalées, etc. ; qu’elle soit détruite en un point, de suite surviendront les terribles accidents de la perforation, le passage des gros bataillons ; or, nous l’avons appris par les expériences de Chauveau, de Bouchard, etc., la quantité importe même en matière de virus.
- A un moindre degré, l’organisme est encore protégé contre les microbes de l’intestin soit par la concurrence vitale, qui s’exerce entre les diverses espèces, soit par la formation de produits variés, la bile, l’acide sulfbydrique, les phénols, soit par le défaut d’oxygène, etc.
- Parmi les autres défenses extérieures, pour ainsi dire, de l’organisme, il faut compter l’acidité du mucus vaginal, de l’urine, les qualités des sécrétions des glandes cutanées, sudoripares ; en dehors de leurs actions chimiques, ces sécrétions entraînent parfois, à la façon des larmes, de la salive, mécaniquement les parasites : on sait les dangers de l’anurie, de la sécheresse de la bouche.
- Supposons que, malgré ces moyens de défense, les microbes aient pénétré dans l’intimité des tissus, supposons que, quittant ces surfaces, ils s’introduisent dans les viscères, dans la circulation générale : l’organisme se trouve-t-il désormais dans l’impossibilité d’entamer une dernière lutte ? l’assaillant va-t-il à coup sùr déchaîner l’infection ? Nullement. - Le sang, milieu généralement inhospitalier, est fréquemment stérile dans les périodes de maladie comme dans l’état de santé ; son envahissement par des bactéries nombreuses caractérise ordinairement la période organique : c’est que là résident les défenses les plus intimes de l’organisme, celles qui son; dues à la collaboration de chacune des cellules du corps.
- Le contenu des vaisseaux, surtout chez les sujets vaccinés, acquiert, au contact d’un microbe ou de ses toxines, le pouvoir bactéricide ou les attributs antitoxiques; il Suffit de mettre en œuvre, pour obtenir ces états, l’une dès différentes méthodes de vaccination : un de ces procédés inauguré par Pasteur veut qu’on confère l’immunité au moyen des germes eux-mêmes, tandis que celui que j’ai préconisé, celui qui s’est rapidement généralisé, demande l’injection des produits solubles.
- En vertu de sa puissance germicide, le liquide sanguin affaiblit la virulence des parasites ; en vertu de son pouvoir antitoxique, découverte capitale de Behring, il s’oppose à l’action des poisons microbiens.
- C’est alors sans doute, à la suite de ces modifications humorales, qu’interviennent les phagocytes, selon la théorie de Metschnikof : les globules blancs entrent en lutte contre les microbes affaiblis, les incorporent, et même, point important qui ramène ce processus à une modification humorale, les digèrent, les affaiblissent à distance.
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- Dans le sang, le mouvement, les variations de pression, l’oxygène pour les uns, l’acide carbonique pour les autres, achèvent l’œuvre commencée.
- Telles sont les principales, les plus certaines des défenses que l’organisme met en jeu pour lutter contre les agents pathogènes. — En réalité, chaque cellule peut participer, à cette lutte : le rein élimine des toxines, des microrganismes ; le foie, les capsules surrénales, détruisènt les substances nuisibles ; la l'ate, la moelle osseuse, déversent en plus grand nombre les globules blancs dans le torrent circulatoire. *
- Aussi, à part des cas exceptionnels, en dehors des bactéries spécifiques, les microbes, condition nécessaire mais non suffisante des maladies infectieuses, ne triomphent qu’à la faveur du surmenage, de la déchéance, de la réceptivité spéciale d’un organisme, alors que les éléments anatomiques, atteints dans leur fonctionnement, offrent une entrée plus large, des réactions vitales amoindries, en somme une proie affaiblie.
- Il est vraiment intéressant de voir que, dans les milieux extérieurs, nos ennemis rencontrent des agents qui les affaiblissent, la lumière, la chaleur, par exemple , quand, quittant ces milieux, abordant l’économie, ces ennemis se présentent aux portes d’entrée, de nouveau ils trouvent des obstacles mécaniques, chimiques, dynamiques. S’ils parviennent à les surmonter, à pénétrer dans l’intimité de nos tissus, ils ont encore à lutter contre une série de défenses dont dispose l’économie : on a pu dire que l’organisme était puissamment armé contre les bactéries ; il importe de le maintenir sur ce pied de guerre avant tout défensive. I)r Charrik,
- Professeur agrégé à la Faculté (le médecine de Paris.
- LE NOUVEAU TUNNEL SOUS LA TAMISE
- Les communications rapides, et en ligne aussi droite que possible, s’imposent dans l’état présent de la civilisation. On a dû imaginer les procédés les plus divers pour triompher des obstacles, parmi lesquels les grands cours d’eau ne sont pas des moindres; souvent le pont est impraticable, et il faut alors recourir au passage au-dessous du lit. C’est le tunnel sous riyière, qu’on doit creuser au milieu de terrains aquifères. Avons-nous besoin de rappeler que c’est au célèbre ingénieur français Brunei, adopté par l’Angleterre, que l’on doit le bouclier, qui permet d’exécuter de pareils travaux, et qui n’a guère été modifié depuis sa création?
- C’était pour traverser la Tamise à Londres, que, de 1818 à 1825, Brunei employa son bouclier, et c’est encore sous la Tamise, «à Blackvvall, qu’on vient d’en faire usage pour un travail des plus remarquables. On sait le mouvement de navires qui se fait sur le grand fleuve, et il ne faut pas songer à l’interrompre par un pont. Aussi, dès 1805, avait-on tenté un passage sous la rivière, à Limehouse; mais le premier tunnel effectivement exécuté fut celui de Brunei; puis, en 1869-1870, on creusa, tout près de la fameuse Tour, le Tower-Subway, pour piétons seulement, qu’on peut traverser pour un sou, et qui porte le nom pittoresque de « tuyau de pipe ». Enfin, après avoir établi le Pont de la Tour1, pont
- 1 Voy. n° 1109, du 1er septembre 1894, p. 209.
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- LA NATURE.
- mobile situé en aval du l'ont de Londres, on s’est mis à creuser le tunnel de Blackwall, qui franchit la Tamise à 800 mètres environ de Greenwich, à quelques kilomètres au-dessus de Woolwich, et met en communication ces faubourgs populeux avec l'oplar et les Docks East et West India.
- Pour se rendre compte des difficultés qu’on avait à surmonter, il faut songer non seulement que le ileuve est en ce [Joint large de 560 mètres et profond d’à peu près 14 mètres à haute mer, mais encore que le tunnel devait passer au milieu de sables et d’argile, et môme, sur une distance considérable, dans un lit de gravier formé jadis par un ancien bras de la Tamise. Rien plus, en ce point, celle-ci est endiguée, et le terrain qui la borde et qui luisait autrefois partie de marais, se trouve au-dessus du niveau des hautes mers, et il est constitué de matières végétales, de tourbe, de gravier, extrêmement aquifères ; quelques-uns des lits de sable sous-jacents pouvaient être assimilés à des sables coulants. Nous avons parlé d’un banc de gravier : c’est une rencontre fort dangereuse pour les tunnels sous rivières, car, en même temps que l’eau les traverse facilement pour pénétrer dans les travaux, l’air comprimé dans le tunnel s’échappe non moins aisément entre les gros grains de cette masse peu homogène.
- Le projet du tunnel a été dressé de concert avec sir Benjamin Baker et M. Great-head, et l’ouvrage fut adjugé à MM. Pearson pour 21 775000 fr., en 1892. Jetons un coup d’œil sur une coupe verticale du tunnel. Il mesure dans son ensemble 1888 mètres de long; la rampe d’accès présente au sud du fleuve, du côté du comté de Kent, une inclinaison de 1 /56e, sur un développement de 754 mètres, tandis que, sur l’autre rive, la longueur correspondante est de 786 mètres, et l’inclinaison seulement de 1 /54e. La portion sous la rivière est horizontale ; les rampes sont du reste aisément praticables. On a exécuté les travaux en trois séries : une première partie, les extrémités, a pu se faire et demeurer en tranchée ouverte; une seconde a été exécutée à ciel ouvert, mais les terres ont été ensuite rapportées par-dessus la voûte une fois construite,
- comme on a fait à Paris au chemin de fer de Sceaux : c’est ce que les Anglais appellent eut and cover. Enfin/le reste du tunnel a été construit au moyen du bouclier et fait d’un revêtement en fonte. Pour faciliter le travail, et en même temps pour permettre des changements brusques dans la direction en plan, on a foncé 4 puits, assurant de plus l’aération, dont la profondeur varie de 22m,80 à 29m,80 et qui ont 14m,60 de diamètre intérieur. Disons tout de suite que ces puits sont demeurés tels qu’ils étaient pendant les opérations de fonçage; ils sont formés de deux cylindres métalliques concentriques dont l’extérieur a un diamètre de 17n1,65;
- ces deux enveloppes, faites de tôles de 1er solidement rivées, sont entretoisées entre elles et l’espace intermédiaire est rempli de béton de ciment de Portland comprimé. A de l’extrémité inférieure de ce tubage double, l’enveloppe interne s’incline vers l’extérieur pour aller rejoindre l’autre enveloppe et former avec elle une sorte de couteau qui facilitait l’enfoncement de cette espèce de caisson.
- Le tunnel devant traverser (un peu en courbe du reste) la base de ces puits, les parois métalliques de ceux-ci ont été percées de deux ouvertures circulaires de 8m,94 de diamètre et se làisant à peu près face ; bien entendu, pendant le fonçage, elles avaient été obturées par des plaques métalliques rapportées. Nous dirons deux mots du mode de fonçage employé.
- Quant au tunnel proprement dit, il a 8m,25 de diamètre extérieur, c’est-à-dire lm,85 de plus que le tunnel de la rivière St-Clair, le [dus large qui eût été construit jusqu’ici; il est composé d’anneaux de 0m,76 de large, comprenant 14 segments de fonte et une pièce formant clef. Les plaques de fonte ont Ûm,05 d’épaisseur, chaque segment pèse à peu près 1 tonne et présente en son centre un trou qu’on bouche soigneusement au moyen d’un écrou à vis, mais par lequel on peut insuffler du mortier derrière le revêtement métallique, afin qu’il n’y ait pas de vide entre les anneaux et les terres environnantes. Les nervures formant les joints de ces segments sont planées à la machine, et les surfaces
- Échelle.
- Marais de Greenwich
- ,Maze Hill St.
- Me du Chien
- Fig. 1. — Plan montrant la situation du nouveau tunnel.
- wiooLesex
- comprime
- --j
- Èchelte des hauteurs.
- Fig. 2. — Coupe en long du tunnel,
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- LA NAT U UE.
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- s’appliquent bien les unes sur les autres; de plus, on évide ces joints sur une certaine profondeur pour y mettre un ciment de limaille de fer et de sel ammoniac. Comme les nervures sont très en relief sur les parois proprement dites du tunnel, on a rempli de ciment de Portland les dépressions qui se produisent entre elles, jusqu’à les noyer complètement, et pardessus on applique des briques émaillées blanches, le diamètre effectif du tunnel se trouvant ainsi réduit à 7m,o9. On y a ménagé une voie charretière de 4m,88 et deux trottoirs, le tout reposant sur une voûte continue où sont placés les tuyaux d’eau, etc. Cette voie sera en asphalte sous le lleuve et le pavage en sera de pavés de granit, posés dans du bitume
- pour les approches; trois rangées de lampes électriques assureront l’éclairage.
- On descend dans le tunnel par des tranchées à ciel ouvert et en passant sous le bâtiment du gardien; les murs des tranchées sont revêtus de briques émaillées. Des escaliers sont, disposés pour les piétons à l’endroit même où commence la partie souterraine dite eut and cover. Ici le tunnel est construit en briques, dont le massif, d’une épaisseur de 0m,46 à Om,(il, est revêtu extérieurement d’une autre couche de béton, par-dessus une couche d’asphalte. Les deux puits le plus éloignés de la rivière renferment des escaliers qui permettent de descendre dans le tunnel ; le second puits sur la rive sud est
- Fig. 3. — Vue du grand cylindre en construction, montrant l’ouverture latérale préparée pour le tunnel.
- surmonté d’une cheminée d’aération, et celui qui lui correspond sur la rive nord contient les machineries, pompes, éclairage, etc.
- Pour foncer ces puits, on en avait construit sur le terrain même la double enveloppe métallique jusqu’à une assez grande hauteur, comme le montre une de nos gravures, puis on a excavé à l’intérieur et sous le couteau, en chargeant au besoin ce tubage d’un poids supplémentaire; arrivé à la profondeur voulue, on coula du béton au fond du puits, et on le recouvrit d’un plancher métallique étanche, puis, en travers des puits voisins de la rivière, on établit provisoirement de solides écluses à air,
- pour permettre le creusement du tunnel à l’air comprimé. Quant au bouclier, bien .que du type général employé, il en différait par ses proportions
- et par certaines caractéristiques. Il était cylindrique et en acier, de 5m,95 de long sur 8m,4o de diamètre extérieur; la face avant, celle qui pressait contre les terres à excaver, était partagée en 10 cellules par un cloisonnement horizontal et vertical, les hommes travaillant dans chacune de ces petites chambres. Nous ne dirons rien des 28 vérins hydrauliques qui poussaient l’appareil, pas plus que de l’arrière du bouclier, à l’abri et à l’intérieur duquel se trouvait toujours le dernier construit des anneaux du tunnel. Notons que pour travailler dans le gravier, essentiellement aquifère, chaque cellule de travail était close vers l’avant par plusieurs plaques métalliques soutenues au moyen de vérins spéciaux, et l’on n’en enlevait jamais qu’une à la fois pour attaquer une toute petite partie de front du travail.
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- Nous finirons par un dernier détail curieux. Le bouclier pèse plus de 250 tonnes : pour le descendre dans le tunnel, on le construisit dans une excavation du sol près du puits n° 4, on ferma ses extrémités avec des cloisons de bois étanches, puis on le mit à flot dans le puits qui avait été rempli d’eau, et, en pompant peu à peu cette eau, on le fit descendre «graduellement et reposer enfin en place au fond du puits.
- Bien que l’air comprimé ait jailli violemment à plusieurs reprises à travers le lit du lleuve, on a heureusement terminé cet admirable travail, et déjà l’Administration du comté de Londres songe à un nouveau tunnel sous rivière entre Millwall et Greenwich. Bamkl Beu,et.
- LES CAUSES
- DE LA CATASTROPHE DE KILLARNEY
- La Commission scientifique chargée par la Société royale de Dublin de déterminer les causes de la rupture de tourbière qui, le 28 décembre 1896, fit périr huit personnes près de Killarnev, en Irlande1, a dressé un Rapport circonstancié dont les conclusions sont les suivantes :
- 1° A un été sec avait succédé un automne pluvieux ; d’abondantes pluies étaient tombées quelques jours avant la production du phénomène ;
- 2° Le 15 décembre 1896 une secousse de tremblement de terre dans le Pays de Galles fut ressentie jusqu’à Cork et à d’autres villes d’Irlande ;
- 5° Une faille est-ouest sectionne les formations carbonifères (coal measures) qui servirent de lit au bog crevé;
- 4° Le ruisseau de Carraundulkcen avait été prolongé, comme fossé de drainage, en travers du bog;
- 5° Le point d’attache (cou) du bog avait été tranché par un fossé d’exploitation qui recoupait celui de drainage;
- 6° Le centre de la partie emportée du bog était, avant 1 ’éruption, de 2 mètres plus élevé que les côtés;
- 7° Le bog se déchira le long de la ligne du fossé d’exploitation et mit en liberté un déluge d’eau et de tourbe, dont le volume peut être évalué à 6 millions de yards cubes (5 millions de mètres cubes) ;
- 8° Cette évacuation eut pour résultat l’affaissement de la croûte du bog qui, au bout de quelques jours, était déprimé de plus de 10 mètres.
- On peut dire qu’avant la rupture l’intérieur était un fluide visqueux contenu par une croûte résistante, la pression du fluide étant en équilibre avec la tension d'e son enveloppe. La rupture de cet équilibre par l’arrivée violente d’une grande quantité d’eau dans le bog fit crever la croûte en ses points les plus faibles, c’est-à-dire aux endroits trop profondément exploités. Cette eau a dû s’introduire sous forme de pluies infiltrées par la surface ; mais il est possible aussi que le tremblement de terre du 15 décembre ait fait jaillir dans le bog quelques sources qui l’aient peu à peu gonflé jusqu’à l’éclatement.
- D’après le professeur Sollas, on a, depuis deux cents ans, relevé 22 éruptions semblables de tourbières, dont 18 pour l’Irlande seule, et-il faut s’étonner que ce genre de cata-
- 1 Vov. n° 1235, du 30 janvier 1897, p. 129.
- clysme ne se produise pas plus fréquemment. (D’après I’lrish Daily Indépendant, 1897.) E.-A. Martel.
- L’ALCOOLISME DES POISSONS
- On ne dira pas qu’on ne la travaille pas, cette question, du reste si importante, de la toxicité des alcools ! Voici maintenant M. Picaud qui s’en mêle et qui étudie l’action de l’alcool sur les poissons, les batraciens, etc. Avec ces animaux, l'administration de l’alcool ne se fait plus par voie hypodermique, par voie stomacale; il n’y a qu’à ajouter de l’alcool, tout bonnement, dans l’eau où ils vivent. Les expériences sont bien commodes. On sait, depuis les travaux de Rabuteau, de Dujardin-Beaumetz et Audigé, que la toxicité des alcools supérieurs homologues de l’alcool éthylique est d’autant plus grande que leur point d’ébullition — ou leur formule chimique — est plus élevé. On avait opéré sur des mammifères, chiens, porcs, cobayes, etc. Pour généraliser la loi, il était utile de s’adresser aussi aux autres animaux de la série zoologique. C’est pourquoi M. Picaud a entrepris ses expériences sur les poissons et même sur les oiseaux. Il n’a publié jusqu’ici que ce qui concerne les poissons.
- Il a placé des poissons rouges (Carassius auratus) dans des solutions titrées d’alcool. Les résultats méritent d’être enregistrés.
- En solution à 0,1 pour 100, l’alcool amylique tue les poissons rouges en lh 50 ; à 0,2 pour 100, en 1/2 heure; à 0,5 pour 100 en 8 minutes; à 2 pour 100, il est foudroyant.
- L’alcool butylique, à 0,5 pour 100, tue en 1M5; à 1 pour 100, en 40minutes; à 3 pour 100, en 18 minutes, et instantanément à 6 pour 100.
- L’alcool propylique, à 1 pour 100, tue en 2h 45 ; à 2 pour 100, en lh 25 ; à 3 pour 100, en 1 heure, etc. Pour foudroyer l’animal, il faut 10 pour 100.
- L’alcool éthylique est toxique à 3 pour 100, et tue en 10 heures; à 4 pour 100, il tue en 2 heures; à 8pour 100, en 1 heure ; pour tuer instantanément, il faut 20 pour 100.
- L’alcool méthylique, que l’on considère comme plus toxique que l’alcool ordinaire, est, au contraire, conformément à son point d’ébullition, qui est moindre (66°mé-thylique contre 78° éthylique), d’une toxicité inférieure. L’acool allylique, peu étudié, est encore plus toxique que. l’alcool amylique.
- Bref, si l’on met en regard les toxicités relatives indiquées par la mort instantanée des poissons, on obtient le tableau suivant :
- ALCOOLS POUVOIR TOXIQUE RELATIF
- Méthylique. ....................... 2/5
- Éthylique............................ 1
- Propylique............................ 2
- Butylique............................. 3
- Amylique..............................10
- Il est évident qu’il ne faudrait pas considérer ces relations comme rigoureusement exactes, car les chiffres peuvent varier avec le poids de l’animal et avec sa vigueur; mais la proportionnalité doit être très approximative. 11 sera très intéressant de reprendre ces expériences avec les vins, les liqueurs du commerce, et d’établir, par cette nouvelle méthode, extrêmement simple, leur toxicité respective. Il sera curieux de constater si les poissons, par absorption cutanée directe, répondent, comme on l’a prétendu, que les vins fins sont quelquefois les plus toxiques, et si la fine champagne les foudroie plus vite que l’alcool d’industrie. Les animaux tendent à devenir
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- dos réactifs précieux. M. Gréhant, professeur au Muséum, se sert des serins pour révéler des traces d’oxyde de carbone dans l'air des appartements, et les serins lui ont été très utiles déjà. Maintenant les poissons vont donc servir à nous dire quels sont les alcools, les liqueurs les plus nuisibles à la santé. Flamel.
- BICYCLISTES MILITAIRES
- ET CHIENS DE GUERRE
- Les officiers allemands, depuis l’introduction du bicycle dans les armées européennes, se sont vivement préoccupées d’en enrayer les effets avantageux ; tous les procédés employés contre cette cavalerie d’un nouveau genre n’ont donné qu’un résultat médiocre, car ils ne visaient, le plus souvent, qu’à rendre l’instrument inutilisable, ce qui n’est qu’un accident, un bicycliste démonté n’étant pas encore hors de combat.
- Aujourd’hui, ils ont reconnu que, seuls, les chiens pouvaient être de quelque utilité en la circonstance.
- Après des essais divers, c’est le grand chien dogue allemand, appelé plus communément grand danois, qui a été adopté pour cette mission, comme le plus propice à obtenir le résultat demandé, à cause de sa taille, de son poids et de sa vigueur exceptionnelle.
- Et qu’on ne croie pas que tout cela n’est qu’en projet et émane seulement de la cervelle d’un utopiste. A Berlin, il y a en ce moment un millier de ces grands chiens qu’on instruit dans ce but.
- Chaque jour, depuis plusieurs mois, on les conduit sur le champ de manœuvres. Là, on les habitue à distinguer les uniformes allemands, autrichiens et italiens des uniformes français et russes, car il faut connaître ses amis et ses ennemis. Lorsque leur éducation est assez complète sur ce point, on les dresse à se jeter sur les bicyclistes et à les renverser, non sans les mordre.
- Si l’on se rend compte que presque toutes les armées d’Europe ont adopté le bicycle, on comprend qu’il y a en même temps nécessité de paralyser ses avantages ; les officiers allemands croient avoir découvert le vrai remède, aussi le dressage du chien de guerre contre les bicyclistes est-il devenu là-bas un véritable sport. Le fouet y joue naturellement un grand rôle, les animaux étant battus quand ils ne satisfont pas à l’ordre donné, et récompensés par des caresses s’ils ne se trompent pas.
- A l’aide de cette méthode, qui doit être relativement assez lente, car le danois ne brille pas par l’intelligence, cet animal finit toujours par comprendre. Amené au champ de manœuvres où les cyclistes sont rassemblés, on l’oblige à attaquer les pédaleurs, suffisamment capitonnés pour éviter les dangers des chutes et les morsures. Cette leçon apprise, on lâche les chiens au milieu de soldats portant des uniformes différents ; quand ils attaquent un Allemand ou un Autrichien, ils sont fouettés; mais on les récompense lorsqu’il s’agit d’un autre uniforme. Tout le dressage se résume en cette distinction, et tous les exercices qu’on leur fait exécuter ensuite ne servent qu’à les perfectionner.
- Les officiers allemands assurent qu’une avant-garde de bicyclistes armés serait complètement démontée par un très petit nombre de ces chiens ainsi dressés.
- C’est bien possible. Mais rien n’empêchera l’ennemi de se livrer au même dressage. Et les chiens lâcheront les cyclistes pour se battre entre eux. A bon entendeur salut. Pensons aux chiens de guerre, et apprenons-leur à attaquer les cyclistes ennemis. J.-F. Gall.
- DÉCOUVERTE D’UNE ANCIENNE VILLE
- AU MEXIQUE
- M. W. Niven, minéralogiste distingué, attaché au Musée d’histoire naturelle de New-York, explorait le Mexique à la recherche de gisements de grenats roses auxquels les Indiens attachent une grande valeur, lorsqu’il fut averti de l’existence de ruines considérables qu’aucun Européen n’avait encore vues et que les indigènes eux-mêmes connaissaient à peine. Ce fut avec beaucoup de difficultés que M. Niven parvint à trouver un péon pouvant lui donner quelques renseignements et consentant à l’accompagner.
- La ville, ensevelie sous les sables du désert, est probablement Quechmictoplican, cité mythique pour la plupart et dont quelques archéologues conservent seuls la tradition. Elle est située à quarante milles N.-O. de Chipalcingo, la capitale de l’État de Guerrero. La marche pour y arriver fut longue et pénible à travers un pays désolé, sans chemins, sans sentiers, sans points de repère, sans habitants même nomades; sur un assez long parcours, M. Niven ne rencontra qu’un petit nombre de huttes de misérable aspect, habitées par des hommes plus misérables encore. Il put cependant renouveler en partie des provisions qui commençaient à lui faire grand défaut.
- Les jours succédaient aux jours, rien ne se révélait à notre explorateur. Il commençait à céder au découragement, à douter de la fidélité de son guide, de l’exactitude de ses renseignements, lorsque le péon lui fit remarquer les traces d’une ancienne route évidemment construite par les hommes et qu’ombrageaient des arbres à la puissante végétation. Le lendemain M. Niven fut bien dédommagé de ses fatigues et de ses peines : une ville immense se déroulait devant lui; aussi loin que ses regards pouvaient porter, la vallée, les collines étaient couvertes de ruines. Une porte formée de blocs de pierre grossièrement équarris, cimentés avec de l’argile et surmontés d’un linteau plus grossier encore y donnait accès. M. Niven, durant un court séjour, se hâta de parcourir la vallée ; partout à ses pieds, des ruines, des temples, des monuments ensevelis sous le sable et sous la poussière des siècles, cachés par la végétation tropicale. Çà et là surgissaient des colonnes brisées, des pans de murs à demi écroulés, derniers témoins de l’ancienne cité.
- Sûr désormais du succès, persuadé des riches découvertes que les fouilles lui réservaient, M. Niven revint à New-York organiser une expédition. Il fallait avant tout de l’argent, ce nerf des expéditions, comme de la vie. Un riche financier voulut en faire les frais et, fait à citer, à la seule condition que son nom ne serait jamais prononcé. Le zèle désintéressé pour le progrès de la science primait chez lui toute vanité personnelle.
- La saison était favorable, notre explorateur hâta ses préparatifs et, dès le 7 août 1896, il se mettait en route pour le Mexique. A Chipalcingo, il organisa
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- su caravane, il acheta des chevaux, des outils, des armes, et il se procura un petit nombre d’ouvriers. Ce fut la partie la plus difficile de sa tache ; l’habitant du Guerrero, très indolent de sa nature, aime peu la fatigue et le travail, il craint le danger et recherche surtout les liqueurs fortes que M. Niven se refusait énergiquement à comprendre parmi ses bagages.
- AprèsYjuelques retards inévitables, on se mit enfin en route, cette fois gaiement et sans préoccupation. Notre explorateur reconnut toute la superficie de la ville, égale en étendue, nous dit-il, à celle de New-York. Un premier examen lui permettait déjà d’affirmer qu’elle était d’origine relativement récente et qu’elle ne remontait pas à ces temps fabuleux
- qu’on se plaît trop facilement à attribuer à l’ancienne civilisation nahuatl.
- Avant les Aztecs, les sanguinaires et fanatiques habitants du Mexique, la ville avait été peuplée par une race plus douce et plus civilisée, les Mayas, de race nahuatl, les initiateurs de la civilisation dans l’Amérique centrale et qui, vaincus sans doute par les Aztecs, avaient du céder la place à leurs féroces ennemis. Mais M. Niven croit que ni les Aztecs, ni les Mayas ne furent les fondateurs de Quechmicto-plican; il croit avoir découvert les traces d’une race primitive à laquelle avaient appartenu les premiers habitants de la ville. La construction et la décoration des édifices, qu’il regarde comme les plus anciens, viennent, dit-il, à l’appui de cette hypothèse. C’est,
- Fig. 1. — Tète sculptée sur pierre.
- Fig. 2. — Signes hiéroglyphiques.
- on le voit, la même confusion qui se produit sur l’origine de toutes les villes anciennes; les fouilles pourront seules résoudre le problème.
- On a reconnu jusqu’à présent vingt-deux temples et de nombreux autels ; ils forment les principaux monuments de la ville. Les autels sont érigés sur de colossales pyramides en adobes que l’on peut apercevoir de tous les points de la cité. Avec un peu d’imagination, il est facile de se figurer les sacrifices sanglants dont ces autels furent le théâtre et les milliers de victimes humaines y périssant, comme à Mexico, sous le couteau du sacrificateur1. Les temples étaient généralement construits en pierres de grande dimension équarries avec soin ; souvent les fondations restent seules ; plus loin, les murs s’élèvent encore à
- 1 L’inauguration du grand temple de Mexico qui eut lieu peu de temps avant la conquête espagnole donna lieu à de véritables massacres qui se prolongèrent pendant quatre jours.
- plusieurs pieds de hauteur. Quelques-uns des temples couvrent une surface de 600 pieds carrés. Au centre, on remarque constamment un autel mesurant 5 à 20 pieds de hauteur et en moyenne 15 pieds carrés à sa base. Les autels ont évidemment joué un grand rôle dans la vie religieuse et sociale des habitants.
- Nous reproduisons un de ces temples (fig. 5). Les marches qui y conduisent, les arabesques qui l’ornent, les fenêtres qui s’ouvrent sur les bas-côtés, offrent de nombreuses analogies avec les constructions d’Ux-mal, de Labna, de Kabah, de Chichen-Itza. Mais il faut ajouter que l’on n’a trouvé jusqu’à présent aucun de ces hiéroglyphes indéchiffrables, si nombreux dans les villes du Yucatan.
- Le sang, raconte le père Duran, coulait en telle abondance le long des terrasses, qu’il formait de véritables étangs où il se coagulait, répandant dans toute la ville une odeur pestilentielle. Les Aztecs sc repaissaient de la chair des victimes.
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- Doux immenses colonnes en |lierre au sommet arrondi se dressent en avant du temple; on a prétendu y voir les témoignages du culte phallique si commun dans toute l’Amérique Centrale et qui, parti de l’Inde, se retrouve aussi chez la plupart des nations de l’antiquité.
- A Cerro Porterio et à Calchiatepet (ce sont les noms donnés à différentes parties de la ville), on remarque deux pyramides de 65 pieds environ de hauteur. A côté d’elles, des temples mesurant 600 pieds sur 200. Les fouilles exécutées sous l'un de ces temples mirent au jour, à 9 pieds de profondeur, un autel, et, sous cet autel, un vase en terre cuite renfermant soixante-douze objets en nacre.
- Quatre de ces ornements figuraient des têtes humaines avec des coiffures étranges, les autres des oiseaux, des poissons, des animaux divers. Le vase a été malheureusement brisé par le pic d’un ouvrier. Les débris rassemblés avec soin ont été envoyés avec les objets qu’il renfermait au Musée national de New-York.
- Les souterrains sont plus nombreux que dans toute autre des anciennes villes américaines; à Organos, à Tejas, M. Niven découvrait des salles immenses à moitié comblées par des dépôts de cendres et de poteries brisées appartenant à des époques fort différentes. A Xochocotzin, il trouvait une tête sculptée sur pierre mesurant 7 pieds de longueur ; la figure
- est expressive et la coiffure assez singulière n’était pas connue (fig. 1). A Texcal, l’édifice entier était souterrain et les fouilles n’ont pu découvrir jusqu’ici que les dalles qui forment la toiture. Partout, dans les temples, comme dans les souterrains, les explorateurs recueillaient, au milieu de nombreux débris de poterie, des rondelles, des perles, des boucles d’oreilles, des masques1, des bagues, des amulettes, des ornements de toute sorte en jade ou en écaille.
- J’ai dit que les nombreux bas-reliefs en stuc ou en pierre ne portaient aucune inscription. Sur l’un d’eux, on a cru distinguer des signes hiéroglyphiques. Je les fais reproduire (fig. 2), au lecteur de décider la question.
- Des ossements humains amoncelés formaient un
- 1 Les Mexicains avaient, on le sait, l'habitude de placer un masque en matière dure sur le visage de leurs morts.
- ossuaire de 20 pieds au moins de longueur. Quelques crânes furent retirés intacts, mais ils tombèrent en poussière au premier contact de l’air. C’est un fait regrettable puisqu’ils auraient permis l’étude anthropologique de la race qui a laissé des traces si remarquables de son passage. De nouvelles recherches auront, nous l’espérons, un meilleur succès.
- Les peuples arrivés du Nord qui s’établissaient successivement dans l’Amérique Centrale appartenaient probablement à la race nahuatl. C’est aux diverses branches de cette souche féconde que sont dus les monuments en ruines qui couvrent aujourd’hui encore le Mexique, le Yucatan, le Honduras, le Guatemala, le Nicaragua et que nous retrouvons jusque sur l’isthme de Tehuantepec. C’est à cette race, nous l’avons dit, que nous attribuons aussi la ville nouvelle que M. W. Niven nous a révélée.
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- La civilisation de ces peuples était avancée ; les monuments qui leur survivent le prouvent sans réplique. L’espace nous manque pour entrer dans les détails que la question comporte; nous,voulons seulement citer, en terminant, quelques vers d’une ode sur les vicissitudes de la vie composée par un roi nahuatl de Tezcuco mort vers 1472 et qu’un de ses descendants nous a conservée. Le roi, faisant un retour sur lui-même, s’écrie : « Non tu ne seras pas oublié; non, le bien que tu as fait ne sera pas perdu pour les hommes ; car le trône que tu occupes n’est-il pas le don du Dieu sans égal, le puissant créateur de la vie, celui qui fait et qui abaisse les princes et les rois? » Nous ne pouvons continuer cette citation; disons seulement que les strophes suivantes témoignent des mêmes sentiments que l’on est étonné de trouver chez un de ces Américains antérieurs à la conquête espagnole, trop facilement considéré comme un barbare1. Mis de Nadaillac.
- LE POUVOIR INDUCTEUR SPÉCIFIQUE
- DE LA GLACE
- J’ai cherché, dans un récent article*, à faire ressortir une curieuse relation qui semble exister entre l’anomalie électrique et l’association moléculaire; j’insistais à ce propos sur l’action de la température, qui devait agir simultanément sur l’association et sur le pouvoir inducteur spécifique de l’eau. Je n’avais pas connaissance alors d’un fort intéressant travail de M. Drude, publié l’an dernier, et dans lequel cette action est mise en pleine lumière ; la variation indiquée par M. Drude est de près de 5 pour 1000 par degré au voisinage de la température ambiante. Le pouvoir inducteur spécilique diminue, en même temps que l’association, lorsque la température s’élève.
- Tant que l’eau est à l’état liquide, toutes les méthodes électriques de mesure de sa constante diélectrique s’accordent pour lui donner une valeur voisine de 80, aux températures ordinaires. Que l’on emploie en effet des méthodes quasi-statiques ou des vibrations hertziennes de très courte période (jusqu’à des longueurs d’onde de 4 mm suivant M. Lampa),les différences sont peu marquées.
- Il n’en est pas de même dans le cas de la glace. Ainsi, M. Bouty, travaillant avec un condensateur, lui attribue une valeur du même ordre que pour l’eau, tandis que M. Blondlot et M. Perrot, opérant avec des oscillations rapides, arrivent à 2,0, c’est-à-dire à un nombre très voisin du carré de l’indice pour les radiations lumineuses.
- MM. Dewar et Fleming viennent d’apporter d’importants éclaircissements à ce problème en déterminant cette même constante pour la glace jusqu’à une température de — 185°. Ces habiles observateurs employaient une méthode statique, bien propre à mettre en évidence la variation de la grandeur qui, mesurée par cette méthode, possède peu au-dessous de zéro la valeur très élevée trouvée par M. Bouty.
- A la température la plus basse à laquelle ils ont soumis la glace, MM. Dewar et Fleming trouvent que son pouvoir inducteur spécifique est égal à 2,83; il augmente lorsque
- 1 Sahagun raconte l’éducation donnée aux fds et aux fdles du Roi. Il donne le discours adressé par Netzahualcoyotl à ses enfants. Nous y voyons la même élévation de sentiments. V. Reyes, Les ruines de Tetzcutzinco.
- * Le rôle physique de l’hydroxyle. Yoy. n° 1243, du 27 mars 1897, p. 262.
- la température s’élève, lentement d’abord, plus rapidement ensuite, pour arriver à la valeur 11 vers — 130°.
- En même temps, la conductibilité de la glace augmente dans une énorme proportion. Entre — 185° et — 70°, cette conductibilité varie dans le rapport de 1 à 600.
- 11 semble en résulter que le pouvoir inducteur spécifique de la glace, mesuré par une méthode statique, est une fonction de la résistance spécifique, et probablement des résidus électriques emmagasinés par la glace. Le fait que les méthodes fondées sur les oscillations rapides donnent bien plus vite des valeurs faibles de la constante diélectrique est bien d’accord avec cette idée.
- L’alcool présente des phénomènes tout à fait analogues.
- Il est bien certain que la conductibilité de l’eau ou de l’alcool est électrolytique et dépend de leur élasticité moléculaire; s’il n’en était pas ainsi, on ne s’expliquerait guère les variations très fortes trouvées par l’expérience.
- Si nous partons de cette idée, nous pourrons en conclure que les corps possédant aux températures ordinaires des propriétés analogues à celles de la glace fortement refroidie, présenteront les mêmes phénomènes lorsqu’on les soumettra à des températures élevées. En ce qui concerne la conductibilité, l’expérience a été faite sur le verre, il y a quelques années déjà, par M. G. Foussereau, actuellement secrétaire de la Faculté des sciences de Paris; mais elle n’a pas été tentée que je sache pour le pouvoir inducteur spécifique ; l’expérience serait intéressante et plus aisément accessible que les recherches nécessitant l’emploi de l’air liquide en quantités notables. C.-E. Guillaume.
- ---><^o---
- LA. CANITIE RAPIDE
- Que de fois n’avez-vous pas lu dans un roman dramatique ou dans un fait-divers tragique, qu’un des héros du drame, épouvantablement impressionné, avait vu ses cheveux blanchir en quelques instant. Rien n’est en effet plus authentique et si les exemples en sont rares, ils ont été bien dûment constatés dans les conditions réclamées des expériences scientifiques les plus rigoureuses.
- Le Dr Féré, médecin de Bicêtre, a eu l’occasion d’en observer un cas curieux et il a résumé les faits de ce genre dans un travail intéressant1.
- Une femme de 32 ans, nerveuse et même fort nerveuse, avait été victime, à l’àge de vingt ans, d’un accident de voiture ; une plaie grave de la tête avait laissé à la région temporale gauche une cicatrice restée sensible. Douze ans plus tard, elle est saisie, en traversant le boulevard, d’une terreur folle, en voyant un omnibus arriver sur elle ; la distance était assez grande pour qu’elle n’eût rien à craindre, mais la terreur est telle qu’elle se précipite dans une maison où on eut grand’peine à calmer son émotion. Le lendemain au réveil elle constate la présence dans ses cheveux d’une mèche absolument blanche, et cette mèche s’insérait juste sur les lignes de la cicatrice de l’ancienne blessure.
- Cette canitie (c’est le. terme scientifique de cette décoloration des cheveux) paraît bien le résultat d’un trouble trophique suraigu causé par un désordre nerveux, émotion, frayeur. Tous les cas publiés par divers auteurs se ressemblent à ce point de vue, à cela près que la canitie, au lieu d’être brusque, a demandé un certain temps, de quelques heures à un ou deux jours. Cassan a rapporté le cas d’une femme qui fut citée devant la chambre des pairs pour déposer dans le procès de Louvel ; la préoccu-
- 1 Progrès médical, janvier 1897.
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- pation fut telle chez cette femme que ses cheveux devinrent absolument blancs en une nuit. Des personnes en danger de mort, dans des accidents, ont blanchi en quelques instants; l’histoire de cet ouvrier qui tombe d'un échafaudage, se raccroche à une gouttière, est recueilli par ses camarades et qui a les cheveux blancs, en est une preuve. En voici un autre exemple recueilli par M. le î)r Féré. Une mère et son jeune enfant se trouvent dans une voiture dont le cheval s’emballe : l’animal est arrêté sans qu’il y eût aucun accident. Mais l’enfant a été terrifié ; le lendemain il a eu une éruption fugace et huit jours après on constate qu’il avait, du côté gauche, cinq mèches de cheveux toutes blanches ; les cinq mèches correspondaient aux empreintes des doigts de sa mère qui avait pris la tète de l’enfant au moment de l’accident.
- L’interprétation de ces faits est assez difficile. Il est impossible de nier l’influence du système nerveux; mais c’est là à peu près toute l’explication que l’on peut donner. Cette influence du système nerveux peut se produire sous la surexcitation émotionnelle d’un trouble moral, d’un accident, et le Dr Brissaud en rapporte une observation des plus typiques; c’est celle d'un homme frappé d’une attaque d’apoplexie avec hémiplégie et qui avait un des côtés de la chevelure tout blanc. (( Mon malade, dit M. Brissaud, qui avait une chevelure abondante, ressemblait à une de ces figures de cire qu’on voit dans les vitrines des coiffeurs avec la séduisante annonce : Plus de cheveux blancs. Sur ces beaux messieurs, la raie au milieu partage en deux moitiés la perruque postiche ; une moitié est blanche par l’effet des ans ; l’autre est noire par la toute-puissance de la composition. Mon malade avait les cheveux gris, coupés drus et courts. Le peigne ne leur avait jamais imposé une raie au milieu ; le malade ne l’avait pas moins nettement dessinée ; une moitié gauche, grise ; une moitié droite d’un jaune presque blanc, couleur indécise et troublante comme celle du faux albinisme. La raie s’étendait du front à la nuque, et, chose curieuse, la coloration albinique s’arrêtait à la naissance du favori ; la barbe avait été respectée. »
- La canitie ne serait pas spéciale à l’homme : quelques auteurs ont cité des faits d’oiseaux dont le plumage aurait changé de couleur : une linote grise fut saisie dans sa cage par un ivrogne qui lui arracha les plumes ; la bête survécut, mais les plumes repoussèrent blanches.
- Ces derniers faits ne sont pas entourés de toutes les garanties de véracité nécessaires ; plusieurs sont sujets à caution. Mais il n’y a rien d’impossible à ce que des émotions d’un certain ordre puissent provoquer des troubles similaires à ceux qu’on observe chez l’homme. Dr A. Cartaz.
- UN LÉZARD OCELLÉ
- CONSERVÉ EN CAPTIVITÉ DEPUIS QUATORZE ANS
- Les naturalistes admettent tous que les lézards vivent longtemps; mais en captivité il en est tout autrement à cause du changement de vie qui leur est imposé. Aussi nous a-t-il paru intéressant de présenter la biographie d’un Lézard ocellé (Lacerta ocellata) que nous possédons depuis le 20 mai 1883.
- A l’époque où nous l’avons reçu, des environs de Toulon, il devait avoir 2 ans, était long de 30 centimètres et pesait 50 grammes. Des mensurations et des pesées régulières nous ont permis de suivre les modifications de sa croissance : il a actuellement
- 45 centimètres et pèse 120 grammes. Notons ce fait curieux que notre lézard a conservé la livrée claire du jeune âge, le dos vert-jaune avec de petits cercles noirs, le ventre blanc crème, des ocelles d’un bleu ciel sur les flancs, tandis qu’en liberté ils deviennent d'un vert sombre presque noir.
- Chaque hiver notre ocellé s’engourdit vers le 15 octobre, dort en moyenne cinq mois et se réveille vers le 15 mars. Pendant son premier hiver de captivité, il ne put s’endormir étant dans une chambre chauffée; il ne voulut pas manger, maigrit, et faillit mourir au moment de la mue, qui n’eut lieu qu’à la fin d’août au lieu de la fin de mai. Depuis, nous le laissons dans une chambre sans feu et il hiverne régulièrement. Son sommeil est profond, mais pas autant que celui des animaux hibernants (marmotte), car il sort de sa boîte deux ou trois fois pendant son hivernage pour aller boire. Pendant les grands froids il a l’apparence de la mort, seule la respiration lente et peu profonde indique que la vie persiste. Il maigrit pendant son sommeil et perd ainsi de l/9‘;à 1/12e de son poids (1 /5e pendant l’hiver de 1884 où il ne dormit pas). Dès qu’il mange, au printemps, son poids augmente peu à peu, puis rapidement de mai à j uillet avec maximum en août ; puis, en septembre, il cesse de manger et recommence à diminuer de poids ; pendant l’hivernage, il perd environ 1 gramme par mois. Son maximum d’activité vitale dure donc quatre mois, d’avril à août, époque où il accumule des réserves pour supporter l’inanition de l’hivernage.
- Notre lézard a toujours eu une mue annuelle, à la fin de mai (parfois deux, la seconde à la fin de juillet). Époque critique pour lui, il est malade quelques jours avant et ne mange plus; la peau éclate le long des flancs et se détache peu à peu ; parfois elle reste entière, comme un doigt de gant fendu en long.
- Il resta plusieurs mois sauvage et craintif,[mais il finit par devenir très apprivoisé. Nous l’emportons parfois à la campagne dans une de nos poches sans qu’il cherche jamais à fuir, et de temps en temps il vient montrer la tête et semble suivre avec intérêt ce qui se passe autour de lui ; quand nous le laissons courir sur le sol, dans l’herbe, il ne s’éloigne jamais beaucoup et revient vivement vers nous dès qu’il entend le moindre bruit. 11 a pour demeure un ancien aquarium et il sait fort bien faire comprendre quand il veut en sortir, en grattant doucement contre le verre de la paroi jusqu’à ce que nous le prenions dans la main. Il a beaucoup perdu de son agilité, car, au début de sa captivité, il faisait des sauts énormes de près de 2 mètres ou se jetait du haut d’une armoire sur le sol, sans se faire aucun mal ; la queue lui sert de balancier et de ressort pour prendre son élan et pour amortir le choc contre le sol. Actuellement, bien que calmé, il redevient vif quand il donne la chasse à un insecte.
- La vue et l’ouïe sont très développés ; il distingue et suit de l’œil le vol des oiseaux à une grande hauteur, il perçoit des bruits faibles comme le froissement d’une feuille de papier ou le bourdonnement
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- LA NATURE.
- d’un insecte; il semble peu sensible à la musique. L’odorat est faible. Le goût est assez développé et il distingue très bien le doux de l’amer. Le toucher se fait par l’intermédiaire de la langue et du museau dont il se sert pour explorer un objet, mais toute la peau est sensible, surtout les écailles de la queue, dont le moindre effleurement provoque le retrait.
- Notre ocellé a toujours été d’un caractère très doux, il aime beaucoup à être pris dans la main et caressé. Ce qui domine en lui c’est la curiosité : il ne peut pas entendre un bruit insolite ou voir un objet bouger sans manifester de l’attention, se dressant sur les pattes pour mieux voir et écouter; après s’être orienté il se dirige alors vivement du côté du bruit ou du mouvement, jusqu’à ce qu’il se soit rendu compte du phénomène. Naturellement il aime beaucoup la chaleur, surtout celle du soleil. Il est très sensible aux changements de température, et si, après quelques jours de mauvais temps pendant lesquels il reste caché, nous le trouvons se promenant de bonne heure le matin, c’est signe de beau temps, et il se trompe rarement.
- Nous varions autant que possible sa nourriture et croyons que c’est là principale cause de
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- longévité. Il ne mange que des proies vivantes qu’il vient souvent prendre entre nos doigts.
- Il se fatigue après quelque temps des aliments qui lui faisaient d’abord le plus 1,1 lézard
- grand plaisir. Au printemps, il se nourrit de petites limaces, ou d’hélices dont il broie la coquille et en rejette habilement les débris avec la langue avant d’avaler l’animal. Plus tard, il mange des larves ou chenilles sans poils, des chrysalides, des sauterelles, des grillons, etc., et surtout des cour-tilières, dont il est très friand et dont il avale jusqu’à 5 ou 6 par jour un peu avant sa mue.
- Il aime tout ce qui est sucré, miel, confiture, fruits mûrs (fraises et prunes surtout). Il boit peu, une ou deux fois par jour en été, et moins le reste du temps; il boit de l’eau pure naturellement, mais lappe avec plaisir le lait, le jus sucré des fruits écrasés, etc.
- En somme, bien que des signes de vieillesse apparaissent chez notre ocellé, qui entre dans sa 17e année, nous pensons qu’il pourra vivre encore quelques
- EXERCICES CYCLISTES
- La bicyclette a produit, comme tous les sports, à côté de ses nombreux adeptes, de véritables « phénomènes », si nous pouvons donner ce nom à ceux qui atteignent une habileté tout à fait exceptionnelle, à ceux dont nous admirons la résistance musculaire, à ces coureurs à la force prodigieuse qui remportent tant de victoires sur les vélodromes et sur les grandes routes. Après les tours de force, il convient de signaler aussi les tours d’adresse. Certains cyclistes arrivent à faire des prodiges d’équilibre. Nous venons d’assister à des exercices étonnants aux Folies-Bergère.
- Ces tours sont exécutés par un Américain, M. Yal-dare, qui est venu les reproduire en costume de ville et sur une bicyclette de route dans un atelier de photographie pour que nous puissions en donner ici quelques-uns des plus intéressants. M. Yaldare s’allonge sur le guidon et, s’y tenant en équilibre sur le ventre, il actionne les manivelles avec les mains (n° 1). Se plaçant en avant du guidon à cheval sur la roue de devant, il saisit le guidon en arrière et, lui faisant porter tout le poids de son corps, il agit sur les pédales avec ses pieds pour faire avancer la machine (n° 2). Dans
- ocellé.
- années
- Dr Ch. Decacx,
- Médecin aide-major de lr* classe.
- 1 D’après une Communication au Congrès des Sociétés savantes (Bulletin de la Société nationale d’acclimatation de France. Septembre 1896).
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- la position n° 3, il se place sur le guidon au lieu de s’asseoir sur la selle, et, faisant tourner les manivelles avec les pieds en sens inverse, il réalise la marche en’arrière, ce qui constitue l’un des exercices les plus difficiles. Le numéro 4 montre une façon originale de monter sur la machine. M. Yaldare l’exécute avec tant de facilité que bien des bicyclistes seraient tentés de croire en le voyant que c’est là la façon la plus simple de monter sur une bicyclette. La bicyclette est renversée sur le sol et y porte sur le guidon et sur la selle, il monte debout sur les pédales et les fait tourner comme s’il était assis en selle (n° 5). Le numéro 6 de notre dessin ne rend pas exactement compte de cet exercice qui comprend 2 temps. M. Yaldare desserre les boulons qui maintiennent la roue de devant dans la fourche, puis, montant sur sa machine, à laquelle il donne un certain élan, il tire brusquement sur le guidon de telle-sorte que la fourche étant soulevée abandonne la roue de devant qui continue à rouler seule comme un cerceau tandis qu’il reste en équilibre sur la selle et continue son tour de piste sur ce monocycle peu stable et peu confortable. L’exercice qui est représenté en 7 a été exécuté devant nous soit en marche soit à l’arrêt ; c’est certainement celui
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- Exercices cyclistes de M. Valdarc
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- LA NATURE.
- qui frappe le plus le public, car il exige des prodiges de souplesse et d’équilibre. Le cycliste étant sur sa machine, à laquelle il imprime un mouvement assez rapide autour de la pièce, passe dans le cadre de gauche à droite et se remet en selle sans avoir arreté sa machine ni sans avoir touché le sol une seule fois. Un autre exercice (n°8) consiste à marcher sur la roue de devant en y posant alternativement l’un et l’autre pied et faire avancer la machine en la dirigeant avec le guidon tenu à deux mains.
- Ceux des exercices que nous donnons ci-contre sont ceux qui ont pu être reproduits par la photographie ; quelques autres ne sont intéressants que par le mouvement dont ils donnent l’impression, telle la marche à reculons, qui présente l’une des plus grandes difficultés que l’on éprouve à bicyclette ; tous les amateurs de ce sport pourront facilement le vérifier. J. Rkvort.
- li'électricité au village. — Les traditions restent vivaces en province. Qui n’a assisté, en Normandie surtout, à ces fêtes villageoises annuelles que l’on nomme des « assemblées » ? On danse jour et nuit ; le cidre coule en abondance et l’on s’amuse jusqu’à l’aurore. Autrefois, les châtelaines se mêlaient aux campagnards et la fête était complète. Souvent aussi il y a pèlerinage et l’on va faire des vœux dans la vieille église. Ainsi, par exemple, chaque année, on vient de dix lieues à la ronde visiter la petite église de Saint-Sébastien, près d’Évreux. On prie le matin, et l’on danse le soir. Mais le progrès a mis sa note là aussi. Jadis on se contentait de sauter aux sons des violons ; le mât de cocagne était le grand attrait de la journée. Quels changements! Une (( assemblée » en 1897, c’est presque, en raccourci, la fête de Neuilly ou de Saint-Cloud.... On fait venir des (( artistes » de Paris, qui chantent des romances de Bruant, de 2 heures de jour à 2 heures de nuit. Et quel luxe! A Saint-Sébastien, un propriétaire bien connu, M. Peschet, a établi une tente énorme très élégamment ornée, avec un théâtre..., et le soir la lumière électrique jaillit partout et illumine les villageois et les gens de la ville. A la dernière « assemblée », on avait installé une lampe au sommet de deux grands peupliers et la lumière argentait de son éclat blanc les arbres, les taillis et le clocher de la vieille église. Un moteur Niel de 5 chevaux actionnait une dynamo qui, par trois circuits, envoyait le courant à des lampes à arc et à des lampes à incandescence. L’électricité au milieu des bois pour une fête campagnarde ! Signe des temps !
- Conduite d’eau en bois. — M. Adams a fait connaître à la Société américaine des ingénieurs civils un nouvel exemple d’une conduite d’eau en bois. Cette conduite, destinée à amener 12 000 mètres cubes d’eau par jour à Astoria (Orégon), se compose de 12 kilomètres de tuyaux de bois de 0m,45 de diamètre, de 48 kilomètres de tuyaux en tôle d’acier de 0m,40 de diamètre et de 1600 mètres de tuyaux de même nature de 0m,35 ; elle relie un réservoir formé par un barrage établi sur le Bear Creek, affluent de la Columbia, à un réservoir de 20 000 mètres cubes situé dans la ville.
- Sucre scié et sucre cassé. — Notre confrère le Praticien vient d’apporter la lumière sur une question
- alimentaire qui a bien son intérêt, en dépit des appa rences. 11 a confirmé cette affirmation des bonnes ménagères, qui dit que le sucre scié sucre moins que le sucre cassé, et que la poudre provenant du sciage sucre fort peu. Le sciage, qui s’opère à une très grande vitesse, cause un échauffement de la surface des morceaux de sucre et de la sciure, échauffement qui transforme une partie du sucre en glucose; or, celle-ci,une fois et demie moins soluble à froid que le sucre proprement dit, sucre trois fois moins que lui.
- L’utilisation d’une partie de la force motrice du Saint-Laurent. — On se prépare à tirer parti, dans une installation hydro-électrique plus importante même que celle du Niagara, de la force motrice énorme que représente la masse d'eau du Saint-Laurent. Ce fleuve, dans le comté de Masse na, offre des chutes successives qui représentent une hauteur totale de plus de 16 mètres ; or, précisément, il se trouve dans cette région un affluent, le Grass River, qui formera le déversoir tout naturel d’une dérivation qu’amènera un canal creusé du fleuve à la petite rivière, à travers un plateau très facile. Ce canal sera large, à la surface du sol, de 66 mètres, et il pourra emprunter assez d’eau au fleuve, sans gêner la navigation du canal latéral, pour fournir une puissance de 150 000 chevaux.
- Installations électriques d’un croiseur anglais. — Le croiseur anglais de lre classe, le Povcer-fnll, qui a terminé ses essais pendant les derniers mois de 1896, possède une installation électrique complète. Les trois dynamos accouplées directement à des moteurs compound donnent chacune 600 ampères à 80 volts à la vitesse angulaire de 300 tours par minute ; deux de ces ensembles sont installés sur le pont cuirassé et le troisième se trouve sur le pont principal. L’éclairage du bord, qui est assuré par 800 lampes à incandescence de 16 et de 50 bougies, est desservi par un double circuit; les feux de route et de position, les différents fanaux des hunes militaires, les compas et les signaux sont alimentés par autant de circuits distincts avec des interrupteurs d’allumage disposés sur le pont. Les projecteurs, au nombre de six, de 50 000 bougies chacun, sont distribués sur les passerelles avant et arrière, et un dans la hune de chaque mât. Les grosses pièces sont pointées en hauteur et en direction à l'aide de moteurs électriques; les monte-charge sont également actionnés électriquement. Le lancement des torpilles automobiles s’effectue par l’électricité à l’aide de circuits d’inflammation qui aboutissent tous à un poste central disposé au-dessus du blockhaus.
- La conservation des fruits. — Des expériences ont été faites récemment en Angleterre pour la conservation des fruits par le Technical Education Committee du County Council de Kent. Les fruits sur lesquels se faisaient les essais ont été conservés en chambre close artificiellement refroidie à des températures oscillant entre — 1° et -f- 3° C., et les essais ont duré plusieurs mois. Les résultats généraux sont les suivants : les fruits se conservent bien, mais ils perdent un peu de leur poids. La diminution des poids atteint 1,5 pour 100 par semaine. L’humidité qui s’évapore vient se condenser sur les tuyaux froids, et se liquéfie : elle s’écoule au dehors par des gouttières disposées à cet effet, et l’air reste relativement sec.
- Lu nouveau canal maritime japonais. — On annonce, comme devant prochainement s’exécuter, un canal qui réunira la mer du Japon à la baie d’Osaka. Le projet en est dressé par M. Sakurada Sakesaku, qui voudrait établir une première voie navigable de Tsuruga
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- au lac Biwa, puis une seconde, d’Otsu à Rokujijomura, passant à Yamashima; la longueur de la première voie serait de 22 kilomètres, avec une largeur de 12 mètres, l’autre aurait respectivement 15 kilomètres et 12 mètres. Le capital nécessaire serait de 2 750 000 yens.
- Les inondations du IMlssissipi. — Le Mississipi s’est livré ces temps derniers à une crue formidable qui a causé d’énormes ravages : la surface couverte par l’eau a dépassé 51000 kilomètres carrés; cette région a normalement une population d’au moins 500 000 personnes, et l’on estime à 95 millions de francs la valeur de la propriété agricole dans l’immense étendue ravagée par le flot. ------------------------><><.-
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 juin 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Lésions organiques occasionnées par les rayons X. — M. d’Arsonval fait connaître, au nom de M. le Dr Apostoli, un cas de lésion provoquée par le passage des rayons X, remarquable par la rapidité avec laquelle il était apparu ainsi que par la gravité de la lésion. Un malade atteint d’une affection rénale, ayant été soumis deux fois seulement à l’action des rayons X, les 22 et 28 mai 1896, a été victime d’une dermatite extraordinairement rebelle. La première application a duré 40 minutes et l’ampoule de Crookes était placée à 15 centimètres de l’abdomen ; la seconde a duré 90 minutes et l’ampoule a été disposée à 9 centimètres seulement de l’abdomen. On n’a observé, après chaque séance, d’autres troubles que quelques nausées, mais deux jours après la dernière séance un érythème progressif s’est manifesté avec aggravation croissante suivie d’un écoulement séreux provenant de vésicules. Après formation d’une escarre, de 18 centimètres sur 14 centimètres, une amélioration se déclare en juillet. Mais, en août, une rechute se produit et ramène les phénomènes de brûlure dans toute leur intensité. Cette plaie résiste pendant huit mois à tous les traitements médicaux usités en pareil cas. Enfin, en février 1897, M. le Dr Apostoli entreprend, avec l’assistance de M. le Dr Planet, la tâche de guérir le malade. Il le soumet d’ahord à l’action de bains statiques quotidiens avec effluvation sur la partie malade. Puis, à la fin de mars, il ajoute aux bains statiques l’application des courants de haute fréquence, sous forme de lit condensateur. Enfin, en avril 1897, M. le Dr Apostoli adjoint deux fois par semaine le bain hydroélectrique avec le courant ondulatoire. Une amélioration progressive s’est déclarée dès le début du traitement électrique; le malade est aujourd’hui en pleine voie de guérison. M. le Dr Apostoli conclut que la dermatite occasionnée par les rayons de Rôntgen est assimilable sous plusieurs rapports à une brûlure électrique ordinaire, et présente comme cette dernière les memes caractères généraux d’asepsie, d’apyrexie, d’évolution très lente vers la réparation, d’intensité à peu près égale dans toute son étendue.
- La toxicité des peptones. — M. A. Gautier présente une Note de M. Piquet, son chef de laboratoire, relative à la toxicité des albumoses et des peptones. Ces substances se produisent dans le travail de la digestion sous l’action des sucs gastriques et pancréatiques sur la viande. Elles passent pour être vénéneuses lorsqu’elles sont introduites directement dans la circulation par injection intra-veineuse. On croit, sur la foi d’expériences, qu’elles déterminent, dans ce cas, des tremblements suivis de mort. Pour expliquer comment, malgré cette toxicité, ces substances peuvent être absorbées non seulement sans inconvénient
- mais encore avec fruit, par l’intestin, on suppose que dans l’absorption par l’intestin elles sont transformées par des cellules propres ou modifiées au passage des ganglions mésentériques. M. Piquet démontre que les matières en question ne sont pas toxiques, au moins lorsqu’elles sont pures. On peut en effet en injecter à un chien ou à un lapin une dose de 7 à 8 grammes par kilogramme d’animal vivant sans déterminer aucun accident. L’auteur ajoute qu’il faut conclure que les peptones du commerce servant habituellement aux expériences de laboratoire contiennent des ptomaïnes.
- L'action des ferments oxydants. — M. Duclaux présente une Note de M. Gabriel Bertrand sur le mode d’action des ferments oxydants qu’il a découverts et décrits sous le nom d’oxvdases. Ces ferments, d’après les nouvelles recherches de M. Bertrand, devraient leur pouvoir oxydant à l’existence à leur intérieur de sels manganeux. A l’appui de cette hypothèse, il expose qu’il a pu reproduire les mêmes phénomènes à l’aide de l’acétate de manganèse et d’autres sels de manganèse à acides faibles. Cette expérience, ajoute M. Duclaux, est remarquable en ce que les phénomènes diastasiques sont reproduits au moyen d’une substance purement chimique.
- Varia. — M. le général Venukof présente, par l’intermédiaire de M. Mascart, un travail sur le climat de la Mandchourie. On voit, dans ce pays, la vigne s’étendre bien plus vers le nord que dans nos pays, grâce à la chaleur des étés. — M. Jaubert a exécuté des recherches sur la température du sol recouvert de gazon ou d’un pavage en bois. Ch. de Villedeuil.
- UNE IAUOGNE
- SUR LE CAUSSE DE SAU VET ERRE
- Ce n’est que depuis quelques années que la région si curieuse des causses a été découverte au monde civilisé, et malgré cela beaucoup de touristes ont traversé nos grands causses lozériens.
- Le touriste a trouvé longue cette traversée dans ce pays triste et monotone, et il aurait sans doute regretté de ne pas être resté chez lui, sans le changement de décors qui se produit quand il arrive au bord du causse, d’où il domine les canons du Tarn.
- Ne s’est-on pas demandé plus d’une fois comment des hommes peuvent vivre dans un tel pays qui paraît un désert : il n’y a en effet pas d’eau ni d’arbres, rien que des champs pierreux dans des sortes de cuvettes que dominent des arbustes rabougris, et pourtant là des hommes vivent du produit de leurs champs, dont le sol couleur rouille contraste avec la roche calcaire ou dolomitique qui les limite.
- L’eau est pour l’homme une des conditions essentielles qui l’attachent à la terre, mais ici point de ruisseaux; aussi les habitations ne sont point éparses dans ces immensités, mais elles sont groupées en villages, groupement dont nous allons voir la raison.
- M. E. Dumas, en 1868, dans sa statistique géologique du département du Gard, a consacré au régime des eaux des causses calcaires quelques lignes qui montrent bien comment il savait observer avec justesse et expliquer ce qu’il avait vu. Yoici ce qu’il nous dit : « Il résulte, de cette facilité qu’ont les
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- LA NATURE.
- couches oxfordiennes d’absorber les eaux pluviales par leurs nombreuses fissures, que les grands causses sont généralement dépourvus d’eaux vives : les habitants de ces plateaux n’ont pour leur usage que l’eau des citernes où va s’emmagasiner l’eau de pluie qui tombe sur la toiture de leur habitation. On voit aussi, à l’entrée des villages ou dans le voisinage des fermes isolées, de grandes mares désignées dans ces contrées sous le nom de « lavognes ». Ces petits lacs sont placés dans une dépression naturelle du sol oxfordien qui, se trouvant accidentellement argileux, permet aux eaux de s’amasser dans leur cuvette et les empêche de s’échapper par les fissures de la roche. L’argile qui en tapisse le fond est rougeâtre et caillouteuse, elle provient d’un diluvium très ancien qu’on observe sur presque tous les causses.
- Ces eaux sont destinées surtout au bétail, et il est à présumer que l’emplacement des villages ou des habitations a été, la plupart du temps, déterminé par l’existence d’une de ces lavognes. »
- Ces quelques lignes, écrites il y a bientôt trente ans, nous donnent l’explication du groupement des maisons dans ce pays des causses autour d’une lavo-gne. En peu de mots M. E. Dumas nous a montré que l’argile, que l’on trouve sur tout le causse, a une origine toute superficielle et non une origine interne comme l’ont prétendu des géologues qui l’ont appelée argile éruptive ; c’est à elle qu’est dû le manteau de terre végétale qui couvre le causse et, là où elle atteint une certaine épaisseur dans une dépression, on est sûr de trouver la lavogne entourée de champs très fertiles pour le pays, fertilité duc en
- Une lavogne sur les causses de Sauveterre. (D'après une photographie.)
- partie à l’épaisseur du sol arable et au voisinage de la ferme.
- Là où cesse le champ apparaît la roche calcaire oxfordienne, blanche ou jaune doré, dans les interstices" de laquelle pousse une végétation arbustive de pins rabougris, de l’aubépine, et du seul végétal respecté par la dent du mouton caussenard, le buis. Les pins rabougris que l’on trouve çà et là représentent les derniers descendants des belles forêts qui, naguère, couvraient le causse et qu’une déforestation impitoyable a détruite.
- La lavogne n’est pas seulement un abreuvoir pour les bœufs et moutons, c’est aussi un lavoir et, plus d’une fois, il nous est arrivé de voir des ménagères caussenardes laver le linge dans cette mare bourbeuse. Après ces nombreuses souillures, tant qu’il y a de l’eau dans la lavogne, le Caussenard la considère encore comme potable pour ses bestiaux; ce ne sont pas seulement les bestiaux qui la boivent, il y
- a aussi des êtres humains, ce sont les malheureux « chemineaux » auxquels le Caussenard a refusé de donner une écuelle d’eau. L’eau est chère sur le causse quand un long été a séché citerne et lavogne, elle atteint alors le prix de 0 fr. 50 le litre d’eau du Tarn, quand le vin ne vaut que 0 fr. 60 le litre dans les auberges.
- La photographie ci-jointe nous montre une lavogne située en plein champ au fond d’un soutch, non loin du village de Montredon et se trouvant en plein causse de Sauveterre.
- L’empressement avec lequel les bœufs boivent cette eau sale et chaude nous montre bien ce qu’est, pendant les chaleurs de l’été, ce pays que l’on peut baptiser du nom de « pays de la soif ».
- Ernest Cord.
- Le Gérant : P. Masson.'
- Paris, — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9-
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- N° 1 250.
- 20 JUIN 1 H7.
- LA NAT U LE.
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- L’air des salles de travail ne doit être ni trop sec, ni trop humide; sa température doit également varier suivant les besoins de la fabrication. Mais, en
- général, l’air doit être chaud [tendant l’hiver et froid pendant l’été. On sait (pie depuis longtemps, dans l’industrie textile, on a reconnu la nécessité d’humi-
- 25" année. — 2e semestre.
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- LA NATURE.
- ilifier l’air des ateliers pour rendre le fil moins sec sur la broche et faciliter notablement la fabrication; la qualité et la quantité des marchandises en subissent des variations qui peuvent atteindre jusqu’à 15 pour 100. La santé des ouvriers subit aussi cette heureuse influence de l’humidification de l’air. Dans la plupart des ateliers, il est d’usage pendant l’hiver d’envoyer de la vapeur pour chauffer; mais cette vapeur se répand partout, détériore le matériel, et est très nuisible pour la santé.
- On peut donc dire qu’il serait très utile, au point de vue hygiénique et au point de vue d’exploitation, de trouver pour l’industrie un appareil qui pourrait fournir de l’air humide, chaud ou froid, suivant les saisons. Un grand nombre d’appareils ont déjà été imaginés ; mais ils ont tous plus ou moins l’inconvénient (pie nous signalions plus haut, d’envoyer partout des gouttelettes d’eau qui rouillent le matériel.
- Nous ferons connaître cependant un nouvel appareil, le Drosophore, qui ne présente pas ces inconvénients, et dont il a déjà été question dans divers journaux1. 11 a été essayé pendant trois mois à la Société industrielle d’Amiens, où il a obtenu une médaille d’or.
- L’appareil est constitué (fig. 1) par deux ajutages coniques placés verticalement en regard; l’ajutage supérieur a un diamètre plus fort, l’ajutage inférieur est alimenté par une petite conduite latérale. Un tube muni d’un robinet les réunit à une canalisation d’eau. Tout autour se trouve un manchon extérieur en tôle, ouvert en haut et présentant en bas une partie plus large en communication avec un tuyau de retour d’eau, tout en laissant sur les côtés une sortie pour l’air. Si l’on ouvre le robinet supérieur, l’eau arrive sous une pression de 8 kilogrammes par centimètre carré environ. Deux jets sortent par les ajutages et se précipitent à l’encontre l’un de l’autre. Il en résulte une pulvérisation très fine de l'eau. Mais le jet supérieur, qui sort par un orifice plus large, dirige vers le bas le brouillard ainsi constitué, et forme en même temps appel d’air à la partie supérieure. L’air entre donc, se sature de particules fines d’eau pulvérisée, et sort au dehors en entraînant un brouillard très léger (fig. 2). On remarquera que par la disposition même du plateau inférieur, ce brouillard est rejeté à la partie supérieure, c’est-à-dire à l’endroit où l’air est le plus sec et le plus chaud. Celui-ci descend bientôt et est remplacé par un autre volume d’air qui vient à son tour se saturer d’humidité. L’eau froide rafraîchira certainement l’air en été, et l’eau chaude, au contraire, pendant l’hiver, assurera un chauffage hygiénique.
- Ajoutons que l’installation d’un appareil de ce genre n’entraîne que peu de dépenses. Il faut, comme le montre la figure o, établir dans un atelier une canalisation d’eau sous pression aller et retour dans diverses allées et placer ensuite en divers points les appareils pour obtenir l’humidification de l’air en quantité suffisante. M. Leroy.
- 1 La Revue technique, 1897.
- L’OSCILLATION ATMOSPHÉRIQUE
- Il y a bien longtemps aujourd’hui que, en discutant certaines formules de la Mécanique Céleste de Laplace, nous arrivions à cette conséquence: c’est que, chaque jour, il se produisait une oscillation de toute la masse atmosphérique du pôle vers l’équateur pendant douze heures et une oscillation inverse du pôle vers l’équateur pendant douze autres heures. Bref, tendance de l’air à progresser vers le pôle ou vers l'équateur par renversement une fois en vingt-quatre heures*.
- Cette conclusion de l’analyse avait été confirmée par les variations barométriques moyennes. Elle vient de l’être bien plus nettement par les observations qu’a faites pendant six ans M. Angot au sommet de la tour Eiffel.
- Pour étudier la variation diurne du vent, il faut disposer d’une station où la direction ne puisse être affectée par les reliefs du sol. Les observations poursuivies à la Tour Eiffel sont peut-être les seules qui satisfassent à cette condition d’une manière parfaite. . M. Angot a calculé la résultante géométrique de tous les vents, à une même heure, dans chacun des mois d’une période de six ans. Il est parvenu ainsi à mettre en évidence ce fait très significatif : la composante diurne des vents est méridionale, dans la première partie de la journée de 5 heures à 17 heures, en prenant pour origine des heures minuit ; elle est septentrionale le reste du temps. En d’autres termes, il y a une oscillation vers l’équateur dans le jour et une oscillation inverse pendant la nuit. Pendant toute la saison chaude, le phénomène est très net et très régulier. En hiver, les heures d’inversion se déplacent un peu, l’amplitude de la variation est moindre, et cette variation est masquée ou renversée par le passage des dépressions barométriques. Dans tous les mois, sauf janvier et novembre, la composante du vent est franchement sud à 6 heures et 9 heures du matin ; elle est, au contraire, nord à 6 heures et 9 heures du soir.
- 11 semble donc établi, comme nous l’avions pressenti, qu’il existe bien une oscillation atmosphérique du pôle vers l’équateur et de l’équateur vers le pôle, pendant une rotation complète de la terre. Henri de Pauville.
- ACTION DES RAYONS X SUR LA RÉTINE
- On a nié jusqu’ici que les rayons X pussent exercer une action directe sur la rétine. Il n’y a cependant pas de doute que ces rayons soient capables d’exercer sur cet organe une impression lumineuse, faible assurément, mais cependant certaine, toutes les fois où l’on se met dans des conditions telles que l’expérience soit, réalisable.
- L’observateur étant dans un cabinet absolument noir, entouré de voiles noirs épais pouvant l’isoler de toute illumination accessoire-, on met en action un tube focus de grande puissance, situé en dehors et placé contre une des parois en bois du cabinet noir.
- Si l’observateur est loin de la cloison il ne perçoit rien, mais en se rapprochant de la paroi traversée par les radiations invisibles, il ne tarde pas à éprouver une sensation lumineuse très nette, même les yeux fermés. Si, une fois placé dans une situation suffisamment rapprochée de la cloison, on pratique des alternatives d’allumage ou d’extinction du tube, l’œil est impressionné vivement et passe
- 1 Causeries scientifiques. Découvertes et inventions; progrès de la science et de l’industrie, 1863.
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- LA MATURE.
- de la sensation de lumière à celle de l’obscurité.
- Les phénomènes restent les mêmes si l’on interpose un registre épais ou une lame d’aluminium entre la paroi traversée et l’œil, mais si l’on se sert d’une lame de fer ou de cuivre la sensation lumineuse ne se produit plus.
- On pourra objecter que l’action du champ électrique dû aux intermittences du courant de la bobine est suffisante pour provoquer une action sur la rétine, mais, si l’on tourne le tube de façon à diriger en sens inverse les radiations actiniques, la sensation ne se produit plus. D'autre part, l’œil n’éprouve rien si l’on fait éclater des étincelles presque contre le mur, à la place occupée par le tube, malgré la présence d’aigrettes et d’effluves extrêmement nombreux le long des iils. On ne peut donc attribuer à une action électrique les effets observés sur la rétine. Les sensations lumineuses se trouvant avoir lieu dans les mêmes conditions que la propagation des rayons X et à travers les mêmes milieux, il semble qu’on doive bien leur attribuer une action réelle sur la sensibilité rétinienne. La sensation lumineuse est vibratoire et synchrone des interruptions du tube de Crookcs, donnant un papillotcment lumineux.
- Mais cette action est extrêmement faible, on ne saurait mieux la comparer qu’à celle perçue par un sujet placé dans une pièce obscure et les yeux fermés, lorsque quelqu’un traverse avec une lumière la chambre voisine. Fdlc est assez faible pour n’ètre perçue que dans l’obscurité absolue et quand l’œil s’est reposé de l’action de la pleine lumière. C’est ainsi que, si l’on expérimente dans le jour, il est nécessaire de reposer l’œil dans l’obscurité pendant au moins un quart d’heure. Il faut surtout se méfier des murs de laboratoire enduits de peinture, car celle-ci peut prendre de la fluorescence sous l’action des rayons X et ce phénomène pourrait être une cause d’erreur. Le champ de l’action lumineuse est assez faible et l’œil doit se trouver d’autant plus près de la paroi traversée par les rayons que le tube est moins puissant.
- La constatation de ce fait présente par elle-même une importance relative, mais elle pourrait prendre une certaine valeur si l’avenir montrait que les travaux d’observation à la lumière cathodique amènent des lésions oculaires, car si les rayons X exercent une action lumineuse faible, rien ne prouve que l’action chimique eoncomittante ne puisse être plus considérable. I)r G. Daudet,
- Secrétaire général de la Société de thérapeutique.
- L’EMPOISONNEMENT PAR LE RICIN
- M. Cornevin a montré récemment (pie l’on pouvait mettre les- porcs à l’abri de l’empoisonnement par le ricin. Ce végétal est très toxique pour certains animaux. Le principe actif dangereux est la ricinc. Si l’on isole le principe vénéneux et si on le chauffé pendant deux heures à 10.0°, on le transforme en un vaccin qui peut être injecté sous la peau de l’animal et le. préservera des empoisonnements par le ricin. Deux injections hypodermiques à huit jours d’intervalle suffisent pour le porc; pour les autres animaux, il est préférable d’en faire trois. On peut ensuite injecter à l’animal une dose habituellement mortelle de ricinc, ou bien le nourrir de tourteaux de ricin, sans qu’il éprouve le moindre malaise. Des animaux nourris aux tourteaux de ricin ont été tués et leur tube digestif n’a présenté aucune lésion à la néeropsie; la chair de ces animaux était d’ailleurs restée parfaitement comestible.
- LE PROBLÈME DE L’ANGULLE
- Le problème dont il s’agit, et qui a préoccupé tous les naturalistes depuis Aristote jusqu’à l'époque présente, est celui du mode de reproduction de l'anguille.
- Ce n’est pas qu'on ait jamais supposé que ce poisson se multiplie par des procédés différents de ceux des autres êtres vivants : assurément, il y a des anguilles mâles et des anguilles femelles, et les jeunes naissent des œufs fécondés. Mais où se fait la fécondation, et où naissent les jeunes? Sur ces deux points, l’obscurité était complète jusqu’à ces dernières années, et la lumière est maintenant à peu près faite, depuis les belles recherches de M. G.-B. Grassi, le distingué zoologiste de Rome, et de son élève M. Ca-landruceio. Il convient d’exposer brièvement le résultat de ces recherches.
- Le fait que dans les étangs ou lacs sans communication avec les eaux fluviales et la mer, les anguilles introduites par les soins de l’homme ne se reproduisent pas, qu'on n’y observe à aucun moment des jeunes, a donné à penser que la reproduction ne s’opère pas dans les eaux douces, et on en est venu peu à peu à admettre que les anguilles vont procéder à l’œuvre de multiplication dans les eaux salées. Il y aurait là une migration du genre de celle du saumon, mais se faisant en sens inverse ; le saumon, l’alose, etc., habitants des eaux salées, montent se reproduire en eaux douces : l’anguille, qui habite les eaux douces, descendrait à la mer pour se reproduire. Cette vue a priori trouve quelque confirmation d’ailleurs dans ce fait que les seuls jeûnes que l'on rencontre dans les rivières y exécutent toujours un voyage ascendant : ils remontent les fleuves et ne les descendent pas : ils semblent venir de la mer.
- C’est donc dans les eaux salées que paraît se reproduire l’anguille. Mais où? Et comment se fait-il qu’on n'ait nulle part, sur les cotes, trouvé de jeunes ang uilles?
- Un fait intéressant, signalé il y a onze ans par M. Yves Delage, professeur à la Sorbonne, devait mettre les chercheurs sur la voie. Ce fait, c’est qu’un certain poisson, capturé aux environs de Roscoff, et gardé en captivité, se transforma en un congre — ou anguille marine. Ce poisson appartenait à un groupe de poissons bien connu, au groupe des Leptocéphales. Ce groupe était embarrassant. Les poissons qui le composent semblent inachevés : ils possèdent l’apparence larvaire : leur tête très petite, — d'où leur nom, —l’absence d’éeailles, le faible développement du squelette osseux, l’absence de globules rouges dans le sang, la faiblesse générale de la locomotion, tout cela semble indiquer que les Leptocéphales — divisés en plusieurs espèces par les zoologistes systématiques — sont des jeunes et non des adultes. On crut pouvoir en faire, en 1861, des larves de Cépole; en 1864 un naturaliste américain
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- LA NA T UH K.
- les rattaehii à la famille des anguilles, mais Günther combattit ees vues en 1870 en se basant sur ce lait que les Leptocéphales sont de dimensions plus considérables (jne les jeunes anguilles de la montée : et il envisagea les Leptocépbales comme des larves monstrueuses.
- Toutefois la transformation observée par Yves Pelage indiquait bien où se trouve la vérité, et MM. Grassi et Galandrueeio sont résolument entrés dans la voie ouverte par notre compatriote. Leur succès a été complet, et il les en faut féliciter. On sait maintenant, par eux, que les poissons de la famille des Murénides passent d’abord par une phase larvaire, et que les Leptocéphales ne sont autre chose que des larves de Murénides. Les Leptocéphales disparaissent entant (pie genres et espèces : ils n’ont plus d’état civil zoologique, et ne forment pas plus un groupe systématique que ne le font les têtards des batraciens, ou les chenilles des Lépidoptères ; et le
- fait observé pour le congre commun a été observé aussi pour plusieurs Murénides, et en particulier pour l’anguille vulgaire.
- L’anguille, qui nous intéresse (dus particulière^ ment, descend se reproduire à la mer. Mais elle ne procède pas partout à l’œuvre de multiplication : elle fait un choix parmi les sites innombrables «pie lui offre la mer, et se réfugie invariablement dans les profondeurs. 11 lui faut des eaux ayant au moins 500 mètres de profondeur. Est-ce affaire de goût seulement, ou bien les œufs ne se développent-ils convenablement que sous des pressions considérables’? Ce point n’est pas encore élucidé. Parmi les localités où se trouvent les conditions favorables, à proximité de la cote, il faut citer le détroit de Messine. Les anguilles s’y rendent évidemment en grand nombre, car les courants violents de ce détroit ramènent souvent à la surface des œufs et des Leptocéphales. En 1895, M. Grassi y a trouvé ces der-
- niers par milliers : et quand les courants sont faibles un moyen à peu près certain de se procurer des Leptocéphales consiste à ouvrir les Ovthagorhcm mota qu’on peut capturer : ce poisson, qui habite les profondeurs, renferme toujours quelques larves de Murénides dans son tube digestif. Celles-ci se rencontrent de février à septembre. Ces larves sont depuis longtemps bien connues. Elles ont été baptisées du nom du Leptocephalusbrevirostris. Et c’est le Leptocephalm brevirostris qui est le jeune, la forme larvaire de Y Anguilla vulgaris.
- Les ligures ci-jointes, et que je dois à l’extrême obligeance de M. J. B. Grassi, représentent le Leptocéphale en question. Il a de 6 à 7 centimètres de longueur, et l’extrême hauteur de son corps, très mince, fait un contraste frappant avec la forme arrondie du corps de la jeune anguille. Il n’y a toutefois pas à douter de la connexion entre le Leptocé-phale et l'anguille: M. Grassi a observé directement, en aquarium, la transformation du Leplocéphale, et si la jeune anguille est toujours plus courte que le Leplocéphale d’où elle procède, cela tient à ce que ce
- dernier, pendant la transformation, ne prend point de nourriture, et diminue nécessairement. Tandis qu’au point de vue des formes extérieures, le Lepto-céphale diffère énormément de l’anguille, il y a au contraire, dans l’anatomie interne, concordance complète. Les myomères, les arcs vertébraux, les ganglions spinaux sont en même nombre chez T nu et l’autre. Les hypuraux sont identiques et les rayons de la nageoire pectorale du Leplocéphale sont en même nombre que ceux de la nageoire correspondante de l’anguille. Je ne puis entrer ici dans les détails techniques que donne M. Grassi, malgré leur intérêt. Mais il faut bien remarquer que cet intérêt est plutôt d’ordre général. Il est utile de savoir quelles modifications se font ou ne se font pas — dans la transformation du Leptocéphale : mais il n’est pas nécessaire de les connaître pour savoir si cette transformation a réellement lieu, puisque nous savons, par l’observation directe de M. Grassi, que le changement se fait, et que le Leptocéphale devient jeune anguille.
- Pour résumer brièvement l’histoire de la repro-
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- LA NATURE
- *•* w .).)
- duclion de l’anguille, nous dirons donc que celle-ci descend les rivières d’octobre à janvier — en Italie du moins; — qu’elle gagne les profondeurs où — d’après des échantillons rejetés à l’occasion par les courants — elle subit des modifications évidentes : ses yeux acquièrent des dimensions qu’ils n’ont jamais dans les ('aux douces, et ('lie arrive à la maturité sexuelle, ce qui ne lui arrive jamais dans les rivières1. La reproduction se fait dans les profondeurs, après que l'anguille y a vécu quelque temps — quelques mois, — et la pression et la constitution chimique du milieu, peut-être aussi d’autres facteurs qui échappent, jouent évidemment un rùle considérable dans le développement des aptitudes
- sexuelles. On trouve des œufs du mois d’aoùt à janvier, et les Leptocéphales se montrent de février à septembre.
- La durée de la vie « leptocéphaliquc » est inconnue : on sait toutefois qu’il suffit d’un mois pour que la transformation en jeune anguille s'opère. M. G rassi est d’avis que la jeune anguille, celle qui remonte les rivières au printemps, a déjà un an d’existence, mais sur cette année, combien de mois appartiennent à la phase larvaire? C’est un petit point à éclaircir.
- Et l’anguille qui s’est reproduite, que devient-elle? l/opinion générale est qu’elle meurt. Elle ne retournerait pas dans les eaux douces, et terminerait son
- Fig. 2. — Larv&yde l'anguille. Leptocephalm breviroxlris encore relativement jeune.
- existence dans la mer, achevant de vivre peu de temps après avoir multiplié. C’est du moins l’opinion générale, et celle qu’adopte Cunningham dans son excellent Nalural history of the marketabîe marine ftshes of lhe British Islands. Elle est fort vraisemblable, d’ailleurs, car on ne trouve jamais dans les eaux douces d’anguilles ayant l’apparence de celles qui ont vécu dans la mer, et, à coup sûr, si ces dernières revenaient dans les ileuves, elles conserveraient, pendant un temps au moins, les caractères particuliers des yeux qu’elles ont acquis dans les eaux salées.
- 1 Ni en captivité, comme dans les anciens cloaques de Rome, où l’on trouve pourtant des anguilles de 20 ou 50 centimètres, mais chez lesquels les produits sexuels n’arrivent pas à se développer.
- M. J.-R. Grassi a donc débrouillé, de façon très complète, le problème de l’anguille : mais je dois dire qu’il ne s’en est pas tenu là. Il a étudié aussi le problème d’autres murénides (Congromuræna mystax, et balearica, Ophichthys, Nettastoma, Saurenchelys, etc.) et, par la comparaison des leptocéphales et des adultes, il a pu montrer (pie tous les murénides étudiés — sauf deux: Chlopsis bicolov et Myrus vulyaris, dont il n’a pas encore trouvé la larve — passent d’abord par une phase larvaire, leptocéphalique. On trouvera le détail de ces recherches dans le Mémoire qu’il achève : mais il m’a [taru inutile d’attendre cette publication pour signaler le beau travail du zoologiste de Rome, et sa magistrale élucidation d’un problème qui-avait'défié les efforts de tant de naturalistes. Henry of. Yarigny.
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- LA N A TU 1\E.
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- EXPÉRIENCES CONTRE L’INCENDIE
- AU THÉATHE-FRAXÇAIS
- Des expériences intéressantes ont été effectuées dernièrement au Théâtre-Français par M. Guilloire, secrétaire général de la Comédie-Française, dans le but de s’assurer de l’efficacité des mesures de sécurité déjà prises. On sait •pie la scène peut facilement être isolée de la salle par le rideau de fer, pour éviter que la fumée et les gaz délétères, en cas d’incendie, 11e viennent envahir la salle. On a également établi un tirage puissant en installant au-dessus de la scène un lanterneau mobile que l’on peut déplacer très rapidement. M. Guilloire a fait allumer sur la scène un foyer de 1 mètre cube placé sur des plaques de tôle et formé de bois, de copeaux arrosés de pétrole, avec de la paille et du foin mouillés. La combustion a duré environ un quart d’heure. Aucune fumée n’a passé dans la salle, le rideau de fer n’étant même pas baissé complètement. Un courant d’air s’est établi par le lanterneau et tous les gaz ont été aspirés au dehors. Gette expérience, qui montre bien toute l’action du rideau de fer et de l’appel d’air établi sur la scène, est de nature à rassurer le public.
- L’ARTILLERIE CANET A TIR RAPIDE
- 1
- CANONS DE MARINE
- M. Canot, aujourd’hui directeur de l'artillerie du Creusot, est parvenu, il y a déjà quelques années, après des essais persévérants et des perfectionnements successifs, à construire tout un matériel d’artillerie de marine dont l’expérience a démontré les avantages sinon la supériorité sur tous les autres.
- Ce matériel est organisé sur les principes suivants :
- Le canon a une grande longueur d’âme qui va de 45 à 50 calibres, et même 80 calibres. Le tracé donne toute sécurité contre les flexions ou les ruptures de volée, une chambre de grande dimension permet d’employer une charge assez forte, et, en raison de la grande longueur de Famé, la vitesse initiale peut atteindre 800 et même 900 mètres par seconde.
- La culasse est une vis cylindrique dont la manœuvre à bras, simple et rapide, se fait par un seul mouvement de levier; elle est munie d’appareils de sécurité contre la mise de feu prématurée et le dévirage.
- L’extraction des douilles se lait progressivement au moyen de griffes qui saisissent le culot.
- L’affût, simple, robuste, est muni d’un frein hydraulique à pression constante avec récupérateur permettant d’obtenir un retour en batterie suffisamment rapide et sans choc. Il est équilibré autour des axes de rotation de manière à réduire les efforts de pointage. Il permet le recul de la pièce suivant son axe quel que soit l’angle de tir. Ce matériel, parfaitement étudié dans toutes ses parties, réalisant dans ses dispositions de détail les perfectionnements les plus heureux, comprend des canons de 10 centimètres, 12 centimètres et 15 centimètres.
- Le canon est entièrement en acier. Il est formé d’un tube qui règne sur toute la longueur de la pièce, d’une jaquette qui s’appuie à l’arrière contre
- un épaulement du tube et d’une fret te conique qui prolonge, en avant, la jaquette. La chambre tron-conique se raccorde avec la partie cylindrique par un cône de forcement et les rayures conservent jusqu'à la bouche une largeur constante. Leur inclinaison varie de 0 à 0°.
- Le mécanisme de culasse permet d'effectuer les trois mouvements de rotation, de translation et de rabattement sur le côté, que comporte la manœuvre de la vis, à l’aide d’un simple déplacement imprimé au levier dans un plan déterminé. On ouvre la culasse par un mouvement de la poignée de manœuvre, de droite à gauche. Au début du mouvement, la rotation du levier autour du pivot produit le dévirage de la vis; les dents d’un engrenage conique placé dans sa cavité postérieure sont entraînées par un pignon à axe vertical, fixé à la console du verrou; en même temps un galet parcourt la partie circulaire de la coulisse et une came que porte le pivot vient buter contre la tranche postérieure du volet; si l’on continue à agir sur la volée, le pivot ainsi (pie la vis de culasse sont ramenés en arrière; à la fin du mouvement tout le système devenu solidaire pivote autour de l’axe du volet et la culasse est ouverte. La fermeture s’opère aussi d’un seul mouvement par une série de déplacements inverses. La mise de feu peut se faire soit mécaniquement par le moyen d’une amorce à percussion, soit par le moyen de l’électricité.
- L’affût est à pivot central, à recul limité avec rappel automatique en batterie. Il comprend : 1° un manchon qui entoure une portion du renfort du canon; 2° un châssis oscillant sur lequel repose le manchon; 5° l’affût proprement dit, en acier moulé, formé de deux flasques qui supportent les tourillons du châssis ; 4° une sellette en acier moulé boulonnée sur le pont du navire, dont la partie centrale porte une colonne de ressorts Belle ville qui se compriment pendant le tir. Le frein hydraulique qui limite le recul et ramène la pièce en batterie est du système dit à contre-tige centrale; il se compose d’un cylindre, d’un piston dont la tige est fixée dans la crosse, d’une soupape reposant sur le dos du piston grâce à la pression de ressorts, d’une tige à profil variable pénétrant dans un orifice central pratiqué dans le piston.
- Le récupérateur se compose d’un piston plongeur entourant la tige du piston, d’une traverse chargée de deux colonnes de ressorts.
- Au moment du tir, le canon recule dans le manchon, entraînant avec lui la crosse et par suite le piston. Le liquide contenu dans le cylindre de frein est alors refoulé de l’arrière à l’avant du piston; il passe par l’orifice annulaire compris entre les bords du trou central ménagé dans le piston et la tige, dont le profil variable permet de régler à chaque instant la section de cet orifice annulaire et par conséquent la pression développée ; il passe ensuite au travers des orifices ménagés dans le piston et soulève la soupape. La détente des ressorts ramène le canon en batterie en refoulant de nouveau le liquide
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- LA NATURE.
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- de l’avant à l’arrière du piston. Les projectiles sont de deux sortes : un obus ordinaire en fonte et un obus de rupture en acier chromé. Leurs douilles en laiton embouti fermées au culot par un bouchon fileté contiennent la charge de poudre.
- Ces canons n’exigent que quatre ou cinq hommes pour être manœuvres. Ils permettent d’exécuter le tir avec une rapidité qui peut atteindre de dix à douze coups par minute lorsqu’on ne pointe pas et cinq ou six coups par minute lorsqu’on pointe à chaque coup.
- Le canon de 12 centimètres lance un projectile pesant 55 kilogrammes avec une vitesse initiale de 780 mètres par seconde. Le canon de 15 centimètres lance un projectile pesant 66 kilogrammes avec une vitesse initiale de 750 mètres par seconde.
- ii
- CANONS DE CAMPAGNE
- La construction d’un canon de campagne à tir rapide constitue un problème singulièrement plus compliqué <pie celle d’un canon de marine, de place ou de siège.
- Cependant, à la suite d’études comparatives et d’essais -de tir poursuivis presque sans interruption depuis 1889, M. Canot est parvenu à construire un matériel de campagne à tir rapide dont tous les éléments ont été parfaitement combinés et qui réalise une remarquable solution du problème au point de vue de la puissance, de la mobilité et de la rapidité du tir.
- Les principes sur lesquels est basée la construction de son matériel sont les suivants :
- Le canon, composé d’un tube renforcé par un long manchon qui reçoit la culasse, d’une frette de calage et d’une frette portant les tourillons, présente toutes les garanties de résistanoe aussi bien dans le sens longitudinal que dans le sens transversal sous un poids relativement faible, avec un rendement élevé.
- Trois systèmes de fermeture à vis permettent d’obtenir la rapidité de manœuvre de la culasse, l’un à vis cylindrique, dont les organes simplifiés peuvent se remonter à la main sans outil presque instantanément, ouvre et ferme la culasse par deux mouvements successifs du levier sans abandonner la poignée de manœuvre; l’autre, à vis tronconique, se manœuvre très rapidement d’un seul mouvement de levier s’effectuant dans un plan unique; le troisième, dit à filets concentriques, entièrement nouveau, se manœuvre très simplement d’un mouvement unique de levier. Les trois systèmes sont munis d’extracteurs automatiques qui assurent l’éjection des douilles en laiton ou des culots; ils réalisent une sécurité complète contre les mises de feu prématurées, les longs feux et les dévirages; tous les trois se prêtent également bien à l’emploi d’étoupilles à percussion et d etoupilles électriques. L’affût, parfaitement caractérisé par la dénomination d’affût à flèche élastique, constitue une véritable innovation. Il se distingue des systèmes rigides ou à bêche articulée, en ce qu’il supprime à peu près complètement le soulèvement et qu’il réduit le recul au minimum, sa longueur
- étant variable, la partie fixe se trouvant réduite à la crosse et la presque totalité du poids participant au recul de la pièce. Les projectiles sont séparés des douilles pendant les transports et seulement sertis rapidement au moment du tir.
- L’artillerie de campagne à tir rapide, système Canet, modèle 1896, comprend les bouches à feu suivantes :
- Matériel puissant Matériel léger
- Calibre de 75mm Canon de 30 calibres Canon de 24 calibres
- Calibre de 70mm Canon de 30 — Canon de 24 —
- Calibre de 65"lm Canon de 35 — Canon de 30 —
- L’afïùt à flèche élastique de ces canons se compose de deux éléments principaux : l’un, fixe pendant le tir, comprend la bêche et la crosse; l’autre, mobile, comprend le corps d’affût qui coulisse sur la flèche pendant le recul et la rentrée en batterie, l’affût proprement dit, l’essieu et les roues.
- La crosse est formée d’un tube en acier forgé dans lequel est logé un frein hydropneumatique et qui pénètre dans la flèche à la façon d’un tube de télescope. A l’arrière elle porte, vissée solidement par un anneau, une bêche et ses diverses plates-bandes.
- La flèche comprend une partie tubulaire dont une seule extrémité est ouverte pour donner passage à la crosse ; elle porte une sellette circulaire venue do fonte sur laquelle repose l’affût.
- L’affût proprement dit a deux flasques solidement entretoisés et réunis à leur partie inférieure par une sellette circulaire qui correspond avec celle de la flèche. Les surfaces en contact sont dressées avec une grande précision, de manière à permettre sans effort la manœuvre du pointage.
- Un volant de manœuvre fait mouvoir par une vis sans fin le secteur denté fixé sur la flèche et permet d’imprimer au canon les mouvements horizontaux pour le pointage en direction. Un second volant, un peu en arrière et sur le côté, commande les déplacements en hauteur par l’intermédiaire d’une boîte de pointage et d’une vis verticale. L’essieu, en acier forgé, cintré en son milieu,est coudé à ses extrémités pour permettre l’emploi de roues d’un grand diamètre.
- Le frein hydropneumatique à l’intérieur du tube d’acier est d’un type très simple et très robuste qui assure la régularité de son fonctionnement et n’exige aucun entretien.
- Dès le premier coup de canon la bêche s’enfonce dans le sol. Un recul insignifiant qui ne dépasse pas 50 millimètres, variable d’ailleurs suivant la dureté et l’état du terrain, se produit au premier coup, puis la bêche et la crosse sont immobilisées. A chaque coup toute la partie mobile recule librement, la flèche télescope sur la crosse et actionne le frein sans que les roues quittent le sol et sans qu’il y ait soulèvement; puis, l’énergie absorbée, le retour en batterie se produit et l’affût revient à la position qu’il occupait avant le départ, les déplacements se produisant sans à coup, avec douceur et régularité. Les munitions sont d’un type entièrement nouveau. Le projectile unique est un shrapnel formé d’une
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- LA NATURE
- enveloppe en acior ronformant une série de galettes en tonte dans lesquelles sont noyées des balles en plomb durci. Un tube central fait communiquer
- la fusée avec la charge arrière ; autour de ce tube est tassée une matière non explosible qui donne lors de l’éclatement un épais nuage de fumée visible aux
- Fig. 1. — Canon Garnit de 10 centimètres à tir rapide de marine, modèle 1888 (18 calibres).
- plus grandes distances et qui peut provoquer l’in- à grande capacité, à pointe solide, avec fusée au cendie des matières combustibles. Des obus en acier culot à éclatement retardé, sont réservés principale-
- ment pour l'attaque des ouvrages fortifiés. Les douilles sont embouties d’une seule pièce en laiton ou en aluminium; elles portent au culot une amorce à percussion ou une éloupille électrique. Les canons Canet peuvent être tirés avec des poudres sans fumée, à
- base soit de nitroglycérine, soit de fulmicoton. La vitesse initiale atteint 500 mètres dans les canons courts, et 600 dans les canons longs, du type de 75 mm.; le poids du canon est respectivement de 250 kg et de 350 kg; le poids de l'aflut, de 500 et de
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- LA NATURE.
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- 650 kg; le poids du shrapnel, de 4k,6 et de 5k,2; la portée maxima, 5000 et 6800 m.
- La vitesse du tir en pointant chaque fois est de dix
- coups par minute. Tels sont les éléments principaux de ce matériel ; nous ne saurions entrer ici dans la description de tous les détails, qui tous ont été soigneuse-
- Fig. 3. — Les ü'ois systèmes de fermeture Canet pour canon à tir rapide de campagne.
- 1, 2, 3, 4. Dispositif de la culasse à vis cylindrique. — 3, ti, 7, 8, 9. Dispositif de culasse à vis tronconiquc. 10, 11, 12, 13. Dispositif de culasse à fdets concentriques.
- Fig. 4. — Fermeture de culasse du canon de 10 centimètres. — A. Vue de la culasse ouverte; B. Vue de face; C. Coupe horizontale.
- ment étudiés en vue du but à atteindre. Ce matériel a été soumis à des épreuves très prolongées de roulement à toute allure sur des routes pavées, à de nombreuses expériences de tir au polygone du Hoc;
- Fig. 5. — Frein hydraulique à contre-tige. centrale avec son récupérateur pour canon à pivot central fixe. — A. Coupe longitudinale ; B. Coupe verticale.
- il s’est parfaitement comporté. Il réalise assurément une solution très heureuse et très remarquable du problème posé par les artilleurs. Major Nitepp.
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- LA NATURE.
- - PANNEAUX DE FAIBLE RÉSISTANCE
- TOIR SORTIES DE SECOURS, EN CAS DE PANIQUE
- La catastrophe de la rue Jean-Goujon vient de prouver une fois de plus combien les portes de sortie sont insuffisantes chaque fois que la foule se trouve amassée dans un édifice et qu’il se produit une panique.
- Ayant pensé qu’on pourrait remédier à cette insuffisance en créant des sorties éventuelles, j’ai indiqué au Gonseil municipal de Paris un dispositif très simple, sur lequel je crois devoir revenir ici en complétant cette très courte description par quelques croquis schématiques.
- Le système con- ......
- Vue de I intérieur.
- siste a établir dans A
- les cloisons des panneaux appelés panneaux de faible résistance (fig J et. 2), et qui seraient logés dans une feuillure ménagée extérieurement : ils y seraient maintenus par des pattes o coudées intérieurement sur le bâti; celles-ci seraient calculées de telle façon qu’un effort violent exercé de l’intérieur, suffise à les briser. Le panneau alors tomberait à l’extérieur, laissant une ouverture par laquelle la foule pourrait fuir. De l’extérieur une poussée ne pourrait produire le même effet, la feuillure faisant obstacle. Les mots « Sortie de secours » seraient inscrits sur chaque panneau. On pourrait compliquer légèrement le système, d’abord en plaçant au bas de chaque panneau des articulations b retenant celui-ci au plancher. Une fois renversé, il en formerait ainsi la continuation en plan incliné, supprimant les marches toujours si dangereuses dans les cas de sortie précipitée; puis en disposant des lampes à huile c destinées le soir à indiquer l’emplacement des sorties de secours.
- On pourrait encore placer sur chaque panneau une boîte vitrée contenant des outils, marteau, levier, etc.,
- Coupe suivant AB.
- Panneau renversé au moment de la sortie.
- PLAN . Coupe suivant C.O.
- Fig. 1. — Panneaux pour sorties de secours. — Vue de face, de côté et en plan.
- APPLICATION DES ONDES ÉLECTRIQUES A LA
- TRANSMISSION. DES SIGNAUX
- A TRAVERS L’ESPACE
- L’histoire des escargots sympathiques d’Allix, l’ancien membre de la Commune de Paris, est à la veille de devenir une réalité, sous line forme néanmoins un peu plus compliquée que la conception naïve du fameux insurgé. Le fait aujourd’hui établi, grâce aux récentes acquisitions de la science
- électrique dans le domaine exclusivement scientifique, est le suivant : un observateur placé en A peut, à travers l’espace, et sans fil conducteur, envoyer un message télégraphique à un second observateur placé en B,. dans un rayon de 15 kilo-
- £. /Sfoifijsu' Sc-
- Vue de l'extérieur
- Fig. 2. — Panneaux. — Élévation extérieure. Dans la disposition adoptée pour ce croquis, les panneaux n’étant pas visibles de l’extérieur, la place qu’ils occupent est indiquée par des lignes pointillées. — f. Moulure destinée à cacher les panneaux extérieurement.
- pour suppléer au besoin à la faiblesse des premiers arrivés ; en faisant en plomb les attaches des panneaux, le marteau permettrait de les couper très facilement. Enfin, pour mettre le bâtiment à l’abri de toute tentative malveillante, le panneau, en se renversant, pourrait établir en g un contact électrique actionnant une sonnerie d placée dans le logement du gardien. Ce système extrêmement simple était intéressant, je crois, à faire connaître, surtout au moment où il est question d’établir les Expositions agricoles, les Concours hippiques et les Salons dans des baraquements en bois, et aussi à la veille de l’Exposition de 1900, qui réunira, dans son enceinte des foules énormes, telles, sans doute, qu’il ne s’en est jamais assemblé encore.
- E. Parisse,
- Ingénieur des Arts et Manufactures, Conseiller municipal de Paris.
- mètres, dans une direction quelconque, sans qu’il soit possible d’intercepter le message ainsi transmis, et sans que d’autres que le destinataire puissent avoir connaissance de ce message.
- Comment est-il possible d’atteindre un pareil résultat ? C’est ce que nous allons essayer de faire comprendre à nos lecteurs, en nous excusant à l’avance de l’aridité de nos explications, ainsi que de leur insuffisance, car les phénomènes mis en jeu dans ces expériences sont très nouveaux et n’ont pas tous reçu, jusqu’ici, une explication satisfaisante. Quelques définitions préliminaires sont d’abord indispensables.
- On sait qu’un courant électrique traversant un conducteur produit dans l’espace un champ magnétique (ou galvanique), très intense dans le voisinage du fil, et dont l’intensité va s’amoindrissant avec la distance. Ce champ prend une valeur donnée pour une intensité donnée, varie avec le courant qui le développe ; si ce courant subit des variations périodiques, le champ magnétique subit également des variations périodiques de même fréquence et l’on obtient dans l’espace des ondes électromagnétiques qui se propagent à une grande distance.
- On sait, d’autre part, qu’un conducteur porté à un potentiel élevé produit dans l’espace qui l’environne un champ électrique (ou électrostatique), très intense dans le voisinage du conducteur, et dont
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- l'intensité va en s'amoindrissant avec la distance. Ce champ électrique prend nne valeur donnée pour un potentiel donné, varie de grandeur avec le potentiel qui le développe, et, si le potentiel subit des variations périodiques, le champ électrique subit également des variations périodiques de même fréquence, et l’on obtient dans l’espace des ondes électriques.
- Ceci admis, pour télégraphier .à travers l’espace sans fils conducteurs reliant le poste transmetteur et le poste récepteur, il suffit d’exciter, au poste transmetteur, en A, des ondes magnétiques ou électriques, à des intervalles convenus, réglés, par exemple, par l’alphabet Morse, et de placer au poste récepteur, en B, un appareil assez délicat et sensible pour recevoir ces ondes et enregistrer leur présence.
- La transmission par ondes magnétiques est un tait acquis depuis 1892, par les expériences de M. W. IL Preece, le savant ingénieur en chef du General Post Office, de Londres. La transmission par ondes électriques, plus intéressante et plus curieuse, est le résultat des travaux d’un jeune savant italien, M. G. M arconi, travaux entrepris il y a une année à peine, et qui ont abouti aujourd’hui à la transmission de messages télégraphiques jusqu’à 15 kilomètres de distance en attendant mieux.
- Transmission par ondes magnétiques. — Nous rappellerons brièvement le principe de ce mode de transmission dont l’application n’est pas toujours possible, comme on va le voir. Il consiste à disposer au poste transmetteur, en A, un fil horizontal isolé et aérien, d’une longueur à peu près égale à la distance des deux postes, et à envoyer dans ce fil, à l’aide d'une clef de Morse et d’un interrupteur tournant, une série de courants successifs, à raison d’environ 250 par seconde. A cet effet, le fil est relié directement à la terre par une extrémité, et, à son autre extrémité, on intercale une pile dont un des fils est aussi à la terre. Il se développe ainsi une série d’ondes magnétiques, qui viennent agir sur un second fil disposé parallèlement au premier au poste récepteur, en B; sur ce second fil,dont les extrémités sont à la terre, et dont la longueur est environ égale à la distance des deux postes, est intercalé un téléphone de Bell. Les ondes magnétiques produisent des courants d’induction qui font résonner le téléphone du poste récepteur chaque fois que la clef de Morse est abaissée.
- Cette description succincte montre que le système n’est pas toujours applicable, car il exige l’installation de deux fils parallèles à chaque poste, fils d’autant plus longs que la distance est plus grande : la longueur des lignes est, en réalité, égale au double de la distance, ce qui limite l’emploi du dispositif, impossible à établir sur un bateau-phare, une île étroite, etc. Dans la transmission par ondes électriques, cette difficulté n’existe plus, et les postes transmetteur et récepteur se réduisent, pratiquement, à deux points.
- Transmission par ondes électriques. — Le système de transmission des signaux à travers l’espace combiné par M. Marconi, et que M. \V. IL Preece vient de présenterai la Royal Institution, de Londres, comprend un transmetteur qui produit les ondes électriques, et un récepteur qui les recueille et les transforme en signaux audibles ou enregistrés, sous forme de caractères Morse.
- Le transmetteur est constitué par une bobine d’induction dont le circuit primaire reçoit à intervalles commandés par une clef de Morse K (fig. 1), le courant fourni par une batterie de piles ou d’accumulateurs E, et dont le secondaire, à fil long et fin, est relié à un radiateur de Hertz, sous la forme qui lui a été donnée par M. le professeur Bighi. Ce radiateur a pour but de produire des décharges oscillantes du courant secondaire induit par le courant, primaire. 11 se compose de deux boules en laiton de 10 centimètres de diamètre, isolées électriquement l’une de l’autre, et dont les demi-sphères en regard sont immergées dans de l’huile de vaseline maintenue en place par un fourreau cylindrique étanche et isolant. Ces deux houles sont en regard de deux boules en laiton plus petites reliées au circuit secondaire de la bobine d’induction. Pendant l’établissement du courant primaire et pendant sa rupture, les forces éleclromotrices d’induction très élevées développées dans le circuit secondaire produisent dans ce système une décharge oscillante qui se manifeste par une série d’étincelles qui jaillissent entre les grosses sphères et les petites, d’une part, entre les deux grosses sphères d’autre part.
- Pendant cette série de décharges, les potentiels du système s’élèvent et s’abaissent très rapidement et produisent dans l’espace, avec l’éther comme véhicule de transmission, des ondulations, des ondes électriques dont la longueur et la fréquence sont réglées par les proportions du radiateur. Ce radiateur est comme un instrument qui, une fois accordé, donne toujours la même note chaque fois qu’il est excité par les variations du courant primaire inducteur. On sait que le produit de la fréquence des ondes quelconques par leur longueur est égal à la vitesse de la lumière, soit 500 000 kilomètres par seconde. M. Marconi utilise des ondes dont la longueur est de 120 centimètres, et dont la fréquence est de 250 000 000 par seconde. Il va sans dire que, pour chaque contact ou pour chaque rupture de la clef du Morse, il ne se produit qu’un très petit nombre d’oscillations, la décharge n’ayant qu’une très faible durée, de l’ordre des millionièmes de seconde seulement. Ces ondes se propagent à travers l’espace, et il ne reste plus qu’à les recueillir avec un récepteur approprié.
- Récepteur. — Le récepteur adopté par M. Marconi est l’application d’un phénomène physique dont on ne prévoyait guère l’utilisation pratique lorsqu’il fut découvert en 1866 par M. S. A. Varley, et étudié en 1890 par M. E. Branly. Lorsque des substances conductrices ou semi-conductrices sont amenées à un très
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- grand état de division (charbon en poudre, limailles métalliques, etc.), et disposées, sous forme de couche mince, entre deux plaques conductrices, elles offrent une grande résistance au passage d'un courant électrique, mais lorsque des. ondes électriques hertziennes viennent agir sur ces limailles, les particules qui se louchaient trèsirrégulièrement et étaient en désordre, se trouvent en quelque sorte polarisées, mises en ordre, et, suivant l'expression de M. Oliver-Lodge, elles collèrent (d’où le nom de cohérent' donné à un semblable système) et deviennent très conductrices. 11 suffit de communiquer un léger ébranlement mécanique à la limaille cohérée pour faire disparaître la conductibilité acquise sous l’influence des ondes électriques, pour décohérer la limaille et la rendre à nouveau électriquement résistante.
- Le récepteur dans lequel M. Marconi a utilisé ces propriétés est représenté schématiquement ci-dessous. Il est formé d’un petit tube de verre d de 4 centimètres de longueur, dans lequel deux conducteurs cylindriques en argent sont scellés à la lampe ; ils sont séparés par une distance d’environ un demi-millimètre, et l’intervalle est rempli par un mélange de fine limaille de nickel et d’argent, mélangée avec une trace de mercure. Le tube est amené à un vide de 4 millimètres de mercure et scellé. Il forme partie d’un circuit complété par une pile locale et un relais télégraphique sensible.
- Des bobines de self-induction L et 1/ sont disposées dans le circuit de la pile P, de façon à opposer une grande résistance apparente aux ondes électriques qui viennent frapper l’appareil : toute l’action de ces ondes se trouve ainsi reportée sur le cohéreur.
- M. Marconi décohère la limaille en utilisant un circuit local à faire vibrer rapidement la tête d’un petit marteau contre le tube de verre, et ces chocs répétés produisent un son qui rend la lecture des caractères Morse facile. Le même courant utilisé pour décohérer le récepteur peut également actionner un télégraphe Morse imprimant des signaux sur une bande. Le tube se termine par deux volets métalliques Y Y; dont les dimensions sont ajustées pour accorder électriquement le transmetteur et le récepteur. Les bobines de self-induction L et 1/ ont pour effet de s’opposer au passage des ondes électriques en dehors du cohéreur. Sur la figure, le circuit en
- traits pleins est relié directement au cohéreur : le courant de la pile P agit sur le relais R qui ferme et ouvre le circuit d’une pile locale sur l’électro-aimant E qui commande le marteau servant à décohérer la limaille. La distance «à laquelle les signaux peuvent être transmis est fonction de la longueur d'étincelle que peut donner la bobine d’induction, et. de la grosseur des sphères du transmetteur. Le secret des transmissions est assuré par le fait, que le transmetteur et le récepteur doivent être accordés pour la même fréquence, afin que celui-ci soit sensible aux ondes électriques emises par celui-là, par un effet de résonance qui n’est obtenu que par un accord préalable et soigné des appareils transmetteur et. récepteur.
- Un seul et même transmetteur peut agir simultanément sur plusieurs récepteurs, à la condition que tous ces récepteurs soient accordés, par les dimensions des volets Y, et après expériences préalables, sur la fréquence des ondes émises par le transmetteur. C’est la délicatesse de cet accord qui assure le secret des transmissions.
- Tel est, dans ses lignes principales et essentielles, le système de transmission des signaux à travers l’espace imaginé et réalisé par M. Marconi. Il a fourni des résul-tats jusqu’à \ 5 kilomètres de distance avec une bobine donnant 50 centimètres d’étincelle, les deux appareils étant placés en deux points entre lesquels ne s’élève aucun obstacle matériel.
- Les intempéries des saisons, pluie, brouillard, neige et vent, ne paraissent apporter aucune perturbation à la transmission des signaux par ondes électriques.
- Pour franchir des obstacles matériels tels que murs, collines, etc., il suffit de disposer une partie du transmetteur et du récepteur sur un mat élevé, et de la relier à un ballon ou à un cerf-volant, dans des conditions spéciales qui font l’objet des études actuelles de MM. W. H. Preece et Marconi. Ce que nous en avons dit suffit pour montrer toute l’importance scientifique et pratique de ces études, et l’avenir qui leur est réservé au point de vue des communications à établir entre les phares, les cotes et les navires qui se trouvent dans les parages des uns ou des autres. Les applications utiles, et même nuisibles, hélas! de cette nouvelle conquête scientifique ne tarderont pas à se développer. E. Hospitalier.
- «—
- Poste
- récepteur
- Poste
- transmetteur.-*
- Application des ondes électriques à la transmission des signaux à travers l’espace.
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- LES ANNONCEURS DE STATIONS DES BATEAU K PARISIENS
- De toutes les mésaventures pouvant survenir aux voyageurs, T une îles plus désagréables est assurément de dépasser la station qui forme le point terminus de la route entreprise.
- En dépit des ennuis qu’elles causent à leurs auteurs, de telles erreurs sont fréquentes, si communes môme que depuis longtemps les compagnies de transports ont dû se préoccuper de rechercher des moyens efficaces propres à les rendre impossibles.
- Le problème n’était point sans présenter de réelles dif-iieultés.
- Grâce à l’ingéniosité de certains électriciens, celles-ci ont du reste, en ces tout derniers temps, été surmontées de la façon la plus heureuse, tant et si bien qu’aujourd’hui, sur nombre de voies ferrées, les wagons composant les trains de voyageurs sont tous munis de petits appareils annon-
- Or, jusqu’à présent, l'on ne disposait dans ce
- but d’autre procédé que d’annoncer à haute voix les divers arrêts. Evidemment, pour les personnes se trouvant sur le pont du bateau, un semblable appel est d’ordinaire suf lisant ; mais, pour les voyageurs descendus dans les cabines, il n’en est pas tout à fait de même. Ici, en effet, les indications transmises à l’aide d’un porte-voix n’arrivent plus toujours parfaitement distinctes, et des erreurs sont commises.
- En semblable condition, Ton conçoit sans peine que l’installation à bord des bateaux d’un système analogue à celui réalisé pour les wagons de chemins de fer soit appelé à rendre de réels services.
- Aussi, ne saurait-on trop féliciter la Compagnie des bateaux parisiens d’a-
- prochaine station
- F—"T;-'
- JAVEL
- cours de station fonctionnant à merveille.
- Cependant, ce n’est point seulement en chemin de fer qu’il est utile de connaître exactement les divers points du trajet accompli. Dans les transports par eau, sur les petites lignes dont les bateaux font un service courant analogue à celui exécuté quotidiennement sur la Seine, dans la traversée de Paris, par les vapeurs de la Compagnie des bateaux parisiens, la même nécessité se présente de
- faire connaître simultanément à tous les passagers l’arrivée à chacun des pontons de débarquement.
- 1
- Fig. 1. — Installation d'un annonceur sur le pont d’un bateau.
- voir tout dernièrement réalisé cette importante amélioration. C’est aux ingénieurs de la maison Mildé qu’est duc la combinaison simple et pratique des nouveaux annonceurs de station installés, pour chaque bateau, sur le pont et dans l’intérieur des cabines.
- L’appareil, qui est mis en fonction par l’employé receveur du bateau à l’aide d’une poire à air, a pour objet d’annoncer, au départ de chaque ponton, le nom de la station prochaine.
- Comme le montre notre illustration, l’ensemble
- Fig. 2. — Détails de construction d’un annonceur.
- du système se compose d’un cadre en tôle A de quatre-vingts centimètres de hauteur sur quarante de
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- largeur et dix de profondeur. Dans la partie supérieure de ce cadre, au-dessous d’une plaque rectangulaire portant la mention « Prochaine station », est établi à poste fixe un mouvement de sonnerie Il qui, par l’intermédiaire d’un excentrique, met en action un doigt 1) auquel est imprimé un mouvement de va-et-vient.
- Dans le milieu du cadre A se trouve aménagée une platine de fer R à laquelle sont fixés : 1° deux étriers E dans lesquels on enfile les plaques portant les noms des stations ; 2° deux tiges de fer S destinées à supporter les plaques quand elles sont remontées.
- La platine II est maintenue en place par deux supports G et deux loquets L, et il suffit de faire tourner à la main ces deux derniers organes pour pouvoir retirer en entier le jeu de plaques et le transporter, suivant les besoins, sur un autre bateau.
- Au-dessus de la platine B, en R, se trouve un ressort ayant pour objet de refouler en avant les plaques indicatrices de façon à les obliger à venir s’appuyer contre le galet du doigt I).
- Les choses étant ains^ disposées, on pressent le fonctionnement du système.
- Au moment où le bateau quitte une station, le receveur appuyé sur la poire pneumatique et déclenche, au moyen d’un petit soufflet à air, dans lequel la pression est amenée par le tube T, le mouvement de sonnerie H dont le marteau frappe énergiquement sur un timbre et attire l’attention du public durant 5 à 6 secondes.
- En même temps, le doigt D se meut et vient se placer devant une encoche découpée dans la plaque qui porte le nom de l’une des stations, et qui, se trouvant ainsi mise en liberté, cède à la pression du ressort R et retombe en tournant sur les étriers E, laissant apercevoir la plaque annonçant la station où l’on va prochainement aborder.
- Chaque bateau, comme nous l’avons noté tout à l’heure, est pourvu de plusieurs de ces annonceurs de station, un dans chaque cabine et un au minimum sur le pont, et tous sont mis simultanément en action par le receveur.
- Les annonceurs sont munis d’un double jeu de plaques correspondant à un voyage complet aller et retour, si bien que c’est seulement avant de rçpartir que le receveur a besoin de remettre les plaques en place, en même temps qu’il remonte le mouvement de sonnerie à l’aide d’une clef.
- Comme l'on voit, on ne pouvait imaginer rien de plus pratique que ces nouveaux appareils dont l’apparition a, du reste, été très appréciée de la part des voyageurs.
- Grâce en effet à l’extrême simplicité du système, son fonctionnement régulier est tout à fait assuré. C’était là, au surplus, une condition nécessaire et qui a été fort habilement réalisée par le constructeur. Georges Yitoux.
- NÉCROLOGIE
- M,ue Georges Masson. — Nous avons la douleur de faire part de la mort de M"1* Georges Masson. C’est une perte cruelle pour l’Éditeur dévoué du journal La Nature et pour toute sa famille ; elle sera grande aussi pour tous ceux qui ont eu l’honneur d'approcher cette femme d’élite, de vive et haute intelligence, d’un charme exquis, d’une si douce et si parfaite bienveillance. Mme Georges Masson laisse derrière elle de profonds et unanimes regrets. Tous ceux qui l’ont connue l'ont aimée. Elle était l’àme et la joie de la maison; sa disparition y fera un vide immense. Son salon du boulevard Saint-Germain était un des plus recherchés; on peut dire que tout ce qui porte un nom y a passé; toutes les illustrations de la science, toutes les sommités de la médecine. C’est fini. La mort impitoyable a plongé dans le deuil et dans le silence cette maison si hospitalière.
- On a bien vu à ses obsèques les innombrables amitiés qu’elle avait conquises. L’église Saint-Sulpice était trop petite pour contenir toutes les personnes qui avaient voulu lui adresser un dernier adieu et lui apporter un pieux et suprême hommage d’estime et de regret.
- Tout Paris est venu témoigner ses sentiments à M. Georges Masson et à son lils M. Picrre-V. Masson : ministres, sénateurs, députés, conseillers municipaux, membres de la Chambre de commerce, dont notre Administrateur fait partie, membres de l’Institut, membres de l’Académie de médecine, représentants du Collège de France, du Muséum, de la Sorbonne, de la Faculté de médecine, des grandes écoles, professeurs, médecins, ingénieurs, éditeurs, auteurs, etc. Cette manifestation était bien faite pour adoucir la douleur la plus-yive, si de pareilles douleurs pouvaient jamais s’atténuer.
- 11 nous sera permis d’apporter à nos amis MM. Masson le faible tribut de nos regrets. Nous serons certainement l’interprète de la Rédaction, de l’Administration, de tous lès amis de La Nature, en leur en voyant tristement l'expression de notre bien grande sympathie. Henri de Pauvieee. —
- Tué par son faux col. — La mode est aux cols hauts. L’hygiène du vêtement est au contraire aux cols plats et peu serrés. 11 faut laisser le cou libre, et l’envelopper le moins possible. Le IP Pû tes, du Caire, a signalé le cas d’un individu qui fut presque étranglé par son faux col trop serré. On parvint assez difficilement à le rappeler à la vie. Ce n’est pas un exemple unique. Un pourrait en trouver d’autres. Il y a deux ans, à l’arrivée du train de Nice à Paris, on trouva dans un compartiment le cadavre d’un riche Américain. L’enquête et l’examen médico-légal prouvèrent que le voyageur était mort étranglé par son faux col. C’est qu’en effet il existe précisément tout près de la pomme d’Adam un point d’inhibition, et, si on le comprime, la respiration s’arrête brusquement et il y a asphyxie. Or, un col qui serre un peu quand on est debout, peut comprimer beaucoup quand on est assis, et, pour peu que l’on s’endorme gêné dans ce véritable carcan, il peut arriver que la congestion se produise, qu’il y ait coma et enfin terminaison fatale. Puis encore une fois toute pression exagérée sur le larynx amène suffocation et syncope. Le bouton du faux col avait laissé sa marque sur la peau de l’Américain. 11 était mort par asphyxie. Défions-nous donc des cols trop serrés et laissons le cou libre le plus possible.
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- Ilivlércs de cuivre. — Depuis le commencement de cette année, la Compagnie des mines de cuivre d’Anaconda, aux États-Unis, exploite les sources d’eau vive qui jaillissent dans ses mines d’Ànaconda et de Saint-Laurent, dans l’État de Montana; ces courants sont chargés de grandes quantités de sulfate et autres sels de cuivre en solution ; jadis on les laissait perdre ; il y a trois ans environ, un intelligent industriel obtint l’autorisation de traiter ces eaux cuprifères et, en ce faible espace de temps, il a réalisé une véritable fortune. En effet, le revenu de cette exploitation n’est pas moindre de 150 000 francs par mois, tandis que les frais d’exploitation ne sont que de 5000 francs environ ; c’est ce qui a engagé la Compagnie à exploiter elle-même ces rivières de cuivre. Le procédé d’extraction est très simple : de vastes cuves en bois sont remplies de vieilles ferrailles : débris de machines, rails au rebut, etc., puis chargées de la solution cuivreuse. Le métal est précipité à l’état de boue qui est recueillie puis fondue; le métal ainsi obtenu contient en moyenne 80 pour 100 de cuivre pur. Cette installation est un exemple frappant des sources de profits que peut amener l’exploitation intelligente d’un produit en apparence de peu de valeur.
- Les omnilms à Paris. — Pendant l'année 1890, le nombre des voyageurs en omnibus à Paris a augmenté de 17 825 575. Au lieu de 228 900 472 en 1895, il s’est élevé à 240 791 845, donnant un accroissement de recettes brutes de 0 557 611 francs. La Compagnie des omnibus étudie en ce moment la substitution presque générale de la traction mécanique à la traction animale.
- Le pétrole de Cialieie. — La production du pétrole en Galicie, dont il a été parlé jadis ici, prend une importance considérable : elle a atteint 4 500 000 barils pendant l’exercice écoulé. Mais on espère bien, cette année, dépasser le chiffre de 0 millions de barils, d’autant qu’une société, celle de Schadentgoer, est en train de construire à Oderberg une raffinerie qui, à elle seule, pourra traiter 500 000 barils.
- Un appareil contre l’abus du tabac. — Un
- inventeur américain, M. Grant W. Smith, vient d’imaginer une blague à tabac qui mériterait une récompense de la Société contre l’abus du tabac. C’est une boîte partagée en deux compartiments : l’un contient la provision de tabac, l’autre, un mouvement d’horlogerie qu’on peut régler de manière qu'il laisse le compartiment au tabac ne s’ouvrir qu’à des intervalles de temps déterminés.
- I/empIoi des voies sablées dans les gares. —
- Voici relativement peu de temps qu’on a conseillé d’employer, comme moyen d’arrêt forcé des trains, en dehors de l’intervention des freins et du mécanicien, des voies d’évitement où les rails s’enfoncent de plus en plus et en arrivent à se noyer dans une couche de sable. La mesure a pris naissance en Allemagne et elle s’y propage tous les jours; on vient même de l’étendre à Dresde aux voies de triage par la gravité. On est sùr ainsi d’éviter la mise en circulation involontaire de rames de wagons sur les pentes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 juin 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Le nickel fondu. — M. J. Garnier décrit l’expérience suivante qui démontre que le nickel est doué d’une extrême fluidité lorsqu’il est fondu à une très haute tem-
- pérature. En 1892, dans une usine de la Canadian Cop-per C°, située à Cleveland (Ohio), M. J. Garnier réduisait de l’oxyde noir de nickel provenant du grillage d’un sulfure artificiel. Cette opération s’exécutait dans un four à circulation extérieure d’eau froide, muni d’un garnissage intérieur en magnésie permettant d’atteindre une température bien plus élevée que la température de fusion du nickel. L’air était chauffé à 400° ; enfin une adjonction de calcaire fournissait une chaux fondue à peu près pure qui protégeait le bain de nickel du creuset contre l’oxv-dation. Le combustible employé était du charbon de bois. Quelques fragments de ce charbon s’étaient empâtés dans la chaux du lit de fusion, pénétraient dans le creuset au moment de la coulée et y restaient collés aux parois, où on les retrouvait après la coulée. Ces charbons de bois conservaient leur forme sans altération, quoique les canaux intérieurs servant à la circulation de la sève fussent remplis de nickel. Ce métal s’était donc réduit naturellement en fils minces comme des cheveux, qui, de plus, étaient très flexibles. Mais le charbon de bois ainsi gonflé de nickel était d’une conservation extrêmement difficile ; il s’émiettait au moindre choc. M. J. Garnier a pu néanmoins en sauver quelques fragments correspondant à des nœuds du bois, et qui avaient par suite conservé plus de cohésion. Ce témoignage de la grande fluidité du nickel fondu peut servir à expliquer l’augmentation de résistance qu’il communique au fer. 11 remplirait les vides intermoléculaires du fer, de façon à former un tout compact.
- Découverte d'animaux de grande taille. — Ainsi que le remarque M. Milne-Edwards,' c’est aujourd’hui une bonne fortune inespérée pour des naturalistes que de découvrir des animaux de grande taille. Tel a été cependant le sort de la mission du Thibct, qui a envoyé au Muséum une famille entière de singes dont l’existence était inconnue. Cet envoi se compose d’animaux empaillés appartenant à l’espèce des Semnopithèques. Ce sont donc des singes, mais des singes caractérisés par une épaisse fourrure qui les met à même de résister aux froids intenses régnant sur les hauts plateaux du Thibet. Ils se distinguent d’ailleurs de tous les autres singes par un véritable nez, un nez retroussé, ce qui permet d’en composer un genre nouveau dans l’espèce, les Rhinopithèques, comprenant lui-même deux genres, dont l’un a déjà été décrit par M. Milne-Edwards. M. Milne-Edwards ajoute que la naissance au Muséum de deux Pumas (lions d’Amérique) a permis de constater que ces animaux naissent avec une robe tachetée semblable à celle des panthères, tandis qu’à l’état adulte ils possèdent une robe unie.
- Élection. — M. Ilatt est élu membre de l’Académie dans la section de géographie et navigation, en remplacement de M. d’Abbadic, par 51 voix, contre 20 données à M. Ber-tin et 2 à M. de Bcrnardière.
- Varia. — M. A. Gautier présente une Note de MM. Antheaumc et Mouliérat, relative aux localisations de la morphine dans l’organisme. Ces recherches ônt été pratiquées à l’hôpital Sainte-Anne ; elles ont montré que la morphine s’accumule surtout dans le foie, le cerveau et les reins. — M. Léauté présente la description d’un appareil inventé par M. Ader pour l’enregistrement des dépêches télégraphiques. Cet appareil offre le très grand avantage de permettre la transmission d’un nombre de mots triple de celui que fournissent dans le même temps les appareils en usage. Ch. de Villedecil.
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- LA NATURE.
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- CURIOSITES VÉGÉTALES
- Le règne végétal offre souvent de véritables curiosités très remarquables; nous en avons reçu, il y a peu de temps, deux exemples qui méritent d’être mentionnés.
- Un de nos lecteurs, M. J. Ger-vais,àGigean (Hérault), nous a fait connaître dernièrement l’intéressante bizarrerie naturelle que représente la ligure n° 1 ci-jointe, et dont les différentes parties ont été dessinées par lui-même d'après nature. 11 s’agit d’un véritable nœud P qui a été effectué sur la racine R d’une ombellifère sauvage, le fenouil amer (fœ-niculum piperi-
- tum). Le dessin de droite nous montre le nœud vu par derrière. Il ne peut y avoir aucun doute; la racine s’est bien’repliée sur elle-même en G pour revenir de nouveau traverser le premier anneau formé. Cet exemple fait voir une lois de plus la diversité des mouvements accomplis par les racines a lin de faciliter leur pénétration au sein de la terre. Ces mouvements, qui sont sous la dépendance directe de certaines forces normales à tous les végétaux (géotropisme, hydrotropisme... ) peuvent être contrariés dans certaines conditions particulières. Les racines ne suivent plus alors leur descente naturelle, se contournent (C), se rabougrissent en divers points d’une façon si curieuse qu’elles éveillent souvent à l’esprit diverses images. Dans l’exemple que nous citons, on remarquera surtout la racine formant une ganse G, puis s’engageant à travers celle-ci, après avoir fait en P un contour gracieux en forme de 8. Notre correspondant nous
- Le nœud vu par derrière.
- Fig. 1. — Nœud formé par une racine de fenouil amer,
- Fig. 2. — Une carotte en forme de main.
- fait remarquer que ces bizarreries végétales des racines se produisent encore assez souvent. Au crépuscule, en effet, sur les bords des ruisseaux, on aperçoit souvent des silhouettes fantastiques de crocodiles , de serpents dressés, même des profils d’hommes ou de femmes. Tout cela est formé par des vieilles racines déformées, mises à nu par les orages et crues du ruisseau.
- Dans la culture, les curiosités végétales sont aussi très abondantes et très nombreuses. 11 n’est pas de jour où l’on ne puisse signaler des fruits ou des légumes présentant des formes bizarres et singulières. Nous avons déjà mentionné de
- nombreux exemples de ce genre1. Nous ferons toutefois connaître la carotte en forme de main dont un de
- nos]abonnés de Boulogne-sur-Mer, M. A. Lormier, nous a envoyé, il y a peu de temps, la photographie. Cette carotte a été récoltée par un paysan à Boisni-thun, près de Boulogne-sur-Mer ; elle avait un poids total de 800 gr. On remarquera que les cinq doigts delà main sont nettement dessinés ; sans doute quelques-uns, comme l'index et le médius, affectent des formes un peu irrégulières. Mais il n’en est pas moins vrai qu’il existe entre tous ces doigts des proportions qui semblent les rapprocher des doigts humains. C’est là une particularité fort originale et très curieuse de la nature. D. Levois.
- 1 Voy. Tables des matières, lre et 2e série, à la librairie Masson et Cie.
- Le Gérant : 1*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiche, rue cie Fieu rus, 9.
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- N° 125 7
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- 5 JUILLET
- 1 897.
- IA TROMBE DU 18 JUIN 1897
- Après les trombes de juillet et septembre 1896, la trombe du 18 juin 1897. Cette dernière n’a pas
- passé par Paris, mais bien sur sa banlieue nord-ouest. L’orage était dans son plein à Paris; la masse orageuse s’était divisée en deux à partir du plateau de Saint-Gyr; une partie prit la direction ouest-nord-
- La trombe du 18 juin 1897. — 1. Maison d'un charron, à Bécon-les-Bruyères. — 2. Mur et grille renversés d’une propriété à Bois-Colombes, côte Saint-Thibault. — 3. Place Voltaire, à Asnières. Manège de chevaux de bois. — i. Usine Cognet, à Asnières, fabrique de béton comprimé. Vue de la base de la cheminée effondrée. — 5. Usine Cognet. Vue du corps de bâtiment sur lequel la cheminée s’est effondrée. (D’après des photographies.)
- ouest, et gagna la ville; l’autre s’infléchit vers le sud-est et détermina à Saint-Gyr, à Meudon, à Bourg-la-Reine, une pluie forte avec chute de grêlons qui atteignaient, à Bellevue, les dimensions d’une noisette. Les nuages étaient très bas; d’après M. J. Jau-bert, chef du Service météorologique de Montsouris,
- 25* année. — 2e semestre.
- à 5 heures, leur base n’était guère qu'à 280 mètres au-dessus du sol. Au même moment une trombe passait sur les territoires des communes de Colombes, Asnières, Gennevilliers, Saint-Ouen et la Plaine-Saint-Denis. La trajectoire de la trombe, environ ouest-est, offrait une ligne presque droite, longue de plusieurs
- 5
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- LA NATURE.
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- kilomètres, mais comme toujours très variable en largeur. M. Jaubert l’estime à 200 mètres sur quelques points, beaucoup moins sur d’autres. M. Mas-cart a fixé en certains endroits la trouée faite par le tourbillon à moins de 50 mètres. Tout était ravagé sur cette bande et tout avait été ménagé à coté. Le phénomène, comme d’habitude, est survenu brusquement, quelques instants avant 5 heures, après un grand calme. Et selon les évaluations des observatoires, il n’a pas duré plus de cinq à six secondes. On prétend avoir entendu un bruit formidable comme celui que feraient sur des routes pavées des caissons d’artillerie arrivant rapidement. Puis les murs et les maisons renversés ; puis de nouveau le calme. Et très peu de pluie, 5mm,7 à Asnières, alors qu’à Paris, pendant l’orage, on a relevé environ 8 à 10 millimètres, et àMeudon 18 millimètres. Lesnuages pluvieux sont restés dans le sud-ouest. Mais le baromètre, qui s’est maintenu sans chute prononcée presque partout, avec le petit crochet que l’on remarque ordinairement pendant les orages sur le diagramme de l’enregistreur, a subi au contraire une influence considérable sur le trajet de la trombe. Il marquait 750 millimètres, et il descendit brusquement à 741 millimètres, pour remonter aussitôt. Cette chute brusque d’environ 8 millimètres, d’après M. Jaubert, avait déjà été observée à peu près en même grandeur pendant les trombes de juillet et septembre 1896. La vitesse de translation de Pair a dépassé 55 mètres par seconde et elle a du être voisine de 40 mètres.
- Selon M. Teisserenc de Bort, qui observait à son observatoire de Trappes, les masses orageuses se sont séparées en deux pour descendre la vallée de la Bièvre, pendant que les autres remontaient plus au nord pour atteindre les régions de Colombes et d’Asnières. Un voyait déjà les nuages présenter à leur base un gonflement marqué. Le tourbillon aurait pris naissance près des carrières de Nanterre vers 41* 50. Des témoins oculaires le décrivent comme offrant l’aspect d’une colonne de feu tournant sur elle-même et se dirigeant vers le nord-est. Un maraîcher a vu le météore sous forme d’entonnoir dont la pointe dardait le sol de place en place avec une véritable furie. Cette observation est conforme à ce que l’on sait sur la marche des trombes, qui souvent se relèvent ou redescendent, renversant ici des murs et épargnant quelques mètres plus loin des constructions légères.
- Le phénomène a du reste été très bien vu sur des points élevés. On a distingué, sur les hauteurs de Montmorency, les nues sombres s’abaisser sur Colombes, le grand tuyau de la trombe balayer le sol, remonter et continuer sa marche rapide du côté de Saint-Denis.
- A la Garennes, on a montré à M. L. Teisserenc de Bort des vitres de verre très épaisses percées d’un trou circulaire de près de 9 centimètres de diamètre. Les bords étaient rodés d’un côté, comme si la matière avait subi un commencement de fusion. Déjà en 1891,
- pendant la trombe de juin, le même phénomène s’était produit. On dirait que le verre a été troué à l’emporte-pièce. Enfin M. de Bort signale un effet curieux. A la Garenne un morceau de bois a été projeté avec tant de violence le long d’un châssis de porte en chêne, qu’il s’est incrusté comme une pièce de marqueterie dans le montant.
- Tous les journaux ont raconté par le menu les désastres observés sur le passage de la trombe. Nous reproduisons par la gravure le triste aspect de certaines maisons après le passage du météore. Comme toujours la partie active ou suçoir de la trombe a découronné des maisons, éventré des toitures, jeté par terre des murs et des personnes, culbuté des voitures, brisé des devantures, etc. Aux ateliers de l’Ouest à Bois-Colombes, les hangars furent brutalement soulevés, les bâtiments s’écroulèrent. C’est à Asnières que le tourbillon a atteint toute sa violence. Les baraques des forains furent enlevées avec un manège de chevaux de bois à plusieurs mètres de haut. Les ravages ont continué jusqu’à la Plaine-Saint-Denis. On a compté environ vingt blessés et trois morts.
- Les effets de torsion ont été notés un peu partout. Sur une cheminée de l’usine des ateliers de l’Ouest inclinée par le vent, on voit de grandes fissures disposées en spire tout autour des briques. En calculant l’effort minimum que le tourbillon avait développé pour renverser certains murs, M. Mascart a trouvé qu'il correspondait à des pressions comprises suivant les cas entre 200 et 550 kilogrammes. On peut estimer la pression mécanique du tourbillon en poussée horizontale à environ 250 kilogrammes.
- Évidemment nous sommes encore loin des effets extraordinaires observés dans les tornados des États-Unis, de la trombe de Delphos, de Lawrence, et même des désastres causés en France par les trombes de Malaunay-Monville, en 1845, et de Saint-Claude en 1890. Mais la trombe de Colombes-Asnières n’en a pas moins été très caractérisée et l’on peut souhaiter que ces météores cessent de venir nous visiter, comme il est arrivé depuis deux ans.
- Tels sont, très sommairement exposés, les traits principaux de la trombe meurtrière du 18 juin.
- !i ’ J .-F. Gai.i..
- IA CHALEUR INTERNE DU GL0RE
- On sait depuis longtemps que la température s’élève à mesure qu’on descend dans les profondeurs du globe. Le fait est absolument général, et se vérifie sous les solitudes glacées de la Sibérie comme sous les tropiques. C’est l’expérience des mineurs qui, la première, a révélé la réalité de cet accroissement, depuis* lors confirmée par tous les puits profonds et tous les grands sondages, notamment par les puits artésiens de Grenelle et de Passy. Il y a vingt-cinq ans, de toutes les données fournies par l’observation, on avait conclu qu’en moyenne le taux de l’augmentation était de 1° centigrade pour 50 ou 52 mètres.
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- LA NATURE.
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- La généralité du phénomène ne permettait pas de révoquer en doute l’existence d’un loyer de chaleur à l’intérieur du glohe. Il était naturel de rattacher cette notion à celle des masses ignées que vomissent les volcans et d’en conclure que l’écorce terrestre recouvre un noyau à très haute température, gardant, grâce à la protection de la croûte, une grande part de la chaleur initiale de notre planète. Ainsi le demandait le simple bon sens, et, de cette manière, l’expérience offrait une confirmation décisive des hypothèses relatives à la constitution originelle du glohe terrestre.
- Malheureusement il s’est toujours trouvé des esprits à qui cette conception répugnait, probablement parce qu’elle implique l’idée d’une origine, et par conséquent d’une fin. On s’est donc ingénié de mille manières pour expliquer les faits autrement que par un noyau igné. On a commencé par refuser toute valeur probante aux observations laites dans les puits de mines, sous prétexte qu’elles ne donnaient pas partout les mêmes résultats ; comme si la différente conductibilité des terrains ne suffisait pas amplement pour justifier les inégalités observées. Ensuite on a prétendu qu’il était illégitime de vouloir étendre, jusqu’aux profondeurs qui seraient nécessaires pour obtenir la température de la fusion des roches, des résultats constatés seulement sur une verticale de 000 ou 700 mètres, et où la plus haute température observée ne dépassait [tas 50°.
- Mais bientôt, l’art des sondeurs se perfectionnant, on atteignit des profondeurs notablement plus grandes. Ainsi, en 1872, à Sperenberg, [très de Berlin, la sonde descendit à plus de 1200 mètres, et on y enregistra une température de 48°. L’expérience avait été conduite avec beaucoup de soin et répétée à divers niveaux avant le fond. Un physicien allemand voulut discuter ces observations successives [tour en tirer une formule faisant connaître la variation du taux de l’accroissement. Il arriva à ce résultat, que ce taux devait diminuer assez rapidement pour devenir nul à 1656 mètres, après quoi l’augmentation se serait changée en diminution !
- Cet étrange raisonnement fit pousser des cris de joie aux adversaires de la conception du noyau igné, notamment à Cari Yogt, le professeur de Genève. Mais leur allégresse fut de courte durée ; d’abord on reconnut que le physicien allemand avait très mal raisonné; ensuite, un nouveau sondage, à Schladc-bach, en Saxe, ayant été poussé à 1700 mètres, la température fut trouvée de 55° à 1650 mètres, c’est-à-dire qu’elle augmentait toujours, et dans la même mesure, à la profondeur même où l’on s’était avisé de prédire que l’accroissement devrait s’arrêter.
- Le seul changement à introduire, en vertu de ces nouvelles expériences, était de fixer à 34 ou 35 mètres au lieu de 32 la valeur du degré géothermique, c'ëst-à-dire de la profondeur nécessaire pour enregistrer un accroissement de chaleur de 1° centigrade. Mais rien ne laissait soupçonner qu’aux environs de 1700 mètres ce degré géothermique
- fût le moins 'du monde en voie de diminution.
- Yoici maintenant qu’à Paruschowitz, près de Rybnik, dans la Haute-Silésie, un sondage a été poussé, de 1892 à 1893, jusqu’à 2003 mètres de la surface1. Or tandis qu’au sol la température était de 12°, 1, au fond elle a atteint 69°,3, ce qui donne un degré géothermique de 34,n,44. Ainsi, d’une part, la chaleur ne cesse d’augmenter, et de l’autre, le taux de cet accroissement se montre réellement invariable jusqu’à 2000 mètres; ce qui autorise à penser que, s’il doit diminuer par la suite, ce ne peut être que d’une façon très lente. Si donc il pouvait sembler téméraire de vouloir calculer la profondeur à laquelle régnerait la température de 2000°, alors que les observations ne portaient encore que sur une verticale de 500 à 600 mètres, ce reproche de témérité perd singulièrement de sa valeur, aujourd’hui que la profondeur, tout en quadruplant, a continué à donner les mêmes enseignements. En définitive, la loi est établie pour 2 kilomètres, et il suffit qu’elle se poursuive jusqu’à 60 ou 70, soit 30 ou 35 fois plus loin, pour qu’on arrive à ce degré de chaleur qui correspond à la fusion des roches. Pour qui connaît la marche habituelle des phénomènes physiques, une telle extension des faits observés n’offre absolument rien d’invraisemblable. Aussi le moins qu’on puisse dire est que l’expérience faite en Silésie inflige un grave échec aux adversaires de l’hypothèse du noyau igné. Loin de gagner du terrain, ils en perdent de jour en jour.
- Nous terminerons en faisant observer que les trois sondages de Sperenberg, de Sehladebach et de Paruschowitz ont été entrepris sur l’initiative et aux frais du gouvernement prussien. Le premier a fait découvrir une masse non soupçonnée de sel gemme, de [très d’un kilomètre d’épaissseur. Le troisième a révélé l’existence de 83 couches de houille, formant ensemble une épaisseur de charbon de 89 mètres et demi. Tous trois ont en outre donné lieu à des expériences scientifiques d’un haut intérêt. Heureux les peuples dont les budgets savent garder quelques ressources pour les consacrer à d’aussi utiles recherches! A. de Lapparext,
- Membre de l’Académie des sciences.
- HISTOIRE
- D’UN HOMME QUI VOYAIT PAR LE NEZ’
- Plusieurs auteurs de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-septième rapportent qu’un homme, ayant successivement perdu les deux yeux, s’était appris à voir par le nez et à reconnaître ainsi ce qu’il présentait à cet organe.
- Ce récit semble, au premier abord, fabuleux et faire suite aux nombreuses croyances irraisonnées
- 1 Voir le Génie civil, février 1897.
- 2 Nous faisons nos réserves sur les opinions émises par les anciens auteurs et relatives à la vision. Mais elles sont intércs-
- | santés au point de vue de l’histoire de la science. (N. de la I)q
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- LA NATURE.
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- du moyeu âge. L’on pourrait encore croire qu'il s’agit de quelque chose de semblable aux supercheries dont nos magnétiseurs modernes se sont servis pour mystilier le public; supercheries qui ont eu pour effet malheureux de maintenir trop longtemps les savants en mé-liance et de retarder ainsi de près d’un demi-siècle l’étude scientilique des phénomènes hypnotiques. Le cas dont nous nous occupons ici n’est pas une labié. Loin d’ètre mystérieux, il a contribué à corroborer dès sa naissance la théorie du mécanisme de la vision.
- Voici en quelques mots l’histoire de cet homme. C’était un habitant de la campagne qui avait eu le malheur de perdre l’œil droit quand il était encore enfant.
- Parvenu à un âge un peu plus avancé, un jour qu’il était monté sur un cerisier, il tomba de cet arbre et son visage vint heurter le sommet d’un piquet qui émergeait d’un buisson. Le choc lut si violent, que le nez, la joue et l’œil gauche avec ses deux paupières et le sourcil furent horriblement mutilés. Le chirurgien appelé à le soigner crut
- que le globe de l’œit avait été complètement arraché et qu’il devait être adhérent au piquet.
- Un an plus tard, quand tout était déjà cicatrisé, notre homme, se chauffant au soleil au milieu de l’herbe, s’aperçut qu’il distinguait, par la cavité du nez, la clarté du jour et la couleur des Heurs qui l’entouraient. Dès ce moment il s’exerça pendant cinq ou six ans de suite à regarder avec son nez, qui devint pour lui l’organe de la vi-
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- CsuS cette mqus ont portentoficin urrocjnc rifioni, utx(W non jlàtutéqan, J juod lux & feecies rcniavpec bimuaebqtwra è iuiô filrfom in Yacu»in«ë» >S It camcram ai- tctirmu mqæ »»» «04 «ppulerint, «Wsmque n«r> (km xA 1 «s objeilortiitt tmxgtoa «fejànxerùtt. • lu fentw quoque Stfatm tmamitti f Bit» h«c eidem'axsmpü «*ert Sttagthm dt /.dtcàt dm. 7m. x.«am. m..)
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- Fis. 2. — Fac-similé du texte.
- sion. 11 finit ainsi par distinguer tous les objets, pourvu qu’ils fussent placés en bas, car il était insensible à toute lumière venant d’en haut.
- Remarquons que les organes qui lurent brisés comprenaient à la fois le sourcil et le nez, et ipie par conséquent la rencontre du visage avec le pieu n’avait pas dù se faire dans la direction de l'axe de l’œil, mais très obliquement. Si donc les humeurs de l’œil se sont écoulées au dehors, et si en même temps la paroi inférieure de l’orbite a été percée, les membranes, et en particulier la rétine, ont pu être préservées au fond de l’œil.
- Quand toutes les plaies ont été guéries, que les paupières cicatrisées ont eu fermé en avant la cavité oculaire, il a dù rester dans la boite osseuse une petite ouverture mettant cette cavité en communication avec les fosses nasales. Le cas de cet homme voyant par le nez, qui [tassait à juste titre [tour merveilleux, reçut ainsi une explication rationnelle. ILservit de preuve expérimentale à la
- théorie par laquelle la réfinc est assimilée à l’écran de la chambre noire des physiciens, où viennent se former les images des objets extérieurs, même en l’absence de tout milieu réfringent, pourvu que les rayons lumineux 11e puissent y arriver
- Fac-similé du Frontispice de l'ouvrage relatant l'histoire de l'homme qui voyait par le nez.
- qu apres avoir traversé une ouverture très étroite1. E. Douliot.
- 1 Voir Zahn, Oeuf us artificialis teledioptricus. berga, 1702.
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- • Nurem-
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- LA NATURE.
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- FONDERIE PERFECTIONNÉE
- ALLIAGES A.-F. COTHIAS
- L’une des conditions du bon marche dans la construction mécanique est la fabrication en grande quantité, parce qu'on ])eut alors faire un outillage approprié qui donne en quelques heures des pièces qu'un ouvrier mettrait plusieurs jours à fabriquer et dont le coût, par conséquent, s'amortit rapidement.
- 11 existe beaucoup d'appareils dans la construction desquels on peut avoir recours à la fonte pour la plus grande partie des organes qui les composent ; mais les procédés employés ordinairement pour le moulage sont très primitifs, et en sortant du moule, chaque pièce nécessite encore un travail d’ajustage assez
- considérable. M. Cothias s’est appliqué à perfectionner ces procédés, tant par la composition d’alliages spéciaux (pie par le mode de moulage, et il obtient des résultats «pii dépassent de beaucoup ce «pie donnent les anciens procédés. Les pièces sortent du moule ayant à peine besoin d’un léger ébarbage; elles sont tout ajustées et les plus petits détails viennent avec un fini remarquable. Nous avons pu voir, par exemple, les deux parties d’un raccord servant au tuyau d’arrosage (figure, n° 1 ) se visser parfaitement lune sur l'autre au sortir du moule; les filets de vis, même très fins comme ceux qu’on emploie sur les montures d’objectifs photographiques (n°2), peuvent également bien venir à la fonte, et on arrive à faire' ce genre do monture presque complètement terminé avec la fente destinée à l’obturateur, la
- Différentes pièces fabriquées
- cloison toute percée de trous [tour le montage du diaphragme iris, etc. ; dans ces conditions on a [tour 0 fr. 55 une pièce qui, faite à la main, coûte 5 fr. 50; les petits engrenages (n° 5) sortent du moule prêts à être mis en place, les arêtes des dents sont absolument nettes et comme si elles avaient été terminées à la lime; dans les pièces principales le logement des organes qu’elles doivent supporter est tout préparé (nos 4 et 5), les trous sont percés exactement à leur diamètre définitif, il n’y a [dus qu’à faire le montage.
- Ces résultats sont obtenus au moyen de moules métalliques très bien étudiés dans lesquels on coule des alliages spéciaux composés de cuivre, étain, zinc, aluminium, plomb, et en petite quantité de plios-phures de métaux rares, tels que le tungstène, le titane, le manganèse, etc. La densité de ces compositions varie de 5,4 à 7,4 et leur résistance à la traction est de 12 à 25 ou 50 kilogrammes par millimètre carré
- avec de nouveaux alliages.
- de section. Si l’on considère que le cuivre jaune ou laiton n’a «pie 11 kilogrammes et le bronze 24, on voit que ces alliages, dont le prix de revient est environ moitié moindre, présentent un réel intérêt.
- Pour les pièces légères et résistantes à la fois on emploie les proportions suivantes : aluminium, 400; cuivre, 40; étain, 200; zinc, 560. Pour les pièces ordinaires remplaçant le laiton et la fonte : cuivre, 160; étain, 50; zinc, 750; plomb, 40. Enfin pour celles qui demandent une grande légèreté et beaucoup de résistance : aluminium, 880 ; cuivre, 40 ; étain, 80 ; ce dernier alliage se travaille sans encrasser les outils et peut se souder à l’étain. Il est clair que M. Cothias ne nous a pas dévoilé tous ses secrets; il y a dans la fabrication des tours de mains qui assurent une composition très homogène, tel, par exemple, que l’addition de 1 pour 100 de chlorhydrate d’ammoniaque et d’une petite quantité de phos-phures métalliques destinés à donner de la fluidité.
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- LA NATl'UE.
- Ces procédés rendent possible la fabrication d’une foule d’appareils dont le coût eût été autrement trop élevé pour en permettre l’exploitation.
- A coté de ces moulages tout spéciaux, M. Cothias a trouvé tin procédé de coulage du plomb (pii est très intéressant en ce sens qu’il permet d’augmenter la quantité des pièces fabriquées tout en employant la même quantité de plomb.
- Lorsqu’on opère dans la fabrication ordinaire le moulage d’une pièce quelconque, on évite toujours avec le plus grand soin de mêler au métal un gaz, un liquide ou une vapeur, afin de ne pas avoir de bulles ou souillures rendant l’objet cassant et détruisant son homogénéité. Mais, dans certains cas, le métal est uniquement recherché pour sa nature chimique et non pour la plus ou moins grande cohésion de ses molécules; il peut être intéressant de changer uniformément cette cohésion, de la diminuer pour réduire la densité de la pièce moulée, soit dans le but d'obtenir avec la même matière une pièce moins lourde et, par suite moins coûteuse, soit encore dans le but de lui donner une porosité qui, dans certaines applications, offre des avantages. C’est le cas notamment dans la fabrication des plombs à sceller connus sous le nom de « plombs de douane », qui ont des dimensions réglementaires et dont le poids importe peu ; il en est de même pour les plaques d’accumulateurs électriques qui, sous une épaisseur donnée, doivent présenter une surface déterminée et dont le poids est plutôt un inconvénient. Pour obtenir ces résultats, M. Cothias a imaginé d’injecter pendant le moulage dans la masse métallique en fusion quelques gouttes d’un liquide approprié (tel que le pétrole) qui, par sa vaporisation et sa diffusion dans toute la masse, donne à la pièce une porosité uniforme, sans changer la composition chimique du métal, mais en modifiant seulement sa texture; la densité se trouve modifiée, mais la constitution reste parfaitement homogène.
- Dans la fabrication des plombs de douane à laquelle est consacrée une partie des ateliers, le plomb fondu dans un creuset est envoyé à l’aide d’une pompe dans un moule approprié et une broche pénétrant dans ce moule au moment où arrive le jet de métal, sert à former le creux de la pièce. C’est cette broche qui s’imprégne d’une couche de pétrole en passant dans le moule; le liquide est disposé dans un réservoir d’où il coule goutte à goutte dans des trous ménagés à cet effet sur le passage de la broche ; en se vaporisant sous l’influence de la chaleur dégagée par le métal en fusion, il lui donne une porosité uniforme, tout en lui conservant sa constitution homogène, et le poids de la pièce est considérablement inférieur à celui des plombs ordinaires de dimensions identiques.
- On voit que les procédés de fonderie employés par M. Cothias modifient complètement ceux qui étaient employés jusqu’à présent; ils peuvent, pour certaines fabrications spéciales, rendre de très grands services en permettant de diminuer la main-d’œuvre et d’abaisser le prix de revient. G. Mareschal.
- LES NOUVEAUX
- PROCÉDÉS D’EXTRACTION DES DIAMANTS
- AU CAP
- Parmi tous ceux qui possèdent ou achètent des diamants, il en est, à coup sûr, bien peu qui sachent, d'une façon même approximative, d’où ces diamants proviennent et encore bien moins par quels procédés on les arrache à la terre, pour les porter bruts au lapidaire, qui les convertira en brillants. Nous n’avons pas l'intention de décrire ici le centre de production considérable, qui détient aujourd’hui le monopole presque absolu du commerce des diamants dans le monde, à savoir l'Afrique australe1 et, plus exactement, le Griqualand West, dépendant de la colonie du Gap, et nous nous contenterons de dire, en deux mots, (pie la production annuelle de ces gisements sud-africains est d’environ 2 400 000 carats ou 500 kilogrammes, valant, à l’état brut et sur place, [dus de 80 millions de francs, tandis que les anciens pays producteurs, plus connus dans le public, tels que le Brésil et l’Inde, ont, — depuis dix ans pour l’un, depuis bientôt un siècle pour l'autre, — une production à peu près nulle. Mais, en laissant de coté l’étude géologique ou financière, d’ailleurs fort curieuse, de ces mines, nous avons pensé qu’il pourrait intéresser quelques personnes de savoir par quelle méthode tout à fait nouvelle et organisée seulement sous sa forme actuelle depuis deux ans, on extrait ces diamants des profondeurs du sol.
- Le diamant se trouve au Cap dans ce qu'on a appelé des cheminées diamantifères, c'est-à-dire dans des sortes de grandes colonnes cylindriques d’environ 100 à 600 mètres de diamètre, enfoncées verticalement, jusqu’à une profondeur qui semble pratiquement indéfinie, au milieu d’autres terrains absolument stériles.
- Ces colonnes de minerai, que l’exploitation a pour but d’extraire peu à peu de terre en les découpant par tranches horizontales, grossièrement comparables à des ronds de saucisson, sont composées d’une roche bleu verdâtre, appelée le b lue ground, où les diamants sont répartis assez régulièrement dans une proportion qui, même pour les mines les plus riches et les plus étonnamment prospères, est minéralogiquement bien minime ; au plus 1 carat (205 milligrammes) par load, ou wagonnet de 16 pieds cubes (()m3,590 ou I280k&) : c’est-à-dire, au maximum, 347 milligrammes au mètre cube, ou 271 milligrammes à la tonne, ou 1/3 690000 en poids.
- Une semblable teneur est même très loin de correspondre à la limite d’exploitabilité pratique; car 1 carat de diamant vaut, en moyenne, sur la mine, 32 francs et les frais de production correspondants (amortissement des installations compris) sont à
- 1 I/étudc générale des mines de diamants du Cap, de leur histoire, de leur géologie, de leur mode d’exploitation et de leur organisation financière ou technique, fait l’objet d’un ouvrage qui paraîtra très prochainement chez Baudry et Cie.
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- LA NATURE.
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- peine de 12 francs, ce qui laisse 20 francs de bénéfice : on peut exploiter avec fruit des roches ayant une teneur près de trois fois moindre, c’est-à-dire contenant à peine plus de 57 carats aux 100 loadset l’on a même émis la prétention récemment d’en traiter à des teneurs de beaucoup inférieures, surtout dans les exploitations à ciel ouvert, où les frais sont nécessairement bien plus faibles.
- S'installer dans un pays absolument désert et aride, y construire une ville de 50 000 âmes (Kim-berley), y faire aboutir une ligne de chemin de fer de plusieurs centaines de kilomètres, y amener les machines les plus perfectionnées et les plus coûteuses et s’enfoncer à 4 ou 500 mètres de profondeur sous terre, pour aller chercher péniblement une roche, semblable à quelque boue solidifiée, dont chaque mètre cube contient 1 à 5 décigrammes d’un caillou brillant, sans aucun autre usage pratique que la parure des femmes; s’acharner, par les procédés les plus savants, à extraire ce décigramme de minéral et arriver, de la sorte, à constituer une des industries les plus importantes du monde, à rémunérer largement un capital nominal de 98 750 000 francs, qui, aux cours actuels, représente plus de 600 millions, c’est là un véritable paradoxe économique, dont l’explication doit être cherchée, en partie, dans la réelle habileté avec laquelle cette industrie, monopolisée dans une seule main, est, techniquement aussi bien que commercialement, dirigée*.
- Si la gangue des diamants, la matière stérile où ces pierres précieuses sont englobées, s’était trouvée, comme cela eût pu fort bien arriver, une roche dure compacte, inaltérable à l’air et à l’eau, un porphyre par exemple, il est probable qu’on eût dû renoncer à en extraire pratiquement les diamants et que quelques échantillons de cette roche seraient seulement aujourd’hui conservés comme curiosités dans des musées ; mais, par une très heureuse chance, il est arrivé que la roche diamantifère avait, au contraire, dans sa plus grande partie, la propriété de se désagréger très rapidement et de tomber en boue sous les actions alternatives de la pluie et du soleil, laissant ainsi à nu les diamants, primitivement emprisonnés dans sa masse. Quand on a découvert l’affleurement des gisements, on a donc trouvé, sur environ 25 mètres d’épaisseur, la roche, altérée depuis longtemps par les réactions superficielles, décomposée, oxydée, transformée en ce qu’on a appelé la roche jaune (yellow ground) et livrant ses diamants par un simple broyage à sec : ce simple fait a permis à des troupes de mineurs sans instruction, sans discipline, sans capitaux et sans appareils mécaniques, de s’y installer, d’y faire fortune et de reconnaître les gîtes jusqu’à une profondeur suffisante, pour que des sociétés financières puissantes eussent, à leur tour, le temps de s’y intéresser et vinssent en continuer l’exploitation, devenue plus difficile, le jour où
- 1 Toute cette industrie diamantifère du Cap appartient, on le sait, sauf quelques exceptions insignifiantes, à une seule société, nommée la de Beers Cons. C°.
- des particuliers isolés ont été impuissants à la poursuivre.
- A [très quoi, on s’est contenté, pendant longtemps, de laisser la nature, un peu aidée seulement par quelques artifices, faire, sur les roches diamantifères, l’œuvre de désagrégation destinée à mettre les diamants à nu : c’est-à-dire qu’on a étalé cette roche, à sa sortie de la mine, sur d’immenses champs appelés les floors, où on l’a laissée, des mois et des années, exposée à la pluie ou au soleil. C’est le procédé qui, il y a deux ans encore, était le seul employé et que l’on trouve, par suite, décrit dans tous les ouvrages sur le diamant.
- Mais, peu à peu, on a fini par s’apercevoir que, même après des années d’exposition sur les floors, certaines parties plus dures de la roche, appelées le hard blue et les lumps, qui formaient environ 1/6 de la niasse totale, refusaient de se décomposer et que, par suite, les diamants contenus dans ces fragments durs seraient absolument perdus. D’autre part, l’épandage sur les floors ayant pour effet, surtout pour les roches qui doivent y séjourner très longtemps, d’amener une immobilisation de capitaux considérables et, dès lors, des pertes notables d’intérêt, on est arrivé récemment à l’idée assez hardie de broyer, dans des concasseurs ou sous des cylindres, les parties les plus résistantes de la roche diamantifère, et cette opération, par suite de la friabilité de la roche, a pu s’effectuer avec succès, sans risquer de casser les diamants.
- Il en résulte que l'exploitation des mines de diamants est, aujourd’hui, devenue — ce que rendait bien invraisemblable la nature si spéciale de ce minéral, qu’on ne peut ni fragmenter sans lui faire perdre toute sa valeur, ni dissoudre et extraire par un réactif chimique — très analogue à celle d’une mine de houille ou d’un métal quelconque : on va chercher le minerai souterrainement, à une profondeur qui dépasse déjà 500 mètres à la mine de Beers et 400 à celle de Kimberley, par un travail méthodique de dépilage avec remblai, comme on peut le faire dans n’importe lequel de nos charbonnages ; puis, on soumet ce minerai si particulier (après un épandage sur les floors, qui constitue le trait le plus caractéristique de la méthode), à des broyages successifs, à des criblages, à une classification par cylindres tournants, tables à bras mobiles, cribles à secousses, etc., en résumé, à une préparation mécanique, tout à fait analogue à celle qu’on emploie ailleurs pour séparer de la galène ou de la blende de leur gangue de quartz. Ce sont les traits généraux — malgré tout assez particuliers et, en tout cas, à peu près inconnus eri France — de cette préparation mécanique, si originale par son objet, que nous nous proposons ue décrire ici.
- Quand le minerai est sorti de la mine, on commence toujours, comme autrefois, par l’étaler sur ces grands espaces qu’on appelle les floors, espaces dont la longueur totale atteint aujourd’hui 4 kilo-
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- LA NATURE.
- moires ;i la de beers, et on l’y laisse* séjourner pendant six mois. On concevra tout, de suite l’importance de ces dépôts de minerai en apprenant qu’au mois de juin 1890 la quantité de roche diamantifère ainsi accumulée montait à 5 071557 loads, alors (pie la production totale de la mémo année a (*te do 2 098 109 loads, c est-à-dire (pie cette réserve de minerai équivaut à l'extraction do seize mois.
- Rendant les six mois de séjour sur le floor, le minorai se désagrège peu à pou, sous l’action de la pluie et du soleil, et, pour compléter cet effet naturel, dans les derniers temps surtout, on l’arrose, on y lait ]tasser des herses et des rouleaux cannelés, trames par des chevaux ou par des machines à vapeur : ce «pii lui donne l'aspect d’un véritable champ labouré.
- Au bout de six mois, on met alors, sur le floor, toute uni* armoe de eonviels et de nègres, qui, avançant de Iront sous une surveillance très rigoureuse, lont uu Iriage a la main entre les morceaux durs destines a cire concassés et les parties désagrégées, appelons a subir tout de suite h* traitement, auquel les autres fragments [dus résistanls no sont soumis qu après concassage. Nous nous contenterons de décrire le traitement appliqué aux novaux durs : il suflit d’en supprimer les premières opérations de broyage et de criblage pour avoir le traitement des roches tendres.
- Le principe général du travail consiste à fractionner le broyage en un très grand nombre d’opérations successives, entre lesquelles s’intercalent, d abord des triages à la main, puis des préparations mécaniques au crible à secousses (genre crible du Harz), de manière à amener le minerai progressivement à un degré de finesse qui convient pour le traitement définitif au pan, appliqué directement au minerai désagrégé par l’air (c’est-à-dire à moins de 1/2 centimètre de diamètre), en recueillant, au fur et à mesure, les [dus gros diamants, qui seraient exposés à se casser dans le broyage suivant.
- L est, en effet, le point délicat de l'opération de ne pas y briser les diamants, qui perdraient ainsi très notablement de leur valeur; mais l'expérience semble bien démontrer désormais que les pertes de ce chel sont insignifiantes : on s’en assure en constatant que 1 on n’obtient pas, à la fin de cette opération, une proportion [dus fort»* de diamants brisés qu on n en a tout naturellement par le simple triage à la main de la roche désagrégée à l’air1.
- Au-dessus d une dimension de 0m,05, lefracmen-tage du minerai s’opère par des concasseurs à excentriques; au-dessous, par des cylindres. Quant à la séparation des diamants, au fur et à mesure du travail, elle se lait : 1° pour les fragments de plus de 5 centimètres, à la main ; 2° pour les graviers compris entre 5 millimètres et 5 centimètres, dans une série de cribles à secousses, différents suivant
- 1 La roche diamantifère, qui est une véritable brèche, contient, par sa constitution même, des diamants brisés.
- la grosseur (après un premier triage à la main [>ottr les fragments de [dus de 1 centimètre); enfin, 5° [tour les produits les [dus fins, de moins de fi millimètres, dans de grandes cuves à bras mobiles, appelées pans (après un passage aux cribles à secousse pour les produits intermédiaires entre 5 et fi millimètres).
- Il est facile de comprendre comment, de la sorte, on évite de casser des diamants.
- Le premier concasseur réduisant, par exemple, à une dimension maxima de 5 centimètres et la roche ayant toujours une tendance à se fragmenter de préférence, dans le concassage, suivant les laces de séparation dos diamants avec la roche encaissante, les seules [lierres qui courent réellement le risque d’ètre brisées dans ce premier travail sont celles de plus de 5 centimètres et les chances d’en rencontrer de si volumineuses sont tellement minimes qu’on peut bien les considérer comme négligeables.
- Le concassage est suivi d’un triage rapide, dans lequel on sort tous les fragments de roche où apparaît un diamant ; [mis suit un second broyage, qui donne des fragments de I à 5 centimètres, minutieusement, examinés, à leur tour, sur des tables tournantes. Après quoi, changeant un peu de système, on commence à mettre en jeu les cylindres comme moyen de broyage, et les cribles à secousse comme appareil de classage, en réduisant successivement le minerai à une dimension inférieure à 0in,Ü025, puis 0,h,(H9, [mis à Ora,OI5, enfin à 0m,00fi et intercalant, entre chaque broyage, une préparation au crible à secousses.
- On sait en quoi consiste le principe de ces appareils à secousses : au fond d’une cuve pleine d’eau, est un crible, recouvert d’une couche de petites balles de plomb, de dimensions légèrement plus grosses que les trous du crible et sous lequel se meut un [liston, permettant d’imprimer à l’eau et, par suite, aux substances qu’elle contient, un mouvement alternatif de bas en haut et de haut en bas. Le minerai à classer, amené au-dessus, est, à chaque coup de jiiston, soulevé avec lui, et quand il s’abaisse, subit, par la résistance de l’eau, un retard d’autant, [dus grand que les grains sont [dus légers, de telle sorte qu’il s’établit en lui, assez vite, une classification approximative par densité : les grains les [dus durs ou les [dus gros retombent seuls, en effet, assez vite pour traverser la couche de balles de plomb.et le crible et vont former au-dessous un dépôt, dans lequel se concentre le diamant, avec quelques minéraux lourds qui lui sont associés, comme le grenat et le pyroxène, tandis que les gangues stériles, [dus légères, restent en haut.
- Nous donnerons une idée de l’importance de ces ateliers de préparations mécaniques, destinés aux diamants sud-africains, en disant que la de Beers possède tfi2 semblables cribles, mus par une machine à vapeur de 1100 chevaux.
- Quand ce travail préliminaire de broyage et de triage a été achevé, les produits fins qui en résultent,
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- H
- Vue des nouveaux ateliers de lavage des roches diamantifères à la de Beers
- — Élévateurs, chaînes à godets, pansr etc.
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- LA NATURE.
- ainsi que les sables ou graviers concentrés extraits des divers cribles à secousses, sont ramenés au même état physique où se trouvent, après un premier criblage très simple, les parties complètement désagrégées à l’air sur les lloors, qui constituent ce qu’on appelle le minerai tendre, ou soft blue.
- Ce dernier, au sortir du floor, est simplement |>assé par un cylindre cribleur tournant, (tour séparer le morceaux trop gros, non décomposés, amenés là par erreur et qui doivent subir le traitement des minerais durs; les parties fines sont soumises aussitôt à une préparation mécanique toute spéciale dans de grandes cuves de 4,n,20 de diamètre, appelées des pans, que représente notre figure.
- Ces pans, destinés à produire un résultat analogue à celui des cribles à secousses, mais, au besoin, sur des parties (dus fines, sont des bassins circulaires à fond plat, où tournent 10 bras mobiles, armés chacun de 7 dents.
- Le courant d’eau, apportant le minerai à l’état d’une bouillie assez épaisse, arrive à la circonférence du bassin et, par l’effet de l’inertie, les parties les (tins lourdes, dont le diamant, restent près de cette circonférence, tandis que les (dus légères, entraînées par le courant d’eau et constamment remises en suspension par les bras articulés, finissent par se déverser dans un orifice circulaire, situé au centre.
- Toutes les douze heures, on retire, à la périphérie, les concentrés diamantifères, qui forment, en moyenne, 1 (tour 100 du minerai total passé (2 mètres cubes, sur 200 de minerai passé par jour).
- L’atelier de la de Beers présente 10 de ces pans, destinés à traiter directement le minerai tendre, et 2 autres pour le produit du broyage des fragments durs, ou lumps.
- Chaque groupe de 2 pans déverse, à son tour, sa lavée, entraînant les parties les plus légères, dans un pan de sûreté, construit sur le même principe et situé au-dessous, qui ne reçoit guère que 1 pour 100 de la totalité des diamants, le reste étant arrêté auparavant.
- Puis les résidus stériles vont, après avoir restitué leur eau, substance précieuse à Kimberlev, s’accumuler sur des tas de dépôt, tandis que tous les graviers concentrés, quelle que soit leur provenance, sont conduits à 3 cylindres tournants (pulsators), à trous de quatre dimensions, 3, 5, 6 et 10 millimètres, qui correspondent chacun à 4 nouveaux cribles à secousses, dont les trous sont, chaque fois, un peu plus grands que ceux de la portion des cylindres d’où proviennent les minerais qu’ils traitent. Finalement, on obtient un gravier spécial, amené au dernier degré de concentration que puissent donner les appareils mécaniques et dont la proportion est 1/140 du produit total primitivement lavé.
- Celui-ci va alors à un atelier spécial, où il est étendu sur des tables et examiné : une première fois, à l’état humide, par des ouvriers blancs ; une seconde fois, à l’état sec, par des nègres convicts, qui ont, bien
- plus que les blancs, l'instinct d’apercevoir les diamants; après quoi, on y fait repasser des convicts, tant qu’on peut estimer qu’il s’y trouve encore quelques pierres précieuses.
- En définitive, on recueille, comme produit du travail de la journée, environ un demi-litre de diamants, pesant, en moyenne, 1800 grammes et valant 200 000 francs, qui est apporté, sans avoir encore été ni compté ni pesé, sans que personne au monde en sache la valeur réelle, entre les mains d’un surveillant particulièrement sûr, qui en prend livraison, en inscrit le poids et le livre à une dernière catégorie d’employés, chargés de classer les diamants par valeur et par dimension, par couleur, par eau, etc., en une quarantaine de lots.
- C’est fine des curiosités d’une visite à Kimberley de voir, sur des feuilles de papier blanc couvrant des tables, qui bordent les deux côtés d’une salle largement éclairée, tous ces petits tas de cailloux brillants, les uns d’une belle couleur blanche ou bleuâtre, les autres légèrement jaunâtres, ceux-ci en octaèdres, ceux-là en màcles triangulaires, tous bien caractéristiques par cet éclat, cette réfringence spéciaux au diamant, qui se devinent déjà à l’état brut.
- Le tout est alors vendu à un syndicat de marchands de diamants, qui l'expédie à Londres, et dirigé sur les tailleries où on le convertit en brillants, en lui faisant perdre la moitié ou les deux tiers de son poids. Il ne reste plus qu’à y mettre une monture (jour foire entrer les pierres, recueillies là-bas sous terre par quelque Cafre ou quelque Zoulou, dans la circulation parisienne. L De Lauxay.
- L’HYGIÈNE DU GARDE-MANGER
- Je vous le dis, en vérité, si vous voulez vivre dans la paix et la tranquillité de la sainte routine, méfiez-vous des hygiénistes, fuyez-les ; car, eux présents, votre façon de vivre, votre habitation, vos aliments, votre vêtement, tout sera passé au crible d’une investigation féroce dont la désinfection est le terme final le moins rigoureux. Ne nous plaignons pourtant pas trop de leur importunité : c’est grâce à leurs investigations, à leur persévérante ténacité que nous devons cette diminution remarquable et générale de la morbidité et de la mortalité.
- Dans une étude fort curieuse, le Dr Rochon part en guerre contre les garde-manger. Personne n’ignore ce qu’est, dans les villes grandes ou moyennes, un garde-manger; sorte de caisse encadrée dans l’embrasure des fenêtres de cuisine, garnie de volets ajourés en bois ou d’une toile métallique. A la fin de la journée nos ménagères y déposent les provisions de bouche, la desserte de la table, les jus, les sauces, les pièces de viandes ou autres ingrédients devant être présentés le lendemain sur la table. Rien de plus naturel ; les aliments, ainsi mis au frais, en dehors de la cuisine surchauffée toute une journée, se corrompent moins vite et peuvent être gardés un certain temps. Mais ces garde-manger prennent l’air et le jour sur des cours et des courettes et dès lors sont susceptibles de recueillir toutes les poussières qui voltigent normalement dans l’air ou qu’v sèment à grands couns de
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- LA NAT HUE.
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- balais ou de cannes les concierges en nettoyant l’escalier, les locataires en secouant leurs tapis, descentes de lits, sans compter le reste. L’air s'engouffre d’autant mieux dans ces réservoirs alimentaires (pie la cuisine a généralement, et l’on pourrait dire d’une façon constante, une température beaucoup plus élevée que celle de l’extérieur. Le tirage est parfois intense. M. Rochon a cherché à évaluer la quantité d'air, et conséquemment de germes et de poussières qui pénètrent dans les vingt-quatre heures dans ces appareils. 11 n’a pas, vous pouvez m’en croire, choisi les plus affreux logements, car ses calculs, déjà fort éloquents, seraient encore au-dessous de la vérité. J’ai vu pour mon compte une courette où le garde-manger confinait aux cabinets d’aisances et où les cuvettes à vider les eaux ménagères se déversaient à côté, éclaboussant à chaque instant de mille gouttes de liquide des plus chargés de bactéries l’annexe de la cuisine.
- A l’aide d’un appareil assez simple, M. Rochon a mesuré la quantité d’air qui passait dans ces garde-manger; en douze heures, je prends les chiffres moyens d'une série d’expériences, il passe 2400 à 5000 mètres cubes d’air si le fourneau n'est pas allumé, 4500 à 4800 si le fourneau est allumé, c’est-à-dire un peu moins du double le jour que la nuit, mais en somme de 7200 à 7800 mètres cubes par 24 heures. Si Ton calcule, d’après les mensurations de M. Miquel, qu’un mètre cube d’air contient, dans les meilleurs coins de Paris, les plus propres, les plus salubres, de 600 à 700 germes, on voit d’ici l’invasion effroyable de microbes de tout genre qui se fait dans une journée, trois millions au bas mot.
- Assurément, tous ces germes ne sont pas nocifs ; aucun locataire ne résisterait à une pareille armée. Mais il en est de dangereux, qui peuvent se déposer sur les aliments laissés dans le garde-manger et être absorbés sans intermédiaire, si ce plat est servi froid. Notez que je ne parle pas des cas où Ton secouera des étages supérieurs sur votre cuisine les tapis d’un appartement habité par un sujet atteint de maladie infectieuse, scarlatine ou autre.
- [I y aurait quelques chances d’y trouver les bactéries spécifiques de cette maladie. Mais telles quelles, les poussières des grandes villes contiennent des germes morbides et M. Rochon le démontre en inoculant à des lapins les poussières recueillies dans les garde-manger; tous les animaux deviennent plus ou moins gravement malades.
- Que conclure? Supprimer les garde-manger; mais vos cuisinières, n’importe quelles ménagères, vous diront que c’est un meuble indispensable. Eh bien, le moyen de se garantir contre T invasion des poussières ? Il en est plusieurs : n'employez d’abord que des toiles métalliques pour la partie ouverte à l’accès de l’air. Prenez même des toiles métalliques assez fines; l’air entrera, les poussières s’arrêtant en partie aux mailles de la toile. Voulez-vous les arrêter plus sûrement, laissez tomber au-devant de ce léger grillage une toile fine que vous tiendrez humide en l’arrosant, Tété, de temps à autre; les poussières ne passeront pas, elles seront fixées sur cette toile que vous purifierez en la plongeant dans l’eau bouillante. Lavez un peu fréquemment votre garde-manger avec de l’eau aussi chaude que possible, nettoyez le bois, le grillage, et enfin prenez une mesure bien simple qui garantira vos aliments, vos produits: couvrez-les d’un papier, d’un linge, d’un couvercle, suivant les cas, protégez-les contre l’invasion des poussières de vos voisins d’en haut : l’hygiène y trouvera son compte et vos aliments ne seront pas contaminés. I)r A. Cartaz. ——•
- APPLICATION DU CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE
- AU REPASSAGE I)U LINGE
- Toutes les applications du courant électrique aux usages domestiques on industriels, principalement celles qui donnent lieu à une consommation diurne de courant, présentent, comme on sait, une grande importance dans l’exploitation des stations centrales, car elles permettent, avec un même matériel et un même personnel, de vendre une plus grande quantité d’énergie électrique, et ainsi de diminuer le prix de revient du kilowatt-heure.
- Parmi ces applications, une des plus curieuses est sans contredit le chauffage électrique : le chauffage sans feu, dont nos lecteurs ont été souvent entretenus1. Encore peu répandu à l’heure actuelle en raison de son prix de revient plus élevé que celui des autres modes de chauffage, il pourra toutefois prendre un certain développement car, dans bien des applications, la question de dépenses est en quelque sorte secondaire : elle doit céder le pas devant des considérations de commodité ou de luxe ; dans d’autres applications où le chauffage est de peu de durée, la meilleure utilisation de la chaleur produite ahaisse d’ailleurs dans de notables proportions l’écart du prix; eniin, il est certaines applications industrielles où le chauffage électrique permet de réaliser de telles économies sur la main-d’œuvre, qu’il peut lutter au point de vue économique, en assurant des bénéfices d’un ordre différent mais non moins importants, puisqu’il s’agit de la santé des ouvriers.
- L’application au chauffage des fers à repasser le linge en est un exemple frappant. Une installation de ce genre a été réalisée Tannée dernière à l’hôpital des aliénés de la ville d’Indianapolis (État d’Indiana, États-Unis d’Amérique). Elle est en service depuis 18 mois environ et a donné pleine satisfaction; c’est la première qui ait été réalisée d’une façon vraiment industrielle ; cependant elle est à peu près inconnue et les avantages qu’elle permet d’obtenir n’ont jamais été mis en lumière.
- Cet hôpital est très important; il comprend plusieurs bâtiments, de vastes terrains et reçoit un grand nombre de iqalades. Il est éclairé entièrement à l’électricité; plus de 500 lampes à incandescence sont distribuées dans ses différents services et 20 lampes à arc éclairent ses jardins; en outre, des moteurs électriques sont employés pour différents usages et notamment pour entraîner les machines à laver le linge, les essoreuses, les machines à empeser, etc. L’ensemble de ces services électriques est alimenté par une usine génératrice placée dans l’hôpital même et qui comprend 5 chaudières d’une puissance de 450 chevaux, 2 moteurs à vapeur à grande vitesse, entraînant chacun par courroies 2 dynamos de 45 kilowatts (110 volts), et enfin, un moteur de 65 chevaux entraînant une dynamo de 25 kilowatts à 110 volts et une dynamo pour 20 lampes à arc.
- 1 Voir les tables des matières des années précédentes.
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- LA NATURE.
- On disposait donc d'une source d’énergie électrique permettant d’obtenir le courant à bas prix, puisqu’on pouvait utiliser le matériel et le personnel nécessités par des services déjà existants.
- L’installation du repassage électrique ne présentait ainsi aucune difficulté. Elle a, de plus, été très avantageuse, tant au point de vue de la rdépense qu’à celui de la santé du personnel.
- Elle a permis, en effet, de réduire de moitié le nombre d’ouvrières employées antérieurement.
- Cela tient aux faits suivants : les fers électriques étant toujours 'maintenus à la même température, chaque coup de fer donne un résultat constant et régulier ; les fers électriques ne délacent aucune chaleur appréciable dans l'atelier; ils permettent de supprimer le
- radialement, à 5 centimètres au-dessous du niveau supérieur de la table, 12 planches à repasser d’une forme très commode, ayant chacune lni, 25 de longueur et 45 centimètres de largeur; une seule ouvrière travaille sur chacune de ces planches; on peut donc loger douze ouvrières sur une surface carrée d’environ 6 mètres de côté, et aucune ne peut être gênée par sa voisine; la table centrale reçoit le
- linge fini, ce qui permet d’éviter les dér inutile:
- Fig. 1. — Atcliei
- fourneau employé pour le chauffage des fers ordinaires ou le loyer intérieur des carreaux ; la température de l’atelier est ainsi moins élevée et l’air n’est pas vicié par la combustion du charbon ou du gaz; ces conditions d’hygiène très favorables à la santé des ouvrières permettent à celles-ci de fournir dans un temps donné le maximum de travail, d’autant plus qu’elles ne sont pas obligées de se déranger pour entretenir le foyer intérieur des carreaux ou pour changer de fers; ceux-ci sont toujours propres, ce qui assure une exécution irréprochable du travail ; ils
- ne sont jamais ni trop chauds, ni trop froids, et ne peuvent ainsi ni brûler le linge, ni le rouiller.
- La disposition des tables à repassage, rendue possible par l’emploi des appareils électriques, assure à chaque ouvrière une grande liberté de mouvements, tout en permettant de grouper un grand nombre de repasseuses sur une faible surface. Notre gravure (lig. 1) représente l’aspect général de ces tables; la ligure 2 représente un fer électrique.
- Autour d’une grande table ronde, de 5 mètres de diamètre, et haute de 92 centimètres, sont disposées
- Sur le pourtour de la table, en lace de chacune des planches à repasser, s’élève un montant en fer, haut de 75 centimètres, terminé à sa partie supérieure par un tube en fer de 2 centimètres de diamètre, courbé eu arc de cercle, connue le représente notre
- de repassage par l’électricité à l'hôpital d’Indiunapolis. gravure, repro-
- duite d’après une
- photographie. Les conducteurs électriques sont amenés dans des conduites passant dans le sol bétonné; ils passent par le pied de la table et une dérivation est amenée par chacun de ces tubes
- jusqu’au fer, par l’inter-
- les dérangements
- Vue d’un fer à repasser électrique.
- médiaire d’un conducteur souple de longueur suffisante et qui se trouve ainsi toujours placé à droite et en arrière de l’ouvrière ; un petit interrupteur placé sur le montant permet d'interrompre le courant pendant les périodes de repos. Il y a trois tables de ce modèle en service ; trente-deux ouvrières suffisent à effec-qui en exigeait Ijadis pins de
- tuer le travail, soixante.
- En résumé, économie de main-d’œuvre, économie d’emplacement, meilleure exécution du travail, [dus grande rapidité, dépense d’énergie électrique peu élevée, conditions hygiéniques très favorables à la santé des ouvrières, tels sont les principaux avantages qu’a permis d’obtenir le repassage électrique et <pii en recommandent l’adoption dans des circonstances analogues. G. Peelissier.
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- LA NATURE.
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- LE MATÉ
- SON ORIGINE, SA PRÉPARATION ET SES EFFETS PHYSIOLOGIQUES
- Le maté (llex Paraguay émis, Àug. Saint-Hilaire) est un arbuste, de la même famille que le houx, et il sert à préparer un breuvage répandu en Amérique comme le thé en Angleterre.
- Découvert au Paraguay vers la lin du dix-liuilième siècle par des missionnaires jésuites, cet arbrisseau, qui atteint une hauteur de 5 à 6 mètres, lut bien connu du monde seientiiique au commencement de notre siècle, époque où le botaniste Aug. de Saint-llilaire le rapporta du Brésil. Depuis, nos pharmaciens seuls s’en servent, bien que sor. introduction dans nos mœurs, à titre de boisson journalière, présenterait de l'intérêt sous tous rapports. Sa préparation est facile, il produit des effets salutaires sur l’organisme humain, et les sources de revenus que pourraient en retirer d’intelligents loin d’être
- Aujourd’hui, l’industrie du maté existe uniquement dans certaines parties del’Àmérique du Sud.
- La province brésilienne du Parana en exporte annuellement 40 000 tonnes ; celle de Sainte-Catherine, moins favorisée que la précédente sous le rapport des voies de communication, n’atteint guère plus de 10 000 tonnes; c’est à peu près aussi la production du Paraguay.
- Le maté croît à l’état sauvage dans les vastes forêts de ces pays et celui du [daleau paranien est le plus estimé. Pour le récolter, les indigènes, armés d’un long couteau, vont couper les rameaux, et, après les avoir divisés, les grillent légèrement. Ils les [•lacent ensuite sur une cage de bambou, liante de 4 à 5 mètres et au centre de laquelle ils allument un feu doux durant vingt-quatre heures. Ils étalent alors les feuilles sur des cuirs, les détachent des rameaux avec un sabre de bois, puis les pilonnent et les ensachent dans des peaux de bœufs. Ce traitement primitif fait perdre beaucoup d’arome au maté. On éviterait cette dépréciation en le séchant au four.
- Lorsqu’il a subi cette première préparation, on le dirige sur des usines, dont les plus importantes sont celles de Curityba, d’Antonina (Parana), de Sâo Bento et de Joinville (Sainte-Catherine). Là on le « béné-
- ficie », c’est-à-dire qu’on le réduit à l’état de poudre presque impalpable. Ces opérations s'effectuent au moyen de procédés encore rudimentaires.
- On place d’abord le maté dans un dessiccateur constitué simplement par un cylindre de fer que traverse une vis d’Archimède. Jeté ensuite dans des blutoirs garnis de toile métallique et destinés à le classer par grosseurs, il [tasse après dans des ventilateurs qui le débarrassent des poussières, puis dans des concasseurs qui réduisent les brindilles et sous des marteaux-pilons qui finissent de le pulvériser.
- Ces manutentions sont coûteuses. 11 serait facile, en disposant d’une façon [tins rationnelle les appareils, les transmissions, et surtout en remplaçant les pilons par des moulins, de réaliser de sérieuses économies, ainsi que commencent déjà à le faire plusieurs usines.
- Comme dernière manipulation, la poudre est tassée dans de coquets barils en sapin ou dans de grands sacs en cuir nommés « sur-rons » qu’on renvoie aux [torts d’embarquements : Sào Francisco, Paranagua et Antonina, ports très fréquentés par la marine allemande.
- Nous avons dit plus haut que cette industrie était à même de donner de jolis bénéfices. Qu’on en juge par les renseignements suivants, extraits d’un Mémoire présenté à la Société française des ingénieurs coloniaux, par M. J. Courau, ingénieur-conseil de la Compagnie générale des Chemins de fer brésiliens.
- Choisissons pour type une petite usine dont la production annuelle est de 1000 tonnes. Elle exigera 50 000 francs environ, comme premiers frais d’installation, et l’industriel, réalisant un bénéfice net de 150 francs par tonne, soit 150 000 francs pour les 1000 tonnes traitées durant l’année, verra son capital lui rapporter un intérêt de 500 pour 100.
- Les frais de fabrication pourraient encore être réduits de [très du quart, grâce à un moulin inventé par M. Bloch, industriel français fixé au Parana, et ces bénéfices énormes s’expliquent par l’état du change au Brésil. D’une part, en effet, les prix de revient ne s’étant élevés avec le change que dans une faible proportion, d’autre part, la valeur du maté sur les marchés étrangers n’ayant [tas été influencée par ces fluctuations, son prix, payé en or, s’est traduit, en définitive, pour l’exportateur brésilien, par une rentrée de monnaie
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- du pays ayant une valeur triple de celle d’autrelois.
- Quant aux effets du maté sur l’organisme, tous les physiologistes s’accordent à les vanter.
- Le I)r Caminhoa, s'autorisant des analyses comparatives faites par le I)1' IVckolt sur des échantillons de thé, de café et de maté, conclut (pie ce dernier est moins excitant que les deux autres, une plus faible quantité d'huile essentielle entrant dans sa composition. En outre, contenant moins de substances résineuses que les thés verts ou noirs et [dus (pie le café, son action diurétique sera [dus grandi1 que celle de et1 dernier et, comme stimulant, il rivalisera très bien avec le thé vert.
- La proportion d'alcaloïde renfermé dans le maté varie, suivant l’espèce et le lieu d’origine, de Ogr,MK). à 16gl,750 par kilogramme. Pour celui du Paraguay, la proportion est, en général, de 7 à 9 grammes. D'après une communication de M. Paul Mac-quaire à l’Académie de médecine, cet alcaloïde serait identique à la caféine1; d’après M. Moreau (de Tours) il serait différent. Le premier se hase sur ce que les points de fusion de l’alcaloïde tiré du maté (matéine) et de la caféine sont les mêmes. Le second invoque les différences présentées par les cristaux de ces deux corps, et le lait que la matéine agit directement sur les muscles tandis que la caféine ne les influence qu'après passage sur le centre nerveux.
- Quoi qu’il en soit, les effets heureux du maté sont hors de doute : il augmente l’activité vitale sous toutes ses formes; absorbé en grande quantité, il ne provoque pas l’insomnie, enfin c’est un aliment doublement précieux puisqu’il ralentit la désassimilation et qu’il contient certains principes assimilables.
- Jacques Boyer.
- NÉCROLOGIE
- M. P. Schutzenberger. — M. P. Scbutzenberger, l’éminent chimiste, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des sciences, est mort le 26 juin, à Mézv (Seine-et-Üise), où il était en villégiature.
- M. Paul Scbutzenberger était né à Strasbourg en 1821) ; il était fils du jurisconsulte, qui fut maire de Strasbourg et député sous Louis-Philippe. 11 étudia d’abord la médecine, puis s’occupa particulièrement de chimie. Après avoir passé son doctorat, il fut chargé de professer la chimie à l’Ecole supérieure des sciences de Mulhouse, puis il devint directeur-adjoint du laboratoire de chimie de la Sorbonne et chef des travaux chimiques au Collège de France. C’est en 1876 qu’il fut nommé professeur titulaire de chimie dans ce même établissement.
- En 1884 il avait été élu membre de l’Académie' de médecine en remplacement de Jean-Baptiste Dumas dans la section de physique, et en 1888 membre de l’Académie des sciences en remplacement de M. Debray.
- M. Scbutzenberger dirigeait depuis de longues années l’École de physique et de chimie de la ville de Paris. D’une grande bienveillance, il ne laisse autour de lui que des amis qui pleurent sa perte prématurée. IL de P.
- 1 Alcaloïde extrait du café.
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- CHRONIQUE
- La Douane et les .rayons X. — Sur l'initiative de M. Pallain, directeur général des Douanes, on vient de faire au ministère des Finances l'essai d’un appareil radioscopique puissant qui permet de sonder le contenu des bagages des vovageurs. Déjà M. Girard avait vu à l’intérieur des bombes ou autres machines infernales les projectiles, la poudre choisie, le dispositif employé. On a pensé que l’on pourrait de même examiner sans les ouvrir l’intérieur des malles, caisses ou colis qui viennent de l’étranger. M. I'ollain a pu compter le nombre de cigares caché dans une valise, reconnaître la nature des vêtements, etc. Il est clair que la substitution de la radioscopie à l’œil des ‘douaniers serait un grand bienfait pour les voyageurs. Il n’y aurait plus besoin de supporter les demandes comminatoires des agents de la douane. « Vous n’avez rien à déclarer, monsieur? — Absolument rien, je vous assure ! — Alors ouvrez. » Dans cette manière de procéder, n’y a-t-il pas une injure gratuite au voyageur? On comprend qu’à bout de patience certaines personnes manifestent leur mauvaise humeur. Avec la radioscopie, ce serait bien plus simple et tout aussi pratique. Mais de même que les douaniers n’y' voient goutte souvent, malgré leur prétention, de même aussi la radioscopie pourra être plus d’une fois en défaut. Ainsi, quand M. Pallain le voudra, nous pourrons mettre dans une boîte autant de cigares qu’il nous plaira, et jamais aucun douanier ne les apercevra. Ainsi pour les dentelles, etc. Il est donc à craindre que l’application ne soit bien aléatoire!
- Vêtements incombustibles en asbeste. — On a présenté dernièrement à l’Association des Ingénieurs de Montréal, dit le Moniteur Industriel, un vêtement d’as-beste à l’épreuve du feu. Un pompier, revêtu de ce vêtement, est entré dans une cabane en flammes et y est resté quelques minutes, exécutant certaines manœuvres représentant un sauvetage. La protection des mains était obtenue par des gants d’asbeste. Les bottes, de même substance, avaient seules du fer. Le masque était pourvu d’un respirateur qui permettait à l’opérateur de respirer sans danger, et de ne pas avoir à craindre les vapeurs délétères. Le résultat de l’expérience a été considéré comme concluant.
- Recensement de la population russe. — Cette opération gigantesque a commencé en janvier 1897. On vient seulement d’en faire connaître les résultats. Il ressort du travail qui vient d’être publié que la population de l’empire de Russie s’élevait, à la date du 28 janvier 1897, au nombre de 129211 113 individus, dont 64 616 280 hommes et 64 594 833 femmes. Ces deux nombres montrent la population féminine en diminution d’une manière sensible, alors que l’élément masculin ‘progresse au contraire. En effet le nombre des femmes est de 21 447 inférieur à celui des hommes. Or, d’après les données fournies par les recensements antérieurs, les femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans la proportion de 20 à 25 pour mille. En 1848, la différence était même de 50 pour mille. Le recensement de janvier 1897 indique également que la population de l’empire a presque doublé depuis quarante-six ans. En 1851, lors du neuvième recensement, elle n’était en effet (pie de 67 380 645 individus. L’accroissement annuel de la population est actuellement de 14 pour mille. Si cette proportion se maintient, la Russie aura dans un siècle une population qui dépassera le chiffre formidable de 800 millions d’individus. Si l’on considère le chiffre
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- actuel de la population russe par rapport à la superficie du territoire russe, qui égale le sixième de toute la terre ferme du globe, on remarquera que la densité de la population est loin d’être considérable. Alors que la densité moyenne de la population du monde entier est de onze habitants par kilomètre carré, en Russie elle-n’est que de six individus par kilomètre carré.
- Le poinçonnage des poids et mesures. — Les
- poids et mesures fabriqués en France sont soumis à l’obligation du poinçonnage et ne peuvent voyager sans que cette condition soit remplie. Cette obligation, rapporte le Mojiiteur Industriel, a des conséquences fâcheuses sur lesquelles la Chambre syndicale des fabricants de lampes, lanternes, ferblanterie, appelle avec raison l’attention. La Belgique et la Suisse, dans l’intention sans doute de favoriser la production locale, ont imaginé de n’accepter les poids et mesures que sans poinçonnage. L’obligation imposée aux fabricants français n’a donc d’autre conséquence que d’empêcher l’exportation de ces articles. Cette précaution a été prise en France uniquement pour assurer la sincérité des poids et mesures livrés au commerce.
- Surmenage par bicyclette. — A la Société médicale des hôpitaux M. Mathieu a signalé le cas suivant de surmenage. Un jeune homme de vingt ans, en s’entraînant, fit une course à bicyclette de vingt-neuf heures sur piste, sans presque descendre de sa selle. Au bout de ce temps, il fut pris d’étourdissements, faiblesse générale, céphalée, et pendant la nuit survinrent de la toux, de la dyspnée et des crachements de sang. Le lendemain soir, il entrait à l’hôpital avec 40e anémié, épuisé, avant une rate grosse, ressemblant assez à un typhique mais sans diarrhée. Au bout de trois ou quatre jours, l’appétit revenait, bien que la fièvre persistât jusqu’au huitième jour. Il eut une légère hémoptysie, mais sans signes thoraciques; pas d’insuffisance cardiaque. Au début, il avait 2 gr. 50 d’albumine par jour; il est vrai que, dans son enfance, il avait eu la scarlatine. La quantité d’albumine, qui a diminué dans le cours de sa convalescence, a augmenté un jour où il avait fait un peu de bicyclette. M. Faisans de son côté rapporte l’observation d’un adulte qui, après une course à bicyclette de 45 kilomètres faite à allure rapide, fut pris d’accidents à forme typhique qui durèrent 20 jours environ (température, 40°, 41°, céphalée, douleurs névralgiques généralisées). Dans la convalescence, survinrent des accidents infectieux : phlébite, myosite, myocardite. Dans ce cas il y eut deux périodes : une première pendant laquelle il y eut une véritable auto-intoxication provoquée par lg fatigue musculaire, et une seconde caractérisée par une infection sanguine.
- Œufs d’oiseaux : conservation des colorations de la coquille. — D’après notre confrère Nature, de Londres, les colorations des œufs d’oiseaux qui présentent souvent des nuances délicates, des marbrures ou des taches, résistent mal à la lumière, et si l’on ne prend la précaution de les protéger par un écran opaque, on voit les nuances s’altérer. Le fait est bien connu et l’on a tenu compte de l’observation dans la plupart des musées. 11 est à remarquer que tous les pigments ne sont pas également sensibles à la lumière ; les œufs bleus, comme celui de l’étourneau, deviennent généralement pourpres, puis grisâtres; les œufs bleu verdâtre du guillemot et de presque tous les oiseaux de mer sont également décolorahles ; en revanche, les teintes brunes ou vert olive, comme celle du courlis, celle du vanneau, paraissent beaucoup plus
- stables. L’effacement des teintes est facilement reconnaissable sur certains œufs normalement recouverts par un réseau de carbonate de chaux : si l’on enlève cé réseau avec un canif, on trouve dessous la nuance inaltérée, qui contraste avec la teinte pâlie des régions non protégées; au contraire, les veines brunes qui se détachent si nettement sur le fond pâle de la coquille dans l’œuf d’emberiza s’effacent complètement.
- Les filets protecteurs contre les torpilles.
- — Les filets Bullivant, considérés pendant si longtemps comme des remparts absolument efficaces contre les torpilles, ont cessé de vivre, tout au moins en France. Le ministre de la Marine vient d’en décider la suppression complète, non seulement pour les navires de combat actuellement en service, mais encore pour tous ceux en achèvement, en construction ou à construire dans l’avenir. On se propose de les utiliser pour la confection de barrages, d’estacades, etc.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 juin 1897. — Présidence de M. Chahs.
- Effets mécaniques des grêlons. — M. Forel signale un effet mécanique singulier observé à l’occasion du passage de grêlons au travers d’une vitre. L’orifice d’entrée présentait des bords coupants, aux arêtes vives, tandis que l’orifice de sortie présentait des bords arrondis. 11 semble à Fauteur qu’on se trouve en présence d’un véritable phénomène d’érosion, et que les bords de l’orifice de sortie aient subi un polissage sous l’influence des poussières de verre détachées.
- Décès. — M. Berthelot annonce à l’Académie la perte quelle vient d’éprouver en la personne de M. D. Schutzen-berger, enlevé après une courte maladie, alors que par sa vigueur on pouvait espérer qu’il vivrait encore longtemps. La mort de M. Schutzenberger est, dit-il, un deuil pour la science, qu’elle prive d’un maître bienveillant et éclairé, ainsi que pour l’Académie, à qui elle enlève un collaborateur livré aux plus intéressantes recherches. 11 rappelle que le défunt avait été préparateur de Dumas en 1860, puis de Balard, auquel il avait succédé, en 1876, au Collège de France. M. le Président prend à son tour la parole et adresse au savant modeste et consciencieux, aujourd’hui disparu, un adieu suprême où se révèlent, en termes émus, les regrets intimes arrachés à une amitié sincère. Après avoir entendu ces paroles de regret, l’Académie décide de lever la séance, en signe de deuil, après avoir procédé à l’élection fixée pour la séance de ce jour.
- Élection. — M. de Lapparent est élu membre de la section de minéralogie par 48 voix, contre 5 données à M. Barrois et 2 à M. Munier Ghalmas.
- Varia. — M. Stanislas Meunier adresse une Note sur une météorite tombée en France, en 1822. — M. de Cyon communique un travail sur les nerfs du cœur et la
- glande thyroïde. Ch. de Vileedeuil.
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- UN COMPTEUR EXTRAORDINAIRE
- A une séance de la Société d’anatomie de Bordeaux, le Dr Ginestous a présenté un jeune sujet fort extraordinaire. Ce jeune homme— il a vingt-sept ans — ne peut lire une phrase, la penser, l’écrire, sans compter mentalement et sans répit toutes les
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- lettres contenues dans ees phrases. Il est employé dans une grande compagnie commerciale de la ville, et, qu’il soit occupé à rédiger une lettre pour ses affaires de bureau, qu’il lise un journal, qu’il cause avec un ami, un indifférent, il compte tout, sans que ce travail fantastique semble lui causer aucune peine, aucun effort et troubler en quoi que ce soit son bon état de santé. Depuis son enfance il a [tris, comment dirai-je, cette manie psychique, et le Dr Gincslous, qui a été son camarade de lycée pendant six ans, ne s’est jamais aperçu de cette particularité. Et cependant, déjà à ce moment, il comptait les vers de Y Iliade, de YÉnéide, les lettres de la page d’histoire, des dictionnaires qu’il feuilletait. Vous lui demandez : « Comment vous portez-vous? » 11 vous répondra tout de suite, si vous le voulez, le chiffre des lettres qui vous ont servi pour votre phrase, 21.
- Depuis l’àge de dix ans, dit le D1 Gincslous, mon ami compte toutes les lettres des phrases et cela du matin au soir, depuis le moment où il s’éveille jusqu’au moment où il s’endort. La nuit, son travail cesse et il n’y rêve jamais; mais le jour, il se manifeste sans discontinuité aucune. Quand on ne lui parle pas, il invente des phrases qu’il recompte sans cesse. Le nombre 52 lui plaît; le nombre 15 lui déplaît.
- Mais ce travail continu ne le gêne en rien dans l’exercice de sa profession.
- Ce sujet curieux présente une autre particularité, il a des phénomènes de vision colorée. Les mois de l’année, ceux de la semaine, ont une coloration plus ou moins blanche, suivant le reeulement vers le dernier mois de l'année ou le dernier jour de la semaine. Janvier et lundi sont d’un blanc parfait; les autres mois grisaillent, et les‘jours de la semaine aussi foncent graduellement pour atteindre le noir complet en décembre et le dimanche. Dr X...
- FOYER PORTATIF A PÉTROLE
- Les plombiers, gaziers et couvreurs ont constamment besoin d'un foyer portatif pour les diverses opérations qu’ils doivent exécuter, cintrer les tuyaux en fer, fondre les métaux, braser, tremper les outils, chauffer les fers à souder.
- Les foyers à coke ou à charbon de bois suffisamment puissants présentent divers inconvénients ; ils sont lents à mettre en état de servir et dépensent inutilement du combustible pour leur entretien.
- Le foyer portatif que nous représentons dans la figure ci-jointe est à la fois un foyer puissant et économique ; il est toujours prêt [tour le travail et n’occasionne aucune dépense entre deux opérations. 11 est très répandu dans les pays où le pétrole revient au prix modique de 0 fr. 10 le litre.
- L’appareil se compose d’un réservoir en cuivre P, contenant le pétrole, et traversé par une pompe G, (pii sert à établir une pression d’air à la surface du liquide. Au-dessus du réservoir et séparé de lui par une plaque horizontale D formant écran, pour éviter réchauffement, se trouve le foyer proprement dit. C’est dans celui-ci que tout le pétrole vient brûler, après s'être vaporisé par son passage à travers un serpentin S, chauffé par la flamme même. Ce serpentin est formé par un tuyau en fer partant du fond du réservoir et se terminant par un jet central à l’autre extrémité. Sur le tuyau ascendant est placé un robinet B de réglage du débit du pétrole pour régler à volonté l’intensité de la flamme. En dessous du serpentin est une coupe en fer que l’on ouvre en E et dans laquelle, pour l’allumage, on verse une cuillerée d’esprit de bois. On a eu soin d’abord de remplir le réservoir P de pétrole en dévissant le bouchon A. On met le feu à l’esprit de bois, et, dès que le serpentin est chaud, on ouvre le robinet d’accès du pétrole ; le jet s’enflamme et l’appareil est prêt à fonctionner.
- Dans le foyer on peut placer soit une marmite en fonte dans laquelle on met fondre du plomb, de l’étain, soit des outils qu’on veut chauffer et tremper, des fers à souder, des tuyaux en fer à cintrer.
- L’appareil rend les mêmes services qu’une petite forge portative et il est d'un emploi beaucoup plus commode, d’un poids moins élevé et d’un transport plus facile. Ces avantages le recommandent pour les travaux à exécuter dans les chantiers. M. Lebon.
- Le Gérant : P. Masson.
- Foyer portatif à pétrole. — 1, Coupe intérieure. — 2. Vue d'ensemble.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9-
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- N° 1258
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- LA NATURE
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- LES PARASITES DES FOURMIS ET DES FOURMILIÈRES
- Los fourmilières sont peuplées d’une grande quantité d’animaux différents des légitimes propriétaires et qui semblent y vivre comme chez eux. Quelles sont
- exactement les relations des étrangers avec les fourmis? Sonl-ce des parasites? des commensaux ou des mutualistes? Quel est leur genre de vie? Telles
- Fig. 1. — Vue d’ensemble, très grossie, des fourmis avec leurs parasites.
- sont les questions à la solution desquelles s'est attelé M. Charles Janet, avec une patience et un soin dignes de Iléaumur. Nous allons faire connaître brièvement quelques-uns des résultats obtenus.
- Tout d’abord, pour recueillir des fourmis, avec leur progéniture et leurs « myrmécophiles » (c’est ainsi qu’on désigne les hôtes étrangers des fourmi-
- 25e année. — 2e semestre.
- Hères), M. Ch. Janet emploie un procédé très ingénieux. Pour prendre, dans les parties profondes du nid, et cela sans trop le détériorer, des échantillons de ses habitants, il y fait pénétrer et y laisse à poste fixe, pour ne les retirer qu’au moment des observations, des sondes en bois. Celles-ci sont formées d’un pieu en bois dur, à section ronde ou rectangulaire,
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- LA NATURE.
- présentant dans son intérieur une série de petites chambres indépendantes et pourvues, chacune, d’une galerie d’accès. Au moment de l’installation, on peut mettre du miel et du sucre dans quelques-unes des chambres. Losqu’une semblable sonde qui, naturellement, ne peut être employée que dans une terre à peu près dépourvue de [lierre, est restée en place dans un nid pendant plusieurs semaines, on constate que les iburmis se sont installées dans une partie des chambres, avec de la progéniture et des myrmécophiles, exactement comme elles l’auraient fait dans des galeries creusées dans le cœur d’une vieille racine. Une variante assez commode de cet appareil est celle dans laquelle la planchette qui porte les trous d’entrée des chambres peut coulisser d'une petite quantité, de façon que, au moment de l’enlèvement, les trous qui sont au droit des chambres [missent être amenés au droit des cloisons. 11 est possible ainsi d’emprisonner la motte et de la transporter, sans perte, jusqu’au laboratoire, où on peut l’étudier tout à son aise.
- L’un des parasites les [dus communs des fourmis du genre Lasius est nn Aearien, VAntennophorus
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- Fig. 2. — Sonde pour prélever dans le nid des fourmis et leurs parasites.
- uhlmanni; il ne circule pas dans le nid, mais vit constamment sur le corps des fourmis. Généralement une fourmi porte un Aearien sous la tête et deux autres, à droite et à gauche de l’abdomen. Si l’on détache un Antennophorus et si on le pose sur le sol d’un nid artificiel, on le voit tendre et agiter ses antennes (ou plus exactement ses pattes antenni-formes) pour percevoir l’approche des fourmis. Il les tend et les agite encore davantage si une fourmi vient à passer devant lui. En même temps, il se dresse sur ses deux dernières paires de pattes et tend en avant la paire pendante. Mais, quelle que soit leur position, il arrive toujours à poser au moins l’une des pattes de sa première paire, soit sur la tête ou sur l’abdomen d’une fourmi, soit sur le dos d’un Antennophorus déjà installé. La substance exsudée à la surface de l’extrémité des pattes est très fortement adhésive. Grâce à cette propriété, T Aearien adhère instantanément à la fourmi sur laquelle il a pu arriver à poser une de ses pattes.
- Dès qu’un Antennophorus est parvenu à grimper sur la fourmi, cette dernière, même dans le cas où elle porte déjà un ou deux de ces parasites, se démène fortement. Elle menace de ses mandibules, se frotte avec ses pattes et, surtout, recourbe son abdomen pour toucher, avec son pinceau anal mouillé de venin, le nouveau venu. Mais celui-ci a, généralement, eu le temps de prendre une de ses positions normales, et la fourmi se résigne rapide-
- ment à supporter sa nouvelle charge. Les Antennophorus passent facilement d’une fourmi à une autre. Lorsque les fourmis sont groupées les unes contre les autres, ou voit souvent les Antennophorus se dresser sur leurs pattes de derrière et tendre leurs [lattes antérieures, et, en particulier, leurs pattes antenniformes, vers les fourmis voisines, et, de temps à autre, on en voit un qui se décide à effectuer le passage. Si l’on met, à part, dans un nid artificiel, un bon nombre de fourmis portant toutes un seul Antennophorus, on constate après quelques heures que des fourmis n’en portent [dus, tandis que d’autres en portent deux ou trois.
- La nourriture exclusive des Antennophorus est le liquide nutritif que les fourmis tiennent emmagasiné dans leur jabot. Ces Antennophorus ne mangent [tas pendant que la fourmi qui les porte récolte de la nourriture, mais on les voit prendre une part du liquide nutritif que cette fourmi se fait dégorger par une de ses compagnes. Ces Acariens savent demander et obtenir de la nourriture en dehors du dégorgement de fourmi à fourmi, "en le demandant soit à leur porteuse (cas des Antennophorus placés sous la tête), soit à une fourmi qui se trouve près d’eux (cas des Antennophorus sur les cotés de l’abdomen).
- Si les Antennophorus sont, en général, mal accueillis par la fourmi sur laquelle ils grimpent, ils ne sont plus maltraités une fois qu’ils sont installés sur leur hôte. On voit souvent, dans les nids d’observation, une fourmi occupée à lécher soigneusement le corps d’une de ses compagnes. Si, dans cette opération, elle arrive près d’un Antennophorus, elle ne manifeste aucune surprise. Continuant son opération, elle lèche le dos du parasite et, si elle arrive près de la bouche de l’Aearien, elle lui dégorge volontiers une gouttelette de nourriture.
- Un autre Aearien, le Discopoma comata, est aussi fréquent sur les fourmis. On les rencontre en très petit nombre dans les galeries et en grand nombre sur les larves des mâles et des reines et, surtout, sur l’abdomen des ouvrières adultes. Lorsqu’un Discopoma est posé sur le sol d’une galerie du nid, il y circule, les pattes antenniformes dirigées en avant. Il se soulève sur ses pattes postérieures lorsqu’une fourmi passe dans le voisinage et, s’il peut l’atteindre, il grimpe sur elle. Celle-ci cherche à se débarrasser du parasite, mais ses efforts sont vains parce que l’Aearien applique si bien les bords de sa carapace sur le corps de la bête que les pattes de ce dernier glissent sans trouver aucune prise.
- Les fourmis se résignent et tolèrent ces parasites dès qu’ils se sont installés sur l’abdomen, où ils se placent généralement à trois, un de chaque côté et un au milieu. Ceux-ci y vivent en enfonçant leurs organes buccaux au travers de la cuticule et en suçant les liquides intérieurs : ce sont des parasites.
- Tous les hôtes myrmécophiles, heureusement pour les fourmis, ne sont pas aussi dangereux pour elles. L’un des plus bénins est assurément le Lepis-mina polypoda. Les Lepismina circulent et se fau-
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- filent au milieu des fourmis, mais ils ont bien soin de ne jamais rester immobiles dans leur voisinage.
- Si, après avoir enlevé, pendant quelques jours, la mangeoire garnie de miel qui se trouve placée dans un nid artificiel, on la remet en place, on voit plusieurs fourmis venir y faire un long repas, et lorsque, le jabot bien garni, elles rentrent dans les chambres habitées, elles sont assaillies par leurs compagnes qui viennent demander une part de la provision.
- Le partage commence aussitôt. L’approvisionneuse et les demandeuses se dressent un peu l’une devant l’autre. La première écarte ses mandibules, allonge sa langue que sa compagne saisit avec ses mâchoires et dégorge des petites gouttelettes qui sont immédiatement absorbées. Dès que les premières approvisionneuses sont rentrées dans le nid, les Lepis-mina ont montré qu’ils ont perçu l’odeur du miel. Bientôt un bon nombre de fourmis sont groupées par couples pour le dégorgement. Le corps légèrement redressé et, souvent, les pattes antérieures soulevées, elles laissent entre elles, au-dessous de leur tête, un certain intervalle. Dès qu’un Lepismina arrive près d’un semblable couple, il se précipite dans cet intervalle, relève fortement la tête, happe rapidement la gouttelette qui passe devant lui et se sauve vivement, comme pour échapper à une poursuite meutée. Mais les fourmis, dressées l’une contre l’autre, ne sont pas assez libres de leurs mouvements pour pouvoir même simplement menacer l’audacieux voleur, qui va tout de suite mettre un autre couple à contribution, et on le voit continuer impunément ce manège jusqu’à ce que sa faim soit calmée.
- Tant de quémandeurs pour une goutte de miel! C’est la vie humaine en petit. Henri Coupin.
- SUR LA LUCIFÉRASE OU ZYMASE
- DES ANIMAUX ET DES VÉGÉTAUX
- M. Raphaël Dubois a démontré que l’agent actif de la production de la lumière chez les animaux et les végétaux est une substance présentant tous les caractères des zymases et qu’il a, pour cette raison, nommée lucifêrase. D’autre part, ses expériences établissent que la lumière physiologique n’est pas le résultat d’une combustion, ni même d’une oxydation lente, directe. La fixation de l’oxygène est nécessaire, comme il l’a reconnu postérieurement à ses premières recherches, seulement elle se fait indirectement ou plutôt par l’intermédiaire de la lucifêrase, qui se comporte, sous ce rapport, comme un ferment d’oxydation. Les organes lumineux des Lampyres et des œufs contenus dans les ovaires de la femelle donnent avec la teinture de gayac une belle coloration bleue : il est vrai que le sang du Lampyre, comme celui de divers insectes, produit la même réaction; mais l’auteur a montré quelle était son importance dans la fonction photogène, chez les Élaté-rides. Le mucus lumineux recueilli à la surface du corps des poissons morts, traité par l’eau chloroformée, donne, après filtration, la même réaction. Ceci n’a rien de surprenant, puisque la cause de la phosphorescence est la même chez les animaux et chez les végétaux.
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- IA TRACTION ÉLECTRIQUE
- A PARIS
- La traction électrique ne fait pas de rapides progrès à Paris. Alors qu’à l’étranger et dans la plupart des villes de province nous voyons chaque jour de nouvelles installations de tramways électriques s’établir et se développer très rapidement, nous restons toujours à Paris avec quelques lignes desservies par des voitures à accumulateurs et avec une seule ligne à contacts à la surface du sol. La question des canalisations aériennes ou souterraines est en effet d’une haute importance et ne semble pas encore sur le point d’être résolue.
- En attendant nous ferons connaître les nouvelles dispositions prises par la Société des tramways de Paris et du département de la Seine pour les lignes qui vont de la Madeleine à Courbevoie, à Courbevoie-Neuilly et à Levallois, et qui ont des longueurs respectives de 6,6 kilomètres de 6,7 kilomètres et de 4,7 kilomètres.
- Le système adopté est la traction électriqua par accumulateurs à charge rapide. La charge s’effectue en quelques minutes, pendant la période de stationnement aux points terminus.
- L’installation que nous allons décrire a été faite par la Société industrielle de moteurs électriques et à vapeur.
- L’usine génératrice est établie quai National à Puteaux. Elle renferme 3 chaudières multitubulaires Babcock et Wilcox, pouvant fournir 1800 kilogrammes de vapeur par heure à la pression de 16 kilogrammes par centimètre carré. Ces chaudières alimentent 3 moteurs à vapeur Willans à triple expansion commandant directement chacun une dynamo Brown à 4 pôles de 200 ampères et 600 volts à la vitesse angulaire de 460 tours par minute. Les machines à vapeur peuvent marcher à échappement à air libre ou à condensation. L’eau nécessaire pour la condensation et l’alimentation des chaudières est puisée dans la Seine par une pompe actionnée par un moteur électrique.
- La figure 3 donne la vue intérieure de la salle des machines de l’usine. A gauche, se trouvent les trois groupes de moteurs avec les dynamos accouplées et à droite le tableau de distribution. Chaque dynamo est reliée à un panneau spécial par un circuit qui traverse deux coupe-circuits et un interrupteur bipolaire.
- Des barres de distribution partent 6 feeders, dont 3 sont destinés à alimenter, l’un la charge au dépôt et les deux autres à actionner des pompes électriques et à assurer l’éclairage. Les 3 autres feeders servent à la charge des voitures à distance. Chacun des circuits traverse sur le tableau un interrupteur à levier, un interrupteur automatique à charbons, un ampèremètre et deux coupe-circuits.
- Des trois feeders, l’un, d’une section de 150 mil-lim. carrés, dessert le poste de charge à Neuilly-Cour-
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- Fig. 1. — Yuc d’une voiture en charge.
- Revoie; le deuxième, de 150 millim, carrés, est relié à Courbevoie (place Victor-Hugo), et le troisième aboutit à Leval-lois sur le bord de la Seine. Ils sont formés par des câbles sous plomb et armés placés directement en terre.
- A chaque poste de charge est installée une borne, d’une forme analogue à celle des avertisseurs d'incendie. Les lée-ders sont reliés à un petit tableau intérieur, et une prise de courant permet de la mettre en communication avec la voiture (fig. 1).
- Les voitures, dont la même figure donne une vue d’ensemble, sont des voitures à 52 voyageurs à impériales couvertes. Chacune d’elles pèse en ordre de marche
- un poids total de 14 tonnes et peut en remorquer une deuxième de 7 tonnes. Elle renferme 200 accumulateurs Tu-dor à 5 plaques de 18 kilogrammes chacun, logés «à poste fixe sous les h auquel tes dans des caisses hernié t i quement closes. La figure 2 nous montre la vue intérieure des dessous de banquettes où se trouvent les accumulateurs.
- La charge se différence de potentiel constante. La batterie, tous les éléments montés en tension, est mise en communication avec le poste déchargé à l’aide d’un petit tableau, que l’on aperçoit en avant dans la figure 2, et d’un câble souple. L’intensité moyenne de charge est de 120 am-
- Fig. 2.— Vue intérieure d une voiture et vue du tableau de distribution pour la charge.
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- pères, et la durée est environ de 10 à 12 minutes.
- Chaque voiture est munie de deux moteurs de 25 chevaux chacun, tournant à 500 tours par minute et commandant par pignon en acier et roue en fonte chacun des deux essieux. La vitesse de marche prévue par les règlements est de 16 kilomètres par heure à l’extérieur de Paris et de 12 kilomètres à l’intérieur. Ajoutons que la voiture a un contrôleur qui permet d’effectuer toutes les manœuvres et de supprimer une batterie s’il survient un accident ; en marche normale on laisse toujours les accumulateurs couplés en tension. En outre du frein à corde manœuvré par la manivelle du contrôleur, chaque voilure est également pourvue de freins à vis et de sablières. La voiture est éclairée par 6 lampes électriques branchées en tension sur la batterie; deux petits ventilateurs électriques servent à chasser au dehors les gaz dégagés pendant la charge.
- Ces quelques renseignements, encore bien incomplets cependant, nous montrent qu’il s’agit dans Paris d’un essai intéressant et qui fixera les idées sur la valeur pratique de la traction à l’aide des accumulateurs Tudor; des résultats satisfaisants ont déjà été obtenus à Hanovre. J. Laffargue.
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- LES PRÉJUGÉS SCIENTIFIQUES
- LE BAROMÈTRE ET LA PRÉVISION DU TEMPS
- Le ciel est indécis. Pleuvra-t-il? Ne pleuvra-t-il pas? On jette un coup d’œil sur le baromètre accroché à la muraille, il marque : Beau temps. Gaiement on sort, laissant à la maison l’encombrant parapluie, et l’on reçoit une superbe averse!
- C’est qu’en effet, il est faux que la hauteur absolue du baromètre puisse indiquer le temps. Le préjugé date de loin : dès les premiers temps de la découverte du baromètre, on s’aperçut que le niveau du mercure se déplace continuellement et que ces variations paraissaient intimement liées aux changements des vents. À Paris, par exemple, d'une manière générale, le baromètre est moyennement le plus haut quand le vent souffle du nord ou du nord-est, et moyennement le plus bas quand le vent souffle du sud ou du sud-ouest. Comme la pluie, à Paris, est le plus souvent amenée par les vents du sud ou du sud-ouest, on en a conclu que lorsque le baromètre est bas, il faut prévoir la pluie. Les constructeurs, alors, ont placé en regard des divisions du tube barométrique des notations qui sont généralement les suivantes :
- 785mm Très sec 749mm Pluie ou vent
- 776 Beau fixe 740 Grande pluie
- 767 Beau temps 731 Tempête.
- 758 Variable
- Ces instruments, construits à Paris, sont vendus un peu partout, en province, et l’habitant de Briançon, par exemple, est tout étonné de voir son baromètre se fixer d’une façon presque générale aux environs de Tempête ! C’est qu’en admettant, en effet, qu’un baromètre construit comme nous venons de le dire puisse donner des renseignements exacts à Paris, il n’en résulte pas pour cela que sa graduation conserve un sens en tout autre lieu ; car, le baromètre baissant au fur et à mesure qu’on s’élève au-
- dessus du niveau de la mer, à chaque lieu du globe correspond une hauteur barométrique moyenne : 762ram,5 à Paris; 727mm à Genève, etc.
- En outre, le raisonnement sur lequel est basée la graduation des constructeurs n’est pas applicable partout : c’est ainsi qu’à Saint-Pétersbourg il pleut à peu près indifféremment par tous les vents, que ceux-ci maintiennent élevé ou non le niveau du mercure; de sorte qu’à Saint-Pétersbourg, les indications barométriques, interprétées comme elles le sont communément, sont sans valeur.
- Enfin dans nos régions, à Paris même, elles n’en ont guère davantage : c’est ainsi que sur 1080 observations relevées, on a constaté 754 pluies avec un baromètre plus bas que la moyenne, et 346 pluies avec un baromètre plus haut que la moyenne ; c’est ainsi encore que les vents du nord-est amènent souvent de la pluie ou de la neige, quand ils soufflent violemm nt, même quand le baromètre monte. Et, en effet, le raisonnement que nous avons rappelé au début n’est pas rigoureux : les deux généralement qu’il contient lui enlèvent tout caractère d’un syllogisme exact ou même suffisamment approché. Parallèlement aux indications du baromètre, il y a lieu de tenir compte de bien d’autres influences locales qui, non seulement peuvent agir à l’encontre des indications barométriques, mais même intervenir directement pour les modifier. La force du vent, sa persistance à souffler dans telle ou telle direction, la valeur de l’état hygrométrique de l’air, la marche des minima thermométriques quotidiens sont des facteurs très importants à considérer dans la prévision du temps. Il faut même tenir compte des accidents de terrain : ainsi, lorsqu’un courant nord-ouest s’établit sur la France, les Pyrénées et les Alpes entravant l’action du vent, la pression atmosphérique augmente au nord-ouest, et le baromètre monte ; elle diminue au contraire au sud-est, et là le baromètre baisse.
- On voit qu’il ne reste rien d’exact dans la manière de consulter un baromètre que nous indiquions en commençant. Le baromètre ne peut-il donc être d’aucune utilité pour la prévision locale du temps à courte échéance? — Si, mais il faut étudier d’abord la marche générale de l’instrument dans le lieu où l’on veut l’utiliser.
- Les variations barométriques se divisent d’elles-mêmes en variations régulières et en variations accidentelles. Le baromètre, par les temps les plus calmes, éprouve chaque jour des variations régulières : il monte de 4 heures à 10 heures du matin, baisse de 10 heures du matin à 4 heures du soir environ, recommence à monter jusque vers 10 heures du soir, pour redescendre ensuite à son minimum de 4 heures du matin. Ces variations ont une amplitude très faible dans nos régions, où elles disparaissent devant les variations accidentelles, beaucoup plus grandes, et qui, elles, sont liées plus ou moins intimement aux changements du temps. C’est le contraire qui a lieu pour les régions tropicales, où les variations régulières ont une bien plus grande amplitude que les variations accidentelles : de Humboldt, voyageant en Afrique, était même parvenu à se servir de son baromètre comme d’une horloge. Il résulte de là qu’une variation accidentelle de 1 millimètre pourra ne pas avoir de conséquences dans un endroit déterminé, alors qu’en un autre endroit elle pourrait présager les plus violents ouragans.
- Si donc le constructeur du baromètre veut lui adjoindre, pour continuer à répondre au désir du public, une gra-
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- duation ayant quelque sens, il devra écarter ou rapprocher les divisions Beau temps, Beau fixe, etc., suivant le lieu où l’instrument servira. l)e plus, d’un grand nombre d’observations il devra déduire la hauteur moyenne du baromètre en ce lieu, et c’est en regard de cette hauteur moyenne qu’il devra placer le mot : Variable. Pourquoi, dans ces conditions, le constructeur ne rendrait-il pas mobile la planchette ou le cadran qui porte les indications, et même ne composerait-il pas cette planchette ou ce cadran de parties mobiles les unes par rapport aux autres? Le possesseur de l’instrument, allant d’un lieu à l’autre, pourrait alors lui-même placer les différentes indications à l’écart voulu, et le mot Variable au point convenable. Des tables faciles à dresser à l’aide des nombreuses observations déjà faites, lui donneraient d’ailleurs tous les renseignements nécessaires. Ce ne serait là, du reste, qu’un progrès fort insuffisant; mais sans les indications usuelles, les constructeurs ne vendraient peut-être plus leurs instruments, et dans ces conditions le plus petit progrès sur le préjugé n’est pas à dédaigner.
- Mais il y a une méthode plus raisonnée pour consulter avec fruit le baromètre : tout d’abord, ce qu’il importe de noter au moment de l’observation de l’instrument, ce n’est pas la hauteur absolue du niveau (ou la position absolue de l’aiguille dans les baromètres anéroïdes), mais le sens de la marche ; aussi peut-on recommander, à cet égard, l’emploi d’un baromètre un peu paresseux, d’un baromètre à tube étroit, par exemple. On donnera un petit coup sec sur l’instrument au moment de faire la lecture, et l’on verra le mercure ou l’aiguille en retard faire un petit mouvement brusque qui indique tout de suite le sens de la marche depuis l’observation précédente. Voici alors, succinctement résumées, les déductions probables qu’on pourra tirer, dans notre climat, de la consultation du baromètre ; elles sont le résultat d’un grand nombre d’observations enregistrées depuis un très long temps :
- 10 Si le niveau moyen reste stationnaire ou monte pendant que le temps devient plus froid et l’air plus sec (consulter le thermomètre à minima et l’hygromètre), on doit prévoir des vents de la partie du nord, ou une diminution de vent ou de pluie ; si le niveau moyen reste stationnaire ou baisse pendant que le temps devient plus chaud et l’air plus humide, on doit prévoir des vents du sud-ouest et de la pluie;
- 2° Une augmentation brusque de 1 ou 2 millimètres, surtout quand le baromètre est bas, indique assez souvent l’arrivée de la pluie ;
- 3° Une baisse brusque et considérable a une signification plus nette encore ; c’est un présage de fort mauvais temps, de tempête.
- Tels sont les points principaux qui pourront servir de repères à un observateur isolé, cherchant à prévoir le temps à courte échéance. Il ne devra pas perdre de vue un seul instant la grande importance que peuvent prendre les influences locales les plus diverses, il cherchera à les classer, et par là perfectionnera sa méthode. Mais s’il n’est plus isolé, s’il a connaissance d’autres observations faites en d’autres lieux en même temps que les siennes, il acquiert de nouveaux et précieux moyens d’appréciation. C’est par un classement logique et une étude raisonnée d’un grand nombre de telles observations, que la météorologie a pu faire d’importants progrès dans la dernière moitié de ce siècle et devenir une science beaucoup plus avancée qu’on ne le croit généralement. J. Derôme,
- Licencié ès sciences.
- LE DEUXIÈME CENTENAIRE
- DE L’INTRODUCTION DU TABAC EN RUSSIE
- Il y a deux cents ans que Pierre le Grand, par un ukase resté célèbre, leva toutes les mesures prohibitives édictées par ses prédécesseurs contre la culture, le commerce et la consommation du tabac. Célébrons ce bicentenaire en consacrant quelques lignes à l’histoire de cette solanée.
- Le tabac pénétra en Russie par le port d’Arkhangel. 11 y aurait été apporté, au dire de la Novoié Vrémia, par une députation de commerçants anglais (jui allaient à Moscou. L’acte de fumer ou de priser ne constitua d’abord qu’une extravagance à la mode, mais le nombre des fumeurs et des priseurs augmentant beaucoup, l’empereur Michel Fedorovitch proscrivit sous ces deux formes son usage dans les églises1. Le czar Alexis Michaïloviteh condamna même au knout et à la prison les réfractaires2.
- Malgré ces mesures de coercition, le tabac passa de plus en plus dans les mœurs lusses, si bien que le 15 février 1097 Pierre le Grand se vit dans l’obligation d'autoriser le commerce de l’herbe stupéfiante.
- Le monopole de la vente appartint pendant plus d’une année à une maison établie à Moscou par Thomas von der Bracht, maison qui avait une succursale à Arkhangel. L’amiral anglais de Kamartin racheta ces magasins, le 16 avril 1698, à charge de payer au gouvernement 4 kopecks par livre de tabac importé. Cet état de choses dura sept ans ; puis, en 1705, on concéda aux cabaretiers le droit de vendre le tabac moyennant une légère redevance.
- Après 1716, ce commerce devint libre à nouveau et le czar s’occupa de créer des plantations. Il fit venir de l’étranger des ouvriers habiles à exploiter la Nicotiana tabacum, qui jusque-là n’était cultivée dans aucune région de l’Empire à part la Petite Russie.
- Le tabac figurait cependant dans l’arsenal thérapeutique des médecins russes et l’État s’intéressait à sa vente en percevant un impôt.
- Trente ans plus tard, l’impératrice Catherine fonda un comptoir subventionné qui distribuait gratuitement les graines aux planteurs et qui achetait leur récolte. La Bessarabie, la Crimée et les autres provinces riveraines de la mer Noire donnèrent les meilleurs produits. En 1838, le tabac fut frappé d’une taxe de 20 pour 100 de sa valeur, et, en 1882, on fixa les droits au taux qui subsiste encore.
- Aujourd’hui l’usage du cigare et l’habitude de chiquer — si l’on en excepte les marins — sont rares parmi les Russes et la pipe n’y est guère fumée que par les paysans. Enfin le grand Empire du Nord occupe le premier rang parmi les pays producteurs de tabac. Sa récolte de 1895 a été de 62 693 584 kilogrammes et les 32 manufactures impériales ont fabriqué, cette année-là, 5 milliards de cigarettes. Jacques Boyer.
- 1 Le pape Urbain VIII fit une défense analogue aux prêtres et aux religieuses catholiques. Le pape Bénédict, grand pri-seur lui-même, interdit seulement de fumer, mais permit de priser et de chiquer dans les sanctuaires (1724).
- * Notons que les premiers fumeurs subirent aussi des persécutions dans d’autres pays. En Suisse, pendant longtemps, son emploi fut puni des mêmes pénalités que le vol ou l’adultère.
- En Turquie, les khalifes déclarèrent que l’acte de fumer était impur et réprouvé par le Coran. En 1633, un incendie ayant détruit la moitié de Constantinople, le sultan Mourad IV mit ce sinistre sur le compte des fumeurs et décréta la peine de mort contre tout musulman surpris le calumet à la bouche. Les Turcs ne purent fumer sans être inquiétés que sous le règne de Mahomet IV (1649-1687), qui leva toutes ces interdictions.
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- JEiN-RODOLPHE PERRONET
- LE PREMIER INGÉNIEUR DES PONTS ET CHAUSSÉES
- Dimanche dernier 4 juillet, on a inauguré à Neuilly, au rond-point d'Inkermann, la statue de l'erronet, en présence du ministre des Travaux publics, des représentants de la municipalité, de plusieurs membres de l’Institut et des directeurs et professeurs de nos grandes écoles d’ingénieurs. La statue que l’on vient d’ériger est l’œuvre très réussie du sculpteur A. Gaudez. L’artiste a représenté l'erronet montrant au roi Louis XV la perspective des Champs-Elysées. Le socle du monument est de M. Guiard, architecte de la "ville Vie Neuilly.
- On a bien lait d’élever une statue à l'erronet. A une époque où le bronze est devenu un peu commun, il est permis de croire que si quoiqu’un méritait certes l’hommage de passer à la postérité sous la forme d’une statue, c’était bien Jean-Rodolphe l'erronet. On a bien fait aussi d’élever le monument à Neuilly, à deux pas du pont que le célèbre ingénieur construisit pour remplacer l’ancien pont de bois qui, depuis Henri IV, avait lui-mème remplacé le bac où ce prince avait failli périr en revenant de Saint-Germain. Le pont de Neuilly ne fut pas sans donner certaine vogue à l’avenue qui fut tracée superbe dans l’axe des Champs-Elysés, que Gabriel avait limitée à la barrière dite de l’Etoile. Ce. faubourg de Paris devint dès l’origine un des plus aristocratiques de la grande ville.
- Aussi bien Jean-Rodolphe l'erronet naquit très près de Neuilly, à Suresnes, en 1708. Fils d’un officier des régiments suisses, il devait entrer dans le génie militaire, mais la nécessité de pourvoir aux besoins de sa mère, restée veuve et sans fortune, l’obligea à suivre une carrière civile. A 17 ans, il fut admis comme commis chez l’architecte de Beausire, architecte de ville. En ce temps-là, les architectes faisaient aussi œuvre d’ingénieurs. Il se montra assez intelligent pour passer vite de son rang inférieur à celui de chef des travaux. 11 dirigea la construction du « grand égout », destiné à remplacer le fossé couvert qui traversait les halles, puis celle du ({uai abreuvoir du quai de la Conférence ; enfin la construction du bel encorbellement du quai Lepel-
- letier. Vingt-trois ans s’étaient passés depuis qu’il était entré dans sa carrière et qu’il s’y était fait remarquer. Trudaine, alors directeur des Ponts et Chaussées au Contrôle général des Finances, eut l’idée de grouper, dans un local de la rue de la Perle, les jeunes gens d’avenir qui voulaient se préparer pailles études spéciales à la carrière d’ingénieur. Ces jeunes gens firent ainsi partie du « Bureau des plans ». On y forma des élèves ingénieurs pour les ponts et pour les chemins; mais cependant, le Bureau des plans ne fut pas considéré comme une école
- spéciale. La première école fut en réalité celle des mines, destinée à former des ingénieurs et des employés pour les mines. Enfin la création de Trudaine n’en fut pas moins une pépinière fort utile pour le département des Ponts et Chaussées, l'erronet avait alors quarante ans. C’est à lui que l’on confia la direction u « Bureau des plans ». l'erronet était déjà très en vue et il avait acquis à Paris parmi ses pairs une très grande notoriété. On lui conféra le titre de premier ingénieur des Ponts et Chaussées et celui d’architecte du roi. Il était chevalier de l’ordre Saint-Michel, fondé par Louis XI en 1469.
- Perronet était plein d’initiative et très versé, pour l’époque, dans les calculs relatifs aux ponts. C’est lui qui établit la théorie des voûtes surbaissées à plusieurs cintres dans le but de donner aux po'nts une hauteur suffisante pour laisser passer les bateaux, tout en évitant d’élever outre mesure les culées et les remblais d’accès. On lui doit un projet de voûte de 150 mètres d’ouverture sur 2 mètres de flèche. On n’osa pas en haut lieu lui laisser construire ce beau travail. Cependant il avait déjà réalisé 15 ponts qui tenaient debout et il avait préparé 8 projets quand il mourut. On peut considérer comme un modèle du genre la monographie qu’il écrivit sur les ponts de Neuilly et de Mantes. Le pont de Neuilly lui avait valu de nombreux détracteurs quand il en fit connaître le projet. Et cependant le magnifique ouvrage a plus d’un siècle d’existence aujourd’hui. L’opération du décintrement donna lieu à une cérémonie solennelle en présence du roi, le 22 sep te m-
- Fig. 1. — Statue de Perronet, à Neuilly.
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- bre 1772. Le triomphe fut complet pour l’illustre ingénieur.
- L’œuvre capitale de Perronet, c’est le pont de la Concorde, autrefois pont de la Révolution et pont
- Louis XV. Le pont de la Concorde est une petite merveille d’art et de science. Et encore il n’a pas été exécuté entièrement comme Peut souhaité Perronet. U voulait élever seulement en parement les piles et
- les culées en comblant les creux par un remplissage, comme on l’a fait depuis ailleurs et notamment pour le pont de Bordeaux. C’était aussi solide et plus économique. 11 est vrai qu’on termina le pont avec les pierres provenant de la démolition de la Bastille, ce qui constitua une bien autre économie inattendue, que n’avait pu prévoir Perronet.
- Le grand ingénieur ne vit pas terminer son œuvre; il mourut 'le 27 février 1794, au moment où il allait, malgré son grand âge, être déféré au tribunal révolutionnaire. Le jacobin llassenfratz, ingénieur des mines, en souvenir peut-être d’anciennes rivalités, l’avait désigné pour la charrette du bourreau.
- Perronet a marqué de sa grille un certain nombre
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- de travaux importants : il s’occupa d’amener des eaux de source à Paris, de l’adduction de l’Yvette et de la Bièvre. On lui doit plusieurs inventions relatives aux dragues, au recépage des pilotis; on lui doit un des premiers compteurs qui, enregistrant les tours de manivelles donnés par les ouvriers, régularisa le débit et le coût des épuisements, etc.
- Perronet a bien le droit de s’appeler le premier ingénieur des ponts et chaussées. C’est une gloire nationale et c’est bien le moins que nous saluions avec respect, dans la statue qu’on vient enfin de lui élever, cet homme de grand bien et de haute valeur qui honora la France. J.-.F. Gall.
- UNE NOUVELLE FOURCHE DE BICYCLETTE
- La bicyclette, quoique d’origine récente, a subi déjà de fort importantes modifications, et nous sommes bien loin de la machine de 1888, à corps droit, à pivot et à frottements lisses, et où la direction était assurée par un pivot double reliant le corps à la direction ou au gouvernail, comme on disait : ce pivot était fixé au corps par deux écrous qui se desserraient constamment.
- Il est certain qu’une transformation précieuse a été effectuée quand, non seulement on a imaginé le cadre
- tel qu’il se fabrique maintenant à la place du corps droit, mais surtout qu’on a combiné l’ensemble de parties mobiles qui maintient la roue directrice et la relie solidement au cadre. On sait que dans ce but, de part et d’autre de cette roue avant, et prenant appui sur son moyeu, est une fourche à deux branches formées de solides tubes : cette fourche se réunit au point qu’on nomme tête de fourche en une tige commune appelée tube de direction, et se termine en haut par le guidon, après avoir passé par une douille qui constitue la partie antérieure du cadre.
- Le tube de direction a donc une position assez inclinée, et il en résulte que la fourche et la tète de fourche, en
- recevant les efforts auxquels est soumise et que leur transmet la roue directrice en mouvement, travaillent en porte à faux : tout est donc disposé au mieux pour produire un cisaillement de la tète de fourche.
- Or, il est évident que parmi les accidents auxquels est exposé un cycliste, surtout quand il marche à une bonne vitesse, c’est une chute en avant qui est la plus grave : autrefois, avec le grand bicycle, cela se produisait quand il rencontrait inopinément un gros caillou et qu’il passait par-dessus la grande roue ; avec la bicyclette la chose est au moins aussi grave si la fourche vient à se briser, et surtout la tète de fourche, les efforts se localisant sur elle. Les inventeurs ont donc créé de multiples dispositifs pour obtenir un renforcement, et les recherches se poursuivent toujours : la Société d’encouragement pour l’industrie nationale vient précisément d’examiner et de signaler comme particulièrement recommandable une nouvelle fourche de bicyclette. 11 s’agit de la fourche imaginée par M. Luis de Loma, sur laquelle M. Edouard Bourdon a fait un rapport dont nous emprunterons quelques appréciations. M. de Loma a voulu donner à sa fourche un coefficient de sécurité très élevé, et il construit en réalité une fourche triple.
- Nous donnons une vue d’ensemble de la fourche et de sa tige, en même temps qu’une vue en place avec un arrachement et le détail des trois tiges de fourche. On prépare d’abord une tige ordinaire À (fig. 1) que nous voyons en position dans les figures 4 et 5, et qui est munie de sa tête a ; puis on y introduit une seconde tige B, qui est également munie de sa tète b et que nous retrouvons dans les différentes figures; enfin, dans le tube B, on introduit une troisième et dernière tige C, munie comme les autres d’une tête c. Les dèux branches de la fourche viennent passer dans ces trois têtes successives et s’y fixer *. Les trois tiges sont indépendantes les unes des autres, ainsi qu’on le voit dans l’arrachement (fig. 5) ; mais comme B est brasé par son extrémité supérieure b à A, que C est brasé en c sur B, ces trois tubes concentriques sont solidaires par leurs extrémités supérieures brasées ensemble.
- Ce système de direction est formé de trois têtes de fourche et de trois tiges respectives, dont chacune commande par elle-même les fourreaux de fourche et la roue directrice, en obéissant au guidon auquel elles se réunissent par une portion du tube de direction qui ne peut céder au cisaillement causé par le porte à faux. Si l’une des trois têtes vient à se rompre, on ressentira sans doute un léger choc; mais les deux autres empêcheront toute fracture définitive, et il ne se produira pas d’accident, lors même que deux têtes se briseraient en même temps.
- D’ailleurs, des expériences faites par MM. Digeon et fils, et dont M. Bourdon a pris connaissance, sont venues confirmer ce qu’indique le raisonnement : les fourches de Loma résistent deux à trois fois plus que les modèles courants à la flexion, au choc et au cisaillement.
- Daniel Bellét.
- LE D0NG0LY
- PENDANT I/OCCUFATION MAHDISTE
- On se souvient qu’au mois de mars 1896 éclata tout à coup la nouvelle que le gouvernement anglais décidait d’entreprendre la conquête du Soudan oriental sur les Mahdistes, et d’attaquer la province
- 1 La tête c présente une forme cintrée spéciale pour offrir une plus grande surface de brajure avec les fourreaux de la fourche.
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- la plus voisine de l’Égypte, le Dongola. Ce pays se compose de deux bandes de terrain cultivable qui s’étendent plus ou moins loin, à droite et à gauche du Nil. 11 est limité par la quatrième cataracte du Nil au sud et par la deuxième au nord.
- En raison des fictions politiques, qui depuis quinze ans se perpétuent en Égypte, c’était en apparence le gouvernement égyptien qui était censé tenter la reprise des provinces perdues. Mais en réalité, l’expédition avait un caractère absolument anglais. C’était à Londres qu’elle avait été décidée par les ministres de la Reine. Le Khédive n’avait pas été consulté sur l’opportunité de la campagne, mais seulement informé qu’elle aurait lieu. Si les Egyptiens formaient le plus fort contingent du corps expéditionnaire, c’étaient des officiers anglais qui les commandaient. Un corps de troupes anglaises devait être, avec les Égyptiens, dirigé vers le sud.
- Cette nouvelle suscita une vive émotion. Cette terre d’Égypte est, comme de tout temps dans l’histoire, l’objet de si vives convoitises, ceux qui y sont établis mettent tant de ténacité à s’y maintenir, ceux qui y occupaient naguère la position dominante éprouvent tant de regrets de s’en être laissé déloger, que des paroles amères s’échangent d’un côté à l’autre de la Manche, [aussitôt qu’un incident quelconque remet en question son régime politique.
- L’opposition aux projets anglais était d’autant plus vive et d’autant plus justifiée en France que les frais de l’expédition devaient être couverts par les fonds de réserve de la Dette égyptienne. Or, la majorité des porteurs de titres égyptiens sont français. On employait sans leur consentement, et pour un objet mal défini, des sommes dont ils étaient les possesseurs virtuels. Aussi le délégué de la France à la Commission de la Dette, M. Georges Louis, refusa-t-il de donner son adhésion aux dépenses projetées, et envoya-t-il une protestation au ministre des finances égyptien, contre l’attribution qui serait faite des fonds [de réserve à l’expédition de Dongola. Ce n est pas ici le lieu d’exposer ni les polémiques de tribune et de presse, ni les débats judiciaires que provoqua le projet d’expédition.
- Rappelons que le [gouvernement anglais passa outre aux protestations et que l'expédition eut lieu.
- En avril et en mai 1896, les troupes égyptiennes étaient concentrées jt Ouadi-Halfa. Le 7 juin, elles culbutaient un corps mahdiste à Ferket. L’effort principal eut lieu en septembre. Le 18, les canonnières arrivaient devant la passe de Kerma, où les Mahdistes s'étaient retranchés dans des ouvrages en terre assez ingénieusement construits. Mais la supériorité de l’artillerie anglo-égyptienne rendit leur résistance vaine, les canonnières franchirent la passe, et, le 19, elles arrivaient à Dongola. Depuis, des garnisons égyptiennes ont été établies dans le sud à llandak, à Dabbé et à Meraoui. Toute l’ancienne province soudanaise de Dongola est donc réoccupée. On vient d’apprendre que les Anglais projettent de continuer la marche en avant, et de porter au prochain
- automne les avant-postes égyptiens jusqu’à Rerber.
- 11 est intéressant, sous le rapport de la géographie politique et de l’histoire contemporaine de l’Afrique, de savoir ce que onze ans d’occupation mahdiste ont fait du Dongola.
- Les Égyptiens l’ont évacué en juin 1885. Depuis cette époque l’obscurité s’est étendue sur ce pays. Sans doute, les rapports ne sont pas absolument interrompus entre l’Égypte et le Soudan. Quelques indigènes continuent à se rendre, pour y faire des affaires commerciales, à Berber, et même à Ümdur-man, la nouvelle ville bâtie face au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, et devenue la résidence du khalife Abdullah. Il en est d’autres qui vont à El-Obéid dans le Kordofan, ou à El Fâcher dans le Darfour. C’est du moins ce que des personnes en mesure d’être bien informées m’ont affirmé pendant mon séjour en Égypte. Il est certain que par ses émissaires, le « service des renseignements », VIntelligence department, organisé au Caire par l’administration anglaise, a obtenu des données précises sur l’état du Dongola. Mais rien n’avait été livré à la publicité.
- En outre, toute exploration privée était impraticable. Autant, avant 1882, il était facile aux Européens de voyager dans le Soudan, autant c’est impossible désormais. La tentative... imprudente d’Olivier Pain, qui était allé offrir ses services au Mahdi et qui fut gardé prisonnier par lui et mourut bientôt de maladie et de misère, en est une preuve.
- Bref, depuis onze ans, le Dongola était redevenu une terra incognita.
- On doit donc accueillir avec intérêt deux documents récents qui nous éclairent sur l’état actuel du pays. Ce sont deux rapports qui viennent d’être dressés par deux fonctionnaires anglais au service de l’Égypte, : M. Clinton E. Dawkins et M. Garstin, après leur retour d’un voyage dans le Dongola. lien a été publié des résumés par VEgyptian Gazette du Caire, dans les numéros du 31 mars et du 24 avril.
- La lecture de ces documents donne l’impression que le Dongola a pendant l’occupation mahdiste beaucoup perdu de sa prospérité d’antan.
- Le pays s’est dépeuplé. En 1885, la population s’élevait à 75000 habitants; en 1896, le chiffre est tombé à 56400.
- L’excédent actuel [du sexe féminin sur le sexe masculin est très remarquable et l’est davantage encore, si l’on considère que le sexe masculin est représenté par une proportion de vieillards et d’enfants très supérieure à celle des hommes faits.
- C’est surtout dans la partie nord du Dongola, entre Ouadi Halfa et Ilannek, que cette dépopulation est manifeste : les conditions de la vie y sont précaires, parce que, à droite et à gauche du Nil, la surface de terre cultivable est limitée. Les habitants n’y sont pas nombreux, et ceux qu’ont vus MM. Dawkins et Garstin leur ont paru pauvres et misérables.
- L’étendue des terres cultivées est beaucoup moindre qu’autrefois. En 1885, elle était de 79000
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- feddans (32916 hectares), d’après M. Dawkins, de 90000 feddans (37 500 hectares), d’après M. Gars-tin. Elle serait restreinte actuellement à 27 000 fed-dans (11250 hectares) selon le premier, à 30000 feddans (12 500 hectares) second le second.
- Le nombre des sakiés (appareils à monter l’eau, mis en mouvement par des bêtes de somme), qui en 1885 était de 6451, n’est plus que de 1545. Le chiffre des tètes de bétail s’est abaissé de 38000 à 12000. Des 600000 dattiers qu’on comptait en 1885, il n’en reste plus que 376000.
- La diminution de la surface cultivée, des dattiers, des bestiaux, a eu pour conséquence le développement spontané des bois. On aperçoit entre Ilannek et Meraoui, dans la partie du pays évidemment la [dus fertile, de gros bouquets d’acacias et de mimosas très vigoureux, qui n’existaient pas naguère. Les rap-portsdeMM. Dawkins et Garslin confirment donc avec précision,
- [tour une petite section de la vallée du Nil, l'impression que donnait d’une manière plus générale,
- [tour l'ensemble du Soudan oriental, le livre publié en 1896, par Sla-tin-Pacha, sous le titre : Feuer und Schwert im Su-dan (Le Soudan à feu et à sang).
- Sla tin, lui aussi,
- [teignait des couleurs les [dus sombres le Soudan soumis à la domination mahdiste : le pays est dépeuplé ; les deux tiers de la population ont succombé aux famines, aux épidémies, aux massacres; les terres autrefois cultivées ont été envahies par la brousse et sont habitées par les bêtes sauvages.
- Les rapports font également allusion aux projets de l’administration anglaise sur le Dongola et aux profits qu’elle espère en tirer.
- La repopulation de la province est une des premières mesures dont il y ait lieu de s’occuper. M. Dawkins propose d’y établir des colonies d’anciens soldats. 11 pense aussi qu’on y attirerait des émigrants en promettant aux nouveaux habitants des exemptions d’impôt [tendant une certaine période.
- Les revenus que le gouvernement pourrait tirer de la province proviendraient d’un impôt de 2 piastres (0 fr. 50) par dattier, et d’un impôt fon-
- cier variant entre 60 piastres"( 15 fr.) et 20 piastres (5 fr.) par feddan, selon le degré de fertilité de la terre.
- Ce serait d’ailleurs, avec quelques modifications de détail, la restauration du régime financier établi dans le pays avant 1885.
- Enfin, on sait que l’on se préoccupe actuellement en Égypte d’utiliser les cataractes du Nil comme force motrice. Des turbines commandant des dynamos pourraient, pense-t-on, distribuer l’énergie électrique, qui actionnerait des usines. M. Forbes, professeur de technologie électrique à University College de Londres, a été récemment chargé d’une mission en Égypte pour étudier ce projet. Mais il ne s’est occupé que de l'emploi de la force fournie par la
- première et la seconde cataracte. Or, dans le Dongola aussi, il y a une énorme énergie potentielle qui n’est pas encore utilisée. Entre Hannek et Ouadi Haïfa, la différence d’altitude est de 80 mètres. Pour passer d’un point à l’autre, le Nil est obligé de franchir toute une succession de rapides. En amont de Meraoui, il y a aussi des gradins irrégulièrement échelonnés, dont on désigne l’ensemble parle terme de 4e cataracte. 11 existe donc dans le Dongola des forces latentes en réserve, capables de transformer le pays dans l’avenir.
- Les travaux d’irrigation, progressivement développés depuis l’époque de Mehemet-Ali, ont donné en ce siècle à l’Égypte une prospérité inconnue. Sa population a cru dans de fortes proportions. De même au Dongola, l’eau du Nil, élevée par la propre force du fleuve, sera répandue sur des terres jusqu’à présent incultes, et restées infertiles, non à cause des fâcheuses conditions de leur composition chimique, mais faute d’humidité.
- Ainsi on gagnera sur le désert, et les limites de cette longue oasis que constitue la vallée du Nil seront reculées à droite et à gauche. Ainsi s’élargira le ruban de verdure qui se déroule entre les terres jaunes, orangées et rouges du Sahara oriental.
- Henri Dehérain.
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- Carte du Dongola.
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- L’ANNÉE DES HANNETONS
- Dans nos climats de l'Europe centrale, la durée de la vie du hanneton est de trois ans : deux années à l’état larvaire, un mois à l'état de nymphe, près d’une année à l’état parfait; l’insecte ailé passe les trois quarts de sa vie dans le sol, et un quart dans l’air où il se reproduit1 2. Chaque année, à la tin d’avril et au commencement de mai, on voit sortir les hannetons ailés; dans chaque pays, tous les trois ans, cette sortie est plus abondante et l’on a alors l'année des hannetons.
- Or, cette année des hannetons n’est, pas la même partout. Nous le savons en Suisse, depuis les études qu’a résumées 0. Hecr, en 1859*. En voici les résultats, complétés par des renseignements que nous nous sommes procurés depuis lors.
- Nous avons, en Suisse, trois régimes différents pour l'année des hannetons :
- l°Ce qu’on appelle le régime bâlois (Basler Fulgjahr) voit sortir les hannetons dans les années dont le chiffre est divisible par 5 sans reste :
- 1895, 1896,.etc.
- Il est localisé dans les cantons de Bàle, de Soleure et dans la vallée du Rhône valai-san et vaudois.
- 2° On appelle le régime bernois celui qui voit sortir les hannetons dans les années dont le chiffre est divisible par 5 avec un reste de 1 : 1894, 1897, etc. Il occupe la plus grande partie de la Suisse : Genève, Yaud, Neuchâtel, Berne, Lucerne, Unterweld, une partie d’Argovie, de Thurgovie, Schaffhouse, Glaris et les Grisons.
- 5° Le régime iiranien possède l’insecte ailé dans les années divisibles par 5 avec un reste de 2 : 1895, 1898, etc. 11 est connu dans les cantons d’Uri, de Schwyz, une partie d’Argovie, de Zurich, Thurgovie, Saint-Gall et Appenzell.
- La carte ci-dessus montre cette distribution compliquée de l’année des hannetons en Suisse.
- Ces régimes différents de l’année des hannetons ne sont pas quelque chose d’accidentel et de passager. En suivant l’histoire des apparitions de hannetons,
- 1 Voir X. Raspail, Mémoires de la Société zoologique de France, 1896.
- 2 Uebcr geographisehc Yerbreitung und periodisches Auf-treten der Maikafer, Actes de la Soc. helv. sc. nat. Berne, 1839, p. 123 sq.
- qui sont signalées par des règlements de police et des ordonnances gouvernementales, nous avons reconnu la régularité du cycle de trois ans pour ces différents régimes en remontant jusqu’au commencement du dix-huitième siècle, et même jusqu’au milieu du dix-septième.
- Qu’en est-il en France? Quel est le régime français ?
- Ce grand pays est-il, comme notre petite Savoie, divisé, lui aussi, en régimes différents ? Quelques renseignements près de nos frontières semblent l’indiquer : En Savoie, sur la rive sud du Léman, règne encore le régime bernois, cycle de 1897, 1900. Besançon est sous le régime uranien ; c’est en 1898, à ce que m’écrit M. le professeur Dr Antoine Magnin, qu’on attend l’année des hannetons. Nous ne connaissons pas encore en France d’exemple du régime bàlois, ou cycle de 1896, 1899.
- Il serait intéressant d’apprendre ce qu’il en est
- dans les différentes provinces de France. Je me permets de solliciter des observations sur ce petit détail de géographie biologique, en demandant qu’elles soient adressées à la Direction de La Nature.
- Si quelques correspondants ont l’obligeance de répondre à notre appel et de dire quelle est, dans leur région, l’année d’apparition des hannetons ailés, nous en aurons facilement assez pour dresser la carte des régimes han-netonnesques de la France. F.-A. Forel.
- LES NOUVEAUX CANONS
- C’est aujourd’hui un fait avéré que les Allemands procèdent en ce moment à la réfection de leur matériel d’artillerie de campagne. Le nouveau canon qu’ils ont adopté à la suite de très longs essais, dénommé modèle 1896, est du calibre de 75 millimètres. Sa longueur d’àme est de 30 calibres (2m,25), son poids de 410 kilogrammes. Il est entièrement en acier nickelé. Le projectile unique est un schrapnel (obus à mitraille) du poids de 6l(!,800 qu’on lance avec une charge de 775 grammes de poudre sans fumée, à la vitesse initiale de 535 mètres par seconde, à une distance maxima de 7 kilomètres.
- La pièce est munie d’un système de fermeture à coins plats, aux arêtes arrondies, qui permet l’exécution de la charge en trois temps. Elle est montée sur un affût perfectionné et notablement allégé, qui est muni d’un frein très énergique à disque de friction et d’une bêche de
- schafmuî
- BeHinzonrfi
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- SSSSS „ bernois.
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- Carte montrant la répartition des hannetons en Suisse,
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- LA NATURE.
- crosse en forme de soc, pour pénétrer assez profondément dans le sol au moment du tir, de manière à supprimer complètement le recul. Le pointage de la pièce en direction s’obtient très facilement par son déplacement latéral sur une sorte de chariot mobile, autour d’un axe vertical situé en avant de l’essieu et le pointage en hauteur est facilité par une hausse à crémaillère. Une vis de fermeture horizontale détermine la fermeture complète du coin, et un des filets arme automatiquement le percuteur, de telle sorte que la pièce se trouve armée lorsqu’on ferme la culasse. Le projectile est réuni à la charge au moyen d’une douille métallique qui est éjectée automatiquement au dehors quand on ouvre la culasse.
- Ce canon peut tirer jusqu’à 15 coups par minute; mais dans le tir de guerre on ne compte guère que sur une rapidité de 10 à 12 coups par minute.
- 100 pièces du nouveau modèle 1800 ont été mises en essai le l8r avril dernier dans les régiments frontières. L’Allemagne a affecté une somme de 552 millions à la construction de 2500 batteries de campagne et une partie de ces batteries sera ‘construite et approvisionnée à 500 coups par pièce au printemps de l’année 1808.
- En présence de cette situation l’opinion publique en France s’émeut et s’inquiète. Il importe de la rassurer.
- Et d’abord, la transformation du matériel allemand n’est pas accomplie ! Cette transformation ne sera achevée que dans quelques années. Jusque-là l’artillerie française conservera sur elle la supériorité. Elle possède, en effet, un matériel d’une valeur au moins égale à celui qui est en service dans l’artillerie allemande. Toute inquiétude à cet égard doit être dissipée.
- En outre, les officiers d’artillerie ne sont pas restés inactifs en France.
- Depuis plus de vingt ans, ils poursuivent au contraire leurs travaux en s’entourant de toutes les informations nécessaires et particulièrement de celles qui peuvent leur être fournies par les ingénieurs des grands établissements industriels intéressés à la recherche du canon de campagne de l’avenir. Ils ont étudié et essayé les divers types, en nombre considérable, qui ont été présentés par les inventeurs, types plus ou moins perfectionnés et satisfaisant d’une façon plus ou moins heureuse à quelques-unes des conditions multiples, parfois contradictoires, qu’on s’efforce de réaliser simultanément pour obtenir les plus grands avantages sous le rapport, à la fois de la puissance, de la mobilité, et de la rapidité du tir. A ce dernier point de vue qui parait surtout exciter l’attention du public, il est intéressant de lui signaler tpie c’est fort improprement qu’on qualifie de canon à tir rapide tous les nouveaux modèles de canons présentés par les constructeurs. Sur le champ de bataille le tir de l’artillerie n’a jamais besoin d’être bien rapide et il ne saurait l’être qu’exceptionnellement et pendant un temps très court, autrement tout l’approvisionnement en munitions serait épuisé en quelques instants. Ce sont en réalité des canons dont le chargement peut être effectué plus rapidement, dont le recul est limité ou même supprimé, de telle sorte que le pointage est obtenu beaucoup plus vite et qu’au besoin on peut tirer sans être obligé de pointer de nouveau.
- Le nouveau canon adopté par les Allemands ne réalise d’ailleurs pas plus que les autres la rapidité d’exécution du tir, ni toutes les qualités qui seraient de nature à assurer la supériorité sur le champ de bataille.
- D’autre part, en France, le Comité technique de l’artillerie, mettant à profit tous les essais faits par les autres
- puissances, utilisant tous les progrès de la science, recueillant le fruit des travaux d’officiers d’un mérite incontesté qui se sont consacrés sans relâche à ces savantes recherches, étudie un modèle de canon de campagne à tir rapide, sur lequel on comprendra que nous ne puissions donner des détails, mais qui constitue certainement l’arme la plus perfectionnée qui existe. Les arsenaux sont prêts à construire, lorsqu’il le faudra, avec toutes les ressources que l’industrie mettra à leur disposition, le nouveau matériel étudié à fond dans tous ses détails. Le parlement votera, on peut en être sùr, dès que la demande lui en sera faite, les 500 millions nécessaires à la transformation.
- Qu’on se rassure donc! .Notre artillerie, actuellement supérieure à celle des Allemands, sera dotée en même temps que la leur d’une arme nouvelle plus puissante et plus perfectionnée ! La supériorité que nous avons aujourd’hui nous restera! (loinmandant X....
- CHRONIQUE
- Radio-cinématographie. — Il y a dix-huit mois à peine, il fallait poser au moins une vingtaine de minutes pour obtenir une épreuve passable du squelette de la main par les rayons Rôntgen. Grâce aux progrès réalisés par les bobines d’induction, d’une part, et les tubes, d’autre part, le temps de pose s’est graduellement réduit, et l’on obtient facilement aujourd’hui la radiographie d’une main en une seconde et le squelette de la boîte thoracique en 10 secondes. Pour des objets moins épais, le temps de pose est encore diminué, et il suffit souvent d’une seule étincelle : la reproduction est alors presque rigoureusement instantanée. Un physicien anglais, le Dr Ma-cintyre, a eu l’idée de mettre à profit cette instantanéité pour produire des épreuves successives rapides et radiographier une grenouille vivante, en mouvement, à l’aide d’un cinématographe spécial. Les premières épreuves obtenues viennent d’être présentées à la seconde conversa-zione tenue par la Royal Society de Londres, le mois dernier. Lorsque le procédé pourra s’étendre à des objets plus épais, on voit de quel secours il sera pour l’enseignement de l’anatomie en général et de l’histologie en particulier. Pour peu que les progrès continuent, on cinéma-tographiera, avant la fin du siècle, la danse des squelettes vivants.
- Le lancement (lu sous-marin (( Holland ». —
- On vient de lancer à Crescent-Shipyard, dans le New-Jersey. le bateau sous-marin « Holland », dont il a été beaucoup parlé avant même qu’il fût à flot. En ce moment le gouvernement américain poursuit avec une lenteur administrative la construction d’un navire du même type, à Baltimore. Celui qui vient d’être achevé par une compagnie privée est plus petit : il a seulement 16m,70 de long et 5m,55 de diamètre ; on compte qu’il marchera à raison de 15 nœuds à la surface, et de 8 à 10 nœuds une fois submergé. Dans le premier cas, il sera mû par une machine à gaz, et dans le second par des accumulateurs électriques. L’armement comprendra 5 torpilles White-head, un canon ordinaire et un autre sous-marin lançant des projectiles à la dynamite.
- Les algues dans les étangs poissonneux. —
- M. Lemmermann a publié dans Nature les résultats de ses études sur le rôle des algues dans les étangs poissonneux. Les algues et surtout les baccilariées sont de la plus grande utilité dans les étangs poissonneux, elles paraly-
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- sent le développement des bactéries; elles ont en outre une importance toute particulière pour la nourriture de la petite faune aquatique (rotifères, crustacés, etc.). Les oscillariées ne paraissent exercer aucune action fâcheuse quand il existe en même temps beaucoup de baccilariées et de chlorophycées. Les baccilariées se développent surtout dans les étangs frais et ombragés, les chlorophycées dans les étangs ensoleillés. Les grandes lamelles flottantes de cladophora, spirogyra, etc., procurent une protection efficace contre une trop forte action du soleil ; ils offrent en même temps abri et nourriture à de nombreux petits animalcules microscopiques et augmentent ainsi la valeur de l’étang. Les plantes flottantes abritent également contre les rayons solaires et empècheut réchauffement excessif de l’eau. Us procurent au poisson des abris à l’ombre. Les algues qui s’attachent aux feuilles nourrissent aussi toute une série d’animalcules. Enfin elles contribuent à tous égards à l’épuration de l’eau.
- Un déraillement cause par la chaleur. —
- Nous avons retrouvé, dans les Rapports publiés sur les accidents de chemins de fer survenus l’année dernière en Grande-Bretagne, l’indication d’un déraillement bizarre qui a été causé par une distorsion des rails sous l’effet de la chaleur. C’était près de la bifurcation de Banavie, dans le voisinage de Fort-William, sur le West Highland Raihvay, par conséquent dans le nord de l’Ecosse. Cela n’empèche pas que le thermomètre marquait au niveau du sol 54° C. Le mécanicien vit brusquement les rails tordus sur une certaine longueur au-devant de lui : il fit jouer immédiatement les freins, mais tous les wagons déraillèrent ; seule la locomotive resta sur la voie, grâce à son boggie. L’enquête prouva que seule la chaleur avait causé cette distorsion des rails.
- I.es fruits dans l’alimentation. — Le professeur A.-R. Elliot vantait l’autre jour le rôle précieux que jouent les fruits dans l’alimentation. Pour lui ils varient la nourriture, apaisent la soif, introduisent de l’eau dans le système digestif, donnent des sels organiques essentiels à la nutrition, stimulent les fonctions rénales, agissent comme laxatifs, éveillent l’appétit, facilitent la digestion et enfin agissent comme antiscorbutiques. 11 recommande, du reste, de les manger crus, mais bien mûrs, et au commencement du repas ou entre les repas.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du h juillet 1897. — Présidence de M. Ciiatix.
- L’explosion du laboratoire de M. Lacaze-Duthiers. — M. Lacaze-Duthiers entretient l’Académie des circonstances dans lesquelles s’est produite l’explosion survenue dans son laboratoire, à la Sorbonne. L’accident a été occasionné par un appareil à gaz oxhydrique servant à opérer les projections qui accompagnent chacun des cours de M. Lacaze-Duthiers. La pièce qui a cédé sous la pression du gaz oxygène est un manomètre de Bourdon fabriqué pour résister à une pression de 250 atmosphères. Cependant, au moment de l’explosion, la pression ne dépassait pas 60 atmosphères. D’autre part on peut affirmer qu’il n’y a pas eu de retour de flamme, parce que l’hydrogène n’avait cessé de brûler extérieurement depuis le commencement de l’expérience. M. Lacaze-Duthiers, qui se trouvait à côté de l’appareil, n’a pas été touché, mais l’un des préparateurs a été grièvement blessé à la face; un autre préparateur a été indemne. M. Cailletet exprime l’avis que la pièce qui a dû faire explosion est le
- détendeur, organe de l’appareil dans lequel le gaz sorti du réservoir se détend avant de pénétrer dans le brûleur. De plus, si l’on tient compte de la chaleur développée par la compression, du milieu extraordinairement comburant constitué par l’oxygène condensé, on conçoit aisément que des matières organiques telles que les huiles de graissage puissent s’enflammer. L’Académie, prenant en considération le rôle important des projections, nomme une Commission chargée de rechercher les perfectionnements à apporter aux appareils destinés à cet usage.
- Machine volante. — M. Henry Marey communique une Note de MM. Charles Richet et Tatin relative à une machine volante. Cette machine, « l’aéroplane », est actionnée par un moteur à vapeur ; elle ne pèse pas moins de 33 kilogrammes. Les ailes présentent une superficie de 8m2,42 et une envergure de 6m,60. L’appareil a été lancé du haut d’une falaise. 11 a parcouru horizontalement une longueur de 140 mètres ; il s’est alors élevé un peu pour retomber ensuite. M. Marey observe que cette expérience est particulièrement intéressante, parce que c’est la première fois que l’on voit un appareil du poids de 33 kilogrammes se tenir dans l’air.
- La qualité des pommes de terre. — M. Miintz communique un travail de MM. Coudon et Bussard sur les pommes de terre de table. Il résulte de cette étude que les propriétés nutritives des pommes de terre sont très différentes suivant les espèces. La matière azotée peut en effet varier du simple au double et, chose remarquable, ce sont les pommes de terre les plus agréables au goût qui sont les plus riches. Enfin ce sont aussi ces dernières pommes de terre qui supportent le mieux la cuisson ; elles restent entières au lieu de tomber en farine. Il résulte de là un moyen très simple et très pratique d’apprécier les qualités comestibles des pommes de terre : il suffit de les soumettre à la cuisson. Celles qui se comportent le mieux à la cuisson doivent être préférées.
- Élections. — M. Virchow est élu associé étranger en remplacement de M. Tchebichef par 54 voix. Les autres noms mis en avant étaient ceux de MM. Hooker, Rayleigh, Stokes, Suess. Ch. de Villedeuil.
- M. PAUL SCHÜTZENBERGER
- Des voix autorisées ont parlé du savant éminent, du chimiste illustre que la science vient de perdre. Nous voulons, à notre tour, au nom de tous nos camarades physiciens et chimistes, sortis de l’École de physique et de chimie, parler du professeur, du directeur de l’École. Il y a quinze ans bientôt, nous sortions du collège, armés du diplôme de bachelier, et croyant déjà avoir en poche un brevet important. Nous nous trouvions quelques jours après dans le laboratoire de M. P. Schützenberger, obligé de courber des tubes de verre, filtrer des liquides, faire des cristallisations, commencer en un mot des opérations tout à fait élémentaires. Et cependant on ne peut s’imaginer toutes les maladresses que peut commettre, dans ces circonstances, un débutant, si l’on n’a passé soi-même par ces difficultés. Et pendant ce temps, M. Paul Schützenberger était là lui-même derrière nous, nous montrant à courber le tube de verre, à régler la flamme du bec Bunsen, relevant avec bonté et bienveillance
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- LA NATURE.
- les fautes commises, et s’ingéniant à nous indiquer les moyens de bien faire. C’était une séance de plusieurs heures qui se passait ainsi, et rien ne lassait notre excellent maître, qui ne nous quittait pas un instant. Plus tard, quand les divers laboratoires furent installés, on le voyait toujours apparaissant et répétant sans cesse : « L’expérience seule fait le chimiste ». It’une parole bienveillante, d’un sourire dont seul il avait le secret, il encourageait toujours toutes les bonnes volontés. 11 est difficile de se figurer le plaisir et la joie que ressentait cet illustre savant, habitué cependant depuis longtemps aux découvertes les plus remarquables, lorsque l’un d’entre nous réussissait une opération peu commune, une préparation, une cristallisation. Sa ligure s’épanouissait aussitôt et un seul mot trahissait toute sa joie : « C’est bien! »
- L’émotion de la voix ajoutait encore à la parole, et chacun de nous était heureux et content d’avoir entendu au moins une fois cette expression du cœur.
- M. I'. Schützenberger était par excellence le chimiste du laboratoire, qui soumet tout à l’expérience et examine toujours avec le plus grand soin les résultats que celle-ci fournit. C’est dans cette voie qu’il a entraîné tous les élèves qui ont eu le bonheur de suivre ses leçons, et qu’il a pu faire des chimistes estimés, que l’on retrouve aujourd’hui dans toutes les industries les plus diverses et dans les laboratoires les plus importants.
- A côté du praticien, se trouvait aussi en M. Schützen-berger le professeur éminent. Nous ne pourrons jamais oublier les premières leçons dans lesquelles il nous indiqua les bases de la théorie atomique. La clarté, la lucidité des explications, l’intérêt qu’il savait y apporter, excitèrent au plus haut point notre attention, et en sortant du cours nous partagions entièrement la conviction de notre excellent professeur. Plus tard, quand il aborda le cours de chimie organique, et en particulier la série aromatique, nous nous souvenons encore de l’étonnement dans lequel nous étions tous plongés d’entendre des explications si nettes et si précises sur des corps dont la formule était souvent compliquée : benzine, carbures divers, dérivés bromés, chlorés, iodés, groupe du triphénylméthane, de l’indigotine, de la naphtaline, de l’anthracène, etc. Notre admi-
- ration fut portée au plus haut degré quand il traita devant nous les matières colorantes, et que, à côté de la théorie, il nous initia aux procédés employés dans les usines. 11 ne se contentait pas d’indiquer sommairement la méthode, mais il donnait les détails les plus complets, montrant bien qu’il connaissait entièrement tous les secrets de ces diverses fabrications. Un juge tout l’intérêt que pouvait exciter un cours de si haute valeur dans l'esprit de jeunes gens destinés à embrasser des carrières industrielles.
- M. P. Schützenberger était également directeur de l’Ecole depuis sa fondation en 1882. Ce fut lui (pii lit installer successivement tous les laboratoires de physique et de chimie; ce fut lui qui s’occupa
- des moindres détails de l’organisation générale, et qui lit, de l'institution confiée à ses soins par la Ville de Paris, l’École (pie l’on connaît aujourd’hui.
- Dans ses fonctions de directeur, il ne se départit jamais non plus de la bonté et de la bienveillance touchante qu’il ne cessa de nous manifester. Chaque demande des élèves fut toujours accueillie avec cette suprême bonté dont nul n’a connu les limites. Et quand nous eûmes franchi les portes de l’Ecole, c’était une bien grande joie pour nous tous de revoir notre ancien directeur à quelques-unes de nos fêtes, d’entendre de nouveau sa parole, d’écouter ses conseils. Chacun de nous, en effet,avait encore présent à l’esprit le souvenir d’un acte de bienveillance particulier.
- Une triste maladie a emporté rapidement l’il-luslre chimiste. Mais il est parti avec les regrets profonds et sincères de tous ses anciens élèves; et dans le cortège, modeste suivant sa volonté, qui l'accompagnait, le mardi 29 juin, à sa dernière demeure, nous avons saisi dans bien des yeux des larmes, expression muette et douloureuse, dernier témoignage attristé de ceux qui ne le reverront plus. Jamais nous n’oublierons notre cher et illustre maître Paul Schützenberger. J. Laffargüe,
- Licencié ès sciences physiques, Ancien élève de l’École de physique et de chimie.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paul Schützenberger.
- Paris. — Imprimerie Laiiuhe- rue de Fleurus, 9.
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- 17 JUILLET 1897
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- N» 1259. —
- Fig. 1. — Crique naturelle qui ferme un réservoir où sont nourris les jeunes poissons, à Dunbar.
- Au mois de septembre dernier, la Société « l’Enseignement technique et professionnel de pêches maritimes» a organisé aux Sables d’O-lonnes un congrès international où devaient être traitées toutes les grandes questions intéressant nos populations côtières. Près de 200 congressistes ont répondu à l’appel de la Société, ils ont activement travaillé et le Congrès vient de publier en un beau volume les résultats de ses délibérations. De la lecture de cet intéressant recueil se dégage nettement une situation qui n’est pas sans quelque gravité. La quantité de poisson annuellement pêché sur nos côtes diminue sensiblement.
- 25* année. — 2e semestre.
- Pour suffire aux besoins de la consommation et aussi pour obtenir une rémunération suffisante du travail
- et des capitaux engagés, on a été conduit à juxtaposer à la petite pêche à la voile d’autrefois une pêche intensive qui s’accomplit au chalut, par flottilles, et où l’on emploie la vapeur, soit pour haler les lignes et les filets, soit même pour naviguer. Actuellement plus de 800 vapeurs, presque tous anglais ou allemands, cha-lutent dans la mer du Nord et la Baltique. La crevette elle-même est pêchée au chalut non loin des côtes. Or, partout où le chalutage est pratiqué d’une manière régulière, on
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- Fig. 2. — Établissement de pisciculture de Dunbar.
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- constate une disparition progressive du poisson; d’observations et d’expériences décisives il ressort que le chalut est le plus destructeur des engins de pèche qui aient jamais été employés, et il poursuit partout le poisson; les jeunes alevins mènent, en général, une existence pélagique; ils viennent ensuite tout près de la cote pour y accomplir la plus grande partie de leur croissance et s’en vont plus tard vers le large, où beaucoup d’espèces se reproduisent, tandis que d'autres s’approchent du rivage pour pondre et sont tués en quantité innombrable par le chalutage à la crevette ; à mesure qu’ils descendent vers la haute mer, ils sont ensuite saisis par les diverses
- sortes de chalut, qui vont même s’emparer au large des plus gros individus reproducteurs. Le chalutage ne respecte le poisson à
- Fig. 3. — Plan des bâtiments de l’établissement de pisciculture, à Duubar.
- aucun âge; il est surtout meurtrier quand il s’exerce, d’ailleurs sans profit, au voisinage des frayères, sous prétexte de capturer une aussi maigre proie que la crevette. Un trait de chalut à crevette d ’ u n e h e u r e e t demie mené à l'embouchure de la Mersey, rivière d’Ecosse, a donné, pour 52 litres de crevette : 10 407 plies,
- 575 limandes, 169 merlans, 69 congres et 12 soles de quelques centimètres, tandis que les
- grands chalutiers détruisent les limandes, soles, les plies microglosses, les limandes et les soles panachées qui s’en vont pondre au large. Devant cette situation que les habitudes prises, l’impossibilité de ruiner brutalement ceux qui pratiquent une industrie même mauvaise, mais longtemps tolérée, et notre ignorance des hases sur lesquelles devrait
- être établie une législation efficace de la pêche ne permettent pas de faire disparaître, de hardis investigateurs se sont demandés s’il ne serait pas possible de constituer des frayères artificielles hors de l’action
- des pêcheurs, en attendant que les lieux de pontes des diverses espèces de poissons soient connus et protégés. Des jeunes qui éclosent sur une f ray ère naturelle, un très petit nombre seulemen t arrivent à maturité; si l’on réussit à mener à bien par des soins appropriés le [dus grand nombre des alevins issus d’une ponte, il est évident qu’un élevage bien entendu s’opérant dans un espace relativement restreint pourra suppléer à de vastes frayères. Contrairement à une
- opinion autrefois très répandue, le poisson s’éloigne peu de la région où il est né; il n’accomplit que de
- courtes et régulières pérégrinations; il sera donc possible d’ensemencer à l’aidede ces frayères tel ou tel point du littoral. C’est la pisciculture marine telle (pie Coste l’avait rêvée. Cette pisciculture est entrée dans une phase absolument pratique. Le premier établissement de piscifacture a été organisé à Gloucester, dans le Massachusetts, en 1878; il a été bientôt suivi d’un autre à Woods’ H o 11 (1881) ; puis il s’en est créé à Dildo, dans l’ile de Terre-Neuve (1889), à liay-View, sur la côte du Canada (1891), tandis qu’en Europe le capitaine
- Fi". 4. — Plan de rétablissement de Duubar.
- Dannewig en
- organisait
- deux successivement à
- jlredewig en Norvège (1885) et à Dunbar en Ecosse (1895). La morue, l’églefin, le hareng, une espèce d’alose (Clupea sapidissima), la plupart des poissons plats et le homard lui-même ont été soumis avec
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- plein succès à l’élevage. En 1880 on ne capturait sur une région déterminée de la côte est des États-Unis que 4 140 90Ü aloses sapidissimes; en 1888, après neuf ans d’ensemencement, on en capturait près du double, 7 000 474. Cette alose a même pu être transportée de la côte atlantique des États-Unis à la côte Pacifique, où elle s’est répandue sur une longueur de côte de 2000 milles ; et les méthodes d'élevage ont été à ce point perfectionnées que le déchet de s’élève pas à plus de 5 pour 100.
- De 1880 à 1891 les établissements de Gloucester et Woods’Holl ont lancé à la mer 120 millions de morues; celui de Flœdewig, depuis 1884, un milliard; celui de Jhmbar, 72 millions.
- L’installation de ces établissements ne coûte que de 20 à 25 000 francs; leur dépense annuelle est d’environ 10000 francs.
- Si les résultats scientifiques de l’élevage sont incontestables ; si l’on réussit à conduire presque sans perte les alevins jusqu’au moment où ils ont résorbé leur vésicule ombilicale; si, en les nourrissant convenablement, on arrive même à obtenir que les poissons plats se métamorphosent, les résultats économiques, bien qu’ils aient été contestés, paraissent aujourd'hui probants. Il était intéressant de savoir ce qu’ils donneraient sur les côtes de France. Ayant à compléter F aménagement du laboratoire maritime du Muséum dans l’îlc de Tatihou près Saint-Vaast-la-Iiougue (Manche), nous y avons installé une petite usine de pisciculture sur le modèle le plus perfectionné, celui de Dunbar; il sera possible de la développer lorsque des résultats précis auront été obtenus. Notre installation piscicole comprend des bassins d’acclimatation et de ponte'pour les poissons reproducteurs, une salle d’éclosion pour les œufs. Trois pompes, actionnées par un moulin à vent qui peut être secouru par une machine à air chaud, remplissent les bassins d’acclimatation et de ponte où elles entretiennent ensuite un courant d’eau continu. Une chasse d’eau de mer placée à l’opposé d’une coupée de la paroi du bassin pousse vers cette coupée les œufs flottants qui sont reçus dans un tamis à fond de toile fuie. Ces œufs sont portés dans la salle d’éclosion, construite de manière à demeurer toujours à une température relativement basse. Le long des parois de cette salle sont disposées de grandes caisses de bois étanches, et qui reçoivent l’eau de mer d’un robinet. Ces caisses sont divisées en compartiments [iar des cloisons qui n’atteignent pas leur fond, de manière que l’eau puisse facilement circuler dans toute la caisse. Dans chaque compartiment se trouve une boîte cubique dont le fond est en toile; c’est dans ces boîtes que sont placés les œufs. Leur éclosion ne se produit que s’ils sont constamment agités; pour obtenir ce résultat chaque boîte est fixée par deux de ses coins supérieurs aux parois de la caisse de manière à pouvoir basculer facilement; le bord supérieur de la face opposée à ces deux coins est lui-même fixé par une cordelette à un madrier dont un mécanisme très simple peu alternativement élever
- et abaisser une extrémité. Dans ses mouvements le madrier entraîne les boîtes qui sont alternativement soulevées et abaissées dans l’eau de telle façon que celle-ci y entre quand la boite s'enfonce par les mailles (le la toile du fond et fait surnager les œufs.
- Le trop-plein du bassin de ponte actionne une roue à auge qui fait fonctionner tout le mécanisme. Ces mêmes bassins alimentent d’eau la salle d’éclosion. Mais l’eau fournie à celle-ci doit être rigoureusement pure. Aussi n’y arrive-t-elle qu’après avoir traversé des filtres où sont superposés de nombreux doubles de liane-lie.
- Notre établissement ne diffère de celui de Dunbar ([lie par des détails d’aménagement et par ses moindres dimensions. Aussi avons-nous fait représenter ici l’établissement écossais, qui est en pleine activité. Seules, des difficultés administratives ont empêché le laboratoire de Tatihou de fonctionner cette année; un entrepreneur maladroit nous a obligés à user de tous les délais légaux avant de réparer des bassins qui ne sont pas étanches; il nous a manqué 5000 francs pour couvrir ces mêmes bassins d’une indispensable toiture et compléter quelques menus aménagements. Mais ces difficultés finiront par être aplanies. Il s’agit, en effet, d’expériences qui peuvent être décisives [jour la prospérité de nos populations côtières. 11 s’agit d’un exemple à donner, car s’il est établi que le peuplement de nos côtes est possible sur un [joint, il s’élèvera sans doute, aux frais des syndicats de pêcheurs, autant de piscifac-tures qu’il sera nécessaire pour assurer une pèche rémunératrice. Edmoxd Perrier,
- Membre de l'Académie des sciences.
- LES ILLUSIONS DE L V NERTICALE
- On signalait récemment une curieuse expérience dans laquelle un ingénieur, M. Audemars, s’étant placé dans une turbine, vit l’ouverture supérieure de la cage remonter graduellement au-dessus de sa tète à mesure que la vitesse de rotation augmentait, la verticale apparente étant toujours dirigée suivant la résultante (les forces agissant sur l’observateur. Le résultat de cette expérience n’était pas douteux, mais il n’en est pas moins intéressant. Voici une autre expérience qui nous montre une autre conséquence du mèine’principe, plus inattendue, puisqu’elle se rapporte non point à un mouvement stationnaire mais, au contraire, à un mouvement variable.
- 11 y a quelques années, une dame me dit avoir observé, sur un train de banlieue de Paris, que les maisons semblaient s’incliner pendant toute la durée de l’action des freins pneumatiques. Je cherchai alors plusieurs explications du phénomène, tout en m’avouant que les diverses hypothèses auxquelles j’eus alors recours étaient insuffisantes. C’est seulement après avoir étudié de plus près la question que le phénomène sembla devoir se rattacher aux illusions de direction dues aux résultantes des forces combinées agissant simultanément sur l’observateur.
- Au moment de l’arrêt rapide du train, le voyageur est soumis à deux forces, la pesanteur et l’accélération négative du mouvement. A ce moment, un corps abandonné à lui-même sans vitesse relative par rapport au wagon
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- tomberait en avant de la verticale de son point de départ, considéré comme entraîné par le wagon. Or la verticale sensible d'un lieu étant la direction de chute d’un corps, la position dans laquelle un voyageur se trouverait d'aplomb est inclinée vers l'arrière du train. Les verticales vraies dotvent donc, à ce moment, paraître inclinées vers l’avant du train; cette illusion ne dure qu'un temps très court, et je dois dire qu’elle est d'une observation assez difficile. C.-E. G.
- UNE HORLOGE GÉOGRAPHIQUE1
- On sait que l’heure diffère selon les longitudes. lTn dispositif qui vient d’être imaginé par M. J. Déroche en donne directement les corrélations. Aucun calcul n’est nécessaire et on les obtient pour tous les points du globe aussi bien que pour quelque moment que ce soit de la journée.
- La combinaison est d'une extrême simplicité : un cercle horaire fixe et à l’intérieur de ce cercle un planisphère rotatif, rien de plus.
- Le cercle comprend naturellement les 24 heures du jour. Le planisphère s’étend à la fois aux deux hémisphères. Au centre est celui du sud, dont le pôle sert de pivot. Autour et en projection, celui du nord avec tout son développement. Aucun des rouages de l’horlogerie ordinaire. Le planisphère est nui par la main à l’aide d'un bouton qui y est adapté, et une aiguille mobile fixée au pivot central et qu’on fait passer par les points envisagés sert à en déterminer les situations d’heures avec une entière précision.
- Une Notice explicative accompagne du reste l’horloge qui, soumise à la Société des sciences de Lille par l'auteur, un de scs membres, vient de trouver place dans les Mémoires de cette société.
- L’appareil de M. Péroche, d’un diamètre de 40 centimètres, pourrait être diminué et surtout agrandi. Il pourra être utilisé dans les établissements d’instruction. On pourra surtout y recourir utilement dans les cas de correspondances télégraphiques, à de plus ou moins longues distances, pour se rendre compte des conditions de temps dans lesquelles se seront effectuées les transmissions.
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- UNE SINGULARITÉ DE LA NATURE
- UN LAC A 5500 MÈTRES DALTITUDE2
- Au sommet d’un des pies les plus élevés de l'immense chaîne de montagnes connue sous le nom de Cascade Rouge et qui traverse l’Etat d’Orégon, existe un phénomène naturel des plus rares. 11 s'agit en effet d’un lac de gigantesques proportions situé à une altitude de 5500 mètres au-dessus du niveau de l’océan. Cette immense nappe d’eau, qui mesure un peu plus de 10 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 6854 mètres,' bien que découverte il y a quarante ans par le capitaine C. E. Dutton, demeurait ignorée de la majeure partie des géographes et des géologues.
- Les difficultés sans nombre que rencontrent les intrépides touristes qui tentent l’ascension de ce pic malaisé à atteindre ont joué un grand rôle dans
- 1 Yanackère et Brunner, 13, rue Esqucrmoise, à Lille.
- 2 Du Scientific American.
- son délaissement presque absolu. Malgré la description qu’en a donnée en son temps le capitaine Dutton, le monde savant semblait ne pas le connaître ; il l’ignorerait sans doute encore s’il n’avait pris fantaisie, au cours de celte année, à une société de géologie, la Mazamas Survey de Portland (Orégon), de se livrer à une exploration des montagnes de l’Ouest américain, afin de les mieux étudier. Elle a mis son projet à exécution au mois de juin dernier.
- Ce lac jusqu’alors, en dépit de son extrême importance, ne possédait pas de nom; elle lui a donné le sien. Il occupe l’emplacement d’un ancien cratère de volcan éteint. En cela il ressemble à nombre d’autres lacs que l’on rencontre dans diverses contrées du globe. Ce qui le différencie cependant, c’est sa vaste étendue, sa très grande profondeur variant entre 500 et 000 mètres et son altitude considérable. On ne saurait dire l’époque à laquelle remonte son origine. Ou estime qu'il a pris naissance à la suite d’une formidable explosion ayant subitement anéanti le sommet du volcan.
- Sur les lianes abrupts de ce pic, s'aperçoivent encore les anciennes coulées de lave ainsi que les profonds sillons que creusèrent jadis dans la roche les glaciers recouvrant ces faîtes à peu près inaccessibles. Le lac se trouve considérablement en contrebas des crêtes rocheuses qui l’entourent de tous côtés. En deux endroits seulement il est possible d’accéder au niveau de l'eau, mais à condition de prendre les plus grandes précautions, tellement sont glissantes et rapides les parois intérieures du cratère, dont les roches présentent presque partout les traces évidentes d’une vitrification complète.
- Chose singulière, à l’une des extrémités du lac, émerge un cône portant à sa partie supérieure un cratère de dimensions restreintes, et dont on aperçoit le fond à une profondeur de 45 mètres. Cette sorte de volcan adventif est constituée par un mélange de laves et de cendres agglomérées, offrant une très grande dureté. La surface interne de l’ouverture, entièrement verticale, ressemble à une véritable cheminée circulaire en partie écroulée à sa hase. Non loin de ce premier cône, mais situés au-dessous du niveau de l’eau, s’aperçoivent deux cônes identiques au premier auquel la Mazamas Survey a donné le nom d'lie Wizard.
- Les eaux du lac ont une coloration d’un bleu sombre; elles possèdent une si grande limpidité qu’on peut très aisément distinguer la forme et la nature des objets immergés à plus de 50 mètres de profondeur. On ne constate nulle part l’existence d’un déversoir quelconque, pas plus qu’on n’a pu trouver trace d’une source quelconque servant à l’alimentation. Les sommets qui entourent ce lac doivent donc suffire, lors de la fonte des neiges, à maintenir un niveau à peu près constant. Des constatations minutieuses effectuées par les explorateurs, il résulte qu’à l’époque des chaleurs estivales, ces eaux baissent très sensiblement par suite d’une active évaporation.
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- Lac Mazamas a 5 500 mètres d'altitude. Montagnes de la Cascade Rouge (Orégon).
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- Les diverses sections composant l’ensemble de la Mazamas Survey ont procédé simultanément, chacune en ce qui la concernait, à des investigations et à des recherches présentant un intérêt considérable au point de vue scientifique. Les naturalistes ont constaté l’existence d’une faune des plus variées, renfermant même des espèces non encore décrites; de splendides spécimens de conifères entourant le lac ont captivé, à leur tour, l’attention soutenue des botanistes. La Société pensait que cette nappe d’eau ne contenait qu’une faible quantité d’êtres vivants. Des sondages successifs ont permis de constater que, contrairement à l’avis général, les eaux abritaient de nombreux crustacés de petite taille.
- La division de physique se livra à un examen des plus intéressants concernant les diverses températures de l’eau à des profondeurs différentes. Elle s’assura ainsi qu’à la surface le thermomètre marquait 16 degrés centigrades, tandis que cette température descendait à 4 degrés centigrades à 170 mètres de profondeur, pour s’élever de nouveau à 8 degrés centigrades à 500 mètres. Cet accroissement allait toujours en progressant, le thermomètre à maxima indiquait qu’à 600 mètres, à l’endroit le plus profond du lac, il se produisait encore une nouvelle ascension de la colonne mercurielle.
- Ces curieuses constatations démontrent surabondamment que, dans les portions internes de la montagne, se trouve emmagasinée une notable quantité de chaleur due à la non-extinction complète de l’ancien volcan.
- Un jour viendra peut-être où, se réveillant de nouveau, le feu souterrain se créera un passage à travers l’énorme niasse d’eau qui le recouvre. Un volcan surgira encore qui viendra bouleverser de fond en comble l’état actuel des lieux. Dans un avenir plus ou moins prochain, ce lac extraordinaire, et dont l’origine remonte très probablement à de nombreux siècles écoulés, disparaîtra à son tour.
- Cn. Marsillon.
- EFFETS DE GRÊLE
- D’après une lettre adressée par notre collaborateur, M. A. Forel, le savant professeur de l’Université de Lausanne, à l’Académie des sciences, le 2 juin de cette année, une grosse grêle est tombée sur la ville de Morges, en Suisse. Nombre de vitres ont été cassées ; M. Forel a compté jusqu’à 55 trous dans les vitrages de son jardin ; les grêlons, fort gros, jusqu’à 5 à 6 centimètres, avaient une grande force de projection. Voici les détails transmis par M. Forel : « J’ai trouvé, dit-il, dans la serre d’un de mes voisins, une vitre de verre de 2mm,5 d’épaisseur, percée d’un trou rond, presque régulier, de 5“m,5 de diamètre : un vrai trou de balle. Or, ce trou présente, sur son bord inférieur (le trou de sortie du projectile), le même adoucissement de l'angle vif qu’a signalé M. Teisserenc de Bort sur les vitres de la Garenne après la trombe du 18 juin; il semble qu’il ait été passé à la flamme du chalumeau. J’ai retrouvé ce même caractère d’émoussement de l’angle du verre, sur un trou plus irrégulier de la marquise de ma maison,
- puis sur plusieurs morceaux de verre, dans le tas de débris provenant des dégâts de l’orage. Le bord du verre cassé est parfaitement mousse, et l’on peut y passer le doigt sans risquer une coupure. Ne pouvant, dans les circonstances de l’accident, trouver une cause d’élévation de température qui aurait amené la fusion locale du verre, j’ai étudié la cassure elle-même à la loupe d’abord, et je n’y ai pas vu traces de fusion de masse vitreuse ; puis, tout simplement à l’œil nu, et j’ai constaté que partout où le bord du verre présente ce caractère d’émoussement du bord tranchant, il y aune cassure typique. Une écaille de 1 centimètre et pins de largeur intéresse la table inférieure du verre. Toutes les vitres où j’ai trouvé cette coupure caractéristique sont en verre double (de 2m,n à 3mm) ; les verres plus minces avaient tous la cassure ordinaire, à angles vifs et coupants. L’orage de Morges du 2 juin, conclut M. Forel, a offert plusieurs particularités intéressantes, entre autres : a. Grande durée de la chute de grêle. Sur une maison la grêle, peu serrée, a duré plus de dix minutes ; b. Énorme dégagement d’électricité ; éclairs continus, plus d’un éclair par seconde, mais sans tonnerre. Les éclats de tonnerre, très déchirants avant l’orage de grêle, très serrés et très bruyants après le passage de la colonne de grêle, avaient entièrement cessé pendant que les éclairs continus embrasaient le ciel au-dessus de ma tète ; c. Grosseur considérable des gréions, jusqu’à la grosseur d’un petit œuf de poule ; d. Forme extraordinaire de quelques grêlons. Tandis que la grande généralité avaient la forme typique de plaques ovales, aplaties, à noyau central opaque ou translucide, entouré de couches concentriques alternativement translucides et opaques, à bords mamelonnés, j’en ai vu quelques-uns composés d’un véritable agrégat de glaçons soudés ensemble par un ciment de glace. Ce ciment avait la même consistance que les glaçons; mis dans l’eau tiède il ne s’est pas fondu plus vite que les glaçons qu’il soudait entre eux. ))
- M INERAL CRISTALLISÉ
- FORMÉ DANS UN CERCUEIL DE PLOMB1
- Des travaux de voirie, exécutés au mois d’août dernier, à Paris, dans la rue de Béarn, sur l’emplacement de l’église de l’ancien couvent des Minimes (dite de la place Royale), ont mis à découvert deux cercueils de plomb datant de l’année 1630. Ils ont été transportés au Musée Carnavalet, où, grâce à l’obligeance de M. le I)r Robinet, ils ont été examinés par M. A. Lacroix, professeur au Muséum de Paris.
- L’un d’eux renfermait un squelette assez intact ayant encore conservé ses cheveux. Il ne présente que peu d’intérêt au point de vue minéralogique. M. Lacroix n’a observé en effet qu’une légère croûte cristalline à Vinté-rieur du crâne et, à la place de l’abdomen, au milieu de débris pulvérulents, quelques petits nodules d’une substance blanche, à aspect farineux.
- Le second cercueil renfermait un squelette plus altéré qui, malheureusement, a été mis en pièces pendant le transport. Plusieurs os longs, un des os iliaques, sont recouverts d’un enduit de paillettes blanches cristallines; la cavité du crâne était transformée en une magnifique géode (brisée), tapissée de cristaux blancs aciculaires, groupés en rosettes et atteignant 8 millimètres de plus grande dimension. Le plan interne du crâne est fissuré,
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences.
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- soulevé, et c’est sur ses débris que sont implantés les cristaux. Le diploé est plus ou moins complètement transformé, ses larges cellules ayant permis le développement facile du minéral; enfin, la partie externe du crâne est, par places, elle-même recouverte de cristaux.
- La substance qui constitue ceux-ci est un hydrate du phosphate bicalcique. Sa composition y est très voisine du minéral connu sous le nom de brushite ou encore de la métabrushite.
- On peut se demander quelles sont les réactions qui ont donné naissance à cet intéressant minéral, qui a été trouvé rarement dans quelques gisements de guanos des Antilles.
- M. Armand Gautier a observé, dans la grotte de Minerve (Aude), une curieuse couche, essentiellement constituée par de la brushite associée à un phosphate alumineux ; il a expliqué sa production par la transformation des organes mous d’animaux dont on trouve les ossements intacts au-dessus de la couche phosphatée. Sous l’influence de ferments oxydants ces matières organiques auraient donné naissance, entre autres produits, à du phosphate biammo-niacal qui, entraîné par les eaux au contact du calcaire sous-jacent, aurait par substitution permis le dépôt du phosphate bicalcique cryptocristallin, il est probable qu’une réaction de ce genre est intervenue pour donner naissance aux cristaux étudiés par M. Lacroix; mais ici, le cadavre, conservé en vase clos, a fourni lui-même tous les éléments nécessaires à la minéralisation : ce sont les eaux qui ont donné la chaux (et sans doute aussi une partie de l’acide phosphorique). Il semble probable que la décomposition de la matière cérébrale a joué un rôle particulièrement intense dans ces réactions chimiques; on constate, en effet, que c’est à l’intérieur de la cavité crânienne que se sont produits la plupart des cristaux et les cristaux de plus grande taille . Ceux qui se trouvent à la partie externe du crâne sont toujours moins nombreux et plus petits ; leur présence est généralement liée à quelque fêlure de la boîte osseuse et on les voit parfois se grouper sur les bords d’une fissure de celle-ci, ayant permis un suintement venant de l’intérieur.
- Ce qui donne un intérêt spécial à l’observation de M. Lacroix, ce sont les conditions dans lesquelles s’est effectuée la cristallisation de la métabrushite. Elles ne permettent pas de douter que l’on se trouve en présence d’un cas d’aulonïvnéralisation, l’intervention d’aucune substance extérieure au cadavre ne pouvant être invoquée pour expliquer la formation des cristaux étudiés. L’étanchéité du cercueil de plomb, rendant possible le contact, longuement prolongé et sans doute sous pression, du squelette et des produits de la décomposition cadavérique, a permis ainsi entre eux de mutuelles réactions chimiques. Flamel.
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- LES RAYONS RÔNTGEN ET LES MOMIES
- Il y a quelques semaines MM. Flameng et Maurice Farman nous apportaient à la Salpêtrière un animal desséché et momifié qui leur avait été envoyé du Japon. Cette pièce bizarre, dont la figure 1 donne la photographie, présente l’aspect d’une bête dont la partie antérieure est vaguement anthropomorphe et la partie postérieure exactement ichtyomorphe. Il était intéressant, sans détruire cet objet d’ailleurs fort curieux, de voir si l’intérieur présentait quelques traces de squelette, et par suite de savoir si
- l’on était en présence de quelque animal authentique et mal connu ou, au contraire, d’un vulgaire truquage. Grâce à la méthode Rontgen, rien n’était plus aisé, et le but de cette Note est d’indiquer les résultats que nous avons obtenus.
- Mais auparavant il nous [tarait intéressant de rapporter les observations qui ont été faites sur la pièce en question par M. le D1' Rarthe de Sandfort et qui montrent, d’une part, toute l’habileté de l’artiste auteur de cette œuvre bizarre et de l’autre certaines erreurs qui, à défaut de l’analyse radiographique, auraient suffi à éclairer complètement le chercheur.
- La tête présente une brachycéphalie exagérée, la face à apparence momifiée rappelle vaguement le masque des momies mexicaines. Rides frontales transversales légères, orbites immenses dont le rebord exactement circulaire limite deux cavités dans lesquelles semblent s’être desséchées deux paupières ([ue l’on aurait maintenues très adroitement entr’ou-vertes pendant la dessiccation de façon à laisser l’impression d’un œil desséché, mais il n’existe aucune trace de moignon vestige du globe oculaire. L’appendice nasal représente un nez en trompette, dont les narines sont trop régulières pour provenir d’une dessiccation réelle.
- Sillon naso-lobial trop profondément accusé : sur les bords supérieurs et inférieurs d’un vaste orifice buccal, où l’on aperçoit des lambeaux laqués ou bitumés qui rappellent une muqueuse desséchée, se dressent quatre incisives en haut et quatre en bas, toutes semblables et largement écartées. Elles paraissent faites en bois léger peint en blanc. Au cou une légère proéminence laisse soupçonner la saillie de la pomme d’Adam. Les deux oreilles sont énormes, le pavillon est finement sculpté, l’orifice auditif très bien placé mais de dimensions qui écartent certainement toute idée de vie aquatique.
- Région cervicale. — Aucune trace d’épine cervicale ni d’annelures trachéales. La construction de l’épaule avec humérus dont la tète est parfaitement dessinée soit à droite, soit à gauche sous l’enveloppe cutanée, se maintient sans aucune trace de seapu-lum. L’imitation de la clavicule est constituée par une saillie comprise entre deux fossettes trop régulières et suivant trop fidèlement les mouvements des deux positions différentes des membres antérieurs pour ne pas déceler immédiatement la supercherie.
- La cage thoracique, effilée d’avant en arrière d’une façon exagérée, ce qui résulte de l’absence de scapu-lum, est dessinée par la saillie de six arcs costaux plus marqués sur la région dorsale qu’à la région ventrale, où ils sont figurés en simples lignes se réunissant vaguement vers la partie médiane. La région ventrale est lisse et offre deux petites saillies mammaires, auxquelles la préoccupation de l’imitation a donné une saillie rigide en opposition avec toute idée de dessiccation d’un revêtement cutané réel. Aucune colonne dorsale pour soutenir en arrière ces arcs osseux, pas plus que de sternum plus ou moins cartilagineux pour le maintenir en avant. C’est la partie
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- la plus défectueuse de l’œuvre, dans laquelle l’artiste a su, avec une véritable habileté, donner aux bras une apparence très trompeuse de momification réelle. Le mouvement du coude droit dans son raccourci en arrière est bon, mais celui du coude gauche, est absolument défectueux. La facture des avant-bras et du corps est très négligée : le métacarpe n’offre aucune trace de division osseuse, pas plus que les doigts,
- entre lesquels on n’aperçoit aucun vestige de membrane très naturelle chez un animal destiné à nager. Les phalanges sont absentes et des griffes d’oiseaux implantées à leur extrémité figurent les ongles.
- La partie postérieure en forme de poisson est réunie à l’antérieure au moyen d’un collage. Rien de particulier à dire de cette partie, qui comporte des nageoires placées correctement. En résumé1, en
- Fig. 1. — Animal japonais (Photographie).
- dehors des délectuosités du squelette dont il vient d’être question, on peut, a prioi'i, se demander comment cet être aurait pu se servir de ses membres antérieurs pour la locomotion aquatique.
- La radiographie a pleinement confirmé les conclusions qui découlent de l'examen précédent (fig. 2). A l’intérieur de la tête et du corps aucune trace d'ossature quelconque n’est visible, le bourrage a été
- Fig. 2. — Animal japonais (Radiographie négative).
- fait au moyen de matières végétales qui sont d’une transparence à peu près complète pour les rayons X, on aperçoit seulement par place les plis des bandelettes qui ont été employées et ceci principalement dans les parties collées. Les dents y ont presque disparu, ce qui vérifie l’opinion du DrBarlhe de Sandford. Si elles avaient été véritables on les aurait parfaitement distinguées. Enfin dans les membres on remarque les fils de fer qui soutiennent et forment les doigts. Nous avons donc affaire, dans l’espèce, à un simple truquage et aucun doute ne saurait subsister à ce sujet.
- Comme contre-partie de cette expérience nous
- avons reproduit une main de momie quij nous avait été rapportée d’Égypte (fig. 3). La radiographie nous a donné un résultat complet. On aperçoit (fig. 4) avec la plus grande netteté l’extrémité du radius et du cubitus, le carpe et le métacarpe ainsi que les premières phalanges. Sur le pouce se trouve l’image d’une bague qui était du reste visible en partie sur la pièce dont la partie correspondant à l’extrémité des doigts avait été brisée. On distingue parfaitement sur le négatif la structure même des os : enfin, d’après l’état de l’ossification, car les apophyses ne sont pas encore soudées, il est très facile
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- LA NATURE.
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- do déterminer l’âge du sujet auquel appartenait cette main. De l’examen qui a été fait, sur notre demande, par notre excellent ami, M. le Dr Paul Richer, il ressort que cette main était celle d’un enfant ayant entre sept et neuf ans. En effet on distingue parfaitement bien les points d’ossification complémentaires des phalanges qui apparaissent vers la sixième ou
- septième année, de même que les points complémentaires beaucoup plus avancés des quatre derniers métacarpiens qui se montrent entre la cinquième et la sixième année. D’autre part on n’aperçoit aucune trace du point céphalique d’ossification du cubitus qui se montre de sept à neuf ans: c’est donc bien entre sept et neuf ans qu’il faut placer l’âge de cette momie.
- Fig. 3. — Main de momie égyptienne (Photographie).
- Devant la précision de ce résultat on ne peut s’empêcher de faire remarquer une fois de plus l’étendue des applications nouvelles que nous ouvre
- la méthode Rôntgcn : en médecine légale, la radiographie permettra de savoir très exactement l’âge des victimes, surtout pendant la période où la for-
- Fig. 4. — Main de momie égyptienne (Radiographie négative).
- mation des os n’est pas complète, et ceci sans altérer en quoi que ce soit la pièce à conviction l.
- En ce qui concerne l’étude des momies, elle donne le moyen de voir ce qu’elles renferment et il serait à désirer que ce travail lut fait d’une façon suivie
- 1 Notre collègue de la Salpêtrière, M. Fournier, interne de la clinique de M. le professeur Raymond, a bien voulu mettre à notre disposition quelques pièces curieuses que le manque de place ne nous permet pas de reproduire ici. Nous citerons en particulier un crâne de momie obtenu en vingt minutes, une jambe et un bras momiliés (pose cinq minutes), une petite momie renfermant des ossements divers et enfin une dernière
- pour toutes les belles pièces que renferment les musées et certaines collections particulières. On éjtrouvera peut-être quelquefois des surprises désagréables, mais à côté on ne manquera pas de faire de très intéressantes découvertes. Albert Lo.xde.
- affectant la forme d’un petit chien et qui n’était qu’un simple jouet de l’époque égyptienne (pose une minute). La perfection des résultats obtenus montre l’intérêt qu’il y aurait à poursuivre ces études : nous sommes d’ailleurs complètement à la disposition de nos collègues de La Nature qui désireraient faire l’analyse radiographique des pièces de collection qu’ils peuvent posséder.
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- LA NATURE.
- VIBRATIONS ET RADIATIONS
- LES CINQUANTE OCTAVES DU CLAVIER DES PHÉNOMÈNES PHYSIQUES
- Matière et mouvement, c’est à ces deux termes que se réduisent, en dernière analyse, tous les phénomènes mécaniques, physiques et chimiques. Mais dans l’ensemlile et la diversité de ces phénomènes, comment reconnaître et classer ceux qui présentent entre eux un air de famille, en attendant que des progrès nouveaux, réservés sans doute au siècle prochain, apportent au principe fécond de l’unité des forces physiques une sanction expérimentale encore incomplète dans l’état actuel de nos connaissances?
- La conception la [dus moderne, la plus conforme aux faits expérimentalement acquis, consiste à supposer l’univers en un état de vibrations complexes, caractérisées par leur rapidité et leur fréquence, et la nature des milieux qui subissent et transmettent ces vibrations.
- Le but final des recherches physiques est de déterminer la nature de ces vibrations diverses, d’en distinguer l’origine et la nature, d’en effectuer un triage rigoureux, et d’apprendre à les reproduire à volonté, en vue des vérifications expérimentales de la théorie ou des applications industrielles dont elles sont susceptibles.
- Cette classification, commencée depuis plus d’un siècle, est loin d’être terminée, mais elle permet déjà de jeter une vue d’ensemble sur la question, et de mettre à leur vraie place les diverses branches d’une science étendue, et dont les rapports ne paraissaient au début que fort lointains.
- Le lien naturel de tous les phénomènes physiques est aujourd’hui parfaitement établi : ce sont des vibrations, des ondulations ou des radiations caractérisées par la nature du milieu qui vibre, ondule ou radie, et par la fréquence des mouvements vibratoires, ondulatoires ou radiants.
- Les vibrations lentes n’intéressent que la matière prise en bloc ; les vibrations plus rapides s’exercent entre les molécules de la matière elle-même; elles s’étendent depuis l’élasticité jusqu’à la chakur et la lumière. Plus rapides encore, elles paraissent ne se développer et se propager que dans ce milieu subtil qui nous environne, nous pénètre, et auquel on a donné le nom d’éther.
- Toutes ces ondulations de nature, d’amplitude et de fréquence si variées se produisent et se propagent simultanément, indépendamment, et c’est un travail ardu que d’analyser chacune d’elles, car elles occupent actuellement un clavier de plus de cinquante octaves, et ce clavier n’est pas complet, car nous le limitons, dans le grave, au pendule battant la seconde simple, et, dans l’aigu, aux radiations ultra-violettes produites dans le vide, alors que les rayons X nous conduiront sans doute à l’étendre davantage, lorsque nous connaîtrons mieux leur place dans ce gigantesque clavier compris entre une oscillation simple
- et trois mille trillions de vibrations complètes par seconde.
- Prenons comme note fondamentale celle d’un corps oscillant mécaniquement à raison de 1 oscillation double ou vibration complète par seconde. Les vibrations de cet ordre sont purement mécaniques et matérielles. L’octave supérieure est précisément représentée par le pendule battant la seconde, et etîectuant une période en 2 secondes.
- Les premières octaves 1,12, 5 et 4 sont représentées par des pendules de plus en plus courts jusqu’à ce que la fréquence devienne assez rapide et se manifeste sous forme de vibrations élastiques transmises par l’air et produisant des sons, musicaux entre les octaves 4 et 11, simplement audibles jusqu’à la quinzième octave. Le la normal de 455 périodes par seconde est placé entre la 8e et la 9e octave de cette classification.
- Les oscillations électriques commencent à la 15e octave et se manifestent dans les décharges oscillantes des bouteilles de Leyde sous certaines conditions : ce sont les plus graves connues, et elles s’étendent jusqu’à la 24e octave.
- Les ondulations hertziennes se manifestent entre l'octave 25 et l’octave 55. Les premières, graves et longues, sont des ondes de 9 mètres de longueur et se produisent avec une fréquence de 55 millions par seconde, les plus courtes que l’on sache produire actuellement n’ont que A millimètres de longueur avec une fréquence de 8589 millions par seconde.
- Ici, et sur une étendue de onze octaves, de la 55e à la 44e, le clavier est sans touches : les vibrations correspondantes existent certainement, elles produisent des effets physiques et chimiques, mais nous sommes encore impuissants à les observer, à les analyser et à les reproduire.
- A l’octave quarante-quatre commencent les radiations thermiques, observées par M. Langley, radiations émises par des substances dont la température est inférieure à 100° C. Leur longueur d’onde n’est que de 17 microns (moins de 2/100 de millimètre) et leur fréquence de 17 millions de millions ou 17 trillions par seconde.
- L’octave quarante-six est formée par les radiations thermiques les plus basses du spectre solaire, observées par M. Langley (4 microns de longueur d’onde et 70 trillions de périodes par seconde).
- La chaleur obscure occupe, dans ce clavier, l’intervalle compris entre la quarante-quatrième et la quarante-huitième octave.
- A la quarante-huitième octave se trouve la limite photographique de l’infra-rouge déterminée par Abney. La longueur d’onde ne dépasse pas 1 micron et la fréquence est de 500 trillions de périodes par seconde.
- L’octave quarante-neuf se trouve exactement au milieu des radiations lumineuses, avec des longueurs d’onde de l’ordre du demi-micron (2000 longueurs d’onde dans un millimètre) et une fréquence de l’ordre de 600 trillions par seconde.
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- L’octave cinquante limite, d’après M. Cornu, l'étendue photographique du spectre solaire. La longueur d’onde n’est que de un quart de micron et la fréquence de plus de 1000 trillions par seconde.
- Enfin — jusqu’à nouvel ordre — l’octave cinquante et une limite l'action photographique dans le vide des radiations ultra-violettes, avec des longueurs d’onde un peu supérieures au dixième de micron et une fréquence de 2200 trillions par seconde.
- Ici, les touches du clavier disparaissent de nouveau, et nous serions tentés de croire que cette limite est définitive, si la découverte des rayons X par M. le professeur Rontgen ne nous conduisait à admettre, avec les plus grandes probabilités, que les radiations Rontgen ne sont autre chose que des vibrations encore plus courtes et d’une fréquence encore plus élevée que les radiations ultra-violettes de la cinquante et unième octave. Mais toutes les recherches entreprises j usqu’à ce jour n’ont pas encore permis de fixer l'ordre de grandeur, de fréquence et de longueur d'onde des rayons X.
- Occupent-ils plusieurs octaves’? Viennent-ils immédiatement après l’ultra-violet, ou laissent-ils un vide analogue à celui que nous constatons dans notre énumération entre la trente-troisième et la quarante-quatrième octave? Ce sont là questions actuellement sans réponse; nous devons nous déclarer satisfaits de voir combien, en moins d’un siècle, les recherches scientifiques ont comblé de lacunes dans ce gigantesque clavier que la nature met à notre disposition, et que nous apprenons à notre tour à manipuler chaque jour avec plus d’habileté.
- E. Hospitalier.
- Au moment où M. Hospitalier nous transmettait l’article que l’on vient de lire, M. W. Crookes, l’éminent physicien de la Société royale de Londres, traitait à un point de vue un peu différent le même sujet dans une conférence faite devant la Société pour les recherches psychiques de Londres. M. Crookes avait surtout l’intention de montrer que beaucoup de vibrations n’affectent pas nos sens, et u’elles doivent produire des effets qui nous échappent encore. Les vibrations qui impressionnent nos sens sont comprises, d’après les physiciens, entre une et deux mille billions par seconde, mais il en est de beaucoup plus rapides. Quel est leur rôle?
- En prenant un pendule battant les secondes et en doublant continuellement les battements, M. Crookes obtient une série qui croît avec une certaine rapidité. Nous la reproduisons avec l’interprétation de M. Crookes et sous la forme qu’il lui a donnée, tout en abrégeant un peu.
- Degrés. Vibrations par seconde.
- 1".............................................2
- 8
- 16
- 52
- 04
- .)
- 4
- 5
- 6
- Degrés.
- 7 .........
- 8 .........
- 9 .........
- 10 .........
- 15..........
- 20..........
- 25 . . • . .
- 50..........
- 55..........
- -40.........
- 45..........
- 50..........
- 55..........
- 50..........
- 57 .........
- 58 .........
- 59 .........
- 00...........
- 01...........
- 02...........
- 05 . ...
- Vibrations par seconde.
- ................128
- ..................256
- ..................512
- .............. 1024
- ............... 52708
- .......... 1 018 570
- .......... 55 554452
- ........ 1 075 741 824
- . . . . 54559758 508
- . . . 1099511 027 770
- . . . 55 184 572 088 852 1125809 700 842624 . 50 028 707 018 905 908 . 72 057 594 057 927 950 1 44 115 188 075 855 872 288220570 151 711 744 570 440 752 505 425 488
- 1 152 881 504000 840 970
- 2 505 705 409 215 095 952 4011 520 018 427 587 904 9 225 052 050 854 775 808
- Or, du 5” degré-(52 vibrations par seconde) jusqu’au 15e degré (52 708 vibrations), nous sommes dans la région du son pour une oreille ordinaire humaine. Note la plus basse, 52 vibrations, note la plus aiguë pour nous, 52 768 vibrations. Le véhicule de ces vibrations est l’air. C’est l’air qui vibre. Plus loin, dans une matière plus subtile que l’air, l'éther des physiciens, les vibrations du 16e au 55e degré s’élèvent de 52 768 à 54559 758568 par seconde. Ces vibrations se manifestent à nos sens sous forme d’électricité. Puis vient la région qui s’étend du 55e au 45'' degré. Cette région nous est inconnue; nous ne savons pas sons quelle forme se traduisent pour nous les vibrations. Nous ne savons pas si elles agissent ou n’agissent pas sur l’homme. Au delà nous arrivons aux vibrations qui nous donnent la sensation de lumière. Elles sont comprises entre les limites étroites de 450 000 000 000 000 (lumière rouge) et 750000 000 000000 (lumière violette). Enfin, entre le 58e degré et le 61e, on se trouve de nouveau dans une région inconnue; peut-être ces vibrations sont-elles celles qui correspondent aux rayons Rontgen, 288 000 000 000 000000 par seconde et plus.
- Dans cette série, on trouve encore des zones inconnues et peut-être qu’au delà du 65e degré existe-t-il toujours des vibrations plus rapides. Nous ne savons rien, puisque nos sens — ceux que nous connaissons — ne nous révèlent rien. Toujours est-il que ces vibrations excessives doivent percer les milieux les plus denses et s'en aller directement dans l’espace sans être réfractées, à la façon des rayons Rontgen.
- N’insistons pas; ces réflexions de M. Crookes ont de l’intérêt, et il n’était pas superflu de les faire connaître sommairement. Henri de Parville.
- COLORATION DU TERRE
- PAR IMPRÉGNATION
- M. Léon Lémal vient de faire connaître un joli procédé de coloration du verre et d’impression sur verre des photographies.
- Jusqu’ici, le procédé employé pour obtenir un
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- LA NATURE.
- verre de couleur consiste à fondre ensemble dans le feu et le verre eÜ’oxyde métallique colorant. Le verre se colore dans toute sa masse. M. Lémal colore le verre directement, sans fusion; il produit à la surface des dessins tout bonnement en faisant pénétrer des métaux ou des oxydes colorants à travers la surface. Il y a imprégnation dii verre par la matière colorante.
- Par exemple, appliquons sur un verre un sel d’argent et portons ce verre dans un l'onr à la température de 500 ou 550 degrés. Après un certain temps, si on le laisse refroidir, et si on b1 débarrasse de son excès de sel, on le trouve coloré en jaune. La nuance peut aller du jaune paille au jaune orangé rouge, selon la composition du verre employé. Avec certains verres de composition bien définie, en ajoutant au s(
- on obtient une couleur rouge orangé. La quantité d’argent, mise en présence du verre peut être très faible. Aussi, une dentelle de iil ]dongée dans une solution à 1/1000 de nitrate d’argent, puis dans une solution de sulfure de potassium, appliquée sur du verre et chauffée, laisse l’empreinte de son image en jaune foncé. Un cliché photographique sur collodion, traité de même, laisse également une im-
- d’argenl dix fois son poids d'ocre rougi*,
- pression en couleur jaune.
- La coloration est, du reste, toutes choses égales d’ailleurs, proportionnelle à la quantité du sel d’argent mise au contact du verre et la pénétration
- d’autant plus profonde que la température est soutenue pendant un temps plus long. Ainsi, sur une ](laque de verre jaunie à l’argent pendant cinq minutes de cuisson, la couche métallique d’imprégnation a 17 centièmes de millimètre. Au bout d'une heure de cuisson, l’épaisseur de la couche est de 52 centièmes de millimètre. Enlîn, après dix-lmit heures, et en renouvelant de six heures en six heures la composition colorante, l’épaisseur atteint lram,57, puisqu’une plaque de lmm,57 est entièrement traversée.
- Ues verres, ainsi colorés, sont jaunes par transparence et, par réilexion, ils présentent des teintes d’aspect fluorescent, allant du vert jaunâtre au violet bleuâtre. On obtient aisément ce dichroisme en ajoutant à la composition colorante d’argent quelques parcelles de cuivre en poudre. Ainsi un cliché photographique, exécuté sur plaque de verre, donne après cuisson une belle teinte rouge. L’image par transparence est invisible; mais, par réflexion, elle est d’un
- bel effet. On constate les mêmes phénomènes de pénétration du verre à 500 degrés avec d’autres matières que l’argent, par exemple, avec l’or, le cuivre et le fer.
- Le procédé est intéressant, puisqu’il suffit, d’appliquer sur verre un tissu, un monogramme, un dessin, un cliché photographique pour voir les images reproduites avec uni* belle teinte. Nous avons vu ainsi une dentelle, un feston, un portrait directement imprimé en couleur sur verre et à peine en dix minutes. J. F. Oai.i,.
- I N NOUVEL OlfSKIiYVmiliE MILITAIRE
- L’état-major allemand dissimule ses opérations avec le plus grand soin, et sans les indiscrétions de
- ses amis intimes, on ne saurait jamais rien de ce qu’il entreprend. C’est ainsi qu’on a appris subitement qu’il avait fait construire dans le plus grand secret, depuis deux ans, un millier de pièces de campagne à tir rapide, et porté de 457 à 500 le nombre des batteries ,5 0 pièces qu’il peut mettre aujourd’hui en présence de nos 408 batteries. A son tour une revue roumaine, la Revista Arti-lerei, de Iiucarest, nous apprend que l’armée allemande a adopté, il y a environ dix-lmit mois, et sans qu’aucun journal en ait parlé, un ingénieux système (l’observa toire de campagne destiné à remplir, le cas échéant, le rude des ballons militaires. C’est, l’échelle que représente notre croquis. Elle resseml.de beaucoup, comme on le voit, à celle dont font usage les sapcurs-.pompiers de Paris. Une sorte de cric élève progressivement les trois montants de l’échelle, sur *la plate-forme de laquelle s’est préalablement placé l’observateur, qui se trouve ainsi doucement élevé à une hauteur variable. L’instrument est, paraît-il, léger, peu encombrant, d’une manœuvre facile, en un mot trop pratique pour qu’il ne soit pas adopté par les corps d’armée, ou plutôt par les divisions isolées qui, à défaut de ballons, en sont réduites aujourd’hui à faire monter des hommes dans les arbres, quand il y en a, pour observer ce qui se passe au loin.
- II est certain en effet que cet observatoire mo-
- bile peut rendre en campagne de très utiles services. L. R.
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- LA NATURE.
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- DV(UER RE
- Daguerre aussi vient d’avoir son monument. (In a inauguré son buste le 27 juin dernier en grande pompe, en présence des représentants du gouvernement, à Rry-sur-Marne.
- Daguerre était né pas bien loin, à Cormeille-en-l’arisis; mais il mourut à Rry-sur-Marne, en 1851. Et c’est cette petite ville qui, sur l'initiative de son maire actuel,
- M. Duhamel, a tenu à rendre au célèbre inventeur ce suprême hommage de reconnaissance.
- Tout le monde connaît l’histoire de Daguerre et de Niep-ee de Saint-Victor.
- Ces deux noms resteront toujours associés par la postérité.
- Il y avait longtemps que l’idée de fixer c h i m i q u e m eut les portraits ou les paysages peints sur la glace de la chambre noire était dans l’air, comme on dit quelquefois. Des années avant la naissance de Daguerre, le physicien Charles avait abordé le problème vers 1780. Et l’on faisait aussi des efforts dans cette direction en Angleterre. Wolt, Wodg-wood et Humphry Davy y consacrèrent de longues recherches.
- Daguerre n’était ni chimiste ni physicien, mais bien peintre décorateur, et comme les travaux n’abondaient pas, il avait abandonné l’art pour décorer les baraques foraines, ce qui était alors, paraît-il, très lucratif. 11 chercha même des combinaisons optiques de nature à attirer la foule des spectateurs. C’était le moment des. panoramas, car chaque époque a ses inventions favorites. On n’en était pas encore au cinématographe ni au phonographe qui font les délices des fêtes foraines. Le panorama venait d’être imaginé par l’Allemand 'Breyzis, perfectionné par
- l’Ecossais Bob, l’Anglais Barrer. L’Américain Eullon introduisit la nouvelle curiosité en France et Meyer et Prévost en tirèrent bon parti. Daguerre, qui cherchait fortune, fonda aussitôt avec Bouton le Diorama, et le Diorama lit recettes de 1822 à 1850. Homme d’initiative, plein d’ingéniosité, hardi, entreprenant, bon administrateur, Daguerre devait réussir, et il réussit au delà de toute espérance. Sur ces entrefaites il rencontra Niepee de Saint-Victor, son antipode comme qualités. Niepee était un vrai savant et n’avait pus la notion des affaires. Il avait déjà débrouillé un peu le problème héliographique et s’en était ouvert à Daguerre qui, plein d’enthousiasme, lui proposa une association en 1826. Mais les découvertes sont lentes à prendre forme. Niepee n’aboutissait pas à un résultat pratique. Daguerre s’impatientait et les deux collaborateurs regrettaient presque d’avoir uni leurs efforts, qui restaient impuissants. Niepee de Saint-Victor mourut en 1855, laissant un lîls au courant de ses recherches.
- Daguerre avait gagné à sa collaboration avec Niepee des notions de chimie et il connaissait tous les secrets de Niepee. Mais sans doute il n’aurait pu en tirer parti. Aussi il consentit avec empressement à signer sur d’autres bases un traité avec le tils de Niepee. Six années se passèrent encore, et le tils n’était pas plus heureux que le père. Enfin, en 1859, Niepee Saint-Victor fit appeler Daguerre dans son laboratoire. 11 lui montra une image parfaitement venue et fixée sur une plaque argentée. Ce fut la première plaque de daguerréotype, nom qui fut donné par Daguerre au procédé de Niepee. On sait quelles conséquences a eu cette première découverte dans le domaine artistique, industriel et commercial depuis quarante-cinq ans.
- Statue de Daguerre.
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- LA NATURE.
- Nous n’entendons pas dans ees quelques lignes fixer la part respective de Daguerre et de Niepce dans la mise au jour de ce que l’on a appelé le daguerréotype. Daguerre a été la tète et Niepce le bras; c’est l’opinion générale. Un a encore dit sous une autre tonne que Daguerre avait été à Niepce ce qu’Améric Yespuce avait été à Christophe Colomb. La réalité, en somme, c'est que la découverte est venue à son heure sous leurs communs ellorts. Et il était temps pour notre pays, car Eox Talbot, en Angleterre, vers 1852, obtenait, au moyen de papier recouvert de chlorure d’argent, un négatif où les noirs de l’image représentaient les blancs de l’objet, et s’en servait pour tirer des épreuves. Talbot avait découvert le principe de la photographie; mais les essais furent lents et le daguerréotype prit en France un si grand essor que le bruit de la découverte de Niepce et Daguerre prima toutes les autres.
- 11 ne résulte pas moins de ce détail rétrospectif que, alors même que les recherches de Daguerre et de Niepce eussent échoué, nous n’en aurions pas moins appris vers la même époque à fixer les objets reproduits par la lumière dans la chambre noire. La simultanéité des découvertes est presque une règle. Toutes apparaissent presque toujours en même temps. Ne se rappelle-t-on pas que pendant que M. de Ruolz, à Paris, imaginait la dorure et l’argenture galvanique, Elkington, «à Birmingham, arrivait en même temps aux mêmes résultats, et si complètement, que les deux rivaux, pour éviter de nombreux procès, eurent la sagesse de confondre' leurs droits.
- Quoi qu’il en soit, la découverte du daguerréotype fit grand bruit. Ce fut une grande date dans les annales de la science. Au Parlement, à l’Académie des sciences, on s’en occupa longuement. Et afin ([ue tout le monde pût se servir du procédé et le perfectionner, Arago proposa de faire entrer la découverte dans le domaine public. La proposition lut adoptée par la Chambre. On accorda une pension de 10 000 francs aux deux inventeurs du daguerréotype, 6000 francs à Daguerre, 4000 francs à Niepce, comme prix de l’expropriation de leur travail et des perfectionnements qu'ils pourraient y apporter à l’avenir. Le sentiment public ratifia cette récompense nationale. On peut ajouter (pie jamais gouvernement ne donna pareille preuve d’intuition scientifique. Car jamais une découverte ne grandit aussi vite et ne produisit en si peu d’années de résultats plus merveilleux; on a bien fait d’élever à Bry-sur-Marne un monument à Daguerre ! A. Riant.
- Les aiantages «les chaudières ù. tubes d'eau.
- — Les chaudières à tubes d’eau sont tout à fait d’actualité, d’autant qu'il y a eu récemment une grande discussion au Parlement anglais à propos des chaudières Belleville dont on a doté les cuirassés Powerfull et Terrible : or, le
- vice-amiral Fitzgerald, une autorité en la matière et un des esprits les plus avancés de la marine anglaise,•vient de résumer brièvement, mais d’une façon fort caractéristique, les divers points «pii font la supériorité de la chaudière à tubes d’eau. En premier lieu, elle dégage bien plus rapidement de la vapeur que l’ancien type, puisque le Sliarpshooler peut maintenant être sous vapeur en vingt minutes à partir du moment où les feux sont encore éteints, alors qu’avec ses anciennes chaudières il lui fallait de 2 à 5 heures pour obtenir le même résultat. En deuxième lieu, le water-tube-boiler, suivant l’expression anglaise, permet dos augmentations ou des diminutions très considérables et très rapides de vitesse, sans qu'il en résulte pour cela aucun danger ; on peut atteindre presque instantanément une très grande vitesse, et non point en procédant peu à peu. Le troisième avantage consiste en un accroissement de sécurité, notamment si un projectile vient à traverser la chaudière : chacune des chaudières du Powerful, par exemple, ne contient qu’une demi-tonne d’eau, alors que pour le Majestic, installé suivant l’ancien système, la contenance correspondante est de 22 tonnes. De plus, le nouveau type donne de grandes commodités pour la visite, le nettoyage et les réparations, car on peut laisser refroidir rapidement les tubes sans former des fuites ; enfin l’adoption de ce dispositif assure une diminution de poids qu’on n'exagère point en l’évaluant à 40 pour 100. Nous avons tenu à citer le résumé de la communication de l’amiral Fitzgerald, parce qu’il indique bien nettement les avantages des chaudières tubulaires à tubes d’eau.
- Urgcntol, itrol et aetol. — Dans ces derniers temps, on a constaté que les sels organiques d’argent possèdent des propriétés bactéricides puissantes. Quelques-uns d’entre eux sont entrés, peut-être momentanément, dans la thérapeutique. Ainsi on utilise Yargonine, qui est une combinaison d'argent avec la caséine. Ainsi de même Y itrol, Yactol et Yargentol. L’itrol est un citrate d’argent. Il se présente sous la forme d'une poudre légère, inodore, soluble dans 5800 parties d’eau. 11 est employé en poudre, pour saupoudrer les plaies; en pommade (itrol, 1 partie; lanoline ou vaseline, 100 parties); en solution à 1 pour 5000 pour désinfecter les instruments ou à 1 pour 10 000 pour gargariser, et aussi sous forme de gaze. Unctol est un lactate d’argent. Il se présente sous la forme d’une poudre blanche, inodore, presque insipide, soluble dans 15 parties d’eau, s’agglomérant facilement et se décomposant à la lumière. 11 ne peut donc s’employer qu’en solution. L’argentol est encore un sel d’argent. C’est une sorte de sulfate double d’oxvquinoline et d’argent. C’est donc du quinosol dans lequel le potassium est remplacé par l’argent. Comme l’on voit, on a voulu réunir, dans un même composé, les propriétés antiseptiques de l’argent et de l’oxyquinoline. C’est d’ailleurs un composé peu stable qui se décompose déjà lorsqu’on le fait bouillir avec de l’eau. L’argentol se présente sous forme d’une poudre très peu soluble dans l’eau. Il pourrait remplacer l’iodoforme. On l’emploie en poudre, pour saupoudrer les plaies et eschares; en pommade (argentol, 1 ou 2 parties pour 100 parties de vaseline ou lanoline).
- Une maladie du peuplier. — M. Daugeard, professeur à la Faculté des sciences de l’Université de Poitiers, a signalé au Congrès des sociétés savantes une maladie qui, dans l’ouest de la France, sévit sur les peupliers. La cime de ses arbres, atteints par groupes de deux ou trois, se dessèche progressivement, ainsi que l’extrémité des rameaux. Ces symptômes sont à peu près identiques à
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- ceux que MM. Vuillemin et Urillieux ont indiqués dans la maladie du peuplier pyramidal et que ces auteurs ont attribués au didymosphœria populina. Le parasite est différent, car les peupliers malades ne montrent aucune trace du didymosphœria ; mais les jeunes racines sont remplies par les filaments d’une chytridinée, le rizopha-gus populinus, formant de gros cordons qui circulent à l’intérieur des cellules corticales. Ces filaments absorbent le protoplasma au moyen de suçoirs ramifiés en pinceau, rappelant un peu ceux des peronosporées. Les racines ainsi envahies ne peuvent donc se développer ultérieurement ; ce qui explique le petit nombre des racines et radicelles (pie présentent les arbres attaqués. Ce système radiculaire étant insuffisant pour la nutrition de l’arbre, il en résulte que ce dernier se dessèche et finit très souvent par mourir.
- Ua Bibliothèque Nationale des États-Unis. —
- L’équivalent aux États-Unis de notre Bibliothèque Nationale est ce qu’on nomme la « Congressional Librarv )) ou Bibliothèque du Congrès, qui est bien installée dans l’aile gauche du Capitole, mais qui ne se confond nullement avec les bibliothèques respectives du Sénat et de la Chambre des Représentants. Créée en 1800, détruite en 1814, renouvelée ensuite par l’acquisition des 7000 volumes de Thomas Jefferson, elle comptait 55 000 ouvrages en 1851, quand le feu en détruisit 51 000; mais le Congrès lui accorda des subventions considérables, qui montent maintenant annuellement à 55 000 francs. Elle a fusionné avec la bibliothèque de l’Institution Sinithsonienne, puis elle s’est enrichie en 1882 des 27 000 volumes du l)r Joseph M. Toner; enlin elle reçoit régulièrement un exemplaire de tout ouvrage déposé au point de vue de la propriété littéraire.
- Les hauts fourneaux et la foudre. — Voilà plusieurs circonstances où l’on constate en Allemagne que les paratonnerres les mieux installés ne protègent pas les hauts fourneaux : la décharge électrique, au lieu de suivre les conducteurs, passe à travers la charge du fourneau. On explique assez vraisemblablement le phénomène en faisant remarquer que la colonne de fumée qui s’élève au-dessus des fourneaux cl qui contient beaucoup d’eau et de poussière de charbon, constitue un excellent conducteur, bien supérieur au conducteur métallique extérieur.
- La population de l’Algérie. — La population de l’Algérie, à l’époque du recensement du 29 mars 1890, formait un total de 4 594 129 habitants, contre 4104115 en 1891, armée comprise. Dans ce chiffre, en 1896, on compte 545 557 Français, 5 757 917 Musulmans sujets français. Le reste est partagé en Espagnols, Israélites indigènes, Italiens, Tunisiens et Marocains, Maltais, Allemands et étrangers divers.
- Un pont tournant monstre h Chicago. — On
- se propose de construire à Chicago un pont tournant qui n’aura pas moins de 120 mètres de long sur 55 de large et qui donnera passage à 8 voies de chemins de fer.
- Ue linge en celluloïd et ses dangfers. — On a
- eu malheureusement récemment l’occasion de signaler la facilité d’inflammation du celluloïd : rappelons à ce propos un accident caractéristique arrivé à un employé du chemin de fer américain « Erie Railroad ». Une étincelle tomba sur son col en celluloïd, qui prit feu et fit une explosion véritable. L’employé, nommé W. Benjamin, eut la présence d’esprit d’arracher son col ; mais il a été assez grièvement blessé au cou, à la figure et aux mains.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juillet 1897.
- Nous remettons le compte rendu de cette séance à la semaine prochaine, en raison des congés du 14 juillet, l’Imprimerie générale ayant été fermée pendant les trois premiers jours de la semaine.
- LES FEUX D’ARTIFICE MONSTRES
- La Fête nationale et les réjouissances publiques qui raccompagnent sont toujours l’occasion de leux d’artilice plus ou moins brillants ; c’est là une attraction qui charme toujours, et à bon droit, la foule.
- Nous n’avons pas l’intention d’expliquer comment on prépare un feu d’artifice, car ce journal, qui a déjà derrière lui un passé si long et si riche, a décrit en détail la confection des pièces diverses qui composent ce que les Anglais appellent pittoresquement a firework, c’est-à-dirc « un ouvrage en feu ». Mais nous voudrions donner quelques exemples de feux d’artifice monstres tirés à l’étranger, et qui nous semblent supérieurs comme composition et comme complication à ceux qui constituent les bouquets de nos fêtes publiques.
- Les Chinois ont la passion de la fusée, mais les Anglais, et les gens de race anglaise d’une façon générale, l’emportent encore sur eux en la matière. Aux Etats-Unis, par exemple, si nous visitons les parcs établis par les compagnies de tramways comme terminus de leurs lignes dans le but de créer artificiellement un grand mouvement de transport, nous constatons que toutes les fêtes qu’elles donnent pour attirer le public sont nécessairement suivies d’un admirable feu d’artifice : c’est une vraie représentation, sur un immense terrain disposé ad hoc devant des tribunes, ou plus exactement des gradins, portant des sièges pour une vingtaine de mille spectateurs. Allez maintenant à Londres et au fameux Cnjstul Palace, au Palais de Cristal de Sydenham ; si vous vous y rendez pour une fête de nuit vous avez toutes chances d’assister à un firework. Il est vrai que ce monument, qui n’a plus rien d’étonnant par lui-même, se trouve pour cela dans une situation merveilleuse, les gradins qui sont devant la façade et l’inclinaison du parc permettant aux spectateurs de jouir parfaitement du feu d’artifice.
- Aussi est-ce dans les jardins du Crystal Palace qu’ont été tirés des fireworks monstres, dont deux grandes maisons s’occupent principalement en Angleterre, MM. C. T. Brock and C°, et MM. James Pain and son; les illustrations ci-jointes sont précisément faites d’après d’excellentes photographies communiquées par MM. Brock à notre confrère le Strand Magazine.
- Nous avons annoncé des feux d’artifice monstres, et le fait est qu’un des plus caractéristiques, qui figura le lancement d’un bateau de sauvetage dans un port, n’avait pas moins de 210 mètres de longueur et couvrait une surface de 4640 mètres carrés.
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- C’était un spectacle anime : un mécanisme très compliqué, et qui ne doit du reste fonctionner que quelques courts instants, assurait notamment la révolution de la lampe d’un phare dont la silhouette lumineuse s’esquissait dans la nuit ; voici les falaises et, au-dessus, les maisons de la ville. Au pied, la mer de l’eu s’agite, on y aperçoit un navire en perdition, et enfin le hateau de sauvetage glisse à la surface des flots lumineux, ce qui se traduit plus prosaïquement en disant que sa charpente est tirée sur une voie ferrée de quelque 200 mètres de long. Une des pièces animées les [dus immenses montées par MM. Brock, fut le Siège de Gibraltar, qui s’étendait sur 150 mètres de longueur. On peut citer aussi « une avalanche»: au milieu d'un site montagneux, on voyait un train, toujours lumineux naturellement, sortir d’un tunnel et traverser toute la scène au pied de sommets neigeux; une cascade tombait sur la gauche, au fond d’un précipice; puis brusquement, un
- Fig. 2. — Un marchand dans sa charrette.
- pie le classique marchand de pommes traîné par un âne dans sa petite charrette, qu’une explosion vient soudain faire voler en éclats (fig. 2 et 5); ou enfin un tableau aussi compliqué que la destruction de Pompéi, où l’on voyait les laves engloutir et détruire les maisons.
- Nous n’avons pas besoin de dire si pareils spectacles coûtent cher, et cela d’autant plus qu’ils sont généralement préparés avec un grand souci de l’exactitude, les maquettes étant souvent dessinées par des artistes de renom. On estime que la première
- terrible grondement se faisait entendre, que produisaient des pièces d’arlifice, et une avalanche admirablement machinée venait ensevelir les chalets dispersés dans la campagne. Les montagnes avaient une hauteur réelle de 22 mètres environ, mais, dans l’éloignement et l’obscurité, elles donnaient l’illusion d’une hauteur considérable.
- On ne peut se figurer tout ce qu’il est imaginé
- pour amuser par des fireworlis nos voisins si friands de ce spectacle. Tantôt c’est un sujet qui s’est trouvé bien de circonstance cette année, la revue navale à Spit-liead, représentant de longues files de navires de guerre de tous les types; tantôt le fameux bombardement de Canton, avec des centaines de bombes qui rayent le ciel, ou encore ces énormes portraits de feu que le gouvernement fait dessiner et tirer volontiers à l’occasion de la visite de souverains étrangers, Shah de Perse, empereur d’Allemagne, etc. Ce sont aussi d’immenses pièces comiques, par exem-
- Fig. 3. — L'explosion de la charrette.
- représentation entraîne une dépense de 8000 à 9000 francs; pour les représentations successives, il n’y a plus qu’à payer la dépense de poudre. D’ailleurs il y a tel feu d’artifice, comme celui qui a été tiré en 1888, à Lisbonne, en l’honneur du roi de Suède, et précisément par la maison Brock, qui a coûté, paraît-il, plus de 120000 francs.
- Daniel Bellet.
- Le Gérant : J*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiilre, rue de Fleurus, 9.
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- V 1200. — 24 JUILLET 1 897.
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- INAUGURATION DU PONT MIRABEAU
- Le pont Mirabeau, qui a été inauguré le 15 juillet, met en communication les XVe et XXIe arrondisse-
- ments de Paris. 11 débouche, du coté de Grenelle, sur la rue de la Convention prolongée, et, du coté d'Auteuil, sur l’avenue de Versailles, au droit du carrefour des rues Mirabeau et Réniusat.
- Au début des travaux1 La Nature a donné les
- Fig. 1. — Vue d'ensemble du pont Mirabeau, livré à la circulation en 1896 et inauguré en 1897.
- grandes lignes de cette magnifique entreprise et I piles de fondation au moyen de caissons métalliques, décrit d’une façon fort complète la construction des | Rappelons simplement que le pont Mirabeau est
- Fig. 2. — Figure allégorique sur une des piles en amont.
- du type dit en arcs à culasses compensatrices ancrées dans les culées; que sa largeur entre garde-corps est de ‘20 mètres, dont 12 pour la chaussée et 8 pour les deux trottoirs; que la longueur totale du tablier est de 173m,04, répartie en une travée centrale de 100 mètres environ et deux encorbellements reposant 25“ aaaéc. — 2“ semestre.
- Fig. 3. — Figure allégorique sur une des piles en amont.
- sur des culées en maçonnerie. Les encorbellements prennent ici le nom de culasses et les demi-arcs de la travée centrale se nomment volées.
- Ce qui frappe au premier abord, c’est l’extrême
- 1 Voy. il” 1879, du 3 février 1894, page 145.
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- surbaissement du prolil adopté. 11 est certain que le pont eût gagné, au point de vue de l’aspect, à ce que la courbure fût plus accentuée, mais d’une part le* niveau inférieur était imposé par l’obligation délaisser sous les poutres une hauteur libre suffisante pour le passage des bateaux, même en temps de crue moyenne. D’autre part le niveau supérieur de la chaussée était donné par les cotes des voies existant aux abords et dont on ne pouvait modifier les profils. Notamment du côté de Javel, la ligne du chemin de fer des Mou-lineaux passant entre le quai de Javel et la culée de la rive gauche nécessitait, pour la circulation des trains, une hauteur libre de 4,n,80 au-dessus du niveau des rails.
- On s’est donc trouvé dans l’alternative soit de circonscrire le gabarit du pont entre les deux limites supérieure et inférieure, soit d’adopter des poutres établies au-dessus de la chaussée, comme cela a été fait pour le pont de Tolbiac par exemple. Mais cette solution aurait été du plus déplorable effet, en coupant la perspective de la Seine. On a donc préféré faire usage d’un arc extrêmement plat et adopter le pont articulé, dont le principal avantage consiste à diminuer considérablement les poussées. Cela permet d’obtenir un très grand surbaissement sans que les réactions horizontales transmises aux maçonneries excèdent les limites convenables. Il n’en est pas moins vrai que, même avec ce système, un arc de 100 mètres d’ouverture surbaissé du seizième constitue une œuvre de la plus grande hardiesse et qui jusqu’à ce jour n’avait encore jamais été réalisée.
- C’est, l’acier laminé qui domine dans la construction du pont Mirabeau; il figure en eflét pour 2 077000 kilogrammes, sur 2744000, chiffre total des métaux employés, tandis que le fer laminé, qui n’a servi que pour les platelages sous chaussées et sous trottoirs, n’y entre que pour 585 tonnes ; le reste est représenté par les garde-corps et fontes décoratives (152 tonnes) et les articulations en acier coulé et forgé (80 tonnes environ).
- Au sommet de l’arc formé par la travée centrale, c’est-à-dire à l’assemblage des extrémités des volées, se trouve une articulation destinée à déterminer bien exactement le point de passage des réactions mutuelles des deux parties de l’ouvrage, en n’opposant aucune résistance aux déformations angulaires.
- Cette articulation en acier coulé se compose d’une rotule et d’un coussinet. La rotule est une plaque rectangulaire dressée sur une de ses faces et ayant du côté opposé la forme d’un demi-cylindre horizontal de 0m, 12 de diamètre. Le coussinet, également dressé sur une de ses faces, présente sur l’autre une cannelure servant de logement à la partie demi-cylindrique de la rotule, de façon à permettre le déplacement relatif des deux pièces l’une par rapport à l’autre.
- Les articulations sur piles reposent sur le même principe, mais la forme en est différente, par raison de construction. Pour les culées, il est également nécessaire que l’about des culasses repose sur la maçon-
- nerie par l’intermédiaire de pièces mobiles. Celles-ci sont des bielles, articulées à leur partie inférieure dans une plaque de fonte, et composées de semelles et cornières reliées par un treillis en fer plat. Un des dispositifs les pins curieux dont on ait fait usage dans le pont Mirabeau.est celui qui a pour but d’annuler la dilatation du pavage en bois de la chaussée. Le bois est une substance essentiellement hygrométrique qui tend à augmenter de volume sous l’influence de l’humidité. Dans les voies ordinaires, on a soin de ménager contre les bordures des trottoirs, pour obvier à cette dilatation, une rigole de 5 centimètres environ qu’on remplit de sable ; en cas de dilatation ce sable reflue au dehors. S’il est trop comprimé les bordures de trottoirs se trouvent déplacées, et pour les remettre à l’alignement il suffit d’enlever sur toute la longueur une légère tranche de bois. Mais ici, en raison des assemblages rigides des pièces métalliques, il a fallu avoir recours à un système compensateur de dilatation. Pour cela on a donné aux longerons qui servent d’appui au platelage des trottoirs la forme d’un U placé de champ, dans lequel on a logé, tous les 0™,75, des ressorts en spirale appuyés contre un autre longeron en forme de Z placé sous la bordure du trottoir et contre lequel s’applique la couche de sable. On comprend aisément qu’en cas de dilatation, le longeron en Z, subissant une pression considérable, comprime les ressorts en spirale et se rapproche du longeron en (J pour reprendre sa position primitive quand la pression a cessé.
- La partie décorative du pont a été réalisée d'une façon très sobre et très heureuse. Loin de chercher à dissimuler l’ossature métallique, on a compté avec raison sur l’heureux effet produit par l’harmonie des grandes lignes de l’arc. On s’est contenté de cacher au moyen d’un bandeau en tôle découpée les ressauts dus aux couvre-joints et aux plates-bandes supplémentaires, ce qui conserve à la courbe d’intrados la continuité et la netteté nécessaires.
- Pour les montants verticaux on a simplement découpé en forme de chapiteau et de socles leurs goussets d’assemblage.
- Le niveau de la chaussée est accentué par une corniche en fonte qui prolonge le couronnement en pierres de taille des culées, et sur laquelle repose le garde-corps en fonte ornée. Cette corniche, très en saillie sur la paroi de l’arc, est ornée de grecques et de denticules ; des consoles à volutes la supportent de distance en distance.
- Devant l’articulation du sommet, la solution de continuité de la corniche est dissimulée au moyen d’un écusson demi-elliptique en bronze doré.
- Pour compléter la décoration, les piles ont été surmontées de figures symboliques dues à M. Injal-bert, et qui sont du plus bel effet. Cet éminent artiste a été promu officier de la Légion d’honneur le jour de l’inauguration. E. Maglin,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- VN TRAIN ARRÊTÉ PAR DES CHENILLES
- Durant un séjour, de près d’un mois, dans les départements de la Charente et de la Charente-Inférieure, j’ai été vivement frappé du fait que des bois, parfois de véritables forêts, avaient leurs feuilles complètement dévorées par les chenilles. Ces répugnantes bêtes accomplissent leur œuvre de destruction avec un bruit de mâchoires nettement perceptible. Les excréments des chenilles, de petites boules de couleur noirâtre comme les chenilles elles-mêmes, tombent sur les feuilles ou sur terre avec un bruit qui ferait croire à la chute de gouttes de pluie. Les chemins sont quelquefois couverts d’une couche assez épaisse d’excréments.
- Quand il n’y a plus de chênes à dévorer dans la portion de territoire où sont cantonnées les chenilles, ce sont les noisetiers qui sont attaqués, puis, mais rarement, les aubépines. Les autres espèces végétales ne m’ont paru être goûtées ou appréciées suffisamment par celte ou ces espèces d’insectes qui semblent bien spéciales au chêne.
- Les chenilles accomplissent de véritables voyages pour chercher leur nourriture et se transporter d’un bois où il n’v a plus rien à manger à un autre bois plus ou moins éloigné. J’ai vu maintes fois une armée de chenilles (le sol en était couvert) quitter un bois dévasté et se diriger directement vers des bois moins atteints. La marche de ces dégoûtantes hôtes est beaucoup plus rapide qu’on ne l’imagine, car elles parcourent environ 1 mètre à lm,20 à la minute, soit 60 à 72 mètres à l’heure.
- Le fait suivant, qui doit être assez rare, fait qui s’est produit plusieurs jours de suite, montrera l’intensité du fléau dans la région dont je parle.
- Entre les stations de Neuvicq et de Rouillac (sur la ligne de Saint-Jean-d’Angély à Angoulème), se trouvent des bois d’une assez grande étendue. L’un de ces bois ayant eu son feuillage détruit par les chenilles, ces insectes se portèrent en masse vers d’autres bois moins attaqués. Tour ce faire, ils furent obligés de traverser la voie ferrée. Cette procession, qui dura plusieurs jours, fut coupée à chaque passage du train. Durant quatre jours, le nombre des chenilles écrasées fut si considérable que les roues de la locomotive patinèrent et que le train s’arrêta.
- Le mécanicien et le chauffeur furent obligés de descendre de leur machine pour balayer les rails sur plus de 100 mètres et nettoyer les roues de la locomotive. Celles-ci, en effet, étaient enduites d’une substance graisseuse provenant de l’écrasement des chenilles et tournaient sur leur axe sans pouvoir rouler. On peut se demander quelles sont les causes qui ont amené une telle abondance de chenilles. La clémence de l’hiver dernier a dû certainement favoriser le développement de ces insectes, mais dans la région dont je parle, cet état de choses est dû principalement à ce que les habitants du pays, les hommes comme les enfants, détruisent sans pitié et sans réflexion tous les nids d’oiseaux qu’ils rencontrent. J’ai été indigné de trouver parfois dans une seule matinée des dizaines de nids de pinsons, de chardonnerets, etc., jetés au milieu du chemin. Il serait salutaire de sévir énergiquement contre les gens qui se livrent à ce carnage ornithologique, afin de protéger les oiseaux et par suite de protéger leur contrée contre le retour de pareilles invasions de chenilles. P. G.
- NOLVEAü RÉCEPTEUR
- I'OUR TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARIXE
- On a toujours suivi ici pas à pas les progrès de la télégraphie sous-marine. Peu de questions sont autant à l’ordre du jour, en présence de l’extension croissante des relations interocéaniques, et des tendances colonisatrices des puissances. La lutte entre deux compagnies de câble est par suite surtout une question de vitesse. On a cherché à augmenter le débit, dans ces dernières années, en faisant des câbles très gros, pour diminuer leur résistance. Mais on est vite arreté ici par la question du prix du câble : car doubler le poids de cuivre implique qu’on doublera à peu près le poids de
- Lampe cl-
- 4Uant à i(
- Fig. 1. — Schéma du récepteur Ader (inscription des signaux).
- gutta ; et on arrive par suite à des prix fantastiques pour les câbles.
- Reste le gain de vitesse par les appareils, transmetteurs ou récepteurs ; et c’est là que se donnent libre carrière les idées des inventeurs. Un récepteur nouveau vient d’être combiné par M. Ader, l’inventeur bien connu; il réalise, croyons-nous, l’idéal de la sensibilité, en même temps qu’il est d’une extrême simplicité. Il se compose essentiellement d’un fil métallique extrêmement fin, tendu verticalement dans un champ magnétique long et étroit, créé par un fort aimant horizontal dont les pôles embrassent le fil. Les courants venant du câble passent dans le fil, qui est chassé perpendiculairement à la ligne des pôles, à gauche ou à droite, suivant le sens des courants.
- Pour inscrire les signaux produits, M. Ader a disposé (fig. 1), derrière le fil et en son milieu, une plaque percée d’une fente horizontale. Derrière la plaque se déroule un papier photographique, devant le fil est une lampe; l’ombre du fil, se projetant à travers la fente sur le papier, trace une ligne qui reproduit exactement les mêmes signaux que ceux du « siphon recorder ». Après son exposition à la lumière,
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- lu Lande se développe automatiquement dans trois tubes contenus dans une petite caisse obscure, et les signaux forment une trace blanche sur fond noir. On en voit un spécimen dans la bande ci-dessous (tig. 2), obtenue sur le câble d’Alger 1880, à 550 lettres par minute, soit environ 70 mots.
- Fig. 2. — Bande d'inscription des signaux sous-inarins.
- On ne perd donc aucune force pour l’inscription des signaux, puisque c’est l’ombre du lil qui fait fonction de stylet, remplaçant les siphons encreurs des appareils Thomson. Quant à l’inertie des organes mobiles, elle est négligeable, le lil pesant environ 1 milligramme, alors que les sipbons-recorders les mieux construits pèsent plus d’un gramme. Le récepteur Ader obéit donc aux courants, bien avant qu’ils aient acquis la force nécessaire pour actionner le système du siphon. On pourra donc éteindre ces courants bien plus vite, et c'est ce qui fait le gain en vitesse. C'est alors affaire au transmetteur de préparer des courants convenables.
- M. Ader a employé un transmetteur Wheatstone et des relais doubles, combinés spécialement, qui envoient dans le câble des courants dédoublés, c’est-à-dire combinés de telle sorte ([ue chaque onde soit fatalement suivie d’une onde de signe contraire, qui sert à décharger le câble. Celui-ci sera aussitôt prêt à recevoir de nouveaux signaux.
- La tig. 5, ci-dessus, représente une vue photographique du récepteur Ader. La petite armoire de gauche est le laboratoire photographique. Au-dessus se trouvent un moteur électrique [tour l’entraînement de la bande et le châssis rond contenant les rouleaux de papier sensible. Le fil mobile est dans la gaine verticale située en avant de l’aimant. On peut le visiter en ouvrant les pièces polaires du champ magnétique. Le fil est tendu par le haut au moyen d’un petit dynamomètre, avec une force variant de 2 grammes à 5 centigrammes; son diamètre est d’environ 15 mil-, liâmes de millimètre. Il se meut dans un entre-ler de 5 dixièmes de millimètre, et l’aimant peut porter 400 kilogrammmes environ. La sensibilité du récepteur est telle, qu’il donne de fort beaux signaux avec un Callaud, à travers une résistance de 5 mégohms.
- Des essais de l’appareil Ader ont été faits en septembre 1896 sur le câble R-Q (Brest-Terre-Neuve) appartenant à la Compagnie française des cables. Le transmetteur fut installé par nous à St-Pierre-Miquelon, le récepteur étant à Brest. Nous avons obtenu 150 lettres par minute, avec la même netteté que les 95 lettres qu’atteint le recorder sur le même câble.
- 11 y a deux mois, on a repris les essais sur les câbles de l’Etat entre Marseille et Alger; ici, les siphons recorders marchent à 150 lettres, soit 50 mots à la minute. Nous avons fait, avec la même netteté, 70 mots, soit 550 lettres. Ceci donne, sur le recorder, un gain de 60 pour 100 dans le premier cas, et 250 pour 100 dans le second. C’est-à-dire
- que l’adoption de l'appareil Ader sur les câbles d'Alger permet trait de débiter l’équivalent de sept câbles, avec les trois existants, et éviterait par conséquent de nouvelles poses, surtout à présent que le trafic augmente rapidement, par suite des tarifs réduits de moitié pour l’Algérie.
- On peut encore prévoir, dès à présent, que sur le câble Brest-New-York on gagnerait 50 pour 100 en vitesse, c’est-à-dire qu’on ferait 22 à 25 mots, au lieu des 15 que fera probablement le recorder. La mise en duplex est d’ailleurs aussi facile qu’avec un autre appareil.
- Disons pour terminer que M. Ader s’occupe actuellement d e réaliser une combinaison qui permettrait de travailler en duplex, directement et sans intermédiaire, entre Paris et New-York par exemple. On voit l’importance qu’aurait un pareil système, et les avantages considérables qu’il offrirait, les réseaux téléphoniques des deux villes pouvant ainsi être reliés directement, et les dépêches pouvant être transmises téléphoniquement chez les abonnés, dès la sortie du câble.
- Quoi qu’il en soit, l’appareil actuel permet une augmentation de trafic de plus de moitié sur les câbles atlantiques, et on sait que ce n’est pas le trafic qui manque. On pourrait ainsi avoir entre Paris et New-York une communication où tout : appareils, personnel, pose du câble et câble, serait français, chose qui ne s’est encore jamais vue chez nous. Il était intéressant de le signaler. F. Rossel,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Fig. 3. — Ensemble de l'appareil.
- A droite : détail des pièces polaires ouvertes.
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- SCIE A RU R AN HORIZONTAL ÉLECTRIQUE
- On cherche aujourd'hui à faire commander électriquement les diverses machines-outils dans les usines, surtout quand il s’agit de machines d'une certaine puissance et qui doivent produire une grande quantité de travail. Nous avons déjà mentionné dans un grand nombre d'installations des outils de ce genre, des treuils, des grues, des tours, des machines à percer, etc. La Société des machines d’Oerlikon, en Suisse, a fabriqué dernièrement une scie à ruban horizontal à commande électrique pour des troncs d’arbres ayant jusqu’à lm,4 de diamètre.
- mande. La vitesse de rotation de la lame sur elle-même atteint environ 08 mètres par seconde.
- La lame doit également se déplacer en avançant dans le bois avec une grande vitesse. La valeur minima de Ja vitesse de déplacement est de 0m,87 par minute et la vitesse maxima de 14 mètres par minute. Le .mouvement est obtenu par un moteur électrique de 6 chevaux.
- Cette scie peut produire une grande quantité de travail; il est en effet facile de déposer sur la voie qu elle suit une série d’arbres qu’elle découpe en passant. On peut remplacer ces derniers aussitôt qu’ils auront été découpés par d'autres que la scie attaquera au retour et ainsi de suite.
- Cette machine-outil a déjà été utilisée dans plusieurs installations où elle a rendu de grands ser-
- Cette nouvelle machine, (pie représente la figure ci-dessous, est formée d’un bâti inférieur sur lequel reposent des rails et des traverses qui maintiennent fixe le tronc d’arbre à couper. En raison de la fixité, on obtient des planches d’une épaisseur absolument égale. O11 voit sur le devant les deux poulies porte-lames de la scie. Sur l une de ces poulies, à droite, est placé un moteur électrique de 10 chevaux. O11 peut facilement faire monter les deux poulies avec la lame de scie à l’aide d'un simple mouvement de levier; 011 les fait descendre très aisément avec un volant à main suivant l'épaisseur que l’on veut donner aux planches. On remarque devant l'appareil, à gauche, les interrupteurs deeom-
- vices, en faisant dans une journée le travail de plusieurs ouvriers, en économisant par conséquent la main-d’œuvre et en effectuant le travail dans des conditions plus avantageuses. Il importe seulement dans cette scie de bien soigner la lame, dont le bon état est d’une grande importance. J. Laffargue.
- SUR LA CHALEUR SOLAIRE
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- La détermination de, l’énergie rayonnée par le soleil est une des questions qui intéressent le plus l’astronomie, la physique et la météorologie. De nombreuses et importantes recherches ont été faites dans ce sens par fferschelf, Douillet, Forbes et plusieurs physiciens contemporains. Avant de parler des méthodes employées, définissons ce que l’on désigne par le terme de « Constante solaire ».
- Scie à ruban horizontal à commande électrique.
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- Les radiations complexes émises par le soleil se manifestent à nos organes par les impressions de chaleur et de lumière, à nos instruments d’observation, par les phénomènes chimiques qu’elles produisent sur certains composés définis qui se, décomposent plus ou moins rapidement sous leur influence, enfin par les phénomènes de phosphorescence et de fluorescence qu’elles produisent lorsqu’elles tombent sur certains corps.
- Laissant de côté les impressions physiologiques qu’elles produisent et qui ne se prêtent à aucune mesure exacte, nous ne connaissons qu’une méthode qui permette leur détermination précise :
- Recevons ces radiations sur un écran noir qui les absorbe complètement : l’énergie radiante se transforme en une énergie calorifique équivalente, et celle-ci pourra être déterminée rigoureusement par une méthode calorimétrique ; l’élévation de température qui résulte de l’absorption pendant une minute de l’énergie reçue sur un centimètre carré d’une surface absorbante, nous servira à calculer la quantité correspondante de chaleur exprimée en calories, la calorie étant la quantité de chaleur nécessaire pour élever de zéro à un degré la température d’un gramme d’eau. Ce nombre représente l’intensité calorifique de la radiation solaire.
- Mais l’intensité ainsi mesurée est variable avec la masse atmosphérique traversée par les rayons solaires; celle-ci dépend de l’obliquité sous laquelle cette radiation traverse notre atmosphère aux diverses époques de l’année et aux diverses heures d'une même journée ; elle dépend aussi de la masse variable de divers corps qu’elle contient.
- Les gaz parfaits (oxygène et azote) exercent une absorption relativement faible ; les corps composés (acide carbonique et vapeur d’eau), une absorption très forte et variable; enfin, les troubles atmosphériques (poussières et vapeur d’eau condensée en globules très petits constituant les nuages, les légers brouillards et le haie invisible à l’œil qui fait pâlir la couleur bleue du ciel), une action encore plus variable et souvent très forte.
- Si l’observateur muni de ses instruments de mesure pouvait se placer au-dessus de notre atmosphère, l’énergie rayonnée serait beaucoup plus grande qu’à la surface de la terre, car elle serait soustraite aux causes multiples d’absorption et de diffusion, et par suite d’affaiblissement que nous venons de citer, et l’intensité calorifique observée dans ces conditions pourrait à juste titre porter le nom de constante solaire, en admettant que l’énergie ravonnée par le soleil soit elle-même constante, ce qui peut être admis en première approximation, pour un petit nombre d’années.
- Mais n’est-il pas infiniment probable que cette constante varie durant la période des taches solaires, et doit subir des changements réguliers pendant la durée de onze années et demie qui sépare deux maxima ou deux minima consécutifs des taches qui apparaissent toujours à la surface du soleil? N’est-il pas aussi très probable que l’énergie rayonnée par le soleil et qui devrait diminuer sa réserve de chaleur n’est qu’imparfaitement compensée par les causes qui tendent à diminuer cette déperdition, et dès lors, n’est-on pas porté à penser qu’aux premières époques géologiques la radiation solaire était plus intense qu’aujourd’hui? On voit combien le problème est important, et combien il est complexe; aussi, afin de procéder du simple au composé, tout l'effort des physiciens se borne-t-il à déterminer la valeur actuelle delà constante solaire, c’est-à-dire l’intensité calorifique que l’on observerait si l’absorption exercée par l’atmosphère terrestre n’existait
- pas. Au premier abord, le problème paraît simple, et deux méthodes se présentent à notre esprit :
- 1° Plaçons deux actinomètres, c’est-à-dire deux appareils calorimétriques spécialement construits pour mesurer l’intensité calorifique des rayons solaires, l’un au niveau de la mer, l’autre au sommet d’une montagne très élevée ; l’observation indique que ce dernier accuse une intensité plus forte que le premier de toute la chaleur absorbée par la couche d’atmosphère comprise entre le sommet de la montagne et le niveau de la mer ; leur différence servira donc de mesure à cette absorption, et si l’on connaît la masse atmosphérique comprise entre les deux stations, on pourra calculer la perte que subit la radiation par son passage à travers une fraction connue de la masse de notre atmosphère ; si d’autre part on connaît la masse totale de l’atmosphère, du niveau de la mer à sa limite supérieure, on peut chercher à calculer l’absorption totale exercée par l’atmosphère ; en l’ajoutant à l’intensité reçue au niveau de la mer, on aurait la constante solaire. Cette méthode est séduisante par sa simplicité ; malheureusement la radiation solaire a une composition très complexe, et si l’on connaît la loi de l’absorption exercée par l’atmosphère sur une lumière ou une radiation simple, l’absorption qu’elle exerce sur un faisceau multiple est représentée par une formule très compliquée, dans laquelle entrent les absorptions individuelles exercées par les diverses radiations simples dont l’ensemble compose la radiation totale qui aborde notre atmosphère et qui nous sont inconnues en partie.
- Une remarque bien simple mettra cette difficulté en évidence :
- Un physicien à qui la science doit beaucoup, M. Lan-gley, a étudié la composition de la radiation solaire à diverses altitudes, et a reconnu que la teinte résultant de toutes ces radiations tend vers le bleu à mesure qu’on s’élève.
- Aux limites de l’atmosphère, le soleil paraîtrait bleu ; vue de la surface du globe à mesure que la masse atmosphérique traversée augmente, lorsque le soleil se rapproche de l’horizon, les rayons de l’extrémité violette du spectre étant absorbés plus vite que ceux de son extrémité rouge, cette teinte bleue diminue, paraît blanche par un ciel pur et lorsque le soleil est encore élevé ; enfin, au lever et au coucher du soleil, ses rayons, tangentielsà notre globe, la traversent sous l’épaisseur la plus grande possible, et le soleil paraît rouge ; leur intensité est si faible qu’on peut le regarder fixement; bien plus, loro des éclipses de lune, les rayons solaires qui ont rasé la surface du globe et, après réfraction, tombent sur le disque obscur de la lune, lui donnent une coloration d’un rouge sombre tirant sur le brun.
- Peut-on admettre que cette radiation, dont la composition est si variable avec la masse atmosphérique traversée, subisse de la part de celle-ci une absorption représentée par un coefficient constant? Or, c’est ce coefficient nécessairement variable qui seul, dans le calcul, pourrait permettre de ramener l’intensité de la radiation à ce qu’elle serait aux limites de l’atmosphère, et la loi de sa variation nous est inconnue. Bien plus, beaucoup de radiations qui arrivent à notre atmosphère sont complètement éteintes après un court trajet ; c’est en particulier le cas des radiations les plus réfrangibles, et l’absorption doit être très grande dans les couches supérieures, les plus raréfiées de l’atmosphère. M. Cornu a montré que le spectre solaire s’allonge du côté du violet à mesure qu’on s’élève ; M. Langley a fait voir que dans l’espace obscur qui est au
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- delà du rouge dans le spectre solaire, et qui a une grande puissance calorifique, il existe des lacunes qui s’élargissent à mesure que le soleil s’abaisse, et qui disparaîtraient aux limites de l’atmosphère. En résumé, nous ne recevons à la surface du sol qu’une partie des radiations qui tombent sur notre atmosphère, et pour celles qui ont complètement disparu, le calcul est impuissant à les ramener à l’intensité qu’elles avaient aux limites de l’atmosphère. Ces causes, et bien d’autres encore sur lesquelles nous ne pouvons insister ici, expliquent pourquoi l’on a toujours obtenu des valeurs trop faibles de la constante solaire. La méthode que nous venons d’exposer ne nous permet pas d’obtenir sa valeur exacte, surtout si on la calcule au moyen d’un coefficient de transmissibilité constant.
- 11 faut donc, quelque parfaite que soit la méthode qui sert à mesurer l’intensité calorifique, calculer la constante solaire en faisant usage d’une formule plus complète, et plus en harmonie, en tout cas, avec la loi de transmissibilité d’un faisceau complexe.
- Cette formule est connue, mais les valeurs initiales de l’intensité de chaque radiation simple et de leur transmissibilité par l’atmosphère le sont beaucoup moins, quoique M. Langley ait fait faire un premier pas, et non des moins considérables, à cette question. 11 résulte de ses recherches faites au sommet du mont Whitney, que la valeur de cette constante diffère peu de 3 calories. Pouil-let avait obtenu 1,75 calorie. M. Yiolle, en employant une méthode plus précise et en opérant au sommet du mont Blanc, avait atteint 2,5 calories; nos meilleures déterminations nous ont conduit à des valeurs très voisines de 5 calories ; ce nombre paraît cependant devoir être encore dépassé. A. Crova,
- Correspondant de l’Institut, Professeur de physique à l’Université de Montpellier.
- L’HISTOIRE GÉOLOGIQUE DE LA. MER
- Dès qu’on se laisse aller à la préoccupation des problèmes géologiques, on est profondément frappé de la grandeur et de la complexité du rôle de la mer dans l’économie du globe. La masse des eaux salées se comporte comme un agent déterminant dans les phénomènes les plus fondamentaux de la physiologie tellurique.
- Rappelons par exemple que l’ensemble des océans constitue le grand appareil distillatoire oit l’eau, sous l’influence solaire, reçoit l’impulsion qui lui permet de fournir à une incessante circulation. Les régions équatoriales sont comme des chaudières de vaporisation et les zones polaires jouent le rôle d’actifs condensateurs. La circulation des courants marins et celle des vents réguliers se présentent comme des suites logiques de ces grands phénomènes. Et quant aux conséquences de la circulation générale des fluides ainsi directement rattachables à la manière d’être delà mer, elles sont géologiquement énormes, puisque, dans le nombre, se trouve la dénudation des masses rocheuses continentales par les eaux pluviales, par les eaux courantes et aussi par les vents.
- De même, la mer est un réservoir de concentration des matériaux solubles dans l’eau, dont le sel
- est le type le plus abondant, mais qui comprennent, bien d’autres composés. Les continents subissent de la part des précipitations aqueuses atmosphériques un vrai dessalement dont le produit va s’accumuler dans la masse océanique. Des mers peu ouvertes peuvent de leur côté subir un lavage du même genre et c’est ce que montre la Baltique d’une façon si intéressante par les applications géologiques dont son histoire est susceptible.
- Rappelons en troisième et dernier lieu que la mer se présente comme un merveilleux régulateur de la composition de l’atmosphère, qui maintient en particulier la proportion de l’acide carbonique dans des limites singulièrement rétrécies. A ce point de vue on peut la considérer comme une dissolution de bicarbonate de chaux dans laquelle du protocarbonate de chaux en poudre très line se trouve suspendu. A toute tendance d’augmentation de la teneur de l’atmosphère en acide carbonique vient s’opposer l’avidité du carbonate qui absorbe l’excédent de gaz et devient du bicarbonate; à toute tendance inverse vient s’opposer la dissociation de bicarbonate qui dégage ce qu’il faut d’acide carbonique et se réduit, partiellement en protocarbonate. On ne saurait imaginer un appareil de régulation plus simple et plus précis, en un mot plus élégant.
- Mais au point de vue plus directement géologique, la mer se signale par sa double activité dénuda-trice et sédimentaire, si constamment à l’œuvre qu’il semble qu’elle arrêtée, la vie propre du globe serait suspendue. La démolition des falaises (fig. 1), dont nous parlions si récemment dans ce journal, est l'une des formes immédiatement sensibles de cette œuvre de l’océan, dont la contre-partie est l’extension sur les fonds immergés (fig. 2) de couches rocheuses offrant des caractères essentiels qui viennent répéter ceux des sédiments de tous les âges.
- Des différences des unes aux autres peuvent cependant être constatées, mais elles s’expliquent toujours par l’incessant travail moléculaire dont l’épaisseur des dépôts à peine formés devient le théâtre, et qui amène progressivement des arrangements tout nouveaux des éléments constitutifs.- Les anciens sédiments marins se distinguent souvent des nouveaux par leur état cristallin parfois fort accusé, et c’est ici un résultat direct de ces actions si peu étudiées qui composent le grand chapitre du métamorphisme. En bien des cas, ils renferment des nodules, qui, comme le silex par exemple, constituent le caractère le plus différentiel de tous entre la craie et certaines vases actuelles des profondeurs atlantiques. Mais nous savons maintenant que ces nodules se sont faits petit à petit dans la masse du sédiment qui n’en présentait pas de trace au début. De même encore certains dépôts marins plus ou moins anciens, et surtout jurassiques, sont formés avant tout par la réunion de petits globules calcaires appelés oolithes à cause de leur ressemblance extérieure avec certains œufs tels que ceux des poissons. Mais ces oolithes,
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- pas plus (pic les silex, ne sont certainement pas de Page du dépôt dont ils font partie : ils s’y sont constitués petit à petit par attraction moléculaire
- autour de certains centres, et nous avons maintenant à cet égard des preuves véritablement surabondantes. Par exemple, certaines de ces oolithes,
- Fig. i. — Démolition des falaises par la mer; exemple fourni par les environs de Boulogne-sur-Mer. (Dessin de René V.-Meunier.)
- qu’on s’était trop pressé de comparer à celles qui natées calciques, montrent au microscope une struc-prennent, naissance dans le bassin des sources carbo- ture qui ne saurait s’accommoder de la supposition
- Fig. 2. — Sédimentation de couches sableuses par la mer; exempte fourni par les plages des environs de Dunkerque.
- qu’elles résultent du même mécanisme que ces dernières. Un y voit en effet les couches superficielles de la concrétion enveloppant dans une oolithe commune plusieurs oolithes d’abord constituées séparément. J’ai réuni dans cette direction un très grand nombre d’observations (pii contribuent à démontrer la
- mobilité sans arrêt de la substance contenue dans la masse des couches du sol.
- Du reste, on se tromperait beaucoup si l’on pensait que la mer ne stratifie sur son fond que des matériaux qu'elle a désagrégés sur ses bords. Les cours d’eau de tous ordres qui se jettent dans le bassin marin
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- y apportent une contribution colossale de particules arrachées aux régions exondées. De leur coté, les vents travaillent dans le même sens (“l bien des dépôts anciens contenant des vestiges de la terre terme, pris parfois pour des formations d'estuaires, doivent en réalité leur caractère mixte à la collaboration de l’atmosphère.
- J'ai montré comment c’est à des phénomènes de ce genre qu’il faut rattacher la conservation de ces corps singuliers qui, sous le nom général de bilobites, ont servi de texte a des discussions prolongées entre les botanistes (pii, comme Gaston de Saporta, y voyaient des algues fossilisées, et les zoologistes qui, à l’exemple de M. Na-tliorst, y reconnaissent le simple moulage des pistes animales. Une promenade dans les grès armoricains de Bagnoles
- (Orne) ou jdans les calcaires \[;boloniens du
- Por-) et
- d’Équihen (Pas-de-Calais) suffirait pour donner une haute idée de l’importance de ce processus éolien de la sédimentation marine. A tous ces matériaux déposés dans la mer et qui proviennent les uns de la désagrégation des falaises, les autres de l'apport des eaux continentales, les aut res eut in de la contribution des vents, soit dans le bassin aqueux, soit sur le littoral, sous forme de dunes{\\g. -4), il faut en ajouter qui sont capables de représenter un volume colossal, et dont l’origine se rattache avant tout à l’exercice des forces biologiques. Il se trouve en effet qu’à notre point de vue, beaucoup
- Fig. 3. — Les grès à bilobites dans la falaise du Portel (Pas-de-Calais). d’être vivants ani-
- maux et végétaux qui habitent les mers se présentent comme des agents chimiques capables de
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- rendre insoluble de la matière contenue jusque-là en dissolution dans les eaux. Les mollusques, les radiolaires, les fbraminifères, les polypiers excellent dans cet art, et des assises entières s’édifient en maintes régions par l'accumulation de leurs parties minérales. Les bancs d’huîtres, les vases à forami-niières, les récifs madréporiques ont de toutes parts les dimensions de formations géologiques, et d’ordinaire ces dépôts se développent dans des points où les apports mécaniques de l’eau sont nuis ou à peine sensibles, le liquide trouble devant être défavorable aux organismes délicats. Les plantes font souvent de même, et les algues calcaires ou siliceuses, corallines ou diatomées, méritent de prendre rang parmi les constructeurs de continents, dont Michelet a signalé en termes si éloquents l’activité géologique.
- Quelle (pie soit l’origine de ces diverses accumulations de matériaux minéraux sous la masse des eaux océaniques, il y a lieu de remarquer que leur situation en chaque point est déterminée par des lois très précises. On en conclut en effet que les caractères d’un dépôt donné peuvent suffire pour éclairer les conditions dans lesquelles il s’est formé et il est facile d’en sentir l’importance capitale. Elles se sont résumées dans la notion des faciès dont les géologues font une application de plus en plus fréquente et qui promet de vraies révélations pour la description des époques successives.
- Ces caractères de la mer, que je développe davantage dans un volume en cours de publication chez Colin : Nos terrains, se retrouvent dans leurs traits essentiels dans les mers des temps antérieurs au nôtre. On trouve des galets, des sables, des limons tertiaires, crétacés, jurassiques, et même houillers, dévoniens, siluriens; on constate des populations animales et végétales de ces périodes, plus ou moins analogues à celles d’aujourd’hui et témoignant d’une grande conformité dans les conditions de milieu. Il est certain que les crustacés primaires appelés trilobites ne pouvaient s’accommoder que de circonstances fort voisines de celles où prospèrent les homards et les langoustes d’à présent. Et la ressemblance, d’ailleurs plus ou moins intime, des récifs madréporiques des niveaux jurassiques et même dévoniens avec les atolls de notre mer Pacifique, témoignent encore plus puissamment peut-être dans le même sens.
- Mais il n’en est pas moins vrai que les caractères de la mer ont été progressivement acquis et qu’au début la masse des eaux devait différer beaucoup par sa composition comme par sa température de ce qu’elle est devenue depuis.
- La mer est moins ancienne que le globe terrestre. En remontant le cours des âges, on arrive à une époque antérieure à sa constitution. Le mécanisme de sa primitive condensation ne peut être qu’hypothétique, mais il doit être en tous cas considéré comme s’étant réalisé avec un cortège de conditions incompatibles avec l’exercice des manifestations bio-
- logiques. D’abord répandue uniformément sur la surface entière du sphéroïde, elle a été concentrée dans des bassins relativement limités en conséquence des inégalités de la croûte soumise à la puissance mécanique irrésistible qui émane des profondeurs. Et c’est encore en vertu des mêmes causes primitives que l’océan se déplace et qu’il livre à l’étude des géologues des sédiments de tous âges maintenant desséchés et portés parfois jusqu’au sommet des montagnes.
- A partir de ce début l’histoire des vicissitudes (prouvées par la mer est d’un puissant intérêt. Soumise à une diminution continue de volume, la mer a vu s’agrandir progressivement la surface des masses continentales sorties de sou sein et son régime a subi, du heurt des côtes, des modifications de plus en plus accusées.
- Sans aucun doute, c’est la mer qui a été le lieu d’éclosion de la vie organique, et cette circonstance suffirait, en l’absence des autres, pour en faire une portion incomparablement intéressante du grand tout terrestre.
- C’est en conséquence de ses qualités de composition de température et d’équilibre dynamique que les êtres vivants se sont manifestés d’abord, et sans doute ' ses liens avec les organismes sont, plus que tous autres, de nature à mettre en évidence l’influence des milieux. A cet égard, et quelles que puissent être les différences essentielles entre les forces biologiques et les forces purement physicochimiques, il y a analogie complète. Or, l’histoire de la terre nous montre comment, avec le temps, peuvent varier les manifestations des premières comme contre-coup des modifications progressives des conditions extérieures.
- Ainsi, la force cristallogénique, celle qui arrange les molécules des corps solides en édifices cristallins, a varié ses produits en même temps que se transformaient les circonstances générales dues aux phases successives du refroidissement de la planète. A l’origine, quand tout était fluide (liquide ou gazeux), cette force se tenait en réserve. Progressivement, des solidifications, résultant sans doute de condensations brusques de vapeur, se sont produites, et, dès lors, la force qui nous occupe entra en jeu. Il se fit d’abord à la surface du sol ces cristaux que nous savons imiter par les méthodes de la voie sèche et dont le pyroxène, le péridot et d’autres minéraux encore sont des exemples.
- Mais plus tard, les conditions thermométriques ayant perdu de leur primitive intensité, c’est la voie mixtp qui devint décisive pour la genèse des cristallisations, le quartz, le feldspath et d’innombrables espèces se reconstituèrent donnant, par leur agrégation, les roches cristallines primitives.
- Bien postérieurement enfin, le milieu s’étant beaucoup adouci par suite de l’épaississement de la croûte et de la purification des eaux, les cristallisations de voie humide purent se produire et se multiplier.
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- La succession de ces divers modes de genèse minérale est un véritable reflet de la succession des conditions du milieu ambiant. Notons qu’on n’a pas eu l’idée d’introduire dans ce tableau l’hypothèse d'une libation des groupes les uns aux autres et qu’on ne regarde pas les cristaux de voie mixte comme descendant des cristaux de voie sèche ou comme ayant engendré les cristaux de voie humide, ce qui d’ailleurs serait absurde.
- Or, pourquoi ne pas refaire cette histoire des manifestations successives de la force cristallogénique au point de vue de la force biogénique et quelle dilférence radicale opposer à la comparaison réciproque de ces deux histoires’?
- Il est arrivé un moment où, d’adoucissement en adoucissement, les conditions du milieu général sont devenues telles qu’aux cristallisations ont put s’associer des arrangements de la matière sous l’influence de la force biogénique. De certaines formes vivantes comme tout à l’heure, de certaines formes minérales ont été la traduction de ces conditions initiales.
- Puis à chaque changement correspondant aux étapes de l’évolution terrestre, ont correspondu des apparitions botaniques et zoologiques homologues si l'on veut des groupes de synthèses minérales énumérées tout à l’heure. En même temps certaines formes cessaient de persister, comme certains types cristallogéniques de se reproduire à la surface.
- Et les nuances sont ici bien plus nombreuses que dans le premier cas, les produits engendrés ayant une délicatesse infiniment plus grande. Tout d’abord, la mer universelle et uniforme impose des conditions, partout les mêmes, qui ne subsisteront plus quand les continents auront surgi; puis l’épaisseur constamment diminuée d’une atmosphère qui s’épure et devient transparente aux rayons solaires, en amenant la constitution des climats, détermine des conditions de milieu variables avec les points. On verra ainsi les manifestations s'accentuer d’une manière suivie dans une direction déterminée. On suivra pas à pas les progrès successifs de telle ou telle fonction, de tel ou tel sens, par ceux de l’organisme qui leur est relatif. Et l’on peut prévoir qu’il en sera ainsi jusqu’à l’acquisition par le milieu terrestre du maximum de conditions favorables à leclosion de chaque catégorie de produits biologiques ; les périodes suivantes, de moins en moins propices, devront être marquées par des formes de moins en moins parfaites.
- Du reste nous savons, sans qu’on en puisse douter, que la mer est destinée à disparaître de la surface de la planète par le fait normal de l’évolution terrestre; il en résultera un appauvrissement, puis la disparition même de la vie organique, et l’on peut prévoir quelques étapes de cette lamentable décrépitude. C’est un sujet du reste qu’il faut traiter avec une extrême prudence, avec le souci constant de ne pas trop devancer par des suppositions les faits qui pourront être scientifiquement observés. Sans y insister nous nous bornerons à constater que le
- sommaire aperçu qui précède suffit à montrer comment l’histoire géologique de la mer peut fournir la matière d’une étude remarquable par l’extrême variété des sujets qu’elle comprend, les uns spéciaux et tout de détails, les autres si généraux au contraire et si vastes qu’à les traiter on se trouve transporté dans les régions les plus élevées de la philosophie de la science, Stanislas Mkumek.
- LES KOHIXSONS DE L’ATOLL KEELING
- 11 vient d’être distribué au Parlement britannique un « Rlue Book » plus intéressant que ne le sont d’ordinaire ces sortes de documents. C’est la collection de onze Rapports rédigés de 1885 à 1896, par ordre du gouverneur de Singapour, sur la situation des habitants des îles Kceling, véritables Robinsons dont l’histoire est, par sa réalité, beaucoup plus attachante que toutes les fictions écrites sur le même sujet.
- Les îles Kceling, découvertes en 1609 par le capitaine Keeling, sont célèbres dans les Listes de la science. Le naturaliste Charles Darwin les étudia en détail en 1856, lors de son voyage autour du monde à bord du Beagle. Il les a décrites, en tête de son remarquable ouvrage sur les Récifs de Corail, comme types de ces archipels madréporiques groupés sur une base annulaire autour d’une lagune, auxquels les habitants de l’océan Indien ont donné le nom d’ « atolls ». Il y a trouvé la solution des divers problèmes qui se rattachent à la structure, à la formation, et au peuplement animal et végétal de ces nouvelles « terres » qui surgissent incessamment du sein des mers chaudes.
- Le « Blue Book » auquel nous faisons allusion continue l’enquête commencée par Charles Darwin. Il montre comment, après la constitution d’une flore, l’homme prend possession des atolls devenus désormais habitables.
- C’est à ce titre que nous en ferons ici une courte analyse.
- Les îles Keeling ou Cocos sont situées dans l’océan Indien, au sud-ouest de Sumatra et de Java, par 12no' de latitude méridionale, et 99°55' de longitude à l’est du méridien de Greenwich. Elles constituent, comme tous les atolls, ainsi que le montre notre croquis, un archipel annulaire autour d’une lagune centrale. La plus grande largeur de l’ensemble est de neuf milles et demi. Toute la base de ces îles est madréporique, et, sur leur pourtour, comme à l’intérieur de la lagune, les coraux continuent à accroître la barrière de récifs ou à exhausser le fond. La coupe transversale que nous en donnons, d’après Darwin, indique bien leur forme. Un voit qu’il s’est constitué peu à peu, entre la mer et la lagune, une partie émergée, accumulation de débris madréporiques brisés et charriés par les vagues, cimentés par des algues, où les oiseaux péla-giens ont pu prendre pied, nidifier, et accroître par
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- suite le niveau par le dépôt successif de leurs excréments, débris de repas, etc., etc. Les vents, les courants, ces mêmes oiseaux, ont apporté sur cette terre vierge des semences diverses, dont quelques-unes ont fini par germer, et une mince couche végétale a recouvert le relief du rocher, permettant un jour aux noix de cocotiers échouées par la vague d’y trouver un sol propice à leur développement.
- Telles étaient devenues les des Keeling lorsque, en 1825, un Ecossais, nommé Ross, y aborda, les trouva complètement inhabitées et, séduit par leur luxuriante végétation de cocotiers, y retourna en 1827, avec un certain nombre de ses compatriotes, dans l’intention de s’y établir. Mais, pendant son absence, un nommé Rare s’était fixé dans l’atoll avec 200 Malais. Après quelques dissentiments, Rare se retira à Singapour, et les Malais se mirent sous la tutelle de Ross.
- Celui-ci, désormais maître incontesté de l’arcbi-pel, y créa une fructueuse exploitation de coprah, et lorsqu’il mourut, en 1854, laissa son domaine à son fils J. G. Clunics Ross.
- En 1857, un navire de la marine britannique prit nominalement possession de l’archipel au nom de son gouvernement, en confirmant purement et simplement le pouvoir de fait de J. G. C. Ross.
- Celui-ci mourut à son tour en 1871, et c’est son fils et successeur, George Clunies Ross, qui « règne » encore aujourd’hui sur l’atoll Keeling.
- Ce ne fut qu’en 1885 t[ue le gouverneur de Singapour songea à envoyer dans cette possession anglaise un fonctionnaire chargé uniquement de se rendre compte de ce qui s’y passait et de faire un Rapport à ce sujet. L’inspecteur anglais fut absolument émerveillé de ce qu’il vit. Sous un gouvernement à la fois paternel et ferme, l’archipel, en pleine prospérité, comptait, en dehors des membres de la famille Ross, 516 habitants, Malais plus ou moins purs, dont 577 nés à Keeling et 139 importés de Rantam.
- Les Malais, quoique restés la plupart musulmans, avaient renoncé à la polygamie. Les mariages et les autres actes de l’état civil étaient enregistrés avec le plus grand soin. Les mœurs étaient parfaites et les villages des indigènes avaient un aspect de propreté
- inconnu dans leur pays d’origine. En présence d’une situation aussi satisfaisante, le gouverneur de Singapour s’est bien gardé de doter les îles Keeling d’un budget et de fonctionnaires.
- La famille Ross a été maintenue en possession de la souveraineté de l’archipel, et tout le contrôle gouvernemental se borne à l’envoi annuel d’un inspecteur chargé de faire un Rapport sur les modifications survenues.
- Ce sont, nous le répétons, les onze Rapports relatifs aux années 1885 à 1896 qui constituent le curieux « RlueRook » récemment soumis au Parlement anglais.
- Au 50 juin 1896, la population des îles Keeling était de 594 habitants. Ils se livrent, nous l’avons dit, sous la direction de la famille Ross, à l’exploitation des noix de coco, qui, soit brutes, soit transformées en coprah, sont exportées à l’aide de deux schooners, surtout par Batavia, à raison de 500 à 600 tonnes par an.
- Les importations consistent en farine, sucre, thé, riz, tabac, d’une valeur annuelle de 50 000 francs.
- Le seul désagrément <[ue présentent les îles Keeling, c’est l’abondance des rats, qui y ont été apportés accidentellement par des navires. Les chats introduits dans l’archipel pour les combattre s’attaquent de [(référence aux oiseaux, que l’on avait également importés pour se défendre contre les insectes nuisibles aux cocotiers. Il y a quelquefois des moustiques et des nuages de mouches communes attirées par le coprah, mais ni serpents, ni aucune autre espèce d’animaux dangereux. Seule, la mer environnante est infestée de requins.
- Les animaux domestiques et les diverses cultures potagères prospèrent dans l’archipel. La pèche y est très fructueuse.
- En somme, l’atoll Keeling, désert jusqu’en 1827, est devenu, depuis cette époque, le séjour d’une communauté laborieuse, indépendante, jouissant d’un large bien-être, et voyant s’accroître de jour en jour sa prospérité. C’est la réalisation la plus parfaite (jue l’on connaisse des rêves des Robinsons.
- Rail Commis.
- Couoetransversale do l'une quelconque des iles Keeling.
- liant fathi^r ’t'tendant à îjt milles auJV. O.
- ,'lle Horsburi
- '3
- \ lie Direction
- Canal pour 1rs petits
- I delaTortue
- Atoll Keeling. Les chiffres indiquent les profondeurs en toises.—• En haut : Coupe transversale de l'une quelconque des îles Keeling.
- — N. Niveau de la mer à marée basse ; N'. Niveau de la lagune à marée basse; BB'. Barrière extérieure madréporique baignée ou lavée par la mer à marée haute ; CC'. Partie inaccessible aux eaux de la mer et où végètent les cocotiers.
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- LE CHIEN COMESTIBLE
- « Plus on apprend à connaître l’homme, plus on estime le chien », écrivait misanthropiquement ce grand ami des bêtes A. Toussenel.
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- Peut-être est-ce bien parce que les habitants du Céleste Empire ne connaissent pas suffisamment l'homme, qu’ils considèrent encore le chien comme un animal comestible et un mets des plus savoureux. Mais il faut espérer que, les progrès de la civilisation aidant, un jour viendra où ne figureront plus, sur les menus des dîners de gala de la Cour de Pékin, les braves toutous, ces « candidats à l’humanité » selon la pittoresque expression de Michelet.
- Darwin raconte quelque part que lorsque les habitants de la Terre de Feu sont pressés par la famine, ils tuent et mangent leurs vieilles femmes plutôt que leurs chiens, et qu’en Australie, on a vu des pères sacrifier leur enfant pour que la mère allaitât cet utile auxiliaire.
- Les Chinois, eux, gardent et engraissent soigneusement leurs chiens pour... les manger. Ils font du reste également du chat un plat de luxe; l’ahhé Le Noir, dans ses relations de voyage en Extrême-Orient, raconte que chez les marchands de comestibles de la plupart des villes, on voit des chiens et des chats suspendus à l’étal avec leur (jueue et leur tête, et que dans la plupart des fermes, on trouve de ces animaux logés dans de petites caisses, assez semblables à nos épinettes pour engraisser les volailles. Ils restent ainsi quinze jours à trois semaines condamnés à une immobilité presque complète, et ne reçoivent comme nourriture qu’un mélange de riz et de farine d’orge.
- On ne connaît pas en France le chien ou lé chat comestibles, et je crois bien que depuis le siège on en a peu servi — ouvertement du moins — sur les tables de nos restaurants parisiens. A Pékin, et dans tous les pays de langue chinoise, il n’est pas de repas fin sans un filet ou un jambon de chien ; le chat est plutôt un plat de la classe pauvre.
- Ces habitudes qui nous répugnent comme une sorte de « demi-anthropophagie » existaient cependant chez les peuples de notre antiquité classique. L’histoire nous rapporte, en effet, qu’à l’origine, le chien figurait parmi les espèces alimentaires.
- Les habitants de certains nomes d’Égypte embaumaient pieusement leurs chiens morts; mais d’au-
- tres jugeaient plus conforme aux doctrines d’une saine économie de les tuer et de les manger. Plutarque raconte que les habitants de Cynopolis, où les chiens étaient honorés à l’égal des dieux, firent une guerre terrible à ceux d’Oxyrinchis qui avaient commis le sacrilège de manger du chien. Dans son livre de la Diète, Hippocrate, parlant d’aliments usuels, est d’avis que la chair du chien échauffe, dessèche et fortifie, mais qu’elle est difficile à digérer; les Romains la recherchaient par sensualité.
- « Nos pères, dit Pline, regardaient les petits chiens comme un aliment si pur, qu’ils s’en servaient comme de victimes expiatoires.... Encore aujourd’hui, la chair des jeunes chiens est servie dans les repas faits en l'honneur des dieux. » Et plus loin : « Cette viande était employée dans les repas d’installation des pontifes ». D'après Apicius, qui nous a laissé un curieux traité, De re culinariu, les
- Romains mangeaient aussi les chiens adultes préalablement mutilés et engraissés.
- Les sauvages de l’Amérique du Nord, par pénurie de gibier, sacrifient parfois leurs compagnons de chasse; cependant, s’il faut croire aux relations de voyage du capitaine Frémont, qui décrit un « repas de chiens » (dog-feast), ce mets semblerait assez naturel chez les Sioux. On assure même qu’avant l’introduction des bêtes à cornes, les Espagnols établis au Mexique firent une telle consommation de chiens indigènes que l’espèce en a complètement disparu. Suivant Cook les nouveaux Zélandais mangeaient leurs chiens et s'habillaient de leurs peaux. Forster ajoute : « Ils aiment passionnément cette chair et la préfèrent à celle du cochon ». Les Groen-landais et les habitants du Kamschatka mangent aussi parfois leurs chiens, mais ce n’est que poussés par la famine qu’ils se réduisent à cette cruelle extrémité.
- En Afrique les chiens sont le régal de certaines
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- LA NATURE
- peuplades nègres; dans le pays des Aehantis, on les mange également, soit frais, soit séchés. Et, coutume (pii fait frémir d’indignation les amis des bêtes, il paraîtrait que dans le Bas-Congo, chez les Batékés, avant de tuer un chien destiné à la consommation, pour rendre la viande plus tendre, on le maltraite, on le torture. Voici ce (pie rapporte à ce sujet un journal colonial, le Congo illustré : « Avant d’être mangé, le chien est soumis à un véritable supplice. Quand il est gros à point, on lui rompt les quatre membres et on le laisse gisant et gémissant pendant de longues heures. Celte pratique est usitée pour d’autres animaux domestiques et même pour l’homme destiné à être mangé. Les noirs prétendent que la douleur rend la viande plus tendre. Le chien est souvent ainsi mis, après de longues souffrances, tout vivant sur le feu, sur lequel on le retourne pour brûler tous les poils; on le retourne ensuite pour le dépecer. ))
- Cependant M. Meulemans, un vétérinaire militaire belge, croit pouvoir affirmer que les choses ne se passent pas partout avec le même raffinement de cruauté : « Au Congo, généralement, dit-il, on assomme le chien, et on l'égorge avant de brûler ses poils et de le dépecer. »
- Chez les Chinois le chien est encore aujourd’hui un mets habituel, même un régal de gourmet.
- Leur cliow-chow, ou chien comestible, ressemble beaucoup au chien de Poméranie ou loulou. Il a le Iront large, et le museau assez pointu, moins cependant (pie le poméranien; l’oreille est courte, dressée, dirigée en avant et légèrement arrondie à la pointe ; les yeux sont petits et noirs, le corps court et massif. Droit sur ses jarrets, le chow-chow a le poil rude, dense et serré et la queue en trompette. On distingue deux variétés de pelage : une à poils longs (c’est le plus estimé, le mets des riches) ; l’autre à poils courts mais très fournis.
- Comme couleur on en compte trois variétés : les uns sont entièrement rouge vif, c’est la variété aristocratique; d’autres sont d’un fauve noirâtre avec le museau noir; enfin il y a le chow-chow fauve pâle avec un museau clair; c’est l’espèce la plus commune. Le caractère général de cette race est d'avoir la langue et les lèvres d’un noir bleuâtre; cette couleur n’est pas native, chez les tout jeunes chiens, la langue est rouge, et elle noircit progressivement, au bout d’une à trois semaines; on compte comme rareté les sujets qui naissent avec la langue noire. Le chow-chow est assez rare en France, on n’en compte que quelques exemplaires. M. Waldeck-Rousseau, le sénateur de la Loire, en possède une famille, originaire d’Angleterre. M. Mérite, un jeune peintre animalier, possède également un très joli spécimen de cette race qui a tout récemment figuré à l'Exposition canine organisée par notre confrère le Journal, et enfin, depuis quelques mois, le Jardin d’Acclimatation de Paris a reçu en don une famille de chow-chows à poils longs et une autre de chiens du Laos à poils courts qui sont également espèce
- comestible. En Angleterre, le Prince de Galles, qui est grand amateur d’animaux exotiques, a dans son chenil de Sandrigham, près de Norfolk, trois couples d<* chiens chinois de cette race.
- On croit généralement que le chien comestible chinois est cette espèce assez commune, dont la peau violacée est entièrement dépourvue de poils «à l’exception de quelques régions de la tête; mais les chiens nus de la Chine — ainsi nommés sans raison aucune puisqu’on les rencontre dans la Turquie d’Asie — ne sont que des sujets atteints d’uni1 infirmité qui serait héréditaire dans quelques cas.
- Quant à la manière de préparer le chien pour la cuisson, elle est en tous points semblable à celle qu'emploient nos charcutiers pour le cochon de lait. En Chine, il n’y a pas de grands repas, de dîners officiels sans, comme pièce de résistance, un chow-chow accommodé de la façon la plus savante.
- Le chien ne tardera pas à disparaître des menus des Célestes et le chow-chow deviendra alors, ce qu’il aurait toujours dû être, le mignon compagnon de salon des « Madame Chrysanthème » des bords du fleuve Rien ou Rouge. Paul Mégxix.
- Nous avons reçu de S. A. I. le duc Nicolas de Leuchtenberg l'intéressante communication suivante :
- Camp de Krasnoé Sélo, le 20 juin/2 juillet 1897.
- Le 15/25 juin une trombe s’est abattue dans ma propriété du gouvernement de Novgorod, sur le château et le parc, brisant ou déracinant une quarantaine d’arbres pendant que la foudre frappait le château, le tout accompagné d’une pluie torrentielle.
- Les parties les plus élevées du château, qui lui-même couronne une colline dominant un lac, sont le clocher de la chapelle, surmonté d’une croix dorée sans paratonnerre, et une grande tour carrée garnie aux quatre coins de cheminées couvertes, formant tourelles, et surmontée d’un mât en bois muni d’un paratonnerre.
- Le gérant du bien se trouvait dans la cour, au moment où se déchaînait le météore. Subitement il vit la toiture en fer de la tour s’embraser, en même temps qu’éclatait un épouvantable coup de tonnerre : c’était la foudre qui venait de frapper le paratonnerre de la tour et qui de là avait sauté sur une des cheminées, projetant à plusieurs mètres de hauteur le toit en forme de pyramide qui la couvrait. Ensuite la foudre arracha cinq feuilles de tôle au toit de la tour, feuilles qui ne purent être retrouvées, et descendit par trois conduites d’eau ou gouttières, éraillant et enlevant le plâtre des murs et arrachant deux fenêtres avec leurs cadres, et faussant la toiture conique d’une autre tour. En même temps la croix surmontant le clocher était courbée, pendant que le mât et son paratonnerre restaient intacts.
- Le feu prit immédiatement dans la cheminée frappée, mais fut aussitôt éteint par la pluie torrentielle.
- L’ébranlement causé par le coup de foudre fut si violent, qu’outre un nombre de vitres brisées dans le château même, il y en eut aussi dans une des dépendances du château éloignée pourtant d’une soixantaine de mètres; dans cette maison une armoire fut même renversée.
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- Le plus curieux, c’est que ni les champs qui entourent le parc de trois cotés, ni les bois qui n’en sont éloignés que d'un ou deux kilomètres, n’ont eu à souffrir du phénomène, qui ne dura du reste que quelques instants; dans les bois il ne tomba que quelques gouttes de pluie.
- Je ne trouve guère que deux causes pour expliquer la violence du coup de foudre : ou bien le paratonnerre n’était pas en état, ou bien les nuages, très bas et très chargés d’électricité, se déchargèrent subitement sur toute la toiture en fer du château, clocher et tour compris. C’est cette dernière hypothèse qui me paraît la plus juste, vu surtout que les dégâts causés sont dispersés, et d’une importance relativement faible.
- Duc Nicolas de Leuchtenberg.
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- Attaque des coffres-forts par l’électricité. —
- On a beaucoup parlé depuis quelque temps d’un moyen simple d’attaquer les coffres-forts et nous l’avons mentionné1. 11 suffirait d’avoir un courant suffisant pour percer le métal. Un fil est en relation, avec un crayon de charbon, un autre avec le métal du coffre-fort. On fixe le crayon à une poignée non conductrice pour la manier sans danger. En approchant le crayon du coffre-fort, on produit un arc dont la température peut atteindre 2500 degrés. Le métal est fondu avec rapidité. Et de fait l’expérience est facile à réaliser. Mais ceux qui ont signalé ce moyen d’attaque n’oublient qu’une chose, c’est l’outillage compliqué qu’il nécessite. M. E. E. Noe, directeur de la General Electric C°, de Chicago, a établi que le courant nécessaire pour perforer la paroi d’une chambre de sûreté doit être d’au moins 500 à 700 ampères avec une tension de 40 à 50 volts. Si l’on admet en moyenne 550 ampères et 40 volts, la puissance indispensable atteint 19 chevaux électriques. Le procédé est donc impraticable pour des voleurs. Aussi bien il serait facile encore avec l’électricité de faire partir des signaux qui avertiraient de la plus petite attaque du coffre-fort. La méthode ne saurait donc préoccuper personne. Ce n’est pas ainsi que l’on pourrait pratiquement mettre en défaut le blindage de nos coffres-forts.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du il juillet 1897. — Présidence de M. Wolf.
- Influence électrique par les tubes de Crookes. — M. le I)r Foveau de Courmelles décrit l’expérience suivante : Des tubes de Crookes faibles placés au voisinage de tubes plus forts en activité s’illuminent, comme le fait un courant en un tube de Gessler, en offrant le spectacle de stratifications. Le phénomène se produit sans le moindre contact, à une distance pouvant s’étendre jusqu’à 50 centimètres dans l’air. Ce n’est pas une simple illumination par les rayons X, mais bien une production électrique de lumière blanche, mauve ou violette, vibrant et oscillant synchroniquement avec la lumière cathodique active.
- Destruction d'un parasite des vignes. — M. Aimé Girard indique un procédé imaginé par M. le I)r Cazeneuve, de Lyon, pour la destruction de la cochylis. Il s’agit d’une chenille dont les ravages sont très considérables. Elle s’attaque d’abord à la vigne en fleur ; puis une nouvelle génération qui a lieu en août envahit le raisin et absorbe les trois quarts de la récolte. On a essayé sans
- 1 Voy. n° 1254, du 12 juin 1897, p. 30.
- succès contre cet insecte la poudre de pyrèthre, les pulvérisations de pétrole. M. Cazeneuve propose l’emploi de la poudre de soufre additionnée de 10 pour 100 de naphtaline. Il a obtenu des résultats décisifs par ce procédé.
- Curation du psoriasis. — M. le professeur Guvon expose les résultats tirés par M. le l)r Bouffé, dans le traitement du psoriasis, de l’emploi des injections hypodermiques d’orchitine. 11 s’agit d’une nouvelle application des découvertes de M. Brown-Séquard qui le premier a préparé ce liquide organique et indiqué ses propriétés.
- Le venin de la salamandre terrestre. — M. Chauveau communique un travail de M. Phisalix d’après lequel le venin de la salamandre du Japon desséché se transforme en vaccin. Les grenouilles inoculées deviennent indemnes vis-à-vis du venin frais.
- Élection. — M. Gayon est élu membre correspondant de la section d’économie rurale, en remplacement de M. Ililbriegel. Les savants désignés au choix de l’Académie étaient MM. Galtier, Michel Perret, SehladenhauH’en.
- Décès. — L’Académie apprend la mort de M. Steenstrup, membre correspondant de la section d’anatomie.
- Varia. — M. Laussedat présente, au nom de M. Wild, de Manchester, qui a doté l’Académie d’un prix annuel de 4000 francs, un appareil reproduisant expérimentalement les variations de la déclinaison de l’aiguille aimantée à la surface du globe.
- Séance du P) juillet 1897. — Présidence de M. Chahs.
- État des substances alliées au fer. — M. Adolphe Carnot présente un travail sur l’état des éléments autres que le carbone que l’on rencontre dans la fonte et l’acier. Pour le silicium, on a trouvé que ce corps existait à l’état de siliciure de fer répondant à la formule Fe Si et décomposant l’eau en présence de la potasse en donnant de l’hydrogène. Mais le silicium existe certainement encore dans la fonte et l’acier à l’état de siliciures dont la formule varie entre Fe3Si2 et Fe5Si2. Toutefois ces composés n’ont pu être isolés. Il est impossible de séparer le soufre au moyen du traitement par les acides faibles ; on est obligé de recourir au chlorure de cuivre. On reconnaît le soufre à l’état de sulfure de fer répondant à la formule FeS. Le phosphore existe sous forme de phos-phure Fe3P; l’arsenic est à l’état libre, contrairement à ce que l’on pouvait attendre, d’après l’état du phosphore.
- Le rôle physiologique des capsules surrénales. — M. Chauveau communique un travail de M. Gourfein sur le rôle de l’auto-intoxication dans le mécanisme de la mort des animaux décapsulés. On ne s’entend pas sur l’effet de la décapsulation. Pratiquée sur les grenouilles, les animaux à sang froid et quelques mammifères, elle amène toujours la mort. M. Gourfein pense qu’ils ne peuvent plus dans cet état détruire certains produits toxiques naturels. Par des expériences certaines, on constate que les capsules contiennent elles-mêmes des substances toxiques. Mais ces substances peuvent avoir été arrêtées par les capsules ou avoir été élaborées par elles. Pour démontrer que la première hypothèse est seule possible, M. Gourfein observe que chez les animaux décapsulés, l’accumulation et la destruction des principes toxiques naturels ne s’opérant plus dans les capsules, les organes doivent être envahis par ces principes. Il constate, en effet, en broyant les muscles de ces animaux après leur mort, que l’on en tire un liquide d’une toxicité très active qui tue les animaux auxquels on l’injecte. Ch. de Yilledeuil.
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- LA NATURE.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- A L’HÔPITAL BICH AT
- Dos applications intéressantes de l’éclairage électrique viennent d’être réalisées, il y a peu de temps, à l'hôpital Bichat, dans le service de M. le I)'- Terrier, sur l’initiative du IV Mally, son assistant. On a cherché surtout à utiliser l’éclairage électrique dans des conditions logiques, c’est-à-dire avec son maximum lorsque l’éclairage doit être intense, comme dans une opération, et avec le minimum nécessaire , lorsque l’éclairage doit être faible. A cet effet, on a installé dans une salle de 60 à 80 lits 4 lampes de o2 bougies pour l’éclairage normal, et 4 lampes de 5 bougies de 120 volts sur un réseau de 110 volts, en verre dépoli, pour l’éclairage en veilleuse. Ces lampes sont fixées dans des globes en opale, comme le représente le cartouche de notre figure 1.
- L’installation a été complétée par un appareil mobile pour éclairer chaque malade séparément.
- Cet appareil (lig. 2) se compose d’une tige verticale, portant à sa partie inférieure 2 crochets spéciaux qui permettent de le lixer rapidement au pied d’un lit. Sur cette tige verticale se déplace un bras horizontal qui porte à son extrémité une lampe placée dans un abat-jour en forme de poire; la lampe est mobile dans tous les sens. La prise de courant s'effectue sur la canalisation à fils nus de la salle et dont nous allons parler. On peut ainsi bien éclairer un lit où se fait une opération, alors que les autres malades restent dans une demi-obscurité.
- Les salles d’opération doivent être éclairées tout particulièrement. A l’hôpital Bichat, au lieu d’adopter l’éclairage imparlait par des lampes fixes au pla-
- fond, on a installé des rampes latérales de lampes à incandescence (lig. 1) qui projettent leurs feux des deux côtés. Au milieu, sur la canalisation générale, au-dessus du lit d'opération, se trouve une lampe mobile que l’on peut disposer à volonté.
- L’éclairage du pavillon d'isolement pou ries grandes opérations a été effectué pour les veilleuses à l’aide de lampes placées dans des cabochons en verre dépoli à la tête du lit. Une lampe mobile peut également être adaptée sur la canalisation.
- L’installation de l’hôpital Bichat présentait des difficultés toutes spéciales. 11 était d’abord indispensable de ne pas former de saillies propices à l’accumulation des poussières et des microbes; la suppression de la moulure était donc naturellement indiquée. 11 fallait de plus que les fils électriques ou
- toute canalisation ne pussent empêcher les nettoyages généraux en cas d’épidémie. Tous les fils ont été placés dans des fourreaux dans le mur et aucun n'est apparent. Enfui, pour éviter les prises de courant, des fils nus de distribution intérieure ont été tendus dans les salles et les lampes viennent s’appuyer sur ces fils à l’aide de crochets. Tous les appareils de manœuvre , interrupteurs, coupe-circuits, sont placés sur des tableaux de distribution enfermés dans des petites armoires.
- Sans insister sur les avantages bi,en connus de l’éclairage électrique pour les malades, nous ajouterons que cette installation a été faite dans de bonnes conditions hygiéniques, par M. Buffet, ingénieur des installations électriques au secteur de Clichy, à Paris. J. Laffargee.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE.
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- LES ANIMAUX DOMESTIQUES
- AU JAPON
- Los Japonais possèdent fort pou d’animaux domestiques; s’ils cherchent aujourd’hui à imiter les Européens en Lien des points, il faudrait faire presque une exception pour celui-là. Comme leur usage n’est pas de boire du lait, ils n’élèvent point de vaches. C’est le riz et le millet, mélangés à du poisson et à quelques légumes, qui forment la base principale de leur nourriture. Parmi les Japonais adorateurs fervents de Bouddha, la viande de boucherie était autrefois interdite comme chez les Indiens ; on a un peu modifié cet usage et quelquefois actuellement les Japonais se décident à manger du bœul. Le porc leur est pour ainsi dire inconnu.
- Les chevaux ne sont que rarement employés pour traîner des voitures, sauf ceux que l'on remarque dans les grands jours à Tokio, attelés aux équipages de l’empereur ou de ceux des personnages de la cour. Ils servent aussi quelquefois à Yokohama, à de riches
- Européens. Partout, ce sont des hommes qui traînent les petites voitures publiques à deux roues, presque des fauteuils roulants, nommés jinrikishas. Nous donnerons une idée de leur usage en ce pays, en disant qu’à Tokio, la capitale de l'empire, on en compte près de quarante mille.
- Pour les lourds chariots de transport et ceux qui servent à l’agriculture en général, les Japonais emploient des bu flics et parfois des chevaux. Fort attentifs pour leurs animaux et les traitant toujours avec une grande douceur, ils ont toujours soin de chausser leurs pieds ou leurs sabots d’une sorte de semelle ou d’espadrille tressée en paille de riz. La fi g. 1 montre le pied d’un buflle chaussé de son espadrille, et l’espadrille libre. Pour les sabots des chevaux les semelles de paille de riz sont presque semblables à celles que nous fait voir la gravure. Le mulet est très rare dans le pays. Le chien n’est pas aussi répandu au Japon que dans nos contrées. On ne connaît pas le chien de garde, mais le chien de luxe ou le chien vulgaire, compagnon de la famille,
- Fig. 1. — Espadrillle en paille de riz. Pied de buffle chaussé de l'espadrille.
- Fig. 2. — Dames japonaises venant avec leurs enfants donner des gâteaux aux cerfs sacrés des temples de Nara (Japon).
- (Dessin d’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- est fréquent. Le chat est quelquefois préféré ; c’est surtout dans la province de Ilizen et à Nagasaki, sa capitale, qu’il peut être le plus remarqué. Mais en ces lieux principalement, les habitants ont un usage curieux ; c’est celui de leur couper la queue aussi court que possible dès qu’ils viennent au monde. Ils évitent ainsi, paraît-il, les mauvais sorts qu’un chat à longue queue serait capable de leur jeter.
- Le mouton ne peut être acclimaté au Japon, la
- 25" aimée. — 2* semestre.
- chèvre et le lapin font aussi défaut. Les canards sont rares, plus encore les dindons, les oies et les pintades. On voit en revanche partout des poules et des coqs dans les environs des auberges. Le Japonais sait manger les œufs et se fabriquer des omelettes qu’il accompagne de gâteaux faits avec une purée de marrons ou de pois.
- Le pigeon est fort répandu dans certaines provinces, mais on le considère comme oiseau sacré. 11
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- fréquente les temples et voltige partout autour des sanctuaires. Les fidèles viennent chaque jour leur donner à manger des miettes de gâteaux ou des graines. C’est dans le temple de Zenkoji à Nagano, province de Eehigo, renommé pour ses pèlerinages, qu’on en voit le plus grand nombre. Les prêtres ont été forcés de voiler de filets légers toutes les belles sculptures sur bois des portiques, afin de les protéger. Ces jolis oiseaux dégraderaient tout en établissant leurs nids au milieu des ornements.
- Dans une autre province, celle de Yamato, les habitants restent tout aussi fidèles aux doux préceptes bouddhistes qui enseignent les sentiments de confraternité envers tous les êtres vivant sur celte terre, mais ce ne sont [dus les pigeons les animaux [(référés qu’on voit dans le parc des temples de Nara. Les cerfs et les biches régnent en maîtres sous les ombrages des splendides arbres séculaires. Les dames japonaises avec leurs enfants ne manquent jamais, en allant faire leurs dévotions dans les sanctuaires, de distribuer des gâteaux de farine de riz à ces gracieux animaux qui, certains d’être respectés, viennent manger dans leurs mains (fig. 2). Autrefois, celui qui aurait osé tuer un cerf ou une biche, considérés comme sacrés en ce séjour, eût été condamné à la peine de mort. Aujourd’hui le règlement est moins sévère, une forte amende semble suffisante.
- Si les Japonais ne possèdent guère d’animaux domestiques, ils sont aussi généralement indifférents pour le gibier. Le faisan dans les montagnes, la bécassine et d’autres oiseaux d’eau dans les rizières, fort abondants dans le pays, ne sont mangés que par les Européens. Albert Tissandier.
- LES CHIENS DE GUERRE
- A LA NOLYELLE-FRÀN’CE
- Nous parlions récemment ici1 des chiens que les Allemands dressent en ce moment pour déchirer les bicyclistes militaires en temps de guerre. Cette idée est loin d’être nouvelle. Dans un livre fort intéressant de M. Eugène Guenin, sur l’histoire de la colonisation française, publié sous les auspices du Comité Dupleix*, nous voyons à ce sujet de très curieux détails. 11 faut nous reporter à l’époque où M. de Montmagny devenait le successeur de Champlain au gouvernement de la Nouvelle-France, ou Canada, en prenant le titre de lieutenant général du roi. Des fondations diverses d’œuvres charitables, d’installations d’hôpitaux ou de maisons d’éducation se formaient alors sous les auspices de grands personnages comme la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, ou Mme de Grivel de la Peltrie, qui obtenaient des concessions de terrains dans ce but. M. de fa Dauver-sière, receveur des tailles de la Flèche, obtint la cession de l’ile de Montréal pour y établir une colonie, et Mme de Bullion, veuve d’un riche surintendant des finances, donnait 12000 livres pour créer un hôpital dans la nouvelle cité et une rente de 2000 livres par an pour son entretien.
- Pour mener à bien un pareil projet, il fallait choisir un
- » Voy. m 1255, du 11) juin 1897, p. 39.
- * Histoire de la colonie française. La Nouvelle-France, de M. Eugène Guenin. Librairie Arthur Tourneau, Paris, 1896.
- homme de mérite; ce fut M. de Maisonneuve, ofticierdont le caractère énergique et plein d’initiative était connu. M. de Maisonneuve et ses compagnons arrivaient à l’ile de Montréal le 18 mai 1612. Ils débarquaient près des lieux mêmes que Champlain, trente et un ans auparavant, avait désignés comme un endroit favorable à un établissement. De ce jour date la fondation de la cité qu'on nomma d’abord Ville-Marie.
- La petite colonie de Montréal avait pu échapper souvent aux attaques de ses ennemis les Iroquois et les Durons, mais les récentes incursions de ces sauvages menaçaient de compromettre l’établissement naissant. Des secours arrivaient, ils étaient conduits par un gentilhomme champenois, M. d’Ailleboust, qui avait quelque connaissance dans l’art des fortifications. 11 remplaça l’enceinte de pieux de Ville-Marie par des retranchement revêtus de solides bastions dans lesquels les colons pouvaient se réfugier dès l’apparition de l’ennemi. Des chiens amenés de France furent dressés à la garde des alentours des forêts. Ils discernaient à l’odorat les endroits où pouvaient se cacher les sauvages. On leur faisait exécuter chaque matin une ronde aux environs, et, s’ils avaient pu découvrir quelque embuscade, ils revenaient au fort en aboyant de toutes leurs forces. C’est ainsique, le 30mars 1644, les chiens, faisant leur battue habituelle, donnaient l’alarme. Leurs aboiements furibonds firent comprendre que les sauvages n’étaient pas éloignés. M. de Maisonneuve ordonna une sortie après avoir laissé le commandement du fort à M. d’Ailleboust et se dirigea avec une trentaine d’hommes vers le bois où les sauvages étaient signalés. Ils y étaient en effet, attendant depuis plusieurs jours une occasion favorable pour une attaque ; deux cents d’entre eux tombèrent tout à coup sur les Français qui, abrités derrière les arbres, épuisèrent leurs munitions dans une vigoureuse défense. La lutte continuant, M. de Maisonneuve resta seul en arrière. Reconnu par les Iroquois, il allait être saisi par eux et fait prisonnier, mais il put heureusement fracasser la tète de leur chef d’un coup de pistolet. La bataille cessa alors, les sauvages s’enfuyant dans les bois, et M. de Maisonneuve put rentrer sain et sauf au fort de Montréal. A. Dubar.
- LES SONNERIES DES CLOCHES
- ET LES OSCILLATIONS DES CLOCHERS
- On sait que les ouvrages de maçonnerie vibrent d’une façon parfaitement appréciable, quoique assurément moins sensible que ceux en métal : on a fait notamment des constatations assez intéressantes au sujet des oscillations des tours, et en général des bâtiments très élevés, sous l’action du vent. Le professeur \V. Rittcr vient de poursuivre à Zurich des recherches quelque peu analogues, mais peut-être plus nouvelles, sur l’effet produit par la sonnerie des cloches.
- 11 a étudié la question dans une tour de Zurich qui a 59m,50 de haut et qui contient cinq cloches dont le poids varie de 425 à 5450 kilogrammes. D’une manière générale, il a constaté que les oscillations horizontales enregistrées sont de forme elliptique et qu’elles sont de dimensions variables : avec une cloche de 7 50 kilogrammes qui était sonnée à raison de 53 coups par minute, le grand axe (qui était toujours dans le sens du mouvement) atteignait au maximum 5mm,6 de longueur, le petit axe ne dépassant point 2mm,4. Quand on sonnait à la fois les cinq cloches, les dimensions respectives étaient de 5mm,8 et de 4mm,4. Les sonneries se faisaient à raison de 45 à 57 fois par minute, tandis que la tour oscillait à peu près uni-
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- LA NATURE.
- loi
- fermement 100 fois par minute. Nous ferons remarquer (mais personne ne s’en étonnera, puisqu’il n’y a guère là qu’une question de durée d’oscillations, de périodes vibratoires) «pie les petites cloches produisaient de plus grandes oscillations de la tour que les grosses.
- Les vibrations du monument se sentaient à tous les points de la tour situés au-dessous des cloches, mais l’intensité du mouvement était proportionnelle à la hauteur au-dessus du sol du point d’observation. Naturellement, la tour tendait à se mouvoir dans une direction opposée à celle de la cloche. P. de Mériel.
- MOTEUR A ESSENCE DE PÉTROLE
- SYSTÈME LOYAL
- Bien que les moteurs à essence de pétrole soient fondés sur le même principe que les moteurs à gaz : l'explosion d’un mélange détonant, ils en différent par certains points qui permettent de les établir avec une simplicité de mécanisme que le moteur Loyal nous parait avoir amenée à son extrême limite. Dans le moteur à gaz de ville, le mélange explosif est obtenu par l’admission dans le cylindre de parties inégales d’air et de gaz; dans le moteur à essence de pétrole, le mélange tonnant est obtenu en dehors du cylindre, dans le carburateur, ce qui permet de simplifier dans une large mesure le système d’admission. De plus, pour un fonctionnement économique, il est indispensable de suivre le cycle de Beau de Rochas ou cycle à quatre temps : 1° introduction du mélange explosif; 2° compression du mélange; o° explosion du mélange; 4° évacuation des produits de la combustion. Avec la plupart des moteurs à gaz ou à essence de pétrole, ce résultat est obtenu en consacrant une pistonnée à chacun des quatre temps, et en ne réalisant ainsi qu’un seul coup de piston moteur pour deux tours de l’arbre que ce piston actionne par l’intermédiaire de la bielle et de la manivelle. M. Loyal a réalisé le même cycle à quatre temps en obtenant un coup de piston moteur par tour de l’arbre, ce qui augmente la puissance spécifique et simplifie le mécanisme.
- Le moteur, vu d’ensemble (fig. 1) et en coupe schématique (fig. 2), se compose d’un carburateur et du moteur proprement dit.
- Carburateur. — Le carburateur est formé d’un réservoir cylindrique séparé en deux parties par une cloison horizontale. La partie supérieure de ce réservoir renferme l’essence de pétrole de densité 800 (800 grammes par litre). Le mélange détonant d’air et d’essence se forme à la partie inférieure du réservoir : l’air pénètre par A, l’essence par une soupape C réglable à l’aide d’un ressort manœuvré par la vis D. L’essence tombe sur un petit brasseur à ailettes B tournant autour d’un axe vertical sous l’action du courant d’air pénétrant en A, par suite de l’aspiration créée en E par le moteur, aspiration réglable par le robinet F. La soupape C règle donc la richesse du mélange en essence de pétrole et le robinet F la quantité de mélange envoyée au moteur sous l’action aspirante du piston.
- Le pétrole en excès vient tomber au fond du carburateur, d’où on le retire de temps en temps à l’aide d’un petit robinet ménagé à la partie inférieure et visible sur la droite du carburateur. L’originalité de ce carburateur réside dans le brassage automatique effectué par les ailettes du petit agitateur B qui assure un mélange intime et aussi homogène que possible des produits explosifs, air et essence de pétrole.
- Moteur. — Le moteur Loyal réalise, avec le inini-mun d’organes nécessaires à son fonctionnement, toutes les conditions caractéristiques du cycle à quatre temps, tout en fournissant, comme nous l’avons dit, un coup de piston moteur par tour de l’arbre moteur et en n’employant que des soupapes absolument automatiques, sans aucune commande par cames, leviers ou excentriques.
- Il comprend, comme pièces essentielles, un cylindre M, un piston P agissant sur la manivelle par l’intermédiaire d’une bielle attachée directement sur le piston, une soupape d’admission G, une soupape d’échappement I, communiquant avec le tube T et un petit tube d’allumage en nickel II. Ces deux soupapes sont appliquées sur leurs sièges respectifs par des ressorts dont la tension, réglée une fois pour toutes, commande leur jeu automatique, comme on va le voir par l’énumération des phénomènes successifs produits dans le cylindre pour un tour complet de l’arbre moteur, tour après lequel les phénomènes se reproduisent indéfiniment dans le même ordre.
- Supposons le piston moteur au bout de sa course descendante, et ayant comprimé un certain volume de mélange explosif aspiré précédemment dans le carburateur, comme nous le montrerons tout à l’heure. Le tube de nickel H, étant chauffé au rouge par un foyer extérieur, provoque F inflammation de ce mélange, l’explosion chasse le piston P et la poussée motrice des gaz se produit jusqu’à ce que ce piston ait dépassé la soupape I. A partir de ce moment, la soupape I se soulève et laisse échapper une partie des gaz brûlés, pendant que le piston continue sa course en vertu de la vitesse acquise : la pression diminue, la soupape I se referme sous l’action du ressort qui la sollicite, et, à un moment donné, la dépression produite à l’intérieur du cylindre fait ouvrir la soupape d’admission G. Une certaine quantité de mélange détonant puisé dans le carburateur pénètre alors dans le cylindre par son extrémité inférieure. A fin de course, nous avons un mélange explosif à une extrémité et des gaz brûlés à l’autre extrémité.
- Dans sa course rétrograde, le piston comprime l’ensemble ; la soupape G se ferme, et, lorsque la pression est suffisante, la soupape I s’ouvre à nouveau pour laisser échapper les gaz provenant de l’explosion précédente et qui occupent le fond du cylindre du côté du piston ; lorsque celui-ci a dépassé la soupape I, il produit la compression du mélange détonant ; arrivé à fin de course, l’inflammation se produit, et la même série de phénomènes recommence. Par le simple jeu des pressions, les soupapes
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- LA NATURE.
- manœuvrent automatiquement: la soupape G une lois par tour, pour l'admission du mélange; la soupape I deux fois par tour, pour l’échappement des gaz brûlés. La course du piston correspondant à l’accroissement de volume du cylindre renferme le temps moteur, le demi-temps d'échappement et le temps d’aspiration ; la course inverse, correspondant àla diminution de volume du cylindre, renferme le second d e m i -1 e ni p s d’échappement et le temps de compression. Le moteur Loyal réalise donc le cycle à quatre temps, avec cette particularité que le temps de l'échappement est divisé en deux demi-
- temps séparés parle temps d’aspiration du mélange. Ce mélange reste à l’extrémité du cylindre, dans le voisinage de la soupape G, sans se mélanger aux gaz déjà brûlés.
- Le robinet F, placé sur le carburateur , règle l’admission du mélange dans le cylindre suivant la puissance à produire, tandis que la vis I) règle la richesse du mélange en agissant sur la soupape G.
- Lorsque le moteur est en marche depuis quelque temps et a pris sa température normale, on peut
- Fis. 2.
- besoin de réchauffer le tube II, qui conserve encore une température sufhsante. D'après l’inventeur, la consommation de'Ve^moteur, pour une puissance
- de 200 kilogrammes par seconde (5 chevaux), ne dépasserait pas 200 grammes par cheval-heure effectif, mais ce chiffre demande confirmation, car il nous semble bien faible. En tout cas, le moteur Loyal est d'une simplicité remarquable qui recommande son emploi dans toutes les circonstances où l’on a besoin d’une puissance mécanique intermittente, facile à mettre en action et à arrêter. Il s’appliquerait
- Fig. 1. — Moteur à essence (le pétrole, système Loyal. avantageuse-
- ment, par exemple, aux petites installations d’éclairage électrique par accumulateurs chargés périodiquement une ou
- deux fois par semaine. M. Loyal a aussi construit un tricycle automobile actionné par deux de ses moteurs, mais cet appareil n’est encore qu'à l’état d’étude, ce qui-nous dispense d’insister, notre but étant surtout de faire ressortir par un exemple bien choisi à quel degré de simplicité en est arrivé aujourd’hui le moteur à essence de pétrole. Heureux
- Carburateur.
- - Coupe schématique du
- Moteur.
- carburateur et du moteur Lovai.
- éteindre la lampe ayant servi à chauffer le tube de nickel H; les inflammations successives suflisent pour entretenir ce tube à la température nécessaire à l'inflammation. On peut même arrêter le moteur quelques minutes et le mettre en marche sans avoir
- les peuples qui n’ont pas à payer des droits excessifs, presque prohibitifs, sur cette matière devenue aujourd’hui de première nécessité!
- E. Hospitalier.
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- LA NATURE.
- 1 r>5
- RECONSTITUTION DE
- BILLETS DE BANQUE BBULÉS
- I“.YU LA PHOTOGRAPHIE
- Une brave paysanne (les environs de Lausanne
- Reconstitution des billets de banque.
- (Suisse) ayant réalisé quelques économies, repré-
- sentées par des billets de banque, les serrait, faute sans doute du traditionnel « 'pied de bas », dans un coffret de fer étamé. Devant un jour s’absenter et laisser la maison déserte pendant quelques heures, elle eut l'idée, plutôt malencontreuse, de soustraire le précieux coffret aux regards indiscrets et cupides des voleurs en le plaçant dans le « cache-plats » de son poêle. Son tils, arrivé pendant l’absence de sa mère, trouvant sans doute la température un peu fraîche (les saints de glace régnaient à ce moment), et ignorant le petit détail relaté ci-dessus, se mit en devoir de chauffer le poêle et le chauffa si bien, qu’à son retour la brave dame, s’étant précipitée sur son coffre-fort improvisé, trouva ses économies parfaitement calcinées et ses billets de banque d’un noir de charbon superbe. Dans l’angoisse de son àme, elle s’adressa à un établissement de banque de notre ville, qui, pensant avec raison que les secours de la science pourraient être de quelque utilité, me fit appeler.
- Après avoir procédé à l’ouverture du coffret en question et constaté que la liasse de bank-notes ressemblait si fort à un fossile de l'époque houillère que le vieux caissier de la maison lui-même ne reconnut, [dus les petits papiers graisseux et couverts de microbes qu’il avait l’habitude de manier, on me chargea de tirer « le meilleur parti possible » des tristes produits de cet autodafé involontaire. Le cas étant assez curieux, je me chargeai volontiers de cette tâche : j’espérai que la photographie permettrait peut-être de reconstituer les noms des banques d’émission, les numéros et les signatures des billets. Je m’adjoignis pour cela M. A. Tauxe, un photographe amateur des plus habiles de notre ville. Après un travail assez long et minutieux de triage et de séparation, nous obtînmes le cliché reproduit ci-contre, qui nous permit en effet de reconstituer tous les billets et de les présenter à qui de droit pour l’encaissement. La somme (550 francs) fut remboursée intégralement, au vu des photographies et des restes calcinés, par les banques débitrices, de sorte que la personne en question rentra en possession de ses économies qu’elle se gardera bien, à l’avenir, de placer dans son fourneau. Jules Amann,
- Professeur agrégé à l'Université île Lausanne.
- SUR LA CHALEUR SOLAIRE1
- ii
- Dans un précédent article, nous avons parlé d’une première méthode de détermination de la constante solaire. Une seconde méthode, plus longue, mais qui tient mieux compte des conditions du problème, peut encore être employée.
- Faisons des observations actinométriques aux diverses heures d’une journée, par un ciel aussi pur que possible.
- Si nous traçons sur une ligne droite les diverses heures de la journée, du lever au coucher du soleil, et si nous lui menons, à chaque division horaire, une perpendiculaire sur laquelle nous prenons des longueurs proportionnelles à l’intensité calorifique correspondante, en joignant les
- 1 Yoy. n° 1200, du 21 juillet 1897, p. 117.
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- LA NATURE.
- sommets de ces droites, nous aurons une courbe qui, à partir du lever du soleil, s’élève jusqu’à midi (heure à laquelle l’épaisseur atmosphérique traversée est la plus faible, et par suite l’intensité la plus grande), puis s’abaisse régulièrement jusqu’au coucher du soleil; c’est la courbe horaire des calories.
- Or, et c’est là une des grandes difficultés de la méthode, les choses ne se passent pas aussi simplement; en général, la courbe monte régulièrement, mais, même par les plus beaux ciels, sans nuages ni même le plus léger trouble apparent, vers 10 heures, la courbe oscille irrégulièrement ; à midi, elle est assez déprimée, puis vers 2 heures jusqu’au soir, elle devient régulière. La chaleur solaire échauffant le sol, il s’élève des vapeurs aqueuses plus ou moins abondantes qui vont se condenser à de grandes hauteurs en produisant un hàle presque invisible sur le bleu du ciel et qui finit par se dissoudre dans la masse ascendante de l’air relativement chaud qui s’élève plus tard du sol desséché. A la surface du sol, on ne voit pas cette condensation, car elle est masquée par l’éclat du ciel; mais, à de grandes altitudes, les troubles de l’atmosphère restant confinés pour la plus grande partie dans les couches inférieures, dans ce que j’ai appelé la vase atmosphérique, le ciel est d’un bleu foncé tirant quelquefois sur le noir, ce qui indique une absence presque totale de diffusion, et ces condensations sont visibles; elles produisent très fréquemment des halos solaires que l’on ne voit pas de la surface du sol, masqués qu’ils sont par la lumière intense produite par les troubles de la vase atmosphérique. La dépression de midi s’observe encore à de grandes altitudes; du moins nous l’avons observée dans les déterminations que j’ai faites avec M. Iloudaille, d’abord au sommet du mont Ventoux, puis aux Grands-Mulets (5000 mètres). Les causes qui la produisent sont prédominantes en été ; mais, en hiver, le refroidissement considérable du sol les atténue au point qu’à Montpellier, par des temps exceptionnellement froids et secs et un ciel très pur, nous avons obtenu de belles courbes régulières et sans dépression, ce qui est très rare.
- Mais la plus belle courbe a été obtenue par M. Savélielf, à Kieif, par un hiver où toute la Russie était couverte de neige, et où la plus haute température de la journée était 17 degrés au-dessous de zéro. La constante solaire obtenue dans ces conditions a été trouvée égale à 5 calories. L’idéal serait de dresser de pareilles courbes sur des sommets très élevés et en hiver. Mais si l’on observe que pour obtenir une journée d'une pureté atmosphérique presque parfaite, il faut souvent obtenir de nombreuses courbes et attendre plusieurs jours à ces altitudes, et en hiver, on se fera une idée exacte des difficultés de ces déterminations. Admettons donc que nous ayons obtenu une belle courbe horaire ; en observant aux diverses heures de la journée on peut y arriver; mais il est bien plus sûr de faire tracer cette courbe par un enregistreur automatique. Une très petite pile thermo-électrique de masse négligeable est guidée par une horloge de manière à être toujours dirigée vers le soleil; le courant produit est envoyé dans un galvanomètre dont l’aiguille est munie d’un miroir; le rayon lumineux très délié qui émane d’une lampe se réfléchit sur ce miroir et tombe de là sur une feuille de papier photographique qui se meut d’un mouvement uniforme; il ne reste plus qu’à développer la courbe. Nous avons ainsi obtenu à Montpellier, M. Hou-daille et moi, près de mille courbes parmi lesquelles une dizaine seulement sont assez régulières pour se prêter au calcul. Munis de ce nouveau moyen d’observation, nous
- avons beaucoup moins de difficultés à obtenir de bonnes courbes; il s’agit de les calculer.
- Pour cela, nous calculons pour chaque heure d’observation, non Vépaisseur, mais la masse atmosphérique traversée par les rayons solaires, et nous dressons la courbe des calories en fonction des masses, c’est-à-dire la courbe qui donnera pour des masses atmosphériques traversées égales à 1, 2, 5, 4... les intensités correspondantes de la radiation solaire. Si nous prolongeons notre courbe jusqu’à la perpendiculaire correspondant à une masse traversée nulle, nous aurons la constante solaire.
- C’est à cette opération qu’on donne le nom A'extrapo-lation. Il n’en est pas de plus dangereuse, car on suppose que la loi qu’on a observée, ou cru observer, entre certaines limites, est vraie en dehors. Si la formule qui a servi à calculer la courbe est conforme ou à peu près à la loi exacte qui régit le phénomène, l’erreur n’est pas bien grande, mais, dans le cas contraire, on peut arriver à des résultats inexacts; c’est ce qui se produit notamment, si on suppose dans la formule que le coefficient de transmissibilité est constant, comme l’a fait Pouillet; si de plus on ne tient pas compte de la dépression de midi, la courbe horaire et celle des intensités en fonction des masses traversées sont déprimées, et l’extrapolation que l’on fait conduit à des résultats faux.
- Il est une méthode de calcul, connue sous le nom de méthode des moindres carrés, qui fait concourir toutes les valeurs observées à la détermination d’une inconnue, de manière à obtenir un minimum pour la somme des carrés des différences entre les nombres calculés et observés; cette méthode, excellente dans certains cas, conduirait ici à des résultats très erronés. ;
- On peut remarquer avec M. Langley, que, de toutes les causes qui influent sur l’intensité calorifique des radiations solaires, aucune ne tend à en augmenter la valeur ; toutes, au contraire, tendent à la diminuer; l’erreur qui provient des fluctuations de l’intensité calorifique observées, même par un ciel en apparence très pur, peut diminuer d’un tiers ou d’un quart cette intensité; les erreurs de lecture, au contraire, peuvent donner une incertitude d’environ un centième en plus ou en moins; il faut donc éliminer les erreursconsidérables dues à l’irrégularité de l’absorption atmosphérique, et l’on peut y arriver facilement de la manière suivante :
- Réunissons par un trait continu les valeurs les plus élevées de la courbe diurne ; nous obtiendrons, si la journée a été favorable, une courbe-enveloppe d’une régularité remarquable, laissant au-dessous d’elle tous les accidents dus à des dépressions produites par des phénomènes passagers produits dans l’atmosphère; si nous faisons la même opération sur un certain nombre de courbes obtenues dans d’excellentes conditions atmosphériques, nous trouverons une très grande analogie entre elles' et avec les courbes théoriques calculées. Transformons-les en courbes donnant les intensités en fonction des masses traversées, et calculons l’équation de cette courbe, non au moyen de la formule d’absorption d’un faisceau complexe pour laquelle les données numériques nous font défaut, mais au moyen d’une formule approchée, basée sur le principe de la variabilité de la transmissibilité avec les masses atmosphériques déjà traversées.
- En opérant ainsi, nous avons obtenu à Montpellier des valeurs de cette constante variant entre 1,8 et 2,5, selon l’état de l’atmosphère ; nous avons déjà vu la cause de ces faibles valeurs ; au sommet du mont Ventoux, nous avons atteint, M. Iloudaille et moi, une valeur de 5 calories.
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- LA NATURE.
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- Il est permis de penser qu’au sommet du Mont-Blanc, hauteur à laquelle on laisse au-dessous de soi environ la moitié de la masse atmosphérique, la valeur obtenue serait encore plus élevée; elle serait en tout cas plus exacte, car l’incertitude due à l'extrapolation qui se fait à la surface du sol entre des limites de masses traversées variant de 1,5 à 0, ne se ferait, à cette altitude, qu’entre 0,5 et 0, et serait grandement diminuée.
- Je viens d’exposer aussi brièvement que possible les difficultés du problème : elles sont grandes et la question sollicite les efforts des chercheurs. Le jour où elle sera résolue, il sera possible d’aborder avec succès l’étude des variations de cette constante, un des plus grandioses problèmes que puisse se poser la Science. A. Cp.ova,
- Correspondant de l'Institut, Professeur de physique à l’Université de Montpellier.
- LES REMPARTS D’ANTIBES
- « J’étais assis, dit Maupassant1, sur le môle du « petit port Obernon, près du hameau de la Salis, « pour regarder Antibes au soleil couchant. Je « n’avais jamais rien vu d’aussi surprenant et « d’aussi beau.... C’était une de ces choses si « douces, si rares, si délicieuses à voir quelles « entrent en vous, inoubliables comme des souve-« nirs de bonheur. »
- Si Maupassant revenait aujourd’hui s’asseoir à la Salis, il y verrait des talus éventrés, des murs croulants, et, dans toute sa brutalité, l’agression de la laideur moderne contre une forme exquise. Maupassant pourrait dire sa tristesse, comme Paul Arène a dit la sienne avant de mourir.
- Antibes! Combien d’hommes ont rencontré devant ses murs la plus pure émotion d’art que leur ait donnée la vie ! Cette petite ville, enclose en ses murailles de guerre, présentait une beauté rare et parfaite : c’était une citadelle de l’Hellade, blanche, baignée de lumière, jetée en un beau geste de guerrière à l’encontre des Ilots.
- Le décor prodigieux des Alpes, alignant au loin leurs cimes de neige, l’assaut des vagues blanchissantes au pied des murs, la clarté d’un ciel méridional et la beauté classique des grands oliviers, tout s’unissait pour mettre en ce lieu une apparition des temps héroïques..., tout, jusqu’au vieux nom à'Antipolis, jusqu’au souvenir des galères phocéennes, qui vinrent à ce point du rivage apporter les arts et la civilisation grecs.
- Quand Vauban remania les fortifications, son génie fit d’Antibes une merveille d’art autant qu’une place forte; les bastions du roi, profils majestueux et simples, marièrent leurs lignes au dessin des tours primitives, si heureusement qu’Antibes resta grecque par la beauté, comme au temps où l’autel de Diane s’élevait dans ses murs.
- Telle était Antibes il y a quelques mois encore, non pas un amas de maisons quelconque, mais une perfection de beauté, quelque chose d’écrit sous le ciel, à quoi il est impie d’avoir touché.
- 1 Madame Parisse, par Guy de Maupassant.
- Hélas! le vent de destruction qui souffle sur la France a passé là. Les Antibois, pris de démence rectiligne, las d’habiter un des plus exquis paysages du monde, voulurent des boulevards, des réverbères, des bancs et des trottoirs; ils voulurent s’habiller à la Relie Jardinière des cités, avec un complet de rues à angle droit.... Qu’il leur soit pardonné en faveur de la bonne intention, mais qu’ils permettent à ceux qui « aiment par le regard » de regretter la beauté détruite de leur patrie.
- Il est triste que deux mille beaux arbres aient été coupés sur les talus, micocouliers centenaires qui s'en furent à Perpignan finir en manches de fouet, platanes, eucalyptus géants changés en charbon, qui ne verseront plus leur ombre aux parties de boules.
- Il est triste que la jolie anse de l’Hetle soit comblée, transformée en terrains à vendre. A cet endroit la Méditerranée dessinait une courbe légère, qui détachait la forme de la ville et la mettait en beauté, gracieuseté de la nature qu’on méprise. Et pour mettre quoi'] Des villas bourgeoises, des palmiers de pépiniériste, un square! Spectacle banal qui fera regretter éternellement l’Hette exquise.
- Tandis que, d’un œil attristé, les artistes regardent s’évanouir l’admirable vision que fut Antibes, les archéologues, eux, suivent les travaux des démolisseurs avec une curiosité mêlée de crainte; car ces vieux murs, construits des débris de la ville grecque et de la ville romaine1, sont comme pétris d’antiquité ; ils recèlent des pierres écrites qu’on voit à la surface, peut-être aussi des trésors archéologiques cachés dans la maçonnerie intérieure. Or, quand les ouvriers font éclater la dynamite dans ces murs vénérables, sait-on ce qui s’émiette à grand fracas? Des moellons vulgaires, ou les titres de noblesse de la Cité?
- Rappelons qu’Antibes est le sol des trouvailles archéologiques. Le petit dieu grec Terpon2, qui date de plusieurs siècles avant J.-C., fut découvert à Antibes; et de même cette perle de l’épigraphie latine, la pierre de l’enfant Septentrion, « qui dansa deux jours et fit plaisir3 ».
- Tout près de la porte de France, un monument très précieux vient d’être mis au jour. C’est une architrave de pierre longue de 5 mètres portant l’inscription suivante :
- VIATOR AVDI SI LIBET IX TUS VEXI TABVLA EST Æ.XA QVÆ TE CVNCTA PERDOCET
- « Voyageur, écoute ; s’il te plaît, entre. Une « table d’airain t’apprendra le secret de tout. »
- 1 Voir l'Histoire de la ville d’Antibes, par le chevalier Arazi (1708). L’original est aux archives du ministère de la Guerre. Une reproduction a été publiée par les Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes. (Tome VII).
- 2 Terpon fut trouvé en 1866 par M. le Dr Mougins de Roquefort, dans le mur d’une maison d’Antibes. V. Le galet inscrit d’Antibes, par M. II. Bazin (Annales du musée Guirnet, t. X).
- 5 D. M.
- PVERI SEPTENTRI.
- ONIS A NX OR XII QVI ANTIPOLI IN THEATRO RIDVO SALTAVIT ET PI.A CVIT
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- LA NATURE.
- Cotte pierre et son appel mystérieux ont longtemps intrigué les archéologues. Les uns y voient l’enseigne qu’une sibvlle avait mise à son temple, d’autres celle d'un édifice géographique placé là, sur le bord de la Voie Au rélien ne, et destiné à renseigner les voyageurs1.
- Quoi qu’il en soit, voilà un monument précieux,
- (pii aurait sa place au plus bel endroit d’un musée....
- Pendant nombre d'années il est rt'slé enfoui, quelques centimètres seulement dépassant la terre; dernièrement il fut recouvert par cinquante charretées de moellons, provenant de la démolition du rempart; enfin, grâce à l’intervention de M. le capitaine Nizet, chef du génie, l’inscription vient d’ôtre mise à découvert ; mais elle reste en danger.
- N’est-ce pas un devoir pour la municipalité d’Antibes d’éviter à cette relique de nouveaux outrages, et de la placer en quelque endroit digne d'elle? Nous lui signalerons aussi l’ancien autel païen qui fut peut-être celui de Diane, abandonné au coin d’une ruelle, couvert d'ordures, et qui mérite, certes, [dus de respect2.
- Dans la maçonnerie meme du rempart, une inscription se lisait, où sont nommés le « divin Anto-nin » et le « divin Trajan » :
- MVI. M. AXTOX...
- MATICI. FIIAO...
- TRI. DIM. AN TON I...
- I>1\N. 1)1 VI. TR AI A...
- D’après le vieil historien Solery, cette inscription aurait figuré sur le tombeau du père d’Antonin le Pieux, enseveli à Antibes. Cette pierre vient d’être
- 1 Voir : Un monument géographique romain à Antibes, par M. IJ. Bazin (Revue archéologique. Année 1887).
- - Voir : Notice sur un autel ancien trouvé à Antibes, par le colonel Gazan (Draguignan, 1881).
- détachée avec soin et mise en lieu sur. Sauvée aussi une autre inscription latine, jadis recouverte par les glacis de Yauban. Pour ces sauvetages, nous devons
- des éloges aux magistrats municipaux et aux entrepreneurs. Qu’ils soient donc remerciés comme il est juste, mais qu'ils se pénètrent de cette vérité, qu’eu ce moment leurs ouvriers travaillent en pleine matière archéologique.... Là-dessus, qu’ils en croient le témoin de 1708, le chevalier Arazy, historien d’Antibes, qui vit à l’oeuvre les ingénieurs de Yauban.... Ces ingénieurs utilisèrent les tombeaux de marbre sculpté de la ville romaine; ils enfouirent dans le rempart les restes admirables du théâtre antique, « pour la commodité des pierres sur le lieu )).
- A défaut de l’histoire, un coup d’oeil sur les murs d’Antibes suffit pour donner à réfléchir. On y voit encastrés des inscriptions, des fragments de marbre, des blocs de serpentine
- verte, des pierres évidemment taillées pour un autre usage antérieur.... Que peuvent être tous ces morceaux, sinon les débris des temples et des palais d’Antipolis?
- Et si l’on prend garde que la maçonnerie apparente n’est qu’une très faible partie de la maçonnerie totale, que personne ne peut savoir si ces murs cachent de simples pierres ou des reliques précieuses, ne voit-on pas le risque encouru?... La dynamite éclate à chaque instant. Qu’un jour elle pulvérise quelque vestige antique, il y aura du regret pour tous et de la honte pour plusieurs.
- Sourde au cri d’alarme jeté par le Congrès des Sociétés savantes (séance du 22 avril 1897), la
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- LA NATURE
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- Fig. 3. — Antibes avant la démolition des remparts. (D’après une photographie.)
- Fig. 4
- Antibes. La démolition des remparts, (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- direction des Beaux-Arts semble avoir abandonné Antibes : pour elle, il n’y a là que cailloux bons à empierrer les routes. C’est donc aux Antibois eux-mêmes qu’il appartient de sauver les reliques de leur histoire, et de se constituer un précieux musée lapidaire. Qu’ils ne perdent pas tout, ayant perdu la forme même de leur patrie, la séculaire beauté d'Antibes blanche dans ses murs roux, que Paul Arène nommait : Perle fine sertie d'or. L. Bordellet.
- RESSORTS VÉGÉTAUX
- Les mousses, ces frêles petites plantes aux couleurs si délicates, ne constituent plus aujourd’hui qu’une infime partie du règne végétal; et jusque dans les forêts et les marécages, leur dernier refuge, les graminées, race plébéienne et envahissante, tendent à les supplanter. Il fut cependant une époque où elles constituaient toute la végétation aérienne du globe, et l’humus fécond qui se forma sur les premiers îlots émergés n’eut pas d’autre origine que leurs expansions à la pale chlorophylle. Algues condamnées à vivre
- Fig. 1. — Sommité d’Orthotric à l’état de sommeil et de veille hygrométriques.
- hors de l’eau, leur milieu normal, elles adaptèrent rapidement leur souple organisme aux nouvelles conditions d’existence qui leur étaient imposées, et elles devinrent le point de départ de l’épanouissement si admirable delà série végétale.
- En prenant possession des rochers abandonnés par les eaux, les premières algues émergées, c’est-à-dire les premières mousses, étaient encore astreintes aux mêmes exigences physiologiques que les algues submergées. Leurs diverses fonctions ne pouvaient s’accomplir encore que par l’intermédiaire de l’eau. Or, ces exigences, dans le nouveau milieu, n’étaient plus servies que d’une manière intermittente, l’humidité constante étant remplacée par une humidité temporaire due seulement à la pluie. Par suite, l’organisme ne pouvait résister qu’à la condition de suspendre sa vitalité pendant les périodes de sécheresse séparant les chutes de pluie. C’est ce qu’ont fait les mousses, et le secret de leur adaptation à la vie aérienne réside dans cette faculté qu’elles ont vite acquise, de dormir et de se réveiller au gré des caprices de l’atmosphère (fig. 1).
- Ces périodes alternatives de repos et d’activité, sous la dépendance du degré d’humidité de l’air, ont été désignées par les noms de veille et de sommeil hygrométriques, et elles donnent lieu, suivant que l’une ou l’autre est réalisée, à de curieuses modifications dans l’aspect extérieur des mousses. En raison de leurs conditions d’existence très spéciales, qui les obligeaient à accomplir dans l’air des fonctions aquatiques, elles sont devenues de véritables plantes réviviscentes, et elles ont conservé jusqu’à l’époque actuelle, aussi intense qu’aux premiers jours, malgré la longue accumulation de siècles qui se sont succédé depuis
- ces âges lointains, la propriété de mourir par les temps secs, pour ressusciter par les temps humides. Cette mort et cette résurrection apparentes s’accompagnent de phénomènes très intéressants. Il est facile de concevoir que l’état physique du tissu des mousses diffère suivant que la vitalité y est normale ou ralentie. Sous l’influence de la sécheresse, les feuilles s’enroulent, se plissent, et s’imbriquent en une étroite spirale ; la tige devient rigide et fragile ; le pédicelle se tord sur lui-même ; l’urne, ou fruit, se dessèche. Ainsi modifiée, la mousse a l’aspect d’une plante morte ; mais la mort n’est pas réelle ; c’est une espèce de léthargie due à l’absence de l’humidité.
- Les mouvements hygrométriques des mousses varient beaucoup, dans leur intensité et leur mode, suivant les groupes. Chez les polytrics, par exemple, les feuilles, qui sont linéaires et très raides, s’appliquent, par les temps secs, strictement contre l’axe, en même temps qu’elles se
- Fig. 2. — Spores et élatères de Jungermanne (fort grossissement)
- contractent selon une ligne longitudinale, de manière à devenir concaves et à présenter même la forme d’une car * rêne. Dans le genre voisin Âtrichum, les feuilles ne.sont plus appliquées, mais courbées, enroulées, convolutées, pliées sur elles-mêmes, de manière à’dessiner les contours les plus irréguliers, qui très souvent affectent une disposition spiralée. Chez les Mnium, les feuilles restent étalées"1 et divergentes par rapport à la tige ; à peine quelques-unes relèvent-elles leur extrémité, qui est le plus souvent recourbée en bas ; mais toujours elles se crispent de la manière la plus bizarre, décrivant des courbes sans symétrie et s’enroulant parfois fortement en spirale. Chez les petites, espèces dont les feuilles sont terminées par un poil, le^ limbe généralement s’applique contre l’axe, et les poils se recourbent, se tortillent, de manière à donner à la touffe un aspect aranéeux. Les orthotrics contractent si étroitement leurs feuilles, déjà très imbriquées à l’état de veille, que leurs tiges prennent l’aspect de courts cylindres terminés par un petit cône. L’individu à l’état de repos est plus sombre, plus obscur, et restreint ses dimensions. Le fruit lui-même prend part à l’inactivité générale.
- Il convient cependant de faire remarquer ici, pour montrer combien la nature sait dans certains cas utiliser vers un but précis des circonstances accidentelles, que le fruit des mousses a précisément besoin, pour mettre ses spores, c’est-à-dire ses graines, en liberté, de cette alter-
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- native de sécheresse et d’humidité qui, dans les autres organes, ne représente qu’une mesure, un régulateur d’activité. Ce fruit est un sac en forme d’urne, fermé à son sommet par un couvercle ou opercule. Sous l’opercule, et s'appliquant contre lui, se trouve une couche de cellules partagée en lanières primitivement réunies, mais qui, disjointes par les contractions et les dilatations successives qu’elles subissent suivant le degré d’humidité de l’air, tinissentpar se séparer les unes des autres ; elles font alors office de ressort contre l’opercule, qui cède, se détache, s’envole au moindre vent, laissant béant l’orifice du fruit.
- Lorsque l’eau arrive à la mousse desséchée, soit par l’intermédiaire du sol, soit par l'air ambiant qui se charge, qui se sature d’humidité, soit même directement par l'intervention de la pluie qui glisse sur l’individu et pénètre par osmose dans ses cellules superficielles, la tige et les feuilles, sous l’influence de cet agent bienfaisant, opèrent une série de mouvements qui ont pour résultat leur épanouissement. Toute contraction cesse, toute ondulation s’aplanit, toute spirale se déroule, toute feuille appliquée s’écarte. Chaque espèce ayant son aspect particulier dans l’air sec,chacune a un processus spécial pour s’épanouir. La rapidité des mouvements dépend de la rapidité avec laquelle le liquide se trouve introduit dans l’organisme.
- Sous l’influence delà dessiccation, les divers organes des mousses se contractent le plus souvent en décrivant une spirale. Cette tendance à l’enroulement spiralé est caractéristique du groupe, et elle s’y retrouve partout, sous des modes divers, à un degré plus ou moins accusé, mais toujours évidente. Elle est surtout très nette dans certaines cellules du fruit, des hépatiques, mousses très simples qui touchent de près encore aux algues, et qui sont en quelque sorte comme la signature d’origine de la famille. Ces cellules, qu’on appelle élatères, sont en forme de fibres allongées et étroites, dont les parois sont parcourues par des épaississements opaques contournés en spirale. Elles offrent ainsi l’aspect d’un ressort, et elles en remplissent les fonctions; en effet, quand le fruit est mûr, les valves s’ouvrent, et les élatères se détendent, avec des vibrations, des frétillements qui ont pour résultat d’éparpiller dans toutes les directions les spores vertes auxquelles elles étaient mêlées. Il est intéressant d’observer, sous la lentille d’un microscope (fig. 2), les élatères qui se tordent et se déroulent par saccades brusques. A. àcloque.
- LE SOMMET DU MONT-BLANC
- Le Mont-Blanc est un énorme massif des Alpes françaises, le plus élevé, le plus connu. Il nous appartient, et cependant on cherche à nous l’escamoter.
- Nos bons voisins les Suisses déploient une ténacité incroyable pour faire croire au monde entier que le géant des Alpes est leur propriété. Lisez les guides-réclames qu’ils lancent de tous côtés et vous verrez que je n’exagère rien. Vous seriez sans doute très mal reçu, à Genève par exemple, si vous affirmiez avec énergie que le Mont-Blanc est bien notre propriété. 11 y a mieux : à l’Exposition universelle de 1000 nous admirerons un pittoresque village suisse, avec ses chalets ajourés et élégants des régions riches, et les î-udimentaires et lourds « mazots du Valais ». Tout à côté, comme annexe indispensable, on verra se dresser le relief du Mont-Blanc. Cette fois, l’usurpation sera entière. On ne se bornera plus à imprimer, comme aujourd’hui, que le pic le plus élevé de l’Europe se trouve dans la libre Ilelvétie : on le fera voir et l’illusion sera complète. Cette utopie du Mont-Blanc suisse est si bien en
- train de devenir une réalité que nous sommes exposés même à l’enseigner en France. J’ai lu dans un Abrégé de géologie rédigé par un savant éminent, M. de Lapparent, la phrase suivante : « Quand un glacier est puissamment alimenté comme c’est le cas en Suisse pour la Mer de Glace du Mont-Blanc, etc. » (p. 44).
- Cette mainmise de nos voisins sur une partie de notre domaine ne pourrait avoir lieu si on avait conservé au département actuel de la Ilaute-Savoie le beau nom qu’on lui donna en 1702, qui était précisément celui du Mont-Blanc. C’était comme une affirmation constante de notre droit de propriété. Nos voisins n’auraient pas osé imprimer, comme ils le font couramment, que la Mer de Glace étend ses vagues d'azur sur le territoire suisse. Il est du reste intéressant de rechercher quels sont au juste nos droits sur le Mont-Blanc : c’est une question dont la diplomatie s’est occupée et dont la solution définitive date d'hier.
- C’est en 1702 que fut organisé le département du Mont-Blanc. 11 était fort étendu et comprenait « la ci-devant Savoie » suivant le langage de l’époque. Une carte fut publiée à Paris en décembre, sous la direction de P. Longchamps, ingénieur géographe, éditée chez Basset, rue Saint-Jacques, au coin de celle des Mathurins. Les montagnes y sont dessinées assez régulièrement, suivant la mode de l’époque. Le Mont-Blanc se compose de deux parties : les Glacières et le massif proprement dit. Les Glacières dont parle en détail Saussure, ne sont rien autre que les grands glaciers qui s’étendent au nord, sous les noms de glaciers des Bois et Mer de Glace, glacier de l’Argentière, glacier du Tour. Ils étaient peu connus, un évêque les avait maudits en grande pompe : les Chamo-niards n’osaient s’aventurer sur leurs vagues perfides. Le Mont-Blanc mesurait alors 2450 toises. Il était compris tout entier en France. La ligne qui sert de frontière avec l’Italie passait au pied du versant oriental du massif. Le cartographe de 1792 était d’accord avec l’ancien usage, qui attribue une montagne à la commune d’où l’ascension est facile. Or, à l’époque dont nous parlons, on n’avait point escaladé le Mont-Blanc par Courmayeur, et les habitants de la localité italienne ne pouvaient revendiquer en aucune façon la propriété d’un sommet qu’il leur était impossible d’atteindre. La carte de 1792 contient même un détail extrêmement curieux : elle porte l’indication d’un chemin qui traverse le massif du Mont-Blanc, avec point de départ de Tines, et parcours à travers la Mer de Glace et le col du Géant. La route va aboutir à Courmayeur : elle n’existe plus, et on a peine à croire, étant donnée la configuration des montagnes, qu’elle ait pu exister même sous la forme d’un chemin muletier.
- La question du Mont-Blanc devint complexe le jour où furent créés deux nouveaux départements alpins, le Léman et la Doire. Le département auquel il avait donné son nom risquait d’être séparé de son monumental patron : on l’avait privé de certains territoires de montagnes assez mal définis au profit des nouveaux venus. Le préfet du Mont-Blanc, Yerneilh, en J 805, essaya de fixer ses droits sur le mont fameux, comme il appelle le Mont-Blanc dans sa Statistique de l’an VIII. Mais on n’avait pas encore inventé l’alpinisme à cette époque et la possession d’arpents de neige ne passionnait personne. D’après Verneilh, « la limite du département du Mont-Blanc, en partant du col du Bonhomme, aurait suivi les bases du glacier de Trelautai, de la Frasse, de Miage, de Bionnassay, l’aiguille du Goûté, celle du Midi, celle du Géant, et le bas du glacier de Brenva jusqu’au mont de la Seigne. Cette nouvelle division était d’ailleurs indifférente au fond en ce sens
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- qu’il ne s’agissait que d’un espace de terrain inaccessible à toute végétation et domaine éternel des neiges et des glaciers; mais le ministre de l’Intérieur, à qui ce sujet avait été communiqué, n’a pas cru qu'il fût convenable, du moins quant à présent, d’y donner suite ». Et le malheureux sommet resta sans maître bien déterminé.
- Arrivons à 18(50, c’est-à-dire au moment où la Savoie fut réunie définitivement à la France. Vous croyez que le sort de l’objet en litige va être définitivement fixé. Il n’en est rien : on ne tenait pas alors à épiloguer sur des points obscurs ou délicats; on s’en tint à des à peu près. Une limite, indiquée par une ligne brisée, fut tracée sur la carte. Cette ligne n’avait de précision qu’à l’endroit où elle [touchait un col. Le domaine, de chacun était là soigneusement indiqué. Qu’importaient après tout ces hautes cimes où tournoyaient les neiges glacées et les vents éternels!
- Mais les contestations ne tardèrent pas à se faire jour : les guides de Cour-maveur trouvèrent un chemin pour arriver au sommet du Mont-Blanc, et dès lors considérèrent le Mont-Blanc comme leur propriété. On a ainsi amené à préciser certains détails qui étaient restés un peu vagues dans le traité de Turin de 18fil.
- L a frontière n e suit pas partout la ligne de faîte.
- Elle englobe dans le territoire français le sommet du Mont-Blanc. L’observatoire de M. Janssen dresse si petite silhouette noire sur la terre ou plutôt sur la glace française. Nous avons abandonné à l’Italie la base du massif, mais nous conservons la crête orgueilleuse et nous pouvons enseigner que « le géant des Alpes » est bien en terre française et nous ferons bien de le crier très haut. Beaucoup de touristes l’ignorent et donnent la montagne entière à nos voisins. La situation internationale du Mont-Blanc est fixée : mais ce malheureux sommet n’est pas encore au bout de ses tribulations. Il n’a pas à l’heure actuelle d’état civil. Il est en effet revendiqué par trois communes françaises : S ûnt-Gervais, lesllouches, C.bamonix. Chacune de ces communes possède un chemin d’ascension pour arriver au point culminant ; elle a par conséquent droit à la propriété de la montagne, et par suite elle pourrait voir son revenu grossi de profits considérables. Cbamonix, jusqu’à ce jour, a eu tous les avantages. Elle tire des fermages
- énormes des hôtels de Montanvert et des Grands-Mulets. Ses voisines voudraient avoir leur tour et montrent les dents. Les géomètres se sont mis à l’œuvre, et cherchent à déterminer les droits respectifs des plaideurs. Mais les titres de propriété font défaut. En 1730 on cadastra avec soin les territoires de la Savoie. Mais les arpenteurs s’arrêtèrent à la lisière des glaciers et laissèrent indivis ces espaces où l’on ne voyait que des rochers arides, des amas de neiges, où l’on ne marchait qu’avec peine, où l’homme ne pouvait pas vivre. Nous avons changé de goût. Et voilà pourquoi trois communes voisines du Mont-Blanc se disputent depuis de longues années.
- ... Je relis ce que je viens d’écrire sur le Mont-Blanc et malgré moi je suis envahi par un sentiment très vif de la
- vanité de la parole humaine. Qu’importent après tout les petites lignes que nous traçons sur ces merveilles de la création? Que les hommes hésitent sur leur nationalité plus ou moins éphémère, elles restent toujours infiniment belles. Il nous souvient d’avoir admiré le Mont-Blanc par une fraîche matinée de juillet. Nous montâmes avec une allégresse indicible ce petit sentier à mulet qui de Chamonix mène à Montanvert. Les bois de sapins frémissaient, les moraines anciennes se coloraient au soleil; çà et là, dans les éboulis noirâtres, on voyait éclater, comme des taches de sang vermeil, d’admirables corbeilles de rhododendrons. Subitement, nous arrivâmes sur un plateau recouvert d’une herbe où scintillaient des brindilles de neige. Devant nous s’étalaient les vagues, blanches, vertes ou bleues, de la Mer de Glace : dans une brume rose, légère, on voyait se dresser les beaux séracs de la Jonction. En levant les yeux, nous aperçûmes les aiguilles qui forment au grand glacier comme une couronne de diamants : l'aiguille Yerte avec ses à-pics vertigineux, l’aiguille du Dru, majestueuse et sereine, les Grandes Jorasses et les Charmoz, avec leurs fines ciselures pareilles aux flèches des églises ogivales. Nous passâmes là quelques heures de contemplation délicieuse, aucun touriste ne troublait le silence de la montagne. Et vraiment nous ne pensâmes pas à nous demander quel avait été sur nos cartes le sort que nous avions assigné à ces pics immobiles et muets. J. Coiicelle,
- Agrégé de l’Université.
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- Carte du massif du Mont-Blanc dressée en 1792 par Longchamps.
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- L’ATAXIE LOCOMOTRICE
- NOUVEAU TRAITEMENT
- On a beaucoup parlé, il y a quelques années, d’un singulier procédé de traitement de 1’ « ataxie locomotrice », cette grave affection caractérisée par l’abolition progressive de la coordination des mouvements. On suspendait les malades par le cou et par les aisselles au moyen d’un appareil dû à un médecin russe, le docteur Moczutkowski, principalement au moment des douleurs fulgurantes qui se manifestent au cours de cette affection.
- La suspension des ataxiques avait été recommandée, parce que l’on avait déjà constaté que, en provoquant l’élongation de la moelle épinière, on obtenait un grand soulagement dans le traitement de certaines névralgies rebelles.
- Et, de fait, la méthode appliquée à la Salpêtrière par Charcot sembla donner des résultats. En réalité, on constata plusieurs succès retentissants, mais aussi de cruels mécomptes.
- Les choses en étaient là, quand deux élèves de Charcot, M. le docteur Gilles de la Tourette et M. le docteur Chipault, chirurgien bien connu aussi, notamment par sa méthode de traitement du maldePott, reprirent l’étude du traitement de l’ataxie locomotrice par l’élongation de la moelle épinière. Depuis plusieurs années MM. Gilles de la Tourette et Chipault ont modifié l’ancien procédé usité à la Salpétrière, de façon à éviter les accidents consécutifs, et combiné un dispositif qui permet au malade de rester assis, tout en permettant l’allongement de la moelle.
- Le malade est couché sur une petite table de 4m,40 de longueur, large de 40 centimètres, immobilisé dans cette position par des sangles, et il peut, au moyen de cordes de traction et de poulies convenablement disposées, courber sans cesse et fléchir le rachis. 11 n’y a plus suspension, il y a gymnastique spéciale permettant l’élongation sans danger. MM. Gilles de la Tourette et Chipault disent : « Tandis que la suspension du rachis ne produit qu’une élongation insignifiante de la moelle, sa flexion sur un sujet assis les jambes étendues produit une élongation de cet organe de près de 1 centimètre, portant presque toute son action sur ses parties pos-
- térieures au niveau des premières paires lombaires ».
- Dans ces conditions aucun accident n’est plus à redouter; la respiration se fait librement, la circulation n’est pas entravée, à l’inverse de ce qui se produit dans la suspension. Aussi n’a-t-on relevé depuis des années aucun accident congestif.
- Et les résultats? Les recherches ont porté sur 47 ataxiques, — 59 hommes et 8 femmes, — à formes variées et plus ou moins gravement atteints. 22 malades, soit plus de la moitié, ont été grande- „ ment améliorés. Chez 10 la marche a pu être rétablie dans des conditions satisfaisantes; 15 autres malades ont retiré des bénéfices plus restreints. 10 n’ont retiré de la flexion rachidienne aucune amélioration. Cette statistique est très satisfaisante, car, avec la suspension dans le service de M. Charcot à la Salpétrière, le pourcentage sur 100 cas de tabes avait donné de 55 à 40 insuccès.
- Voici la conclusion même de MM. Gilles de la Tou-rette et A. Chipault :
- « Forts d'une expérience de plus de quatre ans, nous considérons la flexion rachidienne, seul moyen d’obtenir l’élongation vraie de la moelle, comme exempte des dangers de la suspension et comme permettant d’obtenir chez les ataxiques un bénéfice thérapeutique que l’on peut, sans hésitation, estimer au double de celui, déjà satisfaisant, que procurait cette importante technique ». Souhaitons maintenant que cette conclusion rassurante soit de plus en plus confirmée par les faits. Flamel.
- Les rayons X et la Douane. — La direction des Douanes a récemment fait des essais, en vue de l’application des rayons X à l’examen des colis et des voyageurs. L’appareil employé était la lorgnette humaine de M. G. Seguy qui a été décrite ici même1. Ce nouveau mode d’investigation aurait l’avantage d’être rapide et d’éviter l’ouverture des bagages et la fouille des voyageurs suspects. Malheureusement, étant donné l’état actuel de la radioscopie, il ne peut d’une part s’appliquer qu’à des colis de très faible épaisseur ; et d’autre part, il ne permet que de déceler la présence d’objets opaques aux rayons X, mais sans indiquer leur nature. C’est ainsi que si l’on
- 1 Voy. n° 1247, du 24 avril 1897, p. 326.
- Nouveau traitement de l'ataxie locomotrice.
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- peut voir une bouteille dans une valise, on ne peut discerner si elle contient de l’eau de fleurs d’oranger ou du cognac; c’est ainsique nombre d’objets passeront inaperçus : ce n’est qu’avec peine qu’on pourra voir des dentelles, et encore les rayons X ne permettront pas de distinguer un coupon de riches dentelles d’une pièce de guipures ordinaires. Enfin, et cette raison doit suffire pour faire abandonner cette application, la pratique de la photographie deviendrait impossible aux touristes : toutes plaques impressionnées mais non développées, ou inutilisées en cours de voyage, seraient infailliblement voilées et par suite perdues, au passage de la douane.
- Durée de l’immunité vaeeinale. — La vaccine, admet-on, confère une immunité d’une durée de 7 ans. Chez 5 enfants, M. Variot a vu la vaccine reprendre chez des enfants de moins de 2 ans, de 5 ans et même de 5 ans. Chez 5 malades la variole s’est développée 3 ans après la vaccination. Ce sont pourtant là des faits exceptionnels mais qu’il y a lieu de signaler au point de vue de leur signification générale.
- Société Rtintgcn. — Une société, présidée par M. le professeur Silvanus Thompson, vient de se fonder à Londres sous ce titre. Elle veut prendre une position entre celles qui s’occupent exclusivement de médecine, de physique ou de photographie. Certains membres étudieront les sources des rayons Rôntgen, d’autres leurs applications; les uns les bobines d’induction, les autres les tubes et les différentes formes d'appareils employés dans la production des rayons X. Les applications de ces rayons sont si variées que les adhérents à la nouvelle société semblent ne pas devoir faire défaut. Félicitons M. Silvanus Thompson de son initiative, et souhaitons un succès rapide à la jeune société.
- Ii’alcool en France. — Statistique empruntée au livre de >1. Frank : L'alcool et la femme. Cette statistique montre qu’un huitième de la population française vit actuellement de l’alcool, en attendant qu’il en meure.
- Récoltants devins................. 1524077
- Récoltants de cidre............... 1005210
- Forgerons, tonneliers, etc............... 50 000
- Fabricants de verres de bouteilles pour
- cafés, de bouclions, étiquettes, etc. . 15000
- Industrie de la boisson (brasseurs, distillateurs, marchands de boissons en gros,
- voyageurs, etc.)................. 001100
- Transports des vins, bières, liqueurs. . 401(00
- Éclairage des cafés, tavernes, hôtels. . 5500
- Hôteliers, cafetiers, logeurs, cabaretiers. 555272
- Marchands d’alimentation au détail vendant des vins et des spiritueux . . . 500000
- Bouilleurs de cru.................. 750805
- Total des intéressés à la consommation de l'alcool..................... 4 540 604
- Tuberculose «les poissons. — M. Albert Robin a présenté à l’Académie de médecine les résultats des recherches tentées par M. Dubar sur la tuberculose des poissons. Dans un établissement de pisciculture, un étang où étaient élevées des carpes recevait les déjections alvines et les crachats d’une malade atteinte de tuberculose intestinale. Au bout d’un certain temps, on remarqua que les carpes pêchées avaient un ventre volumineux. L’examen pratiqué par M. Dubar révéla qu’on avait affaire à de la tuberculose très nette. Des différentes expériences poursuivies sur ce sujet par celui-ci, il se croit autorisé à tirer les conclusions suivantes : Quelle que soit la série animale dans laquelle elle se manifeste, la tuberculose
- parait être une; elle revêt seulement des formes différentes en passant d’une série dans une autre. La tuberculose aviaire et humaine peut se transmettre aux poissons ; mais de ce fait, elle perd quelques-une de ses propriétés : il lui est notamment impossible de redevenir contagieuse pour l’homme ou l’oiseau. Il serait intéressant de savoir quel serait le pouvoir immunisant du sérum prélevé dans ces conditions de non-virulence.
- I.es huiles tunisiennes. — Nous recevons de M. le Directeur de l'agriculture et du commerce de la Régence de Tunis divers renseignements sur les huiles tunisiennes. — On a dit récemment que des mélanges d’huile de coton et d’huile d’olive étaient pratiqués en Tunisie. Ces fraudes pouvant jeter le discrédit sur l’huile tunisienne, le gouvernement du protectorat a prescrit aux contrôleurs civils de prélever deux échantillons sur chacune des expéditions d’huile pour laquelle un certificat d’origine est demandé. On sait que ces certificats sont exigés par la loi du 19 juillet 1890, pour tout envoi d’huile. L’un de ces échantillons est analysé par le laboratoire de chimie de la Direction de l'agriculture et du commerce à Tunis et l’autre par le laboratoire d’essais techniques du Ministère de l’agriculture à Marseille. Le certificat d’origine serait refusé à toute huile dont la pureté ne serait pas absolue. Cent quarante-sept échantillons ont été prélevés jusqu’ici sur un nombre égal d’expéditions, aucun n’a été reconnu falsifié. Les résultats concordants de ces analyses contradictoires sont la meilleure réponse à faire aux détracteurs de l’industrie oléicole, de la Régence.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 juillet 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Applications thérapeutiques nouvelles du courant ondulatoire. — L’appareil à courant sinusoïdal de M. d’Ar-sonval permet, par un dispositif très simple, d’obtenir un courant sinusoïdal passant par 0 sans changement de sens ; c’est là le courant ondulatoire. Ce courant n’avait pas encore été employé en gynécologie; il a été l’objet de recherches spéciales dans cette voie de la part de M. le Dr Apostoli. Le courant ondulatoire justifie pleinement la conception de M. d’Arsonval sur les rapports de l’excitation neuro-musculaire avec la forme de l’onde électrique.
- Du rôle de l'humidité dans la nitrification à l'intérieur. — M. Dehérain expose les considérations suivantes relatives à la teneur des terres en principe nitrique, d’après les expériences effectuées sur les cases de végétation de l’école de Grignon. Pendant les années pluvieuses les terres en jachère laissent écouler dans leurs eaux de drainage 200 kilogrammes d’azote nitrique par hectare, c’est-à-dire la quantité réelle d’azote existant dans 1250 kilogrammes de nitrate de soude. L’importance de ces pertes démontre la nécessité de supprimer la jachère; elle montre aussi que les ferments tirent de l’énorme stock de matières azotées, généralement inertes, contenues dans nos terres, assez d’azote assimilable pour fournir aux besoin des récoltes les plus exigeantes, pourvu que ces terres soient humides. Habituellement les eaux qui s’écoulent des terres emblavées ne renferment qu’une faible quantité des nitrates formés ; c’est parce que la transpiration très grande produite par les végétaux dessèche trop profondément le sol pour que la nitrification y soit active, mais quand la pluie est très abondante on obtient
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- les hauts rendements sans avoir besoin de recourir aux engrais azotés, parce que la transpiration parles végétaux n’épuisant pas l’humidité du sol, les ferments élaborent alors dans les terres emblavées autant de nitrates que dans les terres nues. M. Dehérain conclut que pour tirer de l'humus accumulé dans le sol de quoi subvenir à l’alimentation des plus copieuses récoltes, par suite, pour restreindre dans une large mesure nos dépenses d’engrais azotés, une seule condition est nécessaire, l’humidité. Si donc, on employait aux arrosages les eaux qui à chaque printemps s’écoulent sans profit des cimes neigeuses dont notre région méridionale est entourée, si on y creusait de nombreux canaux d’irrigation, on donnerait à la culture de cette partie de la France un essor prodigieux.
- L’état des métaux contenus dans la fonte et l’acier. — MM. Ad. Carnot et Goûtai ont décrit, dans la dernière séance, l’état sous lequel se présentent les métalloïdes dans la fonte et l’acier ; ils ont encore porté leurs investigations sur les métaux. Le manganèse, le cuivre et le titane existent à l’état libre; ils sont simplement dissous. Toutefois le manganèse peut encore exister à l’état de siliciure. Le chrome se présente sous forme de composés complexes; le tungstène et le molybdène sous forme de combinaisons bien définies représentées par les formules Fe3 Tu et Fe5 Mo2.
- De l'influence des maladies infectieuses de la mère sur l’enfant. — M. Charrin, qui a déjà recherché expérimentalement l’influence des toxines inoculées aux animaux sur leurs petits, s’est appliqué spécialement à déterminer le rôle que les maladies infectieuses de la femme exercent sur l’enfant. L’auteur met de côté les affections héréditaires telles que la syphilis. Ayant pu observer les mères et les enfants, il constate que les enfants augmentent de poids beaucoup plus lentement que ceux de parents sains. De plus, tandis que l’urine des enfants nouveau-nés inoculée aux animaux est inoffensive lorsqu’ils sont issus de parents sains, celle des nouveau-nés de mères contaminées par une maladie infectieuse est toxique pendant longtemps. Enfin on observe fréquemment chez ces derniers des difformités et même des monstruosités.
- Le microbe de l'ambre gris. — M. le professeur Bouchard présente une Note de M. Beauregard sur le travail bactériologique qui s’opère dans l’ambre gris, depuis le moment où il sort de l’animal, jusqu’à celui où il est mis en vente dans le commerce. On sait que l’ambre gris n’est autre chose qu’un calcul intestinal du cachalot. Lorsqu’on l’extrait du corps de l’animal il exhale une odeur de matière fécale très forte et très désagréable. On l’enferme alors en boîte pendant trois, quatre ou cinq ans. Au bout de ce temps, le relent, fécal a disparu et se trouve remplacé par un parfum agréable et recherché. M. Beauregard, en fractionnant un bloc de 7 kilogrammes, a soumis des fragments internes de la masse à une étude bactériologique. il a pu ensemencer des milieux de culture et a obtenu des organismes présentant les caractères morphologiques du bacille du choléra, bien qu’ils en soient cependant differents. 11 semble donc que ce soit cet organisme qui pendant trois ou quatre ans s’utilise à détruire un principe dans l’ambre gris et à en créer un autre.
- La toxicité de la sueur. — M. Chauveau présente une Note de M. Arloing sur la toxicité de la sueur. Les recherches très complètes de M. Arloing sur ce sujet sont restreintes pour cette communication à l’étude de la pression artérielle chez les animaux soumis à une injection de
- sueur humaine d’homme sain. Cette pression, après une légère augmentation au début, est suivie d’une forte dépression terminée par la mort de l’animal. Celui-ci succombe à une maladie qui dure de six à quarante heures.
- M. Arloing ajoute que toutes les sueurs d’homme sain ne donnent pas les mêmes résultats. Celles qui sont extraites artificiellement au moyen des appareils sudatoires sont peu toxiques ; au contraire celles qui proviennent des muscles en travail sont très toxiques. Ch. de Yilledeiil.
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- ESCAMOTAGE D’UNE DAME
- NOUVEAU PROCÉDÉ
- Décidément, les trucs américains sont à la mode. En voici un qui nous arrive directement d'Amérique et qui a eu beaucoup de succès en ces derniers temps, à Paris, dans un grand établissement des boulevards. Nous croyons savoir qu’il a été inventé en France, vendu en Amérique, et qu’il nous revient avec l’étiquette étrangère, ce qui lui donne beaucoup plus de valeur aux yeux du public.
- Quoi qu’il en soit, voici la description de l’expérience. Au fond de la scène se trouve, au lever du rideau, une grande glace étamée entourée d’un cadre et montée sur pieds comme un chevalet d’atelier. Dans cette situation elle se tient verticale et face au public. A peu près au cinquième de la hauteur de la glace une légère armature en fer s’avance vers les spectateurs et servira tout à l’heure à soutenir un carré de glace non étamée qui fera plate-forme devant la grande glace. Au-dessous se trouvent quelques lampes électriques ou autres montrant bien que rien ne peut passer sous la plate-forme sans que le public ne s’en aperçoive aussitôt.
- L’opérateur s’avance alors à l’avant-scène et explique la construction de l’appareil tel que nous venons de le décrire. Il tourne autour pour bien montrer qu’il n’y a aucune communication entre la glace et le fond de la scène, puis il montre un nouvel accessoire qui n’est autre qu’un paravent à trois feuilles en papier et voliges légères, qui forme une sorte de guérite. La construction sommaire de ce paravent [ prouve d’une façon manifeste qu’il n’est nullement « préparé ».
- Lorsque tous ces préliminaires sont terminés, le sujet, c’est-à-dire la personne qui doit être escamotée, entre en scène, puis, sur l’invitation de l’opérateur, prend place sur la petite plate-forme de glace en se hissant au moyen d’une chaise. Lorsqu’elle est là et qu’elle profite de l’occasion pour se mirer, le public voit parfaitement le reflet total du corps dans la glace, sans solution de continuité : la glace est donc intacte et d’un seul morceau. Le paravent est alors placé devant la dame qui se trouve entourée par lui de trois côtés vers le public et du quatrième côté au fond par la glace ; elle est montée sur une plaque de verre et c’est de cet entourage qui semble absolument impossible à franchir invisiblement, que le sujet devra s’évader presque instantanément et sans qu’on s’en aperçoive.
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- LA NATURE.
- En effet, l’opérateur tire un coup de pistolet, retire le paravent : la glace est toujours intacte, mais la dame a disparu et elle apparaît quelques secondes après dans la salle.
- Comment ce pseudo-miracle a-t-il pu s’accomplir? C'est ce que nous allons essayer d’expliquer. Les personnes qui auront vu l'expérience avant d’en connaître le mécanisme seront contentes d’apprendre le moyen et celles qui le connaîtront voudront voir l’opération si elles en ont l'occasion.
- A notre avis la divulgation d'un truc ne peut qu’engager les lecteurs à aller voir ce truc, s'ils ont la bonne fortune de pouvoir le faire, pour en admirer l'ingéniosité et la bonne exécution. Le professeur
- Gautier, qui présente l’expérience faisant l’objet de cet article, l’exécute d’une façon remarquable et qui aide complètement à l'illusion désirée.
- Si l’on se reporte à la figure, on verra que la glace étamée est barrée en A et B par le bâti soutenant la glace-plate-forme. C’est là que réside tout le secret du truc. La glace est formée de 2 parties, une lixe (voir la [figure schématique) G HCl) qui semble ne faire qu’une avec la seconde EEG11, grâce à la barre AB, alors que cette seconde est en réalité EKCJ) avec l’ouverture 0 dissimulée par la pièce lixe G H Cl).
- Une fois on possession de ce secret, le lecteur tinira de lui-mème l’expérience : quand la dame est
- Femme escamotée.
- montée sur la plate-forme et que le paravent est placé devant elle, un simple tirage fait de l’extérieur fait remonter la glace EF Cl) en E'F'GIl et dans cette position l’ouverture 0 se trouve juste au-dessus de la plate-forme appuyée sur AIL La dame, dissimulée par le paravent, se laisse glisser par cette ouverture, où elle est reçue sur une planche, sorte de pont volant lancé du fond de la scène. Pendant ce temps l'opérateur, tout à son explication, maintient le paravent pour éviter le hasard malheureux d’une chuté de cet accessoire pendant le départ de la dame; aussitôt que cette dernière est partie, le tirage est relâché et la glace reprend sa première position.
- Il est presque inutile d’expliquer que la deuxième position de la grande glace alors qu’elle vient en E'F' est dissimulée par le fronton.
- Comme dans tous les trucs, il peut y avoir différentes manières d’arriver au résultat et nous ne prétendons pas que ce soit absolument celui-ci qui soit toujours employé ; cependant c’est le plus pratique et sa simplicité même déroute l’observateur, qui cherche toujours à côté, des moyens très compliqués. Nous l’avons déjà dit souvent par expérience et nous avons plaisir à le répéter : il est plus facile en prestidigitation de tromper, ou du moins d’illusionner, un homme instruit et au courant des sciences, que d’en imposer à un homme moins érudit qui ne cherche pas la difficulté ou les solutions complexes.
- Le prestidigitateur Alber.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiuiip- rue de Fleuras, 9.
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- N° 1202. — 7 AOUT 18117.
- LA NATUUK.
- LA CATASTROPHE DE L’ADOUR
- Le déplorable accident survenu au pont du chemin de 1er de Tarbes a vivement préoccupé l'opinion publique. Un se souvient que la Compagnie des
- chemins de fer du Midi, pour remplacer le pont emporté par les inondations, et [tour rétablir le plus vite possible la circulation, avait demandé au ministre
- Fig. 1. — Yuc du pont après sou renversement. (D'après une photographie de M. A. Déliés, à Toulouse.)
- de la Guerre de faire poser un des ponts du système vices dans des circonstances analogues. Le général Marcille, système ayant déjà rendu de grands ser- Billot donna l’ordre d'envoyer un pont Marcille
- Fig. 2. — Vue en coupe longitudinale du pont avant et après l’accident.
- du type de 45 mètres pour combler la brèche béante sur l’Adour de 42 mètres. Le 17 juillet, on procédait aux essais réglementaires, quand, au moment des dernières expériences, le nouveau pont se tordit, se courba, et précipita dans l’Adour deux locomotives, les ingénieurs, les agents de la Compagnie, des ofliciers, sous-olïiciers, environ une vingtaine de personnes. Il ne faudrait pas que cet
- 25’ année. — 2° semestre.
- événement regrettable jetât du discrédit sur un système qui a fait ses preuves depuis longtemps et qui permet d’établir une jonction rapide entre les deux rives d’une rivière. Il eut fallu une année pour reconstruire le pont jeté par terre ces temps derniers, au moins deux mois pour établir une construction provisoire; avec le matériel de guerre combiné par le général Marcille, actuellement directeur du Génie
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- LA NATURE.
- du gouvernement de Paris, on parvient à exécuter la pose d’un pont de 50 mètres en moins d’une semaine. La Compagnie du Midi gagnait ainsi pour les besoins de son tratic plus d’un mois en ayant recours au matériel militaire. La demande fut accordée à la Compagnie le 7 juillet et les ordres étaient envoyés à Versailles. Le soir du même jour partait de Versailles un train emportant le matériel du pont et une compagnie de sapeurs du 5e régiment sous les ordres du capitaine Dehoey, escorté des lieutenants Lagarde et de Lastours. Le vendredi
- 9 juillet à 7 heures, les sapeurs déchargeaient le train et commençaient à assembler les éléments du pont. La Compagnie du Midi exécutait les travaux de maçonnerie nécessaires à la constitution des culées. Le travail de montage était terminé le 15, et, le 16, on pratiquait le lancement de la travée de 45 mètres.
- Il avait fallu à peine six jours pour établir un pont de 45 mètres sur l’Adour.
- Les ponts Marcille sont en effet composés de pièces distinctes toutes préparées. Ce sont des tronçons de pont en acier doux de longueurs variées,
- 10 mètres, 7m,50, 2 mètres, etc. Ils sont toujours prêts à être assemblés dans les magasins du Génie à Versailles. Il n’y a plus qu’à envoyer sur place un train avec le matériel et le personnel nécessaires et l’on procède tout aussitôt au montage. Les tronçons sont juxtaposés au moyen de semelles boulonnées. Unis on ajoute aux extrémités de la travée terminée deux tronçons supplémentaires pour la pose, l’un destiné à faire contrepoids pendant le lancement, l’autre formant bec. On lance le pont d’un seul coup en le faisant rouler sur de solides galets. Le tronçon supplémentaire formant contrepoids empêche la travée de basculer pendant qii’elle est suspendue dans le vide, jusqu’à ce que le tronçon opposé avec son bec ait assuré à l’ensemble un second point d’appui. On enlève les deux tronçons supplémentaires et le pont est fixé à son niveau définitif au moyen de vérins puissants. Ce système est pratique et a donné des résultats excellents un peu partout entre les mains du génie militaire. Le pont sur l’Adour pouvait être considéré comme solide et parfaitement établi.
- 11 ne faut jamais préjuger des événements, comme onl’a vu. Le 17 juillet, le pont fut soumis aux épreuves d’après les prescriptions du règlement officiel fixées par la circulaire ministérielle du 29 août 1891. Tout train d’épreuve doit se composer de deux machines à quatre essieux, de leurs tenders et de wagons chargés représentant un poids total au moins égal au plus fort poids des éléments similaires appelés à circuler sur la voie. En conséquence la première épreuve consista à faire passer une machine de 76 tonnes avec son tender; on la maintint sur le pont une demi-heure. Après quoi on attela deux locomotives de 76 tonnes avec leur tender (machines 2005 et 2020) et on les arrêta au milieu de la travée. La machine 2005 remorquait en outre du tender un truck chargé de poussier de charbon. La charge
- statique (au repos) était alors de 160 tonnes. La première machine, 2020, portait le mécanicien, le chauffeur, le capitaine Dehoey et les deux lieutenants, MM. Lagarde et de Lastours, deux ingénieurs de la Compagnie du Midi. Ce train était au milieu du pont depuis quelques instants, quand subitement l’un des rails parut se renverser. Les machines s’inclinèrent; en même temps, le pont se voilait, se tordait en son milieu et s'affaissait au point de toucher l’eau. Les deux machines tombèrent dans l’Adour. La machine 2005 se coucha sur le flanc ; la machine 2020 resta à pou près verticale. Le train s’était couché sur son flanc en tordant violemment les entretoises qui réunissent les deux poutres. Les deux tronçons externes ne quittèrent pas les culées; seul le milieu de la travée finit par plonger dans l’eau.
- Officiers, ingénieurs, mécaniciens, chauffeurs, agents, lurent précipités dans l’Adour. M. Hausser, ingénieur en chef de la Compagnie, emprisonné dans les débris d’un tender, fut grièvement blessé ainsi qu’un sergent-major du génie. Le lieutenant de Lastours fut aussi blessé. Le capitaine et le lieutenant, MM. Dehoey et Lagarde, se tirèrent d’affaire sains et saufs. Mais divers employés de la traction reçurent des contusions graves et quelques-uns des lésions qui nécessitèrent leur transport à T hôpital.
- Donc, pour la première fois, un pont Marcille a cédé; il ne s’est pas rompu. On ne peut incriminer la résistance du métal ni celle des boulons d’assemblage en cisaillement. Le pont couché sür son flanc ne présente aucune rupture, ni aux joints, ni dans l’axe des poutres. Il est simplement tordu et voilé par le milieu. L’accident s’est produit non pas brusquement, mais avec une lenteur relative. Il est survenu un effet de déversement qui a amené des torsions et finalement la catastrophe.
- Quelle est la cause du déversement? Est-ce la surcharge, qui était un peu forte, car en définitive ces ponts-là ne sont pas construits pour supporter des charges excessives ? Est-ce que les entretoises manquèrent de rigidité? Les points d'appui du pont ont-ils subi un tassement inégal? On affirme (pie non. On assure également que le montage a été parfait. On a prétendu que sous l'influence de la radiation solaire il y avait eu inégale dilatation des poutres, déformation et dislocation. N’y a-t-il pas eu plutôt insuffisance de l’entretoisement reliant les poutres et par suite déformation sous l’excès de charge ?
- Il est clair (pie de loin on ne peut guère faire encore que des hypothèses sur l’origine de l’accident. Une enquête est ouverte; peut-être nous renseignera-t-elle sur les causes du déversement de la travée. Il est tout au moins convenable d’attendre les conclusions des experts avant d’émettre un avis motivé quelconque, sur un accident encore unique en son genre. L’opinion aurait tort en tout cas de condamner un système éprouvé déjà tant de fois avec succès. Louis Méry.
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- LA nature.
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- UN MOYEN DE CULTURE DU CRESSON
- Le cresson de fontaine (nasturtium officinale) appartient à la famille des crucifères.
- Propriétés et usages. — Ses propriétés antiscorbutiques, toniques, stimulantes, sont utilisées contre les maladies cutanées, les dartres, la teigne (Simon Pauli), les polypes muqueux des narines (Tournefort), l’hydro-pisie (Récamier). C’est un excellent dépuratif, il est conseillé aussi pour combattre les catarrhes ; il excite l'appétit, active la sécrétion de la salive, favorise l’expectoration.
- Il n’est donc pas étonnant que nous le voyions toujours avec plaisir sur notre table, soit en compagnie d’une volaille rôtie ou simplement en salade, ou mieux autour d’un bon bifteck, d’un bon chapon ou d’un excellent rosbeef.
- Culture. — La culture du cresson est facile lorsque l’on a à sa disposition un cours d’eau, un ruisseau ou même le moindre ruisselet. A la ville et fort souvent à la campagne ces conditions n’existent pas. Voici un mode de culture à la portée de tout le monde et qui m’a donné toute satisfaction :
- Un baquet quelconque, un tonneau scié en deux par exemple, fournissent les bassins. Plaçons-les dans un endroit ombragé de préférence, llemplissons-les d’eau propre. A la surface de cette eau mettons une claie en osier ou une grille en fil de fer galvanisé (dans ce dernier cas il faut qu’elle soit accrochée au bord du bassin).
- Nous n’aurons plus qu’à nous procurer des rameaux de cresson et à les déposer sur la claie ou sur la grille. Quinze jours ou trois semaines après, les racines et les tiges se seront développées. Nos bassins seront couverts de verdure, nous pourrons lui demander déjà quelques tendres tiges de cresson.
- 11 est inutile de renouveler l’eau, comme je le croyais et le faisais les premières années. L’an dernier, de mai en novembre je n’ai pas changé l’eau de mes bassins et le cresson était de toute beauté. Bien entendu il faut entretenir les bassins aussi pleins que possible.
- Engrais. — Les engrais qui m’ont donné le meilleur résultat, après de nombreux tâtonnements, sont le sulfate d’ammoniaque et le sulfate de fer mélangés (5 grammes de sulfate d’ammoniaque, une pincée, et environ un quart de sulfate de fer pour dix litres d’eau).
- Il est bon de renouveler l’épandage tous les vingt jours. Ces engrais doivent être bien pulvérisés et épandus à la surface de l’eau, ou bien on les fait dissoudre dans un vase quelconque contenant de l’eau et l’on verse ensuite la dissolution dans les bassins.
- Insectes nuisibles. — Un papillon blanc, la piéride du cresson (Pierisrapæ), dépose ses œufs sur les feuilles de cette plante et au bout d’une dizaine de jours ils donnent naissance à de petites chenilles vertes, qu’il faut s’empresser de détruire. Un arrosage au jus de tabac ou au savon noir en a généralement raison. Il y a bien aussi l’Altise (Altica oleracea) ; mais en immergeant le cresson de temps en temps on se débarrasse de cet insecte.
- Récolte. — 11 faut couper les tiges les plus longues et dans les endroits où elles sont le plus touffues pour permettre l’accès de l’air et de la lumière afin de favoriser le développement de celles qui restent.
- J.-B. Avignon,
- Professeur d’agriculture à Wassy, Haute-Marne. ——
- LES RUONS X ET LES MÉTAUX
- LES HAYONS X ET I,A DOUANE
- Déjà dans son célèbre Mémoire du mois de décembre 1895, le professeur Rôntgen laissait entrevoir la possibilité de l’application des rayons X .à l’examen des métaux. Il avait reconnu en effet qu'une feuille de zinc laminé présentait des opacités diverses indiquant bien nettement des lignes de dureté différente dans la plaque. Depuis cette époque, la radiographie à travers les substances métalliques a fait peu de progrès. On trouva bien que des médailles minces de métaux relativement transparents laissaient voir vaguement leur effigie, que des plumes d’acier montraient leur gravure aux rayons. Mais la radiographie avait été limitée surtout dans cette direction à la séparation de deux composants d’un alliage présentant de grandes différences d’opacité. C’est ainsi par exemple que MM. Heycock etNevillc, de Cambridge, étaient parvenus à photographier, à l’aide des rayons X, la texture d’un alliage d’or et de sodium, caractérisé par un réseau du métal précieux, retenant, dans des sortes de poches, du sodium pur ou un alliage pauvre en or. On avait considéré jusqu’ici l’examen de grandes opacités métalliques comme prématuré, sinon désespéré.
- M. Radiguet, dont nous avons eu plus d’une fois l’occasion de mentionner les travaux radiographiques, vient d’obtenir, dans cette direction, des résultats nouveaux faisant pressentir comme prochaines des applications qui paraissaient devoir se faire attendre encore.
- La description sommaire des figures accompagnant cet article suffira pour en montrer l’importance.
- Les figures 2 et 3 indiquent la disposition des objets radiographiés : une tige ronde d’aluminium, une serrure, le socle en fonte d’une petite machine recouvrant une pièce de monnaie, une petite clet d’écrou, diverses médailles ou monnaies, un éclat d’ébonite et une montre à boîtier d’or.
- Ces objets ont été photographiés, vus d’abord du côté du tube, puis du côté de la plaque. Si l’on passe de la figure 3 à la radiographie obtenue à l’aide d’un tube très dur et très pénétrant, et avec une pose d’une heure, on identifiera aisément tous les objets, à l’exception du disque d’ébonite n0 6 et de la médaille d’aluminium n° 12, dont la radiographie n’a pas gardé la moindre trace.
- Les monnaies et médailles laissent apercevoir les deux faces de leur frappe, la montre laisse deviner ses rouages, tandis qu’on voit très exactement et avec vigueur tous les organes de la serrure, ainsi (pie les diverses épaisseurs de la garniture de métal avec la pièce de monnaie cachée dessous.
- La tige d’aluminium présente un intérêt tout particulier. Elle montre, en divers endroits, des parties claires se détachant bien nettement sur le fond sombre, formé par l’ensemble de la barre. La radiographie nous révèle ici des creux du métal, des défauts
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- LA NA TU K K.
- de continuité qu'un n'aurait découverts sans cela ([u'en sciant la tige dans le sens de sa longueur.
- Dans cette seule opération, M. Hadiguet a accumulé les difficultés, montrant ainsi combien la nouvelle méthode est élastique, plutôt que de chercher, par des opérations séparées, la perfection dans l’examen de chacun des objets.
- En photographiant séparément les divers objets rassemblés dans la même radiographie, on aurait probablement obtenu plus de vigueur ou plus de netteté pour chacun d’eux ; mais c’est précisément nue épreuve de ce genre qui est susceptible de montrer comment on peut encore tirer un bon parti d’une situation difticilc et comment, en étudiant de près
- la méthode et en l’adaptant à chaque cas particulier, on parviendra à la rendre fructueuse. Pour le moment nous ne pouvons (pie féliciter M. Hadiguet des nouveaux résultats pleins de promesses qu il vient d’obtenir.
- Les deux photographies et la radiographie que l’on vient de voir nous fournissent l'occasion de dire un mot de la manière de lire une radiographie, problème difficile, paraît-il, pour les personnes (pii n’en ont pas l'habitude.
- Une radiographie est une projection, sur la plaque photographique, de l'objet interposé entre elle et le tube. On retrouvera donc la disposition de l’objet en substituant l’œil au tube, c’est-à-dire en regardant
- Fig. 1. — Radiographie d'objets métalliques laite par M. Radiguel.
- la plaque face à la gélatine. Mais il n’en est plus de même pour le tirage sur papier. La lumière traversant la plaque projette une seconde fois l image pour donner le positif, et cette fois l’œil devra remplacer la source de lumière. L’image sur papier sera ainsi semblable à celle que l’on obtiendrait en regardant de très loin l’objet à travers la plaque sensible, le tube étant lui-même placé très loin de la plaque. Plus simplement, l’image sur papier est semblable à celle que l’on voit sur l’écran luminescent. Notre figure 2 représente une photographie des objets vus du tube. La figure 5 les montre vus à travers la plaque photographique remplacée, bien entendu, par une lame transparente.
- Celte ligure montre une disposition des objets identique à la radiographie, alors que la première
- photographie présente la disposition symétrique.
- 11 ne sera peut-être pas hors de propos de parler ici d’un essai qui a fait quelque bruit, depuis tantôt un mois, mais qui nous paraît destiné à être promptement abandonné. Nous voulons parler de l’emploi des rayons de llontgen dans les douanes.
- À première vue, rien de plus séduisant ; examinant les voyageurs à l’écran, — disons en passant que cette pratique ne manquera pas de soulever une délicate question de droit, — on reconnaîtra, d’un seul coup d’œil, les bouteilles, les montres, les bijoux entrés en fraude. On passera de là à l’examen [dus complet des voyageurs rendus suspects par l’écran.
- Puis, on s’attaquera aux malles qu'on n'aura plus besoin de bouleverser, à la grande joie des voyageurs. Qu’y verra-t-on? Les objets de métal, les armes, les
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- Fig. 2. — Photographie montrant la disposition des objets dans la radiographie précédente, tels qu’ils sont vus du tube de Crookes.
- Fig. 5. — Photographie des mêmes objets, vus à travers la plaque. Disposition semblable à celle que montre le positif
- de la radiographie.
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- LA NATURE.
- cartouches métalliques, les pièces de cristal, miroirs et flacons de toilette, les bijoux. Saura-t-on davantage si les armes sont prohibées, si les bijoux sont introduits en fraude et sans contrôle, si les flacons * contiennent des liqueurs soumises aux droits? Évidemment non. Les rayons ne donneront qu’un premier renseignement, qui ne dispensera nullement d’ouvrir une malle.
- Mais supposons qu’un voyageur, bien au courant de la question, bourre un colis de tabac, de dentelles, de vêtements neufs, de poudre de guerre non enfermée dans des cartouches ; les rayons X ne laisseront absolument rien voir de tout cela et aucun indice ne permettra de suspecter la malle en question.
- Jusqu’ici il n’y a que demi-mal; les douaniers auront été conduits par les rayons X sur de fausses pistes, et, croyant à leur infaillibilité, auront laissé passer les bonnes proies. Mais voyez un touriste qui, après un voyage de quelques mpis, rapportera une précieuse collection de clichés photographiques qu’il n’aura pas eu le loisir de développer. Quelques secondes d’exposition au tube, et toutes ses plaques seront voilées comme si les boites avaient été ouvertes au grand jour. Une fois, deux fois, le désastre tombera sur un voyageur timoré qui se bornera à regretter ses clichés et jurera qu’à l’avenir il les développera avant de passer à la douane. Que pareille aventure arrive au contraire à un touriste grincheux et connaissant son droit; il saura qu’en aucun cas les douaniers ne sont autorisés à exposer des plaques photographiques à une détérioration par la lumière; les experts déclareront que les rayons X sont assimilables à une lumière quelconque, et les tribunaux condamneront la douane à des dommages-intérêts.
- Peut-être alors trouvera-t-on que les rayons X, dont l’avantage dans les douanes est bien problématique, présentent décidément quelques inconvénients, et on les supprimera comme on les avait introduits.
- Nous ne saurions évidemment blâmer le zèle louable des fonctionnaires qui avaient cherché dans les nouveaux rayons un moyen rapide de se renseigner. On a tant dit que les rayons X permettent de voir dans des boites fermées, que cette application devait nécessairement donner lieu à des essais. En cette occurrence, il eût été du devoir des techniciens appelés en consultation d’exposer les défauts de la méthode plutôt que d’encourager des expériences qui ne pouvaient conduire qu’à d’éclatants mécomptes. Mais voilà, on aurait perdu une occasion de faire une petite réclame. Ch.-Éd. Guillaume.
- L’HEURE DÉCIMALE
- A LA SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS DE FRANCE
- Au nom de la Commission élue par la Société des Ingénieurs civils, M. Lavezzeri a fait un Rapport, dont nous extrayons les conclusions suivantes, approuvées à l’unanimité moins une voix, sur l’adoption de l’heure décimale.
- Nous les reproduisons simplement à titre documentaire :
- 1° En ce qui concerne la numération des heures de
- 0 à 24, considérant que cette modification est déjà appliquée dans plusieurs pays depuis un temps assez long pour qu’il soit pratiquement établi qu’elle n’a causé aucun trouble sérieux dans les habitudes et qu’au contraire elle a été acceptée avec une certaine faveur aussi bien dans le public que dans le monde savant, en raison des avantages incontestables qu’elle présente, notamment dans la rédaction et la lecture des indicateurs de chemins de fer, la Commission décide qu’il y a lieu d’émettre un avis favorable à cette nouvelle numération ;
- 2° En ce qui concerne la décimalisation de l’heure, la Commission a jugé que les avantages mis en avant par les partisans de cette transformation et qui se réduisent, en somme, à la simplification de certains calculs, ne compenseraient pas le trouble qui en résulterait, soit dans l’usage des unités dans lesquelles intervient le temps, soit dans l’industrie de l’horlogerie; aussi ne propose-t-elle pas d’appuyer, quant à présent, cette transformation;
- 5° En ce qui concerne la décimalisation de là circonférence, la Commission, après avoir entendu les explications de M. Valiot, a constaté que si la division en 360 degrés est de beaucoup la plus usitée, il n’en est pas moins vrai que la division en 400 grades est employée en France depuis un siècle environ, notamment par le service géographique de l’armée, et elle a pensé qu’entre les deux systèmes existants dont les intéressés se servent concurremment suivant leurs travaux, il n’y a pas lieu pour les Ingénieurs civils de prendre un parti en faveur d’un seul de ces systèmes à l’exclusion de l’autre.
- LA SOIE REMPLACÉE PAR LE COTON
- Le monde de l’industrie textile est en ébullition : une fois de plus on annonce que la soie va être remplacée, et par quoi? par le vulgaire coton. Ce textile a toutes les ambitions, son titre de the king cotton que lui ont décerné les Anglais ne lui suffit plus, il aspire encore plus haut : rien moins qu’à remplacer la soie. Oh! ce n’est qu’une ambition qui n’est pas encore réalisée. Mais qui sait? il sortira probablement quelque chose des très curieux résultats déjà obtenus; si ce n’est une fibre aussi brillante, aussi belle que la soie, ce sera tout au moins quelque chose de spécial, quelque chose de nouveau. Pour peu que la mode, cette mode tyrannique, la dispensatrice du succès, s’en mêle, peut être le coton soyeux jouera-t-il un certain rôle dans l’industrie.
- Les tentatives pour remplacer la soie par un produit moins cher ayant ses qualités, sont très nombreuses ; l’une des plus intéressantes est due à M. de Chardonnet. L’ingénieux procédé de cet inventeur consiste à faire passer sous pression, dans des filières capillaires, une solution éthero-alcoolique de cellulose nitrée ; le jet liquide excessivement fin est solidifié, à sa sortie, par un courant d’eau. Les fils obtenus ont l’éclat de la soie ; on les soumet à différents traitements pour leur enlever leurs propriétés explosives, car cette soie artificielle n’est autre chose que du coton-poudre. Malgré d’habiles perfectionnements, la soie artificielle de Chardonnet n’a pu entrer jusqu’ici dans la pratique courante pour plusieurs motifs, dont le principal, croyons-nous, est son prix élevé et sa difficulté de teinture.
- Dans la nouvelle découverte, on ne fabrique plus de toutes pièces un fil soyeux, on prend simplement le coton et on lui communique, à l’aide d’une opération chimique combinée à une action mécanique, un brillant qui ne s en va plus au lavage : cette opération est le mercerisage sous tension.
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- LA NATURE.
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- II y a environ cinquante ans, Mercer, chimiste français, constata que le coton soumis à l’action des alcalis ou des acides concentrés acquérait de nouvelles propriétés : il se contracte et possède une plus grande affinité pour les mordants et les couleurs. En outre, Mercer remarqua, chose curieuse, que l’action des alcalis est d’autant plus énergique que la température est plus basse. Ainsi une solution alcaline marquant 10 à 12° B n’exerce aucune action mercerisunte^à la température ordinaire, mais, refroidie à 0°C, elle agit sur le coton.
- Cette action des alcalis sur le coton, appelée mercerisage, reçut à son origine diverses applications. Ce n’est qu’il y a peu de temps qu’on remarqua l’effet brillant <{ue produisaient les alcalis appliqués sur le coton, llosne, chimiste français à Aglié (Piémont), fabriqua de cette façon un genre d’impression sur tissu léger qui eut beaucoup de succès. Par places, l’étoffe était rendue brillante par impression directe d’un alcali.
- Mais la découverte qui a fait le plus de bruit dans ces derniers temps, est celle qui consiste à soumettre le coton soit en écheveaux, soit en pièces à l’action du mercerisage et, pendant ou après cette opération, à le tendre fortement. Quand il y a simultanéité dans les opérations, les fils de coton sont immergés, tendus dans le bain alcalin, froid; mais on peut aussi, après le mercerisage, soumettre la fibre végétale à une tension qui fait disparaître son rétrécissement et la ramène à sa longueur primitive. En ajoutant à l’extension un frottement énergique, on augmente l’éclat final que le coton acquiert et conserve.
- Ce procédé breveté par les inventeurs a vu déjà de nombreuses modifications qui, d’après leurs auteurs, seraient des perfectionnements importants. On prétend même que la tension n’est pas nécessaire pour donner de l’éclat au coton mercerisé. 11 est difficile de se prononcer sur la valeur de ces perfectionnements. Le fait acquis, c’est que le mercerisage du coton, fait dans certaines conditions, lui communique un brillant résistant à l’eau.
- Le coton, ainsi traité, n’a pas évidemment l’éclat de la soie ; son brillant est comparable à celui des tissus bon marché obtenus avec la bourre de la soie. C’est là un des obstacles qui empêchent la nouvelle invention de prendre son essor. Car dans la pratique des ateliers, les manipulations en alcali caustique concentré offrent toujours de sérieuses difficultés. De plus, l’opération mécanique de la tension est assez longue. Bref, il semble, à l’heure actuelle, que le prix de revient du coton traité par le procédé décrit ci-dessus soit trop élevé pour le résultat acquis.
- Mais les chercheurs travaillent activement la question, et il ne serait pas surprenant que leurs efforts aboutissent à la solution du problème posé : « Donner économiquement du brillant au coton. » Léon Lefèvre.
- LE TRAITEMENT DU COUP DE CHALEUR
- L’insolation ou coup de chaleur est un accident assez fréquent à cette saison. Il débute généralement par de l’anxiété; la face devient livide; la peau, brûlante, se couvre de sueur et, tout à coup, l'homme atteint tombe lourdement, privé de connaissance. Les hommes fatigués ou qui ont la fâcheuse habitude de boire beaucoup, ne fût-ce que de l’eau, pendant les chaleurs, sont particulièrement prédisposés, comme nous avons pu le constater durant notre service militaire. Il est donc prudent d’éviter les fatigues ; c’est ainsi que quand on se rend, en été, à une fête ou à une foire, il est bon de ne pas se mêler à la foule dès l’arrivée ; c’est ainsi qu’il faut éviter les longues marches au milieu de la journée.
- Le plus souvent, il est aisé de ranimer le sujet insolé. Il suffit de l’étendre à l’ombre, la tète légèrement élevée, de le desserrer en déboutonnant ses vêtements et, si cela ne suffit pas, de le flageller fortement avec un linge imbibé d’eau fraîche sur la figure, la poitrine et les mains, puis, si possible, de lui faire boire un peu d’eau fraîche additionnée de quelques gouttes d’éther. Si ces moyens ne réussissent pas, on peut pratiquer la respiration artificielle par les divers procédés connus; nous avons eu l’idée d’avoir recours au procédé plus simple des tractions rythmées de la langue, préconisé par notre maître, le Dr Laborde, pour le rappel à la vie des noyés et des asphyxiés : le patient étant étendu, à l’ombre, sur le dos, on écarte ses mâchoires et, saisissant solidement la langue entre le pouce et l’index, revêtus au besoin d’un mouchoir pour éviter le glissement, on exerce des tractions rythmées, suivies de relâchements, au nombre d’environ quinze par minute. 11 ne faut pas avoir peur d’insister; nous avons eu souvent l’occasion de ramener ainsi à la vie un certain nombre d’insolés et, parmi ceux-là, l’un d’eux ne reprit connaissance qu’au bout d’une demi-heure de tractions ; un autre avait résisté durant 1 heure à tous les autres moyens, y compris la respiration artificielle. 11 est bon de rappeler que les tractions rythmées de la langue sont aussi avantageusement employées dans le cas des foudroyés et dans celui des gens qui s’asphyxient en avalant de travers une arête de poisson ou tout autre corps étranger. (i.-II. ÎSiewengi.owski.
- OBSERVATOIRE DE L’ETNA
- L’Etna, le plus grand volcan de l’Europe, en forme de cône isolé, imposant, de 5 kilomètres de hauteur et 50 kilomètres de hase, s’élève sur la côte orientale de la Sicile, à 50 kilomètres au nord de Catane. Son sommet touche presque la limite des
- O ... s ____________________ 10 Met.
- Fig. 1. — Plan du rez-de-chaussée de l’observatoire de l’Etna. — A. Entrée; B. Géodynamique : a. tromomètre, b. séismoscopes ; C, D. Logements alpins ; E. Cuisine; F. Salle, c. pendule séismique; G, H. Ecurie; I, Escalier au premier étage. — Premier étage: F. Salle du réfracteur ; D. Fenêtre météorologique ; /’. Photographie ; E. Gardien ; E. Atelier ; G. Chambre à coucher ; II. Seconde chambre.
- neiges perpétuelles, et en conséquence à toutes les saisons, excepté l’été, la portion supérieure de la montagne est couverte d’un manteau de neige, plus ou moins étendu, et la température y est très froide. Au contraire, en hason a un climat doux et une végétation luxuriante variée, depuis les espèces des pays subtropicaux jusqu’à celles des pays froids; en effet, en montant, on rencontre : cactus, orangers et oliviers, vignes, blés et chàtaigniers-pins-fougères-astragalus,
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- LA NA TU UE.
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- jusqu’à 2000 mètres, et puis rienque rochers et sahles volcaniques ou neiges. Le ]>ie<l de l’Etna est une des régions les plus pittoresques, les plus fertiles et les plus peuplées du monde, malgré les menaces et les dangers du volcan ; dans la partie plus élevée la neige et la grêle sont en contraste perpétuel avec chaleur et le leu du volcan. Ordinairement les matériaux h râlants lancés par l'Etna produisent la fusion de la neige : ainsi à l'hiver et au printemps de 1895 on voyait les cra tères et les laves de l’éruption de 1892,c’est-à-dire plusieurs mois après leur refroidissement, se dessiner complètement, en noir sur le fond, blanc de la neige qui couvrait la montagne.
- Mids il suffit d’une couche de cendres volcaniques pour protéger la neige de la chaleur ardente de la lave à 1000° de température, de manière que celle-ci ne coule au-dessus de la neige sans la fondre, qu’en petite quantité : on a observé cela à l'éruption de 1879.
- Cette action protectrice ou isolante des produits volcaniques a une application industrielle importante dans le commerce de la neige qui est conservée, soit naturellement dans des anciens appareils éruptifs éteints, soit dans des fosses artificielles qu’on couvre de sable volcanique.
- Du sommet de l’Etna on a une vue superbe de 200 kilomètres de rayon sur presque toute la Sicile, Malte et les îles Éoliennes, parce que l’air réduit presque au tiers de sa densité est d’une transparence extrême.
- L’Etna a de longues périodes de calme pendant lesquelles les éruptions abondantes de vapeurs sont rares et le sol, même près du cratère central, à l'observatoire, est tout à fait tranquille, même pour
- les appareils sismiques les plus sensibles. On peut dire que le sommet de l’Etna est une station astronomique et météorologique aux conditions exceptionnellement favorables. Par intervalles de quelques
- années celte paix est interrompue par de terribles paroxysmes où la montagne et ses alentours sont secoués puissamment; le volcan éclate ordinairement sur ses lianes, ouvre ses entrailles, lance jusqu’à des centaines de mètres de hauteur des blocs parfois de plus de l mètre cube de volume et vomit des torrents de lave incandescente qui va envahir, brûler et ensevelir les forêts, les vignes, les champs et les moissons qu’elle
- rencontre dans sa marche fatale de plusieurs kilomètres. De la cime de l’Etna ordinairement on peut suivre ces phénomènes grandioses, qui se développent sous les pieds de l’observateur.
- On voit l’utilité et l'intérêt d’occuper le sommet, avec un refuge poulies visiteurs, une station aussi pour les éludes géologiques spéciales et sismologiques, ou géophysiques en général.
- M. llicco, le savant directeur des deux observatoires de Catane1 et de l’Etna, qui a publié de si beaux travaux sur cet établissement et sur la météorologie de la région2, a bien voulu nous transmettre les photographies qui illustrent la Note suivante de M. IL Faye, l’illustre doyen des astronomes français.
- Cet observatoire a été construit, dit M. Faye, sur les idées de M. le professeur Tacchiui, en vue
- 1 L’observatoire de Catane est une des 18 stations internationales pour l’exécution de la carte photographique du ciel.
- 2 Sar/f/io di metcoroloqia dell’ Etna, par A. Riccio et G. Saija.
- Kig. i. — Station météorique alpine à mi-chemin de Nicolosi à l'observatoire de l’Etna.
- Fig. 3. — Cratère central de l’Etna et Vulcarolo (grande i’umerole) vus de l’observatoire (Sud).
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- do recherches spéciales sans continuité. 11 a été restauré en 1891, à la suite de désastres causés par les intempéries et par l’éruption de IX8(‘>. Aujourd’hui on y a placé un équatorial de 5"*,50 de lon-
- gueur locale et divers instruments 'météorologiques et séismiques. Les observations s’y font régulièrement, sauf en hiver, époque où les interruptions sont inévitables. Cette année, un télégraphe ou bien
- Fig. 4. — Observatoire sur l’Etna et cratère central.
- un téléphone sera installé au moins jusqu’à Nico- On y vient de Catane par route carrossable jus-losi, ce qui permettra de régulariser les travaux. qu’à Nicolosi (700m), par voie de mulets jusqu’à la
- Fig. a. — L’Etna et l’observatoire de l'Etna, vus de l’observatoire de Catane.
- Casa del Bosco ( I WO1'1) et à la station météorique alpine (1890l,‘), (ig. 2; puis par des sentiers plus ou moins visibles et praticables. L'été, on arrive par mulets jusqu’à la porte même de l’observatoire. L’hiver, les mulets vont rarement au delà de la
- Casa del Bosco et l’on fait le reste de la route sur la neige ordinairement molle et fatigante. L’observatoire est alors enterré sous 2m et même 51,1 de neige, en sorte qu’il y faut entrer par une fenêtre du premier étage. On peut dire que l’ennemi est,
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- LA NATURE.
- non le volcan, mais la neige. Du reste, il n’y a pas
- de mal de montagne dont ser par l’accoutumance. on ne puisse se débarras-
- Voici la position de l’observatoire :
- Altitude . . 2942ra
- Latitude . . 57° 4 U, 5
- Longitude (Est). . . . 2° 55',8 (Rome)
- 11 est situé à lkm du bord méridional du cratère central, lequel a 3315"' de hauteur et domine, par con-
- séquent, l’observatoire de 57lm au nord-nord-ouest.
- Des observations météorologiques faites depuis
- 18112, on a obtenu : Température moyenne.
- Hiver — 6°, 6
- Printemps — 1 ,5
- Eté + 7 ,5
- Automne +2,7
- Année + 0 ,4
- Moyennes annuelles
- d'antres données météorologiques
- Pression . 533»”,0
- Tension de la vapeur. 3mm,2
- Humidité relative. . 05
- Vent dominant. . . NO
- Précipitation. . . . . 57 jours.
- La température calculée de la cime devrait être de 2°,2 plus liasse que celle notée à l’Observatoire. La mesure directe de cette température a donné 0°,6
- en plus; c’est là l’effet cratère. du réchauffement du au
- Les observations spectroscopiques ont donné les moyennes suivantes, réduites à la masse normale de l’atmosphère traversée :
- Observatoires de l'Etna. de Catane.
- Épaisseur de la raie atmosphérique a 1,7 1,4
- Intensité de la zone ô.................. 0,5 0,4
- Intensité de la Rain Band............... 0,5 1,2
- Les manifestations électriques sur l’Etna sont rares et ont lieu spécialement en automne. Sur la Casa Inglese, depuis 1810, on n’est pas certain que la foudre y soit tombée une seule fois. L’observatoire de l’Etna, qui a été construit au-dessus de cette ancienne cabane, n’a jamais été frappé, quoiqu’il n’y ait pas de paratonnerre et que la grande masse métallique de la coupole et celle de la toiture en zinc soient dépourvues de toute communication métallique avec le sol. Cette rareté ne paraît pas dépendre de celle de la vapeur d’eau, car sur les Alpes, où cette vapeur est encore plus rare, il y a souvent d’imposantes manifestations électriques. Pour l’Etna, il y a certainement à tenir compte de l’action protectrice du cratère central, dont le grand panache de fumée et de vapeur chaude agit silencieusement comme un gigantesque paratonnerre. J.-F. Gall.
- LES CERFS-TOANTS
- ET LA PRÉVISION DU TEMPS
- Le Bureau de météorologie des États-Unis vient d'employer les cerfs-volants maintenus dans l’air à de grandes hauteurs, dans le but de faciliter la prévision du temps à courte échéance. Les changements de temps commencent évidemment par en haut. C’est aux grandes altitudes que les courants qui vont peu à peu dominer commencent à s’établir. Si l’on pouvait savoir quel est le vent qui vient à 1500 mètres ou à 2000 mètres, on en tirerait des pronostics importants pour la prévision. On admet même à Washington que les sautes de vent se produisent entre 2000 et 5000 mètres de douze à seize heures avant que le changement de direction se manifeste à la surface du sol. Cette opinion, vraie souvent, nous semble cependant contestable. Quelquefois, en cas de tempête, la transmission des mouvements supérieurs à l’air voisin du sol s’effectue plus rapidement. Dans tous les cas, savoir ce qui se passe en haut fournira toujours un renseignement précieux. Or, les cerfs-volants expérimentés se sont élevés à plus de 1000 mètres. Le Bureau météorologique des États-Unis espère arriver par leur intermédiaire à connaître les vents régnants et à publier journellement une carte de l’atmosphère à 1600 mètres de haut. Cette carte comprendrait toute la région comprise entre les montagnes Rocheuses et les monts Alleghanys.
- POUR MONTER T,ES COTES
- L K*
- BICYCLETTE
- L’ambition de tout cycliste c’est de monter les côtes, et, s’il se peut, de ne pas être obligé de développer pour cela d’efforts trop violents, nuisibles même aux jeunes gens qui croient à tort pouvoir le faire impunément, et dangereux pour tous ceux qui ont dépassé la quarantaine.
- Ceignez vos reins, a dit l’Ecriture, et ce conseil, vieux comme le monde, est encore le meilleur qu’on [misse donner aux cyclistes. Il a été pratiqué d’ailleurs dès l’origine de la bicyclette dans les pays de montagne, partout où l’on a couramment des côtes de 3 et 4 pour 100 à monter. Plus tard M. Terront, M. Charles Henry, d’autres encore, ont imaginé des ceintures fort élégantes dont on a pu voir des modèles au Salon du Cycle.
- Ces ceintures ne sont pas employées par le grand public, comme il est facile de s’en assurer, soit par l’examen des visages congestionnés des cyclistes au Bois de Boulogne et dans les environs de Paris quand ils attaquent une côte, soit par le grand nombre de ceux qui préfèrent, avec raison, monter à pied que se préparer pour l’avenir une maladie du cœur.
- Est-ce leur prix, est-ce la complication pourtant très légère de l’appareil qui permet d’obtenir la tension qui empêche ces ceintures de passer dans la pratique courante? Nous ne savons pas au juste, mais nous voulons indiquer un dispositif dont la simplicité ne peut être surpassée et qui pourra rendre
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- LA NATURE.
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- le service qu’il nous a déjà rendu, celui défaire monter sans fatigue des côtes jusqu’ici inaccessibles pour nous.
- Ceignez une ceinture de gymnastique de telle façon que l’anneau soit sur le devant et bien au milieu du corps. A cet anneau, fixez par l’une de ses extrémités un ressort à boudin, de 5 à G centimètres de longueur, fonctionnant à la traction, et dont la force, [dus ou moins grande suivant le poids du cycliste, sera très aisément déterminée par la pratique.
- A l’autre extrémité du ressort à boudin, attachez solidement un des bouts d’un de ces cordons avec lesquels on tire les rideaux et on suspend les tableaux. Prenez un cordon de 7 à 8 millimètres de diamètre et de 85 centimètres de longueur environ.
- Au moment de vous mettre en selle, ou mieux (ce qui se fait très vite après quelques essais)
- Itendant la marche et avant le commencement d’une montée, passez, sans arrêter votre machine, le bout libre du cordon d’arrière en avant, au-dessous de votre guidon et à droite de la direction, ramenez ce bout en arrière, après lui avoir fait faire un demi-tour sur l’avant de la direction, et maintenez-le sous votre main gauche.
- Ceci posé, un peu avant la côte, tirez sur le cordon de façon à bien raidir tout le système, et à vous sentir la région lombaire bien soutenue et appuyée sur la ceinture de gymnastique. Donnez plus ou moins de tension suivant votre fatigue, vos goûts personnels, votre position habituelle en machine. Ceci se fait très facilement, parce que le cordon glisse aisément sur le guidon ; puis, la tension donnée se maintient si on a la précaution de serrer le cordon entre sa main et la poignée du guidon.
- Cette tension de la ceinture donne aux régions lombaires un point d’appui qui permet, sans fatigue et sans déperdition de force, un plus grand effort des muscles de la jambe sur la pédale, comme le premier essai le prouve au cycliste le plus inexpérimenté.
- Quand la montée est terminée, vous laissez glisser le cordon sous vojre main. Dès qu’il est détendu et lâché vous pouvez le dégager du guidon et de la direction, le tirer à vous, le replier et le mettre dans la ceinture de façon qu’il devienne invisible pour ménager votre amour-propre s’il est excessif. Mais nous vous conseillons, si vous êtes un peu fatigué après la première heure de marche, de garder le
- cordon à portée, même en terrain plat, et de vous contenter d'nne tension moindre qu’à la montée, mais sensible ; ce soutien continu des lombes diminuera la fatigue de la route d’une façon notable et vous permettra de garder la vitesse du début, ce qu’il est parfois assez pénible et assez rare d’obtenir.
- D’ailleurs, si vous tombez par malheur ou par inadvertance, le cordon n’ajoute rien aux mauvaises chances que vous fait courir une chute; en effet, de la manière dont il est passé et tenu, il se dégage tout seul, sans que vous ayez besoin de vous occuper de lui et de songer à d’autre qu’à vous, ce qui est précieux en pareil cas, nous en savons presque tous quelque chose. Et c’est, avec sa simplicité, son bas prix, qui fait la supériorité de ce dispositif. A
- tout instant, vous pouvez faire varier comme il vous plaît, simplement en tirant un cordon, la tension qui vous soutient, suivant la raideur de la [tente à gravir ou votre degré de fatigue.
- A la rigueur, on pourrait se passer du ressort à boudin, mais ce serait un tort. Il a Y avantage de transformer les secousses brusques en secousses élastiques, pour le [dus grand bien de la machine et du cavalier.
- Quant à la force du ressort, élément indispen sable du confortable du cycliste, chacun la déterminera à sa guise. Il faut que la force soit assez grande pour que le ressort ne se détende pas d’une façon fixe, à moins d’un long usage, et j’entends par là quelques semaines. Et il faut d’autre part que le ressort ne soit pas trop raide, qu’il puisse céder tout de suite et légèrement à toute secousse un peu brusque. C’est à chaque cycliste de faire son choix. Trois sorties suffisent et un ressort à boudin comme celui que nous avons en vue coûte environ cinquante centimes.
- Un autre avantage de ce système, au dire de ceux qui l’ont expérimenté trois ou quatre mois, c’est qu’avec son aide, les muscles des régions lombaires se fortifient peu à peu et qu’après un entraînement plus ou moins long, suivant l’âge et la constitution du cycliste, on peut mettre tout le système au rancart, à moins qu’on ne soit un sybarite déterminé à éviter toute fatigue inutile, car se promener avec l’aide de cet appareil c’est pour ainsi dire courir assis dans un bon fauteuil. Capitaine R.
- Ceinture cycliste.
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- LA NATURE.
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- AUTOMOBILE POSTALE SERPOLLET
- DE LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FEU DU NORD
- Los générateurs à vaporisation instantanée, système Serpollet, se sont prêtés déjà à de nombreuses applications. Au début, cette chaudière si originale était destinée à fournir la vapeur à un tricycle1 ; en 181)1, l'inventeur a construit un phaéton à quatre places; en 181)4, la chaudière a été appliquée aux tramways à vapeur, et en avril 1897 nous trouvons sur la ligne de Paris-Lyon-Méditerranée des automobiles Serpollet remorquant, des trains légers ou des fourgons à bagages. Une nouvelle application très intéressante vient d’être faite à la Compagnie des chemins de fer du Nord. Une voiture automobile,
- appelée automobile postale, est utilisée depuis le mois de juin dernier pour transporter chaque nuit les dépêches sur la ligne deCreil à Beauvais. La voiture part de Beauvais à 1 U 50 du soir, arrive à Greil à minuit 40, en repart à 5h 40 du matin et retourne à 5 heures en assurant le service postal de toutes les stations existant sur la ligne ; le parcours est environ de 75 kilomètres.
- Depuis quelque temps, l’automobile postale entre Beauvais et Creil remorque deux fourgons de messageries, soit un train de 54 tonnes, et entre Creil et Beauvais deux fourgons de messageries et un wagon de marée, soit un train de 42 tonnes.
- On comprend tonte l’importance de trains semblables, d’une utilité évidente et que l’on peut en-
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- Fig. 1. — Grajiliiijue de la voie sur la ligne de Paris à Beauvais.
- traîner par un tracteur léger et économique donnant des résultats très satisfaisants. Il serait difficile à une Compagnie d’assurer économiquement un service qui est peu rémunérateur en faisant parcourir la ligne par un train ordinaire ; l’automobile Serpollet résout le problème dans les meilleures conditions.
- Un grand nombre d’essais très intéressants ont été faits à la Compagnie des chemins de 1èr dn Nord ; nous allons résumer les principaux résultats acquis.
- L’allumage demande 45 minutes et consomme seulement 40 à 45 kilogrammes de combustible. L’horaire que nous avons indiqué plus haut pour le service de Beauvais à Creil et retour exige une consommation de 190 kilogrammes de briquettes, dont
- 1 Voy. n°794, du 18 août 1888, p. 177 ; n° 918, du 5 janvier 1891, p. 65; n° 1080, du 10 février 1894, p. 105; n° 12-44, du â avril 1897, p. 284.
- 55 kilogrammes pour l’allumage à Beauvais, 15 ki logrammes avant le départ, 45" kilogrammes en route, 20 kilogrammes pendant l’attente à Creil, 15 kilogrammes avant le départ et 00 kilogrammes en cours de route. Ce même parcours a été fait par-lois avec une dépense de 170 kilogrammes seulement. L’eau consommée varie entre 9 et 10 litres par kilomètre.
- Parmi tous les essais qui ont été effectués nous mentionnerons ceux du 20 juin et du 20 juillet. Tous deux ont eu lieu sur la ligne de Paris à Beauvais par Méru et Monsoult dont la figure 1 donne le graphique. Un remarquera que ce trajet est très accidenté et comporte une série de rampes assez élevées; la rampe de Méru atteint 11 millimètres par mètre sur 7 kilomètres, et la rampe de Monsoult 15 millimètres par mètre sur 5 kilomètres. Ces rampes ont
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- LA NATlîltK.
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- etc franchies à la vitesse de AO à 45 kilomètres à l'heure. L’essai du 20 juin a eu lieu de Beauvais à Paris et retour parla menu* ligne; la consommation,
- pour le voyage de l'automobile seule de Beauvais à Paris, a été de 1^,415 de briquette par kilomètre, non compris l'allumage, et de 9ut,40O d’eau. Au
- Fig. 2. — Vue d’ensemble de l'automobile postale de la Compagnie des chemins de fer du Nord.
- départ de Paris pour Beauvais, on avait attelé deux voitures à voyageurs ; le train total était de 58 tonnes. Un a relevé des vitesses de 45,5 kilomètres à l'heure entre Paris et Persan-Beaumont, de 60 kilomètres à
- l’heure entre Saint-Denis et Epinay, de 57 kilomètres à l’heure sur une rampe de 8 millimètres par mètre et de 55 kilomètres à l’heure sur une rampe de 5 millimètres par mètre. Dans ce dernier parcours,
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- LA NATURE.
- avec le train de 58 tonnes, on a consommé 2kg,250 de briquettes et 10 litres d’eau par kilomètre.
- La figure 2 donne une vue d’ensemble de l’automobile. Le châssis porte en avant deux longerons sur lesquels sont fixés le mécanisme moteur et l’essieu d’avant, seul moteur. La plate-forme du mécanicien est en avant de la voiture (tig. 5); d’une largeur de 2™,40 et d’une longueur de 2"',277, elle est pourvue d’un masque en tôle à 5 lunettes à pivot, comme dans les locomotives ordinaires. Sur la plate-forme se trouve un générateur Serpollet d’une surface de chauffe de 11,52 mètres carrés, d’une surface de grille de 0,40 mètre carré, d’une largeur de lm,10 sur une longueur de 1m, 10 et d’un poids de 2850 kilogrammes. La vapeur, à la pression de 18 kilogrammes par centimètre carré, est fournie au mécanisme moteur, qui est formé de deux machines à distribution Stephenson attaquant directement les boutons de manivelle dont sont munies les roues motrices. Le réservoir d’eau, d’un volume de 650 litres, a été placé sous le châssis, en arrière, pour équilibrer la charge. Le combustible employé est de la briquette placée à côté du mécanicien sur la plate-forme. Le mécanicien dispose sous la main (fig. 4) des leviers de changement de marche, régulateur d’admission, pompe à main d’amorçage, petit cheval vapeur, frein à air, manomètres, et en outre d’un pyromètre indicateur de la température de la vapeur, qui lui permet de se rendre compte des moments où son feu doit être chargé.
- Derrière la plate-forme du mécanicien se trouve la caisse destinée au service postal; elle communique avec la plate-forme par une porte vitrée.
- L’automobile a une longueur de 5m,505 et une largeur à la ceinture de 2m,5. En ordre de marche avec dix voyageurs, elle pèse 18 tonnes. Elle ne demande pour le fonctionnement qu’un seul mécanicien, qui conduit la voiture et fait en route, et surtout aux stations, les chargements de feu; le facteur des postes est dans la caisse avec les colis postaux.
- Un autre voyage d’essai avait été organisé pour la presse scientifique, le 26 juillet dernier, par la Compagnie des chemins de fer du Nord et la Société des générateurs Serpollet. M. Du Bousquet, ingénieur en chef de la traction aux chemins de fer du Nord, dont tout le monde apprécie depuis longtemps la haute compétence, assistait lui-même à cette expérience. Nous avons effectué le voyage de Paris à Beauvais dans les mêmes conditions que précédemment et sur la même ligne. L’automobile seule est partie de Beauvais et est arrivée à la Chapelle en passant par la gare du Nord. Elle a donc fait un trajet de 81 kilomètres, en consommant lkg,6 de combustible et 6lil,6 d’eau par kilomètre; l’horaire fixé était de lh 57™, mais il aurait été facile de gagner 20 minutes environ. Au départ de Paris, le train a été formé de l’automobile, d’une voiture-salon et d’un fourgon, ce qui donnait un poids total de 58 tonnes. La consommation a atteint 2kg,47 de
- combustible et 91U,54 d’eau par kilomètre. La vitesse maxima a été de 65 kilomètres à l’heure, et la moyenne de 40 à 45 kilomètres. Nous avons surtout remarqué dans ce voyage la marche régulière et continue de l'automobile, notamment sur la rampe de Monsoult, la facilité de mise en marche et de conduite.
- L’automobile postale, que la Compagnie des chemins de fer du Nord utilise si heureusement, est une nouvelle application qui peut avoir à l’avenir un très grand intérêt pour la mise en marche de trains légers, sur des voies à faible trafic, de trains spéciaux pour services commandés, et peut-être même, si les administrations de chemins de fer y trouvent des avantages et pas d’inconvénients, de trains de luxe demandés par voyageurs partant en excursion avec leur famille. J. Laffargue.
- LES HANNETONS EN FRANCE
- Nous avons reçu divers renseignements en réponse à la demande (pie faisait notre collaborateur M. le professeur Corel, de Lausanne, dans son récent article1 ; nous croyons devoir reproduire notamment l’intéressante lettre suivante :
- Pommiers (Aisne), le 13 juillet 1897.
- Monsieur,
- Vous demandez quelques renseignements sur l’éclosion des hannetons en France. M’étant depuis quelques années beaucoup occupé de la destruction de ces animaux, je crois pouvoir vous renseigner exactement. Ici et dans le département de l’Aisne tout entier, et je crois dans les départements voisins, nous sommes soumis au cycle que vous appelez uranien, c’est-à-dire que les éclosions ont eu lieu fin avril 1892-1895 et nous attendons celle de 1898. Si cela peut vous intéresser, je vous dirai que comme fabricant de sucre je voyais périodiquement tous les trois ans mon approvisionnement de betteraves réduit de 20 à 50 pour 100 du fait des vers blancs. Sous l’impulsion de quelques hommes convaincus, nous nous sommes mis à la tête de syndicats de destruction et je fus chargé de centraliser les hannetons pris dans nos environs.
- En 1889, malgré les railleries, les mauvaises volontés et autres empêchements, je pus détruire un peu plus de 18000 kilogrammes de hannetons; et dès l’année suivante les dégâts causés par les vers blancs dans toutes les récoltes furent très atténués comparativement aux années précédentes. Aussi, en 1892, nous trouvâmes partout chacun plein de bonne volonté; diverses communes qui avaient peu concouru à la destruction de 1889 nous aidèrent avec ardeur.
- Malgré cela et quoique l’expérience acquise nous vint en aide, nous ne pûmes détruire que 12500 kilogrammes d’insectes. En 1895 et 1894, les dégâts causés par les vers blancs furent encore fort peu importants et nous arrivâmes au printemps 1895 décidés à tenter un dernier effort. Seulement nous avons là commis une faute. Précédemment nous donnions 0fr,20 ou 0fr,25 par kilogramme de hannetons, et ce prix était rémunérateur. En 1895, le nombre des hannetons étant beaucoup diminué, il eût fallu payer 0fr,50 et nous aurions assisté à une destruction presque complète.
- Malgré cela 2500 kilogrammes ont encore été détruits,
- 1 Voy. n° 1258, du 10 juillet 1897, p. 93.
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- et les dégâts sont devenus encore moins importants que les années précédentes. Pour 1898, nous essaierons d’en tinir avec notre ennemi.
- 11 faut du reste reconnaître que maintenant ses bataillons sont fort éclaircis ; nous sommes puissamment aidés dans notre œuvre par les ennemis naturels des hannetons et notamment par les oiseaux, qui précédemment ne faisaient que des vides insignifiants dans leurs rangs pressés, mais qui maintenant éclaircissent singulièrement les rangs des survivants.
- 11 y a un mois les vers blancs ont encore causé quelques dégâts avant la nymphose, et il était fort curieux de voir le manège des pies et des corbeaux dans les champs de betteraves. Ces oiseaux se promenaient lentement entre les lignes et dès qu’une betterave paraissait se faner, elle était arrachée d’un coup de bec, puis l’oiseau creusait rapidement un trou ayant jusqu’à 12 centimètres de profondeur pour en extraire le ver blanc dont il faisait son régal. Cet acte intelligent m’a toujours semblé remarquable et je ne manque jamais d’arrêter quelques instants mon cheval pour observer le manège des corbeaux lorsque j’en rencontre dans cette occupation.
- En résumé, je pense qu’après notre destruction de 56 500 000 hannetons (à raison de 1100 par kilogramme), nous pourrons espérer arriver à réduire presque à néant leurs dégâts ; cette destruction nousaura coûté 10 000 francs tout au plus et nous donne chaque année un supplément de récoltes qui peut être estimé à 100000 francs.
- Veuillez agréer, etc. A. Bruneiiaut.
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- CHRONIQUE
- La transmutation des substances et les rayons cathodiques. — Le savant anglais J.-J. Thomson déclarait récemment, devant la Royal institution de Londres, que ses expériences sur les rayons cathodiques l’avaient conduit à penser que les atomes, formés par l’agrégation de corpuscules tous égaux entre eux, peuvent être dissociés par les rayons cathodiques ; le calcul indiquerait que ces corpuscules sont plus petits que les atomes d’hydrogène. Un autre savant anglais, le professeur G. F. Fitz Gerald, en se basant sur cette hypothèse dont il fait ressortir la possibilité, indique qu’on pourrait ainsi arriver à transmuter les substances les unes dans les autres, en commençant par dissocier leurs atomes au moyen des rayons cathodiques, pourvu que leur réagrégation dépende des actions électriques, électro-magnétiques ou autres que nous savons diriger.
- Un arc triomphal. — Lors des fêtes du Jubilé de la reine Victoria, la « Widnes foundery Company » avait élevé à Widnes un arc de triomphe composé d’une manière tout à fait originale. Il ne comprenait pour ainsi dire que des portions d’ouvrages métalliques en fonte ou en fer forgé, préparés pour la clientèle ordinaire de la maison : colonnes pour une nouvelle station d’Edimbourg, piliers qur devaient partir peu de jours après pour Johannesburg, poutres destinées à un apponte-ment, segments du tube d’un tunnel métallique commandé par le (( Central London Railway », etc.
- Uc chemin de fer électrique du Ciornergrat.
- — Aux attractions qui amènent les touristes par milliers dans l’admirable région de Viège-Zermatt, il va falloir bientôt ajouter le chemin de fer électrique du Gornergrat. Les travaux sont poussés activement par les entrepreneurs, MM. Haag et Grenlich, sous la direction de M. Ar-
- benz-Zollikofer, ingénieur zurichois des [dus distingués. La ligne, qui aura dix kilomètres de long, avec 20 pour 100 de pente, déposera le voyageur au pied du glacier, à l’altitude de 5020 mètres, le plus haut point qu’ait jamais atteint une voie ferrée, du moins en Europe. Le trajet sera d’une heure et demie, et parmi les travaux d’art qui feront l’étonnement du voyageur au cours de cette prodigieuse ascension, il faut signaler le hardi via-duc de Findelen. Le Gornergrat est en quelque sorte une excursion obligatoire pour tous ceux qui viennent à Zer-matt. Fille sera singulièrement facilitée par le chemin de fer que les hommes accrochent en ce moment aux flancs de la montagne.
- Statistique de la diphtérie à l'hôpital Trousseau pour l*année 1MÎM». — D’après M. Variot, sur 1502 malades, 1087 ont été reconnus diphtériques. Tous ont reçu des doses variables de sérum. Sur ces 1087 enfants, 100 sont morts, soit une mortalité totale de 15,27 pour 100. En 1895 la mortalité était de 15,54 : on peut remarquer combien le chiffre de la mortalité reste fixe dans un même service, en employant les mêmes moyens thérapeutiques, sérums, tubage et trachéotomie, quand le tubage est insuffisant. L’intervention ne doit pas être trop précoce dans le croup quand on emploie le sérum antidiphtérique, bien souvent des phénomènes ae spasme glottique disparaissant assez vite après l’injection de sérum. Sur 513 cas où l’intervention fut pratiquée, M. Variot eut 116 morts, soit 57 pour 100. Nous pouvons dire que la trachéotomie chez les enfants traités par le sérum ne donne pas une mortalité supérieure à celle du tubage.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 août 1897. — Présidence de M. Wolf.
- L'aluminium pur. —En vue des nombreuses applications de l’aluminium à la construction du matériel de campement de l’année, M. Balland, pharmacien militaire, a indiqué un procédé rapide d’essai du métal. Cette question est particulièrement intéressante, parce que c’est à l’excellence de la méthode actuelle de préparation de l’aluminium que l’on doit ses applications industrielles. Les objets fabriqués avec un aluminium insuffisamment pur ne se conservent pas. L’électrolvse permet d’obtenir cette substance à raison de 5(r,50 à 4 francs le kilogramme, mais elle contient encore des traces de soufre, de carbone, de silicium et de fer. M. Moissan exprime l’avis qu’il est nécessaire pour l’avenir de ce métal de ne laisser entrer dans la pratique que des procédés d’analyse extrêmement exacts. Les fabriques françaises le donnent actuellement à 99,5 pour 100 d’aluminium pur, ce qui est au moins aussi bien que les usines de Pittsburg. M. Berthelot ajoute que le métal des usines françaises peut non seulement être tréfilé, mais encore être estampé et battu en feuilles de 1/20 de millimètre. Ces feuilles sont très utiles pour le revêtement des appareils de chimie.
- L'iode dans Vorganisme. — M. Gley expose qu’il résulte de ses recherches opérées sur les glandules thyroïdes que celles-ci renferment une quantité d’iode très grande. Il est donc possible que ces glandules fournissent à la glande thyroïde l’iode que l’on y a déjà signalé.
- Action réflexe des lésions du péritoine. — M. le professeur Potain présente un travail de MM. Guinard et Tixier, intitulé « Étude des troubles réflexes d’origine péritonéale ». Ces effets sont la diminution de la pression artérielle, l’altération des battements du cœur, l’accéléra-
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- lion des mouvements respiratoires. Mais ees troubles acquièrent nue intensité bien plus grave, si le péritoine est déjà malade lorsqu’on vient à le toucher. C'est là une explication toute naturelle du choc opératoire observé souvent par les chirurgiens après les opérations de ventre. Il suffit, d’après l’auteur, d’ouvrir le péritoine et déplacer les intestins, opération sans danger sur un être sain, pour observer les phénomènes les plus graves si le péritoine est malade au moment de l’ouverture.
- Fixation de l'azote dans les terres arables. — M. Dehérain annonce qu’il a reconnu que les terres exposées à l’air, dans un local où elles sont soustraites aux brusques changements de température et d’humidité, fixent des quantités notables d’azote atmosphérique. Cet azote nouvellement acquis se fixe à l’état de nitrate, sans que l’azote de l’humus ait en général varié de proportions, ün ne peut pas soustraire les terres du sol aux brusques
- variations de température, mais M. Dehérain a montré récemment que pendant les années pluvieuses des terres privées d’engrais azotés ont élaboré près de 200 kilogrammes de nitrates à l'hectare.
- Action thérapeutique des courants alternatifs de haute fréquence. — MM. les docteurs Apostoli et Berlioz présentent un résumé des résultats qu’ils ont tirés de nombreuses applications de ces courants avec des dispositifs variés. Ch. de Yilledeul.
- Un de nos lecteurs, M. A.-P. Deseilligny, à propos des feux d'artifice dont nous avons parlé récemment, nous a envoyé une photographie intéressante que nous reproduisons et qui renferme à la fois des illu-
- Illuminations et édairs, à Enghien-les-Iiains, près Paris.
- minutions et des éclairs. Nous donnons ci-après la Note de notre correspondant.
- « La photographie a été prise à 1U heures du soir ; j’avais disposé mon appareil pour faire des essais de photographie d'illuminations; au bout d'une demi-heure de pose, au moment où j’allais retirer mon appareil, je me suis aperçu qu’un orage montait à l'horizon; je me suis alors contenté de fermer mon obturateur [tour attendre que l’orage fût dans toute sa violence. J’avais souvent déjà essayé des photographies d’éclairs, mais j’avais toujours été gêné par la pluie, or, ce soir-là, j’étais très favorisé : des éclairs splendides, [tas une goûte de pluie, un orage complètement sec. Au moment nécessaire, j’ouvris mon obturateur et comptai seulement 5 éclairs (le ciel illuminé 5 fois). Au développement je fus moi-même étonné du réseau lumineux que j'avais obtenu.
- « Cette scène se passait à Enghien-les-Bains, et il y avait, ce soir-là, feu d’artifice et illuminations au « Jardin des Roses », sur le bord du lac ; les illuminations sont naturellement trop posées, puisque leur temps de pose était achevé et que j’ai [iris les 5 éclairs en [dus du temps de pose : cela n’a pas duré une minute ; mais cela a suffi pour produire plusieurs « halos » assez désagréables à l’œil.
- « Un dernier détail, ass*ez curieux; le grand éclair (situé entre les 2 drapeaux de droite) a mis le feu aux paillassons de la serre d’un de mes amis, de l’autre côté du lac ; j’ai pu ainsi calculer la distance de cet éclair, qui se trouvait exactement à 567 mètres de mon objectif. » A.-U. Deseuxioxy.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- H AOUT 18*17.
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- Fis. 1. — Salle principale du laboratoire souterrain du Muséum.
- celui-ci, au lieu de s’élever sur le sol, s’enfonce profondément sous terre et ramifie ses galeries sous les pieds des visiteurs du Jardin des Plantes, fuyant la lumière avec autant de soin que les autres en mettent à la rechercher.
- C’est que ce laboratoire a été créé dans un but bien particulier, qui est d’étudier l’influence de l’obscurité sur les animaux, et de rechercher expérimentalement comment les espèces animales se modifient et passent de l’m*e à l’autre.
- Ce n’est rien moins que la doctrine de l’évolution contrôlée par l’expérience.
- Mais avant de décrire ce laboratoire, unique au monde, il n’est pas inutile, je crois, de jeter un coup d'œil en arrière, et d’examiner comment on a pu le réaliser.
- Remontons donc de 15 ou 16 siècles en arrière : nous voyons sur les bords de la Seine et de la Bièvre toute une armée de carriers et de tailleurs de pierre, qui creusent sans relâche le petit plateau qui s’étend au bas du Mons Cetardus ou Fetardus (origine du quartier Mouflètard). Ils en tirent peu à peu les
- 25* année. — 2e semestre.
- matériaux grâce auxquels on voit s’élever d’immenses palais, de somptueuses demeures, des remparts
- solides qui^ enceignent toute une ville nouvelle, remplaçant l’humble Lu-tèce gauloise.
- Puis vient une période troublée ; les Barbares germains, francs, goths, etc., se contentent d’utiliser les restes de la ville qu’ils ont en partie détruite. Peu à peu cependant un étal de choses nouveau et plus calme se substitue à cette période troublée.
- L’an mille arrive et avec lui cette merveilleuse floraison d’églises et de couvents, qui sortent de terre comme par enchante-ment : les carrières romaines sont reprises, une nouvelle activité y règne, les bancs calcaires tombent un à un sous le marteau des carriers et servent à édifier les abbayes Sainte-Geneviève et Saint-Victor.
- Au seizième siècle, les abbés de Sainte-Geneviève, voulant agrandir leurs monastères, passdht un marché, d’ailleurs tout à leur avantage. « Près de là (la butte Coypeaux, aujourd’hui le labyrinthe du Jardin
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- Fig. 2. — Une des galeries du souterrain.
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- des Plantes), il y a voit deux voiries : l’une se ren-controit entre Saint-Victor et Coypeaux; deux arpens de terre en faisoient toute l’étendue. Des religieux de Sainte-Geneviève la louèrent en 1549 à Jean de Cambrai pour en tirer la pierre, à condition qu'il leur en fourniroit la quatrième partie. »
- 11 est probable que ces carrières furent abandonnées peu après, les bancs delà montagne Sainte-Geneviève étant plus facilement exploitables. La ville s’était étendue et Guy de La Brosse vint fonder, au-dessus des anciennes carrières souterraines, le Jardin du Roi.
- Deux siècles plus tard, rétablissement s’étant considérablement développé, Dutïbn résolut d’édifier des constructions plus solides que celles qui existaient, mais il s’aperçut rapidement qu’il devait tout d’abord consolider tout le sous-sol affouillé pendant des siècles. En effet, pour asseoir solidement les fondations des nouveaux bâtiments, on fut obligé de faire d’importantes consolidations souterraines et Buffon y engloutit, entre 1779 et 1785, plus de 04 000 francs de son argent.
- Sa correspondance est à ce sujet des [dus curieuses, et l’on voit combien il eut de tracas de ce coté. « On a trouvé, écrit-il à l’abbé Béxon, le 12 août 1781, une carrière sous mon logement à laquelle on travaille pour le mettre en sûreté, et cet ouvrage sera peut-être plus long que je ne le voudrai*. »
- Parfois cependant les carrières lui réservent d’agréables surprises : « Vous me donnez, écrit-il à Thouin, un très bon avis au sujet du puits qui est dans les caves de mon logement et que j’ignorais. 11 sera très utile si l’on peut y appliquer une pompe pour faire monter l’eau dans les cuisines. »
- Plus souvent d’ailleurs elles lui causaient de cruels déboires et ses dernières lettres témoignent d’une mauvaise humeur croissante.
- 11 écrit à Thouin, le 25 mai 1785 : « Tous nos ouvrages de maçonnerie iraient bien sans ces maudites carrières, qui, seules, coûtent autant que tout le reste; néanmoins, il faut en venir à bout, et j’ai écrit àM. Yerniquet que s’il en était nécessaire nous augmenterions encore le nombre des ouvriers pour ce sujet. »
- Pendant les années qui suivirent la mort de Buffon, et jusqu’en 1800, l’ingénieur Guillaumot, directeur des consolidations du sous-sol de Paris, puis jusqu’en 18 41, Iléricart de Thury et Trémery, ses successeurs, construisirent de nouvelles galeries maçonnées pour soutenir les voûtes qui menaçaient ruine, et nous pouvons estimer à 150 000 ou 200 000 francs, les dépenses faites sous le Jardin des Plantes pour en assurer la stabilité. Nous ne rappellerons que pour mémoire les recherches scientifiques anciennes exécutées dans les catacombes.
- Au seizième siècle, Bernard Palissy y étudia la génération des stalactites, et au commencement de notre siècle, Iléricart de Thury y fit aménager des salles de collections contenant des échantillons minéralogiques de tout le sous-sol de Paris et diverses curiosités (pétrifications, ossements, etc.).
- L’entrée des Catacombes du Jardin des Plantes avait été murée en 1852 et ce n’est qu’en 1890 que, grâce à un ancien plan et aux indications de M. Milne-Edwards, directeur du Muséum, nous pûmes retrouver dans l’Orangerie un ancien puits d'extraction fermé par une simple trappe de bois. Nous pûmes descendre dans ces anciennes galeries, que nous trouvâmes absolument intactes. Les galeries s’étendaient sous l’Orangerie du Jardin, sousles bâtiments del’Administration, sous le labyrinthe, la rue Cuvier (ancienne rue de Seine-Saint-Victor) (fig. 2), la rue Geoffroy-Saint-llilaire (ancienne rue du Jardin-des-Plantes). Leur développement atteint près d’un kilomètre. Sur les murs nous trouvâmes d’anciennes inscriptions admirablement conservées : nous lûmes les noms de trois anciens douaniers, Caron, Ozouf et Trouvé (1854) ayant pour mission d’empècher la fraude qui avait [iris une importance considérable par les galeries [tassant sous les murs d’octroi. Cet emploi de « surveillants pour la fraude » était occupé en l’an X par Godefroy et Bonhomme, qui touchaient chacun 600 livres pour cet emploi.
- Nous rencontrâmes également un ancien escalier bien conservé qui était muré par une dalle à la surface du sol. Comme, par suite des remaniements du Muséum, cet escalier débouchait au milieu d’une allée, M. Milne-Edwards fit pratiquer une nouvelle galerie, qui, s’ouvrant vers les bâtiments de l’Administration, allait rejoindre cet escalier. Buis il fit vider des déblais qui l’encombraient une assez vaste salle, dont il fit soutenir la voûte par d’épaisses maçonneries. On installa des tables de marbre et d’ardoises supportant des aquariums tout en verre dans chacun desquels se rend un mince filet d’eau de source (fig. 1). L’eau de ces aquariums s’écoule par une canalisation spéciale dans un ancien puits d’assèchement que nous trouvâmes à point nommé. Des cages furent également maçonnées. Commencés au mois de mai 1896, les travaux sont à peine terminés.
- Mais pourquoi tous ces frais? Quel est le but de ce laboratoire et quelle idée a présidé à son établissement?
- C’est, comme nous l’avons dit, que nous voulons étudier la série des transformations par lesquelles [tasse un animal, lorsqu’il est soumis à l’influence d’un nouveau milieu. Ce milieu nouveau est ici l’obscurité, qui produit les changements que l’on sait sur les animaux introduits dans les cavernes. Mais là nos expériences donneront des résultats plus précis que dans les cavernes naturelles; car, au lieu d’avoir affaire à des animaux déjà modifiés par un long séjour sous terre, nous partirons de l’espèce type, et nous pourrons suivre pas à pas sa lente évolution.
- Nous avons l’intention de nous adresser à des représentants de toute la série animale. Déjà nous avons des insectes, des crustacés, des poissons, des batraciens, des mammifères. Déjà même ceux-ci (cobayes) se sont reproduits, et nous avons ainsi une génération qui n’a jamais aperçu et n’apercevra jamais la lumière du jour. Nous employons pour les soins qu’ils nécessitent une lumière rouge très faible,
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- de façon à réduire au minimum la lumière que nous devons employer pour surveiller nos expériences.
- Certes nous ne nous dissimulons pas que nombre des expériences que nous entreprenons demanderont pour s’effectuer un temps considérable, qui se chiffrera par siècles, alors que d'autres seront vraisemblablement accomplies en quelques mois.
- Mais n’est-ce pas le propre d’un établissement comme le Muséum de se prêter à des expériences de longue haleine? Si les premières générations de chercheurs meurent à la peine, d’autres leur succèdent qui récoltent les fruits du labeur de leurs aînés.
- Il est inutile d’ajouter que ce laboratoire, absolument fermé au public, et pour cause, sera largement ouvert aux savants et aux chercheurs qui désireraient y travailler. Outre les expériences de physiologie zoologique que nous y entreprenons, il en est nombre d’autres qui pourraient y être tentées avec succès, et M. Milnc-Edwards, qui en accueillant avec bienveillance l’idée de cette création et en la réalisant a ouvert un nouveau champ d’activité scientifique, recevra toujours très favorablement les chercheurs sérieux à qui serait nécessaire le travail dans nos souterrains. Armand Viré.
- ASSOCIATION FRANÇAISE
- POUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES A SAINT-ÉTIENNE
- L’Association française, YAfas, comme on l’appelle maintenant couramment par abréviation, vient de tenir à Saint-Étienne sa vingt-sixième session. Ville essentiellement industrielle, sans monuments historiques, Saint-Étienne a su cependant attirer un grand nombre de congressistes; c’est qu’il est peu de villes où l’on ait montré autant d’entrain et de bon vouloir pour accueillir les visiteurs et pour leur faciliter l’étude des nombreuses industries de toute la région. Trois énormes volumes in-4° ont été offerts aux membres, publication splendide qui donne des détails circonstanciés sur les points qui peuvent intéresser, démographie, climatologie, instruction, hygiène et surtout développement industriel et minier.
- La séance d’inauguration, présidée par M. Marey, membre de l’Institut, avait lieu jeudi 5 août, au Théâtre municipal, devant une salle comble, malgré une température peu ordinaire dans ces régions. Après les souhaits de bienvenue du maire et du préfet, M. Marey a développé, dans des pages remarquables, l’histoire du développement de la physiologie expérimentale, des procédés graphiques, oubliant seulement de mentionner la grande part qu’il a prise à cette œuvre scientifique. La science, comme l’industrie, ne progresse que par le perfectionnement des méthodes, des procédés et des instruments qu’elle emploie : c’est ce point qu’il a mis en relief d’une taçon saisissante en notant les progrès obtenus depuis Harvey, et même, sans remonter si loin, depuis Claude Bernard, Muller et les savants d’il y a trente ans.
- M. Cartaz a retracé, dans un court Rapport, la physionomie du Congrès de Carthage, et signalé les quelques détails importants de la vie de la Société, en insistant en particulier sur la nouvelle publication entreprise depuis dix huit mois, Y Intermédiaire de l'Afas.
- Deux magnifiques excursions ont eu lieu le dimanche
- et le mardi; la première, purement pittoresque, avait pour but le mont Pilât; la seconde était consacrée à la visite des grandes usines de Saint-Chamond et Rive-dc-Gier, les Aciéries de la Marine, la teinturerie Gillet, les établissements métallurgiques de MM. Arbel et Marcel et les verreries Richarme. Une excursion finale a conduit une centaine de membres dans la région si curieuse du Velay, pour visiter le Puy, Yssingeaux et faire l’ascension du mont Mézenc, le point culminant de la chaîne des Cévennes. Cette session aura été fort bien remplie, très intéressante à bien des points de vue et a laissé à tous ceux qui y ont pris part le meilleur souvenir. A. C.
- DIMINUTION du temps de pose
- A LA CHAMBRE NOIRE
- On a donné un certain nombre de formules de bains dans lesquels il suffit de plonger les plaques photographiques pour exalter leur sensibilité, déjà si accentuée, et par suite, diminuer le temps de pose nécessaire pour obtenir une bonne image. Mais ces procédés chimiques ne sont guère pratiques ; outre la préparation, toujours longue, de bains plus ou moins complexes, ils exigent que l’on emploie les plaques ainsi traitées dans un laps de temps assez court, sous peine de les perdre.
- Le capitaine Colson a dernièrement présenté à la Société française de photographie un procédé physique des plus simples. La lumière qui a traversé l’objectif et arrive à la surface sensible n’est pas entièrement absorbée par le gélatino-bromure pour produire le travail nécessaire à la formation de l’image latente; une notable proportion de cette lumière traverse la couche sensible et ne concourt pas àla formation de l’image. M. Colson a eu l’ingénieuse idée de récupérer en quelque sorte cette énergie en appliquant derrière la couche sensible une surface capable de renvoyer sur le gélatino-bromure la lumière que celui-ci a laissé passer. Cette surface qui doit diffuser et non réfléchir régulièrement la lumière, doit être en contact immédiat avec la pellicule sensible ; le moindre écart serait une cause de voile. Il faut en outre, pour la netteté de l’image, qu’elle se forme dans le plan de contact.
- La surface qui convient le mieux est une feuille de papier ou de carton blanc ; il est nécessaire de Retourner la plaque, ce qui exige le retournement du verre dépoli durant la mise au point. On obtient bien ainsi un phototype retourné ; mais, c’est quelquefois un avantage.
- Malheureusement, pour obtenir un bon négatif dans ces conditions, il est nécessaire que le verre qui sert de support à la couche sensible soit bien propre, et présente le moins de défauts possible ; en outre ce verre produit quelques pertes de la lumière par réflexion et par absorption, ce qui limite un peu l’augmentation du rendement.
- Il serait donc préférable, comme le propose M. Colson, d’étendre, lors de la fabrication des plaques, une couche blanc opaque sur le verre et de couler par-dessus l’émulsion. Cette couche-support devrait être aussi mince et aussi opaque que possible, formée d’une subtance insensible ou tout au moins beaucoup moins sensible à la lumière que le gélatino-bromure d’argent et pouvoir, une fois le phototype achevé, être aisément rendue transparente pour le tirage des photocopies. Les fabricants de plaques photographiques ne tarderont pas à réaliser ce petit perfectionnement qui élargira le champ de la photographie, en permettant de diminuer le temps de pose dans la photographie instantanée ou d’obtenir des négatifs assez fouillés avec une lumière insufiisante; la photographie sans objectif (au moyen du sténopé) en tirerait un grand profit.
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- LA N AT ü HE.
- Les remarques de M. Colson expliquent pourquoi, fait constaté depuis longtemps par M. Halagny, une même émulsion coulée sur papier est [dus sensible que coulée sur verre; elles montrent l’avantage que l’on aura à revenir aux papiers négatifs dès que leur emploi sera devenu simple et pratique. G.-II. Niewenulowski.
- l'N POULPE E101ITE
- Nous voici à l’époque oîi grands et petits vont s'ébattre joyeusement sur le littoral, loin de ees fournaises et de ces nids à microbes (pie l’on nomme les grandes villes. La plage n’est, pas seulement un lieu pour le jdaisir et la saule, c’est aussi là que l’on peut le mieux et le plus facilement étudier les diverses manifestations de la vit', dans ses formes et dans
- La place, nous fait défaut pour insister sur toutes ces particularités. Nous voulions seulement les rappeler parce qu’on les retrouve plus ou moins modifiées, chez un poulpe de la Californie, sur lequel M. de Rochebrune, assistant au Muséum, vient d’attirer l’attention L
- Ce poulpe, auquel MM. Perrier et de Rochebrune ont donné le nom d'Octopus Digueti, en l’honneur du vaillant voyageur qui l’a découvert, atteint à peu près le volume du poing. Sa couleur générale est rosée, avec, par places, de petites taches rougeâtres. Les yeux sont bleus et expressifs, si l’on peut dire ainsi, comme chez tous les céphalopodes.
- C’est entre les valves des mollusques lamelli-
- branches rencontrées vides que l'Octopus Digueti cherche un abri où il dépose ses œufs, et où il habite, tout au moins jusqu’à la naissance des petits. La coquille qu’il choisit pour y élire domicile est soit la Cytlierea squalida, soit le Decten dentalus.
- La région postérieure du corps de l’animal est appuyée sur la charnière, la partie antérieure dirigée en avant de l’ouverture des valves; les bras rayonnent sur l’une et l’autre valve, où ils s’appliquent par leur extrémité inférieure à l’aide des ventouses dont les bras sont armés. La bouche apparaît au centre et au fond de l’ombrelle, ainsi à demi tendue, par la position même des bras, et fait face à l’eutre-bàillement des valves. 11 est de toute probabilité que, par ce mode de lixation, Y Octopus
- peut à volonté ouvrir et fermer la coquille qui le renferme. A l’entour de lui et sur la valve inférieure comme sur la supérieure, sont déposés les œufs à divers degrés de développement ; des petits d’àges différents sont aussi fixés aux bras de la mère par leurs ventouses ou nagent librement autour d’elle.
- Sous l’influence de la crainte, Y Octopus lance un jet de son encre, ce qui bien souvent contribue à déceler sa présence ; parfois aussi, si l’on vient à saisir la coquille, d’une vigoureuse impulsion de son entonnoir, il s’élance de sa retraite en s’enveloppant d’un nuage brunâtre destiné à le cacher momentanément.
- Les œufs de l’espèce dont nous nous occupons diffèrent de ceux des autres Octopus. Chez elle, chaque œuf, dont M. de Rochebrune a compté plus de 60 dans une seule coquille, est contenu dans une coque épaisse parcheminée et transparente, longuement elliptique, à sommet arrondi, d’un blanc nacré, mesurant 9 millimètres de long, sur 3 millimètres de large environ. Cette coque est attachée par un flamant de 4 millimètres de long, tenu et résistant, généralement ondulé à sa base et s’épaississant à son point d’insertion en une sorte d’empâtement d’un brun jaunâtre. Henri Coupin.
- ses instincts. Les mollusques eux-mèmes qui, a priori, paraissent les animaux les plus stupides offrent des sujets d’observation fort intéressants. Je n’en veux pour preuve que les seiches et les poulpes qui sont peut-être les invertébrés les plus intelligents de la mer. Tout, dans leurs mœurs, serait à citer : c’est ainsi qu’ils peuvent changer de couleur à volonté, s’entourer d’un
- nuage noir qui les dissimule à la vue de leurs ennemis, SC COIl- l'n Jioulpc ermite,
- struireun repaire
- barricadé, ouvrir les coquilles les plus fermées, etc.
- 1 Sjitve’fcs Archives du Muséum.
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- LOCOMOTIVES COMPOUND
- UE LA COMPAGNIE I)ll MIDI DESTINÉES AU SERVICE DES TRAINS EXPRESS SUR LES LIGNES A FORTES RAMPES
- La distribution compound a été appliquée par la compagnie du Midi aux nouvelles machines qu’elle desline à faire le service des express sur les lignes accidentées de son réseau. Nous citerons, par exemple, la ligne de Béziers à Neussargues avec ses rampes atteignant en certains points 0,055 par mètre, lesquelles autrefois auraient paru écarter d’une façon presque absolue l’emploi d’une machine à simple adhérence; aussi faut-il recourir du reste à un service de renfort sur le tiers environ de la longueur de cette ligne particulièrement difficile.
- On voit immédiatement combien une pareille méthode d’exploitation devient onéreuse; elle présente, en outre, le grave inconvénient d’augmenter beaucoup la durée des arrêts en stationnements à cause du temps qu'exigent les manœuvres d’attelage ou de décrochage des machines de renfort.
- L’augmentation du trafic, et surtout la création d’un train express faisant le service direct de Paris à Cerbère par cette ligne de Neussargues, ont amené la compagnie du Midi à faire l’étude de machines assez puissantes pour remorquer sans renfort sur ces rampes si fortes un train express de composition ordinaire, du poids de 100 tonnes environ, mais en même temps assez rapides pour fournir, en palier ou sur des rampes de faible inclinaison, une vitesse au moins égale à celle des machines actuelles.
- ig. 1 et 2. — Locomotive compouml de la Compagnie du Midi. Coupes longitudinales, verticale et horizontale.
- Les manivelles, commandées par le même groupe de cylindres, sont calées à angle droit; mais, par rapport au même côté de la machine, la manivelle de basse pression est montée avec une avance de 162 degrés dans le sens de la rotation normale sur la manivelle de haute pression; c'est du reste, comme on sait, l’angle de calage qui a été adopté déjà pour les machinés compound du Nord, et nous avons exposé les raisons qui l’ont lait admettre.
- Les deux mécanismes de distribution sont du système Walschaert; ils peuvent être actionnés solidairement ou séparément au moyen du même volant par l’intermédiaire d’emmanchements appropriés.
- Les diamètres intérieurs des cylindres sont de 0,550 pour la haute pression et de 0,650 pour la basse pression, le rapport des volumes a été calculé de façon à réaliser pour une vitesse ordi-
- Cette machine fut étudiée par la Société alsacienne de constructions mécaniques sous la direction de son distingué administrateur M. de Glehn ; la construction en fut exécutée dans les ateliers de cette société à Belfort. Les figures 1 et 2 en donnent les coupes longitudinales, verticale et horizontale, elles permettront de reconnaître les divers organes de ces machines sur lesquels nous n’insisterons pas en raison des détails que nous avons déjà donnés précédemment en parlant des locomotives compound du Nord et de Paris-Lyon-Méditerranée.
- La machine est à 6 roues accouplées, et possède 4 cylindres. Les deux cylindres d’admission à faible diamètre sont extérieurs et actionnent le deuxième essieu accouplée, les deux cylindres à faible pression de grand diamètre sont intérieurs au châssis et agissent sur le premier essieu accouplé. Ces quatre cylindres ont une inclinaison de 75/1000.
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- nuire un travail égal sur les deux essieux moteurs ; quant à la course des pistons, elle est de 0,640.
- Le foyer en acier est du système Belpaire ; il est muni d’une voûte intérieure en briques ; les tubes en acier sont à ailettes; nous avons montré l'utilité de ces ailettes dans la description des tubes Serve de la machine compound de la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée. La chaudière est timbrée à 14 kilos par centimètre carré.
- Pour faciliter le démarrage, un dispositif spécial permet d’envoyer la vapeur vive dans le réservoir intermédiaire d’où elle est admise dans le grand cylindre, mais en meme temps, grâce à un mécanisme particulier, la vapeur détendue provenant du cylindre à haute pression est évaluée directement dans la tuyère d’échappement.
- En raison des fortes déclivités que présente la ligne sur laquelle cette machine est appelée à circuler, la locomotive est pourvue d’appareils permettant le fonctionnement de la contre-vapeur en compound : les grands cylindres aspirent la vapeur humide dans la tuyère d’échappement, cette vapeur est refoulée dans le réservoir puis aspirée par les petits cylindres et enfin refoulée dans la chaudière ; toutefois, pour éviter la surchauffe que subit nécessairement la vapeur ainsi comprimée, un appareil spécial d’injection permet d’alimenter le réservoir avec de la vapeur fortement chargée d’eau.
- Celte locomotive est munie d’un boggie à l’avant.
- Pour les machines destinées au service de la ligne de Béziers à Neussargues, qui n’ont pas besoin d’une grande vitesse mais qui doivent au contraire développer un effort de traction considérable, le diamètre des roues motrices est limité à lm,600. Toutefois, ce chiffre a pu être dépassé pour les machines destinées au service de la ligne de Toulouse à Bayonne qui ne rencontrent pas de pentes aussi fortes, et le diamètre des roues motrices a été porté dans ce cas à lm,750. L. Bâclé.
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- SUCRE SCIÉ ET CASSÉ
- Nous avons récemment1 publié une chronique dans laquelle il est dit que lorsqu’on râpe du sucre, ce dernier se transforme partiellement en glucose qui possède un pouvoir sucrant moindre que celui du sucre ordinaire. M. L. Labare, chef des travaux chimiques à l’École supérieure des sciences de Rouen, nous adresse à ce sujet divers renseignements intéressants. Le fait signalé explique pourquoi les « bonnes ménagères » trouvent l’emploi du sucre râpé peu avantageux. Semblable explication a été donnée, puis réfutée par certains auteurs qui ne sont pas arrivés à constater la formation du glucose dans ces conditions. C’est alors qu’on mit en avant la théorie d’un changement d’état moléculaire du sucre. En admettant que sous l’action de la râpe, la proportion de glucose que peut contenir le sucre mal raffiné augmente, ou que le sucre pur puisse se scinder en glucose et en lévulose (d’où vient la molécule d’eau nécessaire à ce dédoublement?), celte transformation n’a lieu que pour une quantité de
- 1 Voy. n° 1255, du 19 juin 1897, p. 46.
- matière extrêmement faible. On peut se demander si, dans ces conditions, la sensibilité du sens « goût » est suffisante pour apprécier une si petite différence. L’expérience suivante semble répondre négativement :
- Deux solutions sucrées ont été très exactement établies au même titre, soit 20 pour 100, ces 20 grammes de sucre pesés au milligramme près pour les 100 centimètres cubes d’eau distillée. Niais tandis que la solution A contenait 20 grammes pour 100 de sucre ordinaire, concassé au couteau, la solution R contenait 20 grammes de sucre non seulement scié à la mécanique mais de plus râpé en second lieu à la râpe rotative. La plupart des personnes (non prévenues sur le but poursuivi) qui ont goûté à ces solutions n’ont pu se prononcer. (Juelques-unes ont bien désigné la solution A comme étant la plus sucrée, mais d’autres personnes, en nombre presque égal, ont désigné au contraire la solution B comme devant contenir plus de sucre. La solution du problème serait peut-être tout simplement contenue dans les deux considérations suivantes, qui, pour être bien comprises, nécessiteraient des explications trop longues à énumérer ici : 1° Différence de volume occupé par un morceau de sucre et de volume occupé par ce même morceau de sucre réduit en poudre; 2° Différence de solubilité, différence apparente et nullement réelle. J. F. G.
- LE CHAMP MAGNÉTIQUE
- ET LA RADIATION
- La plupart des physiciens admettent que les raies spectrales sont dues aux mouvements rythmés des atomes dans la molécule. Ces atomes sont le support de charges électriques, ce qui en fait de véritables excitateurs analogues à ceux de Hertz, mais de dimensions infimes. Si cette idée est exacte, le mouvement de ces atomes chargés doit évidemment être influencé par le champ magnétique. Cette idée avait déjà frappé Faraday, qui avait tenté, dès 1862, de mettre ces variations de la période vibratoire en évidence par un déplacement ou un élargissement des raies spectrales. Malheureusement, Faraday ne possédait pas l’outillage dont tout laboratoire bien monté est aujourd’hui pourvu. Il n’avait pas à sa disposition l’un de ces merveilleux réseaux de Rowland, qui assurent une grande netteté de lignes avec une énorme dispersion.
- L’expérience vient d’être reprise par le professeur Zeeinan, alors à Leyde, aujourd’hui à Amsterdam. Une flamme chargée de sels de soude était placée entre les pôles d’un électro-aimant que l’on pouvait exciter à volonté. Au moment de l’établissement du champ, les raies de la soude s’élargissent, manifestant ainsi un changement dans le mode vibratoire des atomes.
- Le professeur Lorentz avait, d’avance, étudié par les mathématiques les conséquences de cette expérience non encore réussie. Il avait prédit, en particulier, que la lumière devait être polarisée sur les bords des raies, ce que l’expérience confirma.
- Nous nous trouvons ici en présence d’une vérification, d’autant plus belle qu’elle est plus délicate, d’un ensemble de vues sur la constitution de la matière et ses relations avec la production des radiations.
- Cette expérience de M. Zeeman nous donne une occasion de plus de formuler une conclusion bonne à rappeler de temps à autre : c’est qu’une recherche ayant donné un résultat négatif n’est jamais définitive. C.-Fi. G.
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- LA NATURE.
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- AU PÔLE NORD EN BALLON
- EXPÉDITION ANDRÉE
- Il y a déjà pins d'un mois que l’expédition Andrée est partie en ballon, faisant route pour le Nord. Plus d’un mois! et l’on n’a reçu aucune nouvelle. Cependant il y avait des pigeons voyageurs à bord. Les esprits pessimistes commencent à s’inquiéter. On s'imaginait bonnement que l’on recevrait quelque dépêche ailée au bout de quelques jours, comme s’il s’agissait d’une excursion sur le continent. A peine l’aérostat était-il en l'air depuis vingt-quatre heures que l’on annonçait le retour d’un pigeon voyageur. Ce pigeon venait simplement du nord de la Norvège. Un peu plus tard, un baleinier revenait au port rapportant qu’il avait aperçu sur son chemin un gros objet flottant à la surface de la mer comme les débris d’un ballon. On en dira encore bien d’autres.
- 11 conviendrait cependant de réfléchir un peu avant d'annoncer brutalement (pie nous ne reverrons plus aucun des membres de l’Expédition au pôle Nord.
- Les pigeons ne sont pas revenus. D’abord sont-ils partis? Et le seraient-ils que rien ne prouve que des pigeons voyageurs soient susceptibles de retrouver leur colombier au milieu des brumes et des glaces des régions polaires. Déjà en pleine mer, les pigeons lancés à quelques centaines de kilomètres des cotes ont beaucoup-de peine à se retrouver, et souvent se perdent comme il est arrivé pendant le lancer sur l’Atlantique, en 1895. On ne peut faire que quelques hypothèses sur le voyage du ballon Andrée. Il s’est élevé avec bon vent, vent assez fort même du sud-ouest. Le courant a dû se maintenir ainsi un certain temps. Si, par malechance, il y avait eu saute de vent en pleine nuit, les aéronautes s’en seraient bien aperçu en temps utile, avant d’être rejetés en mer, et ils auraient atterri sur la banquise. Si, au contraire, le courant sud s’est maintenu, s’il n’y a pas eu d’arrêt intempestif, ils ont dû passer dans le voisinage du pôle assez vite, en moins de deux ou trois jours. Puis, l’aérostat aura continué sa route vers le nord-est, jusqu’à ce que l’on ait jugé utile de s’arrêter. L’aller, c’est bien ! Mais c’est le retour qui est plein d’aléa. Le ballon aura-t-il profité d’un courant favorable? ou bien, au contraire, les membres de l’Expédition auront-ils résolu d’explorer les régions aperçues de la nacelle? Auront-ils débarqué, forcés et contraints, sur les glaces du côté de la Sibérie? Ils ont emporté tout ce qu’il faut pour un hivernage prolongé. On peut donc très bien admettre que de longs mois se passeront sans que M. Andrée puisse nous rassurer sur son sort et celui de ses compagnons. Peut-être nous faudra-t-il attendre au moins un an pour avoir des nouvelles. L’hiver arrive vite dans les régions arctiques. Nansen a dû hiverner dès le 28 août 1895, et ce n’est guère qu’à la fin de mai que l’on peut songer à quitter ces parages glacés. On peut compter sur des mois avant le retour des explorateurs dans des régions moins inhospita-
- lières. La curiosité publique devra donc peut-être attendre à moins d’accident imprévu, l’année 1898, avant d’apprendre ce que sont devenus le ballon Andrée et l’expédition suédoise.
- M. Andrée a tenu parole. Presque à jour fixe, il a quitté la terre ferme. On avait tant dit qu’il ne partirait pas. Il ne pouvait cependant s’élever en 1896 contre le vent. Quand est venu le printemps de 1897, les détracteurs de l'Expédition ont bien compris que la résolution était bien prise et irrévocable. On a bien vu (pie les préparatifs recommençaient. Nous croyons qu’il y a intérêt pour l’histoire de la Science à fixer ici brièvement les traits principaux de la préparation en 1897 de cette très aventureuse mais mémorable expédition.
- Dès le 28 mai un navire de guerre suédois le Swensksund quittait (iolhenbourg ayant à son bord le personnel de l’expédition et tout le matériel; il était suivi du Virgo, porteur des acides et des métaux nécessaires à la production de l’hydrogène. On débarqua à Danskcen, petite île de la côte Nord-Ouest du Spitzberg. L’installation, le hangar de 1896 avaient peu souffert. On déplia le ballon le 14 juin et le gonflement fut commencé le 19 juin. Le 22 juin, à minuit, l’aérostat se dressait superbe derrière son abri.
- Nous rappelons que l’aérostat construit par M. Lachambre à Paris a 20m,60 dediamètre et en 1896 cubait 4600 mètres cubes. 11 fut renvoyé à Paris pour subir quelques modifications. On coupa l’enveloppe à l’équateur pour y rapporter deux zones d’une hauteur totale de 95 centimètres, ce qui accrut le volume d’environ 500 mètres cubes. De sorte que cette année l’aérostat cube 5100 mètres cubes. Nous renvoyons pour la construction de l’aérostat aux détails qui ont déjà été donnés ici1. Une fois gonflé, l’aérostat fut observé pendant quelque temps et l’on éprouva son imperméabilité en plaçant sur les coutures des bandes d’étoffe imprégnées d’acétate de plomb qui noircit au contact de l’hydrogène sulfuré. Dix personnes travaillèrent ainsi juchées sur le dôme du ballon, s’efforçant de se maintenir en équilibre aux mailles du filet. On constata quelques petites fentes qui furent rapidement bouchées. En cinq jours, le ballon gonflé laissa fuir 126 mètres cubes, ce qui donne une perte moyenne de 25 mètres cubes par 24 heures. Ces conditions peuvent être considérées comme assez satisfaisantes.
- On aménagea la nacelle de 2 mètres de hauteur. Cette nacelle est complètement close, à deux étages avec deux fenêtres latérales ; elle est enveloppée de grosse toile à voile. Dans l’étage inférieur, un sommier recouvert d’un sac en peau de renne pour servir de lit de repos. Les parois sont tapissées de cases pour recevoir les livres, les cartes, instruments, armes, munitions, objets de toilette, batterie de cuisine. Pour faire cuire les aliments, un petit réchaud à alcool, renfermé dans un cylindre qu’une sangle
- 1 Voy. n» 1180, du 11 janvier 1896, p. 90.
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- de 10 mètres de long maintiendra au-dessous de l’orifice pratiqué dans le plancher de la nacelle ; un petit mécanisme, mù par une cordelette, permet d’enllammer à distance l’allumette destinée à mettre le feu à la lampe. Pour éteindre, on souffle sur elle par un tuyau de caoutchouc q u i suit la sangle ; une marmite de petite dimension, déposée sur le réchaud. amène l’eau à l’éhulli— tion en quelques minutes. Au premier étage, deux aéronautes : un se reposant au-dessous, deux veillant au-dessus. A un mètre de la nacelle, une suspension à la Cardan où l’on a accroché les instruments : boussoles, sextants, théodolites, baromètres, thermomètres, hygromètres, anémomètres; puis appareils photographiques, etc.
- Puis là aussi, comme dans un vaste garde-manger, les provisions dans un grand sac, jambons, saucissons, langues, boîtes de conserve; puis, encore des bouées en forme de toupies, de 50 centimètres de long, sorte de boîtes aux lettres à jeter un peu partout, dans l’espoir que, si l’expédition avait un sort fatal, les bouées finiraient par arriver à la mer, et
- donneraient des nouvelles des explorateurs; enfin, un panier emportant quatre pigeons voyageurs !
- Tout était prêt pour le départ dès le 1er juillet. On n’attendait plus que le vent favorable. Il se lit désirer encore 10 jours. Enfin, le 11 juillet, vent sud assez fort. Le moment était arrivé. Nous cédons la plume ici à M. Alexis Ma-churon, neveu et représentant de M. Lachambrc, qui assista au départ de M. Andrée. Voici quelques-unes de ses notes :
- « A onze heures tout le monde est à l’œuvre; les charpentiers, aidés des marins, démolissent avec une surprenante rapidité la partie nord du hangar, pendant que l’on ferme la partie sud aussi haut que possible à l’aide de toiles pour se protéger contre l’action du vent dont la force va en augmentant.
- « La plus grande difficulté était de sortir le hallon sans avarier le tissu contre les hois du hangar. Toutes les parties proéminentes sont garnies d’une épaisse couche de feutre et tout danger est maintenant écarté.
- « Pour empêcher l’aérostat de rouler pendant les dernières manœuvres, il est entouré à la hauteur de l’équateur par de larges sangles qui sont fixées à la partie restante du hangar.
- (( Les préparatifs vont vite ; à deux heures, la nacelle est
- Fig. 1. — Hangar du ballon contre la montagne.
- Fig. 2. — Baie de Yirgo, Hangar du ballon côté ouest.
- Fig. 3. — Vérification du ballon pendant le gonflement. (D’après des photographies de M. Macliuron).
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- glissée à sa place et reliée au cercle qui est amarré solidement à terre par trois câbles. Tout est prêt et bien paré.
- « Les explorateurs font leurs adieux, rapides et touchants, peu de paroles sont échangées, mais de franches poignées de main où les coeurs se comprennent.
- Puis Andrée entrant sur le pont de la nacelle, appelle d’une voix ferme : (( Strind-berg... Fraenkel...
- Allons!... » Aussitôt ses deux compagnons prennent place à côté de lui....
- « Le commandant Ehrensvard transmet à ses marins les ordres qui sont exécutés ponctuellement : les sangles équatoriales tombent, le ballon débarrassé roule un peu malgré son abri; il faut attendre quelques secondes et profiter d’une accalmie pour partir.
- « Trois marins armés d’un couteau se tiennent prêts, au premier signal, à trancher les trois câbles qui seuls retiennent captif le ballon.
- « Arrive le moment opportun.
- (( Coupez... » s’écrie Andrée.., une seconde peine... le navire aérien s’élance dans l’espace, salué de nos plus vifs hourras.
- « Chargé des cordages qu’il soulève, l’aérostat n’atteint pas \ 00 mètres d’altitude. Le vent l’entraîne... Les guide-rope, allongés le long de la côte, glissent déjà sur la mer, tout semble aller pour le mieux à bord ; nous, spectateurs haletants, nous suivons avec vive attention
- les phases rapides de cet émouvant et unique départ. )) Le ballon qu Andrée venait de baptiser CErnem
- (l’Aigle) disparut à l’horizon au boutd’uneheure. 11 emporte avec le elle! de l’expédition M. Frænkel, ingénieur des chemins de fer Scandinaves, et un tout jeune hommede23ans, M. Strindberg. Oui, M. Machu-ron a raison de le dire, les cœurs se sont serrés, quand tout là-bas dans la brume s’est évanoui, comme un fantôme, YQErnem ! ballon qui, pour la première fois, aura franchi ces régions in connues. Car, malgré soi, il se présente toujours à l’esprit la pensée d’une catastrophe finale; et la crainte énervante de voir augmenter la liste, déjà si nombreuse, des martyrologes de la science. Tant de fois on a crié depuis deux ans : « casse cou » à M. Andrée et à ses compagnons! Mais leur résolution était prise, et rien n’a pu les arrêter! 11 nous faut chasser ces idées sombres en terminant et faire des vœux pour que les trois hardis explorateurs accomplissent leur œuvre audacieuse et nous reviennent sains et saufs aux applaudissements du monde civilisé. Henri de Parville.
- Fig. 4. — Restes du hangar avant le départ du ballon.
- Fig. 5. — Départ du ballon.
- Fig. 6. — Disparition du ballon,à l'horizon. (D’après des photographies de M. Macliuron).
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- LA DÉNATURATION DE L’ALCOOL
- M. Troost a présenté à l’Académie des Sciences une Note de M. Ernest Barillot sur la dénaturation de l’alcool. Nous résumons cette note en faisant remarquer l’importance hygiénique et fiscale liée à cette question :
- La dénaturation de l’alcool est une opération d’une grande importance, tant au point de vue fiscal qu’à celui de l’hygiène publique; car le fraudeur, en revivifiant l’alcool dénaturé, cherche à échapper aux droits de la régie ; mais, ne pouvant le plus souvent arriver à le bien purifier, il y laisse des matières nocives, qui contribuent au développement de l’alcoolisme. Un bon dénaturant doit être difficilement éliininable, et son élimination, en tout cas, ne doit pouvoir être faite avec profit. On a proposé de remplacer le dénaturant actuel par des huiles sulfurées (mercaptans, huile neutre de Zeiss, etc.) ; l’odeur infecte de ces produits, l’acide sulfureux dégagé dans leur combustion, les font a priori rejeter. On préconise la dénaturation par les huiles d'acétones, procédé employé en Suisse (I)r Lang). Ces huiles sont dérivées de la calcination de l’acétate de chaux ; elles accompagnent l’acétone dans sa préparation ; on les extrait aussi des produits de décomposition pyrogénée des sels alcalins terreux, provenant d’acides gras formés dans l’oxydation violente des fusels(DrLang). Ce mode de dénaturation est illusoire» Nous allons indiquer par quels procédés simples on peut revivifier les alcools ainsi dénaturés.
- Les huiles d’acétone se composent de carbures benzé-niques et parafféniques et d’une partie kétonique (méthvl-éthyl-acétone, éthyl, butyl, etc. acétone). En solution dans l’alcool, à 95°, ces acétones supérieurs sont précipités par le bisulfite de soude (D = 1,155), exempt d’acide sulfureux en excès ; il suffit, par filtration, de séparer le liquide de la combinaison hisulfitique ; ce liquide, fractionné dans un appareil convenable (Le Bel-Henninger, Burin, Monnet, Anderlini, etc.), donne en tète les carbures légers benzéniques, au milieu l’alcool consommable.
- 11 y a lieu de tenir compte des constatations précédentes dans le choix d’un bon dénaturant, question dont se préoccupent en ce moment les pouvoirs publics, tant au point de vue fiscal qu’à celui de la santé publique.
- Le procédé actuellement employé en France est l’introduction de 15 pour 100 de méthylène tel que l’avait en 1881 préconisé M. Bardy, mais modifié en 1891 parle Comité consultatif des Arts et Manufactures.
- Cette modification consiste dans l’introduction dans le dénaturant d’impuretés dites pyroç/énées dérivées du bois, impuretés inextricables et facilement dosées par la méthode simple que M. Barillot a donnée, en 1891, à l’État, méthode qui depuis cette époque a été appliquée avec succès par les services techniques du Ministère des finances.
- M. Cocherv, ministre des finances, vient de proposer la réglementation suivante en ce qui concerne le mode de dénaturation qu’il présente dans son Rapport distribué à la Chambre. La taxe actuelle des alcools dénaturés sera abaissée de 37,50 à 3 francs par hectolitre, ce qui facilitera beaucoup l’exercice des industries chimiques en même temps que cela occasionnera une plus grande consommation d’alcool dénaturé et par conséquent d’alcool agricole.
- En plus du dénaturant actuel, des dispositions que l’on tiendra secrètes seront prises par les services intéressés en vue de compléter la dénaturation ordinaire dans certains cas jugés spéciaux tout en facilitant dans la plus large mesure l’emploi industriel de l’alcool. L. Durand.
- LA ROTATION DU SOLEIL
- ET LA MÉTHODE DOPPLEH-FIZEAl! 1
- Notre article, publié il y a quelque temps déjà, sur la fructueuse méthode Doppler-Fizeau nous a valu, à cette époque, de M. Maurice Fouché, vice-président de la Société astronomique de France, une aimable lettre d’où nous extrayons le passage suivant :
- (( Vous dites que la vérification expérimentale du principe de la méthode n’a pas encore été faite, et cela est vrai, si vous entendez la vérification par une expérience de laboratoire; mais le principe de cette belle méthode a déjà reçu, par une autre voie, une confirmation qui, je crois, mérite bien le nom à’expérimentale, en prenant ce mot dans son sens philosophique. Cette confirmation est due à l’astronome Thollon, qui a vérifié, à l’observatoire de Nice, que les raies du spectre émané du bord du soleil qui se rapproche de nous par suite de la rotation de cet astre, sont déplacées vers le violet, tandis que les raies du spectre émané du bord opposé sont déviées en sens inverse. De plus, la vitesse qu’il a déduite des mesures de ces déplacements s’accorde avec celle qu’on déduit de l’observation des taches solaires. »
- Et M. Fouché ajoute :
- (( Thollon était un observateur remarquable, qui est mort prématurément en 1887, et peut-être y a-t-il un certain intérêt à ne pas laisser son nom s’ensevelir dans l’oubli. »
- Certes oui, il serait de criante injustice que le regretté Thollon devînt un inconnu à ceux qui aiment la science ; il en fut épris jusqu’à la passion, et sa plus grande tristesse, lorsque ses forces commencèrent à décliner, fut de laisser son œuvre inachevée avant qu’il eût pu former un disciple capable de la mener à bien. Thollon avait construit un des spectroscopes les plus parfaits qui soient, et s’en était servi journellement pour l’examen du spectre solaire; il en avait dessiné une grande partie, publiée depuis dans la belle collection des Annales de l’observatoire de Nice, que l’on doit à la libéralité de M. Bisclioffsheim. Cet atlas du spectre solaire est un document de premier ordre, et nous avons pu voir des spécialistes de la spec-troscopie — le professeur Michelson entre autres — en extase devant quelques-unes des planches qui le composent, émerveillés de ce que Thollon ait vu tant de détails, qu’il ait pu les reproduire avec tant de fidélité, et que l’artiste chargé de la gravure ait serré de si près l’original.
- Mais revenons à la méthode Doppler-Fizeau appliquée à la mesure de la rotation du soleil. Cette mesure soulève une question bien délicate et fort peu connue, celle des illusions d’optique liées aux phénomènes solaires. Je me bornerai à en donner ici les points essentiels.
- Le soleil est une sphère gazeuse; il ne saurait y avoir aucun doute à ce sujet, puisque tous les matériaux qui le composent s’y trouvent au-dessus de leur température critique. Pourquoi dès lors voit-on le soleil délimité par un bord parfaitement défini ?
- M. Schmidt, de Stuttgart, nous l’enseigne dans une étude parue dans un programme introuvable, et intitulée « Sur la réfraction des rayons dans le soleil ; contribution géométrique à la physique solaire ».
- M. Schmidt montre, dans ce mémoire, que les rayons lumineux éprouvent, à la surface du soleil, des réfractions considérables, et que le bord apparent de cet astre est une simple illusion d’optique analogue au mirage, mais com-
- 1 Voy. n° 1220, du 17 octobre 1896, p. 509.
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- pliquée du fuit que les couches traversées par les rayons sont elles-mêmes lumineuses. 11 montre, de plus, que la couche contenant les taches est plus profonde qu’elle ne parait, et qu’il faut leur appliquer un rayon de giration moindre que le rayon apparent. Les mesures de leur vitesse faites à l'aide de la méthode Doppler-Fizeau présentent donc une petite difficulté d’interprétation qui rendra toujours cette vérification simplement approximative; et, de fait, les mesures de M. Dunér, ultérieures à celles de Thollon, montrent un petit écart dans le sens prévu par la théorie.
- Les faits mis en lumière par M. Schmidt ne devraient jamais être perdus de vue dans l’explication des phénomènes observés à la surface du soleil ; la plupart des astronomes, jusqu’à ces dernières années, se fondant sur l’apparence des taches solaires au voisinage du bord, pensaient que ces taches étaient des ouvertures dans une enveloppe
- lumineuse, laissant voir un noyau intérieur plus sombre.
- Cette idée avait toujours paru bien improbable aux physiciens, qui ne trouvaient rien dans leurs théories habituelles qui fût susceptible d’expliquer une pareille configuration. On sait en effet qu'un corps enfermé dans une enceinte opaque prend sa température, et on ne comprenait guère comment le noyau du soleil pourrait être plus froid que son enveloppe, seule soumise au refroidissement dont nous bénéficions en arrêtant au passage la milliardième partie de l’énergie quelle répand dans l’espace.
- Les théories de M. Schmidt expliquent suffisamment l’illusion à laquelle ont été soumis les astronomes de plusieurs générations.
- La propagation des rayons à la surface du soleil est curviligne. Une tache près de disparaître ne se présente pas par la. tranche, comme elle ferait si la lumière se propageait en ligne droite dans les milieux de densité décroissante qui entourent le noyau solaire. Ces rayons suivent une route telle que ABC, comme le montre la figure ci-dessus et les taches, même au voisinage du bord, présentent une partie de leur surface supérieure. La seule inspection du diagramme montre comment les taches, avant de disparaître, peuvent donner l’illusion d’une échancrure.
- 11 en résulte aussi que les valeurs de la rotation du soleil, déduites du mouvement des taches, ne doivent être enregistrées qu’avec prudence.
- Beaucoup d’astronomes n’ont accueilli qu’avec une grande défiance les théories de M. Schmidt. On le comprend; nous sommes tellement habitués à croire ce que nous voyons, que quelques diagrammes, quelques raisonnements mathématiques sembleront, à première vue, plus douteux que les résultats d’une observation quotidienne.
- Et cependant on ne pourra plus les ignorer si l’on veut arriver à une explication complète des phénomènes observés à la surface du soleil. Cii.-Éd.Guillaume.
- LES CONDUCTEURS ÉLECTRIQUES
- AU VOISINAGE DES MAGASINS A POUDRE
- L’Académie des sciences a déterminé dernièrement les précautions à prendre dans l’installation des conducteurs électriques au voisinage des magasins à poudre, à la suite d’un rapport spécial qui a été présenté par une commission formée de MM. Berthelot, Cornu, Mascart, Lippinann, Deprez, Becquerel, Potier, d’Arsonval, et Vielle, rapporteur. Les principales prescriptions, s’appliquant à toutes les lignes électriques, téléphoniques ou télégraphiques, sont les suivantes :
- Une ligne transportant de l’énergie électrique ne constitue par elle-même aucun danger pour les objets qui ne sont pas situés dans son voisinage immédiat : une distance de 10 mètres parait suffisante pour écarter tout risque.
- On ne laissera donc pas les lignes souterraines approcher à moins de 10 mètres des poudrières. La même distance de 10 mètres sera également imposée aux conduites d’eau ou de gaz, à cause des défauts possibles de conductibilité qui les rendraient dangereuses. Les lignes aériennes, exposées à être déplacées par diverses causes mécaniques ou météorologiques impossibles à éviter, devront être tenues à une distance plus grande, mais que l’on ne saurait définir simplement par un nombre. La véritable condition de sécurité sera, en effet, que la ligne ne puisse, en aucun cas, tomber dans le voisinage immédiat de la poudrière ; ce qui dépendra pratiquement de la configuration du sol, de la hauteur et de la solidité des poteaux, de la fixité générale de la ligne. Cependant une distance minimum de 20 mètres parait devoir être exigée dans tous les cas.
- Pour les lignes placées à l’intérieur des locaux, on prendra des fils revêtus d’abord d’une couche isolante con- * tinue, d’épaisseur suffisante au point de vue électrique, protégés ensuite contre toute détérioration par une enveloppe en métal étanche et résistante. Les interrupteurs et plombs fusibles seront placés à l’extérieur. L’arrivée du courant se fera par câbles souterrains. On ne fera usage que de courants à basse tension, en s’astreignant à ne pas dépasser 110 volts dans toute la distribution intérieure. On renoncera aussi absolument aux lampes mobiles, et l’on ne fera usage que de lampes fixes, protégées par une seconde enveloppe en verre.
- Pour les lignes de sonnerie, qui n’emploieront jamais que de faibles courants et des fils de petit diamètre et qui d’ailleurs ne doivent qu’aboutir à des guérites situées toujours à une distance d’au moins 4 mètres des poudrières, il n’y aura pas de précautions spéciales à prendre lorsque la ligne sera souterraine ; cependant, en certains cas, un parafoudre dans la guérite pourrait ne pas être inutile. Si l’on emploie une ligne aérienne, dont on aura soin d’assurer la solidité, on la munira d’un parafoudre à chaque extrémité et de paratonnerres analogues à ceux qu’emploie l’administration des télégraphes, placés tous les 100 mètres sur les poteaux supportant la ligne.
- J. Lebon.
- NOUVEAUX PERFECTIONNEMENTS INTRODUITS DANS
- LU NAAIIIATION MARITIME
- Les nombreux essais de construction de bateaux sous-marins ont attiré l’attention des inventeurs sur les inconvénients offerts par les navires ordinaires à flottaison superficielle*
- La rotation du soleil.
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- LA NATURE.
- Ceux-ci ont en effet leur pont à une certaine hauteur au-dessus du niveau delà mer pour éviter d’embarquer de l'eau quand la mer est agitée. Il s’ensuit que le navire opposant une grande surlace au choc des vagues, celles-ci se heurtent avec violence contre ses lianes et le l'ont danser.
- Si, au contraire, on adopte la disposition des bateaux sous-marins1, qui sont hermétiquement fermés, le pont se trouve rapproché de la ligne de flottaison et les vagues viennent passer par-dessus. Ne rencontrant pas d’obstacle, leur action se trouve considérablement diminuée et la marche du navire en est avantagée par une perte moindre de vitesse (pie pour les navires ordinaires.
- On peut dire qu’à égalité de puissance motrice et de surface de carène immergée un navire ferme et
- lias, fait plus de route qu’un navire à ciel ouvert.
- Ausssi les Américains ont-ils été amenés à construire des navires de forme spéciale, dits whale-backs (en dos de haleine) qui forment la transition entre les bateaux ordinaires et les bateaux sous-marins.
- La figure ci-dessous, que nous reproduisons d'après le New-York Herald, représente un de ces navires auquel le capitaine Flindt vient, d’appliquer une hélice spéciale de son invention.
- On sait que l’hélice, dont l’invention remonte à près d’un siècle et demi, est loin d’avoir donné tout le rendement que l’on est en droit d’attendre d’elle malgré les nombreux perfectionnements qu’on lui a fait faire.
- Le capitaine Flindt s’est spécialement appliqué à
- Navire fermé en dos de baleine dit : Whaleback.
- l’étude de l’hélice comme moyen de propulsion et, après une série de tâtonnements qui ont duré cinq ans, pendant lesquels il a essayé plus de cinquante modèles différents d’hélices, il est arrivé à une forme nouvelle qui lui a donné de très lions résultats. L’inventeur prétend obtenir, avec sa nouvelle hélice actionnée par un moteur à gazoline, une vitesse de 50 milles à l’heure. Il affirme qu’un paquebot ordinaire filant 15 nœuds à l’heure acquerrait une vitesse de 28 nœuds par l’adaptation de son nouveau propulseur.
- Sans vouloir préjuger des mérites de ce perfectionnement introduit dans la construction navale, nous uc nous hasardons pas beaucoup en disant que la navigation maritime a encore bien des progrès à faire avant d’atteindre à la perfection et (pie nous ne serions nullement surpris qu’à la suite
- 1 Voir La navigation sous-marine; Librairie de Sciences générales; Paris, 1897.
- des essais que l’on va faire incessamment sur l’IIudson nous ayions à enregistrer un nôuveau pas fait dans la voie du progrès.
- Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’il serait temps de ne plus continuer à suivre les anciens errements en ce qui concerne la eonstruçtion des torpilleurs, dont les modèles actuels sont fort insuffisants et de beaucoup inférieurs au rôle important qu’ils sont appelés à jouer dans les guerres maritimes modernes. Sans chercher à les rendre entièrement sous-marins, nous inclinons à penser qu’il y aurait avantage à les rendre submersibles, avec l’intention arretée de ne se servir de cette précieuse qualité que pendant les très gros temps, les traversées périlleuses et au moment du combat.
- En temps ordinaire on naviguerait à fleur d’eau.
- Cette disposition présenterait également un intérêt pour les bateaux de sauvetage. G.-L. Pesce.
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- LA NATURE.
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- LE FILET PROTECTEUR
- DU DONT DE RAMIXGAO
- Les touristes qui, l’hiver venu, s’enfuient à toute pédale vers la* Cote d’Azur, connaissent Lien le pont de Ramingao.
- 11 est établi sur la route nationale n° 7, de Nice à Menton, près de Roque-brune et non loin de la route de la Turbie, au-dessus d’un ravin profond de 16 mètres. Sa réputation est sinistre.
- Il lait suite à une partie delà route dont la pente, très rapide, n’est pas moindre de 8 pour 100; et comme il réunit deux parties de la route presque parallèles, il est à angle droit avec chacune d’elles. On ne peut rêver plus dangereuses conditions. Voituriers et cyclistes qui n’ont pu assurer un freinage assez puissant et descendent la déclivité à une allure désordonnée ne peuvent virer assez rapidement, viennent heurter sur le parapet du pont et sont précipités dans le ravin. En moins de trois ans, malgré les poteaux indicateurs placés par le, Touring-Club de France, avertissant du danger, plus de cent malheureux , dont une vingtaine de cyclistes, furent ainsi blessés; plusieurs furent tués net ou succombèrent à leurs blessures.
- Depuis quelques années, l'administration des Ponts et Chaussées a résolu de rectifier cette route ; le travail a été commencé à partir du pont de Saint-Roman, à la frontière monégasque, et continué sur plusieurs kilomètres ; mais le tronçon qui comprend le pont de Ramingao ne doit être fait que dans quatre à
- cinq ans ; les dépenses sont évaluées à 275 000 francs.
- 11 fallait] pourtant apporter un'remède'immédiat à ce dangereux état de choses c’est pourquoi le Touring-Club, sur le conseil de M. Àubé, ingénieur des Ponts et Chaussées, et de M. Manigley,
- délégué du T. C.F à Menton, vient de faire établir au pont de Ramingao le filet protecteur dont nos gravures représentent l’aspect. 11 se compose d’une forte char-en fers scellée dans la maçonnerie du pont et sur laquelle est lendu un filet en fils de fer très résistants ; la partie horizontale de ce filet est presque au niveau supérieur du parapet ; de lm,50, dont la base intérieure a 16 mètres de longueur et la hase extérieure 15 mètres; sur toute la longueur de
- celle-ci s’élève un filet vertical, haut de 1 mètre, et les côtés sont protégés par des filets triangulaires.
- La construction est assez solide pour recevoir le choc de deux chevaux qui pourraient y tomber. Les dépenses totales entraînées par cette installation n’ont pas atteint 800 lr.
- Le projet fut établi au mois de février dernier ; grâce à l’activité déployée par les promoteurs, ainsi que par les agents de l’Administration et du T. C. F., MM. Rergougnon, ingénieur ordinaire, Franco, conducteur, et II. Gai, chef de bureau à la préfecture, délégué du T. C. F. à Nice, les travaux purent être commencés dans la seconde quinzaine de mars.
- Le 5 avril, le filet était complètement terminé; quatre jours après, un cycliste vint s’abîmer contre
- Fig. i. — Filet protecteur du pont de Ramingao.
- elle a la forme d’un trapèze haut
- Fig. 2. — Vue d’ensemble du parapet en fil de fer.
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- LA NATURE.
- le parapet; sa machine lut brisée, mais lui-même, projeté dans le filet, ne se fit aucun mal; depuis, en avril et en mai, cinq autres accidents se sont produits ; toutes les victimes furent sauvées sans la moindre blessure; parmi elles, il faut citer un cocher dont la voiture versa en tournant ; il fut précipité du haut de son siège et tomba dans le filet.
- On ne peut donc qu’applaudir à cette œuvre qui sauvera de nombreuses existences ; elle fait le plus grand honneur à tous ceux qui ont apporté h sa réalisation le concours de leur dévouement désintéressé.
- Nous 11e terminerons pas sans adresser nos remerciements à M. Rallif, président du T. C. F., qui nous a très obligeamment communiqué tous les documents nécessaires pour écrire cette Notice.
- ( 1. Rklmssier.
- NÉCROLOGIE
- M. J.-B. Salleron. — La mort vient de nous enlever un de nos constructeurs les plus connus d’instruments scientifiques, M. J.-B. Salleron. 11 s’est acquis, en effet, une véritable célébrité par les nombreux appareils qu’il imagina pour l’analyse des vins et par ses recherches sur les vins mousseux. Avant de se consacrer à ces travaux spéciaux où il montra toutes les qualités d’un esprit éminemment ingénieux et inventif, il avait employé de nombreuses années à étudier et réaliser des appareils présentant un caractère scientifique tout différent. Dès 1858, il donna dans une (( Notice sur les instruments de météorologie a, la-description et la figure d’un baromètre étalon fournissant les pressions atmosphériques à 1/ 100e de millimètre près. Vingt ans après, Marié Davy, organisant l’Observatoire de Montsouris, ne trouva aucun instrument plus parfait et l’adopta comme étalon. M. Salleron, construisit aussi pour cet établissement des enregistreurs, baromètres, thermomètres, anémomètres, pluviomètres, magnétoinètres, etc,, etc,
- C’est vers 1879, qu’il fut amené à s’occuper des vins mousseux et des falsifications des vins communs. A partir de 1881, il se consacra entièrement à ces questions et il dota ta fabrication champenoise de méthodes sûres qui se substituèrent aux procédés empiriques en usage.
- Antérieurement déjà il avait fait une étude des lièges employés pour les bouchons à champagne et il fut assez heureux pour découvrir un procédé d’essai qui permet une classification suivant diverses qualités.
- En 1886, M. Salleron rassembla toutes ses études sur les vins mousseux en un volume qui reçut du public compétent un excellent accueil et fut vite épuisé. En 1895, il dut en faire une seconde édition, mais sa santé déjà profondément altérée ne lui permit pas de poursuivre seul ce travail qu’il acheva avec la collaboration de son ami, M. Mathieu, professeur au lycée de Cherbourg.
- CHRONIQUE
- Le» travaux de rArgentaurnm lalioratory.
- — Le l)r Eimnens nous annonce le dépôt de son quatrième et de son cinquième lingot d’argentaurum à la Monnaie des États-Unis; sur la grave et obscure question qui l’occupe, il considère que son argentaurum résulte de la désintégration des groupes de particules de l’argent et de
- leur réarrangement, et que, à la moindre « provocation », il redevient argent ou se transforme en or. Il a étudié l’argent allotropique de Wohler, Lea, etc., et l’influence qu’exerce sur lui le soleil. 11 nous a communiqué copie d’une correspondance qu’il poursuit avec l’éminent professeur Crookes.
- Emploi du carbure «le calcium contre le phylloxéra. — En mai 1896, M. E. Chuard publiait une Note dans la Shrohique agricole de Lausanne, montrant que l’acétylène brut, dégagé par l’action de l'eau sur le carbure de calcium, renfermait une faible proportion d’ammoniaque. Le dégagement de ce gaz continue après le départ complet de l’acétylène, si la masse résiduelle est maintenue dans un état d’humidité convenable.
- Il en résulte que les résidus de la fabrication de l’acétylène par le carbure de calcium peuvent être d’un en» ploi efficace comme engrais et amendement. Des essais contre le phylloxéra ont été faits, en Espagne, avec succès au cours de l’année dernière. M. Chuard a pu les entreprendre, à Veyrier (Haute-Savoie), où la station viticole de Lausanne dispose d’une vigne d’essai. Sans être encore positifs, les résultats sont néanmoins encourageants; la vigne traitée a montré plus de vigueur que le témoin non traité et le phylloxéra 11’a pas été retrouvé sur 54 ceps pour 102 traités.
- En bateau en ciment armé. — Nous avons signalé à plusieurs reprises l’emploi du ciment et du béton armé pour la construction d’ouvrages d’art, ponts, etc., et aussi pour la confection de conduites d’eau. On comprend qu’il doit être possible de faire sur le même principe des récipients variés, et voici qu’un Italien, M. Gabellini, vient de construire de même un bateau, dont la membrure est faite de barres de fer rond, tandis que le bordé est constitué par une toile métallique reliée à cette membrure, et noyée de part et d’autre dans une couche de ciment. Cette coque résiste parfaitement aux chocs.
- La population «le l’Allemagne. — D’après le recensement de décembre 1895, dont les chiffres viennent d’être arrêtés, la population de l’Empire, y compris l’Alsace-Lorraine , est de 52 244 505 habitants, contre 49428 470 en 1890 et 41 058 792 en 1871. C’est dans le royaume de Saxe que la plus grande augmentation s’est manifestée, 49,5 pour 100, tandis qu’en Alsace-Lorraine elle est seulement de 6. Hambourg a passé de 558 974 âmes, en 1871, à 681652.
- Les microbes «le l’encre. — Il paraît que l’encre contient des microbes pathogènes dont l’inoculation peut être dangereuse. La Médecine moderne annonce ce résultat de recherches dues à M. Marpmann, de Leipzig. Ce savant a soumis à l’examen bactériologique soixante-sept échantillons d’encres employées dans les écoles. La plupart étaient faites avec des noix de galle et contenaient des microcoques, des bactéries et des saprophytes. Une encre, faite avec la nigrosine, prise dans une bouteille fraîchement ouverte, contenait des saprophytes et des bacilles. Une encre rouge et une encre bleue étaient aussi riches en bactéries. Dans deux cas, M. Marpmann a pu obtenir par la culture d’une encre de nigrosine un bacille dont l’inoculation tuait une souris en quatre jours. Cette encre était restée dans une bouteille débouchée depuis trois mois. La conclusion pratique est que, dans les écoles, il ne faut pas laisser l’encre à l’air libre, et que dans l’intervalle des classes les encriers doivent être maintenus fermés. II faut éviter aussi d’humecter sa plume avec sa langue avant de s’en servir.
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- Température des chambres de chauffe. — Le
- Bulletin de la Société des Ingénieurs civils cite, d'après le rapport du médecin en chef de la marine des États-Unis, quelques renseignements sur les températures atteintes dans les navires de guerre. Sur le Détroit, la température des parquets placés au-dessus des chaudières atteint, lorsque le navire est sous vapeur, 58° G. et le rayonnement des tôles qui les constituent porte à 52° la température de l’air dans les passages qu’ils desservent. Le seul moyen de combattre l’élévation de température consiste à ouvrir les portes aménagées aux extrémités pour profiter de l’action de 7 ventilateurs placés sur le pont. Tout ce qu’on a pu faire n’a abouti qu’à abaisser la température à 45° dans les conditions les plus favorables. Ces chiffres sont effrayants ; il n’est pas possible de laisser travailler des hommes dans des conditions hygiéniques aussi défavorables.
- Production totale du cuivre. — La maison Morton et Cie vient de publier sa circulaire annuelle qui fait connaître la production totale du cuivre de tous les pays du monde; en 1800, cette production a été de 575 208 tonnes. En 1888, elle n’était que de 258050 tonnes et, jusqu’en 1802, elle avait monté au chiffre de 510 472 tonnes. En 1805, elle tombait un peu et n’était que de 505 554 tonnes; mais depuis cette époque, elle a suivi un mouvement ascensionnel continu, qui se traduit par les chiffres suivants : 524505 tonnes en 1804, 554285 tonnes en 1805, et enfin 575 208 tonnes en 1800, Soit une plus-value de 58025 tonnes, ou de 11,7 pour 100 sur l’année précédente. Pour ces deux dernières années, la production a été aux États-Unis de 172500 tonnes en 1805 et de 205805 tonnes en 1800. L’Espagne et le Portugal ont donné 54050 tonnes en 1895, et 55575 tonnes en 1800. La production du cuivre aux États-Unis a donc surpassé la moitié de celle du monde entier et elle est près de quatre fois plus grande que celle de l’Espagne et du Portugal.
- Courroies monstres. — Notre confrère Eleclrical World a signalé aux Etats-Unis deux courroies monstres. L’une pèse 2 tonnes et demie, elle est large de 2m,50 et longue de 0.0 ; elle est à triple épaisseur et a employé 509 peaux de bœufs; l’autre, qui est articulée, pèse 2 tonnes et comprend 400 000 chaînons ; elle a même longueur que la première, mais seulement lm,50 de large sur 2 centimètres d’épaisseur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 août 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Les bruits des veines fluides. — M. Chauveau a étudié, au point de vue pathologique et physiologique, les bruits produits par l’écoulement des liquides en veines fluides. Ces bruits sont de deux sortes, les bruits musicaux et les souffles. Les premiers ont été étudiés par Savart. On conçoit que, si, par suite d’une lésion artérielle, un rétrécissement se produit sur un espace plus ou moins long, on pourra rencontrer les trois cas suivants : rétrécissement sans épaisseur par l’intervention d’une membrane formant diaphragme ; rétrécissement sur une épaisseur voisine du diamètre; rétrécissement sur une longueur considérable par rapport au diamètre. M. Chauveau fait usage du tube vertical de Savart, fermé à sa partie inférieure par un ajustage. Cet ajustage porte soit une membrane percée d’un trou, soit un canal d'écoulement, d’une longueur égale au diamètre,
- soit un long canal. Si l’on verse de l’eau dans le tube, celle-ci s’échappe, dans le cas de la paroi mince, sous forme de veine transparente, ne faisant entendre aucun son. Avec l’orifice épais, ce qui est le cas des expériences de Savart, on entend des bruits musicaux dépendant de la hauteur de la colonne liquide versée dans le tube ainsi qu’un souffle très perceptible pour une oreille appliquée au sommet du tube. Avec l’ajustage présentant un long canal d’écoulement, le bruit de souffle est moins fort que dans l’expérience précédente. Dans ces cas, la veine fluide est trouble. La photographie instantanée la montre constituée d’une infinité de petits filets verticaux, composés eux-mêmes de gouttelettes en vibration.
- Un parasite des vins sucrés.— M. Milne-Edwards présente une note de M. Trouessart sur un hôte parasite des vins sucrés. Certains producteurs s’étant émus de l’altération constatée sur les vins de Grenache, de Malaga, de Sainos et de Moscatelle, se sont adresses à M. Trouessart. Celui-ci a découvert que la cause du mal était un acarien déjà décrit par Charles Robin, sous le nom à'acarus pas-sulorum. Il est certainement très surprenant de trouver dans des liquides titrant de 14 à 15 pour 100 d’alcool un acarien ; mais il convient d’ajouter que cet insecte se rencontre fréquemment sur le raisin de Corinthe conservé dans un lieu humide et dans l’obscurité. Au contraire l’acarus passulorum ne prospère pas sur le raisin sec conservé en pleine lumière à l’abri de l’humidité. L’acarus passulorum vit à la surface du vin et non point dans sa masse. Le vin en bouteille, qui en est attaqué, se voile. On rencontre alors sur le liquide des cellules végétales qui probablement servent de nourriture à l’insecte.
- Varia. — M. Bonnier décrit les singularités de structure des racines des plantes maritimes connues sous le nom de Suada et Salsola. — M. Chatin a étudié la dissémination des faisceaux vasculaires dans les pétioles des plantes. — M. Petit présente une note sur la saccharification de l’amidon par la diastase. — M. Léo Yignon expose une théorie de la teinture. Ch. de Vieledelil.
- UN HOMMAGE A « LA NATURE »
- Mon frère, M. Gaston Tissandier, dans le n° 1161 de La Nature, 51 août 1895, a parlé d’un jeune homme, M. Louis Breitel, alors simple ouvrier typographe à l’imprimerie Lahure qui se sentant artiste, n’ayant jamais eu de maître, mais travaillant sans relâche, était parvenu à produire, comme sculpteur, un projet de monument remarquable : « Carnot mourant dans les bras de la France ». L’œuvre, admirée de tous, a été placée, comme on sait, à Limoges dans la salle du gymnase Carnot. Depuis ce temps M. Breitel n’a cessé de penser à son art, il a toujours produit des œuvres intéressantes. Cette année, tout le monde a remarqué au Salon une de ses compositions nouvelles qui lui a valu une troisième médaille. L’œuvre avait été commandée par le Conseil municipal et l’administration de l’Assistance publique . C’était un monument dédié à Lambrechts, le fondateur de l’asile de Courbevoie en 1845, qui a été inauguré le 1er juillet. M. Herbet, maire du VIe arrondissement et président du Comité de fon-
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- LA NATURE.
- dation, M. Peyron, directeur de l’administration générale de l’Assistance publique, M. Strauss, conseiller municipal, enfin M. Bruman, secrétaire général de la Préfecture de la Seine, ont prononcé des discours pour honorer la mémoire du comte de Lamhrechts. La cérémonie était organisée en même temps pour léter le cinquantenaire de l’asile.
- M. Breitel est un artiste, chacun le sait aujourd'hui, mais il a une qualité [dus rare encore, celle d’ctre reconnaissant.
- M. Gaston Tissandier fut un des premiers à le faire connaître en parlant de lui dans son journal; il a voulu de son coté lui dédier une œuvre qui, dans sa pensée, fût un hommage à La Nature, en même temps qu’à son fondateur principal.
- La composition que nous reproduisons ici est l'œuvre de M. Breitel. C’est un témoignage de gratitude rendu à ce journal scientifique et tous, fondateurs ou collaborateurs de La Nature, doivent en être fort touchés.
- Le travail du sculpteur est spécial, étant donné que le plâtre n’a pas été employé comme matière première, mais bien l’argile. Toutes les pièces, architecture et sculpture, qui composent le monument sont en terre cuite.
- Exécutées à part et livrées de même à la cuisson, elles ont été montées et armaturées ensuite pour en consolider l’assemblage. L’œuvre est simple dans ses grandes lignes, mais elle ne manque pas de grandeur ; elle est aussi sévère dans son aspect, comme il convient à un pareil sujet. La Renommée debout, tenant dans ses mains une palme et une couronne, s’avance majestueusement pour glorifier la Science et le Travail, qui, marchant cote à côte, accourent au-devant d’elle. Tout auprès, on voit un jeune homme dans l’attitude du repos. 11 est assis sur les marches du monument et semble présenter, tout grand ouvert, le journal La Nature à la Renommée.
- Une arcade murée, accompagnée de colonnes engagées d’ordre corinthien d’une heureuse proportion, sert de fond à la composition sculpturale. Le tympan de cette arcade est occupée tout entier par le motif du frontispice de La Nature qui représente, comme on sait, un coucher du soleil dans la mer. Au-dessous du tympan, on remarque de hautes tablettes sur lesquelles sont inscrits tout d’abord les noms des premiers fondateurs du journal : MM. Gaston
- Tissandier, Albert Tissandier et Maxime David, leur ami, qu’ils ont eu le chagrin de perdre, il y a déjà plusieurs années. La liste des collaborateurs continue, elle est longue, aussi nous ne pourrons (jue nommer ceux qui malheureusement ont disparu. M. Sadi Carnot, notre regretté président de la République, Chevreul, Pasteur, J.-B. Dumas, Le Verrier, Henri Giffard, Fremy, Fizeau, de Qua-trefages, amiral Mouchez, Hervé Man-gon, Daubrée, De-caisnes, Marié-Davy, Sainte-GlaireDeville, marquis de Saporta, amiral Paris, vice-amiral La Roncière LeNoury, baron Larrey, Dupuy de Lomé, Ferdinand de Les-seps, furent nos collaborateurs, de même que des savants étrangers comme Faraday et Glaisher. Ce sont des noms que les amis de La Nature ne sauraient oublier, ils les admirent ou les honorent toujours. Les principaux collaborateurs des premiers temps, qui figurent aussi sur les tablettes du monument et qui jamais n’ont abandonné le journal, de même que les nouveaux venus doivent, dans la pensée du sculpteur M. Breitel, prendre leur part de cet hommage rendu à La Nature. Ils contribuent tous par leur science et par leur talent à assurer son succès en lui restant fidèles. Albert Tissandier.
- Le Gérant : P. Masson.
- Composition de M. Breitel, sculpteur, dédiée à La Nature.
- Paris. — Imprimerie Laiicbs- rue de Fleuras, 9.
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- N° 1264. — 21 AOUT 1897.
- LA NAjTLRE.
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- LES ROUES Â. CENTRE PLEIN
- Los roues de wagons les plus généralement employées depuis l’origine des chemins de fer sont munies décentres à rais en 1er avec moyeux en 1er ou en fonte ; ces roues à rais sont appliquées ordinairement à l’exclusion de tous les autres types sous les wagons à marchandises, et certaines Compagnies les ont même conservées encore pour les voitures à voyageurs en adoptant les seules roues à moyeux et rais en fer. Ces roues présentent cependant un inconvénient assez grave qui devient d’autant plus sensible ipie la vitesse de marche est plus considérable, elles donnent lieu en effet à une forte production de poussières résultant de la ventilation puissante provoquée
- par la rotation des rais, et elles deviennent ainsi fort défectueuses au point de vue du confort du voyageur aussi bien que pour la propreté et la conservation des différents organes du matériel.
- Les roues à centre plein à toile plane suivant la disposition représentée au n° 2 de la figure, ont donc constitué à cet égard une amélioration sensible, mais elles laissent encore à désirer au point de vue de la production des poussières.
- Le passage d’un train produit en effet un déplacement d’air considérable, les poussières sont soulevées, et, en raison delà force centrifuge, elles viennent se loger dans la partie comprise entre la toile et le rebord de la jante; dans les arrêts, les poussières qui se trouvent du coté extérieur de la roue retombent sur les boites et peuvent ainsi occasionner des chauffages
- lloues à centre plein. — jV 1.-Centre plein à nervure anli-poussière. — ÏN° 2. Centre plein du type primitif sans rais.
- IS° 3. Mode d’assemblage par double agrafe du bandage sur le centre plein. — N” i. Mode d’assemblage par bandage unique.
- de fusée. Au point de vue de l’usure du bandage, la roue à centre plein est peut-être inférieure à la roue à rayons, car la pression transmise par le plan de . la toile pleine, si elle s’exerce bien d’une façon régulière sur tout le pourtour, a toutefois l’inconvénient de se concentrer sur un seul point de la largeur, et elle provoque ainsi une usure irrégulière qui ne se retrouve pas dans les mêmes conditions avec les roues à rais; dans ce cas, en effet, les rayons prennent leur appui sur toute la largeur de la jante. Par contre, l’effort n’est plus transmis, avec la même régularité sur tout le contour de la roue.
- On a cherché par divers procédés à concilier les avantages des deux types opposés ; on a d'abord essayé de placer de chaque côté des rayons des disques de tôle maintenus dans une saignée pratiquée dans les deux rebords de la jante et dont les bords étaient rabattus, mais cette disposition avait l’inconvénient de produire un bruit assourdissant dû à la vibration
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- des tôles; et on a remplacé avantageusement ces disques par des plateaux minces en bois, comme l’a fait la Compagnie du Nord.
- La Compagnie du Midi a employé de son côté pour ses voitures de voyageurs des roues à rayons du type Brunon, sur lesquelles les intervalles des rayons sont remplis avec des secteurs en deux parties formés de bois de teck; ces secteurs sont comprimés sous la presse hydraulique à une pression de 400 tonnes; les deux parties sont réunies ensuite par des vis.
- En Angleterre et en Allemagne on emploie souvent les roues du type Mansell dont le centre est constitué par des secteurs en teck comprimés entre le moyeu et le bandage, ces secteurs sont consolidés au moyeu par des frettes et à la jante par deux cercles en fer reliés par des boulons; ces roues ont été employées en France par les Compagnies de l’Ouest et d’Orléans.
- La Compagnie Pullmann emploie les roues Allen dont le centre est en papier comprimé ; des roues à
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- pou près semblables, du système Brown, ont été appliquées aussi sous quelques voitures de la Compagnie internationale des Wagons-Lits.
- Actuellement, après avoir ainsi effectué divers essais plus ou moins heureux, la plupart des Compagnies françaises ont adopté pour leur matériel à voyageurs les roues pleines à nervures, anti-poussières du système Arbel. Ces roues dont la disposition est représentée au n° 1 de la figure, présentent à la fois les avantages caractéristiques des deux types de roues pleines ou à rayons ; le type en est formé par une roue à rayons sur laquelle est soudée extérieurement une toile métallique.
- Le procédé de fabrication consiste à étamper à chaud la jante, les rayons et le moyeu préalablement assemblés à froid et à souder sur la roue à rayons ainsi constituée la toile métallique.
- La jante est formée d’un fer laminé coupé à la scie et à chaud ; elle est courbée à la machine à cintrer de telle façon que les deux bouts mis en contact à l’aide d’un serre-joint se joignent en un point situé à 90° par rapport au diamètre joignant les deux points serrés par l’appareil ; le joint est porté à la température du blanc soudant et la soudure est achevée sur une enclume. On pratique ensuite dans la partie intérieure de la’ jante, à l’aide de l’étau-limeur, des encoches dans lesquelles on vient placer les rayons.
- Le moyeu est formé de deux parties, obtenues en enroulant autour d’un mandrin unique une barre de fer rectangulaire, ces deux parties sont cannelées de façon à former des demi-évidements destinés au logement des rayons du côté du centre.
- Le montage se fait ensuite de la façon suivante : on place, sur un marbre, la jante et le demi-moyeu du bas en ayant soin que ces deux parties soient bien concentriques ; les rayons sont introduits ensuite de façon que leurs extrémités se trouvent dans leurs encoches, on rapporte au-dessus la seconde moitié du moyeu que l’on chasse à coups de masse de façon à donner à la roue à rayons ainsi formée une grande rigidité.
- La roue ainsi assemblée est portée dans un four à la température du blanc soudant et placée ensuite sous un pilon dans une matrice inférieure présentant les détails du côté intérieur de la roue, la matrice supérieure fixée au marteau du pilon est formée d’une partie plane ne présentant qu’une cavité au centre destinée à la partie extérieure du moyeu.
- Pour former la toile, on se sert, soit d’un disque de tôle percé en son centre d’un trou d’un diamètre égal au diamètre extérieur du moyeu, soit de secteurs de tôle disposés de telle façon que leurs joints se fassent sur l’axe des rayons ; le tout est porté au blanc soudant, et, sous le pilon, on obtient la soudure de cette toile et du reste de la roue, la matière produite par les bavures de la première opération suffit pour servir d’amorce à la soudure.
- dette roue est ensuite recuite, et le finissage est après effectué dans les conditions ordinaires; on tourne la jante ainsi que la partie extérieure
- du moyeu et on termine en alésant le centre.
- L’usine de Saint-Chamond a simplifié le procédé de forgeage en supprimant une des opérations qu'il comporte : les secteurs sont alors placés au-dessus des rayons, et une seule opération suffit pour souder tous les éléments de la roue ; mais les positions respectives des matrices sont modifiées ; la matrice portant le profil de la roue est fixée sur la frappe du pilon.
- En terminant cette étude sur les roues à centre plein, nous croyons intéressant de signaler en même temps les dispositions actuellement adoptées pour la fixation des bandages sur les roues entrant dans la construction du matériel pour voyageurs.
- On sait que dans les anciennes dispositions, la fixation s’opérait le plus souvent par des vis traversant la jante et pénétrant dans des trous borgnes ménagés dans la section des bandages. Cette disposition a l’inconvénient évident d’amener sur le bandage la formation d’autant de points faibles qui peuvent être ainsi des amorces de rupture, et comme d’autre part le morceau de bandage qui peut se trouver détaché n’est pas autrement retenu sur la jante, elle n'oppose pas un obstacle suffisant à des projections qui peuvent devenir dangereuses. II faudrait donc trouver le moyen de fixer le bandage en le retenant en tous les points de son contour de manière à prévenir ces projections. C’est là un problème qui n’est pas encore résolu d’une manière absolument satisfaisante, malgré les nombreuses tentatives entreprises à cet effet dans les ateliers de chemin de fer.
- Le plus généralement, on emploie deux agrafes circulaires ayant chacune un bord extérieur formant saillie qui vient se loger dans une gorge ménagée à cet effet sur chaque côté du bandage, les bords intérieurs des deux agrafes enveloppent eux-mêmes la jante, et les agrafes se trouvent enfin maintenues en plan par des boulons traversant la jante.
- Cette disposition représentée sur la figure, n° 5, est très efficace pour prévenir les projections de morceaux de bandages, mais elle a l’inconvénient d’alourdir beaucoup la roue. On peut la simplifier en supprimant une des agrafes comme on en voit un exemple dans le n° 4, qui représente une disposition due à M. Sauvage. Sur la face intérieure, la jante porte un talon qui pénètre dans la gorge ménagée sur le bandage, et la face opposée seule reçoit une agrafe. Celle-ci est maintenue par de simples vis de fixation pénétrant dans des trous borgnes ménagés sur la face extérieure de la jante. L. Elbe.
- FABRICATION DU CHLORE ET DE LA SOUDE
- PAR L’ÉLECTROLYSE
- Si l’on en excepte la galvanoplastie qui remonte à cinquante ans environ, les applications de l’électricité à l’industrie chimique sont de date récente et ne remontent guère au delà de dix années. On peut cependant entrevoir aujourd’hui le moment où les procédés électrolytiques prendront la place des procédés employés dans la grande industrie et où on préparera par leur moyen le chlore
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- et la soude par i’électrolyse du chlorure de sodium.
- (æ cas, qui donne deux des produits les plus employés, a été un des plus étudiés. A un autre point de vue il nous paraît intéressant en ce qu'il est susceptible de conduire à une décentralisation de la grande industrie.
- L industrie du chlore, de la soude, comme celle de 1 acide sulfurique, se sont concentrées en un petit nombre d usines qui occupent de vastes étendues de territoire : l’extension des procédés électrolytiques nous paraît susceptible de faire disparaître en partie cet état de choses si regrettable a tant de points de vue. En effet, les chutes d eau sont disséminées en un grand nombre de points, et l’on peut affirmer, après tous les essais qui ont été faits en vue de transporter la force motrice à distance d’une façon pratique, que le moyen d’en tirer le meilleur parti est encore d’utiliser sur place l’énergie électrique. Étudions donc ici une petite usine électrique.
- On sait que I’électrolyse d’une dissolution convenablement concentrée de chlorure de sodium, par un courant d’intensité convenable, donne au pôle positif du chlore et au pôle négatif de la soude caustique. La question revient donc a séparer les régions voisines des deux pôles par un diaphragme pour isoler les produits formés. La question ainsi posée présente des difficultés relatives à l’emploi des diaphragmes : l’un des procédés les plus élégants pour lever toute difficulté consiste à supprimer le diaphragme et à employer du mercure. Le point de départ de l’emploi du mercure est dans l’expérience bien ancienne par laquelle on démontre que le résultat du passage du courant dans une solution d’un sel alcalin est la suite d’une action secondaire. Rappelons ce que c’est que l’action secondaire.
- faisons passer un courant électrique dans un sel fondu, le chlorure de sodium, par exemple : le métal va se porter au pôle négatif, le chlore au pôle positif, c’est l’élec-trolyse normale. C’est encore elle qui se produit quand on fait passer le courant dans une dissolution de sulfate de cuivre : le cuivre se porte au pôle négatif et le reste (acide sulfurique et oxygène) se porte au pôle positif, d’où l’oxygène se dégage.
- 11 n’en est plus de même quand on électrolyse le chlorure de sodium en solution dans l’eau : on constate alors un dégagement de chlore au pôle positif, et au pôle négatif un dégagement d’hydrogène, en même temps qu’il y a production de soude caustique.
- Un explique ce phénomène en disant que le sodium, déposé par I’électrolyse normale au pôle négatif, réagit sur l’eau à laquelle il enlève son oxygène pour former de la soude et met l’hydrogène en liberté.
- Telle est la définition des réactions secondaires, bien connue et bien oubliée parfois : combien de traités de chimie rendaient compte de la préparation du fluor par le procédé de M. Moissan en disant qu’on électrolyse l’acide fluorhydrique rendu conducteur, etc,, au liéu de montrer que c’est la réaction secondaire la plus simple qui est la cause du dégagement du fluor.
- 11 n’est donc pas inutile de démontrer ce phénomène, et il se trouve que la démonstration classique est devenue la base d’un ingénieux appareil de l’industrie actuelle.
- Uctte démonstration s’effectue en décomposant une solution d’un sel de potasse ou de soude dans un appareil disposé ainsi : l’électrode positive est en charbon des cornues, l’électrode négative est constituée par un tube recourbé rempli de mercure. On constate au bout de quelque temps que le mercure s’est combiné au sodium, dont on peut l’isoler en distillant l’amalgame formé.
- Pour passer de cette expérience de laboratoire à une
- application industrielle, on a imaginé un grand nombre d’appareils : le voltamètre de M. Castner, le plus simple, se compose d’une auge divisée en trois compartiments (on pourrait emboîter deux cylindres concentriques dans un troisième plus grand fermé à la partie inférieure) par des cloisons verticales qui s’arrêtent à quelques millimètres du fond du récipient. Les dimensions de ce dernier sont de 91 centimètres de large, sur 182 de long et 15 de profondeur; chaque voltamètre renferme 82 kilogrammes de mercure, ce qui correspond à une couche de 3mm,5 à 4 millimètres d’épaisseur ; les cloisons affleurent le mercure de sorte que les liquides des trois compartiments ne se mélangent pas.
- L’appareil est mobile autour d’un axe horizontal et peut osciller de quelques millimètres autour de l’horizontale. Cette inclinaison suffit à faire passer le mercure d’une extrémité à l’autre de l’appareil.
- Les compartiments extérieurs du voltamètre reçoivent une dissolution saturée de sel marin qui circule dans l’appareil et se maintient saturée par son passage dans un réservoir à sel marin. Les anodes sont en charbon.
- Le compartiment du milieu renferme une dissolution de soude caustique qui s’enrichit par la décomposition de l’amalgame de sodium formé dans les compartiments extérieurs. Les charbons ont une très longue durée; dans les expériences exécutées à la Compagnie de l’Aluminium à Oldburv, qui exploite les procédés Castner, on n’a constaté, au bout de trois mois de marche ininterrompue, aucune usure des charbons.
- Un voltamètre des dimensions indiquées ci-dessus décompose 25 kilogrammes de sel par vingt-quatre heures.
- En admettant trois cent cinquante jours de travail par an, on voit qu’un élément décompose 8750 kilogrammes de sel par an. La perte en mercure ne dépasse pas 5 pour 100 de la quantité de métal employée, soit, pour 8750 kilogrammes de sel décomposé, Akg,100 de mercure, ce qui représente une dépense de 0fr,25 à peine pour 100 kilogrammes de sel décomposé, ou 0tr,40 par 100 kilogrammes de soude caustique produite.
- En ce qui concerne la consommation d’énergie, 1 cheval-jour mécanique décompose 7kf,500 de sel et produit 5 kilogrammes de soude caustique.
- Pour la question du prix de revient, on ne peut guère procéder que par hypothèse ; le nombre des usines est des plus restreints et on ne connaît guère leur manière exacte d’opérer, et encore moins leur prix de revient réel. Ce prix de revient dépend du reste de la quantité produite et d’une foule d’autres facteurs dont la plupart peuvent être calculés d’avance.
- M. Haüssermann et M. de Bechi, à qui nous empruntons ces résultats, supposent le cas d’une usine électrolytique produisant journellement 5000 kilogrammes de soude caustique a 96 pour 100 et la quantité correspondante de chlorure de chaux, soit 12 500 kilogrammes. On suppose qu’on se sert comme force motrice de machines à vapeur travaillant d’une manière ininterrompue trois cent cinquante jours par an. Le coût d’une usine serait de 2 millions et on arrive à un revenu journalier de 1460 francs.
- Si nous terminons par une comparaison du prix de revient du chlore et de la soude électrolytiques avec le prix de revient des mêmes produits préparés par une autre voie, on arrive à ce résultat que l’économie du procédé électrolytique sur les anciens procédés peut être de 585 francs par jour, ce qui représente environ 10 pour 100 du capital engagé. A. Duboix,
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- LA NATURE.
- LA LUMIÈRE DU \ER LUISANT
- ET LES RAYONS X
- Plusieurs coléoptères de la tribu des Iampyrides possèdent la propriété d’émettre de la lumière, mais on réserve spécialement le nom de ver luisant (fig. 1) à une des espèces les plus répandues, le lampyre noctiluque (Lampyris noctiluca. Lin.). C’est un insecte appartenant à l’ordre des Coléoptères, tribu des Malacoderrnes, famille des Lampyriens.
- La lumière du mâle est à peine visible (il faut y regarder de très près).
- C’est seulement la femelle qui esta proprement parler le Ver luisant. Les larves reçoivent aussi cette dénomination, mais elles sont toujours moins lumineuses que les femelles. L'appareil photogène (lig. 2) occupe le dessous des trois derniers anneaux de l’abdomen chez la femelle, et des deux derniers chez le mâle, où il est très peu développé.
- Les larves semblables, dans les deux sexes, se nourrissent surtout de mollusques terrestres; elles passent l’hiver engourdies. Au moment de la nymphose, leur peau se fend sur les côtés du thorax, et non sur le dos ainsi que cela a lieu pour les autres coléoptères.
- La nymphe du mâle est immobile comme chez tous les insectes de cet ordre, mais par une exception singulière, celle de la femelle est agile et phosphorescente aussi bien que la larve et la femelle adulte (ou parfaite). Les œufs sont également fluorescents. Les adultes commencent à paraître fin de mai. La phosphorescence persiste 2 ou 5 jours après la mort, d’une manière peu intense et Macaire1 a montré qu’on la rend sensible en chauffant l’insecte.
- Depuis longtemps, ce don magique a rendu cette bestiole aussi célèbre parmi les enfants que dans le monde des naturalistes. Sans remonter à Pline ou aux encyclopédistes du moyen âge, plusieurs savants de notre siècle ont étudié sa curieuse luminosité ; entre autres, Macartney (1810) et Matteucci (1843), qui éclaircirent certains points. Puis M. Jousset de
- 1 Macajiik, Annales de physique et de chimie, ‘2e série, 1821, t. XYH, j). 251.
- Bellesme reprit la question en 1880. D’après son travail, les cellules à protoplasma granuleux produisent une substance devenant lumineuse au contact de l’air amené par les trachées, et la phosphorescence du lampyre est une propriété générale du protoplasma provenant d’un dégagement d’hydrogène phosphoré.
- Ces conclusions ne paraissent pas cadrer avec les recherches récemment faites par un professeur à l’Université de Kyoto, M. Murao-ka. Accordons à ces dernières un moment d’attention. M. Becquerel, ayant constaté que certains corps fluorescents, par exemple les sels d’uranium, émettent des rayons analogues à ceux de Rôntgen, le physicien japonais a eu l’idée d’examiner, à ce point de vue, la lumière du lampyre, et voici les principaux résultats obtenus au cours de ses investigations, dont les Annalen der physik und Chernie nous apportent le récit. I' Dans une première ex-
- périence, ce savant plaçait des lames de cuivre, d’aluminium et de laiton l’une à côté de l’autre sur une plaque photographique. Pour éviter le contact de la plaque avec les métaux, il interposait une feuille de carton portant en son milieu une ouverture circulaire. Le tout, posé au fond d’une caisse plate, était enveloppé de plusieurs épaisseurs de papier noir. 11 y mettait environ 500 de ces beaux vers luisants qui, vers la mi-juin, se rencontrent à profusion dans la banlieue de Kyoto et dont la chasse est un des plaisirs favoris du beau sexe dans l’Empire du Mikado (tig. 3). Un filet les empêchait de s’envoler durant les deux jours qu’on les tenait prisonniers, et l’appareil était disposé dans une chambre noire, afin de se mettre à l’abri de toutes lumières étrangères.
- Il s’agissait de se rendre compte si les rayons émis par les vers et « filtrés » par le papier étaient capables de traverser les métaux, puis d’agir sur la plaque photographique. Les ouvertures circulaires pratiquées dans les feuilles de carton permettaient d’estimer par comparaison l’intensité de l’action. On remarqua que les parties de la plaque en contact avec les feuilles étaient noircies, alors que les endroits correspondant aux découpures étaient inaltérés.
- Fig. 2. — A. Organes pliotogènes d’une larve de lampyre noctiluque. — B. Coupe très grossie d’un de ces organes; a, cellules granuleuses: b, granulations cristalloïdes.
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- Mais l’impression photographique était-elle due uniquement au simple contact du carton?Pour le savoir, M.Muraoka répéta l’expérience en supprimant les métaux, et en ne laissant que les feuilles de carton pourvues en leur milieu d'un trou circulaire. Au développement, la partie correspondant à cette ouverture était noire, et les parties en contact apparaissaient moins foncées. Donc le rapprochement du carton et de la plaque photographique n’était pas la seule cause des phénomènes observés.
- D’autre part, en renversant l’ordre expérimental, c'est-à-dire en plaçant les lames métalliques directement sur la plaque, et les feuilles de carton découpées au-dessus, les places en regard des découpures ne subirent pas d’altération, tandis que le reste
- mise, soit en contact direct avec la plaque photographique, soit par-dessus une lame de métal ou de carton « filtrant » une seconde fois les rayons passés déjà au travers du papier noir. En augmentant aussi le nombre des plaques de carton avec ouvertures,— chacune de celles-ci étant placée au-dessous d’une autre —, l’intensité de l’impression photographique s’accroissait.
- De toutes ces expériences, ainsi que d’autres moins importantes pour lesquelles nous renvoyons le lecteur au mémoire original, on est en droit de conclure que la lumière des lampy res dépend surtout de la matière interposée. S’il n’y a rien entre l’insecte et la plaque, les rayons émis se comportent comme de la lumière ordinaire : ils sont capables de se réfracter, de se réfléchir ou de se polariser.
- Au contraire, les rayons transmis par le carton ou
- était uniformément coloré. Rien ne se produisait, d’ailleurs, si on disposait sur une plaque de cuivre avec découpure, une feuille de carton n’en ayant pas. En outre, l’aluminium était plus facilement traversé que le cuivre, et ce dernier encore plus aisément que l’étain. Quant à l’épaisseur, elle ne semblait pas jouer grand rôle. 11 en était de même pour la coloration du verre. Elle n’influait en aucune façon sur la transmission lumineuse, et à l’inverse de ce qui a lieu pour les rayons Rôntgen, les substances provoquant la fluorescence étaient perméables à la lumière du ver luisant. Cependant il y avait, comme pour les rayons X, un certain rapport entre la perméabilité et la densité. Enfin les phénomènes se manifestaient seulement lorsque la feuille de carton découpée était
- les plaques de cuivre ont des propriétés analogues à celles des fameux x-ürahlen\ ils paraissent les acquérir durant leur passage à travers la « substance filtrante » et elles varient avec cette dernière. Ils peuvent aussi se réfléchir, mais ne se polarisent ni ne se réfractent pas. Enfin, particularité intéressante à signaler, ces « rayons filtrés » jouissent à la fois des propriétés des rayons ultra-violets et de celles des rayons de Rôntgen. Ne serait-il pas alors plus logique d’admettre que le lampyre émet deux especes de rayons, les rayons lumineux ordinaires et les rayons X?
- Elle est bien étrange cette luminosité qui, depuis des siècles, défie la sagacité des chercheurs ! M. Mu-raoka a voulu soulever un coin du voile. A-t-il réussi à serrer le problème de plus près? That is the question. En tous cas, croyons-nous, le dernier mot n’est pas encore dit. Jacques Boyer.
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- LÀ NATURE.
- LES NAUFRAGES AU GOLFE DE BEAUDUC
- ET IA SOCIÉTÉ CENTRALE I)E SAUVETAGE
- On se souvient des nombreux et douloureux naufrages que la Presse a eu à enregistrer depuis quelques années au golfe de Bcauduc, devant cette tour de Faraman, au
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- sud du grand delta du Rhône, en face de cette immense et mystérieuse Camargue qui, comme le désert, a ses mirages et ses surprises, ses marais, ses étangs et ses laurons au milieu desquels les bœufs seuls et leurs gardians connaissent leur route, tracent dans les ajoncs et les bauques de mouvants sentiers.
- Le dernier de ces sinistres, celui de Y Alix, qui a causé la mort de cinq hommes et d’une femme, a plus particulièrement ému la Société centrale de Sauvetage et l'a décidée à organiser, pour ce point dangereux des côtes de la Méditerranée un moyen spécial d’accomplir son œuvre d’humanité, de porter secours à ceux que le doigt du destin guide sur cette grande plage sans fond à la merci des rages du vent et des morsures des vagues.
- Sans pouvoir disposer d’importantes ressources, la Société de Sauvetage a cependant pensé qu’elle ne pouvait pas exclure cette grande partie du rivage méditerranéen de son intervention toujours salutaire et elle a chargé son représentant à Marseille, M. le lieutenant de vaisseau Repars, pilote major, de lui indiquer un moyen efficace pour parer à tout événement.
- Le moyen le plus efficace, et M. le lieutenant de vaisseau Ropars l’aurait préconisé s’il n’avait été dans le secret des dieux, c’est-à-dire de la caisse de la Société, aurait été de construire un bateau à vapeur aménagé pour le service des secours aux naufragés, muni à ses bossoirs de canots de sauvetage, armé de toutes pièces pour la lutte contre la mort, possédant une machine assez forte pour lui imprimer une vitesse commandée par l’urgence d’intervention, une coque solide, vigoureuse pour braver la mer par tous les temps.
- Ce moyen, M. Ropars ne l’a pas proposé parce qu’il aurait fallu indiquer aussi, à côté des avantages, une somme relativement élevée pour assurer les voies et moyens de construction et d’entretien du bateau à vapeur.
- La Société, sur le rapport de son représentant à Marseille, vient cependant de réaliser un véritable progrès en mettant à la disposition de M. Ropars non pas un bateau à vapeur, mais une baleinière de sauvetage qui peut et doit rendre de signalés services.
- Le golfe de Beauduc où se produisent tous les naufrages est, en effet, éloigné du port de Marseille de huit à neuf heures de traversée, il est presque aussi distant de Cette ; et, dans l’immense plage qui s’étend des Saintes-Maries au Vieux Rhône, il n’y a pas un moyen de sauvetage, le phare de Faraman lui-même ne possède qu’un groupe de gardiens dont les efforts ont été inutiles dans presque toutes les circonstances et dont l’outillage reste inutilisable par les grands vents d’est. J’oubliais les douaniers et les pécheurs des Saintes-Maries, la courageuse équipe des sauveteurs du Grau du Roi qui, dans le dernier naufrage de Y Alix, ont parcouru, à la rame, près de 50 kilomètres et n’ont pu aborder l’épave sur laquelle sont morts les malheureux naufragés. Ceux-là ont eu l’atroce supplice d’assister à ce lamentable spectacle et de rester impuissants contre la gueuse qui n’a pas voulu lâcher sa proie.
- Je ne veux pas m’attarder à rechercher les causes de ces nombreux naufrages, on en a signalé une, la plus importante, celle qui découle de la position du phare de Faraman qui, placé en sentinelle devant le danger pour
- | crier, gare ! accomplit par une fatale obstination de l’administrateur des phares et balises, au lieu d’une œuvre de sauvetage, une œuvre de mort.
- Voyez les abords du golfe de Beauduc, cela ressemble à un gigantesque cimetière pour celui qui sait évoquer là, devant l’immense plage déserte, ces drames de la mer qui n’ont eu que des acteurs et pas de spectateurs. Ces thevs qui jalonnent les conquêtes du Rhône sur sa rivale la Méditerranée portent des noms significatifs. Voilà le they du Mort, celui de l’Annibal, celui de la Tartane, celui de l’Eugène, celui de la Bériclc, celui de la Balan-celle, celui de l’Andrée ; il y aura bientôt celui de l’Alix au milieu de tant d’autres innommés, comme dans les nécropoles, les tertres sans croix, sans clédas cachent un cadavre anonyme. Le they c’est le tombeau des navires, c’est tout ce qui reste au bord de la grande plage pour indiquer la place où le naufrage a eu lieu. On dirait que le Rhône les construit ainsi avec ses alluvions et ses sables mouvants pour les conserver là, devant sa rivale, comme s’ils matérialisaient ses éternels reproches. Lorsque le navire se jette sur la plage, qu’il s’y perd, sa coque s’enfonce si profondément dans le sable que la mer n’arrive pas à la détacher complètement; elle s’acharne à la briser, à la réduire en épaves, mais il reste assez de bois, de fer de cette structure pour former au milieu de la plage à 3, 4 et 5 mètres sous l’eau une masse qui se transforme en véritable pilotis, étançonnant les sables mouvants, les retenant lorsque, après les grands vents du large, ils reprennent leur lourd mouvement de reflux. Et cela fait un point d’appui au milieu de l’eau, un point d’appui sur lequel d’autres couches de sables s’épaississent. Un beau jour cela monte à fleur d’eau, cela forme une île qui, petit à petit, se relie à la plage par un bras de sable ; le they est formé. Quelquefois c’est le tertre sous lequel dort pour toujours le cadavre anonyme, quelquefois on met un nom à ce they, ceux qui se souviennent du sinistre le désignent par une appellation spéciale qui rappelle le navire, dont la coque, la carcasse sert de point d’appui à cette mouvante presqu’île.
- Et ils sont nombreux les navires dont les capitaines ont été trompés par le feu de Faraman et qui sont venus, croyant « tirer droit sur Planier », se jeter sur le sable de Beauduc augmenter le nombre des sinistres. Il faut avoir navigué dans ce golfe pour comprendre que l’erreur des capitaines est admissible. Des Saintes-Maries à Fos et à Port-de-Bouc l’immense delta de la Camargue ne présente jusqu’à Arles aucun point saillant qui puisse arrêter l’observation des capitaines de navires qui ne fréquentent pas habituellement ces parages, en venant du sud-ouest c’est Faraman qu’ils relèvent et là-bas derrière le phare s’étend une plaine immense qui avec ses étangs et ses marais donne le mirage d’une mer. Au nord les étangs de Malagrov, du Valcarès, de la Galère, les marais de la Grand-Mar, de Palun-Longue, le pâtis de la Trinité et, pour compléter l’illusion, les grandes ailes des Tartanes coupant l’horizon et suivant le canal creusé au milieu de ces étangs ; à l’ouest l’étang des Saintes, celui de Launes, ceux de Ginès, d’Icard, de Cousecanière et les marais de la Fosse, du Coucou, de la Silve, de la Soutevranne ; à l’est, les étangs de Monro, du Lion, du Gloria, de la Dame, du Galabert, du Fournelet, du grand Raseaillon, du grand Vaisseau, du Galejon, du Landre et les marais du Grenouillet, n’est-ce pas la mer qui continue et qui brille au loin sous les clairs rayons de lune ?
- Le point est donc des plus dangereux et la Société Centrale de Sauvetage devait y porter son attention.
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- La baleinière de sauvetage cfu’elle fait actuellement construire à Marseille et dont j’ai admiré les heureuses dispositions est destinée à cette œuvre de secours aux naufragés. Construite sur le modèle des canots anglais insubmersibles elle ne mesure que (3 mètres de longueur, mais elle peut braver les plus forts temps, car, comme les canots anglais, elle est invulnérable, la mer peut la couvrir de ses lames, la remplir jusqu’à la fargue, jusqu’à la lisse, elle échappe à son étreinte et son équipage n’a qu’une simple manœuvre à faire pour la remettre à flottaison. Tout le long de ses bords sont construites des caisses à air étanches, sous le payol des caissons à air sont ménagés, et, pour la décharger de l’eau, il suffit de soulever quatre clapets, deux au banc d’avant, deux au banc d’arrière, l'eau s’échappe et la baleinière reprend sa route vers le danger.
- Construite dans de petites dimensions la baleinière sera munie d'un seul mât portant une voile latine ou plutôt catalane, 'son armement comprendra de solides avirons, des agrès de sauvetage, des porte-amarres, le tout à la disposition d’un équipage de 5 hommes, 4 matelots et 1 patron.
- Dès qu’un naufrage sera signalé à Beauduc ou dans les environs, la baleinière, qui sera placée à poste fixe à la douane du port de Marseille, sera hissée aux bossoirs d’un des vapeurs des diverses compagnies de navigation qui ont l’entreprise des sauvetages de cargaisons et de coques ; un traité, passé avec les compagnies par la Société centrale de sauvetage, déterminera les conditions de cette intervention et la baleinière sera ainsi transportée, aussi rapidement que possible, sur le lieu du sinistre. Là, mise à la mer, montée par son courageux équipage, elle pourra s’approcher du navire naufragé et rester cependant en communication constante avec le bateau à vapeur par une solide touline qui sera filée du bord. II n’est pas possible, dans ces conditions, que le sauvetage des naufragés ne s’effectue pas, soit à l’aide de porte-amarres, soit à l’aide de légers cordages qui seront lancés à bord du navire naufragé armés de plombs. Lorsque la baleinière aura recueilli un nombre suffisant de naufragés elle pourra se déhaler, à son tour, sur le vapeur au moyen de la touline, déposer sa cargaison humaine et revenir au secours dés autres.
- Ces dispositions m’ont paru intéressantes à signaler, la construction de la baleinière, avec ses caisses à air et ses clapéts de décharge méritait une mention toute spéciale, car elle démontre que, malgré des ressources restreintes, la Société centrale de Sauvetage dont l’œuvre est considérable ne marchande pas son intervention, son concours et qu’elle s’outille pour réaliser son sacerdoce humanitaire, sa religion du devoir. Antonin Palliés.
- LE PALAIS DE L’INDUSTRIE
- S’il était en France nn lieu qui pût à juste titre se dire le rendez-vous préféré du Tout-Paris artis-lique, industriel et sportif, c’était certainement le Palais de l’Industrie; aussi devons-nous rendre un dernier hommage à ce monument auquel la pioche des démolisseurs porte en ce moment même les derniers coups.
- Nous souhaitons aux nouveaux Palais, dont les fondations sortent de terre comme par enchantement, une ère aussi brillante et aussi fertile, mais ce n’est pas sans regret que nous voyons disparaître
- un édifice auquel se rattachent tant de souvenirs.
- C’est en 1853 que s’ouvrit un concours pour la construction, sur le carré Marigny, d’une vaste salle de fêtes : un seul projet fut primé; il était dù à M. Cendrier, Prix de Rome, alors architecte de la Compagnie du Chemin de fer de Lyon. A cette époque s’élaborait le projet d’une Exposition universelle pour 1855, et 11 fut décidé que le futur palais en formerait le principal motif architectural.
- A la suite de dissentiments entre la Commission spéciale de l’Exposition et M. Cendrier, ce dernier se retira, mais les travaux furent achevés, sur ses plans, par M. Yiel. C’était la première application en France des grandes fermes métalliques, et il faut reconnaître que, par ses heureuses proportions, par la légèreté de ses arceaux, cet essai méritait tous les éloges. Les riches verrières des deux extrémités, exécutées par MM. Maréchal et Gugnon, de Metz, furent également fort admirées.
- Bien que le Palais de l’Industrie ait été loin d’atteindre les proportions colossales auxquelles nous nous sommes accoutumés depuis lors, ses dimensions étaient néanmoins considérables. La grande nef, en effet, mesurait environ 200 mètres de long sur 50 mètres de large. Sa hauteur atteignait 35 mètres depuis le sol jusqu’au sommet des arcs métalliques et 17m,50 depuis le sol jusqu’aux naissances des cintres. Autour de cette nef courait une galerie à deux étages, de 24 mètres de large, flanquée de quatre pavillons d’angle et de deux avant-corps dont l’un, du côté de l’avenue des Champs-Elysées, contenait la porte monumentale qui servait d’entrée principale au Palais, tandis que l’autre renfermait un vaste escalier qui, dans ces derniers temps, était affecté à l’Exposition permanente des colonies.
- La charpente métallique avait été directement appuyée sur le sol par l’intermédiaire de ses colonnes en fonte ; la maçonnerie entrant dans la construction représentait néanmoins plus de 10000 mètres cubes de pierre de taille. Quant à la partie métallique, son poids total atteignait 5700 tonnes, dont 3500 tonnes de fonte et 2200 tonnes de fer. La surface couverte était de 27 000 mètres carrés pour le rez-de-chaussée et 18000 mètres carrés pour le 1er étage, soit en tout 45 000 mètres carrés (4 hectares 1/2).
- L’Exposition de 1855 eut lieu avec éclat, et ce n’est que l’insuffisance de l’emplacement qui fit adopter pour celle de 1867 le Champ-de-Mars où se sont tenues depuis toutes les suivantes.
- Délaissé en 1867, le Palais de l’Industrie ne servit en 1878 qu’au moment de la distribution des récompenses. Mais, en 1889, il retrouvait un peu de son ancienne animation, comme annexe à l’Exposition du Champ-de-Mars. Personne n’a oublié la fête splendide qui y fut donnée alors, sous la présidence de Carnot, et le fameux banquet qui réunissait les maires de toutes les communes de France.
- Mais là ne se borna pas le rôle du Palais de l’Industrie; ses proportions harmonieuses, son heureuse
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- situation, les lignes monumentales de son entrée, et le public saisissait volontiers les nombreuses tout contribuait à lui donner un attrait particulier, occasions qui s’offraient de s’y donner rendez-vous.
- Fig. 1. — Entrée monumentale du Palais de l'Industrie des Champs-Elysées.
- Revers. Face.
- Fig. 2. — Médaille frappée à l’occasion de l'inauguration du Palais de l'Industrie, en 185a.
- ont soumis leurs premières œuvres à l’examen du Jury ; c’est là que tous les ans leur réputation s’est
- affirmée et que, peu à peu, l’humble mention a fait place aux récompenses les plus hautes. Chaque
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- Fi or, 5. — Vue prise pendant la démolition du Palais de l’Industrie.
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- année le Tout-Paris des premières, qui fait et défait les renommées, venait, à la veille du Salon, au jour du vernissage, lui donner une consécration définitive. Tout ce que Paris compte de notabilités artistiques et mondaines se pressait en foule dans les salles devenues trop étroites, où les brillantes toilettes de nos plus élégantes Parisiennes n’étaient pas moins regardées que les œuvres des maîtres.
- Tous les ans également le Concours Hippique ramenait dans cette vaste enceinte des réunions brillantes et animées. C’est là que les privilégiés de la fortune étalaient à l’envi le luxe de leurs équipages ; (pie nos officiers, en brillant uniforme, que nos sportsmen, en habit rouge, franchissaient les obstacles et se disputaient le prix de la Coupe.
- Plus modeste dans ses apparences, mais d’une utilité plus positive, le Concours Agricole attirail également une foule nombreuse accourue des quatre coins de la France. Ici plus de riches toilettes, plus d’élégances; le haut du pavé appartient sans conteste aux éleveurs, aux fermiers, aux constructeurs de machines agricoles. On ne vient pas pour se faire voir mais pour comparer, étudier et recueillir des renseignements utiles à l’exploitation de la ferme ou à l’amélioration de la culture. Les grandes boucheries parisiennes s’arrachent à prix d'or les animaux primés; les plus beaux fruits prennent le chemin de nos restaurants à la mode, tandis que les inventions nouvelles propres à améliorer les conditions de l’agriculture se font jour et pénètrent jusqu’au fond de nos campagnes. On se rappelle encore tout l’intérêt qu’offrait l’Exposition des machines agricoles, locomobiles, batteuses, charrues, etc.
- Depuis quelques années une industrie nouvelle avait également élu domicile dans le Palais de l'Industrie. Dans les derniers jours de décembre le Salon du Cycle y groupait tout ce qui, depuis l’année passée, s’était créé de nouveau comme machines, accessoires et outillage spécial, pendant que l’automobilisme, encore hésitant, abritait modestement dans le coin le plus reculé ses premières tentatives, encouragé par l’approbation du public et guidé par ses critiques.
- Faut-il parler aussi de ces Expositions diverses, où les industries du meuble, du bronze d’art et du bibelot étalaient tous les ans leurs modèles les plus en vogue. Là, malheureusement, l’attrait de la nouveauté faisait quelquefois défaut ; il fallait chercher des attractions nouvelles empruntées au domaine du décor et c’est là que nous avons pu voir, l’année dernière, ces façades théâtrales, si imprudemment construites, qui devaient, il y a quelques mois, disparaître dans l’épouvantable catastrophe du Bazar de la Charité, où elles faisaient tant de malheureuses victimes.
- Parmi les Expositions diverses, il en est peu qui aient laissé derrière elles un souvenir bien précis ; il faut toutefois rappeler l’Exposition d’électricité de 4881, car elle a fait époque. Jusque-là, les essais, disséminés de part et d’autre, manquant d’ensemble
- et de cohésion, n’avaient pas permis au grand public de se rendre compte des immenses ressources dont disposait cette science nouvelle. Ce fut une révélation. Sous l’étincellement des lumières, les mille industries diverses se rattachant à l’électricité se groupèrent aux yeux du public ébloui, laissant entrevoir un avenir rempli de prodiges incessamment renouvelés.
- Ce fut là que l’on vit des premières découvertes telles que la lampe à incandescence, le tramway électrique Siemens.
- Faut-il parler aussi de cette fête touchante, qui réunissait autour d’un arbre de Noël surchargé de jouets et de rubans tricolores les petits enfants de F Alsace-Lorraine, les fils de ces nobles cœurs qui ont mieux aimé sacrifier leur situation ou leur avoir que de renier leur patrie.
- En dehors des Expositions temporaires, le Palais de l’Industrie abritait aussi le Musée des Arts Décoratifs et l’Exposition permanente des Colonies, dont les salles silencieuses, fréquentées seulement par les studieux et les chercheurs, renfermaient cependant des documents précieux et des objets d’art de haute valeur.
- Telle fut la courte mais brillante carrière du Palais de l’Industrie. Encore quelques semaines et il n’en restera plus de vestiges. Toute cette partie des Champs-Elysées restera libre pour laisser voir dans le lointain le dôme des Invalides. C’est pourquoi nous avons cru bon d’adresser un dernier adieu au vieux Palais de 1855. E. Magun,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LE MOTEUR DIESEL
- Ce moteur nous arrive de Munich et, au dire de la revue viennoise die Zeit, sa découverte doit révolutionner l’industrie mécanique. Du reste son inventeur, M. Rodolphe Diesel, n’est pas un inconnu pour les technologistes. 11 a publié, en 1895, un ouvrage assez remarqué, Théorie und Construction eines rationellen Würmemotors, dans lequel il émettait des idées fort originales sur la combustion. Aujourd’hui, quittant les brumeuses régions du rêve, ce chercheur serait parvenu à construire une machine utilisant 28 à 50 pour 400 de la chaleur fournie soit le double environ du rendement habituel.
- Empressons-nous donc de signaler cette invention pendant que les périodiques d’outre-Rhin la placent au Capitole. Quelques semaines de retard nous exposeraient peut-être à la trouver au bas de la Roche Tarpéienne !
- Voici, d’après la récente communication de M. Diesel à l’assemblée annuelle des ingénieurs allemands, les principes qui l’ont guidé et la description sommaire de son appareil.
- Dans toute combustion, il faut distinguer la température d'inflammation de la chaleur de combustion et s’inquiéter surtout de la seconde. Un exemple banal fera ressortir cette différence. Si on allume une allumette en la frottant, on développe une chaleur de 18-20 degrés, tandis que la réaction chimique de la combustion élève la température de 4000 degrés. En outre, il est plus avantageux de produire cette température avant la combustion et indépendamment d’elle. Pour atteindre ce but, le constructeur bavarois comprime mécaniquement l’air à la pression de
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- 45 atmosphères dans un cylindre, puis il injecte, d’une façon régulière, la matière combustible (pétrole, gaz ou charbon pulvérisé) dans la masse gazeuse surchauffée.
- Le moteur comprendra généralement trois cylindres : un d’expansion et deux de combustion, placés à droite et à gauche de celui-ci. Le premier est pourvu à la partie inférieure d’une pompe à air. Quant aux deux autres, ils reçoivent la substance à brûler dans un réservoir renfermant de l’air, comprimé nécessairement à une pression supérieure, et, grâce à un dispositif spécial, la combustion est isothermique.
- Cependant le type réalisé est une machine verticale d’une puissance de 20 chevaux et à un seul cylindre communiquant avec un réservoir en acier où se trouve de l’air à 45 atmosphères. Ce récipient permet d’injecter le pétrole dans le cylindre de travail et il est alimenté par une pompe de compression. Sa consommation serait de 250 grammes de pétrole par heure et par cheval. Une fois même elle aurait été seulement de 254 grammes. La densité du pétrole employé était 0,795 et son pouvoir calorifique 10.200 calories. La mise en marche se produirait facilement par l’ouverture d’un simple robinet placé entre l’accumulateur à gaz et le cylindre. C’est un avantage qu’on appréciera pour les tramways et les automobiles. Enfin, d’après le professeur Schroter, la combustion s’effectuerait parfaitement, les gaz dégagés ne sentiraient « presque )) rien, le fonctionnement serait très doux et le rendement aussi économique pour les petits que pour les grands modèles.
- M. Diesel s’occupe actuellement d’essayer à Augsbourg une machine de 150 chevaux dont les qualités seraient encore plus merveilleuses. Attendons pour y revenir d’avoir des renseignements plus complets car, tout en souhaitant la confirmation d'une telle découverte, il est prudent de se rappeler l’hémistiche du poète : Timeo Ttanaos et dona ferentes.... J. IL
- VARIATION ANNUELLE DE LA PLUIE
- Le phénomène de la pluie subit, dans chaque pays et pendant le cours d’une année, des variations diverses, plus ou moins régulières et périodiques, qu’une longue série d’observations met en évidence. Les courbes de la figure 1 représentent ces variations, considérées sous le double rapport de la fréquence et de la quantité, d’après les nombres mensuels moyens de jours de pluie et les quantités mensuelles moyennes de pluie, pour Clermont-Ferrand (22 ans), le sommet du Puy de Dôme (18 ans) et Paris-Mont-souris (24 ans). Nous donnons en outre les courbes de quantité, déduites de 27 années d’observations pour les stations anglaises de Greenwich, Rothamsted, Hitchin, Cardington et Stretham Ely.
- À première vue on s’aperçoit que les variations en question ne sont pas absolument simples, et qu’elles sont loin d’être identiques dans toutes les stations. Les courbes de Clermont et de Paris montrent en eiîet une double variation en quantité ainsi qu’en fréquence; celles du Puy de Dôme accusent une triple variation pour la fréquence et une oscillation quadruple pour la quantité. Pour le sommet du Puy de Dôme, le maximum absolu en quantité se trouve en mars ; il est en juin pour Clermont, en octobre pour
- Paris, Greenwich, Rothamsted et Hitchin. Il .faut cependant remarquer que la courbe de Paris présente en juin un second maximum, qui diffère à peine du maximum principal d’octobre, et qui coïncide, en temps, avec celui de la courbe Clermont et avec un maximum relatif de la courbe Puy de Dôme. Toutes les stations ont leur minimum principal de pluie pendant la saison froide de janvier à mars, surtout en février et mars. Le Puy de Dôme seul n’offre, à cette époque de l’année, qu’un faible minimum relatif; mais il a en outre, un autre minimum relatif très accentué en mai, et son minimum principal en août-septembre.
- Un. examen attentif des courbes fait reconnaître qu’elles sont, dans leur ensemble, en rapport avec la marche annuelle de la température, mais que l’action de cette dernière cède quelquefois le pas à des influences secondaires qui créent des irrégularités de valeur et de temps.
- Ces irrégularités sont principalement dues aux changements qui surviennent, soit en surface, soit en hauteur, dans la situation générale de l’atmosphère. Une perturbation plus ou moins saisonnière dans la trajectoire ordinaire des grandes dépressions ou dans la position des aires de fortes pressions suffit pour que le rayonnement solaire produise, sous le rapport de la pluie, des effets divers, inégaux, et souvent contraires.
- Nous n’insisterons pas sur ce sujet, et nous n’entrerons dans quelques détails qu’en ce qui concerne la variation annuelle de la pluie à Clermont-Ferrand. Cela suffira d’ailleurs pour nous permettre de signaler quelques résultats intéressants qui ont un certain caractère de généralité. Ils doivent convenir, d’après quelques comparaisons succinctes, à tous les pays modérément montagneux, lorsque la situation géographique de ces pays leur permet d’échapper assez fréquemment à l’influence directe des grandes dépressions barométriques. Dans ces conditions, en effet, l’action du soleil est souvent énergique, relativement fréquente et régulière, de sorte que les courants ascendants acquièrent une intensité locale remarquable qui accentue à la fois et la variation diurne et la variation annuelle de la pluie.
- Minima Maxinia
- Janvier. . . lron\7 en 1880 78mm,9 en 1875
- Février. . . 5mm,4 en 1887 87mm,7 en 1889
- Mars .... 7mm,4 en 1884 124mm,9 en 1876
- Avril.... 3mm,8 en 1893 113””“,0 en 1880
- Mai 22mm,o en 4876 133™'“, 5 en 1877
- Juin .... 14mm,7 en 4860 209"»“,5 en 1876
- Juillet . . . gmm,4 cn 4876 143”»“ ,9 en 1877
- Août .... 17mm,6 en 1883 117"”“,7 en 1892
- Septembre . 0“m,3 en 1895 178mm,J en 1875
- Octobre. . . 9“m,0 en 1877 H8mm,7 en 1886
- Novembre. . 3mm,2 en 1881 79mm,5 en 1892
- Décembre. . 3mm,8 en 1890 69mm,3 en 1888
- C’est pour ces raisons que, dans la figure 1, les courbes relatives à Clermont-Ferrand montrent un maximum très accusé en mai-juin pour la fréquence de la pluie, et un autre plus prononcé encore, en
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- juin, pour la quantité. Ce dernier maximum doit son exagération à une plus grande fréquence des pluies de toutes valeurs, mais surtout à celle des pluies abondantes. La figure 2 met le fait en évidence, de meme qu’elle explique le maximum relatil qui existe en septembre, à une époque où la fréquence générale est presque à son minimum absolu. D’après la courbe Clermont (Q. de la ligure 1), c’est donc durant la belle saison que les nuages versent le plus d’eau sur la terre, et pendant l’hiver qu’ils en donnent le moins. Un croit cependant le contraire dans notre région, parce qu’on base communément son opinion, non pas sur une mesure exacte de la pluie, mais sur l'impression plus ou moins désagréable que cette pluie a produite.
- Les valeurs extrêmes des quantités mensuelles de pluie offrent un intérêt spécial au point de vue agricole. Pour la période de 22 ans que nous avons considérée, elles sont exposées dans le tableau ci-contre, p. 187.
- Ce tableau permet de constater que pour un mois quelconque la quantité d’eau fournie par l’atmosphère peut varier, suivant les années, dans des proportions énormes. Le mois de septembre 1875, par exemple, a donné 600 fois plus d’eau que le mois de septembre 1895.— C'est le mois de mai qui présente les variations les plus faibles, et cependant, en mai 1877, il y a encore 6 fois plus de pluie qu’en mai 1876.
- Les mois qui ont fourni le moins d’eau pluviale peuvent servir dans une certaine mesure à déterminer les périodes de sécheresse; mais cellès-ci sont bien mieux caractérisées quand on ne s’astreint pas à suivre les divisions du calendrier et que l’on considère un intervalle de temps quelconque pouvant s’étendre sur plusieurs mois. On trouve ainsi trois sécheresses particulièrement remarquables : 1° celle du 10 décembre T879 au 1er février 1880, qui a duré deux mois et demi sans que la terre reçoive plus de 8 millimètres d’eau météoriques par petites quantités; —2° celle du 16 mars au 28 avril 1895,
- dont la durée a été de 42 jours, avec un défaut d’eau pluviale presque complet, car le pluviomètre n’en a accusé ([lie 0,r,m,l le 19 avril et 0mm,2 le 22; — 5° celle du 25 août au 1er octobre 1895, qui comprend 56 jours durant lesquels le manque de pluie a encore été presque absolu, puisqu’il n’est tombé que 0"mi,l d’eau le 10 août et 0mm,2 le I 1 août.
- L’importance d’une sécheresse varie d’ailleurs suivant qu’on la considère au point de vue météorologique ou sous le rapport agricole. Pendant l’hiver, en effet, l’agriculture a peu besoin d’eau pluviale, tandis qu’il lui en faut périodiquement à d’assez courts intervalles pendant les trois autres saisons de
- l’année, pour que la végétation des plantes culturales puisse s’effectuer dans des conditions rémunératrices pour les cultivateurs.C’est pour cela que la sécheresse de l’hiver 1879- 1880 n’a guère intéressé que les mé-téorologistes, tandis que celle de l’automne de 1895, et surtout celle du printemps de 1895 resteront long -temps gravées dans la mémoire des agriculteurs.
- Il faut encore remarquer que la couche d’eau plu-
- r,. viale tombée en
- rig. z. — Variation annuelle des pluies i qoi7 ’ » j-
- à Clermont-Ferrand, suivant leur importance. J 0«/0,C est-a-uirc
- [tendant l’année
- de la [dus néfaste sécheresse, s’est élevée à 565 millimètres, et qu’elle a été supérieure à celle des années 1877, 1881, 1885, 1890, 1894, qui n’ont pas laissé de mauvais souvenirs. Bien plus, l’année 1895, malgré sa grande sécheresse de l’automne, passerait même pour une année pluvieuse si l’on s’en rapportait uniquement au total des pluies qu’elle a fournies, puisque ce total a atteint 728 millimètres et dépasse ainsi de 90 millimètres celui qu’on était en droit d’espérer d’après 22 années d’observations. Cela prouve qu’en agriculture l’opportunité des pluies joue un rôle plus important que leur abondance ou leur rareté annuelle.
- J.-R. Plumandon,
- météorologiste à l'observatoire du Puy de Dôme.
- J. F. M. A. NI. J. J. A. S. O. N. D
- Miltim!
- Jours
- 2f
- 200
- J. F. M. A. M J. J. A. S. 0. N. 0.
- 1.— Variation annuelle de la pluie en quantité et en fréquence.
- J. FMAMJJASOND
- Jours
- Jours
- J. F. NI. A. M J. J. A S O N D.
- E~ Mo MI* U SX?
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- LA NATURE.
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- EMPLOI DE L’ËLECTRO-AIMANT
- EX CHIRURGIE OPHTALMIQUE
- Il arrive très souvent, dans les ateliers, que des petits fragments de fer ou d’acier détachés soit des outils, soit des pièces travaillées viennent se loger dans les yeux des ouvriers ; leurs dimensions sont parfois relativement grandes et leur forme aiguë; lorsqu’ils se logent entre l’œil et la paupière, l’irritation qui en résulte engendre de très graves conjonctivites à moins qu’on ne les retire très rapidement. Ces fragments métalliques sont souvent projetés avec une telle violence qu’ils pénètrent dans l’œil même; ils peuvent alors se loger dans la sclérotique, cette membrane blanche très résistante qui enveloppe les milieux de l’œil sauf sur la partie antérieure qui est occupée par la cornée transparente ; ou bien ils traversent la sclérotique et tombent dans la chambre postérieure ; leur force de projection est telle parfois, qu’après avoir traversé la paroi antérieure de l’œil, ils vont se fixer dans la paroi postérieure.
- L’extraction de ces corpuscules est très difficile lorsqu’il faut recourir à une opération, et le cas n’était pas rare, jadis, d’ouvriers perdant la vue à la suite d’un accident de ce genre.
- Depuis longtemps, on a utilisé pour ces opérations délicates les propriétés de l’aimant. Fabricius llildanus développe ce sujet dans un petit livre, aujourd’hui fort rare, qu’il publia en 1646 sous le titre suivant: Opéra observationum et curationum. Depuis, au siècle dernier et durant celui-ci, de nombreux oculistes se servirent avec succès d’aimants permanents pour retirer sans pinces et sans opération les parcelles de fer et d’acier qui avaient pénétré dans les yeux.
- On a remplacé depuis les aimants permanents par des électro-aimants qui permettent d’obtenir des forces attractives beaucoup plus grandes avec des instruments de dimensions plus réduites et, partant, sont plus faciles à manier. Hirschberg paraît avoir
- été le premier qui ait employé l’électro-aimant dans ce but, en 1877.
- L’appareil dont on se sert est généralement formé par un électro-aimant droit d’environ 5 à 6 centimètres de longueur ; une de ses extrémités est munie d’un pas de vis, afin qu’on puisse y fixer des pièces polaires en forme d’aiguilles courbées de façons différentes. On tient cet électro à la main et on approche l’aiguille de l’œil malade; si la parcelle métallique n’a pas pénétré dans les tissus, mais est simplement logée entre les paupières et le globe de l’œil, elle est ainsi facilement retirée ; si, au contraire, elle est emprisonnée dans la sclérotique, comme celle-ci est très résistante, l’attraction de l’aimant n’est plus suffisante et une opération
- devient nécessaire.
- Dans le but d’éviter, autant que possible, ces opérations toujours très douloureuses et parfois dangereuses, on vient d’établir à l’hôpital pour les maladies des yeux et des oreilles, à New-York, un électro-aimant très puissant. Notre gravure ci-contre reproduite d’après The IUush'ated American, en représente l’aspect et permet d’en comprendre aisé-ment le mode d’emploi.
- Le noyau de fer doux a environ 60 centimètres de longueur et 7,5 centimètres de diamètre; il est terminé à ses .deux extrémités par des pièces coniques ; les enroulements inducteurs sont parcourus par le courant servant à l’éclairage des bâtiments; sa force d’attraction est très considérable. Il est monté sur un support qui permet de l’élever ou de l’abaisser et de le faire tourner dans différents sens. Lorsque l’oculiste voit qu’il lui est impossible de réussir avec la simple aiguille aimantée, il emploie ce puissant électro ; il est rare que son attraction ne soit pas suffisante et que le fragment de fer ne vienne pas se fixer de lui-même sur la pièce polaire.
- Une opération est toujours nécessaire si le fer a traversé la sclérotique et est venu se loger dans la chambre postérieure ou dans la rétine. Mais là encore, l’attraction magnétique est d’un puissant
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- LA NATURE.
- secours en permettant de déterminer exactement la position du corps à extraire.
- L’emploi de T électro-aimant a permis de sauver la vue à de nombreux ouvriers. G. Pellissier.
- GORRESPONDANCE
- Paris, le 11 août 1897.
- Monsieur le Directeur,
- Dans le n° 1261 du 31 juillet 1897, M. Hospitalier donne la description du moteur à essence de pétrole système (( Loyal », en attribuant à ce constructeur l’invention du cycle à quatre temps avec « échappement des gaz brûlés en deux demi-temps séparés par l’aspiration ».
- Je me permettrai de vous signaler que ce cycle a été tout d’abord indiqué par moi dans le brevet français,n° 232997, que j’ai pris le 22 septembre 1893, devançant ainsi de plus de deux années le Brevet de MM. de Ucsener et Loyal.
- D’ailleurs, en ce qui concerne la réalisation pratique de ce nouveau cycle, le dispositif très simple de distribution par deux soupapes automatiques reproduit par M. Loyal se trouve formellement décrit dans la figure 4 annexée à mon Brevet.
- Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée. X. Gosselin1.
- Ingénieur, secrétaire général île la Société internationale des électriciens.
- En décrivant le moteur de M. Loyal, nous ignorions l’antériorité certaine, mais tombée aujourd’hui dans le domaine public, de M. X. Gosselin. Aucun appareil de son système n’a été construit, aucune description n’en a été publiée, notre ignorance était donc bien pardonnable. E. Hospitalier.
- CHRONIQUE
- La comète d’Arrest. — L’intéressante comète périodique découverte par Arrest, le 27 juin 1851, dans la constellation des Poissons, et dont la période est de 6, 7 ans, a été retrouvée dans la constellation de la Baleine par l’astronome américain Perrine, à l’Observatoire Lick. Elle a également été observée depuis cette époque par les astronomes de Toulouse et d’Alger. Cette remarquable comète, qui est probablement la plus faible des comètes périodiques connues, est très curieuse à cause des perturbations qu’elle subit lorsqu’elle passe dans le voisinage de Jupiter. Elle a été retrouvée à la position que lui avaient assignée les calculs de M. Leveau, astronome de l’Observatoire de Paris. Elle reviendra nous visiter au mois de septembre 1903.
- La lumière et la vie végétale. — Selon 1S attirai Science, M. John Clayton a fait choix de douze plants de haricots de même variété, aussi semblables entre eux que possible, de même âge, de même vigueur, et il les a plantés côte à côte, de telle façon que six d’entre eux étaient abondamment éclairés par le soleil, les six autres étant abrités par des planches qui excluaient tout éclairage direct. Ces douze plants ont végété jusqu’en octobre, époque à laquelle on a fait la récolte. On a pesé séparément les gousses des six plants non éclairés et des six plants éclairés, et le poids des gousses fraîches a été
- respectivement de 29 pour les premiers contre 99 poulies derniers. Les graines séchées ont été pareillement pesées : celles des plants éclairés posaient plus de trois fois le poids des graines des plants non éclairés. Bien de moins inattendu, au reste, que cette action de la différence du milieu. L’année suivante on a semé les deux groupes de graines, mais les plants sont restés tous en pleine lumière. L’action nuisible des conditions où s’étaient formées les graines chez les plantes maintenues à l’ombre s’est manifestée par ceci que les plantes nées de graines formées à l’ombre ont fourni une récolte de moitié inférieure à celles des plantes nées de graines formées au soleil. L’expérience a été continuée, et, en définitive, à la quatrième année, les plantes nées de graines formées à l’ombre, à travers trois générations, ont bien pu former des fleurs, mais sans arriver à donner des fruits. La race était éteinte.
- Transport de lentilles monstres. — Les deux lentilles monstres que l’on a récemment terminées poulie télescope Yerkes, de l’Observatoire Yerkes de Williams Bay (Wisconsin), ont été transportées par chemin de fendes ateliers du professeur Alvan G. Clark, à Cambridge (Massachusetts), jusqu’à leur destination. On juge si des précautions spéciales avaient dû être prises pour préserver des objets aussi précieux. On les avait embarquées dans un wagon-salon disposé dans ce but, des gardiens étaient de faction à chaque entrée du wagon, et enfin le professeur Clark et son contre maître veillaient chacun à tour de rôle à l’intérieur.
- La congélation du canal de Kiel. — Pour retarder le plus possible la congélation du canal de la mer du Nord pendant la saison d’hiver, et y prolonger d’autant la navigation, on se prépare à en chasser complètement l’eau douce qui s’y trouve, et qui y était fournie par les grands lacs de l’intérieur, et à la remplacer par de l’eau de mer. Pour cela on ne pouvait qu’emprunter de l’eau à la baie de Kiel, celle de l’estuaire de l’Elbe n’étant que fort peu salée. Dans ce but, pendant la mer basse, on laisse ouverte une des écluses de Bruns-buttel, où il se produit une dénivellation très forte sous l’influence de la marée : l’eau douce s’écoule, tandis que l’eau salée afflue par l’extrémité de Kiel et la remplace peu à peu. Déjà la faune et la flore du canal et des lacs se modifient totalement.
- l/âge «le la Terre. — Dans une récente adresse, lord Kelvin, reprenant la vieille question de l’àge de la Terre et surtout du moment où elle a pu être habitable, a dit que pour lui notre globe s’est solidifié il y a de 20 à 30' millions d’années, et que, par suite, il n’est pas habitable depuis plus de 30 millions d’années.
- Assèchement artificiel des maçonneries. —
- On cherche toujours à assurer le plus rapidement possible l’assèchement de la maçonnerie par des feux allumés à l’intérieur des bâtiments. La Revue technique nous fait remarquer que M. Spennrath s’élève avec raison contre ce procédé et montre qu’il est plutôt nuisible. Si l’on veut en effet établir une construction solide, il est indispensable, par les temps secs, de mouiller copieusement les matériaux, pierres ou briques, employés. Cette nécessité s’explique si l’on songe à la manière dont se fait la liaison de ces matériaux. Le mortier employé est à base de chaux éteinte, c’est-à-dire de chaux pulvérisée, ayant absorbé pour sa transformation en hydrate 52,3 pour 100 d’eau de constitution et que l’on dissout elle-même dans
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- une nouvelle quantité d’eau pour obtenir un lait de chaux. En présence de l'acide carbonique de l’air, qui lui aussi se dissout dans cette eau, la chaux se transforme peu à peu en carbonate cristallisé et dur, lequel assure la liaison intime des autres matériaux. Mais cette transformation ne se fait que très lentement, et exige toujours la présence de l’eau comme véhicule du gaz et de la chaux, car l’acide carbonique sec n'a aucune action sur la chaux en poudre. Dès lors, si l’on provoque d’une manière ou d’une autre l’assèchement rapide de la maçonnerie, on ne laisse pas à la chaux le temps suffisant de se transformer en carbonate et le mortier reste mou et friable. L’entrepreneur va donc contre son intérêt et celui du propriétaire du bâtiment, sans compter qu’il fait souvent une dépense assez considérable de combustible pour arriver à ce désastreux résultat.
- Le phonographe en justice. — Récemment, devant la cour de New-York, un propriétaire poursuivait une compagnie de chemins de fer en dommages et intérêts, en raison du bruit que faisait dans son voisinage le passage des trains : pour convaincre les juges de la réalité des faits, le plaignant apporta des rouleaux de phonographe où se trouvaient inscrits les bruits incriminés.
- Photographies microscopiques. — M. Charpy a présenté récemment à la Société française de physique dos photographies microscopiques montrant la texture hétérogène des alliages métalliques. Ces photographies permettent de constater que les alliages à point de fusion minimum, qui ont souvent été considérés comme des composés définis, sont, en réalité, formés par la juxtaposition des métaux constituants sous forme de lamelles très fines. Dans certains alliages, on distingue, au milieu de la masse, ces cristaux parfaitement nets de composés définis formés par les métaux alliés, en particulier les composés : étain-antimoine, antimoine-cuivre, étain-cuivre. Indépendamment de ces résultats relatifs à la constitution chimique des alliages, l’examen microsc’opique permet de caractériser le travail suhi par un alliage de composition déterminée. Des photographies d’échantillons de laiton (1*7 de cuivre, 53 de zinc) montrent que la texture est tout à fait différente, suivant que le métal est hrut de coulée, laminé ou recuit à des températures graduellement croissantes.
- Perte de puissance dans les transmissions. —
- On ne sait pas assez la perte énorme de puissance qui peut se faire dans les transmissions au moyen d’arbres et de courroies : le professeur G.-II. Benjamin, de l’École des sciences appliquées de Cleveland, a fait d’intéressantes observations dans six usines où l’on se livre à des travaux très variés. Dans un atelier de construction de machinerie et de chaudières, il a constaté une perte de puissance de 65 pour 100, 77 dans une fabrique de machines à coudre, 75 dans une usine de planage, 77 dans une usine de bocardage, et enfin le comble, 80, dans des ateliers où l’on fabrique des pièces de ponts, et où, il est vrai, les machines sont un peu dispersées.
- La production du fromage aux États-Unis.
- — L’Amérique du Nord envoie de plus en plus à l’Europe les produits de son agriculture : aussi est-il intéressant de savoir ce qu’elle est susceptible de fournir. Or la confédération américaine fabrique annuellement une quantité énorme de fromage, quelque chose comme 260 millions de livres, autrement dit 116 millions de kilogrammes, représentant une valeur de 150 millions de francs. Cette
- industrie, qui, en 1849, ne produisait guère que 105 mil-* lions de livres, s’exerce surtout dans les États de New-York, de Wisconsin, d’Ohio, d’Illinois, de Yermont, d’iowa, de Pensylvanie et de Michigan, les deux premiers fournissant à eux seuls les deux tiers du total.
- Conservation de l'eau oxygénée. — M. Sander a constaté que l’alcool et l’éther ont la propriété de conserver l’eau oxygénée beaucoup mieux que tout autre produit, et le procédé le plus simple consiste à l’additionner d’une petite quantité d’alcool et de la garder dans un endroit frais et à l'abri de la lumière.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 août 1897. — Présidence de M. Ciiatix.
- La vaccine du choléra. — M. A. Gautier présente au nom de M. Ferran une brochure publiée par l’auteur en vue d’établir son droit à la priorité de la découverte de la vaccine du choléra. On se souvient que la méthode d’inoculation du Dr Ferran a été expérimentée en Flspagne, il y a douze ans. Les heureux résultats ont été constatés, dit M. A. Gautier, par les autorités espagnoles, et le succès* en a été récemment attesté par M. Metchnikoff. M. J. Bertrand ayant rappelé que lors de l’épidémie de 1885, de graves accidents occasionnés en Espagne par les inoculations du I)r Ferran y avaient provoqué l’interdiction de sa méthode, M. Brouardel, qui fut à cette époque délégué avec MM. Charrin et Albarran pour étudier sur place les effets des. inoculations, intervient pour déclarer qu’il ne connaîtras le procédé de M. Ferran. Ce dernier qui désirait vendre son secret au gouvernement français refusa de le communiquer. Ils assistèrent seulement aux inoculations qui, quelquefois au moins, se pratiquaient dans des conditions singulières. G’est ainsi que dans un couvent, elles furent pratiquées sous les yeux des observateurs français au travers des vêlements. Quelle que soit la cause réelle de l’accident, à Tolosa, sur un groupe de trente inoculés, il se produisit sept à huit cas de gangrène qui nécessitèrent des amputations et décidèrent le gouvernement à interdire les expériences. M. A. Gautier réplique que M. Ferran est depuis longtemps installé à Barcelone où il dirige un laboratoire municipal de bactériologie dont le fonctionnement ne laisse absolument rien à désirer au point de vue scientifique. M. Gautier qui a visité ce laboratoire en 1889 déclare qu’on doit le considérer comme un établissement modèle. Le succès des inoculations de M. Ferran est constaté par la Municipalité de cette ville et par des statistiques officielles. Néanmoins l’Académie décide de confier à une commission présidée par M. Duclaux, le soin d’examiner si ce savant peut valablement prétendre à l’honneur d’avoir découvert le premier la vaccination du choléra.
- Varia. — M. Baillot, directeur de l’observatoire de Toulouse, annonce que la comète périodique d’Arrest a été observée dans cet établissement les 29 et 30 juillet derniers. — M. Ducla a découvert une loi qui lie la chaleur totale de vaporisation des corps à la chaleur latente. — M. Deslandres présente de nouvelles recherches sur le spectre des rayons cathodiques. — M. Picot a étudié le mouvement ondulatoire périodique de la mer le long des côtes de la basse Normandie à l’époque du quaternaire ancien et du pliocène moyen. Gh. de Villedelil.
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- LA NATURE.
- DESTRUCTION DES INSECTES
- Le problème à résoudre est plus difficile qu’on ne le suppose. Les insecticides se montrent insuffisants. On a recommandé le sulfure de carbone, la nicotine, l’émulsion de savon, les essences, le goudron, la naphtaline, pétrole, sulfate de fer, sans compter les compositions secrètes. Malgré tout, les ravages allant croissant, les pouvoirs publics se sont préoccupés de la question. La loi du 24 décembre 1888 concernant la destruction des insectes a remplacé l’ancienne loi sur l’échenillage peu ou point appliquée. Après les insecticides, on a essayé des pièges et autres appareils appelés à capturer par grandes quantités les papillons, mouches, phalènes, coléoptères, etc. M. F inet, d’autre part, a imaginé l’évaporateur permanent composé d’un flacon de verre, l’ouverture latérale fermée par un bouchon de liège que l’on suspend aux branches après l’avoir garni d'un insecticide particulier. On place les flacons à raison de un par mètre carré dans les plantations. M. Martre inventa le Tannophore, appareil destiné à dégager des vapeurs de jus de tabac dans les serres. Mais ces procédés n’ont qu’un emploi localisé.
- Il était naturel de songer à utiliser l’influence de la lumière et du feu sur les insectes. M. Caillot construisit un flambeau automatique très apprécié pour détruire les nids de pyrale, de chenilles, de pucerons. On en revint surtout aux lanternes qui sont obscurcies quelquefois par des nuées de phryganes, de phalènes, d’éphémères. Dans certaines campagnes, on a coutume d’allumer le soir des feux vifs et clairs où les papillons et autres bestioles viennent se brûler. On a profité de ces curieuses expériences pour faire mieux encore.
- On a enduit de miel, mélasse ou autre matière sucrée, des troncs d’arbres, des planches, des vases où venaient se coller les insectes. Ne prenait-on pas ainsi les mouches depuis longtemps déjà au moyen de carafes ouvertes par-dessous et renfermant un peu de bière sucrée ou tout autre liquide préparé?
- On trouve dans le Journal de VAgriculture du 20 août 1892 la description d’un piège pour détruire la cochylis, piège imaginé par M. Besnard, constructeur à Paris. Quatre à cinq pièges par hectare seraient, paraît-il, suffisants. L’appareil con-
- siste essentiellement en une lampe à verrine entourée d’une carcasse conique en fil de fer galvanisé enduit de glu qui retient les papillons. C’est non seulement les Noctuelles qu’on peut détruire par ce moyen, mais aussi tous les papillons nocturnes, les coléoptères de nuit : Lucanes, Capricornes, Scarabées divers, les Charançons, beaucoup de névroptères. Mais parmi les moyens nouveaux les plus aptes à donner entière satisfaction, nous croyons que l’un des meilleurs, des plus propres et des plus pratiques, est l’appareil inventé il y a peu de temps par le l)r Rorig.
- Voici la description sommaire de cet appareil représenté ci-dessous. Une lampe est enfermée dans une lanterne hexagonale dont chaque coté est percé
- d’une ouverture munie d’une forte lentille de verre, précédée d’un réflecteur conique par lequel peuvent pénétrer les insectes attirés par les rayons lumineux. La lanterne est formée à sa partie supérieure par un couvercle pyramidal muni de ventilateurs permettant l’échappement de l’air chaud, mais opposant tout passage à la fuite des insectes; elle est fermée vers le bas par une même partie pyramidale lisse, conduisant à un réservoir à couvercles placé en dessous et dans lequel on a mis un mélange sucré et odorant attirant les insectes. Ceux-ci, après avoir pénétré dans la lanterne, ne peuvent en sortir et glissent dans le récipient inférieur qu’il suffit de vider de temps en temps. Le diamètre de la lanterne est de O"1,51, les côtés en carré ont 0m,15, le diamètre du réflecteur à l’ouverture antérieure est de 0m,15. L’instrument se place dans un arbre ou en plein champ.
- Comme entretien et lonctionnement la dépense est minime. Cependant au prix actuel de l’appareil, 56 francs environ, l’usage ne peut encore guère se généraliser, ce prix étant trop élevé pour permettre un emploi multiplié. Il serait aisé de simplifier cette lanterne, d’adopter un dispositif moins coûteux et les agriculteurs pourraient l’utiliser avec grand profit. Aussi nous souhaitons que l’inventeur dirige son attention vers ce but. Il rendrait un service évident à l’agriculture. Flamel.
- Le Gérant : 1'. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiicre, rue de Fleurus, 9.
- Lampe Rôrig pour la destruction des insectes.
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- N# 1205. — 28 AOUT 1807.
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- LA PLANÈTE MARS
- De toutes les planètes qui gravitent autour du Soleil, Mars paraît être celle qui ressemble le plus à
- la Terre; et cependant elle en diffère par plusieurs points essentiels que les observations laites dans le courant de ce siècle ont mis en pleine lumière. De plus, on a remarqué sur sa surface des configura-
- Fig. 1. — Aspects (le la planète Mars observée à Meudon par M. Perrotin et à Barcelone par M. José Comas.
- lions singulières auxquelles on a donné le nom de canaux, et dont l’explication reste encore une sorte de
- mystère, ce qui ajoute encore à l’intérêt que présente l’étude de ce globe voisin. Nous nous propo-
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- — Planisphère de la planète Mars dressé d’après les observations de M. Scliiaparelli de 1882 à 1881.
- sons de résumer ici les résultats acquis par la science et les conjectures que l’observation de cette planète a suggérées aux astronomes qui en ont fait une étude approfondie.
- Mars est, comme on sait, plus éloigné du Soleil 25° année. — 2* semestre.
- que la Terre ; la distance de la Terre au Soleil étant 4, celle de Mars est 4,524, ce qui équivaut à 227 millions de kilomètres, tandis que la Terre n’est qu’à 149 millions de kilomètres du Soleil. La durée de la révolution de Mars est de 1 an 321
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- LA NATURE.
- jours, 75 ou environ 687 jours. Le globe de Mars est notablement plus petit que celui de la Terre : le diamètre de la Terre étant 1, celui de Mars est 0,528, à peine supérieur à la moitié. Le volume de Mars est environ le septième de celui de la Terre, tandis que sa masse est relativement plus petite et dépasse à peine le dixième de celle de la Terre. Une conséquence importante des nombres précédents, c’est que la pesanteur à la surface de Mars est beaucoup plus faible qu’à la surface de la Terre, à peu près dans la proportion de 1 à 5. Ainsi un effort capable de soutenir une masse de 1 kilogramme à la surface de la Terre, pourrait soutenir une masse de 5 kilogrammes à la surface de Mars. Cette considération est importante et ne doit jamais être perdue de vue dans les spéculations relatives à la physique de Mars.
- Dès l’invention des lunettes, les astronomes ont étudié les configurations des planètes, et de Mars en particulier. De bonne heure, on a distingué à la surface de cet astre des taches gris verdâtres contrastant singulièrement avec le fond jaune ou roux
- Fig. 3. — Configurations observées sur Mars à l’observatoire Lowcll.
- du reste du globe. Ces taches présentent dans leurs formes générales une constance remarquable, et leur aspect varie seulement par l’effet du déplacement relatif de la planète et de la Terre, suivant que telle ou telle région du globe est en face de l’observateur. Les taches fixes ont permis de déterminer avec une grande précision la durée de la rotation de la planète, quia été trouvée de 24 h. 57 m. 25s., et la position de l’axe de rotation qui fait un angle de 24° 52' avec le plan de l’orbite. Cette inclinaison diffère assez peu de celle de l’axe de la Terre sur le plan de l’écliptique : 25° 27'. Il en résulte que la planète Mars subit des saisons tout à fait analogues aux nôtres, et que sa surface -peut être divisée en cinq zones comme celle de la Terre; seulement ces saisons y sont environ deux fois plus longues que celles de la Terre, et de plus, beaucoup plus inégales, parce que l’orbite de Mars est plus excentrique que celle de la Terre. Ainsi pour l’hémisphère austral de Mars, le printemps et l’été durent 506 jours, tandis que l’automne et l’hiver embrassent une période de 581 jours.
- Autour de chacun des deux pôles de la planète, on observe une calotte blanche qui s’étend quelquefois jusqu’à 45° du pôle, lorsque l’hémisphère correspondant est dans l’hiver, et qui décroît pen-
- dant l’été de ce même hémisphère jusqu’à disparaître presque complètement. Quelle que soit l’interprétation qu’on veuille donner de ce phénomène, il est un témoignage certain de l’existence d’une atmosphère assez dense qui entoure toute la planète : que ces calottes soient constituées par des nuages, ou par un précipité solide, une sorte de neige qui recouvre le sol, il n’en est pas moins certain qu’il y a autour de Mars des vapeurs susceptibles de se condenser par le refroidissement. Au reste, on a de l’existence de cette atmosphère hicn d’autres témoignages, en particulier le fait que le bord de la planète est beaucoup plus lumineux que le centre, et :pie les configurations disparaissent quand la rotation de la planète les amène à proximité du bord. Enfin, les observations spectroscopiques ont mis en évidence l’existence de la vapeur d’eau, dans l’atmosphère de Mars, ce qui rend très probable l’opinion que les calottes polaires sont formées tout simplement de neige.
- Les époques les plus favorables pour les observations de Mars, sont naturellement celles où la planète est en opposition, c’est-à-dire quand la Terre
- Fig. i. — Coniigui “liions observées sur Mars à l'observatoire Lowell.
- est à peu près entre le Soleil et la planète. C’est à ce moment que Mars est le plus rapproché de la Terre et paraît par conséquent le [dus grand. Ajoutons qu’à l’opposition on voit la totalité de l’hémisphère éclairé, tandis qu’aux autres époques, une partie de l'hémisphère visible est dans l’ombre, de sorte que la planète présente une phase et affecte la forme de la lune entre la pleine-lunc et un quartier. Les oppositions de Mars se reproduisent environ tous les deux ans, et chacune d’elles est, de la part des astronomes, l’occasion d’une série d’études nouvelles. Dès 1877, on pouvait croire les détails de la planète assez connus pour essayer d’en faire une carte générale. A cette époque, les astronomes étaient à peu près tous d’accord pour voir dans les taches sombres des mers ou des océans, et dans les espaces clairs des continents. De là, les noms donnés aux diverses configurations observées. Nous donnons ici, figure 1, la reproduction de deux dessins qui ont été faits, le premier, à gauche, par M. Perro-tin, à l’ohservatoire de Meudon; l’autre, par M. José Comas, à Barcelone, et qui donnent une idée de ce qu’on peut apercevoir sur la planète. Ce qui frappe surtout, dans l’aspect des planisphères de Mars établis à cette époque par Green, Schia-parelli, Flammarion, etc., c’est le peu d’étendue occupée par les mers comparativement à ce qui
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- existe à cet égard sur la Terre. Parmi les résultats acquis à cette époque, il convient de citer aussi l’absence presque totale de nuages dans l'atmosphère de Mars, et la variabilité des rivages de certaines mers, ou, pour ne rien préjuger, de certaines taches sombres. L’opposition de 1877 est restée célèbre par la découverte que ht M. Àsaph Hall, des deux satellites très rapprochés dont le plus proche circule autour de la planète en un temps moindre que la rotation de celle-ci, de sorte (pie les habitants de Mars le voient tourner dans le ciel en sens mverse du mouvement diurne. 11 se lève à l’ouest, et se couche à l'est. Ces satellites sont du reste fort petits.
- Avec l’opposition de 1879, commence la série des découvertes de M. Schiaparelli qui nous ont fait marcher de surprises en surprises et ont fini par mobilier les idées qu’on s’était laites jusqu’alors au sujet de la planète Mars. La première découverte de M. Schiaparelli est celle d’un réseau de lignes droites, de teinte sombre, qui se coupent les unes les autres et semblent mettre en communication les taches sombres à travers les espaces clairs. M. Schiaparelli a donné à ces lignes le nom de canaux qui leur est resté depuis. La longueur de ces canaux est généralement considérable, et atteint 4000 à 5000 kilomètres, puisqu’ils traversent en ligne droite les espaces désignés sous le nom de continent ; quant à leur largeur on ne peut l’estimer à moins d’une centaine de kilomètres. On voit quelques-uns de ces canaux sur la ligure 1. Chaque canal se termine à ses deux-extrémités dans une mer ou dans un autre canal. Il n’y a pas un seul exemple d’un canal se terminant dans un continent. Deux années plus tard, en 1881, M. Schiaparelli découvrit le phénomène du dédoublement des canaux qui consiste dans l’apparition d'un deuxième canal parallèle au premier sans que celui-ci ait changé d’aspect ni de position. Ce phénomène étrange paraît arriver à une époque déterminée et se produire à peu près simultanément sur toute l’étendue des continents.
- Les oppositions suivantes ont été employées à contrôler et à compléter les observations précédentes accueillies d’abord avec un septicisme assez facile à comprendre. De plus les changements dans la forme de certaines taches ont pu être étudiés avec plus de soin, et l’on s’est aperçu que des modifications couvrant des étendues de terrains considérables se produisaient en un temps très court. En 1892, les documents recueillis sur la planète Mars étaient déjà si nombreux, que M. Flammarion put faire paraître un volume de 000 pages qui contient tout ce (pie l'on savait à cette époque.
- Mais depuis 1892, une nouvelle découverte aussi surprenante que les autres, et plus importante peut-être par les conséquences qu’on en a déduites, est encore venue augmenter nos connaissances et offrir un nouvel aliment à notre imagination.
- Un riche astronome américain, M. Percival Lowell, a lait construire un observatoire dans une région élevée du nouveau Mexique remarquable par la pu-
- reté de l’atmosphère, pour faire une étude systématique des configurations de Mars pendant l’opposition de 1894. Or, grâce à la transparence du ciel et à la tranquillité de l’atmosphère, M. Lowell, aidé de ses deux assistants, MM. Douglas et Schæberlé, a pu obtenir une série d’observations tout à fait remarquables. Le fait inattendu révélé par scs observations c’est que les canaux se continuent en ligne droite au travers des taches sombres et finissent par aboutir au voisinage du pôle. Au point de croisement des canaux, il y a presque toujours une tache sombre et il n'existe aucune tache sombre qui ne soit reliée à d’autres par un ou plusieurs canaux. Les figures o et 4, reproduites d’après le Bulletin de la Société astronomique de France, à qui M. Lowell avait communiqué ces observations, donnent une idée de la nouvelle découverte. Le croissant noir est la partie du disque invisible à cause de la phase. On voit aussi, sur la figure 5, des tramées claires qui traversent les taches sombres. Ces observations s’accordent mal avec l’ancienne hypothèse que les taches sombres seraient des mers, et semblent mettre hors de doute la communauté d’origine des canaux et des taches sombres. D’autre part, les modifications des rivages ont été confirmées; il arrive que des étendues verdâtres de plusieurs centaines de mille kilomètres carrés, disparaissent en un temps étonnamment court, manifestement insuffisant pour que l’eau puisse se retirer. M. Lowell a donc été conduit à faire une nouvelle théorie de Mars que nous allons résumer en quelques mots. Au sujet de l’atmosphère, les nuages sont l’exception; s’il y en a, ils sont très rares, ce qui montre que la circulation atmosphérique de l'eau est loin d’avoir sur Mars l’activité qu’elle a sur la terre. En ce qui concerne les espaces sombres et les canaux, M. Lowell, reprenant des idées émises déjà par MM. Pickering et Flammarion, y voit des phénomènes de végétation. Sur Mars, dit-il, il n’y a plus de mer, et l'eau n’y circule plus que dans un système de canaux profonds. Les grandes taches sombres sont des plaines basses facilement irriguées, les espaces clairs des régions plus élevées, irriguées seulement par les canaux qui les traversent. Nous ne voyons pas d’ici les canaux eux-mêmes, mais seulement la bande de terre fertilisée qui se couvre de végétation ; la teinte y est d’autant plus sombre que la végétation y est plus active. Or il arrive précisément que les taches et les canaux subissent des variations de teinte qui sont tout à fait en rapport avec la saison ; c’est l’eau provenant de la fonte des neiges des calottes polaires qui alimente les canaux, et c’est justement après cette fonte des neiges que les taches prennent les teintes les plus sombres. M. Lowell ajoute que, s’il y a des habitants sur Mars, l’irrigation doit être le principal intérêt de leur existence, et il est certain que le réseau des canaux de Mars donne bien l’impression d’un gigantesque travail d’irrigation destiné à puiser l’eau dans les réserves polaires pour l’amener jusque dans les régions équatoriales. Le dédou-
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- Elément des.canaux est plus difficile à expliquer; on y pourrait peut-être arriver en imaginant un système de canaux parallèles qu’on remplirait l’un après l’autre de manière à fertiliser successivement une bande de plus en plus large ; la végétation commencerait vers la ligne médiane de la bande, et s’étendrait ensuite de part et d’autre, de manière qu’après la maturité dans la partie moyenne, il se produirait des deux cotés deux bandes couvertes de végétaux. M. Lowell a publié le résultat de ses travaux dans un livre intitulé Mars, paru, à Nexv-York. Un résumé a été publié dans le bulletin de janvier de la Société Astronomique de France.
- Sans doute la théorie de M. Lowell ne peut être acceptée qu’avec beaucoup de réserves : mais c’est la seule qui rende à peu près compte des faits observés, et il est bon de chercher à expliquer ce qu’on voit, dut-on se tromper dans l’explication; celle-ci excite le travail d’autres chercheurs qui entreprennent soit de la confirmer, soit de la combattre et l’on peut affirmer que toute théorie, même hardie et prématurée, est un sérieux instrument de progrès.
- Pour qu’on puisse se faire une idée des détails observés sur Mars, nous donnons ici, figure 2, un planisphère de la planète dressé pour le bulletin de la Société Astronomique de France d’après les observations faites par M. Schiaparelli en 1882-84 à l’observatoire de Milan; c’est déjà ancien ; on n’y trouve pas tous les détails actuellement connus, et l’on n’y voit pas le prolongement des canaux au travers des taches sombres ; mais ce planisphère suffit à montrer l’aspect général du réseau des canaux dont quelques-uns sont nettement dédoublés. M. Fouché.
- Vice-président de la Société astronomique de France.
- LE CANAL 1(E LA ItALTIQL'E
- A LA MER NOIRE
- Relier la Bal tique à la mer Noire par un canal est un rêve qui hante depuis longtemps l’esprit des empereurs de Russie. Alexandre 111. en était obsédé, non sans raison. La Russie a relativement peu de routes et ne possède pas encore le réseau ferré que
- sollicitent son étendue, sa population, son agriculture et son industrie.
- En traversant ses fécondes provinces du sud, ce canal y drainerait leurs produits, surtout ceux des mines et les céréales, à meilleur compte que le chemin de fer, et constituerait par conséquent pour ces contrées un bienfait inappréciable. D’autre part, en mettant en communication Kronstadt et Nikolaiew, il permettrait de faire transiter des navires de combat d’un port à l’autre, et de porter ainsi et assez rapidement d’importantes forces militaires soit au nord, soit au sud, suivant les circonstances. En 1891, l’empereur avait étudié lui-même divers projets, parmi lesquels celui dont nous donnons le croquis a été reconnu le plus pratique. 11 aura 1000 kilomètres et une profondeur de 8m,50, ce qui serait peut-être un peu juste pour des bâtiments tels (pie le Tri Svjalilelja,
- 1 ’ E lia ter in a 11, le Tchesme, le Sinope, et autres navires à tourelles qui calent 8 mètres et même plus, ainsi que pour ceux qui ont des tirants d’eau variant de 7 à 8 mètres, s’ils ne devaient pas être allégés tout au moins de leur charbon. Le canal de Suez n’en a pas davantage, mais celui de Iviel a 9m,80. Le canal partira, comme le montre notre tracé, du golfe de Riga, au point où la Dvvina se jette dans la Baltique ; il en suivra le cours jusque dans le voisinage de la Rérésina, qu’il atteindra par une tranchée, puis, après un
- certain parcours, il gagnera le Dnieper, qui le conduira jusqu’à Kherson. On estime à 500 millions les dépenses qu’entraînera la construction du canal,
- mais le gouvernement russe les considère comme
- une simple avance de fonds, car les profits de l’entreprise ne peuvent être que très rémunérateurs. C’est par ce canal en effet que désormais la plupart des produits de la Russie méridionale seront portés dans les divers pays que baignent la Raltique, la mer du Nord et la Manche.
- Au point de vue stratégique il est permis de dire que son importance sera plus considérable encore que ne le serait, pour notre propre marine, un canal qui, de Dunkerque à Toulon, permettrait de porter nos unités de combat d’une mer à l’autre sans avoir à redouter les périls de l’Atlantique et surtout du détroit de Gibraltar. L. Renard.
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- N O / R E
- Le canal de la Baltique à la nier Noire.
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- U « TURBINIA »
- Serions-nous sur le point d'assister à une transformation complète des appareils moteurs des bâtiments1? On serait tenté de le croire, si l’on s'çn rapporte aux comptes rendus vraiment remarquables des essais de vitesse de la Turbinia.
- Ce petit bâtiment, qui rappelle comme aspect général les premiers torpilleurs de 27 mètres de la marine française, a une longueur de 50m,50, une largeur de 2m,75 et un tirant d'eau moyen de 0m,92; son déplacement ne dépasse pas -45 tonnes dans lesquelles toute la machinerie entre pour 22 tonnes.
- La particularité de la Turbinia réside dans le remplacement de la machine ordinaire Compound
- ou à triple expansion, par une turbine Parson.
- Jusqu’ici, cette dernière n’avait guère été utilisée, du moins à bord des navires, que pour la mise en fonctionnement des dynamos; on lui reprochait une dépense considérable de vapeur, surtout aux puissances réduites; mais dans ses derniers essais M. Parson aurait réussi, grâce à certains perfectionnements, à ramener la consommation de vapeur à 0ks,9 par cheval et meme à 6ke,3 dans certaines installations d’une puissance variant de 150 à 200 chevaux.
- Encouragé par ces résultats, M. Parson poussa plus loin ses expériences et, devant la nécessité,
- chaque jour grandis santé, de réduire le poids des appareils moteurs
- des navires de guerre, songea à appliquer la « Turbine » à un torpilleur; le nouveau moteur, grâce â sa simplicité et à la suppression de tous les organes intermédiaires de transmission, peut en elfet, fournir une grande puissance sous un faible poids, et on estime aujourd’hui que son emploi permettra de réduire à 1/3 le poids actuel des machines des torpilleurs et Destroyers ; on voit de suite les grands' avantages qui en résulteraient pour ces petits navires.
- Les moteurs essayés sur la Turbinia sont du modèle ordinaire Parson ; sans entrer dans des détails, nous dirons que chacun d’eux se compose de 7 turbines élémentaires, semblables aux turbines à eau, montées sur un même arbre à la suite les unes des autres et renfermées dans la même enveloppe; l’ensemble constitue un moteur proprement
- — Vue d'ensemble de la Turbinia.
- dit. -— Ces 7 turbines élémentaires sont associées en série, c’est-à-dire que la vapeur arrivant de la chaudière, agit d’abord sur la première, puis sur la suivante et ainsi de suite jusqu’à la dernière; de la sorte, la vapeur d’échappement de chaque turbine élémentaire devient la vapeur motrice de la voisine. — Il y a trois moteurs ainsi constitués et placés également en série ; ils ne diffèrent les uns des autres que par le diamètre des turbines, qui va en augmentant à mesure que se détend la vapeur qui les fait mouvoir. — La pression est de 12 kilogrammes ù l’entrée dans le premier moteur; elle n’est plus que de 100 grammes lorsqu’elle évacue du troisième pour se rendre au condenseur; on peut donc dire que la machine se compose de 3 moteurs à haute, moyenne et basse pressions, — Ainsi qu’on le voit sur la figure 1, le moteur à haute pression se trouve à tribord dans la chambre des machines, celui à moyenne pression à bâbord, et enfin celui à basse pression au centre.
- Chaque moteur actionne un arbre indépendant ; l’arbre milieu s’étend jusqu’à l’arrière du navire,
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- les deux autres, sensiblement plus courts, se terminent à peu près à hauteur de l’arrière de la chambre des machines — les 5 arbres qui portent chacun trois hélices, sont légèrement inclinés sur l’horizon afin de placer les propulseurs dans une eau plus profonde; les neuf hélices, absolument identiques, ont un diamètre de 0m,45 et donnent environ 21200 tours quand le bâtiment est lancé à toute vitesse; cette disposition de trois hélices de faible diamètre sur chaque arbre, a été adoptée à la suite des résultats défectueux fournis par une hélice unique de plus grandes dimensions.
- La condensation de la vapeur se fait par l’intermédiaire de deux condenseurs placés un de chaque bord, sur l’arrière des moteurs; leur surface réfri-gérente totale est considérable et atteint près de 400mî: un vaste tuyau, visible sur le plan (fig. 2), réunit les condenseurs au moteur central à basse pression; la circulation se fait, comme sur la plupart des petits torpilleurs, par le sillage du bâtiment.
- L’appareil évaporatoire est constitué par une chau-
- dière multitubulaire du type Express qui produit de la vapeur à 17 kilogrammes, quand elle marche à tirage forcé; ce dernier est obtenu par un ventilateur monté sur un arbre prolongeant celui du moteur central ; le tirage augmente ainsi avec la consommation de vapeur. La surface de chauffe de la chaudière est .de 101 mètres carrés et la surface de grille de 5m2,85.
- Les appareils auxiliaires comprennent plusieurs pompes à air et alimentaires; enfin, dans la chaufferie, se trouvent deux réchauffeurs d’eau d’alimentation. Le gouvernail est en dehors du plan diamétral, à bâbord, à la hauteur de l’emplacement existant entre les deux hélices avant de l’arbre milieu.
- Par leur simplicité même, les moteurs présen tent toute facilité de conduite, et comme ils n’exigent aucun lubrifiage, on évite le transport de matières grasses dans la chaudière ; seules les portées des arbres ont besoin d’être graissées avec soin, à cause de la grande vitesse de rotation de ces derniers.
- Le peu de hauteur des machines permet de les
- Fig. 2. — A. Gouvernail; B. B. Condenseurs; C. Tuyau d’échappement au condenseur; G. Turbine à haute pression; 11. Turbine à moyenne pression; D. Turbine à basse pression; II'. Turbine de marche arrière; E. Tuyau d’évacuation de la turbine de marche arrière; F, Tuyau de vapeur de la première à la deuxième turbine; I. Ventilateur; Q. Chaudière; Y. Soupape d’arrêt; N. Tuyau de prise de vapeur; 0. O. Réchauffeurs.
- placer, même à bord d’un navire de faible tirant d’eau comme la Turbinia, au-dessous de la llottaison ; le centre de gravité se trouve ainsi très abaissé et la stabilité du torpilleur augmentée; de plus, les moteurs sont placés à l’abri des coups de l’ennemi, condition inappréciable pour un bâtiment de guerre. D’après M. Parson, les avantages de la « Turbinia » peuvent se résumer ainsi :
- 1° Grande augmentation de vitesse; 2° élévation de la puissance du bâtiment ; 5° économie dans la consommation du combustible; 4° facilités plus grandes pour naviguer dans les eaux peu profondes ; 5° augmentation de la stabilité; 6° réduction du poids des machines pour une même force; 7° diminution considérable du prix des moteurs ; 8° réduction des dimensions et du poids des hélices et des arbres ; 9° absence complète de vibrations ; 10° abaissement du centre de gravité et diminution des chances d’avaries dans les moteurs pendant le combat.
- A côté de ces avantages dont quelques-uns, comme l’économie dans les consommations sont très problématiques, il convient de citer quelques inconvénients qui font que, malgré certains résultats ines-
- pérés, la « Turbinia » ne peut encore être considérée comme une solution complète du problème.
- Tout d’abord, la grande rotation des hélices, nécessaire avec les moteurs de l’espèce, entraîne un mauvais rendement de celles-ci.
- Dans aucun des essais, on n’a fait ressortir la consommation de combustible par cheval et par heure; ce qui fait supposer que celle-ci doit être assez élevée ; dans ces conditions, le rayon d’action du torpilleur pourrait se trouver singulièrement diminué.
- Aux grandes vitesses, les dépenses de vapeur ont été assez réduites : 6ke,5 par cheval à 52 nœuds 3/4 et 7ks,2 à 51 nœuds; mais aux vitesses plus faibles, comprises entre 10 et 12 nœuds, la consommation a été beaucoup plus considérable; c’est un point très important à considérer; car il importe, pour un navire de guerre ou de commerce, que la dépense de vapeur, et par suite de combustible, soit surtout peu élevée pendant les marches de navigation courante, à petite allure.
- Une autre difficulté est celle qu’on éprouve dans la marche en arrière; celle-ci est toujours imparfaite et très faible, et pour l’obtenir, il a fallu d’ail-
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- leurs ajouter une turbiné spéciale qui permet de liler environ 10 nœuds en arrière.
- Il convient de remarquer qu’un navire de guerre, surtout un torpilleur, doit pouvoir manœuvrer rapidement et à toute vitesse dans les deux sens, soit pour éviter des abordages, soit pour fuir la zone dangereuse de l’ennemi après le lancement de ses engins meurtriers.
- Quoi qu’il en soit de ces difficultés qu’une étude plus complète permettra peut-être de résoudre, la Turbinia est un remarquable progrès; c’est le seul batiment de si faible dimension, qui ait pu réaliser d’aussi belles vitesses. Dans le dernier essai, elle a fourni 52 nœuds 5/4, comme moyenne de deux parcours sur le mille mesuré ; ces deux parcours ont été exécutés après 4 heures de fonctionnement à diverses allures et 15 jours de séjour à la mer.
- Cette vitesse considérable a été obtenue avec une puissance de 2100 chevaux, soit 100 chevaux environ par tonne de machinerie et 50 chevaux par tonne de déplacement.
- Ces résultats sont vraiment remarquables; ils
- Fi<j. 3. — G. Turbine à haute pression; II. Turbine à moyenne pression; D. Turbine à basse pression.
- permettent de supposer qu’avec des batiments comme les « Destroyers » qui ont 60 à 65 mètres de long, et les torpilleurs d’escadre qui en ont 45 à 50, on atteindra facilement 55 à 40 nœuds.
- M. Parson poursuit d’ailleurs ses intéressantes expériences et cherche à modifier les quelques parties défectueuses de ses appareils; l’Amirauté Anglaise semble disposée à lui venir en aide, en faisant faire des essais comparatifs entre son moteur et ceux de Thirnicroft et Yarrow; cette expérience sera décisive et aura sans doute les plus graves conséquences sur les constructions de l’avenir, si elle montre que les turbines Parson ont une endurance suffisante, ce qui, jusqu’ici, n’est nullement certain.
- Il importe, en France, de suivre cette question de très près et de ne pas hésiter à essayer, sinon à adopter, un appareil dont l’emploi permet de réduire le déplacement de nos torpilleurs, tout en augmentant leur rapidité de marche. Pour une même dépense, nous pourrons avoir deux fois plus de ces petits navires et doubler ainsi notre puissance offensive et défensive contre les énormes et nombreux cuirassés de nos voisins d’au delà de la Manche.
- Commandant G.
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- COUSSINETS À BILLES
- On vient d’effectuer des essais aux Etats-Unis sur un coussinet à billes inventé par M. W. Shumway, à Chicago. Le journal Railway Revieiv en a donné la description. Ce coussinet comporte trois rangées de dix-huit billes de
- 25 millimètres de diamètre, reposant sur quatre anneaux E, F, G et K, en acier trempé, dont la surface de portée forme un angle de 45° avec l’axe de la fusée.
- L'anneau E est clavcté solidement sur fusée; les deux anneaux F et G peuvent se déplacer longitudinalement sur cette dernière, mais ils portent une nervure intérieure qui les oblige de tourner avec elle. Le collet K est vissé sur l’extrémité de la fusée et il sert en même temps d’écrou de réglage pour l’ensemble du dispositif ; une rondelle L et un contre-écrou M claveté sur la fusée maintiennent le collet K dans la position voulue. La boite à graisse repose sur les colliers de billes par l’intermédiaire de deux collets libres II et J, arrondis à leur partie supérieure, afin de permettre une répartition constante de la charge lorsque le véhicule passe sur des parties de la voie en dévers. La boite à graisse est en deux pièces et son démontage peut s’effectuer très rapidement en soulevant légèrement la caisse de la voiture; le graissage s’obtient en versant dans la boîte une quantité d’huile telle que les billes puissent y plonger entièrement lorsqu’elles parviennent au point le plus bas de leur rotation autour de la fusée. Aux essais, les billes en acier employées ont pu
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- Coussinets à billes.
- résister à une pression de 50 tonnes sans être écrasées; quant à leur charge effective, elle est de 900 kilogrammes par bille avec un wagon de 45 tonnes; cependant, par mesure de sûreté, la disposition des billes et des anneaux est telle qu’au cas où une bille viendrait à se briser les débris pourraient tomber entre les anneaux, de manière à ne pas endommager les coussinets.
- CONCOURS DE L’ « AUTOMOBILE-CLUB »
- LES (( POIDS LOURDS ))
- L’Àutomobile-Club de France a été bien inspiré en organisant le concours des voitures lourdes qui vient d’avoir lieu, au commencement d’août, pendant 6 jours sur les routes qui rayonnent autour de Versailles.
- Malgré les prédictions pessimistes de quelques-uns, le concours des Poids lourds (puisqu’on l’a baptisé ainsi) a été un véritable succès pour l’industrie française; le ministre de la guerre avait délégué une commission pour en suivre les opérations et d’illustres étrangers étaient venus à Paris pour y assister. Aussi doit-on féliciter tout d’abord les organisateurs de ce concours, M. Forestier, inspecteur général des Ponts et Chaussées, président de la Commission etM. de Chasseloup-Laubat, l’infatigable directeur.
- Ce concours international était ouvert à tous les
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- véhicules mécaniques établis en vue des services suivants :
- Transport en commun des voyageurs, voitures
- portant au moins 10 personnes et 300 kilogrammes de bagages.
- Transport des marchandises et transport simul-
- Fig. 1. — Vue d'ensemble du grand omnibus Scotte.
- tané des voyageurs et des marchandises avec minimum de poids de 1 tonne.
- Trois itinéraires avaient été choisis; ils comportaient des rampes atteignant jusqu’à 0m, 14 par mètre. Le départ et l’arrivée des voitures se faisaient sur la Place d’Armes à Versailles et l’antithèse était assez amusante, du noble palais silencieux de
- Fig. 2. — Tiaiu à voyageurs Seotte.
- 11 de routes pavées; 2 stations de ravitaillement.
- B. — Yille-d’Avray, Montretout, Suresnes, Porte-Maillot, Rueil, Saint-Germain, Marly-lc-Roy, Roquen-court et Versailles, soit 46 kilomètres dont 5klll,6 de roules pavées; 2 stations de ravitaillement.
- C. — Yaumurier, Dampierre, Cernay-la-Ville, Gif, Palaiseau, Jouy-en-Josas et Versailles, soit 66 kilomètres dont 11 de routes pavées; 4 stations de ravitaillement.
- Louis XIV et des voitures mécaniques enfantées par l’esprit le plus moderne, faisant résonner le pavé du Roy sous leurs lourdes roues.
- Ces 5 itinéraires étaient les suivants ;
- A. —Saint-Cyr, Villepreux, Noisy-lo-roi, Roquen-court, Garches, Saint-Cloud, Point-du-Jour, Sèvres, Viroflay et Versailles, soit 41 kilomètres dont
- Fig. 3. — Train à marchandises Scotte.
- Chaque véhicule concurrent devait parcourir deux fois chaque itinéraire suivant un roulement indiqué d’avance, de façon que l’encombrement des routes fût réduit au minimum, le parcours total à accomplir était ainsi de 306 kilomètres dont 55 de routes pavées. Sur chaque voiture un ou plusieurs commissaires notaient tous les renseignements utiles, incidents ou accidents (temps, consommations, arrêts, etc.).
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- Nous n’avons pas l’intention de faire ici un compte rendu de concours; le rapport que prépare P Automobile-Club de France pourra seul nous renseigner
- sur les chiffres officiels relevés; mais nous nous sommes contenté de calculer la vitesse moyenne totale de chaque véhicule, chaque jour. Les résultats
- Fig. i. — Omnibus de Dion et Bouton.
- ne sont bien entendu qu’approximatifs, cependant Ceci dit, nous allons passer très rapidement en ils donnent des indications pratiques suffisantes1. revue les principaux types de voitures qui ont
- Fig. b. — Tracteur de Dion et Bouton remorquant une grande voiture de courses.
- concouru en les classant en trois catégories et,
- 1 En tous cas les chiffres de vitesse moyenne que nous donnons ci-après, ne sont pas très comparables entre eux, car il était laissé aux concurrents toute latitude de s’arrêter ou non pour ravitailler... les voyageurs.
- dans chaque catégorie, par ordre alphabétique :
- 1° Les omnibus présentés par MM. de Dion-Bouton, Panhard, Scotte et Weidknecht ;
- 2° Les trains et chars à bancs de MM. de Dion-Bouton, Le Blant, la maison Parisienne et Scotte;
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- 5° Les tracteurs Rietrich et Scotte.
- à marchandises de MM. de
- Omnibus de Dion-Bouton (fig. 4). — 16 voyageurs et leurs bagages, soit 480 kilogrammes. Moteur à vapeur de 25 chevaux. Les constructeurs ont employé dans ce véhicule les organes qui ont fait déjà leurs preuves sur leurs tracteurs et breacks à vapeur (chaudière, machine, transmission directe aux roues, etc.). Poids en ordre de marche : 4 à 5 tonnes. La machine est placée sous la voiture proprement dite et actionne les roues d'arrière; à l’avant, au-dessus du train directeur est placée la chaudière, avec le conducteur et le chauffeur. La vitesse en palier peut atteindre 18 kilomètres à l’heure; en réalité les vitesses moyennes (tous arrêts compris) ont été :
- Sur l’itinéraire A: 12 et 10 kilomètres à l’heure;
- Sur l’itinéraire B : 9 et 15kl",5 à l’heure; ,
- Sur l’itinéraire C: 15km,8 et 9km,2 à l’heure.
- Omnibus Panhard (fig. 6). — 10 voyageurs et 300 kilogrammes de bagages. 2 moteurs verticaux à pétrole,
- système Daimler-Phoenix de 6 chevaux sorte qu’en réalité c’est un moteur à
- 12 chevaux qui est placé tionne les roues d’arrière ; transmissions par engrenages et chaînes, 4 vitesses différentes. Poids en ordre de marche, 3500 kilogrammes. La vitesse en palier atteint 17 kilomètres à l’heure; en réalité les vitesses moyennes (tous arrêts compris) ont été :
- Sur l’itinéraire A :
- 10kra, 5 et 8km, 2 à l’heure ;
- Sur l’itinéraire B :
- 7 et 8kra,l à l’heure;
- Sur l’itinéraire C :
- 9 et 7km,5 à l’heure. Omnibus Scotte (fig. 1 )
- sous le siège
- accouplés, 4 cylindres d’avant et
- de
- de
- ac-
- 12 vovageurs et leurs ba-
- gages. Moteur à vapeur de 16 chevaux placé à l’avant au-dessus du train directeur ; transmission par engrenages et chaînes avec 2 vitesses différentes, roues motrices à l’arrière. Poids en ordre de marche, 4 tonnes. Vitesse en palier, 15 kilomètres à l’heure. Vitesses moyennes (tous arrêts compris) :
- Sur l’itinéraire A : 7km,4 et 7km,3 à l’heure;
- Sur l’itinéraire B : 9kra,9 et 8km,l à l’heure;
- Sur l’itinéraire C : 7km,4 et 8k[n,7 à l’heure.
- Omnibus Weidknccht. — Type de la Compagnie générale des omnibus de 30 places. Moteur à vapeur de 34 chevaux agissant par chaînes sur les grandes roues d’avant, roues directrices à l’arrière. Poids en ordre de marche : 6 tonnes. Ce véhicule a dù s’arrêter à la fin du troisième jour par suite d’une dislocation du châssis, sa vitesse moyenne a été de 5km,2, 5km,7 et6km,5par heure sur les trois itinéraires.
- Tracteur de Dion-Bouton. — Remorquant une grande voiture de course (fig. 5). Mêmes dispositions mécaniques que pour l’omnibus, 32 places de voyageurs, pas de bagages; les vitesses moyennes (tous arrêts compris) :
- Sur l’itinéraire A: 9km,3 et 7kra,8 à l’heure;
- Sur l’itinéraire B: 8km,3 et 8km,2 à l’heure;
- Sur l’itinéraire C: 7km,5 et 6 kilomètres à l’heure.
- Signalons, à propos de ce dernier chiffre, que par suite de la mise hors senice d’une bielle, la voiture a dù effectuer la deuxième moitié de son parcours avec une seule machine, ce dont elle s’est, du reste, tirée à son honneur.
- Breack Le Blanl. — C’est une voiture déjà antique (au train où marche l’industrie des automobiles), puisqu’elle a été construite en 1892, et qu’elle a été primée en 1894 au concours Paris-Rouen. 12 places et 500 kilogrammes de bagages, moteur à vapeur de 12 chevaux. Dès le premier jour la voiture a été mise hors service par suite d’un incendie occasionné par la cheminée.
- Char à bancs de la Maison parisienne. — 12 voyageurs, moteur horizontal à pétrole de 9 chevaux système Benz, transmissions par courroies. Poids en ordre de marche, 2280 kilogrammes ; cette voiture n’a fonctionné qu’à demi-charge, ce qui la fera disqualifier au concours; dans ces conditions elle a fourni de bons trajets aux vitesses moyennes (tous arrêts compris) de 8kra,6, l lkm,5 et même 15km,5 à l’heure.
- Train Scotte (fig. 2). — Se compose d’une voiture motrice de 14 places remorquant une voiture de 18 places
- et 960 kilogrammes de messageries. Machine à vapeur de 16 chevaux, mêmes dispositions mécaniques que pour l’omnibus. Vitesse en palier, 12 à 14 kilomètres à l’heure. Vitesses moyennes (tous arrêts compris) :
- Sur l’itinéraire A : 7 et 7km,5 à l’heure;
- Sur l’itinéraire B : 9 et 9km,8 à l’heure ;
- Sur l’itinéraire C : 7 et 8 km à l’heure.
- Marche très régu -lière et très sûre. Au surplus rappelonsqu’un train analogue fonctionne depuis quelques mois pour le service public de Courbevoie à Colombes.
- Camion à marchandises de Dietrich. — Charge utile, 1200 kg, moteur à pétrole de 7 chevaux. Vitesses moyennes (tous arrêts compris) variant de 6k”,6 à 9km,7 à l’heure.
- Train Scotte à marchandises (fig. 3). —Tracteur portant 2 tonnes 1 /2 remorquant un camion de 9 tonnes, soit en tout 12 tonnes en ordre de marche. Dispositions mécaniques analogues à celles de l’omnibus et du train à voyageurs. Vitesse en palier, 8 à 10 kilomètres à l’heure. Vitesses moyennes (tous arrêts compris) variant de 5km,2 à 6 kilomètres à l’heure.
- Nous ne tirerons pas de conclusions des indications que nous venons de donner; nous avons voulu seulement présenter aujourd’hui les principaux types des véhicules qui ont concouru ; lorsque le rapport officiel de VAutomobile-Club de France aura été publié, on pourra apprécier la valeur relative des divers systèmes.
- Constatons seulement que le concours de Versailles a montré que plusieurs voitures étaient capables d’un fonctionnement normal et assuré et, parmi celles-ci, il faut citer les systèmes Scotte, de Dion-
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- Bouton, Panhard et de Diétrich. Si l’Angleterre se réclame, à juste titre, des premiers chemins de 1er, la France aura le légitime orgueil d’avoir vu circuler, à la fin du dix-neuvième siècle, les premières voitures sur routes pour le service public. Lucien Périsse,
- Ingénieur des Arts et Manufactures, Secrétaire du comité technique de Tottring-club de France.
- UNE EXPÉDITION BELGE
- AU PÔLE SUD'
- Depuis un demi-siècle, nulle expédition scientifique n’a dépassé le cercle polaire antarctique. Le point le plus Sud du globe terrestre que l’homme ait atteint, — c’est à l'Anglais James Ross qu’appartient cet honneur, — est par la latitude de 78° 9'50"; il est encore à 1515 kilomètres du pôle Sud. Rappelons que Nansen s’est avancé jusqu'à 8G°15/ Nord, à 420 kilomètres du pôle Nord. D’après ce que nous savons, de grandes terres existent au delà du cercle antarctique; les navires qui ont exploré ces parages rencontraient fréquemment d’immenses montagnes de glace d’origine terrestre qui s’étaient certainement détachées de quelque continent ; mais, même il y a cinquante ans, le navigateur s’était avancé dans les mers polaires du Nord beaucoup plus loin que dans le Sud.
- Il était surprenant que, par ce temps de tentatives audacieuses pour pénétrer les mystères des régions glacées, aucun explorateur ne songeât aux terres australes si peu explorées : c’est l’inconnu au 80e degré et il promet à celui qui dirigerait une expédition bien équipée une* ample moisson. Un officier de la marine belge, M. de Gerlaclie, se disait tout cela depuis quelques années et se préparait sans bruit à tenter la fortune du pôle Sud, à marcher sur les traces des Wilkes, Dumont d’Urville et James Ross. Il a pu grouper autour de lui des amis de la science ; il a organisé son expédition et c’est sur un petit navire à vapeur, la Belgica, ancien baleinier de 2G5 tonneaux, que M. de Gerlache vient de partir d’Anvers pour l’océan Antarctique. Son bâtiment est solide, bien aménagé pour cette campagne scientifique, muni des instruments les plus perfectionnés et monté par un équipage de 22 hommes, dont 6 sont Norvégiens.
- L’intention de M. de Gerlache est de se rendre à Punta-Arenas, détroit de Magellan, de s’y approvisionner de charbon et de marcher de là sur la banquise ; après avoir exploré les côtes connues, de la terre de Graham à la terre Victoria découverte par Ross, il choisira une station où il restera avec l’astronome de l’expédition et quelques hommes, tandis que son bâtiment ira hiverner à Melbourne. La durée du voyage serait de deux ans.
- Il n’y a pas qu’en Belgique que la conquête du pôle Sud ait préoccupé les esprits; d’autres curieux de l’inconnu veulent aussi s’élancer vers le pôle Sud ; on parle d’une expédition allemande, d’une expédition anglaise, et celle-ci aurait l’appui du gouvernement britannique, des colonies australiennes et de la Société de géographie de Londres. L’expédition allemande semble devoir être prête la première à prendre la mer. On achèverait en ce moment les derniers préparatifs.
- Il est certain qu’avec les moyens dont nous disposons les explorations polaires sont relativement plus faciles qu’autrefois ; il y a un hôtel au Spitzberg, un service régulier relie cette île à la Norvège. Le F ram, s’il n’avait
- 1 D’après les Débats.
- été un navire à vapeur, n’aurait jamais pu faire son extraordinaire exploration. Il n’y a donc pas de raison pour que nous ne gagnions pas du terrain du côté du pôle Sud. Espérons donc que M. de Gerlache qui est parti le premier nous rapportera une ample moisson de découvertes de toute espèce et que son exploration, quoique montée modestement, n’aura rien à envier comme résultats à celles dont les Allemands et les Anglais ont étudié de leur côté le programme détaillé.
- Cette émulation entre savants de plusieurs nations ne peut qu’être féconde et nous en attendons les résultats avec impatience.
- Faut-il en terminant faire remarquer qu’autrefois les grandes expéditions scientifiques étaient entreprises par notre pays et par la marine française ? J.-F. G.
- LE PROCÉDÉ « RABIOTENT » DE
- PH0T0GIUPME DES COULEURS
- Les journaux scientifiques et photographiques étrangers, et, après eux, les journaux français, ont beaucoup parlé ces derniers mois d’un procédé de photographie des couleurs dù à MM. Ilansac et Villedieu-Chassagne, deux Français. Nous n’avons pas voulu en parler à nos lecteurs avant d’être complètement renseignés à ce sujet. Il s’agit en réalité d’un procédé de coloration des photographies, procédé qu’il nous a été donné d’examiner il y a près de deux ans, et qui nous revient après avoir passé par l’étranger. Son seul mérite pourrait être l’obtention par une méthode chimique et rapide de photographies coloriées à bas prix; malheureusement, on peut obtenir, à la main, des résultats bien plus satisfaisants et très économiques; on remarque, en effet, sur la plupart des images ainsi obtenues, une expansion de la couleur en dehors de l’image. Ce procédé, baptisé du pompeux nom de Radiotint, n’a rieq à voir avec la reproduction photographique des couleurs, comme on peut en juger en remarquant sur certaines épreuves que le ciel a la même couleur que l’eau; que des feuillages appartenant à des arbres d’essences différentes présentent la même teinte ; enfin deux épreuves provenant d’un même négatif qui devraient être identiques, ne le sont pas : une table est recouverte d’un tapis formé de carreaux alternativement rouges et verts, les carrés qui sont rouges sur l’une des épreuves sont verts sur l’autre, ce qui indique bien une intervention manuelle. Ajoutons que les auteurs ont publié une description de leur méthode, indiquant l’emploi de diverses solutions renfermant les chlorures de tous les métaux connus ; plus de trente produits seraient nécessaires! Les divers savants étrangers auxquels on a soumis des épreuves, notamment MM. Abney, Eder, Woodbury, etc., ont, comme nous, mis en doute la possibilité d’obtenir les résultats annoncés en suivant la description du procédé. Nous conclurons en rappelant qu’il n’y a actuellement que deux méthodes de reproduction photographique des couleurs : la méthode directe (ichromophotographie) dont les procédés de M. Lippmann et de M. Wiener sont les types principaux et la méthode indirecte (photochromographie) basée sur l’emploi de trois monochromes, due, comme on semble l’oublier trop souvent, aux deux Français : Ch. Cros et L. Ducos du Uauron. Cette dernière méthode semble d’ailleurs jusqu’à présent être seule susceptible d’applications industrielles.
- G. 11. Niewenglowski.
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- DANS lTnIH’STIUE DD TISSAGE
- Les services que les moteurs électriques peuvent rendre dans l’industrie pour toutes sortes d’utilisations sont très considérables. Nous avons déjà parlé en différentes reprises des transmissions de force motrice isolées ou par groupes, des machines-outils, des machines a coudre et autres machines de toutes sortes actionnées électriquement.
- Les moteurs a courants continus sont ordinairement employés dans ces applica tions ; mais ils possèdent un collecteur et des balais. L’entretien de ces parties est très facile et peu coûteux; il peut être utile cependant dans certaines industries d’avoir un moteur sans balais, ni collecteur. Nous citerons a ce sujet les moteurs à courants triphasés des ateliers d’Œrli-kon, employés par MM. A.
- Guitton et Cie dans diverses installations pour l’industrie textile, a Saint-Etienne notamment.
- La figure 1 nous montre les divers détails de construction d’un moteur de ce genre. En R nous voyons d’abord la partie destinée a recevoir les trois enroulements qui seront traversés par les courants triphasés. Cette partie est formée d’une série de rondelles de fer isolées les unes des autres cUprésentant à la périphérie intérieure des trous avec une petite entaille. Toutes ces rondelles sont maintenues par un anneau extérieur portant sur le côté une charnière.. C’est dans les trous dont il vient d’ètre question que sont placés les enroulements comme on le voit en A. On remarque les trois fils d’arrivée du courant a la partie supérieure de l’anneau extérieur. Les trois enroulements sont traversés par des courants alternatifs présentant entre eux une différence de phase de 120° ; il se forme au centre un champ tournant d’intensité constante se déplaçant avec une vitesse angulaire déterminée. A l’intérieur de ce champ nous plaçons un cylindre G formé de disques de tôle minces portant a la périphérie extérieure des trous dans lesquels sont introduites des liges de cuivre réunies entre elles sur les côtés ; l’ensemble forme ce qu’on a appelé la cage
- d’écureuil. Ce cylindre est placé dans le champ et se met bientôt en marche, en vertu des courants induits sans aucune communication avec l’extérieur.
- Avec ces diverses pièces, il nous est facile maintenant de monter notre moteur. Nous mettons d’abord le cylindre G a sa place, et nous faisons reposer les deux extrémités de l’arbre dans deux ouvertures ménagées dans deux flasques que nous fixons sur les côtés. La poulie est remise en place à l'extrémité de l’arbre. Nous posons ensuite le moteur sur le support de fondation I). Celui-ci est formé d’un plateau inférieur en forme de godet pour recueillir l’huile qui
- pourrait découler des paliers. A gauche se trouve un axe vertical avec goupille pour maintenir la charnière dont nous avons parlé plus haut; a droite est une tige plus haute qui porte un ressort destiné a maintenir l’autre côté du moteur. On voit que par la tension de ce ressort il est facile de déplacer l’axe du moteur. Les paliers du moteur ont une longueur de 40 millimètres, un diamètre de 18 millimètres, et la distance qui les sépare est de 150 millimètres; le graissage est assuré par un anneau se déplaçant dans un godet d'huile. Le poids du moteur n’est que de 5 kilogrammes.La puis sance est environ de 0,25 cheval, a la fréquence de 55 périodes par seconde ; c’est en général la puissance normale utilisée pour un métier. Le rendement industriel atteint alors 60 pour 100.
- La figure 2 nous montre les dispositions adoptées pour le montage d’un de ces moteurs sur un métier. Le moteur est fixé sur le plancher, au-dessous de la poulie de commande du métier. La courroie passe sur cette poulie, et sur la poulie du moteur. La tension est obtenue par le poids même du moteur que l’on déplace en agissant sur le ressort. Cet arrangement simple supprime tout glissement de courroie, et permet de faire varier à volonté la vitesse angulaire, dans- des limites meme très étendues, par un changement de la poulie du moteur. Les coupe-circuits et le commutateur sont placés dans la petite boîte fixée au pied du métier a gauche. Un levier a bras horizontal est relié a une tige verticale que l’on peut facilement abaisser ou soulever a
- Fig. 1. — Détails de construction d’un moteur à courants triphasés.
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- l'aide d’une poignée verticale. Cette manœuvre ne permet que la mise en marche et l’arrêt du moteur dans une seule direction; une autre poignée peut commander à volonté la marche en arrière.
- La commande individuelle des métiers présente de nombreux avantages. Elle donne à chaque ouvrier la facilité de conduire son métier avec la vitesse qu'il veut. Elle assure en outre, parait-il, la fabrication d’un tissu plus uniforme et une certaine économie sur la force motrice dépensée, qui est proportionnelle au travail réel du métier. MM. Guit-ton et Cie ont relevé à ce sujet quelques chiffres intéressants. Dans une installation comprenant 1 I métiers, après une série d’observations, on n’en a trouvé que 6 mar-chant simultanément. Des appareils de mesure ont indiqué une consommation de 92 wattsou0,126 cheval par métier travaillant. La consommation était donc de 52 watts ou 0,071 cheval par métier installé. En tenant compte des dépenses de puissance dans les fils de la dynamo à chaque métier, ainsi que du rendement industriel du moteur, environ 88 pour 100, on arrive à trouver que par cheval effectif il sera possible d’installer environ 12 métiers; avec une transmission mécanique on ne compte guère aujourd’hui plus de 8 à 10 métiers par cheval.
- Cette économie dans toutes les transmissions électriques individuelles est due à ce que le moteur électrique ne consomme que pendant le travail de la machine; toutes les pertes à vide sont donc évitées. Mais dans le cas actuel il faut encore observer que les moteurs électriques, en outre de leurs avantages ordinaires permettant de supprimer l’installation d’arbres et de transmissions coûteuses, présentent la propriété d’être d’une grande propreté, dans un travail qui demande à être très soigné.
- Une installation très intéressante a été faite récemment à Saint-Etienne (Loire) pour la commande électrique de groupes de métiers à rubans, dans la ville ou dans les villages environnants. On sait
- Fig. 2. — Application d'un moteur à courants triphasés ù la commande d’un métier.
- que dans cette contrée chaque maison est un petit atelier, où se trouvent généralement 2 à 5 métiers mus à bras. Pour éviter la fatigue qui résulte fatalement de ce travail à la fin d’une journée, une Compagnie créée par un groupe d’industriels a organisé une distribution d’énergie électrique pour force motrice, et déjà dans un grand nombre d'ateliers, on a adopté des moteurs de 0,75 cheval pour actionner o métiers. On compte déjà plus de 1200 métiers ainsi organisés et la Compagnie installe une deuxième usine de distribution pour pourvoir aux demandes qui lui sont faites.
- Celte distribution de force motrice dans la région de Saint-Etienne a déjà produit de bons résultats à tous
- les points de vue. L’Association française pour l’avancement des sciences, qui tenait récemment son Congrès annuel dans cette ville, a pu en apprécier les heu-reux effets. Le passementier travaille chez lui, il se rend à une fabrique où il reçoit la soie et le coton nécessaires, rapporte ces matières dans sa maison et les installe sur ses métiers. La surveillance nécessaire pendant le travail est effectuée par le chef de famille, par sa femme ou par ses enfants, ce qui permet de faire fonctionner plusieurs métiers en même temps. On a pu ainsi obtenir dans ces conditions une quantité de travail plus grande de 25 pour 100 environ du travail fourni à la main, et une qualité de fabrication supérieure. Tous ces résultats ont été atteints, grâce à la distribution de l’énergie électrique qui a permis d’assurer très aisément la mise en marche des métiers. L’éclairage électrique a été également très apprécié, parce qu’il permet de distinguer les couleurs nettes des rubans. J. Laffargbe.
- CHRONIQUE
- Chauffage de locomotives anglaises au pétrole. — La Compagnie anglaise Great Easlern Railwaij possède actuellement en service 37 locomotives munies
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- de dispositifs pour le chauffage au pétrole, sans compter 15 chaudières fixes; elles peuvent employer également le chauffage à la houille ou les deux systèmes combinés. Or, avec la houille seule, elles consomment 55,4 livres (de 455 gr.) au mille anglais; avec le chauffage combiné, la consommation, dans les mêmes conditions, est de 11,8 livres de charbon et de 10,5 de pétrole; enfin elle est de 16,5 pour le pétrole seul. L’huile employée est verte avec une densité de 1,1 et un point d’inflammation de 56°,9.
- Un souvenir «le la fondation «les États-Unis.
- — Les Etats-Unis viennent de rentrer en possession d’un document précieux pour leur histoire : c’est le livre de bord tenu par les Pèlerins, les « l’ilgrim Fathers » qui arrivèrent aux côtes américaines à bord du bateau May-flower, en 1620. Ce livre curieux, tenu par W. lîradford, contient la liste des passagers qui devaient être les premiers colons des Etats-Unis ; puis les incidents du voyage ; on y a aussi inscrit les détails quotidiens de la fondation de New-I'lymouth pendant 28 ans; enfin il servit de registre de l’état civil à cette époque. C’est même pour cela qu’il avait été envoyé à la bibliothèque du diocèse de Londres, dont dépendait cette colonie lointaine. Les Anglais viennent de le rendre à leurs cousins d’Amérique.
- La lumière à incandescence et le brouillard de Londres. — Le brouillard londonnien enlève à un bec de gaz ordinaire 11,1 pour 100 de son intensité lumineuse; mais, ce qui peut paraître bizarre au premier abord, il en enlève 20,8 pour 100 à un brûleur à incandescence. Ainsi que le fait remarquer le professeur Lcwes, cela s’explique parfaitement : le spectre de la lumière incandescente ou électrique ressemble beaucoup au spectre solaire et, comme lui, est riche en rayons violets ou ultra-violets. Or ce sont précisément surtout ces rayons qui sont arrêtés par le brouillard de Londres : c’est même pour cela que le soleil paraît rouge dans ces conditions atmosphériques.
- Un nouveau pain. — Quelle que soit la différence qui existe entre le pain dit complet et le pain que nous mangeons d’ordinaire, entre le pain tel que le cuisent les Espagnols ou les Anglais et celui que fabriquent les boulangers français, on peut dire d’une façon générale que le pain se prépare partout de même manière. Mais voici qu’une Compagnie se forme pour lancer un pain qu’elle intitule modestement « nutritif, appétissant et parfait », et qui, tout au moins, est fort nouveau de préparation. Le froment est lavé, trempé dans l’eau quelque temps, puis mouliné dans une machine qui ressemble à un moulin à café ; toutes les parties du grain sont, paraît-il, réduites en une pâte impalpable et homogène où l’on ne retrouve aucune trace de la substance fibreuse. Il est évident que le pain ainsi fait contient toutes les matières azotées et tous les phosphates du froment. Les inventeurs lui attribuent un arôme, un goût, une digestibilité extraordinaires. Mais c’est à savoir.
- Un pont tournant «le 150 mètres, mû électri-qnemrnt. — Un nouveau pont tournant vient d’être construit, à l’extrémité du lac Supérieur, au-dessus de la rivière Saint-Louis, pour relier les villes de Duluth (Minnesota), et de Superior (Wisconsin). Il est disposé pour permettre le passage des trains de chemin de fer, des tramways électriques, des voitures ordinaires et des piétons. La partie mobile, qui tourne autour d’un axe central, n’a pas moins de 150 mètres de longueur, 17m,5 de largeur, 27 mètres de hauteur et pèse 2000 tonnes. La mise en mouvement de cette masse énorme était un pro-
- blème très didiciie ; elle a été effectuée avec un plein succès par l’emploi de moteurs électriques. Les premiers essais, faits dans le commencement de juin, ont donné toute satisfaction, le pont ayant pu effectuer une rotation de 90 degrés autour de son axe central en moins de deux minutes.
- I'.ntl>ni'«|ii«‘iiieiit rapide «le cliarh«>n û bord
- il’un navire de guerre. — Ceux qui ont passé par Port-Saïd savent avec quelle rapidité les navires à vapeur font leur charbon, embarquant jusqu’à 400 tonnes à l’heure; mais ils disposent d’une armée de porteurs qui descendent en courant continu dans les soutes. L’opération est autrement difficile pour un cuirassé qui doit, avec ses propres ressources, charger le charbon (pie lui apporte un navire charbonnier. Or tout récemment, dans ces conditions, le grand cuirassé anglais Majestic a réussi à faire son plein de charbon à raison de 158 tonnes à l’heure, et encore s’agit-il de tonnes anglaises de 1016 kilogrammes.
- Nouveau traitement pour rendre le bois incombustible. — Au dernier Congrès des « Naval Ar-chitects », M. Ellis a rendu compte d’expériences effectuées en vue de rendre le bois incombustible : le bois ainsi traité prend le nom de non flammable. On le place dans un cylindre où on fait le vide; puis on introduit de la vapeur qui vaporise l’humidité du bois. On fait à nouveau le vide, ce qui entraîne au dehors toutes les vapeurs, et l’on projette dans le cylindre un liquide contenant certains sels ; il arrive en gouttelettes mêlé à de la vapeur, et on le laisse en contact avec le bois jusqu’à ce qu’il l’imprègne. Il ne reste plus qu’à faire sécher. 11 paraît que les produits traités pèsent de 8 à 15 pour 100 de plus qu’avant le passage au cylindre ; mais ils ne changent guère d’apparence et se laissent travailler sans aucune difficulté. On assure même que la méthode préserve planches et charpentes contre les ravages des insectes.
- Le tombeau «le Livingstone en Afri<|iie. — On
- doit se rappeler (pie si le corps de Livingstone est enterré dans l’abbaye de Westminster, son cœur est resté en Afrique, au pied d’un arbre appelé Mpundu, là où se trouvait le village de Old Ghitambo, et à l’endroit où il s’est arrêté pour mourir. Or, d’après M. Poulett Wcatherley, le village a disparu* le chef qui le gouvernait jadis a été enterré près de Livingstone-; mais le vieil arbre qui les abrite tous deux ne vivra pas toujours, et, si l’on n’y prend garde, avec lui disparaîtra le seul indice certain du lieu où le grand explorateur a succombé.
- Les «langer* «le la laine minérale. — On sait *ce que c’est que la laine minérale, ou laine de laitier, qu’on obtient en divisant en fibres, au moyen d’un jet de vapeur à haute pression, du laitier à sa sortie du haut fourneau : la fabrication et les multiples usages en ont été décrits ici1. Mais la manipulation de cette laine, qui est en réalité faite de fils de verre, demande à être exécutée avec certaines précautions : ces fils entrent facilement sous les ongles, sous la peau, et causent une irritation extrêmement pénible; ils se brisent fréquemment et forment une poussière de particules coupantes très dangereuse à respirer, et qui peut entraîner des hémorragies. D’une façon générale, il faut éviter de manipuler cette laine directement avec les mains.
- La houille au Japon. — La production annuelle de la houille au Japon est actuellement de 5 000 000
- 1 Voir n° 989, du 14 mai 1892, p. 579.
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- de tonnes, d’après les renseignements empruntés par le Moniteur de Quesneville au journal de la contrée, Tokio Economist. Environ 1 500 000 tonnes sont consommées dans le Japon ; le reste est exporté principalement à Hong-Kong, Shanghaï, Chefoo, New-Chouang, Singapour et San-Francisco. Le charbon d’exportation est extrait des mines de Milke (district de Kyoshiu) et des mines de Hokkaïdo. A Hong-Kong, on importe annuellement 000 000 tonnes de charbon japonais que l’on utilise exclusivement sur les navires à vapeur et dans les usines. En 1875, la production n’était que de 560 000 tonnes. A Shanghaï, New-C.houang et Singapour, les charbons japonais sont utilisés non seulement sur les navires à vapeur et dans les usines, mais encore pour les usages domestiques ; à San-Francisco, on l’utilise à la fabrication du gaz d’éclairage.
- I.e canon pneumatique Sim*. — On vient d’essayer au polygone Armstrong, à Silloth, un canon pneumatique à poudre du système Sims-Dudlev. La pression d’air nécessaire au lancement du projectile, qui contient un explosif puissant quelconque, est obtenue par la déflagration de poudre ordinaire ; il n’v a donc pas besoin de compresseur d’air auxiliaire. Le canon est formé de trois tubes parallèles, celui du centre recevant le projectile, les deux autres étant en communication avec lui et lui envoyant l’air comprimé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 août 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Les acariens du vin. — Dans la séance du 9 août, M. Milnc-Edwards a fait savoir que M. Trouessard avait découvert un acarien vivant à la surface des vins sucrés, Banyuls, Samos, Grenache, etc. 11 annonce aujourd’hui que M. Mathieu, de Cherbourg, vient de trouver un autre acarien vivant à la surface des vins de Champagne et de bordeaux. Comme la découverte a été opérée sur des vins de grands crus, c’est-à-dire sur des vins sûrement fabriqués avec des raisins frais, on est conduit à rejeter l’hypothèse mise en avant par M. Trouessard pour expliquer la présence de ces insectes. M. Trouessard avait pensé qu’ils décelaient le mode de fabrication du vin au moyen de raisins secs, en raison de cette circonstance que Vacants passularum des vins sucrés se rencontre fréquemment sur les raisins secs^Il est vrai que les acariens trouvés par M. Mathieu sont différents; c’est Vacants luciphagus ainsi qu’une autre espèce. À la suite de ses recherches, son laboratoire a été envahi par ces insectes. M. Mathieu a pu en faire vivre dans des tubes qui ne contenaient que du vin blanc non sucré. De plus il n’a trouvé dans ces tubes l’existence d’aucune moisissure; il conclut qu’ils vivent exclusivement du résidu solide laissé par le vin dans l’évaporation. La présence de ces acariens ne modifie point d’ailleurs le goût du vin.
- Etude de la chlorophylle au point de me chimique. — M. Guilleinare, inspecteur d’académie en retraite, adresse un travail sur les modifications du pigment chlorophyllien par son contact à chaud avec les lessives de soude et de potasse. Ce contact donne des phvllocianates de soude et de potasse. De ces phyllocianatcs on peut tirer aisément les phyllocianates alcalino-terreux ainsi que les phyllocianatcs à base d’alcaloïde. Les phyllocianates sont en général peu solubles dans l’eau, mais ils le sont davantage dans l’eau contenant de faibles quantités d’acide chlorhydrique. Par suite, les phyllocianates de chaux, de magnésie, de fer, sont facilement supportés par l’estomac et sont susceptibles d’être utilisés en médecine. Les alcools
- monoatomiques de la série Cîn HîD+ï O* non seulement dissolvent le pigment chlorophyllien, mais lui communiquent une propriété nouvelle, celle de se dissoudre dans les carbures d’hydrogène correspondants. Au contraire, l’acide phyllocianique qui a subi le contact de ces alcools n’acquiert pas cette propriété ; on ne peut donc confondre le pigment avec l’acide phyllocianique.
- La prédiction du temps. — M. Zenger, directeur de l’observatoire de Prague, analyse une brochure dans laquelle il résume une théorie de la prévision du temps à longue échéance. D’après ce savant, les phénomènes atmosphériques se reproduisent périodiquement, dans leur ensemble, dans une période déterminée. Cette période est celle qui sépare les deux époques consécutives des maxima de l’activité solaire. Les dernières périodes, bien constatées d’ailleurs, ont eu lieu en avril 1884 et avril 1894, c’est-à-dire à 10 années d’intervalle. D’après M. le professeur Zenger, les années occupant le même rang dans les périodes, ramènent les mêmes accidents atmosphériques. 11 a prédit sur cette donnée les événements météorologiques de 1894 au moyen des observations de 1886, et les vérifications ont été très nombreuses. M. Zenger indique en outre, pour les changements de temps, une courte période d’une demi-révolution solaire, soit de 15 jours environ.
- Varia. — M. le colonel Delaunay signale une série de relations numériques approchées, fournies par les distances des planètes au soleil. - M. Abel Buguet a étudié l'absorption des rayons X. Ch. de Villedklhe,
- INCENDIE DES FORÊTS
- Dans les premiers jours du mois d’août, une partie de la lorêt de Fontainebleau a été la proie des flammes. L’incendie s’est déclaré le 4 août à cinq heures du matin, au centre des rochers de Milly. 11 s’est aussitôt propagé dans toutes les directions. H a atteint, au nord, les rochers des Hautes-Plaines, qu'il a dévastés, et s’est étendu à l’est et au sud jusqu’auprès de la route Ronde et de Trappe-Cha-rette. A l’ouest, enfin, il s’est communiqué aux bois particuliers d’Arbonne, bois plantés de pins qui sont en grande partie consumés. Il a été aussitôt combattu par les gardes, les pompiers et la troupe; mais ce n’est que le 16 août que tout danger de reprise du feu a été écarté, grâce aux mesures prises par l’administration des forêts et la pluie abondante tombée le 14 et le 15 août.
- L’étendue parcourue par l’incendie a été de 500 hectares dont 125 au canton du rocher de Milly, et 175 au canton de Franchard.
- Les incendies ont été de tout temps fréquents dans la forêt de Fontainebleau, et, sur ce sol sec et recouvert de bruyères, ils ont toujours été redoutables. Dès le moyen âge, les rois de France s’étaient préoccupés de leur fréquence et de leur danger.
- En 1726, un grand incendie avait éclaté, le feu brûla sept jours et ne fut éteint, le huitième, que par une forte pluie, admirablement opportune. Cinq cents arpents de jeunes hois et treize cents de bruyères, soit au total 900 hectares, furent dévastés par le fléau. En 1842, on compta deux incendies : en avril, 12 hectares de jeunes pins, au quartier
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- du Mont-Merle; en juillet, 15 hectares boisés, au Chêne-au-Chapon, sont brûlés. En 1858, 12 hectares boisés furent également détruits par un incendie, ainsi (pie 15 hectares plantés de pins, le 5 juin 1870.
- Les incendies sont également très fréquents dans les grandes forêts du Canada. M. Robert Rell nous donne à ce sujet d’intéressants renseignements dans Scotlish Geo'gmphical Magazine. Il considère les incendies comme un phénomène résultant des orages et comme la conséquence de la foudre. Les ravages que l'ait le feu dans les grandes forêts du Canada sont terribles; il se répand avec une très grande rapidité. Les branches et feuilles mortes, à terre, brûlent comme de l’amadou, et les llanmies s’élèvent à 60 mètres dans l'atmosphère . Les arbres résineux sont nombreux, et brûlent avec la plus grande facilité.
- Un incendie qu’on a pu observer exactement s’est propagé à raison de 240 kilomètres en dix heures, soit à 24 kilomètres par heure. L’œuvre qui s’accomplit si vite reste reconnaissable pendant un siècle environ. Les animaux sont tous tués : ils courent en tous sens, et les amphibies seuls, comme les castors, les rats musqués, les loutres, en regagnant l’eau, ont chance d’échapper. Les oiseaux tombent asphyxiés.
- Après l’incendie, il reste quelques troncs noircis, ceux des arbres les plus gros, et ils se maintiennent debout quelques années. Il y a cependant des arbres à qui le feu semble convenir; tel le pin de Banks. Le feu ouvre les cônes, qui autrement restent le plus souvent fermés : les graines sont mises en liberté et disséminées, et peuvent germer. Sans le feu, cette espèce ne se reproduirait guère. On peut dire que les incendies se produisent chaque année, et, aux époques préhistoriques, ils ravageaient déjà les forêts ainsi qu’on peut le voir par les couches de bois carbonisé sous les gisements pléistocènes.
- M. Ledant.
- IMAGES EXHALÉES
- Quand le tsar était à Paris, l’année dernière, on vendait des « glaces magiques », des petites glaces rectangulaires de 10 centimètres de longueur sur
- 5 centimètres environ de largeur, enfermées dans un étui de carton. Sur la glace rien d’apparent. On se mirait à volonté. Mais, si l’on venait à souffler sur le verre, à y projeter l'haleine, aussitôt on voyait apparaître l’empereur de Russie. On a beaucoup varié ces « images exhalées » et certains députés en ont lait une collection. Voici maintenant que l’on recommence à en préparer de nouveaux exemplaires avec M. Félix Faure à Saint-Pétersbourg.
- Ces glaces à apparitions ont beaucoup intrigué les acheteurs, et même des acheteurs de qualité. On nous a écrit de tous côtés pour nous demander comment on obtient ces glaces curieuses. On a dit qu’on les produisait par l’eflluve électrique ainsi que l’a fait autrefois le Dr Boudet de Paris. On a prétendu
- qu’on les obtenait par pression. D’autres qui étaient plus dans le vrai ont admis que l’on gravait légèrement à l’acide iluorhydrique. En réalité, on pourrait obtenir certains résultats par pression comme dans les images de Moser. II suffit souvent d’appliquer sur une glace bien nettoyée une médaille avec certaine pression, de la retirer et d’exhaler son haleine sur le verre. La médaille apparaît. Le verre, étant hygrométrique, laisse voir, sous l’action de l’humidité, la trace de l’objet avec lequel il a été en contact intime.
- Ce n’est pas ainsi que l’on prépare industriellement les glaces à images exhalées. On emploie un tampon de caoutchouc sur lequel on a gravé en relief un dessin donné qu’il s’agit de reproduire sur le verre. On trempe le tampon non plus dans de l’encre, mais dans une pâte assez fluide de fluorhydrate d'ammoniaque et d’acide fiuorhydrique. Puis on applique sur le verre. Si l’on appuyait un certain temps, le verre serait gravé profondément et porterait l’empreinte du dessin. Il ne faut qu’appuyer légèrement et quelques instants, puis laisser sécher. La gravure est imperceptible pour l’œil ; mais elle est suffisante pour attirer et Axer l’humidité de l’haleine. Aussi, dès qu'on souffle avec la bouche sur la glace, l’image se montre nettement. Tel est le secret des miroirs magiques. E. Florext.
- Le Gérant : I*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9-
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- y 1260.
- h SEPTEMBRE 1807.
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- LE PHONOGRAPHE LIORET
- J’entrai, à la fin du mois de mai, rue Thibaud, tout là-bas par-delà du Luxembourg, dans une vaste
- cour toute bordée de maisons à cinq étages. Tout le monde était aux fenêtres écoutant un discours pro-
- Fig. 1. — Audition du phonographe dans la grande salle du Troeadéro. En cartouche, montage de l'appareil avec grand cornet.
- noncé d’une voix haute, un peu trop scandé selon les habitudes des orateurs de plein vent. J’entendais cette voix sonore; mais je cherchais en vain l’orateur. Enfinj au fond de la cour, j’aperçus comme une
- 25” année. — 2e semestre.
- petite estrade couverte d’un tapis rouge. C’est là, «pensais-je. Et j’avançais.
- L’estrade avait changé d’aspect : un trépied à moitié caché par une étoffe de velours rouge ; sur le velou rs, une
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- LA NATURE.
- sorte decassette et, en avant, un très gros pavillon conique en métal brillant. Il était superflu de chercher ailleurs. L’orateur, c’était un phonographe. Un phonographe comme je n’en ai jamais entendu. Le phonographe d’Edison et ceux qui ont suivi étaient certes déjà bien extraordinaires ; cependant, il fallait s’approcher, mettre des cornets dans les oreilles pour entendre, ou encore se placer à quelques mètres d’un pavillon distributeur des sons! Cette fois, c’est bien une autre merveille ! La voix se perçoit nettement à plus de 25 mètres, en plein air, avec son timbre à très peu près naturel. L’illusion est complète. On jurerait que c’est bien quelqu’un qui parle et qui enfle la voix pour augmenter sa portée. Tout le monde a entendu dans sa vie un discours gouvernemental, à l’inauguration d’une statue, dans une cérémonie publique quelconque. Tel le discours prononcé dans la cour par le phonographe. Et l’illusion se poursuivait parce que les applaudissements éclataient, bruyants, de toutes les fenêtres des maisons. C’est à M. Lioret que revient le grand mérite d’avoir rendu le phonographe vraiment pratique. Conçu en France, c’était bien le moins que l’instrument parfait fût aussi réalisé en France1.
- Le phonographe Lioret, très simple de construction, possède une intensité de son qui n’avait jamais été obtenue jusqu’ici, et, quand tout fonctionne bien, l’articulation est d’une extrême netteté, le timbre relativement très bon, et l’appareil se prête fidèlement à toutes les reproductions : discours, opéras, opérettes, duos, trios, fanfares, marches militaires.
- A peine, dans la cour delà rue Thibaud, le phonographe avait-il terminé son discours, que, brusquement, on entendit battre les tambours et retentir les cl airons. Puis ce fut un joueur de biniou, un air de hautbois, etc. Quelle souplesse! C’est bien fini des boîtes à musique ; désormais, chacun pourrai avoir chez soi les chanteurs qu’il préfère et entendre exécuter opéras et opéras-comiques. L’appareil peut fonctionner aujourd’hui plus de cinq minutes, et, à l’aide d’un artifice très simple, plus d’une heure. On pourra donc entendre un acte entier tout comme avec le théàtrophone. Et la collection des morceaux déjà préparée est très considérable. Libre au premier venu de choisir depuis les œuvres de Mozart, Mcyer-heer, Wagner, jusqu’aux chansons du Chat-Noir. A la ville, à la campagne, on assistera à volonté à l’Opéra. Et comme c’est facile !
- Trois pieds comme ceux d’une longue vue. Un petit plateau de bois que l’on recouvre d’un tapis élégant qui les masque. Sur le tapis on pose l’appareil muni
- 1 Dès 1877, Charles Cros iléposait un pli cacheté à l’Académie des Sciences : lleproduction de la parole. « Mon procédé consiste à obtenir te tracé de va-et-vient d’une membrane vibrante et de .se servir de ce tracé pour reproduire le même va-et-vient avec ses relations intrinsèques de durée ou d’intensité sur la membrane appropriée à rendre les sons et les bruits qui résultent de cette série de mouvements. » Le phonographe Edison est venu en 1878. La membrane éluit* nue feuille d’étain. Edison adopta ensuite la cire, pro|H»sée avant lui par Summer-Tainler.
- de son grand pavillon sonore. Dans un nécessaire en maroquin sont enfermés des rouleaux de quelques centimètres de longueur en celluloïd. Chaque rouleau, c’est le morceau préféré condensé sur quelques millimètres, c’est l’ancienne bande perforée despianista. On ajuste le rouleau sur l’appareil, on pousse le bouton..., et, c’est à n’y pas croire..., on perçoit jusqu’à la respiration des chanteurs.
- On plie bagage. On va installer l’appareil sous les grands arbres le soir, par clair de lune, au milieu des fleurs, et le phonographe reproduit la voix de nos artistes les plus célèbres. J’ai entendu la Dame blanche dans un parc, sous les sapins, avec accompagnement, violon, violoncelle, etc. ; eela n’arrive pas tous les jours, même en province.
- Et la voix des personnes? Étrange de s’entendre parler sans ouvrir la bouche. Vous faites inscrire sur un rouleau quelques paroles, un compliment, quelques vers que vous prononcez à voix bien distincte. C’est enregistré pour toujours comme dans une boîte à musique. Si vous voulez vous entendre, placez le rouleau dans le phonographe et faites tourner. Voilà votre voix, votre timbre, votre diction ! C’est vous ! Un peut envoyer ainsi sa voix par la poste et parler, avec le phonographe, à Marseille comme à Paris.
- Cet instrument est vraiment curieux, parce que l’intensité des sons étant considérable, on peut le dissimuler dans un coin, et on a l’illusion de quelqu’un qui parle à distance. On le faisait fonctionner dernièrement à Ville-d’Avray dans un jardin et il a produit un rassemblement devant les grilles. Les passants se demandent encore où se trouvaient les chanteurs.
- Tels sont sommairement les effets du nouveau phonographe. Maintenant, très brièvement, quelques détails descriptifs.
- On se souvient du principe. On parle ou l’on chante devant un disque mince susceptible de vibrer et muni d’une pointe en son milieu. La voix fait vibrer le disque, et la pointe obéissant trace de fines marques sur un rouleau de matière molle obligé à tourner très régulièrement. C’est l’enregistreur. Réciproquement, quand on fait tourner de la même façon le rouleau devant une pointe fixée à un disque vibrant, les sons sont reproduits intégralement.
- Les perfectionnements dus à M. Lioret sont importants. Us concernent le mouvement et le moteur, la transmission de mouvement, le cylindre, le réson-nateur, le pavillon amplificateur.
- Le mouvement qui entraîne le rouleau doit être extrêmement régulier. C’est un appareil d’horlogerie très soigné qui le produit, et il est actionné en général par un poids dé fi kilogrammes, suspendu au bout d’une chaîne Vaucanson qui vient s’enrouler sur un barillet accolé à une roue dentée de gros diamètre qui commande la rotation. Le mouvement est encore réglé par un petit volant à palettes qui s’ouvrent et donnent d’autant plus de résistance dans l’air que la rotation tend à s’accélérer. Sur le volant vient faire frein un petit morceau de caoutchouc
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- fixé à l’extrémité d’un levier. En abaissant le levier, on rend libre le volant qui se met à tourner. Ainsi on met l’appareil en marche.
- On aperçoit de côté une petite lanière en caoutchouc qui réunit deux poulies de bois et transmet le mouvement. Cette petite lanière est une trouvaille et constitue une des caractéristiques du nouveau phonographe. Cette courroie de transmission isole effectivement tout l’appareil des trépidations parasites qui affecteraient la rotation du rouleau et se communiqueraient au résonnateur.
- Le disque vibrant est très large, et encastré directement dans une sorte de boîte plate formant résonnateur. Le pavillon amplificateur est greffé sur le résonnateur. Enfin la pointe du stylet A 'M qui s’engage dans les sillons du rouleau est en saphir et très dur. M. Liorct qui adon i i cherche sans cesse à perfectionner son U système vient encore de modifier cette saph,rQ pointe selon la forme indiquée ci-con-—Pointe tre (fig. 4). Ce n’est plus une pointe du phonogra- aiguë ; elle est arrondie. L’effet de ce pl" ' changement est considérable. Les plus
- petits détails ont de l’influence sur le résultat.
- Le pavillon par lequel s’échappent les sons a aussi été modifié, il y a quelques jours. Vers le milieu de sa longueur dans un trou ménagé dans la paroi métallique on fixe au moyen d’un écrou une petite masse métallique. Cette adjonction si simple amène un résultat extraordinaire. L’intensité du son est presque doublée et la netteté de l’émission très augmentée. Enfin quand on veut faire fonctionner l’appareil sur un grand amphithéâtre ou hors d’un appartement, on peut accroître encore et l’amplitude des sons et la netteté de l’articulation.
- M. Lioret dispose devant le premier cornet, et indépendamment, un second gros pavillon tronco-nique en métal mince. L’effet est singulier. Aussitôt, la portée des sons est au moins triplée, et les paroles arrivent à l’oreille avec une netteté admirable. On a pu s’en rendre compte au Trocadéro où l’acoustique de la salle est assez mauvaise (fig. 1). Cependant le phonographe disposé sur la scène s’entendait parfaitement de toutes les parties de la salle.
- Un mot encore sur les rouleaux. M. Lioret les fabrique en celluloïd. G’est un avantage. Les rouleaux en cire se ramollissant à la chaleur, une chute, un rien les détériore et les met hors d’usage. Avec le celluloïd, chaque rouleau peut durer un siècle; il tombe et ne s’ébrèche pas. Tout cela est solide.
- L’appareil, il est vrai, a-t-on dit, n’est pas réversible, c’est-à-dire que l’on ne peut, comme dans les anciens phonographes, enregistrer soi-même les chants ou les paroles. Il faut se procurer les rouleaux tout préparés, et l’appareil ne peut que les utiliser. C’est exact. Mais la difficulté pourrait être tournée si l’inventeur le désirait. Il est bien clair qu’il n’y tient pas. 11 aime mieux vendre ses rouleaux, et il est certain ainsi qu’ils sont enregistrés convenablement.
- De la bonne fabrication des rouleaux dépend
- évidemment le succès du fonctionnement de l'appareil. La fabrication est, du reste, intéressante. Le celluloïd est ramolli par un tour de main secret ; puis, sous forme de rouleau, disposé sur un mandrin, tourné et poli avec le plus grand soin. Le rouleau ainsi travaillé est porté sur un axe animé d’un mouvement de rotation absolument régulier produit par une dynamo et d’un mouvement de translation. Le rouleau obéit au double mouvement. Un chanteur se place devant un pavillon qui dirige la voix sur une plaque vibrante qu’un burin suit dans tous ses mouvements. Ce burin pénètre dans le celluloïd ramolli à point et y produit des dépressions presque invisibles que le phonographe utilisera pour la reproduction,
- Tout cela est neuf et intéressant. Il est clair que grâce aux travaux de M. Lioret le phonographe va entrer dans nos mœurs. Déjà dans les grands hôtels des stations balnéaires et sur les sommets des Alpes, on abandonne le pianista, les boîtes à musique, et l’on met à la disposition des touristes des phonographes automatiques. Les applications vont se multiplier. La mère veut avoir la voix de ses enfants à 10 ans, à 20 ans. Le mari celle de sa femme peut-être. Il y aura la voix de la grand’mère, de la belle-mère. Après les portraits la voix de famille! Évidemment nous progressons ! Nul ne peut dire aujourd’hui où s’arrêteront les destinées du phonographe!
- IIemîi de Parville.
- LE VIEIL ACACIA DU MUSÉUM
- La Nature a maintes fois signalé et reproduit des arbres remarquables par leur taille gigantesque ou leur grand âge. Bien que le végétal dont nous parlons aujourd'hui ne soit pas précisément dans ce cas, il a cependant son histoire et il est bien connu des visiteurs du Jardin des Plantes de Paris.
- Si, dans cet établissement, on veille à la réfection des immeubles, on a également le souci de la conservation des arbres intéressants qui s’y trouvent. Aussi le vieil Acacia, ou mieux Robinier, qui, depuis le milieu du dix-septième siècle, a fourni la postérité des Robiniers en Europe, est-il en voie de réparation, comme l’ont été d’autres spécimens d’arbres de la sorte, et il y avait urgence, car il se fissurait de toutes parts.
- Il y a longtemps que cet arbre, bientôt trois fois, séculaire, a été miné par sa base, et pour masquer les anfractuosités de son . tronc vermoulu, que les intempéries auraient aggravées, on s’est appliqué, par une maçonnerie savante et dissimulée, à lui donner une rondeur et un air de virilité d’antan et essayer, en somme, de réparer du temps l’irréparable outrage.
- Tous les arbres ne peuvent rester verts et sains pendant trois siècles, et certainement celui-ci arrivera à ce terme si un cyclone, comme celui qui a passé sur le Muséum en juillet 1896, ne vient pas terrasser le vieux Robinier. On a bien amputé à plusieurs reprises les branches mortes ou brisées de ce vénérable, mais il tient bon et il a repoussé du
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- tronc une frondaison encore fort belle pour un patriarche.
- Le Jardin des Plantes fut le berceau de beaucoup d’autres arbres dont la descendance est maintenant partout répandue. Le premier Marronnier d’Inde, par exemple, y fut introduit en 1650, mais cet ancêtre périt accidentellement soixante ans après, dans le rude hiver de 1716 à 1717.
- Yespasien Robin, « arboriste du roi Louis XIII et démonstrateur de botanique au Jardin des Plantes », obtint de semence l’arbre qui nous occupe. 11 en reçut les graines du nouveau continent, de même qu’il s’efforcait de faire venir des fruits et des graines de tous les pays étrangers avec lesquels il avait pu se mettre en rapport, malgré l’exiguïté de ses ressources. Tant qu'il fut « arboriste du Roi »,
- V. Robin n’avait que 400 livres par an pour faire face aux exigences de sa charge, et ce ne fut que plus tard, alors que, sur les instances de Guy de la Brosse, intendant du Jardin, le souverain le nom-Qia démonstrateur avec un traitement de 1200 francs, que sa situation s’améliora 1.
- Le nouvel arbre d’alors date presque de la création du Jardin des plantes, puisque l’édit royal qui institua celui-ci .est du 15 mai 1655 et que c’est à l’année 1656 que l’on lait remonter l’introduction du Robinier.
- Le nom qu’il s’agissait de lui donner ne fut pas défini immédiatement. Parkinson, dans son Then-trum botanicum paru en 1640, le désigne sous le nom de Lotus ; mais Tourncfort, en 1719, lui applique celui de Pseudacacia. Une partie de ce nom de Faux-Acacia lui est resté et c’est celui sous lequel il est le plus connu. Il faut arriver à Linné, le promoteur
- 1 Voir Tinléressanlc Histoire de Vespasieii Robin par le I)1' llamy, membre de l'Institut et professeur au Muséum (Noue. Archives du Muséum, 5e Série, vol. VIII).
- de la nomenclature binaire, pour voir établir délini-tivement l’état civil de cet arbre sous la désignation de Robinia Pseudacacia.
- Nous ne pouvons nous rendre compte de l’effet que produisit alors la conquête de Y. Robin quand on le vit fleurir pour la première fois en France, car aujourd’hui nous sommes blasés en belles plantes ; aussi cet arbre à feuillage élégant, à grappes de fleurs embaumant l’atmosphère, eut un succès étonnant et son expansion lut rapide. Tout le monde voulut avoir
- son Robinier et on l’employa à toutes sortes d’usages. Comme on apprit les propriétés de son bois presque incorruptible et les applications nombreuses dont il était l’objet en Amérique, ainsi que la qualité de ses feuilles fourragères, on exagéra les mérites du nouveau végétal. Duhamel, dans son Traité des arbres, en parle longuement et avec un enthousiasme qui n’était pas encore calmé en 1804.
- Le Robinier est tellement répandu aujourd’hui que beaucoup de gens ignorent qu’il n’est pas chez lui en Europe, et il a donné par les semis plusieurs variétés fort estimées pour l’élégance de leur port et la diversité du feuillage.
- Pendant longtemps le vieux Robinier du Muséum a couvert de son ombrage, qui diminue chaque année, quantité de promeneurs pour lesquels il était un lieu de rendez-vous aussi commode qu’agréable. Il abritait autrefois un bâtiment, rez-de-chaussée modeste, que l’on nommait le Petit café et qui, en été, recevait de nombreux consommateurs. Cet utile établissement a disparu, hélas! au grand déplaisir du public, et il est certain que la Direction qui le ferait renaître se ferait bénir des plus graves et des plus sobres parmi les visiteurs, dont la foule ne fait que s’accroître chaque jour au Jardin des plantes de Paris. J. Poisson.
- Le vieil Acacia du Muséum de Paris.
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- LA VOILE
- Le nouveau genre de voilure que représentent nos gravures vient d’être essayé avec succès dans les
- Fig. 1. — Vun il’iîiisi
- Avec la voilure habituelle de nos navires, une partie de la force du vent tend à faire pencher le bateau, et si cette force devient trop grande par
- Fig. 2. — Sous le parasol.
- En effet, la force de soulèvement se faisant parallèlement au mât, celui-ci étant fixé dans l’axe du bateau sans être relié aux côtés, il en résulte que la coque ne subit aucune inclinaison (fîg. 1 et 2).
- Le mât est monté sur pivot et peut se mouvoir dans deux glissières à angle droit (fig. 5).
- La voile est de forme elliptique, le grand axe étant
- PARASOL
- eaux de Southampton par les inventeurs : MM. Percy, S. Pilcher, de Londres, et M. Wilson, de Dublin.
- o du batpau parasol.
- rapport au poids de la quille, l’embarcation chavire.
- La voile parasol supprime ce danger, car l’action du vent tend au contraire à soulever le bateau.
- Fig. 3. — Déplacement du mât.
- dans le sens horizontal, elle est disposée sur une monture qui rappelle celle d’un parapluie et peut se replier sur le sens du petit axe.
- L’inclinaison habituelle de la voile est de 45° sur l’horizon, mais cet angle peut être modifié suivant la force du vent.
- D’après les inventeurs, celte voile est appelée à
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- rendre de grands services aux bateaux de sauvetage, car, en terme marin, au lieu d’« assommer le bateau », elle tend constamment à le faire monter sur la lame.
- M. G. Selvyn Edwards, de Newbury, qui s’intéresse également à ce genre de voilure, fait construire en ce moment dans les chantiers bien connus de M. Thornycroft, de Chiswick, un bateau de 40 pieds de longueur avec lequel il espère obtenir des résultats encore plus satisfaisants que ceux qui ont été obtenus jusqu’ici. F. Ullern.
- A PROPOS DU « BRUIX »
- Le malheureux accident survenu au Bruix dans sa traversée de Dunkerque à Cronstadt, a fait couler beaucoup d’encre; on a cherché les causes qui avaient amené la rupture de la tige du piston et de l’un des fonds d’un cylindre, mais jusqu’ici, il semble que la question n’ait pas été résolue.
- Une semblable avarie ne peut, en cours de marche, se produire que pour les causes suivantes :
- 1° Introduction d’un corps étranger dans le cylindre; 2° Desserrage d’un écrou intérieur ;
- 5° Mauvaise qualité du métal;
- 4° Entraînements d’eau.
- Les deux premières causes ont dû être immédiatement ('cariées puisqu’on n’a rien trouvé dans les cylindres lors de la visite minutieuse qui en a été faite par la commission d’enquête.
- Il est assez difficile d’admettre que le métal était mauvais quand on sait avec quels soins sont éprouvés tous les matériaux de la Marine; de plus, dans le cas qui nous occupe, la tige qui s’est rompue était soumise à un effort qui ne dépassait pas le quart de celui pour lequel elle avait été calculée.
- Pendant ses essais, le Bruix avait atteint 11) nœuds; plus récemment, durant les grandes maneuvres, il avait marché à une allure supérieure à celle qu’il donnait au moment de l’accident ; si la tige avait été de mauvaise qualité, elle se serait plutôt brisée dans ces circonstances où l’effort qu’elle supportait était plus considérable.
- On a bien parlé d’une paille dans le métal et des tendances d’un pareil défaut à s’étendre avec le temps ; mais en examinant les deux cassures, on aurait dù retrouver des traces de cette paille, malgré les mâtages qui se sont produits en ces deux points dans les derniers mouvements d’allée et de venue du piston. Si cette paille a été recouverte par les parties matées, que ne les recherche-t-on au moyen des rayons Rœntgen? Le Ministre a prescrit d’envoyer la tige cassée au laboratoire central de la Marine à Paris; peut-être découvrira-t-on quelque chose.
- Restent donc les entraînements d’eau? C’est la première cause qui a été indiquée par les hommes techniques, surtout parce que, à plusieurs reprises, les chaudières de ce type ont eu des incidents de ce genre.
- Qu’est-ce donc que l’entraînement d’eau qui semble si redouté des mécaniciens ?
- Chacun sait que la vapeur produite aux chaudières va travailler dans les cylindres ; or, si cette vapeur est bien sèche, elle a l’aspect d’un gaz et n’entraîne avec elle aucun corps étranger ; le fonctionnement des appareils moteurs est alors très régulier. Malheureusement, dans un grand nombre de chaudières, cette vapeur est humide et contient de 7 à 8 pour 100 d’eau ; cet entrainement de l’eau est dù à la construction même de certains appa-
- reils évaporatoires dans lesquels la vapeur formée ayant de longs circuits à parcourir acquiert, en venant déboucher dans le réservoir de vapeur, une certaine vitesse qu’elle communique aux molécules d’eau qu’elle rencontre sur son passage dans les tubes. Lorsque sa vitesse est faible, l’eau ne dépasse pas le réservoir ; lorsque au contraire elle est grande, ce qui arrive avec un long trajet et une surface de dégagement réduite, cette eau suit la vapeur dans le tuyautage et dans les cylindres.
- Si l’eau entraînée est en petite quantité, et c’est le cas général, elle se vaporise en arrivant aux cylindres et dépose, dans ces derniers, les sels qu’elle contient et auxquels elle sert de véhicule ; ces sels, à la longue, peuvent remplir les espaces neutres, c’est-à-dire les espaces laissés libres entre le fond du cylindre et le piston quand il est à bout de course ; cette couche de sels fait alors l’office d’un corps dur interposé entre le fond et le piston et transmet directement au premier, le choc du second ; la rupture de la tige et du fond de cylindre se produisent alors inévitablement, si l’on n’a pas soin de stopper dès que se font sentir les premiers chocs.
- Comme on emploie, pour alimenter les nouvelles chaudières inultitubulaires, de l’eau douce qui contient fort peu de sels, cet incident aurait peu de chances d’avoir lieu, si les condenseurs fonctionnaient bien ; malheureusement ces appareils, composés d’un très grand nombre de tubes, ont des fuites très fréquentes qui permettent à l’eau de mer de circulation de se mêler à l’eau provenant de la condensation ; on envoie donc aux chaudières de l’eau salée, et si celle-ci, qui renferme une grande quantité de sels marins, est entraînée aux cylindres, il est évident que les espaces neutres peuvent être très rapidement comblés.
- Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que les entraînements d’eau douce soient sans inconvénient; les sels, en petit nombre, qu’elle contient, se déposent en couches minces sur les parois intérieures des cylindres et forment entre ces dernières et les côtés du piston, une sorte d’émeri qui, dans les mouvements de montée et de descente, use rapidement les bagues du piston; il en résulte que la vapeur peut passer d’un côté à l’autre de ce dernier et que la contre-pression est augmentée. De là proviennent les fortes consommations de combustible que l’on a constatées sur certains navires munis de chaudières sujettes aux entraînements d’eau.
- L’eau peut être entraînée en grande quantité, soit parce que le niveau est trop élevé, soit parce que l’on change brusquement d’allure, soit parce que l’on met en marche trop vivement; l’eau arrive alors au cylindre, remplit les espaces neutres et comme elle est incompressible, produit le même effet que les sels et amène, sous le choc du piston, la rupture du fond de cylindre. C’est, de tous les entraînements d’eau, le cas le plus dangereux ; on le désigne souvent sous le nom de coup d’eau ! Rien ne le fait prévoir parce que l’eau, d’un seul coup, occupe tout l’espace mort, tandis qu’en cas de dépôts de sels, on est averti par des chocs successifs, et si on veille avec soin dans la machine, on peut stopper avant la rupture ; il est vrai qu’en cas de guerre, le navire se trouverait néanmoins dans une position critique.
- C’est au moment où le piston vient frapper soit l’eau, soit les sels acccumulés dans l’espace neutre, que se produit ce bruit caractéristique, semblable à un coup de canon, que l’on a entendu, d’après les premiers rapports, à bord du Bruix; ejest ce qui explique qu’on ait cru de suite à un entraînement d’eaui
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- Comme on le voit, les entraînements d’eau sont très redoutables, aussi serait-il fort intéressant de connaître la véritable cause de l’accident du Bruix : défaut de métal ou entraînement; la marine doit élucider cette question qui est d’une importance capitale pour elle; elle donnera en même temps satisfaction à l’opinion publique.
- AMPÈREMÈTRE THERMIQUE A MERCURE
- M. Camichel a présenté récemment à la Société française de physique un nouvel ampèremètre intéressant. L’appareil se compose d’un tube en U rempli de mercure ; dans l’une des branches de ce tube plonge un thermomètre à mercure dont le réservoir a un diamètre très peu inférieur à celui du tube. On réalise ainsi, autour du réservoir thermométrique, une résistance qui, dans un des appareils étudiés (modèle destiné aux courants compris entre 0 et 20 ampères), était environ 1/5 d’ohm. On fait passer dans le mercure contenu dans le tube U le courant à mesurer, et on note l’élévation de température t indiquée par le thermomètre, au bout de 50 secondes. Si la température du mercure, au début de l’expérience, a une valeur toujours la même, si l’appareil est placé dans une enceinte à température fixe, un courant déterminé traversant l’appareil développe une quantité de chaleur Q constante, dont une fraction, q, également constante, produit l’élévation de température du thermomètre, la différence Q — q étant transmise au mercure du tube en U par conductibilité calorifique, par convection, et au milieu ambiant par rayonnement. Un même courant produit donc une élévation de température constante t du thermomètre. Cette méthode permet donc de mesurer les intensités des courants.
- M. Camichel étudie l’influence de la température ambiante: celle-ci variant de 15 degrés, il est impossible de saisir de différence dans les indications de l’appareil. Cette particularité s’explique par le faible rayonnement de l’appareil et par la faible variation de la conductibilité thermique du mercure avec la température. Cet ampèremètre, ayant un coefficient de self-induction négligeable, convient très bien à la mesure des courants alternatifs ; on le vérifie facilement en le comparant à un éleclrody-namomètre.
- La variation de résistance intérieure de l’appareil destiné à mesurer les courants compris entre 0 et 20 ampères est 1/2006 d’ohm environ ; on la rend négligeable en plaçant l’appareil dans un circuit ayant une résistance minima de 5 ohms. L’approximation des mesures atteint facilement le 1/200°.
- M. Guillaume a demandé si de petites variations dans la position du thermomètre modifiaient sensiblement les indications de l’instrument. M. Camichel a répondu que l’influence est très grande : l’indication du thermomètre dépend moins de la résistance intérieure de l’instrument que de la position du réservoir thermométrique par rapport aux points où le passage du courant développe de la chaleur. - J. L.
- LA MONTÉE D’ANGUILLE
- DANS LA SOMME
- Au moment où la « question de l’anguille » est à l’ordre du jour il nous a paru intéressant de donner quelques détails sur la montée d’anguille dans la Somme.
- Tous les ans l’alevin d'anguille remonte le canal du 15 avril au 15 mai. La montée n’a lieu que pendant les marées et ne dure que les 5 ou 4 jours qui suivent la plus haute mer. Le soir et le matin, les alevins d’anguille, semblables à des petits vermisseaux gélatineux, suivent par milliers les rives du canal et à fleur d’eau ; c’est à ces moments seulement qu’on peut les pêcher. Dans la journée ils disparaissent au fond de l’eau et on ne peut les atteindre.
- Depuis plus de 25 ans, le service des Ponts et Chaussées est chargé de recueillir cette montée d’anguilles et de l’expédier aux personnes qui en font la demande. Un crédit annuel de 1 000 à 1 200 francs est spécialement affecté à ce service de pisciculture.
- Chaque année on n’expédie pas moins d’un million de jeunes anguilles. En 1885 notamment, on a expédié plus de 5000 000 d’alevins en réponse à 105 demandes venues de l’est, du centre et de l’ouest de la France.
- Au moment où la montée est signalée, des hommes échelonnés le long des rives du canal procèdent à la pèche à l’aide de tamis munis d’un long manche. Le produit de la pèche est déposé dans des réservoirs flottants pouvant contenir 120 000 anguilles environ. Au fur et à mesure que ces réservoirs sont remplis, on les amène au dépôt où se fait remballage. Moyennant du soin et de la propreté, on peut conserver l’alevin dans ces réservoirs flottants pendant 8 jours au moins.
- Les expéditions se font dans des paniers ronds formés de lattes de chêne et munis d’un couvercle. Ils sont en outre garnis intérieurement d’une toile bien close.
- Pour emballer les alevins on commence par déposer au fond du panier une couche d’herbes aquatiques, sorte de mouron, qu’on trouve dans les fossés. Puis on place des bâtons coupés à longueur pour s’appuyer sur les parois du panier et maintenir l’herbe. On dispose ensuite une seconde couche d’herbe maintenue de la même façon par des branches. Cela fait, on verse les alevins, 4 000 environ, on recouvre le tout d’une couche d’herbe qu’on laisse libre et on ferme solidement le couvercle. Les jeunes anguilles peuvent ainsi circuler dans l’herbe que les branchages empêchent de se tasser.
- Comme conclusion pratique de cette courte note, nous ajouterons que toute personne peut obtenir de l’alevin d’anguille. Il suffit d’adresser au commencement de l’année, à M. l’Ingénieur d’Abbeville (Somme), une demande indiquant le nombre d’anguilles que l’on désire et la gare où elles doivent être expédiées. L’alevin est distribué gratuitement. Le transport par grande vitesse d’Abbeville à la gare de réception et les frais de retour des paniers vides, qui doivent naturellement être renvoyés à Abbeville, sont les seuls déboursés à la charge des demandeurs.
- Y. Biundicoirt.
- UNE USINE A CARRURE DE CALCIUM
- A NOTRE-DAME DE BRIANÇON
- A la suite des belles découvertes de M. II. Moissan sur les hautes températures, on sait qu’une industrie nouvelle prenait naissance.
- Le carbure de calcium, produit industriel nouveau, occupe en effet le monde entier, et grâce à la découverte heureuse et à l’application qu’a su trouver M. Bullier, qui depuis 1894 poursuit avec persévérance l’emploi de ce nouveau composé à
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- LA NATURE.
- l’éclairage, notre vieux gaz se trouve en face d’un rival qu’il ne faut pas dédaigner.
- Un nouvel art du fou était donc né, semblant vouloir amener la conciliation entre le gaz et l’électricité. C’est ainsi que la chaux mélangée au carbone donne, sous la simple influence de l'arc électrique, ce produit curieux, ce carbure de calcium ignoré de nous tous jusqu’à cette époque qui sous l’action de l’eau nous permet de générer nous-même b' gaz propre à notre consommation et constitue ainsi le véritable accumulateur de lumière cherché depuis si longtemps.
- C’est une usine de ce prestigieux carbure de calcium que nous allons visiter. C’est, croyons-nous, jusqu’ici la plus importante et sans aucun doute la
- mieux installée; elle vient d’être construite en Savoie à Notre-Dame de Briançon.
- Notre-Dame de Briançon est située au milieu de la Tarentaise, c’est-à-dire dans la vallée antérieure de l’Isère ; une ligne appartenant à la Compagnie P.-L.-M. fait communiquer le village avec Albertville et Moutiers.
- La vallée très encaissée reçoit entre ces deux villes de nombreux torrents dont les deux principaux distants d’environ 600 mètres encadrent le village de Notre-Dame de Briançon.
- Chacun de ces deux torrents peut être utilisé sous une chute de 500 mètres. Le plus important, l’Eau-Rousse, comporte en extrêmes basses eaux un volume
- Fig. 1. — La gare de Notre-Dame de Briançon et la vallée de l’Isère vues de la plate-forme.
- d’un mètre cube par seconde; l’autre, le ruisseau de la Glaise, 550 litres environ; les basses eaux ordinaires présentent plus du double de ces deux volumes d’eau. Avec une pareille chute, chaque litre donne une puissance de 5 chevaux, l’usine peut donc disposer d’une puissance de 7500 chevaux en extrêmes basses eaux et de plus de 15 000 en basses et eaux ordinaires.
- La première installation de la Société des Carbures emprunte sa force motrice à l’Eau-Rousse et utilise pour le moment 250 mètres de chute.
- L'usine est située sur le bord de l’Isère, elle se compose d’un grand bâtiment principal de 20 mètres de large sur 40 mètres de long et de 16 mètres de haut. Une annexe de 12 mètres de large occupe toute la longueur.
- L’usine est entièrement construite en pierres, et
- couverte par une terme métallique d’une seule portée ; un gros mur partage, dans le sens de la longueur, le grand bâtiment en deux parties inégales dont la plus petite, large de 8 mètres, constitue la chambre des machines ; la plus grande partie et l’annexe sont occupées par 52 fours sur 4 rangs.
- La sole de ces fours est mobile; elle est montée sur truc et forme l’un des pôles; l’autre pôle est un charbon cylindrique, remonté automatiquement pendant qu’on fait jaillir l’arc au sein même du mélange de chaux et de charbon.
- Les salles destinées au broyage, à l’emballage et autres manœuvres secondaires de la fabrication sont ménagées sur les bas côtés.
- Des voies ferrées sillonnent l’intérieur de la salle des fours et toutes les dispositions ont été prises
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- pour assurer à la marche, un fonctionnement aussi simple que rapide. L’énergie électrique est fournie par cinq alternateurs biphasés de 530 chevaux chacun et de deux excitatrices de 25 chevaux.
- Les alternateurs marchent à 000 tours par mi-
- donc pas nécessaire d’arrêter à la turbine; néanmoins chaque branche de la tuyauterie porte deux vannes, une à papillon pour arrêt rapide et une à tiroir pour arrêt étanche.
- Les turbines sont placées en porte-à-faux à l’extrémité des arbres des dynamos qui sont horizontaux et complètement enfermés dans des haches
- mile, mais ils peuvent, ainsi que les turbines, résister à la force centrifuge en cas d’emballement total, la vitesse ne pourrait d’ailleurs pas dépasser mille tours. Le type de machines adopté peut supporter un emballement; pour couper le courant, il n’est
- en fonte, leur diamètre extérieur est de lm,20.
- A 250 mètres au-dessus du niveau de l’usine et à 1300 mètres de distance, un barrage en maçonnerie est établi en travers du lit de la rivière.
- Une prise d’eau latérale fermée par deux vannes admet l’eau dans la chambre, où se trouvent deux grilles horizontales perforées à nettoyage automa-
- Kig, 2. — L’usine de carbure de calcium de Notre-Dame de Briançon. — N" 1. Vue de l’usine prise de la Graride-Cabrette. JS” 2. Partie rapide de la conduite. — Y 5. Vue de la conduite partie moyenne. — N* 4. Vue du petit tunnel.
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- tique; après avoir passé à travers ce crible, l’eau traverse des vannes qui en cas d’accident se ferment automatiquement, elle est ensuite introduite dans une canalisation métallique qui la conduit aux machines.
- La canalisation métallique entièrement en tôle d’acier a un diamètre de 80 centimètres et les épaisseurs de tôle varient de 4 à 13 millimètres. Elle commence par suivre la rive gauche du ruisseau sous une pente très faible ; son niveau s’écarte alors de plus en plus de celui de la rivière qui descend rapidement par des cascades successives.
- Après un parcours de 300 mètres, la conduite franchit le ruisseau au moyen d’une suspension rigide et passe sur la rive droite qu'elle ne doit plus quitter.
- La conduite traverse deux arrêts de roches sous deux tunnels, puis arrive sur une grande paroi verticale qui surplombe par places ; des fers ont été scellés dans le roc et un plancher recouvre le chemin taillé en encorbellement dans le rocher à pic; au fond d’un ravin à une profondeur de 150 mètres, coule le torrent. Après ce passage difficile, la conduite qui se trouve déjà à 50 mètres au-dessous de la prise d’eau, atteint un col dans lequel une plateforme a été taillée et descend directement à l’usine en suivant sensiblement la ligne de plus grande pente du sol, pente de 60 centimètres par mètre sur un parcours de 300 mètres. Il est bon de remarquer à ce sujet l’économie apportée par cette disposition delà canalisation; 1000 mètres en effet sont à faible pression et par suite en tôle légère. A partir du col, la canalisation quitte en plan la ligne du ruisseau qui s’infléchit vers la gauche et va rejoindre l’Isère.
- Le montage de la canalisation a été exécuté en trois mois ; un grand câble porteur avait été installé entre la plate-forme et l’usine; deux sapines l’une en bas, l’autre en haut le supportaient avec une portée sans appui de 270 mètres. Le chariot glissant sur le câble était tiré par un câble plus léger passant sur une poulie de retour située au sommet et redescendant jusqu’à un treuil actiènné par une locomobile.
- Tous les matériaux ont été montés au moyen de ce chariot, puis transportés de la plate-forme à leur point de destination par une petite voie ferrée qui longeait la conduite. La largeur du chemin est de 2ra,50 ; une seconde conduite pourra être posée à côté de la première.
- La puissance hydraulique dont on dispose à Notre-Dame de Briançon peut donc être portée à 8000 chevaux et même à 10 000 en utilisant la chute de Glaise qui est la propriété de la Société des Carbures. A. Rigaut.
- UN MUET QUI PARLE
- Les habitants de Cremeaux, une petite commune du département de la Loire (arrondissement de Roanne), ne sont point encore remis de la surprise que leur a causée
- In guérison fort inattendue d’un de leurs Concitoyens.
- Un jeune homme de ceCte localité, Gaudard, âgé de 25 ans, avait été frappé de mutisme à la suite' d’une maladie survenue au cours de sa deuxième année. Or, cet individu qui, depuis cette époque, ne parlait point, incapable qu’il était de proférer le moindre son, vient de recouvrer subitement la parole dans les circonstances suivantes.
- Un jour, il y a de cela quelques semaines, Gaudard désirait vivement fumer et faisait depuis quelques instants de vains efforts pour se faire comprendre de sa sœur, lorsque soudain, à son grand étonnement, il prononça le mot « tabac ». Depuis lors, il parle couramment.
- Cette guérison inopinée est au moins étrange.
- On sait que de nos jours, grâce à de longs et patients efforts, on parvient à rendre la parole aux sourds-muets. Mais une année entière est consacrée à la seule étude des trente sons du langage, alors que, dans le cas présent, Gaudard est rentré en possession de la parole d’une façon toute spontanée, et sans que l’on ait rien fait pour obtenir ce merveilleux résultat.
- Mais diverses causes pouvant entraîner la perte du langage articulé, voyons tout d’abord à quel genre de mutisme nous avons affaire.
- La surdité de naissance est fatalement suivie de mutisme. Il en est de même de la surdité accidentelle toutes les fois qu’elle survient dans les quatre ou cinq premières années de l’existence, avant que l’enfant ait acquis une habitude suffisante de la parole. Alors, l’individu n’est pas seulement muet, il est sourd-muet. De toutes les causes de mutisme, la surdité est, sans contredit, celle qui agit le plus fréquemment.
- Le défaut d’intelligence, quand il est très accentué, dans les cas d’idiotisme ou d’imbécillité par exemple, produit un effet analogue, mais pour des raisons differentes, toutefois : l’idiot, bien qu’entendant parfaitement, ne parle point pour ce motif qu’il ne comprend pas ; la parole, pour lui, est dépourvue de tout sens, c’est une succession de sons incohérents.
- La conformation défectueuse de l’organe vocal, sa débilité parfois excessive, la paralysie de l’une ou de plusieurs parties de l’appareil phonateur et, enfin, une lésion cérébrale intéressant les centres de la parole, rendent également impossible la fonction du langage articulé.
- Et maintenant, à laquelle de ces causes faut-il attribuer le mutisme dont Gaudard était atteint ?
- En premier lieu, disons que cet individu ne pouvait être considéré comme un sourd-muet, puisqu’il n’a jamais cessé d’entendre ; il n’était que muet. Dans son enfance, à l’école primaire, il suivait les mêmes cours que les enfants entendants de son âge, mais sans pouvoir jamais répondre aux questions que le maître lui adressait autrement que par des signes de tête.
- Gaudard n’était point d’avantage un idiot ou un imbécile ; il a emporté de l’école le léger bagage de connaissances qu’y acquiert habituellement tout enfant d’intelligence moyenne; ainsi que l’on disait jadis des bons écoliers, « il sait lire, écrire et compter ».
- Les organes vocaux, très bien conformés, semblaient fonctionner — quant aux lèvres et à la langue du moins — d'une façon normale. D’autre part, comme il faut écarter l’hypothèse d’une lésion cérébrale qui, dans le cas où elle aurait existé, ne serait point disparue subitement, on peut attribuer le mutisme de Gaudard, avec quelque apparence de vérité du moins, à une paralysie partielle, ou à une débilité très grande des diverses parties composant
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- l’appareil phonateur, et plus spécialement, selon nous, des muscles de l’organe producteur du son, le larynx. Nous penchons pour cette dernière hypothèse, car la débilité est toujours susceptible de disparaître : avec l'àge le système nerveux et le système musculaire se fortifient insensiblement et deviennent, tout à coup, aptes à remplir une fonction dont ils n'avaient pu s'acquitter jusqu’alors.
- Dans le cas qui nous occupe, le violent effort de Gaudard pour arriver à se faire comprendre de sa sœur, a suffi pour le remettre en possession de la parole. Depuis, avons-nous dit, il n’a cessé de parler. Même, il n’éprouve aucune difficulté et prononce également bien tous les sons. Cependant, tout au début, et dès les premiers jours de la guérison, la parole le fatiguait beaucoup, ses organes vocaux accomplissant une fonction pour laquelle ils n’avaient point encore été utilisés. Aujourd'hui, après quelques semaines de pratique, l’habitude est prise, et Gaudard parle comme s'il n’avait jamais été muet.
- La langue qu’il emploie est naturellement celle d’un homme de son âge et de sa culture, puisqu’il a toujours entendu et compris tout ce que l’on disait dans son entourage, qu’on s’adressât à lui ou à d’autres personnes.
- Cependant, la guérison de Gaudard qui survient après 25 ans, pour surprenante et très rare qu’elle soit, n’est pas unique. On a vu des sourds-muets rentrer en possession de la parole après avoir recouvré l’ouïe d’une façon inattendue. Fontenelle, dans son Histoire de l'Académie (année 1702), rapporte une intéressante communication faite à celte société savante par dom Félibien, au sujet d’un jeune homme de Chartres, sourd-muet de naissance, qui, à la stupéfaction générale, recouvra la parole dans des conditions assez étranges.
- Le célèbre otologiste Itard cite dans son ouvrage, Traité des maladies de l'oreille et de l’audition, le cas d’un sourd-muet qui fut guéri de sa surdité par un violent coup de bâton appliqué sur l’occiput, et qui brisa l’os en plusieurs endroits.
- Mais il s’agit là de sourds-muets et non de simples muets. En s’en tenant au seul mutisme, le cas de Gaudard n’est point isolé. Il rappelle, par plus d’un point, divers faits plus ou moins connus.
- D’après Yalère Maxime et Aulu-Gelle, le muet Eglès, athlète de l’île de Samos, voyant qu’on le frustrait du prix de la victoire qu’il venait de remporter sur ses adversaires, en conçut une telle colère, que sa langue se délia tout à coup et qu’il put adresser des reproches à ses juges.
- Zacchias raconte que la servante d’un membre de sa famille, muette de naissance, recouvra la parole en faisant de violents efforts pour y réussir.
- Mais le fait le plus connu et le plus intéressant est celui que rapporte Hérodote. Certains auteurs l’ont considéré comme une légende, tant il leur paraissait extraordinaire.
- Crésus, roi de Lydie, avait deux fils, dont l’aîné était devenu muet. Le père de l’infirme, qui partageait sans doute les injustes préjugés que nourrissaient, à l’égard des muets et des sourds-muets, les personnages les plus éminents de son époque, en éprouva un profond chagrin : (( Tu es mon fils unique, disait-il au plus jeune de ses enfants, car je ne puis considérer comme mon fils celui qui est muet )>.
- Le malheureux roi fit tout ce qui dépendait de lui pour obtenir la guérison du pauvre infirme, mais il n’y réussit pas. En désespoir de cause, il consulta l’oracle de Delphes, qui fit cette réponse : « Ne désire jamais entendre
- la voix de ton fils, car malheur à toi le jour où son oreille entendra pour la première fois ! »
- Cette funeste prophétie devail se réaliser en tout point.
- Quelque temps après, au siège de Sardes, sa capitale, la citadelle où combattait Crésus allait être emportée par les soldats de Cyrus, quand l’un d’eux, apercevant le roi de Lydie au milieu de quelques-uns de ses guerriers, s’élança sur lui pour le tuer. Crésus, profondément découragé par ses défaites successives et ses malheurs, ne songeait même pas à défendre sa vie. Heureusement pour lui, son fils, muet, se trouvant à ses côtés, vit le danger imminent qui menaçait son père. Et volant à son secours, dans un élan de piété filiale, il réussit à proférer ces mots : « O Herse, ne tue pas Crésus! » Fin cette circonstance tragique, il avait subitement recouvré la parole.
- Ce fait, avons-nous dit, a été considéré comme une légende fort ingénieuse qui fait grand honneur à l’esprit inventif d’Hérodote, et cela parce qu’on a voulu voir un sourd-muet, dans le fils de Crésus, alors qu’il n’était que muet, selon toute vraisemblance. Cette explication, fort plausible, est celle qu’a donnée le savant anglais Thomas Arnold.
- Le fils de Crésus, de même que Gaudard, Eglès et la servante dont parle Zacchias, devait entendre, et n’était muet que par suite d’une débilité excessive des organes de la parole ; la terreur jointe au violent effort qu’il fit pour arrêter le coup mortel dont Crésus était menacé, opérèrent le miracle que les médecins les plus célèbres de l’époque n’avaient pu accomplir.
- Il nous a paru intéressant de rapprocher le cas de Gaudard de celui du fils muet de Crésus; ils présentent, on l’avouera, une certaine analogie.
- E. Drouot,
- Professeur à l’Institution nationale des sourds-muets de Paris.
- ROULEMENT SANS GLISSEMENT
- PAR BILLES OU ROULEAUX
- Lorsque deux pièces d’une machine se déplacent l’une par rapport à l’autre, suivant un mouvement
- circulaire, leur frottement engendre des efforts plus ou moins considérables mais qui ont toujours pour conséquence d’absorber une partie très appréciable
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- du travail développé par le moteur. Tel est le cas, par exemple, des paliers de machine supportant un arbre tournant. Quel (pie soit le soin qu’on apporte au graissage, quelle que soit la valeur du lubrifiant employé, ces frottements sont inévitables, les pièces en contact s’usent i r régulièrement et il se produit à la longue des méplats qui accrois-sent encore la résistance à vaincre . C’est pour cette raison que les paliers sont munis de coussinets en métal tendre, bronze ou régule d’antimoi-ne, qui supportent toute l’usure, mais sont d’un remplacement facile. Les expériences du général Morin ont permis de reconnaître que, dans de bonnes conditions de fabrication et de graissage, le coefficient de frottement <le glissement d’un arbre dans ses coussinets est de 0,054.
- En appelant T le travail absorbé par le frottement,
- P l’effort exercé,
- C le chemin parcouru , et f le coefficient de frot-t unent, la valeur de T est donnée par la formule :
- T = PxCxF.
- On voit de suite à la simple inspection de cette formule que le travail absorbé par les frottements est d’autant moins grand que le coefficient de frottement est plus faible. On a donc été amené tout naturellement à chercher les moyens de substituer au frottement de glissement le frottement deroulement dont le coefficient est beaucoup moindre (0,001 d’après Poncelet). Si cette substitution était parfaitement réalisée, on voit que dans ce second cas le frottement serait 54 fois moindre que dans le premier. Mais en pratique on est loin d’atteindre un tel résultat. En effet,
- les paliers à rouleaux, boîtes à billes ordinaires ou à alvéoles, à disques perforés, à anneaux superposés, etc.... dont on fait usage, ne suppriment que partiellement le frottement de glissement, dont une notable partie se trouve simplement déplacée, comme
- il est facile de s’en rendre compte sur la figure 1, p. 219 :
- Soit A un arbre tournant dans le sens de la flèche, et s’appuyant sur une série de rouleaux R. Par l’entraînement, ceux-ci tourneront en sens inverse de A et frotteront les uns sur les autres à leurs points de contact a, puis-qu’en ces points ils tourneront en sens inverse les uns des autres. Comme on le voit, l’adjonction des rouleaux n’a eu d’autre résultat que de reporter aux points a les frottements de glissement qui se développaient auparavant sur la circonférence de l’arbre, en les diminuant il est vrai, mais sans les supprimer; le calcul montre en effet que, par la substitution du palier à rouleaux ou à billes au palier à coussinet lisse, l'économie dans le travail de frottement atteint au maximum 4 0 pour 100. Et encore ce chiffre diminue-t-il ra -pidement par suite de l’usure inévitable, meme avec l’emploi de pièces d’acier trempé et rectifié après la trempe.
- Pour obvier au frottement de glissement des rouleaux B, M. G. Philippe a eu l’ingénieuse idée de les isoler les uns des autres au moyen de rouleaux intermédiaires C, plus petits qui tournent en sens inverse des premiers, c’est-à-dire dans le même sens que l’arbre A.
- Le simple examen de la figure 2, p. 219, .fait
- Fig. i. — Cage amovible à rouleaux, avec chemin solidaire de l'arbre 0.
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- voir qu’il y a frottement de roulement aussi bien aux points de contact des rouleaux B et C, qu’entre les rouleaux B et l’arbre A.
- Nous avons supposé ici le cas des rouleaux, mais il est bien évident que les résultats sont les mêmes lorsqu’on fait usage des billes.
- La seule condition à réaliser est de choisir les diamètres des gros et petits mobiles, de telle sorte que les chemins parcourus soient également proportionnels.
- La figure5 suppose le cas oa l'axe O en tournant entraîne les gros mobiles B, lesquels roulent dans la chambre A et communiquent leur vitesse circonférentielle aux petits mobiles intermédiaires H. Ceux-ci sont maintenus en place au moyen d’un chemin C sur lequel ils reposent par leur extrémité D et qui est solidaire de la chambre A. Pour que les chemins parcourus soient également proportionnels, il faudra que les diamètres des élé-ments satisfassent à l’équation suivante :
- B___C X H
- A BxD
- C et U sont ici les diamètres de contact.
- M. Philippe a étudié divers dispositifs permettant d’appliquer son système aux emplois les plus courants de la mécanique : les figures 4 et 5 donnent deux agencements de cages amovibles à rouleaux qui peuvent s’appliquer presque sans changements aux paliers existants. Dans le second, le chemin C est solidaire du coussinet* A, tandis que dans le premier il est solidaire de l’arbre 0.
- La figure 6 donne la disposition d’un moyeu
- de bicyclettes, à billes, dont le réglage se fait, comme à l’ordinaire, par le serrage du cône. Le moyeu pour carrosserie légère (fig. 7) est, on le voit, très analogue au précédent.
- Ces moyeux pour carrosserie légère ont leur
- emploi tout indiqué dans les voitures automobiles où, plus que partout, se fait sentir la nécessité de supprimer les frottements pour ne rien perdre de la puissance du moteur.
- Lorsqu’il y a de fortes charges à supporter, on doit employer les rouleaux de préférence aux billes.
- Les compagnies américaines de tramways électriques font fréquemment usage des paliers à rouleaux, mais en employant les différents systèmes ordinaires dont nous avons montré plus haut le défaut capital.
- La Nature a eu déjà plusieurs fois, notamment dans son numéro du 11 juillet 1896, l’occasion de signaler à ses lecteurs les avantages des paliers à rouleaux ; l’amélioration apportée par M. Philippe est de nature à augmenter encore ces avantages dans une proportion très notable, sans causer aucune complication dans la fabrication de ces pièces, en la simplifiant même par la suppression de la rectification après la trempe. E. Maglin.
- Ingénieur des Arts et Manufactures. ——
- CHRONIQUE
- Quarante années de progrès dans les constructions navales. — L’ « Union Line », qui est bien connue parmi les grandes compagnies de navigation
- Fig. 7. — Moyeu de carrosserie légère.
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- anglaises, vient de faire construire un nouveau steamer appelé Briton; par une particularité assez curieuse, c’est le troisième bateau de ce nom qu’elle possède. Le premier Briton, lancé en 1854, avait un tonnage de 491 tonnes seulement, 49m,53 de long, 7m,07 de large et 5m,14 de creux ; le deuxième du nom présentait comme dimensions correspondantes 75m,59 sur 9m,35 et 7m,28, avec 1163 tonnes; enfin le dernier n’a pas moins de
- 10 300 tonnes, 161"’,54 de longueur, 18m,28 de largeur et 12m, 19 de creux. Ces différents chiffres permettent une comparaison bien instructive.
- I.a Compagnie Péninsulaire orientale. — Tout le monde connaît de nom la fameuse compagnie de navigation anglaise « Peninsular and Oriental », appelée communément P. and 0. En 1860, elle possédait 39 navires dont le tonnage maximum ne dépassait point 2283 tonneaux et la puissance 2189 chevaux-vapeur indiqués; aujourd’hui sa flotte compte 59 unités, et les plus puissantes ont 8000 tonneaux avec une force de 11 000 chevaux.
- Un yaelit extra-rapide. — Le yacht à vapeur Ellide, de construction composite avec membrure en acier et coque en acajou, a parcouru dernièrement un mille anglais de 1609 mètres en une minute 38 secondes;
- 11 a pourtant seulement 24m,4 de long. 11 est muni d’une chaudière Mosher à tubes d’eau, divisée en deux sections qui peuvent devenir indépendantes, et ses machines sont extrêmement légères.
- La protection des églises contre l*incendie.
- — On n’a que trop d’exemples d’églises où le feu a pris, et le péril est d’autant plus redoutable que ces monuments contiennent souvent une foule extrêmement pressée. M. Merryweather, qui est un grand fabricant londonnien d’appareils d’incendie, suggère l’excellente idée d’employer les clochers pour installer un ou plusieurs réservoirs qui seraient maintenus constamment pleins d’eau. On aurait ainsi de l’eau sous forte pression, que de nombreuses prises réparties un peu partout permettraient de lancer en abondance dès le commencement d’un incendie.
- Le volcan-baromètre. — On a répété souvent que l’activité des volcans était intimement liée aux variations barométriques; dernièrement le l)r Bergert a repris, paraît-il, la question, spécialement au sujet du Stromboli. Il arrive à cette première conclusion qu’il ne trouve aucune coïncidence entre l’accroissement d’activité du volcan et la diminution de la pression atmosphérique; mais le panache du mont peut servir pourtant à la prévision du temps, en ce sens que la masse de vapeur d’eau qui s’en élève est peu visible quand soufflent des vents humides. En somme le Stromboli constituerait un monumental hvgroscope et, en cette qualité, il pourrait servir à prévoir le temps.
- Déplacement longitudinal des rails. —M. En-
- gerth, ingénieur en chef des chemins de fer de l’Etat autrichien, a fait récemment remarquer, devant la Société des ingénieurs et architectes de Vienne que, d’après des mesures soigneusement prises sur les 850 kilomètres de son réseau, le rail gauche d’une voie (la gauche étant prise par rapport au mouvement des trains) se déplace dans cette même direction gauche. Dans une pente, où cependant la voie entière a toujours une tendance à descendre, il est régulièrement en avant du rail de droite. Ce déplacement est d’autant plus fort que le ballast est plus fin.
- Salir d'attente pour nègres. — En dépit de la prétendue égalité devant la loi dont jouit aux États-Unis
- la race noire, celle-ci est complètement tenue à part, et d’une façon manifeste qui stupéfie ceux qui arrivent en Amérique. On vient de construire une nouvelle gare à Montgomery pour le « Louisville and Nashville Rail-road »; or, jetons un coup d’œil sur le plan : en dehors de la salle d’attente générale, qui est plutôt la salle de distribution des billets, voici une salle d’attente proprement dite, avec toilettes pour les dames, puis des toilettes pour les messieurs. Mais si nous regardons à l’extrémité de la station, nous apercevons une Colored waiting room,
- « salle d’attente pour les gens de couleur », avec lavabos pour les hommes et lavabos pour les « femmes » (ivomen), ladite salle étant absolument isolée du reste de la gare et possédant une entrée qui donne accès direct dans la rue et sur les quais.
- Scaphandre travaillant sons 55 mètres d'eau.
- — Dernièrement, pour sauver du métal précieux dans la coque d’un navire coulé sur la côte de la Nouvelle-Galles du Sud, deux plongeurs descendirent à 50m,32 au-dessous du niveau de l’eau, ce qui correspond à une pression de 54m,70 d’eau douce. En une journée, ils plongèrent neuf fois et à une reprise restèrent 15 minutes sous l’eau.
- Distribution d'eau sous pression pour force motrice. — Actuellement, il existe déjà un certain nombre de réseaux urbains pour la distribution d’eau sous pression. Parmi les plus importants, citons celui de Londres, de 122 kilomètres de long avec des tuyaux de 0m,18 de diamètre et une pression de 53 atmosphères; puis celui de Liverpool et celui de Melbourne, ayant même développement (29kilom.) et même canalisation (0m,15), pour des pressions respectives de 56 et de 50. Signalons encore, comme distributions à petit diamètre, celles de Sydney, Manchester, Glasgow, Ilule, Birmingham, représentant ensemble une longueur de 62 kilomètres; puis celles à grand diamètre d’Anvers, et de Chapareillan et de Lancey, dans l’Isère.
- Le laboratoire technique de Cambridge. —
- L’Université de Cambridge possède, depuis 1893, un laboratoire technique de l’art de l’ingénieur; on y trouve des machines de toutes sortes, des appareils pour l’essai des matériaux, etc. L’enseignement y est donné par un professeur et cinq démonstrateurs, assistés de praticiens en charpente, forge, ajustage, etc., conférences et exercices pratiques y vont de pair. Au dernier trimestre le nombre des étudiants y atteignait le chiffre de 107.
- La distribution d eau de Kobe. — La municipalité de cette ville du Japon vient d’approuver le plan général des travaux qui apporteront de l’eau pour 250 000 personnes, en prévoyant dans l’avenir un accroissement considérable de la consommation, Les crédits ouverts sont de 3 290 000 yen, à peu près 16 450 000 fr.; on compte donner 90 litres par tète. On captera successivement 4 rivières dont on accumulera l’eau dans des réservoirs avec filtres. Tous les travaux seront dressés et exécutés par des ingénieurs japonais.
- Pour changer la couleur des épreuves photographiques bleues. — On conseille de dissoudre dans près de 1100 grammes d’eau chaude 71 grammes de borax ; quand le mélange est froid, on y ajoute peu à peu de l’acide sulfurique, jusqu’à ce que le papier de tournesol vire au rouge, puis quelques gouttes d’ammoniaque qui amènent une réaction alcaline. Il ne reste plus qu’à faire dissoudre 154 grains de terre du Japon rouge ou cachou, en brassant de temps à autre. Pour traiter une
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- épreuve après lavage, on l’immerge dans le liquide une minute ou un peu plus, jusqu’à ce qu’apparaisse le ton brun désiré. Il paraît que ce liquide se conserve indéfiniment.
- Pieuvre géante. — D’après le professeur Yerril, de Yale, on a découvert récemment sur le rivage, à Sainte-Augustine (Floride), la moitié environ du corps d’un octo-pus auquel il propose de décerner le nom bien mérité de giganteus. Cette moitié pesait au moins G tonnes. Le corps entier devait être long de G1”,40 avec un diamètre de lm,52; certains des bras atteignaient sans doute 22m,24!
- La consommation des machines marines. —
- Célèbre entre toutes les compagnies transatlantiques, la compagnie Cunard avait, en 1860, un navire que l’on considérait comme un Léviathan, le Persia, et qui possédait une machine de 4180 chevaux indiqués brûlant 151) 1/2 tonnes de charbon par jour. Cela représentait en somme à peu près 1600 grammes par cheval-heure. Le Persia est grandement dépassé par les Léviathans modernes, mais la consommation correspondante de ceux-ci est bien au-dessous de 900 grammes!
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 50 août 1897. — Présidence de M. Chahs.
- La diffusion d'un parasite des végétaux. — La maladie de la vigne connue sous le nom de brunissure est due à un champignon décrit sous le nom de pseudo-commis vitis. M. Ernest Roze a reconnu dernièrement que ce champignon peut également atteindre les tigelles ou les cotylédons de plantules sorties de graines de chicorée, laitue, colza, navet, etc. Le blé, l’orge, l’avoine, le seigle, le maïs peuvent aussi être envahis. M. E. Roze a pareillement rencontré le pseudo-commis vitis sur nombre de nos plantes de jardins ou de serres. Tout ce que les jardiniers appellent brûlures et coups de soleil trouve son explication dans les effets que produit l’action de ce parasite. C’est lui qui cause le dépérissement des cerisiers, des abricotiers, des pêchers, la rouille des asperges, les taches brunâtres des grains des haricots, le brunissement de la marge des feuilles de nos salades. M. Chatin annoncé que M. Roze, qui avait déjà décelé l'existence du pseudo-commis sur certaines plantes d’eau douce, vient de le trouver sur les varechs des côtes de la Manche.
- Photographie des images radioscopiques. — M. Chauveau décrit un procédé expérimental, imaginé par M. Porcher, pour obtenir des épreuves photographiques d’images radioscopiques. 11 observe que la radioscopie a sur la radiographie l’avantage de donner instantanément des images, tandis que celle-ci nécessite un temps de pose encore assez long, quoique singulièrement réduit depuis les premiers essais. Or, dans certains cas, lorsqu’il s’agit par exemple de l’examen d’animaux ou même d’enfants, ce temps de pose est un obstacle. 11 y aurait donc intérêt à photographier l’image radioscopique. Mais cette opération est elle-même rendue difficile par la faiblesse de l’image, car, en raison de cette faiblesse, une pose de longue durée est nécessaire. M. Porcher a néanmoins pu obtenir des épreuves à l’aide d’un appareil ainsi constitué. L’ampoule de Crookes donne une image radioscopique sur une glace recouverte d’une substance fluorescente. Derrière cette glace se trouve une chambre noire dans laquelle on a disposé un objectif en face de la région où se forme
- l’image. On remarquera qu’il est essentiel d’arrêter les rayons X de manière qu’ils ne viennent pas impressionner la plaque sensible. Dans ce but, la monture de l’objectif est engagée dans un diaphragme de plomb. L’objectif étant constitué par du verre à base de plomb arrête très bien les rayons X. Son ajustage et le diaphragme arrêtent les rayons qui déborderaient l’objectif. De cette façon, la plaque sensible ne recevant que des rayons émis par l’image radioscopique, on peut photographier cette image. Ch. de Villedecil.
- TRAITEMENT SËROTHËRAPIQUE
- DU TÉTANOS CHEZ LES ANIMAUX
- Comment ne pas nous arrêter un peu sur l’admirable résultat obtenu par M. Nocard dans le traitement sérothérapique du tétanos chez les animaux? On ne saurait trop mettre en relief ce grand triomphe de la médecine vétérinaire.
- Du 1er août 1895 au 1er juin 1897, M. Nocard a distribué près de 7000 flacons contenant 10 centimètres cubes de sérum antitétanique. Le traitement préventif comportant deux injections de 10 centimètres cubes, le sérum expédié devait suffire pour prémunir contre le tétanos environ 5500 animaux. Or, on a inoculé 2727 sujets dont 2595 chevaux, ânes ou mulets, 44 taureaux, 82 béliers ou agneaux et 206 porcs. Ces 2727 animaux peuvent se diviser en deux groupes bien distincts. Un premier groupe, le plus important, comprend 2500 animaux qui ont reçu la première injection; immédiatement après l’opération : castration, amputation de la queue, ablation de tumeurs, opération* de la cryptorchidie ou de hernies, etc. Or, pas un seul de ces 2500 animaux n'a contracté le tétanos. w
- Le deuxième groupe comprend 400 sujets qui n’ont reçu l’injection que un, deux, trois, quatre jours et plus après le traumatisme accidentel dont ils avaient été victimes : clou de rue, enclouurc, javart, morsures, blessures par dents de herse, coups de pied, chutes graves, blessures souillées par de la terre ou du fumier, etc. Pour ce groupe, les résultats du traitement devaient être a priori moins satisfaisants que pour ceux du premier groupe; l'injection avait été bien tardive. Eh bien ! aucun de ces 400 animaux traités plus ou moins tard après le traumatisme n a succombé au tétanos.
- Ces résultats sont très importants. Tous les animaux traités appartiennent à des écuries, à des fermes, des villages où le tétanos avait fait des victimes quelques jours, quelques semaines ou quelques mois auparavant,.Beaucoup d’entre eux étaient voisins immédiats d’animaux tétaniques. Dans nombre de cas, il s’agissait de localités où le tétanos était si fréquent que les propriétaires avaient renoncé à faire subir à leurs animaux certaines opérations usuelles qui en augmentent la valeur marchande. Les vétérinaires auxquels M. Nocard avait envoyé ses flacons de sérum et qui n’ont perdu aucun des 2727 animaux traités avaient observé 259 cas de
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- tétanos sur des animaux non traités, dont 191 chevaux, 57 béliers et 11 bovidés.
- Le tétanos est très fréquent dans la banlieue nord-est de Paris. Ainsi, à Aubervilliers, M. Goret a relevé depuis quinze ans, chaque année, de 50 à 40 chevaux tétaniques. Du 1er août 1895 au 1er juin 1897, M. Coret a soumis aux injections préventives 116 chevaux atteints de diverses blessures, très dangereuses au point de vue du tétanos : un seul de ces animaux, traité cinq jours après le traumatisme (piqûre de maréchal), est devenu tétanique; mais le tétanos a été bénin et n’a duré que 15 jours. Bref, 116 animaux ont résisté au mal.
- Les renseignements transmis sont partout favorables au traitement. Quelques exemples seulement. M. Pierrot, de Stenay, perdait, chaque année, une douzaine d’animaux tétaniques ; il a recours au sérum en 1896. Sur 2 chevaux non injectés, un prend un tétanos mortel.
- M. Tonnelier, de Sièges, châtre 6 poulains le même jour ; il ne peut faire d’injection qu’à 4 d’entre eux ; un des non traités prend le tétanos. M. Mou-gin, de Mirecourt, fait subir la même opération à 5 poulains. 4 sont injectés, le 5e contracte la maladie. Enfin, dernier fait qui prouve la possibilité d’enrayer brusquement la mortalité dans un troupeau où le tétanos apparaît après la castration : le 15 avril, M. Auvray opère 45 agneaux ; le 25 avril,
- 5 meurent tétaniques ; le 24, inoculation du sérum aux 42 survivants. Un seul meurt tétanique, le 25.
- En somme, de l’avis de tous ceux qui ont fait les injections après des opérations sanglantes, le sérum antitétanique employé préventivement est d'une efficacité absolue.
- 11 est indispensable que l’on se pénètre bien de ees conclusions venant des quatre coins de la France et que l’on n’opère plus les animaux sans l’injection antitétanique. La sérothérapie sauvera des milliers d’animaux de ferme et augmentera de ce chef la richesse agricole de notre pays. Henri de Parville.
- MACHINE A COUPER LES HARICOTS VERTS
- Parmi tous les légumes de la saison, les haricots verts sont certainement très goûtés et très appréciés. Il faut cependant qu’ils soient fins pour donner à la
- fois plus de goût et de parfum. Il arrive malheureusement que ces légumes poussent rapidement et quelques jours après leur apparition, ils» sont gros, longs, et n’ont [tins cette finesse que recherchent les vrais gourmets. MM. A. Goodall et Cie ont construit la petite machine que représente la figure ci-jointe et qui permet de remédier en grande partie à l’inconvénient que nous venons de signaler. Cette machine, en effet, coupe très rapidement et avec grande facilité les haricots dans toute leur longueur et les sépare en plusieurs branches très fines qui rappellent parfaitement les premiers haricots au début de la saison. Nous pouvons dire que cette opération peut être faite et se fait parfois à la main, mais elle est longue et fastidieuse. Il faut
- avec un couteau fendre les haricots en plusieurs parties.
- La machine se compose d'un axe horizontal mû par une manivelle extérieure. L’axe porte six disques tranchants, en acier de très faible épaisseur. A la partie supérieure se trouve une encoche dans laquelle on jette les haricots les uns après les autres. A la partie inférieure, les disques se déplacent dans des rainures un peu étroites, afin que les haricots puissent se détacher en sortant. L’ensemble de l’appareil est monté sur un support qui permet de le fixer contre une table. La manœuvre est alors plus aisée et plus facilitée. La machine est donc installée, comme nous venons de le dire ; les haricots ont d’abord été effilés, c’est-à-dire qu’on a retiré la queue et le fil. On les jette alors dans l’encoche en ayant soin de tourner en même temps la manivelle. Les haricots glissent sur les couteaux et se partagent en filaments plus ou moins longs. Il ne faudrait pas croire que les diverses parties obtenues soient toutes très régulières et que les graines se détachent entières et aussi nettement que le montre notre figure. La plupart sont partagées et restent avec les filaments coupés; d’autres, au contraire, tombent à côté entières ou en parties.
- Quoi qu’il en soit, nous pensons que ce petit appareil peut être très avantageux pour permettre d’utiliser les haricots verts qu’on a laissés pousser un peu longs et un peu gros. M. Leroy.
- Le Gérant : I*. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiuiie- rue de Fleurus, 9.
- Machine à couper les haricots verts.
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- K« 1207. — 11 SEPTEMBRE 1897.
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- PROJECTEUR LUMINEUX PORTATIF
- Il y a longtemps que l’on connaît la curieuse pro- I l’influence des hydrocarbures ; c’est une expérience priété qu’a le platine de rester incandescent sous | qu’on fait dans tous les cours depuis Davy : il suffit
- Fig. 1. — Projecteur lumineux portatif système Brenot. — 1. Éclairage à longue distance. 2. Projecteur médical pour laryngoscope.
- Fig. 2. — Braconnier surpris pendant la nuit à l'aide du projecteur portatif.
- de chauffer au rouge un mince fil de platine, puis de | benzine pour qu’il reste incandescent. C est seule-le placer au-dessus d’une soucoupe contenant de la j ment depuis une vingtaine d’années qu’on a tiré de
- 25a année. — l" semestre. 1 ^
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- cette propriété un parti très avantageux pour la chirurgie avec les instruments imaginés par le Dr Paque-lin, et connus sous le nom de thermo-cautères. Déjà en 1857, M. Mathieu père avait construit à l’instigation de M. Masson, professeur de physique à Louis-le-Grand, un cautère chirurgical basé sur ce principe; mais il n’eut pas grand succès, probablement à cause de défauts de construction dont on ne chercha pas suffisamment à se rendre compte. La grande vogue dont jouissent encore actuellement les appareils Paquelin prouve que la chirurgie a trouvé en eux un auxiliaire précieux et l’on s’étonne qu’on n’ait pas mieux cherché autrefois à utiliser celui de MM. Masson et Mathieu.
- Dans un autre ordre d’idée, M. Brenot, habile fabricant d’instruments de chirurgie, qui construit depuis plusieurs années des cautères en platine iridié, vient d’utiliser cette même propriété de l’incandescence du platine pour faire des appareils d’éclairage. L’idée lui fut suggérée par le Dr Mareschal, médecin principal de l’armée, qui dans ses campagnes du Tonkin et de Madagascar eut bien souvent à regretter le manque d’un éclairage intense à la disposition de l’ambulance, soit pour les opérations chirurgicales urgentes, soit pour la recherche des blessés sur le champ de bataille.
- L’idée d’utiliser pour l'éclairage le platine maintenu incandescent sous l’influence des hydrocarbures n’est, pas non plus nouvelle, car, en 1875, M. Lodi-Montaigue prenait un brevet à ce sujet, mais son appareil ne réussit pas plus que le cautère Masson-Mathieu et probablement pour les mêmes causes. Il ne suffit pas en effet de partir d’un principe connu, il faut aussi chercher les moyens d’obtenir à coup sûr le maximum d’effet à produire; pour maintenir pendant longtemps et à volonté le platine à l’incandescence il faut remplir certaines conditions qui ont été tout particulièrement étudiées dans les appareils qui fonctionnent journellement dans les mains des chirurgiens. C’est l’essence minérale, dite essence de pétrole, qui est généralement employée comme hydrocarbure, et, au moyen d’une soufflerie, on établit un courant d’air et de vapeur d’essence qui doit être lait dans certaines proportions pour donner l’effet maximum. Un robinet spécial à deux voies permet dans les appareils de M. Brenot d’arriver, après un court tâtonnement, à trouver le point exact où le mélange se fait dans les meilleures conditions.
- L’appareil d’éclairage en lui-même est très simple; il se compose d’une petite sphère en tissu de platine (fig. 1, n° 1) plus ou moins grosse, suivant le but à atteindre, placée au centre d’un réflecteur métallique. Le manche qui supporte l’ensemble est creux et rempli d'une éponge imprégnée d’essence. A sa partie inférieure se trouve le robinet régulateur qui le réunit à la soufflerie. Celle-ci peut être de forme variable, mais en général on emploie la poire en caoutchouc qu’on actionne, soit avec la main, soit avec le pied quand, comme dans le projecteur destiné à éclairer le larynx (fig. 1, n° 2), on a les deux mains
- occupées. Dans les expériences faites récemment au bois de Yincennes on s’est servi avec avantage d’air comprimé dans des réservoirs portés sur le dos et dans lesquels on renouvelle facilement la provision d’air comprimé au moyen d’une petite pompe faisant corps avec le réservoir ; ces appareils se trouvent du reste dans le commerce, ils sont utilisés pour le snlfatage des vignes.
- L’appareil étant peu volumineux, très portatif et se mettant rapidement en marche, on peut en tout lieu produire brusquement un éclairage intense dans une direction déterminée. Avec le projecteur ayant un réflecteur de 0m,24 de diamètre on éclaire une surface de 40 mètres carrés à une distance de 200 mètres et l’intensité lumineuse est suffisante pour qu’à 100 mètres on puisse lire facilement un journal. Un éclairage de ce genre sera d’un secours précieux pour beaucoup d’opérations militaires : attelage des batteries, éclairage des routes, des chemins de fer, travaux du génie, recherches de blessés, opérations chirurgicales urgentes, etc. A un autre point de vue, dans la vie ordinaire, le projecteur Brenot rendra également bien des services et nous signalerons notamment son emploi pour la recherche des malfaiteurs et des braconniers (fig. 2) ; il sera peut-être possible aussi de l'appliquer à l’éclairage des voitures automobiles et des bicyclettes.
- Pour ces dernières le plus simple serait d'emporter un réservoir d’air comprimé et de l’entretenir en pression en pompant de temps en temps à la main ; mais pour les voitures automobiles il serait bien facile de disposer une pompe qui serait à volonté embrayée sur le moteur et qui pourrait même se mettre automatiquement en fonction quand la pression du réservoir arriverait à un chiffre réglé d’avance.
- Ce sont là des projets que nous indiquons à ceux que cela peut intéresser, l’inventeur de la pompe n’ayant pas le temps nécessaire pour les étudier lui-même. G. Aciième.
- L’ACiRIEN DES AINS SUCRÉS DU MIDI
- Les Acariens, que l’on nomme détriticoles, vivent comme leur nom l’indique, dans les détritus des denrées alimentaires que l’homme conserve pour son usage. Ils constituent, dans la famille des Scir-coptides, un groupe bien caractérisé par les mœurs des animaux qui le composent : au lieu de se nourrir du sang des animaux vivants, comme le Sarcopte de la gale et beaucoup d’autres, les Tyroglyphes et les Glyciphages (c’est ainsi que les naturalistes appellent ces Acariens), préfèrent les cadavres, les matières végétales avariées par l’humidité et les moisissures, ou modifiées par ces fermentations si diverses qui ramollissent les tissus des plantes et des animaux. On peut les comparer aux hyènes qui, elles aussi, ne se nourrissent que de cadavres.
- Habituellement ces Acariens passent inaperçus en raison de leur petite taille : la plupart ne dépassent pas un demi-millimètre de long, comme le Tyro-
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- glyphe ciron, ou Acarus du fromage, qui est le mieux connu d'entre eux. Il faut donc la loupe, ou même le microscope pour les voir distinctement. Ils vivent habituellement dans les caves, les celliers, les décharges des cuisines, les arrière-magasins, en un mot, dans tous les endroits sombres et humides où l’on accumule des substances alimentaires qui s’altèrent facilement par l’humidité. Partout où la moisissure commence à paraître, les Acariens détritieoles ne tardent pas à se montrer, et, trouvant le milieu favorable, s’y multiplient avec une rapidité prodigieuse. Si l’on n’y remédie pas dès le début, les dégâts causés par ces animaux microscopiques peuvent atteindre de gros chiffres. C’est ainsi qu’il y a deux ou trois ans, une fabrique de confitures sèches du nord de la France eut toute sa provision de conserves absolument perdue par l’invasion du Gly-ciphagus prunorum.
- Les liquides ne sont pas à l’abri des atteintes de ces Acariens. Ainsi VHistiostoma feroniarum se trouve dans la saumure à fermentation lactique et butyrique, qui surnage dans les tonneaux de chou-croûte. Mais jusqu’à présent les liquides alcooliques et particulièrement les vins étaient considérés comme indemnes de ces parasites.
- C’est dans le courant de cet été que les marchands de vins ont découvert que certains de ces vins (tous ceux qui sont sucrés) présentaient une altération qui peut-être avait passé inaperçue jusqu’ici, mais qui, cette année, prenait des proportions inquiétantes. A la surface de ces vins on voyait une sorte de fleur formant une pellicule mince, analogue à la fleur de vin ou au Mycoderma aceli. M. Chermezon, pharmacien, consulté à ce sujet, examina cette fleur au microscope et fut tout étonné d’y voir une quantité énorme d’Acariens parfaitement vivants. L’espèce est commune dans le vin de Grenache, mais on la trouve aussi dans le Malaga, le Banyuls, le Moseatel et le Samos.
- « Mais vos Acariens doivent être perpétuellement gris », me disait, en plaisantant, un professeur du Muséum. Il est certain que l’alcoolisme semble ici chronique et même héréditaire, car les jeunes Acariens qui pullulent dans le vin, autour des adultes, sont nés dans ce liquide. Cependaiff il est probable que l’alcool n’a pas sur ces animaux les effets néfastes que l'on constate sur l’homme. D’ailleurs, on sait combien les insectes — et les Acariens leur ressemblent sous ce rapport — résistent bien, grâce à leur cuirasse de chitine et à l’ensemble de leur organisation, à l’asphyxie par submersion : ils sont plus à l’aise dans un liquide que le scaphandrier revêtu de son armure de cuir et de métal. On peut se faire une idée de la résistance de ces Acariens à l’alcool par le fait suivant : un certain nombre de ces animaux plongés dans l’alcool rectifié (à 90°), étaient encore vivants au bout de 36 heures !
- D’ailleurs, ce n’est pas du vin lui-même que les Acariens se nourrissent. Si l’on verse du vin contaminé dans un verre, on voit flotter à la surface comme
- des grains de poussière qui sont les débris de la pellicule superficielle rompue par l’agitation du liquide. Si l’on recueille, à l’aide d’un pinceau fin, l’un de ces grains de poussière et qu’on le place sur le porte-objet du microscope, on s’aperçoit qu’il est formé d’une masse centrale à laquelle se cramponnent les Acariens (fig.n0 6). Sur une préparation, on reconnaît que la masse centrale est une grappe de levure appartenant vraisemblablement au genre Saccharomyc.es. Mais cette levure paraît morte, en voie de décomposition, et sa présence dans le vin ne peut être que nuisible. En tout cas, c’est elle qui sert de nourriture à l’Acarien et c’est elle qui l’attire dans le vin. J’ai examiné comparativement des échantillons de vin de Grenache non contaminés : on y trouvait bien un léger dépôt, comme dans tous les vins, mais il n’y avait pas trace de levure. Il y a donc une relation directe, et de cause à effet, entre la présence de la levure et celle de l’Acarien.
- L’espèce dont il s'agit ici est Y Acarus passularum de Hering (1838), érigé en genre distinct, par Robin, en 1869, sous le nom de Carpoglyphus passularum. Les figures grossies que nous en donnons me dispensent de le décrire : il est facile à reconnaître, à l’âge adulte, à l’espèce de sternum qui donne attache aux pattes antérieures et qui a la forme d’un lambda grec ou d’un Y retourné surmonté d’un M majuscule, ces deux lettres étant soudées ensemble.
- Robin avait trouvé le Garpoglyphe sur des figues sèches, des dattes, des pruneaux et d’autres fruits secs. L’Acarien est vivipare, ce qui facilite sa reproduction dans un liquide.
- Quelle est l’origine de ce parasite? Le premier nom donné à l’espèce, par llering, dès 1858, est très instructif à cet égard. Passula, passulæ et P assit la corinthica, sont les noms latins du raisin de Corinthe qui figure dans toutes les vieilles pharmacopées : on en faisait des boissons béchiques (destinées à calmer la toux). En langue italienne passola est le nom du raisin sec.
- Je ne crois donc pas me tromper en affirmant que le Garpoglyphe a été introduit dans le commerce par des vins de raisin sec. Les renseignements à cet égard sont bien difficiles à obtenir : les commerçants sont d’une discrétion qui se comprend sans peine. Sans doute les vins de raisin sec existent; la manière de les fabriquer est indiquée dans des traités exprofesso. Cependant personne n’en vend, personne n’en achète, je n’ose dire personne n’en boit. 11 est évident que le marchand de beurre, si naïf qu’il soit, n’écrira jamais sur son enseigne: « excellent beurre de margarine ! »
- Mais il est certain que le Carpoglyphe envahit les raisins secs, surtout quand ils ont été atteints par l’humidité, et il suffît de manier ces raisins pour \oir combien cette denrée est hygrométrique! Par contre, on ne trouve pas l’Acarien sur le raisin frais. Il est très probable que la levure et l’Acarien ont la même origine et proviennent de raisins secs, mais
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- avariés, ayant servi à fabriquer du vin, au moyen d’un mouillage artiliciel.
- D'après les chimistes, da composition du vin de raisin sec est la même que celle du vin naturel : c'est ce qui rend la fraude si difficile à déceler. La présence de l’Acarien ou celle de la levure qui l’attire permettra-t-elle de reconnaître la substitution d’un vin de raisin sec à un vin naturel? Je ne le pense pas, et voici pourquoi : dans une cave où se trouvent des vins de diverses provenances, il suffit qu’un tonneau soit mal bouché pour (pie la levure et l’Acarien viennent l’infester. Une mouche qui se laisse tomber par la bonde et dont les pattes engluées
- de vin sucré transportent les germes de cette levure; une femelle de Carpoglyphc errant à l’aventure, en quête de fonder une nouvelle colonie, il n’en faut pas plus pour gâter un vin naturel et quelquefois d'un prix élevé.
- Autant qu'on en peut juger par les échantillons qui m’ont été soumis, le goût du vin n’est pas altéré par la présence de l’Acarien, la teneur en alcool est la même (15°,4), ce qui est un chiffre élevé même pour un vin du Midi. Mais il ne s’en suit pas que l’altération ne puisse se produire à la longue, par suite de la pullulation excessive de l’Acarien. Quant à la levure, morte ou vivante, qui lui sert de nourri-
- Acariens des vins de Grenache (Carpoglyphti.s passitlantm) grossis environ 50 lois en diamètre. — 1. Mâle, face ventrale. — 2. Le même, face dorsale. — 5. Femelle, face ventrale. — i. Jeune larve, face ventrale. — 5. Jeune nymphe, de prolil. — 6. Groupe d’Acaricns cramponnés à une grappe de levure, tels qu’on les trouve flottant à la surface du vin.
- turc, son étude reste à faire. Dans tous les cas, la présence de l’Acarien, de cette poussière vivante qui Hotte dans le vin, est une cause de dégoût pour le consommateur, et il ne faut pas oublier qu’il s’agit de vins d’un prix élevé et d’un usage courant en pharmacie pour la préparation de tous les vins médicinaux.
- Les commerçants sont maintenant avertis ; ils devront veiller d’une façon toute spéciale sur la provenance des vins sucrés qu’ils achètent, et sur les causes de contamination que nous avons signalées et qui peuvent se produire dans leur propre cave. En conséquence, il faut tenir la bonde des tonneaux hermétiquement fermée, examiner au microscope un vin avant de l’emmagasiner et s’assurer qu’il ne
- s’y trouve ni levures, ni Acariens; enfin, mettre le vin en bouteilles le plus tôt possible, car la contamination se fait toujours dans les tonneaux quand elle n’a pas eu lieu auparavant. On sera probablement forcé de pasteuriser tous ces vins sucrés.
- Si le vin contaminé n’était pas altéré et s’il valait la peine d’être sauvé, on pourrait y arriver en le filtrant. Mais il faudrait que le filtre fût assez fin pour retenir à la fois la levure et l’Acarien. Les filtres en papier ne peuvent servir, car les jeunes Carpoglyphes les traversent facilement. Il faut employer des fdtres en étoffe de laine ou de soie, ou les filtres perfectionnés que l’on trouve aujourd'hui dans l’industrie. Dr E.-L. Tkouessaiit.
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- L’EXPOSITION DE BRUXELLES
- Depuis le mois de mai dernier, l'Exposition de Bruxelles est ouverte et a attiré déjà un grand nombre de visiteurs, bien que les dernières installations viennent à peine d’ètre terminées. Sans entrer dans tous les détails nous essayerons de donner quelques idées générales sur l’impression que nous a laissée cette exposition lors d’un dernier voyage.
- L’Exposition proprement dite se trouve à une extrémité de la ville, dans le parc du cinquante-
- naire; mais une annexe très importante a été installée dans le parc royal de Tervueren à une distance de 12 kilomètres.
- Devant la façade du palais principal existe un grand jardin décoré; au centre sont des fontaines lumineuses, et sur les côtés un grand nombre d’attractions, parmi lesquelles nous citerons le Bruxelles-Kermesse, le pavillon de l’Algérie, le gros tonneau d’une contenance de 1 280 000 litres, le restaurant automatique, le pavillon de la ville de Bruxelles, le panorama des Alpes, ainsi qu’un grand nombre de cafés et de brasseries. Les illuminations du jardin sont obtenues le soir par environ 5000 lampes à
- Exposition de Bruxelles. Vue d'ensemble do l'entrée du Palais.
- incandescence de 10 bougies renfermées dans des ballons de couleur en celluloïd, dont nous avons vu à Paris le premier modèle en 1896. L’éclairage général comprend 100 lampes à arc Henrion, 50 arcs Maek, 35 arcs Kœrting et 65 arcs Bardon montées par 5 en tension sur 220 volts. Les fontaines lumineuses ont été alimentées au début par la station centrale de Bruxelles; mais la maison Siemens et llalske a établi à Tervueren une installation qui transporte à Bruxelles comme démonstration à 4500 volts, en courants triphasés, l’énergie nécessaire pour actionner les pompes des fontaines, ainsi que divers moteurs. A l’usine génératrice de Tervueren, à 12km,7, est un alternateur à courants triphasés à inducteur tournant de 160 kilowatts à 500 tours par minute et à la fréquence de 50 périodes par seconde. Les courants sont transmis au
- parc du cinquantenaire par 5 fils de cuivre aériens de 50 millimètres carrés, portés par des isolateurs à triple cloche en porcelaine. A l’arrivée deux transformateurs abaissent la différence de potentiel à 120 volts, et le courant est distribué à deux moteurs de 65 chevaux pour actionner la pompe des fontaines lumineuses, à un de 25 chevaux et à un de 1 cheval pour perforatrices à l’usage des mines. Le rendement total de cette installation s’élève à 73,5 pour 100.
- Si nous pénétrons dans le palais par la grande façade, nous trouvons d'ahord à gauche le musée de l’art monumental, et à droite la salle des fêtes ; nous arrivons ensuite dans la galerie des machines. Plusieurs machines motrices sont installées et commandent des dynamos; tous les circuits aboutissent à un tableau général, à l’exposition de la Société d’électri-
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- LA NATURE.
- cité de l’exposition de Bruxelles, dont l’administrateur délégué est M. Diermann. Une machine verticale Raxyorth de 165 chevaux, compound, avec condenseur en tandem, commande une dynamo Jaspar à 4 pôles donnant 265 volts et 350 ampères à 600 tours par minute. Un moteur Phénix de 550 chevaux, compound, à condensateur, actionne par courroies 2 dynamos Gramme à 6 pôles de 900 kilowatts ; les deux courroies sont superposées sur le même volant. Une machine Herlay entraîne une dynamo Phénix à 4 pôles, donnant 150 volts et 500 ampères à 700 tours par minute; une autre machine Herlay met en marche une autre dynamo de Phénix de 260 volts, et 550 ampères à 400 tours par minute. Nous trouvons {dus loin une machine «à vapeur Gilain qui actionne 2 dynamos Ilenrion, donnant 650 ampères à 155 volts, une machine Preud’homme q.ui l’ait marcher une dynamo Diermann, à 4 pôles et de 550 ampères à 155 volts et à 650 tours par minute, un moteur à gaz Fielding attelé à une dynamo Jaspar de 150 ampères à 260 volts, une turbine Laval de 150 chevaux mettant en marche une dynamo Bréguet à 2 circuits et donnant 450 ampères à 120 volts, et enfin une machine Carels de 176 chevaux à 550 tours par minute, commandant une dynamo de 500 ampères à 120 volts à 550 tours par minute.
- Après ces diverses machines motrices, nous trouvons une machine à vapeur Cockerill de 2000 chevaux à triple expansion, soufflante {tour hauts fourneaux; M. Lebrun, de Nimy-lez-Mons, a installé un petit chemin de fer électrique pour mines, et le fait fonctionner. Nous voyons ensuite un métier actionné par un moteur électrique, une fabrication de chapeaux, l’épluchage du bois, des perceuses à air comprimé, une fabrique de papier de Naeyer et Cie, et en dehors de la salle les chaudières de Naeyer de 500 chevaux qui fournissent la vapeur nécessaire. Au fond de la grande salle, la Société Union Gesell-schaft montre quelques petits appareils, ventilateurs, monte-charges commandés par des moteurs électriques. N’oublions pas de mentionner l’atelier d’enroulement des cigares dont les divers arbres sont actionnés par des moteurs électriques.
- Si nous revenons sur nos pas et que ncftis tournions à gauche dans la salle des machines, nous visitons les expositions de France, des Pays-Bas, d’Italie, de Suisse et d’Allemagne. La section française est particulièrement bien organisée, et on ne peut qu’admirer toute l’installation, surtout celle qui concerne l’ameublement et la bijouterie. Dans l’exposition de Belgique, nous relevons un chiffre intéressant. De 1891 à 1895, la production totale de charbon a été de 99 661441 tonnes, représentant une somme de 965 570 000 francs, avec une production de 9lr,67 par tonne. Nous mentionnerons les expositions de l’Association belge contre les accidents du travail. On a installé divers coins d’ateliers et differents appareils en indiquant les précautions à prendre pour éviter les blessures.
- Dans la section d’électricité, en France, la Société Gramme a exposé des dynamos de 1 à 60 kilowatts, une forge portative avec ventilateur électrique, une fraiseuse, un banc à étirer, une pompe électrique fournissant 300 litres d’eau par minute, une dynamo pour galvanoplastie donnant 600 ampères et 7 volts, un transformateur à courants continus formé d’un induit à 2 collecteurs. La maison Henrion fait voir des lampes à arcs, des grands voltmètres, divers modèles d’interrupteurs, de radiateurs, de fers électriques et un moteur de 1 /40e cheval à 110 volts pour machines à coudre. Mentionnons encore les accumulateurs Dinin, Blot, les balais Boudreaux, les appareils de précision Richard, les appareils Arnoux, l’installation de la maison Clémançon, les bacs pour accumulateurs de la Société de Saint-Gobain.
- Nous traversons ensuite les sections belges comprenant l’ameublement, l’habillement, le travail de la femme, les beaux-arts, la collectivité des brasseurs et articles pour brasserie, ainsi que les voitures.
- Nous avons ainsi parcouru très rapidement la première partie de l’Exposition, dans le parc du cinquantenaire.
- Pour nous rendre à Tervueren, nous prenons le tramway électrique qui a été établi spécialement dans ce but avec des poteaux à bras horizontaux. La route qui a été faite traverse une magnifique forêt aux arbres séculaires. Nous nous arrêtons d’abord en chemin à l’usine génératrice. Deux machines Phénix à 2 cylindres à condenseurs mettent en marche deux dynamos Walker à 4 pôles de 545 ampères à 550 volts et 550 tours par minute. Nous poursuivons ensuite notre route et nous arrivons bientôt à Tervueren dans un magnifique parc. Les Congolais étaient installés sur les bords d’un grand lac et le public semblait prendre grand plaisir à les observer. Un palais spécial renferme tous les produits du Congo et est fort bien aménagé. L’exposition du matériel des chemins de fer se trouve derrière et comprend le matériel roulant, les locomotives, etc. L’Etat belge a déjà effectué des essais de traction électrique sur les lignes de Liège. Le monorail Lartigue fonctionne également non loin de là.
- En terminant cette courte Notice, nous dirons que les tramways électriques installés dans Bruxelles rendent de grands services ; la ligne qui se trouve rue de la Loi a été établie en caniveaux souterrains et fonctionne dans de bonnes-conditions.
- J. Laffargue.
- N0UVEAU RÉVÉLATEUR PHOTOGRAPHIQUE
- LA MAMinORÉSORCIINE
- Parmi les nombreux agents susceptibles de révéler l’image latente, le chlorhydrate de diamidophénol (vulgo, amidol) est un des plus pratiques en voyage, n’ayant besoin, pour former un bain de développement, den’être accompagné que de sulfite de sodium. Son seul inconvénient est de n’ètre pas sensible au bromure de potassium. MM. A. et L. Lumière dont les études théoriques sur les développateurs de la série aromatique sont classiques,
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- viennent de trouver qu’un corps analogue, le chlorhydrate de diamklorésorcine, présentait, outre les qualités de l'amidol : propriété développatrice se manifestant en l’absence d’alcali, grande solubilité dans l’eau, douceur des clichés, harmonieuse gradation des demi-teintes, etc., celle d’être sensible à l’action des bromures alcalins, ce qui permet de corriger, dans une certaine mesure, la surexposition, correction impossible avec l’amidol.
- La formule du bain normal à employer est la suivante :
- Eau............................... 1Û0OC
- Sulfite de sodium anhydre .... 3£1'
- Diamklorésorcine (chlorhydrate). . lgr
- Comme dans le développement à l’amidol, il faut avoir soin de ne verser le réducteur dans la solution de sulfite qu’au moment de s’en servir.
- Cependant, l’altération de la solution est beaucoup plus lente qu’avec le chlorhydrate de diamidophénol. Bien qu’au bout de huit jours, le pouvoir réducteur ait notablement diminué, il est encore possible de développer un cliché. 11 en résulte que ce nouvel agent révélateur pourra avec avantage être utilisé dans la pratique du développement lent.
- Comme dans le cas de l’amidol, on peut accroître l’énergie du bain normal par addition de sulfite de sodium (à condition que la proportion ne dépasse pas 10 pour 100) et la diminuer en augmentant la teneur en diamidoré-sorcine. En un mot on .peut aisément développer rationnellement et faire varier les proportions des constituants selon les écarts de pose ou selon les qualités que l’on veut donner à l’image définitive.
- Enfin, une solution de bromure de potassium à 10 pour 100 dont on additionnera le bain de l à 5 centimètres cubes permettra, nous l’avons dit, d’accentuer les contrastes ou d’atténuer les effets d’une surexposition.
- Un fait assez curieux est que ce chlorhydrate de diami-dorésorcine est un dérivé diamidé de la résorcine, le seul des trois diphénols (les deux autres sont l’hydroquinone et la pyrocatéchine) qui ne soit pas susceptible de révéler l’image latente.
- L’introduction de deux groupes amidogènes (Azllâ) dans des positions voisines des deux oxhydriles (OH) a pour effet de donner deux fois à la résorcine ce qu’on appelle la fonction développatrice ; c’est ce qui explique pourquoi le nouveau corps jouit de propriétés révélatrices énergiques se manifestant sans la présence d’alcalis.
- MM. A. et L. Lumière ont étudié deux autres corps analogues, le triamidophénol et la triamidorésorcine dont la constitution faisait prévoir des propriétés révélatrices susceptibles d’être utilisées non seulement sans addition d’aucun alcali, mais même d’aucun corps à réaction alcaline faible, tel que le sulfite de sodium. En fait, une simple solution aqueuse de l’un de ces deux corps fait bien apparaître l’image, mais avec une trop faible intensité. Une très faible addition de sulfite de sodium, plus faible que celle nécessaire pour la diamidorésorcine, augmente bien l’intensité de l’image ; mais le pouvoir réducteur, accru dans les premiers moments du développement, cesse tout à coup; les produits d’oxydation du réducteur formés et que MM. Lumière ont pu isoler, ont pour effet d’exercer sur l’image latente une action inverse de celle du révélateur. Rappelons que c’est pour des raisons analogues qu'on ne peut employer certains composés minéraux, tels que le chlorure cuivreux : le chlorure cuivrique qui se forme pendant le développement a sur l’image latente une action inverse de celle du chlorure cuivreux.
- G.-H. Niexvenglowski.
- LES BATEAUX R0ULEURS1
- Le rouleur Bazin procède avec une certaine lenteur à des essais qui, jusqu’ici, n’ont pas complètement répondu aux espérances des constructeurs.
- 11 est bien certain que dans les études préparatoires, on a négligé certains facteurs qui sont intervenus, dans des proportions considérables, pour diminuer la vitesse que l’on comptait obtenir. Ainsi, dans un essai exécuté sur la Seine, en route libre, la vitesse n’a pas dépassé 8 à 0 nœuds, les machines de propulsion et de rotation développant toute leur puissance; d’après les calculs, on aurait dù atteindre 18 à 20 nœuds. Les deux forces résistantes qui ont le plus d’action sont l’adhérence et le frottement de l’eau sur les rouleurs.
- La ligure 1 représente un des rouleurs tournant à une allure de 10 à 12 tours, au point fixe; l’eau est entraînée jusqu’à la partie supérieure, non seulement sur la circonférence extérieure, mais encore sur une grande partie de la calotte sphérique.
- Il se produit ainsi une résistance considérable que l’on ne fera jamais disparaître, même en couvrant, comme on l’a proposé, les roues de peintures vernies ou de corps gras.
- La deuxième cause de résistance provient du frottement de l’eau sur les quatre rouleurs qui ont une surface immergée relativement considérable.
- On a souvent dit que, sur le rouleur Bazin, on substituait le frottement de roulement à celui de glissement ; ce n’est vrai qu’en partie puisque, par suite de la vitesse de translation du bâtiment et de rotation des rouleurs, il se développe, sur la partie immergée de ces derniers, une force de frottement de glissement dont il y a lieu de tenir grand compte dans l’appréciation des résultats.
- Enfin, il est un autre inconvénient que présentera toujours ce type de navire, et là-dessus tous les marins sont unanimes, c’est la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, où il se trouvera de tenir la mer par gros temps.
- Il faut n’avoir jamais vu les mers de l’Océan pendant un coup de vent, et par conséquent ne pas se rendre compte de la puissance et de la violence des lames, pour croire qu’une semblable construction puisse leur résister; elle sera, comme disent les marins, mangée par la mer, si même elle peut supporter les efforts que d’énormes vagues, venant capeler au-dessous des passerelles, exerceront sur celles-ci pour faire chavirer tout l’ensemble.
- La figure 2, qui représente l’arrière du rouleur, fait parfaitement comprendre à quels dangers ‘sont exposées les quatre faces d’un tel navire.
- 11 est vrai d’ajouter que si le rouleur Bazin réalisait les grandes vitesses indiquées par ses inventeurs, il pourrait être utilisé sur les lacs et les grands fleuves pour le transport des passagers, car l’emplacement y fait défaut pour permettre en grand le trafic des marchandises.
- 1 Voy. n° 1242, du 20 mars 1897, p. 243.
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- L’idée de construire un bâtiment roulant sur l’eau n’est pas nouvelle : le journal The Call, de San Francisco, du 20 novembre 1895, consacre un article intitulé « Four rouler sur l'eau » à la des-cription d’un navire qui devait rivaliser de vitesse avec trains les rapides (lig. 5).
- M. Chapman décrit ainsi son invention :
- « Entre deux énormes cylindres, sont suspendus la cale,le pont et les cabines pour les mar-c li a n d i s e s et les passagers; le long de chaque liane, se trouvent les passerelles qui réunissent les axes des deux cylindres; sur ces axes qui sont fixes, tournent avec interposition de billes, les bases des deux cylindres et par conséquent les cylindres eux-mêmes.
- Four obtenir la force motrice nécessaire au mouvement, on placera sur la surface intérieure des cylindres une voie ferrée ( voir le dessin coupé) sur laquelle courra une locomotive mue par l’électricité . Dès que cette locomotive marchera, les grands cylindres commenceront à tourner. L’inventeur a trouvé, par expérience, qu’une très grande roue roule avec la plus grande facilité quand la force mo-
- trice est appliquée comme il est dit ci-dessus. La hauteur de la machine a une influence considérable
- par rapport à son poids et on doit réaliser ainsi une très grande vitesse. Quelle sera au juste celle-ci? M. Chapman ne peut le dire, mais il ne voit aucune raison pour qu’elle soit inférieure à celle des chemins de fer modernes.
- La traversée de New-York en Angleterre pourrait être faite en 3 jours, ou même en 48 heures. 11 y aurait ainsi de plus grandes chances pour les passagers d’effee-tuer ce voyage sans mal de mer. Sur les génératrices des cylindres et de distance en distance, se trouvent des saillies qui obligeront ceux-ci à avancer au lieu de tourner simplement; en outre, au milieu de la hauteur de chaque cylindre, et perpendiculairement aux génératrices, on a disposé une saillie plus haute que les précédentes et qui devra remplir le même but que les quilles des navires actuels. Des gouvernails pourront être placés à l’arrière, de chaque coté, et reliés aux axes fixes.
- Avec des cylindres de 100 pieds et plus et une distance de 4 à 500 pieds entre les deux, on évitera presque com-
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- plètement. les roulis et, par suite, le mal de mer.
- 11 convient de taire remarquer que la locomotive se maintiendra, relativement aux axes, toujours dans
- la même position, c’est-à-dire dans le fond du cylindre, quelle que soit la vitesse.
- De la sorte, on peut entrer dans l’intérieur des
- Fig. i. — Vue d'ensemble du routeur Bazin. (D'après une photographie.)
- axes creux par les passerelles latérales et de là, avec La partie la plus intéressante de l’invention con-une échelle, monter sur la machine ou en sortir. siste dans l’abaissement du prix de revient. On
- Fig, 5. — Routeur Chapmann.
- peut en effet gagner 9/10 et même 19/20 sur le prix d’un batiment ordinaire : au lieu d’immenses chaudières et de vastes machines, nécessitant une armée de chauffeurs, on n’aura besoin que de deux locomotives. Dans le cas où on n’obtiendrait même pas
- une grande vitesse, la diminution du prix de revient rendrait encore l’invention utile, particulièrement s’il s’agissait de fonctionner sur des rivières ou sur des canaux où le fret doit être très peu élevé. C’est le grand problème de l’avenir de pouvoir augmenter
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- la vitesse des navires sur les canaux sans détériorer les berges; les hélices et les roues à aubes ne sont pas pratiques à cause des grands mouvements d’eau qu’elles produisent ; avec ce nouveau navire, les cylindres rouleront simplement sur l’eau, sans la plus petite agitation, même à la vitesse des plus grands courriers de l’océan. »
- Comme on a pu s'en rendre compte par cette description sommaire, le rouleur de M. Chapman devait avoir les mêmes qualités que celui de M. Bazin; il est probable que les résultats prévus par l’inventeur n’ont pas été obtenus: car on n’a plus entendu parler, depuis 1895, de ce nouveau batiment qui devait révolutionner l’art des constructions navales.
- Nous souhaitons que le rouleur Bazin ait plus de succès que son devancier. Commandant G.
- LA BACTÉRIOLOGIE DE L’AMBRE GRIS
- L’ambre gris est une substance très recherchée en parfumerie en raison de la suave odeur qu’elle possède. Or, cet ambre délicieux avec son parfum délicat, n’est autre chose qu’un calcul intestinal, un bézoard, qu’on trouve dans le rectum d’un grand cétacé, le cachalot. On s’est demandé et on se demande encore d’où vient le parfum de l’ambre; certains admettent qu’il a pour origine la nourriture même de l’animal qui se compose à peu près exclusivement de grands mollusques céphalopodes dont quelques-uns, comme Eledonemoschata, ont une odeur musquée très forte. I)e multiples raisons que nous ne pouvons exposer ici, semblent devoir faire rejeter cette hypothèse. Ce qui est vrai, c’est qu’au sortir de l’intestin du cachalot le calcul en question ne sent nullement l’ambre ; il répand au contraire une odeur infecte, un relent stercoral prononcé qui prouverait, si on ne le savait déjà, qu’en outre de l’ambréine cristallisée dont il est en grande partie formé, il renferme des débris stercoraux. Quoi qu’il en soit, la capture d’un cachalot dont l’intestin contient un calcul est d’un grand prix, car la valeur de l’ambre est considérable. C’est dans le Pacifique que se fait actuellement cette pêche, et c’est d’autre part à Boston qu’est concentré le commerce de l’ambre gris ; quand les calculs, parfois très volumineux (on sait que la Compagnie hollandaise des Indes Orientales en posséda un du poids de 182 livres) et de consistance pâteuse à la surface ont acquis, après un temps plus ou moins long, une plus grande dureté, on les met en vente et leur valeur marchande peut varier alors entre 3500 francs et 7000 francs le kilogramme1.
- Cependant, ils ne sont pas alors en état d’être utilisés pour la parfumerie ; leur relent stercoral est encore très accentué et cache l’odeur délicate pour laquelle est recherché ce produit. Il faut souvent plusieurs années pour obtenir le résultat désiré.
- M. Klotz, propriétaire de la maison de parfumerie Finaud, ayant eu l’extrême obligeance de mettre à ma disposition un très beau calcul d’ambre gris pesant près de 8 kilogrammes, je me proposai de rechercher si j’y pourrais vérifier l'opinion de mon ami le Br Galippe qui a démontré pour les calculs biliaires, vésicaux, dentaires, etc., leur origine microbienne. Mais le calcul d’ambre dont je disposais, avait été acheté en 1895, c’est-à-dire il y a deux ans; il avait avant cette date, au moins 2
- 1 Nous avons vu une variété d’ambre très pur, presque complètement blanc, qui fut acheté au prix de 7000 francs le kilog.
- années d’existence et il semblait par suite assez peu probable qu'il fût possible d’y trouver des microbes vivants. Tout au plus pouvait-on espérer y rencontrer des spores durables, forme sous laquelle certains cryptogames se propagent dans le temps, de même qu’ils ont des formes spéciales pour les propager dans l’espace. Et encore des spores durables pendant 4 années au moins auraient constitué une particularité tout à fait notable.
- Quoi qu’il en soit, je tentai de faire des cultures et après m’être entouré de toutes les précautions nécessaires, je prélevai au centre d”un noyau du calcul fraîchement brisé des parcelles microscopiques qui furent déposées sui des milieux de culture choisis parmi ceux qu’on emploie couramment dans les laboratoires. Au bout de 48 heures, je constatai que deux tubes sur six qui avaient été ensemencés, se trouvaient être fertiles; c’était un tube de bouillon de bœuf peptonisé et un tube de gélose peptone.
- Les cultures étudiées selon les règles me donnèrent un bacille très voisin de celui du choléra asiatique par ses caractères extérieurs, mais qui n’en avait point tous les caractères biologiques.
- Ce bacille est très polymorphe ; sur gélose, à 57°, il revêt la forme de bâtonnets droits ou courbés en arc ; en bouillon, les formes droites disparaissent, les formes aiquées persistent seules et s’accentuent même en cercles ou s’allongent en spirales de 2 et 3 tours. Il s’agit donc d’un spirillum auquel je donne le nom de Spirillum recti Physeteris. 11 est nouveau, car il n’a les caractères d’aucun des spirillums étudiés jusqu’à ce jour.
- Sur gélatine, à 22°, il se développe à peine et très lentement, en liquéfiant la gélatine très tardivement.
- Sur pomme de terre il végète difficilement.
- J’ajouterai que ce n’est pas le seul microbe que renferme l’ambre gris ; j’étudie actuellement deux autres espèces, une bactérie et un staphylocoque que j’ai pu isoler.
- Quoiqu’il en soit, ce qui me parait surtout intéressant à constater, c’est qu’il est possible d’observer vivants ces divers microbes dans l’ambre gris lui-même, en dehors de toute culture artificielle. Si l’on ne perd pas de vue que le calcul sur lequel j’ai opéré a au moins 4 ans d’existence, il n’y a qu’un moyen d’expliquer la vie des microbes dans ce calcul; ils y vivent parce qu’ils y trouvent un terrain de culture favorable. Ce terrain de culture existe en effet ; il consiste dans les débris stercoraux emprisonnés dans l’ambre gris et qui lui donnent cette odeur infecte dont il ne se débarrasse qu’après de longues années.
- On avait pensé jusqu’à ce jour que le travail intime qui s’opérait dans l’ambre pendant ces années consistait en une déperdition d’eau et qu'en même temps le relent stercoral s’évaporait. Or, il ne s’agit certainement pas d’une simple perte d’eau. Guibourt rapporte qu’un morceau de calcul pesant 54 grammes et qu’il avait placé dans une boîte de carton n’avait pas, en 4 ans, perdu de poids; « il s’est desséché ou plutôt durci, dit Guibourt, sans perdre de son poids ». D’ailleurs, s’il ne s’agissait que de dessécher l’ambre, il est probable qu’on eût trouvé le moyen d’v arriver assez rapidement, dans le vide par exemple, pour éviter l’immobilisation des sommes considérables que représente la réserve d’ambre gris d’une importante maison de parfumerie. Ce qui semble ressortir de nos recherches, c’est que la disparition du relent stercoral résulte de la destruction des matières ster-corales par les microbes. La lenteur de la destruction provient probablement de ce que les conditions (température, humidité, etc.) dans lesquelles se fait la végétation de ces microbes ne sont pas complètement favorables.
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- Nous comptons élucider tous ces points et peut-être obtiendrons-nous quelque résultat pratique de ces recherches qui ont été entreprises seulement dans le but de vérifier l’origine microbienne d’un calcul qui n’avait pas encore été étudié sous ce rapport. Si nos déductions sont exactes, l'ambre gris devra aux microbes l’impulsion qui le fait naître et il leur devra aussi la purification qui le rend précieux. Voilà un spirillum (pour ne parler que de cette forme) qui pour ressembler à celui du choléra ne parait pas devoir prendre place à côté de ce dernier comme ennemi du genre humain. Serait-il même pathogène, il ne serait, croyons-nous, pas dangereux pour l'homme, car l'ambre gris n’est utilisé qu’après avoir été dissous dans l’alcool, première opération évidemment fatale au microbe. II. Beauregard.
- —><><*—
- CITRONNADE ET LIMONADE
- Il n’y a pas de petites questions. Défendons la limonade, la citronnade et le citron contre une agression intempestive que nous lisons dans un journal de médecine. Il y a longtemps que nous conseillons aux goutteux, rhumatisants, à tous ceux qui font usage de carbonate de lithine, de bicarbonate de soude, etc., de boire le soir, avant de s’endormir, un verre d’eau sucrée dans lequel on a exprimé un quart, un demi-citron. Ce n’est pas mauvais au goût, ce me semble, et c’est très efficace contre les dépôts d’urates ou d’acide urique. On nous dit : Mais l’acide citrique est un acide végétal assez énergique qui peut nuire à l’estomac et qui le fatigue inutilement, etc. Quelle singulière opinion ! L’acide citrique pourrait nuire aux dents à la longue peut-être; mais aux organes digestifs, à moins de circonstances spéciales, c’est une trouvaille ! Est-ce que l’acide citrique ou un acide végétal quelconque n’est pas très rapidement transformé dans l’estomac? A peine ingéré, il n’y a plus d’acide citrique : il y a métamorphose en carbonates alcalins, ceux-là précisément que tous les médecins recommandent aux goutteux, graveleux, etc. Puis, l’acide citrique, en particulier, est un antiseptique et, avant d’arriver dans l’estomac, il passe par la bouche et le larynx et déplaît souverainement à la collection de microbes, en partie pathogènes, qui pullulent dans les premières voies digestives.
- Absorber des acides végétaux, c’est absorber des sels, alcalins. Il importe qu’on le sache bien. C’est pourquoi on recommande aux malades par excès d’acide urique un régime animal modéré et un régime végétal plus abondant. Les animaux herbivores ont toujours des urines alcalines. Les urines des animaux qui mangent uniquement de la viande sont non seulement fortement acides, mais encore renferment une grande quantité de matières incomplètement oxydées, urates, acide urique libre, matières extractives du genre créatine. Les urines des hor-bivores, au contraire, en même temps qu’elles sont neutres, contiennent peu de matières extractives et, au lieu d’acide urique et d’urates, de l’acide hippurique et des hippurates, c’est-à-dire des produite beaucoup mieux oxydés. Ces simples faits d’observation naturelle démontrent déjà que l’alimentation herbacée a un retentissement considérable sur les oxydations intimes et, par ricochet, sur les réactions de l'urine.
- Pourquoi? L’expérience va nous en donner la raison. Prenons un carnivore, l’homme, par exemple ; mettons-le au régime de la pomme de terre exclusivement. Aussitôt, comme chez l’herbivore, l’urine devient alcaline. La pomme de terre renferme, en effet, du citrate de potasse
- en grande quantité. Elle est donc à recommander aux goutteux. Supprimons-la et mêlons directement à notre régime ordinaire du citrate de potasse, le résultat devra être le même. On constatera facilement, en effet, que les urines, acides jusqu’alors, deviennent neutres et alcalines. Répétons les mêmes essais avec des tartrates ou des malates, absorbons du cidre qui renferme des malates. Et toujours l'es résultats seront les mêmes.
- Ces faits sont très connus, ils sont classiques. Comment les a-t-on oubliés à propos du citron et de l’acide citrique?
- Avons-nous bien le droit d’avancer que les sels végétaux se transforment en carbonates alcalins?
- La combustion des sels végétaux, citrates, malates, tartrates, dans un creuset de laboratoire, les transforme en eau et en carbonates. C’est même de cette façon que l’on fabrique le carbonate de potasse. Les agents oxydants de l’économie remplacent la combustion et, opérant à la façon du feu de la cornue, engendrent avec les tartrates et les citrates des carbonates. On ne peut prendre sur le fait la même transformation au sein de l’organisme ; mais, quand on remarque que l’ingestion des sels à acides végétaux produit les mêmes effets que l’absorption des carbonates alcalins, il est tout au moins très logique de supposer qu’il y a eu transformation en carbonates dans l’organisme, hypothèse d’autant plus vraisemblable que cette réaction s’accomplit fort bien in vitro. Le résultat est identique, que l’on ait pris des sels végétaux ou directement des sels alcalins.
- Autre confirmation indirecte. La dose de citrates ou autres sels végétaux absorbés disparaît intégralement dans l’économie, si elle n’a pas été trop considérable; dans le cas contraire, on en retrouve un peu dans les urines, mais très peu. Il faut donc que la plus grande partie ait été transformée.
- De longues expériences sur l’action physiologique des alcalins ont été entreprises jadis par un médecin de Carlsbad, le Dr Stadelmann ; elles ont servi à démontrer que, d’abord, le sang des ruminants était alcalin par le bicarbonate de soude qu’il renferme; puis, que le sang des sujets qui prenaient soit du bicarbonate de soude, soit des eaux minérales alcalines, soit des acétates, tartrates, et surtout des citrates, devenait également plus chargé en bicarbonates, comme celui des ruminants. Les mêmes recherches de Stadelmann ont nettement démontré que les citrates absorbés restaient toujours à l’état de carbonates dans le tube digestif. La résorption est totale, à moins que la dose de citrate alcalin ne soit extrêmement forte. Les expériences ont été très nettes. Un carnivore possède des urines extrêmement acides ; son sang devient alcalin, quand il prend du phosphate de soude. S’il absorbe du citrate de soude, immédiatement encore, on constate que ses urines deviennent neutres et ensuite alcalines; le sang s’enrichit en bicarbonates; de plus, l’acide urique et les urates sont diminués et l’urée augmentée.
- De ces rapides considérations, on doit donc déduire que le sang des sujets qui ont pris des citrates ou autres sels végétaux renferme plus de bicarbonates qu’à l’état normal. Il faut bien que le bicarbonate vienne de quelque part. Seuls, les sels végétaux peuvent l’avoir fourni. Donc, ils se transforment dans l’organisme.
- L’usage des sels végétaux a l’avantage d’accélérer les oxydations intimes de l’économie. Les boissons acidulées dans les maladies infectieuses ne doivent pas être considérées comme de simples tisanes agréables à prendre ou désaltérantes, ce sont de véritables médicaments. S’il
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- s’agit de maladies chroniques, leur usage permet de remplacer avantageusement le bicarbonate de soude, dont l’action immédiate sur l’estomac est quelquefois désavantageuse. C’est un excellent moven de faire de la médica-
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- tion alcaline indirecte.
- Par conséquent, loin d’en dire du mal, il faut, au contraire, recommander le citron, l’acide citrique, la citronnade, l'orangeade, etc. Et, en tout temps, au point de vue thérapeutique. Henki de Pahviele.
- LE TONOGRAPHE1
- LA PHOTOGRAPHIE I)II CHANT
- Tous les cours de physique contiennent certaines expériences assez caractéristiques sur les sons et les mouvements vibratoires, et notamment sur les vibrations des plaques que Ton couvre de sable en les attaq uant ensuite avec un archet ; on se rappelle évidemment les observations curieuses faites à ce sujet sur les lignes nodales, dont une même figure correspond toujours à un même son.
- Cette question des plaques vibrantes a pris une importance particulière avec la création du téléphone et du phonographe, qui ont tous deux pour hase les vibrations d’une plaque sous l’in-lluence du son.
- Or, voici qu’un savant américain fort ingénieux vient d’imaginer un appareil qui permet de rendre plus évident et de photographier le phénomène, et qui est susceptible d’une application musicale pratique. M. IIol-brook Curtis a présenté à l’Académie de médecine des Etats-Unis son tonographe. Celui-ci consiste en un tuyau métallique, recourbé verticalement à la façon d’une pipe, pour former un pavillon assez large sur lequel on fixe une membrane bien tendue et pouvant vibrer. La préparation de celte membrane est assez délicate, car elle doit être bien homogène et avoir une tension uniforme : on emploie pour cela une lame de caoutchouc qu’on étale sur une surface bien unie. On y trace ensuite une série de cercles concentriques et de diamètre croissant. Puis on monte la membrane sur un « carreau » comme on en emploie pour les ouvrages de dames, et on peut la tendre autant qu’on veut, en veillant seulement à ce qu’aucun des cercles concentriques ne vienne à
- 1 D’après Scient!fie american.
- se déformer et à prendre une apparence elliptique, ce qui indiquerait que la tension n’est pas régulière.
- 11 ne s’agit plus que de disposer la membrane sur le pavillon de l’instrument, qui peut avoir de 13 à 15 centimètres de diamètre; si l’on examine la principale lîg. 2 ci-contre, on comprendra facilement la disposition adoptée. Il est nécessaire que la membrane soit bien centrée par rapport aux bords du pavillon ; on la fixe alors solidement au moyen d’une cordelette sur ce pavillon, en laissant au besoin le carreau en place. Le tonographe est ainsi prêt, à part cependant qu’on fera bien de peindre en rouge sombre le caoutchouc, pour qu’il forme un fond excellent dans les photographies qu’on prendra, et qu’il vaudra mieux laisser la membrane en tension pendant quelques
- jours avant de l’utiliser.
- 11 s’agit maintenant, au moyen de cet instrument, d’enregistrer et d e photographier 1 e s différentes notes chantées dans son embouchure, ou, si l’on pré-lère, les vibrations de la plaque sous l’influence de ces notes. Pour cela il faut répandre à la surface de la membrane un mélange de sel de table et d’émeri fin, la quantité d’émeri ne pouvant être indiquée que par l’expérience; quant au sel, il doit être séché préalablement au four, pour peu qu’il soit humide. Enfin il faut verser sur la plaque, soit en son centre, soit en l’étalant un peu partout, ce qu’il peut tenir de ce mélange sur une pièce de 50 centimes.
- II ne reste plus qu’à faire chanter devant l’embouchure, autant que possible un chanteur de profession, si vous voulez vous rendre compte des vibrations correspondant à une note juste. Instantanément la substance pulvérulente se rassemble de manière à dessiner les figures les plus élégantes, figures géométriques du reste, qui s’accusent parfaitement sur le fond rouge du caoutchouc. D’une façon générale, sur un instrument et sur une membrane demeurés identiquement ce qu’ils étaient, les figures obtenues sont pareilles pour une même note, quelles que soient les voix qui chantent. Les lignes de sable ainsi tracées sur la plaque, tenue autant que possible horizontalement, sont d’autant plus nettes que l’émission du chanteur est meilleure. M Curtis a pu comparer les dessins obtenus par deux voix : l’une est celle d’un soprano léger, l’autre
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- d’une prima donna, dont l’instrument vocal a des sonorités beaucoup plus dramatiques. Il a constaté que la photographie des dessins de la seconde voix accuse des ligues plus fortes; c’est une véritable analyse musicale que permet ce curieux procédé.
- M. Curtis a enregistré, photographié ainsi toute la série des notes, et fait une collection unique; il a pu même enregistrer des notes intermédiaires, par exemple entre le do et le do dièze, et qui ne sont pas d’ordinaire notées dans les traités de musique, parce que notre oreille est trop imparfaite pour en apprécier les caractéristiques. Le savant américain a dressé un tableau photographié complet des notes successives qu’ont chantées pour lui les chanteurs les plus célèbres; on y retrouve du reste
- une suite logique de transformations, les figures devenant de plus en plus simples au fur et à mesure qu’on descend. Nous avons fait reproduire ici une partie de ce tableau, notamment un la et un la dièze, puis le si suivant, le ré, le mi de la gamme voisine, etc. Qu’on y remarque spécialement la dii-férence assez légère, mais pourtant bien caractéristique, qui sépare la note diésée du la naturel.
- On voit tout de suite qu’on peut donner ainsi aux élèves des modèles de chant bien autrement exacts que n’en fournit le phonographe; {tour produire une note, ils devront obtenir sur la membrane du tono-graplie la figure photographiée qu’ils ont sous les yeux. Sans que nous y insistions, on saisit l'importance des études de M. Curtis, d’autant qu’elles permettront d’analyser la production des sons avec une
- Fig. 2. — Enregistrement de quelques notes de musique (dans la notation anglaise a veut dire la, b signifiant si, etc.). Les gammes successives sont indiquées par les notations ", etc.; C" correspondant à 1021 vibrations par seconde.
- exactitude qu’on ne connaissait pas encore, et qu’elles jetteront peut-être un jour nouveau sur le mécanisme de l’audition. Pierre de Mériel.
- LES JOUEURS D’ÉCHECS
- a l’aveugle
- La presse quotidienne s’est beaucoup occupée dernièrement d’une grande partie d’échecs où le joueur menait huit parties simultanément sans voir les échiquiers. Pour ceux qui connaissent même fort peu ce jeu, que beaucoup trouvent « trop frivole pour une étude et trop sérieux pour servir de délassement », c’est là un tour de force qui dépasse l’imagination. L’admiration augmente encore, si l’on songe que, ainsi qu’on l’affirme, les maîtres de l’échiquier ne risquent jamais un mouvement sans de mûres réflexions et passent en revue jusqu’à quatre et cinq cents coups !
- Toutefois, il est bon de dire qu’un pareil match n’a
- rien d’absolument nouveau. Gœtz et Morphy ont déjà joué huit parties sans voir. Paulsen est même allé jusqu’à douze et seize parties. Il est vrai qu’il en est mort, car quelque temps après, il fut frappe d’une congestion cérébrale devant son échiquier où il jouait avec un amateur cependant très faible. On admet d’ailleurs que tout amateur de première force est capable de jouer une partie sans voir et que les vrais joueurs, même placés devant l’échiquier, ne jouent bien qu’à la condition de regarder... sans voir.
- La plus grande difficulté du match multiple « à l’aveugle » consiste donc surtout à jouer simultanément plusieurs parties. Mais, là encore, on a des précédents bien supérieurs. M. Gunsberg a joué, dans le temps, vingt-quatre parties à la fois contre de très forts adversaires et les a presque toutes gagnées en moins de deux heures.
- Quel est le mécanisme psychologique du jeu sans voir et des conditions dont il dépend? Question complexe et fort difficile à résoudre. Nous allons en dire quelques mots, d’après la belle enquête à laquelle s’est livré M. Alfred Binet.
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- LA NATURE.
- Pour arriver à se passer de l’échiquier, il faut — cela est évident — avoir longuement pratiqué le jeu des échecs. Dès lors, ce qui permet de graver dans la mémoire une série de coups ou une position, c’est la faculté de donner à ces coups et à cette position une signification précise.
- « Ainsi, par exemple, a raconté M. Tarrasch à M. Binet, j’entends le rapporteur annoncer : partie quatre, roi à la case de la dame. En ce moment rien autre ne se montre dans mon esprit qu'un grand chaos. Je ne sais pas même de quelle partie il est question, ni quelle peut être la signification du coup prononcé. J’entends seulement l’expression du coup fait par mon adversaire. Je commence alors par me demander quelle est la partie quatre. Ah ! c’est ce gambit (croc-en-jambe) de cavalier, dans lequel la partie adverse s’est défendue d’après les règles jusqu’au moment où elle til le coup extraordinaire du pion du fou de la dame un pas, par lequel, du reste, elle se procura une bonne position. Par bonheur, cependant, bientôt après mon adversaire commit la faute de permettre que je tisse le sacrifice du fou à la deuxième case du fou de son roi. Maintenant, il n’a pas pris mon fou, mais il a joué le roi à la case de la dame, comme il me l’annonce. »
- D’ailleurs, pour ne pas les confondre, les joueurs s'arrangent pour orienter différemment chaque partie ; en termes plus précis, ils donnent à chaque partie, ce qu’on appelle une « ouverture » différente, ce qui leur est d’autant plus facile qu’ils jouent toujours les premiers. Chaque « jeu » a ainsi sa physionomie spéciale, physionomie qui ne fait qu’augmenter par suite du tempérament spécial de chaque adversaire. Plusieurs joueurs dignes de foi, par exemple M. Arnous de Rivière, ont affirmé à M. Binet qu’à travers le jeu de l’adversaire ils peuvent discerner sa nature et son tempérament. Il y a une façon de jouer qui est simple, franche, droite; d’autres sont plus compliquées, plus entortillées, plus hypocrites. 11 y a des modes d’attaque et de défense qui révèlent un esprit têtu; d’autres ont de l’ironie, ou sont franchement comiques. Les auteurs compétents ont pu déterminer le caractère du jeu de chaque grand joueur. On a dit de Cochrane, par exemple, que son jeu impétueux et aveugle rappelait la charge des mamelouks venant, à la bataille des Pyramides, se faire empaler, hommes et chevaux, sur les baïonnettes françaises ; comme contraste, on cite le style sévère et froid de Popert, et la finesse de M. Ileydebrand von der basa. On connaît aussi l’ardeur et la fierté du jeu de La Bourdonnais se mesurant avec la patience et la persévérance de M. Donnel, son adversaire habituel.
- La plupart des joueurs « à l’aveugle » voient réellement l’échiquier avec ses pièces, comme s’ils l’avaient devant les yeux. « Pour me représenter la position, a dit M. Tarrasch à M. Binet, je la tiens présente à mon esprit comme un objet plastique. Je me figure l’échiquier très distinctement, et pour ne pas entraver la vue intérieure par des sensations visuelles, je ferme les yeux. Ensuite je garnis l’échiquier de ses pièces. La première de ces opérations, c’est-à-dire la représentation de l’échiquer, est ce qu’il y a de plus essentiel. Quand on est arrivé à pouvoir, l’œil fermé, voir nettement l’échiquier, il n’y a plus de difficulté à se représenter aussi les pièces, d’abord dans leur position primitive, qui est familière à tout joueur. Maintenant, la partie commence. Supposons que c’est moi qui fasse le premier coup. Je le vois immédiatement s’exécuter sur l’échiquier qui est distinctement présent à mon esprit. L’image^que j’ai devant moi est un peu changée par ce corps ; je cherche à la retenir dans sa condition ainsi transformée. L’adversaire répond de son côté, et
- modifie de nouveau l’image, dont je retiens tout de suite la nouvelle forme, comme la plaque du photographe reçoit l’impression de l’objet éclairé. »
- Beaucoup de joueurs jouent mieux en fermant les yeux qu’en les tenant ouverts. Dans la plupart des cas, le joueur conserve le sentiment de voir mentalement l’échiquier; un seul joueur, M. Forsyth fait une distinction et prétend ne pas voir l’échiquier, mais y penser; les autres ont tous la conviction d’une vision intellectuelle. L’image mentale est localisée devant le joueur, qui, en général, n’aperçoit à la fois qu’une partie de l’échiquier, celle où se produisent les incidents les plus intéressants de la bataille. L’échiquier mental n’appartient d’ordinaire à aucune forme particulière ; c’est un échiquier abstrait, composé seulement de 64 cases ; très souvent, les bords de l’échiquier diparaissent, la couleur des cases est visualisée parfois, avec une opposition de blanc et noir; plus souvent, les couleurs sont moins tranchées. L’échiquier apparaît dans une teinte grisâtre, où les cases sont alternativement claires et foncées, l'our quelques joueurs, certaines diagonales offrent pour le jeu une importance particulière, sont vues plus nettement que les autres.
- La couleur des pions joue un rôle peu important, d’autant plus ([ue « l’aveugle » prend toujours les blancs. Quant à la forme des pièces, les joueurs se la représentent confuse et abrégée.
- Le jeu sans voir est donc à la portée de tout le monde, il suffit (le s’y exercer. Essayez, et si, dans une demi-heure, vous n’avez pas une belle migraine, c’est qu’un Dieu vous protège! Henri Coupin.
- CHRONIQUE
- Développement fie la véloeipédie. — Le travail annuel du ministère des finances sur la taxe des vélocipèdes vient de paraître : le nombre des machines soumises à l’impôt se trouvait être au lor janvier 1897 de 529 816 pour toute la France. L’est le chiffre le plus récent qu’on ait pu constater, car l’année actuelle élan en cours et comportant, outre les rôles du début, des rôles supplémentaires, les statistiques s’v rapportant ne pourron être connues qu’en fin d’exercice. Pour l’année 1895 on n’avait taxé que 256 084 vélocipèdes et pour l’année 1894, 205 026. La progression est rapide. L’impôt a produit, durant l’année 1896, la somme de 5 272 559 francs. 11 est curieux de voir comment ce nombre de 529816 vélocipèdes se répartit entre les départements. C’est naturellement celui de la Seine qui vient en tète avec 62 892 vélocipèdes. Viennent ensuite : Seine-et-Oise, 14545 vélocipèdes ; Nord, 10586 ; Seine-et-Marne, 9085; Seine-Inférieure. 8227; Gironde, 7 985; Marne, 7 672; Oise, 7 575; Aisne, 5 975; Somme, 5 579, etc. Tels sont les dix premiers départements par ordre d’importance. Les départements qui ont le moins de vélocipèdes sont les suivants : Corse, 98 ; Lozère, 157 ; Hautes-Alpes, 520 ; Haute-Loire, 577 ; Basses-Alpes, 402; Cantal, 404; Ariège, 546. Paris, à lui seul, paye environ le cinquième du produit total de l’impôt, soit 626916 francs.
- Nouveaux navires de guerre japonais. — Les
- dernières commandes faites par la marine de guerre japonaise comprennent un cuirassé de ligne de 15 057 tonneaux, devant filer 18 nœuds, un croiseur de 2° classe, de 4784 tonneaux et 20 nœuds, un autre de même vitesse et de 4760 tonneaux, et un troisième de 22 nœuds et 4550 tonneaux; enfin 4 contre-torpilleurs de 250 ton-
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- neaux et 50 nœuds. Le tout sera livré par des chantiers anglais ou américains.
- Salaires des ouvriers des eonstruetions navales en Angleterre. — Statistique toute de circonstance, eu égard à la grève actuelle. A Londres, pour un travail de 54 heures seulement par semaine, les ajusteurs gagnent de 42 à 44 francs; pour les hommes travaillant au tour ou à la machine à planer il en est de même ; ceux qui conduisent les machines à percer ne gagnent que 55 francs. Pour les monteurs, le salaire atteint jusqu’à 46tr,50 ; pour les menuisiers et ouvriers employés dans l’atelier des modèles, il s’élève à 48fr,70, et enfin à 5‘2 francs pour les chaudronniers en chaudières. A ce propos nous dirons que le salaire des ajusteurs ressort en France à 58 francs au maximum pour 60 heures de travail, et en Hollande à 55 francs pour 66 heures 1/2.
- l/lssm ialion des Ingénieurs allemands. —
- En 1886, elle comptait 5650 membres, ce qui est déjà respectable, et elle avait 204 000 francs de recettes. Aujourd’hui ces recettes sont de 605 000 francs pour 11 500 membres ; l’Association dépense 575 000 francs, dont 260 000 rien que pour la publication de son journal hebdomadaire.
- Installation de force motrice. — On est en
- train d’établir, dans le fameux pays des Mormons, une grande station de force motrice. On utilise pour cela une rivière qui passe à 5 kilomètres d’Ogden, au nord de Sait Lake City, et l’on va convertir une vallée de plusieurs kilomètres de long en un énorme réservoir de 800 hectares et d’une capacité de 54 000 millions de litres. On compte qu’en dehors des irrigations, on produira une puissance de 12 500 chevaux; 5 turbines de 1200 chevaux chacune sont déjà installées.
- Préparation des ressorts de revolvers. — Il
- paraît que les ressorts des fameux revolvers Colt sont durcis par traitement dans un moufle où ils demeurent complètement à l’abri des gaz du four. Pour les tremper, on les pose sur des plaques d’acier chaudes ; et tout le travail est fait si soigneusement qu’il ne se produit aucune déformation. Entin, avant d’être mis en place, chaque ressort est soumis à un effort de 25 pour 100 supérieur à celui qu'il subira dans l’usage courant.
- Les routes ferrées aux États-Unis. — Qu’on ne confonde pas, nous disons « routes ferrées » pour désigner une idée toute particulière. On doit savoir que les États-Unis ne possèdent que des voies de terre tout à fait primitives, sans empierrement, et où les charrettes enfoncent jusqu’au moyeu; on les a complètement négligées pour les chemins de fer. On projette actuellement de munir ces routes d’ornières métalliques, de rails d’acier présentant, au niveau du sol, une surface assez large pour que les véhicules de tout écartement puissent y rouler et y prendre appui. La forme du rail serait celle d’une auge renversée, F entre-voie étant légèrement sablée pour le passage des chevaux. L’idée ainsi sérieusement émise par le Ministère de l’Agriculture nous semble un peu enfantine.
- Attaque «lu fer par la eliaux, le plâtre et le ciment. — Le fer est de plus en plus employé dans la construction ; il y a donc lieu de songer à l’action que peuvent exercer sur lui la chaux, le plâtre et le ciment, comme nous le fait remarquer la Revue Technique. Si l’on plonge en effet des morceaux de fer dans un mortier de chaux fraîchement préparé, on constate une rapide oxydation, principalement s’il s’agit de fer forgé ou laminé. Cette oxydation n’est pas limitée à la surface,
- mais gagne rapidement le coeur de la pièce, qui subit au bout de très peu de temps une altération profonde au point de vue de la résistance. A ce premier effet vient s’ajouter celui de l’énorme expansion causée par l’augmentation de volume de la masse. On a pu constater ainsi que des cadres en fer solidement assemblés à l’aide d’étriers étaient néanmoins rompus. L’action du plâtre est analogue, quoique moins prononcée, lorsque la masse est exposée pendant quelque temps à l’action de l’air humide. Au contraire, le ciment semble être un excellent préservatif contre la rouille et on a pu observer que des morceaux de fer recouverts d’un mince enduit de ciment étaient restés inattaqués après un séjour assez long dans l’eau. Il semblerait même qu’un pareil enduit lut préférable à une peinture au minium en raison de son prix peu élevé.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 septembre 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Structure des végétaux. — Dans la séance du 9 août dernier, M. Chatin a présenté un Mémoire sur le nombre et la symétrie des faisceaux libéroligneux des feuilles dans leurs rapports avec la perfection organique. Il présente aujourd’hui un travail complémentaire de celui qui vient d’être rappelé et qui traite de l’anatomie du pétiole des feuilles chez les dicotylédonés hypogynes. De même que les gamohypogynes, les gamopérigynes peuvent avoir groupé les faisceaux conjugués en un seul, mais d’une façon beaucoup moins générale. A ce point de vue, on distingue deux groupes. Dans l’un, représenté par les Rubiacées et les Caprifoliacées, et accessoirement par les Campanulacées et les Lobeliacées, la fusion des faisceaux est complète. Dans le second groupe on compte avec la grande famille des Composées et ses satellites les Dipsa-cées, les Yalérianées.
- Varia.— M. Balland, pharmacien militaire, présente une Note sur les altérations chimiques des instruments en aluminium. — Un correspondant signale l’action particulière du suc d’artichaut sur le lait caillé. Cir. de Villedecil.
- PREMIÈRES EXPÉDITIONS POLAIRES
- L’expédition de M. Andrée au pôle Nord a remis à l’ordre du jour les voyages dans les contrées arctiques. Aussi ne lira-t-on peut-être pas sans intérêt quelques détails sur le premier hivernage accompli dans les glaces polaires et qui eut lieu il y a exactement trois cents ans, pendant l’hiver de 1596 à 1597. Les héros de cette aventure furent des marins hollandais. A leur tête se trouvait Guillaume Barent, d’Amsterdam, parti avec l’espoir de découvrir le passage du Nord-Est, c’est-à-dire un moyen de se rendre en Extrême-Orient par le nord de l’Asie. Le 10 mai 1596, le navire de Barent quittait Amsterdam, et, le 19 juin, on abordait aux îles Spitzberg encore inconnues. Après avoir longuement et vainement erré dans les mers polaires sans trouver la voie qu’il cherchait, Barent se vit contraint de se réfugier sur la côte de la Nouvelle-Zemble, où son navire ne tarda pas à être pris dans les glaces. Craignant un naufrage, les membres de l’expédition
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- gagnèrent la terre ferme pour y construire une hutte. Le 2 octobre, elle était achevée. Un orifice ménagé dans la partie supérieure laissait passer la fumée. Un feu ardent brûla fout l’hiver dans le loyer, mais sans donner une chaleur suffisante. On essaya un jour de remplacer le bois par de la houille, dont il y avait une grande réserve sur le navire; mais, la fumée ne pouvant s’échapper assez rapidement, les « hiverneurs » faillirent périr asphyxiés. Ils continuèrent donc bravement d’avoir froid et de s’étendre pour dormir sur une couche de glace de « deux doigts d’épaisseur ». La nourriture de ces infortunés consistait surtout en pain, en lard et en gruau. Ils avaient amené du navire des barils de bière. Mais elle se congela et devint imbuvable. Rendant tout l’hiver, les marins sou II rirent plus encore du scorbut que du froid et quatre d’entre eux succombèrent dans d’atroces tourments . Le soir des Rois, ils trouvèrent pourtant le courage de tirer au sort entre eux le « royaume de la Nouvelle-Zemble ». Pauvre monarchie, lamentable monarque! Le 14 juin 1597, — le navire restant pris dans les glaces,
- — les marins se remettaient en route sur deux canots. Le 50 du même mois, Barent, épuisé, expirait sur un lit de neige où ses compagnons l’avaient transporté à la hâte. Enfin, le 28 juillet 1597, les survivants étaient recueillis par des pêcheurs russes. Leur arrivée à Amsterdam fut un événement considérable, et l’un des membres de l’expédition, Barrit de Reer, publia ses Mémoires. Mais l’art de la conférence n’étant pas encore inventé, il lui lut impossible d’aller faire fortune en Amérique. Quant au plan de Barent, c’est, — comme on sait, — le baron Nor-denskiœld qui, deux cent quatre-vingt-deux ans plus tard, put seulement le mener à bonne fin.
- FLOTTEUR POUR LA NATATION
- Le flotteur Louiton, représenté par les deux ligures ci-dessus, consiste en une longue enveloppe
- en caoutchouc en feuille anglaise, qui gonflée, prend la forme cylindrique avec extrémités coniques. A chaque bout du flotteur on a disposé une longue attache en cuir. Chaque partie conique est terminée par une tubulure étroite : celle-ci est fermée par une cheville en bois légèrement plus grosse. Ce flotteur est toujours gonflé avec la bouche et très rapidement en moins d’une minute. 11 est ensuite enlacé autour du corps comme l’indiquent les figures. Les mesures de cet appareil sont les suivantes : longueur cylindrique, 3 mètres; diamètre, 5 centimètres; longueur conique pour chaque extrémité, 5 centimètres; diamètre intérieur au sommet, 5 millimètres; tubulure, longueur 4 centimètres, même diamètre que l’extrémité conique. L'épaisseur de
- l’enveloppe est uniforme et a 1 millimètre. Le poids total est exactement de 520 grammes.
- Ce flotteur pour la natation peut à volonté être fait plus gros, plus court et avoir des volumes de 10 et même de 15 décimètres cubes. L’épaisseur d’un millimètre, quoique suffisante, pourra être doublée au besoin s’il le faut. Les chevilles sont en bois dur tourné; toutes ont une extrémité légèrement effilée. Pour les enfoncer dans la tubulure, il faut les mouiller et les introduire en vissant dans le caoutchouc. Le but de ce flotteur est très utile; il permet à tous d’apprendre à nager, assure le repos et la sécurité à tous les baigneurs et nageurs, etc.
- Les expériences ont mis en évidence divers avantages : le llotteur Louiton est très simple, très souple, d’une force suffisante, léger, d’un transport facile, réparable sur place, d’un placement multiple sur le corps humain. Il ne fatigue pas la respiration, ne produit pas de gêne, etc.
- Les personnes qui ont essayé cet appareil, dont un capitaine de cuirassiers, sont d’accord pour reconnaître que ce flotteur est très pratique et peut être recommandé aux écoles de natation. L. Girod.
- Le Gérant : P. Masson.
- Flotteur A. Louiton.
- Paris. — Imprimerie Lauuue, rue de Fleurus, 9.
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- .V 1268. — 18 SEPTEMBRE 18117. I.A NATURE.
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- LE NEZ ET LA RESPIRATION
- Dans l'étude physique de la respiration, il semble que les auteurs n’aient, fait porter leurs recherches que sur les organes situés au-dessous du cou : en d’autres termes, tous ont négligé la notion si importante de Y orifice respiratoire ou porte d’entrée de l’air. Il semblait indifférent qu’on respirât par le nez, par la bouche, ou par les deux simultanément.
- Or, dans ces vingt dernières années, une branche de la médecine s’est fondée : la rhinologie qui a pour but l'étude des maladies du nez. Cette spécialité, dont les débuts furent modestes , établit bientôt cette notion que les affections du nez ne sont pas seulement les maladies locales qu ’ elles semblaient être, mais qu’elles retentissent presque constamment sur la santé générale. En effet, les enfants dont le nez est obstrué chroniquement, se développent mal et restent chétifs : les adultes privés de respiration nasale deviennent asthmatiques et ne peuvent produire d’efforts prolongés . D’ailleurs, une notion vulgaire veut que, pour bien courir, on ferme la bouche et que l’on respire par le nez; enfin, on sait que jamais les vainqueurs des sports (bicyclette, escrime, etc.) ne sont des hommes au nez obstrué.
- Une série de recherches, récemment publiées1, m’ont permis de donner une explication simple à tous ces faits assez différents en apparence. J’ai pu constater en effet, au moyen de procédés indiqués plus loin, que le nez est l’organe naturel de la respiration, surtout parce qu’il est disposé de manière à
- 1 Physiologie et patkoloqie de la respiration nasale, par le l)r Mendel, 1897.
- laisser passer pour un temps donné et pour un effort inspiratoire donné, une plus grande quantité d’air tpie la bouche. En d’autres termes, l’orifice buccal valant 1, le nez normal doit valoir 1,25 environ : on voit tout de suite à quelle déperdition d’air expose une inspiration exclusivement buccale, ou effectuée au moyen d’un nez dont la valeur est amoindrie, circonstance excessivement fréquente.
- Cette assertion peut sembler paradoxale. En effet, pour respirer « à pleins poumons », n’ouvrons-nous
- pas largement la bouche, et n’a-vons-nous pas ainsi la sensation d’aspirer un plus grand volume d’air? Certes, à ce moment, l’inspiration est très ample, mais cette inspiration est exceptionnelle, car elle constitue un effort, que nous ne saurions répéter constamment. D’autre part, dans cet effort, le nez et la bouche aspirent conjointement. Il 1 a u t encore s e rendre compte que si dans l’effort ou dans le bâillement, la bouche est ouverte au maximum, il n’en est pas de même dans la respiration courante — le nez obstrué — où la bouche n’est qu ’ en tr’ouverte et constitue un orifice étroit, une fente transversale
- limitée par les dents supérieures et inférieures peu écartées.
- Une disposition organique vient expliquer encore la supériorité de l’orifice nasal. On sait en effet que les deux fosses nasales sont accolées l’une à l’autre et tpie leur orifice postérieur — plus vaste que l’antérieur — vient déboucher dans une cavité spacieuse : le pharynx. Le pharynx, au point de vue respiratoire, s’étend de la hase du crâne à l’orifice glottique par où l’air inspiré pénètre dans la poitrine. Le schéma suivant (fig. 2) rend compte de la disposition générale de ces parties
- Ithiuomètre du Dr Mendel.
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- L’air, appelé par la dilatation thoracique, traverse les fosses nasales et fait irruption dans le pharynx. Or, en comparant les sections des différents orifices, on se rend compte que l’air s’écoule par les conduits nasaux en quantité à peu près double de celle qui peut passer dans le même temps par la glotte, d’où l’on peut conclure que cet air subit dans la cavité pharyngienne une certaine compression destinée à faciliter l’entrée de l’air dans la poitrine. Mais cette cavité n’est pas inerte : elle possède des parois musculaires, qui exécutent des mouvements rythmiques, synchrones des mouvements respiratoires, et qui ont été découverts il y a une vingtaine d’années par Garland (de Boston). Ces mouvements pharyngiens, dont l’interprétation est restée obscure, semblent uniquement destinés à activer la circulation de l’air dans le pharynx et à venir en aide à l’effort thoracique (fig. 2).
- On voit, d’après ce schéma, que l’appareil pharyngien est adapté à l’orifice nasal et que l’ori-
- Conduit nas a/
- 4 Conduit buccal
- Poitrine'
- fice buccal n’en bénéficie pas. On constate en outre que le conduit nasal, dans son ensemble, procède par courbes douces, tandis que le conduit buccal est posé à angle droit sur la glotte, et l’on sait combien la disposition angulaire est nuisible à l’écoulement d’un lluide. Ajoutons que la présence de l’épiglotte constitue encore un obstacle au courant d’air inspiratoire buccal.
- Cependant, les vues précédentes — un peu théoriques — demandaient à être sanctionnées par l’expérience.
- Nous pouvons mettre sons les yeux du lecteur d’abord l’analyse d’une série de respirations obtenue par le tracé pneumographique. Les deux tracés suivants ont été fournis par le même sujet, dont le nez esta peu près normal. Le tracé de gauche représente la respiration nasale du sujet (il fermait la bouche), le tracé de droite traduit sa respiration exclusivement buccale (le nez étant obstrué).
- Les tracés ci-après ont été inscrits sur un disque animé d’un mouvement circulaire uniforme de droite à gauche. Chaque respiration est figurée par un angle à sommet dirigé vers le centre : l’inspiration est représentée par le coté de droite, l’expiration par
- le côté de gauche, lorsqu’on place le sommet de l’angle en haut. On voit nettement que chaque angle est séparé de l’angle suivant par une ligne circulaire, temps de repos où le style inscripteur est resté immobile.
- L’amplitude de chaque mouvement respiratoire est traduit par la longueur absolue du tracé; sa durée est représentée par l’arc qu’il occupe (fig. 5 et 4).
- On peut constater par l’examen de ces tracés que le sujet fait dans le même temps un plus grand nombre d’inspirations buccales que d’inspirations nasales : preuve que chacune des premières lui procure moins d’air. Mais on remarque aussi que chacune de ces inspirations buccales moins riches est plus ample et occupe une durée plus courte. On doit en conclure que, dans ces cas, la poitrine se dilate largement pour aspirer l’air, mais que cette ampliation dure peu, à cause précisément de l’effort que doit faire le sujet pour amplifier sa poitrine, en aspirant par l’orifice étroit qu’est la bouche. En
- Fig. 3. — Tracé de la respiration nasale (Durée de la rotation du disque, 26 secondes); I, inspiration; E, expiration; R, repos. Fig. 4. — Tracé de la respiration buccale (Durée de la rotation du disque, 26 secondes).
- définitive, à cet effort thoracique, dont la durée est courte, ne répond que l’introduction d’une quantité d’air relativement minime.
- Une autre preuve de nos opinions est fournie par notre rhinomètre, appareil à l’aide duquel on peut déterminer, avec précision, le degré de la respiration nasale d’un sujet. C’est là une détermination des plus utiles en pratique, car un nez normal est rare chez l’homme, et pour apprécier nettement le degré de perméabilité de cet organe, on se contentait jusqu’à présent de la simple inspection. Le rhinomètre se compose essentiellement d’un récipient R, dont la capacité est connue. Une quantité d’eau variable peut être introduite dans ce récipient pour en diminuer la capacité aérienne : un niveau d’eau permet de savoir quelle est la quantité d’eau introduite. Un manomètre à acide sulfurique est adapté au récipient, auquel il est relié par un tube de caoutchouc. Trois autres tubes — munis, le médian d’un embout buccal; les deux latéraux, d’embouts narinaires — viennent s’ouvrir dans l’appareil.
- L’épreuve rhinométrique consiste à faire effectuer deux inspirations : l’une par la bouche — le nez fermé; l’autre par les deux narines — la bouche
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- LA NATURE.
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- fermée : les tubes non employés étant obturés, chaque inspiration produit dans le récipient un vide, dont l’intensité est traduite par le déplacement de la colonne manométrique. En appliquant la loi de Mariotte, on peut se rendre compte, par le changement de pression, du volume d’air aspiré par chaque inspiration. Plus simplement, le degré manométrique lu nous donne la valeur de chaque orifice. Pour nous, la valeur nasale d’un sujet est représentée par le
- rapport
- N
- ir
- N étant la valeur de l’orifice nasal; B, la
- valeur de l’orifice buccal.
- Nous avons adopté la valeur R pour unité, car la conformation buccale est invariable, tandis que la configuration des fosses nasales est rarement normale.
- Mais, pour que deux inspirations différentes soient comparables, il faut :
- a) Qu’elles soient effectuées avec le même effort thoracique ;
- b) Qu’elles soient de durée égale.
- Pour remplir la première condition, nous recommandons au sujet d’inspirer avec son maximum d’effort : ainsi, nous avons le plus de chances d’obtenir deux efforts sensiblement égaux. La seconde condition est obtenue grâce à un dispositif spécial.
- L’appareil A — dont le détail est représenté dans l’angle de la figure 1 — est composé de trois électroaimants munis de marteaux destinés à écraser les trois tubes de caoutchouc. Us sont actionnés par le mouvement d’horlogerie H dont le fonctionnement est le suivant. Sur un disque d’ébonite animé d’un mouvement circulaire uniforme, sont fixés trois cercles métalliques concentriques interrompus suivant des arcs inégaux. Un contact D peut être adapté sur l'un quelconque de ces trois cercles dont les interruptions sont calculées de manière à représenter une seconde, une demi-seconde et trois quarts de seconde1. Lorsque le disque est en mouvement et que le contact touche le cercle métallique, le courant passe, l’électro-aimant fonctionne, le tube est écrasé, l’inspiration est impossible : lorsque le contact touche l’interruption, le courant ne passe plus, le tube s’ouvre et l’inspiration est possible, mais, dans un temps rigoureusement calculé.
- Un commutateur G permet de faire fonctionner soit l’électro-aimant médian seul dans l’inspiration buccale, soit les deux électro-aimants latéraux simultanément dans l’inspiration bi-narinaire.
- Enfin, un second contact E en rapport avec la circonférence du disque,'actionne, au moyen des lils F et F', un avertisseur qui prévient le sujet d’avoir à inspirer : ce système produit trois légers coups de timbre un quart de seconde avant l’ouverture du tube. Avec un peu d’habitude, le sujet fait coïncider le début de son inspiration avec l’ouverture du tube.
- Grâce à cet appareil, nous avons pu déterminer la valeur nasale d’un grand nombre de sujets. Il en est fort peu qui aient atteint 1,25 qui nous semble être
- 1 Le temps de l’épreuve est d’autant plus long que le sujet est plus vigoureux.
- la valeur normale (l’orifice buccal valant 1). Souvent, cette valeur oscille autour de 1, à cause des maladies fréquentes des fosses nasales, maladies dont le résultat est de diminuer la perméabilité du nez et de restreindre ainsi la consommation d’oxygène de l’individu. l)r Mexdee.
- LE RETOUR DE L’EXPÉDITION JACKSON
- Le Windijard vient d’arriver à Gravesend avec M. Jackson. Ainsi finit l’expédition qu’il avait entreprise dans les meilleures conditions. Si elle n’a pas complètement réussi, si notre explorateur n’a pu atteindre le pèle, elle n’aura pas été inutile à la science. Le 16 mars, M. Jackson et M. Armitage, après un hiver aussi confortable qu’on peut le supposer à une semblable latitude, avec le thermomètre à — 48°, partirent emmenant deux traîneaux et treize chiens, pour reconnaître les limites exactes de la terre François-Joseph au nord et au nord-ouest, inconnues jusqu’ici. Gillies Land n’est autre chose que l’extrémité de la terre François-Joseph; l’existence de Petermann’s Land est plus que douteuse et, comme Nansen, Jackson n’a pu découvrir la terre du Roi Oscar. Quant à la terre François-Joseph, il est aujourd’hui certain qu’elle ne forme pas un continent, mais une réunion d’îles plus ou moins étendues et les hautes montagnes que l’on annonçait ne sont que des icebergs descendus du Nord. Fait plus curieux, au delà de ces régions aux glaces éternelles, Jackson a reconnu une mer libre à laquelle il a donné le nom de la reine Victoria. Aucun des membres de l’expédition n’a été malade, et de novembre à février, époque de complète obscurité, les occupations régulièrement poursuivies n’ont pas été étrangères à cet heureux résultat. M. Jackson, chasseur émérite, avait durant l’automne tué 1400 îoons (oiseaux des régions arctiques), qui conservées dans la glace ont fourni des repas succulents. 11 ne paraît pas avoir tué d’ours, du moins il ne le mentionne pas ; mais en bon Anglais, il n’oublie pas de nous dire (pie le jour de naissance de la reine, ses compagnons et lui ont bu à sa santé, en chantant le God save l/te queen.
- Avant de partir, nos explorateurs ont soigneusement fermé leur maison en y laissant du charbon, des provisions considérables et jusqu’à du tabac à l’usage de leurs successeurs.
- Il faut ajouter que Jackson n’est nullement découragé ; déjà il pense à une expédition future, entreprise celte fois à ses frais. Ses plans ne sont naturellement pas encore déterminés. Il est probable cependant qu’il s’efforcera d’atteindre le pôle soit par Grinnell’s Land, soit par le nord du Groenland. Ce sera au vingtième siècle d’accomplir ce que le dix-neuvième n’a pu faire.
- M” de Nadaillac.
- LES BONS ET LES MAUVAIS CÈPES
- On n’accorde plus aujourd’hui aucune confiance aux formules vaguement générales qui, d’après les traditions perpétuées dans les campagnes, devraient servir à distinguer les bons champignons des mauvais, et tant de fois la prescription routinière de ne cueillir que les bleus, ou les rouges, ou les jaunes, ou ceux qui ont du lait, ou ceux qui n’en
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- ont pas, a amené de si déplorables accidents (pie la prudence est devenue universelle.
- 11 n’y a pas de moyen sûr de distinguer les vénéneux des comestibles, autre que la connaissance des espèces, la notion de leurs caractères botaniques révélant en même temps leurs propriétés, grâce aux expériences qui ont été faites avec chacune d’elles.
- 11 faut distinguer l’Amanite meurtrière de l'Oronge, comme on distingue la Ciguë du Persil, puis, cette distinction faite, on peut s’abstenir ou cueillir, si l’on sait que la première est dangereuse, et que l’autre se mange. Cela est vrai surtout pour les Agarics, ces champignons semblables à un parapluie, et dont le chapeau est doublé en dessous de lamelles rayonnantes, ou feuillets. Dans ce genre, extrêmement nombreux en formes, le poison et l’aliment se présentent souvent sous un vêtement presque identique, à tel point (pie l’œil exercé du botaniste hésite parfois à démêler certaines espèces très voisines, et qui, malgré cette étroite parenté de la forme extérieure, diffèrent complètement par leurs propriétés.
- Encore qu’on ne puisse fixer en la matière aucune règle absolue, il serait peut-être plus facile de donner des indications générales pour édifier suffisamment les amateurs de cette friandise sur la valeur respective des Dolets ou Cèpes, champignons assez semblables d’aspect aux Agarics, mais d’ordinaire plus trapus, et ayant la face inférieure du chapeau doublée de tubes, de pores, au lieu de lamelles.
- Les espèces comestibles de ce genre ont certains traits communs très faciles à apprécier : leur odeur est agréable, leurs pores sont blancs ou d’un jaune très pâle, leur chair est ferme, également blanche ou très légèrement teintée de jaunâtre, et ne change pas sensiblement de couleur quand on la met en contact avec l’air. Mais si le bolet que l’on a cueilli présente des pores orangés ou rouges, devenant verdâtres au moindre froissement, si sa chair passe rapidement au bleu foncé quand on la coupe, il faut s’abstenir.
- Ce brusque changement de couleur, dû à la présence d’une substance résineuse qui tourne au bleu dans l’oxygène ozoné, est toujours très curieux à observer, et fait partie de cette foule de menues merveilles que la nature offre à notre admiration, trop souvent distraite.
- Maintenant que vous voilà prévenus, nous vous engageons à faire à vos amis encore ignorants la surprise de placer sur leur passage, comme par
- hasard, au cours d’une promenade, quelque exemplaire de Boletus luridus sur lequel vous aurez au préalable tracé leur nom avec la pointe d’un canif; la vue soudaine de cette inscription qui se détache en bleu intense, cause toujours quelque étonnement. Sans compter que le phénomène enseigne la méfiance vis-à-vis du champignon, car on a remarqué que les espèces qui passent au bleu, si elles ne sont pas toujours vénéneuses au sens propre du mol, imposent généralement à ceux qui les mangent la l’aligne d’une mauvaise digestion. A. Acloquk.
- MARCHE ET COI HSE
- d’ackès i/aut astique
- 11 est plusieurs manières de marcher et de courir. Veut-on parcourir un petit espace, 100 ou 200 mètres, dans le moins de temps possible, on pratiquera une course de vélocité. On ne craint pas alors de dépenser toute sa force, on ne craint pas non plus de s'essouffler. En ce cas le corps est droit, on tombe en général sur la pointe du pied, et la jambe quittant le sol se soulève très haut (iig. 1, n° 1). Yeut-on au contraire courir un long espace un ou plusieurs kilomètres, il faut ménager ses forces et on prend l’allure en flexion que nous avons étudiée ici même1 : le corps est porté en avant, les pieds rasent le sol et se posent à plat, les genoux sont fléchis (fig. 1, n° 2). Nous avons montré, par des études faites avec M. Comte au laboratoire de M. Marey, que cette allure économisait le mieux possible les forces. Ce que la science commence à entrevoir avait déjà été noté par les artistes anciens et on peut, en reprenant les diverses reproductions qu’ils ont faites de la marche et de la course, constater ces différences d’allures.
- Prenons la sculpture grecque. A la période archaïque, l’observation était encore insuffisante, et, comme le note fort justement M. Emmanuel dans son orches-tique grecque, les statues antérieures au sixième siècle représentant un personnage en marche avaient leurs deux pieds à plat sur le sol, position qui n’existe à aucun des moments de la marche.
- Au sixième siècle avant notre ère, les sculpteurs apprirent à lever le talon du pied de derrière. Au cinquième siècle cette pose est tout à fait
- 1 Voy u° 1077, du 20 janvier 1894, p. 122.
- Boletus luridus, cèpe dont la chair passe au bleu ù la moindre rupture.
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- généralisée et, à la grande époque de Phidias, l’observation de l’artiste devint rigoureuse et les attitudes les plus fugitives furent très lidèlement représentées. Mais les sculpteurs de la bonne époque ont gardé l’attitude de marche avec les deux pieds adhérents an sol dans les processions religieuses, notamment les sculptures du Parthénon. Comme M. Comte me l'a fait justement remarquer, ils obtenaient ainsi une exagération de la marche noble en extension à pas petits et lents dans lesquels les deux pieds restent le plus longtemps appliqués sur le sol. D’autre part la marche grave et digne le corps vertical, les jambes peu fléchies, que nous pratiquons d’ordinaire, est souvent reproduite par les artistes grecs.
- Mais ils n’ont pas négligé l’allure en tlexion, plus rapide, le corps penché en avant; cette
- Fig. 1. — N” 1. Coureur classique, d'après les travaux de Marey. Il court eu extension. — N" 2. Coureur en flexion.
- Fig. 2. — N° 1. Porteur de dépêches Indou, d'après une terre cuite bengalie. N” 2. Reproduction d'un dessin point sur un vase grec.
- allure se retrouve souvent dans les peintures des vases grecs. Les Romains l’ont également observée. Citons entre mille la colonne Tra-jane : les Races captifs y cheminent en ilexion sous la conduite des soldats romains.
- Dans la course ces deux allures sont encore plus tranchées et ont été également bien observées. On sait que les Grecs s’exerçaient beaucoup à la course. Pour les prix à décerner il en existait plusieurs variétés. L’une, la course au stade, consistait à parcourir en une seule fois l’étendue du stade; c’était une course de vélocité, le stade étant à Olympie de 185 mètres.
- Le dolique était une course de fond de 7 stades pour certains auteurs, mais plus probablement de 24 stades.
- Enfin ils avaient des courses mixtes; la diaule ou course double consistait, après avoir
- atteint le but, à revenir au point de départ, ce qui faisait 2 stades. Dans la course de vélocité le sujet a le corps droit et tombe sur la pointe du pied.
- La course de vélocité est souvent représentée par les Grecs, notamment sur les amphores décernées en prix au vainqueur.
- Sur ces amphores on voit le genre de course varier, probablement suivant le prix même qui avait été décerné au vainqueur.
- Une étude approfondie de ces sujets pourra nous fournir des renseignements nombreux sur le mode de course des Grecs.
- Nous avons reconnu entre antres une allure très spéciale qui est encore observée dans les concours en Angleterre.
- En Angleterre, dans les concours de marche, il existe certaines règles qui créent une allure n’offrant rien de commun avec les principes de la progression ordinaire. Les concurrents, dénommés pédestriens, doivent, sous peine d’être disqualifiés, marcher de la manière suivante
- Fig. 3.
- >’• 1. Pcirli ou coureur Grand. Turc. — N° 2. Coureur basque.
- (la même méthode pourrait être employée pour la course) : « le corps droit, tête en arrière, les coudes appliqués sur les cêAes, les avanl-bras horizontaux
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- « On part en jetant la jambe gauche en avant presque droite et on applique le pied gauche sur le sol, le talon touchant terre le premier et la jambe tendue. En même temps que la jambe gauche le bras correspondant est poussé en avant, et s’allonge presque droit.
- « Puis le talon du pied droit se lève graduellement, de sorte que le gros orteil seul s’appuie sur le sol quand le talon du pied gauche pose à terre. » (Baradat.)
- La caractéristique de ce genre de marche est de pratiquer l'amble comme les chevaux qui trottent en portant à la fois en avant la jambe antérieure et la jambe postérieure correspondante.
- Au contraire dans la progression ordinaire, si le sujet laisse osciller ses bras librement, ceux-ci oscillent en sens inverse des jambes de telle sorte que quand le pied gauche se porte en avant, le bras gauche oscille en arrière et vice versa.
- Cette méthode réservée aux concours de pédes-trianisme offre l’avantage de pouvoir surveiller les concurrents en les forçant à marcher tous de même manière.
- Il est probable qu’en Grèce des règles fixes présidaient aussi à certaines courses.
- Et, bien que je ne veuille pas pousser trop loin l’assimilation, il est remarquable que les coureurs grecs sont souvent représentés à l’instar des pédes-triens, portant en même temps à la fois un membre inférieur et le membre supérieur correspondant. Cette représentation est justement faite sur des vases panathénaïques que l’on donnait en prix aux coureurs. La reproduction en est très finie, et les artistes étaient de trop fidèles observateurs pour être tombés dans une grossière erreur. La seule explication plausible consiste à admettre certaines règles analogues à celles des pédestriens actuels.
- On pourrait généraliser cette étude et rechercher à ce point de vue les reproductions de tous les pays ; on ferait de curieux rapprochements, mais cela nous entraînerait trop loin.
- Rornons-nous à citer entre autres un dessin des Peaux-Rouges Iroquois illustrant le mythe du stone cjianl ou cannibal. Le géant marche en flexion à grands pas, et les pauvres petits mortels courent à grande allure, mais en flexion; cette flexion est même exagérée.
- Par un saut peut-être un peu grand nous voyons sur un dessin japonais, un enfant qui court. Il a [une belle allure, c’est là du grand art. Mais l’allure en flexion y est exagérée, le corps extrêmement penché en avant, la jambe extrêmement fléchie.
- Et pour terminer rappelons les peichs ou coureurs du Grand Turc. Ils étaient pour ce dernier ce qu’étaient en France avant la Révolution les basques pour les grands seigneurs (fig. 3, n° 1). Ils accompagnaient partout le maître, portaient ses messages au loin, galopaient nuit et jour avec une vitesse sans pareille, ne prenant aucun repos, qu’ils ne fussent arrivés au but. Us allaient, dit Depping, de Constan-
- tinople à Andrinople en 48 heures, la distance étant de 80 lieues. S’il faut en croire un dessin ancien de Bl. de Yigenère reproduit par Depping, ils pratiquaient l’allure en flexion (fig. 3, n° 1).
- Cela n’a rien d’incroyable, car, au moyen de l’allure en flexion, coureurs indous et japonais accomplissent de nos jours pareilles prouesses.
- Nous reproduisons ici une statuette de provenance indoue qui représente un porteur de dépêches : la marche en flexion y est fidèlement reproduite genoux fléchis, corps porté en avant (fig. 2, n° 1).
- Les différents modes de marche ont été, on le voit, fidèlement interprétés par les artistes de tous pays bien avant de frapper notre attention.
- Félix Reg.xault.
- LE PETIT PLOMB ET LE MARTINET
- Un chasseur de mes amis — un bien vilain chasseur assurément — me racontait un jour avoir vainement essayé d’abattre des hirondelles ou des martinets fuyant devant la décharge. Il suffit, me disait-il, que l’oiseau ait une trentaine de mètres d’avance pour être invulnérable. Le plomb lui soulève un peu la plume, lui donne une gentille chiquenaude qui le pousse en avant sans lui faire aucun mal. Le fait m’a paru curieux et tout à fait digne d nne petite recherche géométrique dont je donne ici le résultat. Nous allons le lire ensemble dans les diagrammes 1 et 2 si nos lecteurs veulent bien en suivre l’explication.
- Dans le diagramme n° 1, nous supposerons le chasseur à l’origine des coordonnées, tirant de bas en haut, et le martinet s’enfuyant sur la même ligne. Développant le temps sur T’axe des abscisses, nous représenterons par des lignes droites ou courbes les distances respectives de l’oiseau et du petit plomb au chasseur à tout instant, à partir du moment précis où la décharge quitte l’arme. D’abord la courbe UIIL nous donne la marche du petit plomb n° 11 dont la vitesse diminue rapidement à mesure de l’éloignement. Quant au martinet, sa vitesse sera supposée constante : sa marche sera donc représentée par une droite inclinée sur les axes coordonnés. Il s’agit maintenant d’estimer cette vitesse encore assez mal connue. Certains auteurs indiquent 50 mètres par seconde, ce qui est déjà fort joli; Jackson, qui a rassemblé un grand nombre de renseignements de ce genre, indique 88,90 mètres par seconde. Cette vitesse paraît exagérée. Je la choisirai^ cependant pour mettre toutes les chances du coté du martinet. Il suffirait de tirer d’autres droites à travers le diagramme pour ramener la course a d autres proportions et pour déterminer les chances d un oiseau doué d’une vitesse de vol quelconque bien déterminée.
- Plaçons successivement notre martinet à 10 mètres, à 20 mètres et à 28 mètres de l’arme. Sa marche sera représentée par les droites EF, CD, AB.
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- Dans le premier cas, il est atteint entre 14 et 15 mètres, dans le deuxième entre 52 et 55 mètres, dans le troisième la décharge arrivera à sa hauteur vers 67 mètres pour le laisser immédiatement prendre de l’avance. Dans les 100 mètres voisins du chasseur, la première décharge l’atteindra une fois, la deuxième le dépassera d’ahord, après quoi, il la gagnera de vitesse pour la retrouver à 92 mètres. Si donc il a été manqué une première fois en queue, il pourra encore être atteint au poitrail, mais, connue nous le verrons, sans aucun danger pour lui. Enfin, dans le troisième cas, il pourra encore sentir le plomh lui effleurer les plumes, et lui servira au besoin d’entraîneur.
- Mais la solution du problème est encore incomplète. Il nous est impossible en effet de préjuger l’effet de la grenaille si nous ne connaissons pas son excès de vitesse sur celle de l’oiseau. Nous allons le lire dans le deuxième diagramme. Ici, nous avons porté en abscisses les distances à l’arme, en ordonnées les vitesses. Celle du plomh est représentée par
- une courbe descendante, celle du martinet par une droite MM parallèle à l’axe des abscisses. La distance de la courbe à la droite indique en chaque instant la différence des deux vitesses.
- Le point ab nous indique une vitesse égale, correspondant au cas où la décharge atteint l’oiseau sans vitesse relative. Les lignes cd, c'd' nous montrent les vitesses relatives sur la droite CI) du premier diagramme, aux deux rencontres des mobiles. Enfin, la distance ef correspond à la rencontre unique sur la ligne EF. Nous nous ferons une idée de l’action du plomb en cherchant, sur la courbe des vitesses, les ordonnées égales aux distances que nous venons de repérer.
- Transportant ef en e'f, nous voyons l’oiseau frappé à 14 mètres comme s’il était au repos à 58 mètres ; à 55 mètres, il le sera comme un objet immobile à 75 mètres et ainsi de suite. Le danger diminue donc très rapidement avec l’avance qu’il a prise, et nous pouvons affirmer que, par exemple, I avec 20 mètres d’avance il sera invulnérable.
- Sec onde
- Diagrammes expliquant la marclie du plomh et le vol du martinet.
- Mais nous pouvons compléter le problème, et supposer l’oiseau venant vers le chasseur. Prenons-le, par exemple, à 100 mètres. La rencontre aura lieu en H, à 64 mètres de l’arme. Mais cette fois les vitesses s’ajoutent, et la vitesse relative se trouve représentée par la distance g h ; reportée en g'h', elle nous montre l’oiseau frappé comme s’il était à 28 mètres de l’arme. Si nous considérons l’effet d’un grain de plomb isolé, nous pourrons dire qu’il est plus dangereux pour le martinet de s’approcher du chasseur en partant de 100 mètres que de s’en éloigner à partir de 10 mètres au moment du feu. Le troisième diagramme donne la solution d’un problème analogue, dans le cas où le martinet, au lieu de se mouvoir dans la ligne de visée, passe devant le chasseur. Les demi-cercles tracés autour du point O représentent les distances successives auxquelles arrive la décharge après 1, 2, 5 dixièmes de seconde. Le martinet est supposé se mouvoir de droite à gauche, en coupant perpendiculairement la ligne OA. Si nous le supposons dans cette ligne au moment initial, nous le retrouverons, dans les dixièmes de seconde successifs, à des distances de cette droite croissant en progression arithmétique
- et marquées par la série de droites verticales du diagramme. Les intersections de ces droites avec les circonférences marquent les points où l’oiseau et la décharge peuvent se rencontrer. C’est donc en l’un de ces points que le chasseur devra viser s’il veut avoir quelque chance d’atteindre l’oiseau.
- A la seule inspection du diagramme, nous reconnaissons ce fait curieux, qu’il existe certaines trajectoires de l’oiseau pour lesquelles il pourra être atteint en deux points. S’il est, par exemple, à 50 mètres du chasseur à l’instant du feu, il décrira des trajets AB, ou AC, pendant le temps qu’emploiera la décharge à faire le chemin OB ou OC. A mesure que la trajectoire du martinet s’éloigne du chasseur, les deux points se rapprochent, si bien qu’ils se confondent en un seul au voisinage de 60 mètres, après quoi l’oiseau échappera sûrement à l’atteinte du plomb.
- Pour que le problème fût complet, il faudrait donner encore les vitesses relatives de l’oiseau et du petit plomh. Mais je ne voudrais pas enlever à mes jeunes lecteurs le plaisir de les déterminer.
- Ch.-Ed. Guillaume.
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- IA GROTTE DE IA R\LME
- Quoiqu’elle soit visitée annuellement par environ 4000 touristes venus pour la plupart de Lyon, la grotte de la Ralme dont nous reproduisons quelques vues photographiques qui nous sont connu uni -quéespar M. Mois-
- sonnas, le photographe-artiste bien connu, ne possède pas encore toute la réputation qu'elle mérite. Elle est située dans le département de l’Isère, à 7 kilomètres de la station de Lagnieu et dans le voisinage immédiat, du joli petit village de la Ralme oii l’on trouve aisément à louer les vêtements de rechange, les
- lampes et les guides qui sont nécessaires pour la visiter sans danger. La grotte est creusée dans un chaînon jurassique peu élevé, elle est spacieuse, d’un accès facile et remarquablement sèche dans toutes ses galeries, saut aux époques où, à la suite de pluies prolongées, son lac déborde. Elle fut jadis un lieu de pèlerinage sacré, aujourd’hui elle renferme assez de curiosités naturelles pour attirer même ceux dont le sens esthétique ou scientifique est seul développé.
- Nous n’en parlerons qu’à ce point de vue. L’entrée de la grotte est immense, « l’une des plus grandioses connues », à ce qu’assure M. Martel dans son livre : (es Abî-
- Fû. 1.
- I.a chambre du Movne da
- de la grotte s'élève encore (l'une quinzaine do mètres, en sorte que l’on se trouve dans une immense chambre, la grande nef, décorée de concrétions calcaires et d’où l’explorateur peut s’engager dans trois couloirs principaux présentant chacun un ensemble de caractères particuliers. Celui de gauche, assez étroit dès son origine, conduit au labyrinthe de Mandrin, ainsi nommé parce que le célèbre brigand s’y réfugia à diverses reprises et y établit même, dit-on, un atelier pour la fabrication de la fausse monnaie. Plusieurs galeries tortueuses, réunies les unes aux autres et entrecoupées de cavités en forme de chambres, justifient l’appellation
- de labyrinthe qu’on lui donne dans le pays. Le chemin du milieu plus large que le précédent
- ______ est non moins accidenté,
- il livre passage aux eaux débordées du lac qui s’écoulent en torrent sur son sol irrégulier, creusé de marmites de géant, de bassins multiformes, de tissures où l’eau s’accumule et sur le bord desquels il est prudent de marcher lentement afin d’éviter de désagréables plongeons. Presque à son début, se rencontrent la grotte des diamants où des centaines de stalactites scintillent sous la lumière des feux de Bengale et l'amphithéâtre des bassins, succession
- Fin
- Vue du fond de la galerie du lac.
- de cuvettes en gradins
- mes; elle mesure 5o mètres de haut sur 21 de large. Malheureusement son aspect est gâté par une chapelle dédiée à la Vierge, dont l’escalier coupe transversalement celte vaste ouverture et en diminue l'effet artistique. Derrière la chapelle, la voûte
- qui déversent leur contenu les unes dans les autres et forment au moment des hautes eaux de superbes cascades. Le lac occupe le fond de cette galerie, il résulte de la réunion des eaux qui ont filtré du sommet de la montagne et peut-être encore d’autres sources ineon-
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- Fig. ô. —
- Vue de rentrée «le la grotte, prise depuis la grande net
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- nues. Son premier explorateur, Bourrit, n’hésita pas, au siècle dernier, de s’y lancer à la nage et, poussant devant lui un flotteur sur lequel étaient iixées des bougies, il prolongea sa promenade jusqu’au point où le plafond surbaissé de la galerie lui opposa un obstacle infranchissable. Cette prouesse devenue légendaire serait parfaitement superflue aujourd’hui, car un petit bateau permet au voyageur de parcourir à pied sec le lac d’un bout à l’autre, d’admirer la limpidité de son (lot et la bizarre conformation du plafond qui le surmonte. Un tel voyage est impressionnant et ne saurait être trop recommandé.
- Quant au couloir de droite, il s’élève assez rapidement à travers des roches éboulées jusqu’à la chambre du Moyne, l’une des plus spacieuses de toute la grotte. Cette chambre est une merveille, elle est entièrement tapissée de concrétions les plus diverses et, sur son plancher, repose une énorme stalagmite, liante de plus de 5 mètres, dont la forme rappelle plus ou moins celle d’un moine, et qui est entourée d’autres mamelons semblables, accrus sans cesse par le dépôt des eaux qui tombent goutte à goutte de la voûte. On peut voir dans les reproductions que nous donnons des admirables photographies de M. Boissonnas, l’effet produit dans cette chambre par le jeu d’une forte lampe à magnésium, dont la puissante lumière pénètre jusqu’aux recoins les plus cachés. A quelques mètres plus loin se trouve la grande fontaine, formée d’un assemblage de bassins où l’eau circule constamment et au milieu desquels se dresse une magnifique colonne formée par la réunion d’une stalactite avec une stalagmite mesurant à peu près un mètre et demi de diamètre. En retournant sur ses pas pour atteindre la grande nef, point de départ de ces principales galeries, on peut encore visiter un étrange ensemble d’excavations tortueuses communiquant ensemble par d’étroites fissures, c’est le labyrinthe de François Ier au centre duquel se trouve une sorte de salon naturel où le roi chevalier se fit servir à déjeuner lors d’une visite qu’il fit à la grotte de la Balme.
- Nous ne songeons pas à décrire en détail cette remarquable caverne qui devrait être connue de tous les spéléologues et à laquelle M. Martel consacre une simple note dans son ouvrage classique. Les concrétions appendues contre ses parois affectent en plusieurs endroits des formes qui rappellent certaines constructions organiques ; ainsi la ruche à miel, le lion couché, le saule pleureur, le champignon, les nids d'hirondelles, etc., et la conformation des marmites, des bassins, des échelles, fournit de précieuses indications sur la manière dont la grotte a été façonnée. Contentons-nous d’ajouter qu’il faut au bas mot trois heures pour la visiter, que le savant archéologue de Lyon, M. Ernest Chantre, y a trouvé des vestiges de l’industrie humaine, mais qu’à l’heure actuelle elle n’est plus habitée que par quelques chauves-souris et par des araignées dont on aperçoit jci et là des fragments de toile mal
- tissée. Il serait intéressant d’en reprendre l’exploration systématique au moyen des ressources apportées par la jeune science des cavernes, la spéléologie. Emile Yung,
- professeur à l’Université de Genève.
- IA DISTRIBUTION DE L’EAU
- On sait que la distribution des eaux dans une ville est d’une importance capitale; l’eau doit être donnée en quantité suffisante pour subvenir à tous les besoins. On se préoccupe beaucoup à Paris, depuis quelques années, des moyens d’assurer une plus large répartition de l’eau. M. A. Gadaud a écrit récemment un rapport intéressant à propos du projet de loi, adopté par la Chambre des députés, et ayant pour objet de déclarer d’utilité publique le travaux à exécuter par la ville de Paris pour le captage, la dérivation et l’adduction à Paris des eaux des vallées du Loing et du Lunain. Nous trouvons dans ce rapport une série de chiffres intéressants à faire connaître.
- Si nous considérons d’abord la quantité d’eau distribuée par jour et par habitant dans les grandes villes, nous trouvons les chiffres suivants : Buffalo, 845 litres; Marseille, 705; Chicago, 650; Philadelphie, 000; Rome, 414 New-York, 559; Boston, 565 ; Brooklyn, 527 ; Glasgow, 291 ; Dublin, 250; Rotterdam, 245;Hambourg, 241; Paris, 220; Bordeaux,218; Cologne, 201; Madrid, 200; Buda-Pesth, 200; Saint-Pétersbourg, 182; Londres, 175; Munich, 172 ; Lille, 125; Liverpool, 125; Lyon, 116; Manchester, 115; Magde-bourg, 109 ; Vienne, 104. Dans toutes les autres grandes villes, la quantité d’eau distribuée n’atteint pas 100 litres par jour et par habitant. Le minimum se trouve à Constantinople; il est de 15 litres.
- Mentionnons également la marche de l’accroissement de la consommation d’eau à Paris de 1861 à 1895, suivant l’accroissement de la population. En 1861, il y avait à Paris 1 700000 habitants; en 1895 ce chiffre était porté à 2 500 000. En 1861 on comptait 68 litres d’eau par jour et par personne; en 1869, 117; en 1880, 159; en 1890, 185; en 1895, 220. M. L.
- LE TUNNEL DU SIMPL0N
- Il y a longtemps que l’on parle de percer le Simplon comme on a percé le mont Genis et le Saint-Gothard. La ligne du Mont-Cenis est une voie de communication entre l’Italie et la France; celle du Saint-Gothard, entre l’Italie et l’Allemagne, tout en desservant la Suisse orientale. La ligne du Simplon relierait la vallée du Pô aux cantons les plus fertiles de la Suisse. D’après le nouveau projet, elle aurait sur les précédentes l’avantage de s’élever à une altitude bien moindre et par conséquent d’être moins exposée à des interruptions pendant la saison des neiges.
- Les gouvernements suisse et italien se sont mis d’accord pour concéder la construction et l’exploitation à la Compagnie du Jura-Simplon qui possède déjà une ligne de Genève et Lausanne à Brigue, dans la vallée du Rhône. L’approbation a été obtenue ; l’exécution ne peut beaucoup tarder. Le projet est arrêté dans ses détails techniques, et il présente quelques par-
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- ticularités nouvelles qui le recommandent à l’attention. Entre Brigue et Domo d’Ossola, il existe une route carrossable construite de 1800 à 1806, la première des grandes routes tracées à travers les Alpes. Elle a 66 kilomètres de long et franchit le point culminant à 2009 mètres au-dessus du niveau de la mer. La distance en ligne droite est inférieure à 53 kilomètres. A l’époque où se fît la percée du
- mont Cenis, on projeta aussi de percer le Simplon, et, dans des conditions assez analogues, avec un souterrain long d’une douzaine de kilomètres et des rampes à forte inclinaison aux abords. On a de même exécuté le percement du Saint-Gothard, tout en donnant 15 kilomètres de longueur au souterrain, en multipliant les courbes et les tunnels en spirales pour conduire les trains jusqu’aux têtes de cette
- Fig. 1. — Carte du pays entre Brigue et Domo d’Ossola,
- longue galerie. La ligne du Simplon ne parut utile qu’à la condition d’éviter les grandes altitudes et tous les nombreux inconvénients qu’elles entraînent. C’est un des principaux avantages du projet actuel.
- Le point de départ étant Brigue, à l’altitude de 670 mètres environ, le tracé le plus court eût été de se diriger en ligne droite sur Gondo (fig. 1) ; le souterrain n’avait que 16 kilomètres, mais Gondo est encore sur le territoire suisse, un peu en amont de la frontière italienne, et l’on conçoit que le gouvernement italien ne pouvait admettre un tracé qui mettait l’orifice sud du tunnel en dehors de sa frontière. On adopta donc le trajet direct de Brigue à I selle que la ligne de faîte, qui est la frontière idéale
- des deux États, coupe à angle droit, à peu près vers le milieu. La longueur est ,ainsi de 19 731 mètres, bien supérieure à celle de tout autre tunnel que l’on ait creusé jusqu’à ce jour. Le point de sortie n’est qu’à l’altitude de 633 mètres. On évitera donc les grands amoncellements de neige en hiver, et de plus les travaux d’approche aux deux têtes ne présenteront que des difficultés normales.
- Mais ici surgit un autre inconvénient, plus grave encore qu’au mont Cenis ou au Saint-Gothard dont les travaux faillirent cependant être arrêtés par ce
- motif : c’est la chaleur excessive des couches intérieures en rapport avec la hauteur des massifs qui surmontent le chantier d’exécution. Au cours des travaux du Saint-Gothard, on avait constaté que la
- température croissait de 1° par 44 mètres de profondeur. Dans le souterrain projeté pour le Simplon, on devrait donc s’attendre à plus de 40°, et il est impossible défaire travailler des ouvriers dans cette atmosphère [surchauffée. Le plan adapté combattra cet inconvénient par une méthode qui est tout à fait nouvelle. Au lieu de construire une large galerie à double voie, on en con-struira simultanément deux à simple voie, espacées de 17 mètres d’axe en axe. L’une sera élargie à ses dimensions normales pour le passage des trains de voyageurs et de marchandises ; l’autre restera simple voie de service jusqu’à ce que le développement du trafic impose l’établissement d’une double voie. Pendant la construction, les deux galeries seront reliées par des hoyaux transversaux, de 200 mètres en 200 mètres. La petite galerie servira pour l’écoulement des eaux, pour l’entrée des trains de wagons qui vont charger les déblais ; on y placera les tuyaux qûi refouleront jusqu’au front d’attaque l’air et l'eau sous pression
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- Les torrents qui coulent aux deux tètes du tunnel débitent des quantités d’eau considérables qui pourront fournir 800 chevaux de puissance du coté nord et 1700 du coté sud.
- La figure 2 montre ce que sera la petite galerie ouverte avec des dimensions suffisantes pour la circulation des trains de matériaux et le placement des tuyaux : l’un de 10 centimètres de diamètre qui conduit l'eau à très haute pression (100 atmosphères) pour activer les perforatrices, l’autre de 15 centimètres de diamètre pour fournir les grandes quantités d’eau d’arrosage au moyen desquelles on rafraîchira le rocher. Le pointillé fait voir ce que doit être la galerie principale ouverte à toutes hauteur et largeur pour l’exploitation du chemin de fer.
- Avec les puissants moyens d’action dont ils disposeront, les ingénieurs comptent introduire dans les galeries 50 mètres cubes d’air par seconde, ce qui produira une ventilation énergique. En outre, ils y amèneront environ 80 litres par seconde d’eau fraîche pour refroidir le rocher. Ils espèrent, par ces moyens combinés, ramener à 20° centigrades la température au fond de la galerie.
- On sait déjà comment fonctionnent les perforatrices à pointes de diamant qui creusent les trous de mine; mais, après l’explosion, il faut enlever au plus vite les déblais qui masquent le front d’attaque. C'est envoie Sur 1 eau a haute Empaqueteuse mito-inesureu.se. pression que l’on compte
- pour déblayer ces matériaux et les ramener en arrière où les wagons viennent les charger, de façon (pie les perforatrices soient remises en batterie aussitôt après l’explosion.
- On espère, par ce procédé, avancer à chaque bout le tunnel de 5 à 0 mètres par jour, en sorte que le percement s’achèverait en six années. Ajoutons, pour terminer, que le coût de l’entreprise est évalué à 60 millions pour le tunnel à simple voie, et qu’il y aura une dépense complémentaire de 15 millions à y ajouter lorsque la galerie étroite du second tunnel sera mise au profil normal pour le passage des trains de voyageurs. II. Ulerzy.
- E M PAQUE TE U SE AUTO-MESUREUSE
- M. H. Rulieux, de Lille, a construit récemment un appareil qui peut être appelé à un grand succès. Il
- s’agit d’une empaquetcuse auto-mesureuse. Cette nouvelle machine reçoit une matière, en mesure une certaine quantité déterminée à l’avance et en fait un paquet. La figure ci-jointe n° I donne une vue d’ensemble et la figure n° 2 une vue de détail.
- L’empaqueteiise proprement dite est formée d’une talde tournante présentant des supports en saillie. Une autre table peut s’abaisser à volonté ou rester maintenue à l'aide d’un verrou. C'est sur cette dernière table que se pose le sac dans lequel la matière est pesée. Mais celle-ci doit être comprimée dans le sac. A cet effet, le mécanisme de compression comporte deux liges parallèles (pie l’on déplace en même temps à l'aide d’un levier à main. Une de ces tiges, terminée par un louloir, vient appuyer sur la matière
- et l’autre bute contre un support qui se trouve lixé à la table sur laquelle repose le sac. Cette table est maintenue par un verrou pendant la compression. Mais quand cette dernière est terminée, le verrou se déclenche automatiquement, et, en continuant d’abaisser le levier de compression, on entraîne la table mobile et on dégage le paquet du moule qui a servi à le fabriquer. La table mobile est fixée alors par un cran et ne peut remonter. 11 suffit de prendre le paquet qui vient d’être terminé et de le cacheter. Pour amener un autre sac à remplir, on fait tourner la table tournante ; un levier se met alors en mouve-1. Vue d'ensemble ; ± bétail. ment et tous les organes
- reprennent leur position première pour recommencer la même opération.
- A coté de rempaqueleuse se trouve la mesureuse, qu'actionne le levier de compression dont il a été question plus haut. (Irace à des petits leviers spéciaux, et'à des gorges creusées, les trappes de la mesureuse s’ouvrent et se ferment pour recevoir la quantité de matière à empaqueter.
- Cette nouvelle machine, sur tous les détails de laquelle nous ne pouvons insister ici, offre de grands avantages. A l’aide d’un mécanisme relativement simple, et en un seul mouvement, elle permet de tasser la matière, de faire sortir le paquet du moule et de préparer la mesure du paquet suivant. Elle procure une grande économie de main-d’œuvre et de papier également, car elle emploie les sacs au fur et à mesure de leur fabrication, sans attendre qu’ils soient secs. L Diraxd.
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- zoo
- UN QUATRE-MATS CHAVIRÉ
- Un grave accident est survenu à Rouen, aux chantiers de Normandie, au quatre-màts Europe, dans la nuit du samedi 14 au dimanche 15 août. Ce hateau a été chaviré par le Ilot et couché sur tribord.
- Un de nos abonnés, M. F. Mon-gnct, à Rouen, a bien voulu i’aire les photographies cpie nous reproduisons et nous donner, à ce sujet, quelques renseignements.
- Vers minuit et demi, les eaux étaient tout d’un coup montées de plus de 1m,50; elles avaient arraché la borne où l'Europe était amarré. Livré à
- lui-même, le quatre-màts allait à la dérive. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il gagnait le quai et chavirait bientôt sur tribord. Les mâts, les vergues et les haubans tombaient alors sur le sol avec un i'racas épouvantable.
- On ne voyait de tous côtés qu’un amoncellement de cordages, de ferrures et de mats qui étaient 'enchevêtrés et brisés. Le niât intermédiaire, le grand màt et le màt de misaine étaient rompus en plusieurs endroits ; un seul màt paraissait avoir été moins éprouvé et chute a eu lieu
- Fig. 1. — Vue prise en aval du ijuatrc-iuàts Europe renversé.
- n’était brisé qu’à la flèche. La avec une telle violence qu’une vergue a été enfoncée à plus de lm,50, et qu’une autre, dans l’appontement, est ressortie de 5 mètres. La plupart des potences étaient tordues et toutes les forges qui se trouvaient sur le pont sont tombées à l’eau.
- L’accident a été causé par la violence du flot, qui,
- cassant net, à 60 centimètres en terre, Ta borne d’amarrage, faisait dériver le navire. Ce dernier, privé d’un de ses points d’attache, a été soulevé par
- le flot. 11 n’était plus retenu alors que par ses amarres d’avant, il ne pouvait que chavirer.
- Ce navire, lancé dans la première, quinzaine du mois de juin, était un des plus beaux spécimens des transports à voile sortis des chantiers de Normandie. Il mesurait plus de 100 mètres de longueur et jaugeait 5500 tonneaux. Il avait été construit pour
- la maison d’Orbigny et Faustin, de la Rochelle. Après son armement que l’on considérait comme terminé, il devait se rendre dans le port de Rouen,
- et accomplir en septembre son premier voyage en Amérique.
- Des dispositions ont été aussitôt prises pour le relèvement du navire et l’opération a dû avoir lieu dans la première quinzaine de ce mois de septembre. Il faut maintenant achever les diverses réparations, remettre le bâtiment complètement en état, l’armer de nouveau. C’est un autre
- travail considérable qui retiendra longtemps encore
- le bateau sur le chantier. L. Dubar.
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- Fig. 2. — Vue prise en amont.
- CHRONIQUE
- Les Astéroïde». — M. Chariots, astronome à l’Observatoire de Ai ce, a trouvé deux nouveaux astéroïdes situés entre les planètes Mars et Jupiter. Yoici, depuis le 1er jan-
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- vier 1801, la liste des principaux pionniers du ciel d’après M. L. Barre, astronome adjoint à l’Observatoire : Bon premier, M. Charlois, qui compte pour sa part 84 petites planètes, tandis que l’astronome autrichien Palisa en a 85. Si l’on classe ensuite par nationalité les autres chercheurs, on trouve parmi les plus heureux : l’Américain Peters, 48 ; l’Allemand Max Wolf, 40; l’Allemand Luther, 24; l’Américain Watson, 22; le Français Borelly, 18; le Français Goldschinidt, artiste peintre, qui utilisait ses loisirs nocturnes à scruter le ciel au moyen d’une petite lunette fixée au dossier d’une chaise, 11 ; l’Anglais llind, 10. Les astronomes français en comptent 158, les étrangers 274.
- IIe Congrès international contre l'alroolisinr.
- — Le Congrès vient de se tenir à Bruxelles. M. de Yau-clerov, rapporteur, formule les principales conclusions suivantes : L’alcool n’est pas un tonique et n’augmente pas les forces vitales. Au lieu de réchauffer le corps, il en abaisse la température. Pris à dose élevée au moment des repas et même à petites doses à jeun, il amène d’ordinaire l’alcoolisme aigu. Des doses modérées et journalières d’alcool peuvent produire l'alcoolisme chronique, sans qu’il y ait ivresse. L’alcoolisme des parents se transmet aux enfants et frappe la descendance d’une tare héréditaire. L’absinthe, les amers, le vermouth et les autres boissons appelées liqueurs, amènent dans l’économie des désordres plus graves encore que l’alcool ordinaire. Les boissons distillées ne possèdent aucune valeur nutritive, ni comme aliment respiratoire, ni comme aliment d’épargne. Les vins, la bière et le cidre n’ont qu’un faible pouvoir alimentaire bien inférieur à celui des substances qui ont servi à leur préparation.
- I.es noms chimiques. — Depuis que la chimie organique a pris le développement considérable que l'on connaît, les noms des substances nouvelles se sont allongés en conséquence. Impossible de ne pas relever, dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, les deux noms suivants tout à fait remarquables. Citons :
- le Tétraiiiétliyldiainulokliphényldiaiitliranoltélrainétliylédimnidé.
- Et cet autre :
- le Tétiainélliyldiamidopliényloxanthranol.
- Le premier a 57 lettres et le second 5G lettres. C’esi ainsi en 1897, qu’est-ce que ce sera en l’an 2000?
- Les abeilles prophètes du temps. — M. de Ilid-der, dans Ciel et Terre, affirme que les abeilles savent d’avance si un hiver sera doux ou sévère. On a prétendu que les oiseaux quittaient nos latitudes de bonne heure, quand l’hiver menaçait d’être froid. C’est là une affirmation sujette à caution. Les oiseaux s’en vont quand la région où ils se trouvent est envahie de bonne heure par les mauvais temps; ils font, en somme, tout comme les touristes qui quittent la montagne ou les champs aux premiers froids. Les abeilles, au contraire, paraissent réellement deviner le caractère de l’hiver. Comment? C’est à savoir. Mais, il semble que, règle générale, lorsque l’hiver doit être rigoureux, les abeilles ferment hermétiquement les entrées de la ruche avec de la cire, ne laissant qu’un trou imperceptible. Au contraire, elles maintiennent les entrées largement ouvertes avant les hivers doux. Une abeille ne peut sortir d’un rucher, quand la température avoisine zéro, sans être étourdie et menacée de mort. C’est pourquoi, il suffirait, pour juger du caractère d’un hiver dès le mois d’octobre, d’observer si les abeilles clôturent hermétiquement leurs demeures. L’abeille deviendrait donc vraiment prophète du temps. C’est bien facile à contrôler.
- Cirrhose «les buveurs. — D’après M. Lancereaux, la cirrhose dite alcoolique relève moins de l’ingestion de l'alcool que de l’ingestion de vin et particulièrement de vin rouge. La bière, le cidre ne paraissent pas avoir d’action ; la cirrhose, rare dans les pays à cidre, est fréquente à Paris et dans certains pays de vignobles. Dans le vin rouge, la substance active parait être le sulfate de potasse. Cette substance existe d'ailleurs aussi dans la bière, à laquelle on attribue la fréquence de la cirrhose en Allemagne. Expérimentalement, l’alcool produit non point des lésions conjonctives, mais des lésions graisseuses, d’où la cirrhose graisseuse de ceux qui font des excès à la fois de vin et d’alcool. Le plâtrage de vins, augmentant la teneur des vins en sulfate de potasse, doit donc être formellement interdit.
- la niaisnii pour veufs «*t veuves «le (lasgow.
- — On conviendra que le titre est bizarre : la chose ne l’est pas moins. La ville de Glasgow a organisé une sorte de cité pour des veufs et veuves ayant une famille, qui sont obligés d’aller quotidiennement à leur travail sans avoir personne pour garder leurs enfants. L’immense bâtiment en question contient 175 chambres à coucher et quantité de pouponnières, salles de bains, cuisines, chambres de jeux. Toute une armée de bonnes est chargée de veiller sur les bébés durant le jour. Le prix du logement, comprenant l’éclairage, le chauffage, le blanchissage, la surveillance et la nourriture des enfants, etc., est extrêmement réduit. Une mère avec un enfant paye à peu près 4 francs par semaine, avec deux enfants 4fr,80, avec 5 enfants 5fr,15, puis 0,r,65 en plus par chaque bébé au-dessus de 5 ans. Pour un père et un enfant le tarif est de 5fr,20, 6fr,20, 7 francs, suivant les mêmes hases, et 0rr,85 par enfant au-dessus de 5 ans. Ajoutons que les repas se payent pour un adulte 0fr,25 un déjeuner, 0fr,40 un dîner et 0,r,50 un souper.
- 1/usiire «les matériaux: «le carrelage t“t «le I>ar«|«iets. — M. F. Furness, de Philadelphie, s’est livré récemment à une étude intéressante sur la résistance à l’usure par frottement de> ces différents matériaux. Ce qui s’est usé le moins, c’est le carreau en terre anglaise, et ce qui s’est usé le plus c’est la mosaïque de marbre, celle-ci ne présentant pour ainsi dire aucune solidité, à cause de son manque d’homogénéité. Le marbre résiste un peu moins que le chêne, et celui-ci beaucoup moins que le pin jaune ou blanc; ce qui est curieux, c’est que le teck, si renommé pourtant, a moins de résistance même que le marbre.
- Le laboratoir«‘ Ptir«lti<* pour Fessai «les lo«*o-niotivrs. — L’Université Purdue, à Lafayette (Étal d’Indiana), possède depuis 1891 dans son laboratoire une locomotive qui a servi sur place à de nombreuses expériences du plus haut intérêt; elle en fait construire une autre qui sera disposée de manière à permettre de traiter des questions nouvelles. La chaudière pourra fonctionner à la pression de 17,5 kilogrammes par centimètre carré ; la machine recevra des cylindres de diamètres différents, et de fonctionner ou non comme Compound.
- Waïoii-Kruc à c«»ntrepoi«ls automatique. — La Société belge des ateliers Nicaise et Delcuve vient de construire un wagon-grue fort ingénieux. 11 est à contrepoids automatique, c’est-à-dire que, sous l’action de la charge à soulever, le contrepoids prend automatiquement la position voulue pour équilibrer exactement la charge.
- Le «romnierce «les bicyclettes aux États-Unis. — Il est curieux de noter un chiffre sur l’importance du mouvement d’exportation des cycles américains :
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- pendant le seul mois d’avril, on en a expédié, en grande partie sur les pays de langue anglaise, pour plus de
- I 150 000 francs!
- Ii’insuecè» financier «le certaines expositions. — On multiplie réellement par trop les expositions universelles : la preuve en est que celle de Berlin a été un insuccès complet, du moins au point de vue pécuniaire. Les souscripteurs de garantie ne rentreront tout au plus que dans la moitié de leurs fonds, et il paraît qu’à Genève et à Buda-Pesth on a été obligé de faire complètement appel à la garantie.
- Tramway cl«*etri«iue d’Englifrn à Montmorency. — Un tramway électrique vient d'être installé d'Enghien à Montmorency par la Compagnie générale de traction. La ligne a une longueur de 0450 mètres et présente quelques rampes de 7 centimètres par mètre, et quelques courbes de faible rayon. L’usine centrale est installée non loin de Montmorency, et la salle des machines renferme deux chaudières semi-tubulaires, produisant la vapeur à la pression de 8 kilogrammes par centimètre carré. La vapeur est fournie à 2 machines à vapeur horizontales de 150 chevaux chacune à 100 tours par minute, type Corliss, à condensation. Chaque machine commande une dynamo de 100 kilowatts à 500 volts et à 500 tours par minute. A pleine charge, la différence de potentiel aux bornes est de 550 volts, les machines étant hypercompoundées pour une perte de 10 pour 100 en ligne. La ligne de transmission est aérienne et la prise de courant se fait par trolley. Les voitures offrent 40 places, dont G en première classe, 18 en seconde et 10 sur les plate-formes ; le poids du véhicule à vide est de 0 000 kilogrammes. Chaque voiture est munie de deux moteurs électriques de 25 chevaux.
- Plancher incombustible. — On a récemment essayé à New-York un nouveau plancher incombustible.
- II est fait de poutrelles en 1 espacées de lm,22, entre lesquelles s’étend le plancher, composé de 75 pour 100 en poids de plâtre de Paris et de 25 de copeaux de bois : ce mélange, épais de 115 rnillimèttes, noie complètement les poutrelles et aussi les fils de fer galvanisés qui réunissent ces poutrelles et soutiennent une barre de fer mince, allongée parallèlement à celles-ci. Par-dessus le plancher, on étend une couche de 51 millimètres de béton fait avec des cendres; le plafond par en dessous est fixé sur une toile métallique qui laisse entre lui et le plancher une couche d’air isolante.
- La rupture «les rails. — A propos de la rupture d’un rail en acier Bessemer, amenée par le passage d’un tram sur le Great Northern Railway, en Angleterre, M. Thomas Andrew s’est livré à des recherches microscopiques sur ce qu’on appelle volontiers la détérioration des rails d’acier par fatigue. Ces recherches ont porté spécialement sur le rail fracturé lors de cet accident, rail qui comprenait 53 pour 100 de carbone, 12 de silicium, 8 de phosphore et 9 de soufre : M. Andrew a constaté un très grand nombre de fractures fines comme des cheveux, et certainement pour lui le martelage continu des roues les développe ; mais il estime qu’elles préexistent au moment même où le rail sort du laminoir.
- Drague monstre. — Les chantiers Simons, de Renfrew, viennent de mettre à flot une drague à succion ayant un réservoir de 1300 tonnes de capacité. Longue de G5m,50 sur 11, elle possède 2 pompes centrifuges indépendantes élevant 5000 tonnes de sable à l’heure et pouvant travailler par 12 mètres de fond, au moyen d’un
- tube articulé. Le bateau est muni de 2 hélices commandées par deux machines de 1250 chevaux et donnant 9 nœuds 1/2.
- Pluie d’insectes en B<*lgi<gue. — Notre confrère Chasse et Pêche mentionne un curieux phénomène survenu il y a quelques jours, à Liège. Il y a eu dans cette ville une invasion subite et très nombreuse d’Ephémères qui, dans la soirée, se sont tout à coup montrées par millions dans les rues du centre, tourbillonnant autour des lampes électriques comme des flocons de neige, envahissant même les appartements dont les fenêtres étaient restées ouvertes, se précipitant à l’intérieur des cafés, attirées par les lumières. La pluie a commencé vers 9 heures du soir; à minuit elle était finie. Tous les insectes, qui ressemblent à de petits papillons blancs, avec corps légèrement jaunâtre et yeux noirs brillants, tombèrent à terre, où, en certains endroits, ils s’accumulèrent en une couche épaisse, qui simulait de la neige, et ils y moururent.
- Moto h r à acétylène. — M. Cuinat, à Compiègne, vient de faire de nouveaux essais pour appliquer l'acétylène à la production de la force motrice. 11 a employé un moteur à gaz de 0 chevaux, et le mélange explosif était formé d’un volume d’acétylène pour 20 volumes d’air. Pour une même puissance, la consommation d’acétylène est trois fois moindre que la consommation de gaz ordinaire. Un moteur de 10 à 12 chevaux consommerait environ 100 litres de gaz par cheval-heure. Le prix de revient du cheval-heure serait près de 30 centimes, avec les prix actuels du carbure de calcium.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 septembre 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Rôle de la glande thyroïde. — Dans une Communication du 28 juin dernier, M. deCyon a établi que la racine du nerf dépresseur issue du laryngé supérieur sert à mettre le cœur en communication directe avec la glande thyroïde et permet au cœur d’intervenir dans le fonctionnement de cette glande. Il a encore démontré que l’iodothyrine de Baumann introduite dans la circulation exerce une action prononcée sur les nerfs du cœur et des vaisseaux, particulièrement sur le fonctionnement des nerfs dépres-seurs. M. de Cyon concluait en ces termes : Cette diversité de fonctions physiologiques du nerf dépresseur, ainsi que l’influence réciproque du cœur et de la glande thyroïdienne par l’intermédiaire de ce nerf permettent d’expliquer les principaux symptômes de la maladie de Basedow, le goitre, l’exophtalmie, les symptômes du coté du cœur avec la diarrhée persistante (paralysie des nerfs splanchniques), par les diverses actions qu’exerce le dépresseur sur le système du grand sympathique. M. de Cyon montre aujourd’hui que la glande thyroïdienne transforme les sels iodés qui exercent une action paralysante sur le système régulateur des mouvements du cœur et de la circulation, en une combinaison organique qui active au contraire l’action de ce système. Les corps thyroïdiques forment en outre pour le cerveau un appareil préservateur contre les congestions sanguines. C’est le cœur qui domine les deux fonctions de la glande.
- Varia. — M. Machis présente une Note sur les déformations lentes des thermomètres et le déplacement du zéro. —• M. André, ingénieur, décrit les particularités d’une chute de la foudre sur le château d’Aubussargues (Gard).
- Ch. de Yilledeuil.
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- LA NATURE.
- EXPÉRIENCES SUR LES
- TRANSFORMATIONS SUBJECTIVES
- DES COULEURS
- M. Sheiford Bidwell, le physicien anglais bien connu par un grand nombre de recherches originales, vient de présenter à la Société royale de Londres de nouvelles et curieuses expériences qu’il est intéressant de faire connaître. Le point de départ est le classique diable rouge qui, observé fixement pendant une demi-minute, vient peindre ensuite son image en vert sur le plafond lorsque l’on y dirige le regard.
- On sait que cet effet est du à la fatigue rétinienne: la rétine devient incapable de ressentir les ondes rouges de la lumière blanche et n’est affectée que par les ondes complémentaires, c’est-à-dire la lumière verte. Dans certaines conditions, cet effet de fatigue peut se produire en un temps très court, et, il y a trois ans, l’au-teur appelait l’attention sur ce fait qu'une courte période d’obscurité communiquait aux nerfs rétiniens une sensibilité bien supérieure à la sensibilité normale, et que cette sensibilité disparaissait très rapidement sous l'influence d’une nouvelle et vive impression lumineuse. En fait, il suffit d’une fraction de seconde pour obtenir ces variations de sensibilité. L’auteur le démontre à l’aide de deux écrans, l’un blanc et l’autre noir, tenus ensemble dans une main, de façon à laisser entre eux un vide triangulaire. Un place derrière l’écran noir un papier blanc sur lequel est collé un pain à cacheter rouge et on déplace rapidement les deux écrans alternativement de gauche à droite et de droite à gauche, de façon à découvrir un instant le pain à cacheter, et à occulter immédiatement le pain à cacheter avec l’écran blanc.
- A l’impression rouge succédera une impression évanouissante de bleu verdâtre. Avec un très grand éclairement et une vitesse de déplacement convenable des deux écrans, le rouge disparaîtra, et le pain à cacheter paraîtra vert. L’action de la lumière après une courte période d’obscurité semble avoir la propriété de diminuer la sensibilité des libres réti-
- niennes dans un temps si court que, si la lumière est colorée, nous n’avons pas conscience de cette couleur. En employant un disque tournant formé d’une partie noire, d’une partie blanche et d’un secteur fendu, comme le montre la figure ci-jointe, l’effet de transformation subjective de couleurs peut être obtenu d’une façon continue et donner les résultats les plus curieux. Le disque doit, pour cette expérience, tourner à raison de 0 à 8 tours par seconde, tandis (pie sa face antérieure est brillamment éclairée par la lumière diffuse du jour, ou par une lampe à incandescence de 52 bougies placée à 15 centimètres de distance, la face postérieure de la lampe étant munie d’un réflecteur ou d’un écran du côté opposé au disque tournant. Dans ces conditions, une. carte rouge placée derrière le disque paraît verte, une carte rouge devient rose, une carte bleue devient violette, tandis qu’une tache noire
- peinte sur un fond blanc paraît plus blanche que le fond lui-mème.
- U’est par ce moyen que M. Sheiford Bidwell a pu rendre à peu près acceptables les peintures les plus impressionnistes 11 montrait, en particulier, le 11) mai dernier, une dame à chevelure indigo-bleu, à face vert émeraude, à robe écarlate, en admiration devant un soleil violet à feuilles pourpres. Vue à travers le disque tournant, la dame apparaissait avec une chevelure blond filasse, avec une peau délicieusement rosée, vêtue d’une robe bleu-paon, contemplant un soleil à pétales jaunes et à feuilles vertes.
- Pour obtenir de bons résultats, il faut employer un disque de 18 à 20 centimètres de diamètre, bien équilibré, recouvrir la partie noire de velours noir et la partie blanche de papier gris clair; le secteur découpé doit avoir un angle de 50 à 60°. Un appareil ainsi établi sur les indications de l’auteur nous a fourni des résultats très satisfaisants.
- Nos intelligents camelots vont s’emparer de l’idée de M. Sheiford Bidwell, et nous présenteront certainement avant peu un nouveau jouet qui figurera en bonne place parmi les succès de l’année, à l’époque des étrennes. E. IL
- Le Gérant : P. Masson.
- Curieuses expériences sur les transformations successives des couleurs.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9-
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- y 1209. — 25 SEPTEMBRE 1897.
- LA NATURE.
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- •IA FONTE DU BRONZE D’ART
- d’un seul jet
- Le bronze est le plus anciennement connu de tous les métaux; nous le voyons apparaître dès les premiers temps de l’humanité, et suivre pas à pas la civilisation dans toutes les phases de son développement.
- A peine sorti de la période de l’àge de pierre, c’est sur lui que l’homme a fait ses premiers essais dans la métallurgie, et les nombreux objets en bronze qui sont parvenus jusqu’il nous, nous font connaître assez exactement les procédés en usage à ces époques lointaines.
- Fig. 1.
- Fig. 1. Moulage en cire d'une statuette par le procédé Le llourg.
- A. Chape en plâtre. — B. Moule en gélatine.
- Pendant cette longue suite de siècles le seul progrès de quelque importance fut la découverte de Part de fondre les statues d’un seul jet, qui date de la tin du septième siècle avant notre ère ; à cela près les moyens dont nous disposons actuellement sont exactement ceux qu’employaient nos ancêtres, les habitants des cités lacustres.
- La fabrication du bronze se compose de deux parties : le moulage et la fonte.
- Le moulage est la partie la plus délicate de l’opération; c’est de lui que dépend principalement la réussite et la bonne exécution des pièces : nous en connaissons trois sortes : le moulage en terre employé surtout pour les grosses cloches ; le moulage en sable
- — Fig. 2. Demi-moule ouvert montrant les différents éléments.
- — C. Couche de cire. — D. Noyau en terre.
- d’étuve qui est le procédé le plus usuel; enfin le moulage à cire perdue, le plus parfait mais le plus coûteux.
- Or, ces trois procédés étaient déjà en usage aux temps préhistoriques, les objets et outils trouvés dans les fouilles ont permis de s’en convaincre.
- Le principal inconvénient du moulage en sable est que dans une statue les draperies flottantes, les chevelures, les bras et les jambes forment comme autant de coins enfoncés dans le sable et qui s’opposent au démoulage. On est donc réduit, dans la plupart des cas, à sectionner l’objet d’art, à mouler séparément ses différents morceaux et à les réunir ensuite. Cette besogne incombe aux ébarbeurs, ciseleurs et monteurs en bronze. Mais l’intervention de ces différents corps de métiers n’est pas sans nuire à la valeur artistique de l’ouvrage, car les grattages
- 25° année. — 2° semestre.
- occasionnent des différences de coloration qu’ori ne peut faire disparaître qu’à l’aide d’un bronzage plus ou moins épais, aux reflets crus, qui modifie complètement la valeur des demi-teintes réservées par l’artiste. De plus le ciseleur, souvent trop zélé, accentue avec son burin certaines parties que le statuaire avait intentionnellement laissées un peu vagues, dans le but de concentrer l’attention sur les points principaux de son ouvrage.
- C’est pour cela que, malgré son prix élevé, la cire perdue est infiniment préférable, car elle permet d’obtenir la fonte d’un seul jet, presque sans raccords ni ciselure.
- A l’époque de la Renaissance, comme dans l’antiquité, l’artiste ne considérait pas comme au-dessous de lui, d’effectuer par lui-même la partie matérielle de son œuvre; il donnait la silhouette générale au moyen
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- LA NATURE.
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- d’un noyau en terre, garni de solides armatures : ce noyau était recouvert d'une couche de cire assez épaisse dans laquelle l’artiste venait modeler les détails. Cette cire était enduite alors de nombreuses couches de barbotine, d’abord très diluée, puis s’épaississant de plus en plus, de façon à enfermer la cire dans une sorte de gangue à la fois line de grain et résistante, grâce à son épaisseur.
- Cela fait, une chaleur modérée suffisait pour faire fondre la cire qui, en s’écoulant, laissait vide l’espace que devait ensuite occuper le bronze en se substituant à la cire. Après le démoulage, on avait en bronze une reproduction lidèle de l’œuvre que l’artiste avait modelée en cire.
- Malheureusement, il arrivait trop souvent que pour des causes diverses, le bronze ne remplissait pas complètement l’espace qui lui était réservé, et la statue était alors perdue ou tout au moins fort endommagée. En admettant meme la réussite complète, on ne pouvait avoir qu'un exemplaire unique de l’œuvre, sans possibilité d'en obtenir une reproduction absolument identique.
- Les besoins de l’industrie moderne ne pouvaient s’accommoder de ces procédés longs et coûteux ; il fallait à tout prix substituer l’ouvrier à l’artiste pour faire plus vite et moins cher, quitte à faire moins bien. Aussi eut-on l’idée d’employer des moules partiels pour produire de petites plaquettes de cire qui, appliquées ensuite sur un noyau en terre et raccordées entre elles devaient donner, à un grand nombre d’exemplaires, l’image en cire à reproduire en bronze. Mais cette découverte, fort intéressante sans doute, était insuffisante, néanmoins, pour donner des résultats absolument satisfaisants.
- 11 était donné à un statuaire français, M. Le Bourg, de créer, dans le même ordre d’idées, un procédé infiniment supérieur tant au point de vue des résultats obtenus que de l’économie de main-d’œuvre.
- Voici en deux mots en quoi consiste ce procédé : on sait que la gélatine, dure et sèche quand elle est au contact de l’air, s’amollit et se boursoufle quand elle est plongée dans l’eau pour se durcir à nouveau en perdant son humidité. Mais si, au lieu d’eau, ou emploie de la glycérine et du glucose l’élasticité se conserve pendant un temps très long; à l’aide de cette gélatine molle, M. Le Bourg, au lieu de mouler des éléments de statue, moule celle-ci dans son entier, il l’entoure pour ainsi dire d’une sorte de gant de gélatine, en deux pièces, qui se détache avec une extrême facilité et donne des moulages d’une finesse vraiment extraordinaire. Par suite au lieu d’un assemblage d’éléments, il obtient une cire d’une seule pièce. Cela fait, par les procédés ordinaires de la cire perdue, il recouvre de barbotine la statue à reproduire, fond la cire et coule le métal.
- Pour confectionner les moules en gélatine, on commence par prendre deux moulages en plâtre et et c’est sur eux qu’on opérera, laissant ainsi l'origi-
- nal absolument intact. L’un des deux moulages est gratté superficiellement sur une épaisseur convenable de façon à constituer un noyau qui sert pour obtenir une « boîte à noyau » absolument semblable à celles en usage dans le moulage en sable. La seconde épreuve en plâtre va nous servir à faire le moule. A cet effet, on commence par l’enduire d’une épaisse couche de terre qui l’enveloppe entièrement; puis on coule une chape en plâtre en deux pièces, A, emprisonnant cet ensemble ; retirant alors une des moitiés de cette chape, on enlève délicatement la terre, de sorte que la moitié de la statue se trouve ainsi mise à nu. On se rend compte facilement que si, à ce moment, on remet en place la demi-chape, il restera entre celle-ci et la statue un vide B correspondant à l’espace occupé par l’enveloppe de terre qu’on vient d'enlever. On remplit alors ce vide en y coulant de la gélatine molle qui, grâce à son extrême élasticité, pourra le moment venu être retirée sans abîmer le modèle (fig. 2).
- Procédant pour la seconde demi-chape comme pour la première, on obtient une empreinte en gélatine de la deuxième moitié de la statue. Si, à ce moment, on referme la chape en deux pièces, intérieurement garnie de gélatine, on voit qu’il restera en creux, au milieu du moule, l’empreinte exacte de la statue à reproduire.
- Prenons maintenant un noyau I) fait à l’avance et convenablement séché, puis introduisons-le dans la cavité qui se trouve au milieu du moule ; il l’occupera presque entièrement, ne laissant vide qu’une mince couche annulaire C qui correspond précisément à l’épaisseur à donner au métal. C’est dans cet espace vide qu’on coulera la cire fondue et on n’aura plus qu’à retirer soigneusement les demi-chapes en plâtre, puis les enveloppes de gélatine pour mettre au jour une statue qui, sauf les procédés employés pour l’obtenir, sera identique à celle qu’un artiste aurait pu modeler (fig. 1). Comme on le voit le procédé Le Bourg ne diffère de l’ancienne cire perdue que par le moyen employé pour obtenir l'épreuve en cire, mais avec cet avantage que le procédé ancien ne permettait de faire qu’une épreuve unique tandis que maintenant il est aisé d’en avoir un grand nombre absolument identiques et aussi délicates que celles obtenues par la cire perdue classique.
- Il est à remarquer que de toutes les opérai ions que nous venons de décrire, aucune n’exige d’habileté professionnelle ; donc plus de mouleur, de ciseleur, ni de monteur et c’est précisément une des originalités du procédé de faire une statue en bronze sans l’intervention d’aucun des corps de métier actuellement employés. 11 en résulte, en outre, que les épreuves obtenues ont le rare mérite d’être la reproduction rigoureuse de l’œuvre du statuaire dont le sentiment artistique est de tout point fidèlement respecté. E. Magun.
- Ingénieur des Ai ls et Manufactures.
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- LA NATURE.
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- LES FLEURS DES ALPES
- Les Alpes ont des fleurs admirables, d'une fraîcheur, d'une variété, d’une vivacité de couleur incomparable. Les fleurs forment de merveilleux parterres dont l’éclat est encore avivé par la sécheresse et la limpidité de l’air des hautes régions où elles vivent, et où elles vivent avec une rapidité qui tient du prodige. En très peu de jours, elles arrivent à un développement complet. Au commencement de l’été, dans les prairies de montagnes, on assiste au spectacle d’une vie intense qui se manifeste par des changements d’aspect visibles d’un moment à l’autre. Tous les voyageurs ont pu observer ces phénomènes et tous savent quel charme ces multiples fleurettes donnent aux Alpes si sévères et si grandioses; elles sont en grand péril. Dans toutes les Alpes on leur fait une chasse acharnée. On arrache sans merci les pieds qui les supportent; certaines d’entre elles sont devenues introuvables.
- Les touristes ont quelquefois la manie de collectionner les espèces curieuses qu’ils rencontrent, et les transplantent dans leurs jardins. Mais ils ne sont pas les grands agents de dévastation. 11 existe des industriels dont l’unique métier est la recherche des plantes de haute altitude, ils ont un flair tout particulier pour découvrir le gîte d’une plante rare. Dès qu’ils l’ont rencontré, ils .font table rase, emportent tous les sujets de la colonie et les revendent ensuite aux amateurs de curiosités. Dans nos courses à travers les Alpes, nous avons un jour rencontré fortuitement un de ces industriels néfastes. Nous errions sur les croupes du Semnoz, une des belles cimes de nos Alpes de Savoie, sur laquelle se déroulent à l’infini de grands pâturages. La solitude autour de nous était complète : tout au plus entendions-nous le tintement sonore et grave des cloches des troupeaux lointains. Tout à coup, d’une combe verdoyante, nous vîmes surgir un personnage bizarre, porteur de sacs mystérieux. Nous lui fîmes raconter son existence. Il avait pour unique profession, le commerce des plantes des Alpes, plantes médicinales, plantes d’ornement. Son industrie, disait-il, n’était pas sans danger; les montagnards, par instinct sans doute, le recevaient souvent assez mal et lui refusaient tout logis.
- Ils avaient grandement raison. Ce personnage nous est resté dans l’esprit comme l’expression tragique d’un fléau destructeur dans lequel se symbolisait la mort des plantes de T alpage. On s’est ému en divers pays de ces brigandages. C’est en Suisse qu’on a engagé le plus vigoureusement la bataille contre les ennemis des fleurs. 11 existe à Genève, depuis 1885, une association pour la protection des plantes, ayant pour but d’arrêter la destruction des (( plantes recherchées pour leur rareté et qui sont devenues un article de commerce )). Elle emploie pour cela des moyens divers : l’influence et l’exemple de ses membres, les publications populaires qui peuvent éclairer le public sur la manière d’élever et de cultiver les plantes, la création de jardins alpins, placés dans les régions où croissent les plantes menacées.
- Ce dernier point est le plus intéressant à retenir : sans doute les publications populaires ont une influence moralisatrice, et l’affichage de tableaux parlants n’est pas inutile pour inspirer de bons sentiments. Mais la création de (( maisons de refuge » pour les plantes est d’une efficacité plus certaine. Le directeur de l’association, un botaniste alpin de grand mérite, M. Correvon, dit avec raison dans son dernier rapport, que ces jardins sont autant de centres qui permettent de rassembler dans un espace restreint, la quintessence, la synthèse de la flore du pays, cen-
- tres d’où l’on pourra rayonner ensuite dans les territoires dévastés. Ce sont autant de musées vivants qui deviendront de plus en plus utiles à l’alpinisme et à la science.
- Il existe, à Genève, un jardin alpin qui fournit aux jardins botaniques et aux amateurs de rocailles alpines, des plantes adultes élevées par semis et acclimatées, et surtout des graines de plantes alpines. A Bourg-Saint-Pierre, sur la route du Grand Saint-Bernard, un autre jardin, la Linnœa, a été fondé en 1889, à une altitude de 1689 mètres, non loin de l’hôtel « du Déjeuner de Napoléon Premier ». Le Conseil fédéral alloue un subside à la Linnœa, qui constitue un laboratoire naturel fort intéressant pour les spécialistes. Le dernier venu des jardins botaniques de la Suisse française, se trouve aux Boches de Naye, à coté de la station terminus du funiculaire de Glion-Nayc, à plus de 2000 mètres d’altitude. Il porte le nom de Rambevtia en souvenir d’un alpiniste distingué de Lausanne. Retenons bien ceci : ces créations sont uniquement l’œuvre d’initiatives privées. Ce sont de simples particuliers qui se sont groupés de leur propre volonté et ont essayé de sauvegarder une partie du patrimoine général.Il yaen Suisse beaucoup d’institutions de ce genre.
- Passons en Italie : on s’est ému là aussi de la disparition des plantes. L’Association genevoise y a trouvé un terrain bien préparé pour sa propagande, surtout dans la vallée d’Aoste. C’est une vallée où la Fiance a gardé de très vives sympathies. 11 y a vingt ans, notre langue y était la langue courante ; entre Valdotains et nous, il y avait communion d’idées et de sentiments. C’est dans ce pays qu’arrose la tumultueuse Dora Baltea, qu’un nouveau jardin alpin vient d’être créé. 11 se trouve au col du Petit Saint-Bernard : sur le seuil de l’Italie, il sera comme un gracieux salut aux voyageurs en même temps qu’un conservatoire des plantes rares des Alpes Graïes.
- Ce jardin a nom Chanousia : ce nom mérite une explication. L’hospice qui s’élève sur le col du Petit Saint-Bernard, et qui est destiné à abriter les ouvriers italiens qui émigrent ou qui rentrent chez eux, est dirigé depuis trente-huit ans, par l’abbé Chanoux. Ce pieux solitaire a consacré les longs loisirs que lui laissent les neuf mois d’hiver de la région où il habite, à des études scientifiques. 11 a pris en pitié les petites fleurettes qui égayent, dans la saison chaude, les immenses alpages qui entourent sa maison. Il leur a construit un vaste enclos, bien abrité, presque chaud malgré ses 2100 mètres d’altitude, où elles pourront se développer à l’aise et se perpétuer sans avoir à craindre les déprédations des touristes et des chasseurs de métier. L’emplacement est grandiose : c’est un plan incliné, un terrain tout mouvementé et bosselé. Des milliers et des milliers de plantes pourront y vivre à l’aise sans trop se coudoyer. Il renferme toutes les expositions et tous les terrains. Il a des parties en plein midi pour les plantes amies de la chaleur, des endroits au nord pour d’autres ; il y a des pierriers pour les plantes de rocailles, des gazons épais pour les végétaux bulbeux, des parties marécageuses pour les plantes qui aiment l’eau.
- L’exemple des Suisses et des Italiens devrait susciter en France, des entreprises du même genre : mais chez nous toute tentative faite en dehors de l’Etat semble frappée d’impuissance. La section des Alpes-Maritimes du C. A. F. avait fondé, à Saint-Martin-Vésubie, un jardin alpin. L’entreprise n’a pas donné les résultats espérés. Des savants, comme M. G. Bonnier, ont installé à Chamonix ou dans les Pyrénées, des stations d’études temporaires. L’œuvre de dévastation continue avec une vigueur accrue par l’impunité. La situation est si mauvaise que plusieurs
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- LA IN AT U UE.
- préfets, notamment celui de la Haute-Savoie, ont rendu des arrêtés de protection pour les plantes. Mais il faudrait pour aboutir à un résultat durable, une mesure de police générale, et la création, par le Club alpin par exemple, de plusieurs jardins de refuge.
- Je conclus : il y a péril pour nos fleurs des Alpes françaises. Les pauvres, elles ne peuvent se défendre; c’est à ceux qui les aiment à les protéger contre leurs ravisseurs. Elles sont la parure aimable de la haute montagne, elles lui donnent un éclat incomparable et comme une vie particulière. En songeant à leur disparition possible, j’entends chanter dans ma mémoire cette parole d'un de leurs admirateurs : « Si tu veux comprendre l’iiîiportance des fleurs, imagine un monde sans elles, et la comparaison t’épouvantera, parce que l’idée de la mort viendra de suite. » J. Couc.KiJ.K,
- _________ -'fïrogo de l'Université.
- LES FIACRES ÉLECTRIQUES A LONDRES
- Une société, the London Electvical Cab Company, a mis en service à Londres depuis bientôt
- Fij. 1. — Le fiacre électrique (le Londres.
- o chevaux, à double enroulement sur l’inducteur et sur l’induit, est fixé dans un coffre de derrière et commande par un engrenage un arbre de transmission. Celui-ci est divisé en deux parties qui mettent chacune en mouvement au moyen d’une chaîne une des deux roues d’arrière. Les enroulements et les champs peuvent d’abord être couplés en tension avec une faible résistance; on retire ensuite cette résistance et la voiture peut marcher à la vitesse de A,8 kilomètres par heure. Avec les armatures en parallèle et les champs en tension, on peut atteindre 11,205 kilomètres par heure. Enfin avec les deux champs en quantité, la voiture peut parcourir 14,481 kilomètres à l’heure.
- Les accumulateurs ont un poids total de 711 kilogrammes, et la voiture complète, compris les passagers, un poids de 1524 kilogrammes.
- Sur le côté gauche se trouve installé le levier de marche; dès que ce levier est mis en place en avant,
- trois semaines 15 fiacres électriques à accumulateurs. Il est intéressant de donner à ce sujet quelques détails sur les dispositions adoptées ; nous les emprunterons à notre excellent confrère the Elec-trical Review.
- La voiture, que représente la figure 1, a la forme exacte d’un coupé; l’intérieur est entièrement tapissé et sur le côté se trouvent des glaces qui peuvent s’ouvrir et plus loin des glaces fixes. Le cocher est placé sur un siège à l’avant ; il avait été question de le mettre au-dessus de la voilure à l’arrière, mais il est nécessaire qu’il distingue nettement la route à suivre.
- La batterie d’accumulateurs employée eonsistc en 40 accumulateurs de YElectrical Power storaye, d’une capacité de 170 ampères-heure au débit de 50 ampères. Ils sont montés dans un coffre sur un plateau qui est maintenu à l’aide de ressorts sous la voiture. Un moteur électrique Johuson-Lundell de
- .Fig. ± - Installation des machines pour la charge.
- la voiture part avec une vitesse de 1,6 à 16 kilomètres à l’heure. Il suffit de renverser le levier et de le placer au milieu pour que la voiture s’arrête aussitôt. Elle repart en arrière si le levier est repoussé en sens inverse. Le frein est appuyé sur la roue par le pied droit, le courant électrique est alors interrompu. La direction se fait uniquement par la manœuvre d’un volant central placé devant le conducteur. La conduite de la voiture est très facile et très simple; sur 15 conducteurs choisis, 12 après 2jours d’exercice étaient capables de diriger la voiture.
- Au repos, la voiture est fermée à clef, et il n’est possible à personne de la mettre en route.
- Le conducteur n’a qu’à serrer les ciels dans ses poches et laisser la voiture au repos.
- La Compagnie, qui a entrepris la mise en marche des fiacres électriques à Londres, n’a pas voulu produire elle-même l’énergie électrique ; d’abord en raison des prix faibles que lui faisaient, dans le jour,
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- LA NATURE.
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- les sociétés d’électricité, et ensuite parce que le service en augmentant exigerait des stations de charge dans toute la ville de Londres.
- La première station de charge a été établie à Juxon Street,
- Lambeth. Le courant alternatif est iourni par la « London Electric supply Uor-p o r a t i o n » , à 2100 volts et à la fréquence de 85 périodes par seconde. On a installé deux transformateurs, formés chacun d'un moteur à courants alterna-t i fs Thomson Houston, actionnant directement une dynamo à courants continus de 75 kilowatts du même constructeur. La figure 2 donne une vue d’ensemble de l’installation des deux transformateurs.
- La transformation de l'énergie électrique de haute tension à courants alternatifs en liasse tension à courants continus se fiait avec un rendement de 80 pour 100.
- La figure T> donne une vue du dépôt des voitures, et la figure 4 une vue de la salle de charge. Les coffres d'accumulateurs ont été retirés de dessous les voitures, posés sur des chariots et amenés le long du mur pour la charge. Le prix de vente de l’énergie électrique est de0fr, 1575 le kilowatt-heur e . Avec une charge complète, la voiture peut faire un trajet de 80km; la dépense est de 2fl’,50. Notre confrère lhe Electric al Review parle des essais déjà faits et dit que ces premières voi-
- Fijr. 4. — La salle de charge des accumulateurs.
- tures ont fort bien[fonctionné dans les rues de Londres, Attendons-nous donc à voir ce service se développer, et à trouver aussi dans Paris des fiacres électriques
- parmi les fiacres automobiles qu’on nous promet depuis déjà quelque temps. J Laffargce.
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- LA NATURE
- FALSIFICATION DES TITRES
- On falsifie encore assez souvent les titres au porteur. Il va de soi que les falsificateurs ne perdent pas leur temps, en généra], à imiter les titres; le procédé serait coûteux et difficile. Mais il arrive que l’on change les numéros des titres (pii pourraient être frappés d’opposition, de telle sorte que le premier propriétaire perd son recours et que le nouvel acheteur peut se présenter aux guichets des banques ou des agents de change avec un porteur des mêmes numéros. Le faux numérotage est quelquefois réalisé par des falsificateurs audacieux et il échappe naturellement, la plupart du temps, à l’œil des employés. 11 y a moyen de mettre la fraude en évidence. M. Blarez vient de le montrer et do tracer la voie à suivre aux experts *.
- Le titre à examiner est étalé sur une table bien éclairée et l’on étudie un à un tous les numéros des coupons et les chiffres. L’espacement est toujours très bien proportionné dans les valeurs non falsifiées; si, au contraire, on a remplacé certains chiffres après avoir gratté, il est bien rare qu’ils soient symétriquement disposés ou régulièrement placés; on aperçoit aussi des différences dans l’aspect de l’encre, qui est plus pâle ou plus noire. Cet examen préliminaire suffit souvent pour faire soupçonner la falsification. Ensuite, on étudie le titre, non plus à la lumière du jour, mais à la lumière artificielle ; car ce qui échappe avec un éclairage donné devient visible avec un autre. Sous certaines incidences de la lumière, la majeure partie des chiffres surajoutés apparaissent, seuls, à cause du pouvoir réflecteur différent des encres. Les encres anciennes, par suite d’oxydation, sont comme vernissées à leur surface et elles réfléchissent si bien la lumière que parfois, sous certaines inclinaisons, on ne peut pas lire les chiffres. Avec les encres récentes, les caractères sont plus mats, moins brillants. En sorte que, d’un coup d’œil, on scrute la composition des numéros, on voit nettement les chiffres nouveaux se distinguer des chiffres anciens. Le chiffre ajouté saute aux yeux en quelque sorte. Ce procédé si simple peut servir de critérium.
- 11 arrive même que, en regardant le titre presque tangentiellement, apparaît exactement un chiffre différent de celui qu’on lit directement. C’est qu’on distingue le chiffre qui préexistait avant qu’on lui ait substitué le nouveau. Cette apparition soudaine est encore due aux jeux de lumière qui se produisent dans les creux du papier, creux imprimés par le chiffre primitif, îlot formé par la sandaraque dans le but de dissimuler le grattage. On sait bien que les images invisibles des miroirs japonais deviennent visibles quand on les éclaire sous une certaine incidence. La lumière, en effet, se réfléchit différemment là où les outils ont imprimé de petites déformations du métal et en raison même de ces déformations. C’est la même chose ici.
- Après avoir ainsi étudié les titres directement et sous des inclinaisons variables, M. Blarez conseille de les regarder par transparence quand on a passé une légère couche d’alcool sur les numéros. Les traces de grattage, les traces d’enduit résineux ou de rapiéçage deviennent visibles et confirment la falsification. 11 est bon de se servir de la loupe.
- L’examen du verso des titres est aussi bon à faire. 11 arrive que, souvent, on distingue ainsi le chiffre primitif, et, à côté, les chiffres surajoutés sont plus apparents ou moins visibles ; mais ils sont différents. On peut encore
- 1 bulletin de la Société de pharmacie de Bordeaux.
- faire ressortir les anciens chiffres en induisant légèrement de plombagine le derrière des numéros. Les contours repoussés par l’apposition du nouveau chiffre prennent mieux la plombagine.
- Enfin, à ces méthodes, on peut encore ajouter les procédés chimiques. M. Blarez recommande notamment le lavage au moyen de deux liqueurs spéciales.
- La première est constituée par de l’huile de ricin,
- 1 partie; alcool à 95 degrés, 0 parties. En lavant un numéro avec un pinceau imbibé de ce liquide, les chiffres anciens ressortent beaucoup mieux que les chiffres récents.
- La seconde liqueur est formée de lessive de soude,
- 2 parties; eau, 100 parties. Les falsificateurs souvent enlèvent un seul numéro d’un chiffre avec un grattoir, reconstituent les traits horizontaux, rapiècent l’emplacement en mettant un vernis à hase de sandaraque sur le devant et un enduit blanc mat sur le derrière. C’est sur la couche de sandaraque (pie s’imprime le nouveau chiffre que l’on choisit habilement, de façon qu’il puisse recouvrir tout au moins en partie les vestiges du chiffre enlevé. Dans ces conditions, le nouveau chiffre n’adhère pas au papier comme les autres; il est en quelque sorte superposé au-dessus de la couche de sandaraque. Aussi, une légère imbibition de ce chiffre à l’eau alcaline suivie d’un lavage sommaire permet de le faire disparaître en quelques instants et très souvent on peut lire au-dessous les traces plus ou moins nettes du chiffre préexistant.
- Ces quelques détails suffiront largement pour mettre les personnes qui auraient des doutes sur leurs titres à même de reconnaître la fraude et de retrouver les numéros falsifiés. Flamel.
- LA PRODUCTION DU FER
- La statistique offre toujours des renseignements fort curieux et très instructifs. M. Simmersbach a publié dans Stahl und Eisen des détails bien intéressants sur la production du fer. En 1865, la Grande-Bretagne a produit 4 819 254 tonnes de fer, et en 1895, elle a donné 7 826 714 tonnes; en 1890, elle avait produit 8 030 000 tonnes. En 1865, les hauts fourneaux étaient au nombre de 656 et produisaient chacun par jour 24,5 tonnes; en 1895, on ne comptait que 344 hauts fourneaux produisant chacun par jour 7579 tonnes. Les États-Unis fournissaient en 1865, environ 931 582 tonnes et, en 1895, un total de 9 627 448 tonnes. L’Allemagne ne donnait, en 1865, que 771 903 tonnes; mais en 1895, elle produisait 5 788 798 tonnes. En France la production n’a pas augmenté aussi rapidement. En 1865, on comptait 989972 tonnes et, en 1895, il y en avait 2 005 889. En résumé, en 1895, on pouvait dire que les États-Unis fournissaient 38 pour 100 de la production totale du fer, la Grande-Bretagne 51 pour 100, l’Allemagne 23 pour 100 et la France 8 pour 100. M. L.
- LE NAYIRE INSUBMERSIBLE
- Rendre le cuirassé indifférent aux attaques des torpilles marines et aussi de ces torpilles aériennes que sont aujourd’hui les obus remplis d’explosifs, est évidemment l’idéal vers lequel tend tout ingénieur des constructions navales. Ce problème posé ainsi, avec un énoncé aussi absolu, est-il irréalisable? Certainement non ; tout au moins théoriquement.
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- Un projectile ou une torpille perfore la carène d'un navire, éclate à son intérieur, produisant une large brèche. Par cette brèche la mer se précipite, remplit tout le bâtiment et il sombre.
- Pour parer dans une certaine mesure à ces dangers, on a cloisonné l’intérieur des navires; autrement dit, on les a divisés en un grand nombre de compartiments étanches faciles à isoler les uns des autres. Si, à la suite d’un accident ou d’une blessure de guerre, un de ces compartiments vient à être envahi par les eaux; les autres, grâce à l’étanchéité des cloisons qui les séparent, restent vides, et le vaisseau continue à flotter. Mais le cloisonnement est un palliatif bien impartait, surtout pour le navire de combat. Rempli en partie par la mer, le bâtiment se trouve alourdi, son équilibre est rompu, il marche à une allure dérisoire et ne gouverne plus. Or, un vaisseau de guerre privé de ces qualités de vitesse et de maniabilité qui font sa principale force est voué à une délaite certaine ; le premier adversaire qu’il rencontrera aura facilement raison de lui.
- Tant que le cloisonnement seul sera opposé comme palliatif aux effets destructeurs des torpilles, un seul de ces engins, atteignant le plus puissant cuirassé du monde, en fera un invalide, un blessé mis hors d’état de se défendre.
- Pour conserver au navire blessé ses qualités nautiques dans la plus large mesure possible, il faudrait que le nombre de ses cloisons intérieures fût très grand, ou mieux qu’il fût plein d’une matière plus légère que l’eau. Supposons en effet un navire entièrement rempli d’un chargement de bouchons en liège ; une torpille l’atteint, éclate contre sa paroi ; dans le voisinage, les bouchons formant matelas sont comprimés fortement, créant par leur agglomération une deuxième paroi en arrière de celle qui est détruite. Le vaisseau a bien une blessure au flanc, mais cette blessure se réduit à une déformation locale des courbures de sa carène, et l’eau n’a pu venir l’alourdir en envahissant son intérieur, puisque le vide de cet intérieur se trouve déjà comblé par une matière solide. Le coup de torpille a à peine modifié sa stabilité.
- La supériorité à ce point de vue du navire de guerre plein sur le navire de guerre vide est si flagrante que de nombreux essais ont été faits à diverses époques pour réaliser l’encombrement intérieur des parties immergées, encombrement seul capable de pallier efficacement les conséquences désastreuses d’une blessure dans les œuvres vives en s’opposant à l’envahissement par la mer. Dans cet ordre d’idée, on essaya comme substances encombrantes, successivement : les briques calcinées, le varech comprimé, le liège, le bois de peuplier, la pierre ponce, le bambou ; on fut même sur le point d’expérimenter la division du navire en des milliers de compartiments étanches très petits, par l’utilisation de boîtes de fer blanc vides, soudées, remplissant tout son intérieur !
- Malheureusement une nécessité inéluctable a fait
- abandonner tous ces essais, excellents tous quant à leur principe. La puissance perforatrice des obus augmentant, les cuirasses protectrices se sont alourdies ; d’autre part des pièces d'artillerie, quelques-unes de véritables colosses, sont venues s’accumuler sur le bâtiment déjà trop surchargé par sa cuirasse, par les tourelles, abris nécessaires des canons; et, pour lui conserver sa flottabilité, on a dû recourir à la plus légère des substances pour remplir ses vides intérieurs, à l’air atmosphérique. Autrement dit, le navire moderne étant trop chargé, on ne peut songer à l'encombrer sous peine de le rendre plus dense que l’eau et de le voir couler au fond comme une pierre.
- Quand il s’agit des cuirassés actuels, on ne saurait donc appliquer la méthode de l'encombrement de la carène et on doit se contenter de la compartimentation dont on a vu plus haut la grande infériorité. Pour s’opposer à l’intrusion de la mer dans le compartiment blessé du bâtiment, il a été proposé d’avoir recours à un autre système d’une grande originalité et qui, au premier abord, surprend par son originalité même. Ce système est celui de l’aveuglement automatique des voies d’eau par la substance même dont se compose la carène!
- Qu’on nous permette une comparaison. Prenons un bloc de caoutchouc et taillons-le de façon à lui donner grossièrement la forme d’une coque de navire mais en ayant soin de laisser à cette coque des parois assez épaisses. Plaçons ce bateau-joujou sur l’eau, il flottera ; si maintenant nous traversons cette coque de part en part au moyen d’une aiguille ou d’une pointe, le caoutchouc par son élasticité refermera les lèvres de la blessure, celle-ci sera presque invisible, et en tout cas l’eau ne pourra pénétrer dans le bateau malgré cette perforation. La substance dont est formée la carène aura automatiquement aveuglé la voie d’eau occasionnée par le passage du corps étranger.
- Ce qui vient de se produire en petit dans cette expérience simple, se produirait de même pour un vaisseau dont la carène, faite de caoutchouc ou de toute autre substance aux propriétés élastiques analogues, aurait une épaisseur de parois convenable.
- Mais un grand navire tout en caoutchouc, outre qu’il serait d’un prix de revient excessif, serait très lourd; aussi est-il préférable, pour arriver à l’aveuglement automatique des voies d’eau par la substance constituant la carène, de s’adresser à une matière aux propriétés obstructives plus complètes que celles du caoutchouc, de telle façon que l’épaisseur des parois faites ou doublées de cette matière ne dépasse pas une valeur acceptable.
- De nombreuses substances possèdent la propriété de foisonner au contact de l’eau. Que derrière toute l’étendue de la carène du bâtiment on place un matelas continu formé de l’une de ces substances, elle restera sèche, mais si au flanc du navire vient à se produire une blessure par laquelle l’eau puisse pénétrer, les portions du matelas voisines de la dé-
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- ehirure s’imprégneront d’eau, gonfleront et boucheront l’ouverture, établissant la continuité de l’obstacle opposé à l’entrée de la mer dans l’intérieur du bâtiment. Une de ces substances surtout présente ces propriétés de foisonnement à un degré extraordinaire et, outre cet avantage, offre ceux d’une légèreté extrême et d’une imputresci-bilité presque indéfinie; cette substance est une cellulose amorphe extraite des fibres du fruit du cocotier.
- Théoriquement, des matelas formés de cette cellulose et doublant intérieurement la coque d’un navire le mettraient donc à l’abri de l'invasion de la mer par une voie d’eau, même importante. Dans la réalité en serait-il vraiment ainsi?
- De nombreuses expériences ont été faites, tant en
- France qu’à _________________________________
- l’étranger, pour essayer ce curieux mode de protection des navires. Les plus typiques ont consisté à traverser de part en part au ras de sa ligne de flottaison, avec un projectile de eros calibre tiré à courte distance, un navire doublé intérieurement d’une chemise de cette cellulose, puis à faire exécuter par forte houle une croisière de plusieurs heures sous toutes les vitesses au bâtiment ainsi blessé. Ces expériences furent unanimement concluantes: les quantités d’eau embarquées par les larges blessures restèrent insignifiantes (quelques litres), tant était efficace et solide l’obturation due au foisonnement de la cellulose.
- Pourquoi, si ce mode de protection est aussi efficace, tous nos bâtiments n’en sont-ils pas munis?
- Parce que les en munir équivaudrait à refaire toute notre flotte, et aussi parce que la complication
- des navires de guerre est devenue telle aujourd’hui qu’ajouter à cette complication le grave assujettissement d’avoir à doubler toute une carène d’un épais matelas continu, rendrait presque impossible à résoudre le problème déjà si difficile de la stabilité des
- grands
- vais-
- Fig. 1. — Matelas de cellulose.
- (D’après une photographie do M. Torrilhon à Clermont-Ferrand.)
- bien
- seaux de guerre.
- A l’heure actuelle, avec l’extension énorme qu’a prise le domaine colonial lointain des puissances européennes, les efforts les plus grands sont faits pour augmenter la vitesse, tant des vaisseaux de guerre que des navires de commerce.
- Les uns pensent y parvenir par de simples perfectionnements de
- Coupe verticale.
- Coupe horizontale.
- Fis. 2.
- ce qui est déjà; d’autres plus hardis, mais sans grand succès jusqu’ici, préconisent des modifications radicales à l’art nautique ; témoin, ce ba-teau-rouleurdont il a tant été parlé et dont les essais récents en eau cependant calme, exécutés sur la Seine entre Rouen et Le Havre , sont loin d'avoir répondu à ce qu’espérait son inventeur ; témoin encore cette proposition, séduisante au premier abord, qui a été faite d’insuffler autour du bâtiment en marche quel qu’il soit, au-dessous de sa flottaison, de l’air qui, s’interposant entre l’eau et la carène, entourant pour ainsi dire cette dernière
- K-Jlfi-onj-zz/'
- Coupes dans les parois de cellulose après passage d’un ohus
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- d’une chemise éminemment fluide, diminuerait les beaucoup à la vitesse et peut-être pas assez à la frottements dans une large proportion. On songe sécurité des équipages et des passagers. Ne con-
- Fip. 3. — Le croiseur Hékla perforé par un obus au-dessus de la flottaison. (D'après une photographie de M. Torrilhon.)
- tig. L — Le croiseur Hékla perforéspar un obus rentrant après une croisière de douze heures. (D'après une photographie de M. Torrilhon.)
- viendrait-il pas, pour éviter ces effroyables sinistres maritimes, qui durant ces derniers temps se sont multipliés, terribles avertissements, de se préoccuper un peu de cette sécurité ? Ne conviendrait-il
- pas de chercher, toutes les fois que c’est possible, à réaliser l’insubmersibilité par l’encombrement intérieur des carènes, à leur donner tout au moins une protection efficace contre les accidents, soit en don-
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- blant de cellulose amorphe les parois des navires en chantier, mode de protection qui n’a rien d’irréalisable puisque quelques vaisseaux et non des moins rapides en sont pourvus, soit en munissant les autres batiments de matelas mobiles de cette même cellulose destinés à permettre, par leur interposition à l’endroit voulu, l’aveuglement des voies d’eau, mesure de précaution qui ne doit être ni inutile, ni illusoire, puisque récemment la marine de guerre française l’a adoptée officiellement. Léo Dex.
- LE MOTEUR THERMIQUE HARDIE
- La question des moteurs thermiques, en raison de son importance, est bien étudiée aujourd’hui. Elle est d'autant plus discutée, (pie l'emploi des moteurs à gaz et à pétrole se généralise.
- Le but est de trouver un moteur qui, au point de vue des facilités de marche et de puissance, puisse égaler la machine à vapeur tout en fonctionnant d’une façon économique à la manière des moteurs à gaz. On vient d’imaginer un nouveau moteur, le moteur thermique Gardie, dont l’originalité et la valeur résident précisément dans la mise en pratique aussi exacte que possible des principes de la thermodynamique.
- Le moteur Gardie est un moteur à gaz à combustion sous pression. Ses organes principaux sont un gazogène, un cylindre moteur et un récupérateur de chaleur.
- Le gazogène, qui tient lieu de chaudière, a l’aspect extérieur d’un cubilot (lig. 1). Ses parois, en tôle de fer ou d’acier, sont intérieurement garnies d’une épaisse couche de briques réfractaires (BR). La déperdition de chaleur est ainsi réduite au minimum. L’espace central est rempli de charbon dont la combustion est entretenue par un courant d’air amené dans la partie inférieure de l’appareil par de petites ouvertures b, b. Une certaine quantité de vapeur d’eau surchauffée est introduite en même temps. En traversant la colonne de charbon incandescent, le mélange d’air et de vapeur donne naissance à de l’oxyde de carbone et à de l’hydrogène, c’est-à-dire à des gaz combustibles.
- Dans ce gazogène l’air est soufflé sous une pression de 6 à 8 kilogrammes par centimètre carré au moyen d’une pompe à air mue par la machine elle-même. Cette haute pression a pour effet de rendre la combustion extrêmement active et de faciliter les combinaisons chimiques. Aussi on peut injecter dans le foyer une proportion de vapeur d’eau qui atteint ou qui peut même dépasser 1 kilogramme par kilogramme d’anthracite brûlé. Les combustibles les plus dépréciés, tels que les houilles maigres, brûlent sans difficulté dans ce gazogène, ce qui est singulièrement économique.
- Le charbon, dans le gazogène Gardie, est consumé entièrement, et ne laisse d’autres résidus qu’une quantité insignifiante de cendres, scories, mâchefers.
- Sous l’influence de la température très élevée, les produits ammoniacaux et les goudrons, qui pourraient se former, sont complètement dissociés et décomposés.
- 11 en résulte — et c'est là le point capital à noter — ({ue le gaz, dès sa sortie du gazogène, est dépourvu d’hydrocarbures condensables, et plus riche que les gaz Dowson et autres. On l'emploie donc immédiatement dans le moteur sans avoir besoin ni de le purifier, ni de le refroidir, et en supprimant tous les organes encombrants qui accompagnent les gazogènes habituellement en usage, tels que serubbers, épurateurs, colonnes à coke, gazomètre.
- Un simple nettoyeur (F), placé auprès du gazogène, recueille les cendres et poussières de charbon qui, en très petite quantité, sont entraînées mécaniquement par le courant gazeux.
- Le gazogène Gardie, en raison de sa simplicité, peut être avantageusement employé, comme producteur de gaz d’éclairage ou de chauffage, surtout s’il s’agit d’obtenir de très hautes températures.
- Prenons le gaz à la sortie du nettoveur (fig. 2). Au moyen de soupapes, commandées par des cames, il est introduit dans les cylindres moteurs à la pression initiale de la pompe à air, tandis (pie, d’autre part, un courant d’air additionnel, venant de cette même pompe à air, fournit les éléments nécessaires à la combustion. L’air venant de la pompe à air en d traverse les tubes tt, s’y réchauffe et se rend pur 2 au cylindre moteur. Les gaz d'échappement suivent une marche inverse dans l’espace libre entre les
- tubes t, t.
- Le gaz et le courant d’air se rencontrent à l’entrée du cylindre, où ils se mélangent et s’enflamment sur un allumeur. La température des gaz s’élève alors, par la combustion, à 1500 ou 1800°. Leur pression, puis leur dilatation commencent à déterminer le déplacement du piston dans le cylindre. L’introduction des gaz étant bientôt arrêtée, ils ams-sent par détente pendant le reste de la course du piston.
- En raison de la disposition adoptée, il n’y a pas d’explosion dans les cylindres, mais une combustion continue, qui rappelle celle d’un bec de gaz à air libre.
- Les diagrammes de pression du gaz dans les cylindres de la machine Gardie sont par suite semblables à ceux obtenus avec une machine à vapeur à détente.
- Voilà pourquoi le moteur Gardie n’a pas, dans sa marche, ces ébranlements et ces secousses brusques qu’il est impossible d’éviter dans les moteurs ordinaires à gaz et à explosion. D’où cette conséquence particulièrement remarquable qu’il peut être construit en toutes dimensions, et qu’il est apte à devenir le moteur de la grande industrie et des grands navires.
- D’ingénieuses dispositions, très simples d’ailleurs, assurent le bon fonctionnement des organes et viennent parer à tous les inconvénients qui résulteraient
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- des hautes températures. Toutes les précautions sont prises cependant pour faire économie de chaleur. L’enveloppe des cylindres moteurs étant remplie d’eau fait l’office d’une petite chaudière qui produit la vapeur injectée dans le gazogène. Les gaz hrùlés de l’échappement, à leur sortie des cylindres, ré-
- chauffent dans des récupérateurs appropriés, l’air venant de la pompe à air et servant soit à alimenter le foyer du gazogène, soit à déterminer la combustion du gaz dans le cylindre moteur.
- Le cycle du moteur Gardie est aussi bien fermé que possible; il se rapproche plus que tout autre du
- Moteur thermique Gardie.— Fig. 1. Gazogène. B B, couche réfractafre ; A A, enveloppe extérieure; b b, entrées d'air; F N N, nettoyeur. — Fig. 2. Coupe en élévation du moteur. A, cylindre moteur; R, récupérateur; mn, mouvement de distribution; h, circulation d’eau; k, bague du piston; tt, faisceau tubulaire; x, pompe de circulation d’eau; s, arrivée du mélange de gaz et d’air au cylindre moteur. — Fig. 3 et 4. Vue de face en élévation et vue en plan. A, cylindres moteurs; B, volant; C, pompe à air; r, réservoir d'air; R, récupérateurs; G, gazogène; N, nettoyeur à sec; x, pompe de circulation d’eau autour des cylindres.
- moteur thermique théorique, et c’est ce qui constitue sa supériorité.
- Une première machine d'essai construite à Nantes et développant une puissance de 60 chevaux consommait par cheval-heure effectif 500 grammes d’anthracite environ. Des moteurs d’une plus grande puissance et d’une construction mécanique plus soignée produiront le cheval-heure effectif dans de meilleures conditions. Il y aura donc une économie
- de combustible de moitié sur la consommation des meilleures machines à vapeur.
- Un moteur Gardie de 20 chevaux est actuellement établi dans les dépendances du château de la Charbonnière, près d’Orléans, appartenant à M. Prot. Il y actionne en service régulier, des pompes de distribution d’eau et une dynamo qui alimente plusieurs centaines de lampes à incandescence. Norbert Lallié.
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- UN LÉZARD A DEUX QUEUES
- Nous avons déjà signalé dans ce journal un grand nombre do monstruosités diverses; et pour n’en rappeler que quelques-unes1, nous citerons le canard à deux tètes, à quatre pattes, le veau à trois pattes, le serpent à deux tètes.
- M. Gervais, à Gigean (Hérault), nous a envoyé le dessin d’un lézard à deux queues qui a été capturé dans une vigne de l’Hérault. G'est, un lézard vert.
- On voit que les deux queues sont sensiblement pareilles en longueur et en section; elles partent exactement d’un même point, et la bifurcation est très nette. M. Gervais nous fait observer qu'il ne s’agit pas ici d’un accident survenu à l’animal et
- ayant eu pour conséquence soit la division d’une (pieue ordinaire, soit l’addition d’une queue secondaire à la queue normale. Il croyait tout d'abord (pie la suite d'une violente morsure sur la queue primitive avait pu déterminer sa division. On sait
- en effet que les lézards se livrent parfois entre eux à des combats acharnés et qu’ils en conservent souvent des traces très marquantes.
- Dans le cas mentionné, il s’a git bien d’une deuxième queue qui a [iris naissance en même temps que la première. Celte anomalie est certainement de nature à exciter l'intérêt des observateurs. Toutefois les monstruosités de cette nature ne sont pas des plus rares. J. Durand.
- MOULES POUR SOUDURES DE TUYAUX
- L’appareil que nous allons décrire nous paraît u sceptible de rendre des services dans un chantier. H consiste en une sorte de moule en bronze formé de deux pièces s’ouvrant à la charnière (n° 1), que l’on emboîte horizontalement ou verticalement (n°2) sur les deux extrémités de deux tuyaux en plomb à réunir par une soudure.
- Pour les tuyaux verticaux ou a une trémie mobile spéciale. Il faut gratter et préparer avec soin les extrémités des tuyaux à réunir. On chauffe ensuite préalablement le moule et on le fixe sur les tuyaux. Après cela, il faut verser le plomb fondu qui a été chauffé au rouge. On
- remarquer que l’on emploie seulement du plomb au lieu de la soudure à l’étain qui est utilisée avec le fer à souder et la lampe.
- Ces moules, dus
- obtient alors une jonction avec un nœud de
- soudure net et sans bavures (nos a et f). Il est à 1 Yoy. n° 1240, itu 0 mars 1897, p. 221.
- Moules pour soudures.
- vent être d’une certaine
- M. Tye, permettent de faire des soudures [dus rapidement et plus sûrement qu’avec le procédé actuel, et l’on réalise une économie importante résultant de la différence de prix de la matière et de la diminution de main-d’œuvre. Ces moules se font en séries diverses variant suivant les diamètres extérieurs des tuyaux; ils peuvent être disposés pour réunir des tuyaux de diamètres différents, pour faire des soudures de deux tuyaux à angle droit, réunis en T, et soit horizontaux, soit verticaux comme nous l’avons dit [dus haut. Il nous semble que ces appareils peu-utilité. M. Leroy.
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- L’IRICUROMÂTINE
- NOUVEAU l'HOCÉDK DE COLORATION DES SUBSTANCES SANS EMPLOI DE COULEURS
- Je vois plus d’un lecteur sourire à la vue de ce sous-titre et, levant les bras au ciel, gémir sur le malheur des temps en se demandant avec anxiété : comment un journal scientifique peut-il imprimer un article si « charentonnesque » ‘! C’est probablement un travail inspiré par la canicule, dira dédaigneusement le monsieur grincheux. Eh bien non. Le nouveau procédé est aussi sérieux que pratique et les travaux
- antérieurs de son inventeur, M. Charles Henry, sont un sûr garant de sa valeur.
- Disons tout de suite que la. contradiction n’est qu’apparente. En d’autres termes, dans l’industrie créée par le savant physiologiste de la Sorbonne, la coloration des substances, au lieu d’être le fait de l’absorption et de la diffusion de la lumière par certaines mixtures étendues à leur surface, est due à l’interférence des ondes lumineuses réiléchies et réfractées par une pellicule incolore très mince qu’on y fixe. Les magnifiques irisations que présentent les bulles de savon, l’acier trempé, les taches d’huile sur l’eau, les ailes de papillons, etc... sont des manifestations journalières de ces phénomènes
- Un atelier pour la fabrication de l'irichroinatiiie.
- optiques dont on peut se rendre compte de la manière suivante.
- Lorsqu’une lumière monochromatique tombe sur une lame mince transparente, une partie se réfléchit à la première surface de la plaque, une autre portion y pénètre et est réfléchie par la seconde face. Le faisceau qui a traversé la lame, aller et retour, est donc en retard sur la lumière réfléchie en premier. Selon l’épaisseur de la lame, ces deux vibrations lumineuses seront concordantes ou discordantes à leur sortie, elles s’aideront ou se nuiront. La clarté résultante sera alors augmentée ou affaiblie. Si maintenant on fait tomber de la lumière blanche sur une lame d’épaisseur variable avec les points considérés, comme les diverses couleurs spectrales qui la composent ont des longueurs
- d’ondes différentes, des nuances variées prendront naissance, certaines couleurs disparaissant, d'autres au contraire persistant.
- La question délicate était de trouver une pellicule assez mince (l’épaisseur des couches devant être de l’ordre du micron, millième de millimètre) et assez résistante pour l’étendre sur les substances à colorer : papier, bois, verre par exemple. M. Henry a tourné la difficulté en s’adressant à une force qu’on tend à utiliser de plus en plus, la tension capillaire1. En vertu de cette force, les essences possédant une tension superficielle inférieure à celle de l’eau ont la propriété de s’étaler sur ce liquide en couches très ténues capables de réfléchir les couleurs spec-
- 1 Le filage de l’huile à la mer en est une des applications les plus connues.
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- traies. Mais bientôt, l’évaporation de l’essence dissipe le merveilleux chatoiement observé. Aussi pour donner à ces couleurs la fixité, il a fallu demander secours à la chimie. On dissout dans le liquide certaines résines qui, après l’évaporation du dissolvant, s’insolubiliscnt sous l’influence de la lumière en formant une couche de la minceur voulue. Pour la recueillir et la fixer sur le support, M. Henry procède de deux façons dont la première seule est en plein fonctionnement dans les ateliers de M. Roudillon à Paris, c’est celle que nous décrirons tout d’abord.
- On plonge la feuille de papier1, ayant subi un apprêt spécial imperméabilisant, dans une cuve parallélépipédique remplie d’eau. Ce récipient est muni au fonds d’une planche de bois mobile et, sur les côtés, de robinets. Puis, à l’aide d'une pipette, on projette quelques gouttes d’une mixture formée de térébenthine ou de benzine rectifiée. On y dissout de la résine de damar si le papier est à fond blanc ou du bitume de Judée s’il est à fond noir. Une fois la pellicule, formée, on ouvre les robinets, l’eau s’écoule et cette couche vient se déposer sur le papier. On laisse sécher quelque temps en inclinant la planche sur un des rebords de la cuve. Après quoi, on porte planche et feuille au séchoir. Le papier irichromatiné est fabriqué.
- Nécessairement, l’ouvrière doit surveiller la surface pelliculaire, afin qu’elle s’étale parfaitement et qu’il ne se forme pas de bulles. Elle la coupe ensuite tout autour au moyen d'un couteau en corne pour éviter son adhérence aux côtés de la cuve et, par le fait, sa déchirure lors de l’écoulement de l’eau.
- Dans le second procédé, que M. Roudillon est en train d’installer, on immerge au fond d’une cuve, pleine d'eau comme précédemment, un cylindre sur lequel est enroulé un papier sans fin qu’un moteur déroule et émerge. Enfin un mouvement spécial imprime à la couche les ondulations nécessaires et le papier se recouvre de la pellicule.
- On obtient d’ailleurs des effets très variés par des mélanges en proportions convenables et par un choix judicieux des fonds, le tour de main jouant ici un grand rôle. Il faut de plus un apprêt spécial pour chaque corps et ne pas dépasser, comme limite inférieure de l’épaisseur des couches, le micron. Quant aux applications de Y irichromatiné, — c’est ainsi qu’on a baptisé la nouvelle industrie —, elles paraissent nombreuses. On est déjà parvenu à de très jolis résultats. Les murs de la Capitale ne tarderont sans doute pas à être tapissés d'affiches possédant de tels fonds.
- Le procédé servirait même à distinguer, chose assez inattendue, les surfaces à poli spéculaire des
- 1 Le procédé est surtout appliqué jusqu’ici au papier. M. Henry nous a cependant montré des essais sur poteries, sur bois, sur verre et sur métaux qui paraissent très encourageants pour l’avenir. Il cherche à l'étendre dans ce moment aux tissus de soie.
- surfaces à grain, fussent-ils très fins. Au cours de ses recherches, effectivement, M. Henry a vu les métaux se comporter curieusement. Sur les plaques laminées, la pellicule se dépose très bien tandis que celles obtenues par voie électrolytique ne donnaient rien, l’état granuleux de ces dernières rompant en mille morceaux la lame mince.
- Maintenant quels avantages présente l’irichro-matine? Ils sont multiples. D’abord les couleurs physiques sont beaucoup plus vives que les couleurs pigmentaires. En second lieu, la lumière n’ayant aucune action chimique sur elles, elles sont partant très résistantes. Elles conserveront leur fraîcheur pendant toute la durée de la pellicule, alors que les anciens papiers de nos appartements, pour ne citer (pie ceux-là, étaient passés avant d’être usés.
- Le prix de revient aussi est minime. H se réduit, en définitive, à la main-d’œuvre, la matière première ne coûtant presque rien. Toutefois au fur et à mesure des perfectionnements, la pureté des corps employés deviendra de plus en plus nécessaire puisque pour empêcher les fendillements de la pellicule, toutes ses molécules doivent avoir la même tension superficielle. Il sera donc indispensable d’opérer avec des produits très purs et, malgré les minimes quantités exigées, on devra commercialement compter avec eux. Jacques Boyer.
- CORRESPONDANCE
- M. Albert Uaudry, de l’Académie des sciences et de la Société royale de Londres, l’éminent professeur au Muséum, nous envoie la lettre suivante:
- 13 septembre 1897, Kiell' (Russie).
- Le Congrès international géologique de Saint-Pétersbourg vient d’avoir un éclat extraordinaire. En France, les arts et les lettres intéressent, passionnent même le public, mais jusqu’à présent ni le public, ni le gouvernement, ni les municipalités n’ont eu l’idée de rendre à des géologues des honneurs comme ceux qu’on leur rend en Russie. Dans ce pays, aussi bien qu’en Angleterre, on comprend la nécessité d’encourager les géologues dont les travaux sont une des bases des progrès du dix-neuvième siècle.
- Dès leur arrivée à Saint-Pétersbourg, les représentants de la géologie des divers pays ont été conduits à Peter-hof où ils ont été présentés à l’Empereur et à l’Impératrice, qui ont parlé à chacun d’eux avec une extrême bienveillance. Le grand-duc Constantin et la grande-duchesse nous ont reçus au Palais de Marbre et ont causé longuement avec les géologues de chaque nation, M. Yermoloff, le savant ministre chargé des intérêts de la géologie, s’est beaucoup occupé du Congrès et nous a réunis dans une soirée spéciale pour nous. La Municipalité de Saint-Pétersbourg et les organisateurs du Congrès géologique nous ont donné des soirées avec des soupers magnifiques. A Imatra en Finlande, le Sénat nous a offert un banquet de six cents couverts. A Moscou, la Municipalité nous a invités à un banquet somptueux. Avant et après les séances de Saint-Pétersbourg où on s’est livré à des travaux scientifiques, il y a eu des excursions du plus grand intérêt au point de vue géologique, préparées depuis longtemps par les savants russes les plus
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- habiles : excursions en Esthonie, en Finlande, dans l’Oural. On commence en ce moment la grande exploration dans le Caucase. Partout des réceptions enthousiastes, incroyables, où l’on ne sait ce qu’il faut admirer davantage la cordialité ou la munificence. Les Congressistes n’ont absolument rien à payer sur les chemins de fer russes; tout s’ouvre devant eux quand ils montrent leurs cartes de membres du Congrès. Nos géologues français, qui ont un rôle considérable dans le monde scientifique, ne sont pas habitués à être ainsi traités. Pieu veuille qu’en 1900, lorsque, pendant l’Exposition universelle, nous aurons à Paris un Congrès international géologique, nous trouvions quelque appui pour montrer à nos amis les savants de la Russie et des autres pays qu’en France aussi la science est honorée! Albert Gacdry.
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- L'orge et le houblon en Allemagne. — On sait que la bière est la boisson universelle en Allemagne. De 1891 à 1895, on a brassé environ 280 millions d’hectolitres de bière. Pour la fabrication de la quantité de bière nécessaire, on compte qu’il faut actuellement par an environ 10 millions de quintaux d’orge de brasserie. On ne récolte que 11 millions de quintaux d’orge pouvant servir à la fabrication de la bière; il est donc nécessaire de se procurer à l’étranger les 5 autres millions de quintaux. 11 faut ajouter également à cela une certaine quantité de malt. La production de houblon en Allemagne a d’autre part fait de très grands progrès. On a vendu à l’étranger environ 40 pour lût) de la récolte ; l’importation n’a pas couvert plus de 10 pour 100 (200 000 quintaux) des besoins de la brasserie. Pendant les dix dernières entrées, la valeur totale des exportations a atteint 400 millions de francs, et la valeur des importations, 80 millions de francs.
- U'or et l'argent aux États-Unis. — D’après les récents comptes rendus, la production indigène de l’or aux États-Unis s’est élevée en 1890 à 79 570 kilogrammes ; l’étranger a apporté 12 731 kilogrammes. La production totale a donc atteint le chiffre de 92 307 kilogrammes, représentant une valeur de 518 millions de francs. La production d’argent a été au total de 2 849 777 kilogrammes d’une valeur totale de 318 millions. On a compté 1 819 208 kilogrammes de minerais indigènes, et 1050 509 kilogrammes de minerais importés.
- Une revue scientifique japonaise. — Le Japon, où la science appliquée, comme la science pure, prend un développement véritablement extraordinaire, possède certaines publications de grande valeur ; mais la plupart restent inconnues du public européen, comme les comptes rendus de l’Institution des Ingénieurs, tout simplement parce qu’elles sont en langue japonaise. Au contraire, la Revue savante intitulée « Journal du collège des sciences de l’Université impériale » est imprimée en anglais, en français et en allemand. Ce Journal mérite d’autant plus d’être signalé qu’il contient des travaux de très grande valeur. 11 faut dire que le collège en question possède un enseignement fort complet de trois années pour les mathématiques, l’astronomie, la physique, la chimie, la zoologie, la botanique et la géologie; il a comme annexes un observatoire astronomique, un observatoire séismologique, un jardin botanique, et enfin une station de biologie marine, sans compter les laboratoires de génie civil, de médecine et d’agriculture.
- Les tramways et les voleurs de grand chemin A Chicago. — 11 va quelque temps nous faisions remarquer que l’on détroussait les trains, en Amérique, tout comme de vulgaires diligences : cette fois c’est sur les tramways électriques que les voleurs opèrent à Chicago. Trois fois de suite en quelques jours, au commencement de juillet, des hommes masqués sont montés en tramway, puis, le revolver au poing, se sont fait donner l’argent, les bijoux et les valeurs qu’avaient sur eux employés et voyageurs. Us se sont esquivés avant que la police arrivât.
- La houille en Russie. — La Russie possède un énorme bassin Rouiller dont on n’a guère tiré parti jusqu’ici. Cependant, depuis quelques années, l’exploitation raisonnée s’en développe, et en 189ti on a pu déjà extraire plus de 7 millions de tonnes ; l’accroissement de l’extraction est de 10 à 12 pour 100.
- Ue cinquantenaire d’une voiture électrique.
- — Dans le courant de juillet dernier, et à l’occasion du congrès de F « Association américaine des ingénieurs électriciens », on a célébré le cinquantenaire d’une voiture électrique imaginée en 1847 parle professeur Moses G. Farmer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 septembre 1897. —Présidence de M. Chatix.
- L'anthracnosc et l'oïdium. — M. Roze, dont les recherches patientes sur le pseudocommis vitis Debray ont montré la prodigieuse diffusion de ce chapnpignon et les ravages qu’il exerce sur les végétaux comme sur les arbres, examine aujourd’hui les rapports de ce parasite avec les maladies de la vigne connues sous le nom d’anthracnose et d’oïdium. M. Debray avait déjà établi, par ses observations, que le pseudocommis était la cause véritable de la première de ces maladies de la vigne. M. Roze a vérifié cette affirmation sur un jeune pied de vigne cultivé en terre auquel il a communiqué le pseudocommis, de telle sorte que toute autre cause de dépérissement était éliminée. Le pseudocommis apparaît sur les grains de raisin en même temps que l’oïdium ; c’est lui qui donne à cette maladie son caractère le plus grave. En effet, lorsque les grappes approchent de leur maturité, le pseudocommis empêche souvent les grains de mûrir en desséchant les pédoncules de la grappe.
- Propriétés chimiques de la rétamine. — MM. Battan-dier et Malosse ont fait connaître précédemment la découverte par eux d’un nouvel alcaloïde qu’ils ont appelé la rétamine. Ils en décrivent aujourd’hui quelques combinaisons, l’iodhydrate, le bromhydrate, le sulfate, et indiquent la composition chimique de cette base suivant scs trois éléments azote, carbone, hydrogène.
- Ch. de Yii.ledeüil.
- Lül mge en fmnce
- En 1896, d’après les Annales de l'Institut Pas-leur, 1308 personnes ont suivi le traitement antirabique rue Dutot ; 4 sont mortes de la rage.
- Il est utile de faire remarquer que la rage de l’animal mordeur a été expérimentalement constatée 106 fois par le développement de la rage chez des
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- animaux inoculés avec son bulbe. La rage de l'animal mordeur a été constatée par examen vétérinaire 747 fois. Enfin 455 fois il y a eu seulement suspicion sans preuve certaine. Si l’on remonte à l’origine des vaccinations, on obtient un total de 18645 personnes traitées, avec un chiffre de 90 décès, soit 0,48 pour 100. Nous observerons que dans ces chiffres on n’a fait figurer, ni d’une part, ni de l’autre, les personnes ayant succombé dans les quinze premiers jours du traitement, puisque l’immunité n’est acquise qu’au bout d’un pareil délai, et que le mal ne peut être enrayé quand l’inoculation de la rage s’achève avant celle du vaccin. La création d’instituts antirabiques à l’étranger permet d’ailleurs, aujourd’hui, d’appliquer toujours le traitement en temps utile.
- En 1896, le total des personnes traitées s’était élevé à 1508 et le nombre des décès était de 4, le tant pour cent des morts n’est que de 0,58, inférieur à la moyenne générale de 0,48.
- Les cas de rage se disséminent très irrégulièrement sur la surface du territoire.
- Nous donnons comme preuve le nombre de personnes envoyées à l’Institut Pasteur par chaque département pendant l’année 1896 :
- Ain 8 Eure 16
- Aisne. . . . 2 Eure-et-Loir. . . . 12
- Allier 0 Finistère 13
- Alpes (Basses-) . 0 Gard 1
- Alpes (Hautes-). 0 Garonne (Haute-). . 38
- Alpes-Maritimes 1 Gers 10
- Ardèche.... C> Gironde 52
- Ardennes . . . 0 Hérault 39
- Ariège 15 Ille-et-Vilaine . • • 15
- Aube 0 Indre-et-Loire . . . 2
- Aude 8 Indre 1
- Aveyron. . . . 53 Isère 32
- Bouehes-du-IUiône . . 0 Jura 1
- Calvados. . . . 17 Landes 37
- Cantal 51 Loir-et-Cher .... 0
- Charente . . . 18 Loire 14
- Charente-Inférieure. . 15 Loire (Haute-) . . . 21
- Cher 0 Loire-Inférieure . . G
- Corrèze .... 8 Loiret 2
- Corse . . . 0 Lot 17
- Côte-d’Or . . . 4 Lot-et-Garonne. . . G
- Côtes-du-Nord . G Lozère G
- Creuse .... 0 Maine-et-Loire . .' . 1
- Dordogne . . . 15 Manche 12
- Doubs 0 Marne 0
- Drôme 5 Marne (Haute-). • . 0
- Mayenne 8 Savoie 5
- Meurthe-et-Moselle . . 2 Savoie (Haute-). . . 5
- Meuse 0 Seine . 220
- Morbihan 12 Seine-Inférieure . . 55
- Nièvre ....... 0 Seine-et-Marnc. . . G
- Nord 0 Seine-et-Oise. . . . 40
- Oise 8 Sèvres (I)eux-) . . . 5
- Orne 9 Somme
- Pas-de-Calais 7 Tarn 14
- Puy-de-Dôme . . . . 5 Tarn-et-Garonne . . 15
- Pyrénées (Basses-) . . G8 Yar 0
- Pyrénées (Hautes-) . . 12 Vaucluse 0
- Pyrénées-Orientales. . 5 Vendée 2
- Rhône 155 Vienne 4
- Rhin (Haut-) 0 Vienne (Haute-) . . 0
- Saône (Haute-).... 0 Vosges 0
- Saône-et-Loire . . . . 2 Yonne 0
- Sartlie 1
- Les résultats de la statistique deviennent plus faciles à saisir d’un coup d’œil dans la carte ci-jointe. En dehors de la Seine qui, en raison de sa population, possède le plus grand nombre de cas, on voit immédiatement que le Midi est le plus éprouvé ainsi que le nord de la France. Au contraire, l’est et l’ouest forment des régions presque indemnes séparées par une zone où la rage présente une fréquence médiocre. Les mesures prises par l’administration n’ont pas eu généralement les résultats escomptés; s’il y a diminution du mal en divers points, certains départements présentent, au contraire, une aggravation très sensible. Il est vrai que les mesures administratives ne sont pas sérieusement prises. Tantôt la sévérité est excessive, tantôt l’indifférence des agents est complète. En veut-on un exemple que nous avons sous les yeux ? On dresse contravention au propriétaire d’un chien qui suit son maître pas à pas, parce que l’animal n’est pas tenu en laisse. Or le même jour, à deux heures de distance, dans la même commune et le même quartier, nous voyons passer 17 chiens sans maître ni laisse. Bien mieux, le soir, un vrai troupeau nous passe au milieu des jambes poursuivant une chienne. Où sont les coupables? U est bien simple que dans ces conditions les mesures de police restent sans aucune efficacité. J.-F. Gai.l.
- Le Gérant : P. Masson. Paris. — Imprimerie Laiiibe,. rue de Fleurus, 9.
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- Carte de la rage en France,
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- N° 12 70. — 2 OCTOBRE 1897.
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- LE PHARE D’ECKMÜHL
- Fijj;. 1. — 1.1! pliure d'Eckiuiilil.
- Une des dernières modifications qu’a subies l’éclairage des phares français a été l’emploi des feux-éclairs. Cette importante innovation consiste à réduire la durée d’apparition des éclats juste au 25e année. — 2e semestre.
- temps nécessaire pour la perception intégrale de leur intensité lumineuse. Les optiques sont, pour cela, constituées avec un petit nombre de lentilles et leur rotation s’effectue en 5, 10 ou 20 secondes. On atténue ainsi les pertes de lumière, ce qui permet aux appareils de produire leur maximum d’éclairement et par suite on accroît, sans augmentation de frais, leur puissance.
- Un feu-éclair de ce genre sera placé au sommet du phare qu’on vient d’élever près de la pointe de Penmarc’h, dans le Finistère. Il portera le nom d’Eckmühl, en mémoire du maréchal Davout, prince d’Eckmühl ; sa fille, Mnie la marquise de Blocqueville, a donné par testament l’argent nécessaire à sa construction, moyennant cette clause. L’inauguration officielle de ce monument aura lieu le jour anniversaire du décès delà donatrice, le 7 octobre prochain. 11 est donc à propos de le décrire. Mais avant, jetons un rapide coup d’œil sur ses devanciers afin de nous rendre compte des progrès qu’il réalise.
- Une loi du 5 avril 1882 avait sanctionné un programme présenté par l’ingénieur en chef du Service central, M. Allard, et qui comportait la création de 46 phares électriques distribués uniformément sur nos côtes de manière à établir une ceinture lumineuse ininterrompue lorsque l’atmosphère serait dans les conditions ordinaires de transparence. En 1886, après enquête sur les résultats du système qui avait reçu un commencement d’application, on reconnut que, dans l’état actuel de la navigation, l’objectif principal de l’éclairage était plutôt de faciliter l’attérage au marin, en des points déterminés, que d’aider au cabotage de cap en cap tout le long du littoral. Aussi, depuis lors, on décida de n’établir qu’un petit nombre de phares électriques, 15 au maximum. C’est en conformité de ces
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- vues qu’ont été allumés ceux de Créac’h, dans l’île d’Ouessant (1888), de Belle-Ile (1890), de Barfleur (1892), de la Hève (1895), de la Coubre et de l’île d’Yeu (1895). Sans nous étendre sur les améliorations apportées successivement dans tous ces feux, il nous suffira de dire qu’en supprimant les divergences artificielles, en réduisant le nombre des lentilles et en substituant aux optiques à foyer unique des optiques bi-focales, on rendit les appareils 6 fois plus puissants qu’auparavant, la force motrice et la dépense restant les mêmes.
- Pour le pbarc d’Eckmühl, un pas de plus a été fait. On a adopté un dispositif de 2 optiques jumelles de 4 lentilles chacune, munies d’une partie cata-dioptrique fort réduite et disposées cote à côte, ainsi que le représente schématiquement la figure 2, de façon à pouvoir tourner autour d’un axe commun 0. Au centre de chaque optique, se trouve un loyer électrique A(, À2. Chacun de ceux-ci est alimenté par des alternateurs Labour, dont nous indiquons plus loin le fonctionnement. La rotation rapide, nécessaire pour les feux-éclairs, s’effectue au moyen d'un arbre vertical qui porte l’ensemble et repose sur une crapaudine.
- Il est solidaire avec un flotteur annulaire plongeant dans une cuve de même forme, remplie de mercure.
- La poussée du liquide équilibre le poids de l’appareil et diminue les frottements. Le travail à développer est alors très réduit et un faible poids suffit pour actionner le mouvement d’horlogerie qui détermine la révolution. On réalise de la sorte des vitesses que l’ancien système à chariots, montés sur galets sphériques ou coniques, n’eut pas permis d’atteindre.
- Déplus, les deux panneaux lenticulaires symétriquement placés en I\ P\ et P2 P'g, ayant leurs axes optiques parallèles, se comportent comme s’ils n’en formaient qu’un. Les avantages de cette disposition sont précieux car, on l’a constaté, si on augmente l’intensité des arcs voltaïques, la puissance lumineuse de l’appareil optique ne croît pas proportionnellement. Il est bien préférable de dédoubler le feu. Ainsi avec 25 ampères et 45 volts, au moyen des feux-éclairs à optique simple, on obtient 1 200000 carcels, tandis qu’avec 50 ampères et le même voltage, une optique identique n’en donne que 1 800 000 au lieu de 2 400000. Ün comprend dès lors l’utilité du dédoublement. Avec 50 ampères à chaque foyer, on aura, comme intensité lumineuse de chacune des optiques associées, 1 800 000 becs Carcel, soit au total 5 000 000 ; alors qu’avec une puissance électrique égale (100 ampères), dépensée au foyer d’une optique unique, on aurait eu seulement 2 500000 carcels.
- Dans la pratique ces chiffres théoriques doivent
- être réduits. Le nouveau phare qui marchera à deux régimes différents suivant l’état de l’atmosphère, aura, en effet, des intensités un peu inférieures. Lorsque ses deux foyers électriques recevront chacun 25 ampères, il fournira au moins 1 500 000 carcels et quand ils iront à 50 ampères, il possédera l’énorme intensité de 5000000 becs Carcel. Sa portée lumineuse par temps moyen sera de 49 milles, c’est-à-dire de plus 90 kilomètres. Par les temps brumeux, qui régnent dans ces parages un jour sur dix, elle s’étendra encore à 19 milles.
- Le moteur est un type robuste de machine à vapeur ne présentant rien de particulier. Toutefois on l’a muni d’un aéro-condenseur qui récupère 75 pour 100 de l’eau vaporisée. Cette annexe est utile, en l’occurence, car le phare est placé dans des conditions où son alimentation en eau douce n’est pas aisée.
- Les deux dynamos sont à courants alternatifs diphasés. Elles peuvent marcher isolément ou être couplées, grâce à une colonne d’embrayage qui fait passer à volonté la courroie de chaque alternateur de la poulie fixe sur la poulie folle ou bien qui solidarise
- les deux poulies fixes. En temps clair, un seul des alternateurs sera mis en marche. Chacun des circuits de son induit diphasé fournira au régulateur, placé dans une des optiques, les 25 ampères qui sont nécessaires pour son fonctionnement avec des charbons de 10mm. En temps brumeux, les alternateurs seront couplés et donneront 50 ampères à chaque régulateur. Quant au signal sonore qui sera installé sur la galerie supérieure du phare, en cas de brume, c’est une sirène, mue par de l’air comprimé à 2 kilogrammes. Un approvisionnement d’air à la pression de 15 kilogrammes est contenu dans des réservoirs en tôle soudée et permet d’actionner la sirène instantanément, dès l’apparition du brouillard.
- Un détendeur ramène l’air sortant des accumulateurs à la pression de 2 kilogrammes. La sirène donne le mi3 (520 vibrations par seconde). On emploie une note grave parce qu’à dépense égale d’énergie celle-ci porte plus loin qu’un son aigu.
- Enfin (voy. fig. 1, p. 275), la partie architecturale n’a pas été plus négligée que le reste. L’ancien phare sera conservé à titre d’annexe. La tour octogonale du nouveau est en granit ; elle élève le plan focal à 59 mètres au-dessus du sol et à 60 mètres au-dessus des hautes mers. Sa lumière s’apercevra par temps clair du-rant le jour à 50 kilomètres. Ce phare dépassera donc beaucoup, comme portée et comme perfection d’outillage, tous les phares de France et de l’univers. Pour ne citer qu’un exemple, le plus puissant de l’Angleterre, celui établi, en 1890, à Sainte-Catherine, dans file
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- de Wight, n’a qu’une intensité de 600000 carcels.
- Puisse le phare d’Ecknnihl, selon le noble vœu de la testatrice1, demeurer « longtemps béni » des navigateurs et racheter par de nombreuses vies sauvées du naufrage « les larmes versées par la fatalité des guerres » ! Jacques Boyer.
- LES ACARIENS DANS LES AINS
- Dans une récente communication2, M. Trouessart a signalé, dans certains vins sucrés, la présence d’un aca-rien, le carpoglyphus passularum (Robin). M. Mathieu, professeur à Cherbourg, a envoyé à ce propos une lettre à l'Académie des sciences. En observant, dit-il, au microscope le dépôt de vins en bouteilles ou en fûts, il nous est arrivé fréquemment d’y rencontrer des fragments provenant de mues ou des cadavres entiers d’acariens ; nous avons noté particulièrement ces observations dans des vins blancs de grands crus de Champagne et de Bordeaux d’une origine telle qu’on ne peut les suspecter de contenir des vins de raisins secs; dans les vins authentiques de grands propriétaires d’Anjou, de Touraine, de Bourgogne. Le fait suivant établira quelle peut être l’origine de ces acariens.
- « Il y a six mois, nous trouvions, dit M. Mathieu, de nombreux cadavres isolés de ces arthropodes dans un vin blanc d’Anjou, et, quelques semaines après nous rencontrions de nombreux acariens dans notre laboratoire.
- M. Alfred Giard, professeur à la Sorbonne, eut l’amabilité d’examiner des échantillons; il nous signala deux espèces : le glycipliagus cursor (Gervais) et le tiro-glyphus farinse (deGyer), espèces que nous avons retrouvées dans le vin adressé; nous avons supposé que l’invasion de notre laboratoire par ces acariens avait été causée par l’emballage des échantillons de vins présentant ces acariens, qui devaient être abondants dans la cave d’origine, ce que nous n’avons pu vérifier. Nous avons observé que ces deux espèces se sont surtout propagées à l’obscurité sur les moisissures développées autour des bouchons des bouteilles couchées qui laissent suinter du vin ; nous les avons vues également se multiplier dans un tube à essai, couché, présentant quelques gouttes de vin blanc non sucré que nous renouvelions tous les jours, et sans qu'il ait apparu aucune moisissure ni mycoderma vini ; ces espèces peuvent donc s’alimenter du résidu de l’évaporation du vin à l’air.
- Nous avons laissé macérer dans un décilitre de vin 50 aca- | riens, sans que ce vin ait présenté un goût perceptible dans une dégustation comparative après plusieurs mois.
- Un petit accident nous a été causé par les acariens; filtrant des vins blancs à la bougie Cliamberland dans des matras stérilisés, il nous est arrivé de recueillir le premier vin filtré très trouble; un examen microscopique a montré que ce trouble était produit par du mycoderma vini avec des glycéphages qui, probablement, en avaient introduit avec eux les germes dans l’intérieur de la bougie. »
- M. Mathieu conclut de ces faits que l’on peut trouver dans des vins authentiques non sucrés diverses espèces j d’acariens, en particulier le glyciphagus cursor, le tiro- , glyphus far in æ ; et que leur présence dans les caves peut être une cause de dissémination du mycorderma vini dans le cas particulier de la filtration à la bougie, utilisée quelquefois pour stériliser des vins avant leur mise en bouteilles. J.-F. Gall.
- 1 Adélaïde-Louise Davout d’Eckmühl, marquise de Blocque-ville, est morte à Paris, le 7 octobre 1892.
- 2 Voy. n° 1267, du 11 septembre 1897, p. 226.
- LA BOULANGERIE CENTRALE
- DE L’ASSISTANCE PUBLIQUE A PARIS
- L a Boulangerie Centrale des hôpitaux et hospices civils, dont, il vient d'être tant parlé à cause de la cherté du pain, occupe, au fond du quartier Moulfe-tardjiui quadrilatère de 8852 mètres carrés, compris entre la place Scipion, la rue du Fer-à-Moulin, la rue de la Collégiale et la rue Yésale. La façade principale donne sur la place Scipion. Là se trouve l’entrée avec porte cochère monumentale. Les murs sont gris et lézardés, des barreaux de fer donnent aux fenêtres un aspect rébarbatif. Un dirait la façade de quelque ancienne prison.
- La porte franchie on pénètre dans une cour tranquille, où par endroits l’herbe pousse entre les pavés.
- Et, à droite, voici l’une des choses les plus curieuses du vieux Paris : tout un pan de bâtiment du seizième siècle, dernier reste de l’hôtel de Scipion Sardini, un de ces financiers italiens qui vinrent en France à la suite de Catherine de Médicis. C’est un bâtiment a deux étages en pierre et brique. Le rez-de-chaussée était percé d’arcades larges et rondes (fig. 1). On en voit encore six dont deux seulement sont restées ouvertes. Les fenêtres du premier étage ont conservé des vestiges de moulures. Les autres corps de bâtiments de la cour sont modernes et n’offrent aucun intérêt.
- La famille Sardini ne conserva pas longtemps son luxueux hôtel. En 16 li l’immeuble était déjà devenu hospice. Avant 1656 des documents mentionnent l’hôpital Scipion comme faisant partie du domaine de l’Hôpital Général de Paris. Il servait alors spécialement aux vieillards infirmes. Placé sous le patronage de sainte Marthe, il reçut ensuite les femmes malades et même détenues. Dès 1675, en même temps qu’un hospice abritant jusqu’à quatre cents malades, y étaient installées la Boulangerie eti la Boucherie de l’Hôpital Général. En 1788 nous y voyons généralisés les services de boucherie, de pa-neterieet de.chandellerie pour tous les établissements de l’Hôpital Général. C’est en thermidor an Y (pie l'hôpital Scipion reçut le nom et la destination qu’il a conservés depuis : Boulangerie Centrale des hôpitaux et hospices'civils.
- Au-dessus de la porte d’entrée un ancien médaillon de 1er forgé porte encore, en lettres parfaitement lisibles, les mots : « Sainte Marthe Maison de Scipion ». Jusqu’à 1856 l’administration de l’Assistance publique, alors propriétaire des grands moulins de Corbeil, n’avait à Fhôtel Scipion qu’une boulangerie où la farine était amenée toute prête. Le moulin fut installé en 1856 et achevé en 1860.
- La Boulangerie Centrale ne fournit actuellement le pain qu’aux hospices et hôpitaux civils dépendant de l’Assistance publique à Paris. De 1860 à 1870 elle a aussi livré du pain à certains corps constitués et collèges, notamment aux pompiers de Paris. A cette même époque, dans un but philanthropique, elle avait établi sur tous les marchés de la ville des
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- dépôts où elle vendait son pain 0fr,10 par kilogramme au-dessous du cours de la boulangerie. Le public profitait largement de cette écrasante concurrence. Mais les boulangers se plaignaient, d’autant plus que les pauvres n'étaient pas seuls à en bénéficier.
- La boulangerie Centrale fabriquait alors de vingt-cinq à trente mille kilogrammes de pain par jour. Lorsque la vente au public fut supprimée, la fabrication quotidienne tomba à neuf mille kilogrammes; mais, les besoins de l’Assistance publique croissant constamment, le nombre de bouches à nourrir augmentant sans cesse, cette production journalière est aujourd’hui remontée à vingt mille kilogrammes.
- A Scipion la main-d’œuvre est réduite le plus possible. Tout, ou presque tout, se fait à la vapeur, et partout la machine remplace l’homme..
- C’est, le progrès. Le moulin est actionné par une machine de cent cinquante chevaux. Une autre, moins puissante, actionne spécialement la boulanger ie .
- Quinze paires de meules, dont treize pour la mouture directe des blés et deux pour la remouture des gruaux, écrasent par jour 200 sacs de 100 kg de blé, soit 20000 kg.
- Le bâtiment du moulin est élevé de cinq étages. Dans la grande salle du rez-de-chaussée, appelée salle du beffroi, est réuni tout le mécanisme actionnant les dix principales paires de meules, en deux rotondes, avec, au fond, deux meules à gruau, plus petites et indépendantes. Autour de chaque rotonde tourne un récipient en bois qui recueille le produit des cinq paires de meule, la boulange de blé en terme de métier. Celte boulange est montée par des élévateurs à godets jusqu’à l’étage supérieur. Au-dessus du beffroi, au premier étage, est le plancher des meules, où se trouve répété le même groupement par cinq, chaque meule étant enfermée dans un coffre de bois appelé archure. A l’encontre de beaucoup de grandes minoteries modernes, le moulin de l’Assistance n’a pas adopté les cylindres métalliques et a gardé le vieux système des meules en pierre. L’administration de la guerre a également conservé les meules à sa minoterie du quai de Lilly. Ces meules proviennent des célèbres carrières de la Ferté-sous-Jouarre. Elles pèsent chacune huit
- cents kilogrammes, et ont lm, 50 de diamètre.
- Au service des meules sont attachés trois hommes : un conducteur, qui est aussi chef-rhabilleur, et deux rhabilleurs ou piqueurs de meules. Rhabiller une meule c’est, la remettre en parfait état de mouture, retailler les ciselures et les rayonnages qui donnent du mordant, faire monter la pierre, disent les ouvriers. 11 faut pour cela des gens très habiles et très exercés. Les rhabilleurs se servent de marteaux spéciaux de forme allongée et à double tranchant, emmanchés dans une sorte de maillet de bois.
- Un rhabilleur d’habileté moyenne met une journée à rhabiller une meule (tig. 2). Cette remise en état est, nécessaire tous les 15 jours dans un moulin marchant 12 heures par jour. Il y a donc constamment à
- Scipion une paire de meules en rhabillage. Une meule bien entretenue dure généralement de 25 à 50 ans.
- Au deuxième étage sont les différents appareils dans lesquels le blé passe avant d’arriver aux meules, appareils ayant pour but de le débarrasser des impuretés et des j divers corps étran-j gers qui peuvent y être mêlés. Conten-| tons-nous de nom-|j mer l’émotteur-eri-| bleur, l’épierreur, j l’appareil magnéti-] que qui retient les i parcelles de métal, le trieur à graines ^ longues, le trieur à graines rondes, les colonnes épointeuses, les brosses à blé et enfin le tarare simple finisseur.
- Les blés sont encore humectés, fendus et dégermés avant d’être envoyés aux meules. Les germes recueillis sont remis en mouture. C’est à tort que dans beaucoup de minoteries les germes ne sont pas utilisés, sous prétexte que leur présence nuit à la blancheur des farines. Ils sont certainement dans le grain de blé la partie la plus riche en matières nutritives, et un professeur du Muséum a récemment fait avec des germes seuls une farine d’aspect jaunâtre, mais extra-nourrissante, qu’il a nommée fro-mentine.
- Aux étages supérieurs sont les différentes espèces debluteries,etlessasseurs qui divisent les boulanges en farine-lleur, en farine premier jet, puis en gruaux de diverses grosseurs et qualités (gruaux blancs, gruaux bis, fines rougeurs, grosses rougeurs, etc.) qui sont moulus et remoulus jusqu’à mouture par-
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- faite, puis enfin en sons (reeonpelles, petits sons, moyens sons et gros sons). Tout cela se fait régulièrement, d’une façon constante, invariable. Le mouvement parti de la machine «à vapeur d’en bas se répercuté et se subdivise à tous les étages en uni' multitude d’organes et d’appareils opérant chacun son travail, accomplissant chacun sa fonction.
- Les farines viennent tomber dans des chambres,
- Fig. 2. — Un rhabilli'ur au travail.
- par blés durs certains blés étrangers, blés de Russie, d’Amérique ou d’Afrique, plus durs que les nôtres à travailler mais aussi plus riches en gluten.
- Dans les minoteries militaires on arrive à un rendement bien supérieur à celui fixé par l’Assistance
- d’où elles sont mises en sacs. Les sons s ensachent d’eux-mêmes.
- Parmentier et Lavoisier estimaient que le blé doit donner 75 pour 100 de farine panifiable. A Scipion la proportion obtenue est de 75 à 74 pour 100. Et, en définitive, 1 kilogramme de blé donne 1 kilogramme de pain. Le rendement des blés durs est un peu supérieur à celui des blés tendres. On entend
- Fig. 3. — La chambre à farine.
- publique. En blés durs on va jusqu’à 88 pour 100, et en blés tendres jusqu’à 80. Le pain des soldats est donc inférieur à celui des hôpitaux.
- Depuis des années, depuis les tarifs protecteurs de notre agriculture, le moulin de Scipion ne moud plus
- Fig. i. — Un coin du fournil.
- que des blés français, achetés par adjudication.
- La boulangerie occupe un bâtiment tout entier, que les ouvriers appellent communément bâtiment du fournil ou bâtiment de la boulange.
- Elle est dirigée par un chef boulanger. Un chef meunier a également la direction du moulin. Ces deux employés sont en quelque sorte des contremaîtres. Ils tiennent une comptabilité régulière et sont responsables des produits qu’ils reçoivent et qu’ils livrent.
- Les versements .du moulin à la boulangerie se
- Fig. 5. — Les trémies au-dossus des pétrins.
- font par 800 sacs de farine réglés à 150 kg, soit par 120000 kg. Us ont lieu tous les dix ou onze jours. Ces 120000 kg constituent un mélange préparé par le chef meunier avec des farines de diffé-rentes dates et qualités et d’une manière à peu près invariable. La farine de mélange est versée en vrac dans la chambre à farine (tig. 5). Elle s’y aère, s’y repose, puis un homme la verse, dans la pièce à côté, dans des trémies d’où elle tombe dans de petits blutoirs de sûreté correspondant directement avec les pétrins (fig. 5). La chambre à farine présente un aspect
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- bizarre, avec sa masse blanche, où s’érigent des pics immaculés, où se creusent des ravins, où s’écroulent des avalanches.
- Le fournil (fig. 4) est une longue galerie au rez-de-chaussée, où se trouvent d’un côté, près des fenêtres, 8 pétrins système Deliry et 1 pétrin système Bolland, et de l’autre côté 10 fours. 6 pétrins et 6 fours sont en service régulier. Ils sont desservis par 56 ouvriers, dont 18 brigadiers de four et 18 pétrisseurs, formant ensemble 5 brigades de 12 hommes chacune.
- La brigade forme 6 postes composés d’un brigadier de four et d’un pétrisseur, travaillant avec les deux appareils correspondants. Chaque poste (2 hommes, 2 appareils) doit produire 6 fournées pendant ses 8 heures de présence, et peut au besoin faire une fournée supplémentaire qui est alors payée en sus.
- Les l'ours, du système Lamoureux-Berle, peuvent être chauffés au charbon ou au bois. Pour des raisons d’économie le charbon est seul employé. Les pétrins se composent d’une cuve tournante, dans laquelle fonctionnent deux héliqes et un frascur. Le pétrissage demande environ 15 minutes par fournée de 550 kg de pâte, et la cuisson une demi-heure. Une partie de la pâte, laissée à chaque fournée dans le pétrin, sert de levain pour la fournée qui suit. Toutes les six fournées, le levain est renouvelé.
- Lorsque la pâte est suffisamment pétrie et panifiée, elle est mise dans une pâtière et répartie dans des panetons allongés pour la mise au four.
- Les pains que fabrique la boulangerie sont des pains longs de 2 kg. Elle fait aussi pour la maison de Sainte-Périne, des pains de l kg, plus tous les jours cinq ou six fournées (environ 500 kg) de flûtes, ou pain de soupe, pour les différents établissements, et 5 ou 4 kg de pain de gluten pour diabétiques.
- C’est un spectacle étrange que celui du fournil. Les pétrins sont en plein travail, et la pâte en masses énormes se tord, se gonfle, s’écrase, sous l’effort des hélices; des hommes peu vêtus se meuvent près des fours, surveillent la chauffe; d’autres poussent sur de petits chariots à claire-voie des pains tout frais, tout chauds et tout dorés, qui répandent en passant une délicieuse odeur de pâte cuite.... Un grillon, on ne sait où, ici ou là, chante sa chanson.... Il semble qu’il ne puisse y avoir de boulangerie sans grillon. Un vaste magasin, appelé paneterie, reçoit tout le pain au fur et à mesure :de la cuisson, jusqu’au moment où l’on vient en prendre livraison.
- Les maisons qui consomment la plus grande quantité de pain sent la Salpêtrière et l’hospice de Bicêtre. Bicêtre prend tous les matins 1050 pains en moyenne, la Salpêtrière 1000. Viennent ensuite l’établissement de Villejuif qui en consomme 550, et celui d’Ivry 525.
- A côté de ces fournitures colossales, la Boulangerie Centrale livre tous les jours de séance deux pains de 1 kg à la buvette du Conseil municipal de Paris. C’est une redevance que nos édiles se sont ménagée afin de pouvoir juger par eux-mêmes de la
- qualité du pain mangé dans les divers hôpitaux.
- Les produits de la boulangerie de Seipion sont d’ailleurs soigneusement surveillés par le conseil de l’Assistance qui se réunit tous les quinze jours et examine les aliments consommés dans les hôpitaux.
- Le personnel de la Boulangerie centrale est très limité, ce qui s’explique, malgré l’importance de l’établissement, par le rôle prépondérant qu’y joue la machine. Il y a en tout 75 personnes dont un directeur, un commis-rédacteur, un chef de monture, un chef boulanger, un chef panetier, un chef mécanicien, etc. Le directeur, le commis-rédacteur et les chefs de service sont, logés dans la maison. Employés et ouvriers ont droit à une retraite et sont bien payés. Aussi les demandes d’emploi sont-elles nombreuses : mais les places vacantes sont rares. Ceo. Boxneuon.
- L’ARGENTAURUI
- Depuis que M. Pierre de Mériel a consacré dans ce journal1 un article à ïArgentaurum du Dr Enuncns, la découverte du chimiste américain s’est encore affirmée ; ce n’est pins, en etfet, seulement un lingot de ce métal, mais onze que la Monnaie des Etats-Unis a achetés comme de l’or véritable, dans les conditions qu’indique le tableau ci-dessous pour les six premiers :
- Date de dépôt des lingots. Poids en onces aï,inl la fusion. Poids en onces après la fusion. Contenance pour 1000 en argent. Contenance pour 1000 en or. Valeur nette des lingots en dollars.
- 15 avril 1897 7,06 7,01 658,0 260 95,65
- 25 avril — 9,01 9,61 601,5 526 120,10
- 7 mai 11,00 10,96 649,5 275 147,61
- 22 mai — 12,12 12,09 685,5 255 171,48
- 12 juin — 16, (U 16,60 578,0 510 200,21
- 6 juillet — 16,80 )) » » » )) 220,00 953,01
- Les cinq derniers ont été obtenus pendant le seul mois d’aoùt et ont porté la production totale de l’argentaurum à 4ks,598 ayant donné un profit net de 2700 francs.
- De plus, M. Emmens a écrit à M. Williams Crookes, de la Société royale de Londres, la lettre suivante, où il exjdique dans quel ordre d’idées, ont été dirigés ses travaux.
- New-York, 21 mai 1897.
- Cher Monsieur,
- Je réponds aux questions que vous voulez bien me poser.
- 1° Je regarde le diamant et le graphite comme « interchangeables au pointée vue moléculaire », ce qui veut dire que je les regarde [comme composés d’une même substance présentant des conditions différentes d’arrangement moléculaire. Lorsque le diamant est converti en graphite, vous pouvez correctement appeler le changement ainsi survenu (( transmutation » ; mais ce mot ayant, par un long usage, toujours impliqué un changement de substance peut causer de fausses interprétations.
- 2° Par « l’interchangeabilité de l’or et de l’argent à un point de vue moléculaire », je n’entends ni plus ni moins que ce que je viens de dire à propos du diamant et du graphite. Ainsi que vous, je suppose, et que la plupart des chimistes, je crois que l’univers est formé à’une seule matière. Les éléments chimiques sont seulement
- 1 Voy. n° 1253, du 5 juin 1897^ p. 1.]
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- des modes de cette substance universelle combinée avec une plus ou moins grande quantité de ce que nous appelons « énergie ». En changeant le mode nous changeons Vêlement, mais non la substance. Nous ne transmuons donc pas dans le sens du terme adopté par les alchimistes.
- 5° Mais ces opinions et toutes les opinions analogues, qu’elles soient orthodoxes ou hétérodoxes, sont simplement provisoires, temporaires. Vous, lord Kelvin et moi, sommes très ignorants. Nous vivons au milieu de merveilles journalières autrement transcendantes que le passage de l’argent à l’état d’or et nous les acceptons comme des faits sans les comprendre. Qu’est-cc que la « pesanteur » qui fait tomber une pierre? dominent se fait-il ipie ma volonté dirige mon doigt? etc., etc. Une philosophie qui est obligée de s’arrêter aux atomes, à l'énergie, à l'éther, ne découvrira pas grand'chose de l’univers.
- 4° Les lettres que j’ai publiées dans l'Engineering and Mining journal (of New-York) en septembre 1800, vous expliqueront la position dans laquelle je suis et le caractère singulier des remarques que je vais vous exposer.
- 5° La production de l’or dans notre Argentaurum laboratory a quelque ressemblance avec la conquête de la Toison d’or. Elle ne se poursuit pas en vue de la science ou par esprit de prosélytisme. On ne cherche pas à faire des disciples ni à former des croyants. Cependant je suis assez doué sous le rapport de la camaraderie pour me faire un plaisir de répondre aux questions de mes frères en science, mais seulement dans la mesure où mes communications ne sauraient porter préjudice aux intérêts que je représente.
- 6° Notre façon de procéder a été modifiée depuis ce que nous avons fait connaître en septembre 1896. Dès que le travail, commencé sur une échelle microscopique, est arrivé à prendre une importance commerciale, nous avons vu qu’il était possible de nous dispenser de l’ennuyeuse et coûteuse préparation de l’argent allotropique, qui avait constitué jusque-là la première de nos opérations. Maintenant nous employons les dollars mexicains, que nous soumettons aux cinq manipulations suivantes :
- a) Traitement mécanique ; b) Action d’un fondant et granulation; c) Traitement mécanique; d) Traitement par les composés oxygénés de l’azote (oxydes of nitrogène) ; c’est-à-dire par l’acide nitrique modifié; e) Affinage.
- 7° Nous regardons le traitement mécanique comme la cause causante (causa causons). L’action du fondant et la granulation servent, croyons-nous, à rendre les agrégats moléculaires capables de décomposition et de recomposition.
- • 8° Ce que je disais du professeur Dewar, dans ma lettre du 25 août qui a paru à la page 221 de l'Engineering and Mining journal du 5 septembre 1896, avait trait à la question du traitement mécanique. Si, vous ou lui, voulez essayer l’effet combiné de la compression et d’une température très basse, vous produirez aisément un peu d’or. Je ne vous assure pas que cette opération sera rémunératrice, mais je ne doute pas que vous n’ayez la satisfaction de produire de l’or, toute question de prix de revient mise à part. Prenez un dollar mexicain (la Monnaie des État-Unis certifie que cette monnaie, telle qu’elle est frappée maintenant, ne contient pas d’or, ou n’en contient au plus que des traces) ; prenez donc un dollar mexicain et mettez-le dans un appareil qui empêche ses particules de se répandre au dehors lorsqu’il aura été divisé. Alors, soumettez-le à un battage puissant, rapide, continu et dans des conditions frigorifiques telles, que les chocs répétés ne puissent produire même une élévation momentanée de température. Faites l’essai d’heure en
- heure, et, à la lin, vous trouverez plus que des traces d’or.
- 9° Que cette expérience puisse réussir avec de l’argent pur ou un alliage d’argent autre que celui du dollar mexicain, c’est ce que je ne saurais dire. A mon avis, il est fort possible qu’il y ait des variétés d’aigent différant quant à l’arrangement moléculaire.
- 10° Je ne veux pas assurer que le métal obtenu par cette expérience, ou produit dans notre laboratoire à des conditions d’économie bien plus avantageuses, soit réellement de l’or. Pour moi, je me plais à le considérer comme tel, mais je me garde bien de vouloir obliger à partager mon opinion. Tout ce qui importait aux membres de VArgentaurum syndicale, c’était de savoir si la Monnaie des États-Unis achèterait au prix de l’or leur métal, quel qu’il pût être. Or, la Monnaie leur a acheté déjà trois lingots. Nous sommes en train de préparer le quatrième.
- 11° Lorsque ma machine de force, maintenant presque finie, sera en état de fonctionner, elle nous permettra de produire aisément des pressions de 800 tonnes par pouce carré et de réaliser de véritables merveilles. Je ne doute pas que la production en or de l’Argentaurum ne soit portée jusqu’à 50000 onces par mois1 d’ici à un an....
- Dans une autre lettre, M. Emmens parle de l’intervention, pour la préparation de l’argentaurum, de l’action des rayons du soleil.
- Or, il y a 50 ans, un chimiste français, M. Tiffereau, avait réussi, dans trois expériences exécutées à Guadala-jara et à Colima, à des époques différentes, à produire de l'or, au Mexique, en traitant par l’acide azotique exposé à l’action solaire de la limaille, d'argent du pays, mélangé avec de la limaille du cuivre, dans la proportion adoptée par la Monnaie pour les dollars.
- M. Tiffereau, revenu en France, chercha vainement à reproduire cette transformation ; mais les conditions n’étaient plus les mêmes et ses affirmations réitérées n’eurent d’autre résultat que de le faire passer pour un halluciné aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas.
- Il est impossible de ne point être frappé des grandes ressemblances qui existent entre son procédé et celui du l)r Emmens qui a eu, du reste, la bonne grâce de le reconnaître et qui, le 6 juillet de la présente année, lui écrivait, en les lui signalant : « Cela vous rappellera votre propre expérience et vous donnera la satisfaction de constater que vous êtes engagé dans la bonne voie. Je souhaite que vous puissiez bientôt mener à bien l’importante tâche consistant à réveiller vos savants et vos hommes d’État de leur dangereux sommeil ». Albert de Rochas.
- DÉPLACEMENT DES CHEMINÉES D’USINES
- On a parlé ici à plusieurs reprises de ces déménageurs d’un nouveau genre qui vous mettent une maison tout entière sur rouleaux et lui font parcourir une distance parfois très grande pour l’installer dans un site plus agréable. On se rappelle le déplacement du fameux hôtel de Brighton Beach, qui fut établi sur vingt-quatre trains de wagons-plateformes et traîné par des locomotives, loin de la mer qui le menaçait2.
- Mais les house-movers ne bornent plus leurs
- 1 50 000 onces représentent 1550 kilogrammes, c’est-à-dire 1/5 environ de la production mensuelle du Transwaal tout entier.
- a Yov. n° 780, du 12 mai 1888, p. 569.
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- LA NATURE.
- ambitions, et ils ont dernièrement transporté une maison de dix pièces à 15 kilomètres de son emplacement primitif.
- C’était un bâtiment qui appartenait à M. Sevier, d'Eureka, en Californie, et qu’il possédait à Ar-cata, petite ville des environs. Suivant la méthode accoutumée, on avait déplacé d’abord le b â t,imen t jusqu’à l’amener au bord de la Haie de llumboldt, puis on glissa par en dessous deux chalands accouplés sur lesquels vint reposer le gril supportant la maison. Les chalands furent remorqués sur une distance de 15 kilomètres ; on transborda alors la maison à terre, et eniin on la fit glisser sur rouleaux encore pendant 8(10 mètres, jusqu’à l’emplacement définitif qu’elle devait occuper dans les faubourgs d’Eureka.
- Et ces déménagements déjà si compliqués et si audacieux s’entreprennent maintenant pour des constructions encore plus susceptibles et plus sujettes aux ébranlements dangereux et aux tissures : il s’agit des cheminées d’usines en briques.
- Nous pouvons signaler deux exemples et reproduire deux photographies d’opérations de cette nature. L’une a été exécutée par MM. W.-H. et C.-P. Topping, de lîridgehampton (Etat de New-York) pour le compte de la « Manhan-set ïmprovement Company », sur une cheminée que celle-ci possède à Manhanset, Shelter Island, comté de Suffolk (État;de New-York). La cheminée a 25ni,50 de hauteur et 2m,10 de côté à la base; comme on le voit,elle est du type carré, avec double paroi de 0m,20 d’épaisseur; son poids total
- Fig. 1. - - Déplacement d’une' cheminée à Manhanset.
- Fig. 2.
- dépasse 100 tonnes. La photographie que nous empruntons à notre excellent confrère Scientific American, montre très bien les dispositions adoptées : on y aperçoit notamment le plancher sur lequel repose le fût de briques et qui glisse sur des traverses de bois graissées. Bien entendu, on avait étançonné la cheminée, et d’autant plus que le terrain où devait circuler ce convoi d’un genre particulier était loin d’être plan et présentait même une double rampe. Elle parcourut une distance de près de 500 mètres, tramée par un simple cheval actionnant un cabestan; lout le travail fut terminé en neuf jours, avec quatre hommes seulement.
- Les mêmes entrepreneurs avaient déjà effectué un transport semblable pour une cheminée de 16 mètres. D’autre part, MM. Isaac Blair and C° de Boston, qui avaient antérieurement relevé de 7m,50 une tour réservoir d’eau, haute elle-même de 50 mètres et pesant 50 tonnes au moins (fig. 2), viennent de déplacer une cheminée de plus de 57m,50, à Chelsea (Massachusetts). Naturellement les étan-çons soutenant cette construction montaient beaucoup plus haut que dans le cas précédent.
- Il est évident qu’au-jourd’hui la pratique est absolument acquise de ces déplacements d’édifices; mais il est intéressant de voir avec quelle sûreté on fait voyager ces hauts et minces tuyaux de briques qu’un ébranlement brusque pourrait si facilement jeter à terre. Daniel Bellet.
- Relèvement d'un réservoir d'eau.
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- DES SONNERIES CURIEUSES D VNS LES HORLOGES ET LES PENDULES
- On trouve dans les représentations d’horloges d’appartement de la lin du quinzième et pendant tout le seizième siècle, des fonctions de sonnerie extérieure particulières. Nous allons les expliquer
- car elles sont maintenant inconnues, les horloges originales étant disparues ou défigurées,
- Dans les horloges d’alors, les marteaux étaient très gros; ils étaient montés sur des leviers longs, les-
- N° 1. Gravure de Jean Cousin. — N° 2. Rouage de carillon. — .N" 3. Horloge à sonnerie directe.
- N” i. Gravure du Livre des Bons engins. — N° 5. Gravure de la Parabole des Vierges. — N” 6. Horloge du seizième siècle.
- quels avaient une queue ou prolongement d’où pendait fréquemment un fil. Il semblerait que cette disposition de tirage soit une réminiscence de la sonnerie des horloges de clocher pour lesquelles le veilleur devait suppléer aux coups que le rouage omettait fréquemment de frapper, mais le cas n’est pas le même et l’on ne conçoit pas bien le possesseur
- d’une horloge se sonnant h lui-même l’heure incomplète. Nous allons trouver, dans diverses représentations d’horloges que nous avons étudiées, l’explication de ces fonctions qui constituent la sonnerie d’appel et celle facultative.
- La sonnerie d'appel. —- Le propriétaire d’une horloge ayant à portée de sa main un timbre devait
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- LA NATURE.
- nécessairement avoir l’idée de s’en servir comme appel pour les serviteurs. Ce n’était plus qu’une disposition du marteau à trouver et de longueur de fil. C’était, en somme, l’application intime de la sonnerie d’appel des horloges de beffroi dont le tintement du timbre servait alors comme il sert encore aujourd’hui, à annoncer les alertes. Nous trouvons un exemple de cette sonnerie exclusivement d’appel dans une gravure du livre intitulé Parabole des Vierges, de Crispin de Passe, à la Bibliothèque nationale deParis (fig. 5). Cette gravure représente une horloge sur le laite de laquelle est placé en travers un marteau à main lequel, complètement indépendant de l’horloge, devait servir à frapper sur le timbre. Les deux fonctions de la sonnerie d’appel et de la sonnerie des heures réunies dans la même horloge nous sont montrées d’une façon bien complète par une gravure du seizième siècle à la Bibliothèque nationale, du Livre des Bons Engins (fig. 4).
- En effet, nous voyons d’un coté le marteau à queue isolé et de l’autre le marteau actionné directement par le rouage de la sonnerie. Il n’y a donc pas de doute sur la destination de chacun d’eux.
- La sonnerie facultative et d'appel. Une gravure de Jean Cousin, intitulée Fortune, Amour, Temps(ûg. 1). nous montre dans une horloge que soutient une femme symbolisant.la fortune, un timbre surmonté d’un unique marteau à queue à l'extrémité duquel pend un (il; Cette horloge a les poids et contrepoids du mouvement et de la sonnerie, ce qui indique d’une façon indiscutable qu’elle devait sonner les heures en marchant concurremment à la sonnerie d’appel ou au silence. La précision du document nous montre la façon dont la fonction s’opérait. En effet, un anneau se trouve à l’extrémité du fil pendant; il suffisait donc de l’accrocher à une détente placée à l’intérieur du mouvement, comme dans l’horloge que nous représentons (fig. 3), pour qu’actionnée par ce dernier l’horloge sonne régulièrement les heures, tandis que le fil décroché la pièce devenait muette.
- Le but était donc atteint d’obtenir le silence quand on le jugeait bon et la chose en valait la peine ; car, ainsi que nous l’avons dit, ces sonneries étaient excessivement puissantes, par la grosseur de leur timbre et celle de leurs marteaux. Leur propriétaire devait donc désirer ne pas être astreint à entendre, quelles que soient les circonstances, leur bruit souvent exagéré. I)u reste, le silence existe encore de nos jours dans certaines pendules.
- Ces combinaisons nous montrent l’ingéniosité pratique des horlogers de ces primitives époques.
- Les carillons. — Dès que la sonnerie des horloges fut connue il était tout indiqué de chercher à la rendre intéressante, aussi n’a-t-on pas manqué d’utiliser sa force motrice pour actionner des carillons concurremment à la simple sonnerie des heures. Donc, à côté du carillonneur qui, de toute antiquité, jouait avec plus ou moins de talent, l’horloge automatiquement répétait les airs de son cylindre. Les carillons dans les horloges de clocher
- et dans celles d’appartement datent du moyen âge. De ces époques lointaines tous ont à peu près disparu ; les rouages, usés par un long service, ont été ou supprimés ou remplacés, et les airs naïfs du vieux temps ont été changés. Un de ces airs datant du quinzième siècle et qui est parvenu jusqu’à nous, est celui de Vendôme, lequel comportait des paroles qu'on modifiait selon les localités. Les carillons des beffrois des Flandres furent les plus célèbres.
- 11 y eut des carillons d’horloge de clocher ayant un caractère décoratif en ce sens qu’ils étaient sonnés par des Jacquemarts frappant tour à tour sur les cloches, tel fut celui de Liège; d’autres se distinguaient par la richesse de leurs rouages (fig. 2), mais en réalité les carillons tiraient exclusivement leurs etfets de la variété et de la pureté de leurs cloches.
- Si, dès le quinzième siècle, les horloges d’appartement eurent aussi des carillons, ce fut surtout au seizième siècle qu’ils devinrent le plus en usage. Les cloches étaient placées ou visibles dans des eam-panilles, ou cachés dans l’intérieur de la cage.
- Nous possédons dans notre collection une horloge en bois de la tin du seizième siècle ayant commo sonnerie de son carillon six timbres en verre parfaitement accordés. Ils sont fixés sur le haut de l’horloge dans une petite charpente en bois (fig. 0).
- Les pendules Louis XIV et Louis XV qui se suspendaient aux murs en comportaient ; c’était ou dans la pendule même, ou dans le support qu’ils étaient placés. Sous Louis XVI les pendules de cheminée en avaient aussi et dans quelques-unes on en a tiré de très gracieuses dispositions décoratives.
- Indépendamment des carillons on fit d’autres sonneries curieuses dont nous allons parler.
- Chacun connaît la musique à peigne d’acier qui depuis le dix-huitième siècle n’a pas changé : on a vu les boîtes, les tabatières, etc., avec musique.
- Les tympanons sont moins connus, ce sont des instruments à cordes, comme des pianos, dont les touches sont actionnées par des cylindres piqués : ils n’ont guère été appliqués que dans de grandes pièces de milieu d’appartement.
- Les jeux d’orgue des pendules et les harmonie-flûtes sont de même système de soufflerie et de tuyaux que les grandes orgues d’églises. Ils rappellent les primitives orgues portatives du moyen âge.
- Pour compléter ce sommaire tableau des fantaisies de la sonnerie, nous ne devons pas oublier l’antique coq et l’éternel coucou qui, après avoir battu des ailes et ouvert le bec, chantent autant de fois qu’il y a d’heures à indiquer. Le moyen âge les a vus naître, et depuis on n’a jamais cessé de les faire.
- Il y a encore une sonnerie à citer, et, bien qu’elle soit actuellement le dernier mot du progrès dans ce sens, elle n’en est pas le meilleur : c’est le phonographe. A la voix qui annonce l’heure, comme le croque-mort annonce que le convoi attend, nous préférons de beaucoup les joyeux carillons de jadis. Plaxchon*
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- PESANTEUR ET BALANCE
- La nouvelle série de déterminations de la gravité entreprise par M. J. Collet le long du parallèle de 45° de l'Océan à Turin1 remet au premier plan de l’actualité la notion de pesanteur et de poids.
- On n’a pas toujours sur ce sujet des idées bien nettes ; aussi n’est-il peut-être pas inutile de les préciser.
- On sait qu’on doit à Newton la découverte de la loi de Yattraction universelle, en vertu de laquelle tous les corps s’attirent en raison directe de leurs masses et e raison inverse du carré de leur distance. Ou’est-ce donc que la masse d’un corps? On en donne en mécanique une définition très précise; nous nous contenterons de dire que la masse d’un corps, c’est la quantité de matière qu’il renferme. C’est là une notion qui n’emprunte rien à l’idée de poids à laquelle nous arrivons maintenant.
- C’est en voyant tomber une pomme du haut d’un arbre que Newton fit la célèbre découverte dont nous venons de parler : c’est qu’en effet la pesanteur n’est qu’un cas particulier de l'attraction universelle ; ki pesanteur, à la surface de la terre, c’est l’attraction que la terre exerce sur les corps qui l’environnent et on appelle poids d’un corps la résultante des actions de la pesanteur sur toutes les particules de ce corps. En vertu de cette attraction, un corps qu’on tient à la main et qu’on abandonne à lui-mème, tombe, et l’expérience apprend que dans un même lieu tous les corps qui tombent suivent une même direction, qu’on a appelée la verticale de ce lieu. Tout se passe comme si toute la masse de la terre était concentrée en son centre devenu seul attractif, de sorte que la verticale est dirigée vers le centre de la terre. (Juant à la valeur du poids d’un corps, on conçoit alors qu’elle est d’autant plus grande que le corps est plus près du centre de la terre (deuxième partie de la loi de la gravitation universelle). Effectivement la pesanteur, ou comme on dit, la gravité est plus grande au bas d’une montagne qu'à son sommet, au pôle qu’à l’Equateur (aplatissement de la terre aux pôles). Cependant cette cause ne suffit pas à expliquer la différence entre les valeurs de la gravité aux divers points du globe; cette différence tient surtout au mouvement de rotation de notre planète sur elle-même, qui donne lieu à une cause modifiant la pesanteur et désignée sous le nom de force centrifuge.
- Ce sont d’ailleurs là des variations que le calcul peut faire prévoir si, dans une première approximation, on attribue à la terre la forme d’un solide de révolution parfait. Mais du fait que cette supposition n’est pas la réalité, que résulte-t-il? Au voisinage d’une montagne, par exemple, les corps subissent d’autant plus l’attraction de cette montagne que la masse de celle-ci est plus grande, et de la combinaison de cette attraction avec l’attraction de l’ensemble du reste du globe il résulte que la verticale est un peu déviée du côté de la montagne ; cela est sensible dans des mesures de précision.
- D’autre part, considérons deux stations ayant même latitude et même altitude ; la pesanteur doit y avoir même intensité. Mais supposons que dans les couches profondes du sol, au-dessous de l’une d’elles, il existe de grands creux, des espaces vides de matière et provenant, par exemple, de tassements, d’éboulements souterrains. On peut dire qu’à ces espaces vides correspondent des termes
- 1 Comptes rendus de l'Acad. des sciences, du 17 mai 1897.
- à retrancher dans la valeur de la pesanteur telle qu’on l’aurait calculée en supposant d’abord un globe complètement plein. Mais l’influence de la distance sur la grandeur de l’attraction fait que ces termes sont bien plus petits pour la station éloignée que pour la station rapprochée de cet accident souterrain. Il résulte de là que la pesanteur sera plus faible dans cette dernière station.
- Ces deux phénomènes : déviation de la verticale, variation imprévue de la pesanteur, constituent ce qu’on appelle des anomalies locales. On conçoit qu’à l’inverse du raisonnement que nous venons de faire, l’étude systématique des anomalies locales puisse apporter de précieux renseignements sur la forme exacte et la constitution de notre globe ; aussi ce problème intéresse-t-il au plus haut degré la géodésie. De là les travaux déjà si complets de M. le commandant .Desforges, de là la nouvelle étude de M. Collet. C’est ainsi qu’à Bordeaux, par exemple, la gravité a été trouvée sensiblement plus faible que ce que pouvait faire prévoir la situation géographique de cette ville. On a précisément songé à expliquer ce fait curieux par l’existence, au-dessous de Bordeaux, de vastes creux analogues à ceux que nous imaginions tout à l’heure.
- Mais alors, dira-t-on, si à Bordeaux on achète, par exemple, 1 kilogramme d’or pesé avec une balance, et qu’on va ensuite le revendre à Paris, on fait une bonne affaire, parce que ce qui pesait 1 kilogramme à Bordeaux pèsera plus à Paris, où la gravité est plus forte qu’à Bordeaux.
- Eh bien ! c’est là une grave erreur, un préjugé encore trop répandu. Et l’erreur est dans ces mots : on pèse un corps avec une balance. C’est qu’en effet la balance ne sert pas du tout (du moins directement) à peser les corps ; mais elle sert à comparer les masses. Nous avons vu quelle différence il y a entre la masse, qui est une quantité de matière, et le poids, qui est'une force. En fait, la balance est un levier, et dans la condition d’équilibre du levier ce sont bien les forces, ici les poids, qu’on fait intervenir. Mais le poids d’un corps est proportionnel à sa masse, et le rapport de proportionnalité (qui est précisément ce qu’on appelle l’accélération de la pesanteur) disparait de la condition d’équilibre, dans laquelle alors il n’y a plus que les masses. Nous allons faire comprendre ceci par un exemple : supposons que dans un des plateaux d’une balance, à Paris, on ait mis un de ces morceaux de laiton qui constituent les poids du commerce, et qu’on ait réalisé l’équilibre en mettant dans l’autre plateau une certaine quantité de pépites d’or. Transportons cette balance ainsi chargée et en équilibre à Bordeaux, où la gravité est plus faible qu’à Paris; eh bien! 'l’équilibre subsiste, parce que, si l’on peut s’exprimer ainsi, ce que la pesanteur fait perdre aux pépites d’or, elle le fait perdre aussi au morceau de laiton, les masses étant les mêmes de part et d’autre. Ainsi la balance compare les masses, les quantités de matière, c’est-à-dire des grandeurs indépendantes du lieu d’observation. Par conséquent les poids commerciaux étalonnés, par exemple, à Paris peuvent servir n’importe où, pourvu qu’on utilise la balance où ils n’entrent que par leurs masses.
- Il résulte de là que le mot poids d'un corps est employé généralement pour désigner la masse de ce corps, et qu’il est bien regrettable que le langage scientifique n’ait pas imaginé un mot spécial qui permettrait de ne plus employer cette expression plutôt fâcheuse : faire une pesée.
- Mais ce que nous venons de dire de la balance ne s’applique plus au dynamomètre ou peson, avec lequel on peut au contraire déterminer directement le poids d’un corps, en général par la grandeur de la déformation que
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- LA NATURE.
- ce corps imprime à un ressort qui l'empêche de tomber. On voit que la graduation d’un dynamomètre n’a de valeur que pour le lieu où elle a été faite ; car c’est la grandeur de la force, du poids, qui déforme plus ou moins le ressort de l’instrument. J. Dekôme,
- licencié es sciences
- LE M VGNÉTÀRIUM
- M. Wilde a présenté récemment à l’Académie des sciences un appareil qu’il désigne sous le nom de Magnétarium et qui est destiné à reproduire les phénomènes du magnétisme terrestre et les changements séculaires des composantes horizontales et verticales.
- L'instrument se compose de deux globes géographiques, dont l’un tourne à l’intérieur de l’autre. Un fil de cuivre isolé est enroulé autour du globe intérieur, dont l’axe l’ait un angle de 25°,5 avec l’itxe du globe extérieur, de sorte que son équateur tourne dans le plan de l’écliptique. La surface intérieure du globe terrestre est également garnie par enroulement d’un fil isolé, et les surfaces des mers sont doublées d’une mince feuille de fer pour déterminer une différence entre le magnétisme des régions terrestres et maritimes. Les axes sont munis d’anneaux isolés qui tournent avec eux ; des balais de cuivre, en contact avec ces anneaux, servent à faire passer des courants électriques autour des surfaces des globes.
- Au moyen d’un train épicycloïdal de roues dentées, on donne un lent mouvement différentiel au globe intérieur, grâce auquel les principaux phénomènes du magnétisme terrestre, et les variations séculaires de la déclinaison et de l’inclinaison, qui ont eu lieu pendant les trois derniers siècles à Londres, au Cap de Bonne-Espérance, à Sainte-Hélène et lu l’ile de l’Ascension, peuvent être exactement reproduits.
- La période de temps qui correspond à une différence d’une révolution dans les rotations des deux sphères est de 960 ans, et le retard annuel de la sphère
- électrodynamique de 22',5. Cette période comprend toutes les diverses variations séculaires des éléments magnétiques sur les différentes parties de la surface terrestre.
- L’appareil reproduit également les divers éléments dont nous donnons ci-après l’énumération :
- 1° L’inégalité des périodes de déclinaison sur les mêmes méridiens dans les hémisphères nord et sud, telles qu’elles ont été observées pendant la courte période d’élongation occidentale à Londres (160 ans) et pendant la longue période d’élongation occidentale
- au Cap de Bonne-Espérance (272 ans) et à Sainte-IIélène (256 ans);
- 2° Le simple déplacement, dans un sens ou dans l’autre, de l’aiguille d’inclinaison, pour la double marche, aller et retour, de l’aiguille de déclinaison, tel qu’il a été observé dans la diminution continue de l’inclinaison pour les lies Britanniques pendant la marche de l’aiguille de déclinaison vers l’ouest et son retour depuis l’année 1725;
- 5° Les changements de l’inclinaison en sens opposés sur le même méridien dans les hémisphères nord et sud, tels qu’ils ont été observés pour l’inclinaison qui diminue dans les lies Britanniques et q ui augmente au Cap de Bonne-Espérance, à Sainte-Hélène et à l’ile de l’Ascension pendant la période actuelle ;
- 4° L’augmentation rapide de l’inclinaison dans les environs du nœud atlantique de l’équateur magnétique (dix-sept minutes par an), telle quelle a pu être observée en premier lieu par Sabine au golfe de Guinée et à Sainte-Hélène, ainsi que la progression occidentale de ce nœud lui-même.
- Un très bel exemplaire de ce savant et ingénieux appareil a été généreusement offert par M. Wilde au Conservatoire des arts et métiers où il été aussitôt mis sous les yeux du public.
- Colonel Laussedat,
- Membre (le l'Institut,
- Directeur du Conservatoire des arts et métiers.
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- LA NATURE.
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- LE PARADIS DES SINGES
- Les hommes, un grand nombre du moins, n'ont de la mort qu’une appréhension relative, et cela à cause de l'espérance d’une nouvelle vie au Paradis pour les bons, au Purgatoire pour les mauvais, mais personne, jusqu’à présent du moins, n’a pu se faire une très exacte idée de ce Paradis ou de ce Purgatoire, aucun confrère n’a réussi à interviewer la moindre personnalité retour du grand voyage. Voici donc encore une fois l’espèce humaine distancée, les singes, les joyeux et malins singes, savent eux où se trouve leur Paradis, et lorsque désormais dans les lbrèts équatoriales, sur les cotes du Gabon, au Brésil ou au Japon, les trappeurs de singes voudront capturer des quadrumanes grands ou petits, ils n'auront qu’à faire miroiter à leurs yeux le Paradis qu’on vient de
- leur construire; car ce Paradis n’est pas un mythe, il existe réellement aux portes de Paris, en plein Bois de Boulogne — Éden rêvé — au Jardin d’Acclimatation.
- Où va se nicher le prçgrès? Créer de toutes pièces pour des animaux — que Darwin, il est vrai, revendiquait comme arrière-grands-pères et dont nous imitons parfois très servilement les gestes — créer, dis-je, pour des animaux un Paradis, où la vie est douce et facile, où la liberté est la plus grande possible, n’est-ce pas très fin dix-neuvième siècle?
- Cette nouvelle retonde des singes que vient d’inaugurer M. Porte, sur la grande pelouse du Jardin (l’Acclimatation, est bien un véritable Paradis — duquel la pomme elle-même n’est point exclue —où l’arbre des forêts vierges est transformé en un cheval de bois, sur lequel les petits hamadryas prennent leurs premières leçons d’équitation, où les lianes sur
- Le Paradis des Singes au Jardin d’Acclimalation, à Paris.
- lesquelles les gracieux atèles se balancent, deviennent des balançoires perfectionnées, où le bananier chargé de fruits, que l’animal à l’état sauvage est obligé d’aller cueillir, est changé pour la circonstance en un moulin à vent gracieux et coquet, dont un chimpanzé est le meunier et dont un papion fait tourner les ailes pour se procurer sa provende.
- Que nous voilà loin de l’antique cage aux singes du Jardin des Plantes et de sa cloche classique (pie M. Prudhommc extasié soumet à l’admiration de sou fils, en lui faisant remarquer l’ingéniosité des hommes à procurer des distractions aux singes en captivité.
- Bien n’est curieux comme de voir ces soixante et quelques représentants de la race simiesque, au milieu des jeux de toutes sortes ; certes ils ne songent plus guère qu’ils sont captifs et qu’ils ont abandonné leurs forêts pour devenir une distraction, pour servir d’amusements aux spectateurs parisiens.
- Tenez, voici un jeune macaque, il crie, il appelle, c’est qu’il est seul sur le manège de chevaux de bois, et
- il réclame un compagnon pour tourner la manivelle! Et cet autre, un vieux sapajou, à la peau tannée, au poil rare, au rictus blasé, très grave, il se laisse, sous l’action de son propre poids, élever et abaisser dans les airs, confortablement assis sur la banquette
- d’une gondole aérienne : à quoi rêvent les...vieux
- singes? lui seul pourrait le dire, mais il semble tout heureux de cette nouvelle invention !
- Déjà nous avions eu, je l’ai signalée ici-même, la chambre à coucher de Tynan, ce pauvre orang qui, il y a quelques semaines, a rendu son àme à Dieu, malgré les soins dévoués de son gardien Bigeard qui, durant huit jours et huit nuits, l’a veillé comme son propre enfant, voici maintenant le Paradis des Singes, avec sa fête foraine en miniature, où macaques japonais et autres, sapajous, cynocépales, bonnets chinois, petits hamadryas, etc., s’abattent joyeusement.
- Vous verrez que bientôt, tout grillage sera devenu inutile, et qu’au détour d’une allée de ce charmant Jardin d’Acclimatation, dont le directeur est sans
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- LA NATURE.
- cesse à l’affût des nouveautés, vous rencontrerez un monsieur singe sur le dos d’un chameau, dans une voiture attelée de bœufs, ou sur un poney des Shetlands, qui le monocle à l’œil, vous saluera d’un grand coup de chapeau, ou si votre figure ne lui revient pas, vous adressera seulement de la main un petit salut protecteur! Paul Méonin.
- POUR BURETTES ET ENTONNOIRS
- Il est impossible de procéder sans support à un dosage volumétrique accompli au moyen d’une burette à écoulement inférieur, qu’elle soit munie d’une tige, d’un caoutchouc ou d’un robinet ; et si, pour les filtrations on peut se passer d'un support en disposant l’entonnoir garni de son littre dans le col d’un flacon, d’une éprouvettte ou d’un
- Support pour
- burettes et entonnoirs.
- ballon, ce procédé présente parfois des inconvénients. D’autre part, les supports en bois ou en métal encombrent un peu le laboratoire, se transportent difficilement et coûtent assez cher. Nous nous souvenons, par parenthèse, d’avoir remarqué dans le laboratoire de la Faculté de Médecine de Lyon un dispositif ingénieux : les bras horizontaux des porte-entonnoir s’ajustaient sur les étagères disposées au-dessus et le long des tables de manipulation, ce qui, aux dépens de la mobilité, rendait inutiles les plaques de base et les tiges verticales.
- Pour réaliser un support très commode et s’accrochant partout, on associe deux pinces à lessive, en bois, du modèle le plus usuel, en les fixant rectangulaircmcnt l’une par rapport à l’autre. La première À reçoit dans l’échancrure de ses mâchoires la tige de burette ou d’entonnoir; la seconde pince B, après transformation, s’ajuste sur une cloison bien verticale, mais quelconque : flanc de cassette, rebord d’étagère, paroi de vase à précipité ou même de verre à boire de grand rayon. On interposera, comme toujours, un peu de papier entre la pince A et la burette et c’est encore avec une feuille de papier /'plusieurs fois repliée sur elle-même, qu’on réglera le serrage de B en accroissant, au degré voulu, l’épaisseur trop faible de
- la paroi de support. L’équilibre du vase soutien est-il compromis? on le lestera tout simplement avec de l’eau, du plomb, du sable.
- Le croquis ci-contre explique comment le premier menuisier venu peut s’y prendre pour assembler les deux pièces a et b. Ajoutons seulement que les mâchoires de la pince verticale B ont été aplanies avec adjonction de deux petits taquets latéraux t servant d'appui.
- Outre l’avantage de la mobilité, la disposition que nous recommandons présente celui d'un extrême bon marché; en frais d’achat de pinces et main-d’œuvre le débours total n’atteint pas 80 centimes. Peut-être notre tour de main rendra-t-il service aux praticiens dont le matériel de laboratoire est insuffisant. Antoine de Saporta.
- CHRONIQUE
- lies rayons X et la douane. — Le monde photographique avait été, à juste titre, ému des applications que l’administration des douanes se proposait de faire des rayons X, à la découverte de la fraude1. Déjà lors d’un voyage à Lyon, M. Boucher, ministre du commerce, avait reçu les plaintes des photographes de la région; lors du Congrès de l’Union internationale de photographie, tenu en août dernier à Bruxelles, on avait émis le vœu que tout colis renfermant des préparations sensibles soit dispensé de cet examen. Mais les photographes peuvent être rassurés. M. Pallain, directeur général des douanes, interviewé à ce sujet nous a répondu que les employés de la douane avaient l’ordre de n’ouvrir aucun colis déclaré comme renfermant des préparations photographiques et, en cas de suspicion, d’envoyer le colis suspect au laboratoire des douanes, à Paris, où il est ouvert dans un laboratoire éclairé à la lumière rouge ; que d’ailleurs il serait impossible d’examiner tous les colis postaux (auxquels seuls a été appliquée la radioscopie) dont le nombre, qui a été de un million cinq cents soixante huit mille en 1896, dépassera sans doute deux millions par an, avec les nouveaux colis de 10 kg. L’administration attend d’ailleurs de nouveaux perfectionnements des appareils pour étendre à toutes les gares le service radioscopique qui ne fonctionne actuellement qu’à la gare de Lyon et se propose d’établir en ce cas un cabinet noir dans toutes les gares qui seraient munies d’appareils radioscopiques.-
- Un nouveau (( fferry-boat )). — Pour pouvoir assurer le trafic intense de trains de chemins de fer qui se fait à travers le lac Michigan, on vient de lancer un ferry-boat monstre, un bac à vapeur de dimensions considérables, le « Père-Marquette ». Il est muni de deux hélices, et a tout à fait l’apparence d’un navire de mer ordinaire, et il lui faut, en effet, les mêmes qualités pour résister aux tempêtes qui s’abattent souvent sur le lac; long de 106“,68 sur le pont, large de 17m,6 et profond de i l”,04 de la quille au pont supérieur, il supporte 4 voies et peut prendre à son bord 16 grands wagons à bogies. Il est appelé à naviguer toute l’année, même à travers les glaces entre Ludington et Manitowoc, sur une distance d’une centaine de kilomètres : aussi sa coque offre-t-elle une solidité exceptionnelle. Ses machines lui donnent couramment une allure de 25 kilomètres à l’heure.
- 1 \'ov. n01261, du 51 juillet 1897, p. 141 et n° 1262, du 7 août 1897, p. 147.
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- LA NATURE.
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- lTn train minuscule. — L’exposition américaine, dite du Transmississipi, montre comme curiosité un train de proportions vraiment minuscules. La locomotive ne pèse que 204 kilogrammes et sa longueur ne dépasse pas 2 mètres avec son tender ; les dimensions du cylindre sont de 65 millimètres sur 58, les roues ayant 205 millimètres de diamètre. Cette machine porte 27 litres d’eau dans le réservoir du tender et 25 environ dans sa chaudière, de quoi marcher deux heures. Pin dépit de ses proportions minuscules, elle n’entraine pas moins de 6 wagons, dont 4 sont des voitures-terrasses, sur chacune desquelles deux enfants peuvent prendre place. Lesdits wagons ont lm,05 de long sur 0"',55 de large.
- Tarif téléphonique à .Stuttgart. — A Stuttgart, on paye pour cinq minutes de conversation dans les limites de la ville à peu près 12 cent.,05 ; en dehors de ces limites, le tarif correspondant est de GO centimes. Quant au prix d’abonnement, il est de 125 francs pour une ligne de 5 kilomètres ou moins, un supplément de 51 francs s'ajoutant à cette somme par 2 kilomètres en plus.
- Le bois »le Irak, — Notre confrère Timber vantait récemment les qualités exceptionnelles de ce bois : pour lui il est plus résistant que tout autre, dur bien que léger, solide bien que poreux; il se laisse travailler aisément, et, quand il est soigneusement séché, ne joue que très peu. 11 n’attaque jamais le fer; enfin les fourmis blanches n’essayent presque jamais de le ronger.
- Les mauvais effets de la (( cordite )). — Il
- paraîtrait que la cordite, la poudre sans fumée que l'armée anglaise a cru devoir adopter, n’ést pas sans donner des mécomptes, au moins pour l’artillerie : en effet, pendant de récents exercices de tir qui ont eu lieu à Okehampton, sur 18 canons qui appartenaient à l’artillerie à cheval et qui employaient la cordite au lieu de la poudre ordinaire, sept auraient été mis hors d’usage après deux coups seulement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 septembre 1897. — Présidence de M. Chahs.
- Amélioration des sols humifères. — M. Dehérain analyse une Note de M. J. Dumont, répétiteur à l’école d’agriculture de Rennes relative à l’amélioration des terres humifères incultes qui occupent encore de grandes étendues. Ces terres renferment de l’azote combiné en foi te proportion, six, onze, douze millièmes au lieu de un à deux que l’on rencontre normalement. Une terre du Cher étudiée par M. Dumont en renfermait jusqu’à treize millièmes. Une semblable teneur exige que non seulement des microbes fixateurs d’azote aient agi avec intensité, mais encore que les causes de déperdition aient été peu actives. L’auteur, après avoir essayé comparativement l’action des cendres, des amendements et de différents engrais montre nettement le but à atteindre. A son avis, il faut visiter plus particulièrement la production de l’hu-mate de potasse. Ce composé peut prendre naissance directement par l’action des cendres non lessivées et du bicarbonate de soude, ou indirectement quand on applique au sol des engrais potassiques et du calcaire ; il joue un rôle prépondérant dans la fertilisation des terres. L’humate est indispensable à la culture du trèfle comme l’a montré M. Dehérain. De plus il parait être le point de départ des transformations ultérieures à subir par la matière azotée. M. Dumont recommande l’emploi de la chaux dans les
- terres riches en potasse, celui des engrais potassiques associés au calcaire, si le sol est riche en acide phosphorique.
- Les plantes de grande culture. — M. P.-P. Dehérain fait hommage à l’Académie d’un ouvrage qu’il vient de publier sous ce titre : Les plantes de grande culture. Il y indique les progrès réalisés dans la culture du blé, des pommes de terre, des betteraves fourragères et des betteraves à sucre. Ces progrès sont dus à un emploi judicieux des amendements et des engrais, à la création de nouvelles variétés plus prolifiques que celles qu’on cultivait naguère, et enfin aux connaissances déduites de l’analyse des plantes elles-mêmes. Celle-ci a montré, par exemple, que les énormes betteraves obtenues par les semis à grand écartement étaient beaucoup plus aqueuses et, par suite, moins nutritives que les racines de petite dimension fournies par les semis serrés. Ces progrès ont été considérables; ils ont contribué, pour une large part, à l’augmentation de la production agricole de la France, passée de 5 milliards en 1847 à 1 1 ou 12 milliards en 1896.
- Varia. — M. de Fonvielle a résumé en un volume les résultats obtenus à l’aide des ballons-sonde pour l’exploration des hautes régions de l’atmosphère. — M. José Rodriguez Moreto a étudié la stabilité du sulfure de strontium phosphorescent. Ch. de Villedeuil.
- ROCHERS A FORMES ANIMÉES
- Depuis longtemps déjà La Nature a commencé la publication d’un certain nombre d’articles sur des rochers dont la silhouette curieuse forme des figures au profil bizarrement découpé ou des animaux plus ou moins fantastiques dans leur aspect général1. Ces exemples de curiosités naturelles ont toujours excité l’intérêt, nous en avons la preuve par le nombre considérable de lettres que nous recevons à ce sujet. On comprendra qu’il est impossible de publier tous ces curieux documents. Ce serait alors un numéro de journal qu’il faudrait remplir. Voici cependant deux rochers qui nous ont paru caractéristiques plus que tous les autres; deux de nos abonnés, habitant des contrées bien différentes, ont bien voulu nous communiquer les photographies représentées par les gravures (fig. 1 et 2).
- La figure n° 1 nous montre des rochers situés dans la Gravenne de Soulhol, non loin de la station balnéaire de Neyrac, près de Vais (département de l’Ardèche). Nous voyons un chaos de roches granitiques s’étendant sur une longueur d’environ 400 mètres. On y remarque surtout une énorme pierre dont la silhouette indique nettement le profil d’une tête humaine ayant une vague ressemblance avec celui du roi Louis XVI. De l’autre côté de ce chaos, sur une pente abrupte formée de scories et de cendres, on reconnaît la trace suivie par les laves projetées par un antique volcan éteint.
- La figure n° 2 représente l’aspect d’une roche naturelle que tous ceux qui fréquentent le chemin de fer de Saint-Denis, à l’île d& la Réunion, aiment à contempler et surtout A, faire remarquer aux
- 1 Yoy. n° 1216, du 19 septembre 1896, p. 244.
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- LA NATURE.
- étrangers qu’ils ont la bonne fortune d’avoir pour compagnons de route.
- On appelle cette roche la Tête de Louis XVI. Ce
- gros rocher fait partie d’un des contreforts de la montagne qui s’élève à l’ouest de la ville de Saint-Denis et qui est traversée par trois tunnels successifs
- i ig. î.
- Rochers dans la gravennc de Soulhol à profil de Louis XVI,
- Fig. 2.
- Roche appelée La tète de Louis XVI (lie de la Réunion).
- ayant une longueur totale de 10450 mètres. On la voit se profiler nettement sur le ciel quelques mo-
- ments avant de pénétrer dans le premier tunnel. Nous mentionnerons également un rocher (lig. 5)
- Fig. 3. — Rocher-chameau en Bretagne.
- qui se trouve sur la plage de Brignangan non loin du phare de Poustuval et qui affecte la forme d’un chameau ; sept ou huit personnes peuvent tenir à l’aise sur son dos.
- Enfin signalons non loin de là le Menhir de
- Fig. i. — Menhir de Meu-Marz.
- Men-Marz (fig. 4) situé près du village de Brignangan. Albert Tissaadieu.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9-
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- .V 1271.
- 9 OCTOBRE 1 897.
- LA NATURE
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- CHAUDIÈRE DE LAVAL A PRESSION DE 220 ATMOSPHÈRES
- Fig. i. — Schéma de la chaudière de Laval. — A, est la chaudière; II, le condenseur; G, la turbine; 1), le régulateur d’admission de vapeur; E, le régulateur de pression d'eau; F, la pompe du condenseur; G, la pompe d’alimentation; 11, l’appareil destiné à équilibrer la pression de la vapeur et de l’eau circulant dans le régulateur I).
- Il y a quelques années, en présentant la turbine à vapeur de de Laval1 à la Société des ingénieurs civils de France, nous avons conclu dans les termes suivants : « La turbine de Laval peut déjà actuellement, et
- avec des pressions de vapeur courantes, ne pas consommer plus de 7,5 kg de vapeur par cheval effectif et par heure.
- « Avec des pressions plus élevées, on arrivera à des consommations plus réduites encore, et cest là le grand avenir de ces machines.
- i
- Voy. n° 1083, du 5 mars 1894, p. 211. 25“ année. — %e semestre.
- 19
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- LA NATURE.
- « Nous sommes loin de la limite à laquelle pour- | ront arriver les générateurs. Ils travaillaient bien à 1 2 kg de pression et même à la pression atmosphé- ' rique, tout au début. La pression de A kg était considérée comme dangereuse. On est arrivé progressivement à 6, 10 et 15 kg. Il n’y a pas de raison pour qu’on n’aille pas un jour jusque et au-dessus de 50 kg.
- « Or, les moteurs à pistons sont incapables de travailler à ces pressions, tandis que les turbines de Laval pourront parfaitement utiliser la vapeur à n’importe quelle pression, puisque celle-ci est transformée en force vive avant d’arriver dans le moteur même.
- « L’examen plus précis de la question donne une idée de l’économie considérable qu’on pourra tirer des pressions élevées avec la turbine de Laval. »
- Nos prévisions d’alors sont aujourd'hui réalisées et même dépassées. Ce qui était notre désideratum à ce moment est aujourd’hui un fait acquis.
- Le même ingénieux inventeur qui a créé la première « turbine d’action à vapeur » vient de réaliser une chaudière pouvant fournir de la vapeur à 220 atmosphères.
- Ce qui caractérise particulièrement la chaudière de M. de Laval, outre sa haute pression, c’est son fonctionnement et son réglage automatiques. C’est ainsi que son alimentation en charbon, en eau, en air et le réglage de la production de vapeur et de sa pression se font automatiquement.
- Description. — Le générateur de vapeur proprement dit consiste en un tube continu, par une extrémité duquel l’eau est injectée, tandis que la vapeur s’échappe de l’autre.
- Le tube vaporisateur est de section cylindrique de 25 à 50 millimètres de diamètre intérieur et l’orme une série de serpentins concentriques autour d’une conduite par laquelle on charge le charbon.
- Le tout est compris dans l’espace annulaire d’un cylindre en tôle garni intérieurement de matières calorifuges.
- Tout en bas de la conduite en question, se trouve un dispositif qui facilite le renouvellement continu du charbon et le décrassage de la grille. A l’intérieur d’une grille tronconique tournante se meut, avec une vitesse différente, un cône en briques réfractaires entraînant ainsi le combustible. Entre la grille et le charbon se trouve une boucle de tube d’eau de la chaudière qui fait l’office d’un grattoir et tient constamment propre la grille.
- La chaudière est munie des appareils régulateurs d’alimentation d’eau et d’insufflation d’air dans le foyer. Le fonctionnement de ces appareils est basé sur l’action des pistons équilibrés par la pression de la vapeur d’un côté, et de l’eau sous pression et des ressorts de l’autre.
- Fonctionnement. — La ligure 2 représente d’une façon schématique une installation complète de la chaudière, de la turbine, du condenseur et des appareils accessoires, système de Laval. Le charbon qu’on charge par en haut tombe sur le cône a7 et remplit la conduite a2 qui est fermée ensuite.
- Le réservoir B4 ainsi qu’une partie du serpentin, sont remplis d’eau.
- Aussitôt qu’on allume le feu, la vapeur commence à se dégager en aL et pénètre, par les régulateurs R et les ajutages cv c2, c3, c4, dans la turbine C qui se met à tourner de plus en plus vite, au fur et à mesure que la pression augmente.
- L’appareil E qui était complètement ouvert et dans lequel l’eau, venant en dérivation des pompes alimentaires G, par l’intermédiaire de l’appareil H, circulait librement, commence à se fermer par l’action du régulateur de la turbine. La pression de cette eau ainsi interceptée augmente progressivement dans les appareils D. En s’ajoutant à l’action des ressorts, qui sont de force inégale et progressivement décroissante, elle ferme, les unes après les autres, les ouvertures qui laissent le passage de la vapeur aux ajutages.
- Les opérations suivantes ont lieu automatiquement : Le charbon descend sur la grille entraîné par son mouvement rotatif.
- L’appareil K, sous l’action de la vapeur, fait fonctionner les registres a4, as, aG qui laissent le passage à l’air insufflé par le ventilateur conduit par la turbine.
- La pompe alimentaire G est entraînée par la turbine même, ainsi qu’une pompe centrifuge accouplée directement à un de ses arbres moteurs et qui alimente le condenseur B.
- Aussitôt que la machine est chargée, son régulateur ouvre un peu l’appareil E, l’eau perd de sa pression, les pistons des appareils D reviennent sur leurs pas, en laissant passer de la vapeur en quantité suffisante pour le travail demandé à la turbine.
- La vapeur sous pression pouvant s’élever à 220 atmosphères (ce qui correspond à 575° C.) arrive aux ajutages dans lesquels elle se détend complètement jusqu’à la pression du condenseur, avant d’être lancée sur les aubes de la turbine. Après avoir effectué son travail, elle s’en va au condenseur à surface B, d’où, une fois condensée, elle est refoulée par la pompe F dans le réservoir bk et reprise ensuite de là, par la pompe alimentaire G, pour être refoulée dans le tube générateur de vapeur.
- La pompe centrifuge calée sur l’un des arbres auxiliaires de la turbine fournit l’eau sous pression dans une sorte d’éjecteur ù2 qui communique avec l’espace bv où se condense la vapeur et entraîne ainsi l’air qui peut s’y trouver. Après avoir passé par l’éjecteur, cette eau est dirigée dans le condenseur, de bas en haut, et s’en va au dehors. La pompe centrifuge fait ainsi l’office de pompe de circulation, en même temps que de pompe à air.
- L’appareil H branché sur la conduite de la pompe d'alimentation, où règne une pression plus élevée que celle de la vapeur dans le générateur, se charge d’équilibrer constamment la pression de l’eau qui circule dans le régulateur D avec la pression de cette vapeur et éviter ainsi que ce régulateur ne soit toujours fermé pour le passage de la vapeur.
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- Le ventilateur, calé sur Tun des arbres auxiliaires | de la turbine, fournit la quantité d’air nécessaire à la ; combustion et produit le tirage. Le régulateur à j vapeur K règle son action et son débit. Tantôt il i ouvre, tantôt il ferme les registres r/5 et r/6, suivant j la pression de la vapeur et la charge de la machine. En dernier lieu, il peut, tout en fermant les registres a6 et aG, ouvrir le registre a% et souffler ainsi de l’air frais sur les serpentins eux-mêmes, en arrêtant la production de la vapeur.
- La chaudière peut vaporiser ou à 40 litres d’eau ; par mètre carré de surface de vaporisation et ; fournir 7,5 à 8 kg de vapeur, sous 100 à 220 atmosphères, par kilogramme de houille.
- l'armi les principaux avantages de la nouvelle chaudière on peut citer : sa simplicité; sa légèreté et son peu d’encombrement; facilité de montage, d'installation et de conduite; surveillance réduite à sa plus simple expression; rapidité de mise en marche; production de la vapeur sèche et surchauffée, et avec cela l’entretien très simple et la sécurité complète, le volume d’eau étant très faible.
- Applications. — L’éclairage électrique de VExposition universelle qui a lieu cette année, à Stockholm, est exclusivement assuré par les turbines et les chaudières à haute pression du système de Laval.
- La station électrique comprend 4 groupes de 100 chevaux et 2 de 50 chevaux.
- Chaque groupe est composé d’une chaudière, d’une turbine-dynamo et d’un condenseur, ainsi que de tous les appareils accessoires d’alimentation et de réglage commandés par la turbine.
- La fabrique des turbines à vapeur àJerla, près Stockholm, est aussi exclusivement desservie par les nouvelles chaudières. La ligure 1 nous donne une vue intérieure de cette station. On remarque à droite près du tableau un groupe complet d’une chaudière, d’une turbine-dynamo, d’un condenseur et des accessoires. K. Sosxowski.
- AU EAU DUS IV CANTONS
- Le lac des IV Cantons était resté jusqu’ici en retard au point de vue de l’éclairage. Bien que Lucerne fût éclairée électriquement depuis une dizaine d’années, les villages disséminés le long du lac n’avaient pas suivi le progrès. Les principales stations aérotliérapiques, depuis Lucerne jusqu'à Fluelen, en étaient encore à la lumière au pétrole ou au gaz en 1896. À part deux stations, le Burgenstock et Schœneck, la lumière électrique faisait défaut. Cependant, il y a cinq ans, on illumina les quais de Brunnen avec quelques arcs électriques. Grand changement cette année. Une Compagnie s’est formée au capital de 2 500 000 francs. Elle a utilisé une chute de 4000 chevaux située près de Schwvz, chef-lieu du canton, à 5 kilomètres du lac, pour organiser une station centrale1. On a installé une ligne sur poteaux qui, à travers la montagne, s’en va distribuer l’énergie électrique sur toute la rive droite. La lumière brille maintenant tous les soirs à Bruunen, à Gersau, Yitznau, et, l’année prochaine, la ligne
- sera prolongée jusqu’à Weggis, et même jusqu’à Kusnàcht. l)u côté de Schwyz, le courant est envoyé jusqu'à Goldau, station du Gothard, où il alimente plus de 20 arcs. On compte ainsi faire le tour du massif du Rigi et envoyer le courant à tous les grands hôtels de la montagne, au ltigi-Kulm, au Rigi-Stalîel, au Rigi-Kaltbad, au Rigi-First, etc. Au Rigi-Scheidegg, quatre arcs éclairent le plateau depuis le printemps. Ils sont alimentés par un courant continu produit par une dynamo et un moteur à vapeur de 6 chevaux qui sert pendant le jour à la boulangerie et à la blanchisserie de l’hôtel. Sur la rive gauche, Beckenricd a également utilisé un torrent pour s’éclairer.
- Pour le moment, la Compagnie de Schwyz transmet des courants triphasés sous 8000 volts à 58 kilomètres de distance. Dans chaque station un transformateur unique réduit le potentiel à 120 volts. 11 est clair que la Compagnie ne fera pas ses frais jusqu’à nouvel ordre. Les hôtels et les villages ne comptent guère à Brunnen, à Gersau et à Yitznau que 2 à 5000 lampes et environ 50 arcs, mais on peut espérer qu’avant peu, l’usine centrale illuminera au moins 10 000 lampes. Ce sera déjà un bon commencement. On vend l’énergie à l’année, entre 15 et 25 francs par lampe. Comme la dépense est indépendante du temps d’éclairage (sauf l’usure bien entendu), les lampes brillent partout dès la tombée du jour. Autrefois, c'était l’obscurité dans tout le pays; maintenant, les paysans sont illuminés a giorno. Et le soir, le lac est tout étincelant de lumière.
- Seulement les touristes trouvent que le gaz avait du bon, voire même le pétrole. C’était moins commode assurément, mais bien moins cher. La pension comprenait l’éclairage. Aujourd’hui, on fait payer 2 fr. 50 par lampe et par chambre chaque semaine. C’est excessif. Les hôteliers répondent qu’il faut payer le progrès. A Lugano, on ne fait payer que 25 centimes par soirée ; à Pontresina, 25 centimes par soirée. On sera forcé de diminuer ces prix qui finiraient par faire regretter l’antique bougie gratuite.
- Et encore le courant est capricieux. Les jours de grande pluie ou de neige, des branches surchargées louchent à la ligne primaire établie sur poteaux dans les bois, déterminant de courts circuits et au beau moment du dîner, quand la lumière ruisselle sur les tables, brusquement l’obscurité noire succède à la lumière électrique. Il faut courir chercher les vieilles lampes à pétrole. Cela nous est arrivé à nous-mème trois Ibis en quatre jours. Et ce n’est pas fini. Il n’est pas toujours facile de trouver les défauts sur une ligne aérienne de 58 kilomètres établie en montagne.
- Quoi qu’il en soit, la lumière électrique triomphe au lac des IV Cantons. A l’extrémité du lac, à Fluelen, la lumière est envoyée d’Altorf. Yoilà le lac de Lucerne au niveau du lac Léman, car, depuis douze ans, les lampes électriques éclairaient Yillcneuve et quelques années plus tard Montreux, Territet, Glion, etc. Au lac de Lucerne, plus pittoresque que le lac Léman, quand tout le Rigi sera illuminé, le coup d’œil sera féerique ; les flancs sombres de la montagne -seront piqués partout de petites étoiles d’or et l’on ne verra plus qu’étoiles depuis le lac jusque dans le bleu du ciel. Henri de Parville.
- NOUVELLES APPLICATIONS
- DES BILLES DE ROULEMENT1
- Ces roulements se vulgarisent de plus en plus au grand avantage de ceux qui les emploient. C’est ainsi que la
- 1 Le torrent de la Musta descend de 60 mètres de hauteur, i 1 Voir n° 1265, du 28 août 1897, p. 199.
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- municipalité de Blackpool a fait munie certains de ses tramways électriques de roulements à billes: depuis trois ans qu’ils circulent, ces véhicules ont donné des résultats si satisfaisants que toutes les nouvelles voitures seront établies de même dorénavant ; ce dispositif économise, parait-il, 50 pour 100 de l’énergie. Voilà deux ans <pie la Compagnie du chemin de fer surélevé de Liver-pool s’est engagée dans la même voie. Le City and South London electric railway fait des expériences analogues, et le Waterloo and cily railway ne veut plus que des roulements à billes pour son nouveau matériel.
- Entre Brighton et Kemp Town, on fait circuler depuis deux ans un train de voyageurs comprenant 0 voitures disposées suivant ce système; et bien que la traction se fasse dans d’assez mauvaises conditions, puisque la locomotive doit rester 10 heures sous pression quoique la durée effective des trajets ne soit (pie de 7 heures à peine, cependant, depuis l’adoption des billes, on a pu constater une économie de 12 et demi à 15 pour 100 dans la consommation du combustible.
- Ajoutons enfin qu’on applique les billes à de nombreuses voitures, et que cela diminue tellement 1’ellbrt demandé aux bêtes de trait que, d’après M. W. Bayley Marshall, on ferait une économie de 250 francs sur leur dépréciation annuelle. Comme dernière application curieuse, nous ferons remarquer que la grosse cloche de la cathédrale de Saint-Paul à Londres, le « Grand Paul » comme on l’appelle, est maintenant montée sur billes; et bien qu'elle pèse plus de 25 tonnes, elle se manœuvre très facilement, alors qu’elle donnait tant de peine quand elle était sur coussinets ordinaires. P., ne Mkiuel.
- L’EXPLORATION DU BAN DAMA
- M. Eyssérie, explorateur et membre de la Société de Géographie de Paris, vient de rentrer en France après avoir accompli, dans l’Afrique occidentale, un voyage qui complète les notions déjà recueillies par le capitaine Marchand, sur le Bandama.
- Le Bandama est un lleuve de la Côte d’ivoire, qui prend sa source au mont Beng, sur la ligne de hauteurs qui sépare le bassin du Niger de celui des lleuves côtiers, et qui se jette dans le golfe de Guinée, auprès de Grand-Lahou, après avoir parcouru une distance d’environ six cents kilomètres.
- Certaines particularités géographiques donnent au Bandama, au point de vue du développement économique de notre colonie de la Cote d’ivoire, une importance toute spéciale, et méritent par conséquent d’attirer l’attention.
- Nous allons les résumer en quelques mots.
- Sur tout le littoral du golfe de Guinée, depuis l’Etat de Liberia jusqu'au Gabon, s’étend, à peu de distance de la zone côtière où sont situés les établissements européens, une « bande » de forêt tropicale dont la largeur varie de 200 a 500 kilomètres. Cette forêt constitue, entre la côte et l’intérieur, une barrière presque infranchissable, a travers laquelle les seuls chemins sont les lits des fleuves et des rivières. Encore ces cours d’eau eux-mêmes sont-ils souvent inutilisables et voici pourquoi.
- Par sa conliguration générale, l’Afrique présente
- l’apparence d’un vaste plateau central, relié à la côte par une série de ressauts ou de gradins successifs. Les cours d’eau qui se dirigent du centre vers le littoral sont navigables tant qu’ils coulent sur le plateau, mais dès qu’ils arrivent sur la partie déclive, ils forment une série de rapides et de chutes interdisant tonte navigation. Cela est vrai des plus grands fleuves, le Nil, le Zambèze, le Congo, le Niger, comme des plus petits, le Volta, l’Oguoiié, le Séué-gal, le Sassandré, le Comoé, etc.
- C’est alin de remédier à l’absence de voies de communication faciles entre le littoral et l’intérieur que les Anglais de la Côte d’Or, pour attirer a eux le commerce de la boucle du Niger, ont creusé a grands frais des roules praticables a travers la forêt tropicale qui, sur ce point, n’atleinl pas moins de 280 kilomètres de largi ;ur.
- Or, en 1891 et 1892, le capitaine Marchand, ayant parcouru une partie de la vallée du fleuve Cavally, qui sépare notre colonie de la Côte d'ivoire de l’Etat de Libéria, croyait a la navigabilité de ce cours d’eau et le considérait comme une route naturelle permettant de détourner aisément vers les possessions françaises le commerce de l’intérieur.
- C’est pour s’assurer de la navigabilité complète du Cavally que le capitaine Marchand partit pour la Côte d’ivoire, au commencement de mars 1895, accompagné du capitaine Manet. Son intention était de remonter la vallée du Bandama, entièrement inexplorée, et de revenir à la mer par le Cavally.
- La mission s’embarqua donc à Grand-Lahou sur deux chalands démontables en acier et remonta le cours du Bandama jusqu'aux rapides que ce fleuve présente entre Thiassalé et Tabou. C’est en cherchant a étudier le régime de ces rapides que Je capitaine Manet se noya, le 9 septembre 1895, à l’endroit que représente notre dessin. Ce dessin est la reproduction d’un tableau, peint sur les lieux mêmes par M. Richard Paraire, jeune peintre qui a séjourné une année entière a la Côte d’ivoire.
- Le capitaine Marchand, continuant seul sa marche vers le nord, constata qu’a Singonobo, a 50 kilomètres en amont de Thiassalé, se trouve, dans la vallée du Bandama, la limite nord de la forêt tropicale.
- Cette importante découverte modifia complètement ses idées sur la meilleure voie de communication entre le littoral et l’intérieur, qu’il croyait auparavant être la vallée du Cavally. C’est évidemment la vallée du Bandama qui est préférable puisque, grâce à l’existence d’une chaîne montagneuse descendant du nord au sud, elle constitue au sein de la forêt tropicale une profonde échancrure, réduisant a 90 kilomètres la largeur de cette barrière. Et sur ces 90 kilomètres, il y en a 60, de Thiassalé à Grand-Lahou, c’est-à-dire jusqu’au bord de la mer, sur lesquels le cours inférieur du Bandama est navigable.
- Au cœur des possessions françaises de la Côte d’ivoire existe donc la route naturelle la plus favo-
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- Rapide de Thiassalé sur
- le fleuve Bandama (Côte d’ivoire). (D après un tableau de M. Richard laraiie.)
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- rable aux échanges entre les établissements européens du littoral et les régions de la vallée du Niger.
- C’est en raison de l’intérêt tout particulier que présente au point de vue économique la vallée du Bandama, que M. Eysséric avait entrepris d’explorer le cours moyen de ce lleuve qui, s'infléchissant vers le nord-ouest, avait été négligé par le capitaine Marchand, préoccupé surtout de trouver un passage au nord. Rien que l’état de trouble dans lequel se trouvent ces régions depuis le rappel de l’expédition du colonel Monteil, n’ait pas permis à M. Eysséric de pénétrer aussi avant qu’il se l’était proposé, son voyage n’en a pas moins donné des résultats nouveaux, confirmant l’opinion du capitaine Marchand au sujet delà meilleure voie de pénétration vers l’intérieur, et augmentant nos connaissances sur les intéressantes particularités que présente au point de vue géographique le bassin du Bandama.
- Eait. Combf.r.
- I
- Est-ce (pie les poissons ont delà mémoire? Pourquoi pas ?
- Ah! c’est que les poissons ont un cerveau qui n'est pas un cerveau ordinaire. Et, s’ils ont de la mémoire, cela gênera certains anatomistes. Jusqu’ici, on a admis que la fonction de la mémoire était essentiellement liée à l'existence d’une écorce cérébrale. Or, l’encéphale des poissons est dépourvue d’écorce cérébrale. Par conséquent, si les poissons ont de la mémoire, c’est qu’évidemment on s’est trompé et que l’écorce cérébrale n’est pas seide apte à fixer et à élaborer les souvenirs, dette question de la mémoire des poissons est donc beaucoup plus grave qu’on ne le supposerait de prime abord. C’est pourquoi un anatomiste allemand, bien connu par ses beaux travaux sur l’anatomie comparée de l’encéphale, M. L. Kdinger, demande de tous côtés aux pisciculteurs et aux simples amateurs de lui faire savoir s’ils ont constaté chez les poissons des traces de mémoire. Il nous faut l’aider dans cette enquête, et recueillir les faits bien authentiques et probants qui seraient de nature à trancher le différend.
- On est assez d’accord parmi les observateurs pour dire que les poissons reconnaissent les personnes, savent retrouver les lieux qui leur plaisent ou s’écarter des endroits où ils sont menacés. Ils éventent assez souvent les pièges et ne vont pas là où abondent les hameçons, etc. Nous possédons déjà quelques documents qui semblent confirmer l’opinion admise sur la mémoire des poissons. M. A. Moufflet, nous a communiqué deux faits qui méritent d’être rapportés.
- Aux îles du Salut, dans la Guyane française, on avait l’habitude de jeter les cadavres des hommes, décédés à l’hôpital, du haut d’un rocher. L’aumônier était présent et accompagnait le mort jusqu’à ce qu’il eût disparu dans les flots. En même temps, un homme sonnait avec une clochette tout le long du trajet de l’hôpital à la mer. Or, dès les premiers sons de la clochette, on voyait au loin la mer se rider, et des remous annonçaient la venue d’une multitude de requins, avides de partager la proie qu’on leur offrait. Ces animaux avaient donc dù saisir le rap-
- port qui existait entre le son de la clochette et la bonne aubaine qui leur tombait de la terre ferme, et, finalement, ils en conservaient la mémoire.
- Second exemple. Dans le bassin du Sinnamary, toujours en Guyane française, dans la rivière Tigre, M. .Moufflet avait choisi un poste pour pêcher à la dynamite. 11 jetait les cartouches, hissé sur un arbre penché au-dessus de la rivière. Tout alla bien et la pèche fut fructueuse à la première, à la seconde, jusqu'à la quatrième tentative. Mais, ensuite, il s’aperçut que la bande de carpes, ou poissons très semblables, s’enfuyait dès qu’il apparaissait sur l’arbre. Il fut obligé, par la suite, de jeter ses cartouches, dissimulé derrière une brousse. Et, chaque fois qu’il se montrait, il mettait on fuite tous les poissons. Ces animaux avaient donc compris le but de sa présence sur l’arbre penché et les terribles chocs ressentis dans l’eau les avaient avertis du danger. Ces deux observations sont bien en faveur de la mémoire des poissons.
- Autre exemple. L’histoire se passe dans une propriété
- privée, chez Mme 1S______Il y a dans le parc un bel étang
- très poissonneux. Mme R..., après le déjeuner, a l’habitude d’aller porter du pain et des débris de la table à ses poissons. Mais son fils l’accompagnait presque toujours en s'amusant à jouer de l’accordéon. Or, on s’aperçut que les poissons venaient d’eux-mêmes au bord de l’étang quand ils percevaient le son de l’instrument et qu’ils manquaient à l'appel quand la musique faisait défaut. Donc, les poissons avaient associé l’idée de musique à l’idée de nourriture. On voit de loin, à mesure que les sons deviennent plus nets, l’eau se rider et les poissons sortir leur tète de l’étang. Ce spectacle est curieux et se renouvelle presque chaque jour. Donc, certains poissons au moins —il s’agit encore ici de carpes — possèdent très bien le souvenir de ce qui leur est arrivé déjà à plusieurs reprises ; ils comprennent, que la musique, ici, leur annonce une grosse distribution de friandises.
- Au Moulin-Joli (lie de la Réunion), un vieillard presque impotent s’amusait de même, pour se distraire, à appeler les anguilles. Pour cela, il se munissait de petites pierres qu’il ramassait en route et les frappait l’une contre l’autre. Aussitôt, les anguilles accouraient de tous côtés en agitant l'eau. On appelait, aux environs, le vieillard « sorcier », parce qu’il attirait les anguilles.
- Il les attirait tout bonnement parce qu’il jetait dans l’eau du pain et des débris de toute nature et que sa distribution était toujours précédée du bruit produit par le choc des cailloux. Donc, les anguilles se souvenaient qu’après l’appel ordinaire viendrait la répartition de friandises et elles ne manquaient pas la bonne aubaine. Elles venaient même au son, quand le vieillard ne donnait rien, même après avoir été trompées plusieurs fois. Elles avaient l'espérance. Mémoire et espérance, ce n’est pas mal pour des anguilles.
- Mais espérer trop longtemps peut avoir des inconvénients. Les noirs employés à la manufacture n’eurent pas de peine à surprendre le secret du sorcier. Ils prirent aussitôt des cailloux et firent le signal convenu. Les anguilles accoururent au rendez-vous. On en prit nue, deux, des douzaines... et si bien que les noirs ont complètement dépeuplé aujourd’hui le vivier du Moulin-Joli. Les belles anguilles ont disparu, ce Vpù prouvera une fois de plus aux petits enfants que « la gourmandise est un grave défaut ». On dit que les premières impressions ne s’effacent jamais. Les anguilles se sont toujours souvenues du son des cailloux et du pain flottant et, après, ont oublié sans cesse les méfaits des filets et des hameçons ! On ne
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- saurait demander à de simples anguilles, même de l’île de la Réunion, de posséder toutes les mémoires. Mais le fait est curieux, puisque l’impression première a été assez forte pour faire disparaître jusqu’à l’instinct de la conservation.
- Frappez avec le doigt sur un bocal à poissons rouges. Les cyprins, effrayés, donnent de la queue et se salivent. Recommencez et faites suivre le choc d’une petite pluie ! de miettes de pain tendre, les poissons accourent à la j surface et happent le pain. Recommencez encore ; à la troisième expérience, ne jetez plus de pain ; les poissons J montent cependant rapidement à la partie supérieure du ! Local... et, comme étonnés, y restent quelques secondes, attendant la pâture désirée. N’est-ce pas là une preuve <pie les cyprins ont compris assez vite que le choc était suivi d’une distribution de miettes? Cette manœuvre implique bien la mémoire des faits antérieurs.
- Enfin notre collaborateurM. Cli.-fi. Guillaume nous signale l’observation suivante qu’il a constatée plusieurs fois.
- « Puisque, dit-il, la question de la mémoire chez le poisson vient d’être mise à l’ordre du jour, j’indiquerai une observation que j’ai faite maintes fois et qui pourrait fournir un commencement de renseignement sur la mémoire consécutive des poissons rouges.
- « Lorsqu’on jette, dans un groupe de poissons rouges, un petit morceau de papier que l’on a préalablement tortillé entre ses dents, on voit un ou plusieurs de ces animaux s’avancer vers la fausse proie. Le plus heureux d’entre eux l’ayant happée se met en devoir de la triturer entre ses mâchoires; puis, s’étant aperçu de sa méprise, il rejette, d’un mouvement brusque, le morceau de papier qui se déploie^ alors, et s’arrête à 5 ou 6 centimètres de la tête du poisson. Invariablement, celui-ci s’avance de nouveau, reprend le papier et recommence le même manège. Cette fois, il garde le papier moins longtemps que la première. Il le rejette encore, le reprend généralement une troisième fois, mais ne le garde plus qu’un temps très court. J’ai vu, à diverses reprises, le poisson reprendre le papier une quatrième et une cinquième fois. Mais souvent aussi la troisième épreuve suffit pour le convaincre qu’il perdrait son temps à continuer. ))
- « II me semble, ajoute M. Guillaume, que l’explication la plus probable que l’on puisse donner de celte observation est la suivante :
- « Le poisson, ayant rejeté une première fois le papier, en perd aussitôt la mémoire ; mais, tandis qu’il le triture pour la seconde fois, il se souvient vaguement d’avoir éprouvé la même sensation non suivie de la satisfaction à laquelle il s’attendait. La troisième fois, l’idée est moins longue à lui revenir.
- « Il a donc conservé, pendant une minute ou deux, la mémoire d’un fait important pour lui et que l’expérience lui a révélé. D’un autre côté, s’il se précipite sur la fausse proie quelques secondes après l’instant où il l’a rejetée, c’est peut-être parce que la vision a duré beaucoup moins longtemps que les essais de déglutition. Cependant, ici aussi, il semble que la répétition de l’expérience finisse par se graver dans la mémoire, puisque le poisson ne reprend pas indéfiniment le papier. Ces observations auraient besoin d’être répétées à l’abri des sources d’erreur ; si elles sont confirmées, elles semblent indiquer, chez le poisson rouge tout au moins, une faible trace de mémoire de courte durée, qui s’accentue par la répétition. »
- Nous possédons encore quelques autres exemples bons à citer, nous les donnerons dans un prochain article.
- Henri de Parvili.e.
- LES CASCADES DE NUAGES AU CAP
- Quand on arrive, pour la première fois, au Cap de Ronne-Espérance par un beau temps sec, par un vent frais de sud-est, qui couvre la [mer de grandes houles, et quand on commence à découvrir, sous un ciel bleu éblouissant, le merveilleux panorama de la baie de Capetown, avec les hauts escarpements gréseux de la montagne horizontale de la Table, dominant la ville claire, étalée dans la verdure, le long de la côte, on est souvent surpris par un phénomène étrange et dont nous n’avons jamais vu en d’autres pays que des équivalents très imparfaits. Sur tout le plateau de la Table, une couche blanche de nuages s’étale comme un manteau, s’allonge, déborde sur l’abîme, coule en cascade, continue au-dessus de la ville, et, ces cascades blanches, comme suspendues en l’air, s’interrompent dans le vide, à quelques dizaines de mètres au-dessous de leur origine, tandis que, partout ailleurs, le temps reste absolument pur, le ciel bleu et le soleil radieux. « La nappe est mise », ou encore « la montagne a sa perruque », disent alors les marins.
- 11 y a longtemps que ce phénomène a été observé par les voyageurs et nous trouvons déjà une gravure le représentant dans un des plus anciens livres, où il soit question du Cap, le voyage de Le Vaillant (1780 à 1785) *. Voici la description très exacte que cct auteur en a donnée :
- « Le vent du sud-est s’annonce au Cap par un petit nuage bleu, qui s’attache d’abord à la cime de la montagne de la Table, du côté de celle du Diable et de la Tête de Lion. L’air commence alors à devenir plus frais; peu à peu, le nuage augmente et se développe. Il grossit au point que tout le sommet de la Table en est couvert; on dit alors communément que la montagne a mis sa perruque. Cepen dant le nuage se précipite avec violence et pèse sur la ville; on croirait qu’un déluge va l’inonder et l’ensevelir; mais, à mesure qu’il gagne le pied de la montagne, il se dissipe, il s’évapore; il semble qu’il se réduise à rien. Le ciel continue d’être calme et serein sans interruption. Il n’y a que la montagne qui se ressente de ce court moment de deuil, qui lui dérobe la présence du soleil. »
- 1 Voyage de M. Le Vaillant dans l’intérieur de l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance dans les années 1780 à 1785 (lervoyage publié en 1791 à Bruxelles, chez Benoît le Francq; 2e voyage en 1805 à Paris, chez Denay). Cet ouvrage trace, de, l’Afrique australe et de la ville de Capetown, un tableau qui fait un contraste bien piquant avec ce qu’on peut y voir aujourd'hui, un siècle après : les chasses au lion, à l’éléphant, à l’Iiippopotame, à la girafe, aux singes, les tribus sauvages de ; Namaquois, de Boschjemans. etc.... et, à Capetown même, une toute petite ville de province hollandaise (20 voyage, j tome I), avec un régiment français en garnison; les officiers jouant la comédie; les dames hollandaises préoccupées de singer les dernières modes de Paris; la préoccupation des corsaires, des communications difficiles avec l’Europe, du numéraire manquant, etc.... Cela se passait une dizaine d’années avant l’occupation anglaise. [Cf. Reclus. Géographie universelle, t. XIII, p. 457.)
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- LA NATURE
- « Ce vent du sud-est, ajoute Le Vaillant, règne trois mois, de janvier à avril, et lait des ravages effroyables; il souffle avec tant de force que, pour préserver les plantes, on est obligé de faire à tous les carreaux du jardin un entourage de forte charmille. La même chose se pratique à l’égard des iennes arbres, qui, malgré ces précautions, ne poussent jamais de branches du coté du vent et se courbent toujours du côté opposé. »
- Nous ajouterons seulement à ces observations de Le Vaillant que le môme phénomène se reproduit en d’autres saisons; car c’est le 1er octobre 1895, au début du printemps austral, que nous en avons pris les photographies, d’après lesquelles ont été
- faites les gravures ci-jointes; suivant sa remarque très juste, les arbres sont absolument couchés par le vent (comme cela leur arrive, du reste, bien souvent sur toutes les côtes) : c’est seulement au pied de la montagne et à son abri que peut pousser, alimentée par les eaux courantes qui en découlent, cette admirable végétation, moitié européenne et moitié tropicale, qui fait le charme des environs de Capetown.
- Le phénomène des cascades de nuages n’est pas, et cela se conçoit, strictement localisé à la montagne de la Table, au-dessus de Capetown. En descendant par le chemin de fer du plateau du Karoo sur le Cap, environ 12 heures avant d’arriver à la côte, vers Lains-
- Fig. 1. — L'ascension des nuages sur la montagne de la Table. Vue de la plage de Camp bay.
- bourg, nous avons pu apercevoir, au soleil couchant, un effet de lumière rose et dorée absolument admirable, sur des montagnes horizontales couleur de prune, ainsi couronnées d’un bandeau de nuages, coulant vers la plaine et se fondant à mesure, qui s’illuminait comme un glacier des Alpes dans l’Alpen-glühn et se détachait sur un ciel aux tons éblouissants de cuivre.
- Nous avons eu l’explication de ce qui doit se produire alors, sans aller bien loin, en faisant seulement, de Capetown, la promenade classique de la Kloof, qui consiste à monter au sud-ouest, entre la montagne de la Table et un piton isolé nommé la Tète de Lion, à passer un petit col et à redescendre, sur le versant opposé de la Table, vers une belle plage aux rochers de granit semblables à des rochers bretons. Cette
- plage a été dénommée la plage de Camp bay1.
- Descendu là, ce môme matin du 1er octobre, par un temps absolument pur, nous avons pu assister, en quelque sorte, à l’arrivée de ces nuages, sous forme d’épaisses brumes grises, poussées, depuis les glaces polaires antarctiques, par les grands alizés et qui, en rasant la mer, sont venus d’abord s’accumuler au pied et contre les flancs des hauts escarpements, par lesquels, de ce côté, à l’ouest, ou au nord sur Cape-tovvn ou encore à l’est, est coupé le plateau de la Table.
- 1 L« Vaillant signale également {/or. cit., p. 15), comme donnant l’explication <ln phénomène, la baie Falso ou Fausse Haie (False Bay), à l’est du cap de Bonne-Espérance et, directement au sud-est de Table-Mountain. D'après sa situation géographique, elle doit être, en effet, très bien située pour im observer les débuts.
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- Midi approchant et la chaleur gagnant, ces hrumes, ainsi que le montre notre vue, se sont élevées, peu à peu, comme aspirées vers le soleil et, rasant les fa-
- laises, ont atteint le hord du plateau qu'elles ont alors envahi tout d’un coup, par une brusque surprise, qui, parait-il, constitue un réel danger
- Fig. 2. — Cascades de nuages au cap de Bonne-Espérance.
- pour les ascensionnistes tentés de le parcourir. tion de la ville de Capetown et, étant retourné nous-
- Nous les avons vues alors s’étendre dans la direc- même de ce coté, nous avons, dans l’après-midi, vu,
- au-dessus de Capetown, les nuages couler, s'affaisser, glisser le long des escarpements, ainsi qu’une masse fluide d’eau ou de neige, en mouvement de descente constant, se moulant aux saillies et aux creux de la roche, pour disparaître bientôt, épar-
- pillée en longs panaches blancs, un peu plus bas.
- Il est évident, pour nous, que ces brumes constituaient, dans l’air extrêmement sec de Capetown, une anomalie amenée par l’interposition de cet écran de montagnes : ce qui fait comprendre comment, arri-
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- vues un peu au-dessous du niveau du plateau, elles se dissipaient, ou se fondaient dans l’air, en le chargeant seulement un peu plus de vapeur d’eau, mais en restant loin du point de saturation et sans causer aucune pluie. Incessamment remplacées par un nouvel apport, elles produisaient, dès lors, cet étrange effet de cascades de nuages en mouvement constant, (pii est une véritable curiosité météorologique.
- L. I)f. Launay.
- LA FLORE DES TOMBEAUX ÉGYPTIENS
- Depuis que l’admirable découverte de Cdiainpollion a permis de déchiffrer les hiéroglyphes d’Kgvpte, on s’est beaucoup occupé de la vieille terre des Pharaons, et des touilles ont été entreprises de tous cotés dans le but de rechercher tous les documents permettant de reconstituer l’histoire de cette merveilleuse civilisation.
- Les botanistes ont pu étudier ainsi des plantes enfouies depuis des milliers d’années; un certain nombre ont pu être déterminées avec une exactitude suffisante et fournir des indications intéressantes sur la vie domestique et sur la civilisation des anciens Egyptiens.
- Parmi ces plantes les unes ont été retrouvées dans les couronnes et les guirlandes dont on parait les momies : d’autres ont été reconnues à leurs fruits ou à leurs graines offerts en sacrifice aux mânes du défunt et placés près de lui dans le cercueil. D’autres enfin ont été trouvées dans la pâte d’argile dont on faisait certaines tuiles.
- Le Bulletin de la Société Linnéenne du Nord, de la France donne le relevé des plantes qui ont pu être déterminées avec une exactitude suffisante.
- La famille qui nous offre le plus de représentants, celle des Graminées, en compte 20 espèces dont 4 Cypéracées. Parmi celles-ci l’intéressant Cyperus papyrus, commun encore aujourd’hui sur les bords du Nil, et qui servait à fabriquer une sorte de papier dont on faisait un grand commerce. Parmi les céréales, nous mentionnerons le millet, plusieurs espèces de blés, le sorgho et l’orge, qui servaient déjà aux anciens Égyptiens à faire de la bière.
- Le jaune symbolisant le deuil chez les anciens Égyptiens, on devait s’attendre à trouver des fleurs jaunes dans les tombeaux. On y rencontre en effet une Composée, assez analogue à notre camomille, d’une magnifique coloration jaune ; le safran, des Composées, comme notre vulgaire p issenlit, et des acacias.
- D’autres couleurs sont aussi représentées, le bleu par exemple. Dans leur funèbre herborisation, les botanistes ont mis au jour une espèce de bluet, très semblable au nôtre, et le fameux lotus bleu, Nymphéa cerulea, chanté par les poètes et dont les superbes fleurs se laissent bercer par les eaux du Nil. Le coquelicot pique sa note éclatante de rouge au milieu des fleurs violettes d’une sorte de lysi-maque qui croit encore sur le bord des eaux en Égypte et même en Europe. Ces fleurs, admirablement conservées, font une remarquable parure aux collections que Schwein-furtli a léguées au muséum royal de Berlin.
- Les botanistes herborisants qui ont récolté le céleri sauvage ( Apium graveolem) dans les prés salés des bords de la mer et qui ont remarqué son odeur particulièrement forte, apprendront peut-être avec surprise qu’on tressait aux morts des couronnes en feuilles de céleri. On en a retrouvé divers spécimens au cours des fouilles. Horace, d’ailleurs, mentionne à trois reprises différentes l’emploi des feuilles de céleri pour la confection des couronnes.
- Les sarments de vignes ont été souvent employés ; ils sont aisés à tresser en couronne et ils forment une parure qu’on se procure facilement. On a pu se rendre compte qu’il existait alors différentes espèces de vignes.
- Après les fleurs, les fruits et les graines. Dans un tombeau datant de la 12s dynastie, c’est-à-dire de l'an 2200 avant J.-C., on a retrouvé des cônes de pin, Pinus pinea.
- Dans un grand nombre de fouilles on a rencontré des figues, des graines de ricin, de la petite euphorbe, et d’autres mauvaises herbes répandues partout, comme les chénopodes, les rumex. Voici maintenant des grenades, fruit du grenadier, arbre dont on ne connaît pas le lieu d’origine. D’après A. de Gandolle, il nous viendrait de la Perse; d’antres prétendent qu’il serait originaire de l’Afrique Occidentale. Il est certain qu’il fut importe'1 en Egypte au temps de la 17e dynastie, soit environ 1500 ou 1000 ans avant J.-C. Les grenades trouvées sont plus petites que celles d’aujourd’hui.
- La plupart des graines rencontrées appartiennent à la famille des Légumineuses. Citons des lupins, lentilles, pois, vesccs qui ont pu être déterminés avec certitude. Les Crucifères sont faiblement représentées par quelques sili-ques de radis et de moutarde des champs.
- Pline raconte que les Égyptiens connaissaient le cotonnier et que les bandelettes qui recouvrent les momies étaient en coton. L’examen microscopique a révélé que la plupart des bandelettes au contraire étaient en fil de lin. Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’espèce, de lin qui aurait fourni ces bandelettes.
- Si on veut aborder l’étude des plantes qui ont servi à la préparation des parfums on doit avoir recours à la philologie comparée et dès lors il est facile de s’égarer. Nous n’entreprendrons par cette étude, nous noterons seulement en passant une étymologie intéressante. La gomme de Y Acacia nïlotica était employée par les Égyptiens sous le nom de quami. En grec on a dit xojxjia d’où est venu le mot français gomme. V. Büanmcoup.t.
- Secrétaire de ta Société I.imiéenno.
- MOTEURS À PÉTROLE ET A TAPEUR
- Des essais comparatifs ont été faits récemment à l’Exposition de Bruxelles, à Tervuercn, sur le fonctionnement et la dépense en combustible de moteurs à pétrole et à vapeur de faible puissance. M. Max.Bingelmann a donné sur les résultats obtenus quelques chiffres utiles dans le Journal d’agriculture pratique.
- Le concours comprenait des moteurs à pétrole demi-fixes de 4 à 6 chevaux, des moteurs à pétrole locomobiles de 8 à 10 chevaux, des moteurs à vapeur locomobiles de 4 à 6 et de 8 à 10 chevaux.
- Parmi les premiers moteurs se trouvent le moteur Nagel et Hermann, de Bruxelles, le moteur Capitaine, de Francfort, et le moteur de la Société française de matériel agricole de Vierzon.
- Le moteur Nagel et Hermann se met en route en 9 minutes, donne une puissance utile de 4 chevaux à 288 tours par minute et consomme par heure au total 2kg,074 de pétrole, dont!‘*,944 au piston et 0kg,150 à la lampe, soit 0kg,518 par cheval-heure. Le moteur Capitaine exige 7 minutes pour la mise en route, et fournit une puissance utile de 4 chevaux à 354 tours par minute, avec une consommation totale par heure de 2‘*,174de pétrole, soit 0kg,545 par cheval-heure. Le moteur de la Société française de matériel agricole demande 12 1/2 minutes
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- et 2 hommes pour se mettre en route; à 554 tours par j minute, il a donné 4 chevaux et a consommé dans I une heure 2kg,622 de pétrole, soit 0kg,655 par cheval- j heure.
- Les poids de ces 5 moteurs sont respectivement de ! 1050, 650 et 800 kilogrammes; leur prix varie de 2500 à 2275 francs.
- Les locomobiles de 8 à 10 chevaux étudiées appartiennent à MM. Swiderski, llille et à la Société française de matériel agricole.
- Le moteur Swiderski, à 274 tours par minute, a donné 8 chevaux utiles avec une consommation horaire totale de pétrole de 5kg,872, soit 0kg,484 par cheval-heure ; il a été mis en route en 10 1/2 minutes par deux hommes. Son poids est de 2450 kg et son prix de 5000 francs.
- Le moteur de la Société française a été mis en marche par un seul homme en 5 minutes; à 219 tours par minute, il a donné 8 chevaux en consommant par heure 5kg,456 de pétrole, soit 0kg,429 par cheval-heure. Son prix est de 5400 francs et son poids de 4000 kg.
- Le moteur llill pèse 4250 kg et coûte 7000 francs; un seul homme le mettait en route en 11 1/2 minutes; à 8 chevaux utiles et à 240 tours par minute, il a con- ; sommé par heure 4k*,609 de pétrole, soit 0kg,576 par cheval-heure. j
- La section des locomobiles à vapeur comprenait les j moteurs de 4 à 6 chevaux de MM. Lefebvre-Albaret, j Laussedat et Cieet A. Raze, et les moteurs de 8 à 10 chevaux de MM. Lefebvre-Albaret, Laussedat et Cie.
- Les moteurs de 4 à 6 chevaux de MM. Lefebvre-Albaret et Laussedat et Gio, d’un poids respectif de 5200 et , 5400 kg et d’un prix de 4550 et 5000 francs, ont donné une puissance utile de 5 chevaux à 140 tours par ' minute, en consommant par heure d’une part llk5,2 de ' charbon et 158 kg d’eau, et d’autre part I0kg,85 de charbon et 15lkg,5 d’eau. La consommation a donc été de 2kg,24 et 2kiyl7 de charbon et de 27kg,6 et 50kg,5 d’eau par ! cheval-heure. La mise en route avait exigé 12 kg. de bois, 22kg,5 de charbon en lh2“.
- Le moteur Raze a été mis en marche en lh 19ra ; et a consommé 55kg,l de hois et 22kg,5 de charbon. Deux modèles donnant chacun 5 chevaux utiles à 154 tours par minute, ont consommé par heure 15kg et 9kg,40 de charbon et 105kg,5 et 104kg,5 d’eau. La consommation de charbon a donc été de 2kg,60 et lkg,88 par cheval-heure, et la consommation d’eau de 21kg,l et 20kg,9 par cheval-heure. Le poids est de 5400 kg et le prix de 5000 francs.
- Les moteurs de 8 à 10 chevaux ont donné une puissance utile de 8 chevaux, en consommant par heure 20 kg de charbon et 201kg,6 d’eau, soit 2kg,5 de charbon et 25kg,2 d’eau par cheval-heure. Pour la mise en route ces moteurs ont brûlé 12 kg de bois et 55 kg de charbon en 1 h 14m. Ces moteurs pèsent 4450 kg et coûtent 6550 francs.
- Ces essais sont intéressants, parce qu’ils permettent d’apprécier la véritable valeur pratique des divers systèmes en présence. Dans le cas actuel, on peut estimer que les moteurs à pétrole de 4 à 6 chevaux dépensent de 0kg,5 à 0kg,6 de pétrole par cheval-heure, les moteurs de 8 à 10 chevaux de 0kg,4 à 0kg,5 ; les moteurs à vapeur de 4 à 10 chevaux consomment environ 2 à 2kg,5 de charbon et 25 à 50 kg d’eau. Les moteurs à pétrole ne demandent que quelques minutes pour être mis en route; il faut au moins une heure avec les moteurs à vapeur. La question de prix constitue aussi un facteur qui n’est pas à négliger. J. Laffargue.
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- LE CALCÏMÈTRE SAINT-RENÉ
- Le dosage rapide du calcaire contenu dans une terre ou autre matière quelconque, est une opération d’une utilité courante pour les agriculteurs. Un nouvel appareil, le calcimètre imaginé par M. H. Saint-René, ingénieur-agro-nome, permet aux moins initiés de faire eux-mèmes des analyses d’une exactitude parfaite.
- Un gramme de terre pesé sur l’aréomètre-halance A, est introduit dans le vase R, avec un tube contenant de l’acide chlorhydrique dilué. On bouche le vase R, pour le mettre en communication avec le manomètre spécial C, puis on l’incline pour renverser l’acide sur la terre.
- Le calcaire qu’elle contient, se décompose alors, et le gaz carbonique s’accumulant en vase clos, acquiert une pression qui fait monter le mercure du manomètre. Plus il y a de calcaire, plus il se dégage d’acide carbonique.
- et la pression augmente proportionnellement. La graduation est construite de telle sorte, qu’à la hauteur où s’arrête l’ascension du mercure, on lit le taux de calcaire contenu dans la matière analysée.
- La disposition adoptée par M. Saint-René supprime le contact du gaz carbonique avec l’eau, qui peut le dissoudre dans des proportions importantes, cause d’erreur inhérente aux procédés usités jusqu’à ce jour. De plus, en mesurant la pression et non le volume, on évite l’influence de la pression atmosphérique sur les résultats de l’expérience.
- Une seule correction est nécessaire : lorsque la température ambiante s’éloigne de 15°, on modifie légèrement les résultats numériques obtenus, par un calcul très simple.
- Le même appareil peut servir également pour doser l’acidité des liquides, des vins par exemple, que l’on introduit dans le flacon d’attaque avec du bicarbonate de soude, qui laisse échapper d’autant plus de gaz carbonique que l’acidité du liquide est plus forte. J. Leoaxt.
- UN MIRAGE
- DAXS LA CAMPAGNE DE PADI S
- Les promeneurs que la crainte d’un orage menaçant n’avait pas ramenés au logis ont pu admirer le o septembre dernier, àMontgeron (Seine-et-Oise) un phénomène d’autant plus curieux qu’il est plus rare dans nos régions tempérées.
- Il était environ cinq heures du soir, et la température, relativement douce depuis le matin, s’était brusquement abaissée. Des nuages d’un noir violacé couraient très bas de l’ouest à l’est. Tout à coup on put voir (et le phénomène était particulièrement net,
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- vu de l’avenue de Montgeron qui conduit à la forêt de Senart), sur la masse compacte des nuages envahissant peu à peu le ciel, se dessiner très nettement une image renversée des arbres et des maisons situés au-dessous même des nuages, c’est-à-dire sur les hauteurs qui dominent le petit village de Crosne.
- Le phénomène gagna rapidement en intensité, demeura très net pendant environ trois minutes, puis disparut très vite dans la demi-obscurité amenée par l’orage qui allait commencer. C’est là un cas de mirage, non pas de ce mirage si célèbre des déserts d’Afrique et auquel on a réservé le nom de mirage inférieur, mais bien plutôt de mirage supérieur, plus fréquent et qu’on a déjà pu fort bien observer dans nos pays. En voici du reste l’explication la plus probable : dans un refroidissement brusque, le sol peut dans certaines circonstances se refroidir beaucoup moins vite que l’air, et celui-ci peut alors présenter des couches de densité rapidement décroissante.
- 11 en résulte que les rayons partis d’un objet tel qu’une maison par exemple, après des réfractions successives, peuvent atteindre une de ces couches sous l’angle de réflexion totale, ce qui donne une image de la maison, renversée, et située au- des su s d’elle. Le phénomène peut parfaitement se produire par un ciel serein, et dans le cas présent, c’est pure coïncidence si l’image paraissait dessinée sur les nuages de l’horizon ; ceux-ci d’ailleurs étaient peu élevés au-dessus du sol.
- Le mirage supérieur est, comme on le voit, exactement le phénomène inverse du mirage inférieur si célèbre depuis l’expédition d’Egypte de 1798. Il s’observe fréquemment le matin, à la surface de la mer. Dans certains cas, il arrive que l’observateur ne voit que l’image : on se rappelle sans doute l'exemple fameux du mirage qui permit en 1822, au capitaine Scoresby, de reconnaître le vaisseau de son père à son image renversée, bien que ce vaisseau fût à douze ou quinze lieues de lui, et au-dessous de l’horizon. J. Derôme,
- Licencie es sciences.
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- POMPES \ MERCURE
- Nous allons faire connaître deux intéressantes nouveautés concernant les pompes à mercure, dont il a été récemment question.
- On sait que les pompes à mercure sont d’une très grande utilité dans les laboratoires ; mais on éprouve souvent certaines difficultés pour les faire bien fonctionner. Il n’est donc pas superflu de faire connaître les derniers perfectionnements que l’on a apportés à ces appareils.
- M. Ilenriet a d’abord présenté à l’Académie des
- Sciences une nouvelle pompe à mercure sans robinets ni joints mobiles. Il a rappelé de suite les inconvénients de la pompe à mercure ordinaire : fuites dues aux robinets et que le meilleur graissage ne permet pas d’éviter, perte de temps due à la manœuvre de robinets, chances de rupture par suite des coups de bélier. La nouvelle pompe supprime ces inconvénients; dans sa construction on a remplacé les robinets par des colonnes mercurielles (fig. 1).
- On voit dans le n° 1 une vue générale d'ensemble de l’appareil et dans les nos 2 et 5 des vues de détail.
- A la partie inférieure de l’ampoule B est soudé un tube vertical E qui redescend verticalement et se termine en f. La partie supérieure de l’ampoule B présente un tube capillaire G qui se recourbe à la partie inférieure dans une cuve à mercure M.
- Quand le mercure descend de l’ampoule B, l’air, venant de l’orifice f, y entre en produisant un bouillonnement du mercure qui cesse quand la limite du vide est atteinte. Lorsque le mercure remonte dans l’ampoule B, l’orifice a se ferme et l’air est chassé dans la cuve M. Ce sont donc les tubes G et E qui remplacent les robinets.
- Le tube E présente à sa partie supérieure une ampoule F destinée à éviter les projections dn mercure; celui-ci ne peut jamais entrer dans l’appareil dans lequel on fait le vide, car le tube J est recourbé à la base en e, de façon que le mercure tombe dans le tube barométrique II.
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- Ce tube JI est destiné à mesurer la pression dans l’appareil. Il est taillé en biseau à la partie inférieure, afin de permettre l’introduction de gaz dans la pompe, sans qu’il y ait projection du mercure. Sur l’ampoule, qui est située à la partie supérieure de H, est branché un tube O, formé de deux parties égales : l’une en verre, l’autre en caoutchouc. Ce caoutchouc permet de faire le vide partiel au moyen d’une trompe à eau. L’opération terminée, une cuve inobilel reçoit le tube O ainsi que le tube H qui, tous deux, plongent dans le mercure. Le caoutchouc ne peut olfrir aucune chance de fuite, car, lorsque le vide existe dans la pompe, il est complètement rempli de mercure.
- Une tige, fixée sur le socle et non représentée dans la figure, permet de maintenir une éprouvette dans la cuve M.
- On voit que tous les détails ont été soignés dans cette pompe et qu’il est possible en effet d’éviter toutes les fuites qui se produisent généralement avec les pompes ordinaires.
- M. Carlos Alban vient d’imaginer une nouvelle disposition de pompe pneumo-ba rométrique qui permet d’obtenir très rapidement un vide satisfaisant dans un espace donné.
- L’appareil, représenté figure 2, se compose d’un flacon à 5 tubuluresË (n°l),d'un tube barométrique T terminé à sa partie supérieure par une ampoule A, dont on voit le détail dans le n° 2 du dessin. Cette ampoule est munie de deux robinets R et S et d’un manomètre N. L’ensemble de l’appareibest fixé sur une planchette qui porte en son milieu, mobile autour d’un axe horizontal, un support pivot que Ton peut placer sur un angle de table. L’appareil peut donc prendre les deux positions horizontale et verticale.
- Pour faire le vide, on introduit dans le flacon E du mercure sec et bouilli en quantité suffisante pour
- que, l’appareil étant placé horizontalement, l’ampoule et le tube barométrique soient remplis et qu’il reste assez de mercure pour couvrir l’ouverture inférieure du tube T. %
- On donne d’abord à l’appareil la position verticale pour faire descendre le mercure, on le ramène ensuite doucement à la position horizontale. Le tube se remplit d’air, puis l’ampoule, et l’air s’échappe par le robinet S qu’on ferme aussitôt après. On replace l’appareil vertical, l’ampoule reste vide, et en ouvrant le robinet lî, on peut lire au manomètre le degré de vide obtenu. On referme ensuite le robinet R et on recommence plusieurs fois la même expérience jusqu’à ce que le vide soit obtenu à 1 ou 2 millimètres près. Un ilacon O placé à l’extrémité supérieure du tube est rempli d’acide phospho-rique pour absorber la vapeur d’eau. L’équilibre s’établit bientôt dans les deux branches du manomètre et on a alors un baromètre que Ton peut utiliser.
- 11 est facile de répéter les différentes expériences du vide. On relie par un caoutchouc l’extrémité supérieure du tube T à l’appareil dans lequel il faut raréfier l’air, tube de Geissler, ou autres appareils. On ouvre le robinet R, l’air est aspiré, puis introduit dans l’ampoule A ; on ferme le robinet R, l’appareil est ramené horizontalement et l’air est chassé à l’extérieur par le robinet S.
- Cet appareil est de dimensions restreintes ; il a lm,50 de longueur sur 0m,13 de largeur. 11 est d’un maniement très facile et ne nécessitant pas de grandes manœuvres. Ajoutons qu’il ne faut que peu de temps avec cette pompe pour réaliser diverses expériences, faire le vide dans un tube de Geissler, faire fonctionner un jet d’eau dans le vide, etc. M. Lebon.
- Fig. 2. — Pompe pneumo-barométrique Alban. - 1. Vue d’ensemble. 2. Détail de la partie supérieure.
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- L’INTENSITÉ DES PLUES
- Les pluies ont une intensité fort variable. 11 y en a qui ne donnent que des gouttes si fines ou si espacées que l'on a quelquefois de la peine à reconnaître qu'il pleut. D'autres sont si abondantes qu’elles semblent verser l’eau en nappe continue. La même pluie peut d’ailleurs, sous ce rapport, présenter les phases les plus diverses. Ces différents modes de précipitation de la vapeur d’eau atino sphérique à l’état liquide ne sont pas dus au hasard, mais nous n’entrevoyons qu'à peine les lois qui les régissent.
- Les courbes que nous avons publiées ici1 montrent que c’est pendant la saison chaude et dans la seconde moitié du jour que la pluie tombe avec le plus d’abondance, sous l’action calorifique du soleil. Il n'y a que de rares exceptions.
- Chaque année, pendant l'été, on observe à Clermont-Ferrand des pluies d’orages qui fournissent une couche d'eau météorique de 15 à 20 millimètres. Quelquefois même, on en constate de beaucoup plus fortes. C’est ainsi ipie le 12 septembre 1875, le pluviomètre en a revu 102 millimètres. Dans certains pays tropicaux, les pluies sont encore considérablement plus copieuses : à Purneah dans l'Inde anglaise, on a mesuré 880 millimètres en 24 heures.
- Mais l’intensité d’une pluie n’est pas suffisamment caractérisée par la quantité d’eau qu’elle a versée sur le sol; il faut encore tenir compte du temps qu’elle a mis pour donner cette quantité d’eau. L’intensité de la pluie sera précisément exprimée par le rapport des deux grandeurs.
- Il est clair qu’une pluie qui a duré deux fois moins de temps qu'une autre, et qui a fourni la même hauteur d’eau, a eu en réalité une intensité deux fois plus grande que la seconde. Ce principe exposé, nous prendrons pour unité de comparaison l’intensité de la pluie qui donne l millimètre d’eau par minute, soit un litre par mètre carré de surface. C’est l’intensité ordinaire de nos fortes pluies orageuses. Alors, avec cette unité, l’intensité d’une pluie sera exprimée par le nombre même de millimètres d’eau qu’elie aura versés par minute. En choisissant parmi les plus remarquables pluies que nous avons observées à Clermont-Ferrand, on obtient le tableau suivant :
- Dates. Quantités. Durée. Ii ilensité.
- niillim.
- 12 septembre 1875.. 102,2 12 heures O.l 1
- 17 août 1888 60,9 5 heures 0,22
- 21 août 1895 22,6 50 minutes 0.88
- lli juillet 1892 12.0 10 minutes 1,20
- 1" juillet 1895 25,0 10 minutes 2,50
- Cette dernière pluie a donc versé sur la terre 25 lilr
- d'eau par mètre carré de surface ; de sorte qu’un hectare en a reçu 250000 kilogrammes. C’est la pluie la plus intense que nous ayons eu personnellement l’occasion de mesurer. Mais l’intensité que nous lui donnons n'est, comme pour nos autres pluies, qu'une intensité moyenne, déduite de la durée totale de la pluie. 11 est bien certain qu'à divers moments elle a eu une intensité plus grande qu'on aurait pu évaluer en mesurant la pluie minute par minute.
- Dans l'Annuaire de VObservatoire de Monlsouris pour l’année 1807, M. Jaubert signale une averse analogue tombée à Paris, le 5 septembre 1801 : elle a donné 20rom,7 d’eau en 8 minutes, et avait par conséquent une intensité de 2,52.
- Dans Ciel et Terre, M. Lancaster cite, au courant d'une
- 1 Yoy. 11“ 1248, du 1er mai 1807, p. 540 et n° 1204, du 21 août 1897, p. 187.
- étude sur les pluies tropicales, quelques pluies exceptionnelles. Lors du fameux orage du 10 juin 1805, la pluie tomba pendant 35 minutes, à l'observatoire royal d’Uccle, à raison de lmm,74 par minute. Le 12 juillet 1880, à Bruxelles, une averse donna 2mm,0 d’eau par minute. A Turnhout, le 10 juillet de la même année, une pluie de 0 minutes de durée produisit 25 millimètres, ou 4“m,17 par minute. A Laliore, on mesura 50 millimètres en 15 minutes; le 28 juillet 1800, M. Biggenbach, à Baie, constata 22mni,5 en 5 minutes; enlin, à Londres, M. Sv-mons observa 2n,m,5 de pluie en 30 secondes, ce qui fait une intensité de 5 d’après noire échelle. C’est cette dernière pluie qui, à notre connaissance, détient authentiquement le record de l'intensité. J.-B. Pj.oi.vndox,
- Météorologiste à l'Observatoire du l’uv de Dôme.
- CHRONIQUE
- Les prix d»i blé. — Le blé vient de subir une hausse qui a fait beaucoup parler de la cherté du pain. Il ne faudrait pas cependant s’exagérer les choses. Voici des chiffres : Cours du froment par quintal : lr“ semaine de juillet. 21 fr. 00; 4° semaine, 22 fr. 44. En août : lre semaine, 24 francs; fin du mois, 27 à 28 francs. Fin comparant ce prix à celui pratiqué depuis deux ans (19 à 21 fr.) on constate qu’il s’est produit une hausse de 58 à 40 pour 100. De là des plaintes retentissantes.
- Or, le prix moyen du blé par quintal depuis 1800 jusqu’à 1880 a été, de 1800 à 1870, de 28 fr. 50; de 1871 à 1880, de 50 fr. 00. Pendant 20 ans le prix du blé a donc été largement supérieur à 28 francs. Les prix actuels ne sont pas plus élevés. On exagère outre mesure en parlant de disette. Nous n’avons pas crié famine pendant 20 ans. Une récolte médiocre a simplement fait monter les cours accidentellement au niveau où ils étaient de 1800 à 1870.
- On peut dire par expérience que le prix du blé dépend surtout chez nous de notre production.nationale. Quand celle-ci baisse, le prix s’élève. Les récoltes en 1895 et 1890 avaient atteint un chiffre très haut. Aussi les cours ont fléchi jusqu’à 15 francs l’hectolitre, prix qui n’avait pas été coté depuis Louis XV. Cette année la récolte est médiocre et les prix remontent brusquement jusqu'il 20 francs et 28 francs.
- A l’étranger, à la fin de septembre, les cours étaient :
- Liverpool. . Liège . . . Anvers. . . Paris. . . . France entière
- 22 fr. 25 les 100 kilogr. 21 fr. 25 —
- 21 fr. 50 28 »
- 27 fr. 00 —
- Entre les cours de Paris et ceux de Liverpool, Liège, Anvers, etc., il existe tout au plus une différence de 7 fr. égale au montant du droit de douane. Si le déficit de la production française était considérable, cet écart dépasserait, au contraire, largement le droit d’importation. C’est pourquoi il est permis de considérer la crise actuelle sur le pain comme passagère.
- La vie utile «les vues du cinématographe. —
- On ne soupçonne généralement pas combien, en matière d’industrie, il faut dépenser d'efforts et de travail pour obtenir un résultat bien souvent éphémère. Nous en trouvons un nouvel exemple typique aujourd’hui, après celui du canon, que nous citions il y a environ deux ans, dans les vues du kinétoscope et du cinématographe. Dans le kinétoscope, chacune des vues photographiques qui défile
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- sous l’œil du spectateur n’est éclairée et, par suite, utilisée, que pendant 1 /7000e de seconde. Or, avant d’être mises hors de service, les bandes ne servent guère que 4000 ou 5000 fois. 11 en résulte que la vie active, réelle, d’une de ces vues est inférieure à une seconde. Pour le cinématographe, la durée d’éclairement de la pellicule est plus longue : elle atteint 2/45 de seconde, puisqu’il en défile environ 15 par seconde, et que chacune d’elles est exposée pendant les deux tiers du quinzième de seconde. Par contre, par suite du mouvement saccadé donné à la bande pelliculaire, celle-ci ne passe guère dans l'appareil plus de 500 fois en moyenne avant d’être mise hors de service. Il en résulte que sa vie réelle est d’une seconde et un tiers. On croirait, a priori, que les feux d’artifice ont une existence éphémère : ils ont, au contraire, une vie active incomparablement plus longue que le canon et les vues du cinématographe, car l’effet de chaque pièce dure plusieurs secondes. Cette conclusion, paradoxale en apparence, est cependant rigoureuse ; il n’était pas inutile de la confirmer par quelques chiffres, ne fùt-cc que pour prouver, une fois de plus, combien il est dangereux de se fier aux apparences.
- Fantaisies scientifiques américaines. — La
- science n’est pas toujours aussi renfrognée qu’on se plaît à la représenter, si l’on en juge par certaines farces absolument nouvelles, et jusqu'ici inédites, auxquelles se sont livrés récemment quelques savants américains, parmi lesquels figurait, ab uno disce omnes, le célèbre professeur Klilm Thomson. Ils disposaient d’un récipient d’air liquide qu’ils utilisèrent pour intriguer tout le personnel d’un restaurant de Lvnn (Massachussets) en congelant instantanément sur la table, dès que les garçons avaient le dos tourné, tous les aliments qui leur étaient servis. Une tranche de pain congelée par l’air liquide fut renvoyée à l’office et tomba en poussière dès que l’on voulut y toucher : on y renvoya également un verre de vin solidifié, lai surprise du personnel, très intrigué, ne cessa que lorsqu’il eut le mot de l'énigme, et il n’est pas bien sur «pie, pour certains, nos facétieux physiciens ne passent encore pour sorciers. Cela se voit, même en Amérique.
- Les conducteurs électriques et l’air liquide.
- — On sait que la résistance spécifique électrique ou résistivité des métaux diminue avec la température dans de grandes proportions. L’air liquide a d’autre part pour effet de produire de grands abaissements de température. On pourrait donc diminuer notablement la résistance électrique des conducteurs d’une installation à l’aide d’air liquide et par suite abaisser les pertes de charges. M. Elihu Thomson propose, dans Scientific American, d’utiliser cette propriété pour la transmission de la force motrice par l’électricité. Il fait remarquer que les chutes d’eau donnent en général un excès de force motrice qui pourrait être utilisé pour la condensation de l’air; toute la difficulté résiderait dans la réalisation d’un isolement calorique assez parfait pour conserver l’air à l’état liquide, isolement qui ne parait pas irréalisable, puisqu’on arrive à isoler des fours dans lesquels la température est de 2 à 5000° au-dessus de la température extérieure.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 octobre 1897. —Présidence de M. Ciiatin.
- Les miroirs antiques. — M. Bertlielot a examiné deux petits miroirs de verre trouvés dans une tombe gallo-
- romaine des environs de Reims par M. Habert, conservateur du Musée de cette ville. Ces deux objets offrent un très grand intérêt non par leur beauté, mais parce qu’ils fournissent la solution d’un problème depuis longtemps posé : les miroirs de bronze anciens exposés dans nos musées ont-ils été recouverts, lors de leur fabrication, d’une couche de métal réfléchissante? Si l’un considère que les miroirs de verre étudiés par M. Bertlielot présentent des vestiges non douteux d’un dépôt de plomb sur leur face interne, on conclut avec une grande probabilité que les miroirs de bronze étaient pareillement recouverts d’une couche de plomb fondu. Les vestiges de la surface réfléchissante révèlent le plomb, non plus à l’état métallique, mais à l’état de carbonate; ils accusent également l’absence de l’argent et du mercure. Les miroirs de verre en question sont de petites calottes sphériques découpées sur une surface soufflée. Le plus grand a environ 8 centimètres de diamètre, l’autre n’en a que deux ou trois. 11 est vraisemblable que ce sont des motifs d’ornementation d’un coffret de bois. Divers auteurs du treizième siècle, parmi lesquels Jean de Beauvais et Roger Bacon, enseignent que l’on fabriquait alors des miroirs de verre en coulant du plomb fondu sur une plaque de verre chauffée. C’était donc non pas un procédé du treizième siècle, mais la continuation d’une méthode en usage dans l’antiquité. Telle est, du reste, la constatation à laquelle on arrive au sujet de toutes les différentes recettes que nous ont léguées les auteurs antérieurs au quatorzième siècle. Ce n’est qu’au quinzième siècle que l’étain a été employé à Murano pour la fabrication des miroirs. L’association du mercure permit par la suite de pratiquer d’une façon certaine et à froid l’opération de l’étainage.
- L'ctal électrique de Vatmosphère. — M. Mascart fait connaître que M. Le Cadet de l’observatoire de Lyon a effectué une nouvelle tentative en vue de déterminer la différence de potentiel de deux points de l’atmosphère situés à des hauteurs différentes. M. Le Cadet, dans une ascension pratiquée le Tl septembre dernier par un temps très calme, a emporté un électromèlre en relation avec deux fils métalliques pendant au-dessous de la nacelle à des hauteurs différentes. Ces fils passaient sur des treuils isolés, de manière que Ton put à volonté varier la distance verticale de leurs extrémités. Enfin, celles-ci étaient terminées par des mèches imprégnées de nitrate de plomb pouvant brûler pendant 1 heure 1/2. Cette disposition permet de prendre de la meilleure façon possible l’état électrique de l’atmosphère dans la région où plongent les extrémités des fils. M. Le Cadet s’est élevé à 4000 mètres environ. Il a opéré une série de déterminations, qu’il résume dans un tableau indiquant pour les diverses altitudes, la différence de potentiel observée, divisée par la distance verticale en mètres des extrémités des fils. Dans les basses régions de l’atmosphère, cette quantité atteint 150 volts; vers 1400 mètres elle n’est déjà plus que de 56; à 4000 mètres elle est de 15 volts. De plus, si Ton examine la forme de la courbe qui représente graphiquement l’ensemble des résultats obtenus, on voit qu’il doit exister vers 5000 mètres une couche à potentiel constant. Ce résultat, observe M. Mascart, est extrêmement intéressant. 11 serait curieux de poursuivre les expériences au delà de 5000 mètres.
- Varia. — M. Maurice Lévy présente un travail de M. Frémont, donnant un procédé commode pour l’essai des métaux employés aux constructions. La vulgarisation
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- de ce procédé permettrait d’éviter bien des accidents provenant de ruptures inopinées. M. Chatin présente un troisième Mémoire sur le rôle des faisceaux vasculaires des pétioles au point de vue du classement des espèces végétales; il considère cette fois les dicotylédones dia-lypétales. Ch. de Yilledeuil.
- LE FÜMOGÈNE
- On a prétendu que dans l’obscurité le plaisir du fumeur diminue dans de telles proportions que beaucoup renonceraient à l’usage du tabac s’ils ne pouvaient voir les nuages qu'ils produisent. Sans prétendre que le goût et l’odorat n’entrent pour rien dans la jouissance du fumeur, il est certain que la vue y est aussi pour une large part.Ceux qui, pour raison de santé doivent s’abstenir, y arrivent à grand’peine et sont obligés d’employer certains artifices qui trompent leur manie, comme par exemple la cigarette de camphre ; mais si pour la tromper plus complètement la fumée leur est indispensable, voici un appareil qui va leur donner pleine satisfaction.
- Le principe n’en est pas nouveau, il est bien connu de tous ceux qui ont fait tant soit peu de chimie : quand on met en présence l’un de l’autre deux flacons débouchés contenant l’un de l’ammoniaque et l’autre de l’acide chlorhydrique, il se produit aussitôt du chlorhydrate d’ammoniaque à l’état extrêmement divisé qui s’élève dans l’air sous forme d’une abondante fumée blanche.
- C’est en mettant «à profit cette particularité que M. Brenot a construit, sur les indications, de M. le docteur de Pezzer, le fumogène que représente notre gravure. Il se compose de trois flacons réunis par une tubulure à robinet A ; les nos l et 5 contiennent l’un l’ammoniaque, l’autre l’acide chlorhydrique. Le n° 2, sur lequel est adapté le tuyau d’aspiration C, contient de l’eau et sert de laveur. On peut très facilement retirer chacun des flacons pour procéder si c’est nécessaire à leur nettoyage ou au renouvellement des produits ; le robinet A et les petits bouchons qu’on met en B sur les flacons 1 et 5, sont destinés à éviter toute évaporation quand l’appareil n’est pas utilisé.
- Lorsqu’on fait la première aspiration, après avoir ouvert le robinet et enlevé les bouchons, l’air entrant par les tubes B dans les flacons 1 et 5, s’y charge des vapeurs ammoniacales et chlorhydriques et vient par un tube unique plongeant au fond du flacon n° 2 traverser l’eau du laveur. C’est là que le mélange se fait et on voit le flacon n° 2 et la boule C se remplir d’un nuage qui est ensuite entraîné dans la bouche comme quand on fume une pipe.
- Afin d’éviter que, en cas de rupture des flacons, l’ammoniaque et l’acide puissent se répandre au dehors, le constructeur a fait préparer des matières spongieuses qui en sont imprégnées ; ces préparations sont faites avec des produits purs et sont dosées pour chaque flacon en proportion convenable pour que le dégagement de chlorhydrate d’ammoniaque à l’état naissant ne puisse être nuisible.
- Il résulte des expériences qui ont été faites sur différentes personnes <pie, dans ces conditions, il est non seulement inoffensif, mais peut être utilisé comme antiseptique. 11 peut surtout servir de véhicule pour amener dans les voies respiratoires des vapeurs de substances médicamenteuses qu’on introduit dans le flacon laveur ou dans un quatrième flacon interposé sur le trajet du tuyau d’aspiration. Le malade a ainsi un but et en fumant il se distrait et s’intéresse à son traitement beaucoup plus que par les autres méthodes ordinaires bien connues d’inhalation.
- Une soupape, disposée sur le tube du flacon laveur, empêche de souffler dans l’appareil, ce qui ferait passer l’eau dans les autres flacons et les mettrait hors d’usage. Cependant, comme dans certains cas on peut avoir intérêt à souffler soit avec la bouche, soit avec une soufflerie quelconque pour produire beaucoup de fumée à la fois, le constructeur a établi un ajutage qui s’adapte sur le tuyau B des flacons 1 et 5 ; il suffit alors de souffler par cet ajutage pour qu’une fumée abondante s’échappe en C. L’appareil de M. Brenot aura, comme on le voit, fait mentir le proverbe : il n’y a pas de fumée sans feu. G. Mareschal.
- Le Gérant : P. Masson.
- Le Fumogène.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- N° 12 72. — 16 OCTOBRE 1897.
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- LES BASALTES DE LATOLR-D’AUYERGNE
- Le beau dessin d’Albert Tissandier que nos lecteurs ont sous les yeux n’est pas seulement une œuvre d’art, charmante comme toutes celles qui sont sorties du fécond crayon de son auteur; c’est encore un document scientifique (pie rend précieux sa scrupuleuse exactitude. 11 représente une localité célèbre de notre Plateau central, le bourg de Latour, dont les environs sont si estimés des touristes, et qui est bâti sur l’extrémité d’une coulée basaltique (|iii parait s’ètre épanchée des flancs mêmes du Mont-Dore. Cette coulée réunit en elle-même tous
- les motifs d’intérêt disséminés d’ordinaire dans les formations analogues, et rien n’est plus captivant qu’une promenade dans les différents points où elle laisse voir sa structure.
- Tout d’abord au « Champ de Foire », on marche sur une espèce de carrelage étonnant de netteté et de régularité et qui, loin d’être un travail artificiel, résulte tout simplement de la section de prismes basaltiques juxtaposés.
- L’origine de ces prismes est un effet du retrait que la roche a subi par suite de son refroidissement après son écoulement à la surface du sol où elle a été vomie à la façon des laves volcaniques. Elle est compliquée par la'division de chaque prisme en
- Colonnade basaltique dans le bourg de Latour (Puy-de-Dôme), dessiné d’après nature, par M. Albert Tissandier.
- articles successifs, vraiment articulés un peu comme les osselets successifs dans une colonne vertébrale. Un en voit d’autres exemples nombreux et d’une netteté incomparable, sans sortir des limites de Latour. Quoique produits par la dessiccation aqueuse et non par le retrait igné, mais causés par la même diminution de volume d’une pâte primitive, les prismes d’amidon que livre le commerce sont exactement de la même forme, ou plutôt des mêmes formes que les prismes de basalte, et l’on peut sur les uns comme sur les autres apprécier jusqu’à quel point la régularité en est géométrique.
- À cet égard, il y a lieu de faire une remarque qui s’applique, à quelques variantes près, à une foule de sujets divers relatifs à la zoologie, à la botanique ou à la géologie. C’esl que les considé-
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- rations mathématiques ne sauraient s’appliquer d’ordinaire, sans de considérables correctifs, aux questions d’histoire naturelle.
- Poussées, par un amour inconsidéré et vraiment « anti-naturaliste » de la symétrie la plus simple, certaines personnes ont cherché à substituer aux formes réelles des choses des formes géométriques plus ou moins voisines : des ellipses aux trajectoires des planètes, un cône à la forme des troncs d’arbres, une hélice régulière à la ligne qui joint sur une tige les points d'insertion des feuilles successives, etc., etc. Pour ce qui est des basaltes, les mêmes abstracteurs substituent un prisme hexagonal à la forme effectivement réalisée. Les raisons, pour que les prismes basaltiques soient hexagonaux, sont très fortes et très nombreuses. C’est ainsi que Daubuisson, dans
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- sa Géognosie, fait remarquer que « le retrait doit produire la forme prismatique hexagone ». « De tous les polygones réguliers, ajoute-t-il, qu’on peut adapter les uns contre les autres en forme de car-rellement, sans qu’il reste de vide, l’hexagone régulier est celui qui, sous le même périmètre, présente la plus grande surface. » (T. 1, p. 506.) Cette considération a été reproduite par tous les auteurs.
- 11 faut dire, d’ailleurs, que si l’on va voir des basaltes dans une collection de roches, on est tout à fait disposé à donner raison à cette manière de voir : sur dix prismes on en voit pour le moins huit qui sont à six pans, et si les deux autres ne le sont pas, tout paraît indiquer qu’ils sont do ces exceptions surtout précieuses pour continuer les règles.
- Mais quand on va dans un pays volcanique, là où le basalte est chez lui dans la grande nature, à Latour par exemple, alors tout change et les prismes à six pans deviennent très rares; on voit fréquemment qu’un prisme, hexagonal dans une certaine partie de sa longueur, change de forme un peu pins haut ou un peu plus bas, et c’est avec Faujas de Saint-Fond qu’on est d’accord, quand il dit, dans son mémoire sur le basalte, inséré dans les lie-cherches sur les volcans du Yivarais et du Velay (1772) : « On trouve le basalte disposé en masses irrégulières, sur les masses qui affectent des espèces découches parallèles, horizontales ou inclinées ; en prismes triangulaires, carrés, hexagones, heptagones, octogones et même, selon quelques auteurs, à neuf cotés. Ces prismes sont réguliers ou irréguliers, d’une seule pièce ou articulés; on trouve encore le basalte en boules, en tables, etc. »
- Ramond avait signalé d’une façon tout à l'ait spéciale les basaltes de Latour, dont la coulée, suivant sa propre expression, est une des plus remarquables du Mont-Dore par son étendue, la régularité et les dimensions des prismes qui la composent.
- « Ils n’égalent pourtant pas, ajoute-t-il, ceux du Pessy pour la grosseur, car leur diamètre moyen n’excède guère 8 à 9 décimètres; mais ils offrent d’ailleurs plusieurs singularités. Ils sont régulièrement articulés à commissure convexe-concave, et composés, au moins en apparence, de deux parties distinctes, savoir : d’un axe exactement cylindrique, dont le basalte est plus noir, et d’une écorce grisâtre formant la portion prismatique. Le basalte de l’axe paraît plus dense et tend à se diviser en grains anguleux, l’étui prismatique est d’un tissu plus lâche et se décompose avec plus d’uniformité. La décomposition superficielle ne rend raison que d’une partie de ces différences. Elle suffirait sans doute pour réduire peu à peu le prisme en cylindre, parce qu’après avoir abattu les angles, elle pénétrerait à l’intérieur par lignes circulaires, et comme il en arriverait autant à chaque articulation les tronçons finiraient par être ramenés à la forme sphé-roïdale; telle est probablement l’origine de certains basaltes en boules. Mais il y a peut-être ici quelque chose de plus, savoir : des dispositions
- préexistantes qui auront inscrit le cylindre dans le prisme, de même que l’on voit, dans la plupart des houles, des couches concentriques inscrivant d’abord la boule dans le tronçon prismatique. Ces prédispositions expliqueraient non seulement la réduction en cylindres et en boules, mais encore les prismes eux-mêmes et leurs articulations, et la croûte anguleuse de nos prismes de Latour ne serait autre chose que le résidu de la matière en fusion repoussée vers la circonférence par la force même qui tendait à grouper les parties les pins atténuées et les plus homogènes autour des centres de condensation. »
- Quelquefois, le côté concave des articulations basaltiques est tellement creux, que dans les environs de Latour on l’utilise comme cuvette de fontaines ou comme auges pour les animaux.
- Parmi les différents motifs d’intérêt qui s'attache à la connaissance du basalte, il faut mentionner d’abord celui-ci : qu’il fait partie de la catégorie des roches éruptives, c’est-à-dire qu’il représente un échantillon des masses renfermées dans l’écorce granitique de la terre et qui nous seraient rest ées à jamais inconnues sans l’activité qui ne cesse de régner dans les profondeurs de notre planète. Il résulte de là, que non seulement il nous procure une matière dont le gisement primitif est inaccessible, mais, qu’au cours de son ascension au travers des assises superposées, il a emprunté souvent à celles-ci des éclats qu’il est venu, après les avoir plus ou moins modifiés, mettre à la portée de nos moyens d’étude. A Latour comme en beaucoup d’autres points du Plateau central, on trouve aussi dans le basalte des « enclaves » de roches variées dont l’examen est singulièrement instructif. C’est, en petit, ce qui a eu lieu sur une échelle si colossale à Ovifak, dans le Groenland, où le basalte a apporté des blocs et grains du fer carburé naturel qui forme une coque dans les profondeurs du sol et y constitue la cause déterminante de la forte densité du globe, du magnétisme terrestre et des émanations carbonées dont les types les plus intéressants sont les bitumes, les pétroles et l’acide carbonique. Dans mon ouvrage intitulé Nos terrains, et que commence à publier la librairie Colin, j’ai fait figurer, en une planche coloriée, une belle colonnade basaltique, voisine de Puy-en-Velay et qui, par ses caractères, forme un complément véritable de la nappe de Latour-d’Au-vergne. On y voit, associées aux longues aiguilles, qui sans doute ont valu à la localité son nom de croix de la Paille, des blocs de granit souvent volumineux à l’état d’enclaves dans le basalte. Ce qui précède fait sentir combien leur étude a pu procurer aux géologues de précieux résultats.
- Il faut bien remarquer que les enclaves du basalte ne peuvent lui être procurées que par des roches qui occupent dans la croûte terrestre un gisement moins profond que le laboratoire d’où il provient, car autrement il ne pourrait les rencontrer pour leur emprunter des fragments durant son trajet
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- ascensionnel. D'un autre coté, certaines de ces roches, comme la dunite et surtout le fer natif, étant [dus denses que le basalte, il en résulte que la constitution des diverses assises superposées ne s’est pas faite seulement en conséquence d’un triage réalisé, à partir du centre, entre des matériaux inégalement lourds.
- On trouve, en effet, qu’à chacune des régions concentriques de l’écorce du globe correspond un mode spécial de formation des roches, et que la zone la [dus ancienne est constituée par des masses [tassées, les premières de l’état gazeux à l’état solide.
- On les imite aisément par l'expérimentation synthétique, et on constate que parmi elles dominent les roches métalliques, fer natif, fer carburé ou fonte, fer allié au nickel et les roches silicatées magnésiennes, dunite, périodite, pyroxénite, am-jdiiholite, etc. C’est des deux parts de cette coque primitive de condensation brusque que se sont faites : par-dessus, les roches granitiques ou acides, ou schisteuses cristallines, granit, gneiss, micaschiste, talcschiste, etc., et, par-dessous, les ! roches basiques, volcaniques, laviques ou basal- j tiques. Les premières s’imitent par les méthodes de j la voie mixte, c’est-à-dire en faisant collaborer avec j la chaleur des fluides élastiques à haute pression et l’eau avant tout. Les autres peuvent se reproduire, ! au moins dans leurs caractères les [dus essentiels, | par l'application de la chaleur seule, c’est-à-dire avec le secours de la voie purement sèche. Je dis, dans leurs caractères les [dus essentiels, car les imitations artificielles diffèrent toujours des produits naturels par des traits remarquables, tels que l’absence, dans la substance cristalline, de fines inclusions gazeuses ou liquides, représentant comme des témoins d’un milieu générateur où ne manquaient certainement pas les fluides sous haute pression. Stanislas Meunier.
- UNE AUTOMOBILE A DEUX ROUES
- Que le titre de cet article n’induise pas nos lecteurs en erreur : il ne s’agit ni d’une bicyclette, ni d’un tandem, ni d’une triplette à moteur, mais bien d’une voiture automobile à deux roues parallèles, d’une stabilité parfaite et tout aussi confortable que le quadricycle, automobile ou non, le plus perfectionné. Ce véhicule original dont nous avons vu fonctionner les principaux organes chez les inventeurs, M. le capitaine Draullette et M. Ca-tois, constitue une application des plus ingénieuses des propriétés cinématiques du mouvement différentiel, et de la conservation du plan de rotation du tore.
- Il se compose en principe de deux grandes roues de lm,50 de diamètre montées sur un axe commun entre lesquelles est disposé le coffre de la voiture dans laquelle se logent le mécanisme et les voyageurs. On voit déjà que la longueur de la voiture ne dépasse pas le diamètre des roues, ce qui est un premier avantage très appréciable au point de vue de l’encombrement des chaussées. Le moteur, électriqüc, à essence de pétrole ou à vapeur, tourne à grande vitesse autour d’un axe vertical et, par son action gyroscopique, tend à maintenir le véhicule toujours dans
- le même plan, c’est-à-dire qu’il contribue à l’horizontalité du siège et à la verticalité des voyageurs. Ce résultat est d’ailleurs favorisé par la position de tout le mécanisme au-dessous de l’axe de suspension, ce qui place le centre de gravité au-dessous de l’axe. Avec un moteur électrique actionné par des accumulateurs, l’emploi du gyroscope devient presque superflu, et il suffit d’utiliser dans ce but l’induit du moteur tournant à grande vitesse autour de son axe disposé verticalement. Grâce au mode tout spécial de suspension du véhicule, qui repose sur l’axe des roues comme un pendule, l’horizontalité du siège sur lequel se placent les voyageurs est parfaite pendant l’arrêt de la voiture, quelle que soit l’inclinaison du terrain, pente, rampe ou palier.
- Pendant la marche, l’équilibre dynamique du système exige que le pendule suspendu aux roues prenne une inclinaison d’autant plus grande que l'effort exercé est plus grand. Les voyageurs auront donc celte sensation bizarre d’ètre inclinés en avant dans une forte rampe, contrairement à ce qui se produit dans les véhicules ordinaires. Dans une descente, l’inclinaison dépendra de la manœuvre plus ou moins habile du frein. Le tore a [tour objet d’atténuer la brusquerie de ces effets d’inclinaison; l’abaissement du centre de gravité en réduit la valeur absolue à une quantité négligeable.
- Le problème de la stabilité du véhicule en avant ou en arrière une fois résolu, il restait à obtenir la direction, les changements de vitesse, l’arrêt et même la marche arrière, tout en laissant au moteur une vitesse constante.
- Tout cela est obtenu par une manœuvre des plus simples, grâce à un mécanisme des plus ingénieux, mais dont la description exigerait de nombreuses ligures. Ce mécanisme permet de faire tourner les deux roues à des vitesses égales comprises entre zéro et un certain maximum fixé par construction, variables d'une façon continue, et de faire machine en arrière sans inverser le sens de rotation du moteur. Pour la direction et les virages, le même mécanisme fait tourner une roue plus vite que l’autre d’une quantité variable à volonté à chaque instant suivant les sinuosités du chemin, par la manœuvre, sans effort, d’un levier de direction. En arrêtant complètement l’une des roues, l’autre continue à tourner et la voiture évolue dans une courbe dont le rayon est égal à l’écartement des deux roues. A la limite, et en communiquant aux deux roues, toujours par le même mécanisme, des vitesses égales et de sens contraires, la voiture tourne sur elle-même autour d’un axe vertical, comme une toupie. La voiture de MM. Draullette et Catois sera certainement l’une des plus grandes curiosités automobiles de l’année 1898. E. Hospitalier.
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- LA PHOTOGRAPHIE
- A travers des obstacles
- Dès que la découverte des rayons X par le professeur Rôntgen fut connue, on chercha si les radiations nouvelles n’existaient pas dans toutes les sources de lumière et, à ce propos, de nombreuses images photographiques représentant des objets situés derrière des obstacles, furent montrées de tous cotés. Nous trouvons à ce sujet un récit intéressant dans l’un des derniers numéros du journal anglais « Photography » : « J’étais dernièrement chez un ami à Woodgreen, e'erit l’auteur de l’article, lorsqu’un des visiteurs proposa de pho’.ographicr la
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- IA NATURE
- compagnie. L’heure était très avancée, la nuit tombait; aussi nous semblait-il à tous qu’il était impossible d’obtenir une photographie à ce moment. Néanmoins, l’amateur ayant insisté, nous prîmes place sur une pelouse, devant un massif de plantes élevées qui servait de fond. Je ne songeais plus le moins du monde à ce petit événement et je fus saisi du plus vif étonnement lorsque je vis l’épreuve quelques jours après : l une des feuilles du massil qui était derrière nous avait été nettement photographiée à travers mon chapeau de soie et l’on y voyait même la pointe d’une seconde feuille. » L’auteur en conclut que les rayons X existent dans la nature au moment du crépuscule. Conclusion bien hâtive; l’explication du phénomène est cependant bien simple. On sait en effet que les objets noirs n’impressionnent pas la plaque photogra p bique et on connaît l’usage que le professeur Marey a fait en chrono-photographie des fonds noirs. Le chapeau de soie était tenu à la main et, sans nul doute, il a été bougé pendant la pose, découvrant ainsi le feuillage qui a impressionné la plaque.
- Nous avons d’ailleurs reçu de nos corres pondants un grand nombre d’images du même genre; dans toutes, l’obstacle derrière lequel des objets ont été reproduits est noir et mobile. C’est ainsi qu'à travers le bras d’un lycéen en uniforme foncé photographié devant une porte, on voit très bien les détails de l’un des battants; qu’à travers la queue d’un chien noir, on aperçoit les cailloux de la route sur laquelle il se trouvait. Dans la photographie d’un groupe de trois personnes, une petite tille est représentée par une ombre très légère à travers laquelle on distingue très nettement un arbre et le mur placés derrière elle; par contre sa ligure, qui à l’inverse de ses vêtements, est lumineuse, apparaît très nettement (lig. 5). Nous avons d’ailleurs fait nous-même l’expérience, facile à répéter, avec le concours d’un habile amateur M. Emery. Photographiant l’intérieur de l’église de Soissons, nous avons placé un soldat, qui se trouvait là, contre une grille, en le priant de se déplacer pendant la pose et
- de reprendre vivement sa place. À travers son pantalon dont la couleur rouge est on ne peut plus inactinique se voient distinctement les détails de la grille (lig. 1).
- Une photographie de M. Liébert faite à la lumière du magnésium confirme notre explication : il s’agit d’un groupe en train de dîner; l’éclair magnésique ayant duré un temps assez long, un des convives a eu le temps de se déplacer et de laisser s’imprimer sur la plaque sensible une lampe placée derrière lui ; son dos et sa tête semblent par suite être transparents. Un halo très net entoure la flamme d’une autre lampe montrant (pie l’éclair magnésique a duré un temps assez long (bg. 2).
- Il arrive aussi parfois que de tels effets sont dus à
- une double expo-sition involontaire, en particulier lorsque, par mégarde, l’opérateur a fait fonctionner deux fois l’obturateur : une fois avant ou après que le sujet soit placé, la seconde fois quand il est à sa place.
- Un cas qui paraît a priori plus curieux est celui d’objets photographiés à travers des obstacles opaques et absolument immobiles. C’est ainsi que déjà, en 1882, M. de Chardonnet avait pu photographier l’arc électrique à travers une lame de crown-glass argentée, sur une de ses faces, qui le cachait à la vue, et une statue en marbre de Carrare, éclairée par la lumière solaire, à travers des carreaux argentés. L’explication fut immédiatement trouvée par M. de Chardonnet qui montra qu’une couche mince d’argent opaque pour les radiations visibles du spectre était transparente aux radiations ultra-violettes. C’est ainsi que, peu après la découverte de Rontgen, un opticien de Lyon crut pouvoir affirmer que l’arc électrique émettait des rayons X, se basant sur une photographie qu’il avait obtenue à travers une- épaisse planche de bois. Tout récemment, M. Liébert photographiant an moyen d’un éclair magnésique un groupe à table, fut étonné de voir apparaître sur l’image une partie des objets situés sur la table, à travers une planche à dessin que tenait un des convives et à travers un calendrier
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- placé contre la lampe (lig. 3). L’explication de ce cas est aisée si l’on se reporte à la communication faite «à l’Académie des Sciences par le capitaine Colson, le 9 mars 1890 : Eue plaque photographique avait été exposée pendant huit heures, à la lumière diffuse.
- Fig. 2. — Transparence apparente.
- mètres : la quantité de lumière admise était donc insignifiante. Le capitaine Colson a cependant obtenu, au développement, une excellente image des veines
- Fig. i. — Transparence apparente due à l'irradiation.
- rience explique suffisamment le cas de M. Liébert.
- Des faits analogues, destinés notamment à prouver l’existence de la fameuse lumière noire ont été souvent signalés, relativement à des plaques d’ébonite dont l’épaisseur variait de 0mm,4 à 0mm,5. Or, M. Perrigot, par une expérience analogue à celle de M. Colson, a nettement montré que sous une telle épaisseur l’ébonite est Lloin d’être opaque à la
- sous une planchette de sapin de cinq millimètres d’épaisseur, en prenant toutes les précautions nécessaires pour éviter une introduction accidentelle de lumière. Dans ces conditions d’éclairage, la planchette cessait d’ètre translucide à l’épaisseur de trois milli-
- Fig. 5. — Transparence du sapin.
- du bois, montrant que l’on eût pu réduire de beaucoup l’exposition. Etant donnée la vive lumière émise par la combustion du magnésium, cette expé-
- Fig. a — Transparence apparente due à un déplacement du modèle.
- lumière blanche. D’ailleurs, si on concentre sur une telle lame d’ébonite la lumière provenant d’un arc voltaïque intense, l’oeil aperçoit très bien cette lumière à travers la lame.
- Nous tirerons de ces expériences la conclusion pratique suivante : n’exposez jamais au soleil, ne fût-ce qu’un instant, un châssis négatif.
- Nous avons reçu de M. Gavrilenko, professeur à
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- r.io
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- l’Ecole technique de Moscou, un cliché photographique présentant un phénomène analogue aux précédents, mais plus délicat à expliquer : on y aperçoit une portion de fenêtre à travers un volant en fonte (tig. 4). On ne peut plus invoquer ici la moindre transparence. Mais il est à remarquer que la fenêtre est vivement éclairée ; il en résulte que la petite surface de la plaque qui recevait son image était aussi très éclairée et il y a eu, cas assez fréquent, communication de l’impression aux régions voisines. C’est le phénomène bien connu de l’irradiation qu’on observe fréquemment lorsque l’objet à photographier présente des contrastes très violents, c'est-à-dire quand il comprend des parties très lumineuses, confinant à des parties très sombres. La ligne de séparation manque de netteté sur le négatif : elle est légèrement estompée par une sorte d’envahissement des parties noires sur les parties transparentes, qui se traduit par un effet inverse sur le positif.
- Nous reviendrons d’ailleurs prochainement sur ce phénomène que l’on appelle aussi quelquefois halo et nous indiquerons les divers moyens qu’on peut employer, sinon pour le supprimer totalement, du moins pour l’atténuer.
- G.- II. Niewengi.owski.
- LA ROUGEOLE A L’ÉCOLE
- Les écoles, pensionnats, collèges et lycées viennent d’ouvrir de nouveau leurs portes. II faut souhaiter aux élèves une bonne année scolaire et dès maintenant penser à l’hygiène.
- On ne saurait trop prendre de précautions contre les maladies contagieuses. La rougeole se gagne facilement, par exemple. A ce propos, nous saisissons cette occasion de reproduire les considérations fort justes que faisait valoir récemment encore M. le docteur Sehrevens (à Tournai).
- Ce ne sont pas, à vrai dire, les élèves des écoles qui succombent surtout dans les épidémies de rougeole : les victimes sont plutôt les enfants au-dessous de cinq ans ; mais c’est dans les écoles que l’épidémie de rougeole prend naissance, c’est là qu’un premier sujet atteint communique les germes contagieux à un certain nombre de ses condisciples, qui vont les porter dans leurs familles, sur tous les points de la commune : c’est donc dans l’école qu’il faut s’opposer à cette propagation de la maladie, à cette dissémination des germes.
- Dans ce but il importe avant tout de découvrir immédiatement le premier ou les premiers cas de rougeole qui se produisent parmi les élèves d’une école. Tous les efforts doivent donc tendre à assurer une prompte information : dès qu’un cas de rougeole est signalé parmi les élèves d’une école, le sujet atteint a déjà, le jour de son départ, communiqué les germes à un certain nombre de ses condisciples, qui resteront inconnus jusqu’au jour, le onzième après le départ du premier malade, où ils viendront à leur tour répandre dans l’école les germes de la rougeole dont ils sont atteints et qui sera aussi parvenue chez eux à la période prodromique ; c’est par ces réintroductions successives des germes que la maladie est entretenue dans l’école jusqu’à ce qu’il n’y reste plus que les immunisés.
- Le premier ou les premiers cas de rougeole étant découverts, il faut à tout prix empêcher que les élèves contaminés ne viennent rapporter dans l’école les germes de la maladie. Une seule mesure permet d’obtenir, d’assurer ce résultat : c’est la fermeture de la classe ou de l’école du neuvième au douzième jour après le départ des derniers malades ; dans cet intervalle, les élèves contaminés par ceux-ci verront leur maladie débuter en dehors de l’école et seront retenus dans leurs familles, où l’on prendra à leur égard les mesures habituelles d'isolement.
- Pendant cette fermeture des classes, la désinfection des locaux et du mobilier scolaire se fait d’ailleurs d’elle-mème, car les germes meurent sans qu’il soit nécessaire de recourir à la moindre opération spéciale. J.-F. (l.u.r.
- DISTRIBUTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- A GRANDE DISTANCE PAR LE GAZ
- Le transport à grande distance de l’énergie représentée par la combustion du charbon se fait le plus généralement en transportant le charbon lui-même, et en le brûlant dans le voisinage des lieux d’utilisation. On a souvent proposé, sans que la solution ait trouvé un écho industriel jusqu’à ce jour, de brûler le charbon sur le carreau de la mine, ou à faible distance, de transformer i’énergie produite par cette combustion en énergie électrique, à l’aide de moteurs à vapeur et de dynamos, et de distribuer cette énergie électrique à distance, à l’aide de canalisations à haute tension et de transformateurs.
- Dans une communication présentée, il y a quelque temps, par M- Nelson \V. Perrv à la North-Western Flectrical Association, à Milwaukee (États-Unis), l’auteur indique une solution qui lui semble beaucoup plus économicpie et plus pratique. Elle consiste, en principe, à produire près du carreau de la mine, non plus de l’énergie électrique, mais du gaz combustible de qualité équivalente à celle du gaz de ville, et de canaliser ensuite ce gaz en le distribuant à différents centres d’utilisation, où des moteurs à gaz et des dynamos produiraient sur place l’énergie électrique nécessaire.
- Pour réduire au minimum les dépenses des canalisations, celles-ci pourraient être constituées par des tubes de faible, diamètre dans lesquels la consommation journalière de chaque centre serait débitée d’une façon continue pendant les 24 heures de la journée. Des gazomètres de capacité appropriée compenseraient les écarts entre l’alimentation continue de la petite canalisation de transport, et la consommation extrêmement variable de l’usine électrique. On supprimerait par ce moyen tout transport de charbon utilisé pour l’éclairage et le chauffage, et les chaudières et moteurs à vapeur des usines électriques actuelles seraient remplacés par un gazomètre et des moteurs à gaz. L’usine génératrice de gaz serait elle-même munie d’un énorme gazomètre général de distribution et réglerait sa production de façon à marcher dans les conditions les plus économiques, tout en maintenant son gazomètre assez plein pour parer à toute demande d’un centre de distribution quelconque. L’idée émise par M. Nelson Perry mérite un examen attentif de la part des propriétaires de charbonnages, des gaziers et des électriciens : il n’v a guère que les compagnies de chemins de fer qui verraient d’un mauvais œil le trans-
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- port du combustible sous forme de gaz dans un tuyau au lieu de chargements de bouille par wagons complets.
- Si l’entente nécessaire pour faire réussir une semblable combinaison se fait jamais, il est malheureusement probable qu'elle ne se produira pas en France pour la première fois, ne fùt-ce cpi’à cause des difficultés administratives quasi insurmontables qu’une combinaison semblable rencontrerait sur son chemin. ,1. Ledant.
- LE LAIT STÉRILISÉ
- Décidément le lait stérilisé fait merveille sur les nourrissons et paraît devoir arracher à la mort chaque année un grand nombre d’enfants. Parti de la Charité à Paris, en 1892, le lait stérilisé fait son tour de France. Il semble qu’il faille l’employer définitivement, quand il y a lieu de recourir à l’allaitement artificiel. A la Maternité, dans diverses Polycliniques, MM. Combv, Variot, Henri de Rothschild ont obtenu des résultats probants. M. Budin a communiqué à l’Académie de médecine une Note non moins concluante de M. le Dr Berlioz, professeur de bactériologie à l’École de médecine de Grenoble et directeur du Bureau d’hygiène de cette ville. En voici les lignes principales : « L’avantage du lait stérilisé chez les enfants nourris au biberon ne sont plus discutés. L’usage de ce lait est capable d’abaisser énormément la mortalité effroyable des enfants élevés au biberon. Depuis 1894, je fais distribuer, au moyen de crédits alloués par le Conseil municipal, du lait stérilisé aux enfants d’indigents en juillet, août et septembre. » Ce lait est stérilisé à l’autoclave à 110 degrés pendant une demi-heure dans des flacons de 200 à 250 centimètres cubes qui servent de téterelle. Les résultats sont les suivants :
- Mortalité par diarrhée des enfants de 0 a 1 an
- EN JUILLET, AOUT, SEPTEMBRE
- Non nourris au lait stérilisé
- 1894. . . 60,8 pour 1000
- 1895. . . 86 —
- 1896. . . 54 —
- Nourris
- au lait stérilisé
- 25,6 pour 1000 42,2 —
- 16,1 —
- Moyenne . 69,3 pour 1000 27,9 pour 1000
- Différence en faveur du lait stérilisé : 41,4.
- Ces chiffres sont d’autant plus probants que dans la première catégorie sont mêlés les enfants allaités au sein et les enfants nourris au biberon, que la plupart de ces enfants appartiennent aux classes non nécessiteuses, tandis que la seconde n’est composée que d’enfants indigents, que, dans la seconde catégorie, les enfants étaient déjà malades avant Remploi du lait stérilisé. Or, malgré tout, il y a bénéfice de 41 pour 1000. Comme il y a en France environ 700 000 enfants âgés de 0 à 1 an, la diarrhée infantile en emporte au bas mot 50 000. Le lait stérilisé pourrait abaisser ce chiffre à 20 000. D’où bénéfice annuel de 30 000 enfants ! Et il se trouve des gens pour considérer l’hygiène comme une pure manie ! 30 000 Français de plus par an peut-être. La dépopulation s’en ressentirait un peu, j’imagine. 11 faut donc par ces temps de grande et admirable charité que les Conseils municipaux et les particuliers suivent l’exemple de Paris, de Grenoble, etc., et assurent aux enfants des indigents la distribution gratuite de lait stérilisé. Qu’on le dise, qu’on le répète, et sauvons les enfants! Henri de Par ville.
- L’INDUSTRIE FORESTIÈRE
- EN CALIFORNIE1
- L’une des merveilles qui frappent le plus celui (pii malgré son scepticisme ne peut se défendre d’une sincère admiration, c’est l’apparition soudaine des arbres gigantesques couvrant les flancs de la Sierra Nevada, en Californie. Du Pacifique jusqu’aux approches de cette splendide chaîne de montagnes, rien n’a pu toucher son imagination blasée. Les immenses prairies au profil monotone qu’il traverse, la végétation uniforme qu’il rencontre sur la route suivie, rien, en un mot, ne le prépare au spectacle inattendu, qui l’impressionne au plus liant point.
- Aussi loin que s’étend son regard surpris, les feuillages sombres des chênes, des érables ou des ormes, jettent sur le paysage environnant une note particulière qui ne manque pas de présenter un caractère de grandeur surprenant. Le train qui emporte le voyageur, tout en gravissant la montagne ardue, passe au milieu d’une haute futaie qu’en aucun point du globe on ne peut trouver. Les arbres plusieurs fois centenaires paraissent de simples pygmées auprès des colosses qui les entourent, balayant les nuées de leurs têtes altières.
- Ces géants, avant peu d’années, deviendront rares, tant l’homme, ce grand destructeur, leur fait une guerre acharnée; ils abondent cependant encore dans les forêts magnifiques de la Sierra Nevada. Fréquemment des troncs aux énormes proportions, mesurant de 7 à 9 mètres de diamètre à leur base, se laissent apercevoir à travers cette végétation à nulle autre pareille. Leurs fûts rectilignes et élancés, malgré leurs dimensions étonnantes, se dressent verticalement à une hauteur de plus de 60 mètres, avant de montrer les premières branches, dont une seule constituerait un arbre de première grandeur.
- Certains districts californiens voisins immédiats de la Sierra Nevada, et notamment ceux de Mariposa et de Calaveras, possèdent les spécimens les plus remarquables. Le Séquoia gigantea abonde dans ces parages; aussi, toute cette contrée réellement privilégiée se trouve livrée à une exploitation forestière intense. L’une des sociétés concessionnaires, la plus importante de toutes, est connue sous le nom de « Sanger Lumber Company ». Son industrie s’étend, aux abords de la Sierra Nevada, sur la majeure partie du comté de Fresno.
- Elle possède plusieurs scieries mécaniques actionnées par la force motrice que leur transmettent des torrents descendant des hauts sommets. L’altitude moyenne de ces scieries atteint 1500 mètres, mais, en présence de la disparition progressive des spécimens les plus gros, la Société devra à bref délai transporter ses diverses installations à des hauteurs plus considérables encore. Lors des premiers temps de la mise en exploitation de ces incomparables fo-
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- 1 Illustrations d’après le Scienlific American.
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- rets, la Compagnie ne s'attaquait qu’aux arbres dont la hauteur variait de 110 à 120 mètres. Depuis cette époque, remontant à une quinzaine d'années, elle exploite ceux qui atteignent des dimensions moitié moindres. Plusieurs camps de bûcherons travaillent nuit et jour, la lumière électrique remplaçant pendant les ténèbres celle du soleil absent. L’outillage dont ils disposent est tel «pie, en 24 heures, ces ouvriers abattent, de 000 à 700 mètres cubes de bois. Les installations dont dispose la « Songer Lum ber Company » ne laissent rien à désirer. Dès (pie les énormes troncs se trouvent débités aux longueurs voulues, qui la plupart du temps sont celles des bois de charpente, on procède, lorsque la coupe a lieu à proximité d’une scierie, à la descente, jusque dans la vallée des pièces équarrics.
- À cet effet, la Société exploitante a t’ait construire une sorte de vaste caniveau à pente rapide dans lequel se déversent les eaux ayant mis les turbines en mou veinent. Chaque scierie a comme annexe un de ces canaux de 2 mètres de profondeur avec une largeur équivalente. On donne à chacun d’eux une pente exactement la même depuis l’origine jusqu’au terminus au pied de la montagne. Les bûcherons à l’aide d’engins appropriés amènent les bois coupés à cette rigole et les précipitent dans le courant. Entraînés par leur propre poids et par l’eau qui les supporte, ils ne tardent pas à gagner la vallée.
- Cependant, par suite des coupes continuelles opé-
- rées, la distance séparant les arbres abattus des caniveaux aménagés pour leur transport devint trop considérable. La Société se trouva dès lors dans l’obligation de construire une voie ferrée serpentant à travers les flancs abrupts de la haute montagne.
- Les rampes atteignent fréquemment un minimum de 50 pour 100. En dépit de celte difficulté, il était impossible de faire usage d’un chemin de fer de montagne à crémaillère ou à câble ; les emplacements constamment variables des coupes à effectuer s’opposaient en effet à l’adoption d'une installation semblable.
- Les inginiepré’ de la « Sang0 Lumber Company », après de longues et laborieuses études, arrêtèrent leur choix sur un type spécial de locomotive, possédant une grande adhérence,
- tout en ayant une puissance de traction très grande, malgré ses dimensions relativement restreintes. Cette machine, d’un modèle absolument nouveau, comporte l'emploi de trois cylindres agissant simultanément sur quatre des huit roues couplées que compte ce remarquable moteur. Les cylindres occupent une position verticale sur l’un des bas côtés de la chaudière. Les tiges de leurs pistons se relient .à un même arbre coudé qui s’étend d'une extrémité à l’autre du châssis supportant le générateur.
- Par l’intermédiaire d’engrenages coniques très ingénieusement disposés, le mouvement se transmet «à des bielles qui, deux à deux, actionnent les essieux calés fixes sur les roues correspondantes. Un dispo-
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- Industrie forestière dans la Sierra ÎN'evada en Californie
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- sitif particulier permet aux divers organes constituant l’ensemble du moteur de jouir d’une certaine élasticité afin de parer aux inconvénients que ne manqueraient pas de présenter les inclinaisons successives prises par le truck porteur, dans les courbes et contre-courbes transformant la voie ferrée en un long serpent ininterrompu. L’ascension ne s’opère en effet qu’à l’aide de lacets continuels.
- On conçoit aisément que la manœuvre de troncs d’arbres, qui pour la plupart atteignent de gigantesques dimensions, ne saurait s’opérer à bras d’hommes. Des appareils spéciaux, sortes de treuils à vapeur, aisément transportables sur les différents points où ont lieu les coupes, facilitent singulièrement ces opérations ainsi (pie le halage des bois de charpente jusqu’aux wagons du train. Ces mêmes treuils aident, grâce à l’énergique traction qu’ils exercent, à l’abatage des colosses dont une scie à ruban a tranché en partie le pied. Il suffit de relier l’arbre à l'appareil par un cable d’acier.
- L’exploitation forestière que régit, si fructueusement pour elle, la « Sanger Lumber Company », est la première qui ait songé à utiliser l’emploi de la dvnamite pour le débitage des arbres de colossales proportions. Autour du tronc abattu, lorsque ses dimensions ne sont pas inférieures à 2m,50 de diamètre, ce qui fréquemment se présente, on trace à la hache un léger sillon. Une guirlande de cartouches réunies les unes aux autres par un fil électrique communiquant avec chacun des détonateurs l’enserre complètement. Un simple contact, opéré à distance, suffit pour déterminer l’explosion instantanée. Très nettement, comme par une scie, le tronc se trouve partagé à la longueur voulue.
- Dans les endroits d’un accès très difficile, sur les pentes escarpées où l’emploi d’instruments devient impossible, un procédé analogue est mis en œuvre pour l’abatage des gros arbres. Dans ces cas particuliers, il deviendrait très onéreux d’avoir recours aux outils mécaniques ou à main; la dynamite simplifie la question. Rien de plus aisé, en effet, que d’obtenir d’elle les résultats les meilleurs et les plus certains et cela sans exagération des dépenses. C’est pourquoi les bûcherons en font un fréquent usage.
- Le spectateur qui, pour la première fois, assiste à la destruction organisée de ces géants des forêts de la Sierra Nevada, éprouve une impression pénible à la vue du colosse frémissant sur sa base naguère puissante. Lentement il s’incline, penche de plus en plus sa tête altière, puis, perdant soudain l’équilibre, il s’abat broyant tout ce qu’il rencontre dans sa chute. Sous ce choc formidable, le sol tremble dans ses profondeurs, secoué comme par un violent et subit tremblement de terre. Ainsi meurt et disparaît pour toujours un des rares témoins des âges passés, qui, pendant une longue série de siècles, avait victorieusement résisté aux ouragans les plus furieux. Ch. Marsillox.
- LE CËRAMO-CRISTÀL
- La dévitrification du verre a depuis longtemps fait l’objet des recherches des savants. Réaumur, J.-R. Dumas, l'elouze, d’Arcet, pour n’en citer que quelques-uns, ont tour à tour étudié ce curieux phénomène et plusieurs d’entre eux, parmi lesquels il convient de citer Réaumur et d’Arcet, ont même tenté de transformer leur laboratoire en usine et de dévitrifier le verre industriellement.
- On sait que tous les verres sont susceptibles de perdre leur transparence et de se transformer en une substance semblable à une poterie et spécialement à la porcelaine, lorsqu’on les fait passer d'une façon très lente de l’état liquide à l’état solide, en les refroidissant complètement ou encore en les réchauffant longuement à une température voisine du point de fusion.
- Cette seconde méthode fut employée par Réaumur et ses émules et ne donna pas de bons résultats industriels.
- Mais on peut essayer de dévi tri fier le verre d’abord et de le façonner ensuite. Le premier, il y a une dizaine d’années, M. Garchey, a imaginé d’agglutiner d’abord ensemble les débris de verres et de les mouler ou de les façonner, de les estamper ensuite et de continuer après la dévitrification et la recuisson. C’est ce nouveau produit qu’il nomme le « céramo-cristal ».
- Les verres qui se dévitrifient le plus facilement sont ceux qui contiennent en excès des bases terreuses, telles que la chaux, l’alumine et la magnésie; les verres à vitres et surtout les verres à bouteilles sont dans ce cas. La matière première est donc presque pour rien, ces verres se trouvant à l’état de déchets en quantités illimitées. La fabrication est des plus intéressantes et, en certains points, entièrement distincte des procédés jusqu’ici employés en verrerie. Après avoir lavé les tessons de bouteilles, on les réduit en poussière en les déversant dans un broyeur; puis, afin d’obtenir des poudres de grains différents, on les fait passer dans un classeur giratoire.
- Les classeurs circulaires communément employés pour séparer les matières en lots de grosseurs diverses, présentent ce grave inconvénient que seul un cinquième de la surface criblante travaille. Le classeur giratoire Coxe se compose de classeurs pleins superposés, assemblés dans une caisse et animés d’un mouvement rotatif continu et rapide, qui promène la matière sur leur surface, de manière à l’utiliser dans toute son étendue; il y a ainsi augmentation considérable de la matière travaillée, à surface égale et dans un temps donné.
- Après le classement des poudres de verre, on les dispose dans un moule en fonte et on les fait séjourner, pendant une heure environ, dans un four d’échauffement ; l’action de ce premier four est d’échauffer progressivement la matière, de façon que toutes les parties en soient, autant que possible, également dévitrifiées. Les molécules de verre sont alors réduites à un état de division extrême, par suite de leur pulvérisation ; elles éprouvent isolément l’action dévitrifiante de la chaleur, et cela très rapidement, puisque chacune d’elles subit le phénomène séparément. En même temps, elles se ramollissent et forment bientôt une matière pâteuse très consistante.
- On introduit alors les moules dans un four porté à 1250°, dans lequel on ne les laisse séjourner que quelques minutes.
- C’est à ce moment, en effet, qu’on passe le moule sous la presse hydraulique, où la matrice a été préalablement fixée. Un tour de roue, et la pesante masse de fonte s’abat; armée de couteaux latéraux, elle découpe la matière en
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- même temps qu’elle la modèle. Cette opération d’estampage a en outre pour propriété de refroidir la pièce fabriquée et de lui donner assez de consistance pour ({(l’aucune déformation ne soit à redouter par la suite.
- Enfin, on fait à nouveau séjourner les moules dans un four de refroidissement. Après quoi, on n’a plus qu’à retirer la pièce de son enveloppe de fonte. ;
- L’aspect du nouveau produit varie extrêmement. Suivant que le grain est plus ou moins fin, la pierre céra-inique ressemble à telle ou telle pierre, blanche comme ! celle d’Angoulêmc, bleue comme celle de Lausanne ; imitant la pierre de taille, le ciment et même le marbre.
- Eue remarque amusante : la provenance des bouteilles influe aussi considérablement sur le produit obtenu; c’est , ainsi que les bouteilles d’eau de Vichy ne donnent pas le même céramo-cristal que celles d’eau de Vais ou d’Evian : la « bordelaise », la « chartreuse », la « champagne », la bouteille de vin du Rhin, etc., se muent en belles pierres, ayant leur caractère propre.
- La pierre céramique possède les plus remarquables qualités hygiéniques et offre des garanties de solidité et | de durée que le marbre seul pourrait peut-être lui disputer, j Elle est, en effet, absolument inaltérable aux intempéries ! et à l’action des acides; l’eau ne la pénètre pas, et à tous ces points de vue, son emploi sera particulièrement précieux dans les hôpitaux et dans les salles d’opérations, : puisqu’elle peut supporter les lavages antiseptiques les plus répétés, sans en être altérée. De plus, le verre étant mauvais conducteur de la chaleur et du froid, les habita- ! fions revêtues extérieurement de pierres céramiques seront chaudes en hiver et fraîches en été. ÎNéanmoins, comme on ne peut actuellement obtenir ces plaques de « céramo-cristal » d'une certaine étendue présentant une ; planimétrie parfaite, il sera préférable d’employer à l’inté- ; rieur des habitations, des verres coulés, des verres opaques, ; de l'opaline, par exemple, soit uniformément blanche, soit émaillée avec des décorations multicolores; cela en j grandes surfaces de façon à éviter le plus possible, ou ’ à diminuer la quantité des joints, points d’accrochements des microbes, si justement redoutés aujourd’hui. i
- Le céramo-cristal sera employé principalement à Texte- j rieur, aussi à l’intérieur, pour les soubassements, rampes 1 d’escaliers, plinthes, linteaux, etc. ; placé légèrement en relief, avec des teintes un peu plus foncées que celles des parois formées d’opaline simple ou décorée.
- Déshabitations se composeront d’une carcasse, ou ossature métallique, permettant d’obtenir une paroi externe, et une paroi interne. Dans l’intervalle des deux parois, un espace libre utilisé pour toutes les canalisations, canalisations de verre autant que possible. Puis, dans cet espace, circulation d’air chaud en hiver, d’air comprimé, mais s’y détendant, en été, de façon à obtenir à l’intérieur une température à peu près constante en toutes saisons. L’ossature serait noyée à l’extérieur dans le ciment, dans lequel seraient scellés verres, céramo-cristal, etc., maison hygiénique par conséquent, et cela à tous les points de vue.
- Le nouveau produit est surtout destiné à être utilisé comme revêtement. Sa face interne est rugueuse, ce qui rend le scellement et plus facile et plus solide ; solide au point qu’armé d’un lourd marteau de maçon, on tentera en vain de le fendre; la pierre céramique portera l’érosion du coup, mais aucune fissure ne se produira; il serait imprudent de faire le même essai sur des pierres de taille, alors que, le plus souvent, la gelée suffit à les fendiller. D’ailleurs, la pierre céramique est tellement dure, que pour la travailler, pour y percer le moindre trou, il
- faut employer des instruments trempés au mercure.
- Un dernier point, qui n’est pas le moins intéressant, est le bon marché exceptionnel du produit.
- Les tessons de bouteilles et les débris de verre ne vaudront jamais, en effet, bien cher; la pierre céramique se vend en conséquence de 8 à 10 francs le mètre carré superficiel, et même moins. Ce prix, déjà bien bas lorsqu’on le compare à celui du ciment ou de la pierre de taille, sans moulure ni sculpture, devient tout à fait surprenant, lorsqu’il s’agit de pierres céramiques moulurées ou sculptées. On sait combien la sculpture sur pierre est onéreuse ; le procédé de fabrication du produit permet d’obtenir à bon compte des pierres moulurées et sculptées.
- Ainsi donc, inaltérabilité de la pierre céramique, variété infinie des types, tant au pointée vue du grain qu’à celui de la couleur, avantages de la fusion obtenus avec un produit similaire de la pierre, bon marché extrême, telles sont les principales qualités de la précieuse matière mise désormais à la disposition des architectes, et qui va leur permettre, sans doute, d’obtenir de nouveaux et artistiques motifs de décoration. Cérame.
- LE PIED DE L\ CHINOISE
- Le petit pied de la Chinoise, auquel les Célestes donnent le nom de Lys doré a toujours été une cause de curiosité pour l’Européen.
- Je n’ai pas l’intention de passer en revue tous les motifs qu’on a fait valoir pour expliquer pourquoi, depuis des siècles, les Chinois mutilent les pieds des femmes : ils sont tous aussi invraisemblables les uns que les autres.
- On ne commence guère que vers l’àge de quatre ou cinq ans à produire cette déformation du pied. Le résultat est, peu à peu, obtenu au moyen de bandes de plus en plus serrées, et qui produisent sur l’organe un double mouvement de flexion antéropostérieure sur lui-même et de rotation des quatre derniers orteils et de leur métatarsien autour du premier métatarsien. Ce premier mouvement a pour effet de casser le pied en deux parties : l’une antérieure, comprenant les orteils et leur métatarsien ; l’autre postérieure, comprenant le calcanéum. Très souvent l’os scaphoïde, qui joue dans ce travail le rôle d’une charnière est luxé profondément. Il est toujours plus ou moins déplacé et soulève la peau du pied, qui parfois s’ulcère à ce niveau (fig. { et 2).
- Les photographies ci-jointes représentent le pied d’une jeune fille de vingt ans. Sa longueur est de 17 centimètres, son poids (avec 6 centimètres de jambe) est de 480 grammes. Yu par sa face externe il représente un triangle rectangle, dont l’hypoténuse, formée par le dos du pied, est légèrement convexe au niveau du scaphoïde. Son bord inférieur montre, à l’union du tiers postérieur et des deux tiers antérieurs, une encoche profonde de 2 centimètres I/2, résultant de la flexion forcée du pied sur lui-même. La face inférieure de forme.généralement triangulaire nous fait voir la disposition des orteils reposant sur le sol par leur face dorsale, déformés, comprimés. Les ongles sont minces, atrophiés; exception doit être faite pour celui du deuxième
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- orteil, qui a l’air d’une griffe. Mieux que toutes les descriptions, l’empreinte ci-jointe (fig. 5) donne une idée de la déformation du pied de la Chinoise.
- Lorsque le pied est arrivé à un degré suffisant d’atrophie et au prix de douleurs considérables, la jeune Chinoise n’a pas encore cependant fini de souffrir. Elle doit tenir son pied constamment bandé pour pouvoir marcher, et encore une course un peu longue est impossible.
- L’atrophie du pied amène l’atrophie de la jambe.
- t Fig. 1. — Pied de Chinoise. Disposition des orteils. (D'après une photographie.)
- qui est réduite à l’état de squelette, les muscles disparaissent et il ne reste plus guère que la peau et l’os.
- Cette atrophie de la jambe contribue pour une grande part à augmenter les troubles de la marche et de l’équilibre. La Chinoise ne peut marcher qu’avec une chaussure, faite à la forme de son pied, celle-ci porte un petit talon t/ui seul sert de point de sustentation à tout le corps. Le bout du pied ne touche pas à terre et les femmes marchent un peu comme
- Fig. 2. — Pied de Chinoise. Vue de côté. (D’après une photographie.)
- les malades atteints de pied bot talus. Elles ne sont pas très solides sur leurs pieds et, dès qu’elles sont vieilles, doivent demander aide d'un bâton. Elles marchent les liras légèrement écartés, faisant l’office d'un balancier ; le bassin rejeté en arriérera poitrine un peu en avant : elles semblent poursuivre leur centre de gravité. Quand elles ont les talons réunis la moindre poussée peut les renverser. Un pied est d’autant plus apprécié qu’il est plus petit, celui que j'ai photographié appartenant à une femme du peuple est relativement très grand. Chez la Chinoise riche, il peut ne pas dépasser 14 centimètres et la femme est plus fière de son pied que de sa figure.
- La Chinoise est très pudique quand il s’agit de ses pieds. Elle n’aime pas à ce qu'on les regarde. J’ai plusieurs fois donné mes soins à des femmes de mandarins, ayant mal au pied : elles ne consentaient qu’à grand’peine et en rougissant à se laisser examiner, et encore s’arrangeaient-elles à ne découvrir que seul le point malade.
- Toutes les Chinoises n’ont pas le pied déformé. Cette mutilation est plus fréquente dans le Sud que dans le Nord, et dans les villes que dans les campagnes. Les femmes Mandchoues ne sont pas autorisées
- à se bander les pieds : il y a, à ce sujet, des ordres impériaux tout à fait formels.
- Des sociétés de missionnaires et surtout de mission-nairesses anglaises ont entrepris depuis longtemps une campagne, contre cette coutume, soi-disant barbare. Elles se sont mêmes adressées au Tsoung li-James, priant ce ministère de transmettre leur requête à l’Empereur. Il leur a été répondu que le Fils du Ciel laissait à ces sujets le droit de faire ce qu’il leur plaisait.
- Les Chinois trouvent joli un pied déformé. Lais-sons-leur ce goût. Que dirait la reine Victoria si elle recevait une supplique signée de nombreux Célestes, lui demandant d’interdire aux misses anglaises le port du corset? I)r l.-l. Matignon,
- Médecin aide-major à la Légation de France à Pékin.
- orteil.
- de l'orteil, orteil.
- orteils.
- Calcanéum et déformation des orteils,
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- UNE ENSEIGNE A MONTEVIDEO
- Il y a quelques semaines, nous recevions de Villa Colon (Montevideo) envoyé en Europe à destination de La Nature, un grand écriteau de bois de trois centimètres d’épaisseur et d’un mètre carré de surface, ayant servi d’enseigne au juge de paix du pays. L’envoi était fait par un de nos abonnés, M. E. Cassard. Cette enseigne a son histoire.
- Le juge de paix ayant, voulu remplacer l’écriteau par un écusson en 1er blanc, M. Cassard passant par là au moment du changement, constata avec surprise que les mots « Juzgado Paz del 9° Seeeion » (fîg. 1) qui se trouvaient peints sur l’enseigne étaient reproduits nettement sur la muraille (fig. 2) où l’écriteau était resté appliqué pendant six ans. Le phénomène a été ensuite constaté par le juge de paix et diverses personnes. Nous avons reçu également la photographie de l’image gravée sur le mur.
- M. Cassard avait pensé que la reproduction sur le
- Fig. 1. — Vue de l’écriteau en Lois.
- mur était due aux rayons X et que ces radiations ayant traversé la planche avaient produit l’image. Les rayons X n’ont rien à faire dans le cas actuel. Le phénomène estd’iui autreordre. Le pouvoir absorbant de l’écriteau pour la lumière et pour la chaleur d’une planche peinte en blanc avec caractères sombres est différent pour chacune des parties de l’enseigne. Il est probable que la radiation calorifique aura pénétré de préférence les parties sombres et aura agi sur le mur. Il se sera produit une action chimique sur les matériaux du mur. Les poussières organiques accumulées se seront décomposées sous l’action de l’humidité, de la chaleur et du sulfate de chaux de la muraille. Et le résultat aura été une image noirâtre sur fond gris. C’est du moins ainsi que l’on peut à distance expliquer sous réserves l’impression produite. Il sera survenu ici un peu ce qui se produit dans les images de Moser, avec action chimique. Les simples poussières s’alignent souvent en certaines régions, obéissant à des influences électives; elles se fixent à la surface des corps poreux et forment des images. On ne nous a pas transmis la composition chimique du revêtement du mur. Le sulfate de chaux en présence de l’humidité et des matières organiques
- se réduit en sulfure. Cette réduction suffirait pour produire l’image observée. Si la matière même du revêtement, ce qui est peu probable d’après la photographie transmise, devait être mise hors de cause,
- Fig. 2. — Reproduction de l'image sur la muraille.
- il resterait l’accumulation de la matière organique et sa décomposition partielle dans les régions de l’écriteau particulièrement insolées. Toute la muraille a pris derrière l’écriteau une teinte noirâtre; l’action a donc été générale, mais plus prononcée derrière les lettres peintes qui ont absorbé le plus de chaleur. Il s’agit d’un véritable décalque sur le mur à travers l’épaisseur du bois de l’enseigne. Ïlamel.
- APPLICATION DES RAYONS X
- a l’étude du tubercule de la pomme de terre
- La photographie par les rayons cathodiques se prête aux applications les plus variées. Cependant, on a fort peu d’exemples de son utilisation pour l’étude des végétaux.
- Au cours de recherches récentes sur la pomme de
- Radiographie de tranches de pommes de terre.
- terre alimentaire, nous avons été conduits à en faire usage en vue d’établir comment la fécule est répartie à l’intérieur du tubercule.
- Les épreuves photographiques qui accompagnent cette Note ont été obtenues en soumettant pendant 5 minutes à l’action des rayons cathodiques une
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- plaque sensible sur laquelle étaient placées des tranches de pomme de terre de 3 millimètres d'épaisseur. Elles nous montrent la zone extérieure du tubercule — l’écorce du rameau renflé — complètement opaque; la moelle, au contraire, dont la couche externe oppose encore une assez grande résistance au passage des rayons X, est aisément traversée par eux dans sa partie centrale.
- Or, on sait : 1° qu’un corps laisse d’autant plus difticilement passer les rayons cathodiques qu’il est plus dense ; 2° que la densité de la pomme de terre croit avec sa richesse en fécule, celle-ci constituant la majeure partie des matières sèches qu’elle renferme.
- I)e l’examen des épreuves ci-contre on conclura donc logiquement que la zone corticale du tubercule est la plus riche en fécule et la zone médullaire centrale la [tins pauvre, la zone médullaire externe présentant une richesse intermédiaire.
- Celte déduction se trouve entièrement confirmée par l’analyse chimique des différentes couches, séparées à l’aide du scalpel. Pour la variété « Czarine » par exemple, la teneur en fécule, de 22,45 pour 100 dans la couche corticale, tombe à 15,64 dans la couche médullaire externe, et à 10,50 dans la couche médullaire interne.
- Les matières azotées décroissent, au contraire, du centre à la périphérie du tubercule; quant aux matières minérales, elles sont surtout abondantes dans les couches externes.
- L’étude des caractères chimiques de la pomme de terre alimentaire, poursuivie sur 54 variétés différentes, nous a conduits, en outre, à formuler les règles suivantes qui présentent quelque intérêt pratique :
- 1° Une pomme de terre est d’autant meilleure pour la consommation que le rapport des matières azotées à la fécule en est plus élevé. Ce rapport est supérieur à 17 pour les bonnes variétés de table, analysées par nous; intérieur à 16 pour les médiocres, il descend à 8,4 pour la plus mauvaise;
- 2° La faculté que présentent certaines variétés de résister au délitement produit par la cuisson dans l’eau ne tient pas, comme on l’a pu croire, à leur richesse en corps pectiques. Elle est due, surtout, à ce qu’elles renferment une forte proportion de matières albuminoïdes, eu égard à leur teneur en fécule. Toutes celles des variétés étudiées pour lesquelles le rapport de ces matières à 100 de fécule dépassait 8,5, résistaient parfaitement à la cuisson; au-dessous de 6,6, le tubercule se désagrégeait complètement.
- 11 est probable que la puissance agglutinante de l’albumine, coagulée sous l'influence de la chaleur, neutralise la force désagrégeante due au gonflement de la fécule par l’hydratation ; elle agit à la façon du gluten qui maintient agglomérés les divers éléments du pain. Henri Coudon, Léon Hussard.
- Chefs de laboratoires à l’Institut national agronomique.
- CHRONIQUE
- L’encre de Chine. — Le Bulletin de la Société des ingénieurs civils, d’après un rapport commercial de M. Fraser, consul de la Grande-Bretagne à Wuku, sur le Yang-Tszé, nous donne de nombreux détails sur la fabrication de l’encre de Chine. Elle parait concentrée dans une localité appelée Anltui, qui en fournit la Chine et le monde entier. Il en a été exporté par Shangaï, en 1865. environ 2 tonnes représentant une valeur de 14000 francs, On emploie de l’huile de sésame ou de colza ou une huile extraite des graines vénéneuses d’une plante qui est largement cultivée dans la vallée du Yang-Tszé et qui est aussi très connue au Japon. L’huile est mêlée à de la graisse de porc et à du vernis et sa combustion donne du noir de lampe qui est classé par différents degrés de tinesse. Ce noir est aggloméré avec une matière agglutinante de manière à former une pâte qui est battue sur des billots de bois avec des marteaux d’acier. Deux bons ouvriers peuvent préparer par jour 80 morceaux pesant chacun environ une demi-livre anglaise. On incorpore à la pâte une certaine proportion de musc ou de camphre de Bacoos pour lui donner du parfum et aussi des feuilles d’or qui donnent un reflet métallique. La pâte ainsi préparée est façonnée dans des moules en bois sculpté, desséchée, ce qui demande environ vingt jours par beau temps, et décorée de caractères chinois dorés. Il y a de trente à trente-deux bâtons de dimension moyenne à la livre. Les prix varient de 2 fr. 50 et même moins à 175 francs la livre suivant les qualités qui sont au nombre de plus d’une douzaine.
- Violence des tremblements de terre. —
- M. DaVidson nous donne, dans Scienlific American, divers renseignements sur la violence des tremblements de terre le matin ou l’après-midi, d’après ses études sur les courbes fournies par divers enregistreurs au Japon et aux îles Philippines. La variation diurne de la fréquence des tremblements de terre paraît vérifiée par les observations faites durant une année entière à Tokio et à Manille. Au cours des tremblements de terre ordinaires, on constate l’existence d’une périodicité diurne avec maximum généralement entre dix heures et midi ; il y a également variation dans chaque demi-journée, avec maximum entre neuf heures et midi le matin, neuf heures et minuit le soir. Bien que les renseignements ne soient pas suffisants pour en tirer une conclusion ferme, il semble que la péridiocité diurne soit plus marquée pour les chocs les [dus faibles. Dans le cas de chocs en retour de grands tremblements de terre, la périodicité diurne est toujours très accentuée. Le maximum se produit plusieurs heures après minuit, mais les époques des maxima secondaires sont sujettes à de grandes variations dues sans doute aux courts intervalles qui séparent les indications des instruments enregistreurs.
- Locomotive électrique. — La compagnie générale d’électricité de Berlin vient de construire une locomotive électrique qui fonctionnera à l’aide du trolley. Cette machine, disposée pour la voie normale de lm,455 de largeur, peut remorquer en palier un train de 120 tonnes à une vitesse de 50 kilomètres à l’heure. Le poids total de la locomotive est porté à 20 tonnes. Le double trolley est formé par deux galets en bronze, maintenus en contact par des ressorts. Les câbles conducteurs sont deux fils en cuivre dur de 8 millimètres de diamètre et écartés l’un de l’autre de 150 millimètres; les deux câbles ne sont pas isolés l’un del’autre. Ils sont fixés sur des isolateurs à porcelaine
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- portés par des poteaux qui sont placés à des distances de | •10 à 80 mètres. La locomotive est pourvue de deux moteurs électriques tournant à 840 tours par minute et consommant en marche normale 110 à 115 ampères à 500 volts. La commande de l’essieu moteur est obtenue par des roues dentées. Les moteurs peuvent être couplés en tension ou en quantité pour obtenir des vitesses différentes. Un couplage spécial des moteurs permet également d’assurer un freinage électrique puissant.
- l«es brevets en Suisse. — Il est assez curieux de noter que, sur 1057 brevets accordés en Suisse en 1806, 605 seulement l’ont été à des citoyens Suisses, tandis que les Allemands en ont 689 pour leur part; viennent ensuite les Français avec 214 et les Anglais avec 151 et divers autres.
- Un pneumatique auto-gonflable. — S’il est impossible d’empêcher les pneumatiques de fuir, peut-être est-il possible de les empêcher de se dégonfler, ce qui revient pratiquement au même. C’est ce que s’est dit ou a dù se dire un inventeur allemand, M. lkrnhard Kraus, de Mayence, avant d’inventer le dispositif original que nous allons présenter à nos lecteurs. Cet inventeur dispose dans l’enveloppe de la roue un pneumatique en forme de saucisse repliée sous forme d’une circonférence, mais dont les extrémités ne se rejoignent pas. Dans le vide ainsi ménagé, il dispose un fort ballon de caoutchouc fonctionnant à la façon d’un soufflet, et communiquant, par des soupapes convenablement combinées, alternativement avec l’air extérieur ou l’intérieur du pneumatique. Chaque fois que, par la rotation de la roue, le ballon est amené à la partie inférieure, le poids du cycliste comprime le ballon et refoule un peu d’air dans le pneu. Lorsque le ballon n’appuie plus sur le sol, il reprend sa forme, aspire de l’air extérieur qui sera refoulé au tour suivant et ainsi de suite jusqu’à ce que la pression à l’intérieur du tube pneumatique soit assez élevée pour que l’air ne puisse plus y pénétrer. A partir de ce moment, la pression reste constante jusqu’à ce qu’une fuite se déclare et fasse agir l’auto-gonfleur. Le système apparaît comme plus original que pratique.
- L‘agrandissement de Londres. —Il résulte d’une statistique récemment publiée que le rapide accroissement de Londres continue comme par le passé. Le nombre des maisons construites à Londres, pendant les douze mois écoulés, ne s’élève pas à moins de 14591. Londres comptait, lors du dernier recensement, 767 679 maisons habitées, ce qui représente à peu près un sixième des maisons habitées en Angleterre et dans le Pays de Galles. Birmingham en avait 85 624; Liverpool, 91 484 et Manchester, 100 249.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 octobre 1897. — Présidence de M. Chatix.
- Propriétés du fluor liquide. — MM. Moissan et Dewar ont étudié les propriétés du fluor liquide. Ils ont obtenu le fluor sous cet état en le soumettant au froid excessif produit par l’ébullition de l’air liquide sur les corps avec lesquels cette substance est en contact. Us ont également réussi à le préparer à l’aide du froid produit par l’ébullition de l’oxygène liquide; mais il est, dans ce cas, nécessaire d’activer l’opération en réduisant la pression à laquelle on expérimente. 11 faut abaisser la pression à 0m,55; l’évaporation de l'oxygène est alors stimulée et amène un abaissement de température suffisant pour provoquer la
- liquéfaction. Celle-ci a lieu exactement à —187°. Le fluor se présente alors sous l’aspect d’un liquide jaune ambré qui résiste à un froid de — 210° sans se congeler. MM. Moissan et Dewar en ont déterminé la densité. Pour exécuter celte délicate opération les procédés ordinaires n’étaient pas applicables. Ils se sont efforcés de rechercher un corps susceptible de se tenir en équilibre dans le fluor et ayant par conséquent même densité. Ils ont essayé dans ce but différentes substances, l’ébonite, le caoutchouc, enfin l’ambre qui a satisfait à la condition indiquée et leur a permis de donner le nombre 1,14 pour la densité du fluor liquide. Dans ces expériences, il fallait au préalable refroidir les substances à une température de
- — 210°pour éviter qu’elles nefussent détruites par le fluor. Le fluor liquide ne présente pas de bande d’absorption, contrairement aux prévisions de M. Mendeléeef; sa constante capillaire est plus faible que celle de l'oxygène liquide. Au contact de ce dernier liquide humide, il donne un hydrate détonant. Avec l’oxygène sec, il n’v a pas de combinaison détonante, l’oxygène et le fluor se mélangent en toutes proportions. L’hydrogène liquide réagit énergiquement sur le fluor. Si on fait l’expérience avec ces corps amenés tous deux à la température de
- — 210°, la combinaison se produit encore avec incandescence, ce qui montre qu’à cette température si basse, l’affinité chimique des deux substances n’est pas éteinte. On peut d’ailleurs reproduire la combinaison en employant l’essence de térébenthine refroidie à —210°. Le mercure n’a pas d’action. Un globule de mercure se conserve intact dans le fluor liquide. MM. Moissan et Dewar ont préparé des tubes de verre scellés à la lampe et contenant du fluor liquide ; ils doivent être conservés à la température de — 200° ; ils éclatent à la température du laboratoire.
- Varia. — M. Bonnier présente une Note de M. Prunet sur les particularités du développement du black-rot. — M. de Lapparent fait hommage d’un petit volume intitulé : Notions générales sur l'écorce terrestre, destiné à l’enseignement classique de la géologie. — M. Bohn étudie l’influence des interversions de circulation d’eau dans la cavité branchiale des crabes sur les parasites de cette cavité. — M. le secrétaire perpétuel signale la publication par M. Bosscha, du tome Vil des œuvres complètes de Huyghens. Ch. de Yilledeuil.
- SONNERIES A RÉPÉTITION
- DAXS LES HORLOGES
- Il peut être intéressant et utile à un moment donné de faire répéter à volonté la sonnerie d’une horloge. Nous allons décrire un dispositif simple et sans mécanisme compliqué dù à M. F. Derry. Ce système peut être appliqué à toutes les horloges, pendules, actionné à distance au moyen d’un bouton pneumatique ou électrique. Donnons d’abord la description succincte du système classique de déclenchement d’une sonnerie à râteau, sonnant les heures et demies. Au repos, les différents organes sont dans la position indiquée par le schéma, et le rouage est arrêté par un ergot fixé sur la pièce H (fig. 2). Sur la chaussée A sont fixées deux goupilles A' et A". Elles sont disposées de façon qu’après avoir soulevé la détente G, celle-ci puisse retomber juste au moment
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- LÀ NATURE.
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- où la grande aiguille est sur 12 heures ou 6 heures. Dès qu’elle est soulevée, la détente G entraîne avec elle la pièce d’arrêt H. A ce moment a lieu un premier départ du rouage qui presque aussitôt est arrêté par un ergot fixé sur la détente G. Ce départ a pour but de rendre dépendant de cette détente le rouage qui ne deviendra libre qu’au moment où elle retombera. Les pièces G II, continuant à se soulever, entraînées par la goupille A', le râteau J se trouve bientôt libre et, sollicité par un ressort, tombe jusqu’à ce (pie son bras J' vienne buter sur le limaçon E, laissant au-dessous du bras IL un nombre de dents qui correspond exactement à l’indication de l’heure donnée par la petite aiguille.
- Le limaçon E est solidaire de l’étoile I) qui, toutes les heures, entraînée par la goupille IL fixée sur la roue de renvoi avance d’une dent, permettant ainsi au râteau J de décrire une plus grande course à mesure que l’on se rapproche de 12 heures. Les pièces restent dans la position qui vient d’être indiquée j usqu’à ce que la grande aiguille étant arrivée sur 12 heures, la détente G tombe, laissant libre le rouage qui se met en marche. La pièce II reste soulevée, le bras IU étant engagé dans les dents du râteau, permettant au rouage de continuer à tourner. Le râteau est remonté dent par dent par le doigt I fixé sur la deuxième roue. A chaque tour de cette roue correspond un coup frappe sur le timbre de la pendule. Dès que le râteau est suffisamment levé, la pièce H retombe dans sa position de repos en arrêtant le rouage. Pour faire sonner à la demie un coup seulement, la goupille À" est fixée sur un plus petit diamètre, elle soulève suffisamment les pièces G et II pour permettre le premier départ mais pas assez pour faire tomber le râteau; le rouage se trouve donc arrêté dès que la deuxième roue a fait un tour.
- Pour faire sonner la pendule à tous les quarts, le principe est le même que pour les heures. D’après ce qui précède, il faut pour déclencher la
- sonnerie lever suffisamment la pièce II pour permettre au râteau J de tomber. C’est ce que le dispositif de M. Derry réalise d’une façon très simple : K est un levier dont le bras supérieur K' est en prise avec la détente G, le bras inférieur sert à la manœuvre. Si on munit le bras inférieur d’une armature Q, celle-ci sera attirée par l’électro-aimant N dès qu’en un point quelconque on fermera le circuit de la pile P à l’aide d’un contact temporaire.
- Le résultat sera le même si, au lieu du système électrique, on emploie le système pneumatique. Le dispositif est dans ce cas d’une simplicité plus grande encore, parce qu’il ne nécessite aucune installation, soit de pile, soit de courant sur un réseau de distribution.
- Deux tubes L et L' rentrant l’un dans l’autre sont fermés à leurs extrémités extérieures. L'un de ces tubes est fixe et reçoit une prise pour un petit tube de caoutchouc de longueur suffisante pour répondre à l’exigence ({ue l’on a en vue. L’autre tube est mobile et vient buter sur le bras inférieur en levier. En pressant sur une poire fixée à l’extrémité du petit tube de caoutchouc, on déterminera dans le tube L une pression d’air suffisante pour chasser le tube 1/ et en même temps le levier K.
- Notre figure 1 représente une pendule dite de voyage, dont l’enveloppe extérieure et le cadran ont été enlevés. A titre de démonstration, les deux systèmes électrique et pneumatique du dispositif décrit ci-dessus ont été appliqués à cette pendule qui répète l’heure à chaque quart. J. Durand.
- Le Gérant : P. Massos.
- Fig. 2. — Schéma explicatif du système de déclenchement d'une sonnerie.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9-
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- V 1275. — 25 OCT.OBRE 1 «07.
- LA NATURE.
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- AGRANDISSEMENT DU PORT DE MARSEILLE
- Une loi en date du 17 juillet 1895 a déclaré d'utilité publique les travaux à exécuter pour l’agrandissement du port de Marseille, par la construction d’un nouveau bassin au nord du bassin National. Comme on vient d’entamer ces travaux maritimes, nous pensons intéresser nos lecteurs en leur faisant connaître les raisons qui les ont motivés et les conditions dans lesquelles ils s’exécutent. “
- Malgré le grave dommage causé au commerce extérieur de la France par les aggravations successives du tarif des douanes, l’accroissement de la
- navigation dans le port de Marseille rendait nécessaire une nouvelle extension de ses bassins. En effet, alors qu’en 1878 le chiffre total du tonnage de jauge des navires, entrées et sorties réunies, était de 5400000 tonneaux, il s’est élevé à 9518500 en 1889, à 10 611 000 en 1891, avec chute à 9 455 000 en 1895, et reprise en 1896 : 16290 navires et 10 548 000 tonneaux. Il faut malheureusement considérer que cette augmentation provient surtout du pavillon étranger et qu’elic est très faible si on la compare à la progression suivie par les grands ports concurrents.
- En rapprochant le mouvement effectif par mètre linéaire de quai, c’est-à-dire le quotient du tonntfge^.
- Fig. 1. — Coupe d'un des caissons à air comprimé employés dans les travaux du port de Marseille. Vue en long et en large.
- de jauge par la longueur utilisable des quais, du chiffre de 500 tonneaux, considéré comme la limite au delà de laquelle le commerce maritime cesse d’avoir les facilités dont il a besoin, on reconnaît clairement l’insuffisance des installations actuelles du port de Marseille, puisque le coefficient normal a été doublé en 1896, abstraction faite du Vieux-Port. Ce sont des quais praticables aux vapeurs de fort tirant d’eau qui font particulièrement défaut; aucun quai ne peut recevoir les navires calant plus de 7m,50 et ceux-ci doivent opérer au milieu des bassins. Comme le canal de Suez vient d’être approfondi à 8'",50, il devenait urgent de prévoir l’accostage à quai de'^ bâtiments de cette calaison; on travaille d’ailleurs actuellement à l’approfondissement du bassin National le long des quais de ses deux
- 25” année. — 2e semestre.
- môles intérieurs. La création d’un nouveau bassin était encore motivée par le déplacement vers le nord des Nouveaux-Abattoirs, à proximité desquels il convenait d’établir un môle pour le débarquement des bestiaux, dont il arrive souvent 20 000 en une seule journée. Enfin, une darse spéciale pour le déchargement des pétroles était depuis longtemps réclamée, car il est de toute nécessité, afin d’éviter la propagation d’un incendie dans le port, d’isoler le parc à pétrole, dont la passe sera fermée par une porte jusqu’au-dessus du niveau de la mer.
- La disposition des lieux, la marche suivie jusqu’ici pour le développement vers le nord du port de Marseille, et aussi la future amorce du canal de jonction avec le Rhône, imposaient le plan général du nouveau bassin, consistant à prolonger en ligne
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- LA NATURE.
- droite la jetée, déjà longue de 4 kilomètres, jusque par le travers du cap Janet, et à construire entre elle et la rive les nouvelles installations maritimes. Le nouveau bassin, dit « de la Pinède », du nom du cap devant lequel il va s'étendre, mesurera 640 mètres de longueur sur 500 mètres de largeur; il sera divisé en o bassins secondaires par deux môles et limité au nord par la traverse de la Madrague, située devant le village de ce nom devenu un faubourg de Marseille.
- Le bassin de la Pinède augmentera de 2760 mètres la longueur des (juais utilisables à l’intérieur du port, longueur qui atteint actuellement le chiffre total de 15 200 mètres, pour une surface d’eau globale de 154 hectares; la profondeur au pied des nouveaux quais sera partout de 8m,50. De plus, l’alignement du quai de rive prolongé au delà du parc à pétrole jusqu’au cap Janet, englobera dans l’anse de la Madrague une surface de 12 hectares, qui formera un excellent garage pour les nombreuses embarcations, allèges, etc., encombrant les différents bassins. Les plans (fig. 2 et 5) du port de Marseille et du nouveau bassin qui va s’ouvrir au nord permettent de se rendre exactement compte des travaux qui sont aujourd’hui entrepris, en exécution de la loi de 1805 susmentionnée. Tous les plans et devis détaillés étant définitivement dressés et les dispositions prises par le service maritime des ponts et chaussées, que dirige l’éminent ingénieur en chef M. Guérard, les premiers travaux furent entamés, puis suspendus en 1895, et ils ont fait l’objet l’an dernier d’une nouvelle adjudication, comprenant la construction des murs de quai et l’approfondissement du bassin. Sur les quatre maisons qui avaient soumissionné, c’est celle d’un ingénieur suisse, M. Zschokke, ayant effectué de nombreux travaux en France, qui a obtenu l’en-
- treprise, dont le montant est de 5 millions et la durée de 5 ans. Dès le commencement de juin dernier un chantier a été établi, devant le cap Pinède, et a commencé les travaux par la construction du mur de quai qui formera le côté nord du môle E.
- Deux grands caissons à air comprimé, ou cloches à plongeur d’un type perfectionné, ont été immergés. Dans chacun d’eux 20 ouvriers travaillent à la fois, à 8 mètres de profondeur actuellement, mais plus
- bas encore par la suite, puisque les murs des batardeaux devront être fondés à 12m,50 sous les basses mers. Quatre autres caissons seront successivement mis en service au fur et à mesure des besoins.
- La disposition et l’installation d’un de ces caissons présentent un vtf intérêt et méritent une description sommaire. C’est une sorte de vaste boîte en tôle, de forme rectangulaire, mesurant 20 mètres de longueur, sur 6m,50 de largeur et 5m,50 de haut; il n’y a pas de plancher;
- mais par contre le plafond, situé à 2 mètres de hauteur utile, est à double épaisseur, consolidé par des poutres en fer et très solide. Les parois de l’énorme caisse reposent par leur tranche, amincie en couteau, sur les rochers du fond inégal de la mer et cette chambre de travail offre un volume de 260 mètres cubes.
- C’est au moyen de l’air comprimé que le caisson est maintenu parfaitement étanche; la haute pression de l’air produite mécaniquement y empêche l’entrée de l’eau par le bas et, d’autre part, le lest déposé sur le plafond et maintenu par le rebord du caisson ne permet pas à celui-ci de se soulever.
- Les communications entre l’extérieur et le caisson se trouvent assurées par trois sortes de cheminées cylindriques, supérieures au diamètre du corps humain et de hauteur variable, qui émergent au-dessus du niveau de la mer, où elles se terminent
- Vieux
- MER
- MEDITERRANEE
- I’ort actuel de Marseille.
- ) Surfaces à approfondir. Murs de quai. Murs de quai formant murs de batardeaux, Murs des batardeaux devant être démolis après exécution des travaux.
- Fis. 3.
- Nouveau bassin de Marseille.
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- chacune par une cabine appelée écluse. L’une de celles-ci sort pour le personnel et les deux autres pour les matériaux, ce dernier type étant de l’invention de 31. Zschokke. C’est par là que les ouvriers entrent et sortent, grâce à une double porte qui permet de s’introduire de l’écluse dans la cheminée, oit une petite échelle de 1er conduit au-dessous à la chambre de travail. Lesdites cabines sont éclairées et celles à matériaux, pourvues de treuils, possèdent des portes automatiques; des bacs ou chalands en permettent l’accès. La coupe que nous donnons ci-contre (lig. 1, p. 7)21) d'un des caissons, vu on long et en large, montre bien le plan général.
- La machinerie du chantier, installée à l’air libre sur un terre-plein voisin, produit, avec 80 chevaux de force, l’air comprimé nécessaire, ainsi que l’éclairage électrique alimentant les 10 lampes à incandescence de chaque chambre de travail immergée. Deux équipes d’ouvriers se remplacent sans cesse dans les caissons, pour que le déblaiement et la maçonnerie ne s’interrompent jamais de jour ni de nuit. Enfin, lorsqu’il y a lieu de déplacer un caisson, des chalands accouplés et munis d’appareils de halage l’accrochent solidement et peuvent le mouvoir à volonté.
- Le chantier est dirigé par 31. Aurenti, conducteur des ponts et chaussées.
- Un voit que ce sont des travaux considérables qui vont être accomplis dans le port de Marseille. D’après la loi de 1805, la dépense totale est évaluée à 20 millions, dont un tiers fourni par la Chambre de commerce, le surplus devant être prélevé sur les budgets annuels du Ministère des travaux publics. Cour assurer le service de l’emprunt qu’a exigé la contribution de la Chambre de commerce, un péage de 5 centimes par colis ou par tonne est perçu à l’entrée sur les marchandises venant par mer, ainsi ([lie sur les têtes de bétail.
- 11 ne faudrait pas croire que l’État montre envers le premier port français une générosité particulière; en elfet, de 1814 à 1892, alors que 88 millions ont été dépensés pour le Havre et <42 pour Dunkerque sur les fonds du Trésor, c’est seulement 70 millions qui ont été accordés [tour Marseille. Et cependant, à lui seul, le montant annuel des droits de douane atteint presque ce chiffre dans notre métropole méditerranéenne. Jacques Léotard.
- ARMES AUTOMATIQUES
- Pendant près de vingt ans, les spécialistes ont discuté les avantages et les inconvénients du fusil à répétition. Si la plupart des armées ont hésité à l’introduire, ce n’est pas faute de systèmes très pratiques, à magasin ou à chargeur, permettant d’obtenir une grande rapidité dans le tir ; mais c’est cette rapidité même que beaucoup de. militaires redoutaient, comme le plus sur moyen de se trouver privé de munitions avant la fin d’une bataille un peu impor-
- tante. Au dire de la plupart des officiers, la discipline du feu arriverait difficilement à un degré de perfection tel que l’on pût, à volonté, activer ou ralentir la vitesse de tir d’une troupe munie du fusil à répétition. Aujourd’hui, soit que la confiance dans l’instruction de la troupe se soit accrue, soit que les grandes nations européennes aient agi en cela par simple esprit d’imitation, la cause du fusil à tir rapide est gagnée.
- Du système à répétition, rapide dans la décharge mais lent dans la charge, on est passé presque partout au fusil à chargeur dans lequel toutes les cartouches, généralement au nombre de douze, peuvent être introduites en quelques secondes.
- 11 ne reste plus qu’un pas à faire pour obtenir le maximum possible de vitesse du tir, par l’emploi de l’arme automatique. Cette dernière sera peut-être combattue à l’aide des arguments qui ont retardé l’emploi du fusil à répétition, mais il n’est pas douteux qu’elle n’en triomphe par les mêmes causes. Toute la question est aujourd’hui de savoir quel est le système qui prévaudra.
- Deux procédés ont été employés jusqu’ici pour la manœuvre des mitrailleuses automatiques ; dans l’un (Maxim) on utilise le recul du canon pour actionner le mécanisme, dans l’autre, adopté récemment par la maison llotchkiss, c’est une fuite de gaz qui sert à effectuer le mouvement.
- Ce procédé est plus ancien dans l’arme portative ; le fusil que nous allons décrire, et dont la construction est due à 3131. Clair frères, de Saint-Etienne, procède d’un principe revendiqué par eux dans un brevet du 1er octobre 1887. Peu étudié jusqu’ici comme fusil de guerre, il est arrivé, au contraire, à un haut degré de perfection commearmede chasse. Il ne soulèvera pas les objections faites naguère aux armes à tir rapide en usage dans les armées. A la chasse, l’inconvénient de se trouver dépourvu de munitions est minime et l’on n’arrivera guère au bout de sa provision de cartouches si on n’a pas procédé à un vrai massacre. Tout au plus un chasseur pourvu seul de la nouvelle arme sera-t-il mal vu de ses compagnons, au détriment desquels il détruira le gibier.
- Notre figure 1 donne une idée du mécanisme du fusil Clair. Non loin de la tranche de la bouche est pratiquée une ouverture latérale donnant accès dans une chambre cylindrique, fermée par un piston. Celui-ci est monté sur une tige creuse, fixée à l’arrière, à une bielle reliée à la poignée de commande du mécanisme de culasse; pour le reste, ce mécanisme est assez semblable à celui du fusil 31annlicher, à simple mouvement d’avant en arrière, sans mouvement tournant pour armer. Le mécanisme peut être actionné à la main soit pour charger l’arme une première fois, soit même au cours du tir; mais, en marche normale, c’est la fuite de gaz de l’avant qui, agissant sur le piston, fournit l’énergie nécessaire à la manœuvre.
- Le piston, son travail terminé, est ramené en
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- avant par an ressort; la culasse se referme, et l’arme est prête pour le tir. Ce mouvement est extrêmement rapide; il faut une grande attention pour le suivre à l’œil, et, dans tous les cas, le fusil est prêt à tirer avant que le chasseur ait eu le temps de relever la gâchette et de la presser de nouveau.
- La figure 5 est la reproduction exacte d’une photographie instantanée prise pendant le tir avec le fusil Clair. On aperçoit, au-dessus du chasseur, les douilles vides qui n’ont pas eu le temps de tomber à terre dans l’intervalle des coups.
- Il peut arriver qu’un chasseur désire ne pas faire usage du rechargement automatique; il suffit, pour l'empêcher, de retirer une vis obturatrice qui laisse la fuite de gaz se produire à l’extérieur et n’actionne plus le mécanisme. Il est presque inutile de
- faire remarquer que la tige du piston ne peut agir sur le mécanisme de culasse que par une poussée, et qu’elle n’est pas entraînée dans le mouvement à la main.
- Dans le fusil de chasse, les cartouches sont introduites une à une dans la crosse, par l’ouverture de chargement située sous la culasse ; le fusil de guerre est, au contraire, muni d’un chargeur.
- La deuxième arme que nous allons décrire, est un pistolet à répétition, inventé par M. Borchardt, et qui paraît avoir été soumis à des essais suivis de la part des autorités militaires allemandes. Ce pistolet (fig. 2, nos 1 à 5) est du type connu en France sous le nom de mitrailleuse; il esta chargeur, sans barillet,et sans la fuite considérable et essentiellement irrégulière que l’on a toujours signalée comme un inconvénient du
- Fig. -— Fusil Clair à cliargruicul automatique.
- revolver, mais dont on n’a réussi à se défaire que depuis quelques années dans le pistolet à répétition. Comme la mitrailleuse Maxim, le pistolet Borchardt est à fonctionnement par recul du canon. Celui-ci glisse dans deux rainures lui servant de guide, repoussant en arrière, par un brusque mouvement, la bielle articulée dont le point de pivotement se trouve dans l'appendice postérieur de l’arme. Pour la position delà crosse, on est revenu à une ancienne forme, usitée autrefois dans certaines armes de fantaisie ; le corps du pistolet repose sur elle par son centre de gravité, ce qui donne à la main le minimum d’effort dans le tir à bras tendu. Cette position de la crosse était d’ailleurs tout indiquée par sa fonction ; elle sert en effet de gaine au chargeur, contenant 8 cartouches, et que l’on peut remplacer instantanément, lorsqu’il est épuisé, par un autre chargeur plein. Cette disposition permet, de plus, d’utiliser toute la longueur de l’arme pour la ligne
- de visée, condition très importante pour la précision du tir. Comme pour le fusil que nous venons de décrire, le chargement automatique peut être remplacé par une manœuvre à la main (fig. 2, n° 5). La halle, d’un calibre de 7mm,65 pèse 5 grammes.
- Isolé, ce pistolet est déjà une fort belle arme de guerre ou de tir, d’une pénétration considérable, et d’une remarquable précision jusqu'à une distance de 500 mètres, dit-on.
- Mais cette arme est très utilement complétée, spécialement en vue de la guerre, par des dispositions qui assurent son transport facile, et augmentent la sûreté du tir. Le pistolet est fixé, pour la marche, sur une forte planchette à laquelle il est relié par deux courroies (n° 2). Une gaine de cuir le protège contre la pluie et la poussière. Pour le tir, on détache le pistolet de la planchette, et l’on peut s’en servir comme d’un revolver ordinaire ; mais, si l’on veut obtenir une plus grande précision, on fixe, à
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- Fi»-. 2. — Pistolet automatique Borchardt.
- l’avant de la planchette, l’appendice postérieur de l’arme, qui prend alors l’aspect d’un mousqueton et permet le tir épaulé (n° 1 ). Ce dispositif, emprunté au revolver de l’armée suisse, dont la gaine munie d’un cadre en fil de fer peut servir de crosse, permet d’obtenir dans le tir aune ou deux mains, la sûreté que donnent les fusils courts.
- Nous compléterons cette description en disant que l’arme, portée en bandoulière au côté droit pour la marche de route, est suspendue de façon à pouvoir être adaptée à la crosse dans la marche au voisinage de F’ennemi, de. façon à être à la portée de la main et instantanément prête au feu.
- Ce nouveau pistolet n’est pas seulement intéressant par son ingénieux mécanisme, ses qualités
- balistiques exceptionnelles, sa grande rapidité de tir et sa facilité de transport, on peut dire, sans aucune exagération, qu’il prépare une évolution dans l’armement des troupes montées, de l’artillerie de toutes les catégories, des cyclistes militaires, d’une manière générale de tous les corps de troupes dont le tir ne s’exerce qu’à de petites ou de moyennes distances, pour qui l’arme à feu portative est d’un usage exceptionnel et ne doit jamais devenir encombrante. Ch.-Ed. Guillaume.
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- LÀ MÉMOIRE DES POISSONS1 11
- Déjà j'ai rapporté plusieurs exemples qui semblent démontrer que certains poissons, au moins, sont doués de mémoire. Il ne sera pas superflu d’en signaler encore quelques autres. Une de nos lectrices, professeur de dessin dans les écoles de Paris, va plus loin et dote même les chenilles de mémoire. C’est beaucoup dire. Elle m’écrit: «Comment peut-on s’imaginer un animal sans mémoire? » Et, élargissant la question, elle affirme que les chenilles peuvent avoir de la mémoire. Elle possédait une chenille-hérisson à fourrure magnifique, qu’elle avait logée dans une boite à ouvrage ; elle la nourrissait soigneusement de feuilles. Cette chenille, suivant les instincts de ses pareilles, se mettait « en houle » à la moindre peur ; quand on changeait sa litière, on la prenait délicatement dans une feuille et on la sortait de son logis. Les premières fois, la chenille se rassembla sur elle-mèine, puis peu à peu s’apprivoisa et resta allongée, comprenant bien qu’on ne lui voulait pas de mal. « J’étais alors pensionnaire au Sacré-Cœur de Beauvais, dit ma correspondante, et je donnais avec ma chenille des représentations à la communauté. » En effet, si c’était elle qui rangeait la litière, la hôte ne se mettait pas en houle ; mais, si c’était une de ses condisciples, vite la chenille s’enroulait. Donc, l’animal reconnaissait fort bien sa propriétaire. Et, par suite, il avait une mémoire assez développée. Un matin, raconte encore Mme X..., elle ne trouva plus la chenille ; à sa place on voyait une petite construction en poils agglutinés. (Vêtait la chrysalide ! Toute la communauté attendit le papillon avec impatience. Le papillon aurait-il conscience de la vie antérieure de la chenille ? La réponse était présumable. Chenille et papillon font deux. Et, en effet, le papillon ne se douta jamais probablement qu’il avait été chenille. Ma correspondante en eut les preuves : il n’eut pour elle aucune préférence.
- Mme X... éleva ensuite plusieurs chenilles en souvenir de la première, celles du porte-queue du fenouillet, par exemple ; mais elles se montraient bien moins douées que la première.
- Les chenilles ont donc de la mémoire, d’après ma correspondante. C’est très possible. Cependant il ne faudrait pas conclure trop vite. On pourrait citer des cas tout aussi probants. Mais il faut prendre garde aux actions réflexes. La chenille pouvait s’enrouler sur elle-même à l’approche d’une simple odeur inconnue, d’un rien qui nous échappe à nous et est très sensible pour elle, puis s’v habituer peu à peu. Au contraire, une autre odeur, une sensation nouvelle pouvait déterminer chez elle la crainte et, comme conséquence, l’enroulement. En sorte que l’observation reste sujette à caution.
- Voici un autre exemple relatif aux mollusques. Un ingénieur en chef nous écrit : « Étant à Courseulles-sur-Mer, je regardais en curieux les huitrières, et, voyant un ouvrier qui, à marée basse, remontait une grande quantité d’huîtres sur un talus, de manière à les mettre complètement à sec, je lui demandai l’utilité de cette opération. Il répondit que les huîtres allaient être expédiées sur Paris, mais que, auparavant, il fallait les « éduquer » et leur apprendre à conserver leur eau. Si l’on fait voyager en bourriche des huîtres habituées à être toujours sous l’eau, elles s’ouvrent en voyage, laissent échapper
- 1 Yovj n0 127U du 0 octobre 1807, p. 20L
- leur eau et arrivent desséchées, mortes et pourries, à destination. Si, au contraire, on les met, quelques jours auparavant, à mi-marée, sur un talus de manière qu’elles soient alternativement sous l’eau et à sec, elles s’aperçoivent qu'en s’ouvrant, lorsqu’elles sont à sec, elles ne peuvent plus retrouver d’eau, ce qui sans doute les fait souffrir. Elles apprennent ainsi à garder leur liquide, et, quand elles sont en bourriche, elles se gardent bien d’ouvrir leur valves. Donc, l’huître, qui est un animal inférieur au poisson, est cependant susceptible d’éducation, et il faut bien admettre qu’elle a une certaine mémoire, puisqu’elle se souvient d’avoir souffert après s’èlre ouverte et qu’elle ne s’ouvre plus lorsqu'elle est en bourriche.
- Troisième exemple relatif aux poissons. Il nous est transmis par notre collaborateur, M. Pierre Mégnin. «Il est superflu d’aller bien loin, dit-il, chercher des faits de mémoire chez le poisson. Il suffit de se transporter à Fontainebleau et de voir les carpes historiques des pièces d'eau du château. Je l’ai fait souvent, il y a quelques années, quand j’allais camper dans la forêt avec mon régiment, au moment des exercices de tir. Il y a un endroit, derrière le château, où le public se plaît à jeter du pain ou des fruits aux carpes. Les petits morceaux de pain sont rapidement engloutis, après quelques disputes. S’il s’agit d’une pomme, après avoir palpé et reconnu l’objet, le fruit est dédaigneusement délaissé, les poissons sachant, par expérience, qu’il est hors de l’action de leurs mâchoires. Mais il est un tour qu’on leur joue souvent et qui amuse beaucoup les spèctateurs. C’est de leur jeter un pain entier et le plus dur que l’on puisse trouver. Les carpes le tâtent comme elles le font de la pomme, puis s’écartent, mais ne le perdent pas de vue. Une carpe vient de temps en temps s’assurer du progrès du ramollissement et, au bout d’une vingtaine de minutes, lorsque l’explorateur a reconnu que le degré attendu est atteint, elle prévient ses compagnes par un moyen de correspondance qui leur est particulier, et toutes les carpes arrivent se ruer sur le pain, qu’elles déchirent à qui mieux mieux. Et le pain disparait en quelques secondes.
- « L’expérience acquise, qui n’est autre chose que l’enregistrement de faits de mémoire, a appris aux carpes qu'il n y a rien à tenter avec la pomme ; mais que le pain, quelque dur qu’il soit, finit par se ramollir, et qu’il arrive un moment où il peut leur servir de pâture.... Et elles attendent patiemment ce moment, sachant qu’il viendra sûrement. Il y a donc là non seulement mémoire, mais une véritable opération intellectuelle complexe. » M. Pierre Mégnin pourrait bien avoir raison ; car on ne voit pas trop comment expliquer, autrement que par un acte cérébral, cette série de faits en quelque sorte réfléchis qui conduit la carpe à attendre le ramollissement du pain, chaque fois que l’on s’amuse à leur jeter du pain dur.
- Enfin, autre cas que nous empruntons à un de nos confrères, et que nous citons, parce qu’il mérite d’être contrôlé, le contrôle étant à la portée de tout le monde. L’auteur de l’observation, ancien élève de l’Ecole polytechnique, se souvient que, se promenant avec deux camarades en uniforme comme lui, au jardin du Luxembourg, il fut surpris de voir les poissons du grand bassin accourir et se réunir dès qu’il arriva au bord de l’eau. Les poissons le suivaient quand il faisait le tour du bassin, dédaignant les autres promeneurs. L’auteur crut trouver l’explication de ce fait curieux en rencontrant à quelques
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- pas de là un gardien du jardin dont l’uniforme se rapprochait sensiblement de celui de l’École polytechnique. Les polytechniciens en conclurent que les poissons savaient reconnaître à son uniforme le gardien qui leur donnait a manger, et qu’ils avaient cru le retrouver en les apercevant, puisqu’ils étaient vêtus à peu près de la même façon. Des poissons sensibles à l’uniforme militaire ! L’observation vaut la peine d’être reprise.
- Nous pourrions multiplier les exemples, mais il faut nous limiter; ils suffisent pour prouver qu’il serait vraiment difficile de refuser un rudiment d’intelligence même aux animaux inférieurs. Tout paraît démontrer que la plupart des poissons possèdent au moins un peu de mémoire.
- Henri de Parville.
- ——
- U PIPE
- Parlons un peu de la pipe, tandis qu’il en est temps encore.
- Car la pipe disparaît de la surlace du globe. Elle disparaît, connue disparaissent les élégants costumes qui jadis différenciaient les villes, les provinces, les États des cinq parties du monde. Partout ils sont remplacés aujourd’hui par les complets de la Belle Jardinière, par les confections du Louvre ou du Bon Marché.
- Comme disparaissent les couteaux originaux de chaque pays, auxquels se sont substitués les produits uniformes de Langres ou de Sheffield.
- Comme les massues, les arcs, les tomahawks des Peaux-Rouges, des Nègres, des Samoyèdes, qui ont adopté avec enthousiasme les fusils de troque de Liège ou de Saint-Étienne.
- La pipe se meurt! la pipe est morte! mais elle, c’est la cigarette qui l’a tuée.
- Je me souviens du temps fort peu éloigné (c’était en 1869) où, dans les rues d’Amsterdam, de La Haye, les Hollandais, leurs longues pipes au poing, se retournaient surpris en voyant un fumeur étranger la cigarette aux lèvres.
- Aujourd’hui ces mêmes Hollandais ont l’amour, le culte du cigare ou du papelito, comme disent les Espagnols.
- Oui, la belle pipe de Gouda, faite de l’argile la plus line et la'plus blanche, avec son mince tuyau long de plus d’un mètre et percé à la main par des ouvriers d’une habileté prodigieuse, cette pipe aussi tend à disparaître. Elle était en Hollande d'un emploi journalier, et, chose unique en Europe, elle était aussi pipe de cérémonie. Au Mexique (fig. 25), dans l’Amérique du Nord (fig. 8), en Asie (fig. 10), chez certaines peuplades de l’Afrique (fig. 4), on trouve des pipes qui ne servent que dans les occasions solennelles. Sur notre continent, la Hollande seule avait sa pipe de fête. Émile Augier, je le sais, nous a appris que son Giboyer avait une pipe qu’il emportait « pour aller dans le monde », mais c’est une exception. Or, en Hollande, pour les noces de cuivre, après quinze ans de mariage, pour les noces d’argent, après vingt-cinq ans, pour les noces d’or, après cinquante ans, pour les rarissimes noces de
- diamant, après soixante-quinze ans, on revêtait une pipe de Gouda d’un élégant feuillage de cuivre, d'argent, d’or, ou d’or enrichi de diamants et, comme i clique vénérée, on la conservait précieusement dans les familles. 11 en existe encore.
- La pipe, il n’est pas besoin de le rappeler, se compose de deux parties essentielles : le fourneau et le tuyau; mais que de variétés dans la malière, la lorme, la grandeur, l’ornementa lion de ces deux parties!
- La matière dont la pipe est faite dépend des produits du sol et de la nature de l’industrie de chaque région. Pour les fourneaux, en France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, la terre de pipe, sorte d’argile blanche, fut longtemps la seule employée. L’argile rouge domine dans tout le bassin de la Méditerranée, l’argile noire en Afrique; la porcelaine, la racine d’orme1 dans les pays germaniques; les pierres chez nombre de peuples sauvages, chez les anciennes populations de l’Amérique du Nord, chez celles de l’Afrique Australe ; le bois presque partout. Mais là où le bois manque, chez les tribus déshéritées des rives de l’océan Glacial, où le saule, l’arbre qui remonte le plus au nord, pousse à l’état herbacé, on se sert de l’ivoire fossile des mammouths, ou d’ossements de baleines, ou de dents de walrus, ou bien encore de fer.
- Même observation pour les tuyaux. Ils sont en bois, en corne plus ou moins bien travaillée chez les Européens ; en corne brute de bœuf chez les Boschi-mens (fig. 9) du Sud-Afrique; en corne d’antilope vers les sources du Nil (fig. 20) ; en cerisier en Hongrie et en Arménie; en jasmin en Perse; en bambou dans presque tous les pays chauds; en or, en argent, en bois ou en cuir recouvert d’étoffes précieuses chez les riches Orientaux; en roseaux chez les pauvres, et tous, du reste, aspirent la fumée avec le même plaisir.
- Les formes et la grandeur des fourneaux sont en rapport direct avec la matière que l'on fume, avec son prix, avec la manière dont on fume. Deux mots d’abord sur un point important et sur lequel on ne réfléchit pas assez. Ce que l’on fume peut-être le moins, c’est le tabac. Qui est-ce qui en fume? Les Européens d’Europe ou d’Amérique. Que sont-ils en comparaison des centaines de millions d’Asiatiques, des centaines de millions d’Africains qui emploient l’opium, le chanvre, les champignons vénéneux, les feuilles de rose, de thé, de noyer, de betterave. Et de ces dernières combien d’Européens en fument sans le savoir.... On peut dire qu’on fume de tout, même du tabac2 !
- Or, les pipes destinées à fumer le tabac sont, en ' général, de dimensions moyennes : certaines, cepen-
- 1 Ulmpfeifcnkopf veut dire fourneau d’orme et non pas fourneau de la ville d’Ulm, comme on le croit généralement.
- 2 Consulter, pour toutes ces questions, le très savant et très complet ouvrage de II. Spire Blondel, intitulé : Le. Tabac : le livre des fumeurs et des priseurs, avec nombreux dessins de Fraipont. In-80, Paris, Laurens, éditeur, 1891.
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- dant, atteignent une taille extravagante. Tandis que notre pipe ordinaire française, que tout le monde connaît, contient quelques grammes de tabac, celles des habitants du haut Nil, celles des babouins de la côte ouest d’Afrique, celles des derviches de Damas peuvent en contenir de 500 à 800 grammes! 11 en existe d’aussi grandes en Allemagne, et les paysans de Hic d’Amager, près de Copenhague, bourrent le matin une pipe dont le fourneau a 22 centimètres de hauteur, large à proportion, qu’ils allument en allant au travail et qui dure toute la journée1.
- Ce besoin de fumer la plus grande quantité possible de tabac a fait faire les pipes à plusieurs fourneaux. Telle la pipe à deux fourneaux de Mosta-ganem (lig. 10), d’autres semblables, mais en pierre, de'l’Amérique, d’autres à trois et quatre fourneaux accolés, de l’Asie Mineure. J’ai même sous les yeux deux pipes hollandaises en terre blanche émaillée, du dix-septième, siècle, Tune à six, l’autre à sept fourneaux, chacune avec un seul tuyau, vrai chef-d’œuvre de fabrication, et probablement pipes d’anniversaires.
- Les pipes à plusieurs fourneaux amènent naturellement à parler des pipes à plusieurs tuyaux; elles sont plus rares. La figure 16 représente un nègre du Gabon tenant à deux mains un baquet qui sert de fourneau, tandis que par ses deux jambes on aspire alternativement la iumée. Dans les réunions publiques où les Nègres aiment à discuter longuement de leurs intérêts, ou même simplement dans leurs réunions privées, on place au milieu d’eux un fourneau unique, mais ce fourneau a autant de tuyaux qu’il y a d’orateurs (fig. T).
- Dans les assemblées des Peaux-Rouges, moins discoureurs que les Nègres, il règne au début un profond silence ; un calumet, orné des chevelures (scalps) des ennemis vaincus si l’on traite de la guerre, de sculptures symboliques, si l’on parle d’autres questions, circule lentement de bouche en bouche, jusqu’au moment où commencent les
- 1 The Smokiana, by R. Pritcliett, charmant et instructif recueil des pipes, soit de la collection de l’auteur, soit de celles du British Muséum, etc., p. 24, in-8°, London, 4890, chez Quaritch.
- délibérations. Et puisque nous parlons des Peaux-Rouges, il faut remarquer que les tuyaux des pipes anciennes, depuis le Pérou jusqu’au Canada, sont longs, plats, avec le fourneau placé au milieu. Cette forme se retrouve encore sur la pipe fort grossière et toute moderne de la Terre de Vancouver (fig. 5).
- Les dimensions des tuyaux sont aussi variées que celles des fourneaux. On peut dire que leur longueur est proportionnelle au caractère plus ou moins laborieux des races. En France, en Angleterre le tuyau de la pipe ordinaire est de 12 centimètres, et l’ouvrier a soin de le briser pour avoir les mains libres en travaillant. En Orient je ne connais qu’un seul modèle de pipe à tuyau court. On le trouve à Damas (fig. 5), mais encore faut-il que le fumeur le tienne d’une main. Dans file d’Amager, la pipe de travail
- que nous venons de citer a un tuyau de 55 centimètres, mais la pipe de la maison, du coin du feu (comme les pipes allemandes) en a un de lm,45. En Orient, les chi-bouques1 de cerisier ou de jasmin ont 2 mètres et plus et les longs tuyaux de cuir des pipes à eau, sur lesquelles nous aurons à revenir, atteignent jusqu’à 10 et 20 mètres!
- Ces dimensions énormes tiennent aussi, il faut le reconnaître, à l’influence du climat. Si, dans nos régions tempérées, il ne nous déplaît pas d’avoir la fumée chaude, brûlante même2, dans les pays tropicaux, avec raison, on préfère la fumée rafraîchie. De là l’invention de pipes dans lesquelles la fumée est forcée de traverser un récipient plein d’une eau parfumée avant d’arriver à la bouche du fumeur. A l’origine, ce récipient fut très probablement une noix de coco, d’où le nom persan de « narghileh » qui veut dire « noix de coco ». Pour les pauvres, c’est la noix pure et simple ; pour les riches, c’est tantôt une noix ornée de garnitures précieuses, tantôt un vase d’argent ou d’or, mais conservant plus ou moins la forme primitive (fig. 10). Lorsque la pipe à eau a la forme d’une
- 1 Chibouque, qui veut dire d’abord bâton, puis tuyau de pipe.
- 2 De là le nom vulgaire de brûlot donné à la pipe, et le nom plus vulgaire encore de brûle-gueule que L. Larcliey (Dictionnaire d’argot) fait remonter à l’an VI de la République.
- Fig. 1. — Pipe ancienne en terre rouge (Mexique). — 2. Pipe en terre blanche argentée • (I)anins). —5. Pipe à incrustations en nacre du commencement du dix-huitième siècle (Tyrol). — 4. Pipe à plusieurs tuyaux (Gabon). — 5. Pipe moderne en bois avec de grossières peintures (Vancouver). (Collection de MM. de Watteville.)
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- cloche, on l’appelle « liouka 1 » (fig. 25) ; les noms de « gourgouli », de « qualyonn», qu’elle porte dans les Indes sont une onomatopée indiquant les glouglous que fait la lumée en traversant le liquide.
- Chez les nègres, des régions où coulent les nombreuses rivières que forment le Nil, l’eau est remplacée par le foin mouillé dont on remplit une gourde, tantôt placée près du fourneau (fig. 14), tantôt près de l'embouchure du tuyau (fig. 20).
- Arrivons maintenant à l’opium et ;i ses fanatiques; ils sont très nombreux dans l’Inde, dans l’Insule-Inde, l'Indo-Chine, la Chine, le Japon. A ces Asiatiques, il faut malheureusement ajouter aujourd’hui
- un certain nombre d’Européens. Donc ils forment des centaines de millions d’hommes.
- Dans l’Extrême-Orient, où mœurs et usages sont diamétralement le contraire des nôtres, le fourneau de la pipe à opium, au lieu d’être largement évasé, est presque hermétiquement fermé. C’est un récipient en forme de houle, percé sur la face supérieure d’une ouverture à peine suffisante pour introduire, une aiguille (fig. 15, pipe chinoise, tuyau en écaille, fourneau en émail bleu, blanc et jaune); sur cet orifice le fumeur place une houle d’opium grosse comme un pois; il l’allume, d’une première aspiration il introduit toute la fumée dans la houle et la
- Fig. 2. — 6. Pipe à opium recouverte en galuchat vert avec un compartiment pour mettre l’opium et les outils pour nettoyer la pipe
- (Chine). — 7. Pipe travail italien du dix-septième siècle. — 8. Pipe tomahawk donnée par le roi Louis XV, en 1763, aux chefs indiens
- alliés de la France (Versailles). — 9. Pipe en corne de bœuf (Boschimen du cap de Bonne-Espérance) rapportée en France en
- 1798. — 10. Narghileh en or orné d’émaux, portraits de femmes, bouquets de roses, etc. (Perse). — 11. Pipe ancienne à Iplusieurs
- tuyaux conjoints (Japon). — 12. Pipe représentant Jean Ziska (Bohème). — 13. Pipe a opium (Chine). — 14. Pipe à eau (Abyssinie). — 13. Pipe argile noire (Gabon). — 16. Pipe en bois à deux tuyaux (Achantis). — 17. Pipe en bois et< cuivre, corporation
- des lutteurs (Japon). — 18. Pipe en bois de la Guyane française, imitation probablement d’un modèle européen. — 19. Pipe
- fourneau et tuyau en bois incrusté de filigranes de cuivre et de grains de corail (Mostaganem). — 20. Pipe en argile noire, tuyau en corne d’antilope, gourde pleine de foin mouillé, (haut Nil). — 21. Pipe à opium (Chine). — 22. Pipe ancienne, tuyau laque
- rouge et métal (Japon). — 23. liouka en argent niellé (Perse). — 24. Pipe en verre de couleurs de Murano (Venise). — 23.
- Pipe ancienne en bois sculpté, emblèmes religieux (Mexique). (Collection de MM. de Watteville.)
- déguste en trois ou quatre bouffées successives.
- D'autres fois, sur un fourneau minuscule, mais alors ouvert, à peine assez grand pour qu’un enfant puisse y faire entrer l’extrémité de son petit doigt, on place ou l’opium, ou une pincée de tabac fortement opiacé (pipes chinoises, nos 6 et 21 ; pipes anciennes japonaises, 11, 17, 22); si faible que soit la dose, elle suffit pour amener une ivresse momentanée. Outre l’opium, il existe d’autres substances forte-1 Boulai, vase, bouteille, en persan.
- ment enivrantes. Le chanvre fumé en Turquie, en Asie Mineure, dans presque toute l’Afrique septentrionale, depuis le Maroc jusqu’il la mer Rouge. On le brûle dans des pipes en argile rouge, grosses comme la moitié d’un dé «à coudre. Par rare exception, et seulement chez les peuplades de l’extrême nord de l’Asie, chez les Samoyèdes, les Ostiaks, qui ne peuvent se procurer de l’opium, on fume des champignons vénéneux, soigneusement desséchés, qui procurent des journées entières de profonde ivresse.
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- Quant à l’ornementation des pipes, elle varie de peuple à peuple suivant le goût, l’instinct plus ou moins artistique de chaque race, ses habitudes d’économie ou de faste. En Orient on cite des narghilehs du sehah de Perse ou du sultan qui valent, dit-on, un million de francs. Avec l’emploi des diamants, des pierres précieuses qui ornent ces bijoux, il n’y a pas de limites à leur valeur.
- En Europe les pipes les plus chères sont en écume denier (silicate de magnésie); leur prix dépend et de la pureté du minéral et de la perfection de la sculpture. Quelques-uns atteignent des prix de 5 à (>000 francs. II existe également des pipes en bois dont le décor fait toute la valeur. Telle (tig. 7) une pipe italienne du xvne siècle provenant de la collection Spitzer, qui a bien voulu s’en dessaisir on ma faveur : elle représente Neptune sur son char, conduit par un triton qui tient deux chevaux marins. Les pipes allemandes en porcelaine atteignent souvent des prix élevés par la beauté des peintures de leurs fourneaux. Les quelques '-pipes sorties de notre manufacture de Sèvres ont pour elles et leur extrême rareté et leur bleu incomparable.
- La politique (où ne va-t-elle pas se nicher), les événements historiques exercent également leur influence sur les pipes et sur leur ornementation. Louis XV termine la guerre de Sept Ans par le néfaste traité de Paris.Pour reconnaître les services rendus par cent chefs des tribus indiennes qui avaient combattu pour la France contre les Anglais, le roi lit faire, à la manufacture de Versailles, cent pipes-tomahwks portant la fleur de lis royale sur le fer, et la date de 1765 sur le fourneau (fig. 8). Les traits de Jean Ziska, le héros de la Bohême, sont perpétués depuis des siècles par des fourneaux de pipes (lig. 12). Les armes impériales d’Autriche figurent incrustées en nacre dans le bois d’une pipe ramassée sur un des champs de bataille de la guerre de la succession d’Espagne. Les pipes aux armes étaient nombreuses jadis ! Aujourd’hui, alors que, suivant une phrase connue, « la démocratie coule à plein bord » les blasons sont remplacés par les bustes des personnages plus ou moins célèbres. On ne peut prétendre à la moindre notoriété si l’on n’a pas été fourneau de pipe. Cette mode de la France s’est étendue sur les pays voisins. L’exemple le plus curieux que je possède est un brûle-cigare de 1875, l’époque de la grande querelle religieuse du Kulturkampf allemand. Il représente le comte de Bismarck (il n’était pas encore prince), en cordonnier; par un mécanisme très simple, à chaque bouffée que l’on aspire, le bras armé d’un marteau se lève et retombe lourdement sur le dos d’un prêtre. La légende porte : « Frappe plus fort ».
- Avons-nous réussi à indiquer sommairement l’intérêt que peut présenter une modeste collection de pipes? — les renseignements qu’elle peut fournir aux études ethnographiques, historiques, artistiques, industrielles? — Nous n’osons l’espérer. — Mais nous serions heureux d’avoir pu montrer aux hommes
- sérieux qu’en dehors du plaisir d’absorber quelques bouffées de tabac, la pipe peut être l’objet d’études comparatives intéressantes. En un mot :
- Que la pipe n’est pas ce qu’un vain peuple pense !
- Os. Baron de AVatteville.
- SUR LES ROULEMENTS SANS GLISSEMENTS
- PAR BILLES OU ROULEAUX
- A propos (lu récent article publié ici sous ce titre1, il peut y avoir intérêt à présenter quelques observations sur cette importante mais déjà ancienne question. Nous distinguerons deux groupes principaux de solutions :
- Le premier, caractérisé par la simplicité de la construction, a pour principe une très faible différence de diamètre des éléments porteurs et des éléments séparateurs. Aucun guide n’est nécessaire. Mais si l’on désire conserver le même nombre de lignes ou de points de support que dans
- 1880 81 82 83 84 85 8G 87 88 £9 90 81 92 93 9V 95
- Fig. 1. — Courbe des brevets annuels.
- un palier à roulements ordinaires de même puissance, il faut aussi conserver le nombre de porteurs de celui-ci et doubler approximativement la longueur de la circonférence de roulement, c’est-à-dire le chemin parcouru et le travail.
- Le principe du second groupe consiste au contraire dans une accentuation considérable de la différence de diamètre des deux séries d’éléments alternants, d’où réduction correspondante des espaces nuisibles. Mais à mesure que la grandeur relative du diamètre des séparateurs diminue, ceux-ci dont la position d’équilibre en l’absence de guides correspond au contact avec la paroi concave ou convexe des coussinets, sont pressés de plus en plus énergiquement sur cette paroi par la résultante des pressions obliques des éléments porteurs ; ainsi réapparaissent les frottements de glissement, reportés sur l’arbre ou sur la bague. 11 faut donc alors maintenir le centre des séparateurs sensiblement sur la circonférence décrite par les centres des porteurs, d’où nécessité de guides sous forme de chemins, cercles, rainures, etc., avec tous leurs inconvénients.
- 11 ne faut pas oublier d’ailleurs, que, le frottement de glissement étant indépendant de l’étendue de la surface
- 1 Yoy. n° 1266, du 4 septembre 1897, p. 219.
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- glissante, réduire cette dernière sur les séparateurs n’équivaut pas à diminuer le frottement. L’examen le plus sommaire de la méthode conduit donc à l’indication d’un double écueil. Toutefois une atténuation, même légère, des résistances de frottement étant toujours importante il peut être instructif de rechercher les antécédents relatifs au cas particulier des « roulements à intermédiaires ».
- Nous choisirons parmi eux seulement deux exemples caractéristiques correspondant aux deux groupes de solutions ci-dessus indiqués. En 1885, Leechmann (Angl.), N° 14 514; Billes ou rouleaux séparés par d’autres (très différenciés) (ou Lake, N° 15 072; Rouleaux séparés par d’autres d’un plus petit diamètre). En 1805, Fayol (Fr.), N° 255 584 ; Bouleaux différentiels (différence aussi faible que possible du diamètre des porteurs et des séparateurs).
- L’emploi d’intermédiaires passifs, dans les coussinets à roulements, est fort ancien et probablement contemporain des premiers systèmes à roulements libres (en France;
- Fig. 2. — Appareils d’expérience.
- Cardinet, 1802, N° 120) ; l’effort des inventeurs ne saurait porter utilement aujourd’hui que sur les applications ou sur quelques points de détail. Rappelons qu’il existe actuellement dans les principaux pays, sur les seuls « frottements à billes ou rouleaux », un total de plus de deux mille brevets, comme nous avons pu nous en assurer.
- Le graphique (fig. 1) montre la marche rapidement ascendante du nombre annuel de ces brevets dans ces derniers temps. On voit que le nombre annuel de patentes anglaises sur ce point a doublé environ en cinq ans, de 1880 à 1804.
- Il y a quelques années, à l’époque de nos études sur cette question, nous avons imaginé un comparateur pouvant être installé partout sans autres frais notables que ceux d’établissement des paliers en expérience, et dans toutes les dimensions que comporte la diversité considérable des applications à la mécanique générale.
- Dans l’ouverture d’un plancher, ou sur deux supports d’une hauteur convenable, sont fixées parallèlement deux traverses T (fig. 2* n° 1), portant chacune un des paliers
- d’appui G, dont il s’agit de comparer la résistance de roulement à celle d’un système étalon, ou de tel autre système ou à la résistance de glissement de tel palier ordinaire équivalent. Dans ceux-ci tourne un arbre court A, portant en son milieu un palier de traction C, identique aux paliers d’appui et auquel on suspend soit directement, soit par l’intermédiaire d’un levier amplificateur de pression L (n° 2) un plateau destiné à recevoir des poids. Sur l’une des extrémités de l’arbre est fixé un pendule P, dont l’inclinaison initiale est constante pour une même série d'essais et réglée par un verrou d’arrêt (non représenté). La durée de l’absorption, par les résistances de frottement, de la puissance vive ainsi communiquée au mobile, est le terme de comparaison qui exprime le rapport de ces résistances.
- On compte le temps écoulé entre l’instant du déclenchement et celui de la cessation du mouvement, et l’on répète pour un nouveau groupe de paliers. Les résistances sont inversement proportionnelles aux durées; elles le sont aussi au nombre total des oscillations, en raison de l’égalité des vitesses initiales ; il suffit de connaître ce total.
- La charge est ici indépendante de l’action motrice, ce qui permet de faire varier commodément la première dans les limites les plus étendues.
- Cet appareil d’essais, susceptible parfois de simplification par réduction à un seul palier sur arbre fixe fn° 5), permet en outre d’effectuer d’utiles expériences comparatives sur les lubréfiants. Henri Hervé.
- UN NOUVEAU CYBIUM
- DÉCOUVERT DANS LE TERRAIN BRUXELL1EN
- Nous croyons devoir signaler la découverte de ce nouveau fossile, qui vient d’être laite d’une façon si heureuse par un naturaliste belge, M. Alphonse Proost, directeur général de l’Agriculture.
- C’est dans le domaine de la mer Eocène, au milieu des marnes bruxelliennes qui affleurent dans le Brabant wallon, que les ossements du poisson en question ont été trouvés. La situation géographique de l’endroit même de la découverte ne nous sera pas indifférente, puisqu’il s’agit des fonds de ce village de Maransart-iez-PIaneenoit, où tout un bataillon de la vieille garde se fit massacrer jusqu’au dernier homme pour couvrir la retraite de Napoléon.
- Les ossements recueillis par M. Proost dans le terrain bruxellien comprennent une demi-mâchoire gauche, ainsi qu’une série de six vertèbres remarquables par leurs grandes dimensions ; il est facile de voir que ces débris ont appartenu à un poisson de la famille des Scombridés dont les caractères distinctifs sont les suivants ; les bords de la cavité buccale sont formés par les dentaires et les prémaxillaires; ces dernières constituent en s’unissant un rostre plus ou moins aigu. Les dents sont soudées aux mâchoires et n’apparaissent qu’en une seule rangée ; il n’y a pas de canines ou de dents plus développées que les autres.
- Des différents genres de la famille des Scombé-roïdes, Thynnus, An.xi s, Pelamys, Scomber, Cy-bium, c’est de ce dernier que le fossile en question
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- se rapproche le plus par la nature de ses dents qui sont fortes, lancéolées, tranchantes sur les bords. De plus, une comparaison minutieuse avec les mâchoires des Cybium regale et Cgbium caballa vient confirmer cette classification.
- D’après M. Storms, de nombreux caractères séparent cette nouvelle espèce du Cybium Blekeekerii trouvé dans le même gisement, notamment :
- Fig. 1. — Vertèbres dorsales et caudales.
- Ils justifient pleinement la création d’une espèce nouvelle que la Société scientifique de Bruxelles a désignée sous le nom de Cybium Proosti en l’honneur de l’auteur de la découverte. Les vertèbres associées avec les mâchoires se font aussi remarquer par leurs grandes dimensions et présentent des analogies avec celles des Cybium vivants, bien qu’elles aient une surface moins unie. Le poisson auquel ces restes ont appartenu devait avoir une taille considérable, car la mandibule mesure environ 0m,340. Or, chez une espèce vivante, telle que le Cybium regale, la longueur de la mandibule n’est pas contenue moins de sept fois et demie dans la longueur du corps.
- D’après cette base, le Cybium Proosti aurait eu une longueur de 2m,55, à l’exclusion des rayons de la caudale.
- Enfin, on ne doit pas s’étonner de trouver deux /
- 1° La forme beaucoup plus allongée des éléments des mâchoires;
- 2° Le profil plus aigu du rostre.
- Les dents sont bien plus irrégulièrement espacées et leur mode d’implantation est tout à fait spécial.
- Ces caractères ont d’autant plus d’importance que les mâchoires et les dents ne diffèrent pas autant chez plusieurs des espèces vivantes du genre Cvbium.
- Fig. 2. — Mandibules.
- espèces de Cybium dans le même terrain, car de nos jours encore les Cybium Commersoni (Lacép.), Cybium lineolatum (Cuv. et Val.), et Cybium gut-tatum (Blkr.), habitent tous trois larmer des Indes.
- Nous rappelons que le terrain bruxellien correspond à peu près à notre grès calca-reux parisien. On extrait sous le nom de pierre de marne dans le Brabant Wallon de petits pavés de mauvaise qualités qui depuis des siècles ont servi à garnir les chaussées de tout ce pays. Cette marne bruxellienne donne des résultats extraordinaires dans certaines cultures, notamment dans celle du seigle, du trèfle, de la luzerne et du sainfoin1 et son analyse a décelé des quantités notables de magnésie. Emile Demexge.
- 1 Journal de la Société centrale d'agriculture de Belgique; cutiures de M. Mercier, ancien ministre, à Itraine-l’Allend.
- Le Cybium Proosti.
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- CHAUDIERES MULTiïTBULAIRES
- BIZARRES
- Bizarres, notre gravure le montre assez : ces trois énormes chaudières, des géants de l’espèce, qui représentent chacune une puissance de 1000 chevaux-vapeur, ont tout à l'ait l’apparence, à une échelle immense, des petits poêles à gaz où l’on fait griller du calé. 11 s’agit pourtant d’appareils fort sérieux qui viennent d’être élevés près d’East River, à New-York, entre la 50e et la 00e rue, pour le compte de la New-York steam company. Cette compagnie a pour hut de di si ri huer la vapeur pour le chauffage et la force motrice, et il faut croire ipie, en dépit des inconvénients qu’on attribue à ce système, condensations importantes, etc., il a de réels avantages, puisque la Société en question a déjà installé dans la liasse ville 59 chaudières, presque toutes du type Babcock et Wilcox, correspondant à une force disponible de 18 000 chevaux. Elle voudrait maintenant étendre cette distribution de vapeur à la haute ville, et c’est, dans ce but qu'on a établi ces trois premières chaudières, qui seront à bref délai suivies par une douzaine d’autres.
- De ces trois chaudières, deux étaient parachevées au moment où a été prise la photographie que nous empruntons à notre excellent confrère Scientific American : elles avaient été construites par la Clonbrock steam boiter company ; l’autre est élevée par les soins de la Columbia steam boiter company. Toutes les trois sont du type Climax, mais cette dernière est disposée d’une façon assez particulière, en ce (pie les tubes qui forment cette bizarre série de couronnes superposées s’interrompent en un certain point, précisément au niveau de l’eau, pour laisser place
- à un renflement du corps central de la chaudière. Ce dispositif a été adopté afin de maintenir le niveau de l’eau plus immuable et éviter les violentes fluctuations qu’on reproche aux chaudières aqua-tubulaires.
- On sait que, d’une façon générale, les chaudières à tubes d’eau font fortune en ce moment puisque le gouvernement anglais notamment n'a pas hésité à soulever une vive opposition dans le Parlement pour
- doter d’appareils Belleville les derniers navires de guerre mis à Ilot.
- La caractéristique du système Climax, c’est la présence d’un corps central vertical d'où partent une série de tuyaux, recourbés de manière à s’élever obliquement et à se rattacher au corps en un endroit situé au-dessus de leur point de départ, mais pas sur la même verticale. Yu de face, chaque tuyau présente la forme d’une raquette de tennis, si l’on ne tient pas compte de sa distorsion. On remarquera de plus que chaque rangée de tubes chevauche de moitié sur la rangée inférieure et sur la rangée supérieure : de cette façon les gaz chauds ne peuvent traverser ce fouillis de tubes sans y laisser pour ainsi dire toute leur chaleur. C’est du moins un avantage évident du système.
- En étudiant de plus près une des chaudières de la New-York steam company, nous verrons qu'elle repose solidement sur une fondation de béton au ciment de Porlland, de 5m,50 de diamètre et de 0m,91 d’épaisseur, par l’intermédiaire d’un anneau massif en fonte. De là s’élève le corps central, haut de Mm, 7 5 et ayant un diamètre de lin,52; il est tait de plaques d’acier de 22 millimètres. Ce corps est percé de trous étagés à 0m,20 les uns des autres, où s’insèrent les 810 tubes à eau, qui ont 76 millimètres de diamètre et un peu plus de trois d’épaisseur de parois. Lu grille est naturellement annulaire
- Bouilleur de 1000 chevaux.
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- puisqu’elle entoure la base du corps central, et cela nécessite plusieurs portes de chargement1 ; elle repose d’une part à l’intérieur de l’enveloppe cylindrique de la chaudière, de l’autre, à la périphérie du corps central. Sa surface est, seulement de 14mî,86, mais, grâce à la disposition des tubes, la surface de chauffe peut atteindre le total énorme de 929 mètres carrés.
- Au sujet des grilles, nous noterons une innovation curieuse due à M. Saint-John, vice-président de la New-York steam company, et qui est appliquée à un des appareils seulement. Il s'agit d’une grille oscillante, mais où les barreaux sont remplacés par une sorte de grille en fil métallique. Rien entendu l’ensemble est composé d’une série de cadres affectant la forme de secteurs de couronne circulaire et supportant l’espèce de tissu métallique. On avait observé que les barreaux de grille se brûlaient d’autant plus qu'ils étaient plus épais; et dans le but d’en réduire 1’épaisseur au minimum, on y a substitué des fils métalliques qui ne se brûlent point grâce .à leur faible section et aux torrents d’air qui les inondent. L’afflux de l’air est précieux au point, de vue de la combustion de la houille : or, le nouveau système de grille laisse 65 pour 100 de la surface totale libre pour le passage de cet air.
- Les Américains ont l'habitude de dilapider quelque iteu le combustible, parce qu’ils l'ont à profusion; cependant on comprend qu’avec des chaudières pareilles présentant une énorme surface de rayonnement, il fallait disposer une enveloppe isolante et calorifuge. Rien entendu nous ne [tarions [tas de la paroi métallique, affectant la forme de poêle vertical dont nous parlions tout à l’heure. Cette enveloppe métallique, qui forme l'extérieur de la chaudière, est faite de plaques d’acier ; elle a une hauteur totale d’un peu plus de 12 mètres, et elle se relie par un plan incliné, par un tronc de cône, au tuyau vertical qui a lm,7U de diamètre et dont le sommet s’élève jusqu’à 58 mètres au-dessus du sol. Notons que, à la hase de la partie troneonique de l'enveloppe, et par suite au sommet de la série des tubes à eau, est disposé un réchauffeur d’eau d'alimentation formé d’un tuyau de 76 millimètres; ce tuyau s’enroule sur lui-même et offre une surface de chauffe de près de 15 mètres carrés. Sur la photographie on aperçoit, dans cette enveloppe extérieure, une série de portes ornées de la marque de fabrique climax et formant autant de trous d’hommes [tour le nettoyage des tubes. Quant à l’en-velopppe calorifuge, elle est constituée dans les deux appareils dont la construction est achevée, par une couche de briques réfractaires de [très de 8 centimètres d’épaisseur; dans le troisième, le rayonnement sera empêché par un matelas d’air enfermé entre l’enveloppe métallique et une autre paroi concentrique.
- On affirme que tous ces dispositifs donnent les meilleurs résultats ; en tout cas ils sont assez originaux pour mériter une description. Daniel Bellet.
- 1 II y en a ü en tout, de même qu’il y a (3 portes pour l’en-èvement des cendres.
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- CHRONIQUE
- Inauguration du phare d’Eckniühl. — M. le
- Ministre des Travaux publics ayant bien voulu inviter La Nature à l'inauguration du phare d’Eckmühl, nous avons assisté à cette intéressante cérémonie le dimanche 17 octobre. Nous renverrons pour la description du phare au n° 1270 de La Nature, 2 octobre 1897. C’est par suite des démarches répétées de M. Lemyre de Ailiers, exécuteur testamentaire de fa Marquise de Blocqueville, que ce phare a été élevé. La direction du travail appartient à MM. Guillain, directeur de la navigation au Ministère des Travaux publics; E. Bernard, inspecteur général, directeur du service des phares; Bourdelles, ingénieur en chef et directeur des phares d’Eckmühl ; Ribière, ingénieur en chef du service central, et Paul Marbeau, architecte. MM. Considère, ingénieur du service central du département, Duperrier, ingénieur, Probestau, conducteur et Vabre, entrepreneur, ont été chargés de la construction et de la partie architecturale. Pour la partie des machines et des appareils ce sont MM. Ribière, ingénieur du service central, Blondel et de Joly, ingénieurs, Mœurs et Ciolina, conducteurs, Sautter Harlé et Cie, constructeurs, qui s’en sont spécialement occupés. Comme on voit, ce magnifique travail qui a nécessité une dépense de 600 000 francs, doit son achèvement à la collaboration précieuse de toutes ces-personnalités distinguées et dévouées à la science. L'assistance était nombreuse pour la visite du phare. M. Turrel, le Ministre des Travaux publics, n’ayant pu se rendre à cette cérémonie, avait prié M. Quinette de Roche-mont, directeur des routes et de la navigation au Ministère, de le représenter. Les sénateurs de Brest et de Quimper, M. Cosmao Dumenez, député de la circonscription, MM. de Kerjégu, Pichon et Ilémon, députés, ont admiré ce bel édifice, ayant auprès d’eux les membres de la famille de la marquise de Blocqueville, le général Ravout, le comte Yigier, le duc de Feltre et des membres de la Presse parisienne invités par le Ministre des Travaux publics. M. Lemyre de Villers, exécuteur testamentaire de la marquise de Blocqueville, a cité dans son discours d’inauguration les belles paroles de la testatrice qui sont gravées sur une plaque de porphyre dans le vestibule d’entrée de l’édifice. (( Ma première et ma plus chère volonté est qu’il soit élevé un phare sur quelque point dangereux des côtes de France non miné par la mer. J’aimerais que le Phare d’Eckmühl fût élevé là, mais sur quelque terrain solide granitique, car je veux que ce noble nom demeure longtemps béni. Les larmes versées par la fatalité des guerres que je déteste et redoute plus que jamais seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. »
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 octobre 1897.— Présidence de M. Ciiatik.
- Influence d'un champ magnétique sur la lumière. — M. Cornu annonce qu’il a réussi à répéter les expériences de Zeemann relatives à l’influence d’un champ magnétique intense sur la lumière. M. Cornu a perfectionné ces expériences par l’emploi d’un dispositif nouveau et rendu ainsi les faits beaucoup plus apparents et plus précis. La confusion qui régnait sur les premiers résultats obtenus tenait à deux causes : 1° Le choix défectueux de la source lumineuse ; 2° l’exiguité des déviations à mesurer qui ne dépassent pas quelques centièmes de millimètres.
- 1 Pour obvier à ces deux difficultés, il faut employer de la
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- lumière exactement monochromatique et observer les déviations avec un pouvoir dispersif très considérable. Enfin, il faut faire usage d’un champ magnétique intense.
- Les réactions de la germination. — M. Dehérain présente un travail de M. Maquenne sur les réactions chimiques qui accompagnent la germination. En étudiant par la méthode cryoscopique la composition du suc cellulaire extrait des différentes graines en germination, M. Maquenne a reconnu qu’il s’y forme différents principes solubles, généralement indéterminables, mais dont le poids moléculaire va en décroissant depuis le début de l’évolution jusqu’au moment où la jeune plante commence à augmenter de poids. Ces observations montrent que la transformation de l’amidon en glucose ou la réaction inverse, si fréquentes dans le règne végétal, sont précédées de l’apparition de corps transitoires à poids moléculaires incessamment variables qui donnent au phénomène une apparence de continuité.
- Les pigments de la bile. — MM. Daslre et Floresco ont étudié les pigments de la bile. M. A. Gautier annonce qu’indépendamment de deux pigments déjà connus, la biliburine et la biliverdine, dont le dernier est le résultat définitif d’une transformation du premier, il existe deux pigments intermédiaires.
- Les corps solubles contenus dans le cuivre. — M. Friedel présente une Note de M. Schlagdenhauffen relative aux corps solubles contenus dans le cuivre du commerce. Le cuivre, bien que fondu à une température très élevée, renferme des corps solubles; telle est la conclusion inattendue à laquelle arrive l’auteur. M. Schlagdenhauffen montre aussi que l’antimoine et l’arsenic sont contenus dans le cuivre métallique à l’état de combinaisons oxygénées solubles. L’auteur obtient d’ailleurs directement ces combinaisons par sublimation en chauffant dans un tube à analyses organiques de la limaille de cuivre.
- Varia. — M. A. Gaudry dépose une Note relative aux travaux du récent Congrès géologique international de Saint-Pétersbourg. Ch. de Vileedeuil.
- LA FORTUNE DES NATIONS
- Tout comme les particuliers, les nations ont leur fortune, formée de la richesse cumulée des individus qui composent chacune d’elles; bien entendu, à un point de vue plutôt moral que matériel, cette richesse peut être considérée comme constituée en partie par l’abondance de la population, chaque membre de la nation, qu’il émigre ou qu’il demeure sur le sol de la patrie, étant un producteur qui augmente la fortune du pays. Cette même richesse peut être aussi influencée par l’esprit d’entreprise plus ou moins développé de la population.
- Mais en dehors de ces choses qui sont impossibles à évaluer en chiffres, on peut être tenté, pour établir une comparaison curieuse, de rechercher quelle est la fortune acquise par chacune des grandes nations, fortune faite de leurs terres productrices, de leurs industries, de leurs valeurs mobilières, etc. ; on essayerait ensuite de baser là-dessus une comparaison, qu’on s’efforcerait de rendre plus saisissante en la traduisant sous une de ces formes graphi-
- ques parlantes qui sont couramment employées par les Anglais et aussi par les Américains.
- 11 faut toutefois faire ses réserves en présence d’une pareille tentative, comme l’a fait notre savant confrère M. de Foville, qui a étudié cette question : il semble d’abord assez simple de retrouver et d’évaluer tout ce qui, sur un territoire, possède une valeur appréciable en argent, « propriété sous toutes ses formes, capital à tous ses degrés », en même temps que produits du travail humain, salaires, traitements. Et cependant, pour peu qu’on réfléchisse, on sent quelle complication doit présenter un relevé de cette nature. En dépit de tous les efforts, on ne peut pas dire qu’on soit arrivé à une solution absolue et il ne faut pas espérer que jamais on y parvienne; comme il s’agit toujours de différences portant sur des milliards, on atteint à des approximations suffisantes pour une comparaison.
- Cherchons d’abord ce qu’il en est pour la nation française, naturellement en négligeant les créances de Français à Français, et notamment les fonds d’État, qui sont pour ainsi dire une dette de la France vis-à-vis d’elle-même; il faut éviter les doubles emplois et ne pas compter à la fois la valeur des réseaux de chemins de fer et leurs actions ou obligations, qui représentent cette valeur mobilisée. Suivant les évaluations les plus vraisemblables, principalement celles de l’économiste bien connu que nous citions tout à l’heure, M. de Foville, notre fortune nationale doit atteindre environ 225 milliards de francs, dont 65 pour la propriété non bâtie et 50 pour la propriété bâtie. Nous rappellerons que vers 1850 on estimait, peut-être d’une façon un peu hasardeuse, ce capital à 125 milliards. Nous ne pouvons insister sur la composition de cette fortune, ni parler de l’extension de la richesse mobilière, pas plus que du revenu national proprement dit, qui doit approcher de 25 milliards. En somme, chaque Français (pris comme unité moyenne, s’entend) posséderait un capital de 5850 francs à peu près; mais pour permettre une comparaison parlante, comme nous le disions plus haut, nous représenterons les nations que nous allons étudier sous la forme d’un homme dont la taille sera proportionnée à la population du pays, et qui tiendra une bourse proportionnelle, de son côté, à la fortune nationale.
- Voyons par exemple la Grande-Bretagne, notre puissante voisine, qui, elle, est mieux dotée que toute autre pour ce qui est de l’esprit d’initiative individuelle. Sans hésitation, et quoi qu’il y ait des divergences dans les évaluations de sa fortune, on peut affirmer que l’Angleterre est le pays le plus riche de l’Europe et sans doute du monde. Au commencement du dix-neuvième siècle, Colgugoun estimait que sa fortune devait être d’environ 55 milliards de francs, et bien que les éléments d’évaluation fussent un peu incertains à cette époque, on peut prendre ce chiffre comme base de comparaison. En 1886, la Trésorerie arrivait à une estimation ne dépassant pas 255 milliards ; mais c’était assuré-
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- LA NATURE
- ment trop faible, et actuellement nous nous fierons au total de 270 milliards, chiffre qui nous est fourni par un savant des plus autorisés, M. Robert Giffen. Dans cet ensemble, la richesse immobilière représente plus de 90 milliards, et nous pourrions évaluer à quelque 50 milliards les revenus que le peuple anglais tire de son travail personnel ou de sa fortune préexis-tante. En moyenne donc, chaque sujet britannique possède théoriquement 6850 francs de capital.
- Tout naturellement nous passons ensuite aux Etats-Unis. Là, en principe du moins, on trouve facilement les éléments que nous cherchons, puisque tous les dix ans, on fait un census ou inventaire général de la situation économique du pays, et notamment une true valuation de la richesse des États. D’après ces statistiques, en 1850, la fortune du pays ne dépassait pas 56 milliards de francs; aujourd’hui elle excède certainement 550 milliards, si môme elle n’atteint pas 400 milliards. Toujours est-il qu’en 1890 le chiffre en était de 515 milliards, ce qui donne par tête d’habitant la moyenne assez honorable de 5000 francs. Il serait évidemment fort intéressant de trouver les données analogues pour l’Aile magne; malheureusement les chiffres absolument précis manquent. Nous nous en tiendrons à ceux qu’a fournis M. Mulhall, qui évalue la fortune de nos voisins, vers 1890, à 150 milliards.
- Passons rapidement en revue quelques nations •
- par exemple la petite Relgique, avec une fortune d’une quarantaine de milliards ; la Hollande avec
- 22 milliards de francs, mais une population beaucoup plus faible. En Hongrie nous trouvons à peu près h' même chiffre, 25 milliards, qui paraît du reste un peu faible; puis 75 milliards en Autriche, et e n fi il quelque 50 milliards pour l’Italie.
- Toute cette série de chiffres, dont en somme la vraisemblance est parfaitement suffisante, permettent une comparaison curieuse que facilite encore le graphique ci - contre, où l’on aperçoit successivement le Français, l’Anglais, l'Italien l’Américain, l’Autrichien, le Belge, le Hollandais, l’Allemand et le Hongrois dessinés suivant une même échelle de proportions.
- Nous nous contenterons de faire remarquer qiie la France occupe une belle place dans la série des nations, mais qu’il ne suffit pas de l’épargne et de l’accumulation des richesses pour maintenir la prospérité d’un pays : il faut encore le travail créateur. Enfin on voit, d’après les quelques moyennes que nous avons citées, combien serait faible la part de chacun si l’on procédait à cette liquidation et à ce partage que certaine école fait miroiter aux yeux des pauvres, si l’on répartissait également la fortune d’une nation entre tous ses membres. Un membre de la société de statistique.
- Le Gerant : J'. Masson.
- Graphique de la fortune des nations.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- V 1274. — 50 OCTOBRE 1807.
- LE TÉLESCRIPTEUR HOFFMANN
- On cherche depuis longtemps un appareil simple et rapide qui permette d'écrire à distance; des essais fort nombreux ont déjà été faits, et nous avons signalé ici1 le télégraphe imprimeur servant à la distribution des dépêches par lu machine à écrire qui était employée par l'Agence Havas.
- M. Hoffmann vient d’imaginer un appareil très simple auquel il a donné le nom de « télescripteur » et qui, à l’aide d’un clavier de machine à écrire, permet d’écrire à distance; cet appareil, dont nous allons donner la description, a été construit, il y a peu de temps, par la Société industrielle des Téléphones.
- Le télescripteur se compose enprincipe(lig.l) d’un clavier de machine à écrire permettant, à l’aide des contacts que l’on établit par la pression sur chaque touche, d’envoyer dans une ligne des courants instantanés. Ceux-ci agissent sur un électro-aimant polarisé, que l’on voit dans la figure 2, et qui commande l’échappement du mobile du mouvement d’horlogerie. On a disposé, sur l’axe de ce mobile, un balai frottant sur un distributeur de courant-circuit fixe à 28 contacts et une roue des types. Celle-ci est formée d’un disque, à la circonférence duquel sont gravés en relief les lettres de l’alphabet, les chiffres, la ponctuation et divers signes. H y a
- 1 Yov. n° 1123, du 8 décembre 1894, p. 27.
- 25* aimée. — 2e semestre.
- en tout 56 divisions dont 4 pour les blancs des lettres et les blancs des chiffres. Une petite bande de papier, destinée à recevoir l’impression, passe en regard de la roue des types sur un tambour mobile, qui est placé à l’extrémité d’un levier oscillant sous
- l'action d’un électro-aimant particulier.
- Nous ne pouvons ici, dans ces quelques lignes, que donner le principe général et indiquer les applications. Le télescripteur peut d’abord fonctionner comme machine à écrire simple. Supposons deux abonnés reliés ensemble et ayant chacun un télescripteur. L’abonné appelant doit d’abord abaisser les deux leviers que l’on aperçoit dans la figure 1 à gauche, au-dessus du clavier; l’abonné qui est appelé abaisse seulement le premier des deux leviers.
- Les deux appareils fonctionnent aussitôt à l’aide des courants intermittents lancés sur les lignes, et les mouvements d’horlogerie se mettent en marche. L’abonné frappe les tou -ches du clavier comme s’il écrivait à la machine à écrire, et en même temps s’imprime une série de lettres formant les phrases sur la bande de papier qui se déroule sous les yeux mêmes de celui qui écrit et sur la bande de papier de l’appareil récepteur. Dans le télescripteur, la même lettre ne peut se superposer plusieurs fois ; une lettre seule s’imprime chaque fois. De plus, la bande s’avance d'une quantité constante et régulière à chaque poste, chaque fois qu’une lettre s’imprime. Les lettres ne peuvent donc être trop espacées ni chevaucher les unes sur les autres.
- 22
- Fig. 1. — Le télescripteur vu de lace.
- Fig. 2. — Le télescripteur vu de derrière.
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- LA NATURE.
- La transmission (lu poste qui était récepteur précédemment peut se faire de la même façon; il suflit à la lin de la communication de donner un signal spécial. Le premier poste relève le deuxième levier, tandis que le deuxième poste abaisse l’autre levier, et ainsi le poste transmetteur devient récepteur, et le poste récepteur transmetteur.
- L’appareil peut donc fonctionner ainsi comme simple télégraphe; on a soin de le laisser en récepteur, et après une absence on retrouve imprimées les diverses communications qui ont été faites. Ajoutons que l’appareil permet d'écrire environ 120 lettres par minute. Le télescripteur peut également se combiner avec le téléphone; le même til peut servir et on peut utiliser le téléphone ou le télescripteur en manœuvrant un simple interrupteur.
- Le télescripteur nous semble appelé à rendre de grands services dans l'industrie, parce qu’il laisse une trace imprimée des communications. Le téléphone est très utile et rend des services innombrables. Mais s’il s’agit par exemple de transmettre un ordre comportant des mesures précises et exactes, s’il faut transmettre des corrections à une imprimerie — et nous pourrions encore trouver une série de cas analogues — le téléphone peut donner lieu à des inexactitudes. Le télescripteur donne des indications écrites et exactes, puisqu’elles ont été contrôlées par celui même qui les a données. Le phonographe a été souvent utilisé pour donner des ordres, dicter des lettres ; mais ses avantages ne sont pas à comparer cà ceux que donne le télescripteur. J. Laffargue.
- PISTES ET RECORDS
- Depuis novembre 1891, époque à laquelle llolbein établissait le record de 24 heures à bicyclette, sur piste non couverte, à 582km,559, il s’est élevé d’une façon presque incroyable, puisque le détenteur actuel de ce record, Cordang, n’a pas fait moins de 991km,651 dans le même temps. Avant la fin du siècle, on dépassera certainement le chiffre fatidique de 1000 kilomètres en 24 heures. Cet accroissement rapide dans la vitesse de nos coureurs de fond a des causes multiples : la plus importante ne réside pas, comme tendraient à le faire croire les réclames des fabricants, dans les progrès apportés à la fabrication des machines et des pneumatiques, bien que ces progrès ne soient pas négligeables. La cause principale de la progression du record de 24 heures réside dans le meilleur entrainement du coureur envisagé à deux points de vue bien différents : physiologique et mécanique. L’entraînement physiologique, le seul intéressant à un point de vue véritablement sportif, atteint aujourd’hui son apogée, grâce au concours des hygiénistes, des médecins et des physiologistes. L’entraînement mécanique semble, à notre humble avis, avoir dépassé le but, car déjà nous voyons paraître sur la piste, pour faciliter la marche du coureur, le tirer, suivant l’expression si juste aujourd’hui consacrée, des tandems et des triplettes électriques, des entraîneurs munis de panneaux d'abri, en attendant les automobiles d’entraînement. Dans ces conditions, le courant d’air créé par les entraîneurs aspire le
- coureur, crée entre eux un lien invisible mais réel, et le record ainsi décroché perd de plus en plus toute signification. Autant en venir franchement à la ficelle.
- Mais il est une autre cause, généralement ignorée, du progrès des records, et sur laquelle nous voudrions appeler l’attention de ceux de nos lecteurs, chaque jour plus nombreux, qui s’intéressent au sport cycliste. Nous voulons parler de la qualité propre de la piste, de ce que l’on pourrait appeler son coefficient de mérite, et dont nous allons essayer de faire ressortir toute l’importance.
- La piste idéale pour battre un record, toute question de spectacle mise à part, serait théoriquement une ligne droite en palier de longueur suffisante : comme elle est irréalisable, pour des raisons évidentes, on lui donne toujours la forme de deux lignes droites reliées par deux virages aux courbes plus ou moins savantes. Or, dans ces virages, l’action de la force centrifuge se compose avec celle de la pesanteur, de sorte que la force exercée sur le sol est plus grande que le poids du coureur et de sa machine de dix à trente-cinq pour 100, suivant le rayon du virage et la vitesse à chaque instant.
- En réalité, le coureur travaille dans un virage comme si son poids et celui de sa machine étaient subitement augmentés de 10 à 55 pour 100. 11 en résulte que la meilleure piste pour battre un record est, toutes choses égales d'ailleurs, celle dans laquelle les virages ont le plus grand rayon moyen, la plus faible courbure moyenne, et pour laquelle les lignes droites ont le plus de développement relatif. Le coefficient de mérite des grandes pistes est donc plus élevé que celui des petites et l’on peut affirmer que l’élévation des records est intimement liée au développement des pistes, et que les plus grandes pistes détiendront finalement tous les records.
- Mais il y a plus. Si l’on veut amener les records sur piste à leurs limites extrêmes, il faudra construire des pistes spéciales, absolument différentes des pistes de courses, et en voici la raison évidente. On démontre, en mécanique, que pour aller d’un point à un autre en un temps donné en dépensant un travail minimum, il faut parcourir le chemin à une vitesse constante et uniforme. Nous venons de voir que, par l’effet de la force centrifuge, le poids apparent du cycliste augmente dans le virage, ce qui exige soit un ralentissement de vitesse, soit un effort plus grand. On est donc conduit, ce qui parait singulier au premier examen, à ne pas placer la corde de la piste dans un plan horizontal, comme on le fait toujours, mais à la constituer par deux virages légèrement descendants et deux lignes droites légèrement montantes, afin de conserver une constance absolue de l’effort et de la vitesse, et de réduire ainsi le travail dépensé par le cycliste à un minimum. A quand les pistes rationnelles pour records? E. Hospitalier.
- LE « PITHECANTHROPES ERECTUS »
- Des Ilots d’encre ont été versés, depuis deux ans, au sujet de la découverte d’ossements paraissant se rapporter à un être intermédiaire entre l’Homme et les Singes. Cet être, décoré du nom de Pithecan-thropus erectus, a été trouvé à Trinil (île de Java), par M. Eug. Dubois, un médecin hollandais, qui était envoyé en mission scientifique dans cette île, si curieuse au point de vue géologique.
- Outre la découverte d’une faune très riche de i mammifères pliocènes, M. Dubois recueillit une
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- portion supérieure de crâne, deux molaires et un fémur. Ces ossements, très fossilisés, entourés d’une gangue noirâtre, très dure, n’étaient pas en connexion, car les deux dents se trouvaient à 1 mètre du crâne et le fémur en était éloigné de 15 mètres.
- L’examen et l’interprétation de ces quatre os ont soulevé des polémiques nombreuses, quelquefois violentes dans le monde des anthropologistes.
- Ces diverses pièces ayant été trouvées à une certaine distance les unes des autres, on a d’abord objecté qu’elles pouvaient appartenir à des individus différents. Les conditions du gisement, la façon dont les fouilles avaient été conduites, la corrélation qui existe entre les ossements, conduisent à la conviction qu’ils appartiennent très probablement au même individu. Pour certains, cet individu serait d’origine simienne ; pour d’autres, au contraire, il se rapprocherait des races quaternaires les plus inférieures, telles que la race de Spy.
- l)e ces opinions opposées devait sortir ce qui semble bien l'expression de la vérité : le Pithecan-thropus n’est ni un singe, ni un homme, c’est un être intermédiaire entre ces deux groupes.
- Cette conclusion est des plus importantes au point de vue scientifique puisque le Pithecanthropus peut être considéré comme un précurseur et même un ancêtre immédiat de l’espèce humaine.
- Examinons avec quelques détails les pièces du procès. Et d’abord le crâne. Il est loin d’être complet puisque la calotte crânienne seule est représentée, mais cette portion est suffisante pour donner des indications sérieuses sur le développement cérébral et intellectuel de l’individu. Elle a une forme très surbaissée (tig. 1), le Iront est étroit et fuyant et l’on est frappé de la proéminence exagérée de la portion sus-orbitaire de l’os frontal qui constitue une véritable visière (fig. 2). Latéralement cette région frontale est assez aplatie, de sorte que l’ensemble du crâne présente un aspect piriforme ; la crête occipitale est épaisse et la région pariétale postérieure est fortement aplatie de haut en bas. D’après les calculs de MM. Dubois et Manouvrier, le crâne devait cuber environ 900 à 1000 centimètres cubes : il dépassait donc d’environ 400 centimètres cubes, le maximum trouvé chez les plus grands singes.
- Par tous ses caractères, le crâne du Pithecanthropus se rapproche davantage des crânes humains, même les plus inférieurs, que des crânes des anthropoïdes supérieurs. Néanmoins son volume dénote une trop faible intelligence pour être comparé à un crâne humain. Il a donc dù appartenir à une race intermédiaire entre les anthropoïdes et l’homme.
- On a objecté que ce crâne pouvait être celui d’un homme anormal, d’un microcéphale. Cette hypothèse est peu vraisemblable, car il faudrait un concours extraordinaire de circonstances pour que M. Dubois ait rencontré justement une anomalie.
- Les dents, qui permettent de se rendre compte du développement des os maxillaires et de la face, comprennent une 2e et une 5e molaire supé-
- rieure beaucoup plus volumineuses que celles des hommes. La 5e molaire offre une couronne développée et un grand écartement des racines qui la font placer hors de la série humaine. Sa face supérieure est lisse et montre une dépression centrale.
- La 2e molaire qui représente, comme la troisième, une dent d’adulte est très usée et concave sur sa face triturante. Ces deux dents sont intermédiaires l’une et l’autre par leur grandeur entre celles de l’homme et celles des grands anthropoïdes. « Elles ont donc appartenu à un maxillaire de volume également intermédiaire, ce qui est parfaitement en accord avec les lignes courbes temporales de la calotte crânienne de Trinil. » Comparativement au crâne et au fémur, les dents du Pithecanthropus sont trop fortes pour appartenir à un homme et trop faibles pour un singe.
- Le fémur montre de grands rapports avec celui de l’homme. D’après M. Manouvrier, le savant professeur de l’École d’anthropologie de Paris, qui a publié une série d’études très remarquables et très documentées sur le Pithecanthropus, le fémur correspondrait à un individu d’une taille de lm,60 environ. Il est relativement, grêle. Son caractère saillant est sa forme cylindrique à la région poplitée (à 4 centimètres au-dessous du bord supérieur dés condyles). Tandis qu’à ce niveau les deux diamètres transversaux sont presque égaux sur le fémur du Pithecanthropus, le diamètre transversal est plus grand que le diamètre antéro-postérieur chez l’homme; mais ce caractère n’est ni simien, ni humain. L'indice de section transversale du fémur au milieu de la diaphyse indique certainement une attitude bipède.
- Le fémur de Trinil présente une excroissance très marquée dans la région postérieure sous-trochanlé-rienne. La similitude de celte excroissance avec celles qu’on a constatées à Berlin sur deux fémurs provenant d’individus atteints de carie vertébrale et d’abcès dits par congestion, a conduit M. Wir-chow à considérer qu’il s’agissait ici d’un cas du même genre. La lésion du fémur a pu influer sur quelques-uns de ses caractères, mais les autres attestent nettement une attilude bipède; c’est là le point le plus important à considérer. On a fait remarquer que la forme du fémur de l’homme de Spy, qui est nettement humain, fait songer davantageau gorille que le fémur de Trinil ne fait songer au gibbon.
- Tels sont très brièvement exposés les caractères du Pithecanthropus. M. Dubois a montré les restes de cet être à un grand nombre de savants de l’Europe. A Berlin le fémur fut déclaré humain et le crâne fut attribué à un singe anthropoïde. En Angleterre, en Belgique et en Suisse le crâne et le fémur furent regardés comme appartenant à l’homme. En France, M. Manouvrier montra que le crâne de Trinil, offrant des caractères humains et des caractères simiens très importants, appartenait à un être intermédiaire entre l’homme et les singes. C’est là, sans doute, l’opinion la plus vraisemblable. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de la discussion.
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- LA NATURE
- La ligure -4 montre les rapports du crâne du Pithecanthropus avec ceux du chimpanzé, de Néanderthal et de Cro-Magnon. Malgré les diverses superpositions qu’on a essayé de faire, il a été impossible d’obtenir un crâne ayant une apparence soit franchement simienne, soit lranchement
- humaine. « Ce crâne, dit M. Manouvrier, représente donc le stade morphologique des anthropoïdes très jeunes, stade durant lequel ces animaux se rapprochent de l’homme par d’importants caractères crâniens beaucoup plus qu’à l’âge adulte. Le Pithecanthropus possédait, à Y âge adulte, ces carac-
- Fig.3 __
- Fig. 1, 2 et 5. — Fig. 1. Essai de reconstitution du crâne de Pithecanthropus, d'après M. Manouvrier.
- A. Centre du méat auditif. — A', A", A'". Autres positions essayées de ce centre. — C. Crète occipitale. Fig. 2 et 3. Norma verticalis du crâne de Trinil comparée à celle du crâne de Néanderthal.
- tères du jeune anthropoïde », c’est ce qui permet d’expliquer la divergence des opinions qui l’ont fait rattacher soit au singe, soit à l’homme. « Comme il s’agit d’un adulte le lait est nettement en faveur de l’attribution du crâne à l’espèce humaine, à la condition qu’il occupe un rang morphologique intermédiaire entre celui des anthropoïdes adultes et celui des races humaines les plus arriérées. Du reste, un anthropoïde bipède et marcheur possédant un tel crâne n'est autre chose quun homme inférieur, car il a perdu les traits essentiels qui différenciaient l’homme des anthropoïdes grimpeurs. »
- M. Dubois a cherché quel genre parmi les singes avait pu devenir souche humaine. C’est le gibbon qui présente les plus grands rapports de conformation avec le Pithecanthropus. Son attitude, presque verticale d’ailleurs, qui correspond à des différences anatomiques importantes, devait aider puissamment à la transformation. La race de Trinil, de forte taille et supérieure, au point de vue cérébral, aux races
- anthropoïdes, était dans des conditions excellentes pour survivre dans la concurrence vitale et évoluer vers les races humaines. D’ailleurs « la différence est
- si faible entre le Pi-thecanthropus et l’Homme actuel, qu’il n’y a pas place pour une espèce intermédiaire entre les deux. Le chaînon qui les réunit est suffisamment représenté par la portion la plus arriérée des races sauvages, à preuve les crânes humains isolés, australiens ou autres, que l’on a déjà montrés, comme peu différents, sous divers rapports, de celui de Trinil. » Au point de vue transformiste, au point de vue philosophique, la découverte du Pithecanthropus a donc une importance considérable, puisqu’on peut l’envisager comme un véritable précurseur et même un ancêtre immédiat de l'espèce humaine. Cette découverte comble le fossé qui existait entre les singes et l’homme, et apporte un appui nouveau et éclatant à la doctrine de l’évolution. Ph. Glangeaud,
- Docteur ès sciences.
- --------------- Avvmlvrttui L.
- _______ __.____ Cpomagnon,.
- Fig. 4. — l'roiils superposés après essais de reconstitution du crâne de Néanderthal F”, d’après un moulage de M. Manouvrier. — T. Contour de l’écaille temporale existant sur le moulage. — A. Centre auriculaire commun aux 4 crânes. — o, o', o”, o’". Bord orbitaire ext. — «, n’, n", n"'. Courbure pariétale. La ligure montre bien l’état intermédiaire du crâne du Pithecanthropus.
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- LA NATURE.
- r.i i
- L’ÉTOILE « MIRA. CETI »
- Dès qu’il arrive que les calculs des astronomes ne se vérifient pas, le fait mérite d’être signalé, car,
- on peut le dire sans ironie, c’est évidemment la nature qui se trompe ; et l’on peut affirmer que l’on se trouve en présence non d’une erreur humaine, mais d’un phénomène céleste.
- L’étoile Mira Ceti — la « Merveilleuse » de « la
- Bélier
- Poissons
- l________________________—
- Baleine
- Taureau
- Orion
- '• • *
- E ri d an
- Fig. 1. — Constellations des nuits d’automne. Mira Ceti à son minimum d’éclat.
- Baleine » — est la plupart du temps une étoile de 9e à 10e grandeur, c’est-à-dire invisible à l’œil nu, la visibilité ne s’étendant que de la lre à la 6e grandeur. Longtemps donc elle fut inconnue à l’humanité. A la lunette, on la découvre dans un groupe de petites étoiles de même importance situé dans le nord de la constellation de la Baleine, entre l’Éridan et les Boissons.
- Par les nuits d’automne, quand les magnifiques constellations des soirs d’hiver commencent à remplir le ciel, que le Géant Orion se carre à l’Orient avec son baudrier d’étoiles, que le Taureau s’élançant plus haut nous regarde de l’œil rouge d’Aldébaran, avec, au-dessus de sa tête, le scintillement serré des Hyades et des Pléiades, et que, plus haut encore, plus près du zénith, les énormes clous' d’or d’Andromède s alignent espacés vers l’Occident, dans le Sud-Ouest, au contraire, c’est à peine si l’on remarque un éparpillement de petites étoiles sans importance, dont les plus fortes ne sont que de 2e et
- de 5e grandeur : le Bélier, les Poissons, l’Éridan, la Baleine; et c’est là, dans un trou noir où l’œil ne perçoit rien, sur le prolongement de l’alignement principal des Poissons, c’est là qu’est la Merveilleuse
- (lig. !)•
- Merveilleuse, en effet, car un soir d’août de l’an 1596, le 15, au fond d’une petite haie allemande de la mer du Nord, sur la rive orientale de l’estuaire de l’Ems, à Osterla près Norden, dans l’Ost Frise, c’est-à-dire dans la région occidentale du Hanovre qui confine à la Hollande, le pasteur du village, le Révérend David Fabricius, qui, infatigable observateur du ciel, en connaissait à lond tous les détails et qui, jusqu’alors, n’avait jamais rien remarqué dans ce trou noir, tout à coup l’y découvrit, brillant de l’éclat d’une étoile de 2e grandeur ! (fig. 2).
- Ce fut une grande surprise et un événement. On ne connaissait pas encore d’étoile variable. Quel pouvait être cet astre inconnu? — Quelque signe miraculeux, dût-on penser tout d’abord. — Quelque con-
- Fig. 2. — Mira Ceti à son maximum d’éclat.
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- LA NATURE.
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- flagration formidable, supposerions-nous aujourd’hui.
- Fabricîus observa sa découverte; mais de jour en jour il la vit, sans doute fort attristé, diminuer de grosseur, puis, au bout de deux mois, atteindre les limites de la visibilité, comme un grain de poussièrf de leu, et finalement, en octobre, brusquement s’éteindre.
- Or, elle reparut, par la suite, d’année en année avec des éclats toujours differents, tantôt de 2e tantôt de 5e grandeur, mais toujours à la même place, avec une fixité et une régularité qui bientôt ne permirent [dus de douter de sa permanence en ce point. En 4600, Rayer la désigna dans son catalogue par la lettre grecque o ; peu après, du reste, Eabricius eut connaissance de la découverte, faite en 1609 par Galilée, du grossissement des images au moyen de deux lentilles combinées — origine des lunettes — et il n’est point douteux qu’il n’ait suivi son étoile variable même à son minimum, de concert avec son fils Jean, déjà un homme et un savant, qu’il avait initié à la science et qui venait, depuis quelques années, de publier d’importants ouvrages sur l’astronomie.
- Le studieux pasteur recueillit-il de sa découverte une force nouvelle dans sa mission de châtieur d’hommes, ou peut-être avait-il naturellement un tempérament qui lui donnait de son rôle une conception sévère et acerbe, toujours est-il qu’il s’attira la vengeance d’une de ses ouailles qu’il avait traitée en pleine chaire de voleur. Un soir de 1617, au grand mépris des étoiles, le paysan l’attendit dans un autre coin obscur, mais bien terrestre celui-là — et le tua.
- L’étoile n’en continua pas moins d’être attentivement observée. Hévélius, en 1650, lui donna le nom de Mira, la merveilleuse; Rouillaud, en 1678, calcula sa périodicité et la trouva de 555 jours. Par la suite les calculs de \V. Hersehel ont ramené ce chiffre à 551. Elle est orangée dans son maximum d’éclat, et rouge dans son minimum, couleur des astres qui s’éteignent, rendue plus sensible encore par la clarté bleue des petites étoiles environnantes.
- Puis, comme le nombre des étoiles variables connues se multipliait aux yeux des hommes, surtout depuis le commencement de notre siècle, on ne s’occupa plus autrement de celle-là. Elle fut cataloguée avec les autres, plus étonnante cependant et remarquable entre toutes par l’énorme différence de son maximum et de son mininum, compris, nous l’avons vu, entre la 2e grandeur et la 9e grandeur, et même parfois la 12e. Car, parmi les centaines d’étoiles variables reconnues depuis, celles dont le maximum s’élève à la 2e ou à la 3e grandeur, comme (3 de Persée, 1 du Taureau, 8 d’Orion, a de l’Hydre, sne descendent guère, en minimum, qu’à la 3e ou à la 4e grandeur; celles qui, au contraire, diminuent jusqu’à la 9e, comme U de Céphée, Y des Poissons, T du Bélier, etc., ne s’élèvent pas, dans leur période de maximum, au-dessus de la sixième.
- De plus, les étoiles que nous venons de citer sont
- à variations rapides, avec des minima d’une durée de deux à trois jours, ce qui s’explique, comme le regretté M. Tisserand l'exposait l’année dernière à la Société astronomique, par le passage d’un corps opaque devant leur lumière, justification nouvelle de cette théorie indubitable, que les étoiles sont autant de soleils autour desquels tournent des planètes, comme il en tourne autour du nôtre.
- Avec des variables à longue période, comme Mira Ceti, cette explication n’est plus valable : un corps opaque passant devant son disque ne pourrait vraiment y séjourner 331 jours.
- Enfin, grâce à un minuscule compagnon qu’a l’étoile, on a pu apprécier sou déplacement (car tous les corps se meuvent dans le ciel), et on a vu, que [tendant ce siècle, ce mouvement est demeuré rectiligne et que par suite il ne peut expliquer non plus les maxitna et les minima nombreux et différents observés dans le cours du même siècle.
- La seule explication plausible est donc dans la constitution même de ce soleil, qui, comme le nôtre, mais dans des proportions mille fois plus considérables, aurait des périodes d’activité différente, avec des époques de refroidissement et de recrudescence se reproduisant dans un cycle de 531 jours.
- Or, les choses se sont passées régulièrement jusqu’en 1886. Chaque année, jusqu’à cette date, le maximum s’est présenté à l’heure dite, avec une ponctualité à donner en exemple à nos chemins de fer.
- Depuis lors tout est changé.
- L’étoile avait trois fidèles zélés : M. Bruguière à Marseille, M. Duménil à Yèbleron, M. le colonel Markwick à Gibraltar. Leurs appréciations du moment exact et de l’intensité du maximum ne sont pas toujours exactement conformes, attendu que ce maximum dure environ un mois chaque fois et que, suivant le plus ou moins de vapeurs répandu sur le ciel, le plus grand éclat peut se produire aux yeux d’observateurs differents, soit un peu plus tôt, soit un peu plus tard, suivant les climats. Mais malgré quelques divergences dans les dates, les observations se contrôlent l’une par l’autre et aboutissent à une seule et même conclusion.
- Le premier, en 1887, M. le colonel Markwick crut remarquer un retard de 21 jours sur la date annoncée d’avance par le calcul. L’année suivante, le retard, selon lui, fut de 24 jours, mais toujours par rapport à la date annoncée par les éphémérides, c’est-à-dire de 3 jours seulement si l’on tient compte du retard de l’année précédente. En 1889, les trois observateurs constatèrent le maximum à la date attendue, comme si le retard des deux années précédentes eût été rattrapé ou comme s’il n’eût pas eu lieu.
- De 1890 à 1893, le maximum ne put pas être observé, attendu qu’il était annoncé d’année en année, pour juin, mai, avril et mars, c’est-à-dire en des mois où notre soleil côtoie la Baleine, où par suite cette constellation ne passe au-dessus de notre horizon qu’en plein jour et demeure invisible.
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- Mais, en 1894, le maximum annoncé pour le 5 février ne fut reconnu par M. Ruménil que 15 jours après, et par M. le colonel Markwick qu’au bout de 50 jours. En 1895, le retard fut évalué par M. Du-ménil à un mois environ, par M. Markwick à 58 jours ; en 1896, par le premier à un mois et demi, par le second à 61 jours.
- L’hiver dernier, le maximum annoncé pour le 2 novembre 1896 s’est produit, d'après M. Bruguière, du 25 décembre au 24 janvier 1897, d’après M. Du-ménil du 25 décembre au 25 janvier, d’après M. le colonel Markwick à peu près aux mêmes dates; soit un retard de deux mois et demi en moyenne: c’est-à-dire que, chaque année, même en défalquant le retard de l’année précédente, un nouveau retard se produit. De plus, l’éclat maximum ne paraît pas avoir atteint
- la quatrième grandeur, comme constaté éga-Marcel
- l’a
- lement M. Moye, de deaux.
- Ces enfin, mum
- Bor-
- jours-ci, le maxi-
- Fig. 1. — Carie montrant l’emplacement des mines de Klondike et du Yttcon, dans l’Alaska.
- annonce pour le 50 septembre ne s’est pas encore produit. Aux amateurs du ciel d’observer et de noter l’instant.
- 11 semble donc qu’une périodicité nouvelle s’établisse dans les variations de l’étoile Mira Ceti et que, d’une durée de il mois environ, elle tende à se rapprocher de celle d’une de nos années. Est-ce une activité qui meurt, un refroidissement qui s'accentue? Cette étoile qui dut être une des plus belles de l’univers, puisque, malgré une distance telle qu’on n’a pu en calculer la parallaxe, elle est néanmoins parfois une des plus brillantes du ciel, cette étoile que nous voyons s’éteindre lentement, puis se rallumer soudain comme un bûcher qui va mourir, comme un moribond qui se raccroche à la vie, sent-elle en ce moment le frisson du trépas se faire plus glacial et l’étreindre plus étroitement? C’est ce que l’avenir nous apprendra, lorsque d’autres observations auront pu être faites.
- Mais quelle étrange et grandiose agonie que celle d’un soleil, et à quels mystérieux spectacles il nous est donné d’assister du fond de notre ombre, de la surface de notre petit globe obscur qui roule aussi dans le même espace infini ! Gaston Armelin.
- L’OR DANS LES RÉGIONS ARCTIQUES
- Il y a trois mois, le bruit se répandait de l’existence d’un nouvel Eldorado, à l’extrémité de l’Europe, aux limites de la Dominion du Canada et de l’Alaska. Le froid est intense, le thermomètre descend à —65° F., et le travail n’est possible que pendant les trois mois d’été. La végétation est nulle, elle est représentée par quelques pins tristes et rabougris. Les animaux eux-mêmes ont fui ces régions désole'es ; le poisson est peu abondant dans les mers; quelques Esquimaux, quelques misérables Indiens1 représentent seuls la vie et le mouvement. Mais l’or est là (tig. 1); il se rencontre en quantité fabuleuse qui dépasse tout ce que nous savons
- de l’Australie, de la Californie ou de l’Afrique Australe. Le précieux métal se trouve soit dans les alluvions du Yucon2 ou de ses affluents, le Klondike, le Stewart River, l’Indian River, d’autres encore, où il se présente sous la forme de poussière ou de pépites. Quelques Canadiens exploitent ces alluvions par les procédés les plus primitifs et obtiennent l’or en abondance. Le gouvernement de la Dominion a déjà limité les concessions ou daims*. Chaque claim mesure 500 pieds de longueur; la largeur en général est de 666 pieds. Mais cette largeur est de peu d’importance; à mesure que l’on s’éloigne de l’eau, l’or diminue et finit même par disparaître. Les mineurs mènent la vie la plus misérable qui se puisse concevoir. L’hiver polaire, la longue absence du soleil, la difficulté des communications, le manque de nourriture, souvent les tortures de la faim les déciment. La vue de l’or, l’espérance d’une fortune rapide, font oublier toutes les souffrances.
- Les difficultés du séjour sont peu de chose à côté de celles du voyage. Il faut atteindre des côtes inhos-
- 1 Les Rare Indians, les Dog Rib Indians.
- 2 Le Yucon, un des plus grands fleuves du globe, se jette dans la mer de Behring après un parcours d’environ 2600 miles dont 16 à 1800 sont navigables durant l’été.
- 5 Un mineur ne peut obtenir qu’un seul claim dans le môme district.
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- pitalières sans ports, sauf Dyœa et Juneau où l’on ne peut aborder que pendant l’été. 11 faut traverser des déserts de glace, faire des ascensions dangereuses, sans abri, sans chemins, sans eau, traînant avec soi, les vêtements, les outils indispensables, les provisions nécessaires pour un long hiver avec le seul secours de quelques Indiens paresseux et voleurs qui abandonnent sans scrupule l’émigrant pour risquer au jeu, leur passion favorite, l’argent qu'ils n’ont pas encore gagné et que souvent ils exigent d’avance.
- Un courrier de la poste raconte le voyage qu’il lit en 1895, année des plus favorables, puisque le thermomètre ne lut jamais au-dessous de 44° F.
- La glace était si abrupte, qu’il fallait se frayer un jtassage à coups de hache pour permettre au traîneau d’avancer. A Forty Mile Creek, la nourriture de ses chiens lui coûta 215 dollars (1075 francs) et cette nourriture, qu’il lui fallut souvent partager avec eux, consistait surtout en jambon tellement-pourri qu’on était forcé de le faire bouillir hors du campement, à cause de l’insupportable puanteur qu’il dégageait.
- M. de Windt a parcouru la distance de Dyœa au Klondike avant que la fièvre de l’or n’eût tourné toutes les têtes. La traversée des gorges du Chilkoot à plus de 4000 pieds d’altitude était la partie la plus dangereuse du voyage (iîg. 2). A partir du point où la végétation s’arrête, elle devient hasardeuse. Le froid était intense; sur quelques points, la montagne est à pic. Il n’existe aucun sentier et if serait même difficile d’en établir un ; le rocher offre si peu de sécurité, que le passage d’un homme suffit pour
- déplacer un boulder et l’envoyer rouler dans la vallée, entraînant avec lui tout ce qui se trouve sur la route ; des crevasses montrent le danger auquel une chute expose; des nappes d’une neige fine et blanche semblent présenter moins de danger ; mais, minées par des eaux souterraines, elles sont terribles et trompeuses. « J’ai fait depuis quinze ans, ajoute M. de Windt, de rudes voyages en Sibérie, dans l’ile
- de Bornéo, dans la Tartarie chinoise, aucun n’a offert des difficultés comparables à celui du Yucon. a Enfin le voyage est terminé ; les redoutables fiasses sont franchies ; l'émigrant est dans le pays de l’or, the gold fields; il peut repaître ses yeux du métal qui le fascine. L'ouvrier qui n’a pu obtenir un claim, tous sont actuellement concédés, gagne d’après les dernières nouvelles qui me parviennent jusqu’à 8 francs par heureL Même au haut prix des denrées, si sa santé se maintient, s’il sait s’abstenir du dangereux alcool, il lui reste un béné-| lice fort appré-j ciable. Quant au ; propriétaire, son j gain est plus aléa-i toire. Il est des concessions très riches, il en est de médiocres; dans les meilleures même, l’abondance de l’or varie d’une semaine et souvent d’un jour à l’autre. M. Ogilvie, le commissaire canadien, dans un rapport officiel cite des faits curieux. Tel claim, dit-il, à Miller’s Creek donnera cette année de 75 à 80 000 dollars. Les détails qui arrivent de Bonanza Creek sont presque incroyables.
- 1 Mad. Scliavv, fille d'un orientaliste français bien connu, M. Schœbel, s’est engagée comme cuisinière, dit le Figaro, à raison de ‘20 dollars, soit 100 francs par ’our !
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- Un homme, en lavant les alluvions, peut gagner de 1000 à 12 000 dollars par jour. Le roc est encore loin d’être atteint, et un claim de 500 pieds pourra donner d'ici à quelques années 4 millions de dollars, 20 millions de francs! Quant aux filons de quartz aurifère, leur puissance reconnue iusqu’ici varie en
- moyenne de 5 à 8 pieds et atteint sur certains points jusqu’à 12 pieds 1/2; ils pourront produire jusqu’à 100 dollars par tonne; mais tandis que les alluvions sont facilement travaillées par des ouvriers isolés, les filons ne peuvent être traités avec profit qu’au moyen des ressources de la grande industrie moderne
- Fi*;, o. — Placera des mines de Klondike.
- impossible dans les conditions économiques actuelles. « Ces conditions se modifieront rapidement, continue M. Ogilvie. Quant aux conditions climatériques,
- Fi*;. I. — Cabanes de mineurs sur les bords du Yucon.
- nous arriverons à les vaincre », ajoute-t-il avec la confiance inhérente au caractère anglais.
- À mesure que ces faits se répandaient dans le
- Fig. 5. — Un traîneau attelé de chiens sur le Yucon,
- public, l’émotion était extrême. Bientôt la fièvre de l’or battait son plein et il faut lire les journaux américains pour comprendre son intensité. Le rush atteint des proportions insensées; du Canada, des États-Unis, de l’Australie, de l’Atlantique au Pacifique, les émigrants accourent en foule ; ni les difficultés du voyage, ni le froid, ni la faim, ni les avertissements des gouvernements, ni les sages con-
- seils des explorateurs connaissant la région ne les arrêtent. L'auri sacra famés, les récits encore amplifiés et exagérés par des spéculateurs intéressés dissipent toute crainte, toute hésitation1. A New-
- 1 On cite des faits extraordinaires. Un Européen, nommé Cormach, aurait gagné en trois jours d’un travail très irrégulier 1200 dollars. Un mineur extrayait d’un seul pan 338 dollars; M. Ogilvie voulut essayer à son tour, il arriva à 560 dol-
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- York, à S a n-Franci sco, les agents, les armateurs ne savent qui entendre. Chacun veut partir immédiatement, partir à tout prix ; tous les bâtiments, quelle que soit leur vitesse ou leur tonnage, sont nolisés, les trains qui arrivent du Sud, de l’Est, de l’Ouest, sont bondés d’émigrants, et tous les steamers du Canada et des États-Unis ne suffiraient pas à transporter ceux qui se présentent.
- Les conséquences de cet état de choses sont déplorables. Un correspondant du Daily Chronicle, qui vient de visiter les deux ports de Dyœa et de Skagway, transmet les détails les plus lamentables : 7 000 hommes sont là, entre la mer et la montagne sur un espace d’environ 18 miles; des centaines d’émigrants arrivent chaque jour et ajoutent à l’inextricable confusion. Chacun s’efforce de pousser en avant; le trait, un misérable sentier indien, est bloqué par les boulders qui écrasent les hommes, par les torrents qui les entraînent, obstrué par les carcasses de chevaux, par les amoncellements d’effets de tout genre, abandonnés par force. On croit assister à la retraite d’une armée en déroute. Les souffrances au mois d’août sont presque intolérables, on peut juger ce qu’elles seront au mois de novembre, quand les grands froids commencent. Les provisions seront épuisées, aucun ravitaillement n’est possible et tout homme qui arrive actuellement dans la région doit s'attendre à la mort la plus cruelle, la mort par la faim! Il faudrait répéter ces mêmes tristes scènes; à Klondike, 6000 mineurs y sont actuellement agglomérés, tout départ est impossible, les vivres ne peuvent suffire jusqu’à la belle saison, et il n’existe en abondance que des boissons alcooliques !
- Et cependant, s’il faut le conquérir par d’incalculables misères, l’or est là en quantité. M. Brat-nober, ingénieur envoyé par la maison Rothschild, vient de revenir de son périlleux voyage. Il déclare qu’il n’y a aucune exagération dans les récits parvenus en Europe sur la prodigieuse richesse de ces mines; mais des années, ajoute-t-il, sont nécessaires pour l’exploration complète du pays. M. Ogilvie, que nous avons déjà cité, affirme que les 600 daims déjà concédés dans la région du Klondike donneront à leurs propriétaires 70 millions de dollars. Nous avons aussi sur ce point l’opinion du I)r Dawson, un des éminents géologues de nos jours, qui a visité le pays. «Larégion duYucon, dit-il,est l’extension du système de montagnes qui de la Californie traverse la Colombie et une grande partie du Canada. Les filons de quartz aurifère se poursuivent partout. Partout aussi, les rivières, les ruisseaux charrient de l’or. Sans doute l’or des alluvions s’épuisera, mais l’exploitation du quartz aurifère doit, avec une
- lars ! M. de \Yindt, dont l’affirmation n’est point suspecte', a connu un chauffeur qui gagnait 8 dollars par mois, sur un des bateaux qui font le service du Yucon ; il revenait des mines d’or avec 170 000 dollars gagnés en quelques mois. Veut-on un autre fait? Pendant que j’écris ces lignes, un télégramme venu de Victoria (Vancouver) annonce l’arrivée d’un ouvrier avec de la poussière d’or recueillie à Stewart River pour une somme à peu près semblable.
- production variable, durer de longs siècles. Le plus' grand danger qui menace ces nouvelles découvertes et leur exploitation régulière gît dans les compagnies fictives, dans la spéculation éhontée. » Tel est le sage avis de M. Dawson : on ne saurait mieux conclure. Mis de Nadaillac.
- Rougemont, octobre 1897.
- LE PSEUDO-CENTENAIRE
- DE LA HOUILLE
- Les journaux belges, et à leur suite la plupart des quotidiens français, ont récemment proposé de fêter le 700eanni-versaire de la houille, sous prétexte qu’un nommé Hullioz, de Liège, aurait découvert, en 1197, les propriétés de cet utile minéral. Peu nous chaut qu’on célèbre un tel centenaire! Ce qui nous importe, c’est de faire remarquer que les titres de priorité du sagace liégeois sont des plus problématiques. En réalité, le charbon de terre est connu depuis fort longtemps. Le naturaliste Théophraste, qui mourut vers 287 avant J.-G., parle du litlianthrax, le « charbon de pierre », dont se servaient les forgerons grecs. De nombreux textes latins du moyen âge mentionnent également la houille, et une charte de 855, relative aux redevances dues à leur suzerain par les vassaux de l’abbaye de Peterborough, montre qu’elle était employée alors, en Angleterre, pour les usages domestiques. Toutefois, c’est seulement vers 1540 que des industriels anglais obtinrent la permission de brûler du charbon de terre, car on le considérait, à cette époque, comme dangereux pour la santé publique. Hullioz n’a donc pas le mérite d’avoir trouvé la « sorte de terre noire » avec laquelle il se chauffait. Les textes des historiens flamands, signalant l’existence de diverses exploitations houillères dans la principauté de Liège, en 1228, et dans le Hainaut, en 1229, ne présentent d’ailleurs pas autant d’intérêt que le croient nos confrères, puisque aucun paysan belge, depuis l’année 4049 environ, n’ignorait les propriétés du précieux fossile. En France, d’après des pièces existant aux Archives de Saint-Étienne, il appert qu’on l’employait dans cette ville au milieu du treizième siècle. Au cours du siècle suivant, les houillères de Roche-la-Molière furent ouvertes et un acte de 1489 indique que les habitants de Brassac tiraient, depuis un temps immémorial, leur chauffage du sol. Enfin, le premier édit réglementant les mines françaises date de juin 1601. Mais la mise en valeur des filons les plus riches remonte au dix-huitième ou aux premières années du dix-neuvième siècle. Pierre Mathieu, villageois de Lodeluisart, découvrit la fameuse mine d’Anzin, le 24 juin 1754. L’exploitation de celle de Car maux date de 1759 et celle d ' Alais de 1809. Quant aux autres pays d’Europe — excepté l’Allemagne qui dès le treizième siècle utilisa la houille de quelques-uns de ses bassins, — ils méconnurent, jusqu’au milieu du dernier siècle, leurs principaux gisements carbonifères. Jacques Boyer.
- IA FOIIïA DE PISIN0
- (istrie)
- C’est surtout par Tun des romans de Jules Verne (.Mathias Sandorfj') que l’on connaît en France la, Foiba ou Buco de Pisino, un des plus imposants
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- gouffres du Karst autrichien : dans ses profondeurs le prestigieux conteur fait évader son héros, qui, après une longue navigation souterraine sur un tronc d’arbre, revoit miraculeusement le jour, à 20 kilomètres au sud-ouest, au fond d’un golfe de la côte adriatique, appelé le canal de Lente. En imaginant cette communication entre les deux points, Jules Verne n’avait lait que respecter et embellir une croyance populaire locale, réduite à néant le 25 septembre 1895 par M. Putick et moi-même.
- Ce jour-là, en effet, avec l’aide de deux ouvriers des grottes d’Adelsberg (Wilher et Sebenick) et au moyen d’un bateau pliant en toile, nous avions réussi à faire connaître pour la première fois la réelle disposition souterraine de l’abîme de Pisino.
- A l’extérieur, c’est une vallée, celle de la rivière nommée Foiba, qui se ferme brusquement par un cirque de falaises presque partout verticales, hautes, à l’ouest (sous la route de Parenzo), de 150 mètres, au sud (sous la route de Pola), de 100 mètres1, à l’est (sous le château de Pisino), de 80 mètres. La rivière arrive par le nord : et il est peu de spectacles naturels plus grandioses que celui de ce Buco, gouffre large de 150 à 200 mètres, dont les crêtes taillées à pic sont cou-ronnée§ par les maisons mêmes de la ville.
- En temps ordinaire la rivière de la Foiba, qui a un débit subordonné à l’importance des pluies régionales, trouve un écoulement suffisant dans une caverne pratiquée à l’angle le plus profond et le plus méridional du gouffre, par 190 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer2. Mais, après les grandes précipitations atmosphériques, l'orifice de cette goule est trop’ étroit pour absorber tout le torrent gonflé, qui reflue alors dans la vallée d’amont, en submerge les terres et prairies, et la transforme en un lac temporaire plus ou moins étendu. On affirmait que parfois le niveau de l’eau s’élevait dans le gouffre jusqu’à 40 mètres au-dessus du seuil de la caverne.
- Notre expédition de 18953 * 5 avait fourni l’expli-
- 1 Et non pas 57 mètres comme le dit Reclus (Géographie,t. 111, p. 259).
- 2 Celle de 240 mètres donnée par Staclie ( Wtisser Versor-
- gimg von Pola, p. 44) ne se rapporte pas au seuil même de
- ia caverne et est en tous cas fort exagérée.
- 5 L’expédition du comte Essdorlî, relatée par Ch. Yriarte [Les Bords de l'Adriatique et le Monténégro, p. 110 et 121 avec un dessin très inexact), paraît apocryphe, ou tout au moins très fantaisiste.
- cation de ces engorgements périodiques ; nous avions en effet reconnu que, souterrainement, la caverne se compose d’abord d’une longue galerie de 100 mètres, large de 5 à 15 mètres, haute de 6 à 15 mètres, pratiquée aux dépens des fissures naturelles de la roche et coupée de plusieurs petits ressauts, qui la font descendre d’environ 10 mètres; le ruisseau, aussi faible que possible le 25 Septembre 1895, formait sur et entre ces ressauts de petites casca-telles et flaques d’eau qui le menaient jusqu’à la deuxième partie de la caverne, formée d’une seule grande salle ovale : cette salle, longue de 80 mètres et large de 10 à 50, était tout entière occupée par un grand lac, profond, au point le plus creux, de 13m,50, au-dessus du niveau duquel (altit. 180 mètres), la voûte s’élevait à 10 ou 12 mètres. Nul mouvement ne se manifestait à la surface du lac, clos' de tous côtés par des parois rocheuses plongeant dans l’eau, et ne nous livrant aucune issue: évidemment l’écoulement ne s’effectue que par un siphon d’orifice invisible. Il faut même que la section de ce siphon soit petite, pour que le lac temporaire se forme au dehors, après les pluies, et mette, comme on le prétend, trois ou quatre jours à se vider.
- Ainsi nous avions pu expliquer, mais malheureusement sans réussir à y remédier, la j cause du lent écoulement des crues de la Foiba.
- Nous n’eûmes point à regretter cependant que la découverte de quelque longue grotte ne nous eût pas retenus toute la nuit sous terre, car le lendemain même, peu d’heures après la fin de notre investigation, un violent orage gonflait la Foiba et bloquait bientôt l’entrée de la grotte.
- RELEVÉS BAROMÉTRIQUES ET ALTITUDES DE LA LOCALITÉ Altitudes des cartes officielles. Observât, barométr
- Pisino gare 297”,858 298”, »
- Pisino place.. Pisino, sommet ouest 262 261”, a
- du Buco 321 520”, »
- Terrasse du château... 270”, »
- Seuil de la caverne.. .. i 25 190”, »
- Surface du lac....... . [ sept. 180”, »
- Fond du lac ) 1895 166™,50
- Niveau de l’eau (15 oct. 1896). 240”, ),
- Trois ans plus tard, me trouvant à Trieste pen-I dant les formidables pluies de la mi-octobre 1896, j qui précipitèrent en 12 heures 154 millimètres d’eau ! sur cette ville le 14 octobre, et permirent aux gon-
- 270
- parce
- Niveau du 75 Octobre 1896
- ' Seui 1 dô 1 acaverney'TQ?
- tqgjj—*:‘'eaudu25S*at. 1893 3'80-
- Échelle
- o jo 20 6o âo jooJtfèt'.
- Coupe de la Foiba
- Fig. 1.
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- 348
- LA NATURE.
- doles (le 15 octobre) de voguer un instant sur la place Saint-Marc, à Venise, j’appris que le Buco de Pisino se disposait à se remplir au delà des limites connues. Je saisis avec empressement cette occasion unique de constater authentiquement un si curieux phénomène hydrologique : et le 15 octobre au matin j’arrivais à Pisino avec mon ami M. J. Marini tsch, de Trieste.
- Le long du parcours en chemin de 1er nous eûmes l’étrange spectacle du Karst complètement inondé : toutes les crevasses, tissures et cavernes de ce plateau, d’ordinaire si affreusement sec, devaient être remplies d’eau jusqu’à refus, car les moindres dépressions (dolines) du sol étaient transformées en étangs.
- A Pisino l’aspect, de l’hémicycle était extraordinaire, comparé à celui qu’il m’avait présenté lors de ma première visite; la profondeur du Buco était réduite de moitié, les eaux s’étaient élevées non pas seulement à 40 mètres, mais bien à 50 au-dessus du seuil de la caverne, c’est-à-dire à 30 mètres au lieu de 80 au-dessous de la terrasse du château ; au pied de cette terrasse s’étendait, jusqu’à 3 kilomètres de distance en amont dans la vallée, un lac d’eau jaune toute salie par les terres qu’entraînait l’inondation.
- Plusieurs photographies , dont deux reproduites ci-dessus, m’ont permis d’enregistrer alors l’état exact des lieux.
- Dans le Buco même la surface de l’eau ne trahissait pas le plus petit mouvement, exactement comme
- celle du lac souterrain découvert en 1893 : j’avoue que je fus secoué d’un involontaire frisson rétrospectif, en songeant, le 15 octobre 1896, que la
- grande salle où nous ^^ avions, trois ans plus
- tôt, si tranquillement navigué avec Putick, était à l’heure actuelle tout entière transformée en siphon sous une pression de 60 mètres d’eau.
- Un a vu plus haut le tableau de mes relevés barométriques et des altitudes de la localité. La coupe (fig. l,p.547), complète les explications qui précèdent, dont voici la conclusion théorique :
- L’eau, en temps de crues, peut arriver à exercer dans le siphon terminal de la Foiba une pression de 7 atmosphères : il est facile de comprendre que, sous l’effort considérable d’une pareille colonne d’eau, les strates rocheuses et les tissures souterraines puissent se décoller et se disjoindre. Bref la pression hydrostatique doit être considérée pour les crevasses du sol comme un important facteur d’agrandissement, concurremment avec l’érosion mécanique et la corrosion chimique.
- Il est probable, dans le cas particulier de la Foiba, que sa caverne n’est pas terminée, qu’elle est destinée à s’agrandir encore, et qu'un jour peut venir où la répétition des crues et de leurs efforts hydrauliques défoncera et ouvrira en galerie le siphon qui forme l’obstacle actuel. E.-A. Martel.
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- Fig. 2. — Foiba de Pisino, le lo octobre 1896. Angle sud-ouest au-dessus de la caverne. (D'après une photographie de l’auteur.)
- Fig. 3. — Foiba de Pisino, le lo octobre 1896. Vue générale prise de .l'entrée du Iîuco. (I)’après une photographie de Fauteur.)
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- PHOTOGRAPHIE D’EFFLUYES HUMAIN ET MAGNETIQUE
- Le corps humain dégage-t-il un lluide spécial susceptible de certaines manifestations physiques et psychiques? La question est discutée depuislong-temps; les adeptes du magnétisme et de l’hypnotisme prétendent que oui et d’après eux les sujets endormis voient se dégager des effluves colorés en rouge ou en bleu, aussi bien du corps humain que d’un barreau aimanté.
- Plusieurs expérimentateurs eurent l’idée de chercher dans la photographie une preuve tangible de ce fait ; mais certains"d’entre eux voulurent aller un peu loin et les interprétations fantaisistes qu’ils donnèrent aux clichés obtenus dans des conditions spéciales, auraient fait le plus grand tort à la méthode, si d’autres plus sérieux et d’une bonne foi indiscutable, parmi lesquels il faut citer MM. de Rochas, de Luys et David, n’avaient conduit les recherches de ce côté avec un es prit plus scientifique.
- En prenant une plaque sensible et en posant dessus un aimant ou les doigts, pendant que la glace est dans le bain révélateur, ils obtiennent, après fixage, des traces d’effluves formés de lignes ou pinceaux disposés symétriquement autour du point de contact. Cette façon d’opérer a été critiquée, notamment par le Dl Guebhard, qui démontra que toute plaque au gélatino-bromure 'd’argent, laissée pendant assez longtemps dans un bain révélateur au repos, donne sur
- toute sa surface une image composée de lignes assez régulièrement disposées formant un cloisonnement, qu’on ne saurait mieux comparer qu’à celui de la porcelaine craquelée, et qui se modifie au voisinage de corps quelconques posés sur la gélatine. Tous les photographes savent, du reste, qu’une pression un peu forte, une ligne tracée, même légèrement avec une pointe émoussée sur une feuille de papier posée sur la gélatine d’une plaque, laisse des traces fort apparentes après le développement du cliché. Pour répondre à ces objections, M. Ch. Brandt, secrétaire du journal la Radiographie, a eu l’idée d’opérer non plus sur la
- gélatine, mais du côté du verre et nous reproduisons ci-contre deux des clichés obtenus par lui, l’un avec un puissant aimant (fig. 1), l’autre avec les doigts (fig. 2). Il place la plaque dans une cuvette noire, la face sensible en dessous, en la faisant reposer sur de petits supports afin qu’elle ne touche pas le fond de la cuvette; puis il verse un bain révélateur à l’hydroquinone de façon à la baigner complètement et agite la cuvette pour chasser les bulles d’air qui se trouvent dessous.
- Il pose ensuite l’aimant ou les doigts sur le verre pendant environ 10 minutes ou un quart d’heure et fixe à l’hyposulfite comme d’habitude.
- Pour l’aimant nous ne voyons pas trop quelle
- Fig .1. — Photographie d'effluves magnétiques obtenue en plaçant un aimant sur le verre de la plaque sensible. (Cliché de M. Ch. Brandt.)
- Fig i. — Photographie d’eflluves de la main, obtenue en plaçant les doigts sur le verre de la plaque sensible. (Cliché de M. Ch. Brandt.)
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- LA NATURE.
- objection subsiste; pour la main on pourrait encore attribuer le résultat obtenu à la chaleur. Mais en la remplaçant par un gant dans lequel on a versé du mercure chauffé à 40° on n’obtient rien de semblable.
- 11 nous paraît donc rationnel d'admettre que l’aimant a une action sur l’émulsion au gélatinobromure d’argent et que le corps humain dégage un fluide ayant une action analogue. Pour le moment nous ne tirerons pas d’autre conclusion des résultats obtenus par M. Ch. Brandt; mais il est probable que sa méthode va être l’objet d’expériences nombreuses et variées et qu’elle trouvera, dans le domaine physique aussi bien que dans le domaine psychique, des applications inattendues.
- G. Maresciial.
- CHRONIQUE
- Une variété cannelle du Merle noir. —
- M. A.-J. Lawford-Jones, du Post Office Savings bank, vient de donner à la Société zoologique de Londres un oiseau vivant qui peut compter parmi les spécimens les plus intéressants qu’ait reçus, depuis de longues années, le Jardin de cette Société. L’oiseau, dit M. Jones, appartient à l’espèce du Merle vulgaire (Turdus mer nia), mais représente une variété de couleur extrêmement rare. 11 se rattache à la catégorie des albinos et a, comme eux, les yeux roses; mais son plumage est en majeure partie d’un roux cannelle, passant au jaune crème sur la poitrine qui est tachetée de brun. C’est une variété beaucoup moins commune que le fameux Merle blanc. Ce Merle a été pris, peu de temps après sa sortie du nid, dans la propriété de Wigmore à llolmwood (Dorking) ; il s’était empêtré dans des lilets disposés pour protéger les cerises. Placé dans la volière de M. Jones, il a subi une mue qui a fait tomber les plumes du corps, mais celles-ci ont été remplacées par des plumes identiques comme couleur. L’oiseau qui a le bec d’un jaune orangé brillant et qui, de l’avis de tous les ornithologistes qui l’ont examiné, est certainement un mâle, se trouve maintenant isolé dans une volière des Zoological Gardens où il serait bien à désirer qu’on pùt lui donner bientôt pour compagne une femelle de son espèce, exactement semblable comme plumage, afin de perpétuer cette curieuse variété.
- La chaîne et les engrenages. — Le développement de la bicyclette et de la locomotion automobile maintient à l’ordre du jour la question si controversée de la supériorité de la chaîne sur l’engrenage, ou vice versa, comme mode de transmission de la puissance du moteur, animal ou mécanique, aux roues motrices. M. R. C. Car-penter, professeur de mécanique à l’université de Cor-nell (Ithaca), vient de faire faire un pas important à la question en entreprenant une série de minutieuses expériences pour déterminer les rendements respectifs des deux systèmes concurrents, et il est arrivé à cette conclusion qu’aucun engrenage ne peut valoir la chaîne, tant au point de vue du rendement qu’à celui de la durée. Il a trouvé, en particulier, qu’avec une chaîne de bicyclette bien construite, et ayant roulé pendant près de 4000 kilomètres, les pertes par frottement sont comprises entre 1/2 et 3/4 pour 100 de la puissance transmise. Pour des chaînes moins bien établies, la perte a varié entre 2
- et 5 pour 100. Une vieille chaîne dont le pas ne coïncidait plus avec ceux de la roue et du pignon donnait une perte inférieure à 10 pour 100. Aucun engrenage conique construit jusqu’ici n’a, paraît-il, fourni d’aussi bons résultats, et M. le professeur Carpenter conclut de ses expériences que, dans les meilleures bicyclettes à engrenages coniques, la perte dans la transmission doit être au moins quatre fois plus élevée qu’avec une chaîne ordinaire et six fois plus grande qu’avec une excellente chaîne. La différence tient à ce qu’un engrenage conique nécessite un ajustage minutieux, tandis que la chaîne a des exigences mécaniques beaucoup moins sévères. La parole est maintenant aux Acaténiens.
- Cinématographies spirites. — Après le domaine du réel, le cinématographe peut et va bientôt franchir le domaine de l’irréel et de l’incompréhensible, pour peu que nos cinématographistes veuillent bien mettre en pratique une idée qui nous est suggérée par notre fils, un gamin de quatorze ans pour lequel la photographie animée et l’inanimée ont certainement moins de secrets que la grammaire grecque. Notre jeune inventeur qui s’est amusé cet été à photographier, en manière de distraction photographique, une de ses petites amies déjeunant avec elle-même, s’est dit que le procédé pourrait s’étendre aux bandes cinématographiques, en faisant passer deux fois la même bande dans l’appareil, et en posant deux scènes complémentaires convenablement réglées dans l’espace et dans le temps pour éviter tout quiproquo et toute invraisemblance. On pourrait représenter par exemple, M. X, déjeunant avec M. X; M. Y, se disputant et se battant avec lui-même ; M. Z, s’assassinant lui-même, etc., toutes scènes à deux personnages rigoureusement identiques obtenues avec un seul. 11 est certain qu’une scène de ce genre bien réussie intriguerait fort les spectateurs non initiés — c’est le plus grand nombre — pour peu qu’elle soit jouée par un personnage d’une physionomie bien caractéristique. Espérons qu’un de nos entrepreneurs de cinématographes mettra à profit l’idée que nous lui suggérons.
- La pèche «lu platine. — C’est presque le mot qu’on peut employer pour indiquer la manière bizarre dont les riverains de la rivière Tura, dans le gouvernement deTomsk, recueillent le platine qui abonde dans les sables de ce cours d’eau. Ils construisent un radeau, puis y fixent à l’arrière, et sous l’eau, une sorte de soc de charrue qui laboure l’eau, suivant leur expression; les sables du fond sont entraînés dans une sorte de canal en bois, puis de là passent dans une cuve garnie de branches de pin, où se trouve arrêté le métal, par suite de sa densité spécifique. Il paraît que cette méthode si primitive rapporte suffisamment à ceux qui la pratiquent.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 octobre 1897. — Présidence de M. Chatin.
- Mesure de l'altitude des ballons. — Les aéronautes déterminent l’altitude de leur ballon à un moment donné à l’aide d’une formule imaginée parLaplace, dans laquelle entre la hauteur du baromètre de la nacelle à l’instant considéré. Quel est le degré d’exactitude de cette formule, lorsqu’il s’agit, comme dans ce cas, d’un ballon planant dans l’atmosphère? Tel est le problème que M. Cailletet a entrepris de résoudre en faisant appel à la photographie. 11 a imaginé un appareil qui a été construit par M. Gau-
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- mont et qui se compose d’une caisse prismatique en bois que l’on suspend au-dessous du ballon par un système assurant à son axe une direction à peu près verticale. Aux deux extrémités de cet axe la caisse est fermée par un objectif convenablement diaphragmé. L’objectif inférieur est destiné à photographier le sol, l’objectif supérieur à photographier un baromètre anéroïde bien «talonné placé à son lover. Un mouvement d’horlogerie, disposé à l’intérieur de la boite, fait mouvoir des obturateurs qui s’ouvrent, en même temps, de deux en deux minutes, et permettent aux rayons lumineux de pénétrer dans l’appareil. Une pellicule de celluloïd sensible reçoit sur ses deux faces l'action des rayons lumineux. Cette pellicule se déroule entre les objectifs au moyen d’un mouvement indépendant. Les images obtenues ont 15 sur 18 centimètres. Elles donnent en même temps que la vue du sol l’image du cadran du baromètre et celle de l’aiguille. Or, connaissant la distance focale de l’objectif, la distance sur le sol de deux des points photographiés et leur distance sur l’épreuve, on peut calculer aisément avec une précision comprise entre l/500e et 1/1000°, la hauteur de l’aérostat, au moment où l’épreuve a été prise. Comme on connaît également, par la pellicule, la pression barométrique, on peut calculer l’altitude que donnerait la formule de Laplace et déterminer, par suite, le degré d’approximation fourni par cette formule. Cet appareil a reçu la consécration de l’expérimentation. MM. Hermite et Besançon l’ont suspendu à un ballon qui les a emportés dans l’atmosphère, le 21 octobre. Le ballon avait été donné par M. Balaschoiï; quant aux frais de l’appareil ils ont été couverts par M. le Prince Boland Bonaparte. Ce ballon, parti de l’usine à gaz de La Villelte, a atterri à Cosné-le-Vivieu (Mayenne) en 5h50m, marchant avec une vitesse horizontale moyenne de 85km,5. Malheureusement il n’a pu dépasser 2500 mètres d’altitude. L’appareil de M. Cailletet a parfaitement fonctionné et l’auteur montre aujourd’hui 26 photographies très nettes obtenues au cours du voyage. Il a d’ailleurs perfectionné son appareil en vue de l’adapter aux ballons sondes, destinés à pénétrer dans les couches élevées de l’atmosphère. Les mouvements ont été soustraits à l’action des froids excessifs que l’on rencontre à ces altitudes élevées, par un emploi ingénieux de la chaleur emmagasinée par l’acétate de soude surfondu.
- Découverte d'un aven dans les omisses. — M. Gaudry présente une Note de MM. A. Martel et Viré sur un aven qu’ils viennent de découvrir et d’explorer dans le département de la Lozère, sur le Causse Mejean. Cet aven portera le nom d’aven Armand. 11 s’ouvre à une altitude de 960 mètres et s’enfonce à une profondeur de 207 mètres. C’est le second par ordre de profondeur de tous ceux qui ont été découverts en France. 11 traverse plusieurs étages de formations jurassiques secondaires. C’est un goutfre d’érosion qui s’est formé par l’écoulement de quelque lac du quaternaire. Il aboutit à une grotte de 100 mètres de longueur sur 60 mètres de largeur et 40 mètres de hauteur qui offre l’admirable spectacle d’une forêt de stalagmites de calcaire brillant dont la hauteur varie entre 5 et 50 mètres. A ce titre, cette grotte est unique, car la plus haute stalagmite connue — celle de la grotte d’Aggtalek (Hongrie) — n’atteint que 20 mètres.
- Une nouvelle ampoule pour la production des rayons X. — M. Lippmann présente une Note de MM. Seguv et Gun-delag au sujet de l’invention d’une ampoule produisant les rayons X dans des conditions exceptionnellement favorables. Les propriétés de cette ampoule tiennent unique-
- ment à la qualité du verre employé. Ils incorporent dans le verre dont ils se servent de l’alumine et du chlorure de didime et obtiennent ainsi un verre à phosphorescence rouge produisant deux fois plus de rayons X que les verres ordinaires et ayant, en outre, des avantages spéciaux au point de vue de la perception oculaire de l’écran phosphorescent par les personnes très nombreuses atteintes de daltonisme.
- Découverte d'un chéiroptère du miocène. — M. Gaillard du musée d’histoire naturelle de Lyon a découvert, au cours de fouilles que cet établissement fait exécuter dans le miocène de La Grive-Saint-Alban (Isère), des os provenant d’un chéiroptère frugivore. Cette découverte présente cet intérêt particulier que c’est la première rencontre de vestiges d’une roussette dans un terrain aussi ancien.
- Le microbe de la fièvre jaune. — M. A. Gautier analyse une Note de M. le Directeur du laboratoire de bactériologie de Rio Janeiro, relativement au micrococcus de la fièvre jaune. Cet organisme a la forme d’une cellule de 1 à 2 microns de diamètre munie de cils vibratiles. On le trouve tantôt isolé, tantôt en chapelets. L’auteur a reproduit, à l’aide de ce microbe, les différentes altérations pathologiques que l’on rencontre dans la fièvre jaune.
- Varia. — M. Wilde a opéré de nouvelles recherches en vue de déterminer le poids atomique de l’argon et de l’hélium. — M. Bouché a recueilli en uiï volume les divers travaux mathématiques de Laguerre. — M. Poin-carré lit un rapport sur un important Mémoire de M. Hadamard sur les lignes géodésiques de certaines surfaces. CH. DE VlLLEDEl'lL.
- LE CORPS FLOTTANT DANS L’AIR
- L'apparence d’un corps humain se soutenant dans le vide a toujours beaucoup frappé les spectateurs et différents moyens ont été employés pour rendre cet effet....
- Le plus ancien, le plus connu et le mieux réussi est celui de Robert Houdin, appelé par son inventeur la Suspension éthéréenne. Ce truc dans lequel le sujet appuyé par un coude sur une canne placée elle-même sur une chaise ou une planche en équilibre, se tient dans toutes les positions défiant les lois de l’équilibre est maintenant employé dans les parades foraines. Il fallait trouver du nouveau pour piquer la curiosité, aussi a-t-on cherché et a-t-on trouvé Amphitrite. Ce truc résultant d’un effet de glace et de magie noire était très joli comme exécution, mais éveillait de suite la perspicacité du spectateur qui, sans le comprendre en détail, l’expliquait immédiatement avec le légendaire « Connu! c’est un effet de glace ». On trouva ensuite et c’est là le sujet de notre article « le secret du Fakir ». Dans cette expérience, une planche est posée sur deux chaises. Un personnage quelconque se couche sur la planche; une des chaises est retirée, puis la seconde, et le corps avec la planche se trouvent suspendus en l’?rîf7 Malheureusement pour ce truc, les spectateurs avisés s’apercevaient rapidement du moyen employé en constatant que l’opérateur ne
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- passait plus derrière la planche aussitôt que la deuxième chaise était retirée et supposaient avec juste raison qu’une tige de fer venant du lond de la scène soutenait en l’air l’appareil, tout en n’étant pas visible, cachée par le corps et la planche dans laquelle elle devait s’emboiter. Le moyen a, du reste, été décrit dans plusieurs journaux. Mais la surprise a été grande lorsqu’un opérateur (autrichien, si nos renseignements sont exacts) a pu présenter son personnage et sa planche suspendus en l’air, en passant tout autour, glissant une canne au-dessus et au-dessous. La suspension dans le vide était bien complète. Le moyen ou du moins les moyens employés, car il y en a plusieurs, sont vainement cherchés par le
- public. Nous allons expliquer celui de l’opérateur étranger, car un autre a été employé sur une scène parisienne et nous voulons laisser aux spectateurs l’attrait de l’inconnu.
- Reprenons l’opération au début. On apporte deux chaises. Une planche est placée sur les dossiers et une femme est couchée sur cette planche où elle est recouverte d’une draperie brodée de soies vives et d’or. L’opérateur prenant une des chaises la retire doucement et montre en allongeant le bras à la place qu’elle occupait, que rien ne remplace ce point d’appui. Il passe ensuite derrière la planche pour prendre la seconde chaise qu’il retire; tout l'appareil reste suspendu, et, chose surprenante, l'opéra-
- Le corps flottant dans l'air.
- teur passe une seconde lois derrière la planche, ce qui prouve surabondamment l’absence d’une tige de soutien. Il passe la main au-dessus du sujet et s’emparant d’une canne, l’agite en tous sens au-dessous de la planche. Le sujet est donc absolument suspendu dans le vide comme le légendaire tombeau de Mahomet.
- Comment ce miracle a-t-il pu se produire? C’est pourtant simple. Si l’on considère notre gravure, on s’apercevra que le fond de la scène est formé d’un rideau sombre fortement plissé. La scène est plus faiblement éclairée que l’ordinaire, et au moment où le prestidigitateur, ou du moins l’illusionniste (car, dans cette expérience comme dans tous les# grands trucs, il n’y a guère de prestesse des doigts) va retirer la première chaise, une tige coudée à
- angle droit, lixée au haut de la scène et exactement repérée, vient se fixer dans la planche. Le sujet peut du reste aider à l’introduction avec la main cachée aux spectateurs. Cette tige est recouverte d'étoffe semblable à la draperie, et, comme elle se confond avec les plis nombreux, elle est absolument invisible d’un peu loin. Lorsque l’opérateur passe derrière la planche, pour que cette tige ne s’aperçoive pas sur son plastron de chemise, il a soin de passer assez rapidement et en se tournant de coté.
- Comme on le voit, ce truc ingénieux est tout ce qu’il y a de plus simple. Il n’en produit que plus d’effet. Le prestidigitateur Alber.
- Le Gérant : I'. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiurs- rue de Fleurus, 9.
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- CANON SANS BRUIT, SANS FLAMME
- ET S AXS IlECEL
- On a considéré comme un avantage la suppression de la fumée des armes à feu, mais que serait,-ce si l’on arrivait à supprimer aussi le bruit et l'éclair qui accompagnent toute décharge de canon et de, fusil? On arriverait à faire la guerre à la muette et un peu aussi à l’aveuglette rien ne décelant plus, même la nuit, la position d’une batterie d’artillerie. On ne se représente pas bien une bataille silencieuse sans canon et sans mousqueterie ; jadis, quand on ne connaissait que l'arme blanche, le corps à corps était inévitable et l’air était rempli des cris des combat-
- tants; avec les armes à longue portée il en serait tout autrement et on verrait tout à coup un régiment, arrêté dans Sa marche, décimé par une grêle de balles sans une indication pour guider la riposte.
- La chose parait possible, au moins en partit1, d’après les expériences récentes de M. le colonel Humbert. Il s’est proposé de fermer l’extrémité de la bouche à feu, aussitôt que le projectile on est sorti, de façon à n’avoir aucune flamme au dehors et à empêcher l’air de rentrer brusquement dans l’arme» ce qui est une des causes de la détonation ; par la même occasion, le recul se trouve très réduit sinon annihilé complètement.
- Le svslème imaginé par le colonel Humbert pour arriver à ces résultats se compose d’un bloc l>
- Vue des-Idittëmits détails de conslractiou du canon sans bruit et sans flamme du colonel lluinbert. — 1 et i. Il, bloc se vissant sur A extrémité de la volée d’un canon ; G, projectile ; F, volet qui vient buter eu 11 ; 1), 1), échappement des gaz. — 3. Ensemble de la pièce ; B, bloc ; I, écran destiné à arrêter les gaz qui s'échappent à l’arrière du bloc. — i. Application au fusil. B, bloc; S, bille obturatrice.
- (lig. 1, nos 1 et 2) tpi'on visse à l’extrémité A delà volée, autrement dit sur la gueule du canon, qui a été préalablement munie d’un pas de vis à cet effet. Ce bloc a une ouverture du même diamètre que le canon, mais vers son milieu se trouve une chambre H dans laquelle se meut un volet F pivotant sur Tune de ses extrémités. Dans sa position normale il est horizontal (n° 1) et prend place dans un logement ménagé pour le recevoir ; mais un espace vide b b est ménagé en dessous. Quand on a mis le feu à la poudre, le projectile prend comme à l’ordinaire toute sa vitesse ; mais, au moment où il est sur le point de sortir par l’extrémité G du bloc (n° 1), une partie du gaz, encore à une très forte pression, se glisse sous le volet F, le force à se lever et à prendre la position verticale (n° 2). Il ferme ainsi toute issue à la
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- flamme ainsi qu’aux gaz qui s’échappent avec une vitesse relativement faible par une multitude de petites ouvertures D (nos 1 et 2), ménagées à l’arrière du bloc. L’air ne peut rentrer que quand la pression est à peu près nulle sans produire ni bruit, ni recul. Afin que l’échappement ainsi ménagé en arrière ne gène pas le tireur, on dispose à une petite distance du bloc un tampon à ressort I (n° 5) qui le protège en formant écran et contre lequel la vitesse du gaz vient s’amortir.
- Pour le fusil l’appareil est le même, on a seulement remplacé le volet par une bille S (n° 4) qui joue le même rôle.
- Quand l’inventeur a présenté son idée aux ministères de la guerre et de la marine, on n’a pas jugé qu’il y avait lieu de la prendre au sérieux et on l’a
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- laissé libre de la faire breveter et d’en tirer le parti qu'il jugerait convenable. Livré ainsi à sa propre initiative, il dut chercher dans l’industrie privée le moyen de réaliser une expérience pratique. La maison Ilotchkiss se mit à sa disposition et les essais furent entrepris sur un canon de 57 millimètres de calibre; l’expérience donna en grande partie les résultats prévus : la flamme est à peine visible, le bruit très amoindri, le recul seul subsiste encore dans une assez large mesure; mais ce n’est pas après quelques essais hâtifs qu’on peut juger la valeur d’un tel système. L’inventeur, guidé par les remarques laites aux essais, a de nouveau travaillé la question et il compte arriver à la solution complète du problème qu'il s’est posé. Le comité d’artillerie a, de son côté, reconnu qu’il y avait lieu de ne pas rester indifférent et c’est avec son concours que les nouvelles expériences vont être entreprises.
- Un grand avantage de cette invention, au point de vue budgétaire, c’est qu’elle ne modifierait pas le matériel actuel; il suffirait d’y ajouter le bloc (pie nous avons décrit et c’est là une faible dépense comparativement à celle qu’entraîne ordinairement toute modification importante dans nôtre armement.
- G. Marf.sciial.
- MSTRÜMJTION DE L'ÉNERGIE ÉLECTRIQUE
- A TARIS
- Nous avons déjà à plusieurs reprises fait connaître l’état de la distribution de l’énergie électrique à Paris, et indiqué les diverses applications réalisées sur les réseaux de distribution. Les stations centrales se sont développées rapidement à Paris malgré des difficultés de toutes sortes. En octobre 1896, les usines disposaient d’une puissance totale de 19 585 kilowatts. On comptait 7448 lampes à arc, 417 468 lampes à incandescence, et 515 moteurs d’une puissance totale de 1452 kilowatts.
- Ces résultats sont déjà remarquables si l’on songe que les premières stations centrales n’ont été installées à Paris qu’en 1889. Mais en vue de l’exposition de 1900 il est encore nécessaire que l’éclairage électrique et les applications de toutes sortes se développent à Paris. Les sociétés d’électricité, pour entreprendre de nouveaux travaux, ont demandé au Conseil municipal une prolongation de leurs autorisations de canalisation, qui n’ont jusqu’ici qu’une durée de dix-huit ans. M. Ch. Dos, conseiller municipal, a été chargé d’étudier cette importante question. Pour appuyer ses études sur des faits acquis et établis, il a fait une série de voyages en France et à l’étranger, et il vient de présenter au Conseil municipal un exposé intéressant et complet sur les principales conditions dans lesquelles sont eftectuéesà l’heure actuelle les distributions de l’énergie électrique.
- M. Ch. «os montre d’abord, par des statistiques, que ce sont surtout les courants continus qui conviennent à la distribution proprement dite de l’énergie électrique. Les courants alternatifs ou polyphasés sont plutôt destinés à la transmission à distance de l’énergie. La réunion des deux systèmes permettrait d’établir les usines en dehors de Paris, de transmettre l’énergie à l’intérieur de la ville par courants alternatifs ou polyphasés, et de distribuer après transformation à l’aide de courants continus.
- A côté des stations centrales se trouvent dans Paris des installations municipales et particulières (gares, magasins, théâtres, etc). On peut évaluer la puissance totale de tous ces établissements, y compris les secteurs, à 55 585 kilowatts, soit 48 000 chevaux. Cette puissance était utilisée, au 1er octobre 1897, pour alimenter 12 000 lampes à arc et 702 900 lampes à incandescence, compris les moteurs dont nous avons parlé plus haut.
- Le prix de vente de l’énergie électrique est à Paris au maximum de 0fr,15 l’hectowatts-heure pour l’éclairage et de 0",06 l’hectowatts-heure pour la force motrice. Le prix de l’éclairage public par lampes à arc est de 0fr,40 le foyer-heure de 10 ampères soit 0,r,076 l’hectowatts-heure.
- Au Havre, la Société l'Énergie électrique qui effectue la distribution de l’énergie électrique dans la ville, fournit aussi l’énergie aux tramways. Le prix de vente aux particuliers, tant pour l’éclairage que pour la force motrice, est de 0fr,08 l’hectowatts-heure ; l’énergie est livrée aux tramways à raison de 0rr,0175. Des pourparlers sont engagés entre la municipalité et la Société afin de baisser le prix de vente à 0",075 pour l’éclairage et à 0,r,05 pour la force motrice. M. Ch. Dos s’est rendu à Bruxelles, où M. Wybauw, ingénieur électricien de la ville, lui a fourni tous les renseignements nécessaires.
- L’exploitation de l’éclairage au gaz et à l’électricité est municipale. En 1896, les 5 usines alimentaient au total 4u600 lampes de 16 bougies; les bénéfices nets se sont élevés à 197 784 francs. Le prix de vente de l’énergie est de û,r,07 l’hectowatts-heure pour l’éclairage et de 0fr,0 4 pour la force motrice, le chauffage ou autres applications.
- À Berlin, la Société de distribution, la Berliner Éleklricitâts-Werke dessert, à l’aide de 5 usines qui ont une puissance totale de 10 864 kilowatts, 178 671 lampes à incandescence, 7151 lampes à arc de 10 ampères et 1700 moteurs d’environ 6449 chevaux. L’énergie électrique pour l’éclairage est vendue à raison de O"',075 l’hectowatts-heure avec des rabais de 5 à 50 pour 100 suivant l’importance de la consommation. Pour la force motrice le prix est de 0,r,02 l’hectowatts-heure. Les tramways payent l’hectowatts-heure 0,r,0125. Malgré ces faibles prix, la Société fait de brillantes affaires, bien qu’elle soit obligée de payer à la Ville, comme l’expliquait M. Rathenau, 10 pour 100 des recettes brutes, 25 pour 100 des recettes nettes lorsque celles-ci dépassent 6 pour 100 du capital. Le charbon coûte cependant à Berlin 24 francs la tonne, les salaires sont presque aussi élevés qu’à Paris, et la Société a une concession de 50 ans seulement.
- M. Ch. Bos nous donne ensuite une série de prix de vente de l’énergie électrique dans divers pays. En France, le prix de vente moyen est de 0fr,10 l’hectowatts-heure; en Angleterre, la moyenne est de 0tr,06. Les applications diverses (force motrice et chauffage) sont considérablement développées à l’étranger, surtout en Allemagne ; à Paris, nous n’avons que quelques exemples.
- M. Ch. Bos considère alors les applications qui pourraient résulter pour l’automobilisme et notamment pour l’emploi des voitures électriques. Les accumulateurs qui seraient nécessaires pour celles-ci pourraient être chargés dans des postes spéciaux établis sur les réseaux de distribution. MM. Ch. Mildé fils et C‘e, et ensuite la Société le Transport électrique ont fait des propositions pour installer des postes semblables dans divers quartiers de Paris.
- M. Ch. Bos termine son excellent exposé, en montrant qu’à Paris les Sociétés d’électricité ont fait beaucoup de
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- progrès ; mais que les redevances payées par elles ne sont pas exagérées (101) francs par an par kilomètre de canalisation, 5 ou (3 pour 100 suivant les cas sur les recettes). Leurs prix de vente sont de beaucoup trop élevés. Le Conseil municipal de Paris accordera certainement des prolongations d’autorisations si elles consentent à vendre l’énergie électrique à environ 0'*yl0 l’hectowatts-heure pour l’éclairage et à 0,r,05 ou 0,r,0i pour la force motrice et diverses applications, et si elles s’engagent à effectuer de nouveaux travaux pour l’Exposition de 1900. 11 est certain qu’une entente délinitive interviendra et qu’en 1900 la distribution de l'énergie électrique sera aussi développée à Paris qu'en tout autre ville. On doit féliciter >1. Ch. Dos d’avoir dans son remarquable Rapport groupé tant de renseignements précieux et qu’il était utile de faire connaître
- dans notre pays. .1. L.utaugo:.
- —c-y«—
- LES ANGUILLES EN EAUX CLOSES :
- Depuis que MM. Grassi et Calandruccio ont résolu le problème de la multiplication de l’anguille, et montré que ce poisson se reproduit dans les eaux salées, plusieurs observa- 1 tours, dit la Revue scientifique, ont pourtant soulevé des objections en faisant remarquer qu’on trouve souvent des anguilles dans des eaux closes, dans des nappes, grandes ou petites, sans communication avec des rivières. D’où peuvent venir ces anguilles? Il y a des cas assurément où l'homme les a introduites. Nous ne savons si des circonstances ne pourraient se présenter aussi où l’introduction i serait le fait d’animaux; nous ne connaissons toutefois | pas d’observations qui permettent d’invoquer leur intervention, bien que celle-ci soit possible à l’occasion. Enfin, il y a des cas où certainement la pénétration des anguilles dans les eaux closes est directe. Quand une rivière passe dans le voisinage, il peut y avoir passage par terre, les anguilles ayant été parfois surprises dans des pérégrinations sur terre ferme : et dans le cas de pluies très abondantes et de crues de rivières, on conçoit que les anguilles peuvent aussi circuler au loin sans quitter leur élément normal, et parvenir à des nappes d’eau voisines. Enfin, les anguilles peuvent gagner les eaux en apparence closes par les passages souterrains. Ces passages existent souvent : c’est par eux que l’eau s’écoule et s’infiltre peu à peu, en maintenant son niveau ordinaire; et c’est par eux aussi que peuvent voyager les jeunes anguilles. 11 est à noter que des observateurs déclarent bien que l’anguille se reproduit dans l’eau douce.
- LE SERNIGE POSTAL PNEUMATIQUE
- A XEW-YORK
- On vient d’inaugurer le 7 octobre dernier la première section du service postal pneumatique installé à New-York par la Tubular Dispatch C°. Le tube de 1125 mètres de longueur, relie le Post-Office au Produce Exchange. Il est formé de deux tubes en fonte de 21 centimètres de diamètre terminés à leurs extrémités par des boucles en laiton qui pénètrent dans les bureaux. Les cartouches sont des tubes d’acier de G0 centimètres de longueur et pesant 9,5 kg. Chaque cartouche peut recevoir 600 lettres, et l’on estime que le trafic pourra atteindre 250 000 lettres par heure dans chaque direction lorsque les employés seront familiarisés avec le système. Les cartouches sont poussées par de l’air comprimé à la pression de 400 grammes par centimètre carré. L’arrêt de la cartouche à l’arrivée
- est obtenu par la fermeture automatique de l’air d’échappement à l’avant un peu avant la fin de la course. Cet air se comprime, ralentit la vitesse de la cartouche qui vient tomber mollement dans la chambre ménagée pour la recevoir. Lors de la première expédition faite le jour de l’inauguration, il ne s’est écoulé que 4n,401' entre la remise du message au départ et sa réception à l’arrivée. Les gamins qui font le service de messagers ont mis, pour parcourir le même trajet, très encombré, il est vrai, 53 minutes, une voiture de poste le même temps, un télégramme ordinaire 56 minutes et une lettre 3 heures. Si les Américains ont copié notre service télégraphique pneumatique, on voit qu’ils en ont considérablement augmenté les dimensions et la portée, car ils ne tendent à rien moins qu’à l’employer pour le service postal dans toute la ville de New-York. M. Lerant.
- LA COQUE DES NAVIRES
- ET LEE US PARASITES 1
- On a pu lire qu’il y a peu de temps, au moment de la mise à sec du cuirassé espagnol Vilo-ria, dans l’un des bassins Missiessy à Toulon, on avait constaté non sans étonnement, que sa coque était recouverte de grosses huîtres, dont l'équipage et les ouvriers s’empressèrent de faire ample provision. Ces accidents ne sont pas rares, on pourrait même dire que pour certains batiments, ceux dont la coque est en fer, et qui naviguent dans certaines mers, ils constituent un mal chronique par leur fréquence. Il leur suffit de passer quelques mois dans le Pacifique ou l’Océan Indien, par exemple, pour que leurs coques se couvrent des algues les plus variées et des plus riches collections de coquillages. Aussi, en parcourant la liste des navires que le Parlement a autorisé le Ministère de la marine à construire ou à achever en 1897 (les croiseurs Pascal, d’Estrées, d’Enlrecasteaux, Descartes, Câlinât et Protêt), il ne faut pas s’étonner en voyant que ces bâtiments, destinés aux stations des mers extra-européennes, auront leur coque d’acier revêtue d’une coque de bois, le bois étant plus réfractaire que le métal à cette sorte de naviculture.
- Parmi les coquilles, les bernacles se distinguent par une prolilicité tout à fait digne de provoquer la jalousie des coraux. Leurs concrétions parviennent à former, lorsqu’on n’y prend pas garde, d’assez redoutables épaisseurs. Les croquis que nous reproduisons (fig. 1 et 2) sont extraits d’un Mémoire très étendu sur l’histoire du doublage des navires lu à l’Institut naval d’Annapolis par M. Hichborn, architecte naval. Ils représentent des groupes de bernacles enlevés à la coque du City of Panama ; ils n’ont pas moins de 75 millimètres d’épaisseur. 11 a suffi à ce bâtiment de séjourner quatre mois dans ie Pacifique pour les recueillir.
- Des expériences faites depuis la construction des coques en fer ou en acier, c’est-à-dire depuis une quarantaine d’années, il résulte que cet encrassement des carènes, en s’opposant au glissement des
- 1 Yoy. Informations du îr* 1245, du 10 avril 1897.
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- navires peut, comme on l’a vu par le Vitoria, leur faire perdre jusqu'au tiers de leur vitesse. Le navire doit alors s’arrêter dans quelque dock et passer au bassin, où il est gratté. Mais cette opération est assez dispendieuse. Elle prend aussi un temps parfois très précieux. Nous lisons dans un état des dépenses de nos bâtiments que notre cuirassé de croisière la Triomphante, a dù payer au bassin de San-Francisco 75 000 francs pour cinq jours de nettoyage. On a demandé au même bassin,
- Fi»;-. 1. -- Parasites
- à notre croiseur Duquesne, 25000 francs pour le premier jour et 12500 francs pour les jours suivants. En présence de pareils tarifs on comprend que beaucoup de capitaines hésitent à user de ces bassins dont le nombre est restreint d’ailleurs (620 pour le monde entier), et dont une grande partie ne peuvent admettre que des bâtiments d’un tonnage relativement peu élevé.
- Pour empêcher la salissure des navires et des toilettes si coûteuses, on use de divers procédés. On
- les coques île navices.
- enveloppe la coque d'acier d’un revêtement de bois qu’à son tour on recouvre de cuivre. Mais ici, autre inconvénient. Si peu que l’eau de mer pénètre le bois, et la moindre tissure suffit, elle exerce une action galvanique dont l’effet est de percer l’acier,
- d'où l’obligation de faire subir au métal, avant de l’utiliser, diverses préparations assez minutieuses. 11 n'en est pas moins recommandé aux capitaines de navires en fer ou en acier, de ne jamais s’amarrer au même corps-mort «pie les navires doublés en
- cuivre, ni à deux corps-morts voisins tenus au fond par les mêmes ancres. Les chaînes établissent dans ce cas une communication métallique qui forme pile et les parties de la carène dont la peinture a disparu sont rapidement attaquées.
- Il existe en effet un grand nombre de bateaux qui sont simplement peints. Sans compter le minium, il y a une quantité de compositions soi-disant infaillibles, mais qui ne paraissent l’être que pour leurs inventeurs. Nos ingénieurs. emploient cependant l’oxyde de zinc. L’un d’eux, M. Croneau, dans son manuel sur la « Construction du navire » en préconise particulièrement l’usage. On en applique trois couches épaisses sur la coque bien nettoyée et bien
- grattée; on met par-dessus deux couches de suif. Au bout de quelque temps de service, le suif se détache progressivement et laisse à nu une carène parfaitement propre.
- Quoi qu’il en soit, il n’est pas tout à fait permis d’affirmer que le moyen d’empêcher les coques des bâtiments en fer ou en acier de se transformer, comme aujourd’hui, en musées flottants de botanique sous-marine et de conchyliologie, est trouvé ; et l’on peut promettre encore d’assez belles recettes aux propriétaires des bassins où sont venus se débarbouiller le Duquesne et la Triomphante.
- L. Renard.
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- LES CHIENS SAUVAGES
- Ces deux mots chien et sauvage s’associent assez peu et il est bien des personnes qui ne croient pas (ju’il puisse exister un chien non domestique; pour eux le chien sauvage c'est le loup ou c’est le renard, et pourtant, il en est d’autres espèces assez nombreuses et qui sont même, avec certaines espèces disparues, la souche de nos différentes races de chiens.
- Longtemps les zoologistes ont lait descendre le chien soit du loup, soit du chacal, soit même du renard; mais de récents travaux ont démontré que nos chiens ont une origine tout autre. M. de Mor-lillet, dans son intéressant volume sur VOrigine de
- la chasse, de la pêche et de la domestication des animaux, dit textuellement : « L’opinion la plus probable est que nos chiens ont une origine multiple. Cela paraît démontré par l’existence de races spéciales en Amérique avant la conquête. Comment pourrait-on attribuer les mêmes ancêtres immédiats aux chiens domestiques des deux continents qui ne communiquaient pas entre eux?
- « Dans l’ancien continent, il est au moins un chien domestique dont nous connaissons positivement l’origine : c’est le grand lévrier d’Egypte que nous voyons déjà figurer sur les monuments datant de 6000 ans (4000 av. J.-C.). Ce grand lévrier est certainement le produit de la domestication du Caberu (Canis simensis), chien sauvage du même
- C’juhijènp ou Lijcaon, chien sauvage d'Abyssinie appartenant au Jardin (l’Acclimatation de Paris.
- aspect qui habite encore, de nos jours, l’Abyssinie et une grande partie de l’intérieur de l’Afrique. » Plus récemment, M. Pierre Mégnin, dans le premier volume de son livre sur le Chien et ses races, a ramené les diverses variétés existantes de chiens à quatre types qui ont {tour origine des chiens sauvages. Cette classification, déjà adoptée, est basée sur l’étude cràniologique des types anciens et modernes. Les grandes divisions de l’espèce chien sont le type Lupoïde qui va du chien des Esquimaux au Yorkshire, en passaht par le chien de berger, le poméranien et les divers terriers ; le type Braccoïde, qui va du braque au basset courant, en passant par le dalma-tien, l’épagneul, le griffon d’arrêt et courant, et le briquet courant; le type Molosso'ide, qui comprend les grands chiens de montagne, les dogues et bouledogues, voire même le carlin nain de l’espèce, et dont la souche existe encore au Tibet ; et enfin le type
- Graioïde qui comprend toutes les espèces de lévriers.
- Jusqu’à présent les chiens sauvages ont été très peu étudiés, les auteurs spéciaux leur consacrent à peine quelques lignes dans leurs ouvrages cependant très complets au point de vue des races domestiques. C’est qu’ils ne sont, en général, connus que par les spécimens vus par les explorateurs. Yoici cependant qu’un établissement zoologique particulier, le Jardin d’Acclimatation du Rois de Boulogne en possède une assez jolie collection ; et à côté du chenil qui contient déjà quelques beaux types de nos races continentales, M. À. Porte, le sympathique directeur, a pu créer un chenil exotique où se trouvent : le Dingo d’Australie, des chiens du Congo, des chiens de Pile de Phu-Quoc, des chow-chow chinois, dont il a été question ici *, et enfin un nouvel arrivant très curieux,
- i Vov. n" 1188, du 24 juillet 1897, p. 125.
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- offert à un explorateur, M. Bavelaërt, pour être ramené en Europe, par le ras Makonen, gouverneur du Ilarrar; c’est le chien sauvage d’Abyssinie, le Cynhyène ou Lvcaon.
- En Europe même, il existe des chiens sauvages, ou plutôt libres : le chien de Constantinople, et le chien des Tartares qu’on rencontre dans la Russie méridionale. En Asie, en Australie, en Amérique et en Afrique, il y en a différents types; il faudrait un volume pour les étudier tous, je me contenterai pour cette fois de présenter le nouveau pensionnaire du Jardin d’Accliniatation, intéressant à plus d’un titre pour les amateurs et les zoologistes.
- A voir ce rare spécimen d’une race inconnue sur le continent, on est frappé au premier abord de sa ressemblance comme forme et comme couleur avec notre chien de berger de petite taille, plus communément appelé bas-rouge par les conducteurs de troupeaux du marché de la Yillette. Il a quelque chose aussi de la hyène ; c’est sans doute à cause de ces caractères intermédiaires que Cuvier lui a donné le nom de Cynhyène (Cgnhgæna) ou Lycaon; en Abyssinie, son pays d’origine, les indigènes l'appellent Simr ou ije'ihi ; on rencontre également ce type au Cap, dans le désert de Bahinda, au Congo et en Mozambique. Le Lycaon a la dentition ordinaire du chien, c’est-à-dire 6 molaires à la mâchoire supérieure, et 7 à la mâchoire inférieure; mais ses pieds, tant ceux de devant que ceux de derrière, n’ont que 4 doigts ; son corps est à la fois élancé et vigoureux; sa tète est grosse relativement au corps; son museau large et noir ; ses yeux gros et saillants ; ses oreilles larges, grandes, arrondies et velues; sa queue touffue lui descend presque sur les talons et se termine par une touffe de poils blancs. Il semble fléchir sur les membres postérieurs, un peu comme l’hyène. Son pelage est agréablement varié : sur un fond grisâtre se dessinent, d’une manière plus ou moins tranchée, des taches blanches, noires et d’un jaune foncé très irrégulièrement parsemées et mélangées, quelquefois assez larges, d’autres fois plus petites, toujours placées sans ordre et sans aucune symétrie. Seule la coloration de la tête est uniforme.
- C’est surtout en considérant les mœurs du Cynhyène qu’on voit s’évanouir toute ressemblance entre lui et l’IIyène. Son expression éveillée, prudente et gaie, son air rusé et fin est tout autre que l’expression bête et jésuitique de l’Hyène. Sa démarche est élégante et légère, celle de l’Hyène est lourde. Le Cynhyène au courage du chien joint la voracité de l’Hyène, ce qui le rend très dangereux, non seulement pour les animaux domestiques, mais pour les autres animaux sauvages.
- Animaux à la fois diurnes et nocturnes, les Cynhyènes se réunissent en troupes plus ou moins nombreuses — on en trouve des meutes de 40 à 50 individus — et ils s’attaquent même aux carnassiers les plus féroces, les Lions et- les Panthères. Néanmoins ils peuvent être classés parmi les animaux utiles, car ils se chargent de purger une con-
- trée de toutes les bêtes féroces, et, quand ils n’ont plus rien à rapiner, ils transportent plus loin le théâtre de leurs exploits. M. Bavelaërt, l’explorateur qui a ramené le spe'cimen du Jardin d’Acclimatation, a eu, au cours de ses voyages, l’occasion d’étudier les mœurs des Cynhyènes. Ils ne craignent pas d’attaquer l’homme, nous disait-il, mais c’est comme le loup en Europe ; faute de gibier, ils s’en prennent aux troupeaux, et, lorsque ces derniers sont trop bien gardés, aux bergers. Mais ils sont surtout destructeurs de bêtes féroces et merveilleux chasseurs de Gazelles et d’Antilopes, poursuivant le gibier avec autant de persévérance que les meilleurs chiens courants, et ce, aussi bien le jour que la nuit.
- Les femelles élèvent leurs petits au fond de grands terriers qu’elles creusent dans la plaine, et, quand on approche de leur nichée, elles s’enfuient, mais restent à une distance convenable pour pouvoir, en cas de besoin, défendre leur progéniture.
- On a rarement ramené de Cynhyène sur le continent. Brehm dit en avoir vu dans une ménagerie de Leipsick, fort bien apprivoisé, mais conservant néanmoins un fond de sauvagerie. On peut certes obtenir des Cynhyènes qu’ils vivent en bonne intelligence avec les autres animaux ; ainsi au Cap on les dresse à la garde des troupeaux et ils deviennent d’excellents chiens de berger.
- Malg ré son aspect sauvage, le Cynhyène se montre,, même au profane, comme un animal vivant gaiement et franchement en plein jour, tandis que l’Hyène paraît bien être l’enfant sombre de la nuit.
- Les Cynophiles réclameront, et avec raison, le Cynhyène comme un des leurs, d’autant que comme le Cabarus il est souche d’une race domestique.
- Paul Méoxix.
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- LES PÉDICURES DANS L’ART
- « Si quelqu’un employait toute sa vie à découvrir un spécifique contre les cors, il mériterait bien de la postérité et aurait suffisamment servi le genre humain. »
- Cet aphorisme est attribué à tort ou à raison à Sydenham. Mais, depuis l’invention de la première chaussure, tous ceux qui ont souffert d’un cor au pied auraient pu formuler semblable souhait — en vain, hélas ! car à ce mal taquin nul n’a trouvé encore le remède infaillible.
- Que n’a-t-on pas tenté aux siècles précédents contre les cors rebelles? Compresses de toiles d’araignées, cataplasmes d’aulx pilés, huile de vitriol, moutardes de toute espèce, et la longue série des emplâtres chers à l’ancienne pharmacopée : emplâtres de graisse de vipère, de vers de terre, de frai de grenouilles, etc., mixtures infectes où l’on triturait, en des manipulations compliquées, les substances les plus hétéroclites, amalgames répugnants de minéraux, de végétaux et d’animaux dont les plus réputés étaient encore assaisonnés d’excréments !
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- LA NATURE
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- La multiplicité même de ces recettes soi-disant curatives prouve qu’il n'en est aucune dont l’efficacité ait été absolue. N’en médisons pas trop. Les traitements en honneur aujourd’hui ont assurément gagné en propreté et en simplicité; mais le vœu de Sydenham est encore à combler.
- L’humanité cependant n’a pas manqué de Pédicures. Ceux-ci, nombreux autant (pie leurs remèdes, sont d’antique lignée, bien que dénués de parchemins. Perdus, au temps passé, dans la foule des empiriques ignorants, réfugiés dans d’obscures officines, ou coureurs de foires, tireurs de cors, exploitant les badauds, ces pédicures n'ont pas eu d’histoire, et moins encore d’historiens.
- Les plus anciens d’entre eux se confondent, au moyen âge, avec des barbiers de rang infime qui cumulaient, dans les étuves, l’art de tailler les cheveux, de raser la barbe, de racler la peau, de couper les cors et les durillons. Au quinzième siècle, un arrêt du Parlement de Paris autorise les barbiers-étuveurs à « panser les plaies et arracher les cors ». Plus tard, au dix-huitième siècle, c’est encore dans les officines des barbiers que se composent et s'appliquent les plus étranges des remèdes, « comme onguents, emplâtres, cérats, pultes, poudres, lini-ments, huiles, ceroüannes, et toute espèce de pirofiques, tant actuels que potentiels », dont beaucoup étaient réputés souverains contre les cors aux pieds.
- De ces humbles adeptes du grattoir et du blaireau aucun nom n’est venu jusqu’à nous. Quelques lignes éparses dans les écrits du temps témoignent seulement de leur existence. Mais, par une compensation inattendue, il s’est trouvé que leurs officines et leurs pratiques ont tenté le pinceau d’artistes contemporains.
- Plusieurs peintres du dix-septième siècle, et parmi eux les plus grands noms des écoles flamande et hollandaise, nous ont laissé une histoire en images des barbiers-pédicures, non moins documentée que des textes écrits. C’est dans ces pages colorées, dont quelques-unes sont de réels chefs-d’œuvre, que nous apparaissent ces praticiens d’antan, grossiers, besoigneux, méprisés, maniant à tour de rôle le rasoir et les onguents.
- Dans une chambre mal éclairée, aux murs enfumés et décrépits, sous un plafond à poutres apparentes, au milieu d’un entassement désordonné d’accessoires professionnels, où la lumière des fenêtres liasses vient accrocher çà et là quelques reflets d’or et d’argent, le barbier-pédicure opère, courbé sur le pied de son client. Vieillard cassé au visage labouré de rides, ou jeune homme à longs cheveux bouclés, il porte toujours un costume distinctif, sans éclat, parfois même déplorablement négligé.
- Sa tête est coiffée d’une barrette informe, ou tout simplement d’un béret; d’autres ont un petit bonnet entouré de fourrures.
- Autour de la taille, un court tablier blanc qui
- sert à essuyer bistouris et rasoirs : c’est, pour les instruments, le seul soin de propreté en usage.
- Parfois, un étui contenant des lancettes, des pinces et des sondes, pend à la ceinture comme une gaine de maître-queux.
- Tels sont les attributs qui distinguent ces opérateurs rustiques, travaillant à tour de rôle sur la tête et sur les pieds. Plus d’apparat serait superflu pour la clientèle miséreuse qui fréquente leurs officines : paysans, ouvriers, chemineaux, gens de mine piteuse et de bourse plate, meurtris par le travail et les souffrances, trop heureux de trouver, pour une maigre obole, quelques soins grossiers à dos maux exaspérants.
- Ils entrent en clopinant, appuyés sur un bâton, jettent sur le sol leur panier ou leur besace, accrochent leurchapeau au dossier d’une chaise,'s’assoient,
- Fig. 1. — Barbier-pédicure, d'après un dessin d’Adriaen Brouwer. (Musée des Offices, Florence.)
- retirent leur soulier, et, soutenant leur jambe avec leurs mains croisées sous le jarret, posent avec précaution leur pied nu sur un tabouret, sur un billot, ou sur le bord d’une table.
- Le barbier vient, met un genou en terre, saisit d’une main le pied douloureux et se penche pour regarder de plus près le siège du mal.
- Alors, selon qu’il s’agit d’une excoriation, d’une ampoule, ou bien d’un cor, d’un durillon, il prépare un emplâtre adhésif, va chercher un topique liquide ou un bistouri bien tranchant. Tantôt, armé d’un petit couteau pointu, on le voit gratter patiemment l’épiderme durci, cherchant à extirper un cor jusqu’à la racine; tantôt il verse sur la plaie un baume calmant, ou sur un durillon quelque caustique.
- Tantôt enfin, il applique loco dolenti un onguent étalé sur un carré d’étoffe.
- L’art du pédicure ne va pas plus loin.
- Cependant le malheureux patient souffre le mar-
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- r.oo
- LA NAÎTRE.
- tyre, et, suivant sa eomplexion, traduit sa douleur par une affreuse grimace accompagnée de cris lamentables, ou par un énergique pincement de lèvres el la crispation de ses poings.
- Le barbier n’en a cure, et poursuit flegmatiquement sa besogne, ayant parfois au coin des lèvres un sourire malicieux, jamais méchant. La douleur n’a-t-elle pas son comique, surtout, lorsque, la cause étant sans gravité, ses manifestations se montrent excessives? Les peintres humoristes des Flandres ont bien compris cette antithèse et l'ont mise souvent à profit dans leurs scènes de médecine et de chirurgie.
- L’opérateur et le patient ne sont [tas les seuls personnages qui animent ces officines populaires. 11
- était de tradition d’y faire figurer une vieille femme et un jeune garçon.
- La vieille n’est souvent qu’une commère de [tassage, venue là [tour cancaner un brin ou [tour chercher quelque médecine. C'est parfois la femme du client qui se penche timidement [tour regarder, inquiète et attendrie, les péripéties de l'opération. Coiffée d’un mouchoir blanc, un fichu croisé autour du cou, les mains cachées sous son tablier et un panier au bras, elle fait mine de se reculer à la vue du sang qui coule, et cependant, tournant la tète, elle se penche pour regarder quand même, tant sur la répugnance l’emporte la curiosité.
- D’autres fois, cette vieille femme est la propre
- Figr. 2. — Barbier-pédicure, d'après un tableau de, David Teniers le Jeune. (Musée de Budapest.)
- épouse du barbier. Elit* prend alors une part active à l’opération, préparant les onguents, chauffant les emplâtres ou aidant à maintenir l’immobilité du patient.
- Son assistance est précieuse : elle économise l’entretien d’un apprenti.
- On le voit aussi sur beaucoup de [teintures cet apprenti indispensable au barbier célibataire pour le seconder dans ses manipulations : gamin frisé toujours occupé à chauffer un emplâtre au-dessus d’un réchaud, toujours distrait de sa besogne, regardant à droite ou à gauche, mais jamais sa [(réparation.
- Dans ces intérieurs primitifs, le mobilier était fort simple et se limitait en général à une chaise, une table, un banc et un escabeau. Beaucoup même n’avaient [tas ces richesses. L’ingéniosité du proprié-
- taire suppléait alors à l’insuffisance du matériel. Brouwer nous montre un barbier qui, voulant avoir un second siège, utilise un vieux tonneau. La chaise chaière était professionnelle, et servait à la fois [tour la barbe et [tour les opérations. Étienne Boileau fait figurer ce meuble, au même titre que les bassins et les rasoirs,-parmi les objets devant être confisqués, au profit du roi, chez les barbiers-étuveurs condamnés [tour contravention à l’ordonnance de la prévôté.
- Chaise de bois ou chaise de [taille, elle n’avait rien de caractéristique chez les barbiers de village, qui parfois même n’en possédaient pas.
- Les ciseaux, les rasoirs, les plats à barbe et les palettes «à saignée, constituaient, avec un assortiment variable de pots de pharmacie, cruches, bocaux,
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- LA. NATURE
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- fioles, etc.. Ions les accessoires des officines des pédicures.
- Les instruments étaient accrochés à des râteliers ou à des clous, les récipients disposés sur des rayons fixés aux murs et bouchés avec du papier ou du parchemin.
- L’arsenal chirurgical, très modeste, se composait de bistouris droits et courbes, pointus ou boutonnés, et de quelques instruments spéciaux, furets, navettes, quadrilles, encore en usage aujourd'hui. C’est plus qu’il n’en fallait pour d’aussi légères interventions : mais la propreté douteuse de ces instruments, oubliés sur les tables, sur les chaises, et même sur le sol, passant du cor de l’un à l'ampoule
- de l’autre, sans le moindre nettoyage, devait engendrer plus d'une complication. Il est vrai (pie les opérateurs de liante volée ne prenaient pas des précautions plus sévères. Les humbles barbiers de village étaient alors bien excusables.
- Les pédicures, d’ailleurs, étaient aussi dentistes à l’occasion. Parmi leurs instruments se trouvent parfois de fortes pinces ayant l'apparence de daviers pour l’extraction des dents. Peut-être servaient-elles pour un procédé; brutal d’extraction des cors.
- Deux peintres des Pays-Bas — deux maîtres en l’art de représenter les scènes familières — ont multiplié comme à plaisir les répliques des pédicures populaires, rivalisant d'entrain et de réalisme
- Fig. 3. — Barbier-pédicure, d’après un tableau de David Teniers le Jeune. (Musée de Cassel.)
- pour nous montrer sous toutes leurs faces ces opérateurs rustiques dont les officines les avaient particulièrement séduits.
- L’un est David Teniers le Jeune, dont nous connaissons trois peintures dans les galeries de Cassel, de Budapest et de Madrid, et deux gravures, toutes relatives aux pédicures de village.
- L’autre est Adriaen Brouwer, qui n’a pas fait moins de cinq tableaux sur cette donnée (à Munich, Vienne, Aix-la-Chapelle, Frankfort-sur-Mein, Stuttgart), plus deux dessins et une gravure.
- Les imitateurs de Teniers et de Brouwer ont encore ajouté, à la liste des pédicures en images, des copies ou des variantes, de valeur artistique inégale, mais présentant encore un certain intérêt documentaire. Tels sont les tableaux de Pieler J. Quast (Saint-
- Pétersbourg), I). Ryckaert le Jeune(Prague), A. Van Ostade (Vienne), etc.
- En France, dans les galeries publiques, nous n’avons rencontré qu’un Pédicure : c’est un tableau attribué à David Teniers le Vieux, conservé au musée d’Amiens, qui, si l’attribution est exacte, serait le prototype de toute la série.
- Au total, nous avons réuni jusqu'à ce jour dix-huit représentations figurées des barbiers-pédicures du dix-septième siècle1.
- Il faut y joindre une amusante estampe d’un peintre graveur hollandais, C. Busart, représentant un
- 1 Ces documents ont été analysés et reproduits : Les peintres de la Médecine (Ecoles flamande et hollandaise); les Pédicures au di$-septième siècle), Nouv. Iconographie de la Salpétrière, t. X, nÜS 1 et 2, 1897, Masson et C", éditeurs.
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- LA NATURE.
- pédicure ambulant, qui parcourt en gambadant les rues d’un village, criant à tue-tête une réclame rimée, pour vanter un topique corricide.
- Voici l’art véritable de l’homme
- Qui peut extraire les cors aux pieds et les durillons.
- Ve m’eutends-tu pas, ne me vois-tu pas, cor au pied?
- Ve m’entends-tu pas, cor au pied? cor, oh ! cor!
- A ce guérisseur réjoui dont les jambes se trémoussent avec tant d'aisance, qui n’achèterait encore aujourd’hui le secret de se débarrasser d’un cor?
- T)1 Henhy Meige.
- LE PEGAMOÏD
- La cellulose, qui joue un si grand rôle dans la nature, occupe également une place considérable, la plus grande peut-être, dans l’industrie. 11 suffit, pour s’en rendre compte, de citer deux industries colossales, qui toutes deux utilisent la cellulose comme matière première : ce sont l’industrie textile et celle du papier.
- Outre ces principales applications, la cellulose en a reçu une infinité d’autres, à la vérité beaucoup moins importantes, mais néanmoins très intéressantes.
- Schoenbein, en 1845, utilisa pour les armes à feu les propriétés explosives de la nitrocellulose, trouvée en 1835 par Braconnot. Cette nitrocellulose, dissoute dans un mélange d’alcool et d’éther, devient le collodion, qui révolutionna la photographie alors à ses débuts.
- En 1889, les Anglais Ilyatt mêlent le collodion avec du camphre et de l’alcool et le transforment en une matière dure, élastique, transparente, susceptible d’acquérir un beau poli : c’est le celluloïd. Cette substance se prête avec docilité aux applications les plus diverses. Son succès fut d’abord très vif, mais elle eut contre elle deux graves inconvénients : sa grande inflammabilité et sa facile déformation par la chaleur.
- Perfectionnez ce produit, rendez-le peu ou point inflammable, empêchez-le de se déformer par la chaleur, donnez-lui la souplesse et l’élasticité voulue pour ne point s’écailler, même étendu sur les objets en couches excessivement minces, et vous aurez le pégamoïd.
- La découverte de cette nouvelle application de la cellulose nitrée serait due à un petit lithographe anglais, qui désirait soustraire les affiches illustrées à l’action si rapidement destructive des agents atmosphériques.
- Il réussit si bien qu’il trouva — chose rare pour les inventeurs — de gros capitalistes qui prirent l’affaire en main et la lancèrent habilement à l’aide de la réclame.
- Le pégamoïd est-il vraiment une nouveauté? Rien n’est moins sur; il nous revient en effet qu’une maison anglaise faisait depuis longtemps des articles dans le genre du pégamoïd, mais cette fabrication cessa à cause du prix de l’alcool qui entrait dans la composition du produit.
- Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à cette époque ce corps fit beaucoup moins de bruit dans le monde que son similaire le pégamoïd.
- D’abord, d’où vient ce mot bizarre ? Il viendrait, paraît-il, de la suppression d’un r dans le mot pergamoïd qui exprime l’idée d’une substance ayant de l’analogie avec le parchemin. Cette suppression de r s’explique par ce fait que tout mot déposé ne doit pas appartenir à la langue courante pour qu’il puisse acquérir la protection légale.
- Que renferme le pégamoïd? Bien que sa composition exacte soit tenue secrète, on sait qu’il renferme une cellulose nitrée, de l’alcool et du camphre, c’est-à-dire, sauf l’éther, les éléments essentiels dont est constitué le
- celluloïd. Mais, en plus, on incorpore aux corps précédents certains mélanges qui augmentent l’imperméabilité du produit, lui donnent de la souplesse et font disparaître son inflammabilité.
- Il ne serait pas étonnant qu’il y entrât de l’huile de ricin, dont on connaît l’odeur particulière, et les propriétés d’assouplissement qu’elle communique aux corps.
- Quoi qu’il en soit, ce que l’on peut dire, c’est que, par un procédé simple et peu coûteux, on applique une substance de la nature du celluloïd, en couche excessivement mince, sur n’importe quel produit, tissu, papier, cuir, etc., et l’adhésion est telle qu'il est impossible de l’en séparer par des moyens mécaniques.
- Connaissant la résistance du celluloïd aux réactifs chimiques, et en général à beaucoup d’autres influences, on comprend que la nouvelle substance dite pégamoïd communique aux objets sur lesquels elle est appliquée des qualités nouvelles, dont la plupart sont très précieuses, telles que : imperméabilité, facilité de nettoyage par un simple lavage, résistance à la chaleur, aux corps gras, aux acides, aux alcalis, etc.
- Ce qui augmente encore l’intérêt de ces précieuses qualités, c’est que le pégamoïd, qui les possède par lui-même, les communique aux corps sur lesquels on l’applique, sans que ceux-ci perdent leur individualité.
- Vous prenez une tenture faite, par exemple, avec une étoffe imprimée. Elle a les qualités et les défauts de ce genre de tissu, c’est-à-dire qu’elle est agréable à l’œil par l’harmonie de son dessin, la fraîcheur de son coloris, mais qu’il faut éviter de la mouiller, et que si, par malheur, vous renversez un encrier sur ces soies qui faisaient votre admiration, adieu la tenture, le plus habile teinturier-dégraisseur perdra son temps à vouloir la nettoyer. Si sur cette tenture vous appliquez une couche tutélaire — eût dit Scribe — de pégamoïd, les choses changent de face, les couleurs sont respectées, leurs tons ne s’altèrent nas; le tissu n’a que très peu changé d’aspect et est resté aussi souple, tout en devenant imperméable. Vous pouvez donc être aussi maladroit qu’il vous plaira et renverser des tonnes d’encre sur votre tenture, vous en serez quitte pour salir beaucoup d’éponges à la ramasser, mais votre étoffe sortira de l’épreuve intacte, je dirai même — si paradoxal que cela puisse paraître — plus fraîche qu’avant l’accident, car par le lavage vous aurez enlevé la poussière qui pouvait ternir votre étoffe. Donc imperméabilité et facilité de nettoyage.
- S’il vous prenait fantaisie de vitrioler votre tenture — ce qui vaut mieux que de vitrioler son prochain — le résultat serait aussi anodin qu’avec l’encre, mais le nettoyage demanderait un peu plus de précautions, car on ne manie pas l’acide sulfurique comme l’encre, encore que celle-ci noircisse désagréablement les doigts. Cet exemple suffira, je pense, à faire comprendre les avantages de la pégamoïdation, encore un néologisme.
- Le tissu pégamoïd est un tissu de coton, recouvert d’une couche plus ou moins épaisse de pégamoïd et que l’on soumet à l’opération bien connue du gaufrage, apprêt mécanique employé dans l’industrie des tissus et du papier.
- La force du tissu écru utilisé dépend de la nature du produit à fabriquer. Aussi, pour faire des imitations cuir de Cordoue on prend le tissu épais qui sert à faire le velours d’Amiens. Quand on désire faire des tentures plus souples on diminue un peu l’épaisseur.
- La fabrication de ces articles est très simple. Le tissu écru est teint en couleur grand teint (?) selon la nuance choisie, puis on l’enduit mécaniquement de pégamoïd
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- coloré et on le soumet ensuite au gaufrage, avec les machines ordinaires qui servent à ce genre d’apprêt.
- Une des plus intéressantes applications qui aient été faites du tissu pégamoïd consiste dans les imitations de cuir genre Cordoue et Venise.
- Il est extrêmement difficile de pouvoir distinguer ces imitations du vrai cuir, sauf à l’odeur, et en plus ils ont l'avantage d’être imperméables aussi bien à l’eau qu’aux corps gras. On peut frotter ces imitations avec de la graisse, on enlèvera facilement au savon les taches formées, sans que le simili-cuir subisse la moindre altération.
- O11 voit de suite quel intérêt le tissu pégamoïd gaufré ou non présente pour la tenture des endroits très fréquentés parle public: hôtels, voitures, wagons, omnibus. Plus de ces taches graisseuses qui ornent trop souvent les coussins des voitures publiques ; chaque matin un coup d’éponge assurera aux banquettes une irréprochable propreté. Les compagnies de chemins de fer, celle des omnibus de Paris (ligne des Ternes-Filles-du-Calvaire), les compagnies transatlantiques ont commencé des essais avec le tissu pégamoïd. Une assez longue expérience est nécessaire pour indiquer si les avantages que l’on constate au début se maintiendront par la suite ; elle seule peut indiquer des défauts qui ne se révèlent souvent qu’à l’usage.
- L’odeur du tissu pégamoïd s’en va rapidement à l’air; après un ou deux jours il est complètement inodore.
- Le tissu pégamoïd s’applique aussi aux articles de maroquinerie: porte-feuilles, serviettes, porte-cartes, etc., faits de cette façon, seraient, assure-t-on, plus solides qu'en cuir et d’un dessin plus fin, par suite de la solidité du gaufrage qui résiste à l’humidité et est imperméable. Enfin, dernière considération importante, le prix de vente serait inférieur à celui du cuir. 11 convient aussi aux articles pour la reliure, depuis les plus luxueux, comme le maroquin, jusqu’aux plus simples, comme le calicot uni; on y gagne pour la conservation et la propreté des reliures.
- 11 en est de même des articles de bureau et de papeterie, qui ne craignent plus les taches d’encre, etc., etc.
- Le tissu pégamoïd peut remplacer le cuir ; aussi a-t-on fabriqué avec lui beaucoup d’objets généralement en cuir, comme articles de voyage et de chasse, de sellerie, de carrosserie, d’armurerie même (douilles de cartouches) qui sont imperméables tout en conservant une grande souplesse et deviennent d’un nettoyage facile. Les tuyaux et les courroies sont aussi imperméables et inextensibles.
- Le pégamoïd, au lieu d’être appliqué sur des tissus écrus pour constituer ce tissu pégamoïd, peut également recouvrir des étoffes façonnées ; par exemple les cretonnes imprimées, les toiles à matelas, les stores en toiles, etc.; ces tissus sont dits pégamoïdés. Pour les toiles destinées à la literie, la pégamoïdation parait être une solution heureuse de ce problème si souvent travaillé: empêcher toute humidité de pénétrer la laine et le duvet. Là encore une expérimentation en grand dans les hôpitaux est nécessaire pour s’assurer de la durée et de la façon dont se comporteront à l’usage de tels matelas. Nous croyons savoir que des essais ont été commencés dans quelques hôpitaux de Paris.
- Dans le vêtement, le pégamoïd est reconàmandé pour les toiles à chaussures, qui sont ainsi plus imperméables, pour le linge de corps, que l’on peut nettoyer par un simple lavage rapide. Les tapis passés au pégamoïd peuvent être lavés, savonnés avec n’importe quel agent de propreté, sans laisser aucune trace, même pour les genres les plus délicats.
- 11 convient de faire remarquer que les tapis ne sont pas préparés à l’avance ; on fait un choix et on indique ensuite son désir de voir le tapis que l’on vient d’acheter
- passé au pégamoïd. Le prix de ce traitement est largement compensé par les avantages que l’on en retire, puisque l’encre, même sèche, peut s’enlever facilement au savon, sans laisser de trace.
- J’ai indiqué quel parti on avait tiré du pégamoïd pour la protection des affiches.
- Une autre application, aussi originale qu'utile, est la protection des cartes géographiques que sont obligés de consulter, même par la pluie battante, excursionnistes ou officiers aux manœuvres. Les cartes sont tirées comme à l'ordinaire, puis on applique à leur surface une couche de pégamoïd, et elles deviennent imperméables sans que la netteté de la lecture soit diminuée.
- Mais il est préférable d'imprimer directement la carte, comme on le fait pour les affiches, sur toile préparée au pégamoïd. Comme la surface est très lisse, le tirage est d’une netteté remarquable ; la carte offre une grande résistance au déchirement.
- Les journaux français quotidiens ont rapporté qu’aux dernières manœuvres, qui ont eu lieu dans le nord de la France, le service géographique de l’armée avait remis à l’état-major, à titre d’essai, quelques cartes du terrain des manœuvres tirées sur tissu pégamoïd. Ces cartes imperméables, lavables, d’une légèreté et d’une résistance incomparables, que l’on peut consulter par la pluie la plus violente, et qu’il suffit de passer à l’eau pour remettre à l’état de neuf si elles ont été souillées par la boue, ont été très appréciées. On en a fait un tirage supplémentaire pour les états-majors du général de France.
- Pour arriver à un résultat encore meilleur, il faudrait, sur la carte ainsi tirée sur tissu pégamoïd, passer une nouvelle couche de pégamoïd, on aurait alors une carte parfaite qui défierait toute usure et toute humidité.
- Les papiers de tenture passés au pégamoïd peuvent être lavés; il convient de dire qu’ils ne brûlent pas plus vite que le papier ordinaire. Les taches fraîches d’encre s’enlèvent facilement, l’écriture aussi, à la condition que les becs de la plume ne percent pas la couche de pégamoïd; il faut, pour faire l’expérience, écrire sans appuyer.
- 11 y avait, à l’Exposition de Bruxelles, une pièce où tous les papiers étaient pégamoïdés, et on avait mis à la disposition des visiteurs différents produits : encre, acides, etc., que l’on pouvait impunément renverser sur les objets avoisinants, un coup d’éponge enlevant immédiatement le dégât. Je citerai en particulier une aquarelle qui a reçu bien des bouteilles d’encre, sans que ses couleurs subissent la moindre altération.
- Par ses applications nombreuses et ses propriétés remarquables, le pégamoïd est donc intéressant, mais il convient, avant de se prononcer définitivement sur sa valeur industrielle, d’attendre le résultat des essais actuellement en cours. Léon Lefèvre.
- , LE MÉTROPOLITAIN A CABLE
- DE GLASGOW
- Au commencement de l’année, les murs de Glasgow se sont couverts d’immenses affiches illustrées annonçant la mise en exploitation d’un district subway, d’un métropolitain souterrain, « le seul chemin de fer funiculaire souterrain au monde, sans vapeur ni fumée, disposant d’une ventilation parfaite, permettant de faire le tour de la ville en une demi-heure, et transportant les voyageurs d’une station à l’autre en deux minutes et demie >n
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- Le fait est que Glasgow, comme Budapest, imitant des villes de plus grande importance, donne à Paris un exemple bon à suivre en possédant dès maintenant un métropolitain qui rend les plus grands services à la circulation urbaine.
- Un simple coup d’œil sur le plan de Glasgowmontre que la ville, en y comprenant ses faubourgs, est partagée en deux par une rivière, la Clyde, bien [dus profonde que la Seine, et dont le lit est principalement formé de sable et de gravier aquifère. Enfin, ajoutons qu’outre les difficultés résultant de la nature aquifère du terrain, non seulement on a trouvé des poches d’eau dans d’anciennes carrières, mais encore il a fallu faire des travaux de soutènement dans des mines abandonnées qu’il s’agissait de traverser.
- La ligne en question est circulaire, mais non point à la périphérie de la ville, ce qui la rendrait parfaitement inutile : on voulait principalement réunir au cœur de la ville et à la station centrale des chemins de fer les quartiers de l’ouest, Mil-lhead, Partick, et surtout ceux qui, comme Go van, étaient demeurés d’autant plus isolés qu’ils sont de l’autre côté du port. Le service devait être aussi fréquent que celui des tramways, et donner une vitesse de 19 à 20 kilomètres à l’heure, y compris les arrêts. Le développement du cercle qu’on a décrit ainsi est d’environ 10 kilomètres et demi, ce qui est déjà quelque chose, surtout étant donné que l’établissement de cette voie ne fut décidé qu’en 1890, et qu’elle fonctionne parfaitement depuis le commencement de 1897.
- Ce métropolitain est à deux voies, établies chacune dans un tunnel particulier, pour diminuer le cube des terrassements et pour faciliter la ventilation par le passage des trains toujours dans le même sens. Ces tunnels sont deux tubes cylindriques en brique et béton ou en métal, de 5m,55 de diamètre intérieur, et séparés par un espace variant entre 0m,75 et lm,80. Les anneaux métalliques sont faits, à peu près suivant la disposition générale, en segments de fonte munis au pourtour de nervures qui permettent de les assembler par boulonnage, les
- joints étant rendus étanches au moyen d’interposition de garnitures en chêne. Un svstème de drainage est ménagé tout le long des deux tunnels pour assurer l’égout des eaux, qui sont même en certains points élevées par des pompes.
- Les stations sont au nombre de 15, ce qui est bien suffisant pour une longueur de 10 kilomètres environ, car cela les suppose en moyenne très rapprochées les unes des autres. Plusieurs peuvent être éclairées directement par des verrières prenant jour dehors : certaines, en effet, sont seulement à une profondeur telle que le rail se trouve à 4 mètres du niveau du sol des rues; pour d’autres, il est vrai, la distance correspondante atteint, comme à Buchanan Street, jusqu’à 12 mètres et même un peu plus. En
- moyenne les voyageurs, qui descendent de la rue j u s q u ’ a u q u a i d’embarquement par les escaliers spéciaux, ont à franchir une distance verticale de 6 mètres environ. D’ailleurs on installe des ascenseurs électriques dans les deux stations les plus profondes, Buchanan Street et Saint-Ceorge’s Cross. 11 v a un seul quai d’embarquement pour chaque gare : il forme îlot entre les deux voies, et, naturellement, il est surélevé à hauteur du plancher des wagons, suivant l’excellente méthode anglaise, que nous avons abandonnée on ne sait pourquoi. On remarquera que sur cette ligne où l’on a évité presque complètement les pentes, sauf au passage double de la Clyde, chaque voie présente une rampe de 1 /20 à l’entrée en gare et une pente semblable à la sortie ; c’est, d’une part, pour faciliter l’arrêt des trains et seconder l’action des freins, de l’autre pour rendre plus aisée la mise en marche au départ et supprimer un effort anormal sur le câble.
- Avant de parler de celui-ci, de l’exploitation et du matériel roulant, disons deux mots, bien que la place nous soit comptée, sur le creusement du double tunnel. 11 a été établi en partie seulement au moyen d’un bouclier, à peu près sur le tiers de sa longueur, là où il est formé maintenant de segments métalliques; mais, dans les sections mêmes qui ont pu être faites en brique et en béton, les constructeurs,
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- MM. Simpson et Wilson, auxquels nous devons de nombreux renseignements, ont dû dépenser une grande ingéniosité pour lutter contre les terrains mouvants, l’envahissement des eaux, et pour protéger les bâtiments, les voies ferrées même, sous lesquels devaient passer les travaux. M. Robert Simpson a fait à ce sujet, devant T « Institution of Engineers and Shipbuilders » d’Ecosse, une communication des plus intéressantes intitulée « Tun-nelling in soft material ». De son côté, et eu égard à l'importance des travaux, M. Andrew Morton vient de publier une étude très remarquable sur ce chemin de fer souterrain. Tantôt, comme pour les terrains du voisinage de la Clyde à l’ouest, on pouvait procéder suivant le système dit « eut and cover )), c’est-à-dire établir une tranchée où l’on construisait à l’air libre le radier, les pieds-droits et les voûtes : on faisait au moins -45 mètres courants par mois. A la station de Cowcaddens on employa une méthode imaginée jadis à Glasgow même pour d’autres travaux et imitée à Paris pour le chemin de fer de Sceaux : faire une excavation suffi santé pour maçonner les voûtes sur un massif de terre jouant le rôle de cintres, puis terminer ensuite le travail souterrainemenl. Les travaux furent compliqués en ce qu’il fallait n’interrompre la circulation des tramways que pendant un court espace de la nuit et soutenir une énorme conduite d’eau au-dessus de la tranchée. En certains points on put jeter de même façon les voûtes, mais on dut compléter le travail à l’air comprimé et avec des écluses, en obtenant une sérieuse économie sur le tubage en métal, bien que l’air comprimé s’échappât en grande quantité à travers les terres. Parfois, et nous tenons à l’indiquer sans pouvoir insister sur les détails, on a eu recours au tunnel métallique, mais sans air comprimé, quand on traversait des couches imperméables et qu’on tenait à éviter tout tassement de la surface : on employait du reste des boucliers que nous ne décrirons point, et qui avaient le.précieux avantage de soutenir la masse des terres pendant le creusement et la mise en place des segments
- métalliques. Naturellement aussi, on usa simultanément du bouclier et de l’air comprimé dans les divers points où l’on se trouvait en plein terrain aquifère, pour la traversée de la Clyde par exemple. Là comme on était à peu de profondeur sous le lit de la rivière, bien des fois l’air comprimé fît sauter ce lit, où il formait un trou fort difficile à combler; il fallait pousser des charpentes en avant du bouclier, régler la pression de l’air eu égard à la hauteur d’eau dans la Clyde, etc. En somme, toutes les difficultés ont été surmontées avec une habileté qui fait honneur aux ingénieurs et aux entrepreneurs qui ont mené ces travaux à bonne (in.
- Nous avons dit que la traction est funiculaire : elle est assurée par deux machines centrales, dont
- une seule travaille , d’une puissance chacune de 1500 chevaux; actuellement, comme le trafic est encore réduit, on ne fait donner que 400 chevaux. Les câbles, qui roulent tout le long de la voie sur des galets verticaux, et sont tendus aux extrémités par un appareil spécial, ont 58 millimètres de diamètre ; chacun d’eux pèse 58 tonnes. Les voitures s’v accrochent, par un grip, une sorte de pince pouvant s’ouvrir instantanément. Ces voitures sont très allongées et montées sur bogies; elles circulent sur une voie de lm,22 de largeur, ce qui n’est pas à proprement parler une voie étroite. L’intérieur en est simple, mais suffisamment confortable; il est éclairé au moyen de lampes électriques prenant le courant sur un conducteur fixé au mur du tunnel. Les wagons comprennent une plate-forme à chaque extrémité, avec deux entrées seulement, ce qui suffit bien pour une population qui, comme les Anglais, sait se hâter sans précipitation ; ils peuvent contenir 42 personnes assises et autant de voyageurs debout.
- Pour finir, nous dirons qu’actuellement il ne circule que des voitures isolées, au nombre de 8 simultanément sur chaque voie circulaire : cela fait du reste un train toutes les cinq minutes. On a commencé par faire marcher les convois de 8 heures du matin à 8 heures du soir, puis rapidement le succès
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- a forcé de faire le service de 711 15 à 1 11' 15, et MM. Simpson et Wilson nous annonçaient récemment que les trains allaient maintenant se composer de deux voitures.
- En somme cet excellent métropolitain n’a pas coûté fort cher, puisque la dépense totale d’établissement, y compris le matériel roulant et l'usine centrale motrice, n’a été que de 1 100 000 livres, environ 28 millions de francs, et Glasgow se trouve doté d’un moyen de transport qui rend déjà des services signalés à sa population laborieuse. Daniel Diu.t.et.
- CHRONIQUE
- Le venin de salamandre du Japon et le venin de vipère. — AI. Phisalix a effectue des expériences intéressantes pour savoir si le venin de salamandre du Japon a des propriétés immunisantes contre le venin de vipère. Le venin de salamandre du Japon détermine des accidents assez graves ; si la dose est suffisante, la mort survient rapidement ; mais si l’on n’inocule qu’une faible quantité correspondant à 10 milligrammes environ de venin sec, à un cobaye de 500 grammes, les lésions locales sont peu accentuées et l’animal survit. Au bout de quelques jours on peut, sans inconvénient, lui faire une nouvelle injection d’une dose un peu plus forte. Les cobayes dont on a ainsi augmenté la résistance au venin de salamandre sont immunisés contre le venin de vipère. Cette immunisation dure dix à vingt jours environ. Ces propriétés immunisantes contre le venin de vipère ne sont pas détruites par un chauffage à 60° pendant vingt minutes. 11 en résulte donc que le venin de salamandre du Japon renferme des substances immunisantes contre le venin de vipère.
- Bicycles en papier. — Le Moniteur de la papeterie française nous apporte une stupéfiante nouvelle qu’il emprunte à Paper Trade Journal de New-York. Une usine, située à Springfield (Massachusetts), fabrique des bicyclettes presque uniquement avec du papier. Plusieurs machines spéciales ont été imaginées pour comprimer le papier et constituer avec cette matière les tubes destinés à former les cadres de ces bicyclettes. En plaçant ces tubes en contact avec des sels ammoniacaux, on arrive même à leur donner une teinte couleur acajou susceptible de prendre un beau poli. L’assemblage des tubes, pour former le cadre, se fait avec des douilles en aluminium. On pourrait, paraît-il, faire avec du papier des tubes de cycles aussi solides, sinon plus, que les tubes de métal, tout en étant plus légers d’un tiers et moins coûteux d’un quart. On a également fait des bandages en papier comprenant un certain nombre de compartiments, de sorte que si l’un de ces bandages vient à être crevé, il ne se dégonflera que dans le compartiment qui aura été ainsi percé. Pour être fixé à ce sujet, il serait bon de voir les bicycles fabriqués et de les expérimenter.
- Les pensions aux LlnlS'l'nis. — On a pu, et
- avec raison, se plaindre bien souvent aux États-Unis de l’accroissement continu des pensions payées par l’État. Actuellement le nombre des pensionnés monte à 983 528, en augmentation de 12 850 sur l’année précédente ; une seule année voit la création de plus de 50 000 pensions.
- Bock flottant monstre. — La maison Swan et limiter, de Wallsecd, vient, en moins de neuf mois,
- d’achever pour le compte du gouvernement espagnol un immense dock flottant qui sera installé à La Havane. Ce dock comprend cinq pontons et, en outre, des caissons mobiles qu’on utilise seulement quand il y a lieu d’augmenter la force portante de l’appareil. Tous ces pontons ont 20'",51 de large; ceux des bouts, pointus à leur extrémité, sont longs de 52m,90, les autres de 22”,85. La longueur totale du dock est de 157m,15, la profondeur de 8m,58 au-dessus du seuil; complètement immergé, il tire 12m,94. (Juant aux machines d’épuisement, elles peuvent, en deux heures et demie, relever tout le système portant un cuirassé de 10 000 tonnes de déplacement; elles sont commandées électriquement.
- Le téléphone en divers pays. — Le journal L'Électricien vient de publier une statistique curieuse concernant l’usage du téléphone dans les divers pays en 1895. En Allemagne, avec 152 157 abonnés, le nombre de communications par an et par abonné était de 2945. En Autriche, pour 19 078 abonnés, ce nombre était de 3556. En Belgique, on comptait 2629 communications pour 9544 abonnés. La France avait. 52 100 abonnés et ne fournissait que 2564 communications. En Italie, le réseau comprenait 11871 abonnés et le nombre des communications était de 1510. Au Japon se trouvent seulement 2917 abonnés, et les communications atteignent 4498. En Suède, il y a 45 505 abonnés et 1258 communications; en Suisse, 25 671 abonnés et seulement 628 communications. En résumé, les réseaux qui offrent le plus grand nombre d’abonnés sont, par ordre décroissant, l’Allemagne, la Suède, la France, la Suisse, l’Autriche, l’Italie, la Belgique et le Japon. Les réseaux qui donnent le plus grand nombre de communications par abonné sont, de même par ordre décroissant, le Japon, l’Autiiche, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, la Suède et la Suisse.
- Fuite d*un pneumatique. — On sait qu’il est d’autant plus difficile de reconnaître une fuite sur un pneumatique que cette fuite est plus petite, et que l’on a tout intérêt à la réparer avant qu’elle ne prenne de grandes proportions. Pour rendre cette fuite facilement reconnaissable, AI. Thomas Itowley, de Alanchester, introduit dans la chambre à air une petite quantité de matière colorante en poudre fine, de l’aniline, par exemple. On peut employer à cet usage une couleur quelconque, pourvu qu’elle soit soluble dans l’eau ou l’alcool. Pour reconnaître le point où se produit une fuite, il suffit d’éponger la surface de la chambre à air gonflée avec de l’eau ou de l’alcool. Au moment où l’éponge passe sur la fuite, il se produit une comète en couleur rouge ou violette dont le noyau est précisément la perforation révélée par la quantité infinitésimale de matière colorante qui a passé par le trou.
- Le vistaseope. — C’est une illusion d’optique nouvelle et très spéciale que doit procurer l’appareil auquel son inventeur, AI. William A. Eddy, a donné ce nom bizarre et qui demande quelques explications. AL Eddy qui s’est fait, en Amérique, une spécialité en matière de cerf-volants et de machines à voler, a eu l’idée originale de faire voir à des personnes reposant sur le sol le paysage environnant en leur donnant l’impression qu’elles le contemplent comme si elles étaient suspendues dans l’espacé à une certaine hauteur, d’où le nom de vistascope. Notre confrère Scientifw American, très sobre de détails au sujet de cet appareil, nous apprend qu’il ressemble à une énorme lanterne magique portée à une certaine hauteur,
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- W à 60 mètres à l’aide d'une combinaison de cerf-volants. Le vistascope projette le paysage sur un écran en papier paraffiné, semi-transparent, après réflexion sur un miroir afin 'd’éviter l’inversion. Si l’observateur couché sur le dos et les pieds dirigés du côté du paysage regarde l’image projetée sur l’écran à l’aide d’une jumelle appropriée, il aura, parait-il, l’impression de se trouver suspendu au niveau du vistascope et de regarder quelque chose placé au-dessous de lui. Les balancements de la lanterne produisent un balancement de l’image qui complète l’illusion au point de vue de la suspension. Au delà de 60 à 70 mètres, les balancements du cerf-volant, même par un temps calme, font perdre de la netteté à l’image et la rendent difficile à suivre avec la jumelle. L’idée est curieuse, mais nous voudrions bien être en possession de détails un peu plus précis pour savoir s’il ne convient pas de classer le vistascope parmi les œuvres de pure imagination.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 novembre 1897. —Présidence de M. Ciiatix.
- Les borurcs alcalino-terreux. — MM. Moissan et W illiam présentent une Note sur les propriétés et la préparation des borures alcalino-terreux. À la température du four électrique le bore agit sur les carbures alcalino-terrcux, mais l’elfet produit est dû à la dissociation du carbure et non à un phénomène de double décomposition proprement dit. On obtient ainsi de minimes quantités de petits cristaux. Mais les borures de calcium, de baryum et de strontium peuvent être préparés aisément en chauffant, au four électrique, un mélange de borate de l’un de ces métaux, d’alumine et de charbon en poudre. Après traitement de la masse par l’acide chlorhydrique, il reste une poudre cristallisée de couleur brune, c’est le borure alcalino-terreux. Ces corps répondent à la formule CaBo6, BaBo6, SrBo0. Ils sont stables et ne décomposent pas l’eau à la température ordinaire ; ils la décomposent à peine à 250°. Ils sont durs, rayent le cristal de roche et résistent à l’action des acides.
- L'a et in omet rie et les ballons-sonde. — M. Molle a songé à tirer partie des ballons-sondes pour obtenir une valeur plus exacte de la constante solaire. L’absorption si importante de chaleur par la vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère, de même que celle causée par les poussières en suspension avaient depuis longtemps conduit à rechercher les déterminations pratiquées au sommet des hautes montagnes. A cette occasion, M. Yiolle signale tout particulièrement les déterminations de M. Vallot dans son observatoire du Mont-Blanc. Il est cependant certain que si l’on peut adapter aux ballons-sondes des actinomètres susceptibles de fonctionner automatiquement, on aura, lorsque ces ballons atteindront les hautes régions de l’atmosphère (15 000 à 20 000 mètres), une indication précieuse sur la valeur de la constante solaire, car elle sera dégagée des causes d’erreur déjà mentionnées. M. Yiolle annonce qu’il a imaginé un acti-nomètre simple, remplissant les conditions voulues pour ce but. Cet appareil a été expérimenté et a bien fonctionné. Les aéronautes qui montaient le ballon, parti de La Villcttc le 21 octobre dernier, dont il a été question dans le compte rendu de la dernière séance, emportaient en effet deux de ces appareils. Malheureusement les résultats sont sans intérêt parce que le ballon ne s’est élevé qu’à 2500 mètres et qu’à cette altitude l’absorption par la
- vapeur d’eau atmosphérique équivaut encore à celle d’une couche d’eau de 5 centimètres d’épaisseur.
- Méthode de classement des travaux scientifiques. — M. Milne-Kdwards fait connaître que le Congrès zoologique, tenu à Levde en 1895, a décidé que la question du mode de. classement des Mémoires et travaux de toute sorte, intéressant la Zoologie, publiés dans toutes les langues, serait mise à l’étude. M. Herbert Iiaveland Field soumet un projet de classement qui fournit une solution assez pratique, semble-t-il. Le système bibliographique de M. Field consiste à diviser les sciences zoologiques en dix branches correspondant chacune à un chiffre, puis à subdiviser chacune de celles-ci en dix branches, pareillement numérotées et ainsi de suite. De la sorte, le sujet d’un Mémoire quelconque est représenté par un nombre dans lequel chacun des chiffres successifs traduit des subdivisions de la classe précédente. Par suite, pour connaître l’ensemble des travaux sur une question il suffit dans les fiches de se reporter au numéro assigné au Mémoire.
- Varia. — M. Bonnier présente une Note de M. Daniel relative à un nouveau procédé de greffage, grâce auquel on peut créer des variétés nouvelles ; et une autre Note de M. Prunct relative à l’instant auquel la vigne est réfractaire au black-rot. — M. Engel démontre que l’acide stannique ne se transforme pas directement en acide métastannique. — M. Leduc étudie la compressibilité des gaz aux diverses températures, dans le voisinage de la pression atmosphérique. Ch. de Villedeuil.
- IA TOMATE POMME DE TERRE
- L’art de greffer est un des plus populaires et des plus répandus, par la facilité de le mettre en pratique. Les services qu’il rend à l’amateur, au praticien et au savant même, en provoquant un fait de physiologie expérimentale instructif, prouvent que le greffage est une opération aussi intéressante que fructueuse.
- L’origine de la greffe est aussi vieille que le monde ; ce n’est pas ici le lieu d’en reproduire l’histoire qui est relatée dans des ouvrages spéciaux; mais, vraisemblablement, c’est dans la nature que l’homme a du apprendre à greffer. Qui n’a vu des exemples de greffes naturelles dans les bois entre branches ou troncs d’arbres, ou les rameaux d’un buisson intriqués et souvent soudés les uns aux autres’? Il suffit de chercher un peu pour en découvrir.
- Cependant quelque facile que soit le greffage, dans beaucoup de cas, on est stupéfait lorsque, n’étant pas du métier, on ouvre un manuel d’arboriculture en voyant la quantité de variétés de greffes imaginées par les pépiniéristes et les horticulteurs, et les connaissances qu’il faut avoir acquises pour ne pas être déçu dans ses opérations. L’écueil auquel on s’est heurté, et où l’on se heurte encore de nos jours, c’est l’affinité qu’il faut avoir constaté entre le sujet qui doit recevoir la greffe et le végétal d’où provient celle-ci. En d’autres termes, il est nécessaire que les éléments anatomiques des végétaux mis en contact soient aussi semblables que possible, et que leur multiplication se fasse à la
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- même époque, pour que ces éléments s’unissent intimement et que la greffe, solidement fixée, donne bien ce que l’on attend d’elle. On a beaucoup écrit sur ce sujet et celui-ci ne semble pas encore épuisé. Toutefois on est d’accord sur ce point, c’est qu’il est indispensable que les plantes associées appartiennent à la même famille, sinon au même genre, pour que la reprise soit non pas assurée, mais seulement possible. Si des exceptions à cette règle sont connues elles doivent être rares. Il est même assez curieux d’apprendre que des espèces, placées très près les unes des autres dans la classification, se refusent absolument «à s’unir entre elles, ou bien l’adhérence ne sera que de courte durée ou la greffe boudera indéfiniment. L’est ici le lieu de citer quelques lignes d’un maître dans l’art de grefler :
- « L’explication des sympathies et des antipathies dans le greffage d’espèces différentes manque encore; on n’explique pas davantage pourquoi certains genres peuvent être greffés, celui-ci sur celui-là, sans <pie la réciproque soit possible.
- Exemple :1e Pommier ne réussit pas sur le Poirier et nous avons vu des Poiriers vivre pendant quelques années sur le Pommier. Le Poirier adopte le Cognassier, même l’Aubépine,
- [tour sujets ; ceux-ci ne rendent jtas le même service à leur allié. Le Sorbier, l’Alisier, le Néflier, le Cognassier si dissemblables entre eux et avec l’Aubépine, sympathisent tous les quatre avec elle. Le Pêcher et l’Abricotier se greffent difficilement l’un sur l’autre, tandis que tous les deux réussissent sur l’Amandier et sur le Prunier. Tous les Cerisiers se soudent au Mahaleb ou Sainte-Lucie, étant pris comme sujet, et lui-même ne se soude à aucun cerisier1.
- On pourrait augmenter encore le nombre de ces exemples, qu’ont révélés les expériences, mais qu’il est presque impossible de prévoir, a priori, quand des essais ne les ont pas confirmés.
- Le greffage a rendu et rend encore d’immenses services quand il s’agit de multiplier des végétaux sarmenteux comme les Clématites, ou bien encore des Pivoines et même des espèces arborescentes qui sont rebelles à bouturer, et c’est alors sur racines
- plus ou moins volumineuses que le greffage se fait en prenant pour sujets des espèces ou des races vigoureuses mais appartenant toujours au même genre.
- On peut également greffer des [liantes annuelles, quand celles-ci ont des tiges ou des rameaux suffisamment charnus, de préférence, et le cas que représente notre gravure en est un frappant exemple. Toutefois on ne peut dire que ce procédé soit entré dans la pratique et il n’a été, jusqu’à présent, qu'un objet de curiosité. A. Carrière, qui fut un praticien et un chercheur infatigable, avait essayé les greffages les [dus divers et il avait obtenu, entre autres, une récolte de tomates sur des tiges de Douce-Amère. Ch. Raltet, un expérimentateur hors ligne, auquel on doit des ouvrages aussi nombreux que remarquables sur l’Arboriculture, a tenté de greffer les végétaux les [dus différents, et il a réuni dans
- un volume, l'Art de yreffer, dont la 6e édition vient de paraître1, les conseils les [dus utiles en matière de greffage et les espèces que l’on peut multiplier à coup sur par ce procédé.
- En greffant des rameaux de Tomate sur des tiges de Pomme de terre, le fils de notre ami M. Ch. Raltet a fait une expérience divertissante, qui réalise Y utile dulci d’Horace sur un même végétal, et qui mérite d’être mise sous les yeux des lecteurs de La Nature à tous égards. Elle leur montrera péremptoirement les affinités de deux [liantes appartenant à la même famille, celle des Solanées, et la possibilité de greffer des végétaux d’une existence éphémère dans notre région et qui ne semblent pas, tout d’abord, pouvoir être soumis à cette épreuve aussi curieuse qu’inattendue.
- Enfin, cet exemple est encore suggestif non seulement en produisant deux récoltes distinctes sur la même [liante, mais la provision de tissu gorgé d’eau de la pomme de terre peut être d’un grand secours à la tomate, dans le cas où les arrosements viendraient à lui faire défaut. J. Poisson.
- 1 Librairie Masson et P20, boulevard Saint-Germain.
- Le Gérant : P. Masson.
- 1 Cn. Baltet, l'Art de greffer, p. G.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- A» 127 0.
- 15 NOVEMBRE 1897.
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- CLEPSYDRES
- Le Musée de Cluny possède une clepsydre en poterie très curieuse. Elle est placée dans une des vitrines de la salle des faïences. Nous allons en donner une description, car, si elle a été reproduite dans 1’ « Histoire de l’Horlogerie », de Pierre Dubois (Paris, 1849), et si nous-même l'avons fait représenter dans un article sur les Clepsydres dans un précédent numéro*, nulle part il n’en a été expliqué les intéressantes fonctions. Nous allons pouvoir les exposer ici, après les avoir soigneusement étudiées, grâce au concours obligeant de M. Saglio, directeur du Musée.
- Cette pièce date du dix-septième siècle.
- Le catalogue du Musée porte au numéro 4021 : « Grès de Grenzhausen en Westerwalde ( Nassau) avec les trois couleurs : grisâtre, bleu et violet. —
- Clepsydre ou horloge à eau ». Et il ajoute :
- « La clepsydre était en usage sur les tables des festins où elle faisait l’office de sablier. L’eau, placée dans le réservoir, descendait par les colon-nettes pour rejaillir à l’orifice inférieur.
- — Haut. : 0m,57. »
- Pierre Dubois dit à son sujet : « H était d’usage, dans certains monastères, de placer une de ces horloges au milieu de la table, sur laquelle on servait le dîner des moines ; c’était sans doute pour avertir les religieux qu’ils ne devaient pas prolonger leur repas au delà de la limite prévue par la règle de la communauté. »
- Cette clepsydre est en effet construite d’après le principe du sablier. L’heure est indiquée par le temps que met l’eau du bassin supérieur à couler dans le bassin inférieur. Puis il faut, comme dans le sablier, retourner la pièce de haut en bas pour que la fonction continue. Mais si, dans le sablier, la chose est très simple — car le sable passe d’une fiole dans l’autre, le tout étant parfaitement clos, — il n’en est pas de même dans cette clepsydre, où l’eau coule au dehors.
- Voici l’ingénieuse façon qui fut trouvée non seu-
- 1 Vov. u° 1230, du 26 décembre 1896, p. 55.
- 25* année. — 2e semestre.
- lement pour éviter la perte de l’eau, lors du renversement, mais encore pour indiquer, dans une certaine mesure, la fraction du temps de l’écoulement complet d’un des bassins.
- Par un des trous A, A', percés sur chacune des parties plates extérieures des bassins, on versait l’eau. Ces trous étaient bouchés avec du liège. Alors l’eau s’échappait par l’une des colonnes creuses, la colonne D par exemple, puis continuait sa route par un tuyau C, aboutissant à la tétine F, qui s’élève en saillie au milieu de la cuvette, et en jaillissait.
- On remarquera, par notre gravure, que l’eau d’un bassin ne peut en sortir que par l’unique trou de la
- colonne perforée de son côté; car deux des autres colonnes sont pleines et la quatrième est bouchée par le tuyau aboutissant à la tétine extérieure. Quant à l’entonnoir, son orifice est en saillie au-dessus du niveau de l’eau.
- Nous avons dit plus haut que la fraction du temps de l’écoulement était indiquée. Voici comment : au début de la mise en marche, le jet d’eau atteignait de suite son maximum d’élévation, car alors la pression était la plus forte; puis progressivement le jet diminuait de hauteur pour se transformer à la fin en un simple écoulement. Une personne exercée pouvait donc facilement se rendre compte de la fraction du temps de l’écoulement complet par la hauteur successive du jet.
- L’eau du jet retombait, avons-nous dit, dans une des deux cuvettes, qui sont formées par la concavité des faces internes des bassins. Ces cuvettes comportent dans leur ornementation des rosaces, dont l’une d’elles D est percée de petits trous. L’eau du jet entre par ces orifices, qui lui offrent un écoulement naturel et vient remplir le bassin.
- La partie E, formant entonnoir, est placée immédiatement au-dessous de la rosace D et fait corps avec le fond; elle avait le double but d’empêcher l’eau de retomber par les trous, qui lui avaient servi d’entrée lorsqu’on renversait la pièce, et aussi de permettre à l’air de pénétrer à mesure que l’eau sortait par la tétine opposée.
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- Clepsydre eu grès du dix-septième siècle.
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- On s’explique comment on avait l’heure et comment, sans craindre de répandre l’eau, on pouvait renverser la pièce sens dessus dessous comme un sablier.
- Il ne nous a pas été possible de nous rendre compte du temps de l’écoulement d’un bassin, les tétines ayant été refaites et bouchées, lors de la très importante restauration que cette pièce a subie ; puis nous ignorons l'épaisseur de la terre, formant les cloisons ainsi que les proportions des tuyaux et des entonnoirs, garnissant l’intérieur des bassins.
- Cette pièce d’aspect très décoratif constitue un très intéressant spécimen des horloges à eau, si oubliées aujourd’hui et pourtant si charmantes dans leur naïveté. Pi.axchon.
- Un a beaucoup discuté sur la disposition, l’àge et le but des monuments mégalithiques de la Bretagne. Ces vestiges des temps préhistoriques, souvent incomplètement Respectés par les races nouvelles, quelquefois même à demi submergés par l’Océan, ont vivement préoccupé les archéologues; et des fouilles encore inachevées qui furent faites soit par la commission de l’État, soit par des particuliers, on a tiré des conclusions variées, mais partant toutes ou presque toutes de cette idée que les monuments mégalithiques sont des monuments funéraires.
- Une nouvelle étude très documentée, de M. F. Gaillard1, vient d’apporter aux chercheurs un élément d’appréciation assez inattendu. On sait qu’on appelle menhirs des blocs de pierre bruts, sans forme ni marque spéciale, généralement disposés en rangées présentant une certaine symétrie et qu’on a appelées des alignements; quelques alignements ont pu compter primitivement 5000 à 6000 menhirs. Presque toujours les alignements sont terminés, d’un côté, par un demi-cercle de menhirs (demi-cercle plus ou moins parfait), et qui porte le nom de cromlech.
- Or voici la remarque curieuse de M. Gaillard : dans tous les systèmes d’alignements, à une distance variable dans chacun d’eux, se trouve un menhir isolé soit entre deux alignements, soit en dehors. Cette pierre a souvent une forme spéciale, une position particulière, elle présente toujours sa large surface à la direction des allées. .
- Eh bien, si l’on se place au point central du cromlech, le jour du solstice d’été, on voit le soleil se lever exactement au-dessus du menhir intermédiaire. Par point central du cromlech, on entend le point de la courbe du cromlech également distant des extrémités de la corde de l’arc que forme le cromlech. Dans certains alignements, c’est aux équinoxes que cette coïncidence a lieu. Cette constatation, M. Gaillard a pu la faire sur tous es systèmes d’alignements du Morbihan, et l’observation payait définitivement acquise.
- Un autre fait du même genre se produit pour les dolmens, monuments formés d’une pierre plate posée sur deux ou plusieurs pierres dressées verticalement : l’ouverture des dolmens est toujours tournée vers un point, d’ailleurs quelconque, de l’arc de l’horizon qui va du / lever du soleil à son coucher au même solstice.
- |/ 1 L’Astronomie préhistorique, par F. Gaillard, publié par
- ^ la revue les Sciences populaires.
- Partant de ces faits, et aussi d’autres données appartenant au domaine de l’archéologie pure, M. Gaillard voit dans les monuments mégalithiques la trace d’un culte des ancêtres : les dolmens sont des tombeaux, et les alignements sont comme « la voie sacrée vers le pays primitif des ancêtres » (l’Orient), où l’on célébrait les cérémonies du culte des morts.
- Nous ne suivrons pas M. Gaillard dans cette seconde partie de son intéressant travail, mais nous voudrions préciser un peu l’observation relative à l’orientation des alignements.— Le soleil ne se lève pas chaque année, le jour du solstice, au même point de l’horizon. C’est là un fait connu depuis bien longtemps, et 150 ans avant notre ère, Hipparque décrivait déjà le phénomène de la précession des équinoxes. En vertu de ce phénomène, si dans une première approximation nous supposons que le plan de l’écliptique conserve toujours la même direction dans l’espace, il faut se représenter l’axe de la Terre comme décrivant d’un mouvement uniforme, dans l’espace d’environ 26 000 ans, un cône de révolution dont l’angle est de près de 25° 20 (fig. ci-dessous) : mouvement qu’on peut de tous points comparer à celui d’une toupie tournant
- Cône de révolution de Taxe de la terre.
- sur sa pointe ; si l’axe de la toupie est incliné par rapport à la verticale, on voit cet axe décrire un cône autour de la verticale et la toupie tourne sur elle-même.
- De ce mouvement conique résulte le déplacement du point équinoxial sur la sphère céleste, et simultanément le déplacement du pôle nord de la sphère céleste : ce pôle est aujourd’hui voisin d’une étoile de la Petite Ourse que nous nommons l’Étoile Polaire, il se rapproche en ce moment de l’Étoile Polaire, et il en sera le plus voisin possible dans 250 ans ; puis il s’en éloignera, et de plus de 45°, de telle sorte que dans 15000 ans (ce sont là des chiffres ronds), c’est l’étoile a de la Lyre qui indiquera à peu près la position du pôle.
- Du reste ce mouvement conique de l’axe de la Terre, dù à l’attraction du Soleil et de la Lune sur le renflement équatorial terrestre, se complique d’un mouvement d’une beaucoup plus faible amplitude et qui n’est dù, lui, qu’à l’influence de la Lune. Ce mouvement (nutation) n’altère que fort peu la trajectoire du pôle céleste, et cette trajectoire reste—moyennement un petit cercle de la sphère.
- Quoi qu’il en soit, ces deux causes se mettent d’accord pour modifier d’une façon continue le point de l’horizon où le soleil se lève à une époque donnée de l’année. Si donc le soleil se lève en 1900 dans les conditions observées
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- par M. Gaillard, il est impossible qu’il ait pu le faire il y a mille ans, par exemple; mais il y a eu une époque, des époques, où cela s’est déjà présenté. Cette observation a d’ailleurs été faite à notre auteur, qui en dit lui-même quelques mots à la fin de son travail ; il n’v attache qu'une importance relative, et cela se conçoit puisqu’il ne recherche que des conclusions archéologiques. M. Gaillard reconnaît la théorie comme vraie, mais croit qu’il est impossible de préciser la variation dont il s’agit. C’est là, à nos yeux, une véritable erreur, car on connaît parfaitement la position du pôle céleste, le phénomène de la précession des équinoxes a été complètement étudié, et on peut calculer, à l’aide de la trigonométrie sphérique, en quel endroit de tel ou tel horizon s’est levé le soleil le jour du solstice d’été de l’an 1500, par exemple.
- Si, par conséquent, les hommes qui ont élevé les monuments mégalithiques de la Bretagne ont cherché, ce qui paraît certain, à obtenir la remarquable coïncidence signalée par M. Gaillard, on peut calculer, en nombres ,-^onds, les époques auxquelles ils ont pu le faire. Ce serait là un précieux élément d’appréciation sur l’àge de ces monuments; et il suffirait désormais de certaines raisons, archéologiques ou autres, pour pouvoir choisir parmi ces époques, celle qui doit être la véritable. Il est du reste inutile de rechercher des calculs d’une précision parfaite, car dans des espaces de temps aussi longs, 15000 ans, qu’est-ce qu’une dizaine de siècles?
- 11 faut enfin faire, à propos de l’observation au solstice, une remarque qui a bien son importance : au moment du solstice, la déclinaison du soleil passe par un maximum (solstice d’été) ou par un minimum (solstice d’hiver) ; il résulte de là que le soleil parait pendant plusieurs jours garder à peu près la même hauteur méridienne, et par conséquent se lève plusieurs jours de suite au même point de l’horizon. La vérification réussirait sans doute tout aussi bien le 18 et le '2i juin que le 22. Il n’en est pas de même de la vérification relative à l’index des équinoxes (alignements de Kermario), car à l’équinoxe la déclinaison du soleil varie très vite, et on peut d’un jour à l’autre constater une différence sensible pour le point de l’horizon où le soleil se lève. L’observation aux équinoxes est donc plus facile à préciser en même temps que plus délicate et plus intéressante, puisque les variations y sont plus sensibles.
- Il n’en reste pas moins vrai, comme l’a fort bien dit M. Gaillard, (pie les hommes préhistoriques qui élevèrent les monuments mégalithiques de la Bretagne avaient connaissance des équinoxes, des solstices, etc., en un mot, qu’ils avaient déjà des notions d’astronomie. On dira peut-être qu’après tout cela n’est pas bien étonnant ; l’homme ne devait-il pas, dès l’origine, être invinciblement attiré par ce soleil qui lui apportait et la lumière et la vie?
- J. Derôme,
- licencié ès sciences.
- NOUVEAUX OBJECTIFS PHOTOGRAPHIQUES
- DE FABRICATION FRANÇAISE
- Au début de la photographie la France, où elle est née, occupait une fort bonne place pour la fabrication des objectifs et elle sut la conserver longtemps. Mais, dans ces dernières années, les objectifs allemands prirent tout à coup, à juste raison, nous devons le reconnaître, une place prépondérante. Le nouveau type d’instrument, qui venait d’être créé par le Dr Rudolphe sous le nom d’Ana s
- tigmat, avait en etfet une supériorité marquée sur tout ce qui existait auparavant et donnait satisfaction aux amateurs d’instantanés. Grâce à l’emploi de verres nouveaux fabriqués alors exclusivement à léna, verres d’une limpidité et d’une transparence sans égale, ayant un indice de réfraction et un pouvoir dispersif inconnus jusqu’alors, la correction de l’astigmatisme put être, mieux faite tout en permettant des diaphragmes beaucoup plus ouverts. Le résultat fut qu’à conditions égales de nettete et d’angle de champ on obtint une luminosité de l’image et, par suite, une rapidité d’impression de beaucoup supérieure à celle que donnent les autres types d’objectifs symétriques.
- Cette condition essentielle de l’instantané, qui coïncidait précisément avec la vogue des petits appareils à main, explique l’énorme extension que prit tout à coup la fabrication allemande.
- Mais ce qu’il faut qu’on sache aujourd'hui c’est qu’en France on n’est pas resté inactif. Grâce aux recherches de M. Mantois, fabricant de verres d’optique à Paris, qui est arrivé à fournir, même aux opticiens étrangers, des matières premières égales sinon supérieures à celles d’Iéna; grâce aux travaux de MM. Martin et Wallon sur le calcul des objectifs; grâce aussi à l’effort de nos opticiens qui se sont courageusement mis à étudier les formules nouvelles sous l’impulsion donnée par les conférences spéciales que fit à leur intention M. E. Wallon, nous pouvons dire qu’aujourd’hui nous avons en France une fabrication qui égale et même dépasse les meilleures marques allemandes. On ne le sait pas assez et il est regrettable que beaucoup de fabricants français persistent à mettre sur leurs appareils des objectifs étrangers ; les clients, nous disent-ils, les demandent, mais c’est parce qu’ils ne connaissent pas les progrès faits par nos opticiens.
- Nous ne voulons citer aucun nom parmi ceux qui nous ont mis à même de faire des essais comparatifs entre leurs objectifs et les objectifs étrangers ; mais nous pouvons affirmer qu’ils sont au moins équivalents sous tous les rapports. Nous n’avons aucun intérêt personnel à faire ce plaidoyer, nous ne sommes agents d’aucun syndicat et nous ne vendons pas d’objectifs ; mais nous voudrions qu’au moins en France l’optique française prit la place qui lui est due. G. Map.eschal.
- LES CHAUDIÈRES A TUBES D’EAU
- Les associations maritimes techniques en France et en Angleterre ont vivement discuté dans leurs dernières réunions les différents nouveaux types de chaudières. Les périodiques spéciaux ont pris part à ces discussions et les ont étendues ; nous croyons donc intéressant de donner une rapide nomenclature des modèles actuels de chaudières, dont la diversité est extrême en insistant un peu plus longuement sur la chaudière Niclausse que de récents essais ont tout particulièrement mise en évidence.
- A bord des navires, les questions de poids, d’encombrement, de facilité de réparations et de nettoyage qu’il faut allier avec une grande solidité rendent le choix de l’appareil évaporatoire très délicat.
- Jusqu’à ces dernières années la chaudière cylindrique ordinaire, directe ou à retour de flamme, répondait aux différentes exigences des marines de
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- guerre et de commerce. Puis sur les torpilleurs la nécessité d’alléger les poids fit mettre eu service les chaudières locomotives, tandis que la faible hauteur sous le pont des navires cuirassés faisait adopter les chaudières Amirauté.
- Ces appareils évaporatoires ont donné lieu à de graves mécomptes, et sont aujourd’hui à peu près condamnés, l’incident tout récent des chaudières Amirauté du F leur us a achevé d’éclairer l’opinion.
- D’autre part les difficultés devenaient de plus en plus grandes et les chaudières tubulaires à grand volume d’eau parurent ne plus répondre aux nécessités actuelles. Les inventeurs furent conduits à composer uniquement leurs appareils de tubes pleins d’eau et de vapeur disposés au milieu de la flamme et des gaz chauds. Pour donner une classification des différents types créés qui sont extrêmement nombreux, nous nous baserons sur la circulation de l’eau dans les tubes comme le fait M. Ber tin, directeur des constructions navales, dans son remarquable Traité des Chaudières.
- M. Relleville, dès 1856, avait fait essayer un premier modèle sur la Biche, mais ce n’est qu’en 1884, après trente ans de recherches, que le type Belleville commença à s’imposer. L’eau dans les tubes de cette chaudière est presque immobile; la circulation est dite limitée.
- La circulation est au contraire libre dans les chaudières françaises, Oriolle, d’Allest, de Dion, dans les appareils anglais et américains Babeock et Wilcox, Seaton,
- Town et Ward. Les chaudières Field, Niclausse et Dürr rentrent dans cette catégorie, mais elles doivent être mises à part, car de profondes différences de construction et de fonctionnement les distinguent des précédentes.
- Enfin nous appellerons à circulation accélérée les appareils du Temple, Normand, en France; Thornyc-roft, Yarrow, Blechynden, Flemming et Ferguson, en Angleterre.
- La chaudière Belleville est constituée par un ensemble de serpentins formés par des tubes droits
- et des boîtes de raccords. Ces serpentins sont disposés côte à côte, leurs extrémités inférieures communiquent avec un collecteur inférieur, tandis que les extrémités supérieures débouchent dans un réservoir où se trouve la prise de vapeur. L’alimentation se fait dans ce réservoir supérieur au milieu de la vapeur, et deux gros tubes verticaux permettent à l’eau de descendre dans le collecteur inférieur. Le niveau de l’eau s’établit dans les tubes à peu près à mi-hauteur des serpentins, la circulation est presque nulle, il y a seulement remplacement de l’eau évaporée ou entraînée.
- La chaudière d’Allest que nous prendrons comme type de la première catégorie des chaudières à circulation libre est toute différente du type Belleville. Deux lames d’eau parallèles surmontées d’un grand réservoir cylindrique qui leur est perpendiculaire sont réunies par un faisceau de tubes légèrement incliné de l’avant vers l’arrière. L’alimentation se fait dans la lame d’eau arrière. Un écran disposé sur la rangée inférieure des tubes, des chicanes diverses forcent la flamme à parcourir un circuit de retour avant de se rendre à la cheminée. Cette disposition n’est pas sans présenter de graves dangers, les gaz les plus chauds venant immédiatement rencontrer des tubes pouvant être remplis exclusivement de vapeur.
- L’eau tend à monter de la lame d’eau de l’arrière vers celle de l’avant dans laquelle se produit tout le dégagement de vapeur. Cette circulation quoique dite libre est incomplète et forcément contrariée.
- En cas de rupture d’un tube la chaudière d’Allest a de grands inconvénients, car les démontages dans les plaques à tubes sont longs et difficiles. Dans les chaudièresà circulation accélérée un collecteur cylindrique supérieur et un ou plusieurs, le plus souvent deux collecteurs inférieurs communiquent par un faisceau de petits tubes léchés par la flamme et par un gros tube extérieur à la chaudière. L’alimentation se faisant dans le collecteur supérieur, feau descend dans le collecteur inférieur par le tube extérieur, et remonte par le
- Fig. 1. — Chaudières Niclausse.
- Demi coupe 1 Demi vue 2. — Coupe de la chaudière Normand.
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- faisceau de tubes en même temps que la vapeur formée; la circulation est ainsi extrêmement vive. La prise de vapeur se trouve dans un dôme qui surmonte le collecteur supérieur pour éviter les entraînements d’eau. Les différents modèles de chaudières de ce type se distinguent par la forme‘des tubes de petit diamètre qui sont plus ou moins contournés, et par le niveau de l’eau dans le collecteur supérieur. Tantôt tous les petits tubes débouchent au-dessous du niveau de l’eau comme dans les chaudières du Temple ou Yarrovv, tantôt au-dessus comme dans l’appareil Thornycroft. La grille du foyer se trouve entre les collecteurs inférieurs et le courant des gaz chauds, guidé par des écrans, parcourt le faisceau des tubes avant de se rendre à la cheminée. Dans ces différents appareils, il est impossible de réparer un accident sans un long arrêt et des démontages pénibles (fig. 2).
- Dans la chau-dièreNiclausse au contraire, en même temps que la circulation est parfaite, les démontages ou réparations peuvent s’exécuter avec une très grande rapidité.Le poids, l’encombrement, sont très réduits; enfin l’élasticité de cet appareil évaporatoire permet de très grandes variations d’allures.
- A l’avant de la chaudière, une série de collecteurs verticaux séparés en deux lames par une cloison intérieure communiquent à leur partie supérieure avec un collecteur transversal dans lequel se fait l’alimentation. Un premier faisceau de tubes ouverts aux deux bouts débouche dans la lame avant, ces tubes sont logés dans d’autres tubes de plus grand diamètre fermés à une de leurs extrémités par un bou-
- chon à vis et communiquant avec la lame d'eau arrière. La chaudière Nielausse ressemble ainsi à une chaudière Field dont les tubes seraient horizontaux; l’eau descend par la lame avant dans les tubes intérieurs, vient se vaporiser dans la partie annulaire extérieure, puis l’eau et la vapeur remontent par la lame arrière jusque dans le collecteur supérieur; divers dispositifs accessoires facilitent d’ailleurs cette circulation. Le mode de tenue des tubes qui laisse l’extrémité arrière libre permet aux dilatations de se produire sans qu'il en résulte d’inconvénients et assure une grande élasticité à la chaudière.
- Enfin la facilité de démontage est extrême. Le tube extérieur se termine par un prolongement évidé appelé lanterne (fig. 5) qui est ajusté sur les faces arrière et avant des lames d’eau. Le tube intérieur, portant aussi une lanterne, vient se visser à l’extrémité du tube extérieur qu’il ferme d’autre part sur le diaphragme séparant les deux lames d’eau; un étrier s’appuyant sur deux têtes voisines évite tout desserrage. Les portages étant coniques, on comprendra facilement d’après la figure 5 que l’on peut très aisément enlever au moyen d’outils spéciaux les deux tubes soit ensemble, soit séparément.
- Pour terminer, comme nous ne pouvons nous étendre plus longuement sur les détails si bien étudiés de cette chaudière, nous emprunterons quelques chiffres à un très intéressant article de M. Duchesne, ingénieur civil, concernant les récents essais
- (28 avril 1897) du Cristobal Colon, croiseur espa-
- gnol, dont les chaudières sont du type Nielausse.
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- Le poids par cheval à toute puissance de 14 000 chevaux est de 20 kilogrammes sans eau et 24k^,5 avec eau. Les chaudières ont développé au tirage naturel 155 chevaux par mètre carré de grille et 110 chevaux par mètre carré de surlace couverte, et la consommation s’est élevée à environ 800 grammes par cheval-heure. Ces remarquables résultats classent les appareils Nielausse au premier rang des chaudières à tube d'eau et constituent, comme conclut M. I)u-chesne, un réel succès pour l’industrie française qui a résolu d'une façon complète le problème si difficile de la chaudière militaire. Louis Turgax,
- ingénieur civil des constructions navales.
- LES MOTEURS A ALCOOL
- La crise que traverse depuis quelques années la distillerie portant le plus grand préjudice à l’agriculture de certaines régions, plusieurs sociétés et syndicats agricoles ont cherché à développer les emplois industriels de l’alcool, tout en demandant une nouvelle réglementation concernant les taxes et la dénaturation de ce produit. On s’est préoccupé non seulement du chauffage et de l’éclairage par l’alcool, mais encore de son emploi à la production de la force motrice, sans cependant préciser les différentes conditions d’utilisation de ce combustible en nous montrant des moteurs spéciaux,
- M. Ringelmann a beaucoup étudié cette question et a résumé, dans une Note à l’Académie des sciences, les recherches effectuées à la station d’essais de machines.
- Les essais comparatifs ont porté sur de l’alcool dénaturé et sur de l’essence minérale. Voici les résultats des analyses des combustibles employés, que M. Achille Miintz, Membre de l’Académie des sciences, a bien voulu faire :
- Essence Alcool
- minérale. dénaturé.
- Carbone pour 100. . . . . . 84,3 41,5
- Hydrogène — . . . . . . 15,7 15,0
- Oxygène — . . . . . . 0 45.5
- Densité à 15° . . 0.708 0,834
- Point d’élmllition1 . . . . . . 88° 78°,5
- L’essence minérale avait une puissance calorifique spécifique de 11 559,65 calories kg-degré par kilogramme et l’alcool dénaturé une puissance calorifique de 6521,75 kg-degré par kilogramme, soit 100 dans le premier cas et 57,41 dans le second. La quantité d’air nécessaire pour la combustion de 1 kg était de 11,782 m3 pour l’essence minérale et de 5,698 m3 pour l’alcool. Si l’on examine les consommations relatives, on trouve qu’une cylindrée du moteur aurait consommé 100 kg d’essence minérale pour 206,7 kg d’alcool.
- Température de l'air
- 18° 21°,5 25°
- dans le au dehors, au dehors, hall d’essais. à l’ombre. au soleil.
- Essence minérale.
- Température du liquide . 15°,2 » 11°,7 )> 24°,2 »
- Poids évaporé (grammes). » 9,57 » 35,06 » 47,21
- Alcool dénaturé.
- Température du liquide . 15°,6 » 11°,3 )> 19°,5 »
- Poids évaporé (grammes). » 3,47 » 16,66 » 27,08
- Les résnltats de l’évaporation par heure et par décimètre
- 1 Pression barométrique : 767,5.
- carré de surface de combustible, exposée à l’air dans diverses conditions, sont résumés dans le Tableau ci-contre.
- Les essais pratiques ont été effectués sur des moteurs à essence minérale. Le premier type adopté est un moteur horizontal de 2 à 5 chevaux, du cycle à 4 temps, à allumage électrique et à soupapes automatiques, construit par M. Rrouhot.
- Les résultats de ces premiers essais ont été vérifiés sur un moteur Benz, vertical, de 5 à 4 chevaux.
- Le premier moteur ne peut partir seul avec l’alcool, ce combustible émettant trop peu de vapeurs à la température de 15° à 20°. M. Ringelmann a tourné la difficulté en faisant fonctionner, pendant cinq minutes environ, le moteur avec l’essence minérale, et, lorsque la température moyenne des gaz de la décharge atteignait 70° environ, on commençait l’alimentation à l’alcool en ayant soin de modifier de suite la composition du mélange tonnant. Pour le même volume engendré par le piston il faut 2,06 fois plus d’alcool que d’essence afin d’obtenir un mélange tonnant à combustion complète. Pour le second moteur, M. Ringelmann a établi un carburateur sur un fourneau à gaz qui permettait de maintenir le combustible, à une température de 42° à 47°, reconnue, par tâtonnements, la plus favorable au fonctionnement de la machine ; ce carburateur présente de grands dangers d’incendie.
- Les résultats généraux des essais sont consignés dans le Tableau ci-après (les chiffres se rapportent à des essais de longue durée, alors que les moteurs étaient en régime de température) :
- A vide. . . Par cheval j
- Avide. . . Par cheval J
- Consommation Rapport des
- par heure. consommations.
- Essence Alcool Essence Alcool
- minérale. dénaturé. minérale, dénaturé.
- Moteur horizontal.
- kg. kg.
- 1.010 2.267 i 2.05
- à demi-charge. 0.950 1,767 i 1,86
- en charge. . . 0.892 1.596 i 1,56
- Moteur vertical.
- 0,328 0.771 i 2,55
- à demi-charge. 0,619 1,097 i 1.66
- en charge. . . 0,407 0.765 i 1.87
- .Moyennes.........i 1.89
- Pour obtenir le même travail industriel on consomme ainsi de 1,5 à 2,5 plus d’alcool dénaturé que d’essence minérale. Les prix de revient de la dépense de combustible (aux cours actuels) s’établissent ainsi :
- Essence Alcool Pétrole minérale, dénaturé, lampant.
- Consommation par ( en poids (kgr.). 0,400 0,756 0,438
- heure et par cheval, t en volume (lit.) 0,565 0,906 0,532
- Rapport des consommations (en vol.). 105,28 169,2 100
- Prix du litre (hors Paris)........ O1',50 l,r 0,r,30
- Prix du cheval-heure.............. 0,r,28 0,r,90 0,r,16
- Dans ces conditions, les rapports de combustible, pour obtenir le même travail, sont : moteur à pétrole lampant, 1 franc, moteur à essence minérale, l,r,75, moteur à alcool dénaturé, 5fr,625.
- Avec les résultats ci-dessus l’alcool dénaturé devrait donc être vendu à raison de 17fr,70 l’hectolitre pour être équivalent, au point de vue économique, au pétrole lampant valant 50 francs l’hectolitre.
- 11 est désormais acquis qu’il ne faut pas songer à l’utilisation économique de l’alcool pour les moteurs, surtout si l’on tient compte des dangers d’incendie qu’entraîne la manipulation d’un liquide aussi inflammable. J. L.
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- LES
- NOUVEAUX PALAIS DES CHAMPS-ÉLYSÉES
- Le plan général de l’Exposition universelle de 1900 comporte, on le sait, le percement d’une large voie en prolongement de l’axe de l’Esplanade des Invalides et du pont Alexandre III, destinée à mettre ce dernier en communication avec l’avenue des Cliamps-Elysées où doit se trouver une des principales entrées de l’Exposition. C’est ce projet qui a nécessité la démolition du Palais de l’Industrie et du Pavillon de la Ville de Paris et leur remplacement par deux autres palais en bordure sur la nouvelle avenue.
- Comme cela a été fait en 1878 pour le Trocadéro, ces édifices seront conservés, une fois l’Exposition terminée; aussi leur création demande-t-elle un soin tout particulier, en rapport avec le caractère de permanence de l’ouvrage.
- C’est au mois de juillet 1896 qu’un concours fut ouvert entre les architectes français pour l’établissement des projets relatifs à ces deux monuments, et c’est seulement en février dernier, par suite de remaniements apportés aux œuvres présentées, que le projet définitif a été approuvé par M. le Ministre du Commerce et.de l’Industrie.
- Au point de vue architectural, il y avait à vaincre de sérieuses difficultés non seulement en ce qui concerne l’utilisation judicieuse des emplacements assignés, mais encore pour que ces deux palais, situés en face l’un de l’autre et très différents de forme et de dimensions, ne se fassent pas tort mutuellement et que leurs façades, bien que dissemblables, présentent néanmoins un ensemble de proportions harmonieuses.
- Grand Palais des Beaux-Arts.—C’est surtout dans la conception du grand Palais que les principales difficultés se sont rencontrées ; aussi aucun des projets présentés n’a-t-il semblé au jury assez parfait pour être adopté dans son ensemble, et c’est en empruntant aux diverses œuvres primées ce qu’elles
- avaient de meilleur qu’a été arrêté le plan définitif. Ce nouveau Palais a été élaboré en commun par les architectes qui ont obtenu les quatre premières primes : MM. Ch. Girault, Louvet, Deglane et Thomas, qui sont également chargés de la construction de l’édifice.
- Le grand Palais comporte, en plan, trois parties : un premier corps de batiment, de beaucoup le plus important, en façade sur la nouvelle avenue; un second plus petit, longeant l’avenue d’Antin, et enfin une large nef centrale qui les réunit l’un à l’autre (lig. 2 et 3).
- Le premier corps rappelle par sa forme les heureuses dispositions du Palais de l’Industrie; c’est un immense vaisseau entouré de deux étages de galeries d’exposition, salons de repos et balcons-promenoirs. Le tout se retourne perpendiculairement pour former la nef centrale à l’extrémité de laquelle un escalier monumental aura pour effet de dissimuler aux yeux du spectateur le manque de parallélisme entre le principal corps de bâtiment et celui en façade sur l’avenue d’Antin.
- Au centre de ce dernier, s’élèvera un vaste hall de forme elliptique éclairé par un dôme vitré. A droite et à gauche de ce hall se trouveront deux pavillons à deux étages dont le rez-de-chaussée comprendra, outre les salles d’exposition, deux vastes galeries de réception. Le premier étage sera réservé aux expositions de peinture et comprendra en outre, derrière le dôme, une grande salle de concert. Le soubassement de la colonnade de la façade principale est aménagé pour pouvoir servir de dépôt de matériel. Enfin comme, après l’Exposition, le grand Palais devra servir aux mêmes usages que l’ancien Palais de l’Industrie, on a prévu, du côté de l’avenue d’Antin, des écuries destinées à recevoir les chevaux du concours hippique. La piste sera située dans la grande nef, et ses dimensions ne seront pas inférieures à celles de la piste du Palais de l’Industrie; mais comme les galeries qui la contournent seront établies un peu en contre-haut, les spectateurs se trouveront dans une position beau-
- Galene
- Peinture
- Salle -'Exposition
- Sculpture
- Vestibule
- Sculpture
- Plan du petit Palais des Beaux-Art!
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- LA NATURE.
- coup plus avantageuse que dans l’ancien Palais.
- C’est principalement au premier étage que se tiendra le Salon ; aussi a-t-on adopté pour cette partie du Palais l’éclairage par le plafond, qui distribue plus également la lumière et laisse disponible toute la surface murale. Néanmoins, les salles du rez-de-chaussée, éclairées latéralement par de larges baies, pourront aussi être utilisées pour les expositions ; cette disposition est beaucoup mieux comprise que celle du Palais de l’Industrie, dont une notable partie était trop obscure pour être susceptible de recevoir une utilisation avantageuse. La façade prin-
- cipale du grand Palais des Beaux-Arts, sur la nouvelle avenue, est formée d’une vaste colonnade formant portique, au milieu de laquelle s’ouvre un large porche à trois arcades donnant accès à la nef centrale. Dans la plupart des projets présentés, cette colonnade était placée à une assez grande hauteur; mais on a reconnu qu’il y avait un sérieux inconvénient à donner trop d’importance aux soubassements.
- En effet, si cette disposition est très décorative quand on a devant soi un large espace permettant un recul suffisant, comme c’est le cas pour les palais de la Place de la Concorde, pour la colonnade
- m/ /
- J Galerie
- Galerie
- K fV
- Galerie d Exposition
- Gai erie d'Exposition
- Galerie d Exposition
- Galerie d'Exposition
- Galerie Promenoir (
- Fig. 2. — Plan du grand Palais des Beaux-Arts.
- du Louvre, ou l’Église de la Madeleine, elle ne présente plus le même avantage pour un édifice élevé en bordure d’une avenue. Il était en outre nécessaire, pour ne pas écraser le petit Palais situé en face et de dimensions beaucoup plus restreintes, de réduire autant que possible la hauteur du grand Palais. La colonnade se trouve donc surélevée de 2 mètres seulement au-dessus de la chaussée, ce qui est suffisant pour que les spectateurs, placés sur la galerie-promenoir située entre la colonnade et le mur de la grande nef, puissent jouir d’un beau coup d’œil sur l’avenue et le petit Palais.
- C’est encore cette considération de hauteur mi-nima qui a fait adopter pour l’entrée le porche à triple arcade qui figure dans presque tous les pro-
- jets, au lieu d’une arcade unique qui aurait exigé une trop grande élévation.
- Une autre considération d’esthétique est encore venue s’y joindre; c’était la nécessité que les deux palais, sans former néanmoins un ensemble disparate, fussent bien franchement dissemblables pour ne pas donner l’impression d’un seul et même monument exécuté à deux échelles différentes.
- Petit Palais des Beaux-Arts. — Or précisément le petit Palais, qui n’a pas à redouter un excès d’élévation, a pour principal motif de décoration un portique central surmonté d’un dôme assez élevé et auquel donne accès un escalier monumental.
- A droite et à gauche de ce portique se développe une colonnade qui occupe toute la façade principale.
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- 5. — Grand Palais des Peaux-Arts. — Façade principale sur la nouvelle avenue.
- Fig.
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- Petit Palais des Beaux-Arts
- Façade principale sur la nouvelle avenue
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- Res pavillons d’angle, à fronton triangulaire, raccordent celle-ci avec les façades latérales qui sont percées de larges baies et se retournent pour former la façade postérieure parallèle à l’avenue (fig. 1 et 4).
- Le bâtiment de forme trapézoïdale enferme un jardin intérieur bordé d’un portique demi-circulaire.
- A proprement parler, le petit Palais ne comporte qu’un étage avec un soubassement élevé. L’entrée du monument, sous le portique central, se compose d’un vestibule légèrement elliptique, auquel on accède par l’escalier dont nous avons parlé. En face, un autre escalier le met en communication avec le jardin central. A droite et à gauche deux vastes salles, réservées à la sculpture, occupent toute la façade principale ; sur les trois autres façades régnent deux galeries parallèles : l’une extérieure, éclairée latéralement, est destinée aux salles d’expositions diverses; l’autre intérieure est destinée à la peinture. Cette dernière galerie prend jour par le plafond et n’a aucune fenêtre sur le jardin intérieur. Des portes placées aux angles la mettent en communication avec le portique demi-circulaire. La disposition du sous-sol est très analogue : à l’extérieur, des galeries d’exposition; à l’intérieur, de vastes salles utilisées comme dépôt.
- La façade postérieure, par laquelle on accède au sous-sol comprend un grand vestibule et l’aménagement des bureaux de l’administration.
- Le petit Palais doit contenir, pendant l’Exposition de 1900, une exposition rétrospective des Beaux-Arts et deviendra ensuite la propriété de la Ville de Paris qui l’utilisera comme musée.
- L’édifice tel qu’il est exécuté est conforme, presque sans modification, au projet de M. Ch. Girault. Cet éminent architecte, qui a remporté à la fois la première prime pour le petit Palais et une autre prime pour le grand, a donc la double tâche de diriger à la fois la construction du grand Palais, en qualité d’architecte en chef, et celle du petit dont il est seul chargé. Mais M. Girault et ses collaborateurs ne resteront pas au-dessous de la tâche entreprise, si difficile qu’elle soit ; l’état actuel des travaux et l’énergie avec laquelle ils sont poussés nous donnent la certitude qu’ils seront menés à bien et facilement terminés dans les délais prévus. Souhaitons donc aux nouveaux palais une ère de prospérité aussi brillante et plus durable encore que celle du Palais de l’Industrie qu’ils sont appelés à remplacer d’ici peu.
- E. Maglin,
- Ingénieur des arts et manufactures.
- LA SAIGNÉE
- Noir aujourd’hui, blanc demain. A-t-on assez souri, depuis Broussais, de la saignée? Soutirer le sang, le véhicule essentiel de l’intégrité de toutes les fonctions, c’est absurde! Aucun médecin, sauf circonstances toutes particulières, n’admet plus la saignée. Et l’on est bien pins d’accord sur ce point que sur l’emploi intempestif des vieux vésicatoires cantharidiens. Ne saignez plus! C’est l’ordre depuis plus d’un quart de siècle. Or, voilà qu’un
- physiologiste russe, M. Essipov, nous montre sous une tout autre face la vieille et barbare saignée. C’est de la physiologie, et physiologie et thérapeutique font deux. Et, cependant, l’une peut montrer le chemin à l’autre.
- Selon M. Essipov, l’effet d’une saignée abondante aurait des résultats importants sur la composition chimique et sur les propriétés du sang. A la suite d’une forte soustraction sanguine ( 1 /40e du poids du corps), le sang des lapins, des cobayes, des pigeons, affirme l’auteur, acquiert un pouvoir bactéricide marqué, surtout vis-à-vis du microbe cholérique ; il s’établit lentement, acquiert son maximum dans les vingt-quatre heures, puis va diminuant. Non seulement le sang ne cultive plus le microbe; mais l’animal paraît immunisé, puisqu’il devient réfractaire aux inoculations. L’immunité est d’autant plus marquée que les saignées ont été faites plus fréquemment.
- Ainsi, enlevez du sang et vous conférerez l’immunité au patient. Cela peut s’expliquer par la production immédiatement surexcitée des globules blancs, qui défendent l’organisme contre l’infection. En tout cas, le fait est curieux. Et il serait singulier de voir réhabiliter la saignée dans les maladies infectieuses. Mais n’allons pas trop vite. J.-F. Gai,l.
- L’ELECTROGRAPHIE
- On connaît bien les expériences de M. Trouvelot sur les décharges d’électricité dans la couche sensible des plaques photographiques, et les jolies figures dessinées sur ces plaques après développement. M. Zenger a effectué sur cette action électrique des recherches spéciales, dont les résultats sont analysés ci-dessous.
- Si l’on emploie, pour reproduire les expériences de Trouvelot, des plaques sèches de collodion émulsionné, additionné d’un corps fluorescent ou phosphorescent (solution éthérée de chlorophylle, de nitrate d’urane, etc.), on voit apparaître des figures très nettes avec la moindre étincelle électrique. Sans cette addition, on n’obtient aucune figure. M. Zenger a pensé que dans le premier cas il y a transformation du mouvement électrique en lumière.
- Pour justifier cette hypothèse, il effectue l’expérience suivante : dans une chambre absolument obscure, il place en regard l’un de l’autre deux fils de cuivre isolés, en communication avec les deux déchargeurs d’une bobine de Rulunkorff. Ces fils sont séparés par une distance trop grande, pour que la moindre trace de lumière électrique puisse se produire entre eux ; un écran couvert d’une couche de substance fluorescente ou phosphorescente est placé près des fils. Dans ces conditions, l’observateur voit l’écran devenir phosphorescent sous l’influence du passage de la plus faible décharge. M. Zenger conclut que la lumière électrique, devenue trop faible pour être vue directement, se révèle subitement si l’on approche du champ électrique, tout à fait invisible, un corps fluorescent ou phosphorescent.
- Enfin d’après les expériences de ce savant, toute décharge électrique devient visible, si elle se produit dans un milieu fluorescent ou phosphorescent, par suite de la transformation que subit le mouvement électrique dans son passage au travers de tous les corps connus, car la luminiscence des molécules de la nature n’est pas une propriété restreinte à quelques substances. Il y a seulement des différences entre le pouvoir transformateur d’électricité en lumière par les différents corps.
- Sur ces considérations, il a réalisé l’expérience suivante.
- Il prend une pièce de monnaie de cuivre, d’argent ou
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- d’or, qu’il plonge au préalable dans une solution très étendue de couleur d’aniline et de gélatine, de fluores-cine, érythrosine, etc., c’est-à-dire dans une solution d’une substance phosphorescente ou fluorescente. La pièce est fixée avec de la cire sur une plaque au gélatino-bromure d'argent; enfin on fait jaillir une faible étincelle sur la pièce. Les diverses manipulations sont exécutées dans l’obscurité complète. Si l’on développe ensuite la plaque, on obtient une image de la pièce de monnaie.
- Ce résultat est à rapprocher d'un fait de même ordre, que M. Zenger a enseigné en 1886. Il a montré, à celte époque, qu’on peut obtenir sur papier ordinaire au chlorure d’argent une épreuve d’une impression sur papier, en exposant pendant une heure au rayonnement solaire un livre ouvert.
- Si on ferme le livre, qu’on le transporte dans une chambre obscure, puis qu’on intercale entre les feuillets le papier sensibilisé, on obtient ensuite, après développement, une épreuve du feuillet. C’est la radiation obscure de tout corps organique, exposé quelque temps à une lumière intense, et à une haute température qui intervient.
- Ces diverses expériences aident puissamment à expliquer l’action radiographique des rayons X.
- Remarquons d’abord que, quand on fait le vide de plus en plus complet dans un tube où passe la décharge électrique, on voit la lumière se transformer en lumière de moins en moins visible, et finir par s’éteindre. Dans le tube de Crookes, cette dernière lumière trahit sa nature, par la fluorescence qu’elle détermine sur le verre du tube de Crookes. C’est, dit M. Zenger, le pouvoir fluorescent qui détermine l’action radiographique du tube de Crookes, car avec certaines qualités de verre on n’obtient aucun résultat. C’est le verre dur de Bohème, qui donne les meilleurs effets, à cause de la quantité de silicate de chaux, à puissante fluorescence verte qu’il contient. Sans fluorescence ou phosphorescence de la matière interposée, les décharges ne provoquent aucune action lumineuse. Cette dernière action est tout à fait arrêtée par une plaque métallique empêchant que l’électricité la traverse et fasse luire les corps fluorescents et phosphorescents cachés par elle. S’il s’agit de plaques de corps diélectriques, aisément traversables par l’électricité ou l’induction électrique, les corps luminiscents placés en arrière (la gélatine des plaques au gélatino-bromure d’argent orthochromatique) transforment le mouvement électrique. La luminiscence produite agit sur les sels d’argent, et l’image radiographique peut se former.
- Dans le cas des organes humains, selon M. Zenger, la chair et le sang, contenant des corps gélatineux, brillent sous l’influence de la radiation électrique qui les traverse aisément, tandis que les os, comme les métaux, ne sont pas traversés. Ceux-ci forment un écran, ne permettant pas aux parties de chair et de sang, placées derrière eux, d’acquérir la luminiscence. C’est parce que le sang et les tissus ont à peu près la même perméabilité, que la radiographie ne donne ni l’image des veines, des artères, ni celle des muscles, tandis qu’une main injectée de solutions métalliques, laisse apparaître les veines et les artères.
- Telle serait la cause réelle des images radiographiques formées à travers les plaques de bois, de verre noir, de soufre, de caoutchouc. A l’appui de cette explication, M. Zenger expose le fait suivant : si l’on place sur une plaque sensible une lame de métal triangulaire et qu’on la soumette, dans les conditions ordinaires, aux rayons X, émis par tube de Crookes, actionné par une bobine de Ruhmkorff grand modèle, on constate, après développement,
- l’existence des figures de Trouvelot. L’image blanche du triangle métallique est bordée des lignes des forces électriques qui ont traversé la gélatine, produit la luminiscence de la couche et qui se sont ainsi dessinées sur la plaque, tandis que la surface protégée par le triangle n’a pas été attaquée par le rayon X.
- Ceux-ci n’existent donc pas en réalité, ou plutôt ils ne sont autre chose que des radiations électriques transformées en radiations lumineuses. C’est pourquoi les expériences décrites ne réussissent que très mal et avec lenteur si l’on emploie des plaques de collodion sèches, mais elles réussissent de suite si l’on expérimente avec du collodion émulsionné et coloré par une substance fluorescente, fluorescine, érythrosine,etc., ou avec une émulsion de collodion additionnée d’une solution éthérée de nitrate d’urane.
- D’ailleurs pour obtenir des épreuves radiographiques, il n’est pas nécessaire de recourir aux rayons X.
- M. Zenger a construit un fluoroscope fondé sur cette théorie, qui donne de belles épreuves de cette espèce, à l’aide d’une lumière intense. C’est une chambre noire ordinaire, pourvue d’un objectif et fermée par une plaque de verre dépolie. La surface dépolie intérieure est recouverte d’une couche de collodion émulsionnée au nitrate d’urane. On laisse tomber sur la lentille un faisceau de lumière solaire dans lequel on interpose la main. On aperçoit alors très nettement sur la glace dépolie la silhouette des os de la main.
- Ce sont évidemment les rayons actiniques qui traversant la chair, y produisent la luminiscence, tandis qu’ils sont arrêtés par les os. L’expérience réussit d’ailleurs également avec la lumière de l’arc électrique ou avec la lumière de Drummont, pourvu que la lumière arrive en un faisceau de rayons parallèles.
- Encore convient-il d’ajouter que ces dernières expériences réussissent, sans prendre garde à l’état de conductibilité de l’air, c’est-à-dire au degré d’humidité et à l’absorption intense des rayons ultra-violets, par la vapeur d’eau.
- En résumé, pour le savant directeur de l’observatoire de Prague, les rayons X n’existent pas. Ce sont des radiations électriques (expériences de la lame triangulaire), qui sont douées du pouvoir de traverser les corps diélectriques, mais non les métaux, et d’exciter les corps luminiscents et en particulier la coucbe sensible des plaques au gélatino-bromure. De là l’explication des radiographies d’objets métalliques enfermés dans des boîtes. Quant aux radiographies pratiquées sur les êtres vivants, elles présentent cette particularité que les tissus s’illuminent, en vertu d’un pouvoir propre, tenant à leur composition chimique, tandis que les os restent obscurs.
- Ce genre de radiation particulier ne nécessite pas d’ailleurs l’intervention des radiations électriques ; toute lumière intense la produit instantanément (expérience du fluoroscope). Une exposition prolongée au soleil de certaines matières organiques suffit pour leur communiquer la propriété d’émettre des radiations, qui provoquent la luminiscence (expérience du livre) A Ch. de Villedeuil,
- PUISSANCE DES NOUVEAUX REVOLVERS
- Nous extrayons de la thèse récemment soutenue
- par M. le D' Louis Chatellier, de l’Université de Paris ;
- «
- 1 Cet article a été rédigé par notre collaborateur Ch. de Villedeuil, sur des notes réunies par M. Ch.-V. Zenger, directeur de l’observatoire de Prague.
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- Revolvers etnouvellespoudres (Etude médico-légale), les curieux détails que voici. Pour les expériences, exécutées dans l’une des salles de la Morgue, le Dr Chatellier avait choisi les revolvers Galand des modèles de poche « tue-tue » du calibre 8 millimètres et « Vélo dog » du calibre de 5ran,,6, les premières armes de ce genre utilisant la poudre pyroxylée (poudre sans fumée). Examinant les effets produits par le projectile sur des cadavres, pour guider les médecins-experts en présence de plaies d’armes à feu — car il est d’usage, dans les expertises médico-légales, de rechercher la halle comme pièce à conviction,
- — le I)r Chatellier constate que « cette recherche de la halle, déjà fort difficile, le sera plus encore avec ces revolvers. Le plus souvent, en effet, il y a peu de désordre dans les tissus; les parties les plus dures, région mastoïdienne, colonne vertébrale, bassin, sont traversées comme à l’em-porte-pièce. La halle traverse le corps presque à chaque fois; aussi le plus sage est-il de s’assurer immédiatement qu’il n’y a pas orifice de sortie. » En présence des effets si puissants de ces petits revolvers, on n’a pas osé procéder au tir oblique à 45°, au delà de 15 centimètres, ce qui eût été dangereux « par suite du ricochet que pouvaient faire, dans un champ de tir aussi restreint, des halles capables de traverser 7 centimètres de planches blindées d’une tôle de 2 millimètres d’épaisseur ! » Mais dans les expériences laites à petite distance, on a obtenu des résultats analogues à cause d’un tir oblique de moins de 65 centimètres de distance. Ajoutons que le tir sur la peau nue laisse comme trace un tatouage verdâtre ou gris, rond dans le tir droit, ovale dans le tir oblique, mais que le tir à travers des vêtements ne produit sur le corps aucun tatouage. Ces revolvers ne produisent ni tatouage, ni dépôt de poudre sur la main du tireur, comme le font les revolvers ordinaires à poudre noire. A. Landrin.
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- IA SOURCE DES AVENS
- ET SAIXT-MICHF.L-SOUS-TERRE PRÈS DE VIDAUBAN (VAR)
- Au printemps dernier, une petite ville du Var, Yidauhan, que les touristes annuels de la Côte d’Azur traversent, en rapide, sur la ligne de Marseille à Nice sans en admirer le site pittoresque qui se déroule dans le cadre de la portière du wagon, était en fête. De tous les points de l’arrondissement de Draguignan, des cantons du Luc, de Rosse, et de Tavernes les populations étaient accourues pour
- participer aux réjouissances que Yi-dauban avait organisées à l'occasion de l’adduction à ses fontaines de l’eau de la belle source des Avens à Saint-Michel-sou s-Terre. Et vous savez comment en Provence, et surtout dans le Yar, nous donnons de l’attrait à nos fêtes locales. A deux pas de Resse, de Saint-Tropez, célèbres par leurs bruyantes bravades, Yidauhan s’était surpassé en pétarades, en bombes, en feux d’artifice ; on aurait dit que chaque invité avait droit à une salve. Pensez donc avec quelle débauche de poudre ont été accueillis les invités officiels ! M ais ce n’est pas de Vidau-ban qu’il s’agit; il faudrait évoquer à propos de la petite et gracieuse commune tout un passé historique, faire revivre les Romains devant les traces du campement de Lépidus, au bord de l’Ar-gens ; les Maures accoudés aux vestiges de leurs anciennes forteresses; les Templiers maîtres de la Commanderie d’Astros et d’Alayette de Yilleneuve, la gracieuse « advocate » des cours d’amour, traversant sur sa blanche haquenée les bois feuillus de l’Esterel.
- Ce que la fête de Vidauban a mis en relief, c’est cette belle source des Avens, dans le quartier d’En-traigues, que recèle la curieuse grotte de Saint-Miehel-sous-Terre.
- La nature fantaisiste et capricieuse a construit à Saint-Michel-sous-Terre dans la riante vallée de
- Fig. 1. — Vidauban (Var).
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- l'Àrgens, à 5 kilomètres de Yidauban, le plus troublant chel-d’œuvre de géologie. La grotte est située au milieu d’une belle forêt de chênes et de
- pins. Pour y parvenir on cotoie la rive gauche de la rivière et, de loin en loin, dans les éclaircies de la forêt brillent au soleil de larges tapis de prés sur
- lesquels de beaux mûriers plaquent de grosses taches d'ombre. La grotte a près de 250 mètres de longueur sur 20 de largeur, l’Ar-gens qui s’y engouffre y a construit des stalagmites bizarres qui semblent grimacer dans le clair obscur de la grotte et dont les crues de la rivière changent les amusantes caricatures en les recouvrant, en modelé, d’argile rouge. l)u plafond de la grotte pendent des stalactites d’un aspect curieux et sur lesquelles une étrange végétation s’accroche, se tord, dans un décor de féerie.
- Autrefois, la grotte de Saint-Michel-sous-Terre était entière dans toute sa longueur ; il y a un demi-siècle, l’effondrement d'une roche divisa le plafond en deux passages voûtés ; mais ce phénomène en a rendu le lieu plus saisissant et plus grandiose encore. Par la large baie qui laisse voir du fond de la grotte un morceau de ciel bleu, le soleil entre,
- perce de ses mille ilèches d’or la végéta tion qui descend du sol du plafond et vient incendier les cascatelles
- que l’eau fait dans le lit tumultueux de la rivière.
- La source des Avens est captée sous la grotte même et deux béliers l’enlèvent et la montent jusqu’au bassin de distribution construit à quelque cent mètres du lit de la rivière, tout près d’une chute qui donne à ce décor la plus jolie toile de fond qu’on puisse imaginer.
- Mais tout cela est de la main-d’œuvre : on peut voir des béliers plus puissants, des machines élévatoires plus compliquées. Ce qui est plus imposant, c’est l’œuvre capricieuse de la nature creusant avec l’Argens une grotte de 250 mètres de longueur et s’avisant un beau jour de transformer le décor, de l’éclairer, d’ouvrir sur la voûte une énorme lucarne pour permettre au jour de fouiller les coins de la
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- grotte et au soleil d’allumer sur cette scène fantastique les herses de sa lumière éclatante.
- Saint-Michel-sous-Terre et sa source des Avens méritaient d’être connus, ils réservent plus d’une agréable sensation au savant et au touriste.
- Antoni.n Palliés.
- CHRONIQUE
- Le Congrès «l’Aix en Provence. — Il vient de s’ouvrir à Aix le Congrès de la Ligue internationale pour la protection des oiseaux insectivores. Souhaitons que les efforts de ce Congrès parviennent à enrayer la scandaleuse extermination des rossignols, des fauvettes, de tous les charmants petits êtres que, jusqu’à notre époque, on avait coutume de protéger et dont aujourd’hui on paye les inappréciables services à coups de fusil. Ce n’est pas une loi nouvelle que le Congrès doit réclamer, mais bien l’application d’une loi votée il y a quelques années par le Parlement. Cette loi, qui interdit la destruction et le colportage des oiseaux inférieurs de taille à l’alouette, n’a presque jamais été appliquée. Dans le Midi, chaque dimanche, on voit tirailler autour des villes sur les bergeronnettes et les pinsons. Ni gendarmes ni gardes ne semblent d’ailleurs s’en émouvoir. Le marché regorge de linots, de bruants, sans qu’aucun sergent de ville intervienne pour dresser procès-verbal. En d’autres contrées, c’est bien pis. Sous le nom d’alouettes, on capture, par la neige, des milliers d’oisillons appartenant aux espèces les plus utiles à l’agriculture. Plusieurs sortes d’oiseaux ont déjà totalement disparu. Cette folie de destruction serait-elle particulière aux races latines? 11 est certain qu’elle sévit en Espagne et en Italie plus cruellement encore que chez nous, tandis que les pays du Nord respectent les oiseaux et qu’en Orient le Coran les protège. Souhaitons que le Congrès appelle l’attention de l’administration sur ces hécatombes dangereuses pour l’agriculture. Prenons tous la défense des petits oiseaux.
- Le sucre dans l’alimentation. — Le Bulletin de statistique a publié, relativement à la production du sucre, une série de tableaux qui méritent de fixer l’attention. Il y a dix ans, la production du sucre dans le monde entier n’était encore que de 4 948 000 tonnes. En 1896-1897, la production s’est élevée à 7 204 000 tonnes. Dans ce chiffre, le sucre de canne figure pour 2 452 000 tonnes et le sucre de betterave pour 4 772 000 tonnes : la production du sucre de canne a augmenté de 25 pour 100 et la production du sucre de betterave de 50 pour 100. L’Allemagne produit, à elle seule, plus du quart du sucre du monde entier. L’industrie sucrière allemande a jeté sur le marché, en 1896, 1 835 000 tonnes de sucre et, tous les ours, le nombre des fabriques augmente. La France a produit 700 000 tonnes et la Russie, exactement le même chiffre. L’Autriche-Hongrie nousdépassede 250 000 tonnes. Pour le sucre de canne, Cuba, avant l’insurrection, était e principal centre de fabrication sucrière. La grande île a produit 1 100 000 tonnes en 1887. Lin 1896, la production est tombée à 200 000 tonnes. C’est Java qui a le plus profité de cette interruption : de 590 000 tonnes, en 1887, sa production a passé à 500 000 tonnes en 1896. La production de Cuba ne tardera sans doute pas à reprendre son ancien niveau; Java ne se laissera pas enlever les marchés qu’elle a conquis. Il en résultera une grande concurrence sur tous les marchés.
- Nouveau révélateur photographique le « Diphénol )). Nous ne sommes pas encore au bout de la série des révélateurs photographiques que semble devoir nous fournir la série des phénols. En voici encore un nouveau, le diamidoxydiphényl, qui résulte des recherches de MM. Jacobson et Tigges et va être mis dans le commerce sous le nom de Diphénol. D’après M. J. Pretcht de Vienne, qui a étudié ce nouveau révélateur, il réunirait les différents avantages du rodinol, du fer et de l’acide pyrogallique. Il peut servir pour les clichés posés ou instantanés et l’une de ses principales qualités parait être une grande tolérance dans le temps de pose. L’image vient toujours lentement, les détails arrivent peu à peu et même en cas de surexposition on peut pousser le développement à fond. Aucun voile ne se montre même après un long séjour dans le bain, ce qui permet de chercher les détails dans les parties peu impressionnées. Le diamidoxydiphényl se présente comme l’ydroquinone sous la forme d'aiguilles blanches, mais il donne en se dissolvant dans les alcalis une coloration brune qui ne nuit pas du reste au cliché ; il se conserve pendant plusieurs mois en solution et peut être utilisé jusqu’à épuisement sans donner de clichés durs. Ainsi que certains autres révélateurs de la même série il peut être employé sans alcali.
- La Treille du Roi à Fontainebleau. — La vente aux enchères du raisin de la fameuse treille du Roi, au jardin du château de Fontainebleau, a produit cette année 5583 francs au lieu de 870, chiffre de l’an dernier. Les 50 000 grappes cueillies cette année formaient 137 lots de 25 à 50 kilogrammes chacun. Ce joli résultat est dû en partie aux soins particuliers dont le nouveau jardinier en chef du palais, M. Gauthier, avait entouré cette année la treille. Les raisins étaient protégés contre les ravages des guêpes et des oiseaux par une toile spéciale.
- Les poussières des appartements. — M. le professeur Kelsch, médecin inspecteur des armées, a fait récemment en son nom et au nom du docteur Simonin, à l’Académie de médecine, une communication sur le rôle pathogène des poussières qui imprègnent les planchers des habitations collectives telles que les ateliers, les établissements d’instruction, les hôpitaux et les casernes. Ce savant a rapporté des observations épidémiologiques et des recherches expérimentales qui démontrent que ces poussières recèlent des causes d’infection aussi puissantes que l’eau de boisson. Le danger d’explosion des maladies infectieuses est permanent dans ces milieux. On peut avancer sans exagération que l’on s’y meut sur un vaste champ de culture microbienne qui s’ensemence incessamment des germes qu’y dépose le mouvement des masses, et que l’on trouve ce foyer de pullulation dans les sous-planchers. M. Kelsch estime que la plupart des maladies infectieuses qui se développent dans les habitations collectives sans y avoir été importées toutes faites par la contagion naissent des poussières où sommeillent des germes déposés par des épidémies antérieures ou par des chaussures qui portent avec elles les traces des souillures avec lesquelles elles se sont trouvées en contact. On a indiqué des mesures multiples destinées à supprimer les causes morbigènes susceptibles de naître sous les pas des habitants de nos casernes. Parmi ces mesures, l’imperméabilisation des planchers est une des plus utiles. Elle compte déjà plusieurs années d’application et a prouvé son efficacité contre l’infection. Après divers essais, on en est arrivé à la (( coaltarisation », qui consiste en un enduit de goudron de houille et qui convient parfaite-
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- ment. M. Laveran a estimé que le remède proposé par M. Kelsch n’était pas assez radical. La coaltarisation, quand elle est mal faite, est insuffisante, car elle laisse subsister tous les dangers que renferme le sous-plancher avec ses poussières non désinfectées. M. Kelsch a répondu qu’il n’a traité dans son travail que du rôle pathogénique des poussières dans les locaux habités par les collectivités. Toutefois, il a fait observer que dans les casernes on a soin, avant d’étendre la couche de coaltar, d’oblitérer les fentes des parquets et de les calfater le plus rigoureusement possible, de façon à supprimer les dangers des germes du sous-plancher.
- Le grand vapeur Pretoria. — Le 9 octobre la Compagnie « Hambourg Amerika Linie )) a fait lancer, sur les chantiers Voss de Hambourg, un grand vapeur qui mérite d’ètre signalé même après les géants Kaiser Wilhelm der grosse, Lucania, Campania. Comme tonnage de déplacement, il tient, avec le navire frère Pensylmnia, de la même compagnie, la première place parmi les steamers du monde : le chiffre est de 25 500 tonnes, alors que VEmpereur-Guillaume n’atteint que 20 500 tonnes.
- Sérothérapie de la coqueluche. — M. Violi, de Constantinople, annonce la Berne scientifique, propose de traiter la coqueluche par les injections de sérum de génisse immunisée contre la variole. Il s’est inspiré, pour instituer ce traitement, de l’heureuse influence que paraissait avoir la vaccination des jeunes coquelucheux sur la durée de leur maladie ; et dans nombre de cas, il aurait vu, par cette sérothérapie vaccinale, les quintes de coqueluche disparaître huit à dix heures après la première injection de sérum.
- Fils téléphoniques et coups «le foudre. — Le
- service des télégraphes en Allemagne vient de poursuivie une étude assez curieuse au sujet de l’influence que peuvent avoir les fils téléphoniques sur la fréquence des coups de Coudre. Les observations ont porté sur 140 villes dotées de téléphones et sur 560 qui n’en ont point : dans le premier cas on note en moyenne 5 coups de foudre par heure d’orage, et dans le second cas 5 coups. De plus, il paraît que la violence des éclairs est bien moindre dans les villes de la première catégorie.
- Lu bateau de rivière à la mer. — Tout dernièrement on a réussi à faire venir par mer d’Astoria, dans l’Oregon, à San-Francisco, un bateau de rivière à fond plat, le H. C. Grady, rnù par une roue à aubes à l’arrière, très chargé dans les hauts comme tous ses pareils et ne présentant guère que 0ra,60 de franc-bord au-dessus de l’eau pour préserver son pont de l’assaut des lames. Pendant cinq jours il a lutté vaillamment contre le mauvais temps, et il est enfin arrivé au port par ses propres moyens.
- L’éclairage électrique des trains en Angleterre. — Actuellement, il y a, parait-il, au moins 20 compagnies anglaises ayant adopté un système d’éclairage électrique des wagons qui laisse chaque voiture indépendante du reste du train. Tous les véhicules comportent une dynamo et une batterie d’accumulateurs, la dynamo demeurant inactive tant que la vitesse de marche n’atteint pas 20 kilomètres à l’heure, et les accumulateurs assurant alors l’éclairage. Le poids additionnel que représente cette installation serait de 228 kilogrammes et les dépenses d’installation de 1250 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 novembre 1897. — Présidence de M. Chatin
- Le traitement de la strongylose des moutons. — M. P.-P. Ifehérain présente une Note de M. Ch. Julien, maître de conférences à l’école de Grignon, sur une maladie pernicieuse et épizootique qui sévissait depuis plusieurs années sur le troupeau de moutons de cette école. Dans l’espace de six ans, cette maladie a fait 188 victimes parmi les agneaux de 6 à 12 mois, et l’on abattait 512 autres individus de même âge, également atteints, dont la mort eût été certaine. La perte subie par l’Etat dépasse 60 000 francs, rien que pour les agneaux mâles fort recherchés pour la reproduction. M. Julien a reconnu que ces ravages étaient dus à la strongylose de la caillette, maladie occasionnée par des milliers de petits vers néma-toïdes du genre strongylus qui s’établissent dans l’estomac des jeunes ruminants pour y sucer le sang de leur hôte. H a signalé aussi la présence du Moniézia étendu siégeant dans l’intestin grêle. M. Julien s’est appliqué à sauver le troupeau par les anthelmintiques. Le traitement s’adressait à la fois aux animaux et aux litières. Aux animaux à jeun, on administrait le matin 5 à 8 centimètres cubes de benzine mélangée avec de l’eau adoucie par de la graine de lin. Puis ils recevaient dans la journée, en deux opérations, une dose de 15 à 20 centigrammes d’acide arsénieux, introduits d’une façon homogène dans un mélange de son et d’avoine. Quant aux litières, elles étaient arrosées matin et soir d’une solution crésylée. Ce traitement a été pratiqué sur 500 animaux pendant 8 à 10 jours; il a donné les meilleurs résultats et le troupeau est aujourd’hui en pleine prospérité.
- Le rôle du tissu cartilagineux. — Étendant au tissu cartilagineux ses recherches d’histologie comparée, M. Joannes Chatin montre quels aspects peut revêtir ce tissu et par quelles formes de passage il se relie étroitement au tissu conjonctif, au tissu osseux, etc. Jamais on ne peut mieux apprécier les fécondes ressources et les enseignements si hautement instructifs de l’histologie zoologique.
- Varia. — M. Becquerel a recherché la vitesse de circulation de l’éther dans un champ magnétique intense. — M. Buguet indique un procédé opératoire destiné à prévenir l’effet de la dissémination des rayons X et, par suite, le flou des épreuves dans les opérations radiographiques nécessitant une longue pose. — M. Schlœsing fils, par des expériences comparatives, démontre que l’influence de l’argon dans l’air est nulle sur la végétation. — MM. Camille Vincent et Delachanal ont trouvé que le ferment du sarbose peut transformer la mannite en lévulose. — M. Engel étudie le mode d’action de l’acide azotique sur l’étain. — M. Gerber communique la suite de ses recherches sur la formation des matières oléagineuses dans les graines. — M. Roze fait savoir que la maladie brune du safran est due au pseudo-commis vitis, ce parasite si répandu dans le règne végétal.
- Ch. DE VlLLEDEUlL.
- UNE BALANCE SIMPLIFIÉE
- Il y a quelque temps un de nos meilleurs confrères de la presse anglaise, Engineering, publiait une correspondance assez curieuse de M. J.-T. Bucknill, de
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- Thornfîeld, sur un appareil de pesage, qu’il serait peut-être téméraire d’appeler balance, et que ce correspondant avait eu l’idée d’imaginer.
- Comme l'indique la figure, que nous avons reproduite d’après celle qui avait été dessinée par M. Bucknill, on fixe en P, à un crochet, à un point d’attache quelconque, deux cordes PA et PB qui vont se fixer d’autre part aux extrémités A et B d’une tige rigide sensiblement horizontale. En A nous disposons un poids constant W, qui va lester l’appareil; finis, de P, nous faisons descendre un 111 à plomb PY, qui jouera le rôle du fléau de la balance. En effet, nous marquons d’abord sur la tige rigide AB le point en face duquel passe le til à plomb : ce
- sera le zéro de l’appareil ; il ne nous reste plus pour graduer cet appareil qu’à porter des divisions successives en nous dirigeant de ce zéro vers B, au fur et à mesure que nous pendrons sous B, par conséquent en X, des poids connus et étalonnés. Sous l’influence de poids de plus en plus lourds la tige AB se relève de plus en plus vers la gauche, et le fil à plomb se trouve vis-à-vis d’un nouveau point de cette tige, point qu’on marque d’une façon quelconque. Il est évident que, sous bénéfice de certaines observations, l’instrument est suffisamment juste pour des pesées un peu grossières et qu’il pourrait parfaitement prendre place dans une cuisine ou meme dans une ferme.
- Mais ce qui est curieux c’est que, comme l’a indiqué
- La balance simplifiée et, eu cartouche, l'hygromètre de Léonard de Vinci.
- un autre correspondant de Y Engineering, M. Iskar Walzel, de Yillach (Autriche), Léonard de Vinci, cet homme au génie universel, qui fut grand peintre, grand ingénieur, grand mécanicien, avait imaginé un appareil tout analogue à celui que nous venons de décrire. La mention en est faite dans son Codice Atlantico, et nous en donnons un dessin en cartouche.
- Le principe en est exactement le même, bien que la chose réponde à un but spécial ; c’est un triangle pouvant tourner autour de son sommet supérieur, qui forme point de suspension, et dont la base est constituée par une règle graduée se déplaçant derrière un fil à plomb. La graduation est effectuée au moyen d’observations successives, mais non point après des pesées. À gauche se trouve un plateau dont
- la tare est faite avec de la cire; à droite on place du coton : ce dernier seul peut absorber l’humidité de l’atmosphère, et avec une grande intensité. Pour tracer le zéro, on a opéré dans des conditions de siccité absolue ; puis, au fur et à mesure que le coton se charge d’humidité, le plateau qui le porte s’alourdit et descend en faisant remonter l’extrémité gauche de la règle. Comme conséquence, le fil à plomb, demeurant toujours vertical, indique sur la graduation le degré d’humidité de l'atmosphère.
- En somme hygromètre ou balance, l'idée est la même et semble assez pratique dans ses deux applications. D. Bellet.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure- rue de Fleurus, 9.
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- N° 127 7. — 20 NOVEMBRE 1897.
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- UN NOUVEAU GIBIER « LE TINAMOU «
- Tous les ans, très régulièrement, pendant la saison des chasses en plaine ou au bois, les disciples de Nemrod se répandent en plaintes amères : « Le
- gibier diminue, le gibier s’en va! Si cela continue nous serons obligés de faire nos petits Tartarins et de tirer des casquettes. » Et, à vrai dire, les chas-
- Fig. 1. — Tinamous en forêt.
- seurs n'ont pas tout à fait tort, beaucoup de nos régions de France deviennent de moins en moins giboyeuses ; on a déjà, dans les journaux cynégétiques spéciaux, écrit la matière de plusieurs volumes sur la question ; mais de remèdè point, jusqu’à présent du moins. Les grands propriétaires terriens qui dé-25* .muée. — 2a semestre.
- sirent offrir à leurs invités des chasses convenables, sont obligés de repeupler leurs tirés aussi bien en lièvres qu’en faisans et en perdrix. Mais combien coûteux ces repeuplements, que d’ennuis ils procurent, que de soins ils exigent! Et puis, en fait de gibier plume, toujours du faisan ou de la perdrix,
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- cela devient d’une monotonie qui s’accommode peu avec le caractère du chasseur français ; aujourd’hui ce u’est que de rare eu rare qu’on ahat une caille; le râle de genêts ou roi de caille n’existe plus que dans quelques régions, le coq de bruyères devient un mythe, et il faut l’aller chercher sur les confins des Vosges et du Jura ; aussi, comme les éleveurs
- Fig. 2. — La promenade sous les hautes herbes.
- n’ont point encore trouvé le moyen de faire du repeuplement avec les oiseaux de notre pays, ils ont tenté d’acclimater chez nous des gibiers exotiques.
- Déjà, on a essayé la pintade, le dindon bronzé d’Amérique, les colins de Californie ou autres ; malgré de belles espérances, ces emplumés n’ont pas tenu ce qu’ils promettaient. Cette fois, voici enfin un nouveau gibier qui nous a tout l’air de vouloir réussir; il se présente du reste de si séduisante façon qu’il y aurait quelque ingratitude à ne pas essayer, par sa conquête, d’enrichir d’une espèce nouvelle la faune de notre pays. Ce gibier, c’est le Tinamou; il appartient scientifiquement, selon certains naturalistes, au même ordre que nos gallinacés domestiques ; selon d’autres, ce serait un échassier voisin des râles ; dans tous les cas, au Brésil et dans la République Argentine d’où il est originaire, c’est l’oiseau de chasse par excellence, on lui donne même le nom de perdrix ou de caille d’Amérique.
- 11 y a plusieurs variétés de Tinamous, — on en connaît six espèces variables par la taille, qui va depuis celle de notre caille jusqu’à celle d’une faisane — mais celle qui semble le mieux s’accommoder de nos chasses et de notre climat, est le Tinamou roux ou Rynchote roussâtre (Rynchotm rufescens). Déjà plusieurs essais avaient été tentés en France en vue d’acclimater cet oiseau, ear les relations des naturalistes voyageurs, Tchudi, Burmeister, Brehm, le prince de \Vied, le présentaient comme le gibier par excellence de l’Amérique du Sud, et un des meilleurs plats qu’il soit possible de déguster. Ces essais eurent lieu à Ferrières, chez M. de Rothschild en 1869, à la faisanderie de Mme Goeffier, à Versailles,
- mais on n’avait pn élever le Tinamou qu’en volière ; du reste, le Jardin des Plantes, comme aussi le Jardin d’Acclimatation au Bois de Boulogne, possèdent chacun quelques couples de ces oiseaux; mais c’est à la Faisanderie de Mériel, dirigée actuellement par M. Galichet, que Ton vient de faire l’élevage du Tinamou en liberté. Et si, comme Ta écrit Toussenel, « la conquête d’un animal vaut mieux pour l’humanité que le gain d’une bataille pour un peuple », M. Galichet peut être fier de sa conquête1.
- M. Galichet, qui avait été frappé de l’humeur sauvage d’une vingtaine de Tinamous qu’un de ses amis lui avait envoyés de Montevideo, eut le premier l’idée de leur donner au moins un semblant de liberté qui lui parut devoir faciliter leur ponte et leur élevage; grâce à sa magnifique installation de Mériel, il lui fut possible de réaliser son idée; placés dans de vastes parquets largement pourvus d’herbes et plantés d’arbustes, les Tinamous ont pondu plus de cent quinze œufs; ceux-ci confiés les uns à des poules négresses, les autres à une couveuse artificielle, ont donné une soixantaine de jeunes Tinamous qui se sont élevés avec une surprenante facilité, nourris d’œufs de fourmis et de minces lanières de cœur de bœuf découpées en forme de vers.
- Le Tinamou semble se recommander tout particulièrement à la sollicitude de ceux des chasseurs dont le regard se porte avec inquiétude vers l’avenir; car il se présente avec un ensemble de qualités exceptionnelles, un tempérament rustique, une fécondité remarquable, une chair abondante et délicate; s’accommodant des aliments les plus divers, il s’élève avec une facilité extrême, et son caractère pacifique lui permet de vivre en bonne intelligence avec les autres gibiers qui se tiennent aux mêmes endroits.
- Les Tinamous font souvent deux couvées par an,
- Fig. 5. — Les larves de fourmis.
- de 16 à 18 œufs chaque fois, ils se reproduisent donc assez rapidement.
- Par scs mœurs, ce nouveau gibier nous semble se rapprocher beaucoup plus des oiseaux coureurs que des gallinacés. Particularité assez curieuse, ces
- 1 II est juste de dire que, depuis 1892, quelques tentatives d élevage de la perdrix de la Plata furent faites par M. A. Rous-set, directeur de l’École d’aviculture de Sanvie et MM. de Marcillac et Favez Verdier, à Itoyalieu. N. de la R.
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- oiseaux se partagent la besogne de reproduction avec une équité nouvelle : la femelle pond les œufs, mais c’est le mâle qui les couve et qui conduit la nichée.
- Envisagé au point de vue de la chasse, il y a de très grandes probabilités pour que cet oiseau donne une entière satisfaction aux amateurs de beaux coups de fusil. Son port le classe immédiatement dans la catégorie des oiseaux-gibiers; tète de la bécasse, cou tin et allongé de la pintade avec le même genre d’attache au dos; ce dernier très bombé, fuyant, également comme chez la pintade, se termine dans une courbe très régulière et très prononcée par une queue rudimentaire, s'infléchissant brusquement vers le sol comme chez notre perdrix commune. Le Tinamou a du iaisan la démarche lente et calme et le vol un peu lourd. Lorsqu’il se sent ou se croit en sûreté, il semble plutôt se glisser sur l’herbe que marcher, mais viennent le moindre bruit, la moindre crainte, il allonge son grand cou, relève la tête, explore du regard les environs, écoute quelques très courts instants et disparait rapidement et sans bruit, en se glissant dans les hautes herbes ou sous les basses branches des arbrisseaux.
- Devant le chien, le Tinamou déploie des ruses surprenantes; il se fait battre comme le ride de genêts, il se laisse arrêter, tile sans bruit, entre-croise ses voies, se tapit sous une touffe d’herbe et devient invisible, et lorsque l’oiseau se décide à s’enlever, c’est toujours en ayant soin de mettre entre lui et le chasseur un tronc d’arbre ou une touffe de feuillage. 11 tient l’arrêt suffisamment, mais comme la caille ou plus encore comme le râle de genêts, il piète longtemps avant de se décider à partir.
- Au Brésil, comme dans la République Argentine, ce n’est pas au chien d’arrêt qu’on chasse le Tinamou : on le prend au lasso ou on le chasse à courre. Ainsi Tchudi raconte que les Indiens dressent leurs chiens à forcer le Tinamou. « Lorsque le Tinamou a été découvert, écrit-il, il s’envole mais se pose bientôt à terre, le chien le fait lever une seconde fois, et la troisième fois il s’élance sur lui et le tue. »
- Voilà pour nos plaines françaises une chasse nouvelle qui ne manquera pas d’originalité; la chasse à courre d’un gibier-plume; car il y a tout lieu d’espérer que, dans quelques années, le Tinamou sera en France aussi commun que le faisan ou la perdrix.
- Au point de vue culinaire, le Tinamou est absolument inconnu en France, mais M. Le Myre de Vil-lers, grand chasseur, passionné pour tout ce qui a trait à l’acclimatation des oiseaux étrangers et qui de plus a voyagé dans les pays d’où le Tinamou est originaire, que nous avons interrogé à ce sujet, nous a dit en avoir mangé fréquemment et l’avoir trouvé délicieux. La chair a un fumet sauvage très agréable, les blancs sont surtout d’une délicatesse extrême et plus charnus que ceux du poulet. A Buenos-Ayres, à Montevideo, et dans la plupart des grandes villes de l’Amérique du Sud, le Tinamou est considéré comme le plus succulent des gibiers ; il y a entre la chair de. la perdrix et celle du
- Tinamou, une différence toute à l’avantage de ce dernier.
- Les chasseurs seront certainement reconnaissants de cette conquête, et nous pensons bien (pie maintenant on ne s’arrêtera pas en si bon chemin et qu’on cherchera encore à acclimater de nouveaux gibiers exotiques et aussi à « réacclimater » ceux qui tendent à disparaître comme le coq de bruyères, le roi des gibiers de France, et le [dus beau des coups de fusil de nos anciens tirés. Paul Mégnix.
- L’ÉCLAIRAGE A L’ACÉTYLÈNE
- Nos lecteurs ont toujours été tenus au courant des progrès de cette nouvelle industrie née des belles recherches de M. Moissan sur le four électrique. Toutefois nous avons observé la plus grande prudence quant au côté pratique. Pouvait-on recommander sans danger ce gaz merveilleux dont on disait autant de mal que de bien? Était-il toxique, explosif, comme on l’affirmait? Des accidents survenus dans les premiers temps semblaient donner raison à ses détracteurs et, aujourd’hui encore, bien des personnes ne parlent pas de l’acétylène sans une secrète frayeur. Nous avons voulu laisser à l’expérience le temps d’accumuler des preuves et nous pouvons au moins parler en connaissance de cause, llàtons-nous de le proclamer : rationnellement employé, l’acétylène est moins dangereux que le gaz de houille.
- En effet, les travaux de MM. Broeiner, Gréhanl, Le Chatelier, Vieille et Berthelot, ont prouvé les faits suivants. Un mélange d’air et d’acétylène, pour être dangereux à respirer, doit contenir une proportion très élevée du dernier gaz — environ 40 pour 100, — tandis qu’une proportion beaucoup moindre de gaz de houille, qui contient de l’oxyde de carbone, suffît à provoquer l’asphyxie. Un pareil mélange ne peut faire explosion que par inflammation et que s’il contient au moins 5 pour 100 et au plus 25 pour 100 d’acétylène; l’explosion la plus forte se produit pour une proportion de 1.0 pour 100. Enfin, l’acétylène seul, non mélangé d’oxygène, ne peut faire explosion que s’il est comprimé jusque vers 2 atmosphères ou au-delàl.
- Or, dans les appareils usuels, l’acétylène est utilisé sous une pression de quelques centimètres d’eau seulement. Les mélanges avec l’air ne peuvent se produire qu’en très faibles proportions, puisque le volume d’acétylène qui peut se dégager est limité par le poids de carbure contenu dans l’appareil générateur : un appareil qui contient 5 kilogrammes de carbure peut produire 1500 litres de gaz environ; si, par suite d’un accident provoquant une fuite de
- 1 Nous faisons exception pour l'acétylène dissous dans l’acétone (procédé Claude et Hess) '; par ce procédé auquel un très grand avenir est, croyons-nous, réservé, la compression peut être poussée à une valeur très élevée sans danger d’explosion.
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- gaz ou d’une imprudence, — robinet ou bec non allumé laissés ouverts, — tout le gaz se dégage dans une pièce de dimensions môme faibles (4x4 X 5 mètres, soit 50 mètres cubes environ de capacité), les 1500 litres de gaz formeront un mélange de 5 pour 100 environ, c’est-à-dire non dangereux.
- Ces conditions sont beaucoup plus favorables que celles qui résultent de l’emploi du gaz de houille, celui-ci pouvant se déverser dans l’atmosphère en quantité indéfinie et tendant, par suite de sa faible densité, à former dans les parties élevées des pièces un mélange éminemment dangereux.
- Du reste, l’expérience le prouve : tous les accidents qui se sont produits sont dus à des imprudences. 11 en arrive tous les jours de même avec le gaz, le pétrole, l’alcool, l’essence; on ne condamne pourtant pas ceux-ci, on les manie avec un peu plus de prudence... pendant quelques jours, et voilà tout. Il en sera de même avec l'acétylène.
- 11 existe actuellement, en France, un grand nombre d’applications du nouveau gaz. A Paris même, nous pourrions en citer plusieurs; aux environs de Paris, on en rencontre au parc de la Malmaison, au ltaincy, à Arcueil-Cachan, etc.; en province, au Sanatorium de Kcrlanny, dans le Finistère, à l’église et au presbytère des Es-sarts-le-Iloi (Seine-et-Uise) ; la ville de Cré-mieux (Isère) est entièrement éclairée à l’acétylène : plus de 500 becs y sont en service; la station balnéaire d’Ussat-lcs-Bains est également éclairée de cette façon. Ce ne sont que quelques exemples choisis parmi plusieurs centaines ; tous les propriétaires de ces installations sont pleinement satisfaits du service obtenu et aucun accident ne s’est produit, bien que la manœuvre des appareils soit confiée à des domestiques ou à des employés quelconques.
- La période pratique est donc ouverte et l’on peut espérer que la nouvelle industrie prendra un développement rapide justifiant jusqu’à un certain point l’enthousiasme des inventeurs. Depuis que le brevet Huilier a été pris, le 25 janvier 1805, jusqu’à ce jour, près de 500 inventeurs, rien qu’en France, ont imaginé et breveté des appareils à acétylène! Un conçoit que nous n’ayons pas l’intention de décrire tous ceux-ci ; beaucoup, d’ailleurs, ne font que copier leurs voisins1. Nous nous contenterons d’exposer les différents principes qui ont été
- 1 Vov. U Éclairage à l'acétylène, par G. I’ellissicr, G. Carré et C. iNaud, éditeurs.
- mis en œuvre en décrivant, à titre d’exemple, un appareil type de chaque genre.
- Un sait que pour engendrer l’acétylène il suffit de mettre en contact de l’eau et du carbure de calcium. Cette opération peut être effectuée de trois façons différentes : 1° d’après le principe du briquet à hydrogène ; 2° en faisant tomber l’eau sur le carbure en excès ; 5° en faisant tomber le carbure dans un excès d’eau. De là trois classes distinctes d'appareils.
- D’autre part, pour donner toute satisfaction, un acétylénogène doit : 1° engendrer le gaz au moment même de la consommation et en quantité égale au volume débité par les appareils d’utilisation, sans produire un excès de gaz qui se dégagerait dans l’air ; 2° la chaleur engendrée par la réaction doit être suffisamment dissipée pour qu’il ne puisse se produire d’élévation notable de température, ce qui pourrait altérer la pureté du gaz et nuirait à la régularité de production; 5° enfin, le nettoyage, l’entretien et le rechargement en eau et en carbure ne doivent demander que la manœuvre d’organes simples, tels que robinets ou tiroirs, en aussi petit nombre que possible afin d’éviter les fausses manœuvres, et n’exiger le démontage d’aucune pièce susceptible de provoquer un dégagement d’acétylène dans l’air. La seconde condition ne peut être satisfaite qu’en décomposant le carbure en présence d’un excès d'eau; dans les appareils où l'eau tombe goutte à goutte sur un excès de carbure, la température peut atteindre plusieurs centaines de degrés et le gaz qui se dégage est très impur.
- La première condition est assez difficile à réaliser dans les appareils des deux premières classes pour les raisons suivantes : le carbure est attaqué d’abord à la surface qui se convertit en chaux, laquelle doit être ensuite mouillée avant que les couches profondes de carbure soient attaquées ; comme la réaction engendre de la chaleur et que la chaux, vers 50°, absorbe environ trois fois son volume d’eau, il en résulte qu’on doit admettre à chaque opération beaucoup plus d’eau qu’il n’est réellement nécessaire; comme, d’autre part, le carbure est très avide d’humidité, il absorbe ensuite peu à peu l’eau dont la chaux est imprégnée et continue ainsi à se décomposer et à dégager du gaz, même quand l’appareil est au repos. En réalité, tout fragment de carbure du poids de ceux qu’on emploie dans les gazogènes, une fois
- Fig. 1. — Gazogène d'amateur O’Coiior-Sloane, à réservoir mobile.
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- mouillé, se décompose entièrement. Il fout donc limiter le volume de carbure mis en contact avec l’eau à tout moment ; plus il sera faible, mieux cela vaudra. Aussi, les inventeurs, au lieu de laisser tout le carbure que contient l'appareil en un seul bloc, le disposent-ils dans des petits réceptacles séparés placés soit à coté l’un de l’autre (appareil Bon, lîg. 2), soit Tun au-dessus de l’autre (appareil Deroy, fig. 5); l’eau ne peut pénétrer que dans un seul compartiment à la ibis et la quantité de carbure mouillé est ainsi limitée.
- Le mode d’attaque du carbure que nous venons d’expliquer entraîne encore d’autres conséquences défavorables : il
- Fig. 2. — Gazogène lion, avec alimentation d’eau par robinet.
- s’écoule un certain temps entre le moment où l’eau est admise et celui où le carbure commence à être
- attaqué, puisque la chaux doit d’abord être mouillée; ensuite, la décomposition d’un fragment, se faisant par couches successives, exige un temps très appréciable. Comme l’arrivée de l’eau est réglée par le volume de gaz dégagé, il en résulte que l’eau est admise pendant une durée plus grande qu’il ne faudrait, ce qui entraîne des surproductions. Le réglage de l’arrivée de l’eau a donc une importance capitale. Dans les appareils de la première classe, la pression du gaz agissant sur la masse entière de l'eau et par une très grande
- Fig. 5. — Gazogène Deroy, avec alimentation d’eau par équilibre de pressions.
- surface, il se produit souvent des écarts de niveau considérables, et, partant, des surproductions continuelles. Aussi, aucun appareil de ce genre n’a-t-il donné de bons résultats. Nous les négligerons.
- Les appareils de la seconde classe peuvent être rangés en trois catégories distinctes :
- 1° Ceux où la cloche du gazomètre, en s’élevant ou en s’abaissant, entraîne le réservoir à eau ou
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- carbure et vient mettre ainsi les deux substances en contact. I/appareil O’Conor Sloane en est le type (fig. 1 ) ; il se comprend à première vue. Les inconvénients de ce mode de réglage sont les memes que ceux des appareils de la première classe, la masse d’eau mise en jeu étant trop grande.
- 2° Les appareils dans lesquels l’arrivée de l’eau est régularisée par un robinet que la cloche du gazomètre ouvre en s'abaissant au-dessous d’un certain niveau et ferme en se relevant; ce sont ceux de MM. Rickerson, Janson et Leroy, Souriou, Clau-solles, Rosenberg, Ron, etc. La figure 2 représente l’appareil Ron qui est bien étudié.
- L’eau, contenue en C, s’écoule par le tube G sur lequel est monté le robinet de réglage r manœuvré automatiquement par la cloche R au moyen d’un levier /. Le carbure est contenu en E dans un seau à compartiments ou casiers. L’eau tombe toujours au-dessus du même casier qu’elle remplit peu à peu ; elle déborde ensuite dans le suivant par une échancrure pratiquée en haut de la cloison; lorsqu’elle a rempli celui-ci, elle déhorde dans le troisième et ainsi de suite ; le poids de carbure contenu dans chaque casier est suffisant pour remplir de gaz la cloche R sans la faire déborder. Le seau est placé dans une cuve E et est recouvert par une cloche maintenue par un bras P ; la cuve et la cloche sont assemblées par un joint hydraulique, afin d’éviter les fuites de gaz ; le tube G'i est recourbé deux fois dans le même but.
- Le réglage par robinet donne de bons résultats lorsque le débit des appareils d’utilisation est faible par rapport à la puissance de l’appareil; la hauteur de la cloche varie alors peu au delà ou en deçà du point correspondant à la limite entre l’ouverture et la fermeture du robinet; dès que la cloche s’abaisse un peu, le robinet laisse passer quelques gouttes d’eau; elle remonte alors et ferme le robinet. On obtient ainsi une production de gaz très régulière. Mais sti le débit devient très important et s’il est intermittent, la production cesse d’être régulière, parce que la cloche du gazomètre tend à rester vers le bas de sa course et que, dans ces conditions, le robinet étant trop ouvert, la régulation devient insuffisante.
- Lorsqu’on enlève la cloche en E, pour nettoyer l’appareil, le gaz qu’elle contient s’échappe dans l’atmosphère; il faut avoir soin aussi de fermer le robinet R pour éviter les accidents. L’appareil ne contient qu’un seul gazogène; cela oblige à faire le rechargement aussitôt que le carbure est épuisé, même au milieu de la soirée.
- 5° Les appareils dans lesquels l’arrivée de l’eau est réglée par un jeu de balance entre la pression du gaz et le poids d’une colonne d’eau de hauteur déterminée. C’est le mode de réglage le plus parfait. Les appareils de MM. Exley, Ackermann, Deroysont basés sur ce principe; le mieux étudié est celui de M. Deroy (fig. 5).
- L’eau, contenue dans un réservoir A, alimente un
- ! godet à niveau constant par un dispositif analogue I à celui qui est employé dans les abreuvoirs des I basses-cours; elle se rend de là, par le tube t, au robinet R qui permet de la diriger sur l’un ou l’autre des générateurs 1 et 2. Admettons qu’elle soit dirigée sur le premier; elle suit le tube t' et tombe au fond du cylindre 1 qui contient le seau à carbure divisé en compartiments superposés comme le représente notre gravure. L’eau s’élève peu à peu dans le cylindre et vient mouiller le carbure. Le gaz qui se dégage passe par N', le tube recourbé J et le laveur-épurateur L, en partie rempli d’eau, avant de se rendre au gazomètre. Quand le gaz est engendré en quantité suffisante pour que sa pression soit égale à celle qui résulte du poids de la colonne d’eau, entre le godet à niveau constant et le robinet R, ou la dépasse, l’eau est refoulée et la production cesse automati-j quement; elle ne reprendra que lorsque le volume t de gaz emmagasiné diminuera par suite de la con-: sommation. L’eau s’élève ainsi peu à peu en 1, et | décompose successivement tout le carbure ; lorsque ce j résultat est obtenu, elle atteint le niveau du tube U;
- elle s’écoule donc par celui-ci, et gagne la nourrice N2,
- 1 pour tomber dans le générateur 2 où la même succession d’opérations se produit. La production con-! tinue du gaz est ainsi obtenue automatiquement, sans qu’il soit même nécessaire de tourner un seul robinet.
- L’emploi de deux générateurs permet d’opérer le nettoyage et le rechargement au moment le plus opportun. Cette opération se fait sans qu’aucun dégagement de gaz puisse se produire, puisque le générateur est complètement rempli d’eau et que les tubes t3 et J forment des joints hydrauliques parfaits. Cette dernière disposition, caractéristique de l’appareil Deroy, est très intéressante. La régulation de l’eau est assez parfaite pour qu’on puisse, avec un même appareil, alimenter un nombre de becs très variable, et qu’on puisse éteindre tous les becs simultanément sans que la cloche déborde.
- Pour éviter tout danger de surproduction l’inventeur a adopté un dispositif très simple et très efficace : il suspend, à une faible hauteur au-dessus de la position normale de la cloche, un poids P que celle-ci vient soulever en montant et qui est suffisant pour augmenter la pression du’gaz d’environ i cm. d’eau à l’intérieur du gazomètre. De la sorte, l’équilibre qui règle l’arrivée de l’eau est rompu et toute production de gaz est empêchée tant que la pression intérieure du gaz n’a pas diminué, c’est-à-dire tant que la cloche, en descendant, n’a pas abandonné la surcharge.
- Cet appareil répond très complètement au programme que nous tracions plus haut.
- 11 nous reste à parler des appareils de la troisième classe, dans lesquels le carbure de calcium, soit en poudre, soit en morceaux, tombe dans un excès d’eau. C’est ce que nous ferons dans un prochain article. G. Pellissier.
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- LA NATURE
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- LE FEU CENTRAL
- ET LE PERCEMENT DES TUNNELS
- Chargé par M. le Ministre des Travaux publics d’une mission scientifique dans les Alpes, M. Lenthéric, ingénieur en chef des ponts et chaussées, le savant auteur de Le Rhône, Histoire d'un fleuve a résumé les découvertes faites au cours de son exploration dans un ouvrage du plus haut intérêt qui mériterait mieux qu’une courte analyse1. Nous ne nous occuperons aujourd’hui que de la théorie du feu central, question plusieurs fois discutée ici même et sur laquelle l’auteur apporte des documents nouveaux très curieux et très certains que nous demandons la permission de résumer succinctement.
- Parmi les difficultés que les ingénieurs s’attendaient à rencontrer dans l’œuvre très hardie du percement du massif montagneux des Alpes, il en fut une à laquelle on n’avait pas songé et qui se manifesta vers la fin des travaux d’une manière inquiétante : ce fut la chaleur.
- Pendant le forage du Mont-Cenis, la température de la roche fut trouvée de 27°,5 à 5000 mètres environ de l’entrée du jour. Elle atteignit 29°, 5 sur les derniers 500 mètres de la partie centrale. On était alors à 1600 mètres environ au-dessous du col alpin dont la température moyenne est de 5° au-dessous de zéro. D’où une différence de 32°,5 et un degré géothermique correspondant à 50 mètres environ.
- On ne s’inquiéta pas tout d’abord de cette élévation de température. Bientôt les galeries se rejoignirent : l'aération se produisit naturellement et vint améliorer la situation. Il était temps : Yanémie des mineurs commençait à faire des victimes.
- La situation fut bien autrement grave au Saint-Gothard. On trouva, comme au Cenis, une température de 29° à 5000 mètres environ de chaque tête du tunnel. Mais il restait encore 5000 mètres de roche à traverser. Au centre du tunnel on put observer pendant quelques jours une température de 55°. Toutefois elle ne dépassa pas, en général, 32°,5, chiffre déjà très élevé si l’on observe que tous les suintements étaient transformés en vapeur d’eau et que l’air était à peu près saturé d’humidité. Dans ces conditions le travail était très difficile et les chevaux employés aux déblais succombaient presque tous.
- L’homme est plus dur à la peine que les animaux. Dans un air absolument sec il peut supporter une température de 50°. Mais dans une atmosphère saturée d’eau, dans un souterrain où la transpiration des ouvriers remplit de gaz méphitique l’étroite galerie, une température de 30° provoque de sérieux malaises. Pour un grand nombre d’ouvriers, la chaleur corporelle s’élevait à 40° et le nombre de pulsations à 140 et même 150 à la minute. Les plus robustes étaient obligés de chômer 1 jour sur 5 et encore cette journée de travail était-elle réduite à 5 heures au lieu de 7 ou 8.
- Suivant le docteur Giaccone, qui a soigné pendant 10 ans les ouvriers du Cenis et du Saint-Gothard, le nombre des malades s’est élevé à 60 pour 100.
- Chose bien plus curieuse encore, les rapports des médecins qui ont séjourné sur les chantiers signalent chez les ouvriers la présence de parasites intestinaux désignés sous le nom d'ankylostomes que l’on observe en Égypte et dans les pays tropicaux et qui provoquent ce que les
- 1 L'homme devant les Alpes, Plon, éditeur.
- savants appellent « la chlorose égyptienne » ou « hvpoémie intertropicale ». Cet état pathologique ne s’observe que dans les pays les plus chauds de la terre. L’homme devient alors maigre, pâle et sombre. Il est inondé par une transpiration qui ne peut s’évaporer ; dévoré par une soif inextinguible il est en proie à une fièvre continue. Et, ajoute très bien M. Lenthéric, « il a donc suffi au montagnard le plus robuste de passer quelques mois dans les profondeurs du massif des Alpes pour contracter les germes des maladies des tropiques. Sous l’épaisse couche de neige et de glace qui l'enveloppe, il doit travailler nu comme le nègre des régions tropicales ou le chauffeur indien qui traverse la mer Rouge : et dans ce monde alpestre où tout rappelle à l’extérieur le climat polaire, il étouffe comme dans une chaudière et meurt souvent de chaleur. »
- Les mauvaises conditions rencontrées au Saint-Gothard, se rencontreraient très vraisemblablement dans les nouvelles traversées des Alpes dont il a été parlé dans ces dernières années : le Simplon, le Saint-Bernard et le mont Blanc. On peut prévoir que pour le mont Blanc en particulier, la température de 40° serait bien dépassée. M. de Lapparent considère même que l’hypothèse de 55°, proposée par quelques géologues, est modérée et pèche plutôt par défaut que par excès.
- L’ingénieur Stockalper, qui a dirigé pendant 4 ans un des chantiers du Saint-Gothard et a fait de cette question thermique une étude approfondie, n’hésite pas à déclarer que sous le mont Blanc la température marquerait 33° à 5 kilomètres de l’entrée, quand on serait à 1550 mètres au-dessous des Grands Mulets; qu’elle atteindrait 50° sous l’arête de Saussure et 53°,5 au-dessous de l’aiguille de Tacul, pour redescendre ensuite à 31° dans la Vallée Blanche.
- Ce ne sont là que des probabilités, mais elles sont fondées sur des faits probants et on conçoit toutes les mesures préventives qu’elles commanderaient le cas échéant.
- L’expérience qui a été acquise dans ces dernières années a indiqué les meilleures méthodes de ventilation, d’aérage, de refroidissement. L’air comprimé, par sa détente, produit dans les chantiers où il est employé un premier abaissement très sensible de température, qui peut encore être rafraîchie par des solutions salines dont le point de congélation serait abaissé à — 20° et qui circuleraient dans des conduites le long du souterrain. L’enlèvement des déblais pourrait être fait par des locomotives électriques ; il en résulterait ainsi la suppression des chevaux qui consomment un air précieux. L’éclairage électrique qui peut être assuré sans vicier l’air et sans en consommer, rendrait aussi de grands services ; ce seraient des améliorations faciles à réaliser. Combinées avec les précédentes elles formeraient un ensemble de procédés qui permettraient de lutter victorieusement contre la chaleur intérieure des grands souterrains des Alpes.
- Il est très curieux et presque paradoxal de se trouver, sous les neiges éternelles, dans des conditions physiologiques analogues à celles des régions tropicales. Sous sa froide enveloppe de glaces, le massif des Alpes est en réalité une fournaise ardente, et nulle part ailleurs dans la nature on ne trouve de contraste plus saisissant entre le froid intense des cimes supérieures et la source inépuisable de chaleur emmagasinée dans les profondeurs du sol. V. Brandicourt,
- Secrétaire de la Société Linnéenne du nord de la France.
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- LA NATURE.
- LA PUÉRICULTURE
- ET LA POUPONNIÈRE
- Lorsque l’on sait qu’à Paris seulement 18 000 mères se trouvent dans la nécessité de se séparer de leurs enfants, on pressent aisément la cause de la grande mortalité des nourrissons. Les enfants de 0 à 1 an à Paris et en province meurent dans une proportion désespérante. Dans la grande ville en 1895, par exemple, on a relevé 7665 décès de 0 à 1 an, sur lesquels 167 ont été attrilmés à la mauvaise constitution et à l’insuffisance des soins, 1257 à la mauvaise constitution seule et enfin 1917 à la seule insuffisance de soins. Et ces hécatombes durent depuis longtemps et persistent toujours. Lorsqu’une femme est obligée de travailler pour vivre, il lui faut bien envoyer son enfant en nourrice et ne plus faire œuvre maternelle. Malheureusement le mal s’accroît sans cesse, car notre organisation sociale tend de pins en plus à enlever la femme au foyer familial. De nos jours, on embrigade la femme dans les grandes administrations, dans les magasins, les usines, lès ateliers. C’est pourquoi, si les enfants finissent par manquer aux mères, les mères manquent certainement aux enfants. Et pendant que l’on discute sur ces faits, la dépopulation accomplit son œuvre menaçante. Nous diminuons tous les jours, alors que les autres nations grandissent à coté de nous. L’enfant, c’est le producteur de l’avenir, c’est la force vive du pays. Et nos enfants meurent par masses.
- Pour enrayer le mal, comme on ne peut pécuniairement assurer l’existence aux mères, il faudrait se substituer à elles, se charger des enfants qu’elles ne peuvent élever elles-mêmes dans des conditions d’hygiène telles que la mortalité des nourrissons fût réduite au minimum. La nourrice qui n’est pas surveillée, qui est pleine d’erreurs et de préjugés ne laisse que trop souvent mourir les enfants. C’est la plaie qu’il faut faire disparaître. Il importe au plus haut degré de procéder à un véritable élevage de l’enfant, et, comme il faut agir très économiquement, il est indispensable, bien que le mot puisse choquer les esprits, de créer un élevage en quelque sorte industriel. L’accumulation sur place dans des établissements vastes et bien installés d’un grand nombre d’enfants n’a pas l’inconvénient que l’on serait tenté de lui attribuer, si les conditions d’asepsie sont bien prises et si, à la moindre menace de maladie contagieuse, on enlève aussitôt la cause du mal. La puériculture peut diminuer nos pertes et nous fournir des enfants solides. M. J. Bertillon a tracé à ce sujet un plan de puériculture qui mérite l’attention. De vastes crèches en pleine campagne, dans des conditions d’hygiène très sévères, rendraient certainement des services considérables. Comme il est essentiel que l’élevage se fasse économiquement, à la nourrice il substitue l’alimentation au lait stérilisé qui fournit partout des résultats excellents. Bien que le plan de M. Bertillon ait été critiqué dans certains détails, on ne peut nier qu’en prin-
- cipe, il serait urgent qu’il fût étudié de très près et mis à l’essai. L’expérience indiquerait ultérieurement les modifications à lui faire subir.
- Déjà, il est vrai, on a fait dans cette voie une tentative très remarquable à laquelle on ne saurait trop applaudir. Il ne s’agit que d’une solution partielle, parce que l’élevage de l’enfant, dans les conditions spéciales où l’on s’est placé, est trop coûteux pour qu’il puisse se propager beaucoup. Mais c’est déjà un grand pas de fait et l’initiative prise fait vraiment honneur aux fondateurs de ce premier établissement de puériculture. Nous faisons allusion à la Société maternelle Parisienne, La Pouponnière. Cette crèche interne est installée à Porchefontaine aux portes de Versailles, dans une situation choisie. Elle reçoit les enfants de un jour à deux ans que les mères ne peuvent allaiter et qu’elles confient d’ordinaire à des nourrices de campagne.
- Cette nourricerie modèle est surveillée par des médecins éminents et dévoués. Les nourrices qui y sont admises ont été choisies avec un soin minutieux. La l'ouponmère est isolée, fermée aux maladies contagieuses. N’y pénètre pas qui veut. Il ne faut pas qu’un germe morbide se glisse au milieu des enfants. La mortalité à la Pouponnière a oscillé entre 5 à 6 pour 100; dans les nourriceries libres, elle dépasse bien souvent 35 pour 100. L’objection que l’on a toujours faite aux inconvénients de l’agglomération des enfants dans un même établissement n'a pas résisté à l’expérience acquise. D’ailleurs chacun des pavillons ne contient que 50 enfants et la défense contre toute introduction de germes infectieux y est poursuivie sévèrement. Autour de l’établissement, on a établi un véritable cordon sanitaire.
- Aussi est-ce à qui sollicitera une entrée à la Pouponnière. Les prix de pension ne sont pas très élevés (30 à 40 fr.) et l’on accorde des exonérations des bourses et demi-bourses dans des cas particulièrement intéressants. Malheureusement la place est comptée, et, malgré des souscriptions généreuses, le nombre des pavillons ne s’accroît que bien lentement.
- Les deux fondatrices de cette œuvre intelligente sont Mmes Georges Charpentier et Eugène Manuel. Les présidents d’honneur ne sont plus; ils s’appelaient Pasteur et Jules Simon. Un Comité de patronage, présidé par Mme la duchesse d’Uzès, a groupé d’illustres personnalités. Un Comité médical, composé des maîtres de la médecine, est présidé par MM. Bergeron et Seveste. Les dons sont nombreux et il faudrait citer parmi les donateurs tout le Paris élégant et charitable, sans parler du Conseil municipal, du Conseil général, des ministères de l’Intérieur, de l’Agriculture, sur les fonds du Pari mutuel, etc. Tout le monde a compris l’importance de la fondation. Mais il faut que les efforts individuels se renouvellent sans cesse, car la Pouponnière coûte cher à entretenir. Le I)r Pinard affirmait récemment que chaque enfant exigeait annuellement près de 1500 francs.
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- La Pouponnière de Porchefontaine et les Couveuses pour enfants.
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- LA NATURE.
- Malgré tout, l’établissement est en pleine prospérité. On a ajouté encore cette année un nouveau pavillon et même, pour que l’élevage soit complet, un pavillon de couveuses. La couveuse produit de véritables résurrections parmi les enfants nés à terme. A la Maternité, avant l’introduction de l’appareil, les enfants d’un poids inférieur à 2000 gr. mouraient dans une proportion de 66 pour 100; il n’en meurt plus que 36 pour 100 environ. Avant l’emploi de la couveuse, aucun des enfants nés à 6 mois ne survivait ; on en sauve aujourd’hui 30 pour 100. A 7 mois la proportion des survivants passe de 30 à 64. Le dernier type de couveuse du l)r Tarnier employé à la Maternité et à la Pouponnière est bien simple. Le principe des couveuses pour enfants est le même que celui des couveuses avec lesquelles on produit l’éclosion des oeufs. Une grande boîte à parois épaisses divisée en deux compartiments superposés par une cloison incomplète. En dessous des réservoirs à eau chaude, des moines, au-dessus une petite couchette où l’on pose l’enfant. L’air chauffé passe de la chambre inférieure à la chambre supérieure d’où il est évacué par un tuyau. Une éponge mouillée maintient l’état hygrométrique convenable. Les moines sont des boules en grès d’une capacité d’un demi-litre. On peut en placer quatre ou cinq, de façon que la température intérieure se fixe entre 51° et 32°. Toutes les deux heures seulement, on enlève le couvercle de la couveuse pour alimenter et faire la toilette de l’enfant. Le bébé ne souffre pas de cette courte exposition à l’air de la chambre. La couveuse permet ainsi d’empêcher la déperdition de calorique du nouveau-né et le sauve d’une mort trop souvent certaine.
- Enfin, l’analogie se poursuit comme dans l’élevage des animaux, poulets, canards, etc. ; on a recours au gavage, quand le nouveau-né ne peut avaler le lait directement. On emploie une sonde en caoutchouc à l’un des bouts de laquelle est fixé un entonnoir en verre gradué. L’autre bout est poussé délicatement, jusqu’à l’estomac. Le lait est ainsi introduit en quantité dosée. C’est bien de l’élevage, de l’élevage méthodique dans le sens que lui attribuent les éleveurs.
- La puériculture n’est donc pas un vain mot. On peut élever les enfants sans la participation de la mère, et comme le prouve le résultat de la Pouponnière, en faire des enfants solides. La pratique a donc déjà répondu à cet égard et l’exemple est bon à suivre. On arrachera à la mort, quand on voudra sérieusement, plus de 30 000 enfants par an. Il faut le vouloir dans un double but de charité et de patriotisme. Henri de Parville.
- LE CONCOURS DES « POIDS LOURDS »
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- Le rapport officiel de la Commission de l’Automobile-Club de France est en voie de publication. Il ne conclut pas et se contente de donner les chiffres de constatations des commissaires et d’en déduire des prix de revient.
- Qu’il nous suffise d’indiquer ici quels sont les principaux renseignements qu’on pourra y puiser ; nous compléterons ainsi les indications d’un précédent article1.
- Nous indiquons d’abord la vitesse commerciale moyenne des voitures pendant les six jours de concours et la consommation moyenne de combustible par tonne kilométrique utile et d’eau par kilogramme de coke ou litre d’essence brûlés.
- VITESSE CONSOMMATIONS.
- MOYENNE EAU
- COKE. DE
- VAPORISATION.
- Vapeur. km à l'heure. kgs. litres.
- Omnibus de Dion-Bouton. 11,2 1,7 6.2
- — Scotte 10.8 5,1 5,o
- Breack de Dion-Bouton. . 10.7 1,4 5,5
- Train Scotte voyageurs . . 10,2 1,9 4,7
- — marchandises. 7 1,4 5,5
- Pétrole. ESSENCE. litres. EAU DE refroidissement.
- Omnibus Panhard .... 10,2 0,5 5
- Camion de Diétrich. . . . 8,5 0,2 9
- En ce qui concerne les prix de revient calculés par la Commission, ils sont indiqués avec de nombreux détails dans le rapport officiel. Le prix de revient d’exploitation de la journée de marche sert de base ; il comprend une partie fixe (intérêts, amortissement, main-d’œuvre, frais généraux, etc.) et une partie variable, prix du combustible et de l’eau, suivant le poids transporté et le chemin parcouru. Du prix de revient de la journée de marche se déduisent les prix de revient de la tonne kilométrique utile et ceux du voyageur-kilomètre avec et sans bagages ; ce sont ces chiffres que nous donnons ci-dessous en classant les concurrents à ce point de vue.
- TONNE VOYAGEUR-KILOMÈTRE.
- KILOMÈTRE. AVEC BAGAGES SANS BAGAGES
- Marchandises. 1rs. 1rs. 1rs.
- Train Scotte 0,57 V) »
- Camion de Diétrich . . . Voyageurs. 0,59 » *
- Breack de Dion-Bouton. . 0,67 » 0,05
- Train Scotte 0,70 0,07 0,05
- Omnibus de Dion-Bouton. 0,89 0,09 0,06
- — Scotte 1,10 0,11 0,08
- — Panhard. . . . 1,23 0,12 0,09
- Nous avons voulu montrer, par ces quelques exemples, combien sont intéressants les renseignements que le rapport de l’Automobile-Club de France offre au public; nous aurons ainsi contribué dans une petite part à faire connaître les voitures lourdes pour les transports en commun des voyageurs ou le transport des marchandises. C’est là le principal et le plus louable but du concours des Poids lourds. Lucien Perissé.
- UNE USINE CENTRALE ÉLECTRIQUE
- A VAPEUR
- d’une PUISSANCE DE 70 000 CHEVAUX
- La Metropolitan Street Railway C°, de New-York, possède dans cette ville un réseau de 218 miles (350 kilomètres) de tramways à chevaux, à câble et à conducteur électrique souterrain. Les tramways mécaniques sont actionnés par quatre usines à vapeur, dont trois pour les câbles et une pour l’électricité.
- 1 Yoy. n° 1265, du 28 août 1897, p. 199.
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- Les lignes chevaux dont le développement est de 55 miles (88 kilomètres) sont actuellement en voie de transformation ; on y installe la traction électrique dont les résultats ont été si satisfaisants, qu’il est question de l’étendre à tout le réseau et de supprimer le câble dans Broadway, câble dont l’installation ne remonte cependant qu’à 1805. Tout cet immense réseau sera alimenté par une seule station centrale, d’une puissance totale de 70 000 chevaux, actuellement en construction près de l’East River, entre la 95e et la 96e rue.
- Le bâtiment unique dans lequel sera installé cette station gigantesque aura 82 mètres de longueur sur 60 mètres de largeur; les machines seront établies sur un lit de béton de lm,5 d’épaisseur reposant lui-même sur 8000 pilotis. La salle des chaudières renfermera 87 chaudières tubulaires à tirage forcé de 800 chevaux chacune ; elles occuperont 5 étages. Le 4e étage sera une immense soute à charbon renfermant une réserve de 9000 tonnes. Un élévateur mécanique amènera automatiquement le charbon dans les soutes et remportera les cendres. La vapeur fournie par ces chaudières alimentera 11 moteurs compound à condensation d’une puissance de 6600 chevaux chacun. Chaque moteur actionnera une dynamo à courants alternatifs triphasés à 6000 volts. Ces courants triphasés à haute tension seront envoyés dans des sous-stations convenablement réparties dans la ville où ils seront transformés deux fois : la première pour réduire la tension, la seconde pour leur donner la forme de courants continus à 550 volts qui alimenteront le réseau de conducteurs souterrains. L’usine ne sera pas installée en une seule fois avec sa puissance totale, mais les premières unités seront prêtes à fonctionner à la fin de 1898.
- La solution adoptée par la Metropolitan StreetRailivay C° mérite d’être étudiée de près par nos édiles, car son succès certain dictera la voie à suivre pour l’éclairage et la traction générale électrique dans Paris à l’expiration des multiples concessions actuelles. L’avenir est dans l’emploi d’énormes stations centrales en petit nombre, produisant des courants polyphasés à haut potentiel, et les répartissant dans de nombreuses sous-stations purement électriques d’où ils sortiront sous forme de courant continu à 500 volts pour les tramways, à 220 volts ou lit) volts pour l’éclairage privé, les moteurs fixes, les automobiles, et les mille et une autres applications du courant électrique que nous réserve le siècle prochain. E. II.
- LE MOTEUR DIESEL
- A. COMBUSTION INTÉRIEURE
- Le moteur Diesel, sur lequel nous avons déjà1 attiré l’attention de nos lecteurs, est un moteur dont le principe est des plus originaux, et qui doit être construit prochainement en France. Nous avons pu trouver, dans le journal Promet heus, quelques renseignements sur les premières expériences effectuées à Augsbourg par M. Diesel.
- On sait que les machines à vapeur sont aujourd’hui construites avec toute la perfection désirable et quelles ont presque dit leur dernier mot au point de vue de l’utilisation de la quantité de chaleur dégagée par le charbon qu’il faut brûler dans les
- i Voy. n° 1264,fdu 21 août 1897, p. 186.
- chaudières pour les alimenter. Le professeur Schroter dans des expériences sur une machine de 700 chevaux à triple expansion, à 11 atmosphères et à condensation, n’a trouvé comme travail utile que 12,1 pour 100 du travail correspondant à la quantité de chaleur dégagée par le charbon brûlé. Le chiffre de 15 pour 100 peut dont être regardé aujourd’hui comme la limite maxima de cette utilisation. Dans les moteurs à gaz on peut atteindre 22 à 24 pour 100.
- Dès 1893, M. Diesel s’était occupé de la construction d’un nouveau moteur rationnel, pour l’utilisation de la chaleur, dans un ouvrage dont il a déjà été question. Dans son brevet, il définissait ainsi la nature de son moteur : dans un cylindre l’air est comprimé par le piston de façon à atteindre une température supérieure à la température d’inflammation du combustible. L’arrivée du combustible dans ce même cylindre se fait graduellement à partir du point mort, de sorte que par le déplacement du piston et par l’expansion de l’air comprimé la combustion s’opère sans élévation de température ni de pression. Après la suppression de l’arrivée du combustible, l’expansion des gaz s’opère dans le cvlindre du travail.
- t)
- En partant de ce principe, M. Diesel est arrivé à construire un moteur dans lequel la température s’élève au début à 600 ou 800° et la pression de 50 à 90 atmosphères.
- Le moteur d’essai a été construit à Augsbourg et présenté le 27 avril ; le 16 juin 1897, il était décrit devant la Société des ingénieurs de Cassel. La figure 1 ci-jointe donne une vue extérieure du moteur. On voit en A le cylindre à la partie supérieure, en B l’arbre portant la roue motrice ; sur le couvercle du cylindre se trouve une soupape conduite par un disque C fixé sur un petit arbre mobile spécial. Sur ce même arbre est montée la pompe à pétrole. Un régulateur à force centrifuge E règle l’arrivée de pétrole suivant la charge. Sur le côté en F est la pompe mise en marche par le moteur et qui sert à comprimer l’air.
- Des essais comparatifs ont été faits avec un moteur à gaz de même puissance à 4 temps. La figure 2 nous montre les divers diagrammes obtenus. Le n° 1 se rapporte au moteur à gaz, le n° 2 au moteur Diesel à pleine charge, le n° 3 au moteur Diesel à moitié charge et le n° 4 au moteur Diesel à vide.
- Dans le diagramme n° 1, on voit au premier temps que le piston aspire le mélange gazeux à la pression atmosphérique ; au retour en arrière du piston, la pression monte en B à 3 atmosphères, l’inflammation se produit, l’explosion survient et la pression monte en C à 22 atmosphères, le piston revient en avant, chasse les gaz et la pression retombe graduellement en A. Dans le diagramme n° 2 du moteur Diesel de 20 chevaux, l’air est d’abord aspiré à la pression atmosphérique, il est ensuite comprimé graduellement jusqu’à 34 atmosphères, la température s’élève alors à 600°. Le pétrole arrive dans cet
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- air échauffé, se vaporise et la pression descend graduellement jusqu’à 5 atmosphères ; en ce point la température est de 500°. Ensuite se fait l’expulsion des gaz brûlés.
- Les principales dimensions du moteur étaient les suivantes : le cylindre de travail avait un diamètre
- de 250"""*,35, une course de 598mm,5, et un volume de 19,62 litres. La pompe à air avait un diamètre de 70"im, une course 200mm et un volume de 0,77 litre. La puissance indiquée a été à pleine charge de 24,77 chevaux au cylindre et de 1,17 cheval à la pompe ; à moitié charge elle a été de 17,71 chevaux au cylindre et de 1,1 A à la pompe.
- Le pétrole employé avait une
- densité de 0,795, une puissance calorifique de 10206 calories kilogramme-degré par kilogramme et la composition suivante : carbone 85,15 pour 100, hydrogène 14,21, oxygène 0,66.
- Pour une puissance effective de 17,82 chevaux, les dépenses de pétrole ont été de 258 grammes par cheval-heure effectif et de 180 grammes par cheval-heure indiqué.
- Pour une puissance effective de 9,58 chevaux, la quantité de pétrole consommée a atteint respectivement 278 et 161 grammes par cheval-heure effectif et indiqué.
- La température des gaz à leur sortie était de 578°
- Fig. 1.
- à pleine charge et de 260° à moitié charge. Bans le premier cas leur composition était pour 100 de 9,96
- d’acide carbonique, de 4,7 d’oxygène, de 0,2 d'oxyde de carbone, et de 85,14 d’azote. A moitié charge, la composition des gaz a varié, ils renfermai en t, 5,95 pour 100 d’acide carbo-n i q ue, 11,7 5 d’oxygène, 0,00 d’oxyde de carbone et 82,5 d’azote.
- Si nous examinons la répartition de la quantité de chaleur, dégagée par la combustion du pétrole, nous trouvons que 54,7 pour 100 sont utilisés dans le travail indiqué, 40,5 pour 100 dépensés dans le refroidissement et 25 pour 100 dans
- diverses pertes. C’est déjà un résultat bien supérieur à celui que nous avons trouvé pour la machine à vapeur.
- Moteur Diesel de 20 chevaux.
- Ajoutons que le moteur est autorégulateur. Si pour une raison, il vient à être déchargé ou chargé, le régulateur à force
- centrifuge
- agit
- et diminue ou augmente la quantité de pétrole introduit dans le cycle.
- En résumé, le moteur Diesel semble présenter de grands progrès sur les moteurs actuels, et il n’est encore qu’à ses débuts ; il est donc susceptible de grands perfectionnements. J. Laffargue.
- 2. — Diagrammes de fonctionnement d'un moteur à gaz et d’un moteur Diesel.
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- LE MASSAGE AU JAPON
- Tout voyageur qui, nouvellement arrivé au Japon, satisfait son ardente curiosité de faire une première
- connaissance avec la vie japonaise et, dans ce but, parcourt en promeneur les rues encombrées de cette population joyeuse et remuante qui envahit les rues de toutes les cités nippones, est frappé par un spectacle qui l’intrigue dès le premier jour. Au
- Fig. 1. — Masseur dans l'exercice de son art.
- Fig. 2. — Masseur.
- milieu de la foule qui s’écarte pour les laisser passer d’étranges personnages circulent lentement. Pauvrement mais proprement vêtus, d’étolfes sombres,
- la tête rasée à la laçon des bonzes, les pieds chaussés de soques en bois, un long bâton à la main, et tirant d’une flûte à deux pipeaux, telle celle
- qu’on voit aux lèvres des launes antiques, des sons aigus, lugubres, toujours les 'mêmes et toujours répétés sur le même rythme comme un appel. Ces aveugles s’en vont droit devant eux et tous pareils les uns aux autres. On les prendrait pour des mendiants ou pour des bonzes, ce sont des masseurs.
- Il n’est en effet aucun pays du monde où le
- massage soit plus en honneur qu’au Japon. 11 n’est pas seulement d’une pratique courante chez les médecins, il fait encore vivre dans les moindres bourgades toute une population de masseurs de profession. Ce n’est pas, comme chez nous, un procédé thérapeutique spécialisé entre les mains de certains docteurs ou exploité par des professionnels souvent ignorants, c’est un usage courant qui fait
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- LA NATURE.
- partie des coutumes généralement reçues dans toutes les classes de la société japonaise.
- Le Japonais se fait masser comme le Turc prend un bain, comme l’Annamite mâche le bétel ou comme le Chinois fume l’opium ; c’est un besoin impérieux, une nécessité de la vie quotidienne. Depuis le Kurumaya (traîneur de légères voitures à bras, pousse-pousse, qui servent couramment de moyen de transport) jusqu’au marchand et au noble descendant des daïmios, tous, la tâche quotidienne achevée, font appeler un masseur. La quantité des masseurs de profession ou ammn est énorme ; ils forment une puissante corporation qui possède deux prévôts, l’un à Tokio, l’autre à Kioto. Cette corporation a de nombreux privilèges et l’Empereur lui a reconnu certains droits, certains privilèges spéciaux. On exigeait une franchise de 1 000 dollars pour le grade qui venait immédiatement au-dessous de celui de prévôt.
- Le massage forme une branche du trépied de la médecine japonaise avec l’acupuncture et le moxa. Dès qu’un Japonais souffre d’un lumbago, de douleurs névralgiques ou d’une simple migraine, on appelle un masseur ; le plus souvent c’est un
- Fig. 1. — Appareil eu bois pour se masser soi-même.
- aveugle, quelquefois une femme. Les masseurs réputés habiles deviennent riches et sont souvent considérés, bien qu’en butte au dédain des jeunes médecins élevés dans les idées européennes. Une séance de massage coûte la modique somme de 3 yen!
- Notre figure 4 représente un petit appareil très ingénieux servant aux masseurs, dans le massage superficiel, ou effleurage1. Il sert couramment à guérir les migraines par le massage du crâne. Composé essentiellement d’une sphère de bois pleine, qui, emprisonnée dans une autre, y roule à frottement lâche, cet appareil à masser permet à l’opérateur de rouler la boule sur la surface du corps sans se fatiguer les doigts. La boule en appuyant et en roulant sur les tissus opère un massage très doux et suffisamment efficace.
- Le massage japonais est-il basé sur des connaissances anatomiques sérieuses? Est-il méthodique et vraiment établi sur des principes qui doivent être la raison de tout massage utile?
- Nous trouvons dans un ouvrage japonais, sur le
- 1 Tout dernièrement ce dispositif a été reproduit en France sous le nom d’automasseur Callmann, avec quelques différences dans le dispositif, mais sur le même principe de l’emploi d’une boule masseuse.
- massage, publié en 1707, la théorie du massage, telle que la comprennent les Japonais. « L’homyie devient malade quand la vie s’engourdit et que le sang ne circule pas. Dans ces cas, le massage est nécessaire. Tant que l’homme se meut, tant qu’il fait agir ses membres, bras et jambes, cela facilite l’absorption et la circulation, il ne devient jamais malade. Tchokaï-hin a dit : « le principe de la massothérapie repose sur cette donnée physiologique : faire circuler le sang pour le rendre vivifiant. »
- Notre figure 5 représente la méthode de l’automassage. Ce genre de massage est surtout destiné à guérir la constipation et les troubles qui en résultent; il est également utile dans le lumbago, dit l’auteur de l’ouvrage d’où sont extraites nos gravures. « Mettez-vous à genoux ; joignez les mains, puis faites des mouvements de va-et-vient (comme les brasses d’un nageur) à la hauteur de la poitrine trois à cinq fois.
- « Pour guérir la fièvre accumulée dans le foie (sic) asseyez-vous (à la japonaise), saisissez-vous les pieds avec les mains, puis dans cette situation faites des flexions et des extensions successives.... »
- N’est-il pas curieux de constater chez un peuple si vigoureux les mêmes pratiques qui étaient en vigueur chez les anciens? Le massage remis en honneur en Europe a donné de merveilleux résultats quand il est employé dans les affections articulaires et dans certaines maladies réunies sous le nom d’affections par ralentissement de nutrition, comme la goutte, le diabète, le rhumatisme, l’obésité. En présence des pratiques du massage si répandues chez les Japonais, on peut se demander si ce n’est pas à ces pratiques que ce peuple doit d’être exempt de certaines affections qui désolent nos populations urbaines, comme par exemple le rhumatisme, malgré l’humidité du climat.
- En tout cas, s’il suffisait vraiment à nos Parisiennes, si fréquemment atteintes de migraines, d’employer le petit appareil des Japonais pour se guérir, il faudrait se hâter d’en répandre l’usage parmi nous. Dr Michaut.
- EXPOSITION DE CHRYSANTHÈMES
- ET DE FRUITS
- L’inauguration de l’Exposition de chrysanthèmes et de. fruits a eu lieu le 10 novembre dernier pour la première fois au jardin des Tuileries. Depuis quelques années cette exposition était placée rue de Grenelle, dans les salles de la Société d’horticulture et, par suite d’un emplacement relativement restreint, et d’un jour dans les salons souvent insuffisant, l’aspect général de cette exposition laissait à désirer. Cette année, sous une belle tente haute et spacieuse, tendue d’épaisses toiles blanches, les fleurs exposées semblaient plus belles et plus éclatantes que jamais, leur ensemble produisant un effet incomparable. Nos horticulteurs français ont su, depuis plusieurs années, par leur travail et leur science, dépasser les produits créés par les Japonais. Dans cette exposition nouvelle il semble que les progrès réalisés soient encore plus étonnants. On
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- admirait de nombreux spécimens nouveaux dont les formes et les nuances délicates de tons les plus imprévus approchent du merveilleux.
- Les chrysanthèmes vert pâle, de teintes dégradées allant jusqu’au blanc pur, étaient surtout remarqués. Ils faisaient partie des collections de MM. Nonin, qui a reçu la médaille d’or, E. Rosette, qui a obtenu la grande médaille de vermeil, et Ch. Molin, la grande médaille d’argent. A. Tissandier.
- CHRONIQUE
- La locomotive lleilmann. — Les premières expériences publiques de la nouvelle locomotive lleilmann, la 8001, ont eu lieu le 12 novembre entre Caris et Mantes, et retour, en présence des représentants des principaux organes de la presse politique et scientifique. La nouvelle machine, bien que fondée sur les mêmes principes généraux que la Fusée décrite ici même1, en diffère notablement au point de vue de la puissance, de la nature du moteur à vapeur, de la suspension des moteurs électriques, etc. Les premières expériences ont été faites à une vitesse qui n’a pas dépassé 50 kilomètres par heure en remorquant un train de voyageurs de 150 tonnes. Toutes les conditions de marche ont été soigneusement relevées à l’aide du wagon dynamométrique attelé après le tender et avant les voitures à voyageurs. Les expériences vont se poursuivre en augmentant graduellement les vitesses et les charges. Nous décrirons prochainement, avec figures à l’appui, les principales dispositions de la locomotive 8001 qui réalise un sérieux progrès sur la Fusée de 1894, et nous espérons pouvoir y joindre des résultats d’expériences d’où ressortiront peut-être les avantages du système sur les locomotives ordinaires et les locomotives Compound exploitées sur divers réseaux de chemin de fer. 11 serait téméraire de porter un jugement quelconque en s’appuyant sur les expériences du 12 novembre faites dans des conditions de charge et de vitesse telles qu’une locomotive ordinaire aurait fourni des résultats équivalents en présentant un poids moteur bien moindre.
- La lumière réfléchie sur la peau. — Le journal Brilish Journal of Dermatology fait connaître les résultats des recherches de M. Robert Bowles sur l’action exercée par la lumière sur la peau humaine, et sur l’action des rayons réfléchis. Il y a de fortes raisons de croire que le hdle est dû aux rayons violets ou ultra-violets réfléchis par la neige et qui ne sont pas nécessairement de même nature que les rayons incidents. Le hàle et la cécité causée par la neige tiennent à des causes similaires, le coup de soleil et la fièvre peuvent être produits par des rayons de lumière pénétrants. Les rayons émanant d’une lumière électrique produisent sensiblement les mêmes résultats que les rayons solaires réfléchis par la neige. Le bronzage de la peau et le brunissage du bois des chalets sont probablement dus à des rayons réfléchis par la neige. Les divers pigments, mais surtout ceux contenant du rouge et du jaune, arrêtent ou altèrent les rayons réfléchis et empêchent les modifications physiologiques et pathologiques que provoquent généralement ces rayons. M. Maude a montré que les rayons solaires aux Indes donnent une fièvre très pernicieuse, mais qui peut être évitée avec la seule précaution de doubler les vêtements et le chapeau d’une étoffe de couleur orange. Les rayons réfléchis par
- 1 Yoy. n» 1081, du 17 février 1894, p. 178.
- certaines surfaces — eau, murs blancs, certains nuages, etc. — agissent physiologiquement d’une manière spéciale et tout à fait différente du mode d’action des rayons directs; quelque changement physique inexpliqué jusqu’ici doit se produire soit durant la réflexion, soit après.
- La houille aux États-Unis en 1896. — D’après la Revue scientifique, les houillères des États-Unis ont extrait, en 1896, un total de 168 956 972 tonnes de houille, d’une valeur moyenne d’environ 6 francs à la mine. Ces chiffres sont à peu près les mêmes que ceux de 1895. Les États-Unis occupent le second rang après l’Angleterre dans le monde au point de vue de la production du charbon. Au point de vue du prix, les conditions sont exceptionnellement favorables aux Etats-Unis : la tonne de houille grasse y coûte en moyenne 4 fr. 60, et dans aucun État elle ne dépasse 5 francs. C’est en Pennsylvanie que la production de houille grasse est maximum; elle est de 56,6 pour 100. La production de celle région représente 55,1 pour 100 de la production totale des charbons de diverses espèces aux États-Unis. Les États-Unis n’exportent et n’importent presque pas de charbon, ils consomment tout ce qu’ils produisent.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 novembre 1897. — Présidence de M. Chatik.
- Les étoiles filantes de novembre 1897. — M. Maurice Lœwy et après lui M. Janssen font une communication sur l’observation de la pluie d’étoiles filantes attendue pour le 14 de ce mois. A l’Observatoire de Paris, comme à celui de Meudon, les résultats ont été à peu près négatifs, l’observation ayant été gênée par la lune qui se levait à 7 heures du soir et se couchait à 4 heures du matin, ou rendue impossible par la brume. Cependant dans la nuit du 15 au 14 on a pu noter à Paris une trentaine d’apparitions. Dans la même nuit, M. Hansky, à Meudon, a également noté un certain nombre d’apparitions. 11 a observé que les étoiles filantes parties de la constellation du lion étaient plus bleues et avaient une vitesse plus grande que celles parties d’autres régions du ciel. C’est d’ailleurs d’Amérique qu’il faut attendre cette année les observations les plus intéressantes parce que la terre a dû traverser l’essaim des étoiles filantes le 14 au matin vers 10 heures, c’est-à-dire en plein jour à Paris, mais en pleine nuit à San-Francisco.
- Modifications des produits de culture du chanvre. — M. Bonnier analyse une note de M. Molliard relative à la transformation du sexe des produits de la culture des graines du chanvre. Selon l’opinion générale des auteurs, le sexe de la plante est déjà tout formé dans la graine. M. Molliard, par une culture appropriée, a pu obtenir le chanvre femelle d’une façon constante, quelle que soit la graine employée. 11 a réalisé également des plantes réunissant les deux sexes. Cette transformation a un réel intérêt pratique, le chanvre femelle étant bien préférable pour les usages industriels.
- Les ancêtres du tapir. — M. Gaudry expose que les ancêtres du tapir avaient les dents plus petites et présentant une surface plus simple que les dents des tapirs de nos jours. Peu à peu ces dents se transforment en s’agrandissant et développant les sillons de leur surface. Il résulte de cette constatation qu’aux époques géologiques, la surface de mastication chez ces animaux était moindre que de nos jours et par suite l’alimentation moins abon-
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- dante. Les tapirs étaient plus massifs, ils sont devenus plus agiles lorsque l’alimentation plus abondante a augmenté leurs forces. Ch. de Villedeuil.
- LES RATONS X
- EN HISTOIRE NATURELLE
- En nombreuses occasions j’ai pu, à l’aide des rayons X, faire une étude complète de pièces d’histoire naturelle qu’il eût fallu sacrifier pour arriver autrement au même résultat.
- C’est ainsi qu’en 1896, ayant radiographié différents lézards, je constatai que lorsque la queue
- Fig. 1. — Photographie d’un lézard à deux queues.
- un conduit spinal qui ne se calcifie que très lentement. Après calcification, il présente l’aspect d’un étui presque continu, sans apophyses transverses. Au point de contact de la partie originelle et du prolongement nouveau la différence de structure est particulièrement frappante. 11 est parfois difficile de reconnaître du dehors si la queue d’un lézard est demeurée intacte, ou si elle a été rompue. Les rayons X lèvent immédiatement tous les doutes.
- M. Gervais, qui a décrit ici1 un lézard à deux queues qui semblaient toutes deux originelles, a bien voulu me permettre de lever mes doutes en m’envoyant l’animal que j’ai aussitôt radiographié.
- L’épreuve montre que la queue originelle, carac-
- 1 Voy. n° 1269, du 25 septembre 1897, p. 268.
- avait été arrachée, puis avait repoussé, la partie de remplacement se distinguait du reste par la structure accessible aux rayons X.
- Les queues originelles en effet montrent, jusqu’à l’extrémité, une succession de vertèbres munies d’apophyses transverses plus ou moins développées et l’on voit nettement entre elles des interstices transparents qui signalent les pièces articulaires non calcifiées.
- Il n'en est plus de même pour les queues de remplacement.
- Elles poussent hâtivement au début, d’un bourgeon qui naît de la section. L’axe est occupé par
- Fig. 2. — Radiographie du même lézard.
- térisée par ses vertèbres entières, n’a pas plus de 2 centimètres. A cette extrémité, elle a été arrachée et la colonne vertébrale a été brisée de telle façon qu’il y est apparu un double bourgeon donnant deux queues de remplacement qui ont pris sensiblement le même développement.
- On peut d’ailleurs reproduire à volonté de semblables anomalies.
- Il m’a semblé intéressant de signaler cette application des rayons X à la solution d’un problème de biologie assez curieux Abel Buguet,
- I’rofosscur de Physique à l'École des Sciences et à l'École de Médecine de Rouen.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- N“ 1 2 78.
- 27 NOVEMBRE 1 897.
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- L’EXPRESSION TRAIE DE LA PHYSIONOMIE
- En appliquant l’analyse ehronophotographique a l’étude du mouvement des lèvres d’un sujet qui parle1, j’avais déjà montré qu’elle était appelée à rendre à l’étude de la physionomie en mouvement les mêmes services que ceux quelle avait rendus dans l’analyse des actes musculaires les plus délicats.
- Il y a là un champ d’investigation des plus vastes et un travail qui intéresse l’artiste et le savant, bien plus que la reproduction cinématographique du mouvement.
- Les expressions de la physionomie sont fixes ou
- mobiles, celles qui sont fixes, comme les expressions calmes, peuvent se poser; les photographes-portraitistes les recherchent par-dessus tout.
- Les expressions mobiles sont toutes celles qui accompagnent les passions et les émotions de toutes sortes, c’est une gamme infinie des nuances qui séparent la joie de la colère, le plaisir de la souffrance.
- Il ne faut pas croire que ces expressions vraies puissent être provoquées et reproduites volontairement ; la colère ou la joie de l’acteur ne sont qu’une grimace qui n’a rien de réel.
- Ces expressions voulues sont exagérées et elles doivent l’être, le théâtre le demande et l’exige même. Elles sont faites pour être vues de loin, comme les
- Expressions de ia physionomie d'une dame âgée, photographiée à son insu à l'aide du chronophotographe.
- décors. Le spectateur d avant-scène n’a pas l’illusion cherchée. 11 ne faut voir les choses de théâtre que du point de.vue pour lequel elles ont été faites; plus on s’en rapproche plus l’effet s’évanouit.
- Les expressions de la physionomie d’un acteur diffèrent donc des expressions vraies; l’acteur ne peut avoir l’état moral du personnage qu’il représente, il a beau s’efforcer d’être ce personnage, il ne peut y parvenir qu’imparfaitement ; il y a du reste des émotions que l’on ne peut renouveler; les angoisses de la mort, par exemple.
- L’état psychique n’étant pas le même, les excitations centrales diffèrent, la diffusion de ces excitations dans les muscles de la face doit forcément
- 1 Yoy. Les photographies partantes, n° 985, du 16 avril 1892, p. 511.
- 25” année. — 2° semestre.
- différer aussi et les synergies musculaires qui com stituent l’expression sont finalement fausses
- Ces synergies musculaires ne se cantonnent pas seulement dans les muscles de la face, elles embrassent le corps entier; l’attitude générale et le geste sont aussi expressifs que la figure.
- Mais on peut, par une éducation artificielle, fausser ces associations synergiques ou du moins les contrarier; on peut rompre l’accord qui doit exister entre elles, on obtient alors une physionomie fausse qui n’exprime rien et qui est particulièrement désagréable à voir.
- Depuis la popularisation du cinématographe, une industrie nouvelle s’est créée, celle des bandes d’images servant à la projection animée.
- Les opérateurs n’ayant qu’un but commercial ont
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- jugé commode de combiner des scènes devant leurs appareils plutôt que d'aller les chercher dans la nature.
- Outre le discrédit que ces compositions jettent forcément sur un art nouveau, on ne peut nier que ces scènes sont grotesques, les mouvements y sont faux et précipités. On sent que les acteurs improvisés ont été talonnés par l’expérimentateur et se sont préoccupés surtout de faire le plus de gesticu-lades possible dans l’espace de 50 à 60 secondes (pii leur est accordé et qui représente le temps de passage de la bande dans l’appareil.
- Le moindre petit fait naturel : des enfants jouant librement, de bonnes commères devisant de quelque cancan devant leur porte, aurait un intérêt bien plus grand que ces compositions excentriques où rien n’est réel et où tout a été mal réglé à l’avance.
- La photographie a un mérite que personne ne lui conteste, c’est l’authenticité; il ne faut pas la discréditer en lui donnant des documents faux à reproduire et la faire mentir en l’obligeant à perpétuer des erreurs.
- Il en est de même pour le sujet qui veut se faire photographier. N’est-il pas un moment acteur, et acteur maladroit, quand il pose devant l’objectif? Aussi quel pauvre résultat obtient-on par ce moyen !
- Les personnes nerveuses, expressives doivent renoncer à avoir un portrait passable, et pourtant la photographie devrait au contraire saisir les nuances les plus subtiles de leur expression.
- On rencontre, en effet, dans les expressions de la physionomie, ce qu’on pourrait appeler les formes finales et les formes de transition. Comme dans les actes de la locomotion, l’œil saisit encore les formes finales, mais il est absolument aveugle en ce qui concerne les formes de transition.
- On voit, par exemple, la jambe d’un coureur dans les positions correspondant aux points morts, c’est-à-dire aux changements de direction dans la vitesse ; mais on n’aperçoit qu’un flou dans les attitudes de transition, pendant le lever du pied, par exemple.
- Cette impression est donnée par l’appareil photographique lui-même, quand il est muni d’un obturateur peu rapide.
- Dans les mouvements de la physionomie, les formes finales sont souvent de très courte durée, elles sont très exagérées dans les expressions vives ; mais, quand il s’agit d’expressions simples comme celles de la conversation, toutes les formes de transition dévoilées par l’analyse chronophotographique sont très intelligibles, elles ont une apparence des plus vivantes; on peut y fixer l’attention bien qu’elles n’aient pas été posées et que l’œil n’ait pu les apercevoir.
- Dans tous les cas, aucune expression de transition ne peut se poser, pas plus qu’un homme à la course ; c'est l’ignorance en ces matières qui fait accepter des œuvres de pure convention.
- Nous concluons en disant que les expressions de la physionomie en mouvement ne peuvent être sai-
- sies que par la chronophotographie. 11 faut aussi que le sujet étudié ne soit pas prévenu, qu’il ne soit influencé en aucune façon; c’est à ces conditions seulement que les documents photographiques auront quelque valeur.
- Aussi les recherches de ce genre sont-elles particulièrement longues et incertaines.
- Nous avons depuis longtemps commencé des études sur ce sujet; nous donnons seulement aujourd’hui, comme exemple, l’analyse de l’expression d’une dame âgée qui a échoué devant tous les objectifs des appareils ordinaires, à cause de la mobilité extrême de ses traits.
- Nous l’avons photographiée à son insu, au moyen de notre chronophotographe, pendant qu’elle conversait avec nous.
- Les images ont été prises à l’ombre, à raison de quinze à la seconde.
- On peut suivre sur l’analyse ainsi obtenue la naissance des expressions les plus variées. Nous avons dissocié ces épreuves et composé un groupe qui permet de mieux comparer les unes aux autres ces images qui ne diffèrent que si peu entre elles.
- C’est une manière nouvelle de présenter le portrait vivant1. Ajoutons que ces épreuves se font avec la plus grande facilité dès qu’on est pourvu d’un chronophotographe donnant de grandes images et qu’il suffit d’une à deux secondes pour que la collection de figures du groupe soit obtenue.
- G. Demexy.
- L’ÀYEN ARMAND
- (lozère)
- A la suite de la réunion générale extraordinaire de la Société de Spéléologie dans les gorges du Tarn, aux Baumes-Chaudes, à Dargilan et à Bramabiau (11-18 septembre 1897), j’ai consacré une dizaine de jours, avec mon ami A. Viré, à de nouvelles recherches dans le sous-sol des Causses.
- En ce court espace de temps nous avons opéré, favorisés par une chance exceptionnelle, des découvertes pittoresques et des constatations scientifiques nouvelles du plus haut intérêt, qui feront de ma dixième campagne souterraine (1897) l’une des plus importantes et fructueuses.
- Voici quelques notes sur la principale de ces trouvailles inespérées.
- Pendant les trois journées des 19, 20 et 21 septembre, nous avons effectué la première exploration d’un aven situé sur le causse Méjean (Lozère), à 2 kilomètres et demi au sud de la Parade et 8 kilomètres au nord-ouest de Meyrueis. Il s’ouvre à 400 mètres au sud delà cote990, entre les hameaux de la Retournade et de Nabrigas (feuille Séverac de la carte au 80 000e), sous la forme d’un entonnoir de 10 à 15 mètres de diamètre et de 4 à
- 1 Yoy. Le portrait vivant, n° 1113, du 29 septembre 1894, p. 279.
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- 7 mètres de profondeur (altitude 964 à 967 mètres au-dessus du niveau de la mer). Mais l'abîme propre^ ment dit, l’à-pic vertical ne commence qu’au fond de l’entonnoir, à 960 mètres d’altitude: c’est d’abord un puits perpendiculaire profond de 75 mètres, dont les 40 premiers mètres constituent une cheminée grossièrement cylindrique de 3 à 5 mètres de diamètre, et les 35 derniers représentent la hauteur d’une immense grotte où débouche la cheminée.
- Les coupes et plan (fig. 1, p. 404) montrent la disposition et la forme de cette grotte : elle est ovale et mesure 50 mètres de largeur sur près de 100 de longueur totale ; son sol est incliné rapidement vers le nord-est, parallèlement au pendage très accentué des strates, et descend jusqu’à 840 mètres d’altitude, soit à 120 mètres au-dessous de l’orifice du puits.
- La première moitié de cette pente est recouverte d’éboulis et débris de toutes sortes tombés de la surface du sol ; sa seconde partie est hérissée d’environ 200 colonnes stalagmitiques hautes de 5 à 30 mètres. Il est impossible d’expliquer les formes extravagantes et la surnaturelle splendeur de cette véritable forêt vierge (fig. 2) : chaque colonne est composée d’une superposition de larges feuilles de carbonate de chaux imbriquées les unes sur les autres, dans le genre des écailles de troncs de palmiers, mais avec beaucoup plus de saillie ; aucune grotte connue ne possède rien de semblable-, ni l’homme ni les cataclysmes naturels n’ont abîmé le plus petit ornement de ces éblouissants clochetons de cathédrale; nulle concrétion calcaire n’atteint à l’élévation de la grande stalagmite (50 mètres)1 ; nous l’avons mesurée à l’aide d’une montgolfière qui, attachée à un fil, nous a donné de plus, pour la voûte de la caverne, des hauteurs variant de 56 à 40 mètres.
- A l’extrémité nord-est de la Foret-Vierge, un deuxième grand puits vertical, de 5 à 6 mètres de diamètre, descend 87 mètres plus bas, mais se trouve bouché par un talus de pierre et d’argile à 755 mètres d’altitude. L’aven a donc une profondeur totale de 207 mètres, depuis l’orifice du premier puits, et même de 214 mètres depuis le bord le plus élevé de l’entonnoir d’entrée; il est le plus creux de France, concurremment avec celui de Rabanel (212 .mètres), près Ganges (Hérault), que j’ai exploré en 1889 avec G. Gaupillat.
- Comme il ne portait aucun nom, nous lui avons donné celui de mon dévoué collaborateur Louis Armand, qui, depuis dix ans, remplit avec la plus rare intelligence l’office de contremaître dans toutes mes investigations souterraines.
- Ainsi que beaucoup d’autres gouffres de ce genre, l’aven Armand s’ouvre, assez singulièrement, non pas au fond même, mais sur la pente et à peu près à mi-hauteur d’une vaste dépression du Gausse,
- 1 La plus haute stalagmite connue jusqu’à présent était la tour astronomique de la Caverne d’Aggtelek en Hongrie, qui mesure 20 mètres d’élévation. Le clocher de Dargilan n’en a que 18.
- profonde d’environ 50 mètres et large de plusieurs hectomètres. J’en conclus qu’il a servi d’exutoire à un ancien lac plutôt qu’à une rivière aérienne, exactement coymme le font de nos jours les Katavothres des lacs Phonia, Stymphale, Copaïs, etc., en Grèce; car sa forme, montrée par les coupes, ne laisse aucun doute sur son rôle passé comme point d’absorption d’eaux extérieures. C’est un excellent type d’abîme d’érosion et non pas d’effondrement. 11 contribue à prouver que ce genre de gouffre a concouru à l’épuisement de grands amas d’eau (lacs ou mers), épuisement dont l’âge reste encore à déterminer. A la suite de ma campagne de 1895 en Irlande et Angleterre j’ai attiré l'attention sur ce fait, que les avens de ces pays fonctionnent encore comme puits absorbants (V. Gaping-Ghyll, dans La Nature, n° 1182, du 25 janvier 1896, et mon récent ouvrage Irlande et Cavernes anglaises, Paris, Delagrave. 1897).
- Si l’on avait trouvé des traces d’anciens glaciers sur les Causses, je conclurais sans hésiter que ces avens sont l’œuvre et les témoins de leurs moulins, ces grands puits verticaux dans la glace, sous lesquels la roche doit être profondément attaquée .* mais ces traces n’ont pas encore été rencontrées ; elles ne le seront sans doute jamais, à cause de la nature si altérable des plateaux de roches calcaires et des modifications continuelles que les agents atmosphériques font subir à leurs surfaces. Cependant je crois devoir indiquer au moins cette hypothèse d’une origine glaciaire possible, à cause de l’existence constatée de moraines, au nord des Causses, sur les granits de l’Aubrac (G. Fabre, Comptes rendus, Acad, des sciences, 18 août 1873, p. 495) et du mont Lozère (Ch. Martins, Comptes rendus, Acad, des sciences, 9 novembre 1868, p. 933).
- Géologiquement les trois parties de l’Aven Armand traversent les étages rauracien, oxfordien, callovien et bathonien supérieur (V. Comptes rendus, Acad, des sciences du 26 octobre 1897 et G. Fabre, Bulletin des services de la carte Géologique, Comptes rendus des collaborateurs pour 1895, tome VIII, n° 55, p. 78, Paris, Baudry).
- L’aven Armand est formé, comme tous ses semblables, par l’action érosive et corrosive des eaux agrandissant, à divers degrés, les fissures naturelles préexistantes des calcaires jurassiques de ces étages.
- Sur le talus de débris de la grotte serpente un étroit lit de ruisseau où s'écoulent les pluies des orages contemporains, et qui indique dans quelle énorme proportion l’absorption des eaux extérieures a diminué depuis l’époque du creusement du gouffre.
- Cette époque pourra être déterminée lorsqu’on fouillera à fond le talus de débris, qui est rempli d’ossements et qu’aucun effondrement de voûte n’a encore recouvert. Nous avons cru voir des ossements d’ursus spelæus enchâssés dans la stalagmite de la forêt. On sait qu’à cause de l’extrême
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- loi
- divergence constatée dans la durée de croissance des stalagmites, on ne peut en aucune façon considérer leur hauteur comme un élément de calcul chronologique-
- D’ailleurs cette croissance doit être très active à l’heure actuelle; nous avons trouvé le suintement des voûtes très abondant, et il est certain que l’érection des admirables colonnades de l’aven Armand est de beaucoup postérieure non seulement à son creusement, mais encore à sa période d’activité comme puits d’absorption : j’ai expliqué à ce propos que le Gaping-Ghyll du Yorkshire, qui de nos jours encore engloutit un ruisseau pérenne, n’est jusqu’à présent pourvu d’aucune concrétion, parce que les eaux remplissent parfois complètement sa grande caverne de 150 mètres de longueur.
- Viré n’a pu recueillir aucun échantillon de faune aveugle dans l’aven Armand.
- La température du gouffre doit, au moins pour la partie supérieure, varier avec celle de l’extérieur, puisque nous l’avons trouvée de 7° à 75 mètres de profondeur, 7°,5 à 110 mètres et 8° à 120 et 207 mètres, contre 5°,5 à l’extérieur (21 septembre 1897). C’est la confirmation de mes précédentes observations sur l’inégalité de température des cavernes. Toutes ces constatations, d’ailleurs, sont absolument conformes à celles que j’ai faites sous terre depuis 1888 ; il est intéressant de les retrouver dans un abîme aussi important que l’aven Armand, qui est un véritable phénomène tant pittoresque que géologique.
- Est-ce bien, me demandera-t-on, la plus belle grotte que je connaisse? Je préfère me dérober à pareille question : la géante nef de Rabanel, laissant voir le ciel de 150 mètres de profondeur, — la rivière souterraine, l’invisible voûte et les'lacs cristallins du grand dôme de Padirac, — les salles
- successives et l’artistique clocher de Dargilan, — la statue de la Vierge et la descente dramatique de Ganges, — le romantique lac Miramar de la Cueva del Drach à Majorque, — le dôme grandiose et l’enchanteresse sortie en barque de Han-sur-Lesse, — l’antre dantesque de Gaping-Ghyll, — les terrifiantes cataractes de Saint-Canzian, — les majestueux canaux de la Piuka, à Planina, — la profusion de blanches stalagmites et l’immensité du Calvaire d’Adelsberg, — l’élancement superbe de la
- Tour astronomique d’Aggtelek, et le palais de glace deDob-schau en Hongrie sont des scènes toutes également saisissantes, quoique totalement différentes et impossibles à comparer.
- Il serait aussi difficile et oiseux d’établir un parallèle entre elles qu’entre Sainte-Sophie, Saint-Marc ou Notre-Dame, — Athènes, Edimbourg ou Grenade, — Constantinople , Naples ou Lisbonne, — le Mont-Blanc, les gorges du Tarn ou le cap Nord. Toutefois, je ne crains pas de dire que l’aven Armand ne ressemble à aucune des maîtresses cavernes citées ci-dessus, et qu’il possède trois caractères uniques, trois attractions spéciales faisant défaut à toutes les grottes d’Europe actuellement accessibles au public : le mode d’arrivée dans sa vaste salle, par un trou du plafond, qui est le premier puits; — l’effet lumineux perçu d’en bas, l’impalpable cylindre de clair obscur qui fuse par ce trou le long de l’échelle de cordes ; — enfin cette collection invraisemblable de piliers calciques qui, elle, certainement, n’a son pareil nulle part sous terre. J’atteste que jamais je n’ai éprouvé surprise égale à celle produite par le premier aspect et l’investigation de ce labyrinthe à l’architecture extra-imaginaire : en circulant à travers ces colonnes, qui ne rappellent absolument rien de déjà vu, nous nous trouvâmes rapidement à bout d’exclamations admiratives; ce fut bien dans toute
- Coupe transversale J.K.
- (Courbes de approximatives équidistantes de 3n.voo)
- ^ 'v*
- Le pointillé indique le plan, de Vorifice. A . Z.JToxjev Sc/-
- V» Jli3
- Tous droits réserves
- Fig. 1.
- Coupes et plan de l'aven Armand, près la Parade Causse Méjean (Lozère), dressés sur place par E.-A. Martel.
- Coupes transversales suivant les lignes H I et J K,
- Coupe longitudinale suivant la ligne G E marquées sur le plan.
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- Fig. 2.
- Stalagmites de l’aven Armand (Lozère), donnant l’aspect d’une fôret-vierge.
- Dessin de 31. Albert Tissandier, d’après une photographie au magnésium de 31. A. Viré,
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- s i stupeur le vox faucibus hæsit du poète. Et depuis, le souvenir de cette splendeur inouïe, si insuf-iisamment fixé par la photographie, ne cesse de me hanter comme une hallucination !
- Nous avons acheté l’aven Armand : nous espérons, bien qu’il soit en France, que quelque généreuse initiative permettra d’y installer prochainement un solide et confortable ascenseur. Les travaux ne présenteront aucune difficulté sérieuse ; les voitures accèdent au bord même du trou, pourvu seulement qu’elles ne soient pas trop chargées; la visite intérieure sera exceptionnellement aisée et ne durera pas deux heures; et les plus exigeants touristes seront contraints, en sortant, d’avouer que la curieuse région des Causses a bien acquis, dans l’aven Armand, une merveille de plus! E.-A. Martel.
- VOLUME D’EAU NÉCESSAIRE
- POUR LA CONDENSATION
- Sous ce titre, M. Mallet a publié dans le Bulletin de la Société des ingénieurs civils de France une analyse intéressante de la communication que M. Davey a faite sur les condenseurs séparés au congrès récemment tenu par Y Institution of Civil Engineers. La question se rapporte en réalité à la quantité d’eau nécessaire à la condensation dans les machines à vapeur. Dans les villes, il est difficile de se procurer cette quantité d’eau, et il y a tout intérêt à la réduire le plus possible. Une machine dépense environ 7 à 8 et même 10 kilogrammes de vapeur par cheval-heure et nécessite pour la condensation un poids d’eau égal à 35 fois le poids de la vapeur, soit environ 350 litres par cheval-heure. On arrive à la fin d’une journée à des débits considérables, surtout aujourd’hui où dans les stations centrales électriques les machines ont souvent des puissances de 1000 chevaux.
- Il importe donc de chercher à réduire les eaux nécessaires pour la condensation.
- M. Davey divise les systèmes de condensation en quatre catégories : 1° les bassins de refroidissement ; 2° les condenseurs à évaporation ; 3° les condenseurs à air, et 4° les appareils de refroidissement de l’eau de condensation.
- Le principe sur lequel sont basées toutes les méthodes qui ont pour objet de réduire la quantité d’eau de condensation consiste à faire absorber par l’air atmosphérique une partie plus ou moins grande, sinon même la totalité, du calorique contenu dans la vapeur qui sort de la machine, calorique qui, dans la méthode ordinaire de condensation, est entièrement absorbé par de l’eau. Le problème revient donc à chercher par quels moyens on peut faire le plus facilement diluer ce calorique dans l’air. Des conditions diverses interviennent dans la question, par exemple la température extérieure, le degré d’humidité de l’air, etc. ; une grosse difficulté est dans le volume considérable d’air en mouvement.
- 1“ Bassins de refroidissement. — La méthode probablement la première employée et aussi celle qui l’est le moins aujourd’hui, à cause de l’emplacement très grand qu’elle nécessite, est l’usage de bassins où l’eau se refroidit naturellement par évaporation.
- L’auteur pense qu’on peut indiquer avec sécurité une surface de niveau d’eau de 0m2,5, et un volume de 350 litres par kilogramme de vapeur à condenser par heure.
- 2° Condenseurs à évaporation. — C'est probablement
- cette catégorie qui présente le plus d'intérêt et dont le développement a été le plus rapide. Les appareils qu’elle comprend sont formés en principe d’un faisceau tubulaire dans l’intérieur duquel passe la vapeur sortant de la machine. On fait couler sur la surface extérieure de l’eau qui, en se vaporisant, absorbe la chaleur des tubes et par conséquent de la vapeur qui se cojidense. Déjà dans l’air en repos on obtient un effet considérable ; mais si un courant d’air vient emporter la vapeur formée par la vaporisation de l’eau à mesure qu’elle se forme, l’effet est considérablement augmenté. Ce courant d’air est généralement produit au moyen d’un ventilateur.
- La disposition générale d’un condenseur de ce système comprend un faisceau tubulaire généralement vertical avec des arrangements divers pour répandre sur la surface des tubes une légère couche d’eau, un ventilateur pour produire un courant d’air qui lèche les tubes et emporte la vapeur produite; la vapeur, après avoir passé dans le faisceau tubulaire et s’y être en grande partie condensée, traverse encore un petit condenseur à surface supplémentaire avant d’arriver à la rompe à air. C’est l’eau qui a servi au refroidissement de ce condenseur supplémentaire qui va après se répandre sur la surface extérieure du premier faisceau tubulaire. Ces appareils nécessitent de la force motrice pour la circulation de l’eau dans le condenseur supplémentaire, pour l’élévation de cette eau à la partie supérieure du faisceau tubulaire et pour la manœuvre de la pompe à air et pour celle du ventilateur.
- Voici, relativement aux proportions à donner aux appareils de ce genre, quelques renseignements dus à une communication de MM. D. Stewart et Cie, de Glasgow, qui en ont établi un grand nombre.
- La quantité d’eau nécessaire pour la condensation peut être évaluée de 1 à lk*,5 par kilogramme de vapeur à condenser, et la surface tubulaire a au moins 2 décimètres carrés par kilogramme de vapeur à condenser. La surface du condenseur supplémentaire doit être de 0dm2,4 par kilogramme de vapeur. Le poids d’eau en circulation doit être de 20 fois le poids de vapeur à condenser, i
- On place souvent ces appareils sur les toits, bien qu’avec l’emploi d’un ventilateur cette position ne soit nullement nécessaire. Les détails peuvent d’ailleurs différer considérablement d’une installation à l’autre, bien que le principe soit le même pour toutes.
- 3° Condenseurs à air. — La disposition générale de ces condenseurs est la même que celle des précédents, elle comprend un faisceau tubulaire à l’intérieur duquel passe la vapeur à condenser, l’extérieur est refroidi par un courant d’air qui absorbe le calorique contenu dans la vapeur et dont la soustraction amène la condensation de celle-ci. On active la circulation de l’air par des moyens mécaniques. Avec ce système, il faut d’énormes surfaces.
- 4° Appareils de refroidissement de l'eau de condensation. — Les plus anciens des appareils de cette catégorie sont les bassins de refroidissement dont il a été parlé en premier lieu. On emploie aujourd’hui une foule de dispositions basées sur la division de l’eau chaude et sa mise en contact avec de l’air en mouvement. Il suffit d’indiquer le principe de cette méthode dont les moyens d’application sont extrêmement nombreux.
- Nous croyons devoir rappeler que les premières applications des systèmes de ce genre remontent déjà fort loin. Ainsi le Bulletin de la Société d’Encouragement, de l’année 1826, décrit une installation faite aux forges de Lagoye, près Hennebont (Morbihan), où, par suite de la sécheresse de cette année 1826, on n’avait plus assez
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- d’eau pour opérer a condensation de deux machines à vapeur, l’une de 30, l’autre de 20 chevaux. L’eau sortant de la bâche était projetée sur des fascines et envoyée dans un bassin situé à 150 mètres d’où elle revenait refroidie à la machine. On constata qu’en 21 heures l’eau ne s’échauffait pas sensiblement. 11 est indiqué dans l’article que, si on ne disposait pas d’un bassin, on pourrait projeter l’eau en l’air par des jets très divisés.
- Le même Bulletin, dans l’année 1827, indique que M. Madelaine, capitaine d’artillerie, a installé dans une scierie de marbre située à Paris, près de la barrière d'Enfcr, une installation pour le refroidissement de l’eau de condensation d’une machine de 6 chevaux. Cette eau, élevée par une pompe, circule dans les gouttières des toitures de l’usine et tombe par les trous d’un tamis à mailles écartées de ln"",5 d’une certaine hauteur, dans un bassin où elle est recueillie. De 58° la température s’abaisse à 15 ou 20°. On ne perd que 10 pour 100 de l’eau.
- Dans un mémoire annexé, l’auteur développe des considérations intéressantes sur la dépense d’eau des machines à vapeur et l’intérêt qu’il y a à leur appliquer la condensation. Il indique qu’on peut séparer les matières grasses contenues dans l’eau en faisant passer celle-ci à travers un crible. M. Ledant.
- LE DUEL DE LA YIPÈRE ET DU HÉRISSON
- Ce combat, fort original, a été observé plus d’une fois soit dans la nature, soit sur des animaux mis en cage tout exprès par des amateurs de ce genre de sport. Les deux ennemis se connaissent fort bien et s’observent avec une méfiance égale de part et d’autre : le hérisson se tient tout prêt à se rouler en boule et la vipère ne le quitte pas des yeux. Toutefois, elle finit par se lasser et change de position, en rampant avec cette allure lente qui lui est propre.
- Le hérisson saisit le moment convenable : il court à toute vitesse sur la queue de la vipère, la serre entre ses dents et se roule aussitôt en boule. Il a l’instinct de ne pas trop serrer les dents, de façon à ne pas couper la queue de son ennemie. Celle-ci se retourne furieuse et se lance sur la boule d’épines qu’elle mord et qu’elle serre entre ses dents. Elle l’entraîne violemment, avec des bonds désespérés : le hérisson se laisse faire. Enfin, la vipère épuisée par de nombreuses blessures finit par succomber.
- Quand les derniers mouvements convulsifs ont cessé, le vainqueur dévore sa victime en commençant par la queue qu’il tient toujours entre ses dents. Cependant il a grand soin de ne pas manger la tète : il sait bien que le venin réside dans la tète, mais il ignore évidemment que le venin, ingéré dans l’estomac, est absolument inoffensif.
- Le hérisson vit surtout de mollusques, d’insectes, de vers de terre, etc. Mais il ajoute à ce frugal ordinaire des œufs d’oiseaux (et même des petits oiseaux qu’il prend au nid), des fruits, etc. Il est donc regardé comme animal destructeur de gibier et condamné par les garde-chasse.
- A Versailles, près du bois de Satory, on avait mis dans un grand jardin entouré de murs un couple de hérissons avec deux petits. L’intéressante famille fut bien vite apprivoisée : elle venait boire le lait qu’on plaçait à portée du nid. Le jardin, qui était envahi par des légions de limaces et d’escargots, fut si bien nettoyé par les hérissons qu’au printemps il était impossible de trouver même un limaçon.
- Mais les premières laitues, les premières fraises furent méthodiquement récoltées par la famille qu’on se hâta de reporter au bois de Satory. Guignet.
- LA FABRICATION DE LA PULPE DE BOIS
- Ce journal a déjà donné un aperçu du trafic effectué entre le lac Supérieur et les autres grands lacs par le canal Américain du Sault Sainte-Marie (Michigan). Nous voulons parler aujourd’hui des dispositions prises du côté canadien pour l’utilisation des rapides du Sault. Le Gouvernement canadien a voulu avoir, de son côté, un canal capable de rivaliser avec celui des Etats-Unis et l’a inauguré en juillet 1895. Dans le canal large et profond, l’admission et l’évacuation de l’eau se fait très rapidement. De chaque côté des écluses se trouvent 2 moteurs électriques commandant l’une une porte d’écluse, l’autre la moitié des vannes pour l’admission et l’écoulement de l’eau : en 6 minutes les plus grands vapeurs des grands lacs, qui sont équivalents à nos transatlantiques, passent du niveau du lac Supérieur à celui du lac Huron 8 à 9 mètres plus bas. Ce canal a fait augmenter encore le trafic entre les lacs en supprimant les arrêts prolongés que les bateaux devaient faire pour attendre leur tour alors qu’un seul canal existait ; il a aussi favorisé beaucoup le développement de la petite ville de Sault Sainte-Marie (Ontario). C’est surtout la <t Lake Su-perior Power C° » qui a favorisé le développement de la ville, en s’assurant un traité pour l’utilisation de la force motrice des rapides, estimée à 200 000 chevaux. La Cle n’en utilise guère actuellement que 8 à 9000 pour la marche de son usine, l’éclairage de la ville et la distribution de l’eau.
- L’usine comprend une manufacture de pulpe de bois pour la fabrication du papier, une installation électrique, une fonderie, une scierie, des ateliers de réparations pour son usage personnel.
- La bâtisse principale, dont on voit l’ensemble dans la figure 1, s’élève le long du canal XYZ (fig. 2), qui lui amène l’eau du lac Supérieur; celle-ci tombe en Z au niveau du lac Huron. Ce bâtiment a 100 mètres de longueur sur 28 mètres de largeur. C’est dans cette bâtisse que se fait la fabrication de la pulpe de bois, par sa transformation en papier. L’usine est une des plus importantes de l’Amérique du Nord. En effet, des milliers d’hommes abattent chaque hiver, sur les bords des rivières tributaires des grands lacs, les conifères (Epicéa), qui, coupés en morceaux de 4 pieds de long, sont amenés par flottaison au printemps jusqu’aux lacs. Là on forme de petits radeaux de 4 à 500 cordes (la corde a un peu plus de 10 mètres cubes) qui sont remorqués jusqu’à un point central où l’on forme un radeau pouvant contenir jusqu’à 6 et 8000 cordes de bois; lorsque le temps est favorable, un grand remorqueur prend cet immense radeau et le conduit à l’usine parfois distante de 3 ou 400 milles. A l’usine de Sault Sainte-Marie (Ontario), les radeaux sont flottés dans le canot qui leur amène la puissance hydraulique en XY. Le bois subit alors cinq opérations : le coupage, l’écorçage, la pulvérisation, le tamisage, la mise en papier brut.
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- Un élévateur (n° 1, lîg. 2) prend les billots et les amène au nu 2 sur des rouleaux qui les font passer sur une scie qui monte et descend automatiquement de façon à les couper en fragments de 2 pieds. Une fois coupés, ils tombent dans un bassin (n° 5) où on les maintient, à l’aide d’une pompe centrifuge, sur un courant d'eau qui entraîne le bois vers le n° 4. De chaque coté de ce bassin se trouvent 5 écorceurs (n° 4) qui tournent à 750 tours par minute. Un homme prend les fragments de bil-ot dans le bassin et les présente, à l’écorceur (pii les dépouille aussitôt de leur enveloppe. L’ouvrier les jette alors dans un wagonnet placé derrière lui (n°7).
- Le wagonnet rentre dans la salle principale et passe entre deux rangées de broyeurs (n° 8), dont on voit le détail dans la figure 3. II y en a vingt-deux, onze de chaque côté. Chaque broyeur est mû par une turbine spéciale d’une puissance de 400 chevaux. On voit le tambour d’une des turbines dans le premier plan de la figure 5. Un broyeur se compose d’une enveloppe métallique au centre de laquelle tourne à 225 tours par minute une roue en pierre meulière de 0m,90 de large et lm,25 de diamètre ; au-dessus de la meule se trouvent trois chambres où l’on place les fragments de bois qui sont pressés hydrauliquement contre la meule à l’aide des pistons dont on voit les trois cylindres au-dessus de chaque broyeur. Un courant d’eau empêche le bois de prendre feu sous l’action de la meule, et entraîne la pulpe.
- Deux broyeurs voisins envoient leur pulpe dans un réservoir où un tamis grossier retient les gros fragments de bois; la pulpe passe ensuite dans un grand réservoir (fig. 2, n° 9) où s’effectue encore un tamisage grossier. Elle passe ensuite à l’étage inférieur dans des trémies rotatives. Ces trémies,
- au nombre de douze, se composent d’un cylindre en toile de cuivre tournant à l’intérieur d’un cylindre plein; la pulpe tombe dans le cylindre intérieur et un courant d’eau sous pression, qui passe à travers l’axe creux et s’échappe par de petits trous disposés sur son contour, force la pulpe à passer à travers le fin grillage, d’où elle est enlevée par d’autres jets
- d’eau sous pression qui l’entraînent dans une conduite commune. La pulpe est alors distribuée sur 18 tamis horizontaux dont les mailles vont en diminuant et ipii sont soumis à une trépidation continuelle. Sous l’action de cette trépidation et d’un courant d’eau la pulpe liasse à travers à l’état de bouillie très claire et se rend dans une bâ-che d’où une pompe l’élève dans un réservoir situé au-dessus de la salle où nous avons trouvé les broyeurs. C’est de ce réservoir que la pulpe de bois est distribuée
- aux rouleurs (fig. 4) qui en feront un papier brut facile à transporter. Il y a 15 rouleurs disposés dans la salle principale en face des broyeurs ; ils sont faits sur le modèle utilisé ordinairement dans les papeteries : une toile sans fin tournant sur des rouleaux reçoit la bouillie et l’entraîne avec elle, la bouillie s’égoutte sur son parcours et un rouleau collecteur la reçoit à l’état de papier brut. Devant chaque rouleur un homme se tient; quand l’épaisseur de la feuille est jugée suffisante, d’un coup de couteau il la fend longitudinalement, la plie en quatre et la pose sur une balance placée à côté de lui. Quand il en a 100 livres (4 feuilles) il les attache et les jette sur un truck qui est emmené vers un magasin.
- Actuellement la compagnie expédie la pulpe aux papeteries américaines ou anglaises, mais elle songe à installer une fabrique de papier qu’elle mènera de front avec la manufacture de la pulpe. L’usine ac-
- Fig. 1. — Vue d'ensemble de l'usine de la Lnke Superior Power C", à Sault Sainte-Marie (Ontario).
- Fig. 2. — Plan de la disposition de l'usine. — 1. Élévateur. — 2. Scie. — 3. Bassin. •— 4. Écorceurs. — 5. Passage pour sciure. — 6. Chambre des chaudières. — 7. Wagonnet Dccauville. — 8. Broyeurs. — 9. Bassin pour pulpes. — 10. Rouleurs.
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- tifr. o. — 4 uc intérieure de la salle des broyeurs. (D'après une photographie.)
- Fig. 4. — Vue de la salle des rouleurs. (D'après une photographie.)
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- tuelle traite par jour 100 cordes de bois et donne 100 cordes de pulpe, et l’on fait une nouvelle installation qui doublera la production de Tusine.
- L’usine possède une dynamo qui alimente 500 lampes à incandescence de 32 bougies dans les ateliers et une dynamo alimentant 2000 lampes à incandescence de 16 bougies et 54 lampes à arc en ville.
- On voit dans la figure 1, au premier plan, un bassin avec une écluse : ce sont les restes restaurés d un canal que les Indiens avaient fait pour conduire leurs pirogues du lac Huron au lac Supérieur.
- C’est par l’entreprise de compagnies comme la « Lake Superior Power C° » que de grandes villes se fondent en Amérique, et nous ne doutons pas que Sault Sainte-Marie, dont la situation est exceptionnelle, ne suive l’exemple des autres villes des grands lacs Detroit, Cleveland qui n’ont pas commencé autrement. En. H. Twight.
- LA COULEUR DES FLEURS
- Nous n’entendons pas parler ici de la teinture artificielle des fleurs qui a eu une certaine vogue il y a quelques années, et dont il a été question ici même1; c’est de la coloration naturelle dont nous voudrions dire quelques mots.
- Rien de plus varié que la coloration de ces charmants organes et on a pu dire que la plus belle palette d’un peintre était bien pâle devant les tons éclatants que nous fournit la nature dans son inépuisable prodigalité.
- On sait qu’en horticulture ce n’est pas seulement la forme et le parfum, mais surtout la couleur qui fait aujourd’hui l’objet des recherches des variétés nouvelles.
- Le naturaliste Schübler, qui a relevé la couleur de la fleur dans 4200 espèces, en rapportant à 1000 les nombres ainsi relevés, a trouvé les chiffres suivants : 284 pour les blanches, 226 pour les jaunes, 222 pour les rouges, 141 pour les bleues, 73 pour les violettes, 56 pour les vertes, 12 pour les orangés et 4 pour les brunes.
- Nous donnons cette liste, simplement à titre d’indication et pour fournir une idée de la multiplicité et de la variété des couleurs ; car elle se prête à plus d’une critique.
- Remarquons de suite que les fleurs blanches deviennent de plus en plus nombreuses à mesure qu’on s’avance vers le nord. Il en est de même pour le pelage des animaux.
- D’un autre côté, le noir véritable n’existe pas dans les fleurs et ce que l’on pourrait prendre pour cette couleur n’est que du bleu ou du rouge très foncés.
- Ce sont les fleurs jaunes qui, à notre avis, sont les plus nombreuses, car le blanc pur, quoi qu’en dise Schübler, est rare et presque toujours le blanc est teinté de rose, de vert, de bleu et surtout de jaune. La fleur qui se rapproche le plus du blanc pur est le Perce-neige (Galanthus nivalis). De même le bleu véritable existe bien rarement dans les fleurs. Le plus souvent cette couleur est nuancée de pourpre, de lilas ou de violet. Le bleu caractérise en quelque sorte la famille des Campanulacées et des Borra-ginées et comme exemple de bleu pur, on peut surtout citer la Bourrache officinale (Borrago officinalis) et la Scilla bifolia. On a divisé les couleurs qui peuvent affecter les fleurs en deux séries qui, à peu d’exception près, s’excluent l’une l’autre, de façon qu’on ne les voit que
- 1 Voy. n° 121, du 25 septembre 1875, p. 257; n° 978, du 27 février 1892, p. 193 ; n° 989, du 14 mai 1892, p. 369.
- fort rarement réunies dans les mêmes fleurs. Ces séries sont : 1° la série cyanique ou bleue, comprenant le bleu, l’indigo et le violet; 2° la série xanthique ou jaune, qui comporte le rouge, l’orangé, le jaune et le jaune verdâtre.
- On comprend sans peine que ces deux séries doivent être en antagonisme, car le bleu en s’unissant au jaune donnerait des fleurs vertes, qui n’ont rien d’agréable à la vue et qui se confondraient avec la nuance des feuilles.
- Comme l’a fait remarquer Duchartre, l’anatomie confirme cette division. En effet, les couleurs des organes résidant dans l’intérieur des cellules, les teintes de la série cyanique s’y montrent généralement en solution dans le suc cellulaire, tandis que celles de la série xanthique y existent sous la forme de matières solides, ordinairement de granules plongés dans un suc cellulaire incolore (excepté dans les Dahlias jaunes, dans les Tageles, YAlthœa Sieberi, où la couleur est dissoute dans le suc cellulaire). On a cité cependant quelques exceptions à cette règle : telle est celle que II. Mohl et après lui G. Lawson ont signalé dans la fleur du Slrelitzia Reyinæ, qui renfermerait des granules bleus, ainsi que celle du Tillandsia amœna ; mais dans un Mémoire récent (Bot. Zeit., 1883, n° 8), M. A. F. \\. Schimper affirme que ce qu’on a pris pour des granules bleus consiste en vacuoles remplies d’un liquide ayant cette couleur. Telle est encore celle de la fleur de VAdonis autumnalis, dont la couche cellulaire superficielle renferme de nombreux granules rouge foncé dans un suc incolore. Nous savons, d’un autre côté, que les fleurs présentent souvent dans leurs cellules des cristalloïdes colorés qui certainement influent sur la coloration de l’organe lui-même1 ».
- Au point de vue chimique, on sait encore fort peu de choses sur les principes colorants des fleurs. Remarquons néanmoins que ce principe est soluble dans l’alcool et l’éther, à la condition toutefois que les fleurs aient été triturées. Nous avons pu obtenir ainsi la matière colorante des Zinnias, des Dahlias, des Pélargoniums, des Bleuets, des Bégonias et des Capucines; mais les solutions sont loin d’avoir la vivacité et l’éclat des fleurs elles-mêmes, même lorsque la quantité d’alcool employée est très faible et marque 92 degrés®. Passons maintenant aux applications qu’on peut faire de coloration des fleurs.
- Dans la décoration des jardins, des corbeilles et parterres, la couleur la plus recherchée est le rouge, qui est précisément la couleur complémentaire du vert du feuillage; cet ensemble, on le sait, est toujours harmonieux. Après le rouge, la couleur préférée est le jaune.
- Le bleu ou ses dérivés ne fait pas d’effet dans un massif. Chevreul l’a expliqué par ce fait que l’assemblage bleu-vert n’est pas si harmonieux que le précédent. Les fleurs vertes, d’ailleurs rares, ne font pas d’effet, et constituent plutôt un objet de curiosité, le dahlia vert, par exemple.
- Pour l’arrangement des fleurs dans un bouquet la couleur joue également un grand rôle. Mme Lacoin, née de Vilmorin, a publié sur ce sujet, en 1888, une Notice fort intéressante 3 que nous nous contenterons de résumer très brièvement : dans la couleur, il y a deux sortes d’oppositions : celle qui se trouve dans la différence d’intensité de
- 1 P. Duchartre. Éléments de Botanique, page 119.
- ® Nous avons exécuté, il y a quatre mois, une petite aquarelle avec ces couleurs; elle comprend quatre colorations différentes : rouge, jaune, violet et rose, et celles-ci n’ont pas perdu de leur intensité, même par l’exposition au soleil.
- 5 Bulletin de la Société nationale d’horticulture, 1888 : Essai sur la composition des bouquets au point de vue artistique, p. 97 et suivantes.
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- coloration et l’opposition plus caractéristique des couleurs complémentaires.
- La combinaison de couleurs qui peuvent entrer dans un bouquet, la plus parfaite est celle des couleurs complémentaires. « Celles qui doivent s’harmoniser théoriquement forment quelquefois un contraste très dur; pour l’adoucir, il e>t bon de ne pas employer deux nuances de même intensité. Si on oppose l’orangé au bleu, il est préférable de mettre le bleu clair auprès du brun et les nuances de thé avec le bleu foncé. L’orangé intense est une couleur difficile à employer, comme le rouge vif ; ces deux teintes ne sont vraiment à leur place que dans les harmonies de petits intervalles. Dans un bouquet d’une certaine dimension, il faut mettre plusieurs nuances de chaque couleur. L’opposition la plus vive doit être au centre et accompagnée de teintes dégradées qui viennent en adoucir la dureté. 11 ne faut pas mettre une égale quantité de deux couleurs qu’on oppose ; la couleur la plus vive doit se trouver en plus petite quantité. »
- On trouve parmi les fleurs toutes les nuances dont on a besoin pour ces transitions, et même on trouve la transition toute faite dans une fleur de plusieurs nuances.
- Pour les fleurs isolées, servant d’objet de parure, il y a d’autres contrastes. Les fleurs bleues conviennent fort bien aux personnes blondes. Les roses et les rouges pour les brunes. La couleur mauve sied aux teints mats.
- Il y a aussi une question de mode dans le coloris des fleurs. C’est ainsi que pour les chrysanthèmes les Anglais préfèrent le jaune et le rouge, notamment les variétés Davis et Viviand-Morel; les Américains préfèrent le blanc ; il en est de même des chrvsanthémistes australiens, qui ont une préférence marquée pour la variété Thereze-Ray. En France, les couleurs les plus goûtées en ce moment sont le blanc et le rose pur, tant pour les chrysanthèmes que pour les roses. C’est ainsi que la fameuse rose souvenir de la Malmaison, ne doit son succès qu’à son coloris blanc éclairé de rose transparent.
- Un mot maintenant sur le velouté et la panachure.
- Le velouté de certaines fleurs ne tient pas à une modification de la matière colorante, mais simplement à ce que les cellules qui forment l’épiderme ont leur face externe couverte de papilles plus ou moins proéminentes ; c’est le jeu de la lumière sur ces papilles qui produit le velouté et parfois le chatoiement, qu’on remarque notamment sur les Pensées, et qui est agréable à la vue.
- Tandis que chez les feuilles la panachure est due à une maladie causée par le défaut de nutrition, panachure que les horticulteurs ont réussi à fixer et même à provoquer, chez les fleurs, au contraire, la panachure n’implique aucun état maladif; elle résulte en général de la culture et surtout du croisement de deux variétés diversement colorées. C’est ce qu’on réalise assez facilement avec les Tulipes et les Œillets. Chez les Belles-de-nuit même on observe souvent des fleurs exactement partagées en deux, chaque moitié étant colorée d’une manière différente.
- L’obtention des couleurs à volonté est un des problèmes les plus captivants de la floriculture. Pour y parvenir, on peut mettre en œuvre soit les méthodes de reproduction, la sélection, le métissage ou l’hybridation, soit l’action de divers engrais. En ce qui concerne la première méthode, remarquons, pour le bleu notamment, qu’une plante qui ne possède pas de fleurs bleues naturellement ne pourra jamais en donner par sélection ou métissage. Cette remarque avait déjà été faite en 1752 par Guyot. « Ceux qui cultivent les fleurs et qui s’imaginent d’élever des renoncules bleues, sont dans l’erreur, parce qu’il n’y
- a aucune couleur dans les renoncules dont le mélange puisse produire le bleu ; s’il y en avait dans leurs planches de cette couleur et qu’elles se communiquassent avec les jaunes, elles produiraient des fleurs vertes fort désagréables ; et de plus ces fleurs bleues feraient des couleurs ternes et sales par leur mélange avec la plus grande partie des autres couleurs, et alors on ne recueillerait plus des fleurs de couleur rouge pur, jaune, orangé. Ces espèces seraient abâtardies et gâtées par le mélange avec le bleu. »
- Les Jacinthes sont toutes ou bleues ou blanches; quelques-unes ont un peu de rose : il n’y a point à craindre que le mélange de ces trois couleurs en puisse produire de désagréables à la vue ; il n’en peut provenir que des jacinthes bleues plus ou moins pâles, ou foncées, ou violettes-bleues, ou panachées en bleu et blanc. Jamais on n’élèvera des Jacinthes jaunes, ces trois couleurs ne pouvant point produire, par leur mélange, de jaune.
- Pour ce qui a trait à l’emploi des engrais ou des substances chimiques, rappelons que pour avoir l'hortensia bleu en partant du rose, on peut faire la culture dans un sol ferrugineux; mais les terres de cette nature, réunissant toutes les qualités voulues, se trouvent difficilement. On arrive à un résultat plus certain en employant le mélange suivant : 85 pour 100 de terre de bruyère, additionnée de 10 pour 100 d’ardoise pilée, de 3 pour 100 de sulfate de fer et de 2 pour 100 de sulfate d’ammoniaque.
- Les journaux horticoles oni publié une recette assez simple, qui permet de teindre toute espèce de plantes aux fleurs blanches soit en bleu, en rouge ou en vert.
- On commence par bien nettoyer les racines, de manière à enlever toute la terre adhérente et on les plonge pendant dix ou quinze minutes dans un mélange pâteux formé de : 500 grammes de fumier de mouton, une pincée de sel de cuisine, un verre de vinaigre, mélange auquel on ajoute, pour la couleur bleue, 200 grammes de suc de Bleuet champêtre, pour le rouge 200 grammes de suc de bois de Brésil, pour le vert 200 grammes de suc de Rue, ou encore la même quantité de poudre de baies de sureau pour obtenir des fleurs noires ou presque noires. Ces cultures doivent être faites en pot, dans une terre légère; on évitera la pluie et la rosée, et on arrosera avec de l’eau teintée avec la composition ci-dessus.
- Les plantes à oignons à fleurs blanches seront colorées de la même manière en plongeant les oignons qu’on aura au préalable légèrement incisés, dans la pâte colorante dont il vient d’être parlé.
- Enfin, remarquons, pour terminer cette étude, qu’en ce qui concerne les fleurs odoriférantes il existe une certaine relation entre la couleur des fleurs et la production des parfums. Le tableau ci-dessous, dressé par Cohler et Schübler, montre ce rapport dans quelques familles :
- FAMILLES.
- Nymphéacées (Nénuphar).
- Rosacées (Rose).
- Primulacées (Primevère).
- Borraginées (Bourrache).
- Convolvulacées (Liseron).
- Renonculacées (Clématite).
- Papavéracées (Pavot).
- Campanulacées (Campanule).
- En outre, on a observé que beaucoup de fleurs, sous l’influence simultanée de la lumière et de l’air, foncent leur couleur après l’épanouissement. D’autres, beaucoup moins nombreuses, pâlissent après leur épanouissement ; les Héliotropes sont dans ce cas. Albert Larbalétrier.
- COULEURS DOMINANTES. FLEURS ODORIFÉRANTES POUR 100.
- Blanc et jaune. 22
- Rouge, jaune et blanc. 13,1
- Blanc et rouge. 12,3
- Bleu et blanc. 5,9
- Rouge et blanc. 4,13
- Jaune. 4,11
- Rouge et jaune. 2
- Bleu. 1,31
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- LA NATURE
- L’ÉCLAIRAGE A L’ACÉTYLÈNE1
- Les appareils de la troisième classe, dans lesquels le carbure de calcium tombe dans un excès d’eau, offrent en principe de très grands avantages, mais leur réalisation mécanique est assez difficile; nous ne croyons pas qu’elle soit encore complètement résolue.
- Si l’on jette un morceau de carbure dans un vase plein d'eau, le volume de gaz qui se dégage est nettement limité; il ne peut donc y avoir de surproduction. D’autre part, la décomposition du carbure se faisant au sein d’un excès d’eau, la chaleur engendrée par la r é a c lion n ’ e n t r a î n e qu’une élévation de température trop faible pour altérer la pureté du gaz ; celui-ci devant, aussitôt engendré, traverser l'eau du générateur, s’y débarrasse de toutes les impuretés solubles dans l’eau. Un appareil basé sur ce principe serait donc très avantageux ; ce serait, comme l’a dit M. Moissan, l’appareil idéal.
- Le carbure de calcium du commerce se présente sous la forme de blocs de dimensions très irrégulières et d’un poids considérable. On est donc conduit à le broyer avant de l’employer ; cette opération n’est pas sans difficultés, car le carbure est un corps très dur et qui se détruit facilement à l’humidité de l'air, surtout lorsqu’il est réduit en poudre, la surface de contact avec l’air devenant alors énorme. Le broyage augmenterait donc le prix de vente du carbure et diminuerait son rendement en acétylène par unité de poids.
- La plupart des inventeurs emploient le carbure en poudre qu’ils projettent directement dans l’eau; cette disposition ne nous paraît pas devoir donner toute satisfaction parce que la poudre de carbure peut surnager pendant un certain temps sans se décomposer, surtout quand l’eau est chargée de chaux, parce qu’il se forme alors à la surface du liquide une pellicule assez résistante; la régularité
- 1 Voy. n° 1277, du 20 novembre 1897, p. 587.
- de production ne serait donc plus assurée ; en outre, les grains de carbure se décomposant la surface supérieure du liquide, on ne profite plus des avantages du procédé : refroidissement et lavage automatiques.
- On devrait donc plutôt chercher la solution du problème dans l’emploi de fragments d’un poids snflisant pour tomber directement au fond de l’eau, ou mieux dans l’emploi de pastilles agglomérées ou de cartouches de carbure de forme régulière qu’un distributeur ferait tomber automatiquement dans la cuve à eau. Parmi les appareils employant le carbure en poudre nous signalerons :
- 1° Ceux qui en projettent un même volume à chaque manœuvre du distributeur ; l’appareil de notre collaborateur, M. Maresehal, en est le type (fig. 2). Le récipient à carbure est fermé par un barillet dont le pourtour est muni d’alvéoles de même volume ; lorsque le barillet tourne, ces alvéoles se remplissent à la partie supérieure et viennent se vider, à la partie inférieure, dans l’eau du gazogène; la rotation du barillet est obtenue automatiquement au moyen d’un piston ou d’un soufflet poussé d’un côté par un ressort et de l’autre par la pression du gaz à l’intérieur de l’appareil.
- Le défaut des gazogènes de ce genre, c’est que la force mise en jeu par le piston pour manœuvrer le distributeur est très faible, puisqu’elle dépend des variations de pression du gaz et que celles-ci, par principe, doivent être très faibles dans un bon appareil ; on serait conduit à donner au piston une surface considérable pour que la force mise en jeu soit suffisante pour vaincre les frottements du distributeur et du piston dans le cylindre.
- 2° D’autres inventeurs préfèrent laisser tomber le carbure dans l’eau en quantité variable, proportionnée à tout moment à la consommation de gaz. Les appareils de MM. Claude et Hess, Thivert, Chi-vert, Bonneau, Leroy et Janson, Cousin et de Perrodil, sont basés sur ce principe. La figure 1 représente l’appareil de MM. Cousin et de Perrodil.
- Le carbure est contenu dans une trémie T qu’on
- Fig. 1. — Gazogène Cousin, avec carbure en poudre tombant dans l’eau ; réglage par soupape.
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- peut recharger pendant la marche par l’entonnoir supérieur muni d’un robinet G ; un bouchon conique S manœuvré par une tige solidaire de la cloche C du gazomètre ferme cette trémie lorsque la provision de gaz est suffisante et laisse au contraire tomber le carbure dans le réservoir à eau B lorsque la cloche descend trop bas. Un système de tubes K remplis d’eau, formant joint hydraulique, assure une fermeture hermétique et permet une grande liberté de mouvements. On vidange de temps en temps le lait de chaux formé en B, par le tube B' muni d’un robinet. On renouvelle la provision d’eau par les tubes K.
- Cet appareil donne des résultats très satisfaisants. Enfin, parmi les appareils employant le carbure non pulvérisé, nous signalerons celui de M. 0. Patin (fig. 5).
- Le carbure est contenu dans les casiers d’un distributeur D qui est relié à la cloche du gazomètre par une chaîne; ce distributeur glisse sur des coulisses lorsque la cloche, en s’abaissant, l’entraîne ; les casiers viennent ainsi, successivement, se présenter au-dessus d’une ouverture pratiquée dans la glissière ; le carbure tombe alors par la manche inclinée P dans le réservoir à eau, composé de deux corps G et C qui peuvent être séparés par un robinet R.
- La chaux produite par la décomposition du carbure s’accumule dans le récipient inférieur d’où on peut la vidanger par le robinet V. Pour effectuer ce nettoyage, on commence par fermer le
- robinet R et par ôter le bouchon A; on ouvre ensuite le robinet V et on introduit de l’eau en E. Le nettoyage terminé, on ferme le robinet Y et on remplit d’eau le récipient C, jusqu’à ce que le liquide déborde en A ; on remet alors ce bouchon et on ouvre le robinet R.
- Le nettoyage s’effectue donc sans que le gaz puisse s’échapper et sans que l’air s’introduise dans l’appareil ; la production du gaz n’est pas non plus arrêtée par cette opération, puisque le corps supérieur G est toujours en service.
- Pour éviter que le carbure ne se décompose sitôt entré dans la manche P celle-ci est remplie de pétrole qui est sans action sur lui et qui, moins dense que l’eau, se maintient à la surface. Le carbure est d’ailleurs lui-même imprégné de pétrole avant sa mise en
- place dans le distributeur, afin de retarder l’action décomposante de l’humidité atmosphérique.
- Le gaz produit s’élève dans la partie supérieure du corps G et de là gagne le gazomètre ; il ne peut s’échapper dans l’air par la manche P, bien que celle-ci soit ouverte en haut, parce que le poids de la colonne liquide qu’elle contient s’y oppose. La façon de renouveler le carbure en D est évidente.
- Nous ne saurions trop, en terminant, recommander à nos lecteurs la prudence dans le choix d’un acétylénogène ; un appareil défectueux dans son principe ou dans sa construction est la plus grande source de dangers qu’offre l’em-
- tombant dans l’eau ; réglage par distributeur.
- Fig. 3. — Gazogène 0. I’atin, avec carbure non pulvérisé tombant dans l’eau.
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- LA NATURE.
- ploi de l’acétylène. Des inventeurs ignorants ou imprudents et les constructeurs peu consciencieux ont seuls contribué à donner si mauvaise réputation au nouveau gaz. G. Pellissier.
- LES « POIDS LOURDS »
- Nous recevons l’intéressante communication suivante de M. le Président de l'Automobile-Club (le France :
- Len° 1277, du 20 novembre 1897, p. 394 de La Nature contient un article sur le Concours des Poids Lourds.
- Cet article ayant paru avant la publication de notre rapport, et semblant indiquer que son auteur a puisé dans notre travaille me vois obligé d’y relever certaines inexactitudes qui ne peuvent être que le résultat de la lecture précipitée d’un rapport qui n’avait été communiqué à personne, sinon, confidentiellement, avant la séance de vendredi soir, 19 novembre, à la Société des Ingénieurs civils de France.
- En effet, l’auteur donne comme prix de revient, sans spécification, des prix qui, en réalité, sont « les prix de revient calculés dans l’hypothèse où le véhicule circule avec seulement un tiers de sa charge utile ». Ces prix sont intéressants à consulter quand (ainsi que nous l’avons fait dans notre rapport) on les rapproche des prix de revient correspondant au fonctionnement à deux tiers de charge et à pleine charge. Mais, pris isolément, ils constituent une indication incomplète et de nature à égarer l’opinion. Et comme ce sont naturellement les plus élevés de tous les prix calculés, leur publication sans explications pourrait être préjudiciable aux intéressés.
- 11 est, du reste, facile de s’en rendre compte en parcourant les chiffres suivants qui sont relatifs aux trois omnibus :
- PRIX de REVIENT du VOYAGEUR-KILOMÈTRE
- Le véhicule portant : */j de sa charge 2/3 de sa charge sa charge entière.
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- Omnibus Sentie . . . Omnibus do Dion et 0,110 0,079 0,057 0,040 0,059 0,028
- Bouton 0,089 0,063 0,045 0,032 0,030 0,022
- Omnibus Panhard . . 0,122 0,087 0,064 0,046 0,045 0,032
- La Nature est si répandue et si appréciée que je tiens à ne pas laisser subsister dans ses colonnes des renseignements inexacts, surtout quand ils semblent extraits d’un travail de VAutomobile-Club de France.
- J’espère de la sorte contribuer à faire connaître la vérité sur les véhicules du Concours des Poids Lourds. C’est le but unique qu’a toujours poursuivi VAutomobile-Club. Bon DE ZuïLEN DE NYEVELT.
- Président de l’Automobile-Club de France.
- CHRONIQUE
- Consommation du tabac. — L’administration des contributions directes vient de faire le relevé de la consommation du tabac pendant les six premiers mois de
- l’année actuelle. Nous y trouvons quelques détails intéressants. A l’intérieur, c’est-à-dire abstraction faite de l’exportation, on a consommé pour 192 millions de tabac correspondant à un peu plus de 18 millions de kilogrammes. Sur cette somme les tabacs de luxe ne représentent qu’un peu moins de 5 millions; les tabacs de vente courante fournissent le reste. Ces 5 millions de tabacs de luxe se répartissent à peu près également entre les ventes aux dédébitants et les ventes directes aux consommateurs. Il est curieux de voir comment se répartissent les tabacs de vente courante d’après les espèces consommées. Les cigares communs représentent un poids d’environ un million et demi de kilogrammes; les cigarettes, environ 700 000 kilogrammes, et les tabacs à fumer ou à priser 11 millions de kilogrammes. Voici encore le chiffre global de la consommation tous les mois. La vente des tabacs de tous genres a produit durant les dix mois écoulés de 1897 la somme énorme de 325 millions. D’après les prévisions on atteindra 593 millions pour l’année entière, c’est-à-dire un chiffre égal à celui de 1896, qui a été le plus élevé que l’on ait constaté jusqu’à ce jour. En dépit des efforts de la Société contre l’abus du tabac, la consommation va donc s’élevant sans cesse.
- L’alimentation d’un hercule. — 11 s’agit d’Eugène Sandow, qui se donne comme « l’homme le 'plus fort du monde ». A un moment où il était en parfaite santé et où il ne suivait aucun régime, on a relevé ce qu’il mangeait dans une journée, et calculé les différentes matières utiles que lui apportaient ses aliments. A son déjeuner, composé de soupe, de pommes de terre, de veau, de pois verts, de roast-beef, de pudding, de gâteaux, le tout arrosé de bière, il absorbe 65 grammes de protéine, 25 de graisse et 72 de matières hydrocarburées. Au repas de midi les quantités respectives de ces substances nutritives, sont de 77, 63 et 154, fournies par des huîtres, de la soupe, du poisson, des pommes de terre, des pois, des tomates, du pain, du roast-beef, du poulet, une glace, un sorbet, des gâteaux, des biscuits et du beurre. Enfin son souper porte sa ration journalière à 244 grammes de protéine, 151 de graisse et 502 de matières hydrocarburées. Ajoutons que Sandow ne mange jamais à sa faim !
- L’accroissement de la population en Egypte.
- — Au moment où l’on s’occupe beaucoup de l’Egypte, il est assez intéressant de noter que la population y suit le taux d’accroissement considérable de 1,79 pour 100 par an : en 1894, par exemple, les naissances se comptaient par 42 pour 1000 et les décès seulement par 24 pour 1000, en dépit de l’ignorance complète des règles de l’hygiène. Au recensement de 1894, la population totale (à partir de la seconde cataracte seulement) atteignait 8 millions d’âmes, alors que le recensement de 1882 donnait pour tout le pays 6 469 710 individus.
- Le service d’incendie & Amsterdam. — La ville d’Amsterdam, qui ne compte pourtant que 500 000 habitants, possède un service d’incendie très bien organisé. Il est assuré par 272 pompiers, 48 chevaux, 16 pompes à hras, 8 pompes à vapeur, et enfin une pompe flottante munie d’un appareil propulseur. Ajoutons que ces engins sont répartis dans 12 postes et qu’on a installé dans la ville 301 avertisseurs d’incendie.
- L’acicr indon. — Un journal de Delhi donnait dernièrement quelques détails sur le merveilleux acier que les Indous produisent encore d’après les anciennes méthodes, et qui entrait pour une grande part dans le tribut
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- LA NATURE.
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- jadis payé par Porus à Alexandre le Grand. On l’obtient dans un creuset grand comme les tuyaux de terre dont on coiffe les cheminées, et sur un primitif fourneau d’argile alimenté par un soufflet fait d’une peau de bouc ; comme combustible, on n’emploie que du charbon de bois le plus pur ; dans le creuset on place quelques menus morceaux de bois de cassia auriculata, puis des feuilles vertes de convolvulus laurifolia et de calotropus gi-ganlea. C’est la formule dans toute sa bizarrerie traditionnelle : du moins donne-t-elle le wootz, qui est aussi dur que le meilleur acier connu.
- L’inconvénient des poudres à priser. — Il est
- bien connu qu’un usage immodéré du tabac à priser a de graves conséquences, il en résulte souvent une dépression générale, morale et physique, qui peut amener la manie de la persécution. Mais les multiples poudres qu’on recommande maintenant de priser contre le rhume et les inflammations nasales, spécialement celles qui contiennent de la cocaïne, ont une influence funeste : ce médicament, tout comme la morphine, devient bien vite une nécessité pour ceux qui commencent d’en faire usage et leur donne une véritable ivresse.
- La fabrication à la monnaie de Paris. — M.de
- Foville a présenté, il y a peu de temps, au ministre des B’inances, un rapport intéressant sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Il établitle travail réalisé par la Monnaie de Paris à l’aide de la formule T=v'PxVxN, dans laquelle P est le poids total des pièces fabriquées, V leur valeur totale et N leur nombre. On peut ainsi, dans un tableau d’ensemble, se faire une idée approximative de ce qu’ont été les variations du travail à la Monnaie de Paris, depuis que le système de la Régie y a été introduit, et depuis que les améliorations des deux dernières années y ont été apportées :
- Aimées. Poids des pièces en milliers île kg. Valeur des pièces en millions de francs. Nombre des pièces en milliers - , de pièces, y travail éalisé 'X VxN.
- 1880. . 20,0 0,2 215 2
- 1881. . 79,3 13,8 15,3 27
- 1882. . . 293,6 17,5 59.8 58
- 1883. . . 106,8 11,7 32,2 45
- 1884. . 59.5 17,8 8,2 21
- 1885. . 91,9 8,5 11,4 21
- 1886. . 163,9 43,7 15,1 48
- 1887. . . 198,5 53,3 23,8 63
- 1888. . . 115,5 12,5 22,3 52
- 1889. . 75,1 24,5 7,3 24
- 1890. 35,6 23,0 6,5 17
- 1891. . 214.4 45,0 30,1 66
- 1892. . . 158,2 50,0 26,2 50
- 1893. . . 109,4 61,0 175 49
- 189i. . . 226,1 ÙÔ5O 46,0 70
- 1895. . 551,5 158,0 54,5 144
- 1896. 769,8 239,9 62,5 227
- 1897. . . 974,2 542,9 112,6 335
- Les derniers chiffres, relatifs l’année 1897, ont été
- obtenus en doublant la productio a du premier semestre.
- Éruption de glacier en Islande. — Cette année, un facteur qui traversait les sables de Sakeitara, dans le sud de l’Islande, a été témoin d’une curieuse éruption. Brusquement, il entendit des bruits qui sortaient d’un glacier situé à 5 kilomètres de lui, et il vit d’énormes masses de glace projetées du glacier dans les airs; cela fut suivi par l’irruption d’une coulée d’eau descendant vers les sables. Naturellement notre homme prit la fuite, et quand il revint une semaine après, il trouva une bande de vagues de glace s’étendant du glacier à la mer, sur
- une longueur de 40 kilomètres et sur une largeur de 0 kilomètres au moins, avec une hauteur d’une trentaine de mètres.
- L’action du feu sur les colonnes de fer. —
- Une commission spéciale nommée à Hambourg a constaté que les colonnes en fer forgé se comportent fort mal dans un incendie ; elles perdent toute stabilité dès que la température atteint 000° et, si on les remplit de béton, la différence n’est guère sensible. Mais il en est tout autrement, quand on les revêt d’une couche protectrice de la composition en liège imaginée par MM. llerren T. Ganzweig et Hartmann, ou encore de « xylofile » entourée d’une feuille de tôle. Un pilier ainsi revêtu peut supporter les atteintes du feu pendant 4 heures. Le béton Monier, en couche de 58 millimètres, assure une protection efficace pendant 2 heures et demie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 novembre 1897. — Présidence de M. Ciiatin
- La production de la chlorophylle dans les plantes. — M. Bonnier présente une Note d’un savant russe, professeur de botanique à l’Université de Varsovie, relative à l’influence de différentes substances sur le développement de la chlorophylle dans les plantes. Il résulte de cet important travail qu’en plaçant des feuilles étiolées ne contenant presque pas d’hydrates de carbone, à la surface de diverses solutions, on obtient les résultats suivants : certaines substances favorisent la formation de la chlorophylle (saccharose, raffinose, glucose, fructose, maltose, glycérine, galactose, lactose, dextrine) ; d’autres substances n’exercent aucune action sur le verdissement (inuline, tyrosine); d’autres enfin retardent ou empêchent complètement la formation de la chlorophylle (mannite, dulcite, asparagine, urée, alcool, chlorhydrate d’ammoniaque, acide quinique). L’auteur a également étudié l’influence de l’oxygène. Il a constaté que si des feuilles soumises au même éclairement sont placées dans des conditions différentes au point de vue de l’aération, celles qui reçoivent l’air abondamment, deviennent rapidement vertes, tandis que celles qui ne reçoivent que peu d’air restent jaunes ou ne verdissent que très lentement. Pour que la chlorophylle apparaisse, il est donc nécessaire que les végétaux reçoivent plus d’oxygène qu’il ne leur en faut pour la respiration.
- Les étoiles filantes de novembre. — Comme complément des renseignements qu’il a fournis lundi dernier sur les étoiles filantes de novembre 1897, M. Janssen annonce qu’il a télégraphié à San-Francisco dans le but de savoir si le maximum attendu pour le 14 à 10 heures du matin (temps de Paris), c’est-à-dire en pleine nuit à San-Francisco, avait amené de nombreux météores. A San-Francisco, bien que le temps fût favorable, on n’a rien observé. Il résulte de cette constatation que la pluie d’étoiles fdantes attendue pour cette année ne s’est pas produite. C’est un fait dont il faudra tenir compte dans l’étude de l’anneau de corpuscules des léonides.
- Varia. — MM. Remy et Contremoulin présentent un appareil, basé sur l’emploi des rayons X, pour repérer la position d’un projectile dans la tête. — M. Georges Rocher adresse un ouvrage intitulé la « Culture des mers ». — M. Crova décrit un actinographe de son invention, amplifiant les variations de l’intensité du rayonnement solaire. CH. DE VlLLEDEUlL.
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- LA NATURE.
- RÉCRÉATIONS SCIENTIFIQUES
- Au moment de la fécondation, toute la vie de la plante semble se concentrer dans la fleur. Les anthères s’entr’ou-vrent par un mé-canisme ingénieux et le pollen se répand partout. C’est alors qu’il faut éviter de sentir de trop près les fleurs du lis, par exemple, si l’on ne veut pas voir son nez barbouillé de jaune par le pollen des étamines.
- Quelques plantes ne se contentent pas d’attendre que le vent ou les insectes aillent porter au loin la poussière fécondante : elles la lancent elles-mêmes à distance, témoin la Pariétaire officinale, cette humble plante de la famille de l’ortie, qui pousse dans les fentes des vieux murs. Les étamines de la petite fleur sont enroulées, ramassées sur elle s-mêmes sous la pression de l’enveloppe florale. Lorsqu’à l’époque de la floraison, on écarte un peu les pièces de l’enveloppe avec une épingle, les étamines, rendues à la liberté, se détendent comme un ressort et, par suite de ce brusque mouvement, les anthères s’ouvrent et le pollen est lancé sous la forme d’un petit nuage.
- Une autre plante de la même famille présente un phénomène analogue et peut donner lieu à une récréation botanique assez intéressante.
- On trouve chez les horticulteurs bien assortis une petite plante, Pilea callitrichoides (fig. 2) qui fait bel effet dans les jardinières avec son feuillage vert assez élégant. Dès le mois de juin on peut commencer à tenter l’expérience en question. On laisse la plante une journée sans l’arroser ; puis, la retour-
- nant dans l’eau, on la plonge dans un baquet, sans mouiller la terre, qu’on retient avec la main; puis on expose au soleil la plante ainsi mouillée. Au bout d'un quart d’heure on la voit lancer, dans toutes les directions, des fusées de poussière qui finissent par
- former un petit nuage. C’est pourquoi quelques auteurs ont appelé cette urti-cée la plante feu d'artifice.
- L a première figure représente un rameau de Poivrier du Pérou, ou Faux Poivrier (Schinus molle des botanistes). C’est un assez grand arbre, originaire du Pérou, et qu’on cultive en France pour son feuillage élégant, léger, toujours vert et ses rameaux nombreux, flexibles et inclinés vers la terre, comme ceux du saule pleureur. Le fruit est une baie globuleuse dont les Chiliens sont
- assez friands. Cet arbre, qui appartient à la famille des Térébintha-cées, laisse suinter de son écorce un suc très résineux. Les feuilles contiennent aussi une huile essentielle dont la présence explique la petite récréation très peu connue (pie nous allons décrire. On prend une feuille, on la casse en deux et on la jette sur de l’eau. Aussitôt on voit la feuille glisser rapidement à la surface du liquide dans une direction opposée à la cassure. C’est l’huile essentielle qui, en s’échappant, par réaction sur l’eau, fait reculer le petit morceau de feuille. On aperçoit très bien l’huile essentielle formant une couche irisée à la surface de l’eau.
- V. Brandicourt,
- Secrétaire de la Société Linnéennc du nord de la France.
- Le Gérant : P. Masson.
- Rameau de poivrier du Pérou,
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE
- VINGT-CINQUIÈME ANNEE — 1897
- DEUXIÈME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeilles prophètes du temps (Les), 254.
- Abus du tabac (Un appareil contre 1’), 05.
- Acacia du Muséum (Le vieil), 214.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de T), 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127, 142, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 303, 319, 334, 350, 367, 583, 599.
- Acarien des vins sucrés du Midi (L’j, 226.
- Acariens dans les vins (Les), 275.
- Acariens du vin (Les), 207.
- Acier indou (L’), 414.
- Actinométrie et les ballons-sonde (L’), 367.
- Action thérapeutique des courants alternatifs de haute fréquence, 160.
- Adour (La catastrophe de 1’), 145.
- Age de la terre (L’), 190.
- Agrandissement de Londres, 319.
- Alcool en France (L’), 142.
- Alcoolisme des poissons (L’), 58.
- Algérie (La population de F), 111.
- Algues dans les étangs poissonneux (Les), 94.
- Altitude des ballons (Mesure de P), 550.
- Aluminium pur (L’), 159.
- Ambre gris (La bactériologie de P), 234.
- Ampèremètre thermique à mercure, 215.
- Amplification photographique de M. Joux (L’), 11.
- Ampoule pour la production des rayons X (Une nouvelle), 351.
- Anguille (Le problème de P), 51.
- Anguille dans la Somme (La montée d’), 215.
- Anguilles en eaux closes (Les), 355.
- Animaux de grande taille (Découverte d’), 63.
- Animaux domestiques au Japon (Les), 129.
- Annonceurs de stations des bateaux parisiens (Les), 61.
- Anthracnose et l’oïdium (L’), 271.
- Appartements (Les poussières des), 582.
- Arbres (Vieux), 15.
- Arc triomphal (Un), 159.
- Arcs de cercle (Rectification des), 26.
- Argentaurum et la pierre philosophale (L’), 1,174, 278.
- Argcntol, itrol et actol, 110.
- Armes automatiques, 323.
- Artillerie-Canet à tir rapide (L’), 54.
- Assèchement artificiel des maçonneries, 190.
- Association française pour l’avancement des sciences à Saint-Etienne, 163.
- Astéroïdes (Les), 253.
- Astronomie préhistorique (L’), 370.
- Ataxie locomotrice. Nouveau traitement (U’), 141.
- Automobile postale SerpoIIet de la Compagnie des chemins de fer du Nord, 156.
- Automobile à deux roues (Une), 307.
- Aven Armand, 402.
- Aven dans les causses (Découverte d’un), 351.
- Avens (La source des), 380.
- Azote dans les terres arables (Fixation de P), 160.
- B
- Balance simplifiée (Une), 583.
- Baromètre et la prévision du temps (Les préjugés scientifiques. Le), 86.
- Basaltes de Latour-d’Auvergne(Les) 305.
- Bateau de rivière à la mer (Un), 383.
- Bateau en ciment armé (Un), 174.
- Bateaux rouleurs (Les), 231.
- Bibliothèque nationale des États-Unis (La), 111.
- Bicycles en papier, 366.
- Bicyclette (Une nouvelle fourche de), 90.
- Bicyclettes aux États-Unis (Le commerce des), 254.
- Bicyclistes militaires et chiens de guerre, 39.
- Bière en Allemagne (Production de la), 14.
- Bile (Les pigments de la), 335.
- Billes de roulement (Nouvelles applications des), 291.
- Billets de banque brûlés par la photographie (Reconstitution de), 133.
- Bloc de pierre de 1235 tonnes (Un), 30.
- Bois de leak (Le), 287.
- Bois incombustible (Nouveau traitement pour rendre le), 206.
- Borures alcalino-terreux (Les), 367.
- Boulangerie Centrale de l’Assistance publique à Paris (La), 275.
- Brevets en Suisse (Les), 319.
- Bruix (A propos du), 214.
- c
- Calcimètre Saint-René (Le), 299.
- Calorifuges (La vapeur des différents), 31.
- Canal maritime japonais (Un nouveau), 46.
- Canal de la Baltique à la mer Noire (Le), 196.
- Canal de lviel (La congélation du), 190.
- Canon sans bruit, sans flamme et sans recul, 353.
- Canon pneumatique Sims (Le), 207.
- Canons (Les nouveaux), 93.
- Capsules surrénales (Le rôle physiologique des), 127.
- Carbure de calcium contre le phylloxéra,
- 174.
- Cascades de nuages au Cap (Les), 295.
- Cattleya (La dégénérescence des), 31.
- Celluloïd (Impression sur), 15.
- Celluloïd et ses dangers (Le linge en),
- 111.
- Celluloïd inflammable, 50.
- Centenaire de l’introduction du tabac en Russie (Le deuxième), 87.
- Cèpes (Les bons et les mauvais), 243.
- Céramo cristal (Le), 314.
- Cerfs-volants et la prévision du temps (Les), 154.
- Chaîne et les engrenages (La), 350.
- Chaleur interne du globe (La), 66.
- Chaleur solaire (Sur la), 117.
- Chambres de chauffe (Températuredes),
- 175.
- Champ magnétique et la radiation (Le), 166.
- Champ magnétique sur la lumière (Influence d’un), 334.
- Changer la couleur des épreuves photographiques bleues (Pour), 222.
- Chanvre (Produits de la culture du), 399
- Chapeaux de feuilles de palmier (La fabrication des), 26.
- Chaudière de Laval à pression de 220 atmosphères, 289.
- Chaudières multitubulaires bizarres, 333.
- Chaudières à tubes d’eau (Les avantages des), 110, 371.
- Chauffage de locomotives anglaises au pétrole, 205.
- Chauffage électrique au repassage du linge (Application du), 75.
- Chéiroptère de miocène (Découverte d’un), 351.
- Chemin de fer électrique du Gorncrgrat (Le), 159.
- Cheminées d’usines (Déplacement des), 279.
- Chien comestible (Le), 125.
- Chiens sauvages (Les), 357.
- Chiens de guerre à la Nouvelle France (Les), 130.
- Chimiques (Les noms), 254.
- Chlore et de la soude par l’électrolysc (Fabrication du), 1 .
- Chlorophylle au point de vue chimique (Étude de la), 207.
- 27
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- 418
- INDEX ALPHABETIQUE.
- Chlorophylle dans les plantes (La), 415.
- Choléra (La vaccine du), 191.
- Chrysanthèmes et de fruits (Exposition de), 398.
- Cinématographies spirites, 350.
- Cirrhose des buveurs, 254.
- Citronnade et limonade, 235.
- Classement des travaux scientifiques (Méthode de), 367.
- Clepsydres, 369.
- Cloche électrique (Une), 26.
- Coffres - forts par l’électricitc (Attaque des), 127.
- Combinaison des gaz (Lois de la), 51.
- Comète d’Arrest, 190.
- Compagnie péninsulaire Orientale (La),
- 222.
- Compteur extraordinaire (Un), 79.
- Concours de U «Automobile-Club ». Les Poids Lourds, 199.
- Condensation (Eau nécessaire pour la), 406.
- Conducteurs électriques au voisinage des magasins à poudre, 171.
- Conducteurs électriques et l’air liquide (Les), 303.
- Conduite d’eau en bois, 46.
- Confitures (Falsification des), 27.
- Congrès d’Aix en Provence (Le), 382.
- Congrès international contre l’alcoolisme, 254.
- Constructions navales (Quarante aimées de progrès dans les), 221.
- Constructions navales en Angleterre (Salaire des ouvriers des), 239.
- Coqueluche (Sérothérapie de la), 385.
- Corps solubles contenus dans le cuivre (Les), 335.
- Corps flottant dans l’air (Le), 551.
- Correspondance, 126, 190, 270.
- Correspondances au Japon (Les), 31.
- Couleurs (La visibilité des), 7.
- Couleurs (Le procédé Radiotint de photographie des), 203.
- Coup de chaleur (Le traitement du), 151.
- Courant ondulatoire (Applications thérapeutiques nouvelles du), 142.
- Courroies monstres, 175.
- Coussinets à billes, 199.
- Cresson (Un moyen de culture du), 147.
- Cuirasses en étoile (Le vieux neuf. Les), 18.
- Cuivre (Production totale du), 175.
- Cuivre (Rivières de), 65.
- Curiosités végétales, 64.
- Cybium découvert dans le terrain bruxel-licn (Un nouveau), 551.
- D
- Daguerre, 109.
- Décès à Y Académie des sciences, 79, 127.
- Dénaturation de l’alcool (La), 170.
- Déplacement longitudinal des rails, 222.
- Déraillement causé par la chaleur (Un), 94.
- Diphtérie à l'hôpital Trousseau pour l’année 1896 (Statistique de la), 159.
- Distribution de l’énergie électrique à Paris, 554.
- Distribution d’eau froide et d’eau chaude à la campagne, 159.
- Distribution d’eau sous pression pour force motrice, 222.
- Distribution d’eau de Robe (La), 222.
- Distribution d’énergie électrique à grande distance par le gaz, 510.
- Dock flottant monstre, 366.
- Dongola pendant l’occupation mahdiste (Le), 90.
- Douane et les rayons X (La), 78.
- Drague monstre, 255.
- E
- Eau oxygénée (Conservation de 1’), 191.
- Eau sur les conduites de plomb (Action de 1’), 30.
- Eau (La distribution de 1’), 250.
- Eclairage à l’acétylcne (L’|, 587, 412.
- Eclairage électrique au lac des ÎY-Can-tons (L’), 291.
- Eclairage des trains à l’acétylène (I/), 14.
- Eclairage électrique à l’hôpital Bichat, 128.
- Eclairage électrique des trains en Angleterre (L’), 583.
- Effets de la « cordite » (Les mauvais), 287.
- Eglises contre l’incendie (La protection des), 222.
- Elections à l’Académie des sciences, 79, 95, 127.
- Electricité au village (L’), 46.
- Electro-aimant en chirurgie ophtalmique (Emploi de 1’), 189.
- Electroculture aux États-Unis (L'), 14.
- Electrographie (L’), 378.
- Embarquement mécanique des charbons, 3.
- Embarquement rapide de charbon à bord d’un navire de guerre, 206.
- Empaqucteuse auto-mesureuse, 252.
- Encre de Chine (L’), 518.
- Enseigne à Montevideo (Une), 317.
- Escamotage d’une dame. Nouveau procédé, 145.
- Etat électrique de l’atmosphère (L’), 303.
- Éther et de l’acétylène au point de vue des dangers d’incendie (Comparaison de la vapeur d’), 6.
- Étoile « Mira Ceti » (L’), 541.
- Étoiles filantes de novembre 1897, 599, 415.
- Exercices cyclistes, 44.
- Expédition belge au pôle Sud (Une), 203.
- Expédition Jackson (Le retour de 1’), 245.
- Expéditions polaires (Premières), 239.
- Expériences sur les transformations subjectives des couleurs, 256.
- Exploration du Bandama (L’), 292.
- Explosion du laboratoire de M. Lacaze-Duthicrs (L’), 95.
- Exposition de Bruxelles (L’), 229.
- Expositions (L’insuccès financier de certaines), 255.
- Expression vraie de la physionomie, 401.
- Extraction des diamants au Cap (Les nouveaux procédés d’), 70.
- F
- Falsification des titres, 262.
- Fantaisies scientifiques américaines, 503.
- Faux col (Tué par son), 62.
- Fer (La production du), 262.
- Fer par la chaux, le plâtre et le ciment (Attaque du), 239.
- Ferments oxydants (L’action des), 47. Fermes à chiens en Chine (Les), 23.
- « Ferry boat » (Un nouveau), 287.
- Feu central et le percement des tunnels (Le), 591.
- Feu sur colonnes de fer (Action du), 415. Feux d’artifices monstres (Les), 111. Fiacres électriques à Londres (Les), 260. Filet protecteur du pont de Ramingao (Le), 173.
- Filets protecteurs contre les torpilles (Les), 79.
- Fils téléphoniques et coups de foudre, 583.
- Fleurs (La couleur des), 410.
- Fleurs des Alpes (Les), 259.
- Flotteur pour la natation, 240.
- Flore des tombeaux égyptiens (La), 298 Foiba de Pisino (La), 346.
- Fluor (Liquéfaction du), 15.
- Fluor liquide (Propriété du), 519. Fondation des États-Unis (Un souvenir de la), 206.
- Fonderie perfectionnée. Alliages A.-F Cothias, 69.
- Fonte du bronze d’art d’un seul jet (La), 257.
- Force motrice (Installation de), 239. Force motrice du Saint-Laurent (L’utilisation d’une partie de la), 46.
- Forces centrales (Une démonstration expérimentale simple de l’action des), 19. Fortune des nations (La), 335.
- ,Foyer portatif à pétrole, 80. Franklinisation sur la voix des chanteurs (L’influence de la), 6.
- Fromage aux États-Unis (La production du), 191.
- Fruits (La conservation des), 46.
- Fruits dans l’alimentation (Les), 95. Fumogène (Le), 304.
- G
- Germination (Les réactions de la), 535. Glacier en Islande (Éruption de), 415. Glande thyroïde (Rôle de la), 255. Globe terrestre gigantesque (Un), 6. Gravité et la densité moyenne de la terre (La), 50.
- Grêle (Effets de), 102.
- Grêlons (Effets mécaniques des), 79.
- H
- Hannetons (L’année des), 95.
- Hannetons en France (Les), 158.
- Hauts fourneaux et la foudre (Les), 111. Hercule (L’alimentation d’un), 414. Heure décimale (L’), 11.
- Heure décimale à la Société des ingénieurs civils de France (L’), 150. Hommage à La Nature (Un), 175. Homme qui voyait par le nez (Histoire d’un), 67.
- Horloge géographique (Une), 100. Houille (Le pseudo-centenaire delà), 346. Houille (Les origines de la), 21.
- Houille au Japon (La), 206.
- Houille aux Etats-Unis (La) 399.
- Houille en Russie (La), 271.
- Huiles tunisiennes (Les), 142. Humidification de l’air des salles de travail, 49.
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Humidité dans la nitrification à l’intérieur (Du rôle de 1’), 142.
- Hydrocarbures (Les), 14.
- Hygiène du garde-manger (L’), 74.
- I
- Illuminations et éclairs, 160.
- Illusions de la verticale (Les), 99.
- Images exhalées, 208.
- Images dans les miroirs plans (Les), 2.
- Immunité vaccinale (Durée de 1’), 142.
- Incendie à Amsterdam (Le service d’), 414.
- Incendie au Théàtre-Français(Expériences contre 1’), 54.
- Incendie des forêts, 207.
- Inducteur spécifique de la glace (Le pouvoir), 41.
- Industrie forestière en Californie, 511.
- Influence électrique par les tubes de Crookes, 127.
- Ingénieurs allemands (L’association des), 239.
- Inondations du Mississipi (Les), 47.
- Insectes (Destruction des), 192.
- Installations électriques d’un croiseur anglais, 46.
- Interférence des ondes (Expériences sur
- 1’), il-
- Iode dans l’organisme (L’), 159.
- Irichromatine (L’). Nouveau procédé de coloration des substances sans emploi de couleurs, 269.
- J
- Jetons français, 25.
- Joueurs d’échecs à l’aveugle (Les), 237.
- K
- Killarnev (Les causes de la catastrophe de), 38.
- L
- Laboratoire Purdue pour l’essai des locomotives (Le), 254.
- Laboratoire souterrain (Un), 161.
- Laboratoire technique de Cambridge, 222.
- Lac à 3500 mètres d’altitude (Un), 100.
- Laine minérale (Les dangers de la), 206.
- Lait à Paris (Le), 30.
- Lait stérilisé (Le), 311.
- Lampeàpétrole à incandescence Auer,29.
- Lavogne sur le causse de Sauveterre (Une), 47.
- Lentilles monstres (Transport de), 190.
- Lésions organiques occasionnées par les rayons X, 47.
- Lézard à deux queues (Un), 268.
- Lézard ocellé conservé en captivité depuis quatorze ans (Un), 43.
- Livingstone en Afrique (Le tombeau de), 206.
- Locomotive électrique, 318.
- Locomotive Heilrnami (La), 399.
- Locomotives Compound de la compagnie du Midi destinées au service des trains express sur les lignes à fortes rampes, 165.
- Luciférase ou zymase des animaux et des végétaux (Sur la), 83.
- Lumière du ver luisant et les rayons X (La), 180.
- Lumière électrocapillaire, 50.
- Lumière et la vie végétale (La), 190.
- Lumière à incandescence et le brouillard de Londres (La), 206.
- Lumière réfléchie sur la peau, 399.
- M
- Machine à coudre électrique, 13.
- Machine à couper les haricots verts, 224.
- Machine puissante pour l’essai des matériaux de construction (Nouvelle), 14.
- Machine volante, 95.
- Machines marines (La consommation des), 223.
- Magnétarium (Le), 284.
- Maison pour veufs et veuves de Glasgow (La), 254.
- Maladies infectieuses de la mère sur l’enfant (De l’intluence des), 143.
- Marches et courses d’apres l’art antique, 244.
- Marine des Etats-Unis. L’lowa, cuirassé de haute mer, 53.
- Massage au Japon (Le), 397.
- Masson (M“e Georges), 62.
- Maté, son origine, sa préparation et ses effets physiologiques (Le), 77.
- Matériaux de carrelage et. de parquets (L’usure des), 254.
- Mémoire des poissons (La), 294.
- Menhirs de Brunoy et de Boussy (Les), 15.
- Mer (L’histoire géologique de la), 119.
- Merle noir (Une variété cannelle du), 350.
- Métaux contenus dans la fonte et l’acier (L’état des), 143.
- Métropolitain à câble de Glasgow (Le), 363.
- Microbe de l’ambre gris (Le), 143.
- Microbe de la lièvre jaune (Le), 351.
- Microbes de l’encre (Les), 174.
- Minéral cristallisé formé dans un cercueil de plomb, 102.
- Mirage dans la campagne de Paris (Un), 299.
- Miroirs antiques (Les), 305.
- Monnaie de Paris (La fabrication à la), 415.
- Mont Blanc (Le sommet du), 159.
- Monter les côtes à bicyclette (Pour), 154.
- Moteur à essence de pétrole, svstème Loyal, 131.
- Moteur Diesel, 186, 595.
- Moteur à acétylène, 255.
- Moteur thermique Gardie (Le), 266.
- Moteurs électriques dans l’industrie du tissage (Les), 204.
- Moteurs à alcool (Les), 574.
- Moteurs à pétrole et à vapeur, 298.
- Moules pour soudure de tuyaux, 268.
- Moulins et meuneries-boulangeries du système Schweitzer, 24.
- Muet qui parle (Un), 218.
- N
- Naufrages au golfe de Beauduc et la Société centrale de sauvetage, 182.
- Navigation maritime (Nouveaux perfectionnements introduits dans la), 171.
- Navire insubmersible (Le), 262.
- Navires de guerre japonais (Nouveaux), 238.
- Navires et leurs parasites (La coque des, 355.
- Nez et la respiration (Le), 241.
- Nickel fondu (Le), 63.
- O
- Objectifs photographiques (Nouveaux), 571.
- Observatoire de l’Etna, 151.
- Observatoire militaire (Un nouvel), 108
- Œufs d’oiseaux : conservation des colorations de la coquille, 79.
- Omnibus à Paris (Les), 63.
- Ondes électriques à la transmission des signaux à travers l’espace (Application des), 58.
- Or dans les régions arctiques (L’), 343.
- Or et l’argent aux États-Unis (L’), 270.
- Organisme en présence des microbes (Les défenses de 1’), 34.
- Orge et le houblon en Allemagne (L’), 270.
- Oscillation atmosphérique (L’), 50.
- P
- Pain (Un nouveau), 206.
- Palais de l’industrie (Le), 183.
- Palais des Champs-Elysées (Les nouveaux), 375.
- Panneaux de faible résistance pour sorties de secours, en cas de panique, 58.
- Parasite des vignes (Destruction d’un), 127.
- Parasite des vins sucrés (Un), 175.
- Parasite des végétaux (La diffusion d’un), 223.
- Parasites des fourmis et des fourmilières (Les), 81.
- Pèche au moyen de la lumière électrique, 15.
- Pèche maritime et la culture des mers (Les perfectionnements de la), 97.
- Pêches maritimes (L’hygiène dans les), 14.
- Pédicures dans l’art (Les), 358.
- Pégamoïd (Le), 362.
- Pensions aux États-Unis (Les), 366.
- Péritoine (Action réflexe des lésions du), 159.
- Perronet, le premier ingénieur des pontset chaussées (Jean-Rodolphe), 88.
- Pesanteur et Balance (Les préjugés scientifiques), 283.
- Pétrole de Galicie (Le), 63.
- Peuplier (Une maladie du), 110.
- Phare d’Eckmühl (Le), 273, 334.
- Phonographe Lioret (Le), 209.
- Phonographe en justice (Le), 191.
- Photographie à travers des obstacles (La), 307.
- Photographie d’effluves humain et magnétique, 349.
- Photographie des couleurs (Le procédé Radiotint de), 203.
- Photographie des images radioscopiques, 223.
- Photographies microscopiques, 191.
- Pied de la Chinoise (Le), 515.
- Pieuvre géante, 223.
- Pipe (La), 327.
- Pistes et records, 338.
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-
-
- INDEX ALPHABETIQUE.
- 4 lJ()
- Pitliecanthropus erectus (Le), 338. Plancher incombustible, 255.
- Planète Mars (La), 193.
- Plantes de grandes cultures (Les), 287. Plaques de cuirasse aux États-Unis (La fourniture des), 14.
- Platine (La pêche du), 550.
- Plomb et le martinet (Le petit), 246. Pluie (Variation annuelle de la), 187. Pluie d’insectes en Belgique, 255.
- Pluies (L’Intensité des), 302. Pneumatique (Fuite d’un), 366. Pneumatique auto-gonilable ^Un), 519. Poids Lourds (Concours de l’Automobile-Club. Les), 199,591, 414. Poinçonnage des poids et mesures (Le), 79. Poissons (La mémoire des), 526. '
- Pôle Nord en Ballon (Au). Expédition Andrée, 167.
- Pommes de terre (La qualité des), 95. Pompes à mercure, 300.
- Pont Mirabeau (Inauguration du), 113. Pont tournant monstre à Chicago (Un).
- 111.
- Pont tournant de 150 mètres mû électriquement (Un), 206.
- Population de l’Allemagne (La), 174. Population en Égypte (Accroissement de la), 414.
- Port de Marseille (Agrandissement du), 321.
- Poudres à priser (Inconvénient des), 415. Poulpe ermite (Un), 164.
- Poussières des appartements (Les), 382. Prédiction du temps (La), 207.
- Préjugés scientifiques. Le baromètre et la prévision du temps (Les), 86.
- Prix du blé (Les), 302.
- Projecteur lumineux portatif, 225. Psoriasis (Curation du), 127. Puériculture et la Pouponnière (La), 592. Pulpe de bois (La fabrication de la), 407.
- Q
- Quatre-mâts chaviré (Un), 253.
- R
- Itadio-cinématograpbic, 94.
- Rage en France (La), 271.
- Rails (La rupture des), 255.
- Rayons Rontgen et les momies (Les), 103.
- Rayons X (Action physiologique des), 15. Rayons X en histoire naturelle, 400. Rayons X et la douane (Les), 141, 286. Rayons X et les métaux (Les), 147. Rayons X sur la rétine (Action des), 50. Rayons X à l’étude des tubercules de la pomme de terre (Application des), 317.
- Recensement de la population russe, 78. Récepteur pour télégraphie sous-marine (Nouveau), 115.
- Récréation photographique : LesrayonsX, 31.
- Récréations scientifiques, 416.
- Renards noirs (Les), 14.
- Ressorts de revolvers (Préparation des),
- 259.
- Ressorts végétaux, 138.
- Rétamine (Propriétés chimiques de la), 271.
- Révélateurs photographiques (Nouveaux), 230, 382.
- Revolvers (Puissance des nouveaux), 379.
- Revue scientifique japonaise (Une), 270.
- Ricin (L’empoisonnement par le), 51.
- ltobinsons de l’Atoll Keeling (Les), 123.
- Rochers à formes animées, 287.
- Rontgen (Société), 142.
- Rotation du soleil et la méthode Doppler-Fizeau, 170.
- Roues à centre plein (Les), 177.
- Rougeole à l’école (La), 510.
- Roulements sans glissements par billes ou rouleaux (Sur les), 219, 530.
- Routes ferrées aux États-Unis (Les), 239.
- S
- Saignée (La), 578.
- Salle d’attente pour nègres, 222.
- Salleron (M. J.-B.), 174.
- Scaphandre travaillant sous 55 mètres d’eau, 222.
- Schutzenberger (M. Paul), 78, 95.
- Scie à ruban horizontal électrique, 117. Service postal pneumatique à New-York (Le), 355.
- Singes (Le paradis des), 285.
- Soie remplacée par le coton (La), 150. Sols humifères (Améliorations des), 287. Sonneries à répétition dans les horloges, 319.
- Sonneries curieuses dans les horloges et les pendules (Des), 281.
- Sonneries des cloches et les oscillations des clochers (Les), 130.
- Source de la Buna Herzégovine (La), 7. Sous-marin « Holland » (Le lancement du), 94.
- Strongylose des moutons (Le traitement de la), 385.
- Substances alliées au fer (État des), 127. Sucre dans l’alimentation (Le), 382. Sucre scié et sucre cassé, 46,166. Support économique pour burettes et entonnoirs, 286.
- Surmenage par bicyclette, 79.
- T
- Tabac (Consommation du), 414,
- Tapir (Les ancêtres du), 599.
- Téléphone en divers pays (Le), 366. Téléphonique à Stuttgart (Tarif), 287. Télescripteur Hoffmann (Le), 337. Temps de pose à la chambre noire (Diminution du), 163.
- Tliar ou Jharal de l’Himalaya (Le), 17. Tinamou (Le). Nouveau gibier, 385. Tirage rapide des clichés photographiques, 23.
- Tissu cartilagineux (La robe du), 385. Tomate pomme de terre (La), 367. Tonograplie (Le). La photographie du chant, 236.
- Toxicité de la sueur (La), 143.
- Toxicité des peptones (La), 47.
- Traction électrique à Paris (La), 83.
- Train arrêté par des chenilles (Un), 115.
- Train minuscule (Un), 287.
- Traitement sérothérapique du tétanos chez les animaux, 223.
- Tramway électrique d’Enghien à Montmorency, 255.
- Tramways et les voleurs de grand chemin à Chicago (Les), 271.
- Transmissions (Perte de puissance dans les), 191.
- Transmutation des substances et les rayons cathodiques (La), 159.
- Treille du Roi à Fontainebleau (La), 382.
- Tremblements de terre (Violence des'l,
- 318.
- Trombe du 18 juin 1897 (La), 65.
- Truffes de Chypre (Les), 51.
- Tuberculoses des poissons, 142.
- Tulipier pour boîtes à cigares (Le), 30.
- Tunnel sous la Tamise (Le nouveau), 55.
- Tunnel du siphon (Le), 250.
- Turbinia (La), 197.
- U
- Usine à carbure de calcium à Notre-Dame de Briançon (Une), 215.
- Usine électrique de 70000 chevaux, 594.
- V
- Vapeur d’aldéhyde formique (La), 51.
- Vapeur « Pretoria a (Le grand), 383.
- Végétaux (Structure des), 239.
- Veines fluides (Les bruits des), 175.
- Vélocipédie (Développement de la), 258.
- Venin de la salamandre du Japon et le venin de vipère (Le), 366.
- Venin de la Salamandre terrestre (Le), 127.
- Vêtements incombustibles enasbeste, 78.
- Vibrations et radiations. Les cinquante octaves du clavier des phénomènes physiques, 106.
- Vie utile des vues du cinématographe (La), 302.
- Ville au Mexique (Découverte d’une ancienne), 39.
- Vipère et du hérisson (Duel de la), 407.
- Vistascopc (Le), 366.
- Voies sablées dans les gares (L’emploi des), 63.
- Voile parasol (La), 213.
- Voiture électrique (Le cinquantenaire d’une), 271.
- Voilures sans chevaux au siècle de Louis XIV (Les), 19.
- Vol par l’électricité (Le), 30.
- Volcan-baromètre (Le), 222.
- Y
- Yacht extra-rapide (Un), 222.
- w
- Wagons blindés aux États-Unis (Les), 5(L-
- Wagons-grue à contrepoids automatique# 254.
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-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE
- ' -U'
- Aciièmk (G.)- — Projecteur lumineux portatif, 225.
- Acloque (A.). — Ressorts végétaux, 158. — Los bons et les mauvais cèpes, 245.
- Ai.ber (Le Prestidigitateur). — Escamotage d’une dame. Nouveau procédé, 145. — Le corps flottant dans l’air, 551. Amann (Jdi.es). — Reconstitution de billets de banque brûlés par la photographie, 155.
- Aumemn (G.). — L’étoile « Mira Ceti », 541.
- Acdudi (G.). — Moulins et meuneries-boulangeries du système Sclnveitzer, 24.
- Avignon (J.-IL). — Un moyen de culture du cresson, 147.
- Bâclé (L.). — Embarquement mécanique des charbons, 5. — Locomotives Compound de la Cio du Midi destinées au service des trains express sur les lignes à fortes rampes, 165. Beauregaiid (II.). — La bactériologie de l'ambre gris, 234. Deu.et (Daniel). — Le nouveau tunnel sous la Tamise, 35. — Une nouvelle fourche de bicyclette, 90. — Les feux d’artifice monstres, 111. — Déplacement des cheminées d’usines, 279. — Chaudières multitubulaires bizarres, 333. — Le métropolitain à câble de Glasgow, 363. — Une balance sim-plitiéc, 585.
- Biærzy (IL). — Le tunnel du Simplon, 250.
- Boistel (E.). — Un globe terrestre gigantesque, 6.
- Bonnekon (Geo). — La boulangerie centrale de l'Assistance publique à Paris, 278.
- Bordellet (L.). — Les remparts d’Antibes, 135.
- Boyer (Jacques). — Le Maté, son origine, sa préparation et ses effets physiologiques, 77. — Le deuxième centenaire de l’introduction du tabac en Bussie, 87. — La lumière du ver luisant et les rayons X, 180. — L’irichromatine, 269.
- __Le phare d’Eckmühl, 273. — Le pseudo-centenaire de la
- houille, 346.
- Brandicourt (V.). — La montée d’anguilles dans la Somme, 215. — La flore des tombeaux égyptiens, 298. — Le feu central et le percement des tunnels, 591. — Récréations scientifiques, 416.
- Brunehaut (A.). — Correspondance. Les hannetons en France,
- 158.
- Buguet (Abel). — Les rayons X en histoire naturelle, 400. Hussard (Léon). — Application des rayons X à l’étude du tubercule de la pomme de terre, 317.
- C. A. — Association française pour l’avancement des sciences à Saint-Étienne, 163.
- Cartaz (Dr A.). — La canitie rapide, 42. — L’hygiène du garde-manger, 74.
- Charrin (Dr). — Les défenses de l’organisme en présence des microbes, 35.
- Combes (Paul). — Les Robinsons de l’Atoll Keeling, 123. — L’exploration du Bandama, 292.
- Corcelle (J.). — Le sommet du Mont-Blanc, 139. — Les fleurs des Alpes, 259.
- Cord (Ernest). — Une lavogne sur le causse de Sauveterre, 47. Coupin (Henri). — Les parasites des fourmis et des fourmilières, 81. — Un poulpe ermite, 164. — Les joueurs d’échecs à l’aveugle, 237.
- Crova (A.). — Sur la chaleur solaire, 117,135.
- Cérame. — Le céramo-cristal, 314.
- Coudon (Henri). — Applications des rayons X à l’étude des tubercules de la pomme de terre, 317.
- Decaux (Dr Cii.). — Un lézard ocellé conservé en captivité depuis quatorze ans, 43.
- Dehérain (Henri). — Le Dongola pendant l’occupation mah-diste, 90.
- De Launay (L.). — Les nouveaux procédés d’extraction des diamants au Cap, 70. — Les cascades de nuages au Cap, 295.
- Demenge (Émile). — Un nouveau cybium, 331.
- Demeny (G.). — L’expression vraie de la physionomie, 401. Derôme (J.). — Les préjugés scientifiques, le baromètre et la prévision du temps, 86. — Les préjugés scientifiques (pesan-
- teur et balance), 283. — Un mirage dans la campagne de Paris, 299. — L’astronomie préhistorique, 370.
- Deseii.ligny (A.-P.). — Illuminations et éclairs, 160.
- De.y (Léo). — Le navire insubmersible, 262.
- Doui.iot (E.). —Histoire d’un homme qui voyait par le nez, 67. Drouot (E.). — Un muet qui parle, 218.
- Duisar (A.). — Les chiens de guerre à la Nouvelle-France, 150. Dubar (L.). — Un quatre mais chaviré, 253.
- Dcboin (A.). — Comparaison de la vapeur d’éther et de l'acétylène au point de vue des dangers d’incendie, 6. — Fabrication (tu chlore et de la soude par l’élcctrolyse, 178.
- Durand (L.). — La dénaturation de l’alcool, 170.
- Durand (J.) — Empaqueteuse auto-mesureuse, 252. — Un lézard à deux queues, 268. — Sonneries à répétition dans les horloges, 319.
- Ei.bé (L.). — Les roues à centre plein, 177.
- Flamki..— L’alcoolisme des poissons, 38. — Minéral cristallisé dans un cercueil de plomb, 102. — L'ataxie locomotrice. Nouveau traitement, 141. — Destruction des insectes, 192.
- — Falsification des litres, 262. — Une enseigne à Montevideo, 517.
- Florent (E.). — Images exhalées, 208.
- Forel (F.-A.). — L’année des hannetons. 93. — Destruction des insectes, 192.
- Fouché (M.). — La planète Mars, 193.
- G... (Commandant). — La « Turbinia », 197. — Les bateaux routeurs, 251.
- Gall (J.-F.). — Jetons français, 2. — Bicyclistes militaires et chiens de guerre, 59. — La trombe du 18 juin 1897, 65.
- — Jean-Rodolphe Perronet, le premier ingénieur des Ponts et Chaussées, 88. — Coloration du verre par imprégnation, 107. — Observatoire de l’Etna, 151. — Sucre scié et cassé, 166. — Une expédition belge au pôle Sud, 203. — La rage en France, 271. — Les acariens dans les vins, 275. — La rougeole à l’école, 510. — La saignée, 378.
- Gaudry (Albert). — Correspondance, 270.
- Girod (L.). — Flotteur pour la natation, 240.
- Glangeaud (Ph.). — Les origines de la houille, 21. — Un train arrêté par des chenilles, 115. — Le pithecanlhropus erectus, 338.
- Granier. — L’influence de la franklinisation sur la voix des chanteurs, 6.
- Guillaume (C.-É.). — Le pouvoir inducteur spécifique de Ja glace, 42. — Les illusions de la verticale, 99. — Les rayons X et les métaux. Les rayons X et la douane, 147. — Le champ magnétique et la radiation, 166. — La rotation du soleil et la méthode Doppler-Fizeau, 170. — Le petit plomb et le martinet, 246. — Armes automatiques, 325. Hervé (Henri) — Sur les roulements sans glissements, 330. Hospitalier (E.). — Application des ondes électriques à la transmission des signaux à travers l’espace, 58. — Vibrations et radiations. Les cinquante octaves du clavier des phénomènes physiques, 106. — Moteur à essence de pétrole, système Loyal, 131. — Correspondance, 190. — Expériences sur les transformations subjectives des couleurs, 256. — Une automobile à 2 roues, 307. — Pistes et records, 338. — Une usine centrale électrique de 70000 chevaux, 394. Laffargue (J.). — L’heure décimale, 11. — Machine à coudre électrique, 13. — Distribution d’eau froide et d’eau chaude à la campagne, 16. — Lampe à pétrole à incandescence Auer, 29. —La traction électrique à Paris, 83. — M. Paul Schützenberger, 95. — Scie à ruban horizontal électrique, 117. — L’éclairage électrique à l’hôpital Bichat, 128. — Automobile postale Serpollet de la Compagnie des chemins de fer du Nord, 156. — Les moteurs électriques dans l’industrie du tissage, 204. — Ampèremètre thermique à mercure, 215. — L'Exposition de Bruxelles, 229. —Les fiacres électriques à Londres, 260. — Moteurs à pétrole et à vapeur, 298. — Le télescripteur Hoffmann 357. — Distribution de l’énergie électrique à Paris, 324. — Les moteurs à
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- alcool, 374.— Le moteur Diesel à combustion intérieure, 395.
- Lallié (Norbert). — Le moteur thermique Gardie, 266.
- Landrin (à.). — Puissance des nouveaux revolvers, 379.
- Lapparent (A. de). — La chaleur interne du globe, 66.
- Larbalétiiier (Albert). — La couleur des fleurs, 410.
- Ladssedat (Colonel). — Le Magnétarium, 284.
- Lebon (J.). — Les conducteurs électriques au voisinage des magasins à poudre, 471.
- Lebon (M.). — Foyer portatif à pétrole, 80. — Pompes à mercure, 300.
- Ledant (J.). — Le calcimètre Saint-René, 298. — Distribution d’énergie électrique à grande distance par le gaz, 310. — Incendie des forêts, 207. —Le service postal pneumatique à New-York, 355. — Eau nécessaire à la condensation, 406.
- Lefèvre (Léon). — La soie remplacée par le coton, 150. — Le Pégamoïd, 362.
- Léotard (Jacqdes). — Agrandissement du port de Marseille, 324.
- Leroy (D.). — Une cloche électrique, 26. — Humidification de Pair des salles de travail, 49. — Machine à couper les haricots verts, 224. — Moules pour soudures de tuyaux, 268.
- Levois (D.). — Curiosités végétales, 64.
- Londe (Albert). — Les rayons Rôntgen et les momies, 105.
- M. L. — La distribution de l’eau, 250. — La production du fer, 262.
- Maglin (E.). — Inauguration du pont Mirabeau, 113. — Le Palais de l’industrie, 483. — Roulement sans glissement par billes ou rouleaux, 219. — La fonte du bronze d’art d’un seul jet, 257. — Les nouveaux palais des Champs-Elysées, 375.
- Magds. — Récréation photographique: Les rayons X, 31.
- Mareschal (G.). — L’amplificateur photographique de M. Joux, 11. —Falsification des confitures, 27. — Tirage rapide des clichés photographiques, 23. — Fonderie perfectionnée. Alliages A.-F. Cothias, 69. — Le fumogène, 304. — Photographie d’effluves humain et magnétique, 349. — Canon sans bruit, sans flamme et sans recul, 353. — Nouveaux objectifs photographiques, 371.
- Marsillon (Ch.). — Un lac à 3500 mètres d’altitude, 100. — L’industrie forestière en Californie, 311.
- Martel (E.-à.). — La source de la Buna (Herzégovine), 7. — Les causes de la catastrophe de Killarney, 38. — La Foiba de Pisino, 546. — L’Aven Armand (Lozère), 402.
- Matignon (Dr I.-I.). — Le pied de la Chinoise, 315.
- Mégnin (P.). — Les fermes à chiens en Chine, 23. — Le chien comestible, 125. — Le paradis des singes, 285. — Les chiens sauvages, 357. — Un nouveau gibier : « Le Tinamou », 385.
- Meige (Dr Henry). — Les pédicures dans l’art, 358.
- Membre de la Société de statistique (Un). — La fortune des nations, 335.
- Mendel (Dr). — Le nez et la respiration, 241.
- MÉniEL (Pierre de). — L’argentaurum et la pierre philosophale, 1. — La fabrication des chapeaux de feuilles de palmier, 26. — Les sonneries des cloches et les oscillations des clochers, 130. — Le tonographe, la photographie du chant, 236. — Nouvelles applications des billes de roulement, 291.
- Méry (Louis). — La catastrophe de l’Adour, 145.
- Meunier (Stanislas).—L’histoire géologique de la mer, 119. — Les basaltes de Latour-d’Auvcrgne, 305.
- Miciiaut (Dr). — Le massage au Japon, 397.
- Moutier (A.). — L’influence de la Franklinisation sur la voix des chanteurs, 6.
- N. (Capitaine L. de). — Les voitures sans chevaux au siècle de Louis XIV, 19.
- Nadaillac (Mu de). — Découverte d’une ancienne ville au Mexique, 39. — Le retour de l’expédition Jackson, 243. — L’or dans les régions arctiques, 345.
- Nicolas de Leuchtenberg (Duc). — Correspondance, 126.
- Niewenglowski (G.-IL). — Le traitement du coup de chaleur, 151. — Diminution du temps de pose à la chambre noire, 163. — Le procédé Radiotint de photographie des couleurs, 203. — Nouveau révélateur photographique. La diamidoré-sorcine, 230. —La photographie à travers les obstacles, 307.
- Oustalet (E.). — Le Thar ou Jharal de l’IIimalaya, 17.
- Palliés (Antonin). — Les naufrages au golfe de Reauduc et la Société centrale de sauvetage, 182. — La source des Avens, 380.
- Parisse (E.). — Panneaux de faible résistance pour sorties de secours, en cas de panique, 58.
- Parville (Henri de). — L’oscillation atmosphérique, 50. — Mme Georges Masson, 62. — M. P. Schutzenberger, 78. — Vibrations et radiations. Les cinquante octaves du clavier des phénomènes physiques, 106. — Au pôle Nord en ballon, l’expédition Andrée, 167. — Le phonographe Lioret, 209.
- — Traitement sérothérapique du tétanos chez les animaux, 223. — L’éclairage électrique au lac des IV-Cantons, 291. La mémoire des poissons, 294. — Le lait stérilisé, 311. — La puériculture et la Pouponnière, 392.
- Pellissier (G.). — Application du chauffage électrique au repassage du linge, 75. — Le filet protecteur du pont de Ramingao, 173- —Emploi de l’électro-aimant en chirurgie ophtalmique, 189. — Citronnade et limonade, 235. — La mémoire des poissons, 326. — L’éclairage à l’acétylène, 387, 412.!
- Péraux (E.). — Rectification des arcs de cercle, 26.
- Perissé (L.). — Concours de l’Automobile-Club. Les Poids Lourds, 199, 394.
- Perrier (Edmond). — Les perfectionnements de la pêche maritime et la culture des mers, 97.
- Pesce (G.-L.). — Nouveaux perfectionnements introduits dans la navigation maritime, 171.
- Planchon. — Des sonneries curieuses dans les horloges et les pendules, 281. — Clepsydres, 369.
- Plumandon (J.-R.). — Variation annuelle de la pluie, 187. — L’intensité des pluies, 302.
- Poisson (J.). — Le vieil acacia du Muséum, 211. — La tomate pomme de terre, 367.
- R. (Capitaine). — Pour monter les côtes à bicyclette, 154.
- Ré (L.). — La visibilité des couleurs, 7.
- Régnault (Félix) .— Marches et courses d’après l’artantique, 244.
- Renard (L.). — Marine des États-Unis. L’ « Iowa », cuirassé de haute mer, 33. — Un nouvel observatoire militaire, 108.
- — Le canal de la Baltique à la mer Noire, 196. — La coque des navires et leurs parasites, 355.
- Revort (.1.). — Exercices cyclistes, 44.
- Riant (A.). — Daguerre, 109.
- Rigaut (A.). — Une usine à carbure de calcium à Notre-Dame de Briançon, 215.
- Rochas (A. de). — Le vieux neuf. Les cuirasses en étoffe, 18.
- — L’argentaurum, 278.
- Rossel (F.). — Nouveau récepteur pour télégraphie sous-marine, 115.
- Saporta (Antoine de). — Un support économique pour burettes et entonnoirs, 286.
- Sosnowski (K.). — Chaudière de Laval à pression de 220 atmosphères, 289.
- Tissandier (Albert).— Les animaux domestiques au Japon, 129.
- — Un hommage à La Nature, 175. —Rochers à formes animées, 287. — Exposition de chrysanthèmes et de fruits, 398.
- Trouessart (E.-L.). — L’acarien des vins sucrés du Midi, 226.
- Turgan (L.). — Les chaudières à tubes d’eau, 371.
- Twight (Ed. H.). — La fabrication de la pulpe de bois, 407.
- Ullern (F.). — La voile parasol, 213.
- Varigny (Henri de). — Le problème de l’anguille, 51.
- Villedeuil (Ch. de). — Séances hebdomadaires de l'Académie des sciences. 15, 31, 47, 63, 79, 95, 127, 142, 159, 175, 191, 207, 223, 239, 255, 271, 287, 303, 319, 334, 350, 367, 383, 599, 415. — L’électrographie, 378.
- Viré (Armand). — Un laboratoire souterrain, 161.
- Vitoiïx (Georges). — Les annonceurs de stations des bateaux parisiens, 61.
- X (Dr). — Un compteur extraordinaire, 79.
- X (Commandant). — Les nouveaux canons, 95.
- Yung (Émile). — La grotte de la Balme, 248.
- Zuylen DE Nyevelt (Bon de). — Les « Poids Lourds », 414.
- Watteville (Os. baron de). — La pipe, 327.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, Imprimés dans ce volume en petits caractères, sont Indiqués
- dans cette table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Observatoire de l’Etna (J.-F. Gall).......................151
- La rotation du soleil et la méthode Doppler-Fizeau.
- (Ch.-Ed.) Guillaume)...................................170
- La planète Mars (M. Fouché)...............................193
- L’étoile « Mira Ceti » (G. Armel»)........................341
- L’astronomie préhistorique (J. Derôme)....................340
- La comète d’Arrest........................................190
- Les astéroïdes............................................253
- Les étoiles filantes de novembre 1897 .... 399, 415
- Physique générale.
- Les images dans les miroirs plans (J. Derôme) .... 2
- La visibilité des couleurs (L. Ré).................... 7
- L’heure décimale (J. Laffargue)........................... 11
- Expérience sur l’interférence des ondes................... 11
- L’influence de la Franklinisation sur la voix des chanteurs (A. Moutier et Granier)............................. 6
- Lampes à pétrole à incandescence Auer (J. Laffargue) . 29
- Le pouvoir inducteur spécifique de la glace (C.-E. Guillaume)................................................... 42
- Les illusions de la verticale (C.-E. Guillaume) .... 99
- Les rayons Rôntgen et les momies (Albert Londe) . . . 103
- Vibrations et radiations. Les cinquante octaves du clavier des phénomènes physiques (E. Hospitalier et
- Henri de Parville).................................106
- Les rayons X et les métaux. Les rayons X et la douane
- (Ch.-Ed. Guillaume)................................147
- La lumière du ver luisant et les rayons X (Jacques Boyer). 180
- Le phonographe Lioret (Henri de Parville).............209
- Projecteur lumineux portatif (G. Achème)..............225
- Le tonographe. La photographie du chant (Pierre de
- Mériel)............................................236
- Falsifications des Titres (Flamel)....................262
- Les préjugés scientifiques. (Pesanteur et balance) (J. Derôme) ...................................................283
- Le magnétarium (Colonel Laussedat)....................284
- Un mirage dans la campagne de Paris (J. Derôme) . . . 299
- Pompes à mercure (M. Lebon)...........................300
- Une enseigne à Montevideo (Flamel)....................317
- Application des rayons X à l’étude des tubercules de la pomme de terre (Henri Coudon et Léon Bussarel) . 317
- Une balance simplifiée (D. Bellet)....................383
- L’éclairage à l’acétylène (G. Pellissier) .... 387, 412
- La lumière électrocapillaire...................... 50
- Lésions organiques occasionnées par les rayons X. . 47
- Radio-cinématographie................................. 94
- Les rayons X et la douane.........................141, 286
- Société Rôntgen.......................................142
- La transmutation des substances et les rayons cathodiques................................................159
- Transport de lentilles monstres............................190
- La lumière à incandescence et le brouillard de
- Londres.................................................206
- Photographie des images radioscopiques.................... 223
- Les miroirs antiques.......................................303
- Influence d’un champ magnétique sur la lumière. . 334
- Cinématographies spirites..................................350
- Une nouvelle ampoule pour laproduction des rayons X. 351
- Le vistascope......................................... . 366
- La lumière réfléchie sur la peau...........................399
- Électricité théorique et appliquée.
- Machine à coudre électrique (J. Laffargue)................. 13
- Une cloche électrique (D. Leroy)........................... 26
- Application des ondes électriques à la transmission des
- signaux à travers l’espace (E. Hospitalier)............. 58
- Application du chauffage électrique au repassage du
- linge (G. Pellissier)................................... 75
- La traction électrique à Paris (J. Laffargue).............. 83
- Nouveau récepteur pour télégraphie sous-marine (F. Ros-
- sel)....................................................115
- Scie à ruban horizontal électrique (J. Laffargue) ... 117 L’éclairage électrique à l'hôpital Bichat (J. Laffargue) . 128
- Le champ magnétique et la radiation (C.-E. Guillaume). 166 Les conducteurs électriques au voisinage des magasins à
- poudre (J. Lebon).......................................171
- Fabrication du chlore et de la soude par l’électrolyse. . 178
- Emploi de l’électro-aimant en chirurgie ophtalmique
- (G. Pellissier).........................................189
- Les moteurs électriques dans l’industrie du tissage (J. Laffargue) .................................................204
- Ampèremètre thermique à mercure (J. L.)....................214
- Les fiacres électriques à Londres (J. Laffargue) .... 260
- Éclairage électrique du lac des lY-canlons (Henri de Par-
- ville)..................................................291
- Distribution d’énergie électrique à grande distance par
- le gaz (J. Ledant)......................................310
- Le télescripteur Hoffmann (J. Laffargue)...................337
- Distribution de l’énergie électrique à Paris (J. Laffargue). 354
- L’électrographie (Ch. de Villedeuil).......................378
- Une usine centrale électrique à vapeur de 70 000 chevaux (E. II.)........................................... 394
- L’électroculture aux États-Unis............................ 14
- Pêche au moyen de la lumière électrique.................... 15
- Le vol par l’électricité................................... 30
- L’électricité au village................................... 46
- Installations électriques d’un croiseur anglais ... 46
- Influence électrique par les tubes de Crookes. . . . 127
- Action thérapeutique des courants alternatifs de
- haute, fréquence........................................160
- Le cinquantenaire d'une voiture électrique.................271
- Tarif téléphonique à Stuttgart........................... 287
- Les conducteurs électriques et T air liquide. .... 303
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Locomotive électrique................................318
- L’éclairage électrique des trains en Angleterre . . . 383
- La locomotive Ileilmann...................... . . 599
- Photographie.
- L’amplificateur photographique de M. Joux (G. Mares-
- chal)................................................ 11
- Tirage rapide des clichés photographiques (G. Mabeschai.). 23 Reconstitution de billets de banque brûlés par la photographie (Jules Amann)..................................133
- Diminution du temps de pose à la chambre noire (G.-H.
- Niewekglowski)..................................... 163
- Le procédé Radiotint de photographie des couleurs (G.-II.
- Niewesglowski)......................................203
- Nouveau révélateur photographique. La diamidorcsorcine
- (G.-H. Niewengloyvski)..............................230
- La photographie à travers des obstacles (G.-II. Niewen-
- gloyvski)............................................307
- Photographie d’eflluvcs humain et magnétique (G. Ma-
- reschal)............................................349
- Nouveaux objectifs photographiques (G. Mareschal). . . 371
- Pour changer la couleur des épreuves photographiques bleues............................................222
- La vie utile des vues du cinématographe................302
- Nouveau révélateur photographique : Le Diphénol . 582
- Chimie générale.
- L’argcntaurum et la pierre philosophale (Pierre de Mé-
- riel)................................................ 1
- Comparaison de la vapeur d’éther et de l’acétylène au point de vue des dangers d’incendie (A. Ddbcin) ... 6
- Falsification des confitures (G. Mareschai.)............ 27
- L’alcoolisme des poissons (Flamel)...................... 38
- Minéral cristallisé formé dans un cercueil de plomb
- (Flamel)............................................102
- Coloration du verre par imprégnation (J.-F. Gall) . . 107
- Sucre scié et cassé (J.-F. Gall).......................166
- La dénaturation de l’alcool (L. Durand)...............170
- L’irichromatine. Nouveau procédé de coloration des substances sans emploi de couleur (Jacques Boyer). . . 269
- Un support économique pour burettes et entonnoirs (Antoine de Saporta)......................................286
- Le calcimètre Saint-René (J. Ledant)...................299
- La céramo-cristal (Cérame).............................314
- Le pégamoïd (L. Lefèvre)................................562
- Les hydrocarbures....................................... 14
- Liquéfaction du fluor.................................. 15
- Celluloïd ininflammable................................. 50
- Action de Veau sur les conduites de plomb............... 30
- La vapeur d'aldéhyde formique........................... 31
- Rivières de cuivre...................................... 63
- Le nickel fondu......................................... 63
- État des substances alliées au fer......................127
- Les huiles tunisiennes.................................142
- L’état des métaux contenus dans la fonte et l’acier. 143
- Le microbe de l'ambre gris.............................143
- L'aluminium pur.........................................159
- Les travaux de VArgentaurum laboratory.................174
- Conservation de l'eau oxygénée..........................191
- Nouveau traitement pour rendre le bois incombustible .................................................206
- Étude de la chlorophylle au point de vue chimique . 207
- Attaque du fer par la chaux, le plâtre et le ciment. . 259
- Les noms chimiques.....................................254
- Propriétés chimiques de la rétamine.....................271
- L’encre de Chine........................................518
- Propriété du fluor liquide.............................519
- Les corps solubles contenus dans le cuivre.............335
- La pêche du platine....................................550
- Les borures alcalino-terreux............................367
- L’acier indou...........................................414
- L’action du feu sur les colonnes de fer.................415
- Météorologie. — Physique du globe. Géologie. — Minéralogie.
- La source de la Buna (Herzégovine) (E.-A. Martel). . . 7
- Une démonstration expérimentale simple de l'action des
- forces centrales.................................. 19
- Les causes de la catastrophe de Killarney (E.-A. Martel) . 38
- L’oscillation atmosphérique (Henri de Parvii.le) .... 50
- La trombe du 18 juin 1897 (J.-F. Gall)................ 65
- La chaleur interne du globe (A. de Lapparent) .... 66
- Les préjugés scientifiques. Le baromètre et la prévision
- du temps (J. Derôme)................................. 86
- Effets de grêle..........................................102
- Sur la chaleur solaire (A. Crova)............... 117, 155
- L’histoire géologique de la mer (Stanislas Meunier). . . 119
- Les cerfs-volants et la prévision du temps............154
- Variation annuelle de la pluie (J.-R. Plcmandon). . . . 187
- La grotte de la Balme (Émile Yunq)....................248
- Les cascades de nuages au Cap (L. de Launay)..........295
- L’intensité des pluies (J.-R. Plumandon)..............502
- Les basaltes de Latour-d’Auvergne (Stanislas Meunier). 305
- La source des Avens (A. Pallies).........................580
- Le feu central et le percement des tunnels (Y. Brandicourt). 591
- L’Aven Armand (Lozère) (E.-A. Martel).................402
- La gravité et la densité moyenne de la terre. . . . 50
- Les inondations du Mississipi......................... 47
- Effets mécaniques des grêlons......................... 79
- Les hauts fourneaux et la foudre......................111
- La prédiction du temps................................207
- Le volcan-baromètre......................................222
- Les abeilles prophètes du temps.......................254
- L’état électrique de l'atmosphère.....................505
- Violence des tremblements de terre....................318
- Fils téléphoniques et coups de foudre.................585
- Éruption d’un glacier en Islande......................415
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- L’influence de la Franklinisation sur la voix des chanteurs (A. Moutier et Granier).......................... 6
- Les défenses de l’organisme en présence des microbes
- (Dr Charrin)...................................... 55
- La canitie rapide (Dr A. Caiitaz)..................... 42
- Action des rayons X sur la rétine (Dr G. Bardet) ... 50
- L’hygiène du garde-manger (Dr A. Cartaz)................. 74
- L’ataxie locomotrice. Nouveau traitement (Flamel). . . 141
- Le traitement du coup de chaleur (G.-H. Niewenglowski). 151 Emploi de l’éleclro-aimant en chirurgie ophtalmique
- (G. Pellissier)......................................189
- Traitement sérothérapique du tétanos chez les animaux
- (Henri de Parville)..................................225
- Citronnade et limonade (Henri de Parville)...............235
- Le nez et la respiration (Dr Mendel)..................241
- Marche et course d’après l’art antique (Dr Félix Régnault) 244
- La rage en France (J.-F. Gall)........................271
- La rougeole à l’école (J.-F. Gall)....................310
- Le lait stérilisé (Henri de Parville)....................311
- Le pied de la Chinoise (Dr I.-I. Matignon)............315
- Les pédicures dans l’art (Dr H. Meige)...................358
- La saignée (J.-F. Gall)..................................378
- Le Massage au Japon (Dr Michaut).........................397
- L’expression vraie de la physionomie (G. Demeny) . . . . 401
- Action physiologique des rayons X........................ 15
- Lésions organiques occasionnées par les rayons X . 47
- La toxicité des peptones................................. 47
- Argentol, itrol et actol.................................110
- Curation du psoriasis....................................127
- Durée de l’immunité vaccinale............................142
- Applications thérapeutiques nouvelles du courant ondulatoire ............................................142
- De l'influence des maladies infectueuses de la mère
- sur l'enfant......................................145
- La toxicité de la sueur..................................143
- Statistique de la diphtérie à l’hôpital Trousseau pour l'année 1896 . . . ............................. 159
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- L’iode dans Vorganisme................................
- Action réflexe des lésions du péritoine...............
- Les microbes de l’encre...............................
- Les bruits des veines fluides.........................
- La vaccine du choléra.................................
- Congrès international contre l’alcoolisme.............
- Cirrhose des buveurs..................................
- Iiôle de la glande thyroïde...........................
- Les pigments de la bile...............................
- Le microbe de la fièvre jaune.........................
- Les poussières des appartements.......................
- Sérothérapie de la coqueluche.........................
- Le rôle du tissu cartilagineux...............,. . . .
- L’inconvénient des poudres à priser...................
- Mécanique. — Art de l’ingénieur.
- Travaux publics. — Arts industriels.
- Embarquement mécanique des charbons (L. Bâclé). . Distribution d’eau froide et d’eau chaude à la campagne
- (J. Laffargue)................................
- Les voitures sans chevaux au siècle de Louis XIV (Capitaine L. de N.)......................................
- Moulins et meuneries-boulangeries du système Schwei-
- tzer (G. Audhui)...................................
- Le nouveau tunnel sous la Tamise (Daniel Bellet) . . . Humidification de l’air des salles de travail (M. Leroy) . Panneaux de faible résistance pour sorties de secours
- en cas de panique (E. Parisse).....................
- Fonderie perfectionnée. Alliages A.-F. Cothias (G. Ma-
- resciial)..........................................
- Les nouveaux procédés d’extraction des diamants au Cap
- (L. de Launay).......................................
- Foyer portatif à pétrole (II. Lebon)..................
- Jean-Rodolphe Perronet. Le premier ingénieur des ponts
- et chaussées (J.-F. Gall)..........................
- Une nouvelle fourche de bicyclette (Daniel Bellet) . .
- Inauguration du pont Mirabeau (E. Maglin).............
- Scie à ruban horizontal électrique (J. Laffargue) . . . . Les sonneries des cloches et les oscillations des clochers
- (P. de Mériel).....................................
- Moteur à essence de pétrole. Système Loyal (E. Hospitalier)..............................................
- La catastrophe de l’Adour (Louis Méry)................
- Pour monter les côtes à bicyclette (Capitaine R) . . . . Automobile postale Serpollet de la Compagnie des chemins de fer du Nord (J. Laffargue)....................
- Locomotives Compound de la Compagnie du Midi destinées au service des trains express sur les lignes à
- fortes rampes (L. Bâclé)...........................
- Les roues à centre plein (L. Elbé)....................
- Le Palais de l’industrie (E. Maglin)..................
- Le moteur Diesel (J. B.)..............................
- Coussinets à billes...................................
- Concours de l’Automobile-Club. Les Poids Lourds (Lucien
- Périsse).....................................199,
- Une usine à carbure de calcium à Notre-Dame-de-Brianeon
- (A. Rigaut)........................................
- Roulement sans glissement par billes ou rouleaux (E. Maglin)................................................
- Le petit plomb et le martinet (Cii.-Ed. Guillaume). . .
- La distribution de l’eau (M. L.)......................
- Empaqueteuse auto-mesureuse (L. Durand)...............
- La fonte du bronze d’art d’un seul jet (E. Maglin). . .
- Le moteur thermique Gardie (Norbert Lallié)...........
- Moules pour soudures de tuyaux (M. Leroy).............
- Des sonneries curieuses dans les horloges et les pendules (Planchon) ....................................
- Chaudière de Laval à pression de 220 atmosphères (K.
- SoSNOYVSKl)........................................
- Nouvelles applications des billes de roulement (P. de
- Mériel)............................................
- Moteurs à gaz et à pétrole (J. Laffargue).............
- Une automobile à 2 roues (E. Hospitalier).............
- Agrandissement du port de Marseille (J. Léotard)
- Sur les roulements sans glissements par billes ou rouleaux (IL Hervé).....................................330
- Chaudières multitubulaires bizarres (D. Bellet) .... 353
- Pistes et records (E. Hospitalier).................358
- Le métropolitain à câble de Glasgow (D. Bellet) . . . 503
- Les chaudières à tubes d’eau (L. Turgan)...........571
- Les moteurs à alcool (J. L.).......................374
- Les nouveaux palais des Champs-Elysées (E. Maglin). . 375 Le moteur Diesel à combustion intérieure (J. Laffargue) 595
- Eau nécessaire pour la condensation..................R)0
- La fabrication de la pulpe de bois (Ed. Twight). . . . 407
- L'éclairage des trains à Vacétylène................ 44
- Nouvelle machine jouissante pour Cessai des matériaux de construction................................ 44
- La fourniture des plaques de cuirasse aux États-
- Unis............................................... 44
- Les wagons blindés aux États-Unis..................... 50
- La valeur des différents calorifuges.................. 54
- L’utilisation d’une partie de la force motrice du
- Saint-Laurent...................................... 40
- L’emploi des voies sablées dans les gares............. 03
- Un déraillement causé par la chaleur.................. 05
- Les avantages des chaudières à tubes d’eau .... 410
- Un pont tournant monstre à Chicago ...................444
- Le chemin de fer électrique du Gornergral.............459
- Température des chambres de chauffe...................475
- Courroies monstres.................................. 175
- Chauffage de locomotives anglaises au pétrole.. . . 205
- Un pont tournant de 450 mètres mû électriquement. 200 Embarquement rapide de charbon à bord d’un navire de guerre........................................200
- Déplacement longitudinal des rails....................222
- Distribution d’eau sous pression pour force motrice. 222
- Le laboratoire technique de Cambridge.................222
- La distribution d’eau de Kobe.........................222
- La consommation des machines marines..................223
- Installation de force motrice.........................259
- Préparation des ressorts de revolvers................ 239
- Les routes ferrées aux États-Unis.....................259
- Le laboratoire Purdue pour l’essai des locomotives . 254
- Wagoti-grue à contrepoids automatique.................254
- Tramway électrique d’Enghien à Montmorency. . . 255
- La rupture des rails..................................255
- Drague monstre........................................255
- Moteur à acétylène................................... 255
- Un train minuscule....................................280
- La chaîne et les engrenages...........................550
- Bicycles en papier....................................500
- Fuite d’un pneumatique ...............................300
- La fabrication à la Monnaie de Paris..................415
- Sciences naturelles. — Zoologie. Botanique. — Paléontologie.
- Le Thar ou Jharal de l’Ilimalaya (E. Oustalet). ... 17
- Les origines de la houille (Pu. Glangeaud).............. 21
- Un lézard ocellé conservé en captivité depuis quatorze
- ans (Dr Ch. Decaux).................................... 43
- Le problème de l’anguille (Henri de Varigny)............ 51
- Curiosités végétales (D. Levois)............................ 04
- Le Maté, son origine, sa préparation et ses effets physiologiques (Jacques Boyer)..................................."77
- Les parasites des fourmis et des fourmilières (Henri
- Coupin)................................................. 81
- Sur la luciférase ou zymase des animaux et des végétaux....................................................... 83
- L’année des hannetons (F.-A. Forel)......................... 93
- Les perfectionnements de la pêche maritime et la culture des mers (Edmond Perrier)............................. 97
- Le chien comestible (Paul Mégnin)...........................125
- Ressorts végétaux (A. Acloque)..............................458
- Un laboratoire souterrain (Armand Viré).....................401
- Un poulpe ermite (Henri Coupin).............................464
- Le vieil acacia (J. Poisson).............................. 211
- 159
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- 174
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- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- La montée d’anguilles dans la Somme (V. Brandicourt). 215 L’acarien des vins sucrés du Midi (Dr E.-L. Trouessart). 226 La bactériologie de l’ambre gris (H. Beaüregard) . . . 234
- Les bons et les mauvais ccpes (A. Acloqüe)..........243
- Les fleurs des Alpes (J. Corcelle)..................259
- Un lézard à deux queues (J. Durand)................268
- Les acariens dans les vins (J.-F. Gall)............275
- Le paradis des singes (Paul Mégnin).................285
- La mémoire des poissons (Henri de Parville) . . 294, 326
- La flore des tombeaux égyptiens (V. Brandicourt) . . . 298
- Un nouveau cybium (E. Demenge).....................331
- Le pithecanthropus erectus (Pu. Glangeaud)..........338
- Les anguilles en eaux closes...........................355
- Les chiens sauvages (P. Mégnin)........................357
- La tomate pomme de terre (J. Poisson)...............367
- Un nouveau gibier : « Le Tinamou » (Paul Mégnin) . . 385
- Les rayons X en histoire naturelle (Abel Buguet) . . 400
- Le duel de la vipère et du hérisson (Güignet).......407
- La couleur des fleurs (A. Larbalétrier).............410
- Les renards noirs...................................... 14
- Vieux arbres........................................... 15
- Les truffes de Chypre.................................. 31
- La dégénérescence des caltleya......................... 31
- Découverte d'animaux de grande taille.................. 63
- Les algues dans les étangs poissonneux.............. 94
- Les fruits dans l’alimentation......................... 95
- Une maladie du peuplier................................111
- Le venin de la salamandre terrestre....................127
- Le rôle physiologique des capsules surrénales. . . 127
- Tuberculose des poissons.............................. 142
- Un parasite des vins sucrés............................175
- La lumière et la vie végétale..........................190
- Les acariens du vin....................................207
- Pieuvre géante.........................................223
- La diffusion d’un parasite des végétaux................223
- Structure des végétaux.................................239
- Pluie d'insectes en Belgique...........................255
- L’anthracnose et l’oïdium..............................271
- Les réactions de la germination........................355
- Une variété cannelle du merle noir.....................350
- Découverte d’un chéiroptère de miocène.................551
- La treille du Roi à Fontainebleau......................383
- Le traitement de la strongylose des moutons. . . . 383
- Les ancêtres du tapir..................................599
- La chlorophylle dans les plantes.......................415
- Art militaire. — Marine.
- Le Vieux Neuf. Les cuirassés en étoffe (A. de Rochas) . Marine des États-Unis : l’« Iowa », cuirassé de haute
- mer (L. Renard)...................................
- Bicyclistes militaires et chiens de guerre (J.-F. Gall). .
- L’artillerie Canet à tir rapide......................
- Les nouveaux canons (Commandant X.)..................
- Un nouvel observatoire militaire (L. Renard).........
- Les chiens de guerre à la Nouvelle-France (A. Dubar) . Nouveaux perfectionnements introduits dans la navigation maritime (G.-L. Pesce)..........................
- Les naufrages au golfe de Beauduc et la Société centrale
- de sauvetage (Antonin Palliés)....................
- La « Turbinia » (Commandant G.)......................
- La voile parasole (F. Ullern)........................
- A propos du « Bruix »................................
- Les bateaux couleurs (Commandant G.) ..............
- Un quatre-mâts chaviré (L. Dubar)....................
- Le navire insubmersible (Léo 1)ex)...................
- Le phare d’Eckmühl (Jacques Boyer)...................
- Armes automatiques (Ch.-Ed. Guillaume)...............
- Canon sans bruit, sans flamme et sans recul (G. Mares-
- ciial)............................................
- La coque des navires et leurs parasites (L. Renard) . . Puissance des nouveaux revolvers (A. Landrin) . .
- L’hygiène dans les pêches maritimes..................
- Installations électriques d’un croiseur anglais . . .
- Un nouveau canal maritime japonais...................
- Les filets protecteurs contre les torpilles..........
- Le lancement du sous-marin « Holland »...............
- Un bateau en ciment armé.............................
- La congélation du canal de Kiel......................
- Le canon pneumatique Sims............................
- Quarante années de progrès dans les constructions
- navales...........................................
- Un yacht extra-rapide................................
- Scaphandre travaillant sous 55 mètres d’eau....
- Nouveaux navires de guerre japonais..................
- Salaires des ouvriers des constructions navales en
- Angleterre..............................‘ •
- Un nouveau « ferry boat »............................
- Dock flottant monstre................................
- Le grand vapeur « Pretoria ».........................
- Un bateau de rivière à la mer........................
- 18
- 35
- 39
- 54
- 95
- 108
- 130
- 171
- 182
- 197
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- 379
- 14
- 46
- 46
- 79
- 94
- 174
- 190
- 207
- 221
- 222
- 222
- 238
- 239 286 366 383 585
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Le ltongola pendant l’occupation madhiste (Henri Dehérain) 90
- Une horloge géographique..................................100
- Un lac à 3500 mètres d'altitude (Ch. Marsillon) . . . 100 Les Robinsons de l’Atoll Keeling (Paul Combes) .... 125
- Les remparts d’Antibes (L. Bordellet).....................135
- Le sommet du Mont-Blanc (J. Corcelle)..................139
- Au pôle Nord en ballon. Expédition Andrée (Henri de
- Parville)..............................................167
- Le canal de la Baltique à la mer Noire (L. Renard) . . 196
- Une expédition belge au pôle Sud (J.-F. G.)............203
- Premières expéditions polaires............................239
- Le retour de l’expédition Jackson (Marquis de Nadaillac). 243
- Le tunnel du Simplon (H. Blerzy)..........................250
- L’exploration du Bandama (Paul Combes)....................292
- L’or dans les régions arctiques (Marquis de Nadaillac) . 343
- La foiba de Pisino (E.-A. Martel)....................... 346
- Découverte d’un aven dans les Causses.....................356
- Anthropologie. — Ethnographie. Sciences préhistoriques*
- Découverte d’une ancienne ville au Mexique (Marquis de
- Nadaillac)...................................... 59
- Les animaux domestiques au Japon (Albert Tissandier). 129
- Clepsydres (Planchon).................................369
- Les menhirs de Brunoy et de Roussy................. 15
- L'âge de la terre....................................190
- Aéronautique.
- Machine volante..................................... 95
- Mesure de l’altitude des ballons..................350
- L’actinométrie et les ballons-sondes.................367
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- M. Paul Schiitzenberger (J. Laffargue).............. 95
- Daguerre (A. Riant)..................................109
- Mme Georges Masson (Henri de Parville).............. 62
- M. P. Schützenberger (Henri de Parville)............ 78
- M. J.-B. Salleron....................................174
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Académie des sciences (Séances hebdomadaires de 1’), par Cii. de Yilledeuil. 15, 31, 47, 63, 79, 95, 111, 127,142,159,175, 191, 207, 225, 259,255,271,287,
- 503, 319, 334, 350, 367, 383, 399 ....... .
- Association française pour l’avancement des sciences à
- Saint-Étienne (A. C.).............................163
- L’Exposition de Bruxelles (J. Laffargue) ...........229
- Élections à l'Académie des sciences . . 63, 79, 95, 127
- Décès à l’Académie des sciences................97, 127
- L’Association des ingénieurs allemands. Congrès international contre l'alcoolisme.
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 427
- L’insuccès financier de certaines expositions. . . . 255
- Le Congrès d’Aix en Provence...........................382
- Agriculture. — Acclimatation.
- Pisciculture.
- Les fermes à chiens en Chine (P. Mégnin)............... 25
- Une Lavogne sur le causse de Sauveterre (Ernest Cord). 47
- L’année des hannetons (F. A. Forei.)................... 93
- Un moyen de culture du cresson (J.-B. Avignon) . . . 147
- Correspondance. Les hannetons en France (A. Brunehaut). 158 Exposition de chrysanthèmes et de fruits (A. Tissandier) 398
- Incendie des forêts (M. Ledant)........................207
- L'électroculture aux États-Unis........................ 14
- La qualité des pommes de terre......................... 95
- Destruction d’un parasite des vignes...................127
- Du rôle de l'humidité dans la nitrification de l'intérieur ..................................................142
- lixationde l’azote dans les terres arables.............160
- Emploi du carbure de calcium contre le phylloxéra. 174
- Amélioration des sols humifères.........................287
- Les plantes de grande culture...........................287
- Modifications des produits de la culture du chanvre 599
- Science pratique et récréative.
- Récréation photographique. Les rayons X (Mages) ... 31
- Exercices cyclistes (J. Revort)......................... 44
- Escamotage d’une dame. Nouveau procédé (prestidigitateur Aeber).............................................143
- Illuminations et éclairs (À.-P. Deseillignï)............160
- Images exhalées (E. Florent)............................208
- Expériences sur les transformations subjectives des couleurs (E.-II.)..........................................256
- Le fumogène (G. Mareschal)..............................504
- Le corps flottant dans l’air (Alber)....................351
- Récréations scientifiques (V. Brandicourt)..............416
- 'Variétés. — Généralités. — Statistique.
- Un globe terrestre gigantesque (E. Boistel). ..... 6
- Jetons français (J.-F. Gall)............................ 26
- La fabrication des chapeaux de feuilles de palmier (P. de
- Mériel).............................................. 26
- Rectification des arcs de cercle (E. Peraux)............ 26
- Expériences contre l’incendie au Théâtre-Français. . . 54
- Les annonceurs de stations des bateaux parisiens (Georges
- Yitoux).............................................. 61
- Histoire d’un homme qui voyait par le nez (E. Dogliot). 67
- Un compteur extraordinaire (Dr X)....................... 79
- Le deuxième centenaire de l’introduction du tabac en
- Russie (Jacques Boyer)............................... 87
- Les feux d’artifice monstres (Daniel Bellet)............111
- Un train arrêté par des chenilles (P. Glangeaud). ... 115 Correspondance (Duc Nicolas de Leuchtenberg) .... 126
- L’heure décimale à la Société: des ingénieurs civils de
- France............................................ 150
- La soie remplacée par le coton (Léon Lefèvre). . . . 150
- Le filet protecteur du pont de Ramingao (G. Pélissier). 173 Un hommage à « La Nature » (Albert Tissandier) . . . 175
- Correspondance (E. Hospitalier).........................190
- Destruction des insectes (Flamel).......................192
- Un muet qui parle (E. Drouot)...........................218
- Machine à couper les haricots verts (M. Leroy).........224
- Les joueurs d’échecs à l’aveugle (Henri Coupin). . . . 237
- Flotteur pour la natation (L. Girod)....................240
- La production du fer (M. L.)............................262
- La rage en France (G.-F. Gall)..........................271
- La boulangerie centrale de l’Assistance publique à Paris
- (Géo Bonneron).......................................275
- Déplacement des cheminées d’usines (Daniel Bellet). . 279
- Rochers à formes animées (Albert Tissandier)............287
- L’industrie forestière en Californie (Ch. Marsillon) . . . 311
- Sonneries à répétition (J. Durand)......................519
- La pipe (Os. baron de YVatteville)......................327
- La fortune des nations (Un membre de la société de statistique) ...........................................555
- Le pseudo-centenaire de la houille (J. Boyer) .... 546
- Le service postal pneumatique à New-York (M. Ledant). 355 La puériculture et la Pouponnière (Henri de Parville). 592
- Production de la bière en Allemagne................. 14
- La production du carborundum......................... 14
- Impression sur celluloïd............................. 15
- Le lait à Paris...................................... 30
- Le tulipier pour boites à cigares................... 30
- Un bloc de pierre de 1235 tonnes.............. . 30
- Les correspondances au Japon........................ 51
- Conduite d'eau en bois............................... 46
- Sucre scié et sucre cassé........................... 46
- La conservation des fruits........................... 46
- Tué par son faux col................................. 62
- Les omnibus à Paris.................................. 65
- Le pétrole de Galicie................................ 63
- Un appareil contre l'abus du tabac................... 63
- La douane et les rayons .Y....................78, 141
- Vêtements incombustibles en asbeste.................. 78
- Recensement de la population russe................... 78
- Le poinçonnage des poids et mesures.................. 79
- Surmenage par bicyclette............................. 79
- Œufs d'oiseaux; conservation des colorations de la
- coquille.......................................... 79
- L’explosion du laboratoire de M. Lacaze-Duthiers . 95
- La bibliothèque nationale des États-Unis.............111
- La population de l’Algérie...........................111
- Le linge en celluloïd et ses dangers.................111
- Attaque des coffres-forts par l’électricité..........127
- L’alcool en France...................................142
- Un arc triomphal.....................................159
- La population de l'Allemagne ........................174
- Production totale du cuivre..........................175
- Assèchement artificiel des maçonneries...............190
- Le phonographe en justice............................191
- La production du fromage aux États-Unis..............191
- Un souvenir de la fondation des États-Unis .... 206
- Un nouveau pain......................................206
- Le tombeau de Livingstone en Afrique.................206
- Les dangers de la laine minérale.....................206
- La houille au Japon..................................206
- La compagnie péninsulaire orientale..................222
- La protection des églises contre l’incendie..........222
- Salle d’attente pour nègres..........................222
- Développement de la vêlocipédie . 238
- La maison pour veufs et veuves de Glasgow .... 254
- L’usure des matériaux de carrelage et de parquets . 254 Le commerce des bicyclettes aux États-Unis .... 254
- Plancher incombustible...............................255
- L'orge el le houblon en Allemagne....................270
- L'or et l’argent aux États-Unis......................270
- Une revue scientifique japonaise.....................270
- Les tramways et les voleurs de grands chemins à
- Chicago...........................................271
- La houille en Russie.................................271
- Le bois de teah......................................287
- Les mauvais effets de la « cordite ».................287
- Les prix du blé......................................502
- Fantaisies scientifiques américaines.................303
- Les brevets en Suisse................................319
- Un pneumatique auto-gonflable....................... 319
- L’agrandissement de Londres..........................319
- Inauguration du phare d’Eckmühl................... . 354
- Les pensions aux États-Unis..........................366
- Méthode de classement des travaux scientifiques. . 567
- Le sucre dans l’alimentation.........................382
- La houille aux Etats-Unis en 1896 .................. 399
- Gonsommatiou du tabac................................414
- L’alimentation d’un hercule..........................414
- L'accroissement de la population en Égypte .... 414
- Le service d’incendie à Amsterdam....................414
- FIN DES TABLES
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- ERRATA
- Page ‘255, col. 1, lignes 54 et 55. Au lieu de : 53 pour 100
- de carbone, 12 de Si, 8 de P, et 9 de S.
- Il faut : 0,55 pour 100 de carbone, 0,12 de Si, 0,08 de P, et 0.09 de S.
- Page 274, col. 2, ligne 55. Page 532, légende de la lig. 5.
- * Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, y. /
- Au lieu de : sa lumière.
- Il faut : sa silhouette.
- Au lieu de : le cybiuin Proosti.
- Il faut : Type général du Cybium.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- —f$— M. Ouvrard, docteur ès sciences, agrégé près l’Ecole supérieure de pharmacie, est nommé sous-directeur du laboratoire d’en--seignement et de recherches à la Faculté des sciences Jde Paris, en remplacement de M. Rousseau, décédé.
- —La troisième série de l’Exposition publique des Actualités géologiques a été inaugurée au Muséum (Galerie de géologie), le mardi 1er juin, à 3 heures. Elle reste ouverte les mardis, jeudis, •samedis et dimanches de 1 heure à 4 heures.
- —Une Exposition nationale de la Céramique et de tous les arts du feu vient de s’ouvrir au Palais des Beaux-Arts, Porte Rapp, au Champ-de-Mars, à Paris.
- —Les fouilles qui avaient été entreprises pour l’établissement des fondations du Grand Palais des Champs-Elysées sont terminées et les maçons vont se mettre à l’œuvre incessamment. Les fondations et le rez-de-chaussée du Palais seront terminés dans cinq ou six mois; l’année prochaine, on montera tout le palais, et l’année suivante sera employée à la couverture et à la décoration intérieure. On travaille aussi très activement au pont Alexandre III. Le mur du quai de la Conférence est démoli entièrement et on procède à l’enlèvement des terres. On va commencer à monter les caissons métalliques qui devront supporter le tablier du pont. Cette première partie du travail sera terminée à la fin de l’année.
- —®— Naissance de petits « pumas » au Muséum. La curieuse famille de « pumas » ou tigres rouges, composée d’un puma mâle et de deux pumas femelles, offerts l’an dernier par Mme Sarali Bernhardt, vient de s’augmenter de deux petits pumas. C’est la première fois qu’une naissance d’animaux de cette espèce se produit au Jardin des Plantes.
- —®— On peut voir en ce moment à Londres, à l’Exposition des lleurs de Temple Gardens, une orchidée unique au monde. C’est la superbe Cattleya Reineckiana. Sa fleur est toute blanche et a la forme d’une mouette avec un fond or et vermillon. C’est le célèbre chercheur d’orchidées, M. Arnold, qui la trouva, peu avant sa mort, au Venezuela. Elle est évaluée à plus de 25 000 francs.
- —Mme de Yatimesnil, belle-sœur du baron de Mackau, qui a trouvé la mort dans la catastrophe du Bazar de la Charité, suivait assidûment les cours de botanique de M. Poisson au Muséum. Elle avait composé un herbier dans lequel abondent surtout les plantes rares des hauts sommets des Alpes et des Pyrénées. M. le baron de Mackau vient de faire don de cet herbier au Muséum.
- —ffc— Le Conseil d’administration des chemins de fer de l’Ouest a décidé récemment la mise à l’essai d’un appareil de distribution des billets de voyageurs. Par une manœuvre simple et rapide, l’appareil coupe, imprime, numérote, date le billet et inscrit sur une bande tous les renseignements nécessaires au contrôle des billets délivrés . et des sommes recueillies.
- —La Faculté de médecine de Paris a fait dernièrement une doctoresse de plus. Mlle Gabrielle Majewska — une étudiante polonaise — a obtenu le grade de docteur avec la note : Bien.
- —®— Il paraît qu’il n’existe qu’un parc d’huîtres perlières au monde, mais il donne à son propriétaire un joli bénéfice. Ce parc se trouve dans le détroit de Torres, à l’extrémité septentrionale d’Australie. Il appartient à M. James Clark, de Queensland. M. Clark, connu sous la dénomination de « roi des pêcheurs de perles », avait, mis au début 150000 huîtres perlières. Aujourd’hui, M. Clark emploie 1500 ouvriers, dont 200 plongeurs et 250 vaisseaux à la pêche <le ses perles. Il y a trois ans que M. Clark a établi son parc. Il a une superficie de o00 milles carrés et le produit de la pêche annuelle varie entre 40 000 et 200 000 livres sterling.
- —®— Une poupée vivante. C’est dans le village de Hartley, en Angleterre, que se trouve cette merveille, où elle attire chaque jour des milliers de curieux. Elle s’appelle Marguerite Suddaby. Elle est née dans le Yorkshire, de parents bien constitués, et mesurait exactement au moment de sa naissance dix-sept centimètres de taille. Aujourd’hui, elle paraît avoir atteint son plein développement : sa taille ne dépasse pas trente centimètres et son poids quatre cents grammes. Elle a donc bien les dimensions d’une petite poupée et ses parents ne peuvent l’habiller qu’avec des vêtements de poupée. Elle dort dans un lit minuscule dont les draps sont grands comme un mouchoir de poche et dont l’oreiller tiendrait dans une enveloppe. La poupée vivante de Hartley est blonde, avec de jolis yeux clairs et intelligents. Jusqu’à présent, sa santé n’a jamais donné d’inquiétude, et rien n’est plus saisissant que de la voir danser et courir, comme un merveilleux petit automate.
- —$$— Le 25 mai ont eu lieu à Charenton (Seine), au ponton des bateaux express, des essais de la ceinture de sauvetage Colonier, sous la présidence de M. Gomot, sénateur, président de la Société des sauveteurs d<? la Seine.
- —M. E. de Ruaz vient d’obtenir une médaille d’or de troisième classe pour la gravure au Salon des Champs-Elysées et M. Breitel une troisième médaille également pour la sculpture.
- —@— On va réparer et renouveler le matériel de l’entretien et du curage des égouts. Dans les modifications les plus urgentes se place l’opération du mitraillage, qui consiste dans le refoulement des sables des branchements vers le collecteur par une sorte de vanne mobile, retenue par un homme et chassée par la pression d’un courant d’eau d’une force déterminée. Au cours de cette opération, le. moindre afflux d’eau fait courir un sérieux danger à l’homme, qui risque d’être entraîné jusqu’au collecteur. On a déjà fait des essais-en vue de substituer un appareil permettant de faire ce travail d’une façon automatique. Ces essais de dragage mécanique vont continuer dans tous les collecteurs où les wagons-vannes ne manœuvrent pas assez vite. On poursuit également l’étude des procédés en vue d’utiliser les chutes d’eau si fréquentes dans les égouts pour fabriquer à bas prix l’électricité nécessaire à la mise en marche de tous les engins mécaniques de service. Au point de vue de l’hygiène, des. améliorations sensibles vont bientôt aussi être réalisées. En attendant qu’on installe des bains-douches dans toutes les usines, il est question de donner des bottes légères aux ouvriers employés au roulage des. wagonnets, et de substituer des lampes à huile lourde aux lampes à huile de colza, très fumeuse et à clarté insuffisante, en attendant l’application, actuellement à l’élude, de l’emploi de lampes électriques portatives.
- —Un nouveau volcan. Notre confrère Cosmos a annoncé qu’un phénomène ayant toutes les apparences d’une éruption volcanique se produit dans le grand Lac Salé, à petite distance au sud-ouest de la station Promontory, sur le Central Pacifique. Tout récemment, il se forma un petit nuage qui resta suspendu au-dessus des eaux du lac à environ 2 kilomètres de la rive. Ses dimensions augmentèrent graduellement, et il s’éleva à une telle hauteur, qu’aujour-d’hui il est visible à grande distance. L’eau, dans son voisinage, bouillonne, et l’écume en est rejetée dans l’atmosphère à plusieurs centaines de pieds de hauteur.
- —©— Le navire Pouyer-Quertier, appartenant à la Compagnie française des câbles télégraphiques, vient ae terminer la pose d’une ligne sous-marine entre Curaçao et la Vêla de Coro, qui se rattache par ce dernier point au système des câbles côtiers que la Compagnie française est en train d’établir au Venezuela. Le câble de la Vêla de Coro à Curaçao double la communication que le Venezuela possédait déjà antérieurement avec l’extérieur, par le câble de la Guayra à Curaçao, et assure ainsi, en cas d’interruption de la ligne de la Guayra, la permanence des communications télégraphiques du Venezuela avec le réseau général.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La machine à coudre électrique fonctionne tous les jours chez M.Lali-gant, 12, boulevard des Batignolles, à Paris. — L’amplificateur Joux se trouve, 48, rue de la Victoire, à Paris. — Les appareils pour distribution d’eau sont construits par M. E. Henry, 19, rue du Poteau, à Paris.
- Communications. — M. A. Molteni, à Paris, à propos des Notes que nous avons publiées sur les générateurs oxyéthériques (n“ 1250 du 15 mai, p. 582, et n° 1251 du 22 mai 1897, p. 387), nous adresse la lettre suivante : « Permettez-moi de vous donner une petite explication à propos du chargement des lampes oxyéthériques. 11 est dit dans le premier article « qu’après le premier remplissage de la lampe c’est un peu au « hasard qu’on ajoute l’éther ». Il est parfaitement exact que lorsqu’on charge un appareil on ne sait pas ce qui peut rester d’une opération précédente. Mais il n’y a là aucun inconvénient. On peut charger une lampe avec excès ou la charger deux fois de suite, si on ne sait pas qu’elle vient de l’être, cela ne fait rien, attendu que l’on doit toujours drainer le liquide en excès et n’allumer qu’après avoir purgé, c’est-à-dire après avoir laissé souffler le gaz jusqu’à ce qu’il ne se produise plus aucun crachement; avec cette précaution très simple on n’a jamais des projections de flamme. En résumé on est en présence d’un appareil comme tous ceux qui emploient des liquides inflammables, réchauds, lampes, eolipvles, etc., dans lesquels il ne faut pas en mettre en excès. J’ajouterai même que la lampe oxyéthérique présente un avantage sur beaucoup de ces appareils, c’est qu’étant garnie à l’intérieur, il n’y a aucun vide servant de magasin à mélange explosif; comme expérience nous produisons, continuellement, des rentrées de flamme, qui n’ont aucun inconvénient. Beaucoup d’appareils usuels employés dans les ménages et les ateliers ne supporteraient pas cet essai. J’ai à la maison un appareil qui, depuis près de trois ans, est soumis à ce régime plusieurs fois par jour et qui fonctionne parfaitement. Lorsque le drainage a été bien fait, il ne reste plus d’éther à l’état libre dans l’appareil et les crachements qui peuvent se produire en ouvrant le gaz, proviennent d’une petite quantité de liquide qui se trouve dans le tube très court qui amène le gaz au chalumeau. Après deux ou trois crachements, il n’en sort plus et on peut allumer sans crainte.
- « L’appareil américain d’Yves remonte à quinze ans. Il a été atenté en Amérique, le 1er août 1882, et comme il est fort ien dit, il n’était pas sans présenter de danger, précisément parce que le saturateur était éloigné du chalumeau et que la tuyauterie, plus ou moins longue pour arriver à l’appareil, forme un magasin de gaz explosif de pas mal de centimètres cubes que la moindre rentrée de flamme faisait détoner. De plus, par suite de l’évaporation de l’éther, l’appareil se refroidissait et les vapeurs carburantes n’étaient plus assez abondantes, le mélange intérieur atteignait bientôt la proportion pour devenir détonant. De prime abord on est effrayé en pensant à l’emploi d’un appareil basé sur un mélange de vapeur d’éther et d’oxy-ène. Mais il faut se rappeler qu’à l’instar des autres mélanges étonants, ce mélange n’est explosif que dans de certaines proportions. Lorsque l’oxygène- est en faible proportion par rapport à l’éther, le mélange ne détone pas. Il faut donc, dans un appareil de ce genre, faire en sorte que la carburation soit assez abondante pour que les vapeurs carburantes soient en excès; mais comme d’un autre côté il faut que le mélange devienne détonant pour porter la chaux à l’incandescence, le problème se résume à ceci : construire un saturateur duquel il ne sortira qu’un mélange non explosif et y ajouter au moment de la sortie, c’est-à-dire en dehors de l’appareil, la petite quantité d’oxygène pur qui le rendra détonant. C’est ce qui se produit dans le modèle que je construis depuis près de trois ans. La figure ci-jointe représente la coupe de l’appareil;
- l’oxvgène entre en A, se divise en deux portions, Lune, suivant, le tube recourbé B, passe par le carburateur, se sature de vapeur, ressort en C, passe par le chalumeau D, à l’extrémité duquel on peut l’allumer. Dans cet état, si on fait rentrer la flamme il n’y a pas d’explosion parce que l’oxygène, étant saturé de vapeurs carburantes, n’est pas détonant. L’autrè portion d’oxygène passe pâr le tube E en dessous de l’appareil qu* vient aboutir dans la petite chambre à mélange G. Ce supplé-
- ment d’oxygène pur forme le mélange détonant nécessaire? pour porter la chaux à l’incandescence. Mais ce mélange détonant est en très faible quantité, il n’y en a guère que 2 ou 3 centimètres cubes, et lorsque, par aspiration, on fait rentrer alors la flamme, il se produit un claquement analogue à un coup de fouet provenant de l’explosion de ces 2 ou 3 centimètres cubes de mélange. Mais l’explosion ne se propage pas à l’intérieur du saturateur. Je répète cette expérience depuis près de trois ans, dix fois par jour, et jamais je n’ai eu d’explosion intérieure. Beaucoup d’appareils usuels, que l’on ne songe pas à condamner, ne supporteraient pas ces essais, et dans les anciens appareils oxyéthériques tels que celui dont il est question, il n’aurait pas fallu les tenter. C’est pourquoi les auteurs, à cette époque, recommandaient bien de ne pas se tromper dans la manœuvre des robinets, surtout en éteignant, afin d’éviter ces rentrées de flamme qui se produisaient très facilement, surtout à fin de charge. Depuis 1882, on a proposé bien d’autres modèles d’appareils de ce genre. Chaque année ne s’est presque pas passée sans une amélioration. J’ai eu occasion d’en expérimenter un certain nombre. Peu à peu on a corrigé les défauts et on en est arrivé à placer l’appareil dans la lanterne même, afin que la chaleur intérieure de la lanterne (chaleur qui n’est pas aussi élevée qu’on peut le croire) empêche le refroidissement et permette que la carburation soit assez abondante jusqu’à la fin. »
- M. Ch. Beaugrand, archiviste de la Société géologique de Normandie, au Havre, nous envoie un opuscule : Considération» sur l'enseignement de la géologie.
- M. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins, nous a fait parvenir un extrait de La feuille des jeunes naturalistes. Cette Notice a pour titre : Géonémie de saturnia pyri Schiff. Limite septentrionale de son extension en France.
- M. Dumont, à Paris, nous fait remarquer que, puisqu’il existe des procédés qui rendent les étoffes ininflammables, on pourrait sans doute préparer des vêtements incombustibles qui préserveraient tous les sauveteurs en cas d’incendie. Cette idée nous semble fort juste et l’application pourrait peut-être donner de bons résultats.
- M. S. Guillebeau, directeur de l’école de Sorèze, à propos de l’article de M.iP. Combes sur Les êtres vivants considérés comme réactifs géographiques (n° 1251, du 22 mai 1897,
- . 590), nous écrit qu’il y a des oliviers fort nombreux au Mas-abardès et à Roquefère, localités situées également dans la Montagne-Noire, non loin de Montolieu et plus au nord. On en trouve aussi beaucoup encore plus au nord entre Saint-Pons et Bédarieux. Le village d’Olargue, situé dans cette région, semble tirer son nom (Oloearum Ager) de la présence de cet arbre et le justifie parfaitement. Enfin notre correspondant a remarqué souvent l’olivier le long de la ligne du chemin de fer entre Tarascon et Lyon. Tarascon est encore plus septentrional que Saint-Pons.
- Renseignements. — M. L. Kien, à Vincey. — Vous trouverez divers renseignements dans Notes et formules de l'ingénieur et du constructeur mécanicieni à la librairie Bernard et Cie, 53 ter, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- (Voir la suite de la Botte aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRES (Suite)
- M. E. Schlumberger, à Mulhouse. — Le chantier à inclinaison réglable à volonté a été décrit dans les Petites Inventions du n° 1215 du 12 septembre 1896, et se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- M. P. D., à Paris. — Il faut vous adresser à une agence de brevets qui peut seule faire ces recherches.
- M. G. Dupont, à Plessis-Trévise. — Vous pourriez peut-être essayer deux carburations successives.
- M. D. Theillier, au Grand-Priel. — Remerciements pour votre envoi; nous avons mentionné ces accidents dans notre dernière chronique météorologique.
- M. H. Pinchart, à Paris. — Entrepreneurs de travaux maritimes : M. Desforges, 1, rue de Compiègne; M. Massalski, 53, boulevard de Strasbourg; M. Métayer, 84, rue Saint-Antoine.
- M. Ch. Favier, à Lyon. — Nous avons publié plusieurs articles sur les araignées aéronautes, notamment dans le tome II, 1886, p. 191, et dans le tome I, 1891, p. 282.
- M. E. Pugno, à Morlaix. — Nous n’avons pas l’adresse du constructeur américain de cet appareil ; mais vous pourriez vous renseigner à des dépositaires d’outils américains, M. Riecke, 41, rue Meslay, ou à M. Roffo, 8, place Voltaire, à Paris.
- M. L. Espinach, à Cardedew. — 1° Nous avons transmis vos observations à la librairie. — 2° Nous pensons que vous pourrez enlever ces taches avec de l’eau de Javel.
- M. Séguin, à Lyon. — 1° Il n’y a pas d’avantage spécial à employer ces rayons. — 2° Consultez Les rayons X, par Ch.-Ed. Guillaume, à la librairie Gauthier-Villars et fils. Nous avons aussi annoncé d’autres ouvrages dans nos bibliographies.
- M. S. M. C., à Auxon. — L’adresse que nous avons donnée nous a été indiquée par l’auteur de l’article, M. A. Good, 70, rue de Rivoli*, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Ponsar, à Popineourt. Nous ne croyons pas que cette traduction ait encore
- [iaru. — M. D. B., à Pans. Il faut écrire au bureau du journal dans equel vous avez lu la description de l’appareil. — M. V. Risch, à Paris. Pour ces opérations, il est nécessaire de consulter un chimiste. M. E. Gounelle, à Àix. Nous n’avons pas encore d’autres renseignements sur ce moteur. — M. Fitremann, à Bourg. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lro série, à la librairie Masson et Cie. — M. Juan Vila y Forns, à Gerona. 1° Nous avons reçu votre ordre. 2° Nous lirons votre Notice. — Mme Fve Tardy, à Paris. Vous pourrez vous procurer ce produit chez les marchands de produits chimiques.
- APPAREILS YÉLOCIPÉDIQUES1
- Trompe-lanterne et pompe pour cycle. — Ce nouvel appareil pourra être apprécié des amateurs cyclistes ; il réunit trois objets indispensables, la lanterne, la pompe et la corne
- Trompe-lanterne et pompe pour cycle.
- d’alarme. Dans le dessin de gauche, on voit en AA l’appareil placé sur la bicyclette. Les autres figures de droite nous montrent les pièces séparées. En 1 se trouvent la trompe et la lanterne. La lampe à huile est logée dans le corps de la trompe; elle est mobile et se retire en pressant le bouton placé en 6 sous la corne. La prise d’air de la lampe est en 7, opposée au vent. Le son de la trompe sort par les rainures 8. Les figures 2, 3 et 4 nous font voir les pièces séparées de la pompe, et en DD se trouve le montage complet de celle-ci. — Cet appareil multiple est en vente chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, au Palais-Royal, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces
- Lanterne pour vélos. — La lanterne que nous représentons dans la figure ci-dessous est à pétrole. Le phare placé à la partie supérieure est relié au réservoir de pétrole par un
- Lanterne pour vélos. — 1. Ensemble vu de face. — 2. Pièce de détail.
- 3. Vue de côté.
- crochet spécial qui assure toute solidarité. Cette lanterne peut s’attacher sur le devant de la bicyclette ; elle a le mérite d’ètre de faibles dimensions, légère, et de bien fonctionner. — La lanterne se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent,1 à Paris. ;
- Clé universelle. — Cette clé est formée d’un man«ke, qui peut recevoir douze têtes de calibres différents pour s’adapter sur des écrous de 10 à 21 millimètres. La tète pénètre, facilement dans un trou particulier ménagé à cet effet, et_il'
- Clé universelle à tètes interchangeables.
- suffit de glisser un fourreau pour la maintenir en place. Cette clé à tètes mobiles interchangeables forme une petite trousse de 300 grammes à peine et que l’on peut mettre facilement dans la poche. — La clé universelle est fabriquée par M. A. Lefèvre, 3, rue Simart, à Paris.
- Le Bloc-Vélo. — Il paraît qu’on vole plus de dix mille bicyclettes par an à Paris. La chose ne nous étonne pas trop,
- Le Bloc-Vélo. — 1. Vue d'ensemble. — 2 et 3. Détails des pièces.
- car on voit très souvent des machines qui semblent abandonnées le long des trottoirs ou contre les maisons ; le propriétaire n’est, pas loin, mais le voleur non plus, et il est de plus habile cycliste
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- <( possède de bons jarrets. Quelques personnes mettent une chaîne avec cadenas pour entraver les roues, mais avec une pince il est bien facile de couper un maillon. Aussi a-t-on imaginé beaucoup d’autres systèmes de sécurité ; en voici encore un nouveau, le bloc-vélo, qui nous paraît très pratique et que construit M. Dm y, l’inventeur de la clef diamant que nous avons décrite ici : c’est un verrou qui est destiné à immobiliser le guidon (n° 1), au moyen d’une fourche qui s’emboîte sur le tube supérieur du cadre. Cette fourche forme l’extrémité d’une petite serrure (n° 2) coulissant sous une glissière (n° 3) qui est fixée au collier du guidon. Elle est disposée de façon à s’adapter à la place de l’écrou existant à cet endroit sur toutes les machines. Deux trous percés dans cette glissière sont destinés
- à recevoir un ergot qui sort de la serrure et qui ne peut être manœuvré qu’avec la clef (n® 4) ; dans le trou supérieur, la fourche se trouve remontée et le guidon est libre; dans le trou inférieur, la fourche emboîte le tube du cadre et le guidon se trouve immobilisé. La serrure, en aluminium, pèse à peine 100 grammes. La manœuvre est des plus simples puisqu’il suffit d’un demi-tour de clef pour bloquer ou débloquer le guidon, et personne autre que le propriétaire de la machine ne peut le faire, car la clef-diamant ne s’applique qu’aux serrures de sûreté. Pour une faible dépense on peut donc assurer sa machiné contre le vol. — Le bloc-vélo se trouve chez M. Deny, 48, rue des Acacias, à Paris.
- BULLETIN' MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DinECTIOV ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 24 mai.... 9%2 N. N. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert sauf des éclaircies à 15, 16 et 23 h. ; quelques petites averses.
- Mardi 2o 10',9 N. 2. Couvert. 0,1 Couvert le matin; puis peu nuageux; beau après 17 h. halo; arc circonscrit et parhélies.
- Mercredi 26 11*,4 S. E. 1. Beau. 0,0 Nuageux; halo; quelquefois des gouttes.
- Jeudi 27 11*,1 S. S. E. 2. Couvert. 0,1 Couvert-jusqu a 10 h.; très nuageux ensuite; pluie à
- Vendredi 28 10*,2 S. W. 3. Très nuageux. 3,9 plusieurs reprises. Nuageux jusqu’à 10 et 23 h. ; couvert le reste du temps; quelques petites averses.
- Samedi 29 15”,2 S. S. W. 3. Très nuageux. 0,2 Presque couvert jusqu’à 17 h. ; nuageux ensuite ; souvent de petites averses.
- Dimanche 30 ... . 18”,1 S. E. 2. Beau. 0,8 Peu nuageux ; halo ; éclairs dans la soirée, au S.-S. S. W.
- MAI 1897. — SEMAINE DU LUNDI 24 AU DIMANCHE 30 MAI.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblement de terre. — Le 29 mai, à 11 heures 40 du soir, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Palascia (province de Lecce), en Italie. Des secousses ont également été constatées à Ban, Tinolo, Oppido Mamertina, Reggio di Calabria, Messine, Mineo, Portici, Ischia, Rome et Sienne.
- Orages. — Le 23 mai, à Gap, un orage de quelques heures a démesurément grossi le torrent de Théus, près Remollon ; les digues du torrent ont été emportées ; le chemin de grande communication a été détruit sur une longueur de 800 mètres. Le canal du syndicat de la plaine a été entièrement comblé. Les prairies riveraines de la Durance ont été en cet endroit entièrement couvertes de gravier. Les pertes sont estimées, pour les propriétaires seulement, à 30 000 francs.
- Par suite de pluies torrentielles, il s’est produit, dans plusieurs régions de la Hongrie, des inondations qui ont causé de grands dégâts. A Tœké-térébès et dans les environs, les orages ont détruit des ponts et des moulins et ont fait d’énormes ravages dans les champs. A Mad, trois femmes ont été tuées par la foudre.
- Pluie de poissons. — La constatation des pluies de poissons et de
- gre nouilles, dit le Cosmos, a une grande importance au point de vue de la théorie des trombes, et on ne saurait négliger de consigner ceUes qui sont signalées avec un certain caractère d’authenticité. Pendant longtemps, ces pluies ont été niées ; si l’on trouvait nombre de crapauds ou de grenouilles sur le sol après une averse, on supposait volontiers que l’envahissement des eaux les avait fait sortir de leurs refuges souterrains ; ceux qui en avaient reçu sur la tête avaient beau réclamer, on leur aflirmait qu’ils étaient dupes de leur imagination. Aujourd’hui, cependant, on n’ose plus nier ces chutes d’animaux; elles ont été observées avec méthode et constatées ; mais bien des personnes estiment encore que ces batraciens ont été enlevés par un violent courant d’air au flanc des collines pour retomber dans les vallées. Un nouveau fait vient s’ajouter à d’autres pour détruire cette explication : dans la nuit du 3 au 4 avril, une trombe s’est abattue dans la Dordogne, sur la commune des Graulges, canton de Mareuil. Or, si l’on en croit les nouvelles venues de ce département, au matin, les habitants, à leur grand étonnement, trouvèrent des soles un peu partout : dans les jardins, dans les sainfoins, dans les luzernes; d’autres accrochées aux buissons des haies ou aux girouettes des maisons. Ces poissons ont dû faire au moins 150 kilomètres pour venir tomber dans les prairies de la commune des Graulges. Les soles virent peu sur les hauteurs : si le lait est vrai, la conclusion s’impose.
- PHASES DE LA LUNE : Néant.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- - —g|— M. le préfet de la Seine, par un arrêté en date du 5 juin 1897, a nommé M. Defrancé, directeur administratif des services des travaux, et M. Bouvard, directeur administratif des services d’architecture de la Ville de Paris.
- —®— Depuis la catastrophe de la rue Jean-Goujon, on multiplie, avec raison, les précautions contre l’incendie. On visite tous les locaux publics susceptibles d’offrir prise à un nouveau sinistre. La commission supérieure des théâtres a visité la semaine dernière la salle du Conservatoire. Elle a constaté la nécessité de la reconstruction complète de cette salle et, à titre provisoire, a prescrit l’installation d’appareils d’incendie, la construction de deux escaliers de dégagement et la suppression de plusieurs places. La salle sera fermée après les concours de fin d’année et ne sera rouverte qu’après l’exécution des prescriptions ci-dessus. Pour l’Opéra, la commission a décidé d’établir un service de grand secours et un rideau de fer, et de remplacer par des cloisons incombustibles les séparations en planches existant entre les décors déposés de chaque côté de la scène.
- —®— Le Times signale une importante découverte de papyrus grecs faite à Belinesa, en Egypte, par deux professeurs d’Oxford, MM. Grenfell et llunt. La ville de Behnesa, l’ancienne Oxyrrhincus, occupait une surface de 2 kilomètres de long sur 800 mètres de large," à l’extrémité du désert occidental s’étendant entre Fayoum et Minya. Rarement visitée dans les temps modernes, Behnesa offre un champ presque vierge aux archéologues, et les deux professeurs anglais en ont rapporté de nombreux rouleaux sur lesquels le Times nous donne les renseignements suivants : « Ces papyrus datent d’une époque comprise entre la conquête romaine et les premiers temps de la période arabe. Chaque siècle est largement représenté; les textes sont pour la plupart grecs, mais il y a aussi des documents en latin, en copte et en arabe. On n'en a pas encore beaucoup déchiffré, mais on peut déjà affirmer que certains papyrus apportent des données importantes sur la formation du Canon chrétien. L’un d’eux, en effet, datant du troisième siècle, est une collection de logia ou des paroles attribuées au Christ, dont plusieurs ne figurent pas dans les évangiles et dont d’autres diffèrent, par quelques détails, des mêmes passages du Nouveau Testament, 11 faut noter, à ce propos, que rien n’autorise à établir un rapport quelconque entre ces documents et les logia qui, suivant Papias, auraient été réunis par saint Mathieu. On espère aussi trouver, dans la collection exhumée, des fragments ignorés de la littérature classique, vu que plusieurs papyrus sont écrits en « onciales ». La plus riche partie de la collection,” soit 150 rouleaux complets, a été retenue par le musée de Ghizeh. Le reste a été expédié en Angleterre, où les auteurs de cette découverte procéderont à un examen plus minutieux de leur trésor. Outre ces papyrus, MM. Grenfell et Hunt ont exhumé des ruines de Behnesa de nombreuses monnaies, environ 200 coquillages portant des inscriptions, des ornements en bronze et en ivoire et différents objets des périodes romaine et byzantine.
- —Une véritable catastrophe s’est produite le 5 juin dans la moirée, à Voiron, dans l’Isère. A 10 heures, une trombe d’eau S’est abattue sur la ville. Le ruisseau la Morge a rompu ses digues et plusieurs maisons se sont effondrées. Les principaux magasins et les principales usines ont ôté submergés. Les dégâts étaient énormes -et paraissaient devoir atteindre plusieurs millions. Plusieurs personnes ont péri dans la catastrophe.
- —Un cas de longévité extraordinaire, pour un navire de mer, est relevé par notre confrère américain Seabord. On vient de .'âionslafër, dit-il, apres un abordage en Tamise, que le navire abordé, le trois-mâts barque True Love, a l’âge de cent trente-trois ans, ayant été construit à Philadelphie en 1764. Son premier voyage en "îTûfdpirdate de 1765. Il ne revint à son port d’attache qu’én août
- 1773. C’est à son retour en Angleterre, en octobre de la même année, qu’il fut acheté par un armateur de Londres, qui en fit un dépôt de charbon flottant. Les dimensions du True Love sont les suivantes : longueur 29m,50, largeur 8m,15, creux 5m,18. Il jauge 296 tonneaux. Ces dimensions qui, de nos jours, comparées à celles d’un paquebot de 180 mètres comme le Peusylvania, semblent extrêmement modestes, étaient alors considérables pour un navire du commerce.
- —On vient d’imaginer un nouveau système de quille pour les yachts. En section transversale, la quille se présente sous la forme d’un trapèze isocèle, c’est-à-dire que cette quille est bien plus large à sa partie inférieure qu’au point où elle se relie au corps de la coque du bateau. De cette façon, même quand le bateau donne un peu de bande, la surface que la quille oppose à l’eau est toujours sensiblement perpendiculaire à la direction de celle-ci. La dérive est grandement diminuée. De plus, le lest de la quille peut être placé beaucoup plus bas, comme on le comprend, et la stabilité du yacht est bien supérieure.
- —©— Uhe chasse peu banale vient d’être courue dans le bois de Meudon. Un malheureux tigre, échappé de quelque ménagerie, on ignore laquelle, s’était réfugié dans les bois et il jetait la terreur parmi les habitants des villages voisins. Hier, une escouade du génie, détachée à l’Ecole d’aérostation militaire de Chalais, a été commandée pour procéder à une battue, et le tigre, surpris dans un hallier, est tombé sous une grêle de balles.
- —On a signalé un singulier effet de la foudre sur un train sur la ligne de Lyon-Saint-Paul à Montbrison. Le 4 juin soir, pendant un violent orage, un train de voyageurs filait à toute vitesse lorsqu’un coup de tonnerre retentit et le train fut comme environné d’une gerbe de feu. Le mécanicien s’aperçut aussitôt que la vitesse de son train s’était ralentie soudain de plus des deux tiers; il reprit bientôt sa marche normale.
- —$$— M. Dybowski, directeur de l’agriculture et du commerce de la Régence de Tunis, nous a envoyé une Notice sur la Tunisie à l’usage des émigrants. Cette Notice renferme de nombreux renseignements sur la situation du pays, les communications, le climat, la température, les marchés, ainsi que sur l’agriculture, les principales cultures, les forêts, le régime de la propriété, l’industrie et le commerce. Cette brochure est envoyée gratuitement à tous ceux qui la demandent à la Direction de l’Agriculture et du Commerce, 22, rue d’Angleterre, à Tunis, ou à l’Union Coloniale, 50, rue de Provence, à Paris.
- —La production des combustibles minéraux a été en progrès pendant l’année 1896, car elle a atteint 29 310 832 tonnes, en augmentation de 1290939 sur l’exercice antérieur. Cependant, 10 concessions de houille et 12 de lignite, en exploitation en 1895, ne l’ont pas été cette année, par suite de l’insuffisance rémunératrice que les exploitants y trouvaient, Le Nord et le Pas-de-Calais seuls figurent pour 17 074 634 tonnes. La Loire vient après avec 3 561 088. La production de la fonte a été de 2 333 702 tonnes, dont 8864 au bois, 15 215 mixte et le reste au coke, en augmentation de 329 834 tonnes sur 1895. Le département de Meurthe-et-Moselle figure pour 1 455 526 tonnes, le Nord vient le second avec 263989. La production du fer a atteint 814 643 tonnes, dont 589 236 pud-dlé»s, 6203 affinées au charbon de bois et 219204 obtenues par réchauffage. L’augmentation est de 57 850 tonnes. Le Nord figure
- Four 289532 tonnes et les Ardennes pour 102 211. La production de acier a été, en augmentation de 252 795 tonnes, de 1 128 769 tonnes de lingots, et, en augmentation de 168 895, de 883508 d’acier ouvré. Pour le lingot, Meurthe-et-Moselle est au premier rang avec 413 976 tonnes et le Nord au second avec 186 820; pour l'acier ouvré, le Nord est au premier rang avec 176036 tonnes, Meurthe-et-Moselle au second avec 120 446 et Saône-et-Loire au troisième avec 90 089. En somme, la situation n’est pas mauvaise.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — La lampe à pétrole Auer se trouve à la Société française d’incandescence par le gaz, 151, rue de Courcelles, à Paris.
- Communications. —M. José Ayroza Galiâo nous adresse de San-Paulo (Brésil) les intéressantes nouvelles suivantes dont nous souhaitons la confirmation : « J’ai le plaisir de vous annoncer que le Dr Philippe Caldas, médecin brésilien résidant à Rio-Grande, a découvert un sérum pour le traitement abortif de la variole et un autre pour celui de la fièvre jaune..Les premiers essais cliniques ont été faits sur des cas perdus de variole confluente, à l’Hôtel-Dieu de la ville de Rio-Grande. Résultat : guérison complète au bout de quelques jours. Enhardi par ce succès, il a-essayé le sérum sur des malades qui venaient d’entrer à l'imitai à la première période de la maladie. Effet abortif immédiat, e Dr Auguste Duprat, de l’école de Paris, et Ribas Cadaval, à la clinique civile, ont appliqué ce sérum avec un succès éclatant, mais la forme hémorragique a été réfractaire au sérum primitif, elle commence à céder au nouveau sérum comme les autres formes. A Pernambuco, les applications ont très bien réussi, surtout chez les enfants. Le Dr Gouvèa Freire, directeur de l’hôpital militaire de Rio-Grande, a essayé ce sérum sur 11 soldats atteints de la variole, dont deux sous la forme hémorragique. Résultat : 11 guérisons. A Rio-Grande on employait toujours le sérum fraîchement préparé. A Rio-de-Janeiro, les expériences officielles ont été faites avec une préparation moins récente, et les résultats ont été moins satisfaisants. On y a confié aux soins du Dr Caldas 9 malades, ou plutôt 9 cadavres à ressusciter, des cas perdus de l’hôpital, de variole confluente, hémorragique, avec des décollements de peau très étendus, avec des infections secondaires très avancées, quelques-uns à l’état comateux; cependant il a ressuscité 4 de ces malheureux qui ne sont même pas grêlés, et il en aurait sauvé davantage, si la provision de sérum ne s’était épuisée et le traitement continué par la méthode ordinaire sans aucun succès. Jusqu’à présent les applications du sérum contre la fièvre jaune ont été très restreintes, par ce que, avant d’avoir reçu de l’Europe les appareils spéciaux pour l’extraction, stérilisation et filtrage en plus grande échelle, il ne pouvait obtenir que des quantités réduites du sérum. Le Dr Seidl, secrétaire de l’Académie de médecine de Rio-de-Janeiro, a bien voulu faire les premières applications cliniques à l’hôpital. Trois malades de fièvre jaune qui venaient d’y entrer furent guéris tout de suite. Comme sujet d’études on a essayé le sérum sur un cas perdu; l’urine supprimée s’est rétablie tout de suite, la teneur en albumine s’est réduite et la température est descendue, l’état général amélioré; mais la provision de sérum s’est épuisée et on a continué le traitement par la méthode ordinaire sans résultat. Le Dr Caldas est maintenant à Rio-de-Janeiro, où il a été appelé par le Gouvernement pour faire des expériences officielles. »
- M. F, Goujon, au Bouseat (Gironde), nous envoie une Notice sur son nouvel appareil Piano-Cycle, qui démontre les explications cosmographiques relatives à la rotation de la Lune.
- M. R. Falloz, à Berlin, nous écrit qu’il a eu l’occasion d’observer dans la forêt de Grunewald, près de Berlin, une araignée minuscule se balançant sur un immense fil imperceptible tendu entre deux pins de 30 mètres de hauteur et .situés l’un de l’autre à une distance de 50 mètres également.
- M. F. Fiévet, à Lille, nous envoie un petit appareil appelé héméraphane, qui permet de trouver le jour de la semaine répondant à une date donnée depuis l’an 1700 jusqu’à l’an 2000. Cet appareil se compose d’une partie fixe et d’un curseur mobile au milieu de la partie fixe ; les dimensions en sont très réduites.
- M. F. Bachelet,À Azans,près Dôle-du-Jura, nous écrit que, le 3 juin, à 8h 50 du soir, un violent orage éclatait dans la contrée. Aux écoles de Yalcombe, dans une maison à trois étages, située à 150 mètres du Doubs au nord-est et à 200 mètres de
- la forêt de Chaux, sur une hauteur de 40 mètres, on a aperçu, au moment de décharges de la foudre, une série de lueurs sur les fils intérieurs des sonneries et le long d’un tuyau de poêle intérieur. Des personnes appuyées sur les barreaux d’um1 fenêtre ont même reçu des secousses.
- Renseignements. — M. O.-L. de Suixilliers, à la Trinité (Martinique). — 1° Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer. — 25 Nous avons déjà parlé de plusieurs petits fourneaux analogues dans les Petites Inventions; le fourneau Primus se trouve chez M. Lamotte, 5-4, rue de Paradis, à Paris. — 5° La pompe sert à insuffler de l’air et à activer la flamme.
- M. le ur Bastier, à Tananarive. — Nous avons bien reçu votre intéressante Note, mais la question a été bien étudiée, et il existe aujourd’hui dans l’industrie divers modèles de transformateurs.
- M. C. Forestier, à Paris. — L’adresse demandée est 4ôr rue Jacob.
- M. A. Saclier, à Verdun. — Acier coulé : M. E. Plichon, 56, rue de Lounnel ; M. P. Auriol, 25, rue Godot-de-Mauroi ; MM. Robert et Ci0, 149, rue Oberkampf, à Paris.
- M. P. Gely, à Montpellier. — Appareils Carré, 61 bis, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. 0. B., à Rouen. — Pour ces renseignements, vous pouvez vous adresser directement à la Société des Moulins, quai de Javel, ou à la maison Amelin et Renaud, 59, rue Jean-Jacques-Rousseau, à Paris.
- if. F. Foerster, au Havre. — Une Société a été en effet constituée pour exploiter les accumulateurs Blot. Le siège est situé, 39 bis, rue de Châteaudun, à Paris.
- L'abonné n° 1356, à Montevideo. — 1° Il est possible de répéter ces expériences et d’utiliser les courants alternatifs-dont vous parlez; mais il y a certaines dispositions qu’il faut faire étudier par un spécialiste. — 2° Ce transformateur peut facilement être construit ; adressez-vous à la Société L'Éclairage électrique, 53, rue de Châteaudun, à Paris. — 5° On a essayé ces expériences ; elles présentent certaines difficultés.
- M. Dumont, à Paris. — Il y a plusieurs livres de médecine qui disent qu’il faut boire du cidre pour améliorer l’état des graveleux, mais on ne peut par ce moyen guérir la pierre.
- M. A. Fisat, à Barcelone. — 1° L’ouvrage le plus récent et le plus au courant est le Traité des industries céramiques par M. Bourry, à la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris. — 2° Adressez-vous aux fabricants : M. II. Béziat, 54, rue de Paradis, M. E. Bourgeois, 21, rue Drouot, à Paris; MM. Delinières. et Cie, à Limoges.
- M. D., à M. — La glace obtenue avec l’eau de mer ne contient pas une aussi grande quantité de sels que cette eau, mais elle en renferme encore.
- M. C. H., à V. — 1° Traité de photographie de M. A. Londe, à la librairie Masson et Cie. — 2° Divers ouvrages ont été publiés par la librairie Gauthier-Villars et fils, à Paris. — 3° Ce défaut doit probablement provenir des plaques.
- M. E. Lufbery, à Chauny. — Filtres-presse : M. Charles, constructeur à Saint-Denis (Seine) ; M. Leclaire, 140, rue Saint-Maur ; M. J. Fribourg, 50, rue des Ecoles, à Paris.
- M. J. Gutierrez, à Sinalva; M. J. Jullien, à Saint-Germain-au-Mont-d’Or. — Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. Dervieux fils, à Saint-Paul-en-Jarret. — Il faut faire votre communication à la Société de navigation aérienne, à Paris.
- M. F. Pothier, à Saint-Alban. — Nous publierons bientôt un article sur un sujet analogue.
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un abonné, à Montevideo. Nous ne comprenons pas votre question. Dans les thermomètres à alcool, le liquide est coloré par quelques gouttes de rosaniline. — M. F. Flamman, à Thézau-les-Béziers. La correction a déjà été faite dans les errata ; remerciements. — M. F. Teisserenc, à Ceilhes. Nous ne savons pas de quelle pile vous voulez parler. — M. L. Droz, à Cornaux (Suisse). Nous avons publié une Notice spéciale sur la restauration des vieux tableaux dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, 3e série, à la librairie Masson et C*e. — M. Baicoffe, à Yamboli. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. P. L., à Paris. La composition de ces rouleaux est donnée dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 1” série, à l’adresse indiquée plus haut. — M. le G*3 de la Ferlé, à Rouen. Nous n’avons pas les indications que vous demandez. Tous nos regrets. — M. A. S., à X. Des faits semblables ont déjà été signalés. — Un abonné, à Amiens. II n’existe pas d’ouvrage sur ce sujet. — M. H. P., à Genève.
- 11 faudrait savoir quelle est lai nature dé la pâte que vous désirez pour pouvoir vous donner une réponse.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, m A insérer toutes les communications.—; Il n' est.répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Lance d’arrosage à triple effet. — Les jardiniers de profession, et aussi toutes les personnes qui ont le bonheur de
- Lance d’arrosage. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Pulvérisation. 3. Fermée. — 4. Jet.
- contenant un certain nombre d’amorces (n“ 2), qui se déroule. En regard de ce ruban est placée une petite mèche-bougie (n° 3). Si l’on arme le pistolet et qu’on le décharge, l’amorce part et enflamme la mèche. Un fumeur peut, à l’occasion, utiliser cette
- iPistolet-allumoir. — i. Vue d’ensemble. — 2. Mécanisme intérieur. 3. Détail de la mèche-bougie»
- posséder un jardin, ont besoin à tous moments d’une lance d’arrosage, et tous se sont plaints de la défectuosité des systèmes anciens, qui exigeaient différentes embouchures pour produire le jet et la pulvérisation de l’eau. Ces embouchures mobiles s’égaraient fréquemment. La nouvelle lance pratique supprime totalement ces inconvénients, car l’embouchure est disposée de telle façon que son robinet est à trois effets, admettant l’eau alternativement, par un simple tour, soit à la pomme (n° 2), soit au tube (n° 4) qui produit le jet. En continuant à tourner, on ferme la lance complètement (n° 3). — La lance d’arrosage se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, Paris.
- Porte-parapluie. — Un porte-parapluie est fort utile dans une antichambre. Mais il faut que la place de chaque parapluie soit bien déterminée et qu’ils ne chevauchent pas les uns sur les autres. Le porte-parapluie, dont il est question, se compose d’une série de disques mobiles autour de leur centre (n° 1 et 2)
- Porte-parapluie. — 1. Vue en dessus. — 2. Vue; en dessous. — .3. Usage.
- et maintenus par des lames flexibles de ressort. Une.plaque d’un certain nombre de disques étant fixé contre le mur, avec un petit réservoir à la partie inférieure.(n® 3), il suffit de faire pénétrer le parapluie dans une ouverture en appuyant. La rondelle tourne, le ressort plie et le parapluie prend sa place. — Le porte-parapluie se trouve à la même adresse que la lampe d’arrosage.
- Pistolet-allnmoir. — Ce petit pistolet est très anïusanl et
- S eut être très utile. Il ne diffère en rien, comme aspect-extérieur, es autres pistolets (n° 1). Mais à L’intérieur se trouve un ruban,
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction àbsNou-velles scientifiques est étrangère aux annonces.
- flamme. — Le pistolet-allumoir se trouve chez M. P. Bertrand, 49, rue d’IIauteville, à Paris. ....
- HYGIÈNE ET SANTÉ”
- La formaline dans les maladies du pharynx, de l'oreille et du nez. — Un médecin russe, M. Jafzôuta, a employé la formaline sous forme de pulvérisations dans .un. grand nombre d’affections pharyngées, optiques, nasales, et a obtenu d’excellents résultats. L’administration est des plûs'snhples: on verse dans une carafe une solution de formaline à 5 pour 100, on agite le récipient de façon à dégager les vapeurs médicamenteuses et, au moyen d’un pulvérisateur de Richardson, on projette ces vapeurs soit dans ki gorge, soit dans le nez pendant cinq à dix minutes. La plupart des laryngites aiguës soumises à ce traitement ont été guéries dans l’espace d’une à deux semaines ; les coryzas aigus, en un jour ; les catarrhes de la trompe d’Eustache disparaissaient trois fois plus rapidement à la suite de douches de vapeurs formalinées (par la sonde), et guérissaient sans récidives. Les douches tubaires paraissent aussi avoir la meilleure influence sur les affections supurées de l’oreille moyenne. Les pulvérisations de formaline déterminent au début, chez les malades, une sensation de brûlure, de picotements, de toux, de l’irritation de la conjonctive dans le coryza) ; mais bientôt l’accoutumance s’établit et le traitement est alors parfaitement supporté.
- Rhumatisme articulaire aigu. — On prend une liqueur formée de": 1° saligénine, 4 grammes ; alcool pur, 50 grammes; eau, 200 grammes. — 2° Pendant la convalescence : glvcéro-phosphate Dalloz, un flacon, deux cuillerées à café par jour à prendre dans un peu d’eau avant les repas,
- Oxyures vermiculaires, — 4° Prendre, pendant trois jours, le matin à jeun, un des cachets suivants : santonine, 5 centigrammes ; calomel, 40 centigrammes. — 2° Faire, pendant trois jours, le soir au coucher de l’enfant, des applications intra-anales avec la pommade suivante : glvcérolé d’amidon, 20 grammes; onguent napolitain, 10 grammes. — 5° Tridigps-tine, un flacon, deux cuillerées à café par jour dissous dans ûn demi-verre d’eau. Pour faciliter la digestion.
- Traitement local des douleurs névralgiques (S'abbatani). On prépare la solution survmrte t
- Scd1 * ‘ ' j"a~* 1 gramme..
- Alcool absolu ..... 48 —
- On frictionne légèrement, à l’aide d’un pinceau, avec 4 grammes de cette mixture ; l’endroit badigeonné sera recouvert d’ouate. Ces badigeonnages peuvent être répétés 2 à 3 fois par jour. /
- Poudre contre la sueur des. pieds. — On prépare la poudré:
- - a!3!‘: : ; ; ; ; j •**)»*»* ;
- ;. Amidon . . ... . 15 ..—
- .aupoudrer les:pieds„ .... ... : 1
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- .NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BIBLIOGRAPHIE
- Le magicien amateur. Tours de physique amusante faciles pour tous, par Magus. 1 vol. in-8°. Gauthier-Villars et fils, éditeurs.
- « Comment on devient un amusant sorcier, toujours prêt à divertir son entourage », tel pourrait être le sous-titre du volume où notre ami et collaborateur Magus enseigne à chacun le moyen d’exécuter les plus jolis tours de sorcellerie, et cela n’importe où, sans instruments spéciaux, soit par le moyen d’objets qu’on a sous la main, soit à l’aide de petits accessoires qu’il est facile et amusant de préparer soi-même. Cet ouvrage est à la fois très intéressant et très instructif. Les penseurs trouveront certainement là matière à une intéressante étude psychologique sur l’art de produire des illusions.
- Chimie des matières colorantes artificielles. Cinquième fascicule : Matières colorantes dérivées de la quinoléine et de l’acridine; matières colorantes thiozoliques et thiobenzény-
- liques; matières colorantes non classées, par A. Seyewetz, chef des travaux à l’Ecole de chimie de Lyon, et P. Sisley, chimiste-coloriste. 1 vol. in-8°. Paris, 1897. Masson et Cle, éditeurs. Prix du fascicule : 6 fr. Prix de l’ouvrage entier : 30 fr.
- L'Origine de la Nation française, textes, linguistique, pa~ lelhnologie, anthropologie, par Gabriel de Mortillet, professeur à l’Ecole d’anthropologie, ancien président de la Société d’anthropologie, 1 vol. in-8° de la Bibliothèque scientifique internationale. Félix Alcan, éditeur. Paris, 1897. Prix : 6 fr.
- Annales de l’Observatoire de Nice, publiées sous la direction de M. L. Bischoffsheim, membre de l’Institut. 1 vol. in-4°, 1897.
- Cours supérieur de manipulations de physique, par A. Wm, docteur ès sciences. — 2° édition. 1 vol. in-8°. Paris, 1897. Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : 10 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS * 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 31 mai. . . . 14°,1 S. 1. Couvert. 0,1 Nuageux ; tonnerre puis éclairs dans la soirée ; pluie à diverses reprises.
- Mardi 1" juin .... 19°, 1 S. S. E. 2. Nuageux. 2,8 Nuageux jusq. 11 h.; beau ens.; éclairs à 1 h.; qq. coups de tonnerre de 4 h. 20 à 4 h. 30 av. un peu de pluie.
- Mercredi 2 12°,0 W. N. W. 2. Couvert. 16,3 Presq. couv.; fort orage de 5 h. à 7 li. 30 av. pluie.
- Jeudi 3 14°,9 N. N. W. 2. Couvert. 0,7 Couv. jusq. 8 h.; puis peu nuagéux; beau apr. 18 h.
- Vendredi 4 16°,2 N. 3. Couvert. 0,0 Couv.; un peu de pluie à 13 h.; éclairs à partir de 23 h.
- Samedi 5 15°,1 N. 3. Couvert. 0,2 Couv. jusq. 11 h.; puis nuag.; beau apr. 13 h.; éclairs continus à 1 h.
- Dimanche 6 14°,0 N. 3. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 8 h.; nuag. ens.; trace de bruine à 7 h.
- MAI-JUIN 1897. — SEMAINE DU LUNDI 31 MAI AU DIMANCHE 6 JUIN.
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer)~, courbe plus mince, thermomètre à l’abrt à boule sèche ; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri â boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- lies orages h Paris. — Pendant la semaine du 30 mai au 5 juin, plusieurs orages ont éclaté sur Paris. La pluie est tombée en grande abondance et à de nombreuses reprises. L’orage le plus intense a été celui qui a eu lieu le mardi 1" juin dans la soirée. A 10 heures, la foudre est tombée boulevard Barbes, sur les maisons qui font l’angle de la rue des Poissonniers. Les toitures ont été un peu endommagées, mais personne n’a< été blessé. Quelques instants après, le tonnerre s’est abattu sur le dôme de la maison Crespin-Dufayel ; il a suivi le paratonnerre qui le domine, mais la décharge s’est divisée, et une boule lumineuse est venue tomber au milieu de la chaussée, à l’entrée de la rue Christiani et de la rue Clignancourt. Boulevard Saint-Jacques, non loin du Lion de Belfort, vers 9” 40* la foudre est tombée près de là, dans le jardin de l’Observatoire; la détonation a été des plus violentes.
- La foudre est tombée aussi à Vaugirard, place de la Nation et au bois de Boulogne.
- L’orage a duré toute la nuit; des éclairs nombreux ont sillonné les nues
- et on a entendu les grondements sourds du tonnerre jusque vers 3 heures du matin.
- (la tourbillon. — M. J. Quélin, directeur de l’Observatoire d’Angers, nous écrit la lettre suivante : « Le 31 mai, dans la soirée pendant l’orage — d’intensité moyenne — qui a passé sur Angers, j’ai observé un effet de vent tourbillonnaire bien dessiné. Le tonnerre grondait depuis plus d’une heure, des deux directions NNE et S, où se voyaient d’épais cumulo-nimbus s’avançant l’un vers l’autre, pour passer un peu au sud du zénith. J’étais en observation à nota fenêtre, au 2* étage d’une maison assez élevée, dans une rue très large. Presque subitement survient une pluie torrentielle que poussait violemment une rafale de vent ascendant et tourbillonnant qui, malgré la pluie, enlevait de terre des objets' assez compacts : détritus de légumes, cosses de pois, etc.... Je lançai des morceaux de papier, de carton même, et en un instant ces objets disparaissaient en montant presque verticalement à 15 et 18 mètres, tournoyant lentement. Ce mouvement giratoire de l’air dura trois ou quatre minutes sous mes yeux. Je n’ai pu voir s’il suivait une trajectoire quelconque. L’averse continua une ou deux minutes encore. » .
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 31, à 0 h. 35 min. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- —Une somme de 25000 francs a été adressée de Saint-l'étérsbourg par M. le général Tillo au secrétaire perpétuel de VAcadémie des sciences. Cette somme provient de la souscription •elfeetuée en Russie avec l'autorisation de S. M. l’empereur Nicolas II, pour l’érection d’un monument à Lavoisier.
- —$$— L’Association de la presse de l’Institut et des Sociétés savantes a procédé, le 9 juin, à la constitution de son bureau, qui est composé comme suit : Président : M. Henri de Parville ; vice-présidents : MM. Charlier-Tabur et L. Olivier; trésorier : M. Serpeille; secrétaires : MM. Georges, Vitoux et Capelle ; syndics : MM. F. Bour-non, Mispoulet et L. Werthcimcr.
- —La Salpêtrière recevra bientôt une belle statue de Charcot. M. Falguière met en ce moment la dernière main à cette œuvre ; J’illustre savant est représenté debout dans sa robe de professeur, la main droite posée sur la tète d'un sujet dont il vient de découvrir le mal et qui, étendu, semble dompté par la suggestion. Le masque si intéressant de Charcot est rendu avec une puissance et une fidélité émouvantes.
- —La ville de Fréjus a décidé d’ériger un monument à la mémoire du professeur Grisolle, un de ses plus illustres enfants, qui a tenu une si grande place dans l’histoire de la médecine française. Fn comité d’honneur à la tête duquel se trouve M. Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, un représentant de chacune des autres Facultés, le président de l’Académie de médecine, etc., vient de se constituer. Les fonds sont recueillis à la librairie Masson et C‘“.
- —<©— Dans l’une de ses dernières séances, la Chambre des communes a voté, à une forte majorité, en seconde lecture, le bill autorisant l’emploi des poids et mesures métriques, mais sans le rendre obligatoire, et sans l’étendre aux monnaies.
- —D’après la statistique, de 1871 à 1890, la consommation des charbons français à Marseille se serait élevée de 444 900 tonnes à 512 900 tonnes; mais, simultanément, la consommation des charbons anglais aurait passé de 71 900 tonnes à 576 000.
- —H— Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 12 juin après-midi, vers 5 heures, à Calcutta et dans la région avoisinante; elles ont duré cinq minutes et ont causé de sérieux dégâts. A Calcutta même, plusieurs murailles ont été lézardées, des édifices publics tels que Pliotel de ville, la haute cour, etc., ont été endommagés, une partie de la tour de la cathédrale est écroulée. A Hovvrab, sur la rive opposée du Hougli, des maisons entières ont été détruites. Huit indigènes ont péri. A Burdvvan, le phénomène a eu aussi une grande violence.
- —$$— Le 12 juin, vers 7 heures du soir, à Berlin, le célèbre aéronaute Wœlfcrt, accompagné par le mécanicien Knabe, faisait une ascension d’essai avec un ballon dirigeable, parti du Tempelhof. Le ballon avait été gonilé à la station aérostatique; il avait atteint la hauteur de 1000 mètres environ, lorsque se produisit une forte détonation. Au même moment le ballon prit feu, la nacelle se détacha du ballon et fut précipitée à terre avec une vitesse vertigineuse. On ne releva que deux cadavres horriblement brûlés. On croit que le moteur à benzine a fait explosion, et a été ainsi la cause de la catastrophe.
- —0— Pendant un orage qui a eu lieu le 6 juin dans la soirée, la foudre est tombée sur une fabrique de poudre, près de Stephan-skirchen. en Allemagne. Cent quintaux de poudre ont fait explosion. Onze bâtiments ont été détruits. De gros arbres ont été déracinés. A Rosenheim, qui est à une heure de chemin de la fabrique de poudre, et à Stephanskirchen, qui est à une distance de deux kilomètres, les portes et les fenêtres ont été arrachées et en partie détruites par la commotion.
- —S&— M. Porché vient de signaler à la Société archéologique et
- historique de l’Orléanais une curieuse découverte, celle de quatre fours à réduction paraissant avoir appartenu à un établissement métallurgique de l’époque gallo-romaine. Ces fours ont été mis à jour en exécutant un déplacement pour la rectification du tracé d’un chemin vicinal de la commune de Beaulieu (Loiret). Ils ne sont certainement pas les seuls qui ont dû exister dans la région, car on remarque dans les environs quatre véritables collines de laitier .qui, depuis un temps immémorial, servent à l’entretien des routes. On se trouve donc en présence des vestiges d’un important établissement métallurgique, un Creusot gallo-romain.
- M. Marcel Plaidcau signale dans le Naturaliste un nid curieux qu’il a trouvé dans une campague, aux environs de Lille, un nid de Loriot entièrement fait de laine blanche et de bandes de papier provenant du télégraphe système Morse. Or, le bureau télégraphique le plus proche est à au moins trois kilomètres de là. Il faut donc que le loriot ait fait plusieurs fois ce parcours, car la quantité de papipr ainsi transportée est relativement considérable. Peut-être son instinct lui a-t-il appris que, dit l'auteur, dans un nid bâti en papier, ses petits auraient bien chaud. Ne voit-on pas des gens criblés de rhumatismes étendre un journal sur leurs genoux glacés et prétendre que ce papier vaut la meilleure des couvertures? C’est possible. Mais on a trouvé aussi, près de Besançon, des nids tout en ressorts d’acier de montre. Nous venons d’en recueillir un entièrement constitué avec les poils d’un gros Saint-Bernard voisin du nid. Les oiseaux se servent surtout de ce qui leur semble com mode pour bâtir leur petit édifice.
- —®— Il est certain que, indépendamment de l’influence hygiénique des arbres, la plantation des grandes voies rend celles-ci tout particulièrement agréables à l’œil. Les Américains de New-York se plaignent précisément de la nudité des plus belles artères de leur vaste cité, même de celles qui environnent Central Park et qui sont pourtant bordées de demeures magnifiques. Aussi vient-il de se former une « Tree planting Association », association qui a pour but d’encourager les propriétaires à planter des rangées d’arbres devant leurs maisons.
- —H— Le Rapport de la Commission de contrôle de la circulation monétaire pour l’exercice 1896 donne quelques chiffres au sujet de l’activité des ateliers des Monnaies de Paris. « Tenant à isoler des services monétaires la fabrication des médailles, dit ce document, on lui a affecté un atelier nouveau, où tout est propre, clair et sain, sur le terrain qu’occupait, le long d’une des cours de l’Institut, une bâtisse à demi ruinée. A cette occasion, les treize balanciers transportés dans le nouvel atelier ont été remis à neuf. En 1897, un quatorzième balancier, plus puissant que les autres, facilitera et accélérera, pour les grands modules, 1 enfonçage des coins et la frappe. Sur l’emplacement de l’ancien atelier des médailles, l’administration a organisé, près des forces motrices, un atelier monétaire comprenant, comme organes principaux, 4 fourneaux à fondre, 2 fours à recuire, 2 laminoirs dégrossisseurs, 4 laminoirs finisseurs, 6 décou-poirs, 6 bancs à étirer, 2 cisailles, 2 machines à cordonner circulaires, 1 machine à cordonner rectiligne. » Voici maintenant comment la Commission s’exprime au sujet de 16 298 pièces de 20 francs en circulation dont le poids a été vérifié : a La proportion des pièces lourdes a été de 0,049 pour 100; celle des pièces bonnes, de 94,177 pour 100 (tolérance de fabrication, 40,085 pour 100; tolérance de frai, 54,09z pour 100) ; celle des pièces légères, de 5,774 pour 100. »
- —®— Dans une étude récente sur les principales transmissions actuelles de l’énergie électrique, M. Duncan, président de Y American Institute of Electrical Engineers, a signalé les suivantes : A Buffalo, 50000 chevaux sont transportés à 40 kilomètres par courants triphasés de 20000 volts. En Californie, à Fresno, on transporte 1400 chevaux à 56 kilomètres par courants triphasés de IF 000 volts. A Zurich, en Suisse, 450 chevaux sont transportés à 25 kilomètres par courants triphasés de 15 000 volts.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Ch. Morel, à Argelès, à propos de notre récent article sur I’argentaurum, paru dans le n° 1255, du 5 juin 1897, p. 1, nous adresse l’intéressante lettre suivante : (( C’est peut-être pousser les conclusions un peu loin que de dire à propos de I’argentaurum que, si cette découverte était établie, ce serait une confirmation de la théorie si séduisante de l’unité de la matière. En admettant que l’argent puisse être transformé en or, ces deux corps ne seront pas les seuls connus, dans lesquels on aura produit une modification moléculaire. Ainsi le phosphore rouge et le phosphore blanc diffèrent tellement entre eux etj suivant M. Schutzenberger, (Chimie générale. Changements allotropiques d'état), l’altération de leurs propriétés de tout genre est si complète que, si l’on ne tenait compte de l’origine, on croirait avoir entre les mains deux corps distincts et sans lien réel; cependant l’on passe assez facilement de l'un à l’autre. Pourquoi l’or et l’argent ne seraient-ils pas deux formes allotropiques d’un même corps? II est vrai que l’allotropisme persisterait dans les composés, mais cette persistance n indiquerait qu’une plus grande stabilité dans les différents états moléculaires. Du reste, M. Gautier a décrit des combinaisons oxygénées du phosphore qui, par leurs caractères, semblent, d’après ce chimiste, se rattacher à la modification rouge, et d’où il résulterait que cette modification peut, dans certains cas, se transmettre à des composés. On ne pourrait donc pas conclure à l’unité de la matière parce (pie l’on aurait prouvé que deux métaux, tels que l’argent et l’or, dont les propriétés physiques et chimiques présentent tant d’analogie, ne sont que les formes différentes d’un même corps. »
- M. J. de Rey Pailhade, à Toulouse, au sujet de notre récent article sur l'Heure décimale (n° 1255, du 5 juin 1897, p. 11), nous écrit la lettre suivante : « J’ai lu avec un vif intérêt l’article de l'Heure décimale du n° du 5 juin. Permettez-moi de vous adresser quelques réflexions. Les électriciens ne sont pas satisfaits de voir poindre à l’horizon une nouvelle unité physique de temps qui modifierait sensiblement les unités électriques actuelles rendues obligatoires par décret en date du 25 avril 1896. Promoteur des études actuelles sur cette question, je trouve très légitime la réclamation des électriciens. En effet, après avoir réussi au bout de vingt ans d’efforts à établir un système universellement adopté par toutes les nations du monde, il me semble qu’ils méritaient certains égards. La commission actuelle de réforme aurait pu prendre préalablement leur avis. Ceci reconnu, je crois cependant que le système C. G. S. est, comme toute œuvre humaine, susceptible de perfectionnement. L’unité de temps, la seconde, ne cadre plus avec nos besoins de calculs précis, rapides, pouvant s’exécuter avec des machines. Le simple bon sens me semble indiquer que le système baroque des jours, heures, minutes, secondes et fractions décimales de seconde ne durera pas jusqu’à la fin des siècles. Il y a donc lieu de rechercher dès maintenant, mais sans hâte et dans l’intérêt général, le meilleur moyen d’étendre le système décimal aux mesures du temps et des angles, de manière à satisfaire tous les intérêts scientifiques. Les électriciens ont protesté avec raison contre un projet mal étudié, incomplet et proposé sans essais pratiques préalables. Dans le Génie civil du 2 mai 1897, j’ai montré que les difficultés de changement ne sont pas aussi grandes qu’on veut bien le dire. Ges difficultés deviendront très faciles à surmonter, si la réforme s’opère lentement et progressivement dans une période d’un siècle environ, comme j’estime. » — L’impartialité nous fait un devoir d’insérer la lettre de M. J. de Rey Pailhade ; malgré tout, les électriciens auront quelque peine à admettre la décimalisation de l’heurô.
- . Renseignements. — M. M. D., à Sax. — 1° et 2°. Ces questions sont toutes spéciales; il faut consulter des gens du métier. — 5° Nous avons donné quelques renseignements pour
- la fabrication des timbres en caoutchouc dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie.
- M. F. C., à Louhans. — 1° Voyez à la librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris; 2° Articles de pèche : M. llemming, 56, boulevard Sébastopol, M. Herbert Wyers, 75, rue du Temple, M. Moriceau, 28, quai du Louvre, M. Warner, 50, quai du Louvre, à Paris.
- M. Barthélemy, à Pertuis. — L’acétylène liquide est très dangereux ; nous ne vous conseillons pas de l’employer. Mais, vous pourriez vous adresser à la Société de l’acétylène dissous, 52, rue Saint-Georges, à Paris.
- M. Prévost, à Caen. — Vous trouverez divers stérilisateur chez M. E. Adnet, 26, rue Vauquelin, chez M. Wiesnegg, 64, rue Gay-Lussac, ou à la Compagnie générale aérohydraulique-22, place Denfert-Rochereau, à Paris.
- M. R. G., à Saint-Rrieuc. — Adressez-vous à l’auteur de-l’article, 1, avenue des Gobelins, à Paris.
- M. J. Brissonnet, à Tours. — Il n’existe pas de traité semblable; mais vous pourriez peut-être vous adresser au bureau central météorologique,
- M. X., à Bihorel. — Ce procédé n’est pas utilisé.
- M. le Dr Ch. Hortolès, à Montpellier. — La jumelle photographique de M. Bloch, 1, avenue de la République, à Paris, vous conviendrait peut-être. Voyez aussi au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. S. P. de M., à Troyes. — 1° On peut atteindre ce résultat en assouplissant le cuir; nous avons indiqué plusieurs, moyens dans les Recettes et Procédés utiles, lr“ série, mentionné plus haut. — 2° L’argon se trouve à l’état de mélange-
- — 5° Nous avons commencé à parler des rayons X dans le-tome I, 1896.
- M. É. B., à Jussey, — Voyez la Revue de mécanique de M. Richard, à la librairie Dunod et Vicq, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. José Ramon Oteiza, à Chasconnis. — La lampe à acétylène Létang et Serpollet se trouve à la Société Choubersky, 18, rue du Quatre-Septembre, à Paris.
- M. P. L., à Montluçon. — Nous pensons que le massif de* brique et bitume serait préférable; mais pour amortir toute oscillation, il faudrait avoir recours au système de fondations. Anthoni, 67, boulevard du Château, à Neuilly-sur-Seine.
- M. Urbano Vega, à Gigon. — 1° Des essais ont seulement été faits jusqu’ici ; mais il n’y a pas encore d’appareil dans le commerce. — 2° Carbure de calcium : Société de l’éclairage à l’acétylène, 72, rue Louis-Blanc, Société du gaz acétylène, 81, rue Saint-Lazare, MM. Grauer et Cie, 74, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- M. F. Borelli, à Marseille. — Ces appareils se trouvent chez, les marchands d’accessoires pour vélocipèdes ; mais nous n’avons-pas d’adresse spéciale à vous faire connaître.
- M. M. R. à Clermont-Ferrand. — On emploie souvent le carbonate de soude pour épurer les eaux suivant leur composition. Nous n’avons pas retrouvé la recette dont vous parlez.
- M. J. Guillemand, à Paris. — Nous avons indiqué une encre sympathique rouge dans les Recettes et Procédés utiles, 4e série, à la librairie Masson et Cie.
- M. Ch. Navonne, à Genève. — 1° Vous trouverez dans les. annonces l’indication de plusieurs fabricants d’appareils de ce genre. — 2° Adressez-vous à la librairie indiquée ci-dessus.
- M. J. Limange, à Bruxelles. — L’adresse que vous demandez a déjà été donnée : 19, rue du Poteau, à Paris.
- M. iV. Pachkowsky, à Elisavetgrad (Russie). — Ces dynamos et moteurs sont des appareils de faible puissance ; nous connaissons cependant des applications où on a pu les utiliser.
- M. Rouselet, à Ncuilly. — Nous n’avons pas, pour le moment, sur cet appareil d’autres renseignements que ceux que nous avons déjà publiés; mais la construction sera bientôt entreprise à Paris.
- M. F. Pothier, à X, — 1° Même réponse que ci-dessus. — 2° Nous vous faisons envoyer le numéro demandé.
- Accusés de réception — Avis divers. — M. A. T. Ai., à Mulhouse. Nous ne croyons pas qu’il existe d’ouvrage de ce genre.
- — M. Le loua, à Brest. Il est indispensable de faire faire une série d’analyses chimiques pour déterminer ces divers éléments. — M. Dubois, à Paris. Vous trouverez ces programmes à diverses librairies de la rue de la Sorbonne. — M. L. R., à Blois. — Nous n’avons pu trouver le renseignement que vous demandiez. Tous nos regrets.
- — M. D. Guillon, à Marseille ; M. Leblanc, à Colombes. Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni A insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Développateur pour pellicules. — Plusieurs moyens sont employés aujourd’hui pour développer les pellicules. Les uns développent en passant de bout en bout la pellicule dans une cuvette, les autres en coupant la bande en 3 morceaux.
- Développateur pour pellicules. — 1. Vue de la bande enroulée sur le plateau et vue de la cuvette. — 2. Détails du plateau.
- M. E. Hanau a construit le plateau opérateur que montre notre dessin. On fixe la bande autour des bornes, côté émulsionné en dehors. Il suffit alors de tremper ledit plateau dans la cuvette en gutta-percha qui l’accompagne, et, de cette façon, toute la bande se développe avec autant de facilité qu’un simple cliché. — Le développateur pour pellicules se trouve chezM. E. Hanau, 27, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- Porte-cendres pour cigares. — Petit appareil très ingénieux et pratique. Il consiste en un petit récipient demi-sphérique (n0 1), présentant un bec rigole sur le côté, avec
- Porte-cendres pour cigares. — 1. Vue de l'appareil. — 2. Mode d’emploi.
- un ressort dans le bas pour le fixer à une table, comme le représente le n° 2 de notre figure. Le fumeur trouve ainsi un endroit commode où il peut déposer son cigare; les cendres tombent dans la calotte et le cigare ne risque plus d’ètre projeté à terre à chaque instant.— Le porte-cendres se trouve chez M. Kirby, Beard et Cie, 5, rue Auber, à Paris.
- Clown à. culbutes. — Le petit clown que montre notre dessin est vraiment bien amusant. Il paraît tout d’abord devant
- la tète en avant, et faire une série de culbutes toutes régulières. C’est un amusement que procure ce clown et il excite la curiosité. — Le clown à culbutes se trouve chez M. Mathieu, 151, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Cire à modeler. — Première recette due à un confrère américain i mélanger 200 parties de terre glaise sèche ou de stéatite pulvérisée à 100 parties de farine de froment, puis mêler en brassant bien avec 300 parties de cire blanche fondue pas trop chaude ; on colore comme on veut. Deuxième recette : pétrir de la glaise sèche avec de la glycérine, longuement travailler cette pâte, et entretenir l’humidité tous les deux ou trois jours en la gardant enveloppée dans une feuille de caoutchouc.
- Pour reconnaître la présence du sel dans le sable. — On sait qu’il faut soigneusement éviter d’employer dans les mortiers du sable contenant du sel : par conséquent il importe d’v reconnaître la présence du chlorure de sodium. Quand le sable est propre, on peut en goûter directement quelques grains ou en mettre dans de l’eau qu’on goûtera ensuite ; mais cette méthode est souvent impossible. Alors on jette du sable dans un verre, on verse par-dessus de l’eau distillée et on agite ; on prend ensuite un fil de platine bien propre et qu’on a chauffé préalablement pour détruire toutes les impuretés dont il peut être recouvert. On le trempe dans l’eau qui baigne le sable, et on le passe dans la flamme incolore d’un bec Bunsen : si la flamme prend une nuance jaune accusée, c’est que l’eau et par suite le sable contenaient du chlorure de sodium.
- Ciment pour les bandages de cycles. — C’est la formule du Dr Allsnell : 4 parties de gutta-percha, 5 de caoutchouc, 3 de colle de poisson et, comme dissolvant, 40 de bisulfure de carbone. Nettoyez les fentes avant d’y mettre le ciment, qu’on applique au besoin par couches successives. Serrer le bandage et laisser sécher une nuit.
- Conservation des vernis bronzés. — Les dorures de cette sorte s’altèrent, se noircissent rapidement, les poussières de bronze s’oxydant vite au contact de la térébenthine et des différents veftiis. M. Y. S. Stroschein, de Berlin, conseille un vernis spécial, formé de gomme dammar dans de la benzine, et où il fait passer un courant de gaz ammoniaque, pour éliminer tout acide ; puis il introduit les poussières métalliques, qui conseivent, paraît-il, leur brillant pendant des années.
- Laine d'acier. — La laine de scorie est utilisée par tous les métallurgistes, et un grand nombre d’usines en livrent couramment au commerce. Mais la laine d’acier est moins connue ; cependant elle est très employée aux États-Unis pour remplacer le papier de verre ou d’émeri, dans les ateliers de polissage, de laquage, dans la construction navale et la caiTosserie. Elle est. formée de copeaux extrêmement fins et a tout à fait l’apparence d’une laine de couleur gris foncé. La laine est très compressible et on peut l’amener à n’occuper guère que le volume d’un cylindre de 75 millimètres de diamètre, de 375 millimètres de longueur pour un poids de 500 grammes. On la vend à divers degrés de finesse; les trois premiers numéros sont désignés-sous le nom de laines, les quatre numéros suivants plus - gros sous celui de copeaux. La lame ne raye pas et ne s’attache pas à la peinture ni au vernis.
- t •]*)
- Clown à culbutes. — 1, Le clown. — 2. Une culbute.
- vous (n° 1) ; et, si vous avez eu soin de remonter un mouvement intérieur à ressort, vous le voyez bientôt s’élancer sur le sol, . 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Virage bleu pour papier à la celloidine. — M. Hadliczka fait connaître un bain de virage qui fournit une teinte bleue avec les papiers à la celloidine. 11 se compose de : eau, 1800 centimètres cubes; nitrate de plomb, 15 grammes; sulfocyannre d’ammonium, 40 grammes. On filtre, puis on ajoute : solution de chlorure de potassium (1/100), 40 Centimètres cubes.
- Un nouveau mode de production du camphre. — Le plus souvent l’extraction de la précieuse résine des arbres qui la contiennent s’effectue d’une manière fort préjudiciable à l'avenir de cette industrie; c’est généralement des branches, mais surtout des racines et du tronc, qu’on extrait par distillation cette matière qui est aujourd’hui si employée. Les natifs de Formose, qui est un des grands marchés de camphre, stérilisent rapidement la source même de la production en détruisant les forêts de camphriers, et c’est ce qur s’est passé au commencement du siècle à Chittatong, dans l’Inde anglaise, où l’arbre prospérait, mais où des coupes à blanc l’ont fait disparaître à peu près complètement. Aussi M. David Ilooper, qui a les fonctions de quinologist {très du gouvernement de Madras, a-t-il poursuivi d’intéressantes expériences dont il a publié les résultats dans une brochure spéciale, et qui avaient pour but de démontrer
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- qu'il était parfaitement possible de se servir des feuilles pour la distillation du camphre. On croyait que le produit liquide que donnent les feuilles ne pouvait être lucrativement réduit en camphre. M. Hooper a d’abord pris des feuilles sur un vieil arbre croissant à une grande élévation (2200 mètres) dans les jardins du gouvernement, à Ootacamund. Pendant six heures, on distilla 50 livres de ces feuilles avec une quantité suffisante <l’ean, et on put séparer 8 onces (de 51 grammes) d’huile, représentant un rendement de 1 pour 100 d’huile.essentielle, Notons qu’il se produit une certaine perte qui provient de la con-
- densation d'une quantité de camphre dans le condensateur. Une tentative analogue a été faite avec des feuilles cueillies sur de jeunes arbres • poussant à une altitude beaucoup plus basse; et bien que beaucoup de camphre se soit condensé dans le serpentin, en l’obturant presque, on n’en a pas moins obtenu finalement une tablette solide de 2 onces de camphre. En somme, l’huile peut parfaitement être extraite des feuilles en proportion satisfaisante, et il serait à souhaiter qu’on adoptât partout cette méthode qui permet de ne pas ravager les forêts de camphriers.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OMERViïïÔNS 7 HEURES DW MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL
- Lundi 7 juin .... 16», 5 S. W. 1. Nuageux.
- Mardi;8 . 16», 0 N. E. 1. Couvert.
- Mercredi 9 , . . . 1 15*, 1 W. 2. Couvert.
- Jeudi 40-..> - ; . . 14», 1 W. 3. Couvert.
- Vendredi 11. . . . . - 14»,0 e. n. e; 1. Beau.
- Samedi 12. - ... . . 18»,0 N. N. E. 1. Beau.
- Dimanche 13 .... 19»,0 E. 1. Beau.
- PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 0,0 Très nuageux de 8 à 20 h. ; couvert à 24 h. ; quelques nuages le reste du temps; petit brouillard à 4 h. ; halo.
- 2,4 Presque couvert de 14 à 17 h. ; couvert avant et après; petit brouillard avec de la bruine à 4 h. ; halo.
- 6,9 Très nuageux ; quelques forts coups de tonnerre dans la région VV. de 14 h. 50 à 15 h. 10.
- 5,3 Couvert jusqu’à 19 h. ; puis nuageux; beau après 21 h. ; quelques gouttes à 12, 13 et 16 h.
- 0,0 Peu nuageux de 8 à 17 h. ; beau avant et après ; brouillard irrégulier de quelques centaines de mètres à 4 h.
- 0,0 Beau.
- 0,0 Beau.
- JUIN 1897. —- SEMAINE DD LUNDI 7 AU DIMANCHE 13 JUIN.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: Courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc-Saint-Mlaur en mai 1899
- i)f; par M. Renoe,
- Moyenne barométrique à - midi, 756““,82 ; minimum 742““,72 le 17 à 5 heures du soir. Maximum 768”“,03 le 15 à 8 heures du matin.
- Températures inoyennes : des minima 7°,07, des maxima 18°,23; du mois 12°,65; vraie des 24 heures 12®,16. Minimum 0°,0 le 13 à 4 heures du matin. Maximum 28°,6 le 30 à 2",30 du soir. Il n’y a eu que le seul jour du 13 qui compte comme jour de gelée ; mais il y a eu 7 jours de gelée blanche, le refroidissement des :$aints de glace g été très tranche; la moyenne des 4 jours du 11 au 14 est de 6°,51, la moyenne des 15 premiers a été de 9°,16 celle des 16 derniers jours 14°,97.
- La tension moyenne delà vapeur a été 7“*,-80; la moindre, 2"“,8 le 11 à 4 et 5 heures du soir; la plus grande 15“",2 le 18 à 3 heures du soir. Humidité relative moyenne 73; la moindre 32 le 15 à 1 heure du soir; la plus grande 100 en. 8 jours.
- Pluie 29““,9 en 17 heures réparties en 14 jours ; il y a eu de plus 3 jours de gouttes, les 8, 9, 13 et 26, Il y a eu 4 jours de brouillard local sur la Marne les 2, 5, 5 et 17. Nébulosité moyenne 52, pas un seul jour entière-1-61116111 clair ni entièrement couvert ; la première moitié du mois, la plus froide, a été la plus ‘claire.
- Il y a eu 4 jours de tonnerre et 3 jours d’éclairs. Le 7, à 5%30 du soir, quelques coups de tonnerre au sud-ouest; le 17, quelques coups de tonnerre au nord avec un vent faible du nord-est, les nuages venant de la même région. 18, orage assez fort de 1 heure à 4»,30 du soir, avec grosse pluie qui donne 11““,1 d'eau et dure 2 heures, c’est la seule pluie notable du mois. 31, grand orage zénithal allant du sud-est au nord-ouest, à 9*, 15 d u soir, il continue après minuit. Eclairs dans les soirées des 19, 20 et 30.
- Vent du nord très dominant régnant presque uniquement du 11 au 25.
- Température moyenne de la Marne 14°,91 : elle a varié de 12°,19 le 15, à 18°, 11 le 31. La rivière s'est éclaircie assez régulièrement pendant tout le mois en même temps qu’elle s’abaissait.
- Relativement aux moyennes normales le mois de mai 1897 présente les résultats suivants : haromètre plus bas de 0““,34. Thermomètre plus bas de 0°85. Tension de la vapeur plus grande de 0““,10. Humidité relative plus grande de 3. Nébulosité égaie. Pluie moindre de 17““,6.
- Le printemps de 1897 (mars-avril-maî) présente les résultats suivants :
- Tens. Humid.
- Barom. Therm. vapeur rel. Néb“ Pluie.
- Moyenne de la saison 755“",35 10®,13 6"“,90 74 61 215*“,8
- Ecarts sur la normale — 1,22 >1-0,61 -t-0,56 -f-2 -4-6 -+-89,3
- Nous avons noté le commencement de la floraison des végétaux suivants : 4, Trèfle rouge. 8, Pivoine rouge commune. Alisier comestible. 9, Rose du Bengale. 11, Eglantier capucine. 13, Seringat. 15, Hémérocalle jaune. 19, Diverses variétés de Roses, Sureau, Diplotaxis tennifolia. 20, Sauge des Prés, Filipendule., 22, Acacia commun, Sauge officinale. 23. Rose de tous les mois, Muflier digitale. 25, Valériane rouge. 28, Cactus élégant. 30, Clématite droite, Pivoine à odeur de rose. 31, Delphinium vivace, Cornouiller.
- Les hannetons ont absolument manqué, je n’en ai aperçu qu’un; les hirondelles ont continué à être rares, les martinets ont paru le 14, depuis ils sont assez nombreux, le 25 on voit une assez nombreuse troupe d’hirondelles de fenêtre.
- Errata : mars 1897. Moyenne des minima, au lieu de 4°,91 lisez 5°,23, du mois au lieu de 9°,02 lisez 9®,18. Floraisons : le 12 au lieu de Mahonia à feuilles de choux lisez à feuilles de houx.
- Avril : Tension moyenne de la vapeur, au lieu de 6““,60 lisez 0“",59. Minimum au lieu de 3“",1 le 5 à midi, lisez 2““,9 à 5 heures du soir.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 8, à 7 h. 12 m. du matin.
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- N° 1256 (26 juin 1897), du journal « LA NATURE »
- M. HENRI DE PAR VILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —g— M. Amagat, correspondant de l’Académie des sciences, vient d’être élu membre de la Société hollandaise des sciences de Harlem. La France est bien partagée, car, quelques jours avant AI. Amagat, M. Moissan avait également été élu.
- —L’inauguration du monument élevé à la mémoire de Duchennc (de Boulogne) aura lieu le dimanche 27 juin, à 9h 30 du matin, à l’hospice de la Salpêtrière, sous la présidence du ministre de l'Intérieur.
- —Nous avons le regret d’apprendre la mort de M. II. Remaury, ingénieur civil des mines, un des fondateurs du Génie civil.
- —On annonce la mort, à l’âge de soixante-dix-huit ans, du professeur Thomas de Carvalho, une des illustrations de la Faculté <te- Lisbonne. Comme professeur, comme académicien, comme sénateur, le Dr de Carvalho s’était fait remarquer par l’originalité et la verve de ses discours. Il était directeur de l’Assistance publique de Lisbonne.
- —L’abbé Sébastien Kneipp, le célébré « hydrothérapeute », que la plupart de nos confrères ont enterré, voici plus de trois semaines, est mort le 16 juin seulement à Wœrishofen. L’apôtre de la cure par l’eau était né le 17 mai 1821, à Stephansried, près d’Otto-beuren, en Bavière. D’une santé délicate pendant ses années d’enfance, il avait eu, de bonne heure, l’idée de l’hygiène par l’eau froide. Les excellents résultats obtenus sur lui-même et sur les personnes qu'il avait conseillées l’avaient convaincu que l’eau était non seulement un moyen d’endurcissement et un excellent préventif, mais encore un spécifique universel, surtout pour les maux organiques. 11 se lit l’apôtre de ce système dans plusieurs ouvrages et dans une série de conférences qu’il entreprit en Allemagne et en Suisse principalement. Enfin, en 1881, il se lixa définitivement à Wœrisho-fen, et la petite ville bavaroise fut bientôt un centre universellement connu pour le traitement par l’eau des plus diverses maladies. Kneipp inspirait à ses adeptes une si aveugle confiance que rien ne pouvait les faire désespérer des plus invraisemblables guérisons. Un jour, une mère lui amène son enfant bossu; en vain, l’abbé essaye-t-il de lui faire comprendre que l’eau ne pouvait avoir qu’un etfet bien indirect sur une déformation osseuse; la mère, avec une touchante ténacité, s’obstine à faire suivre à son fils le régime de Wœrishofen. Quelques semaines après, elle faisait tâter à tout le monde la bosse du pauvre enfant, et, radieuse, s’écriait : « Elle fond! » Il y a quelques années, le Pape Léon XIII eut la curiosité de faire la connaissance de Sébastien Kneipp; il l’appela à Rome, lui donna plusieurs fois audience pour se faire expliquer son système et se mit même à en suivre quelques prescriptions, mais sans grand succès, paraît-il. Il conféra toutefois au curé de Wœrishofen le titre de camé-ricr secret et prélat domestique.
- —On a posé récemment, sous le grand vestibule de la cour d’honneur de la Bibliothèque nationale, la quatrième et dernière statue depuis si longtemps attendue par soh piédestal. Cette statue, signée Just Becquct, représente une femme légèrement drapée, figurant la « Gravure en médailles ». Les quatre départements de notre Bibliothèque nationale : les Imprimés, les Manuscrits, les Estampes et les .Médailles, sont ainsi exposés sous le porche et représentés allégoriquement, mais de la façon la plus exacte et la plus compréhensible, par ces quatre statues de marbre.
- —1$— M. Sauvinet, du Muséum, a été chercher, à Marseille, un jeune éléphant, âgé de cinq ans, arrivé par l'Ava, et envoyé par 8. M. Ménélick à M. Félix Faure, Président de la République. Cet intéressant pachyderme, bien que jeune, est doué d’une force déjà respectable. Au "moment de le débarquer, on voulut lui passer des cordes sous le ventre, mais le procédé n’était pas de son goût, et, rompant ses entraves, l’éléphant alla faire un tour sur le pont. L’odeur de la cuisine l’attirant, il força les montants de la porte
- trop étroite pour lui, et, une fois dans la place, ce jeune animal s’est livré à des jongleries un peu vives dont les belles casseroles en cuivre des Messageries ont fait les frais. Les cuisiniers et les marmitons ont gagné le large. Enfin, on a pu approcher de l’éléphant et le débarquer sur le quai pour le conduire à la gare. Cela n’allait pas tout seul, mais, grâce à un de nos confrères pour lequel l’éléphant paraissait montrer certaines sympathies, on a pu le faire avancer jusqu’à son wagon. Maintenant, il est installé au Muséum.
- —®— Le Muséum a reçu de la Société française de la côte occidentale d’Afrique, par l’obligeante entremise de M. Henri Lecomte, docteur ès sciences, un envoi important de poissons de vase provenant de la Gambie. D’après la Quinzaine coloniale, ces poissons présentent le plus vif intérêt ; ils appartiennent à l’ordre des Dipo-riustes, représenté seulement par les genres Protopterus, Ceratodus, et Lepidosiren. Le Protopterus annectens de la Gambie, dont le Muséum vient de recevoir 63 exemplaires vivants, se retire dans la terre à l’époque de la saison sèche et s’entoure d’une sorte de cocon formé par un mucilage! Dans l’eau tiède, ce cocon se dissout et le poisson redevient libre. Le Protopterus est pourvu de poumons et constitue une forme de passage très intéressante entre les poissons et les batraciens.
- —Ces jours derniers, à Marseille, le patron Skiani Nicolas se trouvait à bord de son bateau le Saint-Michel, dans les parages de l’anse de la Madrague, lorsqu’il aperçut sous l’embarcation un requin. Il prit aussitôt les mesures pour le capturer et lui lança une ligne composée de 40 poils de Messine à laquelle était attaché un hameçon dit émerillon, amorcé de trois maquereaux. Le squale saisit l’appât et le patron Skiani, aidé de deux matelots, amena le requin le long du bateau et l’immobilisa en lui coulant un grelin autour de la queue. On s’aperçut alors que ce requin ôtait une femelle qui mettait bas ses petits ; elle en avait déjà douze autour d’elle, dont six ont pu être conservés vivants. Le squale mesure 2“,30 de longueur.
- —Les travaux de construction du chemin de fer de Sfax à Gafsa sont commencés. La Compagnie espère terminer la ligne pour le l‘!r avril 1898. Dans quelques jours, la ligne de Tunis à Zaglioan va être livrée à l’exploitation ; on n’attend plus pour cela que quelques engins destinés à l’installation des signaux dont l’arrivée ne saurait tarder. D’un autre côté, la ligne de Sousse à Iiairouan fait des progrès quotidiens : les terrassements, ponts et travaux d’art seront certainement achevés vers la fin juillet. La pose des rails, le ballast, les constructions des bâtiments d’exploitation demanderont quelques mois à peine et, à la fin de l’année, le public circulera sur la voie nouvelle.
- —S$— On nous écrit de Coniza (Aude) qu’un bébé d’un mois, appartenant aux époux Pagès, était resté seul à la maison, couché dans son berceau, pendant que le père était aux champs et la mère au lavoir. À son retour, celle-ci entend l’enfant pousser dès cris atroces. Elle se précipite et voit avec terreur un énorme rat sauter du berceau et se réfugier sous le lit. Elle s’approche et voit son enfant horriblement mutilé ; le nez, les joues, les doigts avaient été rongés. Les voisins accourus ont tué le rat. Des soins empressés ont été prodigués à la petite victime qui est dans un état alarmant.
- —$$— Le château vaudois de Chillon, au bord du lac de Genève, est bien connu des touristes qui ont visité cette contrée. Cet antique donjon possède une importance historique et artistique de premier ordre. Une Association pour la restauration du château de Chillon s’est fondée. Elle a placé à la tête de cette entreprise un architecte distingué, M. Albert Naef, et les travaux se poursuivent activement sous sa direction. Un des plus intéressants résultats des fouilles faites jusqu’à ce jour a été la ruine définitive de la légende qui s’attachait aux fameuses oubliettes. Les oubliettes ont été soigneusement vidées : ce n’était que le sous-sol d’une simple tour d’enceinte. On a découvert aussi au fond de la tour un curieux spécimen de poterie décorée du seizième siècle et une collection variée de flèches et de fers de lance.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les plaques magiques, pour le tirage rapide des photographies, dont il a été question dans le n° 1254, du 12 juin 1897, p. 25, se trouvent chez M. Chéron, 14, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris.
- Communications. — M. J. Piéron, à Paris, nous signale un cas de « tonnerre en boule » qui s’est produit au cours d’un récent orage à Candes, petit village au confluent de la Vienne et de la Loire. Au moment où la foudre est tombée sur la maison, la famille de notre correspondant était réunie dans une véranda. Trois personnes ont vu distinctement une boule de feu parcourir environ 30 mètres et venir éclater avec fracas et en faisant jaillir des étincelles sur la serrure de la porte de la véranda. Au même instant, les domestiques virent une autre boule traverser un jardin situé de l’autre côté de la maison et se précipiter dans un bassin. Un jardinier fut renversé sans avoir aucun mal.
- M. Paul Ramsego, à Paris; M. E.-J. Brierre, à Paris; M. J. Esloup, à Paris, nous envoient des photographies d’éclairs prises le 51 mai à 10 heures du soir pendant le fort orage qui a éclaté sur Paris. Ces épreuves sont très nettes et montrent distinctement les éclairs. M. P. Ramsego nous fait remarquer qu’il n’a tenu son objectif ouvert que pour prendre un seul éclair. Nous remercions nos correspondants de leurs communications ; mais nous avons déjà publié un grand nombre d’épreuves photographiques semblables.
- M. José Ayroza Galiâo, à San-Paulo, à la date du 12 mai 1897, ajoutait, sur la fièvre jaune, les renseignements suivants à ceux dont nous avons déjà parlé dans la Boîte aux lettres du n° 1254, du 12 juin 1897 : « Permettez que j’ose encore vous entretenir du traitement de la fièvre jaune par la sérothérapie découvert par le Dr Philippe Caldas. Je vous ai dit qu’il avait réussi à guérir trois malades, et qu’il avait essayé sur un mourant sans aucun espoir, mais qu’il avait obtenu des améliorations, telles que rétablissement de l’urine supprimée, réduction de sa teneur en albumine, etc. La provision de sérum s’étant épuisée, la médication ordinaire a été impuissante pour le sauver. II vient de guérir un cinquième malade encore plus grave. Pour ses premiers essais, le Dr Caldas s’est servi d’appareils communs de laboratoire rendus aseptiques par des soins tout spéciaux. Avec ces moyens rudimentaires, il ne pouvait obtenir à grand’peine que des quantités infimes du précieux liquide, et, avant les premières applications sur l’homme, il ne pouvait pas se faire une idée approchée de la quantité de liquide précieux consommé par ùn malade grave. C’est la raison pour laquelle il a échoué sur le quatrième malade, qui, comme le cinquième, aurait été sauvé, si le sérum n’avait pas manqué. Ayant essuyé un refus net de la part de ses confrères de San-Paulo, où la fièvre jaune fait des ravages terribles, il est parti tout de suite pour Rio-de-Janeiro, où il est arrivé pendant la nuit ; le lendemain il a été voir son ami le Dr Seidl qui a bien voulu faire les premiers essais à l’hôpital sous sa direction, et c’est là qu’il a eu la chance de sauver tout de suite une mourante. Voici comment lui-même m’a raconté cette étonnante aventure :
- « Le lendemain de mon arrivée, disait-il, j’ai cherché Seidl, car je désirais connaître les détails des quatre malades qu’il avait soignés. Comme nous causions ensemble, la sonnerie du téléphone l’appela, et notre entretien fut interrompu par moments, et j’ai entendu ces mots que mon confrère adressait à son interlocuteur invisible : « Pas encore. — Je vous avertirai « sitôt qu’elle aura expiré. — Il y a deux jours qu’elle re-« fuse toute espèce de médicament. »
- « Piqué de curiosité, je l’ai prié de me dire ce qui se passait. Alors Seidl m’a dit qu’il avait à l’hôpital une malade de fièvre jaune, une mourante, un cas irrévocablement perdu, car l’infection était tellement grave que, outre des vomissements noirs continuels, l'hémorragie commençait par l’intestin, la muqueuse buccale et l’utérus, l’urine étant considérablement
- chargée d’albumine, ayant le corps tout parsemé de taches ecchymotiques et de pétéchies ; qu’un de ses confrères (b* l’Institut bactériologique le sachant, venait de lui demander par le téléphone si elle était morte, car il voulait en faire l’autopsie pour en retirer les éléments pour ses études bactériologiques.
- « Alors j’ai prié et insisté pour essayer quand même mon sérum, je ne dirai pas pour la guérir, mais pour apprécier les enseignements qui en pourraient découler.
- « Considérant impossible l’action du sérum contre une infection tellement avancée, Seidl résistait toujours; mais, devant mon opiniâtre insistance, il finit par capituler, et la première injection de 30 grammes a été faite tout de suite. Enfin, pour abréger, récemment, quand, à la séance de l'Académie, j’ai fait la communication de mes travaux, la malade, déjà convalescente, se promenait à l’infirmerie! Aussi quelle fut l’impression produite à l’Académie quand, après l’exposition détaillée de mes études de pathologie expérimentale, Seidl, prenant la parole, a fait la lecture des observations si soignées qu’il avait recueillies, surtout la dernière, celle dont je viens de parler ! ))
- Le Dr Caldas réside à Rio-Grande, où, à cause de son climat tempéré, l’ennemi qu’il veut terrasser n’a jamais fait son apparition, mais dont les interminables prairies nourrissent des millions de chevaux, qu’il peut utiliser à sa guise, et qui seraient très difficiles à se procurer partout ailleurs au Brésil. Avant de parvenir à immuniser les premiers chevaux, il a fallu sacrifier beaucoup de ces pauvres bêtes. On en a profité pour les études bactériologiques, et le Dr Caldas a fait une vraie hécatombe de cobayes. Le nid de la fièvre jaune est la capitale. C’est là que son illustre confrère et collaborateur, le Dr Seidl, a pris la rude tâche de faire les premiers essais cliniques du sérum préparé par le Dr Caldas à son modeste laboratoire improvisé à Rio-Grande. Les journaux viennent de m’apprendre que les deux infatigables expérimentateurs sont allés à Rezende, où le redoutable fléau fait des ravages terribles. On y va faire des expériences officielles devant une commission de médecins. )>
- M. F. Michal, ingénieur, à Concordia (République Argentine), à propos de la lettre de M. L. Ipeij, relative au routeur Bazin, lettre que nous avons fait connaître dans la Boite aux lettres du n° 1244, du 3 avril 1897, nous écrit qu’il s’était également occupé de ce même problème en 1867.11 nous envoie une photographie d’un petit modèle de routeur qui a fonctionné à Buenos-Ayres et qui consiste en un cylindre en zinc de 0m,5 de diamètre, de 0“,9 de longueur et d’un poids de 8lg,5, renfermant à l’intérieur un moteur. Le rouleur de M. Michal, dit le Courrier de la Plata du 18 juillet 1896, est un bateau à roues où il n’y a que les roues et pas de bateau. Le moteur automobile qui l’actionne y travaille à la façon d’un écureuil dans sa cage.
- Renseignements. — M. C. Hergott, au Valdoie. — 1° 11 existe de nombreux ouvrages sur la dynamo aux librairies Bau-dry, Michelet, Fritsch. Récemment la librairie Dunod et Vi'cq a publié un livre de M. Montpellier. — 2° Vous trouverez des renseignements pratiques dans la plupart des ouvrages d’électri-~cité industrielle. — 3° Glacières : M. Schaller, 552, rue Saint-Honoré ; glacière des familles, aux magasins de la Ménagère, à Paris.
- M. H. de Viviez, à Perpignan. — Vous pouvez choisir une des glacières indiquées ci-dessus, ou une machine Carré, chez. M. Lévy, 61 bis, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. JSogueira Jaquarile, à Rio-de-Janeiro. — Il faut vous renseigne!’ directement à l’adresse que vous dites avoir trouvée dans les Annonces.
- M. J. L., à P. A. V. — Voitures Panhard et Levassor, 19, avenue d'Ivry; voitures Peugeot, 22, avenue de la Grande-Armée, à Paris.
- M. Coude de Tavarede, à Trancoso. — 1° On a quelquefois-recours à des régulateurs de vitesse angulaire. — 2° Cet ouvrage est publié par la librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. A. R., à Amiens. — 1° Pour vous répondre, il faudrait connaître les divers éléments de marche du moteur. — 2° On peut toujours construire un appareil, même breveté, pour son usage personnel.
- M. G. R., à Epinav. — Nous avons indiqué plusieurs moyens pour détruire les fourmis dans les Recettes et procédés utiles, lre, 2° et 4e série, à la librairie Masson et C‘%
- (Voir la suite de la Boîte aux lettres dans le prochain numéro.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE 1897. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- Satellites de Jupiter.
- Juillet 15, l'rsatellite. Immersion à 8 li. 22 m.
- Aucun phénomène pendant lès mois d'août et septembre.
- Éclipse annulaire de Soleil, le 29 juillet 1897 invisible à Paris.
- Commencement de l’éclipse générale, 29 juillet, à 1 h. 11 m, 3, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =112° 57' 0. de Paris, latitude = 16° 38'B.
- Commencement de l’éclipse annulaire, 29 juillet, à 2 h. 14 m, 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =127° 39' 0. de Paris, latitude = 15° 35' B.
- Commencement de l’éclipse centrale, 29 juillet, à 2 h. 13 m, 9, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude =127° 54' O. de Paris, latitude = 15° 31' B.
- Eclipse centrale à midi vrai, 29 juillet, à 4 h. 9 m, 2, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 60° 44' O. de Paris, latitude — 14° 44’ B.
- Fin de l’éclipse centrale, 29 juillet, à 5 h. 59 m, 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 5° 46' O. de Paris, latitude = 22° 58’ A,
- Fin de l’éclipse annulaire, 29 juillet, à 5 h. 59 m, 0, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 5°1' 0. de Paris, latitude = 22° 54' A..
- Fin de l’éclipse générale, 29 juillet, à 7 h. 1 m, 5, temps moyen de Paris, dans le lieu, longitude = 20° 37' 0. de Paris, latitude = 21° 47' A.
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1897 Nom de l’étoile, i Grandeur. Immersion. Emersion.
- Juillet ii 5792 B.A.C. 6.3 8 h. 14 m, 4 9 h. 19 m, o
- — 12 6194 B.A.C. 5.1 8 h. 1 m, 3 8 h. 49 m, 4
- _ 13 v1 Sagittaire. 5.4 9 h. 29 m, 5 10 h. 55 m, 2
- — 16 7774 B.A.C. 6.4 12 h. 58 m, 2 14 h. 11 m, 0
- 18 22 Poissons. 5.6 13 h. 52 m, 0 15 h. 7 m, 4
- 23 17 Taureau. 4.7 12 h. 21 m, 2 13 h. 15 m, 3
- — 23 16 Taureau. 6.4 12 h. 39 m, 4 15 h. 4 m, 4
- -— 23 23 Taureau. 4.5 13 h. 2 m, 9 13 h. 55. m, 6
- — 23 20 Taureau. 4.8 13 h. 8 m, 6 13 h. 31 m, 6
- — 23 t) Taureau. 3.2 13 h. 28 m, 9 14 h. 18 m, 0
- 23 28 Taureau. 6.2 li h. 28 m, 4 14 h. 50 m, 9
- — 23 27 Taureau. 4.0 li h. 55 m, 5 ippnlse à 3'fi do fiord.
- Août 4 89 Vierge. 5.4 8 h. 33 m, 7 9 h. 23 m, 1
- — 9 a Sagittaire. 2.4 6 h. 21 m, 4 6 h. 59 m, <)
- — 11 19 Capricorne . 6.1 7 h. 23 m, 0 8 h. 23 m, 1
- / — 11 21 Capricorne. 6.4 10 h. 41 m, 8 11 h. 46 m, 5
- 20 X1 Taureau. 5.7 13 h. 45 m, 2 14 li. 53 m, 0
- 23 u Gémeaux. 5.8 13 h. 14 m, 1 11 h. 7 m, 5
- Sept. 6 53 Sagittaire. 6.2 7 h. 40 m, 6 ippnlse 1 (t'5 du bord.
- — 6 6727 B.A.C. 6.0 7 h. 37 m, 4 8 h. 2 m, 6
- — 11 22 Poissons. 5.6 7 h. 19 m, 5 ippnlse b i’i dn bord.
- 13 101 Poissons. 6.4 14 h. 21 m, 2 ippulse S 0 3 do bord.
- 18 125 Taureau. 5.9 8 h. 52 m, 3* 9 h. 40 ni, 8
- — 19 e Gémeaux. 3.2 13 h. 51 m, 3 14 h. 9 m, 0
- * L’étoile est sous l’horizon.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire géologique universel, par L. Cirez, docteur ès sciences, avec le concours de M. A. Peron, pour l’Algérie et la Tunisie. Année 1890. Tome XIII. 1 vol. in-8”. — Paris, Comptoir géologique de Paris, 1897.
- Nouvelle étude sur les tempêtes, cyclones, trombes ou tor-nados, par Paye, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes, 1 vol. grand in-8° avec 18 figures. Paris, 1897. Cauthier-Villars et fils. Prix : 4 fr. 50.
- Physiologie et pathologie de la respiration nasale, par le l)r Henri Mendel, ancien interne des hôpitaux, avec une préface de M. le professeur Gariel, membre de l’Académie de
- médecine* 1 vol. in-8°. Paris, 1897. Société d’éditions scientifiques. Prix : 5 fr.
- Le dessin. Un enseignement normal, par E. Bonnard. 1 vol. petit in-10. Privas. Imprimerie de VArdèche littéraire, 1897.
- La photomicrographie, par A. Clément. 1 vol. in-8°. Illustré par l’auteur de 95 figures. Paris, Charles Mendel, éditeur, 1897.
- Recherches sur la sève ascendante, par Houston Stewart Chamberlain. 1 vol. in-8°. Neuchâtel Attinger frères, 1897.
- Le nouveau recueil de tours de physique amusante, publié par notre collaborateur Ma gus et que nous avons annoncé dans la Bibliographie du n° 1254, du 12 juin 1897, a été édité chez Henri Gautier, 55, quai des Grands-Augustins, et non chez Gauthier-Villars, comme nous l’avons dit.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 14 juin , . . 21*,1 S. 1. Beau. « 0,0 Nuageux de 15 à 20 h. ; beau avant et après; quelquefois des gouttes entre 18 et 19 h.
- Mardi 15 15°,6 N. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 11 à 16 h. et après 21 h. ; beau le reste du temps.
- Mercredi 16 15* ,9 S. 1. Très nuageux. 0,0 Très nuageux; averse à 18 b. 30.
- Jeudi 17 11°,9 W. S. W. 2. Couvert. 0,4 Très nuageux ; petites pluies à 10 h. 30, 10 h. 47 et midi; lialo.
- Vendredi 18 12»,3 S. W. 3. Couvert. 0,7 Couvert jusqu’à 14 b.; très nuageux ensuite; orage de 16 h. 39 à 17 h. 30 avec grosse pluie de 17 à 17 h. 30.
- Samedi 19 11»,7 W. N. W. 3. Très nuageux. 11,1 Beau jusqu’à 6 b.; puis nuageux; couvert après 19 h. ; halo ; pluie à partir de 23 h.
- Dimanche 20 ... . 12»,1 S. W. 2. Couvert. 7,6 Presque couvert ; pluie à peu près continue jusqu’à 8 h. et averse à 11 h. 10-15”.
- JUIN 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 14 AU DIMANCHE 20 JUIN.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Trombe dans le département de la Seine. — Une trombe d'une extrême violence, et plus grave en ses effets que celle de juillet et septembre 1896, vient de ravager la banlieue nord-ouest de Paris et en particulier les villes d’Asnières, Saint-Denis et Bois-Colombes, le vendredi 18 juin.
- A Asnières, vers 5 heures du soir, au moment où l’orage éclatait sur Paris, la trombe a passé sur la place Alfred-Durand-Claye, a suivi le boulevard Victor-Hugo et le boulevard Voltaire, etc. Toutes les baraques de la foire alors dans son plein ont été réduites en miettes. Une cheminée s’est écroulée. La chaudière d’une usine a éclaté, tuant deux ouvriers et en blessant dix. Le directeur d’un manège de chevaux de bois a été blessé. Un de ses employés a été projeté en l’air à 10 mètres et finalement écrasé en retombant, par la chute du pilier qui soutenait le manège. La toiture de l’école de la Garenne-Colombes a été emportée. Dans Saint-Denis, à l'usine à gaz, les dégâts sont considérables. Plusieurs voitures ont été renversées par la violence de la tempête.
- Il y a en tout une vingtaine de blessés à Asnières. Le nombre en est ilus considérable à Bois-Colombes où il y aurait eu environ 40 blessés. ,rs ateliers de la Compagnie de l’Ouest à Bois-Colombes ont été renversés.
- Nous reviendrons sur cette véritable catastrophe. C’est la première fois à Paris qu’une trombe fait tant de victimes. Jusqu’ici les dégâts avaient été simplement matériels.
- Temptëtes et mandations» en Angleterre* en Roumanie et en Italie. —" Une violente tempête a sévi dernièrement, surtout à l’ouest de l’Ecosse, dans le canal de Saint-George, en Angleterre.
- Plusieurs vaisseaux ont été désemparés. Le bateau de sauvetage de Blackpool a pu sauver l’équipage du Foudroyant, qui était battu par des vagues énormes. On signale de nouveaux naufrages.
- En Roumanie, l’agriculture a souffert beaucoup par suite des averses persistantes depuis plusieurs semaines. Les eaux étaient à un niveau quelles n’avaient plus atteint depuis trente ans. La circulation des trains a été interrompue, pendant peu de temps, entre Fetesci et Cernavoda. Le Danube, considérablement grossi par les pluies, a formé un lac sur une largeur de 14 kilomètres. Près des ponts sur le Danube, la digue entre Fetesci et Cernavoda a été battue furieusement par les flots pendant plusieurs jours, mais elle a résisté.
- A Vérone, dans la nuit du 9 au 10 juin, un terrible toruado accompagné de grêle a dévasté la vallée de Caprino. Toutes les récoltes ont été perdues, y compris celle des mûriers, qui a entraîné la perte des vers à soie, etc.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 14, à 11 h. 20 m. du soir.
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- M. J.
- N° 1257 (3 juillet 1891), du journal « LA NATURE »
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- —Nous avons la satisfaction d’annoncer que notre collaborateur, M. A. de Lapparent, ancien ingénieur au corps des mines, vient -d'être élu, presque à l’unanimité, membre de l’Académie des sciences dans la section de minéralogie, en remplacement de M. des Cloizeaux. Tous nos compliments à notre éminent collaborateur.
- —H— A l’occasion de son jubilé, la reine d’Angleterre vient de nommer Chevalier M. \V. Crookes, l’éminent physicien, et chevalier «lu Bain, E. Lockyer, le savant astronome de la Société royale de Londres.
- —Dimanche dernier a eu lieu, à Bry-sur-Marne, l’inauguration du monument élevé, par souscription internationale, à la mémoire de Daguerrc. Le buste de Daguerre est dû au ciseau de MUe Elisa Bloch. Le monument, d’une élégante simplicité, est l’œuvre de l’architecte Henri Grenet.
- —On nous signale une nouvelle explosion de lampe oxy-hydrique pour projections qui s’est produite le 26 juin à la Sorbonne, dans le laboratoire du professeur Lacaze-Duthiers. Le manomètre de l’appareil producteur d’oxygène s’est brisé, et les éclats ont malheureusement été frapper le préparateur de M. Lacaze-Duthiers. Un des yeux a été gravement atteint.
- —Ce qu’a coûté l’illumination de Saint-Paul pour les fêtes du jubilé de la reine d’Angleterre. Cette illumination a duré six heures et la consommation de l’électricité s’est élevée au prix de 500 francs environ. Mais le prix des appareils est beaucoup plus élevé; il faut encore y ajouter le prix de la pose de ces appareils et le salaire des hommes chargés d’exécuter ce travail. Le tout monte à 1400 livres, soit 55000 francs. Puisque Saint-Paul est resté illuminé pendant 560 minutes, la minute revient à peu près à ’92 francs. Les journaux anglais déclarent que jamais illumination ne coûta si cher, mais que, dans une telle occasion, on ne doit point mesurer la dépense.
- —Et les illuminations pour la flotte de Spithcad? Une très grande quantité de matériel a été achetée par la marine à l’occasion «le la grande revue navale qui a eu lieu à Spithcad le 26 juin : .255 kilomètres de câble et fil conducteur, 25000 lampes de 16 bougies, 15 000 lampes de 8 bougies et 50 lampes de 100 bougies. *4
- —Le moment n’est pas trop éloigné où l’on va mettre à la .place qu’elle doit occuper définitivement, dans la construction du pont Alexandre III, la première pierre de ce pont, consacrée en octobre dernier parle tsar Nicolas II. En attendant, cette pierre fameuse, reliquaire de belles médailles et de parchemins chargés de signatures augustes, extraite du sol où on l’avait enfouie et que viennent «le creuser les travaux d’excavation pour la culée du nouveau pont, vient d’être déposée au fond de la maison de fer du quai qui sert «l’agence aux ponts et chaussées, dans le bureau du surveillant des chantiers. On veille là sur elle nuit et jour et elle ne sortira de sa cachette que pour être scellée dans les fondations du pont Alexandre III.
- —Le syndicat professionnel des usines d’électricité, qui compte à peine une année d’existence, a tenu le 25 juin dernier sa remière assemblée générale. Cette nouvelle association, qui a pour ut de réunir tous les intérêts électriques dans un même groupe et «le leur donner une même ligne de conduite, est appelée à prendre rapidement un grand essor, si l’on juge que l’ensemble des capitaux représentés atteint déjà 50 millions. Un banquet intime, suivi •d’une soirée artistique et musicale, a réuni tous les membres du syndicat sous la présidence de M. Herbault, assisté de M. Fontaine, secrétaire général. Parmi les membres présents, nous avons remarqué ATM. Mascart, Siegfried, F. Meyer, Lalance, de Tavcrnier, etc.
- —SI— Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a voté la'créa-; ion d’un laboratoire antidiphtérique.
- —Une naissance d’un certain intérêt vient de se produire au Jardin d’Acclimatation. Il s’agit d’un jeune lion de mer venu au monde le 16 juin et qui a reçu le nom de « Bichette ». C’est la cinquième fois que le magnifique couple d’otaries possédé par l’établissement zoologique du Bois de Boulogne se reproduit. La sollicitude de la mère pour son petit est des plus grandes : pendant le sommeil, elle étend sur lui sa large nageoire comme pour le proté-er, avec cette même nageoire elle l’attire à elle, se tournant, se aussant pour qu’il puisse téter aisément,
- —— Poids de quelques souveraines d’Europe, d’après les indiscrétions des balances automatiques. La reine d’Angleterre pesait 78 kilogrammes l’hiver dernier, à Nice. La reine d’Italie en pèse 70, la reine-régente d’Espagne 67, tandis que la reine Isabelle atteint 90. Quant à l’impératrice d’Autriche, elle ne pèse que 44 ou 45 kilogrammes. Attendons d’autres indiscrétions.
- —@— On vient de vendre à la Chambre des notaires un immeuble dit cc Cour de Rolian » constituant, entre la rue du Jardinet et le passage du Commerce, près de la rue Saint-André-des-Arts, un coin très pittoresque du vieux Paris. En cc point se trouve, enchâssée dans l’atelier d’un serrurier, une tourelle de l'enceinte de Philippe-Auguste, et le jardin surélevé que l’on voit dans cette cour est certainement supporté par une portion du mur de cette enceinte, dont le passage du Commerce suit le fossé.
- —D’intéressantes découvertes archéologiques viennent d’être faites au cours des travaux de démolition de l’ancien collège des Prémontrés, rue de l’Ecole-de-Médecine, à l’angle de la rue Hau-tefeuille. Ces vieux bâtiments avaient été acquis, depuis une vingtaine d’années, par la Tille de Paris pour l’agrandissement de l’Ecole de médecine. Le collège des Prémontrés avait été fondé au treizième siècle et occupait le terrain compris entre l’ancien collège de Bourgogne, devenu l’Ecole de médecine, et la rue llautefeuille. Ce collège avait une grande importance et chaque année tous les couvents de Prémontrés de France y envoyaient deux religieux pour y compléter leurs études. La chapelle du collège s’élevait en bordure de la rue de l’Ecole-de-Médecine; elle s’étendait de la rue des Vieilles-Etuves, qui la séparait du collège de Bourgogne, à la rue llautefeuille. A l’origine, le chœur était orienté vers la rue des Vieilles-Etuves, et sous le chœur existaient de vastes caveaux pour l’inhumation des religieux. Plus tard, de 1650 à 1640, au cours de travaux de restauration, le chœur fut reporté vers la rue Haute-feuille. En 1790, le collège avait été supprimé; les bâtiments avaient été vendus comme biens nationaux. Peu à peu ils avaient été incorporés à l’Ecole de médecine, qui a fini par les absorber entièrement. Les premières découvertes faites ont été celles de sept corpe trouvés dans une crypte située sous l’ancien chœur. Les corps étaient réduits à l’état de squelettes, et il ne restait plus trace des cercueils dans lesquels ils avaient dû être renfermés. Aucune pierre tombale n’indiquait les sépultures; mais sur les murs, au-dessus des corps, on pouvait lire, tracés au charbon ou au pinceau, les noms et les dates suivants : « Banis, 1647. — Humbert, 9 novembre 1651. — Le Danlejuge, 2 novembre 1755. — Le père Matgino, 11 juin 1755. — Frère Barlier, 1740. — Cobon, 26 juin 1747. — De Sainte-Foix, 1778. — De Saint-Eloi, 1702. » Le cadavre trouvé sous l’inscription : « Banis, 1647 » présentait de curieuses particularités. Le crâne portait des traces de cheveux et d’une sorte de calotte à mailles de soie verte. Au milieu des ossements on distinguait des restes d’étoffe de soie avec galons verts; une croix de métal — que l’on croit être de l’or — très oxydée et attachée à un ruban de soie, enfin, un bouton de bois doré tout vermoulu. Ces ossements ont été déposés à l’Ecole pratique de la Faculté de médecine. Les débris d’étoffe et la croix ont été remis par M. Muller, chef de chantier, qui les a trouvés, à M. Dupré, architecte du sixième arrondissement, qui les enverra au musée Carnavalet.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le foyer portatif à pétrole se trouve chez M. K. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris. — Les alliages Cothias sont fabriqués par M. Cothias, 9, rue Yictor-Ilugo, à Ivry-Port (Seine).
- Communications. — M. 0. Jullien, professeur à l’école normale de Bonneville (Haute-Savoie), nous adresse une intéressante communication sur les orages dans cette contrée : « Pendant la période orageuse de la fin de mai et du commencement de juin, la partie de la vallée de l’Arve occupée par Bonneville (Haute-Savoie) et ses environs a été complètement et heureusement épargnée, jusqu’à ce jour. Et pourtant les orages ont sévi, nombreux et violents, dans presque toute la France, en Europe, et notamment dans les pays qui avoisinent notre contrée. On sait que le nombre des victimes de la foudre est considérable et les dégâts matériels sont importants. Il est donc très remarquable que Bonneville ait échappé non seulement aux orages, mais encore aux averses. Tout près, à Valence, à Saint-Marcellin, à Moirans, à Albertville, et surtout à Voiron, on a observé des oifages d’une extrême violence. L’année courante compte en somme parmi les années orageuses; à partir du 21 mai jusqu’à ce jour, il y a eu un peu partout une série de phénomènes électriques. A Bonneville, à 450 mètres d’altitude, tout près du mont Blanc, la vallée de l’Avre est assez large. Elle est bornée au nord par le Môle ( 1869 mètres), qui protège la ville des vents du nord et du nord-est. Derrière le massif du Môle se trouve la vallée du Giffre, où les orages sont fréquents. Au sud, la montagne d’Andey ^1879 mètres) arrête les vents du midi, mais le sud-ouest n étant borné que par des élévations peu considérables, ce sont les vents de cette direction qui nous amènent pluie, neige ou orages. Ces orages passent très souvent par le col du Reyret (à droite du Môle pour un observateur tourné face au nord) et gagnent la vallée du Giffre. Ils éclatent aussi fort souvent dans les gorges du Barne, derrière la montagne d’Andey. A Bonneville, on observait le matin un ciel découvert, puis les nuages s’amoncelaient (cumulus et nimbo-cumulus), le tonnerre grondait au loin et l’on voyait tomber parfois quelques gouttes d eau.
- Ainsi, du 28 mai au 6 juin, à l’observatoire de l’école normale, nous avons relevé 10 millimètres 2 dixièmes de pluie, dont 5 millimètres 1/2 le 5 juin, dans la soirée et pendant la nuit. Le 6, temps couvert et orageux, pluie dans la vallée du Giffre (affluent de l’Arve), tonnerres lointains et vent fort. La pression atmosphérique a oscillé entre 721 et 724 millimètres, ce qui correspond ici au variable, car ces nombres vont, à notre altitude de 450 mètres, de 696 à 740 (notés depuis 5 ans, à partir de l’installation de notre observatoire). Les températures maxima (pendant la même période du 28 mai au 6 juin) ont varié de + 24 à -f- 28°, à l’ombre, sous l’abri construit d’après les plans de MM. de Sainte-Claire Deville et Renou. La température moyenne a été de + 15° à + 19°. Quant aux vents, nous avons eu le régime sud et sud-ouest. Les 6, 7 et 8 juin, le régime nord a dominé, et nous avons observé un orage dans la nuit du 9 au 10, après une belle et chaude journée. Ce phénomène, qui s’est produit après 9 heures du soir, a été précédé d’un halo lunaire. »
- M. E. Carpy, à la Châtre, nous informe que, dans cette ville, les verres de couleur et les lanternes vénitiennes pour les illuminations à la fête du pays ont été remplacées par de grandes lanternes alimentées par du gaz acétylène. Celui-ci était produit par deux appareils du système René, employant le carbure de calcium en poudre.
- il/. Maurice Boucherie, à Paris, à propos de notre récent article sur l’Exploitation et le sulfatage des bois (n° 1252, du 29 mai 1897, p. 410), nous écrit la lettre suivante : « Dans un article dont je viens seulement de prendre connaissance, M. Albert Vilcoq, professeur d’agriculture à Montargis, traite la question de l’exploitation et du sulfatage des bois. Son étude,
- fort intéressante, semble attribuer l’invention des procédés décrits à M. Gaillard, négociant à Béziers. Je ne puis laisser subsister une pareille erreur par respect pour la mémoire de mon regretté père. Les travaux, déjà bien anciens, qui ont éclairé d’un jour nouveau la circulation de la sève; les procédés industriels, qui ont rendu tant de services à nos lignes télégraphiques et à nos chemins de fer, sont dûs au I)r Boucherie. On en trouve la preuve dans un grand nombre de Notices et dr Mémoires et dans des communications à l’Académie des sciences. Depuis la mort du savant médecin , il n’a été apporté que des modifications insignifiantes à ces procédés, qui, basés sur la substitution du cuivre à la sève du bois, ont justement conservé son nom. »
- M. H. Cartier-Saint-René, à Château-Thierry (Aisne), nous transmet la description d’un calcimètre qu’il a fait construire. Cet appareil est peu volumineux, très simple, et évite l’influence de la pression atmosphérique sur les résultats de l’expérience, ainsi que la dissolution de l’acide carbonique dans l’eau.
- M. Papleux, à Cremieu, nous informe que l’éclairage de cette ville est assuré depuis le 2 juin par le gaz acétylène. L’appareil utilisé est dù à notre correspondant.
- M. G. Duclou, propriétaire à Bordeaux, nous a envoyé deux brochures intéressantes qui ont pour titre : De la prévision et de l’amélioration de la qualité des vins et de leur avenir par les pesages comparatifs des raisins et dé leurs jus pendant la vendange, ainsi que l’emploi raisonné de raisins-ferments, et la seconde : De Vépamprement ou écimage de la vigne été Gironde. Effets que cette opération semble produire sur le cep et le vin. Ces titres expliquent clairement le but et le sujet traité dans ces opuscules. Ajoutons que de nombreux renseignements en rendent la lecture utile. Ces brochures se trouvent chez les Libraires associés, 15, rue de Buci, à Paris, ou chez MM. Féret, 15, cours de l’Intendance, à Bordeaux.
- M. G. Melander, à Helsingfors, nous adresse une brochure ayant pour titre : Sur la condensation de la vapeur d’eau dans l'atmosphère.
- Renseignements. — M. L. Vasserot. à Vienne. — Jumelles : maison Baille-Lemaire, 26, rue Oberkampf; maison de l’ingénieur Chevallier, 15, place du Pont-Neuf; M. Morin, 5, rue Boursault, à Paris.
- M. A. L., à Paris. — Ces procédés sont déjà utilisés par un grand nombre d’amateurs ; remerciements pour votre communication.
- M. J. Veyret, à Piriac. — Nous avons transmis votre lettre à l’auteur de l’article, qui la fera parvenir à l’inventeur dont il est question.
- M. A. Latapy, à Paris. — Nous n’avons pas l’adresse du constructeur américain ; mais vous pouvez vous adresser à la maison Domange, 74, boulevard Voltaire. Cette maison a fait récemment une installation analogue de plan incliné aux grands magasins du Louvre.
- M. E. Cassé, à Paris. — Si vous voulez bien nous faire connaître les résultats de vos essais, nous les apprécierons et nous les mentionnerons, s’ils nous paraissent intéressants.
- M. J. S. de Roquetas, à Lyon. — Les appareils dont vous parlez consistent en deux plaques, zinc et cuivre, réunies: appliquées sur la peau ou sur une surface imbibée d’un liquide-légèrement acide, elles donnent un courant très faible. Après usure, les plaques doivent seulement être réparées, décapées ou remplacées; mais il n’y a besoin d’aucune recharge.
- M. G. A.', à Verdun. — Vous trouverez les renseignements que vous demandez dans la Photographie moderne, par A. Londe, à la librairie Masson et Cie.
- M. de la Haye, à Boulogne-sur-Mer. — 1° Les détails relatifs à la galvanoplastie, dorure, etc., sont donnés dans divers manuels Roret, à la Librairie encyclopédique, 1, rue Haute-feuille, à Paris. — 2° Pour les produits chimiques, il faut vous adresser à la maison Poulenc, 92, rue Vieille-du-Temple, ou à la maison Billault, 5, place de la Sorbonne, à Paris.
- M. C. Herrgott, au Valdoie. — 1° Les architectes emploient diverses substances, débris de maçonnerie ou autres, quelquefois rien ; on a déjà expérimenté la poudre de liège, la poudre de scories, etc. — 2° Parmi les ignifuges, nous vous citerons le phosphate d’ammoniaque, le carbonate d’ammoniaque, etc. — 3° Nous n’avons pas d’autre adresse.
- M. B. R. L., à Paris. — L’expérience dont vous parlez est en effet intéressante; mais G. Planté, comme vous le dites, en a fait un grand nombre de semblables.
- (Voir la suite de la Boite aux lettres page5* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, m A insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- BOITE AUX LETTRES {Suite)
- M. Haffner, à Audricourt. — Adressez-vous directement aux fabricants.
- M. M. S. R., à Musseau. — 1° Nous vous conseillons d’employer de la poudre de pyrèthre de bonne qualité. — 2° Nous ne connaissons pas l’adresse de ce fabricant, il faut s’adresser au constructeur de la lampe.
- M. Liger-Belair, à Romorantin. — Le radiateur Salénius pourrait vous convenir; nous l’avons décrit dans le n° 1195 du 25 avril 1896, p. 325. Il fallait à cette époque s’adresser à M. Nordenfeldt, 8, rue Auber, à Paris.
- M. R. L., à Charleroi. — Cette revue est éditée à la librairie Alcan, 108, boulevard Saint-Germain, à Paris; le prix d’abonnement est de 12 fr. par an.
- M. de B., 'a Dijon. — 1° Société des anciens établissements Jarriant, 25, rue Pierre-Charron, à Paris. — 2° M. Clarenc, 88, rue Daguerre, à Paris. — 3° M. L. Digeon, 25, rue de la Montagne Sainte-Geneviève, à Paris.
- Un abonné, à Bruxelles. — Pour faire disparaître les herbes dans les allées et chemins, on conseille d’y répandre du tan.
- M. H. Garban, à Bourges. — 1° Adressez-vous à la librairie Croville-Morant, 20, rue de la Sorbonne, à Paris. — 2° Vous pourriez utiliser un fourneau à pétrole spécial, en vente chez M. K. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris.
- Questions. — N° 1236. — M. E. Pecarrène, ingénieur au Tinaut, près de Pau (Basses-Pyrénées), demande l’adresse d’un professeur qui se chargerait d’emmener en voyages scolaires pendant les vacances un jeune homme de quatorze ans.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. F. de Roussac, à X. Votre lettre a été envoyée; mais nous avons indiqué l’adresse de ce fabricant en tête de la Boite aux lettres du numéro qui contient la description de l’appareil. — M. L. de R., à Z. Il faut faire diverses mesures sur la pile en service. — M. Dulong, à Marseille. Nous ne pouvons donner ici toutes les explications que vous demandez; consultez un traité de chimie. — M. A R., à Paris; M. G. Viot, à Asnières. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie. — M. V. S., à Lille; M. L. Q., à Paris. Remerciements pour vos renseignements. — M. R. Frey, à Guebwiller. Nous ne pouvons nous expliquer ce fait. — M. L. Schi-nur, à Paris. — Remerciements pour vos observations ; nous nous efforcerons d’en tenir compte. — M. C. Delattre, à Lille. Votre lettre a été envoyée à destination. — M. J. Lamade, à Larroque-sur-l’Osse. Nous ne connaissons pas l’appareil dont vous parlez. — M. A. Gannal, à Paris. Remerciements pour votre observation. — M. E. M. Navarrete, à Mexico. Nous avons reçu votre communication; remerciements.
- PETITES INVENTIONS1
- Éjecteur de cigares ou cigarettes. ---- Lorsque le cigare ou la cigarette est sur le point d’ètre terminé, il faut le -sortir du porte-cigares, et bien souvent l’opération réclame une épingle ou un petit fil de fer. Avec l’appareil dont il est question, il n’en est plus besoin. L’éjccteur de cigares porte à 1 intérieur du tube maintenant le cigare un deuxième tube retenu par un ressort (n° 2). Il suffit d'appuyer sur une
- Éjecteur de bouts de cigares.
- 1. Vue d’ensemble. — 2. Vue intérieure. — 3. Mode d’emploi.
- extrémité (n0^) pour chasser au dehors le cigare. — L'éjecteur de cigares se trouve chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- Canne pour dessinateurs. — La canne que nous mentionnons peut être très utile aux dessinateurs pour relever des croquis de paysages ou autres ; elle a été imaginée par M. J. Roux. Lacanne, par son aspect, son poids,-«ne diffère en lien d’une canne ordinaire, dont elle fait naturellement l’office.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
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- Dans le courbin de la canne, un trait de scie laisse passer une glace renfermée dans un album, et alors elle y est maintenue par la pression d’un petit ressort (n° 1). Cette glace va se présenter en hauteur dans une rainure de 18 centimètres, profonde de 5 millimètres, ou bien en largeur, dans une seconde rainure de 13 centimètres pratiquée dans la première et plus profonde de 4 millimètres. La canne renferme une tige de cuivre creux qui permet de l’allonger à lm,50 environ. L’album (n° 3) renferme quelques feuilles de papier blanc, quelques feuilles de papier végétal gommées aux quatre coins,
- Canne pour dessinateur.— 1. Courbin de la canne.
- 2. Œilleton. — 3. Album renfermant la plaque de verre et les accessoires. i. Montage de la canne.
- une plaque de verre 13x18 rodée, et sur la couverture en deux gaines un œilleton à courbure (n° 2), ainsi qu’un crayon lithographique sous bois. Pour monter l’appareil, on place l’œilleton dans le courbin de la canne et on introduit le verre en hauteur ou en largeur. On fixe la tige de cuivre à la hauteur qu’il convient, à l’aide de l’écrou moleté, et, pour avoir plus de stabilité, on maintient la canne en bas entre ses pieds, au milieu de la main gauche et en haut par l’œilleton qui vient s’appuyer contre i’arcade sourcilière; puis de la main droite appuyée contre la canne, on calque la nature sur le verre avec le crayon lithographique (n° 4). Le calque fait, on enlève la glace, on fixe à scs quatre coins la feuille de papier végétal, et on présente le tout sur une feuille blanche de son album et l’on termine le croquis {à la plume de préférence) dans ses moindres détails, sur une mise en place absolument juste. Les croquis d’architecture, de paysage ou de figure les plus compliqués demandent de 5 à 15 minutes. — Pour tout ce qui concerne la canne .1. Roux, s’adresser a M. E. Boisson, 25, rue Montrosier, à Neuilly-sur-Seine.
- Appareil à eau «le Seltz. — Le siphon que nous décrivons permet de fabriquer très aisément de l’eau de Seltz. Le mélange d’acide tartriquo et de bicarbonate de soude est d abord
- Appareil à eau de Seltz. — 1. Vue d’ensemble.
- 2. Détails de la partie inférieure. — 5. L’appareil monté.
- préparé. On dévisse la partie inférieure du siphon, qui est formée d’une calotte (n° 2) présentant au centre un petit récipient métallique. Le mélange des poudres est introduit dans la calotte, on verse une petite quantité d’eau. Le siphon est ensuite retourné et rempli d’eau. Il suffit de revisser la partir inférieure. L’acide carbonique se dégage par de petites ouvertures de très faible diamètre que porte le petit récipient métallique du centre, et vient se dissoudre dans l’eau sans que celle-ci puisse passer au delà. — L’appareil à eau de Seltz w trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Nettoyage des bijoux. — Voici, d’après notre confrère le Praticien industriel, une recette pour nettoyer les bijoux : l'our ceux de grandes dimensions, on emploie du rouge à polir ou du rouge de Prusse délayé dans un peu d’alcool : on frotte avec un linge fin, puis on essuie. Pour les petits bijoux, on frotte avec une brosse douce trempée dans de l’eau de savon un peudipaissc ; on essuie avec un linge fin, puis avec de la mie de pain ou de la peau de gant. Toutefois, nous recommanderons d'éviter le contact de l’eau de savon avec les perles fines.
- Pour distinguer le benzol de la benzine. — Comme des erreurs se produisent souvent, en partie à cause des deux noms respectifs anglais benzol et benzine, signalons les procédés recommandés par le professeur Lanier. Le benzol est coloré en rouge carmin par addition d’un cristal d’iodure, tandis que, dans ces conditions, la benzine se colore en violet. D’autre part, ajoutons à 2 centimètres cubes de l’une ou de l’autre substance douteuse, 5 ou 4 gouttes d’une solution éthérée claire de san-daraque à 1/10, la benzine se trouble d’une façon définitive, tandis que le trouble du benzol n’est que passager. Enfin secouons du benzol avec des traces d’alcool, il devient trouble, ce qui n’arrive point pour la benzine.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- observations 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 21 juin . . . 15*,3 W. N. W. 1. Quelques nuages. 0,7 Couvert à 1 b. et après 13 h. ; nuageux le reste du temps.
- Mardi 22 18»,2 N. 1. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 5 h. ; puis très nuageux ; beau après 16 h.
- Mercredi 23 20»,1 E. 2. Beau. 0,0 Beau ; trace de halo.
- Jeudi 24 22»,0 S. W. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 17 h.; très nuageux ensuite; gouttes de 21 à 23 h. 30; trace de brouillard sur la Marne à 4 h.
- Vendredi 23 22»,0 S. S. E. 0. Peu nuageux. 0,0 Nuageux; halo.
- Samedi 26 23»,3 N. E. 2. Peu nuageux. 1,4 Nuageux ; tonnerre à diverses reprises et éclairs dans la soirée ; averse à 1 li. 15 ; quelquefois des gouttes.
- Dimanche 27 ... . 19»,2 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Très nuageux ; quelques coups de tonnerre dans l’après-midi avec un peu de pluie.
- JUIN 1897. — SEMAINE DU LUNDI 21 AU DIMANCHE 27 JUIN.
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à labri a boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- f.n pluie à Paris. — La hauteur de pluie recueillie à l’observatoire de Moutsouris, depuis le 1" septembre 18% jusqu’au 30 avril 1897, a été de 664 millimètres, chiffre qui dépasse de beaucoup la moyenne annuelle. On n’avait jamais signalé, depuis deux siècles, dans les relevés pluviométrique, pareille chute d’eau. Même en 1834, qui passait à cet égard pour une année exceptionnelle, la période de mai à décembre (pendant la saison des fortes averses) n’avait pas donné plus de 637 millimètres, — 27 milimètres de moins que l’iiiver 18%-97.
- Tremblements de terre. — Le journal Ciel et Terre publie une Note intéressante sur la périodicité diurne des tremblements de terre. Certains travaux récents ayant mis en doute la périodicité diurne des tremblements de terre et cherché à établir qu'elle est plus apparente que réelle, M. C. Davison a voulu examiner la question de près, et, dans une communication faite à la Société rovale de Londres, il est arrivé aux conclusions suivantes. Les données utilisées ont été les diagrammes fournis par les instruments enregistreurs installés au Japon, aux îles Philippines et en Italie.
- Les relevés faits sur ces diagrammes ont été soumis à l’analye harmonique.
- 1° La variation diurne de la fréquence des tremblements de terre trouve une preuve dans la concordance approximative des époques (temps local moyen) des quatre premiers composants (24,12, 8 et 6 heures) pour toute l’année à Tokio et à Manille, et pour la moitié de l’hiver et de l'été à Tokio.
- 2° Au cours des tremblements de terre ordinaires, se produit presque
- toujours une période diurne marquée dont le maximum est généralement entre 10 heures et midi. La période semi-diurne, quoique moins apparente, est aussi clairement marquée : son maximum est toujours entre 9 heures du matin et midi, et entre 9 heures du soir et minuit. D’autres concordances moindres ont aussi leur importance, le premier maximum du composant de 8 heures se produisant probablement vers G* 30" du matin, et celui de 6 heures vers 3 ou 4 heures du malin; cependant, pour ces deux époques, les résultats ne s’accordent pas toujours.
- 2“ Quoiqu’on n’ait pas assez de données pour tirer une conclusion complète, il semble que ce sont les chocs les plus faibles dont la périodicité diurne soit la plus marquée.
- 4“ Dans le cas des chocs en retour des grands tremblements de terre, la période diurne a lieu quelques heures après minuit, mais les époques de» autres composants sont sujettes à de fortes variations, par suite sans douta des courts intervalles qui séparent les indications des enregistreurs. U* trait particulier des chocs en retour est la valeur plus marquée des composants de 8 heures et de 4 heures.
- Les époques des quatre premiers composants représentant la varia tio». diurne de la fréquence séismique sont comparables, en certains cas, à celles de la pression barométrique et de la vitesse du vent. Mais, tandis que la variation du premier composant ne peut pas_ être attribuée exclusivement à l'un des derniers phénomènes, il ne paraît pas improbable que la périodicité diurne des secousses séismiques ordinaires ne soit du» principalement à la vitesse du vent, et la périodicité diurne des chocs en retour principalement à la pression barométrique.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 21, à 11 li. 33 m. du soir.
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- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —On a célébré, le jeudi 1er juillet, à l’hôpital Necker, le jubilé du professeur Guyon, membre de l’Académie des sciences et de l’Académie de médecine, depuis trente ans chirurgien de l’hôpital Necker. Plus de deux cents médecins, anciens élèves de M. le Dr Guyon, assistaient à cette réunion, et c'est au milieu d’applaudissements enthousiastes que l’éminent professeur a fait son entrée parmi <>ux, suivi de ses internes qui, comme lui, en tenue d’hôpital, venaient de terminer la visite quotidienne. Le Dr Lucas-Cliampionnière, de l’Académie de médecine et médecin de l’hôpital Saint-Louis, a pris le premier la parole, et a retracé, en termes d’une éloquence émue, la carrière de son vénérable maître et ami Guyon. Le Dr Campenon, médecin des hôpitaux, a exprimé avec une grande émotion, la reconnaissance éternelle qu’il garde à celui dont il fut tout à la fois l’élève «l le malade et qui ne lui donna pas non seulement sa science, mais encore lui sauva la vie. M. le Dr Albarran a pris ensuite la parole au nom des médecins de l’hôpital Necker; puis le professeur Guyon a répondu en quelques mots pleins d’émotion, remerciant ses anciens élèves et tout le personnel de l’hôpital, depuis le directeur, M. Brelet, jusqu’au plus modeste des infirmiers.
- —$$— Le Congrès annuel de la Société centrale des architectes français a eu lieu dans l’hémicycle de l’Ecole des beaux-arts, sous la présidence de M. le ministre de l’Instruction publique, le 26 juin dernier. Nous avons le plaisir d’annoncer que parmi les récompenses données une médaille d’argent a été décernée à M. Albert Tissan-<lier, notre collaborateur, pour ses travaux remarquables d’archéologie orientale. La Nature a été la première à publier ses intéressantes Notices relatant les principaux traits de ses voyages aux Indes, en Chine, aux Etats-Unis, au Japon, au Cambodge, en Australie, etc.
- —|$— Le pont Alexandre III. On procède au montage du caisson <ie fondations du pont Alexandre III, sur la rive droite de la Seine. Les riveurs ont commencé l’assemblage des tôles; ils ont établi les -cheminées, ou écluses à air comprimé surmontant le caisson, par lesquelles les ouvriers entreront et sortiront pendant le cours du travail. En même temps, on procède à l’installation de l’éclairage électrique nécessaire du chantier de fondation du pont ainsi que de l'intérieur du caisson. Des appareils mécaniques sont en montage pour la préparation du mortier et du béton qui sera mis en œuvre. La direction des travaux a terminé l’étude de l’avant-projet des passerelles qui seront jetées entre le pont de l’Alma et le pont d’Iéna.
- —$$— M. Ilamy, membre de l’Institut, directeur du musée ethnographique du Trocadéro, vient de recevoir une importante collection de vases du Pérou, d’origine très ancienne, représentant la plupart •des animaux du pays. Le fini des vases, le soin avec lequel les artistes
- fiéruviens ont observé et reproduit les animaux, donnent à cette col-ection une grande valeur. Les plus belles pièces proviennent du Libertad; d’autres ont été trouvées près de Lima ou dans l’Entre-Sierras; les unes sont en terre noire, lustrée et fort mince; les -autres sont modelées dans une terre moins fine, entourée de blanc ou de noir. La collection forme un petit musée de céramique appli-uée à la zoologie. Elle a été enfermée dans plusieurs vitrines où, ès maintenant, le public est admis à la visiter.
- —1$— La Société des laboratoires Bourbouze pour l’enseignement gratuit de la physique, de l’électricité et de la chimie industrielle, vient de renouveler ainsi la composition de son bureau pour l’année 1897-1898 : présidents d’honneur : MM. Lippmann et Gréhant. •de l’Institut ; président : M. Gaiffe ; vice-présidents : MM. C. Poulenc •et Leguay ; secrétaire général : M. A. Pihan ; trésorier : M. G. Buchet.
- —®— La Société horticole et botanique de l’arrondissement de Melun (Seine-et-Marne) tiendra, du 5 au 7 septembre, une exposi-
- tion générale des produits de l’horticulture et des industries qui s’y rattachent. Ce concours comprendra : les légumes, les collections de fruits, les arbres fruitiers, les plantes d’ornement, les arts et les industries horticoles.
- —®— D’après Étangs et Rivières, le 15 juin 1897, est morte au Muséum la plus grande des trois Salamandres du Japon que possédait l’établissement. Ce batracien, donné à la ménagerie par le Dr Pompe van Merderwoort, le 11 novembre 1859, se trouve donc avoir vécu à Paris — loin des eaux natales — pendant près de trente-sept ans. Il y a beaucoup grandi : long de 679 millimètres à son arrivée, il mesurait, en 1885, lm,17 et atteignait lm,30 environ au moment de sa mort. Son poids à cette époque était de 24 kilogrammes.
- —Les journaux de Barcelone disent qu’un curieux phénomène a été observé en mer pendant plusieurs heures. Le niveau de la mer descendait et montait d’un mètre par intervalle de 10 minutes. Ce phénomène est analogue à celui observé pendant le tremblement de terre de Krakatoa. On l’a observé également dans les parages de Toulon. Les oscillations duraient 20 minutes, 10 minutes démontée et 10 minutes de descente. Contre-coup sans doute d’un séisme éloigné !
- —Le 29 juin, dans la soirée, une véritable trombe, rappelant en tous points celle qui dernièrement sévissait à Asnières, s’est déchaînée sur la petite ville de Voves et sur plusieurs communes environnantes, marquant son passage de nombreux dégâts, enlevant les toitures, déracinant les arbres, renversant tout ce qui s’opposait à sa marche, dévastant les récoltes, couchant les blés et les avoines, au grand désespoir des cultivateurs, qui voyaient anéantis en une seconde tous les fruits et tout le travail d’une année. Les pertes sont immenses. C’est vers 5 heures et demie que l’orage a fondu sur Voves. Le ciel s’est soudainement obscurci, et la nuée, se dirigeant du sud au nord, est passée avec une vitesse effrayante, accompagnée de tonnerre et d’éclairs. Il tombait d’énormes grêlons qui trouaient les vitres; l’orage brisait les arbres, hachait les récoltes. Cette immense nuée s’est enfuie ainsi dans la direction de Chartres, parcourant les communes de Yilleau, Voves, Villeneuve, Saint-Nicolas, Pezy, Theuville, pour venir mourir à Nogent-en-Thaye et à Sours. Un voyageur, M. Mellot, qui suivait la route, a été enlevé avec sa voiture et transporté dans un champ. Un autre attelage de quatre chevaux, attelés à une lourde voiture, a été pris par le tourbillon et a pivoté sur place. Un noyer énorme a été plié comme un roseau. A la gage de Sainte-Apolline, deux wagons ont été 'culbutés par le vent et ont obstrué la voie.
- —Le 26 juin, une crue du Pruth a causé de grands ravages en Galicie, et un pont sur lequel passait un train de voyageurs s’est écroulé entre Kolomea et Turka. Il y avait cent vingt voyageurs dans le train, qui est tombé à l’eau. Cinq wagons sont restés sur les rails près du pont. On n’a retiré de l’eau que deux cadavres. On a constaté que deux personnes avaient été blessées grièvement et douze légèrement. On a retiré du wagon-poste la plus grande partie des valeurs qui s’y trouvaient au moment de la catastrophe.
- —@— La nouvelle mairie de Levallois-Perret, que l’on compte inaugurer le 14 juillet prochain, sera pourvue d’un carillon tel qu’il n’en existe de pareil en aucun clocher ou campanile de France. Ce carillon, au lieu d’être composé de cloches, est formé de deux rangées parallèles de tubes en bronze, mesurant de 1 m. 40 à 2 m. 42 de longueur, et pesant de 26 à 45 kilogrammes. Ces tubes, au nombre de 18, seront frappés, comme les cloches des autres carillons, par un appareil à marteaux.
- —Une dépêche officielle de Manille a annoncé une éruption violente du volcan Mayou dans la province d’Albay. La lave a produit de grands dégâts dans le village de Liboug; la récolte du tabac est perdue. Aucune secousse n’avait été ressentie depuis 1617.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- M’cfej.ef st.
- Communications. — M. C. Linde, professeur à l’École polytechnique de Munich, nous a adressé une intéressante brochure ayant pour titre : Machine pour l'obtention des basses températures pour la liquéfaction des gaz et la séparation mécanique des mélanges gazeux. Cette Notice, extraite du Génie civil, contient des renseignements très intéressants sur les procédés et appareils employés jusqu’à ce jour pour la liquéfaction des gaz, sur une nouvelle machine pour la liquéfaction des gaz, sur les résultats des essais effectués et sur la séparation des mélanges gazeux et l’extraction de l’oxygène.
- M. Léon Rivière, à Bourg-de-Péage (Drôme), nous envoie la Note suivante : « Les savons sont le résultat de la combinaison des acides gras avec des hases alcalines. La saponification des corps gras exige des manipulations nombreuses. Dans le but de simplifier ces opérations et d’activer la saponification des huiles ou des graisses, en la rendant au besoin ininterrompue, j’ai fait breveter un nouveau dispositif très simple qui réalise la division extrême des molécules graisseuses en présence de la vapeur d’eau et des alcalis nécessaires à la production du savon. La décomposition des matières grasses et leur combinaison avec les lessives alcalines s’opère ainsi très facilement et avec une grande rapidité. L’appareil qui permet d’obtenir ces résultats se compose : 1° d’une cuve dans laquelle sont introduits ensemble les corps gras destinés à être saponifiés et la quantité dosée de base alcaline nécessaire à leur saponification. Ce mélange est constamment chauffé par un serpentin de vapeur placé dans un double fond ou par tout autre moyen, et la masse est remuée au moyen d’un agitateur. Dans cette cuve plonge le tube d’un injecteur aspirateur qui, au moyen de vapeur sous pression arrivant par le tuyau, aspire le mélange de matière grasse et de base alcaline, décompose la première en présence de la seconde, provoque ainsi leur combinaison et leur saponification et projette le tout dans une seconde cuve fermée. Les produits sortant de l’injecteur sont lancés contre un écran et tombent dans le fond de la cuve. De là ils sont chassés par la pression de la vapeur à travers un tube qui les amène devant un jet de vapeur qui les pulvérise et achève ou complète, s’il en est besoin, l’opération commencée par l’injecteur. En d’autres termes le pulvérisateur agit de nouveau sur les particules grasses qui peuvent avoir échappé à la première action de la vapeur et de l’alcali. Enfin le mélange complètement saponifié sc trouve, en sortant du tube, projeté contre l’écran et tombe dans une troisième cuve où on le recueille par les moyens ordinaires. »
- M. Ch. Brey de Marzilly, à Paris, nous fait part d’un fait curieux : « Le 26 juin, samedi soir, est entré dans ma chambre un gros papillon de nuit vulgairement appelé « Paon de nuit ». L’insecte se posa immédiatement sur une table et accomplit sa ponte. Je renfermai sous une cloche de verre et je pus suivre l'opération, curieux d’en connaître l’issue. Toute la nuit fut employée par mon papillon à déposer environ 2 40 œufs gros comme une forte tète d’épingle et groupés par cinquantaine. Le lendemain vers 10 heures l’insecte semblait s’assoupir; à 2 heures il avait cessé de vivre, laissant à mes soins une jeune famille non pas au berceau, mais en coque. Les œufs de pareils papillons sont rares à trouver à la campagne ; faut-il donc venir à Paris pour être témoin d’un tel fait ? »
- M. IL T., à Montélimar, nous transmet la Note ci-jointe : « Me rendant, le 20 juin dans la soirée, de Rochemaure (Ardèche) à Montélimar au moment du coucher du soleil, j’ai été témoin d’un spectacle assez étrange et tout nouveau pour moi. Au-dessus du plateau du Coiron, dans la direction du volcan de Chenavari, flottait dans le ciel, très pur à ce moment du côté de l’ouest, un léger nuage blanc transparent comme un voile, à une altitude qui m’a paru considérable. Au moment où le soleil a disparu derrière les montagnes, ce nuage a pris sur les bords les plus rapprochés de l’astre une coloration d’un rose très vif, et tout
- à côté sans transition aucune une teinte verte fort belle. La partie colorée en vert était égale à peu près à quatre fois la largeur habituelle de l’arc-en-ciel. Le surplus du nuage a gardé la coloration blanche qu’il avait avant. Je suppose que la lumière solaire était à ce moment décomposée par un nuage caché derrière l’horizon. Mais pourquoi le nuage visible ne reflétait-il qu’une seule des couleurs du prisme, et comment se fait-il que cette couleur verte fixée sur le nuage apparent à mes yeux eût une largeur aussi considérable ? »
- Le même correspondant ajoute encore : « Je me permets-en même temps de vous adresser un échantillon des silex qui se trouvent en assez grande abondance dans certaines de nos montagnes du Vivarais, et je vous serais fort obligé de me dire si c’est bien là une pierre taillée par la main de l’homme et une arme de nos ancêtres. » L’échantillon que nous avons reçu est bien un silex taillé par la main de l’homme.
- Renseignements. — M. C. II., h Namur. — 1° Il y a eu sans doute une erreur, soit dans la formule, soit dans la construction. Nous avons donné autrefois la description du baro-scope Negretti et Zambra, pronostic ou sturmglass des Anglais, année 1876, tome II, page 409. — 2° Nous pensons qu’il faut pousser le développement jusqu’à ce que l’image soit visible ; il est facile de vous en rendre compte par une expérience.
- M. G. Nicolopulo, à Braïla (Roumanie). — Nous avons déjà examiné les appareils dont vous parlez, et nous n’avons pas trouvé utile d’en donner la description.
- Un abonné, à Rouen. — il n’existe pas d’ouvrage sur ce sujet; il faut prendre les descriptions dans divers traités de physique; nous avons indiqué un procédé pour argenter le verre dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, lra série, à la librairie Masson et Cie.
- M. A. Mathieu, à Besançon. — 1° Il faut consulter les divers journaux d’aérostation. — 2° Nous avons publié un grand nombre de dessins et figures sur ce sujet; voyez les tables des matières décennales. — 3° 11 n’existe pas d’ouvrage spécial ; des études ont paru seulement dans divers journaux.
- M. A. Rempnnulx, à Champagne (Charente). — Nous vous remercions pour votre envoi ; mais les fleurs sont arrivées dans un état tel que nous n’avons pu les utiliser.
- M. J. AndrioV; à Mirebeau. — Ces montres-tachymètres se trouvent chez M. J. Château, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. H. Ladame, à Neuchâtel. — Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer pour les transmissions Osgood.
- M. J. Salzoni, à Andrinople. — Pour coller le caoutchouc on emploie une solution de caoutchouc pur dans la benzine ou le sulfure de carbone ; ces produits se vendent tout préparés chez les marchands d’accessoires pour bicyclettes.
- M. L. Stœcklin, à Mulhouse. — 1° Vous pourrez avoir une série de renseignements sur les ampoules pour rayons X chez M. Séguy, 13, rue Racine, chez MM. Ducretet et Lejeune,. 73, rue Claude-Bernard, et chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris. — 2° Différents traités ont été publiés à la librairie Carré, 3, rue Racine, ou chez M. Doin„ 8, place de l’Odéon, à Paris.
- M. V. Pouchain, à Armentières. — Il vous faudrait demander ce renseignement à l’auteur de l’article que nous avons publié, au Muséum d’histoire naturelle, à Paris.
- M. P. Woog, à Paris. — Des impuretés doivent se trouver certainement dans ce gaz ; il faut vous adresser à des spécialistes, à M. de Perrodil, 23, rue Buffault.
- M. A. Mamed, à Lisbonne. — Consultez la collection des Manuels Roret, à la librairie encyclopédique, 1, rue Haute-feuille, à Paris. Nous avons décrit autrefois les conserves alimentaires de la maison Kratz-Boussae,5, rue St-Laurent, à Paris.
- M. L. Vauvincq-Reniez, à Andruicq. — Veuillez consulter un astronome; nous ne saurions vous répondre.
- M. J. Zryd, à Paris. — Vous trouverez des renseignements sur les mesures électriques dans le Traité élémentaire de l'énergie électrique de M. E. Hospitalier, à la librairie Masson et Cie, et dans le Traité d'électricité de M. Eric Gérard, à la librairie Gauthier-Villars et fils.
- Accusés de réception. Avis divers. — M. Dupont, à Lilly. Votre sonnerie ne peut fonctionner, si le deuxième lil n'est pas relié à la pile. — M. L. R., à Dijon. I/analvse chimique peut seule vous indiquer exactement la quantité de soude renfermée dans cette substance; voyez un chimiste. — M. D. M., à Paris; M. Lelourd, à Asnières. Consultez le petit livre des Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cle. — M. Leblois, à Lille. Nous avons donné cette formule dans le même petit livre que ci-dessus., 3° série, à la même librairie. — AJ. D. V-, à Versailles. Remerciements pour votre communication. .
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INTENTIONS1
- Lampe an magnésium. — Le magnésium est maintenant plus généralement employé au point de vue photographique sous forme de poudre, — simple ou composée, — pour produire un éclair qui suffit à impressionner la plaque sensible ; mais il est des cas où la lampe dans laquelle on emploie le même métal sous forme de ruban est préférable, parce qu’elle permet de diriger la lumière à tel ou tel endroit de préférence à un autre. Il existe plusieurs modèles de lampes de ce genre ; le problème consiste à obtenir d’une façon régulière le déroulement du ruban à mesure de sa combustion.
- Lampe au magnésium.
- Le modèle que M. Target vient de mettre dans le commerce nous a paru pratique, parce que, sous un très petit volume, il réalise les mêmes avantages que les appareils plus grands et moins portatifs. Dans une boite plate (n° 1) se trouve le mouvement d’horlogerie et une bobine de magnésium en ruban ; un petit réflecteur rabattu sur la boîte se relève au moment de mettre la lampe en marche (n° 3) ; lorsqu’on doit opérer en plein air, on évite que le vent n’éteigne la lampe au moyen d’une petite lanterne qui, repliée (n° 2), tient très peu de place et se met dans un étui; une fois développée (n° 4), elle entoure complètement le foyer lumineux et le réflecteur; la partie supérieure, qui est ouverte sur deux côtés, suffit pour permettre à la fumée de s’échapper sans ternir les feuilles de mica qui garnissent les côtés. Le mouvement d’horlogerie est suffisant pour assurer un déroulement régulier du ruban pendant vingt minutes. — La lampe au magnésium se trouve chez M. Target, 26, rue Saint-Gilles, à Paris.
- Piège si cafards. — On recherche toujours des pièges nouveaux pour les cafards. Celui que nous décrivons permettrait, dit-on, de faire une chasse abondante. Il se compose d’un récipient métallique, au centre duquel se trouvent, à la
- Piège à cafards.
- partie supérieure, une série de petites ailettes mobiles autour de divers axes. Les cafards arrivent, montent, et basculent bientôt sur ces ailettes pour tomber au fond du réci-bient. — Le piège à cafards est en vente chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Clé anglaise et burette à graisser. — La vélocipédie a centuplé non seulement l’emploi, mais aussi les modèles de la clé anglaise qui, aujourd’hui, sous les formes les plus diverses, se trouve entre les mains de tous les innombrables cyclistes, et de nombreux inventeurs se sont mis à la recherche d’un système pratique et surtout léger. La clé dont nous parlons possède en outre de la solidité et de la légèreté l’avantage de la mise au point instantanée. Ce résultat est obtenu par une disposition de la vis sans fin qui, hors de la poignée, se fixe sur la dent correspondante de la crémaillère en appuyant tout simplement le pouce sur le ressort (n° 1 et 2). Comme le levier dépasse la monture, il faut appuyer avec le pouce pour que la vis lâche les dents, ce qui permet d’installer la mâchoire instantanément
- Clé anglaise et burette à graisser. — 1 et 2. Détails de la clé anglaise. -5, 4, S. Détails de lu burette à graisser. .
- à la distance voulue. En lâchant le levier la vis sans fin se prend dans la crémaillère et il suffit de donner quelques tours en avant ou en arrière pour la fixer au point. La plupart des burettes à graisser connues jusqu’ici présentaient l'inconvénient de ne pas atteindre avec facilité les parties des machines difficilement accessibles. La petite burette pratique que nous présentons est d’un faible volume (n° 4 et 5) et est aussi à col allongé (n° 5), par suite d’une disposition très simple du bec monté sur une tige-piston qui rentre dans l’intérieur de la boite et que l’on peut tirer à volonté suivant les besoins. — Ces deux appareils, clé anglaise et burette, se trouvent chez M. Kratz-Bousssac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ :
- L’albuminate cVichtyol. — Afin d’obvier aux inconvénients que présente l’ichtyol pour l’usage interne, par suite de l’odeur et du goût répugnants de ce médicament, M. IL Vietli a préparé un albuminate d’ichtyol (ichlalbine), substance complètement inodore et insipide. Ce corps s’obtient en mettant l’ichtyol en présence d’une solution albumineuse. Dans ces conditions* il se forme un précipité d’albuminate d’ichtyol qu’on purifie soit par le chauffage, soit par des lavages à l'alcool ou à l’eau.
- D’après M. le docteur A. Sack (de Heidelberg), qui a fait ! avec l’albuminate d’ichtyol de nombreux essais thérapeutiques, ; la dose moyenne de ce médicament pour l’usage interne serait ; par jour de A à 2 grammes chez les adultes et de 1 gramme ;fu ; maximum chez les enfants. Notre confrère a trouvé que l’ichtalbine jouit des mêmes propriétés thérapeutiques que l’ichtyol lorsque celui-ci est administré par la voie buccal»', c’est-à-dire qu’elle favorise les évacuations alvines, stimule l'appétit et améliore la nutrition générale.
- Breuvage hygiénique. — Formule du I)r Gilles de la Tou-rette pour les ouvriers des chantiers de l’Exposition.
- / Acide citrique.. . . 0e,',50
- Pour un litre d’eau. . Glycérisine. .... 0«r,50
- ( Teinture de gentiane. 1 gramme *
- Cette boisson revient à quelques centimes le litre et elle est ; très désaltérante.
- Cachets antidiarrhéiques. — M. A. Pick donne la formule, suivante :
- Alun.............................0gr, 10
- Opium............................0gr,01 à Gsr,02 ,
- Salicylate de bismuth............0*r,50 à (P',00
- Mêlez. Pour un cachet. Faites dix cachets semblables. —• A prendre : trois cachets par jour. Cette médication se montre-; rait efficace même dans les diarrhées les plus rebelles.
- Préparation des crayons médicamenteux d’après M. Mazu-rier, pharmacien à Carcassonne. — Prenez : Sulfate de cuivre
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- cristallisé Q. V., concassez les cristaux de sulfate de cuivre en poudre grossière, étendez-Ies sur une lamelle de fer ou de cuivre et soumettez-les à un feu assez violent; peu à peu, ils se déshydratent et deviennent blancs, finissez alors la pulvérisation qui est très facile et ajoutez de l’eau goutte à goutte jusqu’à consistance pilulaire. Roulez-les très rapidement sur une plaque de marbre jusqu’à ce que le crayon ait la grosseur indiquée par le médecin et laissez sécher à l’air libre. Au bout d’une demi-heure à une heure ils sont très secs et très durs, ne présentant aucune différence avec ceux que l’on prépare dans une lingotière. Ce mode de préparation a sur celui du Codex l’avantage de ne nécessiter aucune lingotière
- qui, d’ailleurs, ne pourrait en faire que d’une seule grosseur et d’une seule longueur. On peut donc les faire de n’importe quelle grosseur et de n’importe quelle longueur; de plus on peut ajouter, au lieu de l’eau pure, une solution titrée de cocaïne, d’extrait de belladone, etc., chose impossible avec le procédé du Codex.
- Le crayon de sulfate de cuivre ainsi préparé ne contient aucun excipient, puisque, somme toute, on ne fait que restituer au sulfate de cuivre son eau de cristallisation. On peut ainsi préparer les crayons de nitrate d’argent, de sulfate de fer, etc., et généralement la plupart des crayons Chaumel.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES BU MATIN VENT ÉTAT DU CIEL PLUIE EN
- THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 28 juin . . . 19-,1 S. S. E. 1. Peu nuageux. 0,4 Nuageux jusqu’à 16 h. ; couvert ensuite ; orage à partir de 19 h. 15.
- Mardi 29 19°,0 E. N. E. 1. Presque couvert. 11,9 Presque couvert; l’orage cesse vers 5 h. 30; pluie à diverses reprises; éclairs dans la soirée. Nuageux ; petit brouillard ; éclairs dans la soirée.
- Mercredi 30. . ; . . 18°,8 Calme. Peu nuageux. 1,2
- Jeudi 1" juillet. . . 19°,2 N. W. 1. Couvert. 0,0 Presque couvert ; éclairs jusqu’après 1 h. ; fort orage de 6 à 10 h. ; éclairs dans la soirée.
- Vendredi 2 18°,3 N. 2. Couvert. 18,8 Eclairs jusqu’après 1 h. et dans la soirée ; ciel couvert
- N. W. 3. jusqu’à 21 h. ; beau ensuite.
- Samedi 3 16°,3 Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 15 h. ; éclaircies ensuite ; éclairs jusqu’à-
- Dimanche 4 14°,3 W. N. W. 2. Couvert. 0,0 près 1 h. Très nuageux jusqu’à 17 h. ; nuageux ensuite.
- JUIN-JUILLET 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 28 JUIN AU DIMANCHE 4 JUILLET.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu i courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus minée, thermomètre boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- ndiquent : à l’abri à
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages et tempêtes. — A la date du 27 juin, un terrible ouragan a saccagé une partie du département du Cher entre St-Florent, Bourges et Vierzon. C’est à Charost et à Mehun que ses effets se sont fait le plus sentir. La trombe de veut, de pluie, de grêle, a causé de véritables désastres. Le train de Bourges à Vierzon a mis plus d’une heure et demie à franchir, entre Mehun et Foecy, la voie obstruée par les poteaux télégraphiques renversés. Ailleurs, des arbres ont été cassés, déracinés. Dans Mehun, l’eau coulait avec une telle violence que les pavés ont été arrachés. Dans cette ville et à Charost, on ne compte pas les caves et les rez-de-chaussée inondés ; on a vu dans certaines maisons de 30 à 70 centimètres d'eau; par les toits même l’eau pénétrait. La foudre est tombée dans plusieurs endroits et une grêle énorme faisant rage a haché les récoltes. Une quantité de gibier a été tuée. Des champs oiit été submergés.
- A Salmagne, dans la Meuse, c’est une véritable trombe d’eau qui s’est abattue et a causé d’énormes dégâts. Il était 5 heures et demie, et pendant une demi-heure le flot terrible n’a pas cessé de tomber sur le malheureux village avec une force irrésistible. Les pans de mur étaient enlevés comme fétus; les voûtes des caves s’effondraient; les toitures étaient emportées. L’eau, se précipitant vers la partie basse du côté de l’Est, •emplit bientôt les maisons jusqu’à 1",80 de hauteur. Les matériaux, l’outillage de culture, les animaux de basse-cour, tout était soulevé et charrié. Par un bonheur inexplicable, il n’y a eu aucun accident de personnes. Les pompiers de Salmagne, utilisant deux pompes de l’usine de Tronville, une pompe de Bar-le-Due et une de l’usine Trusson de Ligny, se sont mis à la besogne dans la soirée et ont continué leur travail, toute la journée d’hier, pour épuiser l’eau. A lïembercourt, Lisle, Vaubecourt et sur la ferme des Mer-cnines, c’est vers 4 heures et demie que l’orage s’est déchaîné. La pluie était terrible, accompagnée de grêlons énormes, véritables morceaux de
- glace, qui brisaient et hachaient tout sur leur passage. Les récoltes en blé et en avoine, les vignes, toutes les cultures en un mot ont été complètement détruites.
- A Châlons-sur-Marne, après quelques jours de chaleurs écrasantes, un orage s’est abattu le 26 juin dans l’après-midi, vers deux heures, sur le camp de Châlons. La foudre a frappé et tué net un brigadier du 27* d’artillerie, qui était à cheval. 2 chevaux du même régiment et 7 du 15* d’artillerie ont été foudroyés en même temps.
- On nous signale que des orages extrêmement violents ont éclaté également à Rochelort, à la Rochelle, à Lorient, au Havre, à Fécamp, où la foudre est tombée sur la mairie et a provoqué un commencement d’incendie, à Roubaix, Tourcoing, etc.
- Le 28 juin, pendant un terrible orage à Champigneul, un nommé Charles Desprez, âgé de quinze ans, a été tué dans les champs par la foudre. Les orages ont dévaste la région de l’Argonne. Des dégâts considérables ont été causés par d’énormes grêlons à Lépine et Givry-en-Argonne.
- Le 29 juin, vers six heures, un violent orage a éclaté sur Nogent-le-Roi. La pluie tombait avec une telle violence qu’en peu de temps beaucoup de maisons ont été envahies par l’eau, qui atteignait parfois 50 centimètres de hauteur. Un nombre incalculable de vitres ont été brisées par la grêle. Les pertes ont été considérables.
- Les jardiniers surtout ont été très éprouvés, car les récoltes ont été entièrement perdues. A Chandres, notamment, les châssis des jardins furent totalement brisés. Une partie de la toiture du hall de la gare a été enlevée par le veut.
- Dimanche 27 juin, un violent orage a éclaté à Souk-el-Arba, en Tunisie, et a enlevé les toitures de plusieurs maisons. La grêle a tué un jeune berger, âgé de dix ans, 59 moutons, 120 chèvres, et ravagé 1700 hectares de blé et d orge. Après un orage, une abondante pluie de grenouilles est tombée sur Bizerte.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 30, à 3 b. 5 m. du matin.
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- M.
- 1259 (17 juillet 1897), du journal «LA NATURE »
- ^ M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal.
- INFORMATIONS
- —Dès les premiers jours du mois de juillet une série de trombes et de violents orages ont éclaté sur toutes les parties de la France et notamment dans le sud-est. Le 1er juillet la grêle tombait en abondance à Amiens, à Mâcon, à Clermont-Ferrand, à Moulins. Le 3 juillet, des orages très violents sévissaient à Troyes, à Épinal, au Puy, à Yillefranche-sur-Saône, à Foix. A Audi, à la suite des pluies, le Gers est sorti de son lit, inondant une partie de la ville. Les communications ont été coupées avec la basse ville. Le pont Saint-Pierre et la passerelle ont été emportés. La crue a continué pendant quelques jours. Elle a emporté les baraques des fêtes et les montagnes russes. Des maisons se sont écroulées. Le désastre a été considérable. De nombreuses personnes ont été noyées. Les dégâts sont évalués à plusieurs millions. La ville est dans la désolation. Dans le département de la Haute-Garonne, la Garonne a subi aussi une crue énorme. La plaine de Rivière, qui s’étend de Saint-Gaudens au Bazert, a été entièrement submergée. A Martres-de-Rivière, les habitants ont été obligés d’évacuer leurs maisons. A Miramont, l’entrée du village a été envahie par les eaux qui arrivaient jusqu’au seuil de la porte d’entrée de l’église. A Valentine et à Miramont, la Garonne et les canaux ne formaient plus qu’un immense fleuve dont les eaux boueuses charriaient des épaves de toutes sortes. La rue principale de Miramont a été transformée en canal. De nombreuses maisons ont été inondées. Les eaux ont atteint la hauteur de la grande crue de 1875. Les 4 et 5 juillet les deux petites villes de l’Isle-en-Dodon et de Saint-Laurent ont été très éprouvées par l’inondation. C’est une crue subite et inattendue de la rivière la Save qui a occasionné tous les dégâts. La vallée entière de Save a été dévastée sur une étendue de cinquante kilomètres. 293 maisons à l’Isle-en-Dodon se sont écroulées. Ce sont des maisons construites pour la plupart en briques et élevées sur un sol mouvant. Elles ne formaient plus qu’un amoncellement de pierres, de bois, de tuiles, de meubles et de débris de toutes sortes. Les pertes de toute nature pour Lisle sont évaluées a près de 3 millions. Des centaines de personnes se sont trouvées sans abri et sans pain. Elles ont été recueillies par les propriétaires des maisons restées debout. M. Turrel, ministre des Travaux publics, est parti le 5 juillet pour le Gers, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées ; il est allé se rendre compte des dégâts occasionnés par les récentes inondations, et des moyens propres à soulager les nombreux habitants qui ont été éprouvés par ces sinistres. Il a successivement visité Aueh, l’Isle-en-Dodon, Saint-Gaudens et Bagnères de Ludion. Le Président de la République a désigné le commandant Legrand, de sa maison militaire, pour se rendre dans les départements inondés du Sud-Ouest et de porter en «on nom des secours aux familles les plus nécessiteuses. Cet officier supérieur est parti avec M. Turrel. C’est un véritable désastre qui vient d’éprouver les contrées désignées plus haut; il s’agit d’une perte considérable dépassant plusieurs millions.
- —Après l’Académie des sciences, la Société d’encouragement pour l'industrie nationale vient de proposer un prix de 1500 francs pour un Mémoire relatif à l’industrie et au commerce des vélocipèdes. Ce prix sera décerné, s’il y a lieu, en 1899.
- —Un décret ajoute à la nomenclature des établissements dangereux, insalubres ou incommodes, les industries suivantes : fabrication de l’acétvlène liquide ou comprimé à plus d’une atmosphère et demie, de l’acétylène gazeux non comprimé ou comprimé à une atmosphère et demie au plus ; fabriques de carbure de calcium et carbures présentant des dangers analogues.
- —Au congrès pour la médecine interne qui vient d’avoir lieu à Berlin, le docteur Max Scheier a démontré qu’on peut voir chanter en se servant, d’une certaine manière, des rayons Rontgen. On peut voir, paraît-il, comment le voile du palais se lève un peu quand on chante ou parle la voyelle a, comment il se lève plus haut
- quand on prononce les autres voyelles en dehors de l’z; pour cette dernière voyelle, le voile se lève tout à fait haut. On voit aussi très clairement à travers la peau tous les changements que le parler et le chant opèrent dans la configuration interne de la bouche, ainsi que le mouvement de la langue et des mâchoires. Bientôt les professeurs de chant devront étudier la partie de la physiologie qui les concerne spécialement, et se munir d’un appareil pour appliquer les rayons Rontgen en vue de corriger les défauts de l’émission de la voix chez leurs élèves.
- —Le Vélo médical, organe de l’Union vélocipédique et athlétique de France, chante victoire. La bicyclette constitue à elle seule toute une thérapeutique. En effet, selon ce journal, le professeur d’Arsonval, du Collège de France, aurait découvert que « l’action des courants électriques à haute fréquence est identique à l’action de la bicyclette, moins la fatigue musculaire ». Alors iaicy-clette ou courants électriques avec ou moins la fatigue, produiraient les mêmes effets. Conséquences : la bicyclette équivaut au traitement électrique. C’est ingénieux. Mais convient-il de féliciter la bicyclette qui a la vogue, ou au contraire l’électricité à haute fréquence qui ne l’a pas encore? On peut se le demander.
- —_ Les animaux ont de la mémoire. Y'Éleveur raconte le fait suivant : Un administrateur anglais résidant à Colombo, dans l’île de Ceylan, reçut, il y a quelque temps, la visite d’un de ses amis, du nom de Quinton, ingénieur civil employé dans l’Inde. Dans la soirée, Quinton demanda à aller voir les éléphants de l’administrateur, qui venaient précisément de rentrer de leur travail. Après les avoir observés pendant quelque temps, il en avisa un, que ses mahouts avaient enchaîné en raison de son caractère difficile, et qui se distinguait également des autres par une vaste cicatrice qu’il portait à la joue. Quinton s’avança vers lui, à la grande terreur des Hindous, qui le crurent perdu. Mais loin de lui faire du mal, on vit l’éléphant le caresser de sa trompe et lui donner des marques multiples d’amitié, • et, lorsqu’il s’éloigna, essayer de rompre ses liens pour le suivre. Quinton expliqua alors que cet éléphant avait été déjà à son service
- Îuelques années auparavant, alors qu’il construisait la route de Jaffna.
- n jour, l’animal s’était entré dans la joue une de ces grosses épines que l’on appelle dans le pays « clou des jungles » ; son mahout n’avait pas pu l’en débarrasser complètement et la pointe ôtait restée dans la plaie. La blessure s’envenima et causa une telle souffrance à l’animal qu’il commença à devenir furieux. C’est alors que son maître tenta de le soulager : il soigna la plaie à l’aide d’émollients et d’antiseptiques et parvint à extirper l’épine. L’éléphant s’était souvenu de son bienfaiteur et venait de le reconnaître, malgré les années écoulées.
- —%— L’industrie française vient d’obtenir la construction du nouveau pont Troïtsky sur la Néva (en Russie). Le conseil municipal de la ville, dont la décision a été approuvée par l’empereur, a adopté le projet qui lui avait été soumis par une société pari-sienne. La dépense s’élève à 13 millions de francs.
- —®— Il résulte d’une communication faite à la Société médicale de Bombay par le professeur Wysokowicz, chef de la mission scientifique russe, que le sérum Yersin, employé comme curatif, est d’une, efficacité absolue. Selon lui, les quelques insuccès qu’on a pu voir se produire à Bombay sont dus aux mauvaises conditions dans lesquelles se trouvaient les malades qu’on n’amenait guère à l’hôpital que dans un état désespéré.
- —L’Association Française pour l’avancement des sciences tient cette année son 26e Congrès à Saint-Etienne, du 5 au 12 août 1897, sous la présidence de M. le professeur Marcv, membre de l’Institut et de l’Académie de médecine. Une réduction de 50 pour 100 a été accordée par les Compagnies de chemins de fer pour les membres de l’Association devant assister au Congrès. S’adresser au Secrétariat, 28, rue Serpente, Paris.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- ÜkJucT te.
- Communications. — M. A. Vilcoq, à Montargis, à propos de la lettre de M. Maurice Boucherie que nous avons insérée dans la Boîte aux lettres du n° 1257, du 3 juillet 1897, nous écrit : « Je viens de prendre connaissance de la Note de M. Maurice Boucherie. Je ne puis que reconnaître la légitimité des sentiments qui ont provoqué cette objection. Cependant, mon intention n’a pas été d’attribuer à M. Gaillard une invention dont il n’est nullement l’auteur, mais de décrire un mode de traitement adopté par lui dans ses chantiers de la région montagneuse du Centre de la France. Tous les industriels ne peuvent que rendre hommage aux travaux du Dr Boucherie, dont le nom restera toujours étroitement lié à l’histoire du sulfatage. Les limites restreintes de mon article ne me permettaient pas d’envisager le côté historique de la question. Les premiers procédés employés étaient bien imparfaits comparativement à nos méthodes modernes; on pourrait en somme établir la même différence qu’entre la première voiture à vapeur construite et la locomotive actuelle. Il faut considérer le travail à un point de vue tout à fait spécial et non comme une étude générale, ainsi que semble le faire mon honorable contradicteur. »
- M. H. F. Perry-Coste, à Londres, nous envoie une brochure qu’il vient de publier et qui a pour titre : An extraor-dinary case of colour blindness.
- M. le Dr Carpentier, à Saint-Quentin, nous signale de très intéressants effets de foudre. « Il y a six semaines environ, nous écrit-il, exactement dans la nuit du 3 au 4 mai, vers une heure du matin, un violent coup de tonnerre réveillait tout Saint-Quentin en même temps qu’un incendie important éclatait à l’hôtel des postes, brûlant en peu d’instants toute l’installation téléphonique et télégraphique et détruisant, avec les étages supérieurs de l’immeuble, la tourelle en fer qui reçoit les fils de tous les abonnés au réseau téléphonique. Sous l’influence d’une charge électrique considérable de tous les conducteurs aboutissant au bureau central, ce fil de terre du paratonnerre s’était trouvé insuffisant. Là était la cause du désastre probablement et en même temps l’explication des nombreux désordres remarqués le lendemain dans les appareils des abonnés, et aussi du fait que je vous raconte. Dans notre salon existe un lustre en bronze portant 9 lampes à incandescence de 10 bougies réparties en 2 circuits d’allumage : un de 3 lampes, un de 6. Une seule lampe, renfermée dans un globe à la partie inférieure, peut fonctionner seule. Aucun fil aérien d’éclairage n’existe chez moi et j’insiste sur ce point. N’étant pas reliée au secteur de distribution électrique, mon installation comporte un moteur avec sa dynamo et une batterie de 40 accumulateurs. C’est dire que les fils sont tous à l’intérieur de la maison, sous moulures ou tout au moins à isolement fort. Le lendemain de l’orage, en voulant allumer la lampe isolée du lustre, on s’aperçut que le courant ne passait plus. En examinant l’ampoule, j’y trouvai deux trous presque microscopiques dans lesquels peut passer la pointe d’une fine aiguille. Ces trous ressemblent à ceux que l’on obtient dans les cours de physique, dans l’expérience du perce-cartes, soit par la bobine de Rhum-kortf, soit par l’étincelle de la machine de Wimshurst. En effet ils apparaissent, comme ceux-là, entourés d’un double bourrelet très visible à la loupe. Ce petit anneau, formé de verre fondu, est très net. Ces traces sont en outre entourées, dans un rayon de 1 centimètre environ, d’une auréole noire, métallique, de charbon miroitant. L’intérieur de la lampe est également couvert d’un enduit .analogue, moins foncé, qui ressemble à celui que l’on trouve dans les ampoules dont le filament est brûlé par un courant trop intense, ou dans celles qui sont arrivées à .'extrême limite de leur existence utile. Le filament de la lampe est coupé au niveau de ses attaches et intact sur sa longueur. Enfin un des contacts en étain du culot est percé d’un trou noirâtre et l’intérieur de la douille montre la même teinte
- brune. Dans ces conditions, étant admis le passage d’une étincelle qui avait traversé les parois de l’ampoule, il restait à chercher l’explication. J’ajoute que les plombs fusibles qui protègent le lustre contre le passage d’un courant trop fort étaient intacts. Ils sont établis pour fondre aux environs de 8 ampères. Or, en suivant les fils qui amènent le courant d’éclairage, je ne tardai pas à trouver le passage de la décharge. En effet, le fil de ligne de mon téléphone croise dans un angle du plafond de la pièce voisine le circuit d’éclairage. Il devenait dès lors certain que là était la route suivie par la foudre. Un potentiel élevé avec un courant de quelques milliampères, peut-être, et l’on comprend que le verre mince d’une ampoule de lampe soit percé, sans que les coupe-circuits puissent fonctionner. D’ailleurs, aucun autre dommage qu’une sonnerie générale au début de l’orage ; la bobine d’induction des appareils a été entièrement préservée et quelques jours après le service était entièrement rétabli. »
- M. M. Fouché, à propos de notre récent article sur Le problème de l'anguille (n° 1256, du 26 juin 1897, p. 51), nous-écrit : (( L’étude sur les anguilles me remet en mémoire un bien intéressant article déjà fort ancien, de Boucher de Perthes. sur la montée des jeunes anguilles dans la rivière de Somme. Boucher de Perthes est surtout connu pour sa découverte de& restes de l’homme quaternaire dans les carrières de Moulin-Tignon; mais il était aussi un littérateur d’un talent très-remarquable et très original. C’est dans un livre intitulé Les Masques que se trouve l’article en question sur la montée des jeunes anguilles. 11 y a aussi dans le même livre des articles satiriques et des études de caractère qui font penser à La Bruyère, quoique écrits dans un autre genre. Cest là une lecture solide et recommandable. Peut-être ces indications bibliographiques pourront-elles intéresser quelques lecteurs. »
- M. P.-P. Dehérain, membre de l’Académie des sciences, nous a fait parvenir un .opuscule contenant sa Leçon d’ouverture du cours de physiologie végétale appliquée à Vagriculture, professée le 4 mai 1897 au Muséum d’histoire naturelle. La Notice est extraite des annales agronomiques. Le sujet traité par l’éminent professeur est : La terre arable. La brochure se trouve à la librairie Masson et Cie.
- Renseignements. — M. A. Tolzac, à X. —Pour ces divers accessoires, vous pourriez vous adresser àM. Radiguet, 15, boulevard des Filles-au-Calvaire, à Paris.
- M. E. Remouël, à Pierrefonds. — Le siphon élévateur Le-michel a été décrit dans le n° 989, du 14 mai 1892, p. 369 ; l’usine est 52, rue de Lourmel, à Paris.
- M. Le Doyen, à Paris. — L’abréviation que vous indiquez: signifie horse power, puissance d’un cheval.
- M. R. Tuyet, à Barcelone. — 1° Fabriques d’épingles et tréfilerie de cuivre : MM. Ardin, Pagès et Ploquin, 51, avenue de Choisy, les fils de Charpentier, 36, boulevard Sébastopol, à Paris. — 2“ Construction de machines pour fabrication d’épingles : MM. Mays frères, 62, rue Marcadet, à Paris.
- Un abonné de la Saintonge. — Vous trouverez quelques renseignements à ce sujet dans divers manuels du jardinier, à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, r. Jacob, à Paris.
- M. J. B, à X. — Ce procédé n’a pas été exploité industriellement.
- M. E. Heven, à Bruges. — Vous pouvez vous procurer ces machines-jouets chez M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, chez M. Chomeau, 53, passage du Havre, ou chez M. Ileller, 18, cité Trévise, à Paris.
- Un abonné, à X. — Le Formulaire de l’Électricien peut servir à cet usage; l’année 1897 renferme un vocabulaire en trois langues : français, anglais et allemand. Nous annonçons l’ouvrage en Bibliographie.
- M. H. L., à V. H. E. —Nous ne croyons pas qu’il existe de journaux de ce genre.
- M. B. Baudry, à Rouen. — La production d’électricité n’influe en rien; depuis que les usines sont installées on a observé autant de trombes et de phénomènes atmosphériques qu’auparavant.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. de Champ-louis, à Paris. Nous n’avons pu retrouver cette adresse; tous nos regrets. — M. Boucart, à Paris. Nous prenons note de votre observation, et nous nous efforcerons d’en tenir compte dans la mesure du possible.— M. D. R-, à Lille; M. Dubois, à Nancy. Voyez les Recettes et Procédés utiles l1'6 série, à la librairie Masson et C'% à Paris. — M. llerblot, à Brest. Vous trouverez cette description dans le même ouvrage que ci-dessus, 2“ série. — M. Leboir, à Paris. Remerciements pour votre communication.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Marche d’escalier mobile. — Les domestiques chargés de nettoyer les fenêtres, les rideaux, aussi bien que les peintres de profession, qui pour cette opération ont besoin de se
- Boule aérienne. — Voilà un petit jeu très simple et qui demande encore une certaine adresse. Il se compose d’un petit tuyau, sur lequel s’adapte à l’extrémité une sorte de ressort à Loudin; une petite balle en celluloïd, très légère, repose dans ce ressort. 11 faut, en soufflant (n° 4), faire déplacer en
- Marche d’escalier mobile. — 1. Vue d’ensemble.
- 2. Autre disposition. — 3. L’appareil replié. — 4. Mode d’emploi.
- servir d’une échelle, ont beaucoup à souffrir de ce fait que les pieds, qui se trouvent posés pendant un certain laps de temps sur l’échelon, se fatiguent énormément, parce que tous les efforts et tout le poids du corps sont supportés par un seul endroit, et, lorsqu’ils descendent de leur échelle, ils ressentent une vive, douleur. La marche d’escalier mobile que représentent nos dessins permettra de remédier à ces inconvénients. Deux tiges de fer en triangle et terminées par un crochet (n° 1) sont fixées au moyen de charnières à une petite planche en bois, de sorte qu’il suffit d’accrocher l’appareil à un échelon quelconque de l’échelle pour qu’elle se trouve fixée et maintenue d’aplomb par les deux tiges. Les charnières permettent au triangle de se plier facilement (n° 3) pour rendre l’appareil aussi peu encombrant que possible. Un second modèle (n° 2) est disposé de façon à pouvoir accrocher la marche derrière l’échelle de sorte qu’elle ne dépasse pas l’échelle et ne forme pas un obstacle lorsqu’on monte. — Cet appareil se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Suspension extensible pour tableaux et glaces.
- — Ces suspensions se composent de deux tubes en cuivre (n° 1) en torsade, qui sont reliés par un anneau pour s’accrocher au clou du mur. Dans ces tubes coulissent des tiges à crochet qu’on arrête facilement à la longueur voulue au moyen d’une vis de pression. Il suffit donc d’accrocher les bouts dans les anneaux
- Mtr. tuât
- Suspension extensible. — 1. Détails de la suspension.
- 2 et 3. Utilisation.
- des pitons pour pouvoir suspendre commodément les tableaux et glaces (n°* 2 et 5). Ce nouveau genre de suspension métallique est pratique et solide ; il permet d’accrocher les tableaux avec facilité et de leur donner l’inclinaison voulue. Il présente l’avantage de la solidité sur les cordes qui étaient employées jusqu’ici et dont le nœud se défaisait, ou qui cassaient tout simplement. — Pour la suspension extensible, s’adresser à la maison Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Boule aérienne. — 1. Mode d’usage. — 2, 3. Détails de l’appareil.
- l’air la balle et la maintenir constamment au-dessus, de façon à la laisser retomber en place à volonté. — La balle aérienne est en vente chez M. Bertrand, 19, rue d’IIauteville, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Recette infaillible pour la sauce mayonnaise. — Malgré les indications minutieuses des livres de cuisine et celles de la pratique, les plus habiles cuisinières peuvent manquer une sauce mayonnaise. Quand la sauce tourne, on a tout de suite recours à des explications variées : l’huile n’est pas bonne, les œufs ne sont pas frais, il fait trop chaud, etc. On donne même des raisons tellement saugrenues qu’il est inutile de les mentionner. Rien de vrai dans tout cela, comme l’a prouvé une habile maîtresse de maison, douée d’un esprit vraiment observateur. Pour réussir une mayonnaise à coup sur, il faut (et il suffit) que le jaune de l'œuf retienne un peu de blanc. Il faut donc bien se garder de séparer complètement le jaune du blanc. U y a plus : on peut refaire une sauce absolument tournée. On met un peu de blanc d’œuf dans le mortier; on tourne régulièrement le pilon en versant peu à peu la sauce manquée. Celle-ci se remet bientôt à l’état de pâte bien homogène et prend l’aspect d’une mayonnaise très bien réussie.
- Cuvette pour développement. — D’après M. C. Richard, il faudrait recommander l’emploi de cuvettes en fer-blanc non enduites de vernis, pour le développement des épreuves photographiques. Il en fait usage depuis dix ans et elles ne sont en aucune façon attaquées. Elles sont d’un usage aussi sur que la vulcanite, sauf pour le révélateur à l’oxalate de fer. 11 n’est, pas nécessaire d’avoir une grande habileté pour les confectionner : une feuille mince de fer-blanc et un peu de soudure suffisent. De plus, elles sont très économiques : une cuvette 50 X 40 revient à une douzaine de sous, tandis que la même dimension en porcelaine coûte 5 à 6 francs.
- Entretien des statues en marbre. — Les statues en marbre exposées à l’air sous notre climat, non seulement noircissent, mais encore se recouvrent facilement de petites végétations minuscules qui y forment des plaques vertes. Pour éviter l’aspect déplorable qui en résulte, notre confrère le Praticien recommande de faire un mélange de 2 parties de cire vierge pour I d’huile d’œillette, qu’on obtient en chauffant légèrement, et de le passer à chaud avec un pinceau sur le marbre, dont tous les pores sont ainsi bouchés. Ajoutons qu’on signale aussi, pour le nettoyage du marbre, de l’eau légèrement acidulée d’acide sulfurique : nous insistons sur le mot légèrement, car on pourrait attaquer le marbre si l’on mettait trop d’acide.-
- Un remède contre les rhumes. — Le I)r Wunsehe recommande, et avec raison, un désinfectant pour lutter contre les rhumes à leur début. C’est une solution d’une ou deux-parties de menthol dans vingt de chloroforme. On en verse quatre à six gouttes dans le creux de la main ; on frotte les deux mains l’une contre l’autre et on les rapproche du visage, de manière à aspirer le médicament par le nez et par la bouche. On peut renouveler deux ou trois ibis ces inhalations qui imprègnent les muqueuses de la substance antiseptique.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Cure d'altitude, par le I)r Paul Regnard, membre de l’Académie de médecine, directeur adjoint du laboratoire de physiologie à la Sorbonne. 1 volume in-8° avec MO figures dans le texte’et 29 planches hors texte. Masson etCie éditeurs. Paris, 1897. Prix : 15 fr.
- Le l)r Regnard fait connaître d’abord les recherches de laboratoire exécutées en Allemagne et en Suisse pour expliquer le mécanisme de l’action thérapeutique des hauteurs. Il y joint les divers travaux français et les recherches de physiologie pathologique exécutées sur place, sur les malades qui fréquentent les montagnes. Dans une seconde partie, essentiellement pratique, il passe en revue les principales stations actuellement organisées pour recevoir convenablement des malades.
- Formulaire de VÉlectricien, par E. Hospitalier. 15" année, 1897.1 vol. in-16. Masson et C* * * * 5 6 * * * i0, éditeurs. Paris. Prix : 5 fr.
- Le Formulaire de l’Électricien contient, comme toujours, les renseignements généraux d’une utilité incontestable pour les électriciens, ainsi que toutes les donnée; nouvelles relatives à l’électrotechnique, à la production, transformation, canalisation, distribution et aux applications de l’énergie électrique. Un vocabulaire technique, ajouté cette année, donne les mots lesplus employés en français, en anglais et en allemand.
- La Reliure du dix-neuvième siècle, par Henri Beraldi, quatrième partie. 1 vol. in-4°. Paris. Librairie L. Conquet, 1897.
- La librairie L. Conquet vient de faire paraître la quatrième et la dernière partie de l’œuvre très intéressante et très étudiée do M. Henri Beraldi. L’ouvrage, complet aujourd’hui, est édité avec un soin extrême. Le dernier volume, avec ses planches coloriées donnant l'aspect des reliures modernes, exécutées avec goût et un sentiment artistique exquis, ne le cède en rien aux trois volumes déjà parus.
- Cure marine de la phtisie pulmonaire, par le Dr F. Lalesque, ancien interne des hôpitaux de Paris, lauréat de la Société de Biologie. 1 volume in-8°, avec planches, tableaux graphiques. Paris, Masson et Cio. Prix : 6 fr.
- L'hygiène du Neurasthénique, par A. Proust, professeur à la Faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie de médecine, et Gilbert Ballet, professeur agrégé à la Faculté de médecine, médecin de l’hôpital Saint-Antoine. 1 volume in-16, de la Bibliothèque d’Hygiène thérapeutique. Paris, 1897, Masson et O éditeurs. Prix : 4 fr.
- Annales de l'Institut météorologique de Roumanie, par Stefan G. Refîtes, tome XI, année 1895. 1 vol. in-4°. Paris, Gauthier -Villars et fils, 1896.
- Les Jolies Excursions de la bicyclette et de l'automobile, par L. Baudrïde Saunier. Le Tour de Paris par le chemin des écoliers. 1 brochure in-16. Paris, 1897. Chez l’auteur, 56, rue Yancau.
- Traité de Radiographie médicale et scientifique. Cours libre professé à l'école pratique de la Faculté de médecine de Paris. Deuxième semestre 1896-97, par le Dr Foveau de Courmelles, avec une préface de M. le l)r A. d’Arsonval, membre de l’Institut, professeur au Collège de France. 0. Doin, éditeur. Paris, 1897. Un volume in-8°. Prix 10 fr.
- Le Poirier et le Pommier, par P. Passy, maître de conférences à l’Ecole-aiationalc de Grignon, 1 vol. in-16. J.-B. Baillière et fils, éditeurs. Paris, 1897. Prix 2 fr.
- Congrès géologique international, compte rendu de la 6e Session en Suisse, août 1894, Zurich, 1 vol. grand in-8°, accompagné du chronographe géologique du professeur E. Renevier, en 12 grands tableaux en couleurs. Librairie Félix Alcan. Paris, 1897. Prix : 25 fr.
- Leçons élémentaires de Photographie pratique, par G. H. Niewenglowski, préparateur à la Sorbonne, directeur du journal La Photographie. 1 volume in-16. Paris, II. Desforges, éditeur, 1897. Prix : 1 fr.
- Principes de l'art photographique, par M. G.-II. Niewen-gloavski. 1 volume in-16. Paris, II. Desforges, éditeur, 1897. Prix : 2 fr. 50.
- Formulaire pratique de Photographie, par H. Emery, secrétaire de la rédaction du journal La Photographie. Paris, H. Desforges, éditeur. 1 volume in-16. Prix : 1 fr.
- Étiquettes photographiques, accompagnées d'instructions pratiques pour la préparation rationnelle des solutions employées en photographie, par H. Emery. Paris, II. Desforges, éditeur. Prix : 1 fr. 20. La collection d’étiquettes, seule. Prix : 0 fr. 60.
- La Photocollographie sur supports souples, par G. Naudet, rédacteur au journal La Photographie. Un vol. broché, avec figures. Paris, II. Desforges, éditeur, 1897. Prix : 1 fr. 25.
- Bulletin de l'Association des industriels de France contre les accidents du travail. Année 1897. Paris, 5, rue de Lutèce.
- Rapport annuel sur l'état de l'Observatoire de Paris pour l'année 1896, par MM. Lœwy, Directeur de l’Observatoire. 1 brochure in-8°. Paris. Imprimerie nationale, 1897.
- Les cures thermales, par G. Delfau, ancien interne des hôpitaux de Paris. 1 vol. in-16 de la Bibliothèque d'Hygiène thérapeutique. 1897. Masson et Cie éditeurs. Paris. Prix : 4 fr.
- Boletin de la comision del mapa geologico de Espaîia. 1 vol. in-8°, tome IL Madrid, 1897.
- Annual report of the Board of regents of the Smiihsonian Institution showing the operations, experulitures and condition of the Institution to July 1894, 1 vol. in-8". — Washington, Government Printing Office, 1896.
- L'ottica delle oscillazioni elettriche. Studio sperimentale sulla produzione di fenomeni analoghi ai principali feno-meni ottici per mezzo delle onde elettromagnetiche, di Augusto IIighi. 1 vol. in-8°. — Bologne, 1867. Prix : 5 francs.
- The constants of nature. Part V. A recalculation of the ato-mic weights, by Frank Wigglesworth Clarke. Smithsonian Miscellaneous collections. 1 vol. in-8°. — City of Washington. Published by the Smithsonian Institution, 1897.
- Résumé des observations météorologiques faites au
- Parc-Saint-Maur en février ISA)
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 758“”,98 ; minimum 7 4K”“,90 le 18 à
- 5 heures du soir. Maximum 767““,67 le 11 à 10 heures du malin.
- Moyennes thermométriques : des minima 15°,52 ; des maxima 24°,09;
- du mois 18°,80; vraie des 21 heures 18°,50. Minimum 7°,2 le 17 à 4 heures du malin. Maximum 51°,7 le 21 à 1 heure un quart du soir.
- Tension moyenne de la vapeur 11"“,75 ; la moindre 4““,9 le 17 à 5 heures du soir; la plus grande 17mra,7 le 26 à 6 heures du soir. Humidité relative moyenne 76; la moindre 58 le 19 à 5 et 4 heures du soir; la plus grande 100 en 5 jours.
- Pluie 67““,4 en 27 heures trois quarts réparties en 15 jours, plus 4 jours de gouttes ; les plus grandes quantités en un jour ont été obtenues : 17““,00 le 2 eu 2 heures et demie et 11““,5 le 18 en 2 heures. Nébulosité moyenne 55. 11 y a eu 10 jours de tonnerre : le 1*' à 4 heures du matin, au nord-ouest ; le 2 fort orage de 5 à 7 heures du matin : le tonnerre est tombé sur une maison de l’avenue de Marainville n° 84 et y a allumé un commencement d’incendie; le 7, coup de tonnerre dans l’est à 5 heures 48 minutes du soir; le 8 tonnerre de 10 heures à minuit au sud-est ; le 9 tonnerre à plusieurs reprises de 5 heures à 6 heures du soir; le 18 grand orage de 4 heures à
- 6 heures du soir au nord-ouest : ouragan qui lait de grands ravages d’Asnières à Saint-Denis ; le 26 orage toute la journée ; le 27 orage de 2 heures à 5 heures,du soir; les 28 et 29 forts orages de 7 heures du soir à 6 heures du matin. Éclairs les 4 (nuit du 4 au à) et 50 dans la soirée ; 5 jours de petit brouillard le matin et un seul jour de brouillard partiel sur la Marne.
- La température moyenne de la Marne a été de 20°,58 ; elle a varié de 18°,20 le 21 au matin à 25°,20 le 28. Sa température a dépassé 22 lois 20° à partir du 5 ; elle a été moyennement claire et son niveau a peu varié, de 2 mètres à 2”,50
- Relativement aux moyennes normales, le .mois de juin 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 0"“,88 ; thermomètre plus haut de 1°,77; tension de la vapeur plus forte de 1“”,64; humidité relative plus grande de 2; pluie plus forte de 12n”,4; nébulosité plus faible de 1.
- Nous avons noté les commencements de lloraisons suivantes : le l-*r, Lychnis coronaria; le 2, Escholtzia, Jasmin ; le 4, Seringat d’Amérique, Violette marine, Pyrethrum partheniuin; le 6, Gilia capitata ; le 9, Hémérocalle fauve; le 15, Tilleul en pleine fleur; le 15, llypencum perforatum; le 16, Lis blanc, Troène du Népal, Pavot; le 17, Souci; le 18, (Enothère odorante ; le 19, Yucca gloriosa, Croix de Jérusalem ; le 20, Clématite de Jackmann ; le 21, Sumac de Virginie; le 25, Spiræa callosa; le 24, Oranger; le 25, Aconit; le 28, Stewia, Monarde, Coréopsis.
- Le mois de juin n’avait pas été si chaud depuis 1889. Cette année la moyenne de juin a été de un quart de degré plus grande que celle de 1897.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 7, à 1 h. 41 m. du soir.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Avis. — En raison des congés du 14 juillet, l’Imprimerie a été fermée les trois premiers jours de cette semaine; le tirage du présent numéro ayant été fait avant les jours de congé, nous avons été contraints d’ajourner notre Bulletin météorologique. La livraison de la semaine prochaine comprendra deux bulletins complets, et rien ne manquera ainsi dans la collection météorologique hebdomadaire. Il n’v aura qu’un retard de huit jours pour un des bulletins.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réeerTé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —®— Le ballon Andrée est parti pour le pôle Nord le 11 juillet •dernier par vent à peu près favorable. A 2 heures de l'après-midi, le vent semblant établi au sud-ouest, MM. Andrée, Fraenkel et Strindberg sont montés dans la nacelle de l’aérostat, tandis que M. Machuron présidait à terre aux manœuvres du départ. Au commandement de M. Andrée, les cordes ont été coupées et, aux cris de « Vive la Suède! vive la Norvège! » les explorateurs sont montés dans les airs. Presque aussitôt, un coup de vent a failli précipiter le ballon dans la mer. On s’est aperçu à ce moment que trois guide-ropes sur lesquels M. Andrée comptait particulièrement s’étaient détachés pendant l’ascension. Les aéronautes, fort heureusement, en -ont d’autres dans la nacelle. A 2h30, le ballon prenait la direction du nord. Une demi-heure plus tard, il avait disparu de l’horizon. Avant le départ, M. Andrée avait adressé à S. M. le roi de Suède la dépêche suivante : « Au moment de leur départ, les membres de l’expédition au pôle Nord prient Votre Majesté d’accepter leurs très humbles salutations et l’expression de leur très vive reconnaissance. — Andrée. »
- —®— Le mur extérieur du laboratoire’ de Pasteur à l’Ecole normale vient d’être décoré, sur la rue dUlm, d’un médaillon fort beau et d’une grande ressemblance de l’illustre savant, par le graveur Auguste Patey. Ce médaillon de bronze, encadré d’une couronne de chêne et laurier en marbre rose, surmonte une plaque de marbre noir qui porte, gravée en lettres d’or, l’inscription suivante :
- Ici fut le laboratoire de Pasteur.
- 1857. — Fermentations.
- 1860. — Générations spontanées.
- 1865. — Maladies des vins et des bières.
- 1868. — Maladies des vers à soie.
- 1881. — Virus et vaccins.
- 1885. — Prophylaxie de la rage.
- Au-dessous, les dates 1864-1888, entre lesquelles sont comprises les découvertes de Pasteur au laboratoire de la rue d’Ulm. Plus bas, une inscription rappelant que le monument de souvenir a été voté par délibération du Conseil municipal du 7 décembre 1894.
- —®— Le prince Frédéric-Léopold de Prusse a procédé, le 15 juillet, au nom de l’empereur d’Allemagne, à l’inauguration du pont construit entre Solingen et Remscheid, qui est le pont de chemin de fer le plus long du continent européen. Le nouveau pont a une longueur de 465 mètres et l'arche du milieu une longueur de 170 mètres. Le pont se trouve à 107 mètres au-dessus du niveau de la Wupper. C’est, par conséquent, le pont le plus élevé du monde.
- —®— M. Esnault, membre de la Société d’histoire et d’archéologie de Touraine, vient d’offrir au musée Carnavalet un document historique précieux : le portrait daguerréotypé du roi Louis-Philippe. Daguerre lui-même dut faire vers 1840 cette photographie, qui diffère, d’ailleurs, très peu des portraits connus. Le roi est représenté assis, les mains appuyées sur les bras d’un fauteuil. Il a les favoris courts et le « toupet » légendaire, est vêtu d’un habit noir et porte, au cou, la haute cravate blanche de l’époque. De la poche du gilet, de couleur claire, s’échappe une grosse chaîne de montre.
- —Les cyclistes et la foudre, d’après le Vélo. Un cycliste, par un temps d’orage, est-il à l’abri de tout danger? Grave problème (pie nos savants ont étudié. Oui, ont répondu les uns, car le cycliste ust isolé du sol par les caoutchoucs de sa bicyclette. Non, affirme un chroniqueur scientifique du Western electrician, journal américain. Un fait à l’appui de cette affirmation. Pendant un violent orage, un jeune cycliste de Chicago, M. Walter Scott, regagnait à toute vitesse son habitation, lorsqu’il fut frappé par la foudre. Le courant, qui semble avoir pénétré par la tête de la victime, avait
- réduit en miettes sa casquette, son veston et sa chemise, produisant des brûlures à la poitrine et à l’abdomen. La plaque en argent de l’Independent Cycling Club qui se trouvait sur la casquette du jeune homme a été entièrement fondue, tandis qu’une bague en or n’a été que légèrement ternie et que la montre en argent est restée intacte.
- —®— Les Parisiens, d’après le Gaulois, pourront admirer dans quelques jours, au pont de la Concorde, une maison flottante que son propriétaire, un riche sportsman, M. B..., vient de faire construire pour l’habiter continuellement. Ce « boat-house » est, paraît-il, merveilleux ; mesurant 22 mètres et demi sur 5 mètres, il est en tôle d’acier avec peinture blanche. Son aménagement est absolument remarquable. La première salle, dans laquelle.on pénètre par un somptueux escalier placé à l'arrière, est une serre ornée de plantes vertes et de massifs de fleurs émergeant de rochers. De là, on entre dans un salon de 20 mètres carrés, ayant une hauteur de près de 3 mètres et éclairé par quatre grandes fenêtres. Puis une splendide salle à manger, deux chambres à coucher avec cabinets de toilette, une cuisine, une salle de bain, des chambres de domestiques et une couchette pour le marinier; le tout meublé avec un luxe et un bon goût parfaits. Sur le pont, jardin d’été avec bosquets., charmilles, plantes grimpantes et fleurs ; pendant la mauvaise saison, transformation complète en jardin d’hiver communiquant avec la serre. Pas l’ennui ni la saleté d’une machine; mais, au moindre caprice, un remorqueur hélé comme un fiacre et vous emmenant ici, là... ou ailleurs! Cette charmante mode d’outre-Manche va-t-elle se répandre chez nous?
- —®— La petite commune de Bresches, près de Tours, a inauguré, dimanche, 18 juillet, un monument à la mémoire de l’illustre chirurgien Velpeau. Le monument se compose d’une stèle ornée de palmes et surmontée du buste en bronze de Velpeau, que l’on a pu voir au dernier Salon des Champs-Elysées. Il est l’œuvre du sculpteur Edouard d’Espelosin, de Tours.
- —®— A la demande de M. Berthelot, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, on va commencer dès maintenant les travaux d’installation du monument qui doit être élevé à Lavoisier, en face de la rue Tronchet, derrière la Madeleine. On voudrait pouvoir inaugurer ce monument pour l’anniversaire de la mort du créateur de la chimie moderne, qui fut exécuté le 8 mai 1794.
- —M. Brin, ministre de la marine italienne, a mandé dernièrement à Rome l’ingénieur Marconi, l’inventeur du télégraphe sans fils dont nous avons parlé. Des expériences ont été faites au ministère de la marine en présence de nombreux savants et de représentants de la presse locale et étrangère. Elles avaient été précédées d’une conférence oûM. Pasqualini, chef électricien de l’arsenal de la Spezzia, a expliqué le principe et le fonctionnement des nouveaux appareils de M. Marconi. Ces expériences ont admirablement réussi. Le transmetteur était placé au dernier étage du ministère, tandis que le récepteur se trouvait au rez-de-chaussée de la bibliothèque située dans un bâtiment distinct et assez éloigné. M. Marconi déclare que la distance à laquelle on peut, sans fils, transmettre les dépêches, est théoriquement illimitée. En pratique, ses appareils n’ont encore fonctionné qu’entre deux points distants de 15 kilomètres. Cependant, un Américain, M. Tesla, prétend avoir réussi à télégraphier sans fils jusqu’à 32 kilomètres. La neige, le vent et les orages ne paraissent apporter aucun trouble dans les transmissions. M. Marconi espère pouvoir, dans un très bref délai, communiquer d’Angleterre en Amérique. Le jeune inventeur, qui appartient à Une riche famille de Bologne, n’a pas plus de vingt-deux ans et demi. Il s’occupe d’électricité depuis quelques années seulement ; sa brillante découverte lui a coûté dix-huit mois d’études, de recherches et d’essais. M. Marconi a annoncé au ministre qu’il cédait gratuitement ses brevets à l’Etat pour toutes les applications concernant la marine et l’armée.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. le Dr Guillaume, à Chaumont, nous envoie une photographie d’éclairs prise dans la nuit du 30 juin, et ajoute les réflexions suivantes : « Dans l’épreuve que je vous fais parvenir, le plus curieux est assurément la jonction, la fusion, si vous voulez, des deux éclairs qui, partis du n° 0 (côté droit de la photographie), se sont réunis en une seule ligne presque horizontale, pour se diviser ensuite à nouveau en deux directions, l’une, ascendante, qui s’est éteinte en s’éparpillant en plusieurs petites traînées, l’autre, descendante, qui semble répondre à une chute sur la terre. Au point de vue photographique il est intéressant de signaler que l’appareil étant ouvert avait reçu la lumière d’un éclair précédent, mais sous la forme d’une lueur diffuse, quoique assez intense, et sans aucun sillon lumineux (l’étincelle s’était produite en arrière de l’appareil). On voit que ce premier éclair n’a pas impressionné la plaque d’une manière appréciable-, car les parties plus claires répondent évidemment au halo qui suit le trajet du dernier éclair. Or, ce dernier étant le seul qui ait présenté la forme de sillon, pendant l’ouverture de l’objectif, on doit écarter l’hypothèse d’une superposition de deux éclairs consécutifs. Pour refuser d’admettre la fusion de deux éclairs il faudrait accepter la superposition de deux éclairs simultanés, ce qui ne paraît guère plausible. »
- M. Bon, ingénieur à Alger, à propos de l’article de M. de Lapparent (n° 1257, du 3 juillet 1897, p. 66), nous adresse divers arguments pour combattre la croyance au feu central. Mentionnons les deux réflexions suivantes : « 1° Admettons qu’à partir d’une certaine profondeur, 60 ou 100 kilomètres, l’intérieur du globe soit une masse liquide en fusion et que les laves des volcans proviennent de cette incommensurable chaudière. Le globe pourrait, dans cette hypothèse, être représenté par une sphère de 1 mètre de diamètre remplie d’un liquide bouillant sous une enveloppe d’environ 1 demi-millimètre d’épaisseur. Si, dans un semblable appareil, on exerce sur le liquide interne une pression assez énergique pour lancer- à 100 kilomètres de hauteur un convoi de matières en fusion d’un volume dépassant 6600 pyramides de Djizeh (éruption du Krakatoa), le principe de Pascal veut que tous les cratères fonctionnent en même temps avec la même énergie et la même durée. On ne peut pas sortir de ce dilemme : Ou l’intérieur du globe est liquide et alors tous les volcans doivent travailler à la fois et avec la même puissance. Ou bien les cratères vomissent les laves individuellement, sans corrélation, et alors la mer de feu ou l’enfer intérieur n’existe pas. 2° Admettons, ce qui d’ailleurs est incontestable, qu’en creusant un puits, on constate une augmentation de chaleur de 1° par 33 mètres de profondeur. Si cette augmentation provient de l’intérieur on doit trouver une température de 106° à 3300 mètres, de 200° à 6600 et de 500° à 9900 mètres. Les marins nous apprennent que dans la mer, il y a des profondeurs de 10 kilomètres. Dans ces bas-fonds l’eau devrait être à une température beaucoup plus élevée qu’à la surface. C’est précisément le contraire qui a lieu. Donc réchauffement constaté partout n’est pas dù à un feu central quelconque. » Ces objections ont déjà été réfutées par les géologues.
- M. Magen Saint-Rémy, à la Caussade, par Fronsac (Gironde), nous écrit : « J’ai vu souvent que vous publiez des traits de l’intelligence des chiens. Il vient de m’arriver un fait que je crois pouvoir signaler à votre attention et à celle de vos lecteurs. Voici le fait : J’ai un bébé de deux ans environ, qui a pour compagnon habituel un grand chien noir, de race indécise, mais très grand, très fort, et surtout très doux avec le bébé. Dernièrement, mon bambin n’ayant pas été sage, on l’avait attaché, comme punition, à un arbre du jardin. Le chien, privé de son compagnon de jeu, voyant, au bout d’un bon moment, que l’on ne détachait pas le bébé, se leva, alla à l’arbre où il était attaché, et d’un bon coup de dent coupa la corde. Le bébé, devenu libre, reprit ses jeux avec le chien.
- C’est ce que cette bête voulait. J’ai aussi à vous signaler autre chose, mais dans un autre ordre d’idée. Dans le n° 1256 de La Nature du 26 juin, vous parlez de l’anguille et de sa reproduction. J’habite une propriété sur le bord de la Dordogne, à côté de Fronsac (Gironde), et je suis en relations journalières avec les pêcheurs de la rivière. La Dordogne a en face de chez moi 5 à 600 mètres de large, la marée s’y fait sentir avec violence et nous avons en temps moyen des différences de 3 à 4 mètres d’eau. Quand j’ai eu lu votre article sur les anguilles, comme c’est un poisson très commun à certaines époques, j’ai demandé aux pêcheurs ce qu’ils pensaient. La grande habitude de la pêche et la « fréquentation » du poisson leur ont appris à conclure comme les savants. Ils m’ont dit que tous les ans au printemps, aux marées montantes, il remontait dans la Dordogne des quantités fantastiques de petits poissons, longs de 3 à 4 centimètres au plus et très fins, de petites anguilles par conséquent. Ces anguilles viennent, donc directement de la mer. Comme, à ce qu’il paraît, ils ne ressemblent pas tout à fait à l’anguille adulte, certains pêcheurs croyaient avoir affaire à une espèce différente. Un fait du hasard a pu fixer tout le monde. 11 y a sept à huit ans l’on avait pris de ces petits poissons, et on les avait mis dans une fosse, faite dans une ancienne carrière. L’eau était renouvelée par la pluie, aucun ruisseau n’était en communication avec cette mare. L’année dernière, on vida cette fosse et l’on retrouva dans le fond des anguilles inconnues. C’étaient les premiers poissons-qui s’étaient transformés. »
- M. E. Closset, à Bruxelles, nous adresse une brochure sur La porte de bronze du Palais de Justice de Bruxelles. La brochure a été écrite par M. Ad. Engels, architecte principal des bâtiments civils, conservateur du Palais de Justice de Bruxelles.
- M. J. Vinot, à Paris, nous écrit : « Votre entrefilet des informations, dans le n° 1257, du 2 juillet, relatif à la cour de Rohan où le Journal du Ciel demeure depuis 32 ans, contient une petite inexactitude. La tourelle de Philippe-Auguste n’est point du tout enchâssée dans l’atelier d’un serrurier, elle a son entrée dans la cour même. On peut s’adresser à la concierge du n° 3 bis pour en visiter le rez-de-chaussée, avec ses murs en pierre de taille de lm,50 d’épaisseur, et son étage supérieur me sert de magasin de librairie. »
- M. F. Corradin, ingénieur à Turin, nous transmet une Notice sur la production économique du gaz hydrogène pur et sur ses applications. Le brevet appartient à MM. Pratis et Marengo, de Turin.
- M. A. Vivien, chimiste à Saint-Quentin, nous écrit que l’idée d’une aération au-dessus de la scène des théâtres, en vue d’empêcher l’asphyxie des spectateurs en cas d’incendie, est de lui et date de 1881 environ. Le 23 juin 1887, il a adressé à M. Spuller, ministre des Beaux-Arts, président de la Commission des incendies dans les théâtres, un article du journal le Conservateur de l’Aisne, du 18 janvier 1882, où il décrivait ce procédé. Notre correspondant nous envoie une copie de cet article.
- Renseignements. — M. Capillery, au Vigan (Gard). — Nous n’avons pas d’adçesse spéciale à vous indiquer.
- M. J.-G. Legrand, à Paris. — Cet accident est déjà arrivé à. de nombreux expérimentateurs ; il n’y a pas de remède jusqu’ici.
- M. A. R., à Paris. — La citerne a besoin d’être nettoyée complètement et désinfectée en même temps à l’aide de diverses-solutions que vous trouverez chez les droguistes. Après cette opération, l’eau se conservera. La créoline Pearson, 87, rue Lafavette, pourrait vous servir.
- M. F. S. W., à Wintzenheim. — Le drosophore est fabriqué à Manchester par laCie du Drosophore; les représentants à Paris sont MM. Marshall et Cie; nous n’avons pas d’adresse plus complète.
- M. Timoléon, à Paris. — Vous pourriez peut-être essayer les ustensiles de cuisine en nickel ; adressez-vous à la C1' française du nickel, 64, rue de Turenne ; ou à M. P. Delaire, 48, rue de Malte, à Paris.
- M. Fermond, à Valence. — L’adresse demandée est la suivante : M. Mathieu, 113, boulevard Saint-Gennain, à Paris.
- M. C. D., à Liège. — Vous trouverez des ouvrages élémentaires de ce genre à la librairie Bernard-Tignol, quai des Grands-Augustins, à[Paris.
- (foir la suite de la Boite aux lettres page 5” des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRES [Suite)
- M. 0. T., à la Chaux-de-Fonds. — Vous trouverez des ouvrages de ce genre à la librairie Bernard, à la librairie Michelet et à la librairie Gauthier-Villars, à Paris.
- M. H., au Bar. — Moteurs à pétrole : M. Cuinat, 10, rue de Saint-Quentin, à Paris; MM. Merlin et C‘% à Vierzon (Cher); M. Herlicq, 59, rue de Flandre, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. J. Roux, à Gray. Remerciements à votre lettre. — M. Ladame, à Neuchâtel. Veuillez nous rappeler l’objet de votre lettre.— M. H. R., à Lyon. Le fil doit être recouvert d’un isolant sur toute la longueur. — M. Dubois, à Lille. — II ne nous est pas possible de nous occuper des questions commerciales.—M.D.G., à Paris, M. L. F., à Versailles. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Gie. — M. P. Balestra, à Madrid. — Le petit livre indiqué ci-dessus donne unp recette concernant le lustrage du linge.
- — ... 1 i ......— 1
- PETITES INVENTIONS1
- Tringle ù, rideaux. — La tringle qui fixe les rideaux aux fenêtres est un objet indispensable qui existe depuis longtemps toujours sous la même forme et présentant plusieurs inconvénients. On vient d’imaginer une nouvelle tringle qui se compose de deux parties : un fourreau et la tige qui coulisse
- Tringle à rideaux. — 1 et 2. Détails de la tringle.
- 3 et 4. Mode de fixation.
- dans ce dernier (n08 1 et 2), de façon à pouvoir allonger, suivant la largeur de la croisée. A chaque extrémité se trouve un arrêt monté sur un ressort qui maintient les deux bouts fixés dans les œillets respectifs des deux pitons (n° 5). Une fois la tringle posée, les bouts ne dépassent plus et les rideaux ne peuvent plus se défaire ni tomber. — La tringle à rideaux est en vente à la maison Kratz-Boussac, 5, rue Saint-Laùrent, à Paris.
- La poule pondeuse. — La petite poule que montre notre dessin (n° I) se prête volontiers à nos désirs. Il suffit de lui presser doucement sur le dos, pour qu’elle nous donne aussitôt un œuf, ou plutôt une dragée. La figure n° 2 nous montre la
- Poule pondeuse. — 1. Vue d’pusemble. — 2. Coupe intérieure.
- disposition prise pour obtenir ce résultat. Les œufs sont placés dans un petit couloir. En appuyant sur le dos de la poule, le ressort fait glisser au dehors un de ces œufs. — La poule pondeuse se trouve à la même maison que la tringle à rideaux.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Appareil à éteindre les bougies. — Pour s’endormir le soir, après avoir parcouru quelques pages d’un livre, il n’est pas besoin de se relever pour éteindre la bougie ; le petit appa-
- reil de la figure n° 1 remplit cet office. Il est formé d’un petit cylindre qui se pose sur la bougie, en laissant la mèche libre. Sur le côté un éteignoir mobile autour d’un axe repose sur un petit anneau de caoutchouc. Il suffit d’appuyer sur la poire reliée à cet anneau. Celui-ci se gonfle et fait basculer l’éteignoir (n° 2). — Pour l’appareil à éteindre les bougies, s’adresser à la même maison que précédemment.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES I
- Encre à sacs et à bâches. — Pour marquer les bâches, les sacs, les grosses toiles, on peut appliquer une sorte d’encre ou plutôt de peinture faite de noir de fumée délayé dans de l’huile de lin cuite.
- Conservation des pieux en terre. — Pour obtenir rapidement un traitement qui assure la conservation des pieux' dans la terre, il suffit, paraît-il, de les immerger dans de l’acide sulfurique du commerce dilué avec quatre ou cinq fois son volume d’eau ; toutefois la protection est loin de durer aussi longtemps qu’avec le sulfatage.
- Lavage de la soie. — Pour nettoyer les foulards en soie, on recommande de les savonner d’abord à froid, puis de les rincer et de les égoutter; on fait alors bouillir une poignée de son dans de l’eau, on filtre la décoction à travers un linge et l’on y fait tremper le foulard pendant quelque temps. On le presse ensuite, on le suspend, et, quand il est encore un peu humide, on le repasse.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE *
- Tremblement de terre A Lnybach. — Une forte secousse de tremblement de terre à mouvements saccadés a été ressentie à Laybacli, en Autriche, à 9h 53 du matin, le 12 juillet. On a constaté des dégâts nombreux à différents édifices publics et privés. Quelques cheminées sont tombées dans les rues. On remarque des fentes et des crevasses à des maisons neuves et anciennes. Il y avait déjà eu, vers 4 heures du matin, une légère secousse de tremblement de terre.
- Orages ik Vairon et à Bordeaux. — Un orage d’une grande violence s'est abattu dans la nuit du 14 au 15 juillet, vers 1 heure, sur Voiron, provoquant parmi la population, encore sous le coup de l'émotion produite par la trombe du 5 juin, une véritable panique. Le torrent de la Morge, dont le lit, exhaussé sur certains points de plusieurs mètres le 5 juin, n’a pas encore été rectifié, a débordé, causant des dégâts considérables. Les usines, non entièrement restaurées depuis la trombe, ont beaucoup souffert. Celle de M. Beridot, constructeur-mécanicien, dévastée le 5 juin, a eu ses murs effondrés par les eaux. La fabrique Castelbon et plusieurs papeteries de l’amont de la vallée de la Morge sont isolées du bourg, le torrent ayant creusé une vaste excavation dans la rue des Orphelines. Les communications ont été coupées ù cet endroit et les travaux de reconstruction suspendus. La canalisation d’eau potable de la ville et celle de la Compagnie Thorrand ont été emportées en partie. Le canal provisoire de la Portelle a été enlevé, et les petites usines qu’il dessert sont en chomâge. Dans le bourg, plusieurs usines ont été envahies par les eaux.
- A Bordeaux et à Arcachon, dans la soirée du 14 juillet, un orage très fort a éclaté subitement. Les éclairs se sont succédé sans interruption pendant deux heures, une pluie diluvienne était chassée par une violente bourrasque. L’échafaudage des feux d’artilice, les arcs de triomphe, les mâts, ont été renversés, les arbres des quinconces ont eu leurs branches brisées. En queb ques instants les rues très animées sont devenues désertes. L’ascension qui a eu lieu le soir aux Quinconces a été particulièrement mouvementée. Le ballon, lance au moment où le ciel était menaçant dans la direction (te l’ouest, a été chassé dans cette direction.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 14, à 5 h. 2 m. du matin.
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- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- JUILLET 1897. -- SEMAINE Dü LUNDI 5 AU DIMANCHE il JUILLET.
- VENT PLUIE EN OBSERVATIONS GÉNÉRALES ^
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL MILLIMÈTRES
- Lundi 5 juillet . . . 14*,3 S. W. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 8 h. ; puis peu nuageux ; très nuageux à partir ae 14 h. Eclaircies'à 1 h. et de 12 à 14 h. ; couvert le reste du
- Mardi 6 17°,0 S. W. 2. Couvert. 0,0
- Couvert. temps ; gouttes à partir de 20 h. ; pluie après 21 h. 50.
- Mercredi 7 14“,1 S. W. 1. 3,9 Quelques éclaircies a 15 h. ; couvert avant et après ; pluie
- Quelques nuages. 0,0 jusque vers 3 h. ; plusieurs fois des gouttes.
- Jeudi 8 14°,8 N. E. 2. Couvert jusqu’à 4 h. ; nuageux ensuite ; beau après 20 h. ;
- gouttes à 1 h.
- Vflndrfidi 9 18°,0 S. 1. Peu nuageux. 0,0 Très nuageux; gouttes vers 11 h. 30, à 14 h. 8 et pluie de 14 h. 20 à 27.
- Samedi 10. .... . 15°,1 N. 1. Presque couvert. 3,9 Couvert jusqu’à 8 h. ; nuageux de 14 à 18 h. ; beau ou
- quelques nuages le reste au temps ; pluie de 4 à 5 h. 30.
- Dimanche 11 ... . 17”,0 N. E. 2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 11 à 13 h. ; beau avant et après. •
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
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- SEMAINE DU LUNDI 12 AU DIMANCHE 18 JUILLET
- JUILLET 1897
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE DE 0 A 9. ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 12 juillet . . 17 ,7 N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Mardi 13 17“,5 N. E. 3. Beau. 0,0 Quelques nuages à 17-18 h.; beau avant et après.
- Mercredi 14 18“ ,9 N. E. 1. Beau. 0,0 Peu nuageux de 12 à 1D li.; beau avant et après.
- Jeudi 15 18»,7 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau.
- Vendredi 16 17“,1 S. 1. Beau. 0,0 Beau.
- Samedi 17 17“,1 S. 0. Beau. 0,0 Beau jusq. 9 h.; puis peu nuageux ; couvert apr. 16 h.; halo; gouttes à 22 h.
- Dimanche 18 . . . . 18“ ,0 N. 2. Peu nuageux. 0,0 Très nuageux jusq. 10 h.; beau ensuite.
- Lundi | Mardi „ | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- 15552'
- 5555!
- 5555!
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —La canicule a commencé le jeudi 22 juillet et elle prendra 1in le jeudi 20 août. On appelle canicule ou jours caniculaires le temps durant lequel le Soleil est censé se lever avec l’étoile Sirius. Les anciens attribuaient une grande influence sur les hommes et les animaux à cette étoile.Canicule vient du latin Canicula, diminutif de Canis. C’était le nom primitif de Sirius, parce que l’astre le plus brillant des étoiles fixes faisait partie de la constellation australe du Grand Chien. Autrefois Sirius se levait à cette époque de l’année avec le soleil, mais par l’effet de la précession des équinoxes, le lever héliaque de Sirius n’arrive plus aujourd’hui que lorsque les jours caniculaires sont passés. L’époque de la canicule est le temps le plus chaud de l’année, surtout en juillet. Les Egyptiens comptèrent le commencement de leur année à partir des jours caniculaires. C’était leur année Sottriaque ou Cynique. Nos almanachs ont conservé la trace des jours caniculaires et les désignent j. c. pour le commencement et f. j. c. pour la fin. Il s’agit encore une fois de la période des anciens et non plus de la concordance des levers du Soleil et de Sirius.
- —®— On s’est beaucoup 'plaint des grandes chaleurs depuis le 24 juin jusqu’au 20 juillet. Les températures maxima sont venues le 24 et le 25 juin, et les 14, 15 et 16 juillet. Le thermomètre n’a pas dépassé 52° et plus généralement 34°. Nous avons eu souvent plus chaud que cela. Par exemple, dans le passé, les vieux météorologistes ont relevé, le 22juinl76i, la température exceptionnelle de 36°,3. En avril 1751, on a constaté 35°,8; le 23 juin 1748, le 17 juin 1751, 55°,7. Après quoi, nous trouvons par la suite : juin 1812, 31°,6; juin 1822, 32°,6; juin 1828, 30°,8; juin 1839, 52°,1 ; mai 1841, 32°; 3 juin 1858, 34°, 1 ; 11 juin 1877, 32°,4; 3 juin 1888, 54°,5; 24 juin 1896, 31°, 7, à peu près comme cette année. Il a donc fait chaud et sec pendant cette période; mais les températures observées ne peuvent vraiment pas être considérées comme anormales. Il faut ajouter, cependant, que le mois de juin n’avait pas été si chaud depuis 1889. La moyenne de juin a été d’un quart de degré plus grande que celle de 1896.
- —®— D’après une correspondance adressée de l’île des Danois au Lokalanzeiger par sou envoyé spécial, M. Andrée ne compte pas seulement sur ses pigeons pour donner de ses nouvelles au monde. Il a également emporté un certain nombre de ballons flottants en métal, peints aux couleurs suédoises, — bleu et jaune, — et surmontés de petits drapeaux. De loin en loin, il lancera un de ces ballons après avoir préalablement déposé à l’intérieur quelques renseignements écrits. Il serait bien étonnant qu’aucun d’entre eux ne fût recueilli. M. Andrée a emporté dans sa nacelle, outre les instruments indispensables, une petite bibliothèque contenant surtout des dictionnaires de la langue groenlandaise et des idiomes du nord de l’Asie. Les boîtes renfermant les vivres des explorateurs sont attachées aux mailles du filet, tandis que le fourneau de cuisine est suspendu dans le vide, au-dessous du ballon, afin de prévenir les risques d’incendie. Le a maître-coq » surveillera la cuisson des mets au moyen de miroirs : Brillat-Savarin n’avait jamais songé à ce raffinement.
- —®— A propos du pont construit sur le Wupper, en Allemagne, entre Solenjen et Renischeid, notre traducteur a eu tort de dire qu’il s’agissait du pont le plus long (465 mètres) et le plus élevé du mondé (187 mètres). Sans parler du pont du Forth en Ecosse qui a des travées de 500 mètres et plus, il existe en France plusieurs viaducs métalliques de plus die 465 mètres de longueur (Cubsac, par exemple). Voici les dimensions principales du viaduc de Garabit : longueur totale 56im,65,dont 44*,a,b2 métalliques; portée de l’arche principale, 177m,72, dont 165 de libre; hauteur du rail au-dessus de la Truyère, 122“,20. Le viaduc du Viaur, que l'on construit en ce moment pour relier les départements du Tarn et de l’Aveyron,
- aura 410 mètres de longueur en 3 arches métalliques, dont une de 220 métrés. La hauteur du rail sera de 116m,80 au-dessus du ravin.
- —L’antique église Saint-Pierre de Montmartre sera intégralement conservée. L’Académie des inscriptions et belles-lettres, les Sociétés de l’Histoire de Paris, du Vieux Montmartre, des Amis des monuments parisiens et des Antiquaires de France, viennent en effet de triompher et d’obtenir que les réparations nécessaires à la consolidation de la vieille église soient entreprises d’urgence : uatre-vingt-dix mille francs seront consacrés à ces réparations, épense supportée partie par l’Etat et partie par la Ville de Paris.
- y-®— Une des plus anciennes maisons de Paris, une des rares qui datent encore du treizième siècle, va disparaître, emportée par l’expropriation. C’est cette curieuse maison qui fait le coin de la rue des Prêcheurs et de la rue Saint-Denis et qui a comme pied-cornier une énorme poutre de chêne sculpté. C’est un arbre de Jessé représentant douze frères prêcheurs debout dans des chaires en forme de tulipes, et au sommet ^une figurine très dégradée représentant « Monseigneur sainct Denis sans chief ». Espérons que cette poutre antique ira finir sa longue faction à Carnavalet.
- —®— Les Chabins. D’après le Journal de médecine vétérinaire, il y a au Chili et au Pérou une espèce d'animal domestique ui tient du mouton par sa conformation et de la chèvre par la nature e son poil; sa peau est employée pour la couverture des selles des cavaliers et on en fait une grande consommation, tous les voyages se faisant à cheval dans les pays en question. Depuis longtemps, on a dit que les Chabins étaient le produit du croisement de la chèvre et du bélier, mais les expériences de M. Besnard et les études anatomiques auxquelles se sont livrés MM. Cornevin et Lesbre les autorisent à conclure que, non seulement le mouton et la chèvre appartiennent à deux espèces distinctes, mais encore doivent être classés dans deux genres différents ; il résulte de ces faits que l’origine hybride des Chabins est sans fondement. Cette prétendue origine constitue une mystification scientifique de même sorte que celle qu’on attribua un instant aux Léporides. Les Chabins constituent une race de moutons comme les Léporides une race de lapins, rien de plus.
- —®— Sur les propositions de M. Alexis Muzet, le Conseil municipal de Paris a décidé que le boulevard Sébastopol, la place du Théâtre-Français, le boulevard Saint-Michel, la place de la Bastille, la place de la Trinité et la place Clieliy seraient prochainement éclairés à la lumière électrique.
- —Des essais d’une voiture automobile postale système Ser-pollct ont été faits le 26 juillet sur la voie ferrée entre Paris et Beauvais. Cette expérience, à laquelle assistait M. du Bousquet, ingénieur en chef de la traction des chemins de fer du Nord, a bien réussi et a donné des résultats satisfaisants. La voiture est destinée à assurer chaque nuit le transport des dépêches sur la ligne de Creil à Beauvais.
- —Nous avons depuis longtemps le pavé de bois ; un Américain, — naturellement, — M. Amies, vient d’imaginer le pavé d’herbe. Et le pavé d’herbe commence à prospérer dans plusieurs villes des Etats-Unis! L’herbe employée est celle des prés salés si communs le long de la côte de l’Atlantique. On l'imprègne d’huile, de goudron et de résine ; on comprime le mélange de façon à en former des blocs de 0m,35 et 0m,52 sur 0m,15 d’épaisseur, qu’il suffit de relier ensuite par des crampons en fer. Ce nouveau pavé aurait l’avantage d’être élastique, tout en s'usant très peu ; la chaleur, le froid, la pluie seraient sans action sur lui ; il donnerait un roulement très doux. Enfin, le pavage durerait cinq ans. On ne nous parle pas du prix. Pavés d’herbe ! C’est une idée. Mais l’herbe, chez nous, se transforme en fourrages, et nous n’en avons pas trop. A moins qu’après avoir servi dans les rues ces pavés ne puissent encore servir aux animaux comme conserves alimentaires.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Le pont Mirabeau. — Les vues d’ensemble et de détail du pont Mirabeau, que nous avons données dans le n° 1260, du 24 juillet 1897, p. 113, ont été faites d’après d’excellentes photographies de M. Nadar. C’est par erreur que nous ne l’avons pas mentionné dans notre précédent numéro.
- Communications. — M. le Dr Lheureux, à Saint-Martin-de-Boscherville (Seine-Inférieure), nous a envoyé une brochure qui traite d’une locomotive automobile économique à propulseur sans fin pour chemins de fer, tramways et routes ordinaires.
- M. Wolff, à Paris, à propos de notre article sur l’argentau-rum (n° 1253, du 5 juin 1897, p. 1), nous écrit la lettre suivante : « Il semble de toute justice de rappeler le souvenir d’un chimiste français, Théodore Tiffereau, qui affirmait, il y a plus de quarante ans, avoir réussi à produire artificiellement des métaux, notamment à convertir de l’argent et du cuivre en or. Elève et préparateur de chimie à l’Ecole professionnelle de Nantes, en 1840, M. Tiffereau se sentit captivé par l’étude des métaux et se décida à entreprendre, dans un but scientifique, un voyage d’exploration au Mexique, cette terre classique des métaux, suivant ses propres expressions. 11 partit en 1842 et parcourut toute la province de Sonora, en faisant des daguerréotypes. Cette profession, tout en lui assurant les ressources nécessaires à son existence, lui permettait de réaliser, sans attirer l’attention, les études et les expériences qui constituaient l’objet de son voyage. Il affirme avoir réussi, après cinq ans de recherches laborieuses, à produire quelques grammes d’or pur. A son retour en France, M. Tiffereau chercha à perfectionner sa découverte. Dans six Mémoires présentés successivement à l’Académie des sciences, aux dates suivantes : 27 juin et 17 octobre 1853, 8 mai, 7 août, 16 octobre, 25 décembre 1854, il expose les résultats qu’il a obtenus. Il fait observer en même temps que, disposant seulement des faibles ressources procurées par son travail, il n’a pu donner à ses études le développement nécessaire. Il demande un concours qui lui permette de compléter son œuvre et d’essayer de substituer un procédé industriel à une expérience de laboratoire. Il semble que la seule faveur qu’il ait obtenue ait été de faire une opération à la Monnaie de Paris, sous les yeux d’un des agents de cet établissement. M. Tiffereau se plaint, en termes très mesurés d’ailleurs, de l’incrédulité préconçue qu’il rencontra chez son juge. Ce dernier ne prit pas son expérience au sérieux et ne lui fournit même pas les moyens de la mener à bonne fin. Ici s’arrêtent les renseignements que nous possédons sur cet inventeur et nous n’avons pas les moyens d’apprécier exactement la valeur de ses procédés. Ce que l’on peut affirmer, c’est que M. Tiffereau paraît convaincu de la réalité de sa découverte et que sa bonne foi ne saurait être mise en doute. Il y a d’ailleurs de puissantes présomptions, si toutefois la fabrication de l’argentau-rum se confirme, pour admettre que la solution du problème avait été entrevue par le chimiste de Nantes. Dans ce cas, on doit vivement regretter le doute qui accueillit ses communications et le refus d’un concours sérieux qui lui eût peut-être permis de mener son œuvre à bonne fin. »
- M. E. Militas, à Montevideo, nous fait parvenir une photographie de l’église de Santo Domingo, prise après le tremblement de terre qui a eu lieu le 27 octobre 1894, à San Juan (République Argentine). On aperçoit le monument entièrement lézardé de tous côtés. Nous remercions notre correspondant de l’envoi de cet intéressant document.
- M. J.-L. Breton, à Paris, à propos de notre chronique ayant pour titre Radio-cinématographie (n° 1258, du 10 juillet 1897, p. 94), nous écrit qu’il avait déjà proposé cette nouvelle application des rayons X dans le premier fascicule de la Revue scientifique et industrielle parue fin janvier. Nous enregistrons volontiers la demande de notre correspondant; mais nous lui
- ferons remarquer que nous avons signalé, des expériences déjà réalisées et non à faire.
- M. Bernard, à Neuilly, nous fait savoir que le meilleur moyen en ce moment de débarrasser les malades des mouches est de mettre de la lavande fraîche dans la chambre. Les résultats obtenus sont très satisfaisants.
- M. Alvise Jean Mocenigo, à Bassano, nous a fait parvenir deux Mémoires ayant pour titres : Passagio délia voce attra-verso telefoni di circuito diverso per induzioni eletlro-magne-tiche, et II magnetismo e Velettricita délia terra insieme combinati corne forza motrice degli orologi. Dans ces Mémoires, il aurait entrevu, il y a dix ans, l’invention de M. Marconi relative à la télégraphie sans fils.
- M. le Dt Séailles, président de la Société médicale des bureaux de bienfaisance de Paris, nous envoie diverses Notes extraites de la France médicale, ayant pour titres : Crachoirs et crachats. Prophylaxie de la tuberculose. De Valimentation des tuberculeux soignés à domicile par les médecins des bureaux de bienfaisance.
- M. G. Margot, à Genève, nous envoie une petite brochure sur les nouveaux systèmes d’interrupteurs rapides pour bobines d’induction. Cette Notice est extraite des Archives des sciences physiques et naturelles.
- M. M. Viallet, à Grenoble, nous fait parvenir un exemplaire du Rapport qu’il a présenté à la Chambre de commerce de Grenoble sur les Carnets kilométriques Tickets-monnaie, dont la création a été demandée à la Chambre de commerce de Limoges.
- M. Frank-Defoug, architecte-hygiéniste à Paris, nous a transmis une Note sur les bains-douches rapides populaires à établir en chalets sur la voie publique, dans les quartiers populeux des villes. Il nous a fait connaître les propositions qu’il a adressées à la Ville de Paris.
- M. L. Pointe, à Nully (Ilaute-Marne), à propos de notre article sur le Dongola (n° 1258, du 40 juillet 1897, p. 90), dans lequel il est dit qu’Olivier Pain serait mort de maladie et de misère, nous écrit qu’il est bien plus probable que notre malheureux compatriote a été assassiné.
- M. Valérien Lozinski, à Lemberg, nous adresse la lettre suivante : « Je trouve dans les Nouvelles scientifiques Informations du n° 1258, du 10 juillet 1897, la communication sur la catastrophe de chemin de fer qui a eu lieu en Galicie dans la nuit du 26 au 27 juin. Je me permets de vous faire observer que ce n’est pas sur le Pruth, mais sur un torrent nommé Kosacrowska (un affluent de la rive gauche du Pruth), que le pont s’est écroulé en causant une grande catastrophe, dont les victimes ont été au nombre de neuf. »
- Renseignements. — M. J. Goujon, à Cluny. — Cette construction présentera quelques difficultés; adressez-vous à un grand fabricant.
- M. F. Prefumo, à Genève. — 1° Demandez ces renseignements à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. — 2° Il existe divers ouvrages sur les moteurs à gaz, mais pas de manuel de montage, comme vous demandez.
- M. A. Mertens, à Louvain. — 1° Voyez à la librairie Michelet et à la librairie Bernard Tignol, à Paris. — 2° Les moteurs à pétrole, à la librairie Baillière, 19, rue Ilautefeuille, à Paris.
- M. K. Z., à X. — Renseignez-vous auprès des marchands de minium : MM. Bonneville et C'“, 50, boulevard Magenta; MM. Debbaudt frères et Cie, 66, rue Louis-Blanc; M. Thibault, 95, rue de Flandre, à Paris.
- M. Marc Antonini, à Mellaoui. — L’auteur a publié une brochure que vous trouverez chez lui, à l’Argentaurum Labo-ratory, 20, Central avenue New Brighton, New-York.
- M. J. O., à Louvain. — Vous trouverez divers ouvrages à la librairie Hachette, 79, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. E. Pollatschek, à Alexandrie. — Le foyer portatif à pétrole que nous avons récemment décrit est en vente chez M. K. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris.
- M. Dumont, à Paris. — 1° Nous ne nous rappelons pas les expériences dont vous parlez. — 2° Nous ne pensons pas que les dispositions que vous indiquez soient prises.
- M. A. T., à Mulhouse. — Journaux d’automohilisme : La locomotion automobile, 7, rue du Faubourg-Montmartre; La France automobile, 4, rue du Faubourg-Montmartre; Le Vélo, 2, rue Meyerbeer.
- (Voir la suite de la Boite aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondit qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRES (Suite)
- M. D., à Epinac. — Vous pourrez vous procurer ce produit chez MM. Poulenc, 92, rue Vieille-du-Temple, ou à la maison Billault, 20, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. C. C., à Lyon. — 1° Turbine hydraulique de faible puissance : M. Ch. Taverdon, 19, rue Claude-Bernard, à Paris. — 2° Moteurs à air chaud : M. Bertrand, 19, rue d’Hauteville, à Paris. — 5° Petits moteurs électriques : M. F. Henrion, à Nancy; M. Cadiot, 12, rue Saint-Georges; M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. M. Laille, à Oloron-Sainte-Marie. — 1° Voyez aux bureaux du Génie civil, 6, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris. — 2° Consultez la Note publiée dans les comptes rendus de l’Académie des sciences.
- M. H. Pruden, à Paris. — II est certain que toutes les plaques photographiques seraient voilées ; mais cette application n’est pas encore réalisée.
- Un abonné, à Briey. — 1° Appareils à glace : M. Schaller, 552, rue Saint-Honoré; M. Kratz-Boussac, 5, rue Saint-Laurent, à Paris. — 2° Nous ne pouvons vous renseigner.
- M. A. M., à X. (Portugal). — La hauteur à laquelle s’élèvera l’eau dépend de la pression et du coefficient de frottement intérieur. On trouvera par expérience le diamètre par l’ajutage, mais il n’est pas facile de le calculer.
- M. Manuel Antonia Monteiro, à Bragança. — Adressez-vous à M. Chauveau, ingénieur, représentant des voitures Bollée, rue Ilalévy, à Paris.
- M. J. P rax, à Peyriac. — Les accumulateurs dont il est question dans l’article que vous citez peuvent aussi être utilisés pour l’éclairage. Le même système de charge rapide peut également être adopté.
- M. Yves, à Paris. — Les procédés pour combattre les vers
- 3ui attaquent le bois des meubles sont donnés dans le petit livre es Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et C‘%
- M. Russ-Suchard, à Neuchâtel. — Vous voulez sans doute
- Sarler du séparateur automatique des eaux de pluie système bbert qui a été décrit en 1885; nous vous faisons envoyer le numéro.
- M. Sortal, au cercle français, à Barcelone. — Vous trouverez probablement le fixatif que vous désirez chez M. L. Berville, 25, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris.
- M. Ziarna, à Varsovie. — Vous voulez sans doute parler de fa machine à écrire Dactyle, qui se trouve chez M. 0. Roche-fort, 46, boulevard Haussmann, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. P. Bedigis, à Chàlons-sur-Marne. Remerciements pour votre communication. — M. J. Cervera, à Valcncia Nous avons reçu votre carte et nous vous remercions. — M. le ür Carlo del Lungo, à Tirenze. Nous n’avons pas l’adresse de l’auteur auquel vous écrivez. — M. Moulin, à Saint-Etienne. Nous n’avons pas de procédé spécial à vous faire connaître. — Cercle national, à Roanne. Nous n’avons pu trouver l’article que vous mentionnez ; veuillez mus donner des indications plus précises. — M. A. Léon, à Marseille; M. Dubois, à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Ci£l, à Paris,
- HYGIÈNE ET SYNTÉ
- Vin de coca. coca.
- — Voici deux recettes pour fabriquer le vin de Vin de coca
- Feuilles de coca Thé noir . . . Eau bouillante. Vin de Lunel . Sirop simple . Alcool à 80° .
- 50 grammes 10 —
- 200 — 1800 —
- 100 —
- 60 — •
- Vin de coca (Formule du Dr Fournier) :
- Feuilles de coca pulvérisées .... 10 grammes
- Alcool à 85°........................... 70 —
- Sucre blanc.............................. 50 —
- Eau...................................... 50
- Teinture brune pour les cheveux. — Faire une solution de 5,5 grammes d’acétate de plomb dans 200 à 210 grammes d’eau de rose, et une solution analogue d’une trentaine de grammes d’hyposulfite de soude dans une même quantité d’eau de rose ; on filtre séparément, puis on mélange ensuite et l’on ajoute 60 grammes de glycérine. Notre confrère Pharmaceutical Era recommande tout particulièrement cette formule.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Savon à détacher. — Comme détèrsif, on recommande le savon suivant dont on emploie un morceau pour en faire une pâte avec un peu d’eau, et l’appliquer sur le vêtement à détacher. Prendre 540 gr. de savon blanc qu’on coupe en copeaux, et qu’on fait dissoudre à chaud, au bain-marie, dans 228 gr, d’eau; on ajoute ensuite 28 gr. de borax et un peu moins de 2 grammes de sels de tartre. On fait bouillir et réduire jusqu’à ce que le tout ne représente plus que 450 gr. Alors, tandis que le mélange refroidit, on l’additionne de 1 gr. 80 d’huile de sassafras et l’on en fait des pains.
- Composition de rouleaux encreurs d'imprimerie. — Mêler et faire fondre ensemble àpeu près 5 kilogrammes de bonne gélatine, 10 litres 5/4 de mélasse noire, 450 gr. de .bon caoutchouc purifié dissous dans de l’huile de térébenthine de Venise, 120 gr. de vinaigre et 540 gr. de glycérine. Un obtient des rouleaux très élastiques et très résistants ; si, après usure, on veut refondre de vieux rouleaux, il faut ajouter 20 pour 100 de nouvelles matières premières.
- Dépolissage du verre. — Qu’il s’agisse d’appareils photographiques ou simplement de vitres d’ateliers, il peut être fort utile de trouver à sa disposition du verre dépoli. Pôur < transformer dans ce sens le verre ordinaire, il suffit d’employer un enduit composé de 50 gr. de sandaraqué et d’autant de mastic en dissolution dans 500 gr. d’éther.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire naturelle des êtres vivants. Tome I. Cours d’anatomie et physiologie animales et végétales. Tome II. Fascicule 1. Repi’oduction chez les animaux. Embryogénie des métazoaires. Fascicule II. Classifications zoologiqùës et botaniques, ; par E. Aubert, docteur ès sciences, agrégé de l’Université, ; professeur au lycée Charlemagne. 5 vol. in-8°. Paris. E. André fils, éditeur, 1897.
- M. E. Aubert vient de publier la deuxième édition du tome I de son histoire naturelle des êtres vivants. Il a d’abord donné, en ce qui concerne l’anatomie et la physiologie végétales, ainsi que pour l'anatomie et la physiologie comparées, les matières nécessaires pour les examens de philosophie, de première moderne et d’admission à l’Institut national agronomique. Le fascicule I du * tome II a été fait en collaboration avec M. C. Honard et se rapporte à la reproduction chez les animaux. Le fascicule II donne ' avec détails les diverses classifications zoologiques et botaniques.
- En résumé, l’ouvrage de M. Aubert est un ouvrage excellent qui sera très utile pour l’étude des sciences naturelles.
- La Revue scientifique et industrielle de l’année, par J.-L. Breton, 1 vol. grand in-4°. 1897. Bernard et C‘% éditeurs. Prix : 15 fr.
- Ce premier volume contient un exposé général de toutes les expériences concernant les rayons X, l’étude du gaz acétylène et des divers modes de préparation, des détails concernant la chrono-photographie, les machines motrices et une étude complète des modes de traction mécanique. Les descriptions sont accompagnées de nombreuses et intéressantes figures.
- La défense de l’Europe contre la peste et la conférence de Venise de 1897, par A. Proust, professeur à la Faculté de médecine de Paris, médecin de l’IIôtel-Dieu, inspecteur général des services sanitaires. 1 vol. in-8° avec figures et cartes en noir et en couleurs. Masson et Cie, éditeurs. Paris, 1897. Prix : 9 fr.
- Le climat d’Athènes, par Demetrius Eginitis, Directeur de l’Observatoire, professeur à l’Université nationale.—Extrait des Annales de l’Observatoire national d’Athènes, tome I,
- 1 brochure in-8°, Athènes. Imprimerie nationale, 1897.
- Traité de zoologie publié sous la direction de M. Raphaël Blanchard. Fascicule XI. Némerticns, par Louis Joubin, professeur à l’Université de Rennes. Fascicule XVI. Mollusqucsr par Paul Pelseneer. 2 vol., brochures in-8°. Paris. Ruelf et Cis éditeurs. 1897.
- Société technique de l'industrie du gaz en France. Rapport de M. A. Bouvier, sur le gaz à l’Exposition industrielle de Berlin, en 1896. 1 vol. in-8°. Paris. Société anonyme de-publications périodiques, 1897.
- Choix des appareils. Installation du laboratoire, par Georges' Bruxel. 1 vol. in-16 de l’Encyclopédie de l’amateur photographe. Librairie Bernard Tignol. Paris, 1897. Prix : 2 francs.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- United States commission of fish and fisheries. Part XIX and XX. Report of the commissioner for the year ending June 50, 1895 and 1894. 2 vol. in-8°. — Washington, Government Printing Office, 1895 et 1896.
- The chances of death and other studies in évolution, by Karl Pearson. 2 vol. in-8°. Edward Arnold. London, 1897.
- Introduction to general chemistry, by Gustavus Detlef IIin-richs. 1 vol. in-8, with an atlas of eighty plates. Saint-Louis, 1897.
- L'ora esalta dappertutto, par Michèle Rajna, astronome à l’Observatoire di Brera, à Milan. 1 brochure in-8, avec un calendrier astronomique pour 1898. Ulrico Iloepli, Milan, 1897.
- Seventcenth annual report of the United states geological Survey to the secretary of the interior, 1895-1896. Cu. D.
- Walcott, directeur. Part III, 2 vol in-4°. Washington, Government Printing Office, 1896.
- The Aeronautical Annual, 1897. Edited by James Me a ns, 1 vol. in-8°. Boston, W. Clarke and C°.
- Iowa geological Survey, volume V. Annual Report, 1895. Des moines. Published for the Iowa geological Survey. 1 vol. in-8% 1896.
- Electrische Strôme. Zehn Vortrage über die physicalischen der Star sir om-technik, par Emil Cohn. 1 vol. in-16. Leipzig. Ilirzel, éditeur, 1897.
- The voyages mad by the sieur D. B. to the Islands Dauphine or Madagascar and Bourbon or Mascarenne in the years 1669, 70, 71 et 72. Translated and edited by Caftais Pasfielo Oliver, late royal artillery. 1 vol. in-8°. London. Printed for David Nutt. 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES BU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 19 juillet . . 16»,8 S. E. 1. Couvert. 0,0 Presq. couv. jusq. 18 h.; peu nuageux ens.; tonnerre de 12 h. 43 à 13 h. 45 avec pluie.
- Mardi 20 17°,1 , S. W. 2. Couvert. 7,0 Très nuageux ; averse à 9 h. 45 ; qq. coups de tonnerre et éclairs dans la soirée.
- Mercredi 21. ... . 16»,9 S. W. 2. Couvert. 6,0 Très nuageux ; qq. coups de tonnerre l’après-midi ; pluie à diverses reprises.
- Jeudi 22 ..... . la»,7 S. W. 2. Couvert. 4,9 Presque couv. jusq. 17 h.; p. nuageux ens.; qq. gouttes.
- Vendredi 23 16»,1 S. W. 1. Couvert. 0,0 Presq. couv. jusq. 14 h.; puis nuag.; beau apr. 17 h.
- Samedi 24 17»,2 Calme. Beau. 0,0 Beau sauf qq. nuages dans la soirée ; gouttes à 21 h. 35.
- Dimanche 25 ... . 20»,5 S. 1. Très nuageux. 0,0 Nuageux.
- JUILLET 1897. — SEMAINE DU LUNDI 19 AU DIMANCHE 25 JUILLET.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages. — Un violent orage s’est abattu le 20 juillet sur la région lyonnaise; il a éprouvé particulièrement les villages au sud de Lyon.
- A Pierre-Bénite, une grêle abondante est tombée. Les récoltes sont perdues. Les dégâts ont été considérables.
- A Saint-Gems-Laval, plusieurs murs ont été renversés ; dans la grande rue, plus de 70 centimètres de terre ou de gravier étaient sur la chaussée. A Saint-Fons, les champs bordant le Rhône ont été ravagés.
- Enfin, à Lyon la foudre est tombée, 38, rue de la République, causant la rupture d une conduite de gaz.
- A la même date, un ouragan a dévasté la partie nord-ouest du département du Cher. Une chute effroyable de grêle ou plutôt de morceaux concassés de glace — car certains grêlons étaient plus gros que le poing — a haché les céréales, les arbres fruitiers, la vigne. Une quantité de gibier a péri. La foudre est tombée à Saint-Doulchard, sur une grange du domaine de M. Peaudecerf, sénateur. La toiture a été partagée en deux.
- Il a fait le 20 juillet, à Bône, une chaleur accablante. Le thermomètre a atteint, à l’ombre, 45 degrés. On a signalé aux environs de Bône de nombreux incendies, notamment au village de Penthièvre, où 17 indigènes ont péri dans les flammes. Le village tout entier était menacé ; mais le feu a pu être maîtrisé, et tout danger a été conjuré.
- Un violent orage a eu lieu également le 20 juillet à Londres. Cet orage a causé plusieurs accidents graves. Un homme a été tué raide par la foudre. Un policeman a été aveuglé à Iffield.
- Tremblement de terre à l’île Stromboli. — Le 18 juillet, une violente secousse de tremblement de terre, suivie d’une très forte éruption, s’est produite dans l’île Stromboli, la plus septentrionale des îles Lipari. Cette île est formée par une sorte de rocher conique qui n'est autre chose qu’un cratère de volcan. Ce dernier vomit continuellement des flammes et de la fumée, mais il ne donne pas de lave depuis plus de deux mille ans. Le tremblement de terre du 18 juillet a produit une recrudescence dans l’éruption des gaz et des flammes qni se dégagent du volcan.
- PHASES DE U LUNE : D. Q. le 21, à 3 h. 18 m. du soir.
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- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —@— M. Hautefeuille, l’éminent chimiste, membre de l'Académie des sciences, a été promu officier de la Légion d’honneur. Notre collaborateur M. J. Vinot, qui a consacré sa vie à l’enseignement et à la vulgarisation de l’Astronomie, a été nommé chevalier de la Légion d’honneur.
- —Le 29 juillet à4h9mll% a eu lieu une éclipse annulaire de soleil visible pour les habitants des régions comprises entre l’océan Pacifique, le golfe du Mexique, la mer des Antilles et l’océan Atlantique (Mexique, Guatemala, Venezuela, Colombie, Guyane, Guadeloupe, Martinique, Cayenne).
- —Une nouvelle doctoresse : Mlle Mariette Pompilian, une jeune Roumaine, a soutenu dernièrement une thèse intéressante sur la « contraction musculaire et les transformations de l’énergie ».Le président du jury, M. le professeur Ch. Richet lui a adressé des félicitations.
- —Année des hannetons. — Nous remercions les très nombreux et très aimables correspondants qui nous ont donné des détails précis sur l’année d'apparition du hanneton ailé. (Voir La Nature, n° 1258, p. 93, 10 judlet 1897). Nous avons déjà les dates suivantes pour quelques départements de France : cycle de 1893-1896, Mayenne; cycle de 1894-1897, Yonne, Haute-Savoie ;*ycle de 1895-1898, Oise, Aisne, Seine-et-Marne, Côte-d’Or, Doubs, Isère. Pour la Ilaute-Marne, il y a doute, et on nous promet des avis plus précis au printemps de l’année prochaine. Nous continuons à solliciter des renseignements des divers départements, qui nous permettront d’établir la carte générale du régime des hannetons de France.
- —On nous écrit d’Espagne, à la date du 28 juillet, que le phylloxéra fait de grands ravages en Catalogne. Sur 130 000 hectares de vigne plantée, il n’en reste plus que 5000 indemnes ; sur 100000 dans la province de Tarragone, 60000. Dans la provinc.e de Gérone les 40 000 hectares plantés sont attaqués.
- —@— Le 26 juillet, au Havre, s’est ouvert le Congrès olympique sous la présidence d’honneur de M. Félix Faure. Étaient présents tous les délégués et les représentants des puissances étrangères. On a d’abord élaboré le programme des travaux du Congrès, lequel a pour but l’étude des questions se rapportant à l’éducation physique de la jeunesse, et en particulier la question des sports. Les travaux du Congrès se sont ensuite poursuivis.
- —Il résulte d’une publication récente que, de 1800 à 1890, la population a doublé à Amsterdam, Birmingham, Bruxelles, Manchester et Rome; dans deux villes, elle a triplé : Copenhague et Marseille. A Prague, Lyon, Saint-Pétersbourg, Paris et Londres, elle est devenue quatre fois plus forte ; à Dresde, Cologne, Breslau, Hambourg et Vienne, cinq fois; à Leeds, Liverpool et Varsovie, six fois; à Sheffield et Glasgow, sept fois; à Munich, huit fois; à Leipzig, Budapest et Berlin, neuf fois, et à Baltimore, dix fois. Mais le record de l’augmentation est détenu par les villes américaines. A New-York et à Philadelphie, le nombre des habitants, depuis le commencement du siècle, est devenu 25 fois plus grand, à Chicago 245 fois et à Brooklyn 339 fois.
- —On sait quelles difficultés présentent les réparations de machines à la mer, et notamment quelle peine ont eue certains transatlantiques à rejoindre les parties fracturées de leur arbre de couche. Dans ce genre l’équipage du steamer Victoria, de Sunder-Iand, a accompli un véritable haut fait. Le bateau, chargé de charbon, était en route pour le cap Vert ; on était en pleine mer quand, à 90 milles à l’ouest de Saint-Vincent, la partie de l’arbre de l’hélice en porte à faux au dehors, vint à se briser. Comme on avait à bord toutes les pièces de rechange nécessaires, on se hâta de reporter la
- cargaison à l’avant pour faire suffisamment sortir de l’eau l’étambot, et, après plusieurs jours de travail, on réussit à mettre en place une nouvelle hélice
- —La statistique a toujours été une belle chose. Elle a voulu savoir, combien en moyenne nous avions de cheveux sur la tête. Et elle a compté tant bien que mal. On trouve par pouce carré, sur plusieurs têtes différentes, une moyenne qui a donné 1066 cheveux. Or, la superficie d’une tête humaine étant à peu près de 120 pouces carrés, le nombre total des cheveux serait de 127 920. On a aussi classé l’importance d’une chevelure suivant sa couleur, et donné les chiffres suivants : 143 006 cheveux pour une tête blonde, 105 000 pour une tête brune et seulement 29 200 pour une tête rousse, les cheveux blonds étant les plus fins et les rouges les plus gros. Tr©§ savante, la statistique!
- —Une exposition d’aviculture organisée par la Société nationale d’aviculture de France a eu lieu à Montfermeil (Seîne-et-Oise) sous les auspices du ministère de l’Agriculture, à la fin du mois de juillet. Plus de deux mille lots provenant de tous les éleveurs et amateurs de France et de l’étranger ont figuré à cette exposition.
- —_ Un grade pour les amateurs photographes. La Société internationale du concours photographique, dont le siège social est avenue des Gobelins, n° 1, à Paris, vient de créer le titre de Bachelier ès-sciences photographiques, auquel tous les amateurs photographes peuvent prétendre. Il leur suffit pour cela d’envoyer des épreuves qui sont évaluées par un jury spécial au point de vue du choix du sujet, de l’exéeution du cliché et du tirage de l’épreuve.
- —On parle toujours de l’intelligence du chien et l’on n’a pas tort. Mais, et le chat? Le chat n’est pas bête non plus, à en juger par l’histoire suivante dont M. le docteur Bardet, secrétaire de la Société de thérapeutique, a été témoin et qu’il nous a rapportée. Il y a évidemment chat et chat; mais celui dont parle M. Bardet, et qui était un « chat noir », était très futé. Cela se passait, en 1895, à Saint-Jacut. L’animal appartenait à la concierge de Ja villa de M. Bardet, et, comme ses pareils, il aimait beaucoup le poisson. Aussi fallait-il se mettre à l’abri de ses vols, le vol étant pour lui chose toute naturelle. Un jour la cuisinière voulut protéger contre le chat tout une pêche de lançons qu’il aimait tout particulièrement ; il en avait déjà dérobé à maintes reprises. Elle eut l’idée de pendre les poissons, enfilés à une corde, à un clou qui se trouvait à 2 mètres du sol au moins. Le chat arriva et rôda au-dessous de la corde en faisant le gros dos, en poussant des miaulements significatifs et en fixant souvent la proie hors de sa portée. Enfin, il s’assit, sembla renoncer aux poissons et resta comme livré à de profondes méditations. Tout à coup, l’animal disparut. Dans le plafond de la cuisine, s’ouvrait une trappe de grenier à lm, 50 du chapelet de poissons. La trappe craqua et sentr’ouvrit doucement. On vit des pattes, une tête. C’était le chat! Il hésita quelques secondes... et se laissa tomber dans la cuisine ; mais, en passant, il effleura les lançons et en saisit un prestement. A terre, il dévora le poisson, n’abandonnant que la tête. La manœuvre était si drôle qu'on le laissa faire. Il remonta au grenier, entr’ouvrit la trappe, se glissa dehors et tomba en enlevant son lançon. Neuf fois il répéta l’expérience avec le même succès. Et neuf têtes de poisson restèrent sur le carreau, prouvant à la cuisinière que maître Chat avait été plus rusé qu’elle. Eh bien ! le chat avait réfléchi ; il avait combiné son stratagème, et il avait exécuté habilement son plan de campagne. Réflexion, combinaison et exécution. Ce n’est pas mal pour une bête !
- —$$— Deux officiers du 15e régiment de dragons, en garnison à Ragueneau, viennent de franchir la distance de 380 kilomètres, qui sépare Hagueneaude Munich, en 64h10. Si l’on retranche encore les heures de halte et de repos, le voyage n’a réellement duré que 30h20. Après ce voyage les chevaux et les cavaliers ne paraissaient nullement fatigués.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. E. Foubert, à Boubiers (Oise) ; M. J. Fesser, à la Côte-l’André (Isère); M. P. Jussot, à Aix; M. J. Gongis, à Ernée (Mayenne) ; M. L. Pointe, à Nully (Haute-Marne), à propos de notre récent article sur les hannetons (n° 1258, du 10 juillet 1897, p. 93), nous envoient divei's renseignements intéressants sur les hannetons dans les contrées qu’ils habitent. Nous remercions nos correspondants des notes qu’ils ont bien voulu nous faire parvenir.
- M. P. Vincey, à Paris, nous envoie une brochure, extraite des Mémoires de la Société nationale d’agriculture de France et traitant Les champs d’épuration de la ville de Paris et le lait de l'Assistance publique, l'assainissement de la Seine.
- M. J.-M. Hernandez, à Montpellier, nous écrit la lettre suivante : « Permettez-moi de vous signaler un phénomène météorologique qui me paraît peu ordinaire. Dans la nuit du 13 juillet, à 9h10, heure de Montpellier, j’ai aperçu de mon jardin, ayant pris naissance au nord, un météore ayant l’apparence d’un serpent de feu sans ondulations, d’une longueur à l’œil de lm,50, voyageant vers l’ouest horizontalement à une allure très lente. Il était très lumineux, principalement la tète, d’un jaune or blanc ; la queue, composée de traits plus foncés, terminait presque en pointe. Il paraissait se trouver dans notre atmosphère, tellement il voyageait has, paraissant à 400 mètres au-dessus de notre tête, mais au large. Il s’est éteint sans parabole, à l’O.-S.-O. Aucun des journaux de Paris que je lis n’en fait mention. Je serais désireux de savoir si ce météore a été aperçu de quelque observatoire astronomique pour lui assigner un nom. »
- M. A. Protais, à Puys, près Dieppe, nous écrit: « J’ai assisté ici, le 20 juillet, vers 7 heures et demie du soir, pendant un orage (le 4° en 48 heures et le 98 depuis le 25 juin), à un spectacle dont je n’avais pas encore joui et dont la merveilleuse singularité était telle que je crois intéressant de la signaler. Un arc-en-ciel s’est dessiné avec une violente intensité de couleurs, sur la nuée orageuse. A l’intérieur du demi-cercle, le nuage était d’un roux clair excessivement brillant, à l’extérieur le nuage était d’un gris ardoise, foncé, mais ce qui m’a surpris et ce que je n’ai pu m’expliquer, c’est la netteté absolue avec laquelle l’arc-en-ciel délimitait ces deux zones de tons si complètement opposés, sans la plus légère confusion. Ce phénomène, très bizarre et très saisissant, a duré jusqu’au coucher du soleil, c’est-à-dire pendant un bon quart d’heure, avec une vigueur constante. Au couchant, ciel tourmenté revêtu de toutes les couleurs du prisme. »
- M. P. Macquaire, à Paris, nous adresse la Note suivante : a Dans un intéressant articlesur le maté, paru dans le n° 1257, du 3 juillet, M. J. Boyer signale ma communication à l’Académie de médecine, et dit que j’identifie l’alcaloïde du café à l’alcaloïde du maté, uniquement d’après l’identité de leur point de fusion ; j’ai donné d’autres preuves tirées des réactions chimiques de cet alcaloïde, ainsi que vous pourrez vous en convaincre par le Mémoire que je vous ai fait remettre. C’est d’ailleurs une question qui semble résolue aujourd’hui : la caféine, pourvu qu’elle soit absolument pure, possède les mêmes propriétés chimiques et physiques, quel que soit le végétal qui l’a fournie. —L’intérêt que présente le maté n’est pas seulement dù à la caféine qu’il renferme, mais à l’ensemble des substances solubles qu’il est susceptible de céder à l’eau ; ces substances encore imparfaitement définies au point de vue chimique, que j’ai pu retirer du maté en quantité relativement considérable, jouent, à mon avis, un très grand rôle thérapeutique. Si cette plante ne s’est pas répandue en Europe, malgré les essais déjà nombreux, cela tient, en partie, à la difficulté de préparer d’une façon convenable sa décoction, et aussi à la saveur de cette décoction, un peu spéciale pour les palais européens. Convaincu des services considérables que rendrait le maté, s’il entrait dans notre
- consommation journalière, j’ai tenté de le vulgariser en perfectionnant le mode de préparation par trop primitif des Américains. Au moyen d’appareils perfectionnés j’ai extrait du maté la totalité de ses principes actifs et je les ai présentés au public sous une forme granulée agréable et active. Cette préparation, qui est déjà connue dans le monde médical sous le nom de Matéine Macquaire, prend de jour en jour une extension plus-considérable. J’espère que, sous cette forme, le maté prendra chez nous la place importante qu’il occupe dans l’alimentation américaine. »
- M. E. Baillaud, à Sens, à propos d’un nouvel observatoire militaire, dont nous avons parlé dans le n° 1259, du 17 juillet 1897, p. 108, nous écrit qu’il avait autrefois proposé au ministère de la Guerre un observatoire analogue formé de trois parties se reployant l’une dans l’autre. Le sommet était une plate-forme avec par devant une plaque d’acier percée de deux trous permettant d’observer le terrain. Le tout était monté sur deux roues.
- Renseignements. — M. L. L., à C. — Nous avons fait connaître un grand nombre de diverses compositions d’encre pour tampon et pour copier dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, lre et 2e série, à la librairie Masson et C‘*. Pour la machine à écrire que vous indiquez, il serait peut-être préférable de s’adresser au fabricant.
- M. G. Coste, à Montpellier. — Cette étoffe exige une fabrication spéciale ; il faut de plus qu’elle soit essayée soigneusement. Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- M. J. Plassard, à Yillers-sur-Mer. — Pour faire disparaître ces herbes on se sert souvent de tan ou de goudron de nouille. Nous ne connaissons pas d’autre procédé.
- M. Guerre, à Mèze. — Pour l’éclairage dont vous parlez vous pourriez peut-être essayer une lampe à pétrole, L'Éclatante, 36, rue de Chabrol, à Paris. Il faudrait disposer tout autour des réflecteurs appropriés. L’intensité lumineuse, suivant le modèle, varie de 100 à 500 bougies.
- . M. E. Coulombu, à Paris. — Nous avons fait paraître à ce sujet une Note dans les Informations du n° 1261, du 31 juillet.
- Un abonné, à Y. — Vous trouverez des renseignements dans un ouvrage de M. le marquis de Viarès, à la librairie Gauthier-Villars et fils, 55, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. J. G., i B. — 1° Il s’agit d’un fait qui a été emprunté à un journal étranger et sur lequel nous n’avons pas d’autres renseignements. Tous nos regrets. — 2° Bonne note a été prise pour le changement d’adresse.
- M. P. S., à Paris. — Ie On a toujours le droit de fabriquer pour soi-même un objet même breveté. — 2° Nous pensons que la Société peut exiger le changement des appareils ; il serait utile que vous consultiez un homme de loi.
- M. P. R., à Brassus. — 1° Vous pourriez essayer un joint au caoutchouc, à la gutta-percha, ou à la fibre vulcanisée. — 2° Demandez ces divers renseignements aux fabricants d’acier : la Compagnie des forges et aciéries de Saint-Ghamond (Loire) ; M. Robert, 149, rue Oberkampf; M. Breger, 28, rue Beaure-paire, Paris.
- M. L. Deville, h Jurançon. — Vous voulez sans doute parler de la table scolaire Feret à élévation facultative, 16, rue Etienne-Marcel, à Paris.
- M. J. Dorel, à Paris. — 1° Il n’existe pas de brochure spéciale à ce sujet. — 2° Compagnie française de l’amiante du Cap, MM. Allard et Cie, 11, rue de la Ciseraie, à Paris. — 3° Vous pouvez employer des solutions de phosphate, sulfate et carbonate d’ammoniaque.
- M. F. Demarès, à Bruxelles. — 11 faut vous adresser à la Société française de navigation aérienne, à Paris.
- M. Ch. Mercier, à Charenton. — Vous trouverez des traités sur cette question à la librairie Gauthier-Villars et fils, 55, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. A. L., h Mulhouse. — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux déjà publiés.
- M. E. S., à Cannes. — Il n’existe pas de traité à ce sujet.
- M. Chabal, à Brest. — Le journal Le Pêcheur se trouve, 12, rue Saint-Sabin, à Paris; vous aurez là tous les détails que vous demandez.
- Uu chef de chantier, à Tunis. — Il s’agit Jd’un produit préparé à la glycérine ; vous pourrez vous en procurer chez MM. Poulenc frères,. 92, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
- (Voir la suite de la Boîte aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni A insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRES {Suite)
- M. E. L., à Boisguillaume. — M. Redier a indiqué la formule suivante pour une pâte dentifrice : savon médicinal pulvérisé 25 grammes, pierre ponce porphyrisée 10 grammes, talc 120 grammes, glycérolé d’amidon 20 grammes, glycérine 20 grammes, essence de girofle 1 gramme, essence de menthe 2 grammes. On chauffe au bain-marie et l’on ajoute peu à peu une quantité d’eau distillée suffisante pour faire une pâte de consistance convenable.
- M. F. Pégulu, à Alméria. — 1° Vous trouverez divers renseignements sur la manière de fabriquer les manchons pour becs à incandescence dans l’ouvrage de M. F. Dommer L’Incandescence par le gaz et le pétrole, à la librairie Bernard Tignol, à Paris. — 2° Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer.
- M. Gentilhomme, aux Lilas. — 1° Vous trouverez du sulfure de zinc phosphorescent chez M. Fribourg, 50, rue des Écoles, à Paris. — 2° M. H. Moissan a publié le compte rendu de ses expériences dans son ouvrage Le Four électrique, à la librairie G. Steinheil, 2, rue Casimir-Delavigne, Paris.
- M. S. G., à Saint-Amour. — Vous pourrez vous procurer des microphones sensibles à la maison Ch. Mildé, 60, rue Des-renaudes, à Paris.
- M. H. D., à Mutzig. — Nous avons indiqué divers procédés pour faire disparaître l’acidité des vins, dans les Recettes et procédés utiles, 5' série, p. 157.
- M. J. Vernachet, au Haut-Suet (par Dinard). — Bambous de grande longueur : MM. Oppenheimer frères, 21, rue de Cléry ; M. Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie, à Paris.
- Accusés de réception. Avis divers. — M. E. Carnajal, à Bailen. Nous ne comprenons pas l’objet de votre demande; veuillez nous l’exposer plus clairement. — M. Dubois, à Dijon. Il faut faire faire l’analyse de la substance par un chimiste. — M. J. JH., à Paris. Nous ne pouvons nous occuper ici de ces questions financières et commerciales. — M. D. V., à X.; M. L. B., à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 3° série, à la librairie Masson et Cie. — M. L. Lelu, à Paris. Remerciements pour votre communication. — M. P. Meuley, à Paris. Remerciements pour l’envoi de la Notice sur le nouveau moteur. — M. G. Delerue, à Valenciennes. Nous ne connaissons pas de machine de ce genre.
- PETITES INTENTIONS1
- Contact électriqne A commutateur. — Cet avertisseur se compose d’un arbre en cuivre lixé dans une boîte métallique et ayant en son milieu une came (n° 2). Il porte à sa partie la plus excentrée une partie en matière isolante sur laquelle, lorsque la porte est fermée, s’appuie un ressort avec vis de réglage. On peut à volonté diminuer ou augmenter la durée du contact. A la sortie inférieure de la boite, cet arbre porte une
- .Contact électrique. — 1. Vue extérieure. — 2. Vue intérieure. 3. Mode d’emploi.
- manivelle, faisant corps avec lui, ayant à son extrémité une roulette qui frotte constamment sur la porte et est ramenée par un ressort au moment de la fermeture. Lorsque la porte s’ouvre, entraînant la manivelle et l’arbre dans sa course, le ressort fixe de contact quitte l’isolateur en os sur lequel il reposait et vient frotter sur la came en cuivre, fermant le circuit et actionnant la sonnerie pendant tout ou partie de l’ouverture selon la position d’une pièce isolante servant de repos et de commutateur. Cette pièce est fixée à l’intérieur de la boîte par une vis et
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- tourne sur son axe à frottement doux. Sur elle vient reposer l’extrémité du ressort de contact. Sans insister sur tous les détails de construction de cet appareil, nous dirons que le contact peut à volonté, par une simple manipulation d’un index, faire sonner : à l’ouverture seulement, à l’ouverture et à la fermeture, pendant toute la durée de l’ouverture de la porte, et à l’arrêt. — Cet avertisseur est construit par M. E. Bois, électricien à Gien (Loiret).
- Glacière à main. — Il existe déjà un grand nombre de glacières semblables; nous croyons bon cependant de faire connaître à nos lecteurs le nouveau modèle qui nous a été soumis. Elle se compose d’un vase cylindrique (n° 1), au centre duquel se place un moule spécial (n° 2) avec bouchon. Dans l’intérieur du moule est un agitateur mécanique que l’on voit dans la coupe représentée dans le n° 5. Pour faire de la glace, on remplit le moule d’eau jusqu’à 4 ou 5 centimètres du bord. On bouche en emboîtant les deux pointes placées sur les côtés
- Glacière à main. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Moule. — 3. Coupe intérieuKL
- du bouchon dans les baïonnettes ménagées en haut du moule. On place ce dernier dans le récipient, et l’on verse autour 2kg,250 d’azotate d’ammoniaque. On verse ensuite rapidement 2,25 litres d’eau et l’on tourne le moule à l’aide de la manivelle supérieure. Après 12 à 15 minutes on obtient un bloc de glace. On peut faire cette opération deux fois de suite avec le même liquide réfrigérant. L’appareil permet aussi la prépa-tion des sorbets, bombes, cafés glacés, etc. L’azotate d’ammoniaque est reconstitué par l’évaporation du liquide au soleil dans un plateau ou sur le feu après ébullition de trois quarts d’heure environ. — La glacière à main est en vente chez M. A. Testard, 98, boulevard Sébastopol, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Le thé de bouleau comme diurétique. — M. le professeur W. Winternitz a eu l’occasion de constater l’action puissamment diurétique des feuilles de bouleau, chez une malade atteinte d’une affection rénale pour laquelle tous les moyens, habituels avaient été essayés sans résultat. II entreprit alors une série de recherches sur ce sujet, qui lui ont permis d’établir une posologie exacte de ce médicament. Les feuilles de bouleau sont recueillies à la fin du printemps et mises à sécher dans un endroit aéré et à l’abri de la lumière. Pour faire une tasse d’infusion, on prend de 25 à 35 grammes-de ces feuilles sèches -r on les met Comme du thé dans 150 à 200 grammes d’eau bouillante ; on laisse sur le feu une ou deux secondes ; on retire, on laisse une ou deux heures à infuser et on passe à la passoire. Ce thé, qui n’a aucun goût prononcé, à peine un peu d’amertume, peut être pris froid ou tiède à la dose de 2 à 3 tasses par jour, entre les repas. L’action diurétique est rapide et énergique. Elle s’accuse dès les premières vingt-quatre heures. Elle ne s’accompagne d’aucune irritation du parenchyme rénal. Bien au contraire l’albumine, les cylindres, les cellules épithéliales tendent à-disparaître. M. AVinternitz dans un certain nombre de cas où la quantité d’urine atteignait en 24 heures», à peine 500 à 400 centimètres cubes, a pu la voir s’élever à 2000 à 2500 centimètres cubes. L’usage de feuilles de bouleau remonte, en France, à 1882 au moins; il a été introduit en médecine par le Dr Gaze, de Mortagne.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Encre noire pour copier sans presse. —Dans 100 grammes, d’eau, faire dissoudre 60 grammes de nigrosine et 80 de glucose» puis ajouter 80 grammes également de glycérine.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Teinture brun-châtain pour les cheveux. — D’après la Revue Pharmaceutical- Era, signalons la solution faite de tsr,78 d’acide pyrogallique, de 5er,5 de chlorure de cuivre et enfin de 5 gouttes d’acide nitrique dans 170 grammes d’eau distillée.
- Pour se débarrasser des mouches. — Il arrive souvent que dans les chambres où reposent des malades, des enfants, voire même des adultes bien portants, on est incommodé par les mouches. M. P. Pagnon nous signale un moyen assez pratique de s’en débarrasser. Il consiste simplement à capturer ces désagréables insectes avec un filet à papillons ordinaire. Les résultats de cette chasse sont merveilleux. L’usage enseigne quelques tours de main qui en assurent le succès, par exemple,
- ne pas aller trop vite, prendre de préférence les mouches posées et manier le filet de façon à atteindre plusieurs mouches du même coup, garder l’instrument en mouvement ou en abaisser la gaze pour empêcher les insectes prisonniers de s’enfuir, faire tomber les mouches au fond du filet en donnant de temps à autre de petits coups secs sur le manche, etc. Et quand les captifs sont assez nombreux, on s’en débarrasse, soit en leur rendant la liberté en retournant le filet hors d’une fenêtre ouverte, soit en mettant un terme à leurs jours, suivant le degré de férocité de l’opérateur. En quelques minutes on s’empare, grâce à ce moyen si simple, de toutes les mouches d’une pièce : ce procédé est à la portée de tout le monde ; il constitue même un amusement pour les enfants, et du même coup... procure la tranquillité aux parents.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 26 juillet . . 16%6 S. W. 2. Quelques, nuages. 0,0 Beau jusqu’à 5 h., très nuageux ensuite ; couvert dans la soiree ; petite pluie commence à 23 h. 30.
- Mardi 27 14°,4 Calme. Couvert. 6,1 Couv. jusq. 9 h., puis très nuageux; beau après 19 h.; pluie à diverses reprises; tonnerre de temps en temps. Nuag. le matin, couv. le soir; petite pluie de 20 h. 30 à 23 h. 15.; halo.
- Mercredi 28 16°,2 W. 1. Peu nuageux. 5,8
- Jeudi 29 14°,0 N. N. E. 1. Couvert. 0,6 Beau à 1 h. et quelques éclaircies dans la journée.
- Vendredi 30 17°,3 N. N. W. 2. Couvert. 0,0 Presque couvert le matin ; puis nuag.; beau après 20 h.
- Samedi 31 15°,5 N. 0. . Peu nuageux. 0,0 Peu nuageux jusqu’à 7 h. et après 21 h.; couvert le reste du temps.
- Dimanche 1" août . 13°,9 N. 2. Très nuageux. 0,0 Très nuageux.
- JUILLET-AOUT 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 26 JUILLET AU DIMANCHE 1er AOUT.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à labn à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Inondations. — A la suite des pluies persistantes tombées dans les derniers jours du mois de juillet, le Danube et presque tous ses affluents ont débordé, causant de grands dégâts. Aux environs de Vienne, plusieurs ponts et passerelles ont été emportés par les eaux. A Baden, le viaduc du chemin de fer a été ébranlé. La circulation des trains, dans plusieurs directions, a été interrompue. A Vienne même, un terrible accident s’est produit. L’échafaudage élevé près du pont Schwarzenberg s’est écroulé, précipitant dans l’eau une quinzaine d’ouvriers. On n’a pu en sauver que cinq. , .
- Sur le chemin de 1er de l’Ouest, entre Prinzerodort et Loosdorf, près de la station de Saint-Poelten (Basse-Autriche), on a signalé le déraillement d’un train omnibus, causé par l’inondation. La locomotive et quatre wagons ont été précipités du haut du talus. Le mécanicien a été tue, deux voyageurs et quatre employés de postes ont été légèrement blessés. Les communications ont été interrompues.
- En Bohême, les cours d’eau ont subi aussi une crue considérable. Les dégâts ont été très étendus ; les communications ont été coupées sur un grand nombre de points. Il y a eu des victimes. De vastes etendues de terrain ont été entièrement dévastées, surtout dans le nord et le nord-ouest de la Bohême.
- En Allemagne, des inondations se sont produites dans les environs de Hirschberg, non loin de Breslau. Les vallées de la Bober, du Yacken et du Sclnvarswasser formaient un immense lac. Les maisons étaient sous l’eau. Beaucoup d’habitants se sont réfugiés sur les toits et y ont été
- retenus par le manque de communications. Le service des chemins do fer a dû s’arrêter. Un soldat s’est noyé en prenant part aux travaux de sauvetage.
- A Herischdorf, une femme et un enfant se sont également noyés. On a aussi à déplorer deux accidents semblables à Rumersdorf et à Schaupitz.
- A Langenoels, le remblai du chemin de fer s’est éboulé.
- D’après toutes les informations concernant les inondations qui se sont produites en Silésie, ces inondations sont les plus considérables qu’il y ait eu dans ce siècle. Les dégâts sont évalués à plusieurs millions de marcs. Les principales lignes de chemins de fer sont de nouveau praticables; mais sur plusieurs d’entre elles, le service ne se fait que sur une seule voie. Les communications par chemin de fer ont été rétablies entre Breslau. Hirschberg et Gœrlitz. A Lœbtau, l’hôtel de ville nouvellement construit et deux autres bâtiments se sont écroulés par suite des iuondations. Un homme et un enfant ont disparu. A Thiemendorf de Chemnitz (Saxe), douze ouvriers ou ouvrières clés lilatures ont été enlevés par les flots au moment où ils traversaient, en voiture, le pont de la Loessnitz. Tous ont péri.
- En Russie, à Simféropol, le 27 juillet, à la suite de pluies diluviennes, les villes de Théodosie et de Kertch ont été inondées. Les parties basses de ces deux villes ont été complètement submergées. A hertch, des maisons ont été emportées par les eaux. On estime qu’environ 150 personnes ont péri. Jusqu à présent on n’a trouvé que 16 cadavres. On suppose que les autres ont été entraînés par les eaux. A Théodosie, les communications entre la ville et le port ont été interrompues.
- PHASES DE LACUNE : N. L. le 29, à 4 h. 7 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs an numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —®— Nous annonçons avec plaisir que notre collaborateur, NJ. G. Richou, vient d’être nommé chevalier de la Légion d'honneur |)ar le Ministère du Commerce.
- —M. Lengley, l’éminent physicien de Washington, est à Paris en ce moment, et il a assisté à la dernière séance de l'Académie des sciences. On connaît les beaux travaux de M. Lengley sur le Soleil, sur la température des Etoiles, son invention du « Bolo-mètre », instrument qui permet de déterminer des différences de température extrêmement petites; enfin ses expériences retentissantes d’aviation qui ont eu lieu en 1896.
- —®— On vient de créer au Collège de France un laboratoire de médecine expérimentale, dont la direction est confiée à notre collaborateur, M. le Dr Charrin, professeur agrégé à la Faculté de médecine, médecin des hôpitaux, qui assistait au Collège de France, le professeur d’Arsonval.
- —On annonce la mort du Dr Tholozan, médecin de feu le schah Nassr ed-dine, décédé à Téhéran, à l’âge de 77 ans. Né à l’ile Maurice, il entra au service de santé de l'armée française en 1841. Professeur au Val-de-Grâce, il fut, en 1865, détaché en mission en Perse et mis hors cadre. Il devint médecin du Schah, qu’il accompagna dans tous ses voyages en Europe. Correspondant de l’Académie de médecine et de l’Académie des sciences, de l’Institut de France, commandeur de la Légion d’honneur en 1884.
- —Le ministre du commerce vient d’ordonner la création, auprès du commissariat général de l’Exposition, d’un comité consultatif spécial qui sera appelé à prendre des mesures de préservation dans les différents cas qui pourront se présenter. La première préoccupation de ce comité sera d’obvier aux risques et dangers d’incendie ; il veillera donc à ce que les constructions présentent des dégagements suffisants pour permettre au public de sortir en cas de danger. La commission se compose de huit membres, qui sont : .MM. Chardon, secrétaire général de l’Exposition; Hénard, Bonnier, liunel, architectes; Tur, Picou, ingénieurs; Varigault, colonel, et Krebs, major du régiment de sapeurs-pompiers de Paris.
- —$ü— Le Vélo annonce que pour le concours de l’Automobile 'Club, la maison Panliard et Levassor a engagé, sous le n° 10, un omnibus-salon à pétrole qui ne sera pas une des moindres curiosités du concours. Cet omnibus est destiné au transport de 10 voyageurs aavec menus bagages. II y a huit places d’intérieur et deux places de plateforme. Une galerie placée sur l’impériale peut recevoir les bagages. Le siège d’avant peut recevoir également deux voyageurs, en lus du conducteur. Sous ce siège est placé un moteur Phénix de 2 chevaux à 4 cylindres. Les réservoirs d’eau et d’essence permettent de faire 50 kilomètres sans ravitaillement. Il y a quatre vitesses, comprises entre 4 et 16 kilomètres à l’heure. Le conducteur, pour l’arrêt dans la marche avant, agit sur 3 freins indépendants les uns des autres. Pour empêcher tout recul accidentel, une béquille placée sous la voiture vient s’accrocher, le cas échéant, aux aspérités du sol. Le poids total de la voiture, avec ses réserves d’eau et <I’essence, mais sans voyageurs, est d’environ 2 400 kilogrammes.
- —$— Le 3 juillet, à 2 heures 1/4, à Trieste, s’est fait sentir un tremblement de terre ; à de faibles mouvements a succédé, au bout de quelques secondes, une assez forte secousse dans la direction Sud-Ouest Nord-Est.
- —Le 2 août, pendant un violent orage, la foudre est tombée au village de Monteaux, commune de la Tour d’Auvergne, et a tué deux jeunes hommes de vingt-cinq ans, M. Athayne Colin, et son domestique, M. François Gendre. Tous les deux étaient allés se réfugier dans une grange. Le Dr Bogros, maire de la Tour d’Auvergne, s était rendu aussitôt auprès d’eux, mais tous ses soins furent inutiles pour .les rappeler à la vie.
- —D’après une communication de l’observatoire royal de Berlin, le professeur Goldstein, spécialiste des rayons cathodiques, aurait réussi à reproduire pratiquement, à l’aide des rayons X, des phénomènes essentiels et caractéristiques de comètes, tels que les rayonnements lumineux à la tête des comètes et les développements de leur queue. Ces résultats expliqueraient les singularités constatées depuis quelques années dans l’apparition de ces astres errants.
- —En 1896 c’est Boulogne-sur-Seine qui a atteint le maximum de la consommation moyenne du vin, avec le chiffre vraiment élevé de 2hl,66 par habitant. Paris n’arrive que pour 2hl,03, Bordeaux 2hl,ll, Toulouse, 2hl,10, Saint-Etienne2M,43, Nice 2hl,51, Tours 2hl,07, Saint-Denis 2hI,15, Troyes 2hl,12, Grenoble 2hl,17, Levallois-Perret 2hl,40, Clermont-Ferrand et Clichy, 2hl,23. Rouen l’emporte toujours pour l’alcool avec 47V15, tandis que le Havre reste à 15‘,38, Amiens à 111,84, Brest à 111,01, Boulogne-sur-Mer 12>,54, Caen 12‘,72, Lorient 10‘,87, Cette 111,65 et Cherbourg 16‘,73; Paris, malgré ses nombreux débits, n’atteint que 7‘,65. Le cidre, qui est encore une boisson locale, est absorbé à Rennes jusqu’à concurrence de 4hl,58; viennent ensuite le Havre avec 1 hectolitre, Rouen lhl,64, Le Mans lhl,75. Caen 2hl,57, Lorient lhl,51 et Cherbourg 3hl,17; Paris se contente de 7 litres. La bière est d’un usage plus général : Roubaix en consomme 3hl,58, Lille 2hl,34, Tourcoing 2hl,18, Saint-Quentin 2kl,50, Dunkerque 2M,48, et Paris 10 litres.
- —On annonce de Châlons-sur-Marne la mort d’une centenaire. Mme Justine Ilermant, née Cintot, s’est éteinte à Franchçville dans sa 102e année.
- —D’après Etangs et rivières le fusil peut être employé avantageusement pour détruire le brochet. Au printemps, dès les premiers coups de soleil, et aussi pendant l’été, ce loup de rivière . vient souvent s’assoupir presque à fleur d’eau. Dans cet état de somnolence et pourvu qu’on évite de faire du bruit, il se laisse si facilement aborder qu’on peut, lorsqu’il est près de la rive, le prendre avec un collet de laiton dressé au bout d’une perche. Avec le fusil, on peut le frapper jusqu’à 30 mètres de distance. C’est, pour 1 amateur de poisson, un double plaisir de conquérir ainsi une belle pièce en fusillant un ennemi. Le tir des autres poissons d’eau douce n’a rien de pratique pour le commun des Nemrod. Cependant, d’habiles amateurs parviennent encore, par ce moyen, à tuer quelques truites et quelques saumons. « Les fréquents échecs que l’on éprouve dans le tir du poisson tiennent à plusieurs causes : d abord, à l’incertitude où l’on est de la profondeur à laquelle la pièce se trouve réellement ; en second lieu, à la réfraction qui fait paraître les objets plongés dans l’eau plus élevés qu’ils ne sont pour un observateur qui les voit sous une certaine incidence; enfin et surtout à ce que le tireur n’occupe généralement pas une position assez dominante par rapport au but.
- ~Singulier cas d’obsession. — M. le Dr Lépine a eu récemment dans son service une femme de 30 ans, qui présenta des accidents névropathiques; depuis plusieurs semaines, cette malade entendait sans cesse une série de mots, au nombre de 25, se succédant uniformément et régulièrement, sans aucun sens apparent. Cette femme sentait parfaitement que ces mots n’étaient pas prononcés et cependant elle les entendait, et, fait bizarre, elle les entendait non dans l’oreille mais dans la joue gauche. Il existe à cette joue un point névralgique. M. Lépine n’a pu que l’améliorer sans la guérir complètement. La suggestion seule a été impuissante. M. Lépine a été plus heureux en la suggestionnant après un sommeil anesthésique.
- —La quantité d’eau nécessaire aux besoins de Londres et prévue pour un laps de temps de 40 ans au moins et pour une population de 11 millions d’habitants exige une fourniture quotidienne d’environ 392 millions de gallons, 1 milliard 764 millions de litres d’eau par jour. Paris actuellement n’en a à sa disposition que 225 millions de litres.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. Le Page, à Constantine, nous fait connaître une autre manifestation d’intelligence d’un chien : « Je possédais, nous dit-il, il y a quelque temps une chienne issue d’un chien kabile et d’une chienne épagneule de race française; cette chienne, encore toute jeune et bien qu’elle eût été élevée à la maison, avait tous les instincts sauvages de son père et constituait un tel danger pour les personnes étrangères, que j’ai dû m’en défaire; mais, quelque temps avant qu’elle ne nous quittât, elle nous avait joué un joli tour. Un matin, la cuisinière et la maîtresse de la maison allèrent selon leur habitude au marché faire la provision et, parmi les achats de toute espèce qu’elles firent, figurait une douzaine d’œufs, de ces petits œufs de poules indigènes qui sont moitié moins gros que les œufs de nos belles poules françaises. La cuisinière vida son panier sur la table de la cuisine et sortit un moment pour vaquer à d’autres occupations ; quand elle revint, plus d’œufs : on chercha en vain ce qu’ils pouvaiént être devenus et, ne les retrouvant pas, on supposa
- 3ue ces œufs avaient été oubliés au marché; il en fut racheté 'autres et l’on n’y pensa plus. Quelques jours après, on s’aperçut qu’une coquille d’œuf se trouvait sur la peau de mouton qui servait de lit à Croquette (tel était le nom de la chienne) ; on supposa que Croquette avait pris cette coquille dans les résidus de la cuisine pour s’amuser, mais le lendemain, nouvelle coquille, de même le surlendemain, alors que cependant on n’avait pas employé d’œufs. Le hasard voulut qu’à cette époque on nettoya la cuisine ; or, en dérangeant la caisse à charbon, que trouva-t-on derrière?... le reste de la douzaine d’œufs que Croquette y avait cachée. Il avait fallu que la chienne raisonnât pour combiner son larcin, qu’elle prît chaque œuf délicatement dans sa gueule et qu’elle allât le déposer avec précaution derrière la caisse, enfin que toutes les nuits elle allât visiter son garde-manger et eût assez de puissance sur sa gourmandise pour ne manger qu’un seul œuf.... Que de réflexions un tel acte ne fait-il pas naître et n’est-on pas conduit, en voyant de semblables calculs de la part d’un animal, à se demander si l’homme n’est pas atteint d’un fol orgueil en se réservant le monopole de l’intelligence et en n’attribuant aux animaux qu’une sorte d’intelligence obscure que nous appelons dédaigneusement l’instinct? »
- M. Laudausch, à Batavia, nous envoie la lettre suivante : « Permettez-moi de vous signaler un fait qui me semble très intéressant. Ayant capturé un de ces gros insectes désignés soust le nom de « cerf-volant », je l’avais mis dans une boîte en carton. M’apercevant que la bête en soulevait le couvercle, je mis dessus un « plomb » en fonte comme on s’en sert pour empêcher les papiers d’un bureau de s’envoler. L’insecte se fâcha et à ma grande surprise, je vis de nouveau le couvercle se soulever en même temps que j'entendais le bruit des efforts faits par la bestiole pour s’arc-bouter. Touché de tant de bonne volonté à vivre, je lui ai rendu la liberté, mais avant j’ai pesé l’insecte et le plomb ; pour l’un j’ai trouvé 14 grammes, et pour l’autre llg,250, c’est-à-dire quatre-vingt-dix fois plus. Comme si un homme pesant 70 kilogrammes pouvait soulever une voûte l’écrasant de plus de 6000 kilogrammes. Il y a là un exemple de force vraiment extraordinaire et digne d’être signalé. »
- M. A. Boucher, à Bordeaux, nous adresse une Notice qui traite de la suppression des frais d’entretien des routes par l’emploi du Passe-partout, véhicule à circulation mixte sur voie de terre et sur voie ferrée.
- M. Dégoutin, ingénieur à Gondrecourt-Aix (Meurthe-et-Moselle), nous transmet la note suivante au sujet des réflexions de M. Bon (Boîte aux lettres du n° 1260, du 24 juillet 1897) : « Les adversaires de la théorie rappelée par M. de Lapparent comparent la terre à une immense chaudière; cette comparaison est absolument mal choisie, parce que dans une chaudière, on ,a un espace rempli de vapeur, c’est-à-dire dans lequel les
- pressions se transmettent instantanément d’un point à un autre. La terre doit au contraire se comparer à un immense-creuset séparé de la source de chaleur et en période de refroidissement, alors qu’on a une mince croûte solide à la surface d’une masse fondue, mais reposant directement sur elle, ou encore à ces wagons où l’on coule les scories de hauts fourneaux, ou enfin aux coulées de laves récentes. Dans tous ces cas si l’on perce la croûte en divers points un peu éloignés les uns des autres, des gouttes d’eau arrivant à la masse liquide feront jaillir de la vapeur et des parcelles de scorie solide ou fondue, mais seulement par les orifices les plus voisins. Multiplions toutes ces quantités relatives d’eau et de roches fondues ou solidifiées par un nombre suffisamment grand et nous aurons-les phénomènes volcaniques terrestres. Archimède aurait dit : Qu’on me donne un foyer et un creuset et je produirai un volcan. »
- Renseignements. — M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — 1° Il est très bon de mettre plusieurs fils de terre. — 2° On vérifie la communication à la terre avec un galvanomètre et une pile; consultez les traités de physique, à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. Gayard, à Luxeuil. — 10 Barattes : MM. Simson et fils, à Cherbourg; M. A. Debette, 6, rue Saint-Sébastien; M. Charles, 16, quai du Louvre, à Paris. — 2° Hygromètres : M. G. Meyer, 159, boulevard Sébastopol; M. Delhotal, 41, rue Aumaire, à Paris. — 3° Nous pensons que ces tuyaux peuvent être plus-avantageux à certains points de vue. — 4° Nous n’avons pas appareil.
- M. E. Poirier, au Cap Haïtien (Haïti). — 1° Il s’agit d’une poudre spéciale formée d’une matière colorante. — 2° Les accumulateurs Tudor, 19, rue de Rocroy, à Paris, répondent aux conditions que vous demandez.
- M. S. Vialet Chabraud, à La Ciotat. — Vous pourriez consulter les ouvrages suivants : Les automobiles, par Farman, et le Manuel pratique du conducteur d’automobiles, par Y. Gué-don, à la librairie Fritsch, 30, rue du Dragon. Parmi les divers journaux d’automobilisme, nous vous citerons : La locomotion automobile, 7, faubourg Montmartre; La France automobile, 4, faubourg Montmartre, à Paris.
- M. Bon, à Alger. — Les réfutations dont nous avons parlé ont été publiées dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences et dans divers journaux par M. Faye, M. de Lapparent, etc. Il nous est impossible d’ouvrir ici une discussion de ce • genre.
- M. E. Helier, à Château-La-Croix. — L’adresse du fabricant du moteur Loyal est 204, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. Jaurgain, à Mauléon. —Appareils à glace : M. Schaller, 332, rue Saint-Honoré; MM. Allez frères, 1, rue Saint-Martin,, à Paris. Nous avons décrit un *autre modèle dans Les Petites Inventions de notre dernier numéro.
- M. F. B. V., à Montevideo. — Votre observation est juste; l’auteur a voulu dire des milliers d’années.
- M. C. C., à C. (Belgique). — Vous pourriez prendre des-renseignements auprès des fabricants suivants de toiles métalliques : M. Dondel, 5, impasse du Pressoir; M. Maisonneuve, 51, boulevard Richard-Lenoir ; M. Maurice Perès, 19, rue Beau-repaire, à Paris.
- M. F. Millet, à Persan-Beaumont. — Pour la brochure de-M. Margot, il faut vous adresser au bureau des Archives, 18, rue de la Pélisserie, à Genève.
- M. Garoste, à Condom. — Consultez Histoire des ballons, Histoire de mes ascensions, par G. Tissandier.
- M. Bouquet, à Saint-Pierre d’Oloron. — 1° Parmi les principales usines qui fabriquent le carbure de calcium, nous pouvons vous citer l’usine de N.-D. de Briançon, l’usine Patin à. Puteaux, etc. — 2° Les précautions indiquées doivent être prises.
- M. L. S., à Corbeil. — Filtre Chamberland, M. Brulé, 31,. rue Boinod, Aérifiltre Mallié, 155, rue du faubourg Poissonnière, Compagnie du filtrage des eaux de la Ville de Paris, 85,. rue du Bac, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. Pollati-chet, à Alexandrie. Nous nous occupons de vous procurer celte adresse. — M. Dubois, à Marseille. Nous ne pouvons vous indiquer le fabricant que vous demandez. — M. Leloir, à Orléans. Voyez le petit livre des Recettes et Procédés utiles, 3“ série, à la librairie-Masson et C‘e. — M. D. V., à Paris. Remerciements pour votre-communication. — M. P. J. Brun, à Nîmes. Il nous est impossible de vous fournir les renseignements que vous demandez; tous nos-regrets.
- , Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- APPAREILS CYCLISTES1
- Nouvelle pompe à pied pratique. — Les cyclistes abandonnent les anciens systèmes de pompes minuscules qui, trop faibles, demandaient des efforts extraordinaires et un laps de temps énorme pour regonfler le pneumatique et surtout pour le gonfler entièrement en cas d’accident. Aussi a-t-on créé des modèles plus sérieux dits : « Pompes à pied », et parmi ces derniers, nous en avons trouvé un qui nous paraît mériter
- au moyen d’une bague semblable à celle que nous avons vue-plus haut. Dans son manche est disposé un pas de vis à articulation sur lequel on peut fixer les appareils photographiques (n° 4). — Le cyclopode et la pompe photocycliste se trouvent chez M. L. Joux, 48, rue de la Victoire, à Paris.
- Porte-bagages. — Ce nouveau porte-bagages se compose de deux lames d’acier à angle droit et maintenant des courroies. L’acier est de qualité supérieure et offre une très grande élasticité. La charge de rupture atteint 55 et 55 kilogrammes par
- Pompe pour bicyclette. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Poignée. 5. Détail intérieur. — 4. Mode d’emploi.
- Porte-Bagages Tennevie. 1. — Vue de l'appareil. — 2. lisage.
- d’être signalé spécialement. C’est un modèle qui, tout en étant très léger, est robuste, d’une très grande force et, bien en mains, très facile à manœuvrer, tout en produisant une grande pression. Le n° 1 représente la vue d’ensemble, le n° 2, la poignée, et le n° 3, le corps de la pompe. La pédale qui retient la pompe pendant que l’on s’en sert est mobile et se retire pour se placer, quand on a fini, le long du corps de manière à ne pas augmenter le volume de l’appareil; elle forme en même temps un excellent tire-pneu. La poignée se dévisse et sert pour loger la burette à huile, le paquet de caoutchouc et autres ustensiles de réparation. Quant au tuyau, il se place simplement dans l’intérieur de la tige. — Cette pompe se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- I.e cyclopode et la pompe photocycllste.— L’amateur cycliste est souvent aussi photographe; il lui faut donc aussi emporter un appareil photographique et faire à volonté de la pose. M. L. Joux a combiné le cyclopode ou pied mobile à allongement variable, qui se fixe sur n’importe quelle bicyclette et permet d’immobiliser la roue de devant en même temps que la direction (n° 1). Il s’assujettit au cadre au moyen d’une bague articulée, où on peut le laisser à demeure. Au moment d’opérer, on appuie sur la tige à crémaillère dont l’extrémité
- Cyclopode et pompe photocyclistes. — 1. Cyclopode. 2 et 3. Pompe photocycliste. — 4. Mode d’emploi.
- est munie d’un frein qui vient presser fortement sur le pneumatique (n° 4), puis, la machine étant légèrement inclinée, le tube est tiré et arrêté à la longueur voulue au moyen d’une vis moletée. On obtient ainsi un tout absolument rigide, quelle que soit l’inclinaison du terrain. Le cyclopode se place aisément sur le cadre de la machine et la pointe dans la direction de la selle. La pompe pneumatique est utilisée comme support de l’appareil photographique (n°* 2 et 3). Elle se fixe sur le guidon
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- centimètre carré suivant les modèles. La figure 1 montre les détails de construction de l’appareil. Sur le côté sont fixés des colliers que l’on maintient par des boulons (n° 2) sur la douille du corps de la machine. Les mouvements parfois brusques que l’on imprime au guidon dans les virages ne se transmettent au corps de la machine que dans le sens de la direction donnée. — Le nouveau porte-bagages se trouve chez M. Ed. Tennevie, 191, rue Saint-Denis, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Principes généraux pour l'enlèvement des taches. — Un des points les plus importants pour réussir dans l’enlèvement des taches, c’est d’observer certains principes généraux qu’il n’est pas mauvais de répéter. D’abord s’empresser de traiter la tache le plus tôt possible et de prendre les mesures préventives immédiates qui peuvent en arrêter l'extension : essuyer, par exemple, la peinture de façon à en enlever mécaniquement une bonne partie, projeter de l’eau sur de la graisse, afin de la faire immédiatement durcir et gêner sa pénétration. En second lieu ne pas frotter une tache sur un tissu coloré, mais tamponner en y revenant à plusieurs fois, si cela est nécessaire, le frottement éraillant les surfaces et laissant un cercle blanc impossible à faire disparaître. Le meilleur procédé dans ce but est de recouvrir le bout de son doigt avec un morceau de vieux mouchoir, en changeant fréquemment ce linge, pour qu’il reste propre et n’aille point étendre la tache.
- BIRLIOGRAPHIE
- La forme spécifique. Types d'êtres unicellulaires, 1 vol. petit in-8° de {'Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire, par Félix Le Dantlc, ancien élève de l’École normale supérieure, docteur ès sciences. Paris, Masson et Cie, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 fr.
- Les troubles auditifs dans les maladies nerveuses. 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire, par le Dr F.-J. Collet, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon. 1 vol. Paris, Masson et Ci0, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50; cartonné, 3 fr.
- Cuirassés et projectiles de marine. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire, par E. Vallier, chef d’escadron d’artillerie. Paris, Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 fr.
- Les Huiles minérales de pétrole, schiste, lignite. 1 vol. petit in-8° de F Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire, par Miron Fraisçois, licencié ès sciences physiques, ingénieur civil. Paris, Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : broché 2 fr. 50 ; cartonné, 3 fr.
- Oiseleur ou secrets anciens et modernes de la chasse aux oiseaux. Nouvelle édition par M. Cokrad, amateur. 1 vol. in-JLO de l’Encyclopédie Roret. Paris, L. Mulo, éditeur. Prix 3 fr. 50.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- Synthèse psychologique, par II. Feuillet-Streiff, I brochure in-8\ Paris, Société d’éditions scientifiques, Paris, 1897.
- Le photocycliste. Traité pratique et élémentaire de l’amateur photographe en voyage, par Georges Lanquest, 1 vol. in-16, 2e édition. Paris, chez l’auteur, 1, rue Gay-Lussac. Prix : 1 fr.
- Dictionnaire de chimie industrielle contenant les applications de la chimie, par MM. Willon et P. Guichard, 1 brochure in-4°. Fascicule 16. Paris, Bernard Tignol, éditeur.
- Le photogramme. Revue mensuelle illustrée de la photographie. Rédacteur en chef : G. Klauy. 1 brochure in-8°, 15, rue Paitbout. Paris, 1897.
- S nithsonian Institution. Bulletin of the United States natio-
- nal Muséum. N° 47. The Fishes of North and middle America, by David Starr Jordan and Barton Warren Evermann. Part I. 1 vol. in-8°. Washington, Government Printing Office, 1896.
- Annual report of the Board of regents oflhe Smithsonian Institution shoiving the operations, expenditures and condition of the institution for the year ending June 30, 1894. 1 vol. in-8°. Washington, Government Printing Office. 1896.
- A rival do sol. O gaz Acetylenico comparado com outras luzes, oleos, gazes illuminantes, electricidade, petroleo, collegidos por Ed. de Proença. 1 brochure in-8°. Capital Fédéral. 1897. Offic. Typ. do Instituto Profissional. Rio de Janeiro.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 2 août. . . . 17°,1 N. 2. Couvert. 0,0 Très nuageux jusq. 13 h.; puis nuageux ; beau apr. 17 h.
- Mardi 3 16*,8 N. 2. Couvert. 0,0 Couv. de 4 à 9 b.; beau av.; nuag. apr.; beau apr. 17 h.
- Mercredi 4. .... . 21*,0 N. E. 1. Beau. 0,0 Quelques nuages.
- Jeudi 5 22”,0 E. 0. Beau. 0,0 Nuageux jusq. 15 h.; presque couv. ens.; qq. coups de tonnerre à 16 h.; halo.
- Vendredi 6 17*,3 S. W. 2. Couvert. 1,4 Très nuageux jusqu’à 16 h.; nuageux ens.; quelques gouttes à 12 h.
- Samedi 7 18”,7 S. 0. Nuageux. 0,0 Très nuageux; pluie intermittente à partir de 21 h. 15.
- Dimanche 8 18”,0 S. W. 3. Couvert. 6,5 Couv. jusqu’à 14 h.; nuageux ens.; pluie intermittente jusq. 4 h.; et continue de 7 h. 25jà 14 h. 10.
- AOUT 1897. -- SEMAINE Dü LUNDI 2 AU DIMANCHE 8 AOUT.
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre a labn a boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc-Saint-Raur en juillet 1899
- par M. E. Resou.
- Moyenne barométrique à midi, 758“",62; minimum 718“"",90 le 20 à 4 heures du soir; maximum 766““,23 le 29 à 10 heures du soir.
- Moyennes thermométriques : des minima 15°,81 ; des maxiina 23°,90; du mois 18°,83; vraie des 2i heures 18°,30. Minimum 8°-,8 le 5 vers 4 heures du matin, ce minimum est très isolé. Maximum 27°,7 le 13 entre 2 et 3 heures du soir. Il est sans exemple qu'un maximum si peu élevé se produise dans un mois de juillet plus chaud que la normale, aucun maximum n’a été inférieur à 20°.
- Tension moyenne de la vapeur llm”,55 ; la moindre 7””,7 le 4 à 6 heures du soir; la plus grande 16”",9 le 1" à 10 heures du matin. Humidité relative moyenne 74 ; la moindre 30 le 15 à 1 heure du soir ; la plus grande 100 en 6 jours. Pluie 57m",0 en 27 heures trois quarts répartiés en 11 jours. Il n’y a eu de grosse pluie que celle du l"au matin qui a atteint 18"“,8, et deux autres pluies notables 10"“,5 et 11"“,7 les 21 et 27, plus 4 jours de gouttes. Nébulosité moyenne 51 ; brouillard de 300" environ le 29 à 4 heures du matin.
- Il y a eu 5 jours d’orage : le 1" de 6 heures à 10 heures du matin, fort orage avec beaucoup de pluie; le 19, quelques coups de tonnerre assez forts entre midi et 2 heures du soir; le 20, quelques coups de tonnerre à b11,40" du soir, éclairs ensuite; le 21, quelques coups de tonnerre au nord-est de 1 heure à 1 heure et demie du soir; le 27 tonnerre de 2 heures et demie à 5 heures et demie du soir. Il y a eu des éclairs sans tonnerre du 2 au 3.
- Vent d’ouest dominant ensuite du nord à l'est; le vent n’a été-que faible ou modéré.
- Température moyenne de la Marne 21°,56 le matin et 22°,21 l'après-midi, en moyenne 21°,88 ; elle a varié de 20°,80 le 29 à 23°,10 le 18. Elle a été toujours basse et claire.
- Relativement aux moyennes normales, le mois de juillet 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 0"",63 ; thermomètre plus haut de 0“",55. Tension de la vapeur plus forte de 0"",60. Humidité relative moindre de 1. Pluie plus forte de 1“". Nébulosité moindre de 2.
- Nous avons noté les floraisons suivantes : 1", Nigelle de Damas; Saponaire; 2. Godetia rubicunda ; 3. Rudbekia amplexicaule ; 4. Soleil, vivace ; Phlox; 5. Fenouil; 10. Leucanthemum des étangs; Verge d’or; 12. Nerium blanc; 13. Galtonia caudicans; 14. Yucca filamenteux; Silpliium perfoliatum; 15, Balsamine géante ; 16. Campanule pyramidale ; Agapantlie ; Glaieul ; Mélisse ; Hibiscus syriacus ; 17. Absinthe; Echinops sphœrocephalus; 26. Tri-lojna uvaria; 28. Grande renouée (polygonium orientale); Erithrine.
- Les martinets ont disparu à la fin du mois. Il y a eu, d’ailleurs, comme les mois précédents, fort peu d’hirondelles.
- Des pluies très considérables sont tombées vers le 1" juillet, sur différentes parties de la France, entre le Centre et le -Midi, en causant des inondations désastreuses ; elles ont été, comme toujours, très inégalement réparties; tandis que nous recueillons 18"”,6 d’eau le 1" juillet au matin, au Parc-Saint-Maur, M. .1. Jaubert n’en recueillait que très peu à la Tour Saint-Jacques ; mais M. E. Raymond, à Achères, en mesurait 50“",4 le 1" au matin de 8 heures un quart à midi. M. Roger, à Cliàteaudun, ne notait aucune pluie. M. Nouée, a. Vendôme, en recueillait 49"“,4 en 12 heures et demie, dans la nuit du 30 juin au 1" juillet.
- Dans l’orage du 1" juillet, la foudre est tombée à 7k,10 du matin, sur la maison sise boulevard de Créteil, 86, et y a causé quelques dégâts.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 5, à 6 h. 34 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —j$— Le mois d’août est, avec novembre, le mois principal des «toiles fdantes. Après les étoiles du 10 août, il faut citer les apparitions suivantes : 20 et 25 août, Pégase ; 21 au 23 août, Dragon ; 23 août au 1er septembre, Lyre; 25 au 30 août, Dragon; 3 septembre, Andromède; 3 au 11 septembre, Poissons; 6 au 8 septembre, Persée; 8 au 10 septembre, Taureau; 15 au 20 septembre, Andromède.
- —H— Une circulaire émanant du cabinet de M. le préfet de police vient d’être adressée aux commissaires de police pour leur rappeler leur devoir lorsque des cas de rage leur sont signalés. Le préfet se plaint què des cliiens ou des chats, ayant mordu des personnes ou des animaux et soupçonnés d’être enragés, sont fréquemment abattus et enfouis par des particuliers ou par des agents de l’autorité, sans qu’il ait été procédé au préalable à aucun examen en vue d’établir s’ils étaient réellement atteints de rage. De plus, il arrive que des cas de morsure ne sont pas signalés à l’administration, ou ne font l’objet que d’un rapport sommaire.’ « Cette manière de procéder, dit la circulaire, contraire à l’esprit de la loi, peut être cause de très graves dangers pour la sécurité publique: » En conséquence, le préfet invite les commissaires de police à apporter le plus grand soin à lui signaler tout cas de morsure. Dans le cas où l’animal aurait paru enragé, le rapport devra être accompagné d’un certificat délivré par un vétérinaire diplômé et constatant l’état de santé de l’animal au cours de deux visites faites à six jours d’intervalle. Dans les cas de rage constatée, le rapport devra être aussi complet que possible en ce qui concerne les personnes ou les animaux mordus. Il prie les commissaires d’exiger des propriétaires de tous chiens ou chats suspects, c’est-à-dire qui auraient été mordus ou même seulement roulés par l’animal enragé, qu’ils fassent procéder immédiatement à l’abatage, conformément à 1 article 10 de la loi du 21 juillet 1881. Quant aux personnes mordues par un animal enragé ou suspect, elles devront être invitées à se rendre .immédiatement à l’Institut Pasteur pour y être traitées. En terminant, le préfet invite les commissaires de police de la banlieue à se mettre en rapport avec les autorités municipales de leur circonscription et à réclamer leur concours pour que tous les cas de rage soient portés à leur connaissance et pour que, dans toute commune où un cas de rage aurait été signalé, la circulation des chiens non tenus en laisse soit interdite, par voie d’affiche, durant six semaines, conformément à l’article 54 du décret du 22 juin 1882.
- Tout cela est très bien. Mais si la police surveillait les chiens errants, et régulièrement, nous n’aurions pas à relever tant de morsures rabiques. C'est le chien errant qui est le grand propagateur de la rage. Les arrêtés administratifs n’auront aucune portée tant que l’on n’enverra pas à la fourrière les chiens non accompagnés et sans collier portant le nom du propriétaire. La nuit, on rencontre errant, les chiens par douzaine dans les rues. Dès lors à quoi bon la laisse dans le jour?
- —II vient de se former ;une Association internationale pour la protection de la propriété industrielle. Cette Association internationale a pour objet : 1° de propager l’idée de la nécessité de, la protection internationale de la propriété industrielle (inventions, marques de fabrique et de commerce, dessins et modèles industriels, nom commercial, etc.) ; 2° d’étudier et comparer les législations existantes, en vue d’en préparer le perfectionnement et l’unification; 3° de travailler au développement des conventions internationales concernant la protection de la propriété industrielle et particulièrement à l’extension de l'Union du 20 mars 1883; 4° de répandre des publications, de faire des démarches, d’organiser des congrès périodiques dans le but de provoquer des discussions et des vœux sur les questions encore pendantes en cette matière.
- Cette Association, après constitution définitive à Bruxelles, a groupé un très grand nombre de personnalités savantes ou industrielles en
- ;France, en Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Etats-Unis, Espagne, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Russie, Suisse.
- En France, nous remarquons parmi les membres fondateurs : MM. Ancelot, président de 1 Association générale du commerce et de l’industrie des tissus; Armengaud jeune, Buquet, directeur de l’Ecole Centrale; Burchard, Belavary, président du Syndicat des vins de Champagne; Canet, directeur de l’artillerie de MM. Schneider et Ci<s ; Delaunay-Belleville, président de la Chambre de commerce de Paris; Dervillé, ancien président du Tribunal de commerce de la Seine ; Expert-Bezançon, président du Comité central des Chambres syndicales ; Goy, président du Tribunal de commerce ; Charles Lyon-Caen, membre de l’Institut; Georges Maillard, avocat à la Cour d’appel; Mardelet, président du Syndicat des Ingénieurs-Conseils; Henri de Parville, ingénieur-expert près le Tribunal civil de la Seine, directeur de La Nature', S. Périsse, ingénieur-expert près la Cour de Paris; Poirier, sénateur; Eugène Pouillet, bâtonnier de l’Ordre des avocats, près la Cour d’appel; Ch. Thirion, Ingénieur-Conseil en matière dé propriété industrielle, etc. . .
- Le premier congrès de l’Association aura lieu à Vienne (Autriche) au mois d’octobre prochain. On est prié d’adresser les aclhésions à M. Georges Maillard, l’un des secrétaires, -241, boulevard Saint-Germain, où l’on peut se procurer les statuts de l’Association.
- —Nous voilà dans le mouvement tout comme en Amérique. On a procédé la semaine dernière dans le treizième arrondissement, au déplacement de l’école primaire communale de la rue Palay, 121. Le bâtiment avait été scié à sa base. Des rouleaux de bois, au nombre de 130, ont été glissés en dessous; puis, à l’aide de trois crics puissants, manœuvrés par treize hommes seulement, la construction tout entière a été reculée de 15 mètres sur un terrain voisin. L’opération avait attiré un grand nombre de curieux; elle a parfaitement réussi. Rien n’avait été déplacé dans la maison, pas même les pendules, et rien n'a été cassé ni dérangé. Un bâtiment scolaire modèle va être érigé sur l’emplacement occupé autrefois par l’école et laissé libre depuis l’opération dernière. Le poids de la construction ainsi déplacé était de 500 000 kilogrammes environ, et le glissement sur les rouleaux était de 8 centimètres par minute.
- —Du Vélo. Pneu crevé par une vipère. La victime de cet incident est un avocat de Saint-Lô, M8 Guillot. Il roulait paisiblement entre le Mesnil-Vigo et le Lorey, à 4 ou 5 lieues de Saint-Lô, quand il rencontra sur son chemin un bâton étendu en travers de la route ; l’objet était trop mince pour mériter un crochet : la roue de devant passe dessus, mais le bâton se réveille et s’enroule instantanément autour de la jante en mordant le pneu avec rage; le bandage s’affaisse aussitôt et la jante roule sur la vipère qui, trouvant le contact brutal, abandonne la roue et se sauve les reins à moitié brisés. Quant à M8 Guillot, il a continué son chemin en roulant quelques tours encore sur la jante avant de descendre pour réparer ; il désirait mettre encore un peu de distance entre lui et sa compagne de quelques instants et n a fait aucune difficulté pour avouer que malgré le soleil ardent qui le chauffait, il a eu froid dans le dos.
- —Un accident extraordinaire est arrivé dernièrement au con -ducteur et au chauffeur du train arrivant de Londonderry à 3 heures à Antrim. On s’aperçut, lorsque le train s’arrêta à Antrim, que les (jeux hommes étaient morts ; ils avaient été brûlés vifs par une fuite de vapeur. Si l’accident s’était produit en cours de route, le train aurait été entièrement anéanti avec ses nombreux voyageurs.
- —3$— Deux nouveaux câbles téléphoniques ont été immergés dans le Pas de Calais. Par suite, un troisième circuit téléphonique et deux communications télégraphiques nouvelles vont être mis en service entre Paris et Londres. Un quatrième circuit actuellement en construction sera bientôt livré également à l’exploitation.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. H. Jay, à Paris, nous informe qu’il est facile de constater, à Paris même, le phénomène du mirage sur les toitures des tramways, notamment sur celui de Saint-Augustin, au cours de Vincennes, toutes les fois que le soleil se montrera.
- M. Brivelejane, à Saint-Malo, répondant à la demande que nous avons faite précédemment, nous fait savoir que dans le département des Côtes-du-Nord et dans les départements limitrophes, les hannetons ont été très nombreux en 1896 ; en 1895, il Y en a eu assez peu et cette année presque pas.
- M. J. B. Avignon, à Wassy, à propos de son récent article : Un moyen de culture du cresson (n° 1262, du 7 août 1897, p. 147], nous écrit qu’il recommande la formule suivante pour l’engrais à employer : 5 grammes de sulfate d’ammoniaque, 1 gramme de sulfate de fer pour 10 litres d’eau.
- , M. Paul Mayor, à Lausanne à propos d’un train arrêté par les chenilles, dont il a été question dans le n° 1260 du 24 juillet 1897, p. 115, nous écrit : « Dans un précédent numéro un de vos correspondants parle de l’invasion des chenilles dans les forêts des Charentes. A ce sujet permettez-moi d’indiquer v.n moyen qui pourrait atténuer le mal que font aux arbres ces vilaines bêtes. Ce moyen consiste à produire dans la forêt atta-uée des bruits stridents tels que coups de fusil, etc. Lors 'une de ces invasions, les chenilles ont causé la perte de presque la totalité des bois d’érables à sucre dans l’État de New-York,— Alors je passais une grande partie de mon temps à la chasse, spécialement dans l’un de ces bois, envahi par les chenilles. A chaque détonation d’un coup de fusil, les vibrations de l’air faisaient tomber les chenilles des arbres (je croirais par milliers de milliers) sur une assez grande étendue. Pendant une minute environ, le bruit de la chute des chenilles sur le sol aurait fait croire à une forte pluie d’orage. Les chenilles remontaient, peut-être, sur les arbres mais avant d’atteindre le feuillage, il leur fallait beaucoup de temps pendant lequel elles ne pouvaient faire de mal. Bref, tandis qu’ailleurs, dans le pays, les ravages de ces bêtes dans les forêts d’érables ont été désastreux, quelques arbres seuls ont péri dans le bois dont je parle. Je serais très heureux que l’on voulût bien faire l’essai du moyen que j’indique pour faire dégringoler ces chenilles des arbres, et que l’on m’informe des résultats obtenus. »
- M. J. Corcelle, notre excellent collaborateur, à Annecy, nous fait parvenir une petite brochure relatant diverses excursions en Savoie, en bicyclette, d’Annecy au col des Aravis, et sur la glace à travers le lac d’Annecy.
- M. V. Perrin, professeur à l'Ecole normale d’Evreux, nous transmet une Notice sur un nouveau photomètre chimique pour la détermination exacte et rapide du temps de pose en photographie,
- M. J. Charles-Boux, président du Comité de Madagascar, à Paris, nous informe que le Bulletin du Comité de Madagascar, dont la publication a été interrompue pendant quelque temps, va reparaître. Il nous adresse le n° 1 de ce bulletin qui contient une série d’articles intéressants et entre autres une Notice sur les principaux événements de Madagascar de janvier à juillet 1897. Pour tous renseignements, s’adresser 44, chaussée d’Antin.
- M. Molteni, à Paris nous envoie une brochure sur les lampes oxyéthériques, communication qu’il a faite le 4 juin 1897 à la Société française de Photographie»
- M. W. Wrady, à Saint-Pétersbourg, nous adresse la description d’une grenouille à trois pattes qu’il a prise dans le district de Gornel, gouvernement de Mogilew, dans la propriété Warino, à une distance de 20 à 25 verstes de la ville. C’est une grenouille grise à nez pointu. Elle sautait en faisant une déviation à droite. La patte gauche manque totalement et n’a jamais existé. Nous remercions notre correspondant, mais nous avons déjà mentionné de nombreux cas analogues.
- Renseignements. — M. G. Boulenger, à Albert. — Nous-avons indiqué diverses formules de mastics, et entre autres d’un mastic qui sert pour assembler les tubes à vapeur, dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, 2e série, à la librairie Masson et Cio.
- M. de L., à Chef-de-Bois. — Pour les papiers au citrate d’argent de sa fabrication, la maison Lumière recommande le virouxeur suivant : A. Eau chaude, 100 centimètres cubes; hypo-sulfite de soude, 400 grammes; acide citrique, 2 grammes; alun ordinaire, 20 grammes; acétate de plomb, 2 grammes. —B. Eau, 100 centimètres cubes; chlorure d’or, 1 gramme. Laisser reposer la solution A plusieurs heures, puis filtrer soigneusement. Pour préparer le bain, prendre 1Û0 centimètres cubes-de A, ajouter 6 à 8 centimètres cubes de B.
- M. L. Pépu, au Pontil. — Nous n’avons pu retrouver l’article dont vous parlez; veuillez nous donner de plus amples explications.
- M. J.-A. Coletti, à Viareggio. — Nous avons déjà indiqué des machines à glace à plusieurs reprises: appareils Carré, M. Lévy, 61 bis, boulevard Saint-Germain, M. Schaller, 552, rue Saint-Honoré, à Paris ; voyez aussi les Petites Inventions du dernier numéro.
- <k~M. H. de B., à Vitré. — 1° Vous pourriez vous adresser aux librairies Chadenat, Vve A. Lefèvre et Leplanqüais-Chedé-ville, respectivement 17, 29 et 37, quai des Grands-Augustins, à Paris. — 2° Voyez la Revue bibliographique, à Paris. — 3" et 4° Nousrne connaissons pas d’ouvrage de ce genre.
- M. L. R. Toilerie, à Boves. — 1° Les principaux journaux d’électricité sont les suivants : l'Industrie électrique, 9, rue de Fleurus ; l'Eclairage électrique, 3, rue Racine ; VElectricien, 18, rue des Fossés-Saint-Jacques, à Paris. — 2° Les diplômes ne peuvent être obtenus qu’à la sortie d’écoles spéciales.
- M. B. Carp, à Jassy (Roumanie). — Pour touf ce qui concerne le moteur Loyal, il faut vous adresser 204, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. X., à Boulogne-sur-Seine. — Voici une pommade à employer contre les pellicules : Axonge, 50 grammes ; huile de ricin, 30 grammes; pommade citrine, 20 grammes; essence de girofle, 20 gouttes; essence de mirbane, 10 gouttes. 11 faut appliquer cette pommade directement sur le cuir chevelu. Vous trouverez également divers autres liquides et vinaigres chez les pharmaciens.
- M. E. Pollatichek, à Alexandrie. — L’auteur de l’article est actuellement absent ; nous ne pourrons vous fournir l’adresse de cette maison qu’à son retour.
- M. E. C., à La Chaussée. — Ce moteur se trouve à l’adresse indiquée plus haut.
- M. E. Autran, à Annot. — Consultez l’ouvrage de notre collaborateur G. Pellissier, Eclairage à l'acétylène, à la librairie Carré et Naud, 3, rue Racine, à Paris.
- M. L. Peltier, à Angers. — Nous cherchons des renseignements sur cette question; vous seriez bien aimable de nous envoyer ceux dont vous pouvez disposer.
- M. J. Fardel, à Lille. — Il faut faire nettoyer complètement cette machine, notamment frotter les plateaux avec un chiffon imbibé d’alcool.
- M.%le comte d'Esterne, à Autun. — Il faut faire cette ceinture soi-même, comme il est expliqué dans l’article.
- M. F. Barbey, à Valleyres. — Tous nos remerciements pour votre intéressante photographie que nous utiliserons sans doute dans un article qui passera prochainement.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. F.' A., à Ville-Savary. Nous avons remis votre lettre à l’administration. — M. Dulong, à Brest; M. Briey, à Lyon. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la Librairie Masson et Cie. — M. Dubois, à Colombes. Ces recettes sont données avec détails dans le même petit livre que ci-dessus, 4e série.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Pour reconnaître les falsifications du sulfate de cuivre. — Il s’agit de le traiter par l’alcali volatil. Dans un verre d’eau claire on dissout une pincée de sulfate, et l’on y ajoute quelques-gouttes d’ammoniaque : si le vitriol est pur, il se produit une belle coloration Ueue limpide ; s’il y a un mélange de sulfate de fer, qui est le produit ordinaire de falsification, la coloration est d’abord d’un bleu sale foncé, puis la liqueur s’éclaircit et passe au bleu clair, tandis que se précipite une matière floconneuse d’un bleu noir sale.
- Dans la « Boite aux lettns » ta Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer tontes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.-
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- SUR ROUTE EN AUTOMOBILE, — Dessins et texte inédits de A. Robida.
- j. Dames chauffeuses. Il est bien porté de se dire pétroleuse maintenant que pour le tricycle On ne peut sortir sans son bidon à pétrole.—2. Coupé électrique. « Je vas relayer ! ou recharger mon accumulateur chez le débitant du coin !» — 3. En panne. En nettoyant, j’ai perdu ma soupape !..r Et voilà une voiture malade, qu'il faudra conduire au plus proche vétérinaire-mécanicien. — 4. Le tricycle à pétrole. Toujours, jusqu'à présent, un petit bruit désagréable et une trépidation un peu trop marquée. — 3. Du pétrole, mes bons messieurs, vous n’en trouverez qu’au bourg, à deux petites lieues d’ici, mais si vous voulez que je vous prête une chandelle? — 6. Petites émotions de la route. Match avec une laitière. C’est moins grave que d’être chargé par son troupeau de vaches. — 7. Dn accroc. Démontage sur route. Vérifier les engrenages, huiler le mouvement, régler le frein, graisser les chaînes, serrer les culbuteurs, etc. Ouf! — 8. Recommandation : Avoir le respect absolu des fossés. Ce n’est pas au bout du fossé, c’est au bord qu’est la culbute !
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- Huit jours dans les Vosges. Gérardmer et Environs. — 100 vues pittoresques. Album cartonné. Clichés A. Thiriat. Photocollographie J. Royer. A. Bergeret, éditeur. Nancy.
- Notre collaborateur M. A. Bergeret a réuni dans ce joli album in-4° 10!) vues de Gérardmer et environs qui sont bien tentantes pour ceux qui n'ont jamais visité le beau pays des Vosges. Les photogravures sont bien choisies et rendent exactement le pittoresque et souvent la grande beauté des sites enchanteurs de Gérardmer, de la Scblucht, de la vallée de Munster, des lacs si coquets des hautes Vosges. Cet album de M. A. Bergeret fera plus d’un heureux.
- La Fin de l'Humanité par le M‘* de Nadaillac, correspondant de l’Institut, Associé étranger de l’Académie royale de Belgique, correspondant de l’Académie des Sciences de Turin et de Madrid, etc., op. de 42 p. extrait du Correspondant. Desov et fils. Paris. 1897.
- On a pu apprécier la science et la profonde érudition de notre éminent collaborateur M. le M’* de Nadaillac. L’étude qu’il vient de consacrer à la diminution de la natalité et aux causes diverses qui réduisent partout l’accroissement de la population présente un intérêt saisissant. Nous en recommandons la lecture à tous ceux qui pensent, à ceux qui veulent se faire une idée exacte d’un des problèmes sociaux les plus graves de notre époque.
- Annuaire du Club alpin français. 23“ année 1896. 1 vol. in-8. Paris, au siège social du Club alpin français. 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 9 août. . . . 16”,8 S. W. 3. Très nuageux. 18,8 Très nuageux de 4 à 19 h.; beau avant et après.
- Mardi 10. ..... . 16%5 S. S. E. 0. Très nuageux. 0,0 Couvert de 7 à 15 h.; nuageux avant et après jusqu’à 18 li.; beau ensuite.
- Mercredi 11 18’, 8 E. N. E. 1. Très nuageux. 0,0 Beau jusq. 4 h., puis très nuag. ; couv. à partir de 14 h. Eclairs à l’est à 21 h. 30. Brouil. sur la Marne à 4 h.
- Jeudi 12 . 16”,1 W. N. W. 2. Très nuageux. 0,6 Très nuageux.
- Vendredi 13 .... . 14”,2 N. N. W. 0. Nuageux. 0,0 Nuageux; halo.
- Samedi 14 16”,9 S. W. 0. Peu nuageux. 0,0 Nuageux le matin ; très nuageux le soir; petite pluie de 15 h. 54 à 16 h. 35. Halos lunaire et solaire.
- Dimanche 15 ... . 16”,1 N. E. 0. Très nuageux. 0,7 Très nuageux le matin, couvert le soir ; un coup de tonnerre à 13 h. 32; petites pluies de 13 à 18 h.
- AOUT 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 9 AU DIMANCHE 15 AOUT.
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité cle 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages. — Une trombe, analogue à celle qui dévastait récemment les communes de Bois-Colombes, Asnières, Saint-Ouen, Clichy et Saint-Denis,s’est abattue le 8 août à lk30, sur Villemonble; mais les dégâts ont été purement matériels et il n’y a eu aucun blessé. Parmi les endroits qui ont le plus souffert, il faut citer le nouveau cimetière : toutes les • tombes ont été renversées, tous les monuments brisés. Sur la route de Rosny beaucoup d'arbres ont été déracinés. Rue d’Avron, les arbres ont été cassés, les fils télégraphiques coupés. La toiture de l’église a été fortement endommagée et la flèche emportée.
- Sur l’avenue de la ^Mairie, un arbre mesurant plus d’un mètre de circonférence a été cassé net. Une école, que l’on construit sur l’avenue de la République, a beaucoup souffert.
- Une partie de la toiture a été enlevée et projetée dans la propriété Poinet, défonçant la marquise et brisant de nombreuses plantes de valeur. La Grande-Rue a été jonchée de débris de toutes sortes dans lesquels s’enchevêtraient les fils cassés du télégraphe.
- . La trombe a duré en tout trois minutes.
- Un gros orage s’est abattu le 11 août à Auxerre. La pluie est tombée à torrent pendant une heure. Toutes les maisons ont été envahies par l’eau. La circulation dans les rues a été interrompue pendant quelques heures.
- En Angleterre, le 8 août, un violent orage a sévi à Clitheroe. Un fermier a été tué par la foudre, à Langholm, les arbres et poteaux télégraphiques ont été renversés. Les dégâts sont énormes. Deux personnes ont été tuées par la foudre à Stringpark. <
- Tremblement de terre de Laïbach. — La ville de Laïbach, chef-lieu de la Carniole, a été de nouveau maltraitée au commencement du mois par un violent tremblement de terre, qui ne le cède pas beaucoup, en fait de dégâts, au terrible tremblement de terre de la nuit de Pâques 1895. Située au pied des montagnes du Karst, sur un terrain miné par de vastes grottes et des cours d’eau souterrains, elle a été de tout temps exposée tout particulièrement aux convulsions souterraines. Mais depuis la catastrophe de 1895, dont la ville ne s’est rétablie que grâce au concours de la bienfaisance universelle, les secousses n’ont presque pas cessé, au point que les habitants s’y étaient habitués et ne s’en souciaient guère, plus. Mais le dernier tremblement a jeté de nouveau la terreur dans la population, qui voit, pour la seconde fois dans l’espace de deux années, s’écrouler les maisons et sa vie menacée. Quelques-unes des maisons endommagées au premier tremblement s’écroulèrent; dans d’autres, les habitants durent se sauver par les fenêtres, les portes ne pouvaut plus être ouvertes. Dans le musée, les objets ont été renversés pêle-mêle et brisés ; mais ce sont surtout les églises qui ont été plus ou moins maltraitées." On avait cependant été averti, en quelque sorte, de l’approche de la catastrophe par l’agitation et l’inquietude qui s’étaient emparées des animaux domestiques, qui hurlaient, beuglaient, miaulaient et cherchaient à s’échapper. En plein air, on sentait distinctement chanceler le sol sous les " ieds, pendant que les objets qui n’étaient pas lixés au sol étaient renversés, e rayon où le tremblement se fit sentir s’étend presque sur toute la Carniole jusqu’en Styrie d’un côté, et en Istrie de l’autre, sans, cependant, causer nulle part des dégâts aussi considérables qu’à Laïbach, où ils sont estimés à plus de 2 millions de francs.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 12, à 2 h. 32 m, du soir..
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- N° 1265 (28 août 1897), du journal « LA NATURE »
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —Notre collaborateur M. L. Poyet, l'habile dessinateur si connu, vient detre promu Officier de l’Instruction Publique. Notre collaborateur M. Armand Viré, à la suite de ses travaux sur la faune cavernicole, a également été nommé Officier de l’Instruction Publique.
- —®— Le grand-duc Serge a ouvert ces jours-ci, à Moscou, le Congrès international de médecine en présence de 7300 membres, dont moitié d’étrangers. Les docteurs français Lannelongue, Le Dentu, Pinard et Grasset ont été élus présidents d’honneur.
- —— On annonce la mort, à Paris, à l'âge de soixante et onze ans, de M. Charles de Comberousse, doyen des anciens professeurs de l’Ecole centrale, professeur au Conservatoire des arts et métiers et ancien président de la Société des ingénieurs civils de France. Ancien élève de l’Ecole centrale lui-même, M. Ch. de Comberousse y professa, pendant de longues années, les mathématiques pures et appliquées, ainsi que la résistance des matériaux: J
- —®— Expédition Andrée. 11 se confirme qu’un pigeon-voyageur, lâché par M. Andrée en cours de route, a été tué par l’équipage du voilier Alken, d’IIammerfest. Le capitaine de l’Alken a signalé cette nouvelle aux navires qu’il a rencontrés se dirigeant vers le Sud. Sur l’aile du pigeon, M. Andrée avait inscrit qu’il avait passé le 82e degré de latitude à une date qui n’a pu être lue. Il faut faire observer que cette nouvelle ne présente pas grand intérêt. Parti du 80° degré environ, il est évident que M. Andrée, avec un bon vent, devait rapidement passer le 82e degré, qui est d’ailleurs bien en deçà du point atteint non seulement par Nansen, mais par plusieurs expéditions antérieures, telles que celles du lieutenant Greeley, de Lock-wood et de Marckam qui, toutes, dépassèrent le 83“ degré de latitude. En somme, la nouvelle apportée par le pigeon voyageur tué dans la mer Arctique ne nous permet de juger en rien du succès ultérieur de l’entreprise de M. Andrée.
- —®— Congrès scientifique catholique. Le quatrième congrès scientifique international des catholiques vient devoir lieu en Suisse, à Fribourg, en présence de cinq cents participants, sous la présidence d'honneur de Mgr Dernaz, éveque de Lausanne et Genève. Tous les évêques suisses, de nombreux évêques et prélats étrangers, des notabilités de la science étaient présents. Le congrès, a duré jusqu’au -20 août. Parmi les délégués figuraient Mgr Péchenard, recteur de l’Université catholique de Paris; Lagrange, directeur des étudesbibli-
- Îues; Lallemand, correspondant de l’Institut; comte Albert de Vorges.
- e président du congrès était le baron Herthing, député du Reichstag, professeur à l’Université de Munich. M. de Lapparent a fait dans la première séance une conférence très applaudie sur les glaciers.
- —@— On vient de placarder, dans tout le département de la Seine, l’ordonnance annuelle du préfet de police relative à la chasse. Cette ordonnance ne contient aucune disposition contre les moineaux dont on annonçait la prochaine destruction. Ils continueront, par •conséquent, comme avant, à être protégés et leur chasse est inter-élite. voici ce qui avait donné lieu aux bruits qui avaient couru à ce sujet : D’accora avec un grand nombre de communes du département -de la Seine, dont les conseils municipaux avaient pris des délibérations dans ce sens, le conseil général de la Seine décida, le 24 décembre 1896, d’inviter l’administration à déclarer que le moineau franc est un animal nuisible, et le préfet de police fut mis en demeure de prendre un arrêté dans ce sens. Naturellement, il en référa au ministère de l’agriculture qui, en principe, se déclara favorable aux moineaux, se basant sur ce fait que si ces oiseaux détruisent certaines parties de la récolte, ils détruisent en même temps une quantité plus grande d’insectes qui, eux, feraient de bien plus grands ravages. Une enquête fut commencée, lorsqu’au mois de juillet dernier, le conseil général, discutant de nouveau la question, émit un vote favorable aux moineaux et mit ainsi à néant sa première
- décision. Le ministère, dans ces conditions, n’a pas continué son enquête, et le préfet de police n’a introduit aucune disposition spéciale sur les moineaux dans son ordonnance sur l’ouverture de la chasse.
- —©— A propos du déplacement d’une école, dont il a été question récemment, on rappelle que vers 1864, à Charenton-le-Pont, l’autorité administrative s’empara de divers immeubles pour l’établissement des écoles et du marché. Parmi ces immeubles se trouvait un bâtiment, appartenant à M. Vidal, entrepreneur de charpente. On effectua le transport de cette maison d’un côté à l’autre de la rue sans que la famille ait cessé de l’habiter.
- —@— M. Milne-Edwards, directeur du Muséum, a reçu avis que le naturaliste hollandais Van Tieghem, ancien élève de notre grand établissement zoologique, vient de mourir en lui léguant une superbe collection de fauves. La collection de M. Van Tieghem se compose d’un lion du Soudan, de deux tigres du Bengale, d’une panthère javanaise, de trois ours du Liban et enfin d’une vingtaine de reptiles fort rares. Tous ces animaux seront ramenés incessamment à Paris, sous la conduite de M. Sauvinet. M. Osiris aurait d’autre part promis de donner une subvention de 43 000 francs pour permettre l’achèvement des travaux de construction et d’aménagement de la nouvelle galerie de paléontologie du Muséum.
- —@— Le Jardin d’Acclimatation a reçu, dernièrement, un man-drille géant, ayant toutes les couleurs que cette belle espèce prend à l’âge adulte. Cet étrange et curieux quadrumane appartient à la famille des cynocéphales, et a été capturé au Congo- Il a été installé dans une solide cage de la galerie des Hamadryas Son étonnante face est d’une originalité saisissante. Sur sa grosse tête osseuse et nerveuse, se dresse un énorme toupet se terminant en pointe; sous ses sourcils épais brille le vif et clair regard d’un œil vert. Le long du nez, une bande de carmin sépare deux bourrelets fantastiques, d’une admirable couleur azurée.
- —A Tuyen-Quang, la capture d’un serpent python, pesant 40 kilogrammes, mesurant 4m,50 de long, a été faite dernièrement par un colon. Ce python doit être envoyé au Muséum de Paris.
- —©— Le 19 août 1897, environ cent cinquante voitures automobiles ont été mises en circulation à Londres. Ce sont d’élégants fiacres à quatre roues, avec moteurs électriques alimentés par des accumulateurs dont on vante la construction à cause de leur légèreté. Avec une charge complète, la voiture peut parcourir une distance de 40 kilomètres, à une vitesse moyenne de 14 kilomètres et demi par heure. Les nouveaux fiacres automobiles peuvent donc marcher à peu près trois heures sans arrêt. Ces voitures sont très luxueuses et parfaitement confortables. Les roues ont été garnies de caoutchoucs creux. La compagnie d’exploitation compte faire une expérience de trois mois avant de poursuivre sa fabrication.
- —@— Un concours a eu lieu récemment au ministère de la marine pour un projet de bateau sous-marin. Divers officiers de marine ont été récompensés pour leurs travaux. Le ministre a également accordé une prime de 5000 francs à M. S. Drzewieeki, ingénieur russe, connu déjà depuis vingt ans pour ses bateaux sous-marins construits pour le gouvernement russe ; une prime de 3000 francs à M. Forest, constructeur à Paris, et une prime de 500 francs à M. Philippeau.
- —La construction du chemin de fer de la Jungfrau a été très activement poussée depuis le commencement de la belle saison. Cent cinquante ouvriers italiens sont employés au forage du petit tunnel qui doit traverser la masse du glacier de l’Eiger, et ce difficile travail sera bientôt achevé. On compte d’ailleurs que toute la partie de la ligne au-dessous de ce glacier sera complètement terminée au commencement de septembre. L’usine électrique de Lau-terbrunnen est déjà prête à fournir la force motrice pour le percement du grand tunnel, et l’on étudie en ce mommt l’opportunité de poursuivre les travaux pendant l’hiver.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES/
- Communications.—M.leC'ede Féraudy, à Mers, nous écrit lalettre suivante: « Le fait rapporté par M. le DrBardet (Informations du n° 1262, du 7 août 1897), me rappelle un manège du même genre, dont j’ai été témoin chez un singe. Je rencontrai, il y a quelques années, en Italie, un jeune compatriote qui rapportait de Naples, un singe. Ce jeune homme étant un jour obligé de se séparer, pour quelques instants, de ce compagnon de voyage souvent gênant, me pria de le garder dans ma chambre. L’animal était très attaché à son maître et, aussitôt ce dernier sorti, il manifesta une grande inquiétude, puis tout d’un coup, il grimpa sur une table qui était près de la porte, se suspendit au cordon de sonnette et en se balançant il arriva à la hauteur de la serrure et regarda par le trou. Le singe est un animal essentiellement imitateur et il est certain qu’il avait dû observer chez des individus de l’espèce humaine — peu délicats—ce moyen de voir ce qui se passe derrière une porte, mais quant au moyen qu’il a employé pour arriver au trou de la serrure, il ne peut être imputé à son esprit d’imitation. — N’est-ce pas le résultat d’un raisonnement? »
- M. H. Barbier, à Pacy-sur-Eure, nous envoie une photographie d’une voiture prise lors de la course de Paris à Trouville. La voiture est le breack à vapeur de Dion, numéroté 21 et monté par M. de Dion hy-même.
- M. X., un de nos lecteurs qui habite les environs de Saint-Germain-en-Laye, nous écrit qu’il n’a vu jusqu’au 15 août que trois guêpes, toutes trois de petite taille. En 1895, notre abonné qui possède un grand jardin rempli de cerisiers, pruniers, etc., y a compté six guêpiers, et pour sa part a été piqué cinq fois. En 1896 à peu près autant de guêpes qu’en 1895. Mais cette année plus rien du tout.
- Un abonné, à Paris, à propos de notre récent article le Problème (le l'anguille (n° 1256, du 26 juin 1897, p. 51), nous rappelle que la question avait déjà été examinée dans Y Histoire naturelle des poissons de la France, par le Dr Émile Moreau, parue en 1881 à la librairie Masson. Il nous cite entre autres le passage suivant : « En 1860, le professeur V. Carus exprimait la pensée que les Leptocéphalidés sont des animaux qui n’ont pas acquis leur entier développement; en examinant, disait-il, leur structure anatomique, la variabilité de leurs caractères zoologiques, etc., je suis nécessairement amené à conclure que tous ces poissons ne sont que des larves d’autres poissons {On the Leptocephalidæ, by professor V. Carus dans Report of the thirtieth meeting of the British Association for the advancement of Sciences held at Oxford in june and july, 1860. London, 1861). Plus tard, en 1866, R. Owen reproduisait la même manière de voir, mais d’une façon moins absolue. Les Leptocéphalidés, écrivait-il, sont probablement des larves de quelques grands poissons connus ; on ne les a jamais vus avec des œufs ou de la lailance {R. Owen anatomy of Vertebrates, t. I, p. 611). En 1864, M. Th. Gill, après avoir rappelé l’opinion émise par Carus sur la forme des larves des Leptocéphalidés, ajoute : « Je suis presque certain {almost certain) que les Leptocéphales au moins sont les jeunes du Congre et que le Leptocephalus Morrisii est le jeune du Conger vidgaris (Leptocephalus Morrisii. Gm. Note by Th. Gill, dans Procee-dings of the Academy of natural Sciences of Philadelphia, 1864, p. 207). Ainsi que M. Günther le fait observer très à propos, M. Gill ne donne pas les raisons qui le portent à considérer le Leptocephalus Morrisii comme un jeune du Congre. Je ne connais pas la Note fort succincte publiée par M. Gill. Lorsque je me livrai à des recherches sur l’organisation du Leptocéphale, j’avais à ma disposition un certain nombre de spécimens, venant les uns de la Méditerranée, les autres de l’Océan ; ces derniers m’avaient été donnés par M. Lemirre, qui les avaient trouvés à Noirmoutiers. Je fis une assez grande quantité de préparations anatomiques qu’il serait trop long d’indiquer. J’étudiai particulièrement l’appareil hyoïdien, le suspen-
- seur commun, les diverses parties qui constituent l’encéphale; je parvins à découvrir la vessie natatoire. En comparant ces-différents organes avec ceux du Congre commun, il me fut très-facile de constater que le Leptocéphale est le jeupe du Congre commun. Dans une lettre sur le leptocéphale Spallanzani présenté à l’Académie des sciences (Compte rendu de l’Académie des sciences, 1875, t. LXXVI, p. 1304) M. C. Dareste écrit les lignes suivantes : « Ayant entrepris la révision des espèces de ce genre, je suis arrivé pour l’une de ces espèces, le Lep-locephalus Spallanzani de Costa, à un résultat fort inattendu ; c’est que cet animal présente tous les caractères zoologiques-des Congres, et que très probablement 'c’est le jeune Congre-J’ai pu constater ces caractères sur deux individus appartenant à la collection du Muséum et sur plusieurs autres individus que j’ai observés chez M. le Dr Moreau. » Ce que M. Dareste a observé chez moi, ce ne sont pas seulement les Leptocéphales, mais surtout des préparations anatomiques et des figures grossies de ces préparations. M. Dareste n’ayant jamais disséqué un seul Leptocéphale, aurait-il pu dire que : (( Les pièces de l’os hyoïde et l’aile temporale ont la forme caractéristique qu’elles présentent chez les Congres » si je n’avais eu l’obligeance de les lui montrer? M. Dareste prétend que l’on peut étudier l'encéphale-sans enlever ce qu’il appelle la croûte du crâne ; c’est une illusion. M. Dareste a vu chez moi des dessins représentant, les uns, l’encéphale du Congre adulte, les autres l’encéphale très grossi du Loptocéphale de Morris ».
- Renseignements.— Un abonné, à Royan.— L’opération ne réussit pas toujours ; consultez la Photographie moderne, par Albert Londe, à la librairie Masson et C'8.
- Un docteur, à X. — Veuillez vous adresser directement à M. le Dr Gilles de la Tourette, 39, rue de l’Université, à Paris,
- M. L. S., à L. (Relgique). — Consultez l’ouvrage de M. L. de Launay, Les mines d'or du Transvaal, à la Librairie Baudry, 15, rue des Saints-Pères, à Paris. Nous avons publié à ce sujet deux articles dans le n° 1198, du 16 mars 1896, p. 374, et dans le n" 1199, du 23 mai 1896, p. 390.
- M. A. Olivier, à Paris. — Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer, mais vous pourriez vous adresser au Syndicat central des Agriculteurs de France, 19, rue Louis-le-Grand, ou à la maison Vilmorin-Andrieux, 4, quai de la Mégisserie.
- M. P. P., à Gedinne. — Nous avons publié un article sur le paratonnerre Grenet de la maison Mildé dans le n° 1229, du 19 décembre 1896, p. 37.
- M. C., à S. — Ces diverses questions ont été traitées dans des journaux spéciaux ; voyez L’Aéronaute, bulletin de la navigation aérienne, 91, rue d’Amsterdam, la Revue de l’aéronautique, à la librairie Masson et Cie, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. G. Fournial, à la Tuilère. — Nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous faire connaître.
- M. D. L., à Colombes. — Pompes d’arrosage à bras : M. Broquet, 121, rue Oberkampf, M. Ilirt, 15, passage Dubail, à Paris, et M. L. Beaume, 66, avenue de la Reine, i^Boulogne-sur-Seine.
- M. Leroy, à Paris. — Lampes à incandescence : Société des lampes homogènes, 19, rue Didot, Société générale des lampes à incandescence, 5, rue Boudreau, Lampes Crutto, 35, quai Valmy.
- M. Dubon, à Lille. — Nous n’avons publié, dans La Nature sur M. P. Schützenberger, qu’une courte notice nécrologique et un article de souvenirs d’école; mais La Revue de Physique et de Chimie a fait paraître dans son n° 9, du 10 juillet 1897, une étude détaillée des ouvrages de M. P. Schützenberger, étude due à M. A. Gautier, membre de l’Institut. Adressez-vous à la Librairie générale des sciences, 53, rue Monsieur-le-Prince, à Paris.
- M. D. M., à Brest. — La disposition que vous indiquez pour ce moteur ne sera pas pratique ; nous vous conseillons de combiner un autre plan.
- M. L. R., h Paris. — Les petits moteurs électriques dont vous parlez consomment environ à 110 volts une intensité de 0,5 ampère.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Duffiê, à Soissons. Regrets de ne pouvoir vous [renseigner. — M. Leron, à Blois. Il est préférable de vous adresser à une agence de brevets pour avoir tous ces renseignements. — M. Dulong, à Mmes. — Nous n’avons pas reçu la Note que vous nous avez annoncée.— M. Leblois, à Nice. Nous ne pouvons nous occuper de ces questions commerciales. — M. D. B., à X; M. J. K., à Pans. Voyez les Recettes et procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PHOTOGRAPHIE
- La préparation rapide des bains photographiques. — Les journaux photographiques sont remplis de formules et recettes que l’amateur hésite souvent à essayer, à cause du temps que prend la préparation des bains indiqués. Cette préparation est instantanée si on utilise la propriété des solutions saturées : (( Une solution saturée d’un même corps dans un même dissolvant, à'une même température, est toujours identique à elle-même. Il suffit donc de préparer d’avance des solutions saturées des divers produits les plus usités et de savoir la quantité de sel que renferme 1 centimètre cube de chacune de ces solutions. C’est ainsi que 1 centimètre cube d’une solution saturée de sulfite de sodium correspond à 0er,2 de sulfite anhydre ou à 0*r,4 de sulfite cristallisé; pour préparer un bain renfermant un certain poids, 20 grammes par exemple de sulfite anhydre, il suffira de prendre autant de centimètres cubes de la solution saturée que le poids indiqué renferme, soit 0,2 pour l’exemple choisi, ÎOO00. Bien entendu, il faudra tenir compte delà quantité d’eau ainsi introduite. Ainsi le bain de développement à l’hydro-quinone le plus employé est celui de formule :
- Eau..................................... 1000°°
- Sulfite de sodium anhydre............. 406r
- Hydroquinone............................. 108r
- Carbonate de sodium...................... 150*r
- Si l’on a, toutes préparées, des solutions saturées de sulfite de sodium et de carbonate, on préparera le bain instantanément en mélangeant :
- Solution saturée de sulfite............. 200co
- Solution saturée..................... 375°0
- Hydroquinone............................. 108r
- Eau. . . quantité suffisante pour faire 1000os
- Ce mode d’opérer nous a été indiqué par un habile amateur, M. H. Émery, qui a eu l’heureuse idée d’établir une collection d’étiquettes destinées à être collées sur les flacons renfermant les solutions saturées et sur chacune desquelles est inscrit le poids de sel contenu dans 1 centimètre cube de la solution saturée. Nous donnons ci-dessous un spécimen de ces étiquettes dont l’emploi évitera au photographe de fastidieux calculs et lui permettra d’abréger la préparation de ses bains. Il est vrai
- Solution saturée Solution saturée
- SULFITE DE SODIUM D’HYPOSULFITE
- 1" renferme : DE SODIUM
- 0e',2 de sel anhydre 0e',4 de sel cristallisé 1“ renferme 0e',80
- que la teneur en sel d’une solution saturée varie avec la température; mais ces variations, le plus souvent faibles, n’ont aucun inconvénient, les opérations photographiques n’exigeant que très rarement l’emploi de bains exactement dosés1.
- G.-II. Nikwenglowski.
- Augmentation de la sensibilité des plaques.
- Voici l’un des nombreux bains auxquels fait allusion notre collaborateur, M. G. II. Niewenglowski, dans le n° 1263, du 14 août 1897, page 165 :
- Alcool...........................100 c.c.
- Ammoniaque....................... 10 c.c.
- Solution d’azotate d’argent à 6 p. 100. 1 à 2 c. c.
- La plaque immergée 3 à 4 minutes dans cette solution est égouttée et séchée ; elle doit être employée dans les 24 heures.
- Virage noir.
- Pour obtenir des tons noirs sur les photocopies, il faut que le négatif soit vigoureux; il est bon de couvrir le châssis-presse pendant l’insolation avec un verre vert foncé ; les images fortement imprimées sont lavées, puis virées dans le bain :
- Eau................................ 2000 gr.
- Borat.............................. 15 gr.
- Azotate d’urane.................... Ier,5
- Chlorure d’or...................... 1 gr.
- et terminées comme d’habitude.
- A. Courrèges (extrait de La Photographie).
- 1 H. Émery. Étiquettes photographiques accompagnées d’instructions pratiques sur la préparation rationnelle des solutions employées en photographie. H. Desforges, éditeur.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- L’eau de Bilin. — Cette eau sur laquelle on nous demande des renseignements est une eau minérale naturelle assez peu connue en France, mais très répandue en Allemagne, en Russie, en Angleterre, etc. On commence du reste à l’employer sur une assez grande échelle à Paris. Cette eau est bicarbonatée sodique et renferme de la lithine, du fer et du manganèse. Voici, du reste, sa composition d’après les analyses de l’Académie de médecine en 1895 :
- Principes solides par litre d’eau de Bilin.
- Bicarbonate de soude...................... 3,400
- — de chaux......................... 0,4105
- — de magnésie...................... 0,1710
- — de lithine....................... 0,0109
- — de fer........................... 0,0028
- — de manganèse..................... 0,0010
- 'Sulfate de soude......................... 0,7192
- — de potasse............................... 0,2349
- Chlorure de sodium........................... 0,3815
- Phosphate d’alumine.......................... 0,0002
- Acide silicique........................... 0,0934
- Total de principes solides................ 5,376
- Acide carbonique libre et mi-combiné. . . 3,082
- Température : 12°, 50
- Cette eau très légèrement laxative peut être prise à table ou le matin et le soir à la dose de un ou deux verres. Elle réussit dans les affections des voies digestives, de la vessie, dans la gravelle, la pierre, le rhumatisme et le foie. Les malades qui vont aux bains de Carlsbad boivent en général de l’eau de Biliïi, ce qui complète la cure. D’après une statistique de Carlsbad, on débiterait en effet plus de 500 000 bouteilles par saison et le débit général est de 5 millions à la source. La source de Bilin jaillit sur une montagne à une hauteur de 200 mètres environ à côté de la ville de Bilin qui se trouve en Bohème, près Teplitz et Carlsbad. Elle a été découverte en 1712, par la princesse Eléonora de Lobkoxvitz. Le propriétaire actuel, S. A. le prince Maurice de Lobkowitz, a fait transformer ces contrées, déjà si pittoresques et ravissantes, en un véritable Eldorado.
- Régime alimentaire des goutteux. — Voici, d’après M. le professeur Proust, quel doit être le régime alimentaire des goutteux : Un gramme de substances albuminoïdes, ou d’hydrate de carbone correspond à 4,3 calories; un gramme de graisse équivaut à 9,4 calories. L’homme adulte dépense chaque jour de 2500 à 3000 calories. Un régime qui ne fournirait que 2500 calories serait insuffisant ; celui qui en donnera plus de 5000 sera excessif. L’application de ces données, leur traduction en régime alimentaire n’est pas sans présenter quelques difficultés. Cependant on peut dire que la ration normale ou ration d’entretien d’adulte doit être représentée à peu près par 100 gr. d’albumine, 45 gr. de graisse et 400 gr. d’hydrate de carbone. Cette ration d’entretien peut être fournie par les aliments suivants : 500 gr. de pain qui renferment 250 gr. d’hydrate de carbone et 30 gr. d’albumine ; 400 centimètres cubes de lait qui contiennent 20 à 25 gr. d’hydrate de carbone et 20 gr. d’albumine ; 300 gr. de pomme de terre, qui renferment 60 gr. d’hvdrate de carbone et 4 gr. d’albumine ; 400 gr. de carottes, navets, fruits, légumes verts, qui renferment 15 à 20 gr. d’hydrate de carbone, et 250 gr. de viande de boucherie maigre qui contiennent 50 gr. d’albumine, auxquels il faut ajouter les hydrates de carbone du dessert et le sucre pris en nature. La quantité d’albumine est un peu au-dessous de 100 gr. mais l’albumine végétale est moins bien utilisée que l’albumine d’origine animale. Il va de soi que cette ration d’entretien doit être augmentée pour l’homme qui se livre à un dur travail, diminuée pour la femme, le vieillard, etc. Le candidat à la goutte et le goutteux, surtout s’ils ont tendance à l’obésité, devront rester au-dessous delà ration normale. Ils devront amener ouramerier leur poids autant que possible au poids normal. Lorsqu’ils y seront parvenus, ils chercheront à s’y maintenir. Comme nous l’avons déjà dit, ce n’est, pas seulement la quantité de nourriture qui doit être visée dans le régime du goutteux ; il convient aussi de faire un choix parmi les aliments. On peut, sous ce rapport, les diviser en trois classes : aliments interdits, d’un usage très modéré, et enfin aliments permis.
- I. Aliments interdits. — Mets fortement épicés, salaisons. Mets faisandés, fromages forts, écrevisses, homards, coquillages. Charcuterie, sauf le jambon. Poissons d’une fraîcheur douteuse. Champignons, truffes, tomates, oseille, rhubarbe. Sucreries : dragées, petits fours. Bière forte, cidre doux, Porto, Xérès, Bourgogne, vins aigrelets. Boissons riches en essences : absinthe, vermouth, amers, chartreuse et liqueurs similaires.
- II. Aliments dont il ne faut user que d'une façon très
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- modérée. — Gibier noir. Poissons de mer, huîtres. Sucre, pâtisserie. Fruits acides : groseilles, framboises, fraises, pommes, poires. Asperges. Vins rouges de Bordeaux, vins de la Moselle, du Rhin, de Champagne. Rhum, cognac (sous forme de grogs légers). Thé et café forts.
- III. Aliments permis. — Pain, viande de boucherie, foie gras, jambon modérément salé, œufs sous toutes les formes, lait, laitages non acides, fromage blanc, fromages peu odorants, pois, haricots, lentilles, riz, salsifis, scorsonères, crosnes, oignons, carottes, navets, betteraves, artichauts, melon, potiron, pommes de terre (de préférence en purée, étuvées ou cuites à l’eau), tapioca, sagou, arowroot, macaroni, nouilles, vermicelles et pâtes italiennes, légumes verts de tout ordre, à l’exception des légumes acides (tomates, oseille etc.), salades modérément vinaigrées, pèches, raisins, fruits et amandes,
- poires, pommes en quantité modérée (sans être pelées de préférence). Eau ordinaire, eaux de table indifférentes, peu gazeuses, légèrement alcalines. De temps en temps vin blanc (Bordeaux), largement coupé d’eau; vin de la Moselle, cidre bien fermenté, coupé d’eau ; thé léger, grogs légers de temps en temps.
- Urticaire (Gaucher) .
- Menthol .......................... 10 gr.
- Chloroforme. .
- Ether ....
- Alcool camphré
- En pulvérisations ou lotions. Saupoudrer ensuite les parties avec la poudre d’amidon ou d’oxyde de zinc.
- àâ 30 gr.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de Franc©
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 16 août . . . 16*,1 N. W. 3. Couvert. 8,8 Couvert le matin ; nuageux le soir; pluie de 1 h. 20 à 2 heures.
- Mardi 17 15*,3 S. S. E. 2. Très nuageux. 0,0 Nuageux..
- Mercredi 18 18*, 1 S. S. W. 3. Couvert. 0,0 Presque couvert.
- Jeudi 19 15*, 2 S W. 3. Quelques nuages. 0,0 Nuageux jusqu’à 18 h.; beau ensuite ; gouttes à 14 h. 15.
- Vendredi 20 12*,8 S. 2. Quelques nuages. 0,0 Beau jusqu’à 6 h., puis nuageux; couvert à partir de 10 h.; pluie de 12 h. 25 à 20 h.
- Samedi 21 16",5 S. 2. Couvert, pluie. 9,7 Couvert jusqu’à 17 h.; nuageux ensuite; pluie de 0 h. 45 à 13 h.
- Dimanche 22 ... . la*,! S. W. 2. Quelques nuages. 2,2 Beau jusqu’à 7 h., puis très nuageux; couv. après 20 h.; un peu de pluie dans la soirée.
- AOUT 1897. -- SEMAINE DD LUNDI 16 AU DIMANCHE 22 AOUT.
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi '• | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à t’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée. ,
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages. — Un violent ouragan s’est abattu sur Moulins le 12 août 1897, dans la soirée. Dans l’après-midi, il avait fait une chaleur accablante. Le thermomètre s’était élevé jusqu’à 35°. Vers 6 heures du soir, un orage venant du sud-est se forma au-dessus de la ville. Une heure plus tard, en même temps qu’un vent terrible démolissait les cheminées, renversait les arbres et arrachait les toitures, une pluie diluvienne se mettait à tomber, transformant les rues en autant de torrents et causant des inondations dans certains quartiers. L’orage dura environ 25 minutes. A 7* 30 une accalmie se produisit ; mais elle fut de courte durée. En effet, vers 8 heures, un second ouragan survenait aussitôt.
- Après ce second orage, la ville offrait un triste spectacle : les boulevards étaient littéralement jonchés de branches énormes, de feuilles et de matériaux ; on ramassait de tous côtés les petits oiseaux qui avaient été précipités hors de leurs nids.
- Sur le Cours Choisy et sur le boulevard de Courtais, des arbres énormes, mesurant près de 2 mètres de circonférence, avaient été brisée à 3 mètres au-dessus du sol.
- L'ouragan avait produit hors de Moulins des effets encore plus extraordinaires. Le train economique venant de Bourbon a été arrête par le vent à plusieurs reprises. 11 est arrivé à Moulins avec un retard de près, d’une heure. Le train de Chagny est resté en détresse aux environs de Montbeu-
- gny, par suite de l’encombrement de la voie par les poteaux télégraphiques Enfin, le train omnibus venant de Saint-Germain-des-Fossés est arrivé à 2 heures du matin, avec un retard de doux heures. La voie était complètement obstruée par les poteaux télégraphiques et les arbres que, par centaines, l’ouragan avait renversés.
- Le 13 août, à Argelès-sur-Mer, arrondissement de Céret un violent orage a éclaté. La foudre est tombée sur la maison Barge et y a mis le feu. La femme Barge a eu le temps de fuir, en sautant par la fenêtre, avec deux de ses enfants. Mais, les flammes ayant gagné rapidement les étages supérieurs, un troisième enfant n’a pu être sauvé et a été brûlé vif. Son cadavre a été trouvé complètement carbonisé.
- Inondations en Autriche. — Les inondations' que nous avons dernièrement signalées sont terminées. La Traun et l’ischl sont rentrées dans leur lit. D’Anzenau à Ebensee, y compris Ischl, tous les ponts ont été emportés par les eaux ; à Aussee, les ponts du chemin de fer ont aussi été détruits: Le chemin de fer a été fortement endommagé d’Ischl à Aussée et d’Ischl à Ebensee.
- A Ischl, l’Esplanade, l’avenue Franz, le quai Saint-Etienne, le quai de la Traun et le quartier de Gries ont été affreusement dévastés. Les pionniers ont construit un pont provisoire sur la Traun.
- La villa impériale n’a pas été en danger à cause de sa position élevée. A Ischl, on n a pas eu d’accident de personnes à déplorer.
- PHASES DE LA LUNE : D. Q. le 20, à 8 h. 39 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —®— Dans sa dernière séance, l’Académie française a accepté un legs important* fait par M. Pierre Lasserre, mort en 1891, à Oloron. Le capital s’élève à la somme de 576 450 francs, déduction faite du
- Ïiassif. Selon la volonté du défunt, ce capital a été divisé en trois ots dont les intérêts seront répartis à perpétuité à titre de récompense : 1° à l’auteur ou aux auteurs d’ouvrages littéraires; 2° à l’inventeur d’une découverte scientifique ; 2° au compositeur musical auteur d’une œuvre « notable et jugée telle par qui de droit ». L’Académie française, l’Académie des sciences et l’Académie des beaux-arts seront chargées respectivement de décerner les nouveaux prix.
- —£$— M. le Dr Jules Luys, membre de l’Académie de Médecine, est mort subitement à Divonne-Ies-Bains, à l’âge de 69 ans. Né à Paris en 1828, reçu médecin des hôpitaux en 1867, il fut successivement attaché à l’hospice de la Salpêtrière et à la maison de santé d’Ivry. Plusieurs de ses travaux sur la pathologie du système nerveux ont été couronnés par l’Académie des sciences. Son enseignement sur la structure et les maladies des centres nerveux fut toujours suivi par de nombreux élèves. Ses études sur ^hypnotisme ont eu un certain retentissement. Tout dernièrement, il avait proposé quel? ques articles à La Nature, notamment sur la photographie des effluves des doigts. Les obsèques de M. Luys ont eu lieu le 25 août, à Saint-Thomas d’Aquin. Les cordons du poêle étaient tenus par MM. le Dr Caventon, directeur de 1 Académie de médecine ; le DrBer-geron, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine ; le Dr Cadet de Gassicourt, secrétaire de la même Académie, et le général Chevais. Le deuil était conduit par les deux fils du défunt. Nous adressons toutes nos sympathiques condoléances à Mmo Jules Luys.
- —©—• Nous avons encore le regret d’enregistrer la mort de M. Mantion, né en 1825, sorti le premier de l’Ecole Polytechnique, ancien ingénieur en chef du chemin de fer de ceinture, ancien directeur du chemin de fer d’Orléans, professeur à l’Ecole Centrale, etc.
- —Ig— Le prince Roland Bonaparte ouvrira le salon de son bel hôtel de l’avenue d’Iéna, le 8 septembre en l’honneur du 11e Congrès des Orientalistes.
- —@— La Préfecture de police vient d’envoyer à tous les coiffeurs et barbiers une instruction sur les mesures à prendre contre les maladies transmissibles dans les salons de coiffure. Cette instruction, rédigéè par le Dr Bouchard, président du Conseil d’hygiène et de salubrité du département de la Seine, établit d’abord qu’un grand nombre de maladies du cuir chevelu, se traduisant par la chute des cheveux, et d’autres affections graves, peuvent se propager dans les salons de coiffure. Elle détaille ensuite les précautions a prendre dans l’intérêt de chaque client. Au nombre de ces précautions, nous citerons l’emploi des peignes en métal nickelé; la substitution du pulvérisateur à la houppe à poudre ; l’obligation, après chaque taille de cheveux, de recouvrir de sciure de bois les cheveux tombés à terre et d’enlever le tout immédiatement; celle, pour le coiffeur, de se laver les mains chaque fois, avant de passer d’un client à un autre ; enfin, celle de plonger avant chaque opération tous les instruments en métal, rasoirs, ciseaux, tondeuses, peignes, dans un vase en tôle galvanisée, rempli d’ean savonneuse portée à l’ébullition, pendant dix minutes au moins. Reste à savoir combien de coiffeurs consentiront à s’astreindre à ces précautions, surtout les jours de presse.
- —|g— Un arrêté du Ministre du commerce et de l'industrie, en date du 17 août 1897,ouvre un concours public pour la construction et l’exploitation d’un chemin de fer à traction électrique destiné au transport des visiteurs dans l’enceinte de l’Exposition universelle
- de 1900, sur la rive gauche de la Seine. Ce chemin de fer suivra le périmètre d’un quadrilatère irrégulier ayant pour côtés la rue Fabert, le long de l’Esplanade des Invalides, le quai d’Orsay entre l’Esplanade et l’avenue de Suffren, l’avenue de Suffren entre le quai d’Orsay et l’avenue de La Motte-Piequet, l’avenue de La Motte-Picquet entre l’avenue de Suffren et la rue Fabert. Sa longueur sera d’environ 4300 mètres. La ligne entière devra pouvoir être livrée à l’exploitation le 15 janvier 1900. Le cahier des charges prévoit des freins assez puissants pour que les moteurs, lancés sur une pente de 4 centimètres par mètre avec une vitesse de 20 kilomètres à l’heure, puissent être arrêtés, sans le secours des freins des voitures remorquées, sur un espace de 20 mètres au plus. La concession de la ligne est faite pour toute la durée de l’Exposition universelle internationale de 1900. Les voyageurs devront trouver à chaque station et dans chaque sens, au moins 3600 places par heure au prix de 50 centimes (lre classe) et 25 centimes (2e classe), ou de 25 centimes uniformément, si cotnme cela est possible, il n’y a qu’une seule classe de voyageurs.
- —$$— Trente et un ans dans les glaciers du mont Blanc. Le 22 août dernier, M. Payot, du chalet des Bossons, près de Chamonix, en revenant de planter un drapeau au sommet du glacier, a découvert dans une crevasse des fragments de corps humain. En apprenant cette nouvelle, M. Emile Fontaine partit avec un guide pour explorer le glacier et découvrit, peu après, au bas d’une crevasse profonde de 7 mètres environ, une autre partie de corps humain. Malgré l’eau qui tombe en cascade dans cette crevasse, M. Fontaine put descendre jusqu’auprès du corps et s’empara de la chaîne de montre qui était encore fixée au gilet ; mais, ne pouvant -sous la cascade tenter de sortir les débris du corps, le vaillant touriste alla prévenir le maire de Chamonix et la gendarmerie, qui se transportèrent sur les lieux avec plusieurs guides. Les guides, descendus au fond de la crevasse, découvrirent un thorax avec une partie du cou ; le bras gauche, détaché, était bien conservé ; le bras droit détaché également était sec et parcheminé. De nombreux petits ossements et des lambeaux d’habillement étaient là, dans lesquels on trouva : 1" une chaîne de montréen or composée de vingt-deux maillons, deux anneaux ronds et deux ovales, d’un bâtonnet et d’un mousqueton; 2°un bouton de col en or avec diamant ; 3° un bouton de plastron en or forme étoile, diamant à huit branches sur une étoile émaillée bleue, même forme; 4° un tire-cartouche ; 5° un mouchoir marqué H. Arkhwright, 84e régiment ; 6° une pièce de 5 centimes à l’effigie de Napoléon III, du millésime de 1864. Les restes du corps ont été mis en bière et provisoirement inhumés au cimetière de Chamonix. Les objets ont été conservés par le maire qui les remettra aux parents. Sur la demande de M. Payot, maire de Chamonix, M. le Dr Maurice Springer de la Faculté de médecine de Paris, qui se trouvait sûr le glacier des Bossons, au moment de la trouvaille, a rédigé un rapport très détaillé. D’après les renseignements recueillis, il résulte qu’on se trouve en présence des restes de M. Henry Arkhwright, capitaine-au 84e régiment, qui a péri au mont Blanc, le 13 octobre 1866,-avec ses guides et porteurs au nombre de trois. Seul, le corps du capitaine n’avait pas été retrouvé. Le mont Blane tôt ou tard rend toujours les malheureuses victimes des glaciers.
- —Le 24 août, à Paris, a eu lieu au-dessus de la tranchée des chemins de fer du Nord, le lancement d’un nouveau pont, dit pont Stéphenson. Le pont a franchi les 40 mètres de la tranchée du chemin de fer du Nord et il repose sur les galets des deux côtés. Un s’occupe maintenant d’enlever les galets et d’asseoir le pont sur les culées. Puis on doit procéder au pavage en bois de son tarnier en même temps qu’au rétablissement du square Saint-Bernard, qui avait dû être rasé pour faciliter le lancement du pont. La largeur du pont Stéphenson est de 15m,50; les pièces de fer qui le bordent ue chaque côté sont, dans leur plus grande élévation, haute* de 5 mètres.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Les billes ou rouleaux se trouvent chez M. G. Philippe, 2, quai Jemmapes, à Paris. — Pour la machine à couper les haricots verts, s’adresser à MM. A. Goodall et Cie, 33, rue a’IIaute ville, à Paris,
- Communications. — M. le Dr Monnier, à Paris, nous fait remarquer que dans notre article Au pôle Nord en ballon. Expédition Andrée (n° 1263, du 14 août 1897, p. 167, col. 1, ligne 31), nous avons dit : « Si par malechance, il y avait eu saute de vent en pleine nuit..., » Nos lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes ce lapsus, ils savent bien qu’à cette époque de l’année on va contempler dans les régions polaires le « Soleil de minuit », et qu’il n’y a pas de nuit.
- M. Ernest Moussard, à Bonnières, à propos de notre article Diminution du temps de pose à la chambre noire (n° 1263, du 14 août 1897, p. 163) nous écrit : « En lisant dans La Nature, la relation des expériences de M. le capitaine Golson au sujet de la diminution du temps de pose à la chambre noire, je me suis souvenu que, l’année dernière, au cours des expériences que j’ai faites moi-même sur le degré d’absorption des rayons lumineux par les couleurs du prisme, j'ai obtenu des épreuves par contact réflexe. Voici comment j'ai procédé : prenant une image coloriée, je l’appliquai sur le côté sensibilisé d'une plaque photographique, puis j’exposai le tout à la lumière dans un châssis-presse, de sorte que les rayons durent traverser la plaque et l’émulsion, avant de frapper l’image. Après le temps de pose nécessaire j’obtins un cliché négatif par réflexion, résultat qui me permit de constater que, dans ce cas, les couleurs photogéniques réfléchissent les rayons lumineux, tandis que les autres les absorbent et que, par conséquent, le degré d’intensité d’absorption est en raison inverse de la puissance réflexe des diverses nuances photogéniques. »
- M. C. Jacques, à Dijon, nous adresse deux photographies représentant une maison sur laquelle la foudre est tombée, et nous donne à ce sujet les détails suivants : « Le 18 août, à 7 heures du soir, pendant un fort orage, la foudre est tombée sur une maison située aux Quatre-Vents, commune de Laizy (Saône-et-Loire). La décharge, après avoir perforé le toit en plusieurs endroits et démoli une partie de la cheminée, a pris plusieurs directions différentes en produisant de nombreux dégâts. Elle a d’abord brisé toutes les vitres d’une fenêtre qu’elle a disloquée de l’embrasure, percé un trou à l’angle de celle-ci, suivi la rampe de l’escalier et a gagné la terre en faisant voler en éclats la dernière marche où elle se trouvait scellée ; elle a ensuite lézardé le mur en descellant un des gonds de la porte de la remise et s’est dirigée dans une étahle en tuant une oie, deux lapins et deux poules, enfin, a percé plusieurs trous dont deux dans le mur. Par bonheur, une famille composée de six personnes habitant la maison, n’a eu aucun mal, toutefois le père a éprouvé à la télé une douleur semblable à un coup de massue dont il souffre encore et m'a dit qu’il s’était trouvé transporté à quelques mètres d’une table où il se trouvait au moment du coup. »
- M. E. Decq, à Bruxelles, à propos de notre récente chronique sur les courroies monstres (n° 1263, du 14 août 1897, p. 175) nous écrit : « Pour faire suite à votre article sur des courroies monstres de 2m,50 de large, permettez-moi de vous signaler l’existence, à l’Exposition Internationale de Bruxelles, de plusieurs courroies autrement « monstrueuses » que celles dont parle l’Electrical World. Outre les courroies en coton, d’une largeur de 2”“,50 et 2"D80, il s’en trouve une en cuir triple d’une épaisseur de 22 millimètres et d’une largeur de 3m,70 et une autre en crin, de 5m,80 de large, sortant toutes deux de nos ateliers. Ce sont les plus larges qui aient été faites en Europe jusqu’à ce jour, mais je dois à la vérité de reconnaître ue l’Amérique a fait mieux dans cette voie, puisqu’à l’Exposition e Chicago figurait une courroie de 4 mètres de largeur. Ces courroies colossales n’ont pas encore leur emploi dans l’industrie.
- mais la puissance croissante des moteurs qui utilisent déjà des courroies de 2m,80, nous a engagé à montrer que nous étions en mesure de répondre aux exigences nouvelles. »
- Renseignements. — Un lecteur, à L. (Suisse). — 1° Adressez-vous au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch, à Paris. — 2° Nous ne savons pas de quelle plaque vous voulez parler.
- M. C. Talayrac, à Pezilla-de-la-Rivière. —Nous avons indiqué un moyen de faire un vin mousseux avec des groseilles dans, le petit livre des Recettes et procédés utiles, Ve série, à la librairie Masson et Cie.
- M. L. 0. L. — Le constructeur a ses ateliers, 204, rue Saint-Maur, à Paris.
- M. C. Gibault, à Poitiers. — Veuillez envoyer votre réclamation à l’Office de publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris.
- M. E. Cille, à Paris. — Il faudrait vous adresser au Bureau, central météorologique de France, 176, rue de l’Université. Dans nos statistiques mensuelles, publiées dans la Chronique météorologique, M. Renou donne ces divers renseignements, pour Paris.
- Un abonné, à Paris. — La question a été traitée à différentes, reprises; elle se trouve disséminée dans plusieurs journaux,, nous aurons occasion d’y revenir.
- M. D. Fernando Villa Real, à X. (Portugal). — Il est bien facile de se rendre compte de l’avance ou du retard de l’heure suivant la situation géographique. Il y a une heure d’avance chaque fois que l’on avance de 15° en longitude, et une heure de retard quand on retarde de 15°.
- M. V. P. Bounand, à Saint-Genis-Laval. —- 1° Vous trouverez divers moyens pour détruire les fourmis dans le petit livre des Recettes et procédés utiles, lra série, indiqué plus haut. — 2° Nous croyons que les passants peuvent cueillir ces-raisins puisqu’ils se trouvent sur le chemin.
- M. Allix, à Grenoble; M. P. Courcon, à Paris. — Nous-n’avons pas d’adresse spéciale à vous faire connaître; il faut faire fabriquer soi-même l’appareil.
- M. A. Mertens, à Louvani; M. L. Biaille, à Chemillé.— Nous avons déjà indiqué plusieurs fois cette adresse : Moteur Loyal, 204, rue Saint-Maur, Paris.
- Un lecteur, à F. — 1° Même réponse que ci-dessus. — 2° La notice concernant la destruction des rongeurs nuisibles, par les-virus contagieux de l’Institut Pasteur, a paru dans les Recettes et Procédés utiles du n“ 1252, du 29 mai 1897.
- M. Buttel-Uamel, à Vire. — 1° Adressez-vous au Comptoir géologique de Paris, 53, rue Monsieur-le-Prince, à Paris ; vous trouverez aussi des tours à polir chez M. Stuer, 40, rue des Mathurins, à Paris. — 2° Nous ne pouvons, à notre grand regret, insérer cette demande.
- M. E. P. 18, à Blois. — Il n’y a pas d’ouvrage spécial sur ce sujet ; un grand nombre d’articles ont paru dans les journaux scientifiques, nous ne pouvons faire les recherches dont vous parlez.
- M. P. Beuf, à Arles. — La force électro-motrice de la batterie de piles qui actionne cet électro-aimant est environ de 4 à 5 volts.
- M. E. du Fresne, à Logelhach. — Moteurs électriques pour bateaux de plaisance : M. Trouvé, 14, rue Vivienne, M. Cadiot, 12, rue Saint-Georges, M. Mors, 8, avenue de l’Opéra, Maison Bréguet, 19, rue Didot, à Paris.
- M. E. Picard, à Paris. — Adressez-vous à M. Molteni, 44, rue du Château-d’Eau, à Paris.
- M. M. C., à Braine. — Voyez si votre eau n’est pas sulfatée; le chocolat de bonne qualité se dissout très facilement.
- M. A. Winxler, à Yazy. — Les appareils que nous avons décrits sont fabriqués par MM. Schweitzer et Cia, 9, avenue de la Défense, à Puteaux (Seine).
- Un abonné, à Cannes. — Pour décoller ces photographies, il doit suffire de les tremper dans l’eau.
- M. L. Plessis, à Vienne. — Aucun ouvrage n’a été publié spécialement sur ce sujet; mais vous trouverez des renseignements dans différents traités électriques.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. D. Flosse. à Schodima (Galicie). Nous avons transmis votre demande au constructeur, M. K. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris. —
- M. Lerond, à Nîmes. Il faut faire analyser cette eau par un chimiste. — M. D. G., à X. Nous ne vous conseillons pas de poursuivre cette construction. — M. Dubon, à Paris; M. G. V., à M. Voyez les ltecettes et Procédés utiles, 2e série à la librairie Masson et (pe. — M. D. R., à Lille. Remerciements pour votre communication. — M. F. Mongnet, à Rouen. Nous avons bien reçu 'vos photographies et nous allons les utiliser.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison«
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- L’or et la dorure chimiques. — L'or chimique est une préparation d’or toute spéciale qu’on applique sur les verres et les poteries. Après le passage au feu, l’or reste brillant sans qu’il soit nécessaire de brunir : ce qui représente une économie considérable. L’inventeur de l’or brillant sans brunissage fut un Français, nommé Dodé : son procédé, breveté, repose sur l’emploi d’un mélange de protochlorure d’antimoine, de baume de soufre (solution de soufre dans une essence) et de chlorure d’or. La dorure n'était pas très solide, mais les Allemands ont perfectionné ce procédé. Ils fabriquent l’or chimique par quantités considérables et tiennent leur procédé rigoureusement secret. L’est encore d’Allemagne que nous est venue la dorure chimique pour les cadres plus ou moins ornementés, destinés aux glaces, tableaux, etc. Mais cette dorure (qui n’emploie pas d’or) se fait maintenant un peu partout. Lorsque le cadre a reçu tous ses ornements (de carton pâte, car nous ne faisons plus guère de cadres de bois sculpté), on l’argente à la feuille et on brunit toutes les parties planes. Puis on applique un vernis à l’alcool, d’une belle couleur d’or. L’illusion est complète.; à ce point qu’au Salon annuel, tout ce que l’on prend pour de la dorure véritable est de la dorure chimique ou à très peu près. Pour les objets communs (articles de foire), on remplace les feuilles d’argent par des feuilles d’étain : ou bien on dore à l’or faux (bronze en feuilles). Rien de plus facile que de reconnaître la dorure chimique : on frotte à plusieurs reprises une des parties planes avec un tampon trempé dans de l’alcool à 95 degrés centésimaux, le vernis s’enlève et l’on voit apparaître le métal blanc sous-jacent.
- Les ouvrages de ciment. — Le ciment Portland, à prise lente, se prête à toute espèce de travaux, même entre les mains du premier maçon venu ou même d’un homme inexpérimenté. Le ciment doit être gardé dans des vases bien fermés, à l’abri de l’air et de l’humidité. 11 doit être mêlé à sec avec trois fois sün volume de sable non terreux : condition absolue. Si on n’a pas de sable exempt de terre, il faut le laver à plusieurs eaux, jusqu’à ce que l’eau de lavage coule claire ; ou bien il faut broyer de la pierre et la tamiser. Au mélange de sable et de ciment on ajoute de l'eau peu à peu, en remuant constamment, de manière à former une pâte épaisse ; c’est le mortier de ciment, qui adhère très fortement à la pierre, ainsi qu’au fer. Ce métal se garde indéfiniment sans rouiller, au contact du ciment ; c’est le contraire de ce qui arrive avec le plâtre. On établit à peu de frais des cuves, des bacs, des éviers, etc., en recouvrant de mortier de ciment une carcasse formée de petits fers attachés simplement avec du fil de fer. De la ferraille quelconque suffit très bien pour cet usage ; par exemple, un grand bac cylindrique pour loger un arbuste peut être confectionné de la manière suivante : quatre vieux cercles de tonneau qu’on relie par des tiges simplement attachées par du fil de fer de manière à constituer une sorte de panier à jour. On revêt l’extérieur avec des planchettes maintenues avec des cordes; puis on enduit l’intérieur au mortier en noyant tous les fers. Douze heures après, on enlève les cordes et les planchettes et on enduit l’extérieur. On termine l’ouvrage par un enduit bien poli de sable fin et de ciment; ou même de ciment pur, si on n’a pas de sable très fin à sa disposition. Inutile d’ajouter qu’on peut adapter des anses au bac en question en novant la base de l’anse dans le mortier de ciment. II ne faut jamais associer le ciment au bois : il n’y a pas adhérence. On voit souvent des imitations de bois faites avec du ciment, voici comment on procède : on établit une balustrade de bois, un chalet à jour, etc., avec des bois très grêles simplement cloués. Puis on recouvre ces ouvrages d’un enduit très épais de mortier de ciment ; si l’on est un peu modeleur, on imite tant bien que mal les accidents de la surface du bois. L’ouvrage ainsi obtenu est très solide, la carcasse de bois reste à l’intérieur et ne tarde pas à pourrir. C’est encore avec un mélange intime de gros graviers et d’un seizième seulement de ciment Portland qu’on fait les bétonnages pour lacs artificiels (Bois de Boulogne et de Vincennes, Vésinet, etc.). Les cuvettes ainsi formées résistent indéfiniment. D’ailleurs, les ouvrages de ciment se raccommodent toujours avec le même mortier.
- Bouillie contre le mildiou. — Dans une Note présentée à l’Académie des sciences le 28 juin 1897, M. Gaston Lavergne indique une nouvelle bouillie contre le mildiou et le black-rot, qui lui a donné des résultats excellents sur le domaine de Mirail-sur-Vezei (Lot-et-Garonne). On fait dissoudre le sel de cuivre dans quelques litres d’eau; d’autre part, on incorpore
- Ide l’eau (tiède de préférence) à du savon de Marseille1, par petites quantités à la fois, en s’aidant d’une spatule de bois ; la pâte, d’abord très épaisse, devient de plus en plus fluide et, en peu de temps, la dissolution est complète ; on la verse alors peu à peu dans la liqueur cuivreuse en agitant constamment le mélange avec un petit balai, puis on complète l’hectolitre avec de l’eau. La bouillie ainsi obtenue est d’un beau vert ; tamisée à travers le filtre qui accompagne tout pulvérisateur, elle se répand très bien. Il n’est pas inutile d’ajouter que son prix de revient ne dépasse pas soixante centimes l’hectolitre, ce qui constituerait déjà, à activité égale, sur les anciennes bouillies à 5 pour 100 de sel de cuivre, une économie des deux tiers environ.
- Moulages en gélatine. — Pour préparer de la gélatine qui puisse servir à faire des moulages sans être sujette ensuite à se rétrécir, prendre 340 à 350 gr. de gélatine et la laisser tremper pendant quelques heures dans de l’eau, de façon qu’elle en absorbe tout ce qu’elle peut, puis on la liquéfie en la mettant chauffer. Si l’on veut obtenir un moulage élastique, ajouter un quart en poids de mélasse ; de plus, pour rendre la gélatine indissoluble, on peut l’additionner d’un peu d’alun de chrome, ou encore frotter la surface du moule d’une solution saturée de bichromate de potasse et exposer à la lumière.
- Colle pour le verre. — Autre recette à ajouter à celles qu’on a pu déjà donner. Prenez 100 parties de bonne gélatine et dissolvez à chaud dans 150 grammes d’acide acétique à 96 pour 100 ; puis additionnez de 5 parties de bichromate d’ammonium en poudre. Tenez à l’abri de la lumière tant que vous ne vous en servirez pas.
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Papier sensible à l’azotate de cuivre.
- Faire flotter dans l’obscurité un papier bien encollé sur la
- solution :
- Eau....................................... 1000
- Azotate d’urane............................ 80
- Azotate de cuivre........................... 17
- qu’on a eu soin de préparer dans l’obscurité.
- Le papier une fois sec est insolé au châssis-presse derrière un négatif jusqu’à apparition d’une image faible, mais visible, analogue à celle qu’on doit avoir avec le papier au platine. On achève l’image en la trempant dans une solution à 5 pour 100 de ferrocyanure de potassium, où elle prend une teinte brun-rouge. La photocopie se termine par un court lavage à l’eau courante. (D’après Jacob, Phot life.)
- Développement a l’hydroquinone et au mélol.
- (Bains séparés.)
- ( Solution saturée de sulfite de sodium 250 c.c.
- A ] Hydroquinone...................... 8 c.c.
- ( Métol............................. 2 c.c.
- n i Solution saturée de potasse ou de carbonate de f potassium ou de sodium.
- £ Eau.................75 à 100 c. c.
- Bain normal \ A. . ................ 20 c. c.
- pour un 13 x 18 j B.................... 1 c. c.
- f Solution de bromure à 10 °/0 1 à 2 gouttes
- Verser sur la plaque et augmenter les doses de A et B selon la venue de l’image (en ayant soin de sortir la plaque de la cuvette à chaque addition) :
- 1. Si les grandes lumières apparaissent d’abord et si les parties moins éclairées viennent faiblement, mais augmentent progressivement d’intensité (pose normale), on laisse venir les détails et on ajoute de la solution A, s’il est nécessaire pour augmenter l’intensité.
- 2. Si les grandes lumières apparaissent seules avec de fortes oppositions (sous-exposition), on force la dose de B et on a soin de ne pas ajouter de bromure.
- 3. Si l’image se présente uniforme, sans contrastes (surexposition), on charge le bain en bromure (6 à 8 gouttes), et, au besoin, on ajoute de la solution B, mais 1 centimètre cube à la fois au plus. (D’après G. Naudet, La Photographie.)
- 1 M. G. Lavergne emploie non pas le savon de Marseille à base de soude et d’huiles, mais le savon noir ou vert qui est préparé avec la potasse caustique liquide et l’huile de colza, de navette, de chènevis, ...; le produit se trouve dans le commerce sous forme de pâte épaisse, il offre sur le savon de Marseille le double avantage d’être meilleur marché et de se dissoudre plus facilement.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- T)C>
- BIBLIOGRAPHIE
- Leçons sur l'électricité professées à l’Institut électrotechnique Montefiore, par Eric Gérard, directeur de cet Institut. Tomes premier et second. 2 vol. in-8°. 5e édition. Paris, Gauthier-Villars et fils, éditeurs. 1897.
- Ce traité est déjà bien connu et a été apprécié de tous les électriciens. La cinquième édition que nous annonçons aujourd’hui se distingue des précédentes par de nombreux remaniements. L’auteur s’est attaché particulièrement à développer l’étude des machines dynamos à courants continus, et des alternateurs à courants alternatifs simples et à courants polyphasés. Les transformateurs sont également examinés en détail.
- Dans le second volume, nous trouvons des chapitres sur les systèmes directs et indirects de distribution de l’énergie électrique, sur les canalisations, sur les lignes télégraphiques souterraines et sous-marines, sur la télégraphie, la téléphonie, les moteurs électriques, la traction, les lampes et les applications diverses.
- En résumé, cette nouvelle édition de l’ouvrage de M. E. Gérard constitue un des meilleurs traités actuels de l’énergie électrique, r et au courant des découvertes et applications les plus récentes.
- Variations et détermination des temps de pose en photographie. Manuel élémentaire de posochronographie, par
- Georges Brunel. 1 vol. in-lG. Paris, Ch. Mendel, éditeur. 1897. Prix : 2 francs.
- Carnet de l’Officier de marine pour 1897. 19“ année, par Léon Renard, directeur honoraire au Ministère de la marine. 1 vol. in-16. Paris, Berger-Levrault et C‘%
- Ce petit carnet est des plus précieux pour toutes les personnes qui s’intéressent aux questions de la marine. Il renferme de nombreux documents et des renseignements très utiles.
- Les radiations solaires et les couleurs, par Camille Flammarion. 1 brochure in-8. Paris, Société astronomique de France. 1897.
- La photographie et la projection du mouvement, par Georges Brunel. 1 vol. in-16. Paris, Ch. Mendel, éditeur, 1897. Prix : 2 francs.
- Traité élémentaire d’optique photographique à l’usage des amateurs photographes, par Georges Brunel. 1 vol. in-16. Paris. Ch. Mendel, éditeur, 1897. Prix : 2 francs.
- Aslronomia Nautica, par le Dr Giuseppe Nauari. 1 vol. in-16, de la collection des Manuels Hœpli. Milan, 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMETRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 août . . . 14”,1 S W. 1. Peu nuageux. 1,2 Très nuageux ; quelques averses.
- Mardi 21 15*,5 S. E. 2. Très nuageux. Très nuageux; pluie de 16 h. 50 à 18 h. 25; quelques autres averses.
- Mercredi 25 14*, 4 S. W. 3. Très nuageux. 3,2 Très nuageux; pluie torrentielle de 14h. 11 à 21 et de 15 h. 18 à 40; quelques autres averses.
- Jeudi 26 13”,4 S. E. 2. Très nuageux. 16,8 Presque couv.; pluie de 17 à 20 h. 30; quelquefois de la bruine.
- Vendredi 27 18”,0 S. S. W. 3. Couvert 10,7 Presque couv.; pluie de 11 h. 50 à 50 ; bruine dans la matinée ; halo ; éclairs du S E à l’E de 20 h. à 22 h.
- Samedi 28 15”,6 S. S. E. 1. Très nuageux. 0,4 Beau de 20 h. à 2"> h.; nuageux le reste du temps ; halo.
- Dimanche 29 ... . . ... 13”,4 S. 1. Nuageux. 0,0 Couv. de 15 h. à 20 h.; nuageux avant ; beau après ; pluie de 18 h. 15 à 45.
- AOUT 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 23 AU DIMANCHE 29 AOUT.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; tes flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Orages. — Les orages ont été très nombreux pendant le mois d’août de tous côtés.
- A Toulouse, dans la nuit du 19 au 20 août, un violent orage s’est déchaîné dans la partie montagneuse de l’arrondissement de Saint-Gaudens et a causé de nouveaux désastres. — A Marignac, Cierp, Saint-Béat, Guran et Lège, tout ce que l’inondation du 3 juillet avait laissé debout a été dévasté par la grêle. Les habitants de cette région, si cruellement éprouvée, sont dans la consternation.
- A Barcelone, le 20 août, la foudre est tombée sur un bateau entrant dans le port, pendant un orage et a tué un matelot. Les autres hommes d’équipage, sous l’influence de la commotion, sont tombés sans connaissance; Le steamer Velarde les a recueillis.
- A la même date, au cours d’un orage qui s’est abattu sur la commune de Frelinghen, non loin de Lille, la foudre a mis le feu dans la distillerie de
- M" Cuttin. Les bâtiments et le matériel ont été anéantis par les flammes, Les dégâts sont évalués à 140 000 francs.
- Un violent orage a éclaté le 26 août à Fauville dans la Seine-Inférieure : l’eau qui était tombée à torrents avait transformé les routes en véritables fleuves. Les habitants, effrayés au souvenir des dégâts occasionnés par les précédents orages, s’étaient empressés de prendre les dispositions nécessaires pour parer à l'inondation de leurs demeures.
- La foudre est tombée sur le fil télégraphique du bureau de poste et le feu s’est communiqué aux tuyaux de gaz d’un réverbère placé à cet endroit. Il a été rapidement éteint.
- Les 23, 26 et 27 août, à Paris, il y a eu de nombreux orages. La pluie est tombée en grande abondance pendant plusieurs heures.
- A Perpignan, dans la nuit du 28 au 29 août, un violent orage accompagné de grêle a éclaté sur certaines contrées de l’arrondissement de Perpignan. Des dégâts importants ont été signalés aux vignobles de Rivesaltes, de Peyrestortes, de Calce, de Vingrau, de Salces, de Baixas, d’Elne, de Torreilles. Toutes ces communes étaient en pleines vendanges.
- PHASES DE LA LUNE : N. L. le 28, à 3 h. 38 m. du matin.
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- N° 1267 (Il septembre 1897), du journal «LA NATURE »
- ~ " " M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément ( réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —Nous avons le regret de faire part de la mort de M. Léopold Ernest Javal, Directeur honoraire de l’Institution nationale des sourds-muets de Paris. Il était le frère de M. le Dr Emile Javal, de l’Académie de médecine, le savant directeur du laboratoire d’ophtalmologie de la Sorbonne.
- —®— Le 16 mars 1895, le ministre des travaux publics, sur la proposition de M. Le Myre de Yilers, exécuteur testamentaire, acceptait au nom de l’Etat un legs de 300 000 francs, fait par la marquise de Blocqueville, née d’Eckmühl, pour élever un phare de première classé à l’endroit le plus dangereux des côtes françaises. L’endroit choisi par la direction des phares est la pointe de Penmarch, dans le Finistère. Dans le courant d’octobre 1897, on éteindra le vieux phare actuel à éclats blancs prolongés, réguliers de 30 en 30 secondes, et on allumera un feu-éclair électrique à éclats blancs réguliers de 5 en 5 secondes, sur le phare construit à 122 mètres dans le Nord, 76° Est, de la tour actuelle, et qui doit porter le nom de a phare d’Eckmühl ». L’édifice de ce nouveau phare consiste en une tour octogonale en granit, élevant le plan focal à 59 mètres au-dessus du sol et 60 mètres au-dessus des hautes mers. La puissance lumineuse du nouveau feu dépassera 50 millions de bougies. Sa visibilité par temp clair atteindra 49 milles, soit près de 100 kilomètres. Une sirène mue par l’air comprimé produira par les temps de brume des groupes de deux sons d’égale hauteur, durant chacun 3 secondes et séparés par un intervalle de 3 secondes alternant, toutes les 90 secondes, avec un son unique de même hauteur et de 3 secondes de durée. Le nouveau phare d’Eckmühl est considéré comme sans rival dans le monde entier.
- —®— Les pêcheurs à la ligne. Après les trois journées consacrées à Paris, au concours -de pêche, les pêcheurs à la ligne se sont réunis en congrès et ont voté la création d’un syndicat dont M. Ehret a été nommé président. Celui-ci a prononcé un discours très applaudi. Il a insisté sur le but que poursuivent les sociétés de pêche : « Repeupler nos rivières, c’est-à-dire assurer une brandie de l’alimentation énérale, tout en s’amusant. » Notre production de poissons d’eau ouce est, en effet, absolument insignifiante et nous en sommes réduits à avoir recours à tous nos voisins : l’Espagne, l’Italie, la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Angleterre nous en fournissent pour une somme annuelle d’au moins 7 millions ; l’Allemagne, à elle seule, nous en envoie chaque année 1100000 kilogrammes. C’est en luttant contre le braconnage, c’est en étudiant méthodiquement ce qui peut être utile dans une contrée, nuisible dans une autre, que les Sociétés de pêche contribueront efficacement au repeuplement de nos rivières et c’est dans ce but qu’il convient de s’organiser sérieusement, d’examiner parmi les réformes à accomplir quelles sont celles qui présentent le caractère le plus urgent.
- —®— Prouesses de chasseur. On a annoncé que lord Grey, en deux jours, venait de tuer près de mille grouses. Lord Grey a d’ailleure calculé que depuis vingt-huit ans, il avait tué 316 699 têtes de gibier, dont 111190 faisans, 89401 perdrix, 47 468 grouses, "26 747 lapins, 26 417 lièvres, 2735 bécassines,. 2077 bécasses, 1393 canards sauvages, 381 cerfs, 97 sangliers, une douzaine de buffles, 11 tigres, 2 rhinocéros, et 824 classés comme divers. Yoilà un record dont Nemrod serait jaloux.
- —3$— Une excellente mesure vient d’être innovée par la compagnie du chemin de fer d’Orléans. Au moment de donner le signal du départ à tous les trains de nuit et à grandes distances, le chef de train passe devant tous les compartiments et demande aux voyageurs s’ils ne demandent pas à être réveillés au cours du voyage. Les dormeurs sont inscrits sur un registre ad hoc, portant les numéros
- du wagon et du compartiment, ainsi que le nom du voyageur et celui de la gare destinataire. On peut donc dormir à l’aise sans craindre de passer le but.
- —H— De Saint-Lazare au Champ de Mars. Il est depuis longtemps question de doubler, sur une partie de son parcours, la ligne de Saint-Lazare à Auteuil et de la prolonger jusqu’au Champ de Mars où elle se relierait à la ligne des Moulineaux. Ce doublement et ce prolongement sont nécessaires en prévision du mouvement de voyageurs qui se produira en 1900 entre Saint-Lazare et le Champ de Mars. Cette importante opération vient d’être commencée. Depuis le mois d’août, plusieurs équipes de terrassiers ont pris possession des remblais en bordure des voies, entre les gares de la porte Dauphine et du Trocadéro. Les talus en terre seront supprimés et remplacés par des murs droits en meulière, ce qui permettra de gagner un espace suffisant à l’établissement de la seconde voie. Les ouvriers travaillent nuit et jour; la nuit, on enlève les déblais au moyen de wagonnets qui sont remorqués par une locomotive. L’épaisseur dfe la couche de terre est de deux mètres; plus bas, il faut tailler en plein roc. Pour assurer la stabilité du terrain sur lequel passeront les nouvelles lignes, il faudra combler certaines galeries d’anciennes carrières qui existaient sous une grande partie du seizième arrondissement. Ce ne sera pas la partie la moins importante des travaux qui viennent d’être entrepris. A partir de la gare du Trocadéro, la nouvelle voie bifurquera et comportera un tunnel qui sera creusé dans la direction du Trocadéro. La voie déboüchera à ciel ouvert au boulevard Delessert et deviendra aérienne jusqu’à la Seine qu’elle traversera sur un pont à treillis entre le pont d’Iéna et la passerelle de Passy. Les travaux seront entièrement terminés pour l’Exposition de 1900.
- —En Eeosse, l’abaissement soudain de la température s’est fait cruellement sentir. Le 5 septembre, les monts Grampians ont été couverts de neige presque jusqu’à la base ; dans le comté de Perth on n’a jamais eu si froid à cette époque de l’année.
- —On vient de publier en Angleterre la statistique de la récolte du blé dans les ditférents pays, en comparaison de celle de 1896. La récolte pour 1897 s’élève à 456953 000 hectolitres pour l’Europe au lieu de 557 594 600 en 1896. La récolte en France serait seulement de 95 700 000 hectolitres au lieu de 118 575 200. En Amérique, la récolte de 1897 atteint 253 750 000 au lieu de 191 429 000 ; en Asie, de 86130000 au lieu de 100050 000; en Afrique, de 13 340000 comme en 1896; en Australie de 14500000 au lieu de 7975000. Le total général serait de 824673 000 hectolitres contre 870 388 600 en 1896. Le déficit est de 45 700000 hectolitres par rapport à l’année dernière.
- —Immunité de certaines familles contre la tuberculose. M. Dubousquet-Laborderie a présenté à l’Académie de médecine sur ce sujet, au nom de M. Duchesne et au sien, un travail dans lequel il établit qu’une partie de la population de la commune de Saint-Ouen semble jouir d’une immunité particulière vis-à-vis de la tuberculose. Les familles douées de cette immunité habitent le vieux Saint-Ouen : elles sont issues des anciens jardiniers ou maraîchers que leur commerce a enrichis, et qui vivent aujourd’hui dans d’excellentes conditions. A côté de ces familles on trouve à Saint-Ouen un très grand nombre d’ouvriers immigrés des villes ; or, tandis que chez ceux-ci la mortalité générale est de 25 pour 1000 et la tuberculose très fréquente, au contraire dans les familles autochtones dont il vient d’etre question, la mortalité n’est que de 15 pour 1000 et la tuberculose presque inconnue. Sans nier que cette différence puisse être attribuée aux conditions hygiéniques meilleures dans lesquelles vivent ces familles, l’orateur admet qu’il y a eu là une sorte de sélection ayant pu favoriser la production d’une certaine immunité à l’égard de la tuberculose
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- , Adresses relatives aux appareils décrits. — Le projecteur lumineux portatif est fabriqué par M. Brenot, 29, rue des Gravilliers, 5 Paris. — Pour tout ce qui concerne le flotteur pour la natation, s’adresser à M. A. Louiton, à Rambert-en-Bugey (Ain).
- Communications. — M. Zaborowski, à Paris, nous fait parvenir plusieurs brochures intéressantes, dont il est l’auteur et qui sont extraites des Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris : Origine des Cambodgiens; La circoncision chez les Juifs et au Soudan; Malgaches, Nias, Dravidiens!
- M. Pierre Boissaye, commandant du yacht Bédouin, à Nice, nous envoie l’intéressante lettre suivante : « Je lis dans La Nature du 21 août 1897, p. 182 à l’article intitulé : Les naufrages au golfe de Beauduc les lignes suivantes : « Je ne « veux pas m’attacher à rechercher les causes de ces nombreux « naufrages, on en a signalé une, la plus importante, celle qui « découle de la position du phare de Far aman qui, placé en sen-« tinelle devant le danger pour crier gare ! accomplit, par une « fatale obstination de l’administration des phares et balises, au « lieu d’une œuvre de sauvetage, une œuvre de mort. » Et plus loin : « Et ils sont nombreux les navires dont les capitaines « ont été trompés par le feu de Faraman et qui sont venus « croyant « tirer droit sur Planier », se jeter sur ce sable de « Beauduc et augmenter le nombre des sinistres. Il faut avoir « navigué dans ce golfe pour comprendre que l’erreur des capi-« taines est admissible. » L’auteur de cet article, qui sans doute n’est point navigateur, commet une erreur qu’il est, je crois, utile de rectifier. Le service des phares et balises aurait le plus grand tort de supprimer le feu de Faraman, car aucun capitaine un tant soit peu sensé et attentif ne peut le confondre avec celui de Planier, pour la raison suivante : La rotation du phare de Faraman est de 10 secondes et produit deux éclats blancs espacés de 2 secondes. La rotation du phare de Planier est de 18 secondes et produit trois éclats blancs espacés de 3 secondes suivis à 6 secondes d’intervalle d'un éclat rouge. En indiquant les éclats blancs par un cercle blanc et les éclats rouges par un cercle rayé, on peut représenter graphiquement les rotations de ces deux phares de la façon suivante :
- Faraman
- H—I—I—I—I—H
- 5
- ?
- I -t 1 T H—(—+—H .
- a » n <2 U I» 15 16 17 18
- Il faudrait franchement des conditions bien particulières pour qu’un capitaine ne pût distinguer du premier coup ces deux feux. Par un temps clair un navire ne peut pas entrer dans la rade de Beauduc sans savoir parfaitement où il est. Malheureusement les navires ne viennent chercher un mouillage à Beauduc que par les grands coups de vent du S.-E. lorsqu’ils sont affalés au fond du golfe de Lion et qu’ils n’ont pu gagner Marseille. Par ces vents-là, fréquents en hiver, la côte est embrumée, le brouillard est parfois très épais et l’on n’a plus que la sonde pour se guider. Dans de pareilles conditions la navigation devient des plus hasardeuses et des plus dangereuses. C’est là le vrai et le seul motif des nombreux naufrages qui se produisent sur cette côte. Si l’on pouvait toujours apercevoir à temps le feu de Faraman ces sinistres ne se produiraient pas, le malheur est qu’on ne le voit pas lorsqu’on en aurait besoin. »
- Un abonné, à Saint-Quentin, en réponse à la Note de M. Paul Mayor au sujet de la destruction des chenilles (Boîte aux lettres du n° 1264, du 21 août 1897), nous écrit que le champ de tir de la garnison de Saint-Quentin est entouré d’érables. Ces arbres, vers les mois de mai et juin ont été littéralement dévorés par les chenilles. Il y a même certains arbres où pas une feuille n’est restée. On tirait pourtant toutes les matinées
- de 6 heures à 11 heures, et tout près des arbres, et notre correspondant n’a pas entendu dire que le bruit de la détonation ait fait fuir lesdits insectes. Ces dévastateurs ne sont partis-que quand ils n’ont plus trouvé d’aliment pour les nourrir.
- Renseignements. — M. Kiss, à Moulinet. — Consultez le livre Vins mousseux, dans la collection des manuels Roret, à la librairie L. Mulot, 12, rue Hautefeuille, à Paris.
- M. P. Cals, àMarseillan. — La composition de ces rouleaux n’est pas connue exactement; il s’agit d’une espèce de cire-moulée dans des conditions particulières.
- M. A. Lefort, à Paris. — Vous pourriez vous adresser à la librairie Michelet, 25, quai des Grands-Augustins.
- M. A. B,, à Puteaux. — 1° U y a déjà quelque temps que-les journaux ont parlé de la traction électrique des bateaux sur les canaux. — 2° Nous croyons que cet article a paru dans le Génie civil ou la Revue technique.
- M. J. Goffart, à Tanger. — Le chlorure de calcium doit être remplacé dès qu’il commence à s’humidifier. Dans votre cas, il faut laver le tout à grande eau, et laisser sécher après-au soleil; vous remettrez ensuite du carbure de calcium sec.
- M. Worms, à X. — Après un traitement ferrugineux le sang ne contient généralement pas de fer ; il y a davantage de globules après usage d’alcalins. Le fer passe en dehors de l’économie et n’est pas assimilable ; son rôle est très discuté.
- M. Guillemaud, à Paris. — Vous trouverez chez les marchands de produits chimiques toutes les couleurs que vous désirerez; mais il faut connaître l’usage auquel vous les destinez.
- Une lectrice, à X. — Il est probable que l’animal dont vous-parlez était également une supercherie.
- M. A., à Ildefonso. — 1° Fabriques de papier d’étain : M. Ch. Coquillard, à Epernay (Marne), Cie française des métaux, 10, rue Volney, MM. Lambert et fils, 46, rue Saint-Maur, à Paris. — 2° Laminoirs et dégrossisseurs : M. Pernet, 9, rue des Gravilliers, à Paris.
- M. A. Wasintynski, à Kasatin (Russie). — Ce produit ne se trouve pas dans le commerce.
- M. Coscia, à Évian-les-Bains. — La bicyclette électrique Pingault a été présentée le 4 décembre 4896 à la Société des électriciens. Le moteur avait une puissance de 2 chevaux. Les poids étaient les suivants : bicyclette, 44 kilogrammes; moteur électrique, 30 kilogrammes; accumulateurs, 45 kilogrammes. On n’a pas d’autres renseignements sur les accumulateurs que les suivants : au régime de 4 ampères par kilogramme, ils donnaient 34 watts-heure par kilogramme, et au régime de 42 ampères par kilogramme, 25. watts-heure par kilogramme. La bicyclette était de la maison G. Richard, 110, rue d’Angou-lême, à Paris.
- M. J. Courbet, à Lyon. —Nous avons publié une série d’articles sur les cerfs-volants de 1886 à 1892; voyez la table des matières, 2e série.
- M. F. B., a Roanne. — 1° D’après M. Le Châtelier, les mélanges d’acétylène avec l’air commencent à être inflammables à partir de 2,7 pour 100 et cessent de l’être au delà de 65 pour 400. — 2° Nous allons examiner la question.
- M. F. Mercado, à Mexico. — Il serait nécessaire de nous donner de plus amples renseignements pour que nous puissions comprendre ce dont il est question.
- M. L. W., à Tournai. — Vous trouverez les divers appareils pour radioscopie et radiographie chez M. Chabaud, 6, rue de la Sorbonne, et chez M. Radiguet, 45, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- M. L. O., à V. — Vous nous avez demandé une plante servant à faire des haies défensives très rapidement en Normandie. M. J. Poisson, assistant au Muséum d’histoire naturelle, à Paris, a fait, en 1895, à ce sujet, une communication au Congrès de Bordeaux de l’Association française pour l’avancement des sciences. Il recommande le Maclura aurautiaca et le Gleditschia triacanthos. Pour avoir du plant de ces espèces, il faudrait s’adresser à des pépiniéristes d’Ussy (Calvados) : MM. Bouillard-Jouvin,^Colombe frères, Dieulafait (Isaïe), Sebire (P. ) et ses fils.
- Accusés de 'réception. — Avis divers. — M. L. P., à Lille. Cette question exige une longue étude ; nous ne pouvons nous en charger. — M. Dubois, à Brest. Les renseignements que nous avons publiés sont exacts. — M. Leloir, à Blois. Ce récipient ne peut convenir, il est de trop faible capacité. — M. P. G-, h L. Nous avons indiqué plusieurs procédés pour colorer le laiton dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles (1”, 2a et 4° série), à la librairie Masson et C'e. — Un lecteur, à X. Remerciements pour votre communication. ’
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Nouveau buvard. — Le nombre des modèles de buvard est considérable; mais ils présentent tous plus ou moins des avantages et des inconvénients. Il faut dans un buvard : 1° Une élasticité parfaite pour ne pas écraser l’encre en s’en servant ; 2° Un moyen simple, rapide et pratique de remplacer le papier
- Nouveau buvard. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Chariot-fermoir. 3. Bande de buvard enroulée.
- Une cible. — Les jeux d’adresse doivent toujours être recommandés surtout aux jeunes enfants. On s’exerce ainsi peu à peu et l’on se fait la main. Le petit jeu que nous signalons est intéressant à ce point de vue. II se compose d’un pistolet (n° I) dans lequel on place des balles en cire (n° 4) à l’aide d’un petit appareil cylindrique spécial (n° 2). A distance on place la cible (n° 3) formée de plusieurs anneaux concentriques de diverses couleurs. Le cercle entier est pourvu de petites
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- La cible. — 1. Pistolet. — 2. Appareil à charger. — 3. Balles.
- 4. Cible. — 5. Mode d'emploi*................-
- imbibé d’encre par suite de l’usage. Dans le nouveau buvard (n° 1) dont il est question, une large bande de ressort en acier réunie par des griffes (n° 3), autour de laquelle on enroule tout simplement la bande de papier buvard, est maintenue par une partie plate formant chariot à l’intérieur et fermoir à l’extérieur (n° 2), de sorte qu’il suffit d’aplatir le buvard aux deux bouts poür pouvoir faire avancer avec les deux pouces la bande de papier que l’on arrache ensuite à l’endroit du fermoir. Pour remplacer le papier, il suffit d’ouvrir le fermoir, de sortir le chariot de l’appareil et de rouler autour du ressort une nouvelle bande de papier buvard, d’aplatir l’appareil pour y introduire à nouveau le chariot, et enfin de refermer le fermoir. — Le nouveau buvard se trouve chez M. Kratz-Boussac, 5, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Boutons de manchettes. — Rien n’est désagréable à mettre comme des boutons de manchettes. Il faut disposer la tige du bouton, trouver les deux boutonnières en regard l’une de l’autre. Ajoutons à cela qu’il n’y a pas grandes commodités lorsque l’on veut mettre les manchettes sur la chemise endossée. On a inventé divers systèmes pour remédier à ces inconvénients.
- Boutons de manchettes. — 1. Vue d’ensemble. — 2. La lame de ressort inclinée. — 3. Pose dans la manchette. —• 4. Le bouton fixé.
- En voici un autre d’une grande simplicité. La tige du bouton est munie d’une petite lamelle formant ressort (n° 1); cette lamelle peut tourner autour de la tige en tous sens (n° 2), mais seulement sous la pression d’un certain effort. Il suffit alors d’introduire la tige du bouton dans la boutonnière de la manchette (n° 3) et de tourner soit à droite, soit à gauche. La tige a' pris la position (n° 4), et le bouton est maintenu dans la manchette. — Ces nouveaux boutons très commodes se trouvent chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- pointes qui servent à maintenir les balles lorsqu’elles viennent frapper un point. Chaque anneau représente une valeur différente allant en diminuant à mesure qu’on s’éloigne du centre. — La cible est en vente chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Traitement de la coqueluche par la quinoléine.
- (D’après M. le Dr Mariüs Martin.)
- La quinoléine est une huile incolore, d’une saveur âcre, d’une odeur d’amandes amères qui provient du goudron de houille ou est retirée de la cinchonine par distillation avec la potasse. Peu soluble dans l’eau froide, elle est plus soluble dans l’eau chaude et est très soluble dans l’alcool et l’éther.
- Cette substance possède des propriétés antiseptiques assez énergiques pour avoir été employée avec succès dans le traitement de la diphthérie par Seifert. Cet auteur s’en servait comme topique, et par inhalations : il n’est pas sans intérêt de rappeler sestformules :
- Collutoire .
- Quinoléine 'pure. Alcool Eau distillée . à gr. | ââ 50 gr.
- Inhalation
- Quinoléine pure Eau distillée Alcool Essence de menthe . 1 gr» . 500 gr. 50 gr. . X gouttes.
- Cette médication appliquée systématiquement fit tomber la mortalité de 35,2 à 16,6 pour 100. Plus récemment G. Koch préconisa ce même médicament dans la coqueluche. Il prescrivait la quinoléine à l’intérieur à la dose de 0er,25 à 1 gramme par jour suivant l’âge, la’nature et la gravité de la maladie. Il faisait prendre, par exemple, une cuillerée à bouche de la potion suivante toutes les 3 heures^ :
- Tartrate de quinoléine .... Eau distillée Sirop simple 1 gr* | ââ 75 gr.
- Les résultats obtenus furent des plus encourageants : la durée de la maladie parut notablement abrégée, les quintes devenaient plus rares dès la première semaine de la cure.
- Malheureusement, ce médicament a l’inconvénient d’être ( souvent mal supporté par l’estomac. On a signalé bon nombre de fois des vomissements et de la diarrhée. Aussi M. M. Martin a-t-il eu l’idée, sous l’inspiration de son maître M. Weil, de s’en tenir exclusivement aux inhalations. 29 malades 'du service de M. Weil furent soumis à cette médication. Voici en quoi elle consistait : 3 ou 4 fois par jour, les petits coquelucheux du service étaient réunis dans une salle au milieu de laquelle se
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- trouvait un récipient quelconque contenant 100 centimètres cubes d’eau bouillante auxquelles on ajoutait X à XX gouttes de quinoléine synthétique par enfant. Les petits malades respiraient tout en jouant, pendant 15 à 20 minutes, les vapeurs de quinoléine et, pour la plupart, ils aimaient cette atmosphère et ressentaient après chaque séance un très réel soulagement.
- Sous l’influence de ce traitement, les quintes diminuent rapidement d'intensité, et leur nombre décroît, parfois même assez vite. Les caractères de la maladie se modifient : la coqueluche se transforme bientôt en un simple catarrhe bronchique. Enfin la durée de cette affection, essentiellement cyclique, semble être quelque peu réduite.
- La quinoléme paraît ici agir comme antispasmodique et, peut-
- être aussi, comme antiparasitaire. M. M. Martin a reconnu en effet que la coqueluche n’est pas seule influencée par ce médicament : ceux de ses petits malades qui étaient tuberculeux paraissaient retirer grand bénéfice du traitement ; après quelques séances d’inhalation, l’état général et l’état local s’amélioraient d’une façon très sensible.
- Cette médication a pour elle d’être facilement acceptée par les enfants, de ne présenter aucun inconvénient, et d’influencer très nettement la marche de la maladie. Elle peut donc être légitimement essayée. Mais il ne faut pas oublier qu’elle a ses insuccès, de même au reste que tous les traitements qui ont été successivement regardés comme spécifiques et dont la fortune tenait simplement à une série heureuse.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 30 août ... 16",2 S 2. Couvert 0,2 Très nuageux; quelques averses.
- Mardi 31 16",3 S. W. 2. Nuageux. 0,4 Très nuageux ; un peu de pluie à 4 h. ; et gouttes à 17 h.
- Mercredi 1" sept. . 13",8 S. 2. Quelques nuages. 0,0 Beau jusqu’à 6 h. ; très nuageux .ensuite.
- Jeudi 2 . 15",9 S, W. 3. Quelques éclaircies. 0,0 Très nuageux le matin ; puis nuageux ; beau après 18 h., éclairs de S. S. E. à E. S. E. dans la soirée.
- Vendredi 3 11",9 S. 2. Très peu nuageux. 0,0 Peu nuageux le matin; couvert le soir; forte pluie dans la soirée; éclairs à 1 h.
- Samedi 4 10",7 W. S. W. 2. Beau. 11,6 Nuageux; beau après 17 h.
- Dimanche 5. . . . . 9",6 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 6 h. ; couvert ensuite ; gouttes de 14 à 16 h. et quelques autres fois.
- AOUT-SEPTEMBRE 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 50 AOUT AU DIMANCHE 5 SEPTEMBRE.
- Lundl I Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi j Samedi ( Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les (lèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené A 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri ? boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc-Saint-Maur en août 1809
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi,, 756“”,46 ; minimum 749“",73 le 8 à 3 heures du soir; maximum 762"“,96 le 12 à minuit.
- Moyennes thermométriques : des minima 13°,83; des maxima 23°,09: du mois 18°,47; vraie des 24 heures 17°,92. Minimum 9°,7 le 20 à 5‘20 du matin. Maximum 30°,8, le 5 à 2h 15 du soir.
- Tension moyenne de la vapeur 11””,93; la moindre 8“", le 19 à 6 heures du soir; la plus forte 17”“,6 le 11 à 7 heures du soir. Humidité relative moyenne 79 ; la moindre 39 le 6 à 2 heures du soir ; la plus grande 100 en 6 jours.
- Pluie 84”“,1 en 35 heures trois quarts réparties en 18 jours, plus 3 jours • de gouttes le 6, 18 et 19. Les plus grandes pluies sont 24””,4 le 8 et 27"",4 dans les deux jours du 23 au 26. Nébulosité moyenne 60.
- Il y a eu 3 jours d’orage : le 5 à 4 heures du soir, tonnerre loin auS.-E.; le 15 à 1 heure et demie du soir, tonnerre dans l’E.; le 23 de 2“ 50 à 5h 30 du soir, tonnerre assez fort passant au N. du zénith. Le 11 à 9 heures du
- soir, éclairs dans l’E., le 27 de 8 heures à 10 heures du soir. Eclairs dans le S.-E. et l’E.
- Vents très dominants du S. à TW.; puis quelques vents du N. à l’E., généralement faibles et modérés.
- Température moyenne de la Marne 20°,75 ; elle a varié de 18°,61 le 26 à 23°,30 le 5. Toujours basse et claire.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’août 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus bas de 1”“,26; thermomètre plus haut de 0°,29. Tension de la vapeur plus forte de 0“”,94. Humidité relative plus grande de 5. Pluie plus forte de 27"",7. Nébulosité plus forte de 10.
- Relativement aux moyennes normales, l’été de 1897 (juin-juillet-août) présente les résultats suivants :
- Tens. Humid.
- Barom. Therm. vapeur rel. Nébw Pluie.
- Moyennes de la saison 738“”,02 18°,24 11““,76 76 55 208““,5
- Ecarts sur la normale -t- 0,08 -t-0,87 -+-1,09 -+- 2 -t-2 -+-41,5
- Nous avons noté les floraisons suivantes : le 5, tabac ; le 6, hibiscus d’Afrique ; le 28, brugmanusia, deuxième floraison.
- On n’a vu dans ce mois que des hirondelles de fenêtre.
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 5, à 11 h. 22 min. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —Le soleil entre dans le signe de la Balance, le 22 septembre à 6h58m du soir. Ce sera le commencement de l’automne.
- —Le Congrès international de géologie, qui s’est réuni cette année en Russie, a pris fin le 5 septembre. Il avait commencé au lendemain du départ de M. Félix Faure de Saint-Pétersbourg. Les congressistes ont été particulièrement nombreux. Plus de 800 géologues sont venus de toutes les parties du monde. L’idée du Congrès international de géologie est essentiellement française. La première session en eut lieu à Paris en 1878, pendant notre Exposition universelle, dans le palais du Trocadéro; les autres se succédèrent de trois ans en trois ans à Bologne, Londres, Berlin, Washington et Zurich. Toutes furent intéressantes, mais à des degrés divers ; la session russe est donc la septième Elle a été préparée de longue main. Il y a plus d'un an déjà que des circulaires furent adressées aux géologues du monde entier, pour les prier d’assister à la réunion qui se tiendrait, à Saint-Pétersbourg, du 28 août au 5 septembre, et pour leur faire savoir que l’empereur voulait bien leur accorder de grandes facilités de voyage et, spécialement, le parcours gratuit, en lro classe, sur tous les chemins de fer de son immense empire. Cette faveur est vraiment considérable ; car le comité annonçait en même temps que le Congrès, outre les séances dans la capitale, comprendrait des voyages en Finlande, dans l’Oural, dans le Caucase, au mont Ararat, en Crimée. La réception des congressistes a été grandiose. C’est Son A. I- le grand duc Constantin Constantinovitch qui, dans le plus pur français, a souhaité la bienvenue aux géologues. Un second discours a été prononcé par S. A. I. Mma la princesse de Oldenbourg, présidente de la Société Impériale de minéralogie et également très applaudi. Il convient de citer aussi les paroles de bienvenue du ministre de l’Agriculture, M. Yermolov. Si. Capellini, professeur à l’Université de Bologne, a exprimé au nom de tous les congressistes étrangers la reconnaissance qui était dans tous les cœurs. Enfin, le président du Congrès, M. Karpinski, a prononcé une allocution chaleureuse en l’honneur de l’hospitalité russe. Les congressistes sont partis le 6 septembre, les uns pour le Caucase, les autres pour la Finlande, la Crimée, etc.
- —On annonce de Tarbes^que la construction du nouveau pont de bois sur l’Adour vient d’être achevée. Les travaux de terrassement et la pose de la nouvelle voie située à l'est du pont, exécutés sous la direction d’un des ingénieurs de la Compagnie du Midi, M. Fourne, sont entièrement terminés. La nouvelle voie a été raccordée à l’ouest du pont. La voie a été posée par le 5° génie. Malgré les circonstances défavorables, la construction de ce pont a été très rapide. Le 5 et le 6 septembre, on a fait des épreuves de résistance ; les essais de vitesse ont été effectués dans la matinée et dans l’après-midi et ont réussi. Ils ont eu lieu en présence du directeur de la compagnie et de M. Lax, inspecteur général des chemins de fer et des travaux publics. Ces essais ont été jugés suffisamment satisfaisants pour que le trafic ait pu être rétabli d’une façon régulière dans tous les sens : l'express de Bayonne à Toulouse a franchi le pont le 6 septembre, à r 40 du soir. Le personnel de la Compagnie du Midi s’est occupé aussi du repêchage des machines tombées dans l’Adour. La première machine, en partie démontée, a été soulevée par de puissants leviers et, après avoir été posée sur des rails consolidés jusque-dans le lit du fleuve, elle a été attachée à deux autres machines et enlevée de l’Adour. On a procédé de la même façon pour l’enlèvement de la seconde machine. Une équipe spéciale d’ouvriers continue à travailler au démontage de la passerelle en fer tombée dans le fleuve.
- —0— On vient de mettre en place, à l’Hôtel de Ville, l’horloge offerte à la Ville de Paris par M. Lepaute. Cette horloge, qui a figuré à l’Exposition de 1889, a été acceptée par le conseil municipal le
- 26 juillet 1882, sur le rapport présenté par la commission scientifique des horloges de Pans. Placé dans l’étage supérieur du bâtiment, le mouvement actionne les aiguilles du cadran, placées à près de 25 mètres au-dessus, par deux arbres à engrenages. Le mouvement, qui possède des volants modérateurs d’un genre spècial, un double balancier et un réglage électrique, est surmonté d’une mappemonde qui donne l’heure sur tous les points du globe. Il a été remonté hier; ses trois poids, pesant chacun 200 kilogrammes, ont été attachés à des cordes d’acier. L’horloge fonctionne aujourd’hui, avec ses cloches qui sonnent les quarts, les demies et les heures. Une plaque de cuivre gravée a été posée au centre, elle porte ces mots : « Cette horloge, commencée par Henry Lepaute père et terminée par ses fils, a été offerte par eux à la Ville de Paris pour être placée à l’Hôtel de Ville réédifié » .
- —Enfin, après le chemin de fer électrique de Chamonix à la mer de Glace, la commission supérieure des chemins de fer a définitivement approuvé les plans du chemin de fer du Favet à Chamonix, dont voici les principales dispositions t Le chemin de fer sera électrique ; ce sera la première ligne de ce genre sur le réseau P.-L.-M. ; les wagons seront automoteurs et le courant leur sera amené par un rail latéral sur lequel frotteront des balais métalliques, système analogue à celui du chemin de fer du Salève; il n’y aura donc ni locomotive, ni fumée, ce qui n’augmentera pas peu les agréments du parcours. L’énergie électrique sera fournie par deux usines utilisant les eaux de l’Arve avec des hauteurs de chute d’environ 80 mètres et situées : l’une aux Montées Pélissier, l’autre en dessous du pont Sainte-Marie ; ces deux usines fourniront plus de 4000 chevaux et permettront aux trains de remonter sans crémaillère les pentes du tracé qui atteignent 0 pour 100 sur certains points. Le parcours sera exactement de 19,800 kilomètres avec les stations suivantes : le Favet-Saint-Gervais, tête de ligne, Chedde, Servoz, les Houches, les Îîossons et Chamonix. Encore quelques années et espérons que le réseau sera complété et que l’on ira directement en chemin de fer de Paris à Chamonix.
- —' D’après une communication du ministère de |la marine, on connaîtrait enfin la cause de l’accident survenu |au Bruix. La commission chargée de l’examen de la tige avariée a soumis cette pièce à divers essais. Une tapure (fente dans le métal) a été découverte. Elle s’étend de la section de rupture à l’extrémité inférieure de la tige. Cette tapure est une section parallèle aux génératrices et dont le rayon relie obliquement la surface extérieure de la tige à l’évidement intérieur. Ce défaut était absolument invisible, sur la surface extérieure. C’est par des sections perpendiculaires à l’axe que la commission du laboratoire central a réussi à le découvrir, puis à le suivre dans l’épaisseur.du métal. Soit! Mais est-ce bien un défaut? ou une fêlure venue après_coup résultant d’un choc violent?
- —' Un prix pour les horlogers. >M. Victor-Athanase Pierret, décédé à Neuilly-sur-Seine, le 1er mai 1893, a légué à la ville de Paris un titre dé 600 francs de rente 3 pour 100 sur l’état, en vue de la fondation d’un prix annuel d’horlogerie. Le testateur a déterminé comme suit les conditions d’attribution de ce prix : a Cette rente servira à offrir tous les ans un prix en mon nom aux horlogers français qui auront, pendant l’année, créé ou exécuté soit une montre de poche, soit une pendule de cheminée; ces produits devront se distinguer par une idée neuve, ou au moins par une bonne et belle exécution. Dans le cas où ces produits n’offriraient pas l’intérêt désirable, ce prix serait offert à l’élève qui méritera le plus d’être encouragé dans cette, profession. » Par suite des arrérages accumulés du legs, il pourra être attribué en 1897 un prix de 850 francs et trois prix de chacun 600 francs. Les horlogers de Paris qui désireraient concourir en vue de l’obtention de ce prix devront se faire inscrire, du 1er au 15 décembre prochain, à la direction des affaires municipales (bureau central) à l’Hôtel de Ville, à Pains.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — L’autome-sureuse-empaqueteuse est fabriquée par M. II. Dulieux, 22, rue Fontaine-del-Saulx à Lille. — Pour tout ce qui concerne l’appareil à détruire les insectes du Dr Rôrig, décrit dans le n° 1264, du 21 août 1897, p. 192, il faut s’adresser à M. Denaiffe, marchand grainetier, à Carignan (Ardennes).
- Communications. — M. G. Agamennone, à Modène, nous envoie une notice qu’il vient de faire paraître sur Le tremblement de terre d’Aïdin (Asie Mineure) du 19 août 1895, et une brochure ayant pour titre : Il periodo sismico dell'Epiro nel gennaio 1897.
- M. le Dr A. Peyronnet de Lafonvielle, à Marmande, à propos de notre article sur le Roulement sans glissement par billes ou rouleaux (n° 1266, du 4 septembre 1897, p. 219), nous écrit qu’il a imaginé une voiture automotrice dans laquelle se trouvent des coussinets de ce genre désignés sous le nom de paliers à rouleaux alternants. Il nous fait connaître un extrait de son brevet délivré en 1891 sous le numéro 214923 : « Paliers à rouleaux alternant et à coussinets réglables. Pour obvier dans la mesure du possible à l’inconvénient des frottements, j’ai imaginé un système de paliers à rouleaux alternant et à coussinets réglables. Ces rouleaux restent toujours parallèles entre eux et à l’axe des tourillons, et cela sans brides ni couronnes de guidage. Cet effet est produit par l’interposition entre le tourillon et les couronnes de roulement 15 et 16 d’une double couche de rouleaux alternant entre eux, c’est-à-dire que les rouleaux en contact avec les couronnes de roulement reposent en même temps dans l’espace laissé libre entre les rouleaux en contact avec l’axe. Les rouleaux supérieurs 19 sont munis en leur milieu de collets 191 destinés à maintenir la double rangée de rouleaux inférieurs 20 en s’interposant entre eux. Les extrémités de tous les rouleaux sont sphériques et s’appuient sur des parties de même forme de l’arbre et des couronnes de roulement. Les couronnes deroulement 15 et 16 sont séparées, suivant l’axe du palier, par un espace suffisant pour le réglage : elles sont vissées sur une couronne de réglage 17 à pas de vis inverse, et possédant une denture extérieure destinée à serrer les deux coussinets de roulement par l’intermédiaire d’une vis sans fin 18, fixée au corps du palier. Des arrêts 21 reliant les coussinets de roulement au corps du palier, les empêchent de tourner avec la couronne de réglage et facilitent ainsi le serrage des deux coussinets. »
- M. le prince André Gagarine, sous-directeur de la manufacture de canons à Saint-Pétersbourg, à propos de ce même article sur le Roulement sans glissement, nous fait connaître que l’emploi des billes de différents diamètres pour éviter le frottement de glissement n’est pas de l’invention de M. Philippe, comme semble le dire l’article. M. W.-H. Booth a proposé d’autres billes dans le Quarterly Review of Machine Fools en octobre 1894, page 60.
- M. le Dr Constantin, à Paris, nous a fait parvenir un opuscule sur La Réforme de Vorthographe.
- MM. Panajou frères, à Bordeaux, nous envoient la photographie d’une voiture automobile prise aux manœuvres du 48e corps d’armée.
- M. Jésus Ceballos Dosamantes, à Mexico, nous envoie une brochure ayant pour titre : Théorie sur les rayons invisibles (cathodiques, et X). Cette brochure a été éditée à l’imprimerie Eduardo Dublan, à Mexico.
- M. Amando de Seabra, à Lisbonne, nous a fait parvenir un opuscule : Etudes agronomiques. Chimie technologique. Sur la composition et la valeur alimentaire du pain du marché de Lisbonne, au mois de mars 1892.
- Renseignements. — M. H. P., à Paris. — On emploie une broyeuse spéciale qui donne une poudre très fine.
- M. Ê. Pôllatchik, à Alexandrie. — Voici l’adresse que vous demandez : M. Brock, Fireworks C°. C. 0. George
- Newues, Strand Magazine, Southampton Street, London W. C.
- M. J. W. P., à Paris. — Nous avons donné dans Recettes et Procédés utiles, lr® série (Masson et C'° éditeurs), une pâte pour enlever les taches sur une plaque de marbre.
- M. M. L., à M. — Il faut vous adresser directement à M. Watson, 19, rue du Quatre-Seplembre, à Paris.
- M. J. Schtscherbakow, à Moscou, — La société qui construit les locomotives électriques Heilmann est la Société industrielle des moteurs électriques et à vapeur, 38, rue de Laborde, à Paris.
- Raffinerie Tirlemontaise. — La roue Pelton a été décrite dans le n° 1014, du 5 novembre 1892; à cette éqoque, elle était en vente chez MM. Fraser et Chalmers, 43, Threadneedle Street, à Londres E. C.
- M. J. Grange, à Saint-Germain-lès-Arpajon. — Consultez, nos précédentes Boîtes-aux-Lettres, l’adresse est indiquée à plusieurs reprises.
- M. Merlin, à Paris. — 1° Nous ne pouvons vous renseigner, il nous faudrait examiner l’appareil pour vous répondre. — 2° Pas d’adresse spéciale à vous faire connaître.
- M. A., à Saint-Malo. — Nous ne pouvons vous donner ici tous ces renseignements ; veuillez consulter la Revue des chemins de fer, à la librairie Dunod et Vicq.
- M. P. Vicher, à Tours (Savoie). — 1° On sait qu’il existe en Savoie des puissances hydrauliques considérables. — 2° Nous reviendrons un jour sur celte question.
- Un lecteur, à L. (Suisse). — L’adresse que vous demandez est la suivante : M. Chéron, photographe, 14, rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris.
- M. J. Cervera, à Valence. — 1° Pour le phonographe Lioret,
- 11 faut s’adresser 18, rue Thibaud, à Paris. — 2° Nous transmettons votre réclamation à l’administration.
- M. D. Corbeaux, à Epernay. — Le renseignement que vous attendez est donné ci-dessus.
- M. Z. Vasselin, à Paris. — Il est préférable que vous consultiez une agence de brevets; on vous dira exactement les démarches à faire.
- M. G. H., à X. — Nous avons décrit la lampe à pétrole à incandescence Auer, système Ditmar, dans le n° 1254, du
- 12 juin 1897, p. 29. Cette lampe se trouve à la Société française d’incandescence par le gaz, 151, rue de Courcelles, à Paris.
- M. C. Durieu, à Vevev. — 1° Nous n’avons pas cette composition. — 2° Vous pourriez demander de l’alfa à M. A. Paulard, 57, rue Grange-aux-Belles, à Paris. — 3° Cette adresse est indiquée plus haut.
- Un abonné, à Moura. — Moteurs à air chaud ; M. P. Ber-rand, 19, rue d’Hauteville, M. Cadiot, 12, rue Saint-Georges, M. Sergol, 37, rue des Vinaigriers, M. J. Le Blanc, 52, rue du Rendez-Vous, à Paris.
- M. Lemaire, à Pont-Mangis. — Adressez-vous à la maison Château, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. P. de L., à Peyrehorade. — Nous ne croyons pas qu’il soit possible de trouver une solution purement graphique.' w
- M. R. D., à Paris. — U faut toujours calculer la résistance d’une ligne électrique, en admettant une élévation de température. On prend en général 40°. La résistance spécifique ou résistivité du cuivre est alors en pratique de 2 michroms-cenli-mètre.
- M. P. de Martem, à Laizy. — Vente de carbure de calcium et installations d’éclairage à l’acétylène : Société du gaz acétylène, 81, rue Saint-Lazare,. Société d’éclairage, 72, rue Louis-Blanc, MM. Salomon et Cio, 8, rue de Trévise, à Paris.
- Un électricien, à Rio-de-Janeiro. — Vous trouverez du papier pôle chez M. Pitot, 28, rue Saint-Georges, ou à la C‘® de télégraphie et de téléphonie internationales, 22, rue des Sables, à Bruxelles.
- M. E. Vuillaume, à Arbois. — Le carbonyle pourrait en effet être essayé.
- A, dé Ayez, à Paris. — Nous ne pouvons répondre ici à toutes vos questions; vous trouverez tous ces renseignements dans un traité de chimie.
- M. H. Delamain, à Jarnac. — Nous donnons en tête de la Boîte aux lettres l’adresse que vous demandez. ’
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Dumont, à Béziers. Il nous est impossible de faire toutes ces recherches ; adressez-vous à une agence de brevets. — M. Wartelle, à Arras. Nous avons indiqué une recette pour garantir les bouchons dans les Recettes et Procédés utiles, 4e série, à la librairie Masson et Cle. — M. E. Molles Puyredon, à Bruxelles. Hemerciements pour votre communication. — M. Jos. F. Noioack, à Londres. Nous ne comprenons pas ce que vous voulez nous demander. — M. H. Courtes, à Lille. Nous avons reçu vos diverses poésies ; remerciements.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçqes avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Lampe & acétylène de poche. — Nous présentons à nos lecteurs une petite lampe à acétylène de poche. Elle est toute renfermée clans un cylindre de 9 centimètres de hauteur et de 21 millimètres de diamètre. Elle comprend : un réflecteur A, que l’on fixe sur le brûleur et que l’on enlève à volonté, un récipient B dans lequel est tassée de la ouate destinée à sécher
- L’oiseau volant. — Nous avons donné, il y a quelque temps déjà, la description d’un singe qui, au moyen d’un jeu de bobines agissant sur des leviers de longueurs différentes,, grimpait le long d’une ficelle avec des mouvements de bras et de jambes très naturels. Le nouveau jouet que nous annonçons est basé sur le même principe : il s’agit d’un oiseau volant avec des mouvements d’ailes tout à fait naturels (n° 1). Le mouvement du parallélogramme (n° 3), appliqué aux ailes, les fait allonger en avançant et les replie en allant en arrière. En tirant la ficelle qui le maintient, on fait fonctionner le méca-
- Lampe à acétylène de poche. — 1. Vue d’ensemble extérieure. — 2. Coupe intérieure. — 3. Mode d’emploi.
- L’oiseau volant. — 1. Fonctionnement. — 2. Vue intérieure, 3. Mouvement de l’aile.
- le gaz, un réservoir C fermé dans le bas et contenant une éponge humectée d’eau, un réservoir D contenant une provision de carbure. Ces trois pièces s’emboîtent les unes dans les autres à frottement. Pour se servir de cette lampe, on prend quelques fragments de carbure dans le réservoir D que l’on met sur Péponge contenue dans le réservoir C, on remet le récipient B sur le réservoir C et l’allumage peut se faire soit au contact d’une allumette ou même d’un cigare ou cigarette brûlants. Pour la recharger, on enlève le carbure usé et on verse de l’eau sur l’éponge de façon à l’humecter légèrement. Elle est ainsi préparée pour un autre allumage. Les fragments de carbure ne doivent jamais dépasser les bords du réservoir à éponge. Si le trou du bec brûleur venait à se boucher, il faut le déboucher en y passant une aiguille. Afin d’éviter un grippement on a le soin d’imbiber légèrement de pétrole les parties d’ajustage. — La lampe à acétylène de poche se trouve chez M. P. Bertrand, 19, rue d’Ilauteville, Paris.
- Poignée en amiante. — Il arrive souvent que le fer est un peu chaud et que l’on ne peut que très difficilement maintenir dessus la poignée. Il est cependant nécessaire d’avoir une poignée pour guider le fer, et il faut de plus que celui-ci soit
- 1. Poignée en amiante pour fer à repasser. — 2. Coussin en amiante.
- 3. Mode d’emploi.
- parfois assez chaud. M. Renaut a fabriqué une poignée en amiante (n° 1) qui est incombustible et un petit coussin (n° 2) en même substance. Notre repasseuse peut alors travailler sans aucune crainte (n° 3). — La poignée en amiante et le coussin se trouvent chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- nisme(n° 2). A la queue de l’oiseau se trouve, un petit crochet auquel on attache une ficelle destinée à ramener l’oiseau lorsqu’on le fait avancer dans une position horizontale ; si on accroche la ficelle principale dans une position, verticale, l’oiseau redescend tout seul par son propre poids. — L’oiseau mécanique se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- L’huilage des carènes denavires. — Un inventeur,M.Rodolphe Altschul, vient d’imaginer d’huiler d’une façon continue avec du pétrole brut, la partie immergée des carènes de navires, pour faciliter leur déplacement en diminuant les frottements, et empêcher les corrosions et les dépôts de coquillages. Dans ce but, il enveloppe la coque proprement dite d’un revêtement épousant ses formes et constitué de toiles métalliques, maintenues sur des cadres appropriés, et enrobées d’une substance absorbante ; puis il injecte derrière cette enveloppe du pétrole sous pression, qui suinte à l’extérieur, joue le rôle de fubréfiant et remplace même le filage de l’huile par gros temps.
- Chaussures jaunes (Cirage).
- Formule : a Essence de térébenthine. 20 grammes.
- Huile de ricin..........10 —
- Vaseline................40 —
- Cire jaune..............40 —
- b Huile de lin. .... . 10 —
- Curcuma pulvérisé ... 15 —
- Emploi : Faire dissoudre la cire jaune dans l’essence de térébenthine, ajouter ensuite l’huile de ricin et la vaseline. D’autre art, délayer le curcuma dans l’huile de lin. Ajouter le mélange à celui représenté par a en remuant constamment la mixture. Passer.le cirage obtenu sur le cuir en se servant d’un linge propre et sec.
- Procédé pour purifier l’amidon. — MM. Siemens et Halske ont imaginé un nouveau procédé de purification de l’amidon. II consiste à transformer la cellulose de celui-ci en oxycellulose, par l’action d’oxydants et de chlore naissant produits à l’aide de permanganate de potasse et d’acide chlorhydrique dilué. On délaye l’amidon brut dans l’eau froide, puis on le traite au permanganate de potasse jusqu’à ce que ce sel cesse de se décolorer. Le réactif oxydant agit sur les impuretés, et le peroxyde de manganèse se dépose en colorant en brun l’amidon. Pour blanchir simplement celui-ci, on traite à l’acide sulfureux, qui détruit le peroxyde. Pour se débarrasser de la cellulose, on délaye et on agite l’amidon brun dansde l’acide chlorhydrique étendu. Quand le produit est soluble en totalité dans l’alcali, on sépare l’amidon, on blanchit en délayant dans une solution étendue de bisulfite ou d’acide sulfureux, on lave et on sèche.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- BIBLIOGRAPHIE
- La chronophotographie sur plaque fixe et sur pellicule mobile, par Gastine (L.), Commissaire organisateur et membre du jury supérieur de la première Exposition internationale de photographie, à Paris, en 1892. Petit in-8 de Y Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, publiée sous la direction de M. Léaüté, membre de l’Institut. Masson et Cia et Gauthier-Yillars et fils, éditeurs à Paris. Prix : broché, 2 fr. 50, cartonné, 5 fr. .
- Étude élémentaire des objectifs photographiques, par II. Didon, \ vol. in-16, Paris. Librairie générale scientifique et industrielle, H. Desforges, 1897. Prix : 2 francs.
- Traité élémentaire de mécanique chimique fondée sur la thermodynamique, par P. Duhem, professeur de physique théorique à la Faculté des sciences de Bordeaux. Tome II. Vaporisation et modifications analogues. Continuité entre l’état liquide et l’état gazeux. Dissociation des gaz parfaits. 1 vol. in-8. Paris, librairie scientifique A. Hermann.
- Les industries d'art, les écoles et les musées d'art industriel en France (Départements), par M. Mariüs Yachon. 1 vol. in-4. Nancy, Imprimerie Berger Levrault et Cio. 1897.
- Classification des Magmas des roches éruptives, par M. À. Michel Lévy, membre de l’Institut, Directeur du service de la carte géologique de France, avec dessins et planches. Extrait du Bulletin de la Société géologique de France. Au siège de la Société. Paris, 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES ! OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 6 septembre. 14”,1 S. W. 4. Couvert. 2,5 Couvert ; pluie les deux tiers du temps.
- Mardi 7 11”,9 W. N. W. 1. Couvert. 19,6 Très nuageux ; petit brouillard à 6, 7 et à 20 h. ; un peu i de pluie à 16 h. ; halo.
- Mercredi 8 .... . 11”,8 S. 1. Très nuageux. 0,2 Peu nuageux à 1 h. et éclaircis à 7 et 9 h. ; couvert le reste du temps ; quelquefois de la bruine.
- Jeudi 9 13”,0 S. S. W. 2. Couvert. 4,1 Presque couvert ; la pluie cesse vers 2 h. ; pluie fine à 10 h. 10-20.
- Vendredi 10 8",8 N. N. E. 3. Beau. 0,1 Très nuageux à 1 h. et nuageux de 12 à 16 h. ; beau le reste du temps. Nuageux de 12 a 19 h. ; beau avant et après.
- Samedi 11 9”,6 N. N. E. 3. Beau. 0,0
- Dimanche 12 ... . 8”,9 N. N. E. 2. Beau. 0,0
- SEPTEMBRE 1897. ---- SEMAINE DU LUNDI 6 AU DIMANCHE 12 SEPTEMBRE.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 « 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri 4 boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Italie. — Une violente secousse de tremblement de terre du sud-ouest au nord-est a été ressentie le 6 septembre à 4h 11, à Florence.
- Orages et tempête#. — Un violent orage s’est déchaîné, le 2 sep-téilibre, à midi, sur Lyon et les régions voisines. Les éclairs et le tonnerre se succédaient sans interruption ; une pluie, mêlée de grêle, est tombée en abondance. L’orage a continué pendant tout l’après-midi. Dans la soirée, l'orage s’est propagé à Chalon-sur-Saône et jusqu’à Genève.
- Un orage accompagné de tonnerre et de grêle a sévi, dans la nuit du 2 au 3 septembre, sur la région voisine de Lyon et a causé des dégâts très importants à Grandris, Givors, Condrieu.
- A Theize, la foudre est tombée à plusieurs endroits, incendiant plusieurs fermes. A Givors, le Garon, subitement grossi, a emporté une passerelle conduisant à Badan. A Anse, une trombe d’eau s’est abattue à 11 heures et demie du soir. Les routes ont été défoncées. Les dégâts étaient importants.
- A yillefranche-sur-Saône, la pluie a duré vingt-quatre heures et a provoqué une crue du Morgon, a inondé les caves de la basse ville. Plusieurs usines ont dû suspendre le travail. En amont de Villefranche une maison s’est effondrée.
- Un ouragan qui a duré de 11 heures et demie du soir à 4 heures du matin, s’est abattu en même temps, sur la ville de Trévoux. Les rues ont bien-
- tôt été impraticables et coupées en différents endroits. Des grêlons énormes tombaient. Plusieurs murs se sont effondrés. La foudre a causé deux incendies.
- Un terrible accident est arrivé le 3 septembre, à Rochepaule, par suite des dernières pluies. Une maison minée par les eaux s’est écroulée ensevelissant sous ses décombres quatre personnes. L’une d’elles a été tuée. Les trois autres ont été grièvement blessées.
- Le 2 .septembre, une tempête de sud-ouest a sévi sur les côtes de Cherbourg, la mer était très grosse au large et démontée à la Hague. Plusieurs navires de commerce ont dû rentrer en relâche sur rade ; l’avi90 Elan qui était parti de Dunkerque pour Brest a été obligé de relâcher à Cherbourg à cause de l’état de la mer à la Hague. L’escadre du Nord, qui devait se rendre directement à Quiberon en quittant Dunkerque, s’est arrêtée à Cherbourg où elle a complété son combustible.
- Une trombe d’eau s’est abattue, le 3 septembre au soir, sur la Fouillouse, Saint-Galmier, Saint-Just, la Renardière, aux- environs de Saint-Etienne. Dans la première de ces localités, toutes les caves ont été inondées. L’eau est montée jusqu’à 1 mètre de hauteur. Le train parti de Saint-Etienne à deux heures pour Roanne a été arrêté à 50 mètres en deçà de la gare de Saint-Galmier. L’eau a éteint les feux de la machiné et ou a dû ramener le train à la gare de Saint-Etienne.
- La gare de Saint-Galmier a été complètement envahie.
- Les trains à destination de Roanne et de Paris ont été dirigés par la ligne de Montbrison. On n’a signalé aucun accident de personne,
- PHASE DE LA LUNEP. L. le 11, à 2 h. 21 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —Sur la proposition des géologues français, le prochain Congrès géologique international sera tenu à Paris, en 1000, pendant l’Exposition.
- —@— La lèpre en Espagne. La lèpre est encore, à l’heure qu’il est, très répandue en Espagne. El Pueblo, un journal de Valence, déclare que la lèpre a envahi un grand nombre de localités de la côte levantine. Il paraît qu’il y a des villages dans les provinces de Valence et d’Alicante, où il y a 10 à 12 familles affectées de la terrible maladie. El Pueblo cite les localités suivantes comme infestées de la lèpre : Valence, Cruz-Cubierta, Cabagual, Aleira, Carcagente, Puebla Larga, Villanueva, Alberique, Algemesi, Alcudia, Catarraja, Paterna, Liria, Benidorm, Alenblas, Gandia, Simat, Benifayo, Tabernes, Olion, Lauri, Enguera, Olleria, etc., etc. Ce dernier village est le seul où il existe une léproserie. Pour le reste, les autorités ne se préoccupent nullement de l’infection
- —H— Le Journal de Genève rapporte qu’un glissement de terrain très curieux s’est produit, dans le village de Sattel (Schwitz). Là se trouvait, à cinq cents pas environ au-dessus de l’église, l’auberge •du « Rœssli», construite vers 1850 et séparée seulement de la route par la gondole pavée et par un trottoir d’environ un mètre de large. Ce bâtiment a glissé vers dix heures du matin, avec la route et le jardin, le long du versant de la montagne, et s'est arrêté, intact, à 10 ou 12 mètres de l’emplacement qu’il occupait précédemment. Le morceau de la route, la gondole pavée et le trottoir ainsi que les degrés du seuil et le jardin sont intacts ; ils n’ont pas été séparés d’une ligne de la maison, non plus que deux grands ormeaux qui se trouvaient dans le jardin et qui ont été entraînés avec le reste sans avoir soulfert le moins du monde de leur déplacement, et les murs du bâtiment sont aussi droits qu’autrefois.
- —L’administration de l’Exposition a fait récemment des expériences au sujet des procédés employés pour ignifuger les bâtiments en bois de l’Exposition. Ces expériences appliquées à un bâtiment en bois ignifugé ont donné des résultats concluants; les quatre murs en planches et la toiture ont été carbonisés sans donner lieu à aucun dégagement de flamme, de sorte qu’en cas d’accident le fléau aurait pu être enrayé avant de causer des ravages sensibles. Les bâtiments en charpente situés au coin de l’avenue Rapp et du quai d’Orsay, où seront installés, dès le commencement de l’année prochaine, les bureaux de l’Exposition, recevront, les premiers, ce traitement ignifuge.
- —>$$— La construction du pont Alexandre III va désormais être poussée activement. Le Moniteur des Expositions nous annonce que M. A. Picard a reçu de Finlande les échantillons du granit qui doit être employé. Ce granit de nuance rouge et grise, est d’une grande dureté et offre une grande résistance. Le granit rouge supporte une pression de 2877 kilogrammes par centimètre carré, et le granit gris 2672 kilogrammes par centimètre carré. Les prix de ces deux granits, en blocs grossiers, franco à bord à Hango, varient de 140 à 250 francs le mètre cube.
- —1$— Quelques journaux annoncent que l’on a aperçu l’aérostat d’Andrée, le 14 septembre à llh30 du soir, pendant cinq minutes, au nord-ouest, dans le village d’Antzifirowskoïe, district de Yenisséisk. On ne peut accueillir cette nouvelle que sous les plus grandes .réserves.
- —C’est le moment d’indiquer, pour les cordons bleus, la durée de la cuisson à observer pour rôtir le gibier gros ou petit : Bécasse, 50 minutes ; bécassine, 20 minutes ; caille, 20 minutes ; ibec-figue, 20 minutes; coq de bruyères, i h. 15; faisan, 45 minutes; élinotte’, 30 minutes; grive, 20 minutes; lièvre, 1 h. 30; mauviette, 0 minutes ; oie sauvage, 1 h. ; ortolan, 20 minutes ; perdreau rouge,
- 30 minutes; perdreau gris, 25 minutes; râle de genêt, 30 minutes; sarcelle, 30 minutes.
- —On a bien de la peine à déterminer le véritable inventeur du vélocipède, et, comme les sept villes qui prétendaient être la patrie d’Homère, plusieurs nations se disputent l’honneur de lui avoir donné le jour. Les cyclistes français ont élevé, sur une place de Nancy, une statue à la mémoire de Michaud, inventeur, croyaient-ils, de la pédale. II paraît que ce titre peut lui être très sérieusement contesté. Les Münchner Nachrichten le revendiquent, en effet, pour un de leurs compatriotes, le philosophe bavarois von Baader; celui-ci, dès 1820, aurait construit des vélocipèdes en bois et à pédales, qui fonctionnèrent sur la route de Munich à Nymphenbourg, et dont un échantillon se voit encore au National Muséum de la capitale bavaroise. Drais, qui imagina, vers 1816, ces grossières machines de bois qu’on faisait avancer en prenant appui du pied sur la route, était originaire de Carlsruhe, où ses concitoyens lui ont érigé un monument
- —Le Concours ouvert par l’Association des Industriels de France contre les accidents du travail pour la création d’un chapeau de sûreté pour scies circulaires est terminé. Les intéressants résultats de ce concours, exposés dans le Rapport présenté au Conseil de direction par M. II. Mamy, directeur de l’Association, constituent un sérieux pas en avant dans la voie de la prévention des accidents du travail. La même société ouvre un concours public pour la création d’un monte-courroie portatif. Pour tous renseignements, s’adresser au siège de l’Association, 3, rue de Lutèce, à Paris.
- —®— Le déboisement. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les hygiénistes nous signalent les dangers du déboisement, au point de vue de l’hygiène publique. Un nouvel épuisement des forêts vient d’être signalé : il s’agit de la consommation effrayante faite depuis le milieu de ce siècle par l’industrie du papier. Cest aux Etats-Unis surtout qu* la situation deviendrait inquiétante, si l’Amérique n’avait des surabondances de forets. Mais il faut prendre garde néanmoins, car il paraît que celles-ci disparaissent à vue d’œil. Il n’existe pas moins de 2000 usines pour la transformation de la pulpe de bois en papier. Une corde de bois, coûtant de 35 à 40 francs, produit environ 2000 livres de pulpe. En 1895, on a détruit près de 50 000 hectares de forêts; et l’on compte qu’il en sera détruit plus du douille en 1897. D’un autre côté, il a été constaté que pendant l’année 1895, la France et l’Angleterre avaient manufacturé plus de 400000 tonnes de pâte à papier avec des bois importés de Suède et de Norvège. Enfin, un journal à grand tirage absorbe à lui seul une centaine d'arbres par numéro. Si nous n’v prenons garde, toutes les forêts d’Europe seront détruites dans un demi-siècle.
- —®— Navigation sur la -Seine dans Paris en 1896. Alors u’en 1895 il avait été chargé et déchargé dans les ports parisiens e la Seine 3376126 tonnes, on en a chargé ou déchargé 3 425 013 en 1896, soit 48 887 tonnes de plus. Dans tout le ressort de la Préfecture de police, l’augmentation est plus considérable ; de 8 356 302 tonnes en 1895, le mouvement commercial a passé à 8 815 752, soit 459 450 tonnes de plus.
- —Les terres rares sont coûteuses, par définition, et le laboratoire de l’Université de Cornell en sait quelque chose : nous en trouvons la preuve dans un inventaire récemment fait et dont nous conservons les mesures américaines. Le laboratoire possède 300 onces de didymium, qui vaut plus de 35 francs Fonce ; 400 de cérium, dont le prix atteint 30 francs; 30 de lanthanum (175 francs Fonce) ; et enfin des quantités assez importantes de terres encore plus rares qui ne sont même pas cotées sur le marché.
- —La Vie Française, dans un but de décentralisation artistique, vient d’organiser un concours photographique d’amateurs qui s'ouvrira le 15 octobre prochain. Toutes communications, demandes de renseignements et programmes, doivent être adressées à M. Halo, rue du Président-Carnot, à Lyon.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. —Les moules Tye pour soudures se trouvent chez M. Lelorrain, 46, boulevard Voltaire, à Paris.
- Communications. — M. Enrique Parellade, directeur de la Société générale des téléphones à Barcelone, nous écrit la lettre suivante : « Un phénomène bien rare a eu lieu ici, dans les premiers jours du mois de septembre. Pour nous le cas est très intéressant et nous pensons qu’il peut l’être aussi pour tous les météorologistes et pour ceux qui font une étude spéciale des hénomènes électriques naturels. Notre réseau téléphonique à arcelone est formé par 2500 lignes doubles à circuit métallique, environ donc 5000 fds tous aériens, dont deux tiers par câble de 20 et de 40 conducteurs, d’une longueur en moyenne, d’un kilomètre avec quelques mètres de fil de bronze siliceux à leurs extrémités pour aboutir aux installations des abonnés. L’autre tiers, aussi en fil de bronze siliceux de lmnl,l de diamètre, de longueur variable dans un rayon de 3 kilomètres à peu près (circuit urbain), et plusieurs lignes qui dépassent ce rayon, jusqu'à 8 kilomètres, sont formées, à partir de l’extrémité du circuit urbain, par des fils de fer de 2 millimètres de diamètre. Toutes ces lignes aboutissent au bureau central à des tableaux déchargeurs à pointes, construits par la Société industrielle des téléphones de Paris, et puis elles traversent un système de plombs fusibles de sûreté, de 20 millimètres de longueur, fondant à 0,75 ampère. Pendant 8 ans ce système a parfaitement fonctionné; par des tempêtes et orages très violents les fusibles fondus n’ont pas dépassé en moyenne 50 à 60 et toujours sans qu’une seule bobine des appareils de notre bureau central fut brûlé. Le 2 septembre courant il faisait ici un temps magnifique qui s’est maintenu sans interruption pendant toute la journée. Vers dix heures du matin par un air calme de 2 mètres par seconde, un ciel sans nuages, la température voisine de 29° C. à l’ombre, et une hauteur barométrique de 760 millimètres (2 millimètres de variation descendante pendant la journée), plus de 700 fusibles du système ont fondu dans l’espace d’une demi-heure. Les lignes correspondantes aux fusibles fondus ne venaient pas toutes d’un même point, elles venaient sans distinction de tous les points de la circonférence du réseau, de près et de loin. » Pour expliquer cet étrange phénomène, il serait intéressant de savoir s’il n’y a pas eu communication sur un point quelconque du réseau avec une source d’électricité. La fusion des plombs n’a-t-elle pas été causée par des courts-circuits sur une différence de potentiel plus ou moins élevée.
- M. A. Lawrence Rotch nous adresse deux Notices ayant pour titres, l’une : Meteorological investigations in the free air at the Blue Hill observatory, Milton, Mass., et l’autre : On obtaining meteorological records in the upper air by means of lûtes and balloons.
- M. F. Bailly, à Saint-André-de-Cubzac, nous fait parvenir l’intéressante lettre suivante : « Je viens de lire dans le n° 1259 du 17 juillet 1897, page 99, un article sur les illusions de la verticale. Dans cet article, une dame dit avoir observé sur un train de banlieue de Paris, que les maisons semblaient s’incliner pendant toute la durée de l’action du frein pneumatique. 11 me semble que l’explication en est bien simple. Quand les freins agissent, le frottement des jantes des roues sur les freins fait soulever les wagons, de telle façon qu’ils prennent une position inclinée comme s’ils étaient sur une forte pente. Naturellement, les montants des portières passent de la verticale à une position inclinée. Le mouvement est si prompt que, pour les personnes qui sont dans le train et qui regardent plutôt le paysage que l’intérieur du wagon, il semble que ce sont les maisons qui s’inclinent, tandis qu’en réalité c’est le wagon dans lequel on est renfermé. D’ailleurs, les illusions de ce genre-là ne manquent pas en chemin de fer. Tout le monde a pu remarquer que lorsqu'on est dans un train arrêté, dans une
- gare où il y a deux ou plusieurs trains, si le train qui est sur la voie à côté se met en marche, on se demande quel est celui des deux qui part, et ce n’est qu’en regardant un point de repère, soit les bâtiments de la gare, soit un objet fixe quelconque qu’on peut se rendre compte et que l’illusion cesse. Il en est de même lorsqu’on est dans une tranchée un peu longue ; au bout d’un instant, il semble que le train est immobile et que ce sont les parois de la tranchée qui sont en mouvement. Les illusions de ce genre sont nombreuses. Il me semble que cette • explication de l’illusion de la verticale est toute naturelle et la seule vraie. »
- M. H. Petitdidier, à Remiremont, nous envoie le croquis d’une grenouille à trois pattes inférieures. Cette singularité a déjà été signalée à plusieurs reprises.
- Renseignements. — M. N. Pessotzky, à Saint-Pétersbourg.
- — Les adresses que vous demandez ont été données en tête des Boîtes aux lettres des numéros dans lesquels les appareils ont été décrits.
- M. A. C., à Orléans. —Nous ne pouvons nous charger d’examiner des projets de ce genre ; il faut consulter une agence de brevets.
- M. Maurice de Souza, à Lisbonne. — II y a dans ce procédé une série de tours de main que l'expérience seule peut apprendre ; nous n’avons pas de renseignements particuliers à vous indiquer.
- M. Andrea Veroggio, à Geny. — L’adresse de M. Lioret, le constructeur du phonographe que nous avons décrit, est 18, rue Thibaud, à Paris.
- M. Stucada, à Lisbonne. — Société des chaudières et voitures à vapeur Scotte, 56, rue de Provence, à Paris.
- M. Lambinet, à Paris. — 1° L’adresse du fabricant, M. Brenot, est donnée en tête de la Boîte aux lettres du même n° 1267.
- — 2° Pour les annonces, il faut vous adresser à l’Office de
- publicité, 9, rue de Fleurus, à Paris. ~
- M. J. Chardon, à Romans. — 1° On a pu faire des essai» au gaz acétylène avec des moteurs à gaz ordinaire. — 2° Comme nous le disons ci-dessus, il faut vous renseigner à l’Office de publicité du journal.
- M. J. L., à Amiens. — 1° Nous ne comprenons pas votre demande. — 2° Les prix de ces ouvrages sont de 2fr,50 brochés, 3 francs cartonnés.
- M. Z. Vasselin, à Paris. — Voici les renseignements que nous pouvons vous donner sur les moteurs à gaz à deux temps : moteur Stockport d’Andrew, construit par les ateliers Phénix de Gand; moteur Benz, chez MM. Panhard et Levassor; moteur Baldwin, chez MM. Otis frères et Cie, à New-York: moteur frent à the Trent gaz Engine Company, à Nottingham (Angleterre).
- M. G. R. Pà Paris. — 1° Cette pile a une force électromotrice de 1 volt environ ; 2° Au lieu d’eau seule, il est préférable d’employer de l’eau distillée additionnée d’un dixième de sulfate de zinc ; 3° La pile de 20 centimètres de hauteur pour le vase, 7 centimètres pour le zinc et 3 centimètres pour le cuivre, a une résistance très variable suivant la durée de la marche, de 30 à 5 ohms.
- M. le Dt Bribosia, à Namur. — L’adresse a été donnée dans notre dernière Boîte aux lettres et se trouve également indiquée plus haut.
- M. R. G., a Saint-Brieuc. — 1° Vous trouverez tous les renseignements nécessaires sur les fruits évaporés dans le Traité du séchage des fruits et des légumes de MM. Nanot et Tritsch-ler, à la Librairie agricole de la Maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris; 2° Notre collaborateur vous a écrit; la lettre a dû s’égarer.
- M. Machieu, à Bonneville. — Nous n’avons pas de renseignements sur cette pile.
- Un abonné, à N.... — Il serait indispensable de faire des essais pour être fixé à cet égard.
- M. Bcrrière, à Lyon. —Nous vous remercions de vos renseignements ; nous connaissons l’installation dont vous parlez, nous la décrirons quand elle sera terminée.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. R. G., à
- Saint-Brieuc. Nous avons rappelé votre lettre à notre collaborateur.
- — M. D. L.,k L. Nous ne pouvons nous charger de ces achats. — M. G. V., à Lille. Vous serez obligé de remplacer cette machine à bref délai.— 31. A. Liewen, à Moscou. Nous n’avons pas d’adresse de constructeur à vous faire connaître. — M. L. D., à Paris; 31. Dubois, à Marseille. Voyez les Recettes et Procédés utiles, 1™ série, à la librairie Masson et 0“. — 31. G. L., à X, Remerciements pour votre communication. — 31. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins. Votre note a été envoyée à destination.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- BULLETIN ASTRONOMIQUE
- Dressé à l’Observatoire de Paris, d’après les publications du Bureau des longitudes
- OCTOBRE-NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1897. — POSITION DES PRINCIPALES PLANÈTES.
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- VIII
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- PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES ASTRONOMIQUES
- 1897. Satellites. Ocl. , 16 II
- +--* 20 I
- — 25 II
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- Nov. 12 I
- — 17 II
- — 18 III
- — 20 IV
- — 21 I
- — 24 II
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- — 28 I
- Déc. 1 II
- — 2 III
- — 5 1
- — 7 1
- — 12 II
- — 14 I
- — 19 II
- — 21 I
- — 23 I
- — 24 III
- — 26 II
- — 28 I
- — 30 I
- — 31 • III
- Satellites de Jupiter.
- ____ ÉCLIPSES. _____
- Commencement. Fin.
- 17 h. 32 m. 53s.
- 16 h. 40 m. 24s.
- 17 h. 42 m. 8 s.
- 17 h. 24 m. 19s.
- OCCULTATIONS.
- Immersion. Emersion.
- 17 h. 51 m.
- 16 h. 54 m.
- 18 h. 14 m.
- 17 h. 55 m.
- 17 h. 19 m.
- 16 h. 14m. 25 s.
- 15 h. 57 m. 7 s. 18h. 48m. 55s. 18 h. 56 m. 3 s. 17h.50m.18s.
- 14 h. 11m. 45 s. 16 h. 4 m. 48 s.
- 15h.50m.13s. 17 h. 57 m. 48 s.
- 17 h. 32m. 27s. 18h,5im.
- 13h.15m.36s.
- 15 h. 41 m. 15 h. 58 m.
- 17 h. 57 m.
- 18 h. 16 m.
- 19 h. 31 m. 14 h. 0 m. 14 h. 12 m.
- 15 h..53 m. 15 h. 29 m. 18 h.‘ 8 m.
- Occultations des Étoiles par la Lune, visibles à Paris.
- 1897
- Nom de l’étoile Grandeur. Immersion.
- Émersion.
- Oct. 3 y1 Sagittaire. 5,4 6 h. 59 m, 7 7 h. 41 m, 8
- 5 ÿ3 Sagittaire. 5,6 7 h. 54 m, 8 ippulse i 07 du bord.
- 8 \ Poissons. 4,5 9 h. 36 m, 9 10 h. 48 m, 5
- 8 22 Poissons. 5,6 16 h. 28 m, 4 ippulse i U’t du bord.
- 12 . p. Bélier. 5,8 5 h. 33 m. 5 . 6 h. 25 m, 7
- 13 17 Taureau. 4,7 12 h. 5 m, 8 13 h. 19 m, 9
- 13 16 Taureau. 6,4 12 h. 48 m, 0 ippulse b 07 du bord.
- 13 23 Taureau. 4,5 12 h. 54 m, 7 13 h. 57 m, 2
- 15 7] Taureau. 3,2 13 h. 57 m, 5 14 h. 57 m, 9
- 13 28 Taureau. 6,2 14 h. 50 m, 9 15 h. 59 m, 5
- 13 27 Taureau. 4.0 15 h. 5 m, 5 15 h. 57 m, 4
- . 15 125 Taureau. 5,9 18 h. 5 m, 4 19 h. 4 m, 7
- . 16 2058 B.A.C. 6,5 15 h. 14 m, 9 13 h. 25 m, 1
- _ 17 58 Gémeaux. 6,5 19 h. 33 m, 3 17 h. 58 m, 5
- Nov. 17 43 Lion. 6*5 15 h. 53 m, 8 17 h. 7 m, 9
- 18 w* Lion. 5,7 18 h. 19 m, 6 19 h. 13 m, 6
- ___ 20 24034 Lalande. 6,1 16 h. 53 m, 4 17 h. 51 m, 3
- 28 u Capricorne. 5,7 5 h. 26 m, 8 5 h. 42 m, 0
- 50 43974 Lalande. 6,2 9 h. 45 m, 9 10 h. 34 m,J>
- Déc. 5 26 Bélier. 6,4 14 h. 59 m, 8 15 h. 44 ni fl
- 12 d1 Écrevisse. 6,5 9 h. 36 m, 4 10 h. 29 m, 1
- — 17 q Vierge. 5,7 17 h. 11 m, 5 ippulse i 2'0 du bord.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- HYGIÈNE ET SYNTÉ
- Traitement des accès d’asthme par l’arsenic.
- W. Murray recommande dans le Medical Chronicle de couper les accès d’asthme à l’aide de la potion suivante :
- Teinture de stramonium. ... 3 grammes.
- Carbonate d’ammoniaque • • • ) \ sc 50 — de magnésie . . . . ) ®
- Bicarbonate de soude............ 5 grammes.
- Poudre de rhubarbe.............. 0 gr. 50
- Chloroforme.................... X gouttes.
- Eau de menthe poivrée . . . . ââ 100 gr. 50
- Prendre 3 fois par jour une cuillerée à soupe de la potion dans 2 cuillerées d’eau. Quand les accès sont ainsi arrêtés, on fera prendre 2 fois par jour, aux repas, V gouttes de la liqueur de Fowler et le soir une cuillerée de la potion ci-dessus marquée. L’auteur a obtenu par ce traitement d’excellents résultats.
- Le massage dans le traitement de la chorée.
- Un médecin russe, M. le Dr M. I. Fedorov, s’est bien trouvé de l’emploi du massage dans 10 cas de chorée de Sydenham, chez des enfants âgés de 7 à 14 ans. Notre confrère débutait par des effleurages doux du tronc et des membres, puis il passait graduellement à un massage plus énergique auquel il ajoutait, dès que les petits malades étaient suffisamment calmés, des exercices de gymnastique passive sous forme de mouvements rythmés de flexion et d’extension des membres et de la tête. L’influence favorable de ce traitement se faisait sentir dès le troisième ou le quatrième jour, et au bout d’une semaine environ l’amélioration était déjà manifeste.
- Les effets bienfaisants du massage chez les choréiques s’expliquent, d’après M. Fedorov, par la sédation qu’il exerce sur le système nerveux central ainsi que par son action stimulante vis-à-vis de la circulation, des échanges nutritifs et de l’élimination des toxines accumulées dans l’organisme.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 13 septembre 10-, 3 N. 2. Très nuageux. 0,0 Nuageux jusqu’à 15 h.; beau ensuite ; gouttes à 7 h.
- Mardi 11 9% 7 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 9 h.; puis nuageux ; couv. après 13 h.
- Mercredi 15 .... 11*,0 N. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 9 h.; très nuageux ensuite.
- Jeudi 16 11",4 S. S. E. 1. Couvert. 0,0 Presque couv.; quelquefois des gouttes ou un peu de pluie.
- Vendredi 17 11*,8 W. 2. Nuageux. 0,6 Très nuageux ; petite pluie de 2 à 3 h.
- Samedi 18 11 “,3 S. 2. Couvert. 0,0 Couv. jusqu’à 17 h.; peu nuageux ensuite, pluie de 9 h. à 17 li. 15.
- Dimanche 19 ... . 8*,3 W. N. W. 2. Nuageux. . 7,5 Nuageux jusqu’à 17 h.; beau ens.; quelques coups de tonnerre de 13 h. 22 à 14 h.
- SEPTEMBRE 1897. ---- SEMAINE DU LUNDI 13 AU DIMANCHE 19 SEPTEMBRE.
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
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- 35°
- 30°
- 25°
- 20°
- 15°
- 10°
- 5°
- 0°
- 5°
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- 15°
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0. au niveau de la mer): courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en Tunisie. — Dans la nuit du 10 au 11 septembre, à Souk-el-Arba, des secousses de tremblement de terre ont été ressenties à deux reprises : la première à lk 30 du matin bien légère, l’autre à 4h 7 assez violente qui a réveillé toute la population.
- La chaleur en Tunisie. — La chaleur s’est fait particulièrement sentir en Tunisie vers le 11 septembre. La température a atteint 17° à l’ombre. Des incendies dus à la chaleur se sont déclarés en maints endroits dans la campagne. Une colline entière, située h 3 kilomètres de Tunis, a été en feu, à une petite distance de l’hôpital militaire.
- Ouragan au Japon. — Le 9 septembre un terrible ouragan s’est déchaîné à Yokohama; il a causé de grandes inondations, a fait de nombreuses victimes et a occasionné des dégâts considérables. Un croiseur allemand s’est échoué dans le port de Yokohama, mais il a été renfloué sans avaries. La barque norvégienne l'A louette a fait naufrage près de Tokio. Dix hommes de l’équipage ont été noyés. Sur sept survivante, six ont été blessés.
- Inondations en Espagne. — De grandes inondations ont eu lieu les 13 et 11 septembre à Valdepenas à la suite des pluies. Trois personnes ont été noyées. Des secours ont été organisés. La ligne du chemin de fer du Midi a été coupée en deux points et les trains ont été arrêtés à Baracaldo. Plus de cent maisons ont été endommagées par les inondations à Valdepenas. De nombreuses barriques de vin, d’huile et d’alcool ont été emportées par l’eau. Les inondations ont été causées par un petit ruisseau qui traverse la ville et qui a débordé avec une grande rapidité. Les dégâts ont dépassé 5 milliçms de francs.
- Le 11 septembre un train de marchandises conduisant du bétail a déraillé près de la gare du Nord à Madrid par suite des inondations. De nombreux mulets et des veaux ont été écrasés. La circulation a été interrompue.
- A la même date, à Tolède, les trains n’ont pu circuler, des pluies torrentielles ayant inondé la voie. Plusieurs villes étaient également inondées. Les dégâts étaient importants.
- La neige, — Les premiers flocons de neige ont fait leur apparition à Pontarlier le 19 septembre dans la matinée. Les hauteurs environnant la ville étaient couvertes de neige.
- PHASE DE LA LUNE : D. Q. le 19, à 3 h. 0 m. du matin.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —I,a neige a fait son apparition au lac des Quatre-Cantonsdès le dimanche 19, jour du Grand jeune, fête nationale de la Suisse. Elle est tombée avec abondance sur tout le Rigi et môme sur le lac. Il n’est pas rare de voir tomber la neige même en août sur les montagnes ; mais il est très exceptionnel que la neige descende aux bas niveaux même en septembre. Le coup d’œil devient alors féerique. Les arbres sont verts comme au printemps et brusquement on les aperçoit poudrés à blanc. Puis un jour après, le soleil fait fondre la neige et tout le pays reprend ses tons d’admirable vert, ce vert tendre qu’on ne trouve qu’en Suisse.
- —Deux fortes secousses successives de tremblement de terre ont été ressenties en Italie, le 21 septembre à 2 heures de l’après-midi, à Riccione (près Rimini), à Fermo, à Recanati et à Ancône. A Bologne, elles ont été très légères. On n’a signalé aucun dommage; à Ancône seulement, quelques vieilles maisons ont été endommagées. A 2 heures également, deux fortes secousses de tremblement de terre ont eu lieu à Rome et à Pesaro ; elles ont été aussi signalées par le sémaphore de Montconero (Ancône) et par l’Observatoire de Rocca-di-Papa. Une autre secousse a été ressentie assez fortement à Sinigaglia, à Fabriano et à Cagli, et légèrement à Florence. A 2 heures de l’après-midi une autre secousse de tremblement de terre a ébranlé aussi Urbino, où elle a fait tomber quelques cheminées et Rimini où les plafonds de plusieurs maisons ont été crevassés.
- —Tout le monde connaît la mémoire des chiens. En voici un exemple, cité par Le chasseur français, qui n’est pas déplacé en cette saison de chasse. Un cultivateur de Seine-et-Marne, grand chasseur, possède un couple de braques à courte queue, d’une rare intelligence. La chienne surtout est vraiment remarquable : moins puissante de nez que son compagnon, elle fait tuer plus de gibier que lui au bois, grâce à sa rouerie. En battue, elle se tient impassible, assise à côté de son maître. Les lapins roulent, les faisans tombent et se débattent à quelques pas sans qu’elle bronche ; mais elle observe attentivement la chute des victimes et, la battue finie, va sans hésiter les chercher et les rapporte à son maître sans en oublier une seule. Récemment, dans une battue à la Sablonnière, près de Melun, elle se tenait comme d’habitude à côté de son maître. Un lapin arrivant à toute vitesse est peloté proprement, mais la pauvre bête a encore la force de se traîner jusqu’à une touffe de bruyère. Au même moment, et pendant que notre chasseur remet une cartouche, une grande chevrette saute la ligne. Celui-ci relève vivement son canon et envoie à la bête un coup mal assuré qui la blesse grièvement sans l’arrêter. Craignant de perdre une si belle pièce, il lance la chienne à sa poursuite. La chienne rejoint la chevrette et l’étrangle après une lutte assez longue. La battue finie, la bête est chargée sur les épaules des rabatteurs, et l’on se dirige vers une autre enceinte. Personne ne pensait au lapin. On était déjà à trois cents mètres du poste que l’on venait de quitter quand tout à coup la chienne, prise d’une idée subite, repart au galop, sourde aux appels de son maître. Deux minutes après, elle reparaissait triompnante, avec le lapin oublié.
- —$— Le 16 septembre, a eu lieu la vente cU la fameuse treille du palais de Fontainebleau. Divisée en 137 lots, elle a produit un total de 3583 francs. Chaque lot était de 25 kilogrammes environ de raisin. Le lot le plus cher a été payé 44 francs. Le chasselas, bien soigné durant toute l’année, était d’excellente qualité; aussi s’est-il vendu bien plus cher que d’ordinaire. Depuis onze ans, il n’avait pas atteint un tel prix.
- —g— Le phénomène du mascaret s’est produit cette année avec une certaine intensité à Caudebec, le dimanche, 26 septembre, à 8 h. 20 du matin et à 8 h. 41 du soir; le lundi, 27, à 9 h. 2 du matin et à 9 h. 22 du soir; le mardi, 28, à 9h. 41 du matin et à 10 b. 1 du soir; le mercredi, 29, à 10 h. 20du matin et à 10 b. 37
- du soir; le jeudi, 30, à 10 h. 57 du matin et à 11 h. 14 du soir,, le vendredi, 1er octobre, à 11 h. 35 du matin et à 11 h. 57 du soir.
- —On nous promet des études intéressantes sur les machines et chaudières de divers navires. Les trois croiseurs Buqcaud, Chas-seloup-Laubat et Friant ont été construits avec des dimensions de coque identiques et ont été munis chacun d’un système de chaudière différent, afin de faire des études comparatives de ces chaudières; ces études qui n’ont pas été faites, depuis plusieurs années que ces bâtiments sont en service, vont commencer prochainement.
- —@— Il y a, à Paris, 1981 boulangers répartis dans les vingt arrondissements d’une façon fort inégale, le premier arrondissement n’en compte que 51, le onzième en compte 183 et le dix-huitième 171. Ces boulangers ne cuisent plus maintenant leur pain uniquement avec du bois, et quelques-uns ont des fours chauffés au charbon de terre, d’autres, des fours mixtes, chauffés au bois e' au charbon. Sur les 2017 fours fonctionnant à Paris, il existe 1721 fours chauffés exclusivement au bois, 219 fours uniquement chauffés au charbon et 83 fours mixtes. Enfin, en moyenne, Paris, pour cuire son pain, brûle par an 5 784500 falourdes, ce qui représente une forêt plus étendue que le bois de Yincennes.
- —Une statistique anglaise établit qu’il se consomme chaque année, sur la surface du globe, plus de 17 milliards 700 millions de litres de bière de diverses origines. Parmi les pays producteurs, l’Allemagne occupe, bien entendu, le premier rang, car elle brasse, à elle seule, 5 milliards de litres; mais elle est suivie de près par la Grande-Bretagne et l’Irlande qui en produisent par an 4 milliards 790 millions. Viennent ensuite les Etats-Unis avec 3 milliards 200 millions, puis l’Autriche-Hongrie avec 1550 millions. La petite Belgique brasse et consomme à elle seule plus d’un milliard de litres et dépasse, par conséquent, la France dont la production n’atteint pas 840 millions. Dans ce tableau des grandes puissances houblon-nières, c’est la Russie qui occupe le dernier rang; sa production annuelle est, en effet, inférieure à 400 millions de litres.
- —D'après la Revue scientifique, on doit installer à Rouen un pont transbordeur, à 1 kilomètre en aval du dernier pont actuel. Ce pont consistera en une armature supérieure portée par deux pylônes et à laquelle sera suspendu un véhicule, le transbordeur, destiné à recevoir les piétons et les voitures, et à les transporter d'une rive à l’autre. Ce transbordeur mesurera 13 mètres de long sur 10 de large et pourra recevoir les voitures des tramways électriques qui font le service des quais, de sorte que les voyageurs traverseront la Seine sans transbordement. Les rails de roulement se trouveront sur le pont supérieur établi à une hauteur de 48 mètres au-dessus de l’eau, de manière à laisser libre passage aux navires matés. Le transbordeur sera soutenu par des câbles d’acier ; quant au mouvement, il sera transmis par des câbles d’acier passant sur un tambour actionné de l’une des rives, soit par la vapeur, soit par l’électricité.
- —La production journalière d’aluminium est actuellement environ de 6 à 7000 kilogrammes. On compte en France les deux usines hydrauliques de La Prax et de Saint-Michel de 4 500 chevaux donnant 2 500 kilogrammes par jour. En Suisse, l’usine de Neuhausen de 4000 chevaux fournit 2o00 kilogrammes. En Amérique les deux usines de Kensington et des chutes du Niagara, de 1600 chevaux chacune, fabriquent par jour 2000 kilogrammes d'aluminium.
- —La Ligue ornithophile française, fondée à Aix-en-Provence, le 20 octobre 1892, a organisé un Congrès ornithologique pour la protection internationale des oiseaux utiles dans l’intérêt de l’agriculture. Ce Congrès doit s’ouyrir à Aix, le 20 octobre 1897.
- —©— Il est question d’établir à Paris trois lignes de tramways à traction électrique : 1° d’Auteuil à la porte de Saint-Cloud; 2“ d’Auteuil au pont de Billancourt ; 3° d’Auteuil au pont de Saint-Cloud. L’enquête est ouverte du 22 septembre au 22 octobre.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour l’irichromatine dont il a été question dans notre précédent numéro, s’adresser aux ateliers de M. Roudillon, 3, rue Thénard, à Paris.
- Communications. — La Société d’études et d’exploitation des navires rouleurs Bazin, nous a envoyé un exemplaire du rapport sur les expériences du navire rouleur Ernest-Bazin effectuées à la mer le 20 juillet 1897 par M. J. Thé-venet-Leboul, ingénieur en chef des ponts et chaussées et M. M. Dibos, ingénieur maritime, ainsi que la lettre suivante ;
- « Les expériences de roulement sur l’eau récemment faites au Havre au moyen du navire rouleur Y Ernest-Bazin, ont donné des résultats que vous trouverez certainement intéressants et qui ont trait à plusieurs points de l'article de votre collaborateur, M. le commandant G. Nous avons l’honneur de vous faire remettre un rapport de MM. Thévenet-Leboul et Dibos, appelés par nous à vérifier la différence considérable des travaux dépensés sur le même navire, considéré comme glisseur et comme rouleur, et ces Messieurs en constatant que le roulement sur l’eau « constitue un progrès n’ayant pas d’équivalent dans l’art des constructions navales », terminent leur étude très documentée par les conclusions suivantes :
- « Nous pouvons dire que, chaque fois que les rouleurs marchent en harmonie avec le propulseur, l’économie réalisée s’élève à 70 pour 100 et qu’il est certain qu’il existe une vitesse des rouleurs correspondante à une vitesse déterminée de l’hélice, donnant un mouvement général synchrone de propulsion, et par conséquent offrant un maximum d’économie, mais qu’en deçà et au delà de ce synchronisme, l’économie diminue.
- « Si on ne voulait pas bénéficier de cette économie, à égalité de force, l’avantage du roulement se retrouverait dans une augmentation de vitesse.
- « Bref, le principe cinématique sur lequel repose le roulement est forcément vrai à toutes les allures et les résultats constatés sur ce bateau d’expériences n’ont pas de raisons ni de causes pour ne pas exister plus loin dans les allures plus rapides. »
- En ce qui concerne la stabilité générale du navire, MM. Thévenet-Leboul et Dibos, après avoir établi la comparaison avec plusieurs bâtiments connus, concluent que la stabilité initiale du navire rouleur Bazin est plus grande que celle de tous les bateaux actuels.
- L’opinion des marins est loin d’être unanimement déifavorable au type des navires rouleurs considérés comme bateaux de mer; M. le capitaine de vaisseau Vrnnken qui a dirigé toutes les expériences de Y Ernest-Bazin a bien voulu nous donner l'attestation suivante :
- « Pendant les nombreux essais de Y Ernest-Bazin effectués tant en Seine qu’à la mer, j’ai pu constater qu’il gouvernait admirablement sous toutes les allures et qu’il évoluait d’une façon remarquable.
- « Les fréquents mouvements dans les bassins du Havre, soit our les sorties, les entrées, ou les changements de poste 'amarrage, ont la plupart du temps été faits sans le secours d’amarres, lorsque le bâtiment était sous vapeur. C’est dire, en un mot, qu’il tourne très facilement, et qu’avec un peu d’attention et d’habitude, on peut en faire ce que l’on veut.
- « A la mer, avec brise fraîche et mer un peu grosse (lames de 2 m. 50 à 3 mètres), Y Ernest-Bazin s’est parfaitement comporté. Non seulement il n’embarque pas d’eau, pas d’embruns, mais le dessous du plancher des chambres des machines des rouleurs, situées dans la charpente, n’est même pas mouillé.
- « Avec le vent et la mer cités plus haut, Y Ernest-Bazin a navigué sous toutes les allures, sans la moindre fatigue, et ses mouvements m’ont toujours paru plus doux et moins prononcés que ceux d’un navire ordinaire dans les mêmes conditions et
- notablement moins accusés que ceux de nos bâtiments modernes. C’est avec la mer d’environ à 45° de l’arrière du travers, que les roulis ont atteint leur plus grande ampleur (environ 10° à l’estime). Le fait qu’il n’embarque ni eau, ni embruns, prouve surabondamment qu’il se lève parfaitement à la lame. En marche, il ne soulève aucune lame et peut passer à grande vitesse le long des berges d’une rivière ou d’un canal, sans leur causer aucun dommage. Enfin, à la mer, je n’ai jamais constaté de dérive, même avec brise fraîche du travers et de la mer à proportion. »
- Les pilotes du Havre que nous avons employés dans nos différentes sorties, confirment cette appréciation :
- « Je soussigné, pilote à la station du Havre, attaché à la Cie Générale Transatlantique, certifie être sorti avec le bateau rouleur Ernest-Bazin à la marée du matin, le 13 mai 1897, et être rentré au port le soir. Les expériences faites pendant ce laps de temps m’ont permis de constater que Y Ernest-Bazin tient bien la mer par gros temps, car les expériences, commencées en petite rade avec forte brise deN.-E., n’ont pu être continuées qu’en dehors des bouées à la mer basse, où la mer était assez grosse. VErnest-Bazin s’est très bien comporté, gouverne très bien, les rouleurs en marche, et tourne sur place quand ils sont stoppés; il arrête instantanément aussitôt la machine en arrière.
- « En foi de quoi, je délivre le présent pour servir à qui de droit. » « Signé : Auguste Guerrier. »
- « Je soussigné, pilote de la station du Havre, déclare être sorti avec le bateau rouleur Ernest-Bazin, le 12 juillet 1897, et qu’il a été douze heures dehors. Les expériences commencées aussitôt en dehors des bouées, nous avons pris la direction d’aller par le travers' de Caen et viré de bord ; forte brise de la partie du N.-E. ; forte mer du travers. J’ai remarqué que le bateau gouverne bien et se comporte bien dans toutes les conditions, pendant le temps que je me suis trouvé à bord.
- « Signé : Michel Péter. »
- M. A. Boudon, ingénieur des arts et manufactures à Paris, nous envoie également une note sur quelques perfectionnements proposés à la construction des bateaux rouleurs système Bazin.
- Renseignements. — M. P. Guianchain, à Alger. — Vous nous demandez comment se fait l’approvisionnement d’eau d’une locomotive en marche. La prise d’eau en marche est d’usage sur certaines lignes du Lancashire. Voici en quoi consiste le système. Un réservoir est constitué à ras du sol entre les rails dans la partie de voie en palier. Ce réservoir a une longueur assez grande, environ 1 kilomètre. Ce qui permet d’assurer une provision d’eau considérable, provision renouvelée par des pompes installées à petite distance. Pour prendre l’eau en marche la locomotive a en avant et entre les roues, une sorte de tuyau-cuillère, qui laboure au passage comme un soc l’eau du réservoir. De plus une pompe aspire l’eau pendant tout le passage au-dessus du réservoir. Ce système est employé depuis longtemps en Amérique.
- M. J. Plassard, à Saint-Léger-sous-la-Bussière. — 1° Aluminium en plaques : Société française de l’aluminium, 74, rue Amelot; Cie française des métaux, 10, rue Volney ; Société électrométallurgique, 41, rue Notre-Dame-de-Lorette, à Paris. — 2“ Demandez ce détail au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-Roch; on vous renseignera certainement.
- M. E. Marin, à Luserna S. Giovani. — Paratonnerres : Maison Ch. Mildé et Cie, 60, rue Desrenaudes, à Paris.
- M. J. Baert, à Steenbrugge. — Voyez le journal Le Yacht, 53, rue de Châteaudun, à Paris.
- M. Léon Lazo, à Séville. — Voitures automobiles : M. Pan-hard, 19, avenue d’Ivry; MM. Peugeot frères, 22, avenue de la Grande-Armée ; voiturettes Bollée, M. Chauveau, 9, rue Halévv, à Paris.
- M. Pablo Diez, à Paris. — II n’y a pas d’ouvrage spécial sur cette question ; mais vous trouverez divers détails dans le Dictionnaire des Arts et manufactures de M. Laboulave, à la librairie Dunod et Vicq, 49, quai des Grands-Augustins.
- M. Lebois, à Bordeaux. — Vous nous demandez s’il existe un appareil cinématographique pouvant utiliser les bandes de toutes les collections des différents fabricants de vues cinématographiques. Nous pouvons vous faire connaître le nouveau modèle de la maison Gaumont, 57, rue Saint-Roch, à Paris.
- S[ui vient d’être lancé dans le commerce, et que nous avons vu onctionner dernièrement à notre entière satisfaction.
- (Voir la suite de la Boite aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans la « Boite-aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui 'sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- BOITE AUX LETTRES (Suite)
- M. A. Schoen, à Mulhouse. — Nous avons bien reçu votre lettre et nous vous en remercions ; mais le sujet est tout à fait en dehors des questions que nous traitons ordinairement.
- M. J. Thonon, à Liège. — Adressez-vous à MM. Château frères, 118, rue Montmartre, à Paris.
- M. Renguet, à Paris. — Depuis notre dernier article, nous n’avons plus eu aucun renseignement sur cette construction.
- M. P. Merlin, à Genève. — Les appareils de pyrochromie dont vous parlez sont construits par MM. Gillet et Forest, 32, boulevard Henri IV, à Paris.
- M. J. de Jaegher, à Bello Horizonte (Brésil). — Des experts ont été nommés pour étudier les causes de cette catastrophe ; rien ne sera publié avant le dépôt de leur rapport. •
- M. D. F., à Alger. — Nous avons consulté des spécialistes qui pensent que le meilleur moyen, pour faire avec un daguerréotype des photographies sur papier sensibilisé, est encore de photographier le daguerre avec une chambre et d’en faire un cliché par le procédé ordinaire.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. E. Séguêla, à Saint-Gaudens. Nous n’avons aucun renseignement sur cette société, et nous ne pouvons nous charger de ces recherches. — M. D. G-, à L. Adressez-vous à un bouquiniste ; vous ne trouverez cet ouvrage que d’occasion. — M. L. R., à Paris. Il faut avoir un galvanomètre fonctionnant bien et étalonné. — M. G. L., à X; M. A. B, à Brest; M. J. M., à Paris. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lre Série, à la librairie Masson et Cie. — M. Louis Duvau, à Chacé, près Saumur. Nous avons bien reçu votre intéressante lettre concernant le hannetonnage, et nous l’avons transmise à M. Forel. — M. II. G., à X. Nous allons examiner votre note et nous verrons s’il y a lieu de parler de ce sujet.
- PETITES INTENTIONS1
- Nouveau porte-complet pratique. — Depuis quelque temps on a abandonné les anciens porte-habits pour se servir du système dit v Classeur d’habits » ; mais il était nécessaire ou de se servir de deux appareils, l’un pour suspendre le pantalon, l’autre pour le vêtement, ou bien d’accrocher les habits sur un appareil destiné au pantalon et qui, trop étroit, ne soutenait pas complètement les épaules. Le nouveau porte-complet, dont nous donnons la description, réunit ces deux appareils en un seul tout en remplissant entièrement les avantages des deux. Il est
- Nouveau porte-complet.
- pantalon.
- 1. Vue d’ensemble. — 2. Mise en place du 3. Mise en place de l'habit.
- exécuté en fd de fer galvanisé (n° 1) et disposé de façon à former à la distance indiquée par la largeur du pantalon (n° 2) les griffes qui s’ouvrent toutes seules, lorsque le crochet est poussé en dehors de son anneau. On peut placer facilement le pantalon et le fixer en repoussant le crochet en place. Comme les bras de l’appareil dépassent les pinces du pantalon, on place avec commodité les habits par-dessus (n° 3) ; le tout se trouve convenablement accroché et toutes les parties du vêtement soutenues. Les deux extrémités sont écartées pour former la largeur voulue pour appuyer facilement les épaules. —Le nouveau porte-complet est en vente chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- Flacons de colle. — On imagine aujourd’hui toujours de nouvelles dispositions à donner aux flacons de colle pour éviter la forme si connue d’un petit pot dans lequel on vient tremper
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- un pinceau. Parmi toutes les inventions, en voici deux. Un flacon en forme conique (n° 1) renferme de la colle; il est terminé par une petite roulette que l’on fait rouler sur le papier (n° 3) et la colle se répand à l’endroit désiré. Cet appareil que nous avons longuement essayé fonctionne bien. L’autre flacon de colle consiste en un petit sac en étain (n° 2), rempli de
- 1. Flacon à colle
- roulette. — 2. Petit sac à colle, du flacon à roulette.
- 3. Mode d’empb i
- colle forte et se terminant par une tubulure fine où une petite éponge que l’on a soin de mouiller. En prc
- se trouve
- petite éponge que l’on a soin de mouiller. En pressant à la partie inférieure du sac, la colle sort humidifiée. — Le flacon conique à roulette se trouve chezM. P. Bertrand, 19, rue d’Hau-teville, à Paris, et le petit sac en étain est en vente chez M. Kratz-Boussac, dont 1 adresse est donnée plus haut.
- Scie démontable à lame tournante. — Il est difficile d’emporter avec soi une scie, et cependant cet instrument peut être très utile en excursion ou en travail aux botanistes, aux électriciens, etc. La scie dont il est question se démonte entièrement, se renferme dans sa monture et se loge très facilement dans un sac de voyage ou un sac-outil. On voit dans la figure n° 1, la scie complète, nous enlevons le tendeur (n° 2), la partie centrale se détache, et il reste aux extrémités de la lame de scie deux tiges de bois que nous replions sur la lame. Nous ajustons ensuite les 2 morceaux de bois l’un sur l’autre et
- Scie démontable.
- 1. Ensemble. — 2. Parties démontées. 3. La scie repliée.
- nous les maintenons en place par les anneaux du tendeur (n°3) ; notre scie est complètement renfermée. — Cette scie est construite par M. E. Lévy, constructeur, 61 bis, boulevard Saint-Germain ; elle se trouve aussi chez M. P. Bertrand, à l’adresse déjà indiquée ci-dessus.
- BIBLIOGRAPHIE
- Traité complet d'Electro-traction, par Ernest Gérard, ingénieur en chef au service de la traction et du matériel des chemins de fer de l’Etat belge. Descriptions et renseignements techniques. Prix unitaires. Coût d’établissement d’installations. Bésultats d’exploitation. 1 vol. in-8. Bruxelles, P. Weissen-bruch, éditeur. 1897.
- L’ouvrage de M. Ernest Gérard est une étude complète de tout ce qui se rapporte à la traction électrique. Dans un premier chapitre, l’auteur parle des moteurs primitifs et à deux paires d’en-
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- grenages, des transmissions par une seule paire d’engrenages, par engrenages coniques, par chaîne, par vis, etc. 11 donne ensuite le réglage de la marche des moteurs, et divers renseignements sur les moteurs ainsi. que sur la puissance . de la transmission et de la source d’énergie. Le chapitre II est consacré à l’étude des rails conducteurs et du troisième rail, le chapitre J1I à l’étude des doubles conducteurs aériens. Dans le chapitre IV nous trouverons des détails très complets sur le conducteur aérien unique, d’abord en ce qui concerne l’appareillage de la ligne aérienne (circuits, métal, fds aériens, suspension du réseau aérien, protection, prix) en ce qui concerne le retour du courant (recherches, électrolyse, connexions entre rails, perturbations téléphoniques). La troisième partie de ce chapitre passe en revue les installations et exploitations diverses. Les chapitres V, VI et VII traitent successivement des transmissions dans le sol, des accumulateurs électriques et piles primaires, ainsi que des locomoteurs spéciaux pour grands raihvays. On y trouve des renseignements très nombreux et des descriptions fort complètes.
- Le traité d’Electro-traction de M. Ernest Gérard est une publication de valeur qui renferme des documents précieux pour l'ingénieur de tramways ou de railways.
- Annales de l'Observatoire magnétique et météorologique de l'Université impériale à Odessa, 1896, par A. Ki.osovsky. 1 brochure in-4°. — Odessa, imprimerie de la Société des travaux typographiques, 1897.
- La fabricazione dell' acido sulforico, delV acido nitrico, del solfato sodico, dell' acido muriatico, del Dott. V. Vender. — Leghe metalliche od amalgame aluminio, nichelio, me-talli preziosi e imitazioni bronzo, ottone, monete e meda-glie, saldature, dell’ I. Ghersi. — Manuale del chimico e dell' industriale, del Dott. Luigi Gabba. Manuali Hoepli. 3 vol. in-16. Ulrico Hoepli, éditeur. Milan, 1897.
- Caria idrografica d'Ilalia, Relazioni. Venelo. 1 volume in-80. Ministero di agricoltura, industria e commercio. Direzione generale dell’agricoltura. — Roma. 1897.
- The new Psychologg, by E. W. Scripture, director of the Yale Psychological Laboratory, 1 vol. petit in-8°. London, Walter Scott, 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS VENT PEPIE EN
- THERMOMÈTRE DIRECTION ET FORCE ÉTAT DU CIEL OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- 7 HEDRES BD MATIN de 0 à 9 H1 LL i si bu î tt
- Lundi 20 septembre 3*,3 S. 2. Beau. 0,0 Quelq. nuages jusq. 9 h., puis presq. couv.; nuag. après 20 li.; brôuil. sur val. de la Marne à 1 h. Gel. blanche.
- Mardi 21 10»,7 S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 20 h., puis très nuageux; beau après 22 h.; quelquefois de la bruine.
- Mercredi 22 .... 10»,1 S. S. W. 2. Couvert. 0,1 Nuageux à 1 h., couvert ensuite; halo; petite pluie
- dans la soirée.
- Jeudi 23. ...... 13»,9 S. S. W. 2. Couvert. 0,9 Couvert le matin, puis nuageux ; beau après 18 h.
- 21 14»,9 S. 3. Couvert. Brouillard. 0,0 0,0 Couvert le matin; très nuageux le soir ; faible bruine à 8 h. Nuageux jusqu’à 17 h.; beau ensuite; peu nuageux à 21 h.; brouillard de 200 m. à 7 h.
- Samedi 23 12,7 S. 2.
- Dimanche 26 ... . 13”,2 W. 0. Beau. 0,0 Peu nuageux à 19 h.; beau le reste du temps.
- SEPTEMBRE 1897. — SEMAINE DD LUNDI 20 AD DIMANCHE 26 SEPTEMBRE.
- J Lundi | Mardi j Mercredi | Jeudi | Vendredi j Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 ci 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques <baromètre ramené à 0. au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- lift foudre. — Le 18 septembre, la foudre est tombée près de la gare de Champtercier sur un saule au bord de la rivière Bléone. Quatre personnes étaient abritées sous oet arbre. Une jeune femme, âgée de vingt-cinq ans, a été tuée. Son frère, après une forte commotion, a repris connaissance une heure après. Les deux autres en ont été quittes pour la peur.
- Tremblement de terre. — Un fort tremblement de terre s’est produit à Tachkent le 18 septembre à 8 heures du soir causant une certaine émotion. Les pendules se sont arrêtées et les cloches sonnaient. Le tremblement a été ressenti également à Samarcande à 8 heures.
- Orages. — Un violent orage a éclaté le 19 septembre dans la matinée sur Nice et la région. La foudre est tombée sur le phare du cap Ferrât, enlevant une plaque de blindage. Une voiture de tramway passait sur la route de Yillefranche lorsque le cocher, voyant les rochers dominant la
- route vaciller, eut juste le temps d’arrêter ses chevaux. Une partie de la montagne s’est effondrée à quelques mètres près de la voiture, à la grande terreur des voyageurs restes cependant indemnes. La circulation a été interrompue.
- Un orage a éclaté le 19 septembre dans la soirée au Havre et dans la contrée. La pluie est tombée abondamment, ainsi que de forts grains de grêle mélangés de neige. Des éclairs sillonnaient les nues et la foudre est tombée sur le sémaphore d’Octeville, dont elle a fortement endommagé les appareils électriques.
- Au Puy pendant la nuit du 19 au 20 septembre la température s’est abaissée considérablement. La neige est tombée abondamment et les montagnes de toute la région en ont été couvertes d’une couche de plusieurs centimètres. Dans le canton de Craponne, la couche de neige était supérieure à vingt centimètres. La récolte des pommes de terre, très importante dans le pays, a été perdue.
- L’église delà commune d’Aigues-Junies près de Foix s’est effondrée à la suite d’un orage. Il n’y a pas eu d’accident de personne.
- PHASE DE LA LUNE : N. L. le 26, à 1 h. 56 m. du soir.
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- N° T27! (9 octobre 1897), du journal « LA NATURE»
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur eu chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction
- Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —®— La date de la distribution des récompenses de l’Exposition de Bruxelles est fixée, dit-on, au 16 octobre.
- —Une ligne de tramways électriques a été récemment inaugurée à Alexandrie en Egypte. Cette ligne, qui a été construite par la Compagnie française de traction, sous les ordres de M. Cauderay, traverse la ville d’Alexandrie et va jusqu’au dernier village avant le désert. Lors de l’inauguration, le Khédive a suivi toute la ligne et a visité l’usine génératrice située à Karmous, au bord du canal Mahmoudieh.
- —g$— Paris aura peut-être enfin son métropolitain dans quelques années. Les études suivent leur cours. M. Le Châtelier, ingénieur en chef du contrôle des lignes de chemins de fer et de tramways dans Paris, a déposé son rapport sur le projet de chemin de fer métropolitain. Les conclusions de ce rapport sont favorables à l’adoption du projet sous la réserve de certaines modifications de détail. M. Le Châtelier regrette cependant que la largeur de voie adoptée par le Conseil ne permette pas d’utiliser les voitures de tramways circulant sur la voie publique. Le préfet de la Seine a transmis ce document au ministre des travaux publics et à l’inspecteur général. Ce rapport sera examiné à la reprise des séances au conseil général des ponts et chaussées.
- —Ü— Dans les premiers jours du mois d’octobre, la pluie est tombée en très grande abondance dans diverses régions du midi et a causé des inondations. A Ludion, les pluies ont fortement grossi les rivières Oune et Pique. A Juzet et sur le territoire de la commune de Montauban, les prairies ont été complètement envahies par les eaux. A Toulouse, il y a eu une crue assez forte de la Garonne. Sur la haute Ariège, le village de Verdun, emporté en 1875, a été menacé. Plusieurs ponts ont été déjà enlevés. Les usines ont suspendu leurs travaux ; elles ont été envahies par les eaux. Une crue de 3m,50 de l’Ariège a eu lieu. Elle est à peine inférieure de 50 centimètres à celle de 1875. Une trombe s’est abattue, le2 octobre, à 4 heures, sur lé village de Saint-Jean-le-Centenier, près de Privas. La gare, située entre deux montagnes, a été entourée par l’eau qui s’élevait à 30 centimètres aju-dessus des voies. Un train est resté en détresse de 6 h. à 10 b. du soir, les voies ayant été coupées à 50 mètres en amont de la gare à Nîmes. Les grosses pluies ont fait déborder les cours d’eau et ont occasionné des éboulements. Sur certains points, la voie ferrée a été coupée entre Saint-Ambroix et Robiae sur un parcours de 300 mètre§. Le 3 octobre, à la suite de fortes pluies à Toulouse et dans la montagne, la Garonne a éprouvé une forte crue. A midi, les eaux atteignaient 2m,20 au-dessus de l’étiage. D’autre part, tous les affluents avaient cru. Vers 6 heures la Garonne était montée à Toulouse à 4 mètres. La prairie des Filtres était envahie. A Montauban, les eaux du ravin de Sainte-Christine, débordant et grossies, atteignaient les greniers des maisons. Les champs étaient ensablés, les rues étaient remplacées par une couche de gravier variant entre lm,50 et 3 mètres. La commune est ruinée pour plusieurs années. Les habitants ont été obligés de se sauver pendant la nuit. A Juzet la route a été coupée en plusieurs endroits et les désastres ont été encore plus grands qu’à Montauban. Tout a été envahi par une avalanche de pierres. Il y a eu quelques dégâts à Antignac, Moustajon et Salles. A Saint-Béat, la Garonne couvrait les rues. Le Salat a débordé à Salies et à Mazères. A Fos, les communications ont été interceptées. ' Dans toute la région on a signalé des inondations.
- —$— La Dent du Midi, dans le Valais, possède actuellement un animal tout à fait extraordinaire : un chat touriste. Le chat en question est une petite bête blanche et grise, que l’on voit ordinairement aux environs du pied de la dent du Midi, non loin de Salanfe. Il vient à la rencontre des alpinistes qui s’apprêtent à faire l’ascension de la
- montagne, et les suit comme un chien ; il les accompagne jusqu’au sommet [3185 mètres), puis redescend avec eux. Comme ae juste, ce singulier promeneur bénéficie des reliefs des provisions emportées ar les touristes humains auxquels il se joint. Il n’y a pas qu’aux yrénées que l’on trouve des chats excursionnistes. Il n’est pas rare de voir aussi en Suisse les chats suivre les pensionnaires des hôtels comme le feraient des chiens, gravir et descendre des montagnes et revenir fidèlement au logis.
- —Un brouillard intense a enveloppé, le 28 septembre, vers il heures du soir, une partie de la rive gauche de la Seine à Paris. Sur le boulevard Saint-Michel, la circulation était devenue difficile. Ce brouillard épais finissait net au pont Louis-Philippe. A partir de cet endroit, la limpidité de l’atmosphère était absolue. Un brouillard analogue a couvert Marseille dans la soirée du 27 septembre et a donné à cette ville, disent les dépêches, un aspect londonnien. 11 a duré toute la journée du 28 et dans la soirée son intensité s’est beaucoup accrue. A l’entrée et à la sortie du port, les navires ont subi un retard considérable. Les remorqueurs ne pouvaient plus aller avec leur vitesse ordinaire, de peur d’accidents. Plusieurs vapeurs n’ont pu prendre le large.
- —@— Le marcheur Grandin, qui depuis six ans a parcouru à pied 75000 kilomètres en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie Mineure, vient d’arriver à Asmara (colonie de l’Erythrée), à quelques journées de marche de la frontière de l’Abyssinie.
- —Il— La culture du homard en Angleterre. Le homard américain a pu, depuis quelques années, être élevé de façon artificielle. M. F.-ll. Herrick a publié sur ce sujet une série d’importantes recherches. En Europe, il avait été impossible de réussir jusqu’ici à part quelques exceptions. D'après Nature, des expériences faites sur le homard des côtes anglaises, auraient eu plein succès à Falmouth. M. J.-T. Cunningham a obtenu des larves qui ont subi toutes leurs transformations en captivité, et atteint la forme adulte. La proportion des larves qui se sont ainsi développées est faible; mais on peut espérer, avec des soins, l’augmenter et rendre la culture artificielle du homard une opération susceptible d’application industrielle.
- —®— M. le Dr Monnier a fait connaître un fait bien curieux à l’Académie de médecine. Un enfant de cinq ans avait avalé une pièce d un franc. L’enfant pensa s’étrangler et pendant longtemps fut sous le coup d’accidents très sérieux de suffocation. Tous les remèdes employés furent inutiles. Un an se passa sans que la pièce fût rendue. On eut dernièrement l’idée de le faire soumettre à la radiographie. L’épreuve montra la pièce de monnaie arrêtée au niveau de la jonction de la troisième avec la quatrième vertèbre dorsale, dans le canal appelé œsophage qui établit, comme on le sait, une communication entre la bouche et l’estomac. L’enfant entra à l’hôpital où le Dr Monnier lui ouvrit ce canal et enleva ensuite la pièce avec une longue pince. L’enfant fut très malade pendant dix-neuf jours. Aujourdhui il est guéri.
- —®— La tuberculine du Dr Koch n’a pas donné jusqu’ici des résultats bien remarquables. Elle s’est montrée impuissante dans 27 cas dont 15 observés à Greifsward et 12 à Hambourg. Le Dr Banduk, du sanatorium de Sehœmberg, a cru pouvoir constater dans 12 cas des résultats favorables. Le I)r Herzfeld, qui a traité 7 tuberculoses du larynx par la tuberculine, n’a constaté que dans un seul cas un résultat favorable.
- —®— Une intéressante expérience vient d’être faite. Au cours des essais qui ont été effectués par le Formidable, destiné à l’escadre active de la Méditerranée, il a été fait emploi, par ordre spécial, de charbon aspergé de pétrole. Un rapport parvenu au ministère annonce que par ce procédé, la vitesse du cuirassé a pu atteindre 15 nœuds et demi au lieu de 14 nœuds et demi, moyenne qui n’aurait jamais été dépassée; ce résultat constituerait pour nos bâtiments de guerre un avantage fort appréciable.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour ce qui concerne la pompe pneumo-barométrique de M. Alban, s’adresser à la Société centrale de produits chimiques, 44, rue des Ecoles, à Paris. — Le fumogène se trouve chez M. Brenot, 29, rue des Gravilliers, à Paris. — Pour les moteurs Gardie, décrits dans le n° 1269, du 25 septembre 1897,- p. 266, s’adresser à la Société des moteurs Gardie, 7, rue Copernic, à Nantes.
- Communications. — L'abonné n° 1283, à Valence, à propos de notre article sur l’ambre gris (n° 1267, du 11 septembre 1897, p. 234) nous écrit la lettre suivante : « Au sujet de l’article fort intéressant que vous avez publié sur l’ambre gris, et sur la région où se récolte ce précieux produit, permettez-moi de vous faire la communication suivante : Je tiens d’un négociant français établi à Djibouti, où je l’ai rencontré à mon passage il y a environ deux ans, que l’ambre gris se trouve non seulement dans le Pacifique, mais aussi sur les côtes du golfe d’Aden, où les indigènes le recueilleraient au milieu des débris apportés •par le flot sur les sables de la côte, procédé moins dangereux que celui qui consiste à se livrer à la pêche du cachalot. 11 paraîtrait qu’il y a quelques années, un petit prince arabe des environs d’Aden, se trouva subitement enrichi par le dépôt, sur son ruban de côte, d’un banc d’ambre gris. »
- M. C. Haffher, à Bordeaux nous transmet l’épreuve d’une photographie assez curieuse qu’il a obtenue le 25 août dernier, au bord de la mer, sur les rochers de la Cône, à Fouras (Charente-Inférieure). La photographie représente un groupe de personnes sur les rochers* Indépendamment des personnages, l’épreuve nous montre, au-dessus et à droite, comme une silhouetté de ce groupe. La silhouette a les mêmes nuances relatives que l’original, les personnes très ombrées étant figurées en noir, les autres (particulièrement les dames en toilette claire du premier plan! étant indiquées par Une tache blanche. Cette silhouette reproduit à gauche des rochers non représentés sur la photographie. Le cliché a été pris, en instantané, à 5 h. 30 du soir, par un temps clair, bien que le ciel fût assez couvert de nuages, le soleil se trouvant en arrière et à droite de l’opérateur. Le fait ne peut s’expliquer que par un mirage, qui se serait trouvé reproduit en même temps que le groupe. Mais, ce mirage, notre correspondant ne l’a pas remarqué au moment de l’opération.
- M. Paul Hollande, au chateau de Beauregard, commune de Laissaud (Savoie), nous écrit la lettre suivante : « Le 3 septembre nous avons eu une chute de grêle, remarquable par les dimensions de ses grêlons. Beauregard, à vol d’oiseau, est, à l’ouest, à 4 kilomètres du massif de la Grande Chartreuse ; à 1 est, à 5 kilomètres de la chaîne de Belledonne, tandis qu’au nord se développe le massif des Beauges et, au sud, la vallée du Graisivaudan. Vérs 6 heures du matin, le tonnerre grondait sur le massif de la Grande Chartreuse ou se déchaînait un violent orage; Beauregard était alors admirablement ensoleillé, la chaîne de Belledonne était envahie par de gros nuages, tandis que les Beauges étaient brumeuses. Peu à peu l’orage de la Grande Chartreuse gagna l’extrémité ouest des Beauges poussé par un vent du sud-ouest. La pluie abondante, tombée àl’extré-mite de la combe de Savoie, du coté de Chambéry, provoqua dans le bas de cette combe un vent violent dirigé du nord-ouest au sud-est; quelques gouttes de pluie tombèrent alors à Beauregard. C’est aussi vers 10 heures, que le tonnerre se mit de la partie du côté de la chaîne de Belledonne, l’orage se dirigeant ici du sud au nord. Lentement le ciel de Beauregard se couvrit de gros nuages qui, sous l’action de vents contraires venant surtout du nord-ouest au sud-est et du nord-est au sud-ouest, tourbillonnaient à quelque mille mètres au-dessus de nos têtes. Nous reçûmes bientôt de la pluie qui tombait surtout à la suite de coups de tonnerre grondant, par rapport à nous,
- tantôt à l’ouest, sur le massif de la Grande Chartreuse, ou au nord sur le massif des Beauges, à l’est sur la chaîne de Belledonne, ou encore au-dessus de nous. Subitement, vers midi, le ciel devint tout noir au nord-est, et une grêle épouvantable, d’abord non accompagnée de pluie, s’abattit furieuse sur Beau-regard ; pendant une à deux minutes nous reçûmes une volée de grêlons dont le poids variait de 15 à 50 grammes. Pendant ce court intervalle de temps, la plupart des vitres des fenêtres de Beauregard furent trouées comme à l’emporte-pièce, par les gros grêlons. Pour le plus grand nombre la force de projection était telle, que la vitre fut percée par un simple trou pour leur donner passage. La forme des petits grêlons était, pour la grande majorité, en lentilles biconvexes, quelques-uns cependant étaient assez régulièrement sphériques, d’autres plus gros étaient complètement irréguliers (fîg. 1). Les plus petits étaient limpides, les moyens et les gros (fig. 2) présentaient au centre une masse de teinte opalescente souvent enveloppée par une couche de glace limpide. Les plus gros étaient tous à contours irréguliers et visiblement formés par l’agglutination de petits grêlons (fig. 4.) lien était de même pour un grand nombre de moyens (fig. 3). Les grêlons soudés étaient opalescents au centre, tandis
- que le ciment de glace qui les réunissait était limpide. Il n’est pas douteux que la formation de ces grêlons doit être attribuée à un mouvement giratoire descendant, dû à la rencontre de vents contraires. Notons que cette chute de grêle, dans la vallée de Graisivaudan, a couvert une surface de plus de 1000 kilomètres carrés ; les dégâts ont été considérables, surtout sur les tabacs et les vignes. J’ai pu-observer le fait d’une façon certaine, et j’ai pensé à vous le communiquer. »
- Mme J. Lefebvre, à Dieppe, nous a adressé deux magnifiques photographies d’une trombe qu’elle a pu observer pendant 17 minutes, le 19 septembre.
- SJlf.L. Labarre, à Dieppe, nous envoie sur cette même trombe les renseignements suivants : « De gros nuages noirs s’avançaient venant de l’horizon, lorsque tout à coup une trombe d’eau se forma entre la mer et les nuages. Sur une assez grande surface la mer répandait de transparents nuages d’eau volatilisée, et, du centre du tourbillon s’élançait, jusque dans les nuages, une longue colonne grisâtre d’aspect assez dense. Cette colonne était amincie en son milieu et s’élargissait considérablement à sa partie supérieure. Elle avança rapidement et atteignit bientôt la grève près des falaises. Des oiseaux furent entraînés dans le tourbillon ascensionnel. Enfin la colonne se sépara en deux parties qui disparurent rapidement sous l’action du vent. Une bourrasque et une averse de grêle succédèrent au phénomène. »
- (Voir la suite de la Boite aux lettres page 3* des Nouvelles scientifiques.)
- Dans La « Boite mu lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à dts sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les Questions, m à insérer toutes les communications. — Il n’est répondu qu'aux Je tires reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- BOITE AUX LETTRÉS [Suite)
- Renseignements. — M. Frater, à Clermont-Ferrand. — Vous trouverez un traité élémentaire du jeu de whist, par Bernard, à la librairie Delarue, 5, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. H. Gascon, à L’Arba. — 1° Remerciements pour votre communication. — 2° Il faut vous adresser au Directeur du Bureau météorologique de France, 176, rue de l’Université, à Paris.
- M. E. M., à Paris. — 1° L’éther peut être utilisé. — 2° Nous ne connaissons pas.
- M, Calbet, à Chatou. <— 1° Ces appareils ne sont pas encore bien pratiques. — 2° Toutes les annonces regardent l’Office de publicité et non la rédaction.
- Un abonné, à Yaldelamusa (Espagne). — Le Génie civil, 7, rue de la Chaussée d’Antin; La Revue technique, 10, rue Saint-Joseph, à Paris.
- M. Claude Dervieux, à Vienne. — 1° Il aurait fallu faire l’analyse du produit pour pouvoir vous renseigner. — 2° Nous transmettons votre demande de livres à la librairie Masson.
- L'abonné 1739, à Chambolle. — Nous croyons que le fonctionnement du siphon laissera à désirer ; il pourra se former souvent des poches d’air.
- M. Ai B., à X. — La tige du paratonnerre et toute la ligne doivent être biên isolées sur leurs supports et sur tout le parcours. La communication avec la terre doit être aussi bonne que possible : vous trouverez divers petits traités à ce sujet à la librairie Michelet, Bernard Tignol, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. H. G., à Bruxelles.— Nous avons déjà publié un article sur le portrait composite, portrait, de famille, portrait de race dans le n° 775, du 7 avril 1.888, p. 389.
- Accusés de réception. — Avis divers. — Un abonné, à X. Nous ne croyons pas qu’il y ait des installations de ce genre à visiter. — M. H. Mackenstein, à Paris. Remerciements pour votre communication; nous avons déjà reçu des photographies et des renseignements concernant ce même phénomène. — il/. T. Maiheus, à X. Revoyez nos Boites-aux-Lettres précédentes; nous avons déjà parlé de cette question. — M. ti. Benoit, à Paris. Nous avons reçu votre Note et nous vous en remercions ; mais nous ne pouvons revenir sur le sujet.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES ~
- La destruction des chenilles du chou. —M. Ch. Wendelen dans le journal Chasse et Pêche, indique une recette de bouillie bordelaise qui lui a donné de bons résultats pour combattre les chenilles du chou. Les papillons ayant été très abondants à celte époque, les chenilles furent aussi nombreuses quelque temps après ; pour les éloigner des choux, M. Wendelen employa le
- mélange suivant î
- Eau.............................. 100 litres.
- Sulfate de cuivre....................... lkg,500
- Chaux éteinte........................... lkg,500
- Mélasse.................................. 0k‘,250
- Cette bouillie appliquée aux choux, dès que les chenilles commencent à y exercer leurs ravages, a d’excellents effets; elle détruit les parasites, et le légume même ne soutire aucunement du contact.
- Le vinaigre salé. — Pour toutes les préparations où l’on fait entrer du vinaigre et du sel, il y a tout avantage à dissoudre d’abord le sel dans le vinaigre ; car le sel se répartit bien plus uniformément. Ainsi, pour bien réussir une salade, il faut d’abord mettre le vinaigre au fond du saladier : puis ajouter le sel en l’écrasant pour le faire fondre plus vite. On verse alors l’huile et enfin on ajoute le poivre en le faisant tomber dans l’huile qui le mouille très promptement. On remue vivement le mélange, on ajoute la salade et oh retourne. Quand il s’agit d’une salade de légumes (pommes de terre, etc.), il est nécessaire de mouiller d’abord les légumes avec un peu de vin blanc : autrement les légumes absorberaient tout de suite le vinaigre. On comprend qu’il y a grand avantage à employer du vinaigre saturé de sel : on ajoute du sel fin [en excès) dans la bouteille de vinaigre ; on agite et on tire à clair ou bien on filtre sur un tampon de coton. Le vinaigre salé se conserve beaucoup mieux que le vinaigre ordinaire. On ajoute d’ailleuns du sel au moment de l’emploi, si on le juge nécessaire.
- que le sel blanc. Mais il arrive souvent que le sel gris manque sur la place de Paris où les sels blancs de l’Est et du Midi arrivent en très grande abondance. Comme les consommateurs continuent à demander du sel gris, les marchands de sel en gros le préparent avec du sel blanc à l’aide d’un procédé‘fort simple. Le sel blanc est pelleté sur le sol du magasin avec un peu de boue : opération malpropre et plutôt nuisible à cause des innombrables microbes contenus dans la boue. Conclusion : renoncer absolument au sel gris. :
- Nettoyage de l’albâtre. — Au bout d’un certain temps l’albâtre prend une teinte jaune désagréable : pour lui rendre sa couleur, le laver à l’eau de savon, puis à l’eau pure tout simplement, en évitant soigneusement les éraillures. On peut sécher avec une peau de gant.
- Étanchéité des joints de récipients métalliques. — Quand il ne s’agit pas, bien entendu, de réservoirs destinés à contenir de la vapeur, on obtient de bons résultats en interposant; entre les deux parties qui se recouvrent pour former le joint, une bande de papier d’emballage enduit de céruse.
- Goudronnage des toits. — M. ,Webb conseille, pour passer au coaltar les toits en planches, de le délayer avec une quantité suffisante d’huile de résine ourase, de façon qu’il ait une consistance suffisamment liquide, et de l’appliquer nôn pas avec un pinceau à peinture, mais avec un balais un peu dur.
- IIYI.IKNK ET SANTÉ
- Traitement du coryza chez les enfants lymphatiques.
- . 1° L’exagération des sécrétions nâsalôs sera combattue par les inhalations souvent répétées de ;
- Teinture d’iode............. . 15 grammes.
- Teinture de lavande . . . . . 2-grammes.
- Essence de Bergamote......... 5 gouttes.
- 2° Et si la douleur accompagne l’écoulement nasal, on introduira dans chaque narine une boulette de coton hydrophile imbibée de la solution ;
- Chlorhydrate de cocaïne Glycérine purifiée . . Eau de laurier-cerise.
- 25 centigr. ââ 25 grammes.
- 3° A l’entrée de la nuit on fera renifler dans chaque narine une quantité de vaseline horiquée équivalente à une noisette.
- 4° Chaque matin, les fosses nasales seront au réveil, largement humectées d’eau salée tiède, à l’aide d’une éponge ou d’une serviette mouillée.
- 5° Ce lavage sera remplacé quelques jours plus tard par un lavage avec la solution d’alun froide à 10 ou 20 pour 100 (d’après le Dr Dauchez).
- Le tribromure de salol.
- M. le docteur Rosenberg (de Berlin) a fait récemment une série de diverses expériences sur un corps nouveau, le tribromure de salol ou cordol, auquel il attribue une action à la fois narcotique et hémostatique. C’est une poudre blanche, inodore et insipide, insoluble dans l’alcool et l’éther, mais très soluble dans l’acide acétique et le chloroforme. On la prescrit en cachets à la dose de 06r,50 à 2 grammes. Des essais institués avec le tribromure de salol par M. le DrG.Dassonville dans le service de M. le Dr Combemale, professeur de clinique médicale à la Faculté de médecine ae Lille, ont confirmé les assertions de M. Rosenberg relativement aux propriétés thérapeutiques de cette substance. Notre confrère a effectivement constaté que le cordol est un bon hypnotique susceptible de procurer un sommeil réparateur même dans les cas où il existe de la douleur. La dose à employer dès le début pour amener sûrement le sommeil est de 2 grammes; ensuite on peut l’abaisser à 1 gramme, attendu que l’effet narcotique du cordol est persistant.
- Vomissements opiniâtres (Steffen).
- Teinture d'iode. ....... XII gouttes.
- Eau distillée 150 gr.
- A prendre dans l’intervalle des repas, par cuillerée à soupe dans un demi-verre d’eau sucrée. ~
- Le sel blanc et le sel gris. — Le sel gris, des marais salants de l’Ouest, est du sel brut mêlé d’un peu d’argile grisâtre. Il contient des sels de chaux et de magnésie qui lui donnent une saveur un peu amère, plus mordante que la saveur du sel blanc. C’est pour cette raison que le sel 'gris passe pour saler plus
- Du massage chez les cardiaques. >
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- Dans les cas de lésions organiques du cœur, M. le Dr A. Lo-rand (de Car Isba d) conseille d’avoir recours, en qualité d’adjuvant des autres moyens de traitement, à un ensemble de
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- manœuvres masso-thérapiques destinées à faciliter la circulation .périphérique, à augmenter l’ampleur des mouvements respiratoires et à calmer l’hyperexcitabilité cardiaque.
- Afin de favoriser la circulation dans les parties périphériques du corps, notre confrère procède au massage énergique des extrémités et de l’abdomen» puis il fait exécuter aux membres une série de mouvements passifs.
- Pour stimuler la fonction respiratoire, il recommande la manœuvre suivante : le malade étant assis sur un tabouret, le médecin se place derrière lui, passe les mains sous les épaules du patient et soulève les bras dê ce dernier en les portant en arrière et en leur imprimant un mouvement de rotation pendant que le malade fait une inspiration profonde.
- Enfin, M. Lorand pratique sur la région cardiaque, des frictions accompagnées de petits tapotements doux qui exerceraient sur le cœur une action sédative puissante, se manifestant par la disparition des sensations douloureuses et des palpitations.
- Ce traitement mécanique, continué avec énergie pendant
- plusieurs jours de suite, atténuerait considérablement les troubles de la compensation, surtout la dyspnée, la cyanose et les œdèmes. •
- Moyen de rendre indolores les cautérisations , au nitrate d’argent.
- On sait que pour atténuer la douleur provoquée par les attouchements à la pierre infernale, l’emploi du chlorhydrate de cocaïne est impossible, parce que cette substance, au contact du sel argentique, provoque là formation d’an précipité insoluble de chlorure d’argent. Pour remédier à cet inconvénient dans les cas où l’insensibilisation locale est nécessaire — comme lorsqu’il s’agit, par exemple, de faire des instillations dans l’urèthre d’après le procédé de Guyon — M. le Dr E. Saalfeld (de Berlin) a recours aux badigeonnages de la muqueuse avec l’azotate de cocaïne, qui ne forme pas de précipité avec l’azotate d’argent et insensibilise tout aussi bien que le sel chlorhydrique du même alcaloïde.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M, Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 27 septembre 14»,9 N. 2. Couvert. 0,0 Presque couvert.
- Mardi 28 ..... . 14»,1 Calme. Couvert. 0,0 Couvert de 6 à Î4 h.et à 23-24 ; beau du reste ; brouillard presque toute la journée.
- Mercredi 29 »... 11»,2 ‘ Calme. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 11 h.; beau ensuite ; brouillard le matin.
- Jeudi 30. 15»,5 S. S. W. 1. Nuageux. 0,0 Presque couvert ; pluie de 13 à 18 h. 30.
- Vendredi^" octobre. 11»,1 N. 1. Couvert. 9,5 Très nuageux; gouttes fines à 9 h.
- Samedi 2...... . 13»,9 N. N. W. 3. Couvert. 0,0 Couvert jusqu’à 21 h.; beau ensuite.
- Dimanche 3. .... 7»,6 S. 1. Quelques nuages. O O Presque couvert jusqu’à 16 h.; beau ensuite; petit brouillard à 7 h.; petite pluie de 13 à 16 h.
- SEPTEMBRE-OCTOBRE 1897. -- SEMAINE DD LUNDI 27 SEPTEMBRE AU DIMANCHE 3 OCTOBRE.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent ; courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- l<a neige. — La neige a été signalée à la date du 21 septembre à Mende, Saint:Dié, Auxerre, Chambéry, Cransac, Toulouse, Tarascon, Prades et Saint-Gaudens.
- Tempête. — Un violent ouragan s’est déchaîné le 22 septembre dans la soirée, sur les communes de Sava, d’Oria et de Latiano. Il y a eu quarante morts et soixante-dix blessés. Une vingtaine de maisons ont été détruites. Ce • même ouragan s’est abattu sur l’arrondissement de Brindisi et a ravagé des zones entières.
- A Dria, on a compté 20 morts et 24 blessés. Une trentaine d’habitations ont été abattues.
- ,he séminaire, le château de Medideval et l’hôpital ont été endommagés. LA gare s’est effondrée, tout le personnel a péri. A Latrano, il y a eu 13 morts et 3 blessés.
- Orages en Algérie. — L’hiver en Algérie semble vouloir devenir précoce et rigoureux. Les Vendanges sont à peine terminées que les pluies torrentielles, le brouillard et le ciel gris régnent continuellement. M. H. Gascon, à L’Arba, nous envoie quelques renseignements.
- Dans la nuit du 4 au 3 septembre un violent orage s’est déchaîné sur la plaine de la Mitidja, près Alger, et sur les monts de l’Atlas. Les éclairs et le tonnerre se succédaient sans interruption. Deux arabes reposant sous une tente, à L’Arba, ont été foudroyés ; détail particulier : deux femmes et des enfants qui étaient avec eux en ont été quittes pour la peur; un enfant seulement a éprouvé une légère contusion daus le dos. Une pluie intense, mêlée de grêle, a endommagé plusieurs récoltes et coupé plusieurs voies de communication, déracinant rochers, arbres, etc.
- Le 12 Août, à 3 heures de l’après-midi, une légère pluie de boue, d’aucuns disent de sang, est tombée à L’Arba et dans les environs des montagnes, ébahissant la population entière.
- PHASE DE LA LUNE: P. Q. le 3 octobre à 5 h. 41 m. du matin.
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- N° 1272 ( 16 octobre 1897), du journal « LA NATURE»
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur eu chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —H— Par décret, la Faculté de médecine de Paris est autorisée =à accepter la donation d’une somme de 10 000 francs faite à son profit par Mme veuve Alexis-Charles Legroux, née Louise-Elisabeth Gaudry, pour la fondation d'un prix quinquennal, sous le nom de « prix*Charles Legroux ».
- —^— Les travaux de l’Exposition avancent chaque jour, les travaux de construction des deux nouveaux palais sur l’emplacement du palais de l’Industrie, commencent à apparaître. Le soubassement en pierres de taille du Grand Palais, en bordure de l’avenue d’An-tin est déjà posé. Le grand dôme du Champ-de-Mars n’existe plus. Les deux dernières fermes en fer constituant une sorte de portique ont été abattues.
- —On travaille avec ardeur en ce moment à la construction du pont Alexandre III. Le fonçage du caisson de la rive droite occupe actuellement 150 ouvriers. Les ouvriers travaillent dans l’air comprimé à l’affouillement du terrain intérieur des caissons, qui doit être remplacé par un bloc de béton. La pression de l’air comprimé nécessaire est au-dessous de deux atmosphères. C’est une pression relativement faible dans ce genre de travaux. Cependant, des précautions d’hygiène et de sécurité spéciales ont été prises. Tous les ouvriers ont été choisis particulièrement. Une chambre médicale munie d’un matériel spécial a été installée à proximité du caisson ; tout ouvrier indisposé peut y être soumis aux frictions et aux inhalations d’oxygène traditionnelles par les soins des internes de service au poste médical du palais de l’Industrie.
- —$$— On parle toujours en France de la grande production des livres. Cette production est autrement considérable en Allemagne. Il s’est publié en Allemagne, l’an dernier, 23 339 volumes nouveaux,
- qui se répartissent de la façon suivante :
- Ouvrages généraux................................... 367
- Théologie......................................... 2 001
- Droit, Economie politique......................... 2 345
- Sciences médicales............................... 1 545
- Sciences naturelles et mathématiques .... 1 268
- Philosophie . .#.................................... 249
- Enseignement, Education, Récréation ... . 3 515
- Philologie....................................... 1 627
- Histoire...........•.................... 882
- Géographies et Cartes........................... 1 107
- Sciences militaires................................. 624
- Commerce ou Industrie............................ 1 237
- Sciences de l’Ingénieur............................. 595
- Agriculture, Economie politique..................... 788
- Belles-Lettres................................... 1 956
- Beaux-Arts....................................... I 337
- Ecrits populaires, Divers........................ 1 896
- Total........................ 23 359
- Les chiffres de la production française ne s’élèveraient pas à la moitié de ce total.
- —— D’après un journal spécial de l’Allemagne, voici ce que dépensent les principaux paquebots de la ligne Hambourg-Etats-Unis, tels que YAugusta-Victoria, la Normania, le Prince-de-Bismark, la Columbia. Ils brûlent par jour, en moyenne, de 250 à 300 tonnes de charbon, soit, pour chaque voyage de Hambourg à New-York, un total de 1750 à 2100 tonnes. Pour amener à bord cette masse de combustible, il faut quatre trains de chemin de fer, comprenant chacun cinquante wagons. Les soutes des navires contiennent d’ailleurs, en prévision de toute éventualité, le double de la quantité nécessaire. Le personnel des machines comprend 24 ingénieurs et 130 chauffeurs. La ligne Hambourg-Amérique consomme par an environ un demi-million de tonnes, ce qui équivaut à un
- apport journalier d’environ 60 wagons de chemin de fer. Le prix de cette montagne de charbon est d’environ 10 millions de francs.
- —©— L’explorateur américain Peary, déjà connu par ses voyages antérieurs dans les parages arctiques, organise une nouvelle expédition « à la découverte du pôle Nord ». Il restera cinq ans, s’il le faut, dans les régions arctiques et envisage froidement la perspective de la mort « au champ d’honneur ». M. Peary partira dans Te courant de l’été prochain. Par suite d’arrangements déjà conclus avec les Esquimaux, M. Peary trouvera sur sa route des dépôts contenant des peaux d’ours pour se couvrir et de la viande de morse our nourrir ses chiens. M. Peary compte beaucoup sur le concours es Esquimaux qui lui sont entièrement dévoués. Il a l’intention de gagner d’abord la côte Nord du Groenland, puis de poursuivre son voyage sur la glace en traîneau. On n’a sans doute pas oublié que M. Peary accomplit heureusement, il y a quelques années, un voyage en traîneau des plus périlleux dans le Groenland, qu’il traversa de l’Ouest au Nord-Est. M. Peary est plein d’espoir cette fois encore. Mais on se demande vraiment si les résultats qu’on peut attendre d’expéditions semblables sont en rapport avec les difficultés qu’elles présentent.
- —On annonce une nouvelle bien surprenante. Un chercheur d’or a trouvé, dit-on, à Coffee Creek, en Californie, un gros lingot dont la valeur est de 215 000 francs. Le plus gros lingot connu jusqu’ici avait été trouvé en Australie et valait environ 210 000 francs.
- —Un pont suspendu vient de se rompre, suivant l’exemple du pont sur l’Adour, aont on a encore le souvenir présent à la mémoire. Dernièrement, deux voitures chargées de quatre demi-muids et appartenant à M. Dumont, négociant en vins à Gray, s’étaient engagées sur le pont suspendu qui franchit la Saône devant cette ville. La première voiture passa sans encombre, mais, au moment où la seconde arrivait aux deux tiers du pont, le tablier se détacha sur une longueur de 10 mètres; la charrette, le chargement et le charretier furent précipités dans la Saône. Ce dernier a pu être sauvé, mais blessé à la tête et couvert de contusions. Le cheval a été écrasé, la charrette et le chargement ont disparu sous l’eau.
- —Le ministre de Siam à Taris a demandé à l’administration des monnaies et médailles, de faire frapper d’urgence une médaille à l’effigie du roi de Siam; cette médaille est destinée, dans la pensée du roi, à commémorer sa visite aux gouvernements européens. La médaille doit, sur le désir de Chulalongkorn, être achevée dans un délai de six semaines. Le graveur Patey a été choisi pour exécuter ce travail, au moyen de documents mis à la disposition de l’administration des monnaies et médailles.
- —On annonce que les locomotives électriques J.-J. Ileil-mann . ont été reçues par la Compagnie des chemins de fer de l’Ouest, après quelques essais sur place, consistant à régler les divers organes. Des trains d’expérience vont être formés pour expérimenter ces locomotives et constater si les conditions du cahier des charges sont bien remplies. On fera, sur la ligne de Caen, des trains de marchandises, dont le tonnage ira en augmentant. On doit même essayer de remorquer un train de 700 tonnes à la vitesse moyenne de 50 à 60 kilomètres à l’heure.
- —Une exposition internationale permanente a été ouverte, le 1er octobre 1897, 7, rue de la Haute-Ronde, à Marseille. Cette exposition concerne le commerce, l’industrie, les sciences et l’agriculture.
- —H— La longueur actuelle des lignes télégraphiques tendues à la surface du globe est environ de 7 900 000 kilomètres — non compris près de 300000 kilomètres de câbles sous-marins. Ce réseau se répartit ainsi : Europe, 2 840000 kilomètres ; Asie, 500 000; Afrique, 160 000; Australie, 350000; Amérique, 4 050000. Avec tous ces fils mis à la suite les uns des autres, on pourrait établir vingt lignes télégraphiques entre la Terre et la Lune.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour les sonneries à répétition s’adresser à M. F. Derry, 152, rue de Neuilly, à Puteaux (Seine).
- Communications. — Un abonnév à Bordeaux, à propos de l’illusion de la verticale dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, nous envoie la Note ci-jointe : « On suspend au plafond de la voiture un corps quelconque faisant pendule ou fil à plomb, et on en repère les positions sur une sorte de plateforme installée au-dessous. Ce plomb qui marque exactement la verticale pendant que le train est au repos, doit légèrement rester en arrière au départ et tant que la vitesse est croissante. La position verticale est reprise dès que cette vitesse devient uniforme; mais au moment du serrage des freins le pendule est vigoureusement poussé en avant par suite du ralentissement du train, et brusquement, à l’arrêt, il revient en arrière pour reprendre sa position normale, tandis que les voyageurs éprouvent eux aussi le choc en arrière si connu. Ce fil à plomb ainsi tendu en avant obéit à la résultante de la pesanteur et de la vitesse acquise due à l’inertie, il indique une sorte de nouvelle verticale qui sollicite les objets et les personnes du train. De là sensation de chute pour les voyageurs et inclinaison apparente des objets en vue restés droits. Le phénomène est très sensible dans les express au moment d’un serrage énergique et continu. »
- M. Alb. Lapointe, à X., nous écrit sur ce même sujet la lettre suivante : « Supposez un fil à plomb pendu au plafond d’un wagon : Dans une courbe et avec une vitesse correspondante à la surélévation du rail extérieur, le fil à plomb conservera sa position relativement au wagon pour faire équilibre à la force centrifuge. Vous aurez perdu le sentiment de la verticale terrestre et si, dans ces conditions, vous regardez tan-gentiellement une maison, un clocher, ils vous sembleront inclinés. »
- M. F. Bergmann, à Lyon, nous a fait parvenir des échantillons d’un galon composé de cuivre électrolytique, magnésium et soie. Le cuivre et le magnésium forment une pile, qui produit un courant électrique. On peut le constater en appuyant le galon sur la langue ou en la plongeant dans l’eau acidulée. Ce galon serait antinévralgique. On peut s’adresser à notre correspondant, maison L. Mathieu, 91, cours Vitton, à Lyon.
- M. A. Lamarl, directeur de la Compagnie des Eaux minérales de la Bourboule, nous écrit : « Votre journal a signalé de fortes chutes de neige qui ont eu lieu dans diverses régions le 19 septembre. Ce phénomène a été général, je crois, dans les pays de montagne. Ainsi je puis vous dire, à titre de renseignement, qu’en Auvergne la nuit du 19 au 20 septembre a été également remarquable par la neige très forte qui n’a cessé de tomber pendant plusieurs heures. Un très grand nombre d’arbres, à la Bourboule, et notamment les peupliers, ont été très abîmés, par suite de la rupture de grosses branches surchargées de neige retenue par les feuilles encore (solidement attachées. De mémoire d’homme on n’avait pas vu de neige aussi épaisse dans ce pays où la neige n’est cependant pas rare. »
- M. A. Preuil, à Chalon-sur-Saône, nous envoie les lignes suivantes : « Le 27 septembre dernier, à 6h 20“ du soir, étant sur la digue du réservoir de Chazilly (Côte-d’Or), j’ai aperçu un bolide de la grosseur d’une orange se dirigeant vers l’Est. Il était d’une couleur rouge vif entouré d’une auréole violacée. II paraissait animé d’un mouvement rotatif très rapide et d’une vitesse de translation relativement faible, il laissait sur son passage une traînée lumineuse qui n’a duré qu’un temps très court. Il a disparu à l’horizon sans faire entendre aucun bruit. Lç temps était très calme et très clair ce soir-là. »
- Renseignements. — ilf. Delry, à B. — Parmi les principaux constructeurs d’appareils à acétylène, nous vous citerons : ;Cie d’éclairage par l'acétylène, 51, rue Vivienne; Société de l’éclairage au gaz acétylène, 11, rue deBelsunce; Société du gaz
- acétylène, 81, rue Saint-Lazare; Le gaz acétylène, 12, rue Hip-polyte Lebas; MM. Jeanson et Leroy, 13, rue de l’Odéon; Société d’études de l’acétylène, 72, rue Louis-Blanc, à Paris.
- M. J. G., à Milan. — Vous trouverez probablement ces renseignements à la librairie Dunod et Vicq, 49, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. le comte F. Lurani, à Cernusco. — Nous n’avons pas de renseignement sur cette question.
- M. Albert Mauchague, à Bordeaux. — Vous trouverez chez M. Vinot, 3 bis, cour de Rohan, à Paris, divers traités d’astronomie pour les enfants, pour les écoles.
- M. X. F., à X. — C’est à la même adresse que ci-dessus que vous pourrez prendre un abonnement au journal Le Ciel, à raison de 10 francs par an.
- M. A. Batlandier, à Rome. — Un cheval-vapeur équivaut à 736 watts et peut alimenter environ 15 lampes de 33 watts ou de 10 bougies. Une puissance de 20 chevaux peut donc suffire pour environ 300 lampes de 10 bougies. t M. G. Clément, à Apt. — Il est certain que l’écoulement de l’eau du récipient où se trouve le niveau d’eau fera dans celui-ci un certain vide pendant l’écoulement du siphon. Nous pensons qu’il serait plus simple à un moment donné de laisser échapper l’air du siphon et de le réamorcer en faisant couler de l’eau en quantité suffisante.
- M. J. Vidal, à Mèze. — Nous ne connaissons pas de traité sur cette fabrication.
- M. Nap, à Cevlan. — Nous ne pouvons pas vous donner d’indications particulières ; nous pouvons simplement vous dire qu’il faut prendre de grandes précautions pour éviter toute trace d’humidité.
- M. D. L., à Paris. — Si la benzine ne réussit pas, essayez l’éther; ce liquide convient particulièrement pour enlever les taches de graisse.
- M. A. B., à Puteaux. — 1° Un bicycliste peut parfaitement faire fonctionner la dynamo dont vous parlez. Des appareils de ce genre ont du reste déjà été construits. — 2° Nous avons-publié en 1893 plusieurs articles qui vous renseigneront. Dans le n° 1029, du 18 février 1893, p. 186, M. Jacquot trouve qu’un bicycliste de 65 kilogrammes, sur une machine de 15 kilogrammes, développe sur piste une puissance moyenne de 51 kilogrammètres par seconde. Dans le n° 1039, du 29 avril 1893, p. 346, M. Guye a trouvé qu’un veloceman de 57 kilogrammes, sur une bicyclette de 24 kilogrammes, développe une puissance de 35,3 kilogrammètres par seconde à une vitesse de 8m,09 par seconde sur une pente de 0m,054 par mètre, une puissance de 24,3 kilogrammètres par seconde à une vitesse de 6m,67 par seconde sur une pente de 0m,043 par mètre, et une puissance de 6,95 kilogrammètres par seconde à une vitesse de 2m,68 par seconde sur une pente de 0m,032 par mètre. — 3° Accumulateur Blot, 39 bis, rue de Châteaudun, à Paris.
- M. A. G. M., à Paris. — Vous pourriez peut-être consulter le Dictionnaire de l'ameublement et de la décoration depuis le xiii0 siècle jusqu'à nos jours, par Henri Havard, à la librairie Quantin, rue Saint-Benoit.
- Un ingénieur, à Louvain (Belgique). — Votre observation était juste; il faut lire 0,53 pour 100 carbone, 0,12 silice, 0,08 phosphore et 0,09 soufre.
- M. Rieuneau, à Réalmont. — Pour lés divers ouvrages que vous demandez, il faut vous adresser aux librairies Michelet et Gauthier-Villars, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. L. Scandroglio, à Legnano. — II s’agit sans doute d’une petite exposition locale.
- M. L. Rousseau, à Paris. — Pour rendre votre caoutchouc fluide, vous pouvez essayer la benzine ou le sulfure de carbone en petite quantité.
- M. S. Coulède, à Bruxelles. — Ces descriptions ont dù paraître dans divers journaux électriques ; il faudrait consulter les collections.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Beaume Victor, à Sisteron. Nous avons reçu votre Note ; nous ne pouvons insister sur tous ces détails. — M. E. B, à Paris. Nous ne pouvons vous fournir ce renseignement, et nous ne croyons pas qu’un photographe vous le dise. — M. D. R., à Blois. Veuillez nous expliquer
- filus clairement le problème dont il s’agit. — M. G. L., à X. II aut enlever ces résidus et les brûler. — M. Horay, à Paris. Nous avons indiqué quelques procédés de destruction des blattes ou cafards dans Recettes et Procédés utiles, 1™ série, à la librairie Masson et Cle. — M. A P., à Marseille. Remerciements pour votre communication. — M. D. G., h Lille. Il n’est pas nécessaire de faire la construction dont vous pariez ; on trouve des appareils tout prêts.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- Égrugeoir ou mon lin à sel pur. — Cet égrugeoir est pour le sel te que le moulin, bien connu, est pour le poivre ; on
- Égrugeoir à sel. — 1. Vue [d’ensemble. — 2. Vue intérieure.
- sait combien le sel gris dit gros sel est préférable pour les entrées et le bœuf comparativement au sel blanc du commerce. De plus il se conserve toujours sec dans cet égrugeoir et se trouve à l’abri de la poussière; l’appareil est en bois de noyer; la partie supérieure renferme environ 50 grammes de sel qui passe par un cylindre en bois de gaïac, que l’on voit dans la coupe du dessin (n° 2) ; un mouvement de va-et-vient imprimé au bouton le met en action. — L’égrugeoir à sel se trouve chez M. Re-naut, 43, boulevard de Strasbourg, à Paris.
- Cuvette photographique pour le développement des pellicules. — Ce nouveau modèle permet de développer facilement les pellicules sans aucune fatigue. Il est formé d’une cuvette en porcelaine longue et percée d’un certain nombre d’ouvertures dans lesquelles sont enfoncés des bouchons en liège. On fixe la pellicule au fond de la cuvette, au moyen d’épingles piquées dans le liège, puis on procède au développement comme d’habitude. S’il se trouve, sur une même pellicule, des sujets instantanés et posés, l’image apparaissant plus
- Cuvette photographique pour le développement des pellicules.
- tôt dans ce dernier cas, on arrête le développement de la partie posée en la coupant, et on épingle les extrémités coupées qui concordent avec les lièges du fond de la cuvette, puis on continue à développer les instantanés. Avec ce nouveau procédé, on évite de toucher la pellicule avec les doigts pendant le développement, et la gélatine se trouve ainsi préservée des coups d’ongles qui étaient inévitables ayec l’ancien système. — Pour ce qui concerne cette cuvette, s’adresser à M. Gasquet, constructeur, 21, rue du Collège, à Soissons, ou à M. L. Pin, 130, boulevard Richard-Lenoir, à Paris.
- iftstolet lance-halles. — Voici un pistolet bien amusant. U est formé, comme tous les pistolets, d’une partie allongée et
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- d’une crosse. Mais un ressort spécial a été disposé au-dessus pour maintenir une balle et être retenu lui-même par un crochet. La manœuvre du chien détache le crochet et la balle est lancée en l’air à une certaine hauteur. Le joueur doit la recevoir dans le filet placé à l’extrémité du pistolet. Ce jeu exige une certaine
- Pistolet lance-balles.
- adresse, et l’on n’arrive à de bons résultats qu’après un long exercice. — Le pistolet lance-balles se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Teinture du marbre en noir. — Badigeonner simplement du marbre blanc avpc une solution de nitrate d’argent et laisser quelques heures à la lumière.
- L'enlèvement des taches de couleurs d’aniline. — Les couleurs d’aniline ont une qualité qui, en l’espèce, est un défaut, c’est une extraordinaire puissance colorante. Pour en faire disparaître une tache, il faut la mouiller avec de l’acide acétique, puis y appliquer du chlorure de chaux suffisamment dilué dans de l’eau; enfin, on-lave soigneusement pour tout enlever.
- Ciment pour bandages de bicyclettes. — Faire fondre 57 grammes de shellac et la même quantité de gutta-percha, puis, tout en tournant constamment, ajouter environ 6 grammes de minium et autant de soufre, qu’on a fait fondre préalablement. On doit employer à chaud.
- •
- Colle de poisson liquide. — On fait dissoudre 100 parties de colle de poisson ordinaire dans 125 parties d’acide acétique; d’autre part on a laissé fondre 20 parties de gélatine dans 125 d’eau; il ne reste plus qu’à mélanger les deux solutions et à incorporer graduellement 20 parties de vernis shellac.
- Vaporisations contre les punaises. — D’après la Photo-Revue on obtient de bons résultats en vaporisant, dans toutes les fissures qu’affectionnent ces horribles petites bêtes, un mélange de 10 grammes de camphre et de 5 de sublimé dans 350 grammes d’alcool, additionnés de 15 gr. d’essence de térébenthine.
- Mode original de conservation de la viande. — Notre confrère, la Santé Populaire, dit qu’en Franche-Comté on obtient d’excellents résultats pour la conservation' de la viande en été, en maintenant celle-ci plongée dans un vase plein de lait caillé ou de lait écrémé, qui ne tarde pas à se cailler. Il faut charger la viande pour qu’elle demeure co mplèlement immergée, et on la conserve intacte pendant une huitaine; il ne reste qu’à la laver et à l’essuyer quand on est sur le point de faire cuire.
- Arrosages contre les mauvaises herbes. — Arroser soit avee du pétrole étendu d’eau, soit avec de l’eau salée, ou enfin, Comme le recommande Le Praticien, avec une solution de sulfaté'de fer à haute dose ou de sulfate de cuivre.
- RIBLIOGRAPHIE
- Manuel pratique du monteur-électricien. Le mécanicien-, chauffeur-électricien. Montage et conduite des installations électriques, etc., par J. Laffargue, ingénieur-électricien, licencié ès sciences physiques, ancien directeur de l’Usine municipale d’électricité des Halles centrales, attaché au Service municipal de contrôle des Sociétés d’électricité de la Ville de Pans, officier de l’instruction publique. Petit in-8,
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
- cartonné de 670 pages, avec nombreuses gravures, 5e édition. Bernard-Tignol, éditeur, Paris 1897. Prix : 9 fr.
- Ce n’est pas une raison parce que M. J. Laffargue est depuis 1 ongtemps de la maison pour que nous ne disions pas ici tout le bien que nous pensons du livre qu’il vient de faire paraître sous un l ire très expressif, mais un peu modeste. Cet ouvrage rendra en effet d’éminents services, a’abord aux monteurs et aux chauffeurs, et encore aux ingénieurs et aux chefs d’industrie. Aucun ouvrage analogue ne peut lui être comparé. Il y a abondance de livres sur l’Electricité ; mais aucun, que nous sachions, ne groupe dans un exposé aussi méthodique, aussi clair, autânt de renseignements pratiques. C’est là l’originalité de l’ouvrage. L’auteur, comme on dit, met la main à la pote, et il ne craint pas d’insister sur les menus détails. Avec lui, on ne se contente pas de la théorie, on fait du métier. Sous sa direction, on devient vite expert dans l’art de manier les machines, les distributeurs électriques et leurs accessoires. Au fond, il s’agit d’un cours d’électricité industrielle, fait par un ingénieur très compétent. M. Laffargue a professé ce cours depuis des années à la Fédération professionnelle des mécaniciens-chauffeurs de France et d’Algérie ; plus que personne, il a compris comment il fallait s’y prendre j pour familiariser ses auditeurs avec les petites difficultés d’ordre I pratique qui gênent les débutants, aussi a-t-il réussi à écrire un I
- livre que nous ne craignons pas de qualifier de «modèle du genre ».
- Ce manuel est d’ailleurs complet sous sa dernière forme. Deux éditions ont été vite épuisées. La troisième a été refondue d’un bout à l’autre. Production de l’énergie, dynamos à courants continus, alternatifs, polyphasés, accumulateurs, transformateurs, appareils de mesure, canalisations, installations publiques et privées, etc. N’insistons pas davantage. Ce qu’il importe que l’on sache, c’est qu’il existe maintenant un manuel, un vrai guide pratique du monteur, un vade mecum de l’Electricien. Le livre de notre collaborateur rendra de véritables services à l’industrie. Nous le pensons et nous le disons avec une véritable satisfaction.
- H. de P.
- Notes et formules de l'ingénieur, du constructeur-mécanicien, du métallurgiste et de l'électricien, par un comité d’ingénieurs, sous la direction de MM. L.-A. Barré et Ch. Vigrecx. 1 gros vol. in-16,11e édition. Bernard et C*’, éditeurs. 1897.
- Ce gros formulaire contient des renseignements précieux et des formules de la géométrie plane, trigonométrie, algèbre et de mécanique pratique. Nous trouvons aussi des détails pour le papier, la bière, la métallurgie, les chemins de fer, la balistique et l’électricité. A la fin est placé un vocabulaire français-anglais-allemand.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 4 octobre. . . 8°,2 N. W. 1. Couvert. 0,0 Très nuageux de 5 à 18 h.; beau avant et après ; un peu de pluie à 16 h. 25.
- Mardi 5 6%0 N. 3. Nuageux. 0,0 Nuageux de 6 h. à 15 h.; beau le reste de la journée.
- Mercredi 6 1*,2 'N. N. E. 3. Beau. 0,0 Beau; gelée blanche.
- Jeudi 7 — 0“,2 N. N. E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 12 à 13 h.; beau le reste de la journée.
- Vendredi 8 —1%2 N. E. 1. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 22 b.; couvert ensuite.
- Samedi 9 5°, 7 S. E. 1. Couvert. 1,3 Presque couvert; petite pluie de 3 h. 30 à 6 h. 50.
- Dimanche 10.. . . . 5°,0 S. E. 0. Couvert. 0,0 Couvert.
- OCTOBRE 1897. -- SEMAINE DD LUNDI 4 AU DIMANCHE 10 OCTOBRE.
- Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de U à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent . courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de ta mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre A l'abri à boule mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Pare Sfaint-Maur en septembre 1897
- par M. E. Renou.
- Moyenne barométrique à midi, 759““,02; minimum 747“”,45 le 18 à 4" soir ; maximum 768"”,44 le 13 à 11“ soir.
- Moyennes thermométriques : des minima 10°, 13; des maxima 12°,76; du mois 14°,45; moyenne vraie des 2i heures 13°,75. Minimum 1°,9 le 20 à 4*10 du matin. Maximum 25°,7, le 26 à 1* 53 du soir.
- Tension de la vapeur. Moyenne 9”",88. Minimum 5"“,2 le 20 à 4 heures du matin. Maximum 15””,4 le 26 à 2* soir.
- Humidité relative moyenne 84. Minimum 45 le 11 à 2-3l,soir. Maximum 100 en 10 jours.
- Nébulosité moyenne 59.
- Pluie 56“",7 en 46l'45 réparties en 12 jours. Deux jours de pluie notable
- le 3, 11”",6 en 2 heures et demie et le 6, 22“”,0 en 16 heures et demie. De plus 4 jours de gouttes.
- Vents très dominants du S. W.
- Quelques coups de tonnerre au S.-E le 19 de P 22 à 2‘ soir. Deux jours d’éclairs dans la nuit du 2 au 3, éclairs du S. à l’E. de 10* soir à 1 heure du matin ; le 14 un éclair vif à l’W. à 8* soir.
- Température moyenne de la Marne 15°,60. Elle a varié de 13°,10 le 20 à 19°,20 le 1". La rivière claire et son niveau peu variable. ,
- Relativement aux moyennes normales, le mois de septembre 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus haut de 0"",47. Thermomètre plus bas de 0°,85. Tension de la vapeur moindre de 0"“,18. Humidité relative plus forte de 3. Nébulosité plus forte de 8. Pluie plus forte de 8““,4.
- Floraisons. Le 2, soleil à feüille rude. Le 16 gynérium.
- PHASES DE LA LUNE ; P. L. le 10, à 4 h. 48 min. du soir.
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- N° 1273 (23 octobre 1897), du journal « LA NATURE»
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément .réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —Dans les derniers jours de septembre, une formidable secousse sismique a été ressentie dans l’île Mindanao et dans l’archipel de Jolo. Les contrées qui ont le plus souffert sont celles de Zamboanga et de Basilan, où il y a eu de grands dégâts et plusieurs victimes. Aux premiers moments, des jets de vapeur sortaient par des lissures du terrain, asphyxiant les personnes et le bétail et causant une vive panique.
- —£$— Dans la semaine du 26 septembre au 4 octobre, d’après e Bulletin du ministère de l'agriculture, il a été exporté de New-York, à destination de la France, 80000 quintaux de blé valant 1 million et demi de francs; 24500 quintaux de seigle valant 212000 francs; 40 000 quintaux d’avoine valant 413000 francs. Le Havre a reçu la plus grande partie de ces graines ; Dunkerque en a reçu 10 900 quintaux, Bordeaux 6500 quintaux, Marseille 4300 quintaux de blé. Marseille a reçu en outre 28000 quintaux d’avoine.
- —$6— En creusant des tranchées pour la construction de l’égout de la nouvelle rue de Metz, à Toulouse, des terrassiers ont mis à jour, dans la rue du Rempart-Saint-Etienne, un morceau important de l’ancienne enceinte romaine de la ville. La largeur et la direction de cette muraille seront indiquées par un pavage spécial quand la rue sera mise en état de viabilité.
- —On doit frapper prochainement à la Monnaie des pièces de billon de 10 et dè 5 centimes, et en même temps 2 ou 3' millions de pièces de 1 et de 2 centimes. Cette monnaie est, en effet, toujours d’un usage courant. Le Trésor en a besoin pour payer intégralement ses coupons. Les administrations l’utilisent comme appoint. En province, les receveurs des marchés publics, des fabriques d’église et beaucoup de boulangers utilisent constamment des centimes. En effet, en France, dans un grand nombre d’églises le prix des chaises pour les offices est inférieur à 5 centimes. Dans beaucoup de petites localités, les places de revendeurs dè marchés sont louées 1, 2 ou 3 centimes l’heure. La vente de la livre de pain, au détail, nécessite l’emploi des centimes entre boulangers et clients.
- —Pendant l’exposition de Bruxelles, le 19 août dernier, M. G. Demeny, délégué du ministre de l’instruction publique, a fait au Congrès des propagateurs de la gymnastique scolaire de Belgique une conférence sur la genèse du cinématographe qui a été depuis quatorze ans son principal instrument de recherches scientifiques pour les méthodes d’éducation physique. Le conférencier a rappelé les travaux de MM. Jansen, Marey, Demeny, Muybridge Anschutz en rendant justice à chacun. L’appareil était resté un instrument de laboratoire jusqu’au jour où l’industrie s’en empara pour en faire l’exploitation commerciale que l’on connaît ; il lui avait servi déjà en 1891 à faire la photographie de la parole et le portrait vivant. M. Gaumont, le constructeur de ces appareils, les a fait fonctionner devant l’auditoire et a passé en revue les principaux travaux d’analyse et de synthèse du mouvement faits avec leurs concours.
- —— La Société royale de photographie de Londres prépare en ce moment une exposition internationale de photographie comprenant 8 sections : 1° Histoire de la photographie; 2° photographie illustrée ; 3° portraiture et photographie technique générale ; 4° appareils et matières (y compris les machines en marche) ; 5® procédés photo-mécaniques [y compris les machines en marche) ; 6° applications scientifiques de la photographie (y compris les rayons X) ; 7° photograpliie en couleurs; 8° photographie comme science. L’exposition aura lieu du 27 avril au 14 mai 1898 au Crystal Palace de Londres. Pour plus amples renseignements demander un prospectus à l’adresse suivante : The Secretary royal photographie Society, 12, Ilanover square, London (W.).
- —On annonce l’installation prochaine de plusieurs lignes de tramways électriques ou mécaniques importantes. Dans le dé-
- partement du Nord, une ligne de tramway à traction électrique sera installée de Dorignies à Aniche, avec embranchements sur la gare du Nord, à Douai, et sur Sin-le-Noble. Cette ligne est destinée au transport des voyageurs sur toute son étendue et au transport des marchandises entre Douai et Aniche. Dans le département de la Gironde, une ligne de tramway â traction mécanique sera établie pour le transport des voyageurs et éventuellement des messageries entre le village du Vigean et le bourg de Blanquefort. Dans le département de la Gironde, une ligne de tramway à traction électrique doit être installée pour le transport des voyageurs et des messageries entre Pessac et le village de l’Alouette.
- —Il n’y a décidément rien de nouveau sous le soleil. On croyait généralement que les colonhes-affiches qui ornent, ou plutôt déparent nos avenues et nos boulevards étaient une invention du siècle. Or, on vient de découvrir que les Romains se servaient déjà de ce mode de publicité. C’est à Herculanum que cette découverte a été faite tout récemment.. On a trouvé, dans des fouilles, une colonne d’annonces ressemblant à s’y méprendre à celles qui existent actuellement dans les grandes villes européennes. Cette colonne était recouverte d’affiches posées les unes sur les autres. La colle dont on s’était servi était de la gomme arabique. Les affiches ayant été séparées et examinées attentivement, on a reconnu qu’elles contenaient des programmes de réunions publiques.
- —Animaux minuscules. Le marquis Carcano, un éleveur bien connu en Lombardie, possède, à ce qu’on nous assure, la plus petite paire de chevaux qui existe. Tous les matins on peut le voir condui-sant à Milan son attelage de poneys qui mesurent exactement 61 centimètres de taille. Il possède, en outre, quatre poneys de Shetland dont la hauteur ne dépasse pas 70 centimètres et qu’il attèle souvent à un petit mail-coach lilliputien qu’il a fait construire tout exprès; on dirait alors un vrai joujou. Rappelons à ce ropos qu’on exhibait dernièrement à Berlin un éléphant nain de umatra qui n’avait pas 1 mètre de haut et pesait 80 kilogramme* seulement. En Perse, il existe une race de chameaux minuscules dont la taille ne dépasse guère 50 centimètres.
- —11 est intéressant de consulter la statistique des transports sur le- métropolitain de Berlin. Le nombre des locomotives pour les trains du métropolitain est de 110; toutes sont pourvues d’installations pour le chauffage des trains par la vapeur. Les trains sont formés de 3 wagons de 2e classe, et de 6 de 3" classe, et le matériel disponible est de 123 wagons de 28 classe et 449 wagons de 3* classe. Au l*r avril 1896, il circulait : sur les voies réservées aux grandes lignes, 168 trains réguliers par jour de semaine, plus 20 trains supplémentaires le dimanche ; sur les voies pour le trafic urbain, on comptait 470 trains réguliers par jour de semaine, plus 37 trains spéciaux, et le dimanche 455 trains réguliers et 142 trains spéciaux, soit un total de 597 trains. Par rapport à 1892, il y a augmentation de plus de 50 pour 100 pour le nombre des trains urbains. En 1885-1886, on distribuait dans l’année, aux diverses stations de la ville, 9 657 606billets; en 1895-1896, ce chiffre a été porté à 30605136. Durant les premiers mois après l’ouverture, la recette journalière moyenne était de 6555 francs; en 1895-1896, elle atteint 22881 francs. La location des arcades au-dessus desquelles passe le chemin de fer donne un revenu annuel de 852 000 francs.
- —$— La Revue scientifique fait remarquer avec juste raison que M. Rœntgen a décidément eu tort de ne pas donner un nom précis et définitif à la photographie nouvelle créée par sa découverte. En effet, chaque pays a adopté une dénomination différente, ce qui ne facilite pas l’entente. En Angleterre, on dit skiagraphie et skiagramme. En France, on préfère radiographie et radiogramme. En Allemagne, e’est actinographie qui paraît devoir l’em- * porter. C’est, en effet, ce terme qu’a choisi le nouvel Institut officiel qui vient de s’ouvrir à Berlin pour l’étude des rayons Rœntgen.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Le fusil Clair se trouve chez M. Guinard, 8, avenue de l’Opéra, à Paris. Pour le pistolet Borchardt, s’adresser à M. Kratz-Boussac,3, nie Saint-Laurent, à Paris.
- Communications. — M. L. le Payen, membre de la Société Lorraine de photographie à Nancy, nous fait connaître un petit instrument qui peut être très utile aux amateurs se servant de pellicules. Il consiste en une plaque en zinc de 1 millimètre d’épaisseur, d’une longueur déterminée pour 3, 4 ou 6 images et d’une largeur de 5 centimètres. Cette plaque est découpée en laissant des entretoises pour obtenir plus de rigidité. Aux deux extrémités sont collés à la cire deux petits blocs de liège de 5 millimètres d’épaisseur. Il n’y a donc qu’à couper la bande pelliculaire et la fixer par 2 ou 4 épingles sur les petits bouchons. On peut donc suivre le développement aussi facilement que s’il s’agissait d’une plaque au gélatmo. Avec deux de ces petits châssis de 6 vues chacun, on peut en quelques minutes développer et fixer une bobine de 12 vues du pocket Kodak.
- M. E. A. Martel, à Paris, à propos de l’article de M. de Launay sur « Les cascades de nuages au Cap », dans le n° 1271, du 9 octobre 1897, p. 295, nous rappelle qu’en septembre 1883, il a admiré avec surprise un phénomène identiquement pareil dans le Cantal, vers 10 ou 11 heures du matin, du sommet du puy Griou 11694 m.). Il a vu un déversement de nuages considérable, venant de Saint-Flour et de la Planèze, se produire par-dessus la longue crête assez uniforme du Plomb du Cantal et tomber le long des ravins, presque au fond de la vallée de la Cère. L’effet était magnifique : on eût dit des cascades de glaciers mouvants.
- M. H. Bollinckx, à Bruxelles, nous fait savoir que l’on vient de remplacer les 5 moteurs à gaz servant à l’éclairage électrique d’Ostende par 2 machines à vapeur de 300 chevaux chacune construites dans ses ateliers. C’est un nouveau succès à l’actif des machines à vapeur qui s’explique par les conditions économiques de fonctionnement des machines de grande puissance.
- M. P. Seguy, à Paris, à propos de la pompe à mercure Henriet que nous avons décrite dans le N° 1271, du 9 octobre 1897, p. 300, nous écrit que cette pompe à mercure sans robinets dont nous parlons n’est pas nouvelle ; elle a été inventée, dit notre correspondant, en 1864 par M. Jean, qui l’a communiquée à mon père, lequel s’en servait pour la fabrication des tubes de Geissler. Puis elle a été de nouveau publiée, vers 1877, dans le Bulletin de VAssociation scientifique. Enfin, il en a été beaucoup parlé sous le nom de pompe de Sprengel, au moment de l’apparition des tubes de Crookes, et, en 1881, à l’exposition spéciale d’électricité du Palais de l’Industrie, un fabricant allemand, M. Muller, en exposait dans la nef un modèle identique, dans tous ses détails, à celui que vous décrivez. Cette pompe à mercure est excellente, son seul et sérieux inconvénient est dans sa fragilité qui en rend le transport très difficile. Mac Leod a utilisé le même principe et la même forme dans sa jauge basée sur les gaz résiduels et servant à apprécier d’une manière si précise les vides que le manomètre n’indique plus.
- M. le Dr L. Monnier, chirurgien de l’Ilôpital Saint-Joseph à Paris, nous écrit, au sujet de l’information que nous avons donnée, relativement à une pièce de monnaie retirée de l’œsophage (N° 1271, du 9 octobre 1897, Informations), que l’enfant n’a pas été du tout malade; il a eu simplement un peu de fièvre pendant 3 soirs; à aucun moment sa vie n’a été en danger. Ces résultats merveilleux sont obtenus grâce à la propreté minutieuse du chirurgien et de ses aides. L’opération citée n’en présente qu’un plus grand intérêt.
- M. F. W., à Bischwiller, et M. L. Mignon, àClichy-sur-Seine, nous envoient quelques faits qu’ils ont observés au sujet de la
- mémoire des poissons. Ces faits confirment ceux que nous avons déjà fait connaître.
- M. A. Jagot, au Mans, nous adresse la description d’un calendrier mécanique perpétuel qu’il vient d’imaginer.
- Renseignements. — M. Légonie, à Valence. — Il faudrait fj|ire diverses recherches de laboratoire pour pouvoir vous répondre.
- M. Ginot, à Soulages. — Une bonne communication métallique avec la terre est absolument indispensable pour un paratonnerre.
- M. J. Brette, à Pierrefitte. — Des observations analogues ont déjà été faites ; remerciements.
- M. Dubois, à Paris. — Nous ne pouvons vous fournir de renseignements à ce sujet.
- M. H. M. B., à Paris. — Dans la recette jtour le virage noir, dans les Nouvelles scientifiques du n° 126o, du 28 août 1897, il ne s’agit évidemment pas des épreuves sur papier au ferro-cyanure. Si vous parlez d’une autre recette, veuillez nous l’indiquer.
- M. V., à X. — 1° Votre demande a été transmise à la librairie. — 2° Un lavage à l’eau légèrement acidulée doit suffire pour faire disparaître toute trace sur le verre.
- M. L. G., à D. — 1° Nous n’avons pas de recette à vous faire connaître. — 2° Vous trouverez probablement ces encres lumineuses chez M. Menitz, 37, passage Jouffroy, à Paris.
- M. H. B., h O. — 1° Cette lampe nous a paru satisfaisante; elle est peut-être un peu fragile en pratique. — 2° On ne trouve plus de ces images. — 3° Pas de recette spéciale. -— 4° Il faut attendre les résultats d’expérience pour être fixé.
- M. J. Gournay, à Hesdin. — 1° Nous essaierons d’avoir quelques renseignements. — 2° Nous n’avons parlé que des personnes envoyées à Paris.
- Un abonné, à Trubia. — Nous n’avons pas de renseignements sur ce nouveau procédé.
- M. F. B., h Roanne.— Vous trouverez les formules à appliquer dans les traités élémentaires de physique et de mécanique.
- M. Thibault, à Paris. •— 1° Nous ne connaissons pas la composition des vernis dont vous parlez, mais nous en avons indiqué beaucoup dans les Recettes et Procédés utiles et dans la collection des petits livres. — 2° Les détails de cette fabrication n’ont pas été publiés.
- M. P. Banet-Rivet, à Paris. — Veuillez consulter les catalogues de la librairie Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-Augustins.
- M. Gretillat, à Libourne. — Ces procédés sont en général tenus secrets par les fabricants.
- M. F. Teisserenc, à Ceilhes. — Nous ne connaissons pas ce modèle de pile.
- M. G. Laffitte, à Mexico. — Nous avons transmis votre demande à M. Lioret, 18, rue Thibaud, à Paris.
- M. Ricardo Moreux, à Puente Genil. — Adressez-vous directement à l’usine dont il est question, ou à M. Bullier, 64, rue Gay-Lussac, à Paris.
- M. A. G., à Pau. — Il n’existe pas de traité de ce genre; voyez cependant le manuel du Mouleur dans les collections des Manuels Roret, à la librairie encyclopédique Mulo, rue Haute-feuille, à Paris.
- M. P. G., à Lyon. —- Vous trouverez ces divers numéros à la librairie Masson et Cu.
- M. E. Leitao, à Lisbonne. — La Société des voitures à vapeur Scotte a son siège, 50, rue de Provence, à Paris.
- M. R. Benoit, à Paris. — 1° Parmi les journaux français traitant de bactériologie et de micrographie, nous pouvons vous indiquer les Archives d'Anatomie microscopique, parMM.Ran-vier et Balbioni, à la librairie Masson et Cie, ainsi que les Annales de micrographie, par M. P. Miquel, à la librairie Carré et Naud, à Paris. — 2° C’est la Société dé Biologie qui s’occupe de micrographie ; il faut s’adresser à l’Ecole de médecine.
- M. Flamand Duval, à Paris. — Votre idée est ingénieuse, mais la principale objection est que les cours d’eau, s’ils étaient visibles, paraîtraient plus sombres que les berges. On verrait donc deux lignes grises séparées par un intervalle noir, tandis qu’on voit deux lignes noires séparées par un intervalle clair. En fait, le dédoublement des canaux de Mare reste à expliquer.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. Grisot-Sail-lard, à Besançon. Nous avons reçu votre appareil; nous allons l’étudier. — M. D. Corbeaux, à Epernay. 1" Votre lettre a été envoyée à destination; 2° nous avons transmis votre demande à la librairie Masson et Cie. — M. L. M., à Elbeuf; un abonné, à Bruxelles. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle, ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni A insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Vernis à froid pour phototypes.
- Gélatinisation de l’huile de foie de morue.
- Gomme laque brune en écailles. . . 14 grammes.
- Alcool rectifié à 95°. . ............100 c. c.
- Verre concassé............. (ce qu’il faut pour garnir
- le fond du flacon).
- Faire dissoudre au bain-marie à 40° dans un flacon non bouché, en agitant de temps en temps; ou bien exposer une ou deux journées au soleil, en agitant souvent. Après dissolution, laisser déposer quelques jours. Décanter et filtrer au papier. Ajouter à la partie filtrée 20 pour 100 d’alcool à 95° saturé d’ammoniaque ; agiter un peu et utiliser.
- Utilisation d’un phototype brisé.
- 1. Si le verre est brisé sans que la gélatine soit atteinte, on relèvera le cliché avec précaution en glissant au-dessous une feuille de papier et on procédera au pelliculage de la gélatine par l’un des nombreux procédés en usage.
- 2. Si la gélatine, elle aussi, est en plusieurs fragments, on chauffera les bords de chaque fragment, on les enduira d’un peu de baume de Canada chaud et on les assemblera en les pressant fortement de côté sur une feuille de verre ou mieux une glace, de format au moins égal. On enlèvera l’excès de baume qui est venu au-dessus, en lavant à l’alcool. Une feuille de verre de même format que le cliché brisé sera alors enduite de baume ou mieux d’un vernis mat tel que ;
- Sandaraque...................' . 12 parties.
- Mastic en larmes. ...... 12 —
- Ether. ............................ 200 —
- Benzine;............................100 —
- puis appliquée sur le verre du cliché reconstitué. Une fois que le vernis a fait prise, on retourne l’ensemble des trois verres. On enlève la première feuille (celle appliquée, mais non collée sur la gélatine) ; on enlève à l’alcool le baume qui a pu déborder de ce côté et on borde ensemble les deux plaques de verre. Pour n’utiliser pendant le tirage que des rayons lumineux normaux, le châssis-presse sera placé au fond d’une caisse profonde, noircie intérieurement, dont l’ouverture sera dirigée vers la lumière diffuse. (La Photographie.)
- Renforcement sans mercure de clichés photographiques.
- On prépare les deux solutions suivantes :
- I. — Eau..........................30 grammes.
- Pyrogall ol................... 6 —
- Acide citrique................ 1 —
- Glycérine......................30 —
- II. — Eau distillée................30 grammes.
- Nitrate d’argent............... 4 —
- Acide nitrique.............30 gouttes.
- Pour l’emploi, on ajoute deux parties d’eau à la solution I et on verse sur le cliché à renforcer (4 centimètres cubes suffisent pour un 13x18). Au bout d’un instant de séjour sur le cliché, on verse dans un verre et on ajoute 6 à 8 gouttes de la solution II. On recouvre de nouveau le cliché et l’image se renforce graduellement. (Photo-Gazette.)
- Développement à l’hyposulfite et métol.
- Le docteur Eder a reconnu que l’hyposulfite agit sur le développement au métol comme sur celui au fer. Non seulement il accélère, mais il améliore le développement qui ne le cède alors en rien au pyrogallol. Voici la formule recommandée :
- Solution A.
- Eau......... 1000 grammes,
- Métol 15 —
- Sulfite de soude. . . . 150 —
- Solution B.
- Eau. ... 1000 grammes.
- Carbonate de soude . . 300 —
- Ilvposulfite de soude. . 1 —
- On mélange au moment de s’en servir : 40 parties de A, 20 de B et 20 d’eau.
- Les enfants ont souvent beaucoup de répugnance à prendre l’huile de foie de morue, aussi a-t-on essayé une quantité de préparations pour masquer le goût et la consistance huileuse de cette huile si souvent recommandée :
- Voici trois formules qui permettent de mettre l’huile de foie de morue en gelée et de lui donner un goût convenable^!
- (1) Huile de foie de morue .... 60 grammes.
- Blanc dé baleine................ 10 —
- Sirop simple (ou tout autre au
- choix).................. . . 25 —
- Rhum de la Jamaïque..... 25 —
- On bat ensemble l’huile à chaud avec le spermaceti (blanc de baleine), le sirop et le rhum, et l’on coule dans un pot_à confiture quand le mélange a pris un peu de consistance.
- (2) Gélatine pure................... 16 grammes.
- Eau (fleur oranger)..............125 —
- Sirop simple (ou autre) .... 125 —
- Huile de foie de morue .... 250 —
- Essence pour aromatiser. . . . Q.S. —
- Faites dissoudre la gélatine dans l’eau bouillante, ajoutez successivement le sirop, l’huile et l’aromate ; placez dans un bain d’eau froide le vase contenant le tout ; baftèz en gelée pendant 5 minutes et versez-le ensuite dans un large flacon et bouchez avec soin.
- (3) Gelée de lichen d’Islande . . . 125 ,
- Gélatine...................... 5
- Huile de foie de morue. ... 25 —
- Essence d’amandes amères . . 2 gouttes.
- Préparer la gelée de lichen et faire fondre la gélatine et ajoutez l’huile de foie de morue. Remuer jusqu’à ce que la gelée commence à prendre. Dr Gaudin.
- Emploi du soufre mou comme ciment des dents cariées.
- On peut remplacer les divers mastics employés dans les dents cariées simplement par le soufre mou. Cette matière, qui acquiert, peu de temps après son introduction dans la cavité dentaire, une dureté considérable, a Davantage d’être applicable directement sans aucune difficulté ni préparation.
- Elle est insoluble à froid dans tous les corps (le sulfure excepté), elle n’est attaquée par aucune substance alimentaire ou dentifrice, et elle est par elle-même antiseptique. Pour préparer ce soufre mou soi-même, il suffit de prendre un tube de verre fermé à une extrémité, d’y mettre quelques fragments de soufre ordinaire ou de fleur de soufre lavé, de chauffer sur une lampe à alcool et de précipiter dans l’eau. Il faut que le soufre soit porté à une température supérieure à 200° pour obtenir par sa précipitation dans l’eau cette masse spongieuse, brune, molle, élastique qu’on appelle soufre mou.
- On reconnaît que la température s’est élevée à un degré suffisant, lorsque le liquide en fusion, après être devenu’visqueux, reprend sa fluidité première. La préparation ainsi obtenue, on l’introduit sous forme de petites boules, et on la tasse dans la dent cariée. En deux minutes on peut préparer le soufre mou et se mastiquer sa dent soi-même. D1' Gaudin.
- Mixture contre le ver solitaire (M. E. Ciiamberlin).
- Alcool chloroformé à 10 pour 100 . 8 grammes.
- Essence de térébenthine rectifiée'. ) .. ^ ___
- Extrait éthéré de fougère mâle". . )
- Glycérine......................... 13
- Mêlez. — A prendre : une demi-cuillerée à bouche d’heure en heure. Avant de commencer cè traitement, le patient prend de l’huile de ricin ou du sulfate de magnésie et, dès que l’effet purgatif s’est produit, il fait usage de la mixture ci-dessus formulée. Lorsqu’il s’agit de très jeunes sujets, on administre le remède à des doses proportionnées a 1 âge des petits malades. C’est ainsi qu’à un enfant de 2 ans, par exemple, on prescrira :
- Alcool chloroformé à 10 pour 100. I
- Essence de térébenthine rectifiée. > àà 2 grammes.
- Extrait éthéré de fougère mâle. . J
- Glycérine......................... 13 —
- Mêlez. — A prendre : une cuillerée à café d’heure en heure.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES:.
- 8.4
- A • ^l'-VLLiL'a!!!L'll»OT*.,' 1 A1 miA.«J- M. ! U 'P+1SA L.UL.9LM» '
- 'n6ffiLIÔGMPHiË
- Cours de. Physique U. l'usage des candidats aux écoles spéciales, par MM. J. Chappuis, A. Berget, docteurs ès sciences. 1 yol. m-8°. Paris. 1897, Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Prix : 11 fiy broché; 14 fr. relié cuir souple.
- Cet ouvrage, écrit avec une grande clarté, contient les matières du programme d’admissior» aux Ecoles Normale, Centrale et Polytechnique. Il renferme toutes les matières utiles à cet enseignement ae transition entre la physique élémentaire et la physique supérieure. La partie mathèmatiquè, dont souvent la prédominance voulue travestit la physique .en lui ôtant son caractère de science expérimentale, .est ramenée,à de justes limites; la description des appareils et l’expqsé des méthodes classiques sont empruntés aux Mémoires originaux.
- [ Culture de la vigne, [en serpe, Çatisfraction et chauffage des serres. Récolte, emballage et conservation dès raisins, par P. Mouillefert, professent à l’École nationale d’agriculture de ; Grignon. 1 vôl. in-8°. Montpellier, C. Coulet. Paris, Masson t et C‘°, éditeurs, 1897. Prix j 2-',75.
- ; Éléments de Chimie physiologique,/par Maurice Artjius,‘.pro-! fesseur de physiologie et de Chimie physiologique à P Université de Fribourg (Suisse). Deuxième édition, revue et corrigée. 1 vol. in-16, Paris, 1897, Masson et C1*, éditeurs, j Prix ; 4 francs.
- j Manuel d'arboriculture fruitière, par Â. Berne, jardinier en ! Chef à l’École nationale d'agriculture de Montpellier. 1 vol.
- ; in-8% Montpellier, Camille Coulet. Pari?, Masson èt Çie, édî-,
- | teurs. Prix- : 5 francs. '
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- t
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 11 octobre . . 9*,5 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couvert ; pluie dans la soirée.
- Mardi 12 8*,8 S. W. 1. Très nuageux. 1,4 Très nuageux ; halo ; pluie jusqu’à 1 h. 10.
- Mercredi 13 .... 2%4 S. E. 1. Presque couvert. 0,0 Presq. couv.; quelques averses; gelée blanche.
- Jeudi 14 6»,2 S. E. 1. Beau. 1,3 Peu nuag. à 14-15 h. beau avant et après ; petit brouil* lard à 6 h.
- Vendredi 15. ... . 11*,6' S. E. 3. Presque nuageux. 0,0 Nuageux; halo.
- Samedi 16. ... . . 14*,9 S. S. W. 2. Couvert. 0,0 Couv. le matin; puis nuageux; beau après 18 b.; halo, un peu de pluie à 5 h., 5 b. 20. Nuageux à 16 h.; beau le reste du temps.
- Dimanche 17 5*,6 S. E. 1. Beau. 0,0
- OCTOBRE 1897. -- SEMAINE Dü LUNDI 11 AU DIMANCHE 17 OCTOBRE.
- Lundl I Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l’abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- . L® foudre. Le 30 septembre 1897, à 4 heures du soir, au cours d un violent orage, la foudre est tombée à MOntauban, devant la voiture du général de Bellegarde, commandant la 17* brigade do cavalerie. Le cheval s est emballé et la voiture a versé. Le cocher a été grièvement hlessé à la jambe et au bras droit ; le général et Mme de Bellegarde ont été légèrement contusionnés; leur fillette n’a reçu aucune blessure.
- Orage & Cherbourg. — Un violent orage, accompagné d’une pluie diluvienne, s’est abattu le 29 septembre sur Cherbourg ; en quelques instants il a transformé les rues du centre en de véritables rivières.
- Orages et inondations. — A la suite de pluies torrentielles à Nice, dans les premiers jours du mois d’octobre, le quartier Saint-Barthélemy a été inondé. Le bas quartier de Carras a été également sous les eaux. On a signalé plusieurs éboulements sur les chemins de fer du Sud. Ln tram de Grasse a dû s’arrêter à Sainte-Jeannette. La circulation a été interrompue sur la ligne.de Puget-Théniers. La pluie a continué plusieurs jours. On a également signalé des pluies abondantes à Nice,
- Les pluies abondantes, tombées du 4 au 8 octobre à Ancône, ont fait déborder les eaux. La gare a été envahie par les eaux et la voie a été inondee jusqu à Sinigaglia. Les trains ont été arrêtés, l’inondation a menace l’usine à gaz. Près de la gare, les eaux atteignaient 1 mètre.
- A la date du B octobre, de tous les points des départements d’Alger et de Constantine on signalait des orages, accompagnés de pluies diluviennes, qui ont causé de véritables désastres et ont fort éprouvé nos soldats actuellement en grandes manœuvres. Plusieurs soldats de l’armée active et des réservistes ont dû être évacués sur l’hôpital du Dey, à Alger, atteints de bronchites doubles. Des accidents ont été causés par les pluies, au village de Tazaîrt-Béni-Ables, près de Tazmalt. Une maison s’est écroulée, ensevelissant 5 femmes indigènes ; 3 sont mortes sur le coup, 2 ont été grièvement blessées. Au village de Tifrit, près d’Akbou, un torrent a débordé et a fait irruption à travers le village, faisant écrouler 18 maisons. Sur plusieurs points, les routes ont été coupées, les communications interrompues.
- I>a neige. — Dans la nuit du 6 au 7 octobre, on annonçait de Catane que la neige était tombée sur l’Etnà ; aux environs d’Aquila, elle est également tombée en abondance.
- Depuis le 4 octobre, le mistral n’a cessé de souffler avec violence, la température s’est fortement abaissée. Le- thermomètre est descendu à 3° au-dessus dans la vallée du Rhône et à zéro dans la région des basses Cévennes où la neige a fait son apparition sur les sommets.
- A la môme date, de fortes chutes de neige ont eu lieu dans la haute Autriche, à Vienne, dans la basse Autriche, dans le Salzbourg, eu Styrie, dans le Tyrol, en Bohême, en Moravie, en Galicie, en Hongrie.
- PHASE DE LA LUNE î Néant.
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- iJ N° 1274 ( 3 0 octobre 1897), du journal «LA NATURE»
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux [acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- —La première séance de la Société astronomique de France -a eu lieu le mercredi 6 octobre 1897. M. Cornu, de l’Académie •des sciences, président, a exposé l’œuvre astrophysique de Fizeau qui peut se résumer en trois points principaux : 1° Perfectionnement des procédés photographiques flans leur application à l’astronomie ; 2° découverte de la méthode de la détermination de la vitesse radiale des astres par le déplacement des raies du spectre. Cette belle méthode est connue sous le nom de méthode Doppler-Fizeau, parce que Doppler est le premier qui ait annoncé que le •déplacement apparent d’une source lumineuse devait produire un changement dans la couleur des rayons émanés de cette source; mais Doppler avait mal compris les conséquences qu’on pouvait déduire de ce principe, et c’est Fizeau qui en a fait la théorie exacte •et complète et l’a mis à même d’être utilisé par les astronomes ; 3° détermination de la vitesse de la lumière dans un espace de quelques kilomètres par la méthode de la roue dentée, méthode qui depuis a été perfectionnée par M. Cornu lui-même. M. Callandreau, de l’Académie des sciences, a lu ensuite un travail important sur la capture des comètes par les grosses planètes et particulièrement par Jupiter. M. Marcel Moye a parlé de l’observation télescopique des bolides. Il est arrivé, à plusieurs reprises, que des astronomes ont vu passer des corpuscules dans le champ de leur lunette. L’iine des plus intéressantes observations de cette nature est due à Trouvelot qui a vu passer devant le soleil des corpuscules qui étaient vraisemblablement d’origine cosmique. Il y a lieu de discuter les observations analogues, car on peut avoir affaire à des poussières ou à des oiseaux.
- —@—. Année des hannetons. — Nous exprimons notre vive reconnaissance aux nombreux correspondants qui ont eu l’obligeance de nous donner des observations sur le cycle des hannetons. en France (Voir La Nature, n< 1258, du 10 juillet 1897, p. 93). Nous avons déjà les dates suivantes pour l’apparition de l’insecte ailé : Cycle de 1893-1890. Mayenne, Maine-et-Loire, Aube, Savoie. Cycle de 1894-1897. Yonne, Allier, Haute-Savoie. Cycle de 1895-1896. Pas-de-Calais, Oise, Aisne, Seine-et-Marne, Côte-d’Or, Doubs, Isère. Nous recevrons avec reconnaissance des renseignements sur les départements qui nous font encore défaut; nous espérons pouvoir publier bientôt la carte générale du régime des hannetons en France.
- —193 kilomètres à l’heure ! Tel est, d’après le Vélo, le record stupéfiant qu’on vient d’enregistrer en Amérique, ce pays des passionnés de la vitesse ; est-il utile d’ajouter que le « recordman » est une locomotive, si je puis m’exprimer ainsi. C'est sur la ligne de Cape May à Camden, dans l’Etat de New-Jersey, que cet exploit a été accompli : la machine, sortant des ateliers de la Cie Holman, a couvert 1 mille en 30 secondes, ce qui constitue un record du monde. Durant le même voyage, la locomotive a couvert 54 milles en 52 m. 30 s. Le train auquel elle était attelée se composait de trois voitures.
- —®— Au 1er janvier 1898, l’administration des postes et télégraphes devait appliquer un règlement fait antérieurement et qui soumettait à la taxe toutes les communications téléphoniques des abonnés parisiens avec la banlieue, sans exception. Jusqu’ici en effet, il y avait un très petit nombre de localités de la banlieue avec lesquelles les abonnés parisiens pouvaient communiquer sans
- Ede surtaxe. M. le ministre du commerce et de l'industrie a ; de ne pas donner suite à ce règlement et de rattacher tous les réseaux téléphoniques de la banlieue à celui de Paris. De la sorte, les abonnés de Paris pourront communiquer avec la banlieue et réciproquement.
- —®— On a rapporté dernièrement que pendant une ascension du mont Ararat faite par quelques membres du dernier congrès
- géologique, un des excursionnistes, M. Stober, professeur de médecine, de Yladicauease, a été gelé. Les deux sommets de l’Ararat, qui ne forme à sa base qu’un seul massif, ont respectivement 5400 et 4000 mètres d’altitude; le plus bas est dépourvu de neige en été ; le plus haut en est toujours recouvert au moins jusqu’à la moitié de sa hauteur; il a été gravi pour la première fois en 1820 par le professeur I’arrot , physicien de Oorpat; le général Chodzkoy conduisit en 1850 une expédition nombreuse, escortée de 50 soldats et qui s’y arrêta plusieurs jours pour des travaux de triangulation.
- —©— Les vélocipédistes vont être satisfaits. M. le ministre de l’intérieur et le ministre des travaux publics viennent d’adresser aux préfets une circulaire les invitant à prendre des arrêtés pour interdire, s’il y a lieu, la circulation des chevaux, bestiaux et voitures sur les pistes qui ont été dernièrement aménagées pour la circulation des vélocipèdes sur les accotements d’un certain nombre de routes. Cette interdiction sera indiquée par des écriteaux placés non seulement à chaque extrémité des espaces interdits, mais encore dans l’intervalle et à une distance d’un kilomètre au moins. Ces écriteaux seront établis sous la surveillance de l’administration ; ils seront posés et entretenus aux frais des sociétés vélocipédiques.
- —®— Le Moniteur Industriel nous fait connaître une nouvelle application du carborundum. La fabrication du carhorundum, ou carbure de silicium, tel qu’on le fabrique actuellement, ne donne, à chaque fournée, qu’une quantité réduite de cristaux purs, accompagnée d’une quantité beaucoup pliis grande de carbure de silicium moins bien cristallisé et dont la valeur commerciale se trouve, de ce fait, considérablement réduite. On vient, si l’on s’en rapporte à un brevet récemment délivré aux Etats-Unis, de trouver une application de ce produit brut à la fabrication de l’acier, où il remplacerait le ferro-silicium, car ce dernier ne renfermé que 10 à 12 pour 100 de silicium, tandis que le carbure de silicium renferme 70 pour 100 de silicium et 30 pour 100 de carbone. Voilà donc une nouvelle et importante application en perspective des produits du four électrique à la métallurgie.
- —$$— M. C. Abbe étudie depuis plusieurs aimées la question de la hauteur des nuages. Il a donné une méthode intéressante pour la détermination de la hauteur des nuages, et particulièrement des stratus, souvent mal définis. Il propose de lancer verticalement des rayons lumineux sur les nuages : la partie éclairée serait observée d’une station voisine, et la hauteur serait déterminée par un calcul facile. Il vient de montrer qu'avec les puissantes lumières que l’on obtient facilement aujourd’hui, ces recherches sont devenues très commodes. Quand on veut reconnaître la présence et le développement des brouillards qui se forment sur les côtes, ce moyen peut être utilement employé. On a publié des expériences sur la hauteur des nuages sur le mont Low et à Pasadena. Le mont Low est à peu près à 24 kilomètres au N.-N.-E. de Los Angeles et à peu près à 10 kilomètres de Pasadena. Quand un rayon lumineux tombe sur les nuages qu’il rend éclatants, tous leurs détails se dessinent visiblement. Quand le même rayon vient frapper la pluie tombante, un grand cône de lumière apparaît, semblable, dit le journal Nature (de Londres), à une masse de métal en fusion.
- —@— Il paraît que le lapin sait nager. Nous savions jusqu’ici que le lapin peut fort bien grimper aux arbres quand il y est obligé pour fuir les chiens, ou pour établir son nid hors de portée de ses ennemis personnels. Mais il nage également, quand sa sécurité l’y contraint. Un chasseur rapporte, qu’étant sur un pont jeté sur une rivière de 6 mètres environ de largeur, il a vu un lapin se jeter à-l’eau. Ce lapin venait d’être inquiété par un épagneul qui l’avait fait lever, mais ne lui donnait pourtant pas la chasse. Il se jeta à l’eau, sans hésitation, et nagea rapidement à travers la rivière, pour gagner un terrier où il s’engagea aussitôt.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits.
- télescripteur est construit par la Société industrielle des Téléphones, 25, rue du Quatre-Septembre, à Paris. —
- Communications. — M- H. Machecourl,k Papeete (Haïti), nous fait connaître un phénomène météorologique dont il a été témoin : « Le 5 septembre, vers huit heures du soir, je me trouvais sur la route qui borde la rade de Papeete. Le temps était magnifique, sans aucun nuage et faihlement éclairé par la lune entrant dans son premier quartier. Tout à coup, une lueur vive, assez semblable à celle que produirait un projecteur électrique d’une grande puissance, illumina tout autour de moi. Je crus d’abord que cette lueur pouvait provenir du croiseur Du-guay-Trouin, mouillé à deux ou trois cents mètres de l’endroit où j’étais et qui procède quelquefois à des expériences d’éclairage électrique : au-dessus de ce batiment et environ à 60° de l’horizon, je vis un objet lumineux descendre obliquement par un angle de 45° et disparaître à 5 ou fi° de l’horizon formé par la mer et où je m’attendais à le voir s’engloutir. La direction du météore me parut être du S.-E. au N.-O. et sa trajectoire décrivait une ligne dont la courbe était à peine sensible. »
- M. L. Pontallié nous écrit qu’en novembre 1886 il avait construit pour son laboratoire une pompe pneumatique analogue à celle dont nous avons parlé. Elle en difïérait seulement parce qu’elle était pourvue à la partie inférieure d’une fermeture barométrique sous verre et parce que la longueur du tube était calculée pour permettre, après chaque expulsion d’air, la rentrée automatique du mercure.
- M. Grisot-Saillard, à Besançon, nous a envoyé un avertisseur automatique d’incendie formé simplement d’un thermomètre électrique qui est placé dans une enveloppe métallique. Il est muni de deux bornes électriques en communication avec une batterie de piles. L’avertisseur est réglé de façon que le point de contact corresponde à -f- 30°. Cet appareil peut être très utile pour éviter les accidents.
- Renseignements. — M. G. B non, à Paris. — Consultez l’ouvrage Savonnier ou traité de la fabrication des savons par E. Lormé en 3 volumes. Prix : 9 francs. Encyclopédie Roret, 1, rue Hautefeuille, Paris.
- M. L. Lœenœers, à Liège. — Voyez les catalogues de la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. E. Lancesseur, à Rouen. — Nous ne connaissons pas de procédé spécial; peut-être pourriez-vous essayer d’augmenter la quantité de bichromate de potasse.
- M. G. R., à S. ; M. Barrai, à Marseille. — Renseignez-vous auprès des divers fabricants d’appareils à acétylène que nous avons fait connaître dans noire précédente Boîte aux Lettres.
- M. Ramiro Guedes, à Abrantes. — L’adresse du constructeur a été donnée en tête de la Boîte aux lettres du numéro même qui contient la description de l’appareil.
- M. S. M. C, à Roncenay. — Les piles ne sont guère pratiques pour ces installations ; celle qui convient le mieux est la pile à écoulement à sulfate de cuivre.
- M. D. Favette, à Constantinople. — Nous n’avons pas l’adresse du représentant.
- M. E. Mitscherlit, à Saint-Pétersbourg. — Le moteur Pygmée est construit par M. Léon Lefebvre, 4, rue de Commines, à Paris.
- M. R. Leymarie, à Tulle. — Nous n’avons pas de procédé à vous faire connaître.
- M. E. Legeret, à Vitry. — 1° Remerciements. — 2° Ces petits livres cinématographiques se trouvent chez tous les photographes.-
- M. G. Richard, à Epernay. — Consultez les livres Vins ainsi que Amélioration des liquides, par M. Lebeuf, dans la collection des manuels Roret à la librairie Mulot, à Paris.
- M. Thouvenin, à Gondrecourt. — 11 faut vous adresser aux
- divers fabricants que nous avons indiqués dans une de nos dernières Boîte-aux-Lettres.
- M. A. Barbillat..— 1° Nous ne croyons pas qu’il existe de livre à ce sujet. — 2° Appareils divers pour stériliser le lait : Appareil duDr Butin, 14, rue Pasteur; M. Fouché, 38, rue des-Ecluses-Saint-Martin ; M. Hignette, 162, boulevard Voltaire, à Paris. — 3° Lait stérilisé : Compagnie générale des laits purs, 47, rue Le Peletier; Société des Alpes Bernoises, 92, boulevard Sébastopol, à Paris.
- M. le l)r Riel, à Lyon. — Vous trouverez probablement ce
- Er au Comptoir général de photographie, 57, rue Saint-, à Paris.
- M. J. Bouchon, à Nassandres. — Comptoir géologique, 53, rue Monsieur-le-Prince, M. Stuer, 40, rue des Mathurins, à Paris.
- M. L. A., à Nully. — 1° Il n’existe pas encore de moteurs-semblables; quelques essais ont seulement été faits. — 2° Nous ne pouvons vous indiquer cet enduit. — 3° Nous avons donné quelques moyens de combattre l’humidité dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, lre série, dont il est question plus-bas. — 4° Votre lettre a été transmise.
- M. Ch. Joly, à Paris. — Le nom de shellac, d’origine anglaise, il est vrai, commence à être couramment employé, comme désignation abréviative de la gomme laque en écailles ou en feuilles.
- M. Conty, à Paris. — Nous ne connaissons pas le moyen de teindre le marbre blanc en couleur noyer; mais il existe, 48, boulevard Saint-Michel, une société dite des marbres reconstitués qui obtient les effets les plus merveilleux.
- Cercle de la Jeunesse, à Alais. — Adressez-vous à M. Michelin, 7, rue Gounod, à Paris.
- M. le capitaine Cordier, à Saint-Étienne. — Pour le cé-ramo-cristal dont il a été question dernièrement, il faut vous adresser à M. J. Henrivaux, directeur des glaceries de Saint-Gobain, à Saint-Gobain (Aisne).
- Al. A. P. Gouault, à Rouen. — Les lettres majuscule et minuscule ne sont pas aussi distinctes que vous le dites. On nous a du reste affirmé qu’il n’y avait jamais eu aucune inscription sur le mur.
- M. A. Soult, à Roubaix. — 1° Vous trouverez ce vernis chez M. Gaumont, 57, rue Saint-Roch à Paris. — 2° Le tube dont vous parlez devrait être très flexible; nous ne pensons pas que la sensibilité fût suffisante.
- M. E. Maquinay, à Anvers. — L’adresse que vous réclamez a été donnée en tête de la Boîte aux Lettres du n° 1266 du 4 septembre 1897.
- M. A. A., à X. — Il n’est guère possible d’obtenir le résultat que vous demandez.
- M. J. C., à Paris. — Nous ne connaissons pas le tube que vous avez; adressez-vous à la maison Chabaud, 8, rue de la Sorbonne, à Paris.
- M. P. Henicque, à Hirson. — Au moment où nous avons décrit la roue hydraulique Pelton, en 1892, elle se trouvait chez MM. Fraser et Chalmers, 43, Threadneedle Street, London, E. G.
- M. Perronile, à Paris. — Adressez-vous à la maison Château, 118, rue Montmartre.
- M. G. Malaterre, à Revel. — Pour le calcimètre que nous avons décrit, il faut vous renseigner directement auprès de M. Saint-René, 3, route de Montmirail, Château-Thierry (Aisne).
- Une abonnée, à Epinal. — 1° Vous pourriez consulter le rapport de M. de Foville sur les monnaies, à Paris. — 2° Il faut exposer le vêtement à des vapeurs ammoniacales. — 3° Il faut recoller les morceaux avec une dissolution de caoutchouc dans le sulfure de carbone ou la benzine.
- M. G. Gervais, à Gigean. — M. Buguet nous a déjà envoyé cette radiographie avec un petit article que nous utiliserons.
- AL Binda, à Rennes. — Vous trouverez à la librairie Masson et Cie l’Eleclrothérapie du Dr Onimus, et Y Electricité médicale en 2 volumes de M. Lecercle.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Philippe, à Paris. Nous n’avons pas gardé la lettre dont il est question. — M. Lebrun, à Bruxelles. Nous ne comprenons pas votre question. — M. R. Rehm, à borné. Remerciements pour votre communication. — M. Millet, à Persan; M. J. F. Nowack. à Londres. Regrets de ne pouvoir vous renseigner. — M. J. Ramon Izquierdo, à Carta-gena. Votre ouvrage sera mentionné dans notre bibliographie. — Mme II. C. Z., à Paris. Nous ne connaissons pas d'adresse de fabricant de cet objet. — M. Simon Ricard, à Perpignan ; M. Liger-Belair, à La Bouchère (Romorantin). L’adresse que vous demandez est donnée plus haut.
- bans la « Boite aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon A répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu'aux lettres reçues avant le lundi qui précède la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES MENTIONS1
- relève et met à découvert le goulot. — Le bouchon automatique set rouve chez MM. Kirby, Beard et Cu, 5, rue Auber, à Paris.
- Plies Warnon. — M. Warnon vient d’apporter quelques modifications à ses modèles de piles type Leelanché. Dans les nouveaux modèles, le pôle positif (n° 1) est formé par un charbon entouré de peroxyde de manganèse. Celui-ci est placé dans un sac en toile et le tout est maintenu dans un petit
- Piles Warnon. — 1. Aggloméré des nouveaux modèles.
- 2. Elément sec.
- treillage en paille de bois. Des trous peuvent être faits de distance en distance pour diminuer la résistance intérieure. Ce nouvel élément présente une grande constance; il ne se forme pas de sels grimpants. La borne prise de courant sur le charbon possède une vis munie, à sa partie inférieure, d’un fragment d’argent pour assurer un bon contact. M. Warnon fabrique également des petits éléments secs (n° 2). L’élément représenté a un vase extérieur en zinc dans lequel est un zinc intérieur fortement amalgamé. Les dimensions sont très restreintes; elles sont de 5 centimètres de hauteur sur 4,5 de largeur et 5 d’épaisseur. Une courbe de débit de la pile a été relevée pendant sept semaines, et s’est maintenue à une valeur normale, supérieure aux courbes d’autres piles analogues. — Pour ces piles, s’adresser à M. J. Warnon, à Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise).
- Bouchon automatique. — En ce temps de microbes, on ne saurait prendre trop de précautions. L’appareil que nous décrivons permet automatiquement de ne jamais laisser une bouteille débouchée sur la table et épargne la peine d’avoir à la déboucher lorsqu'on veut verser le liquide qu’elle ren-
- Bouchon automatique. — 1. L’appareil sur une bouteille. 2. Mode d’emploi.
- ferme. Il est formé d’un bouchon maintenu par un petit levier mobile autour d’un point fixe, et auquel est suspendu un contrepoids (n“ 1), Le support est réuni à une griffe qui vient enserrer le goulot de la bouteille. A l’état normal, le bouchon est fixé sur la bouteille. Si l’on incline celle-ci (n° 2), le bouchon se
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- Allumage automatique des becs Auër. — II est toujours préférable d’allumer les becs Auër par-dessous pour éviter la
- fietite explosion qui se produit dans le verre quand on fait 'allumage par-dessus ; bien que les manchons soient aujourd’hui plus solides qu’autrefois, ils sont encore assez fragiles pour qu’on leur évite les émotions violentes.
- M. E. Née a disposé tout spécialement à cet effet le robinet électrique dont il est l’inventeur et que nous avons déjà décrit. On sait que le principe de ce robinet consiste à produire une étincelle d’extra-courant entre un ressort isolé A et une tige B tournant avec le robinet, la rencontre se faisant au-dessus d’une fuite F qui vient allumer le bec principal. Pour le bec Auër, l’orifice du brûleur étant beaucoup plus élevé que dans les autres systèmes de lampes à gaz, il a fallu , prendre des dispositions en conséquence et faire un robinet approprié à ce genre de bec. Cet allumage automatique très simple, qui fonctionne avec les piles servant déjà à la sonnerie de l’appartement, est réellement d’une grande commodité, il est la consolation de ceux qui ne peuvent avoir chez eux la lumière électrique. — L’appareil se trouve chez M. E. Née, 47, rue du Montparnasse, à Paris.
- Allumage du gaz par l’électricité.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'industrie vinicole méridionale, par L. Roos, Directeur de la station œnologique de l’Hérault. 1 vol. in-8°. Montpellier, C. Coulet. Paris, Masson et C’% éditeurs, 1897. Prix : ô fr. 50.
- Les ballons-Sondes de MM. Hermite et Besançon, par W. ne Fonvielle, secrétaire de la Commission internationale d’aéronautique. Précédé d’une introduction par M. Bouquet de la Grye. 1 vol. in-18. Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Paris. 1897.
- Ce qu’il faut savoir pour réussir en photographie, par A. Courrèges. 1 vol. petit in-8°, 2e édition, avec une planche photo-collographique. Gauthier-Villars et fils. Paris. Prix :
- 2 fr. 50.
- Les plantes de grande culture, par P.-P Dehkrals, membre de l’Institut (Blé, Pomme de terre, Betterave fourragère et Betterave de distillerie, Betterave à sucre). — 1 vol. in-8° carré. Georges Carré et C. Naud, éditeurs, 5, rue Racine. Paris. Prix : 4 francs.
- Traité élémentaire d'électricité pratique, par R. Bon.vin, ingénieur honoraire des mines, ingénieur principal des télégraphes. 1 vol. petit in-8°, 5e édition. Bruxelles, Manceaux, éditeur. 1897.
- Carbure de calcium et acétylène, par J. Lefèvre, docteur ès sciences, professeur à l’Ecole des sciences de Nantes. 1 vol. in-16 de Y Encyclopédie de chimie industrielle. J. Baillière et fils, éditeurs. Paris. — Prix : 5 francs.
- Hygiène scolaire. Epidémies dans les écoles primaires du département de l’Oise, par G. Baudran, secrétaire du Conseil d’hygiène. 1 brochure in-8. Beauvais, imprimerie centrale administrative, 1897.
- Les choses naturelles dans Homère, par le Dr A. Kums, 1 vol. in-8°. — Félix Alcan, éditeur^ Paris. Prix : 5 francs.
- Les oiseaux du bas-Escaut. Leur chasse en bateaux. Histoire naturelle, par le Dr A. Queset. 1 vol. in-8 illustré de ‘ 150 gravures. Photographies et simili-gravures. Bruxelles, Société Belge de Librairie. 1897.
- Eléments de Pisciculture pratique, par J. Jaffier, président de la Société de Pisciculture de la Creuse. 1 vol. in-18. Ar-, masd Colis et Cie, éditeurs. Paris, 1897. Broché, 2 francs; cartonné, 2 fr. 25.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.'
- Les fours électriques et leurs applications, par A. Minet, ingé-nieur, directeur du journal L’Electrochimie, 1 vol. petit in-8° de Y Encyclopédie des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris, 1897, Gauthier-Villars et fils et Masson et Cie, éditeurs. Prix : 5 fr. cartonné ; 2 fr. 50 broché.
- Elude d’un tracé de chemin de fer, par A. Dufour, ingénieur civil. 1 petit in-8° de YEncyclopédie scientifique des aide-mémoire publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut. Paris. Gauthier-Villars et fils et Masson, éditeurs. 1897. Prix : 2 fr. 50 broché, 5 fr. cartonné.
- Annuaire du musée zoologique de l’Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg. 1897. Saint-Pétersbourg.
- Fourteenth annual report of the Bureau of elhnology to the secretary of the Smithsonian Institution ( 18M2-1895), by J. \Y. Powell, director. Part. 1 et 2. — Fifteenth annual
- report {1893-1894), by J. W. Powell. 5 vol. in-4. Washington, Government Printing Office. 1890.
- Missouri Bolanical Gardent Eight annual report. 1 vol in-8‘. Saint-Louis. Mo. 1897.
- Bolanical observations on the Azores, by William Trelease. From. thé Eight annual report of the Missouri Botanical Garden. 1897.
- Mittheilungen der prâhistorischen commission der liais. Aka-demie der wisensschaften. L Band. n° 4. 1897. 1 brochure in-8°. Wien. 1897.
- Luce e Reggi Rôntgen, par le professeur Oiieste Murani, avec une préface du professeur R. Ferrixi. 1 vol. in-8°. Ulrico Ilœpli. Milan. 1898.
- Memoirof George Brown Goode (1851-1896), by S. P. Langlev. Read before the national Academy. 1 brochure m-8\ Washington, Judd et Detweiler printers. 1897.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 18 octobre . . 9°,0 - S. S. E. 1. Presque couvert. 0,0 Nuageux jusq. 17 h.; beau eus.; brouillard le matin.
- Mardi 19 10‘,0 N. E. 1. Couvert. 0,0 Très nuageux jusq. 14 h.; beauens.; halo.
- Mercredi 20 .... 12*, 4 N. 2. Couvert. 0,0 Couv. jusq. 9 li.; quelques nuagciTërrs.; brumeux.
- Jeudi 21 7“,1 N. E. 2. Peu nuageux. 0,0 Peu nuag. de 7 à 14 h.; beau avant et après; brumeux.,
- Vendredi 22 8”,2 ,N. 3. Couvert. 0,0 Couvert le matin ; nuageux le soir.
- Samedi 23 5’,9 N. N. E. 2. Nuageux. 0,0 Couv. de 10 à 13 b.; nuageux avant et après jusq. 13 h.; beau ensuite.
- Dimanche 24 4»,9 N. E. 2. Beau. 0,0 Peu nuageux de 11 à 16 h.; beau avant et après ; gelée blanche ; halo.
- OCTOBRE 1897. -- SEMAINE DU LUNDI 18 AU DIMANCHE 24 OCTOBRE.
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Jeudi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- SSSBSSBSSBSBB5m7="""S5SS5SSSS555BSS5SS2
- 15555555555555555555555555555555b5**5555555*5555555555555555555555555 Ks^SgSSSgSssïjjEs^QgggQ^SSSsSSSSSSMjSSSS555555555555555555555555555555Si
- SSSSSBSSSSSSSI
- ssssssssSss&bI
- iBssssiSiiiiil
- iasgs55ESBBBsl
- La cuurbe supérieure indique la nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre a l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tremblement de terre en KMpagne. — Une violente secousse de tremblement de terre a été ressentie lé 14 octobre à 4 heures à Grenade. Elle a duré quelques secondes et a causé une grande panique. La plupart des habitants sont sortis dans les rues. Les oscillations se sont produites du nord au sud. Dans les villes où la secousse a été ressentie il n’y a pas eu de victimes et les 'dégâts sont peu considérables.
- La structure de la grêle. — La Revue scientifique rend compte, d’après Nature, des observations faites par M. Hodgkinson sur la structure des grêlons recueillis au cours d’un orage qui s’abattit le 5 août sur Wilmslow (Angleterre). Les grêlons avaient jusqu’à 0“,02, leur forme générale était plus ou moins conique avec des bases convexes. Quant à la structure intérieure, M. Hodgkinson la décrit ainsi : un noyau
- de grosseur variable existe dans chaque grêlon, il est entouré d’une couche de glace transparente. Dans quelques-uns des plus gros, il existait une zone intermédiaire de glace légèrement opaque quoique plus transparente que le noyau.
- Sous le microscope, avec un grossissement d’environ 20 diamètres, la structure du noyau apparaît cristalline, les cristaux étant séparés par de nombreüses petites bulles d’air comme cela arrivé fréquemment dans les spécimens de quartz. La zone intermédiaire est constituée par des vacuoles analogues, mais plus petites, sans qu’aucune structure cristalline soit perceptible. La coucne extérieure est formée de glace pure sans structure spéciale sous le microscope : pourtant, à l’œil nu, et en faisant varier l’incidence.de la lumière, on constate des radiations comme si la glace était formée de cristaux grossiers. La couche extériéure et la couche intermédiaire sont isotropiques, mais les cristaux individuels du noyau donnent heu nettement à la double réfraction.
- PHASES DE LA LUNE î D. Q. le 18, à 9 h. 18 m. du soir.
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- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux ^acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- INFORMATIONS
- Le lundi, 25 octobre, a eu lieu la réunion des cinq classes «de l’Institut. Cette réunion inaugure chaque année la série des -séances publiques. M. Albert Sorel, de l’Académie française, présidait. Il a évoqué le souvenir des académiciens morts pendant l’année -et a tracé d’eux d’excellents portraits. M. Emile Ernault a été proclamé lauréat du prix Volney pour son Glossaire moyen-breton. Un prix de 1000 francs a été également accordé à M. Maurice Gram-mont. M. Emile Picot, au nom de l’Académie des inscriptions et Belles-lettres, a ensuite donné lecture d’une notice sur Marie-Catherine de Pierrevive. M. Henri Moissan, au nom de l’Académie des sciences, a raconté l’histoire de l’Université de Chicago. Au nom de l’Académie des beaux-arts, M. G. Lafenestre a parlé de Jean de la Fontaine et des artistes de son temps. M. A. Himly, au nom de l’Académie des sciences morales et politiques, a retracé la vie et l’œuvre du fondateur du Congo français.
- —Travaux de l’Exposition de 1900. Au Champ-de-Mars, le palais des^Arts libéraux est démoli, et la démolition du palais des Beaux-Arts est commencée. Au Cours-la-Reine, on termine le soubassement du grand Palais des Champs-Elysées. On fait également les fouilles pour établir les fondations du petit Palais que construit M. Ch. Girault. La construction du pont Alexandre III est activement poussée. Le fonçage du caisson de fondation de la rive droite a été terminé le 22 octobre; le caisson est installé sur une couche de roches calcaires, et l’on commence le bétonnage intérieur. On procède également aux installations de la rive gauche.
- —^— Le Conseil municipal de Paris, sur une demande formée au nom de l’Académie des sciences, par M. Berthelot, secrétaire perpétuel, et par M. II. Moissan, a voté une subvention de 5000 francs pour l’érection à Paris d’un monument à Lavoisier, l’illustre fondateur de la chimie. L’œuvre, qui est confiée au sculpteur Barrias, sera édifiée sur le terre-plein situé derrière la Madeleine, en face de la rue Tronchet.
- —®— Le projet de transfert de la gare d’Orléans au quai d’Orsay, sur l’emplacement de l’ancienne Cour des comptes, a été adopté par la Chambre des députés.
- —$$— On annonce que M. Raoul, pharmacien de 1r“ classe de la marine, est de retour d’une mission scientifique fort importante. Il avait été chargé par le gouvernement d’aller chercher en Malaisie les plantes qui pourraient fournir de nouvelles matières premières au commerce et à l’industrie. La mission a pu pénétrer dans des forêts encore inexplorées en Malaisie et elle rapporte des plantes précieuses destinées aux colonies françaises. Ce sont des textiles nouveaux, des caoutchoucs, des espèces de gutta-pcrcha, dont quelques-unes étaient inconnues jusqu’alors, des arbres produisant des beurres et graisses végétales, des huiles, des résines, des vernis et des tanins. Ces plantes précieuses n’ont pu être transportées qu’avec les plus grandes précautions et toutes sortes de difficultés. Les résultats de cette mission sont considérables au point de vue commercial, industriel et scientifique. L’île de Sumatra est presque déserte à l’intérieur. La mission y a trouvé de l’or, du pétrole et d’immenses forêts d’arbres à résine, à caoutchouc et à gutta-pereha. Toutes ces richesses demeurent actuellement inutilisées. Plusieurs membres de la mission qui avaient été piqués en grand nombre par des serpents de», diverses espèces ont pu être sauvés par des injections de sérum du Dr Calmette, directeur de l’Institut bactériologique de l’île.
- —@— La commission du budget vient de voter une taxe spéciale pour les automobiles. Les chiffres adoptés sont les suivants : Paris, voitures à deux places : 60 franes ; voitures de plus de deux places : 100 francs; villes dont la population est supérieure à
- 40 000 habitants : 40 et 75 francs ; villes de plus de 20 000 habitants : 50 et 60 francs; villes de plus de 10 000 habitants! 25 et 50 francs ; villes de plus de 5000 habitants : 20 et 40 francs ; enfin les communes au-dessous de 5000 habitants : 10 et 20 francs.
- —$$— Une commission spéciale vient d’être nommée par les ministres de l’Intérieur et des Travaux publics pour préparer un
- a'et de règlement de la circulation des voitures automobiles. Ce u ement devra laisser à chaque constructeur le soin de rechercher les dispositions propres à satisfaire aux épreuves demandées pour les générateurs, de réaliser diverses conditions pour la sécurité de la circulation (fumées, vapeurs, bruit), et d’avoir des freins suffisamment puissants pour arrêter, dans une longueur déterminée, les véhicules lancés aux vitesses autorisées. La commission comprend M. Salva, président ; MM. G. Forestier, Mallez, Michel Lévy et Desprez.
- —$$— On a créé, dit la Revue scientifique, dans une localité de l’Ohio, à Yan Wertz, sous la tutelle de l’Etat, une faisanderie destinée à l’acclimatation et à la multiplication du faisan de Mongolie. Les expériences déjà faites à plusieurs reprises ont montré que le faisan de Mongolie s’accommode très bien du climat des Etats-Unis, et il est tout naturel qu’on ait songé à tenter l’acclimatation en grand. L’établissement a une superficie de 8 hectares environ, et, dès cette année, 5000 oiseaux y ont été élevés. On envoie une partie de ceux-ci dans d’autres localités de l’Ohio, le reste est mis en liberté sur place, réserve faite d’un nombre suffisant de reproducteurs adultes. Les oiseaux mis en liberté restent prospères, et on en signale la présence dans les bois où l’on a même aperçu aussi des mères avec couvées.
- —©— L’année 1898 sera, dit-on, particulièrement riche en hannetons. On a rencontré, dans certaines régions et notamment dans l’Auhe et les contrées avoisinantes, une grande quantité de vers blancs.
- —D’après le rapport du postmaster général qui vient de paraître, la poste anglaise a distribué, du 51 mars 1896 au 31 mars 1897, 1 895 000000 de lettres, et 3140 000 000 d’autres envois, tels que journaux, cartes postales, circulaires, etc. Dans les lettres tombées en rebut, on a trouvé pour 15 900000 francs de valeurs, dont 117 000 francs n’ont pu être distribués aux expéditeurs, faute d’adresses.
- —Le Dr Slaby, professeur à l’École supérieure technique de Berlin, a apporté quelques modifications au télégraphe sans fils inventé par l’Italien Marconi. Tandis que ce dernier, avec l’appareil primitif, n’avait pu communiquer qu’à une distance de 15 kilomètres, le professeur berlinois a pu, avec le nouvel appareil perfectionné, télégraphier à 21 kilomètres, et encore les conditions atmosphériques étaient très défavorables.
- —@— Un aéronaute anglais, M. Charles Polloek, a réussi à traverser la Manche en ballon. Parti d’Eastbourne le 12 octobre vers 10 heures du matin, il est descendu à Domart, près d’Abbeville, dans la direction de Saint-Valery-sur-Somme, ainsi qu’il l’espérait.
- —®— Le capitaine du bateau-pêcheur Fiskeren, du port de Yardœ, a déclaré sous serment avoir vu, le 23 septembre,, par le large de la presqu’île du Prince-Charles au fjord du Spitzberg, à environ 1 mille de la côte, une grande épave couleur ponceau qui chassait; il l’a prise pour la coque d’un navire échoué. Il croit maintenant que ce pouvait être le ballon d’Andrée. Des hommes de l’équipage d’un autre bateau prétendent avoir entendu, le même jour et encore une semaine plus tard, des cris de détresse de l’entrée du fjord de glace. D’après les déclarations des autres hommes de l’équipage, les appels entendus ne seraient que des cris d’oiseaux.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — M. P. Combes, à Paris, à propos de nos récents articles sur la mémoire des poissons, nous signale une expérience, due au Dr Moebius. Il mit un brochet dans un aquarium avec de petits poissons que le « requin des eaux douces » croquait à plaisir. Quand l’animal se crut bien établi dans son petit empire, l’expérimentateur introduisit une plaque de verre entre lui et les poissons. Dans les premiers temps, le brochet fit des efforts désespérés pour atteindre les objets de sa convoitise. Il se heurtait la tête avec fureur contre l’obstacle invisible, et restait souvent étourdi et comme mort de la violence du choc. Peu à peu, l’avidité cédant à la douleur, il se résigna à laisser ses victimes en paix. Au bout de trois mois la plaque de verre fut enlevée; le brochet put alors circuler librement. Mais, chose étrange, jamais il ne toucha plus aux poissons que sauvegardait auparavant cet obstacle. L’idée d’une souffrance, sans cause appréciable à ses sens, avait tellement énétré son cerveau, qu’il n’osait plus s’approcher de la proie éfendue par de tels souvenirs. Cette expérience, facile à renouveler, met hors de doute l’existence d’une mémoire moins grossière que celle due au retour périodique d’une proie.
- M. W. Prinz, professeur à la Faculté des sciences appliquées de l’Université de Bruxelles, nous adresse une brocnure qui traite le sujet suivant : L'échelle réduite des expériences géologiques permet-elle leur application aux phénomènes de la nature? Exemples : les crevasses marginales des glaciers, les figures de rayure, la coupe du verre par le diamant, etc. Cette brochure est extraite de la Revue de l’Université de Bruxelles et se trouve à la librairie E. Bruylant, 67, rue de la Régence, â Bruxelles.
- M.L. Vidal, à Paris, nous écrit la lettre suivante : « L’explication donnée dans les Nouvelles scientifiques du n° 1271 du 9 octobre dernier, à propos de l’épreuve communiquée par M. Ilaffner de Bordeaux, ne me semble pas indiquer la cause réelle de la singularité remarquée. Il s’agit du dédoublement d’un groupe de personnes que l’on retrouve à l’état de silhouette au-dessus et à droite du groupe véritable. Ce fait, dit-on, ne peut s’expliquer que par un mirage qui se serait trouvé reproduit en même temps que le groupe ; mais ce mirage, notre correspondant ne l’aurait pas remarqué au moment de l’opération. Il n’est pas étonnant qu’un effet absent n’ait pas été remarqué. L’explication est plus simple : sur un point de la planchette antérieure de la chambre noire se trouvait une petite ouverture — formant trou d’aiguille — et faisant fonction d’objectif. C’est ce qui a donné lieu à la reproduction simultanée d’une image adventive autre que celle que l’on a obtenue normalement. La place occupée par la silhouette en question dépend du point où se trouve le trou. Que M. C. Haffner veuille bien examiner la partie antérieure de sa chambre noire et il y découvrira ce petit trou. Très souvent il se trouve à l’endroit même d’une des vis servant à fixer la rondelle de l’objectif. Quant à la reproduction d’un mirage qui n’était pas visible, la chose semble impossible et, en tout cas, n’a jamais été constatée, a
- M. V. Chabaud, directeur et successeur de la maison Alver-gniat frères, à propos des pompes à mercure dont nous avons parlé précédemment, nous envoie en quelques mots l’historique de l’évolution de cet appareil. On sait que c’est dans cette maison que la pompe à mercure a reçu ses principales modifications. La première pompe à mercure était un retour au modèle d’Otto de Guéricke : un corps de pompe en verre, un piston de mercure et deux robinets. Jean supprima les deux robinets en les remplaçant par deux tubes barométriques, l’un communiquant avec le récipient, l’autre plongeant dans une cuve à mercure. Les inconvénients du modèle de Jean étaient l’encombrement et les oscillations de la colonne mercurielle. M. Alvergniat y remédia par l’emploi d’une soupape qui, ici, n’introduit pas, comme dans les pompes à piston solide, un
- espace nuisible. Il ne restait plus qu’un défaut à corriger : l’agitation du mercure dans l’ampoule lors du coup de pompe aspirant. Un simple tube latéral ajouté par le physicien allemand Toepler, fit l’affaire, et la machine moderne était constituée. Il n’est peut-être pas sans intérêt de constater un de ces retours au passé dont les différentes branches de l’activité humaine nous offrent tant d’exemples.
- Renseignements. — M. E. D. L., à Leuze. — Vous trouverez les renseignements que vous demandez dans Les accumulateurs électriques par Loppé dans l’Encyclopédie scientifique des aide-mémoire, à la librairie Gauthier-Villarsetfils.
- M. Prax J., à Peyriac-Minervois (Aude). — Fournisseurs pour écuries : MM. Gardillier et Cie, 27, rue Marbeuf, MM. Mi-iinaires frères, 15, rue de Richelieu, et M. Musgrave, 240, rue de Rivoli, à Paris.
- Mme la générale Wartelle, à Arras. — 1° Il suffit de laver la conduite en versant quelques gouttes d’eau vinaigrée ou mieux d’eau acidulée chlorhydrique. — 2° Pour nettoyer ces-objets, il faut employer la pommade magique, le brillant belge que l’on trouve chez tous les marchands de vernis.
- M. E, Crar, à Padoue. — Adressez-vous à M. Radiguet, 15, boulevard des Filles-du-Calvaire, à Paris.
- Un abonné, à Louvain. — Voyez l’ouvrage que nous avons signalé dans notre bibliographie du n“ 1272, du 16 octobre 1897.
- M. L. B., h Clermont-Ferrand. — Nous avons donné plusieurs formules d’encres indélébiles pour timbres en caoutchouc dans Recettes et Procédés utiles, 11 e série,à la librairie Masson et Cia.
- M. Ch. J., à X. — Les effets de tension dépendent uniquement du nombre d’éléments groupés en tension ; les effets de quantité dépendent du nombre d’éléments groupés en quantité, M. Légonie, à Valence. — Il faut vous adresser à un laboratoire de chimie ; nous n’avons pas d’adresse spéciale à vous indiquer.
- M. P. M., à Lyon. — 1° On peut avoir confiance dans ces agences lorsqu’il s’agit de maisons sérieuses. — 2° et 5° Ces renseignements ne peuvent être déterminés que par l’expérience.
- M. A. Chateau, à Versailles.— Nous avons vu dernièrement des vases et objets de toutes sortes en une pâte imitant parfaitement le marbre; adressez-vous à la maison Danielli, 46, boulevard Saint-Michel, à Paris.
- M. P. Petitclerc, à Vesoul. — 1° Nous ne connaissons pas la marque que vous mentionnez; mais vous trouverez de bonnes encres aux maisons suivantes : M. Brachet, 7 rue Thoret;-M. Antoine fils, 62, rue des Marais; M. Miette, 9, rue de Sain-tonge, à Paris. — 2° Pour combattre le blanc des Pommiers,, on a obtenu quelques résultats en badigeonnant les arbres avec du pétrole et en faisant des vaporisations.
- M. R. C., à Malesherbes. — 1° La benzine et le sulfure de-carbone dissolvent le caoutchouc. — 2° On ne peut tirer de ce fait aucune indication bien exacte.
- M. L. A., à Nully. — L’idée générale de l’appareil dont vous parlez est la même que celle de la voiture qui a été décrite; mais il s’agit ici d’une automobile.
- M. Manuel Vieira Natividade, à Alcobaga. — Vous trouverez tous les renseignements que vous demandez sur les fruits évaporés dans le Traité du séchage des fruits et des légumes de MM. Nanot et Tritschler, à la librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. E. D., àX. —Il vous faut demander ce renseignement à M. Vaillant, professeur d’ichtyologie au Muséum d’histoire naturelle.
- M. Berlin Conrads, à Paris. — L’ouvrage que vous désigner est édité chez MM. Colin et Cie, 5, rue de Mézières ; le prix est de 10 francs.
- M. Artcheff, à Paris. — 1° Voitures automobiles : MM. Panhard et Levassor, 19, avenue d’Ivry; MM. Peugeot frères, 22, avenue de la Grande Armée ; M. G. Richard, rue du Quatre-Sep-tembre, à Paris. — 2° Cet omnibus automobile a été fabriqué par les premiers constructeurs que nous indiquons ci-dessus.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. G. Antoine, à Anvers. Nous avons reçu votre petit ouvrage et nous le mentionnerons en bibliographie. — M. G. M. Nous vous conseillons de montrer ces divers plans à un ingénieur avant de construire votre machine.— M. G. M., à D. Cet objet ne se fabrique plus. — M. A. B., à L. ; M. A. E. L., à X. Voyez les Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cla. — M. Dubois, à G. Remerciements pour votre communication. — M. D. V., à Lille. Regrets de ne pouvoir vous renseigner.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Nouveau crayon. — On a déjà essayé d’employer le papier enroulé pour maintenir la mine du crayon au lieu du bois utilisé jusqu’ici. Nous avons fait connaître diverses dispositions semblables. Dans le nouveau crayon, c’est simplement une pellicule de bois très mince qui est enroulée autour de la mine (n° 1), et elle se détache très facilement (n° 2). Ce
- crayon peut rendre quelques services; car il est facile à tailler même sans canif. — Le nouveau crayon se trouve chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris.
- obtient de chaleur parce que l’air de la pièce se réchauffe à son contact. L’inventeur du calorifère russe s’est proposé d’augmenter la surface de contact de l’air avec le tuyau sans qu’on soit pour cela obligé d’augmenter sa longueur, ce qui est souvent impossible, toujours gênant et peu gracieux. A cet
- = ! ‘ Ué-Caloritère russe. — 1. Tuyau avec enveloppe extérieure.
- ' jj 2. Coupe intérieure du tuyau. — 3. Tuyau à deux ouvertures.
- Stéréoscope Gorde. — Les instruments appelés stéréoscopes, destinés à obtenir la sensation du relief au moyen de deux épreuves faites simultanément, étaient, jusqu’ici, un peu encombrants, et, par suite, difficiles à emporter avec soi. M. A. Gorde a imaginé le modèle simple de stéréoscope que nous représentons. Il se compose d’une planchette verticale maintenant (n° 1) les deux objectifs et qui peut se rabattre sur une règle. Cette dernière porte une traverse horizontale qui maintient les photographies. L’appareil est très puissant comme grossissement et il est réduit au point de pouvoir se mettre dans la poche, son épaisseur, plié, ne dépasse pas 1 centimètre 1/2, sa longueur 19 centimètres. Fermé on l’emploie comme une
- Stéréoscope Gorde. — 1. Vue de l'appareil. — 2. Mode d’emploi.
- face à main, les photographies étant posées devant soi ou tenues à la main. Ouvert il sert comme tous les stéréoscopes, ainsi que le dessin l’indique. Pour obtenir la plus grande netteté de Limage, on éloigne ou l’on rapproche la partie portant la photographie. Un ressort bleui et mobile sert, en le faisant tourner à Ta main, à empêcher le stéréoscope de se refermer. — Ce stéréoscope se trouve chez M. A. Gorde, 15, rue d’Armaillé, à Paris.
- Calorifère russe. — Voici le moment où le chauffage va devenir une grande préoccupation dans les ménages et nous pensons rendre service à nos lecteurs en leur signalant un nouveau système qui nous paraît intéressant. On sait que lorsqu’on se sert d’un poêle quelconque, plus le tuyau esf long, plus on
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- effet il a construit un tuyau muni d’une enveloppe extérieure (n° 1) en tôle, et c’est par l’intervalle compris entre les deux enveloppes que se fait le tirage et que s!échappent les gaz de la combustion. L’espace concentrique reste ouvert aux deux bouts et l’air froid y entre par le bas pour en sortir chaud par le haut (n° 2); suivant la grandeur du foyer on peut adapter un tuyau plus ou moins gros, et, dans certains cas, ménager au centre deux ouvertures (n° 5) au lieu d’une seule pour augmenter encore la surface de contact. — Le calorifère russe se trouve chez M. P. Basmaisons, 24, rue Saint-Louis-en-l’Ile, à Paris.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Un nouveau procédé de dorure. — Les procédés usuels de dorure présentaient jusqu’ici des inconvénients assez sérieux pour restreindre, dans une certaine mesure, leur application'. La dorure au trempé manque de solidité, celle à la pile exige, pour être exécutée industriellement et dans des conditions favorables, une installation coûteuse et passablement compliquée. Le procédé de dorure au feu, le plus parfait connu sous le rapport de la qualité et de la durée de la couche d’or déposée, offre des désavantages encore plus grands au point de vue hygiénique d’abord, grâce aux vapeurs de mercure qui se dégagent au cours des manipulations, au point de vue économique ensuite, vu la cherté des matériaux employés et les pertes considérables qu’il entraîne. II manquait par conséquent un procédé pratique, expéditif et peu coûteux, applicable surtout à la dorure des objets bon marché. Cette lacune vient d’être comblée par l’invention d’un nouveau bain à dorer : le Chrysol au moyen duquel la dorure de tous les métaux usuels se fait avec la plus grande, facilité et dont l’emploi n’exige ni installation coûteuse, ni connaissances spéciales. Le procédé au Chrysol inventé par M. A. Faune, ingénieur à Lausanne, est, en somme, une modification ingénieuse au procédé galvanique ; mais ici, la pile est réduite à sa plus simple expression : l’objet à dorer représente l’anode, le fil de zinc sur lequel il repose, ou auquel il est suspendu, forme la cathode, et le bain de dorure lui-même remplace le liquide de l’élément. La manipulation est des plus simples : l’objet est immergé dans le bain de Chrysol préalablement chauffé à 50-60° C., et mis en contact avec un fil ou une lame de zinc : le dépôt d’or commence aussitôt, il se fait d’une façon très régulière et très homogène; la couche obtenue adhère très fortement, son épaisseur peut être régularisée ou augmentée à volonté par une durée plus ou moins prolongée de l’immersion. La dorure par le Chrysol présente cette particularité très remarquable, qu’elle n’altère en aucune façon le poli, même le plus parfait;
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- des objets; ceux-ci n’ont donc pas besoin, comme c’est le cas pour la dorure à la pile, d’être passés au brunissoir : un simple lavage à l’eau suffit. Le bain de Chrysol peut, du reste, être employé à froid ; le dépôt de la couche d’or se fait alors plus lentement, mais d’une façon non moins parfaite. Une autre particularité du procédé par le Chrysol consiste en ce qu’il permet d’obtenir des ors de teintes fort différentes, allant du blanc presque pur, au vert, au jaune pâle, au jaune orangé, à l’or rouge. Au moyen de ces dorures différemment nuancées, appliquées avec l’aide d’un vernis spécial (Epargne) destiné à recouvrir, avant chaque opération, les parties à réserver, on obtient des effets de décoration des plus artistiques, qu’il n’était possible d’obtenir, jusqu’ici, qu’aumoyen d’incrustations. La simplicité du nouveau procédé et son bon marché, le rendent propre à des applications en nombre presque illimité. Comme il s’adapte aussi bien à l’acier, au fer, à l’étain, qu’à l’argent, au cuivre et à leurs alliages, il n’est, pour ainsi dire, pas d’industrie employant ces métaux que le procédé au Chrysol n’intéresse directement. Nous ajouterons, du reste, qu’un bain
- d’argenture de composition et de mode d’emploi analogue, VArgyrol, se trouve maintenant aussi dans le commerce. Outre leurs applications industrielles, ces produits permettront à chacun ae dorer avec la plus grande facilité les menus objets les plus divers et de réparer à fort bon compte la dorure de ceux qui ont été gâtés par l’usure. — Pour se procurer la solution le Chrysol, s’adresser à M. D. Thuillard, 144, avenue Vendôme, à Lyon.
- Conservation des œufs. — Un procédé général pour obtenir la conservation des œufs consiste à les recouvrir d’un enduit isolant, à condition qu’ils soient bien frais et qu’on les nettoie soigneusement au préalable. Voici une formule d’enduit protecteur de ce genre : gélatine, 15 grammes; borax, 3*r,50; eau, de quoi donner finalement 28u à 300 grammes» On dissout le borax dans l’eau, qu’on fait chauffer et où on laisse ensuite fondre la gélatine. On peut mettre le mélange en bouteille, et quand on voudra l’employer, on le fera tiédir, puis on en badigeonnera les œufs, ou bien on les plongera dedans.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49",30). — Bureau central météorologique de Franoe
- OBSERVATIONS 7 HEURES DÜ MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION m FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 23 octobre . . 2“,1 E. N. E. 2. « Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Mardi 26 2*,4 S. E. 1. Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Mercredi 27 .... l-,9 N. E. 1. Nuageux. 0,0 Nuageux de 6 à 17 h.; beau avant et après ; gelée blanche, halo.
- Jeudi 28 0*,3 E. 0. Quelques nuages. 0,0 Quelques nuages à 7,12 ët 13 h.;beau le reste du temps.
- Vendredi 29. ... . 1*,2 S. E. 1. Beau. 0,0 Beau ; gelée blanche.
- Samedi 30 2%9 E. S. E. 1. Beau. 0,0 Beau; gelée blanche.
- Dimanche 31.. . . . 5“,8 E. 2. Beau. 0,0 Nuageux de 14 à 18 h.; beau av. et apr.; gelée blanche.
- OCTOBRE 1897. -- SEMAINE Dü LUNDI 25 AU DIMANCHE 31 OCTOBRE.
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi I Samedi I Dimanche
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10 ; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE MÉTÉOROLOGIQUE
- Vremblement de terre à Or an. — Le 23 octobre, dans la ndfcmêe, à 7 h. 20 m., une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Oran. Les oscillations, qui allaient de l’est à l’ouest, ont duré 4 secondes environ. Dans plusieurs maisons, les meubles ont été renversés et les carreaux brisés. O a n’a signalé aucun accident de personne, mais la panique a été assez vive.
- Inondations en Italie. — Le 24 octobre, en Italie, les pluies torrentielles ont grossi les fleuves Salmello et Tordino et les torrents, notamment le Tronto qui, ne pouvant se déverser dans la mer, a envahi la plaine jusqu’au port d’Ascoli. Le chemin de fer d’Ascoli à San Bene-detto et à Giulianova a été interrompu. Dans les villages, les maisons ont proulé. Les dommages ont été considérables.
- Dans beaucoup de maisons et de magasins on a dû murer les portes. Près d’Ancône, l’inondation a rompu le pont sur le Mosone. Aux environs de Lorette toutes les communications ont été interrompues.
- A Gatteo, dans la province de Forli, un enfant a été tué sous le* décombres. A Forli, le Montone a inondé la campagne charriant des arbres. Une semblable crue ne s’était vue depuis 1842. Près de Meldola, une maison, en s’écroulant, a enseveli neuf personnes. Dans la province de Ravenne, le Lamone, près de Faenza, a rompu 80 mètres de digue. Dans la province de Téramo trois ponts se sont écroulés.
- A la date du 26 octobre, l’inondation de la plaine, à Ascolis, a atteint 2“,75, emportant les bestiaux et causant des dommages considérables. Six ersonnes ont été noyées. Les carabiniers ont opéré le sauvetage de nom-reui individus réfugiés sur les arbres. Un kilomètre de voie ferrée a été détruit.
- La neige. — La neige est tombée en grande quantité sur les montagnes du Queyras, à Gap, le 27 octobre.
- Les communications ont été interrompues entre Abriès et le refuge du col Lacroix, entre Fontoillarde et le refuge du col Agnel. En cet endroit la couche de neige a atteint 1",70.
- Cinq voyageurs, bloqués dans le refuge, n’ont pu traverser le col. • PHASE DE LA LUNE: N. L. le 23 octobre à 11 h. 37 m. du soir.
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- N° 1276 (13 novembre 1897), du journal « LA NATURE»
- M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément; réservé aux abonnés et aux [acheteurs au numéro, au moment dé la publication du journal
- INFORMATIONS
- —L’Académie des sciences vient d’entrer en possession du titre de 4000 francs de rente, que lui a donné le savant M. Henry Wilde, de la Société royale de Londres, pour la fondation d’un prix annuel à décerner à la personne dont la découverte ou l’ouvrage aura été jugé lejplus digne de récompense sur l’astronomie physique, la chimie, la minéralogie, la géologie ou la mécanique expérimentale.
- —La direction du service municipal de l’assainissement de Paris, justement préoccupée de l’insuffisance des deux égouts existants, ceux de Marceau et d’Asnières, résolut, au mois de mai 1895, d’entreprendre les travaux d’un nouvel égout d’un diamètre double des précédents, et auquel fut donné le nom de « collecteur général de Clicliy ». Poussés avec activité, ces travaux sont aujourd’hui tout près d’être achevés. Autrefois, lorsque la nécessité de creuser un égout se manifestait, on avait recours à la tranchée dont on étayait les parois, afin d’éviter les éboulements. Mais, outre que ce système était à la fois pénible et coûteux, il présentait l’inconvénient énorme, dans une ville aussi mouvementée que Paris, d’apporter une entrave à la circulation devenue de jour en jour plus difficile. Aujourd’hui les difficultés sont supprimées, grâce à l’emploi du « boucher ». Le « bouclier » est une sorte de cylindre en fer ayant un diamètre de cinq mètres environ, et que l’on fait avancer à l’aide de vérins. Dès que la voûte et les parois sont construites sur une étendue de deux mètres, le bouclier avance dans la terre et l’on peut juger du temps qu’il a fallu pour mener à bien une opération aussi difficile, si l’on considère que la longueur du tunnel actuellement percé est de 2575 mètres, c’est-à-dire qu'il part des bords de la Seine, près de l’usine de Clichy, et se trouve actuellement sous la place Moncey. Il ne reste plus à franchir qu’une distance de 700 mètres, espace compris entre la place Mopcey et la Trinité, où se fera le point de jonction avec l’égout collecteur qui passe sous la rue Saint-Lazare. On espère que les travaux seront complètement terminés au mois de juillet de l’année prochaine. Leur durée totale aura donc été de trois ans pendant lesquels la circulation n’aura été à aucun momènt interrompue.
- —®— Une plaquette commémorative de l’inauguration du phare d’Eckmühl va être frappée à la Monnaie. Elle est l’œuvre du graveur Chaplain, de l’Institut, qui, sur l’un des côtés, a fait le portrait de profil de Louise Davout, marquise de Blocqueville, et représenté sur la mer la pointe de Penmarc’h dans le lointain. Sous la date 1897 est gravé cet extrait du testament de la marquise : « Les larmes versées par la fatalité des guerres seront ainsi rachetées par les vies sauvées de la tempête. » Au revers, le phare d’Eckmühl se profile sur la mer que sillonnent des bateaux de pêche. Une inscription surmontant les dates 1894-1897 rappelle que « le phare d’Eckmühl a été élevé à la mémoire du maréchal Davout par son fils Louis et sa fille Louise, marquise de Blocqueville ».
- —L’allumage du phare d’Eckmühl a été précédé et sera suivi d’importantes modifications dans l’éclairage de nos côtes finis-tériennes et dea passages particulièrement dangereux, du Fromveur et du Raz. On avait tout d’abord pensé, il y a quatre ans, à l’un des phares de l’île d’Ouessant, le phare de Créac’h, pour réaliser le vœu de la marquise de Blocquevijle. Des considérations très sérieuses ont fait abandonner ce projet. Il est maintenant question de munir la tour de Créac’h, haute de 68 mètres, d’un appareil analogue à celui du phare d’Eckmühl, mais d’une puissance supérieure. D’un âutre côté, on a complètement transformé, cette année, le phare de Sein, précédemment éclairé aq pétrole. Une usine à gaz a été bâtie
- [>rès du phare. Elle alimente directement son feu, dont la puissance umineuse a été portée de 20 000 à 200000 bougies, c’est-à-dire
- décuplée, et _ indirectement le phare d’Armen, construit sur une roche, à plusieurs milles des rivages de l’île, et qui a coûté un million de francs et douze années de travail. Un conduit, partant du gazomètre de' l’usine, traverse l’île et amène le gaz jusqu’à la cale de Men-Bual ; là il est comprimé et emmagasiné dans des réservoirs installés à bord du Baliseur, bateau au service des phares. Ce bateau se dirige toutes les six semaines vers le phare d’Armen où le gaz nécessaire pour une semblable période est introduit dans des récipients appropriés. Cette ingénieuse combinaison a permis de donner au feu a Armen une intensité égale à la lumière de 40 000 bougies, lorsqu’il en représentait à peine 4500. Enfin, on achève en ce moment de construire un nouveau phare à l’île Yierge, sur la côte nord du Finistère. Il éclairera les écueils sans nombre qui se hérissent à l’embouchure de la rivière : l’Abervvrac’h, La-IIérès, Les-Léon, Carrée, Mean-Marc, Mean-Léan, etc. Ce phare aura une hauteur de 75 mètres et sera muni d’un appareil d’éclairage de premier ordre, alimenté par le gaz.
- —®— Les journaux annoncent que le ballon en aluminium de Schwarz a fait son ascension dans la plaine de Tempelhof, près de Berlin. Le technicien Jagels le dirigeait. Il était pourvu d’un moteur à benzine avec ailes. Après s’être élevé à une hauteur de 460 mètres et avoir opéré, à 500 mètres, un changement de direction, obéissant apparemment en cela à un mouvement d’hélice, il est tombé sur le sol. L’accident est dû au fait que le vent avait embrouillé les courroies de transmission du moteur. M. Jagels a échappé à la mort en sautant du ballon. Il n’a eu qu’une légère contusion. Le ballon a été mis én pièces. Il était reste 47 minutes dans l’air.
- —On s’est plaint avec raison que la Marine construise nos navires avec une lenteur désespérante, On a fait, depuis quelques années, des progrès considérables et il est juste de les signaler. On va bientôt coustruire en France aussi vite qu’ailleurs. Citons des exemples : Croiseur le d’Estrées, monté sur cale, à Roçhèfort, le 3 mars 1897, lancé le 27 octobre dernier; croiseur le Dunois, monté sur cale, à Cherbourg, le 15 septembre 1896, lancé le 6 octobre dernier; cuirassé le Saint-Louis, monté sur cale, à Lorient, le 25 mars 1895, lancé le 8 septembre 1896; cuirassé le Charlemagne, monté sur cale, à Brest, le 2 juillet 1894, lancé le 17 octobre 1895, armé le 15 octobre 1897 ; cuirassé le Gaulois, monté sur cale, à Brest, le 6 janvier 1896, lancé le 6 octobre 1896, sera prêt à armer en avril 1898. Ces deux derniers bâtiments, qui sont du plus fort tonnage usité dans notre marine, auront donc demandé, l’un trois ans et quart, l’autre deux ans et quart de travaux. C’est, à peu de chose près, la rapidité que l’on obtient en Angleterre, où la construction est toujours plus rapide que dans tout autre pays. Pour le Gaulois, il est une remarque des plus importantes à faire : c’est que l’identité de ses formes et de ses installations avec celles du Charlemagne, construit dans le même port sur une cale voisine, a permis de le faire bénéficier des études et des plans faits pour celui-ci, circonstance qui, tout en influant très sérieusement, comme on vient de le voir, sur la durée des travaux, a pour résultat une économie de 300 000 journées environ de main-d’œuvre par rapport au Charlemagne. La journée d’ouvrier étant en moyenne de 3 fr. 10 ou 3 fr. 20, c’est; au total, une économie d’un million de francs que l’on réalisera sur le prix du Gaulois.
- —On nous écrit de Cauterets que notre confrère, M. Henri Charriaut, vient de réussir à faire, après d’émouvantes péripéties, l'ascension de la Pique-Longue, la cime la plus élevée des glaciers éternels de Vignemale (3298 mètres). Malgré l’épaisseur de la neige, — de 30 à 60 centimètres — cette périlleuse escalade a pu être faite en une seule journée. M. Henri Charriaut était accompagné du chasseur d’isaras Palax, de Cauterets. C’est la première fois, depuis 1869, que l’on ait osé gravir en cette saison la plus haute montagne des Pyrénées françaises.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Communications. — I.e départ des hirondelles. —
- M. G. de Rocquigny-Adanson, à Moulins (Allier), nous adresse la lettre suivante : « On se souvient peut-être encore du départ nettement tardif des hirondelles (H. rustica) en automne 1896. Ce fait nous avait été signalé de plusieurs parties de la France, notamment par MM. Renou (Parc Saint-Maur), Ch. de Rocquigny (Charente), Gossin (Maine-et-Loire), Pierre Marty (Cantal), Dudon et Tavernier (Gironde)..., etc. Ici, à Moulins, nous les avions aperçues à la date du 27 octobre pour la dernière fois. Mais tout cela est dépassé cette année et, pour la première fois depuis que nous observons, nous avons vu des hirondelles chaque jour pendant toute la durée du mois d’octobre. (Normalement le départ a lieu le 16 octobre). Les 1er, 2 et 3 novembre, elles voletaient toujours sur la ville, et le 4 novembre elles ne sont pas encore parties. En est-il de même sur d’autres points de la France ? Les nombreux correspondants ou lecteurs de ce journal consentiraient-ils à nous renseigner à ce sujet, soit directement, soit par la voie du journal? »
- M. Henri Malvani, capitaine au 48 régiment d’artillerie à Crémone (Italie), nous envoie quelques renseignements intéressants concernant plusieurs longues étapes à pied fournies récemment par les officiers et sous-officiers du 2e régiment bersaglieri en garnison à Crémone : « Le ministre de la guerre, écrit notre correspondant, a institué cette année des courses de résistance à cheval, pour les officiers de cavalerie et d’artillerie, et à pied, pour les officiers d’infanterie. Dans le courant du mois d’octobre a eu lieu une course de 316 kilomètres fournie par une vingtaine d’officiers de cavalerie et d’artillerie dans une durée de 36 à 42 heures. Les concurrents sont tous arrivés en bon état. Les chevaux ont perdu environ 1/10 de leur poids. Douze heures après l’arrivée, les six premiers ont fait une marche de 30 kilomètres en 3 heures environ. Des prix de 2000, 1000, 600, 400 francs ont été décernés. Mais je veux particulièrement vous parler des courses à pied, dont les résultats ont été les suivants : course pour les officiers, 84 kilomètres (Crémone-Casalmaggione et retour), maximum de temps à ne pas dépasser : 14 heures. Les sous-lieutenants Mannini, Pizzuti et Bertolini du 2° bersaglieri ont fait le parcours en 12h15m, 12h40m, 13h25m sous une pluie battante. Le lendemain, ils paraissaient parfaitement frais et reposés. La course pour les sous-officiers a été gagnée par le furiere (maréchal?) Fouzo du 2e bersaglieri. 11 a accompli le même parcours en 13h 15m : il faut remarquer qu’il était en parfaite tenue de guerre et que la charge de son havresac a été inspectée pendant tout le parcours. Le lendemain — quoiqu'il eût perdu 2kg,500 de son poids — il était parfaitement (fepos. Il n’avait que les épaules meurtries et blessées par les sangles de son havresac. Les résultats que je vous communique ont été constatés par l’autorité militaire qui a décerné les prix. »
- M. J. Leclerq, à Bruxelles, nous envoie une brochure ayant pour titre : Les restes de la civilisation hindoue à Java.
- M. Vermorel, directeur de la station viticole à Yillefranche (Rhône), nous fait parvenir une notice qu’il a publiée en 1887 à Montpellier et qui a pour titre : Note sur la destruction des vers blancs (melolontha vulgaris) par le sulfure de carbone, présentée au congrès viticole de Mâcon. Notre correspondant ajoute qu’il a fait paraître diverses notes et renseignements sur l’invasion en tous pays.
- Renseignements. — M. A. R. B., à X. — Nous avons donné dans les Recettes et Procédés utiles, lra et 4e séries, à la librairie Masson et Cie, divers procédés de conservation du bois qui lui communiquent en même temps une grande dureté.
- M. P. Lebrou, à Roquefort. — Voyez des ouvrages de
- chimie agricole, à la Librairie agricole de la maison rustique, 26, rue Jacob, à Paris.
- M. Gerardo Iglesias, à Madrid. — 1° Nous n’avons pas d’autres renseignement^ que ceux déjà publiés. — 2° Votre lettre a été transmise à l’éditeur.
- M. F. Pothieu, à Saint-Alban (Loire). — Nous avons parlé à plusieurs reprises de la carte du ciel; voyez la Table des matières, 2e série, à la librairie Masson et C!“.
- M. A. Maria Tavares, à Porto. — Mesures en buis : MM. Bourraux frères, 32, rue Michel-le-Comte, M. Denise, 172, rue du Faubourg-Saint-Denis, à Paris.
- M. le comte L. Cigala, à Ispas (Autriche). — L’adresse demandée est la suivante : MM. Schweitzer et Cie, 9, avenue de la Défense, à Puteaux (Seine).
- M. C. Magué, à La Flotte (Ile de Ré). — Les cartes du ciel que nous publions indiquent toujours les diverses constellations dont vous parlez ; nous ne pouvons les représenter autrement.
- M. G. Mouchet, à Paris. — 1° La recette dont il est question, bien appliquée, doit donner de bons résultats. — 2° Vous trouverez du papier tout prêt dans le commerce. — 3° On laisse flotter jusqu’à ce qu’on aperçoive une coloration.
- M. Ch. Michelot, à Aguas de Caxambie (Minas). — Nous ne connaissons pas exactement la composition de ces liquides; mais nous avons publié un article sur le baroscope sturm-glass des Anglais dans le tome II, 1876.
- M. L. M., à La Ghaux-de-Fonds. — L’huile peut convenir en effet pour faire disparaître à l’œil les fentes des objets de verre.
- Un abonné des Landes. — 1° La description du bec Auer a été donnée dans tous les ouvrages d’éclairage et notamment dans Eclairage par incandescence de M. Dommer, à la librairie Bernard-Tignol, et dans le Traité d’éclairage de Galine, à la librairie Bernard, quai des Grands-Augustins, à Paris. -— 2° Nous ne pouvons vous renseigner. — 3° Voyez le Guide pour les manipulations chimiques, par M. Knoll, à la librairie Masson et Cio. ;
- M. Biétrix, à Lyon. — Nous avons donné une explication dans la Boîte-aux-Lettres du n° 1274 du 30 octobre. Le mot shellac est d’origine anglaise et signifie gomme laque en feuilles.
- Capitaine M., à Albi. — Nous ne savons si vous trouverez exactement la lanterne que vous désirez; mais vous pouvez, vous adresser aux constructeurs suivants : M. G. Ducellier, 50, rue des Vinaigriers, MM. Scheurmann frères, 7, rue Albouy, M. Schildge, 15, rue Quincampoix, à Paris.
- M. R. S. T., à Anvers. — Parmi les spécialistes, nous vous citerons le Dr Féré, 37, boulevard Saint-Michel, à Paris.
- M. Champion, à Bordeaux. — M. Henri de Parville partage votre avis. Mais par principe, on laisse toute liberté d’opinion aux rédacteurs, surtout quand ils occupent une situation scientifique éminente. Vous remarquerez que ce genre d’article est très rare dans notre recueil.
- M. J. Gournay, à Hesdin. — Jusqu’à l’année dernière, le service entre Calais et Douvres était exclusivement assuré par des paquebots appartenant à la Compagnie du « London Chatham and Dover Railway», dont quelques-uns, affectés au service de la Malle dite du Jour étaient commandés par des Capitaines français et montés par des équipages également français. Cette situation a été modifiée à partir du 1er octobre 1896 par la loi du 13 juin 1896, approuvant la convention passée le 16 mai précédent entre l’Etat français et la Compagnie du chemin de fer du Nord et chargeant celle-ci du service de la Malle de Jour. Comme conséquence de cette convention, la Compagnie a commandé aux ateliers et chantiers de la Loire deux paquebots à roues, à marche rapide, qui seront plus grands que ceux actuellement en service et réuniront las perfectionnements les plus récenfs.
- M. P. Linget, à Paris. — Nous ne croyons pas que cette fabrication ait été continuée.
- M. E. Sandaz, à Méru. — On pourrait peut-être utiliser le tampon à ressort comme vous l’indiquez ; peut-être aussi y aurait-il quelques inconvénients.
- Questions. — N° 1237. — M. F. M., à P,, demande l’adresse d’un fabricant de mèche au nitrate de plombT'
- Accusés de réception — Avis divers. — M. Meilhac, à Paris. Nous avons bien reçu votre communication ; remerciements. — M. E. Metscherlich, à Saint-Pétersbourg. Nous vous avons répondu précédemment. — M. L. Daniel, à Port-Alègre (Brésil). Remerciements pour votre Notice.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les renseignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s'engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- PETITES INVENTIONS1
- Manche sk gigot. — L’appareil que représente la figure ci-jointe n° 1 est un manche à gigot en aluminium, qui présente une mâchoire dans laquelle on place l’os, en appuyant sur une targette (n° 2). Cette dernière fait jouer la gorge
- Manche à gigot. — 1. Vue d’ensemble. — 2. Mise en place de l’os. 3. Desserrage.
- dentée, et maintient l'os d’une façon très solide. Pour le desserrer, il suffît (n“ 3) de tirer un petit bouton fixé à l’extrémité du manche. Cet appareil convient facilement à un grand nombre de grosseurs. — Le manche à gigot est en vente chez M. Mathieu, 131, galerie de Valois, Palais-Royal, à Paris,
- E,e violoniste. — Voici un charmant jouet qui a le cachet bien parisien. Un pauvre hère à long pardessus, à chapeau haut de forme non sans quelqùes coups se promène un violon à la main, et dans son trajet il laisse entendre quelques airs de
- Le violoniste. — 1. Vue extérieure. — 2. Mécanisme.
- musique. Le mécanisme moteur, qui commande à la (fois le déplacement des jambes et des bras, est un ressort placera l’intérieur et qu’une clef extérieure suffit à mettre en mouvement. — Le violoniste se trouve chez M. Fernand Martin, 88, boulevard Ménilmontant, à Paris.
- L’arrête-porte. — Encore quelques jours et nous nous trouverons au milieu de la saison froide, où il convient d’éviter
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- Arrête porte. — 1. Vue de l’appareil. — 2. Mode d’emploi.
- de passer d’un endroit chaud dans un endroit froid. Il est bon à cet effet de laisser ouvertes les portes qui font communiquer
- * La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- différentes pièces entre elles pour établir un équilibre de température. Le petit appareil que montre le dessin ci-joint peut alors avoir son utilité. Il consiste en une lame flexible qu’il suffit de fixer contre le mur ou sur le parquet ; elle forme ressort et maintient la porte ouverte. — L’arrête-porte se trouve chez M. Kratz-Boussac, 3, rue Saint-Laurent, à Paris.
- RECETTES PHOTOGRAPHIQUES
- Remplacement du verre dépoli.
- Quand un photographe casse en voyage le verre dépoli de sa chambre noire, il ne lui est pas toujours possible de le remplacer. Un moyen assez simple consiste à prendre une plaque sensible de l’un de ses châssis et à la passer à l’hyposulfite ; ensuite on fait un bain de teinture bleue avec les tablettes qu’on trouve dans tous les ménages et qui servent pour le linge. La plaque est plongée dans ce bain pendant 10 minutes, puis mise à sécher et ensuite peut être employée comme verre dépoli ; elle a l’avantage de faire voir le sujet à photographier sans couleurs ce qui permet de juger bien mieux de ce que donnera l’épreuve définitive.
- Inscriptions sur les épreuves photographiques
- Tout le monde ne sait pas écrire à l’envers, et cela est indispensable si l’on veut qu’une inscription mise sur un cliché photographique vienne en même temps que l’épreuve positive. Voici un moyen de se tirer d’affaire. On prépare deux solutions :
- A. — Eau...................................' 60 parties.
- Sucre.................................. 15 —
- Glycérine............................... 5 —
- B. — Alcool ................................... 60 —
- Nitrate de mercure..................... 10 —
- Chlorure de mercure................... 5 —
- On mélange un peu de ces solutions à parties égales et on écrit sur une feuille de papier, puis on reporte cette inscription sur la gélatine du cliché en 1 appuyant simplement avec la main contre celle-ci. Elle se trouve renversée et viendra dans le vrai sens sur l’épreuve positive.
- Le froid et le chaud par l’hyposulfite.
- L’hyposulfite de soude est un produit très bon marché que tous les amateurs photographes connaissent ; il peut être utilisé très facilement pour produire un abaissement ou une élévation de température à volonté. Si sur 1 kilogramme de ce sel on verse 500 grammes d’eau et qu’on agite le mélange avec une baguette, la température ne tarde pas à devenir voisine de zéro. Si au contraire on met ce kilogramme de sel sur le feu, presque sans eau, il ne tarde pas à fondre et il conserve pendant très longtemps une température élevée ; dix heures après il est encore à 40° C. Dans un cas comme dans l’autre il faut placer l’hyposulfite dans un réservoir métallique mince, bon conducteur. de la chaleur et celui-ci au sein d’un liquide, bain photographique ou autre, servira à le refroidir ou à le réchauffer selon les besoins.
- Révélateur à l’acétone.
- MM. Lumière et Seyewetz ont étudié l’influence de l’acétone dans les révélateurs et indiquent comme donnant les meilleurs résultats avec l’acide pyrogallique la formule suivante.
- Eau......................................100 gr.
- Sulfite de soude anhydre.................. 5 gr.
- Acétone.......................: . . 10 cm3
- Acide pyrogallique........................ 1 gr.
- Les clichés sont très brillants et bien fouillés, avec une bonne graduation de valeurs dans les parties intenses, le ton des clichés est noir sepia. L’acétone peut en cas de surexposition être ajouté au bain graduellement au lieu d’être mis à l’avance dans le révélateur. G. M.
- BIBLIOGRAPHIE
- Notions générales sur l’Ecorce terrestre, par A. de Lapparent, gb membre de l’Institut, professeur à l’Ecole libre des Hautes Etudes. 1 vol. in-16 avec 33 figures dans le texte. (Masson j- et Cie, éditeurs. Paris. 1897. Prix : 1 fr. 20.)
- L’opuscule que notre éminent collaborateur, M. de Lapparent, vient de publier sous ce titre n’est pas seulement élémentaire par son objet ; il l’est aussi par son origine : car c’est la reproduction pure et simple de leçons professées en 1897 en présence d’un auditoire exclusivement féminin. Cet essai a pleinement réussi. C’est
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- pourquoi l’auteur s’est décidé à publier ses leçons, avec l’espoir qu’elles contribueront à faire rendre à la géologie la justice qui depuis si longtemps ne lui est pas accordée.
- Cours de chimie organique, par Œchsnek de Coninck, professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier. Supplément : Deuxième fascicule : Groupes du furfurane, du tropliène, du pyrrol, du pyrazol, de l’indol, des indazols. Les alcaloïdes volatils, inrS0 (pages 129-224). Prix : 3 fr. Troisième fascicule : Les alcaloïdes volatils et les alcaloïdes fixes, in-8° (pages 225-350). Prix : 3 fr. Ce fascicule termine le volume de supplément qui est vendu 10 francs, Masson et Cie éditeurs. Paris. 1897.
- Le laboratoire d’électricité. Notes et formules, par le Dr J.-A. Fleming. Traduit de l’anglais sur la 2" édition, par J.-L.
- Roi-tin. 1. vol. in-8°. Gauthier-Villars et fils éditeurs. Paris, 1897, Prix ; 6 francs.
- Les tramways et les chemins de fer sur routes. Les automobiles et les chemins de fer de montagne à crémaillère, par Séiufon. Nouvelle édition par Dumas et H. de Graffigny. 1 vol. in-8°. Paris 1897. E. Bernard et Cie, éditeurs.
- Album de statistique graphique de 1895-1896 publié, sous la direction de M. Cheysson, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, par le Ministère des travaux publics. 1 vol. in-4\ Paris. Imprimerie nationale. 1897.
- Leçons de mécanique physique, par Jules Andrade, professeur adjoint à la Faculté des sciences de Rennes. 1 vol. in-8°. Paris, Société d’éditions scientifiques. 1898. Prix : 10 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49“,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES "DU M ATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à. 9 ÉTAT DU CIEL PLOIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 1" novembre. 1“,5 N. E. 1. Beau. 0,0 Quelques nuages; lumière,zodiacale; gelée blanche.
- Mardi 2. 0»,0 E. N. E. 2. Beau. 0,0 Couvert jusqu’à 6 li.; beau ensuite ; halo.
- Mercredi 3 —1*,8 N. E. 3. Beau. 0,0 Nuages à l’horizon à 4 h.; beau ensuite.
- Jeudi 4 — 5”,6 N. E. 2. Beau. .0,0 Pas trace de nuage.
- Vendredi 5 — 2-,l Calme. Couvert. 0,0 Couv. par un br. de 4 à 14 h. de 100“ de 7 à 9 h. et 1000“ à 13h.;ilrev.de 23 à 24 h.; nuag. le reste du temps.
- Samedi 6 -0M N. 2. Très nuageux. 0,0 Presque couv.; halo; très brumeux.
- Dimanche 7. . . .-. 2",4 N. 2. Couvert. 0,0 Presque couvert; halo; gelée blanche.
- NOVEMBRE 1897
- SEMAINE DU LUNDI 1er AU DIMANCHE 7 NOVEMBRE.
- Lundi
- Mardi
- Mercredi
- Vendredi
- Samedi
- Dimanche
- iSESSS!
- ISSSSSi
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 a 10; les flèches inférieures, la direction du vent. Les courbes du milieu indiquent. courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de ta mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boute mouillée.
- Résumé des observations météorologiques faites au Parc Saint-Maur en «ctobre.lMï
- par M. E. Root’.
- Moyenne barométrique à midi, 762“"*,34; minimum 748”“,70 le 15 à 6 heures du soir; maximum 769““,81 à 9 heures du matin, le 21.
- Moyennes thermométriques : des minima 5°,11 ; des maxima 16°,34; du mois 10°,72 ; vraie des 24 heures 9°,87. Minimum — 2°,1 le 8 vers 6 heures du matin. Maximum 22°,3, le 18 à lk 30 du soir. Il y a eu 4 jours de gelée et 10 jours de gelée blanche. Le 8 au matin on a eu, comme nous venons de le voir, un minimum de — 2°,1 pour l’air à 2 mètres de hauteur, mais le thermomètre a minima, placé sur l’herbe, a atteint — 7°,2 ; la moyenne des minima de tout le mois sur le gazon 0°,87.
- Tension moyenne de la vapeur 7““.46 ; la moindre 3““,73 le 6 à 4 heures du soir, la plus grande 11““,72 le 1" à 8 heures du soir. Humidité relative moyenne 82, la moindre 37 le 29 à S11 soir; la plus grande 100 en 15 jours.
- Pluie 4”“,5 en9h45 réparties en 5 jours, plus 3 jours de gouttes 1,4 et 16. Nébulosité moyenne 36, pas trace de nuages le 29, 5 jours de brouillard dont 2 notables : ceux des 15 et 18. Deux jours de brouillard sur la Marne.
- Prédominance des vents du N. au S. par l’E.
- Température moyenne de la Marne : le matin 12°,08, le soir 12°,46, du mois 12°,27. Minimum 9a,71 le 31. Maximum 16°,02 le 2. Tout le mois la rivière a été très claire et basse, son niveau s’est abaissé de 0“,50 à 0”,60 du commencement à la fin du mois.
- Relativement aux moyennes normales, le mois d’octobre 1897 présente les résultats suivants : Baromètre plus" haut de 5““,30. Thermomètre plus haut, de 0°,2o. Tension de la vapeur moindre de 0“”,33. Humidité relative moindre de 3 à 4. Pluie plus faible de 60““,1. Nébulosité moindre de 24.
- Nous avons noté la floraison de l’Aster multiflore le 2, et celle du Topinambourvle 8. La gelée n’a presque pas marqué sur les parterres du Luxembourg, mais nos jardins à l’observatoire du Parc ont été presque entièrement détruits. Les dernières hirondelles ont été vues le 15.
- Le présent mois d’octobre est remarquable à plus d’un titre, la moyenne barométrique n’avait pas été aussi élevée depuis 1856, c’est le plus clair et le plus sec depuis 1752. Duhamel, à Denainvilliers (près de Pithiviers) et Maraldi, à l'observatoire de Paris, nous apprennent qu’en ce mois il n’est pas tombé une seule goutte d’eau et quil a été presque constamment sans nuages. Dans les tableaux assez réguliers de pluie que nous possédons depuis 1769 pour Montmorency et Paris, on ne trouve point de si faible quantité d’eau en octobre. En 1809 seulement l’observatoire a noté 1““,8, mais Cotte, à Montmorency, a recueiUi 10““,1 de pluie, ce qui rend bien douteux le chiffre de Paris.
- La sécheresse du mois d’octobre qui vient de finir a été étendue sur un grand espace; M. Nouel,à Vendôme, et M.Roger, à Châteaudun, ont recueilli la même hauteur d’eau 1““,1. Plus près de nous M. Jaubert, à la Tour Saint-Jacques, a mesuré 12”“,6 de pluie à cause de 7““,2 notés le 1" et ui sont attribuables au 30 septembre ; il en est de même de la hauteur ’eau recueillie à Achères parM. E. Raymond 7““,5. M. Poulat, à la Tronche, près Grenoble, a noté 29“” d’eau dont 26““,1 dans la nuit du 30 septembre au 1" octobre; dans lé reste du mois il n’est tombé aucune pluie et lë pluviomètre n’a recueilli que l’eau fournie _ par le brouillard et la rosée ; la moyenne normale y est depuis 11 années 125““,4. En octobre 1896, M. Poulat avait eu 276““,3. La nébulosité du ciel en octobre 1897 à 1 heure du soir a été 38 et c’est le moment où le ciel est le plus couvert.
- On y a noté le départ des hirondelles le 14 et nous le 15. .__
- PHASES DE LA LUNE : P. Q. le 1", à 2 h. 46 min. du soir.
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- M. J. LAFFARGTJE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- AVIS IIE I/AOMIIAISTRATIOl*. — L'échéance du 50 novembre étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 27 novembre (n” 1278) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement,n’auront pas avant le 5 décembre renouvelé ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales (2 volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 trancs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et à la « Boîte aux lettres a doivent être adressées à la Rédaction de « LA NATURE », 120, Boulevard Saint-Germain, à Paris.
- INFORMATIONS
- —Nous apprenons avec plaisir que plusieurs collaborateurs •de La Nature, à des titres divers, viennent d’obtenir des récompenses (comme collaborateurs) à l’Exposition de Bruxelles. Diplômes de médailles d’or : MM. J. Dumas, Lombard, de la maison Masson et Cu ; Ouivet, de la maison Lahure. Diplôme de médaille d’argent : M. Jattefaux, de la maison Lahure. Diplôme de médaille de bronze : M. Melot, metteur en pages de La Nature.
- —Par décret, l'Académie de médecine est autorisée à accepter le legs d’une somme de 40 000 francs fait à son profit par le docteur Eugène Dupierris, pour la fondation d’un prix biennal destiné à récompenser, sous le nom de « Prix Campbell Dupierris », le meilleur ouvrage sur les anesthésies ou sur les maladies des voies urinaires.
- —Inauguration du restaurant coopératif du chantier des Champs-Elysées de l’Exposition de 1900. — M. Alfred Picard a visité, le 1 1 novembre 1897, le bâtiment destiné à servir de local au restaurant coopératif pour les ouvriers des chantiers des Champs-Elysées. Ce bâtiment est situé quai de la Conférence, auprès du chantier de construction du pont Alexandre III. Il comprend une salle à manger de 64 mètres de longueur sur 30 mètres de largeur, pouvant contenir 600 convives, ainsi que les cuisines et annexes nécessaires, avec 5 cuisiniers et leurs aides. Le dimanche 14 novembre, à 11 heures trois quarts, a eu lieu un déjeuner d’inauguration du restaurant pour lequel quelques invitations avaient été faites.
- —Les cinq puissances de l’Union latine, France, Italie, Belgique, Suisse et Grèce, viennent de signer une convention pour -étendre la limite de la frappe des monnaies divisionnaires d’argent fixée par les conventions antérieures. C’est la Suisse qui a pris l’initiative de cette extension en raison de l’insuffisance de sa quantité de monnaie divisionnaire. Pour chacune des cinq puissances contractantes on a fixé l’augmentation à raison d’un franc par tête d’habitant. La France a fait entrer en ligne de compte, pour l’évaluation de sa population totale, la population de ses diverses colonies. Par suite de ce changement, la France pourra augmenter de 130 millions la valeur de sa monnaie divisionnaire d’argent. Il a été convenu d’ailleurs que dans chacun des cinq pays la nouvelle monnaie divisionnaire serait fabriquée à l’aide d’une égale valeur prise sur le stock d’écus de cinq francs qu’on transformerait, ces écus étant, en très grande quantité, en dehors des nécessités de la circulation. Toutefois, la France est autorisée à ne transformer que 127 millions de
- Fièces de 5 francs en monnaie divisionnaire. Elle pourra fabriquer, à aide de lingots d’argent, pour 5 millions de pièces de 2 et 1 franc -et de 50 centimes. Le bénéfice qu’elle retirera de cette transformation de lingots sera de la moitié de la valeur réelle de ceux-ci, soit un million et demi. Ce boni d’un million et demi sera consacré à la réfection des monnaies d’or et d’argent usées, en commençant par celles d’or.
- —©— M. Georges Michel examine, dans l'Economiste français, les progrès réalisés, depuis un demi-siècle, par nos grandes Compa-
- gnies. La Compagnie du Nord arrive en tête, avec une vitesse moyenne de marche qui dépasse 82 kilomètres, sans compter que cette vitesse atteint et même dépasse souvent 100 kilomètres aux points les plus favorables de la ligne; les progrès ont été considérables seulement depuis 1881, année où la vitesse moyenne ne dépassait pas 62 kilomètres après être partie de 63 kilomètres en 18o4 et avoir atteint même 66 kilomètres én 1862-63. Mais, depuis 1881, la marche en avant a été constante. Après la Compagnie du Nord, viennent : la Compagnie Paris-Lyon-Méaiterranée, qui marche au train de 73 kilomètres à l’heure, et celles de l’Orléans, de l’Est et du Midi, qui en font 72. P.-L.-M. ne faisait que 53 kilomètres à l’heure en 1856, et, après un progrès considérable en 1862, n’a pu réussir à augmenter sensiblement la rapidité de ses trains qu’en 1892; depuis ce moment, des efforts considérables ont été faits et le rapide de Marseille marche, à l'heure actuelle, à la vitesse de 67 kilomètres à l’heure, arrêt compris. La Compagnie d’Orléans, comme celle du Midi, ne faisait que 49 kilomètres à l’heure, au milieu du siècle ; leurs développements sont restés à peu près parai* lèles jusqu en 1876, année où la vitesse de l’Orléans est passée de 62 à 72 kilomètres. Quant à la Compagnie de l’Est, ses progrès ont été relativement moins rapides, parce que, dès le début, ses trains marchaient presque aussi vite que ceux du Nord. Reste la Compagnie de l’Ouest, qui effectue ses transports à l’allure de 66 kilomètres à l’heure.
- —®— Budget du ministère de l’Intérieur. La subvention de l’État au service du sérum thérapeutique de l’Institut Pasteur a été continuée, pour la somme de 106000 francs. Le nombre de doses de sérum antidiphtérique de 10 centigrammes données gratuitement, en 1895, avait été de 45203; en 1896, il n’a plus été que de 28217, auxquels il faut en ajouter 4625 de sérum antistreptococcique, 2013 d’antitétanique, 4000 d’antitétanique vétérinaire et 15 d’antistreptococcique vétérinaire. Le sérum médical est estimé à 3 francs la dose et le vétérinaire à 1 fr. 50. Depuis l’origine, _il en a été distribué 137058 doses dont 5500 vétérinaires.
- —Dans une des dernières séances de l’Académie de médecine, le Dr Vallin, au cours de la lecture d’un rapport sur les maladies épidémiques, a indiqué les heureux résultats obtenus, au point de vue de l’aération des locaux militaires, par le système des vitres préconisées par M. Castaing, médecin principal des armées. Il s’agit, on le sait, de vitres doubles qui portent une fente longitudinale, à la partie inférieure pour l’une des vitres, à la partie supérieure pour l’autre. L’arrivée de l’air se fait d’une façon insensible pour les personnes qui habitent la pièce et néanmoins, dit-on, la ventilation est parfaite. Le professeur Potain a appuyé ces assertions de sa puissante autorité. Il a fait appliquer, dans son service hospitalier, ce système qui, en raison de sa simplicité, de son efficacité, de la modicité de son prix, est excellent.
- —®— A la date du 8 novembre, on a signalé une grande activité dans le Vésuve. De grosses masses de scories ardentes descendaient sur le flanc sud-ouest du cratère de l’Atrio-del-Cavallo, qui s’était ouvert en 1895. La lave, partagée en deux grands courants, coulait du côté de Vetrana et dans la zone nord du Piano-delle-Ginestre. Ce dernier courant s était subdivisé en deux branches. Le cratère central, dont l’activité est également sensible, rejetait fréquemment des cendres, des lapilli et des basaltes.
- —Un second circuit téléphonique vient d’être installé directement entre Lille et Paris. Les communications qui étaient devenues si difficiles vont être notablement améliorées.
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- Adresses relatives aux appareils décrits. — Pour tout ce qui concerne le Pégamoïd, dont il a été question dans le n" 1275, du 6 novembre 1897, p. 562, il faut s’adresser au Pégamoïd French Syndicat, 11, boulevard des Italiens, à Paris. — Appareil Bon : Compagnie continentale d’éclairage par le gaz acétylène, 51, rue Vivienne, Paris. — Appareil Deroy : Deroy fils aîné, 75, rue du Théâtre, Paris.
- Communications. — M. Bellais, à Paris, à propos de notre récent article sur le canon sans bruit, sans flamme et sans recul (n° 1275 du 6 novembre 1897, p. 355], nous adresse la lettre suivante : « La lecture de la description du système proposé par vous pour atténuer le bruit de l’explosion des canons m’a remis en mémoire une hypothèse que je n’ai jamais eu ni le temps ni les moyens de vérifier. Dans ce système, le calibre de l’arme, mesuré sur les rayures, reste le même sur toute la longueur d’âme. Le diamètre, mesuré dans le fond des rayures, reste égal sur les deux tiers de la longueur de l’arme pour augmenter progressivement jusqu’à la bouche. Je n’ai employé la proportion deux tiers que pour fixer les idées et faciliter la compréhension. Quand le projectile a parcouru la partie cylindrique, il continue à être guidé par les rayures dans la partie tronconique, mais comme il cesse de constituer un piston étanche, les gaz fusent autour de lui, le dépassent, la détente commence dès ce moment pour se terminer par une faible' (?) explosion quand le projectile quitte la bouche. Je passe sur les avantages de simplicité, de fonctionnement assuré et de sécurité pour ne retenir que les inconvénients résultant : 1° de la fragilité des rayures dans le voisinage de la bouche ; 2° du retard apporté dans la marche du projectile par l’excès de longueur de la pièce ; 3° du fait que l’explosion n’est pas complètement supprimée. Je ne veux pas les réfuter par des objections faciles, je laisse à vos lecteurs le soin de juger. »
- MM. Ducrelet et Lejeune, à Paris, nous envoient la notice descriptive d’un nouvel interrupteur à mercure pour les fortes bobines de Ruhmkorff. Dans ce nouveau modèle, le mercure est contenu dans la partie étroite d’un godet; 10 à 15 millimètres de hauteur suffisent. Au-dessus, dans la partie large du godet, est placé l’alcool, jusqu’à 20 millimètres environ du bord supérieur, protégé par un couvercle métallique. Dans ces conditions, malgré l’oxydation du mercure et la formation d’une boue mercurielle qu’on ne peut éviter, le trembleur a pu fonctionner plusieurs semaines sans changer le mercure.
- Renseignements. — M. Ch. Bohy, à Bordeaux. — Notre correspondant nous a certifié que les faits se sont bien passés comme nous l’avons fait connaître. Il n’y avait aucune vieille peinture sur le mur.
- M. Ch. Miei, à Gnxnmbi. — 1° Nous ne savons pas l’objet dont vous voulez parler. — 2° Quatre petits livres de recettes et procédés utiles ont été publiés jusqu’à ce jour. — -3° Vous pouvez demander à la librairie Masson les numéros qui vous manquent; mais on n’accepte pas les timbres en paiement. — 4° Vous trouverez deux séries de tables de matières de 1875-1882 et 1883-1892.
- Un abonné, à Porto. — Nous avons cherché à nous procurer des renseignements, et nous n’avons rien trouvé de sérieux.
- M. J. Truffot, à Mulhouse. —- Nous ne croyons pas que ce produit s’altère avec le temps ; mais nous ne pouvons vous dire s’il peut faire explosion et s’il est dangereux.
- M. R. V., à K. — Cette date n’est pas encore fixée; le projet vient seulement de commencer à être mis à exécution.
- M. A. Leroy, à Paris. — Les renseignements concernant la marche et le rendement des voitures et tramways électriques sont publiés dans les journaux spéciaux; consultez la collection de l’Industrie électrique, 9, rue de Fleurus.
- M. L. de Maindreville, à Yerberie (Oise). — 1° Il n’existe
- pas d’appareils de ce genre. — 2° Les accumulateurs bien entretenus sont préférables; voici cependant quelques adresses de piles sèches : M. Leclanché, 158, rue Cardinet; M. James, 143, rue Saint-Antoine, à Paris; M. Warnon, à Yilleneuve-Saint-Georges. — 3° Voltmètre Arnoux et Chauvin, 186, rue Championnet, à Paris.
- M. Rolin, à Paris. — Pour faire disparaître l’herbe dans les allées, on y répand généralement du tan, ou l’on arrose avec du pétrole. On peut encore se servir d’une dissolution de sulfate de fer.
- M. J. Comte, à Tours. — Nous avons publié un article sur la conservation du beurre dans le n° 1135, du 16 février 1895, p. 181. On assure la conservation du beurre avec des antiseptiques tels que l’acide borique, l’acide salicylique, l’acide formique. Mais ces substances communiquent au beurre un goût sui generis qui décèle plus ou moins leur présence.
- M. C. J., à X. — 1° Une batterie de 2 à 300 éléments zinc-cuivre peut déjà donner une commotion appréciable; mais il faut en général compter sur une différence de potentiel de 500 volts. — 2° Il n’est pas possible d’obtenir un tel résultat avec un ressort.
- M. E. Burdel, à Paris. — 1° Les maisons que vous mentionnez peuvent être‘recommandées en toute confiance. — 2° Voyez aussi Le Photosphère à la Cie française de photographie, 7, rue Solférino.
- M. A. M. Tersen, à Saint-Servan. — Vous trouverez à la « Société Générale de la Fabrication des papiers photographiques Industriels », 2 bis, rue Lévèque à Argenteuil (Seine-et-Oise), sous le nom de papier Cyano-Fer, du papier donnant des traits bleus sur fond blanc. Si vous désirez faire ce papier, vous-même, en voici la formule :
- Eau...................................... 1000 cm3
- Gomme..................................... 250 gr.
- Perchlorure de fer à 45.................. 150 gr.
- Sulfate de péroxyde de fer............ . 50 gr.
- Acide tartnque.................. . . 40 gr.
- Pour le mode d’emploi, on développe dans un bain d’acide gallique, on lave à l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique, puis à l’eau pure et l’on sèche.
- M. Léon Dumas, à Huy. — Nous avons transmis votre carte à l’auteur de l’article ; vos explications paraissent confuses. Il est également difficile d’admettre qu’il se dégage de la vapeur d’eau au sein d’un bain de développement par suite de la chaleur de la main.
- M. V. Prioux, à Louviers. — L’article que nous publions plus loin vous donne satisfaction.
- M. A. Çasté, à Verviers. — Nous n’avons pas publié la description de cette machine.
- M. H. Jacot-Descombes, à Chaux-de-Fonds. — Cette question est bien spéciale ; nous ne pouvons vous renseigner.
- M. J. Teisserenc, à Ceilhes. — La pile Leclanché et la pile Warnon sont les piles qui conviennent le mieux pour utilisations par intermittences.
- M. G. L., au Havre. — 1° Le produit employé est de l’oxyde de cuivre pur. — 2° Demandez ces renseignements à la maison qui exploite la pile, M. Digeon, 25, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, à Paris.
- L’abonné 1003, à Albi. — Nous ne savons exactement quel était le liquide employé dans le cas que vous mentionnez ; mais en général les extincteurs d’incendie dégagent des gaz tels que l’azote, l’acide carbonique, l’acide sulfureux qui, mélangés à l’air en quantité suffisante, neutralisent le pouvoir combui'ant de l’air. On jette également sur le feu du sulfure de carbone. Nous avons donné la composition spéciale des grenades utilisées dans les Recettes et Procédés utiles, lr® série, à la librairie Masson et Gia.
- M. A. Demierre, à Genève. — Il faut vous adresser au service géographique ou au ministère des colonies, à Paris.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. F. Beer, à Paris. Nous avons reçu la description de votre intéressant dispositif ; nous allons le faire connaître à nos lecteurs. — M. Henri Colombi, à Saint-Malo. Nous faisons examiner votre appareil; nous le décrirons s’il donne de bons résultats. — M. A. B., à Lille. Ces renseignements sont donnés dans le petit livre des Becettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson et Cie. — M. Elime, à Bruxelles. Remerciements pour vos communications —il/. J.-M. Page, à Lyon; M. P. de Baudicour, à Paris ; M. Perry Duffay, à Dijon ; M. L. Bart, à Fécamp ; M. Grétillat, à Libourne; M. E. Alinot, à Paris. L’adresse que vous demandez est donnée en tête de la présente Boite aux Lettres. — M. José lllionni, à Bahia. \otre lettre a été transmise au fabricant.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants gui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s’engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n'est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- PETITES INTENTIONS1
- Monture flexible pour timbres à main. — Jusqu’à ce jour, les montures employées pour les timbres de métal et principalement pour les timbres en caoutchouc, étaient absolument rigides, la base et la poignée étaient solidaires l’une de l’autre. Lorsque la pression exercée sur la poignée n’agissait pas suivant une direction perpendiculaire au plan de la base du timbre ou suivant l’axe de la poignée, on obtenait une em-
- Monture flexible pour timbres à main.
- preinte écrasée d’un côté, tandis que. l’extrémité opposée était à peine venue; le résultat était donc défectueux et l’épreuve souvent illisible. Dans la monture flexible, dite monture Evax, au contraire, l’adjonction d’une matière flexible intercalée entre la base et la poignée, assure l’indépendance de ces deux pièces, en permettant à chacune un déplacement d’axe, qui a pour résultat de rectifier automatiquement la mauvaise direction que l’opérateur peut donner à l’appareil. — La monture flexible se trouve chez M. Chevallier, 19, rue Beaurepaire, à Paris.
- Lampe à acétylène pour cycles. — Le générateur à acétylène adapté à la bicyclette peut rendre de grands services. Tous les cyclistes qui ont parcouru le soir les routes mal éclairées, ont éprouvé ce malaise du mouvement dans l’obscurité, ont subi cette anxiété de s’avancer rapidement dans les ténèbres et l’inconnu. Le petit générateur, construit par le Comptoir de l’Acétylène, à Paris, nous paraît pratique et semble bien fonctionner. Comme l’indique notre dessin, il se compose
- Lampe à acétylène pour cycles.
- de tubes en laiton s’emboîtant les uns dans les autres ; le carbure occupe le réservoir du centre, l’eau la partie supérieure du gros tube. L’ouverture du robinet permet l’arrivée très lente de l’eau sur le carbure ; le gaz produit dépassant un peu la quantité consommée par le brûleur, il y a refoulement d’eau et l’attaque du carbure est suspendue jusqu’à ce que l’eau remonte par suite de la diminution de la pression. Le fonctionnement est donc automat'que et sans danger puisque l’eau seule agit comme fermeture de l’appareil. Ces lampes contiennent à peu près 100 grammes de carbure et peuvent brûler 6 heures;
- 1 La description des appareils est gratuite. La rédaction des Nouvelles scientifiques est étrangère aux annonces.
- l’intensité lumineuse étant égale à 8 bougies environ, la dépense revient à un centime par heure. Il est aussi utile pour un cycliste de bien voir son chemin que d’avoir les meilleurs roulements ou les meilleures multiplications. — La nouvelle lampe à acétylène pour cycles se trouve au Comptoir de l’Acétylène, chez M. J. Sabatier, 233, rue Saint-Martin, à Paris.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Un traitement des engelures.
- M. le professeur C. Boeck, médecin-chef du service dermatologique du « Rigshospital » àChristiana, considère la résorcine comme un moyen très efficace contre les engelures, surtout lorsqu’on l’associe à l’ichtyol et au tannin, comme dans le mélange ci-dessous formulé :
- Résorcine................ . \
- Ichtyol..................[ àà 2 grammes.
- Tannin................... . )
- Eau...................... 10 —
- Mêlez. — Usage externe.
- L’odol. ' ' j
- On trouve en Allemagne et dans la Suisse allêiîiande un dentifrice en vogue et agréable d’ailleurs, qui . a dû . son succès peut-être à la forme du flacon dans lequel il est contenu, l’odol. Petit flacon plat, dont le goulot est rabattu eri foTihe de trompe ; bouchon métallique tournant comme une vis, .qui ne laisse le liquide s’échapper que lorsqu’on lui fait accomplir une demi-rotation. Flacon ou autre chose, affiches coloriées peut-être, quoi qu’il en soit, l’odol a toujours un certain succès, et l’on s’est demandé souvent ce que c’était que l’odol. On nous envoie de Leipzig, la formule de l’odol. Nous la donnons ci-dessous ;
- Alcool.......................97 grammes.
- Salol............................ 2 gr. 5
- Saccharine ............... 0 gr. 004
- Essence de menthe poivrée. . 0 gr. 5
- Essence de carypphille. . 1 âà traces>
- Essence de carvi............^
- On laisse tomber quelques gouttes de ce mélange dans un quart de verre d’eau jusqu’à ce que le liquide prenne une teinte opaline. C’est un gargarisme frais et antiseptique par suite de la présence du salol et des essences de menthe, de caryophille et de carvi.
- Remède préventif contre le rhume.
- Parmi les innombrables recettes bien souvent signalées, citons celle que donne M. G. Lemoine, et qui repose sur l’idée fort juste d’antiseptiser la gorge et les fosses nasales. Il recommande de se rincer la bouche avec 50 grammes de solution de Labarraque diluée dans 1 litre d’eau, ou encore avec un mélange de 06r,50 de thymol et de 20 d’alcool dans la même quantité d’eau. D’autre part, il conseille de se vaporiser dans les fosses nasales avec une solution faite de 0*r,50 de phénol salyl et de 3 grammes de chlorure de sodium dans 500 d’eau distillée.
- Traitement des verrues par la suggestion. 1 .
- En Suisse, à Lausanne notamment, on a obtenu des effets étonnants de guérison rapide des verrues par la suggestion directe. lia suffi souvent de dire au sujet que ses verrues disparaîtraient tel jour du mois, pour qu’effectivement les verrues disparaissent. Depuis des années, ce traitement a fait de nombreux heureux : A la Société Médicale des praticiens de Paris, MM. Delineau et Valentin ont signalé des faits analogues qui méritent d’être cités.
- M. Delixeau. — J’ai eu ces jours-ci la visite d’une femme, atteinte de verrues multiples aux deux mains. On en comptait plus de cent à chaque main. J’ai appliqué, sur quelques-unes de ces verrues, un courant électrique de faible intensité et grand fut mon étonnement en les voyant toutes disparaître au bout de peu de temps, même celles que je n’avais pas touchées par l’électricité. C’est là, évidemment, un exemple de l’action trophique de la suggestion analogue à ceux qui viennent d’être publiés pendant ces dernières années.
- M. P. Valentin. — Comme contribution au traitement des verrues par la suggestion, je peux citer le fait suivant, que je tiens d’un de mes amis très digne de foi, juge en Cochinchine.
- Au temps où il rendait la justice dans l’intérieur des terres, il tomba malade, en proie à un accès de fièvre grave. N’ayant pas sous la main de médecin européen, il fut obligé de faire
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES,
- appeler un médecin chinois, très en renom dans le pays. Au cours de la consultation, empreinte d’une solennité tout orientale, le juge demande au Chinois s’il ne pourrait pas le débarrasser, par la même occasion, des innombrables verrues dont il était porteur depuis plusieurs années et contre lesquelles tous les traitements institués, en France et aux colonies, avaient complètement échoué. Le confrère chinois répondit affirmativement, et se borna à ajouter à son ordonnance un produit très rare, « dont, dit-il, l’action curative sur les verrues était immédiate et définitive ». La potion ordonnée fut prise et,
- trois jours après, mon ami se réveilla, n’ayant plus aucune trace de verrues. Je l’ai vu trois mois après, et j’ai pu m’assurer de la guérison complète. Quant à l'ordonnance chinoise, elle contenait, entre autres substances très nombreuses, des testicules de coq. Mais il a été impossible de savoir à quoi correspondait le médicament destiné aux verrues : aucun traducteur n’a pu en déterminer la nature.
- J’ajouterai, en terminant, que mon ami est névropathe confirmé, très impressionnable. 11 est certain que la suggestion a eu la plus large part dans la disparition de ses verrues.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 8 novembre. 10-, 2 S. E. 2. Couvert. 4,2 Couvert; pluie ou bruine de 2 h. à 8 h. ; brumeux.
- Mardi 9 7-,9 N. E. 1. Couvert. 0,3 Couvert jusqu’à 18 h. ; nuageux ensuite ; halo.
- Mercredi 10 1",9 E. N. E. 2 Peu nuageux. 0,0 Peu nuageux jusqu’à 11 h. ; beau ensuite ; nuageux après 22 h. ; gelée blanche.
- Jeudi 11 3”,8 S. E. 1. Couvert. 0,0 Nuageux jusqu’à 7 h. ; beau ensuite ; brouillard de 5 à 7 h. : gelée blanche.
- Vendredi 12. ... . 8°,9 S. S. E. 2. Couvert. 0,0 Couv.-jusqu’à 10 h.; beau ensuite; très nuag. à 24 h.; gelée blanche.
- Samedi 13 8°>1 S. S. E. 2. Beau. 0,0 Couv. à 1 h. et peu nuag. à 23 h. ; beau le reste du temps.
- Dimanche 14 ... . 10”,9 S. E. 2. Quelques nuages. 0,0 Très nuageux ; gouttes à S et 24 h.
- NOVEMBRE 1897. — SEMAINE DU LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 NOVEMBRE.
- | Lundi | Mardi | Mercredi | Jeudi | Vendredi | Samedi | Dimanche |
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures, la direction du vent. 'Les courbes du milieu indiquent: courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à tabri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l’abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- Tremblements de terre. — De fortes secousses de tremblement de terre ont été ressenties à Patras, Zante et Missolonghi, en Grèce, le 2 novembre 1897. Une secousse beaucoup plus forte s’est produite à Leu-cade. Elle a renversé quelques murs et lézardé quelques maisons.
- Une légère secousse de tremblement de terre s’est produite, à Velletri en Italie, le 6 novembre à 8 heures du malin. Le mouvement, qui était ondulatoire, a duré 2 secondes.
- Une très violente secousse accompagnée d’un bruit sourd, semblable à un coup de mine, a été ressentie le 9 novembre, à 4h 6™ du soir, à Saint-Bonnet-le-Chàteau et les communes environnantes non loin de Saint-Etienne. La commotion a été si forte que des blocs de pierre se sont détachés d’une maison en construction ; une lampe a glissé d’une cheminée à terre; dans plusieurs maisons, verres et bouteilles se sont entrechoqués. Un jeune berger, assis sur un rocher, a été fortement secoué et s’est enfui en poussant des cris d’effroi, croyant que le bloc allait sauter. La panique a été très vive, notamment à Saint-Jean-Soleymieux où la secousse a semblé plus violente encore. On n’a pas signalé d’accident.
- Relation entre l’éclair et la pression atmosphérique.
- — M. Rosenbach, à Berlin, a fait, dans l’été de l’année 1896, qui fut particulièrement riche en orages, des observations avec un instrument ui permet de constater de faibles et rapides variations dans la pression c lair, instrument que son inventeur, M. von Hefner-Alteneck, a appelé le variomètre. Le but de ces observations, dit notre confrère Cosmos, était de rechercher quelle liaison peut exister entre les fluctuations accusées par le variomètre et l’éclair. En l’absence des phénomènes qui
- compliquent l’effet à observer, c’est-à-dire de la pluie et des coups de vent irréguliers, M. Rosenbach a trouvé que, avant qu’un fort éclair se produise, il y a des variations considérables de la pression, et qu’immé-diatement avant chaque éclair ou au moment de l’éclair, il y a un écart négatif de l’instrument, c’est-à-dire une diminution de la pression ou une raréfaction de l’air. Quoique plusieurs éclairs semblent coïncider exactement avec l’écart accusé par l’instrument, M. Rosenbach a souvent remarqué que l’écart négatif est déjà appréciable immédiatement avant l’éclair, ou que le maximum d’écart coïncide avec lui, ce qui démontre que l’écart négatif en question ne peut pas être la conséquence de l’éclair. SIM. W. Koppen et E. Less avaient déjà discuté cette liaison des éclairs avec les fluctuations de la pression; ce dernier auteur avait exprimé l’opinion que, dans un orage, les plus fortes décharges électriques n’ont pas lieu par une augmentation ni une diminution lente de la pression, mais lorsqu’il se produit de continuelles et courtes variations ; il concluait de ses observations que chaque variation de la tension de 1 air est la caùse d’un éclair ou qu’il existe une liaison indirecte entre les deux phénomènes. M. Rosenbach a recherché également si les décharges d’une machine électrique ne font pas accuser aussi au variomètre une variation négative. Les différents effets observés furent tout à fait analogues à ceux qui avaient été trouvés en temps d’orage. Ainsi il semble établi par 1 observation et par l'expérience que l’éclair n’est pas la cause de la diminution de la tension de l’air; cette diminution ne paraît pas non plus être la cause de l’éclair, car elle peut être très notable sans qu’il y ait production d’étincelle. Il faut, par suite, admettre que ce sont les variations considérables du potentiel électrique de l’air qui sont la cause tant des variations de pression que de l’éclair.
- PHASES DE LA LUNE : P. L. le 9, à 9 h. 50 m. du matin.
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- IJ N° 1278 (27 noue mûre 1897), du journal «LA NATURE»
- ^ M. HENRI DE PARVILLE, rédacteur en chef
- M. J. LAFFARGUE, secrétaire de la rédaction Supplément réservé aux abonnés et aux acheteurs au numéro, au moment de la publication du journal
- AVIS DE IA4 OMI VIST RATIO V. — L’échéance du 50 novembre étant une des plus chargées de l’année, nous prions instamment MM. les * -abonnés dont l’abonnement se termine avec le numéro du 27 novembre (n° 1278) de nous faire parvenir, soit par leur libraire, soit directement, le montant de leur renouvellement avant cette époque. Une quittance, pour une même durée que l’abonnement précédent, sera, à Paris et dans les départements, présentée dès les premiers jours de décembre aux abonnés qui, préférant ce mode de recouvrement, n'auront pas avant le 3 décembre renouvelé ou donné ordre contraire. — Tout abonné à La Nature peut, en renouvelant son abonnement pour une année entière, recevoir les Tables décennales Ç& volumes, 1873 à 1882 — 1883 à 1892), au prix de 12 francs au lieu de 20 francs.
- Les lettres et communications relatives à la rédaction et & la a Boîte aux lettres » doivent être adressées à la Rédaction de « LA NATURE », 120, Boulevard Saint-Germain, à Paris.
- INFORMATIONS
- —®— L'apparition d’étoiles filantes des Léonides (point radiant : constellation au Lion) n’a pas tenu ses promesses, du moins à Paris. Mlle Klumpfke, MM. Bigouraan, Puiseux, Le Morvan, etc.,de l’Observatoire, n’ont pu relever qu’une trentaine de météores pendant une éclaircie dans la nuit du 14 au 15 novembre. A Meudon, M. Ilansky, attaché à l’Observatoire, n’a aussi aperçu qu’un petit nombre d’étoiles. Seulement, il.croit avoir constaté que les Léonides filent plus vite et ont une teinte bleue plus prononcée que les étoiles sporadiques. En somme, il faut attendre des nouvelles plus générales, car le flux de météores a pu se produire à la date fixée, mais pendant les premières heures de la journée. Or, il fait nuit à ce moment en Amérique. Dans tous les cas, la grande pluie survient tous les 35 ans un quart, et, avant d’arriver à l’échéance, nous avons encore 2 ans; puisque le dernier maximum étant survenu en 1866, le prochain ne peut venir qu’en 1899. Les Léonides, suivent le même orbite que la comète découverte par Tempel en décembre 1865.
- Conformément au programme, on a lâché 6000 pigeons le dimanche 14 novembre sur la grande pelouse du jardin d’Accli-matation. Le spectacle est curieux. Les paniers à peine ouverts, les oiseaux s’envolent rapidement ; on ne voit d’abord qu’une masse noire qui s’enlève à rangs serrés. Puis la dislocation se fait et les pigeons montent à des hauteurs différentes en décrivant des courbes •de plus en plus grandes. Ils tournent sans se gêner dans des cercles ^allongés, comme s’ils cherchaient la direction qui les ramènera chez eux. Après quelques minutes d’hésitation, les retardataires finissent par quitter la place et prendre leur vol avec rapidité. Un seul pigeon a mis plus de cinq minutes avant de se décider à quitter de jardin. II volait de plus en plus haut, mais sans prendre de parti. Enfin il a disparu comme les autres. Un premier pigeon s’était •sauvé avant ses compagnons. Il vola directement en sens inverse du vent dans la direction N.-E. Quand eut lieu le lâcher général, toute la bande sans hésitation prit exactement la même direction, comme si le premier pigeon avait servi d’éclaireur. Il est vrai au’ensuite, quand il s’agit de voler vers le colombier, la bande se -dispersa dans toutes les directions. La presque totalité de ces pigeons voyageurs est revenue à son point de départ.
- -‘®— Parmi les nouveautés en automobilisme, on signale aujourd’hui une roulotte à vapeur imaginée par M. Renodier et construite par M. Jeantaud. Cette roulotte a une longueur de 7m,70 et une largeur de 2“,50, avec une hauteur de 2m,40. Elle renferme •deux grandes chambres munies d’armoires, une salle de bain et une cuisine. Sur l’impériale se trouvent 3 banquettes de 4 places chacune. La roulotte est traînée par un tracteur de Dion et Bouton de 30 chevaux. Le poids total de 8 tonnes est remorqué à la vitesse de 16 kilomètres à l’heure, en franchissant des rampes de 0,010. La dépense en coke ne dépasserait pas, dit-on, 0fr,15 par kilomètre.
- Le 27 octobre, on a lancé avec succès, à Saint-Nazaire, le croiseur de lro classe Guichen. Ce bâtiment, d’un déplacement de «277 tonneaux, a 133 mètres de longueur et 16m,71 de largeur. Ses machines verticales à triple expansion, qui actionnent trois
- hélices, auront une puissance de 24000 chevaux. La vitesse prévue est de 23 nœuds. Son armement consiste en 2 canons de 164mm,7, 6 de 138mm,6, 10 de 47 et 5 de 37, tous à tir rapide. Ce bâtiment, dont le devis estimatif s’élève à 15513912 francs, sera livré à la marine, par les constructeurs, au mois d’août 1898. A la même date ont eu lieu les essais à toute puissance du croiseur le Cassard à Cherbourg. Ces essais ont été satisfaisants; les résultats obtenus ont été les suivants : puissance totale développée, 10143 chevaux; vitesse sur les bases 19 nœuds 8; consommation en charbon, 876 grammes par cheval-heure.
- —@— La Revue universelle a établi une intéressante comparaison ; celle des temps de voyage de Paris à quelques villes, à diverses époques, depuis deux siècles et demi. Voici des chiffres :
- Calais 1680 Heures. 1782 Heures. 1831 Heures. 1831 Heures. 1877 Heures.
- . 123 60 28 ' 6 40 5 42
- Strasbourg. . . 218 108 47 10 40 8 20
- Marseille. . . . . 359 184 80 59 20 12 30
- Bayonne ... . 558 200 64 27 45 11 11
- Brest . 270 175 61 56 » 13 37
- Le Havre . . . . 97 .52 17. 5 15 . 3 15
- —Les délégués de l’administration des postes française
- ” &1W1JU itpcacmdiitsut id uuiujMgme au i\ora et de la <x Lon-
- don Chatham South Eastern railways Company » se sont réunis le 12 novembre à Douvres pour discuter les moyens d’accélérer le service entre Londres et Paris, surtout en ce qui concerne le transbordement des bagages. Sur la proposition du représentant de la Compagnie du Nord et du délégué des postes françaises, il a été décidé qu’à partir du 1er janvier les bagages seraient enfermés .dans de-grands paniers pouvant contenir 50 ou 40 colis. Des grues électriques seront établies à Calais et à Douvres. On espère gagner 20 minutes par ce moyen de transbordement.
- —®— Richesses archéologiques. — On vient de découvrir à Saint-Nicolas-de-Redon (Vendée), dans le mur du presbytère, un placard renfermant des armes anciennes, de merveilleuses figurines sculptées, des parchemins datant des premiers temps de l'imprimerie et, concernant une famille de la Fiertay de Laillerey, des richesses archéologiques de grande valeur. La serrure du placard est une merveille d’ingéniosité et de travail artistique.
- —A la date du il novembre, des courants de lave descendaient du Vésuve et coulaient vers le Piano delle Ginestre. Des colonnes de fumée à travers lesquelles apparaissaient les pins majestueux du cratère central marquaient le parcours de la lave, pendant qu’une pluie de cendres tombait sur les flancs du Vésuve.
- —Succi, le fameux jeûneur, est actuellement à son 64» jeûne public. On a calculé qu’il a passé 2500 jours de sa vie sans mange,r, ce qui fait environ 7 ans.
- —On a, dit-on, récemment mis à l’essai, à New-York, un nouveau système de boîtes aux lettres, enregistrant automatiquement les correspondances. Chaque envoi qui y est jeté est aussitôt marqué, et l’expéditeur reçoit un récépissé portant un numéro d’ordre, la date et la signature du directeur des postes. Ces boîtes fonctionnent sans interruption, même aux heures où les bureaux sont fermés.
- -H@— La Société d’agriculture du Gard publie les chiffres officiels suivants sur la récolte des vins dans le Gard en 1897 : Le rendement a été de 2 800000 hectolitres pour 64000 hectares plantés. L’arrondissement de Nîmes seul a donné 2 200 000 hectolitres. C’est la plus forte récolte du siècle.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Appareil Cousin et de Perrodil : Société anonyme des générateurs à gaz acétylène, 23, rue Buffault, Paris. — Appareil 0. Patin: 0. Patin, 3, çue du Château, Puteaux (Seine).
- Communications. — M. J. Radiguet, à Évreux, nous adresse unç Nptesur Y essai des écrans engla ces à faces parallèles, d’après une communication faite en juillet 1897, par M. Léon Duchesne à la Société française de photographie. Les plaques photographiques dites isocflromatiques étant devenues d’un usage courant, l’emploi des- verres compensateurs, indispensables avec ces sortes de plaques, s’est également généralisé ; tout le monde les connaît et les emploie : s’ils n’ont pas toujours donné des résultats qu’on était en droit d’en attendre, cela tient à ce que l’on a mis dans le commerce des verres imparfaitement travaillés. Pour rendre plans et parallèles les deux faces d’un écran, il faut 7 à 8 jours de travail avec un outillage spécial, tel que le possède M. Julien Radiguet, opticien à Évreux, le seul en France qui fabrique des écrans à faces parallèles. On comprend donc que les écrans doivent être d’un prix assez élevé ; il est intéressant d’indiquer quelques moyens faciles de reconnaître la qualité d’un écran. L écran à examiner étant placé sur un fond noir, drap, velours, etc., l’incliner à 45° environ et regarder ;les images réfléchies d’objets éloignés et à arêtes bien nettes, telles que têtes de cheminées, tiges de paratonnerre, rose des vents, etc. ; si l’image vue par réflexion présente des lignes bien nettes, sans trouble, ni surtout sans être doublées, l’écran est parfait. On pourra pousser l’examen encore plus avant en regardant non à l’œil nu, mais à l’aide d’une jumelle ou d’une longue-vue pendant l’examen ; on fait tourner l’écran sur lui-même de façon à bien examiner toute sa surface : alors on reconnaît le plus petit défaut qui peut exister. Il y a également un second moyen plus rapide, mais moins précis ; regardez à la fois partie au travers de l’écran à examiner tenu bien verticalement, et partie en dehors une ligne verticale, cette ligne où l’arête doit rester bien droite quoique l’on fasse tourner l’écran entre les doigts : le moindre déplacement de la ligne verticale indique que l’écran n’est pas à faces parallèles.
- M. Em. Combier, à Paris, nous fait parvenir des photographies de configurations curieuses. Ce sont des photographies de la roche de Vallière, près de Royan (Charente-Inférieure). La roche isolée, sur laquelle pousse un arbuste, présente l’aspect d’une tête de sphinx surmontée d’une coiffure à aigrette. Lorsque le soleil donne sous un certain angle on voit apparaître certains détails de la figure, notamment la paupière et la joue.
- M. Winsbach père, à Thionviile, nous envoie la lettre suivante : « Actuellement que la question des hannetons est à l’ordre du jour, je crois utile de vous informer que le 11 novembre je me trouvais à Freistraff, entre Boulay et Beuzonville à une trentaine de kilomètres de Thionviile. En faisant des travaux dans un pré, sur la Nied, les ouvriers ont mis à jour une certaine quantité de hannetons parfaitement vivants ; la matinée avait été très brumeuse, et le brouillard, tombé vers 10 heures en pluie très fine et en quantité assez considérable avait bien refroidi la température; puis le soleil s’est montré radieux et réchauffant. C’est vers 2 heures de l’après-midi, que les ouvriers ont trouvé les hannetons; ils les ont mis sous un gazon, et quand, un peu après, je suis arrivé sur le lieu du travail, on n’a plus trouvé que les trois que je vous adresse ; les autres s’étaient échappés, ce qui prouve leur parfaite vitalité, et comme le travail pressait, on n’a pas pris le soin ni le temps de rechercher les autres plus longtemps. Cette trouvaille n’est certes pas extraordinaire, car les larves, par suite de la sécheresse continue et de la température assez douce, ont pu se développer avant le printemps-, mais il sera intéressant de constater si l’année prochaine, avec pareille précocité, il y aura abondance de hannetons dans ces parages. »
- M.E. A. Martel, a Paris, à propos de l’article de M. Ant. Palliés sur «La source des Avens » (n° 1276 du 13 novembre I897r p. 380) nous écrit : « Cet article reproduit une erreur propagée par les anciennes éditions du guide Joanne de Provence r le tunnel naturel de l’Argens n’a pas 250 mètres de longueur (230, disait Joanne jadis), mais simplement 60 mètres. Le siteest, en effet, trop peu connu et une petite merveille géologique, bien qu’il n’ait rien de gigantesque. Je l’ai décrit et expliqué en détail, avec plan au 3000e, dans mon livre sur « les Abîmes » (1894), p. 419-421. Déjà au n° 1166 de La Nature (5 octobre 1895, p. 302) ce malencontreux chiffre de 250 mètres-est donné pour la longueur du pont naturel. Voilà une erreur bien entêtée, comme la plupart des erreurs du reste. Il faut la réduire des trois quarts, et non pas l’accroître encore de 20 mètres! »
- Renseignements. — M. J. Hecher, à Paris. — Nous-n’avons pas d’autres renseignements; mais les indications données peuvent suffire.
- M. C. Exerdjoglou, à Constantinople. — 1° Lampe à incandescence à pétrole Auer, 151, rue de Courcelles, à Paris. — 2° Moulins Schweitzer, 9, avenue de la Défense à Puteaux (Seine).
- M. G. M., à Paris. — Dans les conditions que vous indiquez le cycliste n’a pas à vaincre la résistance de l’air ; mais il ne subit aucune attraction.
- Un abonné, à X. — Nous avons examiné plusieurs objections et entre autres celle que vous indiquez ; il nous a cependant bien été affirmé que rien n’existait sur le mur.
- M. J. Plassard, à Paris. — Vous parlez peut-être de la lampe à ozone qui se trouve chez M. L. Muller, 40, rue de la Bienfaisance, à Paris.
- M. Létain, à Poitiers. — L’adresse que vous demandez a été donnée en tète de notre dernière Boîte aux Lettres.
- Un abonné, à Malmerspach. —Une batterie de 8 à 10 piles-Leclanché vous permettra d’alimenter pendant quelques secondes une lampe de 6 à 8 volts. Cette lampe devra être placée dans un petit projecteur; adressez-vous à M. James, 143, rue Saint-Antoine, à Paris.
- M, E. Bouquet, à Saint-Pierre d’Oleron. — Compteurs à gaz : Compagnie des compteurs, 16, boulevard de Vaugirard, Compagnie continentale anonyme, 15 rue Pétrelle, à Paris.
- M. B. Lachèvre, à Neuilly-sur-Seine. — II vous faudrait écrire aux adresses données; nous n’avons pas d’autres indications.
- Un abonné, à Constantinople. — Veuillez vous adresser à la librairie Marescq aîné, 20, rue Souffïot, à Paris.
- M. P. Picy, à Paris. — Demandez ces renseignements à la maison Niclausse, 24, rue des Ardennes.
- M. P. Basilewsky, à Paris. — Vous trouverez un ouvrage de M. E. Barillot sur ia distillation des bois dans la collection de Y Encyclopédie Léauté à la librairie Masson et Cie et à la librairie Gauthier-Villars et fils.
- M. Manoel Patricio, à Novo-Redondo. — Nous n’avons pas d’autres renseignements que ceux que nous avons déjà donnés.
- M. X., à Y. — Nous donnons une notice détaillée sur le nettoyage des éponges dans le petit livre des Recettes et Procédés utiles, lre série, à la librairie Masson.
- M. H. P, à Montélimar. — Ces deux produits sont d’un usage courant; vous les trouverez à la maison Billault, 22, rue de la Sorbonne, ou à la maison Poulenc, 122, boulevard Saint-Germain, à Paris.
- M. Ch. Mandin, à M. — Nous pensons que vous pourrez vous procurer ce livre à la librairie E. Bernard, quai des Grands-Augustins, à Paris.
- M. A. Mathieu, à Reims. — Nous n’avons pas l’adresse que vous demandez. Tous nos regrets.
- M. R. D., à Neuilly; M. Cintrach Em, en Beauce. — Nous avons décrit l’appareil que nous avons vu fonctionner; renseignez-vous auprès du constructeur.
- M. G. Rougane, à La Palisse. — Voyez l’ouvrage que nous avons annoncé dans la Bibliographie du n° 1272 du 16 octobre 1897.
- Accusés de réception. — Avis divers. — M. A. B., à D. — Nous vous avons répondu précédemment ; nous n’avons pas d’autres renseignements. — M. D. L., à Paris. — Cette recette est donnée dans les Recettes et Procédés utiles, 1,e série à la librairie Masson et CK — M. Dubois, à Marseille; M. Linart, à Brest. Voyez le même petit livre que ci-dessus, 2e série, à la même librairie. — M. D. G., h R.; M. Fréd. Witz, à Bischwiller.Remerciements pour vos communications.
- Dans la « Boîte aux lettres » la Rédaction accueille les faits intéressants qui lui sont signalés par ses lecteurs, et donne de son mieux les ren-
- seignements qui lui sont demandés, quand ils se rattachent à des sujets scientifiques, mais elle ne s engage en aucune façon à répondre à toutes les questions, ni à insérer toutes les communications.— Il n’est répondu qu’aux lettres reçues avant le lundi qui précédé la date de la livraison.
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Transport d'une lithographie sur verre. — Tout d’abord on enduit la plaque de verre de vernis Dammar ou de baume du Canada mêlé d’un volume égal d’huile de térébenthine; on laisse sécher pendant une demi-journée ou davantage, jusqu’à ce que ledit enduit devienne très collant. On trempe alors la lithographie dans de l’eau douce, puis on l’applique la face sur la plaque préparée, en enlevant l’excès d’eau au moyen de papier buvard, et surtout en prenant garde qu’il ne reste entre le papier et le verre ni bulle d’air ni goutte d’eau. Il faut laisser sécher tout un jour sans y toucher ; ensuite on frotte l’envers du papier, en se mouillant préalablement le bout des doigts : on peut ainsi enlever tout le papier, qui se réduit en bouillie, et l’encre seule demeure sur le verre ; on fait bien de passer pardessus une couche de vernis transparent.
- Lait de chaux pour bâtiments. — Voici une formule employée aux Etats-Unis pour passer au lait de chaux les bâtiments officiels. On prend 18 litres de chaux non éteinte, et on l’éteint avec de l’eau bouillante, en la couvrant pendant l’opération pour empêcher la vapeur de s’échapper; on filtre le liquide à travers un tamis fin. On ajoute ensuite 9 litres de sel dissous préalablement dans de l’eau chaude, 1,3 kilog. de riz pilé et transformé en pâte assez claire dans de l’eau chaude, enfin 225 grammes de blanc d’Espagne, et 450 grammes de bonne gélatine qu’on a fait fondre au bain-marie sur feu doux. Il reste encore à incorporer 22,5 litres d’eau chaude en remuant bien ; on laisse reposer quelques jours à l’abri de la poussière. Il est bon d’appliquer cet enduit à chaud. La formule est un peu compliquée, mais elle est très employée aux États-Unis, et avec plein succès, aussi bien pour la pierre et la brique que le bois. On peut en faire une vraie peinture en y ajoutant soit de l’ocre jaune, du noir de fumée, etc. Il suffit d’un demi-litre de ce composé pour couvrir environ 1 mètre carré de surface.
- Bain pour dorure. — Un journal allemand vient de faire paraître la formule suivante pour la dorure au bain. Pyrophosphate de soude cristallisé, 80 grammes; acide cyanhydrique (12 0/0), 8 grammes; chlorure d’or cristallisé, 2 grammes : on fait dissoudre successivement dans 1 litre d’eau distillée, et l’on chauffe jusqu’à ébullition. On nettoie soigneusement l’objet à dorer, on y fixe un fil de cuivre et on le plonge dans le liquide bouillant.
- Poulies recouvertes en cuir. — C’est une très bonne méthode que de recouvrir de cuir (ou même de papier) la surface des poulies pour empêcher le glissement des courroies : voici le procédé couramment employé en Angleterre. On enduit d’abord la poulie d’une mince couche de colle forte chaude ; puis on sature Je cuir côté « chair » d’une solution chaude de noix de galle, on le pose doucement sur la colle forte et on l’y maintient pressé jusqu’à ce que la colle soit sèche.
- Conservation des plantes. — Pour les conserver avec leurs couleurs dans une collection naturelle, faire dissoudre une partie d’acide salicylique dans 600 d’alcool; faire chauffer jusqu’à ébullition et y passer lentement les plantes. Les secouer un peu pour qu’elles ne gardent pas trop du liquide; on les sèche ensuite comme d’ordinaire sous pression entre des feuilles de buvard. L’acide borique est presque aussi efficace que l’acide salicylique.
- HYGIÈNE ET SANTÉ
- Les pansements à l'acide picrique.
- Nous avons indiqué jadis l’efficacité du pansement à l’acide picrique dans les brûlures. Ce pansement, préconisé par le Dr Thierry, a en effet l’avantage de supprimer presque instantanément la douleur et d’amener, par ses propriétés kératini-santes, la formation d’une cicatrice rapide et souple.
- L’acide picrique peut avoir d’autres emplois, c’est ainsi qu’il réussit très bien, en solution peu concentrée, dans les eczémas chroniques et certaines formes d’eczéma aigu. Le Dr Gaucher a obtenu, par ce moyen, des résultats excellents chez des sujets porteurs d’eczémas rebelles à une foule de médications. Il fait avec une solution au centième un badigeonnage de toutes les parties malades, applique par-dessus une couche d’ouate et laisse le pansement deux jours en place. Il le renouvelle de deux jours en deux jours jusqu’à la guérison qui ne tarde pas.
- Il faut bien retenir que ce que l’on doit chercher dans ce pansement c’est une dessiccation rapide : aussi le promoteur de cette méthode, M. Thiéry, conseille-t-il, pour les brûlures
- qui ne sont pas trop étendues, pour certaines plaies d’employer la solution alcoolique d’acide picrique à saturation antiseptique par les deux agents. Cette solution fournit, en quelques minutes, le pansement sec désiré, par suite de l'évaporation de l’alcool. Son application est un peu plus douloureuse que celle de la solution aqueuse : mais son efficacité est telle que, dans bien des cas, si les surfaces à panser ne sont pas par trop étendues, on ne doit pas hésiter à s’en servir.
- Ce pansement à l’acide picrique a un inconvénient, c’est de donner aux mains du chirurgien, de l’infirmier une coloration jaune fort désagréable et que le savon, l’alcool n’enlèvent pas. Voici des moyens d’obvier à cet inconvénient. M. Prieur a indiqué qu’en se lavant avec une solution de carbonate de lithine, on fait disparaître eh quelques minutes la coloration jaune. Cette solution, par son alcalinité, fait office de savon et il suffit de la préparer au moment du besoin, en jetant deux ou trois pincées de carbonate de lithine dans la cuvette. Le carbonate de lithine est si léger, et il en faut .une si minime quantité que, malgré son prix élevé, la solution décolorante n’est pas bien coûteuse.
- Du reste, voici un autre procédé plus simple, dû au Dr Laba-die-Lagrave. Il emploie, dans son service, un peu d’ammoniaque dans de l’eau; on met plus ou moins d’alcali suivant l’intensité delà coloration. Une fois les mains bien imbibées, bien trempées pendant quelques instants, on les frotte au savon noir et la décoloration est absolument complète. Dr X...
- Un succédané du quinquina.
- La racine de pambotano (calliandra Poustoni ou calliandra grandiflora) jouit de propriétés fébrifuges remarquables. Elle contient avec des réserves diverses, un alcaloïde, une saponinc, toutes substances dont l’action isolée n’a point été déterminée nettement. Aussi faut-il employer l’extrait aqueux ou mieux hydro-alcoolique à la dose de 4 à 6 grammes, ou en élixir, comme on le fait pour le cinchona.
- Le pambotano réussit surtout dans les formes chroniques du paludisme et il a donné la guérison dans bien des cas où la quinine et d’autres médicaments avaient échoué. Il a, il est vrai, quelques inconvénients, c’est d’être très irritant pour les voies digestives; la poudre agit, comme celle de tabac, de pyrèthre, d’une façon énergique sur la muqueuse pituitaire, déterminant des éternuements et du coryza. Mais, en tenant compte de l’état des voies digestives, son emploi est à recommander dans les formes rebelles de la malaria. Dr X...
- RIBLIOGRAPHIE
- Instruments et méthodes de mesures électriques industrielles, par II. Armagnat, chef du bureau des mesures électriques des ateliers Carpentier. 1 vol. in-8°. G. Carré et C. Nawl éditeurs. Paris, 1898.
- Les mesures électriques sont d’une nécessité absolue; mais il faut savoir utiliser les méthodes déjà connues pour en retirer de bons résultats. II. H. Armagnat, dont la compétence est bien connue pour tout ce qui touche les méthodes de mesure et qui est habitué de longue date à appliquer ces méthodes, à étudier les appareils nouveaux dans une maison dont la réputation est universelle, a souvent remarqué le point faible chez les électriciens. Ce qui manque le plus aux débutants, nous dit-il, c’est la connaissance des instruments de mesures, de leurs qualités et de leurs limites d’emploi. L’ouvrage que nous signalons est destiné à remédier à ces défauts.
- La première partie de l’ouvrage renferme des renseignements généraux sur les instruments des mesures : systèmes oscillants, galvanomètres, électromètres, résistances, étalons d’intensité, de force électromotrice, condensateur, appareils pour courants alternatifs, installation des instruments.
- La deuxième partie traite spécialement des méthodes de mesures, mesures des résistances, des forces électromotrices, dès intensités, capacités, coefficients d’induction, mesure de la puissance et de l’énergie électriques, forme des courants.
- En un mot, il s’agit d’un excellent traité des mesures électriques qui sera très utile aux électriciens.
- Scènes de la vie des Insectes, par A. Acloqüe. 1 vol. in-8° de 320 pages avec 173 gravures. Abbeville, C. Paillart, éditeur. Prix : 2 fr. 45. Paris. 1897.
- Notre collaborateur, M. Acloque a réuni dans ces 300 pages les faits les plus intéressants de l’histoire des insectes. Cet ouvrage, d'un intérêt captivant, procurera à tous ceux qui le liront un plaisir élevé et délicat.
- Deuxième supplément au traité encyclopédique de photographie, par C. Fabre, docteur ès sciences, professeur adjoint à l’Université de Toulouse. 1 beau volume grand in-8%
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- NOUVELLES SCIENTIFIQUES
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- de 400 pages, avec nombreuses figures, paraissant en cinq fascicules de 80 pages, régulièrement le 15 de chaque mois à partir du 15 juillet 1897. Gauthier-Villarset fils, éditeurs. Paris. 1897. Prix pour les souscripteurs : 10 fr., le prix de ce supplément sera porté, une fois l’Ouvrage complet, à 14 francs.
- L'art de greffer. Arbres et arbustes fruitiers. Arbres forestiers ou d'ornement. Reconstitution du Vignoble, par Ciiaiu.es B vltet. 1 vol. in-8°. 6e édition. Paris. 1897. Masson et Cie, éditeurs. Prix :
- Les7constantes physico-chimiques, par D. Siderskv. 1 vol. petit in-8° de l'Encyclopédie scientifique des Aide-Mémoire, publiée sous la direction de M. Léauté, membre de l’Institut.
- ‘ Gauthier-Villars et fils, éditeurs. Paris. 1897. Broché, 2 fr. 50 ; cartonné, 3 francs.
- Manuel pratique et raisonné des cultures spéciales, plante,
- racines, céréales, plantes fourragères, plantes industrielles, assolements, prairies, par Paul de Vuyst, docteur en droit, ingénieur agricole, inspecteur adjoint de l’Agriculture. Un volume in-12. 0. Doin, éditeur. Paris. 1897. Prix : 4fr.
- La Vie, mode de mouvement. Essai d'une théorie physique des phénomènes vitaux, par E. Préaubert, professeur au lycée d’Angers, président de la Société d’Etudes scientifiques d’Angers. 1 vol. in-8°, Félix Alcan, éditeur. Paris. 1897. Prix : 5 francs.
- La papyrograpide, par L. de Villanova. Art de reproduire et de créer des dessins par transparence à l’aide de papiers de diverses épaisseurs. 1 vol. in-16. Charles Mendel, éditeur. Paris. 1897. Prix : 2 francs.
- Wechselstrommessungen und magnetische messungen, par C. IIeinke. 1 vol. in-8°. Leipzig, S. Hirzel, éditeur. 1897. Prix: 10 francs.
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE
- Observations de M. Renou (Parc Saint-Maur, altitude 49”,30). — Bureau central météorologique de France
- OBSERVATIONS 7 HEURES DU MATIN THERMOMÈTRE VENT DIRECTION ET FORCE de 0 à 9 ÉTAT DU CIEL PLUIE EN MILLIMÈTRES OBSERVATIONS GÉNÉRALES
- Lundi 15 novembre. 9\0 S. S. W. 2. Très nuageux. 0,0 Irrégulièrement nuageux. Gouttes cessent après 1 h.
- Mardi 16 6”,9 N. E. 2..' Couvert. 0,0 Nuageux de 15 à 17 h. Couv. avant et après; halo ; brouil. dans la spirée.
- Mercredi 17 7%0 S. 2. Brouil. épais. Couv. 0,0 Couv. par un brouill. de toute la journ. de 100 à 800 m.
- Jeudi 18 2”, 7 Calme. Brouillard. Beau. 0,0 Beau jusqu’à 15 h., puis nuageux couv. à partir de 17 11.; brouillard jusqu’à 9 h. et dans la soirée.
- Vendredi 19 6”,8 N. N. E. 2. Brouillard. Couvert. 0,0 Couv. par un brouillard de toute la journ., 100 à 900 m.
- Samedi 20 7*,9 E. N. E. 0 Brouillard. Couvert. 0,0 Beau de lia 18 h. ; couvert avant et après; brouillard jusq. 8 h., et br. peu épais à 20-21 h.; bruine 4-5 h.
- Dimanche 21 ... . 6°,0 N. E. 2. Beau. 0,0 Couvert jusqu’à 5 h. ; beau ensuite ; gelée blanche.
- NOVEMBRE 1897. --- SEMAINE DU LUNDI 15 AU DIMANCHE 21 NOVEMBRE.
- La courbe supérieure indique la nébulosité de 0 à 10; les flèches inférieures,7tü difëctioit du vent. Les courbes du milieu indiquent : courbe épaisse, les pressions barométriques (baromètre ramené à 0, au niveau de la mer); courbe plus mince, thermomètre à l'abri à boule sèche; courbe en pointillé, thermomètre à l'abri à boule mouillée.
- CHRONIQUE METEOROLOGIQUE
- * Inondations en Espagne. — Dans les premiers jours du mois de novembre, des inondations ont eu lieu en Espagne. La rivière de Turia est débordée ; elle a inondé plusieurs quartiers de Valence, il n’y a eu aucune victime, mais seulement quelques dégâts.
- Par suite des pluies, le Manzanarès a subi une crue considérable. Les dégâts, causés par les inondations, ont été très graves. Les routes et les chemins de fer ont été interceptés. Plusieurs maisons se sont écroulées, et la ville est restée plusieurs jours sans éclairage à la suite de la rupture de plusieurs conduites de gaz.
- t*A la date du 11 novembre, les tempêtes et les pluies étaient générales dans l’Est et dans le Midi. On signalait des inondations à Malaga et à Valence.
- Sur d’autres points, quelques maisons ont été détruites. On mandait de Caspe (Saragosse), que la rivière Guadalape avait débordé, causant de grands dégâts, mais on ne signalait pas de victime.
- Le chemin de fer et le télégraphe ont été coupés à Valence, Castellon et Malaga. A Valence les trois rivières ont débordé. Les villages de Grao et de Nazaret étaient complètement inondés. Plusieurs ponts ont été détruits et une quantité énorme de bétail a péri. Les pertes sont incalculables.
- Dans les villages, de nombreuses maisons se sont écroulées. Les eaux se sont élevées sur une étendue de 8 kilomètres. Le nombre des victimes a été de 15.
- La pluie à. Tunis. — Une trombe d’eau est tombée le 13 novembre 1897 sur la région du cap Bon dans la région Tunisienne. La vaste plaine comprise entre Soliman, Grombalia et Kanguet a été couverte d’une nappe d’eau. La voie ferrée du chemin do fer Bône-Guelma a beaucoup souffert. Les terrassements ont été ravinés. Le ballast même a été emporté en plusieurs endroits, près de Grombalia, de Soliman, d’Enfidaville, sur des lon-ueurs telles que le transbordement même n’était pas possible. Les trains urent rebrousser chemin. Dans la journée suivante aucun train n’a pu arriver à Tunis de Menzel, de Bouzelfa, de Grombalia, de Nabeul et de Sousse. Les ponts du chemin de fer établis sur l’oued Djedida ont été emportés.
- Les oueds eux-mêmes ont débordé dans le sud du caidat de Sousse, même vers Sfax où certains étaient à sec depuis longtemps. Les pluies s’étendaient partout, même aux îles Kerkennah, à Médenme, dans l’extrême Sud où elles remplissaient des citernes sèches depuis trois ans. Malgré les dégâts signalés, ces pluies ont été très bienfaisantes pour les semailles que la sécheresse avait contrariées les années précédentes.
- PHASE DE LA LUNE : D. Q. le 17 novembre à 2 h. 11 m. du soir. }
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