La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- K T UK LA NATURE REVUE DES SCIENCES LEURS APPLICATIONS AUX A li T S ET a L’IN DUSTItl E
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris, Un an , . — Six mois. ABONNEMENTS 20 fr. » Départements. Un an 25 lr. » 10 » — Six mois 12 50 Étranger : le port en sus. Les abonnements d’Alsace-Lorraine, sont reçus au prix de 25 lr. Prix du numéro ; SO centimes
- LES CINQ PREMIERS VOLU3IES SONT EN VENTE
- Typographie Laliure, rue de Fleuius, 9, à Pari»
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIpNS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- IIONOKÉ PAR M. LE MINISTRE DE L*INSTRUCTION PUBLIQUE D’iNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON T ISSAN DIE R
- PRINCIPAUX COLLABORATEURS
- MM. le Dr BADER, médecin de l'assistance publique, Dr BERTILLON, H. DE LA BLANGHÈRE
- H- BLERZY, inspecteur des lignes télégraphiques, CH* BOISSAY CH* BONTEMPS. inspecteur des lignes télégraphiques, A, BREGUET, ancien élève de l’École polytechnique, Dr P. BROCCHI P.-P. DEHERA1N, professeur à l’Ecole de Grignon, C. FLAMMARION, Dr FRANÇOIS FRANCK C.-M. GARIEL, ingénieur des ponts et chaussées, professeur agrégé a l’École de médecine, D' F. GARR1GOU , P- GERVAIS, membre de l’Académie des sciences, M- GIRARD, docteur As sciences GIRAUDIERE, ingénieur des mines, AMÉDÉE GUILLEMIN, auteur du Ciel. E. T. HAMY, aide-naturaliste au Muséum Dr E. HECKEL, professeur à l’Ecole supérieure de pharmacie à Nancy, Dr N. JOLY fde Toulouse), correspondant de l’Institut, E. LANDRIN CH* LETORT, de la Bibliothèque nationale, Dr LORTET, professeur à la Faculté des sciences de Lyon V. DE LUYNES, professeur au Conservatoire des arts et métiers, G. MARCEL, de la Bibliothèque nationale, E. MARGOLLÉ STANISLAS MEUNIER, aide-naturaliste au Muséum, A. NIAUDET, E. OUSTALET. aide-naturaliste au Muséum G. PLANTE, J* POISSO ; aide-aaturaliste au Muséum, J. S ALLER ON, Dr E. SAUVAGE, GEORGES SIRE, docteur es sciences CH. VELAIN répétiteur à l'Ecole des hautes études, D( Z., F. ZURGHER, etc,, etc.
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATEURS
- MM* BONNAFOÜX, FERAT, GILBERT, E. JUILLERAT MCSNEL, A. T1SSANDIER, etc.
- GRAVEURS
- MM. BLANADET, DIETRICH, tfOHKEU, SMEETON-TILLY
- péhot, etc., etc.
- QUATRIÈME ANNÉE
- I99G
- PREMIER SEMESTRE
- PARIS
- G. MASSON, ÉDITEUR
- IRE DE L’ACADÉMIE DE MED
- PLACE DE l’ÉCOLE-DE-MÉDECINE
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- 4e ANNÉE. — N° 131.
- 4 DÉCEMBRE 1875.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES ASILES D’ALIÉNÉS DE LA SEINE
- VAUCLUSE.
- Par suite du prix de plus en plus élevé des terrains dans l’ancien Paris et de l’agglomération de la population qui serait une cause d’insalubrité réciproque pour les malades et les autres habitants, presque tous les établissements hospitaliers de la capitale sont actuellement édifiés ou reconstruits dans la zone annexée, la banlieue ou même la province.
- Ces établissements sont régis par plusieurs administrations distinctes : celle de l’Assistance publique de la ville de Paris, celle du département de la Seine, celle de l’État (section du Ministère de l’Intérieur), celle de la Préfecture de Police. De la première dépendent les 16 hôpitaux parisiens dont 8 généraux : )’Hôtel-Dieu, la Pitié, la Charité, Saint-Antoine, Neckcr, Cocliin, Beaujou, Lariboisière ; 7 spéciaux : Saint-Louis, le Midi, Lourcine, les Eufauts-Malades, Sainte-Eugénie, la Maternité, les Cliniques; 1 hôpital payant : la Maison Dubois. En outre, l’ancien hospice des Incurables-Femmes, rue de Sèvres, sert provisoirement d’annexe à la Charité; un hôpital général est en construction à Ménilmontant (et il existe, rue de Picpus, un hôpital israëlite qui est une œuvre privée). De l’Assistance publique dépendent aussi les hôpitaux pour les enfants scrofuleux de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) et de Forges-les-Bains (Seine-et-Oise) ; la maison de convalescence pour ces mêmes enfants de la Roche-Guyon (Seine-et-Uise), et 15 hospices ou maisons de retraite, 6 dans Paris : les hospices de la Salpêtrière, de la Rochefoucauld, des Enfants-Tro.ivés, l’institution de Samte-Périne, la maison Chardon-Lagache et l’ex-hospice des Incurables-Femmes (provisoirement transformé en hôpital comme nous venons de le dire); 7 hors Paris : les hospices de Bicêtre à Geiitilly, Saint-Michel à Saint-Mandé, Brézin à Garches (Seine-et-Oise), De-villas à Issy, des Petits-Ménages à Issy, des Incurables à lvry et l’asile Lambrecht à Courbevoie. Enfin,
- i" année. — t,r semestre.
- la construction d’un nouvel hospice va être entreprise au Petit-Montrouge, et un autre va être annexé à l’hospice Saint-Michel.
- Du Ministère de l’Intérieur dépendent : l’asile des convalescents de Vincennes, celui des -convalescentes du Vésinet, (Seine-et-Oise), la maison payante de Charenton et l’hospice des Quinze-Vingts. Le département de la Seine administre directement l’asile et le bureau d’admissiou d’aliénés de Sainte-Antre à Paris, l’asile et le pensionnat de Ville-Evrard (Seine-et-Oise), l’asile et la colonie de Vaucluse (Seine-et-Oise) ; et la Préfecture de Police possède les dépôts de mendicité de Villers-Cotterets (Aisne) et de Saint-Denis qui va être remplacé par celui de Nanterre en construction.
- Aujourd’hui, c’est de l’asile d’aliénés de Vaucluse et de la colonie dejeunes i.liots qui va y être annexée que nous allons entretenir nos lecteurs.
- Le département de la Seine, qui, en 1872, comptait 2,220,000 habitants, renferme nécessairement un nombre considérable d’aliénés : il a en effet à en soigner et surveiller près de 8,000 actuellement et. chaque année, on en interne plus de 5,000 nouveaux. Aux termes de la loi, chaque département est tenu de pourvoir à l’entretien de tous les aliénés qui l’habitent depuis un an et sont dépourvus de moyens d’existeuce. De ce chef, près de 7,000 malades se trouvent à la charge du département de la Seine, un peu plus de 1,000 seulement étant soignés à leurs frais ou à ceux de leur famille dans la maison de Charenton, les 11 maisons de santé particulières de Paris et de ses environs, et le pensionnat annexé à l’asile de Ville-Evrard.
- Peudant longtemps, en dehors des maisons particulières, les aliénés parisiens n’ont eu pour refuge que Charentou pour ceux qui pouvaient payer et un quartier spécial des vastes hospices de la Salpêtrière et de Bicêtre pour ceux dont les ressources étaient insuffisantes. Dans ces deux établissements, lésions à Bicêtre et les folles à la Salpêtrière, se trouvent en-. core aujourd'hui avec les idiots, les épileptiques, les
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- infirmes, les incurables et les vieillards de leur sexe. Aussi, dès 1844, le nombre des places réservé pour les aliénés à Bicêtre et à la Salpêtrière devenant insuffisant, le département de la Seine conclut des traités avec des asiles de province pour y déverser le trop-plein de ses malades. Cet errement se continue toujours et, au 31 décembre 1872, 3,478 aliénés, étaient entretenus, aux frais du département de la Seine qui les avait expédiés, dans 31 asiles départementaux avec lesquels l’administration a passé un traité et dans 28 autres asiles départementaux où quelques malades sont admis à des conditions débattues.
- Pour que le département de la Seine pût garder lui-même tous ses aliénés, comme le veut la loi, M. Hausmann conçut, en 1860, la grande pensée de faire exécuter douze asiles dans les environs de Paris. Trois seulement ont été construits : Sainte-Anne, Ville-Evrard et Vaucluse. Au 31 décembre 1872, ils renfermaient une population de 1,558 malades et Bicêtre et la Salpêtrière en contenaient 1,487.
- Actuellement, à Paris, lorsqu’un aliéné quelconque est signalé à l’administration, le commissaire de police du quartier qu’il habite fait une enquête, interroge les témoins, la famille et l’aliéné lui-même et c’est après cette enquête seulement qu’il peut autoriser le transfert du fou à l’infirmerie spéciale de la Préfecture de Police, où il est examiné par l’un des deux médecins commis à cet effet par l’autorité. Cette infirmerie spéciale, faisant partie de la Préfecture, mais ayant une entrée distincte, a été inaugurée le 1er janvier 1872. Elle est divisée en cellules où le malade attend l’heure de la visite médicale. Elle est irréprochable, mais les garçons de service portent un costume bizarre et presque effrayant, rappelant positivement celui des suppôts de l’Inquisition et qui peut faire une impression des plus nuisibles sur l’esprit déjà frappé des infortunés que l’on amène.
- Si l’examen du médecin confirme l’enquête du commissaire et conclut à la folie, le malade est conduit, dans une voiture cellulaire capitonnée, au bureau d’admission faisant partie des dépendances de l’asile Sainte-Anne. L’aliéné passe quelques jours dans une des chambres isolées de ce bureau, le médecin de l’établissement l’examine et, si la folie persiste et paraît aussi évidente à ce troisième examen qu’aux deux précédents, l’envoie dans l’un des asiles. Les malades qui ne paraissent pas radicalement incurables sont le plus ordinairement placés à Sainte-Anne, Vaucluse et Ville-Evrard, qui sont plus spécialement des asiles de traitement, et les autres à Bicêtre et à la Salpêtrière. Au bout d’une année enfin, la place manquant, les malades qui ne sont jamais visités par leur famille et dont l’état mental ne paraît définitivement pas susceptible d’amélioration sont envoyés dans les asiles de province.
- Dans tous les cas, un rapport médical sur chaque fou est adressé à la préfecture de police par le médecin de l’asile, d’abord quinze jours après l’entrée du malade, puis de six mois en six mois; des magistrats et inspecteurs font dans toutes les maisons de
- fous privées et publiques une visite trimestrielle.
- On voit combien de garanties sont prises pour éviter soit de séquestrer un homme sain d’esprit, soit de retenir un ancien aliéné guéri.
- Les trois nouveaux asiles ont été établis sur un plan uniforme et, en décrivant celui de Vaucluse, qui se trouve dans la situation la plus pittoresque, nos lecteurs connaîtront la disposition générale de tous.
- Le domaine de Vaucluse, d’une superficie totale de 128 hectares (soit près de trois fois celle du Champ-de-Mars à Paris), dont 26 hectares de bois, 36 hectares affermés, et 10 hectares affectés à la colonie d’idiots, s’étend sur les deux rives de la petite rivière d’Orge, à2 kilomètres au delà delà station d’Épinay, sur la ligne d’Orléans, qui borde le domaine. Il est question d’y établir une halte spéciale, ce serait fort utile, car actuellement ceux qui viennent voir les malades ne peuvent profiter des omnibus appartenant à l’établissement et réservés au transport des aliénés, et, après avoir fait 24 kilomètres en chemin de fer, de Paris à Épinay-sur-Orge, les visiteurs doivent se résigner à faire le reste de la route à pied. Le château qui donne son nom au domaine entier existe encore ; c’est une belle habitation de la fin du règne de Louis XIV, entourée d’un parc magnifiquement boisé. Acheté avec le reste du domaine par le département de la Seine, • il a été respecté, et l’asile destiné aux aliénés a été élevé dans une autre partie de la propriété sur les flancs de la colline qui domine l’Orge.
- M. Maxime du Camp a décrit si excellemment les établissements d’aliénés dans son livre admirable sur Paris, dont nous avons trop brièvement rendu compte1, qu’il n’a rien laissé à dire après lui et que nous ne pouvons que nous incliner devant tant de précision et de science, serties dans le style le plus pur, en lui empruntant une partie des détails de cet article.
- Les bâtiments exclusivement réservés aux malades se composent de douze pavillons identiques, six pour le service des hommes, six pour le service des femmes. Ces deux divisions, absolument séparées, sont complétées à leur extrémité par une demi-rotonde dont chacune contient actuellement trois cellules d’isolement. (Le nombre pourra en être porté à sept au besoin). Les deux divisions — des hommes et des femmes — sont symétriquement placées de chaque côté des constructions réservées aux services communs : le bâtiment d’administration, contenant les appartements et bureaux du personnel, avec les parloirs à chaque extrémité ; le bâtiment des services généraux contenant la pharmacie, les cuisines, la lingerie, les magasins, etc. ; la chapelle romane en forme de croix grecque ; et, au delà, dissimulée et séparée de l’asile par une grille, la salle des morts. Les différents pavillons et édifices sont étagés sur le flanc de la colline et, de terrasse en terrasse, l’escaladent presque jusqu’au sommet. Les constructions de pierre blanche, couvertes de tuiles rouges,
- 1 La Nature, 3e année, 2e semestre, p. 127 (24 juil, 1875).
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- tranchent vigoureusement sur la verdure du parc.
- Des fenêtres les plus élevées la vue est magnifique : en face, au premier plan s’étend la rivière, puis le railway, au delà la forêt ; à gauche, les pentes boisées s’abaissent jusqu’à Épinay ; à droite, le donjon démantelé de Montlhéry, plus célèbre encore pour avoir servi à la détermination de la méridienne et du mètre, et à la mesure de la vitesse du son et de la lumière, que par les redoutables exploits de ses maîtres féodaux, profile ses hautes ruines sur le ciel, au-dessus du fastueux château moderne de Lormoy.
- Toutes les fenêtres d’ailleurs, aussi bien que les portes, ne peuvent s’ouvrir qu’avec un passe-partout : il faut prévoir les tentatives de suicide ou d’évasion. Les différents corps de bâtiment sont mis en rapport les uns avec les autres par des galeries couvertes ; et une galerie semblable, où l’on peut se promener à l’abri de la pluie comme du soleil, précède chacun des 12 quartiers. Ceux-ci comprennent tous, outre un préau, une salle de réunion, un réfectoire, deux chambres séparées et trois dortoirs de 16 lits complétés chacun par une salle de toilette et une chambre de surveillance où couchent les gardiens dans la division des hommes et les soeurs dans celles des femmes. Cette chambre n’est séparée du dortoir que par un simple grillage laissant voir tout ce que font les aliénés. Les cabinets de toilette sont pourvus de cuvettes se remplissant d’eau courante et se vidant par un jeu de soupapes.
- Les fous sont classés selon leur degré d’excitation : les tranquilles occupent un quartier, les demi-Iranquilles un second, les gâteux ou faibles, un autre, les demi-agités, un quatrième, les agités, un cinquième et le sixième pavillon ou infirmerie est réservé à ceux qui sont atteints de maladies ou d’infirmités. Au milieu des pavillons sont les bains, munis de tous les appareils hydrothérapiques : bains de baignoire, bains de pieds chauds, bains de siège avec douche ascendante, bains de siège et de pieds à eau froide courante, piscine froide, douches chaudes, douches froides, ascendante, en colonne, à la main, en pluie, en surprise, écossaise et circulaire, bains de vapeur, salle de sudation pouvant servir d’étuve sèche pour les bains thermo-résineux ; l’agencement est complété par une gymnastique de chambre. Les différentes sortes de bains locaux et de douches sont distribués par une batterie de robinets qu’un seul garçon de salle commande du haut d’une espèce de tribune.
- De cette importance des richesses balnéaires et hydrothérapiques de l’établissement, il ne faudrait pas induire que le bain ou la douche soit la base du traitement de la folie. Non, l’un ou l’autre peuvent être employés dans des cas particuliers comme agent curatif ou moyen d’intimidation ; mais, là n’est pas le pivot de la thérapeutique de l’aliénation mentale.
- Contre une maladie si longue, si triste et si grave la série des moyens tour à tour essayés et abandonnés est innombrable : la saignée à outrance, les purgatifs, les emetiques, les cautères, sétons, moxas, le
- fer rouge lui-même ont été employés ; les antispasmodiques, les opiacés, les solanées, les toniques, etc. tout cela est venu échouer, sinon contre les complications, du moins contre la maladie elle-même. Seul le traitement hygiénique, psychique et moral donne de notables résultats, bien faits pour engager les aliénistes de notre temps à persévérer dans cette voie, ouverte au commencement de ce siècle par Pinel. Cet illustre médecin a eu la gloire de donner, le premier, une description à peu près complète de la folie et le mérite, plus grand encore, d’amener une réforme radicale dans le régime des hospices où les aliénés étaient considérés et traités plus comme des criminels que comme des malades.
- Bien rarement un aliéné pourra être soigné et guéri chez lui. Il faut d’abord l’éloigner du milieu où la maladie a pris naissance, et où elle trouverait des éléments de durée.
- Le calme, le repos, le moins d’excitations sensorielles possible, un ensemble de conditions hygiéniques convenables, et, enfin, le traitement psychique et moral, voilà, aujourd’hui, les moyens les plus efficaces contre l’aliénation mentale.
- Lorsque le médecin, par son esprit de justice et sa bienveillance, a gagné la confiance du malade, il s’adresse au désordre cérébral, et sa sagacité lui fait découvrir le meilleur moyen de combattre ce désordre. On raisonne avec le malade, on fait naître en lui des idées, des désirs, des passions qui pourront entrer en lutte avec les actions cérébrales déviées et les contrebalancer.
- Enfin, le traitement moral comprend encore tous les divers moyens d’opérer une diversion aux troubles intellectuels : travail manuel, lecture, exercices de mémoire, jeux de toutes sortes, musique et travail artistique, selon les cas et les aptitudes.
- Les résultats obtenus par cet ensemble de moyens sont fort satisfaisants. Un de ces résultats est la rareté des accès de folie furieuse. A Vaucluse, pour chacune des deux divisions il n’y a que trois cellules d’isolement, et encore étaient-elles inoccupées lors de notre visite à l’établissement.
- Ces résultats n’auraient pas été obtenus sans la science profonde, la longue expérience et le zèle incessant du directeur, M. le docteur Billod, qui prêche d'exemple, tente avant tout de se faire aimer de ses malades, leur parle avec bonté, exige de tous ses employés la plus parfaite politesse envers eux, leur témoigne une sage confiance et, en un mot, autant que possible, les traite comme des hommes raisonnables.
- En 1874, à Vaucluse, le nombre des aliénés sortis par guérison, par rapport au nombre des aliénés soignés, est de 1 sur 8,16, soit 12,24 pour 100.
- Les cellules d’isolement, s’ouvrant chacune sur un petit préau isolé, sont entièrement lambrissées en bois ; un volet, dont le mouvement se commande de l’extérieur, glissant entre de doubles grilles, permet de mettre le malade dans l’obscurité. Pour les cas extrêmes et très-rares, une cellule par division va
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- être entièrement capitonnée, plafond, plancher et murailles ; les infortunés que l’on doit, pour peu de temps ordinairement, renfermer là, sont ainsi mis dans l’impossiblilité de se faire du mal.
- Les réfectoires sont très-propres et très-clairs, garnis de tables en chêne ; le service ressemble beaucoup à celui des établissements de bouillon.
- La cuisine est faite dans des batteries de marmites à double fond, chauffées à la vapeur par un générateur unique. L’alimentation est excellente, grâce aux légumes et aux fruits récoltés sur ce vaste domaine. Trois repas sont servis, à 7 heures, 11 heures du matin et 5 heures du soir : le premier se compose de soupe aux légumes secs; le second, de viandes et de légumes très-variés; le troisième, de soupe grasse,
- bouilli et salade ou fromage. Le vendredi, le poisson et la soupe maigre remplacent la viande et le pot-au-feu. Les employés reçoivent la même nourriture, ils ont seulement un plat de plus et un dessert.
- L’asile de Vaucluse, isolé au milieu de la campagne, est une véritable ville ; comme une ville, il possède un cimetière, une pompe à feu et une usine à gaz ! (Dans le domaine on trouve même une ferme et un moulin à eau).
- Beaucoup d’aliénés travaillent aux champs et mettent en rapport les 50 hectares de terre qu’ils cultivent, en grande partie pour leurs propres besoins. Ceux qui ne peuvent se faire au travail agricole sont employés dans les ateliers. Pour les hommes il y a un atelier de menuiserie, serrurerie et
- Plan de la colonie de Vaucluse pour l’éducation des jeunes idiots. Échelle/: 1/1000'.
- 1. Administration. — % Salle de musique. — S. 'Salle de réunion. i. Réfectoire. — 5, École, — f6. Ateliers, (Au premier infirme, rie et chambres). — 7. Dortoirs. — 8. Bains, dépôt, surveillant. — 9. Parloir, concierge, logement de l’interne. — 10. Etable. — 1i. Poulailler. — Il Porcherie. — 13. Gvmnase couvert. — U. ; Cuisine et office. — 13. Lingerie, laiterie. — 16. Basse-cour,— 17. Cour de récréation. — X. Water-closets.
- charronnage, un de cordonnerie et un de confection et réparation des vêtements. Le costume des aliénés de l’asile est confortable, de toile bleue rayée de blanc l’été, de drap bleu l’hiver.
- Les femmes sont employées à l’exploitation agricole et à la buanderie, parfaitement divisée en atelier de triage, buanderie proprement dite, étuve pour sécher à l’air chaud pendant l’hiver et séchoir à l’air libre. Tout le linge de 1 établissement est blanchi par les pensionnaires, dont quelques-unes parmi les plus sages — c’est-à-dire les moins malades — sont employées à la lingerie sous la direction des sœurs de Saint-Joseph de Bourg-en-Bresse. Les aliénés reçoivent pour leurs travaux une petite rémunération
- qui leur permet d’acheter quelques douceurs, tabac e! café principalement.
- Ce magnifique asile contient 600 et contiendra bientôt, G* 1!/* places ; il s’y trouvait, au 51 décembre 1872, 525 malades soignés par 2 médecins, 39 employés, 28 sœurs et 12 filles de service. L édifice, qui possède cette beauté résultant de l’adaptation parfaite d’un monument à l’usage auquel il est destiné, a été construit par M. l’architecte Lebouteux, ancien prix de Rome, de 1865 à 1868. La dépense s’est élevée à 5,151,001 francs. Vaucluse a été inauguré le 23 janvier 1869.
- Le 6 septembre 1870, par suite de l’imminence du siège de Paris, la population de Ville-Evrard fut
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- versée à Vaucluse qui se trouva contenir 1,208 fous. C’est à l’entretien de cette masse de malades que le médecin-directeur, M. le docteur Billod, dut pourvoir au milieu des difficultés de l’invasion.
- Par l’entremise du prince de Hohenzollern (auquel il avait été recommandé lui-même par la propriétaire d’un château voisin, madame Cornu), le directeur de Vaucluse obtint du prince royal de Prusse un document libérant l’asile de toute réquisition ; et il maintint si haut et si ferme le drapeau de la France que pas un Allemand en armes ne franchit les portes et qu’il osa même, bravant de graves périls, recueillir une partie de la population d’Épinay ; il sauva la vie à
- plusieurs habitants que l’ennemi allait fusiller et il abrita dans son asile, qui n’a jamais mieux mérité ce nom, les récoltes et les valeurs des réfugiés, ces dernières représentant à elles seules une somme de plus de deux millions. Aussi celte commune, justement reconnaissante, a-t-elle fait frapper une médaille en son honneur.
- Depuis la paix, l’énergie, la savante et généreuse activité du docteur Billod s’est portée d’un autre côté et, dans l’intérêt de l’humanité d’abord, de l’administration ensuite, pour diminuer la quotité par tête des frais généraux, il a songé à organiser à Vaucluse une colonie agricole pour l’éducation
- i : ruv !
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- Plan de l’asile de Vaucluse pour le traitement des aliénés. Échelle : 1/5450".
- 1. Administration..— 2. Quartiers des tranquilles et demi-tranquilles. — 5, Quartiers des agités et semi-agités. — i. Bains. — 5. Cellules pour les surexcités. — 6. Chapelle. — 7. Iniirmeries. — 8. Quartiers des faibles (gâteux). — 9 Services généraux. — 10. Salle des morts. — 11. Triage du linge. — 12. Buanderie. — 13. Étuve. — 14. Séchoir à air libre. — 15. Cordonnerie. — 16. Charron-nerie, menuiserie, forge. — 17. Tailleurs. — 18. Écuries, remises, réservoir. — X. Water-closets.
- des jeunes idiots, en utilisant pour cette création les puissantes ressources de l’asile et les bâtiments d’une vaste ferme, construits en même temps que ce dernier.
- Il était triste de penser que l’Angleterre avait depuis longtemps créé cette institution et qu’elle manquait à la France, alors que c’est en France, en 1842, que l’on a établi, dans les anciens bâtiments de Bicè-tre, la première école pour les idiots. L’Angleterre, avec sa largesse ordinaire, a fondé une œuvre spéciale et c’est ce que nous avons à imiter. M. Ferdinand Du val a compris l'importance de cette question et,
- sur sa proposition, le Conseil général a décidé le 27 novembre 1873, l’appropriation des bâtiments de la ferme, à la création d’une colonie-école d’idiots.
- Les travaux de transformation, bien que présentant des difficultés exceptionnelles, ont été si habilement conduits par M. Maréchal, architecte actuel des asiles de Vaucluse et de Ville-Evrard, qu’ils touchent à leur terme et l’on peut espérer l’inauguration pour le 1er janvier 1876. L’établissement n’aura pas le caractère exclusif d’asile hospitalier, mais plutôt celui d’institution destinée à un enseignement exceptionnel, comme celles des sourds-muets ou des.
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- jeunes aveugles. La colonie ayant le double caractère d’asile et de pensionnat, les indigents seuls seront reçus de droit à titre gratuit et l’on en exclura les enfants incapables d’éducation, c’est-à-dire les gâteux, les épileptiques et les enfants en bas âge.
- Les enfants resteront à l’école de 6 à 18 ans.
- Les garçons seuls seront admis ; une institution semblable pour les fdles est en projet à Ville-Evrard. La colonie contiendra 150 idiots divisés en deux dortoirs de 72 lits et un de 7 ; il y aura une infirmerie de 14 lits, plus deux chambres isolées, un réfectoire ; deux autres vastes salles, dont une pour les exercices de musique, serviront de lieu de réunion pendant le jour; la cuisine est fort petite, les aliments devant être apportés de l’asile dans des marmites norvégiennes qui en conservent la chaleur; on a établi enfin une salle de bains, un gymnase, une école, des ateliers de menuiserie, serrurerie, cordonnerie et tailleurs. La culture agricole à laquelle le plus grand nombre des enfants sera exercé comprendra, sur les 10 hectares qui lui seront réservés, grande culture, culture maraîchère, prairies naturelles et artificielles ; il y aura une étable de 16 vaches, une porcherie de 30 porcs et un poulailler, le tout suffisant à la fois pour les besoins de l’asile et de la colonie. Le bâtiment d’administration sera principalement occupé par l’instituteur, qui sera le véritable chef de la colonie sous l’autorité du médecin-directeur.
- 11 est juste que celui dont les efforts incessants et pénibles auront pour but de faire rentrer dans la famille humaine ceux que la nature elle-même semblait en avoir retranchés, soit comme le père intellectuel de ces pauvres enfants, pour lesquels l’éducation professionnelle ne sera, en quelque sorte, qu’un moyen curatif pour faciliter leur éducation morale, qui se fera par l’enseignement oral et surtout par l’enseignement visuel. Et tous ceux, médecin-directeur et maître d’école, qui auront travaillé à faire pénétrer un rayon de lumière, une pensée divine dans ces âmes obscurcies, auront bien mérité de l’humanité.
- Dr Bader. Charles Boissay.
- pour la partie médicale, pour la partie générale.
- — La suite prochainement. —
- SUR LES MOUVEMENTS QUI ACCOMPAGNENT
- LA DISSOLUTION DES SOLIDES
- ET DES LIQUIDES*
- Les expériences que j’ai entreprises à ce sujet in’ont permis de généraliser les mouvements qui accompagnent la dissolution et de reconnaître qu’ils se produisent avec toutes les matières solubles* solides ou liquides, et à l’intérieur aussi bien qu’à la surface d’une masse liquide. Sans pouvoir présenter aux lecteurs de La Nature le mémoire complet que j’ai récemment soumis à la Société hélvétique des scien-
- ces naturelles, je me bornerai à leur en donner un sommaire très succinct, mais suffisant pour mettre en évidence les résultats obtenus.
- J’ai reconnu que tous les corps qui se dissolvent dans des conditions déterminées présentent les mouvements gyratoires déjà constatés pour le camphre, les valérianates et les butyrates l. Ces mouvements dépendent, quant à leur formation, à leur intensité et à leur durée, de trois facteurs qui se suppléent ou se complètent mutuellement.
- 1° La solubilité du corps dans le liquide dissolvant.
- 2° La densité relative.
- 3° La propriété que le corps présente d’être mouillé plus ou moins par le liquide.
- Je distingue trois catégories de mouvements.
- I. Mouvements d'un solide à la surface d’un liquide. Exemples : d° Sur l’eau, mouvements gyratoires du camphre, delà caféine, des valérianates, etc. 2° sur un liquide contenant 50 volumes d’eau et 10 d’alcool : le chlorure de sodium, lechrômate de potassium, l’hyposulfite de sodium, le chlorure de barium, de strontium, le savon et beaucoup d’autres substances.
- En ajoutant de l’alcool à l’eau on atténue le pouvoir dissolvant du liquide pour ces corps ; les petits fragments grattés à la surface y produisent une dépression qui les soutient ; ils se dissolvent moins rapidement et offrent les mouvements gyratoires.
- 3° Sur le bromure d’éthylène ; ces mêmes corps.
- Ajoutons que l’expérience réussit avec d’autres liquides et que les corps poreux imbibés d’un liquide soluble fonctionnent comme un solide qui se dissout. Exemple : pierre ponce imbibée d’alcool à la surface de l’eau.
- II. Mouvements d'un liquide sur un liquide. On distinguera. d° les mouvements gyratoires d’un liquide plus dense à la surface d’un liquide moins dense qui le dissout modérément. On trouve en effet qu’en versant avec soin du chloroforme, de l’aniline, etc., à la surface d'un mélange de 50 volumes d’eau pour 10 volumes d’alcool, ces liquides restent suspendus en sphérules aplaties qui produisent une dépression à la surface et se dissolvent en tournoyant.
- 2Ü Les mouvements d’un liquide moins dense à la surface d’un plus dense, exemples : alcool et éther sur eau, etc.
- III. Mouvements gyratoires qui se produisent par la dissolution d’un corps entre deux liquides, exemples : Colophane entre éther et eau, savon entre éther et eau, camphre entre benzine et eau. Les mouvements résultent du fait qu’aucun corps, amorphe ou cristallin, n’est homogène, ou également soluble dans toutes ses parties. C’est donc l’inégale affinité du liquide dissolvant pour les différentes parties du corps qui se dissout, qui provoque les mouvements de dissolution.
- On pourrait multiplier les exemples, car ces mou-
- 1 Yoy. n° 126, 50 octobre 1875, p. 350 : le Mouvement gy-ratoire de certains sels à la surface de Veau.
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- vements ont été constatés pour une centaine de corps.
- Conclusion. —Les corps qui se dissolvent présentent des mouvements, toutes les fois que la cause qui produit ces mouvements est capable de vaincre les résistances qui s’y opposent.
- H. F. Secrétan (de Lausanne).
- LA PRÉVISION DU TEMPS
- Un statisticien vient de publier en Allemagne, un travail qui résume les résultats obtenus dans les pays civilisés au sujet des pronostics du temps dus aux observatoires météorologiques. En Angleterre le nombre des avertissements, au sujet des tempêtes, qui se sont trouvés confirmés par l’expérience, s’est élevé, pendant les exercices 1870 à 1872, de 6a à 80. En Amérique, la prévision du temps est en haute faveur auprès du public. Sur 100 pronostics portés à la connaissance du public, 76 ont été confirmés par les observations subséquentes. Cette proportion tend toujours à s’accroître, et on espère que les probabilités finiront par se rapprocher aussi près que possible de la certitude. De l’autre côté de l’Atlantique, la prévision du temps est utilisée, avec un succès croissant, par la navigation, par l’agriculture, et par différentes industries. Le gouvernement, convaincu de l’utilité de ces indications, accorde 250,000 dollars pour les bulletins télégraphiques destinés à faire connaître l’état de la température, ainsi que pour les autres frais qui en dépendent. On peut se faire une idée du développement qu’ont pris les publications de ce genre par les renseignements suivants. D’après un rapport du bureau américain, le nombre des bulletins relatifs à la température qui ont été publiés en 1872 a été de 187,617 ; — celui des cartes (météorologiques), de 205,555; — des rapports insérés dans les journaux, de 50,878 ; celui des prédictions du temps, de 1,095. La connaissance du temps s’est ainsi répandue, par la voie de la presse, parmi 50 millions d’individus.
- Il ne nous paraît pas nécessaire d’ajouter qu’il s’agit uniquement de probabilités, et pour un avenir très-prochain. Ainsi la détermination d’un hiver doux ou d’un hiver rigoureux, d’un été frais ou d’un été chaud est un problème encore insoluble. Aussi cette pronostmation du temps se borne-t-elle tout simplement à déterminer d’avance la température pour le lendemain, ou, en quelques cas exceptionnels, pour quelques jours d’avance.
- ARCS-EN-CIEL SE CROISANT
- M. Otto Gumœlius se trouvant à Nya Kopparberg, dans la partie septentrionale de la province d’Oere-bro en Suède, a eu l’occasion d’admirer à huit heures et demie du soir un effet de lumière assez rare.
- Pendant l’après-midi de ce jour-là (19 juin), la pluie tombait à flots presque sans interruption ; le ciel était à peu près uniformément couvert de nuages loncés d’une teinte uniforme. Entre deux averses, à l’heure indiquée plus haut, M. Gumœlius sortit de la maison et fut aussitôt arrêté dans sa marche par l’apparition éclatante d’arcs-en-ciel multiples et s’en-tre-croi saut.
- L’endroit d’où l’observation a eu lieu est un assemblage de maisons de ferme, groupées autour de l’église de Nya Kopparberg dans le fond d’une vallée assez large se dirigeant au sud-ouest et au nord-ouest ; les collines qui bordent la vallée sont assez élevées sans être escarpées ; elles sont couvertes de forêts de pins dans les parties supérieures et d’arbres à feuilles dans les parties basses, laissant le fond de la vallée aux champs cultivés, qui sont traversés par un assez fort cours d’eau, serpentant entre qudques bouquets d’arbres avant d’alimenter des usines.
- Le soleil, qui avait été caché pendant toute l’après-midi, se montra subitement à travers une déchirure de nuages à l’horizon et produisit dans la vallée le brillant phénomène en question. Les parties supérieures des versants des collines couvertes de pins, sombres par elles-mêmes mais dans ce moment éclairées, paraissaient encore plus sombres en comparaison des parties inférieures couvertes d’arbres dont le feuillage vert clair du printemps et garni de gouttes d’eau était étincelant. L’air d’une transparence parfaite permettait de distinguer les moindres détails dans la vallée qui, bien qu’éclairée, avait un aspect plus froid. La ligne de séparation entre les parties éclairées et les parties plus sombres suivait à peu près une horizontale le long des versants. Le tableau se terminait au loin dans le sud-est par les arcs-en-ciel entre-croisés qui brillaient des couleurs les plus vives et dont le dessin ci-contre donne un aperçu exact.
- Les arcs-en-ciel paraissaient reposer sur les versants des collines. Les arcs ordinaires présentaient des demi-cercles dont le centre se trouvait au milieu de la vallée un peu au dessus du thalweg. Les arcs croisants, qui au sens propre du mot ne croisàient pas, puis qu’ils ne s’étendaient de la base de l’arc intérieur que jusqu’à la partie inférieure de l’arc extérieur à une hauteur qui pouvait être estimée environ à 45° au dessus du diamètre horizontal, avaient leur centre approximativement au sommet de l’arc intérieur. Ces arcs croisants offraient les mêmes dispositions de couleur que les arcs intérieurs : le rouge était dehors, le violet en dedans ; l’arc extérieur présentait la disposition inverse. Le sommet de l’arc extérieur n’était pas visible. Dans l’arc intérieur, on apercevait distinctement deux répétitions de couleurs et des indices d’une troisième. Tout le phénomène dura quelques minutes, le soleil se cacha de nouveau et la pluie recommença.
- Le phénomène observé par M. Gumœlius est sans contredit extrêmement rare. On rencontre cependant dans l’histoire météorologique quelques autres exemples d’arcs-en-ciel offrant des position irrégulières. Dans un mémoire académique intitulé : Des opinions les plus accréditées sur les arcs-en-ciel, M. Anners-fedt a rassemblé tous les exemples connus d’arcs-en-ciel irréguliers. Ce n’est pas la première fois qu’on observe en Suède des arcs-en-ciel présentant des positions extraordinaires. Outhier en a vu en Laponie, en 1736, et Anders Celsius en Dalécarlie, en 1742.
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- LA NA TU Pi K.
- A. J. Angstrom a aussi observé un phénomène analogue dans le Jcmtland en 1848. La position de l’arc extraordinaire à l’égard des deux arcs ordinaires est généralement de telle nature, qu’on peut l’expliquer par la réflexion de l’image du soleil sur une surface d’eau d’une certaine étendue située derrière l’observateur. Bans cette supposition on peut entre autres faire remarquer que l’arc irrégulier coupe l’are principal à l’horizon et que ces deux arcs offrent la même disposition de couleurs. A cet égard, la figure tracée par M. Gumœlius concorde aussi bien avec les descriptions que l’on possède d’observations anté-
- rieures qu'avec l’explication que nous venons de donner sur la formation de ce phénomène. N’ayant pu trouver, dans la description de la contrée exposée par M. Gumœlius, aucun éclaircissement sur l’existence probable d’une étendue d’eau dans la situation voulue pour produire le phénomène, vu de la place où se trouvait l’observateur, j’ai consulté la carte du bureau topographique concernant la partie septentrionale de la province d’Üerebro. Celle-ci indique effectivement une étendue d’eau dans la direction du nord-ouest du lieu d’observation, toutefois elle serait située à une distance d’un tiers de mille sué-
- Ai'cs-e»-cicl se croisant, observés à Nya Kopparberg, en Suède. (D'après les documents de Jl. Otto Gumœlius.)
- dois. Mais, quand bien même les détails que nous venons de donner seraient favorables à l’explication tlu phénomène par la réflexion de la lumière du soleil sur une eau tranquille, la ligure tracée par M. Gumœlius ne s’accorde pas avec cette supposition.
- En effet le centre de l’are irrégulier doit se trouver à la même hauteur au dessus de l’horizon que le soleil, parce que la distance de l’image du soleil au dessus de l’horizon est égale à la hauteur du soleil. Cette hauteur à huit heures et demie du soir, à la latitude en question, est de o° à 4°. Le sommet de l’arc irrégulier ne peut dépasser 46°, mais au même moment les sommets des deux arcs réguliers se trouvent à 58° et 47° au dessus de l’horizon. Il résulte de cela que l’are irrégulier aurait dit se former eu en-
- tier entre les arcs réguliers et être à peu [très tangent à la partie intérieure de l’arc supérieur. Le dessin de M. Gumœlius indique une position tout autre de l’arc irrégulier : son centre estsitué à une hauteur bien plus grande que 4° au dessus de l’horizon et parait ne pas s’éloigner beaucoup du sommet de l’arc principal, ainsi que le marque la relation du phénomène G Une autre explication serait donc nécessaire pour donner la théorie de ce curieux phénomène.
- Rubenson.
- Membre de l’Académie des sciences de Stockholm.
- 1 Comptes rendus de VAcadémie des sciences de Stockholm, 1875, n° 3, p. 83. — Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, n° 214, 1875, p. 101.
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- LA NATURE.
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- PHARES ET BALISES
- Il n’y a pas de constructions qui plus que les phares mettent en relief la science et l’habileté des ingénieurs. Outre que les circonstances dans lesquelles ils sont édifiés varient toujours d’un point à
- l’autre du littoral, il y a une autre raison pour qu’ils soient dissemblables ; c’est que le marin qui les aperçoit de loin doit reconnaître chacun d’eux à première vue par l’apparence qu’il présente. Ce n’est donc point comme tant d’autres monuments que l’on bâtit sur un modèle uniforme après avoir trouvé le type qui convient le mieux. On a déjà parlé des
- ISpéciuieus de bouées adoptées en Autriche.
- Premier système de bouée. - 2. Bouée affourchée sur deux ancres. - 5. Autre système de bouée.
- phares plus d’une fois dans la Nature; sans doute il en sera question encore. Le dessin que nous reproduisons aujourd’hui, d’après le Rapport officiel sur les travaux maritimes à l’Exposition de Menue, représente en coupe le phare du Four, l’un de ceux qui protègent la côte du Finistère (page 10) l.
- 1 Voy. dans In Nature, t. Ier, p. 587, la description des feux qui éclairent les abords du port de I'resl.
- Le phare du Four est une belle tour en maçonnerie qui se dresse sur un rocher isolé à l’ouest de Brest. La fondation en présentait de sérieuses difficultés, puisqu’une partie du rocher est recouverte par la mer à marée haute. Dans la hauteur de 23 mètres comprise entre la base de la tour et le plateau sur lequel brille le fanal, il y a cinq étages qui sont occupés en parité par des réservoirs d eau douce et pai
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- LA NATURE.
- des soutes à charbon de terre dont il faut de gros approvisionnements, parce qu’il y existe une machine à vapeur pour produire des signaux acoustiques en temps de brume. La construction de ce monument a coûté 265,000 francs.
- On ne construit des phares qu’aux endroits les plus importants ou les plus dangereux du littoral.
- fhare du Four (Finistère). ,
- A. Appareil lenticulaire. — C. Escalier supérieur, — D- Machine à vapeur. — E. Appareil à signaux acoustiques. — F. Chambre à coucher. — G. Cuisine. — H. Réservoirs à eau. = N, N. Escalier.
- Pourvu que leurs feux se croisent et qu’un navire ne puisse se jeter à la côte en passant entre deux pendant la nuit sans apercevoir ni l’un ni l’autre, pourvu aussi que l’accès des grands ports où l’on doit entrer à toute heure du jour ou de la nuit soit suffisamment indiqué, leur but est rempli. Mais, en plein jour, il faut que toutes les sinuosités du littoral, que toutes les roches à fleur d’eau, que les divers chenaux d’accès de chaque port soient parfaite-
- ment indiqués. C’est à cela que servent les amers, les balises et les bouées.
- On appelle amer tout objet situé sur la côte et que l’on aperçoit du large. L’essentiel est qu’un signal de ce genre se voie à grande distance et ne puisse donner lieu à des méprises. Tantôt c’est un moulin à vent ou un bouquet d’arbres ; tantôt c’est une maison ou un clocher que l’on peint en blanc si, vu de la mer, il se projette sur le sol, ou en noir s’il se projette sur le ciel. Sur notre littoral des Landes, où les points de reconnaissance sont rares parce que le terrain est trop uniforme, on a dressé des amers en charpente d’une grande hauteur.
- Les balises signalent les écueils sous-marins. Les plus simples sont de grosses tiges en bois que l’ingénieur fixe comme il peut au fond de la mer. On a quelquefois employé à cet usage un vieux bateau que l’on échoue sur l’endroit dangereux en le remplissant de maçonnerie ou de pierres sèches ; la balise en est alors le mât en quelque sorte. Maintenant, on construit pour cet objet de véritables monuments ; soit une armature en fer scellée sur le rocher et recouverte de planches à sa partie supérieure de façon à être visible de loin, soit une petite tour en maçonnerie en haut de laquelle se trouve une plate-forme à laquelle on arrive par une échelle en fer. Un naufragé y trouverait un refuge momentané. Les balises ont l’inconvénient de ne pas remplir leur office pendant la nuit. On a essayé d’y placer une cloche dont le marteau est mis en branle par les oscillations incessantes de la mer. On le comprend, tous ces signaux, amers et balises, doivent présenter une extrême variété d’aspect. 11 importe que, par leur seule apparence extérieure, le navigateur apprenne en quel endroit précis il se trouve.
- Les bouées sont des corps flottants que l’on immerge dans une situation déterminée pour jalonner la route à l’entrée des ports ou pour l’amarrage des navires. Ces dernières sont de forme simple; il n’est pas nécessaire qu’elles soient visibles de loin. Les autres au contraire doivent avoir des formes plus compliquées. Les spécimens que nous en donnons sont ceux adoptés en Autriche. Il faut qu’elles soient diversement colorées afin que le pilote sache s’il doit les laisser à tribord ou à bâbord. Ainsi, en France, les bouées sont rouges quand le navire venant de la mer doit passer à gauche, noires quand il doit passer à droite ; elles sont à bandes rouges et' noires alternatives lorsqu’il peut passer indifféremment de chaque côté, blanches lorsqu’elles ne servent qu’à amarrer les batiments. Comme les bouées s'immergent dans les eaux des baies ou des rades plus tranquilles que la pleine mer, il suffit d’ordinaire pour les faire tenir en place de les attacher à des ancres ou plus simplement encore à des masses de fer ou de fonte coulées à fond.
- Il y a environ deux mille bouées, balises, ou amers sur les côtes de France, et l’on reconnaît chaque année la nécessité d’en augmenter le nombre. Il faut donc que ces petites constructions soient peu
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- coûteuses, tout en étant efficaces et durables. On le voit, la tâche des ingénieurs, des phares ne consiste pas seulement à élever ces beaux édifices qui attirent à juste titre l’admiration. Le marin ne peut apercevoir la terre sans y trouver aussitôt une marque de leur prévoyance. II. Blerzy
- les
- ŒUFS DU PHYLLOXERA SUR LES CEPS
- IMPORTANCE PRATIQUE.
- Depuis le début de l’invasion phylloxérienne on connaît les œufs pondus en nombre énorme sur les racines par les agames souterrains. Ils sont d’une forme ellipsoïde allongée et d’un beau jaune, qui devient ensuite plus terne. Us donnent naissance, sans accouplement, à cette série de générations aptères dont les succions déterminent la pourriture des racines.
- On sait également depuis longtemps qu’au mois d’août principalement, certains individus aptères, de forme un peu plus allongée, prennent l’aspect de nymphes, présentant sur les côtés du mésothorax et du métathorax des moignons noirs, qui sont les fourreaux des ailes futures. Ces nymphes remontent au collet du cep, à la surface du sol, et, après une dernière mue, deviennent les agames ailés. Cette seconde forme, qui fut regardée d’abord comme celle de mâles, par analogie avec les cochenilles de divers végétaux, est propre aussi à des femelles, fécondes sans accouplement, destinées par leur essaimage à propager au loin l’espèce funeste, tandis que les aptères souterrains des racines constituent une phase sédentaire, propre à détruire les vignes sur place.
- Jusqu’à la fin de septembre dernier l’histoire du Phylloxéra ailé ou migrateur était fort incomplète. On savait seulement qu’il était pourvu de grandes ailes puissantes, bien nervulées, presque doubles en longueur de son corps. En outre, aux trois yeux simples groupés des aptères s’ajoutaient deux gros yeux à facettes et trois stemmates frontaux, c’est-à-dire, un puissant appareil de vision panoramique, permettant aux insectes de voir au loin les vignes sur lesquelles ils devaient s’abattre. On n’avait pas observé la ponte en liberté. M. Balbiani avait rencontré de grandes difficultés à obtenir quelques œufs dans les flacons contenant, au laboratoire, des Phylloxéras ailés, nourris avec des bourgeons de vigne et des jeunes feuilles. Il avait seulement reconnu le même fait que pour la forme ailée du Phylloxéra du chêne des environs de Paris, objet de ses études précédentes. L’agame ailé pond des œufs jaunes, de même forme que l’agame aptère, maisdedeuxgrandeurs. Les plus petits sont destinés à donner des sexués mâles, les plus, gros des sexués femelles, tous deux sans ailes et analogues de forme aux larves radicicoles,
- mais privés de suçoir, incapables de prendre de la nourriture dans leur existence très-courte, exclusivement destinée à la reproduction. C’est seulement à l’état embryonnaire que ces sexués du Phylloxéra du chêne avaient été vus dans les œufs.
- M. Balbiani avait judicieusement présumé que les femelles agames ailées devaient pondré sur les feuilles des vignes et les envahir par essaims, afin que leur descendance sédentaire des deux sexes put avoir chance de s’accoupler par le grand nombre des individus. En outre M. Lichtenstein, à Montpellier, avait vu les agames ailés d’une espèce très-voisine du Phylloxéra des vignes, s’abattre en nombre immense sur les feuilles du petit chêne kermès (la garouille des paysans languedociens) et y pondre leurs œufs.
- La démonstration péremptoire de la ponte libre des ailés appartient à un modeste vétérinaire de village, M. Boiteau, de Villegouge, près de Libourne (Gironde). Cet habile observateur, secrétaire de l’Association viticole de Libourne, observa en septembre les Phylloxéras ailés s’abattant en grand nombre sur les vignes et pondant leurs œufs des deux espèces sur le dessous des feuilles, dans le duvet et contre les nervures, et aussi sur les sarments et entre les crevasses de l’écorce du cep en voie d’exfoliation, parfois même sur les bourgeons et sur les échalas.
- Il avertit de cette découverte M. M. Cornu, qui dirige la station expérimentale de Cognac. Celui-ci, par un de ces actes de bonne confraternité scientifique qu’on aime à citer, s’empressa de prévenir M. Balbiani, à qui devait en toute justice appartenir l’honneur de terminer l’histoire entomologique du Phylloxéra de la vigne, qui devient ainsi, pour l’éminent professeur du collège de France, un des plus beaux travaux de l’entomologie actuelle. M. Balbiani, après avoir reconnu près de Cognac, avec M. M. Cornu, quelques cas peu nombreux de ponte des ailés sur les feuilles, se rendit à Villegouge, dans le vignoble de M. Boiteau, beaucoup plus favorable pour cette observation. Il constata aussitôt un fait d’un intérêt capital. Il vit en abondance les sexués mâles et leur accouplement avec les femelles, aptères comme eux, et provenant, comme eux, des œufs des agames ailés. Ainsi se confirme ce fait général de tous les cas de parthénogénèse (Pucerons, Cochenilles, Abeille mère, Ver à soie et divers Lépidoptères) que la fécondation normale avec accouplement intervient par période, et renouvelle la fécondité pour un grand nombre de générations. Les sexués femelles du Phylloxéra viennent toujours pondre sur les écorces, soit qu’ils proviennent d’œufs des ailés pondus sur les feuilles, ou déjà sur l’écorce.
- Leur ponte sur les feuilles eût amené à l’arrière saison la mort de leur progéniture. C’est l’instinct qui leur fait choisir le cep, partie permanente du végétal. En outre la ponte des sexués, comme celle des ailés, a toujours lieu hors de terre, au dessus du collet, ce qui est très-important pour leur destruction pratique.
- L’œuf unique de la femelle sexuée est de grandeur
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- LA NATURE.
- intermédiaire entre les œufs mâle et femelle de l’ailé, en moyenne de 0,28 millimètres de long sur 0,13 de large, de tout autre aspect que les trois précédentes sortes d’œufs de l’espèce polymorphe. Il est presque cylindrique, arrondi aux deux bouts, bien plus allongé que les autres œufs, ayant au bout postérieur un appendice en forme de queue, qui sert à le fixer sur l’écorce. Sa couleur, jaune d’abord, ne tarde pas à prendre toutes les teintes du vert, jusqu’au vert olive, avec des points noirs nombreux à sa surface. La coque de ce quatrième œuf est beaucoup plus mince que celle des trois autres et criblée de trous à air, circonstances bien favorables pour l’emploi des insecticides.
- 11 est très-probable qu’il doit passer tout l’hiver avant d’éclore, comme l’œuf unique analogue du Phylloxéra sexué du chêne, et ceci est en rapport avec le non-développement de l’embryon reconnu par M. Balbiani. Cependant je dois faire remarquer que les caractères qu’on peut tirer 5 ce sujet de la lormation de l’embryon n’ont rien de bien certain, car l’œuf du papillon du ver à soie du chêne japonais (Attacus yama-maï, G. Mén.), pondu en août, a sa petite chenille complètement constituée et bien vivante quinze jours après, et cependant n’éclôt qu’au mois d’avril de l’année suivante. 11 reste donc encore à bien fixer l’époque précise de l’éclosion de l’œuf unique du sexué, ainsique les circonstances exactes d’une production de sexués souterrains, entrevus l’année dernière par M. Balbiani.
- Nous, pouvons dire, dès maintenant, qu’il est de toute nécessité de détruire les pontes des sexués sur les écorces, et cela de bonne heure, avant toute éclosion de leurs larves aptères allant gagner les racines. 11 faudra ou écorcer les ceps et brûler les écorces, ou badigeonner les ceps avec des substances insecticides, ainsi un lait de chaux additionné d’huile lourde .ou d’acide phénique brut, ou bien le polysulfure de calcium, proposé par M. Boutin, qui dégagera un gaz délétère sur le cep et y formera un enduit de carbonate de chaux.
- Peut-être, ce qui sera moins sûr, mais bien plus aisé comme prix et main d’œuvre, pourra-t-on se contenter de mettre au collet du cep une bague d’un enduit visqueux de goudron de houille, mêlé d’huile grossière de colza ou d’olive et d’axonge ; c’est le moyen par lequel on garantit les fruits des arbres de l’atteinte des fourmis. On peut dire que M. Dumas, dont l’incessante sollicitude est attachée à la question duphylloxera, avait pressenti l’importance de ces moyens préventifs, lorsqu’il recommandait aux délégués de l’Académie de prescrire dans leurs conférences l’emploi d’un collier de poudres eoaltarées, fortement tassées au pied de chaque cep.
- Un premier point capital, qui ressort de la découverte de M. Balbiani, c’est qu’on pourra préserver pour l’avenir les vignobles voisins des lieux phyl-loxérés, mais qui n’ont pas encore l’insecte sur leurs racines. Il faudra en outre employer les mêmes moyens destructeurs des œufs des sexuées pour les
- vignes à racines déjà phylloxérées. En effet, que nous dit le cycle de la vie à plusieurs formes du phylloxéra ? La fécondité va en s’épuisant peu à peu poulies agames des racines. Elle est à sa limite pour les agames ailés, dont chacun ne pond qu’un petit nombre d’œufs, et enfin le sexué femelle n’a plus qu’un seul œuf, qui reste stérile s’il n’y a pas eu accouplement. C’est à l’anéantissement de cet œuf que tous les efforts doivent tendre aujourd’hui, car il est destiné à renouveler l’exubérancc effroyable du nombre des sujets souterrains.
- Je termine par une considération fort importante pour les Charentes et pour tous les pays à usages viticoles analogues. On n’y taille d’ordinaire la vigne qu’en février et mars, et on laisse souvent sur le sol les bois coupés jusqu’au mois de mai, avant de les mettre en fagots. Or, dans ces conditions, le soleil déjà chaud de mars fera éclore les œufs des sexués répandus sur ces sarments, et tout enduit sur les ceps sera illusoire. Il faut donc, et je demande sui-ce point le concours de tous les hommes éclairés, afin d’arracher les paysans à leur routine : 1° faire la taille en décembre au plus tard, ramasser avec grand soin tous les bois de taille (le mieux serait dans des sacs) et les emporter loin des vignobles ; j’aimerais, pour plus de sûreté, à les voir brûler aussitôt, et leurs cendres seraient un excellent amendement pour les vignes, auxquelles elles restitueraient la potasse ; 2° opérer sur les ceps les enduits préservateurs et destructeurs indiqués précédemment ; 3° si le phylloxéra existe sur les racines, le tuer pâlies sulfo-carbonates alcalins, répétés plusieurs fois s’il le faut, en se servant le plus possible, comme véhicule, des eaux pluviales, afin d’éviter la trop grande dépense qui résulte du transport de l’eau. C’est maintenant qu’il est nécessaire d’entreprendre partout ces décisives expériences ; l’important c’est aujourd’hui la vigne, ne l’oublions pas, ou bien notre budget aura bientôt de cruelles déceptions de ce côté.
- Maurice Girard.
- LE LA.C GEORGES
- Le lac Georges que représente notre gravure, due à un célèbre paysagiste américain, M. Thomas Moran, est certainement un des plus admirables sites naturels que le voyageur puisse contempler à la surface du globe. 11 est situé dans le comté de Warren, de l’État de New-York, à 96 kilomètres au nord d’Albany. Ses eaux s’étendent sur une longueur de 55 kilomètres et sur une largeur de 6 kilomètres et demi ; leur profondeur est environ de 60 mètres. La surface de ce lac est parsemée d’une quantité innombrable d’îlots, couverts d’une végétation luxuriante. Les rives sont dentelées de promontoires et de baies, que dominent çà et là des bouquets de pins sauvages. Dans leur langage souvent poétique, les Indiens ont appelé le lac Georges « Iloricou » ou eau d’ar-
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- Vue «lu lac Georges ou lloricon (eau d'argent) dans l'État de New-York, (D’après nature.)
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- LA NATURE.
- gent, et ils ont comparé les petits lacs qui l’entourent au loin à des miroirs placés au milieu de collines d’émeraudes. Le nombre de ces lacs est considérable : la tradition rapporte que l'enchanteresse rivière Hudson réunit dans son lit les eaux de plus de cent lacs différents. Parmi tous ceux-ci le lac Georges est de beaucoup le plus remarquable, aussi a-t-il le privilège d’attirer aujourd’hui un grand nombre de touristes et de voyageurs.
- C’est aux environs du lac George que, jadis, les troupes françaises et anglaises luttaient avec acharnement les unes contre les autres, derrière les forts William, Henry et Carillon, pour se disputer la possession de ces contrées luxuriantes. Les Français et les Anglais appelaient à leur aide les populations indiennes, qui abandonnaient leurs forêts et faisaient couler des flots de sang sur les rives du grand lac, aujourd’hui le plus paisible et le plus pittoresque du monde. L’État de New-York est particulièrement riche en lacs, qui pour la plupart ont conservé leurs noms indiens, Chantangua, Canandaigua, Cayuga, Oswego, etc. Le grand désert du nord, ou d’Adiron-dack, est littéralement parsemé de petites masses d’eau, qui constituent le véritable pays des lacs. Le lac Georges, déverse ses eaux dans le lac Ghamplain, que les anciens auteurs français appelaient la mère des Iroquois.
- Le lac Georges fut découvert en 1646 par un blanc, le Père Jacques, qui l’aperçut en se rendant du Canada dans le pays des Mohawks. Il le désigna sous le nom de Lac du Saint-Sacrement, parcequ’il l’avait vu le jour de la Fête-Dieu. L’ancien nom iroquois du lac Georges était « Andia-ti-roc-te. » Les eaux de ce lac sont si transparentes, si pures, si limpides, qu’aujourd’hui encore, on les envoie au Canada pour les baptêmes.
- En août 1755, le général William Johnson, faisant flotter la croix rouge d’Angleterre devant le lys de France, donna au lac célébré le nom de Georges, non-seulement en l'honneur de son roi, 'mais pour affirmer, d’une façon incontestable, sa domination dans ces contrées. Le lac a conservé ce nom, quoique généralement les Américains lui préféreraient les désignations plus pittoresques que lui ont données les Indiens, et que la plupart d’entre eux ne professent pas une vive sympathie pour le souvenir du vieux roi Georges l. L. Lhéritier.
- CHRONIQUE
- accidents de mines en Angleterre en fl 8 ? 3
- et A8Ÿ4. — En 1874, il n’y a pas eu d’accident funeste dans les houillères d’Irlande, mais il n’en a pas été de même dans celles d’Angleterre, infiniment plus importantes. Là on compte un mort sur 510 personnes employées et pour 133,251 tonnes de charbons extraites. L’année précédente, 1873, donnait 1 mort sur 479 personnes employées et pour 133,677 tonnes. Il est curieux de remarquer que le nom-
- 1 D’après VAldine, de New-York,
- bre d’accidents produits par le feu grisou est le même dans les deux années, 44, mais celui des morts qu’il a occasionnées est très-différent : 100 en 1875 et 166 en 1874, Les morts produites par l’écroulement des voûtes ou des parois de mines sont au contraire en diminution : 412 pour 1874 contre 492 en 1873. On voit que les explosions de grisou qui causent une si grande impression sur le public ne sont pas les accidents qui coûtent le plus de vies. En 1873 et 1874 le nombre d’accidents produits par la rupture de cordes ou de chaînes est le même : 11. Le nombre des morts par accidents arrivés dans les puits a été de 171 dans la première année et de 154 dans la dernière ; les accidents survenus dans les galeries ont occasionné 221 morts en 1873 et 214 en 1874 ; les accidents à la surface se sont terminés fatalement 86 fois en 1873, 109 fois en 1874. Le total général est de 1069 morts en 1873, de 1056 en 1874. A la fin de la même époque le nombre total des puits à charbon de l’Angleterre s’élève à 4,332, employant, tout compris, 538,829 personnes et ayant produit dans le courant de l’année 126,590,108 tonnes de houille pure, plus 123,724 tonnes d’argile, pierre et schiste.
- Les mines minières et carrières de toute nature, excepté celles de houille et d’ardoises, ont été le théâtre de 103 morts accidentelles, en 1874 (dont 40 par éboulement, 34 par accident dans les puits, 15 par accident dans les galeries, 14 par accident à la surface), comme elles employaient en 1873 un personnel total de 62,685 individus, on voit qu’il y en a eu 1 de tué sur 604. Les ardoisières, jointes en 1875 seulement. aux autres mines de toute espèce, ont occasionné en 1874, dans le Festimog 12 morts sur un personnel de 3,300 employés, soit 1 mort sur 275 ; ce sont donc les plus dangereuses de toutes les mines
- C. B.
- Une grande expérience sur la nitro-glycérine. — Les Américains ont entrepris à New-York un travail gigantesque, qui facilitera l’accès du port aux navires à grand tirant d’eau, par le détroit de Long Island. Il s’agit, à cet effet, de réduire en fragments l’immense récif sous-marin de Hallett’s Point. On emploiera pour obtenir le résultat voulu, un grand nombre de cartouches de nitro-glycérine. L’explosion que l’on prépare, et qui fera sauter tout le gisement rocheux, n’aura pas lieu avant six mois, c’est-à-dire vers la fin de juin 1876. Les excavations qu’il a fallu exécuter pour atteindre les roches ont été terminées à la fin de septembre 1875, et les ouvriers travaillent actuellement à perforer les trous dans lesquels de puissantes charges de nitro-glycérine seront placées. Ces trous seront entièrement perforés dans deux ou trois mois. On placera alors les charges, ce qui prendra deux ou trois mois également. La surface minée, d’après le Scientific American, mesure environ 85 hectares, et l’excavation creusée sous la roche n’a pas moins de 2,000 mètres de long sur une hauteur qui varie de 6 à 7 mètres et une largeur de 3 à 4 mètres. Il y a une épaisseur de 3 mètres entre la mine et le fond du chenal, et la hauteur de l’eau sur la mine est de 8 mètres à basse mer. On a laissé de place en place, dans les galeries, des blocs formant piliers, lesquels supportent l’immense poids des roches et de l’eau qui sont au-dessus. Dans chaque pilier, dix ou quinze trous de 2 à 3 pouces de diamètre ont été percés, et, dans la voûte, semblable chose sera faite à des intervalles de cinq pieds environ. Tous ces trous seront remplis, eux aussi, de nitro-glycérine, environ 4 à 5 kilogrammes par trou, et toutes ces charges seront réunies par des tuyaux à gaz remplis de la même matière. Ces opérations seront faites
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- LA NATURE.
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- pendant l’hiver, saison pendant laquelle on peut manipuler la nitro-glycérine sans beaucoup de danger. Avant l’explosion , les caissons seront enlevés afin que l’eau envahisse les excavations et serve en quelque sorte de bourre. Alors, au moyen d’une étincelle électrique, toutes les cartouches de nitro-glycérine feront explosion en même temps.
- Les pyrites de fer. — On sait que, pour la fabrication de l’acide sulfurique, les pyrites ont remplacé le soufre. Dans les pays industriels, ces sulfures deviennent l’objet d’une consommation considérable et sans cesse croissante. En France, cette consommation était de 90,000 tonnes, il y a dix ans; elle a été de 180,000 tonnes l’année dernière, et, en Angleterre, on l’a vue, pendant la même période, s’élever de 180,000 à 520,000 tonnes. Les minerais de cette nature, qu’emploie l’industrie française, proviennent, pour les neuf dixièmes, de notre sol ; un dixième seulement est importé de l’étranger. Les plus célèbres, parmi les pyrites, sont celles de Saint-Bel, dans le Rhône ; de Saint-Julien, dans le Gard; de Soyons, dans l’Ardèche. Quant aux pyrites étrangères, nous les recevons surtout de Belgique, et, en petite quantité, de Norwége et d’Espagne. Ces minerais constituent aujourd’hui la matière première principale de la fabrication des produits chimiques, et représentent, pour notre industrie minière, une richesse annuelle de 6,000,000 de francs environ. A Saint-Bel, près de Lyon, les énormes masses de pyrites, où vont puiser les trois-quarts de nos usines, représentent une masse déjà reconnue de plus de 12,000,000 de tonnes d’un minerai d’une remarquable pureté. Même étude pour les gisements du Gard et de l’Ardèche. L’abondance des pyrites en France, dit le journal la Houille, est telle, que l’approvisionnement de nos usines, en supposant que la fabrication reste stationnaire, est dès à présent assuré pour un siècle au moins.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 novembre 1875. — Présidence de M. Frémy.
- Matières organiques extra-terrestres. — Il y a déjà longtemps que des substances organiques ont été signalées parmi les météorites, mais on les regardait comme spéciales aux pierres dites charbonneuses dont la masse d’Or-gueil est le type le plus connu. Un minéralogiste américain bien connu, M. Lawrence Smith, annonce que ces substances sont infiniment plus répandues qu’on ne le pensait. Elles existeraient dans le graphite de toutes les masses de fer météorique. Nous n’avons pas lu encore le mémoire de M. Smith, mais nous ferons remarquer que si la proportion des carbures d’hydrogène en question n’est pas très-considérable, une erreur sur leur origine est très-facile à commettre. Toujours le graphite est associé à des fers carburés et ceux-ci par dissolution dans les acides donnent, comme nos aciers et nos fontes, des hydrogènes carburés solides ou liquides que M. Cloëz a étudiés, et qui peuvent être rapprochés de la résine d’Orgueil. Le sujet doit donc être l’objet des études les plus minutieuses.
- Météorite américaine. — M. Dauhrée présente un nouvel échantillon de la météorite tombée le 12' février 18-75 à Iowa Town Ship des États Unis et adressé, comme celui dont nous avons parlé précédemment, par M. llinrichs de Iowa-City. A ce propos, nous mentionnerons une réclamation que nous a directement adressée ce savant, protestant contre la qualification de déserte que nous avons appliquée
- à la région témoin de la chute. Nous n’avons pas voulu dire qu’il n’y a absolument personne dans le pays, mais que ce pays est fort peu peuplé, et les chiffres que nous adresse M. Henrichs ne font que confirmer notre opinion. Tout est relatif, et ce qui paraît désert à un parisien, semblerait évidemment très-habité à un naturel duSpitzberg... s’il y en avait.
- Clasification des Lombriciens. — M. de Lacaze Duthiers offre un travail de M. Edmond Perrier, aide-naturaliste au Muséum, sur la classification des vers de terre (lombrics) appartenant à notre grande collection nationale. 11 paraît que c’est à M. Perrier que l’on doit la détermination de cette nombreuse suite de bocaux qui, il y a peu d’années, étaient dans la même pénurie d’étiquettes que les spécimens analogues du Muséum de Londres. Et ce qui ajoute beaucoup de valeur au travail réalisé, c’est que toutes les déterminations sont basées sur des caractères anatomiques. L’auteur a étudié spécialement ces îles Philippines, et parmi les 371 échantillons dont il a pu disposer, il a distingué 5 espèces nouvelles de perichœta.
- Edentés tertiaires. — Déjà à plusieurs reprises nous avons eu à enregistrer les découvertes paléontologiques importantes fournies par les gîtes de phosphates de chaux concretionné du Quercy, et l’on se rappelle les nombreux animaux déterminés par M. le professeur Paul Gervais. On y compte des lémuriens, des carnivores très-singuliers, des pachydermes et jusqu’à des sarigues. Néanmoins plusieurs groupes de mammifères n’y ont point encore été rencontrés, et parmi eux, celui des édentés.
- M. le professeur Albert Gaudry annonce aujourd’hui qu’il vient de combler cette lacune. Des restes peu nombreux, mais parfaitement caractérisés, lui ont révélé l’existence de deux espèces distinctes d’édentés.
- En présentant ce travail, M. Gervais remarque que les singes ne figurent pas dans la faune du Quercy, mais il pense qu’un jour ou l’autre on les y découvrira.
- Constitution de l'acide phosphorique. —Il est enseigné partout que l’acide phosphorique est tribasique. Suivant M. Berthelot, cette opinion est erronée : l’acide phosphorique est monobasique et comparable aux acides azotique, chlorique, iodique, etc. Seulement une fois le phosphate réalisé, on peut y combiner d’autres équivalents de base, jusqu’à 3 équivalents 1 /2 de baryte ou de strontiane et 3 équivalents 3/4 de chaux.
- Ces divers équivalents ne font pas partie du sel au même titre. Le troisième se sépare de lui-même au bout de quelques jours par le fait pur et simple de la dissolution du sel ; le second peut être extrait un peu moins facilement, et le premier seul est réellement combiné. Les considérations de thermochimie rendent ces différences manifestes. En se combinant à un équivalent de soude, l’acide phosphorique dégage 14 calories et 7 dixièmes, c’est-à-dire à peu près la quantité de chaleur qui accompagne la formation des chlorures, des sulfates ou des azotates. En lui adjoignant un second équivalent de base on dégage 11% 6 ou à peu près ce qui se dégage pendant la production des borates ou des carbonates. Enfin, le troisième équivalent ne met plus en mouvement que 7 calories. D’ailleurs, comme nous venons de le dire, on peut dépasser le nombre 3. Il y a là un ordre de considérations et des méthodes dont on peut attendre des progrès importants.
- Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LA MOMIE AUSTRALIENNE
- I)U MUSÉE DE BIUSBANE.
- Le petit musée d’histoire naturelle de Brisbane (Queensland) contient une pièce fort curieuse dont M. F. de Castelnau, consul de France à Melbourne, vient de nous transmettre une bonne épreuve photographique reproduite ci-contre. C’est une momie trouvée en Queensland dans la fourche d’un arbre.
- Une hideuse tête desséchée attire d’abord le regard. Cette tête rentre dans le type habituel à ces sortes de pièces sèches bien connues en France depuis que M. Charles Martins a reçu le remarquable échantillon aujourd’hui déposé dans les collections de Montpellier. La bouche est largement ouverte et laisse voir en partie un râtelier énorme. Les lèvres sontépaisses, le menton est massif, les pommettes sont assez saillantes, le nez est écrasé dans sa partie cartilagineuse, les yeux sont ouverts et garnis d’un appareil décoratif particu lier.
- Le crâne étroit et élevé paraît présenter, à simple vue, la plupart des caractères assignés au crâne australien le plus répandu. 11 diffère profondément, en tout cas, du cr-me aplati de quelques autres tribus du Queensland, sur lesquelles M. Huxley a appelé l’attention. Les mains, des mains longues et anguleuses, sont appliquées sur les deux joues, les bras ployés sont serrés le long du corps en arrière des membres inférieurs. Les jambes repliées sur les cuisses sont ramenées contre celles-ci appliquées elles-mêmes étroitement sur le ventre. Les pieds enfin, grossièrement conformés s’appuient
- l’un sur l’autre, le gauche sur le droit. Le tout est assujetti par sept à huit tours d’une corde horizontalement serrée, et dont, une anse passe transversalement au-dessus de la tète, pour l’empêcher de se détacher du tronc.
- Telle est la momie de Brisbane. Quelques voyageurs avaient signalé l’habitude pi’opre à certaines
- tribus australiennes de ficeler ainsi leurs morts et de les suspendre dans les arbres. Aucun d’eux, à notre connaissance du moins, n’avait donné la représentation d’une momie ainsi préparée.
- L’attitudeestd’ail-leurs à peu près la même dans le mode de sépulture le plus habituel aux naturels de l’Australie orientale. Presque immédiatement après la mort, dit le capitaine Wilkes, on arrange le cadavre dans la position assise, les genoux ramenés contre le corps et la tète fléchie en avant ; le cadavre tout entier est enveloppé dans un linceul. Ou creuse alors une tombe ovale, d’environ 0 pieds de long sur 5 de large et 5 de profondeur. Au fond est un lit de feuilles, couvert d’un manteau de peau d’opossum avec un sac de peau de kanguroo qui tient lieu d’oreiller : le corps y- est déposé avec les armes et les autres objets ayant appartenu au défunt. On répand sur le cadavre des feuilles et des branches, puis on comble la fosse avec des pierres, enfin on accumule au-dessus, en forme de tumulus, la terre qu’on avait retirée. L’incinération n’est usitée qu'exceptionnellement sur le continent australien. E. T. H\my.
- Le Pinjirictaire-Lciant : G. Tjssanuier.
- Ty|iogru|iliie î.aluti-e, rue de Fleuras, 0, à Pans.
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- N* 132. — H DÉCEMBRE 1 8 75, LA NATURE,
- APPAREIL A GAZ AUTO-PNEUMATIQUE
- DE M. M’AVOY.
- Si nous éprouvons souvent des déceptions à l’égard de ce qui nous vient d’Amérique, il faut cependant reconnaître que quantité d’idées neuves, hardies et utiles nous en arrivent chaque jour.
- Faire bénéficier des avantages de l’éclairage au gaz les manufactures, les châteaux, les habitations de quelque importance, en un mot tous les grands établissements placés de telle manière, qu’ils 11e peuvent commodément et sans grands frais entreprendre l’installation d’un gazomètre, est assurément 'un problème des plus intéressants à résoudre. En Amérique, en Angleterre, où cependant le gaz se rencontre presque partout, quantité d’établissements sont encore privés de ce genre d’éclairage et de nombreuses tentatives ont été faites pour l’installation de petites usines à gaz d’une construction spéciale. Mais la place qu’occupe ce genre d’appareils, la fumée qu’ils engendrent et le personnel qu’ils exigent, ont été les principales causes de leur insuccès. Bon nombre d’établissements les ont même rejetés totalement. En France, le mal est aussi grand, et assurément ce qui nous frappe le plus, quand nous quittons la ville pour la campagne, est cette insuffisance de lumière que nous rencontrons dans les établissements privés ou publics.
- Faire du gaz sans charbon et sans chaleur, à l’aide d’un appareil occupant un petit volume et ne demandant que peu de soin, tel est le problème que semble avoir résolu M. M’Avoy de Baltimore, et dont nous allons entretenir nos lecteurs.
- Depuis l'introduction du pétrole comme matière éclairante, on a déjà tenté de carburer l’air et de le transformer ainsi en gaz d’éclairage pouvant donner une flamme brillante, une chaleur intense, et tout cela à un prix modéré.
- Deux tentatives notables nous dit The Engineer, ont été faites déjà par MM. Komschrôder et Harri-son ; mais le premier de ces inventeurs vendit son brevet à la Eupion Gas Company et, pour cette raison, on n’en entendit plus parler. Une autre compa-ie année. — tsr semestre.
- gnie se forma sous le nom de Patent Air Gas Company, ayant en vue l’exploitation de l'invention de M. Harrison; mais aucune des machines présentées 11e répondit aux conditions désirées. En France, plusieurs essais semblables ont échoué de la même manière.
- Depuis quelque temps, l’attention a été vivement attirée vers la machine de M. M’Avoy; en Amérique et en Angleterre, cette machine a donné des résultats si remarquables et si satisfaisants, quelle est déjà fort répandue, de l’autre côté de l’Atlantique surtout.
- Disons d’abord, comme son nom l’indique, que l’appareil est entièrement automatique, ensuite que l’air s’y transforme en gaz éclairant par son passage sur un liquide très-volatil, premier produit de la distillation du pétrole lors de son épuration, et que les Américains nomment gazoline. Quand on exploita le pétrole, il était d’usage de jeter ce produit : mais depuis 011 l’emploie à un grand nombre d’usages en Amérique surtout, où il est fort bon marché; il coûte un peu moins de 0,17e le litre ; malheureusement son caractère volatil rend son transport difficile ; il atteint en Angleterre et il dépasse en France le prix de 0,62 le litre.
- Notre figure représente l’appareil installé. On peut le juger dans son ensemble ; nous allons en décrire le fonctionnement . La machi ne, com me on le voit, consiste en un cylindre B supporté par des pieds légers ; ce cylindre est séparé en deux chambres. Dans l’une de ces chambres, se trouve une roue similaire en forme de celle des compteurs à gaz, et que nous nommerons pour la clarté de la description : roue génératrice. Cette roue est mise en mouvement par un contrepoids A, que l’on élève à l’aide d’une manivelle, et d’une corde s’enroulant sur un tambour; ce tambour transmet son mouvement à l’axe de la roue à l’aide d’un engrenage.
- La deuxième chambre contient : 1° une roue de forme spéciale dont nous verrons l’usage, et que nous nommerons roue alimentaire, 2° une chambre à air dans laquelle se trouve un petit gazomètre, et enfin différents organes que nous décrirons selon les besoins. Le petit gazomètre communique avec la chambre où se fait le gaz, à l’aide
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- Nouvel appareil pour la production de gaz d’éclairage sans charbon et sans feu.
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- LA NATURE.
- d’un système de tuyaux. On peut voir sur notre gravure le sommet de la chambre à air en R, lequel occupe la partie la plus élevée de l’appareil ; à ce sommet se trouve un chapeau sous lequel entre l’air dans le sens indiqué par les flèches, pour se rendre dans la chambre à air par un tube spécial. Quand la roue génératrice, faisant office d’aspirateur, tourne sur elle-même, l’air est aspiré et après un certain parcours arrive dans la première chambre, celle où se trouve la roue; là il se sature des vapeurs de la gazoline, se carbure et ensuite est chassé dans un compartiment spécial d’où il passe, transformé en gaz éclairant, dans le petit gazomètre de la deuxième chambre. Ce gazomètre communique par un tube P au tuyau D, qui alimente d’air rendu combustible les différents becs. La production du gaz est réglée de telle façon, qu’un excès de pression ferme une soupape placée à l’entrée du gazomètre et empêche l’introduction du gaz : la pression au-dessous de la soupape augmentant ainsi, la roue génératrice éprouve une plus grande résistance dans sa marche et se ralentit, mais comme la production est en raison de son mouvement, un ralentissement amène nécessairement une diminution dans la production. Il est aisé de comprendre maintenant que la fabrication du gaz ne se fera qu’en rapport avec la dépense extérieure des becs allumés, c’est-à-dire de leur consommation.
- L’appareil est rempli de gazoline à l’aide d’un tube à bout d’entonnoir e, placé sur le côté et à une hauteur en rapport avec le niveau exigible du liquide dans la chambre. Quand la gazoline a atteint ce niveau dans la première chambre, elle passe dans un récipient spécial et de là dans le compartiment de la roue alimentaire. Comme le niveau du liquide tend sans cesse à baisser dans la première chambre où se trouve la roue génératrice, il faut sans cesse aussi rétablir ce niveau et compenser les pertes éprouvées par le liquide dont les vapeurs sont absorbées par l’air. La roue en question est chargée de cet office; sa construction lui permet d’élever le liquide et de le reverser ensuite dans la première chambre ; on peut s’assurer du niveau qu’occupe le liquide dans ce compartiment au moyen d’un système simple et spécial. Cette roue est mise en mouvement à l’aide d’engrenages placés sur l’axe de notre roue génératrice ; l’arbre traverse la séparation.
- Comme il est nécessaire que l’air ait à traverser une surface d’évaporation aussi grande que possible, la roue génératrice est munie d’appareils qui élèvent le liquide et le laissent retomber sous forme de pluie. Au-dessous de la machine se trouvent les robinets, à l’aide desquels on peut vider l’appareil s’il est nécessaire.
- 11 est aisé de voir qu’il suffit, après avoir rempli le réservoir, de remonter périodiquement le contrepoids pour en obtenir le fonctionnement. On ne le remonte que lorsque le système est en plein travail, c est-à-dire lorsqu’il donne du gaz à tous les becs.
- Ceux-ci brûlent durant dix heures ; il suffit donc de remonter le poids une fois par jour. Il n’est nécessaire de remettre de la gazoline que toutes les six semaines.
- Une lumière douce et moins étincelante que celle du gaz est fournie par cet appareil que les lecteurs de la Nature verront sans doute fonctionner prochainement à Paris ; en outre, le gaz fourni est, paraît-il, moins nuisible aux dorures, aux peintures et aux plantes que le gaz de la houille, si bien épuré qu’il soit. P. Nolet.
- COMMISSION DE MÉTÉOROLOGIE
- DE LYON.
- Cette Commission, qui poursuit avec zèle ses utiles travaux, vient de publier un nouveau Bulletin (1873, trentième année), non moins intéressant que ceux des années précédentes1. Sa partie la plus importante est toujours le résumé des observations météorologiques faites dans le bassin du Rhône et à l’observatoire de Lyon, par M. Lafon, président de la Commission de météorologie. Ces observations, très-complètes, et dont les principaux résultats se trouvent exposés dans des tableaux qui permettent de savoir facilement l’ensemble des phénomènes à un jour donné, seront consultés avec fruit par les météorologistes et par toutes les personnes intéressées à prévoir les variations du temps dans les diverses saisons. Nous ne parlons évidemment ici que des prévisions basées sur les indications des instruments et sur les signes du temps généralement adoptés. Les désastres causés par les récentes inondations ont montré toute l’importance de ces prévisions, qui acquièrent chaque jour un plus haut degré de certitude, à mesure que se multiplient les centres d’observation et les liens qui unissent ces centres entre eux.
- M. Lafon cite plusieurs exemples de tempêtes dont le passage pouvait être prévu par la baisse du baromètre, la direction du vent, l’apparence du ciel et les avertissements télégraphiques. Celles du 10 décembre 1872 et du 20 janvier 1873 sont particulièrement remarquables par leur extrême violence et par la vaste étendue sur laquelle elles sévissaient. L’ouragan de janvier du sud-ouest, dont le cercle embrassait presque toute l’Europe, était annoncé à Lyon par une baisse extraordinaire du baromètre, qui, le 20, vers midi, arrivait à 719mra,9, hauteur tout à fait anormale dans nos contrées. Pendant cet ouragan, accompagné de coups de tonnerre, de grêle et d’une pluie diluvienne, le papier ozonométrique prit une teinte très-foncée. A Lyon, où la présence de l’ozone n’est presque jamais signalée, la teinte atteignit, les 20 et 21, le chiffre 11 à l’échelle graduée de 0 à 20.
- * Yoy. 2° année, 2e semestre, p. 18 et 3» année, 1er semestre, p. 134,
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- LA NATURE.
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- Quelquefois, mais rarement, l’immobilité de la colonne barométrique semble en contradiction avec l’état de l’atmosphère, et la tempête, qui est alors presque toujours de courte durée, éclate, comme celle du 22 novembre 1872, citée par M. Lafon, sans signes précurseurs du baromètre. Cette tempête trompa aussi la prévoyance du savant directeur du Bureau météorologique de Londres. A midi, d’après les nouvelles rassurantes que lui transmettait le télégraphe, il avait cru pouvoir faire abaisser les signaux sur les côtes méridionales ; mais, le soir même, une bourrasque du sud-ouest se déchaînait avec fureur1.
- Les apparences du ciel, en accord avec les indications du baromètre, donnent une très-grande probabilité aux pronostics. Ainsi, en notant une tempête du sud-ouest annoncée à Lyon par une baisse continue du baromètre, du 19 au 25 février 1875, M. Lafon dit : « Ce jour-là (25), vers 6 heures du soir, l’air était encore très-calme, et la chaîne des Alpes se montrait distinctement, tandis qu’au couchant quelques cumulus d’un gris noir prenaient une magnifique teinte pourpre, se détachant sur un fond bleu. Comme on pouvait s’y attendre, d’après ces indices à peu près certains, le sud-ouest augmente d’intensité et nous occasionne une tempêté pendant la nuit. »
- Parmi les coïncidences curieuses indiquées par M. Lafon, nous citerons les secousses de tremblement de terre qui se firent sentir à Montélimart et dans les contrées voisines le 14 juillet, en même temps que des phénomènes orageux d’une grande intensité se produisaient sur toute la région environnante. Le 19, à 5 heures du matin, ces secousses se renouvelaient avec plus de violence, et étaient ressenties en même temps à Viviers, Donzère, Privas et Châteauneuf, dont les habitants effrayés passaient la nuit dans les champs. Le même jour, à 5 heures du matin, M. Lafon trouvait sous le balcon de l’Observatoire des morceaux de plâtre détachés des joints des pierres de taille.
- « Les secousses, dit-il à ce sujet, quand elles sont faibles et quand elles arrivent pendant la nuit, passent tout à fait inaperçues. Ainsi, en novembre 1869, au moment du passage des étoiles filantes, les trépidations d’un anémomètre, placé sur la terrasse du palais Saint-Pierre, nous fit penser à la possibilité d’un tremblement de terre, et, le lendemain, les observateurs de Grenoble confirmèrent ce fait. »
- Ce court aperçu suffira pour faire apprécier l’intérêt du recueil publié par la Commission météorologique de Lyon. Le bon exemple qu’elle donne contribuera sans doute à l’établissement de nouveaux centres d’observation, appelés à rendre les mêmes services à la météorologie pratique, dont on peut constater le rapide progrès chez toutes les nations civilisées. Élie Maugollé.
- 1 On a montré précédemment les résultats obtenus pour la prévision du temps en Angleterre et aux États-Unis, p. 7 (n“ 151 du 4 décembre 1875).
- DE QUELQUES TERRES
- •QUI CONSERVENT LEUR FERTILITÉ SANS RECEVOIR
- d’engrais
- L’abondance des récoltes qu’on obtient d’une terre cultivée est habituellement liée à la quantité d’engrais qu’elle reçoit, et on conçoit facilement qu’il en soit ainsi ; chaque récolte prélève sur le sol une partie des éléments qu’elle renferme ; si elle puise le carbone qui entre dans la constitution de ses tissus dans l’acide'carbonique de l’air, l’azote, la chaux, la potasse et l’acide phosphorique sont pris au sol lui-même, et comme il ne renferme habituellement que des quantités limitées de ces principes, il faut que d’abondantes fumures viennent régulièrement compenser les pertes qu’occasionne la culture elle-même. C’est là la règle générale; elle souffre cependant quelques exceptions : c’est ainsi que la chaux et la potasse sont souvent assez abondantes dans le sol pour qu’il n’y ait pas intérêt à en ajouter ; aussi recherche-t-on surtout dans les engrais l’azote et l’acide phosphorique et établit-on leur valeur marchande d’après les quantités de ces deux éléments qu’ils renferment. Tous ces faits sont connus et nous nous contentons de les rappeler rapidement, mais il est quelques terres placées dans des conditions toutes particulières et qui donnent depuis des siècles des récoltes, sans recevoir d’engrais ou qui, tout en n’en recevant que des quantités extrêmement faibles, conservent cependant leur fertilité acquise.
- Les forêts sont dans ce cas ; jamais on ne répand d’engrais sur leur sol, et cependant le bois s’y développe normalement depuis des siècles ; tous les vingt ans, quelquefois même à des intervalles plus rapprochés, on abat et on exporte des quantités considérables de bois, renfermant dans ses tissus des matières azotées, sans qu’on voie la puissance productrice de la forêt diminuer.
- M. P. Thénard, membre de l’Institut, a appelé récemment l’attention de ses collègues de l’Académie des sciences sur le mode de culture pratiqué depuis des siècles dans la vigne célèbre du Clos Vougeot : on n’arrache jamais les vignes, elles se renouvellent par voie de provignage ; le nombre des provins est annuellement de 500 sur 17,000 à 19,000 pieds que compte l’hectare, la quantité de fumier répandu est de 500 kilogrammes à raison de 1 kilogramme par provin, et cependant le Clos produit tous les ans à l’hectare de 1,700 à 1,800 kilogrammes de fruits et une masse de sarments qui suffit au chauffage domestique d’une famille de vignerons cultivant 2 hectares.
- Si nous laissons de côté l’acide phosphorique, dont le sol paraît abondamment fourni, et si nous portons seulement notre attention sur l’azote, nous conclurons que le Clos en exporte certainement plus qu’il n’en reçoit, et cependant, nous le répétons, sa fertilité ne paraît pas avoir diminué : il donne aujourd’hui au-
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- tant de vin qu’il y a cinq ou six cents ans. Pour essayer de découvrir quelle est la réaction qui remplace dans ce sol privilégié l’azote exporté par les récoltes, examinons dans quelles circonstances particulières il se trouve : or un point nous frappe tout d’abord, c’est l’extrême abondance de la matière végétale qui y est accumulée. En effet, dit M. Thénard, « la vigne ne s’y renouvelle que par voie de provignage, c’est-à-dire que chaque recouchée laisse un tronc que, par une propriété spéciale à nos grands crus, le temps est presque impuissant à détruire, en sorte qu’à la longue tous ces troncs ont fourni, sous la surface du sol, un tapis dont l’épaisseur, augmentant sans cesse, donne l’âge relatif des climats; c’est sous les vignes de 904 les premières plantées que ce tapis est plus épais, et il va successivement d’âge en âge en s’amoindrissant jusqu’aux vignes jeunes, celles de 1234, les dernières plantées. »1
- L’abondance de l’azote est donc liée ici à l’abondance des matières carbonées, et c’est précisément une liaison semblable que vient d’observer également un chimiste distingué du département du Puy-de-Dôme, M. Truchot, directeur de la station agronomique de Clermont-Ferrant, M. Truchot a donné récemment2 3 l’analyse d’un certain nombre de terres d’Auvergne, et il a reconnu avec étonnement que les prairies hautes de montagnes qui ne sont jamais fumées renferment infiniment plus d’azote que les bonnes terres de Limagne, qui reçoivent cependant d’abondantes fumures ; la proportion passe de 2 grammes d’azote combiné par kilogramme de terre que renferment les terres arables ordinaires à 8 et 9 grammes dans les sols de ces prairies ; mais il se trouve aussi que ces terres de prairies qui n’ont jamais eu d’engrais renferment une quantité considérable de matières carbonées, accusée par la proportion de carbone trouvée par M. Truchot.
- Quelques-unes de ces prairies sont pacagées tous les étés par les vaches de Salers, qui métamorphosent en lait et en viande l’azote des graminées de la prairie, il y a donc dans ce cas une exportation d’azote considérable, qui n’est suivie d’aucune restitution, et cependant le sol est d’une richesse exceptionnelle et qui n’est pas moindre pour les prairies pacagées que pour celles qui ne nourrissent pas d’animaux.
- D’où peut provenir l’azote ainsi accumulé dans ces sols riches en humus? évidemment de l’air qui constitue un réservoir inépuisable; mais comment a-t-il pénétré en combinaison? c’est là ce qui nous reste à examiner.
- Il y a déjà plusieurs années, notre collaborateur M. Dehérain5 a reconnu par des expériences de laboratoire que des matières carbonées en décomposition étaient susceptibles de fixer l’azote atmosphérique; les conditions les plus avantageuses pour observer cette réaction remarquable se rencontrent dans la décom-
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, 8 novembre 1875;
- 2 Idem, 21 novembre 1875.
- 3 La Nature, tome Ier, p. 76.
- position d’une matière organique par un alcali, en présence de l’azote pur ; en effet, d’après le savant professeur de Grignon, la fixation de l’azote a lieu probablement quand la matière carbonée donne en se décomposant de l’hydrogène libre qui s’unit à l’azote pour former de l’ammoniaque ; si cette décomposition avait lieu en présence de l’air, l’hydrogène s’unirait à l’oxygène pour former de l’eau et par suite la réaction principale qu’il s’agit de mettre en lumière n’aurait pas lieu.
- Si nous revenons maintenant aux conditions dans lesquelles M. Thénard puis M. Truchot ont reconnu qu’un sol se chargeait d’une quantité notable d’azote, nous trouvons que les terres examinées présentent précisément les conditions reconnues comme favorables par M. Dehérain à la fixation de l’azote. Ces sols riches en matières carbonées ne se laissent certainement pénétrer à une certaine profondeur que par de l’azote et de l’acide carbonique ; l’oxygène doit être complètement absorbé par la matière carbonée, ainsi que cela arrive dans un tas de fumier ou dans une atmosphère limitée où on laisse séjourner une matière végétale humide ; les débris végétaux se décomposent donc dans le sol du Clos Vougeot, dans celui des forêts ou dans la terre des prairies examinées par M. Truchot, à l’abri de l’oxygène, dans les circonstances mêmes où M. Dehérain a réalisé son expérience, et il y a lieu de croire, en prenant les expressions mêmes de M. Truchot, « que, suivant l’opinion de M. Dehérain, l’azote atmosphérique se fixe sur les matières ulmiques, » une fois engagé en combinaison il finit, après des modifications plus ou moins nombreuses, par prendre la forme sous laquelle il sert d’aliment aux plantes.
- Gaston Tissandier.
- NOUVELLE
- MACHINE MAGNÉTO-ÉLECTRIQUE
- A COURANTS CONTINUS.
- J’ai fait connaître la machine Gramme aux lecteurs de la Nature, dans les numéros du 1er novembre 1875 et du 30 janvier 1875 ; si on veut bien se reporter à ces deux articles, on reconnaîtra que l’invention de M. Gramme comprend deux parties distinctes.
- La première est relative à un nouveau mode de production des courants magnéto-électriques ; et j’ai bien montré en quoi cette machine diffère absolument de celle de Pixii, ou de Clarke. J’ai dit qu’il existait aujourd’hui deux familles de machines magnéto-électriques ; celles qui dérivent du type de Pixii, connu plutôt sous le nom de Clarke, et celles qui dérivent du type de Gramme.
- La seconde partie de l’invention consiste dans une nouvelle manière de recueillir les courants, ou si l’on veut dans une combinaison qui remplace le commutateur des anciennes machines.
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- LA NATURE.
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- Cette distinction en deux parties de l’invention capitale de M. Gramme est tellement fondée, que M. Worms de Romilly a pu imaginer la première sans la seconde, comme on le voit par la communication faite par lui à l’Académie S à la suite de celle de M. Gramme.
- Cette division une fois bien établie, il était naturel de se demander si on ne pouvait pas appliquer à une machine du type dit de Clarke le mode de collection que nous rencontrons dans la machine Gramme.
- J’ai été ainsi amené à réaliser une nouvelle machine magnéto-électrique fournissant des courants continus ; cette machine a été imaginée par plusieurs personnes, mais je crois pouvoir dire que j’ai été le premier à entrer dans cette voie, car nous avons pris le 12 janvier 1872 un brevet 'que tout le monde peut lire dans le Recueil publié par le ministère du commerce.
- Trois machines ont été construites vers cette
- époque et nous avons eu occasion de les montrer à un assez grand nombre de personnes.
- DESCRIPTION DE L APPAREIL RUDIMENTAIRE
- Sur un plateau circulaire PP on monte perpendiculairement à son plan une série de douze électroaimants droits, disposés régulièrement autour d’un
- axe AA. Ce système est disposé en regard des pôles d’un aimant NOS, comme le montre la figure, et est mobile autour de l’axe.
- On peut considérer cet appareil comme une machine de Clarke sextuplée, puisque cette machine présente en général un aimant et un système de deux bobines mobiles.
- Les bobines de ces électro-aimants sont toutes rattachées les unes aux autres ; le bout entrant de chacune étant lié au bout sortant de la bobine voisine ; exactement comme une série d’éléments galvaniques réunis en pile, c’est-à-dire le pôle positif de chacun'lié au pôle négatif du suivant.
- Figure explicative de la nouvelle machine à courants continus.
- Vue de la nouvelle machine magnéto-électriqne à courants continus.
- jr Quand le plateau tourne dans le sens des flèches, voici ce qui se passe dans une bobine quelconque : à mesure qu’elle s’éloigne du pôle N., il s’y développe un courant dont le pôle positif est au bout d’avant a +• et le pôle négatif au bout d’arrière b —, et ce courant reste de même sens pendant tout le temps
- 1 Comptes rendus de VAcadémie des Sciences, t. LXX1II, p..726, et Journal de Physique, de M. d’Almeida, t. I, p. t>4.
- que la bobine va du pôle N. au pôle S., car rapprochement du pôle S. a la même influence que l’éloignement du pôle N., et ces deux effets sont concourants. Mais pendant la seconde demi-révolution de labobine, elle s’éloigne du pôle S. et s’approche deN. et par conséquent le sens du courant est inverse de ce qu'il était dans la première moitié du mouvement ; c’est ce que la ligure marque par les signes a — et
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- LA NA TUBE.
- b -4-, affectés aux extrémités d’avant et d’arrière de la bobine.
- Sachant maintenant ce qui se passe dans chaque bobine, voyons ce qui en est de l’ensemble : à un moment quelconque, considérons toutes les bobines placées à droite de la ligne des pôles ; elles sont toutes parcourues par des courants de même sens, qui sont associés en tension, comme six éléments de pile tels qu’on les monte d’ordinaire. Au même instant, les bobines placées à gauche de la ligne des pôles sont parcourues par des courants de même sens, et également associés en tension. D’ailleurs la somme des courants de droite est manifestement égale à la somme des courants de gauche ; seulement le sens des courants de droite est inverse de celui des courants de gauche. L’ensemble des douze bobines de la machine peut être comparé à deux piles de six éléments chacune, opposées l’une à l’autre par leurs pôles de même nom. Or, si un circuit électrique est mis en communication par ses deux extrémités avec les points où ces deux séries d’éléments sont opposés, il est parcouru à la fois par les courants des deux piles, qui se trouvent alors associés en quantité.
- Par analogie, pour recueillir les courants développés dans la machine que nous décrivons, il faut établir des frotteurs qui touchent les points de liaison des différentes bobines entre elles, au moment où ils passent dans la ligne des pôles.
- Par suite des mêmes raisons de construction qui ont guidé M. Gramme, nous avons placé des pièces métalliques dirigées radialement, qui communiquent avec les points de jonction des bobines et sur lesquelles se fait, dans le voisinage de l’axe, le frottement des ressorts R et où se recueillent les courants.
- La continuité du courant résulte de ce que les ressorts collecteurs, avant de quitter l’une des pièces radiales, commencent déjà à toucher la pièce radiale voisine.
- En résumé, on a ici un appareil produisant des courants continus, analogue à la machine Gramme. Si notre appareil inspiré par l’admirable invention de M. Gramme n’a pas une grande originalité, il aura peut-être l’avantage de faire mieux comprendre les dispositions assez difficiles à saisir de la machine qui lui a servi de modèle.
- Certaines raisons, qu’il serait difficile d’exposer ici, font penser que la machine Gramme gardera la supériorité sur la nôtre ; il n’est pas impossible cependant que cette dernière trouve son emploi dans les cas où on aura besoin d’une très-grande tension avec peu de quantité. Quand on voudra faire de la télégraphie électrique sans pile, avec des machines à courant continu, comme on l’a déjà fait avec les machines à courant alternatif, on trouvera sans doute que la facilité extrême de faire des bobines cylindriques à fil fin justifie l’emploi de l’appareil que nous présentons ici au public.
- Alf. Niaudet.
- AU COEUR DE L’AFRIQUE
- PAR LE DOCTEUR G. SCHWEINFURTH L LES NIAMS-NIAMS.
- Le docteur George Schweinfurth n’a plus besoin d’être présenté au lecteur ; son nom a acquis une juste célébrité et s’est placé à côté de ceux des Mungo Park, des Clapperton, des Livingstone, des Burton et des Barth. Parti en 1868, le docteur Schweinfurth, après un premier voyage, déjà fort remarquable, remonta une deuxième fois le cours du Nil, atteignit le neuvième degré de latitude, prit à l’ouest du fleuve, traversa le pays des Niams-Niams, à peine connus, visita les Mombouttous, peuple absolument ignoré avant lui, sur le territoire desquels il se trouva au cœur même de l’Afrique, à égale distance des deux rivages de l’immense continent. Schweinfurth a décrit les mœurs de ces populations curieuses ; il a en outre résolu la question si longtemps débattue d’une race de nains au centre de l’Afrique, en trouvant chez les Mombouttous quelques Ak-kas, ces pygmées dont les auteurs anciens nous ont laissé le souvenir2. Au point de vue géographique, l’œuvre de l’explorateur africain n’est pas moins considérable ; elle éclaire d’un jour tout nouveau une énorme partie du bassin du Nil, elle apporte à la science la connaissance d’une grande rivière, l’Ouellé, qui appartient à un autre système fluvial se dirigeant vers l’intérieur. On concevra donc, que le récit du docteur Schweinfurth, publié par la librairie Hachette, d’après l’édition anglaise, accompagné de nombreuses gravures exécutées d’après les propres esquisses du voyageur, offre un intérêt peu commun, et réserve au lecteur le charme de surprises aussi nombreuses qu’instructives. Nous suivrons l’auteur au milieu des Niams-Niams, au sujet desquels il a fourni à la science les plus curieuses révélations.
- Pendant longtemps, on n’avait sur les Niams-Niams du centre de l’Afrique que des notions complètement fausses. On entrevoyait ces hommes au milieu de légendes et de mystères fantastiques, on disait même que la nature les avait ornés d’une queue à la façon des singes. C’est à Paggia, l’illustre prédécesseur de Schweinfurth, que revient l’honneur d’avoir fait justice de ces croyances, d’avoir soulevé le voile qui cachait les Niams-Niams aux yeux du monde, et d’avoir montré après un long séjour parmi eux que s’ils ont, en effet, des coutumes étranges et barbares, ils n’en appartiennent pas moins, tout comme nous, à la grande famille humaine.
- « Ce fut pour moi, dit Schweinfurth, une bonne fortune d’être appelé si tôt à suivre Paggia au milieu de cette population de cannibales. J’arrivais à une époque de transition : la légende s’etait effacée devant
- i 2 vol, in-8° contenant 139 gravures et 2 cartes. — Paris. Librairie Hachette et Ca, 1875.
- 3 Yoy. Akkas. 2e année 1874, 2e semestre, p. 65,
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- des faits certains, et, je n’hésite pas à l'affirmer, les ' Niams-Niams, à part certains traits qui se retrouvent toujours dans la race humaine, principalement à l’état d’enfance, sont des hommes dont les passions ressemblent aux nôtres, et qui ont les mêmes joies, les mêmes douleurs que nous. J’ai échangé avec eux plus d’une plaisanterie ; j’ai pris part à leurs jeux enfantins, qu’animait le son de leurs tambours de guerre ou de leurs mandolines, et j’ai trouvé chez eux la même gaieté, la même verve que l’on rencontre chez tous les peuples. »
- L’aspect des vrais Niams-Niams est ce qu’il y a de plus saisissant. Quand on se trouve pour la première fois au milieu de ce peuple, tout ce qu’on a vu jusque là dans la province du Ghazal, où, sur un terrain uniforme, se mêlent tant de races diverses, semble terne et dénué d’intérêt. Les Niams-Niams ont les cheveux épais, crépus, d’une longueur exceptionnelle, disposés en touffes et en nattes qui leur tombent sur les épaules et leur descendent parfois jusqu’à l’ombilic. Les yeux, fendus en amende, ouverts un peu obliquement et surmontés d’épais sourcils bien marqués, sont grands et pleins ; la distance où ils sont l’un de l’autre dénote un crâne d’une largeur peu commune et mêle un air de franchise ingénue à l’expression de férocité brutale et d’audace guerrière de la figure. Un nez d’une forme saillie, coupé carrément, une bouche rarement plus large que les narines, des lèvres fort épaisses, un mènton rond, des joues pleines et rebondies, tel est l’ensemble du visage : la forme générale en est ronde. La couleur de la peau est brunâtre ; elle peut être comparée à la nuance du chocolat en tablette, dont elle a le doux éclat. Ni les hommes ni les femmes ne se déforment le corps, mais, ainsi que d’autres peuples de l’Afrique centrale, les Niams-Niams se liment les incisives en pointe, afin de mieux saisir le bras de l’adversaire dans le combat ou dans la lutte.
- Le costume dans ce pays est fait en général de peaux de bêtes qui attachées à la ceinture forment autour des reins une sorte de draperie d’aspect pittoresque. Les peaux les plus belles et les mieux marquées sont choisies pour cet usage, on laisse pendre au vêtement la queue de l’animal.
- Les hommes se donnent beaucoup de peine pour accommoder leur chevelure, tandis que la coiffure des femmes est aussi simple et modeste que possible. Quelquefois leur tète est entourée d’un cercle de rayons rappelant l’auréole d’un saint ; ces rayons sont formés de la chevelure elle-même, divisée en une multitude de petites tresses tendues sur un cerceau orné fie cauris ; le cerceau est fixé au bas d’un chapeau de paille, au moyen de quatre fils de fer que l’on retire avant de se coucher,
- L’ornement favori des Niams-Niams consiste en dents d’animaux et en dents humaines, dont ils forment des colliers qu’ils adaptent sous leurs cheveux, et qu’ils laissent retomber sur leur front comme une frange. Leurs armes principales sont la lance et le troumbache, [sorte de boumerang qu’ils emploient
- pour tuer les oiseaux, le lièvre et le menu gibier.
- Ils y joignent un couteau d’un modèle particulier ayant la forme d’une faucille.
- 11 est assez difficile de dire si les Niams-Niams peuvent être considérés comme un peuple chasseur ou agricole. Les hommes se consacrent à la chasse et les femmes à la culture du sol, singulièrement facilitée par une extraordinaire richesse de la terre, et par les productions végétales spontanées qui s’y développent. La principale culture est celle d’une céréale particulière, Véleusine coracana, à l’aide de laquelle ils fabriquent une boisson brunâtre analogue à la bière. Les Niams-Niams conservent dans de petits greniers le grain nécessaire à leur nourriture ; ils cultivent aussi la patate, l’igname et le manioc. Ils sont tous fumeurs de tabac, et se servent à cet effet de pipes d’argile d’une forme particulière.
- Les Niams-Niams ont été accusés de cannibalisme par tous les voyageurs auxquels le fait de leur existence était connu. D’après Schweinfurth, il y aurait de nombreuses exceptions à cet égard. L’illustre explorateur vit des chefs, Ouando notamment, qui éprouvaient une répugnance indicible à l’idée de manger de la chair humaine. Cependant, passant leur vie à combattre, les occasions ne leur auraient pas manqué pour satisfaire cet odieux appétit.
- « Néanmoins, dit Schweinfurth, les Niams-Niams de certaines provinces sont anthropophages, et ceux-là lé sont complètement, sans réserve, à tout prix, en toute circonstance. Ils ne font pas un secret de leur horrible penchant; ils se parent avec ostentation de colliers faits des dents de leurs victimes, et ils mêlent à leur trophées de chasse les crânes des malheureux dont ils se sont nourris. Chez eux la graisse d’homme est d’un usage général. On prétend qu’elle enivre ceux qui en mangent trop ; mais, bien que le fait m’ait été souvent affirmé par des Niams-Niams eux-mêmes, je n’ai jamais pu découvrir ce qui avait donné lieu à cette étrange assertion. En temps de guerre, ils dévorent des victimes de tous les âges, mais surtout les vieillards, qui, en raison de leur faiblesse, sont une proie plus facile ; et, dans tous les temps, lorsqu’un individu meurt dans l’abandon, sans laisser de parents qui s’y opposent, il est mangé dans le district même où il a vécu. Bref, tous les cadavres qui chez nous seraient livrés au scalpel de l’anatomiste ont là bas cette triste fin. »
- Il n’existe dans le pays des Niams-Niams, ni villes ni villages. Leurs huttes, groupées en petits hameaux, comme le représente une des 'gravures ci-contre, sont dispersées dans les districts cultivés. On y aperçoit généralement un grand nombre de poules et de chiens, seuls animaux domestiques des ha4 bitants. Ceux-ci, comme leurs maîtres, sont enclins à la corpulence, et leur chair est regardée comme un mets des plus délicats. Souvent des crânes d’hommes pendent à des branches d’arbre « comme les étren-nes à celles d’un arbre de Noël ». Enfin, témoiguage non équivoque d’antropophagie, on voit souvent près des huttes, dans les débris de cuisine* des os d’hom*
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- LA XATUKK.
- mes portant la trace évidente de la hache ; et aux arbres voisins sont accrochés des mains et des pieds à moitié frais qui répandent une odeur épouvantable. La résidence d’un prince ne diffère en rien de celle du premier venu, si ce n’est qu’elle comprend un plus grand nombre de huttes ; les femmes du prince — elles sont nombreuses — logent dans des cases spéciales dont l’ensemble constitue le bodimoh. La liste civile des chefs se compose d’ivoire et de la moitié de chaque éléphant tué à la chasse ; leurs autres revenus proviennent du produit de leurs fermes, que les femmes cultivent. Leur autorité est souveraine, eux seuls décident de la paix ou de la guerre, et la terreur qu’ils inspirent à leurs sujets est extraordinaire. ils ont sur eux droit de vie et de mort, et leur coupent parfois la tête eux-mêmes de leurs propres mains.
- A côté de ces monstruosités sociales, on trouve chez les Niams-Niams les signes indiscutables de sentiments artistiques et élevés. Leur habileté de main, leur bon goût, se révèlent dans la manière dont ils travaillent le fer et le bois, dont ils façonnent les armes, et dans tous les détails de leur architecture.
- Ils savent tanner le cuir d’une façon remarquable ; leur poterie est belle, les ameublements de leur intérieur, tabourets, bancs et chaises, sont sculptés avec élégance et offrent une grande diversité.
- « Le mariage chez les Niams-Niams ne dépend en aucune façon delà fortune du prétendant. Quand un homme veut se marier, il en exprime le désir au souverain, qui aussitôt lui cherche une épouse con-
- venable. Malgré ce qu’il y a de prosaïque dans cette manière de faire, malgré la polygamie sans bornes qui règne dans le pays, les liens du mariage n’en sont pas moins sacrés, et toute infidélité est punie de mort... Les enfants sont regardés comme la preuve
- la plus évidente de rattachement qui unit les époux, comme le sceau de l’affection conjugale, et la mère d’une nombreuse famille a droit à des honneurs qui ne lui sont jamais contestés... Les enfants ne quittent jamais leurs nourrices, qui les portent sans cesse en bandoulière dans une sorte d’écharpe. )>
- En fait de divertissements, les Niams-Niams excellent dans un jeu d’adresse, qui consiste à faire passer de petits cailloux d’un trou pratiqué dans du bois, ou dans le sol, dans un autre trou situé à proximité du premier. Mais ils ont des jouissances d’un ordre plus élevé, plus douces que la chasse et le combat, ils aiment la musique avec passion, ils s’y adonnent avec enthousiasme, et tirent de leurs mandolines îles sons qui les font tressaillir, pendant plusieurs heures de suite. Les airs qu’ils exécutent sont monotones, ils les accompagnent souvent d’un récitatif chanté d’une voix plaintive. Il y a chez eux des musiciens de profession, des chanteurs appelés nzangas. L’instrument dont se servent ces virtuoses, affublés de plumes sur la tète, est une sorte de guitare, dont le maigre zigue-zigue s’accorde parfaitement avec le murmure nasillard de leur récitatif.
- Les Niams-Niams ne paraissent pas avoir de véritable conception religieuse ; avant de se livrer à leurs
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- LA NA TL! UK
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- Ilaineau des Niams-Niams, au bord du Diamvonoù. — Maisons d'habilation, greniers et trophée de crânes attaché à un arbre.
- entreprises, ils ont recours aux augures, dont quelques uns ont une
- ment du feuillage ils
- grande
- En
- autorité.
- cas de guerre, un 1 iquide oléagineux particulier est administré à une poule : celle-ci meurt-elle, la campagne sera funeste ; l’oiseau survit-il, au contraire, la victoire est assurée. A peine trou-verait-on un homme qui voulût se battre sans avoir consulté l’augure. Ils ont tous une foi pleine et entière dans ses oracles.
- « La croyance aux mauvais esprits , dit Schweinf'urh, se retrouve chez les Niams-Niams. Pour ces derniers, la forêt est la demeure des êtres invisibles qui conspirent sans cesse contre les homme
- Coiffure remarquable, vue chez des Niams-Niams de l’ouest.
- et dans le bruisse- | perdu un de leurs
- croient entendre leurs dialogues mystérieux. De même que la religion naturelle, la superstition est fille de la terre où elle se produit ; elle y germe comme les fleurs des champs et a des rapports intimes avec l’endroit qui la voit naître. Sous leur ciel de plomb, les gens du Nord peuplent toutes les cavernes, toutes les ruines, de spectres irrités et vengeurs. Ici le bois impénétrable, avec ses nuées de hiboux et de chauves-souris, est tenu pour le séjour d’esprits perfides. »
- ^ Les Niams - Niams professent un grand respect pour les morts. Quand ils ont proches, ils se coupent les
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- LA NATURE.
- cheveux en signe de deuil. Ils détruisent cette coiffure compliquée, objet de leur orgHeil et de tous leurs soins, ils en font tomber sous le couteau les touffes épaisses, et les dispersent dans un lieu désert. Le défunt est coiffé de plumes, drapé de sa plus riche fourrure, et placé dans une fosse creusée dans le sol. Cette fosse est orientée de telle façon, que le défunt, si c’est un homme, ait la tête dirigée vers le levant, tandis que la femme l’a placée du côté de l’ouest. — Un lit de terre battue recouvre le tombeau, et une case sépulcrale semblable à celle des vivants y est élevée.
- Tels sont, résumés d’une façon très-sommaire, les précieux documents que le docteur G. Schwein-furth a rapportés au sujet d’une race d’homme qui a si longtemps tenu en éveil la curiosité des savants et des explorateurs. Ils nous montrent une fois de plus qu’il ne faut ajouter aucune créance aux récits fabuleux dont certaines contrées ont été l’objet, et que, partout sur notre globe, les êtres vivants, hommes ou animaux, se rattachent par des liens communs, aux grandes lois de la nature.
- Dr. Z.
- L’EXPLORATION GÉOGRAPHIQUE
- DE LÙNDE ANGLAISE DEPUIS LA FIN DU DERNIER SIÈCLE jusqu’à NOS JOURS1.
- C’est à très-juste titre que James Rennell a été surnommé « le Père de la géographie indienne ». Quand il arriva dans l'Inde, la meilleure carte du pays était celle que d’Anville, notre grand géographe, avait publiée en 1751 et en 1752. Rennell se garda bien d’en méconnaître le haut mérite et la prit même pour fondement de ses travaux. Seulement il la compléta ou la rectifia, d’après les itinéraires du général Goddard dans la vallée de la Jumna, du capitaine Reynolds sur le plateau central, du colonel Fullarton et du colonel Call dans la Carnatie, auxquels il joignit les marches de de Bussy, dans le Dec-can, et ses admirables opérations à lui-même dans le Bengale. Telles furent les sources où Rennell puisa pour la rédaction tant de son Atlas du Bengale qui parut en 1781, que de sa grande carte, Map of India, publiée en 1788. Quatre ans plus tard, il la faisait suivre d’un mémoire critique où il soutenait, contrairement à l’opinion de d’Anville, que le Tzang-bo et le Brahmapoutre ne formaient .qu'un même fleuve et identifiait quelques-unes des rivières du Pendjab avec des cours d’eau mentionnés par Pline ou par Àrrien.
- 1 Voy. Cléments Markham, A memoir on thc indian Sur-veys (in-4°, 1871); Abstracts of the reports of the Surveys and of other geographical operations in India (pour 1871-1872 et pour 1872-1873) ; voy, aussi les Livres bleus, publiés en 1873 et en 1874, sur la situation morale et matérielle de l’Inde. Ils ont été rédigés aussi par les soins de M. Cléments Markham, que de nombreux et beaux travaux ont placé parmi les premiers géographes contemporains.
- Lorsque les Anglais s’installèrent dans l’Inde, la position exacte des sources du Gange n’était pas déterminée. Tout ce que l’on savait alors du haut Himalaya et du Tibet provenait de sources chinoises et s’était obtenu par le canal des jésuites de Pékin. Une carte du Tibet ayant été remise, en 1711, au P. Régis, il la jugea défectueuse, et, sur l’ordre de l’empereur Kang-Ti, deux lamas reçurent mission de réunir les éléments d’une nouvelle carte du pays situé entre Lhassa et la source du grand fleuve. Telle est l’origine de la carte qui fut publiée, en 1717, à Paris, par les soins du P. Duhalde, et que revit d’Anville. Il reporta les sources du Gange plus au nord, et, plus tard, Anquetil-Duperron obtint du jésuite Tieffen-thaler des indications d’après lesquelles il les plaça au nord-est de Srinagar. Dans la deuxième édition de sa carte, Rennell adopta cette détermination. Il restait toutefois à fixer de visu le site de ces sources, et ce fut le capitaine Webb qui eut cet honneur, en poussant jusqu’à Gangotri, village perdu dans les replis de l’Himalaya, à une altitude de 4,000 mètres (avril-juin 1808), et dans les environs duquel le Gange se forme par la réunion de la Baghirati et de lA’laknunda.
- Les ingénieurs, qui ont doté l’Inde britannique de son magnifique réseau d’irrigation, ont soumis le bassin principal du Gange et ses bassins secondaires à un examen très-minutieux et très-attentif. On doit, en outre, à M. Fergusson une belle étude sur les lois physiques qui président au régime hydrographique de toute la Péninsule. En étudiant les phénomènes particuliers qu’offre le cours du Gange, M. Fergusson est arrivé à cette conclusion qu’il y a quatre ou cinq mille ans, la mer, ou tout au moins son flux, s’étendait jusqu’aux collines de Rajmahal et que le Bengale proprement dit formait une vaste baie ou lagune. L’élévation graduelle du delta gangétique est indiquée par le site des capitales des anciennes principautés. Elles s’établirent d’abord sur la ligne de partage des eaux de l’Indus et de celles du Gange, pour descendre ensuite la vallée de ce dernier fleuve, au fur et à mesure que les lagunes et les marais se convertissaient en terrains plus propices à l’habitation de l’homme. Les premières cités de la plaine ont été Hastanapura sur le Gange même et Ayodya sur la Gogra, l’un de ses affluents de gauche, qui florissaient entre l’an 2000 et l’an 1000 avant J.-C. Ganouj, aujourd’hui déchue, et Palibothra, la Patna moderne, vinrent ensuite. Les premiers envahisseurs musulmans firent de Gour leur capitale, et Dacca ne date que de l’an 1604 de notre ère,
- Au sud du bassin gangétique court un système de hauteurs, aux croupes aplaties, qui, après être descendues vers la Jumna, tournent ensuite à l'est et, entourant la plaine du Bundelcund d’un amphithéâtre de rochers et de précipices, s’avancent de nouveau dans le bassin de la Jumna. C’est le versant nord du plateau de Malwa et des hautes terres du Rewah que bornent au sud la vallée de la Nerbadâ et celle de la Sône, qui constituent elles-mêmes une ligne de dé-
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- pression continue et presque rectiligne traversant en diagonale la péninsule de Patna au golfe de Cambay. Toute cette région centrale a été visitée par Tod, l’évêque Héber, Dangerfield, notre compatriote Jac-quemont, Oldham, Medlicott et le docteur Hooker. Elle renferme de nombreuses tribus, parmi lesquelles on distingue les Bhils, aux habitudes pillardes, qui vivent de poisson et de gibier, et les Ghounds, au nez épaté, aux lèvres épaisses, aux yeux petits, au front bas, en qui il est permis de voir les aborigènes de l’Inde, accrus et modifiés par les peuplades que l’invasion aryenne a refoulées vers le plateau central et les collines de l’Assam. On les a très-souvent confondus, mais à tort, avec les Khounds chez qui les sacrifices humains étaient, il y a quelques années, et sont encore à cette heure en pleine vigueur, quoique leur pays soit séparé du Gondwana par une région d’un accès difficile et se trouve enclavé dans la province bengalaise d’Orissa. Les Thugs, ces sinistres adorateurs de la déesse Kali, sont sortis des épaisses forêts du Bundelcund, et c’est du Bundelcund encore que pi'oviennent les Dacoits, analogues à nos chauffeurs du dernier siècle. Ad. F. de Fontpertuis.
- — La suite prochainement. —
- LES BALANCES SANS FLÉAUX
- BALANCES DE TORSION. — HYDROSTATS.
- Tous ceux qui cultivent les sciences expérimen-
- Fig. 1. — Balance de torsion que l'on peut confectionner soi-même et qui est susceptible de peser le milligramme. (1/10 de grandeur d'exécution.)
- taies n’ignorent pas qu’il est utile de joindre aux notions théoriques l’habileté manuelle que donne la pratique des manipulations. On ne saurait trop encourager les chimistes et les physiciens à s’exercer à construire eux-mêmes les appareils dont ils ont besoin, et à modifier la disposition de ceux que l’on rencontre dans le commerce. Dans un grand nombre de cas, il est possible de confectionner à peu de frais des instruments délicats, susceptibles de rendre les mêmes services que les appareils les plus coûteux. De remarquables travaux ont souvent été exécutés par des hommes dont les laboratoires étaient simples,
- et qui, par leur adresse et leur persévérance, savaient faire de grandes choses avec de petites ressources.
- La balance de précision par exemple, cet indispensable outil du chimiste et du physicien, peut se fabriquer à peu de frais par des procédés différents. Il suffit d’un mince fil de platine et d’une planche de bois pour confectionner une balance de torsion capable de peser le milligramme. Il ne faut guère qu’un ballon de verre pour façonner une balance hydrostatique très-sensible.
- La figure 1 représente une petite balance de torsion d’une extrême simplicité. Un mince fil de platine est tendu horizontalement à l’aide de deux pitons au-dessus de deux supports A, B, en bois, découpés dans une planche de sapin. Un levier C D, très-léger et très-mince, découpé dans du bois, ou fabriqué avec un fétu de paille, est fixé au milieu du fil de platine à l’aide d’une petite pince H, qui l’y maintient solidement. Ce levier est placé de telle façon, qu’il s’élève sensiblement au-dessus de l’horizontal. On y a collé, en D, un petit plateau en papier, où l’on place un poids de 1 centigramme. Le levier s’abaisse d’une certaine quantité, en imprimant un mouvement de torsion au fil de platine. On a fixé près du bout de ce levier, une tige de bois GF, sur laquelle on marque les deux points extrêmes de sa course. On trace entre ces deux points dix divisions équidistantes. Chacune d’elle représentera le chemin parcouru par la pointe du levier, sous l’action d’un poids de 1 milligramme. Une substance d’un faible poids, inférieur à 1 centigramme, étant donnée, il suffit de la placer sur le petit plateau de papier ; le levier s’abaissera et restera en équilibre après quelques oscillations. S’il s’est abaissé de 4 divisions, on saura que la substance pèse 4 milligrammes.
- En prenant un fil de platine un peu plus gros, auquel on adaptera un levier un peu moins long on pourra peser le décigramme et ainsi de suite. 11 serait même facile de confectionner sur le même modèle des balances de torsion destinées à peser des poids considérables. Le fil de platine serait remplacé par des fils [de fer de grand diamètre, solidement tendus, et le levier serait fabriqué à l’aide d’une barre de bois très-résistante. Dans la limite opposée, on arriverait à apprécier la valeur de poids très-minimes. En donnant une longueur de plusieurs mètres au fil de platine, très-mince, en y adaptant un levier très-léger et très-long, il ne serait pas impossible d’apprécier le 1/10 de milligramme. Dans ce dernier cas, la balance pourrait être montée au moment même où l’on voudrait l’employer.
- La figure 2 représente un aréomètre de Nicholson que tout le monde peut fabriquer, et qui, tel qu’il est représenté, constitue un autre mode de balance. Un ballon de verre B, rempli d’air, est fermé hermétiquement par un bouchon dans l’axe duquel on a fixé une tige de bois bien cylindrique surmontée d’un disque de bois D. Ce système est terminé, à sa partie inférieure, par un petit plateau G, sur lequel on peut placer des morceaux de plomb en quantité
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- variable. On le plonge dans un vase de verre profond et rempli d’eau. Les morceaux de plomb du plateau C y sont posés par voie de tâtonnements successifs en quantité telle, que la tige de l’aréomètre dépasse presque tout entière le niveau du liquide; on la fait passer à travers un anneau qui lui sert de guide et que l’on a fixé, à la partie supérieure du verre, au moyen de quatre tringles de fer en croix. Cette tige a été divisée de telle façon, que l’espace compris entre chaque division représente le volume de 1 centimètre cube. Le système ainsi disposé constitue une balance. En effet, l’objet à peser est placé sur le disque D, l’aréomètre s’abaisse dans l’eau, oscille, puis reste en équilibre. Si la tige s’est enfoncée de cinq divisions, on saura que le poids de l’objet correspond à
- Fig. 2. — Aréomètre de Nicholson, construit pour servir de balance.
- celui des cinq centimètres cubes d’eau déplacés, ou à cinq grammes.
- On a souvent cherché à perfectionner ce mode de balance hydrostatique et dans cette voie nous devons mentionner les intéressantes tentatives faites par Hasseler en Amérique, Berzélius en Suède et par M. Kœppelin en France1. La figure 3 représente une balance hydrostatique que nous avons fait dessiner d’après le beau modèle construit par ce dernier inventeur. Deux flotteurs AB sont immergés dans
- 1 Farenheit paraît être le premier physicien qui ait eu l’idée de construire les aréomètres à volume constant, à poids variable, et propres à être employés comme densimètres ou comme balances. L’illustre physicien Charles , le créateur du ballon à gaz hydrogène, ajouta à l’instrument de Farenheit un petit bassin inférieur au système, et il désigna ce nouvel appareil sous le nom de Balance hydrostatique. Ces appareils jusque là avaient été confectionnés en verre. Nicholson les rendit plus résistants en les fabriquant en fer blanc, mais tout en conservant la fôrme de ceux que Charles avait imaginés.
- l’eau, ils sont reliés entre eux par une branche métallique CD, au milieu de laquelle s’adapte une longue tige EF qui descend à travers un tube NM ménagé dans le réservoir. Cette tige se termine par un plateau P, comme le représente notre gravure. Le plateau est enfermé dans une cage de verre. Les corps à peser y sont placés et, après graduation de l’appareil, on obtient leur poids en comptant les divisions tracées sur l’échelle o, en regard de l’index I.
- Nous n’entrerons pas dans les détails de construction de l’appareil, beaucoup plus difficile à façonner
- Fig. 3. — Coupe d’une balance hydrostatique d’après le système de M. Kœppelin.
- que les précédents L Nous n’avons eu d’autre but en le signalant que de faire connaître le principe sur lequel il est basé. Nous ajouterons que les balances hydrostatiques, si elles ont l’avantage d’être très-sensibles, ont l’inconvénient de l’être en quelque sorte beaucoup trop, car elles sont toujours un peu folles; elles sont soumises à des oscillations très-nombreuses et sont lentes à se mettre en équilibre .quand elles ont été chargées d’un poids. Elles n’en constituent pas moins comme les balances de torsion des appareils précieux, économiques, et qui sans doute mériteraient d’être moins délaissés.
- Gaston Tissandier.
- 1 Voy. Sur l’hydrostat de M. Kœppelin ( Bulletin de la Société d'encouragement, 180!). p. 270).
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- LE PHRYNOSOME
- En étudiant la dentition des reptiles que les naturalistes connaissent sous le nom d’Iguaniens, l’on remarque que les organes dentaires sont, chez ces animaux, implantés suivant deux modes bien différents. Chez les uns, les Acrodontes, les couronnes des dents sont soudées à la partie la plus saillante des os que recouvrent les gencives, tandis que chez les autres, les Pleurodontes, les dents sont reçues dans une sorte de fosse creusée suivant la longueur du bord des mâchoires, auxquelles elles n’adhèrent solidement que par leur face interne. Fait étrange, et jusqu’à présent inexpliqué, les Pleurodontes sont cantonnés dans le nouveau continent, tandis que les
- Acrodontes semblent être spéciaux à l’ancien monde.
- Parmi les animaux du groupe des Pleurodontes, il n’en est pas de plus singuliers, à coup sûr, que ceux que l’on connaît sous le nom de Phrvnosomes. Leur physionomie est extrêmement bizarre ; ils semblent s’éloigner du type des Sauriens pour prendre l’apparence de crapauds, d’où le nom qui leur a été donné. Leur corps est court, déprimé, ovalaire et présente de chaque côté une crête écailleuse et den-ticulée. La tête est courte, arrondie en avant, bordée en arrière et de chaque côté d’épines grandes et fortes. Les membres sont très-courts, les doigts peu développés, dentelés sur les bords.
- La queue atteint à peine la longueur du tronc ; elle est large, très-aplatie à sa racine.
- La partie la plus méridionale de l’Amérique du
- Le Phrynosome actuellement vivant à la Ménagerie des reptiles au Muséum d’histoire naturelle.
- Nord semble être la patrie du groupe ; on le retrouve au Mexique, au Texas et dans la basse Californie.
- L’une de ces espèces était anciennement connue sous le nom de Phrynosome crapaud, (Phrynosoma bufonium) et d’Agame cornu (Agama cornuta) ; c’est cette espèce qui est actuellement vivante à la ménagerie des reptiles, au Muséum d’histoire naturelle.
- Chez ce Phrynosome les régions supérieures du corps sont teintées de jaune. Tout le long de la partie moyenne, depuis la nuque jusque sur la base de la queue, règne une ligne blanchâtre, de chaque côté de laquelle se voient quatre grandes taches noirâtres bordées en arrière par un liséré d’un jaune brillant. La première de ces taches occupe la région cervicale; les autres, de forme irrégulière, garnissent les flancs de l’animal. Des barres noires, alternant avec des bandes blanchâtres, ornent la face supérieure des
- membres, ainsi que le dessus de la queue. Les parties inférieures sont d’un jaune pâle, sur le fond duquel se détachent de petites taches grisâtres et arrondies. La tête est de couleur fauve, coupée par deux ou trois bandes plus foncées se prolongeant sur les côtés.
- La tête est entourée de longues épines au nombre de neuf, dont deux plus fortes que les autres. De petits tubercules coniques et pointus, quelques-uns cannelés, s’élèvent du milieu de la partie postérieure; le reste du crâne est recouvert de petites plaques inégales et saillantes, parmi lesquelles se voient des écailles granuleuses.
- La plupart des écailles qui revêtent la face supérieure du corps sont petites, épaisses et pourvues de carènes ; les flancs sont armés de quatre séries de hautes épines à trois pans, au nombre de cinq à six pour chaque rangée, entourées elles-mêmes d’épines
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- moins élevées. Le bord des flancs est garni dans toute sa longueur d’écailles en dents de scie.
- Suivant un naturaliste, M. Sumichrast, qui a longtemps observé avec grand soin les mœurs des reptiles de l’Amérique centrale et de la partie la plus méridionale de l’Amérique du Nord, « le Phrynosome, particulier aux régions froides et sèches du plateau mexicain, habite les endroits sablonneux et exposés au soleil, le bord des chemins et des collines arides, où la couleur terreuse de son corps le dérobe facilement aux regards. Mal bâti pour la course, il n’a rien de cette vivacité lacertine qui est devenue proverbiale ; sa démarche est lente et gauche. A le voir cheminer péniblement, sur le sable, on devine que le pauvre diable aura bien du mal à se procurer le pain quotidien. Sa langue épaisse ne lui permet pas, comme au caméléon, de la darder sur les insectes qui passent à sa portée ; son ventre large et traînant l’empêchera d’attraper une proie à la course, comme les sveltes lézards, ou une mouche au vol, ainsi que les impétueux Anolis. Pour qu’il soupe, il faudra qu’un de ces lourds coléoptères des sables, aussi mal organisé que lui pour la locomotion, vienne, pour ainsi dire, chatouiller les dents de ce mélancolique chasseur. Cette sobriété forcée lui a valu, de la part des indigènes, la réputation de se nourrir d’air. »
- Dr E. Sauvage.
- CHRONIQUE
- Age de pierre en Norwège. — Le docteur Hans, l’antiquaire suédois, vient de faire, d’après le journal les Mondes, une découverte intéressante dans le voisinage de Christiandstadt. On a examiné à Nymo, près de cette ville, un tumulus de l’âge de bronze dans lequel, sous un grand monceau de pierres, on trouva deux corps brûlés et une petite bague en bronze. On trouva également dans une espèce de coffre en pierre les os d’environ vingt personnes, toutes ensevelies dans une posture assise, avec deux colliers d’ambre, et une tête de massue en os. Mais les plus importantes découvertes furent faites dans un « jettestue » entièrement intact à Fjeldkinge. Du côté de l’entrée étaient plusieurs centaines de pots en argile, richement ornementés, et deux haches en silex. Dedans, on trouva des squelettes humains, une quantité d’ambres, la dent d’un animal perforée, quatre vases en os, des couteaux en silex, etc. Dans la portion méridionale de la chambre étaient les os de quatre têtes, et un crâne dans un parfait état de conservation.
- La Société industrielle de Mulhouse. — Cette société célébrera au commencement du mois de mai 1876 le cinquantième anniversaire de sa fondation. Ce ne seront pas seulement ses membres qui prendront part à cette fête, mais encore toute la population du Haut-Rhin, car c’est à l’action bienfaisante de cette société, dans ces cinquante années, que l’industrie de nos frères d’Alsace doit une partie de sa prospérité. Afin que cette solennité puisse fournir l’occasion, non-seulement aux membres de la société, mais encore au public en général, de constater les grands progrès accomplis par l’industrie alsacienne dans l'espace d’un demi-siècle, la Société industrielle a décidé d’organiser une exposition des produits manufacturiers du pays.
- Quoique l’exposition ne soit réservée qu’aux articles alsaciens fabriqués par les membres de la Société industrielle, la commission pourra admettre cependant des produits d’autre origine, à condition toutefois qu’ils provienuent de manufactures voisines, qui font en quelque sorte partie du rayon industriel de Mulhouse. L’exposition admettra aussi les ouvrages d’art qui seraient susceptibles d’orner son local, dans le cas même où les exposants ne seraient pas membres de la Société industrielle.
- Explosion de fen grisou en Belgique. — Le
- mercredi 10 novembre dernier, un terrible coup de feu grisou a éclaté dans les mines de houille de la Yieille-Mari-haye, près de Séraing, vers neuf heures du soir, alors que 275 ouvriers se trouvaient dans les travaux. La détonation a été tellement forte, qu’on l’a entendue à une distance énorme, et la violence de la commotion a été telle , que le sol en a tremblé et que plusieurs ouvriers ont été blessés à l’intérieur du puits, près du chargeage. Un moment d’effroi a succédé à cette explosion, puis on a procédé, au milieu des décombres, à l’exploration des galeries. Dix cadavres, que l’on a d’abord recueillis, ont été déposés sous un vaste hangar situé au fond de la houillère. A l’exception d’un seul homme, qui avait reçu une blessure mortelle à la tête, tous sont morts asphyxiés. Dès la soirée du même jour, on avait encore constaté la présence, au fond de la hure, de treize cadavres, mais on n’était pas encore parvenu à déblayer l’endroit précis où la catastrophe s’est produite. Les travaux de déblaiement n’ont été terminés que quelques jours après. Une brigade a exploré complètement Stenaye sans rien trouver. Une seconde brigade a rencontré cinq morts carbonisés. Les recherches ont continué la nuit, et on a découvert treize cadavres dans la Malgarnie est. On a relevé plus de cinquante cadavres , victimes de cette épouvantable catastrophe.
- Eau salée dans le fond de lacs d’eau douce. —
- M. Ekman a constaté que l’eau du lac Mœlar en Suède, devient salée dans le fond de certains bassins. Ce fait, d’un véritable intérêt, s’accorde bien avec l’existence des crustacés marins qui ont été trouvés dans les lacs de la Suède et ont continué à y vivre pendant que le dessalement de leurs eaux s’opérait par le surface. D’après M. le professeur Torell, il rend probable une ancienne communication entre le Cattegat et la Baltique, par dessus la presqu’île de Scandinave et par l’intermédiaire des lacs Mœlar, Wet-er, et peut-être Wener.
- BIBLIOGRAPHIE
- Géographie industrielle de la France. — 1 vol. in 18 avec
- cartes hors texte, par Mmo H. Meunier. — Sandoz et
- Fischbaeher, Paris, 1875.
- Aux deux ouvrages très-intéressants traitant de l’hygiène et de la botanique que l’auteur a précédemment publiés, il enjoint un nouveau, dans lequel il a su répandre aussi un-grand attrait sur l’étude de la géographie. Grâce à l’esprit qui circule dans ces simples entretiens, toutes les parties de la science acquièrent un vif intérêt et se fixent facilement dans la mémoire, aidée d’ailleurs par un grand nombre de cartes gravées et coloriées, et par des illustrations très-bien choisies. La France physique est représentée avec ses chaînes de montagnes, ses côtes et ses bassins. Deux cartes donnent des coupes Ion-
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- gitudinales avec l’indication des hauteurs comparées des reliefs. Elles sont suivies de différentes cartes géologiques et agricoles, de celles des chemins de fer et des canaux, du réseau télégraphique, des forêts, du littoral, etc. Dans le cours du livre on trouve en outre les traits les plus saillants de la statistique et d’éloquents plaidoyers pour de très-bonnes causes, comme par exemple le reboisement des montagnes, et la conservation des oiseaux insectivores. Par-dessus tout, l’auteur célèbre les travaux de la science appliquée au développement des institutions pacifiques. F. Zurcher.
- Les météores, par Margollé et Zdrcher.— 1 vol. in 18 illustré. Quatrième édition revue et augmentée. — Hachette et C'% 1875.
- Simples notions sur les ballons et la navigation aérienne. par Gaston Tissandier.—1 vol. de la Bibliothèque à 50 centimes, illustré de 30 vignettes.—Paris, Librairie illustrée.
- La phylloxéra vastatris dans la Suisse occidentale. — par le Dr A. Forel. — 1 broch. in 8“ — Lausanne, 1875.
- La Navigation aérienne. — Ses rapports avec la navigation aquatique, par Henry Dürassier. — 1 broch. in 8°. Paris, Berger Levraultet Gio, 1875.
- Rivista degli studî de Locomozione e nautica nell' aria, di P. Cordenons. — 1 vol. in 8°. — Rovigo, 1875.
- ACADËMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 décembre 1875. — Présidence de M. Frémï.
- Le gallium. — Le gallium a été enfin obtenu à l’état métallique. M. Wurtz en présente un échantillon de la part de M. Lecoq de Boisbaudrant. C’est un beau métal que son éclat place entre le platine et l’argent. Pour l’obtenir on a traité électrolytiquement la dissolution aqueuse de son sulfate ammoniacal, et le dépôt, très-cohérent, a été soumis au brunissoir.
- L’auteur a continué d’ailleurs l’étude chimique du nouveau corps simple. Celui-ci se dissout dans l’acide chlorhydrique en donnant un dégagement d’hydrogène, faible à froid et plus considérable à chaud. On se rappelle combien les affinités du gallium sont analogues à celles du zinc ; il en résulte que la séparation des deux métaux est difficile. M. Lecoq arrive néanmoins à la réaliser par le procédé suivant. La dissolution des deux métaux est traitée par du carbonate de soude qui précipite tout le gallium et un peu de zinc seulement ; le précipité est redissous dans l’acide sulfurique ; on neutralise par un excès d’ammoniaque, on ajoute de l’acide acétique et on fait bouillir. L’oxyde de gallium, analogue en ceci à l’oxyde d’aluminium, se précipite complètement. Comme autre analogie avec l’aluminium, on peut signaler la combinaison du sulfate de gallium avec les sulfates alcalins donnant lieu à des aluns cristallisant en cubes.
- Études sur le magnétisme. — Un aimant d’acier étant donné, dont on a déterminé la force portative, le poids et la section, MM. Trêves et Dürassier se sont demandé comment Varie le premier de ces caractères quand on fait diminuer les deux autres par la dissolution progressive de l’aimant dans un acide. Le résultat est que la force est toujours proportionnelle à la section et au poids de l’ai-
- mant. La courbe exprimant la variation du poids et de la section est parallèle à celle que représente la diminution d’intensité.
- Au fur et à mesure de la dissolution il apparaît sur le métal des rides serrées, perpendiculaires à l’axe du barreau, mais ceci n’est pas la seule inégalité que l’on constate dans la solubilité des différentes portions de l’aimant ;
- Si celui-ci a la forme d’un fer à cheval on remarque toujours que la portion courbe se dissout incomparablement plus vite que les parties rectilignes. Au bout d’un temps suffisant une rupture se produit dans la portion moyenne.
- Cellulose hydratée. — On a remarqué depuis bien longtemps que, sous l’influence des acides, la cellulose peut devenir extrêmement friable. Le papier blanchi avec un trop grand excès de chlorure de chaux, le linge soumis à l’action de l’acide sulfureux qui, comme dans les thermes d’Aix, se transforme en acide sulfurique, ce papier et ce linge se réduisent en poudre sous la moindre pression. A la suite d’expériences très-précises, M. Aimé Girard a reconnu que cette transformation est due à la fixation d’un équivalent d’eau par la cellulose et M. Dumas montre à l’Académie un échantillon de l’hydrate produit synthétiquement par l’auteur. C’est une substance blanche qui se pulvérise avec la plus grande facilité. M. Girard pense que l’hydratation de la cellulose joue un grand rôle dans la nature, et que la production du bois pourri, de Fulmine en acide ulmique est toujours précédée de celle de l’hydrate qu’il a découvert. Le fait est que cet hydrate s’oxyde très-facilement et donne lieu aux matières brunes dérivées du tissu ligneux.
- Le Journal d'hygiène. — C’est avec les marques du plus vif intérêt que M. le secrétaire perpétuel signale la réception des premières livraisons du Journal d’hygiène de M. le docteur de Pietra Santa. La climatologie, les eaux minérales, les stations hivernales et maritimes, l’épidémiologie, telles sont les principales matières traitées dans cet utile et précieux bulletin des conseils d’hygiène et de salubrité. Parmi les très-importantes études publiées dès à présent nous signalerons, d’une manière toute spéciale, un travail capital de M. Pietra Santa relativement à l’assainissement des eaux de la Seine, que tout le monde lira avec intérêt et profit.
- Une utile reimpresion.— En ce moment, où l’attention est dirigée d’une manière si générale sur la communication sous-marine entre la France et l’Angleterre, on accueillera avec plaisir la nouvelle donnée par M. Dumas, qu’un éditeur bibliophile de Paris, M. Liseux, vient de réimprimer un travail de Desmarest, datant de 1751, et relatif à l’ancienne communication naturellement existant entre la grande Bretagne et le Continent. Les lecteurs de la Nature pourront prochainement lire à cet égard une étude spéciale accompagnée de la carte même publiée par le géologue du siècle dernier.
- Formation du sucre dans les plantes. — A la suite d’un travail de M. Violette sur les mauvais effets de l’éffeuillage des betteraves au point de vue de la production saccharine, une intéressante discussion s’est élevée entre M. Claude Bernard et M.. Duchatre. Le premier pense que le sucre s’élabore dans la racine, le second regarde comme démontré que le sucre résulte de la transformation d’amidon développé dans les partis vertes, et transporté ensuite dans la racine. A l’appui de son opinion, M. Duchartre rappelle que l’amidon existe seul dans le limbe des feuilles de la betterave ; dans les pétioles on trouve déjà du glu-
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- cose, et le sucre de canne n’existe que dans la racine. C’est conforme à ce que montre l’étude d’autres végétaux tels que les pommes de terre, qui sont d'autant plus riches en amidon, qu’elles sont mieux dotées en feuilles.
- Production de bactéridies dans le sang. — Nous avons entretenu nos lecteurs, à beaucoup de reprises, des accidents déterminés par le développement des bactéries dans le sang et l’on sait que la pustule maligne ou charbon n’a pas d’autre cause. Or, M. Signol, vétérinaire à Paris, vient de constater que le sang de la veine porte d’un cheval, d’ailleurs sain, tué depuis 15 ou 46 heures au moins, contient des bactéries en abondance. Les autres portions du corps, la veine jugulaire n’en renferme pas et a conservé les propriétés ordinaires. Inoculé à des moutons et à des chèvres, le sang de la veine porte a amené des désordres comparables à ceux de l’infection charbonneuse avec cette différence, que le sang, au lieu de devenir poisseux, acquis une consistance analogue à celle de la cire employée en injection dans les préparations anatomiques. Quelle est l’origine de ces infusoires dans le système veineux si herméti- i
- quement clos d’un animal tué par asphyxie ? M. Frémv, dans sa belle théorie des corps hémi-organisés, nous parait avoir réuni tous les éléments d’une solution satisfaisante ; et nous pensons voir, avant peu, le fait qui vient d’être signalé, fournir de nouveaux arguments contre l’hv-pothèse de la panspermie. Stanislas Meunier.
- APPAREIL
- POUR L’ESSAI DES BETTERAVES
- j M. Chainponnois a imaginé un petit appareil qui ! permet de faire très-rapidement l’essai des betteraves, J en se basant sur la détermination de la densité du | jus. Il se compose d’un foret denté rotatif en bronze, animé d’une vitesse de cinq à six cents tours, au moyen d’un engrenage conique. Le diamètre du foret
- Apparail Champonnois pour l’essai des betteraves.
- est de 0m,025 et sa longueur suffisante pour perforer la plus grosse betterave de sucrerie.
- La betterave est percée suivant les indications de M. Ch. Yiollette, et chaque opération donne de 15 à 20 grammes de pulpe, suivant la dimension de la racine1.
- Avec dix ou douze betteraves, on a suffisamment de pulpe pour obtenir un volume de jus assez considérable pour en prendre la densité. Une fois la pulpe obtenue, on la presse entre les mains ou dans un sac de laine disposé à cet effet, et le jus est recueilli dans une petite éprouvette, où sera prise sa densité.
- Tout le système, construit par M. Salleron est enfermé dans une boite facile à transporter, qui pèse environ 4 kilogrammes.
- Dans la boîte se trouve, outre le foret-rape, trois instruments : un densimètre, un thermomètre, une éprouvette et autres accessoires.
- 1 M. Violette a démontré qu’une tranche de betterave, prise au quart de la hauteur au-dessous du collet, déduction faite de l’appendice radiculaire, représente la répartition moyenne du sucre dans la racine.
- Une [table fait connaître approximativement la richesse saccharine du jus d’après la densité observée.
- Cet appareil, dont le premier emploi a été fait par MM. Champion et Pellet, permet l’essai moyen et rapide d’un certain nombre de betteraves, telles que celles qui sont destinées à la détermination de la tare, lors de leur réception, etc. Il évite le râpage ou le découpage d’un grand nombre de betteraves, lorsqu’on veut obtenir une moyenne de la richesse saccharine des racines travaillées journellement. Les essais par la densité directe des racines, déterminée par l’eau salée, à divers degrés, ne présentent aucune sûreté, la quantité d’air contenue dans les betteraves étant différente suivant la nature des [racines et leur état de conservation1.
- 1 D’après le Journal des fabricants de sucre.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier ,
- Typographie Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 133. — 18 DÉCEMBRE 1873.
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- LE RAFRAICHISSEMENT DE L’AIR
- Il est peu de questions qui, au point de vue de l’hygiène, comme au point de vue industriel, présentent une plus grande importance que celle de maintenir l’atmosphère d’une habitation ou d’un alelier à un degré convenable de chaleur et d’humidité.
- Tant qu’il ne s’agit que d’élever la température en faisant varier en même temps la quantité de vapeur d’eau contenue dans cette atmosphère, le problème ne présente aucune difficulté, et nous sommes en possession de nombreux appareils qui permettent d’obtenir la température et le degré hygrométrique nécessaire dans chaque cas particulier ;
- mais il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de refroidir l’air ou même de changer la quantité d’humidité qu’il contient, sans faire varier sa température. Dans bien des industries, cependant, cela est absolument nécessaire. Dans les fdatures,par exemple, surtout dans celles ou l’on traite la laine, il faut que l’air de l’atelier soit toujours très-humide, sinon la fibre se dessèche, s’électrise et tout travail régulier devient impossible. Comme d’un autre côté la laine très-hygrométrique absorbe nécessairement d’énormes quantités de vapeur d’eau, il devient indispensable de restituer constamment à l’atmosphère l’eau qu’elle perd. Dans la plupart des usines on se contente de lancer dans l’atelier des jets de vapeur, fournis par le générateur qui met les machines en mouvement. Cela est très-bien en hiver, car en même
- Le nouveau Rafraîchisseur d’air de MM. Nézeraux et Garlandat.
- C. Courroie de transmission. — V. Ventilateur. — A. Conduite d’amenée du ventilateur dans la caisse. — P. Cloison métallique perforée qui sépare la caisse en deux parties. — E. Conduite de départ de l’air rafraîchi, et au-dessous, diaphragme métallique qui empêche l’admission directe de l’air rafraîchi dans la conduite. — T. Tuyau d’amenée de l’eau fraîche. — t. Tuyau de vidange de l’eau qui retombe après avoir parcouru la plaque.
- temps que la vapeur tournit de l’humidité, elle apporte la chaleur nécessaire pour maintenir la température à un degré convenable pour les ouvriers ; mais il n’en est plus de même en été. Cette température s’élève outre mesure, et les ouvriers n’y peuvent résister qu’au prix de souffrances qui leur font déserter l’atelier et forcent le propriétaire à suspendre sa fabrication pendant la saison la plus chaude.
- Là cependant il ne s’agit encore que de maintenir l’air suffisamment humide sans qu’il soit nécessaire de le refroidir ; lorsque cette dernière condition devient indispensable, chacun sait qu’il n’existe encore aucun moyen réellement pratique d’y satisfaire. Il ne nous paraît pas utile d’insister sur les avantages qu’il y aurait au point de vue de l’hygiène et du confort à pouvoir, pendant les jours brûlants de la canicule, maintenir dans les salles de réunion et même dans
- 4* année. — 4" semestre.
- les habitations privées,une température un peu plus clémente que celle de l’extérieur. Ce n’est pas que de nombreux systèmes n’aient été proposés ou essayés ; le succès assuré qui attend le premier appareil pratique résolvant complètement cette question a séduit beaucoup d’inventeurs, et lorsqu’on parcourt la liste, aussi intéressante pour le penseur que pour l’industriel, des brevets d’invention, on trouve la trace d’un grand nombre de ces tentatives.
- Disons-le cependant, jusqu’ici aucun pas sérieux n’a été fait dans cette voie et il n’y a encore que les privilégiés de la fortune qui, aidés d’un architecte habile, puissent, au prix de lourdes dépenses, avoir en été dans leur salon une température de quelques degrés inférieure à celle du dehors, et encore n’achètent-ils, le plus souvent, ce petit avantage qu’en se confinant dans un air insuffisamment, renouvelé.
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- L’appareil que nous publions aujourd’hui apporte un nouvel élément à la solution de ce difficile problème. Jusqu’ici on avait surtout essayé de rafraîchir l’air eu le faisant passer sur des matières poreuses imprégnées d’eau qui, par son évaporation, absorbait la chaleur dont on voulait le débarrasser. Ce moyen, d’ailleurs presque toujours incommode, ne réussit qu’autant que l’air à refroidir est très-sec et peut, malgré l’abaissement de sa température, dissoudre la vapeur formée au-dessus du calorique qu’il contenait.
- Le rafraîchisseur de MM. Nézereaux et Garlandat, construit par MM. Cuau et Ce, est basé sur un tout autre principe : les constructeurs de cet ingénieux appareil n’ont pas cherché à produire du froid, mais seulement à utiliser celui qu’on peut presque partout se procurer en employant l’eau d’un puits ou d’une citerne d’une profondeur suffisante.
- L’air pénètre dans une caisse fermée par une tubulure A, puis traverse une plaque finement perforée P, sur laquelle coule constamment une mince couche d’eau, pour s’échapper par une deuxième tubulure E. Dans ce passage à travers l’eau cet air se sature d’humidité, se dépouille des poussières qu’il pouvait entraîner avec lui et enfin prend à très-peu de chose près la température du liquide avec lequel il est en contact.
- Il suffit donc d’avoir une quantité suffisante de ce liquide pour obtenir un ppurant d’air à une température qu’il est facile de déterminer d’avance.
- Cet appareil, d?une grande efficacité, est susceptible de rendre dans l’industrie et dans les grands établissements d’importants services. Il peut également servir au chauffage, tout en maintenant l’air à son degré de saturation ; il suffit pour cela de remplacer l’eau froide qu’on lui fournissait dans le premier cas, par de l’eau chaude. Dans l’exemple que nous citions plus haut, en été aussi bien qu’en hiver, il pourrait donc maintenir l’atmosphère de la filature à un degré convenable de chaleur et d’humidité.
- Pour les salles de réunion, pour les hôpitaux, il serait en outre facile d’ajouter à l’eau des substances antiseptiques ou aromatiques destinées à débarrasser l’air des miasmes qu’il peut contenir ou à lui donner de nouvelles qualités hygiéniques.
- La nécessité du ventilateur et la quantité d’eau assez considérable qu’exige l’opération ne permettent pas encore, il est vrai, d’introduire cet appareil dans les maisons particulières; mais il est permis d’espérer qu’il sera possible de simplifier et de réaliser avec son aide une des améliorations les plus utiles que l’on puisse désirer dans l’hygiène de nos habitations. Giraudière.
- LE WAPITI
- (Cervus canademis.)
- Après avoir lu les romans de Fenimore Cooper, du capitaine Mayne Red et de Gustave Aymard, on est
- toujours tenté de se représenter les contrées qui s’étendent au pied des Montagnes Rocheuses ou sur les bords des grands lacs de l’Amérique du Nord comme formant un immense territoire de chasse, peuplé de toute sorte de gibier à poil et à plume ; on se figure de grandes forêts où pullulent les cerfs et les daims, où le couguar se glisse dans les broussailles ; de vastes prairies où paissent les troupeaux de buffles et où les coyottes hurlent la nuit, au clair de la lune ; des lacs et des rivières où les castors industrieux bâtissent leurs habitations; mais ce tableau, qui était vrai il y a une trentaine d’années, ne l’est plus aujourd’hui ; les colons, en s’avançant dans le far west, ont en partie défriché les forêts séculaires ; au milieu des prairies s’élèvent des villes populeuses que relie une voie ferrée, et les animaux sauvages ont eu le sort de la race indienne ; ils ont été traqués de toutes parts, et décimés sans pitié. Les castors ont entièrement disparu, les buffles sont devenus fort rares, et parmi les Cervidés, il y a telle espèce, comme le Wapiti, qui peut figurer maintenant à titre de curiosité dans nos parcs et nos jardins publics.
- Après l’Élan, le Wapiti ou cerf du Canada (Cervus canadensis) est assurément le plus grand de tous les cerfs de l’Amérique du Nord : un mâle adulte, comme celui que tout le monde a pu admirer au Jardin d'acclimatation, et qui vient d’être acquis par le Muséum d’histoire naturelle, ne mesure pas moins de 4 pieds à 4 pieds 8 pouces de hauteur au garrot, et à côté de lui, un de nos cerfs d’Europe ne paraît guère plus grand qu’un daim. Le pelage de cette belle espèce est, au printemps, d’un brun rougeâtre, assez foncé sur la tête et sur le cou, plus clair sur le dos et sur les flancs. Une teinte marron s’étend en dessus sur le sommet de la tête et se prolonge en dessous depuis le menton jusqu’au niveau des pattes postérieures, en suivant le milieu de la poitrine et de l’abdomen. Les poils qui couvrent les côtés de la gorge sont d’un brun foncé avec l’extrémité marron, ceux qui revêtent les parties latérales de l’abdomen sont d’un brun noirâtre uniforme. Le museau, qui est fort large chez le mâle, est presque noir entre les narines, mais s’éclaircit beaucoup dans le voisinage de la lèvre supérieure, dont le bord est blanchâtre. De chaque côté du menton on aperçoit deux taches jaunâtres qui se rejoignent vers la lèvre inférieure, en entourant un espace de couleur brune ; des taches analogues existent sur le bord antérieur et sur le bord postérieur des oreilles. Celles-ci sont d’un brun marron en dehors et d’un blanc jaunâtre très-pâle à l’intérieur, ce qui produit un contraste assez bizarre, et les yeux au lieu d’être entourés, comme chez beaucoup de cerfs, d’un cercle blanchâtre, sont environnés au contraire d’une zone de poils bruns.
- Une large plaque d’un brun fauve, limitée de chaque côté par une bande foncée, occupe la région postérieure du corps, le croupion et une partie des cuisses ; la queue, très-courte dans les deux sexes, est d’un jaune roussâtre, enfin les jambes de devant,
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- comme celles de derrière, affectent une nuance encore plus foncée que celle du dos et des flancs. La coloration générale du pelage varie du reste légère-rement suivant les saisons : elle est un peu plus claire, plus fauve en automne qu’au printemps et en été, et elle passe au gris noirâtre en hiver.
- Dans cette espèce, les larmiers, ces fossettes qui chez beaucoup de Cerfs et d’Antilopes existent sous l’orbite et sécrètent une matière onctueuse, sont extrêmement. développés et s’ouvrent par une fente presque aussi longue et certainement aussi large que l’œil lui-même. Enfin les sabots offrent une forme particulière; leur face inférieure est plus arrondie, moins ovale que dans le cerf d’Europe et dans le cerf de Virginie. Tous ces caractères, et surtout la taille et la forme des bois, permettent de distinguer le Wapiti, non-seulement de l’espèce européenne, mais encore de ses congénères américains. Néanmoins, le cerf du Canada a été longtemps confondu avec le cerf d’Europe, et, ce qui est le plus difficile à comprendre, avec l’Élan d’Amérique et même avec l’Élan à crinière qui habite les forêts de la Norwège, de la Suède et de la Lithuanie et le bassin du fleuve Amour. Ray parait être le premier auteur qui ait distingué spécifiquement le Wapiti; mais c’est le docteur Smith qui eut le mérite d’en publier une figure accompagnée d’une bonne description dans le Medical Repository. Les chasseurs le désignent sous le nom de Cerf rouge (RedDeer), d’Élan gris (Grey Elle et Grey Moose), d’Élan à bois arrondis (Round horned Elk) et de Wapiti. Il y a cinquante ans, on le trouvait de l’Atlantique au Pacifique et sur une étendue de plusieurs degrés de latitude, jusqu’au 57e parallèle ; vingt ans plus tard il avait totalement disparu de l’État de New-York, et maintenant il 11e se rencontre plus que dans le voisinage des monts Alleghanys, dans le Minnesota, au nord du Wisconsin, et sur les bords de la rivière Yellowstone. Mais quoique cette espèce ait été largement répandue jusque dans les premières années de ce siècle, on n’a que fort peu de renseignements sur ses mœurs à l’état sauvage ; certains auteurs représentent le Wapiti comme le plus stupide de tous les cerfs ; d’autres, au contraire, soutiennent qu’il est fort rusé et qu’il échappe avec beaucoup d’adresse aux pièges tendus par les chasseurs. 11 se nourrit de gazon et de jeunes pousses d’arbres et il s’apprivoise avec assez de facilité ; on dit même qu’on a pu l’habituer à porter le harnais.
- Cela ne serait pas étonnant, car notre cerf d’Europe ou cerf élaphe, qui 11e se distingue du Wapiti que par sa taille, sa coloration légèrement différente et les dimensions de son bois, est susceptible d’une certaine éducation ; les saltimbanques réussissent parfois à lui apprendre des tours d’adresse, et Brehm rapporte qu’Auguste 11, roi de Pologne, attelait à sa voilure, en 1759, huit cerfs privés; les ducs de Deux-Ponts et de Meiningen avaient également des attelages de cerfs blancs.
- Le Muséum d’histoire a possédé, à diverses repri-
- ses, des Wapitis vivants ; les derniers vécurent jusque dans l’hiver de 1870-71, époque à laquelle ils furent cédés au Jardin d’acclimatation en échange de quelques animaux précieux. Mais ces nobles bêtes ne firent au bois de Boulogne qu’un séjour de courte durée ; et leur arrêt de mort fut bientôt signé ; car Paris était depuis plusieurs mois déjà enveloppé par les armées prussiennes, et il fallait à tout prix procurer des vivres à la population assiégée.
- Les Wapitis du Jardin des plantes, comme ceux du Jardin d’acclimatation, ne se montraient point farouches, s’approchaient volontiers des grilles et venaient prendre du pain dans la main des visiteurs ; mais il est probable qu’en liberté, dans les forêts où ils sont entourés d’ennemis, où l’homme les poursuit sans relâche, ces animaux ne montrent ni la même confiance ni la même douceur. Les cerfs d’Europe que l’on garde en captivité sont en général fort dociles, cependant à certains moments les mâles entrent en fureur, sans cause apparente, contre les personnes chargées de leur apporter leur nourriture ; tout à coup leur œil devient étincelant, leur lèvre supérieure se fronce, ils baissent la tête de manière à diriger contre leur adversaire la pointe de leurs andouillers, et ils fondent sur lui avec une telle rapidité, qu’il lui est bien difficile d’échapper à cette brusque attaque. A l'état sauvage, les cerfs se livrent au printemps, dans la saison des amours, des com-bats acharnés, auxquelles les biches assistent de loin sans y prendre part. Deux mâles se précipitent l’un sur l’autre avec des cris de rage; ils s’attaquent et se défendent avec une agilité surprenante, et font retentir la forêt du choc de leurs bois. La victoire reste longtemps incertaine, enfin l’un des deux adversaires s’étant imprudemment découvert reçoit une blessure qui le force à céder la place, et le vainqueur reste seul maître du troupeau. Quelquefois, cependant, dans l’acharnement de la lutte, les bois s’entrelacent de telle sorte, qu’aucune force ne saurait les séparer, et les deux cerfs, victimes de leur humeur belliqueuse, meurent de faim et d’épuisement ou deviennent la proie des animaux carnassiers.
- Les bois des Cervidés différent complètement, comme chacun sait, des cornes des autres ruminants ; en effet, ces prolongements de l’os frontal, au lieu d’être protégés par un étui corné, comme chez les bœufs et les moutons, sont d’abord recouverts par la peau, mais s’en dépouillent bientôt et restent entèrement dénudés. Ces appendices qui constituent des armes redoutables n’existent en général que chez les mâles ; cependant, chez les rennes, ils sont l’apanage des deux sexes ; ils sont quelquefois simples, mais le plus souvent ramifiés et garnis à l’extrémité d’une dilatation dont la forme rappelle grossièrement celle de la paume de la main. La tige principale se nomme le merrain, les branches terminées en pointe sont les andouillers, et la portion terminale, souvent garnie de digitations, s’appelle Vem paumure. La naissance du bois s’annonce par un grand afflux de sang sur les côtés du front ; dès l’âge
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- de six mois, dans le cerf d’Europe, on voit apparaître deux bosses situées au-dessus des tempes, de chaque côté de la ligne médiane ; ce sont les premiers vestiges des bois, qui ne se développent réellement que l’année suivante.
- L’animal qui n’a pas encore de véritables cornes, mais de simples protubérances frontales, est connu des chasseurs sous le nom de hère. Dès le commencement de l’été, les bois se développent sous la forme d’excroissances gélatineuses qui se consolident peu à peu par le dépôt desels calcaires. La peau qui les revêt est d’abord très-molle et très-vasculaire, elle saigne à la moindre blessure et présente une coloration d’un blanc rosé, tout en étant revêtue de poils nombreux ; mais quand le développement du bois touche à son terme, la circulation se ralentit, la peau se dessèche, se fendille sur certains points, et finalement se réduit en lambeaux que le cerf fait tomber facilement en se frottantcontre les arbres. Les bois apparaissent alors complètement à nu, sous la forme de deux tiges simples, à peine ciselées, terminées en pointes et ressemblant un peu aux dagues des anciens chevaliers ; de là le nom de daguet donné au cerf de deuxième année. Pendant l’automne et l’hiver le bois, ou, comme on dit en terme de vénerie, la tête du jeune cerf ne subit aucun changement; mais vers le milieu ou la fin de mai, un nouveau phénomène se produit ; des vaisseaux sanguins se développent en grand nombre sur les côtés du front, s’insinuent entre la base des bois et l’os qui les supporte, et amènent peu à peu le décollement de ces parties. Bientôt les bois sont mis bas, c’est-à-dire tombent entraînés par leur propre poids ; cette chute est suivie d’une légère hémorrhagie, niais en fort peu de temps la plaie se cicatrise ; puis, sous la peau qui s’est reformée, de nouveaux bois naissent et se développent absolument de la même manière que ceux de l’année précédente.
- Chez quelques Cervidés il n’y a même aucune différence de forme entre ces bois nouveaux et ceux qu’ils sont destinés à remplacer, les uns et les au-étant réduits à une seule tige ; c’est ce qu’on observe, par exemple, chez de petits cerfs de l’Amérique du Sud, appelés pour ce motif même des Daguets {Subulo) ;mais dans les cerfs proprement dits, comme chez les daims, comme chez les rennes ou chez les élans, la tête se complique d’année en année, par la production successive d’andouillers latéraux et terminaux, et par la formation d’une cmpaumure. Le merrain se couvre en même temps de sillons de plus en plus nombreux et de sortes de verrues qui, vers la base, sont réunies en couronne ; enfin, au lieu de se diriger directement suivant l’axe de la tête, celte tige s’écarte de la ligne médiane, et se recourbe d’abord en dehors, puis en arrière, puis légèrement en dedans, de manière à dessiner une sorte de lyre avec la tige du côté opposé. Dans le cerf élaphe, dès la troisième année, on voit apparaître une branche qui est d’abord insérée à une certaine hauteur, mais qui tend à se rapprocher du front à mesure que l'animal
- avance en âge ; c’est Yandouiller d’œil. Au printemps de la quatrième année, c’est-à-dire, lorsque le cerf est né dans le mois de mai, à trois ans révolus, les bois qui se forment ont unandouiller de plus et présentent déjà une faible dilatation terminale ; énfin les années suivantes l’empaumure se dessine et se hérisse elle-même d’un certain nombre de digitations, tandis que le merrain porte souvent, outre Yandouiller d’œil, un andouiller moyen et un andouiller de fer. Il ne faut pas croire cependant que le nombre de ramifications indique toujours d’une manière précise l’âge de l’animal, car dans certains cas une des branches peut avorter ou bien, au contraire, se subdiviser en deux andouillers secondaires; quelquefois même cette atrophie ou cette complication ne porte que sur un des bois et pas sur l’autre. Les andouillers de fer manquent très-souvent; il en résulte que les bois d’un cerf âgé de 6 ans révolus et qui auraient douze branches principales (6 de chaque côté) si le développement avait été normal, ressemblent aux bois d’un dix-cors, c’est-à-dire d’un cerf âgé de cinq ans. Mais ce qui est fort remarquable, c’est que, en laissant de côté les déformations accidentelles occasionnées par des chocs, des blessures, une mauvaise nourriture, etc., on voit toujours les bois reproduire le type de ceux auxquels ils succèdent ; il résulte de là que ces parties offrent au naturaliste des caractères précieux pour la distinction des espèces, et même des genres. Chez les Élans, tels que l’Elan à crinière qui, après avoir été répandu sur toute l’Europe septentrionale est maintenant confiné dans certaines parties de la Suède, de la Norwège, de la Prusse, de la Sibérie et de la Mongolie et l’Élan original ou Mosdeer qui se trouve au Canada, près de l’embouchure du Macken-sic et sur les sommets des Montagnes Rocheuses, les bois se composent d’une tige courte et d’une empau-mure dilatée en forme de pelle, enrayée de nombreux sillons et présentent le long du bord externe de nombreuses digitations ; chez les Rennes, les bois sont réunis sur une courte saillie, et, comme il est facile de le voir sur l’une des figures jointes à cet article, ils se recourbent en arc d’arrière en avant et se terminent par une empaumure moins large que celle de l’Élan, mais garnie également d’un certain nombre de pointes ; de la base de la tige partent deux andouillers superposés qui se dirigent en avant et dont l’un, Yandouiller d’œil, offre souvent aussi une sorte d’empaumure ; enfin un troisième andouiller, correspondant à l’andouiller moyen du cerf élaphe, s’insère parfois au milieu du merrain et se recourbe en arrière. Une disposition plus ou moins analogue se remarque chez un Cervidé de la Chine, qui a été découvert par M. l’abbé David et queM. A. Milne-Edwards a décrit sous le nom à'Eluphurus davidianus. Chez les Daims, il y a, comme chez les rennes, une empaumure aplatie, mais l’andouiller basilaire ne se dilate jamais à l’extrémité ; il se termine en pointe et se dirige presque verticalement ; enfin, chez les Cerfs le bois est arrondi, granuleux,
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- faiblement dilaté à l’extrémité et garni d’andouillers dont le nombre peut, dit-on, s’élever à douze de chaque côté.
- En passant en revue non plus seulement les grands
- groupes, mais les espèces de chaque groupe, on peut constater des différences de même nature, mais d’une importance moins considérable ; par exemple, en comparant un cerf Élaphe dix-cors et un cerf Wa-
- Têtcs de Wapiti, de Renne et de Cerf d’Europe, représentés à la même échelle.
- 1. Cerf Wapiti adulte (10 cors). — 2. Renne adulte. — 3. Cerf d’Europe adulte (10 cors). — 4. Bois du Cerf d’Europe de 2 ans, —
- 5, de 3 ans. — 6, de 4 ans. — 7, de 5 ans. — 8, de 6 ans.
- piti de même âge, tels que ceux qui sont représentés sur la planche ci-jointe, on voit du premier coup d’œil que chez ces deux animaux les bois n’ont pas exactement la même forme ni les mêmes dimensions1.
- 1 Voy. aussi la belle tête de Wapiti que la Nature a publié
- Dans le Wapiti la tige est presque ronde, ou très-légèrement ovale (sur une coupe transversale) dans la seconde moitié de sa longueur ; elle est couverte de
- l’an dernier (nedu 28 mars 1844), d’après une pièce montée I appartenant à M. le capitaine Butler.
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- verrucosités nombreuses qui sont disposées en lignes assez régulières et séparées par des sillons longitudinaux irréguliers ; les andouillers terminés par une pointe lisse, aiguë, dont la blancheur contraste avec la teinte brune du reste du bois, s’insèrent tous sur la face antérieure du merrain, et les deux premiers sont souvent très-rapprochés U un de l’autre, leurs bouts se touchent presque et leurs extrémités divergentes n’étant écartées que de 8 à 10 pouces. La troisième et la quatrième branches, situées beaucoup plus haut, se dirigent presque verticalement, de même que la cinquième et la sixième qui, par leur réunion, forment une espèce de fourche ; du reste ces quatre andouillers sont toujours beaucoup moins développés que les deux premiers, dont la longueur atteint souvent la moitié du merrain mesuré suivant la courbure externe.
- Dans un autre cerf d’Amérique, le Cariacou, ou cerf de Virginie, que quelques auteurs rapprochent des daims en en faisant le type d’un genre spécial, les bois présentent une disposition toute différente ; ils se recourbent en arc en dehors et en avant et portent de trois à sept andouillers, dirigés tous en dedans ; les andouillers de fer ou les andouillers moyens manquent ordinairement, mais l’andouilJer d’œil existe toujours ; en outre le merrain n’est pas ovalaire, comme dans le Wapiti, mais cylindrique dans toute sa longueur, et à ces caractères s’eu joignent d’autres tirés de la taille, de la longueur du cou, de la forme de la tête, de la force des jambes, et de la coloration du pelage, qui permettent de distinguer facilement le cerf de Virginie du cerf du Canada. D’autres espèces, telles que le cerf à queue blanche ('Cervus leucurus), le cerf tacheté (Cervus maculosus), le cerf de Colombie (Cervus columbianus), le cerf du Mexique (Cervus mexicanus), offrent de grands rapports les uns avec les autres, et ressemblent plus ou moins au cerf de Virginie, mais ne sauraient, pas plus que ce dernier, être confondus avec le Wapiti, dont ils n’ont ni la taille imposante ni la tête puissamment armée, ni le pelage foncé.
- Dans le Wapiti, comme dans le cerf commun, le nombre des andouillers s’accroît avec l’âge, mais ne dépasse point, paraît-il, une certaine limite : les bois qui ont plus de neuf andouillers sont extrêmement rares ; le nombre sept est plus commun ; dans ce cas on voit souvent une branche issue de la fourche terminale. Mais quelle que soit la complication de la tête, celle-ci dépasse toujours par son poids et par ses dimensions la tête d’un cerf élaphe de même âge ; M. Baird a vu des bois qui mesuraient lm,50 le long du bord postérieur du merrain, 0m,33 de circonférence à la base, 0ra,22 au-dessus de l’andouiller basilaire, et qui pesaient, avec le crâne, mais sans la mâchoire inférieure, près de 20 kilogrammes. L’écartement des tiges au sommet, était de 1 mètre environ. Le Wapiti récemment acquis par le Muséum d'histoire naturelle est encore jeune, et ses bois sont loin d’offrir un tel développement ; mais, comme les cerfs prospèrent assez bien sous nos climats, on peut
- espérer que cet animal, plus heureux que ses devanciers, pourra, dans peu d’années, dépasser par l’épanouissement de sa ramure, tous les cerfs qui vivent actuellement dans notre Jardin public.
- E. Ou statu: t.
- L’AQUICULTURE EN RUSSIE
- Ou rencontrerait difficilement un pays plus admirablement doué que la Russie d’eaux abondantes, de lacs, de fleuves grandioses, d’étangs même eu un grand nombre d’endroits : l’abondance du poisson y a longtemps été grande ; les mœurs l’indiquent, le poisson étant une des nourritures préférées par la classe la plus nombreuse, et tout à fait répandue dans le peuple. C’est pourquoi le gouvernement a embrassé avec ardeur les perfectionnements destinés à maintenir les eaux de l’empire à un haut degré de fertilité.
- Parmi les établissements appartenant à l’Étal, il en est deux fort remarquables, tant par leurs proportions que par les résultats qu’ils ont fournis : l’influence qu’ils exercent désormais sur la valeur et la production du poisson dans les districts environnants est considérable. Ces deux établissements sont ceux de Nikolsky et de Sawalki. Parmi les établissements privés, un des plus intéressants est celui de M. Zeuneru, situé à vingt-quatre milles de Saint-Pétersbourg. On y élève de la .truite pour la consommation surtout de la capitale. Malheureusement les établissements privés sont encore rares dans la Grande-Russie, tandis qu’ils sont très-communs en Finlande, où nous citerons : Stoklort, dans le gouvernement de Wiborg, éclosion; Abotlbrl, culture de la truite ; Tammerfort, de même ; Stvvarta, dans le gouvernement de Newland, truite saumon, Ferer : Kroneberg, sur les rives du lac Ladoga, l’im des plus florissants; Keksholm, Kiosimènc, sur la rivière du même nom, se jettent dans le golfe de Finlande.
- Dans tous ces établissements, la méthode humide de fécondation usitée en France n’est plus employée : elle est remplacée, avec de très-sérieux avantages, depuis 1862, par le procédé inventé par M. Wrasky. Voici comment on procède généralement en France : on prend un plat ou vase peu profond que l’on remplit d’eau à moitié de sa hauteur, puis on y fait tomber, en pressant le ventre du poisson femelle, une couche égale, mais mince, d’œufs murs. Prenant alors le mâle, on lui fait répandre quelques gouttes de laitance dans la même eau, on agite doucement avec le doigt, on laisse reposer cinq •minutes, on jette le liquide et on lave les œufs pour les porter ensuite soit dans les appareils d’incubation, soit sur les fonds où ils devront éclore naturellement.
- Le procédé Vrasky consiste à faire sortir dans une capacité quelconque à sec, les œufs de la femelle;
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- puis, la laitance est répandue dans un autre vase, mélangée de quelque peu d’eau, le moins possible, et versée alors sur les œufs auxquels on la môle. Non-seulement ce procédé est désormais employé partout en Russie, mais les commissaires américains l’ont adopté et employé pour leurs immenses repeuplements au moyen de l’alose et ont obtenu une beaucoup plus grande quantité d’œufs pour cent, fécondés, que par les méthodes employées chez nous ou chez les Anglais, car elles sont à peu près semblables. Malheureusement, l’alose est tellement sensible, qu’elle meurt toujours dans l’opération, tandis que les salmonidés survivent tous.
- L’établissement russe de Sarvolki est situé sur la rivière Ganeza qui traverse le lac VViczera dans le canal Augustowa. Sa spécialité est de faire de la truite, du saumon et deux espèces de fera, indigènes aux environs, mais assez rares dans le lac où l’on veut en augmenter le nombre." Ce sont le Seya et le Seliava (Ciregonus marcena et albula), variétés locales de la Fera, semblables à celles que nous, rencontrons dans certains lacs de la Suisse, par exemple : Constance et Quatre-Cantons. Outre Wiezena, il existe encore quinze autres lacs appartenant à l’Etat dans le gouvernement de Sawolki et qui sont tous entrain d’être repeuplés avec les alevins nés et élevés à l’établissement, et, en outre, au moyen des œufs fécondés sur place artificiellement. Les plus magnifiques résultats locaux sont déjà obtenus et sont appréciables sur les pêcheries du district, puisque, entre 1860 et 1869, on a vu le revenu croître de trois pour un en général, et en certains endroits ce revenu monter à 6 et jusqu’à 7 pour 1. La Fera, autrefois rare dans cette contrée, ainsi que nous le disions plus haut, y est désormais si commune et si abondante, qu’on la sale et qu’on en approvisionne le marché de Warsaw.
- Nikolski a été fondé par une compagnie d’actionnaires, parmi lesquels était M. Wrassky, et est demeuré établissement privé jusqu’en 1868, où il a été acheté par l’État, et est devenu une ferme modèle pour l’aquicullure. Depuis cette époque on y travaille à régulariser la population du poisson en Russie, c’est-à-dire à établir dans certaines eaux les espèces précieuses qui abondent dans telles autres et manquent dans les premières, en tenant compte, bien entendu, des conditions de climat, de nature des lacs et autres spécialisations appréciables. Il y a évidemment là une admirable opération, féconde en grands résultats pour l’avenir du pays, et qui ?.st rendue aussi facile que possible par la position remarquable de l’établissement, qui communique d’abord avec un certain nombre de rivières : Pestowka, Javon, Polla, Sélijarowka ; puis avec des lacs, comme ceux de Pestow, Velio, Ilenart, Seligker, en un mot, qui communique avec le Volga d’un côté et avec le lac Ladoga de l’autre.
- Nous ne pouvons entrer dans le détail des installations de ces établissements modèles, nous pouvons seulement donner une idée de l’importance des opérations qu’ils peuvent mener à bien, en constatant
- qu’ils sont organisés en bassins et eu étangs pour nourrir et élever 600,000 alevins par an. On peut y féconder annuellement 5 millions d’œufs de Fera,
- 2 millions de truites et 1 million de saumons, enfin la vente peut s’y faire encore sur un million d’œufs sans nuire aux besoins généraux. Les prix de vente sont curieux à étudier : ils montrent combien de sujets peuvent être élevés et gardés sans embarras dans les étangs de l’établissement.
- Depuis la grande entreprise de 1852 qui a consisté à introduire le saumon et la truite saumonée dans le lac Peipus, la plus importante opération tentée par le gouvernement est sans contredit celle qui se poursuit en ce moment de multiplier l’esturgeon par le repeuplement artificiel et, en même temps, de repeupler le Volga au moyen des meilleures espèces de corejones trouvées dans le lac Ladoga. Pour cette dernière opération, l’établissement 'de Nickolsky est admirablement situé, puisqu'il communique, à mi-chemin, avec le lac Seligka, un magnifique champ d’acclimatation. On place tous les ans dans ce lac plusieurs millions de feras de 8 à 10 centimètres de long, ayant deux ans, élevées à l’établissement, et du lac elles seront envoyées tout acclimatées dans le Volga, où elles ne peuvent manquer de prospérer.
- Parmi les différentes espèces d’esturgeons, c’est surtout le sterlet qui attire l’attention des pisciculteurs (Acipentor Rulhenus). En 1869, les expériences de fécondation artificielle furent suivies d’un tel succès, qu’on crut tout gagné et que, l’année suivante, le ministère des Domaines d’Ëtat crut pouvoir disposer de plusieurs millions d’œufs pour le repeuplement des rivières d’Écosse. Depuis, malgré des essais sqr les différents étangs et lacs, malgré tous les efforts de Nikolski, les sterlets, quoique vivant dans les lacs où ils sont nés, ne s’y reproduisent pas encore. 11 faut attendre pour juger et savoir.
- H. DE LA BlANCHÈRE.
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- LE GRAND TÉLESCOPE
- DE L’OBSERVATOIRE DE PARIS.
- L’Observatoire de Paris vient de terminer la construction de l’un des deux grands instruments qui doivent donner à notre principal établissement astronomique le premier rang dans le monde savant : le télescope de lm,20 d’ouverture, l’égal du magnifique télescope de Melbourne, est en place depuis le commencement du mois d’octobre, Nos lecteurs apprendront sans doute avec intérêt l’histoire de ce merveilleux instrument, les péripéties de sa création, les espérances que nos astronomes fondent sur son emploi, et la certitude que leur donne ce premier succès d’être bientôt en possession d’une lunette gigantesque dont l’objectif aura 0m,75 d’ouverture et le tube, 16 mètres de longueur,
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- LA NATURE.
- En 1855, M. Le Verrier avait acheté en Angleterre deux grands disques, l’un de verre à glace, l’autre de cristal, destinés à former les éléments de cet objectif. Léon Foucault, l’illustre et regretté physicien de l’Observatoire, fut chargé d’étudier les procédés à employer pour tailler ces grands verres dont les dimensions, si fort au-dessus de celles auxquelles étaient habitués les opticiens, puisqu’il n’existait pas alors d’objectif plus grand que 0m,38, exigeaient des méthodes nouvelles. On sait comment Foucault fut conduit, par la série de ses études, à réaliser des miroirs de verre argenté destinés à transformer en un faisceau parallèle les rayons émanés d’un point lumineux, et à ressusciter, par l’emploi inverse de ces miroirs, les télescopes abandonnés presque depuis Herschel, complètement oubliés en France. Des essais successifs lui permirent de doter nos observatoires de télescopes de 40 centimètres, de 50 et enfin de 80 centimètres de diamètre, dont' le tube a une longueur égale à six fois seulement le diamètre du miroir. En Angleterre, le pays natal des télescopes, cette longueur ne descend jamais au-dessous de dix fois l’ouverture. Et cependant les instruments bien plus maniables dé Foucault rivalisent aisément en puissance avec les plus beaux appareils Anglais. Le plus grand des télescopes construits par Foucault lui-même, de 80 centimètres d’ouverture, est à Marseille entre les mains de M. Stephan : or, à son aide, cet astronome distingué a vu tout ce que voyait Herschel avec son énorme télescope à miroir métallique de lm,45 de diamètre, tout ce que lord Rosse a vu avec son Lévialhan de lm,70, et il a ajouté des centaines de nébuleuses nouvelles à la liste donnée par ses illustres devanciers.
- Pour couronner sou œuvre, L. Foucault voulut construire le miroir le plus grand qu’il fût possible de tailler à main d’homme par son admirable méthode. Cette limite supérieure est le diamètre de im,20. M. Le Verrier fit donc couler, à Saint-Gobain, un bloc de verre de 700 kilogrammes qui fut dégrossi et débordé dans les ateliers de MM. Sauter et Lemonnier.
- Mais pour construire ce télescope, pour réaliser la lunette de 16 mètres, il fallait des fonds spéciaux, le budget ordinaire de l’Observatoire n’y pouvait suffire. M. Le Verrier sut les obtenir du Corps législatif qui, en 1865, vota un crédit de 400,000 francs.
- Au commencement de 1868, L. Foucault, malgré scs recherches sur les régulateurs, malgré les fatigues causées par la part active qu’il avait prise à l’exposition de 1867, avait préparé les disques du grand objectif, lorsque la mort vint l’arracher à ses travaux et ravir à la France un des génies les plus originaux et les plus fins qu’elle ait possédés. Ce fatal événement, les troubles qui bientôt après agitèrent trop longtemps l’Observatoire, semblaient devoir faire perdre au pays le fruit d’un travail préparé de longue main et rendre inutile la munificence du gouvernement. Heureusement le ministre de l’ins-
- truction publique, M. Duruy, savait prêter une oreille attentive aux suggestions des savants et mettait à leur service une intelligence avide de progrès. Averti par les amis de Foucault, il donna l’ordre de continuer les travaux commencés ; et la direction de l’Observatoire répondit avec empressement à ses ordres. Un éminent artiste, M. Eichens, désigné au choix de M. Le Verrier par le grand prix de mécanique qu’il avait obtenu à l’exposition de 1867 et par la construction des grands instruments de l’Observatoire, reçut la commande de la monture du télescope. M. Adolphe Martin, que L. Foucault avait initié à ses méthodes et associé à ses travaux d’optique, fut chargé de tailler le miroir. Enfin M. Le Verrier attribua à l’un des astronomes de l’Observatoire, M. Wolf, la surveillance générale des travaux.
- La construction devait être achevée en trois années. La guerre, les changements survenus à l’Observatoire firent languir les travaux qui ne furent repris avec activité qu’au retour de M. Le Verrier à la direction en 4873. Au commencement de l’année 1875, le miroir était terminé et essayé sur des mires terrestres ; M. Wolf avait fait construire l’abri du télescope et l’escalier destiné à porter l’observateur1 ; enfin, au mois d’octobre, M. Eichens remettait l’instrument monté dans toutes ses pièces importantes. M. le ministre de l’instruction publique assistait à la première manœuvre du télescope et mettait lui-même en mouvement sa masse énorme.
- Le prix total de l’instrument et de son abri s’est élevé à 190,000 francs.
- Le dessin que nous donnons aujourd’hui représente, avec une scrupuleuse fidélité, le télescope dirigé vers le ciel et dans la position d’observation. L’abri roulant sous lequel il est ordinairement remisé, sorte de grand wagon de 7 mètres de hauteur sur 9 de long et 5 de large, a été reculé vers le nord, en glissant sur de doubles rails. L’escalier d’observation a été amené sur un second système de rails qui lui permettent de circuler tout autour du pied du télescope, en même temps qu’il peut aussi tourner sur lui-même, pour amener l’observateur, placé soit sur les marches, soit sur le balcon supérieur, à portée de l’oculaire. Cet oculaire lui-même, accompagné de la lunette-chercheur, peut tourner autour delà gueule du télescope pour prendre la position la plus facilement accessible à l’observateur.
- Le tube du télescope, de 7m,30 de longueur, est formé d’un cylindre central en fonte, aux extrémités duquel sont boulonnés deux tubes de 3 mètres, consistant en quatre anneaux de fer forgé réunis par 12 barres longitudinales également en fer. Le tout est revêtu de minces feuilles de tôle d’acier. Le poids total du tube est de 2,400 kilogrammes. A l’extrémité inférieure est fixé le barillet en fonte qui con-
- 1 L’abri du télescope et le chariot de l'escalier ont été construits dans les ateliers de la compagnie Lyon-Méditerranée, dirigés par M. l’ingénieur en chef Marié. L’escalier sort des forges de MM. Hémery et Gautier, à Persan.
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- Jjp nouveap Téle*cp}>e de l'Observatoire de Paris. (D’après une photpgraplne.)
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- tient le miroir; à l’antre bout un cercle, mobile sur la gueule ouverte du télescope, porte à son centre un miroir plan qui renvoie sur le côté le cône des rayons réfléchis par le grand miroir et les fait pénétrer dans le microscope à l’aide duquel l’astronome étudie les images des astres. Le télescope est, comme on le voit, du système Newtonien. Celui de Melbourne, si admirablement construit en Angleterre sous la direction de M. Warren de la Rue, est un télescope de Cassegrain; le miroir de métal est percé en son centre d’une ouverture qui reçoit l’oculaire : système avantageux en ce que l’observateur reste toujours à la partie inférieure de son instrument et n’a qu’à s’élever très-peu au-dessus du sol, mais moins favorable peut-être à la perfection des images que le système Newtonien adopté par Foucault.
- Le poids du miroir dans son barillet est de 800 kilogrammes ; l’oculaire et ses accessoires pèsent le même poids. Telle est la charge sous laquelle le tube du télescope, suspendu par son milieu, ne devait pas fléchir de plus d’un millimètre dans les positions les plus défavorables, suivant les calculs d’après lesquels M. Wolf avait déterminé ses dimensions. L’expérience a vérifié ses prévisions : les deux miroirs restent exactement centrés l’un sur l’autre dans toutes les positions du télescope.
- Il faut maintenant pouvoir diriger ce tube vers un point-quelconque du ciel, et il faut de plus qu’une fois l’astre amené dans le champ de l’instrument, celui-ci puisse le suivre, par un mouvement simple, dans sa marche apparente sur la voûté'céleste. C’est à quoi satisfait la monture dite équatoriale du télescope. Celui-ci tourne autour d’un axe en fonte de fer et acier, dont la direction est parallèle à l’axe de la sphère céleste ; puis il peut s’incliner plus ou moins sur cet axe, en tournant autour d’un second essieu d’acier qui traverse le premier à angle droit et participe à son mouvement de rotation. L’ensemble de ces deux axes, véritable merveille de mécanique par la précision et la douceur des mouvements, pèse avec le télescope 10,000 kilogrammes. Telle est la masse qui doit, aiguille d’un gigantesque chronomètre, suivre avec précision la marche des étoiles sur la voûte du ciel, en obéissant à l’action d’une horloge réglée par un régulateur de L. Foucault.
- Pour réaliser cette merveille, M. Eichens a dû réunir les engins les plus délicats de la mécanique de précision et, tout en leur conservant leur délicatesse, leur donner la force nécessaire pour supporter des charges qui effraient l’imagination. Nous ne pouvons expliquer en détail à nos lecteurs la série de ces merveilles, dire comment les frottements sont presque annulés partout, comment toutes les pièces s’équilibrent quelle que soit la position du télescope, comment enfin, en même temps que l’instrument suit le mouvement du ciel,, l’observateur peut à son gré le déplacer légèrement dans tous les sens à l’aide d’organes placés sous sa main. Notre dessin montre quelques-uns de ces organes. Mais il faut les voir en fonction, il faut en entendre les lumineuses explica-
- tions queM. Le Verrier, M. Wolf et ses collaborateurs savent en donner avec une grâce parfaite, et une clarté qui eu fait comprendre et admirer le jeu par le plus profane de leurs auditeurs.
- Cette perfection du mécanisme ne serait rien, si elle ne devait servir à regarder les astres avec un appareil optique d’une perfection égale. Hâtons-nous donc de (lire que les premiers essais déjà faits de l’instrument ont complètement satisfait les astronomes. Non-seulement le miroir a acquis, sous la main de M. Martin, la forme rigoureusement parabolique qui lui donne la propriété de rassembler en un point unique les rayons d’une étoile, mais l’oculaire très-complexe qui sert à regarder ce point lumineux est lui-même exempt de tout défaut. 11 ne reste plus qu’à argenter la surface du miroir, opération aujourd’hui facile par les procédés de M. Ad. Martin, et qui se fera dans une grande bassine de im,30 de diamètre. Dès maintenant, la surface nue du verre poli réfléchit assez de lumière pourqu’il soit possible d’observer les plus faibles étoiles, pour que, dirigé vers la lune, le télescope concentre dans l’œil une lumière presque intolérable. On juge parlàde l’éclat qu’auront les images célestes, lorsque le miroir argenté réfléchira vers l’œil, non plus la moitié à peine, mais plus des neuf dixièmes de la lumière qu’il reçoit.
- La comparaison que nous avons établie plus haut entre le télescope de Marseille, de 0m,80 d’onverture, et les plus puissants instruments étrangers, permet de prévoir les résultats que la science est en droit d’attendre d’un télescope dont le miroir est plus grand encore de moitié et dont le mécanisme a atteint les dernières limites de la perfection. M. Wolf, à qui est confié l’usage du grand télescope, se propose de l’employer à l’étude des planètes et de leurs satellites : combien de questions non encore résolues touchant la rotation des grands corps les plus éloigués dans notre système planétaire, Saturne, Uranus et Neptune; touchant leurs satellites, dont le nombre est encore douteux et dont les mouvements sont mal connus ! En même temps, le nouveau télescope sera muni de tous jés engins nécessaires pour la photographie et pour l’étude spectroscopique des astres : vaste champ d’étude, à l’exploitation duquel nos astronomes vont enfin pouvoir se consacrer avec des moyens dignes de la science actuelle. Nos vœux les plus ardents les.accompagneront dans cette campagne difficile : cqr il n'ç faut pas oublier que l’usage d’un si gigantesque instrument va nécessiter un long et pénible apprentissage. Le télescope de Melbourne à usé deux observateurs avant de se trouver dans les mains d’un astronome qui ait su en tirer parti.
- Dans quelques semaines, sera complètement réalisé le premier des grands instruments promis à la France par M. Le Verrier et par L. Foucault. La construction du télescope a été entreprise la première, comme devant servir d’étude pour la construction, bien plus délicate encore, de la grande lunette de 16 mètres. Le succès du télescope nous garantit
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- LA NAT URL.
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- que M Le Verrier, avec ses éminents collaborateurs, saura mener à bien la seconde partie de sa grande et patriotique entreprise.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE
- DE NAVIGATION AÉRIENNE
- Séance publique annuelle.
- La Société de navigation aérienne a tenu vendredi soir, 5 décembre, sous la présidence de M. Paul Bert, sa séance publique annuelle. L’immense salle de la Société centrale d’horticulture était trop étroite pour contenir la foule empressée de témoigner l’intérêt qui, dans la patrie de Montgolfier, s'attachera toujours aux progrès de l’aéronautique.
- On remarquait au bureau et parmi l’assistance, MM. le colonel Laussedat et Rampont, vice-présidents de la Société, Janssen et llervé-Mangon, ses anciens présidents, Chasles, Balard, Daubrée, Rolland, de l’Institut, Moreau, de l’Académie de médecine, Henri Giffard, le célèbre ingénieur, le contre-amiral Roussin, et un grand nombre d’hommes de science, de députés, de représentants de la presse. Les murs étaient garnis de dessins dus à M. Albert Tissandier, représentant les scènes admirables qui se déroulent aux yeux des passagers dans la région des nuages ; on y voyait également l’immense diagramme de l’ascension de longue durée du 23-24 mars 1875, que Crocé-Spinelli avait dessiné pour l’Académie des sciences. Sur des étagères étaient disposés des moteurs légers, des engins aérostatiques, des appareils d’aviation, etc.
- La séance à été ouverte par un remarquable discours de M. Paul Bert. Le savant député de l'Yonne a vivement ému l’auditoire, en évoquant devant lui le souvenir des nobles victimes de la catastrophe du Zénith, Crocé-Spinelli et ,Sivel, et en retraçant avec éloquence, leur vie, si courte, hélas ! et pourtant, déjà si remplie. On a écouté avec la plus vive attention la péroraison de ce discours : M. Bert, avec un art parfait, a rapidement développé le tableau de la science moderne, laissant entrevoir la grandeur des résultats qu’on en peut attendre dans l’avenir, par l’importance de ceux que nous admirons aujourd’hui. M. Hureau de Villeneuve, secrétaire général de la Société, a lu ensuite un intéressant l’apport sur les progrès de ia navigation aérienne pendant l’exercice 1874-1875. Nous empruntons au Journal des Débats le compte-rendu qu’il publie sur la seconde partie de la séance.
- « Après l’exposé de M. Hureau de Villeneuve, dit le Journal des Débats, M. Gaston Tissandier a parlé des phénomènes d’observation scientifique que les aéronautes ont pu signaler dans leurs hardis voyages d’exploration des couches de l’atmosphère. Cet entretien était accompagné de projections à la lumière oxhydrique, exécutés par M. Molteni ; elles faisaient passer sous les yeux des assistans une image
- fidèle des appareils employés par divers aéronautes et des ineidens curieux de leurs voyages.
- « La parole dcM. Gaston Tissandier a été d’autant plus applaudie, qu’elle puisait une grande autorité dans les nombreux voyages aériens effectués par l’orateur, qui a eu notamment la gloire de faire, Je 15 avril dernier, l’ascension du Zénith en compagnie de MM. Crocé-Spinelli e*l Sivel.
- « Des expériences sur les appareils d'aviation de * MM. Pénaud et Hureau de Villeneuve ont précédé la distribution des récompenses que la Société avait à distribuer. L’une de ces récompenses, le prix Janssen, a été décernée à M. Gaston Tissandier ; l’autre à M. Frédéric Braeray, secrétaire de la Société aérostatique de Londres. »
- LA CATASTROPHE
- DU BALLON « L’UNIYERS »
- Le 8 décembre 1875, M. le colonel du génie Laussedat, l’éminent professeur du Conservatoire des arts-et-métiers, président de la Commission des aérostats au ministère de la guerre, s’élevait dans la nacelle du ballon l'Univers, accompagné de MM. le commandant Mangin, les capitaines Renard et Bit-tard , le lieutenant Bastoul, et Albert Tissandier, chargé par lui de l’exécution de dessins topographiques. Le but de l’expédition était de poursuivre les intéressantes expériences d’aérostation militaire, entreprises dans le courant de cette année. M. Eugène Godard et son aide Térès avaient été chargés du gonflement et de la conduite de l’aérostat. Le départ s’effectua à 11 heures 5 m. Une demi-heure après, le ballon planait à 230 mètres au-dessus de Montreuil, quand une épouvantable catastrophe eut lieu tout à coup. Par suite d’un accident, qui est actuellement l’objet d’une enquête, le ballon se dégonfle, la partie inférieure de son étoffe se relève avec violence, les voyageurs sont précipités contre terre, ayant à peine le temps de jeter quelques sacs de lest. Le choc fut terrible : la nacelle s’incrusta dans le sol, tandis que l’aérostat, presque dégonflé, s’affaissait, perdant le reste de son gaz par une large déchirure !
- Le colonel Laussedat et le commandant Mangin ont la jambe cassée ; le capitaine Renard, une fracture du péronée et une entorse aux deux pieds ; Eugène Godard, la rotule cassée; Térès, de fortes contusions; le capitaine Bittard, une entorse; le lieutenant Bastoul et M. Albert Tissandier sont sains et saufs. Le colonel Laussedat et ceux qui ont été blessés avec lui ont fait preuve d’une rare énergie, d’une force morale peu commune. Ces vaillants officiers ont donné le magnifique exemple de l’héroïsme, en se déclarant prêts, malgré leurs blessures, à se dévouer encore pour la patrie. Sachons nous montrer dignes d’être leurs concitoyens 1
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- LA NATURE.
- LES MONUMENTS PRIMITIFS
- DU COLORADO.
- Le gouvernement des États-Unis lait explorer périodiquement les vastes domaines peu connus de l’ouest de son territoire. Des missions scientifiques, envoyées par le Geotogical and géographical survey of the territories, ne cessent de parcourir ces régions et de les étudier au point de vue de la physique du globe et de la géographie. Dans un de ces récents voyages, un détachement sous les ordres de M. Y. II. Jackson, a trouvé dans le Mesa-Verde, vallée de la Sierra la Plata, un nombre considérable de constructions en ruines venant d’un peuple dont l’histoire est inconnue1.
- On avait déjà remarqué dans l’Arizona et le Nouveau-Mexique des vestiges de monuments qui, depuis la lin du seizième siècle, avaient donné lieu à de nombreuses discussions. A cetle époque, Yaca, voyageur mexicain, rapporte avoir vu plusieurs cavernes naturelles formées de murs de maçonnerie encore habitées. Powell et llewberry avaient signalé d’autres ruines identiques dans les canons du Colorado, gorges étroites situées beaucoup plus au sud. Mais les recherches deM. Y. 11. Jackson et de ses collaborateurs ont récemment jeté la plus vive lumière sur le problème que soulevaient, ces ruines. Les voyageurs ont découvert et examiné un nombre prodigieux de monuments primitifs tout particuliers, dont nous allons, d’après eux, donner une description sommaire.
- Les vestiges de murailles dont il est question s’élèvent généralement au milieu d’anfractuosités de rocher dont ils forment un ou deux côtés, constituant ainsi une enceinte grossière, mais absolument close et rendue habitable. Les voyageurs ne les trouvèrent d’abord que par les hasards de l'exploration, car ces constructions primitives sont généralement perchées à deux ou trois cents mètres de haut, sur le
- 1 Ancient ru ins in Soulhwestern Colorado by V. H. Jackson. — Bulletin of the United States geological and geo-graphical survey of the territories. — Second sérié. 'Washington, 1875, ii° 1, p, 17.
- liane de montagnes rocheuses difficilement accessibles, et, vues de loin, elles offrent bien plutôt l’apparence de nids d’aigles que de monuments dus à la main de l’homme. Depuis que l’attention de M. Jackson fut dirigée vers ces ruines singulières, il les rechercha et ne tarda pas à en rencontrer plusieurs centaines groupées dans le voisinage les unes des autres, non loin de plateaux élevés. Il trouva aussi, espacées çà et là dans la môme contrée, des tours circulaires dont plusieurs en bon état de conservation. Elles paraissaient encore dominer le pays
- comme des postes d’observation militaire.
- Les murs de ces monuments sont construits avec des pierres mal taillées, ou plutôt épanellées à coups d’autres pierres ; ces matériaux sont cimentés avec un mortier peu consistant, considérablement dégradé aujourd’hui, ce qui leur donne à première vue l’aspect de pierres sèches simplement placées les unes
- sur les autres.
- L’intérieur du monument, qui n’a pas été soumis
- aux influences destructives de l’atmosphère, est mieux conservé ; les pierres y cou-servent encore leurs joints remplis de ciment.
- Les explorateurs ont trouvé des constructions d’une importance beaucoup plus considérable et n’ayant pas moins de 50 mètres de façade, percées de fenêtres et de portes ; ils onL rencontré encore de véritables accumulations de ruines symétriquement disposées et formant les ruines de villages. Dans d’autres circonstances, les monceaux des décombres étaient les seuls indices de ruines.
- Entre le Man cos et le Dolores, l’expédition américaine a décélé des travaux qui dénotent de la part de leurs auteurs une industrie peu commune. « Près de la source, s’élevait sur la droite une ruine massive dont les débris formaient, à certains endroits, des monticules de plus de six mètres de hauteur, recouverts de plantes grimpantes et d’arbustes. Sur le même plateau il existait une série de fragments de murs alignés sur une longueur déplus de 500 mètres. Dans quelques endroits, la disposition était assez géométriquement déterminée pour qu’on puisse compter le nombre des maisons et celui des divisions de chacune. A deux cents mètres plus bas, un grand mur en bon état de conservation formait un carré
- llutlc de pierre à deux étages construite dans un creux de rocher du Canon Mancos, à 30 mètres au-dessus du lit de la rivière. A l’intérieur de la hutte les murs sont enduits de ciment, et on y voit des vestiges de peinture.
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- LA NATURE.
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- de 50 mètres ; la maçonnerie paraissait être différente de celle du groupe précédent, qui pouvait être considéré comme un village, tandis que ce grand mur devait être une forteresse ou un temple ; les matériaux mieux choisis, taillés avec plus de soins, les parements dressés régulièrement , contrastaient avec le système des autres ruines vues jusqu’alors. »
- Après avoir passé en revue ces curieux vestiges, M. Jackson appelle l’attention sur leurs anciens auteurs. D’après lui , les aborigènes qui habitaient jadis ces régions désolées et seulement arrosées par les pluies d’hiver, y vivaient depuis un temps immémorial. Ils cultivaient les terres environnantes, savaient même l’art de la [loterie , puisqu’on a retrouvé sous des amas de décombres, des vases façonnés et cuits au feu, mais ils ignoraient complètement l’art de la métallurgie du fer. Ils se nourrissaient avec les produits de leur terres plutôt que de la chasse. 11 y a peut-être un millier d’années qu’ils furent sans cesse troublés par les incursions des sauvages du Nord, avec lesquels les rapports, d’abord amicaux, se changèrent en hostilités. Ces sauvages, qui furent probablement les ancêtres des Tites d’aujourd'hui, ne tardèrent pas à piller leurs habitations en livrant aux habitants des combats sanguinaires. Ce fut à cette époque que, pour se mettre à l’abri de leurs ennemis, ils bâtirent ces demeures dans des endroits inaccessibles où ils entassèrent leurs provisions d’hiver. Ils ont construit des réservoirs, dont on a encore trouvé des traces, précaution nécessaire dans un pays où l’eau est rare pendant l’été. Les tours qu’ils ont élevées sur les sommets étaient destinées à placer des sentinelles.
- Il est probable que les ennemis sont encore revenus et qu’ils les ont exterminés d’une manière plus
- complète ; on pourrait encore supposer que ces anciens habitants du Colorado ont émigré dans les déserts de l’Arizona à la recherche de pays plus paisibles. Peut-être les Moquis sont-ils leurs descendants actuels, car suivant la tradition de ces peuplades
- encore errantes aujourd’hui, le sud-ouest du Colorado aurait été habité jadis par leurs ancêtres.
- Quoi qu’il en soit, ces incertitudes seront pro-chainementélucidéeSjCar ces curieuses régions sont actuellement l’objet d’explorations plus complètes entreprises par une expédition scientifique et militaire, partie de Los Angeles sous la direction du colonel Wheeler. Le vaste désert du Colorado et les bords de l’Arizona ne tarderont pas à dévoiler leurs secrets à la science.
- Le colonel Wheeler a déjà commencé de nombreuses investigations, et a récemment donné des nouvelles de l’expédition dont les résultats promettent d’être fructueux.
- Les gravures, que nous publions ci-contre, ont été tidèlement reproduites, d’après les curieux et intéressants documents que M. Y. IL Jackson a communiqués au Geological and geogra-phical survey of the ter-ritories. La première de ces gravures représente, construite dans une anfractuosité de rocher, une petite maison de pierre, à deux étages superposés. Quelques vestiges de peinture étaient encore visibles sur les murs intérieurs. La seconde donne la vue d’une autre habitation du même genre, mais n’étant forméeque d’une seule chambre de plain-pied. La troisième représente la tour dont il a été parlé précédemment. Comme on le voit sur nos dessins, le pays où s’élèvent ces antiques débris est très-pittoresque et particulièrement accidenté. D’immenses massifs de rochers en dominent la surface entière.
- J. GlflAPiD.
- Tour carrée placée sur le sommet d’un rocher isolé dans la vallée • de Mc Elmo (Utah).
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- ï,e ’lVngon-Giffard. — Nous avons précédemment parlé (troisième année, 1875, 2e semestre, pag, 209) du nouveau wagon à suspension perfectionnée, de M. l’ingénieur Giffard, et nos lecteurs n’ont certainement pas appris sans intérêt que, grâce au nouveau système, ils pourront désormais parcourir les voies ferrées sans être soumis au mouvement de lacet des wagons ordinaires. La voiture construite par M. Giffard ne pouvait circuler sur le chemin de fer, sans être munie de l’estampille de la Préfecture de police. Nous apprenons que d’après les ordres émanés du ministère des travaux publics, M. le Préfet de police a nommé une commission chargée d'expérimenter le wa-gon-Giffard. Aussitôt les essais terminés, la voiture, estampillée, sera attachée au train des députés, sur le chemin de fer de Versailles. Nos représentants seront les premiers à apprécier les avantages de ce wagon, si bien suspendu, que pendant le trajet, un verre à pied, rempli d’eau jusqu’aux bords, peut être posé sur son plancher, sans qu’une seule goutte se répande. 11 y a lieu de féliciter M. le ministre des Travaux publics, et les Compagnies de chemins de fer, de se préocuper des moyens d’aecroitre le confortable des voyageurs. On doit aussi rendre un juste hommage à M. Henri Giffard,.qui a si habilement résolu un problème rempli de difficultés. L’inventeur de l’injecteur, le constructeur des ballons captifs à vapeur, a d'ailleurs habitué le monde savant et industriel aux surprises de ce genre, et notre célèbre ingénieur lui en réserve d’autres, qui, nous l’espérons, apparaîtront dans un avenir prochain.
- Transformation du schiste en argile. — Dans d’anciennes mines de houille du pays du Liège, dont l’exploitation ne saurait remonter à plus de 700 ans, M. A. Fii’ket a constaté que des infiltrations produites par des eaux souterraines avaient transformé le schiste houiller en argile plastique, sur une épaisseur de 0ra,40. Comme le schiste diffère surtout de l’argile par la présence des alcalis, on conçoit que des eaux souterraines puissent enlever ces alcalis, kaoliniscr complètement le schiste et même le changer sur place en argile plastique. La Revue de Géologie rappelle à ce sujet quê MM. Dewalque, Briart et Cornet, ont fait observer que les sources thermales ont encore dû faciliter dans les schistes les décompositions de ce genre, et, së répandant ensuite dans les terrains, elles y ont-donné lieu à des dépôts d’argiles, particulièrement d’argiles gevsériennes.
- Bois Indestructible. —Sous ce titre, l'Iron nous apprend qu’en ce moment l'attention est vivement appelée sur les nouveaux procédés du révérend docteur Jones pour conserver les bois de construction, les rendre incombustibles et donner aux essences quelconques la dureté du tcak ou du chêne. M. Jones emploie, pour la préparation des bois, une solution de tungstate de soude, injectée à chaud ; la dépense n’est guère que de 30 centimes par pied cube et sera certainement réduite quand on opérera en grand, car au cours actuel même de 375 francs la tonne de solution suffisante pour traiter 1,200 à 1,500 pieds cubes, le prix réel ne ressort guère qu’à 25 centimes le pied cube.
- « L’efficacité du procédé a été prouvée par des expériences publiques, entre autres celle de Chicago, où l’on avait construit deux maisons avec les bois de M. Jones, l’une en tièreinent, l’autre partiellement ; on essaya vainement de mettre le feu à la première, et la flamme détruisit rapidement la seconde à l’exception des charpentes injectées. » Les autres épreuves de durée et de dureté, ajoute la Revue
- Maritime, ne sont pas moins concluantes; aussi le gouvernement est-il entré en arrangements avec l’inventeur, d’autant que ce dernier a récemment encore amélioré son procédé en rendant insoluble le sel employé; il peut ainsi 1 appliquer aux bois exposés à l’air, tels que pavages, traverses de chemins de fer, etc., et même à ceux qui doivent séjourner dans l’eau.
- Tremblement <le terre en Italie. — Les journaux de Naples sont remplis de détails sur le tremblement de terre qui a été ressenti, le 6 décembre 1875, dans les provinces méridionales.
- Vers trois heures et demie du matin, une forte secousse de tremblement de terre a jeté l’alarme dans la ville de Naples et dans les localités environnantes. L’épouvante a été générale. En quelques instants, les rues, les places, les églises, les cafés ont .été remplis de monde. Malgré une pluie battante, une foule énorme s’est portée au cours Victor-Emmanuel, à la place Cavour, à la place de la Municipalité, au Môle et à la place du Plébiscite. Heureusement rien de sinistre ri’est arrivé. La panique s’est dissipée peu à peu. Avant l’aube, tout était rentré dans l’état normal, et il ne restait qu'une anxiété générale causée par les nouvelles qu’on attendait des provinces. Voici maintenant les renseignements que nous a communiqués M. le professeur Palmieri :
- « Cette nuit, à trois heures vingt-quatre, une sensible secousse de tremblement de terre a été ressentie à Naples. Le sysmographe de l’Université a enregistré ce qui suit : Première secousse fortement ondulatoire du N.-S. auS.-O., puis quelque peu tourbillonnante et enfin saccadée. Sa durée a été de dix-huit secondes. Le sysmographe du Vésuve a enregistré, à la même heure , les mêmes phénomènes, mais avec moins d’intensité, de sorte que l’impulsion dynamique est partie d’un autre point. A neuf heures et demie, un télégramme du syndic de Ca’azzo annonce que la secousse a été ressentie aussi dans celte localité. » L. Palmieri.
- Chemins de fer métropolitains de Paris. — Le
- conseil général de la Seine, à la fin de sa session, a reçu les avant-projets de chemins déféra construire pour faire pénétrer dans Paris les raccordements des. grandes lignes et du chemin de ceinture. L’ensemble du tracé proposé par les ingénieurs se divise en trois résaux, dont les têtes de ligne à l’intérieur de Paris seraient le Château-d’Eau, les Halles et la place Saint-Germain-des-Prés. Les voies partant de ces points iraient gagner la Ceinture, en desservant les autres gares intérieures (Montparnasse, Saint-Lazare, Nord et Est). Enfin la quatrième ligne est celle qui, consacrée pendant quelques heures par jour au service du cimetière de Méry-sur-Oise, fera aussi le service des voyageurs. Elle partira de la place Clichy et gagnera, par Genevilliers, Cor-meille et llarblay, suivant le tracé que nous avons déjà indiqué.
- Enduits préservatifs contre le feu. — Monsieur Patera, administrateur des mines du gouvernement autrichien, propose deux compositions différentes pour préserver du feu les matières inflammables. 1° Un mélange de 3 parties en poids de borax, 2 1/4 parties de sel amer et 20 parties d’eau. L'effet de ce mélange repose sur la formation du borate de magnésie insoluble dans l’eau chaude ou froide ; ce sel enveloppe hermétiquement les fils des tissus ou les fibres dubois, et, en rendant très-difficile la formation des gaz combustibles, il s’oppose à la flamme. 2° Un mélange de sulfate d’ammoniaque et de plâtre en différentes proportions suivant qu’il doit servir pour des
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- étoffes plus ou moins fines. Le plâtre paraît former avec le sel ammoniacal une combinaison double qui enlève à ce dernier toutes ses propriétés désagrégeables. A haute température le dégagement des vapeurs d’ammoniaque empêche le feu de se propager. Avec 33,5 parties en poids de sulfate d’ammoniaque et 06,6 parties de plâtre, on fait dans l’eau une solution concentrée dont une seule couche suffit pour préserver du feu, et qui, pour quelques centimes, permet de rendre presque incombustible un mètre carré de construction en bois. Le bois brûle, mais difficilement; et le feu s’éteint tout seul s’il n’est alimenté par des matières étrangères. Pour empêcher dans les constructions exposées aux variations atmosphériques que l’enduit préservateur disparaisse, on le recouvre d’une couche de goudron, ou de peinture à l’huile, ce qui ne lui enlève presque rien de ses propriétés. (Revue industrielle.)
- Un carton-feutre d'amiante. — On emploie, depuis assez longtemps en Angleterre, pour les joints de vapeur, une garniture d’amiante (Asbestos milliboard for joints) qui a donné, dans des applications variées, les plus heureux résultats. La propriété remarquable de l’amiante de résister aux températures et aux pressions les plus élevées, sans se brûler comme les matières fibreuses et végétales, sans se fendiller comme les caoutchoucs, assure au carton-feutre une durée presque indéfinie, en même temps que, par sa plasticité, il se prête à embrasser les formes les plus compliquées. En outre, il est inattaquable par les acides, et la rouille est sans action sur lui. Cette garniture, lit-on dans le journal la Houille, a été appliquée avec succès sur les locomotives de plusieurs. Chemins de fer (N. Bristish, Calcdonian Raihvay), à bord des steamers (Anchor Line), sur les machines à vapeur d’un grand nombre d’établissements industriels : elle a été employée soit pour les joints des dômes de vapeur, des trous d’homme, des cylindres et des brides de tuyaux.
- Cartes statistiques. — Ce système,dû àM. Paquacr, professeur à Chambéry, et récemment soumis à la Société d’encouragement, consiste dans la division de la France en régions, dont toutes les parties soient de même importance sur tous les points de vue que la statistique considère, et, sur chacune d’elles, dans l’inscription d’une formule statistique analogue aux fonnules chimiques, qui représente par une lettre initiale chacune des parties essentielles de l’industrie, du commerce, etc., ou, dont la statistique a constaté les résultats, puis par un chiffre placé en indice, mais très-apparent, la quantité de développement que cette branche de la richesse de la population a prise dans cette région. Pour rendre la lecture plus aisée et les résultats plus faciles à retenir, chacune des lettres statistiques a une teinte différente et les couleurs diverses employées servent à indiquer des catégories différentes de renseignements. Il résulte de ces dispositions un tableau géographique d’une parfaite clarté, dans lequel les rapprochements sont rapides et dont l’ensemble est facile à obtenir pour les élèves. On ne croit pas qu’il soit possible de réunir, pour aussi peu de frais d’étude, autant de résultats tous faciles à classer dans la mémoire des spectateurs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 décembre 1875. — Présidence de M. Fhémy.
- Le phylloxéra et l’Afrique. — La culture de la vigne devient de plus én plus importante dans notre colonie
- d’Afrique. En 1864, 9,715 hectares étaient plantés do vignes ; en 1874 cette surface atteignait 18,264 hectares.
- 11 est donc bien naturel que les colons se préoccupent des ravages qu’apporterait chez eux l’arrivée du phylloxéra et qu’ils soient effrayés des dangers que leur font éprouver leur constants rapports avec le sud delaFrance. Aussi, le 8 janvier 1875, legénéral Chanzy, gouverneur de l’Algérie,
- .obtenait—il du président de la République, un décret prohibant l’importation de France des ceps et des raisins. Bientôt celte mesure parut insuffisante et le 30 novembre 1874 un nouveau décret interdisait l’entrée de l’Algérie à tous ceps, raisins, sarments et feuilles de vignes, quelle que soit leur provenance. Craignant de ne s’être pas encore mis complètement à l’abri, le gouverneur général fit rendre le 14 août 1875 un troisième et dernier décret fermant les ports algériens à tous les arbustes d’essence quelconque provenant des régions infestées par le phvl-loxera.
- Cette mesure souleva de nombreuses réclamations dont se préoccupèrent vivement les Sociétés d’agriculture de Paris, de Lyon et d’Annonay et qui furent renvoyées au ministre du commerce. L’industrie arboricole est en effet lésée .de la manière la plus préjudiciable par la disposition qui vient d’être indiquée et beaucoup de personnes pensent que, dans sa légitime préoccupation de préserver les vignes africaines, le général Chanzy a exagéré les précautions à prendre : suivant elle le phylloxéra ne peut pas êlre introduit par les végétaux autres que la vigne. C’est dans cet état de choses que le ministre s’est adressé à l’Académie pour obtenir l’avis des savants les plus compétents sur la matière. La commission du phylloxéra s’est réunie ; elle a fait comparaître à sa barre les délégués de l’Académie qui ont étudié les parasites avec tant de soin; puis elle a rédigé un rapport dont M. Bouley donne lecture aujourd’hui.
- Le rapport conclut au maintien du décret de prohibition avec cette atténuation que l’entrée de l’Afrique sera laissée libre aux arbustes provenant des régions françaises situées à 50 lieues au nord du parallèle le plus septentrional atteint par le phylloxéra. Cette conclusion n’a rencontré qu’une seule opposition, de la part de M. le professeur Blanchard, qui l’a qualifiée de regrettable. Suivant lui le phylloxéra ne peut être introduit que par la vigne, et l’on vient sans raison ruiner une industrie des plus dignes d’égards. Si l’on interdit les ports d’Afrique aux arbustes français, il faut êlre logique et empêcher qui que ce soit de débarquer en Algérie car on peut toujours supposer qu’un œuf de phylloxéra a pu s’attacher aux habits d’un voyageur ou s’être glissé dans la boue de ses souliers.
- Une vive discussion s’engage à ce propos, à laquelle prennent part, outre MM. Bouley et Blanchard, MM. Dumas, Milne-Edwards et Brongniart ; le vote de l’assemblée donne raison à la commission.
- Sur le sable vert inférieur au calcaire grossier. — M. Daubrée présente, avec détail, une note dans laquelle nous exposons les résultats de l’examen lithologique auquel nous avons soumis le sable à glauconie qui, dans les environs de Paris, forme comme le soubassement du calcaire grossier. Nous y avons reconnu la présence de fragments granitiques (quartz et feldspath) et de débris provenant de diverse assises du terrain crétacé, parmi lesquels on peut citer des silex, des calcaires et des rognons phosphatés analogues aux coquins des Ardennes, lesquels gisent dans le gault. Nous pensons que les fragments granitiques ont été apportés de la profondeur sous forme
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- LÀ NATURE.
- d’alluvions verticales par des sources artésiennes qui pouvaient sourdre au fond de la mer ; quant aux matériaux d’origine stratifiée, ils dérivent véritablement de la dénudation d’antiques falaises par un mécanisme identique à celui actuellement en jeu sur toutes les côtes où la mer gagne sur la terre ferme. Stanislas Meunier.
- DIFFORMITÉS
- supérieure a poussé si courbée, qu’elle a fini par passer entre les branches de la mandibule inférieure et par causer la mort de l’oiseau par inanition. Or l’oiseau, quand on l’a trouvé mort de faim, était adulte ; il avait donc vécu longtemps avec sa difformité; le difficile est de comprendre comment il a pu y réussir.
- Le second spécimen est celui d’un sansonnet porteur d’une mandibule inférieure excessivement allongée. Par quelle raison les deux mandibules ont-elles pu, chez cet oiseau, devenir inégales? lui qui n’emploie son bec que pour fouiller la terre, et encore la terre molle, pour y trouver des vers. En examinant attentivement les os de cette mâchoire on reconnaît qu’ils ne sont pas sortis de leur position normale, et que la pointe excédante en avant est entièrement formée de corne. J’ai souvent constaté la même difformité chez des oiseaux maintenus longtemps en cage; là on en reconnaît facilement la cause et la loi. Leur bec manque d’usure, de cette usure naturelle que l’oiseau trouve en liberté et qu’il cherche le long des corps rugueux, surtout chez les granivores. Chez ces derniers c’est ^souvent la mâchoire supérieure qui s’allonge indéfiniment. Nous y avons plusieurs fois remédié, en coupant avec soin la partie excédante, qui repoussait toujours avec une assez grande rapidité. Il en était absolument de même pour les ongles, quand ils avaient pris un développement anomal et qui, dans ces conditions, empêchaient absolument les oiseaux de percher.
- Nous pourrions encore citer d’autres cas analogues, mais nous nous bornons à mentionner ceux qui nous paraissent offrir un intérêt spécial. Nous ajouterons que les gravures que nous publions ici des deux difformités, signalées précédemment, ont été dessinées d’après nature, sur les tètes que nous avons entre les mains : elles sont d’une exactitude scrupuleuse. W. B. Tegetmeier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiër.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- The Struggle for life, la lutte pour la vie, u’est nulle part plus saisissante que lorsque des difformités frappent par hasard les organes préhensibles des animaux. Des cachalot=, dont la mâchoire inférieure avait été si bien tordue dans les combats que se livrent entre eux les mâles, qu’elle ne pouvait plus fermer, ont vécu cependant, et ont vécu assez bien pour être harponnés en excellentes conditions. J’ai en ma possession la tête d’un saumon qui pesait douze livres, et qui est remarquable par l’absence totale de mâchoire supérieure. Gomment vivait-il ? je l’ignore ; mais enfin il vivait, et vivait bien, car il est arrivé à un grand développement. Pareils faits se retrouvent chez les quadrupèdes. Rien n’est plus commun que de.ren-contrer des lièvres, des lapins et d’autres rongeurs avec les dents incisives se projetant hors des mâchoires de telle sorte, que l’acte de la manducation semble absolument impossible. En effet, 1 équilibre de ces dents, qui frottent à leur extrémité l’une contre l’autre, ne se maintient que pareequ elles s’usent réciproquement et régulièrement. Que l’une soit brisée, celle d’en face poussera indéfiniment et sortira des mâchoires. Je suis convaincu qu’un grand nombre des animaux ainsi frappés succombent, mais il y en a beaucoup aussi qui trouvent moyen de vivre, puisqu’on les rencontre.
- De semblables difformités et d’autres également graves se trouvent chez les oiseaux et n’amènent pas immédiatement la mort de ces animaux. Nous en donnons ici deux exemples des plus singuliers. Le premier est celui d’une poule faisane dont la mandibule
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- LA A A TIR E
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- LES MYGALES
- Parmi les habitants de ]a galerie des reptiles du Muséum, ou remarque eu ce moment un hâte étranger. C’est une araignée de furie taille, que son amour pour la chaleur a lait admettre parmi les serpents et les crocodiles. Ce représentant de la grande classe des Aranéides appartient à la tribu des Téra-pliroses et au genre Mygale. C/est une de ces grandes Mygales exotiques, désignées parfois sous le nom d’Aviculaires, parce qu'on a prétendu qu’elles fai-
- i saieut leur proie d'oiseaux de petite taille. La Mygale j du Muséum a reçu de M. Lucas le nom spécial de ; bicolore (J7. liicolor, Lucas).
- Comme presque toutes les araignées, cette Mygale a huit yeux. Ces yeux sont presque égaux entre eux, et ramassés sur le devant du corselet. Trois de chaque coté forment un triangle irrégulier dont l'angle le [tins aigu est dirigé en avant. Les deux autres yeux sont situés entre les premiers sur une ligne transverse. Les mandibules sont armées de dents, de piquants, constituant le petit appareil dé-| signé sous le nom de peigne ou de ratcau. Les palpes
- Mygale bicolore actuellement vivante an Jardin des plantes. (Grandeur naturelle.)
- présentent des crochets qui, de même que ceux qui 1 arment les pattes, jouissent d’une rétractilité comparable à celle des grilles de nos chats.
- L;t Mygale bicolore a le céphalo-thorax d’un noir velouté à reflet olivâtre ; l'abdomen et les pattes noires sont hérissés de longs poils d’un ferrugineux rougeâtre. Cette espece a beaucoup d’analogie avec d’autres Mygales plus anciennement connues, par exemple, avec la Mygale Spinicrus de Cuba, dont j elle se distingue par la couleur du corselet, cette j partie du corps étant d’un brun rougeâtre chez l'habitante de Cuba. Mais c’est surtout à la Mygale versi-colore que ressemble l’araignée dont nous nous occupons ici. Elle s’en distingue, toutefois, par la forme des palpes et quelques autres caractères.
- Lorsque la Mygale bicolore est adulte, elle ne me-
- sure pas moins de O111,08 de longueur (sans compter les filières) sur une largeur de 0m,027. C’est une araignée chasseuse, et c’est pendant la miit qu'elle se livre à la poursuite du gibier qui lui convient. En effet, eu captivité, ou voit la Mygale rester immobile [tendant, le jour, indifférente môme aux insectes que l’on place [très d’elle pour servir à sa nourriture. Mais, dès que vient la nuit, guidée par son iustinct, l’araignée parcourt rapidement sa prison, et sacrifie impitoyablement tous les insectes qu’elle dédaignait naguère.
- Les insectes qui lui servent de nourriture sont des blattes, des grillons, etc. Cette alimentation semble parfaitement lui suffire, 11 [tarait cependant que, dans leur pays, ces grandes araignées attaquent parfois des animaux plus forts que ces insectes.
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- LA NATURE
- Ainsi, Milbert raconte avoir sauve la vie à un bengali pris flans la toile de la Mygale Leblond, et M. Pcrty assure avoir vu ces araignées se nourrir d’oiseaux et de reptiles. Il est probable, néanmoins, que ce sont là des faits exceptionnels. Si on examine, en effet, les glandes à venin des Mygales, on voit qu’elles sont relativement très-petites et doivent sécréter difficilement la quantité de poison nécessaire pour tuer même un petit oiseau. A plus forte raison doit-on révoquer en doute les récits qui prêtent aux Mygales une morsure dangereuse pour l’homme. D’Azara, qui observa souvent des nègres mordus par de grosses Mygales, ne constata jamais d’accidents sérieux à la suite de ces morsures ; parfois seulement il nota un petit accès de lièvre.
- Deux voyageurs qui parcoururent longtemps le Brésil, MM. Spix et Martius, racontent que fort souvent les grosses Mygales viennent pendant la nuit visiter les lits des voyageurs. Mais, quelque désagréables que puissent être de semblables visites, il ne semble pas qu’il eu résulte jamais d’accidents.
- Ce ne sont d’ailleurs pas des animaux bien courageux «pie ces Mygales. Walckenaer conservait une de ces grosses araignées dans un grand vase de verre. Un jour, il introduisit dans la prison de sa captive une guêpe assez forte, mais qu’il ne supposait pas cependant devoir résister aux attaques d’une araignée capable de metlre à mort des reptiles ou des oiseaux. La guêpe s’élança courageusement, la Mygale recula, fut piquée, et mourut. Au reste, ces grosses araignées ne paraissent pas inspirer dans leur pays un dégoût aussi prononcé que celui qu’elles nous font éprouver. Ainsi, dans des îles d’Amérique, on se sert, paraît-il, de l’onglet qui arme leurs mandibules, pour fabriquer des cure-dents. On attribue à ces singuliers instruments la vertu d’empôcher les dents de se carier, ou d’en apaiser les douleurs.
- Les Mygales exotiques ne font pas, en général, de grands frais pour leurs habitations. Les gerçures des arbres, les interstices des masses de pierres, la surface des feuilles, les recoins des maisons abandonnées paraissent amplement suffire à leur bien-être. Toutefois, elles construisent une cellule d’une soie très-line, blanche, demi-transparente. Cette cellule a la forme d’un ovale allongé, tronqué antérieurement et ayant environ 0m,02 sur 0m,06 de large.
- Pendant longtemps, on a cru que toutes les Mygales exotiques n’avaient pas d’autres habitations, et que jamais elles ne construisaient rien qui ressemblât aux merveilleuses demeures des Mygales qui habitent nos contrées. En 1756, Patrick Brown avait bien parlé, dans son Histoire de la Jamaïque, d’une grosse araignée se creusant un tube dans la terre, mais il semblait que ce lut là un travail des plus grossiers, et ne pouvant en rien se comparer aux tubes de nos Mygales pionnières. Mais depuis, V. Au-douin a figuré et décrit le nid d’une Mygale, provenant de la Nouvelle-Grenade, et ressemblant beaucoup à ceux de nos Mygales européennes. Tout le monde connaît, de réputation au moins, lco ha-
- bitations de ces dernières. Cependant, il n’est peut-être pas inutile d’en rappeler rapidement les merveilleuses dispositions. Nous prendrons pour type le nid de la Mygale de Corse (M. Fodiens), qui semble être la plus parfaite de ces habitations. Un mot d’abord sur le constructeur. C'est une araignée d’un brun clair, uniforme, sans mouchetures sur sou abdomen. Les mandibules sont armées de cinq ou six épines qui garnissent le bord supérieur de ces organes, et de quelques autres, moins prononcées, situées en dehors des premières. Cette Mygale habite des tid.)es qu’elle creuse dans la terre argileuse, cl qui ont environ 0m,06 de haut sur 0m,025 de largeur. Droits dans les deux tiers de leur étendue, ils deviennent légèrement obliques vers leur extrémité inférieure. Si ou examine ces tubes avec attention, on voit que ce ne sont pas de simples galeries creusées dans la terre. Us présentent des parois formées par une espèce de mortier, si bien, qu’avec un peu de soin on parvient à les isoler complètement, et même à les fendre sur toute leur longueur. L’iuté-rieur de ces tubes est tapissé par une étoffe soyeuse, mince et lisse.
- Dans nos demeures, quand on veut tapisser les murs d’une tenture de quelque prix, on a soin de placer d’abord sur la muraille un papier plus grossier. Notre Mygale n’agit pas autrement. Avant de placer l’étoffe soyeuse destinée à tapisser sa demeure, elle recouvre les parois du tube d’une len-iture plus grossière formée de fils plus épais. La maison construite, il s’agit de la clore, et c’est là que l’on voit la Mygale accomplir de véritables prodiges. Les portes de nos maisons, roulant sur leurs gonds, viennent s’appliquer dans une feuillure où elles sont retenues par‘des moyens divers. La Mygale pionnière emploie des procédés tout à fait analogues. A l’orifice extérieur du tube, elle adapte une porte maintenue en place par une charnière, et retenue dans ml avancement circulaire ou feuillure. Cette porte peut s’ouvrir de dedans en dehors. Si ou examine superficiellement cette sorte de couvercle, il semble simplement formé d’une rondelle recouverte à l’extérieur de terre grossièrement pétrie, et à l’intérieur d’uue toile solide, lisse et comme parcheminée. Mais, en y regardant de plus près, on voit que la composition de ce couvercle est loin d’être aussi simple qu’elle le paraît. En effet, si on vient à faire une coupe de cette rondelle, on voit d’abord que, sur une épaisseur de 0m,005 à 0m,007, on ne compte pas moins de trente couches formées alternativement de terre et de toile. Ces couches successives, emboîtées les unes dans les autres, ont été, avec raison, comparées aux poids de cuivre de nos petites balances, dont les disques en forme de cupules se recouvrent successivement. On voit, de plus, que chacune des couches de toile aboutit à la charnière, qui se trouve ainsi d’autant plus remplie que la porte a plus d’épaisseur; de sorte qu’il y a toujours une proportion égale entre le volume du couvercle et la force de sa charnièrei
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- Ce n’est pas tout. En examinant le bord circulaire j du couvercle, on voit qu’au lieu d’ètre taillé droit, il l’est obliquement de dehors en dedans, de façon à représenter dans son ensemble une coupe transversale de tronc de cône. De meme, l’oritice du tube est taillé en biseau, mais en sens inverse. On comprend facilement le but de cette disposition. Si le couvercle avait eu un. bord droit, la charnière seule se serait opposée à ce qu’il pénétrât plus avant de dehors eu dedans, et, dans ce cas, une pi'ession accidentelle, venue du dehors, eût suffi pour le rompre.
- Pour cacher sa demeure, la Mygale a, comme nous l’avons vu, apporté une négligence calculée dans la confection de la surface externe du couvercle. Les aspérités de cette porte rendent aussi plus facile la rentrée au domicile de l’araignée. Si on examine la surface interne du couvercle, que nous avons dit être, complètement lisse, on voit, que cette surface est percée de petits trous, au nombre d’une trentaine environ. On a pu observer directement l’usage de ce nouveau perfectionnement. Quand la Mygale veut clore hermétiquement sa porte, pour résister à une invasion venant du dehors, elle se cramponne, d’une part, avec ses pattes, aux parois de son tube, et, d’autre part, à la surface interne du couvercle, à l’aide des pointes qui garnissent ses mandibules. Mais cette surface, étant unie et parcheminée, n’offre pas de prise à l’araignée. C’est pour obvier à cet inconvénient qu’elle creuse les trous dont nous parlons, et dans lesquels elle introduit les épines de ses mandibules. On remarque, d’ailleurs, que ces trous n’ont pas été disposés au hasard. Tous sont situés près du bord du couvercle, sur le côté opposé à la charnière ; la traction exercée par l’animal a ainsi bien plus d'effet. Sur le couvercle qui ferme le tube d’une autre Mygale habitant les environs de Montpellier (M. Coementaria), on n’observe pas les trous que , nous venons de décrire. C’est qu’ici l’étoffe qui tapisse la surface interne est beaucoup moins serrée, et l’animal peut s’y cramponner facilement.
- Placée derrière cette porte qu’elle peut facilement faire mouvoir, la Mygale se tient à l’affût. Dans les soirées d’été, on voit le couvercle à demi soulevé. Qu’un insecte vienne à passer, dévoilant sa présence par un léger bruissement, aussitôt l’araignée s’élance, se précipite sur sa proie et, chargée de son butin, disparaît de nouveau dans sa demeure.
- Ce sont les Mygales femelles seules qui semblent s’occuper de la construction de ces merveilleux nids ; en effet, L. Dufour, Audouin, bien d’autres observateurs encore n’ont jamais trouvé que des femelles à l’intérieur des tubes. Quant aux mâles, on les rencontre errant au dehors, ou cachés sous des pierres.
- Nous avons résumé bien succinctement les étonnants travaux des Mygales. Y. Audouin, en terminant son mémoire sur l’araignée de Corse, faisait les réflexions suivantes : « Plus nous trouvons de perfection dans l’ouvrage de cette araignée, plus nous sommes forcés de reconnaître que tous ces actes dérivent exclusivement de Pinsliucl. Car si on admet-
- tait, que l’auimal put les exéculer avec quelque réflexion, il faudrait non-seulement lui accorder un raisonnement très-parfait, mais encore des connaissances que l’homme n’acquiert que par un long travail d’esprit, et parce qu’il a mis à profit l’expérience de ses devanciers. »
- À ces paroles de Y. Audouin, qu’il nous soit permis d’opposer les lignes suivantes qu’écrivait récemment le savant professeur d’entomologie du Muséum :
- « On veut toujours parler d’instinct, lorsqu’il est question des actes de la vie des bêtes.... 11 est une loi générale qu’il importe d’avoir présente à l’esprit. Les êtres particulièrement doués, possèdent des instruments naturels; mus par une force aveugle, ils cherchent à se servir de ces instruments, c’est l’instinct. L’intelligence seule peut diriger des opérations complexes, où il y a des dangers à éviter, des difficultés à surmonter, des obstacles à vaincre. »
- D1 Pail Brocciü.
- AU-DESSUS DES NUAGES A NEIGE,
- Le 20 novembre 1875, une nouvelle ascension aérostatique a été exécutée, sous les auspices de la Société française de navigation aérienne. M. Duté-Poiteviti, le beau-frère du regretté Sivel, avait bien voulu se mettre à notre disposition avec son bé ni ballon VAtmosphère, cubant 2,500 mètres. Les circonstances atmosphériques nous ont particulièrement favorisé, en nous donnant l’occasion de rapporter de nouveaux faits méléoiologiques, que M. Bertrand a présentés à l’Académie des sciences, dans la séance du 15 décembre 1875, et que nous résumerons ici pour nos lecteurs.
- Le départ a eu lieu à 11 h. 40 m. M\I. Albert Tissandier, Duté-Poitevin, Louis Kedier, Frantzen frères et moi, nous avions pris place dans la nacelle.
- L’aérostat s’est élevé au milieu de légers flocons de neige, dont la chute n’a pas tardé à s’interrompre. La température, jusqu’à 700 mètres, était de — 2°. A cette altitude, un massif de nuages blanchâtres, opalins, s’étendait au-dessus de la surface terrestre sur une épaisseur de 800 mètres. En pénétrant dans leur masse la température s’abaissa et descendit à — 3° puis à — 4° L
- A 1,500 mètres, après avoir dépassé la surface
- 1 La constitution des nuages est d’une étonnante divertie et leur aspect est des plus variables, quand on se trouve plongé dans leur masse. Les cumulus arrondis, qui sont si fréquemment suspendus dans l’atmosphère pendant t’été, sont blancs; et souvent semi-transparents; on dirait même parfois qu’ils Sont légèrement lumineux. Quelquefois, au contraire, les bruines aériennes sont noires, opaques, tellement denses, que le ballon auquel on est suspendu disparait entièrement à la vue, et que les voyageurs s'aperçoivent à peine les uns b s autres dans lauaceU'.
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- supérieure tle ces nuages, nous avons plané au milieu d'un véritable banc de cristaux de glace suspendus dans l’atmosphère sur une épaisseur de 150 mètres. La température du milieu ambiant était de 0°. Les cristaux qui voltigeaient autour de nous étaient transparents, très-nettement formés d’étoiles hexagonales variées, de 0m,004 de diamètre, et du plus remarquable aspect. L’élévation de température était due sans doute à la formation môme de ces cristaux, au dégagement de chaleur produit par la solidification de la vapeur d’eau. Quant au fait de la suspension des paillettes cristallisées dans l’atmosphère, il peut s’expliquer par les mouvements de tourbillonnement dont elles étaient animées sous riullucnce des rayons solaires réfléchis-par la surface
- supérieure des nuages. Ces nuages étaient, en effet, d’un blanc éblouissant et offraient à s’y méprendre l’aspect de montagnes de neige, dont notre gravure représente un des effets les plus saisissants1.
- A 1650 mètres, l’air était assez par, et la température, jusqu’à 1770 mètres, s’élevait encore pour atteindre -J- 1°. Des cumulus s’étendaient à des niveaux supérieurs et le ciel bleu s’entrevoyait à travers les intervalles qui les séparaient par moment. Notre diagramme rend d’ailleurs un compte exact de l’état de l’atmosphère à ce moment et pendant toute la durée d.i voyage.
- Quand le soleil se voilait, les cristaux de glace, moins bien éclairés, il est vrai, ne semblaient [tins cependant être soumis aux mômes mouvements tour-
- billonnants. 11 est probable qu’ils tombaient alors au sein du nuage inférieur et arrivaient jusqu'à la surface du sol, où, comme nous l’avons constaté à la descente, ils étaient beaucoup plus gros, mais moins réguliers et comme recouverts d’un givre opaque, qui leur donnait l’aspect d’un sel cristallisé effleuré Les chutes de neige successives du 29 novembre trouveraient ainsi leur explication, par le lait des cristaux de glace supérieurs, qui tombaient jusqu’à terre, ou y séjournaient par des mouvements de tourbillons, selon que les rayons solaires arrivaient jusqu’à eux ou étaient arretés par l’écran de nuages supérieurs.
- A l’altitude de 1,776 mètres, l’aérostat, grâce au jeu de lest, fort bien exécuté par M. Duté-l'oitcvin, se maintint à la même hauteur pendant une heure environ. A I h. 30, il descendit lentement et traversa de haut eu bas le banc de cristaux, dont la
- température était la môme qu’au moment de l'ascension.
- A 2 h. 15 la terre apparut, à l’altitude de 900 mètres ; elle était couverte d’un manteau de neige,
- 1 Mous avons dit tout à l’heure, que la constitution des nuages offrait une grande diversité. Leur aspect, vu d’en haut, n’est pas moins varié. Tantôt leur surface supérieure est régulièrement mamelonnée, tout à fait blanche comme la neige, et elle est alors si brillante, quand les rayons du soleil s’y réfléchissent, que l’œil peut à peine en supporter l’éclat. Tantôt des masses plus ou moins volumineuses dominent çà et là et très-irrégulièrement une surface plane, imitant l’aspect d’un grand lac gelé et couvert de neiges. D’autres fois, quand les vapeurs atmosphériques sont grises, et non éclairées par le soleil, elles s’étendent régulièrement sur un même plan, sans qu’on y aperçoive, aucune saillie. Les spectacles aériens sont tout différents, quand on les considère pendant le jour ou pendant la nuit, à la lueur de la pleine lune; ils changent, ou peut le dire, à l’infini, et offrent toujours des scènes nouvelles à l’aéronautc, quel que soit le nombre des ascensions qu’il ait exécutées.
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- dont la chute avait eu lieu précédemment. La descente s'opéra dans les conditions les plus favorables, au hameau «les Daufrais, près d’IIliers (arrondissement de Chartres) à 103 kilomètres de Paris à vol d'oiseau.
- Pendant l’ascension, les couches atmosphériques supérieures et inférieures se mouvaient dans la direction du nord-est au sud-ouest avec une vitesse de il kilomètres à l’heure. Les massifs de nuages et le banc de crislaux avaient la même vitesse et la même direction.
- L’élévation de température observée le 29 novem-
- bre en montant dans l’atmosphère est un fait qui s’est déjà plusieurs fois présenté à nous dans des ascensions précédentes ; aussi doit-on apporter bien des restrictions à la loi des décroissances de température avec l’altitude.
- Nous ajouterons cnliu que les nuages de glace de forme extérieure mamelonnée, souvent observés par les aéronautes, que les bancs de cristaux de glace, suspendus dans l’atmosphère, n’ont pas jusqu'ici trouvé leur place dans la classification des nuages : ils existent très fréquemment cependant, et il serait à désirer que l'on ajoutât leurs noms à côté de ceux
- Effet île montagnes île nuages observé pendant l'ascension aérostatique du Ï9 novembre 1873. 12 h. iO. Altitude 1770 mètres.
- (D’après nature, par M. Albert Tissandier.)
- des cirrhus, des cumulus, des nimbus et des stratus dont ils se distinguent si nettement.
- Gaston Tissandier.
- ILES SAINT-PAUL ET AMSTERDAM
- On a fréquemment parlé de ces îles que l’observation du passage de Vénus, exécutée sous les ordres de M. le commandant Mouchez, a rendues célèbres, et le nouvel académicien faisait encore, il y a peu de temps, dans un langage fleuri, le récit émouvant de son périlleux voyage. L’expédition française, compo-
- sée de physiciens et de naturalistes distingués, n’a pas seulement entrepris une grande expérience astronomique, elle a fourni à la science des notions intéressantes sur deux îles presque inconnues jusqu’ici ; elle a apporté à la géologie, à la zoologie et à la botanique des connaissances nouvelles que nous allons succinctement passer en revue.
- Saint-Paul est une île essentiellement volcanique, d’environ 4 kilomètres dans sa plus grande étendue; c’est le cratère d’un volcan éteint, il est vrai, mais dont l’action est encore sensible et qui se manifeste par des phénomènes singuliers. Le docteur Gillian, qui accompagnait Macartncy dans son expédition en 1793, et qui descendit avec lui à Saint-Paul, rapporte que certains cônes voleannpies des parties
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- LA NA TU ni;.
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- liasses do l’île étaient encore chauds alors, mais ils ne le sont, plus aujourd’hui.
- La forme de Saint-Paul est à peu près celle d’un triangle isocèle dont l'angle droit, appelé West-Point, regarde le sud-est, taudis que l’hypoténuse est orientée au nord-ouest.
- De ce côté existe une échancrure circu.aire qui forme comme une petite baie de mille mètres de large environ, que la mer baigne entièrement. Des sondages, faits par l’équipage de la JSovara et répétés par la dernière expédition, donnent 15, 20 et jusqn’-à 00 mètres de profondeur à ce lac intérieure, suivant qu’on s’éloigne du bord pour se diriger au centre. À n’en pas douter, il y a ou un affaissement subit du sol do toute la partie nord-ouest de l’île, car la roche est coupée à pic en laissant voir toutes les couches dont elle est composée. Alors la mer se sera précipitée dans l’espace vide du cratère par l’issue qui venait de lui être ouverte. M. Yélain fait remarquer que van Flaming, en 1686, rapporte qu’il fut obligé de franchir une arête du sol avant de pénétrer dans le lac intérieur, ce qui prouverait que, même couverte à marée haute, cette chaussée s’est déplacée depuis pour faire place à un chenal qui, maintenant, mène à cette petite mer intérieure. Celle passe est large seulement de 80 mètres et son faible tirant d’eau, qui, à la basse mer, s’abaisse souvent jusqu'à un mètre, ne permet guère de s’y engager autrement qu’en embarcation. C’est au voisinage de cette passe qu’était échouée la frégate anglaise la Meqœra.
- Les vents violents qui soufflent presque constamment de l’ouest à l’est ne permettent pas toujours de se tenir debout sur les sommets qui entourent cette sorte de lac, mais les élévations forment uu rempart sur lequel les vents viennent se briser et c’est ce qui explique la tranquillité relative des eaux de ce petit golfe, tranquillité qui contraste étrangement avec l’agitation de la mer à l’extérieur. On comprend alors que toutes sortes d’épaves, aperçues par l’expédition, viennent échouer en ce point. Les hautes falaises qui l’entourent atteignent jusqu’à 200 mètres et arrivent jusqu’à la mer pour être coupées à vif. Du côté opposé le sol descend en pente douce jusqu’à la mer. Il devait en être ainsi dans la partie disparue de Saint-Paul. Le point culminant de l’île correspondrait au pic JSovara, qui s’élève à 250 mètres; et les falaises très-abruptes (les pentes variant de 25 à 50 degrés), sont par cela même à peu près inaccessibles.
- Le volcan, comme l’a constaté M. Yélain, comprend trois périodes distinctes. La première serait caractérisée par des produits éruptifs et vitreux composés de tufs ponceux, de ponces et d’obsidienne avec émission de roches trachytiques. Dans la seconde, l’île prend la forme que nous lui voyons aujourd’hui, les produits des dolérites, basaltes et laves sont cristallisés et basiques. Enfin la troisième-, qui appartient à l’époque actuelle, est marquée par des phénomènesgeyseriens qui amènent (lésinasses con-
- sidérables de silice. Puis, l’activité volcanique diminuant, l’on n’a plus maintenant que des sources thermales et des dégagements gazeux. Des spécimens des différentes roches qui entrent dans la constitution du sol ont été recueillis par AI. Yélain et sont actuellement à l’étude. Déjà ce jeune savant a communiqué à l’Académie des sciences les préliminaires de son travail.
- Aux abords de la passe qui mène au cratère, il est resté des rochers qui, dressés à certaines distances les uns dos autres, sont d’un singulier aspect et semblent de loin être des vigies immobiles prêtes à transmettre les signaux. Le plus important d’entre eux a été nommé par les Anglais, Nine pine rock, c’est-à-dire Rocher quille. C’est une sorte de pyramide qui a résisté à relTondrement de toute cette partie de l’île, et qui montre toutes les couches superposées du terrain en strates régulières.
- Un chemin circulaire existejm peu au-dessous du sommet des crêtes qui entourent le cratère. Ce chemin, un peu formé par la nature et aussi par les mains de l’homme, fut même une nécessité quand on essaya autrefois d’y établir des pêcheries.
- Saint-Paul, de l’avis de AI. Yélain, est de formation ou d’apparition récente; on n’y trouve aucun vestige de fossiles ; les sortes de tourbières qui occupent le sommet de l’île sont toutes modernes. L’influence volcanique se fait sentir si vivement, qu’en certains endroits on ne peut tenir la main si on l’enfonce un peu profondément. La température en ces points varie entre 20° et 70° à la surface, et de nombreuses sources thermales viennent sourdre au nord du cratère et atteignent quelquefois jusqu’à 90°. Le sol dans ces endroits dégage de l’azote et de l’acide carbonique.
- Mais ce qu’il y a de plus remarquable à ce point de vue, c’est l’existence d’une bande diagonale qui suit un des flancs du cratère dans la direction du sud-ouest au nord-est. La température est là à son maximum, car à quelques centimètres de la surface elle s’élève à plus de 100°, et des objets métalliques qui avaient été disposés par le géologue dont nous parlons, à deux mètres de profondeur, furent détériorés ; l’étain qui les recouvrait fondit; de ce fait il faut conclure que la chaleur dépassa 200°.
- Une plus singulière observation que fit Al. Yélain, est celle de l’élévation de température du sol eu rapport avec l’apparition des marées et avec leur importance. U vit ainsi que la chaleur était plus intense quand la mer montait, et il constata que le jour où les appareils furent endommagés, il y eut à Saint-Paul une marée extraordinaire.
- On ne s’attendait guère à trouver dans l’île des troupeaux de chèvres, seule viande fraîche qu’on put sc procurer; puis des chats, des rats et des souris échappés des navires naufragés.
- Les otaries1, sorte de phoques, sont d’une abondance extrême et se.laissent assez facilement appro-
- 1 Voy. un article de M. Oustalet sur les Otaries clans la Nature, n° |2(>. ">e armée, 1875, 2e semestre, p. "42,
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- LA NAT LUE.
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- cher : aussi les naturalistes en firent un grand carnage et préparèrent bon nombre de squelettes et de peaux tort estimées de ces animaux.
- Les oiseaux qui pullulent à Saint-Paul et à Amsterdam sont des oiseaux denier ; ils trouvent là un excellent et paisible refuge. Un y rencontre des albatros qui, parait-il, 11e craignent pas l'homme, puis des pétrels, des pingouins et une sorte d’hirondelle.
- Les pingouins sont certainement les plus singuliers animaux qu’on connaisse, par leurs formes et leurs mœurs. On sait que ces oiseaux, palmipèdes et privés de pouce, n’ont presque pas de queue, leurs courtes ailes, qui ressemblent à des moignons, sont tout à fait impropres au vol. Ils se tiennent sur de courtes pattes presque verticalement, marchant avec quelque difficulté, mais en revanche ils tiennent merveilleusement la mer et plongent avec dextérité pour saisir le poisson qui est leur seule nourriture. Leur tète est ornée de deux gerbes de plumes dressées, partant des tempes, ce qui leur donne une physionomie bizarre. Ces oiseaux se laissent approcher sans crainte à une faible distance. M. Mouchez dit « qu’ils sont tellement familiers, que, pour traverser leurs groupes compactes, il faut les repousser du pied et de la main, afin de ne pas les écraser. Quand nous nous asseyons au milieu d’eux, nous pouvons les prendre et les carresser ». Leur curiosité est extrême, et des photographies ou croquis, faits par les membres de l’expédition, représentent ces oiseaux suivant les hommes, entrant dans les baraquements et devenant presque gênants par leur importunité. Ils établissent leur nid vers les hauteurs de l’ile, qu’ils n’atteignent qu’après de grands efforts. Cette conduite leur est dictée probablement par la crainte qu’ils ont des chats et des rats qui sont presque à l’état sauvage à Saint-Paul. Alors ils se réunissent en petits groupes ou familles et forment de vrais villages. Ils semblent obéir à des chefs et se rassemblent ou se divisent selon les besoins. Les pingouins ne pondent que deux œufs par saison, et sur la couvée un seul individu doit vivre, car la mère sacrifie elle-même le second.
- Les poissons les pins estimés qui abondent dans ces parages sont une sorte de morue et des sarrans ; on en prenait au temps des pêcheries des quantités considérables. Ces poissons sont excellents.
- Parmi les mollusques, crustacés, etc., qui pullulent dans le cratère, on cite une langouste qui, le soir surtout, tapisse les bords de la mer. Cette espèce est naturellement rouge comme le sont nos langoustes et nos homards cuits, elle se rapproche du Palinurus Delalandei, mais n’est pas rugueuse comme cette dernière. Les marins employaient un ingénieux moyen pour apprêter ce délicieux animal. Dans le voisinage d’une source thermale dont la température arrivait souvent à 80 ou 90°, s’ils avisaient de ces crustacées, ils les saisissaient par les antennes et les traînaient jusqu’à la source chaude où ils étaient cuits incontinent, C’est surtout sur le bord
- du cratère que la vie de ces animaux est active; l’élévation de. température qu’ils y rencontrent et le calme relatif des eaux favorisent le développement de nombreuses espèces, qui seront prochainement décrites et publiées.
- L’ile d’Amsterdam est à peu près rectangulaire ; environ huit fois plus grande que l’ile Saint-Paul et distante de cette dernière de vingt lieues seulement au nord. Amsterdam est beaucoup moins connue (pie Saint-Paul ; les voyageurs de la ISovara y ont abordé, mais n’ont pas pénétré dans l’intérieur, comme l’ont fait ceux de la Dives.
- Quelques jours après l’observation astronomique, MM. Yélain et G. de l’islc, botaniste de l’Expédition, partirent pour explorer Amsterdam sur la goélette de pêche le Fernand. A son grand regret, M. l'oche-fort, retenu à Saint-Paul par son service de médecin, ne put accompagner ses collègues. Ce voyage, qui aurait du n’être que de quelques heures, dura cinq jours, à cause de la navigation difficile, et ce n’est que le 47 septembre au matin qu’on arriva eu vue d'Amsterdam, Il fallut toute la journée pour en faire le tour et trouver un bon mouillage, et le soir seulement les explorateurs mettaient pied à terre.
- Les otaries étaient en si grande abondance sur la rivage, que le canot ne pouvait atterrir ; il fallut se frayer un passage à coups d’avirons.
- De même que Saint-Paul, Amsterdam est entièrement volcanique. Elle possède dans l’ouest des falaises de 500 à 600 mètres d’élévation, et le sol s’incline en pente douce dans la région de l’est. Tout le tour de l’ile est garni d’escarpements ou falaises de 25 à 50 mètres, qui en rendent l’accès impossible, si ce n’est sur un espace très-restreint au nord-est. Cet atterrissement est favorisé par une coulée de lave qui s’avance dans la mer et forme ainsi une chaussée praticable.
- Mais l’explorateur est bientôt arrêté quand il vent s’avancer dans l’intérieur. A la hauteur de 50 mètres, et jusqu’à 500 mètres d’altitude, le sol est couvert par un épais fourré formé d'isolepis nodosa. Celte cypéracée est là en si grande quantité, qu’on ne peut avancer qu’avec les plus grands efforts et avec une lenteur désespérante; elle abonde également à Saint-Paul.
- Une portion considérable d’Amsterdam est formée de coulées de laves lèldspathiques. Çà et là, on rencontre des effondrements formant des grottes ou galeries qui ont souvent une élévation de 20 à 50 mètres. Les laves se sont frayé un chemin au travers des fissures, rocheuses et à leur surface ; on voit des cônes de scories déposés sans ordre et qui appartiennent à des éruptions plus récentes que la lave qui les porte. Le sommet de l’ile est une plaine divisée en trois grandes chaussées basaltiques, contenant chacune de petits lacs d’eau douce, ou des marécages et des cônes de scories, dont l’un, dit M. Yélain, a 28 mètres de hauteur ; « il est de forme absolument géométrique, A l’extremité nord d’un de ces plateaux
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- existe un cratère d’explosion, large de nOO mètres et profond de pins de 100, creusé directement dans le sol et que rien ne semble faire soupçonner quand on est à quelque distance. » Cette manifestation volcanique est la dernière probablement qui se soit opérée à Amsterdam, et l’on comprend à la vue des masses rocheuses qui forment un chaos dans certaines directions, que les dernières explosions ont dû être très-violentes.
- Un ne rencontre pas comme à Saint-Paul une élé-
- vation de température du sol ; tout phénomène volcanique a cessé de se fai re sentir ; pas de sources chaudes ni gazeuses. M. Yélain pense que le sommet de l’île était un immense cratère qui n’est plus maintenant représenté que par des points élevés de 800 à 900 mètres, limitant les plateaux à l’ouest et au sud. Néanmoins M. Yélain croit qu’Amstcrdam est de for mation plus récente que Saint-Paul, et que, quoique rapprochées, ces deux îles ont surgi de l’océan à des époques distinctes; il donne à l’appui de sa conjee-
- Yue lia l’île d’Amslerilum.
- ture la raison que « les éruptions sous-marines et la masse trachylique de Saint-Paul s’étaient déjà fait jour, quand les laves basaltiques d’Amsterdam sont apparues );. Pas plus qu’à Saint-Paul on ne trouve de traces de fossiles animaux ou végétaux ; la faune actuelle y ferait même complètement défaut, contrairement à ce qu’on constate dans les îles Mascareignes.
- Peu de jours après l’arrivée des naturalistes à Amsterdam, la Dives amena M. Turquet chargé de faire le relevé hydrographique de l’île. Une ascension fut faite en commun; elle ne demanda pas moins de trois :ours. Environ deux ours pour franchir la
- zone des Isolepis, [mis un autre pour celle dessphai-gnes. L’impression produite et rapportée par un des voyageurs en foulant ces masses herbacées de consistance différente était celle-ci : « Nous avons pendant trois jours marché sur des sommiers élastiques, et ensuite sur des éponges. » En effet, la rigidité des Isolepis qu'il fallait nécessairement incliner pour éviter leur pointe acérée, rend bien compte de la sensation. Quant aux Sphagnum, nous avons tous foulé des bas-fonds humides tapissés de ces mousses compactes, recherchées dans nos serres pour la culture de plantes épiphytes et délicates et dont la structure anatomique rappelle assez celle des éponges. M. fî, de l’Isle,
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- LA N AT (JP. K. 57
- dans une de ses loi Ires, dil que ses compagnons ol lui furent contraints de dresser leur lente au milieu des spliaignes, et que toute la nuit l’eau ruisselait au-dessous d’eux. La brume qui entretient cette constante humidité est parfois d’une telle intensité, que
- même sans pluie elle donne lieu à des cascades jail-lisantes. A cette hauteur les brouillards sont presque permanents et il n’est [.lus possible par conséquent de se diriger. Cette cécité momentanée faillit coûter la vie à P nu des explorateurs. Depuis quelques heures ou
- Pd/ifit©-NprjfcK.
- ! Qui
- ricnnfith
- Carte de l’ile Saint-Paul.
- ne communiquait plus que de la voix afin de ne pas s’égarer, quand tout à coup M. Turquct s’engagea dans une .des nombreuses fondrières que recouvrent des masses de spliaignes, et il allait être englouti, sans l’aide d’un matelot qui heureusement était à courte distante, La marche devenait impossible et
- l’on pouvait d’un moment à l’autre disparaître sans espoir de secours, il fallut se résigner à attendre que la brume disparût. Ou trouva pour refuge une caverne, où les voyageurs durent observer 'l’hygromètre et le baromètre. Le lendemain les naturalistes devaient se rembarquer pour Saint-Paul,
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- LA N AT II R K.
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- Le commandant Mouchez désirait venir à Amsterdam seconder M. Turquet dont le travail entravé par les brouillards n’avait pu être achevé.
- Les produits naturels de ces îles désertes doivent être à peu près nuis, pcuscra-l-on. Néanmoins le naturaliste y trouve des récoltes à taire. Si la l’aune n’est pas riche, les animaux marins itile-l'ieurs sont abondants, et tout ce qu’on a rapporté de ces deux localités n’est pas sans intérêt. Ce sont les oiseaux île mer qui dominent également dans les deux îles. Les especes citées particulièrement sont les Aptenodytes chrysocoma ou Pingouin, Stercora-rms antarcticus, ce vorace animal ; Diomedea fuli-yinosa et D. exidans, ou grand albatros, et d’autres espèces plus petites : Ossi'praga giganlea; Daption capensis, etc. etc.
- Les baleiniers viennent rarement dans ces parages, cependant ils y trouveraient de grandes quantités de cétacés. M. Yélain a recueilli des vertèbres iFune espèce qui lui semble appartenir d’avantage au Caparea antipodum qu’au C. australis.
- M. Rochefort s’était, chargé de recueillir les matériaux de la faune marine, notamment les Àctinaires, Nudibranch.es et Astéries. 11 a découvert deux gastéropodes pulmoués, les Siphon aria Macgillivrayi et Marinula ingra et d’autres encore, abondants surtout dans le cratère de Saint-Paul. Un coup de mer ayant jeté à la côte un calmar gigantesque, il s’est trouvé que c’était un animal nouveau. Les naturalistes dont nous parlons lui ont donné le nom de Ar-chiteutis Mouchezâ. Ce mollusque, dont les principaux organes ont été conservés, ne mesurait pas moins de 7 mètres dans sa plus grande longueur. On en voyait une aquarelle grandeur naturelle à l’Exposition de géographie, exécutée par M. Faguet.
- Nous avons déjà dit que les poissons étaient d’une abondance extrême dans cette mer. il existe à la pointe nord d’Amsterdam une hutte de pêcheur. Cette construction fut élevée aussi par un habitant de Bourbon qui eut l’idée de tenter une exploitation agricole, mais qui ne réussit qu’à faire une pêcherie de langoustes et de poissons maintenant abandonnée. C’est également au milieu de grandes algues appartenant aux genres Macrocystis, Ecklonia, Laminaria, que ces pêches fructueuses se faisaient, le poisson y trouvant un abri favorable à sa reproduction. La végétation des deux îles, quoique représentée par un petit nombre d’espèces, ne manque pas d’intérêt, eu égard à l’exiguité du sol favorisant son développement. Lorsque la Novara explora Saint-Paul et. Amsterdam, la somme des espèces de phanérogames et fougères recueillies n’excédaient pas vingt-cinq, et dans le rapport ou les notes de voyage, on confondit les deux îles en indiquant seulement nord ou sud, selon qu'il était question d’Amsterdam ou de Saint-Paul, aussi la répartition des espèces appartenant à chaque île n’a pu être établie rigoureusement. Cette confusion amena un contingent très-faible, trois espèces seulement pour la première île ' et une vingtaine pour ]a seconde, tandis que la flore
- est plus riche à Amsterdam qu’à Saint-Paul, comme le témoignent les plantes recueillies par M. de l’Isle.
- Comme dans toutes les îles, les cryptogames y sont en proportion plus considérable que les phanérogames, et parmi ces dernières ce sont les mono-cotylédones qui dominent. Les algues publiées dans le voyage de la Novara lie sont nombreuses que par les Diatomées et quelques autres moins inférieures. Mais les Lichens et les Mousses venant de l’Expédition française forment un chiffre relativement, élevé, surtout en nouveautés. Les Lichens fournissent 12 ou 1-5 espèces. Les Mousses sont représentées par 25 espèces au moins ; autant de Fougères et de Lycopodiacés ; 7 Graminées; 5 ou G Cypéracées. Ou ne connaît qu’une Composée, le Laceron (Sonchus oleraceas), que les membres de l’expédition mangeaient comme salade; puis un Plantain (Plantago Stauntonii), espèce nouvelle recueillie par les naturalistes de la Novara. Mais si l’on jette les yeux sur le restant des végétaux qui dépendent de la grande division des Polypétales, on est tout étonné de sa pauvreté. La carotte, évidemment introduite, comme le mourron des oiseaux, puis un persil particulier (Apium australe), qui n’était connu que de Tristan d’Acugna, enfin un Azorella et un Saginci nouveau, signalé également par la Novara, tel est le contingent que fournit Saint-Paul.
- Amsterdam donnerait en plus un Ranunculus nouveau et une rosacée de la Patagonie et du haut Pérou (Àcœna ovalifolia). Finalement un seul arbrisseau cantonné dans celte île, le Phylica arborea, représente la végétation arborescente, mêlé à quelques fougères ligneuses. Cette Rhamriée, qui paraissait propre jusqu’à présent à l’île de Tristan d’Acugna, n’est pas la seule preuve à l'appui de l’analogie de ces îles entre elles, sous le rapport zoologique et botanique, mais même géologique.
- Si Amsterdam est plus riche botaniquement parlant que Saint-Paul, l’activité volcanique donne à cette dernière un cachet d’originalité. Les points du sol échauffés qui portent des plantes sont différents d’aspect, car ces espèces sont ordinairement tropicales, c’est-à-dire qu’on les retrouve aux îles Mascareignes, par exemple, tandis qu’Amsterdam et Saint-Paul sont situées entre 58 et 59° de latitude sud. Ceci prouverait que la température du sol a une importance considérable et que son rôle dans les temps anciens ne peut être méconnu.
- -I. Poisso.x.
- L’EXPLORATION GÉOGRAPHIQUE
- DE LINDE ANCI,AISE DEPUIS LA FIN DU DERNIER SIÈCLE jusqu’à NOS JOURS.
- (Suite cl fin. -r- Voy. p. 2G.)
- La vaste région comprise entre le Gange, la Sône, la Mahanadi d’une part, et la haie du Bengale de l’autre, a été bien parcourue dans ses parties septeu-
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- trionales; mais celles du sud et de l’ouest étaient encore peu connues quand, en 1870, une brigade topographique fut chargée d’en faire la triangulation et d’en dresser la carte. Le colonel Sykes a décrit le plateau du Dekkan, et le beau travail du docteur Buchanan sur le Mysore, quoique ancien déjà, reste jusqu’ici sans rival. Sir Bichard Temple a fixé dans leur ensemble les traits du bassin de la Mahanadi, tandis que M. Kiug et ses collègues du Geological Survey consacraient des années entières à l'exploration des Gliales orientales; quant aux Ghàtes occidentales qui courent du cap Gomorin à la Tapti, elles renferment loujours de vastes surfaces qui n’ont pas été visitées, et le système des eaux qui descendent de ces montagnes vers la côte appelle une étude particulière et susceptible d’être féconde.
- La vallée de la Nerbada forme un des traits les plus intéressants dans la configuration physique des provinces occidentales : le docteur Impey l’a complètement décrite. Tod, Alexandre Bûmes, sirBartle Frère, se sont successivement occupés du désert de Tliar, à l’est de 1 Indus, du Runn de Gach et des collines Aravalli, qui protègent le bassin du Gange contre l’envahissement des sables mouvants. De même sir William Baker, M. Fergusson et le général Cunningham ont étudié les phénomènes qui ont stérilisé la bande de terre située au point culminant de la plaine de l’Inde, au point de partage des eaux* de la Jumna et de celles du Satlej.
- C’est la terre, de K uni que fécondait jadis la classique Saravasti et qui est devenue un désert. Aussi bien l’Indus et ses cinq tributaires ont-ils éprouvé dans leur cours des perturbations fréquentes, et un examen attentif, tant des historiens d’Alexandre que des relations des pèlerins chinois et de YAyeen-Âk-bsri, ont convaincu le général Cunningham que les rivières du l'audjàb avaient fréquemment changé de lit. Ainsi, au temps d’Akbar, la Chenal» se jetait dans l’hi-dus àUch, tandis que leur jonction s’opère aujourd’hui à Mittankote, cinquante milles plus bas. La ville de Moultan, qui occupait jadis deux îles de la Bavec, se trouve actuellement à trente milles de cette rivière ; enfin le confluent de la Béas et du Satlej ne date que de l’année 1790. La vallée de l’Indus est aussi le théâtre d’effrayants cataclysmes quasi-périodiques : Tantôt ce sont des masses rocheuses, tantôt des portions de glaciers qui s’écroulent dans le fleuve, en obstruent le cours et finalement précipitent ses eaux hors de leur lit avec une furie irrésistible. L’inondation de 1841 est restée célèbre, ainsi que celle de 1809. A cette dernière dale, un fragment de montagne s’était, écroulé à Scoui, endroit situé à vingt milles au nord-ouest de Simla et où le Satlej coule entre d’abruptes falaises. Cette masse, haute de quarante pieds, roula dans la rivière qu’elle empêcha de couler pendant quarante jours. Lorsque les eaux eurent rompu cet obstacle, elles s’épanchèrent sur les campagnes voisines en une nappe profonde de cent pieds, qui engloutit lout et renversa tout sur son passage,
- Mais, dans ce vaste ensemble de travaux géographiques, ce sont les régions himalayennes qui ont pris la part la plus importante.
- Les premiers Européens qui pénétrèrent dans cet entassement, en apparence inextricable, de chaînes et de pics, n’v étaient attirés cependant ni par la curiosité ni par l’ardeur scientifique : c’étaient d’humbles missionnaires tels que les PP. Freyrc, Desideri, Antonio di Andrada, et leurs lettres attestent Fétonue-meut, mêlé de quelque terreur, dont ils furent saisis à l’aspect de cet.tc nature si puissamment tourmentée, de ces sommets sourcilleux et de ces neiges éternelles. Les officiers anglais qui à leur tour contemplèrent ces montagnes, de la vallée du Gange, conçurent bien vite le désir d’en mesurer l’altitude et d’en fouiller les replis. Le colonel llodgson, Herbert et Wcbb s’engagèrent dans les contre-forts de F Himalaya central; llardwieke atteignit Srinagar; Baillie Fraser franchit la chaîne dont le versant méridional donne naissance à la Jumna ; enfin, quelques aimées plus tard, Moorcroft ctTrebeck, en parcourant le bassin supérieur de l’Indus, arrivaient sur les bords du lac Mansarovar. Chargés de missions diplomati-. ques dans le Népal, lvirkpatrick et Crawford recueillirent quelques informations sur l’Himalaya central, dont Crawford mesura huit pics. Déjà le capitaine Turner, que Warren Hastings envoya comme ambassadeur près du grand-lama, avait traversé, en compagnie de M. Bogie, la région orientale du système, depuis le Boutan jusqu’en pleine vallée duTsang-bo. C’était un véritable exploit en son genre : il n’a été renouvelé depuis par aucun Européen, puisque le docteur Ilooker a seulement un peu dépassé les montagnes de ceinture de cette vallée, et que les intrépides auxiliaires du major Montgomery, qui ont récemment poussé si avant dans le Tibet, étaient des indigènes.
- Le premier géographe qui ait tenté une vue géné • raie du système himalayen est le capitaine Herbert, dont les travaux mériteraient d’être moins ignorés. Écrivant en 1818, Herbert ne disposait que d’éléments très-peu nombreux, et ne connaissait pas, comme il l'avoue et le regrette, les linéaments physiques du grand plateau de l’Asie centrale ; mais il était familier avec les courses de ses prédécesseurs, de Webb et de Turner notamment. Au premier aspect, il se crut en présence d’un amas de prodigieuses hauteurs, confusément groupées et enchevêtrées de telle sorte, qu’il fallait renoncer à en débrouiller le chaos. Mais Herbert ne tarda point à s’apercevoir que le cours des rivières donnait la clef de cet apparent labyrinthe. Herbert décomposa le système en deux grands massifs : l’un, qu’il appela la chaîne indo-gangétique, dessinant une courbe irrégulière bornée au Nord par le Satlej, convexe vers le Tibet et concave du côté de l'Inde ; l’autre, séparant les sources du Gange et celles de la Jumna. Herbert constata que celle-ci était loin d’offrir les plus hautes altitudes : elles se rencontraient dans la série des chaînons transversaux (le la chaîne hplo-gangélique. Il y traça
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- une ligne de pics, coupant les cours d’eau, dont le. moindre était, haut de 21,000 pieds anglais (6,438 mètres) et accorda, de meme que Webb, 27,000 pieds au Dbavalagiri, qui réellement en mesure 26,826, soit 8,155 mètres.
- Dans son grand ouvrage sur la llore himalayennc, le docteur Forbes Royle a discuté la géographie de la région où elle se déploie, et le général Cunningham, dans son livre sur Ladak, a présenté une vue générale du massif occidental. 11 le divise eu six chaînes principales : les Kaïlas, ou chaîne de Gaugri, la chaîne trans-hiinalaycune, legrandllimalaya, servant de frontière naturelle au Tibet et à l'Inde, le moyen Himalaya, ou Pir Panjal, Tllirnalaya extérieur— et en relève, comme trait le plus caractéristique, le parallélisme des chaînes, qui courent du S.-E. au N.-O., leur direction générale déterminant le cours des rivières et la forme des vallées. Ce parallélisme a été reconnu également par M. Henry Strachey et par le docteur Thomson, le premier voyageur, après le chinois Fa-Hian, qui ait atteint la cime de la passe du Karakorum. Pour cet explorateur, l’Ilimalaya occidental se compose essentiellement de deux grands massifs : L’un se confondant avec la chaîne indo-gan-gétique d’Herbert, et que le docteur propose d’appeler cissatlejien ; l’autre comprenant le grand et le moyen Himalaya de Cunningham, qu’on nommerait transsallcjien.
- On doit à M. Hogdson des notions importantes sur les portions du système qui s’étendent à l’est des frontières du Népal, et à M. Trelawncy Sanuders la dernière tentative qui ait été faite pour embrasser, dans un ensemble systématique, la région comprise entre la plaine de l’Inde et les bassins supérieurs du Tzang-bo, du Satlej et de l’Indus, région qui s’étend sur une longueur de 2,248 kilomètres, de la gorge de l’Indus à celle du Brahmapoutre.
- Tel est l'ensemble des travaux qui ont fort avancé la connaissance de la région himalayennc, si peu explorée encore quand Ritler publiait sa géographie de l’Asie centrale (Die Erdkunde vonAnen), Klaproth •sa carte (1851 ) et Humboldt son grand livre (1843).
- Ce n’est pas qu’aujourd hui même, l’Him laya ait cessé d’offrir un vaste champ de recherches : un de nos intrépides missionn lires, M. l’abbé Desgoilins, a bien pénétré en 1871-72, dans la région neuve qui confine à la fois au Tibet, à la Chine et au Barma ; mais les chaînes du Népal, sur une longueur de 500 milles, la majeure partie du Boutan, la vallée du Tzang-bo, à l’est de Lhassa, restent une terre inconnue, de même que la zone plus orientale encore qui recèle les sources du Saloucu, de l’iravadi, du Mékong et du Yang-tse. Personne n’avait visité avant le Pundit, que le major Montgomery y dépêcha, en 1866,1a grande ligne transversale de partage des eaux du Tzang-Bo et des eaux de l’Indus. Depuis, un nouvel émissaire du savant géodésistè, contournant le Gourisankar ou mont Everest, la plus haute des cimes himalayeimes, a pénétré au nord du Tzang-Bo, et de là est revenu an sud-est par je Teugri-Maidan, le plateau le plus
- élevé qui soit au sud de la ligne de laîte et dont les eaux s’écoulent directement vers l’Inde. Le Pundit a ainsi fixé la position de plusieurs pics septentrionaux que l’on voit de Elude et celle du célèbre monastère de Sakya. Il a parcouru une route longue de 844 milles, dont 550 sur un terrain entièrement nouveau, et a éclairci la géographie du bassin del’Aran, le plus fort affluent de la Cosi, grand cours d’eau qui baigne tout le Nopal oriental.
- Ce n’est point, d’ailleurs, la géographie seule de l’Inde qui a recueilli le bénéfice de tant; et de si consciencieux labeurs : plus d’une fois, les indications du géographe ont mis l’archéologue sur la voie des investigations les plus fécondes. On savait, par exemple, que l’ambassadeur grec Mégasthènes avait visité la ville de, Palibpthra, qu'il a décrite comme la plus grande et la plus riche du pays, quoique toutes ses maisons et tous ses édifices fussent en bois, avec des toits de chaume. Mais, à la fin du dernier siècle, on ignorait encore son emplacement véritable; l’illustre AVilliam Jones découvre, dans un livre sanscrit, que la rivière llirabayu, devenue VErannaboas des géographes grecs, n’est autre que la Sône actuelle, et cette découverte conduit à une autre des plus importantes. C’est que la Palibothrade Strabon se confond avec la Palalipulra des Pralehyas, située au confluent de la Sont1 et du Gange, et. que le roi Chandragupta est ce même Sandivcotlus qui conclut un traité avec Seleueus Nieator. Le premier grand repère de l'antique histoire de l’Inde se trouvait ainsi fixé. C’est aussi par une consciencieuse étude des modifications récentes du delta gangétique que M. Fer-gusson a pu, comme on le disait tout à l’heure, renfermer dans des limites de temps maxima la fondation des plus anciennes cités de la Péninsule, et les recherches archéologiques des Priusep et des Cunningham ont, à leur tour, beaucoup agrandi la connaissance de la géographie sanscrite. Les villes plus modernes de l’Inde ont été soumises également à des éludes minutieuses; la photographie a souvent reproduit les splendeurs des monuments de ces métropoles; nous offrons à nos lecteurs l’aspect, du grand temple du lac d’Ulwur, une des plus étonnantes merveilles de celte architecture grandiose.
- Un bureau spécial, qui fait partie de l'India Office et qui prend le nom de Geographical départaient, centralise à Londres tout ce qui intéresse la géographie de l’Inde brit annique . Fondé par l’illustre Richard Ilakluyt, il fonctionna sous sa direction, dès 1 incorporation de la Compagnie des Indes orientales, pour disparaître eu 1856, lors de la mort de son directeur d’alors, James liorsburg, qui, de simple mousse, parvint d’abord au rang de capitaine, puis au poste d'hydrographe en chef de la Compagnie. Le Geographical Department ne fut reconstitué que trente-deux ans plus tard. Dans l’ intervalle, les cartes, les journaux de voyage, les documents de toute sorte qu’il avait réunis, tout fut. négligé, ou dispersé, et on alla jusqu'à vendre comme du vieux papier une masse de ces précieux titres. Les elforts qu’on a faits pour les r<-
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- I.e grand temple du lac d’ülwur, dans les Indes. (D’après une photographie.)
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- trouver u’oul pas laissé d’ètre couronnés de quelque réussite. C’est ainsi que ïIndia Office a pu recouvrer la relation manuscrite du voyage de Kniglit, en 1606, dans les régions arctiques, laquelle gisait sous un tas de décombres, ainsi que les plans et cartes du capitaine Selby, concernant les ruines du Birs-Nim-roud, de Meslied, et de Kerbela, dont les originaux étaient heureusement restés à Bagdad. Mais d’anciens journaux des grands navigateurs du seizième siècle, dont Purchas n’a donné que des extraits dans scs Pilgrimes; beaucoup de mémoires du temps de Colin Mackensie, un volume môme de la triangulation de l’Inde, ont disparu sans aucun espoir de retour.
- Même dans sa mutilation, le dépôt géographique de VIndia office reste des plus précieux. On y voit ligurer, entre autres richesses, l’atlas de la Chine de d’Anville; les dessins manuscrits du lieutenant Wood, qui se rendit, en 1824, aux sources de l’Oxus ; des plans portugais des principales villes de l’/nde ; des cartes hollandaises, des cartes françaises de l’Asie centrale, du Turkestan et de l’Afghanistan, sans parler des cartes et des levers manuscrits de l’Indus, du Gange, du Brahmapoutre et des rivières birmanes qu’ont laissés les Renncll, les Colebrooke, les Wood et les Burues.
- Ad.-F. de FoiSTPEimir?.
- CHRONIQUE
- Sifflet électrique.— M. Larligues, chargé du service électrique au chemin de fer du Nord, a exposé récemment devant la Société d’encouragement le système auquel il s’est arrêté, en collaboration avec M. Forest, sous-chef des études delà voie à la même’Compagnie, pour avertir d’une manière certaine le mécanicien d’une locomotive de la fermeture de la voie sur laquelle il marche, avant qu’il ne puisse voir le disque qui doit lui signaler cette fermeture. Cet avertissement préalable a une grande importance, parce que, en temps de brouillard, en temps de neige, lorsqu’un accident appelle toute l’attention du mécanicien sur une autre chose, ou la nuit, lorsque le vent ou un accident ont éteint la lanterne, il arrive souvent que le mécanicien ne puisse pas connaître la fermeture de la voie par les simples indications que lui donne le disque. L’appareil adopté par MM. Lartigue et Forest, et exécuté par MM. Digney frères, est très-simple. Il consiste en un sifflet ordinaire posé sur la locomotive et qui serait tenu constamment ouvert par un ressort assez puissant, si un aimant en fer à cheval ne contre-balançait pas la force de ce ressort d’une manière complète. D’autre part, cet aimant est disposé suivant le système Hugues, et ses pôles sont terminés par des cylindres en fer doux autour desquels est enroulé un fil électrique. Aussitôt qu’un courant passe dans ce fil, l’électroaimant qu’il produit annule l’effet de l’aimant naturel, et le ressort laissé en liberté ouvre automatiquement le sifflet. La question est donc réduite à faire passer dans ces bobines un courant venant de la voie, au moment où on veut avertir le mécanicien. Pour cela, entre les rails et à 10 centimètres de hauteur au-dessus d’eux, une pièce de bois recouverte d’une lame de cuivre ayant 2 mètres de longueur est couchée parallèlement aux rails. La plaque de cuivre est comprise dans le circuit qui,par un tremble ir,
- annonce à la station voisine la manœuvre effectuée par le gardien du disque. D’autre part, sur la locomotive, le fil qui forme les bobines del’électro-aimantest en communication avec une brosse de fils métalliques qui descendent jusqu’à 0 centimètres du plan des rails, et cette brosse, en passant, frotte énergiquement sur la plaque de cuivre. Quand le disque est fermé, cette plaque est parcourue par un courant électrique qui est momentanément dérivé par la brosse métallique, et le sifflet s’ouvre à l’instant. Une fois ouvert, il fonctionne jusqu’à ce que le mécanicien rétablisse l’état primitif. Les indications de cet appareil sont d’une grande exactitude, et on a constaté, par un usage de plus d’un an, qu’il a déjà prévenu plusieurs accidents. Des dispositions analogues pourraient rendre de grands services dans d’autres circonstances, dans les usines, dans les théâtres en cas d’incendie, etc.
- Longévité de la race juive. — Dans une communication faite au Congrès de la science sociale, à Brighton, le docteur Richardson fait remarquer que la vie moyenne des juifs est toujours plus longue que celle des peuples parmi lesquels ils vivent. Neufville a montré qu’à Francfort, où la vie moyenne dans la population ordinaire est de 37,7, celle desjuifs était de 49,9. Dans la même ville, la mortalité des enfants au-dessous de cinq ans est de 24,1 pour 100, et chez les juifs elle n’est que de 12,9. Le docteur Richardson fait également remarquer l’immunité des juifs pour les maladies, ce qu’il attribue au soin avec lequel ils examinent leur nourriture animale, et surtout à leur remarquable tempérance. (Gazette de Médecine.)
- Acclimatation de Bourdons & la Nouvelle-Zélande. — Une tentative vient d’être faite pour introduire le Bourdon dans la Nouvelle-Zélande. Ces insectes y sont devenus indispensables pour fertiliser le trèfle rouge, aucune des espèces de Nullivores du pays n’ayant la langue assez longue pour remplir cet office. Les espèces que l’on peut transporter avec le plus de chances de réussite sont, selon M. F. Smith, du Bristish Muséum, les Bombm terrestris, B. lucorum, B. hortorum et B. subterranea. Les femelles une fois fécondées se séparent de l’essaim et vont s’endormir dans les trous et abris qu’elles ont choisis pour passer l’hiver et où elles s’engourdissent. Il faudrait profiter de ce sommeil pour recueillir des reines de Bourdons fécondées, et les transporter à la Nouvelle-Zélande, dans un appareil réfrigérant qui les maintiendrait, dans un état de torpeur, état que ces insectes peuvent très-bien supporter pendant quatre ou cinq mois.
- M. G.-J. Delebecque.— M. Delebecque, vice-président du Conseil d'administration du chemin de fer du Nord, commandeur de la Légion d’honneur, vient de mourir, api'ès quelques semaines de maladie, à l’âge de quatre-vingts ans. Entré à dix-huit ans dans l’enseignement, il devint peu après régent au collège de Saint-Omer, qu’il quitta en 1818, pour venir à Paris étudier le droit. Reçu agrégé en 1821, il fut admis par la protection de Cuvier dans les bureaux de l’Instruction publique où il obtint un avancement rapide. Déjà chef de bureau sous le ministère Frayssinous, il futpromu, après 1850 au grade important de chef de la division du personnel et nommé en même temps maître des requêtes au Conseil d’Etat. En 1834,- il fut nommé député de l’arrondissement de Béthune. En 1848, à cinquante ans d’âge, les événements lui firent prendre sa retraite au milieu de ses mille travaux et dans toute l’activité de son intelligence. C’est alors que M. Rothschild, qui venait de fonder la Compagnie des chemins de fer du Nord, Pulluc-ha à ccüc grande entreprise et* depuis
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- lors, il se consacra exclusivement à cette administration, en qualité de vice-président du Conseil. Le 21 octobre 1860, il rentra à la Chambre des députés et fut élu conseiller général du Pas-de-Calais ; il conserva ces deux mandats jus • qu’en 1869. A ce moment, absorbé par les importantes fonctions qu’il remplissait au chemin de fer du Nord, il renonça à la vie politique et ne se représenta pas au suffrage de ses électeurs. M. Delebecque n’avait quitté le travail que depuis un mois.
- Un Roger Bacon chinois. — L'Ausland parle sous ce titre d’un savant chinois qui a fondé à Changhai un établissement scientifique analogue à la fameuse chambre de travail du moine anglais. Avec une persistance de travail extraordinaire, ce Chinois,devançanttous ses compatriotes, dont on blâme l’esprit stationnaire, a trouvé par lui-même le moyen de faire de la photographie, après s’étre procuré les appareils, mais sans autre aide. Après avoir étudié longuement la médecine avec un médecin européen, il s’est mis à préparer des médicaments, entre autres une médecine contre l’opium, très-efficace, parait-il. Une sonnerie électrique, une imprimerie, des instruments chinois et européens complètent la collection scientifique de ce savant. Mais l’objet principal de ses études et de toute sa vie est le perfectionnement de l’imprimerie chinoise, qui, comme on sait, inventée depuis plusieurs siècles, en était restée au degré le plus élémentaire. Avec l’aide de la presse des missions presbytériennes, noire savant s’est mis à fabriquer, pour la première fois en Chine, des caractères mobiles, ce qui est une entreprise immense, quand on pense qu’il faut fabriquer 6,664 matrices |)0ur former un seul assortiment. Mais là encore on n’est pas arrivé au bout delà tâche, puisqu’il existe plus de 20,000 caractères chinois. Or il faut d’abord fabriquer chaque ma-irice en bois, puis la clicher par la pile électrique : U faudra quatorze ans à la presse des missions pour livrer 24,000 caractères divers. Depuis six ans que notreChinoisa commencé son travail, il a fabriqué déjà 5,000 matrices de petits caractères et 6,000 de deux numéros plus grands. Avec ce qu’il a déjà de petits caractères, il pourrait imprimer un volume. Mais il faudra du temps pour arriver aux 24,000, et s’il ne peut terminer lui-même cette grande œuvre, notre savant espère léguer sa lâche à son fils.
- Découverte d’un manuscrit de Strabon. —11 a
- été fait récemment en Italie une découverte importante, dans l’abbaye de Grotta-Ferrata, près de Frascati, abbaye de l’ordre de Saint Basile. 11 s’agit d’un manuscrit de Sra-bon, plus ancien, paraît-il, que tous les manuscrits connus de ce géographe grec, et qui vient combler beaucoup de lacunes dans le texte dont les hellénistes s’étaient servis jusqu à ce jour. Des moines de Sicile chassés de leur payset qui, sur l’invitation de l’empereur Othon III, se réfugièrent dans ce cloître en l’an 1002, avaient emporté avec eux quantité de précieux manuscrits grecs dont ils tirèrent profit, mais qu’ils se gardaient bien de communiquer, qu’ils dérobaient même aux regards d’autrui. Aussi les trésors enfouis dans ce sanctuaire restèrent-ils longtemps ignorés, jusqu’à ce que le savant cardinal Angelo Mai fût venu y faire des recherches et des découvertes. Ces recherches ont été poursuivies par le père Giuseppe Gozza, à qui les études sur les textes bibliques doivent beaucoup, et c’est au mi lieu de ce travail qu’il a eu la bonne fortune de trouver un palimpseste sous l’écriture duquel (cette écriture est un texte de l’Ancien Testament du XI° siècle) apparaissent d’autres caractères plus anciens qui ont été effacés, mais qu’à l’aide de réactifs chimiques il sera facile de rétablir.
- Ces caractères plus anciens sont un texte de Strabou, sur trois colonnes, avec lettres onciales et écriture continue. Après un examen attentif, le père Cozza a cru pouvoir faire remonter la date de ce manuscrit au IVe siècle. Par son âge, il serait donc antérieur aux vingt-huit manuscrits déjà connus du même auteur ; mais ce qui est plus important, c’est que le texte, très-correct, comble, comme nous le disions plus haut, beaucoup de lacunes qui existaient dans les anciennes versions. Le palimpseste retrouvé ne forme pas, comme on l’avait dit d’abord, un volume: il ne se compose pas d’avantage de plusieurs cahiers réunis ensemble, comme le bruit s’en était répandu ; ce sont, parait-il, des feuilles de parchemin détachées, mais très-amples, sur lesquelles sont écrits des fragments plus ou moins étendus des dix-sept livres de la Géographie de Strabon. Cétte liasse de feuilles de parchemin, couvertes de poussière, presque de moisissures, gisait oubliée dans un coin. Naguère, le cardinal Mai avait aussi remarqué cette masse informe, mais la poussière, dont elle était couverte avait dû empêcher qu’on n’y touchât et qu'on ne la remuât. Cesfeuilles de parchemin contiendraient des fragments assez considérables du septième livre, aujourd’hui perdu, ainsi que du huitième, et un texte si correct en général, que les anciennes éditions devront être refaites d’après lui.
- (.Bibliographie de France)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 décembre 1875. — Présidence de SI. Frémi.
- Formation du sucre dans les betteraves.— Nous avons rendu compte de la discussion soulevée par M, Claude Bernard à l’occasion d’un mémoire de M. Violette sur l’effeuillage des betteraves, et nous avons dit comment M. Du-chartre, prenant parti dans le débat, admet que l’amidon développé dans les feuilles se transforme en glycose dans les pétioles et devient sucre de canne dans les racines. M. Claude Bernard, qui n’assistait pas à la lecture de M. Duchartre, fait remarquer aujourd’hui que toute l’argumentation du botaniste de la Sorbonne repose sur une erreur d’observation et consiste en une supposition gratuite. L’erreur est de dire que les pétioles renferment de la glycose; on n’y trouve que du sucre interverti, et l’hypothèse de transport et de la transformation de la matière saccharine ne peut s’étayer d’aucune preuve. D’ailleurs, on peut aller plus loin et dire avec MM. Boussingault, Pasteur etBerthelot que le passage de l’amidon au sucre de canne ne se produit jamais dans les laboratoires. L’amidon peut bien donner de la glycose, mais celle-ci ne saurait produire de saccharose. Le sucre de canne résulte de l’union de deuxglycoses distincts et dérivent peut-être de deux amidons” distincts , mais jusqu’ici les physiologistes sont contraints d’avouer leur ignorance. M. Boussingault pense de son côté qu’il est plus conforme aux faits de supposer que dans beaucoup de cas au moins le sucre de canne est immédiatement produit parles végétaux, sans qu’il soit besoin d’invoquer la formation préalable d’un amidon. Pourtant, il signale en meme temps les graines de légumineuses comme contenant une certaine quantité de sucre de canne développé par la végétation, c’est-à-dire sous l’influence d’une matière diastasique.
- L'Afrique et le phylloxéra. —A la suite de la vive discussion de lundi dernier, M. Blanchard avait, paraît-il, renoncé à insérer ses observations dans 1 es comptes rendus ; mais il considère aujourd’hui comme indispensable de faire
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- connaître son opinion cl dans un rapport qu’il présente, il renouvelle la plupart des arguments que nous avons précédemment enregistrés. C’est d’ailleurs simplemenlpour dégager sa responsabilité que le savant entomologiste revient à la charge et M Dumas déclare que tous les faits développés aujourd’hui ayant été exposés devant la Commission, il n’y a aucun motif pour que l’Académie modifie la decision qu’elle a prise lundi dernier.
- Géologie des météorites. — Le savant directeur du Musée minéralogique de Vienne, M. Tschermak, a récemment publié un mémoire dont la conclusion est que les météorites dérivent de masses plus volumineuses où elles étaient en rapport comme le sont ensemble les roches proprement dites à la surface de la terre. Il se fonde sur ce que parmi les météorites il y a de véritables brèches analogues aux conglomérats terrestres, et des roches traversées par des surfaces frottées comme on en voit dans nos régions montagneuses. Il y a déjà de longues années que, par l’élude do la belle collection du Muséum d’histoire naturelle, nous sommes arrivés de notre côté à des conclusions identiques. C’est en 1872 que nous avons montré, sur les météorites, de véritables failles avec rejet et les ccleurs de la N’«-ure ont même eu, dans le premier volume, un joli dessin, fait d’après nature et mettant le fait en évidence.
- Dès 1870, nous avons saisi l'Académie de la nature élastique de nombreux météorites, et allant sur ce sujet bien autrement loin que ne fait aujourd’hui M. Tschermak, nous avons .fait voir qu’on peut très-souvent reconnaître les types lithologiques d’où dérivent les fragments réunis dans une brèche donnée, et arriver ainsi directement à reconnaître les relations slratigraphiques de diverses roches cosmiques maintenant séparées.
- D’ailleurs les deux orjlres de faits qui suffisent à M. Tschermak, pour asseoir l’opinion d’après laquelle les météorites dérivent de corpsplus volumineux, sont bien loin d’être les seuls que nous avons mis en évidence. Nous avons signalé, parmi les météorites, de véritables roches éruptives, des filons concrétionnés, des roches métamorphiques, etc. C’est pour- rappeler nos droits de priorité dans une matière à laquelle beaucoup de savants ont attaché un grand prix, que nous adressons aujourd’hui à l’Académie une note analysée avec bienveillance par M. Bertrand.
- Cours d'astronomie. — La librairie G. Masson met en vente la b0 édition du Cours élémentaire d'astronomie de M. Delaunay. On se rappelle combien l’éphémère directeur de l’Observatoire avait le talent de l’exposition claire et méthodique ; la clarté et la méthode sont les qualités pré-
- dominantes de son Cours. D’ailleurs cette nouvelle édition a été mise au courant des derniers progrès de la science par un jeune savant que nous avons déjà cité souvent, M. Albert Lévy, physicien à l’Observatoire de Montsouris, (‘l qui sait allier, sans effort, l’élégance du style à la précision de l’expression. Cette nouvelle édition du Cours forme un volume de près de 800 pages, enrichi de 5 planches et de 400 figures dans le texte; on peut, sans hardiesse, lui prédire le plus vif succès. Stanislas Meunier.
- NOUVEAU l'Il O G É D É
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- CONCENTRATION DE L’ACIDE SULFURIQCE
- On sait que l’opération industrielle de la concentration de l’acide sulfurique nécessite un matériel
- fort coûteux, consistant en cornues de platine, dont le prix dépasse quelquefois 8U,000 lu. MSI. Taure et Kessler, fabricants d’acide sulfurique, ont imaginé un système qui consiste dans l’emploi de simples cuvettes de porcelaine qui déversent l’acide sulfurique eu cas-conune le montre noire figure, et qui sont chauffées par le dessous. L’opération doit se faire dans une chambre de plomb, inattaquable par les vapeurs acides, et dont l$f parois sont extérieurement refroidies par une chute d’eau.
- Les cuvettes de porcelaine employées ont de Üm,4o à 0111,50 de longueur et de largeur, sur0“,0i à 0"1,05 de hauteur. MM. Faure et Kessler arrivent, avec l’usage de cet appareil, à concentrer l’acide sulfurique jusqu a 66°, et à obtenir un produit à peine plombifère. Le système, comme nous l’avons dit, doit être enfermé dans une chambre de plomb, et la production dans ce cas est bien supérieure à celle que donnent les alambics ordinaires ; son seul inconvénient est de présenter une assez grande surface, et de nécessiter la surveillance d’un ouvrier habile; mais les frais de son installation ne sont pas comparables à ceux qu’exigent les appareils habituellement usités.
- Le Propriétaire-Gerant : G. TissANrnr .
- Appareil à cuvettes en porcelaine du JIM. Faure et Kessler, pour la conccutratioa de l’acide sulfurique.
- Typographie I.aiiure, rue de Fleuras, (t, à Paris.
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- N’° 135.
- 1" JANVIER 1876.
- LA NATURE.
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- LE CIEL EN 1876
- Les amateurs d’astronomie qui voudraient être au courant des principaux phénomènes célestes et en
- constater quelques uns à l’œil nu ou même en observer à l’aide d’une petite lunette astronomique sont souvent embarrassés pour les connaître, et d’ailleurs aucune publication ne les indique dans leur ensemble : ni la-Connaissance des temps, ni l’An-
- xex1' xvil*' xv* xiiü1 xi*? vrfr vb xdî? ih xxmb
- 'A'a. Bélier
- Arcturua
- Pléiade;
- Aldébaran "fc
- Lion fï
- ic Régulus
- a Ophiuclms
- 2 Décembre.,
- -f <x Balance
- MARCHE DE LA PLANETE MARS EN 1876 visible le soir en Janvier. Février et Mars
- Verseau
- MARCHE OE JUPITER en 1876
- MARCHE OE SATURNE en 1876 visible le soir
- en Août.Septembre et Octobre
- 10 Décembres 2 8 j5
- visible le soir en M&i, Juin et Juillet
- k Janvier S février.
- 17 MarsOctobre,
- ^>^Scorpion
- ‘ 2 7 Octobre,
- * 18 Nov&nibre,
- 9 Décembre,
- 2-] Janvier
- ÉCLIPSE PARTIELLE DE LUNE DU 3 SEPT EMBRE 1876
- Coucher de la Lune/ à 6b3on? \
- J Entrée dans l'ombre à 8b3om matin
- Sortie de l'ombre1
- a 10h39
- Entrée dans l’ombre à Ô^aSTsoir
- NIilieu de l'éclipse
- ÉCLIPSE PARTIELLE DE LUNE DU 10 MARS 1876 . a 9b32m
- nuaire du Bureau des Longitudes, ni les Almanachs. Nous répondrons au désir exprimé par un certain nombre de nos lecteurs en publiant, ici les observations qui seront les plus intéressantes à faire dans le cours de l’année 1876.
- Commençons par les éclipses. L’année 1876 aura 4* afluée. — 1er semestre.
- quatre éclipses : deux de soleil et deux de lune. Les éclipses de soleil seront invisibles à Paris. La première, qui arrivera le 25 mars, sera une éclipse annulaire, elle commence dans les îles de l’océan Pacifique par 169 degrés de longitude orientale et 8 degrés 46 minutes de latitude nord ; sa ligne cen-
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- traie se dirige vers le nord-est, traverse l’Amérique du Nord et finit par 47 degrés 45 minutes de longitude ouest, et 67 degrés de latitude nord. La seconde éclipse de soleil de l’année aura lieu le 17 septembre et sera totale ; sa ligne centrale est tout entière comprise dans l’océan Pacifique. Ces deux éclipses se trouvent donc eu de mauvaises conditions pour être observées. Quant aux éclipses de lune, elles seront toutes les deux visibles à Paris, mais ne seront que partielles. La première arrivera le 10 mars, et commencera à 4 heures du matin, pour finir au lever du soleil. Par une coïncidence assez rare, on pourra voir en même temps le soleil se lever, car il se lèvera à 6 heures ‘25 minutes, et la lune se coucher, car elle ne se couche qu’à 6 heures 50 minutes. Ce sera précisément le moment de l’éclipse de lune, et nous pourrons voir ainsi en même temps : le soleil éclairant la pleine lune, la terre où nous sommes l’éclipsant, et la lune partiellement éclipsée. La grandeur de l’éclipse sera de 0,295, le diamètre de la lune étant de 1, c’est-à-dire que la partie éclipsée sera un peu plus du quart du diamètre de la lune.
- Ce fait de voir le soleil pendant une éclipse de lune serait impossible sans la réfraction de l’atmosphère terrestre qui élève les deux astres au-dessus de leur position vraie, tandis qu’en réalité les trois centres du soleil, de la terre et de la lune se trouvent alors sur une même ligne droite.
- La seconde éclipse de lune aura lieu le 5 septembre et commencera à 6 heures 56 minutes du soir, un quart d’heure après le lever de la lune ; l’entrée dans l’ombre arrivera à 8 heures 25 minutes ; le milieu de l’éclipse à 9 heures 52 minutes ; la sortie de l’ombre à 40 heures 59 minutes, et la fin de l’éclipse ou sortie de la pénombre à minuit 6 minutes.
- Un phénomène rare et curieux amvera le 7 août prochain : la merveilleuse planète de Saturne s’approchera de la lune, si près, qu’elle finira par la toucher, et même par passer derrière et ressortir de l’autre côté. L’immersion ou contact de Tanneau de Saturne avec la lune arrivera à 5 heures 22 minutes du matin; l’occultation durera près d’une heure, et l’émersion ou la sortie aura lieu à 6 heures 11 minutes du matin. Le spectacle serait du plus haut intérêt s’il arrivait pendant la nuit ; malheureusement, le 7 août, le soleil se lève à 4 heures 45 minutes, et il fera plein jour quand cette rare occultation arrivera. Mais en examinant, dès la veille, la position de Saturne relativement à la lune, on pourra facilement observer le phénomène dans une lunette astronomique même de faible puissance, et se rendre compte de cette magnifique conjonction de la plus belle planète de notre système avec notre satellite. Ce sera deux jours après la pleine lune, et la lune se couchera ce jour-là à 6 heures 45 min. du matin.
- Il y aura cette année plusieurs occultations d’étoiles fort intéressantes à observer. Les plus curieuses seront celles des Pléiades, devant lesquelles la lune passera quatre fois cette année, pour un habitant de Paris, car, à cause de la faible distance delà
- lune à la terre, on ne voit pas à Lyon ou à Marseille les mêmes occultations d’étoiles qu’à Paris ou à Dunkerque; il y a un effet de perspective ou de parallaxe très-instructif à observer. Nous avons dessiné (p. 68) les quatorze principales occultations calculées pour la position de Paris sur le globe: nos lecteurs de province, ou même de l’étranger, pourront avec intérêt remarquer la différence qui se produira entre les lieux qu’ils habitent et le phénomène calculé pour celui-ci. Nous ne nous sommes occupés ici que des étoiles supérieures à la 5e grandeur, faciles à observer à l’œil nu ou avec une lunette ordinaire ; toutefois nous avons fait exception lorsqu’il s’agit d’un groupe.
- La lune est représentée avec sa phase pour le jour indiqué. L’étoile occultée entre derrière la lune par la gauche (orient), au point de l’immersion, suit derrière notre satellite la ligne ponctuée, dessinée ici comme si la lune était transparente, et en ressort sur le bord de droite, ou occidental, au point de l’émersion. Si l’on se servait d’une lunette astronomique pour observer, les images seraient renversées. Voici la description succincte de chaque occultation, représentée page 68.
- (ï) 7 mars, 2\57m matin à 5h,51™ ; y du Cancer (4e gr. t/2'. — (2) 18 mars, 3h,22m matin à 4h,44m; Etoile 0107 B. A, C. (4e gr.). — (3) 12 avril, 4h,0m matin à 5h,19m; n du Scorpion (3S 1/2). — (4) 27 mai, 9h,5m soir à 9h,5-m; y du Cancer (4e 1/2). — (o) 2 juillet, 10h,24m soir à 10h,54ra ; 4 Scorpion (6e), llh,54m soir à lh,7™ matin; tt Scorpion (3e 1/2).— (6) 14 juillet lh,12m matin à 2\2m ; s Poissons (4e).—(7) 17 juillet, 4 pléiades occultées 2h,36“ matin à 5h,47™ ; 23 Taureau 5% vj Taureau 5e, 27 Taureau 5% 28 Taureau 5° 1/2.— (8)7 août. 5\22” malin à 6h 11™; Saturne. — (9) 28 août, 9\56m soir à 10\37m; Étoile 6107 B. Â. C. (4e). — (10) 6 octobre, 3 pléiades occultées et une au boni, eu bas; de 8h,48m soir à 10\41m; 17 Taureau 4e 1/2, 16 Taureau 5e 1/2, 20 Taureau 5e, 23 Taureau 5e, v; Taureau 5°, 28 Taureau 5e 1/2. — (11) 3 novembre, 7 pléiades occultées et une au bord, en bas ; de 6\34ra matin à 8\15m ; 17 Taureau 4° 1/2, 16 Taureau 5 1/2, 19 Taureau 5e, 20 Taureau 5°, 23 Taureau 5e, Taureau 3e, 27 Taureau 5e, 28 Taureau 5° 1/2. — (12) 11 novembre, lh,9™ matin à 2\2m ; r du lion (4°). —(13) 7 décembre, 5\35m matin à 6h,29m, p Lion (4e). — (14) 28 décembre, 6 pléiades occultées dc5\37m matin à 5h,20,n ; 16 Taureau 5e 1/2, 17 Taureau 4 1/2, 19 Taureau 5e, 20 Taureau 5e, p Taureau 3e, 28 Taureau 5e 1/2.
- Les autres étoiles occultées sont de petites étoiles, moins intéressantes pour l’observation populaire.
- Les plus grandes marées de l’année auront lieu le 19 septembre (105), le 21 août (104), le
- I i mars (102), le 27mars (102) et le 25 avril (101).
- II sera extrêmement intéressant d’observer à ces époques l’arrivée comme le retrait de la mer sur les plages du mont Saint-Michel, de Saint-Malo, et sur toutes les côtes à pentes douces des bords de la mer, ainsi que le phénomène, toujours si émouvant, du mascaret à Caudebec.
- Examinons maintenant les époques où chaque planète sera dans sa meilleure situation pour être observée. Rapproché comme il est du soleil et constamment plongé dans ses feux, Mercure n’est visible pour nous que dans les parties de son orbite qui se trouvent former un angle droit avec la terre, c’est-à-dire
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- dans ses plus grandes élongations occidentales ou orientales. Ses plus grandes élongations du soir auront lieu : le 28 janvier, époque à laquelle il se couche une heure 14 minutes après le soleil ; le 21 mai, époque à laquelle il se couche 1 heure et demie après le soleil, et le 17 septembre, époque à laquelle il retarde de 1 heure, et demie également sur le soleil. C’est à ces époques qu’il faudra le chercher le soir à l’occident après le coucher du soleil. Ses plus grandes élongations du matin auront lieu le 9 mars, le 9 juillet et le 28 octobre.
- La planète Vénus continuera d’étinceler tous les beaux soirs dans le ciel occidental, jusqu’au mois de juin. Le 4 mai elle atteindra sa plus grande élongation et retardera de plus de 5 heures sur le soleil ; on la verra alors briller au sud-ouest, et dans une lunette astronomique on pourra reconnaître qu’elle offre alors l’aspect de la lune dans son premier quartier. Son diamètre, qui n’était que de 11 secondes le 1er janvier sera alors de 23 secondes; puis, à mesure qu’elle se rapprochera du soleil et de la terre, son diamètre augmentera pour atteindre 57 secondes au commencement de juillet, époque à laquelle elle passera devant le soleil non juste comme le 9 décembre 1874 (mais un peu au-dessous) et cessera d’être visible. Son plus grand éclat aura lieu au mois dé juin, époque à laquelle elle se présentera dans une lunette sous la forme d’un croissant argenté s’amincissant de plus en plus. Passant ensuite de l’autre côté du soleil, elle deviendra étoile du matin au mois d’août, atteindra sa plus grande élongation le 23 septembre, et restera étoile du matin jusqu’au mois de décembre.
- La planète Mars est arrivée dans la constellation des Poissons au commencement do cette année ; elle traverse ensuite le Bélier et se trouvera sous les Pléiades le 27 avril, passera au nord de l’étoile y. des Gémeaux le 27 mai ; au nord de S des Gémeaux le 20 juin, au nord de Régulus le 22 août, au sud de j3 de la Vierge le 5 octobre et continuant son cours suivant une ligne parallèle à l’écliptique s’arrêtera dans la Balance au mois de janvier 1877. Elle reste visible comme étoile du soir jusqu’au mois de juin, mais en s’éloignant de plus en plus de la terre et dans de mauvaises conditions d’observation ; son diamètre diminue de plus en plus et la planète finit par disparaître derrière le soleil. Nous ne la reverrons qu’en 1877, époque à laquelle elle se rapprochera de la terre à son minimum de distance, ce qu’elle n’a pas fait depuis quinze années, et ce qui nous permettra de continuer les cartes que nous sommes occupés à faire sur ce petit monde voisin, si semblable au nôtre.
- Le brillant Jupiter plane dans la constellation du Scorpion, dans laquelle il décrit les sinuosités visibles sur notre carte (p. 65). 11 sera en opposition avec le soleil, le \ 7 mai, et passera alors au méridien à minuit. A partir de cette époque il retardera sur le soleil et restera visible le soir jusqu’à ce que la constellation dans laquelle il se trouve descende sons
- l’horizon au coucher du soleil. On voit donc que c'est aux mois de mai, juin et juillet qu’il sera dans la meilleure situation pour être observé, brillant dans le ciel du Sud comme la première étoile du ciel.
- Les anneaux de Saturne vont en se refermant de plus en plus, et ce changement est très-visible d’année en année, même dans une lunette de faible puissance ; ils disparaîtront tout à fait en 1877, la combinaison des mouvements de translation de Saturne et de la Terre amenant notre planète dans le plan des anneaux, et le soleil aussi, de telle sorte qu’il ne les éclaire plus que par la tranche. Voici la valeur de l’élévation de la terre et du soleil au-dessus du plan de l’anneau, comme elle est est vue de Saturne; cette élévation est actuellement au nord de ce plan, elle va devenir nulle, puis sera au sud.
- 1er janvier 1876, terre : -f 12°35', soleil : -f-d0°55' 1er janvier 1877, » + 7° 57', » + 5°53'
- L’opposition de Saturne arrivera le 27 août ; c’est donc pendant les mois d’août, septembre et octobre qu’elle se trouvera dans les meilleures conditions d’observation, brillant le soir dans le ciel du Sud comme une étoile de première grandeur au milieu de la constellation du Verseau. Le diamètre de Jupiter aura atteint près de 46 secondes au mois de mai ; celui de Saturne présentera au mois d’août, indépendamment de ses anneaux, un disque de 18 secondes de diamètre.
- On voit par notre carte (p. 68) que la planète Ura-nus, astre de 6e grandeur se tient en 1876, dans la constellation du Lion et dans une région qui n’est occupée que par de très-petites étoiles. Elle est invisible à l’œil nu, mais on peut la chercher à l’aide d’une lunette ordinaire, en ayant dans les mains cette petite carte. Son opposition arrive le 6 février. A partir du mois de mai, elle cessera d’être visible car elle se couchera*peu à peu vers l’heure du coucher du soleil, astre derrière lequel elle passera le 12 août pour ne plus reparaître sur notre horizon du soir qu’en 1877.
- Plusieurs rapprochements curieux de planètes et d’étoiles auront lieu cette année. Voici les plus intéressants. Nous n’indiquons que ceux qui sont inférieurs à 1 degré. Quelques-uns auront lieu le jour, et ne pourront être observés qu’à l’aide d’une lunette.
- Le 2 janvier, la Lune passera à 55 minutes au sud de Mars, c’est-à-dire à une distance un peu supérieure à son diamètre. (Il est facile, du reste, de se représenter les mesures suivantes en sachant que le diamètre de la Lune est de 31 minutes).
- Le 17 janvier, Vénus, en conjonction avec Saturne,' passe à 21 minutes au sud.
- Le 29 janvier, la Lune passe à 26' au sud de Vénus.
- Le 28 février, Jupiter passe presque sur l’étoile |3' du Scorpion, à 1 minute seulement au sud.
- Le 18 mars, Mercure passe à 24' au sud de Saturne.
- Le 23 mars, la Lune passe à 27' au nord de Mercure.
- Le 5 avril, Jupiter passe à 5' au nord de (3' du Scorpion.
- Le 19 avril, la Lune passe à 42' au sud de Saturne.
- Le 17 mai, la Lune passe à 13' au sud de Saturne.
- Le 7 juin, Vénus arrive à sa plus grande phase d’éclat du soir.
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- Occultations d’étoiles en 1876.
- (Yoy. l'explication de la planche p. 66.)
- Le 13 juin, la Lune passe à 15' au nord de Saturne.
- Le 11 juillet, la Lune, continuant à descendre vers le nord, passe à 34' au nord de Saturne.
- Le 6 août, Mercure est en conjonction avec Mars, et passe à 38' au nord de cette planète.
- Le lendemain, la Lune passe sur Saturne et l’éclipse.
- Le 20 août, Vénus sera revenue à sa phase de plus grand éclat du matin.
- Le même jour, la Lune passe à 22' au sud de Mercure.
- Le 3 septembre, elle passe à 29' au nord de Saturne.
- Le 17 elle passe à SI7 au sud de Mars, juste son diamètre.
- Le 19 elle touchera presque Mercure, la distance minimum sera de 2 minutes.
- Le 29 elle passe à 18' au nord de Saturne.
- Le 27 octobre, elle arrive à 17' au nord de la même planète.
- Le 24 novembre, elle revient à 31' au nord.
- Le 21 décembre, continuant de s’en écarter, elle passe à 53', au nord.
- Telles sont les principales conjonctions de 1876. Ces derniers rapprochements sont calculés pour Londres (à l’exception de l’occultation de Saturne du 7 août), car nous n’avions pas les éléments suffi-
- sants pour les calculer pour Paris. Us seront presque les mêmes pour Dunkerque et Calais, mais différeront d’autant plus qu’on se trouvera plus au midi. Ainsi, par exemple, Saturne restera pour Londres au sud de là lune, de plus du diamètre de la lune. 11 y a encore d’autres différences provenant de la longitude et de l’heure. Mais ces indications suffisent pour intéresser tout amateur d’observations astronomiques.
- Il n’y a rien à dire de Neptune, ni des petites planètes situées entre Mars et Jupiter, actuellement au nombre de 157, ni des comètes télescopiques qui peuvent traverser le ciel. Ce sont là des observations réservées aux astronomes de profession et qui nécessitent de grands instruments. Nous pouvons cependant indiquer en terminant un sujet d’observation à faire pendant le jour : c’est celui des taches du soleil, si faciles et si intéressantes à suivre et à dessiner, même dans une lunette de faible distance.
- Camille Flammarion
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- LES LIBELLULIENS
- ET LEURS CHASSES.
- Tout le monde connaît ces élégants insectes, à corps très-long et grêle, le plus souvent cylindrique, parfois aplati, coloré des nuances les plus vives et les plus délicates du bleu dans toutes ses teintes, du blanc de lait le plus pur, du vert mat ou brillant, du jaune, du rouge et du noir (belles couleurs qui disparaissent malheureusement presque toujours sur les individus desséchés des collections), à quatre ailes longues et assez étroites, presque égales aux deux paires , ressemblant à U11 réseau de gaze, le Libellule déprimée
- plus souvent transparentes et incolores en entier, sauf une tache obscure près du bout (le plérostjgmæ), parfois c(’unc teinte jaunâtre ou verdâtre, ou couvertes de larges bandes d’un bleu d’acier. La richesse du vêtement, la taille svelte et élancée, la légèreté et la grâce du vol, soit rapide à la façon de l’hirondelle, soit doux et comme moelleux, expliquent le nom poétique de Demoiselles, appliqué par le vulgaire aux libel-luliens ou odonates des entomologistes.
- Eu cela seul existe l’analogie; en effet, la forte tète de ces insectes, très-mobile sur le prothorax comme sur un cou, l’énorme développement des yeux, la force des mandibules larges et dentelées, indiquent des animaux de rapine,, à mœurs féroces, se nourrissant de proie vivante qu’ils saisissent au vol et déchirent aussitôt, dédaignant la ruse des abris et la lente surprise des embuscades.
- Les libelluliens se rencontrent dans tous les pays et volent même au-dessus des marécages de la Laponie ; beaucoup d’espèces ont une extension considérable, ainsi de la France au milieu de l’Asie, ce qui est un fait assez fréquent pour les insectes chez lesquels la ponte s’opère dans l’eau, et qui passent la plus grande partie de leur vie (larve et nymphe) dans ce milieu, dont la tempéra-
- ture reste beaucoup plus uniforme que celle de l’atmosphère.
- Les libelluliens sont tous des carnassiers. Les insectes ne sont pas introduits dans leur bouche, à mesure qu’ils les déchirent avec leurs mandibules et leurs mâchoires : mais, à l’aide des pièces buccales suivantes et des palpes, ils les triturent et en forment une sorte de bol alimentaire avant de l’avaler. Ce sont donc des insectes utiles pour nous et pouvant
- détruire des espèces nuisibles à l’agriculture. A ce titre, nous devons les respecter et les laisser libres dans leurs chasses, sauf toutefois les grandes espèces qu’il faut mettre à mort dans un cas particulier: c’est lorsque nous les voyous voler dans le voisinage des ruches, car elles attaquent et mettent en pièces les abeilles. On rencontre les libelluliens à l’état parfait d’avril à octobre, et même plus tard, s’il n’a pas gelé. Les espèces se succèdent assez généralement les unes aux autres, et, de telle façon, que celles du printemps font place aux espèces d’été, comme celles-ci disparaissent à leur tour à l’époque oîi
- Compile à tenailles. Mâle.
- les odonates d’automne viennent à se montrer. Quelques-uns, à deux générations, reparaissent une seconde fois dans la belle saison, et il y a des cas (chez les agrionides) d’espèces qui hivernent adultes, engourdies sous les feuilles sèches. Pour se procurer toutes les espèces d’un pays, il faut en faire la recherche au moins six mois de l’année.
- On divise les libelluliens en libeliulides, æschnides et agrionides.
- Les deux premières familles ont des différences de détail, peu appréciables à première vue. Nous les reconnaîtrons tout de suite à leurs yeux sessiles ou sans pédicule, ovalaires ou hémisphériques, parfois rapprochés au point de se toucher sur le milieu de la tcte, et qu’une simple loupe nous montre formés d’une foule de facettes hexagonales, qui sont les cornées d’autant d’yeux distincts, de sorte que (en outre de trois petits yeux au-dessus de la tête) ces yeux latéraux constituent un organe de vision réellement panoramique, embrassant tout l’horizon. Les ailes
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- LÀ N AT LUE.
- s’étalent perpendiculaires au corps quand l’insecte se repose. Les grandes espèces sont farouches, d’un vol puissant et rapide, et ne se laissent prendre que très-difficilement. Elles passent et repassent constamment aux mêmes places, le long des haies, sur les routes, dans les allées des bois, etc., chaque individu ayant, en quelque sorte, son territoire de chasse. Il en est qui s’écartent peu des eaux qui leur ont donné naissance ; mais d’autres, ainsi Libellula vulgata, Æsclma grandis, cyanea, mixta, etc., s’éloignent davantage, se répandent dans les jardins, les prairies et les bois, et même parfois dans des lieux très-secs et à grande distance des eaux. Les espèces de taille moyenne, comme Libellula vulgata, flageola, Gomphus forcipatus, etc., se laissent plus aisément approcher que les grandes. En visitant les localités que fréquentent ces insectes, le soir ou le matin, Un peu après le coucher, ou un peu avant le lever du soleil, il devient assez facile de les prendre au filet, et même à la main, car ils volent alors lentement et se reposent souvent. Ils sont alors comme engourdis ; la présence du soleil est tellement nécessaire à l’animation des libclluliens, que, lorsque cet astre vient à disparaître par l’interposition de quelque nuage, on les voit presqu’aussitôt cesser de voler et chercher un refuge dans les herbes, les buissons ou les arbres. En effet, eu raison du réseau délicat de leurs grandes ailes, la pluie, le vent ou le froid ne leur conviennent nullement. Dans leur vol rapide sous les rayons vivifiants du soleil, on aperçoit souvent les demoiselles se poser quelques instants à l’extrémité d’une branche ou sur les fagots, étalant leurs ailes et se baignant dans l’effluve dé chaleur avec une véritable volupté ; du reste, toujours sur leurs gardes et s’envolant au moindre bruit.
- Une des espèces de libellulides les plus communes dans toute l’Europe, sauf en Laponie, et s’étendant jusqu’en Asie Mineure, est Libellula depressa, Linn., Y Eléonore de Geoffroy. Elle appartient au groupe d’espèces dont l’abdomen est large et trcs-aplati, comme lancéolé, d’un jaune olivâtre chez la femelle et le jeune mâle, avec des taches jaunes sur les bords, les bases des ailes marquées de brun, les yeux très-rapprochés. Les vieux mâles, aptes à la reproduction, ont tout l’abdomen recouvert d’un enduit bleuâtre et pulvérulent, analogue à celui qui recouvre les prunes, et du à une sécrétion cireuse ; ils sont alors très-farouches et doués d’un vol rapide. Parmi les espèces de la même famille à abdomen cylindrique, nous citerons Libellula vulgata, Linn., à ailes hyalines, l’abdomen rétréci avant le milieu et rouge chez le mâle adulte, olivâtre chez la femelle, jaunâtre dans les très-jeunes individus des deux sexes. Cette espèce, répandue dans toute l’Europe septentrionale et orientale, est l’espèce de libelluliens la plus commune près de Paris, de la fin de juillet à novembre, et parfois plus tard si les froids ne sont pas précoces; elle manque dans le sud-ouest de la France y compris les Charentes. On trouve çà et là aux alentours de Paris, mêlée à la précédente, mais beau-
- coup plus rare, une espèce de même taille moyenne, de mêmes couleurs du corps, se distinguant tout de suite par ses ailes largement safranées à la base, ce qui lui a valu le nom de Libellula flaveola. C’est une espèce du nord de l’Europe, très-commune par places; nous recommandons aux jeunes amateurs, qui désirent la capturer, les prairies tourbeuses avoisinant le vivier Corax, dans la forêt de Compiègne.
- Parmi les æschnides nous représentons une espèce fort répandue, surtout dans les contrées boisées et montagneuses, depuis la Laponie inclusivement jusqu’à la Sicile, l’Asie Mineure et l’Algérie. On la trouve près de Paris en juin et juillet, douée d’un vol très-rapide, se posant à terre sur les grands chemins. C’est le Gomphus forcipatus, Linn., la Caroline de Geoffroy, dont le mâle est remarquable par son abdomen renflé en fuseau vers le bout, et muni de puissantes tenailles pour l’accouplement. Dans celte espèce, les veux sont largement séparés, la tête jaune au milieu, le thorax jaune avec six raies noires épaisses, l’abdomen avec une série détachés dorsales lancéolées jaunes, les pattes noires, avec la moitié des cuisses jaunes. Il y a une race méridionale, moins colorée, occupaut le pourtour méditerranéen. Dans le genre Æschna, nous citerons deux espèces, fort communes près de Paris pendant l’arrière-saison et qui frappent nos yeux sur toutes les routes pendant les vacances. L’une est Y Æschna cyanea, Latr., ou maculalissirna, dont la femelle, beaucoup moins répandue que le mâle, atteint 11 centimètres d’envergure, et se distingue par la belle couleur d’un vert d’herbe de son corps, avec mélange de taches noires et jaunes. Un bleu vif et pur remplace presque entièrement le vert chez le mâle. Cette espèce abonde dans toute l’Europe, sauf la Laponie et l’Irlande, de la fin d’août à la fin d’octobre. A coté se place Y Æschna mixta, Latr., de taille plus petite, de coloration analogue, mais avec une teinte générale roussâtre, manquant en Suède, existant dans l’Europe tempérée et méridionale et en Algérie, de juillet à octobre, et même dans la Charente (II. De-Jamain) et plus au sud jusqu’au milieu de novembre. Maurice* Girard.
- — La suite prochainement. —
- LES CHEMINS DE FER SOUTERRAINS
- A LONDRES.
- LE METROPOLITAIN, LE METROPOLITAIN DISTRICT ET LE SAINT JOHN’s WOOD RAILWAY.
- L’installation d’un chemin de fer souterrain à Paris a depuis longtemps été discutée; personne n’ignore même que les Halles possèdent des gares prêtes à recevoir les marchandises lui venant, par voie souterraine, des grandes lignes qui composent le réseau
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- français. Malheureusement c’est là tout ce que nous avons réalisé de ce projet grandiose.
- Au contraire, nos voisins d’üutre-Manclie, dont la principale préocupation est de faciliter les communications aux mouvements d’un commerce unique daus le monde, ont depuis longtemps construit à Londres un réseau de chemins de fer souterrains, qui assurent aux habitants de la Cité la rapidité du transport des voyageurs et des marchandises. Les tramways installés à Paris deviendront sans doute insuffisants daus un avenir peut-être proche; on en reviendra forcément pour notre métropole aux projets de chemins de fer; aussi croyons-nous utile de devancer en quelque sorte ces prévisions et de décrire les gigantesques travaux que les Anglais ont exécutés à Londres, pour la construction des rail-ways souterrains.
- La ligne formant ce que l’on nomme généralement le lnner circle, représenté par notre carte, part maintenant de Bishopsgate et, après un long circuit, atteint- Mansion House à quelque distance de son point de départ. Ces deux gares se trouvent dans la Cité même, le quartier le plus resserré, le plus remuant de Londres, le centre des affaires en un mot. Cette œuvre colossale n’est pas le résultat d’un plan primitif, mais bien la conséquence d’un ensemble de travaux auxquels le Métropolitain railway, ligne ouverte en janvier 1865 (de Paddington à Farr\ngdon road) donna en quelque sorte l’impulsion. De Bis-hopsgate à Mansion House on compte deux chemins de fer et deux compagnies travaillant sur une même ligne, le Métropolitain Raihvay et le Métropolitain Districts Raihvay; on voit s’y ramifier les chemins de fer de Saint-John Wood, Hammersmith, et, successivement enfin, toutes les grandes lignes anglaises. Le public peut aujourd’hui non seulement se rendre à Londres d’un quartier à l’autre par voie de chemin de fer, mais encore prendre dans un quelconque de ces quartiers un billet pour toutes les stations du Royaume-Uni.
- Métropolitain railway.—C’est en 1855 qu’une compagnie se forma pour la construction d’un railway devant relier fa Cité à différentes parties de Londres. Après de longues discussions sur là manière de l’installer, le projet de tunnel fut adopté et le Parlement ratifia l’acte en la même année. Mais la guerre de Crimée vint interrompre l’œuvre; l’argent était rare et la compagnie ne pouvait réaliser les capitaux. Cependant, après des efforts constants la compagnie parvint à obtenir l’assistance absolument nécessaire de la « Corporation de Londres », qui devenait actionnaire pour 200,000 livres (5,000,000 francs). Le capital de la compagnie se composait de 850,000 livres (21,250,000 francs) : nous verrons plus loin que ce chiffre fut dépassé de beaucoup. Cette somme fut divisée en part de 10 livres (250 francs) ; le Great Western railway souscrivit pour 175,000 livres, et le reste fut pris par le public. On nomma entrepreneurs des travaux MM. Smith, Knight et Jay. L’ingénieur en chef fut
- M. Fowler, président de l’Institut des ingénieurs civils. En 1860 les travaux commencèrent et furent poussés avec la plus grande activité jusqu’à l’ouverture, en janvier 1863.
- Des difficultés considérables allaient se présenter dans l’exécution du premier chemin de fer souterrain. On le comprendra, en se représentant que la compagnie devait construire la ligne sans gêner aucun des services publics et cela dans un quartier des plus populeux. On commença par se rendre acquéreur des propriétés où devait passer la ligne et l’on se mit en règle avec les vestries 1 quand on dut traverser la voie publique.
- Après l’achat et le tracé fait, ou démolit toutes les propriétés achetées et l’on commença les travaux ; mais non pas à la façon d’un tunnel ordinaire. En effet, on n’a pas perforé Londres pour y établir le railway, mais on a ouvert une tranchée qui a été recouverte ensuite. — Le recouvrement d’une partie du canal Saint-Martin peut donner une idée au lecteur parisien de ce que fut ce mode d’établissement de la voie ferrée — tout rapport gardé.—La distance entre le niveau du sol et la voûte n’est que de 0m,60 à peine dans certains endroits. De cette façon on put s’avancer par section et marcher pas à pas, recouvrant successivement la partie faite, et rétablissant la chaussée. Ce procédé, bien supérieur dans ce cas à ceux que l’on emploie pour la construction d’un tunnel, offre en outre, des conditions de sécurité, de solidité et d’imperméabilité exceptionnelles. Ajoutons enfin qu’il est plus économique, Les propriétés démolies ont été reconstruites par la compagnie, et leur ont constitué plus tard un immense revenu.
- Le travail fut commencé à deux places différentes; à Paddington et à King’s Cross, en raison de la proximité de ces places avec les lignes du Great Western et du Great Northern. De cette façon la masse des matériaux déblayés trouva facilement un débouché immédiat.
- Dans un grand nombre de circonstances il fallut dévier de leur cours les tuyaux à gaz, conduits d’eau et les égouts. Grâce à l’intelligence et à la persévérance des ingénieurs, lous les obstacles furent vaincus; du reste, nous verrons plus loin les mêmes hommes s’attaquer à des difficultés plus grandes encore pour la construction du District raihvay. Un accident grave se produisit en 1862 ; un égout s’épancha tout à coup sur la voie. A trois reprises différentes les ingénieurs luttèrent avec persévérance ; il fallait que cet égout traversât la voie,... aussi prit-on des mesures exceptionnelles pour assurer le succès. Cependant, l’ouverture de la ligne fut retardée de quelques mois pour cette cause. En janvier 1865 elle fut livrée au public.
- La locomotive employée avait été construite de façon à « condenser sa propre vapeur et à mettre sa fumée en bouteille » ; telles sont les expressions de M. Fowler; mais elle semble ne pas avoir tenu
- 1 Conseils de paroisse.
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- tout ce quelle promettait. Les machines ont été perfectionnées; cependant le problème ne paraît pas encore être absolument résolu. Les locomotives devant fonctionner sur le Métropolitain ont été construites depuis, de telle sorte que, lorsqu’elles marchent à ciel ouvert, elles se trouvent dans les conditions des locomotives ordinaires, et que, passant sous un tunnel, leur mode de fonctionnement se trouve modifié. On obtient ce résultat de la manière suivante : pour ne pas répandre dans le tunnel la vapeur surchauffée, la locomotive l’envoie dans les vastes réservoirs placés sur ses côtés et contenant 4,500 litres d’eau qui la condense. Ces machines, de plus, ont une très-grande surface de chauffe et, quand elles passent sous un tunnel, on interrompt tout ti-
- rage en fermant la trappe de la cheminée : la combustion s’arrête, et toute fumée disparaît. La vapeur étant élevée à une pression de 150 livres (anglaises) à l’entrée du tunnel, est fort suffisante pour leur faire franchir la distance, en admettant qu’elle tombe à une pression de 80 livres pour le temps de son passage. La meilleure qualité de coke qui puisse être trouvée (près de Burham) le plus attentivement trié, et brûlé 120 heures afin d’en détruire les sulfures et autres éléments nuisibles, est seule consumée par les machines. Ces locomotives des chemins de fer souterrains dues à M. Fonder sont construites sur ses plans par MM. Beyer, Pearock et Ce, de Manchester; elles sont portées sur 8 roues; les quatre premières peuvent pivoter sur elles-mêmes, à la fa-
- Ligïws principales ...keo
- Lignes de communication____
- lignes d'omnibus desservant les trains.............++
- /REGENTS Pi
- Eoewi
- HYDE PARC
- Crrtco*, par i. Morieu. r Je Brra 23 Paris.
- Réseau contrai des chemins de fer souterrains à Londres. (Inner circle.]
- (;ou des voitures ordinaires, ce qui leur permet de franchir sans danger des courbes d’un petit rayon.
- Quand on pénètre dans le Métropolitain, une odeur particulière se fait sentir. On pourrait croire que cette odeur vient des feux des machines ; il n’en est rien. Un docteur anglais, M. Lethbey, affirme qu’elle est due à la friction des freins de bois dont on se sert pour arrêter les trains aux stations lréquentes de la ligne. La combustion imparfaite du bois engendre, d’après lui, des produits pyroligneux, hydrogènes carbonés, etc., qui peuvent provoquer la toux, mais qui ne sont nullement nuisibles à la santé. Nous croyons devoir insister sur ces détails, pour montrer que la question de ventilation est un des points importants du problème des chemins de fer souterrains. La compagnie a eu souvent à subir à cet égard les plaintes du public. Bans les grandes chaleurs de 1867, des enquê-
- tes furent faites à Londres sur deux ou trois personnes malades qui moururent soit durant le trajet, soit quelques heures après ; dans deux de ces cas le jury déclara, dans son verdict, que la mort, occasionnée par des causes naturelles, avait été accélérée pan l’atmosphère suffocante du railway. Dans les deux autres cas, où des sommités médicales et scientifiques furent consultées, ces imputations furent contredites et le verdict démontra que la mort avait été purement accidentelle. L’air des tunnels, recueilli le matin et le soir après le service ordinaire du jour et de la nuit fut analysé par le .professeur Roger s, à la demande du coroner; ce célèbre chimiste trouva qu’il contenait généralement Une proportion d’oxygène égale à celle de l’air prélevé dans les tunnels des grandes lignes, avec une très-petite portion de gaz sulfureux et carbonique, de telle sorte qu’il ne pouvait être nuisible à la santé. Il est
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- prouve, en effet, par la statistique de la commis- ! (pie dans les autres compagnies. Un journal anglais siou médicale du service sanitaire de la compa- ; dit à ce sujet : «Nous croyons pouvoir attribuer ce gnie, <pùm moins grand nombre d’employés se 1 fait à ce qu’il sont moins exposés aux vents froids, à trouvent enlevés au service, pour cause de maladie, j la pluie, aux courants d’air meurtriers, que ceux
- Chemins de fer de Londres. — Lignes souterraines superposées, passant au-dessous des rues, à l’entrée de Cierkcnwcll tunnel.
- qui travaillent sur des lignes moins abritées ; et nous ne doutons pas que les risques des voyageurs sur de tels maux, nés de ces trois causes, ne soient aussi diminués particulièrement dans la saison d’biver et dans les temps incléments. »
- Si la compagnie du Métropolitain a eu bien des
- problèmes à résoudre, on voit quelle a trouvé aussi bien des mécontents à satisfaire. Cependant, et telle est la nature humaine, après des plaintes sans nombre sur le mauvais état de l’atmosphère, le public a fini, sur ses instances, par contraindre la direction de mettre des wagons de fumeurs (smoking carriage),
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- pendant longtemps formellement interdits, sur la voie. Je vous laisse à juger ce que peut être par un temps de brouillard l’atmosphère d’un de ces wagons quand une trentaine de fumeurs s’y trouvent et que la locomotive faillit à ses devoirs en laissant échapper quelque peu do sa fumée ! Le public exigeant souffre l’asphyxie volontaire, mais il n’admet pas qu’elle soit due à une autre cause.
- En définitive, le Métropolitain, malgré quelques récriminations isolées, obtint un immense succès, et sa construction répondit à un besoin réel, comme le montre le tableau des voyageurs transporté de
- lro classe. . . . '.
- 2° classe............
- 3° classe............
- JUILLET A DÉCEMURE 186-1
- 035,651
- 1,210,259
- 3,361,425
- JANVIER A JUILLET 1865
- 833,112
- 1,519,887
- 5,110,823
- 5,207,335 7,402,823
- Chose singulière, les omnibus de Londres ne souffrirent pas de la concurrence du chemin de fer. Le nombre de voyageurs, en supposant les trains complets à chaque voyage, devait être, selon la Compagnie, de 744,600 par semaine; il ne fut que de 090,904 ; cela peut servir de base de calcul pour des opérations de ce genre. Les actionnaires à cette époque reçurent 3 4/2 pour 100, environ 1/2 pour 1,000,000 de voyageurs.
- Le jour de la Pentecôte 1865, le Métropolitain transporta 84,440 voyageurs—le nombre total, pour cette même semaine, fut de 570,843 et la recette de 3,414 livres, soit 85,550 francs; —ce qui donnait,en raison de la ligne à cette époque, une recette de 910 livres par mille S soit 22,750 francs. Une remarque digne d’attention, c’est que pas un accident ne fut à déplorer. Le rôle des signaux occupa d’ailleurs une large place dans la création du chemin de fer souterrain. 11 fallut, en effet, faire un code commun aux nombreuses lignes qui sillonnaient déjà le Métropolitain, et, de plus, la grande quantité de trains exigés demandait un service spécial (environ tous les cinq minutes un train passe). Plusieurs systèmes furent adoptés, puis rejetés. Voici ce qui s’exécute maintenant. La distance d’une station existe toujours entre un train et celui qui le suit ou le précède. On télégraphie de station à station suivante l’arrivée et le départ; dés signaux sémaphoriques, faits.en concordance avec ces renseignements, indiquent aux mécaniciens l’état de la voie ; de la sorte un train ne quitte jamais une gare avant que celui , qui est tète n’ait quitté lui même la gare où il stationne ; il est aisé de comprendre qu’avec un tel service tout danger est éloigné. Ajoutons du reste que le Métropolitain n’a pas eu de cas de morts sur la ligne.
- Les wagons du Métropolitain railway sont éclairés au gaz par un moyen fort simple. Sur leurs toits est fixé un long récipient de bois dans lequel se trouve enfermée une enveloppe de caoutchouc faisant
- office de gazomètre; on emplit ce réservoir à l’aide d’un tuyau qui longe un des côtés du wagon et aboutit à un robinet de forme spéciale. Quand le train arrive aux têtes de lignes, des hommes vissent rapidement des tuyaux de caoutchouc aux tubes des wagons, et le tout s’emplit en 2 minutes 1/2, grâce à une pression suffisante, exercée à la source même d’alimentation du gaz. Ces tuyaux sont fixés dans le sol ; leur nombre et leur distance sont en rapport avec le nombre des wagons et leur éloignement de l’un à l’autre.
- Arrivons à présent à ce qu’a fait la compagnie pour l’aérage et considérons de combien de tunnels et de combien de prises d’air se compose la partie dont nous nous occupons, c’est-à-dire de Paddington à Farringdon Road. Nous donnerons la parole à sir Cusack lloney auteur d’un ouvrage fort intéressant (Rambles ou Railways1), dans lequel nous trouvons un compte exact de la longueur de chacune des sections dont se compose la ligne.
- « La longueur totale du Métropolitain, proprement < dit, de Risltop's lioad, près la gare du Créât Western railway à Paddington, à Morgate Street2, est environ de 4 miles 1/2 (7,240 mètres). La portion souterraine est de' 2 miles et 496 pieds (5,570 mètres) d’Ed-gware Road à King’s Cross; mais dans cette distance, fait remarquer sir Rouey, se trouvent trois moyens puissants de ventilation : le premier a Maliens Street station, à un 1/4 de mile de Edgware Road (805 mètres) ; le deuxième se trouve à Portland Road, à 1 mille et 558 pieds de Baker Street ( 1,712 mètres)
- « Portland Station est la plus ouverte des stations « souterraines » ; la troisième se trouve à Goiver Street,h 1.920 pieds de Portland Road (675 mètres). De Goiver Street à King’s Cross station se trouve le plus long intervalle entre leurs stations, soit 5,900 pieds (1,278 mètres). »
- Comme on le voit, les conditions d’aérage sont meilleures que l’on pourrait le supposer. Ajoutons que Paddington, King’s Cross, Farringdon, AUlers-gate Street et Morgate Street sont à ciel ouvert. Nous rencontrerons moins de ces stations dans le district railway.
- Afin d’obtenir une ventilation supérieure encore, la compagnie demanda et obtint l’autorisation d’établir des prises d’air sur la voie publique. On peut les voir dans Easton Road; cela ressemble assez à unde nos refuges en petit ; placés au milieu de la rue, un bec de gaz les ornant, une grille de fer en limitant l’accès, ils servent, du reste, assez souvent à cet usage.
- Quand le succès du Métropolitain fut assuré, plus de trente compagnies présentèrent des projeis au Parlement afin d’établir de nouveaux chemins de fera Londres, les unes sur le même modèle, les autres sur-un système différent . La plupart furent rejetés. Cependant peu de temps après, le Métropolitain ouvrait
- 1 Digressions sur les railways (Londres, 1808).
- 1 Suivre la carte (à cette époque, 1868, le M. R. atteignait Morgate),
- 1 Le mille anglais = 1 kil. 609 rn,
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- une nouvelle ligue au public et poussait jusqu’à Kensington. Rien de remarquable ne se présenta dans ces travaux qui s’exécutèrent de la même manière que les précédents.
- . La voie était définitivement ouverte; on n’avait plus qu’à s’y engager. En 1867-1808 on exécute entre King’s Cross et Farringdon Street de nouveaux travaux, qui méritent une mention spéciale en raison des énormes difficultés vaincues et des résultats obtenus. Celte section du railwav, longue de 1,600 mètres environ, sert conjointement à l’usage du Métropolitain, du Créât Western, Midland, Gréai Northern, et enfin du London Chatam et Dover Railway ! Les rails sont d’une dimension mixte qui permet aux compagnies l’usage de leurs wagons. À la station de King’s Cross, le Midland et le Créât Northern forment une jonction avec le Métropolitain, qui leur donne accès dans la cité. De Farringdon Road, le London Chatam et Dover conduit les voyageurs dans toutes ses branches suburbaines. Depuis quelque temps seulement une station s’est ouverte à Risliopsgate.
- Le Métropolitain continuant lentement sa marche souterraine, s’est de plus rallié à Liverpool Street, au Great-Eastern. Dans quelque temps il se reliera au Blackivall Railway et là sa tâche sera accomplie et ses promesses réalisées. Comme on peut le voir sur la carte, à l’aide du Métropolitain district, il se relie encore à nombre de lignes et complète ainsi son vaste système de communications. De ce (pii précède, le lecteur verra clairement l’importance de cette petite partie du Métropolitain dont nous, parlions plus haut et sur laquelle passe, pour ainsi dire, tout le service de la métropole, trait d’union des grands railways nationaux divergeants vers le nord, le sud, l’est et l'ouest de Londres et traversant le Royaume entier ! Si nous considérons le nombre de voyageurs transportés en 1867 par le Métropolitain, dans les douze mois de l’année, il a été de 23,000,000 : le lecteur pourra se faire une idée de ce que peut être maintenant l’énormité des transports effectués sur cette partie de ligne, par la compagnie elle-même, ou par celles qui lui sont subsidiaires.
- Dans les années 1867-1868 la compagnie, avec l’aide de M. Fowler son ingénieur en chef, fit des efforts considérables pour obtenir le plus grand nombre de trains possible, malgré la multiplicité des précautions à prendre dans un tel service. Un travail remarquable s’exécuta à cet effet en 1867; il consista en l’élargissement de la Clerkenwell section dont on doubla la ligne et qui nécessita un second tunnel longeant le premier et passant sous un autre corps de bâtiments. Il fallut détourner des égouts, des conduites d’eau et de gaz, démolir l’ancienne ligne, pour la reconstruire provisoirement. Et cela sans interruption dans la marche des trains ; (il en passe 350 par jour à des intervalles de 5 à 10 minutes.) Le nouveau tuuriel, commençant à King’s Cross, marche parai lèment au tunnel du
- Métropolitain propre, et, comme lui, sort à Ray-Street près Farringdon, mais à 15 pieds au-dessous du niveau du premier. A ce point et à cette profondeur, les lignes se croisent, l’une allant à l’ouest de la station de Farringdon-Road, l’autre à l’est, et de là à M or gâte Street. Notre gravure montre le croisement des lignes à l’entrée du tunnel de Clerkenwell. A cet endroit, une arche fut bâtie à 30 pieds au-dessus de la nouvelle ligne afin de supporter une partie de la rue. Le procédé pour bâtir ce pont, sans arrêter le service, nécessita des travaux lents et difficiles. Les vieux murs d’appuis furent repris en sous-œuvre, de chaque côté de la ligne, jusqu’à uue profondeur de 20 pieds afin d‘en doubler la solidité.
- Des puits d’aérage donnent de l’air à ce tunnel construit sous un tunnel : sur sou parcours il rencontre en outre une large ouverture de 45 mètres; puis les deux lignes rencontrent alors, quelque temps après, une antre station de 300 pieds de long qui sert au service des lignes déjà mentionnées. A l’ouverture de 45 mètres on a placé uue station de signaux, munie d’un code spécial qui permet aux compagnies de faire passer les trains à 2 minutes d’intervalle en parfaite sécurité. A la station de King’s Cross, on voit l’entrée de trois tunnels qui forment encore un travail fort remarquable. I.e tunnel du milieu se rend à la gare nouvelle du Midland railway ; à sa droite prend place celui qui se rend au Créât Northern, à sa gauche on voit le tunnel de King’s Cross à Gower Street du Métropolitain lui-même; ils sont vus de la plateforme centrale de la station. Comme le niveau du Métropolitain est de beaucoup au-dessous du niveau de là gare du Midland, la compagnie de ce dernier fait passer sous sa gare la ligne en question et par une rampe assez douce lui fait gagner la sienne propre.
- Le raccordement est complet et le Midland peut voyager sur le Métropolitain, aller et retour. Pour cet avantage, le Midland doit payer au Métropolitain 14,006 livres par an (350,000 francs).
- Les dépenses des travaux du Métropolitain railway s’élevèrent à la somme de 1,300,000 livres, soit 32,500,000 francs. Le capital de la société était, nous l’avons dit, de 850,000 livres; il a donc coûté presque le double et nécessité des emprunts successifs. P. Nolet.
- — La fin prochainement. —
- L’AFRIQUE ÉQUATORIALE
- (GABONAIS, PAHOÜIN’S, GALLOIS.-OKANDA, BANGOVKNS,
- OSYÉBA.)
- Par le marquis de Compïègne1.
- Rien n’est souvent moins juste que les réputations ; les Français ont généralement celle d’être de médio-
- 1 2 vol. in-18 de 366 et 572 p. avec 16 gravures hors texte et 2 cartes. — Paris, Plon, 1873.
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- LA N A TU RL.
- cres explorateurs, parce qu’ils 11’ont jamais eu beaucoup de passion pour les voyages et sont devenus, depuis les guerres désatreuses du règne de Louis XV et l’abolition du droit d’aînesse, de détestables colons, et surtout, comme l’a prouvé l’insuccès des souscriptions laites pour subvenir aux dépenses des voyages de découverte, parce que le gros du public est indifférent à ce qui touche à la géographie qu’il ignore, et pourtant les noms donnés par les Français sont aussi nombreux sur les caries que ceux dont le baptême appartient aux autre nations; et, en ce siècle, une pléiade de savants, de missionnaires, d’of-ticiers, d’ingénieurs, de négociants de notre pays
- ont largement contribué au progrès de la géographie africaine.
- Le fleuve Ügooué était à peine connu il y a quelques années. La France avait planté son pavillon en 1841 à l’estuaire du Gabon, sous l’équateur. Cette baie profonde ne reçoit que de faibles rivières; mais, immédiatement au sud, s’épanouit le delta d’un des plus grands fleuves africains, l’Ogôoué, dont les embouchures dépendent aujourd’hui de notre colonie du Gabon. C’est seulement en 1867 que, simultanément, deux officiers français commencèrent l’exploration de l’Ogôoué; Fini, M. Serval, atteignit le fleuve par terre en partant du Gabon ; l’autre,
- Vue de Libreville, chef-lieu de la colonie française du Gabon.
- M. Aymès, y pénétra directement par mer, sur un [lotit vapeur justement nommé le Pionnier et le remonta jusqu’à Andinanlango, près de sou confluent avec un fort affluent, le N’Gounié. Depuis cette époque si rapprochée, ce cours d’eau inconnu est de-Vi'im une artère commerciale. Sous la protection de la France, de laquelle dépend ce territoire, des comptoirs ont été établis sur le fleuve au loin dans les terres, chez les Gallois, à Andinanlango, par la maison anglaise llatton and Cookson et la maison allemande Wiïrmer, — dont les représentants, MM. Wal-ker et Shiiltz, ont remonté l’Ogôoué jusqu’à Lopé dans le pays des Okanda.
- Tel était l’état des connaissances géographiques sur ce vaste fleuve, qui arrose probablement le centre même de l’Afrique, lorsque le marquis de Compïègne et M. Marche résolurent d’entreprendre un
- voyage de découverte dans cette direction. Ces messieurs en étaient réduits à leurs seules ressources et de semblables explorations sont très-coûteuses. Au lieu de quémander le secours de l’État, comme nos compatriotes sont parfois trop portés à le faire, les explorateurs se sont fait honneur de subvenir à leurs dépenses par leur propre travail ; les dignes voyageurs se tirent préparateurs de peaux de singes et d’oiseaux ainsi que de collections d’histoire naturelle, et commissionnaires en cette marchandise exceptionnelle.
- Le 5 novembre ! 872 ils quittaient Bordeaux, et ils arrivaient le 16 janvier devant Libreville, le modeste chef-lieu de notre colonie gabonaise.
- Après s’être préparés pendant une année à leur grand voyage de découverte par des excursions dans le bas Ogôoué, accompagnées de vicissitudes sans
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- LA NATURE.
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- nombre, le 10 janvier 1874, ils parlaient pour remonter le haut Ogôoué et, le 57 du même mois, ils atteignaient à Lopé le point extrême connu avant eux.
- Désormais ils étaient dans l’inconnu. 11 fallait traverser le territoire des Osyéba, anthropophages aux dents limées en pointe pour mieux mordre, proches parents des Pahouins (nos voisins du Gabon), aussi bien que des Niams-Niams de l’Afrique orientale, dont la Nature a récemment parlé d’après Schweinfurth1 ; tous ces sauvages ont les dents aiguisées de la même façon. Les deux voyageurs partirent le 28 février et ils étaient parvenus le 10
- mars au confluent de la rivière Ivindo, après avoir franchi de magnifiques cataractes, quand ils furent traîtreusement attaqués par des cannibales. La lâcheté des Okauda, qui les accompagnaient, les obligèrent à rétrograder au milieu de périls inouïs et il leur fallut des miracles d’énergie pour pouvoir regagner Adanlinanlango, le 18 avril 1874. Les deux glorieux explorateurs étaient à Paris le 20 juillet suivant.
- « Pendant 18 mois ils n’avaient pas bu autre chose que de l’eau et n’avaient mangé ni pain ni légumes, durant tout ce temps ils avaient eu en moyenne trois jours par semaine la fièvre du pays, qui
- Types de Pahouins de l’Afrique occidentale.
- est précédée de vomissements violents et avaient absorbé 750 grammes de quinine, enfin pendant les six derniers mois ils ont dû marcher pieds nus, leurs jambes étant percées d’une quantité de trous et t rop enflées pour tenir dans des chaussures. » C’est à ce prix que se font les découvertes géographiques.
- Comme les coureurs se passant le flambeau de main en main quand l’un d’eux tombait épuisé, une nouvelle expédition française vient de repartir pour reprendre la trace de l’exploration précédente et s’avancer plus loin. Elle est commandée par un jeune officier de notre marine, M. de Brazza, secondé par le compagnon du marquis de Gompiègne, M. Marche, et un jeune chirurgien de marine, M. Ballay. Cette fois le voyage se fait aux frais et sous les auspices du
- 2 la Rature, 4e année, Ie' semestre, p. 22,
- gouvernement français quia magnifiquement outillé l’expédition.
- Le récit, palpitant d’intérêt, de M. de Gompiègne est très-rapidement écrit, sans prétention, dans un style familier, parfois un peu trop peut-être, mais qui a l’immense mérite de vous faire vivre dans l’intimité des explorateurs et de vous identifier avec eux ; partout on y retrouve cette bonne et vaillante gaieté française, que les dangers et les misères n’effleurent même pas et qui fait à la fois notre gloire, notre originalité, notre force ; c’est comme à son corps défendant que l’auteur laisse voir qu’il est non-seulement un intrépide voyageur, un chasseur émérite et un conteur charmant, mais aussi un savant géographe, un naturaliste expert et un linguiste distingué. En rapprochant ses propres observations de celles de Bûchai 1 lu, de Miani et de Schweinfurth, il établit
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- LA NAïUMK
- qu’il existe, au centre de l’Afrique, deux races dont le foyer même nous est encore inconnu; l’une de nègres pygmées qui ont envoyé en avant-garde, vers l’occident,lesObongos, vers l’orient, les Akkas ; l'autre de cannibales, qui, plus intelligents et plus habiles que les autres nègres, se multiplient et poussent leurs colonnes serrées jusqu’à l’Atlantique, ce sont les Pahouins et les Osyeba ; jusqu’au Nil, ce sont les Monbouttous et les Niams-Niams. En vertu de la lutte pour la vie, les races paisibles sont mangées — dans le sens littéral du mot — par les nouveaux venus, dont le nombre s’accroît toujours.
- Charles Poissav.
- CHRONIQUE
- Les faciles solaires et les orages.— Décidément, c’est le soleil qui joue le principal rôle dans les phénomènes météorologiques de notre planète, et il n’y a rien d’étonnantà cela. Quoique nous ne devinions pas facilement encore comment ces taches peuvent influencer notre atmosphère, car la surface rayonnante qu’elles couvrent à leur maximum n’est pas considérable relativement à la surface totale du disque solaire ; quoique nous ne sachions même si ce sont des recrudescences d’activité calorifique qu’elles témoignent ou au contraire des tendances au refroidissement, et quoique nous ignorions si c’est par le mode calorifique ou par le mode électrique, ou autrement, qu’elles agissent, cependant les comparaisons continuent à développer et à multiplier les effets qui paraissent liés à la périodicité des taches solaires.
- Un savant de Munich, M. Bezold, s’est livré récemment à une étude spéciale sur les époques des orages, en se servant surtout des documents réunis dans le royaume de Bavière. Le premier fait qui s’impose à l’attention est que* si l’on considère un certain nombre d’années, le nombre des orages va ordinairement soit en diminuant, soit en augmentant, et que ces variations sont périodiques.
- Si nous nous demandons quelles sont les causes météorologiques qui peuvent être en relation avec les orages, la première qui se présente est la température. L’auteur a construit la courbe des températures moyennes de chaque année et il a mis en regard celle des taches du soleil ; puis il a comparé à ces deux courbes celle du nombre annuel des orages. Or, il se trouve que les minima des orages coïncident exactement avec les maxima des taches solaires. lVun autre côté, la courbe des orages forme, dans une certaine mesure, la moyenne entre celle des taches solaires et celle de la déviation de la température moyenne pour nos latitudes.
- Hemarquons ici que quoique la marche de lacourbe des orages montre un rapport général et incontestable avec celle de la courbe des taches solaires, ( de telle sorte, par exemple, que de 1775 à 1822 les maxima de la première correspondent tout à fait avec les maxima de la seconde, ) cependant les détails de la courbe des orages coïncident mieux avec les détails de la courbe des températures, et presque chaque élévation ou abaissement de la dernière peut être tracé sur la première. Ce rapport entre les orages et les déviations des températures annuelles de la moyenne générale se manifeste encore clairement, même lorsque celui qui existe entre les orages et les taches solaires est moins apparent.
- Le résultat général peut se formuler ainsi : Les tempéra-
- tures élevées, aussi bien qu’une surface solaire libre de taches, causent un plus grand nombre d’orages pendant l’année que le contraire de ces conditions. D’autre part, puisque les maxima des taches solaires coïncident avec les maxima d’intensité des aurores boréales, il s’ensuit que les deux formes de phénomènes électriques sont complémentaires, et que dans les années où il y a beaucoup d’orages, il y a peu d’aurores, et vice-versa. 11 n’est pas démontré que se soit là le résultatd’une influence électrique directe entre le soleil et la terre ; ces effets peuvent dépendre de l’intensité delà chaleur émanée du soleil. Il serait intéressant d’avoir des comparaisons analogues faites sur d’autres latitudes.
- Préparation des herbiers. — Nous apprenons par le Cultivateur de la région lyonnaise, que M. Boutade, physicien-chimiste, vient de découvrir un procédé pour opérer très-rapidement la dessication des plantes, de manière à conserver tous leurs caractères, de n’en pas altérer les couleurs. Voici en quoi consisterait ce procédé : étendre, ainsi que cela se faithabiluellement, les plantes entre plusieurs feuilles de papiers sans colle ( papier à filtrer), puis, placer les plantes ainsi préparées entre deux briques réfractaires, que l’on chauffe dans une étuve ou dans le fourneau d’une cuisine chauffé à 60 ou 70° centigrade. Une heure après, on renouvelle le papier en contact avec les plantes, et après deux ou trois heures de chauffe, la dessication est complète et les feuilles peuvent être placées dans un album. La Chronique horticole, qui signale ce procédé, ajoute que, d’après l’auteur, si l’opération a été bien faite, Y Anémone falgens conserve sa belle couleur pourpre, le Chrysantemum myconis son jaune d’or, le Lithrum salicaria et le Coris monspeliensis leurs jolies nuances lilas ; enfin les fleurs dont la corolle est d’un blanc pur ne jaunissent pas. Ce procédé présente donc un double avantage : celui d’une grande rapidité d’exécution joint à une conservation parfaite. .
- La Société météorologique *le France. — La
- Société météorologique a récemment composé son bureau et son conseil pour 1876 de la façon suivante : Président: M. Janssen ; vice-présidents: MM. Lunier, Cousté, Delesse; secrétaires et vice-secrétaires : MM. Sartiaux, Angot, Re-dier, Thoulet ; trésorier : M. Michelot ; archiviste : M. Renou ; membres du conseil : MM. Belgrand, Larcher, Silbermann, Chatin, Vallès, d’AJbbadie, Dausse, Bérigny, Lemoine, Vacher, Ch. Sainte-Claire-Deville, général Farre; membres du conseil non résidents : MM. Coquelin, Cartier, Walferdin. G. Symons, Robert Scott, Moritz.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les flammes chantantes. Théorie des vibrations et considérations sur l'électricité, par Frédéric Kastser. I vol.
- in-18. — Paris, E. Dentu et Eug. Lacroix, 1875.
- Nos lecteurs connaissent les remarquables travaux de M. F. Kastner et l’application qu’il en a faite d’un nouvel instrument de musique, le pyrophone, basé sur la théorie des flammes chantantes (voy. Deuxième année, 1875. 1" semestre, p. 145). L’auteur a réuni ses observations dans le volume que nous annonçons, et qui sera lu avec grand intérêt par les physiciens comme par les amateurs de musique.
- Bibliothèque des Merveilles. — La librairie Hachette vient de mettre en vente quatre nouveaux volumes de cette
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- I j A NAT U U K.
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- intéressante collection que dirige M. Edouard Charton, et qui, parleur attrait, leurs illustrations et la forme de leur conception, sont dignes de ceux qui les ont précédés. Ces volumes sont les suivants : Histoire de l'orfèvrerie depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, par Ferdinand de Lastevrie. — Le Magnétisme, par Radau.
- — L'Air, par Moitessier, — Les Galeries souterraines, par Maxime Hélène.
- Nous recevons de la librairie Rothschild une série de petits volumes, d’une véritable utilité pratique, et qui, ornés de nombreuses vignettes, édités avec goût, écrits par des rédacteurs compétents, nous semblent de nature à être recommandés au public, Les titres de ces ouvrages en indiquent nettement l’objet : Le chalumeau, analyses qualitatives et quantitatives, guide pratique, par Edouard Jannkttaz, docteur ès sciences. — Les Roches, description de leurs éléments, méthode de détermination, par le même auteur.— La Terre végétale, géologie agricole,par Stanislas Meunier. — Les Aliments, guide pratique pour constater les falsifications, par A. Vogl, traduit de l’allemand par À. Focillon. — Les Minéraux, guide pratique pour leur détermination, par F. de Korell ; avant-propos de M. Pisani. — Les ravageurs des forêts et des arbres, par H. de la Blanciière et docteur E. Robert, 5e édition.
- — Les ravageurs des vergers et des vignes avec une élude sur le phylloxéra, par le même. — Le Chien, races, croisements, élevage et dressage.
- Crania ethnica. Les crânes des races humaines, par MM. A. de Quatrefagf.s et E. T. Hamy. 4e livraison. — Paris, J. B. Baillière et fils. (Voy. La Nature, 2e année, 1874, '1er semestre, p. 250 et 267.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance annuelle du 27 décembre 1875. — Présidence de M. Fiiémy.
- La séance ouverte à une heure devant un public très-nombreux a débuté par un éloquent discours du Président, dans lequel vibrent les sentiments les plus patriotiques et qui a été vivement applaudi. Parmi les très-nombreux lauréats des deux concours nous en signalerons quelques-uns dont les travaux sont particulièrement remarquables.
- M. le I)r Onimus a reçu le grand prix de médecine de la fondation Monthyon pour ses recherches sur l’application de l'électricité à la thérapeutique, dans lesquelles il a déterminé avec précision les cas où l’électricité peut être employée comme moyen de diagnodic ou de guérison. Le prix Monthyon de physiologie expérimentale est décerné à M. Faure, doyen de la Faculté des sciences de Lyon, pour l'ensemble de ses travaux sur les fonctions du système nerveux chez les insectes. — C’est à M üenayrouze qu’a été donné le prix dit des Arts insalubres pour les perfectionnements qu’il a apportés dans les appareils destinés à protéger les ouvriers qui séjournent dans un milieu irrespirable. — L’académie a décerné son prix de 2,500 francs à M. le docteur Alphonse Guérin, pour l'emploi du bandage ouaté dans la thérapeutique des plaies ;
- — un prix de 2,500 francs à M. le professeur Legouest, pour son Traité de chirurgie d'armée; — un prix de 2,500 francs à M. le docteur Magitot pour son traité des anomalies du système dentaire chez les mammifères ; — une mention de 1,500 francs à M. le docteur Berrier-Fon-taine, pour ses observations sur le système artériel; — une mention de 1,900 francs à M. le docteur Pauly pour
- son ouvrage sur les climats ; une mention de 150 francs à M. le docteur Raphaël Veyssiès pour ses recherches cliniques et expérimentales sur VHemianeslhesie de cause cérébrale.
- Le prix d’astronomie de la fondation Lalande, c’est-à-dire la somme de cinq cent quarante-deux francs, est accordé à M. Perrotin de Toulouse, auteur de nombreuses découvertes de petites planètes.
- Sur la fondation Chaussicr, des récompenses sont décernées à MM. Gubler, Legrand du Saulle, Bergeron, Idiote et Manuel pour leurs travaux de médecine. C’est aussi pour un sujet médical que M. Rigaud reçoit le prix Barbier ; le prix Fourmevron est donné à M. Sagebien, inventeur d’une roue hydraulique qui porte son nom. M. Darboux reçoit le prix Poncelet. Sur la fondation Serres, l’Académie donne 5,000 francs à M. Campana et autant à M. Pouchct pour des recherches d'anatomie. Le prix Trémont est affecté à la récompense des recherches de M. Cazin, professeur au lycée Condorcet ; et le prix Gegner est acquis à M. Gau-gain. M. Edouard Grimaux remporte le prix Jecker. Les trois prix Lacaze sont décernés, celui de physique à M. Mascart ; celui de chimie à M, Favre et celui de physiologie à M. Chauveau,
- C’est à la suite de ces proclamations que M. J. Bertrand lit l’éloge historique du général Poncelet. C’est une œuvre à la fois élégante et Savante, écoutée avec le plus grand intérêt et souvent interrrompue par de vifs applaudissements. L’histoire de Poncelet est en effet riche en intérêts variés. On y voit la lutte d’un homme de génie véritable contre l’autorité des princes de la sciences et finalement arraché, par des circonstances extra-scientifiques, à la voie qu’il suivit d’abord et jeté dans une autre. Poncelet était avant tout un géomètre et, dans les loisirs de la longue captivité qui suivit pour lui la détestable campagne de Russie, il jeta les bases des méthodes nouvelles maintenant appréciées de tous les mathématiciens. De retour en France, il soumit ses travaux à l’Académie, qui les fit examiner par Poisson, Arago et Cauchy. Ceux-ci, suivant l’expression de M. Bertrand, « goûtaient surtout ceux qui de loin suivaient leurs traces, « et comme ce n’était pas le cas pour Poncelet, esprit original et prime-sautier, ils maintinrent ses mémoires à l’écart. Poncelet repoussa toujours de toutes ses forces le jugement de l’Académie: « il ne retrancha rien à ses conclusions, dit son historien, et, imperturbable dans ses principes, il les laissa triompher par leur propre force... i> 11 ne ralen-
- tit pas ses travaux et attendant de l’avenir, dont les suffrages l’ont dédommagé, une meilleure et plus complète justice, il présenta successivement de beaux mémoires sur le centre des moyennes harmoniques, sur l’analyse des transversales et sur la théorie des polaires réciproques. L’accueil fut le même. L’ingénieux auteur, remercié cette fois par Ampère, Legendre et Cauchy, pour ses communications intéressantes, ne vit s’ouvrir pour aucune d’elles les recueils de l’Académie. C’est alors que, dégoûté de la géométrie, où il a laissé une trace si proronde, il accepta la place de professeur de mécanique à l’Ecole d’application de Metz et se consacra exclusivement à la science du monument. On sait combien il réussit dans cette nouvelle voie : sa roue hydraulique et son pont-levis sont connus de tout le monde; ses ouvrages sont dans toutes les mains. Mais, quoiqu’il parvint au « maréchalat de.la science, # il conserva toujours un souvenir amer de ses débuts, et le laissa percer surtout dans les préfaces dont sont accompagnées ses œuvres de mathématiques. « Laissant éclater tous ses ressentiments, dit M. Bertrand, il y énumère des
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- griefs oubliés et prescrits, reproche des injustices depuis longtemps réparées, rappelle des préventions à jamais évanouies et réunit laborieusement les pièces d’un procès depuis longtemps iugé. » Stanislas Meuniir.
- TRANSPORT DES POISSONS VIVANTS
- Les appareils dont nous donnons un croquis sont dus à M. Otto Haïnmerle, de Dornhirn, Autriche méridionale, et les expériences sur leur valeur ont été faites dans les districts montagneux et rudes du Vorarlberg. Nous ne reconnaîtrons pas à l’inventeur le mérite de la nouveauté; mais il a parfaitement perfectionné ce que nous avons employé, à Unilingue, il y a plus de vingt ans. 11 a obtenu le mouvement automatique du soufflet ou de la pompe à air d’une manière simple et pratique, tandis que nos appareils n'étaient pourvus que de pompes marchant à bras d’hommes.
- Pour le transport des poissons à grande distance, de semblables appareils sont indispensables, et il n’est pas possible de pratiquer, en grand, l’aquiculture sans y avoir recours. L’appareil se compose (fig. 1) d’un tonneau de grande dimension, selon les besoins, monté sur des roues ou tout bonnement fixé sur une charrette ordinaire.
- B Soufflets, G goujons en fer ou en bois, attachés aux raies de la cuve par une fourchette ouverte maintenue au moyen d’une frette ; 1) ressorts à boudin qui rouvrent les soufflets dès que l’air en a été chassé ;
- E branche de communication entre F et G, se terminant par un ressort; F levier de fer ou de bois ; G poignée pour faire marcher les soufflets, dans le cas ou l’appareil resterait stationnaire trop longtemps; 11 chevilles de fer fixant les soufllets au bâtis de la voiture; J coude ou siphon entre les soufflets et le baril, soit en métal avec des viroles de cuivre, soit en caoutchouc, ce qui vaut beaucoup mieux; L réservoir de glace ou réfrigérant de fer-blanc, remplissant exactement l’ouverture faite au-dessus du tonneau. 11 est muni de poignées pour l’enlever, et d’un grand nombre de petits trous, près du haut, pour donner passage à l’air; M couvercle percé du réfrigérant ; N robinet pour enlever les impuretés ; O tube à air, en fer-blanc, le dessus est percé pour donner issue à l’air envoyé par les soulflets ; P filtre en
- métal. Lorsque la roue de derrière tourne, les goujons rencontrent et mettent, en mouvement le levier F, et le bras de fer communiquant F, attaché au levier, fuit travailler les soufflets. Si l’on veut actionner les soufflets plus fréquemment, par conséquent aérer davantage l’eau du baril sans accélérer la marche du véhicule, on obtient très-facilement ce résultat en augmentant le nombre des goujons. On obtient ainsi économie de travail et, gràGe.au ressort, la voiture peut rouler, le bras de communication étant
- attaché d’un côté tandis que les goujons omettent le levier, de sorte que le mécanisme est protégé contre les chocs des mauvais chemins. Un autre avantage de cet appareil, c’est qu’il peul être construit partout à très-peu de frais, avec le premier baril venu comme réceptacle; enfin, que toute charrette peut être employée définitivement ou temporairement à cet usage. En cas de transport sur chemins de fer, le levier F, les chevilles II sont enlevés, le baril peut être détaché du bâtis de la voiture sur lequel il était monté. La figure 2 représente une vue de côté d’une capacité portative pour le même usage, mais n’offre aucune disposition nouvelle sur la hotte analogue employée dans notre pays, à Huningue et ailleurs.
- Voilà, certes, de nobles efforts ; mais qu’est cela en présence des étonnants résultats tous les jours obtenus aux États-Unis? Non-seulement ces appareils seraient absolument insuffisants pour garder en vie les quantités d’alevins sur lesquels on espère, mais le voyage durerait des années. En effet, notre excellent correspondant, M. Spencer F. Baird, nous dit textuellement dans une de ses dernières lettres : « Nous avons réussi, cette année (1875), à transporter plusieurs millions de jeunes aloses, sans déchet, à des distances qui varient aux environs de 1000 miles. » (1600 kilomètres!) En 1874, les Américains ont expédié, d’une seule station, 12 millions 600 mille jeunes aloses à des stations éloignées !
- Ce que nous faisons, en Europe, est bien peu de chose auprès de cela.
- H. de La Blancmèp.e.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie hahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
- Fig. 1. — Chariot pour le transport du poisson vivant, avec aération automatique.
- Fig. 2. — Petit appareil portatif à dos pour le même objet.
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- .V 150,
- S JANVIER 18 75
- LA NATURE
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- LE CHROMIS P AT E H - F À M1LIA S DE LAC DE TIBÉRIADE
- Le Chromis pater-familias, incubant scs petits dans la cavité buccale.
- Détails du Chromis pater-familias.
- Jusqu’à présent on ne connaît qu’un petit nombre de poissons incubant leurs œufs et leurs petits dans
- la cavité buccale ou au milieu des branchies. Agassiz dans son voyage sur l’Amazone, en a découvert une
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- 4° aunce. Ie' semestre
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- LA NATURE.
- espèce. Depuis, on a rapporté de Chine le Macropode, dont les mœurs singulières sont aujourd’hui connues de tout le monde. Toutes ces espèces appartiennent au grand groupe des Labyrinthobranehes ; aussi Agassiz prétendait-il que les poissons de cet ordre seul pouvaient incuber leurs œufs d’une manière aussi anormale, grâce aux culs de sacs bronchiaux qui permettaient ainsi aux œufs d’être maintenus en place facilement. Mais le Chromis dont nous présentons ici le dessin fidèle, prouve que l’assertion d’Agassiz était erronée. Le Chromis patei'-familias a les branchies disposées en simples lamelles ; il n’est pourvu d’aucun appareil spécial pour retenir les œufs ou les petits, et cependant il protège jusqu’à 200 élevains dans la gueule et les branchies. C’est le mâle qui toujours se livre à ces fonctions d’incubation. Lorsque la femelle a déposé les œufs dans une dépression sablonneuse, ou entre les touffes des joncs, le mâle s’approche et les fait passer par aspiration dans la cavité buccale. De là, un mouvement dont nous n’avons pas bien pu saisir le mécanisme, les fait cheminer entre les feuillets des branchies. La pression exercée sur les œufs par les lamelles branchiales suffit pour les maintenir. Là, au milieu des organes respiratoires, les œufs subissent t outes leurs métamorphoses. Les petits prennent rapidement un volume considérable et paraissent bien gênés dans leur étroite prison. Ils en sortent, non parles ouïes, mais par l’ouverture qui fait communiquer la cavité branchiale avec la bouche. Ils y restent en grand nombre pressés les uns contre les autres comme les graines j d’une grenade. La bouche de l’animal est alors tellement distendue par la présence de cette nombreuse progéniture, que les mâchoires ne peuvent absolument pas se rapprocher. Les joues sont gonflées et l’animal présente alors l’aspect le plus étrange. Quelques jeunes arrivés à l’état parfait continuent à vivre au milieu des feuillets branchiaux. Tous ont la tète dirigée vers l’ouverture buccale du père dont nous ne les avons pas vu quitter même momentanément cette cavité protectrice. Quoique si nombreux, ils se maintiennent là très-solidement, nous n’avons pu découvrir par quel moyen. On ne peut comprendre aussi comment le père nourricier n’avale pas sa progéniture. Nous ignorons à quelle époque de leur vie les petits quittent la bouche paternelle pour vivre d’une vie indépendante.
- Le Chromis pater-farnilias est long de 18 centimètres, haut de -4 1/2 centimètres. Les dents sont très-fines et aiguës, disposées en plusieurs séries.’Le museau est obtus, conique, à profil supérieur oblique. La bosse nasale est très-prononcée. La nageoire caudale est presque tronquée. Les rayons mous de la dorsale atteignent l’origine de la caudale. La longueur du corps y compris la caudale est 4 1/2 fois la hauteur. Le museau a en longueur 2 fois le diamètre orbitaire ; la bouche est légèrement oblique, large, aussi large que longue. Les dents sont légèrement recourbées, disposées en trois ou quatre rangs, teintes en jaune foncé à l'extrémité libre. Le premier
- rang en présente 2(5 de chaque coté du maxillaire supérieur. Les nageoires nous présentent les nombres de rayons suivants :
- Dorsale 14 -f- Il
- Anale 5 4- 8
- Caudale 1G
- Pectorale 12
- Ventrale 1 -h 5
- La ligne latérale comprend 52 écailles disposées eu 20-q-12. Les écailles sont cyeloïdes; plus hautes que larges ; les 5/4 de leur surface sont recouverts par les écailles suivantes :
- Couleur vert olive sur le dos, rayé de bleu. Ventre à éclat argenté, tacheté de vert et de bleu.
- Le 29 avril 1875, j’ai pêché cette intéressante espèce à l’épervier, dans une eau peu profonde, au milieu des roseaux, au bord du lâc de Tibériade, à la localité appelée Ain-Tin, l’ancien Capharnaum. Il y a là des sources chaudes nombreuses dont la réunion forme un ruisseau assez considérable. C’est dans ces eaux chaudes que vivent les Chromis.
- Dp Lor.TEi.
- DUCHENNE (DE BOULOGNE)
- Le Dr Ducbenne (de Boulogne), que la mort a enlevé à ses études, le 17 septembre 1875, était un j des travailleurs les plus originaux qui aient marqué leur place dans les sciences médicales et en particulier dans la science française.
- Né le 18 septembre 1806, à Boulogne-sur-Mer, Guillaume-Benjamin-Amant Ducbenne était venu à Paris faire ses études de médecine, et, en 1831. pourvu du titre de docteur, il rentrait dans sa ville natale, où il exerça jusqu’en 1842, tout en poursuivant des expériences de physiologie et de physique médicale. Déjà, vers 1833,il avait essayé le traitement de certaines maladies par l’électro-puncture, que les recherches du professeur Jules Cloquet avaient mises en honneur vers 1825, et l’on peut dire que dès cette époque avait germé dans son esprit l’idée de ses travaux futurs.
- Dès 1847, Ducbenne (de Boulogne), établi à Paris depuis quatre ou cinq ans, présentait à l’Académie des sciences un premier mémoire qui fut l’objet d’une attention marquée. C’est à lui que revient l’honneur d’avoir méthodiquement appliqué l’électricité aux recherches physiologiques et à la pathologie ; ses travaux sur le système musculaire, sur l’action isolée et synergique des muscles, constituent peut-être la partie la plus originale de son œuvre. Ses études sur les muscles de la face, sur le mécanisme de la physionomie humaine, ont excité, même en dehors du monde médical une vive curiosité. Il a expliqué, dans un ouvrage fort curieux publié en 18621 l’ori-
- 1 Le Mécanisme de la physionomie humaine. — Paris, librairie veuve J. Ileïiouard (Loones, successeur), 186‘2, in-b\
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- LA N ATI II K.
- gine de ses recherches électro-physiologiques sur la physionomie en mouvement. Nous citerons seulement les cpielques lignes suivantes, qui indiquent la portée de ces ingénieuses expériences :
- « Tout mouvement volontaire ou instinctil, dit-il, résulte de la contraction simultanée d’un plus ou moins grand nombre de muscles. La nature n’a pas donné à l’homme le pouvoir de localiser l’action du lluide nerveux dans tel ou tel muscle, de manière à en provoquer la contraction isolée. Ce pouvoir, qui eut été sans utilité pour l’exercice de ses fonctions, l’aurait exposé à des accidents ou à des déformations. S’il était possible de maîtriser le courant électrique, cet agent qui a tant d’analogie avec le fluide nerveux, et d’en limiter l’action dans chacun des organes, on mettrait à coup sûr en lumière certaines de leurs propriétés locales. Alors, pour la face en particulier, avec quelle facilité ou déterminerait l’action propre de ses muscles ! Armé de rhéophores on pourrait, comme la nature elle-même, peindre sur le visage de l’homme les lignes expressives des émotions de l’àme. Quelle source d’observations nouvelles ! »
- U est curieux de suivre, comme nous l’avons lait et comme nous engageons nos lecteurs à le faire, sur les belles planches photographiques qui représentent les expériences de Duehenmq les expressions multiples et variées que l’électricité, appliquée avec une rare habileté, peut donnera la physionomie de l’homme. Toute la gamme des émotions, depuis les plus douces et les plus tendres, j usqu’aux plus violentes et aux plus brutales, excitées par l’appareil électrique à la volonté de l’expérimentateur, apparaissent dans leur vérité de ton, avec une justesse que les meilleurs peintres, que les sculpteurs les plus merveilleux interprètes delà nature vivante, n’ont pas toujours atteinte.
- Le Dr Duchenne dit quelque part, dans ce livre d’une lecture si attachante et si fertile en résultats souvent étranges, que l’art peut tirer de précieux secours de celte application nouvelle de l’électricité, susceptible de douuer aux modèles d’atelier la vraie physionomie que voudrait reproduire le peintre ou le statuaire. Plein de cette idée originale, il a fait avec une remarquable sagacité une étude critique de quelques antiques célèbres au point de vue, précisément, de l’expression juste des émotions par la face humaine. C’est ainsi qu’il blâmait dans la Niobé la tranquillité peu naturelle des traits du visage, contrastant avec le mouvement extraordinaire que Praxitèle a su donner à son geste et à son altitude.
- Ce genre de recherches et d’études présentai t vraiment pour les artistes non moins que pour la physiologie expérimentale, un intérêt réel, et la Nature, à propos d’un livre de Darwin sur l'expression des émotions chez l'homme et chez les animaux, a eu déjà l’occasion de signaler à ses lecteurs quelques résultats curieux de ces expériences1.
- 1 Yoy. deuxième minée, 1874, second semestre, 7ü.
- Mais le but que se proposait surtout le docteur Duchenne était d’utiliser, pour le traitement des maladies, soit musculaires, soit nerveuses, l’action de ce merveilleux agent, l’électricité. Sa part de travaux et de découvertes, en pathologie, est vraiment importante. Ses recherches sur les paralysies, sur les difformités congénitales ou acquises, ont modifié sur beaucoup de points toutes les idées admises avant lui. Son nom s’attache surtout à deux maladies : l’atrophie musculaire progressive, et ce qu’on appelle aujourd’hui encore l’ataxie locomotrice, ce que Trousseau proposait de désigner sous le nom de Maladie de Duchenne. On peut rappeler aussi ses études sur la paralysie glosso-labio-laryngée, sur l’anatomie microscopique du système nerveux, sur la reproduction photographique des préparations microscopiques.
- La plupart des travaux de Duchenne sont consignés dans des mémoires très-soigneusement rédigés et qu’on retrouve daus les Comptes rendus de l'Académie des sciences, dans les Bulletins de l'Académie de médecine, et dans quelques autres recueils.
- Plus tard, ces différents travaux furent réunis en plusieurs'ouvrages, dont les principaux sont: De l’électricité localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, qui a eu trois éditions, et se trouve complété par un Album de photographies pathologiques ; Mécanisme de la physiologie humaine, ou Analyse électro-physiologique de Vexpression des passions, applicable à la pratique des arts plastiques ; il y eut, de cet ouvrage, une grande édition in-8° accompagnée d’un Album de 84 photographies et de 9 tableaux, contenant 444 ligures photographiques, ainsi qu’une petite édition in-8° et une autre édition deluxe tirée à cent exemplaires seulement, avec uu choix de figures représentant l’ensemble des expériences électro-physiologiques. Citons encore Y Orthopédie physiologique, ou déductions pratiques de recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les mouvements de la main et du pied (1857, in-8°) ; — Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les muscles de l’épaule (1854, in-8°); Recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les muscles qui meuvent le pied (1856, in-8°), etc.
- A ces ouvrages importants il faudrait joindre une foule de mémoires, de notes, d’observations où l’on trouve consignés des faits nouveaux, des recherches originales, des applications ingénieuses, des procédés d’investigation qu’avait imaginés Duchenne.
- Ces travaux, tous remarquables par leur originalité et fertiles en conséquences pratiques, tous remarqués dans le monde médical, justifient le succès qui avait accueilli le docleur Duchenne parmi ses confrères. Dans les dernières années de sa vie, il consacrait deux jours par semaine aux consultations pour les pauvres, et son assistant allait même faire gratuitement chez eux les opérations que requérait leur étal; ce sont là de ces souvenirs qu’on
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- aime à rappeler en parlant d’une vie aussi laborieuse et aussi bien remplie.
- Jusqu’à ses derniers jours, en effet, le docteur Ducbenne a travaillé, cherché, perfectionné. La clinique au lit du malade était son terrain de prédilection. Ceux qui ont pu assister à ses leçons se rappellent avec quelle difficulté il arrivait à exposer clairement ses idées ; ses explications diffuses contrastaient singulièrement avec la sûreté de scs investigations, la netteté de scs conclusions, qu’il aimait à résumer dans des formules faciles à retenir. Mais c’était dans l’examen du malade qu’il reprenait toute sa supériorité ; nul 11e savait mieux analyser un fait clinique. Sa patience était extrême ; rien n’était négligé, et l’on pourrait citer de nombreux sujets qui ont été suivis par lui pendant plusieurs années , qui ont été suivis et en même temps aidés, secourus, encouragés avec une bienveillance qui ne se démentait jamais.
- Cependant la critique 11e l’avait pas épargné.
- On a souvent contesté à Ducbenne la priorité de ses découvertes : c’est surtout à propos de l’ataxie locomotive que les réclamations ont surgi de toutes parts.
- Mais le temps et la discussion ont fait justice de ces attaques, en ce qu’elles pouvaient avoir de blessant pour le caractère de celui qui eu était l’objet. Ducbenne (de Boulogne) était ce qu’on pourrait appeler un homme de laboratoire, ce n’était pas ce qu’on nomme un érudit. A l’époque où parurent les résultats de ses premières recherches, il travaillait beaucoup, il expérimentait sans cesse, mais il lisait peu, et nul 11e fut plus étonné, plus sincèrement étonné que lui-même quand on lui démontra que certains faits qu’il croyait, ainsi que bien d’autres, absolument nouveaux, avaient été signalés avant lui, sinon en France, du moins chez nos voisins.
- Mai^ ces observations ne peuvent diminuer l’importance de ses études ; le mérite de l’invention n’en subsistait pas moins, et s’il n’avait pas été toujours le premier à découvrir tel ou tel phénomène, il savait du moins, par les soins qu’il apportait à l’étude de ces faits, tout nouveaux souvent pour le public français, par les ingénieuses méthodes d’analyse qu’il leur appliquait, les mettre dans un jour
- et leur donner un relief qu’ils n’avaient pas avant lui. Voilà ce qu’on 11e pourra refuser à Ducbenne, voilà en quoi survivra, malgré tout, l’originalité de son talent. Joignez à cela qu’il avait toujours à sa disposition quelque procédé inattendu de démonstration destiné à frapper l’attention et à fixer les faits dans la mémoire. Tout le monde se souvient de l’étonnement provoqué dans les cliniques par celte expérience du docteur Ducbenne tirant de leur lit des gens regardés comme absolument paraplégiques ou paralysés des membres inférieurs, qu’il chargeait sans les faire fléchir du poids d’un homme de taille ordinaire.
- Diverses récompenses, du reste, étaient venues consacrer les efforts du docteur Ducbenne (de Boulogne). En juillet 1852 , la Société de médecine de Garni lui décernait un prix qui lui lit grand honneur, à l’occasion d’un concours sur cette question: Déterminer par des faits l'utilité de l'électricité dam le traitement des maladies. E11 mai 1858, il fut compris parmi les cinq candidats auxquels le gouvernement français, en prorogeant de cinq ans le concours ouvert pour le prix de francs à décerner à l’inventeur de la plus utile application de la pile de Voila, accorda une médaille d’encouragement pour leurs travaux. C’est en cette même année qu’il l’ut nommé chevalier île la Légion d’honneur. Les Académies, Universités et Sociétés de médecine de Paris, Dresde, Florence, Gand, Genève, Kiew, Leipzig, Madrid, Moscou, Naples, Rome, Saint-Pétersbourg, Stockholm , Vienne, Wurzbourg, etc., etc., avaient tenu à s’attacher Duchenne en le nommant parmi leurs membres titulaires ou correspondants ; sa réputation, lentement et laborieusement acquise, croissait chaque jour, et sa supériorité 11e rencontrait plus que de rares incrédules. Son nom restera particulièrement attaché à l’étude physiologique et pathologique du système musculaire, dont il avait fait son œuvre de prédilection ; mais il demeurera aussi un de ceux qui honorent le plus, dans une branche spéciale des connaissances médicales, la science française tout entière.
- Charles Letort.
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- . GUÉRISON DES VIGNES PHYLLOXÉRÉES
- PAR LES SULFOCARBONATES ALCALINS1.
- Les sulfocarbonates proposés par M. Dumas [Académie des sciences, séance du 8 juin 187-4 ) et expérimentés pour la première fois par nous à la station viticole de Cognac, sont entre autres formés par la combinaison d'un monosulfure avec le sulfure de carbone. Pour les préparer on fait dissoudre le monosulfure dan s l’eau ou dans l’alcool ; dans la solution ainsi obtenue on verse le sulfure de carbone et par agitation la combinaison a lieu : le sulfocarbonate prend naissance.
- Avant leur application aux vignes plivlloxérées, ces substances n’étaient encore que des produits de laboratoire ; mais la pharmacie centrale, s’inspirant des conseils et des idées de M. Dumas, arriva bien vite à les fabriquer industriellement.
- Peu de temps après , M, Gélis, imitant M. Dor-vault, se mit aussi à fabriquer en grand les sulfocarbonates. Depuis, ces deux grandes
- maisons n’ont cessé d’en perfectionner la fabrication, ce qui leur a permis d’abaisser considérablement les prix primitifs.
- Les sulfocarbonates alcalins (potassium et sodium) sont à l’état de sel sec, d’un beau jaune rougeâtre et déliquescents ; mais il est assez difficile de les obtenir ainsi. Le plus souvent ils sont à l’état liquide ou de solution plus ou moins concentrée marquant de 55 à 40° Baumé. Le sulfocarbonate de baryum s’obtient au contraire à l’état solide, et a l’aspect d’une poudre jaune ; il est très-peu soluble dans l’eau.
- 1 Yoy. ht Rature, Tables des cinq vol mues précédents.
- Figure reproduite d'après une photographie et représentant : à gauche , une vigne phylloxérée morte; à*droite, une vigne phylloxérée soumise au traitement du sulfocarbonate de potassium.
- L’application utile des" sulfocarbonates alcalins à la guérison de la vigne suppose :
- 1° Que toute la surface infestée soit traitée ;
- 2° Que le toxique soit porté assez profondément pour atteindre tous les phylloxéras.
- Ces deux conditions concourent à la destruction complète de l’insecte parasite, cause de la maladie. 11 faut de plus que l’application du remède s’effectue de la manière la plus économique possible.
- Le meilleur moyen pour obtenir une diffusion parfaite du toxique dans le sol, point capital de l’application , consiste dans l’emploi de l’eau comme véhicule. La quantité employée pourra être plus ou moins grande, suivant l’état d’humidité du sol et suivant que l’on comptera ou non sur les pluies, mais elle ne pourra être . complètement supprimée.
- L’emploi direct de l’eau comme véhicule, lorsqu’on peut s’en procurer suffisamment, suffit à tout; que le sol soit compacte , pierreux, perméable, etc., la diffusion peut être toujours parfaite.
- Des expériences effectuées à la station de Cognac et répétées plusieurs fois dans des conditions diverses,
- il résulte que, d’une manière générale, le meilleur mode d’emploi des sulfocarbonates alcalins consiste à faire dans le sol, au moyen d’une pioche ou d’une bêche, des excavations carrées, profondes de 7 à 8 centimètres et larges d’environ 80. Comme toute la surface infestée doit être traitée, on s’arrange de façon que ces sortes de récipients soient assez rapprochés les uns des autres pour que la quantité d’eau reconnue nécessaire étant versée dans chacun d’eux, les séparations soient imbibées. Le fond de ces espèces de réservoirs devra, cela va sans dire, être à peu près horizontal, afin que la solution toxique y étant versée, elle descende uniformément dans toute
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- LA NATÜRK.
- la niasse de terre infestée. Dans les endroits en pente ou escarpés, on fera les récipients plus petits et plus allongés dans le sens perpendiculaire à la pente. On devra toujours faire, autant que possible, ces récipients au pied des ceps. Cela fait, on prendra 50 à 60 centimètres cubes de sulfocarbonate à 57 ou -il) ’ llaumé, ou 65 à 80 grammes ; on les mélangera dans un arrosoir ou dans tout autre vase ou volume d’eau employée; on agitera avec une baguette, a lin que le mélange soit parfait, et l’on versera le tout dans une excavation. Après avoir verse la solution toxique dans les excavations, il est bon de ramener la terre au pied des ceps ou mieux de. répandre ensuite par dessus, après qu’elle a été bue par le sol, un pou d’eau pure afin de la pousser plus profondément dans la couebe arable où sont les philloxeras.
- La figure ci-contre qui représente deux ceps ayant été photographiés, peut donner une idée de ce qui arrive après un traitement au sulfocarbonate de potassium. Ces deux pieds de vigne faisaient partie d’une même tache où la maladie était depuis trois ans. Par leur état, ils étaient arrivés à la troisième phase de la maladie, c’est-à-dire à la dernière extrémité. Le 29 mars 1875 je traitai la moitié de cette tache; l’autre moitié fut abandonnée à son sort. Dans la portion traitée, sur 260 ceps quelle contenait, il y en avait déjà 60 de*morts lors du traitement.
- Jusqu’au mois de juillet, la végétation des ceps traités, sans avoir faibli, ne s’était pas améliorée. Ce n’est qu’à partir du commencement d’août que leur feuillage commença à reverdir et leurs pousses à s’allonger, tandis que ceux non traités périclitaient de jour eu jour et mouraient successivement .
- Le 20 octobre (lors de la visite de M. le ministre de l’agriculture à la station) deux ceps moyens, un de chacune des deux parties de la tache, furent arrachés. La photographie reproduit l’état, dans lequel était ces deux ceps. Celui de gauche qui n’a pas été traité a des sarments très-courts et son système radiculaire presque entièrement détruit ; actuellement il peut être considéré comme mort. Celui de droite, qui était au même état avant le traitement, est au contraire dans une situation considérablement, améliorée. Ses pousses ont, reparu et de nouvelles racines se sont reformées. Tout fait donc supposer que l’année prochaine il aura presque reconquis son ancienne vigueur.
- L’eau nécessaire comme véhicule du toxique, pour l’entraîner dans les profondeurs du sol, est un obstacle à l’emploi de ce procédé de destruction du phylloxéra. Aussi l’époque la plus convenable, pour l’application des sulfocarbonat.es, est-elle la saison des pluies, durant l’hiver, lorsque le sol se trouve déjà gorgé d’humidité ; alors la quantité d’eau qu’il faut pour diluer le toxique pourra être réduite à son minimum.
- Pour que le remède produise sou maximum d'effet, il ne faut pas attendre que la vigne soit à la dernière extrémité pour la traiter ; il convient d’opérer Je plus toi possible, dès qu’on s’aperçoit de la mala-
- die, afin d’empêcher l’infection des vignes d’alentour. Mais dans la plupart des cas, au point de vue de la récolte, on pourrait bien ne pas trop s’inquiéter de la maladie pendant la première année, car il est maintenant reconnu que la plante, quoique fortement phylloxérée, peut encore mûrir ses raisins, et cela parce que le chevelu, quoique atteint, remplit néanmoins encore ses fonctions jusqu’à sa mort ; mais le plus souvent, dès la deuxième année, le traitement deviendra indispensable. Alors la maladie étant encore prise à temps, comme dans plusieurs expériences de Cognac, les ceps ne se sentiront même pas du passage de l’insecte.
- Le prix de revient du sullocarbonalage est une question d’un puissant intérêt. Dans la résolution de ce problème, de la guérison des vignes phylloxérées, il y avait, deux questions bien distinctes : l’efficacité du remède et son économie.
- La commission académique a nettement distingué ces deux points de vue. Le premier, de beaucoup le plus important, puisque l’autre lui est subordonné sous tous les rapporls, a surtout fait l’objet des recherches des membres de cette commission.
- La question de l’efficacité étant suffisamment résolue, elle pouvait même abandonner l’autre aux soins des viticulteurs, mais toutefois après avoir indiqué la direction générale où la pratique intelligente devait porter son attention.
- Or, les sulfocarbonates alcalins sont-ils efficaces ? Malgré les assertions contraires, je n’hésite pas à répondre que, jusqu'ici, tout semble indiquer qu’ils le sont réellement ; les résultats obtenus à Cognac et ailleurs cette année ne permettent pas d’en douter pour toute personne ayant quelques notions sur la manière dont les fonctions de nutrition s’accomplissent chez les végétaux.
- Ainsi on a pu voir des vignes dont le dépérissement a été complètement arrêté et qui ont même donné une plus forte récolte que celle d’à-côté, qui étaient saines lors du traitement. Mais ce qui est mieux, à notre sens, c’est que des ceps qui étaient à la dernière extrémité sont revenus à la santé sous l’influence du traitement ; ils ont reformé leur système radiculaire, qui était détruit et ont donné des pousses dix à douze fois plus longues que si on ne les avait pas traités.
- L’efficacité du sulfocarbonate étant admise comme certaine, quel est l’avenir du sulfocarbonalagc ? Quelques personnes, se basant sur son prix actuel d’application, prétendent que cet. avenir est fort problématique et qu’il a peu de chance de passer dans le domaine delà pratique. J’ai, au contraire, la conviction que cette opération, qui ne pourrait être actuellement appliquée que dans un petit nombre dé circonstances privilégiées (crus de valeur ou collée tions), entrera dans la pratique courante de la culture de la vigne, absolument comme le soufrage et l'ébouillantage.
- Actuellement il est encore impossible d’établir le prix de revient du sulfocarbonatage, même d’une
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- façon approximative, par la raison qu’il varie avec : 1° le prix du sulfocarbonate; 2° la quantité d’eau nécessaire; o° la distance à laquelle il faut aller chercher l’eau; h° la main-d’œuvre; 5° le mode de culture, etc., etc., tous éléments très-variables, surtout pour ce qui concerne l’eau. Aussi le bon sens indique au cultivateur qu’il devra chercher à profiter de toutes les circonstances qui pourront faire baisser l’importance de ces éléments du prix de revient.
- 11 faut savoir profiter des pluies, faire des réservoirs d’eau à proximité du vignoble, creuser des puits, des canaux,etc., etc., suivant la situation, pour ainsi dire variable autant que les vignobles.
- Pour diminuer encore le plus possible les frais de main-d’œuvre dans l’application du remède, il faut faire le traitement en même temps qu’on donnera une façon à la vigne; que cette façon soit exécutée à la charrue ou à la houe à main, les principes énoncés précédemment serviront de guide à l’opérateur ; il lui sera toujours facile de disposer la terre de manière à recevoir la substance. Inutile de dire qu’on peut aussi appliquer le remède en plusieurs fois.
- Maintenant il ne faut pas oublier, à propos du prix du sulfocarbonatage, que le sulfocarbonate de potassium, après avoir détruit le phylloxéra, Revient un excellent engrais pour la vigne, et qu’il est bien probable que l’excès de récolte qu’on pourra obtenir, compensera dans une certaine mesure, les frais de traitement.
- Sans doute l’emploi de ce remède présente encore beaucoup de difficultés et exige surtout, de la part de l’opérateur, un grand tact et un certain soin, mais nous avons la conviction qu’il pourra bientôt passer dans la pratique culturale. Avant d’en arriver là il y aura probablement encore beaucoup de tâtonnements et d’insuccès qui pourront faire douter à certains observateurs, de leur efficacité; mais les faits que nous venons de rapporter ci-dessus n’en resteront pas moins des preuves irrécusables, et nous ne doutons pas que, dans un avenir prochain, on en verra d’autres encore s’ajoutera celles-ci.
- P. Mouillefert.
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- LÀ TREMPE DU VERRE
- ET SES APPLICATIONS1.
- On dit qu’un corps a été trempé,.lorsqu’après avoir été chauffé, il est brusquement refroidi.
- Ordinairement, c’est en plongeant, en trempant un corps chaud dans un liquide froid qu’on obtient
- t Nous reproduisons ici l’intéressante conférence que M. de Luynes a faite récemment à la société des Amis des Sciences. Grâce à l’obligeance du savant professeur du Conservatoire des Arts et Métiers, nous y joignons des dessins inédits, qui reproduisent fidèlement les expériences dont les curieux résultats sont nettement mis en évidence par leur concours.
- ce résultat. De là le nom de trempe donné à cette opératioiieœt le nom de corps trempé donné à un corps qui l’a subie.
- La trempe est d’autant plus énergique que le corps a été plus fortement chauffé, et que le refroidissement a été plus considérable et plus rapide.
- Les effets produits par la trempe dans un corps peuvent être amoindris ou même annulés par le recuit. Cette opération, inverse de la trempe, consiste à réchauffer, à recuire le corps trempé et à le soumettre ensuite à un refroidissement, lent.
- Si le corps est réchauffé jusqu’à la température à laquelle il avait été primitivement porté, il ne reste plus aucune trace de la trempe ; s’il est porté à une température moindre pendant peu de temps, les effets de la trempe sont seulement amoindris. On peut donc recuire un corps totalement ou en partie et modifier ainsi l’énergie de la trempe.
- Tout le monde connaît les propriétés remarquables que la trempe communique à l’acier ; mais généralement ce que l’on sait moins, c’est que d’autres corps, le phosphore, le soufre, certains alliages, etc., peuvent éprouver par la (rempe des modifications intéressantes, et dont quelques-unes ont reçu dans les arts des applications utiles.
- Le verre même peut se tremper et acquérir par la trempe des propriétés étranges qui ont vivement excité l’attention et la curiosité des physiciens du dix-septième siècle.
- J’ai l’intention de vous entretenir aujourd’hui, Messieurs, de la trempe du verre; c’est un sujet encore assez neuf et dont l’étude est à peine commencée; mais je pense que vous le trouverez digne de votre attention, à cause des faits déjà acquis et des applications intéressantes auxquelles il a récemment conduit.
- C’est sur les larmes bataviques qu’on a constaté les premiers faits relatifs à la trempe du verre. On donne ce nom à de petites masses de verre ayant la forme de larmes. Les premières sont venues de Hollande, d’où le nom de « larmes bataviques ou de Hollande » qu’on leur a donné.
- Les premières notions relatives à ces larmes nous ont été fournies par M. de Monconys. Voici sa première lettre relative à l’origine des larmes bataviques :
- Extrait dune lettre de M. de Monconys, escrite de Paris.
- « J’ay appris de M. de Sorbières, ce qui me fut confirmé par MM. Blondel et Pecquet, que M. Cha-nut, résident de Suède, aurait fait voir des larmes de verre toutes solides venues de Hollande, desquelles on n’en aurait pas pu casser une avec nu marteau, et néanmoins les rompant par l’extrémité aiguë ou la pointe, ce qui est assez aisé avec les doigts, d’abord toute la larme se pulvérise d’elle-même plus subtilement que si ou l’avait pilée dans un mortier. Personne ici n'en peut imaginer la rai-
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- son. Je vous prie d’y rêver el de m’en foire savoir votre avis, dont j’espère beaucoup. Cela* me fait souvenir de ce que l’on conte du bouclier de Minerve fait par Phidias, où il avait mis la statue avec tant d’adresse qu’en Postant tout le bouclier tombait en pièces. Je vous prie de saluer M. de Ser-vière de ma part, de lui communiquer cette nouvelle, afin d’avoir ainsi son opinion sur la cause de cet effet, et le prier d’avoir pitié de ma paresse. »
- Dans une seconde lettre écrite à M. Régnault, de Monconys raconte que M. de Mommor, chez lequel logeait M. Gassendi, lui procura par une faveur tout extraordinaire l’bonneur d’entrer dans l’Académie pour assister à la rupture d’une larme balavique que M. de la Chambre avait eue de M. Chanut.
- Enfin, il rapporte dans une troisième lettre que la larme, qui s’était rompue quand on avait brisé la queue, avait résisté au choc du marteau et à l’action du diamant.
- Dans Y Art de la verrerie de Néri, par Merret et Kunckel, Merret raconte ainsi l’histoire des larmes bataviques :
- « Le prince Rupert est le premier qui ait apporté d'Allemagne en Angleterre cette espèce de larme de verre. 11 la montra au roi, qui en fit part à la Société royale du collège de Gresham. La Sociélé nomma sur-le-champ un commissaire dont le rapport fut mis sur un registre.
- « Le rapport fait à la Société par Robert Ma-ray, en 1661, constate toutes les propriétés des larmes bataviques, leur dureté, leur résistance à la rupture lorsqu’on les frappe avec un marteau sur la partie renflée, le choc produit par leur explosion, qui a lieu même lorsqu’on enveloppe la larme de colle forte ou de ciment; dans ce dernier cas, les particules de verre sont groupées en flocons, quelquefois de figure conique, et si friables, qu’il est facile de les réduire en poudre. La colle forte, épaisse d’un pouce, est mise en morceaux, comme il arrive à une grenade dont on se sert à la guerre. »
- Ces larmes alors si rares sont fabriquées maintenant dans toutes les verreries comme objets de
- curiosité. Pour les obtenir, on cueille à l’extrémité d’une tige de fer un peu de verre fondu qu’on laisse tomber lentement en se plaçant au-dessus d’un vase plein d’eau froide. Le verre s’allonge sous forme de larmes qu’on sépare du fer en relevant celui-ci par un mouvement brusque. Le verre se trempe en conservant, à peu près la forme qu’il avait (fig. 1). Celle expérience ne réussit qu’avec du verre très-chaud.
- Ce qui a frappé d’abord les physiciens, c’est que ces larmes, .qui se brisent si facilement quand on en rompt la queue, résistent au contraire au choc du marteau, comme nous pouvons le vérifier immédia-ment.
- Cette rupture des larmes a été expliquée de bien des manières différentes. Voici l’interprétation qui était généralement admise jusqu’à ces derniers temps :
- Lorsque la goutte de verre fondu est projetée dans l’eau froide, la couche extérieure se solidifie, tandis que la niasse intérieure du verre reste rouge et chaude pendant quelque temps. Cette masse intérieure, fortement dilatée par la chaleur, mais adhérente à la couche extérieure solidifiée, est forcée de conserver un volume plus grand que celui qu’elle aurait pris
- si toute la larme s’était refroidie lentement. De là un éfot de dilatation forcée qui ne se maintient que par la résistance de la couche extérieure, de telle sorte qu’en brisant un point de cette couche extérieure, sa résistance disparaît, et l’équilibre instable de la masse intérieure , brusquement rompu, détermine l'explosion de la larme.
- M. L. Dufour, de Genève, compare une larme batavique à une enceinte rigide, dans l’intérieur de laquelle des barres portées à une haute température auraient été fixées aux parois, ces barres étant d’ailleurs en nombre considérable, enchevêtrées les unes dans les autres, et reliées entre elles par d’innombrables soudures. Durant le refroidissement, toutes ces barres, se contractant subiraient une traction de
- Fig. 2. — Larme de verre, encastrée en partie dans du plâtre et rongée vers sa pointe effilée par l’acide fluorhydrique.
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- la ]»art de l'enceinte invariable; elles seraient étirées et tout ce système ne serait évidemment pas dans un état d équilibre stable. Dans une larme batavi-que, les particules infiniment petites et infiniment
- nombreuses de verre jouent le rôle des barres dont il vient d'être question, et se contractent au moment de la rupture.
- 11 résulterait des citations précédentes qu’il sulli-
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- Fig. 3,
- Fig. 6.j
- Fig. 3. — Larme traitée par l’acide fluorhydrique. — Fig. 4. La même séparée en fragments, — Fig. 5 et 6. Larmes traitées de
- même manière et sciées par le gros bout ou par le milieu.
- rait de rompre l’équilibre en un point quelconque d’une larme batavique pour déterminer sa rupture, et que toute la force de ressort à laquelle on attribue la production du phénomène, résiderait dans la dila'ation forcée des parties intérieures dont les couches extérieures serviraient seulement, par leur solidité et leur forme, à empêcher le rapprochement.
- Les expériences que j'ai présentées à l’Académie des sciences semblent prouver, au contraire, que les effets produits par les larmes bata-viques sont dus principalement à l’état particulier des couches extérieures , et que, dans le cas d’une larme de dimension ordinaire, la masse intérieure du verre ne joue aucun rôle ou ne joue qu’un rôle tout à fait secondaire dans le phénomène.
- Je l’appellerai d’abord un fait connu : c’est que le verre brusquement refroidi, c’est-à-dire trempé, reste dans un état de dilatation plus grand que si le refroidissement s’était opéré avec lenteur. Une lame de verre à faces parallèles et chaudes se courbe et devient convexe du côté de la surface trempée; ce fait s’observe toujours quand on fend les manchons soufflés qui servent à fabri-
- quer les vitres; les faces planes d’un prisme de verre deviennent aussi convexes par la trempe.
- D’autre part, comme en brisant l’extrémité de la queue d’une larme on produit dans le verre trempe des vibrations dont il est impossible d’apprécier l’effet, j’ai substitué à ce moyen mécanique l’emploi d’un agent chimique, l’acide fluorhydrique, dont on peut modérer l’action à son gré, et qui permet de détruire à volonté et sans secousse la partie de la larme que l’on veut attaquer.
- Cela posé, voici les épreuves auxquelles j’ai soumis les larmes bala-viques :
- Je suspends, à l’aide d'un fil et par le gros bout, une larme au-dessus d’un vase de platine plein d’acide fluorhydrique, de manière que l’extrémité de la queue plonge dans l’acide. La queue est rongée par l’acide, et, à mesure qu’elle se dissout, je descends le fil de telle sorte qu’une nouvelle portion de la queue soit immergée dans le liquide. En continuant ainsi, j’ai vu qu’il était possible de dissoudre entièrement la queue des larmes bataviques, sans en déterminer l’explosion ; mais lorsqu’on arrive au col de la larme, c’est-
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- à-dire au point de divergence de la poire, l’équilibre est toujours rompu. Le plus généralement la larme se sépare en une infinité de fragments qui tombent dans l’acide sans produire d’explosion; pour les grosses larmes ou les larmes très-fortement trempées, la désagrégation est quelquefois accompagnée de bruit, comme dans le cas d’une rupture brusque.
- Réciproquement, je plonge une larme dans l’acide fluorhydrique par la partie renflée, de manière à maintenir en dehors de l’acide la queue tout entière et la partie du col dont la dissolution produit la rupture de la larme. L’acide ronge peu à peu les différentes couches du verre, et, au bout d’un temps suffisant, la larme est complètement dissoute sans qu'il se soit produit d’explosion, et la queue reste tout entière intacte avec l’origine du col.
- Ces deux expériences prouvent d’abord que la stabilité de la larme dépend surtout de l’existence des parties de verre qui Constituent l’origine du col, et, en second lieu, qu’en respectant ces parties, on peut enlever successivement toutes les couches extérieures de la larme sans que la rupture ait lieu, ce qui semble bien annoncer que l’existence de ces couches n’est, pas nécessaire au maintien de l’équilibre.
- Il y a plus ; en rongeant la partie renflée par l’acide fluorhydrique, on réduit la larme à l’état de noyau de plus en plus petit ; si l’on opère sur des larmes un peu grosses, et si l’on arrête l’action de l’acide à différentes périodes pour chacune d’elles, on obtient des noyaux de diverses grosseurs dans lesquels les propriétés explosives diminuent d’intensité. Lorsque la larme est suffisamment, épaisse, on arrive à un noyau inerte qui se, brise sous le choc comme du verre ordinaire.
- C’est donc bien dans les couches extérieures que réside la force de ressort qui détermine la rupture de la larme.
- Or, pour obtenir une larme batavique, on prend à l'extrémité d’une canne du verre très-chaud ou très-liquide, et l’on en laisse tomber brusquement une goutte dans l’eau froide; les couches extérieures se solidifient immédiatement, par suite du refroidissement subit qu’elles éprouvent, tandis que l’intérieur reste rouge et met un certain temps à se refroidir, à cause de la mauvaise conductibilité du verre pour la chaleur; la larme peut donc être considérée comme formée par la superposition de couches de verre inégalement trempées, et, par suite, inégalement dilatées.
- Cette dilatation des couches extérieures par la trempe produit une flexion analogue à celle qu’on obtiendrait en comprimant la larme suivant son axe, de manière à la renfler transversalement .
- En supposant une section faite dans la larme suivant un plan passant par l’axe, le verre dans les couches extérieures, que j’appellerai les couches actives, serait dans le même état que dans une lame do verre que l'on soumet à une flexion; les parties
- extérieures étant dilatées, les parties inférieures étant comprimées, et étant d’ailleurs séparées par une couche neutre.où le verre se trouve dans son état naturel.
- Dans la larme, la flexion serait portée à son maximum, c’est-à-dire que les choses se passent comme si la lame de verre était repliée, de manière à réunir ses deux extrémités.
- Toutes ces couches, tendues ou comprimées par la flexion, viennent se réunir au col de la larme, et on comprend alors comment C’est à l’existence de ce col qu’est liée la stabilité de la larme; et pourquoi en le détruisant, ces couches actives en vertu de l’élasticité développée par la flexion et sollicitées d’ailleurs à se déplacer suivant les mêmes directions, ajoutent leurs actions de ressort pour détruire la larme.
- Si, au contraire, on dissout, successivement les couches extérieures en respectant le col, les couches qui restent sont maintenues par la résistance des couches intérieures et l’équilibre n’est pas rompu.
- On s’explique ainsi pourquoi la dissolution du col d’une larme la détruit, et pourquoi elle se maintient au contraire quand on enlève successivement les couches extérieures, les couches intérieures formant un système stable semblable au premier.
- Mais, si cette hypothèse est exacte, il en résulterait qu’on peut faire éclater une larme en la coupant par le gros bout, de manière à rendre libres toutes ensembles, mais à l’autre extrémité, les couches de verre inégalement Irempées, et c’est, en effet, ce qui a lieu et ce qui peut se réaliser de deux manières :
- 1° On use sur le plateau d’un tour l’extrémité renflée d’une larme ; on peut en enlever ainsi une plus ou moins grande longueur, mais à un certain moment, sans doute quand on a attaqué un nombre suffisant de couches actives, la rupture a lieu.
- î° On scie à l’aide de l’émeri et d’un fil de fer une larme vers la grosse extrémité ; on peut la fendre jusqu’à la moitié environ sans la briser, mais si l’on va plus loin la rupture a lieu.
- Si les flexions inégales résultant de l’inégalité de trempe des couches extérieures déterminent la rupture par leurs effets de ressort lorsqu’on les rend libres de se détendre, les molécules de verre de chaque couche doivent se déplacer en sens inverse suivant que la rupture a lieu du côté de la queue ou du gros bout, et il doit en résulter une dil-férence dans l’arrangement de ces molécules après la rupture. Eu effet, en considérant une section plane transversale de la larme, les parties centrales qui appartiennent aux couches qui ne sont pas ou qui sont peu trempées ne doivent pas se déplacer, tandis que les molécules situées sur les bords de la section doivent se déplacer, d’autant plus que les couches dont elles font, partie sont plus tendues. La section plane après la rupture aura donc l'apparence de la
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- surface d’un cône tronqué, et le sommet de ce cône sera dirigé du côté de la queue ou du gros bout, suivant que les couches trempées auront été mises en liberté du côté de la queue ou du gros bout1.
- Pour "vérilier ces conséquences, on encastre à moitié les larmes dans du plâtre (lig. 2) en laissant dépasser la queue, de sorte qu’une partie de la larme soit seulement plongée dans le plâtre (un peu plus de la moitié de leur épaisseur) ; on attaque la queue par l’acide fluorhydrique, ou l’on coupe le gros bout à la scie. Après la rupture, les fragments maintenus par le plâtre restent juxtaposés.
- Quand le plâtre est frais, on peut l’enlever et avec un peu de soin la larme s’offre dans l’état représenté par la figure 5.
- En séparant délicatement l’ensemble de la larme en plusieurs fragments, on voit nettement qu’elle se compose alors de petits chapeaux coniques, tronqués, emboîtés les uns dans les autres.
- La figure 4 montre une larme dont la queue a été rongée à l'acide; les sommets du cône sont dirigés vers la queue.
- La figure 5 représente une larme sciée par le gros bout, et les sommets sont dirigés en sens inverse du précédent.
- Enfin, dans la figure 6, on voit une larme,sciée par le milieu et qui offre de chaque côté du trait de scie la disposition conique, mais avec des directions contraires.
- On peut, du reste, vérifier le mode de cassure sans séparer les fragments de verre agglomérés ; car ces derniers' forment des espèces d'écailles soulevées dans un sens ou dans l’autre suivant la position du plan de rupture, de sorte qu’en promenant le doigt sur la surface de la larme brisée, le doigt glisse ou est arrêté, suivant le sens de soulèvement de ces écailles.
- 11 est presque inutile d’ajouter que le retrait des molécules ne se produit pas seulement suivant la longueur de la larme, mais dans tous les sens ; c’est à cause de cela que le verre se sépare en une multitude de fines aiguilles dont le groupement prend la forme dont je viens de parler.
- D’autres faits viennent confirmer le mode de structure que j’attribue aux larmes bataviques.
- Ainsi, il m’est arrivé souvent, en rongeant une larme par l’acide, de voir la queue se désagréger en même temps que les couches voisines de la surface. On obtient alors une larme ayant la forme de la figure 7; cela provient de la manière dont se forme la larme, la queue étant surtout le prolongement, des couches extérieures. C’est en opérant ainsi que j’ai pu obtenir des noyaux tout, à fait inertes.
- 1 En rcnli'é l’elfet est plus complexe; car les parties dilatées de la couche fléchies se déplaçant dans un sens, les parties comprimées se déplaceront en sens contraire. Mais l’eflet résultant sera le même que si l’on ne considère que le déplacement des couches dilatées, comme nous l’avons fait pour plus de simplicité,
- Les grosses baguettes ou tubes pleins, en verre trempé, présentent des phénomènes semblables à ceux qui sont offerts par les larmes bataviques. En les chauffant par un bout, ils se brisent souvent dans toute leur longueur en présentant la cassure conique en aiguilles. Les constructeurs d’instruments en verre ont souvent observé ce fait.
- Si l’on coule dans l’eau des fils de verre plus ou moins épais, en opérant comme pour faire des larmes, ils se solidifient en spirales quelquefois très-longues et toujours fortement tordues; ces fils, qui demandent à être maniés avec précaution s’ils sont gros, possèdent une tension très-forte, provenant de de la trempe des couches superficielles, de sorte qu’eu rongeant ces spirales ou ces tubes tordus sur une partie de leur épaisseur, ils font explosion comme les larmes.
- En encastrant ces tubes dans du plâtre et les sciant par le milieu, on observe à droite et à-gauche du trait de scie la disposition conique en écailles de sens contraires.
- Les figures 8 et 9 représentent ces tubes, sciés.
- Quand les fils trempés sont très-fins, ils sont alors très-fortement tordus et il suffit d’en plonger une extrémité dans l’acide fluorhydrique pour que l’explosion ait lieu instantanément au contact de l’acide.
- Lorsqu’on étire des masses de verre à la canne pour en faire les tubes ou les baguettes, il reste à l’extrémité des cannes de grosses poires en verre, ayant la forme de larmes volumineuses et dont le poids peut atteindre un kilogramme environ. Séparées de la canne, ces larmes se brisent en se refroidissant, comme des larmes sciées par le gros bout, et présentent la cassure (ionique, les sommets dirigés par le gros bout.
- La figure 10 représente une de ces masses de verre, qui provient de l’usine de MM. Appert frères, à la Yillette.
- Un des fragments de celte larme m’a offert un phénomène curieux. Je l’avais rapporté de la Yillette à mon laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers, et il s’était divisé en roule en plusieurs fragments.
- L'un de ces fragments, du poids de 100 à 150 grammes, pressé entre les doigts, s’échauffa subitement; la température pouvait s’èlre élevée à 40 ou 50 degrés, ce qui confirme les faits avancés par M. 1 Am Dufour, relativement au dégagement de chaleur produit au moment de la rupture, qui a lieu aussi, comme on le sait, avec dégagement de lumière.
- Enfin M. Feil m’a remis une larme représentée figure 11; cette larme, faite en crown léger, s’est brisée partiellement au moment de sa solidification, et elle laisse bien voir la structure lamellaire provenant de la différence de trempe et de dilatation des couches superposées.
- Toutes les expériences que je viens de décrire ont été faites avec des larmes préparées dans de bonnes
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- conditions, c’est-à-dire ayant subi et conservé l’action de la trempe avec une intensité suffisante dans les couches voisi-sines de leur surface. En effet, on ne peut pas obtenir des larmes bataviques avec des verres d’une composition quelconque. Si le verre est trop dur, les larmes éclatent sous l’eau. Si le verre est trop tendre, et si la larme est trop grosse, la partie renflée ne se trempe pas assez, et l’on obtient des larmes qui n’éclatent q u ’ à moitié quand on brise leur queue. 11 faut donc tenir compte de la composition du verre et des dimensions des larmes lorsqu’on veut produire des effets énergiques comme la rupture d’un vase plein d'eau par exemple.
- Fig. 11.— Larme de crown léger, partiellement brisée au moment de sa solidification.
- Les larmes bataviques nous présentent un cas extrême de la trempe du verre; mais le verre peut
- se tremper dans bien d’autres circonstances. On retrouve en effet, les propriétés du verre trempé
- dans tout objet en verre, qui fortement chauffé, s’est rapidement reftoidi au contact de l’air. Telles sont ces fioles philosophiques (fig. 12), que les ouvriers soufflent au bout de la canne,pour examiner la qualité du verre. Elles sont jetées ensuite toutes chaudes sur le sol, et elles se trempent en se refroidissant à l’air. On peut les frapper extérieurement par la base sans les briser ; mais la chute d’un corps dur à détermine leur rupture en un grand nombre de fragments.
- Le verre se trempe encore sous l’influence d’un courant d’air, au contact d’un corps froid, surtout d’un corps métallique. Lorsque la trempe ne se
- Fig. 12 — Fiole philosophique.
- produit que sur une partie d’un objet en verre, il en résulte un défaut d’homogénéité qui donne au verre une grande fragilité.
- Victor de Lutines,
- Professeur au Conservatoire des Arts et Métiers.
- — La suite prochainement. —
- Fig 8- — Fii de verre trempé, solidifié, et scié.
- Fig. 9. — Tube de verre plein, trempé et scié.
- l’intérieur
- Fig. 10. — Masse de verre trempée et brisée par le refroidissement à la façon des larmes sciées
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- LA NATURE.
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- LE NOUVEAU
- PLUVIOMÈTRE ENREGISTREUR
- DE M. HERVÉ MANGON.
- Nous avons décrit, dans le précédent volume de la Nature, les pluviomètres généralement employés pour déterminer la quantité d’eau tombée à la surface du sol. Ces instruments, tout en donnant des indications très-précieuses et très-utiles ne permettent pas cependant de suivre toutes les particularités qui peuvent se produire pendant la durée de la pluie; ils se taisent au sujet des différences d’intensité dont la chute d’eau a été marquée, et des heures pendant lesquelles ces différences se sont produites.
- Le pluvioscope, déjà décrit, donne l’heure à laquelle la pluie commence à tomber, l’heure de la lin de la chute d’eau, la grosseur des gouttes, mais il n’indique pas la quantité d’eau.
- Divers genres de pluviomètres enregistreurs ont été construits pour rér pondre à toutes ces questions. Nous allons décrire un de ces nouveaux instruments, exécuté par M. Redier, d’après les plans de M. Hervé Mangon, et qui fonctionne actuellement en son observatoire de Sainte-Maric-du-Mont.
- Un cylindre C reçoit l’eau de la pluie qui lui est amenée du pluviomètre P, au moyen d’un conduit. Dans ce cylindre se trouve un flotteur F en cuivre, auquel on donne le plus grand diamètre possible de façon à augmenter sa stabilité: Une corde très-fine, passant dans la gorge de la poulie N, relie ce flotteur à la boîte K. Les choses sont d’ailleurs disposées de façon que la boite K pèse un peu moins que le flotteur F.
- La boîte K glisse entre deux fils métalliques tendus comme des cordes de pianos,, et contient un porte-crayon dont la pointe vient frotter contre la
- paroi extérieure du cylindre creux C. Un petit trem-bleur électrique, contenu dans cette boîte, vient toutes les fois que le courant lui est envoyé d’un régulateur, frapper avec son marteau sur le bout du crayon et produit les points indiqués sur la courbe qui servent à contrôler la marche du mouvement d’horlogerie qui fait mouvoir les cylindres.
- Deux cylindres en cuivre A et B sont placés de chaque côté du cylindre C. Ces deux cylindres pivotent sur des pointes et peuvent se retirer à volonté, de façon à faciliter la pose du papier.
- Une horloge 11 met en mouvement l’un de ces cylindres et une fusée régulatrice M compense la différence du diamètre que donne l’enroulement de plusieurs tours de papier. Un crayon fixe 1 trace une ligue horizontale qui sert de base. Après cette description, il est lacile de comprendre comment fonctionne l’appareil.
- Le papier sans fin, enroulé sur le cylindre A, passe sur le cylindre C qui fait saillie et vient s’enrouler sur le cylindre B. Le cylindre À est tendu par un petit poids mouillé dans la cage môme de l’instrument et le cylindre B est mené par l’horloge.
- Le papier une fois en place et tendu, on introduit dans le cylindre G une quantité d’eau suffisante pour faire flotter complètement le flotteur F.
- Si la pluie tombe, le flotteur F est soulevé, la boîte K suit le mouvement et avec elle le crayon, qui frottant sur le papier, trace une courbe qui donne en millimètres la hauteur correspondante de pluie. Si, au contraire, il ne tombe aucune pluie la trace laissée par le crayon est une ligne droite parallèle à celle tracée par le crayon I.
- Avec ce pluviomètre on peut enregistrer jusqu’à 1000 mill. d’eau, quantité qui dépasse la moyenne annuelle en France. En donnant au papier une longueur suffisante, on peut enregistrer les observations d’une année sur la même feuille.
- Gaston Tissandier.
- Le nouveau pluviomètre enregistreur de M. Hervé-Mnngon.
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- LA NATLllK.
- CHRONIQUE
- Expérience «l’un appareil «l'éclairage élec-tri«|ue. — Il y a quelques semaines, ou a expérimenté sur le toit de la fabrique Siémens-IIalske, à Berlin, un nouvel appareil pyre-électrique ; l’assistance se composait de plusieurs savants et officiers d’artillerie de la commission d’expériences de l’artillerie, d’officiers du génie et d’officiers de marine. L’appareil, qui est actionné par une machine locomobile, fournit une lumière très-puissante, qui permet encore, à un mille de distance, de lire l’écriture ordinaire. On eut l’idée de placer eu avant de l’appareil un miroir incliné sur l’horizon, de manière à faire réfléchir vers le ciel les rayons lumineux. On projetait ainsi sur les nuages une traînée lumineuse qui de loin ressemblait assez à une comète, et dans laquelle venaient successivement se dessiner les signaux faits en avant du miroir. Cette magnifique expérience, qui dura près de deux heures, avait attiré, dans les rues voisines, une grande foule de curieux. —- Dans quelques jours, l’appareil sera installé sur le polygone d’artillerie de Tegel, [tour être soumis à des expériences suivies, l’adminislra-tion militaire ayant l’intention d’acheter plusieurs de ces appareils pour les services de la guerre et de la marine. Ces dernières expériences ont eu lieu à Tegel dans la nuit du 9 au 10 juillet, d’après la Gazette d'Allemagne du Nord. Malgré le temps défavorable, un grand nombre d’officiers s’y étaient rendus, et ont suivi avec beaucoup d’intérêt les expériences. On a éclairé, au moyen de l’appareil, des cibles placées à 1,000, 1,500,. 2,000, etc., mètres de distance, et l’on a pu se convaincre de l’excellente action de l’appareil, soit du point où il était placé, soit sur le point éclairé. — (lletme militaire de l'élran-yer).
- Chemins «le fee en Chine. — Ou sait qu’il s’est formé à Londres une compagnie qui se propose de créer des chemins de fer en Chine, et que la première ligne qu’on essaiera sera entre Shanghaï et Woosung, sur une distance de neuf milles et demi. Aujourd’hui, London and China Télégraph annonce qu’un contrat a été signé entre la compagnie de AVoosung et M. John Dixon, de Londres, pour la construction de la ligne, et que le matériel est déjà en route pour Shanghaï. Les ingénieurs de la compagnie sont partis depuis quelque temps, et les travaux commenceront dès leur arrivée sur les lieux. On attend l’achèvement de la ligne pour le mois de juillet prochain, et l’on pense que la vue de cette nouveauté si avantageuse, engagera les Chinois à en profiter dans une grande mesure. Du reste, la ligne étaut essentiellement expérimentale, ne sera construite que dans des limites restreintes. Il s’agit seulement de prouver aux Chinois que le succès peut couronner l’établissement de voies de communications aussi rapides entre les centres de commerce les plus importants du pays. — (UExplorateur).
- Le Koimiys. — Le koumys est maintenant à l’ordre du jour dans les journaux de médecine. Depuis un temps immémorial, les tribus nomades qui errent dans les steppes de la Russie orientale en font usage, et c’est à cette boisson, dit l'Abeille médicale, qu’elles attachent leur immunité à l’égard de la phthisie. Les médecins russes eux-mêmes partagent cette croyance et envoient les poitrinaires faire une cure de koumys dans les pays où on y soumet les malades sur place. Les Kalmoucks principalement en font un grand usage : « Lorsque le campement est achevé, dit M. X. Marinier, le Kalmouck, assis en paix,
- savoure le rustique souper préparé par sa femme et volontiers s’accorde une tasse de koumys, l’onctueux lait de jument transformé par la fabrication, en une liqueur enivrante; mais il s’abandonne difficilement à quelques excès. »
- Mis en expérience par MM. Queneau de Mussv, Chauffard et Gubler, il a produit de bons résultats dans la phthisie et l’albuminerie ; il paraît agir sur la nutrition comme le lait chloruré, l’alcool, la viande crue, c’est-à-dire qu’il parait agir dans la phthisie en modérant la consomption : eu effet, sous son influence, le malade augmente de poids.
- Les Tartares, principalement, excellent à faire le kou-nn s. Cette liqueur vineuse, lit-on dans la France illustrée, est produite au moyen de la fermentation du lait de jument : on en met une certaine quantité dans un vase de bois, et on y ajoute un sixième d’eau ; on y met ensuite une sixième partie de lait de vache ; on couvre le vaisseau avec une toile épaisse et on laisse ensuite reposer dans un lieu à température modérée ou dans la terre, pendant vingt-quatre heures; le mélange devient aigre, une substance épaisse sc rassemble à sa surlace ; alors ou bat le tout jusqu’à ce que la substance épaisse soit parfaitement mêlée avec le reste du liquide. On laisse de nouveau reposer pendant plus de vingt-quatre heures, puis ou verse la liqueur dans un vaisseau plus élevé et plus étroit, oii l’agitation est répétée comme auparavant, jusqu’à ce que la liqueur paraisse complètement homogène. On l’agite toutes les fois que l’on veut en faire usage ; son goût est agréable, mêlé de doux et d’acide ; elle est enivrante à la dose de moins d’un litre, même pour les personnes qui y sont habituées. Dans les grandes villes de Russie, en Allemagne, en Angleterre, à Paris, où il est difficile de se procurer des quantités suffisantes de lait de jument, on emploie le lait de vache seul ou mélangé au lait d’ànosse. Pour eu faire usage comme médicament, on plonge à travers le liège un tube muni d'un pas de vis et d’un robinet ; lorsque le robinet est ouvert, le liquide, sous la pression du gaz, sort eu moussant et se boit généralement avec plaisir.
- Effet «le la foudre sur les vignes. — Lors de la dernière session de la Société helvétique des sciences naturelles, M. le professeur Ch. Dufour, a parlé d’un coup de foudre qui, au mois de juin 1875, a frappé en même temps près de Villeneuve, deux vignes distantes de 120 mètres à peu près. Dans l’une d’elles la surface atteinte mesure 18 mètres de long sur 18 mètres de large. Les deux tiers des ceps, soit à peu près 550, ont été frappés. Dans la seconde vigne, la surface foudroyée mesure 10 mètres de long sur 10 mètres de large et une centaine de ceps ont été atteints. Les premiers jours plusieurs ceps paraissaient perdus, d’autres n’avaient séché que partiellement et avaient encore des feuilles en pleine végétation. Cependant dans le mois d’août, les ceps qui paraissaient les plus maltraités ont repoussé des branches vigoureuses sur lesquelles on voyait le 5 septembre, des raisins en fleurs. Mais ces raisins qui devaient former la récolte de 1875 ont bientôt cessé de se développer. Dans son mémoire sur la foudre, Arago cite comme faits remarquables quelques rares exemples de coups de foudre qui s’étaient divisés en deux ou trois branches. Ici nous sommes en présence d’un coup de foudre qui d’abord s’est divisé en deux pour frapper deux vignes à 120 métrés de distance, ces branches ayant ensuite donné lieu l’une à 100, l’autre à 550 jets différents qui ont frappé les ceps.
- Le laboratoire de zoologie de Naples. — M. le docliur Dohrn a récemment fait construire à Naples un
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- grand laboratoire de zoologie avec un magnifique aquarium destinés à l'étude de la faune marine. A côté de l’aquarium, où ils doivent observer les mœurs des animaux marins, les savants peuvent exécuter des recherches microscopiques avec les appareils les plus perfectionnés, en ayant à leur disposition une riche bibliothèque et une belle collection anatomique. On travaille en particulier à former une collection type de toute la faune du golfe de Naples et une statistique complète de tous les animaux qui la composent. Ce grand institut, d’après le docteur Vetter, de Dresde, dépasse tout ce qui a été créé en ce genre, par la richesse des ressources qu’il offre aux naturalistes. Il va posséder des succursales à Sorrente, à Capri, au cap Jlisène et ailleurs. L’établissement central lui-même a déjà dû être agrandi par suite de nombreuses demandes. Maintenant 18 aquariums spéciaux, dont l’eau se renouvelle continuellement et qui sont desservis par deux pêcheurs, sontdisposés pour autant d’observateurs voués à des recherchesparticuliè-res. Un certain nombre de ces laboratoires particuliers ou de ces places ont été loués par les gouvernements ou les universités. Le prix d’abonnement est de 1,800 fr. par an. La Russie et l’Italie ont chacune 2 places, la Saxe 1, les universités d’Oxford et de Cambridge chacune 1, etc.
- Un nouveau gisement de soufre. — Dans le district de Humboldt, à environ 100 mètres du chemin de fer central du Pacifique , on vient de trouver un riche gisement de soufre suffisant, dit-on, pour fournir cette matière au monde entier pendant plusieurs siècles. Cet amas est dans le voisinage immédiat des. mines d’argent de la chaîne de Humboldt. Il faut dire toutefois que ces riches dépôts ne sont pas encore bien connus ; on sait cependant qu’ils couvrent une partie de la vallée de Humboldt, et plusieurs excavations ont mis à nu des centaines de tonnes de soufre parfaitement pur, se présentant sous une épaisseur de plusieurs pieds. Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce gisement, c’est la pureté de la matière, qui u’est mélangée d’aucune gangue et qui peut être immédiatement livrée au commerce au sortir de la mine.
- Uc» progrès de l’astronomie. — L'Academy, de Londres, constate que la perfection croissante des grands télescopes et les efforts patients des astronomes de toutes les parties du monde ont obtenu, dans ces dernières années, de beaux résultats. Ainsi le nombre des planètes ou astéroïdes, accomplissant leur révolution entre Mars et Jupiter, qui, en 1872, étaient au nombre de 121, s’élève à 154. Cette augmentation produit sans doute beaucoup de complications dans les calculs astronomiques actuels, mais, d’un autre côté, elle offre l’heureuse perspective qu’on pourra arriver à déterminer plus exactement, d’une part, la masse de Jupiter et de Mars, d’après leurs perturbations réciproques, de l’autre la distance du soleil.
- BIBLIOGRAPHIE
- Histoire des ballons et des ascensions célèbres, par MM. A.
- Sircos et Th. Pallier, avec une préface de Nadar. 1 vol. grand in 8° illustré. — Paris, F. Roy, 1876.
- Cet ouvrage offre au lecteur le résumé des événements importants qui ont marqué l’histoire de l’aéronautique depuis son origine jusqu’à nos jours. Un grand nombre de gravures du temps ont été reproduites par la phototypographie, et forment une suite de documents peu connus, que corn*
- plètent un certain uombre d’illustrations inédites» dont quelques-unes ont été faites par M. A. Tissandier. Les auteurs, MM. Sircos et Pallier, ont réuni des faits épars, rassemblé des récits d’ascensions remarquables, publiés çâ et là dans des ouvrages différents ; aussi leur œuvre offre-t-elle un intérêt réel, pour tous ceux que préoccupe l’histoire des ballons. L’ouvrage se termine par les ascensions du Zénith, et par un appendice, traitant sommairement des indications pratiques sur le mode de construction et de gonflement des aérostats.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 janvier 1876. — Présidence de MM. Fjiêmï el Paris
- La première séance de l’année est toujours consacrée en grande partie aux affaires intérieures de l’Académie : il s’agit de nommer un vice-président, de réélire les membres de la commission administrative et cela prend beaucoup de temps. 11 faut aussi que le président sortant rende compte de l’état des publications et des changements survenus pendant l’année parmi le personnel de l’Académie. Cette fois c’est à M. Frémy que revenait ce devoir. 11 s’en est acquitté avec son talent ordinaire et n’est descendu du fauteuil qu’après avoir protesté qu’il voyait dans la présidence à laquelle il avait été appelé, la consécration la plus précieuse de son existence de savant.
- Le vice-président élu, et presque à l’unanimité, à été M. Péligot. L’amiral Paris a pris possession du fauteuil, mais non pas sans remercier de nouveau ses collègues ni sans faire appel a leur indulgence : Vous voudrez bien vous rappeler, a-t-il dit à peu près, quelle énorme distance sépare le banc de quart, du bureau de l’Académie.
- La commission administrative, composée l’an dernier de MM. Chasles et Decaisne se composera cette année de la même façon ; il y a déjà de longues années qu’il ne se produit dans son sein aucun changement.
- A propos du tunnel sous la Manche. — Le savant pro* fesseur de géologie de la faculté des sciences, M. Hébert, ne croit pas qu’il y ait lieu d’être aussi assuré que beaucoup d’ingénieurs, d’un succès sans difficulté dans le percement du tunnel sous-marin qui doit relier la France à l’Angleterre. Il se fonde sur un argument très-sérieux tiré de l’allure générale des couches de craie étudiées dans le bassin de la Seine. Un dessin placé sur le mur de la salle donne, avec détail, la coupe géologique depuis Fécarnp jusqu’à Meudon. On y voit que toutes les couches crétacées, quoique gardant une épaisseur sensiblement constante, éprouvent des plissements considérables. Comment croire que cette allure tourmentée fait place, comme on l’a dit, dans la largeur du détroit, à une disposition régulièrement horizontale ? On doit penser le contraire et il en résulte qu’on a beaucoup de chance de rencontrer dans les plissements des accumulations d’eau qui devront rendre le travail beaucoup plus difficile. Cette eau n’est pas celle qui résulte de la mer ; mais bien celle qui provient des pluies tombées sur les affleurement des couches. Il est bien à désirer que les ingénieurs chargés du tunnel franco-anglais se préoccupent des considérations mises en avant par M. Hébert et cherchent les moyens de prévenir les accidents qui pourraient résulter de l’allure signalée des couches crayeuses.
- Hydrate d’acide chlorhydrique. — Qnand on refroidit à —18® une dissolution aqueuse d'acide chlorhydrique,
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- LA NATURE.
- on y voit se développer des cristaux dont l’analyse révèle la constante décomposition : ils constituent un hydrate défin' d’acide chlorhydrique et M. Isidore Pierre qui les a découverts en étudie les propriétés. Les plus utiles concernent les mélanges réfrigérants dans lesquels ces cristaux peuvent entrer d’une manière très-efficace.
- Encore la formation du sucre dans les végétaux. — M. Claude Bernard constatait l’autre jour que la discussion soulevée par le Mémoire de M. Violette, sur l’effeuillage des betteraves, était close pour lui ; M. Duchartre déclare qu’elle est close aussi pour lui. Mais le botaniste de la Sorbonne n’en lit pas moins une longue note, à laquelle répond longuement l’illustre botaniste du Muséum. C est celui-ci qui a paru au public avoir pleinement raison ; la thèse qu il défend consiste à dire qu’on ne sait pas, en définitive, à l’heure qu’il est, où ni comment le sucre s’élabore dans les plantes, et que tous les arguments de M. l)u-chartre ne sont que des hypothèses. Il annonce d’ailleurs, pour la prochaine séance, la première partie d’un long travail sur la fonction glycogénique, considérée dans les deux règnes organiques ; tout le monde l’attendra avec impatience.
- Crama elhnica.— La 4“ livraison de cette magnifique publication vient de paraître, et, en la déposant sur le bureau, M. de Quatrefages en donne un rapide sommaire. Le savant professeur du Muséum et son collaborateur,
- M. le docteur Ilamy, y traitent surtout des races brachycéphales et dolichocéphales du terrain quaternaire. Mais, dans un chapitre spécial, ils appellent l’attention sur les services rendus à l’anthropologie par les monuments de l’antiquité. À ce titre, aucun peuple ne peut être comparé aux Egyptiens, dont les monuments sont de précieux documents ethnographiques. Leur exactitude se fait tous les jours mieux apprécier, et ce n’est que récemment, par exemple, qu’on a reconnu la justesse des tons, du noir au rouge, donnés dans les peintures à la peau des nègres de l’Afrique.. Stanislas Meunier.
- FDMAISON DES VIANDES1
- L’art de fumer ou de boucaner les viandes, très-anciennement connu et pratiqué d’abord sur les bouquetins par les Canadiens et les indigènes des deux Amériques, a été porté à Hambourg à une telle perfection que les autres nations n’ont pu l’atteindre ; le bœuf fumé de Hambourg jouit partout de la première réputation.
- 1 Leçons de chimie élémentaire. 5e édition. — G. Masson, éditeur.
- Cet art est cependant assez simple puisqu’il consiste à exposer, pendant quatre ou cinq semaines, les viandes dépecées, salées et suspendues dans une chambre, à l’action de la fumée produite par des copeaux de chêne, de hêtre ou de bouleau très-secs.
- Voici (fig. ci-dessous) la coupe d’une de ces chambres d’Allemagne où l’on fume non-seulement les quartiers de bœuf, mais aussi les jambons, les boudins, les langues, les andouilles, etc.
- Le saurage ou saurissage du hareng est une opération semblable, seulement on suspend les poissons salés dans des espèces de fours ou de cheminées qu’on appelle roussables et où Ton fait un petit feu de menu bois qu’on ménage de manière qu’il donne peu de flamme et beaucoup de fumée. On laisse le hareng jusqu’à ce qu’il soit entièrement sauri, c’est-à-dire sec et enfumé; il contracte une belle coloration jaune qui est l’indice d’une bonne préparation. Vingt-quatre heures suffisent pour cette opération. Dix ou douze milliers de harengs peuvent être sauris à la fois.
- C’est en Hollande que ce genre d’industrie est le plus étendu. Les Hollandais vendent annuellement aux autres peuples pour plus de 60 millions de harengs blancs ou salés, et de harengs rouges, saurs ou fumés.
- Dans tous nos ports de la Manche, on pratique aussi le saurissage, mais comme les harengs braillés, qui reçoivent cette préparation n’ont été que Irès-imparfaitement salés et que presque toujours, à cause de cela, ils se sont plus ou moins altérés, il en résulte qu’ils sont moins bons, et ne se conservent pas aussi bien que les harengs saurs venant de Hollande ou d’Angleterre, où Ton sale avec autant de soin les harengs braillés que les harengs ca~ gués. Il est certain que sur les marchés étrangers les harengs saurs de la Hollande et de l’Angleterre, ont la préférence sur les nôtres. Il serait donc urgent que les saleurs français apportassent à leur manière de faire les perfectionnements qu’elle réclame.
- Dans le séchage à la fumée, les viandes sont pénétrées d’acide pyroligneux et de créosote qui constituent presque en totalité la fumée. Ces principes conservateurs ajoutent donc leur action à celle du sel marin. ,1. Giraddin.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiei'.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 137. - 15 JANVIER 1875.
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- LES CATARACTES DU NIAGARA EN HIAER
- Nous ne donnerons pas ici la description des cataractes du Niagara : elle a été si souvent retracée par
- les voyageurs, qu’il n’est personne aujourd’hui qui ne la connaisse. Mais si l’on a fréquemment parlé
- Stalactites de glape, formées au-dessous des chutes de Niagara. (D’après une photographie.)
- jours de l’été, on n’a que bien plus rarement mentionné les splendeurs étranges qu’elle réserve au touriste qui les observe à l’époque oîx nous sommes,
- c'est-à-dire pendant les froids de l’hiver. Au moment des gelées, ses eaux vertes se détachent vigoureusement au milieu des campagnes couvertes de neige, et leur écume bouillonnante, ruisselle au milieu
- 4® année. — l,r semestre.
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- LA NATURE.
- d’nn véritable chaos de glaçons et d’aiguilles de glace.
- La vapeur qui s’élève des cataractes, en se condensant à l’état solide, recouvre tous les objets environnants d’un véritable manteau de glace de la blancheur la plus éclatante. Les arbres se courbent gracieusement sous son poids, et prennent l’aspect de végétaux de marbres. Chaque branche est couverte de franges gelées, et chaque brin d’herbe est caché sous une carapace de glace.
- Mais au dessous de la grande chute, les grottes que l’on parcourt et qui, pendant l’été, sont remplies de la poussière d’eau que soulève la cataracte, se transforment pendant l'hiver en incomparables merveilles.
- Des stalactites de glace, suspendues aux parois supérieures de la voûte naturelle, forment le tableau le plus étrange que l’on puisse admirer; elles sont aussi transparentes que le cristal, aussi brillantes que des pierreries limpides, et se reflètent dans le miroir d’une eau glacée. La gravure ci-contre, fidèlement reproduite d’après une belle photographie, donnera au lecteur une juste idée dé la splendeur d’un tel spectacle.
- Si les effets de glace offrent au voyageur bien des scènes grandioses dans le voisinage des chutes d’eau, ils en présentent d’autres non moins curieuses dans toutes les campagnes environnantes et jusqu’à une assez grande distance des cataractes. Des masses immenses de glace sont entraînées par l’eau du fleuve qui s’échappe du lac Erié, dont elles descendent le cours comme d’immenses radeaux flottants ; elles s’accumulent entre les chutes et le pont de New-Iris, et forment là un gigantesque pont de glace, magnifiquement orné de cristallisations gelées affectant les formes les plus variées. L’eau solidifiée prend l’apparence de draperies ondulées transparentes comme le cristal, ou retombe en se figeant, sous forme de colonnes minces, qui donnent naissance à des constructions naturelles d’une architecture capricieuse et pleine de majesté. Vers la fin de janvier, un grand nombre de touristes se donnent rendez-vous dans le voisinage de ce gigantesque pont de glace, et plus de cent visiteurs le traversent à pied tous les jours, et ne se lassent pas ‘de le contempler dans tous ses détails. Chaque année’on voit s’accroître, dans des proportions considérables, le. nombre des voyageurs qui parcourent le Niagara pendant l’hiver.
- La grande chute, observée du côté canadien, attire aussi les visiteurs ; l’écume blanchâtre, que produit en été l’immense masse d’eau, à la partie inférieure de sa chute, est remplacée par des blocs de glace, amoncelés eu nombre incalculable, en formant un rempart naturel, d’une hauteur considérable. On peut dire que le tableau change constamment d’aspect, car suivant l’état de la température les blocs se soudent les uns avec les autres, ou se désagrègent; tantôt ils sont entraînés par les eaux et roulent avec fracas, tantôt ils augmentent d’épaisseur et se ca-
- chent sous un épais manteau de stalactites, qui jettent mille feux étincelants quand les rayons solaires se réfléchissent à leur surface1, L. Lhéiutïer.
- LES ASILES D’ALIÉNÉS DE LA SEINE
- (Suite. — Yoy. p. 1.)
- VILLE-ÉVDARD.
- Nous avons dit que Vaucluse, Ville-Evrard et Sainte-Anne ont été construits sur un plan uniforme, la description assez détaillée que nous avons donnée du premier de ces asiles peut donc s’étendre aux deux autres ; mais, pour être complet, nous allons résumer en quelques chiffres ce qui est particulier à ces derniers et donner une courte description du pensionnat payant de Ville-Evrard et de la sûreté de Bicètre, les seules institutions qui n’aient pas leurs similaires à Vaucluse.
- Sainte-Anne a été bâti sur un domaine de 15 hectares situé dans Paris, entre la rue de la Santé, et le chemin de fer de Sceaux, et qui, depuis 1855, avait été transformé en une ferme annexe de Bicêtre, exploitée par les aliénés de ce dernier asile. Les bâtiments de Sainte-Anne ont été inaugurés le 1er mai 1867 ; ils sont très-semblables à ceux de Vaucluse (sauf que chacune des deux divisions, hommes et femmes, comprend 9 cellules d’isolement dont une entièrement capitonnée). Le nombre des malades en traitement s’élevait à 561, au 51 décembre 1872. Sur le domaine se trouve encore le bureau d’admission, contenant 40 places, où tous les fous sont d’abord amenés, comme nous l’avons dit. Le chiffre total des dépenses faites à Sainte-Anne s’élève à 9,504,705 francs.^
- L’asile de Ville-Evrard est situé, près des lignes de l’Est, entre la station de Chelles et Neuilly-sur-Marne ; on y est amené de la gare de Nogent, sur le chemin de 1er de Vincennes, par un omnibus spécial qui fait le service le jeudi et le dimanche. Situé sur les bords de la Marne et du canal de Chelles, à 16 kilomètres de Paris, dont 9 de chemin de fer, le domaine est immense, il ne couvre pas moins de 290 hectares (plus que certains arrondissements parisiens) ; une grande partie en a été affermée pour 18 ans en 1872. L’asile, édifié par, M. Lequeux, a été inauguré le 20 janvier 1868 et a coûté 6,155,152 francs, y compris la dépense de construction du pensionnat, ouvert en avril 1875, dont il nous reste à parler, et qui est composé d’une série de pavillons isolés bâtis dans la seconde partie du parc. Après son achèvement définitif, cette maison de santé payante pourra recevoir 180 pensionnaires, moitié de chaque sexe, qui seront soignés par 40 gardiens, mais tout récemment, lors de notre visite, il n’y avait encore que 50 malades, les arrangements intérieurs n’étant pas terminés. .
- 1 The faits of Niagara heing a complété guide to ail the points of interest around an in the immédiate neighbour-hood of the great cataract. Nelson and Sons. New Y' rk.
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- L ancien château de Ville-Evrard a été aménage pour Je service du pensionnat : le corps de logis central contient, au premier étage la lingerie, le vestiaire et les logements des employés et serviteurs ; au rez-de-chaussée, la cuisine et scs annexes.
- Il y a quatre classes de pensionnaires payant annuellement 900, 1,200, 1,800 et 2, 400 francs, non compris les extras, tels que domestique attaché spécialement à la personne d’un aliéné, etc.
- ( D aiJc be gauche, ou nord-ouest, du château est réservée à l’habitation de six fous et l’aile de droite, ou sud-est, à celle de six folles. Chaque malade a une chambre particulière avec cheminée entourée d’une grille fermant à clef. Les rideaux du lit et de la fenêtre sont soutenus par des barres, fixées elles-mêmes a la muraille ou au plafond par des pinces, qui s’ouvriraient sous une traction un peu forte si, par exemple, l’aliéné essayait de s’y pendre. Un fauteuil, une commode toilette, une table de travail et quelques autres accessoires complètent l’ameublement. Entre deux chambres de malade est un cabinet de gardien communiquant avec elles par des ouvertures grillées. Chaque groupe de chambres est complété par uu salon avec piano, une salle à manger, un ofiiee, une salle de billard (dans l’aile des hommes) et une salle de bains. Les baignoires, comme dans l’asile, sont munies d un bouclier, c’est-à-dire d’une çouver-tuie en toile très-forte que l’on boucle au-dessus de la baignoire pour empêcher l’insensé de s’en échapper.
- Le pensionnat est composé, outre l’ancien château, de 8 pavillons isolés, 4 dans chaque division, des hommes et des femmes. Le plus rapproché du château, à gauche et à droite, comprend 12 chambres à peu près semblables a celles que nous avons décrites; le deuxième et le troisième pavillon, pour oo malades chacun, destinés aux pensionnaires des classes inférieures, sont divisés en petits dortoirs isolés, de trois à six lits, parquetés, cirés, ventilés, chauffés par un calorifère à air chaud et extérieurement éclairés au gaz toute la nuit comme ceux de 1 asile. Le quatrième pavillon ne contient que deux cellules matelassées, donnant sur deux petits préaux isolés, pour les furieux.
- Ces neuf édifices éparpillés au milieu des vieux arbres du parc ne sont pas reliés par des galeries, ce qui a pour résultat d obliger à réchauffer dans les offices, sur des fourneaux à gaz, les mets envoyés de la cuisine centrale ; on pourra parer à cet inconvénient par l’emploi de marmites norvégiennes.
- Les pensionnaires s habillent à leur frais comme ils l’entendent, les familles ayant ordinairement une grande répugnance pour tout costume spécial.
- Le matériel mobile est semblable dans le pensionnat et l’asile et se retrouve pareil à Vaucluse et Sainte-Anne ; les dispositions, comme nous l’avons dit, sont, semblables partout; ainsi, dans les asiles, les préaux, plantés d’arbres et ornés de fleurs, sont clos du côté opposé au pavillon et à la galerie couverte qui le banque par des murs s’élevant du fond d’un fossé, do
- sorte que ces murs, suffisamment exhaussés, à partir du fond du saut-de-loup, pour empêcher les évasions, s’élèvent assez peu au-dessus du sol du préau pour ne pas masquer la vue de la campagne.
- Dans le bâtiment des services généraux, outre uu petit quartier de convalescence, se trouve une vaste salle en hémicycle, (que nous avons omis de mentionner en décrivant Vaucluse), complétée par une bibliothèque, et destinée aux exercices intellectuels de chant ou de musique, de récitation ou de lecture à haute voix et où sont faits, à Sainte-Anne et à Bi-cêtre, des cours très-élémentaires de lecture, d’écriture, de calcul, d’histoire et de géographie; en outre, cette salle sert de loin en loin comme lieu de réunion générale lorsqu’on donne une « représentation théâtrale » dont, non-seulement les auditeurs, mais les acteurs et actrices ne sont autres que les malades en traitement.
- Par les exercices du corps, aussi bien que par ceux de l’esprit on tente de les arracher à leurs chimères : se sont eux qui cultivent, à Ville-Evrard, comme à Vaucluse, le jardin maraîcher et le jardin fruitier, pourvu même d’une petite serre.
- Tous les quartiers sont presque semblables; cependant, àVille-Évrard, dans chacune des deux divisions, un des dortoirs de l’infirmerie est disposé en chambres séparées pour 11 malades atteints d’affections transmissibles ; et l’architecte actuel de cet asile, M. Henri Maréchal, vient également, dans chaque division, de partager le dortoir le plus éloigné de l’entrée de l’établissement en 12 cellules d’isolement, lambrissées, garnies de forts treillages aux fenêtres, mais non de barreaux et dont on a éloigné tout ce qui rappellerait un cachot ; ces chambres remplaceront en très-grande partie pour le logement des agités les cellules de force (dont nous avons parlé dans noire description de Vaucluse) qui seront réservées pour les cas extrêmes. Au total l’asile contient 040 places.
- Comme leur pavillon, le mobilier des agités diffère un peu de celui des autres quartiers ; les assiettes et les verres sont remplacés par des écuelles et des gobelets de métal, les chaises par des bancs vissés aux tables, et les fourchettes ordinaires par d’autres en mêlai mou à dents très-courtes ; les couteaux de l’asile (quoique leur lame soit molle et leur bout arrondi et émoussé) sont prudemment supprimés ; et leurs lits, comme ceux des gâteux, très-profonds pour que les malades n’en puissent tomber, sont en outre munis à la partie médiane d’une alèse de caoutchouc percée d’un orifice correspondant à celui d’un lar^e entonnoir de zinc placé sous le sommier et dont le but se devine aisément.
- On le voit, dans les établissements nouveaux tout est prévu, l’esprit le plus ingénieusement inventif est appliqué sans cesse à soulager ces misères sans nom.
- Les asiles et les maisons de santé méritent enfin leur nom, et ne sont plus les geôles épouvantables dont les personnes âgées ont conservé un souvenir d’horreur. Dr Bader et Ch. Boissay.
- — I.a lin prochainement. —
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- LA NATURE.
- LE CREUSOT1
- De tous les établissements adonnés au travail du fer, le Creusot est, sans contredit, le plus vaste et le plus complet. Comme producteur de fer et d'acier, il peut se mettre en parallèle avec n’importe quelle forge; comme constructeur de machines, il rivalise avantageusement avec les meilleurs ateliers. Etabli sur la houille meme et à proximité d’une riche mine de fer, placé presque au centre de la France, il est entouré aujourd’hui de voies de fer et d’eau qui lui permettent d’expédier facilement ses produits sur tous les points du territoire et de faire arriver ses
- approvisionnements jusqu’au cœur même de l’usine.
- Houillère et mine de fer. — L’extraction de la houille, au Creusot, se fait par sept puits creusés autour de la vallée. Les deux principaux, nommés Saint-Pierre et Saint-Paul, sont situés en face l’un de l’autre et constituent un ensemble aussi magnifique que complet. Ouverts à grande section, ils fournissent à eux seuls 120,000 tonnes sur les 190 milles que produit la houillère. Chacun d’eux possède une machine à vapeur de la force de 100 chevaux.
- Lorsque la cage est arrivée à la hauteur de la plateforme de réception, on en sort les bennes, et, suivant la qualité qui est indiquée par des marques, les
- La houillère du Creusot. Les puits Saint-Pierre et Saint-Paul. (D'après une photographie.)
- rouleurs les conduisent à T un ou à l’autre des six culbuteurs placés au niveau meme de la plateforme.
- La grosse houille est simplement triée par des femmes qui enlèvent avec soin les parties terreuses, et les morceaux de roches qui y sont contenus ; la plus petite est lavée pour la débarrasser des matières étrangères. A cet cltet, huit lavoirs ont ete installes sur une large estrade, placée au-dessous des cribles et supportée par des colonnes en fonte. Le lavage
- 1 Nous devons cette notice à l’auteur d'un intéressant volume qui vient de paraître récemment au Creusot , chez M. Pautet, éditeur, et qui est dû à la plume savante et autorisée de M. Napoléon Yadot. Le Creusot, son histoire, son industrie, est un livre rempli de détails curieux sur un établissement dont la France a droit de s’enorgueillir. M. Pautet a bien voulu mettre à notre disposition les gravures qui enrichissent le texte; elles sont accompagnées de quelques extraits, pris çà et là dans l’ouvrage que nous citons, et dont ils donneront une juste idée.
- s’opère dans une bâche en tôle, où un flot d’eau, chassé par un piston rectangulaire, pénètre à travers un treillage en laiton, soulève le charbon plus léger que les schistes et l’en sépare. Le charbon, amené à la surface par le mouvement, est entraîné dans la partie de la bâche opposée au piston, où une chaîne à godets le prend pour le jeter à nouveau sur un crible incliné que les menus traversent, mais qui laisse couler les plus gros morceaux ou chatilles. Les schistes, maintenus au fond par leur poids, tombent dans un tuyau prismatique et sont de temps en temps recueillis par des wagonnets qui les emportent.
- Trois larges voies de fer, se reliant à celles de la gare privée, amènent sous l’estrade des wagons de grande dimension, dans lesquels on pousse, par des trous, percés de distance en distance dans le plancher, la houille triée ou lavée, que Ton conduit ensuite dans les endroits où elle doit être utilisée.
- A certains moments, on laisse écouler les eaux de
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- lavage, en les dirigeant toutefois dans des fosses, où elles déposent, sous forme de boue très-épaisse, un charbon en poudre impalpable, impropre à la métallurgie à cause des impuretés sulfureuses et autres qu’il renferme, mais très-bon pour le chauffage auquel on l’emploie sous le nom de résidu.
- L’épuisement des eaux de la mine se fait sur divers points, mais surtout par le puits Saint-Laurent, construit spécialement dans ce but. O11 y a établi une puissante machine à vapeur du système Woolf, développant une force de 300 chevaux. Les deux cylindres, dont le grand a 2 m. 60 de diamètre et 4 mètres de course, actionnent sans volant et directement 6 jeux de pompes versant, en moyenne, par jour 2,000 mètres cubes d’eau dans l’étang de la forge,
- dont il sera parlé plus loin. La distribution est à cataracte; un contre-poids placé à l’extrémité d’un énorme balancier équilibre le poids des tiges.
- Üecize et Montchauin, les deux principales succursales houillères du Creusot, comptent sept puits d’extraction et de nombreux appareils à vapeur fournissant une force totale de 2,000 chevaux.
- La mine de fer du Creusot, à Mazenay, donne un minerai calcaire de belle qualité ; son gîte a 8 kilomètres de long sur un kilomètre de large environ. Nous ajouterons que le Creusot emploie d’autres minerais et notamment l’oxyde de fer magnétique de Mokta-el-Hadid, près Boue, Algérie, ainsi que les minerais de Elle d’Elbe, du Berry, etc.
- Les hauts fournaux. — Ils sont, au Creusot, au
- Les hauts fourneaux du Creusot. (D’après une photographie.
- nombre de 15: 9 sont placés sur une même ligneet 4 en équerre avec les premiers ; leur hauteur varie de 20 à 23 mètres et leur forme est celle d’un tronc de cône supporté par des colonnes en fonte. La partie extérieure est en briques, avec cercles en fer de distance en distance ; cependant, les plus récemment construits sont entièrement bardés de tôle, suivant le type écossais. Par une disposition des plus heureuses, les hauts fourneaux sont adossés à un massif de 506 mètres de long, appuyé d’un côté sur le roc et soutenu des trois autres côtés par des murs épais et solides.
- Ce massif, disposé sur le flanc même de la colline au sommet de laquelle s’élève la ville, constitue une plate-forme de 60 à 120 mètres de large, dominant de douze mètres le sol de la vallée.
- La production de la fonte est d’environ 500 tonnes par jour, se divisant en trois classes principales : la fonte de fonderie, coulée en gueusets de 1 mètre
- de long sur 10 centimètres de large ; celle d’affinage, coulée en plaquettes, et celle qui est destinée à la fabrication de l’acier.
- L’air qui doit activer la combustion est lancé dans les hauts fourneaux par des machines soufflantes que leur importance ne permet pas de passer sous silence.
- Elles forment trois groupes distincts, dont le plus ancien peut être regardé comme étant les machines de secours ; celles-ci sont horizontales, à grande vitesse, avec distribution du vent par tiroir. Le deuxième groupe comprend 4 belles machines, force de 200 chevaux chacune, réunies dans un même bâtiment, flanqué de deux constructions qui renferment les chaudières à vapeur.
- Napoléon Yadot.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- LÀ DIFFUSION DE LÀ FORCE
- LA MACHINE SOLAU’.E DE M. MOUCHOT.
- 11 ne suffit plus à l’activité de notre époque de répandre la pensée par le télégraphe et par la presse, d’unir les hommes par les voyages : un nouveau problème s’impose, pour lequel les solutions abondent; nous voulons parler de la diffusion de la force.
- La force, ce mystère que la philosophie n’a pas éclairci et que la physique étudie, se révèle à nous sous une forme tangible, le travail. Il y a de ce terme une définition mathématique qui n’est pas aussi éloignée qu’on le pense généralement de répondre à la définition usuelle. Une force ne vaut que lorsqu'elle exécute un travail ; celui-ci se mesure par le produit de l’intensité de la force par le chemin qu’elle fait parcourir à l’obstacle. Une force, quelque grande qu’elle soit, si elle ne déplace pas la résistance, est une force vaine. On s’explique comment tant d’investigateurs cherchentàutiliser toutes les forces perdues, à les assouplir à nos besoins, en leur faisant produire un travail utile.
- Pour envisager le problème dans toute sa généralité, nous aurions à suivre les tentatives faites pour utiliser la chaleur solaire, pour mettre à profit, les vents et les marées. Dans ce domaine, il est vrai, la nature jusqu’ici 11e s’est guère laissé surprendre, elle nous étonne par son opulence et garde ses trésors peut-être destinés à nos successeurs. Nous nous bornerons, aujourd’hui, à envisager les faits relatifs à l’utilisation de la chaleur solaire,
- M. Mouchot, dans une communication faite à l’Académie des sciences, le 4 octobre 1875, a appelé l’attention sur les machines solaires, dans lesquelles sont appliquées les propriétés des miroirs. Nous allons reprendre avec lui l’étude de cette question, qui a préoccupé les savants dès l’antiquité.
- L’usage des miroirs ardents semble avoir été connu des prêtres d’IIéliopolis etde Tiièbes. Plutarque nous apprend aussi qu’à Rome on se servait de miroirs ardents pour rallumer le feu sacré, lorsqu’il venait à s’éteindre. La forme de ces miroirs était celle d’un cône droit à base circulaire, engendré par la révolution d’un triangle rectangle isocèle autour d’un des côtés de l’angle droit. C’est là, on le démontre en optique, la meilleure disposition qu’on puisse adopter pour les réflecteurs coniques. Le premier ouvrage qui traite des miroirs ardents est « l’Optique » d’Euclide, qui vivait à Alexandrie 500 ans avant 1ère chrétienne. On suppose qu’Archimède suivit les leçons d’Euclide, et apprit de ce maître le Secret de la fabrication des merveilleux engins avec lesquels il incendia, dit-on, la flotte romaine assiégeant Syracuse. Cet événement adonné lieu à de nombreux commentaires de la part des auteurs. Anthénius, de Traites, l’architecte de la basilique de Sainte-Sophie à Constantinople, indique la combinaison de miroirs plans, à laquelle dut recourir Archimède pour réaliser l’effet produit.
- Au moyen âge les Arabes, pour opérer certaines distillations au soleil, se servirent de miroirs concaves d’acier poli fabriqués à Damas. C’est peut-être, dit M. Mouchot, d’ un pareil miroir qu’il s’agit dans le passage suivant de l’Histoire naturelle publiée en 1551, par Adam Lonicer : — Moyen par lequel on peut faire infuser dans l’eau diverses Heurs, de façon quelle en retienne l’odeur et les vertus. —« Présente un miroir concave à un soleil ardent, puis place entre l’astre et le miroir le vase de verre où est renfermée la substance, de telle sorte que les rayons solaires se réfléchissent du miroir au verre, comme le montre la figure 1.»
- Plusieurs savants construisirent ensuite de grands miroirs, avec lesquels on put fondre à distance des fragments des divers métaux.
- Le débat engagé sur l’expérience d’Archimède, contestée par les uns,acceptée par les autres, se trouva définitivement vidé par l’intervention de Buffon. Le miroir construit par le grand naturaliste était formé de 560 glaces portées par un châssis rectangulaire de 2"‘,27 de largeur sur 2‘",60 de hauteur. Les glaces étaient séparées les unes des autres et mobiles en tous sens. 11 fallait une demi-heure pour les disposer de manière à faire coïncider les diverses images qu’elles donnaient du soleil. A 16 mètres, le foyer avait 0,16 de diamètre ; à 4‘2 mètres, il avait 0,45.
- Voici quelques uns des résultats constatés par Buffon : À 49 mètres, le 10 avril 1747, 128 glaces mirent le feu à une planche de sapin goudronnée. A 6 mètres 50, le 11 avril, 12 glaces enflammèrent des matières combustibles. Ces expériences démontraient la possibilité du fait attribué par les anciens à Archimède. Buffon serait arrivé encore à des résultats plus remarquables s’il se fût servi de miroirs de métal au lieu de miroirs étamés.
- Avant d’aborder les applications industrielles plus récentes, nous rappellerons d’abord quelques principes physiques relatifs aux propriétés des vitres, qui se laissent traverser par les rayons émanant du soleil, mais qui retiennent et emprisonnent la chaleur obscure. Les serres en offrent un frappant exemple.
- La terre peut être considérée comme une serre chaude relativement aux espaces célestes, et c’est l’eau qui lui assure ce rôle. La vapeur dans l’atmosphère constitue l’écrau remplaçant la vitre. La chaleur dans les organismes animaux et dans les machines sert à la diffusion de la force. La production du combustible à la surface du globe est encore l’œuvre du soleil.
- Les conditions propres à obtenir un récepteur de lu radiation solaire seront donc les suivantes : 1° choisir un bon conducteur et le recouvrir de noir de fumée, pour obtenir l’absorption ; 2“ le poser sur un corps isolant; l’enfermer sous une ou plusieurs vitres, avec interposition d’une ou plusieurs couches d’air ; 5" concentrer les rayons solaires réfléchis par un miroir.
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- Saussure, en 1767, avait construit Yhéliothermo- 1 mètre (thermomètre solaire) ; cet appareil comprenait une série de compartiments formés de couches d’air séparées par des lames de verre parallèles, étagées en cloisons à l’intérieur d’une caisse de bois. En exposant au soleil la face de verre formant couvercle, on obtenait des températures croissantes à l'intérieur de chaque compartiment ; ces températures atteignaient quelquefois le point d’ébullition de l’eau. Ducarla perfectionna l’héliomètre de Saussure en le constituant de cloches de verre concentriques, en plaçant sous la dernière cloche un réservoir noirci, et enfin, en l’isolant à l’aide de mauvais conducteurs.
- 11 restait à étudier la radiation solaire. J. Ilers-chell reconnut en 1854, au Cap de Bonne-Espérance, que l’effet calorifique d’un soleil vertical au niveau de la mer suffisait à fondre une épaisseur de 0,191b de glace par minute. Vers la même époque, Pouillet, par une autre méthode, trouvait qu’à Paris, le soleil par un beau jour pourrait y fondre en une minute, une épaisseur de glace de 0,1786.
- La radiation solaire est plus forte sur les montagnes que dans les plaines. L’atmosphère absorbe en partie l’effet de la radiation solaire ; suivant Forbcs, dans nos climats, il ne nous arrive que les 0,55 du nombre des rayons émanant de l’astre. Plus on s’élève dans l’atmosphère, plus on est frappé du contraste entre l’ardeur du soleil et le froid glacial de l’air à l’ombre. La même cause qui favorise l'intensité de la radiation (le défaut d’absorption) empêche aussi l’air de s’échauffer. Ce fait est bien connu des ex-cursionistes et des aéronautes. L’air humide est beaucoup moins perméable que l’air sec aux rayons du soleil.
- L’intensité de la chaleur-solaire, d’après le P. Se-chi, dans une même hauteur de l’astre au-dessus de l’horizon, est deux fois plus grande au solstice d’hiver qu’au solstice d’été.
- Les expériences de Pouillet indiquent que chaque mètre carré normalement exposé aux rayons du soleil reçoit à Paris environ 10 calories par minute, ce .qui correspond approximativement au travail d’un cheval-vapeur. Ce travail n’est pas utilisable actuellement sans une grande perte ; néanmoins il faut reconnaître avec M. Mouchot qu’il y a là une source de force qui n’est pas à dédaigner.
- Nous arrivons à présent aux recherches personnelles de M. Mouchot. Profitant de l’expérience de ses devanciers, il combine un réflecteur solaire composé : 1° D’un miroir ou réflecteur cylindrique en plaqué d’argent1; d’une chaudière en cuivre noirci installée au foyer du miroir, sur un corps mauvais conducteur ; 5° d’une seule cloche de verre ou d’un
- 1 Les miroirs affectant la forme parabolique qui concentrent sur une ligne les rayons parallèles tombant sur la surface entière Ssint très-parfaits et fort simples de construction. Les miroirs d’argent sont les plus propres à réfléchir la lumière, lorsqu'on les construit en plaqué d’argent ; leur prix reste très-modéré. M. Moucliot'préfère les miroirs aux lentilles ; celles-ci ayant l’inconvénient d’absorber une grande partie de la chaleur incidente.
- châssis vitré recouvrant la chaudière, afin d’y retenir comme dans un piège, les rayons du soleil et ceux que rassemble le réflecteur.
- Après avoir construit des appareils pour utiliser l’action des rayons solaires sur l’air confiné en vue de construire des machines industrielles, l’auteur aborda les applications culinaires. Dans ce domaine il a produit un dispositif remarquable dont nous lui empruntons la description.
- « J’ai pris, dit-il, un bocal en verre dont la paroi latérale n’était guère plus épaisse qu’une vitre et dans lequel je pouvais facilement introduire un vase cylindrique en cuivre ou en fer battu, dont les bords s’appuyaient sur ceux du bocal, puis, j’ài mis sur lè tout un couvercle en verre ; au foyer du réflecteur en plaqué d’argent, elle faisait bouillir en une heure et demie trois litres d’eau à la température initiale de 15°. Gomme cette nouvelle chaudière était d’une forme assez commode, je m’en suis servi pour différents essais. Elle m’a permis, par exemple, de confectionner au soleil un excellent pot-au-feu, formé d’un kilogramme de bœuf et d’un assortiment de légumes. Au bout de quatre heures d’insolation, le tout s’est trouvé parfaitement cuit, malgré le passage de quelques nuages sur le soleil ; et le consommé a été d’autant meilleur que réchauffement de la marmite s’était produit avec une grande régularité. Voici pour plus de clarté, fig. 2, le dessin de l’appareil mis en expérience :
- « Le cylindre extérieur est le bocal en verre ; le cylindre noir intérieur est le vase métallique noirci, dont les bords reposent sur les siens ; le tout est surmonté d’un couvercle en verre ; enfin, à la droite de la figure, on voit le réflecteur en plaqué d’argent. Comme je l’ai déjà dit, ce réflecteur est cylindrique : sa hauteur est de cinquante centimètres, sa base est un arc de cercle dont la corde a un mètre. 11 est incliné de manière à concentrer les rayons du soleil sur la marmite, et l’on juge, sans difficulté, que celle-ci est bien au foyer par la lueur qui se forme sur la paroi noircie.
- «Pour transformer cette même marmite en un four, il in’a suffi de couvrir la chaudière d’un disque de fer battu placé sous le couvercle en verre. J'ai pu de cette façon faire cuire en moins de trois heures un kilogramme de pain. Ce pain ne présentait aucune différence avec celui que donnent les fours de boulanger. Enfin, en remplaçant les deux couvercles par un chapiteau d’alambic à tête de Maure s’adaptant exactement à la chaudière, je me suis procuré, sans plus de frais, un appareil très-propre à la distillation de l’alcool-au soleil. Le chapiteau ayant été mis en communication avec un serpentin plongé dans un courant d’eau froide, tandis que le vase métallique, contenant deux litres de vin, était placé dans le bocal, au foyer du réflecteur, j’ai recueilli l’alcool au bout de quarante minutes d’insolation. Comme l’appareil s’échauffait lentement et d’une manière continue, cet alcool était très-concentré et possédait un arôme des plus agréables. En installant devant ce
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- Fig. 1.
- réflecteur une broche garnie d’une pièce de bœuf, de veau ou de mouton, j’obtenais en moins de trois heures un rôti de très-bonne apparence, et dont la cuisson ne laissait rien à désirer. Malheureusement il n’eu
- était pas de même du goût que ces viandes avaient contracté , malgré leur fraîcheur; les rayons chimiques de la lumière semblaient y avoir déterminé comme un commencement de fermentation putride ; les rôtis dans la préparation desquels entrait le beurre contractaient, dans les mêmes circonstances, un goût insupportable. 11 est donc nécessaire d’éliminer en pareil cas les rayons chimiques, et l’on y parvient en plaçant devant la rôtissoire une vitre jaune ou rouge. »
- Citons une autre forme de la marmite solaire, représentée fig. 5.
- « Un miroir sphérique de médiocre étendue est fixé par un genou à coquilles à i’une des branches du support qui doit soutenir la chaudière. Ce miroir peut donc être facilement dirigé vers le soleil et maintenu dans une position qui lui permette de recevoir d’aplomb la chaleur incidente.
- A l’autre branche du support est fixée par une vis une tige mobile qui supporte la chaudière et permet de l’installer au foyer même du miroir. Quant à la chaudière elle-même, elle est formée d’un vase de verre ou de cristal surmonté de son couvercle et d’un autre vase noirci à l’extérieur et dont les bords reposent sur ceux du pre-mier. »
- Après avoir décrit ces premières expériences de M.Mouchot, nousnecroyons pas devoir aller plus loin sans passer en revue quelques antériorités , pour montrer l’importance qu’attribuaient à la solution
- — /Miroir solaire représenté dans l’Histoire naturelle d’Adam Lonicer, en 1551.,
- Fig. 2.
- Hg. 5. — Autre disposition de marmite solair
- du problème de l’utilisation de la chaleur solaire les plus remarquables chercheurs des temps anciens.
- Héron d’Alexandrie (100 av. J.-C.) avait indiqué déjà une pompe solaire. Notons aussi qu’Héron, pour dévoiler une supercherie des prêtres de l’Egypte, décrit deux machines au moyen desquelles les portes d’un temple semblent s’ouvrir spontanément dès que le feu s’allume ou s’éteint sur l’autel. Ces appareils sont des applications simples des propriétés des gaz et des liquides. Porta, le savant napolitain (1550-1615), reprend l’application d’ilé-ron, mais Torricelli n’est, pas encore venu détruire la croyance dans l’horreur du vide, aussi les conceptions des physiciens se ressentent-elles singulièrement du vague des notions scientifiques. Salomon de Caux (1576-1626) , l’ingénieur ^ français dont Ara go a remis | les travaux en lumière à propos des origines de la machine à vapeur, donne dans ses Raisons des forces mouvantes, publiées la première fois en 1615, la description de la première machine élévatoire fonctionnant à l’aide du soleil. Ajoutons avec M. Mouchot, que Salomon de Caus, en désignant sa découverte sous le nom de fontaine continuelle, comprend fort bien que l’appellation de fontaine perpétuelle serait impropre, la machine n’étant pas la réalisation du mouvement perpétuel, puisqu’elle est mue par l’action des rayons solaires. Parmi les savants mêmes que nous aurons encore à citer, il en est qui ne se sont pas toujours élevés à des considérations aussi saines, et qui auraient pu faire leur profit des réflexions suivantes de notre auteur : y a plusieurs hommes lesquels se sont travail-
- Marmite solaire de M. Mouchot, chauffée par un ré llecteur en plaqué d’argent.
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- lés à la recherche d’un mouvement qu’ils ont appelé (sans le connaître) perpétuel ou sans tin, chose assez mal considérée et mal entendue, d’autant que tout ce qui a commencement est sujet à avoir une tin, et il faut appliquer ce mot perpétuel et sans tin à Dieu seul, lequel comme il n’a eu commencement, 11e pourra aussi avoir fm; tellement que c’est folie et orgueil aux hommes de se vouloir faire accroire de faire des œuvres perpétuelles, vu que eux-mêmes
- sont mortels et sujets à une fin, ainsi seront toutes leurs œuvres.»
- Nous devons dire encore que Salomon de Caus indique à la fin de son ouvrage la construction d’un orgue solaire, et qu’il essaie par là d’expliquer la tradition relative à l’antique statue de Mfemnon, dont les sons harmonieux saluaient chaque matin le retour du soleil.
- Martini, vers 1640, indique une application de
- Fig. A. — Générateur solaire de M. Mouchot.
- A. Cloche en verre. — B. Chaudière annulaire. — D. Tube abducteur. — E. Tuyau d’alimentation. — F. Miroir conique en plaqué d’argent. — G G'. Arbre autour duquel s’effectue le mouvement d’Urient en Occident. — H. Engrenage réglant l’inclinaison de l’angle GG’ d’après le cours des saisons. — 1. Soupape de sûreté, — K. Manomètre. — L. Niveau d’eau.
- la chaleur solaire pour faire marcher une horloge ; mais il reste dans le domainè de ses prédécesseurs, et la solution qu’il propose est incomplète. Il eut pour continuateur dans ce genre le jésuite allemand Kircher (1602-1680); les appareils que ce dernier construisit existent encore dans un musée de Rome.
- Bélidor (1697-1761), qui s’est illustré par « l’Architecture hydraulique » , s’occupa aussi de perfectionner la fontaine continuelle de Salomon de Caus ;
- il la construisit et en donna une théorie conforme aux principes de la physique moderne.
- Après avoir sommairement indiqué les essais infructueux que les anciens ont entrepris pour utiliser la chaleur du soleil, nous pouvons aborder la description du moteur solaire récemment présenté à l’Académie par M. Mouchot. Rappelons-nous qu’une surface d’un mètre carré exposée normalement aux rayons du soleil, reçoit par minute
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- environ IScalories, soit par heui'e, 900 calories. La quantité de chaleur employée à faire marcher pendant une heure une bonne machine à vapeur do la force d’un cheval est d’environ 2 kilogrammes, dont la combustion représente 15,000 calories ;la moitié seulement, soit. 7,500 calories, esL effectivement employée à la vaporisation de l’eau. Puisqu’avcc un mètre carré de surface on obtient 900 calories, un calcul facile montre qu’avec huit mètres carrés environ, on obtiendra les 7,500 calories requises pour développer le travail correspondant à un cheval-vapeur pendant une heure.
- Le générateur solaire est représenté fig. 4 : le miroir a la forme d’un tronc de cône à hases parallèles, ou, si l’on veut, d’un abat-jour, tournant son ouverture vers le soleil. La génératrice de ce tronc de cône fait avec l’axe un angle de 45 degrés; c’est, comme l’a prouvé Dupuis au siècle dernier, la meilleure forme qu’on puisse donner à ces sortes de miroirs, parce que les rayons incidents parallèles à l’axe se réfléchissent, alors normalement à cet axe, et donnent un foyer d’intensité maximum pour une même ouverture du miroir. La paroi réfléchissante se compose de douze secteurs, en plaqué d’argent, supportés par un châssis de fer dans lequel ils glissent à coulisse. Cette disposition permet d’enlever chaque secteur pour le nettoyer et, par suite, de substituer- au plaqué d’argent le laiton poli qui produit le même effet. Le diamètre d’ouverture du miroir est de 2,n,60 ; celui du fond est de 1 ra, d'où il suit que la surface d’insolation normale de l’appareil est de 4 mètres carrés.
- Le fond du miroir est un disque en fonte ajusté pour diminuer l’effet du vent. Au centre de ce disque s’élève la chaudière, dont la hauteur est celle du miroir. Elle est en cuivre, noircie extérieurement, et se compose de deux enveloppes concentriques, en forme de clocher, reliées à leur hase par une bride de fer. La plus grande enveloppe a 80 centimètres de haut, la plus petite, 50 centimètres ; leurs diamètres respectifs sont de 28 et22 centimètres. L’eau d’alimentation se loge entre ces deux enveloppes, de manière à former un cylindre annulaire de 5 centimètres d’épaisseur. Le volume du liquide ne doit guère excéder 20 litres, afin de laisser 10 litres environ pour la chambre de vapeur.
- L’enveloppe interne reste vide ; elle est terminée par un tube de cuivre, qui s’ouvre d’un côté dans la chambre de vapeur, et communique, de l’autre, par un tuyau flexible, soit avec le moteur, soit avec le fourneau d’un alambic. Un second tuyau flexible, partant du pied de la chaudière, sert à l’alimentation. Enfin, sur la conduite de vapeur sont fixés les appareils de sûreté.
- Quant à l’enveloppe de verre, c’est une cloche de 85 centimètres de haut sur 40 centimètres de diamètre et 5 mil..mètres d’épaisseur. Elle laisse donc un intervalle constant de 5 centimètres entre ses parois et celles de la chaudière, et n’est adhérente que par son pied au fond du miroir.
- « Ainsi disposé, le générateur doit tourner de 15 degrés par heure, autour d’un arbre parallèle à l’axe du monde, et s’incliner graduellement sur cet arbre, eu égard à la déclinaison du soleil.
- « Pour atteindre ce double but, l’appareil s’appuie par des tourillons sur un arbre perpendiculaire à leur axe, et cet arbre forme, du nord au sud, avec l’horizon, un angle égal à la latitude du -lieu. De là résultent deux mouvements, qui permettent, au générateur de suivre le cours du soleil, quelle que soit la position apparente de ce dernier. Ces deux mouvements s'effectuent chacun au moyen d’un engrenage à vis sans fin et n’exigent qu’un coup de manivelle, le premier de demi-heure en demi-heure, le second tous les huit jours. Le mouvement d’orient en occident peut même, sans trop de dépense, devenir automatique. »
- L’appareil que nous venons de décrire n’a jusqu’ici fonctionné qu’au soleil de Tours. Voici quelques-uns des résultats précis qu’il a fournis à diverses époques :
- Le 8 mai, par un beau temps ordinaire, 20 litres d’eau à 20 degrés, introduits dans la chaudière à 8 h. 50 m. du matin, ont mis, après purge d’air, quarante minutes pour produire de la vapeur à deux atmosphères, c’est-à-dire à 121 degrés. Cette vapeur s’est ensuite élevée rapidement à la pression de 5 atmosphères, limite qu’il eût été dangereux de franchir, malgré la régularité de chauffe, les parois de la chaudière n’ayant que 5 millimètres d’épaisseur et l’effort total supporté par ces parois étant alors de 40,000 kilogrammes. Vers le milieu du jour, avec 15 litres d’eau dans la chaudière, la vapeur à 100 degrés s’élevait en moins de quinze minutes à la pression de 5 atmosphères, ou, en d’autres termes, à la température de 155 degrés.
- Le 22 juillet, vers une heure de l’après-midi, par une chaleur exceptionnelle, l’appareil a vaporisé 5 litres par heure, ce qui répond à un débit de vapeur de 140 litres par minute.
- Faute d’un moteur approprié à l’appareil, M. Mouchot s’est d’abord servi d’une grande machine de démonstration, sans détente ni condenseur, dont le corps de pompe était d’un tiers de litre. Cette machine battait, par un beau temps, 80 coups à la minute, sous pression constante d’une atmosphère effective : elle marchait encore par un soleil légèrement voilé. Tout récemment, il la remplaça par une petite machine rotative Behrens ; celle-ci fonctionnait à merveille et faisait marcher à grande vitesse une pompe élévatoire, qui s’est trouvée trop faible pour le générateur et s’est disloquée.
- Enfin, il a suffi de faire arriver la vapeur de l’appareil dans un fourneau surmonté d’un alambic pour distiller 5 litres de vin dans un quart d’heure. Cette même vapeur cuisait rapidement, et en abondance, les légumes, la nourriture du bétail, etc,
- Des résultats qui précèdent, on peut conclure que l’appareil utilise, en moyenne, dans nos régions, de de 8 à 10 calories par minute et par mètre carré. Ce
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- n'est là, toutefois qu’une approximation, parce que l’intensité de la chaleur réfléchie allant constamment en croissant de la base au sommet de la chaudière, la température de celle-ci n’est pas uniforme. Encore est-il bon d’ajouter que les lames de plaqué, n’ayant (|ii’un quart de millimètre d’épaisseur, n’envoient à la chaudière, à cause de leurs hoursoufflures, qu’une trop faible partie de la chaleur incidente.
- Nous terminerons en concluant, avecM. Mouehot, que cette application de la chaleur solaire, intéresse au plus haut point l’avenir des contrées où le ciel reste longtemps pur, et dont le soleil est la plus précieuse ressource. Cu. Bontemps.
- LES EXPLORATIONS ARCTIQUES1
- i
- l’expédition anglaise au pôle nord
- Les gravures que nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs (p. 109) ont été failes d’après les nouveaux croquis que le docteur Edward Moss, l’un des officiers de YAlert, a récemment envoyés en Angleterre avec des renseignements sur l’intéressante expédition à laquelle il prend part.
- Le 16 juillet 1875, Y Alert était à l’ancre à Ititen-benk, au milieu d’un amoncellement de montagnes de glace qui se trouvaient dans ce mouillage. Les blocs gelés tournaient constamment sur eux-mêmes et faisaient entendre des craquements lugubres, car le temps était aussi chaud qu’au printemps de nos climats. Là, comme à Disco, les Danois se prêtaient de fort bonne grâce aux besoins de l’expédition.
- M. le docteur Moss rapporte que, du point du mouillage, les paysages que l’on apercevait étaient pleins de majesté. Au milieq des gorges glacées des fiords de Prince’s Islam! (une île entre Disco et la terre ferme), une magnifique falaise de gneiss, étrangement découpée, formait un incomparable tableau.
- Ritenbenk est l’anagramme du nom du comte Berkentin, ministre danois. La population de ce pays se compose d’environ 100 Esquimaux et de quelques Danois. Les hommes sont presque constamment en chasse, et ils s’élancent quelquefois jusqu’au centre du continent pour chercher le gibier, car l’alimentation est chose rare dans ces parages ; aussi les habitants s’occupent-ils sans cesse de pourvoir aux besoins de leur nourriture. *
- La petite île dans laquelle Pioveu est bâti est riche au point de vue de la flore arctique. Partout y pousse le pavot jaune commun. On y trouve abondamment la renoncule et l’azalée. En certains endroits la terre et le roc sont couverts de la belle Drias octopétale, où elle occupe le rang de la pâquerette chez nous, et dès que se rencontre un abri, ce perce-neige, la Cassiopée délicate, fait son apparition.
- *
- 1 Voy. Table des matières des années précédentes.
- La petite église de Prôven est le monument le pins remarquable de l’endroit. Le gouverneur et un ou deux autres Danois logent dans des cottages confortables. Quant aux autres habitants, ils ont pour demeures des huttes vraiment primitives.
- Une de nos gravures représente la butte indigène des esquimaux, ornée d’une ouverture en guise de cheminée. Quiconque a vu une cabane irlandaise ne trouvera rien de remarquable dans cette hutte, cet igloo, si ce n’est peut-être le petit couloir d’entrée avec la manière de fenêtre qui le surmonte.
- A côté de la maison on voit quelques chiens, les habiles conducteurs du kyak. Nul canot de course n’a des lignes plus belles et n’est plus svelte que ce chariot. Dépasser un de ces explorateurs arctiques logé dans la petite écoutille formant le trou d’homme du kyak est une rude entreprise que nul Européen ne saurait entreprendre.
- Un autre dessin nous fait voir Y Alert et le Disco-very pénétrant dans les glaces de Waigatte, le 17 au soir. Les navires s’engagèrent à travers ces glaces (vraies montagnes gelées) sans encombre, et passèrent la nuit au milieu d’un brouillard épais, en s’amarrant à l’une des banquises. Heureusement le ciel devint plus clément au lever du jour, et la brume se dissipa tout à fait.
- Le docteur Moss a envoyé, en outre de ces croquis, quelques détails sur Upernavik, la colonie la plus septentrionale du monde. Ses traits les plus saillants sont des rocs, des blocs immenses, des maisons noires avec des volets blancs, et des chiens. 11 n’y a de remarquable que la maison du gouverneur, l’église, puis la maison du ministre. Ces derniers dessins à peine terminés (ils ont été faits le 22 juillet), étaient signés par l’artiste, qui a écrit au verso : « Dans une demi-heure nous partons pour la baie de Melvil. »
- II
- • l’exploration a l’embouchure du IÉN1SKÏ.
- M. Nordenskiôld, comme nous l’avons déjà dit précédemment, a pu accomplir cet été la traversée des côtes de Norwége a l'embouchure du Iéniseï, avec un succès qu’il attribue au choix judicieux de la saison et à l’état favorable des glaces. Plusieurs tentatives avaient été faites précédemment, mais sans succès.
- On rencontre encore au commencement de l’été une ceinture de glaces très-compacte, dans laquelle, au dire des baleiniers, il se forme deux passages qui ne sont couverts que de glaçons très clair-semés ; le principal, formé par des courants violents, se trouve devant le Matotschkin Scliarr ; l’autre est à la hauteur du cap Sievero-gusiunoï Mys. M. Nordenskiôld choisit ce dernier, et le Proefven mouilla sur la côte de la Nouvelle-Zemble, sept jours après avoir quitté les côtes de Norwége. Après avoir attendu que les coups de vent permissent de reprendre la navigation, le navire s’avança dans la mer de Kara, où l’on ne rencontra [tas de glaces.
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- LA NATURE.
- En approchant de l'embouchure du léniseï, on peut reconnaître que la température de l’eau superficielle est très-variable et subit l’intluence des grands fleuves qui s’y jettent. La température ù 20 mètres marque invariablement un ou deux degrés au-dessous de zéro. Si dans cette partie delà mer de Kara, où l’eau est presque douce, on plongea cette profondeur un flacon rempli d’eau de la surface, il est remonté congelé ; même expérience avait été faite sur la côte ouest de la Nouvelle-Zemble.
- Arrivée à l’embouclmre du léniseï, l’expédition s’est fractionnée en deux parties. M. Nordenskiold a remonté le fleuve dans une embarcation amenée spé-
- cialement pour cette navigation, avec MM. Lundstrom et Struxberg et trois hommes d’équipage. Il avait remis le commandement du Proefven à M. Kjellman, qui retournait en Norwége, avec ordre de s’approcher du point le plus septentrional possible du Spitzberg.
- Dans une lettre adressée de Tomsk et lue à la Société de géographie, le vaillant explorateur des régions boréales signale les principaux incidents de son voyage sur le léniseï. 11 a rencontré, accumulés dans les chenaux de l’embouchure, des quantités considérables de bois flottés, apportés par les courants et les vents. 11 est probable qu’ils y séjournent depuis des siècles, sans qu’aucun obstacle s’oppose à
- Habitation des Esquimaux.
- leur amoncellement; en certains endroits ils forment d’épaisses couches de bois pourri exhalant une odeur fétide.
- Une moisson abondante de spécimens minéralogiques a été faite; mais, contre l’attente générale, aucun bloc erratique n’a été rencontré. On a constaté toutefois, la présence de nombreuses roches striées. Toutes les îles de l’embouchure sont basses et formées d’alluvions déposées par le fleuve.
- Les explorateurs ont été très-étonnés de trouver dans une région aussi septentrionale une luxuriante végétation, des arbres nombreux, de belles prairies verdoyantes qui s’étendaient à perte de vue. Une grande partie du trajet s’est transformée en un voyage au milieu de forêts vierges contenant des bouleaux,
- des aulnes'et des (sapins. Il est intéressant de constater qu’on n’a rencontré de la neige qu’une seule fois, dans une profonde crevasse abritée du vent ; pendant tout le mois d’aoùt la température fut assez clémente pour ne gêner aucunement les voyageurs.
- Ces pays, plus fertiles qu’on ne pouvait le supposer sont à peine habités par quelques Samoyèdes ; cependant ils se prêteraient facilement à la culture, à cause de la qualité des terres, et surtout à l’élevage du bétail, qui trouvez’ait pendant les trois ou quatre mois d’été des pâturages abondants et des provisions de foin pour l’hiver.
- Arrivé dans la ville de léniseï, après avoir remonté le fleuve sur une longueur de deux ou trois cents kilomètres, M, Nordenskiold se rendit à Saint-
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- LA NATURE
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- Uétersbourg par Tomsk et Moscou. La Société de géographie de Saint-Pétersbourg lui lit un chaleureux accueil. 11 a reçu la mission d’explorer par mer les côtes de Sibérie, d’y rechercher les moyens d’établir des cominunicationsentrclcs embouchures des grands
- fleuves de Sibérie. Les ressources nécessaires à ce voyage qui doit avoir lieu l’été prochain, lui ont été assurées.
- Le voyage de retour du Proefven, s’accomplit en 40 jours depuis l’embouchure du Iéniseï jusqu’à
- JjO Discovery à l'ancre près de Rilenbenck. (Dessin de M. le Dr E. Moss, fait à bord de 1 Alert.)
- l Alerl et le IUscoùery, traversant les icc-borgs. Waigaltc, 17 juillet 1875. (D’après un croquis de M. E. Moss,
- membre de l’expédition anglaise.)
- llammerfest, après avoir éprouvé une suite de tempêtes qui mirent le navire plusieurs fois en danger. L’expédition rapporte des collections nombreuses de botanique et de minéralogie ainsi que des observations curieuses sur le fond des mers du Nord.
- La solution du problème de la navigation sur la
- côte de Sibérie est d'une importance de premier ordre pour le commerce de ce pays, qui produirait beaucoup plus, si des voies de communication permettaient l’exportation. Jusqu’à présent il n’est accessible que par les routes de terre dont l’état d’en-lretien est presque nul. L’exécution du chemin de
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- LA NATURE.
- fer central asiatique, tel que le projet de la Russie le comporte, serait aussi un important élément de prospérité,pour cet immense territoire. J. Girard.
- CHRONIQUE
- Combustion spontanée du charbon. — Si l'on prend le nombre des navires partis des ports anglais avec un chargement de charbon supérieur à 500 tonnes à destination de ports situés au-dessous de l’équateur, on trouve, pour les neuf premiers mois de 1875 et 1874, que le nombre des sinistres dus à une combustion spontanée a été de 25, soit 2 p. 100, en 1875, et de 50, soit 4 p. 100, en 1874. Les statistiques prouvent que les accidents ne sont pas imputables à une seule classe de charbons, mais bien à toutes sans distinction. La théorie qui attribue la combustion spontanée à la présence de pyrites dans'le charbon pourrait expliquer jusqu’à un certain point le nombre croissant des accidents parce que, devant l’augmentation des demandes et de la main-d’œuvre, on s’est laissé aller dans ces dernières années à embarquer des charbons qui étaient moins débarrassés de pyrites qu’autrefois. D’autre part, Licliters a montré que, pour les charbons soumis à ses expériences, ceux qui contenaient le plus de pyrites n’étaient pas les plus exposés à la combustion spontanée: d’après lui, l’air est rapidement absorbé par le charbon et l’oxygène de cet air se combine ensuite avec les composés organiques pour produire de l’acide carbonique avec développement de chaleur. Suivant toutes les probabilités, la chaleur qui détermine la combustion spontanée est due à la fois à l’oxydation du fer et à celle des matières carbonées: dans les cales où des cargaisons souvent énormes sont insuffisamment ventilées, cette chaleur s’emmagasine et peut devenir suffisante pour provoquer la combustion.
- (Revue industrielle).
- lümploi de l’électricité dans la folie. — Le docteur Williams n’emploie pas l’électricité dans les tonnes secondaires, telles que la démence. Les cas de simple dépression lui semblent spécialement favorables. Il n’agit pas directement sur le cerveau ; selon lui la plupart des maladies mentales ont leur origine dans les cordons spinaux ou dans la moelle allongée. C’est à ce niveau qu’il applique le courant. 11 emploie le courant constant d’une batterie de Stohrer de 40 couples. Il cite 1 1 cas favorables (8 femmes et 5 hommes). Un soldat de 51 ans, dépression des forces ; insomnie ; aversion pour les aliments ; guérison en un mois par l’électricité. Une dame de 50 ans, mélancolique, avec excitation depuis 17 mois, tout avait été essayé en vain chez cette malade : chloral, ergotine, morphine, bromure de potassium,'chanvre indien, hydrothérapie, etc ....; elle approchait de la démence. Elle guérit rapidement par l’électricité. Le troisième cas est celui d’une dame de 26 ans; dépression, tendance au suicide, guérison rapide. 4° Une dame atteinte d’abord d une manie aiguë, puis démence, etc., guérison. (The Lon. med. Rec.; Annali univ. med., janv. 1875 et Journal de thérapeutique).
- Le premier navire cuirassé chinois. — Le premier navire cuirassé chinois vient d’étre achevé dans l’arsenal de Kiang-Chang. C’est un petit bâtiment qui jauge seulement 195 tonneaux, a 31"’, 70 de longueur à la ligne de flottaison en charge et 0m,20 de largeur hors
- membres. Sa cuirasse a 0“,062 d’épaisseur au centre et n’est que de 0m,50 aux extrémités, et elle repose sur un matelas en teck de 0m,12l. Ce petit bâtiment est mun d’un éperon et doit porter un canon Krupp de 0m,171. Les plans en ont été faits par un ingénieur anglais et il a été construit par des ouvriers chinois, sous la direction de contre-maîtres anglais.
- (titrait de VIron. — Revue Maritime.)
- Société française de physique. — Dans la dernière séance du 17 décembre 1875, après une communication de M. Bouty sur l’appareil à plaques épaisses de M. Ja-min, M.Mascart a présenté des photographies de stratifications dans les tubes raréfiés obtenues par M. Warren-de-la-Rue au moyen de piles composées d’un très-grand nombre d’éléments. M. Cornu a donné sur la disposition des expériences quelques détails dont il résulte que, malgré l’emploi direct de la pile, le phénomène est discontinu comme dans les cas de décharges d’induction, il. Jamin a communiqué à la Société les formules qu’il a établies pour représenter la distribution du magnétisme dans les aimants munis d’armatures au contact. Si l’armature est indéfinie, l’intensité magnétique dans le fer doux est représentée par une exponentielle à un seul terme comme pour les aimants d’une très-grande longueur; si l’armature est plus courte, l’intensité est donnée par la somme de deux exponentielles. La diminution d’intensité sur chaque point de l’aimant suit la même loi, et l’on détermine les constantes des formules en remarquant : d’une part, que la perte totale de magnétisme éprouvée par l’aimant est égale au gain de l’armature et, d’autre part que l’intensité est la même au point de contact sur l’armature et sur l’aimant.
- BIBLIOGRAPHIE
- Annuaire météorologique et agricole de l'observatoire de
- Montsouris pour l'an 1876. — 1 vol. in-18.— Paris,
- Caulhier-Viliars.
- Cet intéressant volume renferme une notice fort curieuse sur les observations météorologiques anciennes faites à Paris, et contient le rapport de M. Marié-Davy au ministre de l'instruction publique sur les travaux de l’observatoire de météorologie, avec la description complète de tous les instruments de ce bel établissement.
- Annuaire pour l'an 1876, publié par le Bureau des
- Lo7igiludes. — 1 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars.
- Nous signalerons dans ce volume les notices scientifiques, de M. E. Mouchez sur la création d’un observatoire d’étude dans le parc de Montsouris, par le bureau des Longitudes, du même, sur la Mission de 1 île Saint-Paul, de M. Marié-Davy sur la déclinaison de l’aiguille aimantée, et de M. Janssen sur la Mission du Japon pour l’observation du passage de Vénus, etc.
- ---C”Çx-—-
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 janvier 1876, — Présidence de M. Paris.
- Influence de la trempe sur l'aimantation. — Les uns ont dit que la trempe d’un aimant en augmente le magnétisme ; les autreé prétendent qu’elle le diminue. M. Gau-
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- LA N A TU HL.
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- gain, reprenant la question, montre que tout le inonde a raison, mais qu’il faut préciser dans chaque cas les conditions de l’expérience. L’aimant est-il fort, la trempe en diminue l’énergie; est-il faible au contraire, elle le rend plus puissant. Il parait en outre que les dimensions du barreau aimanté modifient singulièrementaussi les résultats de l’expérience.
- Catastrophe à l lie Bourbon. Le 26 novembre dernier, entre cinq et six heures du soir, tout le village du Grand-Sable à Bourbon, fut englouti sous les débris de la portion la plus élevée du Pilon-des-Neiges et 62 personnes (sur les 65 habitants du village) furent écrasées. L’Académie reçoit à l'occasion de cet événement deux communications signées l’une de M. Vélain, l’autre de M. le docteur Vincent.
- En revenant de l’ilc Saint-Paul où il était allé, comme on sait, observer le dernier passage de Vénus sur le soleil, M. Vélain s'arrêta à Bourbon, où il passa une quinzaine de jours. Relevant la constitution géologique, il fut frappé du contraste des deux moitiés orientale et occidentale de l’ile. C’est dans la première que se trouve le volcan actuel ; à l’ouest on rencontre trois grandes vallées d’effondrement, partant de cirques intérieurs et dominées par le Piton-des-l\ciges,qui avec ses 3,069 mètres d’altitude est le point culminant de tout le pays. De ce côté, toute trace d’activité volcanique a complètement disparu. Des pluies torrentielles viennent à chaque instant ruiner la contrée, formée de couches alternées de lave et de scories. Lors de son voyage, M. Vélain reconnut l’existence d’une faille de 6 kilomètres de longueur fendant eu deux le Piton des-Neiges, et démit de grandes craintes quant à la sécurité du village, juste au-dessous de l’escarpement. L’eau, en effet, s’engouffrant dans la fissure, donne lieu à des sources thermales, quelques-unes inconstantes, et à de véritables éruptions boueuses II enrésuUe nécessairement qu’au bout d’un temps suffisant il doit se faire à l’intérieur du massif des vides qui doivent amener des écroulements. L’éboulement du 26 novembre semble être à M. Vélain la confirmation de ses appréhensions, et il est à craindre que d’autres malheurs ne suivent celui-ci. La rivière en effet barrée par l’amoncellement des débris de la montagne grandit sans cesse et finira sans doute par rompre, en submergeant le pays ; la digue qui s’opposcàson passage.
- Dans son mémoire .M. le docteur Vincent raconte, avec beaucoup de détails, la catastrophe du Grand-Sable. Ce village existait depuis 15 ans, et nourrissait une dizaine de familles, grâce à la fertilité de son sol. En septembre 1875 on avait entendu un roulement souterrain et remarqué quelques petits éboulis le long de la montagne, Le 26, sans aucun présage, une secousse souterraine se manifesta avec accompagnement do trépidation et de détonations. En quelques secondes tout le terrain, sur une longueur de 6 kilomètres et sur 2 kilomètres de largeur, fut épouvantablement bouleversé : la montagne laissa tomber cette masse de pierres, comme une véritable avalanche qui ensevelit le village de Grand-Sable d’une manière totale. Seule une famille, composée d’un homme, sa femme et un enfant fut merveilleusement préservée ; la terre sur laquelle elle était, avec la maison et les arbres qui l’entouraient, fut transportée horizontalement à 2 kilomètres plus loin et, dans ce trajet, s’éleva un peu au-dessus de sa situation première. Un quartier de forêt passa de même tout d’un bloc, d un côté à l’autre d’une profonde ravine et la fraîcheur de ces arbres contraste aujourd’hui avec la dévastation qui les entoure de toutes parts. Un petit piton
- a exécuté un mouvement d’ensemble de révolution sur lui-meme. Le camp de Pierault, situé dans le voisinage, fut assailli par une grêle de pierres venant horizontalement ou même de bas en haut. Des 63 habitants engloutis on ne retrouva qu’une cuisse violemment arrachée, seule épave de cet immense naufrage. Quant à la cause du phénomène, M. Vincent, à l’inverse de M. Vélain, le regarde comme essentiellement volcanique et il s’appuie sur diverses considérations que nous ne pouvons reproduire. On conçoit que nous ne puissions donner à cette occasion un avis personnel motivé, cependant nous dirons que le récit des événements paraîtrait jusqu’à présent cadrer avec 1 hypothèse d’un éboulement d'origine superficielle plutôt qu’avec un bouleversement procédant de l’activité interne du globe. On sera certainement frappé de l’analogie de ce nouveau désastre avec celui qui accompagna en 1806 la chute d’une portion du platenberg dans la vallée de Goldeau. U y a lieu, du reste, de supposer qu’une discussion va s’engager sur ce sujet et qu’on arrivera à une conclusion précise.
- Production du sucre chez les animaux. — Ainsi qu’il l’avait annoncé, M. Claude Bernard expose les résultats généraux de scs études sur la fonction glycogénique du foie. 11 s’est borné aujourd’hui à rappeler ses recherches d’il y a 25 ans, et nous devons attendre que la suite du mémoire de l’illustre physiologiste l’amène à exposer les faits nouveaux ; cette suite sera présentée lundi prochain.
- L'Observatoire météorologique du Pic du Midi. — Cet observatoire, dont nous avons entretenu nos lecteurs à diverses reprises est en voie de construction. Grâce à l’énergique initiative de M. le général Nansouty, de M. le pasteur Frossard et de quelques autres personnes, le gouvernement est saisi d'une demande en déclaration d’utilité publique, qui mettra la société Rainond dans la possibilité d’être propriétaire du nouvel établissement. D’un autre côté M. Ch. Deville lit aujourd’hui un rapport, dont la conclusion est que l’Académie accorde à la nouvelle création sa haute approbation. Stanplas Meunier.
- CURIEUSE EXHIBITION DE PUCES
- A PA 1US.
- Nos lecteurs ont certainement entendu parler de certains entomologistes forains, qui passent pour connaître l’art difficile de dresser des puces, pour savoir les atteler à des chariots microscopiques et leur faire exécuter un certain nombre d’exercices. On est généralement porté à ne pas ajouter foi à ces récits : ils sont cependant absolument véridiques.
- À l’occasion des fêtes du jour de l’an, un montreur de puces, a exhibé, rue Vivienne, les merveilles de son savoir-faire. Nous les avons examinées attentivement et nous les décrirons ici avec la plus scrupuleuse exactitude.
- Chaque objet exhibé est placé sur un petit plateau ; on le voit très-nettement à l’œil nu, mais en s’armant d'une loupe on peut en observer plus complètement tous les détails. On voit d’abord un carrosse lilliputien, véritable petit chef-d’œuvre de construc-
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- LA NATURE.
- tion délicate. Quatre puces y sont attelées, retenues au brancard par des ceintures cpii les y maintiennent solidement. Une puce est tixée sur le siège, et une mince tige imitant le fouet de ce cocher d’un nouveau genre, est attachée à la patte de l’insecte, qui la fait constamment mouvoir. Une autre puce est fixée au siège de l’arrière. Les quatre puces attelées, qui cherchent naturellement à s’échapper, ne peuvent sauter, puisqu’elles sont retenues par la partie supérieure du corps; leurs efforts se traduisent par la marche et la progression en avant ; elles font ainsi rouler le petit carrosse, que l’on voit s’avancer plus ou moins vite, et dont notre gravure donne la représentation exacte sous un grossissement de quelques diamètres.
- A côté du carrosse, deux puces se battent en duel à la façon des hannetons que les écoliers posent dans la cire molle. Elles sont attachées à l’extrémité de deux tiges verticales et les deux petits morceaux de bois qu’on a adaptés à leurs pattes toujours en mouvement se croisent et s’entre - croisent comme les fleurets des amateurs d’escrime.
- Un petit éléphant, fort habilement construit par le montreur de puces et monté sur des roulettes microscopiques est traîné par une seule puce qui y est attachée par un fil. Une autre puce est perchée sur l’éléphant au milieu d’un dais élégant.
- Plus loin un petit moulin à vent est mis en rotât ion par le travail d'une puce. Celle-ci est attachée par le dos dans l’intérieur du moulin ; en agitant ses pattes elle fait tourner un cylindre monté sur un axe, et qui, par sa rotation, entraîne les ailes du moulin.
- Une autre puce est attachée par la patte à une chaîne métallique, qui se termine par un petit boulet ; elle se trouve ainsi condamnée à la chaîne du galérien; et tantôt elle la soulève par ses sauts, tantôt elle l’entraîne avec elle quand elle marche.
- L’exhibition ne se termine pas encore là ; le montreur de puces vous présente un puits, dont la corde
- est tirée par le frottement des pattes d’une puce, et l’on voit un seau qui est élevé au-dessous de la poulie, dans la gorge de laquelle passe la corde, comme dans les puits de campagne. Une puce est enfin munie d’une selle, et l’on distingue à la loupe une petite poupée microscopique, découpée dans je ne sais quelle substance, et qui a la position d’un cavalier à cheval. Enfin, la représentation se termine par un
- coup de canon tiré par une puce. Notre deuxième gravure montre l’appareil qui sert à cette opération conçue d’une manière fort ingénieuse. Une puce est attelée à un petit manège ; en marchant elle le fait tourner.Au côté opposé à l’attelage, un petit fil de platine porte à son extrémité inférieure une gouttelette d’acide sulfurique. Le liquide arrive au-dessus de l’âme du petit canon : là il touche une poudre placée sur le canon, et lormée d’un mélange de chlorate de potasse et de sucre pulvérisé, qui, comme on le sait, a la propriété de s’enflammer spontanément au contact de l’acide sulfurique. Le coup part et fait entendre une détonation très-appréciable.
- On voit que l'exhibition du montreur de puces est digne d’être mentionnée comme exemple d’une habileté peu commune et d’un usage singulier d’insectes qui n’ont pas le privilège d’exciter l’intérêt. On a pu comprendre, par la description précédente, que les puces dont nous avons parlé, contrairement aux affirmations de l’ingénieux industriel qui les exhibe, ne sont nullement dressées ni savantes, comme il le dit à ses spectateurs fort nombreux; elles sont uniquement attachées, et accomplissent leurs travaux, selon nous, par le seul fait des efforts qu’elles font pour tenter d’échapper à la captivité.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Carrosse traîné par des puces. (D’après nature, grossi.)
- Coup de canon tiré par une puce. (D'après nature, grossi.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 0, à Paris.
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- N° 158. — 22 JANVIER 1870.
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- LA NATURE.
- PROJET DE FERRY-BOATS
- POUR LA TRAVERSÉE DE LA MANCHE.
- Le nouveau projet (le M. Evan Leigh consiste dans l’établissement, entre Douvres et Boulogne, d’un service de grands bacs, ou ferry-boats, qui relieraient entre elles les voies ferrées de l’Angleterre et du continent. L’économie de ce projet repose surtout sur l’établissement de plates-formes d’embarquement montant et descendant avec la marée, dans le genre de celles qui existent à Liverpool. Ces plates-formes, qui auraient au moins 700 pieds (215 mètres) de longueur sur 200 pieds (61 mètres) de lar-
- geur, sont supportées par une série de pontons et év idées de façon à former une sorte de bassin où puisse accoster le ferry. Elles sont guidées par des piliers verticaux le long desquels elles peuvent glisser, et dont ceux situés au large sont utilisés comme fanaux pour diriger les entrées de nuit du ferry.
- Les piliers sont formés de grandes plaques de fer cylindriques assemblées comme des pierres de taille et dout le vide intérieur est rempli par du blocage.
- 11 faut que le déplacement total des pontons qui portent une plate-forme soit assez considérable pour permettre le passage d’un train complet ; il faut de plus que chaque ponton puisse être indépendant des autres, de façon à ce qu’on puisse, en cas d’avarie, l’enlever et le remettre en place sans inter-
- Coupc du ferry-boat de M. Evan Leigh.
- ruption dans le service. La plate-forme, toute bordée en bois, offre au public une agréable promenade.
- Un pont mobile relie la plate-forme à la voie ferrée ; l’extrémité à terre tourne sur de robustes pivots et l’autre repose sur des glissières de façon à permettre à la plate-forme de suivre le mouvement delà marée. Un fort tablier à charnière sur cette extrémité du pont sert à racheter les petites différences de niveau qui pourraient exister entre les rails du pont et ceux du ferry. Le pont est muni des deux côtés de larges trottoirs donnant un accès facile à la plate-forme : il est disposé de' manière à être horizontal à mi-marée ; il s’incline donc à marée montante vers la terre et à marée descendante vers la plate-forme, mais la pente maxima est facile à remonter par les locomotives.
- Donnons maintenant la description du bateau : 11 mesure 500 pieds (152™,40) de long sur 90 pieds (27™,45) de large, et M. Leigh espère, grâce à ces
- Ie année, t" semestre.
- dimensions colossales, prévenir le tangage et le roulis qui rendent à peu près impossible le transport des trains sur des bateaux étroits. Le ferry est à fond plat (voir la figure) et n’a que 6 pieds (1™,85) de tirant d’eau. Il serait à craindre qu’avec un si faible tirant d’eau un bateau dont l’œuvre morte émerge de 25 pieds (7™,62) n’obéisse mal à son gouvernail par une brise un peu forte. Pour parer à cet inconvénient, M. Leigh a imaginé d'avoir deux gouvernails conjugués, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière ; chacun d’eux est muni d’une valve qui permet d’en faire varier la surface, et pour que les deux gouvernails soient toujours parfaitement balancés, la valve de l’avant est disposée de façon à s’ouvrir quand celle de l’arrière se ferme, et vice versâ.
- Les roues sont manœuvrées par des machines de 5,000 chevaux, indépendantes l’une de l’autre, ce qui permet de gouverner soit à l’aide de la barre, soit à l’aide de la machine, soit par l’emploi simul-
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- tané des deux moyens. A chaque extrémité du pont de promenade sont disposés des postes de timonerie comprenant chacun trois compartiments, pour le capitaine, le chef de timonerie et l’équipage.
- Pour éviter que le navire ne soit trop chargé par les hauts, on ne lui a donné ni mâts ni gréement d’aucune sort; il jauge 8 mille tonneaux.
- Aux roues ordinaires M. Leigh en substitue d’autres imaginées par lui ; elles ont 24 pieds (7m,51) de diamètre et sont formées d’un tambour cylindrique en fonte de fer, sur lequel s’ajustent des aubes larges de 21 pouces (53 cent.) et longues de 18 pieds (5™,48). L’avantage de ce système serait de supprimer les remous en empêchant l’eau de pénétrer à l’intérieur des roues, et, par suite, d’augmenter considérablement le rendement de la machine. Cet espoir s’appuie sur des expériences à petite échelle qu’a faites M. Leigh ; il est permis de craindre qu’il ne soit pas suffisamment fondé.
- Les roues sont placées dans l’intérieur du navire pour éviter toute projection d’eau sur les murailles.
- Le pont des gaillards porte quatres voies ferrées, trois pour les trains de marchandises et une pour les trains de voyageurs, les seuls qui embarquent avec leur locomotive. Des deux côtés des voies extérieures sont dés salons, des salles d’attente, des restaurants, etc., suffisants pour mille passagers de première et de seconde classe, et disposés d’un côté suivant les usages anglais et de l’autre suivant les habitudes françaises. Les planchers qui recouvrent ces pièces sont reliés aux deux extrémités par des galeries, de façon à former tout autour du navire une promenade de 350 yards (520 mètres) de long.
- Les compartiments de troisième classe sont situés au-dessous de ceux de première et de deuxième classe.
- Quand le navire entre dans le bassin de l’une des plates-formes, on ouvre la porte à coulisse de l’extrémité qui se présente la première, les rails du ferry se mettent automatiquement en communication avec ceux du pont et l’on embarque les marchandises pendant que l’on attend le train de voyageurs. Dès que celui-ci est à bord, on referme la porte à coulisse, on saisit toutes les voitures et le navire s’éloigne. Dès qu’il est rendu à destination, on ouvre la porte de l’autre extrémité, dont les rails se relient de la même façon avec ceux du pont, et le train de voyageurs part à toute vitesse.
- Pour diminuer la dépense, M. Leigh propose d’utiliser à Douvres la jetée actuelle de l’Amirauté pour servir d’abri et de guide à sa plate-forme ; celle-ci serait reliée à la jetée par deux pouts fixés, par un de leurs bouts, à la plate-forme et dont l’autre bout glisserait dans la maçonnerie. Les ponts sont assez élevés au-dessus de la plate-forme pour donner passage au ferry ; la plate-forme est assez large pour qu’on y ait pratiqué un bassin de carénage. Enfin elle est reliée à la terre ferme par deux autres ponts, l’un pour le service des trains, l’autre pour le public, disposition qui contribue a assurer sa solidité et per-
- met de l’utiliser à la fois comme promenade publique et comme abri pour Iss petits navires.
- A Boulogne, M. Leigh revient au système, décrit au début de cet article, d’une plate-forme posée sur des pontons solidement reliés entre eux et guidée dans son mouvement vertical par des piliers sur lesquels elle peut glisser. L'Iron donne la configuration de celte plate-forme, dont les bras circulaires servent de brise-lames et enceiguent entre eux une sorte de havre. Un autre brise-lames, placé entravers de l’entrée, contribue à y assurer le calme et permet au ferry de trouver toujours un passage abrité.
- M. Leigh est ime à 1,250,000 livres (environ 31 millions de francs) le coût total du matériel comprenant la construction de deux ferrys et tout le matériel d’atterrissage, et à 300 livres (7,500 fr.) la dépense quotidienne, comprenant l’intérêt du capital engagé, le salaire des employés, le combustible, etc. La durée d’une traversée étant de cinquante minutes, les bateaux en pourront faire par jour dix dans chaque sens, vingt en tout, ce qui fait ressortir à 15 livres (575 fr.) le prix de revient d’une traversée. M. Leigh admet en moyenne pour chaque traversée cent passagers à 3 shillings (3 fr. 75) par tête et cent tonnes de marchandise au même prix de 3 shillings par tonnes. La recette sera donc de 50 livres par voyage, et le bénéfice net de 15 livres par voyage ou 300 livres par jour*. E. Nouet,
- Ingénieur de la marine.
- L’EIDER ET LE MACAREUX
- DE L’iSLANDE.
- Parmi les nombreux palmipèdes qui habitent les régions froides de notre globe, le Macareux et l’Eider ne sonteertaiaement pas spéciaux à l’Islande, comme semblerait le faire croire le titre de cette note; leur aire d’extension est plus considérable; on peut dire même que, dans les mers glaciales du pôle, c’est, l’espace de terre le plus étroit sur lequel ces oiseaux soient répandus avec quelque profusion. A ce titre, il est permis de voir dans ces animaux, utiles à divers points de vue, une des premières ressources industrielles et alimentaires d’un pays bien peu favorisé par sa position géographique et tourmenté, du reste, par des phénomènes géologiques qui sont une menace perpétuelle pour ses habitants2.
- 1 Résumé ilu journal Iron. — Revue maritime et coloniale. — On se rappelle que depuis quelques années les projets semblables à celui qui vient d’être décrit, ont très-sérieusement préoccupé les ingénieurs français et anglais. En 1873, M. Fow-lcr proposait de s’arrêter à des bateaux à aubes d’une grande dimension, où les trains de marchandises seraient reçus à cale, et les trains de voyageurs à l’étage supérieur, les uns et les autres à l’abri. En France, M. Dupuy de Lôme a publié un remarquable mémoire sur les fernj-boats. Ces différents systèmes, si ingénieux qu’ils puissent être, deviendront inutiles quand l’œuvre immense du tunnel de la Manche sera terminée.
- 2 Les événements qui se rattachent à la dernière éruption de l’Hécla sont présents à tous les esprits ; nous ne croyons pas utile de les rappeler, parce que nous sommes convaincus
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- LA NATURE.
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- Ces palmipèdes migrateurs, qui*visitent rarement les rivages tempérés de l’Europe, et dont l’un, l’Eider, n’est pour nous qu’un oiseau de passage, ont été déjà bien étudiés ; cependant, l’un de nous, dans un récent voyage en Islande, a relevé certaines particularités curieuses, jusqu’ici peu connues ou même inconnues, sur la vie de ces êtres étranges, et c’est ce qui nous a conduit à présenter sur ces animaux, dans un coup d’œil d’ensemble, quelques notions nouvelles qui eussent offert bien moins d’intérêt si nous les avions isolées complètement de l’histoire générale de ces animaux.
- L’Eider (Anas mollissima, vulgairement canard Eyder) qui appartient à l’ordre des palmipèdes et au genre Canard, est un oiseau dont les mœurs sont très-rapprochées des autres espèces du même genre. 11 a pour caractères propres (fig. 1): le bec haut à la base, à peau nue ou à tubercule charnu sur le front, ayant les plumes frontales qui s’avancent en pointe sur le bec, et le pouce longuement penné. Très-commun en Islande, où, grâce à de sages mesures prohibitives (la chasse en est interdite), on assure sa conservation et sa reproduction, on le voit déjà revenir dans sa froide patrie en mars et avril, et dès le mois de mai l’accouplement commence. C’est surtout dans cette phase spéciale de sa vie physiologique, consacrée à la reproduction, que cet oiseau est à la fois intéressant pour le naturaliste et utile pour T industriel. Pendant la période des amours, les Eiders se laissent facilement approcher. On reconnaît les sexes à ce que le mâle a la tête blanche et noire avec le poitrail noir et les ailes blanches, tandis que la femelle, un peu plus petite, est gris-noirâtre. Les nids sont toujours construits sur des îles ; en s’éloignant de la grande terre et choisissant les lieux retirés, étroits et entourés d’eau de tous côtés, l’Eider fait preuve de prévoyance, car il échappe ainsi, lui et sa progéniture, à la voracité bien connue du renard bleu1.
- L’île d’Ingoë, tout près de Reykiawik, est un point de- prédilection pour ces oiseaux ; dès la saison propice elle est bientôt presque entièrement couverte
- que les compatriotes de P. Gaimard n’ont rien perdu des sympathies que le voyage de la Recherche a fait naître entre cette colonie danoise et la France.
- 1 Le renard bleu (Isatis, Vulpes lagopus) existe aussi en Islande, et il est si bien connu, que nous n’en dirions rien, s’il ne nous paraissait pas utile de redresser à propos de ce carnassier une erreur très-répandue. Suivant quelques auteurs il serait blanc en hiver, et gris ou bleu en été : dans
- I atlas annexé au voyage de la Recherche, il est figuré d’après ces données. L’animal ne change pas de pelage comme ou a bien voulu le dire, et si le bleu des poils est mêlé quelquefois de blanc, la couleur générale qui domine est le bleu ou le gris.
- II est probable qu’il existe deux variétés à pelage différent que 1 on a confondues en une seule douée de la propriété de changer la couleur de son vêtement durant l’hiver. La preuve la plus favorable à cette manière de voir est celle-ci : ce n’est qu’en hiver qu’on chasse le renard, parce qu’alors il quitte les montagnes pour se rapprocher de la côte, et justement à cette époque on en tue à la fois de blancs et de bleus ou gris. La dénomination spécifique de Jjigopus ne saurait dans ces conditions lui convenir.
- de nids d’Eider, et il est à remarquer que le Macareux, dont nous aurons à parler bientôt et qui niche à la même époque, ne rapproche jamais sa progéniture de celle de l’Eider, quoique l’un et l’autre recherchent des îles isolées pour abriter leur couvée. On ne trouve pas de Macareux sur une île fréquentée par les Eiders et réciproquement. Cet éloignement instinctif ne s’explique guère.
- Le sol de l’Islande, présentant cette singulière particularité que là où il croît un peu d’herbe il n’y a pas de véritable plaine, mais bien une série de petits mamelons très-peu espacés les uns des autres, c’est dans l’intervalle de ces taupinières (elles abondent dans les îles à Eider) que ces oiseaux font leurs nids. 11 est probable que dans le Groenland et la Suède les mêmes particularités géologiques ne se présentent pas, et ces oiseaux doivent rechercher alors, en vue d’abriter leurs petits, des accidents de terrain naturels ou artificiels, comme l’affirment du reste ceux qui ont observé cet oiseau sur ces terres ingrates. Pour l’édification de cette douillette couche qui doit protéger la frileuse progéniture, la mère commence à se sacrifier en arrachant de son ventre, avec son bec, le duvet nécessaire à un premier nid. Ce chef-d’œuvre, terminé bien avant la ponte, est ravi à l’oiseau qui recommence à se dénuder et édifie un second nid destiné au même sort. A ce moment, la femelle, incapable, sans compromettre sa propre existence, de se dévêtir davantage, cède la place au mâle qui, imitant sa compagne, se dépouille à son tour et donne à la couvée un abri que l’industriel est intéressé à respecter, s’il ne veut pas compromettre l’avenir de son exploitation. Le duvet est enlevé et vendu sous le nom d’édredon (corruption du mot Eyderdum, duvet d’Eider), après avoir été débarrassé des matières étrangères qui le souillent, telles que : terre, plumes, débris de coquilles d'œufs, fucus, etc.
- L’édredon constitue un revenu très-rémunérateur pour les propriétaires d’îles à Eiders ; il se vend, en effet, sur place, de 28 à 30 francs la livre de 499 grammes. En 1868, d’après les documents officiels, il en a été exporté 7,026 livres; en 1869, 6,668 livres, et en 1870, 7,909. Ces chiffres publiés par la voie officielle n’indiquent évidemment que ce qui passe en douane, et il est certain qu’il s’en vend beaucoup plus ; mais tels qu’ils sont cependant, ils peuvent donner une idée du bien-être que cette exploitation procure aux propriétaires d’îles assez heureux pour posséder ces palmipèdes. Ils expliquent aussi pourquoi les propriétaires, loin de donner ou de permettre la chasse aux Eiders, emploient tous les moyens possibles pour attirer ces animaux et les fixer daus les lieux qu’ils ont trouvés propices à leur reproduction. Pour arriver à ce but, vivement désiré, il n’est pas d’heureux subterfuges qu’ils n’emploient : c’est ainsi qu’ils attachent des objets brillants à des ficelles tendues entre des pieux verticaux, jetteut aux oiseaux des débris de poissons, empêchent les chiens de leur donner la chasse, enfin ne manquent jamais de poursuivre, par le plomb, le
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- Corvus Corax, qui atteint en Islande des dimensions énormes1 et enlève souvent les petits jusque dans leurs nids. C’est avec satisfaction, disent les Islandais, que l’Eider, loin de s’effrayer du coup de feu, voit tomber près de lui son plus cruel ennemi. En tout cas, il est certain que cette protection le rassure pleinement et le fait s’attacher de plus en plus à l’endroit qu’il a choisi pour élever sa progéniture. L’Eider, qui abandonne l’Islande dès l’approche des frimas, revient toujours, grâce à ces soins, aux lieux précis qui l’ont vu naître.
- La femelle jeune ne pond pas plus de 5 à 6 œufs;
- { mais quand elle atteint 2 à o ans, la ponte devient | plus considérable : sur les 12 ou 15 œufs dépassant j beaucoup le volume de nos œufs de poule et d’un j beau bleu clair tacheté de noir qu’elle pond alors, on ne lui en laisse jamais plus de six. Pendant la période d’incubation, l’homme peut passer à côté du nid sans que l’oiseau se dérange. Les femelles couvent et les mâles se placent sur le sommet des petits mamelons contre lesquels les nids sont adossés; là, sentinelles vigilantes et immobiles, ils ne quittent guère leur femelle que pour aller à la recherche de la nourriture commune.
- Fig. 1. — L’Eider (l'emcllc fit mâle).
- Dès que les petits sont assez forts, toute la famille quitte les îles pour aller à la mer et stationner près du rivage, dans le voisinage des rochers couverts de fucus. Ces cryptogames abritent de petites Nérites répandues avec profusion sur ces côtes et dont l’Ei-der fait sa nourriture habituelle. On trouve ces coquilles en grand nombre dans le gésier et le jabot de cet animal, et quoique le test en soit fort résistant, l’estomac est assez musculeux pour en déterminer la rupture.
- Quand les petits ont acquis un certain développe-
- 1 Le corbeau est un fléau pour les Islandais, il enlève même des moraes entières que l’on met à sécher ; c’est assez dire quelle force sa taille considérable met au service de sa voracité.
- ment, le mâle abandonne sa compagne et lui laisse, sans les partager désormais, tous les soins de la maternité. Les femelles deviennent alors d’une sauvagerie qui contraste étrangement avec la familarité primitive ; dès qu’on s’approche d’un groupe livré à ses ébats, on le voit, sur le signal maternel, y mettre promptement fin en se dirigeant prudemment du côté du large. Quand, dans leur fuite embarrassée, ils ne se croient plus en sûreté, les petits, pour échapper plus vite au danger, se réfugient sur le dos de la mère qui va, en nageant rapidement, mettre sa couvée hors de portée.
- Dès le mois d’août, on ne voit presque plus d’Ei-ders en Islande; ils émigrent vers des zones plus chaudes pour revenir en mars et en avril.
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- Comme on le voit, d’après ce qui précède, ce palmipède, au point de vue des services qu’il rend à l’homme, peut être rapproché de l’hirondelle Salangane : si le premier lui fournit, par son nid, le moyen d’échapper aux rigueurs de l’hiver, le second lui livre, dans le même abri détourné de ses fins, une nourriture très-appréciée des palais orientaux. Ce sont les deux seuls oiseaux qui nous soient utiles sans que nous soyons obligés de les sacrifier de nos mains, et dont l’instinct puissant de la reproduction bien exploité assure un produit utile et par cela même très-recherché.
- Le Macareux moine (Mormon fra-tercula ) est aussi très-commun en Islande. Cet oiseau à bec de perroquet rose et gris (tig. 2) fait son nid dans les îles : il en existe beaucoup sur celle d’Akeroë, non loin de Ilcykiawik, et où les Eidcrs ne paraissent pas. Ce palmipède a la singulière coutume de faire son nid au fond des trous de lapins tout creusés, ou dé s’ouvrir lui-même dans le même but, en s’aidant de ses pattes garnies de griffes acérées et de son hcc, un terrier d’un mètre de profondeur environ, quelquefois droit, le plus souvent coudé. On trouve parfois deux étages à ces galeries , mais chacune n’a qu’une seule ouverture. Le Macareux n’a en général qu’un seul petit (rarement deux), qui, quoique portant déjà depuis longtemps le plumage de ses parents, ne prend le bec caractéristique de la famille qu’à un certain âge. A deux mois un petit Macareux rapporté d’Islande, le seul qui ait survécu au voyage et qui a été envoyé par M. Dupuis, capitaine de frégate, à l’aquarium du Havre, avait, quand on le prit, le bec très-allongé et ne présentant pas la moindre courbure; de plus il était unicolore et noirâtre. A son arrivée en France, il avait trois mois environ et la partie supérieure du bec paraissait se courber un peu,
- mais la couleur noirâtre persistait *. Le bec est orné de sillons bien marqués, dont le nombre et la profondeur varient avec le sexe et l’âge. Quant à la courbure de cet organe, elle se modifie aussi sous des influences diverses, au nombre desquelles l’âge a une grande part. Quant à la taille, quoique sujette aussi à de grandes variations, cependant on peut dire que c’est le seul caractère sérieux qui ait permis de distinguer parmi ces animaux deux espèces :
- le Macareux moine et le Macareux glacial; toutes les autres, couleur du bec, nombre de raies, etc. ne peuvent être prises sérieusement en considération.
- 11 n’existe, en Islande, que le Macareux moine. Vers le milieu d’aoùt, époque à laquelle les petits se trouvent encore dans les terriers , on leur fait une chasse qui dure plusieurs jours. Sitôt que l’on s’approche de ces malheureux et disgracieux oiseaux, ils se réfugient dans leurs trous où on va les chercher en détruisant le terrier au moyen de pelles et de pioches. Quand on approche du fond des galeries, la femelle s’avance pour défendre sa progéniture et on profite de ce moment pour
- la tuer.... Les pre-
- mie r s jours de chasse, les Macareux sont si peu effrayés par l’homme, qu’ils ne se retirent même pas dans leurs trous à sou approche et on en fait alors de vraies hécatombes (2,800 à 5,000 par jour) à
- 1 Ne pourrait-on pas admettre, pour donner une explication plausible de cette singulière et peu commune anomalie, que cette modification étrange que reçoit le bec dans le Macareux, surtout si on le compare à celui des espèces voisines (Pingouins, Guil-lemols), a été le résultat de l’habitude de creuser son terrier; que cette transformation acquise et déterminée par la fonction n’est pas suffisamment ancienne pour qu’elle puisse se reproduire tout entière pendant la période du développement dans l’œuf, et qu’il est nécesaire que l'animal soit entré dans la période de vie indépendante et active pour compléter ce commencement de transformation?
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- coups de bâton. Cette chasse, aussi singulière qu’écœurante, ne dure pas plus de deux à trois jours ; au bout de ce temps l’oiseau connaît son ennemi et, pour l’atteindre, il faut ouvrir les terriers ainsi que nous l’avons dit.
- On arrache là plume pour la vendre, comme faux édredon, et le corps de l’oiseau salé ou fumé sert aux Islandais de nourriture pendant l’hiver.
- Drs Edouard Heckei. et A. Kermorgant.
- LA TREMPE DE VERRE
- ET SES APPLICATIONS.
- (Suite et fin. — Yoy. p. 87.)
- Les propriétés que nous avons constatées dans les larmes bataviques se retrouvent dans le verre trempé avec une intensité qui dépend de la force de la trempe ; cependant, si le verre est faiblement ou partiellement trempé, il n’est plus possible de constater son état de trempe par la cassure.
- Il faut alors avoir recours à un autre caractère que présentent tous les verres trempés, quelque faible que soit l’intensité de la trempe ; ce caractère, c’est leur action sur la lumière polarisée.
- En effet, la trempe, en produisant dans le verre des changements d’élasticité dans diverses directions, y fait naître les phénomènes de la double réfraction, qui peut être constatée par les colorations qui se manifestent dans ce cas avec la lumière polarisée.
- Prenons comme exemple une plaque rectangulaire en verre à faces parallèles, qui, ayant été chauffée, a été brusquement refroidie dans l’air. Si on la place entre deux prismes de Nicol tournés à l’extinction, on obtient, en la faisant traverser par de la lumière parallèle, des colorations très-vives, qui offrent les dispositions représentées dans la ligure 1.
- La forme de ces figures colorées dépend de celle de la plaque. Les plaques rondes ou carrées donnent d’autres dispositions.
- Lorsque les objets en verre trempé ne sont pas taillés de manière à offrir des faces parallèles, l’observation directe des colorations qu’ils donnent avec la lumière polarisée devient plus difficile, à cause des spectres secondaires dus à la réfraction provenant de la forme du corps. Mais M. Mascart a indiqué une méthode élégante qui lève cette difficulté.
- Le verre ordinaire et l’acide pliénique liquide ayant à peu près la même réfrangibilité et la même dispersion, une baguette de verre plongée dans cet acide y devient presque invisible. Mettant à profit cette belle observation due à M. Coulier, M. Mascart introduit les masses de verre trempé qu’il veut observer, dans des cuves en verre à faces parallèles et
- remplies d’acide pliénique. On se trouve alors dans le même cas que si le verre à observer était taillé de manière à avoir deux faces parallèles, et l’observation dans la lumière polarisée se fait avec la plus grande facilité.
- Nous pouvons donc, soit directement, soit au moyen de l’acide pliénique, étudier l’action d’un verre trempé de forme quelconque sur la lumière polarisée.
- Ces moyens d’observation étant acquis, prenons une règle en verre soutenue dans une pince munie d’une vis (fîg. 2). Cette règle n’exercera sur la lumière polarisée aucune action, et si ces deux prismes de Nicol sont tournés à l’extinction, cette lame placée entre les deux prismes ne donnera lieu à aucun phénomène. Tournons légèrement la vis ; la lame soutenue par les deux talons va subir une flexion d’autant plus forte que la vis se sera plus avancée. Or, voici ce que l’on observe à mesure que la flexion augmente; d’abord la lumière reparaît, une bande noire se manifeste à peu près au milieu de la règle, puis les bords se colorent, et enfin les bandes colorées plus ou moins nombreuses apparaissent sur le bord de la règle. Tournons la vis de manière à diminuer la flexion, nous verrons les phénomènes de coloration et d’éclairement diminuer et disparaître complètement lorsque le verre sera revenu à son état normal.
- Plaçons maintenant une larme batavique dans l’acide phénique au milieu d’une cuve à faces parallèles, prenons une lame en verre trempé et examinons leur action sur la lumière polarisée. Nous verrons (fig. 2 et 3) des franges colorées sur les contours et dans la queue de la larme, et des bandes colorées à peu près parallèles à l’axe de la lame, mais tout à fait semblables à celles que la flexion avait permis de constater avec la règle de verre ordinaire.
- Ainsi, au point de vue des prqgi’iétés optiques, la trempe pr’oduit des effets anal outres à ceux qui proviennent d’une action mécanique, comme la flexion, avec cette seule différence, que les effets dus à la trempe sont permanents, tandis que ceux qui résultent de la flexion disparaissent aussitôt que la cause qui a produit la flexion cesse d’agir.
- L’étude des propriétés optiques du verre trempé conduit donc à admettre, qu’il est dans le même cas qu’un verre soumis à une flexion, et nous arrivons ainsi à la même conclusion que celle que nous avons tirée de la cassure du verre trempé. Seulement, la méthode optique est plus sensible et présente l’avantage de permettre d’examiner le verre sans altérer sa forme.
- Jusqu’à ces derniers temps, la trempe était regardée comme dangereuse pour la conservation des objets en verre, et l’on cherchait à s’en préserver le plus possible en recuisant avec soin les pièces qui sortaient des mains du verrier.
- M. de la Bastie a démontré le premier que cette opinion n’était pas fondée ; et, au lieu de chercher à
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- éviter la trempe du verre, il a profité de cette trempe pour diminuer, sinon pour détruire, l’extrême fragilité du verre. Le procédé de M. de la Bastie est très-simple ; mais il a fallu une hardiesse qu’un verrier de profession n’aurait certainement pas eue, pour le mettre à exécution. Il consiste en effet à chauffer le verre à une température très-voisine de son ramollissement, et à le plonger lorsqu’il est rouge dans de l’huile ou de la graisse fondue. Lorsque le verre a subi cette trempe, il a acquis des propriétés nouvelles et très-remarquables, que nous allons constater eu le soumettant à diverses épreuves.
- Et d abord nous parlerons de l’action de la chaleur.
- On sait que le verre ordinaire supporte rarement, sans se briser, les variations brusques de température ; quand un objet en verre froid est touché par un corps chaud, ou lorsqu’un objet en verre chaud est refroidi en un de ses points, la rupture a presque toujours lieu. Il n’en est pas de même avec le verre trempé, qui paraît indifférent à ces changements brusques de température qui font éclater le verre ordinaire.
- J ai place snr une lampe à huile (üg. 4) un verre trempé ; il est possible d’incliner la lampe dans tous les sens de manière à noircir le verre, à faire filer la lampe, sans que le verre se fende. Le verre que je vous présente a subi un grand nombre de fois cette épreuve ; un verre de lampe ordinaire se brise souvent dans ce cas, soit immédiatement, soit pendant le refroidissement.
- Des assiettes trempées de cette manière peuvent servir a cuire les aliments, des œufs, par exemple, et se prêtent facilement à toutes les alternatives de chaud et de froid auxquelles sont exposés les plats qui quittent le feu pour être déposés, sans précautions, sur les parties froides du fourneau.
- On peut même aller plus loin ; voici une lame de glace de Saint-Gobain qui a été trempée, par M. Charles Feil, en suivant les indications de M. de la Bastie. Cette lame a été placée au milieu de charbons allumés, de manière à l’échauffer fortement, puis ensuite plongée dans l’eau froide ; celte épreuve a été répétée cinq fois de suite ; non-seulement la lame s est bien conservée, mais elle n’a rien perdu de sa solidité, car elle a été précipitée d’un cinquième étage sur le pavé et elle ne s’est pas brisée.
- Ces exemples suffisent pour démontrer que le verre trempé présente au feu une solidité plus grande que le verre ordinaire ; il est utile cependant d ajouter que les limites entre lesquelles cette résistance se manifeste doivent toujours être bien inférieures à la température à laquelle il se recuirait ; car alors il se transformerait en verre ordinaire ; mais 1 expérience a montré que lorsque le temps de la chauffe n est pas trop long, le recuit ne s’opère pas d une façon assez sensible pour faire disparaître les propriétés dues à la trempe.
- Le verre trempé résiste aux chocs d’une manière remarquable. Tandis que le verre ordinaire se brise
- si facilement sous le moindre choc, que sa fragilité est devenue proverbiale, le verre trempé au contraire présente, dans ce cas, une solidité presque comparable à celle de certains métaux.
- Je constaterai d’abord ces propriétés sur de petits objets ; voici des verres de montre, des bobèches ; on peut les projeter à terre d’une grande hauteur sans qu’ils se brisent.
- Il ne faudrait pas cependant croire que le verre trempé résiste à tous les chocs, etM. de la Bastie lui-même désire que l’on répète que son verre n’est pas incassable ; mais ce qu’il avance, c’est que le verre trempé possède une résistance bien supérieure à celle qu’on peut exiger dans les usages auxquels s’applique le verre, et que cette résistance assure aux objets fabriqués avec du verre trempé une solidité qui n'avait pas encore été obtenue avant lui.
- C’est, du reste, ce que l’on peut constater par les expériences suivantes :
- Des lames de verre, de différentes dimensions et d’épaisseurs variables, sont disposées sur une table entre deux cadres de bois qui les soutiennent par leurs contours (fig. 5).
- Au-dessus de la table, des traverses en bois sont placées à différentes hauteurs et à leurs extrémités on peut suspendre, à l’aide de fils organiques, des poids variant de cent à cinq cents grammes.
- En plaçant la plaque de verre à essayer sous le poids qui doit tomber, et en brûlant le fil avec un jet de gaz, le poids tombe de toute sa hauteur sur le verre. En augmentant successivement les hauteurs et les poids, on voit quelle est la limite du choc qui détermine la rupture de la plaque.
- Voici quelques-uns des résultats obtenus.
- Une plaque de verre, de seize centimètres de longueur sur douze centimètres de largeur et de cinq millimètres d’épaisseur, a résisté à un poids de cent grammes tombant de un à quatre mètres de haut, et ne s’est rompue que sous le poids de deux cents grammes tombant de quatre mètres.
- Une plaque semblable, mais non trempée, se brise sous le poids de cent grammes, tombant de trente à quarante centimètres seulement.
- Une autre plaque, de vingt-cinq centimètres de long sur seize centimètres de large et de sept millimètres d’épaisseur, a résisté aux poids de cent et de deux cents grammes tombant de un à quatre mètres de haut, et ne s’est brisée que sous le poids de cinq cents grammes, tombant de trois mètres.
- C’est par cette méthode que l’on peut apprécier la résistance que des plaques, de toutes dimensions et de différentes épaisseurs, offrent au choc; et l’on peut dire que cette résistance est vraiment extraordinaire.
- On peut encore se rendre compte de la solidité de ce verre trempé, en projetant ces plaques à des distances plus ou moins grandes sur le plancher, sur la dalle et sur le pavé. Des assiettes en verre, des lames de glaces de Saint-Gobain résistent souvent à ces épreuves d’une manière qui étonne,
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- Une dernière expérience nous permettra d’achever de démontrer la solidité du verre trempé. Voici une vitre ordinaire de deux millimètres d’épaisseur.
- Avant de la tremper, M. de la Bastie lui a fait donner une courbure prononcée dont la flèche est à peu près de cinq centimètres.
- En plaçant cette plaque sur le sol, de manière à la faire reposer par ses deux bords extrêmes, il est possible de la charger de poids considérables, ou d’y faire monter des personnes sans la rompre (fig. 6).
- Et c’est ainsi que se trouvent constatées les propriétés les plus saillantes qui caractérisent le verre trempé par rapport à la chaleur et aux actions mécaniques.
- Examinons maintenant de plus près la constitution du verre trempé.
- Nous avons exposé en commençant le mode de structure que l’observation de la cassure et l’emploi de la lumière polarisée permettent d’attribuer aux larmes bataviques.
- Nous retrouvons dans le verre trempé de M. de la Bastie les mêmes caractères.
- En effet, lorsque ce verre se brise, il se divise en une infinité de fragments symétriquement placés par rapport au point où la rupture s’est produite, comme cela aurait lieu par suite de la détente de couches fortement tendues. Si des lames trempées se trouvent dans un état de tension analogue à celui qui existe dans les larmes bataviques, on doit, en les sciant, déterminer leur désagrégation dès qu’on a attaqué un nombre de couches trempées suffisant pour que la résistance de celles qui restent ne puisse plus maintenir l’équilibre du système, et c’est en effet ce qui a lieu.
- Voici des lames trempées, des disques, des carrés sciés suivant différentes directions ; ces objets, ayant été primitivement encas-
- Fig. 1. — Effet de la lumière polarisée sur une plaque de verre, brusquement refroidie après avoir été chauffée.
- Fig. 2. — Appareil destiné à étudier l’influence de la lumière polarisée sur une règle de verre soumise à la flexion.
- très dans du plâtre, se sont brisés dès que le trait de scie a atteint une certaine profondeur ; et les fragments maintenus par le plâtre présentent bien autour du point de rupture la disposition symétrique dont je parlais plus haut. Les mêmes phénomènes se produisent en cherchant à percer le verre ; on les observe encore sur cette plaque qui a reçu la balle d’un revolver tiré à vingt-cinq pas de distance par M. Gastine Renette. Le verre s’est brisé en mille fragments qui sont retenus par le plâtre ; et la balle a seulement produit une dépression de moins d’un millimètre sur l’espèce de mosaïque résultant de la juxtaposition des fragments de verre.
- Le verre trempé est moins dense que le verre ordinaire, comme cela avait été constaté sur des lames bataviques trempées et recuites.
- Le verre trempé est plus dur que le verre ordinaire, et il se laisse plus difficilement attaquer que lui par le diamant ou les outils en acier trempé.
- Enfin le verre trempé présente une élasticité bien plus grande que le verre non trempé.
- Des lames de glaces trempées et fléchies peuvent s’aplatir par la pression. En plaçant des poids sur une vitre courbée et trempée, de un millimètre d’épaisseur, on la voit s’aplanir, pour reprendre, quand les poids ont été enlevés, sa courbure première, dont la flèche est au moins de cinq centimètres1.
- En réfléchissant à ces propriétés physiques du verre trempé, il est impossible de ne pas être frappé de l’analo-
- Fig. 3. — Frange» développées dans une larme batavique par la lumière polarisée.
- pour supporter naire.
- 1 La vitre s’est brisée pendant l’expérience faite le 8 niai à la Sorbonne ; le tapis placé sur la table ayant empêché la plaque de glisser, son épai-seur n’était pas suffisante poids d’une personne de taille ordi-
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- gie qu’elles présentent avec celles de l’acier trempé.
- On trouve, en effet, que dans l’acier soumis à la trempe, la densité, la dureté et l’élasticité sont modifiées dans le même sens que pour le verre trempé. La variation de densité provient d’un changement dans les dimensions de l’acier pendant la trempe, comme cela résulte des recherches de M. le colonel Caron.
- Le verre trempé ne se coupe pas au diamant : et c’est là l'objection la plus sérieuse qu’on puisse faire à son emploi pour le vitrage datis l’état actuel des choses. Cependant , en ce qui concerne les toitures ou les constructions vitrées, les dimensions sont assez régulières, et la fabrication du verre est assez avancée, pour qu’on puisse livrer les vitres trempées aux dimensions déterminées à l’avance. L’objection ne reste donc que pour le vitrage courant ; mais rien ne dit qu’on ne trouvera pas un moyen de couper le verre trempé ou de tourner la difficulté que nous signalons.
- Nous avons dit plus haut que, lorsqu’on cherche à scier le verre trempé, il se désagrégé quand le trait de scie a atteint une certaine profondeur. Cependant, dans des recherches que nous poursuivons, M. Feil et moi, sur le verre trempé, nous avons reconnu que dans certains cas particuliers on pouvait scier ou percer le verre trempé comme le verre ordinaire.
- Voici en effet un disque en verre trempé, qui a été percé en son centre sans que la rupture ait eu lieu. Voici des lames carrés en glace de Saint-Gobain, que M. Biver a eu l’obli-geancfe de faire tailler, et qui ont été trempées ensuite dans les ateliers de M. Feil ; ces lames ayant été
- Fig. 4. — Expérience démontrant la résistance à l’action du feu, d'un verre de lampe trempé.
- encastrées dans du plâtre ont pu être sciées suivant une direction parallèle à deux côtés; elles se sont au contraire désagrégées quand le trait de scie était dirigé suivant les diagonales du carré ; elles se sont également brisées quand nous avons cherché à les percer sur des points placés dans les carrés formés par les deux lignes parallèles aux côtés.
- En examinant ces plaques carrées dans la lumière polarisée, elles présentent deux bandes noires parallèles aux côtés ; ces bandes correspondent à des couches dans lesquelles la double réfraction n’existe pas, et dans lesquelles le verre serait à l’état ordinaire, c’est-à-dire non trempé. On s’expliquerait alors pourquoi il est permis de scier le verre suivant ces directions ; le disque de verre percé présente également, la croix noire au centre de laquelle la trempe n’existe pas.
- Le colonel Caron a comparé l’effet produit par la trempe sur l’acier à celui qui résulterait du choc d’un marteau agissant en même temps dans tous les sens sur l’acier porté au rouge ; or lorsqu’on fait vibrer une lame carrée de manière à lui faire rendre le son fondamental, les lignes nodales sont placées comme les bandes noires que montre la lumière polarisée. La plaque de verre après la trempe serait donc dans le même état que celui qui résulterait d’un état vibratoire pouvant être produit par un choc, et il y aurait là un fait de plus à ajouter aux analogies que nous venons de signaler entré la trempe du verre et celle de l’acier.
- La découverte faite F par M. de la Bastie des propriétés remarquables du verre trempé a excité par-
- Fig. 5. — Appareil destiné à mesurer la limite du choc capable de briser une plaque de verre.
- Fig. 6. — Feuille de verre trempé recourbée, résistant, sans se briser, à l'action d’un poids de 20 kilogrammes.
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- tout une émotion très-grande, et l’effet qu’elle a produit prouve bien l’importance tout exceptionnelle de la place que tient le verre parmi les produits dont nous disposons. Cependant elle rencontre des ennemis et des détracteurs ; et il se trouve bien des gens qui disent : « A quoi cela peut-il servir? » Il en est de même, Messieurs, à l’origine de toute découverte ; mais l’histoire est là pour nous montrer que de pareilles hésitations ne doivent pas empêcher la science et l’industrie de chercher à marcher en avant, et que les faits qui paraissent n’avoir d’abord qu’une valeur théorique ne tardent pas à devenir souvent, surtout à notre époque, la source des applications les plus utiles et les plus fécondes.
- Le docteur Abel raconte qu’ayant cherché à exciter la curiosité d’un mandarin en lui montrant qu’un fragment de potassium jeté sur l’eau donnait naissance à une vive combustion, celui-ci lui demanda immédiatement à quoi cela était bon, et comme le docteur Abel ne put le satisfaire à ce sujet, il manifesta pour cette belle expérience le plus profond dédain.
- 11 n’en aurait pas été ainsi si le docteur Abel avait assisté à une mémorable conférence faite dans cette Société, il y a quelques années, par notre illustre et vénéré président, M. Dumas.
- 11 aurait dit à ce mandarin que ce potassium ou ce sodium, dont la préparation avait été perfectionnée par Thénard et Gay-Lussac, était devenu plus tard assez commun pour servir à toutes les investigations des chimistes; et que le sodium notamment, à la suite des recherches de M. Henri Sainte-Claire Deville, avait permis à notre illustre et savant compatriote de doter l’industrie d’un métal jusqu’alors étranger pour elle, l’aluminium.
- Mais aujourd’hui, la découverte de M. de la Bastie se présente avec des caractères tellement nets, qu’il n’est pas permis de douter que plusieurs de ses applications ne soient prochaines. Je pense donc, Messieurs, qu’elle doit être accueillie avec faveur parmi nous. C’est précisément parce que nous sommes les amis des sciences, que nous devons être, avant tout, les amis du progrès1. Ÿictor de Luyjxes.
- Professeur au Conservatoire des Arts-et-Métiers.
- LA TÉLÉGRAPHIE MILITAIRE
- La Russie paraît posséder aujourd’hui l’appareil télégraphique de campagne le plus considérable. Le fait s’explique par l’étendue de ce vaste empire. Depuis la réorganisation de 1875, la Russie possède 7 parcs télégraphiques, dont les cadres sont constitués même pour le temps de paix, et dont chacun comprend 5 divisions télégraphiques : une volante, une mobile et une de réserve.
- 1 Yoy. Verre incassable, troisième année, 1875, premier semestre, p. 219, et p. 24t> du même volume, une lettre de 11. de la Bastie, adressée à la Nature,
- En Prusse, c’est seulement en 1856 qu’on prit des mesures pour avoir un matériel de campagne portatif. Ce matériel fut utilisé en 186-4 dans la guerre de Danemark, en 1866 dans la guerre d’Autriche; il se composait, dans le premier cas, de 2, dans le second, de 4 divisions. La campagne d’Autriche surtout montra quel parti on pouvait tirer de la télégraphie militaire. Aussi l’on se hâta de mettre à profit ces enseignements, et quand éclata la guerre de 1870-71, le service se composait de 7 divisions, plus 5 dites d’étape, commandées par un officier supérieur. 5 divisions, 2 de Bavière et 1 de Wurtemberg, fonctionnèrent également pendant la campagne.
- Le service, tel qu’il est constitué actuellement, n’a pas d’organisation pour le temps de paix ; il n’est calculé que pour opérer en cas de guerre. Le bataillon des pionniers de la garde et le 4e bataillon des pionniers en garnison à Berlin ou à Magdebourg en fournissent les éléments. Le premier fournit les 7 divisions de campagne; le second, les cinq divisions d’étape.
- Ce fut surtout pendant la guerre de • sécession aux États-Unis que la télégraphie militaire reçut les applications les plus variées. Pendant, l’espace de trois ans l’armée combattante étendit plus de 8,000 kilomètres de fil sur terre et 160 sous les eaux de la mer. Cette guerre montra combien la télégraphie militaire peut être utile pour les coups aventureux, les surprises, et aussi pour les réquisitions, les reconnaissances, les fourragements, etc. Les excursions (raids), comme on les appelait, exécutées par partisans ou francs-tireurs opérant sur les flancs des armées étaient toujours accompagnées d’un habile agent des lignes télégraphiques.
- Plus d’une nouvelle importante arrivait ainsi à la connaissance du chef de bande. On conte par exemple que le bourgmestre de Cincinatti, ayant mandé à un général des tédéraux, campé à 60 milles de là, que Morgan voulait tenter un coup de main sur la ville et lui demandant du secours, la dépêche fut interceptée, et ce fut Morgan lui-même qui répondit, au nom du général interpellé, qu’il allait venir, mais qu’on lui tint des chevaux frais pour son artillerie, à tel endroit qu’il indiquait. Les relais furent envoyés en effet avec des chevaux empruntés au service des pompes à incendie de la ville ; Morgan s’en empara et les attela à ses propres canons.
- Ce furent encore les Américains qui imaginèrent de relier les ballons captifs dont ils se servaient, de les relier entre eux par des fils télégraphiques, communiquant avec le quartier général.
- Pendant la guerre franco-allemande, certaines opérations, même importantes, n’ont été possibles que grâce au télégraphe qui appelait de loin des renforts.
- Yoici quel était l’état télégraphique des Allemands à la fin de la campagne, en lévrier 1871. Ils avaient sur notre sol 1,587 milles de fils et 91 stations en activité. Plusieurs de ces lignes avaient été posées par eux; d’autres avaient été simplement réparées, avec les conduites à moitié détruites qui existaient en-
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- core. Leur réseau télégraphique en France, fin février I 1871, outre les lignes principales se dirigeant sur Paris, et les lignes circulaires autour de la capitale, touchait au nord, à Saint-Quentin, Amiens, Rouen, Dieppe ; à l’ouest, à Alençon, le Mans, Tours ; au sud, à Orléans, Gien, Auxerre, Montbard, Dole, etc. Les stations extrêmes étaient occupées par des détachements mobiles. En outre, le réseau télégraphique, en Allemagne même, avait dû être étendu sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord, dans un but stratégique. Les fils posés dans cette région se développaient sur une longueur de 425 milles. Les nouvelles militaires officielles du quartier général étaient expédiées à 1,860 stations sur le territoire télégraphique de l’Allemagne du Nord et à 37 stations, sur le théâtre même delà guerre1.
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- LES MERVEILLES DE L’INDUSTRIE
- Par L. Figuier2.
- LES EAUX DE PARIS.
- Les premiers habitants de Paris puisaient directement dans la Seine l’eau qui servait à leur alimentation. Plus tard les Romains construisirent l’aqueduc d’Arcueil, et les vestiges de cette construction sont encore visibles au palais des Thermes de l’empereur Julien. Cet aqueduc périt avec l’empire romain, et ce n’est qu’au treizième siècle que des moines firent dériver les sources de Belleville et des prés Saint-Gervai’s. Ces eaux impures et séléniteuses seraient actuellement méprisées et rejetées de tous ; cependant Paris en a été alimenté pendant plus de quatre siècles (de 1,200 à 1,608), jusqu’à l’époque où la pompe de la Samaritaine fut établie sur le pont Neuf.
- Sans retracer l’histoire complète des eaux de Paris dans les siècles précédents, nous arriverons aux gigantesques travaux qui ont été entrepris dans ces derniers temps pour alimenter notre métropole. Résumons toutefois les faits, par la récapitulation de dates intéressantes. La machine de la Samaritaine, érigée par Henri IV en 1608 à l’aval du pont Neuf, fut détruite en 1813. Son produit était de 400 mètres cubes d’eau par 24 heures. Les pompes du pont Notre-Dame, érigées en 1670, ont cessé de marcher le 2 mars 1858. Les pompes à feu construites par les frères Périer en 1782 ont cessé de marcher, l’une le 7 août 1851, l’autre le 5 novembre 1853.
- A cette époque (1853) commencèrent à -fonctionner les nouvelles machines de Chaillot, puis, en 1858, la pompe à feu du quai d’Austerlitz, que représente
- 1 D’après la Gazette d’Augsbouvg. — Nous publierons prochainement une notice sur un curieux appareil de télégraphie militaire français.
- a 1 vol. gr. in-8°, richement illustré. Paris, Furne, Jouvet et Comp. — Nous empruntons à ce nouveau volume de M. Figuier quelques documents succincts, relatifs à l’importante question des eaux de Paris : ils donneront une juste idée de l’intérêt qui s’attache à ce bel ouvrage.
- une des gravures ci-contre. Cette machine à vapeur est à haute pression et à détente, sa force est de 130 chevaux-vapeur. Elle dessert, suivant les besoins du service, les bassins de Charonne (rive droite) ou ceux de Gentilly (rive gauche).
- Voici quel était, en 1861, l’état général des machines de la ville, et des quantités d’eau que ces machines pouvaient élever. Nous commençons par l’amont, et nous suivons le cours du fleuve en descendant : 1° Etablissement de Port-à-l’Anglais, 2 machines: 6,000 mètres cubes d’eau; 2° Etablissement de Maisons-Alfort, 3 machines : 6,400 m. c.; 3° Etablissement du quai d’Austerlitz, 2 machines : 10,000 m. c.; 4° Etablissement de Chaillot, quai deBilly, 2 machines : 38,000m. c.; 5°Etablissement d’Auteuil, 3 machines: 4,100 m. c.; 6° Etablissement de Neuilly, 2 machines: 4,700m. c.; 7° Etablissement de Clichy, 1 machine: 1,500 m. c.; 8° Etablissement de Saint-Ouen, 3 machines : 4,300 m. c. Total, 18 machines élevant 75,000 mètres cubes d’eau.
- Mais comme toutes les machines ne pouvaient fonctionner à la fois, que le tiers ou la moitié devaient rester au repos, pour qu’on pût opérer les nettoyages et les réparations, on ne montait guère plus de 42,000 mètres cubes.
- En résumé le volume d’eau dont l’administration municipale de Paris pouvait disposer en 1861 peut s’évaluer ainsi qu’il suit :
- MÈTRES CUBES EN 24 HEURES
- Eau de l’Ourcq.......................< . . 106,000
- — de Seine élevée par les machines à va-
- peur..........................•. 42,000
- — d’Arcpeil, environ.............V 1,000
- — du puits de Grenelle..........."1 940
- Eaux de Belleville et des Prés-Saint-Gervais f. 160
- Volume total par 24 heures. .... 150,100
- Jusqu’à la fin du seizième siècle Paris recevait seulement 200 mètres cubes d’eau.
- MÈTRES CUBES
- A la fin du dix-septième siècle. . . 1,800
- A la lin du dix-huitième siècle. . . 7,986
- En 1861........................... 150,000
- Dans la séance du 48 mai 1860, le Conseil municipal de Paris adopta le projet de dérivation qui devait transformer le régime d’alimentation de la métropole, et la ville devint propriétaire des sources
- dont la désignation suit : -
- Débit par 24 heures
- en temps de sécheresse extraordinaire. Métrés cubes.
- Sources devant être ( 1° La Dhuis 30,000
- amenées par l’aque- < [ 2° Les sources de Mont-
- duc de la Dhuis. . ( mort 3,000
- 10 Les sources de Noé,
- Sources devant être ' 1 Theil, Malhortie, 1 Saint-Philbert et
- amenées par l’aque- ( duc de la Vanne.. . i Chigny. . . . . 2° Les sources d’Ar- 67,000
- mentières. . . . 20,000
- Total, . . 120,000
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- Nous avons précédemment parlé de l’aqueduc de la Vanne, qui amène l’eau dans le grand réservoir de Montsouris1 ; nous ne reviendrons pas actuellement sur les constructions grandioses qui se rattachent à cette partie de l'alimentation de Paris, mais nous décrirons aujourd’hui l’aqueduc qui déverse dans le réservoir de Ménilmontant l’eau des sources de la Rlmis.
- D’après l’analyse chimique, l’eau de la Dhuis est un peu plus calcaire que l’eau de la Seine. Mais ce qui a montré qu’elle serait peu incrustante pour l’aqueduc, c’est que la roue du moulin de Pargny,
- quelle met en action, n’est nullement recouverte de dépôts terreux, comme il arrive dans ce cas pour les eaux de sources trcs-calcaires.
- Cette eau, qui sort des argiles à meulière dont on voit les blocs disséminés tout autour, à lleur du sol, est d’une limpidité parfaite; sa température en été se maintient à 11°; aussi l’extérieur des vases se recouvre-t-il en été d’une forte buée, dès qu’ils en sont remplis. Elle est excellente au goût, quoique inférieure sous ce rapport aux admirables eaux de la Vanne.
- Les jolies sources de Montmort, que la ville de
- Paris a achetées, sont situées à 25 kilomètres de là. Tout le long de la vallée coulent d’ailleurs de nombreuses sources plus abondantes, et qu’il serait facile de réunir à celles de la Dhuis.
- L’aqueduc de la Dhuis se compose de galeries en maçonnerie et de tuyaux en fonte. Les galeries sont établies sur les coteaux qui bordent la Dhuis ou la Marne ; les conduites en fonte servent à franchir les vallées secondaires qui coupent ces coteaux.
- La largeur intérieure de l’aqueduc est considéra-
- 1 Voy. deuxième année, 1874, premier semestre, p. 179 : les Réservoirs de Montsouris.
- lde; elle n’est pas moindre de lm,76 sur certains points, et sur d’autres lm,40. Les conduites de fonte pour la traversée des vallées auront 1 mètre et lm,10 de diamètre intérieur. La longueur totale de cet aqueducest de 150,880mètres se décomposant ainsi : parties voûtées dans les tranchées à ciel ouvert, 100,822 mètres, parties en souterrains 12,928 mètres; siphons pour traverser les vallées 17,130 m.
- L’aqueduc se maintient sur les coteaux de la rive gauche de la Dhuis, puis de la Marne, jusque dans le voisinage de Paris, près de Chalifert, où il franchit la Marne sur un pont, pour passer de là sur les
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- coteaux de la rive droite, qu’il suit jusqu’à Paris. ! on la trouve presque partout au sommet des coteaux Comme les égouts de Paris, cet aqueduc est cou- j que longe l’aqueduc. On comprend doue que la dé-stcuit en pierre meulière et avec du ciment romain, i pense de construction de celte longue conduite n’ait Mais tandis que la pierre meulière est transportée à | pas été considérable; elle a été de 18 millions en-grands frais à Paris, par eau ou par chemin de fer, ! viron.
- rompu à i'cu du quai d'Austerlitz, à Paris.
- L’eau de la source de la llhuis est à l’altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer; elle arrive dans le réservoir de Ménilmontant, près des fortifications, à l’altitude de 108 mètres, c’est-à-dire à 81 mètres au-dessus du niveau de la Seine, pris au zéro de récliello du pont de la Tournelle. La pre-
- mière ligure représente un des ponts-siphons de l’aqueduc de la Dhuis.
- L’aqueduc de la Vanne, comme nous l’avons dit un peu plus haut, se déverse dans le réservoir de Monlsouris, situé au sud de Paris, à quelque distance de l’Observatoire.
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- Dans l’intérieur de Paris, les eaux sont amenées par des conduites, dont la longueur totale est de 1,431,000 mètres. La longueur des rues est beaucoup moindre ; elle n’est que de 863,863 mètres. L’alimentation totale de Paris s’élève aujourd’hui à 355,000 mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures.
- Le nombre des maisons de Paris est de 70,000. Au 1er janvier 1873, le nombre de propriétaires abonnés aux eaux de l’Ourcq était de 15,706, et aux eaux de Seineet autres, de 22,183. Le produit annuel en argent de ces abonnements s’élevait, en 1873, à 6,000,000 de francs environ.
- CHRONIQUE
- Spectres des étoiles filantes. —M. Nicolas Kou-koly a publié dans les Astronomische Nachrichlen (n° 2,014) des observations intéressantes sur les spectres des étoiles filantes. Environ 130 météorites ont été examinées. Il a été remarqué que leur noyau a donné un spectre continu et que la couleur qui parait à l’œil nu prédomine dans le spectre. La queue des météores/aM/iesdonneseulement les raies du sodium, celle des verts donne les raies du magnésium et celle des étoiles filantes rouges manifeste les raies du strontium ou du lithium. D’ailleurs, les raies du sodium se montrent dans tous. Dans quelques-uns des plus grands météores, l’auteur soupçonne la présence du spectre du fer. C’est là un utile complément aux analyses chimiques des aérolilhes.
- Cire artificielle. — MM. Pauvert, Moussay et Chauvin ont imaginé un procédé de fabrication d’une cire destinée à remplacer la cire des abeilles. La base du nouveau produit est la colophane ou le galipot. La colophane diffère de la cire par une plus faible teneur en hydrogène ou par une proportion plus considérable de carbone et d’oxigène ; il résulte de là d’après les auteurs qu’on peut la convertir en cire par deux procédés : addition d’hydrogène ; soustraction de carbone et d’oxigène. 1° on fait fondre la colophane avec la moitié de son poids de paraffine ou autre matière carbonée, sans dépasser 108°; la composition du produit se rapproche beaucoup de celle de la cire. 2° on fait fondre la paraffine avec 4 /5 de suif ou d’acide stéarique, puis on épuise par la potasse. On peut ajouter au produit du copal ou de la cire végétale.
- Les arbres de pierre et les arbres géants à l’Exposition de Philadelphie. — Au nombre des curiosités les plus étranges qui figureront à l’exposition internationale de Philadelphie, nous pouvons mentionner un énorme tronc d’arbre pétrifié, venu de la forêt pétrifiée située dans le désert du nord-ouest de la contrée de Ilum-boldt (État de Nevada). M. David Rideout, qui a été chargé par la commission de l’Exposition de préparer et d’amener à 1 Exposition de Philadelphie ce tronc d’arbre, raconte que celte forêt se trouve à trente milles environ de la chaîne de montagnes des Roches Noires. Les tiges de la plupart des arbres sont encore debout et ont été transformées en rocs extrêmement durs sur lesquels on distingue parfaitement l’écorce, les nœuds du bois, le cœur et toutes les raies qui servent à faire connaître approximativement leur âge au moment où ils ont cessé de croître. Quelques-uns de ces géants, qui vivaient il y a peut-être
- des milliers d’années, lorsque le climat de Nevada était sans aucun doute plus favorable à leur développement, atteignent et dépassent même les proportions des arbres les plus gros que l’on rencontre dans la Californie. Ils mesurent à la base de 15 à 26 pieds de circonférence. En fouillant le sol à une très-faible profondeur, on rencontre des branches et des tiges d’arbre entièrement pétrifiées. M. Rideout a employé douze jours entiers avec deux hommes pour déraciner le spécimen qu’il destine à l’Exposition et qui mesure un mètre de haut et six mètres de circonférence. Le tronçon de l’arbre gigantesque que M. Vivian a choisi dans la forêt de Tularé pour l’envoyer à l’Exposition de Philadelphie a cinq mètres et demi de long et sept mètres de diamètre à une extrémité, et dix-neuf à l’autre. M. Vivian ne prendra que le cœur de ce tronçon, qui ne pèse pas moins de 20,000 kilos et qu’il devra partager en huit parties pour le transporter plus facilement. Il ne faudra pas moins de deux wagons. L’arbre que M. Vivian a abattu, ajoute l'Explorateur, auquel nous empruntons ces documents, était connu sous le nom de général Lee. Il mesurait 92 mètres de haut. Les débris ont fourni 200 cordes de bois et 70,000 mètres cube de branchages. L’arbre dit général Grant, qui est encore debout, est le plus énorme que l’on connaisse. Il mesure 108 mètres de haut, et douze mètres de circonférence à la base.
- Appareil enregistreur <lu son. — Un physicien des États-Unis vient d’imaginer un mécanisme curieux au moyen duquel il est parvenu à rendre en quelque sorte visibles les différents sons de la voix humaine. L’appareil, qu’il appelle opéidoscope, consiste en un tube cylindrique, fermé à l’une de ses extrémités par une membrane vibrante au milieu de laquelle est adapté un petit miroir. Si l’on porte l’autre extrémité de ce tube à sa bouche, et si alors on parle ou on chante, la membrane et le miroir entreront en vibration sous l’action des ondes sonores développées dans le tube. Pendant cette opération, si l’on fait tomber sur le miroir un rayon lumineux oblique, se réfléchissant sur un écran, on verra se former sur cet écran des courbes très-variées, qui se reproduisent identiquement de la même façon quand les sons émis à l’ouverture du tube sont les mêmes. Il nous semble qu’avec le concours d’un papier sensibilisé, on pourrait aussi enregistrer les sons photographiquement.
- Nouvelles du « Challenger. » — On a récemment reçu en Angleterre des nouvelles de l’expédition du Challenger, par une correspondance datée de Valparaiso, 49 novembre 4875. Les'explorateurs ont quitté Ilonolulu le 44 août, et ils relâchèrent à Hilo (îles Hawaii) pour visiter le cratère du volcan Kilauéa. Le 49 le Challenger cingla vers Tahiti, et opéra des sondages et des dragages à 2,800 brasses. La sonde ramena de l’oxyde de manganèse et un grand nombre de choses intéressantes pour le naturaliste. Plusieurs excursions ont été faites à Tahiti, et on s’est attaché à recueillir des documents sur les productions de ce pays, sur son climat et ses habitants. On mit à la voile le 2 octobre; le 43 novembre l’expédition touchait terre à Juan Fernandez. La profondeur moyenne de la section parcourue était de 2,160 brasses. Les naturalistes parcoururent les côtes pendant deux jours, et ils rapportèrent de nombreux spécimens de plantes et d’oiseaux.
- Sur la force musculaire des puces. — On a pu
- lire dans la Nature (n° du 15 janvier 1876), un récit intéressant des prétendues puces savantes ou travailleuses.
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- Même à propos de ces pauvres insectes, aussi persécuteurs que persécutés, on doit dire que rien rfest nouveau sous le soleil. La récréation que les promeneurs parisiens peuvent se donner en ce moment dans la rue Yivienne est bien antique. Nous trouvons dans un vieil auteur de 1634 (Thomas Moufet, Theatrum insectorum, etc., Londres), au chapitre XXYIII de la Puce, p. 275, le passage suivant : « Elle a le cou très-court, cependant un Anglais nommé Marc (ce sont aussi des puces anglaises qu’on assure nous exhiber en ce moment), très-habile dans les plus délicats ouvrages, avait adapté au cou d’une puce une chaîne d’or, de la longueur du doigt, munie de son fermoir et de sa clef, et cela avec tant d'art que l’insecte captif tramait facilement ses liens; cependant puce, chaîne, serrure et clef n’excédaient pas le poids d’un grain. Je tiens de personnes dignes de foi, qu’une puce ainsi liée à sa chaîne traînait un chariot d’or, parfait dans tous ses détails, et cela sans fatigue, de sorte qu’on pouvait admirer à la fois et le talent de l’artiste et la force de l’insecte. »
- Pour parler un peu plus sérieusement de cette puissance musculaire, nous devons, avec Straus-Durckheiin, rectifier une erreur de mécanique qui a été souvent répétée. En voyant qu’une puce saute deux cents fois la longueur de son corps, on a dit qu’une puce de la taille d’un homme sauterait aussi haut que le Panthéon. Elle ne sauterait pas à deux mètres. Le saut se compose de deux temps, l’un, qu’on peut appeler l’élan et qui dure tant que l’extrémité du ressort musculaire touche le sol, est proportionnel à la taille du sauteur, mais le second, la parabole ou trajectoire du saut, demeure constant, peu importe la grandeur du corps, pour des animaux de même organisation.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 janvier 1876. — Présidence de M. Paris.
- Composition du sucre de canne. — Comme résultat de deux séries de recherches indépendantes l’une de l’autre, M. Muntz, d’une part, et MM. Aimé Girard et Laborde annoncent que le sucre de canne renferme normalement une petite quantité d'un autre sucre réducteur des sels cupro-potassiques, sur la lumière polarisée. Tandis que le premier de ces chimistes pense que ce sucre doit, au point de vue industriel, être pris en sérieuse considération, les deux autres émettent l’opinion que la science pure seule est intéressée à sa constatation.
- Plissements de la craie. — Le savant professeur de géologie à la Sorbonne, M. Hébert, dont nous avons, il y a quinze jours, analysé un mémoire sur l’allure de la craie depuis Paris jusqu’à la Manche, revient aujourd’hui sur la même question. On se rappelle que ce qui caractérise cette allure, ce sont des plissements succcesifs offerts par le terrain crétacé et qui sont tels qu’on ne peut pas espérer de rencontrer une couche de craie non tourmentée dans le détroit. C’est la cause de ces plissements qui préoccupe maintenant l’auteur : il le rattache au déplacement d’un golfe qui, dans la série des âgés crétacés, a fait partie, tantôt de la mer du Nord et tantôt de l’océan Atlantique. Nous n’entrerons pas pour le moment dans plus de détails sur ce sujet, nous promettant d’offrir prochainement aux lecteurs de la Nature un résumé des recherches si importantes de M. Hébert.
- Magnétisme intérieur des aimants. — C’est une question à la fois très-intéressante et très-difficile que celle de
- savoir comment est distribué le magnétisme à l’intérieur des aimants. Pour le résoudre, MM. Trêves et Durassier dont nous avons cité si souvent les intéressantes expériences, ont eu l’idée de construire des barreaux d’acier, formés d’un noyau cylindrique et d’une enveloppe qui s’y adapte exactement. Tantôt c’est l’enveloppe qu’on aimante seule, tantôt le noyau, et tantôt, enfin, on aimante séparément les deux parties pour les réunir ensuite. Le résultat général est que le magnétisme du métal enveloppant, est sans effet sur celui du métal enveloppé.
- Histoire de trombes. — M. Paye constate que sa théorie exposée précédemment à nos lecteurs, des mouvements giratoires dont l’atmesphère est le siège, et plus spécialement des trombes, a reçu, dans tous les pays, l’assentiment d’un très-grand nombre de météorologistes. Cependant décrivant la trombe qui, au mois d’avril dernier, a ravagé une partie de la Suède, M. Ilildebrandson se range à l’opinion d’après laquelle les météores qui nous occupent seraient des appareils d’aspiration. Sa raison est intéressante au point de vue de la méthode et mérite d'être mentionnée. D’après les témoins, la trombe est descendue d’un nuage noir, s’est abattue avec accompagnement de tonnerre sur une forêt de sapins à travers laquelle une allée de 150 mètres de large a été fauchée en quelques secondes, et cependant il en conclut qu’elle était animée d’un mouvement de bas en haut. C’est qu’on a constaté, sur le parcours du météore, une baisse barométriqueetqueM. Hildebrand-son, entraîné par des considérations purement théoriques, pense que toutes les fois qu’il y aune diminution de pression dans un point donné il se produit une aspiration en ce point. Cela montre bien, ce nous semble, toute la circonspection dont il faut faire usage dans les inductions scientifiques et combien il faut être minutieux à l’égard des données auxquelles on est porté à donner un caractère de généralité et que l’on est disposé à ériger en loi.
- Fonction glycogénique du foie. — Ainsi qu’il l’avait annoncé Tautrejour, M. Claude Bernard a continué l’exposé de la doctrine glycogénique, mais il n’a fait encore que résumer des faits déjà publiés par lui il y a plus de vingt ans. Il a insisté par exemple sur la belle découverte de l’amidon animal, véritable substance glycogène, dans le foie et d’autres organes des animaux. Le savant physiologiste promet une suite et nous attendrons pour analyser sa communication qu’elle concerne des découvertes non déjà publiées.
- Àzolure de sodium. — L’étude spectroscopique de l’azote a conduit à des résultats contradicloires : les uns obtiennent un spectre à bandes, les autres un spectre en canelures. D’après M. Salet, cela tient à ce que dans un cas on a de l’azote et que dans l’autre on n’en a pas. En effet, pour purifier l’azote dans le tube de Geissler on y met du sodium chargé de s’emparer des impuretés ; or, il parait que le métal, sous l’action de l’effluve électrique, absorbe l’azote tout entier et donne lieu à une poudre noire violacée qui est un azoture. Celui-ci, dont l’étude n’est pas terminé et qui constitue sans doute un ammoniaque dont l’hydrogène est remplacé par du sodium, fournit un cas bien intéressant d’union directe de l’azote avec un corps simple.
- Election d'un correspondant. — La section de géographie avait présenté une liste de candidats portant : en première ligne, ex œquo et par ordre alphabétique, MM. Gould etNordenskiold, en seconde ligne M. Cialdi. — Le nombre des votants étant de 42, M. Nordenskiold est élupar54suffrages; M. Gould en réunit 7, il y a un billet blanc.
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- Géologie de l'île Campbell. — Appelé à File Campbell comme membre de l’expédition du passage de Vénus. M. Filhol a étudié la géologie de cet îlot désolé. On y rencontre des des assises crétacées et tertiaires et des formations volcaniques. L’auteur a déposé au Muséum une intéressante collection de roches à l’appui de son mémoire.
- Stanislas Meunier.
- nouvel
- APPAREIL DE FILTRATION AUTOMATIQUE1
- Au nombre des procédés utiles à la chimie analytique, il faut signaler ceux de la tiltration automatique et rapide. Plusieurs systèmes ont été proposés pour obtenir ce résultat. En fait de tiltration rapide, nul procédé ne saurait avoir de valeur à moins d’être basé sur l’idée de la diminution de pression dans le vase qui doit contenir la substance filtrée. La pompe Bunsen, jusqu’ici le plus efficace de tous les appareils eu usage, soulève plusieurs objections pratiques. D’abord, son prix et sa fragilité réduisent son emploi, ensuite il nécessite une grande quantité d’eau, ce qui est un grave inconvénient dans les petits laboratoires surtout. Ces inconvénients prahques diminuent considérablement les avantages que l’on pourrait retirer de son emploi.
- Sentant la nécessité d’un appareil plus simple, plus à portée de tout le monde, j’ai appliqué la force bien connue de la vapeur à l’opération de l’épuisement. Je me sers d’un générateur métallique de la contenance d’un litre environ ; je fais bouillir l’eau qu’il contient; la vapeur chasse l’air intérieur. Je le ferme à l’aide d’un robinet. Après refroidissement je mets ce générateur en communication avec le tlacou C, représenté ci-dessus, il y détermine une diminution de pression et aspire ainsi le liquide à filtrer.
- En se reportant à la gravure de l’appareil, on s’expliquera parfaitement la disposition générale du système. La petite chaudière, munie d’une soupape de sûreté, communique par un tube de caoutchouc avec le flacon C, qui doit contenir la substance filtrée. Dans la tubulure médiane de ce flacon on a adapté un bouchon que traverse un entonnoir. La diminution
- 1 Mémoire lu au Congrès de Détroit : Association américaine pour l'avancement des sciences.
- de pression produite dans le vase C par l’action de la chaudière refroidie augmente la rapidité de filtration dans une proportion de quatre à six fois. L’ajustage du filtre de papier à l’entonnoir se fait comme dans la méthode Bunsen : on le pose dans un cône de platine qui empêche sa rupture. J’ai reconnu que ce cône de platine peut très-bien être remplacé par un papier de parchemin artificiel.
- La partie automatique de mon appareil se compose d’une allonge de verre plus ou moins grande, selon la quantité de liquide à filtrer. Un bouchon de caoutchouc est adapté à chacune de ses extrémités. Deux tubes en verre sont fixés dans le bouchon inférieur : l’un s’arrête à la partie inférieure de l’allonge et l’autre s’élève jusqu’à sa partie supérieure. Le liquide à filtrer est versé dans l’allonge par l’entonnoir qui surmonte tout le système. 11 s’écoule dans l’entonnoir inférieur par le tube A, et ne peut s’élever quand il a atteint l’ouverture inférieure du tube B, s’abaissant moins dans le filtre que ne le fait le tube A. Le filtre est constamment rempli de la même quantité de liquide, et l’opération s’effectue ainsi jusqu’à la fin sans qu’on ait la peine d’y exercer la moindre surveillance.
- Par la série de chutes du liquide à filtrer dans le filtre, il se produit une succession d’agitations dans ce liquide ; celles-ci permettent de filtrer très-avantageusement les liqueurs contenant un précipité, ce qui, comme on le sait, est le cas le plus fréquent dans les opérations de chimie analytique. Je me suis déjà très-souvent servi de ce petit appareil, qui m’a toujours donné les résultats les plus favorables, m’évitant l’ennui de surveiller constamment les filtrations.
- J’ajouterai que la construction du système est d’une extrême simplicité; elle ne consiste que dans la confection de la petite chaudière dont le prix de revient ne dépasse pas 8 dollars (40 francs). Quant aux autres objets qui se joignent à la chaudière, il n’est pas nécessaire de dire qu’ils sont d’un usage constant dans tous les laboratoires, et qu’ils se rencontrent partout où se font des manipulations chimiques l. M. Stevens,
- Professeur de chimie analytique au collège d’indiana(États-Unis).
- 1 The Laboratory de Boston.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanüiep.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Appareil de laboratoire, destiné à la filtration rapide et automatique.
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- N® 139. — 29 JANVIER 1870.
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- LE MOUSQUET A BALLONS DE M. KRUPP
- Nous avons eu la bonne fortune de nous procurer une pièce rare : une photographie, portant le timbre de l’usine Krupp et représentant le mousquet à ballons dont les Prussiens se sont servis pendant le siège
- de Paris, dans le but de précipiter le navire aérien du haut des airs. Notre gravure reproduit, avec une scrupuleuse exactitude, cet engin curieux, dont on ne. saurait trop, de ce côté du Rhin, se rappeler l’usage qui en a été fait par l’ennemi.
- Dès que le premier ballon-poste fendit la nue, et passa les ligues d’investissement, M. de Moltke s’a-
- Le mousquet à ballon employé par les Prussiens, pendant le siège de Paris, pour tirer sur les aérostats-poste. (D’après une photographie provenant de l’usine Krupp.)
- dressa au célèbre constructeur prussien ; il lui confia le soin d’imaginer quelque machine infernale destinée à arrêter l’ardeur des messagers aériens. M. Krupp, le « roi du fer » suivant l’expression germanique, construisit aussitôt un mousquet à ballon, et l’expédia en toute hâte à Versailles, où, d’après ce qui nous a été raconté par quelques-uns de nos
- 4® année. — i*r semestre.
- concitoyens, il fut triomphalement promené dans les rues.
- L’appareil consiste en un mousquet, formé d’un fort canon métallique, muni d’une crosse et d’une hausse. Le canon de l’arme peut osciller dans le sens de la verticale, autour d’un axe monté lui-même sur un genou qui lui permet de tourner horizonta-
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- lement et de pouvoir ainsi se diriger comme une lunette vers tous les points du ciel. Le système est adapté sur un cylindre de bronze, solidement fixé à un léger chariot à quatre roues, où deux chevaux doivent s’atteler. Un petit siège, placé à l’arrière de la voiture, est réservé à l’artilleur.
- Aussitôt qu’un ballon-poste s’élevait de Paris, des vedettes allemandes déterminaient la direction suivie par le globe aérien ; grâce au télégraphe électrique, un mousquet à ballon, toujours attelé, pouvait presque aussitôt se diriger à bride abattue à la rencontre de l’aérostat. Là, un artilleur expérimenté dirigeait le canon de l’arme vers la sphère aérienne, dont il connaissait le diamètre1, et dont il pouvait, par conséquent, apprécier la distance avec une certaine approximation; il visait et il tirait.
- La plupart des courriers de la poste aérienne ont entendu le sifflement des balles à une hauteur assez considérable, 800 à 1,000 mètres environ: le 12 novembre 1870, le ballon-poste le Daguerre fut traversé par plusieurs balles, et les aéronautes qui le montaient se trouvèrent contraints de toucher terre à Ferrières où ils furent immédiatement assaillis par des cavaliers ennemis. Sont-ce des fusils, ou des mousquets à ballon auxquels les Allemands ont dû cette capture? C’est à quoi l’on ne saurait répondre d’une façon certaine, mais il n’est pas moins manifeste que les mousquets aérostatiques ont été employés pendant toute la durée du siège, et que, depuis la guerre, ces engins, d’abordJaits à la hâte, ont pu être singulièrement perfectionnés.
- Pendant le siège de Paris, le'ministre de la guerre à Tours fit exécuter, à l’aide de ballons captifs, des expériences destinées à connaître la hauteur à laquelle un aérostat se trouve à l’abri des projectiles. On reconnut qu’un ballon de quatre mètres de diamètre, maintenu à quatre cents mètres d’altitude par l’intermédiaire d’une cordelette, n’était pas atteint par douze bons tireurs munis de fusils chasse-sepot, tandis qu’il était toujours transpercé par les balles, à des niveaux inférieurs. Cette expérience est en contradiction avec les récits des aéronautes qui, comme nous venons de le voir, ne semblaient pas être à l’abri des balles, à des hauteurs beaucoup plus considérables. Peut-être les tireurs de l’expérience de Tours perdaient-ils leur adresse dans cet exercice anormal d’un tir vertical de bas en haut. Quoi qu’il en soit, la question n’est pas résolue. Si l’on a des doutes sur la portée dans la verticale des armes à feu ordinaires, on ignore plus complètement encore les effets que sont susceptibles de produire des engins spéciaux analogues à ceux que les Allemands ont employés : une semblable étude est à faire; elle nécessite des expérimentations rigoureuses, dont les résultats, on le conçoit, offrent un intérêt de premier ordre en ce qui concerne l’organisation des ballons militaires.
- Gaston Tissandier.
- 1 Les Allemands ont pu connaître les conditions de construe-
- LES ASILES D’ALIÉNËS DE LA SEINE
- (Suite et lin. — Voy. p. 1 et 98.)
- BICÊTRE.
- La folie peut assez souvent se guérir, comme le prouvent les chiffres intéressants cités par le directeur de l’asile de Ville-Evrard, M. le docteur Dagron, dans le livre si curieux et consciencieux qu’il vient de publier et où il résume les observations les plus frappantes de sa longue carrière médicale1.
- En 1872, dans tous les asiles parisiens, 4081 malades ont été traités, et sur ce nombre, 333 sont sortis guéris et 355 améliorés ; donc 888 ont été rendus à la vie ordinaire. A Ville-Évrard, à la fin de la même année, il se trouvait 472 malades, et il y en avait 587 au 31 décembre 1874. En cette dernière année, il y a eu 1 guérison sur 9,88 malades traités, soit 10 p. 100; mais il y a eu des années meilleures et, pour l’ensemble des 7 ans d’exercices, — 20 janvier 1868, 31 décembre 1874, — on compte : nombre total des aliénés admis à Ville-Évrard, 3361 ; guéris, 921, soit 1 sur 6,01 ou 16,65 p. 100; décédés, 453, soit 1 sur 12,22 ou 8,18 p. 100 (moitié moins que de guéris); évadés, 111; transférés dans d’autres asiles, 1205 (dont 534 envoyés à Vaucluse pendant le siège, comme nous l’avons dit) ; repris par leurs familles et sortis par des causes diverses, 84. Le nombre des admissions varie beaucoup suivant les mois ; il atteint le maximum dans les grandes chaleurs, 448 en juillet, et son minimum dès qu’elles sont passées, 200 en octobre. Sur les 3361 malades admis, il n’en est que 1829 dont on ait pu découvrir la cause de leur folie, et parmi ceux-ci, bien plus de la moitié, 1058, avaient été conduits à l’asile par les excès alcooliques. En revanche, si l’ivrognerie est une des causes les plus fréquentes de l’aliénation, ce genre de folie est un de ceux qui, pris à temps, offrent le plus de chances de guérison : sur les 921 malades guéris, 460 étaient des alcoolisés. Ce qu’il importe, c’est de soigner cette maladie, comme toutes les autres, à son invasion (quelle que soit son origine), car les chances de guérison diminuent rapidement avec le temps : 688 malades sur 921, plus des deux tiers, ont été guéris après moins de six mois de séjour à l’asile; un seul après plus de deux ans.
- Beaucoup d’aliénés n’étant amenés que lorsque le mal a fait de grands ravages, les décès suivent la même décroissance que les guérisons : 251 sur 453, plus de la moitié, ont eu lieu dans les six premiers mois, et un seul après plus de deux ans ; enfin, sur le total des décès, 251, le même chiffre exactement, ont été occasionnés par la paralysie générale qui en-
- tion des ballons-poste, soit par des espions, soit, plus facilement encore, par les documents publiés par quelques journaux.
- 1 Des aliénés et des asiles d’aliénés. Paris, Delahaye, 1875, 2 vol. in-8" de 214 et 152 pages, avec le plan de Ville-Évrard.
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- lève à peu près tous ceux quelle atteint. En somme, on le voit, si, dans les deux premières années, le patient n’est ni guéri ni mort, il a bien des chances de rester de longues années à l’asile.
- Ce sont ces malades chroniques que l’on envoie en province; mais, pour obéir à la loi et à l’humanité, il faudra bien reprendre le projet de M. Haussmann et édifier près de Paris des hospices où ces infortunés recevront, près de leurs parents et de leurs amis, les soins qu’ils réclament. Pour compléter le service, le médecin-directeur de Vaucluse, M. Billod, propose, dans une substantielle brochure1, de créer trois vastes asiles de chroniques, contenant 1200 places chacun, dont un sur le territoire de Ville-Évrard; une annexe de 300 places pour les aliénés pauvres ayant connu l’aisance, pour les déclassés en un mot, sür le territoire de Vaucluse ; une colonie d’idiotes dont nous avons déjà touché un mot, et un quartier d’épileptiques à Ville-Evrard, où le médecin-directeur de cet asile, M. Dagron, propose d’ajouter encore une annexe, pour les aliénés exerçant un métier, catégorie si nombreuse à Paris.
- Nous ajouterons ici quelques mots sur les anciens asiles : la maison de Charenton a été fondée en 1641 et a commencé à recevoir les malades de tout genre en 1645; elle prenait depuis longtemps des aliénés en pension quand elle fut supprimée, avec tous les établissements desservis par des religieux, en 1795. Elle fut rétablie, comme pensionnat na- ! tional, sous la direction immédiate de l’État, dès 1797. Sa situation n’a pas changé depuis. Les pensionnaires des deux sexes, au nombre aujourd’hui de plus de 500, payent annuellement 900, 1200 ou 1500 francs, suivant la classe.
- L’immense hospice de la Salpêtrière, qui occupe uhe superficie de 31 hectares et renferme une population totale, administrées et personnel, de plus de 4500 personnes, a appartenu partiellement à l’Assistance publique parisienne depuis 1657 et lui appartient en entier depuis 1802; les folles y étaient déjà admises longtemps avant la Révolution. On compte dans l’établissement 4682 fenêtres éclairant 45 corps de logis, occupés, pour le plus grand nombre, par les femmes âgées et infirmes ; il y avait 1341 lits pour les aliénées, mais on en a réduit le nombre et, le 31 décembre 1872, il ne restait que 941 folles, épileptiques ou aliénées à la Salpêtrière, chiffre qui ne sera plus dépassé.
- Grâce au permis de visite que M. le directeur a eu la bienveillance de nous accorder, nous avons pu être guidé avec la plus aimable obligeance par un des employés de la comptabilité, M. Marsalès, dans l’hospice de Bicêtre, dont l’histoire est presque identique à celle de la Salpêtrière. Les bâtiments de Bicêtre, reconstruits, à partir de 1632, par ordre de Richelieu, ont été mis partiellement, en 1657, à la disposition de l’Assistance publique, qui n’a pris
- 1 Etude sur des questions concernant la réorganisation du service des aliénés de la Seine. Paris, Masson, 1874, une brochure in-8e, de 88 pages.
- totalement possession de l’édifice qu’en 1836. Les aliénés y étaient aussi admis avant la Révolution, et c’est là que Pinel osa les déchaîner en 1792. Bicêtre est ainsi devenu le premier modèle de tous les asiles contemporains d’aliénés, et c’est à ce titre qu'il mérite une mention spéciale. Il est de même commun aux vieillards et aux fous ; sa population, employés avec leur famille compris, atteint 3000 habitants; sa superficie est de 21 hectares. Le nombre des lits d’aliénés s’est élevé jusqu’à 854; mais il n’y avait plus que 546 fous le 31 décembre 1872, et ce nombre ira plutôt en diminuant. Comme Ville-Evrard et Vaucluse, Bicêtre possède une usine à gaz et une pompe à feu; mais, tandis que la machine à vapeur de Vaucluse puise l’eau dans l’Orge et celle de Ville-Evrard dans la Marne, celle de Bicêtre élève l’eau d’un gigantesque et célèbre puits de 5 mètres de diamètre et 58 de profondeur, creusé en 1735.
- Les dortoirs n’ont pas l’aspect presque confortable de ceux des nouveaux asiles, mais ils sont plus loin encore des hideux cabanons d’autrefois. La salle d’école est munie des accessoires nécessaires à l’éducation des jeunes idiots; c’est là que, depuis trente-trois ans, le bon M. Deleporte poursuit cette tâche ingrate, et ce sont ces enfants qui vont être envoyés à Vaucluse l’année prochaine. Outre le service spécial des épileptiques et des idiots, Bicêtre possède une organisation particulière pour les aliénés plus ou moins dangereux. Les fous habituellement surexcités et pouvant devenir redoutables sont expédiés sur Bicêtre, où ils sont enfermés dans deux quartiers appelés les anciennes et les nouvelles colonnes. Chacun d’eux est formé d’un quadrilatère, dont deux côtés sont occupés par des cellules, au nombre de 20, donnant sur un préau intérieur, garni, comme tous ceux de l’hospice, de beaux et vieux arbres ; les cellules s’ouvrent, de ce côté, sur une colonnade couverte, de l’autre, sur le couloir de surveillance, servant de chauffoir l’hiver. L’ensemble est pi'esque monumental, les fenêtres sont défendues par des grilles fixes d’un dessin assez élégant, mais l’aspect intérieur ressemble trop à celui d’un cachot ; fenêtre, porte, guichet sont verrouillés au verrou de sûreté; enfin, ce qui est vraiment excessif, dans les cabanons rien que le baquet fétide et un lit fait directement sur le sol, sans bois de lit, sans siège aucun. Ceci a pour but d’empêcher les hommes de se créer des armes en démolissant leurs meubles, mais avec la camisole en épaisse toile, lacée par derrière, en entravant leurs mouvements, on les met dans l’impossibilité de nuire, sans les priver de l’indispensable.
- Enfin, à l’extrémité du quartier des aliénés se trouve la sûreté; c’est un bâtiment où sont séquestrés les fous ayant commis des actes criminels; il forme une rotonde (assez semblable à celle de l’éléphant au Jardin des plantes) divisée en 24 loges donnant, d’un côté, sur de petis préaux ornés encore d’arbres et de fleurs, et, de l’autre, sur quelques salles, servant de chauffoir l’hiver, et. séparées par
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- des grilles de bois de la pièce centrale, où se tiennent les gardiens.
- Il est bien à souhaiter que, par la construction de nouveaux asiles, et, comme le demande le docteur Dagron, par celle d’un quartier pour les aliénés dits criminels (où ils seront surveillés et, au besoin, isolés les uns des autres), Bicêtre et la Salpêtrière puissent être uniquement réservés aux vieillards, et les asiles ordinaires, aux fous paisibles dont la vie n’a été marquéepar aucun acte blâmable ou effrayant.
- Enfin, si les épileptiques simples, envoyés par l’Assistance publique, et les épileptiques aliénés, expédiés par la Pi'éfecture de police, sont tous réunis à Bicêtre quelque soit leur âge; et si les jeunes idiots, jusqu’à dix-huit ans, sont élevés à Bicêtre et vont l’être à Vaucluse, les idiots adultes sont envoyés à Villers-Cotterets, où ils sont confondus avec les mendiants et les vagabonds, ce qui n’est pas juste; ce sont de véritables incurables ayant au moins droit aux places que l’ouverture des nouveaux asiles rend vacantes à Bicêtre.
- La plupart des établissements d’aliénés de la France et de l’étranger se rapprochent plus ou moins de ceux qui font l’objet de cette étude, sous le rapport de l’installation et du mode de traitement. Il existe, toutefois, en Belgique, une institution d’un caractère bien différent, contradictoire même, sous certains rapports. Nous voulons parler de Gheel qui a provoqué, dans ces dernières années, des débats si longs et si passionnés.
- Dans la Campine brabançonne, à l’est et non loin d’Anvers, au milieu d’un pays plat, monotone, peu fertile, se trouve Gheel, petite ville qui, avec les hameaux voisins disséminés dans un rayon de six kilomètres, forme une commune de 10,000 habitants. C’est là que, de temps immémorial, se succède au foyer des artisans et des agriculteurs une foule sans cesse renaissante d’aliénés.
- Dans les premiers siècles du christianisme, une jeune princesse irlandaise, résistant aux obsessions de son père, fut, par lui-même, décapitée en ce lieu.
- Quelques fous, témoins de cet acte monstrueux d’un père tuant sa propre fille, recouvrèrent la raison.
- Le fait étant connu, d’autres fous furent amenés auprès du tombeau (de la jeune martyre, et, dans l’attente de la guérison, placés à demeure chez les paysans. Chaque génération suivit cet exemple ; de sorte que l’habitude de faire prendre aux aliénés, aux pauvres surtout, le chemin de Gheel s’est perpétuée en Belgique jusqu’à nos jours.
- Le principe de Gheel c’est la liberté pour l’aliéné, c’est le travail au grand air, c’est le patronage familier. Le fou a sa place au foyer domestique ; il partage le logis, la table, les travaux, le costume, toute l’existence de la famille où il est placé, et où il est bien traité, dans la grande majorité des cas; les rapports sur Gheel s’accordent à le reconnaître.
- Le fou devient un membre actif, utile de cette société qui le repoussait naguère. 11 est consolant de voir ce malheureux admis dans une seconde fa-
- mille, alors que la première ne veut ou ne peut le garder dans son sein. C’est ce spectacle qui a valu à cette colonie beaucoup d’admirateurs et qui, inspirant l’enthousiasme à Jules Duval, lui faisait dire : Gheel est le paradis des fous. Mais il y a une ombre au tableau ; voyons ce qu’elle recouvre :
- A Gheel, et surtout dans les ménages pauvres, peu de confort, logements exigus, mal aérés, froids en hiver, nourriture peu animalisée, peu tonique, insuffisante parfois ; pour les malades traitement difficile à diriger, en raison de la dissémination d’un millier d’aliénés sur un territoire de 36 kilomètres de tour. En somme, conditions hygiéniques et théi'apeuti-ques inférieures à celles des asiles.
- Ces inconvénients n’ont pas manqué d’être signalés par des visiteurs compétents ; Gheel fut attaqué vivement- par un grand nombre de spécialistes. Fer-rus alla même jusqu’à dire que c’était là une des choses les plus détestables qu’on eût faites.
- 11 est bien certain que, jusqu’à ces derniers temps, Gheel laissait énormément à désirer ; aussi a-t-il fallu lui faire subir de larges modifications. On a dû réglementer et restreindre l’usage des moyens contentifs : ceintures pour les bras, entraves poulies pieds, etc. On a dû construire un quartier de sûreté ; et une infirmerie pour les violents, les faibles, les aliénés homicides, suicides, incendiaires, érotiques, tous ceux encore pour lesquels la science thérapeutique croit avoir quelque chose à faire. En définitive il n’y a plus guère en pension chez l’habitant que les malades tranquilles. Celte réforme n’a pas tardé à porter ses fruits : la proportion des guérisons s’est considérablement élevée.
- A-t-on, en France, imité Gheel dans ce qu’il a de bon? Oui, sans doute, mais l’épreuve a été déplorable ; le pauvre fou, chez nos paysans, était la plupart du temps mal nourri, mal logé, maltraité même.
- Les Gheelois sont doux, simples, placides. La présence d’un fou, même furieux, ne saurait les émouvoir ni les effrayer. Il y a là un caractère et des habitudes, produit de l’éducation et de l’hérédité, qui rendent le peuple de la Campine apte à vivre en compagnie des malheureux privés de raison.
- Nous reconnaissons volontiers que Gheel porte en lui un principe fécond : la liberté relative pour l’aliéné, le travail en plein air, la vie de famille.
- Ce principe, contenu dans des limites scientifiques, devait porter ses fruits. Aussi partout, aujourd’hui^ comme nous l’avons vu à Vaucluse et Ville-Evrard, à côté de l’asile fermé existe la colonie; en regard de la salle d’étude, l’atelier ou la ferme ; à côté de la diversion par le travail intellectuel, la révulsion par le travail musculaire à l’air libre.
- On comprend qu’il est sage, utile et humain de rendre à la vie sociale, dans la mesure du possible, l’aliéné paisible pour lequel l’isolement et la séquestration seraient une souffrance sans profit pour sa guérison.
- Dr Badkr et Ch. Boissay.
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- LES POISSONS AMPHIBIES
- Dans les marais de la Gambie que vient dessécher un soleil tropical, ou rencontre parfois enfouies des mottes de terre ayant une forme régulière : leur volume atteint, en général, celui des deux poings
- réunis. Ges mottes renferment des animaux vivants que leur instinct a porté à se cacher vers la fin de l’époque des pluies, avant la saison sèche, en s’enfouissant dans la vase, molle encore, mais qui bientôt se durcira sous l’influence des rayons brûlants du soleil.
- Que l’on vienne à briser cet amas de vase, ainsi
- Lepidosiren et Protoplère.
- roulé en boule, l’on y trouvera une espèce de poche ou de cocon à parois minces, soulevé çà et là par les saillies du corps de l’animal qu’il protège ; arrondie vers le gros bout, cette poche est fermée à l’autre extrémité par une sorte de couvercle peu bombé, percé à son centre d’une étroite ouverture. Si l’on j vient à toucher, même légèrement, la surface du | cocon, l’on entend un cri assez fort que "Watterer a j
- comparé au miaulement du chat. L’animal qui s’enterre ainsi est connu des naturalistes sous le nom de Protoptère.
- Pendant longtemps, l’on pensa que l’ensevelissement de l’animal se faisait au milieu des feuilles qui entourent son étui protecteur. Dans un mémoire spécial publié dans les Bulletins de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Leuckart émit l’opi-
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- nion que l’épiderme, en se détachant, fournissait les matériaux de l’enveloppe. Il est aujourd’hui démontré qu’une épaisse secrétion de mucus, en se desséchant, forme ce cocon ; tel était le résultat des observations de MM. Paulson et R. Owen, observations contrôlées par Auguste Duméril. Le savant professeur d’ichthyo-logie du Muséum a pu être témoin, en effet, du mode de formation du cocon, et c’est d’après lui que nous aurons à le décrire.
- « Deux Protoptères, dit-il, revenus à l’état de liberté par suite du ramollissement lentement obtenu des mottes où ils étaient logés, donnèrent, après un mois d’existence active dans un aquarium, la preuve que le moment était venu pour eux de chercher, dans la terre molle que l’eau recouvrait, l’abri qni, dans les conditions ordinaires de leur vie, est indispensable durant la saison sèche : agitation, sécrétion abondante de mucus, efforts pour fouir, tout annonçait un irrésistible besoin de trouver un milieu autre que celui dans lequel ils étaient plongés.
- « Je m’efforçai donc de les placer dans des conditions analogues à celles qu’ils rencontrent lorsque le sol abandonné par les eaux se dessèche et finit par se durcir. L’eau de l’aquarium fut peu à peu enlevée, dès que les animaux eurent creusé la vase. Trois semaines environ était à peine écoulées et déjà la terre durcie formait une masse fendillée sur plusieurs points par la dessication. Ce sont ces ouvertures qui permettent l’arrivée d’une petite quantité d’air pour les besoins de la respiration.
- « Au bout de 70 jours, j’explorai le sol et je pus constater que les deux animaux avaient trouvé des conditions favorables pour traverser sans danger la saison de sécheresse artificiellement produite, car ils étaient enveloppés dans des cocons et pleins de vie, comme le prouvaient leurs mouvements provoqués par le plus léger attouchement.
- « Le cocon est donc un étui protecteur produit par la sécrétion muqueuse. La mucosité abondamment sécrétée recouvre d’abord et agglutine les parois du sol que le Protoptère traverse ; aussi les parties du canal souterrain qu’il s’était creusé et qui resta béant, étaient-elles, après la dessication, lisses et comme polies ; puis, dans le lieu où il s’arrête, la sécrétion devenant plus active encore, la mucosité se dessèche et acquiert la consistance d’une enveloppe membraneuse remarquable par sa structure. »
- L’animal s’enroule sur lui-même dans son enveloppe, la queue ramenée au devant de la tête; la bouche est libre ; c’est par elle que pénètre l’air nécessaire à la respiration qui est, on le comprend, exclusivement pulmonaire, dans les conditions où se trouve placé l’animal. Il peut, en effet, respirer directement l’air en nature, ou, au moyen de ses branchies, séparer l’oxygène en dissolution dans l’eau. La respiration peut être aquatique ou aérienne, s’opérer au moyen de poumons ou de branchies.
- Celles-ci communiquent avec l’extérieur par une étroite ouverture s’ouvrant de chaque côté du cou. Cette ouverture donne accès dans une chambre de
- capacité médiocre, dans laquelle flottent des appendices en filaments ; sur eux se répandent les vaisseaux sanguins, ne formant que des houppes peu développées, contrairement à ce que l’on observe chez les poissons. Tant que l’animal vit dans l’eau, il respire au moyen de ces appareils ; qu’il vienne à s’enterrer, c’est alors que le poumon commence à fonctionner.
- La plupart des poissons sont munis, en dessous de la colonne vertébrale, d’une sorte de capsule qui, par le jeu des muscles qui l’entourent, semble remplir le rôle d’un appareil de flottage, destiné à permettre à l’animal de s’élever ou de descendre à volonté, tout en allégeant de beaucoup son poids. Cette capsule est connue sous le nom de vessie natatoire. C’est aux vibrations communiquées aux gaz qu’elle renferme que sont dus les sons que peuvent émettre certains poissons, les Trigles, par exemple, connus à cause de cette particularité sous le nom de grondins.
- Cette vessie nat atoire remplira, chez le Protoptère, le rôle physiologique de poumon lorsque l’animal ne pourra plus respirer que l’air en nature. Pour atteindre ce but, la vessie natatoire s’est divisée en petits lobes devenus celluleux, sur les parois desquels rampent d’abondants vaisseaux sanguins charriant un sang qui a besoin d’être revivifié, quoi qu’il soit incomplètement veineux. Afin d’empêcher le mélange des deux sangs, de celui qui a respiré avec celui dont le but physiologique est rempli, une cloison s’élève dans l’oreillette ; c’est dans la partie gauche que se rendra le sang rouge, tout comme chez les animaux supérieurs ; une bride musculeuse, sorte de rudiment de cloisons, part du fond du ventricule ; cette bride joue le rôle d’un piston destiné à empêcher, par son abaissement au moment de la contraction du cœur, le retour du sang dans les vaisseaux.
- L’air pénètre en nature ou par la bouche ou par les narines qui débouchent vers le bord postérieur de la lèvre supérieure ; de là il se rend dans une trachée artère qui traverse la paroi de l’œsophage ; puis, arrivé dans une sorte de sac membraneux, parvient, par deux larges ouvertures, aux poumons qui, au nombre de deux, ressemblent par leur apparence aux poumons des serpents.
- Les êtres étranges qui sont réellement amphibies, comme nous venons dé le dire, ont reçu des naturalistes le nom significatif de Dipnés, de deux mots grecs qui veulent dire animaux à double respiration.
- Deux genres, ne comprenant chacun qu’une espèce, forment cette sous-classe de Dipnés. La Gambie, Zanzibar, le Sénégal, la région du Nil Blanc, le Niger, sont la patrie de l’espèce africaine, le Pro-topterus annecteus ou anguilliformis; l’autre espèce, le Lepidosiren paradoxa a été trouvée dans le bassin de l’Amazone.
- Cette dernière espèce est peu représentée dans les collections ; on n’en connait en Europe que quelques
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- spécimens. D’après M. Bâtes, les indigènes la nomment Zamhaki Mboya ; suivant ce naturaliste, elle semble être cantonnée dans les grands lacs voisins des rivières Tapajos et Madeira. M. de Castelnau l’a pêchée dans un marais sur la rive gauche de l’Amazone, au-dessus de Villanova, en un endroit nommé Caracauca.
- Chez le Lepidosiren, la queue est pointue, les nageoires pectorales et ventrales, très-écartées l’une de l’autre, sont peu longues, formées par un seul rayon non divisé en segments ; on ne remarque aucun rayon accessoire dans le repli de la peau que forme leur bard. La forme générale est celle d’une anguille qui serait pourvue de chaque côté de deux filaments. Sur un fond général de couleur gris-brun foncé ou olivâtre, se détachent des taches rondes irrégulières, plus claires, presque aussi grandes que les écailles, peu marquées sur la tête et sur le milieu du dos. L’espèce paraît atteindre un mètre environ.
- Le Protoptère, c’est-à-dire le représentant du groupe en Afrique, est vert-olive, cette teinte étant relevée de nombreuses taches irrégulières brunes ou noirâtres. Les régions inférieures sont violacées. Les individus jeunes encore portent des lignes étroites et de couleur claire formant les contours des mailles d’un réseau régulier. La queue est effilée à son extrémité ; les pectorales et les ventrales sont longues et formées par un rayon composé de segments ajoutés bout à bout ; le repli cutané des nageoires soutient de petits rayons nombreux et très-fins. Les os du squelette sont teints en vert.
- On doit la première connaissance de ces animaux au naturaliste Watterer, qui, durant son séjour au Brésil, put s’en procurer deux exemplaires qu’il rapporta au musée de Vienne. Pendant longtemps on a classé les êtres dont nous nous occupons parmi les Batraciens, parmi ceux dont la queue est persistante et pendant toute la vie, comme chez les Axolotls ; plus tard on les a regardés comme devant former une classe en quelque sorte intermédiaire entre les reptiles et les poissons, classe unissant l’un à l’autre les deux groupes. On s’accorde aujourd’hui à placer le Lepidosiren et le Protoptère parmi les poissons.
- Les Dipnoi ne sont pas les seuls qui s’enterrent dans la vase désséchée, après que les chaleurs de l’été ont déterminé l’évaporation des eaux. Un autre poisson, et celui-ci, de l’avis de tous, est incontestablement un poisson, habite les marais de l’Amérique septentrionale qui se trouvent dans la grande vallée limitée à l’est par les monts Alléghany, et, à l’ouest, par les montagnes Rocheuses. Cet animal est connu, à cause de ses habitudes, sous le nom de poisson de vase, Mudftsh ou Mash-fish. Les naturalistes lui ont donné le nom d'Amia. Il semble y avoir quelque relation entre le genre de vie de l’animal et la structure celluleuse de sa vessie natatoire. Les Amias ne semblent cependant pas être des animaux amphibies, dans le vrai sens du mot. Si, en effet, la vessie natatoire ressemble à un poumon de serpent, il est certain que cet organe ne reçoit que du sang qui a
- déjà respiré ; nous n’avons donc point chez cet animal une respiration vraiment aérienne, pouvant alterner avec une respiration franchement aquatique Encore que ces êtres ne soient pas amphibies, comme nous venons de le dire, et que par cela même nous ne devrions peut-être pas en parler ici, nous ne pouvons cependant passer sous silence que, cantonnés aujourd’hui dans des limites géographiques assez étroites, ils paraissent avoir vécu en Europe à l’époque que les géologues connaissent sour le nom de tertiaire moyenne.
- L’on trouve, en effet, à Œningen en Suisse, à Ivutschlin en Bohème, à Ménat et à Armissan dans le Puy-de-Dôme, en France, des poissons que l’on nomme Cyclurus, et qui ont la plus grande affinité avec les Amia. Il est très-probable, pour ne pas dire certain, que, comme les Amia, ces poissons devaient s’enterrer dans la vase pendant la saison sèche. Les petits lacs tertiaires de la Limagne paraissent avoir subi autrefois, en effet, comme les marécages des pays tropicaux et intertropicaux, des alternatives de sécheresse et d’humidité.
- La présence en Europe d’un genre bien voisin des Amia américains semblerait démontrer, à une époque géologique relativement récente, la communication entre les deux mondes. L’étude des insectes tertiaires à laquelle s’est livrée M. E. Oustalet, l’examen attentif des poissons fossiles, vient, ce nous semble, donner, en effet, grand poids à l’hypothèse de M. Oswald Heer, d’après laquelle une Atlantide, non une Atlantide historique comme l’entendait Platon, mais une Atlantide géologique, aurait, vers la fin de la grande époque tertiaire, réuni par le nord l’Europe à l’Amérique. E. Sa.uva.ge,
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- L’EXPLOITATION DE LA GLACE
- AUX ÉTATS-UNIS.
- La conservation de la glace est une opération très-ancienne et les Romains notamment ne reculaient devant aucune dépense à ce sujet ; ils prenaient soin de recueillir l’eau solidifiée pendant la saison de l’hiver, et de la garder jusqu’en été dans des caves disposées comme nos glacières. Les auteurs latins nous représentent le tableau des chariots couverts de paille qui pendant la nuit amenaient dans l’ancienne capitale du monde la neige des Apennins, et leurs récits nous font voir les galères qui transportaient en Italie la neige de Sicile.
- En France, la consommation de la glace prend tous les ans un accroissement de plus en plus considérable, aussi les glacières du bois de Boulogne suffisent-elles à peine à l’alimentation de Paris, mais cette consommation atteint des proportions bien plus considérables aux États-Unis, où la glace en été est d’un usage constant. Recueillie pendant l’hiver sur les immenses lacs du Canada et sur l’Hudson, elle est transportée à Boston, où des navires la font voyager
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- aux Antilles, au Cap, aux Indes et jusqu’en Australie. La seule ville de Boston consomme par an cent mille tonnes de glace et plus de 4000 ouvriers sont attachés à celte branche d’industrie.
- Nous sommes heureux de pouvoir fournir à nos lecteurs quelques renseignements sur une exploitation bien peu connue parmi nous, et qui s’accomplit, dans la saison où nous sommes, avec une extraordinaire activité. Les gravures que nous publions représentent les dispositions les plus récentes qui ont été prises pour recueillir et emmagasiner la glace sur le fleuve de l’Hudson, à 150 kilomètres au delà de New-York.
- Notre grand dessin donne la vue d’ensemble des travaux exécutés sur le grand cours d’eau solidifié. Le long de la rive s’élèvent çàetlà d’immenses magasins pour conserver la glace destinée à la consommation de l’été. Un seul de ces bâtiments emmagasine de cinquante mille àcent mille tonnes de glace.
- Ces constructions sont en bois, avec doubles murailles, produisant ainsi une enveloppe peu conductrice, formée d’une épaisse couche d’air. Elles pré-sententdu dehors un aspect massif et peu agréable. Quand l’été est venu, la glace est chargée sur des bâteaux, que le touage descend sur le fleuve jusqu’à New-York, où des chariots la portent aux glacières
- Blocs de glace coulés dans la glacière. Ascension des blocs de glace sur une loile sans lin.
- de la ville. Celles-ci la distribuent à la consommation à domicile. La glace est ordinairement fournie à New-York à raison de 1 /4 de cent ou un cent par livre ( environ 5 centimes le demi kilogramme). Le prix est d’ailleurs variable, suivant l’abondance de l’approvisionnement et de la demande. Un hiver sec ou trop clément ne produit naturellement que peu de glace ; dans ce cas la valeur de celle-ci atteint un chiffre plus élevé.
- L’opération de la récolte des blocs de glace commence dès que la couche sodifiée du fleuve a atteint une épaisseur de neuf pouces (environ 18 centimètres). Des ouvriers spéciaux marquent les endroits de bonne glace avec des jalons en rameaux de sapin; puis, avec des charrues ad hoc, on sillonne la surface gelée de
- rainures marquant la trace de carrés ou rectangles de 36 pouces de longueur sur 22 de largeur, ce qui représente un peu moins d’un mètre carré. On appuie sur la glace le couteau de la charrue, de telle façon qu’elle soit entamée d’abord sur une profondeur de 3 centimètres, puis le même outil repasse un certain nombre de fois dans les mêmes sillons auxquels il donne ainsi des profondeurs de plus en plus grandes, jusqu’à ce que la glace non entamée n’ait plus que tout juste l’épaisseur suffisante pour relier et maintenir entre eux les blocs ainsi préparés. Quand cette opération est terminée, on sépare une certaine portion de ceux-ci à coups de pics, et des chevaux de traits, qu’on y attèle à l’aide de câbles, les entraînent le long d’un chenal qui mène à la glacière. Des hom-
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- Vue générale de l'exploitation de la glace sur l’Hudson, aux États-Unis.
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- LA NATURE.
- mes séparent alors à coups de trident les blocs de glace, que les chevaux ont amené au nombre de cent environ, puis ils les placent successivement dans les emboîtures établies sur une toile sans fin, que met en mouvement une machine à vapeur comme le représente notre deuxième figure. Arrivé au sommet de la rampe, chaque bloc est saisi par des ouvriers, et entraîné sur le plancher en pente d’un couloir, tout le long duquel s’ouvrent les portes des glacières, Là, d’autres hommes les attirent à l’aide de harpons et les font tomber dans le magasin de conservation. L’entassement des blocs s’effectue avec une grande promptitude ; il faut avoir soin de ménager entre les blocs un espace de 6 à 9 centimètres, qui permet entre eux la circulation de l’air, tout en laissant librement s’écouler l’eau provenant d’une fusion partielle. Quand une chambre est pleine, elle est recouverte d’une couche de foin non tassé; et la porte se referme pour n’être ouverte qu’au moment des chaleurs de l’été. L. Lhéritier.
- L’ASTRONOMIE DES BABYLONIENS
- d’après les découvertes récentes faites a ninive1.
- La science astronomique des anciens babyloniens et de leurs élèves les Assyriens n’était, ni si profonde ni si méprisable qu’on l’a maintes fois supposée. Maintenant que nous pouvons lire leurs ouvrages écrits en caractères cunéiformes, nous constatons que le progrès qu’ils avaient réalisé à une époque très-ancienne, en faisant la carte du ciel, en calculant un calendrier, et surtout en observant les phénomènes célestes, était vraiment merveilleux.
- Les créateurs de l’astronomie en Chaldée (aussi bien que ceux de toute autre science) n’étaient pas des Babyloniens sémitiques, mais appartenaient à un peuple auquel on donne généralement maintenant le nom d’Àccadien, parlant une langue agglutinative. Ils étaient originaires des montagnes d’Elam ou de Susianie à l’Orient et ont apporté avec eux les rudiments de l’écriture et de la civilisation. A leur arrivée en Chaldée, ils y trouvèrent une race de la même famille déjà installée, et c’est après leur réunion avec tcette race qu’ils bâtirent les grandes capitales de la Babylonie, dont les ruines attestent encore leur puissance et leur antiquité. Entre les années 4000 et 3000 avant, notre ère, les Sénites arrivèrent à leur tour de l’Orient, et firent graduellement la conquête du pays tout entier. Cette conquête fut entièrement terminée vers l’an 2000 avant Jésus-Christ. Mais la langue ac-cadienne, devenue langue morte, resta pendant plusieurs siècles la langue de la littérature, comme il arriva ensuite pour le latin pendant le moyen-âge. Il en résulte que l’astronomie babylonienne renferme un grand nombre de mots qui ne sont pas sémitiques mais d’origine accadienne.
- Résumé et traduit des Assyrian Discoveries by George Smith (1875); Nature of 7 oct. 1875; Astronomical regisier ot sept. 1875.
- Le plus ancien ouvrage astronomique chaldéen que nous connaissions a pour titre : Les observations de Bel. Il est divisé en 70 livres, réunis pour un certain roi Sargon d’Agané en Babylonie, antérieur à l’an dix-sept cents avant notre ère ; nous en possédons les dernières éditions faites pour la bibliothèque de Sardanapale à Ninive. Ce fragment est l’un plus précieux vestiges de l’astronomie ancienne que l’on ait jamais découvert. Il renferme des observations astronomiques remarquables, entre autres un traité sur la conjuration du soleil et de la lune, un autre sur les comètes appelées des étoiles avec une couronne au front, et une queue derrière ; » un troisième sur les mouvements de Mars ; un quatrième sur les mouvements de Vénus, et un cinquième sur l’étoile polaire (qui était alors l’étoile Alpha du Dragon) . On remarque à la fin du catalogue une invitation au lecteur d’écrire le numéro de la tablette qu’il désire consulter, et que le bibliothécaire la lui remettra aussitôt. Ce catalogue faisait donc partie d’une bibliothèque analogue à l’une de nos bibliothèques publiques. Camille Flammarion.
- — La suite prochainement. —
- LES LIBELLULIENS ET LEURS CHASSES
- (Suite et fin. — Voy. p. 26.)
- La famille des Agrionides, formée des petites espèces des Libelluliens, se reconnaît tout de suite à des caractères fort tranchés. La tête, très-large, porte les yeux très-éloignés les uns des autres, tout à fait latéraux et sur des pédicules, le thorax est allongé et prismatique, l’abdomen très-long et très-grèle, les ailes délicates, le plus souvent très-étroites, et se couchant d’ordinaire relevées le long du corps, quand l’insecte est au repos. Ils ne volent qu’à de faibles distances et lentement, se laissant facilement approcher, au point qu’on peut d’ordinaire les prendre à la main. Les plus grandes espèces sont celles du genre Calopteryx, dont nous possédons deux espèces très-voisines, splendens, Harris, et virgo, Linn., qui offrent beaucoup de variations. Chez les jeunes mâles récemment éclos, les ailes sont brunâtres et de couleur uniforme; c’est au bout de quelques jours qu’elles prennent vers le bout de larges bandes d’un bleu sombre, parfois à reflets verdâtres, le corps étant d’un beau bleu métallique ; les femelles ont le corps d’un vert de bronze et les ailes translucides, brunâtres ou verdâtres par la couleur de leurs nervures. Ces insectes, dont le nom de genre signifie à belles ailes, voltigent sur le bord des ruisseaux et des rivières, dans les prairies que les avoisinent, se posant fréquemment sur les roseaux et les carex. Contrairement aux autres Libelluliens, ils préfèrent, sous leurs premiers états, les eaux courantes aux eaux stagnantes. Les Agrions sont constitués par de nombreuses espèces plus petites, à ailes transparentes, à corps souvent presque filiforme. On en trouve plusieurs espèces oîi il offre le bleu céleste le plus doux, d’autres
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- le blanc de lait, d’autres, au contraire, le rouge brique, ou l’olivâtre, ou le brun bronzé. Les Agrions font leur proie de petits insectes, qui seraient dédaignés par les Libelluliens de plus grande taille.
- La tribu des Libelluliens présente une particularité toute spéciale parmi les insectes au sujet de l’accouplement. On rencontre souvent deux libellules volant eiisemble, les corps parallèles et tournés de même sens, l’une des deux, le mâle, placée supérieurement, et tenant l’autre, la femelle, serrée au cou par une sorte de tenaille, formée par des appendices qui terminent l’extrémité du corps du mâle. Après des préludes souvent fort longs, la femelle recourbe tout son corps comme une boucle, et en approche l’extrémité du second anneau abdominal du mâle, lequel, par une singulière anomalie, porte en dessous l’organe d’accouplement à une position tout à fait insolite. L’accouplement est assez difficile à voir chez les Libellulides, les Æschni-des et les Calopteryx, où il s’accomplit au vol et ne dure que peu d’instants; au contraire, on en est facilement témoin pour les Agrions à vol lent, et pour lesquels il s’opère au repos sur quelque plante, après des heures entières de préludes où le couple voltige de place en place, la femelle prisonnière du mâle, qui la tient cramponnée par le cou.
- C’est dans l’eau que s’accomplit la ponte des Libelluliens. Le plus ordinairement4 chez les Libellulides, les femelles volent au-dessus des étangs, et laissent tomber leurs œufs, isolément ou en paquet, rassemblés alors dans une sorte de gouttière terminale, sans toucher la surface du liquide.
- Quelques-unes, ainsi celles des Libellula quadri-maculata et depressa, toutes deux bien communes près de Paris, volent verticalement au-dessus de l’eau, y trempant le bout de leur abdomen par un mouvement régulier, comme celui du pendule, pondant un œuf à chaque immersion.
- Il y a des espèces où la ponte est bien plus curieuse encore, car le mâle semble y contraindre sa femelle, qu’il ne quitte pas après l’accouplement.
- C’est ce qu’on voit chez l’espèce appelée Libellula scotica, qui n’est pas seulement d’Écosse, mais aussi des environs de Paris. Le mâle entraîne la femelle, saisie au prothorax par la tenaille, jusqu’à un lieu propice, dans une eau stagnante, au milieu des plantes aquatiques. Il imprime alors à son abdomen un mouvement oscillatoire dans la direction verticale, tellement combiné que la femelle trempe à chaque fois le bout de son abdomen dans l’eau, de sorte que les œufs arrivés à la terminaison de l’oviducte passent subitement dans le milieu propre à leur évolution. Les Agrions, ou du moins cei’taines espèces, n’opèrent plus leur ponte au hasard dans l’eau, mais confient transitoirement leurs œufs au parenchyme humide des plantes aquatiques ; M. de Siebold a observé ce qui se passe chez le Lestes sponsa. Le mâle et la femelle, maintenus par la tenaille, se rendent, après l’accouplement, sur les tiges des scirpeset des sagittaires. La femelle courbe son abdomen contre
- la plante et, avec des soies raides qui le terminent, pratique de haut en bas, dans la tige, une série d’entailles, dans chacune desquelles elle loge un œuf cylindroïde, dont le bout pointu reste saillant au dehors.
- Quand la femelle, le couple descendant le long de la plante, est arrivée à la surface de l’eau, elle s’y enfonce, ainsi que le mâle, et continue la ponte jusqu’à la base de la plante. Rien déplus étrange que ce fait d’insectes, à grandes ailes délicates et sans fourreaux protecteurs, se plongeant en entier sous l’eau.
- Avant de s’immerger, souvent pendant plus d’un quart d’heure, chaque insecte rapproche l’une contre l’autre ses quatre ailes, et la femelle ne continue à pondre dans les incisions du jonc que lorsque le mâle est tout à fait dans l’eau comme elle. Celui-ci, sans doute pour lui commander ce qu’elle doit faire par son propre exemple, replie son abdomen comme elle le long de la plante, de sorte que leurs corps forment deux courbes superposées, comme la moitié d’un 8 coupé verticalement. Revenus au contact de l’air, ils s’envolent sur une autre plante et continuent leur étrange manège. Ce n’est pas là le seul exemple, dans l’histoire des insectes, où les mâles ne quittent pas leurs femelles pendant la ponte, bien qu’ils n’y prennent aucune part. Les scarabées rouleurs de boules, comme 1 ’Ateuchus sacré des Égyptiens, les Pilu-laires, qui abondent dans le midi de la France sur les déjections des chevaux et des ruminants,' etc., nous présentent le mâle restant à côté de sa femelle, qui roule péniblement la boule de fiente renfermant son œuf, et semblant l’encourager du geste et par sa stridulation. C’est une mouche du coche si l’on veut, mais mouche nécessaire à la fonction. Au reste la nature ne lui permettrait pas de survivre à l’accouplement s’il était inutile.
- Il est probable que d’autres Agrions, et peut-être aussi les Caloptéryx, ont la singulière ponte que nous venons de décrire. Il y a là de nombreux sujets d’observations inédites, que nous recommandons aux véritables amateurs de la campagne. Les mœurs des petits animaux sont l’objet de distractions incessantes, et fournissent le sujet des plus intéressants travaux, sans autre peine qu’un peu d’attention et de patience. Les Æschnes femelles se placent aussi, pour pondre, sur les tiges des plantes aquatiques, un peu au-dessus de l’eau, dans laquelle elles trempent leur abdomen jusqu’au tiers environ de sa longueur. Elles exécutent le long de la plante des mouvements réitérés de haut en bas, soit pour placer leurs œufs dans des entailles, soit pour les coller à la tige par quelque substance glutineuse, ou peut-être simplement pour les laisser tomber plus aisément dans l’eau, en se maintenant sur un appui ; on ne les a pas vues s’immerger entièrement sous l’eau.
- Les Libelluliens ont les mêmes mœurs carnassières à leurs premiers états que sous la forme parfaite ; seulement ils chassent aux insectes aquatiques, principalement en larves, et aux petits mollusques, aux
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- très-jeunes poissons même, au lieu de saisir les insectes aériens dans leur vol ou posés sur les plantes. Ce sont des insectes qui n’ont que des métamorphoses incomplètes, étant toujours, dès la sortie de l’œuf, agiles et prenant de la nourriture. Les larves ont déjà les gros yeux composés, et rappellent, par leur forme, celle de l’abdomen des adultes, car elles ont le corps déprimé ou cylindrique suivant la configuration définitive de l’espèce, plus ramassées toutefois, moins sveltes. Elles sont souvent couvertes de la vase dans laquelle elles aiment à vivre, et leur couleur est en général d’un gris verdâtre. Lourdes et peu agiles, elles s’approchent sournoisement de leur victime, puis, tout à coup, débandent leur longue et large lèvre inférieure, qui était repliée en dessous, très-prolongée et cachant la bouche, formant ce que Réau-mur appelle le masque. Elle s’étend alors bien au delà de la tête, et saisit la proie par deux crochets latéraux antérieurs, qui sont le dernier article du palpe, et l’animal, cramponné dans un véritable étau, est ramené vers la bouche, quand la lèvre se replie.
- La respiration est en partie aérienne, au moyen des stigmates ordinaires, placées, à la région du thorax, en partie branchiale, par l’air dissous dans l’eau, chez les larves des Libellulides et des Æ£chni-des. Les branchies ou trachées extravasées sont logées dans une cavité d’emprunt, celle de la portion terminale très-élargie de l’intestin, formant sur la paroi interne d’élégants feuillets frangés. L’eau entre et sort par des mouvements alternatifs, et, refoulée brusquement, aide à la progression en avant de la larve, par un effet de recul.
- Ces larves-nymphes (car les deux états s’enchaînent), ou nymphes-vers de Swam-merdam, ont le corps terminé par une queue courte, formée de cinq pièces cornées, trois principales, creusées en gouttière d’un côté et [carénées, de l’autre entourées latéralement de deux pièces auxiliaires.
- Les deux pièces inférieures principales forment une pince, et la supérieure, intermédiaire, est échancrée en croissant à son extrémité, chez les Libellulides. Ces trois pièces, lorsqu’elles sont fermées ou en connivence, constituent, par l’ajustement des gouttières, un canal qui, à la faveur du croissant échancré de la pièce supérieure ou des pointes béantes, permet toujours à l’eau de s’y insinuer et d’en sortir. C’est une sorte de stigmate aquatique, à panneaux mobiles. Dans les grands mouvements respiratoires cet appareil caudal s’épanouit pour donner entrée ou issue à l’eau qui baigne les branchies internes du rectum. Il sert aussi à la défécation, et est encore une arme offensive, comme l’a très-bien observé Réaumur b
- 1 Pour plus de détails sur ces larves-nymphes consulter :
- Le genre Calopteryx offre un système respiratoire aquatique analogue, mais qui tend à se réduire. La queue n’a plus que trois pièces, et les branchies internes sont peu nombreuses. On trouve les larves sédentaires et presque immobiles au fond des eaux claires, ayant le prothorax long et non transverse, comme dans les types des Libellula et des Æschna. Les ocelles, ou petits yeux en triangle, sont déjà visibles sur les larves des Calopteryx et des Agrions, mais ne se voient pas dans les deux types précédents.
- Les larves des Agrions offrent une profonde différence anatomique, sous le rapport de la respiration branchiale ; leur corps long, effilé et grêle, comme celui de l’adulte, se termine par des branchies extérieures ou caudales, sous la forme de trois longues lames membraneuses, elliptiques-ovales, pointues au bout, parcourues par une quantité prodigieuse de trachées, et servant aussi de nageoire à l’animal. C’est au fond des étangs qu’on rencontre d’ordinaire ces larves à triple queue panachée.
- Les larves des Libelluliens passent insensiblement à l’état de nymphes par l’apparition graduelle, sur la région dorsale, de rudiments d’ailes, en deux paires de triangles écailleux. Lorsque ces nymphes sont parvenues à toute leur croissance, elles quittent l’eau et se fixent sur quelque tige, au moyen des crochets de leurs tarses. C’est alors que les stigmates du thorax servent à une respiration aérienne, jusqu’à ce moment très-accessoire. Puis la peau se fend sur le dos, l’insecte parfait sort et étend promptement ses grandes ailes. Quand on se promène sur le bord des marais, on voit souvent les joncs couverts de dépouilles vides et fendues, qui gardent la formenympbale. Les ailes sont d’abord blanchâtres, et mettent plusieurs heures à acquérir une solidité suffisante pour le vol. Les couleurs du corps, surtout celle du jaune, sont ordinairement plus vives que par la suite, et les ailes n’ont souvent pas encore toutes leurs nuances définitives. Les enduits glauques du corps de certaines espèces ne sont pas encore sécrétés, et n’apparaissent qn’à l’époque où les sujets sont aptes à la reproduction.
- Il est très-facile, à la campagne, d’étudier les mœurs et l’accroissement de ces larves-nymphes. Elles s’élèvent très-bien dans des bocaux remplis d’eau, avec un peu de sable ou de terre au fond ; on les alimente au moyen de petites larves d’eau, de mollusques aquatiques, etc. Rien de plus curieux que de suivre le mouvement de leur lèvre préhensile saisissant brusquement une victime.
- Maurice Giraud.
- L. Dufour, Observations sur tes larves des Libellules ; Ann. sc. natur. zool., 38 série, 1852, t. XY1I, p. 65. pl. 3, 4, 5.
- Calopteryx mâle, de profil et au repos.
- Nymphe d’Agrion.
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- LA NATURE
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- LE CREUSOT
- (Suite. — Voy. p. 100 )
- Les aciéries. — Bien des métallurgistes s'étaient demandé, en voyant sortir- la fonte des hauts-fourneaux, s’il n’y aurait pas, pour la convertir en fer, un moyen plus simple et moins dispendieux que celui de l’affinage. La gloire de découvrir ce procédé devait revenir à Ressemer. Les essais qu’il faisait pour trouver une matière propre à fabriquer des canons l’amenèrent à convertir directement de la fonte en un métal quia reçu le nom d’acier, par suite des grandes analogies qu’il présente avec ce dernier; et c’est là une des plus belles conceptions métallur-
- giques. A première vue, cependant, elle a dù paraître un paradoxe, car il a dù sembler extraordinaire qu’avec un courant d’air froid dirigé dans un bain de fonte liquide, ou put élever la température assez haut pour conserver au métal toute sa fluidité, même lorsqu’il est converti en fer.
- Cette méthode était déjà appliquée dans plusieurs autres usines, lorsque le Creusot se décida à l’adopter et construisit les magnifiques ateliers qui composent aujourd’hui ses aciéries et qui commencèrent à marcher sur la fin de 1869. Tout y a été conçu et établi sur de vastes proportions, et on y a fait une large application d’une nouvelle force motrice : l’eau comprimée, que nous avons déjà vu appliquer aux monte-charges des hauts-fourneaux. On peut, sans
- Les aciéries du Creusot. (D’après une photographie.)
- crainte de se tromper, dire que les prodiges qu'elle accomplira égaleront ceux qu’a accomplis la vapeur.
- Rien n’est curieux et surprenant, en effet, comme de voir, lorsqu’on entre à l’aciérie, tous les appareils se mouvoir, tourner à droite ou à gauche, enlever des fardeaux sans que la main de l’homme ou la plus petite trace de vapeur apparaisse. C’est que tous renferment un cylindre, sur le piston duquel on fait agir, à distance et au moyen de soupapes, l’eau, que des pompes, mises en mouvement par 2 machines de 40 chevaux chacune, ont refoulée dans un réservoir accumulateur, en lui communiquant une pression de 20 atmosphères.
- L’appareil dans lequel s’opère la transformation de la fonte en acier ressemble à une cornue, et a reçu le nom de convertisseur. 11 est construit avec des plaques de tôle analogues à celles des chaudières à vapeur, et, intérieurement, il est revêtu d’une chemise en briques réfractaires. 11 est monté sur des
- tourillons disposés de manière que l’axe de rotation passe près du centre de gravité ; sur l’un d’eux est calé un pignon qui engrène avec une crémaillère terminée par un piston; celui-ci imprimera de la sorte, et en temps voulu, un mouvement de rotation au convertisseur. L’autre tourillon est creux, il communique d’un côté avec le réservoir à air et, de l’autre, avec une boîte à tuyères qui forme le fond de l’appareil et est disposée de manière à pouvoir être facilement démontée.
- On renverse le convertisseur dans la position horizontale lorsqu’on y introduit la fonte liquide, et, au moment où on le redresse, on donne le vent. Le métal entre immédiatement en ébullition, et la violente agitation qui en résulte produit une commotion dans tout l’appareil, dont la gueule vomit une flamme en quelque sorte rugissante, provenant de la combustion du carbone contenu dans la fonte mise en présence de l’oxygène de l’air. Cette flamme ne tarde
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- LA NATURE.
- pas à devenir tellement brillante, que, même en plein midi, les objets environnants projettent des ombres sur les murs de l'usine. A l’extérieur, une fumée épaisse et légèrement rougeâtre s’échappe par torrents de la cheminée et dure presque jusqu’à la fin de l’opération. Lorsque celle-ci est terminée, la cornue ne contient plus que du fer que l’on ramène à l’état d’acier par l’addition d’une certaine quantité de fonte blanche manganésifère appelée speigeleisen. Au pied du convertisseur est placée une grue hydraulique armée d’un bras, à l’extrémité duquel est une poche garnie intérieurement de terre réfractaire, et dans laquelle on verse le métal en fusion, que l’on coule ensuite dans des üngotières en fonte rangées circulairement autour de la grue.
- L’air, pour ce genre de fabrication, doit avoir une pression de 11/2 atmosphères; il est fourni par deux belles et puissantes machines soufflantes horizontales à traction directe, réunies dans un même bâtiment, en face de celui de l’aciérie proprement dite.
- Lorsque les lingots sont refroidis, on les sort des lingotières et on les charge sur des wagons qui les conduisent à la forge, où ils doivent cire transformés en rails.
- Les aciers du Greusot sont de très-bonne qualité et jouissent d’une réputation méritée. On les emploie à faire des bandages de roues, des essieux de locomotive et de wagons, des pièces de machines. Laforge, dont nous allons parler, les lamine en tôles se substituant avec avantage aux tôles douces en fer des meilleures marques, en barres plates, rondes, carrées, profilées, et enfin en rails qui sont envoyés dans toutes les parties du monde: en Amérique, en Russie, en Autriche, en Turquie, etc.
- De récentes expériences,faites sous la surveillance de M. le commandant d’artillerie Bobillier, ont démontré que l’acier du Creusot constitue un métal excellent pour fabriquer des canons, et qu’il supporte parfaitement les épreuves exigées sans éprouver la moindre altération. Napoléon Vadot.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Protection aux pigeons 'voyageurs. — VEper-vier, le moniteur belge des sociétés pigeonnières, se plaint que les pigeons voyageurs lancés sur notre territoire sont souvent tués ou mutilés par des paysans ignorants ou mal intentionnés, et il demande que les autorités accordent aide et protection aux pigeons. Après l’histoire de la poste aérienne du siège de Paris, cela nous semble plus que justice. Lorsque les colombiers militaires, dit VEpervier, seront tout à fait installés en France et lorsqu’ils fonctionneront comme ils le font déjà dans un pays voisin, il faudra nécessairement que le gouvernement édicte une loi qui punisse sévèrement les individus qui seraient reconnus coupables d’avoir tué des pigeons voyageurs.
- Il est à espérer que nous n’aurons plus alors à relater aussi souvent le fait de pigeons rentrant blessés à leurs colombiers. Pendant la dernière campagne, de semblables
- communications ne nous ont été que trop souvent adressées. Le grand nombre de pigeons revenus blessés, continue le journal belge, nous donne une mesure des quantités de victimes qui, atteintes plus dangereusement, ont été mises dans l’impossibilité de regagner leurs gîtes. Nous croyons pouvoir prétendre à ce que le pigeon soit considéré comme un oiseau sacré; l’histoire ne nous relate-t-elle pas que les Romains professaient un véritable culte pour les oies du Capitole?
- Tremblement de terre en Sibérie. — Des lettres de Sibérie annoncent que l’on a ressenti à Irkoutik un tremblement de terre qui a duré environ quinze secondes. Il résulte des annales de la ville, scrupuleusement tenues depuis un siècle et demi, que les tremblements de terre deviennent de plus en plus fréquents dans ces parages. Autrefois il se passait des années sans qu’on ressentît de secousses souterraines. Ainsi, de 1742 à 1755 il n’y avait pas eu une seule secousse, tandis que, depuis 1846, ces phénomènes se répètent presque chaque année et quelquefois à plusieurs reprises. En 1862, il s’est produit seize secousses souterraines, dont neuf dans le courant du mois de janvier.
- Description d’une trombe en Suède. — Le professeur Hildebrand Hildebrandsson a récemment publié dans les Transactions de la Société royale des sciences d'Upsal, un récit très-complet de la terrible trombe qui s’est produite près d’Hallsberg, dans la province de Nerike Sweden, le 18 août 1875. Ce récit a donné lieu à des communications récentes de M. Faye, à l’Académie; elles ont été analysées dans notre dernière livraison ; nous compléterons ces documents en reproduisant quelques-uns des faits signalés par M. Hildebrandsson. D’après les détails que le savant Suédois donne sur le phénomène, il est évident que celui-ci offre beaucoup d’analogie avec quelques trombes décrites par les météorologistes américains, et avec celle que Peltier a dépeinte. Celle-ci, comme on s’en souvient, est survenue à Chatenay le 18 juin 1859 ; depuis ce temps elle estdevenue classique. D’après M, Hildebrandsson, le 18 août 1875, plus de 1,000 grands troncs d’arbres (Pinus abies), couvrant un espace de 300 mètres de long sur 160 mètres de large, ont été complètement détruits, le plus grand nombre de ces arbres ayant eu leurs racines tordues par les efforts de l’ouragan. En s’échappant de la forêt, la trombe, qui suivait la direction de N.-N.-E., tourna vers le N.-E. déracinant les arbres, renversant de solides constructions, et transportant les débris de ces ruines à plusieurs kilomètres du lieu de la dévastation. D’après la position des objets ainsi projetés, le professeur Hildebrandsson a reconnu que la force destructive de la trombe pouvait se distinguer en une force centrale du tourbillon, et une autre force dirigée dans le sens de sa marche. La vraie théorie d’un semblable phénomène atmosphérique ne pourra être bien établie que lorsqu’on aura pu réunir et comparer entre eux un grand nombre d’observations semblables à celle que nous mentionnons ; et, comme le fait remarquer le journal Nature, il y aurait un grand intérêt à connaître les allures du baromètre et du thermomètre, dans les régions dévastées par la trombe comme dans celles qui les avoisinent.
- Société française de physique. — Séance du H janvier. — M. Duboscq présente à la Société un galvanomètre construit de manière à s’adapter à son appareil pour la projection des phénomènes qui se passent dans un plan horizontal. Le système des deux aiguilles asiatiques porte une tige légère en aluminium qui se déplace
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- sur un cadran transparent. 11 réalise avec le même appareil de projection les expériences du spectre magnétique, de la déviation d’une aiguille aimantée, et celles des disques tournants qui mettent en évidence la recomposition de la lumière, le contraste simultané des couleurs, etc. M. Mouton communique ses recherches sur le courant induit. il met en relation les deux extrémités du fil induit avec les cadrans d’un électromètre de Thomson et mesure parla déviation de l’aiguille la différence de potentiel électrique entre ces deux extrémités à des intervalles de temps croissant depuis l’instant de la rupture du courant. En prenant pour origine cet instant, pour abscisse les temps, et pour ordonnées les déviations de l’aiguille, il trouve que si les observations sont faites à des époques suffisamment rapprochées, les points déterminés sont sur une courbe continue et sinueuse, dont les sinuosités d’abord décroissantes seraient ensuite sensiblement équidistantes. L’interrupteur employé n’est autre chose que celui de Masson et Bréguet légèrement modifié, mis en mouvement parune machine de Gramme animée par 3 ou 4 éléments de Bunsen avec un régulateur particulier à force centrifuge.
- Le bureau de la Société de physique est ainsi composé pour 1876 : MM. Quet, président; Becquerel (Edmond), vice-président ; d’Almeida, secrétaire général ; Gernez, secrétaire; Cazin, vice-secrétaire; Niaudet, archiviste-trésorier. — Ont été nommés, à l’unanimité, membres honoraires: MM. Billet, R. P. Secchi, V. Régnault et W. Thomson.
- CORRESPONDANCE
- sür la machine gramme.
- Monsieur le Directeur,
- M. Worms de Romilly me fait observer qu’une phrase de mon dernier article (la Nature, n° 152, 11 décembre 1875, p. 20), donne prise à une interprétation inexacte. Je disais :
- « Cette distinction qn deux parties de l’invention capi-« taie de M. Gramme est tellement fondée, que M. Worms « de Romilly a pu imaginer la première sans la seconde,
- « comme on le voit par la communication faite par lui à « l’Académie des sciences, à la suite de celle de M. Gram-« me. »
- Ces mots « à la suite de celle de M. Gramme » donneraient à penser que M. de Romilly n’a pas eu la priorité de cette idée ; or, sa communication à l’Académie avait pour objet d’établir qu’il avait, dès longtemps, eu l’idée de l’anneau électro-aimant ou tare circulant entre des pôles d’aimants ou d’électro-aimants.
- Les droits de M. Worms de Romilly sont constatés par un brevet du 3 mars 1866, et je vous serai obligé de lui en donner acte en publiant la présente.
- Recevez, etc. A. Niaudet.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 janvier 1876. — Présidence de M. PÂms.
- A propos du phylloxéra, — Dans une lettre, adressée de Genève, M. Faurel fait remarquer que si la vigne était une plante sauvage, il s’établirait entre elle et le phylloxéra le combat pour l'existence, si bien décrit par Darwin, et qu’il en résulterait, par voie de sélection naturelle, la production de variétés s’accommodant du parasite comme font les vignes américaines : ainsi se terminerait, de ce côté de l’Atlantique, comme de l’autre, cette lutte qui me-
- nace de si grands intérêts. Mais la vigne est une plante réduite, pour ainsi dire, en domesticité et la sélection naturelle n’a aucune prise sur elle. Heureusement qu’en échange, et comme le démontrent des expériences déjà faites avec succès sur des végétaux variés, on peut lui appliquer la méthode de sélection artificielle, et l’auteur, avec beaucoup de raison, suivant nous, invite les viticulteurs à étudier la question. L’effroi que les parasites des végétaux inspirent, au moment de leur apparition, semble avoir été ordinairement exagéré. L’oïdium, le pyrale ont successivement fait craindre l’extinction de la vigne et malgré tout on a fini par trouver le moyen de récolter du raisin, malgré la concurrence de ses ennemis, qu’il ne semble pas possible de détruire.
- Écroulement du gros Morne. — Les vues que nous émettions l’autre jour à l’égard des communications faites par M. Vélain et par M. Yinson, sur la catastrophe de Bourbon, sont complètement confirmées par une note de M. C. Deville. Le savant géologue regarde l’explication de M. Vélain comme la seule exacte et il ajoute, ainsi que nous l’avons fait nous-raême, que l’écroulement du Goldau, en 1806, est identique à celui dont on vient delre témoin. 11 ajoute qu’il se proposait de lire un travail relatif à la comparaison qu’on peut établir entre la Réunion et la Guadeloupe, mais qu’en présence des mémoires que M. Vélain doit publier, et auxquels il applaudit par avance, il renonce à son projet.
- Influence de la chaleur sur le magnétisme. — On sait depuis bien longtemps qu’on diminue le magnétisme d’un aimant lorsqu’on le chauffe. M. Louis Favé reconnaît cependant qu’on peut aimanter un barreau magnétique préalablement chauffé : la température vient-elle ensuite à s’élever ou à s’abaisser, dans les deux cas le magnétisme diminue. Mais ce qui défie jusqu’ici toutes les explications, c’est que si on réchauffe un aimant prépare ainsi à chaud et qui, par refroidissement, a perdu presque tout son magnétisme, on reconnaît qu’il se réaimante spontanément et cela de façon à tripler la force qu’il avait conservée. Tout le monde désire que ces études soient poursuivies.
- M. Daubrée indique d’ailleurs le rôle que la force directrice de la terre peut jouer dans les faits de ce genre et il rappelle ses expériences, que nous avons analysées ici même, au sujet de la synthèse artificielle du platine magnétique natif.
- Influence du magnétisme sur le spectre de certains corps. — Déjà nous avons rendu compte plusieurs fois à nos lecteurs des expériences dans lesquelles M. Chautard, doyen de la Faculté des sciences de Nancy, reconnaît qu’un fort électro-aimant renforce ou atténue certaines raies fournies par le gaz de tubes de Geissler soumis à son action. Aujourd’hui, par l’intermédiaire de M. Faye, le même auteur cite un cas où des raies nouvelles apparaissent sous l’influence de l’aimant. C’est quand le gaz ou le tube de Geissler renferme des fluorures de silicium. A l’état ordinaire ce corps donne 9 raies dont les longueurs d’onde ont été mesurées avec beaucoup de précision ; sous l’influence de l’aimant, le fluorure de silicium ne donne que deux raies, l’une dans le rouge, l’autre dans le vert, mais incomparablement plus brillantes que les précédentes.
- Carte géographique. — En projetant gnomoniquement la sphère sur l’horizon du pôle nord, M. Thoulet, déjà très-avantageusement connu par des travaux antériehrs, arrive à obtenir une carte où tous les grands cercles du globe sont représentés par des lignes droites. Nul système ne se prête mieux à l’étude des alignements à la surface de la terre des diverses formations géologiques, et c’est à
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- l’instigation de M. Charles Deville, occupé de recherches relatives au réseau pentagonal, que M. Thoulet a exécuté le beau travail que nous signalons. M. Deville insiste sur les résultats déjà obtenus par le moyen de la nouvelle carte en ce qui concerne les directions suivant lesquelles se trouvent distribués les volcans et les sources thermales.
- Action du cyanure de potassium sur le platine. — Une bien intéressante expérience vient d’être exécutée par MM. II. Sainte-Claire Deville et Debray. Elle consiste à faire bouillir une dissolution aqueuse concentrée de cyanure de potassium avec du platine métallique : de l’hydrogène se dégage et du cyanure double de potassium et de platine se produit en grande quantité. On peut varier le dispositif et faire passer de la vapeur d’eau dans un tube chauffé, qui renferme le cyanure alcalin mélangé à de l’éponge de platine : l’hydrogène se produit abondamment. Si dans un vase de platine on chauffe un mélange de cyanure de potassium et de cyanure de mercure, on reconnaît que le platine se dissout et que du mercure est mis en liberté. Comme application, les auteurs signalent lesTsimplifications qu’on pourra introduire grâce à l’emploi du nouveau réactif dans l’analyse des minerais de platine.
- Etude des mouvements subits du sang dans les vaisseaux. — Un médecin italien, M. Mosso, soumet à l’Académie, par l’intermédiaire de M. Cl. Bernard, un appareil destiné à suivre les variations que peut présenter la circulation du sang. Il se compose, d’une part, d’un manchon étanche de caoutchouc dans lequel on introduit le bras d’une personne qu’on veut étudier, et qu’on remplit d’eau tiède, et d’autre part d’uu tube communiquant avec le manchon et transmettant les pressions que l’eau reçoit à une éprouvette flottante chargée de les accuser par ses variations de niveau.
- Tant que le sujet est calme, l’appareil n’indique rien, mais dès qu’il éprouve la moindre impression morale, dès qu’il exécute le plus petit travail intellectuel, l’éprouvette s’élève. La raison en est dans cette loi de physiologie d’après laquelle le sang afflue dans tout organe qui travaille. Le cerveau ne peut fonctionner sans que ses vaisseaux se dilatent ; le sang des autres parties du corps et du bras entre autres y est appelé et le volume de ces parties en est diminué d’autant. C’est cette diminution que marque l’appareil.
- L’auteur a appliqué son instrumenta l’étude du sommeil. 11 a vu des mouvements subits se produire de temps en temps et il n’hésite pas à les attribuer au travail intellectuel qui accompagne le rêve. Certaines applications de ces faits paraissent aussi pouvoir être faites à l’action de divers médicaments sur la circulation. '
- Paléontologie. — Ayant étudié des débris fossiles provenant des gîtes de phosphorite du Lot, M. Filhol y signale l’existence de quatre genres nouveaux de mammifères.
- Stanislas Meunier.
- LES AGATES ARBORISËES
- On sait que les agates constituent des variétés minéralogiques du quartz, qui comprend le cristal de roche, le silex, le jaspe, l’opale. Ces belles pierres peuvent se diviser en agates fines, en calcédoines et en agates grossières ou silex. Les agates offrent des aspects très-variés, et quelque nombreux que puissent être les échantillons d’une collection, ils ne donnent jamais qu’une faible idée des variétés d’aspect, de couleur, etc., sous lesquelles ces pierres se rencontrent dans la nature. Les agates arborisées sont surtout recherchées des amateurs. Elles montrent à l’intérieur de leur masse des dessins noirs ou rouges, qui affectent la forme de petits végétaux dont ils imitent les branchages dépouillés de feuilles (fig. 1). Ces arborisations sont produites par des oxydes métalliques (oxyde de fer ou de manganèse) qui ont pénétré dans l’agate, à l’état de solutions, soit lorsqu’elle était encore molle, soit môme quand elle a été durcie, car elle est d’une nature assez poreuse qui lui permet d’être imbibée par un liquide. Quelques agates, dites mousseuses, semblent contenir dans leur masse des apparences de mousses, qui sont dues à une action tout à fait semblable. D’autres, qui présentent à leur surface des dessins à zones polygonales (fig. 2), sont, comme les précédentes, généralement recherchées. On peut voir à Paris, dans les magnifiques collections du Jardin des plantes ou de l’Ecole des mines, des agates arborisées d’un effet remarquable, qui montrent combien ces dépôts d’oxydes dans une pierre transparente affectent nettement la forme d’arbustes, et qui expliquent ainsi l’erreur auxquelles ces pierres ont donné lieu, de la part des anciens naturalistes.
- Pline, notamment, alla jusqu’à croire les l'écits exagérés dont avait été l’objet une certaine bague de Pyrrhus. « C’était, dit le naturaliste, une agate sur laquelle, sans que jamais homme y eut mis la main, se trouvaient représentées les neuf muses, et Apollon tenant sa lyre, et même les veines de cette pierre étaient disposées de telle façon que chaque muse avait sa marque distinctive1. »
- 1 Histoire naturelle de Pline, liv. XXXVII, cap. I.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Fig. 1. — Agate arborisée.
- Fig. 2. — Agate à zones polygonales.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, a, à Paris.
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- N° Ut). — 5 FÉVIURH 1870.
- LA NAIT l»E
- U5
- LES CHEMINS DE FER SOUTE RR VINS
- A LONDRES.
- (Suite et fin. — Voy. p. 1(1.)
- Saint-.IoiiiVs Wood Ruiavay. — Le lundi de Pâques (avril) de l’année 1858, on inaugura une nouvelle ligne qui s’unit au Metropolitan à Baker Street station. C’est une ligne d’intérèt local pur et d’un parcours restreint ; mais dans un avenir prochain, si elle se relie aux grandes voies, elle pourra devenir importante. Sa longueur totale est de 2 milles
- environ (3,218 mètres), pas même une lieue. Toutes les stations sont établies au travers môme de la voie et reposent sur une puissante charpente en fer. La ligue passant eu partie sous des propriétés privées permit aux ingénieurs de faire des gares à ciel ouvert, ce qui fut impossible pour les trois stations du Metropolitan dont nous avons parlé : Baker Street, représentée ci dessous, Porlland Itoad et Goiver Street. Une des plus grandes dillicultés se trouva dans la dureté incroyable du sol; mais la plus considérable d'entre toutes consista à faire passer la ligne au-dossous d’un canal (Regent's canal) et de l'élever à l’aide d'une forte rampe. Il fallut dévier les égouts
- et les faire passer au-dessous du canal «à une profondeur telle, qu’ils fussent toujours à près d’un mèlrc des eaux. Cette œuvre fut accomplie en descendant des cylindres de fer au-dessous du canal et quoique le travail s’exécutât parfois à 5 pieds à peine de la quille des barques passant au-dessus, il n’y eut ni fuite d’eau, ni accident qui put retarder la construction et interrompre le service du canal.
- Le Metropolitan District Railway. — Cette ligne était destinée à réaliser ce que les Anglais nomment le inner circle, projet de M. Fonder, et qui constitue l’ensemble des travaux dont nous nous occupons. Ce cercle intérieur n’est pas parfait : c’est un cercle brisé ; mais il est facile de voir par la carte publiée précédemment, que les extrémités n’en sont pas fort éloignées. En addition à cette ligne dont la longeur
- totale est de G milles 1/2 ou 2 lieues 1/2 environ, on rencontre deux branches importantes, lune de Brampton et l’autre de Kensington, laquelle se réunit au West London Railway, entre la station de Kensington et celle de West London. Ces branches, d’une longueur d’environ 2 milles, forment une complète union entre Yinner circle et les chemins de fer sui vant : London et South Coast, Great Western, South Western, Brighton et Southwart, et enfin avec le London Chatam et Dover Railway, que nous retrouvons de ce côté ; de cette façon tout train partant d’une partie quelconque de Londres peut se rendre sur ces lignes.
- Nous insistons sur ces détails, afin de donner une idée du but que l’on s’est proposé d’atteindre en développant ainsi la première idée du Metropolitan
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- pour arriver à l’exécution d’une œuvre d’ensemble que l’on peut appeler une des merveilles du monde.
- En 1860 toutes les propriétés étaient entre les mains des directeurs. La compagnie eut encore à discuter longuement avec le dean de Westminster Abbey et avec le Metropolitan Board of Work1; avec le premier parce que la ligne passe près de la fameuse église, avec le second, au sujet des quais de la Tamise, alors en construction, et que la nouvelle ligne longe sur un assez long parcours. Ce qu’il y eut de difficultés à vaincre pour construire cette ligne est impossible à dire ; ce fut une lutte continuelle des ingénieurs contre les égouts, les tuyaux à gaz et à eaux, qui traversent la ligne en maints endroits à des hauteurs et sous des angles variant sans cesse. Dans plus d’un cas il fallut faire des tuyaux d’une forme spéciale adaptée aux besoins. Les deux croquis publiés plus, loin (p. 148) peuvent donner une idée de la construction du chemin couvert. La figure 1 représente un des côtés, la figure 2 la coupe de la ligne, prise près de Westminster Abbey. Comme on le voit, des deux côtés de la voie se trouve un égout détourné de son cours naturel et longeant la ligne. Ces égouts ont été construits avec le plus grand soin et offrent des conditions de solidité et d’imperméabilité exceptionnelles. Les briques sont unies et noyées dans du ciment. A cet endroit passent aussi, diagonalement, quatre gros tuyaux à gaz : ils ont été divertis de leur cours et fixés au travers de la ligne, au sommet, à l’aide de solides poutres en fer. Celte opération a demandé un temps fort long; des solives et des tuyaux spéciaux ont dû être fabriqués pour le travail. Les tuyaux à gaz sont en fonte et renforcés par des cercles en fer. Les solives les plus fortes ont 80 centimètres de hauteur et pèsent 4,600 kil. environ, elles reposent sur une assise en brique comme l’indique la figure 1. Ces assises de briques de centre à centre, sont distantes de 8 pieds anglais. Quand la hauteur du sol est limitée on emploie des solives d’une hauteur de 45 centimètres. La portée est de 7 mètres 50 et la longueur des solives de 9 mètres. Ces poutres de fer ont été essayées sous une pression triple au coefficient requis, sans éprouver de flexion sensible.
- Une autre cause vint troubler les travaux en plusieurs points ; on rencontra des nappes d’eau si considérables, qu’il fallut installer des pompes à vapeur. Entre Victoria Station et Buckingham Boad des pompes marchèrent nuit et jour, et quoique déchargeant 18,000 litres d’eau par minute, elles ne suffisaient pas toujours à l’assèchement nécessaire au travail. Un des tours de force les plus remarquables et dont on parla longtemps, fut de faire passer au dessus de la ligne un des plus grand récipients des égouts de Londres, connu sous le nom de Scholars Budseiver. Le mode de construction de cet égout est fort remarquable. L’espace entre le tunnel et le sol étant
- 1 Direction des tramways de la métropole.
- limité, on construisit en fonte un égout de forme spéciale et on le soutint par des poutres de fer d’une résistance à toute épreuve. Chacune des stations représente un obstacle vaincu, un problème résolu, et il faudrait tout un volume pour décrire la multiplicité de tant de travaux. Nous nous arrêterons donc ici et passerons en revue les progrès nouveaux, les résultats obtenus, et, enfin, nous donnerons un dernier coup-d’œil à l’ensemble général de cette artère de Londres, qui vit d’une vie de feu.
- Nous devons à l’obligeance de M= Myles Fenton, le directeur général du Metropolitan, des renseignements sur l’état actuel de la ligne, qui nous permettent de donner à nos lecteurs une idée exacte de la marche progressive de cette compagnie.
- Le tableau suivant indique le nombre de passagers transportés et les sommes reçues depuis l’ouverture du Metropolitan.
- ANNÉES NOMBRE DE VOYAGEURS RECETTE BRUTE PASSAGERS MARCHANDISES MINÉRAUX
- 1805 9,455,175 £ 101,707
- 1864 11,791,889 116,489
- 4865 15,765,907 141,513
- 1866 21,273,104 200,242
- 1867 23,405,282 233,180
- 1868 27,708,011 284,245
- 1869 36,895,791 374,083
- 1870 59,160,849 385,572
- 1871 42,765,427 396,068
- 1872 44,392,440 401,390
- 1873 43,533,973 408,382
- 1874 44,118,225 411,550
- 1875 (1er semestre) 23,543,567 222,988
- Total. . . 583,735,640 £ 3,687,207
- En douze ans et demi comme on le voit, le Metropolitan seul, a transporté 585,735,640 voyageurs, une moyenne de plus de 30,000,000 par an environ! La recette totale durant ces douze ans et demi a été de 3,687,207 livres, soit en argent français de 93,180,175 francs; une moyenne de 7,700,000 fr. par an environ.
- Trains ouvriers. — Quand le Parlement autorisa la ligne à se continuer jusqu’à Morgate, on se souvient qu’elle n’atteignit d’abord que Farringdon Boad; il établit pour condition que la société mettrait tous les jours au service des ouvriers un train d’aller pour le matin, et un train de retour pour le soir, faisant le service de la City; en outre, que le prix, pour tout ce trajet, ne pourrait aller au delà d’un penny (10 centimes). Inutile de dire les services considérables que rendent ces trains, dont les heures de départ le matin, et de retour vers la cité le soir, varient naturellement avec la saison. Quantité d’ouvriers peuvent de la sorte demeurer à une certaine distance de leurs travaux sans aucun inconvénient
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- et par cela même se procurer des logements plus confortables, pour le même prix, en s’éloignant du centre. À Paris, où le loyer tue la famille ouvrière, combien serait utile un pareil état de choses !
- Afin de donner une idée du nombre de trains quittant Morgate Street, nous dressons un tableau des départs compris entre 2 heures et 4 heures de l’après-midi :
- Metropolitan Raihuay. —Morgate Street. — Départs : 2h,2m. — 2ll,7m.___2h,9m.___2h,12m. ____
- 2h,22m. — 2h,25m. — 2h,27m. —2h,52m. — 2,1,39ra.
- — 2\42m.— 2h,47œ.____2h,52m.___5\2m.____3\7m.
- — 5b,9‘n. — 3h,12m. — 3h,22m. — 3l,,27m. — 3\32m. — 5h,39m. — 5",42ra. — De 2‘‘,2m à 5h,42m, il part donc, pour le service du Metropolitan seul, 21 trains.
- Si nous ajoutons à cela les trains nombreux des lignes qui aboutissent à Morgate, nous aurons durant ce temps, un chiffre de près de 45 à 48 trains! Je dois ajouter que le matin et le soir ce nombre, à certaines heures, est plus grand de près d’un tiers, surtout les samedis soir où, bien souvent, on est obligé de se tenir debout dans les wagons.
- Remarquable travail de ventilation.—En juillet 1874 un certain nombre d’hommes éminents dans les arts et les sciences furent invités par la compagnie à faire l’expérience d’un ingénieux moyen de ventilation mis en œuvre depuis peu par la compagnie du Metropolitan Railway. Nos lecteurs se souviennent que, depuis Edgware Road jusqu’à King's Cross, on rencontre trois gares souterraines, Baker Street, Portland Road et Gower Street. La partie jusqu’ici restée la plus rebelle à tout aérage est celle cpii s’étend entre Gower Street et Portland Road.
- Entre ces deux stations la voûte du tunnel est traversée à angle droit par le large tube de la Pneu-matic Despatch Company, un travail remarquable dont nous parlerons peut-être un jour. Les ingénieurs eurent l’idée heureuse d’employer au service de la ventilation ce tube qui s’offrait de lui-même. On s’entendit avec M. Wylde, l’ingénieur
- de la compagnie des transports pneumatiques et M. Tomlison aidant l'ingénieur du Metropolitan, on parvint à réaliser le travail dont nous allons donner une description.
- Le croquis idéal ci-dessous nous aidera dans notre démonstration.
- Ventilation d’un tunnel de Londres, opérée par les tubes de Ja télégraphie pneumatique.
- Supposons À B représenter le tube de la compagnie pneumatique, A' 6' le centre de la voûte du tunnel, et CD, C'D' une paire de soupapes fixées à la voûte et en communication avec le tube A B. La motion dans le tube est transmise aux petits wagons pneumatiques de la compagnie, à l’aide de l’usage alternatif du système de pression et d’aspiration. C’est seulement lorsque l’aspiration a lieu que les soupapes peuvent s’ouvrir. En un mot, les soupapes n’agissent que lorsqu’il y a aspiration et que les wagons pneumatiques suivent la même marche. Si nous supposons un de ces petits wagons W, allant de B à A ; lorsqu’il passe sur les soupapes, il agit sur un système spécial et qui les retient closes. Dès qu’il les dépasse, les soupapes basculent sur leur centre, n’étant plus retenues, la pression de l’air dans le tunnel étant supérieure; elles s’ouvrent, l’air vicié du tunnel s’engouffre dans le tube avec une rapidité vertigineuse. Le courant d’air est si violent, qu’un journal entier, placé à l’ouverture, est rapidement absorbé par le tube et disparaît dans un tourbillon d’air. Quand les wagons pneumatiques ont atteint la fin de leui’ course, la pression de l’air referme les soupapes. L’agencement est des plus ingénieux et le lecteur se rendra compte de la difficulté du travail en apprenant que le wagon qui agit à son passage sur les soupapes, marche en raison de 24 milles à l’heure, plus de 9 lieues, et pèse 1,125
- TABLEAU DES PRIX DE BISHOPSGATE A SIMPLE ALLER ET RETOUR
- 1" CLASSE 2' CLASSE 5* CLASSE 1" CLASSE 2' CLASSE 3* CLASSE
- fr. fr. fr. fr. fr. fr.
- Morgate-Street 0,30 0,20 0,10 0,40 0,30 0,20
- King’s Cross. 0,00 0,40 0,30 0,90 0,60 0,25
- Baker-street. . . 0,80 0,60 0,40 1,25 0,90 0,60
- South Kensington 0,80 0,60 0,40 1,25 0,90 0,60
- Victoria 1,25 0,90 0,60 1,85 1,25 0,90
- Charing Cross 1,25 0,90 0,60 1,85 1,25 0,90
- The temple 1,25 0,90 0,60 1,85 1,25 0,90
- Mansion ltouse 1,25 0,90 0,60 1,85 1,25 0,90
- kilos environ. On modifia plusieurs fois le système, et maintenant il fonctionne d’une manière entièrement automatique. La compagnie des dépêches pneumati-
- ques fait passer de 16 à 18 trains par jour dans ce tube ; les soupapes fonctionnent naturellement un nombre égal de fois : elles restent ouvertes de 2 à 3
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- LA N A TU UE.
- peu élevés, niais souvenons-nous que nous sommes à Londres. 11 existe d’ailleurs une grande différence entre les billets simples et les aller et retour ; cm outre la compagnie offre des avantages de réductions aux nombreux écoliers de Londres, en leur'donnant des abonnements à un prix des plus réduits. On peut
- minutes, absorbent plus de 5,000 mètres cubes d’air à chaque opération, soit 48,000 à 54,000 mètres cubes par jour.
- Les prix.—Le lecteur, d’après le tableau que nous avons dressé plus haut, jugera des prix du chemin de fer souterrain. Ils paraîtront peut-être un
- Fig. 1. — Coupe (l’un chemin de fer souterrain, à Londres, montrant en A, B les égouts détournés de leur cours primitif
- et longeant la ligne.
- obtenir les season tickets qui offrent des avantages d’économie réelle aux nombreux employés de la cité qui chaque jour font le trajet de leur demeure à leurs travaux. De plus, ces tickets vous permettent de voyager comme bon vous semble, et un nombre de fois illimité.
- Le Métropolitain District. —
- Comme nous l’avons vu primitivement, le Metropolitan district n’atteignait que Westminster Bridge* Depuis 1871, il s’étend jusqu’à Mansion House et forme maintenant la branche rivale du Metropolitan, tout en étant son complément. La compagnie est absolument indépendante de celle du Metropolitan; mais un jour ou l’autre, sans doute, elles s’uniront; quoiqu’il en soit nous devons à l’obligeance de M. IL A. Demie, le superintendant, des renseignements exacts sur le nombre de voyageurs transportés et les recettes faites. Depuis l’ouverture de la ligne, jusqu’à Mansion House, le nombre total de voyageurs transportés en 4 ans est de 81,674,702, et nous ne comptons pas les season tickets, leur nombre ne pouvant se chiffrer.
- La recette s’est élevée au chiffre de 82G;024 li-
- vres, soit 20.650,600 francs. Une recette de près de 4,200,000 francs par an ; c’est un assez joli denier. Si nous ajoutons à cela la moyenne trouvée pour le Metropolitan, soit 7.700,0<)0 francs, nous aurons une recette moyenne par an de 11.900,000 francs pour 1 ’inner circle.
- Nous aurions encore beaucoup à dire ; et nous trouvons dans nos renseignements quantité de choses intéressantes, mais elles ont un inconvénient, selon nous, c’est de perdre leur valeur en franchissant le détroit. Nous devons nous souvenir que nous parlons à un public français. Nous nous arrêterons donc,” espérant avoir suffisamment donné à nos lecteurs une idée aussi exacte que possible d’un des plus remarquables et plus utiles travaux de notre siècle. Ces constructions grandioses ont été récemment imitées à New-York, à Baltimore et à Liverpool. La plupart des grandes métropoles des deux mondes ont aujourd’hui leur chemin de fer souterrain, \ienne a mis à l’étude un projet de Metropolitan. Faisons des vœux pour que Paris ne reste pas, sous ce rapport, plus longtemps en arrière des grandes capitales du monde. P. Nolet.
- Fig. 2, — Un des bas-côtés du chemin de fer souterrain, à Londres.
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- LA NATURE.
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- DE L’UTILITÉ DES CORNEILLES1
- Un coup d’œil sur les mœurs des différentes espèces confondues sous le nom de corneilles suffira, je l’espère, pour fixer l’opinion sur leur véritable rôle dans la nature. Les especes de corbeaux qui vivent dans le département de la Seine-Inférieure sont au nombre de cinq : le corbeau ordinaire, corbeau de roche, gros corbeau ou corbin; le corbeau corneille, corbine, corneille noire ou corbeau du pays ; la corneille mantelée, ou corneille grise; le freux, nommé aussi corneille; le choucas, cauvette ou corneille des clochers. Une grande analogie de mœurs s’étend à tout le genre. Omnivores par excellence, ces oiseaux sont à la fois nuisibles et utiles. Il reste à rechercher
- si les services qu’ils rendent compensent ou surpassent les dégâts qu’ils causent.
- Le grand corbeau habile les rochers et les forêts et ne se rencontre guère dans nos plaines que pendant l’hiver.
- Quoique omnivore, il préfère les charognes à toute autre nourriture. Vorace comme le vautour, il sent les cadavres d’une lieue, consomme les immondices de toute espèce et devient, par là, un épurateur naturel de l’atmosphère. 11 est également utile en détruisant une quantité considérable de rats, mulots, souris, lézards, grenouilles, insectes, limaces et vers de toute sorte.
- A côté de cela, le corbeau, comme oiseau de proie, cause de très-réels préjudices en attaquant les lièvres, qu’il suit à la piste, les agneaux même, et un grand
- nombre d'oiseaux, tels que faisans, perdrix, poules, oies, canards, dont il pille également les nids. Eniin, il dévaste parfois les cultures, les orges surtout, mais seulement lorsqu’il est privé de sa nourriture habituelle. Levaillant ayant, en effet, ouvert un certain nombre de corbeaux tués dans des champs remidis de grains, ne trouva dans leur estomac que des aliments de nature animale.
- Si cet oiseau se trouvait en grand nombre dans notre département, j’émettrais l’avis de le détruire, contrairement à l’opinion des agriculteurs anglais, parce qu’alors les dégâts qu’il produirait dépasseraient certainement les services qu’il peut rendre ; mais il est relativement rare dails notre région, et il nous débarrasse d’autant d’animaux nuisibles qu’il nous prive d’animaux utiles.
- Il n’en est pas de même de la corbine ou corbeau corneille, espèce commune et sédentaire chez nous.
- 1 Riij-.port fait à M. Néticn, maire de la ville de Rouen, et communiqué au Jounnal d'agriculture, de M. Barrai.
- Elle possède tous les appétits du corbeau; mais, plus utile et plus inoffensive que lui, elle compense largement, par des services réels, le mal qui peut résulter de sa présence. Aussi, je n’hésite pas à la classer parmi les oiseaux les plus utiles que nous possédions.
- Elle mange bien quelques fruits, pique (faute de mieux) les grains semés, égorge de temps à autre une perdrix, et parfois un lièvre malade, pille quelques nids d’oiseaux et nourrit souvent ses petits avec des œufs de perdrix ; mais, pendant dix mois de l'année, elle ne vit que d’insectes et de larves nuisibles, détruit une quantité considérable de petits mammifères qui anéantiraient nos récoltes, et contribue à l’assainissement de l’atmosphère en dévorant de nombreuses charognes. D’ailleurs, n’a-t-elle pas assez d’ennemis dans la martre, le renard, le grand-duc, le faucon et autres oiseaux de proie ?
- Toujours utile dans les herbages, elle peut, par une multiplication exagérée et à certaines époques,
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- LA NAT LH K.
- causer de réels préjudices aux cultures ; mais il est facile d’y porter remède. Il suffit, pour la faire émigrer, de tirer quelques coups de fusil et de suspendre les cadavres de quelques-unes aux branches des arbres.
- La corneille mantelée, ou corneille grise, n’est pas sédentaire et arrive chez nous en octobre pour y passer l’hiver. Compagne de la corneille ordinaire, elle en a les mœurs, rend les mêmes services, mais détruit, à la saison des nids, une quantité considérable d’œufs.
- Le corbeau freux, nommé aussi corneille, est moins carnassier et ne recherche pas les charognes, mais il détruit une incalculable quantité de mulots et de campagneuls (on en trouve jusqu’à six ou sept dans un seul estomac), et c’est assurément le meilleur destructeur de limaces, vers blancs et hannetons qu’on puisse rencontrer. 11 passe sa vie à fouir la terre, et, sans lui, nos herbages et nos récoltes auraient beaucoup à souffrir.
- 11 est vrai qu’il détériore parfois les toitures en chaume pour achever son nid, qu’il fait une notable destruction d’œufs au moment des couvées et cause, pendant les semailles, certains ravages aux champs, en dévorant autant de grains que d’insectes. Aussi les agriculteurs anglais lui firent-ils longtemps la guerre. Ils le protègent aujourd’hui, ayant constaté que son expulsion était toujours suivie de mauvaises récoltes.
- Très-sociables, les freux vivent en troupes nombreuses et se réunissent également pour couver. II n’est pas rare de voir une douzaine de nids dans un même arbre. Beaucoup plus sédentaires que les corneilles ordinaires, il est plus difficile de les faire émigrer, et une chasse assidue peut seule en faire diminuer le nombre.
- La corneille des clochers ou choucas est beaucoup plus petite et ne dépasse guère la taille d’un pigeon Elle habite les vieilles tours, les clochers et les forêts. Au point de vue du régime, le choucas se rapproche moins des corneilles que des freux, avec lesquels il se mêle souvent. Il se nourrit en effet volontiers de substances végétales ; mais, lorsqu’on met en regard les énormes services qu’il rend, il * devient évident qu’il a droit à la même protection que les autres corbeaux. Au moment des hannetons, notamment, il abandonne toute autre nourriture et en fait une destruction considérable. Il vit également de mollusques et mange surtout beaucoup de limaces. Enfin les oiseaux de proie, au dire de Cuvier, «n’ont pas d’ennemi plus vigilant. »
- En résumé, je crois qu’il ne peut rester le moindre doute sur futilité des corneilles. Les anéantir serait plus qu’une faute, puisque nous ne possédons pas d’autre moyen de nous préserver de cette innombrable légion d’insectes et de rongeurs contre lesquels nos armes, nos pièges et nos ordonnances ne peuvent absolument rien.
- Certainement les corneilles nuisent momentanément aux récoltes, et la haine que leur voue le cul-
- tivateur est, jusqu’à un certain point, excusable, mais il faut qu’il sache bien que mille ennemis cachés surgiraient le jour où elles ne seraient plus là et qu’alors il ne pourrait, même à prix d’argent, les remplacer. Cela est de toute évidence, dans les régions surtout où les herbages dominent.
- L’administration ne peut donc proscrire les corneilles, ni les protéger d’une manière absolue, puisqu’elles sont aussi indispensables dans certains endroits et à certaines époques qu’elles peuvent être nuisibles dans d’autres. Mais il lui appartient de peser dans chaque localité le pour et le contre et de permettre, lorsque cela devient utile, une chasse de courte durée.
- De cette manière, la somme des dégâts que peut causer une multplication exagérée de ces oiseaux sera suffisamment diminuée, et l’agriculteur ne sera pas privé d’un auxiliaire indispensable.
- G. Pennetier.
- Directeur du Muséum d’histaire naturelle de Rouen.
- LES GLACIÈRES DE PARIS
- Toutes les glacières viennent d’être remplies à la hâte, car les usages de la glace sont si nombreux et si importants, qu’il faut, quand elle manque dans nos contrées, s’en procurer à tout prix et en aller chercher à grands frais dans les montagnes de la Suisse, en Norvège et jusqu’en Russie, ou en fabriquer artificiellement, ce qui est plus coûteux encore. En effet, ce n’est pas seulement la préparation des sorbets, des bombes, de tous les produits raffinés des glaciers, qui absorbe de grandes quantités de çe réfrigérant ; dans une foule de cas, la médecine, et plus encore la chirurgie, ont recours à lui ; les laboratoires s’en servent journellement, mais c’est surtout la fabrication de la bière et sa conservation, ainsi que celle du poisson et d’autres comestibles facilement altérables qui en absorbent d’énormes quantités ; enfin, plusieurs industries sont basées sur l’emploi du froid.
- Aujourd’hui, en une année, Paris consomme plus de neuf millions de kilogrammes de glace, dont plus d’un million fabriqués artificiellement en pains et en carafes frappées elles-mêmes au nombre d'un million environ.
- Il existe des glaçières tout autour de Paris. Les premières, par ordre de date, sont celles de Gen-tilly, qui ont donné leur nom à tout un quartier ; elles étaient au nombre de six, mais quelques-unes ont disparu par suite des percements municipaux. A mi-chemin du boulevard extérieur et des fortifications, il existe, entre les deux bras de la Bièvre, des prairies submersibles destinées à disparaître quand ce ruisseau sera détourné dans un égout voûté. C’est sur ces espèces de marais couverts de prêles, de roseaux et de toutes sortes de plantes aquatiques que l’on fait déborder la petite rivière au moment
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- LA NATURE.
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- de la gelée pour l'approvisionnement des glacières. Jadis, on venait de tous les coins de Paris patiner sur ces prés inondés et glacés, fréquentés seulement aujourd’hui par la population misérable de la barrière Croulebarbe et de la rue Mouffetard.
- Mais on sait à quel point l’eau de la Bièvre est fangeuse et corrompue; le besoin d’avoir de la glace plus pure lit, construire de nouvelles glacières à Saint-Ouen, au bois de Yiucennes et au bois de Boulogne, où la ville a organisé, entre le boulevard militaire et la voie ferrée d’Auteuil, non loin de la Muette, un édifice modèle exploité par la Société des glacières de Paris. Cette Société possède, compris celui-ci, 7 établissements renfermant 55 glacières pouvant contenir 46 500 mètres cubes de glace. Une semblable quantité peut paraître considérable, puisque Paris n’en consomme pas effectivement le quart en un an ; mais la perte qui se produit par suite de la fusion résultant du transport et de la garde dans les glacières réduit de moitié les quantités disponibles; il suffit donc que l’on soit deux ans sans recueillir de glace pour que le stock soit épuisé. Or, la récolte ne peut commencer que si la température s’abaisse au-dessous de — 4',5 ; aussi, eu moyenne, sur dix hivers, il en est trois qui ne produisent pas de glace exploitable, et, pour peu que l’approvisionnement n’ait pu être complété les années précédentes, il faut recourir à la glace norvégienne, quatre fois plus clicre, impôt déduit, que la nôtre.
- L’établissement du bois de Boulogne, détruit par le feu il va quelques années, —quoique l’incendie d’une glacière semble être au paradoxe, —mais reconstruit aujourd’hui, se compose d’un vaste hangar tapissé de lierre, abritant dix glacières divisées chacune en deux compartiments. Pour ces glacières, on a renoncé à la forme de ruche de celles de Gen-tilly; avec leur toit de jonc, les glacières nouvelles ressemblent plutôt à des chaumières réunies en un petit hameau.
- Au delà des portes qui donnent accès dans ces réservoirs, on se trouve dans une chambre vide dont le plancher est percé d’une large trappe qui laisse voir, étant soulevée, l’entrée béante d’une cave obscure. 11 n’y a point d’escalier; si l’on faisait un pas de plus on tomberait dans le vide. Si l’on dirige la lumière d’une lanterne vers le fond de la crypte, on la voit pleine de blocs de glace que les rayons font étinceler.
- Le travail se fait exclusivement la nuit. La glace provenant des lacs du bois de Boulogne (alimentés par les eaux de la Seine et du puits de Passy) esl descendue dans les caves à l’aide d’un treuil — comme plus tard elle en est remontée. Les voitures-glacières, soigneusement calfeutrées contre la chaleur et peintes en couleur claire, sont chargées, pour le besoin des consommateurs, avant le lever du so-leil. Cet entrepôt peut contenir seize millions de kilogrammes de glace.
- Attenant à ce bâtiment, est la fabrique de carafes
- frappées, où l’on fait de la glace à la vapeur, du froid avec du feu. Dans une pièce souterraine, à peine éclairée par la lueur fuligineuse de quelques lampes, ébranlée par le ronflement des volants et le sifflement des courroies, multipliés par l’écho, se trouvent quatre bassins remplis d’eau salée refroidie à 12 ou 15 degrés au-dessous de zéro (l’eau saturée de sel marin restant liquide, comme on le sait, à cette température) ; 500 carafes plongées dans chacune de ces auges s'y congèlent en huit heures ; on peut donc frapper 2 400 carafes par jour ; c’est encore à peine suffisant l’été.
- Cette saumure frigorifique est renouvelée constamment par le jeu d’une pompe qui la puise dans le foyer du froid où elle revient après avoir circulé autour des carafes.
- Deux réservoirs, tout couverts à l’extérieur de stalactites de glace, maintiennent la basse température des quatre bains réfrigérants. Chaque appareil de congélation contient à l’intérieur un récipient où coule de l’éther sulfurique : la machine à vapeur y fait le vide ; dans le vide l’éther bout à 15 ou 16 degrés au dessous de zéro; il amène à cette température la solution saline, et celle-ci, à son tour, congèle l’eau des carafes. La chaleur qu’elle leur enlève fait littéralement bouillir l’éther, dont la vapeur, incessamment pompée par la machine, est ensuite, à l’étage supérieur, refoulée dans une rangée de petits tuyaux baignant dans une cuve d’eau. L’éther s’v liquéfie en restituant à cette eau la chaleur enlevée aux carafes et retombe enfin dans le réservoir du froid, où il se vaporise à nouveau, et ainsi de suite indéfiniment.
- Cette opération si simple n’est pas exempte de danger, car la vapeur est inflammable, et, par son mélange avec l’air, devient explosible comme de la poudre. Aussi a-t-on installé la machine et sa fournaise dans une chambre tout à fait séparée des réfrigérateurs. Les carafes frappées sont descendues dans la glacière contiguë au laboratoire souterrain jusqu’au moment de leur transport en ville.
- Charles Boissay.
- APPAREIL ENREGISTREUR
- DES ANGLES DU ROULIS.
- Les théories que l’on a données jusqu’à ce jour du mouvement du navire sur une mer agitée ne sont qu’approximatives. C’est donc à l’expérience qd’il appartient de montrer jusqu’à quel point les laits concordent avec les résultats de la théorie. Pour exécuter cette vérification, il faut connaître les inclinaisons successives qu’une houle donnée imprime au navire.
- * La photographie permet d’enregistrer ces inclinaisons. Supposons, en effet, qu’un appareil photographique ayant son axe perpendiculaire au plan dia-5
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- LA NA I I lî K.
- métrai du navire soit mis au point sur la ligne do l'horizon, on obtiendra sur la plaque les images de la mer et du ciel, séparées par une ligne qui sera l’image même de 1 horizon. Si le bâtiment s'incline autour d’un axe parallèle au plan diamétral, l’image montera ou descendra sur la plaque d’une quantité qui dépend de l’angle d’inclinaison.
- Supposons, en outre, que devant la plaque on place un volet muni d'une lente verticale, l’image sera interceptée, sauf dans la partie de la plaque située derrière la fente ; on obtiendra ainsi sur le cliché photographique une bande étroite des images du ciel et de la mer séparées par un petit segment de la
- ligne de l’horizon. Par suite, si on prend une photographie instantanée à un moment quelconque, on obtiendra un segment de l’image de l'horizon et la hauteur de ce segment sur la glace fera connaître l’angle d’inclinaison à ce moment.
- Pour réaliser ces conditions il suffit de faire glisser la chambre noire devant la glace, d’un mouvement uniforme. Si le navire reste droit pendant ce mouvement, le segment de la ligne d’horizon reste à une hauteur constante sur la plaque et par suite trace une ligne horizontale. Si le navire roule, le segment de la ligne d’horizon montera et descendra pendant que la lente se meut devant la glace et par
- •^5^wv-T J-3'y^-t
- Fig. i. — Reproduction d’une photographie de l’horizon de la mer obtenue avec l’appareil enregistreur des angles du roulis.
- (..a ligue h h représente la ligne de l’horizon.)
- suite tracera une courbe; de cette courbe ou pourra déduire quelle était à chaque instant l’inclinaison du bâtiment.
- Le procédé a été essayé au port de lires!, avec un appareil provisoire qui fonctionnait à la main et qui a donné les courbes photographiques que notre figure 1 reproduit, hh étant la ligne de l’horizon.
- La figure 2 représente le nouvel appareil de M. Iluet, ingénieur de la marine, tel qu’il a été construit par M. liedier, et dont le mouvement automatique est encore contrôlé par un petit compte-secondes spécial placé dans la chambre noire même de l'instrument.
- Un châssis photographique KK, analogue à ceux des chambres panoramiques est fixé sur un bâti en fonte de .cuivre. Ce bâti est lui-même solidement
- attaché sur le navire au moyen des boulons II IL Des vis calantes \T Y, placées aux quatre coins, servent à déterminer exactement la position horizontale de l’instrument quand le temps est calme et que le un vite ne roule pas. C’est d’ailleurs la position à déterminer une fois pour toutes.
- Devant ce châssis photographique se meut une chambre noire ordinaire dont l’objectif 0 a une distance focale de 20 centimètres et peut donner un angle de 50° ; cet objectif doit d’ailleurs avoir une extrême rapidité.
- La chambre noire porte à sa partie supérieure un bouton divisé D, qui sert à régler l’ouverture de la fente verticale dont nous avons déjà parlé, ce bouton porte une division dont chaque numéro correspond à un demi millimètre d’ouverture, ce qui per-
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- LA NAT U U K.
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- met de se retrouver, sans travail préparatoire, dans des conditions identiques d’ouverture.
- A la partie inférieure de la chambre se trouve un second boulon molleté F qui, une fois l’obturateur de la plaque enlevé, sert à rapprocher la fente à deux millimètres de la plaque, de façon à éviter autant ipie possible les flous qui pourraient se produire sur chaque petite épreuve.
- Un mouvement d’horlogerie I) est fixé sur le bâti en fonte et un ressort moteur T est placé à l'autre extrémité de ce bâti, de telle sorte que la chambre noire qui est d’ailleurs munie de galets, destinés à engager et à corriger les effets du langage, se trouve
- entre le moteur T et le régulateur D. Pour corriger l’inégalité du ressort suivant qu’il se trouve en haut ou en bas de sa course, la corde partant du régulateur D et allant à la chambre noire, au lieu de s’enrouler sur une poulie simple s’enroule sur une fusée régulatrice dont la course a été calculée à cet effet.
- On doit aussi pouvoir faire varier les vitesses à volonté, dans une limite déterminée, bien entendu. Dans l’appareil de M. Huet on se contente des vitesses variant entre 5 et 5 millimètres par secondes ; pour arriver à ce résultat, le régulateur D porte une double paire d’ailettes. Une paire de ces ailes est dans une position verticale fixe, et il suffit de faire varier
- Fig. “2. — Nouvel appareil photographique enregistreur des angles du roulis de M. Huet, ingénieur de la marine.
- l'inclinaison de l’autre paire pour diminuer ou augmenter la vitesse.
- Malgré cela, il eut été imprudent de s’en rapporter à ce mode de réglage qu’un rien peut faire varier, et comme le temps est fonction des courbes obtenues, il importait de le déterminer exactement. A cet effet à l’intérieur de lachambre noire se trouve vissé sur la paroi inférieure un compte-secondes, dont nous avons déjà parlé et qui fait lever, toutes les trois secondes, un petit écran devant la fente verticale; ce mouvement régulier et indépendant produit sur la plaque photographique une dent de scie et la distance entre chaque pointe de dents correspond à trois secondes.
- La plaque photographique a 60 centimètres sur 21.
- Nous croyons inutile d’insister sur l’importance
- de cette ingénieuse application de la photographie. Aucun appareil ne donnait, avant celui qu’a imaginé M. Huet, la mesure exacte de l’amplitude du roulis ; plusieurs oscillomètrcs, il est vrai, avaient déjà été construits, et celui de M. Bouquet de la Grye, entre autres, a particulièrement fixé l’attention des physiciens.
- L’appareil de M. Huet écarte toutes les causes d’erreurs; le seul inconvénient qu’il présente est tout à fait indépendant du principe sur lequel il est fondé : il exige pour son emploi un ciel pur et un temps clair, mais cet inconvénient disparaît vite, si l’on réfléchit aux chances de beau temps qui se présentent pendant une traversée, si courte qu’elle soit
- Gaston Tissandier.
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- LA NATURE.
- L’ASTRONOMIE DES BABYLONIENS
- d’après les découvertes récentes faites a ninive.
- (Suite et fin. — Voy. p. 158 )
- Les Accadiens paraissent avoir commencé leurs observations astronomiques avant de quitter la terre d’Elam, car leur méridien était situé dans ce pays, et d’un autre côté la vieille mythologie fait de la « montagne de l’Est » le pivot sur lequel le ciel repose. Cette explication s’accorde aussi avec le plus grand nombre d’éclipses mentionnées dans les observations de Bel, nombre qui implique une antiquité correspondante pour le commencement des observations. Ces relations furent soigneusement conservées, attendu qu’il y avait des observatoires officiels dans la plupart des grandes cités babyloniennes et assyriennes, telles que : Ur, Agané, Ninive et Arbelles ; les directeurs de ces observatoires étaient obligés d’envoyer tous les quinze jours un rapport au roi.
- C’est aux accadiens que nous devons les signes du zodiaque et les jours de la semaine. Le ciel était divisé en quatre parties, et le passage du soleil à travers chacune d’elles marquait les quatre saisons de l’année. Le printemps s’étendait du 1er du mois d’Adar jusqu’au 50 du mois d’Iyyar; c’est-à-dire du premier degré des Poissons au 50e degré du Taureau; l’été s’étendait du 1er Sivan au 30 Ab, c’est-à-dire du 1er degré des Gémeaux au 503 degré du Lion ; l’automne du 1er d’Ebul au 30 Marchesvan, 1er degré' de la Vierge au 30e degré du Scorpion; et l’hiver du 1er Chislen au 30 Sebat, 1er degré du Sagittaire au 50e degré du Verseau.
- Voici la correspondance de cet ancien calendrier :
- ( Ad vu.
- PRINTEMPS . ! Nisan,
- ( Iyyau.
- ; Sivan.
- ÉTÉ J Tammuz.
- ( Ab.
- ( Elue.
- AUTOMNE. . Tisbi.
- (Dernier mois.) Février. (Premier mois.) Mars.
- Avril.
- Mai.
- Juin. Juillet. Août.
- Septembre. Octobre. Novembre. Décembre. Janvier.
- HIVER.. . .
- Ma lien ES VA N. Kisler, Tebet, Sebet.
- L’année commençait en mars, par le mois lunaire de Nisan. Mais ce qui est singulier, c’est, que la division du ciel, l’origine des longitudes, le commencement du printemps se trouvent avancés au mois précédent. En vertu de la précessiou des équinoxes, les saisons auraient-elles changé depuis la première organisation de l’astronomie babylonienne? Le calendrier est-il antérieur à la division systématique du ciel ? « Les noms des mois étaient tirés des signes correspondants du zodiaque, dit M. A. H. Saycedans la revue anglaise Nature ; comme le zodiaque commence avec le Bélier et l’année avec Nisan, ni le zodiaque, ni le calendrier des Accadiens ne peuvent être antérieurs à l’an 2540 avant notre ère. Cette conclusion est confirmée par le fait que même à l’é-
- poque tardive de la composition des observations de Bel, le temps est calculé dans le cas des éclipses, non par le Casbu ou double heure, mot accadien et non sémitique, mais par l’ancienne division en trois veilles. Chacune des veilles était de quatre heures commençant à six heures du soir et finissant à six heures du matin. »
- Les éclipses de lune ont été observées dès l’époque la plus ancienne, mais quoiqu’elles soient nombreuses dans le grand ouvrage astronomique de la bibliothèque de Sargon, la manière vague et peu scientifique avec laquelle elles sont indiquées ne leur donnent qu’une faible valeur astronomique; la formule ordinaire est : dans tel mois, tel jour, une éclipse a été observée ; elle a commencé à la veille du soir et fini à la veille de minuit, l’ombre étant de telle ou telle étendue. Plus tard cependaul, il y eut plus de précision, et longtemps avant le règne de Sargon d’A-gané on avait découvert que les éclipses de lune reviennent après un cycle de 223 lunaisons, et, en les mentionnant , on ajoutait : selon le calcul, ou bien contrairement au calcul, la lune a été éclipsée.
- L’année était divisée en douze mois lunaires et 560 jours. Un mois intercalaire étant ajouté lorsqu’une certaine étoile nommée l’étoile des étoiles (Tau du Bélier) qui était juste en avance du soleil lorsqu’il traversait l’équinoxe de printemps, n’était pas parallèle avec la lune avant le 5 de Nisan, c’est-à-dire deux jours après l’équinoxe. Le jour était divisé en douze casbrimi ou doubles heures, et chacune de ces parties était subdivisée en 60 minutes et 60 secondes. Le mois aussi était partagé en deux moitiés de quinze jours, et chacune d’elles était subdivisée eu période de cinq jours, quoique la semaine de sept jours ait été en usage dès les plus anciens temps. Les jours de la semaine ont été nommés d’après les planètes, comme on le sait d’ailleurs -, mais ce qu’il y a de particulièrement confirmé ici, c’est que l’origine de la semaine appartient certainement aux auciens Chaldéens.
- La marche de la lune était divisée en 240 degrés (60x4). 11 en était de même de l’équateur, l’étoile Êta des Poissons marquant 60°, Alpha de Pégase 80° et ainsi de suite. L’écliptique, qu’ils appelaient pittoresquement le Joug du Ciel, était divisé en 360° ; trente pour chaque signe. Le symbole Babylonien pour un degré, c’est une étoile. 11 est curieux qu’on ne trouve aucune trace des 28 Nakshatras ou demeures lunaires de l’astronomie indienne et chinoise qu’on a si souvent attribuées à une origine babylonienne. Si Biot a eu raison de supposer qu’il n’y en avait d’abord que vingt-quatre et que les quatre autres ont été ajoutées par le sage Chinois Cheu Kung, onze cents ans avant notre ère, il est possible qu’elles puissent avoir du rapport avec les vingt-quatre étoiles zodiacales qui, selon Diodore, étaient appelées juges par les Babyloniens, douze étant au nord et douze au midi.
- On calculait déjà les éclipses du soleil à cette époque reculée en traçant l’ombre de la lune pro-
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- jetée sur une sphère. Dans le livre qui traite des éclipses de soleil, on remarque un passage assez curieux sur un obscurcissement de la lumière solaire produit par des taches.
- Les planètes Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne étaient connues dans cette ancienne astronomie et observées avec le plus grand soin. On remarque parmi les noms donnés à la planète Mars celui de « l’Etoile qui diminue » par allusion avec son éloignement de la terre suivant son mouvement. Jupiter est fréquemment appelé la planète de l’écliptique, à cause de sa faible inclinaison sur ce plan. Le nom donné à Mars suggère en môme temps la question fort intéressante de savoir si les Babyloniens ont observé ses phases, ainsi que celles de Vénus. On trouve sur ce point une assertion digne d’attention, déclarant que Vénus augmente de grandeur suivant les positions qu’elle occupe sur son orbite, assertion qui, réunie à la dénomination de Mars, pourrait faire supposer que ces phases ont été connues dès cette époque. Si nous en avions une preuve certaine, nous en conclurions presque certainement qu’ils avaient inventé le télescope. Une découverte de M. Layard d’une lentille de verre grossissante trouvée dans les ruines de Ninive indique, d’ailleurs, qu’on pouvait avoir eu main les éléments nécessaires pour la construction d’une lunette élémentaire. 11 paraît même que sur une tablette brisée on croit reconnaître le fragment d’une observation d’un passage de Vénus devant le soleil.
- Le nombre des étoiles fixes observées par les Chal-déens était très grand, et paraît même supérieur à celui des étoiles visibles à l’œil nu. Les principales étoiles ont des noms particuliers, le reste étant enfermé dans la constellation à laquelle elles appartiennent. C’est ainsi que la carte du ciel a été construite longtemps avant qu’on eût eu même la première idée de construire un atlas terrestre. Il est extrêmement difficile d’identifier les constellations chaldéennes et leurs étoiles ; mais les représentations modernes de plusieurs d’entre elles ont pu être connues, et elles pourront probablement servir, ainsi que les textes astronomiques plus récents, à reconstruire l’ancien globe céleste des Babyloniens aussi complètement que nous avons pu le faire pour les Grecs et les Romains.
- On a découvert un autre- document fort précieux dans le palais de Sennachérib; cest un fragment d’astrolabe. Le ciel et l’année sont représentés par la forme circulaire de cet appareil ; la circonférence est divisée en douze parties correspondant aux douze signes du zodiaque et aux douze mois de l’année, avec la division en degrés. En dedans, il y a douze autres divisions plus près du pôle formant un second cercle intérieur et dans chacune des vingt-quatre divisions l’étoile principale est marquée.
- Au milieu de la grande variété de littérature assyrienne et babylonienne actuellement conservée au British Muséum, il y a un poëme épique qui consiste en douze parties dont chacune répond à un signe du
- zodiaque et célèbre les aventures d’un héros solaire. On y trouve aussi des tables de racines cubiques et d’autres formules mathématiques.
- Les bibliothécaires de ces anciennes institutions étaient appelés « les hommes des tablettes écrites ». Le plus ancien bibliothécaire dont le nom nous soit parvenu était un certain Mul-Anua, le fils de Gandhu ; son sceau est actuellement en Europe, et nous savons par cette relique qu’il était directeur de la bibliothèque d’un ancien roi Accadien. D’Ur est la ville mentionnée dans la Genèse comme patrie d’A-braham, et le sceau en question date certainement de plus de 4,000 ans. Telle est l’antiquité des livrés et des bibliothèques eu général ; tels sont en particulier les titres de noblesse des livres d’astronomie.
- Camille Flammarion.
- LE CREUSOT
- (Suite et lin.— Voy. p. 100 et 1-41.)
- La grande forge. — Elle couvre une superficie de 15 hectares. Cette vaste construction, qui n’a pas de pareille en France, renferme outre une cour centrale de 40 mètres de largeur, cinq bâtiments principaux et distincts : 2 halles de puddlage, 1 halle de laminage à cinq travées, longue de 560 mètres et large de 100; 4 halles de finissage de rails et 1 atelier de réparations, qui forment un ensemble magnifique où tout a été aménagé avec le plus grand soin et de manière à éviter toute fausse manœuvre
- Ces diverses parties sont reliées entre elles par des voies ferrées qui facilitent les communications et permettent de transporter promptement les matières d’un endroit dans un autre.
- Quand on arrive à l’entrée de la halle de laminage, on s’arrête, saisi d’étonnement, à la vue du spectacle vraiment féerique qui vous apparaît et qui, certes, est un des plus beaux coups d’œil qu’offre cette immense usine. A droite, on aperçoit, à perte de vue, les fours à réverbère où l’on soude le 1er, et d’où s’échappe, par instants, une clarté éblouissante ; les massifs en brique qui les terminent, entourent des chaudières à vapeur qui, comme au puddlage, utilisent la chaleur perdue et forment une splendide colonnade dans laquelle l’œil se perd. A gauche, dans l’axe même de la grande travée, se déroule une interminable ligne de laminoirs dont les volants et les engrenages tournent avec une rapidité vertigineusè ; ces colossales roues en fonte, dont l’une, la plus grande de toutes, a 60 mètres de diamètre et pèse près de 60,000 kilog., ont pour but: celles-ci de transmettre le travail développé par les machines1, celles-là d’en emmagasiner la force vive et de régulariser le mouvement des cylindres, qui acquièrent,
- 1 Onze grandes machines motrices horizontales, à condensation, dont la force varie de 2 à 400 chevaux, conduisent directement, ou par l’intermédiaire d’engrenages, 12 trains a fers et à rails et 8 trains de tôles.
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- de la sorte, une vitesse toujours égale. A tous moments, l'espace compris entre les tours et les trains est sillonné par des masses, blanches de chaleur, qui vont s’engouffrer entre les cylindres qui doivent les travailler ; de ces derniers jaillit prrfois une gerbe d’étincelles brillantes, semblable à un feu d’artilice; c’est la crasse qui, eu sortant du fer, produit ce qu’on appelle un coup de feu. Et, au milieu de tout cela, une véritable fourmilière d’ouvriers qui vont, viennent, se croisent, jouant pour ainsi dire avec ce fer chauffé jusqu’au blanc, et portant partout l’animation et le mouvement.
- Amené du puddlage, le fer brut est, à l’aide de fortes cisailles, coupé en morceaux que l’on met les
- uns sur les autres pour former ce qu’en langage du métier ou nomme des paquets. Ces paquets sont ensuite portés dans les tours où l’on doit les chauffer et où la combustion est activée par un courant d’air que des ventilateurs envoient sous les grilles. Lorsqu’ils sont arrivés à la chaleur éblouissante du blanc soudant (1,500 à 2,000 degrés),une des plus hautes températures que l’on puisse atteindre dans les foyers métallurgiques, le chauffeur les retire, puis on les passe entre des cylindres qui les pressent, les écrasent les allongent et finissent par leur taire prendre la forme définitive que le fer doit recevoir et qui est tracée d’avance sur les cylindres eux-mêmes.
- La production journalière de la forge est d’envi-
- ron 550,000 kilog., dans lesquels entrent 180 à 200,000 kilog. de rails en acier provenant des lingots coulés à l’aciérie.
- A l’extrémité de la forge se trouve un vaste étang, contenant environ 500,000 mètres cubes, et placé sur un niveau assez bas pour recueillir toutes les eaux venant de la ville et de l’usine. Des galeries souterraines y amènent le résultat de la condensation des machines, de l’épuisement de la mine, etc. Les eaux se refroidissent et se clarifient en parcourant toute la longueur du bassin, où six pompes, réunies dans un seul batiment et mues chacune par une belle machine verticale de 50 chevaux à action directe, puisent par jour 48 à 50,000 mètres cubes d’eau, qu’elles refoulent dans trois réservoirs, dont l’un sert pour la for ge et les deux autres pour le reste de l’usine.
- Les ateliers de construction. — Placés entre les hauts fourneaux et la montagne, ils occupent un es-
- pace de 450 mètres de longueur sur 150 de largeur moyenne, et comprennent uue fonderie de deuxième fusion, des forges à mains, une chaudronnerie, des ateliers d’ajustage, de tournerie et de montage.
- La fonderie. — La fonderie du Creusot, qui occupe environ 500 ouvriers, a une grande importance ; elle n’offre pas .cet aspect noir et sinistre que présentent d’habitude les établissements de cette nature. Elle est divisée en deux parties1 : l’une, la grande fonderie, est réservée spécialement aux pièces de grandes dimensions et renferme 11 grues, 4 grandes étuves à sécher les moules, 4 cubilots et un four à réverbère ; la deuxième partie est plus récente, elle contient, outre trois jolies grues mises en mouvement par la vapeur, 5 cubilots et 2 étuves. Ce bel
- 1 Une troisième parlie, fabriquant surtout les pièces de locomotives, vient de reprendre son travail, qui avait été suspendu pendant ces dernières années. ,
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- outillage permet découler, sans la moindre difficulté, des pièces de 60 à 100,000 kilog.
- Les grosses forges. — Dans un bâtiment attenant autrefois à la forge à laminoirs, et situé à coté de celui dont nous venons de parler, se trouvent les grosses forges, où l’on travaille les pièces de fort poids, telles que les arbres de couche gigantesques destinés aux. machines de marine. Le paquet a des dimensions si considérables, qu’on n’en peut chauffer qu’une partie à la lois ; quand celle-ci est au blanc, on la retire, et, avec le secours d’une grue à vapeur, on la porte sur l’enclume d’un pilon dont le marteau pèse 15,000 kilog. Une vingtaine d’hommes, appuyant sur une barre solidement fixée à l’extrémité de la
- pièce qui n’a pas été chauffée, dirigent cette dernière sous l’outil, qui, parla puissance de son choc, force le fer, devenu docile et souple, à prendre la forme que l’on désire obtenir. De temps en temps, le forgeron saisit un grand compas et regarde si l’on est arrivé à la dimension voulue. Mais le métal s’est refroidi, il faut le reporter dans le four pour lui donner une nouvelle chaude ; et combien devra-t-il encore en recevoir pendant les quinze jours ou trois semaines qui s’écouleront avant que le travail soit complètement achevé !
- Pour citer toutes les machines qui sont sorties de ces ateliers si vastes et si complets, il faudrait procéder à un inventaire vraiment interminable ; on
- Les ateliers de construction du Crcusot. (D’après une photographie,)
- peut dire que toutes les parties de la construction ont été abordées par le Creusot et que, dans toutes, il a produit de véritables chefs-d’œuvre.
- Sa série de locomotives en est au chiffre 1740 ; elle comprend une énorme variété de formes et de dimensions, depuis les petites locomotives déminé jusqu’à ces colossales machines Engerth à 8 roues couplées, ces locomotives à réchauffeur de la Compagnie du Nord et ces puissantes machines à marchandises de la Compagnie du Midi. C’est, du Creusot que sont sortis les marteaux-pilons deGuériguy, et tant d’autres répandus dans les forges françaises. Comme machines fixes, il peut revendiquer, outre sa puissante machine d’épuisement de la mine, ses belles souffleries et les machines de la forge, les machines d’extraction des mines de Blanzy et de quelques puits du bassin de Saint-Etienne ; les pompes des eaux de Nîmes et de Lyon; celles des nouveaux bassins d’épuisement de Brest; les souffleries de Deuain
- et de Commentry; plusieurs machines motrices pour laminoirs, etc., etc.
- La marine, de son côté, lui est redevable de nombreux appareils, parmi lesquels nous mentionnerons la machine de /’Hermione, les batteries blindées : la Lave, la Tonnante, etc. ; la machine de 950 chevaux nominaux du navire cuirassé Océan, composée de trois cylindres de 2*n 10 de diamètre et de lm50 de course. La vapeur agit à pleine pression dans le cylindre du milieu et se détend dans les deux autres (Système Woolf) ; la force réelle développée sur les pistons est de 3,800 chevaux de 75 kilogrammètres.
- La machine de 530 chevaux nominaux du garde-côtes-bélier cuirassé le Cerbère ;
- L’appareil de 850 chevaux nominaux du paquebot le Saint-Laurent, de la Compagnie Transatlantique (machine que l’on a transformée dernièrement, décembre 1874) ; chacun des deux cylindres a 2lu20
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- de diamètre et l^SO de course; la force développée aux essais sur les pistons a été de 5,200 chevaux de 75 kilogrammètres ;
- La machine à roues, à haute et basse pression de 550 chevaux, de l’aviso le Pétrel de la marine militaire française ;
- On vient de commencer pour le Redoutable une gigantesque machine à 6 cylindres qui donnera 6,000 chevaux-vapeur de 75 kilogrammètres.
- Que d’exemples à citex1 aussi dans la section des ponts! Contentons-nous des suivants:
- Pont de Fribourg, sur le chemin de fer de Lausanne à Fribourg (1859).— Viaduc de 554 mètres de longueur. Hauteur du rail au-dessus du fond solide de la vallée : 80 mètres. Poids des parties mé-ialliques : 5,000,000 kil.
- Pont tournant de Brest à 2 volées (1860).— Ecartement des axes de rotation: 117“05.Poids des parties métalliques: 1,170.000 kil.
- Pont de Romans sur l’Ardèche. — Longueur : 119m60. Poids du métal : 485,000 kil.
- Pontd’Orival à 6 travées.— Longueur 281 mètres, Poids du métal : 1.548,000 kil.
- Pont sur El-Cinca (Espagne). — 11 est un arc surbaissé; la distance entre les culées est de 70 mètres, et la hauteur au-dessus de la vallée de 55 mètres. Poids des parties métalliques: 247,000 kil.
- Pont sur la Chifia (Algérie).— Poids des parties métalliques : 419,000 kil.
- Pont sur le Danube, à Stadlau (près Vienne), construit pour la compagnie 1. R. P. des chemins de fer de l’État. — Distance entre les culées : 584,45. Nombre des piles : 4. Distance d'axe en axe des piles: 80 mètres. Poids des parties métalliques : 2,140,000 kil.
- Pont sur le Danube, à Vienne, construit pour l’administration des ponts et chaussées.— Distancé entre les culées : 5I>1 mètres. Nombre des piles : 5.
- Distance d’axe en axe des piles : 38,75. Poids total des parties métalliques : 2, 400,000 kil.1
- Napoléon Vadot.
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- CHRONIQUE
- Le Frigorifique. — Nous avons décrit les procédés au moyen desquels M. Ch. Tellier produit artificiellement
- 1 En 1836 la production de l’usine du Creusot ne dépassait pas annuellement 40,000 tonnes de houille et 60,000 tonnes de fer ; en 1844, trois mille ouvriers dépendaient de l’établissement qui, depuis 1839, avait déjà fourni à la navigation quatre mille chevaux de farce; en 1847, on était arrivé à produire 20,000 tonnes de fer par an, quantité qu’on avait doublée en 1810; en 1867, la production se mesurait par les chiffres suivants : 200,000 tonnes de houille, 300,000 tonnes de minerai, 150,000 tonnes de fonte et 100,000 tonnes de fers et tôles ;’ les ateliers de constructions avaient livré depuis leur création : 1,100 locomotives; 125 marteaux-pilons; 168 appareils de marine, d’une force totale de 39,945 chevaux; 630 machines fixes d’une force totale de 30,000 chevaux. Enfin, aujourd’hui, la production est de 190,000 tonnes de houille (avec les annexes 715,000), 190,000 tonnes de fonte, 160,000 tonnes de fer et acier.
- le froid, et l’applique à la conservation des viandes (2e année 1-874, 2e semestre, p. 247). Une grande Compagnie va récemment exploiter ees pi’océdés, pour le transport jusqu’en Europe des viandes, produites en si grande abondance dans l'Amérique du Sud et dans l’Australie. On mène actuellement avec une grande activité l’installation des appareils spéciaux du- steamer français Frigorifique., amarré actuellement sous la mâture du bassin du Commerce, au Havre.
- Ce steamer est destiné à transporter les viandes fraîches, sans aucun apprêt, et tout simplement par un système qui permettra de maintenir constamment dans les soutes une température très-basse. Tout l’intérieur du .steamer, à part l’endroit réservé pour la machine, ne formera qu’un immense magasin, lequel sera isolé dans toute sa longueur de la muraille du navire par une cloison de tôle doublée à l’intérieur par des planches. Entre la tôle et les planches se trouvera une couche isolante composée de paille coupée et de feutre. Les viandes seront accrochées dans ces magasins comme dans la boutique d’un boucher : nos gravures publiées à ce sujet en 1874 ont représenté ce mode d’installation. Le Frigorifique est commandé par le capitaine Lemarié.
- L’cnseigncmcnt par les affiches et les tableaux. — M. Louis Redon vient d’entreprendre dans la Haute-Savoie, un essai fort curieux, qui consiste à répandre les notions utiles, par le moyen d’affiches, de tableaux, placardés à l’école et à la mairie. M. Redon, dans une intéressante brochure, nous rappelle que ce procédé donne depuis fort longtemps d’excellents résultats en Suisse, où, dans tous les villages, les habitants peuvent lire des affiches, sans cesse collées aux murs, et leur apprenant les secours à donner en cas d'accident avant l'arrivée du médecin, les secours à donner aux noyés, les instructions sur l'utilité des oiseaux en agriculture, etc. M. Revon propose d’étendre ces notions à celles qui concernent, l'économie domestique, la comptabilité du ménage, les petites recettes tdiles, l'histoire, Iv,géographie,, l'archéologie, etc. Nous croyons devoir applaudir à cette heureuse idée, qui ne doit pas manquer d’être féconde. Combien les murs de l’école no gagneraient-ils pas à être couverts de tableaux, bien remplis de notions saines, instructives, utiles, que les en.rants ne larderaient pas à graver dans leur mémoire, en les considérant tous les jours, et en s’instruisant ainsi, en quelque sorte malgré eux.
- Colle forte au chrome. — Elle consiste en une solution passablement concentrée de gélatine à laquelle on ajoute, pour cinq parties de gélatine, environ une partie de chromate acide de chaux en dissolution. Ce mélange a la propriété de devenir insoluble dans l’eau, sous l’action de la lumière, par suite de la réduction partielle de l’acide chromique; et cette propriété est utilisée en mainte circonstance dans la photographie. Le professeur Schwarz vient d’essayer l’application de cette colle au masticage du verre ; avec la solation fraîchement préparée il enduisit, aussi régulièrement que possible, les surfaces à rejoindre, les pressa l’une contre l’autre et dans cette position il les consolida avec un fil. Après cela il exposa le verre au soleil et au bout de quelques heui’es l’opération avait parfaitement réussi. L’eau bouillante ne fait plus dissoudre la colle oxydée et la cassure était à peine reconnaissable. Des objets précieux en verre, qui seraient défigurés avec un mastic ordinaire, peuvent donc être avantageusement réparés de cette façon. 11 est probable que les verres de microscopes pourraient être collés mieux ainsi
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- qu’avec de l’asphalte noir. La colle au chrome pourrait encore être utilisée pour la confection de tissus imperméables. L’étoffe, tendue sur un châssis, n’aurait besoin que d’être immergée deux ou trois fois dans la préparation et exposée au soleil. Une couverture en carton bitumé imbibée de colle au chrome a été exposée pendant tout un été à des pluies violentes, sans qu’elle ait été pénétrée par l’eau ; ce résultat est certes d’une grande importance et mérite de fixer l’attention.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 janvier 1876. — Présidence de M. Paris.
- Nouvelle planète. — La 159e petite planète gravitant entre les orbites de Mars et de Jupiter vient d’être découverte, à Paris, par M. Paul Henry. Cet astre a déjà été l’objet de trois observations que M. Le Verrier transmet à l’Académie.
- Ferment cle l'urée. — M. Musculus, de Bordeaux, constate que le ferment de l’urée, c’est-à-dire oette substance qui, par une action mystérieuse, transforme l’urée en carbonate d’ammoniaque, existe surtout dans l’urine des personnes atteintes d’un catarrhe de la vessie. Au contraire, les urines saines peuvent rester très-longtemps exposées à l'air sans éprouver la fermentation ammoniacale. L’auteur a isolé le ferment, et il résulte des éludes auxquelles il l’a soumis que c’est bien moins aux ferments vivants qu’il est comparable qu'aux ferments solubles et inorganisés dont la diaslase est le type.
- Mélange réfrigérant. — Comme perfectionnement aux résultats publiés récemment par M. Isidore Pierre, au sujet de l’hydrate d’acide chlorhydrique, M. With signale le froid de 37“ sous zéro qu’on obtient par le mélange de la neige fine avec une proportion convenable de cet hydrate. Nul doute que l’industrie ne tire parti de la recette.
- Nouvelles du Saint-Gothard. — Il paraît, d'après une lettre de M. Colladon, que les perfectionnements apportés aux procédés de forage du tunnel ont permis de pousser le travail beaucoup plus vite qu’on n’avait osé l’espérer. On est assuré dès maintenant de terminer l’opération bien avant les délais fixés.
- Le sucrage des vins. — Dans les mauvaises années, où le raisin n’arrive pas à maturité, on peut arriver pourtant, à l’instar des vignerons d’Alsace, à faire du vin très-passable. La méthode consiste à ajouter au moût une quantité convenable de sucre. Sous l’influence de la fermentation, celui-ci donne naturellement de l’alcool et le titre du vin est ainsi relevé. Il paraît que cette pratique a été recommandée dès 1776 par le chimiste Macquer, puis étudiée en 1800 par Chaptal, qui donnait aux vignerons le conseil d’extraire, dans les années très-riches, le sucre de raisin de leur moût, afin de pouvoir l’ajouter au raisin moins sucré des mauvaises années. Lors du blocus continental cette fabrication de sirop de raisin, devenue un succédané du sucre de canne, prit un développement considérable. Toutefois c’est peu après que l’on découvrit la tranformation de l’amidon en sucre, sous l’influence de l’acide sulfurique, et le sirop ne se fabriqua plus qu’avec la fécule de pomme de terre. Malgré cette substitution les vignerons continuèrent à pratiquer le sucrage, et il prit un grand développement surtout en Bourgogne où, de proche en proche, on l’applique à tous les vins même aux meilleurs. Des réclamations nombreuses se produisirent parmi les consommateurs et le sucrage fut abandonné en 1845. Dans d’autres
- circonstances ta même manipulation fut appliquée à quintupler le produit d’une vendange, le moût étant additionné de quatre fois son volume d’eau sucrée. Mais si la fermentation rétablissait à peu près les proportions d’alcool dans le mélange, il n’en était pas de même des autres principes du vin, et, comme l’a fait remarquer M. Boussingault, nos industriels ne savent pas changer l’eau en vin.
- Le même chimiste fait d’ailleurs remarquer que le vin des mauvaises années n’est pas seulement pauvre en sucre et par conséquent en alcool, mais qu’il est souvent très-acide, et ici le sucrage n’a plus aucun effet. On a essayé dé la saturation par les bases, mais le résultat est toujours défectueux, et M. Boussingault pense que le seul remède bien propre à flatter les instincts des marchands de vin est d’introduire dans le liquide une forte proportion d’eau. En se résumant l’auteur laisse percer le regret de n’être plus assez jeune pour fonder une industrie nouvelle qui consisterait à fabriquer dans le midi et en Espagne du sirop de raisin qu’on expédierait dans les vignobles où l’on voudrait réaliser le sucrage.
- Le noir d'aniline. — Le directeur de l’École de chimie de Mulhouse, M. Gœppelsrœder adresse par l’intermédiaire de M. Wurtz une étude d’où il ressort que le noir d’aniline résulte de l'oxydation de cette base et peut être obtenu par l’électrolyse de ses dissolutions salines. C’est un corps qui résiste à l’action de tous les dissolvants sauf à l’acide sulfurique froid d’où il est précipité en vert par l’addition de l’eau. Soumis à l’action de la potasse, le noir d’aniline devient partiellement soluble dans l’alcool auquel il cède une matière qui communique au liquide une fluorescence rose.
- Horgme pliocène. — Les argiles pliocènes des environs de Sienne ont fourni à M. Capellini, professeur à l’Université de Bologne, des ossements fossiles de cétacés portant des stries qui semblent, à l’auteur, résulter évidemment du travail de l’homme. On sait qu’une découverte analogue a été annoncée en France, mais que des doutes, confirmés depuis, ont été élevés à son égard. Pour les échantillons de Sienne cependant, tous les géologues qui les ont vus jusqu’ici sont unanimes à se ranger à l’opinion de M. Capellini. On l'acceptera d’autant plus volontiers du reste , qu’il est possible que l’homme date du terrain miocène, ainsi que M. Bourgeois l’a annoncé. C’est ce que M. de Qnatrefages fait remarquer à l’Académie.
- Stanislas Meunier.
- l’accroissement
- DE LA RICHESSE AGRICOLE EN FRANCE
- M. le ministre de l’agriculture et des travaux publics a récemment publié dans le Journal officiel les résultats de la production annuelle du blé et d’autres céréales, des légumineuses etc., sur le territoire delà France, depuis 1815 jusqu’à 1874. Ces documents offrent un intérêt de premier ordre ; mais ils se présentent sous l’aspect de longues colonnes où des nombres composés de huit ou neuf chiffres, alignés les uns au-dessous des autres, sont d’une lecture laborieuse, difficile, et ne s’adressent guère qu’aux agronomes et aux économistes.
- Nous avons pensé que nos lecteurs nous sauraient
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- LA NATURE.
- gré de leur présenter ces documents sous une forme simple, condensée, sous celle d’un diagramme qui parle aux yeux, et qui se fait comprendre en quelque sorte de lui-même. Voici comment a été construit la courbe ci-dessous qui représente la production annuelle du blé en France depuis Vauban jusqu’à 1874.
- On a pris la moyenne de la production décennale du blé d’après les documens officiels, on a divisé le nombre obtenu par le nombre représentant la moyenne de la population française dans la même période de dix ans. Le quotient a donné le nombre d’hectolitres de blé pour 1 habitant. En répétant ces calculs, pour chaque période décennale depuis 1815 jusqu’à 1874, on a tracé la courbe suivante, qui a été complétée
- par les chiffres connus de la production française, en 1700, sous le ministère de Vauban.
- Au commencement de ce siècle, la France produisait lhe(;tol,674 de blé par habitant; eu 1874, elle en produit presque le double, 2l,eclol,80, et pendant l’intervalle de temps qui sépare ces deux dates extrêmes, l’accroissement a presque toujours été constant.
- La courbe indique une décroissance momentanée pendant les dernières années de l’empire ; elle s’interrompt en 1870, année de la guerre, pendant laquelle les documents font absolument défaut, et après les désastres, l’accroissement continue, comme la plus éloquente preuve de l’extraordinaire vitalité de
- U ombre d'hectolitres par an
- et par habitant.
- de 1700 à 1815
- Diagramme montrant l’accroissement de la production du blé en France, depuis Vauban jusqu’à nos jours.
- la France. En 1815, notre pays a produit 39 460 471 hectolitres de blé, et en 1874, 133 130163 ! la population dans cet espace de temps ne s’est accrue cependant que de sept millions d’habitants.
- Notre diagramme nous donne un dernier renseignement qu’il est important de ne pas laisser inaperçu. Tandis que l’accroissement de la production du blé a été si rapide depuis 1815 jusqu’à nos jours, il a été presque nul pendant toute la durée du siècle précédent, de 1700 à 1800, puisque l’on passe seulement de 1,5 hectolitre de blé par habitant à 1,674. Ces faits ne démontrent-ils pas, d’une manière indiscutable, les immenses ressources que la nation a puisées dans le* fait de la division du territoire, accompli depuis la fin du siècle dernier ? Le nombre des propriétaires s’accroît dans une proportion énorme; aussitôt le sol est cultivé avec une ardeur sans pa-
- reille : d’année en année on voit s’élever le rendement du pays en blé, c’est-à-dire en richesse, en force et en prospérité.
- Le diagramme que nous publions sur le blé pourrait être fait de la même façon pour les autres céréales, pour les légumineuses, etc. Les proportions de l’accroissement de production pour tous ces produits sont à peu près les mêmes. Les résultats obtenus par les différentes courbes que l’on tracerait ainsi, se résumeraient tous par cette conclusion pleine de promesses pour l’avenir : la richesse agricole de la France augmente constamment.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
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- LA. CRISTALLISATION
- HES EAUX MÉTÉORIQUES.
- Dans une communication présentée il y a quelques années déjà à la Société météorologique de France, j’ai signalé les cristallisations remarquables que l’on obtient en laissant s’évaporer spontanément une goutte d’eau de pluie sur une lame de verre, et que l’on peut examiner facilement au microscope. Dans une note adressée à l’Académie des sciences, le 4 janvier 1875, j’ai présenté, avec plus de détails, quelques considérations sur les matières salines contenues dans la neige, et sur l’examen microscopique des cristaux qu’elles produisent par l’évaporation1. Ces cristaux
- Fig. 1. — Cristallisations obtenues par l’évaporation à sec d’une goutte d’eau de pluie, vues au microscope. 500 D.
- Dans la figure 4 j’ai dessiné des cristaux obtenus dans plusieurs préparations à l’observatoire de Sainte-Marie-du-Mont (Manche) en juin 1875. On aperçoit de fines dentelures, imitant l’aspect de fougères ou de plumules d’une délicatesse inouïe, de petits cristaux légèrement arrondis sur leurs angles et gracieusement ramifiés, des croix hexagonales à six branches, etc. Ces cristaux déliquescents ne tardent pas à perdre leur forme sous l’inlluence de l’humidité de l’air. On a pu toutefois en fixer queques groupements par la photomicrographie.
- La figure 2 reproduit la plus belle cristallisation que j’aie obtenue par l’évaporation d’une goutte d’eau de neige. Je l’ai dessinée à la chambre claire, sous un grossissement de 500 diamètres ; elle représente rigoureusement les cristaux formés sur le bord d’une
- 1 Voy. Comptes rendus de l'Academie des sciences. — Séance du 4 janvier 1875, et la Nature, 3e année 1875, 1" semestre, p. 85.
- sont pour la plupart formés par le nitrate d’ammoniaque abondamment contenu dans les eaux météoriques : ils sont remarquables par les variétés de forme qu’ils affectent et par la singularité des aspects qu’ils présentent.
- 11 suffit de placer une goutte d’eau de pluie ou une goutte d’eau de neige sur une lame de verre, de l’abandonner au repos dans un endroit chaud, puis d'examiner au microscope le résidu sec obtenu. C’est surtout sur les bords extérieurs du dépôt qu’il faut chercher les cristallisations, et si l’on n’en rencontre pas dans un premier essai, il faut recommencer plusieurs fois l’évaporation sur d’autres gouttes, jusqu’à ce que l’on ait obtenu un bon résultat.
- Les cristallisations ne se forment bien que dans l’eau des premières pluies et des premières neiges.
- Fig. 2. — Cristallisations obtenues par l’évaporation à sec d’une goutte d’eau de neige, vues au microscope. 500 D.
- goutte d’eau de neige évaporée, recueillie à Paris le 11 janvier 1876. Cette forme singulière de glaives ou de croix est souvent affectée par le nitrate d’ammoniaque dans les eaux météoriques; et si l’on ne rencontre pas dans toutes les préparations un si remarquable groupement de cristaux en croix, on en trouve presque toujours, avec quelque attention, un certain nombre, isolés, çà et là dans le dépôt.
- J’ai cherché à reproduire artificiellement de semblables cristallisations, au moyen d’une solution très-étendue de nitrate d’ammoniaque, mais c’est en vain que j’ai varié les modes d’évaporation; je n’ai toujours produit dans ce cas que des cristaux uniformes, ramifiés de la môme façon autour d’une tige médiane. J’attribue le mode de cristallisation particulier du nitrate d’ammoniaque dans les eaux météoriques à la matière organique que ces eaux contiennent et qui me parait digne d’être étudiée d’une façon spéciale.
- 4* année, — t" semestre.
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- Bans les évaporations nombreuses que j’ai faites d’eaux de pluie ou de neige, dans le but d’en séparer le sédiment, j’ai remarqué que le fond du vase où s’exécutait l’opération se tapissait d’une* substance très-cassante et dure, tout à fait analogue d’aspect à de l’albumine coagulée. La présence de cette matière organique particulière dans une solution me semble devoir exercer une influence sur les cristallisations qui s y iormcnt. Gaston Tissandier.
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- XAVIER DE MAISTRE
- AÉRONAUTE.
- Quelques biographes de Xavier de Maistre ont vaguement parlé d’une ascension aérostatique qu’il exécuta à Chambéry en i 784, peu de temps après la découverte des frères Montgolfier. Mais celte expédition entreprise dans le fond de la Savoie n’eut presque aucun retentissement. Elle ne tarda pas à tomber si profondément dans l’oubli, que nulle histoire des ballons n’en fait mention.
- 11 n’est presque personne aujourd’hui qui n’ignore absolument que l’auteur du Voyage autour de ma chambre a débuté dans la carrière littéraire par un éloquent plaidoyer en faveur des ballons; et les aéronautes les plus compétents ne savent certainement pas que le nom de Xavier de Maistre, depuis longtemps inscrit parmi ceux des écrivains les plus tins et les plus délicats, doit se placer aussi, à côté de ces autres noms glorieux de Pilaire de Rozier, du marquis d’Arlandes, de Charles, de Robert, c’est-à-dire des premiers navigateurs aériens.
- On ignorerait sans doute longtemps encore ce fait intéressant sans les recherches d’un savant fort érudit, M. Jules Philippe, qui, pour la première fois depuis un siècle bientôt, vient de mettre en lumière le germe d’un talent presque unique, en rééditant les brochures inconnues que Xavier de Maistre a publiées à Chambéry en 4 784, alors qu’il n’avait pas plus de vingt ans1. C’est une bonne fortune de pouvoir jeter les yeux sur les premières pages de Xavier de Maistre et défaire tout à la fois la découverte en lui d’un des premiers aéronautes français.
- Lorsque la nouvelle de l’expérience des frères Montgolfier parvint à Chambéry, elle y excita, comme partout dans l’Europe entière, un vif sentiment d’admiration et de curiosité. Des jeunes gens formèrent le projet d’ouvrir une souscription pour construire un ballon, et exécuter une ascension ; à leur tête se trouvait le jeune chevalier de Chevelu, qui peut être regardé comme le promoteur de l’idée. Xavier de Maistre, alors volontaire au régiment de la marine sarde, était en permission à Chambéry. 11 avait vingt ans. Il prend fait et cause pour ce projet, et il se
- 1 Les premiers essais de Xavier de Maistre. — Une brochure iu~8. — L’Hoste, libraire, à Annecy ; A. Uerrin. libraire, à Chambéry, 1876.
- charge de rédiger le Prospectus de /’expérience aérostatique de Chambéry, à laquelle il allait prendre part, avec un mathématicien de ses amis nommé Louis Brun.
- Xavier de Maistre, en parlant de la découverte des Montgolfier, répond tout d’abord, dans cet opuscule, « à la voix aigre de la critique qui s’est fait entendre « au milieu des clameurs de l’admiration... »
- « Grand philosophe! dont l’œil, tout à la fois perçant et sévère, voit toutes les faiblesses et n’en pardonne aucune, s’écrie le jeune écrivain, daignez froncer cet auguste sourcil à l’aspect seul d’un ballon; songez quelquefois combien vous seriez porté à pardonner l’enthousiasme public si vous en étiez l’objet , et souvenez-vous que l’orgueil national est comme l’amour paternel : il faut savoir pardonner quelques enfantillages.
- « Mais à quoi servent les ballons? — Ecoutez illustres critiques ! C’est parce que nous ne le savons pas que nous faisons des ballons pour l’apprendre. Contemporains des premiers globes électriques, vous auriez sans doute conseillé de les briser, comme vous voudriez maintenant brûler nos ballons... En général toute découverte qui apprend à l’homme des faits dont il ne se doutait pas, ou qui l’investit de forces nouvelles, doit être accueillie avec transport parce qu’avec ces forces ou ces connaissances, il peut voyager à travers une région inconnue aux générations passées, et que c’est pour lui le comble de l’imprudence et même du ridicule de dire hardiment : « Je « ne veux point visiter ce pays, je n’ai rien à y voir, » sans savoir ce qu’il peut y chercher, et bien moins ce qu’il peut y trouver sans le chercher. »
- Xavier de Maistre entre ensuite dans les détails de la construction de l’aérostat, qui contiendra «87,145 pieds cubes d’air raréfié, et déplacera un poids de 7,625 livres d’air atmosphérique. » Il annonce que le départ aura lieu du 18 au 20 avril 1784, à l’enclos du Buisson-Rond.
- « Il nous semble, continue Tardent apôtre des ballons, que tout amateur et même tout bon citoyen doit s’intéresser à l’exécution de cette belle expérience : au lieu d’envisager froidement ou de rabaisser une découverte intéressante, il est bien plus digne de vrais philosophes d’en répéter le procédé, de l’examiner dans tous les sens, et de se rendre, pour ainsi dire, les airs familiers.
- « On demande tous les jours si Ton parviendra à diriger les ballons? Sans doute, on y parviendra d’une manière plus ou moins parfaite... Mais sera-ce donc en spéculant devant nos pupitres que nous parviendrons à perfectionner l’usage des ballons ? Qu’il nous soit permis d’en douter ; honneur à la théorie, mais quand elle ne s’appuie pas sur l’expérience elle est sujette à faire d’étranges chutes... C’est en l air que les auteurs de tant de pamphlets majestueusement intitulés : Moyen de diriger les ballons, deviendraient peut-être modestes, à force de honte ; c’est en l'air que nous apprendrons certainement si Ton peut s’aider de l'action de l'air, ce qui est fort dou-
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- teux, ou seulement de l'action sur l'air, ce qui est très-probable.
- « ... Mais ce qui nous occupe sur toutes choses, c’est d’exciter, par un spectacle frappant, le goût des sciences, et surtout celui de la physique expérimentale ; c’est de favoriser, d’accélérer dans notre patrie une certaine fermentation qui se fait sentir dans tous les esprits, et qui ne nous parait pas moins intéressante pour être un peu tardive, car nous aimons à croire qu'une virilité retardée annonce un tempérament robuste. Nous désirons que tout jeune homme, en voyant cette masse imposante se déployer pompeusement, et s’élever dans les airs, se dise à lui-même qu’il peut prétendre à la même gloire; que la même carrière est ouverte à ses efforts ; qu’il faut se garder de dire « tout est trouvé », et que l’intelligence, dans son vol infini, ne redoute qu’une barrière— la paresse.
- «.... Livrous-uous donc avec confiance à cette
- physique expérimentale, la seule vraie, la seule utile, ne négligeons point les calculs, les théories savantes : mais connaissons aussi le prix d’une certaine pratique investigatrice, qui ne passe légèrement sur rien, qui furette sans cesse dans l’univers, s’arrête devant les moindres objets, remue, pèse, décompose tout ce qu’elle peut apercevoir, et prenant la raison par la main, tâtonne encore dans les ténèbres, en attendant la lumière; joignons même aux spéculations les procédés des arts, et ne croyons pas déroger en (juittant quelquefois une formule d’algèbre, pour prendre la lime et le rabot. »
- Après avoir ainsi rendu, en termes si heureux, un juste hommage aux sciences, l’écrivain de vingt ans ne veut pas que les souscripteurs perdent de vue l'agrément du spectacle qui doit leur être offert ; louchant, avec délicatesse et non moins d’art, une note toute sentimentale, il s’adresse aux dames en les invitant à jeter de temps en temps un coup d’ceil sur des travaux « dont la partie la plus essentielle ne saurait avoir de meilleurs juges. Puisqu’elles savent encore allier aux qualités qui font les délices des cercles toutes celle de la femme forte, nous ne leur parlerons point une langue inconnue en les priant de venir admirer la force dé notre toile écrue; l’égalité et le mordant des différents points de couture; la rondeur des ourlets, et nos immenses fuseaux assemblés en surgets, jetant au dehors deux vastes remplis qui vont s’unir pour recevoir et fixer, sous une couture rabattue, des cordes souples et robustes, tières de supporter cette galerie triomphale, d’où l’homme, perdu dans les nues, contemple d’un seul regard tous les êtres dont son génie l’a fait roi.
- « Après tant de précautions, nous avons droit d’attendre que le voyage aerien ne causera à nos dames que cette douce émoi ion qui peut encore embellir la beauté; ainsi, nous ne voulons absolument ni cris, ni vapeurs, ni évanouissements : ces signes de terreur, quoique mal fondés, troubleraient trop cruellement de galants physiciens, et les trois voyageurs qui ne manqueront point, en quittant la terre,
- d’avoir encore l’œil sur ce qu’elle possède de plus intéressant, seraient inconsolables si leurs trois lunettes achromatiques, braquées sur l’enclos, venaient à découvrir quelque joli visage en contraction.
- « Les modernes Astolphes, armés comme l’ancien, mais pour tout autre usage, d’un bruyant cornet, l’emboucheront en prenant congé des humains, pour crier d’une voix ferme et retentissante : « hoxneup. aux dames! « Mais ils se flattent un peu que cette formule des anciens tournois amènera la douce cérémonie qui terminait ces brillantes fêtes, et qu’à leur retour sur terre, on ne leur refusera point, l'accolade.
- « Les gens sévères nous blâmeront-ils d’avoir ainsi perdu de vue la physique et les découvertes, pour contempler si longtemps des êtres qui n'ont rien de commun avec les ballons que de faire tourner les têtes? — Non, sans doute; et nous craignons même qu’on ne voie dans toute notre galanterie qu’une politique fine, qui marche à son but par une voie détournée, en intéressant au succès de ses vues une des grandes puissances de l’univers. Au fond, cette attraction eu vaut bien une autre; et dans la noble ambition qui nous anime, de favoriser le goût des. sciences par tous les moyens possibles, pourquoi ne mettrions-nous pas les Grâces du parti des Muses? »
- Ce charmant Prospectus fut publié à Chambéry ; il porte la date du 1er avril 1784, sans signature. Le jeune Xavier de Maistre ne prévoyait ni les déceptions ni les déboires qui s’offrent si souvent à rencontre des entreprises hardies. Nous allons voir par quelles traverses il dut passer avant de s’élever dans l’atmosphère. Gaston Tissandieu.
- — La suite [U'ochainement. —
- L’ISTHME DE CALAIS
- En ce moment où l’attention est si fortement appelée sur la construction grandiose du tunnel anglo-français et où les études des géologues se concentrent sur les cotes et le fond de la Manche, fout ce qui concerne le détroit de Calais a chance d’être reçu avec faveur. Les bonnes dispositions du public doivent être encore plus assurées s’il s’agit d’une œuvre dans laquelle sont réunis la valeur scientifique et l’intérêt historique. Toutes ces conditions se trouvent à la fois dans un petit volume publié récemment par M. Isidore Liseux, 11 s’agit d’un mémoire relatif au mode de formation du Pas-de-Calais et ce mémoire, daté de 1751, est l’œuvre d’un Français qui a laissé dans la science une forte empreinte, Nicolas Desmarets, membre de l’Académie des Sciences. Le titre du travail en est une sorte de résumé. Le voici: L'ancienne jonction de l'Angleterre à la France ou le détroit de Calais; sa formation par la rupture de l'isthme, sa topographie et sa constitution géologique; ouvrage qui a remporté le prix au concours de l'Académie d'Amiens en l'année 1751.
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- LA NATURE.
- L’auteur commence par réunir les preuves de l’unité géologique des deux côtés de la Manche. Ce grand fait, confirmé pur tous les progrès ultérieurs de la géologie, est rendu visible par la carie ci-jointe (tig. 1), qui résulte surtout des travaux d’Elie de Beaumont et de Dufrenoy. On y voit les terrains crétacés de divers âges, représentés par les
- zones numérotées (d’après la notation d’Alcide d’Or-bigny) de I 7 à y2, former comme des séries de cuvettes oblongues emboîtées les unes dans les autres et dont le grand axe commun passe précisément à la place où il s’agit aujourd'hui d’établir le lunnel sous-marin. Cet état de chose, c’est-à-dire l’existence d’un bassin géologique anglo-parisien, esl
- Fig, 1. — Carte des continents et des mers, en France et en Angleterre, à l’époque des terrains crétacés.
- d’ailleurs bien plus ancien que l’époque crétacée. Les couches jurassiques elles-mêmes sont disposées de la même manière avec plus de netteté encore.
- Mais Desmarets invoque d’abord des preuves historiques à l’appui de sa thèse. Après avoir puisé dans les auteurs anciens tous les passages plus ou moins susceptibles d’une interprétation conforme à ses vues, il insiste sur la communauté d’origine des Gaulois et des premiers habitants de la Grande-Bretagne et conclut que l’isolement de ces deux peuples,
- au temps de César, est la conséquence de leur séparation accidentelle causée précisément par la rupture de l’isthme de Calais. Repoussant l’opinion d’après laquelle ces hommes primitifs auraient franchi le détroit déjà ouvert, il fait remarquer que le môme procédé ne peut s’appliquer au transport des animaux nuisibles. « Les hommes, dit-il, n’ont jamais pris plaisir à peupler leur séjour de loups. Leur transport et leur multiplication daus la Grande-Bretagne ne peut donc être l’effet de l’attention des
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- premiers habitants; car il est à croire que ceux dont on a exterminé la race dans ces derniers temps n’a voient pas plus de férocité que leurs ancêtres. Ils n’ont pu faire le trajet à la nage, ni comme les ours blancs qui, s’embarquant sur d’énormes glaçons qui se détachent des côtes de Groenland, font des descentes en Islande. 11 faut donc ouvrir à ces animaux (aussi bien qu’aux hommes qui n’étoicnt alors ni plus industrieux ni plus entreprenants qu’eux) un passage libre et. praticable. Or, on ne peut en admettre d’autre que la langue de terre qui réunis-soit la Grande Bretagne à la France entre Douvres et Calais, comme nous le ferons voir dans la suite. »
- Ce raisonnement paraîtra sans doute aujourd'hui
- bien facilement attaquable; mais, sans nous arrêter ici à critiquer notre auteur, voyons quelques-unes des preuves physiques qu’il fait valoir. C’est alors qu’il donne, d’après Buache, la carte (fig. 2) dans laquelle se trouve exprimée pour la première fois la topographie du fond de la mer. « La première bande comprend depuis 70 jusqu’à 79 brasses de profondeur et s’étend en pleine mer. La seconde s’avance presque vis-à-vis les premières côtes de la Bretagne, elle indique depuis 60 brasses jusqu’à 69. La troisième, du fond de 50 à 59, pousse sa pointe jusqu’au cap Ferell d’un côté et Bridport de l’autre. La quatrième, qui s’avance presque vis-vis 1 île de Wigld et Barfleur a 40 jusqu’à 49 brasses de
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- Fig. 2. — Topographie du fond de la Manche, d’après Buache.
- profondeur, une cinquième, qui donne 50 à 59 brasses, s’étend jusqu’au cap de Saint-Valéry et Beachy-llead. Une sixième, de 20 à 29, va expirer sur les bords du fond du détroit qu’occupait l’isthme. Enfui une septième recouvre le détroit et va se répandre dans la mer d’Allemagne; elle marque 14 à 16 brasses assez régulièrement . Il faut remarquer ici que les lisérés de ces diverses bandes figurées qui comprennent les sondes de 10 en 10, en même temps qu’ils affectent de diriger leur pointe vers le Pas-de-Calais, se rapprochent aussi insensiblement des côtes qui forment le contour de la Manche et en général éprouvent dans leurs configurations latérales une uniformité assez marquée avec les côtes de France et d’Angleterre ». Cette dernière remarque paraît encore plus significative si on la rapproche de cette autre à laquelle Desmarets ne tarde pas à arriver. « Une autre découverte, dit-il, que je dois à M. Bua-
- che, est que, suivant ses observations, une branche de montagne qui se détache de celles qui sont dans nos provinces méridionales, en allongeant son sommet, traverse les provinces du centre et va aboutir à Calais. Mais cette longue chaîne est interrompue par le détroit; et ce qu’il y a d’élonnant et de concluant en même temps pour les raisonnements que je fais en faveur de l’union, c’est que l’extrémité de cette branche se continue assez avant dans l’Angleterre, en suivant la même direction qu’en France. » L’existence antique de l’isthme de Calais étant ainsi appuyée d’arguments variés, dont nous ne citons que les principaux, l’auteur conclut qu’il a été rompu par l’effet du travail de la mer. Il fait appel à des considérations toutes nouvelles alors, mais qui sont devenues, entre les mains de Constant Prévost, de Charles Lyell et d’autres, un puissant moyen d’investigation géologique.Ellesappartiennenten effet
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- LA NATURE.
- au domaine des causes actuelles. Ilesmarets commence parétudier l’action des vagues sur les falaises. 11 remarque très-judicieusement que les côtes qui présentent une coupe à plomb d’une hauteur considérable supportent toute l’impétuosité du mouvement des marées; au lieu que, sur les côtes basses et qui sont formées par un accroissement insensible du fond de la mer, les flots se ralentissent insensiblement par des obstacles, contre lesquels ils n’agissent qu’obliquement et vont expirer sur les sables.
- « Aussi, dit-il, l’eau amoncelle des coquillages, du gravier et de la vase sur les plages basses et y élève des dunes. Au contraire, les vagues qui sont brisées par les côtes élevées minent les terres ou les falaises et en détachent des matières qu’elles transportent au loin. Ainsi, ajoute-t-il, on aurait tort de s’imaginer que les progrès de la mer sur les terres ne peuvent s’opérer parce qu’on supposerait que ses menaces sont suivies d’une retraite tranquille et que par une réciprocité de restitution égale aux enlèvements, les variations doivent être insensibles. »
- Si l’on fait attention ensuite à la nature identique des côtes de part, et d’autre du détroit, on en conclura que l’isthme lui-même était de nature crayeuse, et par conséquent on pourra appliquer à la rapidité de sa démolition les nombres qu’on obtient actuellement par l’étude de la dénudation subie par le littoral. C’est par des évaluations de ce genre que Desmarets termine le curieux mémoire dont nous venons de donner une analyse sommaire. « En supposant, dit-il, l’épaisseur de l’isthme de quatre lieues communes qui est à peu près la largeur de la branche de montagnes qui prend sa direction des côtes de France pour aller se continuer en Angleterre et qui n’est interrompue que par le détroit, nous aurons besoin de deux mille deux cent cinquante ans pour faire disparaître entièrement l’isthme. Mais il faut concevoir que la mer d’Allemagne agissoit, de son côté avec moins d’avantage, à la vérité, mais cependant avec une certaine force capable de faire de grands progrès contre les côtes Orientales. Si donc nous partageons celte tâche, au lieu de deux mille deux cent cinquante ans nous aurons onze cent vingt-cinq ans pour l’enlèvement total. Nous aurions pu •faire entrer dans ce calcul le rapport de la dureté des pierres: car le moellon du Tresport est plus dur, et par conséquent plus difficile à entamer par les coups réitérés des flots, que les craies de Douvres et de Calais; ce qui mérite attention. Nous aurions pu y ajouter cette considération importante que les matières terrestres n’ayant pas acquis une certaine solidité et ayant été imprégnées par le déluge universel, elles donnent plus de prise aux vagues.Toutes ces réflexions feront voir que si les rapports sont un peu forcés par rapport à la situation, ils peuvent être compensés par d’autres évaluations qu’il a suffi d’indiquer. On se relâche souvent de ces avantages quand on a plus de ressources qu’il n’en faut. En assignant onze cent vingt-cinq ans pour l’enlèvement de l’isthme, nous donnons Je temps aux peuplades
- de se répandre dans les Gaules et d’aller s’établir eu Angleterre : et nous reculons assez l’événement pour qu’il ait été inconnu absolument des Phéniciens et de Pythéas. Le vrai satisfait à tout, et nous pouvons nous flatter d’en avoir au moins approché. »
- Si nous avions plus de place nous prendrions intérêt à relever plusieurs passages de cette citation. Bornons-nous à faire remarquer combien les progrès de la science ont modifié le point de vue chronométrique en géologie.
- Les phénomènes géologiques auxquels il nous est donné d’assister aujourd’hui sont excessivement lents. Par exemple le mouvement d’exhaussement du nord de la Scandinavie ne dépasse pas quelques centimètres par siècle. Par conséquent, pour supposer qu’il puisse donner lieu à des dénivellations comparables à l’altitude des chaînes de montagnes, il faut admettre qu’il se continue pendant un laps de temps énorme.
- Mais à l’époque de Desmarets, et plus récemment encore, on repoussait cette conséquence par des affirmations absolument gratuites, dont, la plus célèbre est que le monde n’a que six mille ans ou du moins (la généalogie complète du premier homme à la main) que l’apparition de l’espèce humaine ne remonte pas plus haut que cela dans le passé.
- C’est pour répondre à cette objection que les savants ont récemment fait les premiers essais systématiques de chronologie géologique. On connaît beaucoup de véritables chronomètres naturels dont les indications ne sauraient être mises en doute. Les deltas si réguliers des torrents des Alpes montrent par exemple que certaines habitations lacustres de la Suisse datent de 7,000 ans, depuis lesquels rien évidemment n’a été changé dans la géographie physique du pays. Certaines briques égyptiennes ont 1‘2,000 et même 50,000 ans ; quelques débris humains des alluvions du Mississipi paraissent être âgés de 50,000 ans et d’autres trouvés par Agassiz dans les massifs coralliens de la Floride ên ont peut-être 100,000!
- Comment concevoir un fait plus frappant ? L’époque la plus récente au point de vue géologique, le moment actuel pour les géologues, embrasse une durée infiniment plus considérable que celle attribuée par la tradition â la création toute entière. On voit la conséquence pour les époques antérieures et, par suite, la nécessité même de ces causes lentes qu’on repoussait tout â l’heure et qui ne pourraient être remplacées par des actions rapides qu’à la condition d'admettre entre elles d’immenses intervalles d’inactivité dont rien ne justifie la supposition.
- Ce n’est pas à notre sens un mince mérite que d’avoir contribué à faire admettre le parallèle entre les actions géologiques proprement dites et celles qui se développent sous nos yeux à l’heure qu’il est. Quoique partant d’une idée certainement inexacte quant aux durées, Desmarest a agi, dans le mémoire qui vient de nous occuper, pour faire abandonner la ligne de démarcation si nettement et si gratuitement tracée entre le passé et le présent de notre globe et c’est,
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- pensons-nous, une raison déplus pour que la réimpression due à M. Liseuxsoit reçue avec faveur par le public chaque jour plus nombreux des amis des sciences. Stanislas Meunier.
- LES JAKUNS
- POPULATION SAUVAGE DE L’iNTÉRIEUR DE LA PÉNINSULE MALAISE.
- La péninsule qui termine au sud-est le continent asiatique n’a pas pour seuls habitants des Malais, comme pourrait le faire croire le nom sous lequel ou la désigne habituellement. Ainsi que presque toutes les terres placées dans une situation extrême et offrant en même temps des reliefs considérables, la presqu’île de Malacca a servi de refuge à de nombreuses tribus repoussées graduellement par les populations supérieures des contrées plus heureuses de l’Indo-Chine dans ses montagnes inaccessibles.
- Les ethnologistes divisent ces clans de montagnards en trois groupes principaux. Le premier est celui des Semangs, très-petits sauvages noirs et laineux, qui appartiennent,ainsi que Raffles, Machines, Crawfurd et Anderson l’ont établi, à la race décrite sous le nom de négrito. Ils habitent les bords de la rivière Jan et les monts Jerei dans le territoire de Kédah, le district de Juroo au nord de Mirbow et le bassin supérieur de la Krian, en face de Poulo-Pinang. Les Malais les distinguent en Semang-Paya, Semang-Bukit, Semang-Bakou et Semang-Bila.
- Les petits noirs qui vivent à peu de distance de Tringanu sur le versant oriental de la presqu’île et qu’Anderson a nommés Pangan, semblent généralement appartenir à la même race; mais le sauvage vu à Pinang par ce voyageur était moins noir que ceux de Kédah et des îles Andaman, et Logan a conclu de ce fait et de quelques autres observations recueillies par lui chez les Semang-Bukit, à des modifications partielles de la race par le mélange avec d’autres races voisines.
- Les Binouas forment le second groupe de montagnards de la péninsule malaise. Autant qu’on en peut juger par la description que Logan a donnée de leurs caractères, ces sauvages sont ethnologiquement assez voisins des Malais, dont ils combinent les caractères à ceux que des alliances de diverses natures ont introduits dans leurs tribus.
- Le troisième groupe est formé de populations fort mélangées, offrant souvent des affinités avec les négritos et présentant même quelquefois, suivant les expressions de Logan, une apparence « australo-lamoule » ou « tamoul-papua ».
- Le célèbre ethnologiste donne à cet ensemble le nom de Bermun et divise ces Bermun en cinq petits groupes : les Udai, les Mintira, les Sakai, les Bésisi et les Jakuns.
- Les premiers, que Logan regarde comme les plus éloignés des Malais, ont été confondus par Raffles avec
- les vrais Semangs. Les Mintira décrits et figurés dans le Journal de VArchipel Indien et qui sont les Mantras du Père Borie et de M. de Castelnau, offrent des traits analogues à ceux des Semang-Bukit, considérés comme métis par Logan. Leur crâne est petit, sa circonférence horizontale, mesurée sur le vivant, n’atteint que 509mm chez l’homme, 501 chez la femme et en moyenne 506““". Cette petite tête est arrondie ; le front, étroit par rapport aux arcs zygomatiques, est bombé, surtout chez la femme, et relativement élevé. La racine du nez est assez profondément enfoncée et le bord supérieur de l’orbite est en saillie, quoique les arcades sourcilières aient par elles-mêmes peu de relief. Cette double courbure, alternativement rentrante et saillante, concave puis convexe, est la principale modification qu’ait subie le crâne dans le croisement qui a donné naissance aux Montira. Le prognathisme affecte toute la face, mais il n’est accusé que dans sa portion sous-nasale. Comme le front est fort convexe et la projection maxillaire relativement peu accusée, l’angle facial pris par Logan s’est élevé à 80° en moyenne sur trois hommes et sur l’un d’eux à 83°. Le nez est court et large; la face, réduite dans toutes ses dimensions, est sublosangique ; ses diamètres transversaux sont de 106 millimètres à la base des sourcils (diamètre biorbitaire externe) et de 122 au niveau des arcs zygomatiques (diamètre bizygomatique maximum). Le maxillaire inférieur est relativement très-robuste ; sa symphyse est généralement un peu oblique en avant et en haut.
- Les Sakai, les Bésisi et les Jakuns, qui forment avec les Udai et les M intira le groupe des Bermuns de Logan, sont beaucoup moins connus. Les premiers, habitant le Pérak, se subdiviseraient, suivant J. Low en Jina, Bukit et-Allas et seraient moins éloignés que les autres des Malais, quoiqu’ils aient encore de petites têtes, un nez fort plat, les cheveux frisés, etc.
- Quand aux Jakuns, leur nom est employé dans des sens divers : tantôt avec M. Borie, on l’attribue à une simple tribu, tantôt avec M. Favre, à un ensemble de tribus plus ou moins considérable. Ce dernier voyageur désigne sous le nom de Jakuns, non-seulement les Jakuns de Johore, mais les Sakkye (Sakai), les Bésisik (Bésisi), les Halas (subdivision des Sakaï), etc. 11 en fait trois groupes, celui de Malacca, celui de Johore et celui du Rumbau et du Sungey-Ujong et fait observer qu’il n’a jamais vu une nation « présentant une si grande variété de physionomies ».
- C’est aussi l’impression que produisent les types qui accompagnent cet article. Ils ont été dessinés d’après une photographie; je ne pouvais les décrire sans avoir rappelé ce que l’on sait de ces sauvages et de leurs voisins encore presque inconnus de la péninsule Malaise. On ne saurait, en effet, étudier avec quelque fruit ces portraits variés, sans s’être rendu compte, au moins sommairement, du nombre et de la diversité des éléments ethniques qui se sont donné rendez-vous dans ces montagnes presque inexplorées.
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- Pour M. Favre quelques Jakuns inclinent vers les Tagals de Manille et, représentent par conséquent un élément jaune assez élevé; d’autres, ajoute-t-il, ont les cheveux et les traits approchant de ceux des Cafres, c’est-à-dire qu’ils sont nègres, mais sans qu’on puisse les confondre avec les nègres proprement dits que l’on voit communément en Europe. Nous allons rencontrer dans le groupe placé sous nos yeux des individus plus ou moins malais et plus ou moins nègres, divers par la taille, la couleur, les cheveux, les traits du visage, etc.
- Quelques mots sur leur provenance sont indispensables avant l’analyse détaillée de chacun de ces caractères.
- C’est M. Alph. Pichon, ancien secrétaire d’ambassade, qui a rapporté en France cette curieuse photographie, exécutée dans le massif montagneux qui s’élève droit au nord de Singapore, à deux lieues et demi dans l’intérieur des terres (Voy. la gravure).
- Sept Jakuns, cinq hommes et deux femmes, figurent dans l’épreuve. Au premier plan, deux vieillards et un jeune garçon sont assis parmi des troncs couchés à terre ; derrière eux, à gauche, un homme, dans la force de l’âge, tient en main une lance de bambou; un autre est appuyé du bras gauche aune brandie d’un arbre à la souche duquel deux femmes se tiennent adossées.
- Commençons par ces deux femmes. La première, drapée jusqu’aux hanches dans un morceau d’étoffe, montre en profil perdu une physionomie qui me semble tout à fait malaise. Des cheveux assez longs, légèrement ondulés, tombent en désordre des deux côtés de sa figure, qu’ils dissimulent en partie. On peut néanmoins constater que le front est petit, la lace large et plate, la racine nasale enfoncée, le nez médiocrement saillant, retroussé du bout et un peu dilaté, la bouche largement fendue ; les lèvres sont, en relief épais, empâtées vers les commissures et semblent recouvrir des mâchoires assez fortement prognathes; la mâchoire inférieure est relativement robuste, le menton assez bien accusé.
- Le torse est bien développé, les seins sont petits et un peu affaissés, terminés par un mamelon de moyen volume, Enfin, le membre supérieur paraît un peu long pour la taille du sujet, ce qui est dù surtout à l’allongement de l’avant-bras.
- La seconde femme, plus petite d’une demi-tête, a la peau plus foncée. Les cheveux relativement longs et laineux, son nez court, relevé du bout, aux larges narines ouvertes en avant, son œil petit, ses joues en relief, aplaties par devant, son faible prognathisme, uniquement alvéolaire, son menton un peu en retrait, le volume de sa mandibule et des masses musculaires qui s’y insèrent, tout cela fait involontairement penser au négrito. Les mamelles flasques et pendantes, le ventre ballonné dont on voit un peu le haut, la petite taille relative, les avant-bras disproportionnés, confirment cette détermination.
- L’homme vu de face, appuyé à la branche d’arbre,
- correspond comme type à la première femme décrite ; vêtu d’un simple langouti, il est relativement grand, mais maigre et assez mal bâti ; ses cheveux emmêlés forment de grosses mèches droites ; son front est bas ; ses yeux sont cachés sous d’épais sourcils'; son nez, un peu déprimé à la racine, est court, large, relevé du bout; sa bouche, largement fendue, paraît assez saillante; ses pommettes sont fortes; sa mâchoire inférieure est robuste.
- Le guerrier à la lance, nu jusqu’à la taille, correspond au-contraire au type de la petite femme. Sa sauvagerie est des mieux accusées ; les sourcils contractés, la bouche entr’ouverte, il semble qu’il va pousser son cri de guerre et perforer le malheureux voyageur qui le photographie. Plus laineux encore que la femme, plus foncé qu’elle, peut-être, il a une demi-tête de moins que sou voisin aux cheveux lisses ; mais il est robuste dans sa petite taille, sa poitrine est solidement charpentée et ses longs bras sont assez vigoureux ; son froid carré est bien découvert ; sou nez est plat et large, ses joues offrent un relief médiocre ; les yeux sont petits, les lèvres sont épaisses et grossières, l’inférieure pend comme déroulée. Le jeune homme assis à ses pieds, et qui semble être son fils, a la chevelure toute semblable à celle de la petite femme, et la rappelle par le reste de sa physionomie.
- Les deux autres personnages du premier plan, deux vieillards, dont l’un tient encore à la main le foulard, grâce auquel il a consenti à poser devant l’appareil, sont, comme le guerrier, absolument laineux. Ils ont entre eux bien des traits de ressemblance, mais ils offrent avec ce personnage debout certaines différences qui tiennent peut-être en partie à l’éclairage de l’épreuve. Ils m’ont, au premier examen, rappelé sans hésitation les croquis que M. Rousselet a faits pour le Tour du Monde de son noir de l’Amarkautak, comme le guerrier et son fils évoquaient le souvenir de l’Aëta de M. A. B. Meyer.
- J’ai cru ensuite y retrouver quelque chose des sujets les plus âgés de la tribu de Victoria, moulés pour l’Exposition universelle de 1867, par le comité de Melbourne, et je me suis demandé si ce n’est point à de semblables individus que Logan assignait, « l’apparence australo-tamoule » dont il parle dans le mémoire plusieurs fois cité déjà.
- Cette analogie grossière est bien plutôt produite par l’action identique de la vieillesse sur deux peuples sauvages, d’ailleurs fort différents. La laine véritable qui couvre la tête des deux vieux Jakuns exclurait d’ailleurs tout rapprochement intime avec les Australiens.
- On pourrait tout au plus admettre un mélange de races qui reste encore à démontrer, quoiqu’un certain nombre d’ethnologistes aient placé sans hésiter dans la presqu’île de Malacca des groupes austra-loïdes.
- Je note en terminant que l’homme au foulard qui pose avec une certaine dignité, et que je crois le
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- Les Jakuns de la péninsule Malaise. (D’après une photographie.)
- chef de ce petit clan, porte, seul un peu de poil sur la lèvre supérieure el une assez longue barbiche.
- Cette barbe est-elle un signe de supériorité et de commandement?
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- Tous deux se font remarquer par un peu de saillie sourcilière, des yeux petits et enfoncés, un nez épais, aplati et très-large, une grande bouche, les joues creuses, le prolapsus déjà noté de la lèvre inférieure.
- Le second vieillard, replié sur lui-même, montre en travers de l’abdomen les profondes rides transversales que la faim y a creusées.
- Tels sont les Jakuns, plus voisins, semble-t-il, des négritos que de toute autre race, mais montrant des traces manifestes de mélange avec quelques tribus apparentées aux Malais, comparables, par conséquent, aux Bukit de Logan, aux Mintira, etc., dont on a parlé plus haut.
- On a dit de ces populations mêlées qu’elles renfermaient parfois des éléments empruntés soit à une race voisine de celle des Australiens, soit à quelque groupe ethnique analogue aux Dayaks de Bornéo, aux Battas de Sumatra, etc. Ces assertions ne sont pas jusqu’à présent démontrées, et le premier document positif recueilli en pays Jakun montre ces intéressants sauvages, ethnologiquement placés entre les Négritos et les Binouas, répondant assez exactement, par conséquent, à l’idée qu’on s’en pouvait faire par la lecture des œuvres si souvent utilisées dans cet article du regretté Logan, le véritable fondateur de l’ethnologie indonésienne.
- E. T. Hamy.
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- STATIONS MÉTÉ01I0L0GIQUS
- Nous trouvons dans le Journal de la Société autrichienne de météorologie, rédigé par MM. Jélinck1 et llann, la note suivante, qui fait connaître un important progrès opéré dans le réseau météorologique de l’Autriche :
- « Par suite d’une circulaire du ministère de la guerre, on va ériger, dans les lieux de garnison non encore pourvus de stations d’observation pour la météorologie et le magnétisme terrestre, un certain nombre de stations nouvelles qui seront reliées au réseau général déjà établi.
- « Le ministre part de ce principe que les recherches relatives aux conditions météorologiques et hydrométriques d’un lieu et à leur influence sur l’hygiène constituent une tâche essentielle, qu’on doit se proposer dans tout système sanitaire rationnel, et il a par suite chargé le personnel du corps médical de l’armée du soin de faire les observations.
- « Par cette mesure, à laquelle nous applaudissons au point de vue scientifique, le réseau d’observation de P Autriche-Hongrie reçoit un important accroissement, car six stations complètement organisées, dont les observations s’étendront à la pression barométrique, à la température, au pluviomètre, à l’ozonomètre et à l’anémomètre, seront jointes aux stations existantes, et en outre quarante stations s’occuperont spécialement de la pluviométrie, vingt-deux des variations de l’étiage des fleuves et vingt des observations relatives à la température des sources et des cours d’eau.
- 1 Directeur de l’Institut impérial météorologique de Vienne.
- « Tous les instruments et appareils nécessaires aux observations ont été achetés par le ministre de la guerre et distribués aux stations, avec les instructions nécessaires. » F. ZüRCHKK.
- CURIOSITÉS ZOOLOGIQUES DE LA MER
- Depuis l’époque où notre vieux naturaliste Be-lon, dans son livre de l'Histoire des estranges poissons marins, Paris, 1551, appelait l’attention générale sur les formes multiples qui peuplent les profondeurs des eaux salées, on a débrouillé le chaos des Vermes de Linnæus, et tous les embranchements du règne animal ont apporté leur contingent de richesse à la zoologie descriptive de cette vitalité exubérante, bien plus nombreuse et plus variée dans les eaux qu’à la surface des continents. Les derniers embranchements et les types inférieurs sont surtout l’apanage des eaux marines, et nous allons recueillir çà et là quelques-uns de leurs plus curieux spécimens.
- Parmi les Annélides, du sous-embranchement à caractères dégradés que présentent les Annelés, le public ne connaît guère que les sangsues et les lombrics ou vers de terre. Il est rare que, sur nos plages, il examine de singuliers animaux qui passent leur existence sédentaire dans des fourreaux de pierre ou de sable ou de débris variés. Quand ces Annélides tubicoles sont inquiétées, ou que les flots de la marée montante les heurtent avec violence, elles rentrent en entier dans les tubes protecteurs, et on croit n’avoir sous les yeux que des amas informes et inanimés; mais lorsque ces êtres n’ont plus au-dessus d’eux qu’une mince couche d’eau calme, on voit sortir lentement de leurs tubes des vers ornés des plus élégants appendices, qu’ils agitent autour d’eux soit pour respirer, soit pour saisir les mille petites proies dont ils se nourrissent.
- Les pattes de ces Annélides sédentaires font peu de saillie sur leur corps, et ne leur servent guère que pour monter et descendre dans leur maison tubulaire. La plupart ne peuvent ni nager ni marcher, et celles qui sont capables de se traîner sur le sol se déplacent à l’aide des longs tentacules dont leur bouche est entourée, à peu près comme rampent les poulpes et les seiches avec les bras qui forment couronne autour de leur tête. Il n’y a pas chez ces Annélides de tête distincte, avec des antennes, des yeux, des mâchoires; mais une grande quantité d’appendices, destinés à sortir du tube, constituent les uns desbranchies respiratoires, les autres des crampons préhenseurs de la proie ou utiles à la locomotion.
- On trouve sur les rochers et sur les coquilles abandonnées des tubes calcaires, contournés, entrelacés, qu’on croirait dus à quelque incrustation. Par leur extrémité ouverte saillit une couronne de fins appendices, semblables à de superbes panaches disposés en entonnoir. Ce sont les Serpules. Au milieu de l’arène ou entre les pierres des grèves surgissent
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- de minces tuyaux cylindriques, dont les parois sont formées tantôt de tines parcelles de sable accolées, tantôt de fragments de coquilles de Peignes ou d’autres Acéphales bivalves. Là résident les Térébelles, dont la boucbc est entourée de grands tentacules simples, derrière lesquels se trouvent deux ou trois paires de branchies rameuses. Les Sabelles ou Pinceaux de mer vivent dans des tuyaux coriaces ou gélatineux, enduits de sable, assez lisses, et leurs branchies égales s’évasent en éventail, ou en spirales d’une rare élégance ; leurs nuances sont très-variées. La région antérieure de leur corps est peu distincte, à peine plus large que la suivante. Leur genre, très-nombreux en espèces, a été divisé en deux groupes par les zoologistes. Les unes, représentées par des espèces exotiques, ont les branchies garnies de deux rangées de cirrhes. Les autres (Sabelles simples) n’offrent à ces filets respiratoires qu’une seule rangée de cirrhes (fig. 1). Ces dernières Sabelles nous offrent une grande quantité d’espèces sur nos. côtes de l’Océan et de la Méditerranée, et beaucoup ont leurs tubes fixés sur le sol des prairies de Zostères, ces plantes qui sont l’objet d’un fructueux commerce, lorsque, après dessiccation au soleil, elles forment le crin végétal.
- Ce sont surtout les embranchements des Mollusques, des Rayonnés et desSpongiaires qui fournissent les innombrables créations marines. Les êtres élevés des deux premiers embranchements vivent libres et indépendants; mais les espèces les plus petites et les plus faibles s’associent pour vivre en commun suides supports pierreux ou cornés. Quand ces supports sont fixes, les êtres associés n’ont que les mouvements individuels nécessaires pour saisir la nourriture que les flots leur apportent; mais parfois le support lui-même est libre et flottant, et même progresse dans les eaux par des mouvements contractiles. On peut dire alors que l’être collectif possède une volonté générale et confuse, en outre des volontés individuelles de ses animalcules constituants.
- Les Pyrosomes sont sans contredit les plus remarquables de ces animaux agrégés qui appartiennent au sous-embranchement des Molluseoïdes, si exactement établi et défini par M. Milue-Edwards. Qu’on imagine un manchon cyliudroïde, de nature cornéo-charnue, ouvert par un bout et fermé par l’autre, couvert de tubercules à sa surface externe, se déplaçant par recul au moyen de l’eau qui sort de la cavité ouverte, ou aura l’idée première d’un Pyrosome. Les tubercules deviennent plus saillants quand l’onde est calme. Ce sont des animaux où l’on reconnaît le type des Mollusques, les bouches toutes dans le sar-code commun, les orifices de sortie des aliments tournés au contraire vers l’extérieur du manchon ; l’eau qui a baigné les branchies et les résidus digestifs, se dégagent ensemble, et cette disposition est pareille à ce que nous offrent les Mollusques acéphales, dont la bouche est enfoncée dans le sable, l’anus et les tubes aqueux branchifères vers la haute mer,
- Ce qu’il y a de plus admirable chez les Pyrosomes, c’est la splendide phosphorescence qui leur a valu leur nom (corps de feu). Elle est liée, comme d’usage, à leurs mouvements contractiles, et, en outre du support commun, chaque tubercule, c’est-à-dire chaque animal, lance son étincelle de lumière. Dans le voyage aux terres australes, Péron parle du magnifique spectacle du grand Océan dans sa région tropicale, offrant comme une large écharpe de phosphore. Le navire fend la troupe innombrable des Pyrosomes atlantiques, qui paraissent, vu leur grande taille, ceux du fond comme des boulets rouges, ceux de la surface comme des cylindres de fer incandescents. Si on recueille les Pyrosomes, ils semblent être d’un rouge de fer fondu, quand ils se contractent sous une excitation extérieure et lancent leurs gerbes lumineuses ; puis, à l’instar de l’acier refroidi, ils passent par les teintes de l’aurore, du jaune, du vert et du bleu du plus bel azur1.
- llumboldt vit une bande de ces superbes Mollus-co'idcs entourer son vaisseau de globes enflammés vivants, projetant des cercles de lumière d’un demi-mètre de diamètre, qui lui faisaient apercevoir, à une profondeur de cinq mètres et pendant plusieurs semaines, les thons et autres poissons qui suivaient le navire.
- Bibra, dans son voyage au Brésil, porta dans sa cabine sept à huit Pyrosomes atlantiques, et put lire sur son carnet à l’aide de leur éclat.
- Les touristes de nos côtes de la Méditerranée peuvent rechercher deux espèces de Pyrosomes. L’une est de petite taille, 5 centimètres seulement, d’un bleu d’azur. C’est le Ptjrosome élégant, ainsi nommé à cause des jolis verticilles suivant lesquels sont disposés ses petits Mollusques ; il fut découvert par Péron et Lesueur, lors du voyage à Nice, où Péron oubliait, à la vue des splendeurs de la mer, les souffrances d’une existence qui allait s’éteindre. L’autre espèce, le Pyrosome géant, Lesueur, atteint jusqu’à quatre décimètres de longueur ; ses Molluscoïdes agrégés, bien plus nombreux et plus serrés que chez le Pyrosome atlantique, sont placés irrégulièrement et lancéolés à leur bout libre.
- Il semble que la nature, par un véritable parallélisme sérial, se complaise à reproduire certaines analogies de forme dans des êtres très-différents, assujettis aux mêmes conditions d’existence et aux mêmes harmonies naturelles.
- Nous trouvons, dans l’embranchement des Rayon-nés, des polypiers libres et flottants, formés d’un sarcode corné, comme le tube des Pyrosomes, animé de contractions légères, en outre des mouvements individuels des polypes qui parsèment leur surface. Nous avons ici des animalcules n’ayant plus qu’un seul orifice alimentaire, entouré d’une couronne de tentacules rétractiles, simulant les pétales d’une fleur. Un axe cartilagineux ou pierreux se trouve au centre du suppoi t commun des polypes.
- 1 Maurice Girard, F. Péron, naturaliste, voyageur aux terres australes: sa vie, Ses travaux. — Paris, 1857.
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- La plupart de ces Polypiers flottent sur les eaux; quelques-uns séjournent au fond, en partie enfoncés dans la vase ou le sable. Ils appartiennent à l’ordre des Alcyoniens ou Corall'iaires, dont les Polypes ont huit tentacules. Les Pennatules ou Plumes de mer ont leurs polypes disposés avec une grande régularité sur deux ailerons ou crêtes latérales de la région antérieure du polypier charnu, de manière à donner à l’ensemble l’aspect de plumes d’oiseau flottant sur les va-gues. D’autres polypiers sont des masses eylindroïdes charnues, sans crête ni ailerons, polypifères; chez les Funiculines les Polypes soûl disposés en séries longitudinales. ifs sont épars et diffus chez les Vérétilles, où les polypes occupent la partie antérieure du cylindre , la base restant nue et plus ou moins coriace (lig. 2). On trouve une espèce de Yéré- j,io tille dans l’océan In- , dien , une ou plusieurs dans la Méditerranée. L’une d’elles, longue souvent de trente centimètres et plus grosse que le pouce, est la Vérétille cynomoire ( Veretillum cijno-morium, Pallas), offrant l’osselet interne très-petit.
- C’est cette espèce , ou une t rès-voisine, que nous représentons. Les polypiers flottants que nous venons d’énumérer répandent autour d’eux, à la façon des Pyro-
- somes, une belle lueur phosphorescente. Ces Vérétilles, dont le corps du polypier est simple et sans branches, présentent d’assez grands Polypes; on y suit, plus aisément que dans aucun autre zoophyte composé, les prolongements de leurs intestins dans la tige commune.
- Les créations les plus curieuses qui peuplent les
- flots de la mer appartiennent à la classe des Acalè-phes ou Radiaires mollasses, avec production de sensations urlicantes qui leur ont valu leur nom. Les Acalèphes hydrostatiques ou Hydroméduses sont des
- animaux nageurs , avec le secours d’une grande vessie remplie d’air, dominant toute leur organisation, ou de cloches natatoires de formes variées. Ces élégants animaux flottent souvent sur les ondes, au milieu des plus grandes agitations de la mer, comme de faibles nacelles surprises par la tempête ; mais ils sont insubmersibles, car leurs vessies ou leu rs cloches les soutiennent toujours à la surface.
- Les Physalies ou Galères ont une grande vessie d’où pendent de nombreux filaments préhenseurs de la proie, et produisant sur nos organes, si nous les touchons et surtout s’ils s’enlacent autour de nous, une très-douloureuse urtication , amenant parfois des syncopes prolongées. Sur nos côtes eha-rentaises, au large, au-delà des îles, on aperçoit, par certains jours chauds et calmes de l’été, la mer sauvage comevle à’m\e immense flottille de Physalies.
- Les autres Acalèphes hydrostatiques munis de cloches multiples de flottaison , sont les Diphyes qui ont deux cloches, les Phy-sophores six à sept, les Stépha-
- nornies et les Apolémies un très-grand nombre.
- Ces deux derniers genres, encore mal connus et assez incomplètement diversifiés, ont été surtout étudiés récemment par M. Cari Vogt. Lamarck et Eschscholtz en faisaient des animaux uniques, mais on est revenu, d’une manière très-probable, à l’ancienne opinion de Péron et Lesueur, qui voyaient
- 1. — Genre Sabelle, Savigny. (L’animal est représenté en partie hors de sa gaine dont on ne voit que la portion supérieure.)
- Fig. 2. — Genre Vérétille Cuvier
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- eu eux. des animaux agrégés. Leurs colonies forment des franges, des guirlandes, des grappes d’une légèreté remarquable. Elles peuvent offrir trois sortes d’animalcules élémentaires ; des individus nourriciers et stériles, qui ne manquent à aucun genre, des individus prolifères sans bouche et des individus à la fois nourriciers et fertiles ; on rencontre encore des bourgeons reproducteurs, soit isolés, soit agglomérés.
- Entre ces divers sujets de l’être multiple sont des tentacules grêles ou fils pêcheurs, plus ou moins longs, souvent nombreux et très-délicats , dirigeant l’association dans sa marche, lui servant d’organes défensifs par leur propriété urticante, d'organes de préhension et de succion de la proie.
- Dans les Slépha-numies et Apolémies les animaux agrégés des divers rôles sont disposés d’une manière symétrique autour d’un tube cylin-droïde très-long, servant de support commun à la colonie.
- Les élégantes Apolémies, si légères, si fragiles, n’ont guère plus de consistance qu’un amas de bulles de savon (fig. 3) ; [il arrive souvent que les cloches natatoires supérieures, plus consistantes, un peu cartilagineuses, se détachent, et qu’on ne recueille que des associations incomplètes, privées de leurs flotteurs.
- Le premier de ces animaux composés qui ait été décrit par Cliamisso et par Péron est la Stéphanomie d Amphitrite, rencontrée dans l’Océan atlantique austral. Péron parle du magnifique effet de ses cloches d azur ramassées en longue guirlande autour du tube central et d’où pendent de minces fils enroulés en spirale, et qui enlacent les animaux qui se rencontrent sur le passage.
- La Stéphanomie soulève successivement ses folioles diaphanes comme du cristal et dont la forme rappelle
- les feuilles de lierre. Ses beaux tentacules couleur de rose s’étendent au loin pour envelopper la proie, et alors des milliers de suçoirs, semblables à de longues sangsues, s’élancent pour la sucer du dessous des folioles qui les cachaient.
- Dans la Méditerranée Lesueur a fait connaître YÂpolémie grappe (Apolemia uvaria, Lesueur). Les
- animaux associés sont plus nombreux, plus serrés et à pédoncules plus courts que ceux de l’espèce voisine également m é dit e r ra néenne, que nous figurons et qui est d’une charmante élégance. On trouve dans la Méditerranée, dit M.Milne-Edwards, des sujets qui ont plus d’uu mètre de long et qui ressemblent à des guirlandes de fleurs flottantes an milieu des vagues. Cette espèce,trouvée dans la baie de Villefran-che, près de Nice, est dite contournée (.Apolemia contorta, Miln. Edw. ) en raison de la manière dont son rachis ou tige de support centrale est enroulée en spirale L Avec les cloches natatoires et le tube d’un éclat argentin on voit souvent les animaux des Apolémies resplendir de délicates couleurs d’orangé ou de pourpre.
- Espérons que ces lignes tomberont sous les yeux de quelques amateurs instruits, en résidence habituelle sur nos côtes méridionales; ils peuvent, dans leurs promenades en barque, rencontrer ces colonies encore mal étudiées, et qui offrent le sujet de bien des découvertes. Les figures qui accompagnent cette notice sommaire ont été gravées d’après les beaux dessins exécutés autrefois par M. Milne-Edwards, dans ses importantes études sur la faune marine de la Méditerranée.
- Maurice Giraiib.
- 1 Milne-Edwards. Sur les Acalèphes ; ann. Sci. natur. — 2® série, Zool., t. XVI, 1841, p. 217.
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- Genre Apolémie, Lesson,
- a, Groupe d’organes nalaloiros. — b, b, Animaux nourriciers, pourvus de bouches. — c, c, e. Animaux proligères, sans bouches, avec œufs ou bourgeons accolés. *= d, d. Tentacules urlicantes ou fds pêcheurs.
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- LA NATURE.
- BIBLIOGRAPHIE
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- Physics of the ellter, by S. Tolver Prkston. 1 vol. in-8°
- — London, F. N. Spon, 1875.
- TER EECTIONNEMENTS
- DANS LA CONSTRUCTION DES AÉROSTATS
- A PROPOS DE LA CATASTROPHE DE « l/UAIVERS. ))
- Nous sommes heureux de publier l’intéressant document qui va suivre et que nous devons à l'obligeance de M. l’ingénieur Henri Giffard. Le célèbre inventeur de l’injecteur, a, comme on le sait, transformé l’art aérostatique, par la conception de ses ballons dirigeables et de ses aréostats captifs à vapeur. Nulle voix plus que la sienne n’a droit à l’attention du public et des hommes compétents. G. T.
- Paris, le G février 18"ÎG.
- Mon cher Monsieur Gaston Tissanclier,
- Vous avez bien voulu, de même qu’un autre savant publiciste, M. l’abbé Moigno, auquel je fais parvenir la même lettre, me témoigner le désir de connaître et de publier le rapport que j’ai adressé à M. le colonel du génie Laussedat, à l’occasion du déplorable événement survenu le 8 décembre dernier, au ballon l'Univers.
- Il n’y a rien dans cette pièce qui ne puisse être porté à la connaissance publique ; mais elle doit être remise prochainement à M. le ministre de la guerre et il me semble qu’il ne m’appartient pas de la livrer à la publicité ; il me suffit de répéter 'ici que l’on doit les plus grands éloges au courage et au dévouement de l’aéronaute Eugène Godard et des savants voyageurs qui ont été si brusquement et si malheureusement interrompus au milieu de leurs observations scientifiques.
- Cependant je crois qu’il est de mon devoir de saisir les occasions favorables qui se présentent, d’extraire de ce rapport d’ailleurs peu étendu, et de publier quelques recommandations d’utilité générale pour l’art aérostatique, qui, si elles ne sont pas dictées par une compétence suffisante, sont certaine-
- ment inspirées par le désir de donner à tous les aéronautes quelques conseils susceptibles de diminuer les périls auxquels ils sont exposés et qu’ils affrontent toujours avec sang-froid et abnégation.
- À ce titre, je profite aussi avec empressement de la publicité de votre intéressant journal la Nature et je verrais avec la même satisfaction ces avis répétés par l’organe des écrivains scientifiques qui s’intéressent à l’aérostation et qui sauraient,, comme vous, développer savamment, les laits sommaires sur lesquels j’appelle l’attention.
- L’accident survenu au ballon VUnivers démontre qu’à l’avenir, lorsqu’il s’agira d’entreprendre des expériences et des ascensions dans des conditions spéciales s’éloignant de celles qui se présentent généralement, il sera indispensable d’avoir recours à des dispositions et à des matériaux différents de ceux très-primitifs qui ont paru suffire aux aseensious ordinaires, ainsi que j’ai été depuis longtemps conduit à le faire pour la réalisation des aérostats dirigeables et captifs, allongés et sphériques que j’ai étudiés, fait construire et fonctionner en 1852,1855,
- 1867 et 1869, avec le concours d’hommes énergiques et habiles.
- Les résultats obtenus par ces diverses expériences que d’éminents publicistes ont bien voulu, dès l’origine, considérer comme devant être le point de départ de toutes les tentatives à venir de navigation aérienne et que vous même avez, dans plusieurs circonstances, si éloquemment rappelé au souvenir public, permettent non-seulcmeht de tracer les bases générales dont il ne faut pas s’écarter, mais encore d’entrer dans les détails minutieux de construction, faute desquels le projet le plus rationnellement établi dans son ensemble, peut encore échouer complètement et d’une manière désastreuse.
- Ainsi, pour rester dans l’ordre de faits qui se rattachent particulièrement à l’accident actuel, il faut éviter dans la construction des soupapes l’usage de ressorts en caoutchouc, surtout si cette pièce doit rester longtemps en fonctionnement, en dehors de la main et de la vue.
- Dans tous les cas, s’assurer que les ressorts, quel que soit leur rvstème, conservent toujours une raideur et ont un bras de levier suffisant, en tenant compte du phénomène de la déviation des filets fluides gazeux, qui tendent à maintenir les clapets ouverts, indépendamment de leur poids, pendant l’écoulement à grande section.
- N’user qu’avec circonspection et pour des ascensions de courte durée par beau temps, de ce moyen d’obturation des clapets consistant dans un dépôt sur leurs bords d’un mélange gras susceptible de se gercer ou de contracter des adhérences, et remplacer, si cela est nécessaire, cette substance, on pourrait dire ce cataplasme, par des sièges métalliques minces s’appuyant sur des bandes de caoutchouc très-flexibles. Donner la préférence aux soupapes rondes dont l’ajustage peut-être déterminé plus rigoureuse-j ment et les fixer à l’acrostat, par des brides et des
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- joints plats boulonnés ; réduire leurs dimensions autant que possible.
- Surmonter l’ensemble de la soupape d’un petit toit conique pour la garantir des chutes d’eau, de neige et de l’action solaire.
- Enduire les cordes du filet de substances qui les rendent souples et hydroluges, par suite insensibles aux actions de la sécheresse et de l’humidité.
- Se méfier des nœuds des mailles dont le contact longtemps prolongé et combiné avec leurs petits déplacements relatifs sur le tissu, peut arriver à eu déterminer la perforation ou tout au moins l'éraillement du vernis; les remplacer par des passages simples des cordelettes les unes dans les autres avec petite ligature bien lisse aux croisements.
- Disposer les pattes d’oie avec poulies ou anneaux compensateurs. Recouvrir l’hémisphère supérieur de l’aérostat d’une calotte en tissu léger, hydrofuge et de couleur blanche, munie dans la région équatoriale d’un petit rebord qui éloigne l’eau de la nacelle et des cordes de suspension.
- Resserrer toute la partie inférieure du ballon avec un réseau de fils ou bandes de caoutchouc, de manière à éviter toute rentrée d’air et de réaliser automatiquement la tension permanente et modérée du tissu et du gaz, malgré les variations de volume de celui-ci et l’action extérieure d’un vent assez violent et fermer la partie inférieure par une soupape de sûreté très-sensible ou par un système de trop-plein ne permettant pas l’introduction de l’air.
- En ce qui concerne le ballon proprement dit, donner le choix à plusieurs tissus mariés ensemble an caoutchouc et rendus complètement imperméables par la superposition des vernis et non par leur im-bibition, car on détruit ainsi, en grande partie. Datée dernier procédé, la ténacité des libres et surtout leur résistance au déchirement ; ne pas négliger de recouvrir les coutures par des bandes caoutchoutées enduites considérablement.
- 11 est indispensable, quel que soit d’ailleurs le système de construction de l’aérostat, de multiplier les coutures dans les deux sens, car on obtient ainsi de véritables nervures capables de mettre obstacle à la propagation d’une déchirure. Au point de vue des atterissages, munir la nacelle de moyens d’arrêt énergiques qui peuvent se résumer dans l’emploi d’ancres ou de grappins rationnellement construits et en bon fer ductile avec élastiques pour amortir les chocs, et de sangles très-larges garnies sur toute leur surface d’une infinité de petits tilaments rigides couchés à contre-sens et destinés, par leur traînage et leur acerochement aux aspérités du sol, à opposer un frottement beaucoup plus énergique que celui qui est fourni, à poids égal, par les cordes lisses traînantes dites guidrope. Ces bandes-freins, d’une longueur suffisante, doivent être d’avance enroulées régulièrement : au moment de s’en servir, il suffit de jeter par-dessus bord ces espèces de rouleaux dont la chute détermine le déroulement rapide, après avoir pris la précaution d’attacher
- une de leurs extrémités au cercle de la nacelle.
- Enfin, si après avoir pris toutes les précautions qui viennent d’être indiquées on voulait entreprendre des ascensions de très-longue durée, réaliser, par exemple, le « Cinq semaines en ballon, » ce qui est très-possible, il suffirait d’emporter au-dessous de la nacelle un sac ou ballonnet de quelques mètres de diamètre, en très-forte toile imperméable, pouvant, au besoin, remplir le rôle final de guidrope, d'y comprimer plus ou moins de l’air, au moyen d’une pompe foulante et d’en régler l’introduction ou la sortie suivant l’état atmosphérique, l’intensité du rayonnement diurne et nocturne et la quantité de lest ou de i-ésidus de toute espèce, à la disposition des voyageurs.
- Quant à la question d’imperméabilité, il ne faut pas s’en préoccuper, si les constructions ont été bien combinées; ainsi, le ballon captif que j’ai fait construire au Champ-de-Mars en 1867 et qui offrait une résistance lui permettant d’affronter impunément les tempêtes, aurait mis, pour se vider par le seul fait des fuites au travers du tissu et quoique rempli du plus subtil de tous les gaz, l’hydrogène pur, un peu plus d’un siècle. Les tissus composant le matériel étaient eu toile assez ordinaire et il est évident que les résultats seraient encore préférables si on avait recours à l’emploi de la soie, aussi bien poulies cordes que pour l’enveloppe.
- Enfin il ne faut pas, en général, hésiter toutes les fois que cela est possible, à donner la préférence au gaz hydrogène pur ; il existe plusieurs moyens d’en produire et j’ai aussi, de mon côté, réalisé quelques appareils nouveaux, quoique basés en partie sur d’anciennes données théoriques et susceptibles d’en engendrer de grandes quantités à bas prix.
- Telles sont, en résumé, les principales conditions qu’il faut remplir pour réaliser convenablement et sans danger les ascensions libres et captives, à l’aide des seuls aérostats sphériques.
- En ce qui concerne les ascensions captives, il faut aussi distinguer celles qui ne doivent avoir qu’une courte durée, par temps choisi et avec un petit nombre d’observateurs, comme, par exemple, dans le cas de certaines observations militaires, de celles qui ont trouvé, comme en 1867, et trouveront sans doute encore, leur application à la curiosité publique, à l’occasion des Expositions universelles, et pour lesquelles il y a nécessité d’enlever à la fois et continuellement un grand nombre de personnes, quel que soit, pour ainsi dire, l’état de l’atmosphère, et cela avec un matériel aérostatique qui doit, nuits et jours, rester gonflé et exposé à toutes les intempéries, pendant la durée d’une saison.
- Pour réaliser de tels appareils, qui présentent aussi un côté scientifique, très-intéressant au point de vue de la météorologie, il y a lieu de mettre en jeu un puissant matériel mécanique à vapeur également subordonné à certaines conditions bien définies et capable de maîtriser, par l’intermédiaire d’un câble de fortes dimensions, l’énorme force d’ascension
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- et de traction qu’il faut opposer à l’action toujours imminente de vents impétueux, contre la surface de ces immenses sphères remplies d hydrogène pur, et cela sans que le public puisse se douter de la lutte de ces redoutables éléments à laquelle il assiste, même comme acteur, sinon avec impassibilité, du moins en toute sécurité. Mais ce n’est pas le moment d’entrer dans l’énumération, même sommaire, des conditions et dispositions auxquelles ces machines doivent satisfaire ; cela n’aurait d’utilité pour personne, et il faut différer aussi l’étude plus complexe et bien plus intéressante des aérostats allongés à vapeur, sur lesquels j’espère, plus tard, être en mesure d’appeler de nouveau l’attention.
- Veuillez agréer, cher Monsieur, l’assurance de mes sentiments très-dévoués.
- Henri Giffard.
- . ACADÉMIE DES SCIENCES
- Stance du 1 février 1876. — Présidence de M. Péligot.
- La potasse contre le phylloxéra. — C’est un aulcur dont le nom n’arrive pas jusqu’à nous qui assure qu’une dissolution de potasse au dixième tue sans exception tous les phylloxéras au contact desquels elle pénètre. Al. Dumas confirme cette assertion mais il ajoute que le remède tue en même temps la vigne malade. Dilue-t-on la lessive de façon que la plante ne soit pas lésée, alors le parasite résiste parfaitement ? La soude et l’ammoniaque se comportent exactement comme la potasse.
- Cristallisation des eaux météoriques. — Le secrétaire perpétuel fait passer sous les yeux de l’Académie des photographies obtenues par M. Gaston Tissandier, et représentant des cristaux d’azotate d’ammoniaque qui se produisent quand on évapore l’eau de pluie. Le mè ne auteur adresse eu même temps la reproduction photographique de globules de fer oxydulé dont il a constaté la présence dans les poussières atmosphériques.
- Vérification des Unités de Mesure. — Comme président d’une commission internationale de vérification du mètre et du kilogramme, M. Régnault a conservé depuis plusieurs années de très-nombreuses pièces relatives aux expériences exécutées et qui ont servi à la rédaction des Rapports publiés. Il offre à l’Académie, pour ses archives, ces pièces qui offrent un intérêt historique. M. Dumas remercie ‘M. Régnault qui se met à la disposition de la Commission administrative pour donner tous les renseignements et tous les développements qui seront jugés nécessaires.
- Réductions électro-métalliques. — Ou se rappelle les belles expériences réalisées au commencement de ce siècle par Humphry Davy à l’aide de la pile électrique. M. Becquerel montre aujourd’hui qu’on peut les reproduire avec la machine d’induction : des sels métalliques sont réduits et la potasse donne avec le mercure de l’amalgame de potassium.
- Géologie Belge. — M. Michel Mourlon, conservateur au Musée d’histoire naturelle de Belgique, adresse un mémoire où se trouve décrite la constitution de l’étage dévonien des psammites du Condroz. Dans la première partie de son travail, il montre que les couches atteignent une épaisseur
- d’environ 600 mètres dans la vallée de l’Ourlhe, et, relevant dans cet endroit l’échelle stratigraphique de ce puissant étage qu’il divise en quatre assises, il en suit la répartition dans les principales coupes de Condroz. La série des couches y reste la même, mais certains groupes tendent à diminuer d’épaisseur dans d’assez fortes proportions.
- Or, suivant la remarque deM. Dupont, celte diminution d’épaisseur annonce que les groupes réduits doivent disparaître dans les affleurements plus septentrionaux. C’est ce que montre en effet M. Mourlon dans la seconde partie de son mémoire, relative au bassin de Theux et au Boulonnais. En prenant pour terme de comparaison l’afrleure-ment où les couches offrent le plus d’épaisseur et en y relevant la série détaillée des couches, l’auteur cherche à y accorder successivement les autres affleurements, subdivisions par subdivisions. Par ce procédé, il arrive à découvrir la constitution lacunaire de l’étage qu’il étudie, et c’est un phénomène qu’on peut regarder comme un des traits dominants des terrains dévoniens et carbonifères de la Belgique.
- Dictionnaire de la santé. — Cette utile publication, dont nous avons dé^ entretenu nos lecteurs à diverses reprises, touche presque à son terme. La huitième livraison que nous avons sous les yeux, mène le lecteur jusqu’à la fin de la lettre P et contient plusieurs articles qui seraient dignes d'être signalés comme portant plus spécialement l’empreinte de la compétence de l’auteur. Bornons-nous à reproduire les quelques lignes où M. le docteur Fonssagrive signale le monstrueux usage que les classes laborieuses de l’Angleterre font de l’opiutn pour endormir les jeunes enfants et simplifier ainsi les soins à leur donner. Il est des enfants, selon lui, auxquels on donne progressivement une dose de 2-4 gouttes de laudanum. Un seul droguiste de Manchester a avoué, lors d’une enquête officielle, qu’il vendait dans ce but par semaine, à sept cents familles environ, un demi gallon (deux litres et demi) de liqueur de Godfrey. 11 estimait à un tiers au moins la quantité des familles pauvres qui rccoui’ent à cette pratique meurtrière. 11 est de ces malheureux enfants qui prennent jusqu à trois doses de narcotique par jour. Les effets de ces substances sont lamentables : la figure s’altère, il y a une somnolence et une hébétude habituelles, l’amaigrissement se produit, le ventre devient proéminent, les fonctions digestives se dérangent, il survient de la diarrhée. Souvent aussi la mort par narcotisme arrive des les premières doses. Un des témoins de l’enquête fut appelé auprès d’un enfant de quelques semaines narcotisé par une de ces drogues et qui ne tarda pas à succomber. « J’avais espécç, dit M. Fonssagrive, que les ouvrières des grandes villes manufacturières (Poutre Manche, étaient les seules qui se livrassent à ces pratiques qui aboutissent à la création de thériakis en maillot. Il paraît malheureusement que l’Angleterre n’en a pas le monopole. Un pharmacien distingué de Collioure m’écrit que Fhabitude.de donner aux enfants nouveau-nés une décoction de pavots pour les faire dormir et calmer leurs cris est fort répandue dans le département des Pyrénées-Orientales, parmi les mères et les nourrices. Je crois, comme lui, que plus d’une mort inexpliquée ou vaguement attribuée à une complication cérébrale, de la dentition ou des vers, doit être rapportée à cette pratique funeste. » Que font donc, en présence de pareils faits, les Sociétés protectrices de l’Enfance?
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à l’ans.
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- JN° 142. - 19 FEVRIER 1870.
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- LA TRACTION MÉCANIQUE
- SUR UES TRAMWAYS.
- Le développement rapide des lignes de tramways, dans tons les centres de popnlalion un peu importants a placé au premier rang parmi les questions à l’ordre du jour celle de la construction d’un moteur pouvant remplacer les chevaux.
- Le prix élevé de la traction par ces animaux met, en effet, un obstacle infranchissable à l’établissement des nouvelles voies de transport dans bien des points où elles seraient de nature à rendre d’importants services.
- De nombreuses tentatives ont déjà été faites dans ce sens. On a d’abord essayé la machine à vapeur ordinaire soit en construisant une locomotive de dimensions réduités, destinée à remorquer l'omnibus, soit en ajoutant une machine à ce dernier.
- Mais ici se présente un grave inconvénient de nature à taire rejeter ce système en dehors de toutes les grandes villes; la locomotive, en effet, produit de la fumée, de la vapeur, de la poussière, des gaz délétères qui vicient l’air déjà si peu salubre des rues qu’elle traverse, et lorsqu’on voit tous les efforts que font les municipalités pour rendre à cet air quelque peu des qualités vitales qu’il perd forcément au milieu des grandes agglomérations, il est bien difficile d’admettre que ces mômes municipalités consenti-
- Voiture automobile à air comprimé, de M. Mrkarski. (D’après une photographie.)
- ront jamais à laisser ajouter une si puissante cause d’altération à toutes celles qui existent déjà.
- On parvint à y remédier en partie en supprimant le foyer, principale cause des inconvénients qu’entraîne avec elle la locomotive.
- La chaudière, réduite à un simple réservoir, prend dans ce cas un volume plus considérable, elle est remplie avant le départ avec de l’eau en quantité suffisante et chauffée à une température assez élevée pour fournir de la vapeur, pendant toute la durée du trajet qu’on veut effectuer1. C’est déjà un progrès très-réel sur la locomotive ordinaire ; l’échappement reste encore, il est vrai, mais il gêne bien moins que les produits de la combustion que dégage le foyer. De nouveaux essais sont d’ailleurs faits, en ce
- 1 Voy. Locomotive sans fumée et sans feu. — 2e aimée, 1874. 2e semestre, p. 314.
- moment meme, pour condenser la vapeur qui a servi, et par conséquent supprimer cette dernière cause d’altération de l’atmosphère des rues où ces machines sont appelées à faire leur service. Mais le principal obstacle qui s’opposera toujours à l’adoption générale de la locomotive sans foyer, c’est que, à moins de donner à sa chaudière des dimensions tout à fait impraticables, le parcours qu’elle peut effectuer, sans renouveler sa provision d’eau, n’est jamais très-long; de plus il faut que cette eau soit au départ à une température et sous une pression, beaucoup plus fortes que celles qu’on atteint ordinairement dans les machines, et cela n’est pas sans entraîner des difficultés.
- Enfin, quoique, au point de vue économique, la question ne soit pas encore complètement jugée, il j ne semble pas, d’après les premiers essais, que la
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- locomotive sans foyer puisse être d’un emploi bien avantageux ni bien commode.
- On conçoit donc que des inventeurs plus hardis aient cherché dans une autre voie et aient pensé à faire complètement disparaître du véhicule la source même qui doit fournir le travail.
- Nous ne parlerons que pour mémoire de ceux qui ont proposé de munir les voitures de tramways de ressorts assez puissants pour les mettre en mouvement ; ressorts qu’ils prétendaient d’ail leurs remonter aux stations à l’aide de machines à vapeur. Un calcul très-simple montre en effet que le poids de l’acier qu’il faudrait employer pour un pareil service oppose une impossibilité matérielle à leur usage. On trouvera, par exemple, que 10,000 kilogrammes des lames les mieux trempées, et tendues à fond, ne suffiraient pas à faire parcourir 100 mètres à une voiture semblable à celles qui circulent actuellement.
- Nous ne nous étendrons pas plus sur l’emploi de moteurs fixes, remorquant les voitures au moyen de câbles sans fin, comme on a pu le faire dans certaines mines ou sur les chemins de fer pour franchir des rampes exceptionnelles. Ce système est impraticable dans les rues d’une ville.
- Mais les services si nombreux que rend aujourd’hui l’air comprimé, dans les mines, pour le percement des grands tunnels, et dans une foule d’autres cas trop longs à énumérer, devait naturellement porter les ingénieurs à en essayer l’emploi. C’est ce qui a eu lieu, et la voiture automobile que représente notre dessin est un exemple de ce qu’on peut obtenir dans cette voie.
- Cette voiture est en tout semblable, comme disposition extérieure, à celles qui sont journellement employées sur les tramways nord du réseau parisien. Sous le châssis, entre les roues, sont placés une série de réservoirs cylindriques parfaitement étanches et assez résistants pour supporter une pression considérable. Aux stations extrêmes ces réservoirs sont remplis d’air, qu’une machine fixe comprime sous une pression de 25 atmosphères. C’est la force élastique de cet air qui, agissant sur un mécanisme tout à lait semblable à celui d’une locomotive, donne le mouvement à la voiture.
- Entre les réservoirs et les cylindres de ce mécanisme, sur le devant de la voiture, est disposé un appareil de détente fort ingénieux, dont l’effet est de ramener l’air qui sort de ces réservoirs à une pression constante. 11 serait fort difficile, sinon impossible en effet, d’utiliser l’air sous la pression de 25 atmosphères qu’il a au départ dans les mêmes cylindres moteurs où il ne pourra plus agir à la fin du voyage que sous une pression de quatre ou cinq atmosphères. 11 faut donc toujours ramener l’air à cette dernière pression quelle que soit celle qui existe dans les réservoirs. Mais cet appareil remplit en outre une autre fonction non moins importante. On sait qne lorsqu’un gaz fortement comprimé se détend il se refroidit considérablement. Ainsi, pour ne
- citer qu’un exemple, de l’air à 5 atmosphères en se détendant jusqu’à la pression ordinaire se refroidira de 10° au-dessus de 0° à 96° au-dessous. On ne peut donc, dans les machines, songer à laisser l’air se détendre dans les cylindres même, car par §uite de cet énorme refroidissement la vapeur d’eau se condense sur leur parois, s’y congèle et tout le mécanisme ne tarde pas à être recouvert d’une couche de glace qui rend sa marche impossible. On est par suite forcé de n’utiliser l’air qu’à pleine pression, c’est-à-dire de le laisser échapper du cylindre avant la détente qui se produit alors librement dans l’atmosphère, mais cela constitue une perte considérable de travail. M. Mekarski, l’inventeur de la machine que nous considérons, a surmonté cette difficulté d’une façon fort heureuse.
- L’air en sortant des réservoirs, avant de se rendre dans le régulateur de pression, est obligé de barboter dans un petit réservoir qu’on voit sur le devant du véhicule. Ce réservoir, de 100 litres de capacité environ, est rempli au départ avec de l’eau prise dans la chaudière de la machine qui sert à mettre eu mouvement les pompes de compression, et qui se trouve par conséquent à une température de 150 à 170°, suivant la pression dans cette chaudière.
- Par suite du passage de l’air à travers cette masse d’eau chaude il se produit deux effets distincts. D’abord il s’échauffe à la même température que l’eau, puis ensuite il se sature de vapeur à la pression correspondante à cette température. En se détendant il ne pourra donc plus se refroidir autant, premièrement parce qu’il est plus chaud et que l’abaissement de température croît beaucoup moins vite que la température initiale, mais surtout parce qu’à mesure qu’il se refroidit, la vapeur d’eau avec laquelle il est mélangé se condense et lui cède sa chaleur latente. On peut donc ainsi faire agir l’air sur les pistons de la machine pendant sa détente et l’on constate même dans certains cas que, loin de se couvrir de givre, ils ont, après quelque temps de marche, une température sensiblement supérieure à celle des corps environnants. 11 en résulte une augmentation très-notable du travail utile qu’on peut obtenir d’un volume d’air comprimé, ce qui permet ou de diminuer la capacité des réservoirs ou d’effectuer, avec la même provision, un voyage plus étendu.
- C’est dans cette ingénieuse disposition qu’est tout le mérite de la nouvelle machine. On a fait déjà des locomotives à air comprimé, et il y en a deux en service régulier au tunnel du Saint-Gothard, mais à M. Mekarski revient, croyons-nous, l’honneur d’avoir le premier trouvé un moyen pratique et facile d’utiliser la détente dans les machines de ce genre.
- Ajoutons enfin, pour terminer la description de la machine, qu’on fait varier à volonté sa vitesse en agissant sur le régulateur dont nous venons de parler. Pour cela il est disposé de telle sorte qu’en imprimant un très-léger mouvement à un petit volant placé devant lui, le conducteur augmente ou dirai-
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- nue la pression de l’air cpii arrive dans les cylindi’es, change ainsi la puissance du moteur et par suite modifie la vitesse imprimée au véhicule. Ces manœuvres sont beaucoup plus simples que si l’on agissait sur l’orifice d’admission ou sur la distribution, comme on le fait dans les locomotives à vapeur. Nous avons, il y a quelques jours, assisté à un essai de cette intéressante machine et nous ne pouvons que constater ici la régularité de sa marche, et la facilité avec laquelle elle se conduit. Le départ, l'arrêt, les changements de vitesse se fout sans bruit., sans éffort, par des mouvements à peine visibles que le mécanicien imprime au volant dont il est question ci-dessus. Nous sommes convaincus que le plus habile cocher ne conduirait pas plus facilement une voiture de tramway attelée de deux chevaux bien dressés.
- Avec une provision d’environ 2 mètres cubes d’air sous une pression de 25 atmosphères, la voiture complètement chargée a pu aller du pont de Courbevoie à la barrière de l’Etoile et revenir à son point de départ, soit un parcours d’environ 7 kilomètres.
- Reste la grosse question du prix de revient; le nouveau système est-il plus cher ou plus économique que les chevaux? A priori il est difficile de le dire d’une manière certaine.
- Le travail moteur produit par les machines fixes est évidemment bien moins coûteux que celui que donnent les chevaux, mais quelle est la fraction de ce travail réellement utilisée en elfort de traction? C’est ce que nous ne savons pas encore.
- Des expériences comparatives pourront seules le déterminer d’une manière certaine. Toutefois, en présence des résultats déjà obtenus sans pouvoir encore affirmer un chiffre, il est permis d’espérer que les frais de traction seront notablement moindres avec cette machine qu’avec les chevaux.
- Quoi qu’il en soit de son avenir, nous avons cru devoir la faire connaître à nos lecteurs, car elle réalise un progrès très-notable sur toutes celles de ce genre construites jusqu’à ce jour et nous croyons que de toute manière elle fera faire un pas réel à la question si actuelle de la traction mécanique des voitures de tramways. Ghuüdière.
- ALBIN MESNEL
- Tous les collaborateurs du journal la Rature sont dévoués à une œuvre commune; écrivains ou artistes ils forment en quelque sorte une seule famille scientifique. Aussi nous regardons comme un devoir d’exprimer la douleur de tous, quand un de nous succombe au milieu des travaux commencés, dans le développement complet de ses aptitudes. Une mort presque subite vient de nous priver, le 51 décembre 1875, du concours d’un de nos plus habiles dessinateurs d’histoire naturelle, Albin Mesnel, dont nous allons retracer en peu de mots la carrière si bien remplie. Elle nous présente cet enseignement que
- c’est toujours par un travail régulier et assidu que l’artiste, comme l’écrivain, arrive à la perfection continue et progressive, par une loi naturelle, que les impatiences et les témérités juvéniles ne sauraient enfreindre.
- Albin Mesnel était né en 1850, à la manufacture des Gobelins, où son père était attaché en qualité d’artiste tapissier. Dès son enfance il suivit les cours de dessin dirigés alors par MM. Mulard et Abel Lucas, professeurs à la manufacture. En 1845 il entra, pour faire des études spéciales comme dessinateur d’histoire naturelle, dans l’atelier de M. Delahaye, qui avait été lui-même artiste à la manufacture des Gobelins. Il y resta une dizaine d’années et collabora aux gravures de Y Encyclopédie de Chenu, puis à celles de YHistoire des Picidés de M. Malherbe, ouvrage qu’il a ensuite continué seul.
- A partir de ce moment il a donné son concours à un grand nombre de publications d’histoire naturelle, telles que le Monde de la mer de Moquin-Tandon,
- Y Univers de Pouchet, différents ouvrages de M. L. Figuier, sur les insectes, les poissons, les reptiles, les oiseaux, les mammifères, etc., les Animaux de la France par M. Rendu, le Dictionnaire des pêches de M. de La Blanchère. 11 travaillait en dernier lieu à un ouvrage sur les poissons de M. Moreau, et collaborait à celte publication importante et attendue, la Faune de Madagascar par M. Grandidier.
- Un grand nombre de nos livres illustrés : le Magasin pittoresque, le journal la Rature, beaucoup de publications de la librairie Hachette, le Tour du Monde, etc., contiennent de ses œuvres.
- A l’époque des vacances, où se ralentissent les travaux de librairie, il se rendait en général sur les bords de la mer, principalement sur nos côtes normandes, qu’il affectionnait le plus, le Havre, Dieppe, Beuzeval, Yeules surtout. 11 aimait les animaux, savait les observer et discerner leurs caractères distinctifs. Ses croquis cherchaient, d’un crayon pittoresque, à reproduire leurs attitudes de chasse, d’amour, de combat. Il représentait les poulpes ou les crabes à l’affût sous les creux de rocher, baignés par les flots expirants.
- Quand il se promenait dans les bois, il dessinait les hyménoptères nidifiant dans les talus, les larves des sylphes dévorant les colimaçons; étudiait curieusement les entonnoirs de sable des Fourmilions, les victimes précipitées dans le piège perfide et sous la tenaille meurtrière. Ce dernier sujet lui a fourni un de ses meilleurs dessins des derniers jours, que la Rature offrira bientôt à ses lecteurs, en leur demandant un bienveillant souvenir pour l’artiste qui a contribué à les instruire, à leur faire aimer les splendeurs naturelles, éclatant aussi bien dans les chétives créatures du monde des insectes que dans les magnificences- de la voûte éthé-rée et les aspects grandioses ou sauvages des côtes de l’Océan et des montagnes.
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- LA N Aï URL.
- LES T ARE T S FOSSILES
- Les tarets sont les termites de la mer. Toutes les constructions de bois immergées deviennent le siège de leurs travaux incessants, et bien des fois l’absence de moyens de défense suffisants a amené des désastres immenses.
- A cet égard, nul exemple pins éloquent que les digues de Hollande, si souvent attaquées et percées par les tarets, au grand péril du pays tout entier.
- D’ailleurs la ressemblance des tarets avec les termites se borne à leur appétit pour le bois. Ce ne sont pas des insectes, mais des mollusques. Ils sont petits, vermiformes, mollasses, presque sans mouvement etl’on a quelque peine à croire, à première vue, à l’activité dévorante qu’ils déploient dans leurs conditions normales d’existence.
- Le corps mou des tarets est muni d’une petite coquille bivalve assez variable dans sa forme suivant les espèces et dont la figure 1 montre un des types les plus nets. Toutefois cette coquille est bien loin de protéger tout le corps de l’animal qui se trouve contraint à chercher quelque part un abri plus efficace contre ses innombrables ennemis. C’est pour cela qu’il attaque le bois et y perfore de longues galeries.
- Par quel mécanisme a lieu la perforation ? c’est un problème bien des fois étudié et encore sans réponse. Tout ce que l’on sait, c’est que le taret enduit la surface intérieure de sa galerie d’une couche calcaire, secrétée par sa peau, exactement comme la coquille elle-même, et qu’il en résulte des tubes plus ou moins contournés dont l’épaisseur et la longueur sont en rapport avec l’âge du mollusque qui les a produits. Dans le jeune âge ce tube est très-mince et il est impossible de le détacher du bois auquel il adhère ; chez les vieux individus, le tube prend plus d’épaisseur, mais il conserve toujours une structure intime différente de celle de la coquille. Pendant tout le temps de son accroissement, il reste ouvert à sa partie antérieure qui est aussi la plus large. Lorsque l’animal est arrivé à toute sa taille, cette extrémité se ferme et c’est alors que le tube s’épaissit à l’intérieur. La coquille s’y trouve alors complètement renfermée,
- Si nos connaissances sur le taret sont peu avancées, il faut reconnaître qu’elles dépassent de beaucoup tout ce qu’on a su à l’égard de ce singulier animal dans l’antiquité et jusqu’à la seconde moitié du dix-huitième siècle. A cet égard, M. le professeur Des-hayes a publié un historique fort complet dont nous allons donner la substance. Tout porte à croire que c’est le taret qu’Aristote désigne sous le nom de Tendredo, au livre IX de son Histoire des Animaux. Mais les indications des auteurs latins sont beaucoup
- plus positives, car loin de se borner à le nommer ou à le décrire, ils le signalent comme produisant de grands dégâts dans les constructions maritimes, ce qui suffit pour le faire reconnaître. Yitruve, Pline, Ovide, Théophraste ont parlé du taret, et Pline particulièrement le désigne sous le nom de teredo, encore aujourd’hui adopté, à l’exemple de Linné, pour désigner dans la science l’animal qui nous occupe. Il est vrai que chez les anciens ce même mot teredo avait une signification très-étendue, s’appliquant à tout corps rongé et même à la carie des os malades. On supposait, dans ce cas, que la maladie était occasionnée par la présence de vers rongeurs et c’est à cet être imaginaire qu’on donnait le nom de te-redo ; c’est seulement par l'épithète ajoutée à ce mot générique qu’on peut reconnaître lequel de ces vers rongeurs était en vue. Ainsi le taret, proprement dit, est désigné par Pline sous le nom précis de te-redo xylophaga, c’est-à-dire ronge-bois.
- Entre les temps anciens et le commencement du siècle dernier rien de nouveau ne fut ajouté à l’histoire du taret. Les seize cents ans de nuit opaque qui enveloppèrent, en Europe, l’esprit humain avaient fait oublier qu’on pût seulement étudier la nature, et toutes les sciences furent à recréer uue à une avant qu’on pût songer à les faire progresser. En ce qui concerne le taret, ce furent les dégâts produits dans les digues de Hollande qui appelèrent l’attention sur eux , mais la zoologie étant alors tout à fait dans l’enfance, les travaux publiés sont plutôt bizarres que vraiment instructifs. L’idée la plus généralement adoptée à cette époque, idée bien inexacte comme on l’a vu, est de voir dans le dangereux ennemi des constructions maritimes un ver armé de mâchoires. Deslandes alla jusqu’à faire de lui et d’un annélide un être complexe, réunissant des caractères imaginaires de deux êtres très-différents l’un de l’autre.
- C’est vers 1730 que Sellius reconnut le premier dans le taret un véritable mollusque, découverte reprise et développée par l’immortel Adanson.
- Il ne restait plus qu’à déterminer les affinités du genre taret c’est-à-dire à préciser avec quelles autres coquilles il a le plus de ressemblance. A cet égard des travaux innombrables furent publiés ; disons seulement que, grâce surtout aux études de notre grand Cuvier, le taret a été reconnu comme analogue aux pholades, c’est-à dire comme faisant avec elles partie de la grande sous-classe des mollusques acéphales dimyaires.
- A l’époque où l’on reconnut l’existence du taret en Hollande, l’opinion générale était de croire qu’il avait été introduit par la navigation dans les mers d’Europe et qu’il en fallait rechercher l’origine dans l’océan Indien.
- Les recherches historiques, empêchées sans doute
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- par les préoccupations de l’époque, auraient sul'ti pour faire abandonner cette supposition, puisque les anciens signalent le taret dans la Méditerranée. Mais c’est à M. Bes-hayes, dont les sciences regrettent la perte récente, qu’est due la démonstration de ce fait que le mollusque que nous étudions est européen, et habite nos régions depuis les époques géologiques. Le savant conchyliologiste a, en effet, reconnu des débris de teredo fossiles dans les terrains tertiaires les plus récents de l’Italie et de l’Angleterre, terrains qui paraissent antérieurs à la présence de l’homme sur lu terre.
- Postérieurement on a retrouvé le taret à l’état fossile, dans des couches tertiaires plus anciennes et par exemple aux environs de Paris, dans les sables inférieurs de Cuise Lamotte, dans le calcaire grossier de Chaumont enVexin, de Chaussy, de Mouchy, de Houdan, de Brasles ; dans les sables moyens d’Auvers. Mais la décou verte la plus remarquable en ce genre est celle que vient de lairc, près de Brimont, dans le département de la Marne, M. Philippe Polteau, préparateur au Muséum d’histoire naturelle. L’échantillon incomparable qu’il a recueilli est représenté par le dessin ci-joint lait d’après nature (fig.2).
- 11 se compose, comme ou voit, d’une agglomération de tubes enchevêtrés en tous sens et dont l’ensemble a conservé la forme générale d’un tronc d’arbre qui a encore 51U,50 de long. Quant à la matière ligneuse, elle u’est plus représentée que par quelques rares débris, d’ailleurs fossilisés, tout le reste ayant été détruit par les mollusques xylophages.
- La localité de Brimont est établie sur les sables marins tertiaires les plus inférieurs du bassin de Paris, faisant partie de l’horizon géologique désigné sous le nom de sables de Bracheux et sur la position stratigraphique desquels tous les géologues parisiens sont bien loin d’ètre d’accord.
- L’arbre de Brimont devait avoir originairement plus de 5 mètres de longueur et au moins 25 à 50 centimètres de diamètre à la base.
- Fig. 2. — Arbre fossile de Brimont envahi par le Teredo Cuvieri. Nouvel échantillon du Muséum.
- apparaissaient seuls sur les parois opposées d’une tranchée de 1 mètre. et demi de large, et toute cette longueur manque dans la région moyenne de l’échantillon recueilli. Pour le dégager des sables qui l’enveloppaient, l’auteur de la découverte eut à réaliser un travail de terrassement énorme, à déplacer des mètres cubes de matière et à déraciner un arbre, et l’on peut dire qu’il n’y fût jamais arrivé seul. Heureusement la verrerie de Coucy, sise tout près, possède dans M. Bénis un régisseur que savent émouvoir les questions scientifiques ; il mit toul, hommes, outils et moyens de transport à la disposition du paléontologiste parisien, et l’on s’accordera à le féliciter vivement de son précieux concours.
- Aujourd’hui, après mille difficultés, le splendide échantillon que nous signalons est exposé dans la galerie de géologie du Muséum où chacun peut le voir.
- Le taret de Brimont ne se range dans aucune des espèces énumérées dans la Description des animaux sans vertèbres du bassin de Paris, qui ne mentionne que cinq espèces bien constatées : l’une de ces espèces, le T. Modica, appartient aux sables de Cuise-Lamotte; trois, les T. parisiensis, T. cincta et T. an-gusta, se montrent à divers niveaux dans le calcaire grossier; enfin le T. vermicularis est caractéristique des sables moyens. Il faut dire cependant que depuis longtemps on connaissait de petits débris du taret qui vient de nous occuper et que la localité de Brimont est connue de tous les géologues comme fournissant des tubes fossiles de tarets, mais nous ne pensons pas que la coquille bivalve ait été isolée et une description complète du nouveau mollusque reste à faire.
- Peu de temps avant sa mort, M. Beshayes, qui a laissé sur le bel échantillon une note remplie d’expressions admiratives, proposa d’imposer à l’animal nouveau le nom de Teredo Cuvieri. On regrettera peut-être que ce maître n’ait pas préféré le dédier à M. Potteau dont le dévouement tout désintéressé à la science qu’il cultive n’a reculé Stanislas Meunier.
- Quand M. Potteau l’a rencontré ses deux tronçons | devant aucune difficulté.
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- LE NOUVEAU CANAL DE NICARAGUA
- La question d’une communication interocéanique à travers l’isthme immense qui réunit les deux Amériques entre dans une nouvelle phase d’activité, grâce à l’intelligente initiative du Congrès des États-Unis, qui, plus dégagé que les cabinets européens des préoccupations étrangères et intérieures, peut tourner tous ses efforts vers ce qui est utile aux intérêts généraux du pays. Deux expéditions, organisées par les soins du département de la marine, ont examiné les deux routes que les données antérieures avaient fait reconnaître comme les seules praticables, l’une, celle del’Atrato, l’autre celle du Nicaragua. L’Atrato est un grand fleuve navigable qui se jette dans le golfe de Darien, et dont un des affluents, le Naipipi, n’est séparé de l’océan Pacifique que par un massif de montagnes de 46 kilomètres de large, à travers lequel il faudrait percer un tunnel de 10 kilomètres ; 12 écluses du côté de l’Atlantique, 15 du côté du Pacifique mettraient en communication ces doux mers, par un canal dont le bief de partage serait situé à une cote de 43 mètres ; les eaux du canal seraient fournies par le Naipipi et d’autres affluents de l’Atrato, la dépense est évaluée à 275 millions de francs, mais ces résultats ne sont qu’approximatifs, le rapport officiel de l’expédition n’étant, pas encore publié. La commission du Nicaragua, au contraire, présidée par le commandant Lull, vient d’adresser au Sénat pendant le 43e Congrès, un rapport circonstancié et détaillé de ses opérations, qui permet pour la première fois d’étudier complètement cette importante affaire aux points de vue scientifique et industriel.
- Le Nicaragua forme un quadrilatère irrégulier qui s’étend entre le 10° 40’ et 15° 20’ de latitude nord et le 85° 20’ et 90° de longitude ouest de Paris ; le lac de Nicaragua, situé dans la partie sud-ouest de l’État, à une hauteur de 50 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer, a environ 165 kilomètres de long sur 60 à 80 de large ; il se relie au nord-ouest avec le plus petit lac Managua, par le liio Tipitapa, et se décharge dans la mer des Antilles, par le San Juan, qui, partant de l’extrémité sud-est du lac, coule vers la mer dans la direction générale de l’est-sud-est, sur une longueur d’environ 145 kilomètres. Ces lacs ne sont distants du Pacifique que de 25 kilomètres en moyenne, et à leur approche les Cordillères se séparent en deux branches, dont l’une envoie ses rameaux multiples du côté de l’Atlantique, jusqu’à la vallée du San-Juan, et dont l’autre, après avoir formé les nombreux volcans qui menacent constamment la riche cité de Léon, vient s’abaisser eu faibles collines, laissant au génie de l’homme le soin d’achever le travail commencé par la nature.
- Depuis le jour glorieux où Bulboa découvrit le Pacifique, dit Michel Chevalier dans son étude sur l’isthme de Panama, le projet d’un canal entre les deux océans a occupé tous les esprits : dans les con-
- versations des posadas espagnoles, on s’en entretenait comme d'une légende, et quand par hasard passait un voyageur arrivant du Nouveau Monde, après lui avoir fait raconter les splendeurs de Lima et de Mexico et les récits merveilleux de l’Eldorado, on le questionnait sur les deux océans, et sur ce qui arriverait si on parvenait à les joindre ; dans toute l’Europe on en berçait l’imagination des jeunes gens ; seul le gouvernement espagnol n’en prenait aucun souci, et même, depuis que la France eut donné l’exemple des canaux à point de partage par la construction du canal du Midi, il ne paraît pas qu’il ait jamais sérieusement voulu se servir de ce procédé pour établir une communication dans l’isthme entre la mer des Antilles et le Pacifique.
- Depuis le règne de Philippe U surtout, le conseil des Indes enveloppe d’un profond mystère tout ce qui peut donner quelques notions sur le pays, encore inconnu, d où sortaient tant de richesses ; les documents sérieux existaient pourtant, car Ilumbolt en a trouvé dans les archives espagnoles, qu’il amis à profit pour ses cartes des routes de l’isthme, ainsi que plusieurs mémoires sur l’établissement d’un canal; mais la crainte de procurer un accès possible aux étrangers poussa le gouvernement espagnol à se priver lui-même des voies élémentaires qu’il lui était si facile de créer ; bien plus la terreur que causaient les invasions des flibustiers était si grande, que le beau fleuve San-Juan fut obstrué par des bateaux chargés de pierres, et fut forcé de se frayer un nouveau lit dans les plaines d’alluvions de son delta; c’est le Rio Colorado, par lequel s’écoule la presque totalité des eaux du fleuve, tandis que le San-Juan proprement dit conserve à peine quelques pieds d’eau, et que le beau port qui se trouvait à l’ancienne embouchure s’ensable d’année en année. L’Espagne n’a donc rien fait pour ces admirables pays, mais les intérêts particuliers vont disparaître devant l'intérêt général ; les colonies ont proclamé leur indépendance, se sont divisées en États particuliers ; le commerce européen se développe chaque jour et réclame au moins la création de roules commerciales, en attendant l'exécution du canal, dont la possibilité était encore une simple hypothèse il y a peu d’années, aucun lever complet n’ayant été fait.
- On ne peut que mentionner en passant un décret des Cortès espagnols en 1814 pour ouvrir un canal à travers l’isthme de Teliuantepec, dont le projet ne fut même pas tracé, quelques pourparlers entamés entre la Confédération du Centre et les États-Unis, en 1825, pour un canal dans l’isthme de Panama, et une proposition de même nature faite eu 1828 par le roi de Hollande, que les révolutions qui éclatèrent dans les États de l’isthme et en Hollande empêchèrent d’aboutir. C’est en 1856 que le premier lever sérieux du Nicaragua fut fait par Bailey, qui découvrit et employa un très-beau travail de l’ingénieur espagnol Galisteo, ce qui eut au moins pour résultat de rendre populaire l’idée du catial de Nica-J l'agita ; aussi les gouvernements de Guatemala, San
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- Salvador et Honduras envoyèrent-ils en France M. Cas-tellon pour en solliciter la protection et lui offrir des avantages commerciaux ; mais, au même instant, M. Guizot venait de charger l'ingénieur Garella de l’examen de la route de Panama. M. Castellon eut de fréquentes entrevues avec le prince Louis Napoléon, alors prisonnier à Jlam, qui s’intéressa vivement à l’entreprise, et y puisa peut-être les premières idées de cette politique aventureuse qui lui fit entreprendre cette fatale expédition du Mexique. Un décret du gouvernement de l’Amérique centrale appela le canal projeté, canal Napoléon du Nicaragua ; le projet en reposait sur l’idée de rejoindre le Pacifique, non par la route la plus courte, mais par celle qui traverse le pays le plus riche, le plus peuplé, partant du lac Managua pour aboutir au beau port de Realajo ; mais cette fois encore le décret avait précédé le lever, et les événements politiques de l’Europe, d’une part, de l’autre la découverte des placers de la Californie modifièrent les idées du gouvernement de Nicaragua ; dans le même moment l’Angleterre, toujours à l’affût, faisait mine d’occuper le port de San Juan, appelé depuis Greytown, « pour établir une surveillance sur ce point si important pour le commerce du monde et le rendre libre de l’aventureuse compétition des Américains du Nord. » Cette tentative n’eut du reste pas plus de succès que celle que fit Nelson, en 1780, pour se rendre maître du lac du Nicaragua, « qui pouvait être regardé comme le Gibraltar intérieur de l’Amérique espagnole. »
- Enfin Childs, en 1850, exécuta un travail qui sert de bases à celui de la dernière exploration ; la traversée du lac de Nicaragua au Pacifique se faisait par la jonction des vallées du Rio Lajas et du Rio Grande pour aboutir au port de Brilo ; les troubles politiques vinrent encore une fois entraver l’exécution de ce projet, de sorte que, jusqu’au moment présent, ces beaux et malheureux pays ont été victimes et de leurs dissenssions intestines et des révolutions européennes.
- La création d’une voie navigable intéresse diversement l’Europe et les Etats de l’Amérique ; les pays de l’Amérique du Sud ont tout intérêt à avoir le canal dans la partie la plus sud, et nul doute que la voie de l’Atrato ne leur soit plus avantageuse ; elle aurait, tout en les mettant en communication directe avec l’Europe, l’avantage de servir d’amorce aux voies navigables intérieures qui seules permettent de tirer un grand parti des richesses naturelles de ces contrées : c’est aussi l’intérêt du commerce européen qui est plus important avec les pays du Sud qu’avec ceux du Nord sur la côte ouest d’Amérique ; mais il n’en est pas de même pour les Etats-Unis, qui ont tout profit à se rapprocher le plus possible de leurs possessions Ouest, pour le Mexique qui entrera dans une- voie de progrès rapide, et pour les Etats du Centre dont les riches productions sont à peine utilisées, et dont le climat admirable appellera les émigrants d’Europe sur ce grand chemin du monde.
- L’expédition américaine commencée en avril 1872 eut de tristes débuts ; le commandant Crosman qui la dirigeait se noya avec cinq matelots en franchissant la barre de Greytown ; néanmoins les officiers qui en faisaient partie commencèrent, sous la direction du commandant Hatfield, une exploration qui dura jusqu’au mois de juillet de la même année, examinant toutes les routes considérées comme possibles, établissant avec le gouvernement de Nicaragua et avec plusieurs riches et intelligents citoyens de l’État, des relations excellentes pour les facilités de travail qu’elles leur procurèrent, et préparant ainsi le plein succès de la seconde campagne d’exploration qui fut dirigée par le commandant Lull avec le plus grand succès, et dura du mois de décembre 1872 au mois de juin 1873. Nous ne pouvons suivre les explorateurs dans toutes leurs recherches souvent décevantes, au milieu des forêts vierges, au travers de fourrés impénétrables, abîmés par des plantes heureusement particulières au pays, et dont les mille pointes épineuses se faisaient sentir comme autant de dards de feu, ou par ces myriades d’insectes malfaisants qui ne sont que trop l’apanage des contrées tropicales ; hâtons-nous pourtant de dire que les plateaux les plus fertiles du pays sont exempts de tous ces inconvénients, et qu’aucun des explo-tenrs n’a été sérieusement éprouvé malgré toutes les fatigues supportées.
- 11 est évident que le canal doit passer par le lac de Nicaragua, qui lui fournira toute l’eau nécessaire, en remontant le San Juan qui est la route naturelle du lac vers la mer des Antilles ; il reste donc à examiner le meilleur point de jonction du lac au Pacifique.
- Les conditions requises sont les suivantes : la distance doit être la moindre possible, et le lac étant plus élevé que le Pacifique, la ligne de partage des eaux doit être le plus près possible du lac pour diminuer les excavations ; le canal doit aboutir en un point de la côte offrant un port convenable, et l’on doit aussi tenir compte, pour la diminution des frais de construction, de la facilité de dépôt des excavations, et des torrents traversés par le tracé ; dans ces contrées, le moindre torrent dans la saison des pluies roule des quantités d’eau énormes, ou est soumis à des crues subites qui seraient un obstacle insurmontable, si le canal n’en était indépendant.
- P. Guy.
- — La suite prochainement. —
- L’HOYENIA DULCIS
- ET 1.’ANACARD1UM OCCIDENTALE.
- Les végétaux des tropiques présentent souvent un cachet d’originalité, qui frappe d’étonnement les voyageurs qui abordent dans les pays chauds. Les arbres, par leur élévation, sont plus particulièrement remarqués. Les uns acquièrent un volume considérable, comme les Baobabs, les Fromagers, ou
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- joignent à ce diamètre une hauteur prodigieuse, tels sont les Séquoia, les Lecythis, les Eucalyptus. D’autres subissent une transformation de leurs rameaux ou de leurs feuilles, en sortes de colonnes ou de raquettes charnues, en épines redoutables, en vrilles ou crampons ; de plus humbles espèces changent ces organes en urnes ou amphores, etc.. On a cité depuis longtemps certains Figuiers de l’Inde notamment, — et ce ne sont pas les seuls végétaux présentant cette particularité, — qui sont pourvus de racines aériennes, lesquelles pendent des branches
- élevées île ces arbres et se balancent dans l’espace comme des câbles agités, par le vent. Ces racines, croissant par leur extrémité libre, arrivent-elles à toucher le sol, elles s’y implantent vigoureusement et multipliées un grand nombre de fois . voilà l’origine d’une petite foret formée d’un seul arbre.
- Ces bizarreries végétales, qui font de la botanique une science pleine d’attraits, se présentent aussi bien pour les Heurs que pour les fruits, et les musées renferment bon nombre de ces exemples qui ont toujours le privilège d’exciter vivement l’intérêt.
- Fig. 1. — Grappe de fruits de YHovcnia dulcis. (Grandeur naturelle.)
- On présentait récemment à une séance de la Société centrale d’horticulture, des rameaux' d’un arbre de la Chine et du Japon qui piquèrent beaucoup la curiosité des membres présents. Ils étaient envoyés d’Algérie par M. Rivière, directeur du jardin du Ranima, où, comme l’on sait, se font une quantité d’essais de naturalisation de végétaux de toutes sortes. Disons en passant que ce jardin semble être entré dans la vraie voie de sa destination, et que depuis plusieurs années on y voit lleurir et prospérer les plantes et les arbres les plus intéressants aux points de vue ornemental et industriel. Les rameaux présentés étaient ceux d’une Rhamnée arborescente YHovenia dulcis. Ils étaient pourvus de feuilles d’un vert gai, à nervures saillantes et portaient des sortes
- de grappes de fruits secs à trois loges et de la grosseur d’un pois. Chacun de ces petits fruits est supporté par un pédicelle grêle vers son extrémité inférieure, mais dont la base se rende au fur et à mesure de la maturation, et au lieu que ce soit le fruit qui devienne pulpeux, comme sont nos fruits à noyau, c’est, pour se servir d’une expression vulgaire, la queue de ce fruit qui atteint la grosseur d’un fort porte-plume et qui est charnue et succulente. Comme en réalité la disposition des pédicelles est en eyme, connue disent les botanistes, il en résulte une succession de petits rameaux qui sont disposés à angle droit les uns des autres comme les branches d’un T, et qui forment un ensemble dont on retrouve assez bien la ligure dans les peintures chinoises et japo-
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- naises et qui serait bien capable d’avoir inspiré le casse-tête chinois.
- Ces faux fruits ont la saveur de la poire et séchés rappellent assez nos raisins secs. Au Japon ils sont préconisés contre l'asthme et, remède précieux, ils passent pour avoir le privilège de dissiper ou de prévenir l’ivresse causée par le Sake, boisson analogue à la bière et faite avec le riz fermenté et habituellement en usage chez le peuple japonais.
- On ne peut se dispenser de citer parallèlement et dans le même sens organo-graphique, VAna-cardiurn occidentale ou Acajou à pomme, répandu sous tous les t ropiques et beaucoup plus connu que YHovenia.
- On trouve assez souvent chez les marchands de fruits coloniaux, dans les bazars orientaux, etc., des noix d’Àcajou, ou Caju des créoles.
- Ces fruits secs ont un peu la forme d’un
- cœur à pointe recourbée latéralement.
- Ils contiennent une amande oléagineuse, agréable à manger, entourée d’un péricarpe ou coque renfermant dans son épaisseur un suc caustique et vésicant, qu’on évite facilement d’ailleurs, mais avec soin, en en débarrassant l’amande.
- Puis au-dessous de cette sorte de noix, se trouve une masse charnue de la grosseur et de la forme d’une poire de moyenne taille et de couleur rouge ou jaune, suivant la variété. C’est cette partie qui prend le nom de pomme d’acajou, et qui n’est en réalité que le pédoncule démesurément hypertrophié du fruit qui le surmonte. On peut dire avec assez de raison que c’est un déplacement de tissu, et que la chair qui, dans le fruit fort estimé d’un
- Kig. 2. — Grappe de fruits de l’Anacardium occidentale.
- genre tout voisin de l’Anacarde, le Manguier , entoure le noyau à la façon d’une pêche ou d’une prune, inversement, dans l’Anacarde la partie pulpeuse n’est pas arrivée jusqu’au fruit, mais s’est arrêtée en chemin en envahissant le support du fruit véritable.
- En sorte que l’Acajou à pomme, qu’il ne faut pas conlondre avec l’Acajou à meubles, originaire de Saint-Domingue et usité pour sou bois, offre une double utilité par son fruit. L’amande est mangée fraîche ou rôtie; à cet effet on jette les noix dans un brasier qui brûle l’enveloppe en laissant alors échapper des jets de flammes fort divertissants, nommés autrefois lynis lusarius, dégagements causés par l’huile caustique du péricarpe dont on se débarrasse facilement de la sorte. Indépendamment de l’huile qu’on retire de l’amande et de ses divers modes d’emploi, on recherche ce fruit vert dont on fait des cerneaux en ayant soin de les ouvrir sous l’eau pour en chasser l’huile vésicante. Cette dernière, qui est brune, lait à la peau des taches indélébiles, et c’est ce qui autrefois la faisait rechercher par les Indiens pour se tatouer le visage et autres parties du corps ; et c’est également cette propriété qui permet de l’employer fréquemment aux colonies pour marquer le linge. Quant à la pomme, acerbe avant la parfaite maturité, elle est juteuse, sucrée et acidulée étant mûre. On recommande aux colonies de n’en pas faire excès tout d’abord , car la chair ne se digère pas facilement; c’est comme compote et comme confitures qu’il convient le mieux de
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- LA NATURF.
- la préparer. Le vin qu’on en retire est rafraîchissant, agréable, et rappelle assez les vins sucrés du Midi, mais il n’est pas susceptible d’une longue conservation. J. Poisson.
- XAVIER DE MAISTRE
- AÉRONAUTE.
- {Suite et fin. — Voy. p. 1G2.)
- Xavier de Maistre et ses compagnons avaient construit leur aérostat sans le concours d’aucun praticien ni d’aucun ouvrier ayant assisté aux expériences précédentes des frères Montgolfier ou de Charles et Robert. Lorsque le 22 avril arriva, le ballon fut porté dans l'enclos du Ruisson-Rond ; il fut gonflé à l’air chaud au milieu d’un grand nombre d’assistants, et des dames que le Prospectus avait spécialement appelées ; mais son fdet et sa galerie étaient trop lourds ; il ne s’enleva pas, et par surcroît de malheur, le feu en brûla plusieurs côtes.
- Los railleries et les épigrammes ne manquèrent pas de tomber comme grêle sur la tête des infortunés jeunes gens ; un religieux, du nom de Domergue, publia, sous le couvert de l’anonyme, une réponse mordante au Prospectus de Xavier de Maistre. Cet écrit avait pour titre : Lettre de Vhermitede Nivo-let sur Vexpérience aérostatique faite à Chambéry le 22 avril 1784 ; on n’y épargnait guère les aéro-nautes, comme on va le voir par les citations suivantes :
- « Vous avez sans doute vu quelquefois, dit le peu charitable hermite, des spectacles de baladins-voltigeurs, où, après les tours de force des maîtres de l’art, Paillasse, s’efforçant de les imiter, vient gambader, non pas dessus, mais dessous la corde, et termine ses singeries par une culbute en moulinet du haut du théâtre. Tel est au vrai le rôle que vient de jouer à son premier essor le ballon de Chambéry....
- « Après une expérience aussi complètement manquée, on peut taxer au moins d’imprudence l’enthousiaste auteur du Prospectus qui n’a pas hésité à la prôner d’avance avec la garantie du succès le plus heureux. Il convient d’être modeste même après le triomphe, à plus forte raison lorsqu’il est à venir et incertain. »
- Xavier de Maistre et ses amis, loin de se décourager, se remirent au travail avec ardeur; ils s'efforcèrent de réparer un échec qili leur valait tant de déboires ; ils y réussirent. Le 6 mai 4784 le ballon s’éleva dans les airs.
- L’entreprise une fois terminée, Xavier de Maistre se chargea d’en faire le récit. Il reprit la plume, et il publia la relation complète de son voyage sous le titre suivant: Lettre de S. à M. le comte de C... off... dans la L... des C...1 contenant une relation de Vexpérience aérostatique de Chambéry2,
- 1 C’est-à-dire Officier dans la Légion des campements.
- * Imprimerie de M. Gorain, imprimeur du roi : chez F. Pul-hod, libraire-relieur, rue Saint-Dominique.
- Dans les premières pages de cet opuscule, non moins intéressant que le Prospectus, le futur auteur du Voyage autour de ma chambre, parle d’abord des « malheurs du 22 avril ». 11 raconte que c’est en voulant faire tout par eux-mêmes que ses compagnons et lui ont commis des erreurs dans la construction du ballon. « Nous nous étions environnés volontairement, dit Xavier de Maistre, de toutes les difficultés qu’entraîne l’inexpérience, uniquement pour avoir le plaisir de les vaincre. Ce trait de vanité nationale (la seule bonne, par parenthèse) nous a valu une petite humiliation passagère. »
- L’aérostat ne tarde pas à être réparé ; il est porté dans l’enclos du Buisson-Rond, et gonflé le 6 mai à l’air chaud. Les voyageurs devaient être au nombre de trois; le chevalier de Chevelu, Xavier de Maistre et M. Brun; mais le père du premier s’opposa formellement au départ de son fils. Quant à Xavier de Maistre, il garda le silence le plus complet sur son projet de voyage. An moment du départ, il se croisait tranquillement les bras, en uniforme, et grâce à la disposition des lieux, il put à un moment donné se cacher au fond de la nacelle en se couvrant d’une toile. M. Brun prend place à côté de lui, et quand il juge la force ascensionelle de l’aérostat suffisante, il tire un coup de pistolet, signal convenu pour faire là-cher les cordes. Le ballon s’élève.
- « A quelques toises d’élévation, dit Xavier de Maistre, M. Brun sé tourne sur l’enclos et salue l’assemblée avec beaucoup de sang-froid. Son compagnon, sentant qu’il était temps de quitter sa première attitude, se lève, prend le porte-voix et fidèle aux promesses du Prospectus, il crie de toutes ses forces : Honneur aux dames ! Mais il ne fut guère ouï que des hauteurs voisines.
- « Cependant le globe s’élevait avec une rapidité prodigieuse, mais presque perpendiculairement, au grand déplaisir des voyageurs qui regrettaient bien une de ces bouffées de vent qui les avaient tant impatientés précédemment. Arrivés à une très-grande hauteur, un léger courant les entraîne lentement du côté de Challes, dans la direction nord-est du lieu de départ. Malgré ce malheureux calme qui avait duré douze minutes, et malgré la faiblesse du vent qui s’élevait, le bon état de la machine et la sécurité parfaite des voyageurs leur faisaient entrevoir un succès peut-être sans exemple. Mais comme il faut, toujours que, dans ces sortes d’occasiou, on commette quelque faute par défaut d’expérience, on s’était trompé sur la quantité des combustibles nécessaires : 180 livres de bois paraissaient une provision suffi— fisante. On était dans l’erreur, et cette erreur a rendu l’expérience beaucoup moins brillante. »
- Le jeune aéronaute s’était muni d’un baromètre et il estime la plus grande hauteur atteinte à 506 toises (986 mètres). 11 confesse un peu plus loin que ce chiffre est douteux, car l’instrument se cassa, et voici comment il le raconte :
- « Faites seulement vos observations, dit le chevalier Maistre à M. Brun, je me charge du feu. —
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- Bon ! dit ce dernier, j’ai cassé mon baromètre (on n’en avait emporté qu’un ; n'en dites rien, au nom de Dieu !). — Et moi, reprit son compagnon, je viens de casser le manche de ma fourche... »
- Tandis que le ballon voyageait, poursuit Xavier de Maistre, la mère de M. Brun qui n’avait pas eu le courage d’assister au départ l’aperçut en l’air du milieu d’une place où elle passait par hasard. — « Ali ! mon Dieu ! s’écria l-elle je 11e verrai plus mon cher enfant ! » Elle 11e le vit que trop tôt car les provisions manquaient aux deux phaétons. Pour plus grande sûreté, et sur l’avis du célèbre physicien M. de Saussure, on avait réduit à deux le nombre des voyageurs ; le filet élait supprimé et la galerie allégée. On aurait pu augmenter considérablement la quantité des provisions. Le volume des fagots trompa les yeux ; c’est à peu pi cs la seule faute qu’on ait commise, mais elle était considérable. Furieux de se voir forcés de toucher terre avec un ballon parfaitement sain, les voyageurs brûlèrent tout ce qu’ils pouvaient brûler. Ils avaient une quantité de boules de papier imbibé d’huile, beaucoup d’esprit, de vin, des chiffons, un grand nombre d’éponges, deux corbeilles contenant le papier, deux seaux dont ils versèrent l’eau ; tout fut jeté dans le foyer. Cependant le ballon 11e put se soutenir eu l’air au delà de vingt-cinq minutes, et il alla tomber à la tète des marais de Challes, à une demi-lieue en droite ligne de l’endroit du départ, mais après avoir éprouvé dans son cours deux ou trois déviations assez considérables. ..
- « Telle est l’histoire fidèle de notre ballon, intéressant peut-être, parce qu’il était supérieurement construit, parce qu’il s’est élevé avec une rapidité surprenante, parce qu’il 11e portail que 44 ans; parce qu’il a été conduit avec assez de sang-froid et d’intelligence, et qu’il n’a pas souffert la plus légère altération...
- « A l’instant où le ballon toucha terre, un carrosse conduit à toute bride s’empara des voyageurs, et fut bientôt suivi de tous les autres. On revint à Buisson-Rond: on fit monter les deux jeunes gens sur l’estrade, où ils furent présentés au public, fêtés, couronnés par madame la comtesse de Cevin, par madame la baronne de Montailleur, dont les charmants Visages payèrent de la meilleure grâce la dette contractée par le Prospectus.... »
- Les heureux aéronautes sont conduits chez la mère de l’un d’eux, madame Brun, qui « triompha du triomphe de son fils », puis chez « S. E. M. le gou-neur », qui fit au chevalier de Maistre la grâce de lui accorder un délai de deux jours pour se reposer et rejoindre à l’aise son régiment.
- « Un repas de 90 couverts suivit toutes ces présentations. Il n’est pas possible de vous donner une idée de l’union, et de la joie aimable et bruyante qui régnèrent dans ce banquet presque fraternel. » Xavier de Maistre énumère les toast qui furent portés « à l’anglaise » et il apprend à ses lecteurs que l’on n’a même pas oublié l’itermite de Nivolet, dont nous
- avons précédemment mentionné l’hostilité à son égard.
- « Le comte de Saint-Gilles ayant demandé silence, proposa une libation d’eau fraîche à l’honneur de l’IIermite de Nivolet ; et cette proposition fut acceptée avec de grands éclats de rire.
- « Après le repas, ou se rendit en ordre à la porte du faubourg de Montmélian, où le ballon attendit les convives; on le ramena pompeusement sur deux chariots, aussi bien portant qu’au moment du départ, et on alla le déposer, au bruit des fanfares, dans le jardin d’Yenne : nouvel hommage au chevalier de Chevelu qu’on n’oubliait pas un seul instant.
- « Cette journée très-agréable fut terminée très-agréablement par un bal superbe qui réunit tout ce que nous possédons d’aimable : assemblée damnante où le plaisir, si souvent banni par la triste étiquette, tint ses états jusqu’à six heures du matin. Au-dessus de l’orchestre, on voyait encore le chiffre du chevalier de Chevelu. Après les premières contredanses, les voyageurs entrèrent et furent présentés par mesdames de Cevin et de Montailleur, qui les avaient ramenés le matin : un nombre infini d’accolades leur prouvèrent que, même en descendant du ciel, on peut s’amuser sur la terre: le rire était sur toutes les lèvres; la joie dans tous les cœurs; et chacun se retira pénétré de respect pour la physique et la folie... »
- Ainsi se termine ce que Xavier de Maistre appela la journée du ballon. On ne saurait dire si le spirituel auteur du Yoyage autour de ma chambre se rappela plus tard cette belle journée de sa première jeunesse et s’il dirigea parfois son esprit vers l’aéronautique qui avait captivé son enthousiasme au début de sa carrière. Quoi qu’il en soit, la journée du ballon ne doit pas être oubliée par les historiens de la navigation aérienne ; on est heureux de retrouver dans les premiers temps de cette curieuse histoire des ballons une page charmante, trop longtemps eflacée, et de mettre en relief quelques traits presque absolument ignorés du caractère si sympathique d’un des plus séduisants de nos auteurs : l’énergie, la hardiesse, le sang-froid, l’amour de l’exploration scientifique. Gaston Tissandier.
- RÉGULATEUR ISOCHRONE
- DE M, YVON VILLARCEAÜ,
- L’action de la vapeur s’exerce toujours tangentiel-lement aux arbres de transmission, de plus cette action est intermittente. Le mouvement de l’arbre d’une machine à vapeur est donc intermittent lui-même, et si le travail des opérateurs est uniforme, ce mouvement sera périodiquement uniforme. Quelquefois, dans les ateliers de tissage, dans les trains de laminoirs.les opérateurs produisent eux-
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- mêmes des variations dans le travail, le mouvement de l’arbre de la machine se ressent de ces variations et n’est même pas alors périodiquement uniforme, au moins quand on considère un intervalle de temps suffisant.
- Dans le premier cas, chaque période du mouvement présente une vitesse maxima et une vitesse minima que nous désignerons par w et &>'. — L’ex-
- pression
- — représente la vitesse moyenne, et
- -—~ représente ce qu’on appelle l'écart propor-tionnel de la vitesse.
- On peut toujours prendre pour le moment d’inertie du volant autour de son axe de figure une valeur telle, que cet écart ne dépasse pas une fraction déterminée, suivant le travail à effectuer. Mais le volant n’exerce aucune influence sur la vitesse moyenne elle-même, ou sur ses variations dans les périodes successives du mouvement par suite des variations périodiques de la puissance et de la résistance correspondant à chacune de ces périodes.
- Le volant sert aussi' à modérer la rapidité avec laquelle varie la vitesse, lorsque le travail moteur ou le travail résistant vient à subir des variations autres que les variations périodiques.
- L’objet d’un régulateur est tout autre. Il doit sans cesse ramener la vitesse moyenne à coïncider avec la vitesse de régime, dès que les écarts de la première par rapport à la seconde ont atteint une certaine grandeur dont le rapporta la vitesse de régime s’appelle encore écart proportionnel de la vitesse. — Comme pour les volants, cet écart est défini, et varie avec la nature des travaux à accomplir. Dans le cas où les mouvements ne sont pas périodiques, la vitesse moyenne devient la vitesse effective.
- Le volant maintient les écarts de la vitesse réelle par rapport à la vitesse moyenne entre des limites données, ei prévient les changements brusques ; le régulateur ne fonctionne qu’après que des écarts tolérables de la vitesse moyenne ont été atteints ou dépassés. L’action du volant, dit M. Villarceau, est préventive, et celle du régulateur curative.
- De ces considérations il résulte que l’écart proportionnel de la vitesse pour un régulateur ne doit jamais être une fraction aussi faible que l’écart proportionnel fixé pour l’établissement d’un volant. Autrement, le régulateur interviendrait pour modifier l’action de la force motrice dans les diverses phases de chaque période de mou vement, tandis
- que ce rôle doit être exclusivement réservé au volant.
- jusqu’à la théorie de M. Villarceau, aucun régulateur n’amenait rigoureusement la vitesse moyenne à coïncider avec une même vitesse de régime lorsque le travail résistant venait à subir des variations importantes. Une vitesse de régime spéciale s’établissait pour chacune des valeurs correspondantes de la résistance. Dans un atelier de tissage, par exemple, possédant le régulateur de Watt, un arrêt de plusieurs métiers faisait accroître la vitesse de rotation de l’arbre, le travail moteur l’estant le même, et le régulateur, qui théoriquement aurait dù fermer la valve d’admission jusqu’à reproduction de la première vitesse de régime, ne la refermait pas de la quantité voulue, de sorte que l’arbre A tournait , une fois l’équilibre atteint,
- plus vite qu’auparavant.
- Eu cela l’instrument ne faisait que ce qu’il devait faire, car la théorie du régulateur de Watt montre qu’il ne remplit par les conditions de l’isochronisme. C’est ce dont nous allons nous rendre compte.
- Si l’on applique, comme l’a fait le général Poncelet, le principe des vitesses virtuelles à l’appareil de Watt (fig. 1), on obtient une équation dans laquelle entrent les poids des boules MM, les poids et les longueurs des tiges AM, DC, la force résistante agissant sur la douille mobile C, la vitesse angulaire du régulateur, et de la verticale avec les ti^ boules.
- Pour que l’instrument soit isochrone , il faut que sa vitesse angulaire demeure la même, quelque valeur que prenne l’angle des tiges mobiles avec la verticale. — Or, la constance des divers éléments du régulateur est un obstacle absolu à la réalisation de cette condition. Ce n’est donc que par des modifications au système de Watt que l’on pourra s’approcher de la vérité, comme l’ont fait MM. Charbonnier, Farcot, Léon Foucault, Hoir land, et enfin arriver à une solution exacte, comme l’a fait M. Villarceau.
- La théorie de M. Villarceau ne saurait prendre place dans cet article. Fort complète, par conséquent fort longue, reposant sur des principes de mécanique assez avancée, nous ne pourrions en donner ici qu’un résumé à la fois trop réduit pour les personnes au courant des théories d’analyse, et trop ardu pour les autres lecteurs.
- . Il faut donc nous contenter de décrire l’instrument, de donner une idée de la marche qu’a suivie M. Villarceau pour établir ses formules, et enfin de constater, par l’examen d’une série d’expériences, toute l’exactitude dont ce régulateur est susceptible.
- l’angle es des
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- LA N AT U HL.
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- La figure 5 représente un régulateur isochrone de Villarceau à deux ailettes. Un plus grand nombre de ces ailettes augmenterait la précision de l’instrument, mais M. Yillarceau a reconnu que deux suffisaient dans la plupart des cas à compenser les variations du moteur.
- Nous ne décrirons ici qu’un des systèmes à ailettes (fig. 2), tous ces systèmes étant et devant être identiques entre eux.
- Cz est l’axe généralement vertical du régulateur, il porte un pignon à sa partie inférieure, de façon à recevoir son mouvement de rotation du dernier mobile du rouage. Un plateau 0, fixé sur cet axe, porte autant de traverses OA qu’il y a d’ailettes, une douille mobile D porte aussi des traverses DA', correspondantes et égales aux précédentes.
- AB et A'B sont deux tiges égales entre elles, et articulées cylindriquement en B, en A et en A'. L’ailette f et les deux masses de réglage M0 et M1? sont solidaires de la tige AB. Dès lors, si la rotation s’effectue, l’ailette et les masses s’écartent en vertu de la force centrifuge, les tiges AB et BA' se redressent, et la douille mobile 0 s’élève verticalement.
- A chaque valeur de la force motrice correspond une seule position d’équilibre stable du système qui vient d’être décrit, telle que, dans cette position, la vitesse que Ton a en vue d’obtenir, et pour laquelle l’instrument est spécialement calculé, vienne à se produire.
- Ce régulateur peut s’incliner autour de Taxe du mobile qui conduit son pignon, et par là permet d’avoir un jeu de vitesses de régime, variant entre elles comme le cosinus de l’angle d’inclinaison. Mais dans la pratique, à cause des frottements de la douille mobile sur Taxe incliné, l’instrument n’est régulateur que pour des angles ne dépassant pas 45°. Cette limite peut être dépassée au moyen de galets.
- Les douilles sont en cuivre, Taxe et les tiges AB,À’B en acier, et les ailettes f en aluminium. Les mânes de réglage sont de petits cylindres pouvant s’avancer ou se reculer sur des axes taraudés, et leurs dimensions sont telles que le rapport de leur hauteur au rayon de leur base soit égal à y 5.
- La raison de cette particularité est trop élégante pour que nous la passions sous silence. Tout le monde sait, et Ton pont d’ailleurs s’en convaincre facilement, que lorsqu’un cylindre allongé (de la
- Fig. ô. — Régulateur Yvon Villarceau.
- forme d’un crayon par exemple) tourne autour de son centre de gravité de façon à décrire une surface conique, il tend par son mouvement de rotation à se redresser et à tourner autour d’une droite perpendiculaire à son axe, de façon à décrire une surface plane. Si, au contraire, il s’agit d’nn cylindre aplati (tel qu’nne pièce de monnaie), c’est autour de son axe même que la rotation tend à s’effectuer, et non autour d’une perpendiculaire à cet. axe.
- Ces deux tendances nuiraient à l’action régulatrice que Ton cherche à réaliser pour le bon fonctionnement de l’appareil. Aussi M. Yillarceau les a-t-il éliminées complètement en calculant les dimensions des mânes de réglage , de façon à ce qu’elles ne fussent ni trop allongées, ni trop aplaties. C’est ainsi qu’il a été conduit à donner
- la valeur \jo au rapport -•
- Les applications de cet instrument se sont vite indiquées d’elles mêmes. Après le régulateur construit pour la lunette équatoriale d’Anvers, deux furent employés au Japon pour l’observation du passage de Vénus. — M. Cornu , dans ses expériences sur la vitesse de la lumière, s’est servi, pour son cylindre enregistreur, d’un régulateur à deux ailettes.
- Lutin deux des appareils de M. Yillarceau vont servir à M.Barney pour la réalisation d'un télégraphe .Morse rapide, et à M. d’Arlincourt pour son télégraphe autographique.
- Indiquons maintenant la marche qu’a suivie l’inventeur dans la théorie de son instrument. « Le caractère essentiel d’un régulateur isochrone, dit M. Yillarceau, est la faculté de se tenir en équilibre relatif dans toute position des masses oscillantes, lorsque la vitesse de rotation de l'appareil coïncide avec la vitesse de régime, et celle de produire des oscillations des mêmes masses dès que l’écart de la vitesse effective par rapport à la vitesse de régime dépasse certaines limites ordinairement fixées à l’avance. »
- Prenant comme indéterminées les dimensions des tiges, la longueur OA, les poids des diverses masses de l’instrument, le calcul arrive à fixer leurs valeurs de façon à satisfaire aux conditions de l’isochronisme ci-dessus énoncées.
- Pour cela, M. Yillarceau commence par étudier le mouvement d’un point matériel rapporté à un système d’axes rectangulaires D.x, D y, lb, mobile au-
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- tour de l’mi d’entre eux Rs, afin de chercher l’équation des forces vives dans ce mouvement relatif.
- 11 applique alors cette équation des forces vives, dans le mouvement relatif approprié au cas du mouvement autour de l’axe fixe Gs, et au cas du mouvement de l’un des n systèmes articulés dont se compose le régulateur. En tenant compte alors de la symétrie, de ce que dy est nul et enfin de ce que les frottements sout négligeables, l’équation précédente se simplifie notablement. Il s’agit maintenant d’obtenir l’équation véritable dont celle-ci ne donne que la forme. Pour cela on calcule le travail de la pesanteur et celui de la force centrifuge.
- 1° Pour la masse principale liée à la tige inférieure ;
- 2° Pour la tige inférieure ;
- 3° Pour la tige supérieure ;
- 4° Pour la douille mobile.
- Dans le calcul de ces expressions on introduit l’angle a que fait l’axe de rotation avec la direction des tiges articulées. On obtient ainsi le développement de l’équation des forces vives. D’après la théorie du travail virtuel, la condition d’équilibre du système, dans son plan, se trouvera en égalant à zéro le coefficient de doi dans le second membre de l'équalion. De là résultera entre la vitesse de rotation «, l’angle a et les constantes, une relation qui sera de la forme :
- A cos a -+- B sin « -f- C cos 2a + D sin 2a = O A, B, C, D étant des fonctions de w.
- De cette façon l’équilibre ne pourrait avoir lieu pour une vitesse donnée w, que dans un nombre restreint de positions du système, et correspondant aux valeurs de a. que cette équation donnerait en fonction de w. Mais si l’on veut que l’appareil soit isochrone, il doit rester en équilibre dans toute position du système quand w aura atteint la vitesse de régime û. Pour exprimer cette condition, il faut substituer ft à w dans les coefficients A, B, C, D et les égaler séparément à zéro. — On obtient ainsi les équafions de condition du problème, et ce sont elles qui fixent les valeurs des indéterminées dont nous avons parlé plus haut.
- Pour donner une idée de la précision de ce régulateur, donnons, en terminant, un tableau contenant les résultats fournis par une expérience faite sur un régulateur à trois ailettes construit pour une lunette parallactique d’un observatoire à Anvers.
- Poids Purée Excès
- moteur. de tours. sur la moyenne.
- Kilog. Secondes.
- 3,3 57,50 — 0,03
- 3,6 57,50 — 0,05
- 5,6 57,51 — 0,02
- 8,6 57,51 — 0,02
- 12,1 57,49 — 0,04
- 16,1 57,57 -h 0,04
- 19,1 57,61 —|— 0,08
- 24,4 57,59 -H 0,06
- 28,4 57,51 — 0,02
- Moyenne. = 57,53 Moy. = db 0,04
- Le nombre 57,53 est précisément le nombre correspondant à la vitesse qu’il s’agissait d’obtenir. L’écart moyen correspondant à ce nombre en est la 1439e partie, tandis que le poids moteur a varié de 3 k.,3 à 28 k.,4 soit de 1 à 8,6.
- Antoine Bkeguet.
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- CHRONIQUE
- I>a population «le Londres. — Les évaluations auxquelles conduisent les relevés statistiques à Londres font supposer que, dans le cours de l’année qui vient de commencer, la population de cette ville sera de 5,489,40Q habitants. Si on y comprend l’enceinte extérieure, c’est-à-dire tout le rayon jusqu'où s’étend le domaine de ta poste et de la policeonunicipale, on aura, pour chiffre total delà population de la métropole, un nombre de 4 millions et un quart. Londres, y compris l’enceinte extérieure, a gagné l’an dernier, 80,000 âmes, dont 30,000 par l’immigration et le reste par excédant des naissances sur les décès. On suppose que le chiflre de la population dans d’autres grandes villes de province de l'Angleterre sera, pour 1876 : Liverpool, 521,000 (chiffre rond); Manchester (y compris Salford), 496,000 : Birmingham, 371,000 ; Leeds et Shef-field, chacune près de 100,000.
- Le cyclograplie. — Sous ce nom, M. Joseph Stein-bach de Sinzing a présenté un appareil de son invention qui doit remplacer avantageusement la sténographie. Sa manipulation est, à ce qu’il parait, des plus simples et analogue à celle d’un télégraphe Morse. Toute la disposition repose sur un disque rotateur qui renferme les lettres de l’alphabet et tourne avec une grande rapidité. Si l’on suppose qu’un orateur prononce à peu près 6 à 700 lettres par minute, le disque pourrait déjà avec 700 tours reproduire facilement le discours. Mais le disque fait facilement 2,000 tours par minute et peut, par conséquent, dans le même espace de temps, toucher 2,000 lettres, les noircir, les imprimer sur le papier, puis les essuyer et les mettre en place, si l’opérateur est assez habile pour cela. On voit par là que l’appareil de Steinbach sera apte à remplacer, par une écriture lisible pour tout le monde, les hiéroglyphes encore si incomplets de la sténographie.
- [Revue industrielle.)
- Emploi de l’acide pliénique comme préservatif des maladies contagieuses.— Le fait suivant, bien qu’emprunté à la médecine vétérinaire, n’est pas sans intérêt pour les médecins. Chez un des principaux agriculteurs d’Ecosse, M. Bruce, une vache fut prise de cocolte. Au bout d’une semaine tout un troupeau de vaches laitières et deux troupeaux de moutons furent atteints. Trois bœufs de concours avaient été isolés et éloignés dès le début de la maladie de la première vache ; on les ramena plus tard, après les avoir épongés avec de l’acide phénique dilué, leur avoir lavé la bouche et les narines avec la solution, leur avoir enduit les pieds avec le même acide phénique mélangé de goudron. Ces bœufs allèrent se placer près des vaches malades. Au bout de 3 semaines ils n’avaient pas encore été atteints par la maladie. Depuis, l’éleveur dont nous parlons a remarqué que tous les animaux soumis aux aspersions d’acide phénique échappaient
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- 5 la contagion. Ces faits, s’ils étaient confirmés, auraient la plus grande importance. (Recueil de mêd. vétérinaire.)
- Découverte» d'ossements de Dinornis et tle vestiges humains A lu Nouvelle-Zélande. -
- MM. George Ihorne et Kirk, secrétaire de l’Institut de l’Auckland, viennent de faire à la Nouvelle-Zélande, d’importantes découvertes d’ossements de Moas ou Dinornis dans des régions se rapprochant beaucoup plus du Nord que toutes celles qui avaient auparavant fourni les vestiges de ces gigantesques oiseaux dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs (Voy. 2e année, 1874, 2' semestre p. 369). On n’avait jamais jusqu’ici trouvé aucune trace de cette espèce anéantie, dans les pays qui s’étendent au Nord d’Auckland ; on supposait que la région des Moas s’arrêtait au sud de cette cité. D’après les renseignements que publie le journal anglais Nature, nous apprenons que la découverte de JIM. Thorne et Kirk consiste en ossements très-nombreux, représentant les squelettes de quinze Moas. Ils ont été trouvés le long du rivage, au delà de Whanga-rès à 96 kilomètres au nord d’Auckland. En même temps que les os de Moas, on a rencontré un grand nombre de crânes humains, un squelette d’homme tout entier dans la posture accroupie (position donnée aux morts par les Maoris) une hache en pierre taillée, et quelques fragments d’obsidienne. Le sol où tous ces débris ont été rassemblés était d’abord couvert de végétation, mais le feu ayant été mis à celle-ci, la terre se couvrit d’une cendre fine que le vent ne tarda pas à enlever, en mettant à nu tous les ossements. Les habitants du pays, n’ont jamais eu jusqu’ici à signaler la découverte de semblables débris qui remontent certainement à une époque extrêmement reculée.
- Domestication de l’autruche. — M. le capitaine de frégate Chambeyron a récemment publié dans la Revue maritime de curieux détails sur la grande colonie anglaise du cap de Bonne-Espérance. Nous y trouvons des renseignements intéressants sur la domestication de l’autruche dans ces régions.
- Depuis sept ou huit ans, on s’occupe beaucoup de l’élève des autruches domestiques, et il y a aujourd’hui un grand nombre de fermiers adonnés exclusivement à cette industrie. On peut hardiment porter à 14,000 le nombre des oiseaux apprivoisés. Il y a douze ans, quoique l’autruche ne fût pas alors très-commune dans la colonie, on pouvait acheter un jeune de six mois pour 6 ou 7 francs ; à présent, le jour même de l’éclosion, l’oiseau vaut 125 francs. Une autruche qui atteint sans accident l’àge d’une semaine vaut le double, et au cours actuel du marché, un beau mâle adulte privé et deux femelles ne sont point trop payés au prix de 25,000 fr. En 1874, il s’est vendu, à Port-Élisabeth seulement, pour 2,912,000 fr. déplumés d’autruches domestiques, ce qui montre combien l’industrie a prospéré depuis 1868-1869, date de sa Création. La mode s’étant portée en Europe vers cet article, il a bien augmenté de valeur dans ces dernières années. Ce qui valait environ 500 fr. la livre anglaise (0 kil. 483 gr.) en 1873, vaut aujourd’hui de 800 à 875 fr. La première qualité de plumes blanches choisies vaut sur place 1,375 fr. la livre, prix moyen ; ce qui, rendu à Paris, la porte à 3,800 fr. le kilogramme, en tenant compte seulement des droits et du fret. La dernière qualité, le gris et noir court, rendu à Paris, vaut de 120 à 200 fr. le kilogramme.
- Au surplus, le commerce ne peut guère compter actuellement que sur l'élevage en domesticité de l’autruche pour se procurer cet objet de luxe : la quantité de plumes d’autruches sauvages exportée de la colonie varie dans de très-
- grandes proportions d’une année à l’autre, car il s’agit ici d’un produit de chasse, c’est-à-dire toujours éventuel. En ce moment même, les relations sont entièrement interrompues avec les tribus sauvages qui livraient cet article aux Européens.
- Accroissement delà population en Europe. —
- D’après une étude du savant statisticien. M. X. Heüschluig, l’Europe mettrait quatre-vingt-quinze ans pour voir sa population se doubler par l’excédant des naissances sur les décès. Yoici, d’ailleurs, pour chaque État, le chiffre donné par M. Antony Roulliet : France, 185 ans ; Allemagne (empire d’), 98; Prusse, 77 ; Bavière, 113; Autriche-Hongrie : Autriche, 180 ; Hongrie, 57; Belgique, 97; Danemark, 73 ; Espagne, 92 ; Grande-Bretagne (Royaume-Uni), 63 ; Angleterre et pays de Galles, 64; Écosse, 53 ; Irlande, 74 ; Grèce. 94; Italie, 99; Pays-Bas. 75; Portugal, 92 ; Russie, 78 ; Suède, 88 ; Norvège, 51 ; Suisse, 324 ; Roumanie, 150. — Les résultats obtenus par M. Antony Roulliet, dit le Progrès médical, portent sur 25 États et comprennent une période de 719 années, dont il a relevé scrupuleusement, sur les documents officiels, et la population, et les naissances et les décès.
- Effet des boissons alcooliques . — Un des plus
- chauds défenseurs des Sociétés de tempérance, M. le docteur Marmon, de New-York, estime que l’emploi des spiritueux a produit en Amérique les effets suivants pendant ces dix dernières années : 1° L’alcool a imposé à l’État une dépense directe de 60Q millions de dollars ; 2“ il a causé une dépense indirecte de 700 millions de dollars; 3° il a détruit 300 000 vies ; 4° il a placé 100 000 enfants à la charge de l’État; 5° il a envoyé au moins 150 000 en prison et dans des maisons de charité; 6° il a causé plus de 10 000 suicides ; 7° il a causé, par le feu ou la violence, la perte de plus de 100 000 dollars en propriétés ou autres valeurs ; 8° il a fait 200 000 veuves et un million d’orphelins. (Canadian Journal.)
- Pont gigantesque sur le Saint-Eaurent. — Le
- Montreal Witness contient des détails intéressants sur le pont Iloyal-Albert que l’on commence à construire au-dessus du Saint-Laurent, à quelque distance des premiers rapides qui entravent la navigation du fleuve dans le Canada. Ce sera le pont le plus long et le plus gigantesque qui ait été élevé eu aucun pays du monde. Il pourra recevoir une voie ferrée et une ligne de tr amways ; un chemin sera réservé aux voitures, un aulre aux piétons. Sa longueur sera de 15,500 pieds anglais, environ 3 milles. (4827 mètres). Une de ses arches aura 600 pieds d’ouverture au-dessus de la partie navigable du Saint-Laurent, avec une hauteur de 130 pieds au-dessus du niveau de l’eau à la marée haute. Cinq arches s’élèveront à une hauteur de 300 pieds chacune, quatre à une hauteur de 240, et cinquante et une autres à 250 pieds chacune. Les frais sont estimés à 20 millions de francs, et la construction ne sera achevée que dans trois ans. Le Victoria-Bridge, de Montréal, qui passe actuellement pour un des plus grans ponts que l’on connaisse, n’a que 7,000 pieds anglais de long ; une de ses arches à 300 pieds d’ouverture, vingt-quatre autres ont 242 pieds chacune. Sa construction a duré cinq années, et les dépenses ont monté à 31,500,000 francs. Le pont de Brooklyn dit Y Explorateur a une longueur totale de 3,425 pieds, et l’ouverture de l’arche entre les deux tours est de 1,595 pieds. Quant au pont de Rapperschwyl, en Suisse, qui est le plus long après le Victoria-Bridge, il a 1,600 mètres de long et 4 mètres de large.
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- LA NATHHK
- I9£2
- Canal entre la» Baltique et la mer Blanche. —
- La Gazette de Saint-Pétersbourg annonce que le sénat de Finlande a voté une somme d’argent considérable pour l’ouverture d’une communication par eau entre la mer Blanche et la Baltique. Par cette dernière expression on sous-entend probablement la partie nord qui est la plus grande de la Baltique orientale, généralement connue sous le nom de golfe de Bothnie. La distance de cette mer de glace au port le plus rapproché de la mer Blanche n’est pas inférieure à 500 milles. C’est l’extrémité nord-est du golfe de Bothnie et l’angle saillant le plus avancé du golfe de Kandalaska où vient finir la mer Blanche, du coté nord-ouest.
- Si le canal est creusé dans celte région, comme il est probable qu’il le sera, une distance de plus de cent milles sur les 500 milles de parcours, pourra être empruntée au cours de la rivière Kémi.
- ouvrage en passant en revue les différentes formes du langage parmi les peuples anciens ou modernes.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Mance du 14 février 1876. — Présidence de M. Paris.
- L’Académie n’a pas tenu séance aujourd’hui. Eu signe de deuil elle s’est séparée après une simple énumération des pièces de la correspondance. Deux académiciens sont morts cette semaine. L’un d’eux, M. Andral, appartenait à la section de médecine et compte à bon droit parmi les célébrités de notre pays. L’autre, M. Séguier, auteur d’une foule de travaux de mécanique, appartenait à l'Institut au titre des académiciens libres. Ces deux savants étaient parvenus à un âge très-avancé. Stanislas Meunier.
- A l’extrémité orientale de cet espace, où la rivière prend brusquement la direction du Nord, il existe un lac qui se relie avec elle et qui peut offrir un bon refuge aux navires à l’aller ou au retour. Tout auprès des rivages de la mer Blanche, se trouve aussi un grand lac intérieur, qui porte le nom de lac Topoziro et qui se relie par un courant d’eau étroit à l’Océan. Malheureusement, presque en ligne droite avec le tracé d’une mer à l’autre, se trouve la haute montagne de Vitiminori, et le sol n’est pas, sur un grand nombre de points, tout ce que l’on pourrait désirer, attendu que pendant plusieurs mois de l’année il reste gelé et est alors aussi dur que le granit. Le sénat de la Finlande, quoi qu’il en soit, n’a pas hésité à donner une impulsion vigoureuse à cette grande entreprise.
- BIBLIOGRAPHIE
- U Anthropologie, par le docteur Paul Topinard. — 1 vol.
- de la Bibliothèque des sciences contemporaines, avec préface par Paul Broca. — Paris, G. Reinwald etC8, 1876.
- Il est inutile de faire ressortir l’intérêt qui se rattache à cette branche nouvelle de la science : l'histoire naturelle de l’homme. Le volume du docteur Topinard est destiné à en répandre les notions généralement peu connues des gens du monde. L’ouvrage se divise en trois parties: 1° De l'homme considéré dans son ensemble et dans ses rapports avec les animaux ; 2° Des races humaines ; 3° Origine de l'homme.
- La Linguistique, par Abel IIovelacque. — 1 vol. de la Bibliothèque des sciences contemporaines. — Paris, C. Reinwald et Ce, 1876.
- Tuyau coudé pour montrer ta cau?e des engorgements dans les conduites d’eau.
- CAUSE DES ENGORGEMENTS
- DANS LES CONDUITES d’eAU.
- On est parfois étonné de voir l’eau s’arrêter dans les tuyaux de conduite qui semblent parfaitement disposés, et l’on attribue à tort cet arrêt à l’obstruction des tuyaux par quelque dépôt de matières solides. L’appareil ci-joint fait voir que, dans certaines circonstances, l’interposition de bulles d’air est le seul obstacle à l’écoulement du liquide. C’est un tube fixé dans un plan vertical sur une tablette à support, et dont la grande branche a une hauteur moindre que la somme des hauteurs de tous les tubes ascendants h, //, h", b"'. Chacun des trois premiers tubes porte à son sommet une tubulure; ces tubulures étant fermées, si l’on verse du liquide dans la grande branche, ce liquide passe successivement de cette branche en b, de b en b', et ainsi de suite jusqu’à l’orifice b'", par lequel il s’échappe. Mais il en est autrement si l’on ôte les bouchons des tubulures. Alors le liquide se fractionne en plusieurs colonnes partielles que l’air interposé isole dans chacun des tubes b, b', etc., et cet air, communiquant à chaque colonne la pression de la colonne précédente, arrête l’écoulement, qui ne pourrait plus avoir lieu que sous la pression d’une colonne liquide dont la hauteur serait plus grande que la somme des hauteurs b, b', etc.
- Par l’étude comparée des idiomes, par l’analyse des formes successives du langage, la Linguistique prépare pour ainsi dire une histoire de la pensée humaine, et à ce titre, elle occupe une place importante parmi les sciences contemporaines. C’est ce que développe l’auteur de ce nouvel
- ,1. Salleron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- v \ ir>.
- 2(5 FEVRIER 1870.
- LA NATUli
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- L’ANALYSE SPECTRALE
- ET LA DÉCOUVEUTE DU GALLIUM.
- Un savant français, M. Lecoq de Boisbaudran, a récemment accru le nombre des métaux connus, en dévoilant l’existence d’un nouveau corps simple qu’il a appelé le Gallium.
- Une semblable découverte doit être considérée comme un fait d’une haute importance, et sur lequel on ne saurait trop appeler l’attention.Nous retracerons donc l’histoire du Gallium, en jetant auparavant un rapide regard sur celle des corps simples et en parlant avec quelques développements des nouveaux métaux que l’on doit à ce puissant moyen d’investigation : l’analyse spectrale.
- Un certain nombre de corps simples se rencontrent dans la nature, isolés de toute autre substance ; pour les découvrir l’homme n’a eu en quelque sorte qu’à se baisser, à les ramasser à la surface du sol : l’or, l’argent, le cuivre, le soufre, etc., sont dans ce cas. Aussi ces éléments sont-ils les premiers que la science ait connus. 11 en est d’autres qui sont unis avec le soufre ou l’oxygène, et dont les sulfures ou les oxydes facilement réductibles ne nécessitent, pour être dégagés de leurs combinaisons , que le concours du feu, auquel s’ajoute l’action du charbon. L’industrie humaine, dès son enfance, pouvait les isoler sans que leur découverte nécessitât de grands efforts. 11 a suffi, par exemple, de chauffer le cinabre naturel pour en extraire le mercure métallique; de calciner la calamine, et de traiter le résidu par le charbon sous l’action de la chaleur, pour obtenir le zinc. Les premiers procédés de la
- 4'anaée, — i,r semestre.
- Appareil de M. Lecoq de Boisbaudran, pour l’analyse spectrale A. Bouchon de liège, relié au support D, et soutenant la tige de platine F, de 0“,001 de diamètre. — C. Petit tube de verre où l’on place la goutte de liquide à analyser, et à la surlace de laquelle on fait jaillir les étincelles électriques, dont la lumière est étudiée au spectroscope. — B. Bouchon de liège, soutenant le tube C, et adapté à la potence du suppoi t F. — G. Crochet de fil de platine (0“,0005 de diamètre) traversant le tube C.
- métallurgie du fer n’ont été d’abord guère plus compliqués.
- Mais le nombre des substances minérales aussi facilement réductibles en leurs éléments n’est pas très-considérable; aussi, pendant des siècles, la chimie ne connut-elle qu’un très-petit nombre de corps simples. La liste des sept métaux des anciens alchimistes, l’or, l’argent, le cuivre, le fer, le mercure,
- le plomb et l’étain, auxquels s’ajoutèrent plus tard l’antimoine, le zinc, etc. resta longtemps immuable : on devait croire que ces corps représentaient à peu près avec le soufre, le charbon et ce que les anciens appelaient les terres, les seuls éléments au moyen desquels la nature élabore ses composés minéraux.
- Jusqu’au commencement de notre siècle, le feu avait été le principal agent de l’analyse. 11 ne suffisait pas à la séparation d’un grand nombre de substances étroitement unies. Pour aller plus avant dans la décomposition des corps naturels , il fallait à la science des moyens d’action plus énergiques. Après l’immense révolution opérée dans la chimie par l’immortel Lavoisier, après la découverte de l’hydrogène, de l’oxygène, les éléments de l’eau, de l’azote qui, avec ce dernier gaz, constitue l’air, Yolta apparut avec la pile.
- L’électricité allait apporter à la chimie cet agent nouveau qui lui était nécessaire pour séparer de leurs combinaisons les corps simples encore inconnus, qui avaient auparavant résisté aux.seuls modes de destruction usités. On soumet les alcalis à l’action du courant électrique, et voilà des métaux qui prennent naissance. Le potassium et le sodium isolés par Davy ( 1807) étonnent a juste titre le monde savant par la nouveauté de leurs propriétés : ce sont
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- LA NATU H E.
- des métaux; ils ont l’aspect métallique,mais,plu^ légers que l’eau, ils nagent à la surface de ce liquide et le décomposent en ses éléments par leur seul contact. Après les alcalis, les terres, indestructibles jusque-là, vont se dédoubler encore par l’électricité. Lebaryum, le calcium (1807), le strontium, le lithium (1817) s’extraient de la baryte, de la chaux, de la strontiane et de la lithine. Enfin, fait bien remarquable, on verra bientôt les nouveaux métaux alcalins devenir entre les mains des chimistes des armes puissantes qui triomphent des substances rebelles à l’analyse ; l’aluminium va se séparer de l’argile (1827) ; le magnésium va prendre naissance (1831).
- L’éclat de ces découvertes doit rejaillir sur l’œuvre primitive de Voila et de Davy, comme pour mieux mettre en lumière l’importance de la méthode qui leur est due. La création d’un procédé d’investigation si énergique et si fécond est en effet de l’ordre de ceux dont le génie humain peut s’enorgueillir.
- Apres les efforts de la science dans la première moitié de ce siècle, on pouvait croire que le chimiste était enfin parvenu à connaître tous les éléments constitutifs des corps terrestres. Il en existe d’autres, cependant, qui avaient résisté aux nouvelles méthodes d’analyse, comme les alcalis et les terres avaient auparavant résisté aux modes d’action de la chimie ancienne. Pour en reconnaître l’existence, la science avait besoin d’un mode d’investigation encore plus délicat: l’analyse spectrale le lui fournit, et son apparition, comme on va le voir, marque une ère nouvelle dans l’histoire de la chimie.
- Kirchhoff et Bunsen, eurent l’honneur d’attacher leur nom à celte grande découverte, une des plus belles de notre époque. On savait avant eux que les flammes présentent des colorations spéciales quand on y introduit certaines substances ; que la strontiane, par exemple, donne à la flamme une couleur rouge, que la baryte la colore en vert, etc., et que par conséquent la lumière d’un feu rouge indique nettement dans la flamme la présence de la strontiane, celle d’un feu vert l’existence de la baryte. Quelques savants avaient observé optiquement, au moyen du prisme, les flammes ainsi colorées, et ils avaient constaté qu’elles donnent naissance à des spectres brillants, formés de raies ou de bandes lumineuses caractéristiques. Mais Kirchhoff et Bunsen ayant su trouver la cohésion qui unit ces faits épars, exploitèrent avec un succès inouï ce nouveau champ de recherches. Ils reconnurent que tous les métaux, réduits à l’état de vapeur incandescente, donnent une lumière qui, passant à travers le prisme, produit des spectres nettement caractérisés pour chacun d’eux. Ils constatèrent que si un sel métallique volatil est porté dans une flamme très-chaude, il donne dans le spectre des raies caractéristiques du métal qui entre dans la constitution du sel. Dorénavant, voilà donc une nouvelle méthode d’analyse créée : il va suffire d’introduire dans une flamme un composé métallique de nature inconnue, puis d’observer les raies du spectre obtenu, pour reconnaître celles qui
- appartiennent à tel ou tel métal. De leur présence ou de leur absence on pourra conclure que tel ou tel métal existe ou n’existe pas dans la flamme.
- La sensibilité de l’analyse spectrale dépasse tout ce que l’imagination peut concevoir. On en jugera par l’exemple suivant, emprunté au premier Mémoire des chimistes allemands: « Je prends, dit Bunsen, un mélange des chlorures des métaux alcalins et alcalino-terreux, sodium, potassium, lithium baryum, strontium et calcium, contenant au plus 1 cent-millième de milligramme de chacune de ces substances ; je place ce mélange dans la flamme, et j’observe le résultat. D’abord la ligne jaune intense du sodium apparaît sur le noir d’un spectre continu très-pâle; quand elle commence à être moins sensible et que le sel marin s’est volatilisé, les pâles lignes du potassium apparaissent, elles sont suivies de la ligne rouge du lithium, qui disparaît bientôt, tandis que les lignes vertes du baryum apparaissent dans toute leur intensité. Les sels de sodium, de por tassium, de lithium, de baryum, sont maintenant volatilisés entièrement; après quelques instants, les lignes du calcium et du strontium se montrent comme si un voile se dissipait, et atteignent peu à peu leur forme et leur brillant caractéristique. »
- Cette méthode d’investigation spectroscopique permet donc de reconnaître la présence de métaux en quantités pour ainsi dire infinitésimales ; l’œil perçoit nettement pendant quelques secondes les raies brillantes produites par 1 trois millionième de milligramme de chlorure de sodium, et par' 1 millième de chlorate de potasse. Il est facile de conceT voir qu’avec un tel mode d’analyse on ait pu arriver à reconnaître des substances qui avaient auparavant échappé à l’examen des chimistes.
- Bunsen et Kirchhoff, en étudiant par leur procédé l’eau minérale de Durckheim, virent apparaître, au milieu des raies brillantes appartenant à des métaux connus,‘d’autres raies d’un bleu pâle que nul composé métallique n’avait encore donné. Ils en conclurent que ces raies nouvelles étaient fournies par un métal nouveau qu’il ne s’agissait plus que d’isoler. Bunsen et Kirchhoff, après avoir traité le résidu d’évaporation de 44,000 litres d’eau de Durckheim, obtinrent une vingtaine de grammes du chlorure du nouveau métal, qu’ils appelèrent le cæsium (cœsius, bleu). Dans la lépidolithe de lloxena, les chimistes allemands reconnurent bientôt encore l’existence d’un autre corps simple, qu’ils isolèrent : le rubidium (rubidius, rouge). Les deux nouveaux métaux s’enflamment spontanément au contact de l’eau qu’ils décomposent, et sont venus grossir la liste des métaux alcalins.
- Les nouveaux procédés de l’analyse spectrale ne tardèrent pas à être étudiés par un grand nombre de chimistes ; le cæsium et' le rubidium se rencontrèrent bientôt dans un certain nombre de substances diverses. M. Grandeau reconnut des proportions notables de ce dernier métal dans les eaux minérales de Bourbonne-les-Bains, dans les résidus de la raffinerie
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- de salpêtre de Paris, dans le salin et les eaux mères | provenant des vinasses de betterave. Un kilogramme ! de salin de betterave contient environ 1 gr. 75 de I chlorure de rubidium, et, comme un hectare de terre i produit environ 40,000 kilogrammes de betteraves, ! ou 128 kilogrammes de potasse brute, on peut en j conclure qu’il donnerait à peu près 226 grammes de j chlorure de rubidium. On voit que les nouveaux mé-
- taux alcalins, dus aux premières investigations de l’analyse spectrale, sont beaucoup plus répandus à la surface terrestre qu’on n’était porté à le croire à l’apparition de leur découverte.
- L’iuvestigation spectroscopique ne devait pas s’en tenir à ces remarquables travaux. En 1861, un illustre chimiste anglais, William Crookes, publia dans les Chemical Neius, le résultat d’importantes recher-
- Tableau de la découverte des 65 corps simples connus1.
- NOM DU CORPS SIMPLE DATE DE SA DÉCOUVERTE AUTEUR DE LA DÉCOUVERTE NOM DU CORPS SIMPLE DATE DE SA DÉCOUVERTE AUTEUR DE LA DÉCOUVERTE
- Fer connu dès l’antiquité. Osmium. . . 1803 Tennant.
- Cuivre. . , . )> Iridium. . . 1803 Tennant, Collet, Bescotil.
- Etain.... )) Rhodium. . . 1804 AVollaston.
- Or y> Potassium. . 1807 Isolé par Davy.
- Argent. . . . » Sodium. . . . 1807 Isolé par Davv.
- Mercure. . . » Baryum. . . 1807 Isolé par Davv.
- Plomb. . . . » Calcium. . . 1808 Isolé par Davy.
- Carbone. . . » Strontium. . 1808 Isolé par Davy.
- Soufre. . . . » Bore 1809 Isolé par Davy, Gay-Lussac
- Antimoine. , xv" siècle • et Thénard.
- Zinc )> ? Silicium. . . 1809 Isolé par Berzélius.
- Bismuth. . . vers » ? 9 Cérium. . . . 1809 Berzélius et Ilisinger.
- Arsenic. . . . vers 1060 Geher. —1694, Sehrœder. Iode 1811 Courtois.
- Phosphore. . 1609 Brandt, puis Kunckel. Sélénium. . . 1817 Berzélius.
- Cobalt, . . . 170.“, George Brandt. Lithium. . . 1817 Arfwedson.
- Platine. . , , 1740 AA’ood l’introduit en Eu- Cadmium. . . 1817 Stromeyer, Hermann.
- ropc. Brome. . . . 1826 Balard.
- Nickel. . . . 1751 Cronstcdt. Yttrium. . . 1827 ISolé par AVœlher.
- Azote.... 1772 Rutherford. Glucinium. . 1827 Isolé par AVœlher.
- Manganèse. . 1774 Scheele, isolé par Gahn. Aluminium. . 1827 Isolé par AVœlher. — H. De-
- Oxygène. . . 1774 Priestley. — Lavoisier. ville en 1845 le prépare
- Chlore. . . . 1774 Scheele. en grand.
- Hydrogène. . 1777 Cavendish. Ruthénium. . 1828 Osmann, puis étudié par
- Molvbdène, . 1778 Scheele, isolé par Hielm et Claus.
- Pelletier. Thorium. . . 1829 Berzélius.
- Tungstène. . 1780 Scheele, isolé par les frères Vanadium. . . 130 Sefstrom.
- d’Elhuyart. Magnésium. . 1831 Isolé par Bussy.
- Tellure. . . . 1782 Miiller de Reiehenstein. Lanthane. . . 1839 Mosander.
- Uranium. . , 1789 Klaproth. Didyme.. . . 1859 Mosander.
- Zirconium.. , 1789 Klaproth, isolé en 1803 par Erbium.. . . 1843 Mosander.
- Berzélius. Terbium ? . . 1843 Mosander.
- Titane. . . . 1791 Grcgor. Ilménium ? . 1846 Hermann.
- Clirôme. . . , 1797 Yauquelin. Cæsium. . . 1859 Bunsen et Kirschoff.
- Tantale. . . . 1801 Ilatchett. Rubidium. . . 1859 Bunsen et Kirschoff.
- Niobium. . . 1801 Ilatcliett. Étudié par Rose, Thallium. . . 1860 Crookes, isolé par Lamy.
- 1846. Indium.. . . 1863 Reich et Richter.
- Palladium.. . 1803 AVollaston. Gallium. . . 1875 Lecoq de Boisbaudran.
- ches qu’il avait entreprises sur les résidus sélénifères
- 1 Nous avons établi dans cc tableau une distinction entre la constatation de l’existence d’un nouvel élément et sa séparation ; entre sa découverte et sa mise en liberté. Nous n’avons pas mentionné le fluor, qui n’a pas encore été obtenu à l’état libres Parmi les métaux isolés par Davy, nous ajouterons que le strontium a été reconnu par Crawfort vers 1790, et le baryum par Scheele en 1774. Le glucinium a été reconnu par Vauque-lin en 1797. — Nous n’avons pas mentionné le pélopium, qui est cité dans les traités de chimie, mais qui n’existe pas. L’existence du terbium et de rilmenium est très-douteuse, aussi avons-nous marqué ces corps d’un point d’interrogation.
- et tellurifères provenant de fabriques d’acide sulfurique du Hartz. Crookes plaça dans la flamme quelques parcelles de ces dépôts, il examina le spectre obtenu, et il y aperçut une raie verte d’une intensité-toute particulière, se distinguant nettement de toutes celles auxquelles les métaux donnaient naissance. Le chimiste anglais, après avoir vérifié le résultat de cette première expérience, rapporta la nouvelle raie spectroscopique à l’existence d’un corps simple nouveau, auquel il donna le nom de thallium du grec thallos (bourgeon), pour rappeler ainsi la couleur
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- verte qui la caractérise. Crookes reconnut bientôt la présence de la nouvelle substance dans plusieurs échantillons du soufre provenant de Lipari, et, sans avoir pu l’isoler, il supposa qu’elle devait offrir des analogies avec ce métalloïde.
- 11 restait, à l’égard des propriétés du thallium, bien des incertitudes, quand en 1862 M. Lamy, chimiste de Lille, présenta à l’Académie des sciences 14 grammes de thallium qu’il était parvenu à isoler. C'est un corps métallique qui, par l’ensemble de ses caractères, doit se placer à côté du plomb et de l’ar-
- gent. Il est moins blanc que ce dernier métal ; il es* mou, très-malléable, et quand il est fraîchement coupé il offre un vif éclat, tirant un peu sur le bleuâtre, comme l'aluminium. Sa densité, 11,9, est supérieure à celle du plomb ; son point de fusion est à 290 degrés; il se volatilise à la température du î ou ,e. Le thallium est crisLalIisable, et quand on le coule en lingots, ceux-ci, lorsqu’on les ploie, font entendre un bruissement particulier, analogue au cri de l’étain en barres.
- En 1865 Yindium, découvert par Reich et Richter,
- Différents systèmes de tubes employés par M. Lecoq de Boisbaudran pour l’analyse spectrale^
- 1. Tube spectral monté sur son bouchon plat; a. b, conducteurs du courant électrique, c, liquide à examinera la surface duquel jaillit l’étincelle. — 2. Tube spectral nu. On voit comment le (il de platine est soudé au fond qu’il traverse. — 3. Très-petit tube destiné à être complètement rempli. L’étincelle éclate alors au sommet du ménisque liouide. Ne sert que dans des cas exceptionnels. — 4 Très-petit tube, un peu plus haut que le précédent, et destiné à ne contenir qu'une goutte de liquide. Ne sert qu’avec de très-courtes étincelles — 5 Tube en U contenant le liquide à analyser Les fils adducteurs du courant arrivent à la surface du liquide dans chaque branche. — 6. Tube monté, de grandeur ordinaire et la plus commode dans la pratique usuelle. (Diamètre intérieure 0m,0t0 à 0“,013. Hauteur 0“,020 à 0“,040). —*-1. Gros tube conique à sa partie inférieure, servant avec peu ou beaucoup de liquide. L'électrode est soudée dans un tube de Verre glissant dans le bouchon qui ferme le tube spectral.
- se présenta comme le quatrième métal dont la science est‘redevable aux réactions spectrales. Comme le gallium, dont nous allons parler, il a été trouvé dans des sulfures de zinc naturels, dans des blendes, provenant de Freiberg, en Saxe, et dans le zinc métal-* lique lui-même préalablement extrait de ces minerais. L’indium a encore tiré son nom de la couleur de son spectre, qui présente à l’observateur une raie indigo, tout à fait caractéristique, grâce à l’aspect de laquelle on a pu le découvrir.
- A l’état métallique, l’indium offre un aspect métallique analogue à celui de l’argent ; il est mou et ductile et n’offre pas de tendance à la cristallisation.
- Sa densité est de 7 environ. Il ne se ternit pas à l’air et ne décompose pas l’eau à la température ordinaire. Les propriétés chimiques de ce métal le rapprochent du zinc et du cadmium. Pour l’indium, comme pour les métaux précédemment découverts, on reconnut qu’il se rencontrait dans un certain nombre de minéraux, notamment dans le wollram. de Zinroald et d’autre provenance, et que là encore il accompagnait le zinc. D’après des recherches assez récentes de l’un de ses inventeurs, Richter, 100 kilogrammes de blende de Freiberg ne renfermeraient pas moins de 20 à 30 grammes d’indium.
- On voit que la nouvelle méthode d’analyse créée
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- par Bunsen et Kirchhoff, comme celle que Davy avait inaugurée au commencement du siècle, se signala dès son apparition par des découvertes capitales. Le cæsium, le rubidium, le thallium, l’indium, restèrent cependant pendant plus de dix ans les seuls éléments dévoilés par ce puissant mode d’investigation.
- M. Lecoq de Boisbaudran apporta bien des perfectionnements importants à la méthode d’observation spectrale. Au lieu de se borner à l’examen des flammes colorées, ce savant chimiste produisit en outre des étincelles électriques à la surface des solutions, et cela dans des conditions expérimentales qui n’avaient pas encore été introduites dans la pratique et qui permettent de traiter des quantités très-faibles de matière1.
- Le ''il août 1875, M. Lecoq de Boisbaudran
- trouva des indices de l’existence d’un nouveau corps simple dans les produits de l’examen chimique d’une blende provenant de la mine de Pierrefitte, vallée d’Argelès (Pyrénées).
- Cette découverte n’est pas due au hasard, comme on pourrait le supposer; elle résulte de longs travaux entrepris par l’auteur depuis plus de quinze ans, dans le but d’établir une nouvelle méthode de recherche des éléments encore inconnus, méthode que le savant chimiste se réserve de publier plus tard, et pour laquelle, d’après ses affirmations, l’analyse spectrale ne constituerait pas une partie indispensable. Quoi qu’il en soit, M. Lecoq de Boisbaudran fit cette importante analyse en examinant le spectre obtenu par les dissolutions métalliques de blende, placées dans l’étincelle électrique. Il vit apparaître un spectre nouveau, caractérisé par deux
- Raies de comparaison.
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- Spectre du Gallium
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- Raies de comparaison et spectre du Gallium. (D’après les documents communiqués par M. Lecoq de Boisbaudran)-
- bandes, situées toutes deux dans le violet, et dont la gravure ci-dessus donne les dispositions2.
- M. Lecoq de Boisbaudran a obtenu d’abord de petites quantités de sels de gallium, dont il examina les réactions. 11 reconnut que le sulfure de ce métal, mêlait .é avec beaucoup de sulfure de zinc, est insoluble dans un excès de sull'hydrate d’ammoniaque; il constata que le- sels de gallium sont précipités à froid par le carbonate de baryle, et que le nouveau corps est précipité par le sullhydrate d’ammoniaque.
- Enfin, dans la séance du 6 décembre 1875,
- 1 Nous représentons ci-contre les differents appareils que M. Lecoq de Boisbaudran emploie pour étudier le spectre électrique des dissolutions métalliques. Nos figures sont suffisamment expliquées par leurs légendes, pour que nous ne croyions pas devoir nous y arrêter plus spécialement. C’est à M. Lecoq de Boisbaudran que nous sommes redevables de ces documents, d’un intérêt peu commun : nous sommes heureux de lui adresser ici nos plus sincères remercîments.
- 2 Avec le chlorure de gallium, relativement assez concentré, que j’ai récemment soumis à l’action de l’étincelle électrique, dit M. Lecoq de Boisbaudran, je n’ai pas observé d’autres raies que les deux suivantes; si l’on en trouve avec des solutions
- M. Wurtz présenta à l’Académie des sciences, le gallium obtenu par M. Lecoq de Roisbaudran à l’état métallique, et il donna des détails intéressants sur la nature et les propriétés du nouveau corps.
- Le sulfate de gallium, dissous dans une eau ammoniacale, a été soumis à l’action du courant voltaïque. Le gallium s’est déposé à l’état métallique sur la lame de platine servant d’électrode négative. L’échantillon présenté à l’Académie pesait Osr, 0034, et a été déposé en 5 heures 40 minutes sur une surtout à fait concentrées, elles ne pourront donc être que faibles.
- POSITION SUR MOX MICROMÈTRC ),
- Étroite, forte. Notablement plus brillante dans une étincelle de longueur moyenne que dans une étincelle très-courte.
- Étroite. Bien marquée, mais beaucoup moins forte que a 193,72.
- ,3 208,90 403,1 ( Notablement plus vive avec une
- I étincelle moyenne qu’avec une
- v étincelle très-courte.
- La raie a 417,0 est caractéristique du gallium; c’est une réaction fort sensible.
- « 193,72 417,0
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- LA NAT U H E.
- face d’environ 123 millimètres carrés. Les petits fragments détachés de l’électrode, par le frottement du brunissoir, avaient acquis déjà un éclat métallique bien prononcé ; un poli beaucoup plus remarquable a pu être obtenu par la compression sous le brunissoir d’agate. Dans ce cas, le gallium s’est présenté sous l’aspect métallique, d’un blanc éclatant, un peu plus clair que le platine. Quand le sel de gallium est décomposé lentement par un courant électrique bien réglé, on voit le métal se déposer en formant une belle surface mate, d’un blanc argentin, finement granulée et parsemée d’un grand nombre de petits points brillants dont le microscope montre la structure cristalline.
- Le gallium décompose l’eau à froid, sous l’influence de l’acide chlorhydrique, et la réaction, beaucoup plus vive sous l’action de la chaleur, est accompagnée d’un vif dégagement d’hydrogène.
- M. Lecoq de Boisbaudran a constaté l’existence du nouveau métal dans un grand nombre de minerais de zinc, et il croit qu’il se trouve dans toutes les blendes. C’est bien réellement des minerais qu’il faut l’extraire, car c’est en vain que de grandes quantités de zinc métallique de'la Vieille-Montagne ont été traitées pour y rechercher le gallium.
- Ce métal ne se rencontre dans les blendes que dans une proportion extrêmement faible, et sa découverte vient encore se montrer comme un frappant exemple de l’extrême sensibilité de l’analyse spectrale. « Je ne pense pas exagérer, dit l’auteur de la découverte, en disant que, lors de ma première observation, je possédais tout au plus un centième de milligramme du nouveau corps, dissous dans une très-petite goutte de liquide. »
- M. Lecoq de Boisbaudran a préparé un certain nombre de sels de gallium, et notamment une substance cristallisée qui semble être l’alun du nouveau métal. Ce fait, s’il est bien établi, offre une importance de premier ordre, car il fixerait d’une manière incontestable l’atomicité du nouvel élément, en indiquant que l’oxyde de gallium a une fonction chimique analogue à celle de l’alumine, et qu’il faut l'écrire Ga2 O3. D’autre part, le gallium offre des ressemblances notables avec le zinc : comme lui, il n’est précipité de ses dissolutions par l’hydrogène sulfuré que sous l’infïunece de l’acide acétique.
- Le gallium est déjà défini d’une manière assez complète pour que l’on entrevoie nettement ses propriétés, et pour qu’il soit déjà possible de désigner la place qu’il doit occuper dans les sections des métaux. M. Lecoq de Boisbaudran, qui a su en faire la découverte, complétera certainement les notions qui se rattachent à l’histoire.
- Le gallium, comme précédemment le thallium et l’indium, confirme, nous le répétons, l’extraordinaire puissance analytique des réactions spectrales, qui, déjà singulièrement riches en résultats, promettent dans l’avenir d’ouvrir à la science des horizons dont on ne saurait soupçonner l’étendue.
- Les esprits peu initiés aux résultats des travaux
- de la chimie sont quelquefois portés à se demander quelle est l’utilité pratique de la découverte de métaux dont on n’oblient que des quantités infimes. Elle peut être considérable, sinon immédiatement, tout au moins dans un avenir plus ou moins rapproché. Quand le potassium et le sodium furent isolés en 1807, ces corps simples étaient alors tout aussi rares que le thallium, l’indium et le gallium peuvent l’être actuellement : ils servent aujourd’hui, le sodium principalement, à produire l’aluminium dont la fabrication industrielle a pris une si remarquable extension. Il y a trente ans, le sodium valait 7,000 fr, le kilog.; en 1853, il valait encore 1,000 fr.; de nos jours, il ne revient plus qu’à quelques francs. Non seulement, comme nous l’avons dit précédemment, il a présidé à la découverte ou à la production du bore, du silicium, de l’aluminium, du magnésium, mais il a permis d’obtenir à l’état de pureté des métaux encore peu connus et rares jusqu’ici, mais qui le deviendront peut-être moins dans l’avenir : le glucinium, le zirconium, l’yttrium, etc.
- Ces faits ne suffisent-ils pas amplement à démontrer l’intérêt de premier ordre qui se rattache à la découverte d'nn nouveau métal, c’est-à-dire à celle de nouvelles ressources apportées, dans un temps plus ou moins éloigné, à la science et aux industries qui en dérivent ?
- Indépendamment de la découverte de cinq métaux nouveaux (Voir le tableau ci-dessus de la découverte des corps simples, p. 195), l’analyse spectrale a soulevé et souvent résolu des questions physiques d’un intérêt de premier ordre ; elle a conduit à reconnaître que certains métaux déjà connus, mais considérés comme très-rares à la surface de la terre, s’y trouvaient au contraire disséminés très-abondamment. Parmi ceux-ci nous mentionnerons tout spécialement le lithium.
- Non seulement l’analyse spectrale nous permet de mieux connaître notre globe terrestre, de pénétrer plus profondément l’histoire de la constitution des corps, d’arracher à ceux-ci le secret des éléments cachés qui les composent, mais elle étend le domaine de la chimie d’une façon prodigieuse, en lui donnant cette étrange faculté de franchir les espaces cosmiques et de reconnaître la nature des métaux qui entrent; dans la constitution des astres. La lumière émise par le soleil est analysée par le prisme, exactement comme celle de la flamme que le chimiste fait brûler dans son laboratoire. Le spectre quelle produit écrit lui-même le nom des métaux qui existent dans le soleil, et l’astronomie, puisant de nouvelles ressources dans ce puissant moyen d’analyse, procède avec toute la sûreté de l’expérimentation la plus rigoureuse à l’énumération des corps simples qui entrent dans la composition de la matière cosmique. C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, que, le groupe caractéristique des soixante^dix lignes que donne le fer s’observant nettement dans le spectre solaire, on a la certitude absolue que ce métal existe dans le soleil.
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- On eût pu croire que la science, armée d’un tel mode d’analyse, allait dévoiler par cet examen de la lumière astrale l’existence de corps étrangers à notre terre. 11 n’en a rien été. Les raies du spectre solaire nous ont appris, au contraire, que les mêmes éléments s’unissent partout, ici-bas aussi bien que dans les régions cosmiques, pour produire l’énorme variété des corps terrestres,comme l’incomparable amoncellement des mondes. En même temps que le philosophe voit se multiplier le nombre des corps simples, il est amené d’autre part à contempler la sublime unité qui préside à leurs combinaisons intimes dans l’univers tout entier.
- Gaston Tissandier.
- LE PLAN DE PARIS
- ACHETÉ PAR LA BIBLIOTHÈQUE DE LA VILLE.
- En faisant la cartographie des anciens plans de Paris [La Nature, 3e année, 1875, 2e semestre, p. 278) nous avons dit que le plan attribué à Du Cerceau avait déjà semblé assez rare et intéressant il y a 120 ans, en 1756, juste deux siècles après son exécution, pour que le seul exemplaire connu alors fût regravé par Dheuland. Cet unique original appartenait à l’abbaye de Saint-Victor; il avait été égaré pendant la première révolution, on le retrouva plus tard à la bibliothèque de l’Arsenal, d’où il a été transporté à la bibliothèque nationale. Un autre exemplaire, découvert dans le cabinet du roi, disparut pendant la révolution de 1850. Ce fut peut-être le même que M. Gilbert, sonneur de Notre-Dame, recueillit par hasard, qui fut, à sa mort, acheté 2,000 francs par la ville.de Paris et qui a été anéanti dans l’incendie de l’Hôtel de ville pendant l’insurrection de 1871. Sur ces entrefaites le libraire Trooz eut la chance extraordinaire de découvrir successivement trois exemplaires nouveaux de ce plan rarissime, tous trois en Allemagne. Le premier fut acheté 2,500 francs par M. l’architecte Destailleurs avant la destruction de nos archives urbaines.
- Le fondateur de notre nouvelle bibliothèque municipale, M. Jules Cousin, vient d’acquérir pour elle le second au prix de 5,000 francs et de combler ainsi un vide qui d’abord paraissait ne plus pouvoir l’être.
- Le bon état de conservation du nouvel exemplaire de ce très-vieux plan a permis à M. Cousin de faire plusieurs remarques intéressantes, c’est ainsi que la différence des écritures et des tailles de la gravure prouve que les quatre feuilles du plan ne sont pas de la même main et que l'attribution à Du Cerceau est probablement erronée ; de même aussi quelques erreurs identiques de noms de rues dans ce plan et dans celui de Bâle démontrent la parité d'origine de ces deux plans.
- Dès aujourd’hui la nouvelle acquisition est à la bibliothèque Carnavalet, encadrée entre le plan de Braun, de 1550 et le plan finement gravé de Mathieu Mérian de 1615, qui tous deux ont figuré à l’Exposition de géographie.
- Grâce au zèle de collectionneur de son bibliothécaire, la ville de l’aris possédera bientôt une série de ses plans plus complète qu’avant l’incendie. Après les plans de Munster et de Braun, offerts par M. Jules Cousin lui-même, la ville a eu celui de Mathieu Mérian, acheté 200 francs, le plan original de Gomboust (que l’ancien hôtel de ville ne
- possédait pas), acheté 900 francs, ceux de Bullet et Blondel de la Caille; enfin, outre celui dit de Du Cerceau, elle vient d'acheter 500 francs celui de Bernard Jaillot, relativement récent pour son prix, car il date seulement de 1717.
- ^ C. B.
- ONGLES CHINOIS, ANNAMITES ET SIAMOIS
- L’homme est de tous les êtres vivants celui dont les productions épidermiques sont les moins développées. Sauf de rares exceptions, son corps est presque glabre et ses ongles ne sont constitués à l’état normal que par des lames cornées, demi transparentes, trop minces, trop flexibles, trop fragiles surtout, pour lui fournir, en cas de nécessité, des moyens sérieux de défense ou d’attaque.
- Ces appareils servent principalement chez lui de soutien et de protection aux organes du tact qui sont très-développés, mais au-delà de l’extrémité des doigts ils ne sont plus aptes à rendre de véritables services que s’ils ne dépassent point une certaine longueur. Leur extrémité libre est alors très-utile pour saisir avec précision certains objets très-petits ou très-étroits, et contribue par conséquent, dans une assez large mesure, au perfectionnement de l’appareil préhensile. S’ils débordent le bout des doigts de plus de quelques millimètres, les ongles deviennent plutôt gênants qu’utiles ; aussi l’homme civilisé ne les laisse-t-il pas habituellement pousser au-delà de cette limite, et le sauvage, privé le plus souvent des instruments tranchants nécessaires pour en limiter nettement la croissance, s’en débarrasse-t-il, comme il peut, en les rongeant, les usant, les cassant, de manière à ne pas les laisser s’avancer au-delà du sillon transversal qui limite en avant leur partie adhérente.
- Seuls, quelques hommes demi-civilisés de l’extrême Orient, sous l’influence de modes fort bizarres, que de jeunes désœuvrés cherchent parfois à reproduire chez nous, permettent à leurs ongles d’acquérir leur complet développement naturel. Il semble qu’en s’agrémentant d’appendices unguéaux dont la longueur exagérée rend impossibles la plupart des travaux manuels, les uns et les autres veuillent se faire honneur de l’oisiveté à laquelle ces ornements ridicules les condamnent.
- L’usage de porter les ongles fort longs est surtout répandu chez les élégants et les élégantes de la Chine et de l’Indo-Chine. Il n’est point rare de rencontrer dans la première de ces contrées des hommes et des femmes dont les ongles mesurent 3 et 4 centimètres depuis le repli rétro-unguéal jusqu’à l’extrémité libre. Mais c’est dans la péninsule Transgangétiquê, et surtout au Siam, dans l’Ànnam et en Cochinchine que l’on voit les griffes humaines les plus énormes et les plus singulières.
- Un habile artiste de Saigon, M. Gsell, a photographié, par exemple, les mains de deux seigneurs Annamites dont les appendices unguéaux atteignent les proportions les plus extraordinaires*
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- LA N ATI) HE.
- son
- La première, reproduite à gauche dans la ligure ci-dessous dessinée, est armée d’ongles qui 11e mesurent pas moins de dix à douze centimètres, et qui, plus ils s’éloignent des doigts, plus ils se courbent et se replient, pour prendre graduellement la forme d’une véritable griffe.
- L’ongle du pouce a une forme spéciale, il s’incurve de dehors en dedans après quelques centimètres et décrit une spirale allongée. L’index porte un ongle court, grâce auquel la préhension des petits objets
- ’ est encore possible, pour la main, condamnée sans cela à rester presque complètement inactive.
- Ce même ongle est encore coupé, mais un peu moins près de son corps, sur la figure de droite de notre planche, mais les autres ongles de la main du dandy cochinchinois, qu’elle représente, ont acquis un développement delà plus étonnante exubérance. Ce 11’est plus trois à quatre centimètres qu’ils mesurent comme ceux des Chinois étudiés par la mission française de 1843, ce n’est plus dix et douze centimètres
- Deux mains le grands seigneurs Annamites, remarquables par la longueur cl la forme de leurs ongles.
- (D’après des photographies.)
- qu’on leur trouve, comme aux ongles de l’Annamite dont il vient d’être question, c’est quarante et même quarante-cinq centimètres. La spirale du pouce est deux fois plus longue que sur notre premier sujet, tournée en sens inverse et beaucoup mieux accentuée ; et le majeur, l’annulaire et l’auriculaire prennent eux-mêmes une forme presque semblable après leurs douze ou quinze premiers centimètres dans lesquels ils rappelaient à peu près la portion correspondante de l’ongle du sujet précédemment décrit. Ce second Annamite est d’ailleurs atteint d’une hypertrophie bien manifeste du tissu unguéal, hyperthrophie provoquée peut-être par des agents particuliers ou des
- manœuvres spéciales ayant pour but de déterminer une sécrétion plus abondante de la matière cornée ; l’épaississement des lamelles unguéales qui résulte de cette hypertrophie peut servir à expliquer jusqu’à un certain point la conservation vraiment extraordinaire d’appendices d’une longueur aussi démesurée.
- Ces appendices ne sont pas seulement pour l’anatomiste et le physiologiste un objet de curiosité puérile, ils leur fournissent l’occasion de suivre jusqu’à leur développement maximum des appareils qu’ils n’ont jamais vus qu’incomplets et dont l’examen permet de constater que les formes
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- dites anormales de l’onychogryphose 11e sont, que l’exagération des formes normales que prendraient nos ongles si nous obéissions à des modes aussi ex-
- centriques que celles qui régnent à Bangkok, à Hué, etc.
- Les pathologistes ont, en effet, décrit, surtout chez
- Comédien Siamois jouant un rôle de grand seigneur. (Ses doigts sont garnis de petits cornets munis de longs nppemiicesjïestinés
- à figurer des ongles énormes ) D'après une photographie.
- les vieillards, des hypertrophies des ongles des orteils, dites en griffe et en spirale; j’en ai moi-mème observé un bon nombre à la Salpétrière, dans les services de MM. Charcot et Broca, et je suis frappé de l’analogie qui se présen'e entre les ongles hyporlro- j
- phiés de mes malades d’autrefois et les ongles extraordinairement développés en longueur des élégants de l’Indo-Chine.
- Je ne saurais pas dire exactement dans quelle mesure la singulière mode à laquelle nous devons
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- les curieuses photographies dont on vient de voir les reproductions est répandue dans la presqu’île au delà du Gange. Sur une vingtaine de Siamois étudiés par M. L. de Rosny, un seul, de rang élevé, avait un ongle énorme aux petits doigts, et des Annamites de distinction venus à Paris à diverses époques, quelques-uns seulement affectaient de porter très-long ce même ongle de l’auriculaire.
- Il est bien certain cependant que la croissance exagérée des ongles passe en Indo-Chine tout à la fois comme une beauté et comme un signe de supériorité. J’en donne pour exemple le portrait ci-contre d’un comédien Siamois, qui fait partie de la belle collection photographique du Muséum d’histoire naturelle. Cet acteur va jouer un rôle de grand seigneur, dont il s’est donné tous les dehors, et pour compléter sa parure, il a garni ses doigts de petits cornets munis de longs appendices destinés à imiter les ongles énormes du personnage élevé qu’il va mettre en scène. Est-ce une imitation pure et simple de la réalité? Ne s’y joint-il pas quelque intention malicieuse? Bornons-nous à constater le fait et à en conclure à la fréquence au Siam de l’usage absurde dont notre comédien fait tout à la fois la représentation et la critique. E.-T. Haviv.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 4 février iSïfi,
- M. Caspari fait une communication sur les spiraux des chronomètres. Il rappelle d’abord la perfection à laquelle doivent satisfaire les chronomètres qui sont les seuls instruments dont on puisse se servir pour une détermination exacte des longitudes, un écart de 40 secondes pendant une traversée de 40 jours conduirait à une erreur de 18 kilomètres sur la position, ce qui ne ferait pourtant qu’une erreur d’une seconde sur 86,400. Les dérangements du chronomètre tenant aux variations de la température et à l’épaississement des huiles, on y a remédié en France depuis Pierre Leroy en utilisant la dilatation compensée de deux lames métalliques, et en donnant au spiral une longueur convenable on a réalisé l’isochronisme d’oscillations variant entre 400 et 300°. Seulement, comme l’axe du système oscillant variait avec l’amplitude, il en résultait des chocs latéraux que M. Philips a trouvé le moyen d’éviter: il suffit pour cela de donner une forme convenable aux courbes terminales du spiral. Ce perfectionnement, qui réalise en même temps l’isochronisme de l’oscillation de diverses amplitudes à l’état statique, ne permet pas de l’obtenir pendant le mouvement. Cela tient, suivant M. Caspari, à ce que: 1° les lames compensatrices sont très-minces et ont une vitesse considérable (2,000 degrés par seconde sur une circonférence de 2 à 3 centimètres de rayon) ; il peut eu résulter une déformation qui suffirait pour occasionner un retard d’une seconde par jour pour une variation du rayon égale à de sa valeur ; 2° les forces qui s’exercent à l’état de mouvement ne sont pas les mêmes qu’à l’état de repos ; il en résulte un effet qui peut conduire à une avance de 3 secondes par jour pour les instruments ordinaires. L’auteur estime qu’on obtiendrait sûrement des chronomètres excellents en se ser-
- vants de spiraux moins défavorables et en réduisant leurs rayons envii'on à la moitié de la valeur ordinaire, à la condition de conserver à leurs profils la perfection de forme à laquelle on est parvenu de nos jours.
- M. Chautard communique à la Société les résultats de ses travaux: 1# sur le spectre d’absorption de la chlorophylle, qui se compose d’une bande noire entre B et G, variable d’épaisseur avec la concentration de la solution, altérable par les alcalis ou d’autres réactifs qui agissent chimiquement sur la chlorophylle; 2° il répète ses expériences sur les modifications produites dans l’illumination des tubes contenant des gaz raréfiés, traversés par une décharge électrique quand on soumet ces gaz à l’action d’aimants puissants. L’intensité lumineuse change dans les tubes au moment où l’on fait agir l’électro-aimant, et le spectroscope indique un simple changement dans l’intensité des raies brillantes sauf pour le fluorure de silicium qui montre trois raies que l’on ne distinguait pas auparavant.
- M. Cailletet présente un manomètre destiné à mesurer des pressions de plusieurs centaines d’atmosphères. L’appareil fondé sur la déformation d’une enveloppe solide se compose d’un piezomètre en verre que l’on comprime extérieurement. Il contient un liquide qui s’élève dans un tube capillaire ouvert à son extrémité. L’auteur a trouvé que le volume du liquide expulsé par la diminution de volume du tube de verre est proportionnel à la pression, sans qu’il y eut de déformation permanente à la suite de pressions très-considérables. L’expérience répétée 300 fois dans les limites de- pression variant alternativement de 1 à 400 atmosphères, n'a pas accusé la moindre différence de volume quand on revenait à la même pression.
- M. Jamin plonge un barreau d'acier dans la bobine d’un fort électro-aimant muni à son intérieur d’une enveloppe épaisse en fer doux, et il fait voir que la partie du barreau qui sortait de l’électro-aimant s’est aimantée à la manière ordinaire, mais que la portion intérieure a été préservée de toute action magnétique par la garniture cylindrique de fer doux.
- BIBLIOGRAPHIE
- Journal humoristique d'un médecin phthisique. —Pau.
- — Dax. — Alqer. Du choix d'une station hibernale,
- par le DrX... — 1 vol. in-18. Paris, G. Masson, 1876.
- La phthisie est un mal terrible, qui chaque année fait un grand nombre de victimes. Une des meilleures armes que l’on connaisse pour la vaincre, est le changement de climat pendant l’hiver. « Si je publie ce livre, dit l'auteur anonyme du Journal humoristique que nous signalons, c’est pour montrer comment je m’en suis servi. Ce qui manque surtout à l’immigrant, c’est un guide bien fait de la station hibernale qu’il a choisi.... Quant aux impressions intimes que j’ai révélées, elles ne sont faites ni pour être lues ni pour être comprises de ceux qui jouissent de la santé. L’âme seule du malade les recherchera, car elles lui apporteront le calme, le soulagement, l’espoir. » L’auteur pèche par modestie, car les observations et les faits abondent dan? son oeuvre, l’esprit s’y rencontre souvent, et les personnes valides, liront son livre avec autant d’intérêt que les malades.
- Vhygiène dans la ville de Home et dans la campagne
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- LA NATURE.
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- romaine, par le docteur Pietro Balestra, traduit de l’italien. — 1vol. in-18, Paris, G. Masson, 1876.
- Tous les voyageurs en Italie, ont entendu parler des funestes effets de l’aria cativa, delà mal'aria qui ont donné à certaines régions de ce beau pays une triste renommée sanitaire. Le remarquable travail du docteur Balestra, jette la lumière sur une question d’une haute importance digne d’intéresser tout à la fois, le touriste que lès grands souvenirs entraînent vers Rome et l’Italie, le médecin que préoccupent les maux de l’humanité, et le gouvernement italien qui doit s’efforcer d’assurer la salubrité à la Ville éternelle.
- LE NOUVEAU CANAL OU NICARAGUA
- (Suite et Un. — Voy. p. 182.)
- D’après les gens du pays, qui considéraient connue bonnes toutes les routes où la pente était peu sensible, on avait le choix entre plusieurs passes aboutissant de divers points du lac au port de San-Juan del Sur ou au golfe de Nicoya ; mais grande est la différence entre le tracé d’une voie ordinaire ou d’un chemin de fer, et celui d’un canal ; dans ce dernier cas, une pente raide et de peu de longueur est de beaucoup préférable. Aussi après bien des tentatives infructueuses, ne voulant négliger aucun renseignement, le commandant Lull fît borner le lever de détail à deux routes, l’une, celle de Ghilds, remonte à partir du lac Rio Lajas le torrent du Guscoyal, franchit la ligne de faîte à 10 kilomètres environ du lac, et à une hauteur de 13 mètres au-dessus de ces eaux, et rejoint le Rio Grande, qui se jette à Brito, par la vallée d’Espinal ; sa longueur est d’environ 35 kilomètres.
- L’autre route, de 30 kilomètres seulement, quitte le lac à l’embouchure du Rio del Medio, à une petite distance de Rivas, franchit la ligne de faîte en un point qui fut nommé passe de Hatfîeld, à 22 kilomètres du lac et à une hauteur de 40m,08, et rejoint le Rio Grande par la vallée du Rio Chocolata.
- La route par le lac de Managua fut aussi examinée, mais moins complètement, Childs en ayant déjà montré l’impossibilité; le Rio Tipitapa, qui met en communication les deux lacs, est depuis plusieurs années impraticable à la plus légère pirogue, les eaux du Managua n’étant plus assez hautes pour s’écouler par ce déversoir, autrement que par de minces filets qui filtrent à travers les innombrables bancs de roches qui constituent le fond du lit du fleuve; il faudrait des draguages considérables, des barrages et plusieurs écluses, une entre autres pour racheter une chute de 4 mètres ; mais ce premier travail fût-il possible sans trop de dépenses, qu’un obstacle insurmontable résulterait de la nature du sol qui forme le bassin ouest de Managua. Toute cette contrée est essentiellement volcanique, soumise à des tremblements de terre constants, et le sol est tellement perméable, que malgré des pluies abondantes, pas le moindre torrent ne se jette dans le lac ; toutes les eaux sont immédiatement absorbées, de
- telle sorte que le canal, qui exigerait du reste des déblais énormes, devrait avoir une cuvette artificielle imperméable ! Cette exploration servit du moins à montrer la possibilité d’une "bonne voie ferrée dont l’exécution suivrait de près celle du canal.
- Nous avons dit qu’il importait que le canal fut indépendant des torrents qu’il traverse, c’est cette considération qui l’emporta surtout dans la préférence donnée à la ligne du Rio del Medio, quoique la ligne du Rio Lajas plus longue de 5 kilomètres eût pourtant un peu moins de déblais ; en effet, la portion de la vallée du Rio Grande qu’elle suit au débouché du Rio Chocolata est comprise entre deux murailles rocheuses de 20 à 30 mètres de hauteur ne laissant aucune place pour un canal latéral, reçoit de nombreux torrents et est par suite soumise sans remèdes à tous les dangers des crues. Au contraire le canal du Rio del Medio, tracé en tranchée à partir du lac sur une longueur de 14 kilomètres sur une profondeur moyenne de 16ni, 50, emprunte ensuite le lit du Chocolata qui ne lui apporte qu’un très-faible volume d’eau, et, à partir de sa jonction avec le Rio Colorado, tantôt suit le lit de ce fleuve, à qui l’on en creuse un artificiel, tantôt suit un tracé rectiligne ou courbe creusé dans la vallée, et déterminé par la condition qu’aucune courbe n’ait un rayon inférieur à 2,200 mètres. Les deux seuls torrents un peu importants qu’il rencontre auront des débouchés artificiels passant sous le canal ; la première portion seule sera en tranchée continue, mais avec de grandes facilités pour l’enlèvement des matériaux ; pour la seconde, les déblais serviront à l’établissement de digues latérales ; dix écluses ordinaires et une de marée à Brito, placées dans les parties rectilignes d’une levée moyenne de 5 mètres, rachèteront les 32m,60 de différence de niveau entre le lac et le Pacifique; enfin la petite baie de Brito formera au moyen de jetées et de brise-lames une rade sûre, mais peut-être bien insuffisante comme dimensions. La traversée du lac n’offre aucune difficulté et n’exigera que quelques dragages dans les fonds de vase dure qui se trouvent à l’entrée du Rio del Medio et du San-Juan ; c’est maintenant ce beau fleuve que nous allons descendre jusqu’à la mer, et qui à sa sortie du lac n’a pas moins de 300 mètres de large sur une profondeur moyenne de 6 mètres ; plusieurs rapides se présentent successivement, l’un, celui du Toro, de 4 kilomètres de long, suivi de 13 kilomètres de bonne ri vière jusqu’à celui de Castillo, de 400 mètres, près duquel est le fort de ce nom, et qui, sauf quelques rares haciendas, est le premier point habité depuis la mer ; 4 kilomètres plus loin se trouvent les rapides réunis de Mica et de Balas, longs de 2 kilomètres, puis à 7k,5 de distance, le dernier rapide, celui de Machuca, de près de 4 kilomètres ; dans les hautes eaux, ces rapides, quoique présentant de grands dangers de navigation, permettent a des steamers fluviaux de remonter au moins jusqu au Castillo, et il
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- LA NATURE.
- est même prouvé que, dans le siècle dernier, des navires partis d’Espagne ont navigué sur ce lac. A partir du rapide de Machuca s’étend pendant 37 kilomètres une eau calme et profonde de 6 à i 8 mètres, appelée ÏÂgua Muerte; jusqu’alors le San-.luan n’a reçu que des tributaires insignifiants et son régime est complètement permanent, mais le San-Carlos et le Serepiqui qu’il reçoit à 43 kilomètres plus loin, et qui drainent une grande surface de terrain, rendent son allure capricieuse et encombrent des sables de Costa Rica son lit qui coule maintenant vers la mer, complètement obstrué par les bancs ; à 24 kilomètres se trouve la fourcbe du Colorado, fleuve dont nous
- avons mentionné plus haut l’origine, tandis que le San-Juan proprement dit achève de se perdre du côté de Greytown en plusieurs branches dont la principale est à peine navigable au moment des hautes eaux. Ces circonstances, jointes à l’ensablement presque complet du port de Greytown, où il reste à peine 3 à 4 mètres d’eau, semblaient rendre l’exécution du canal impossible ; le projet du commandant Lull, assisté de l’ingénieur civil en chef Ménocal, parait avoir surmonté toutes ces difficultés.
- H n’y en a pas d’abord de sérieuses du débouché du lac à l’embouchure du San-Carlos; les rapides seront couverts par la construction de digues accom-
- Tracé du nouveau canal de Nicaragua,
- pagnées d’écluses, et les quelques roches isolées qui | peuvent gêner la navigation seront facilement enle- J vées. Le premier barrage au dessous de Castillo servira en même temps pour le Toro ; il aura 400 mètres de long sur 6ni,50 de haut et élèvera le niveau de 5™,70; le second à Galas aura 365 mètres de long sur 9m,70 et élèvera le niveau de 7 mètres ; le troisième à Machuca aura 230 mètres de long sur 10m,30et produira une élévation de 6 mètres; ces barrages reposeront tous sur fond de roche ; la chute d'eau sur chacun d’eux sera de 5m,10 ; ils seront accompagnés de trois écluses construites dans des parties rectilignes canalisées du fleuve, sur des longueurs de 3 à 4 kilomètres, avec des levées de 5ra,10. Un quatrième barrage de 305 mètres de long, et de 9®,50 de large,construit avec fondations sur piles, un peu
- au-dessous de l’embouchure du San-Carlos qui s’écoulera par un lit artificiel, produira une levée de 7™,30, et, à partir de ce point, le canal suivra la direction générale de la vallée'du San-Juan, dont il sera maintenant complètement réparé, jusque vers la fourche du Colorado où il ira en lignedroite jusqu’à Greytown ; la distance du San Carlos à ce port est de 78 kilomètres, dont plus de 68 kilomètres seront creusés de manière que les déblais servent à la construction des digues ; le reste sera en tranchées pleines à travers de petites collines dont on profitera des fonds rocheux pour les fondations des sept autres écluses qui sont nécessaires jusqu’à la mer ; chacune d’elles aura une levée de 3m,40. Enfin pour x’endre au port de Greytown la profondeur d’eau suffisante et le mettre à l'abri des ensablements, le San-Juan sera
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- détourné de telle sorte, <jue le port sera un bassin fermé que l’on draguera facilement, ; les bancs mobiles du large seront lixés par des plantations de palétuviers, et la passe sera défendue par une jetée atteignant les grands fonds.' Cette dernière partie du projet ne nous paraît pas aussi étudiée que le reste; les sables provenant du Colorado, poussés par la mer
- sous l’influence des vents alizés, tendront toujours à contourner l’extrémité du môle ; nous pensons que la construction de deux jetées pleines convergentes vers le large seront nécessaires, celle du sud ayant une orientation presque nord, et qui ne peut être du reste complètement fixée que par une étude attentive des phénomènes des courants et des marées,
- des e nclfgug mJra
- Fond du Canal
- Ecluse de marée1
- Niveau moyen du Pacifique
- <4% Brito
- Fig 1 PROFIL DU CANAL,DE BRITO A L'EMBOUCHURE DU RIO DEL MEDlO.
- Échelle du 3oaÔoo poun les distances et du pour les hauteurs ,
- Fort Sc.nCe.rtos
- Niveau relevé par le ba.rra.fle N?1
- il le du Lac et du FL
- Niveau moyen de la Mer des AntiHe*
- N iveau moyen de la Mer des Antilles
- l<MO Écluse à mare®
- Fond du Canal
- Fig. 2.3,4* PROFIL DU CANAL,DU FORT SAN CARLOS A GREYTOWN (CI
- Cohells du 4,eïôoo pour \co distances et du coôo pour les Sauteurs
- mais dont en tout cas l’extrémité dépasserait celle do la jetée nord de façon à produire une chasse puissante. Nous ne doutons pas du reste que ce dernier point ne soit l’objet d’une nouvelle et sérieuse étude.
- Le rapport du commandant Lull est suivi d’une estimation détaillée des longueurs, cubages, prix de revient des diverses parties du canal, dont nous extrayons les quelques données suivantes :
- Le canal aura deux sections principales : l’une en tranchée pleine ayant 15m,25 ou 18m,50 au fond et 39 mètres ou 32n,,30 à la surface suivant que le sol
- sera de la terre ou des roches, l’autre en tranchée mixte ayant 22 mètres au fond et 56 mètres à la surface ; les écluses auront 120 mètres de long sur 10 mètres de large, et seront flanquées de deux canaux latéraux munis de trois portes au milieu et aux extrémités, ce qui permettra.de le remplir en un quart d’heure et. sans trop grand mouvement tumultueux d’eau. Le cubage des déblais de la partie ouest s’élève à plus de 20 millions de mètres cubes, dont plus de 10 de roches.
- La longueur totale exacte de Brito à Greytown est
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- de 554 kilomètres, dont 50 kilomètres de Brito au lac, 105k,5 pour la traversée du lac et 200k,5 du lac à Greytown; la dépense est évaluée à :
- Port de Brito. . . . Canal de Brito au la Draguage du lac. . Du lac à Greytown. Port de Greytown. .
- Total .........
- 25 p. 100 en plus. .
- Total définitif.
- 11,500,000 f. 109,500,000 5,500,000 125,100,000 14,200,000
- 265,800,000
- 65,950,000
- 529,750,000 IV.
- Grâce à l’infatigable persévérance du commandant Lull et de ses officiers, le canal du Nicaragua va devenir une réalité ; honneur au gouvernement qui a provoqué cette expédition, et à ceux qui se lanceront dans cette belle et gigantesque entreprise !
- P. Guv.
- CHRONIQUE
- Découvertes de cavernes en Suisse. — Depuis quelques semaines, des ouvriers sont occupés à creuser les fondations pour un bâtiment que l'on se propose de construire au bord du lac de Genève, entre Colombier et Àuvernier. Dans ce travail, ils ont rencontré plusieurs pierres assez grandes, un mètre de largeur sur un mètre cinquante de longueur. Ces pierres recouvraient une série de cavités formées elles-mêmes de dalles posées debout et limitant des caveaux remplis de terre, de cailloux et de gravier. Les couvertures, comme les parois, de ces caveaux sont composées de blocs alpins erratiques très-grossièrement façonnés, appartenant aux diverses variétés de roches granitiques ou cristallines que l’on trouve dans le voisinage, tl était évident que l’on avait affaire à une construction faite de mains d’homme à une époque très-reculée. En déblayant l’un de ces caveaux, on put s’en assurer, car à une profondeur de un mètre cinquante on découvrit une quinzaine de squelettes assez bien conservés, parmi lesquels il y en avait de la taille d’un enfant. C’était donc une sépulture, mais de quelle époque et de quel peuple ? La forme des crânes et la découverte d’anneaux en bronze paraissent indiquer l’âge du bronze, mais on a aussi trouvé une hache en pierre (néphrite), des dents d’ours percées pour servir de colliers, et un grand nombre d’autres échantillons de l’âge de pierre.
- Le» tache» du soleil et l’ozone. — Dans un mémoire sur la connexion apparente qui existe entre les taches solaires, l’ozone atmosphérique, la pluie et la force du vent, le docteur Moffat établit qu’en discutant les observations ozonométriques faites de 1850 à 1869 il a observé que les maxima et les nfinima de la courbe ozonométriquc reviennent périodiquement, et qu’en comparant la nature des taches solaires avec la quantité d’ozone, les résultats montrent que dans chaque cycle de maxima d’ozone il y a accroissement du nombre des taches solaires ; on remarque au contraire un décroissement correspondant à chaque cycle de minima. Le même savant a publié aussi une table montrant que les années de maximum ozonométrique et de
- taches solaires sont généralement marquées par un accroissement dans la quantité de pluie et dans la force du vent.
- Longévité de» médecin» en Angleterre. — On
- a dit souvent que la profession médicale abrège de beaucoup la vie de ceux qui l’ont embrassée. Cette assertion, qui est certainement vraie, est en apparence contredite par les chiffres suivants, qui donnent l’âge de quelques-unes des célébrités médicales que vient de perdre l’Angleterre pendant l’année dernière : James Dawson, 96 ans ; Peter Labtram, médecin de la reine, 86 ans ; Stanley Ire-land, doyen des fellows du Collège des chirurgiens, 96 ans ; Arthur Ilelsham, 90 ans; Sir Charles Locock, accoucheur de la reine, 77 ans; William Beathe, 82 ans; George Webster, 89 ans ; Thomas Paget, 79 ans ; Andrew Mori-son, 89 ans ; William Magdonald, 84 ans ; Ilenry Franklin, inspecteur général des hôpitaux, 89 ans ; James Snow, 96 ans. (Lancet et Gazette de médecine).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 février 18”6. — Présidence de M. le vice-amiral PÂius.
- On sait la perte nouvelle que les sciences et l’Académie ont faite cette semaine. M. Brongniart est mort vendredi, à l’âge de soixante-quinze ans, à la suite d’une courte maladie. Ses obsèques ont eu lieu ce matin même, et M. Péris est encore revêtu du frac académique qu’il portait à la cérémonie. Des discours remarquables ont été prononcés sur la tombe de l’illustre défunt par M. De-caisne et par M. Duchartre. M. Brongniart était professeur de botanique au Muséum d’histoire naturelle et membre du Conseil supérieur de l’instruction publique. Des liens de famille le rattachent à M. Dumas, à M. Hervé-Mangon, à M. Audouin et à M. Silvestre de Sacy.
- La mort de M. Brongniart porte à quatre le nombre des chaires actuellement vacantes au Muséum. On sait en effet que M. Milne-Edward vient de donner sa démission, que M. Delafosse vient d’être admis à la retraite, et que M. Deshayes n’est pas encore remplacé. A l’égard de ces trois chaires, le ministre demande aujourd’hui à l’Académie de choisir des candidats. Le Muséum a déjà fait son choix pour les deux premières.M. Alphonse Milne-Edward, auteur d’innombrables travaux de première valeur, a été désigné pour h chaire de mammalogie et M. Descloizeaux, membre de l’Institut, pour la chaire de minéralogie. Quant à la malacologie, il paraît qu'on a jugé nécessaire de surseoir a une nomination définitive et qu’on désignera simplement cette année un chargé de cours.
- Le Grisou. — L’épouvantable catastrophe de la mine du Treuil, à Saint-Étienne, a donné une nouvelle ardeur aux inventeurs de lampes de sûreté. L’un d’eux écrit à l’Académie que suivant lui la meilleure de toutes est la lampe électrique. Telle est aussi l’opinion de M. Boussin-gault, mais le procédé a l’inconvénient de coûter extrêmement cher, la lampe donnée à chaque mineur pouvant coûter 200 francs. C’est pour cela qu’on a proposé d’assainir les mines à l’aide d’une énergique ventilation. Celle-ci toutefois pourrait bien elle-même n’êlre pas sans danger, et il y a lieu de se demander si le dernier désastre n’a pes été provoqué par le ventilateur, qui marchait avec énergie. M. Faye pense qu’au lieu de prévenir l’inflammation du grisou, il vaudrait mieux la provoquer à l’aide de petites lampes permanentes disposées de distance en
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- distance dans les galeries, mais M. Berthelot fait remarquer que ce procédé, d'ailleurs proposé déjà à diverses reprises, serait certainement inefficace. On peut s’en rendre compte en voyant ce qui se passe dans un local où brûlent des becs de gaz et où se produit une fuite. Le gaz qui s’échappe ne s’enflamme pas au fur et à mesure ; il se mêle à l’air et constitue un mélange incombustible jusqu’à ce que représentant Je 15e environ du volume total, du gaz tonnant se trouve constitué. Alors l’explosion a lieu subitement. C’est ce qui se produirait dans les mines avec les lampes de M. Faye.
- La conclusion de cette importante discussion à laquelle prend part aussi M. Daubrée, c’est que le meilleur moyen à mettre en usage contre le grisou est encore la lampe de Davy, pourvu qu’on s’astreigne à en observer l’allure avec soin. Avant l’explosion, on voit que la flamme s’allonge et sautille d’une façon toute particulière. Il faut alors éteindre les feux et se retirer. M. Boussingault a introduit en Alsace, dans les mines de pétrole de Bechelbronn, un usage excellent, permettant de connaître à chaque instant si la toile des lampes est en bon état, Il consiste à placer ces lampes dans des vases au fond desquels est une couche de pétrole très-volatil. 11 en résulte une atmosphère explosible qui s’enflamme si la toile offre la moindre solution de continuité.
- Etude sur la poudre. — Déjà nous avons parlé des travaux de MM. Noble et Abel sur les matières explosibles. M. Morin analyse aujourd’hui le Mémoire consacré par ces deux savants à l’étude de la poudre. Ils examinent successivement la nature des produits, solides de la combustion, la température de formation de ces produits, leslimi-tes dans lesquelles ces produits peuvent varier suivant la grosseur du grain de la poudre, l’influence de la pression sur leur nature, la nature des gaz engendrés par la combustion, la différence des résultats obtenus en vase clos ou dans les canons ouverts, la quantité de chaleur développée par l’explosion, et la quantité de travail mécanique qu’elle réalise.
- Ils trouvent qu’un gramme de poudre brûlant en vase clos donne 200 centimètres cubes de gaz et 0 gr. 57 de produits solides représente les 6 dixièmes d’un centimètre cube. La pression réalisée est de 6,400 atmosphères et la chaleur développée de 2,231 degrés.
- À la suite de la lecture de M. Morin, M. Berthelot montre que le résultat des innombrables analyses de MM. Noble et Abel peut s’exprimer très-exactement par des formules simultanées relatives à la formation du sulfate de potasse, du carbonate de potasse, du sulfate de potassium, de l’oxyde de carbone et de l’acide carbonique. 11 ajoute que les mouvements de chaleur de ces formations diverses varient suivant les conditions de l’expérience et que le maximum, d’ailleurs irréalisable pratiquement, concernerait le cas où les produits consisteraient exclusivement en sulfate de potasse et en acide carbonique. Stanislas Meunier.
- LE CONCOURS AGRICOLE
- AU PALAIS DE l’hNDUSTBIE.
- L’ouverture du concours a eu lieu samedi, 12 février, et s’est prolongée jusqu’au mercredi 16 du même mois. L’exhibition que le public a été appelé à visiter était considérable, et mérite d’être signalée d’une façon spéciale. Les concours précédemment inaugurés à Poissy, en 4844,
- y furent maintenus annuellement jusqu’en 1867. Mais déjà en 1864, 1865 et 1866, la direction de l’agriculture avait installé au palais de l’Industrie des concours de volailles grasses, de fromages et de beurres, et des instruments destinés à la fabrication de ces deux derniers produits. En 1874, à la suite de nos désastres, les concours ont repris avec une vigoureuse activité. Les concours agricoles de 1875 ont été très-brillants; nous ne craignons pas d'affirmer que ceux de 1876, qui viennent d’avoir lieu au palais de l’Industrie, ont été plus remarquables encore, comme on pourra en juger par la description que nous en allons en donner au lecteur, quoique très-succinctement.
- Autour de la grande nef vitrée du Palais se trouvaient superposés deux étages de cages peuplées de coqs, de poules, de pigeons et autres volatiles. Les boxes des bœufs et des moutons étaient établies dans toute la longueur de la nef; au centre et autour d’un rocher aquarium, les primes d’honneur se voyaient exposées sur des colonnes rustiques. C’étaient de beaux objets d’art en argent, exécutés par M. Froment-Meurice et représentant des sujets appropriés aux divers concours dont ils devaient être la récompense.
- Dans les salles et galeries du premier étage on pouvait visiter l’exposition des fruits frais : poires, pommes, raisins, oranges, dattes fraîches ; les étagères couvertes de volailles mortes, artistement parées pour la vente ; les expositions de fromages, de beurres, de pommes de terre, etc.
- L’exposition des animaux reproducteurs mâle,s était placée dans l’aile du Palais qui se trouve en face de la grande porte d’entrée du milieu.
- Les machines et instruments agricoles occupaient à F extérieur un vaste emplacement entouré de barrières et qui s’étendait jusque vers le Cours-le-Reine.
- L’espèce bovine était représentée cette année par de superbes animaux bien préparés pour la boucherie, et qui étaientau nombre de 273 bœufs et vaches. On remarquait surtout un magnifique bœuf Durham-Charolais blanc, âgé de 34 mois et pesant 910 kilogrammes, qui appartenait à M. le comte deMassol, et qui a obtenu une coupe d’ar-gent.
- Le concours de moutons et celui de l’espèce porcine n’offraient pas moins d’intérêt. Quant aux volailles vivantes, elles étaient très-bien représentées, surtout par l’exposition, des plus remarquables, de coqs et de poules Crè-vecœur, de M. Simier. La section des pigeons était fort curieuse, et nous avons vu quelques individus qui atteignaient des dimensions peu communes.
- Dans les galeries du premier étage, l’exhibition des fromages était très-étendue. Elle présente beaucoup plus d'intérêt qu’on n’est porté à le croire au premier abord, non-seulement au point de vue purement agricole, mais aussi au point de vue en quelque sorte national. Tandis que l'Angleterre, l’Italie, l’Amérique, ne comptent guère que trois ou quatre espèces de fromages, la France sait en fabriquer un nombre d’espèces cinq ou six fois plus considérable , comme pour affirmer encore une fois, même dans ce mode spécial de fabrication, les ingénieuses et utiles applications qu’elle sait faire de ses produits. Nous représentons ci-contre, d’après M. Girardin, la forme des principaux fromages étrangers et français, pensant que cette figure se présentera comme le curieux appui de notre affirmation.
- Après l’exposition des beurres et celle des fruits frais, on visitait les salles réservées aux cires et aux miels, qui
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- LA NAT II KL.
- présentaient cette année un intérêt tout particulier, aussi céderons-nous à ce sujet la parole à un de nos collaborateurs, fort compétent. L. L.
- Miels et cires. — Nous citerons d’abord et hors concours, sous l'habile direction de M. II. llamet, et au nom de la Société d’apiculture et d'insectologie, une 'série de miels et de cires indigènes, destinée à montrer les types les plus purs de ces produits. C’est là qu’on peut voir des cires minérales, récemment connues et dues à la distillation de certains combustibles fossiles; elles font déjà, dans le commerce, une grands concurrence à la cire d’abeilles ; on cherche malheureusement à mélanger ces corps avec de la stéarine et d’autres substances, de manière à obtenir un corps ayant la densité et le point de fusion de la cire d’abeilles, et propre dès lors aux falsifications.
- Nous retrouvons à l’Exposition, parmi les miels de luxe ou en rayons, un grand nombre de ces gâteaux en boites vitrées, d’un bel aspect blanc, qu’on voit maintenant chez beaucoup de marchands de Paris. Le public ignore que ce sont des miels de sucre, récoltés non dans l’empire de Flore, mais dans le noir domaine des raffineries et confiseries par les abeilles des ruchers établis à la Villette, au boulevard de l'Hôpital, etc. C’est fort inoffensif et sans arôme, comme le fond d’un verre d’eau trop sucrée ; les insectes ont transformé le sucre de cannes ou de betteraves en un mélange de glucose cristallisable et de sucre interverti, incristallisable.
- Heureusement qu’il y a des miels en rayons bien naturels, ainsi les jolies boites pareilles aux boites de baptême, remplies de cellules de miel operculé par les abeilles elles-mêmes, exposées par M. G. Dumas, d’Aigueperse (Puy-de-
- Formes et proportions comparatives des principaux fromages du commerce.
- •1. Maroilles en tuile de Flandre. — 2. Maroilles en pavé. — 3. Brie. — 4. Fromage de chèvre raffiné. — 5. Le même, frais. — t>. Neuf-ehâtel raffiné. — 7. Mont-d’Or. — P. Camembert. — 9. Livarot. — 10. Roquefort. —• 11. Fromage d’Edam. — 12. Tète de mort. — 13. Chester. —14. Fromage de Gex. — lo. Fourme d’Auvergne. — 16. Fromage de Gruyère.
- Dôme) et bien connues des baigneurs de Vichy. Elles ont eu une médaille d’argent. J’aurais aimé à voir récompenser un éclusier, M. Latourte, de Givreauval (Meuse), quia envoyé deux énormes cadres verticaux, de 40 centimètres sur 50, pleins de superbes rayons, indices d’une colonie très-forte et très-bien soignée.
- Parmi les miels de prairie citons un miel très-pnrfumé, de M. Bareste (médaille d’or) de Valbonne, près Grasse, d’odeur de thym et d’oranger, à goût de figue (les Parisiens sont encore peu habitués aux miels aromatiques du midi), des miels blancs très-bien faits, à Louve (Eure) près d’Evreux, par M. l’abbé Duchesne (médaille d’or bien méritée), au sainfoin et au tilleul, production remarquable pour un pays moins propice que le Gâtinais. Divers pays, comme la Normandie et la Picardie, ont envoyé des miels de sainfoin presque comparables a ceux du Gâtinais, avec un peu moins d’arome en raison du climat.
- M. Petit (médaille d’argent) obtient du miel de sainfoin un peu plus jaune que le vrai Gâtinais à St-Clair sur Epte (Seine-et-Üise).
- Il expose aussi du miel de bruyère brun, analogue à celui des Landes, peu granulé, à parfum spécial. A cette catégorie appartiennent les miels desarrazin, où rivalisent des exposants de Bretagne, de Sologne, de la Bresse et de Basse-Normandie ; c’est aux fabricants de pain d’épice à
- décider de la valeur de ces quatre types, tous d’aspect peu appétissant.
- Les miels de montagne sont peu représentés. Outre de beaux miels suisses, de Lausanne, fortement teintés en jaune, j’ai goûté d’un échantillon verdâtre de miel des Vosges, récolté à l’extracteur centrifuge, d’une saveur de mélèze, provenant sans doute de miellée de divers conifères; ces miels seraient peut-être excellents pour les affections de poitrine.
- Un mot suffit pour les cires. La médaille d’or a été décernée à M. Duguav, des environs d’Evreux pour des pains de très-belle cire rougeâtre. On doit regarder comme aussi bonnes les cires de M. Roussel-Talon, de Saint-Riinault (Oise), un de nos plus habiles fondeurs de cire. Sa cire est plus jaune que la précédente ; ces couleurs variées de la cire semblant se rattacher surtout aux pollens différents récoltés par les abeilles. L’artifice de ce fondeur pour obtenir des cires de premier choix est d’extraire au four les miels communs, à plus de 70°, et de recueillir à part la cire très-pure qui s’écoule.
- Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. T issandiek .
- Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris,
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- N° 144. - 4 MARS 1 8 76.
- LA NATURE.
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- LE GORILLE
- (Gorilla gitia. )
- Le sujet dont nous représentons ici la figure est un vieux mâle de la plus grande taille, qui a été tué au Gabon par M. le marquis de Compiègne, pendant
- sa belle exploration africaine l, et que M. Bouvier, naturaliste, a empaillé récemment à Paris pour le Muséum de Dublin, qui en a fait l’acquisition. Ce gorille mesure environ lm,46 de b auteur et la longueur de ses membres supérieurs est considérable ; elle dépasse 0ni,9o.
- L’animal dont nous nous occupons fait partie d’un
- petit groupe de quadrumanes, qui ne comprend que quatre genres, et auxquels ou a donné le nom de Singes anthropoïdes pour rappeler leur supériorité organique et leur affinité particulière avec l’espèce humaine.
- Il n’y a pas aujourd’hui plus de vingt-huit ans (24 avril 1847) que l’on est arrivé à une connaissance authentique de ce curieux animal et que l’on a vu pour la première fois, au moins dans les temps
- 4® année. — f*r semestre.
- modernes, parvenir ses dépouilles en Europe. On avait bien parlé, il est vrai, depuis même la fin du seizième siècle, d’une très-grande espèce de singes qui, au dire des voyageurs, fréquentaient certains parages de la côte occidentale d’Afrique; mais les étranges récits que l’on avait recueillis à ce sujet et dans lesquels leurs narrateurs avaient évidemment
- 1 Voy. n° Ï35, tor janvier 178(’>, p. 75.
- 14
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- LA NATURE.
- pris plaisir à mettre particulièrement en relief des anecdotes d’enlèvement de négresses, des histoires absurdes de galanterie ou de tendresse pour les femmes de la part de grands singes que l’on désignait sous le nom d’hommes des bois, avaient depuis longtemps perdu tout crédit; aussi leur existence avait fini par n’êlre plus considérée que comme une simple fiction.
- Cependant on pourrait peut-être rappeler que dans l’antiquité le navigateur Hannon a passé pour avoir rapporté à Carthage, de l’expédition du périple de l’Afrique, trois peaux de femelles d’une espèce de singe de taille humaine et désignée sous le nom même de Gorille par les Aborigènes du lieu de la capture, qui était la baie appelée alors Corne du Sud.
- La région géographique habitée par le Gorille, et dans laquelle,on le rencontre ordinairement par petits groupes isolés, composés d’un père et d’une mère et quelquefois aussi de deux ou trois jeunes, mais où se trouve également le Chimpanzé, autre grand singe anthropoïde, paraît être uniquement cette partie de la côte occidentale de l’Afrique tropicale traversée par les rivières Danger et Gabon, dans les parties boisées, entre les latitudes 1 à 15° sud. C’est du moins de ces contrées que proviennent tous les restes de ce genre d’animal, sujets entiers ou crânes que l’on possède maintenant en grand nombre dans les différents musées du monde.
- Disons immédiatement que le Gorille est un être affreusement hideux dans tout son ensemble. C’est aussi le plus robustement constitué et sans doute le plus fort des singes anthropoïdes. Dans l’âge adulte, il a la tête très-allongée et le museau très-saillant en avant; des mâchoires d’un développement considérable, armées de dents canines presque égales à celles du lion, et que meuvent des muscles d’une puissance vraiment extraordinaire. Le tronc, d’une extrême ampleur, est très-large, surtout transversalement, fortement voûté et penché en avant, très-renforcé, pour ainsi dire, dans la région du cou, mais manifestement dépourvu de presque toute souplesse dans ses diverses parties, comme pour réaliser la plus grande force possible. Les bras longs et très-robustes, parfaitement disposés pour exécuter facilement des mouvements en tous sens, descendent un peu au-dessous de la moitié supérieure de la jambe, quand l’animal est debout. Les membres postérieurs, au contraire, courts et maigres, se terminent, comme d’ailleurs chez tous les quadrumanes, par un pied très-perfectionné et permettant complètement la préhension, c’est-à-dire, dont le pouce est aisément opposable aux autres doigts du même membre, ce qui n’a pas lieu à la main, qui est particulièrement mal formée et dans laquelle ces organes ne sont libres qu’à peu près à la jonction des premières et des deuxièmes phalanges.
- La couleur générale du pelage du Gorille est ordinairement d’un gris foncé faiblement mélangé de roux, avec des poils ondulés et approchant du caractère laineux. La peau de la face, nue et profon-
- dément ridée, est d’une couleur plombée. Les yeux sont petits et verdâtres; enfin le nez est très-plat et presque nul.
- Lu gorille très-adulte, le premier de son espèce qui soit parvenu entier en Europe, et qui figure depuis longtemps avec distinction dans les collections du Muséum de Paris, sous le double état de squelette et d’empaillage, mesure les dimensions suivantes :
- Hauteur de la plante des pieds au sommet de la
- tête...................................... 1‘", 42
- Largeur en travers aux épaules......... 0m,42
- Longueur des membres supérieurs. . . . 0m,95 Longueur des membres inférieurs. . . . 0m,70 (Mensuration faite sur le squelette.)
- Le Gorille, a un aspect profondément brute et féroce. Il faut dire pourtant à l’avantage de sa femelle qu’avec une stature à très-peu près pareille à celle de son compagnon de ménage elle se distingue cependant par des formes beaucoup plus délicates et une mine bien moins brutale que lui ; et l’on peut encore ajouter que leurs petits, mais seulement en très-bas âge, ont même assez de gentillesse, et que leur crâne alors arrondi, leur museau peu proéminent et leur face presque lisse, leur communique une physionomie assez douce et qui a quelque faible ressemblance avec celle de nos jeunes enfants.
- Il n’est pas sans intérêt de remarquer que, pas plus qu’aucune autre espèce de singe, le Gorille ne jouit du moyen de pouvoir se tenir* debout et de marcher, les mains libres, dans cette attitude. Cette remarquable faculté, qui nécessite de nombreuses dispositions anatomiques que l’on doit considérer comme les plus parfaites, n’appartient en réalité qu’à l’homme seul dans toute la classe des mammifères. L’allure même à quatre pattes ne semble pas non plus facile au Gorille. Pour cheminer dans cette posture, ne pouvant étendre ses doigts de devant, qui ont une tendance naturelle et permanente dans le sens de la flexion, il marche gauchement, de la manière la plus insolite, en appuyant sur le sol la face dorsale de ces mêmes doigts. C’est dans les arbres seulement, accroché aux branchages, que cet animal développe largement toutes ses ressources, c’est là qu’il vit réellement et qu’il recherche sa nourriture composée presque uniquement de fruits et d’amandes d’arbres, mais qui doit bien aussi comprendre quelquefois de petits animaux, comme on a eu lieu d’en avoir la certitude en remarquant des poils en abondance entre les dents d’un sujet venant d’être tué au moment où il faisait son repas d’un petit mammifère.
- Les naturalistes les plus éminents s’accordent assez généralement à donner au Gorille le premier rang de l’animalité, et ils le considèrent comme devant prendre place immédiatement à la suite de l’homme dans la série des êtres. Mais les partisans du transformisme font, comme on sait, bien autrement honneur à cet horrible singe : ils le prennent
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- pour l’image exacte et fidèle de leur plus ancien aïeul, qu’il est peut-être même tout simplement, et ils attendent avec certitude et patience que des découvertes paléontologiques toujours espérées viendront un jour convertir leur hypothèse en fait acquis. Mais, soit dit comme simple remarque en passant, on ne peut parvenir à nier qu’entre les premiers des singes que nous connaissons et les dernières races d’hommes, actuelles ou éteintes, on voit toujours subsister une lacune immense, trop grande pour avoir pu être franchie d’un seul élau, et que toujours et partout le type humain manifeste une haute et incontestable supériorité.
- 11 est à remarquer qu’on n’a pas encore acquis de renseignements certains sur le caractère du Gorille. Si 1 on devait s’en rapporter aux premiers récits livrés à ce sujet, il faudrait voir dans ce singe un animal des plus redoutables et dont la chasse présenterait les plus grands dangers. Suivant cette version, on le représenterait comme animé de la plus atroce férocité et prenant surtout plaisir à s’emparer habilement de pauvres nègres, à les transporter sur la cime des plus hauts arbres, et à les lancer de là sur le sol où ils retombent broyés. Mais, suivant des rapports tout récents et qui ont droit de mériter confiance, il n’y aurait rien de vrai dans cette ancienne relation des mœurs du Gorille, et l’on affirme aujourd hui que ce géant des singes, au milieu des vastes forêts qu il habite, n’est réellement qu’une pauvre bête sans défiance, sans méchanceté pour 1 homme, et que l’on peut impunément ajuster, tirer et même manquer sans avoir à redouter le plus petit retour offensif de la part de l’animal blessé. Il est certain, à 1 appui de cette dernière affirmation, que les nègres du Gabon, qui ont été longtemps les seuls chasseurs des Gorilles, et qui n’avaient à leur disposition que les plus mauvais fusils qu’ils chargeaient avec des projectiles d’un effet presque nul à quelque distance, ordinairement des morceaux de marmite de fonte, étaient obligés de s’approcher très-près de l’animal pour parvenir à l’atteindre et qu ils 1 estropiaient souvent bien des fois, séance tenante ou à des époques plus ou moins éloignées avant de lui avoir porté le coup mortel; et c’est pour cela que l’on peut remarquer si souvent autant de traces de blessures à différents états d’ancicn-nete sur les squelettes des sujets de cette espèce ’.
- Les naturels des mes du Gabon, qui se reconnaissent une étroite parenté avec les Gorilles, les chassent pour les manger, sans doute par un instinct antropophagique persistant. Ils sont surtout très-friands de leur cervelle, et tous les crânes des
- 1 M. le marquis de Coinpiègnc, prouve par plusieurs récits de chasse, combien on a généralement exagéré la férocité du Gorille : 0
- « Deux Bakalais dit le courageux explorateur, ayant vu un giand Gorille mâle entrer dans un petit bois, se gtissèrent, comme des serpents sur ses traces, et arrivèrent à quatre ou cinq pas de lui. Ils voulurent faire feu, mais leurs deux fusils à pierre ratèrent, ce qui n’est pas rare avec de pareils outils. Le Gorille fit dans le premier moment ce que ferait un sanglier
- individus capturés par eux sont facilement reconnaissables à une large brèche en dessous et par laquelle on a extrait la substance cérébrale.
- La chasse du Gorille est aujourd’hui poursuivie avec une étonnante ardeur, et ce ne sont plus seulement de malheureux nègres mal armés qui s’y livrent, mais des sportmans, chasseurs émérites de tous les pays, et pourvus de tout ce que l’armurerie actuelle, si avancée, peut offrir de plus perfectionné eu,armes à feu, qui viennent de très-loin au Gabon pour concourir à la destruction du plus proche voisin de l’homme dans la création. Il n’est pas sans raison de penser que la race du Gorille ne soit sérieusement menacée d’une extinction prochaine, et que dans un temps peu éloigné peut-être elle comptera au nombre des espèces animales déjà définitivement anéanties par l’homme dans les temps modernes.
- RÉGULARISATION DU COURS DU DANUBE
- A VIENNE.
- Le Danube, par sa subdivision en un grand nombre de petits bras, formait anciennement au nord-est de la capitale de l’Autriche une sorte d’archipel boisé que les Viennois considéraient, il y a deux siècles, comme une des curiosités et une des plus jolies promenades des environs de leur cité. Mais, depuis, les bois ont été coupés, la plupart de ces ruisseaux, dont l’ensemble constituait le fleuve, se sont plus ou moins transformés en marécages, et la salubrité de certains quartiers de la ville en a été sérieusement atteinte. La navigation, toujours plus active sur cette grande artère de l’Europe centrale, a trouvé dans l’éparpillement des eaux un obstacle à son développement et, malgré le secours que lui apporte le canal qui traverse la ville, la nécessité de changer cet état de choses ne tarda pas à être reconnue. Ajoutons enfin que les faubourgs du nord s’étant rapidement étendus, de terribles inondations vinrent à intervalles presque réguliers montrer qu’il y avait urgence à modifier l’œuvre de la nature.
- La question ne fut cependant pour la première fois sérieusement examinée qu’en 1810, et encore aucune suite ne fut donnée aux projets élaborés. En 1850 seulement M. Brück, alors ministre du commerce, fit un pas réel vers la réalisation de cette entreprise. Il nomma une commission pour étudier :
- 1° Les moyens de régulariser le cours du fleuve ;
- 2° Les travaux à faire pour transformer en une
- brusquement surpris dans sa bauge : il courut sur eux. Laissant tomber leurs fusils, devenus inutiles, les Bakalais saisirent leurs couleaux, de ces couteaux à lames larges fabriqués par eux-mêmes, et, l’arme haute, l’attendirent do pied ferme... ce que voyant le Gorille se sauva. »
- M. de Compiègne nous a raconté qu’il avait vu lui-même très-fréquemment des Gorilles se sauver à son approche en se frayant, avec une extraordinaire agilité, un passage à travers les branches d’arbres et les broussailles.
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- voie navigable en toute saison le canal qui traverse la ville;
- 3° Enfin l’établissement d’un pont fixe mettant cette dernière en communication avec la rive gauche du Danube.
- Après une étude approfondie, la- commission répondit qu’il fallait :
- 1° Dériver le fleuve à la hauteur de Vienne entre l’embouchure et le confluent du canal, au moyen d’une courbe de grand rayon et sur une largeur normale de 380 mètres ;
- 2° Supprimer dans ce parcours tous les bras accessoires du fleuve ;
- 3° Etablir des digues distantes entre elles de 760
- mètres pour préserver les environs des inondations.
- 11 fut en outre décidé qu’on conserverait au canal du Danube le caractère de bras naturel du fleuve, qu’on établirait un barrage éclusé à‘ son entrée et que le pont fixe devrait être établi dans le prolongement de la chaussée du Prater.
- Cependant, encore une fois la question en resta là, et il ne fallut rien moins que la désastreuse inondation de 1862, qui submergea tous les faubourgs du nord occupés par une population de plus de cent mille habitants, pour que l’on se remît à l’œuvre. Une nouvelle commission, composée du ministre, des membres de l’administration provinciale, du bureau provincial de permanence, du Con-
- seil commercial de Vienne, de la Chambre de commerce et des principales compagnies de transport, fut réunie en 1864 pour étudier le projet de M. Pa-retti, datant de 1859, et les projets de régularisation dus à MM. Kink, Michalek, Riener et Baum-gartner. Cette commission, à son tour, institua un comité rapporteur qui, après examen de ces différents projets et discussion, rédigea le programme suivant :
- 1° Régularisation du cours du Danube à partir des prairies de Kuchelau, embouchure du canal, en deçà de Nusdorf, jusqu’à Fiscbamend, confluent du canal ;
- 2° Extension des projets de régularisation en deçà et au delà de ces limites ;
- 3° Régularisation de la section du fleuve et de ses bras accessoires ;
- 4° Défense de Vienne par la construction rationnelle des nouvelles rives ;
- 5° Approfondissement du lit et alimentation du canal pour une navigation constante ;
- 6° Établissement de grands quais de débarquement et d’un port d’hiver ;
- 7° Aménagement d’un emplacement convenable pour recevoir des voyageurs, des troupes et leur matériel de guerre ;
- 8° Construction de docks, de magasins et de chantiers destinés à transformer Vienne en un grand centre de navigation et facilitant le transbordement des marchandises ;
- 9° Établissement de quais de débarquement sur une longueur de 4 7l)0 mètres et rapprochement de ces quais, et du fleuve par conséquent, de la ville, en finit que cela serait possible ;
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- 10° Réserve de l’emplacement d’une station centrale pour les chemins de fer aboutissant à Vienne ;
- 11° Construction définitive de ponts de routes et de chemins de fer sur le Danube en rapport avec les besoins de la navigation.
- Ce vaste programme fut accepté en principe, mais le mode d’exécution donna encore lieu à de-vives et longues discussions auxquelles furent appelés à prendre part un certain nombre d ingénieurs étrangers. Les uns voulaient simplement améliorer et régulariser le lit naturel du fleuve, tandis que les autres préféraient établir une dérivation et créer un nouveau lit. Enfin, ce second système proposé par
- la commission fut adopté, et l’État, la province et la ville, tous les trois intéressés à l’exécution rapide des travaux, s’entendirent pour prendre à leur charge la dépense évaluée par le devis à vingt-quatre millions de florins (cinquante-huit millions de francs environ).
- Une nouvelle commission, à laquelle chacun de ces intéressés délégua trois membres, fut formée le 17 mars 1869; la présidence eu fut donnée au ministre de l’intérieur, et M. le conseiller ministériel G. Wex fut chargé des études de détail et de la direction générale des travaux.
- On se mit immédiatement à l’œuvre, et la même
- année trois entrepreneurs français, MM. Castor, Cou-vreux et Hersent obtinrent l’adjudication de l’ensemble des travaux.
- Le nouveau lit, d’une longueur de 15 kilomètres, commence à Nussdorf en amont de Vienne et se termine en aval du village de Kaiser-Eberdlorf. Comme on peut le voir sur le plan que nous publions ci-joint, il suit une ligne légèrement courbe tournant sa convexité vers la ville, dont il se- rapproche beaucoup plus que ne le faisait le lit naturel.
- L’entrée du canal a été beaucoup améliorée et munie d’une écluse avec bateau-porte qui permet de le fermer l’hiver et de protéger la ville contre l’invasion des glaces au moment de la débâcle.
- La section du nouveau lit est divisée en deux parties :
- 1° Le lit mineur qui doit recevoir la totalité des] eaux en temps ordinaire. 11 a 285 mètres de longueur et une profondeur de 5 mètres à 3m,50 au-dessous du niveau moyen ou zéro de l’échelle ; 2° Le lit majeur, destiné à l’écoulement des crues, ajoute au premier une largeur de 515 mètres, sa profondeur est de 2 mètres seulement au-dessous du niveau moyen.
- Sur la rive gauche il est limité par une digue insubmersible arrasée à 6““,30 au-dessus des eaux moyennes et sur la rive droite par une vaste plateforme constituée par les déblais extraits lors du creusement du nouveau lit. Cette plateforme, complètement à l’abri des inondations, est destinée à recevoir les constructions importantes indiquées sur notre carte par de petits rectangles non teintés.
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- Les travaux à exécuter se décomposaient de la manière suivante :
- Mètres cubes.
- Terrassements à sec.............. 6,557,000
- Dragages......................... 7,524,000
- Maçonneries........................ 207,000
- Pavages de talus et enrochements. 446,800
- Anciens enrochements et pilotages
- à enlever........................ 285,800
- Fascinage........................... 27,000
- Enfin il y avait à construire l’écluse en tête du canal.
- Une partie des terrassements, la moitié environ, fut exécuté au tombereau ou à la brouette, mais le reste le fut au moyen de l’excavateur dont nous donnons un dessin.
- Ce puissant engin se compose d’une machine à vapeur de 20 chevaux, mettant en mouvement une chaîne à godets portée sur une élinde en tout semblable à celles des dragues que tout le monde connaît. Toutefois ici le mouvement de la chaîne se fait en sens inverse, les godets vides descendent au-dessus del’élinde, se remplissent en bas et remontent en dessous. Arrivés au point voulu ils se vident automatiquement par l’effet d’un mécanisme spécial.
- Le tout est porté sur un chariot pouvant circuler sur une voie à trois rails et une seconde machine à vapeur de 4 chevaux sert à déplacer l’excavateur sur cette voie.
- Les déblais à leur sortie des godets tombent dans un couloir qui les conduit directement dans les waggons de transport placés sur une seconde voie parallèle à celle dont nous venons de parler.
- Ces appareils, déjà employés à l’istbme de Suez par leur inventeur. M. Gouvreux, ont donné, à Vienne, d’excellents résultats, tant au point de vue de l’économie qu’à celui de la rapidité du travail.
- Il nous est impossible de donner ici la description des nombreuse machines qu’il a fallu imaginer et mettre en œuvre‘pour mener à bonne fin cette grande entreprise, cela nous entraînerait trop loin et nous forcerait à entrer dans des détails techniques qui sortent de notre cadre. Et si nous avons parlé de l’excavateur, c’est que ce nouvel appareil, d’une construction et d’un emploi faciles à comprendre, nous paraît appelé à rendre des services réels dans tous les grands travaux de plus en plus à l’ordre du jour.
- Nous donnerons toutefois la nomenclature des différents appareils employés, cela permettra à nos lecteurs de se rendre compte de l’importance du matériel que nécessite une pareille entreprise, et leur fera apprécier les ditficultés que présente l’organisation du travail sur d’aussi vastes chantiers.
- Force en che-Nombre. vaux.
- Excavateurs....................... 4 96
- Dragues........................... 9 4 89
- Tabliers porteurs................. 1 6
- Roues élévatrices................. 6 6
- Appareils de débarquement. . 10 461
- Grues à vapeur 2 24
- Grues flottantes 1 20
- Locomotives 18 880
- Remorqueurs à aubes 1 240
- Id. à hélice 11 555
- l oueurs à chaîne 2 27
- Id. à corde I 8
- Id. à boulet 4 10
- Sonnettes à vapeur 7 56
- Arrache-pieux 2 16
- Machines à casser la pierre . . 2 20
- Locomobiles pour divers usages 7 55
- Waggons 397
- Bateaux à clapets 6
- Bateaux de transport 160
- Longueur des voies ferrées. . 50 kilomètres.
- 11 faut ajouter à cela, pour l'entretien de cet énorme matériel, cinq ateliers de réparations munis de machines à vapeur d’une force totale de 45 chevaux et contenant un outillage à peu près complet pour le travail du bois et des métaux.
- Enfin les entrepreneurs avaient dû établir de vastes baraquements avec cantines, hôpital, service médical, etc., pour le nombreux personnel employé aux travaux. Giuaudière.
- L’EXPÉDITION DU « CHALLENGER’ »
- Nous avons parlé précédemment de l’intéressant voyage que les membres de l’expédition du Challenger ont, entrepris dans le cours de leur longue croisière scientifique, au milieu de la Nouvelle-Guinée2, et nous avons donné quelques détails sur les naturels de la baie de Humboldt et des îles de l’Amirauté. Ces dernières populations ne sont pas aussi grossières qu’on était généralement porté à le croire ; parmi les articles échangés contre les morceaux de fer, que leur apportaient les Anglais, on doit surtout mentionner des vases taillés dans du bois, et sculptés non sans art, comme le montrent nos gravures (fig. 1 et 2), faites d’après les dessins qui en ont été récemment envoyés eu Angleterre.
- Nous laisserons aujourd’hui de côté les naturels de la Nouvelle-Guinée, pour reproduire en grande partie l’intéressant rapport que M. Wyville Thomson, chef de l’expédition du Challenger, vient d’adresser à la Société royale de Londres, sur le résultat de ses sondages océaniques, en les précédant d’une note plus ancienne que le savant explorateur a écrite sur une pèche de coraux et d’éponges particuliers, et que nous n’avions pas encore offerte à nos lecteurs.
- « A 160 milles S.-O.des îles Féroé, dit M. Thomson, la sonde.fut retirée: elle contenait de petits morceaux de pierre qui ressemblaient aux roches
- 1 Voy. Tables des matières des cinq premiers volumes.
- s Troisième année 1875, deuxième semestre, p. 185.
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- volcaniques des îles Canaries, avec bases d’attachement et des branches de l’axis calcaire d’un polype Alcyonarien se rattachant au Corallium. Quelques-unes des plus grandes tiges avaient 2 4/2 centimètres de diamètre, la portion centrale très-compacte et d’une couleur blanche pure. Les parties de la hase du corail qui avaient été déchirées par la sonde avaient, dans un ou deux cas, quelques centimètres de long sur plus de 2 4/2 centimètres d’épaisseur, sous forme d’une croûte épaisse d’où sortaient les branches de corail. Tout le corail semblait mort et paraissait avoir été dans cet état depuis longtemps. La formation cependant en paraissait si fraîche, qu’il était presque impossible de supposer qu’il était subfossile, bien que d’après la grande profondeur comparative d’où il avait été ramené et les nombreuses preuves d’action volcanique qui recouvrent ces régions, on se trouve porté à supposer qu’il a pu vivre à un niveau plus élevé pour être transporté postérieurement dans sa position actuelle à la suite d’un changement du niveau de la mer. C’est ce que nous espérons pouvoir vérifier plus tard en retournant au meme endroit à une époque un peu plus avancée dans la saison.
- « Divers spécimens d’une magnifique éponge appartenant aux llexactinellides se trouvaient attachés aux branches du corail. Un des spécimens consiste en deux individus reliés ensemble par la base ; il a environ 60 centimètres de large et offre beaucoup de ressemblance avec ces champignons qui se fixent aux troncs des arbres (fig. 3). Les deux surfaces de l’éponge sont recouvertes d’un filet délicat à mailles carrées, qui ressemble beaucoup à celui de VHyalonema, et qui est dû à des spiculés d’une grande ténuité. L’éponge est bordée d’une frange de spiculés fines, d’où saillit à la base une véritable brosse d’autres spiculés transparentes : celles-ci sont tout hérissées et retiennent les premiers fixes. Cet aspect tout particulier de spiculés hérissées offre un intérêt de premier ordre: c’est la première fois qu’un fait semblable est mentionné dans l’histoire .les éponges.
- « L’éponge que nous avons ramenée était d’abord nuance paille très-délicate. 11 fut. nécessaire de la plonger dans de l’eau douce pour la débarrasser de son sel, et sa couleur se transforma alors en gris de plomb.
- « Pour cette éponge, qui forme le type d’une nouvelle espèce, je propose de donner le nom de Poliopogon Amadou. »
- Le nouveau rapport dont nous allons parler à présent est daté de Hilo Hawaü, 18 août; il donne des détails sur la croisière du Challenger, de Yokohama aux îles Sandwich. Le Challenger a quitté Yokohama le 16 juin 1875, se dirigeant vers l’est, entre les 55° et 40" de latitude nord jusqu’au 155° méridien est. Le navire suivit alors de là une route presque directement au sud, et arriva à Honolulu le 27 juillet. Yingt-quatre stations d’observation furent établies, et dans la plupart, le programme étudié à l’avance put être entièrement exécuté. Nous lais-
- sons du reste la parole à M. W. Thomson qui rend compte des résultats obtenus L
- « Le 17 juin 1875, à 40 milles au sud-est du phare de Nosima, la sonde fut jetée dans une profondeur de 1,875 brasses (environ 5,430 mètres), sur un fond argileux d’un gris bleuâtre, dont la température était de 1°,7 C. Le filet-drague ramena une grande quantité de cette argile, qui était dans un état de concrétion particulière, grummeleuse, et percée dans tous les sens par un annélide du groupe Aphroditacéen. Souvent les annélides habitaient encore leurs petites cavités. Cette argile était entremêlée de gros morceaux d’une ponce grise. Les zoo-phytes hyoïdes y étaient représentés par une espèce très-remarquable, et qui semblait se rapprocher du genre Monocaulon de Sârs, polype solitaire cory-morphe, à gonophores adelocodoniques. Mais au lieu d’être dans les proportions ordinaires de ce groupe, l’avant, dans l’un de nos spécimens, mesurait sept pieds de hauteur, tandis que la tête du polype mesurait neuf pouces en diamètre entre la première rangée de tentacules. Nous prîmes dans la suite un autre beau et précieux type de cette espèce, à une profondeur de 2,900 brasses1 (station 248). La température de la surface de la mer se maintenait, durant le jour à près de 23° C., considérablement au-dessus de la température de l’air, et une série de sondages donna un état isotherme de 10° C. aune profondeur un peu plus grande que 200 brasses. Nous étions donc évidemment sous l’intlueuce thermique du courant japonais; il fut établi par l’observation que ce courant se dirigeait vers l’est à raison d une vitesse d’un nœud et demi à l’heure. Les thermomètres ont accusé une température uniforme de 1°,7 C. à partir d’une profondeur de 1,000 brasses jusqu’au fond. Une vingtaine d’albatros, d’un plumage généralement brun, et à têtes blanches suivaient Je navire. C’étaient apparemment de jeunes oiseaux à plumes de deux ans, variété ou espèce du Nord-Pacifique.
- « Le lendemain nous eûmes une forte brise venue du sud et une mer grosse. Nous jetâmes néanmoins la sonde avec succès à une profondeur de 3,950 brasses. Ce fut là notre sondage le plus profond dans la position du Nord-Pacifique, à une latitude estimée de 54° 43' N., et une longitude de 144° 2' E, environ; le fond était d’argile rouge. La température élevée de la surface subsistait toujours. La position isotherme de 10° C., à la station 239, à une profondeur de près de 300 brasses, indique que jusqu’à ce point, dans tous les cas, l'influence du Kuro-Siwa n’avait pas diminué.
- « Le 21, les observations de température donnè-
- 1 Extrait du Rapport à l'ingénieur hydrographe de l'Amirauté sur la croisière du vaisseau de Sa Majesté « le Challenger », du mois de juin au mois d’août 1875, par le professeur Wyville Thomson, membre de la Société Royale, chef de la mission scientifique civile à bord. Lu à la Société Royate le 18 novembre. — Nature, 1875.
- 1 La brasse anglaise (fathom) vaut 1"\829 mètres.
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- LA NATIIHL.
- rent un singulier résultat. La température de la surface était descendue à 18° 2' G., et la couche d’eau au-dessus de 46° G. diminua d’épaisseur à une certaine profondeur au-dessous de 100 brasses; toutes les couches isothermes, dans tous les cas, jusqu’à une profondeur de 400 brasses, s’élevèrent en proportion. Si nous comparons avec nos observations de température les observations américaines, il n’y a guère à douter, ce semble, que celte soudaine diminution de la température ne soit due à un courant d'eau froide venue de la mer d’Okhotsk, probablement par le Pico Cbannel ou le détroit de Yriès.
- « Le26 juin, nous avons jeté la sonde à une profondeur de 2,800 brasses. Nous y trouvâmes plusieurs formes que probablement l’on ne rencontre jamais à la surface, notamment un certain nombre d’espèces appartenant à un groupe qui, autant que nous sachions, n’a jamais été décrit. C’est un groupe qui paraît intermédiaire entre les Radiolariens et les Foraminifères; il ressemble aux premiers par la nature sarcodique et par la composition de la coquille; aux seconds par la forme extérieure. Les débris de coquilles de ces organismes sont extrêmement abondants dans ces sondages en terre rouge.
- « Au point de vue zoologique, la pêche du 28 février fut singulièrement fructueuse et donna un ou deux poissons, un scalpellum, un grand nombre d’annélides, entre autres un aphroditacéen remarquable; des échinodermes, des genres Pourtalesia, Archaster, Brisinya et Antedon; une précieuse espèce de Cornularia, plusieurs spécimens de Fun-gia symmetrica et quelques Actinies. La distribution générale de la température demeura sensiblement constante; l’isotherme de 10° G. conserva sa position sur une zone d’environ 200 brasses de profondeur.
- « Le 2 juillet, nous avons dragué dans 2,050 brasses, sur un fond de vase légère et brunâtre, et avons ramené un grand nombre de coquillages Glo-
- ! bigerina. La poche à drague était pleine de morceaux de pierre ponce mêlée avec des spécimens nombreux et singulièrement caractérisés de la vie animale dans les eaux profondes, et dont le plus intéressant est une espèce non encore décrite à'Hya-lonema, très-abondante et parfaitement conservée.
- « Le 12 juillet, la poche à drague descendit à 2,740 brasses et revint avec peu d’animaux, mais fortement entamée et éraillée. Dans une sorte de nœud formé par un repli, nous trouvâmes un quintal environ de concrétions noires qui, versées sur le
- pont, ressemblaient assez à des pommes de terre. La surface extérieure de la concrétion était légèrement rugueuse et dans ses crevasses résidaient, en grand nombre, de petites formes animales, notamment une espèce minuscule de Rhizo-pode enveloppé d’un tube membraneux. Nous examinerons plus loin la nature de ces concrétions.
- « Le 14 juillet 1875, nous atteignîmes le 58 °9' de latitude nord, sur le 156° 25' de longitude ouest, et nous dirigeâmes au sud sur les îles Sandwich.
- « Des soudages successifs établirent un abaissement graduel de la température de l’eau; l’influence du courant japonais cessait peu à peu ; l’isotherme de 10° C. n’était plus qu’à 100 brasses de la surface.
- « Le 17 juillet, la sonde toucha, à 5,025 brasses, un fond toujours d'argile rouge; le 19, nous n’eûmes plus que 2,850 brasses. Une série de sondages pris sur ce dernier point donna, pour 1,500 brasses, une augmentation considérable de température vers la surface; l’isotherme de 10° C. était redescendue à 200 brasses ; celle de 15° G. correspondait à 100 brasses.
- « Le 24, par 2,775 brasses, les albatros qui avaient suivi le navire, depuis le Japon, au nombre de quatorze à vingt, nous abandonnèrent. Dans la soirée du 27, le Challenger jeta l’ancre dans le port d’Honolulu.
- Fig. 1. — Vase en bois sculpté (les naturels des îles de l’Amirauté. (D’après le dessin d’un membre de l’Expédition anglaise du Challenger.)
- Fig. 1. — Autre vase en bois sculpté de même provenance.
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- «'Cette croisière se divise naturellement en deux périodes. Elle comprend une première section de 5,170 milles nautiques environ de longueur, avec les stations de 257 à 255, dans une légère direction de nord-est, entre les 55° et 58° de latitude ; puis une autre section, méridionale, de 1,128 milles nautiques le long du 150° de longitude ouest. La pre-
- mière de ces deux sections correspond très-exactement, en position relative, avec celle de l’Atlantique, entre Sandy Ilook et les Açores ; les points de ressemblance et de différence entre elles, étudiés à fond, seront très-instructifs. Les deux sections franchissent les deux grandes inclinaisons du courant équatorial vers le nord, l’inclinaison du Gulf-Stream
- Fig. 3. — Polyopogon amadou, Wy. T.
- (Nouvelle espèce d’éponge retirée du fond de la mer par la sonde du Challenger, à 160 milles S. 0. des îles Feroë.)
- dans l’Atlantique, et l’inclinaison du Kuro-Siwa dans le Pacifique ; l’influence thermique des deux courants est très-différente. L’influence du Gulf-Stream, si elle n’est pas absolument plus grande (ce point serait difficile à préciser), est dans tous les cas beaucoup plus concentrée, plus énergique, à cause de la ligne de conduite des côtes du continent américain, à cause de la direction prise par le courant équatorial vers le golfe du Mexique, où il est surchauffé,
- pour être ensuite refoulé et former un courant nouveau, très-prononcé, passant par le détroit de la Floride. Une autre cause qui contribue encore à cette augmentation d’influence du Gulf-Stream, c’est l’absence dans l’Atlantique de vents périodiques. Au contraire, dans le Pacifique, le principal courant équatorial est affaibli dans les nombreux méandres de l’archipel malais. Bien qu’il y ait un grand courant vers le nord, et qui traverse la barrière coupée que
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- forment les îles Fiji, les nouvelles Hébrides et la terre des Papous, ce courant arrive dans la région des moussons, qui le contrarient pendant six mois de l’année. 11 est donc à peine comparable à cette partie du courant atlantique, laquelle est refoulée en dehors des Antilles. Cependant il passe par la côte méridionale du Japon et s’y fait sentir comme un courant, en apparence permanent, qui exerce une influence thermique bien prononcée jusqu’à une profondeur d’au moins 300 brasses.
- « Nul doute, ce semble, que la masse immense d’eau froide dont le bassin du Pacifique est rempli ne soit, à l’instar de l’eau froide du fond de l’Atlantique, un tribut de la mer du Sud. Plus on cherche à approndir la question, moins il semble probable qu’il existe une circulation océanique générale dépendant de différences de pesanteur spécifique.
- « il paraît certain que dans l’Atlantique et dans le Pacifique l’eau du fond tend continuellement à se mouvoir vers le nord ; je suis très-porté à attribuer ce mouvement à un excès de précipitation sur l’hémisphère de l’eau, et provenant d’une portion de vapeur formée dans l’hémisphère du Nord, vapeur transportée dans l’immense étendue du Sud, dont la pression barométrique est moindre. Je me propose de traiter à fond et ailleurs ce sujet. La température de l’eau est considérablement plus basse dans le Pacifique, pour le premier millier de brasses, qu’elle ne l’est dans l’Atlantique à la latitude correspondante de 35° N. Il y a une différence très-remarquable entre les deux bassins. Tandis que dans l’Atlantique il paraît certain que la température baisse graduellement , quoique très-légèrement, depuis le premier millier de brasses jusqu’au fond ; dans le Pacifique, au contraire, la température minima de 1°,7 semble être atteinte à une profondeur qui ne va pas au delà de 1400 brasses, point à partir duquel la température demeure constante jusqu’au fond.
- « Les sondages exécutés de Yokohama à Honolulu montrent que dans cette région la profondeur océanique est constante. Vingt-deux sondages opérés sur une même ligne ont donné une moyenne de 2838 brasses. La nature du fond est partout la même ; et d’après la nomenclature que nous avons adoptée, ce fond est dans chaque opération désigné sur notre carte comme étant formé de terre rouge. Cependant cette terre est généralement plus grisâtre que l’argile rouge type, et elle contient une proportion considérable de coquilles siliceuces, proportion qui augmente en raison de la profondeur ; on y trouve aussi une grande quantité de pierre ponce plus ou moins divisée. Cette argile contient peu de traces de carbonate de chaux, bien que la surface fourmille de foraminifères. Quelquefois le filet ràcleur nous a apporté des quantités considérables de grosses ponces qui semblaient avoir été amollies et désagrégées. Ces morceaux de pierre ponce étaient souvent revêtus et pénétrés d’oxyde de manganèse. Sur la surface se trouvait aussi une argile rouge rem-
- plie de concrétions, formées de peroxyde de manganèse mamelonné, et dont la grosseur des rognons variait depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’une pomme de terre. En fendant ces concrétions, on y trouvait des couches concentriques à fibres rayonnantes, au centre desquelles se voyait un noyau formé par un corps étranger, une dent de requin, un fragment quelconque de manière organique et même quelquefois un morceau d’éponge Hexactin-nélide, du genre Aphrocallistès, irès-beau fossile que j’ai rencontré ainsi conservé au centre de la concrétion. Ces débris couverts d’oxyde de manganèse sont très-abondants, et on les trouve au fond de la mer sur une étendue considérable. »
- Wyville Thomson.
- Chef de l'Fxpcilition du Challenger.
- LES OBSERVATOIRES DES ÉTATS-UNIS
- OBSERVATOIRE DE CAMBRIDGE.
- La Nature a déjà signalé le goût des Américains pour l’astronomie et les progrès rapides qui ont été faits sur cette terre nouvelle dans la création et le développement des observatoires. Mais dans cette première esquisse le sujet n’a été qu’effleuré L Nous avons à signaler maintenant à l’attention de nos lecteurs les nombreux établissements astronomiques qui recouvrent aujourd’hui le Nouveau-Monde.
- Occupons-nous d’abord de celui de Cambridge. L’idée de sa fondation pourrait remonter jusqu’à* l’année 1761 à l’occasion du passage de Vénus. En 1780 l’histoire du pays mentionne une autre Commission astronomique ayant pour objet l’observation d’une éclipse de soleil. En 1&05, M. John Lowell, de Boston, se mit en relation avecDelambre, à Paris, pour étudier la question des observatoires. Dix ans plus tard un comité de l’Université, au sein duquel on remarquait le savant Bowditch, donna au professeur W. C. Bond des instructions détaillées pour l’étude de l’observatoire royal de Greenwich, tant pour les bâtiments que pour les instruments. Lorsque M. Bond revint d'Angleterre, on construisit un modèle de dôme tournant, et on prépara les plans de la fondation de l’observatoire de Cambridge. Mais quoique ces plans fussent terminés en 1822, il fallut attendre jusqu’à l’année 1839 pour obtenir les premiers fonds nécessaires à cette fondation : la somme de dix mille livres sterlings.
- L’observatoire fut érigé dans l’Etat de Dana en 1839, et les observations autorisées par le gouvernement des Etats-Unis, pour être faites en correspondance avec les explorations du lieutenant Wilkes, furent dirigées par le professeur Bond, jusqu’en 1842.
- L’apparition soudaine de la comète de 1843 fut l’occasion du succès définitif de la fondation, attendu que pour observer cet astre splendide qui remplis-
- 1 Voy. ta Nature du 6 juin 187 î.
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- sait d'étonnement les deux Amériques, on fut obligé d’acheter des instruments, télescopes, équatoriaux, micromètres, etc. Ce réveil des passions astronomiques eut pour résulat l’érection du nouvel observatoire de Harvard Collège muni d’un excellent équatorial de Merz et d’autres instruments de grande valeur. Les bâtiments furent terminés en 1844 et le grand équatorial fut définitivement installé le 24 juin 1847.
- Les premières merveilles célestes étudiées à l’Observatoire de Cambridge furent les nébuleuses d’Andromède et d’Orion qui étaient considérées comme les plus fermes soutiens de la théorie nébulaire d’IIers-chel et de Laplace, et qu’aucun télescope n’avait pu jusqu’alors résoudre en étoiles. Nond annonça, le 27 septembre 1847, que le réfracteur de Cambridge, armé d’un grossissement de 200 et dirigé sur le trapèze, résolvait cette région en points brillants, innombrables ; avec un grossissement de 600, le compagnon de Struve était distinctement séparé, et d’autres étoiles aussi apparaissaient comme doubles.
- Des découvertes plus brillantes encore devaient bientôt illustrer le nouvel observatoire. Par une coïncidence assez fréquente dans l’histoire des sciences, deux de ces découvertes, celle de l’anneau intérieur de Saturne et celle de son huitième satellite furent faites le même jour à la fois à Cambridge et en Angleterre; c’était le 19 septembre 1848.
- L’observatoire ayant été doté en 1849 d’un legs de cent mille livres sterlings par M. E. B. Phillips, et le testament de M. J, Quincy ayant pourvu aux fonds nécessaires pour l’impression des observations, on publia, en 1855, un premier volume d’annales dans lequel se trouve un catalogue de 5,500 étoiles comprises entre lequateur et 0°20' de déclinaison boréale. Le second volume, publié en 1857, contient les observations de la planète Saturne faites pendant une période de dix ans, les mesures de son disque et de ses anneaux, la disparition de ceux-ci, la découverte du nouvel anneau et celle d'ÏIypérion le 8e satellite.
- Le texte est illustré de 94 dessins de la planète. La seconde partie de ce deuxième volume n’a été publiée qu’en 1866 et renferme un second catalogue de 4,484 étoiles. Le troisième volume publié en 1862, est un magnifique in-4° de 572 pages, illustré de planches presque entièrement consacrées à la grande comète de Donati.
- La grande nébuleuse d’Orion fut l’un des principaux objets d’étude de l’observatoire jusqu’à la mort du professeur W.-C. Bond, le père, en 1859, et aussi la mort de son fils G.-P. Bond, en 1865. Les observations de celte nébuleuse forment le dernier volume publié des annales (1867) sous la direction de M. Saflord alors directeur de l’observatoire de Dearborn qui avait fait partie antérieurement de l’observatoire d’Harvard. Cette nébuleuse a été aussi l’objet spécial des observations de lord Rosse à l’aide de ses deux grands télescopes pendant
- 19 ans; on trouve les résultats de ces observations illustrées de magnifiques dessius dans les transactions de la Société royale de 1868.
- Depuis l’année 1866, dans laquelle le professeur Joseph Winlock fut nommé directeur, le travail de l’observatoire a pris une extension plus considérable encore. Camille Flammarion.
- — La suite prochainement. —
- —e><Cx—
- LA BOSNIE ET L’HEBZÊGOVINE
- L’attention publique est depuis plusieurs mois déjà fixée sur ce coin de la Turquie, où le problème de la question d’Orient est venu se poser encore une fois devant l’Europe avec l’insurrection de l’Herzé-govine. Notre intention est d’indiquer ici quel a été dans l’histoire le rôle de la population serbe, quelles sont ses misères actuelles et ses espérances pour l’avenir. Établis sur les bords de l’Adriatique, avant l’époque des grandes invasions, les Bosniaques ont des légendes où se retrouvent encore le souvenir des victoires d’Alexandre et de la conquête des Romains. Tour à tour possédée par les Vandales, les Huns, les Goths, les Lombards et les Avares, la Bosnie devint au septième siècle la proie des Serbes de la Gallicie orientale, passa après de longues guerres contre les Bulgares sous la domination des empereurs d’Orient, se rendit indépendante au douzième siècle et résista avec une grande bravoure aux efforts des Turcs jusqu’en 1589, époque où Lazare, empereur de Serbie, fut défait, pris et massacré par les Turcs dans les champs de Kossovo. Avec lui périt l’indépendance des Serbes qui, successivement protégés par les Hongrois contre les Turcs et par ces derniers contre les Hongrois, virent en 1455 Mahomet H pénétrer dans leur pays, le dévaster et emmener en captivité 200 000 habitants. Cependant les intrigues des évêques d’Allemagne, l’hérésie des bogomiles, avaient fini par rendre indifférente à la religion chrétienne la masse de la population ; aussi tous ceux qui possédaient quelques privilèges féodaux se firent-ils musulmans pour les conserver. Ils ne tardèrent pas à devenir les véritables maîtres du pays ; ces begs ou kapetani, qui avaient, au-dessous d’eux les spahis ou possesseurs de spahiliks, furent exemptés d’impôts et se firent donner ou prirent le droit d’exiger des ratas ou paysans la dîme et les corvées Enfin un peu plus tard, les spahiliks furent transformés en tchi/tliks ou fermes dont le seigneur devint propriétaire absolu. Les malheureux paysans chrétiens lurent alors à l’envi opprimés, foulés, spoliés par toute cette petite noblesse, qui punissait de mort la plus légère injure. Cette épouvantable situation s’est continuée à travers les siècles jusqu a nos jours, et l’on peut comprendre facilement quelle haine, quelle soif de vengeance les chrétiens ont amassée contre les musulmans, qui appartiennent cependant comme
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- eux à la race serbe. Aujourd’hui même, si l’égalité devant la loi a été garantie aux Bosniaques par le hatti houmayoum de 1850, c’est un principe universellement méconnu, et le témoignage des chrétiens contre les musulmans qui est accueilli dans toutes les grandes villes de la Turquie, en Bosnie et en Herzégovine les juges refusent d’en reconnaître la validité.
- Les impôts à percevoir sont affermés à un individu qui pressure de son mieux et par tous les moyens les malheureux raïas. 11 serait trop long d’énumérer toutes les vexations, tous les crimes qui se commettent au nom du gouvernement ottoman ; s’il est souvent impuissant à les empêcher, bieu plus souvent encore il a eu le tort immense de les encourager. Ce système de gouvernement, qui pouvait être bon au moment de la conquête, ces divisions religieuses et politiques qu’on entretenait alors avec si grand soin, ont depuis des siècles fait leur temps, et il serait de l’intérêt bien entendu du gouvernement ottoman d’apporter enfin un remède à un état de choses qui nous rappelle la hideuse époque du moyen âge.
- L’insurrection actuelle n’a pas tout d’abord semblé hâter le moment des réformes que des populations si souvent trompées n’accueilleraient d’ailleurs qu’avec une excessive méfiance ; il n’a pas moins fallu que la menace d’une intervention européenne pour décider le sultan à entrer franchement dans une voie réparatrice. Et cependant qu’il pourrait être riche ce magnifique, ce pittoresque pays, cette Suisse de l’Orient ! A l’angle
- N.-O. de la Turquie, la Bosnie forme une contrée montagneuse dont les cimes n’atteignent pas cependant la région des neiges persistantes. Ce sont des roches calcaires autrefois recouvertes d’un épais manteau de forêts aujourd’hui bien éclaircies et qui,
- dans certaines parties, se plissent en de grandes vallées cratéri-formes que traversent d’innom-brables cours d’eau. Presque tous, l’Una, le Verbas,la Bosna, la Drina, vont rejoindre la Save ; seule la Narenta a su se frayer une route vers l’Adriatique, qu’elle alleintaprès avoir arrosé Rognitza et Mostar. Les plaines, très-fertiles , produisent la vigne, le mûrier et l’olivier, et nourrissent d'innombrables troupeaux de chevaux, de bœufs, de moutons et de chèvres. Les forêts renferment, outre des ours, des loups, des sangliers, des daims et des chevreuils, d’im-
- menses troupeaux de porcs à demi sauvages qui sont un des éléments de richesse de la contrée , et qui avaient fait donner par les Turcs à la basse Bosnie le nom de « pays des cochons ». Les montagnes renferment de nombreux . gites métallifères, du cuivre, du plomb, du fer, du sel gemme, richesses minérales à peu près inexploitées, et les torrents qui descendent du Dormitor, du Kom et du Koutschi roulent des paillettes d’or.
- Quant aux habitants, braves, hospitaliers, francs, travailleurs, économes, ils possèdent toutes les qualités des autres Serbes. « Les mariages sont respectés, dit M. Élysée Reclus, dans sa Nouvelle géographie universelle, et même les Bosniasques musulmans
- Chutes de la Pleva, en Bosnie.
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- repoussent la polygamie que leur permet le Coran ; ceux de l’Ilerzégovine ne tiennent pas non plus leurs épouses enfermées, et, dans nombre de villages, toutes les maisons ont une porte de derrière, afin que les femmes puissent voisiner sans passer dans la rue... En dépit de leurs bonnes qualités, que de barbarie, que d’ignorance, de superstitions et de fanatisme subsistent à la fois chez les chrétiens et les mahométans ! D’incessantes guerres, la tyrannie d’un côté, la servitude de l’autre, ont ensauvagé leurs mœurs; le manque de routes, les forêts et les rochers de leurs montagnes les ont tenus éloignés de toute influence civilisatrice. »
- On se demande comment dans un pays aussi barbare, en proie à des guerres incessantes, il se fait qu’il existe des cités populeuses, actives, industrieu-
- ses, et cependant Bosna-Seraï ou Seraïevo, la capitale, compte 50 000 habitants, Travnik, l’ancien chef-lieu, pittoresquement groupée au pied de son ancien château, en renferme 12 000, Banjalouka, reliée à la frontière autrichienne par un chemin de fer, a 18 000 habitants, Zvornik, important marché sur la frontière serbe, 14 000, Novibasar, Mostar et Trebigne, 9000. Celte dernière petite ville qui confine au Monténégro et sur laquelle l’insurrection actuelle vient d’appeler l’attention, se trouve sur la route de Scutari d’Albanie à Raguse, et non loin de Grahovo, plaine qui est dominée par le petit fort d’Umatz. Située dans une vallée, Trébigne est enveloppée de vieilles fortifications baignées par les flots limpides de la Trebinitza. Au point de vue administratif, la Bosnie se divise en trois provinces, la Bosnie pro-
- La cataracte de la Pleva, en Bosnie.
- prement [dite, séparée de la Serbie par la Drina affluent de la Save, la Croatie turque et l’Herzégo-vine qui touche à la Dalmatie et au Monténégro ; c’est un ensemble de 1025 lieues carrées qu’habitent 1 200 000 individus, presque tous de race slave, sauf quelques Juifs, Tsiganes ou Osmanlis répandus dans les villes. Quant au gouvernement, il est exercé par un haut fontionnaire turc qui porte le titre de gouverneur général, et qui a sous sa dépendance, à la tête des vilayets, des sous-gouverneurs choisis toujours parmi les begs.
- Nous reproduisons ici trois vues de la Bosnie, d’après les dessins de M. Vignoles, un des ingénieurs anglais qui furent chargés d’inspecter l’année dernière les chemins de fer ottomans ; c’est entre autres une vue des chutes de la Pleva. A cet endroit, la rivière n’est pas éloignée de sa source de plus de vingt milles. Elle a déjà, avant d’atteindrecetendroit, formé plusieurs jolis petits lacs d’où l’eau, bleue comme
- l’azur, s’échappe en petites cascades de dix à vingt pieds de haut et retombe au milieu des rochers recouverts de taillis et de fourrés. Près de la ville de Yaitza se trouvent les cataractes hautes de 100 pieds que nous reproduisons ; la rivière divisée en un grand nombre de bras forme des petites îles sur lesquelles se sont pittoresquement juchés une quantité de moulins qui, lors des inondations, sont quelquefois emportés dans les précipices. La ville et sa vieille forteresse qui se dresse fièrement au-dessus, les chutes de la Pleva et ses moulins de bois, tout cela forme un ensemble unique qui se grave profondément dans la mémoire. Comme nous l’avons dit, Bosna-Seraï renferme environ 50 000 habitants, c’est une ville magnifiquement située dans une profonde vallée entourée de trois côtés par de hautes montagnes sur les pentes desquelles la ville est bâtie; à chaque maison est attenant un jardin où sont plantés ces pruniers qui servent à
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- fabriquer le raki ou slivovitza, dont les Bosniaques font une si énorme consommation, que chacun, y compris les femmes et les enfants, boit en moyenne cent trente litres de celte eau-de-vie de prunes par an. Grâce à cette verdure qui vient égayer l’aspect général de Séraïévo, l’effet est trcs-piltoresque et saisissant, aussi les habitants ont-ils l’habitude de demander naïvement aux étrangers si Paris peut être comparé à Bosna-Seraï. Gabriel Marcel.
- CHRONIQUE
- Sinistres maritimes en 18?5. — L’année 1875 est une de celles où la navigation maritime a été le plus cruellement éprouvée. On ne saurait encore donner le nombre exact des navires perdus dans le cours de cette année sur les mers du globe ; cette statistique ne peut être établie que quand tous les courriers des derniers jours de décembre seront parvenus. En attendant toutefois, nous pouvons signaler que, dans le premier semestre, 645 bâtiments à voiles ont été perdus, dont 42 par abordage et 9 par incendie. 82 bâtiments à vapeur ont fait naufrage, 951 ont essuyé des avaries. 11 y a eu 265 abordages, causant 14 pertes totales et 251 cas d’avaries très-graves. Les chiffres connus du second semestre indiquent des pertes aussi considérables qu’en 1874; mais ce qui frappe surtout, c’est le nombre des abordages dans la navigation à vapeur, presque tous la nuit ou par des temps brumeux. En 1874, on avait compté 212 collisions pendant le premier semestre; en 1875 le nombre s’est accru de 55 pour la même période. Ces chiffres ont une triste éloquence ; ils appellent l’attention des hommes compétents et des autorités maritimes sur l'urgence d’aviser aux moyens de diminuer le nombre des désastres et d'en atténuer les affreuses conséquences. Le gouvernement de l’empire d’Allemagne vient de prendre à ce sujet une initiative à laquelle on ne saurait trop applaudir. 11 a convoqué une conférence de délégués des États maritimes allemands, en vue de régler la question des enquêtes en cas de sinistres maritimes. Cette conférence à du se réunir à Berlin le 17 février. On espère qu’elle s’occupera en outre de l’organisation des tribunaux maritimes. P. B.
- Protubérances sur la Lune. — Le journal anglais Nature a publié une observation fort curieuse, mais dont nous lui laissons la responsabilité. Le 15 juillet 1875, à minuit, MM. Davidson et Loftus, ingénieurs, se Irou-vaient a Champon Bay, dans le golfe de Siam, sur le navire Coronation, par 90° 15' de longitude orientale et 10° 27' 40" de latitude boréale, lorsque leur attention fut attiré par l’aspect singulier que la lune présentait. La lune était alors élevée de 20 degrés au-dessus de l’horizon et au sud-ouest. On voyait à l’œil nu une protubérance s’élevant sur le bord supérieur de son disque. Aussitôt on se hâta d’aller chercher les meilleures lunettes qui se trouvaient à bord, et on observa avec soin la protubérance dont on fit un dessin. U est fâcheux que l’on ne dise ni combien de temps dura l’apparition, ni quelles étaient la longueur, la forme et la couleur de la protubérance. Le lendemain 14 juillet, au lever de la lune, on chercha des vestiges du phénomène observé ; mais l’astre était parfaitement clair et net. Cependant on remarqua une autre protubérance plus petite, située sur un autre point du
- bord. Le 15 la lune était revenue à son état ordinaire et ne présentait plus rien d’anormal.
- Canalisation du Mississipi. — Le Comité chargé par le congrès de Washington d’étudier la canalisation du Mississipi vient de publier un rapport très-étendu dans lequel on discute les deux projets proposés par la Commission. Les membres de cette Commission, le colonel Alexandre et le major Constlock, M. Mitchell, de l'inspection des côtes, et MM. Silkles, Roberts et Whitcomb ont visité successivement les travaux d’endiguement de la Vis-tule, du Rhône, de la Hollande, le canal de Suez et tous les travaux de ce genre.
- Les deux projets dont il s’agit consistent, le premier à construire un canal du fleuve au-dessus du golfe, le second à creuser le lit du Mississipi. Le premier exigerait une dépense de 11 514 200 dollars ; le second, 7 942 100 dollars. Ce dernier projet parait de beaucoup plus avantageux.
- La Commission demande 25 pieds d’eau dans le lit du fleuve et 50 pieds à l’embouchure, afin de n’avoir jamais moins de 25 pieds à la mer, à la marée basse. Elle a choisi le bras du sud qui a 12 milles de long et 750 pieds de large. La construction et l’entretien des travaux exigent, d’après les devis, 7 942 110 dollars, moitié moins que ceux du bras de sud-ouest. Pour améliorer ce dernier bras, on construirait des digues en fascines et en pierres, comme à l'embouchure de la Meuse. Ce bras du Mississipi débile à son embouchure 57 000 pieds cubes d’eau à la seconde et 22 millions de yards cubes de limon pendant l’année.
- Les jetées doivent creuser le canal en le rendant plus étroit. Le Gulf Strearn coupe à angle droit les eaux du Mississipi et les matières en suspension sont transportées vers le sud. À plus de cent milles, au-dessous de la rivière Rouge, les rives du Mississipi sont plus hautes que le pays environnant. Aussi parle-t-on souvent dans les villes et les villages voisins de monter au fleuve au lieu d’y descendre. On estime à 500 000 mètres cubes la quantité d’allu-vions déchargée chaque jour à la mer par les neuf embouchures. Toutes les machines de draguage de l’univers ne suffiraient pas à débarrasser chacune de ces vingt-cinq embouchures. Le capitaine Eads espère creuser en une année le canal à une assez grande profondeur pour rendre l’accès du fleuve facile aux plus grands bâtiments. D’après ses calculs, la nouvelle barre ne pourrait causer des difficultés sérieuses que dans deux cents ans. L’Explorateur,
- Les médecins-femmes en Russie. — La Semaine de St Pétersbourg publie les détails suivants sur les dames qui exercent en Russie la profession de médecin. Pendant l’année 1875, le nombre des femmes étudiants s’est élevé à 171, dont 102 appartiennent à la noblesse, 17 au haut cornmerce, 14 au commerce de débit, 12 à des familles du clergé et 24 à divers rangs de la bourgeoisie. Dans ce chiffre, 25 sont juives, 12 arméniennes, 5 luthériennes, toutes les autres sont de l’église orthodoxe, 25 sont mariées, 55 ont reçu leurs diplômes de professeur avec de très-vives félicitations du directeur de la Faculté.
- BIBLIOGRAPHIE
- Etat de la question phylloxéra. Moyens de prolonger les vignes attendes, par F. Roiiart, inanufacturier-chimiste. — 1 vol. in-18, Paris, librairie agricole de la Maison Rustique, 1875.
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- L’auteur de cet ouvrage a eu l’heureuse idée de réunir tout ce qui a rapport à la question du phylloxéra, au point de vue des expériences faites, des résultats obtenus, et des espérances qu’il est permis de concevoir pour l’avenir. La submersion, la régénération des vignes par semis, les cépages américains, les procédés d’asphyxie souterraine par les sulfo-carbonates, etc., etc., sont successivement étudiés d’une façon très-nette et très-complète par M. Rohart.
- L'année scientifique ou industrielle, par Louis Figuier, dix-neuvième année (1875). — 1 vol. in-18, Paris, Hachette et C“, 1876.
- L’année qui vient de s’écouler est riche en documents scientifiques de toute nature ; aussi le nouveau volume de M. Figuier est-il bien rempli d’un grand nombre de faits, qui ont pris place dans l’iiistoire du progrès : outre l’énumération des travaux scientifiques, l'auteur s’étend parfois plus longuement sur des sujets d’une importance capitale ; c’est ainsi qu'il consacre cette année de longues et intéressantes pages aux inondations de 1875 et aux moyens d’éviter le retour de semblables catastrophes.
- L'homme et la bêle, par Arthur Mangin. — 1 vol. in-8°, illustré de 120 gravures, Paris, Firmin Didot.
- Ce bel ouvrage richement orné de gravures, destiné à la jeunesse, offre beaucoup de charme et d’attrait. C’est, en quelque sorte, une histoire des relations de l’homme avec les animaux ; elle comprend la domestication des animaux, et leur usage, les jeux et les plaisirs auxquels on a fait servir les bêtes, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, etc. Un grand nombre d’anecdotes, de faits historiques, de récits curieux, permettent de lire cet ouvrage avec autant de plaisir que de profit.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 février 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Pims.
- Température du cœur. — 11 résulte d’expériences très-délicates de M. Marey, professeur au Collège de France, que le cœur est plus chaud lors de ses contractions qu'à l’époque du repos qui suit chacune d’elles. C’est dire que le cœur se comporte exactement comme tous les autres muscles dont les mouvements sont toujours accompagnés d’une élévation de température. C’est en opérant sur des cœurs de grenouilles et de tortues que l’auteur est arrivé au résultat qui vient d’ètre rapporté.
- Borax de Californie. — D’après M. Sinestre, professeur à l’Université de Lausanne, il existe en Californie un dépôt très-puissant de borate de soude, mêlé à du borate de chaux et à d'autres impuretés. Des travailleurs chinois extraient la terre salée et la mettent en digestion avec l’eau bouillante dans des chaudières métalliques pendant six heures. Le liquide décanté dépose des croûtes cristallines que l’on transporte à Liverpool, où’ elles sont purifiées.
- Le principal usage du borax est d’entrer dans la fabrication des poteries ; mais, ainsi que l’a montré M. Dumas, il peut servir comme antiseptique puissant. On jugera de ses précieuses propriétés à cet égard par le fait suivant noté par l’auteur de la communication que nous analysons. En exploitant la terre à borax, on rencontra le cadavre d’un cheval enfoui depuis plus de quatre mois. Or, malgré l’état d’humidité du sol et la température de 45 degrés qui règne tous les jours dans ces parages, ce cadavre était dans un état de conservation parfaite : la viande était
- tout à fait fraîche, les pupilles claires et brillantes, le poil souple et solidement attaché à la peau. On peut prévoir que le borax remplacera avant peu l’acide salycilique dans l'industrie laitière qui l’emploie pour la conservation du lait, du beurre et du fromage. Son prix en effet est infiniment moindre et sa faculté antiseptique tout aussi grande.
- Huile de Coca. — Déji nous avons signalé les recherches de M. Cloez sur cette huile singulière, que la lumière jaune transforme en une substance blanche, cristalline et nacrée. M. Cloez constate aujourd’hui, dans une note présentée par M. Chevreul, que la lumière détermine dans la matière en expérience un changement moléculaire profond. Avant l’insolation, elle se compose, comme la saponification le démontre, de glycérine et d’acide éléolique fusible à 1 ou 2 degrés au-dessus de zéro ; après l’action de la lumière, on peut en retirer de la glycérine encore-et de l’acide stéarolique qui ne fond qu’à 7l degrés. Les deux acides sont d'ailleurs isomères.
- Nouvel oxyde de manganèse. — Tous les chimistes connaissent le liquide rose qu’on obtient en traitant le bioxyde de manganèse par l’acide sulfurique; mais sa composition est révélée d’aujourd’hui seulement par M Frémy qui en a fait l’objet d'études prolongées. L’illustre académicien est parti delà supposition bientôt justifiée par les faits que la matière rose examinée résulte de l’union d’un sel de sesquioxyde de manganèse avec un sel de protoxyde du même métal. Pour le vérifier, il prépara du sulfate de sesquioxyde en soumettant le permanganate de potasse à l’action de l’acide sullurique ; puis dans ce sulfate il ajouta le sulfate de protoxyde connu depuis longtemps. Immédiatement la coloration rose cherchée apparut et un sel nouveau se déposa en lamelles hexagonales.
- Ce sel, très-déliquescent, est extrêmement instable. Pour l’analyser M. Frémy à mis à profit Faction décomposante que l’eau exerce sur lui et il résulte de ses recherches qu’on peut le représenter par la formule
- (SO3)6 Mn-^O3, 2S05Mn0 -f 18 kq, ou
- (SO3)» Mu+O® -f 18 kq.
- Dans cette seconde manière de voir on est conduit à admettre l’existence de l’oxyde Mn4Os qui n’a pas encore été signalé. Or, tel est l’avis de M. Fréiny qui fait remarquer que le sesquioxyde (Mn203) peut être considéré comme du manganite de protoxyde
- MnO*,MnO.
- L’oxyde rouge Mn304 comme constitué par Mn02,2Mn0.
- Et que par conséquent le nouvel oxyde Mu*Os ne fait que continuer la série dans laquelle on peut l’inscrire sous la forme
- MnO*,3MnO.
- D’ailleurs, M. Frémy fait plus que de supposer l’existence de cet oxyde nouveau. Traitant le sulfate rose par la potasse, il en isole une poussière cristalline qui redissoute dans l’acide sulfurique donne de nouveau le liquide rose et parait bien être en conséquence l’oxyde lui-même à l’état de liberté.
- En terminant son intéressante communication l’auteur invite les minéralogistes à rechercher, dans les productions naturelles, le nouvel oxyde qui doit entrer dans la constitution de certains minerais de manganèse.
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- LA NATURE.
- Nitrification. — M. Boussingault ajoute du sang desséché à du saille pur et dans un état d’humidité convenable, abandonne le mélange pendant cinq ans à lui-même. Au bout de ce temps il reconnaît qu’aucune trace de nitrate ne s’est produite. Parallèlement il répète l’expérience en remplaçant le sang par de la terre végétale et dans ce nouveau cas la nitrification est très-active. L’auteur pense que la terre végétale agit vis-à-vis des matières nitrifiables un peu à la manière d'un ferment. Stanislas Meunier.
- PERFORATION DTJ\ GRÈS A PAYER
- PAR DES RACINES ü’aRBRES.
- Nos lecteurs ont été récemment entretenus de curieuses expériences dans lesquelles des tables de marbres, enfouies dans le sol, ont été corrodées par des racines de végétaux plantées contre elles. Des sillons creusés - et irrégulièrement disposés se montraient à leur surface (Voy. 3e année 1875,
- 2e semestre, p. 336). Quant au mécanisme de la corrosion, on se rappelle qu’il est très-simple: la racine émet, par le jeu naturel des forces physiologiques, de l’acide carbonique qui détermine la dissolution, dans les eaux dont le sol est imprégné, du marbre, qu’il transforme en bicarbonate de chaux.
- Nous nous sommes trouvés nous-même récemment témoin d’un fait que l’on peut rapprocher du précédent, mais qui paraît plus difficile à expliquer. L’action des racines ne s’y ' exerce plus en effet sur du marbre, mais sur du grès quar-tzeux assez dur pour faire d’excellents pavés, et de plus il ne s’agit plus de simples corrosions superficielles, mais bien de perforations d’outre en outre.
- Disons tout de suite qu’il ne faut pas confondre l’action dout nous allons parler avec un fait très-fréquent qui lui ressemble à première vue. Il s’agit des arbres provenant d’une graine tombée dans la fissure d’un rocher et qui se cramponnant à la pierre parviennent à vivre malgré la pauvreté du sol qui les porte. Dans la forêt de Fontainebleau, au milieu des roches Cuvier-Châtillon, on a à chaque pas le spectacle de génevriers et de bouleaux, poussant sur d’énormes blocs de grès qui leur servent de piédestal. Mais on peut reconnaître que les racines ne pénètrent pas dans la pierre et qu’elles se bornent soit à la contourner, soit à s’insinuer dans des fissures préexistantes.
- Le grès sur lequel nous voulons appeler l'atten-
- tion, provenant d’Orsay (Seine-et-Oise) et dépendant des assises dites de Fontainebleau, est à ciment calcaire, et c’est sur ce ciment que l’acide carbonique a exercé son action dissolvante.
- Dans les échantillons que nous avons recueillis, ce sont des racines d’orme, les unes d’un centimètre de grosseur, les autres de moins d’un millimètre, qui ont pénétré dans la roche. Ces racines sont mortes depuis longtemps et même à peu près décomposées ; cependant on en retrouve des vestiges dans l’axe même des tubulures qu’elles ont produites. Les fibrilles les plus fines ont été tout aussi actives que les grosses ramifications et l’on en voit qui se prolongent sur plusieurs millimètres au travers même du grès ; c’est ce que montre très-bien le dessin ci-joint exécuté d’après un échantillon que nous avons déposé dans la collection géologique du Muséum.
- On reconnaît manifestement que, par suite de la disparition du ciment, les racines se sont insinuées entre les grains quartzeux qui ont été ensuite mécaniquement écartés au fur et à mesure du développement de la plante. Il en résulte comme un moulage de la racine dont la roche conserve une empreinte parfaite. Cette empreinte est rendue encore plus visible par l’oxyde de fer qui, entraîné par les eaux, est venu la colorer intérieurement d’une nuance oereuse.
- Il est une conséquence de ce fait que nous croyons devoir signaler. Nous venons de décrire un grès renfermant des empreintes végétales extrêmement postérieures à l’époque où la roche s’est déposée et par conséquent à l’époque où les autres vestiges organisés qu’elle peut contenir ont été enfouis. Rien ne peut faire penser que le fait soit exclusivement propre à la nature actuelle. Les arbres de toutes les périodes géologiques ont dù jouir de la même faculté perforatrice et dès lors une même assise peut renfermer à côté d’empreintes très-anciennes des racines très-postérieures. Par exemple une couche de grès crétacé pourrait contenir des racines tertiaires. Comment dans ce cas reconnaître l’âge véritable de ces fossiles si éloignés d’être contemporains, bien qu’ils soient voisins si rapprochés ? C’est une difficulté qu’il paraît intéressant de signaler et qu’il faudra chercher à résoudre.
- Stanislas Meünier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Grès quartzeux à ciment calcaire perforé par des racines d’orme.
- 1 et 2. Points où émergent, de l’autre côté de l’échantillon, de (ine’s fibrilles parties de l’axe principal. (Moitié de grandeur naturelle.)
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LE POISSON ARC-EN-CIEL
- Parmi les poissons de l’extrême Orient qui vivent dans les eaux stagnantes, il en est un certain nombre dont l’humble taille, la couleur terne et grisâtre n’attirent guère l’attention; des plus étranges cependant est leur conformation, des plus dignes d’attention sont leurs mœurs.
- Vivant sous un soleil de l'eu dont les rayons brûlants dessèchent souvent pendant l’été les étangs qu’ils habitent, ces poissons sont pourvus d’un appareil tout spécial ; pouvant conserver pendant assez longtemps leurs organes respiratoires humides, grâce | à la structure de leurs branchies, beaucoup de ces j poissons émigrent souvent d’un marais à moitié des- | séché à un autre plein d’eau, les nageoires étendues pour maintenir l’équilibre, avançant au moyen des opercules fortement dentelés qui, tour à tour ouverts et fermés, donnent au corps un mouvement de progression; tels sont les Anabas.
- D’autres, comme le Macropode, peuvent, lorsque l’eau dans quelle ils vivent vient à être par trop altérée, venir respirer l’air en nature à la surface, puis l’expulser sous foi me de bulles à travers les ouvertures branchiales, après que cet air a fourni aux besoins de la respiration devenue insuffisante ou difficile dans une eau viciée.
- Les petits animaux dont nous parlons ont reçu des naturalistes le nom de Pharyngiens lahyrinthi-formes; ce nom rappelle la disposition toute particulière de leurs organes respiratoires, consistant en un appareil spongieux dans lequel l’eau peut s’accumuler et, tombant goutte à goutte sur les branchies, suffire pendant un certain temps à la fonction respiratoire.
- Parmi ces poissons, il en est un certain nombre que la conformation des nageoires du ventre fait reconnaître à première vue ; chez eux, un ou plusieurs rayons des ventrales sont prolongés en longs filaments ; tels sont les Macropodes, si souvent représentés dans les peintures que nous devons aux artistes du Céleste Empire ; tels sont les Gouramis à la chair délicieuse, et qui, originaires de la Cochin-chine, ont été acclimatés dans les îles de la Sonde
- et les Mascareignes ; telles sont les Trichopodes aux mœurs si curieuses.
- Chez ces derniers poissons, à la base des ventrales, l’on remarque quatre rayons très-petits; chez les Colisa, qui font partie du même groupe, la nageoire est rédnite à un long filament.
- La taille de ces poissons ne dépasse pas dix centimètres. Le corps est oblong, élevé, comprimé verticalement, plus épais vers la région du dos que vers le ventre, qui est tranchant. Rudes au toucher, grâce aux cils qui arment les bords des écailles, ces petits êtres peuvent à peine être maintenus dans la main, tant leurs bonds sont vifs et saccadés. La tète est petite, ovale, couverte d’écailles jusque sous la gorge; la bouche, haut placée, est étroite et protractile ; les veux sont placés haut et en avant. La nageoire règne
- le long du dos : on y remarque quinze rayons épineux et huit rayons mous ; ces derniers se terminent en pointe. La nageoire anale ressemble à celle dont nous venons de parler; elle se compose de dix-neuf épines et de douze rayons.
- Les couleurs sont parfois des plus brillantes chez ces petits animaux. Chez le Colisa proprement dit, le dessus du corps est d’un vert d’émeraude, le dessous d’un blanc jaunâtre ; douze à quatorze bandes zèbrent les flancs de leur teinte dorée, la dorsale est nuancée de rouge ; les joues sont verdâtres ; l’anale est variée de blanc, de noir et de vert. Une espèce très-voisine, le Colisa bejeus, a le dessus d’un vert obscur ; les flancs sont ornés de barres transversales d’un jaune cuivré; des teintes roiiges se remarquent à l’arrière de la nageoire du dos, des tons noirâtres vers l’avant : les yeux sont d’argent, nuancés de rouge. Chez ces deux espèces l’os qui constitue la bordure inférieure de l’orbite porte quelques dentelures ; cet os est lisse chez les Colisa chuna, sota et lalius, aux couleurs plus brillantes encore. Le chuna a le corps pourpré vers la queue; de chaque côté, depuis l’œil, règne une ligne de points noirs et brillants d’un éclat doré, la couleur des yeux est, écarlate ; l’anale est bordée de rouge. Telles sont aussi les couleurs du sota. Quant au lalius, cette espèce est verte, ornée de lignes rouges en travers des flancs; la même teinte se remarque vers l’arrière des nageoires ; la poitrine et les
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- LA NATURE.
- yeux brillent de l’éclat de l’argent. Les zoologistes modernes ont réuni toutes ces espèces en une seule, ne les regardant que comme des variétés locales; pour eux le genre Colisa, cantonné dans les environs de Calcutta, ne présenterait que deux formes distinctes; ils nomment Colisa unicolor l’espèce chez laquelle la nageoire de la queue est arrondie, l’os de l’orbite non dentelé, la couleur d’une seule teinte, réservant le nom de Colisa vulgaire aux autres espèces sur lesquelles, avec Hamilton Buchanam, nous venons d’appeler l’attention de nos lecteurs.
- C’est dans ce dernier groupe que doit prendre place un charmant petit poisson auquel notre habile pisciculteur M. P. Carbonnier vient de consacrer une intéressante notice. Ce poisson arc-en-ciel, tel est le nom qu’on lui donne dans l’Inde, vendu dans les rues de Calcutta comme objet de curiosité, n’était connu des naturalistes que par quelques exemplaires très-décolorés, qui ne permettaient certes pas de se faire une idée des vives et brillantes couleurs dont la nature s’est plu à orner ce petit être, l’un des plus beaux poissons connus.
- « Le fond de la robe, dit M. Carbonnier, est rouge-brun, à reflets métalliques, chatoyants, selon la position et l’inclinaison sous lesquelles on l’examine, et s’irisant vivement à la volonté de l’animal. Les joues, la gorge et toute la région abdominale sont d’un vert changeant ; douze à treize bandes de même nuance, occupant la largeur de deux écailles, sillonnent transversalement le corps et forment des zébrures toi’ses, où l’or et le vert mariés au bleu le plus éclatant ajoutent encore à sa parure, et font de ce ravissant poisson, surnommé le roi des Indes, un des êtres les mieux faits de la création. 'Comme chez le macropode chinois, la femelle est plus petite que le mâle et bien moins vivement colorée. »
- Mais les mœurs de ces charmants petits êtres sont plus étranges encore que leurs couleurs ne sont jolies. Comme son proche parent, le Macropode chinois, que M. Carbonnier nous a si bien lait connaître, le Colisa se construit un nid ; hydrostatieien des plus habiles, il surpasse encore dans l’art des constructions flottantes son beau congénère du Céleste Empire. Observateur des plus patients et des plus habiles, M. Carbonnier a pu saisir dans ses moindres détails les mœurs de ces ravissants animaux ; pendant longtemps nous ne connaissions que bien peu de cet instinct merveilleux qui pousse les poissons à construire un abri destiné à la protection de leur progéniture; grâce à M. Carbonnier, nous savons que c’est au mâle qu’est dévolu le soin d’édifier le nid, chez ces êtres à tous égards si étranges de l’extrême Orient, que nous connaissons sous le nom de Macropode et de Colisa.
- Aux approches de la ponte, le Colisa mâle revêt ses plus beaux atours. Pareil à un paon qui fait miroiter aux yeux de sa compagne les brillantes couleurs de son plumage aux reflets métalliques, le poisson arc-en-ciel fait la roue et semble étaler ses grâces aux yeux de la femelle ; tel un prétendant,
- paré de sa livrée nuptiale, fait la cour à celle dont il voudrait être le compagnon.
- Lorsqu’il croit avoir captivé les grâces de sa femelle, le poisson arc-en-ciel s’occupe des préparatifs de la ponte. Prenant avec la bouche quelques con-ferves, il les apporte à la surface de l’eau. Ces végétaux retomberaient bien vite vers le fond, si, par une prévoyance que l’on ne saurait trop admirer, notre petit poisson n’avait soin de placer sous les plantes un matelas formé de bulles d’air; il construit ainsi un véritable radeau flottant, puis, humant sans cesse de nouvelles bulles d’air à la surface de l’eau, le mâle les accumule sgus la partie centrale de son radeau, qu’il convertit bientôt en une sorte de cloche qui s’élève au-dessus du liquide. L’appareil bien léger et bien fragile chavirerait facilement; le moindre souffle pourrait le renverser ; il s’agit de lui donner la stabilité nécessaire ; un large rebord formé de plantes est construit tout autour du dôme; il lui donne la stabilité voulue. L’abri protecteur sera terminé lorsque le mâle en aura égalisé les parois, et qu’à l’aide de son museau il en aura poli les sufaces ; les petits pourraient, en effet, être blessés par les pointes que formeraient quelques herbes.
- Tout est prêt alors pour la ponte. Tournant autour de sa femelle, le mâle semble l’inviter à visiter le domicile qu’il destine à la progéniture. La femelle se fait tout d’abord prier, mais bientôt elle cède et suit son compagnon. C’est qlors que celui-ci fait les honneurs du nid qu’il a construit avec tant de peine ; se ployant sur lui-même, il sa met à tourner en hélice, projetant vers le sommet de l’édifice, qu’il illumine de brillantes coiffeurs, l’éclat de ses teintes multicolores.
- La ponte va avoir lieu ; mâle et femelle, se courbant en un arc de cercle, s’enlacent tous deux à l’aide de leurs longues nageoires ; c’est alors que le mâle forme de sa nageoire dorsale un repli dans lequel les œufs viennent se rendre.
- Puis, la ponte terminée, la femelle abandonne à jamais le toit conjugal ; le mâle seul se charge désormais du soin de la famille, tâche dont il s’acquitte avec la plus vive sollicitude. Recueillant avec sa bouche les œufs épars dans les végétaux, il les monte dans le nid et les dispose avec ordre ; sont-ils par trop agglomérés, d’un mouvement de tête il les écarte et les force à rester sur un même plan, puis il sort du nid, et avec une activité extrême se met en devoir d’en rétrécir l'entrée. Ce travail terminé, il s’éloigne et tourne autour de son édifice pour en examiner l'ensemble, non sans inquiétude, car il va souvent chercher de nouvelles bulles d’air qu’il ! place intentionnellement sous les points douteux.ou | sous les parties menacées.
- j Après environ soixante-dix heures, le Colisa s’élève | dans le nid et en perce les parois; l’eau rentre, les j bulles d’air s’échappent et le dôme flottant s’affaisse en emprisonnant les jeunes embryons.
- Ceux-ci cherchent déjà à se soustraire à la sur-
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- veillance paternelle et veulent fuir loin du toit qui les a vus naître. Dans sa sollicitude, et jugeant qu’elle n’est point encore assez forte pour échapper aux mille dangers qui la menacent, le mâle cherche à retenir sa progéniture le plus longtemps possible. Parcourant le bord externe du nid, il en dilacère le feutrage, obtenant ainsi une bordure, sorte d’effilé pendant par lequel les petits 11e sauraient trouver passage. Quelques paissons cherchent-ils à s’échapper, le père se met à leur poursuite, les prend avec soin dans sa bouche et les rapporte au gîte protecteur. Cette surveillance dure ainsi jusqu’au moment où les jeunes, ayant subi leur complète transformation, ont px'is de la force et de l’agilité. Les-fugitifs deviennent de plus en plus nombreux ; le pauvre Colisa multiplie en vain ses efforts, bientôt il lui sera impossible de ramener au nid tous ceux qui, trompant sa surveillance, s’échappent de tous côtés. Huit ou dix jours après l’affaissement du nid, celui-ci est définitivement abondonné.
- Loin d’être découragé, le Colisa se remettra bientôt au travail et peu de temps après, une nouvelle-ponte aura lieu. C’est ainsi que M. Carbonnier a obtenu trois pontes successives pendant l’été de 1875, se composant chacune de cent cinquante œufs en moyenne. E. Sauvage.
- ÀNÜRAL
- M. Gabriel Amiral, que la science vient de perdre, est né à Paris le 6 novembre 1797. 11 était de famille médicale ; son père, membre de l’Académie de médecine, avait été médecin de Murat. Reçu docteur en 1821, il fut élu agrégé en 1823, à la suite de brillantes épreuves. Ses cours privés de pathologie lui avaient valu une très-grande notoriété quand il fut appelé en 1828 à la chaire d’hygiène de la Faculté de Paris. En 1830, il quitta cette chaire pour celle de pathologie interne et passa en 1839, après la mort de Broussais, à celle de pathologie et de thérapeutique générales. Dans toutes, son enseignement jouit d’une popularité exceptionnelle, due à l’excellence de la méthode, à la clarté de l’exposition, à l’exactitude et à l’étendue du savoir, à la sûreté du jugement et à cet équilibre de l’esprit qui le retenait loin des théories hasardées, en lui laissant une vive curiosité pour les choses nouvelles de la science médicale. Ces solides qualités lui avaient acquis la même autorité à l’Académie de médecine, dont il faisait partie depuis 1824, et à l’Académie des sciences, où il avait remplacé Double en 1843.
- M. Andral était commandeur de la Légion d’honneur depuis 1858.
- On sait que, pour mieux se consacrer aux soins nécessités par l’état de santé de madame Andral, notre vénéré confrère avait, depuis quelques années, donné sa démission de professeur et s’était retiré à Chateauvieux. On ne sera pas étonné d’apprendre
- que, de là, il suivait avec autant d’attention que de perspicacité le progrès scientifique et la destinée des hommes qui s’y distinguaient. S’il n’était plus sur la brèche, il savait tout ce qui s’y passait. Mais ce qu’on ignore peut-être, c’est que, dans sa retraite, il est resté praticien ; praticien bénévole, auquel sa célébrité attirait parfois bien des sacrifices de temps et bien des fatigues. Une visite faite par une atmosphère froide, dans une voiture découverte, peu de temps avant sa rentrée à Paris, 11’a pas été étrangère à la maladie qui l’a emporté.
- Faire à Andral sa part dans le mouvement de la pathologie médicale serait une œuvre sérieuse et délicate, que notre intention n’est pas d’entreprendre ici. Disons seulement qu’il sut, jeune encore, marquer sa place, sinon à côté, du moins après Laënnec ; et il la marqua aux deux points de vue sous lesquels apparaît la gloire de l’illustre médecin breton. En faisant entrer dans sa doctrine anatomo-pathologique non plus seulement la diminution ou l’augmentation des propriétés vitales, mais leur perversion, il portait, quoique avec un peu d’indécision, et sous une forme un peu trop théorique, un coup sensible au brownisme comme au broussaisisme, dont il s’est ensuite éloigné résolument. C’est lui, d’un autre côté, qui a suivi le plus dans l’étude approfondie des signes stéthoscopiques l’illustre inventeurde l’auscultation, dont il a modifié à plusieurs égards les divisions et les interprétations séméiologiques. Toute son œuvre a concouru, avec celles de plusieurs médecins contemporains que tout le monde nomme, à restaurer l’anatomie pathologique endommagée par les systèmes et à confronter, au grand profit de la clinique, les symptômes avec les lésions. 11 a fait pour les organes, pour les viscères, ce que les anatomo-pathologistes d’aujourd’hui essayent de faire pour les éléments.
- Nous nous bornons à mentionner en terminant ses belles recherches sur l’hématologie qui lui sont communes avec M. le professeur Gavarret. C’était aussi l’anatomie pathologique du temps, la plus avancée qui fût. On recherchait alors la quantité de fibrine, ou d’albumine, ou de globules, ou de sels contenus dans le sang de tel ou tel malade; maintenant on compte les hématies, on fixe le nombre relatif des globules blancs et l’on va à la recherche des bactéries et des bactéridies1. A. D.
- 1 La Gazette de médecine, qui nous fournit ces renseignements, donne aussi quelques détails sur les obsèques qui ont eu lieu mardi, 15 février, à l’église Saint-Pierre de Chaillot, Le deuil était conduit par M. Paul Andral, vice-président du Conseil d’État, et par M. le baron Dard. Les cordons du poêle étaient tenus par M. Wallon, ministre de l’instruction publique, le professeur Bouillaud, Yulpian, doyen de la Faculté de Médecine, et Chatin, président de l’Académie de Médecine. On remarquait parmi les assistants : MM. Tbicrs, le duc de Broglie, Dufaure, Mignet, Cuvillier-Fleury, Dumas, Milne-Edwnrds, Léon Say, le duc Deeazes, Félix "Voisin, préfet de police, les amiraux Potliuau et Fouriehon, etc., etc. Après la cérémonie funèbre, le corps a été transporté à Chateauvieux, dans le département de Loir-et-Cher, pour y être déposé dans un tombeau de famille où repose l’illustre Royer-Collard, ainsi que sa fdle, madame Andral.
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- LA NATURE.
- LOCOMOTIVE A AIR COMPRIMÉ
- EMPLOYÉE AUX TRAVAUX DE PERCEMENT IU TUNNEL DU SAINT-GOTIJARD.
- L’entreprise du percement d’nn tunnel de quelque importance présente des difficultés de divers ordres, parmi lesquelles il convient de citer la nécessité d’enlever les déblais provenant du creusement de la galerie, dès que celle-ci atteint une longueur un peu considérable et que les travaux sont poussés avec activité. Ces circonstances se sont rencontrées lors du percement du tunnel du mont Cenis, et M. Fabre, l’habile entrepreneur qui a mené ce travail à bonne fin, les a trouvées également réunies dans le percement du tunnel du Saint-Gothard qu’il effectue maintenant.
- Comme on le sait, les travaux ont commencé sur deux chantiers, à Airolo et à Gœschenen, aux extrémités du futur tunnel. L’avancement de la galerie, qui est poussé avec activité, produit environ 400 mètres cubes de déblais par jour et pour chacun des deux fronts d’attaque. Pour enlever cette masse de déblais, qui sont jetés au fur et à mesure dans des wagonnets roulant sur des rails, on ne pouvait songer à
- l’emploi de locomotives, car la ventilation s effectue mal dans ces galeries qui ne sont que des culs-dc sac, et que les produits de la combustion eussent rendues rapidement inhabitables. Au mont Cènis, dans des conditions analogues, on avait employé des chevaux ; mais il en avait fallu un grand nombre, le prix des transports avait été assez élevé par là même.
- On songea à utiliser au Saint-Gothard des machines mues par l’air comprimé: ces appareils devaient, en principe, 11e présenter que des avantages. On sait, d’abord, que l’on dispose sur les fronts d’attaque même de l’air comprimé, puisque c’est cet agent qui met enjeu les perforatrices; puis par le fonctionnement des locomotives à air comprimé on produisait une ventilation de la galerie, ces machines laissant échapper non des gaz irrespirables, mais de l’air pur ; ces moteurs, enfin, pouvaient être plus puissants que les chevaux et devaient effectuer plus rapidement le transport des déblais.
- Un premier essai eut lieu dans lequel on employa simplement deux locomotives ordinaires, une de chaque côté du tunnel; les chaudières, dans lesquelles on n’avait pas mis d’eau, bien entendu, furent remplies d’air comprimé à la pression de
- quatre atmosphères. Cet air jouait absolument le rôle que tient ordinairement la vapeur, passait dans des tiroirs, arrivait dans les cylindres alternativement sur l’une et l’autre face des pistons qu’il mettait en mouvement, puis s’échappait dans l’atmosphère. Le mécanicien gouvernait la machine, comme il eut fait d’une locomotive ordinaire, si ce n’est qu’il n’avait pas à s’occuper de la conduite du foyer.
- On reconnut bien vite que, si l’air comprimé pouvait être employé, il était indispensable d’avoir une quantité plus considérable de gaz : la chaudière de la locomotive, suffisante lorsqu’elle marche à l’aide de la vapeur qui se reproduit constamment sous l’action de la chaleur, était trop petite pour contenir une quantité convenable d’air qui s’usait sans être remplacé. On fut conduit alors à adjoindre à chaque locomotive un réservoir spécial d’air comprimé: chaque locomotive était accompagnée, comme d’une sorte de tender, d’un long cylindre en tôle, de 8ra de largeur et de 1 m,50 de diamètre, porté vers ses extrémités par deux trucs, que l’on remplissait au
- départ d’air comprimé et qui communiquait par un tube avec l’appareil distributeur des cylindres ; les locomotives fonctionnaient donc comme précédemment , si ce 11’est que l’air comprimé venait cette fois des réservoirs et non plus de la chaudière. Les deux locomotives, la Heuss et le Tessin, fonctionnèrent d’une manière économique pendant deux ans environ, malgré l’embarras causé par les longs cylindres qui les accompagnaient. Voici quelques chiffres intéressants qui correspondent à la moyenne d’un certain nombre d’observations : au départ, la pression dans le réservoir était de 7kgr par centimètre carré ; la locomotive ayant traîné un train de douze wagons pleins sur un parcours d’environ 600'", la pression était tombé à 4kgr,50 ; le train était alors ramené vide au point de départ et la pression finale se trouvait abaissée jusqu’à 2k®r,50.
- Malgré les résultats relativement avantageux qui ont été constatés, l’emploi de l’air comprimé dans une locomotive à vapeur présentait un certain nombre d’inconvénients..
- Il convient, en effet d’abord, que l’air sorte du cylindre à la moindre pression possible, afin que le refroidissement soit le moins considérable : on sait que l'expansion du gaz est accompagnée d’une perte de chaleur qui croît avec la pression. On satisfaisait à cette condition en faisant agir l’air avec détente, c’est-à-dire en ne laissant entrer le gaz comprimé venant du réservoir que pendant une partie de la
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- LA N A T DUE.
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- course du piston ; mais l’admission de l’air devait varier si l’on voulait oblenir le même effet final, puisque la pression dans lç réservoir diminuait d’une manière continue; et comme l’appareil qui règle l’admission est disposé pour ne correspondre qu’à des fractions déterminées, mais non pour varier d’une manière continue, il en résultait une dépense d’air plus considérable qu’il n'était strictement nécessaire, et par suite une diminution dans le chemin que le moteur pouvait parcourir.
- D’un autre côté, il faut que l’air n’arrive dans l’appareil de distribution qu’avec la moindre pression possible, parce que c’est dans cet appareil, dans le tiroir, qu’ont lieu les plus grandes pertes et
- que ces pertes augmentent en même temps que la pression. On ne pouvait songer cependant à diminuer la pression dans les réservoirs, ce qui eut réduit le travail que les machines sont susceptibles de produire, à moins d’augmenter considérablement le volume des réservoirs dont les dimensions étaient déjà exagérées.
- C est alors que M. Ribourt, l’ingénieur du tunnel, imagina une disposition qui permet de produire l’écoulement d’un gaz comprimé à une pression déterminée, quelle que soit la pression à laquelle il est soumis dans le réservoir d’où il s'échappe ; c’est là un régulateur analogue comme but à plusieurs appareils déjà construits et employés, mais qui devait
- Fig. 2. — Locomotive à air comprimé, employée aux travaux du tunnel du Saint-Gothard.
- n’étre pas seulement un instrument de laboratoire : ce devait être un organe susceptible d’applications réellement pratiques. Le gaz en s’échappant du réservoir où il est renfermé pénètre dans un cylindre B (fig. 1 ) dans les parois duquel sont pratiquées sur une certaine étendue des ouvertures m, m qui le font communiquer avec un autre cylindre G qui l’entoure dans la même étendue et qui se trouve en rapport avec le tiroir dans lequel cet air doit être distribué, ou, d’une manière plus générale, avec l’espace dans lequel cet air doit être utilisé. D’un côté se meut un piston E qui clôt le cylindre et empêche la sortie de l’air : ce piston porte extérieurement une tige F qui s appuie contre un ressort à boudin H, dont on règle la puissance à l’aide d’une vis et qui limite ainsi sa course ; à l’intérieur il est relié par une autre tige L avec un second piston N qui porte
- un cylindre M mobile à l’intérieur du corps de pompe principal, et constituant ainsi une sorte de fourreau intérieur. Ce fourreau présente des ouvertures ny n qui peuvent coïncider exactement avec celles que nous avons déjà signalées et, dans ce cas, le gaz passe sans difficulté du réservoir au point où il doit être employé ; mais^i le fourreau se déplace, les orifices ne se correspondent plus, il y a étranglement des filets gazeux, résistance au passage et, par suite, diminution de la quantité de gaz qui s’écoule, d’où abaissement de la pression dans le cylindre extérieur. En faisant varier d’une manière continue la position du fourreau, on arriverait à maintenir la pression constante à la sortie, malgré la variation continue à l’entrée. Mais il n’y a pas à se préoccuper de ce réglage, l’appareil est automatique. En effet, la partie du cylindre B comprise
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- entre le fond et le piston N communique par des ouvertures p qui ne sont jamais masquées avec le tuyau de sortie du gaz, de telle sorte que sur sa face postérieure le piston N reçoit la pression du gaz au moment où il s’écoule, pression qu’il s’agit de rendre constante ; le piston E subit sur la face antérieure l’action du ressort que l’on règle à volonté ; quant aux autres faces des deux pistons, elles subissent des actions égales provenant de la pression du gaz à l’entrée, actions 'qui se détruisent; de telle sorte que les forces qui déterminent la position du système mobile sont d’une part la tension du ressort, force constante et déterminée, de l’autre la pression du gaz qui s’écoule, et que l’équilibre ne peut avoir lieu que si ces deux forces sont égales. Si le gaz vient à s’écouler en trop grandes quantités, la pression augmente sur la face postérieure du piston N, le ressort est vaincu, le système mobile s’avance un peu vers la gaixche ; mais alors les orifices sont en partie masqués, l’écoulement diminue. Si la pression devient alors trop faible à la sortie, le ressox't l’em-pox-te à son tour, répousse le fourreau vers la droite, démasque les orifices et par suite une plus grande quantité de gaz peut s’écouler.
- Les machines qui servent maintenant au tunnel du Saint-Gothard, véritables locomotives à air comprimé (fig. 2), sont munies de l’appareil de M. Ribourt. Voici en quoi elles consistent :
- Un l’éservoir en tôle de 7mc,500 environ, destiné à contenir de l’air comprimé, est moxxté sur un châssis entièrement analogue à ceux des locomotives à vapeur et portant également les verres, les cylindres, les oi’ganes de distribution, etc. Le tuyau de prise d’air présente, à portée du mécanicien, la valve automatique de réduction de M. Ribourt : la vis étant convenablement réglée, on est sûr que l’air aura, à la sortie 'de- l’appareil, la pression déterminée; ce gaz passe ensuite dans un petit l’éservoir (un tiei’s de mètre cube environ) destiné à amortir les chocs qui se pi’oduisent toujours à la mise en marche et à l’arrêt de la machine ; enfin, ce petit réservoir communique avec les cylindres, et le gaz qui y parvient agit comme fait la vapeur dans les locomotives ordinaires.
- La pression dans le réservoir principal au point de départ dépend de la puissance des appareils compresseurs : au Saint-Gothard, elle pourrait atteindre I4kgr par centimètre carré, elle est ordinairement de 7kgr,35; la pression dans le petit réservoir est arbitraire, elle dépend du réglage de la vis ; au Saint-Gothard, elle est en moyenne de 4kgr,20. Disons enfin que la machine entière pèse environ 7 tonnes.
- La disposition imaginée par M. Ribourt est certainement une amélioration apportée axix moteurs à air comprimé, et ce régulateur de pression des gaz semble parfaitement approprié aux besoins de la pratique; nous ne doutons pas qu’il ne rencontre bientôt d’autres applications. C. M. Gariel.
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- VOYAGE D’EXPLORATION
- DANS L’INTÉRIEUR DE SUMATRA.
- La Société géographique d’Amsterdam a récemment organisé une importante exploration dans les régions encore inconnues de l’île de Sumatra.
- Les nouveaux voyageurs hollandais ont le projet de se diviser en deux groupes, dont l’un re-montera la rivière et dont l’autre partira de Padang pour franchir la chaîne des montagnes qui s’étendent entre les volcans de Talang et d’Indrapoora.
- Le personnel de l’expédition se composera de plusieurs savants : il comprendra un naturaliste, un botaniste, comptera aussi un géographe, chargé de la topographie, un linguiste, occupé à étudier les idiomes des tribus qui seront rencontrées, etc.
- M. Hubrecht, qui signale cette importante expédition dans le joui’nal anglais Nature, espère que le gouvernement des Indes chargera un ou plusieurs officiers habiles de commander le navire sur lequel s’accomplira une grande partie des travaux d’exploration. Les frais du voyage sont estimés à 50,000 fr., que la Société géographique d’Amsterdam demande à la générosité publique.
- L'Office colonial de La Haye encourage énergiquement les efforts de la Société, et le gouvernement de Batavia a promis une coopération sérieuse. Une autre circonstance favorable se rencontre dans la bonne volonté du sultan de Djambi, qui est maintenant dans les meilleurs termes avec les autorités hollandaises de la colonie.
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- LE MOUVEMENT VÉGÉTAL
- d’après LES RECHERCHES RÉCENTES DE M. ED. HECKEL.
- On distingue généralement les végétaux des animaux en disant que les premiers sont des corps qui se nouii’issqut et qui peuvent se repi’oduire, mais qui ne sentent ni ne se meuvent volontairement ; toutefois, pour que cette définition soit rigoureusement exacte, il est nécessaire de ne pas oublier le mot qui la termine, car si jusqu’à présent On n’a pu démontrer l’existence dans les plantes de la faculté de percevoir les sensations et d’exécuter des mouvements volontaires, on a constaté dans cei’taines parties des végétaux et spécialement dans les feuilles et dans les organes l’eproducteurs une irritabilité singulière se traduisant par des changements de position plus ou moins rapides. Ges phénomènes ont depuis longtemps attiré l’attention des physiologistes ; malheureusement les premiers observateurs, tels que Mairau et Dufay, se contentèrent d’étudier l’influence des agents cosmiques sur ces mouvements des plantes, et leurs successeurs se laissèrent trop souvent entraîner à des théories ingénieuses, mais qui ne repo-
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- saient point sur des expériences précises. Tandis que Lamarck et plus tard Meyen et Morren, sans tenir aucun compte des données anatomiques, expliquaient à priori la mobilité végétale et lui assignaient une cause purement mécanique, la plupart des botanistes considéraient tour à tour telle ou telle partie de la plante comme possédant une contractibilité propre, comme renfermant des éléments plus ou moins comparables aux muscles des animaux. Ces idées dominent par exemple dans les travaux de Link, de Comparetti, de Desfontaines, de Treviranus, de Hum-boldt, de Leclerc, de Colin, etc. Cependant, dès 1841, Brücke reconnut que les phénomènes dont nous parlons peuvent se diviser en deux catégories : les mouvements provoqués et les mouvements non provoqués ; malheureusement, à propos de la Sensitive, cette plante bien connue de tous nos lecteurs et qui est devenue pour les poètes le symbole de la pudeur effarouchée, le même observateur oublia la distinction judicieuse qu’il venait d’établir, et affirma que la cause du mouvement provoqué et du mouvement périodique était absolument la môme. Toutefois l'idée que Brücke avait émise ne resta pas stérile et, dans ces derniers temps, elle inspira les travaux de Naegeli, de Sehenndener et de P. Bert. Ce dernier mit le premier en évidence les causes qui nécessitent la séparation proposée par Brücke et qui font du mouvement spontané et du mouvement provoqué deux phénomènes d’essence toute différente; et cette manière de voir vient encore d’être confirmée par les recherches récentes de M. Ed. Heckel, professeur à l’Ecole Supérieure de pharmacie de Nancy. Il importe de remarquer cependant qu’en étudiant plus spécialement la motilité dans quelques organes reproducteurs des Phanérogames, M. Heckel n’est pas arrivé tout à fait aux mêmes conclusions que M. Bert, dans son mémoire sur la Sensitive. En effet, tandis que celui-ci se refuse à admettre entre le règne végétal et le règne animal un rapprochement fondé sur l’action des agents qui suspendent l’irritabilité, le savant professeur de Nancy, sans conclure à la présence dans les végétaux d’un système nerveux que les recherches les plus minutieuses n’ont jamais pu faire découvrir, compare les cellules végétales douées de motilité à ces animaux inférieurs dont le corps est manifestement contractile, quoiqu’il soit d’une structure extrêmement simple et complètement dépourvu de nervomotilité. M. Heckel fait observer en même temps que si le mouvement spontané est fort commun dans le règne végétal, le mouvement provoqué constitue au contraire une sorte d’exception, ce qui n’a rien d’étonuant, puisque la présence de ce mouvement correspond à une supériorité d’organisation et dépend en dernière analyse de l’existence d’une propriété particulière, d’une véritable sensibilité du protoplasma, c’est-à-dire de la substance primitive contenue dans la cellule. Ce mouvement ne s’observe que dans les organes foliaires plus ou moins modifiés, par exemple dans les bourrelets articulaires des pétioles de la Sensitive, des Oralis et des Acacias,
- dans les feuilles de la Dionée attrape-mouches, dans les poils foliaires des Dr oser a, dans le calice du Bouillon blanc, dans les étamines de l’Epine-vinette (Berberis), des Mahonia, des Cactus, des Sparman-nia et de quelques autres Liliacées, des Portulacées et d’un grand nombre de Synanthérées, ainsi que dans le pistil de plusieurs Bignioniacées, Sésamées et Scrophularinées.
- Si l’on excepte la Sensitive (Mimosa pudica) on peut dire d’une manière générale que l’irritabilité est plus marquée dans les organes floraux que dans les feuilles, et qu’elle atteint son maximum d’intensité dans les étamines et les pistils ; toutefois cette observation ne s’applique qu’aux mouvements provoqués, et non pas aux mouvements spontanés, qui semblent également répartis entre les organes foliaires proprement dits et les feuilles transformées. Au premier rang parmi les organes reproducteurs mâles doués d’irritabilité se placent les étamines des Berbéridées, dont les mouvements ont été découverts par Linné et par Duhamel du Monceau. En 1755, dans sa Flora suecÀca, le grand naturaliste suédois se contenta de signaler le fait, mais Duhamel se montra plus explicite, dans son Traité des arbres-. « Lorsqu’on touche avec un stylet, dit-il, le pédicule de ses étamines (de l’Epine-vinette), elles se replient et viennent gagner le pistil ; souvent même elles entraînent avec elles les pétales, et la fleur se referme. » Dix ans plus tard, le comte Bat-tista del Covolo répéta les expériences de Linné et de Duhamel et constata que les étamines de Berberis, même séparées de la fleur, jouissaient encore de cette singulière propriété de se mettre en mouvement sous l’influence du contact ; mais c’est Koelreuter qui, de 1772 à 1730, étudia avec le plus de soin les conditions du phénomène ; le premier il reconnut le point précis du filet où l’irritabilité est la plus accentuée, et il démontra que la plupart des modes d'irritation, portés à un degré suffisant, déterminent le mouvement, mais que ce dernier a le plus souvent pour cause la présence dans la fleur des insectes attirés par le nectar. Les recherches de Conrad Sprengel, de J. Edward Smith, de Wahlbom, de Schkulir ne tirent pas beaucoup avancer la question, mais Humboldt eut l’heureuse idée d’abandonner la voie de l’observation pure et simple pour expérimenter l’action de l’électricité sur les étamines ; il crut même reconnaître qu’après avoir senti l’influence de cet agent, ces organes perdaient la faculté d’être irrités désormais. De son coté, J. W. Ritter, en humectant les étamines avec de l’alcool, de l’éther et de la teinture d’opium, ne put produire de mouvements appréciables, mais il réussit à détermine]1 la contraction en laissant tomber d’une faible hauteur de la poudre d’étain sur les mêmes organes ; il essaya également d’appliquer l’électricité, mais ne tira pas de ses expériences des conséquences dignes d’intérêt. Nasse ne fut guère plus heureux, car après avoir mis en contact le pôle positif d’une pile assez forte avec l’intérieur du pédoncule et le pôle négatif avec l’ex-
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- trémité du pétale regardant le stigmate, et après avoir constaté, ce qui est exact, que l’étamine dans ces conditions se contracte assez fortement, il n’eut pas l’idée de renverser le sens du courant pour voir si les choses se passaient de la même manière. De cette expérience incomplète Treviranus avait tiré celte conclusion, que l’étamine possède l’électricité positive et l’organe femelle l’électricité négative; mais M. Heckel s’est assuré que celte opinion est inexacte et repose sur une observation insuffisante, car il est absolument indifférent pour le résultat que l’on intervertisse l’ordre des pôles.
- En 1824, Dutrochet, dans son grand travail sur la structure intime des végétaux, se préoccupa trop de chercher une cause animale aux mouvements de la Sensitive pour accorder une attention suffisante aux phénomènes que présentent les fleurs de Berberis et des Mahonia, et ce n’est que quatre ans plus tard qu’un mémoire spécial sur l’irritabilité de l’Epine-vinette (Berberis vulgaris) fut publié par Gœppert dans \esA?inales des sciences naturelles ; cette étude, plus complète que toutes celles qui avaient paru jusqu alors, lit connaître une foule de faits nouveaux; malheureusement l’auteur s’abstint presque toujours de donner une explication des phénomènes qu’il avait observés, ünger ne fit qu’effleurer la question; mais Kabsch et Hoffmeisler s’appliquèrent à rechercher la cause intime du phénomène, et c’est à leurs recherches que sont dues la plupart des notions acquises aujourd hui sur cette question de physiologie végétale. Enfin tout récemment, en 1873, Pfeffer, dans une addition à ses études sur les mouvements de la Sensitive et de l’Oseille sauvage (Oxcilis acetosella), parla très-incidemment des contractions des étamines de 1 Epine-vinette, et sans donner de raisons sérieuses à 1 appui de son dire, leur attribua la même cause que les changements de position des'pétioles de la Mimosa pudica. E. Oustalet.
- — La suite prochainement. —
- LE CANON KRUPP
- 1)E 35 CENTIMÈTRES POUR LA DÉPENSE DES CÔTES.
- En empruntant au New American Dictionary, de Knight, le canon Krupp de 14 pouces (35 cent. 5), nous avons voulu donner à nos lecteurs une idée du volume exige aujourd hui par l’artillerie de côtes. Ce canon ne figurait encore que sur le papier au commencement de l'année dernière, en tète d’une liste de trois pièces projetées par M. Krupp, et qui devaient avoir, la seconde 4Û centimètres et la troisième 46 centimètres.
- La Gazette de l Allemagne du Nord nous apprend qu elle a ete fondue et que ses premiers essais ont eu lieu tout récemment à Essen. D’après cette feuille ce canon ne pèserait que 57 tonneaux et son
- projectile 520 kilog. Sa charge est de 130 kil. de poudre prismatique à un seul évent de 15 millimètres de diamètre. La Gazette prétend que cette pièce a donné au projectile une vitesse initiale de 500 mètres, c’est-à-dire supérieure de 50 mètres à celle du canon anglais « Infant de Woolwich ». La force vive du projectile du canon allemand de 35 centimètres et demi serait donc de 6,625 tonneaux-mètres, tandis que celle de la pièce anglaise n’est que de 6,450 tonneaux-mètres. Ainsi le canon Krupp, plus léger d’un tiers que le canon anglais de 82,500 tonnes, produirait des effets sensiblement plus considérables !..
- D’après M. Krupp, les projectiles de son nouveau canon seraient capables de traverser à 1,800 mètres des plaques de 24 pouces, telles que celles de VInflexible anglais, le plus fort des navires de guerre à (lot. Quant aux autres bâtiments, môme ceux dont la cuirasse à la ceinture ou à l’entour des tourelles a 55 cent., 5 d’épaisseur, il va sa us dire qu’ils seront traversés à toute distance par les projectiles de l’Infant allemand.
- Toujours d’après la Gazette, « canon et affût se sont admirablement comportés pendant les essais. L’aliùt et ses accessoires pèsent 34 tonnes. Il permet de donner à la pièce un augle de projection positif de 18°,5/4 et un angle de projection négatif de 7°. L’axe des tourillons est assez élevé pour que le canon puisse tirer par-dessus un parapet de 2 mètres de hauteur. »
- M. Krupp doit envoyer prochainement canon et allûl au polygone de Dülmen, où des expériences officielles et définitives devront avoir lieu. Alors seulement on pourra prendre au sérieux les dires des difiérenls journaux auxquels M. Krupp a envoyé les résultats des essais que nous venons de mentionne]', et qui nous paraissent, quant à nous, s’être faits beaucoup trop en famille pour qu’il soit permis d’y ajouter foi. S’ils sont réels, ce dont nous doutons absolument, M. Krupp donnera suite au projet qu’on lui prête de fondre non-seulement des pièces de 40 et de 46 centimètres, mais encore le fameux canon de 124 000 kil. qu’il a annoncé au monde.
- En attendant cet évènement extraordinaire, la morale à tirer de ceci, c’est que le succès du canon anglais de 82,500 kilog., la prépondérance prise sur le marché par les deux maisons anglaises Whitworth et Armstrong, troublent évidemment le sommeil de M. Krupp. Mais lorsqu’on a accepté le surnom de rci du fer (en Allemagne), il faut lutter quand même, dût-on perdre sa réputation, et c’est le sort qui est réservé à celle de l’illustre manufacturier d’Essen. Cet accident nous parait d’autant plus prochain, qu’elle a reçu dans ces dernières années des coups dont on se relève difficilement. On commence à reconnaître que, si l’artillerie prussienne a joué un rôle si éminent dans la guerre de 1870-71, elle doit ses succès bien moins aux pièces Krupp qu’à 1 admirable façon dont elles étaient manœuvrées et servies. Qui ne se souvient de la retentissante allusion faite, le 50 avril dernier, à la Chambre des
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- LA NATURE.
- lords, par le duc de Cambridge, aux 200 canons que des avaries graves avaient mis hors de service, dans le cours de cette campagne? Les faits sont venus depuis, nombreux et accablants, confirmer la déclaration du duc. 11 est maintenant bien établi que sur 70 canons-culasse longs, de 24 livres, en batterie sur le front sud-ouest de l’attaque de Paris, 36 furent mis hors de service pendant les 15 jours du bombardement, la plupart par leur propre feu; « si bien, dit le Times (18 mai 1875), qu’à Versailles on pensait généralement que si les Français avaient tenu une semaine de plus, les batteries de siège allemandes auraient été réduites au silence et la majeure partie des canons démontés par leur propre tir. — Je regarde aussi comme certain et je tiens de bonne source, que pendant la courte, mais rude campagne sur la Loire et en Bretagne, 24 canons-culasse, appartenant à l’armée du prince Frédéric-Charles furent mis hors de service par leur tir et que, de Versailles, on dut les remplacer. Ces faits, sur lesquels je défie toute contradiction, suffisent à prouver que les canons Krupp sont loin d’être infaillibles, et que le matériel si vanté de la Prusse en 4870-71 n’était pas aussi parfait qu’on l’a jugé généralement. »
- Telle est l’opinion, non pas seulement du Times, mais de toute la presse technique, en Angleterre, sur la valeur du matériel Krupp. C’est aussi celle qui prévaut aujourd’hui dans toute l’Europe. Et la meilleure preuve que nous en puissions donner, c’est qu’en dépit des prospectus que le « roi du fer » répand avec profusion, les réclames qu’il insère dans tous les recueils scientifiques des deux mondes, il n’a plus pour clients que l’Allemague et la Russie ; et encore le moment n’est pas éloigné où cette dernière, dont l’artillerie fait en ce moment de si grands progrès, renoncera aux Krupps pour ses navires, comme elle y a déjà renoncé pour ses canons de campagne, en adoptant la pièce Aboukoff. L. Renaud.
- LES CURES D’AIR
- DANS LA PHTHISIE PULMONAUîE1.
- -r
- L’un des problèmes les plus difficiles de la pratique médicale, dans le traitement de la phthisie pulmonaire, est relatif au choix d’une station dont le climat soit parfaitement approprié à la constitution du malade, à la forme de la maladie et an degré quelle a déjà atteint. Jusqu’à ces derniers temps, les climats chauds du Midi seuls se disputaient la préférence des médecins ou des malades, et l’on eut volontiers considéré comme un insensé celui qui aurait proposé de recevoir et de traiter des phthisiques en plein hiver dans des stations situées au milieu même des Alpes, à plus de 1,500 mètres au-dessus
- 1 Étude sur les cures d'air dans la phthisie pulmonaire. Une visite à la station de Davos (Suisse), par le IP Léon Vacher. — Une brochure in-8°, 1875.
- du niveau de la mer. C’est pourtant ce qui a été conçu, réalisé et nous ajouterons, les résultats de la pratique ayant confirmé la théorie, ce qu’il y a désormais de moins paradoxal. La Suisse possède plusieurs de ces stations dont le nombre va chaque jour croissant au fur et à mesure que les effets que l'on y observe sont mieux connus du corps médical. Connue par l’une d’elles on peut juger des autres, nous suivrons M. Vacher dans l’excursion qu’il a faite à la station de Davos, en décembre 1874, et dont il a publié une relation extrêmement intéressante dans la Gazette médicale de Paris, année 1875, nos 19,
- 21 et 22).
- Davos est un village de 1,500 habitants, situé dans le canton des Grisons, à une altitude de 1,650 mètres, au milieu d’une vallée dirigée du nord-est au sud-ouest, ouverte à ses deux extrémités et abritée au nord et au sud par de hautes montagnes. La température moyenne de l’année y est de -f- 2°,56 ; celle des cinq mois qui forment la cure d’hiver (de novembre à mars inclusivement) est de — 4°,82. Souvent , durant cette dernière période, le thermomètre descend à 25° au-dessous de zéro. Mais ce sont là des observations thermométriques prises à l’ombre et au nord ; si on les prend au soleil et au midi, les résultats diffèrent grandement. Pour en donner une idée, M. Vacher cite une double observation qui a été faite le même jour, 30 décembre 1873, à Davos et à Paris.
- A l’observatoire de Montsouris, le thermomètre à boule noircie, exposé au soleil, marqua 19°,9, tandis que le thermomètre à minima marquait à l’ombre — 5°,i. A Davos le thermomètre à boule noircie monta à 43°, tandis que le thermomètre à minima descendait à l’ombre à — 18°,5. Ce qui caractérise le climat de Davos, c’est donc la coïncidence d’une température très-élevée au soleil et d’une température très-basse à l’ombre.
- L’intensité de la radiation solaire à Davos s’explique par la grande pureté de l’air et la très-faible proportion de vapeur d’eau qu’il renferme. Par-exemple, un mètre cube d’air, pris à cette station contient 2gr,418 de vapeur d’eau, tandis qu’un mètre cube d’air pris dans une ville de la plaine, telle que Pise, en renferme 6 gr. 510, c’est-à-dire presque trois fois plus.
- « Avant le lever du soleil sur l’horizon de Davos, écrit M. Vacher, la température est très-basse, parfois de 15 à 20 degrés au-dessous de zéro ; il y aurait danger réel pour les malades à se montrer en plein air à ce moment. Aussi se tiennent-ils enfermés dans leur chambre où, grâce au système des doubles portes et des doubles fenêtres, les appareils de chauffage maintiennent nuit et jour une température uniforme de 15 à 20 degrés. Mais dès que le soleil a commencé à éclairer la vallée, on voit les malades sortir de leurs appartements et marcher sur la neige, parfois avec des habits très-légers. La radiation solaire est si puissante, que les malades sont dans la nécessité de se garantir la figure, et ce n’est point un des détails les moins curieux du spectacle
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- que présente cette vallée, que de voir, sur cette nappe de neige de 2 mètres d’épaisseur, et quand le thermomètre marque à l’ombre 15 à 20 degrés au-dessous de glace, les dames se promener au soleil, avec des ombrelles, et les hommes marcher à pied ou en traîneaux, la tête couverte d’amples panamas, pour échapper aux insolations si dangereuses à cette altitude. Dès que le soleil commence à disparaître sous l’horizon, c’est-à-dire vers trois heures, les malades s’empressent de rentrer dans leurs hôtels, car le changement de température se fait sans transition, au coucher comme au lever du soleil, et on voit le thermomètre baisser en quelques minutes de 20 à 50 degrés. »
- La grande sécheresse de l’air de Davos serait pernicieuse aux phthisies compliquées d’ulcérations du larynx et de la trachée ; par contre, elle est très-favorable à celles qui s’accompagnent d’une hypersécrétion bronchique abondante.
- La hauteur moyenne du baromètre, dans cette station, est de 627 .millimètres. Il résulte de cette faible pression un surcroît d’activité dans les fonctions circulatoire et respiratoire. Ainsi M. Vacher, qui s’est pris lui-même pour sujet d’observation, avait à Davos 78 pulsations par minute, tandis qu’à Paris il n’en a que 60 ; de même il a constaté à Davos 18,2mouvements respiratoires par minute, tandis qu’à Paris il n’en compte que 16,6. Des résultats semblables ont été notés par les médecins qui exercent à Davos.
- Bien que la respiration soit plus fréquente, la quantité d’oxygène qui pénètre dans les poumons en 24 heures est plus faible. On sait que cette désoxygénation de l’air sert de base à la théorie du docteur Jourdanet sur l’immunité phthisique.
- M, Vacher, d'après ses propres calculs, appliqués à lui-même, inspirait à Davos, en 24 heures, 2213 grammes d’oxygène ; à Paris il en inspire. 2352 grammes. Il avait ainsi à Davos un déficit journalier de 149 grammes d’oxygène en 24 heures. C’est à ce déficit que M. Jourdanet a donné le nom de diète respiratoire.
- M. Vacher a voulu se rendre compte des effets produits par les conditions météorologiques qui précèdent sur les indigènes même de Davos ; il résume ainsi le résultat de ses recherches : « État sanitaire satisfaisant, mortalité faible à tous les âges, absence de phthisie. »
- Cette immunité pour la phthisie des habitants de la haute vallée de Davos se maintient tant qu’ils restent chez eux ; mais ils la perdent quand iis émigrent dans la plaine. Seulement ceux d’entre eux qui ont contracté la maladie et qui rentrent dans leur vallée, s’y rétablissent presque toujours, quand la phthisie n’est pas arrivée à sa dernière période.
- La connaissance de ce fait remarquable a attiré à Davos, il y a dix ans, un médecin qui s’y est guéri de la phthisie, y exerce encore aujourd’hui et a contribué puissamment à l’essor de cette station. En 1865 il n’y avait que 8 malades; en décembre 1874, on en comptait plus de 400.
- La cure d’air, sous l’influence des conditions signalées plus haut, constitue certainement la médication la plus active pour les malades qui viennent passer l’hiver à Davos. On y joint toutefois, comme traitement accessoire, des douches ou des frictions à l’eau froide, des exercices respiratoires en rapport avec la lésion pulmonaire, enfin un régime alimentaire composé principalement de viandes substantielles, de vins généreux, de beurre, de lait eu nature très-riche en crème et de corps gras. Ce régime, comme le fait remarquer M. Vacher, se rapproche de ce qu’on a appelé la diète d’engraissement. >
- Et de fait on attache, à Davos, une grande importance, ou tout au moins une grande attention à l’engraissement ou à l’amaigrissement des malades comme indice de la marche de la maladie et des résultats du traitement. On consulte souvent la balance et on note l’augmentation du poids des malades. La moyenne de cette augmentation, chez dix malades observés à ce sujet, a été de dix-huit livres et demie pour chaque malade pendant une période de deux mois et demi.
- Si l’on excepte la phthisie parvenue au troisième degré et celle qui s’accompagne d’ulcération laryngées ou trachéales, la cure d’air de Davos convient à toutes les formes et à toutes les phases de la maladie.
- PUITS DE GAZ EN PENSILYANIE
- Les principaux puits sont situés dans le comté de Butler (Pensylvanie), latitude 40° 30', longitude 80° ; dans les comités avoisinants se trouvent également des puits, mais de moindre importance. On sait, depuis plusieurs années, qu’en creusant dans ces régions jusqu’à certaines profondeurs, le gaz se dégage avec violence, mais les avantages pratiques qui résultent de ce phénomène n’attirent une sérieuse attention que depuis quelques mois.
- Les puits de gaz les plus abondants sont ceux connus sous les noms de puits de Burns et de Dela-mater. Ils sont séparés par moins d’un demi-mille, ils sont situés dans le comté de Butler, à sept milles de Butler (Nord-Est), à quinze milles environ du puits de Hardy (Larden’s Mills (dans le même comté), dont le gaz est conduit à Pittsburg, aux usines de Spang, Chalfant et Cie et de Graff, Bennett et Gie. A vol d’oiseau, ces deux puits sont à trente milles environ de Pittsburg. Leur profondeur est de 1 600 pieds environ, car ils ont été forés jusqu’à la quatrième couche de sable, si bien connue, au moins de nom, de tous ceux que préoccupe la question pétrole.
- Le puits de Burns n’a jamais, croyons-nous, donné d’huile, mais celui de Delamater, foré d’abord jusqu’à la troisième couche de sable, était un puits à pétrole de 1,600 litres; creusé ensuite jusqu’à la quatrième, il donna du gaz dont la pression était telle, que des sondes d’environ 800 kilogrammes pu-
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- la nature.
- rent être retirées du puits à la main. Chacun de ces puits a 5 5/8 pouces de diamètre.
- Le puits de Delamater est le plus remarquable ; il produit près du double de celui de Buras, et fournit de la lumière et du combustible à tous les environs, y compris la ville de Saint-Joe. Il est situé dans une vallée entourée de hautes montagnes, qui rétléchissent et concentrent la lumière produite par le gaz. Plusieurs conduites partent de ce puits; l’une conduit le gaz directement au cylindre d’une forte machine motrice qui, par la seule pression, acquiert une prodigieuse vitesse, et si on allume le gaz qui s’échappe du tuyau de dégagement, il se produit une flamme immense. Un autre tuyau, près du hangar de la machine, alimente une autre flamme, capable de réduire autant de minerai de fer que la moitié des hauts-fourneaux de Pittsbourg n’en consomment par jour. A 20 mètres plus loin est l’écoulement principal du puits; d’un tuyau de 3 pouces jaillit une colonne de feu de 40 pieds de hauteur, dont le bruit fait trembler les collines. Dans un rayon de 50 pieds, la terre est brûlée; mais plus loin, la végétation est aussi abondante et vigoureuse que dans les tropiques et semble jouir d’un été perpétuel. Par une nuit calme, le bruit peut s’entendre à lu milles de distance; à 4 milles, on dirait un train de chemin de fer passant sur un pont peu éloigné ; il augmeute au fur et à mesure qu’on se rapproche et devient semblable au bruit que ferait un millier de locomotives laissant échapper la vapeur.
- A un huitième de mille, il ressemble au grondement continu du canon. La voix humaine peut à peine se faire entendre, et la flamme s’élance dans les airs jusqu’à une hauteur de 70 pieds, comme un clocher d’église embrasé. En hiver, les collines environnantes sont couvertes de neige ; mais à 2 acres autour du puits, l’herbe est verte et en pleine végétation, sauf tout près, où la terre ressemble à de la lave éteinte. A une certaine distance, on voit les troupeaux et le bétail se chauffer et brouter l’herbe, qui paraît sortir d’une serre chaude.
- La composition et la pression du gaz ont été examinées avec soin par 0. Wuth. Il est presque entièrement composé d’hydro-carbure de la composition C4H6, mélangé avec une petite quantité d’oxyde de carbone et d’acide carbonique ; sa puissance éclairante est de sept bougies et demie, celle du gaz de charbon étant à peu près de seize. Sa puissance calorifique est, à poids égal, de 25 pour 100 environ plus forte que celle du bon charbon bitumineux.
- Au puits, dans un tuyau de 5 pouces 5/8, la pression est de 100 livres par pouce carré. Dans un plus petit tuyau de 2 pouces, on conduit le gaz jusqu’à Freeport, qui est à 15 milles du puits, la pression se trouve réduite de 200 à 125 livres. D’où l’on peut conclure qu’en employant un tuyau de 5 pouces 5/8 et une pression originaire de 100 livres, la perte occasionnée par le frottement dans le trajet du puits à Pittsbourg (35 milles) ne dépasserait^ pas la moi-
- tié, et que la pression serait encore de 50 livres par pouce carré à Pittsbourg.
- La vitesse ascensionnelle du gaz est, en chiffres ronds, de 1,700 pieds par seconde, et si on multiplie ce chiffre par la surface du tuyau, 17 pouces carrés, on trouve un débit de 289 pieds cubes par seconde, ou de 17,340 pieds cubes par minute, ou bien, en chiffres ronds, de 1 million de pieds cubes par heure.
- La quantité de gaz fournie journellement est donc de 1,408 tonnes environ. Si on prend en considération que, pour l’usage des hauts-fourneaux, la combustion du gaz est bien plus complète que celle du charbon bitumineux, et que la chaleur effective produite est de 25 pour 100 plus grande, en supposant la combustion complète dans les deux cas, ou peut être certain que les chiffres ci-dessus sont certainement inférieurs à la réalité.
- On estime le rendement du puits, en combustible, à plus de 3 millions de kilogrammes par jour.
- Le puits de Burus fonctionne depuis plus de 300 jours, et a produit l’équivalent de plus de 300 millions de kilogrammes de charbon bitumineux.
- Tout ce que nous pouvons dire au sujet de la durée des puits de gaz, c’est que, dans la région de l’huile supérieure, des puits ont fourni du gaz pendant douze années, sans aucune diminution apparente. Un puits, à Fairview, a alimenté de combustible plus de cent machines pendant cinq ans, et sa production est aujourd’hui la même que le premier jour.
- L’art de tirer parti de cette immense quantité de combustible est encore dans l’enfance. Le gaz provenant des deux puits les plus connus n’est employé qu’aux usages ci-dessus mentionnés. A Pittsbourg, deux usines à fer prennent le gaz du puits de Harvey, situé à 15 milles de la ville; c’est la plus grande application faite jusqu’à ce jour.
- Ce dernier puits, creusé dans la deuxième roche, a une profondeur de 1,200 pieds; son diamètre est de 5 pouces 5/8. Le tuyau qui conduit le gaz à Pittsbourg est de 6 pouces, mais il est très-mince, et les raccords sont faits d’une façon si imparfaite, qu’il y a de très-grandes fuites ; à l’arrivée, la pression est donc beaucoup réduite. A ces usines, on se sert du gaz pour puddler le fer, et on prétend qu’il endommage moins le haut-fourneau que le charbon, et qu’on obtient une économie de quatre heures par fournée.
- Une compagnie s’est constituée pour forer des puits dans la ville de Pittsbourg, sur le côté septentrional du Monagaliela, et va immédiatement commencer ses travaux ; une autre se forme pour opérer les mêmes travaux sur le côté sud ; enfin, une troisième , avec un capital de 2 500 000 francs, se propose d’amener à Pittsbourg le gaz des puits de Delamater et de Burns, éloignés de 35 milles i.
- LAÜKF.KCE SCHMITH.
- 1 Communication faite à la Société d’encouragement. Séance du H février 1876.
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- SUR UNE NOUVELLE METHODE
- POUR ÉCRIRE LES MOUVEMENTS DES VAISSEAUX SANGUINS
- CHEZ L’HOMME.
- Par le T)r Mosso.
- Le docteur A. Mosso, de Turin, pendant son séjour à Paris, nous a fait connaître un nouvelle méthode pour mesurer les mouvements des vaisseaux sanguins chez l'homme, qui nous paraît destinée à avoir des applications très-étendues à la physiologie, à Ja pharmacologie expérimentale et à la clinique. Le principe qui forme la hase de l'instrument dont se sert le docteur Mosso pour ses recherches, etauquel il donne le nom de plélhys-mographe, est très - simple. Il s’agit de fermer par un anneau en caoutchouc un membre , par exemple l’avant-bras , dans un cylindre en verre ACDB, d'en remplir la cavité avec de l’eau tiède et de mesurer, au moyen d’un appareil spécial, la quantité d’eau qui , suivant l’augmentation ou la diminution du volume de l’avant-bras, sort ou entre par l’ouverture F , par laquelle seulement le liquide contenu dans le cylindre ACDB peut sortir ou entrer.
- Le cylindre contenant le bras est appuyé sur une planche P, suspendue à la voûte de la chambre au moyen d’une corde, afin d’éviter que les petils mouvements du corps produisent un déplacement du bras dans le cylindre.
- La seconde partie de cet appareil paraît être la plus importante par ses applications à la physique, car elle résout le problème de mesurer et d’écrire les changements de volume d’un corps soumis à une pression toujours égale.
- L’ouverture F se trouve en communication avec un tube de verre G, lequel se repliant à l’angle droit descend perpendiculairement jusqu’au niveau a b. Une petite éprouvette M, régulièrement cylindrique et graduée, est suspendue à une double poulie L,
- très-sensible, et tenue en équilibre au moyen d’un contre-poids N, auquel est attachée une plume pour écrire sur le cylindre à rotation, ou sur une bande de papier qui se déroule par un mouvement régulier. L’éprouvette M est suspendue de telle façon, que le tube vertical en verre se trouve exactement dans son axe.
- En supposant maintenant que le vase P, placé au-dessous de l’éprouvette, soit rempli d’eau, et que les vaisseaux de l’avant-bras se dilatent, en augmentant le volume, nous verrons une quantité correspondante d’eau sortir du cylindre ACDB et passer dans l’éprouvette M.
- Celle-ci ayant augmenté de poids s’enfoncera dans
- le vase sous-jacent, et déplacera une quantité d’eauégaleàcelle ijui est reçue. Le contre - poids A suivra en montant ce mouvement. De même, quand y il aura contraction des vaisseaux, le volume de l’avant-bras diminuera, et, une certaine quantité d’eau rentrant dans le cylindre ACDB , l’éprouvette M, devenue plus légère , remontera denouveau, pendant que le contre-poids avec sa plume suivra un mouvement inverse.
- Pour que la pression dans Je cylindre ACDB soit constante, il faut que le niveau de l’eau dans l’eprouvette M reste toujours dans le plan a b de la surface du liquide contenu dans le vase P.
- Pour éviter les déplacements de ses deux niveaux, le docteur Mosso emploie un vase P, très-grand, qui est rempli d’un liquide d’une densité plus petite que l’eau. C’est un mélange d’alcool et d’eau, et l’on peut trouver très-facilement la densité convenable pour chaque éprouvette. Avec ces précautions, l’éprouvette M pourra se remplir et se vider, monter et descendre, sans que les variations de sou poids puissent avoir une action sur le niveau du liquide contenu dans son intérieur. Les deux liqui-ques resteront toujours au même niveau a b, et, malgré les variations de volume, la pression dans le cvlindre ACDB restera invariable.
- Le plélhysmogrnphe de M. le D* Mosso.
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- LA NATURE.
- Le moyen nouveau dont le docteur Mosso s’esl servi pour ses recherches est d’une application très-utile à l’hydraulique, pouvant, au moyen de cet instrument, mesurer et écrire exactement la quantité de liquide qui circule dans un tuyan, avec un mouvement d’aller et de retour, en laissant invariable la pression de ce même liquide. Une burette H sert à ajouter ou à enlever de l’eau dans l’éprouvette M.
- Les tracés obtenus par le docteur Mosso nous fournissent un exemple très-évident de la précision des méthodes employées par la physiologie moderne-. Sur une bande de papier haute de 20 centimètres, qui se déroule au-devant de ses appareils enregistreurs, le docteur Mosso inscrivait, au moyen de deux pléthysmographes, le volume de l’avant-bras, droit et gauche, les mouvements respiratoires de la cavité thoracique, le pouls de la carotide, le temps en secondes, pendant que d’autres plumes écrivaient les autres indications accessoires, telles que l’abcisse, les irritations électriques, etc., et cela pendant des heures entières et môme pendant le sommeil. Cet appareil, qui peut servir à l’étude et à la démonstration des phénomènes les plus importants des vaisseaux sanguins, offre le moyen d’aborder des questions ayant un intérêt plus général, tenant à la physiologie de la pensée, de l’activité cérébrale et de la conscience.
- Le docteur Mosso a pu faire des recherches très-intéressantes sur les causes du sommeil, et sur l’action des substances qui peuvent le favoriser ou l’empêcher. Il a ouvert un nouveau champ à la pharmacologie expérimentale, en nous donnant un moyen très-commode pour étudier directement l’action des remèdes sur l’économie de l’homme.
- Pour ne donner qu’un exemple, il résulterait des recherches faites avec le pléthysmographe que toutes les petites émotions se traduisent par une modification dans l’état des vaisseaux sanguins. La seule entrée d’une personne qui nous intéresse, pendant l’expérience, peut produire une diminution de volume dans l’avant-bras, qui peut varier de 4 à 15 centimètres cubes. Le travail du cerveau, pendant la solution d’un problème arithmétique ou autre, ou la lecture d’un morceau difficile à comprendre, etc., est toujours accompagné par une contraction des vaisseaux, proportionnelle à l’effort de la pensée et à l’activité cérébrale *.
- CHRONIQUE
- Société d’instruction et d’éducation populaires gratuites. — Cette nouvelle Société, dirigée par des jeunes* gens qui en ont pris l’initiative, a son siège social, 3, rue Christine, dans le local de la Société de géographie.
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences par M. Claude Bernard, le 24 janvier 1876.
- Elle a reçu l’approbation de MM. Levasseur, Charles Robert, Boulmy, Ballard, Legouvé, etc, et la Société Francklin, dans sa séance du 27 février 1876, lui a décerné une mention honorable. Des cours publics ont été ouverts le 6mars, à 8 heures et demie du soir à la mairie du cinquième arrondissement de Paris ; l’arithmétique, l’hygiène, la physique, le droit commercial, la géographie sont exposés par MM. L. Levy, Brissaud, Becquerel, et Renault. Nous sommes heureux de faire connaître à nos lecteurs, cette entreprise désintéressée, digne d’intérêt et d’encouragements.
- Le tunnel du Saint-Ciothard. — Au 1er mars, la longueur des galeries perforées était, pour chacune des deux embouchures: Goschenen (tête nord) 2891™,60, Airolo (tète sud) 2808™,70.
- La perforation mécanique, qui avait dù être suspendue dès le 23 novembre 1875 dans les galeries nord, à la rencontre des schistes argileux très-délités, sujets aux ébouloments, et nécessitant un boisage, a été installée de nouveau pendant les derniers jours de février, et le travail de perforation, a repris la marche normale qu’il avait atteinte en 1875. Soit une moyenne de 200 à 210 mètres par mois. Le tunnel mesurant 14920 mètres, il reste donc un peu plus de 9 kilomètres à perforer, avant que les deux tronçons nord et sud se rejoigentau cœur de la montagne.
- Nous ajouterons que la Compagnie du chemin de fer du Saint-Gothard vient de présenter au Conseil fédéral Suisse un rapport sur la future construction de la ligne (263 kilomètres, de Lucerne à la frontière italienne) en constatant qu’il lui manquait l’énorme somme de 102 millions de francs. Un grand nombre de journaux ont confondu le chemin de fer du Saint-Gothard avec l’entreprise dont nous parlons ici, et qui comprend seulement le grand tunnel. Il y a eu erreur de mots. Des renseignements absolument certains nous permettent d’affirmer que l’œuvre du tunnel se continuerait quand bien même la compagnie du chemin de fer serait obligée de suspendre momentanément ses travaux.
- Poids soulevé par la croissance d’un tissu végétal. — On a remarqué souvent la force avec laquelle des racines, des troncs d’arbres et autres parties des végétaux disjoignent on soulèvent des corps pesants dans lesquels ils se trouvent comme enchâssés. Rarement peut-être ce phénomène a été mesuré d’une manière aussi probante que par M. W.-S. Clark, président du collège d’agriculture du Massachussetts. Dans son 22e rapport annuel, publié à Boston, il raconte qu’il a placé une courge de 22 pouces de circonférence, de telle manière que, tout en recevant les sucs de la lige sans difficulté, elle était revêtue en dessus d’une espèce de harnais en fer, de la forme d’un masque ovale composé de barreaux cintrés. Sur ce harnais ou masque était une barre longitudinale fortement assujettie, et une balance romaine, prenant son appui sur la barre, servait à mesurer le poids de plus en plus grand que la coürge tenait en équilibre à mesure qu’elle grossissait. L’expérience ayant commencé le 15 août, le fruit a supporté le 31 octobre cinq mille livres. A ce point, l’appareil s’est dérangé. Il n’a pas pu être changé ou réparé, parce que les interstices du masque s’étaient remplis de la matière végétale en croissance, qui débordait même au-dessus des barreaux. L’épiderme avait des fissures, mais l’intérieur du fruit n’avait pas souffert. Le poids de cette courge était, à la fin, de 47 livres 1/2. Son péricarpe était plus ferme qu’à l’ordinaire et la cavité centrale était plus petite, avec des graines dans un état normal. Une courge
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- LA NATURE.
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- de la meme variété, cultivée eu plein air, dans le voisinage, est arrivée à peser 125 livres. (Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 mars 187(5. — Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Métallurgie. — M. Gruner qui pose sa candidature à la place d’académicien libre, devenue vacante par suite du décès de M. Séguier, communique ses observations à l’égard des fumées blanches qui se sont dégagées à diverses reprises avec une grande abondance de la fonte que l’on coulait dans un atelier métallurgique. Ces fumées concrétées sur tous les objets froids situés dans l’usine, consistent en silice libre et résultent de la combustion du sulfure de silicium que le fer contient si souvent.
- Le cerveau et la température animale. — 11 résulte des expériences de M. le docteurOlimbourg, que l’ablation de certaines régions du cerveau, choisies dans la partie pé-riptérique, détermine un abaissement de la température des membres.
- Pont sur la Manche. — Revenant sur un sujet dont il a déjà plusieurs fois enlretînu l’Académie, M. Bérard de Sainte-Anne, signale la ligne qui joint le cap Cris-Nez aux environs de Folkstone, comme propre à l’établissement d’un passage à ciel ouvert entre la France et l'Angleterre. La longueur totale n’est que de 55 kilomètres et la profondeur moyenne ne dépasse pas 31 mètres.
- Application imprévue de la garance. — C’est encore à titre de communication ancienne, que M, de Rostaing insiste sur la propriété momifiante de la garance, à l’égard de la chair animale, Il mentionne un morceau de viande traité par son procédé, et qu’il a conservé sans inconvénient dans son salon pendant 127 jours. L’auteur part de ses résultats pour attaquer à la fois au nom, dit-il, de la morale et delà religion, l’installation des cimetières loin des villes et la pratique de la crémation. Suivant lui, le culte dù aux morts est fortement compromis par ces deux systèmes et il juge beaucoup plus conforme aux bons principes, d’aller à l’encontre de la loi fondamentale de la nature, qui veut qu'après la vie, les molécules matérielles dont nous avons ici une jouissance momentanée soient par nous rendues au torrent général.
- Astronomie. — Le secrétaire perpétuel signale, parmi les pièces de la correspondance, le mémoire d’ensemble contenant les observations faites à-Pékin, lors du passage de Vénus, par M. Fleuriais. Il présente en même temps un volume de M. Tacchini, sur les observations faites au Bengale à l’occasion du même passage par la Commission italienne. Il s’agit surtout de résultats spectroscopiques. M. Yvon Villarceau lit ensuite un mémoire fort important pour la marine, mais que nous ne pouvons analyser ici, sous ce titre : Transformation de Gastronomie nautique à la suite des progrès de la chronométrie.
- Géodésie. — C’est d’une opération grandiose que M. le général Morin entretient l’Académie. 11 s’agit de mesures géodésiques qu’on s’occupe d’effectuer au travers de tout le Brésil et qui, comprenant une longueur de 30 degrés, serviront puissamment à la détermination de la forme réelle du globe terrestre. Comme M. Faye le fait remarquer, cette entreprise qui est dès maintenant confiée à une commission de savants brésiliens, offre d’autant plus
- d’intérêt que dans l’hémisphère austral on n’a encore mesuré qu’un petit arc de 3 degrés au cap de Bonne-Espérance, et M.Daubrée ajoute que l’importance de l’œuvre est encore accrue par ce fait que la ligne à déterminer passe précisément par l’une des régions de la terre, où se sont développées avec le plus d’intensité les actions géologiques.
- Nominations de candidats. — On sait que les chaires de Mammalogie et de Minéralogie au Muséum sont vacantes, la première par suite de la démission de M. Milne Edwards, la seconde à cause de l’admission de M. Delafosse à la retraite. L’Académie désigne q,u choix du ministre, pour la première chaire, M. Milne Edward et M. Oustalet, et pour la seconde M. Descloizeaux et M. Jannettaz.
- Hygiène. — Nous avons à signaler deux utiles publications relatives à l’hvgiène, et qui sont offertes par leurs auteurs à l’Académie. La première, due à la plume habile de M. le docteur Prosper de Pielra Santa, est intitulée FAassainissement de Paris. C’est un résumé précieusement fait de documents officiels présentés au conseil municipal de Paris, sur l'infection de la Seine et de la Bièvre et sur l’emploi agronomique des eaux d’égout dans la presqu île de Gennevilliers, On y trouvera un savant exposé de l’état actuel d’une des questions les plus impérieusement mises à l’ordre du jour par la force même des choses; depuis longtemps Paris empoisonne la Seine, voici venu le moment où, si l’on n’v prend garde, la Seine va infester Paris. Le deuxième ouvrage dont nous voulons parler est le recueil des Leçons élémentaires d'hygiène, rédigées par M. le docteur Hector George, d'après le pro-gramme de l’Académie de médecine adopté pour l’enseignement des lycées et des écoles normales. Le style de ce livre esta la fois concis et clair; les faits succèdent aux faits et amènent comme conséquences toutes naturelles l’expression dos lois fondamentales de l’hygiène, que chacun doit pratiquer dans l’intérêt de tout le monde. On peut d’autant plus sûrement prédire un vif succès aux Leçons deM. George, que déjà une première édition en a été écoulée dans un temps fort court ; et il est à désirer que non-seulement tous les élèves de nos Ivcées l’aient entre les mains, mais encore qu’il soit lu par les mères de famille et par tous ceux qui ont charge d’âmes.
- Stanislas Meunier.
- nouveau
- SYSTÈME DE LAMPE ÉLECTRIQUE
- A RÉGULATEUR INDÉPENDANT,
- Ce nouveau système de lampe électrique a pour organe régulateur un relais, qui peut être placé à telle distance que l’on veut de l’appareil où se produit le point lumineux et que l’on peut rendre aussi sensible qu’il convient. Ce système comporte donc deux appareils que nous représentons (fig. 1 et 2) et qui sont reliés par deux circuits différents, donnant passage à deux courants distincts; l’un très-fort, qui détermine l’arc voltaïque, après avoir passé à travers l’électro-aimant du relais régulateur ; l’autre assez faible, qui n’a à produire que des déclan-chements de mouvement d’horlogerie pour l’avancement et le recul des charbons de la lampe.
- Le relais régulateur se compose essentielle.
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- ' 2-iO
- LA NA Tl! |{K.
- ment d’un électro-aima nt à gros fil b, dont l’armature n, adaptée à un levier basculant, sollicité par deux ressorts antagonistes o et o', peut occuper une déterminée et placer par conséquent un ressort de contact que porte le levier entre deux vis de contact, p et q, en rapport avec les systèmes électro-magnétiques commandant la marche des charbons de la lampe. La tension des ressorts o et o' étant calculée de manière que, pour une intensité de courant capable de fournir une belle lumière, l’armature en question ne détermine aucun contact sur les vis p et q, il arrive que, si le courant devient trop fort ou trop faible, le levier basculant appuie sur l’une ou l’autre de ces vis et. détermine un déclanchement qui fait avancer ou reculer les charbons de la lampe. Il est clair que si les charbons sont en contact, le courant appelé à fournir la lumière aura une intensité supérieure à celle qui correspond à la position normale de l’armature du relais, et un contact sera établi sur la vis p,d’où résultera le recul des charbons ; au contraire, si la distance des charbons devient trop grande, le contact s’effectuera sur la vis q et entraînera une fermeture du courant, qui provoquera le rapprochement de ces charbons; pour un réglage convenable de deux ressorts o et o' et un écart plus ou moins grand des vis q et p, on pourra donc rendre l’appareil aussi sensible qu’on peut le désirer, et cette régularisation pourra s’effectuer à distance, sans qu’on ait besoin de toucher à l’appareil producteur de la lumière.
- Un interrupteur / permet d’ailleurs de fermer ou d’interrompre le courant destiné à produite la lumière.
- La lampe se compose, comme les lampes électriques ordinaires, de deux longs crayons de graphite portés par des crémaillères convenablement équilibrées et mises en action sous l’inlluence de deux mouvements d’horlogerie distincts, bien que commandés par un même barillet. Le dernier mobile de chacun de ces mouvemcntsest embrayé par une détente d’un
- F ir, 1.
- Fig. 2. — Nouveau système de lampe électrique.
- système électromagnétique particulier, qui correspond électriquement, 1 un à la vis p, l’autre à la vis q du relais, et les rouages des deux mécanismes sont calculés de manière que, au moment de l’avance ou du recul, le mouvement relatif des charbons s’effectue dans les conditions voulues pour maintenir lixe le point lumineux.
- La disposition de cet appareil, qui permet son fonctionnement dans toutes les positions, le rend apte à un grand nombre d’applications, par exemple aux opérations militaires, à la navigation, aux représentations théâtrales, aux recherches sous-marines et même à la projection des expériences de physique ; car un petit mécanisme, adapté aux deux crémaillères, permet de déplacer verticalement le point lumineux, sans éteindre la lumière et, par conséquent,, de le bien placer au foyer des lentilles des projections.
- Ce système peut, d’ailleurs, s’appliquer aux régulateurs déjà existants, (pii deviennent, par son emploi, plus sensibles, et l’on pourra juger du degré de sensibilité que l’on peut obtenir, si l’on considère que dans le barométrographe de M. Ilough, où un système de ce genre est employé, on peut apprécier les mouvements de la colonne mercurielle à yuYTo pouce près.
- Dans le modèle représenté tig. 1, la pile destinée à faire fonctionner les électro-aimants de la lampe est renfermée dans le socle du relais. C’est une petite pile portative des éléments à sulfate de mercure; mais on peut s’en passer en employant les courants d’induction que pourraient développer, sur des bobines d’induction entourant les bobines de l’électro- aimant du relais, les variations d’intensité du courant de la pile appelée à produire la lumière électrique1.
- E. Giroüard.
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences, par M. du Mon-cel, le 24 janvier 1876.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, a Paris.
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- N- 140. — 18 MARS 1876.
- LA NATURE.
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- LE VOYAGE DU LIEUTENANT CAMERON
- DANS LA LÉGION DLS LACS, EN AFRIQUE.
- Ou se souvient que le gouvernement anglais, inquiet du sort de Livingstone, avait envoyé à sa recherche une expédition sous les ordres du lieutenant de la marine royale Cameron et du docteur üillon. Arrivés à Zanzibar au mois de janvier 1875, ceux-ci s’adjoignirent presque aussitôt le lieutenant
- d’artillerie Cecil Murphy et le jeune Mol'fat, neveu de. Livingstone. La Nature, du 50 mai 1874, a raconté les terribles épreuves auxquelles lurent soumis les explorateurs, nous ne reviendrons pas sur ces navrantes péripéties. Il nous suffira de dire que le lieutenant Carneron se crut obligé, lorsqu’il lut rejoint par le funèbre cortège qui rapportait à la côte le corps de Livingstone, de renvoyer ses compagnons et de poursuivre les recherches que la mort seule avait empoché le grand voyageur de mener à bonne fin. 11 se mit donc en route pour le Tanganyika, dont il
- . fonerairt do Livingtton» 18W-S5 4886-13
- _5_ .Partie d* r»tin*r&»r« de L-Magyar 18SQ-1851 Parti*d* l'itmMvndnPbnbeirot IflOS-ISIl ."O--- Trace do tacs eide* cours d'w connus p»r t Potnt déterminé e» ' at>tude et en longitude o Rçirtdéttrmine en « Autres positron»
- Les hauteur» (au-dessusdu mveaude la. mer) sont exprimées1
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- H)ji ru,nt>â LV.mrnbo,. FortRfljuAj»'?'* j j;
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- Profil de l'Afrique équatoriale suivant l iunerairedu L»eut*Cameren de Baffomon/o a Katombela
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- -St'nca./' et Vrna.Hli Part.?
- Carte du voyage de Cameron, avec le tracé des itinéraires antérieurs de Livingstone, Magyar, etc.
- atteignit les bords le 21 lévrier 1874, c’est-à-dire exactement seize ans après sa découverte par But-ton.
- Ce n’est pas que ce lac ait été inconnu jusque-là1, mais les relations des Portugais n’avaient reçu qu’une
- 1 Découvert en 1484 par le Portugais Diego Gain, il fut remonté cinq ans plus tard par Gonzalo Sousa jusqu’à la résidence d’un roi puissant, lianza Congo, qui prit plus tard le nom de San Salvador. Sousa baptisa le roi de ces contrées et noua des relations avec tous ces peuples. Un siècle plus tard, en 4591, Pigaletta publia à Rome le récit de voyage de Duarte Lopez ; entre autres informations curieuses, nous y trouvons indiquée pour la première fois l’existence de deux lacs, Zambre et Aque-luna, d où s échapperait le Congo; quelques années plus tard, un capucin, le P. Giovanni Antonio Cavazzi, publiait également à Rome un rapport, en 16G8, d’où il résultait que l’influence portugaise s’étendait à 200 ou 500 milles de la côte. Cavazzi,
- 4* «nuée. — 4« semestre.
- publicité restreinte et le nom de Tanganyika ne reparut sur les cartes d’Afrique qu’en 1835, à la suite des patientes études du géographe anglais William Desborough Cooley. Speke et Burlon avaient atteint Ujiji, le 15 février 1858, ils visitèrent l’ar-
- qui resta plusieurs aimées dans le pays, affirme que des affluents du Congo, 4’un, le Vambra, descend des montagnes qui séparent le Fungouo du Mœnœmugi, et que le Quango et le Berbela traversent le lac Aqueluna.. La ville de San Salvador avait pris à cette époque une extension extraordinaire ; située A 50 lieues dans l’intérieur, elle possédait 12 églises, un collège de jésuites et une population de 50,000 âmes. La carte dresséîe par Lopez en 4587 nous représente le lac Zambre à ta place occupée par le Tanganyika, et, plus à l’ouest, le lac Aqueluna, d’où sort le Congo ; sous l’équateur sont indiqués deux lacs, l’un le lac du Nil, l’autre beaucoup plus à l’est, le lac Colué, qui semblent être l’Albert et le Victoria. Ces informations curiei _
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- chipel Kasengé et explorèrent toute la partie septentrionale du lac. Bien que leur séjour dans cette contrée ait été relativement court, ils avaient recueilli toute une série d’informations intéressantes. Ils semblaient considérer, à cause de la différence de niveau, le Victoria et le Tanganyika comme appartenant à deux régimes hydrographiques distincts. Bientôt un certain nombre de géographes assurèrent que le Ruaha ou Ruisizi sortait de l’extrémité septentrionale du lac et que c’était, par conséquent, une des têtes du Nil, affirmation entièrement opposée à celles de Burton. Certains autres, et notamment le docteur Beke, soutenaient que le Tanganyika n’avait pas d’issue, qu’il formait un bassin complètement séparé, sans communication avec les grands lacs, que c’était en un mot une sorte de Méditerranée, avant la rupture des colonnes d’Hercule. Livingstone, au mois d’avril 1867, avait atteint l’extrémité méridionale du Tanganyika-, dont il fut d’abord tenté de faire un lac séparé sous le nom de Liemmba, mais à moitié mort, délirant, il avoue lui-même qu’on ne doit pas ajouter grande créance aux observations qu’il fit à cette époque. En novembre 1871 il fit, avec Stanley, l’exploration de la partie septentrionale du lac et constata que le Rusîzi, loin de sortir du Tanganyika s’y précipite au contraire. Toutefois certains indices entre lesquels il convient de citer des courants qu’il observa à différentes reprises lui avaient donné à penser que le Tanganyika avait une issue. Sur son journal, qui vient d’être publié récemment, il inscrivait : « Lohinga, homme fort intelligent, nous a nommé dix-lmit rivières, quatre se jettent directement dans Je lac, les autres dans le Loursizé (Rusizi). Pas une ne sort du Tanganyika. Celui-ci, néanmoins, se décharge quelque part; je n'ai, à ce sujet, aucun doute, bien que nous ne puissions pas trouver l'issue. » Il est profondément regrettable que certaines préoccupations aient empêché Livingstone de chercher à pénétrer ce mystère, il était plus propre que tout autre à mener à bien une telle entreprise.
- Quoi qu’il en soit, la question était, au moment où le lieutenant Cameron atteignit Ujiji, des plus embrouillées. Il se mit à la besogne sans retard. Fixant d’abord soigneusement son point de départ, il établit d’une manière irréfutable la position d Ujiji par une série d’observations lunaires et d’altitudes méridiennes 3ÜU 4' 30" E. de longitude et 4° 58' 3" S. Enfin il fixa, au moyen de sept observations du point d’ébullition du thermomètre et au moyen du baromètre le
- ses ont été négligées et complètement oubliées jusqu’à nos voyageurs contemporains. Il nous faut*sauter maintenant jusqu’en 1816 pour rencontrer une exploration du Congo ; un Anglais, 1 capitaine Tuckey, remonta le fleuve jusqu’au delà des chutes de Ycllala ; on n’est pas allé plus loin.
- En 1849, le Hongrois Ladislas Magyar explora une partie du Kasabi ou Lœki, poussa jusqu'à un endroit appelé Yu-Quilem, au delà de Kabebc et entendit parler d’un grand lac au nord, le Uhanya peut-êtie, l’Ulenghé de Livingstone.
- Tout récemment le Congo a été exploré par le lieutenant Grandy jusqu’aux chutes de Yeilala, et il est bien regrettable qu’il n’ait pu pousser plus loin.
- niveau du lac qui s’élève à 2,710 ou 2,711 pieds anglais (827 mètres).
- Puis après avoir loué deux embarcations, Betsy et Pickle, cette dernière servant de tender, ainsi que des guides, il quitta Ujiji, le 13 mars 1874 et s’avança vers le sud, en explorant soigneusement chaque baie, chaque anse et en constatant de visu le cours de toutes les rivières. Le 17 avril il atteignit ainsi, toujours sondant et faisant des observations astronomiques, l’extrémité sud du lac. U remonta alors la rive ouest, vit le Bouaungua (le Marongou de Burtou), qui est en réalité à près de 129 kilomètres de l’extrémité sud du Tanganyika, et entra le 5 mai dans le fleuve Lukuga, qui est le débouché, l’exutoire du lac. Large de 5 à 600 mètres, profond de 3 à 5 brasses, le Lukuga a un courant de 1,2 nœud à l’heure. Après avoir franchi la barre de sable, qui obstrue en grande partie l’entrée, large de 2413 mètres, Cameron descendit le Lukuga pendant 4 ou 5 milles, jusqu’à ce qu’il lut arrêté par des masses d’herbes flottantes et d’énormes roseaux. Voyant qu’il lui était impossible de pousser plus loin sa reconnaissance, il reprit son voyage, atteignit le 6 mai l’archipel Kazengé, dont il fixa la position, et arriva à Ujiji le 9 mai. D’un chef des environs Cameron avait appris qu’après avoir reçu le Lourroumboudzi, le Lukuga se jette dans le Lualaba, qui, au-dessus de Nyangwé, point le plus éloigné qu’ait atteint Livingstone, prendrait le nom deügar-rowwa ; le nom du Congo lut aussi prononcé. Mais Tügarrovvwa et le Congo ne seraient-ils pas la même rivière ? Cela n’était pas impossible, car un des Arabes qui lui donnaient ces informations assurait avoir atteint une place où des bâtiments et des marchands blancs faisaient un commerce important d’huile de palme et d’ivoire. Or, on sait que des Arabes, venus de Zauzibar, ont, à plusieurs reprises, atteint la côte occidentale d’Afrique et notamment, eu 1852, où trois Arabes atteignirent Ben-guela, après être partis d’Ujiji, avaient traversé le Tanganyika et parcouru tout le territoire de Ka-zembé. On voit de suite quelle est l’importance du problème que se posa aussitôt le lieutenant Cameron. La même région donnerait-elle source au Nil et au Congo ? Le même massif montagneux engendre-t-il, comme nous le disions ici même dans le numéro du 10 janvier 1874, deux des plus grands fleuves du monde ? Pour Livingstone qui n’avait pu connaître la découverte par le docteur Schweinfurth d’un important cours d’eau coulant de l’est à l’ouest, le Ouellé, et qui avait fini par croire ce qu’il disait passionnément, le Lualaba et la chaîne immense de lacs, de rivières et cours d’eau qu’il avait découverte, était la tète du Nil. Mais déjà des esprits non prévenus avaient soulevé des objections contre celte étrange théorie, objections auxquelles vint donner un poids considérable la découverte du lieutenant Cameron.
- Dès qu’il eut regagné Ujiji, Cameron fit en toute hâte ses préparatifs de départ. Il ne se laissa pas arrêter par les obstacles, renvoya à la côte ceux de ses
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- compagnons qui ne voulaient pas aller plus avant, et réunit en peu de jours une escorte et des porteurs.
- D’après le plan qu’il avait formé tout, d’abord, il devait descendre le Lukuga avec de légers canots et gagner ainsi Nyangwé, car il avait remarqué que l’obstruction du lit de la rivière par les herbes n’était pas complète et que là où des troncs d’arbres de 6 à 9 mètres de long se frayaient un rapide passage à travers les herbes sans laisser de traces, de petites embarcations ne rencontreraient pas de difficultés beaucoup plus considérables. Cependant au lieu de remonter le Lukuga, le lieutenant Cameron, par des raisons que nous ne connaissons pas, jugea à propos de reprendre la route qu’avait déjà suivie Livingstone à travers le Manuyema, et de gagner ainsi Nyangwé. 11 rectifia la position de cette localité par une série d’observations astronomiques et constata que le Lualaba, loin de se diriger à partir de ce point vers le nord, comme le pensait Livingstone, coule au contraire vers l’ouest et un peu plus loin dans la direction de l’ouest sud-ouest. De plus, Nyangwé n’est située qu’à 1,400 pieds au-dessus de la mer, c’est-à-dire à 500 pieds plus bas que le Nil à Gondo Koro, le Lualaba ne peut donc être une des sources, un des aftluents du Nil.
- C’était là, on le conçoit, une observation de premier ordre, une constatation d'une importance extrême et le voyage du lieutenant Cameron n’eût-il eu que ce résultat, devrait être rangé parmi ceux qui ont le plus contribué à la connaissance de l’Afrique. Mais là ne devaient pas s’arrêter les résultats que pouvait obtenir un homme aussi résolu, aussi inébranlable, aussi énergique que le lieutenant Cameron. Pendant son séjour à Nyangwé, il apprit aussi que d’importantes rivières, le Lila, le Lindi et surtout le Lowa aussi gros que le Lualaba à Nyangwé, se jetaient dans le fleuve qui se perdait un peu plus loin dans un grand lac, le Sankorra, fréquenté par des marchands porteurs de pantalons, qui viendraient en bateau à voile pour y acheter de l’huile de palme et de la poudre d'or.
- Malheureusement Cameron fut dans l’impossibi-, lité de se procurer des canots à Nyangwé, ses gens étant effrayés par les récits des Arabes et des Ouamérinas, et le chef du territoire situé au delà de la Lomâmé lui refusant le passage, il dut descendre au sud par le pays d’Urua, dont il atteignit la capitale Kilemba après de nombreux détours. Là Cameron rencontra un Arabe et un traitant noir portugais, José-Antonio Alviz, qui assurait devoir gagner la côte de Loanda dans une quinzaine de jours, lorsque plusieurs de ses hommes qui accompagnaient le roi Kassongo dans uno expédition seraient revenus. Cameron profita de ce délai pour se diriger vers les lacs Kassali ou Kironja et Kowamba, situés sur le vrai Lualaba, mais il lui fut impossible d’en atteindre les bords, car on lui refusa le passage de la rivière Lovoi qui se jette dans le Kassali. Au retour de Cameron, Alviz avait fait ses préparatifs de
- départ, mais Kassongo était revenu et reparti et l’on dut l’attendre pendant six semaines. Alviz, coquin effronté et menteur, en profila pour arracher à Cameron la signature d’un traité léonin, par laquelle une somme de 400 dollars devrait lui être payée à Loanda en rémunération de l’aide qu’il aurait prêtée au voyageur. A partir de ce moment, ce ne sont que retards, escroqueries, vols, et il fut impossible au lieutenant Cameron, malgré toutes les tentatives qu’il fit, de se débarrasser d’Alviz : il dut renoncer, en raison du mauvais vouloir et des défenses formelles de Kassongo, à explorer comme il l’aurait désiré les' lacs dont nous avons parlé pins haut et qui forment une chaîne immense de nappes, d’eau jusqu’au lac Langi, le Kamolondo de Livingstone, ainsi que la rivière Lomame. Il arriva malade sur la côte occidentale d’Afrique à Loanda, le 22 novembre 1875, après avoir accompli un voyage qui est le pendant de celui de Livingstone.
- L’intérieur de l’Afrique est, d’après Cameron, d’une fertilité, d’une richesse incomparables, en même temps que d’une salubrité qu’on ne pouvait soupçonner ; l’or, l’argent, le cuivre, le fer, le charbon de terre sont abondants, et les productions agricoles infiniment variées pourraient donner lieu à un trafic considérable si l’on unissait par un canal, comme le voudrait l’illustre voyageur, le Zambèse au Congo.
- Les résultats géographiques obtenus sont considérables, et Cameron a recueilli auprès des naturels une niasse considérable de renseignements et d informations sur toute cette partie de l’Afrique, qu’il résume lui-même de la manière suivante :
- « De Nyangwé à Kilema, j’ai voyagé sur la rive est de la vallée du Lomame, la plus petite de celles du Lualaba. Le Lomanie n’a aucune communication avec le Kassabé, comme l’indique Keith Johnson sur sa carte.
- « Le Lualaba indiqué par les pombeiros est le vrai Lualaba, et la position de ses sources a été exactement indiquée. U coule NNE à travers deux grands lacs, le Lohemba et le Kassali, et à travers un autre beaucoup plus petit le Kowamba, qui reçoit le Lu tira du SSE. Entre le Lufira et le vrai Lualaba s etend le pays de Katanga, très-riche en or et en cuivre en même temps que très-giboyeux... Plus haut que le Kowamba, les rivières réunies sont connues sous les noms de Kamolondo et de Lualaba, et coulent à travers une série de petits lacs: Kahanda, Ahimbe, Bembe, Ziwambo. A la sortie de ce dernier lac, le fleuve reçoit le Lualaba de Livingstone, proprement appelé le Luoua, mais que les Arabes appellent Lualaba, Un peu au-dessous de leur jonction les deux fleuves se jettent dans le lac Lanji, l’Ulen-ghé de Livingstone, à partir de Nyangwé le nom du Lualaba devient Ugarowwa... Le Lomame reçoit sur la rive gauche un affluent qui sort du lac Iki, le Che-bungo de Livingstone, lequel reçoit à son tour deux énormes cours d’eau, le Lubiranzi et le Luwembi... Au delà du Lubiranzi deux grandes rivières, le Loui-
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- lhou et le Bouzimani, coulent au nord dans le lac Sankorra.
- « Depuis (pie j’ai pris congé de Kasongo, j’ai traversé le Lovoï,les sourcesdu Lomame, du Luouembi, le Lukodji, 23° 20' de longitude, le Luovvati par 23° 10' de longitude. Ces deux cours d’eau sont très-importants et se jettent dans le Lulua, dont nous avons franchi les sources par 23° de longitude. Près des sources du Luljia, nous avons eu à franchir le second tleuve africain, le Zambèse, dont les sources peuvent être placées par 23u de longitude est et par 11° 15' de latitude sud... Le Kassabé s’est trouvé de 7 ou 8 milles jusqu’à 20 milles au nord de Nouo pendant les onze dernières journées de marche, allant presque toujours vers l’ouest; le Kassabé commence au nord par 22° est et coule entre les frontières de Lavalé et de Ulunda. »
- Il résulte des observations qui précèdent, qui out été faites directement par le voyageur, aussi bien que des informations qu’il a recueillies auprès des indigènes, que le Lualaba ne peut être que le cours supérieur du Congo. Pour sou premier voyage, le lieutenant Cameron s’est placé au premier rang des explorateurs anglais, encore n’en pouvons-nous juger que par des communications incomplètes, des lettres adressées, à la Société de géographie de Londres ; que sera-ce lorsque le voyageur aura pu mettre en ordre ses notes et ses croquis, dresser sa carte et publier ses observations astronomiques. Nul doute que le présent voyage ne soit récompensé par la Société géographique de Londres d’une médaille d’or, la plus haute distinction qu’elle puisse décerner.
- Gabriel Marcel.
- LE MOUVEMENT VÉGÉTAL
- d’après LES RECHERCHES RECENTES DE M. l it. IIECKEL.
- (Suite. — Yoy. p. 230.)
- M. Ileckel a étudié, avec le plus grand soin, trois espèces de Berberis (et entre autres l’espèce vulgaire) et deux espèces de Mahonia, et il a vu que, dans toutes ces plantes, dès que les pièces florales réunies dans le bouton se sont disjointes légèrement, mais jamais plus tôt, les filets des étamines commencent à être doués d’irritabilité. Celte propriété, dont M. Bâillon avait déjà parfaitement reconnu le moment d’apparition, s’annonce par un changement de coloration de l’épiderme, qui de verdâtre devient jaune d’or, et coïncide avec le développement complet de l’étamine; elle n’a donc rien de commun avec le phénomène qui caractérise les organes en voie d’accroissement. A mesure que les enveloppes florales s’épanouissent, les anthères, jusque là redressés contre le pistil, s’abattent doucement dans les pétales, dont elles suivent l’expansion, et gardent leur irritabilité jusqu’au moment où elles sont complètement llétries. En touchant très-légèrement le filet dans une
- partie de sa face interne (fig. 1 et 2 de a en b), on peut déterminer le mouvement qui consiste dans une contraction ayant pour effet d’ouvrir les anthères jusque-là fermées, d’appliquer les fentes de ces loges contre le bord du stigmate (fig. 3 pour les Berberis, et 3 bis pour les Mahonia), et de lancer la poussière fécondante sur le pistil. D’après llolfmeister, le mouvement a son siège uniquement dans une zone épaisse du tissu qui se trouve au-dessus du point d’insertion de l’organe ; mais en réalité le phéno-
- Fig. 1 et 2. — Filets très-grossis de Berberis et de Maliumus dont on détermine, par le contact de a en b, des mouvements représentés sur les ligures 3 et 5 bis.
- mène n’est pas à ce point localisé, et résulte d’une action combinée de toutes les cellules qui composent le tissu parenchymateux doué de sensibilité. M. Hec-kel a constaté de plus que tous les points de la face ventrale du filet sont sensibles presque au même degré, ceux de la face dorsale étant complètement insensibles (fig. 4).
- La surface dépourvue d’irritabilité est d’une étendue moins considérable que la surface sensible, et est séparée de celle-ci par une sorte de crête qui règne sur les côtes et dans toute la longueur du filet ; mais elle ne présente, chose singulière, aucune différence de
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- structure. II faut citer cependant que l’épiderme du filet étaminal est revêtu d’une cuticule ou couche superficielle très-solide, qu’il est très-élastique, et complètement dépourvu de stomates1 (fig.5); les mêmes particularités de structure ont été constatées par M. P. Bert sous les renflements moteurs de la Sensitive et doivent par conséquent se rattacher par certains côtés au phénomène qui nous occupe.
- Cependant cet épiderme ne paraît jouer, même sur la face concave, aucun rôle direct dans le mouvement de l’étamine et M. Heckel a pu l’enlever sur l’une ou sur l’autre face sans modi-4 fier la sensibilité ; celle-ci réside donc dans une couche plus profonde, et est très-probablement l’apanage de chacune des cellules qui constituent le parenchyme. Ces cellules sont cylindriques, à peu près trois fois plus longues que larges et ne sont point séparées, comme on l’a dit, par une substance intercellulaire capable d’absorber, à la manière d’une éponge, le liquide expulsé de ces utricules ; elles sont au contraire rigoureusement contiguës, sauf au centre du filet, où se trouve un faisceau vasculaire très-délié.
- Pour se rendre compte de la manière dont s’opère le phénomène dans l’intérieur du tissu végétal, M. Heckel, après avoir anesthésié, au moyen du chloroforme, une fleur de Berberis, a détaché deux lambeaux assez fins du tissu sous-épidermique , appartenant l’un à la face sensible, l’autre à la face inerte du filet, et les a portés rapidement sur une plaque de verre, légèrement humectée et placée sur le porte-objet du microscope; dans ces conditions il a parfaitement vu que dans le lambeau ventral le contenu des cellules, le protoplasma était appliqué avec son noyau contre les parois de la membrane
- 1 On donne le nom de stomates (d’un mot grec qui signifie bouche) à de petites ouvertures limitées par deux cellules en forme de rein, et qui jouent un rôle actif dans la transpiration végétale.
- d’enveloppe, tandis que, dans le lambeau dorsal, cette substance occupait une position contraire. En opérant par contre de la même façon sur des étamines irritées et projetées contre ce stigmate, et en profitant, pour enlever les lambeaux, du moment où le filet revenait à sa position normale, il a reconnu que, dans le fragment pris sur la face antérieure, la substance intra - cellulaire avait quitté les parois, qui étaient parfaitement lisses. Il y a donc, sur cette face, un état de détente et de contraction des cellules constamment inverse de celui qui existe sur la face irritable, et il en résulte que cette dernière, après s’être contractée, est ramenée à sa position normale par la moitié postérieure du filet agissant comme un ressort antagoniste. Il existe un moyen assez simpl *. de mesurer le degré d’écartement que subit une étamine de Berberis et de Mahonia pour passer de l’état de repos à l'état de contraction ; ce mojen consiste à séparer de la fleur les étamines avec
- la base du pétale correspondant, à les placer avec précaution sur une feuille de papier blanc, et à marquer avec la pointe d’un crayon très-fin le sommet du lambeau de la corolle, le haut de l’anthère et l’articulation de l’étamine sur l’onglet. Grâce à ces points de repère, dont l’ensemble forme un triangle, il est facile de constater que, dans la plupart des Berbé-ridées, l’angle d’écartement ne dépasse pas 50 à 32 degrés. En mesurant l’étamine par des procédés analogues, on voit qu’en se rabattant elle subit une contraction qui est égale à la moitié de sa longueur totale, et comme on pouvait s’y attendre, le filet, en même temps qu’il diminue de longueur, grossit d’une quantité correspondant. Enfin, au moyen de petites pointes métalliques qu’il enfonçait dans les anthères, M. Heckel a pu s’assurer que les étamines, en apparence si frêles et si délicates, pouvaient soulever une charge égale au double de leur
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- Fig. 4- — Coupe transversale d’une étamine irritable. a. Face insensible. — b Face sensible. (Très-grossi).
- Fig. 5. — Couche superficielle recouvrant l’épiderme du filet étaminal (très-grossi). a. Épiderme insensible. — b. Épiderme irrjtable.
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- poids environ. L’irritabilité disparaît quelquefois dans des fleurs entières, sans raison appai’ente ; c’est là sans doute un fait d’accoutumance ou d’épuisement analogue à celui qui a été constaté fréquemment dans la Sensitive. Mais l’état d’insensibilité peut être aussi provoqué naturellement par un vent violent et artificiellement par un courant d’air insufflé au moyen d’un tube de verre effilé, sur la face concave de l’étamine ; le même résultat est obtenu quand on titille légèrement le filet staminal 9 ou
- 10 fois de suite, en n’accordant à l’organe après chaque excitation, que 7 ou 8 minutes de repos.
- Comme les physiologistes avaient depuis longtemps remarqué que certaines parties des végétaux, douées d’irritabilité, se mouvaient plus facilement quand la température venait à s’élever, M. Ileckel a voulu, après Nasse, étudier l’action des rayons solaires sur les étamines et faire passer successivement des fleurs épanouies dans différents vases contenant de l’eau à différents degrés ; mais les résultats qu’il a obtenus n’ont pas été parfaitement concordants; dans le premier cas les rayons concentrés agissaient comme un principe énergique et très-localisé, et sa contraction était immédiate ; dans le second au contraire l’effet n’était apparent qu’à la température de 30 à 35°. En suivant la même voie et en plongeant des fleurs récemment épanouies et encore vierges de toute irritation dans des mélanges d'eau bouillante et d’eau froide combinés de manière à obtenir une décroissance de température convenablement graduée, le même observateur a vu certaines espèces de Berbé-ridées supporter des températures de 52 à 56° sans perdre leur sensibilité; ce qui confirme pleinement les résultats obtenus par M. P. Bertsur la sensitive. Quant à la limite inférieure de température à laquelle résiste l’irritabilité, elle a pu être obtenue gr âce à des mélanges de glace pilée et de différents sels, et elle a été reconnue égale à 17° environ. Des fleurs enfermées dans un placard, et ne recevant d’air que par deux points situés dans l’ombre, ont été examinées comparativement avec des rameaux témoins maintenus dans une chambre exposée au midi et bien aérée, et ont manifesté en trois jours une perte sensible d irritabilité et une diminution très-apparente dans l’amplitude des mouvements staminaux ; mais après avoir été ramenées à la lumière, elles ont reconquis en 12 heures leurs propriétés primitives. Entin, en recouvrant des inflorescences du Mahonia et du Berberis de petites lanternes dont les faces pouvaient recevoir des verres diversement colorés, M. Heckel arrive à peu près aux mêmes résultats que M, Bert dans ses expériences sur la sensitive, et
- 11 a constaté que la sensibilité était atteinte d’une manière à peu prè3 égale par l’obscurité et par les rayons verts.
- Lorsqu’on veut étudier l’action de l’électricité sur les mêmes organes, il est nécessaire d’employer, comme l’a l’ait M. Heckel, un courant induit donné par la pile de Ruhmkorff au bisulfate de mercure, les courants directs agissant avec une activité qui ne
- permet pas de se rendre bien compte des résultats de l’expérience ; en opérant au contraire dans les conditions précitées, et en introduisant l’un des fils dans le tissu du pédoncule floral, tandis que l’autre rhéophore pénètre dans la masse glandulaire du stigmate, on voit le mouvement se produire dès que le courant devient sensible aux mains de l’observateur, ou, pour parler d’une manière plus précise, dès que ce courant acquiert une force correspondant à 29° d’un électromètre gradué avec la pile thermoélectrique.
- La contraction des étamines se produit dans l’eau tout aussi bien que dans l’air ; au sein d’un liquide l’irritabilité persiste même un peu plus longtemps, sans doute parce que les tissus ne subissent aucune perte d’eau par évaporation. Sous la cloche de la machine pneumatique, lorsque la pression est descendue à 1 millimètre, un mouvement brusque se produit, les étamines se contractent et se flétrissent au bout d’une demi-heure, à moins qu’on ne réveille leur sensibilité en les plongeant dans l’eau. Dans ce cas particulier, est-ce à l’absence de l’oxygène ou à l’évaporation rapide du liquide contenu dans les tissus qu’il faut attribuer la contraction subite puis la mort des étamines? D’après M. Heckel, le premier de ces phénomènes, c’est-à-dire la contraction, se manifeste trop rapidement pour qu’on puisse l’attribuer à l’une des deux causes indiquées ci-dessus, et doit dépendre d'une action vitale particulière ; quant à la mort de l’organe elle est produite évidemment en grande partie par l’absence de l’oxygène. Il ne faudrait pas en conclure cependant qu’inversement la présence du même gaz, en exaltant pour ainsi dire la vitalité de la plante, a pour effet de développer l’irritabilité, car les expériences de M. Heckel ne permettent pas d’attribuer à l’oxygène la moindre action excitante sur les étamines. En soumettant, par une température de 25° et dans un appareil spécial, des fleurs d’Epine-vinette à une pression de 1 atmosphère 1/2, le même botaniste a vu toutes les étamines se contracter en bloc et demeurer dans cet état pendant tout le temps que durait la compression, c’est-à-dire présenter les mêmes apparences que des organes placés dans une atmosphère raréfiée. L’azote obtenue par la combustion du phosphore a produit, après 24 heures de contact, un commencement d’insensibilité qui s’est dissipée au bout de 20 minutes d’exposition à l’air ; le protoxyde d’azote ne s’est comporté ni comme un agent anesthésique, ni comme un gaz propre à entretenir la respiration par sa décomposition en oxygène et en azote. Mais, après 36 heures, il a détruit sans retour l’irritabilité et flétri les organes, en exerçant sans doute une action analogue à celle que MM. Jolyet et Blanche ont constatée dans leurs expériences sur les animaux et les végétaux. En 12 heures, l’hydrogène a produit les mêmes accidents que le protoxyde d’azote ; les vapeurs d’acide sulfureux et d’acide phosphorique ont agi plus énergiquement encore et ont amené eu une demi-heure les mêmes résultats. Le chlore - a décoloré les
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- étamines eu 7 minutes, et les a frappées de mort dans l’état de courbure; l’acide cyanhydrique et l’ammoniaque ont déterminé la contraction des filets en 8 à 10 minutes, mais cet état spasmodique s’est dissipé, lors môme que les organes restaient plongés dans les vapeurs cyanique.s, pourvu que le temps d’exposition n’excédât pas 20 minutes. Suivant M. lleckel, toutes ces expériences démontrent que les anesthésiques agissent d’une manière similaire sur les animaux et les végétaux et prouvent que les rapprochements qu’il a essayé d’établir entre les deux règnes dans l’introduction de son travail sont beaucoup mieux fondés qu’on n’aurait pu le croire a priori. Quant aux corps désignés en thérapeutique sous le nom d'excitants diffusibles, tels que le camphre et les essences de thym, de lavande, de fenouil, de romarin et de thérébenthine, ils n’ont point paru, au savant professeur de Nancy, exercer sur la sensibilité végétale l’action suspensive indiquée par Gœppert, quoiqu’ils aient amené au bout d’un certain temps la flétrissure des organes, en viciant l’atmosphère confinée dans laquelle étaient, maintenus les rameaux du Berberis et du Mahonia. En revanche l’oxyde de carbone, qui est rangé par les physiologistes parmi les anesthésiques des animaux supérieurs, s’est comporté comme un agent très-énergique, dont les effets cependant ont été surpassés par ceux du sulfure de carboue. En moins de 20 minutes 7 à 8 gouttes de cette dernière substance, versées sous une cloche de trois litres recouvrant les rameaux fleuris du Berberis, ont anesthésié complètement les étamines, puis les ont noircies et rendues à jamais insensibles. L’éther sulfurique a eu une action moins rapide et surtout moins corrosive que l’acide sulfo-carbonique, et, comme tous les autres anesthésiques, il n’a éteint la sensibilité des filets staminaux que dans la position de repos ; c’est là un fait digne de remarque, car dans les expériences sur la Sensitive, les mômes agents ont frappé d’immobilité le pétiole dans la position même où il se trouvait avant ou après une irritation. Le chloroforme dont Leclerc de Tours avait expérimenté les effets sur le Mimosa pudica, dès 1841, n’a endormi les rameaux du Mahonia acutifo-lium qu’en 8 à 10 minutes, quoiqu’il fut répandu à la dose de 50 gouttes, sous une cloche fermée, à la température de 18° centigrades; mais, choseremar-quable, il a conservé son aclion sur des fleurs plongées dans l’eau et qui, comme nous l’avons vu, demeurent irritables-, le bromoforme, obtenu par l’action du brome sur l’esprit de bois dans laquelle on avait fait dissoudre de la potasse, a produit des effets identiques à ceux du chloroforme.
- Après ces recherches, M. lleckel passe à l’étude du mouvement provoqué dans les lamelles stigmatiques des Scrophularinées, des Bigtiioniacées, des Sésa-mées, des Goodniacées et des Brunéoniacées ; comme nous le verrons dans la suite, il en déduit des conséquences analogues à celles qu’il a tirées de ses expériences sur les Berbéridées. E. Oustalkt.
- — La suite prochainement. —
- LES OBSERVATOIRES DES ÉTATS-UNIS
- OBSERVATOIRE DE CAMBRIDGE.
- (Suite et fin. — Voy. p. 218)
- Outre les recherches habituelles de tout observatoire, telles que positions des étoiles, planètes, comètes, étoiles doubles et nébuleuses, on s’occupa spécialement à l’observatoire de Cambridge d’observations spectroscopiques. Cinq cents dessins du soleil ont été faits pendant les années 1872 et 1875, avec cinq cents dessins de protubérances solaires. De magnifiques photographies des éclipses solaires ont été exécutées, ainsi que des taches et des facules dans leurs rapports visibles avec les protubérances. Citons encore de beaux dessins de cratères lunaires et des planètes Jupiter et Saturne.
- Le grand équatorial de Merz, construit en 1847, a pour objectif une lentille de 15 pouces anglais de diamètre dont la distance focale est de 22 pieds 6 pouces. Le pouvoir grossissant des oculaires s’élève de 100 à 2000. Le prix de cet instrument monté parallactiquement a été d’environ 20 000 livres sterling.
- Les appareils spectroscopiques photométriques et photographiques sont particulièrement dignes d’attention. Le spectroscope dont on se sert pour les observations solaires disperse puissamment les rayons lumineux qui traversent deux fois la série des prismes. On se sert, pour photographier le soleil, d’une lentille à long foyer sur laquelle la lumière arrive à l’aide d’un miroir plan mobile. Le photomètre, construit par Zollner, a servi au professeur Peirce à mesurer les grandeurs de toutes les étoiles de l’urano-métrie d'Argelander, situées entre 40 et 50 degrés de déclinaison boréale, en déterminant ces grandeurs par une échelle exacte de proportion de lumière.
- Ajoutons enfin que l’heure exacte est donnée par l’observatoire, au palais du gouvernement à Boston, par communication télégraphique, ainsi qu’aux Etats de la Nouvelle Angleterre tout entiers. On la reçoit chaque jour directement à midi, sans aucun intermédiaire. Noilà un progrès que nous n’avons pas encore su réaliser en France. En se rendant au palais du gouvernement, chaque citoyen peut, s’il lui plaît, s’y mettre en relation télégraphique avec l’horloge de l’observatoire, entendre les battements de la seconde, constater si sa montre avance ou retarde, et la régler exactement. Sans entrer dans d’autres détails, nous voyons que l’observatoire de Cambridge a su prendre rapidement sa place, et a déjà rendu d’éminents services, tant à la science qu’à l’intérêt public.
- M. Joseph Winlockest mort l’été dernier. En nous annonçant la mort de ce laborieux astronome, M. Arthur Searle, « Assistant in charge of the observa-tory, 5> nous apprenait en même temps qu’on vient de terminer à cet observatoire de magnifiques dessins des planètes, des comètes et des nébuleuses, et que
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- LA NATliKK.
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- le prochain volume des annales, comprenant de bonnes observations d’étoiles doubles, paraîtra incessamment.
- OBSERVATOIRE DE DARTMOUTII COLLEGE.
- De même que plusieurs institutions de caractère purement scientifique, l’observatoire de Dartmoutb doit son existence et ses progrès principalement à la munificence privée. Le docteur Georges Shattuck, de Boston, offrit, en 1862, la somme nécessaire pour élever l’observatoire et acheter les instruments. Cet observatoire est construit à coté du Collège sur une hauteur qui domine la vallée de Connecticut : les travaux furent terminés en 1855.
- Notre gravure montre le dôme central, qui mesure 20 pieds de diamètre, et deux des trois ailes qui en rayonnent. Le bâtiment est fort soigneusement bâti, à l’abri du feu, et autant que possible aussi à l’abri des grandes inégalités de température provenant du soleil, l’extérieur étant peint en blanc, et l’intérieur du dôme étant peint en noir. Le directeur de cet observatoire est le professeur C.-A.
- Young, qui, depuis plusieurs années, s’est fait un nom illustre par ses découvertes spectroscopiques. Cet établissement est muni entre autres d’une excellente lunette méridienne et d’instruments enregistreurs perfectionnés.
- En 1871, on a fait l’acquisition d’un équatorial construit par Alvan Clark, l’éminent opticien ; il mesure 9 pouces 4 dixièmes d’ouverture et 12 pieds de distance focale. Cet instrument est parfait. 11 est, de plus, muni d’un spectroscope, à l’aide duquel le professeur Young a fait ses belles recherches sur les raies du spectre solaire.
- Le dôme de l’équatorial, très-solidement établi et pesant 2800 livres anglaises, tourne sur six bou-
- lets de canon de fi pouces de diamètre chacun, courant dans une gorge circulaire, avec un frottement si faible, qu’une force, de 6 livres suffit pour lui donner une vitesse de rotation uniforme.
- L’observatoire de Dartmoutb s’occupe spécialement de la physique solaire, de l’étude du spectre, de l’observation des éclipses et des autres sujets en
- rapport spécial avec l’astronomie physique. C’est de plus une école d’astronomie. En 1872, sons les auspices du Coast-Survey, il porta son nouvel équatorial à la station Sherman , au sommet du chemin de fer du Pacifique, pour essayer les avantages qu’une pareille station, élevée à 8,500 pieds au-dessus du niveau de la mer, doit offrir à l’astronomie à cause de la transparence de l’atmosphère dans ces hautes régions. Les résultats ont été merveilleux, et il est probable qu’on va construire un observatoire en ces hautes régions.
- OBSERVATOIRE DUDLEY.
- Le professeur américain 0. -AI. Mitchel ayant accepté eu 1851 la proposition qui lui était faite d’être nommé directeur d’un observatoire à Albanv,une somme de 25 000 livres sterling fut aussitôt votée dans la ville, et un propriétaire généreux fit don du terrain nécessaire potfr construire l’observatoire. On éleva les bâtiments sur une colline dominant un bel horizon ; le plan fut tracé en forme de croix, avec deux ailes à l’est et à l’ouest pour les instruments méridiens, et une aile au nord pour la bibliothèque, le bureau des calculs, les appareils magnétiques, etc. Une tour circulaire s’élève au centre et un portique donne accès à l’observatoire. La salle de l’équatorial est un cercle mesurant 24 pieds de diamètre et muni d’une tour mobile.
- Dès l’entrée de l’observatoire le vestibule offre un
- Observatoire île Darvnoutb College.
- Observatoire d'Ami Arbur dans le Michigan.
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- LA N AT U HL.
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- aspect imposant et en harmonie avec le but de rétablissement. En face la porte, on remarque un beau buste de marbre portant cette inscription :
- CHARLES DUDLEY
- PAR «LAS DINA, SON ÉPOUSE DÉDIÉ A L’ASTRONOMIE
- Dans la bibliothèque, deux tableaux de marbre portent gravés les noms des principaux donateurs;
- on y remarque entr’autres ceux de Dudley, Olcott, Rathbane, de Witt, Van Rensselaer, Armsby et un très-grand nombre d’autres.
- L’Observatoire lut. inauguré le 28 août. 1856, et eut [jour premier directeur le professeur Mitchel,
- | major général des Etats-Unis, qui mourut en 1862 j dans la Caroline du Sud.
- ! Le cercle méridien a pour objectif une lentille de
- Observatoire de l’Écote scientifique S'ieliield. Observatoire de l’Université de Michigan.
- 8 pouces anglais, dont la distance focale est de 10 pieds; les cercles sont divisés de deux en deux secondes ; l'instrument est excellent et provient des ateliers de Pistor et Martins. On doit cette acquisition à la libéralité de M. Olcott, d’Àlbany. L’instrument. des passages a nn objectif de 6 pouces 1/2.
- L’équatorial est de 15 pouces avec une distance focale de 15 pieds. Il peut recevoir six oculaires portant différents grossissements.
- La plupart des observations faites à cet observatoire s’enregistrent d'elles-mêmes à l’aide de l’électricité, et on a constaté que ces opérations purement
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- LA NATURE.
- mécaniques sont en général plus exactes que celles dues aux observateurs, môme les plus soigneux.
- Grâce à la munificence de souscripteurs instruits et dignes d’être associés aux immortelles découvertes de l’astronomie, on a pu, en 1872, ajouter à l’observatoire des appareils nécessaires pour étudier l’analyse spectrale, faire des photographies célestes, et observer le magnétisme terrestre. Un pavillon a été construit, dans lequel n’est, entrée aucune espèce de métal.
- L’observatoire Dudley doit se louer de la générosité des donateurs qui l’ont successivement enrichi. Le chiffre des dons s’élevait l’année dernière à la somme de 20 0000 livres sterling, c’est-à-dire de cinq millions de francs ; et sur cette somme les dons de Madame Dudley seule dépassaient la somme de deux millions et demi. Yoilà un noble emploi de la fortune !
- OBSERVATOIRE DE LITCHFIELD.
- L’érection d’un observatoire en correspondance avec Hamiltou College, Clinton, à New-York, est due aux efforts du professeur Charles Avery, qui assura en 1852 la somme de 15 000 livres sterling pour un télescope de première classe, de fabrication américaine.
- L’observatoire fut construit en 1854. Il se compose essentiellement d’un bâtiment carré, flanqué de deux ailes, et surmonté d’une tour de 20 pieds de diamètre tournant sur huit boulets. Le grand équatorial installé dans la tour a été construit par Spencer et Eaton, son objectif est de 15 pouces et demi, et sa longueur focale de 16 pieds. 11 est muni d’un système complet d’oculaires, ainsi que de deux micromètres. Un mouvement horaire le fait tourner pa-rallactiquement autour de l’axe du monde.
- L’observatoire est numides autres instruments classiques, sur lesquels il serait superflu de nous étendre, mais parmi lesquels cependant nous citerons particulièrement un excellent chercheur de comètes de 5 pouces d’ouverture, supportant des grossissements de 25 à 275. La longitude de cet observatoire a été rigoureusement déterminée à 17 minutes 6 secondes et demie à l’ouest de Cambridge. L’établissement a du reste servi de base à la fixation d’un grand nombre de longitudes.
- En 1869 les astronomes de cet observatoire organisèrent, aux frais de M. Edwin Litchfield, une expédition pour aller observer l’éclipse totale du soleil du 7 août qui a donné d’importants résultats à la science.
- On doit au docteur C.-H.-F. Peters, directeur de cet observatoire, la découverte de 22 planètes entre Mars et Jupiter.
- Par une fondation définitive M. Litchfield a placé en 1866 l’observatoire qui porte son nom à l’abri de tout besoin matériel ; une rente permanente lui est servie en exécution des volontés de ce généreux bienfaiteur de la science.
- OBSERVATOIRE DE l’üMVERSITÉ DE MICHIGAN.
- On doit l’observatoire D’Ann Arbor à l’initiative du docteur Tappan , chancelier de l’Université de Michigan en 1862, et aux libéralités des citoyens de Détroit. Le bâtiment fut terminé et adapté aux observations en 1864. (Il nous semble que l’Université de Michigan rappelle beaucoup, par son aspect extérieur, l’édifice de la Minerve, à Rome, sur la place Navoue ; il ne manque que les deux fontaines jaillissantes de cette belle place pour compléter la ressemblance.) Cet observatoire se compose naturellement d’une salle méridienne, et d’un dôme équatorial ; comme pièces essentielles, le dôme hémisphérique a 23 pieds de diamètre et tourne en glissant horizontalement sur cinq boulets de canon ; l’équatorial lui-même a été construit en 1857 par Henry Fitz, de New-York, son objectif mesure 12 pouces 1/2 d’ouverture, et la longueur focale est de 17 pieds. C’est à l’aide de cet instrument que le professeur Watson a fait ses principales découvertes. L’appareil est muni d’un chercheur achromatique, d’un système complet d’oculaires, tant positifs que négatifs, d’un micromètre filaire et d’un mouvement d’horlogerie ; ses cercles sont, grands et très-soigneusement gradués, et il paraît du reste que c’est un chef-d’œuvre de construction. Son prix a été de 9500 livres sterling.
- L’aile orientale renferme le cercle méridien, construit par Distoi et Martins de Berlin ; la lunette de ce cercle a 6 pouces 1/2 d’ouverture et 9 pieds de longueur focale, c’est aussi un excellent instrument. L’aile occidentale renferme divers instruments relatifs à la physique du globe, un chercheur de comètes, des chronomètres, etc.
- L’observatoire est en rapport direct avec les ligues de Western Union Telegraph Company, et avec celles du chemin de fer central ; l’heure est transmise régulièrement à ces compagnies, ainsi qu’aux villes principales, telles que Détroit, Tolède,' Chicago et autres.
- L’observatoire, y compris la résidence du directeur, a coûté 20 000 livres sterling, les instruments ont coûté presque la même somme, 18 000. L’Université est entrée pour un tiers dans ces frais ; 2500 livres ont été souscrites par la ville d’Ann Arbor, le reste des dépenses est dû à la libéralité de plusieurs souscripteurs, parmi lesquels il est juste de mentionner particulièrement M. Walker, de Détroit.
- Cet observatoire a eu deux hommes éminents pour directeurs successifs. Le premier a été M. Brun-no w de Berlin, qui depuis a été directeur de l’observatoire de Dublin, en Irlande. Il fut directeur de l’observatoire d’Ann Arbor depuis l’année 1854 jusqu’en 1863. C’est pendant son séjour en.Amérique qu’il publia son « Astronomie sphérique ». En 1863, il fut remplacé par M. James Watson qui avait été son assistant depuis 1857. On doit à celni-ci la découverte de 20 petites planètes de la zone comprise entre Mars et Jupiter, qu’il
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- trouva en construisant des cartes écliptiques et un catalogue d’étoiles. On lui doit aussi la découverte de deux comètes télescopiques, l’observation de lagrande éclipse solaire de 1869 àlowa, celle de 1870 en Sicile, l’observation du passage de Vénus à Pékin, et un excellent volume d’astronomie théorique.
- OBSERVATOIRE DE YALE COLLEGE.
- Cet observatoire appartient à l’Ecole scientifique Sheffield; il occupe deux tours, dont chacune mesure seize pieds carrés, l’une contenant un équatorial et l’autre un cercle méridien ; ces deux instruments sont dus à la générosité de M. Sheffield.
- L’équatorial, construit par Al van Clark and Sons, de Cambridgeport, a été monté eu 1866 dans la tour tournante au sommet de la façade, cette tour ayant été spécialement organisée pour supporter l’appareil sans lui transmettre aucune vibration. L’objectif a 9 pouces de diamètre et une longueur focale de 9 pieds 10 pouces ; le grossissement des oculaires varie depuis 40 jusqu’à 620 ; plusieurs sont construits spécialement pour l’observation prismatique du soleil. L’instrument complet est à la fois très-solide et très-léger; un mouvement d’horlogerie maintient constamment dans son champ l’étoile vers laquelle il est dirigé. Comme preuve de l’excellence optique de cet équatorial, on remarque qu’il dédouble aisément l’étoile Delta du Cygne, le compagnon de Sirius, la 6e étoile du trapèze d’Orion, et le compagnon de Gamma d’Andromède. La tour de l’ouest a été élevée en 1866, spécialement pour recevoir le cercle méridien du gouvernement, qui se trouvait d’abord à l’observatoire naval des Etats-Unis. Il a été installé avec les plus grands soins sur des piliers d’une solidité et d’une immobilité éprouvées, et protégé contre les changements de température ; sa lunette est de 4 pouces. Les cercles sont gradués sur argent, la minute se lit sur l’un à l’aide d’un vernier et la seconde se lit sur l’autre à l’aide de six microscopes.
- Cet observatoire est sous la direction du professeur Lyman et sert principalement d’école pratique pour les étudiants d’astronomie. Nous nous faisons cependant un devoir de signaler ici, en terminant, que plusieurs observations originales ont été faites dans cet établissement par son directeur, entr’autres celle des protubérances solaires et celle de Vénus vue sous la forme d'un anneau lumineux lorsque la planète était voisine de sa conjonction. Cette dernière observation surtout est importante pour la connaissance de l’atmosphère de Vénus.
- Tels sont les principaux observatoires des Etats-Unis, dont nous avons fait la description d’après le Harpers’ Magazine de New-York. On voit que la culture de la science astronomique dans le Nouveau Monde est brillante et féconde, et pourrait souvent servir d’exemple à plusieurs des anciens Etats de notre vieille Europe. Camille Flammarion.
- DE PARIS A PÉKIN PAR TERRE
- SIBÉRIE. — MONGOLIE.
- Par Victor Meignan'1.
- L’auteur de ce long et curieux voyage n’est ni un explorateur qui s’élance à la découverte de pays nouveaux, ni un collectionneur déplantés ou de minéraux, ni un chercheur de mines et d’exploitations industrielles ; c’est un homme du monde, jeune, distingué, instruit, qui, au lieu d’aller à Nice ou à Monaco, a l’intelligente fantaisie de passer son hiver en pleine Sibérie, de traverser en chemin de fer, eu traîneau, en tarantasse et en palanquin, l’Europe et la Russie, la Sibérie, la Mongolie et la Chine jusqu’à Pékin, pour revenir à Paris, en passant par le Japon et en franchissant le Pacifique, l’Amérique du Nord et l’Atlantique.
- Mais en faisant ainsi le tour du monde, par une voie sinon ignorée, au moins très-peu connue, l’auteur n’a pas eu seulement pour but de fournir un aliment à son grand appétit de touriste; il a voulu voyager en esprit cultivé qui voit et observe, et qui sait recueillir le long de sa route une ample moisson de faits intéressants.
- M. Victor Meignan vient de publier ce qu’il appelle modestement ses « notes de voyages», où il résume, d’un style alerte, les péripéties et les aventures de son trajet. Il quitte Paris, passe à Cologne, à Berlin, à Saint-Pélersbourgt à Moscou, à Nijni-Novgorod, où commence le voyage en traîneau. Arrivé dans cette dernière ville, on se chausse de quatre paires de bas de laine, par-dessus lesquelles on passe une cinquième paire de bas de- feutre, on met sur son dos trois épaisseurs de fourrure, on se cache la tête sous un bonnet d’astrakan, et un bachélique. On se place dans le traîneau, où l’on est recouvert encore d’un épais tapis de fourrure, sur lequel sont superposées deux couvertures de feutre. Tout cet accoutrement devient souvent léger dans l’atmosphère de la Sibérie, où il n’est pas rare de voir le thermomètre marquer 20 ou 50 degrés au-dessous de zéro. Le cocher s’asseoit sur une plate-forme de bois ; les chevaux s’élancent au galop, et entraînent avec une rapidité vertigineuse, à la surface des fleuves conge-^ lés ou du sol couvert de neige, les voyageurs, affreusement cahotés dans leur étroite prison glissante.
- M. Meignan voit Kazan, dernière ville qui, sur la route de la Sibérie, conserve l’aspect européen ; il pénètre bientôt au milieu des immenses forêts glacées de la grande Russie, au sein du pays des Vo-tiaks, véritables enfants de cette partie de l’empire Slave. Ces populations presque sauvages parcourent leurs forêts, en glissant sur la neige avec une extraordinaire adresse au moyen d’énormes patins (lig. 1). Ils vont ainsi traquer les cerfs, les ours et
- 1 1 vol. in-18, avec une carie et quinze gravures. — Pans. E. filon et G", 1&76.
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- LA NATURE
- les loups. « En 1774, dit M. Meignan, les Votiaks étaient au nombre de cinquante-cinq mille. Aucun recensement n’a été fait depuis cette époque. Beaucoup d’entre eux ont été convertis à la religion chrétienne, mais cependant bon nombre sont restés idolâtres et pratiquent encore de nos jours les cérémonies de leur culte dans les profondeurs des forêts. 11 est d’usage en Russie, toutes les fois qu’un nouvel empereur monte sur le trône, de faire prêter aux Votiaks un nouveau serment de fidélité ; on étend par terre une peau d’ours, on place sur elle une hache, un couteau, et un morceau de pain. Chaque Votiak coupe un petit morceau de pain, et avant de le manger récite la formule suivante: (' Dans le cas ou je ne demeurerais pas toute ma vie fidèle à mon souverain, où je me révolterais contre lui de mon propre mouvement et avec connaissance; si je néglige de lui rendre les devoirs qui lui sont dus, ou si je l’offense en quelque manière que ce soit, qu’un ours semblable à celui-ci me déchire au milieu des bois, que ce painm’étouffesur
- le champ, que ce couteau me donne la mort et que cette hache m’abatte la tête. » Il n’y a pas d’exemple, dit Gmelin, qu’un Votiak ait violé son serment, bien qu’on les ait souvent inquiétés à cause de leur religion. »
- Les forêts gelées de la Grande Russie offrent un aspect tout particulier, empreint d’un caractère de désolation. « Tous les arbres, qui ne manquent pas de majesté, sont immobiles etabaissent seulement de temps en temps et avec lenteur une de leurs branches, pour la débai'rasser d’un fardeau de neige trop con-
- Ekatérinembourg, où
- Un Votiak de la Grande-Russie.
- sidérable.....La grande Russie donne à la ibis l’im-
- pression de la mer et du désert de l’Afrique : elle est aussi immobile que ce dernier et aussi peu hospitalière que l’autre. »
- M. Meignan continue son voyage ; il dépasse les limites qui séparent l’Europe de l’Asie, parcourt es habitants industrieux exploitent les minerais de fer, et les magnifiques pierres de l’Oural ; il traverse le vaste steppe de Omsk où il est assailli par des rafales de neige qui menacent de l’engloutir lui et son traîneau; plus loin il recueille de curieux documents sur les Kirghiz, ces populations superstitieuses et ignorantes dont parle Pallas ; il assiste au-delà de Omsk aux plus admirables phénomènes météorologiques et contemple l’atmosphère remplie de cristaux de glace, qui brillent au soleil au milieu d’irisations de lumière et d’arcs-en-ciel. Le froid est si intense, que le nez et la bouche disparaissent sous une couche de glace et qu’a-près le sommeil dans le traîneau,
- (D'après une photographie.) jl faut dégeler Ses
- cils pour parvenir à ouvrir les yeux. Le voyageur atteint Tomsk, ville industrielle et luxueuse, passe par Krasnoiarsk, où les Polonais exilés ont formé une colonie hospitalière, distinguée, enrichie par l’exploitation des mines d’or et où l’on trouve des installations aussi élégantes, aussi confortables que les plus belles de Paris ; il parcourt les forêts de pins qui s'étendent entre Krasnoiarsk et Irkoutsk ; il visite dans cette dernière ville la prison destinée aux criminels et aux condamnés politiques. « U se trouvait, dit l’auteur, dans la chambre des prisonniers politiques, une
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- L A N AT IIU K.
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- quinzaine d'hommes environ, presque tons fort jeunes, jetés là sans jugement et peut-être pour longtemps ! »
- Laissant de côté ce lamentable sujet, inévitable conséquence d’un absolutisme où M. Meignan ne nous semble pas assez voir ce qui s’y rencontre d’odieux, l’auteur décrit le véritable faste des chercheurs d’or de la Sibérie orientale, et parle des riches monastères de ce pays immensément riche. Puis il poursuit sou chemin , passe en traîneau et non sans de grands périls la surface glacée du lac Baï-kal, où il admire un étrange spectacle auquel « le monde n’offre rien de comparable. Je n’avais trouvé nulle part en Sibérie, dit le voyageur, un triomphe plus complet de l’hiver que cette véritable mer de glace, et dans aucune partie de ce triste pays je n’avais vu la lumière prendre des tons aussi chauds ».
- Après la traversée du lac, l’auteur arrive à la ville de Verchni-Oudinsk ; il va quitter bientôt le traîneau pour la tarantasse , horrible voiture, qui a pour tout ressort quatre troncs de bouleaux placés entre deux systèmes de roues. M. Meignan atteint le territoire chinois, et pénètre dans Maïmatchin, où il reçoit la visite du gouverneur chinois, vêtu d’une robe de drap d’or et coiffé d’un bonnet surmonté d’une boule bleue, orné de deux énormes plumes de paon. «Maïmatchin est une ville peut-être unique au monde en ce sens qu’elle n’est peùplée que d’hommes. Non-seulement, enelfet, les femmes chinoises ne peuvent pas sortir de leur territoire, mais il leur est même défendu de franchir la grande muraille de Kalkann et d’entrer en Mongolie. »
- Dans cette curieuse ville, M. Meignan eut l’occa-
- sion de faire un dîner non moins curieux. « Je n’eus garde, dit-il, d’oublier l’invitation que m’avait adressée le gouverneur chinois. A l’heure marquée je me présentai chez lui... Nous prîmes place sur l’estrade, accroupis par groupes de trois ou quatre autour de plusieurs tables basses. Le couvert se com-| pose pour chacun d’une petite assiette, d’une tasse | microscopique et de deux petits bâtons. La petite
- assiette n’a pas pour usage de recevoir en bloc toute la portion du plat que chacun s’adjuge. Elle contient seulement du vinaigre chaud et noir sans cesse renouvelé par les serviteurs, sauce indispensable dans laquelle on trempe chaque bouchée après l’avoir directement saisie dans le plat à l’aide des deux bâtons. Quand la bouchée, ainsi arrosée, a été portée à la bouche, les deux petits bâtons s’en vont piquer à droite et à gauche quelque assaisonnement dans les soucoupes annexes qui entourent le plat. Le sont principalement des plantes marines, des champignons noirs poussés sur les bouleaux, des herbes odoriférantes, des œufs conservés et manipulés de telle sorte que l’albumine en est devenue noire, de petits reptiles ouvragés, artistement taillés en spirale.
- « Je me souviens aussi que dans une autre occasion et dans un lieu plus voisin de la mer, l’un de ces hors-d’œuvre était un bol de crevettes servies dans une sauce savante qui les assaisonne sans les tuer : on les mange ainsi toutes vives, en saisissant de préférence celles dont les bonds sont le plus vigoureux.
- « L’unique boisson, servie dans des tasses petites comme des dés à coudre, est de l’eau-de-vie de riz chaude. Ces petites préparations minutieuses, ces
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- LA NATURE.
- petits ustensiles gracieux, cette variété de petits plats, font penser à une dînette d’enfants. »
- Pour mettre à exécution jusqu’au bout son projet de voyage, M. Meignan dut s’entendre avec des marchands de thé qui se chargèrent de lui faire traverser la Mongolie et la Chine septentrionale jusqu’à la grande muraille. Ce trajet s'effectue en petites voilures chinoises, sortes de coffres où l’on peut être couché et dont l’arrière repose sur deux roues uniques, tandis que l’avant est soutenu par un chameau de trait.
- Les Mongols ont des pratique religieuses singulières et des cérémonies funèbres horribles. « La pratique principale du culte consiste à faire tourner, comme un cheval de manège, un grand moulin qui contient une quantité énorme de prières écrites. Faire faire un tour au moulin équivaut, aux yeux de ces pauvres gens, à avoir récité toutes les prières qu’il contient (fig. 2). Ces moulins sont établis partout. Tous les trente ou quarante pas, il y en a dans les rues, auxquels peuvent s’atteler quatre ou cinq hommes......
- « C'est un grand malheur, aux yeux des Mongols, de mourir dans sa tente... Dès qu’un habitant d’Ourga est frappé d’une maladie incurable, dès que toute espérance de le sauver est éteinte, on le transporte dans la chambre dite des agonisants, sorte de petite construction funèbre attenant à la lamaserie. Une fois là, il est entre les mains des prêtres, qui, loin de penser à lui porter secours, s’occupent exclusivement du salut de son âme. Je suis entré dans cet abominable lieu, mais je dois avouer que j’y suis resté si peu de temps que je ne saurais en taire mie description détaillée. Six ou sept hommes ou femmes étaient étendus à terre, sur un lapis, agonisant et râlant...»
- Après la mort, le cadavre, couvert d’un linceul, est exposé en plein air à deux kilomètres de la ville, les parents du défunt se retirent, et l’abandonnent aux chiens et aux corbeaux qui le dévorent !
- Après avoir quitté Ourga, M. Meignan s’engage avec sa caravane dans les immensités du désert de Gobi. Triste voyage au milieu d’une vaste mer de sable; mais le trajet se termine par une apparition presque féerique : celle de la muraille de la Chine, derrière laquelle s’élèvent les verdoyants coteaux du Céleste Empire. C’est comme un décor qui se fait voir derrière un voile qui se déchire. Désormais plus de solitudes glacées ni de plaines de sables : de fertiles campagnes, des cités populeuses, des habitations remplies des trésors d’un art merveilleux, vont au contraire se succéder, avec d’autant plus de charme qu’ils ont été précédés de tableaux plus sombres. Ce n’est plus la froide Sibérie, ni le désert dénudé, c’est Pékin qui va ouvrir ses portes au voyageur, c’est le ministre plénipotentiaire de France qui va lui donner asile, en faisant tout aussitôt apparaître en son esprit la riante image de la patrie lointaine.
- Gaston Tissandieh.
- CHRONIQUE
- I.e verre trempé. — La fabrication de ce nouveau et remarquable produit au sujet duquel nos lecteurs onteu précédemment des renseignements complets (La Nature, n08 156 et 158 des 8 et 22 janvier 1870), vient d’entrer dans une voie nouvelle. M. de la Bastie, l’inventeur, a organisé une compagnie industrielle qui a fait l’acquisition d’une des grandes cristalleries des environs de Paris. On produira là le verre trempé par des procédés qui semblent devoir lui assurer un immense débouché. Nous apprenons que M. delà Bastie est parvenu à tremper directement le verre après sa confection, sans qu’il soit nécessaire de le recuire. Or la recuite se traduisait par une perte de 25 p. 100 des produits fabriqués. Il paraîtrait en outre que la taille du verre trempé peut actuellement s’opérer, ce qui offrirait encore une haute importance. Ajoutons que l’on est parvenu à confectionner, à titre de véritable merveille, des sphères pleines en verre trempé, de üm,09 de diamètre, et qui, jetées d’un quatrième étage, tombent sur le pavé, sans se casser, et y rebondissent, à la façon d’une balle de caoutchouc, jusqu’au premier étage.
- f,es îoitOles de Caranda. — Nous avons parlé des richesses archéologiques que M. Frédéric 'Moreau a trouvées autour d’un dolmen à Caranda, près Fère-cn-Tardi-nois (Aisne) (La Nature, n08 des 18 octobre 1875 et 10 juillet 1875). Les fouilles, que l’on continue activement dans la localité, ont amené la découverte de la sépulture d’un Gaulois inhumé sur son char. M. Moreau a retrouvé les principales pièces du véhicule, les roues, les boulons, les crochets, les anneaux et des espèces d’attelles qui avaient résisté à l’action du temps. La fosse n’avait conservé aucun vestige humain; et cependant elle n’avait pas été violée, car on retrouvait, à la place qu’ils occupaient le jour de l’inhumation, les vases, armes et ornements dont on avait entouré le défunt.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- T
- S ance du 13 mars 1876. — Présidence de M le vice-amiral Paris.
- Destruction du phylloxéra. — On se rappelle que les études de M. Dumas lui ont démontré que les sulfocarbo-nates agissent comme destructeurs du phylloxéra, par le sulfure de carbone, qu’ils dégagent peu à peu sous l’influence des causes de décomposition résidant dans le sol. Il en résulte que le vrai remède contre le phylloxéra, c’est le sulfure de carbone. Cette conclusion admise par beaucoup de personnes a conduit M. Allys à combiner un appareil destiné à porter le sulfure de carbone en nature, sur les racines qu’on veut guérir, et il parait qu’il en a obtenu d’excellents résultats. L’instrument, tout à fait comparable en gros à l’appareil venimeux du serpent à sonnette, se compose d’une tarière cylindrique creuse qu’on enfonce dans le sol et d’un réservoir situé à sa partie supérieure, où est emmagasiné le sulfure de carbone. Deux robinets superposés permettent de doser la quantité de poison que l’on veut introduire dans chaque trou. Le seul inconvénient de cette méthode est d’introduire dans les campagnes et de faire manipuler par les paysans le sulfure de carbone qui est dangereux comme poison et comme matière inflammable et explosible. Les sulfocarbonates ont l’avantage d’ètre inoffensifs et incombustibles.
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- Cependant c’est encore de sulfure de carbone que fait usage un autre correspondant de l’Académie, M. Jobard (de Lyon), qui opère, on peut le dire, à l’inverse du précédent, Il verse en effet le liquide antiphylloxérique à la surface du sol, puis, il enfonce un tube en rapport avec une pompe aspirante. L’atmosphère souterraine est extraite ainsi et les vapeurs lourdes du sulfure de carbone pénètrent dans toutes les fissures du terrain, même à lm,70 du point d’extraction ; celui-ci en est tout imprégné.
- il. Démaillé annonce, que, depuis deux ans, il obtient contre le phylloxéra d’excellents résultats par l’emploi d'un mélange à poids égaux de chaux vive et de potasse caustique. A cette occasion, M. Dumas ajoute, qu’à l’époque où nous sommes de l’année, tous les remèdes peuvent être employés avec avantage : il n’y a qu’une manière de nuire à la vigne en ce moment, dit-il à peu près, c’est de ne rien faire du tout,
- L'Eboulement du Gros Morne. — C’est avec la plus vive satisfaction que nous apprenons qu'une commission officielle nommée à Bourbon pour rechercher les causes du désastre dont nous avons entretenu nos lecteurs, a donné complètement raison à il. Yélain, qui, contrairement à l’avis de plusieurs personnes qui recouraient à des tremblements de terre et à des éruptions volcaniques, a vu dans l'éboulemcnt l’effet de l’infiltration des eaux pluviales. Le rapport établit, comme nous l’avons fait ici même, une analogie intime entre l’événement actuel et la catastrophe survenue en 1806 dans la vallée de Goldau.
- Petite planète. — C’est la 160e du groupe; elle a été découverte par M. Peters, et il. Le Verrier dépose les observations dont elle a été l’objet de la part de MM. Henry à Paris et de M. Stephan à Marseille.
- Platine et silicium. — Quand on fait fondre du platine dans un creuset brasqué de charbon, on reconnaît après refroidissement que le métal est devenu extraordinairement friable : l’expérience a été réalisée pour la première fois par Descotils chez Berlhollet à Arcueil. M. Boussingault, il v a bien des années, constata que le platine friable renferme une proportion notable de silicium, et Berzélius émit l’opinion que ce silicium provient de la silice du creuset réduite par le carbone d’un carbure de platine qui se serait produit tout d’abord. Pour savoir si cette interprétation est exacte il faut rechercher si le platine s’adjoint la moindre trace de carbone, et c’est le sujet que M. Boussingault aborde aujourd'hui.
- Il constate d’abord quele platine chauffé dans le charbon pur ne change pas de propriétés physiques et reste aussi malléable que par le passé. Au contraire, si à ce charbon on mêle un peu de silice, aussitôt le phénomène étudié prend naissance. Cependant la silice seule n’est pas attaquée par le platine et la conclusion est que c’est le carbone qui la réduit pour fournir au platine le silicium mis en liberté. Il y a là, toute proportion gardée, quelque chose d’analogue à la production du chlorure de silicium par le chlore , agissant sur le mélange de charbon et de silice opposé à l’inertie du même chlore, en présence ducharbon ou de la silice pris séparément.
- Inondation et tempête. — La crue de la Seine, dont nous observons les progrès tous les jours, se présente celte année avec des caractères exceptionnels. M. Belgrand fait remarquer que, vu la perméabilité du sol du bassin, l'augmentation de volume des sources et des affluents vient soutenir et prolonger le gonflement de la rivière de façon que l’inondation résulte pour ainsi dire, de crues successives superposées. Actuellement la Seine nous montre le résultat de sept crues de ses affluents. Le niveau atteint
- ce matin, au pont Royal, est de 10 centimètres inférieur à celui de 1872, mais on prévoit une nouvelle crue de 56 centimètres, ce qui dépasserait l’inondation en question de AO centimètres environ. Dans ces conditions ce serait un vrai désastre, et il faut espérer, comme l’a dit le savant ingénieur, que la formule empirique qui le fait prévoir, et dont la justesse n’a pu être reconnue que jusqu’au maximum de 1872, se trouvera en défaut au-delà de cette limite. De son côté, M. Le Verrier ajoute qu’on ne peut pas répondre de la cessation du mauvais temps. Demain il faut s’attendre à une bourrasque nouvelle. Nous étions, lundi dernier, en présence d’une situation atmosphérique telle qu’on n’avait jamais rien observé d’analogue: trois grands troubles aériens nous entouraient, à l’est, au nord et à l’ouest, qui finirent par se concentrer en Scandinavie où ils exercèrent de grands ravages. Au moment où ils se calmaient un autre cyclone arrivé de l’Océan est venu leur donner une force nouvelle. C’est alors que la pression, à Belfort est tombé à 710 millimètres. Pour le moment nous sommes à Paris sans nouvelles du Nord : toutes les lignes télégraphiques ont été brisées et la gare de Creil est, suivant certains bruits, complètement démolie.
- Commission. — Il s’agit de remplacer M. Charles Wheatstonecomme associé étranger et de discuter les titres des candidats ’a cette place. MM. Chasles, Bertrand, Morin, Milne Edwards, Dumas, Boussingault et Paris, sont désignés pour former la commission qui dressera une liste de présentation. Stanislas Meunier.
- THOMÉ DE GAMOND
- Le célèbre auteur du projet du tunnel sous-mariu entre la France et l’Angleterre vient de mourir au moment même où le rêve de sa vie allait se réaliser. Nous retracerons l’existence de cet ingénieur distingué, dont l’esprit a toujours brillé par la hardiesse et l’éclat- des conceptions.
- Aimé Thomé de Gamond est né à Poitiers, le 51 octobre 1807. A l’âge de seize ans, il quitta sa ville natale pour aller rejoindre en Allemagne, son oncle, le comte Antoine Thibaudeau, ancien conventionnel, exilé de France par la loi du 12 janvier 1816. Il habita successivement Prague, Vienne, Augsbourg et devint l’ami du second lils de la reine Hortense, le jeune prince Louis, que les hasards de la fortune devaient élever sur le trône des Napoléon.
- Pendant cinq années, Thomé de Gamond mena de front les études médicales, celles du droit, du génie militaire et du génil civil. En 1829, il rentra en France, compléta ses études, et à la suite d’un voyage en Égypte, où il s’occupa d’un projet de percement de l’isthme de Suez, il épousa en 1851 la fille aînée du conseiller de Gamond.
- Désormais, on voit le jeune ingénieur diriger pendant quinze ans des fabrications industiielles, usines métallurgiques et verreries. Puis il se tourne vers l’agriculture, et pendant douze aus environ, il exploite un vaste domaine de 500 hectares dans le Berri.
- Tout en s’adonnant à ces travaux, dit un de ses plus récents biographes, sa profession d’ingénieur l’entraînait aussi à s’occuper d’opérations géologi-
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- ques et hydrographiques. Il avait eu la pensée, dès 1829, de préparer la transformation de l’appareil hydraulique naturel de la France, en vue d’utiliser les immenses richesses que peut produire l’utilisation de ses cours d’eau, et malheureusement si négligées. Il dut parcourir dans ce but les quatre-vingt-six départements français.
- En 1833, il commença l’étude d’une voie de communication entre la France et l’Angleterre. Cette communication a dû exister jadis, par un isthme naturel de craie entre les deux paysi. Cet isthme a été détruit par suite de l’érosion séculaire des sédiments crayeux, ravinés par la mer, qui aurait ouvert et successivement élargi le détroit de Calais jusqu’aux dimensions, actuelles.
- Ce projet audacieux, surtout pour l’époque où il fut conçu, devait lui coûter quarante années de travail*.
- Néanmoins il a eu une sorte de satisfaction en voyant avant sa mort son projet de tunnel sous-marin, regardé si longtemps comme une chimère , adopté par d’éminents ingénieurs des deux pays, et patronné par de puissants financiers. — Il a emporté la certitude qu’ une tentative très-sérieuse allait être faite pour mettre à exécution l’un des projets qu’il avait le plus travaillés. Malheureusement il n’aura pas vécu assez longtemps pour recueillir le juste fruit des ses persévérants et admirables travaux.
- Le goût prononcé de Tborné de Gamond, pour l’étude et pour des projets qui intéressaient la prospérité de la France, ainsi qu’une modestie et une simplicité antiques, le tinrent constamment éloigné des fonctions publiques. Ses aptitudes pour le travail d’ingénieur absorbaient de préférence son activité et lui firent sacrifier l’exercice des autres professions dont il avait été investi dans sa jeunesse.
- Les relations de Tliomé de Gamond avec le prince Louis-Napoléon avaient été très-intimes depuis leur jeunesse, dès 1824; jusqu’à l’époque du coup d’État (1852), ils avaient continué de se voir fréquemment. Le prince Louis, devenu empereur, conserva
- 1 Voy. la Native, n° 141, du 12 février 1876, p. 165 : f Isthme de Calais.
- Voy. la description du projet de Thomé de Gamond. — 2» année, 1874, 1er semestre, p. 412.
- pour son ancien ami une grande bienveillance. 11 lui offrit successivement la préfecture de 1 Indre, ensuite celle de la Vienne. Après la mort de son oncle Antoine Thibaudeau, doyen d’àge du Sénat, Thomé de Gamond pouvait entrer au Sénat avec le titre de comLe et la décoration. Il refusa. Plus tard, la direction des chemins de fer de l’Ouest lui fut également offerte. Il refusa et proposa à sa place son cousin, l’ingénieur Jullien, qui fut admis. Quand M. Rouher quitta le ministère des travaux publics pour prendre le ministère d’État, l’empereur offrit à Thomé de Gamond le ministère des travaux publics ; mais l’éminent ingénieur refusa de s’arracher à ses études de prédilection.
- Thomé de Gamond vivait dans l’union la plus parfaite entre sa femme et sa seconde fille, qui n’avait jamais voulu se séparer de lui. C’était vraiment un admirable spectacle que celui de ces trois personnes unies par une si profonde et si touchante tendresse. La mort elle-même a paru respecter cette union si parfaite en permettant que ce grand travailleur s’étei-
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- gnît doucement entre les bras de sa femme et de sa fille. 11 conserva entière la possession de son intelligence jusqu'à ce moment suprême où le juste s’endort du sommeil de l’éternité1.
- 1 Le journal l'Explorateur, auquel nous empruntons les documents de cette notice, énumère les différents travaux de Thomé de Ga-rnond : ils sont considérables. Outre sou Projet d'un tunnel sous-marin entre la France et VAngleterre, on lui doit une Étude du canal interocéanique de Nicaragua, un Mémoire. sur le régime général des eaux courantes, et un granil nombre d’autres projets non moins importants, tels que Agrandissement du port d’Odessa, Lille port de mer, Paris port de mer. En 1864-67, il créa le système des Écluses à sassement instantané, qui est appelé à apporter un changement radical à la navigation des canaux de la France et du monde entier. — Ce système nouveau a pour objet d’écluser les navires en quelque sorte pendant leur marche, avec un simple ralentissement sans temps d’arrêt.
- Après la chute de l’empire, pendant le siège de Paris, Thomé de Gamond, resté dans la capitale (et âgé alors de soixante-deux ans), obtint du général Trochu l’autorisation de former une légion de vétérans parisiens.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek.
- Thomé de Gamond.
- Typographie Lahure, rue de Fleurua, 9, à Paris.
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- HALOS ET COURONNES SOLAIRES
- ET LUNAIRES , PRONOSTICS DU TEMPS.
- On s’occupe depuis quelque temps, avec une grande activité, d’observations météorologiques de
- Fig. 1 — Ilalo solaire à arc multiples. (13 avril 1807.)
- diverses sortes ; cette recrudescence de zèle pour une science qui cherche sa voie, nous reporte naturellement à un genre d’observations trop négligé et qui pourrait conduire à des applications intéressantes, en concourant à la prédiction du temps, but ultime de la météorologie ; nous voulons parler des halos
- Fig. 2. — Halo solaire à arcs tangents. (24 mai 1867.)
- Fig. 5. — Couronne solaire. (8 décembre 1866.) Fig. 4. — Couronne lunaire à bandes rectilignes. (8janv. 1867.)
- et couronnes solaires et lunaires, qui nous donnent des nouvelles de l’état des régions élevées de l’atmosphère, et dont l’influence ne tarde généralement pas à se faire sentir à la surface de la terre.
- Des observations nombreuses de halos et de couronnes ont été faites, dans ces dernières années, et se continuent par M. A. Cheux, à son observatoire de
- la Baumette, près d’Angers. M. Decharme qui, de son côté, avait observé plusieurs grands halos, a publié une notice assez détaillée, contenant la dé-scription d’un grand nombre de ces météores lumineux. Nous eu extrayons divers passages accompagnés de leurs conclusions.
- On sait qu’il y a toujours dans l’atmosphère,
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- 4e aimée. — 1er semestre.
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- depuis la surface de la terre jusqu’à 8000 à 9000 mètres de hauteur, de l’eau à l’état de vapeur invisible, ou à l’état vésiculaire, nuageux, soit à l’état liquide, en goutelettes plus ou moins fines, soit enfin à l’état solide, en aiguilles de glaces, en petits cristaux microscopiques. Ces particules gazeuses, liquides ou solides, produisent, sous l’influence des rayons solaires ou lunaires, des effets lumineux très-variés, selon les circonstances. Quand celles-ci sont favorables, les phénomènes prennent de magnifiques développements. Ce sont tantôt des couronnes blanches qu’on voit fréquemment autour du soleil ou de la lune, tantôt des cercles colorés, simples ou complexes, arcs-en-ciel, halos; d’autres fois, ce sont des apparences multiples plus ou moins affaiblies de l’astre lui-même : faux-soleils, fausses-lunes, ou pa-rhélies, parasélènes, anthélies, etc., selon leur position de chaque côté, au-dessus ou au-dessous de l’astre qui leur donne naissance.
- Ce qui différencie essentiellement ces phénomènes les uns des autres, c’est l’état de l’eau. En effet, les couronnes blanches sont produites par la vapeur vésiculaire; les arcs-en-ciel par l’eau à l’état liquide ; leshalos,parhélies,etc.,parles cristaux de glace. Les couronnes de 5° à 5° se voient au milieu des nuages peu élevés, cumulus; les arcs-en-ciel, sur les nuages bas qui se résolvent en pluie, nimbus ; les halos et les couronnes de même rayon (25°) s’observent au milieu des nuages très-élevés, cirrus. Dans les couronnes irisées, le rouge est plus éloigné du soleil que le bleu; pour les halos c’est l’inverse.
- Il est bien établi aujourd’hui que l’effet général du halo est dû à la lumière réfractée et non à la lumière réfléchie ; on en a acquis la preuve à l’aide de la polarisation chromatique, qui fournit le meilleur moyen de distinguer ces deux sortes de lumière. De plus, les cristaux de glace ayant un angle réfringent de 60° ou de 90° rendent bien compte des effets observés.
- Enfin, et cette vérification est capitale, les parcelles de glace, ou prismes hexagonaux, existent réellement en certaines circonstances dans l’atmosphère ; et c’est bien à travers la substance de ces prismes, considérés soit isolément, soit deux à deux, que la lumière se réfracte, se décompose et produit le phénomène des halos dans toutes ses apparences plus ou moins grandioses.
- Dans nos climats, le halo le plus fréquent est un cercle lumineux de 22° à 23° de rayon qui entoure le soleil et dont les bords sont teintés des diverses nuances de l’arc-en-ciel, mais moins vives que ces dernières. Un autre grand halo a un rayon de 46°; enfin un troisième a un rayon de 90° ; il est très-rare, même dans les régions boréales, où ces phénomènes se voient dans tout leur éclat. Indépendamment de ces cercles concentriques au soleil, on en remarque parfois d’autres qui coupent les précédents ou leur sont tangents, puis des faux-soleils, au nombre de deux, de quatre ou de huit, des colonnes verticales ou obliques, tous phénomènes produits par la réfraction ou la diffraction de la lumière sur les
- myriades de cristaux aériens dans les positions diverses qu’ils peuvent affecter à l’égard du soleil et du spectateur.
- Il faut ajouter que les faux-soleils, les parhélies, agissent à leur tour comme centre de lumière et produisent des phénomènes secondaires semblables aux précédents, mais de plus faible intensité. On peut juger par cet aperçu de la complexité du phénomène. Toutefois les halos sont rarement complets, et ce n’est que dans les régions septentrionales qu’on les observe dans leur splendeur, pendant des journées entières.
- Parmi les nombreuses descriptions de halos et de couronnes qui sont données dans la notice de MM. De-charme et A. Cheux, nous choisissons les suivantes, qui correspondent aux figures qui les accompagnent et dont nous ne pouvons donner que la forme, car la coloration, l’état vaporeux, les dégradations de teintes, échappent à la gravure.
- Le 13 avril 1867, dès 8h 40m du matin, le halo que nous représentons (fig. 1) apparaissait un peu irisé; à 10ll5, son sommet offrait déjà de vives nuances; à 10h35, le phénomène se compliquait par l’apparition de deux espèces de nuages très-irisés, symétriquement situés de chaque côté du cercle coloré, à la place où devait se dessiner plus tard un nouvel arc lumineux ; à 2h le phénomène avait pris un magnifique développement, ses arcs multiples brillaient d’un vif éclat.
- En effet, outre la couronne centrale de 2 à 5 degrés d’épaisseur, partout irisée, spécialement à son sommet, on voyait dans l’intérieuï de celle-ci deux arcs également colorés, le rouge à l’intérieur et le bleu à l’extérieur, d’un éclat cependant moindre que celui du cercle qui les entourait et auquel ils venaient se rattacher comme les projections d’un méridien d’une sphère dont l’arc est vertical. En ces points de jonction, la coloration était très-vive et s’étendait à une dizaine de degrés de part et d’autre.
- Au-dessus de ces deux couronnes irisées on en voyait une troisième, concentrique à la première, mais blanche, excepté en deux endroits. Cette troisième zone, un peu moins épaisse que les précédentes, n’était visible que dans la région supérieure, sur un tiers de la circonférence totale.
- Enfin une grande couronne blanche, au rayon de 46 degrés, plus large que les zones irisées, passant par le soleil et ayant son propre centre sur la troisième couronne, se développait au-dessus des cercles précédents et s’étendait bien au delà du zénith; c’était presque le cercle que M. Babinet a nommé cercle parhélique, avec cette différence que celui-ci est horizontal et que l’autre ne l’était pas ; ce n’était point non plus le cercle circum-zénithal, puisque celui-ci a son sommet au zénith. Appelons-le cercle extérieur.
- C’est aux points de rencontre avec ce cerclé que la troisième couronne présentait des portions d’arcs irisés, s’étendant à 5 ou 6 degrés environ de part et d’autre de la région d’intersection. Ici le rouge était en dehors et le bleu à l’extérieur.
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- Ce n’est pas tout : on apercevait en même temps, sur le cercle extérieur, deux larges facules rondes, très-blanches, qui tranchaient par leur éclat sur la couronne où ils étaient placés aux extrémités du diamètre horizontal de ce grand cercle, c’étaient des parhélies ou faux-soleils.
- Le 24 mai 1867, quelques minutes avant le coucher du soleil, on vit l’astre entouré d’un beau halo (fig. 2). Deux arcs tangents, d’une longueur de 60° environ, étaient symétriquement placés à droite et à gauche de la couronne ordinaire; ils paraissaient avoir même rayon que celle-ci, ils étaient également irisés, et les couleurs avaient la même disposition que dans la couronne elle-même, c’est-à-dire le rouge à l’intérieur. Ils avaient aussi même largeur que la zone centrale.
- De plus, au sommet de la couronne primitive, on voyait d’abord une tache circulaire jaune, ayant la largeur de la zone, puis deux arcs également d’un jaune d’or, très-vif, tournant leur convexité vers l’horizon. Ces arcs ne se prolongeaient qu’à une faible distance de la couronne. Le soleil, en se couchant, mit fin à ce beau météore, dont on n’a pas revu d’analogue depuis cette époque.
- Rien de plus curieux, que de suivre les phases de ces météores dans leur développement, tantôt lent, tantôt rapide ; rien de plus intéressant que de voir naître ces arcs lumineux qui se dessinent en couronnes plus ou moins incomplètes, plus ou moins irisées vers le haut et le bas ; que de voir pâlir ou s’aviver ces nuances délicates, sous le passage de petits nuages légers qui sont à la fois la cause et le théâtre -de ces splendides apparitions. Tantôt, ce sont des rayons blancs partant du centre du soleil et se prolongeant en gloire au dehors du cercle lumineux; une autre fois, ce sont des parhélies qui s’allongent sur leur diamètre horizontal, ou des arcs incomplets qui, dans leur courte apparition, font regretter que le phénomène n’ait pas reçu tout son développement.
- Le météore de la figure 5 a commencé à 10h 5111 ; très-faible à 10h 40m, il a eu sa plus grande vivacité à 2h 30m. A ce moment, une bande blanchâtre de 2 à 3 degrés d’épaisseur (comme celle de la couronne), ayant son bord extérieur bleuâtre, était tangente à la couronne. Cette bande en ligne droite, sur une assez grande étendue, à peu près égale à la longueur du rayon intérieur de la couronne, de part et d’autre du point de contact, se relevait ensuite ' brusquement à ses extrémités. La couronne elle-même n’était pas irisée, mais blanche partout et parfaitement circulaire, incomplète à la partie inférieure. Le phénomène n’a eu qu’une demi-heure de durée. Le ciel était très-nébuleux au sud-ouest.
- La couronne lunaire, observée le 8 janvier 1867, avait 3 à 4 degrés d’épaisseur ; elle était complète, d’un blanc un peu mat, partout uniforme ; son bord intérieur était nettement accusé, tandis que le bord extérieur se fondait sensiblement avec le fond du ciel vaporeux à teinte blanchâtre.
- Cette couronne était remarquable par trois longues bandes qui l’accompagnaient, et que notre gravure représente très-fidèlement (fig. 4).
- Les descriptions qui précèdent peuvent donner une idée de la variété de formes de ces belles apparitions, connues sous les noms de halos et de couronnes. Ces phénomènes sont plus fréquents que l’on ne croit communément ; la notice que nous analysons en relève jusqu’à 37 dans une année; le maximum a eu lieu en avril et le minimum, en septembre.
- Un grand nombre de halos passent inaperçus aux yeux des personnes peu habituées à ces sortes d’observations ; cela tient à ce que les météores se produisant dans un ciel parsemé de nuages légers, très-vaporeux, il en résulte qu’alors la lumière du soleil est tellement diffusée, que l’on ne peut regarder à l’œil nu, sans une grande fatigue, aucun point de l’atmosphère situé à une distance de 50 à 40 degrés du centre apparent de l’astre radieux.
- Pour observer facilement les halos on peut employer différents moyens : on se sert de verres noircis, ou d’un tube de carton noirci à l’intérieur, ou d’une lunette munie d’un diaphragme ; on se place aussi dans le voisinage d’un arbre, d’une maison, d’un objet opaque qui cache la région du ciel où se trouve le soleil ; on emploie avec avantage un carton percé de deux trous d’épingle et distants l’un de l’autre de 6 centimètres et demi (distance moyenne des deux prunelles). En plaçant ces deux petites ouvertures devant les yeux, on peut regarder dans le voisinage du soleil et l’astre lui-même sans être ébloui ; mais le moyen le plus avantageux consiste dans l’emploi de verres à teinte neutre, qu’on trouve dans le commerce sous le nom de verres enfumés.
- Gomme conclusions de ces observations, M. De-charme fait un tableau récapitulatif des halos et couronnes et met en regard l’intensité des météores et les phénomènes consécutifs de ces apparitions.
- On voit par ce tableau que dans tous les cas les halos petits ou grands et les couronnes solaires et lunaires ont été suivis de pluie ou de neige le jour même ou le lendemain et au plus tard le surlendemain.
- Il semble résulter aussi des mêmes observations comparatives qu’en général la pluie est d’autant plus prochaine et sera plus abondante, le vent d’autant plus fort que le météore lumineux aura été plus brillant.
- Sans doute, les prédictions peuvent varier selon les pays, et surtout avec l’altitude; mais ce qu'il y a de certain, c’est que le halo, dont le siège est dans les nuages légers (cirri), nous donne, comme nous l’avons dit précédemment, des nouvelles de l’état de l’atmosphère dans les hautes régions de l’air; il est le signe d’un refroidissement qui gagne peu à peu la limite ordinaire des nuages et amène la condensation des vapeurs qui s’y trouvent. On peut donc en tirer des observations précieuses, comme pronostie du temps à courte échéance.
- . Gaston Tissxndiek.
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- LA NATURE.
- LA YISION
- ET LES ILLUSIONS D’OPTIQUE*.
- L’œil est un instrument d’optique comparable à ceux que les physiciens construisent ; les milieux qui le composent sont limités par des surfaces semblables à celles qui entreut dans la construction des instruments d’optique.
- Kepler, le premier, à la fin du seizième siècle, a reconnu la marche de la lumière dans l’œil. Peu de temps après la découverte de la chambre noire, il trouva que l’œil réalise les conditions que Porta avait combinées, pour obtenir l’image des objets extérieurs. Nous rappellerons succinctement que cet organe a ses parois constituées par une membrane fibreuse S (fig. 1) nommée sclérotique, qui est opa-
- que, sauf dans la partie antérieure de l’œil où elle devient la cornée transparente.
- Le cristallin G enchâssé derrière la cornée est la lentille convergente de la chambre noire ; il est enveloppé d’une membrane transparente, la capsule du cristallin. Celui-ci est baigné de deux liquides : l'humeur aqueuse, comprise entre le cristallin et la cornée, le corps vitré, corps gélatineux logé entre le cristallin et le fond de l’œil. L’image des objets extérieurs, qui est produite par le passage de la lumière à travers ces milieux réfringents, est reçue par une membrane nerveuse, la rétine R, formée par une expansion du nerf optique N. 11 faut mentionner encore la choroïde, membrane recouverte d’un pigment noir qui absorbe la lumière et empêche les réflexions intérieures ; puis, au-devant du cristallin, un diaphragme à ouverture variable IF, l’iris qui donne aux yeux la couleur bleue, grise ou noire. L’ouverture correspondante à la partie centrale de l’iris se nomme la pupille.
- La marche de la lumière à travers les milieux de l'œil est facile à suivre. Un objet envoie des rayons divergents sur la cornée ; une partie pénètre dans
- 1 Traité d'optique physiologique, de M. Ilelmholtz, traduit par MM. Java! et Klein. — Paris. Masson, éditeur.
- Traité de physique, de MM. Boutan et d’Alméida. _____
- Paris, 1874. Dunod, éditeur.
- l’œil et va se réunir sur la rétine oit se produit une image réelle et renversée de l’objet. Magendie a prouvé de la manière suivante la vérité de cette déduction mathématique.
- L’œil d’un lapin atteint d’albinisme, c’est-à-dire dont la choroïde ne contient pas de pigment noir, mais une matière transparente, étant isolé et placé devant un objet vivement éclairé, on voit l’image de cet objet renversée sur la rétine. L’expérience réussit avec un œil de bœuf ou de mouton dont on amincit la sclérotique.
- On nomme centre optique de l’œil le point de croisement des axes secondaires; l’a.re optique est celui qui passe par l’axe géométrique de l’organe ; cet axe se dirige spontanément vers le point que l’œil veut fixer.
- Nous indiquerons maintenant en quoi consiste la vision distincte. Un écran placé derrière une lentille ne reçoit l’image d’un corps éclairé A, B que s’il est placé à l’endroit même RR (fig. 2) où cette image se
- forme. S’il est plus rapproché en R" R"'ou plus éloigné en R'R', la lumière de l’objet éclaire l’écran, l image est confuse.
- Pour mettre en évidence l’imperfection de la vue qui résulte de l’application de ces règles théoriques, MM. Boutan et d’Almeïda citent l’expérience, suivante : on place à 3 ou 4 centimètres de l’œil la tête
- Fig. 5.
- d’une épingle, on n’aperçoit plus qu une nébulosité confuse dont les bords sont imparfaitement limités. La distance de la vision distincte est celle à laquelle un objet de petites dimensions doit être placé pour être perçu très-nettement. Cette distance qui est en moyenne de 30 centimètres varie suivant les individus. On la détermine pour les différentes vues au moyen de l’appareil ci-dessus construit par Lehot. Un fil blanc a est tendu horizontalement sur un fond noir (fig. 3). On le regarde en plaçant l’œil au-dessus de l’une des extrémités et derrière un écran percé en
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- 0; il apparaît alors très-nettement délimité dans une certaine longueur; plus près ou plus loin, il semble, renflé et donne la sensation d’une petite surface blanche de plus en plus large à mesure qu’on s’écarte du point où il est vu distinctement. On arrive assez promptement par ce procédé à une mesure de la distance de la vision distincte.
- Une des propriétés les pins remarquables de l’œil consiste dans la faculté que possède cet organe de voir à différentes distances. Si on le considère en , effet comme une chambre noire, il n’y a qu’une distance à laquelle un objet sera parfaitement visible ; cependant on voit avec netteté un fil métallique par exemple, aussi bien à 15, qu’à 20, 50 et 40 centimètres pour les bonnes vues. Cette faculté à'accom-modation de l’œil se démontre ainsi : on place deux épingles l’une devant l’autre, un seul œil étant ouvert, on considère d’abord l’épingle la plus voisine qui parait d’abord confuse si elle est près de l’œil, mais par un effort de volonté l’image devient nette. Si, tout en conservant la netteté de l’image, on porte l’attention sur la seconde épingle, on trouve quelle donne une image confuse et sans netteté. Si l’on fait effort pour distinguer les contours de cette deuxième épingle, on y parvient et la première ne donne plus qu’une image mal définie.
- Ce n’est que depuis les expériences de M. Cramer et de M. Helmhollz que l’explication de ce phénomène a pu être donnée. M. Cramer a réussi à déterminer sur l’œil vivant le rayon de courbure de la cornée et celui des deux faces du cristallin. Pour cela, reprenant une méthode de Samson, il observe les images que donne une source lumineuse dont les
- Fig. i.
- rayons frappent les surfaces des divers milieux réfringents de l’œil. Une bougie L (fig. 4) est placée devant l’œil O', une partie de la lumière est réfléchie, et il se forme, comme dans le cas d’un miroir convexe, une image droite A de la flamme (fig. 5). L’autre portion de la lumière, qui a pénétré et qui tra-Fig. 5. verse la pupille, tombe sur le cris-
- tallin et produit encore l’image d’un miroir convexe et une seconde image droite B. Enfin la lumière réfractée par le cristallin arrive sur la face postérieure ; une partie se réfléchit sur
- un miroir concave et donne l’image renversée C très-petite et très-brillante. M. Cramer l’observait avec un microscope M muni d’un réticule ; il étudiait les variations dans la grandeur des images, lorsque l’œil passait de l’observation des objets voisins aux objets éloignés. Il constata ainsi :
- 1® Que l’image A, formée à la surface de la cornée reste dans les deux cas de grandeur invariable ; la forme de la cornée reste donc inaltérée ;
- 2° Que l’image B, formée à la première surface du cristallin, diminue à mesure que l’œil regarde de plus près ; cette face se bombe donc de plus en plus, la distance focale diminue, résultat indiqué par la théorie pour qu’il soit possible dans la vision des objets rapprochés de recevoir l’image sur la rétine ;
- 5° Que la troisième image C produite sur la face postérieure du cristallin reste à peu près invariable.
- On constate les résultats de Cramer par une expérience facile à répéter. On se place devant l’œil de celui qui regarde successivement deux objets placés sur une même ligne droite et inégalement éloignés de lui, on distingue par la dimension des images de la bougie l’objet sur lequel le regard s’est porté.
- M. Helmholtz a perfectionné les méthodes de M. Cramer et est arrivé à formuler une théorie complète de tous les phénomènes d’accommodation.
- PHÉNOMÈNES CAUSÉS PAR LA DISPERSION.
- Les règles de l’optique indiquent que les rayons émis par un point lumineux doivent se réunir en un autre point par l’action des milieux réfringents de l’œil. Toutefois la lumière blanche étant composée de rayons de diverses réfrangibilités, des effets particuliers connus sous le nom d'aberration chromatique se produisent par suite de la décomposition de la lumière ; nous les étudierons avec M. Helmholtz.
- On pratique une étroite ouverture dans un écran et on fixe derrière cette ouverture un verre violet, pé-nétrable seulement pour les rayons rouges et violets. On dispose ensuite une lumière dont les rayons parviennent à l’œil de l’observateur, après avoir traversé le verre et l’ouverture de l’écran. Si l’œil est accommodé pour les rayons rouges, les rayons violets forment un cerclé de diffusion, et l’on voit un point rouge entouré d’une auréole violette. Si l’œil est accommodé pour les rayons violets, ce sont les rayons rouges qui donnent uii point violet avec auréole rouge.
- L’œil peut être amené également à un état de réfraction tel que le point de convergence des rayons violets soit en avant et celui des rayons rouges en arrière de la rétine, et que les diamètres des cercles de diffusion rouge et violet soient égaux. C’est alors seulement que le point lumineux paraît monochromatique. Dans cet état de réfraction de l’œil, les rayons simples dont la réfrangibilité tient le milieu entre celle du rouge et celle du violet, c’est-à-dire tes rayons verts, se réuniront sur la rétine.
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- LÀ NATURE.
- Fig. 6.
- Il y a un autre genre d’aberration des rayons lumineux d’une même couleur, émis par un point : ils ne se réunissent en général qu’approximativement en un foyer mathématique, par suite des propriétés des surfaces réfringentes, c’est Y aberration de sphéricité'.
- Les phénomènes sont les suivants :
- 1° Que l’on prenne d’abord pour objet un très-petit point lumineux (un trou d’épingle pratiqué dans un papier noir, opaque, et à travers lequel passe la lumière,) et après avoir ajouté devant l’oeil un verre convexe, si l’on n’est pas myope, qu’on le place un peu au-delà du point de l’accommodation de manière qu’il se produise sur la rétine un petit cercle de diffusion. On voit alors, au lieu du point lumineux, non pas un disque, comme dans une lunette mal mise au point, mais une figure qui présente quatre à huit rayons irréguliers, qui est ordinairement différente pour les deux yeux, et qui diffère également d’une personne à l’autre. On a représenté (fig. 6) l’observation de M. llelm-. holtz ; a correspond à l’œil droit, et b à l’œil gauche. Les bords extérieurs des parties lumineuses d’une image de ce genre produites par de la lumière blanche, sont bordés de bleu; les bords tournés vers le centre sont d’un rouge jaunâtre. L’auteur ajoute que la figure lui paraît être plus allongée de haut en bas que de droite à gauche. Si la lumière est faible, on n’aperçoit que les parties les plus brillantes de la figure étoilée, et l’on voit plusieurs images du point lumineux dont l’une est ordinairement plus brillante que les autres. Si au contraire la lumière est très-intense, si l’on fait passer, par exemple, par une petite ouverture la lumière directe du soleil, les rayons de l’étoile se confondent et tout autour apparaît une auréole de rayons, composée de lignes innombrables extrêmement fines, de toutes couleurs, possédant un diamètre beaucoup plus considérable, et que l’on distingue de l’image de diffusion étoilée en lui donnant le nom d'auréole de rayons capillaires.
- La forme rayonnée des étoiles et des lumières des réverbères lointains rentre dans les phénomènes précédents :
- 2° Si l’œil est accommodé pour une distance plus grande que celle du point lumineux, et à cet effet
- on peut ajouter devant l’œil une faible lentille concave (s’il s'agit de points lumineux éloignés), on voit apparaître une autre image rayon-née que M. Ilelm-holtz représente ainsi (fig. 7) en c telle qu’elle se pré-
- Fig. 7.
- sente pour son œil droit, et en d telle que la voit son œil gauche, figure dont la plus grande dimension est horizontale pour les deux yeux. Si l’on recouvre la pupille d’un côté, c’est le côté opposé de l’image de diffusion qui disparaît, c’est-à-dire c’est la partie de l’image rétinienne située du même côté que la moitié couverte de la pupille. Cette figure est donc formée par des rayons qui n’ont pas encore coupé l’axe de l’œil ;
- 3° Si l’on met le point lumineux à une distance telle que l’œil puisse s’y accommoder, on voit par un éclairage modéré une petite tache lumineuse, ronde et sans irrégularités. Si la lumière est intense au contraire, l’image reste rayonnée pour tous les états de l’accommodation et l’on trouve seulement en accommodant successivement pour de plus en plus près, que la figure étoilée allongée horizontalement qui répond à une accommodation trop éloignée diminue graduellement, s’arrondit et fait place à la figure étoilée allongée verticalement, qui appartient à l’accommodation pour un point plus rapproché ;
- 4° Lorsqu’on examine une ligne lumineuse déliée, on voit se développer des images faciles à prévoir, en supposant construites, pour chacun des points de la ligne, les images de diffusion rayonnées, qui viennent empiéter les unes sur les autres. Les parties les plus claires des images de diffusion se confondent et forment des lignes claires qui dessinent des images multiples de la ligne lumineuse. La plupart des yeux voient deux de ces images ; quelques-uns, dans certaines positions, en voient cinq ou six.
- Pour montrer immédiatement par l’expérience le rapport qui existe entre les images doubles et les images rayonnées des points, il suffit de pratiquer, dans une feuille de papier foncé, une petite fente rectiligne, et à une petite distance de son extrémité, sur le prolongement de la fente, un petit trou rond. La fente et le trou sont représentés en a (fig. 8). En regardant de loin, on remarque alors que les images doubles de la ligne ont entre elles exactement la même distance que les parties les plus brillantes de la figure de diffusion étoilée du point, et que les dernières sont dans le prolongement des premières, comme on le voit en b (fig. 8), ou dans l’image de diffusion du point lumineux, on ne voit que les parties les plus claires de l’étoile a de la figure.
- C'est, par un mécanisme analogue que s’expliquent les images multiples des cornes du croissant lunaire que voient beaucoup de personnes.
- Sur les limites de surfaces éclairées, pour lesquelles l’œil n’est pas exactement accommodé, les images multiples se font parfois remarquer en ce que le passage de la lumière à l’obscurité se fait par deux ou trois échelons successifs.
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- IRRADIATION.
- Une série de faits, qu on a réunis jusqu’à présent sous le nom $ irradiation, et qui présentent ceci de commun que les surfaces fortement éclairées paraissent plus grandes qu’elles ne sont en réalité, et que les surfaces obscures qui les entourent paraissent diminuées d une quantité correspondante, s’expliquent tous par cette circonstance que la sensation lumineuse n’est pas proportionnelle à l’intensité de la lumière objective.
- Ces phénomènes affectent les apparences les plus diverses, suivant la forme des figures considérées; on les voit, en général, le plus facilement et avec le plus d’intensité, lorsque l’œil n’est pas exactement accommodé pour l’objet examiné, et cela, soit que l’œil soit trop rapproché ou trop éloigné, soit qu’on 1 arme d une lentille concave ou convexe qui ne permet pas de voir nettement l’objet. L’irradiation ne fait pas complètement défaut, alors même que l’accommodation est exacte, et on le remarque nettement alors pour des objets très-lumineux, surtout quand ils sont très-petits : les petits cercles de diffusion augmentent relativement bien plus les dimensions des petits objets que celles des objets plus grands, par rapport auxquels les dimensions des cercles de diffusion très-peu considérables que fournit l’œil bien accommodé deviennent, insensibles.
- 1° Les surfaces lumineuses paraissent plus grandes. Nous ne jugeons jamais exactement les dimensions des fentes ou des trous étroits qui laissent échapper une vive lumière : ils nous paraissent toujours plus larges qu’ils ne sont réellement, et cela même avec l’accommodation la plus exacte. Pareillement, les étoiles fixes apparaissent sous forme de petites surfaces lumineuses, même quand nous mettons devant notre œil un verre qui permette l’accommodation la plus exacte. Dans un gril de barreaux fins, et dont les vides sont exactement égaux aux pleins (grils en fils métalliques tels qu’on les
- Fig. 9.
- emploie dans les expériences sur l’interférence), les vides paraissent toujours plus larges que les barreaux, si on tient le gril devant un fond éclairé. Avec une accommodation inexacte, ces phénomènes sont bien plus remarquables et se présentent aussi pour des objets plus grands. La figure 9 nous offre un carre blanc sur un fond noir et un carré noir sur
- un fond blanc. Bien que les deux carrés aient exactement les mêmes dimensions, le blanc paraît plus grand que le noir, sans un éclairage intense et avec une accommodation inexacte.
- 2° Les surfaces lumineuses très-voisines se confondent. Si l’on tient un fil métallique mince entre l’œil et le disque solaire ou la lumière d'une forte lampe, on cesse de le voir: les deux surfaces éclairées situées de part et d'autre du fil dans le champ visuel débordent l’une et l’autre et se confondent. Pour des dessins formés de carrés blancs et noirs, comme ceux d’un damier (fig. 10), les angles des carrés blancs se joignent par irradiations et séparent les carrés noirs.
- 3° Les lignes droites paraissent interrompues, Si l’on tient l’arête d’une règle entre l’œil et la lumière d’un lampe bien claire ou celle du soleil, on voit, sur le bord de cette règle, à la partie correspondante à la lumière, une échancrure très-nette et très-appréciable. Ch. Bontejips.
- — La suite prochainement. —
- ——
- LE MOUVEMENT VÉGÉTAL
- d’après I.ES recherches récentes de m. ed. heckel.
- (Suite et tin. — Voy. p. 230 et 2 11.)
- Dès 1735 Linné avait reconnu des mouvements dans le stigmate de la Gratiole, et trente ans plus tard Adanson avait constaté des phénomènes analogues dans la Gentiane jaune et dans la Martynia annua ; ensuite vinrent les observations de Conrad Spreugel, de Mcdikus sur des Bignonia, des Luvan-dules, des Justifia, et celles beaucoup plus récentes de M. Clos sur les T écorna radicans et jasminioides et sur les Catalpa bignonioides. La plupart de ces plantes ont été étudiées à nouveau par M. Heckel, qui a étendu en outre ses observations à quelques végétaux moins connus, tels que le Scaevola de la Nouvelle-Calédonie et les Brunouia australiens (fig. 1 et 2), et de l’ensemble de ses expériences l’auteur a cru pouvoir conclure qu’il y a dans les organes femelles (pistils) comme dans les organes mâles (étamines) deux catégories de mouvements bien distiuctes, les mouvements spontanés et les mouvements provoqués. Pour nous rendre compte des phases que présentent les mouvements provoqués, suivons, au mois de juillet, l’évolution des organes reproducteurs dans un bouton de Martynia lutea ou de M. proboscidea ; nous remarquons d’abord que le stigmate offre deux
- Fig. 10.
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- lamelles accolées verticalement en une lame unique, faisant suite au style ; mais, dès que la corolle s’ouvre, nous voyons ces deux lamelles s’écarter et se rabattre de manière à occuper une position qui n’est pas rigoureusement liori- j,10, |
- zontale (fig. 5, st) ; les deux lèvres dessinent deux surfaces courbes contiguës ; elles présentent alors une face interne ou supérieure qui est papil-leuse (fig. 5), surtout dans le voisinage des bords et une face externe ou inférieure qui est parfaitement lisse (fig. 4). En irritant alternativement ces deux faces nous pouvons constater que la face interne est douée d’une sensibilité bien plus exquise que la face externe, celle-ci se montrant parfois rebelle à toute espèce d’excitation.
- Quelquefois cependant, par exemple dans certains Mimulus, sans qu’aucune particularité de structure puisse expliquer cette anomalie, les deux faces sont
- également sensibles. Mais sauf dans ces cas exceptionnels voici comment les choses se passent en général: dès qu’une irritation, après avoir porté sur un point sensible a été suffisante pour exciter la motilité, on voit la lèvre sur laquelle elle a été appliquée dérouler sa courbure inférieure pour se mettre dans une position rigoureusement horizontale, puis, se mouvant tout d’une pièce, décrire un arc de cercle de 90° environ, d’abord avec une vitesse assez grande, ensuite beaucoup plus lentement. Au moment où la première lèvre du stigmate est parvenue à la moitié de sa course, la deuxième se relève à son tour, avec une vitesse double , et arrive conséquemment dans l’axe du style, précisément au môme instant que la première, contre laquelle elle vient s’accoler (fig. 6, st). A l’instant précis où l’on irrite une des lamelles, si on enlève
- Fig. 1. — Stigmate st de Brunonia, entouré de son indu-sium ou capuchon in mobile et irritable. — Fig. 2. — Ce môme capuchon recouvrant l’organe femelle, après une irritation. (Très-grossi.)
- Fig. 3-----st lamelles du stigmate de Martynia lutea, ouvertes. — Fig. 4 et 3. — Détails de Ces lamelles, très-grossies. a (fig. 4). face
- inférieure peu sensible ; a (fig. 5), face supérieure très-sensible. — Fig. 6. — st, ces mêmes lamelles refermées sous l’influence d’une irritation portée sur un point sensible de la fleur. — Fig. 7. — Étamines de chardon, attachées à la corolle avant leur irritation. — Fig. 8. — Les mêmes, présentant les filets courbés et contractés après l’irritation.
- l’autre d’un coup de ciseaux, le phénomène s’accomplit de la meme façon, seulement quand elle est arrivée à ce qui devrait être le terme de sa course, la lamelle intacte, ne rencontrant plus son
- antagoniste , dépasse le plan vertical et vient se rouler en crosse du côté opposé ; puis elle se retourne peu à peu à sa position primitive, comme si elle n’avait pas subi de mutilation. Lorsqu’elle
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- est ainsi revenue à l’état de repos, on peut déterminer la reprise du mouvement en excitant un point quelconque de la plaie formée par l’ablation de l’autre lamelle; il semble donc que l’irritation passe d’une lèvre à l’autre, toutefois ce n’est point
- par le style qn’a lieu la communication, car toute irritation exercée sur le support reste sans effet et l’on peut même trancher la colonne stylaire sans produire le redressement des lamelles étalées. Quand on excite les deux lèvres simultanément, soit en pi-
- 9-
- Fig. 9. — Coupe longitudinale de fleur de Sparrmannia dont les étamines s'abattent rapidement, quand on les a irritées par un contact.
- quant leur point de jonction, soit en irritant d’un seul coup leurs faces supérieures, on voit que celles-ci marchent l’une vers l’autre avec les mêmes vitesses relatives, et se rejoignent sur la ligne médiane comme dans l’expérience précédente. La cha-
- leur engendrée par la concentration des rayons solaires au moyen d’une loupe agit aussi énergiquement qu'une piqûre, et l’eau qui ne produit aucun effet à la température ordinaire, même lorsqu’elle est versée directement au moyen d’une pipette et
- Fim 11
- Fig. 10. — Étamines très-grossies de Sparrmannia, mises en mouvement par l'irritation. A B, étamines vraies pourvues d’anthère contenant du pollen; C, étamines fausses ou stériles, dites paraslémones. — Fig, 11. — Ces memes étamines dans leur état
- normal.
- qu’elle s’accumule dans l’angle des deux lèvres, détermine le mouvement aussitôt qu’elle est portée à la température de 35°. Le courant électrique exerce la même action que sur les Berbéridées, et les anesthésiques paralysent ce mouvement d’ascension sans modifier le mouvement de descente. Ces faits rapprochent encore, dit M. Ileckel, les végétaux des animaux, puisque chez les uns comme chez les au-
- tres les anesthésiques empêchent l’excitation d’être transmise, mais quand celle-ci est produite et qu’un mouvement en est résulté, les mêmes agents déterminent sa détente et le relâchement des tissus contractiles.
- L’étude anatomique des lamelles stigmatiques n’ayant jamais été faite au point de vue spécial de la question du mouvement, M. Heckel a cherché àcom-
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- LA NA TII P, K.
- bler cette lacune en examinant l’état des tissus avant et après l’irritation. L’épiderme identique sur les deux faces n’offre rien de bien remarquable et ne diffère guère de celui qui recouvre le style que par la présence d’appendices glanduleux ; il recouvre un parenchyme plus ou moins épais, qui constitue .la majeure partie de l’organe et qui est traversé par un ou plusieurs faisceaux de vaisseaux épais provenant du faisceau principal du style. Le plus souvent ces faisceaux se sont séparés des branches qui les ont fournis, et ressemblent à des rangées de cellules fusiformes ; ils comprennent en général chacun quatre ou cinq trachées dont les tours de spire1 sont fort rapprochés, mais pas assez toutefois pour qu’ils 11e puissent se resserrer encore lors du redressement des lamelles. M. lleckel a constaté en effet que ces parties du tissu végétal jouent dans les Martynia un rôle semblable à celui qui leur a été assigné par M. Ziegler dans les poils des Drosera, que ce sont des organes conducteurs de l’irritabilité et qu’en outre, grâce à leurs spirales, elles sont probablement l’élément contractile qui détermine le mouvement dans les lamelles irritables. Quant au but de ce mouvement spécial des lèvres du stigmate, il est assez difficile à déterminer ; peut-être les deux lamelles, lorsqu’elles viennent à être excitées parles insectes, sont elles destinées à cueillir le pollen apporté d'une fleur voisine et adhérent encore aux pattes de ces petits êtres, de manière à fournir entre deux plantes voisines une fécondation croisée; quoi qu’il en soit, il est certain, dit M. Heckel, que cette propriété dénote toujours chez les végétaux dont elle est l’apanage une véritable supériorité d’organisation.
- La question du mouvement provoqué dans les étamines des Synanthérées telles que le Chardon des prés, la Chicorée sauvage, le Bluet, la Scabieuse, n’est pas traitée par M. Heckel avec les développements qu’il a consacrés aux deux paragraphes précédents ; il se contente d’ajouter un certain nombre d’observations personnelles à celles qui ont été faites par P. Bosrel, par Cammerer, par Covolo, par Koelreuter, parGmelin, par Morren, et par une foule d’autres botanistes dont les théories ont été résumées dernièrement parM. Pfeffer. La plupart de ces auteurs, sauf Colin, qui admet la contraction simple, ont rattaché ces mouvements aux phénomènes de tension étudiés par Hoffmeister et leur opinion peut se résumer en partie par cette phrase de J. Sachs : « Les organes du mouvement dont il est question sont animés par des forces à l’état de tension qu’une légère impulsion suffit pour mettre en jeu. » Quant à M. Pfeffer il fait intervenir en outre, et comme cause prépondérante, l’action de la sortie et de la rentrée de l’eau dans les cellules. Mais ces explications ont été reconnues insuffisantes par M. Heckel, qui consi-
- 1 Les trachées sont des vaisseaux dont les parois sont renforcées par une spirale déroulalde et qui, par leur aspect extérieur, sont grossièrement comparables à la trachée artère des animaux.
- dère dans la manifestation de la motilité chez les Synanthérées deux phases principales : l’une naturelle, l’autre expérimentale. La première se produit dans les conditions ordinaires, quand l’étamine est attachée d’une part à la corolle, de l’autre au tube formé par les anthères qui dans celte famille sont soudées entre elles (fig. 7); elle consiste essentiellement dans ce fait que les étamines étant irritées par le choc, le frottement ou une chaleur de 40 à 55°, viennent frotter par leurs anthères contre la surface stigmatique et la couvrir de pollen (fig. 8). Quant à l’autre phase du phénomène, elle s’observe sur l’étamine séparée de ses deux attaches et libre de ses mouvements. En laissant le filet, après irritation, revenir à son état normal, c’esl-à-dire à une position légèrement, courbée, et en l’excitant ensuite sur un point quelconque de sa surface, on le voit en effet se contracter en 2 ' ou 5 secondes, puis s’allonger peu à peu. Comme, en s’aidant d’un grossissement convenable, on distingue à la surface de cette partie de l’étamine un certain nombre de papilles, on pouvait supposer que ces protubérances jouaient un rôle actif dans le mouvement, mais M. Heckel s’est assuré directement qu’elles n’avaient d’autre propriété que de transmettre l’irritation aux couches plus profondes. Celles-ci sont recouvertes par un épiderme fortement cuti-culé, et dépourvu de stomates, mais ne présentent point de chambres destinées à recevoir le liquide expulsé par les cellules, elles sont composées au contraire de cellules rigoureusement continues, absolument comme chez les Berbéridées. Les effets physiologiques des anesthésiques observés par M. Heckel sur les fleurs de la chicorée sauvage confirment cette analogie et l’examen microscopique montre que dans la chicorée, comme dans l’épine-vinette, après l’action du chloroforme, de l’éther, etc., le protoplasma se condense dans l’intérieur des cellules1, dont les parois se ramassent sur elles-mêmes.
- Laissant de côté la sensitive, étudiée par M. P. Bert, et plus récemment par M. Pfeffer, M. Heckel passe en revue certains végétaux appartenant aux familles des Tiliacées, des Cistées, des Cactées et des Portu-lacées, où le mouvement spontané existe très-accentué dans les enveloppes florales et se complique dans l’androcée2 du mouvement provoqué. Mais cette dernière manifestation de l'irritabilité cesse sous l’action des anesthésiques, tandis que le mouvement spontané subsiste, et c’est même là un moyen facile de distinguer l’un de l’autre les deux genres de phénomènes, qui sont confondus dans le mouvement mixte. A part la sensitive, c’est dans le Cistus He-iianthemum et le Cactus opuntia que le mouvement
- 1 Le même fait a etc constaté par Ch. Darwin dans les laci-niations contractiles de la feuille des Drosore, dont il a étudié les mouvements avec beaucoup de soin dans son récent et remarquable travail intitulé : lnseclivorous plants (Londres, ,îohn Murrey, 4875).
- 2 C’est-à-dire dans l’ensemble des organes mâles ou étamines.
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- mixte fut observé pour la première fois, en 1717 par Vaillant ; Chicovncau le fils- donna une explication ingénieuse, mais certainement erronée de ce phénomène, qui fut signalé de nouveau par Koelreuter en 1766. Plus tard Morren l’étudia chez les Cereus et chez le Sparrmannia africana, sur lequel Mirbel avait déjà fait quelques observations. Mirbel avait rapproché les mouvements de l’Epine-vinette de ceux des Sparrmannia dont les apparences sont pourtant dissemblables, puisqu’ici les étamines s’éloignent du pistil au lieu de s’en rapprocher. Dans les fleurs du Sparrmannia, voici, en effet, ce que l’on observe : après le coucher du soleil et pendant 'x)ute la nuit les trois verticilles les plus extérieurs sont rapprochés du pistil, mais le matin l’épanouissement se produit en commençant par le calice et, la corolle ; si à ce moment on vient à irriter une étamine encore appliquée entre le pistil, on la voit s’abattre et parcourir rapidement un espace qui eût été franchi lentement sous l’intluence du mouvement spontané (fig. 9). Ces étamines de Sparrmannia, au nombre de 150 environ, se divisent en étamines vraies, pourvues d’anthères renfermant du pollen (fig. 10 et 11, A, B), et en étamines fausses ou parastémones, qui ont été longtemps considérées comme des organes producteurs de nectar (fig. lOetll, C); tous ces organes mâles et leurs transformations sont groupés sur le réceptacle de la fleur et condensés en quatre faisceaux qui alternent, comme le feraient des étamines isolées, avec les pièces delà corolle, et qui sont insérés chacun sur une petite surface hexagonale. Toutes les étamines d’un même faisceau se meuvent ensemble dès que l’une d’elles est mise en braille, mais l’amplitude d’oscillation dépend pour chaque élémenLdu faisceau de la place qu’il occupe sur l’hexagone où il est attaché très-faiblement et comme articulé (fig. 10). Un simple attouchement a le plus souvent pour résultat l’incurvation de l’organe, et le souffle du vent produit le même effet sur la plante qui finit du reste par résister à ces excitations, en présentant, comme la sensitive, le phénomène curieux de l’accoutumance. En plongeant un rameau fleuri dans de l’eau portée à la température de 50 à 55°, on détermine le mouvement, mais, pour renouveler ensuite l’expérience, il faut échauffer le liquide jusque vers 50°; au-dessus de cette température maximum, la sensibilité est paralysée sans retour ; un courant induit, d’une intensité de plus de 50°, amène les mêmes résultats. Enfin l’action des anesthésiques, que M. Bâillon a expérimentée sur les Sparrmannia, est sensiblement la même que sur les Berberis; en 20 minutes environ la sensibilité est complètement suspendue par le chloroforme, mais elle peut être rappelée par un séjour de 8 à 12 minutes à l’air libre.
- L’étude anatomique des organes mobiles du Sparrmannia, qui n’avait été qu’ébauchée par Morren, a été reprise par M. Ileckel, et ce dernier observateur a reconnu qu’il n’y avait point dans les étamines proprement dites ni dans les parastémones de ca-
- naux aérifères, mais que les cellules du tissu parenchymateux sont contiguës, et revêtus par un épiderme dépourvu de stomates. C’est au plissement de cet épiderme qui recouvre les filets lisses et les torulo-sités des parastémones qu’il faut attribuer, suivant M. Heckel, le mouvement des organes mâles et de leurs dépendances. En admettant, ce qui semble d’accord avec les faits, qu’après l’irritation, le plissement s’effectue rapidement, tandis qu’il se produit lentement si le mouvement est spontané, on comprend parfaitement les différences qui existent entre les deux phénomènes. Comme les dentelures et les torulosités sont disposées le plus souvent dans un sens unique, et tournées dû côté des enveloppes florales, il en résulte que la surface externe de chaque organe est plus étendue que la surface interne, qu’elle est susceptible de se couvrir d’un plus grand nombre de plis, et que le mouvement tend à se produire de dedans en dehors. En outre un faisceau de trachées qui occupe le centre de l’organe et qui fait office de ressort contribue pour une large part à faciliter le redressement des étamines.
- Les dernières pages du Mémoire deM. Heckel sont consacrées au mouvement périodique spontané qui paraît propre à la majorité des végétaux, du moins dans les organes reproducteurs, et qui se manifeste avec une intensité remarquable dans les filets de la Rue (Ruta graveolens). Les recherches de M. Carlet ont montré que dnns cette dernière plante les étamines disposées en spirale sur le réceptacle se mettent en mouvement dans l’ordre même de leur insertion, et il semblait logique d’en conclure que l’unique cause du phénomène était l’afflux de la sève dans ces organes; mais M. Heckel s’est assuré, par d’ingénieuses expériences, que cette explication n’était pas suffisante et il a été conduit à admettre la formation dans le tissu de l’étamine, sous l’influence des rayons solaires, d’une substance endosmotique tantôt à la face inférieure, tantôt à la face supérieure et produisant alternativement le redressement et la descente du filet staminal.
- Grâce à l’esprit de méthode et à la patience admirable qu’il a apportée dans ces recherches, M. Heckel est parvenu à éclaircir une foule de points obscurs de physiologie végétale ; il a démontré que le mouvement spontané et le mouvement provoqué, quoi-qu’existant simultanément dans certains organes, étaient d’essences distinctes, et devaient être rapportés à deux modes différents d’irritabilité ; il a reconnu que le siège de la sensibilité résidait très-probablement dans le contenu des cellules, dans le protoplasma, enfin il a montré que les anésthésiques produisaient sur les animaux et sur les végétaux des effets analogues ; en présence de l’importance de ces résultats, nos lecteurs nous pardonneront sans doute les développements inusités que nous avons donnés à cet article.
- E. Oustalet.
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- LA NATURE.
- DISTILLATION DE L’EAU DE MER
- POUR EN OBTENIR DE l’eaD TOTABLE.
- Le Scienlific american a récemment décrit un appareil au moyen duquel on 'distille l’eau de mer sous l’influence de la chaleur solaire. Nous représentons en coupe (fig. d) ce système ingénieux et simple. L’eau de mer est placée dans un grand réservoir MN, fermé par une glace AB, légèrement inclinée. L’appareil est placé au soleil. L’eau de mer s’évapore, de l’eau distillée se condense à la surface intérieure de la glace AB, et ruisselle en goutelettes dans le conduit C, qui la déverse dans le vase D. Ce système a l’inconvénient de nécessiter la présence du soleil, et de ne produire que des quantités d’eau distillée peu considérables, mais cependant il est susceptible d’ètre utilisé avec efficacité dans un très-grand nombre de circonstances. M. Girar-din a donné la description de deux autres appareils qui peuvent être appliqués en grand.
- Le capitaine Freycinet, dit ce savant chimiste , dans son voyage autour du monde, à bord de Y Uranie, s’est procuré de bonne eau pour son équipage en distillant de l’eau de mer dans un appareil construit par ses ordres sous les yeux du chimiste Clément. Cet appareil (fig. 2) se compose d’une chaudière C et d’un réfrigérant B, dans lequel est logé un serpentin ss, où circule la vapeur qu’amène le tube bb. L’eau de mer avant d’arriver dans la chaudière passe dans une boîte A, formant filtre; la filtration s’opère à l’aide de toiles métalliques tt, t'i', qui arrêtent les corps étrangers en suspension ; l’eau ainsi clarifiée est dirigée par le tuyau dd, dans le tube cc qui débouche au fond du réfrigérant. Dans celui-ci, l’eau prend déjà de la chaleur, puis elle est conduite par le tuyau gg dans un réservoir » placé sous le cendrier, où sa température augmente encore. De là, elle monte dans la chaudière par le siphon aa, qui s’amorce de lui-même, parce que la courbure a est à un niveau plus bas que l’eau du réfrigérant. Le siphon descend au centre d’une cloison en spirale fixée au fond de la chaudière. On purge celle-ci de temps en temps de l’eau sursaturée de sel, au moyen du tuyau f. Quant à l’eau douce condensée dans le serpentin, elle en sort par le robinet r.
- Cet appareil, bien combiné dans son ensemble, procure par jour 1,000 litres d’eau distillée au prix de 1 centime le litre. En abandonnant cette eau pendant 15 à 20 jours au contact de l’air, elle perd peu à peu sa saveur désagréable et devient semblable à l’eau de rivière.
- Roclion en 1815, de Keraudren en 1816, le capitaine danois de Konnig en 1825, Wells et Davies en 1856, Peyre et Rocher en 1859, M. Normamby en 1851, ont perfectionné successivement les appareils distillatoires pour la marine, en sorte qu'aujour-d’hui les navigateurs sont à l’abri de tous les inconvénients qu’entraînait autrefois le manque d’eau douce à bord des bâtiments.
- L’appareil de M. Rocher, adopté par un très-grand nombre d’armateurs, n’est autre chose qu’une cuisine de navire en cuivre étamé, dans laquelle la chaleur est utilisée tout à la fois pour la cuisson des mets et l’évaporation de l’eau : la caisse principale de cette cuisine, alimentée par l’eau de mer, fait office de bain-marie pour chauffer les compartiments où la cuisson des mets a lieu, et les vapeurs qu’elle fournit à la température de -f- 108° s’élèvent dans un chapiteau dont le col est en communication avec un condensateur sous-marin, d’une disposition fort ingénieuse (fig. 5).
- C’est un serpentin ordiuaire s avec réfrigérant clos r, établi sous le pont du navire et au-dessous de la flottaison. Deux tuyaux métalliques sont placés horizontalement, l’un à la partie supérieure a, l’autre à la partie infé-érieure b du réfrigérant, et tous deux percent la coque mm du navire. Lorsque l'eau du réfrigérant s’est échauflée par la condensation de la vapeur qui circule dans le serpentin, les parties les plus élevées en température montent à la partie supérieure et sortent par le tuyau a pour s’écouler à la mer, tandis qu’une quantité proportionnelle d’eau de mer froide entre par le tuyau b; il se fait de la sorte une circulation qui entretient, pendant toute la durée de la distillation, l’eau du réfrigérant à une température suffisamment basse pour la condensation, sans qu’il y ait besoin d’aucune surveillance. L’eau distillée s’écoule dans un réservoir c placé dans les parties basses du navire.
- On a soin de mettre à part les premiers et les derniers produits de la distillation, qu’on utilise pour les savonnages et les lavages si nombreux dans un vaisseau. On réserve pour la boisson le produit intermédiaire qui est toujours plus pur.
- Une cuisine de dimension convenable pour une corvette de 52 canons, ayant 228 hommes d’équipage et consommant 684 litres d’eau douce par jour, peut donner en onze heures de chauffe 749 litres d’eau distillée en ne consommant que 72 kilogrammes de houille. C’est ce qui résulte des expériences faites à Rochefort par la commission maritime de ce port.
- L’eau douce provenant de la distillation de l’eau
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- Fig. 1. — Appareil de distillation de l’eau de mer sous l’influence de la chaleur solaire,
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- de mer ne serait ni potable ni salubre si l’on n’y introduisait pas de l’air au moyen d’un ventilateur, et si l’on n’y ajoutait pas quelque peu de carbonate de chaux et de sel marin. 11 ne sera pas sans intérêt de faire suivre la description des appareils qui précèdent d’un historique, généralement peu connu, de cet intéressant problème de la distillation de l’eau de mer.
- Déjà, à la fin du siècle dernier, les archives de la marine contenaient un gros carton de documents sur ce sujet. Le premier projet qui ait reçu une exécution pratique est de Poissonnier, médecin du roi; il date de 1763.
- Un rapport du 10 août 1763 donne la description de la cucur-bite établie sur le vaisseau les Six-Corps. M. de Chézac, qui commandait ce vaisseau, a écrit plusieurs lettres relatives à son expédition. On trouve dans ces documents les résultats des expériences exécutées; on y lit par exemple les chiffres suivants : « En rade le 22 août, l’appareil fait 261 pots d’eau douce avec 3,4 de corde de bois (corde de quatre pieds sur huit). Le 26 septembre à la mer, avec 2/3 de corde de bois, il produit 522 pintes en onze heures et demie. Une petite modification de l’alambic permet de faire 600 pintes en 12 heures en brûlant de 70 à 80 bûches. »
- Le 12 novembre 1765, un brevet du roi accorda à Poissonnier une pension de six mille livres, réversible sur son fils « pour avoir inventé le moyen de dessaler l’eau de mer1 ». Lapérouse, dans un de ses rapports, se félicita des services rendus à ses équipages par l’appareil à distiller.
- Plus tard le docteur Ivring perfectionna cet appareil et obtint du parlement d’Angleterre une récom-
- 1 Œuvres de Lavoisier. — Paris, Imprimerie impériale, 1868, t. IV, p. 766.
- Fig. 2. — Appareil de Clément pour la distillation de l’eau de mer.
- pense de 5000 livres sterling, pour une machine distillatoire qu’il présenta comme de son invention.
- Enfin, en 1775, Lavoisier écrivit un grand mémoire sur une nouvelle méthode distillatoire appliquée à la distillation z des eaux-de-vie et à
- celle de l’eau de mer : il décrivit un système ingénieux, dont les résultats étaient bien préférables à tous ceux que l’on avait obtenus jusque-là. Voici comment Lavoisier expose lui-même l’origine de cet appareil, dans un rapport présenté à Turgot.
- « Un savant étranger très-connu en France, dit l’illustre chimiste, mais qui désire de n’être pas nommé, communiqua à M. de Trudaine, dans le mois de février 1773, l’idée d’un appareil distillatoire, propre à dessaler l’eau de mer, qu’il avait vu exécuter à bord d’un vaisseau anglais ; la nouveauté des principes sur lesquels était construite cette machine et l’importance de l’objet engagèrent M. de Trudaine à en parler à M. de Boynes, alors ministre de la marine. Il fut convenu avec ce ministre qu’on essayerait d’abord d’exécuter à Paris une machine construite sur les mêmes principes ; qu’on en éprouverait l’effet, et que, si elle réussissait, il en serait construit une sur le premier vaisseau du roi qui partirait pour une expédition importante. Le sieur Lavoisier, membre de l’Académie royale des sciences, fut chargé de suivre cette opération en l’absence du savant étranger; il fit faire d’abord un petit modèle, ensuite une machine en fer-blanc dans les proportions quelle devait avoir sur un vaisseau, et il fit à cette dernière des changements et modifications, qui avaient‘pour objet de la rendre plus utile et plus parfaite. »
- D’après les expériences qui furent exécutées, l'appareil parut donner des résultats favorables, et il put fournir « avec une médiocre quantité de charbon »
- Fig. 5. — Appareil de Rocher pour la disliliation _ de l’eau de mer.
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- LA NATURE.
- 12 à 15 pintes d’eau douce par heure. Magellan se préoccupa vivement de l'apparition de la nouvelle machine distillatoire, et dans une lettre datée du 11 février 1774, il écrit à Lavoisier, en lui disant qu’il va venir à Paris et qu’il sera heureux de suivre les progrès des expériences. « Je pense aller à Paris, au bout de mars prochain, dit le savant anglais au chimiste français, et serai très-heureux de vous aider dans cette entreprise avec les pauvres talents que je possède. »
- Api’ès les travaux de Lavoisier, c’est, comme on l’a vu précédemment, au commencement de notre siècle que de nouveaux perfectionnements se signalèrent dans les méthodes de distillation de l’eau de mer.
- Jean Brunner.
- CHRONIQUE
- Œuvres complètes de Rumford.—L’Académie des arts et sciences de Boston vient de publier le quatrième et dernier volume des œuvres complètes du comte Rumford, digne monument de ce physicien pratique. L’origine de cette édition est curieuse et mérite d’être notée. En 1796, le comte Rumford donna 5,000 dollars à l’Académie sous condition que « les intérêts de cette somme formeraient un prix décerné tous les deux ans à l’auteur de la plus importante découverte ou de la plus utile application de la chaleur ou de l’électricité qui serait révélée au public en quelque lieu que ce soit du continent de l’Amérique ou des îles américaines. » L’Académie fut longtemps sans trouver quelqu’un qui fut digne de cette récompense ; aussi, en 1831, se fit-elle accorder par une loi une plus grande latitude dans l’emploi du revenu. Bien qu’il y ait eu huit médailles décernées depuis cette époque, le capital s’élève aujourd’hui à 42,000 dollars. En 1862, on proposa de publier les œuvres de Rumford, afin de lui faire honneur ; mais ce ne fut qu’à partir de 1868 qu’une partie du legs fut consacré à cet usage. (The Acailemy).
- Effets toxiques de l’écorce de MancAne. —
- M. le Dr. Prévôt a communiqué à l’Association scientifique de France de curieux renseignements sur les empoisonnements causés par les rameaux du Mancône.
- « Une année passée en Gazamance, en contact assez fréquent avec les peuplades qui se soumettent à l’épreuve de ce poison, me permet de donner quelques renseignements sur le mode d’action du Mancône, du moins dans la forme sous laquelle il est administré en Cazamance. L’écorce et les jeunes rameaux du Mancône, ou Bourdane des Feloups, sont pilés dans un mortier avec une certaine quantité d’eau. Chaque patient en absorbe environ 0 lit,25; sitôt que l’individu a absorbé laliqueur, il est pris d’une sueur abondante ; il part en courant le plus vite possible pour gagner une source voisine où il avale une grande quantité d’eau, pendant que les assistants lui inondent le corps.
- La bouche est béante, la langue tuméfiée, une anxiété très-grande s’empare de l’individu, les yeux sont démesu rément ouverts. Si, au bout de quelques instants, les vomissements se déclarent, l’individu peut être considéré comme sauvé; dans le cas contraire, au bout de quinze à vingt minutes, brusquement, sans signes précurseurs, l’individu fait un bond en arrière, se renverse et tombe mort; le cadavre offre, presque immédiatement, la roideur téta-
- nique. On évalue en général au quart des buveurs les victimes de cette sauvage coutume. Un résident français à Zichnichor, préside portugais près duquel a lieu la cérémonie, a vu succomber vingt-huit personnes sur quarante-huit. Le fruit du Mancône, qui ressemble assez, par la forme et par la couleur, à une sapotille, est lui-même excessivement vénéneux ; le danger est d’autant plus grand, qu’un fruit d’une famille voisine a le même aspect, se rencontre dans les mêmes parages et possède une saveur agréable et une innocuité complète : de là des accidents. Outre les accidents tétaniques, l’empoisonnement par le fruit se complique d’un boursouflement, d’un œdème général qui peut amener l’asphyxie du sujet. »
- Achille Gaillard. — La Société de botanique vient de perdre un de ses anciens vice-présidents, M. Achille Guillard, docteur ès-sciences, mort le 20 février dernier dans sa 77e année. Sa longue carrière avait été dignement remplie. Successivement ingénieur, statisticien et botaniste, M. Guillard s’était également distingué dans toutes ces parties de l’activité humaine. C’est après avoir construit les appareils et les usines nécessaires pour l’éclairage au gaz de la ville de Milan, que M. Guillard a publié ses principaux travaux scientifiques. Sa Statistique humaine, ou Démographie comparée, est le premier fondement d’une science féconde, que M. Guillard a créée et nommée et dont M. le docteur Bertillon, son gendre, nous a souvent fait connaître les rapides progrès. C’est en 1855 que M. Achille Guillard fit paraître ses premiers travaux sur Y inflorescence, c’est-à-dire sur l’ordre du développement des bourgeons et des fleurs. M. Guillard a découvert que cet ordre est constant pour chaque espèce, et que c’est lui qui détermine le port du végétal ; caractère d’une importance évidente, car c’est le port d’une plante qui nous la fait reconnaître au premier coup d’œil, mais qu’aucun botaniste n’avait encore pu définir. Nous avons déjà eu occasion d’indiquer l’importance de l’inflorescence. Nous reviendrons sur cette étude gracieuse et facile que M. Guillard a créée toute entière. Parmi les travaux botaniques de M. Guillard, nous citerons encore ses éludes d’anatomie végétale, et ses élégantes observations sur ce qu’on a poétiquement appelé Yhorloge de Flore, c’est-à-dire l’heure d’épanouissement des fleurs. La mort est malheureusement venue interrompre cette série d’études.
- BIBLIOGRAPHIE
- Orthoptères et Névr opter es, traité élémentaire d'entomologie, t. II, fasic. 1er, par Macrige Girard. — Paris,
- 1871, J.-B. Baillière et fils.
- Il existe, dans la classe immense des insectes, des ordres négligés par les amateurs, et dès lors peu étudiés et mal connus. L’ouvrage de notre collaborateur est destiné à mettre les lecteurs français au courant de tous les travaux récents publiés sur les Orthoptères et les Névroptères, principalement en Angleterre, en Amérique, en Allemagne et en Belgique. Depuis 1843 aucun ouvrage d’ensemble n’avait paru en France sur ce sujet ; on voit donc quelle lacune scientifique va se trouver comblée.
- Les Orthoptères et les Névroptères ne nous offrent que des espèces indifférentes ou ennemies. Nous avons à nous défendre dans les maisons et les jardins contre les Forfi-cules, les Blattes, les Courtilières. La musique monotone des Grillons, des Sauterelles et des Criquets frappe notre
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- LA NATURE.
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- oreille dans les belles soirées de l’été, les Libelluliens chassent autour de nos étangs et dans les allées de nos bois, et les Fourmis-lions établissent leurs pièges dans les sables des talus. L’auteur étudie en détail les mœurs de ces insectes si variés et indique les moyens de réprimer leurs dégâts ; il fait ressortir les désastres que les Termites, ces balayeurs de la nature des auteurs anglais, causent dans les régions chaudes du globe, et invoque l’histoire et les descriptions des voyageurs pour raconter les épouvantables ravages des Criquets en migration, qui précèdent la famine et la peste. Les populations voient arriver dans l’angoisse les épais nuages de leurs essaims, et cherchent à épouvanter, au bruit du canon, ces cohortes innombrables qui ont arrêté dans leur marche des trains de chemin de fer et des armées. Les récits authentiques du livre que nous indiquons montrent combien est juste l’expression de fléau que la Bible applique aux Criquets, lorsqu’elle désigne en eux la plus terrible des plaies d’Egypte.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 mars 1876. — Présidence de M, le vice-amiral PÂius.
- Éducation des Sourds-Muets. — Après avoir obtenu les succès les plus remarquables dans l’éducation des sourds-muets, au moyen d’une méthode d’articulation, M. Magna s’est aperçu qu’il ne faisait que reproduire l’œuvre exécutée au milieu du siècle dernier par Jacob Rodrigue Péreire. Ainsi que l’atteste un rapport présenté à l’Académie des sciences par Buffon, en date de 1749, seize mois d’étude avaient suffi pour amener un sourd-muet à comprendre tout ce qui se disait devant lui, et même à corriger les fautes faites contre l’orthographe ou la syntaxe. Malgré ce beau début, la méthode de Péreire fut complètement remplacée par celle de l’abbé de l’Epée ; mais les nombreux élèves que dirige aujourd’hui M. Magna démontrent, suivant M. Dumas, qu’il y a tout avantage à retourner à l’ancienne pratique.
- Aimantation. — Comme suite à de précédentes communications, M. Gaugain analyse en détail les phénomènes déterminés par l’application de la chaleur sur un aimant. Il résulte de ses expériences qu’un aimant que l’on chauffe augmente progressivement d’énergie magnétique; en refroidissant, sa force diminue, mais reste néanmoins supérieure à ce qu’elle était au début.
- La Bièvre et l'hygiène publique. — Au nom de M. Pog-giale, membre du Conseil d’hvgiène et de salubrité, M. Dumas présente un rapport imprimé dont la conclusion est que la Bièvre, à partir de Cachan, devrait'être considérée comme un égout, et comme tel, couverte de façon à retenir les émanations miasmatiques qu’elle entendre.
- Température souterraine. — Depuis dix ans MM. Becquerel étudient, à l’aide d’appareils thermo-électriques d’une exquise sensibilité, la distribution de la chaleur dans les diverses régions d’un puits de 30 mètres de profondeur, creusé dans le sol du Muséum d’histoire naturelle. Ce puits, qui s'arrête en pleine argile plastique, recoupe deux niveaux d’eau, situés, l’un sur une couche de marne verdâtre dépendant du calcaire grossier, l’autre sur la terre glaise. A 6 mètres, on retrouve les variations mensuelles de température qui se font sentir à la surface, mais en sens précisément inverse, et on peut observer encore ce renversement jusqu’à H mètres; mais à 16 mètres, les variations ont lieu dans le même sens que dans l’air. A
- 21 mètres, la température est à peu près constante. A 28 mètres, les variations sont très-faibles et sont influencées directement par celles de la surface ; plus bas au contraire, une constance presque absolue se fait observer. En examinant les choses de très-près, on reconnaît cependant que la température moyenne annuelle croit presque exactement de 1° par 30 mètres, et que les perturbations qui viennent d’être indiquées sont dues aux nappes d’eau qui proviennent d’infiltrations et par conséquent des conditions climatériques de la surface.
- Complexité des corps dits simples. — A plusieurs reprises, nous avons parlé des recherches entreprises par M. Lockyer pour comparer le spectre solaire aux spectres de nos différents éléments chimiques. L’auteur, en poursuivant ses études, est arrivé à constater un fait qui peut être interprété d’nne manière bien inattendue. Voici en quoi il consiste. Dans une première expérience, on développe, à température aussi peu élevée que possible le spectre du chlorure de calcium, puis on chauffe progressivement : à un certain point lhermométrique, on voit apparaître, au lieu des raies du chlorure, la bande bleue caractéristique du calcium libre. Le sel s’est donc réduit dans ses éléments.
- Gela posé, on examine dans un arc électrique faible le spectre du calcium seul, puis on répète le même examen dans l’arc le plus intense que l’on sache produire ; aussitôt à la raie bleue s’ajoutent des bandes violettes situées dans la zone occupée par les lignes de l’hydrogène. D’après la première expérience il semble bien que sous l’in-fluence de l’énorme chaleur de l’arc, le calcium malgré sa réputation de corps simple, se soit scindé en substances plus élémentaires encore. M, Lockyer discute cette conséquence dans son Mémoire, qui sera lu avec le plus vif intérêt.
- Invitation aux victimes du phylloxéra. — Voici l’époque où l'œuf d'hiver du phylloxéra va éclore. Jusqu’ici on ne sait pas ce qui doit en sortir ni quelle sera l’allure de l’animal nouveau-né : s’il ira vers les racines de la vigne ou vers les feuilles. M. Balbiani invite les intéressés à ouvrir l’œil, et le bon, et à transmettre à l’Académie le résultat de leurs observations.
- La crue. — M. Boussingault a puisé le 18 mars un litre d’eau de Seine au pont d’Austerlitz, alors qu’on était encore tout près du niveau maximum atteint, par le fleuve. Il y trouve 0mm,3 d’ammoniaque et d’acide azotique correspondant à 2 milligrammes de nitrate de potasse.
- En 1856-58, c’est-à-dire en dehors de toute crue, la même eau contenait 0mm,l d’ammoniaque et 5 à 6 milligrammes d’acide azotique; c’est-à-dire beaucoup moins d’alcali et beaucoup plus d'acide qu’aujourd’hui.
- M. Belgrand apnt calculé que le 18 mars la Seine débitait 1671 litres d’eau par seconde il en résulte que la rivière a entraîné vers la mer, en 24 heures, 47,000 kilogrammes d’ammoniaque et 182,000 kilogrammes d’acide azotique, c’est-à-dire plus qu’on ne serait porté à le supposer a priori. Stanislas Meunier.
- APPAREILS INDICATEURS DU GRISOU
- ET DES GAZ DÉLÉTÈRES.
- Nous parlerons prochainement à nos lecteurs de la catastrophe de Saint-Etienne, et de la terrible explosion de feu grisou dans le puits Jabin. Ce sinistre,
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- LA NATURE.
- qui a si vivement préoccupé le public et les ingénieurs, a remis à l’ordre du jour les systèmes propres à révéler la présence de l’hydrogène protocarboné dans les mines de houille, aussi croyons-nous qu’il y a intérêt à parler aujourd’hui d’appareils peu connus qui sont susceptibles de fournir à ce sujet des indications très-précises.
- Ces appareils, dus à M. G.-F. Ansell, sont une ingénieuse application des travaux de Graham, sur la dialyse et l’endosmose des gaz ; grâce à leur concours, il est possible de reconnaître les plus petites quantités de gaz explosif ou délétère dans une masse d’air quelconque.
- On sait, d’après les expériences de Graham, que lorsque deux gaz sont séparés par une membrane ou cloison poreuse, ils tendent à se mélanger par endosmose ; mais la vitesse avec laquelle le mouvement s’opère est inégale pour chaque gaz, et elle paraît être inversement proportionnelle aux racines carrées de leurs densités. Il résulte de cette loi que si deux gaz de différentes densités sont séparés par une cloison poreuse, ils sc mélangeront en traversant cette cloison; mais le gaz le moins dense pénétrera bien plus abondamment dans le milieu occupé par le deuxième gaz plus dense, que celui-ci ne s’en échappera. Il en résultera donc, dans ce milieu, une augmentation de pression. Tel est le principe sur lequel reposent les nouveaux ap pareils.
- Un premier indicateur se compose d’un baromètre métallique, enfermé dans une boite en cuivre, dont le fond est formé par une paioi de terre poreuse. Si le système est placé dans un air contenant de l’hydrogène protocarboné ou tout autre gaz moins dense que l’air, ce gaz filtrera à travers la cloison poreuse, pénétrera dans la boîte, et la quantité qui ÿ entrera sera plus grande que celle de l’air qui s’en échappera; il y aura donc augmentation de pression dans la boîte barométrique; le tube métallique subira l’action de cette pression et fera agir les aiguilles auxquelles il est adapté. Un cadran permet de compter les déviations qui peuvent faire approximativement connaître la proportion du gaz étranger contenu dans l’air. Ainsi :
- 1 pour 100 d’hydrogène protocarboné produit
- une déviation de...........0,nm.2154
- 3 pour 100................... 0mm.71G2
- 5.......................... ln*“.512 4
- 15............................ 5mm.5188
- 50 ......................... 20mui.3120
- 100 .......................... 42mm.6172
- Si le baromètre est placé dans un air contenant
- de l’acide carbonique ou tout autre 'gaz plus dense que l’air, la déviation des aiguilles s’effectuera en sens inverse. En effet, l’air contenu dans la boîte et l’acide carbonique se mélangeront en filtrant à travers la paroi poreuse, mais la quantité qui sortira sera plus grande que celle de l’acide carbonique qui entrera; il y aura diminution de pression et par suite déviation des aiguilles du baromètre métallique.
- On conçoit qu’un semblable système, placé dans les galeries d’une houillère, avertisse les mineurs de la présence de l’hydrogène protocarboné, du grisou ; mais ici, il est nécessaire d’observer un cadran pour être prévenu du danger ; il y a là un inconvénient auquel a paré M. Ansell, en imaginant un appareil plus curieux encore. (Voir la figure ci-jointe.)
- 11 se compose d’un petit tube en U dont l’une des branches est terminée par un entonnoir fermé par une cloison de terre poreuse. Le tube en U contient du mercure; et, dans les circonstances ordinaires, quand l’appareil plein d’air est placé dans de l’air pur, le niveau, dans les deux branches, est situé sur le même plan horizontal. Mais il n’en est plus de même quand cet air est vicié par de l’hydrogène protocarboné ; ce gaz filtrera à travers la paroi de terre, pénétrera dans l’entonnoir , augmentera la pression, et refoulera la colonne mercurielle eu la faisant remonter dans l’autre branche du tube en U. En s’élevant ainsi dans la branche libre, le mercure établit un contact entre deux fils de platine qui aboutissent aux deux pôles d’une pile électrique : le courant se trouve établi. Si on interpose une sonnerie électrique dans le circuit, ou aura un signal qui pourra se transmettre à toute distance.
- En définitive, l’appareil est placé dans la galerie d’une mine, et il est mis en communication avec une pile électrique ; aussitôt que le gaz combustible se dégage des voûtes souterraines, il fait fonctionner l’appareil, et son apparition se traduit aussitôt en actionnant une sonnerie, qui peut être placée en dehors de la mine, dans le cabinet de l’ingénieur par exemple.
- Malgré l’efficacité de ces indications, l’industrie ne semble pas jusqu’ici les avoir mises à profit d’une façon générale. Ces appareils ont cependant donné déjà d’excellents résultats, notamment dans plusieurs mines de houille, en Angleterre. Nous y appelons l’attention des hommes compétents.
- GaSTOX TlSSAiNMER.
- Le Propriclairc-Gcrant : G. Tissaxdiep.
- Appareil indicateur du grisou de M. Ansell.
- Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- N° 148. — 1" AVRIL 1870.
- LA NATURE,
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- U VISION
- ET LES ILLUSIONS D’orTIQUE. (Suite. — Voy. p. 260.)
- DURÉE DE LA SENSATION.
- Quand un point de la rétine est impressionné par une lumière qui subit des variations périodiques et
- régulières, et que la durée de la période est suffisamment courte, il en résulte une impression continue, pareille à celle qui se produirait si la lumière émise pendant chaque période était distribuée d’une manière égale dans toute la durée de la période.
- Pour vérifier l’exactitude de cette loi, on peut disposer des disques tels que celui représenté dans la ligure 1. Le cercle interne est mi-partie blanc et noir, le cercle moyen est blanc sur les deux quarts,
- Disques et toupie de M. lielmhollz, pour l’étude de l'impression de la lumière sur la rétine.
- Fig. 1. — Disque paraissant uniformément gris par sa rotation. — Fig. 2. — Toupie pour la rolation du disque. Fig. 5. — Disque
- avec une étoile peinte sur un fond d’une autre couleur.
- c’est-à-dire encore sur la moitié de sa périphérie; enfin le cercle extérieur présente quatre huitièmes blancs, le reste étant, noir. Si l’on fait tourner un
- semblable disque, il parait uniformément gris sur toute sa surface. Seulement il faut faire en sorte que le disque tourne assez vite pour produire un
- Fig. 4. — Manière de mettre en rotation la toupie portant les disques colores.
- effet complètement continu, même sur le cercle interne. On peut aussi distribuer le blanc sur d’autres arcs de longueur arbitraire ; pourvu que, sur tous les cercles du disque, la somme des angles occupés par le blanc soit la même, ils donnent toujours tous le même gris. Au lieu de noir et de blanc, on peut aussi prendre différentes couleurs et l’on obtient la même couleur résultante sur tous les cercles, quand la somme des angles occupés par chacune
- des couleurs dans les différents cercles est la même.
- Si, sur un disque, on peint une étoile colorée qui se détache sur un fond d’une autre couleur (fig. 5), pendant la rotation rapide de ce disque, le centre affecte la couleur de l’étoile, le pourtour prend celle du fond et les parties intermédiaires du disque présentent la série continue des couleurs résultantes des couleurs employées. Ces résultats sont
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- i« année. — 1er semestre.
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- d'accord avec la théorie du mélange des couleurs.
- Les disques rotatifs dont on fait un grand usage dans les expériences d’optique physiologique ont été employés la première fois par Müssehenbroeck. Le plus simple est réalisé par la toupie; M. Helm-holtz se sert ordinairement d’une toupie tournée, de laiton, dont la figure 2 représente l’élévation à 4/5 de grandeur naturelle; on la met en mouvement avec la main. On peut la faire tourner facilement et augmenter ou modérer à volonté sa vitesse, mais celle qu’il est possible de lui imprimer n’est que d’environ six tours à la seconde ; ce mouvement se ©onserve pendant trois ou quatre minutes. Aussi avec une faible vitesse de rotation, on ne peut obtenir une impression lumineuse tout à fait uniforme qu’en divisantle disque en quatre ou six secteurs, sur chacun desquels on répète la même répartition de couleurs, de lumière et d’ombre. Si le nombre de répétitions du dessin est moindre, on obtient par un fort éclairage un aspect plus ou moins chatoyant du disque. Il est facile de jeter les dessins sur le disque, même pendant qu’il est en mouvement, ou d’y faire des modifications, en superposant à un disque plein un autre disque à secteurs découpés dont on peut faire varier la position relative en l’effleurant avec les doigts ou en soufflant dessus ; on arrive ainsi à produire pendant la rotation du disque des modifications très-variées.
- Si l’on ajoute, par exemple, sur un disque couvert de secteurs bleus et rouges d’égale largeur un disque noir dont les secteurs sont alternativement pleins et vides, le disque tournant paraît entièrement bleu si les secteurs noirs du disque supérieur recouvrent exactement les secteurs du disque inférieur; il paraît rouge au contraire si les secteurs bleus sont recouverts par les noirs ; dans les positions intermédiaires on obtient différents mélanges de rouge et de blanc, et l’on peut, pendant le mouvement du disque, faire varier insensiblement la coloration en modifiant la position du disque supérieur, au moyen du frôlement du doigt ou du souffle de la bouche.* En délimitant les différents secteurs par des lignes courbes ou brisées au lieu de lignes droites, on produit facilement des systèmes d’anneaux colorés d’une grande variété et d’une grande richesse.
- Pour donner à la toupie une vitesse plus considérable, on la met en mouvement en tirant une ficelle enroulée autour de sa tige.
- La disposition la plus simple, représentée par la fig. 4, consiste dans l’emploi d’un manche analogue à celui de la toupie d’Allemagne. Uu cylindre creux de bois c, fixé à un manche d, présente en b et en e deux trous circulaires et à angles droits avec ces trous une entaille destinée au passage d’une ficelle. On engage la tige de la toupie dans les trous du cvlindre, on fixe l’extrémité de la ficelle dans un petit trou que présente cette tige, et on l’enroule en faisant tourner la toupie à la main. La partie de la tige sur laquelle le fil est enroulé devient assez
- épaisse pour que l’instrument reste suspendu au manche ; en tenant le tout un peu au-dessus d’une table et tirant fortement sur la ficelle, on imprime à la toupie un mouvement de rotation rapide, et dès que le fil est déroulé elle tombe sur la table où elle continue longtemps son mouvement. La toupie que la figure 5 représente démontée est arrangée de manière qu’on puisse serrer fortement les disques au moyen de la tige, ce qui est nécessaire dans les expériences de démonstration de la loi de Newton sur le mélange des couleurs. On se sert à cet effet d’une série de disques de papier fort, de différentes grandeurs, qui portent une ouverture au centre et une fenle suivant l’un des rayons (fig, 6) ; chacun de ces disques est recouvert uniformément d’une seule couleur ; si l’on en superpose deux ou plusieurs, en les engageant les uns dans les autres par leurs fentes, on obtient des secteurs dont on peut faire varier à volonté la largeur, ce qui permet de modifier d’une manière continue les proportions des couleurs qui entrent dans le mélange.
- La construction la plus parfaite, et qui ne doit être employée qne pour des rotations très-rapides, est celle de la toupie chromatique de Busold (fig. 7). Le disque, d’un poids de cinq livres, est formé d’un alliage de zinc et de plomb et a 1 décimètre de diamètre. L’axe de laiton se termine en bas par une pointe mousse d’acier non trempé ; la partie cylindrique de l’axe est rugueuse, pour favoriser l’adhérence du fil. Lorsqu’on veut mettre la toupie en mouvement après avoir enroulé la ficelle, on engage l’axe dans les entailles d’un étrier de fer dd, ou place une assiette au-dessous et l’on tire fortement le fil avec la main droite, tandis que la gauche s’appuie sur le levier e. Lorsque la toupie est en marche, on dégage l’assiette avec elle d’entre les bras du levier e. Ce levier, mobile autour d’un axe c, peut se soulever par ce moyen ; en tirant fortement sur la ficelle il est possible d’obtenir une vitesse de soixante tours à la seconde, et le mouvement se conserve pendant trois quarts d’heure.
- Outre les toupies, on s’est servi de différentes sortes de disques dont l’axe tourne entre deux colliers, et qui sont mus soit par un mouvement d’horlogerie, soit par une corde sans fin, soit par le déroulement d’une ficelle, comme les toupies. En général, ces appareils présentent l’inconvénient de ne pas permettre de changer les disques sans arrêter et sans démonter en partie l’instrument. En revanche, on a l’avantage de pouvoir les faire tourner dans un plan vertical, de manière à répéter commodément les expériences devant un nombreux auditoire, ce qui plus difficile à réaliser avec les toupies. Montigny a obtenu le mélange des couleurs au moyen d’un prisme tournant, dont il faisait mouvoir le spectre sur un écran blanc.
- Le thaumatrope est un petit rectangle de carton qn’on fait tourner autour d’un axe passant par les milieux des côtés les plus longs. Sur une face est peint un oiseau, sur l’autre la cage: si l’on imprime
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- un mouvement de rotation rapide, l’oiseau paraît être dans la cage. Cet instrument, de l’invention du docteur Paris, est un jouet connu.
- Sur le même principe, on a construit des appareils plus compliqués, où l’on aperçoit un disque tournant à travers des fentes qui tournent en même temps. Nous décrirons les disques straboscopiques de Strampfer, que Plateau inventa de son côté, à la même époque, sous le nom de Phénakisticope.
- Les disques straboscopiques sont des disques de carton de 6 à 10 pouces de diamètre (lig. 8) sur lesquels sont disposées un certain nombre (8 à 12) de figures eu cercles et à égale distance les uns des autres, et présentant les phases successives d’un mouvement périodique quelconque. On place le disque sur un autre cercle opaque d’un diamètre un peu plus considérable, et qui présente sur son bord autant d’ouvertures que le premier disque porte de figures. On applique les deux surfaces l’une sur l’autre, et on les fixe par leurs centres au moyeu d’un écrou à l’extrémité antérieure d’un petit axe en fer, dont l’autre extrémité est portée par un manche. Pour se servir de l’appareil, on se met en face d’une glace vers laquelle on tourne le disque avec les figures, et l’on place l’œil de manière à voir l’image des figures à travers un des trous du grand disque.
- Dès qu’on fait tourner l’appareil, les figures qu’on voit dans la glace semblent exécuter sur place les mouvements dont elles représentent les différentes positions. Désignons par les chiffres 1,2, 3.... les ouvertures à travers lesquelles l’œil regarde successivement, et indiquons par les mêmes chiffres les figures qui se trouvent sur les rayons ainsi numérotés. L’observateur, en regardant dans la glace par l’ouverture 1, voit d’abord la figure T sur le rayon qui, dans la glace, paraît passer par son œil ; aussitôt la rotation du disque déplace l’ouverture 1, et le carton ne lui laisse rien voir jusqu’au moment où l’ouverture 2 se présente devant son œil ; alors la figure 2 se trouve à la place où était la figure 1, puis tout disparaît de nouveau, jusqu’à ce que l’ouverture 3 vienne se présenter et que cette figure 3 apparaisse à l’endroit où se trouvaient précédemment les figure 1 et 2. Si ces figures étaient pareilles entre elles, l’observateur aurait une série d’impressions visuelles séparées mais pareilles qui, pour une rotation suffisamment rapide, se confondraient en une impression durable, telle que la donnerait un objet immobile. Si, au contraire, les figures diffèrent un peu entre elles, les sensations lumineuses se confondront aussi en un seul objet, mais qui paraîtra se modifier d’une manière continue conformément aux différences des images successives.
- Si le nombre des figures n’est pas égal à celui des trous, les objets paraissent avancer ou reculer. Soient n ouvertures et m figures, les nombres m et n étant peu différents ; plaçons d’abord l’une des figures sur le rayon qui dans la glace paraît se diriger vers l’œil de l’observateur. Si l’on fait tourner
- 2 7T
- le disque de l’arc —, un nouveau trou vient se pla-
- cer devant l’œil de l’observateur. Mais alors la seconde figure est éloignée du 'rayon considéré d’un
- la deuxième figure soit plus rapprochée qu’aucune des autres de la position primitive de la première figure, on est amené à identifier cette figure avec la précédente et l’objet paraît s’être déplacé de l’arc correspondant. Ordinairement on fait m égal à (n -j- 1) ou (n — 1). Dans le premier cas, les objets paraissent se mouvoir dans le même sens que le disque ; dans le second cas, ils paraissent marcher en sens inverse.
- Plus les ouvertures du grand disque sont étroites, plus les contours des images sont nets, mais aussi plus elles pâlissent.— Uchalius a construit un appareil pour projeter cet effet sur le mur. J. Müller s’eu est servi très-utilement pour représenter les particularités des mouvements ondulatoires.
- Le dedaleum de W.-G. Hôrner est un appareil du même genre, seulement les ouvertures sont pratiquées dans la surface d’un cylindre creux, et les images sont en partie sur la surface intérieure du cylindre et en partie sur la base ; le mieux est de les éclairer par transparence.
- Dans les appareils décrits jusqu’ici, les figures et les ouvertures tournent avec la même vitesse angulaire; on obtient une nouvelle série de phénomènes quand les vitesses sont différentes. Dans cet ordre d’idées, l’un des appareils les plus simples est la toupie* de J.-B. Dancer, de Manchester (fig. 9), qui rappelle celle représentée par la figure 4.
- On voit que l’axe porte un second disque percé d’ouvertures de différentes formes et au bord duquel est attaché un fil. Ce second disque est entraîné par le frottement sur l’axe, mais sa rotation est moins rapide à cause de la grande résistance qu’oppose l’air au fil qui participe au mouvement. Si le disque inférieur porte plusieurs secteurs, différemment colorés, on voit se multiplier les ouvertures du disque supérieur et il se produit, avec les différentes couleurs du disque inférieur, une figure très-bariolée qui semble se mouvoir tantôt par sauts, tantôt d’un mouvement continu.
- rHËNOMÈNES DE CONTRASTE.
- * On distingue les phénomènes du contraste successif et du contraste simultané.
- Les phénomènes de contraste successif développent ce qu’on nomme les images accidentelles.
- Si l’on fixe la vue pendant un temps un peu long sur un objet coloré, et qu’on détourne ensuite brusquement les yeux pour les diriger vers 'un fond blanc d’une teintei uniforme, on éprouve alors la sensation de l’objet avec ses formes véritables, mais il apparaît coloré d’une teinte complémentaire, c’est-à-dire que la nuance qu’il offre cette fois est toujours telle, que, superposée à la nuance véritable, on
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- Fig. 5.
- obtiendrait du blanc pur. Ainsi un objet rouge donne une image consécutive verte. L’expérience réussit avec le disque solaire quand on le regarde à son couchant , et qu’on porte ensuite la vue sur un mur blanc situé dans le voisinage du lieu d’observation.
- Les phénomènes de contraste simultané naissent de l’influence qu’exercent l’une sur l’autre des intensités et des couleurs différentes que nous voyons simultané-ment dans le champ visuel.
- Une semblable juxtaposition a le plus souvent pour résultat de faire paraître plus foncées des régions qui sont voisines de parties claires, et réciproquement ; ou bien encore de donner aux couleurs voisines d’une couleur donnée, une teinte complémentaire de cette dernière.
- Ces phénomènes ont été très-bien décrits et observés par M. Helmholtz. Nous suivrons l’étude de ce physicien.
- Pour être certain d’avoir affaire à des phénomènes de ce genre, il faut disposer les expériences de telle sorte qu’il ne puisse pas se produire d’images accidentelles, et que la partie de la rétine où doit se former la sensation de la couleur induite ne reçoive pas, même d’une manière passagère, l’image du champ inducteur. Les phénomènes du contraste simultané apparaissent avec la netteté la plus grande, pour de faibles différences de couleur entre le champ inducteur et le champ induit, à l’inverse des phénomènes du contraste successif, qui sont favorisés par de fortes oppositions de couleur et d’éclairage.
- On peut, en gé uéral, caractériser
- les phénomènes de contraste simultané comme étant régis par cette loi de toutes nos perceptions sensuelles : Les différences nettement perceptibles pa-
- raissent plus grandes que les différences égales à celles-là, mais plus difficiles à percevoir, soit quelles ne ressortent que d'une manière incertaine dans l'observation , ou qu'il faille les juger à l'aide de la mémoire. Un homme de taille moyenne paraît petit à côté d’un homme de grande taille, parce que, dans le moment, nous voyons nettement qu’il existe des hommes plus grands que lui et non point, qu’il y en a de plus petits, Le même homme de taille moyenne paraît grand à côté d’un homme de petite taille. On peutfaci-
- Toupie destinée aux expériences de démonstration de la loi de Newton sur le mélange des couleurs.
- Fig. 6.
- Disque de papier servant à l’appareil précédent.
- Fig. 7. — Toupie chromatique de Busold.
- lement répéter les expériences de contraste simultané avec un voile de papier transparent. On colle ensemble un papier vert et un papier rose, de manière à obtenir une feuille mi-partie verte et rose ; sur la ligne de séparation des deux couleurs, on fi^e une bandelette de papier gris et on recouvre le tout par une feuille de même grandeur en papier à lettre mince. La bande grise paraît rose au bord qui touche le vert, et verte au bord qui touche le rose; au milieu se présente une nuance intermédiaire.
- Le phénomène est bien plus prononcé si la bandelette grise est perpendiculaire à la ligne de séparation des couleurs : la partie du gris qui s’avance dans le vert peut alors présenter un rose aussi vif que le fond de l’autre côté. La coloration par contraste est plus faible , mais cependant encore nette, si la ligne médiane de la bande grise recouvre exactement la ligne de séparation des couleurs : les bords latéraux du gris présentent alors des lisérés complémentaires étroits qui sont estampés vers le milieu de la bande.
- Un obtient des effets analogues lorsqu’on super-
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- pose en gradins des feuilles de manière à former des bandes successives qui ^ présentent une, deux, trois... épaisseurs de papier. On éclaire le tout par derrière, l’intensité objective est évidemment constante dans l’étendue de chaque assise ; cependant chaque gradin parait, plus foncé sur le bord où il confine à un gradin plus clair, et paraît plus clair au contact du gradin plus foncé.
- Des teintes plates d’encre de Chine superposées produisent une i llusion analogue .Tous ces phénomènes se produisent au moyen des disques rotatifs avec des dégradations plus belles et plus délicates.
- Donnons aux secteurs du disque la forme représentée par la figure 10, et faisons-les blancs et noirs ; on voit alors, dans la rotation, une série d’anneaux concentriques de plus en plus foncés à mesure qu’on s’avance de < la périphérie vers le centre.
- Sur chacune de ces couronnes la surface angulaire
- Fig. 8. — Disque stralioscopique.
- des portions noires est constante ; l’intensité de chaque couronne est donc elle-même uniforme pendant la rotation rapide ; c’est seulement d’un anneau à l’autre que l’intensité varie. Cependant chaque couronne paraît plus claire h sa partie interne, où elle confine à ime couronne plus foncée, et plus foncée à sa partie externe au contact d’une couronne plus claire. Si les différences d’intensité des couronnes sont très faibles, c’est, souvent à peine si l’on juge que les couronnes intérieures sont plus foncées que les extérieures ; l’œil est frappé uniquement par les alternances périodiques de clair et d’obscur que paraissent présenter les bords des anneaux.
- Si au dieu du blanc et du noir on prend deux
- papier mince, de | couleurs différentes, chaque couronne présente deux
- colorations à ses deux bords, bien que la teinte soit uniforme sur toute l’étendue d’un anneau. Chacune des couleurs constituantes se présente avec plus d’intensité sur celui des bords de la couronne qui confine à une couronne contenant une plus faible quantité de cetje teinte. C’est ainsi que si l’on a mélangé du bleu et du jaune, et que le bleu prédomine dans les couleurs extérieures, le jaune dans les couleurs intérieures, chaqueanneau paraît jaune à son bord extérieur, bleu à son bord intérieur, et si les couleurs des anneaux présentent, en somme, des différences très-faibles, on peut tomber dans l’illusion qui fait disparaître les différences qui existent réellement entre les colorations des différents anneauv, et fait apparaître sur un fond uniformément coloré la coloration par contraste alternativement bleue et jaune du bord des couronnes. 11 est très - caractéristique que, dans ces cas, on ne voit ordinairement pas la couleur mixte, mais qu’on croit voir isolément les couleurs composantes, l’une à côté de l’autre, et comme l’une à travers l’autre.
- Toutes les expériences que nous venons de décrire offrent, comme on le voit, un intérêt réel ; 'elles seront facilement reproduites par ceux de nos lecteurs que ces questions peu connues intéressent d’une façon particulière. On peut construire sôi-même la plupart des instruments que nous avons énumérés : quelques-uns d’entre eux se trouvent d’ailleurs chez les opticiens, sous des formes dif-
- Fig 9. — Toupie de M. J.-D. Dancer.
- Fig, 10. — Disque montrant, par sa rotation une série d’anneaux concentriques.
- férentes, et il est facile de se les procurer. Les appa-
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- LA NATURE. .
- reils straboscopiques notamment se fabriquent très-abondamment, et avec un grand succès.
- Nous terminerons cette étude en parlant d’il- ' lusions peut-être plus curieuses encore : celles de l'estimation oculaire. Ch. BoNtemps.
- — La (in prochainement. —
- UNE ASCENSION DU MONT BLANC
- EN HIVER.
- Une dame anglaise, Mme Straton, a récemment publié dans le Times le récit d’une ascension qu’elle a faite au sommet du mont Blanc, en plein hiver. Cette entreprise hardie et pleine de difficultés est digne d’être mentionnée. Nous en reproduisons le récit d’après le journal anglais.
- Le vendredi 28 janvier, dit-elle, je suis partie de Cha-mounix avec deux guides et deux porteurs. Nous sommes arrivés sans accident aux Grands-Mulets. Le 29, favorisés par un beau temps, il semblait que nous pouvions faire l’ascension avec succès ; mais nous partîmes tard des Grands-Mulets, et un accident arriva à un des porteurs au moment même où nous atteignîmes le grand plateau. Cet accident et l’heure avancée, deux heures, quand nous atteignîmes la Grande Bosse, me décidèrent à rétrograder. Le porteur qui s’était blessé retourna à Chamounix le dimanche. Je restai aux Grands-Mulets jusqu’au lundi 31 janvier. Je repartis à trois heures quarante minutes du matin, accompagnée de Jean Charlet, Sylvain Couttet, guides, et Michel Balmat, porteur. Nous arrivâmes au grand plateau à sept heures trente minutes. Le temps était magnifique, clair et calme. Le thermomètre (Fahrenheit) marquait 5 degrés au-dessous de zéro (—19°,4 centigrades). L’aiguille du midi était dorée par le soleil levant, le plateau de neige qui est auprès, coloré de rose, et les pics de Chamounix éclairés par la lumière formaient un magnifique contraste avec l’aspect froid et sévère, mais solitaire et solennel du grand plateau. Au-dessus de nous le vent soulevait des Bosses-du-Dromadaire des nuages de neige, mais cela n’était pas assez menaçant pour nous faire renoncer à prendre cette roule de préférence à celle du Corridor. En arrivant aux Rochers-Foudroyés, nous trouvâmes le vent du nord qui soufflait violemment et qui redoubla encore à la première Bosse. Quand nous arrivâmes sur ce sommet, deux de mes doigts étaient gelés ; il fallut les frotter avec de la neige et de l’eau-de-vie pendant trois quarts d’heure, avant qu’il fût jugé prudent de continuer notre marche.
- Quand nous repartîmes, le vent semblait défier tous nos efforts; il nous envoya des tourbillons de neige tout le long de Y Arrête. A force de persévérance, nous atteignîmes enfin le sommet du mont Blanc à trois heures de l’après-midi. Le thermomètre marquait 10 degrés (Farenheit) au-dessous de zéro (— 24° cent.). La vue était belle au delà de toute expression. J’avais fait l’ascension trois fois pendant l’été, mais jusqu’ici je n’avais jamais contemplé un si beau spectacle. L’immense quantité de neige Accumulée sur le versant italien ajoutait beaucoup à la grandeur de la scène. Quand nous eûmes donné à Chamounix, par des signaux, le moyen de constater que nous avions atteint le sommet, nous descendîmes un peu sur le versant italien et restâmes pendant une demi-heure dans un état de repos et de confort relatif, abrités contre le vent.
- Nous redescendîmes aux Grands-Mulets à sept heures trente minutes du soir, par la même route que nous avions prise pour l’ascension, et le lendemain nous arrivâmes à Chamounix, où nous fûmes reçus avec le plus grand enthousiasme.
- DES MARIAGES CONSANGUINS
- A PriOPOS d’un récent travail de m. g. darwin.
- Peu de questions ont été aussi longuement et aussi vivement discutées que celle des mariages entre proches parents. Tandis que les uns n’attribuent à ces sortes de mariages aucun effet fâcheux, d’autres, au contraire, affirment et soutiennent avec acharnement qu’ils sont dangereux pour les enfants qui en résultent et qu’ils les disposent fortement à être lymphatiques, bossus, épileptiques, bègues, sourds-muets, idiots, et à être soumis à quantité d’autres maladies du système nerveux.
- Les discussions ont été sur ce point très-nombreuses et très-vives. Et pourtant elles n’ont abouti à aucun résultat. Les ennemis de la consanguinité citaient-ils un fait à l’appui de leur thèse (et ils en ont l'apporté d’effrayants), aussitôt leurs adversaires en produisaient vingt autres contraires.
- Sans vouloir retracer ici les diverses phases de cette longue discussion, qui d’ailleurs est encore ouverte aujourd’hui, nous voulons rapporter quelques-uns des arguments apportés de part et d’autre, afin de montrer les différentes méthodes suivies pour éclaircir ce problème.
- L’une des plus élémentaires consiste à citer des familles où les deux parents, bien constitués d’ailleurs, sont cousins germains et dont les enfants sont plus ou moins infirmes. On a recueilli un grand nombre de cas de ce genre, et quelques-uns sont véritablement terribles. Telle est par exemple la lamentable histoire d’une famille protestante de l’île de Ré, où les trois frères ont épousé trois sœurs, leurs cousines germaines. Sur les dix-huit enfants issus de ces trois mariages, un seul fut à peu près exempt d’infirmités ; les dix-sept autres moururent en bas âge ou furent atteints de quelque grave difformité (surdi-mutité, bégaiement, lymphatisme, idiotie, épilepsie, etc. ; on voit que le système nerveux est surtout atteint).
- A cette observation effrayante et à beaucoup d’autres du même ordre les partisans de la consanguinité en opposent un grand nombre de plus rassurantes. Par exemple, M. le docteur Bourgeois, dans une thèse restée célèbre, donne la généalogie de sa propre famille: famille « surchargée de consanguinité », comme dit l’auteur, car on y compte jusqu’à soixante-quatre unions consanguines, qui toutes ont donné d’excellents produits.
- Qu’importe, répondra-t-on, que, dans telle ou telle famille, les mariages consanguins n’aient amené aucun résultats fâcheux. La question n’est pas de savoir s’ils sont toujours funestes (car personne ne
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- soutient une thèse aussi manifestement fausse), mais s’ils le sont plus souvent que les mariages ordinaires.
- Telle est en effet la question, et on voit d’abord qu’elle ne peut se résoudre que par l’étude des collectivités. Or, on a cité mainte localité dont les habitants isolés du reste des hommes soit par la topographie, soit par la religion, ne se marient guère qu’entre cousins. Et, malgré la fréquence de ces sortes de mariages, la population y parait très-prospère et vigoureuse.
- Mais ces faits, quoique assez probants en apparence, ne prouvent pas que la consanguinité soit le plus souvent sans danger. Il semble en effet résulter de l’ensemble des faits examinés jusqu’à ce jour que les mariages consanguins engendrent tantôt des produits excellents, tantôt des enfants trop faibles ou trop infirmes pour leur permettre de faire souche ; en un mot, il y aurait des familles bien douées, et d'autres mal douées sous le rapport de la consanguinité. Dans une population où les mariages entre cousins sont fréquents, les familles mal douées s’éteignent rapidement ; les autres survivent seules et la population considérée s'habitue, pour ainsi dire, à la consanguinité.
- Remarquons en outre que la consanguinité des populations observées d’une part, et d’autre part leur validité et leur beauté, n’ont jamais été mesurées; c’est en passant qu’un touriste plus ou moins observateur les a remarquées. Ce ne sont pas là des données suffisamment solides.
- La seule méthode qui puisse donner une solution positive du problème est donc la méthode numérique. Entre les mains de M. Boudin, elle a paru incriminer gravement la consanguinité. Mais cet auteur passionné attribuait trop d’importance à ses travaux. L’enquête qu’il avait faite à l’Institut des sourds-muets de Paris était tout à fait insuffisante. De ce qu’il y avait trouvé une douzaine de sourds-muets issus de consanguins, il se croyait en droit d’affirmer que la consanguinité multipliait par dix-huit le danger d’être sourd-muet. C’était assurément conclure sur un nombre d’observations beaucoup trop restreint.
- Et pourtant c’était jusqu’à présent la seule enquête numérique sérieuse qui eût été tentée; quelques relevés avaient été faits en Amérique, mais sans présenter de garantie suffisante d’authenticité.
- C’est cette regrettable lacune que M. George Darwin, fils du célèbre naturaliste, s’est efforcé de combler dans un mémoire lu à la Société anglaise de statitisque K
- Les procédés employés par l’auteur sont très-nouveaux, très-originaux et très-hardis. Nous allons essayer de les présenter à nos lecteurs.
- 11 est clair que, pour résoudre le problème, deux questions préalables doivent être posées :
- 1° Quel est, dans la population anglaise en gé-
- i Journal of the statistical Society. Jane, 1875,
- néral, le rapport des mariages consanguins aux mariages en général ?
- 2° Quelle est, dans les asiles d’aliénés, de sourds-muets et d’aveugles, la proportion des pensionnaires issus de consanguins à la population totale des asiles ?
- Si le second rapport est supérieur au premier, on conclura à la nocuité des mariages consanguins. Si, au contraire, les deux rapports sont égaux, on absoudra ces sortes de mariages des méfaits qu’on leur reproche.
- Pour résoudre la première question, M. George Darwin a suivi plusieurs méthodes fort ingénieuses et fort originales. On pourra les trouver un peu hardies, mais on leur accordera sans doute quelque valeur quand on saura qu’elles se sont contrôlées l’une l’autre, et que quatre investigations, fondées sur des principes différents, ont donné quatre résultats identiques.
- Dans un premier essai, M, George Darwin a fait compter par un aide les mariages annoncés par un journal de Londres, le Pall Mail Gazette, et il a fait noter à part les mariages contractés entre personnes de mêmes noms, regardant ces mariages comme contractés entre cousins germains, et destinant leur nombre à servir de base à ses calculs.
- Une objection se présente aussitôt à l’esprit : c’est que beaucoup de personnes portent le même nom sans être parents en aucune manière.
- Cette objection si simple a été prévue : M. George Darwin a consulté le recensement anglais de 1855, qui fournit la fréquence des différents noms de famille en Angleterre ; il y a trouvé que, sur soixante-douze personnes, il y a un Smith; sur soixante-seize, un Jones, etc. Donc, a-t-il dit, la probabilité qu’un mariage aura lieu entre deux Smith non parents1,
- 1
- sera ^ ou
- 1
- 5529
- , probabilité extrêmement faible,
- comme on voit. La probabilité d’un mariage entre deux Jones portant par hasard le même nom sera
- de même " , etc. L’auteur a calculé cette même 7tr
- probabilité pour tous les noms dont la fréquence a été notée, et il a conjecturé, — par une méthode aussi sûre qu’ingénieuse, — ce qu’elle doit être pour les noms moins répandus; puis, faisant la somme de ces probabilités, il a trouvé que la chance pour que deux personnes de mêmes noms, mais de familles différentes, contractent mariage, est d’environ un millième, probabilité extrêmement faible qu’il a jugé, en raison, convenable de négliger.
- — La suite prochainement. —
- J. Bertillon.
- 1 Le calcul des probabilités nous enseigne, en effet, qu’un événement composé a pour probabilité le produit des probabilités des événements dont il se compose. La probabilité qu’un î
- Smith se marie étant la probabilité qu’il épousera un autre
- 1 . i
- Smith, sera ou pT'
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- LA NATURE
- Fig. i.
- LES FORMULES ÉNIGMATIQUES
- DES ANCIENS ALCHIMISTES.
- Ou peut affirmer que parmi les sciences expérimentales modernes il n’en est aucune qui sache mieux que la chimie, représenter par des symboles et des formules les phénomènes qu’elle étudie. Le chimiste peut en effet rendre compte des réactions que les corps exercent les uns sur les autres, au moyen d’équations qui empruntent leurs procédés à l’algèbre, et qui expliquent d’une façon complète la manière, dont les substances mises en présence échangent leurs éléments, pour donner naissance à des combinaisons nouvelles. Si la chimie moderne se distingue autant par la sûx’eté de ses méthodes que par la précision de ses formules, la science naissante des anciens alchimistes se fait remarquer au contraire par l’incohérence et par la représentation énigmatique, pleine d’une étrange singularité, des phénomènes qui en font l’objet.
- Les vieux livres des alchimistes sont remplis de dessins bizarres , de formules obscures, qui semblent avoir pour but de déguiser les réactions qu’elles représentent et de cacher la vérité sous un voile impénétrable. Quelques chimistes bibliophiles ont étudié ces curieux documents, généralement fort peu connus ; ils les ont fait revivre, comme pour montrer, par les hésitations d’une science à ses débuts, la grandeur des résultats obtenus par la chimie moderne. Un savant anglais, M. G.-F. Rodwell, notamment, a réuni sous
- Fig. 2. — Alchimiste scellant à la lampe une fiole contenant une solution d’or. (D’après Arnoldus de Villa Nova).
- ce titre : La naissance de la chimie, un grand nombre des documents les plus intéressants empruntés aux plus anciens ouvrages alchimiques ; en nous guidant sur les traces de cet auteur, il nous sera permis de faire avec lui un curieux retour sur le passé1. 11 n’est pas possible de retrouver dans l’antiquité la date de la naissance de la chimie; cette science est une des plus anciennes, puisqu’on en rencontre des traces nombreuses dans la Bible. Moïse (1,500 ans avant J.-C.) connaissait déjà l’emploi du levain dans la panification ; les Grecs et les Romains fabriquaient la céruse, la litharge, etc.; mais il faut arriver au huitième siècle, pour voir chez les Arabes les fruits de résultats d’une haute importance, obtenus par une remarquable culture de la pratique expérimentale. Djafar, plus connu sous le nom de Geber, imprima aux progrès de la chimie un vigoureux élan, en alliant l’observation au raisonnement, et son œuvre se distingue par l’emploi d’une saine méthode, dont on ne retrouve plus la marque chez les alchimistes du moyen âge. Peut-on donner aux chimistes de plus sages préceptes que ceux-ci : « Une patience et une sagacité extrêmes, dit Geber, sont nécessaires. Quand nous avons commencé une expérience difficile el dont le résultat ne répond pas d’abord à notre attente, il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout, et ne jamais s’arrêter à demi-chemin, car une œuvre tronquée, loin d’être utile, nuit plutôt au progrès de la science2. »
- 1 The Birst of chemistry, G. F. Rodweu. — Publié dans Nature.
- 2 Ecrits de Geber, publiés à Leyde eu 16G8. — Qebri Ara-
- Appareil distillatoire de Geber. (D’après les premières traductions de ses œuvres.)
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- Comme philosophe, Geher peut être considéré comme uu précurseur des Descartes et des Bacon ; il a véritablement proclamé la méthode expérimentale, en écrivant qu’il ne faut rien avancer que ce qui est expérimentalement démontré.
- Comme chimiste on lui doit la préparation de Veau régale, celle de la pierre infernale * ( nitrate d’agent), du sublimé cor-rasn/(bichlorure de mercure) et de remarquables travaux sur la distillation.
- J.-B. Porta, dans son traité De Distillationibus, publié en 1609, emprunta à Ge-ber la plupart des appareils
- qu’il avait imaginés. Notre figure 1, qui représente un appareil distillatoire complet, chaudière, cucur-bite, réfrigérant, est décrite par Porta, et se retrouve dans la première traduction en latin des œuvres de Geber.
- Geber et ses contemporains croyaient à la nature composée des métaux et à leur transmutation ; cette doctrine allait prendre un développement inouï à l’époque du moyen âge, et donner naissance aux rêves les plus extravagants de l’alchimie. Mais les chimistes arabes du huitième siècle, les contemporains du grand Geher, n’ont jamais abandonné le solide terrain de l’expérience, et si leurs successeurs avaient fidèlement suivi leurs
- traces, les progrès de la science n’auraient pas été si longtemps interrompus.
- Le treizième, le quatorzième et le quinzième
- bis chimia sive Traditio summœ pcrfectionis et investigatio magisterii, etc., in-12. — Voy. aussi Histoire de la physique et de la chimie, par Hœfer. — Paris, Hachette et G'.
- Fig. 5. — Fac-similé d’une figure énigmatique de Basile Valentin.
- siècle peuvent être considérés comme la véritable époque de l'alchimie ; pendant trois cents ans, on va voir se dérouler les vaines spéculations de l’Art hermétique, renouvelées de l’ancien Art
- sacré. Il faudrait se garder de croire cependant que pendant cette longue période il n’y a pas eu des esprits éminents pour réagir contre des égarements funestes au progrès de la science, et pour apporter à la chimie le fruit de découvertes utiles; les Albert le Grand, les Roger Bacon, les Raymond bulle et les Basile Valentin se sont
- souvent signalés par un grand nombre de travaux remarquables qui apparaissent comme des rayons laissant une trace de lumière dans un milieu ténébreux. Mais ces travaux nets et précis sont malheureusement exceptionnels.
- Pour donner au lecteur une juste idée de la manière dont les alchimistes envisageaient la science, il nous suffira de leur signaler, avec M. Rod-well, quelques passages des ouvrages qui leur sont dus.
- Arnoldus de Villa Nova (Arnauld de Villeneuve) était un grand alchimiste et physicien qui vivait à la lin du treizième siècle; il écrivit un grand nombre de livres divers.
- Dans son Rosarius philosophorum il prétendait avoir la clef de toutes les opérations de l’alchimie. Arnoldus suivait Geber de très-près. Il considérait la solution d’or comme le plus précieux de tous les médicaments ; cette solution était du reste souvent indiquée par les alchimistes comme un des éléments constitutifs de l’élixir de longue vie. Notre
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- figure 2 représente, d’après cet alchimiste, un opérateur scellant à la lampe une fiole contenant la dissolution d’or. Le disque solaire qu’on aperçoit sur la bouteille est en effet le symbole de l’or nu du roi des métaux.
- Un des alchimistes les plus féconds est le moine Basile Yalentin, qui vivait au quinzième siècle. Dans son Char triomphal de l'Antimoine1, il montre qu’il connaissait les oyxdes d’antimoine, l’émétique, l’esprit de sel (acide chlorhydrique), l’extraction du cuivre des pyrites par voie humide; dans son Halo-graphia, il décrit l’or fulminant, et pour la première fois emploie le mot prœcipitatum ; dans son Macrocosme ou traité des minérauxil parle de la production de l’huile de vitriol (acide sulfurique), au moyen du soufre et de l’eau forte (acide nitrique). Il signale l'esprit de nitre, qui peut être considéré comme l’oxygène; mais de quelle singulière façon le fait-il ! « Quand la fin de ma vie arrive, dit le nitre que fait parler Basile Yalentin, je ne puis subsister seul; mes embrasements sont accompagnés d’une flamme gaillarde; quand nous sommes joints par amitié, et après que nous avons sué tous les deux ensemble dans l’enfer, le subtil se sépare du grossier, et ainsi nous avons des enfants riches.3 » On doit encore à Basile Yalentin un autre ouvrage intitulé Révélation des artifices secrets’*, l’Apocalypse chimique, etc., et dans ces écrits, comme dans ceux que nous venons de citer, on rencontre abondamment des documents absolument obscurs. On en jugera par les gravures ci-jointes.
- Dans notre gravure 5, empruntée à un livre de Basile Yalentin, on voit sur le premier plan un lion qui représente peut-être une solution métallique, il avale un serpent, qui en figurerait une autre. On peut encorè supposer que le serpent est un métal que le lion dévorerait en le dissolvant. Le soleil (l’or) et la lune (argent), dessinés dans le fond, président à cette opération, et le symbole du mercure est, en outre, dessiné entre deux roses. Les commentateurs les plus habiles ne sauraient pénétrer la véritable réaction que cache l’énigme de cette singulière figure.
- La figure 4 n’est pas moins curieuse. Elle est accompagnée, par Basile Yalentin, de quelques lignes de texte dont voici la traduction : « Je suis un homme vieux, infirme, débile, mon esprit et mon àme (représentés au-dessus des personnages par les deux oiseaux à tête d’enfants), m’abandonnent; je m’assimile le noir corbeau. On trouve dans mon corps du sel, du soufre et du mercure. » U est possible, comme l’indique M. Rodwell, qu’il soit fait ici allusion à la solution de l’or dans l’eau régale. Le métal, en effet, perd sa nature métallique, sa solidité, son éclat, et il se combine avec un acide.
- Si des hommes d’une haute valeur intellectuelle,
- 1 Édition originale à )a bibliothèque de Leipzig, 1604, in-8“.
- 2 Bibliothèque de l’arsenal, n° 163 (Ms. français).
- 5 Voy. Hoefer, précédemment cité, p. 374.
- 4 Traifé en allemand à Erfurth, 1024» in-12,
- comme Albert le Grand, Basile Valentin, etc., croyaient devoir employer de telles formules pour déguiser leurs opérations, on concevra de quels termes extravagants devaient se servir la foule des imitateurs obscurs. Des alchimistes qui s’appelaient Rupescissa, du Soucy, Philalète, Ripley, etc., écrivaient des livres intitulés : Le livre de la lumière, le Vrai Trésor de la vie humaine, la Lumière sortant des ténèbres, les douze Portes, etc., etc., oîi se trouve décrite de la façon la plus extravagante la manière de préparer Vélixir de longue vie, la quintessence ou la pierre philosophale. Qu’on en juge par la citation suivante, empruntée aux Douze Portes :
- « Il faut commencer au soleil couchant, lorsque le mari Rouge et la femme Blanche s’unissent dans l’esprit de vie pour vivre dans l’amour, dans la proportion exacte d’eau et de terre. De l’Occident avance-toi à travers les ténèbres vers le septentrion, altère et dissous le mari et la femme entre l’hiver et le printemps, etc., etc. »
- C’est au seizième siècle que le langage alchimique commence à se dépouiller de ces formules obscures. Paracelse, Agricola, Bernard Palissy, Porta, Van Ilelmont, Bojle, Kunckel, Lefèvre, Lemery, Homberg, Jean Mayow, Bernouilli, Black, Stahl, Macquer, Mar-graf', Brandt, etc., etc., ouvrent successivement la voie aux Lavoisier, aux Priestley et aux Scheele. Cependant la pratique du langage énigmatique se continue pendant longtemps encore, non-seulement, dans la chimie, mais dans la science toute entière. On est frappé d’étonnement, quand on voit, en 1665, au milieu du dix-septième siècle, un contemporain de Descartes, de Newton et de Leibnitz, le grand Iluygens, annoncer par un anagramme la découverte de l’anneau de Saturne1.
- Nous ne croyons pas devoir insister longuement sur ces exemples de singuliers égarements de l’intelligence ; mais il n’est pas cependant sans profit de s’y être arrêté quelques moments, pour bien voir par quels sentiers détournés l’esprit, humain s’engage parfois, avant de s’élancer dans le droit chemin de la vérité. . Gaston Tissandier.
- LES PISTES FOSSILES
- On peut sans doute compter parmi les plus grandes merveilles de la science la restauration des animaux éteints d’après l’étude de leurs ossements fossiles, et tout le monde sait l’immense sensation produite par les découvertes de Cuvier à cet égard. Combien cependant est plus étonnante encore la dé-
- 1 Voici l’anagramme que Huygens publia au sujet de sa découverte : a a a a a a a, c c c c, d, e e eee, g, h, iiiiiii, l l II, m m, nnnn n nnnn, ooo o, pp, q, rr, s, tttt t, uuuu. Trois ans après seulement Huygens déclara que cet anagramme?voulait dire : Annulo cingitur, tenui mtsquarn çohœrente ad çclipticam inclinato.
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- termination de certains êtres d’après les traces qu’ils ont laissées sur le sol plastique foulé sous leurs pas ! Or, on connaît un nombre immense de pistes fossiles dont beaucoup peuvent être rapportées à des animaux connus par d’autres vestiges et dont plusieurs aussi sont tout ce qui nous reste des promeneurs qui les ont produites. C'est ainsi qu’on admet l’existence des oiseaux à l’époque où se consolidait le gi’ès rouge du Massachussets, c’est-à-dire bien avant le moment où se sont trouvés ensevelis les débris d’oiseaux venus jusqu’à nous.
- Le mécanisme de production des pistes fossiles est rendu très-évident par l’observation de ce qui se passe de nos jours sur le bord de la mer ou d’une pièce d’eau. On peut voir, par exemple, dans la collection de géologie du Muséum d’histoire naturelle des échantillons rapportés de la baie de Fundy (Nouvelle-Écosse) par M. Marcou, et qui sont très-instructifs. Ce sont des plaques d’argile sur lesquelles sont imprimés des pas d’oiseaux et des gouttes de pluie. Nous signalerons aussi dans le même Musée une brique romaine dont la surface montre des traces de pas de mouton. L’identité de ces spécimens avec ceux qu’on extrait des assises géologiques ne laisse aucun doute sur l’unité de la cause à laquelle sont dus les uns et les autres.
- Les plus anciennes pistes fossiles qui soient connues appartiennent au terrain laurentien et sont attribuées à des crustacés. Le Climatic fini tes Wilsoni de M. Logan, recueilli au Canada, et dont un moulage en plâtre se voit au Muséum, peut être cité comme exemple.
- Le terrain dévonien d’Angleterre, principalement à Cummington, près Elgin, dans le Morayshire, a fourni des traces décrites par le capitaine Lambart-Brickenden, étudiées plus tard par M. Mantell, et qu’on a rapportées à des tortues terrestres. Ce qui est certain c’est qu’elles sont dues à un animal à quatre pieds et leur forme arrondie, sans doigts bien marqués, ainsi que l’absence même de caractères précis, sont autant de raisons pour les attribuer à des Chéloniens.
- En Amérique, des couches du même âge ont fourni à M. Lea des traces ayant les caractères de celles des sauriens et ressemblant en particulier aux impressions laissées par le passage d’un caïman. L’auteur y signale cependant divers caractères spéciaux qui lui paraissent justifier l’établissement, sous le nom de Sauropus, d’un nouveau genre dont jusqu’ici on n’a recueilli aucun vestige.
- Un animal quadrupède a laissé des pistes sur certaines couches d’âge carbonifère de la Pensylvauie. D’après M. Lyell, cet animal, qui se rapprochait sans doute du cheirotherium dont nous allons parler, posait néanmoins ses pieds en marchant à une plus grande distance transversale que lui, et, chose tout à fait étrange, dont il faut désirer la vérification, il paraîtrait avoir eu les pouces placés sur le côté externe des mains. Aucun être connu ne présente une pareille disposition,
- Mais c’est dans le trias, et spécialement dans les couches du grès bigarré qu’on recueille les empreintes de pistes le plus nettes, le plus nombreuses et le mieux étudiées. Les figures 1 et 2 ci-jointes reproduisent celles du cheiroterium, c’est-à-dire en français de l’animal à mains, et l’on peut voir combien ce nom est justifié. Un grand nombre de localités, comme Hessen, près de llildburghausen, divers points de l’Alsace et de l’Angleterre, les environs de Lodève, dans le département de l’Hérault, etc., fournissent des échantillons de ce genre.
- Ces empreintes sont admirables de netteté : on y voit cinq doigts disposés presque comme dans une une main; le pouce est écarté des autres doigts et l’on reconnaît distinctement l’impression des phalanges des ongles et même souvent des rugosités de la peau ; on constate que les membres antérieurs étaient beaucoup plus, petits que les postérieurs, et c’est ce que montre nettement la figure 1.
- Pendant bien longtemps on a hésité sur les affinités zoologiques du cheiroterium. MM. Duncan, Bronn, Wiegmann, de Humboldt, Font classé parmi les mammifères et même y ont cru voir un di-delphe. D’autres naturalistes, comme MM. Linck, de Munster, Kaup, Owen, eu ont fait un batracien. Le dernier a même remarqué que, pour les dimensions et divers détails d’organisation, le cheirotherium se rapproche tellement du labyrinthodon, qu’on peut les identifier ensemble. On sait que ce dernier, désigné par Owen sous le nom de L. Jaegeri, et par Jaeger sous celui de Salamandroïdes giganleus est connu par plusieurs exemplaires bien conservés de la tête entière, des dents, plusieurs os, etc., qui ont été fournis par les couches triasiques du Wurtemberg. Tous les caractères de cet étrange animal tendent à le rapprocher des batraciens autant que des reptiles proprement dits.
- Les plaques de grès portant des empreintes de cheiroterium offrent deux caractères remarquables. G’est d’abord d’avOir les,empreintes, non en creux, mais en relief ; c’est ensuite d’offrir eu même temps que ces empreintes et comme le montre la figure 1 ci-contre, des séries de crêtes saillantes dessinant un réseau polygonal. Ces deux particularités tiennent à la manière même dont se sont déposées les couches qui les présentent. Il faut bien remarque]’, en effet, que ce n’est pas sur le grès lui-même que se déplaçait le cheirotherium. Il foulait une vase argileuse humide où ses pas s’imprimaient en creux Après son passage, du sable fin, poussé peut être par le vent, est venu remplir toutes les coiuavités de l’argile avant que l’infiltration d’un ciment minéral ne l’ait converti en grès propre à conserve] indéfiniment la forme qu’il avait ainsi moulée. Dans les carrières à empreintes, on constate que celles-ci sont toujours à la face inférieure des assises gréseuses.
- Les crêtes saillantes ont une origine analogue et peuvent être considérées comme représentant le soleil fossile de l’époque triasique, La couche argi-
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- leuse foulée par le repli le est, vraisemblablement restée quelque temps exposée à l’ardeur du soleil. Elle s’est desséchée et crevassée, el le sable qui, avant de passer à l’état de grès, a moulé les empreintes de pas, a rempli en même temps les fissures : c’est la contre-empreinte de celles-ci qui constitue les crêtes saillantes.
- La figure 5 repré-sente, d’après M. Duncan, des traces laissées sur le grès rouge triasique des carrières de Corn - Cockle - Muir, dans le comté de Dumfries , eu Écosse. Elles sont dues à un animal à quatre pieds. Leur forme indique par sa brièveté qu’elles n’ont point été faites par des crocodiles ou par d’autres sauriens, et ce même caractère empêche de les attribuer «à des Emydes. Leur
- comparaison avec des impressions que des reptiles du 'monde actuel formeraient sur le sable montre que c’est avec celles des tortues de terre qu’elles ont le plus de rapports.
- Enfin, c’est encore au trias qu’appartiennent les couches où gisent, aux États-Unis, les pistes d’oiseaux citées en commençant. C’est M. E.
- Hitchcock qui les a décrites le premier, et la figure 4 reproduit l’aspect d’un des innombrables échantillons dessinés par ce géologue dans un magnifique atlas. Cinq points différents de la vallée de Connecticut ont donné lieu aux découvertes qui nous occupent. Les empreintes se montrent sur des couches de grès rouge inclinées à l’est d’environ 5 degrés et élevées d’à peu près 100 mètres au-dessus des eaux actuelles. On les trouve lorsque les couches supérieures ont été enlevées par le travail de l’homme ou par l’action des eaux. Ce qui les a surtout fait attribuer à des oiseaux, c’est, qu’elles sont en majorité composées de trois impressions, comme feraient les trois doigts d’un oiseau, la médiane étant la plus longue. Quelquefois, on voit un pouce en arrière, plus rarement un dirigé
- Fig. 1. — Flaque de grès triasique portant la contre-empreinte des pistes du Chéirothérium. 1/10 grand, natur.
- en avant ; une partie d’entr’elles n’en ont poiut. Le géologue américain fait observer, en outre, que ces empreintes sont évidemment les traces d’un animal à deux pieds ; car dans les cas où l’on voit clairement que l’animal a marché, on ne trouve jamais qu’il y en ait plus d’une rangée à la suite les unes des autres. La longueur des enjambées comparées à la longueur du pied doit (aire présumer que la plupart de ces oiseaux triasiques avaient tles jambes longues et étaient, par cou séquent, des échassiers, ce que rend d’ailleurs probable leur présence sur une terre humide. On a cependant reconnu aussi des palmipèdes à l’empreinte de la palmure interdigi-taire. M. Hitchcock a réuni les em-
- Fig. 2. — Impression du pied postérieur du Chéirothérium. 1/5 grand, natur.
- preintes qu’il a étudiées, sous le nom d'Ornithicnites. 11 a découvert, en association, avec elles, des coprolithes dont la teneur en urée a confirmé l’opinion qu’elles sont dues à des oiseaux. Quelques graines trouvées à l’intérieur de ces déjections fossiles ont même montré que les espèces qui les ont produites étaient granivores. Ajoutons, d’ailleurs , que les découvertes de M. Hitchcock ont été confirmées par les trouvailles analogues faites par M. Deane, près de Turners-Hills, dans le Massachussets.
- Le lias de diverses parties de l’Angle terre, comme le comté de Glo-cester, par exemple, a montré des pistes très-variées dont quelques-unes ressemblent complètement aux traces laissées sur la vase par des poissons marcheurs voisins des silu-roïdes. D’autres ont été comparées à celles de poissons fouillant la vase. Il y en a où l’on reconnaît des pas de crustacés marins. Enfin, certaines d’entr’elles paraissent l’œuvre de bivalves marchants.Diverses pistes pourraient être mentionnées dans les couches du terrain ooli-tliique. Citons comme exemple les curieuses impressions rapportées au Ramphorynchus.
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- M. Saxby, étudiant les grès verts supérieurs de l’ile de Wight, qui font partie du terrain crétacé, y a reconnu des pistes qu’il rapporte les unes à des
- oiseaux et les autres, plus rares, à des mammifères. Il est bien à désirer que leur étude soit reprise. Dans les terrains tertiaires, nous avons égalemeut
- Fig. 5. — Plaque de grès triasique avec une piste attribuée à une tortue terrestre.
- à mentionner plusieurs laits intéressants au point de vue qui nous occupe. C’est ainsi que. nous pouvons signaler dans la collection géologique du Jardin des Plantes une plaque de calcaire grossier provenant d’IIermonville (Marne) et qui porte des empreintes trilobées de pas, analogues à celles citées plus haut, comme produites par des tortues sur legrès dcDumfries.
- Ces empreintes tertiaires sont accompagnées d’ondulations qui recouvrent tout le banc calcaire et qui rappellent celles que présente sur le littoral la surface du sable lorsque la mer s’est retirée et qu’on aperçoit même au fond de l’eau. On a tdonné quelquefois à ces ondulations le nom pittoresque de vent fossile.
- Enfin, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner les remarquables découvertes de pistes fossiles faites en 1859 par M. Desnoyers, de l’Institut, à la surface des bancs de pierre à plâtre de la vallée
- de Montmorency. Plusieurs de ces empreintes, dont les reliefs étaient le plus nettement conservés, représentaient des noyaux bisulqués rappelant le pied
- des Anoplotherium; d’autres étaient trilobées et pouvaient indiquer les trois doigts du pied des Palœotherinm. De plus grandes empreintes, soit eu creux, soit en relief, partagées en plusieurs lobes et terminées par des phalanges unguéales, représentaient complètement les grands doigts des oiseaux, ou Orni-thicnites gigantesques dont nous parlions tout à l’heure à propos du trias. M. Desnoyers distingua des empreintes formées de trois doigts fort allongés, articulés et garais d’ongles très-pointus, rappelant la conformation des pieds de grands échassiers et surtout celle des pieds de Jacana. Plusieurs empreintes offrirent de la manière la plus évidente, la forme des pieds de carnassiers plantigrades de différentes tailles. D’autres,
- Fig. 4. — Plaque de grès triasique avec diverses pistes dues à des oiseaux échassiers et désignées sous le nom A’Qrnithicnites.
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- moins régulières, présentaient une apparence si nette de reptation de corps à peau tantôt lisse, tantôt chagrinée et rugueuse, que l’auteur ne fut pas étonné de rencontrer bientôt des impressions de membres latéraux, telles que pouvaient en produire de grands batraciens, ou des geckotiens, ou des crocodiles rampant sur un sol mou et fangeux. 11 y avait enfin une foule d’autres pistes sur lesquelles le défaut d’espace nous empêche d’insister.
- Mais ce qui précède suffit pour montrer combien sont variés les modes d’information mis en œuvre par la paléontologie.
- Les pistes fossiles, en effet, nous conservent, comme on l'a vu, le souvenir d’animaux dont la destruction a été totale. Bien plus, elles fournissent au naturaliste la trace, assez fidèle pour servir aux études les plus minutieuses, de parties qui, comme la peau du cheirotherium, ne se prêtent pas à la fossilisation.
- Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Cuisson par le froid. — On sait que l’action exercée sur les matières organiques par un froid très-intense est souvent comparable à celle de la chaleur ; le mercure solidifié par le froid produit, quand on le touche, la sensation d’une brûlure. La viande, exposée à une très-basse température, peut être amenée à un état comparable à celui que lui donne la cuisson par la chaleur. Récemment, un chimiste hongrois, le docteur von Saxviczevosky, qui a fait des recherches sur les différents moyens connus de conserver la viande (par des ingrédients chimiques, par la cuisson et par la fermeture dans un vase hermétiquement clos, etc.), a tenté une préparation nouvelle des aliments en les soumettant, quand ils sont frais, à une température de 33“ Fahr. au dessous de zéro. Il les cuit ainsi par le froid et les enferme hermétiquement dans des boîtes en étain. Les résultats obtenus ont été très-satisfaisants. La viande, après avoir été retirée des boites longtemps après, se trouvait, quant au 'fumet et à l’aspect, aussi appétissante que si elle venait d’être prise à l’étal. Elle est partiellement cuite, et ne nécessite plus qu’une très-petite quantité de combustible pour être agréable à manger. Une Commission désignée par le gouvernement allemand a poursuivi dernièrement une série d’expériences sur ce procédé ; comme épreuve finale, deux corvettes de la marine allemande, sur le point de partir pour un voyage de circumnavigation, ont été approvisionnées d'une grande quantité de viande ainsi préparée. Une fabrique vient d’être construite en Hongrie pour exploiter ce mode de conservation de la viande.
- Les vapeurs des fabriques de produits chimiques. — La nécessité de se prémunir contre les émanations empoisonnées des fabriques de produits chimiques a déterminé, en Angleterre, la formation d’une Société qui se propose d’en combattre les effets. Une réunion générale, tenue à Warrington, a eu pour but d’exposer la situation. Elle a fait connaître au public qu’il existe plusieurs comtés dans lesquels le mal a pris des proportions considérables. Le Cheshire, depuis longtemps célèbre
- comme pays de pâturages, est à la veille d’être absolument ravagé, si les fabriques de produits chimiques continuent à se multiplier sur son territoire. Du côté de Runcorn, au dire de l’honorable M. Ecgerton, nulle récolte n’arrive à une maturité saine et naturelle, et la richesse agricole du pays est en conséquence beaucoup diminuée. U y a plusieurs de ces vapeurs chimiques qui sont très-délétères, et l’on cite des cas de personnes, passant dans Je voisinage de fabriques de certains produits chimiques, qui ont été renversées comme par le souffle empesté du vent brûlant du Sahara. Le mal, qui prend de grandes proportions, augmente sans cesse. L’infection de l’air par les usines, dit le journal anglais Iron, est un sujet qui mérite autant la préoccupation du gouvernement que l’infection de l’eau des fleuves et des rivières.
- Expositions de pigeons-voyageurs. — De
- fréquentes expositions de pigeons ont lieu dans les principales villes du Royaume-Uni, telles que Londres, Manchester, Liverpool, Edimbourg, Birmingham, Dublin, Cork, etc., et présentent un véritable attrait tant pour le public qui vient les visiter que pour les exposants amateurs et éleveurs, Chaque année, le Palais de Cristal, à Sydenham, offre une de ces exhibitions (organisées par The National Peristeronic Society), qui ont pour but de réunir et de comparer entre eux les spécimens des pigeons les plus remarquables. Lors de la dernière exhibition, les exposants, au nombre de 52, ont présenté 970 sujets dont la valeur totale dépassait 125,000 francs, soit environ 125 francs par oiseau. Les pigeons voyageurs, d’après le journal YEpervier, tenaient le premier rang, puis venaient plusieurs autres variétés (telles quepouters, tumblcrs, etc.) représentées par des sujets irréprochables et sous les quatre nuances, bien accentuées et parfaitement régulières, blanche, noire, rouge et fauve.
- Ossements de lions et de rhinocéros découverts en Angleterre. — En faisant, ces jours derniers, des excavations dans le sol d’argile qui formait jadis le lit de la Tamise à Crayford, Al. Chealde a découvert un os qui a été reconnu, par M. le professeur Morris, être le fémur d’une espèce de lions qui a vécu en Angleterre. Le même a trouvé aussi dans les champs de houblon du comté de Kent plusieurs dents de rhinocéros.
- BIBLIOGRAPHIE
- Sur la génération des ferments, par E. Fremy, membre
- de l’Académie des sciences. — 1 vol. in-8°. Paris,
- G. Masson, 1875.
- Parmi les grands problèmes philosophiques dont les solutions ont toujours eu le privilège de séduire les chercheurs, il faut placer au premier rang celui des générations spontanées. En l’étudiant, les savants y ont apporté de nouveaux éléments de lumière, et de discussions tout à la fois, car les débats se poursuivent toujours. A1. Frémy expose ses expérimentations et ses doctrines d’une façon complète. Les ferments sont-ils engendrés par les poussières de l’air, comme le pense AI. Pasteur, ou sont-ils créés directement parles corps organiques vivants, comme le soutiennent AI. Frémy et nombre d’autres savants ? Telle est la grave question qui est discutée dans le volume que nous annonçons, et qui abonde en faits et en développements d’un puissant intérêt.
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- LA NATURE.
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- Traité de génie rural. — III. Travaux, instruments et machines agricoles, par Hervé Mangon, membre de l’Institut, ingénieur en chef des ponts et chaussées, etc. —
- 1 vol. gr. in-8°, accompagné de 26 planches et orné de 193 gravures sur bois. Paris, Dunod, 1875.
- S’il est un pays où les questions agricoles doivent être l’objet des préoccupations du monde intelligent, c’est la France, qui vit et prospère par la richesse de son sol. Les opérations de l’agriculture exigent annuellement une dépense énorme d’un travail que, grâce aux progrès de la science, les forces mécaniques tendent à accomplir de plus en plus. Un savant d’une érudition profonde et qui joint à la pratique de l’agriculteur le savoir du chimiste, du météorologiste, de l’ingénieur et du mécanicien, M. Hervé Mangon, a entrepris depuis plusieurs années d’écrire un traité complet de génie rural, vaste ouvrage où se trouveraient exposés tous les procédés de l’art agricole, comme tous les engins, toutes les machines et tous les appareils qu’il nécessite. M. Hervé Mangon, par l’exécution de cette œuvre, fruit de longues années d’un travail assidu, s’est acquis des droits à la reconnaissance des agriculteurs et des ingénieurs. Le troisième volume, que vient de publier la librairie Dunod, ne comprend pas moins de 840 pages ; on y trouve exposée l’histoire des Travaux, instruments et machines agricoles. L’éminent professeur de l’Ecole des ponts et chaussées et du Conservatoire des arts et métiers traite d’abord du travail mécanique et des fonctions des animaux en général, puis il étudie d’une façon complète les manèges, les machines à vapeur, les moteurs hydrauliques employés en agriculture. 11 aborde ensuite les appareils de transmission et de transport, approfondit la question du labourage à la charrue à bras, et celle de la culture à vapeur ; il passe en revue les modèles d’instruments agricoles, français ou étrangers, les plus anciens comme les plus modernes ; il donne enfin le complément de son œuvre dans un magnifique atlas, où d’innombrables engins sont admirablement représentés avec toutes leurs cotes. Nous ne craignons pas d’affirmer que, lorsqu’il sera achevé, le Traité de génie rural de M. Hervé Mangon restera comme un monument de l’art agricole, et que cette publication laissera dans le domaine de la science, comme dans celui de la pratique, des traces aussi fécondes que durables.
- Le Monténégro contemporain, par G. Frilley et Jovan Wlahovitj. — 1 vol. in-18 illustré. Paris, E. Plon, 1876.
- La vie mystérieuse et légendaire de la Montagne-Noire nous est révélée dans ses moindres détails par ce livre, où les auteurs ont accumulé les résultats de leurs, observations pendant un séjour de cinq années dans ce pays sur lequel les événements contemporains appellent l’attention d’une façon spéciale.
- La photolithographie, son origine, ses procédés, ses applications, par G. Portier, — 1 vol. in-8°, avec spécimens de gravures et de chromolithographies. Paris, Gauthier-Yillars, 4876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 mars 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Plias.
- Ammoniaque atmosphérique. — M. Schlœsing, dont : nous avons eu tant de fois à analyser les travaux, étudie
- aujourd’hui les échanges d’ammoniaque qui prennent naissance ôntre les eaux naturelles et l’atmosphère. L’eau qui se condense dans les nuages et qui tombe en pluie semble au premier aspect devoir dépouiller l’air de toute l’ammoniaque qu’il peut contenir. Il est bien loin cependant d’en être ainsi. Seize analyses opérées à des températures diverses ont montré que jamais l’eau ne dissout tout l'ammoniaque atmosphérique. A 25 degrés l’eau ne prend que les 3 centièmes de l’ammoniaque totale et l’air en conserve les 97 centièmes. A 20 degrés le rapport est 0,04 et 0,96. A 15 degrés 0,06 et 0,94; à 10 degrés 0,11 et 0,89 enfin à 5 degrés 0,19 et 0,81. D’où l’on voit que plus la température est basse et plus les eaux na turelles prennent d’ammoniaque à l’air. Les pluies d’hiver doivent donc être beaucoup plus alcalines que les pluies d’été. L’auteur laisse d’ailleurs complètement de côté la question de savoir si l’ammoniaque est libre dans l’air, ou combinée à l’état de carbonate ou d’azotate.
- Protubérances solaires. — Depuis longtemps déjà les protubérances se montrent moins nombreuses sur la surface solaire. M. Secchi fait remarquer que le minimum absolu n’est cependant pas encore atteint, et c’est ce que montrent les brusques changements du phénomène : un jour on ne voit que 2 ou 5 protubérances, tandis que le lendemain on les compte par douzaines ; ce qui fait voir que l’activité solaire en train de décroître peut, sous l’influence d’une cause inconnue, se rallumer tout à coup. L'auteur signale aussi la forme rectiligne des éruptions hydrogénées qui. avec une épaisseur de quelques secondes, s’élèvent, sans se dévier, jusqu’à 2 ou 3 minutes du bord du disque, c’est-à-dire à une distance égale à 60 diamètres terrestres. L’atmosphère solaire est si calme, que l’épanouissement produit à l’extrémité de ces colonnes incandescentes se présente avec une symétrie parfaite des deux côtés de la colonne gazeuse.
- Phylloxéra. — Depuis le mois de février 1873, M. de Lavergne étudie l’action du coaltar sur les vignes phylloxé-rées, et il assure aujourd’hui, dans un Mémoire dont il donne lecture à l’Académie, que les meilleurs résultats ont couronné ses efforts. Les ceps badigeonnés au goudron de houille ont été guéris, et la santé des feuilles et des fruits a permis d’obtenir une récolte abondante.
- Gymnastique raisonnée. — C’est le titre d’un excellent ouvrage offert à l’Académie par M. Dumas, au nom de M. Eugène Paz, directeur du grand gymnase médical. C’est à proprement parler un chapitre de la physiologie appliquée au développement et à la restauration du corps humain. L’Allemagne, la Suède et la plupart des pays du Nord ont compris depuis longtemps l’importance de la gymnastique pour la régénération des forces vives d’une nation.
- Les derniers arrêtés ministériels qui prescrivent dans nos établissements universitaires l’enseignement de la gymnastique et la connaissance de l’hygiène, ont donné à M. Paz l’idée de condenser dans le même volume, à côté de la technique gymnastique, les notions anatomiques et physiologiques les plus élémentaires, dans le but de faire connaître aux moins instruits le mécanisme et la mise en jeu de la machine humaine. Le volume, de près de 300 pages, est illustré de 100 gravures représentant les os et les muscles de l’homme, ainsi que les principaux exercices enseignés dans le Cours. Stanislas Meunier.
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- LA NATURE.
- LE PLUVIOMÈTRE ENREGISTREUR
- DU NOUVEAU DÉPÔT DE l’ÉCOLE DES PONTS ET CHAUSSÉES.
- Ou sait que depuis plusieurs années l’administration de l’Ecole des ponts et chaussées a organisé au Troeadéro un magnifique établissement, où des laboratoires et des ateliers facilitent Tins- ]
- truction pratique des élèves, et fournissent aux professeurs comme aux ingénieurs les moyens d’étude et d’expériences nécessaires au progrès de la science des constructions.
- Cette belle installation a été coin
- par l’organisation de plusieurs appareils de météorologie, placés dans le rez-de-chaussée d’une tour carrée qui domine le Troca-déro.
- La pièce du premier étage renferme, les enregistreurs électriques des anémomètres traçant la vitesse du vent d’une manière continue, en indiquant sa direction de 10 en 10 minutes, un barométrograplie de M. Hipp, et le réservoir d’un pluviomètre totalisateur, etc.
- Parmi les instruments les plus récents dont l’établissement s’est accru, nous mentionnerons le pluviomètre enregistreur, représenté par notre gravure, et construit par M. Collin, sur les plans de M. Hervé Mangon. Nous croyons intéressant de faire connaître cet appareil, après la description que nous avons donnée précédemment du pluvioscope imaginé par ce savant météorologiste1.
- Le pluviomètre du dépôt de l’Ecole des ponts et chaussées est formé d’un cylindre représenté à la gauche de notre gravure, et où se réunissent les eaux pluviales, recueillies dans un entonnoir supérieur, dont la surface de l’ouverture est connue. Un flotteur,
- 1 Yoy. La Nature, n° 156. 8 janvier 1876, p. 65.
- monte à mesure que le niveau de l’eau s’élève dans ce cylindre ; par l’intermédiaire d’une cordelette passant dans la gorge de deux poulies, ce flotteur actionne un petit chariot porteur d’un crayon qui trace une ligne sur le papier adapté à la surface du cylindre médian, auquel un mouvement d’horlogerie imprime une rotation.
- A la fin de la journée, on a une' courbe indiquant
- les quantités d’eau tombées, et les heures de la chute des pluies. Quand l’opération est terminée, grâce à un système de débrayage fort ingénieux, on peut retirer le cylindre du milieu, et le remplacer par le cylindre représenté à la droite de la ligure, et à la surface duquel on a tracé, au préalable, les lignes équidistantes horizontales qui facilitent l’examen de la courbe obtenue.
- Cet appareil est disposé, comme nous venons de le dire, dans la tour construite au milieu des bâtiments. A l'étage supérieur de cette tour se trouve installé un grand réservoir en tôle de 2(J mètres cubes, alimenté par une concession d’eau de la ville. Ce réservoir est destiné aux expériences d’hydraulique; il actionne eu outre une trompe à faire le vide, et assure l’alimentation régulière et con-
- Y/cto r fcsc
- Le pluviomètre enregistreur du dépôt de l’École des Ponts et Chaussées,
- tinue de toutes les pièces de l’établissement.
- On voit par cet exposé rapide que le dépôt de l’Ecole des Ponts et Chaussées, établi au Troeadéro, peut être considéré comme un véritable établissement modèle : nous nous proposons prochainement de le faire mieux connaître par une description plus détaillée, et de mettre en évidence les services qu’il est susceptible de rendre à la science.
- G T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxoier.
- Typographie La hure, rue de Fleur us, ‘J, à Paris.
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- N° 149. — 8 AVRIL 1876.
- LA NATURE.
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- LES AURORES POLAIRES
- « Rien n’est à négliger de ce qui peut entraîner une complète conviction dans la théorie des forces de la nature, et faire passer de l’inquiétude de la recherche à la sécurité de la vérité connue. Serait-on bien sûr par exemple de la théorie de l’arc-en-ciel, si, au moyen des gouttes d’eau que l’on fait jaillir soi-même en plein soleil, on n’avait pas reproduit dans toutes ses particularités ce brillant météore? Les expériences de cabinet sont modestes, mais utiles, donc estimables.1 »
- Ces paroles d’un membre illustre de l’Académie des sciences m’encouragent à poursuivre les analogies entre les effets des courants électriques de haute tension et les grandes manifestations électriques naturelles. L’expérience de de la Rive a déjà fait res-
- sortir la liaison des aurores polaires avec le magnétisme terrestre ; mais elle ne suffit pas pour expliquer toutes les circonstances qui les accompagnent. Dans les expériences qui font l’objet du présent Mémoire, le flux électrique se trome en présence de masses aqueuses, comme dans l’atmosphère, et il en résulte une série de phénomènes tout à fait analogues aux diverses phases des aurores polaires.
- 1° Si l’on met l’électrode positive de la puissante batterie secondaire dont je fais usage en contact avec les parois humides d’un vase d’eau salée où plonge d’avance l’électrode négative, on observe, suivant la distance plus ou moins grande du liquide, soit une couronne formée de particules lumineuses disposées en cercle autour de l’électrode (fig. 1), soit un arc bordé d’une frange de rayons brillants (fig. 2), soit une ligne sinueuse qui se plie et se l’eplie sur elle-même avec rapidité (fig. 3). Ce mouvement ondula-
- toire en particulier, offre une complète analogie avec ec'ui qu’on a comparé, dans les aurores, aux plis et replis d’un serpent, ou à ceux d’une draperie agitée par le vent ; 2° bien que la lumière jaune domine dans ces expériences, par suite de l’emploi de l’eau salée, on observe aussi, sur les points où l’eau provenant de la vapeur condensée est moins chargée de sel, des teintes pourpres et violacées analogues à celles des aurores ; 3° les rayons de l’arc lumineux proviennent de la pénétration du flux électrique dans le liquide ; le vide qui en résulte se comblant à mesure, de nouveaux rayons se reforment et l’on s’explique ainsi comment les jets de lumière des aurores dardent ou paraissent lancés et renouvelés à chaque instant ; 4° le cercle ou segment obscur formé dans les aurores par la brume ou le voile nébuleux que rencontre le flux électrique correspond, dans l’expérience, au cercle ou segment humide qui environne l’électrode, et autour duquel s’épanouit le courant voltaïque ; 5° la forme en arc, dans le vol-
- 1 Bâbitiet, Études et lectures sur les sciences d'observation, t. II, p. 25; 1855.
- 4° mince. — ier semestre.
- tamètre, vient de ce que le liquide n’entoure pas tout à fait l’électrode : mais, si l’on immerge plus le fil, il se produit des ondes ou des cercles lumineux entiers, de même que dans les aurores dont l’arc n’est souvent considéré que comme la portion visible pour l’observateur d’un cercle lumineux complet ; 6° le liquide est violemment agité par le souffle électrique ; des tourbillons et anneaux lumineux se forment par le choc des ondes électrisées les unes contre les autres, et, si l’on opère avec peu de liquide, il se produit finalement une ébullition lumineuse correspondant à cette fluctuation de lumière qui caractérise aussi les aurores polaires ; 7° la vapeur d’eau se dégage avec d'autant plus de vivacité et d’abondance que l’électrode pénètre plus dans le liquide. Ce phénomène, que les plus fortes batteries de l’électricité statique permettent à peine de soupçonner, est important à considérer, car il explique naturellement les chutes abondantes de pluie ou de neige qui ont toujours été constatées pendant les aurores polaires; 8° le bruissement qui accompagne ces expériences correspond à celui qui a été souvent entendu
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- LA NAT LUE.
- pendant les aurores quand la distance était relativement faible ; il est dû à la vaporisation produite par les sillons de feu électriques pénétrant dans une masse humide; 9° les perturbations magnétiques causées par les aurores se reproduisent dans ces expériences en plaçant une aiguille aimantée près du circuit. La déviation augmente ou diminue suivant que l’arc lumineux se développe plus ou moins dans le liquide ; 10° il résulte encore de ces faits que les aurores doivent être produites par un flux d’électricité positive', car les phénomènes lumineux sont les mômes que ceux de l’électrode positive dans le voltamètre, et l’électrode négative n’offre rien de semblable; 11° mais les aurores polaires sont-elles une décharge entre l’électricité positive de l’atmosphère et celle de la terre supposée négative? Si cela était, on devrait observer des chutes de foudre très-fréquentes aux pôles, ou des lueurs et des aigrettes lumineuses sur les points saillants du sol, formant la contre-partie du phénomène qui se passe dans l’air. Or l’observation montre qu’il n’en est pas ainsi. J’inclinerais donc à penser que c’est le vide imparfait des hautes régions qui, fonctionnant comme une immense enveloppe conductrice, joue le rôle de l’électrode négative dans les expériences ci-dessus, et que l’électricité positive s’écoule vers les espaces planétaires, et non vers le sol, à travers les brunies ou les nuages glacés qui flottent au-dessus des pôles; 12° quant à l’origine de celte électricité polaire, on a admis qu’elle venait de l’équateur et des régions tropicales. Mais on peut objecter que les nuages électrisés doivent se décharger dans un aussi long parcours,-et l’on sait, en effet, que les orages sont de plus en plus rares, à mesure que l’on s’approche des pôles. Mes expériences antérieures et d’autres encore inédites m’ayant conduit à considérer les corps célestes comme chargés d’électricité positive, la seule espèce d'électricité peut-être qui existe, je serais porté à regarder la terre elle-même comme chargée d’électricité positive se dégageant du sol et des mers par voie de simple émission, et rayonnant de toute sa surface, aux pôles comme à l’équateur, en produisant des effets très-différents dans l’atmosphère, par suite des conditions météorologiques tout à fait opposées de ces régions.
- En admettant cette dernière hypothèse, on pourrait conclure que les aurores polaires résultent delà diffusion dans les couches supérieures de l’atmosphère, autour des pôles magnétiques, de l’électricité positive émanant des régions polaires elles-mêmes, soit en rayons obscurs, quand il n’y a pas d’obstacle interposé, soit convertie en chaleur et en lumière par la rencontre d’amas aqueux, à l’état liquide ou solide, qu’elle vaporise avec bruit et précipite de nouveau," sous forme de pluie ou de neige, à la surface du globe1.
- Gaston Planté.
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences. — Séance du 13 mars 1876.
- P. A. SÉGUIER
- Le baron A.-P. Séguier, le doyen des membres libres de l’Académie des sciences, qui vient de mourir récemment (14 février 1876), était né à Montpellier, le 5 juillet 1805. Dès son enfance il avait manifesté un goût très-développé pour l’étude de la mécanique, mais il était le fils du premier président Séguier, et il dut s’engager dans la carrière de la magistrature. Après la révolution de 1850, il s’était déjà signalé par ses travaux, et il fut nommé conseiller à la Cour royale, dont son père était le président. Mais le jeune Séguier ne s’en occupait pas moins pendant ses loisirs de l’étude des sciences exactes, qui avaient le privilège d’exercer sur son intelligence un irrésistible attrait.
- Dès que son père mourut, il se démit de ses fonctions et s’adonna complètement aux travaux de la mécanique, dont il ne cessa de faire, jusqu’à la fin de sa carrière, l’objet constant de ses préoccupations. 11 * était fort ingénieux et fort habile, et savait se construire lui-même les appareils qu’il expérimentait. Il publia sur les appareils producteurs de la vapeur plusieurs mémoires qui furent remarqués.
- En 1855, la mort de Itosily-Mesros lui ouvrit les portes de l’Académie des sciences, au titre d’Acadé-micien libre. Depuis cette époque, le baron Séguier a produit un travail intéressant, intitulé Perfectionnements dans la navigation à vapeur (1848), ainsi que de nombreux rapports et communications sur des perfectionnements à apporter à certaines branches des sciences physiques.
- LA VISION
- ET LES ILLUSIONS d’oPTIQUE.
- (Suite et fm. — Yoy. p. 260 et 273.)
- LES ILLUSIONS DE l’eSTIMATION OCULAIRE.
- Ces illusions dépendent plutôt des propriétés particulières des figures que nous examinons. On peut ramener la plupart des phénomènes de cette catégorie à la loi que nous avons formulée à propos du contraste : Les différences nettement perceptibles paraissent plus grandes que les différences égales à celles-là, mais plus difficiles à percevoir.
- Ainsi une dimension divisée paraît plus considérable que lorsqu’elle n’est point divisée ; en effet, la perception directe des parties nous fait reconnaître le nombre et la grandeur des subdivisions dont la quantité est susceptible, mieux que lorsque ces parties ne sont pas nettement délimitées. C’est ainsi que dans la figure 1 on juge la longueur ab comme égale à bô, bien qu’aô soit, en réalité, plus grand que ôc. Dans l’expérience qui consiste à diviser une
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- LA NATURE.
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- ligne en deux parties égales, l’œil droit tend à agrandir la moitié de droite, et l’œil gauche tend
- à faire trop
- ai---------------1 i i i i i i i M ,c grande la moi-
- ® tié gauche.
- Fig. i. Pour arriver
- à une estimation exacte, on retourne la feuille et on prend la moyenne de deux déterminations.
- Les illusions de cette espèce deviennent plus frappantes lorsque les distances à comparer possèdent
- Fig. 2.
- des directions différentes. Si on regarde A et B (fig. 2) qui sont des carrés parfaits, A paraît plus
- haut que large, tandis que B paraît, au contraire, plus large.
- Il en est de même pour les angles : qu’on regarde la ligure 5, les angles 4, 2, 3, 4 sont droits et devraient paraître tels lorsqu’on les examine avec les deux yeux. Mais 1 et 2 semblent aigus, 5 et 4 obtus. L’illusion s'accentue encore, lorsqu’on ne regarde la ligure qu’avec l’œil droit.
- Si on fait tourner la ligure de sorte que 2 et 3 soient dirigés en bas, 1 et 2 paraissent, au contraire et d’une façon exagérée, aigus pour l’œil gauche ; ils sont dans leur dimension véritable pour l’œil droit. Les angles divisés sont toujours estimés relativement plus grands qu’ils ne paraîtraient sans division.
- La même illusion se présente dans un grand nombre d’exemples connus de la vie journalière.
- Une chambre vide paraît plus petite qu’une chambre meublée ; un mur recouvert d’une tenture paraît plus grand qu’un mur nu. Une jupe rayée en travers fait paraître une femme relativement plus grande.
- Un amusement de société bien connu consiste à présenter à quelqu’un un chapeau, en lui disant d’en marquer la hauteur sur le mur, à partir du sol. En général on indique une hauteur une fois et dèmie trop grande.
- Citons ici un fait observé par Bravais : « Lorsqu’on est eu mer, dit-il, à certaine distance d’une côte qui présente de grandes inégalités de terrain, et qu’on dessine cette côte telle qu’elle se présente à
- l’œil, après vérification faite, on trouve que les dimensions horizontales ayant été figurées correctement à une certaine éclieile, les distances angulaires verticales ont été uniformément représentées à une échelle deux fois plus grande. Cette illusion, à laquelle on n’échappe pas dans les appréciations de ce genre, n’est pas individuelle , comme on pourrait le croire ; sa généralité est démontrée par de nombreuses observations. «
- Dans le même ordre de faits, M. Helm-holtz indique différentes illusions d’optique qu’on a fait connaître dans ces derniers temps.
- Qu’on examine la figure 4, le prolongement de la ligne a ne paraît pas être d, conformément à la réalité, mais f, qui est un peu plus bas. — Cette illusion est encore plus frappante lorsqu’on fait la figure à une échelle plus petite (fig. 5), comme en B, où les deux portions minces sont sur le prolongement l’une de l’autre, mais ne paraissent pas y être, et en C où elles le paraissent, mais ne le sont pas en réalité. Si l’on dessine des figures connue A (fig. 4), en laissant de côté la portion d, et qu’on les regarde à une distance de plus en plus grande, de manière qu’elles présentent une grandeur apparente de plus en plus faible, on trouve que plus lâ figure est éloignée, plus il faut baisser la portion f pour qu’elle semble le prolongement de a.
- Ces effets sont ceux que l’irradiation doit faire naître dans ce cas. L’irradiation peut également se produire pour des lignes noires sur fond blanc. Près du sommet des deux angles aigus, les cercles de diffusion des deux lignes noires se touchent et se renforcent mutuellement; par suite l’image rétinienne de la ligne-mince présente son maximum d’obscurité plus près de la bande large et paraît déviée de ce côté. Cependant pour les figures de ce genre qui sont exécutées sur une plus grande échelle, comme la figure 4, l’irradiation ne peut guère être la seule cause de l’illusion. Pour trouver l’explication, continuons l’exposé.
- Dans la figure 6, A et B présentent des exemples indiqués par llering ; les lignes droites et parallèles ab et cd paraissent déviées eu dehors eu A et en dedans en B.
- Mais l’exemple le plus happant est celui représenté par la figure 7 et publié par ZôIIuer.
- /
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- B
- /I
- C
- /
- Fig. S.
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- LA NATURE.
- Les bandes noires verticales de cette figure sont parallèles entre elles, mais elles paraissent convergentes et divergentes, de manière à sembler toujours s’écarter de la direction verticale, suivant une direction inverse de celle des obliques qui les coupent. En même temps, les moitiés des traits obliques sont déplacées respectivement , comme les moitiés des lignes minces de la figure 4. Si l’on tourne la figure de manière que les fortes lignes verticales présentent une inclinaison de 45° par rapport à l’horizon, la convergence appai'cnte devient plus frappante, tandis qu’on remarque moins la déviation apparente des moitiés des petits traits, qui sont alors horizontaux et verticaux. Eu résumé, la direction des lignes verticales et horizontales est moins modifiée que celle des lignes qui traversent obliquement le champ visuel.
- On peut considérer ces dernières illusions comme de nouveaux exemples de la règle indiquée plus
- haut, d’après laquelle les angles aigus, étant de petites grandeurs nettement limitées, paraissent, en général, relativement trop grands lorsque nous les comparons avec des angles obtus ou droits, non divisés; or, si l’augmentation apparente d’un angle aigu se fait de telle manière que les deux côtés paraissent s’écarter, il doit en résulter les illusions des figures 4, 6 et 7.
- Dans la figure 4, les lignes minces paraîtront tourner autour du point où elles pénètrent dans la ligne épaisse et cesseront, par suite, de paraître sur le prolongement l’une de l’autre. Dans la figure 6, les deux moitiés de chacune des deux lignes droites semblent déviées sur toute la longueur de telle façon que les angles aigus qu’elles forment avec les lignes obliques paraissent agrandis. Le même effet est manifeste pour les lignes verticales de la figure 7.
- Cependant, dans les cas des figures 6 et 7,
- Fig. 6. — Les lignes horizontales ab, cd sont rigoureusement parallèles; elles paraissent se dévier sous l’influence de lignes obliques.
- M. Helmholtz pense que la loi du contraste est insuffisante pour expliquer entièrement le phénomène ; suivant lui, l’effet provient des mouvements de l’œil. En effet, les illusions disparaissent complètement, ou peu s’en faut, lorsqu’on fixe un point des dessins comme pour développer une image accidentelle, et lorsqu’on a obtenu une image de cette nature, bien nette, ce qui est possible notamment pour le dessin de Zôllner (fig. 7), cette image ne présente plus aucune trace d’illusion.
- Dans la figure 4 le déplacement du regard n’exerce pas d’influence bien prononcée sur le renforcement de l’illusion; celle-ci disparaît, au contraire, lorsqu’on parcourt du regard la ligne mince ad. En revanche, la fixation fait disparaître l’illusion avec une facilité relative pour la figure 6, plus difficilement pour la figure 7 ; cependant on peut également y réussir pour cette dernière figure, lorsqu’on fixe invariablement et qu’au lieu de considérer le dessin comme formé de lignes noires sur fond blanc, on s’efforce de se figurer qu’il s’agit de lignes blanches barbelées tracées sur fond noir ; aussitôt l’illu-
- sion s’évanouit. Mais si on recommence à promener le regard sur le dessin, l’illusion reparaît immédiatement dans toute sa force.
- On réussit enfin à supprimer presque complètement l’illusion que produisent ces dessins en les recouvrant préalablement d’un papier opaque, sur lequel on appuie la pointe d’une épingle. Sans cesser de regarder fixement la pointe, on retire brusquement le papier; on peut juger si la fixation a été bonne, d’après la netteté de l’image accidentelle qui se forme consécutivement à l’expérience.
- L’éclairage à l’étincelle électrique fournit le moyen le plus sur et le plus facile de se mettre en garde contre l’influence des mouvements des yeux, l’œil ne pouvant pas exécuter de mouvement sensible pendant la durée si faible de celle étincelle. A cet effet, l’auteur se sert d’une boîte de bois ABÇD (fig. 8), noircie à l’intérieur. Deux trous sont pratiqués à la distance des yeux, les uns en f dans la paroi antérieure,- et les autres en g, dans la paroi postérieure de la boîte. L’observateur regarde par les ouvertures /’, et devant les ouvertures g on fixe
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- les dessins; ceux-ci sont percés d’un trou d’épingle qui peut être vu et fixé en l’absence de l’étincelle électrique, lorsque la boîte est complètement obscure.
- La boite est ouverte à la base, qui repose sur la table BD, pour permettre de changer le dessin. Les fds conducteurs de l’électricité sont en h et i; au milieu de la boîte est une bande de carton, blanche du côté qui fait face à l’étincelle, dont elle cache la lumière à l’œil de l’observateur, pour la renvoyer sur le dessin.
- A l’éclairage électrique, l’illusion persistait en entier pour la figure 4, tandis qu’elle cessait complètement pour les dessins de la figure 6; pour la figure 7, elle ne manquait pas toujours complètement, mais, lorsqu’elle se présentait, elle était bien plus faible et plus douteuse qu’ordinairement, et cependant l’intensité lumineuse était parfaitement suffisante pour faire reconnaître distinctement la forme des objets considérés.
- Ainsi il faut expliquer deux phénomènes différents : d'abord la faible illusion qui peut sa produire sans l’intervention des mouvements de l’œil, et, en second lieu, l’accroisement de l’illusion par suite de ces mouvements.
- La loi du contraste explique suffisamment le premier ; ce qu’on perçoit le plus distinctement à la vision indirecte, c’est la concordance des directions de dimensions de même espèce. On perçoit plus distinctement la différence de direction que présentent, à leur intersection, les deux côtés d’un angle aigu ou obtus que l’écartement qui existe entre l’un des côtés et la perpendiculaire qu’on suppose menée sur l’autre, et qui n’est pas figurée. Par suite, la quantité dont un angle diffère de 0° où de 180° paraît exagérée par rapport à celle dont il diffère de 90°, un angle aigu paraît donc plus grand, et un angle obtus plus petit qu’ils ne sont en réalité. C’est en se distribuant sur les deux côtés que l’agrandissement apparent des angles donne lieu aux déplacements et changements de direction des côtés. On cor-
- rige difficilement les déplacements apparents des lignes, lorsqu’elles restent parallèles à leur direction véritable ; c’est pour cette raison que l’illusion de la figure est relativement la plus tenace. Les changements de direction se reconnaissent, au contraire, avec plus de facilité, si
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- Fig. 7. — Les bandes verticales sont parallèles; elles paraissent convergentes ou divergentes sous l’influence de lignes obliques.
- Fig. 8
- examine la figure avec attention, lorsque ces changements ont pour effet de faire disparaître la concordance de lignes qui concordent en réalité, ce n’est guère, sans doute, qu’à cause de la différence d’aspect que les nombreuses obliques communiquent aux lignes des figures 6 et 7, que la concordance de ces ligues peut échapper à l’observateur.
- Quant à l’influence exercée par le mouvement des yeux sur la direction apparente des lignes, M. Helm-holtz, par une discussion très-approfondie, prouve l’accroissement de l’illusion des bandes de Zôllner par suite de ces mouvements. Il ne rentre pas dans notre cadre de suivre toute cette démonstration ; il nous suffira d’avoir indiqué au lecteur une source d’études fécondes, dont les résultats sont peu connus.
- Les Romains connaissaient très - bien l’influence des lignes obliques. On retrouve à Pompéï, dans les peintures murales, des lignes qui ne sont pas parallèles, afin de satisfaire l’œil influencé par les lignes voisines. Les graveurs en taille-douce ont également étudié l’influence des hachures sur le parallélisme des lignes droites, et ils tiennent souvent compte des effets qu’elles doivent produire sur la gravure.
- Dans quelques ornementations, où l’on n’a pas tenu compte de cet effet physiologiques, il arrive parfois que des lignes parallèles ne paraissent plus l’être par l’influence d’autres lignes obliques, et produisent alors un effet désagréable. On pourra remarquer un effet semblable à la gare de Lyon, dans le comble de la halle couvert d’un parquet en point de Hongrie : les grandes lignes parallèles de ce plafond semblent se dévier, sous l’action produite par une série de lignes obliques formées par des planches. Ch. Bontemps.
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- LES LAMANTINS
- A la fin de l’année dernière le jardin zoologique de Londres s’était enrichi d’un mammifère aquatique appartenant au genre Lamantin et provenant de la Guyane britannique. Cet animal, acquis pour la somme de 150 livres (3,750 fr.) à M. Swain de Dunerara, avait été amené en Angleterre dans une vaste cuve de bois que supportait une pouti’e horizontale, et nourri pendant la traversée avec les feuilles d’une sorte de Nymphœa, dont le capitaine avait eu soin de faire embarquer une quantité suffisante. A son arrivée, on l’avait placé dans un bassin à côté des lions de mer, et on espérait, grâca aux soins dont on l’entourait, pouvoir le conserver quelque temps, d’autant plus qu’il n’avait pas l’air de souffrir du changement de milieu et qu’il acceptait volontiers les feuilles de laitue et les autres herbages qu’on lui donnait à manger ; mais il mourut subitement, un mois à peine après son entrée au Jardin.
- La perte fut d’autant plus sensible, que c’était le premier spécimen de cette espèce qui eût été amené vivant en Europe. En 1866, un Lamantin avait déjà été envoyé, à peu près de la même région, par M. G. W. Latimer, de Porto-Rico, membre correspondant de la Société zoologique, mais il avait succombé peu de jours après son embarquement, et son cadavre seul était arrivé à Londres, en assez bon état heureusement pour se prêter à des recherches anatomiques. L’individu qui vient de mourir a dû servir au même usage, et grâce à l’examen que les naturalistes anglais ont pu faire de ces intéressants spécimens, nous serons bientôt fixés sans doute sur certains points encore obscurs de l’organisation des Lamantins. Ces mammifères sont en effet encore mal connus, malgré les travaux de Humboldt, de Cuvier et de Wieg-man, et ne sont représentés dans nos collections que par un très-petit nombre de spécimens, quoiqu’ils soient fort abondants, dit-on, sur les côtes de la Guyane et des Antilles, le long du cours de l’Amazone, et dans une autre partie du monde, sur la côte occidentale d’Afrique. Une fois même, paraît-il, un Lamantin, entraîné par le courant du Gulf-Stream, vint échouer près de Leith en Ecosse et fut dépecé par les pêcheurs, qui tirèrent de ses entrailles une graisse excellente : il était, dit Fleming, long de 3 pieds environ, et ressemblait à un singe à bras courts par la partie antérieure, à un poisson par la partie postérieure de son corps ; sa peau était douce au toucher, de couleur grise, et parsemée de quelques poils, et sa poitrine présentait de véritables mamelles.
- Les caractères indiqués par Fleming appartiennent bien au Lamantin. Tous les animaux de ce genre ont en effet le museau obtus, la tête arrondie, la peau presque glabre, et comme en nageant ils tiennent fréquemment la partie supérieure du corps hors de l’eau, ils offrent de loin une grossière ressem-
- blance avec des singes ou avec des êtres humains.
- Quelques naturalistes, et entre autres Georges et Frédéric Cuvier, avaient même pensé que les Tritons, les Sirènes et les Néréides célébrés par les poètes anciens n’étaient autre chose que des Lamantins ; mais cette opinion semble difficile à soutenir, car les Lamantins ne se rencontrent pas dans les mers qui étaient parcourues par les navigateurs grecs ou romains, et il est beaucoup plus probable que ces êtres moitié femmes et moitié poissons étaient ou des phoques semblables à ceux qui vivent encore dans la mer Caspienne, ou des dugongs analogues à ceux que l’on rencontre dans la mer Rouge et dans l’océan Indien. 11 faut remarquer d’ailleurs que les Lamantins d'Afrique, les plus voisins des régions explorées par les voyageurs de l’antiquité, n’ont été signalés qu’à une époque relativement récente, longtemps après les Lamantins d’Amérique ; c’est à ceux-ci que les naturalistes du commencement de ce siècle n’ont pas craint d’assimiler les Sirènes chantées par Homère et par Virgile, et Pitou, dans son Voyage à Cayenne a même reconnu dans le Lamantin de la Guyane l’être chimérique décrit par Horace :
- Humano c ipiti cervicem pictor equinam Jungere si vêtit et varias iiutucere plumas linéique collatis mena bris, ut turpiter atrurn Desinit in piscem millier formosa superne.
- Gesner, Aldrovande, Johnston, Maillet (Tellia-med), Kircber, Robinet ont donné du Lamantin des figures naïves (lig. 1) et des descriptions insuffisantes; Clusius en a fait un phoque, sans tenir compte de l’absence complète des pattes postérieures, et s’appuyant sur cette assimilation erronée, Rrisson a été conduit à supposer que cet animal avait quatre membres disposés pour la natation, Linné, et plus tard Lacépède, placèrent également les Lamantins entre les Phoques, les Morses et les Dugongs, mais Georges Cuvier, saisissant mieux les affinités naturelles de ces mammifères aquatiques, classa les Phoques et les Morses à la suite des carnassiers, dans le groupe des amphibies, en les séparant complètement des Lamantins et des Dugongs, pour lesquels il créa le groupe des cétacés herbivores. Ce groupe, dont le nom a été changé plus tard en celui de Siréniens, comprend aussi les Rhytines, qui étaient encore très-communs dans les mers boréales du temps de Steller, mais qui depuis lors ont été complètement anéantis.
- Aujourd’hui nous laisserons complètement de côté les Rhytines et les Dugongs, pour nous occuper exclusivement des Lamantins, auxquels les naturalistes donnent le nom générique de Manatus. D’après Oviedo, dont l’opinion à été adoptée par Cuvier, ce nom aurait pour racine le mot espagnol mano (main) et les premiers voyageurs qui s’en sont servis ont voulu rappeler la conformation particulière des membres antérieurs chez les Lamantins ; mais Humboldt et Wiegman n’acceptent point cette étymologie ; ils font remarquer avec raison que les
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- nageoires aplaties des Lamantins n’offrent avec la main de l’homme qu’une ressemblance extrêmement lointaine, et ils ajoutent que les Espagnols et les Portugais ne désignent point les Siréniens de l’Àma-zone’par un nom plus ou moins analogue à Mano, mais par un nom composé tout différent, signifiant poisson-femme.
- Hernandez, La Condamine, Harcourt et d’autres auteurs nous apprennent d’ailleurs que le mot Ma-nati veut dire mamelles dans le dialecte haïtien, dans la langue caraïbe et dans le galibi, qui est un mélange des dialectes des Antilles et du guarani ; et Raulin prétend même qu’on trouve déjà dans les récits de Fernando Colomb, fils du grand navigateur, les Lamantins désignés sous le nom de Manati, tiré du caraïbe. Le nègres de la Guyane appellent ces animaux Mama-di-Veau ou Tonancri et les Indiens de l’Orénoque les nomment Apcia ou Avia.
- La plupart des naturalistes admettent l’existence, dans le genre Lamantin, de trois espèces seulement, dont deux sont américaines, le Manatus latirostris et le Manatus australis et une africaine, le Manatus senegalensis, et ils rejettent la quatrième espèce qui a été proposée par M. du Chaillu, sous le nom de Manatus Owenii et que M. J.-E. Gray a identifiée récemment avec le Lamantin ordinaire du Sénégal. Le Manatus latirostris ou Lamantin à large museau, décrit pour la première fois par Harlan, d’après des ossements échoués sur les côtes de la Jamaïque, a été figuré par Home dans les Transactions philosophiques pour 1822 ; il est décrit au point de vue anatomique par Vrolik, dans les Bijdragen M de Dierkunde de l’année 1852; il se distingue de l’autre espèce américaine non-seulement par une taille plus forte et par la forme de son crâne qui rappelle celui du Lamantin du Sénégal, mais encore (si la figure publiée par Home est exacte) par la présence de 4 ongles distincts au bord des nageoires, par la forme et les proportions différentes de ces organes de locomotion et par la longueur plus grande de la queue relativement au reste du corps. D’après lès notes transmises à Harlan par le docteur Burrow, cette espèce, que Buffon avait déjà distinguée sous le nom de Grand Lamantin des Antilles, se trouverait non-seulement sur les côtes de la Jamaïque, mais encore, et en abondance, à l’embouchure des fleuves de la Floride occidentale, par 25° de latitude nord ; c’est donc très-probablement l’animal que le capitaine Henderson cite dans son Account of the british seulement of Honduras.
- L'autre Lamantin du Nouveau Monde est beaucoup mieivx connu; les voyageurs l’ont appelé tour à tour Bœuf marin, Vache marine, Sirène, Manati de VOrénoque, et Desmarest a proposé de l’appeler Manatus americanus ; mais cette dénomination a l’inconvénient de s’appliquer également au Lamantin des Antilles, et il convient de lui substituer le nom de Manatus australis, qui a été employé par Tile-sius et par J. Fischer et qui a l’avantage d’indiquer l’habitat de cette espèce. Le Manatus australis est |
- en effet exclusivement propre à la partie méridionale du continent américain; il se montre assez fréquemment sur les côtes de la Guyane, à Cayenne, à Surinam, à Demerary, le long des petits îlots situés au sud de l’île de Cuba, remonte le cours des grands fleuves tels que l’Orénoque, l’Oyapock, l’Amazone, et d’après le prince Max de Wied Neuwied on le trouverait même dans les lacs herbeux qui sont en connexion avec le lleuve Saint Matthæus. Quoiqu’il n’ait jamais la taille du Lamantin des Antilles, il atteint néanmoins des dimensions fort respectables ; les Américains prétendent avoir vu de ces animaux qui mesuraient 6 à 7 mètres de long sur 1 à 2 mètres de large ; mais les individus que l’on prend d’ordinaire sur les côtes de la Guyane n’ont que 5 mètres à 3m,30 de longueur sur 66 à 80 centimètres de diamètre, et pèsent environ 400 kilogrammes. Celui qui est arrivé dernièrement à Londres n’était pas complètement adulte et ne dépassait pas 7 pieds.
- Gomme il est facile d’en juger par la gravure que nous publions aujourd’hui (fig. 2), les Lamantins semblent encore plus pisciformes que les phoques, puisqu’ils sont totalement privés de membres postérieurs, que leur peau* est presque complètement dépourvue de poils, et que leur tête n’est point supportée par un cou distinct, mais se confond en arrière avec le reste du corps. Ils ressemblent, dit Humboldt, à un sac sans ouverture, et au premier abord on ne comprend pas bien comment de pareilles masses, qui pèsent parfois 800 livres, peuvent se mouvoir avec agilité au milieu des eaux; mais les dimensions de la queue, qui forme une rame horizontale de près d’un mètre carré de superficie, et la force des nageoires, qui sont mises en mouvement par des muscles puissants, compensent largement l’absence des membres postérieurs. Dans le Lamantin austral, que nous décrivons plus spécialement, le museau ressemble au grouin d’un porc, la lèvre supérieure, carrée, se replie en dedans, surtout dans la portion médiane, et semble fendue en deux parties égales ; elle dépasse largement la lèvre inférieure, et est garnie comme celle-ci de papilles et de poils allongés dont l’animal se sert pour explorer les objets d’alentour. Les ouvertures des narines sont semi-lunaires, et il n’y a pas d’oreille externe, le conduit auditif paraissant complètement fermé, ou ne communiquant avec le dehors que par un pertuis invisible à l’œil nu. Les incisives et les canines font complètement défaut, et la bouche ne renferme que des molaires aplaties, au nombre de 6 de chaque côté pour la mâchoire supérieure et 5 seulement pour la mâchoire inférieure. Au milieu de celle-ci repose une langue rougeâtre, épaisse, maintenue par des ligaments dans une immobilité presque absolue. Pour saisir l’herbe dont il fait sa nourriture, et qui porte dans le pays le nom d’el camelote, le Lamantin avance comme une trompe sa lèvre supérieure, et ramène ainsi les aliments dans l’intérieur de son palais, qui offre une conformation particulière. On remarque en effet dans la voûte de
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- cette cavité un tubercule charnu et une dépression qui correspondent réciproquement à une cavité et à une saillie analogues de la mâchoire inférieure. Cet appareil de préhension est revêtu dans toute son étendue d’une peau chagrinée et sillonée de petites rides. Les yeux, très-petits, sont entourés de poils et ne sont protégés que par une seule paupière.
- Le corps est couvert d’une peau assez épaisse, à peine parsemée du quelques poils, et d’un gris bleuâtre dans l’animal vivant . Les nageoires, de forme ovale avec le bout tronqué, présentent un bord uni, le long duquel rien, si ce n’est parfois un petit ongle rudimentaire, ne vient déceler la présence de doigts, mais, en fendant la peau qui revêt ces organes, on trouve à l’intérieur une main parfaitement organisée, quoique de médiocre étendue. Les deux mamelles sont placées sur la poitrine, tout près de l’insertion des nageoires, et sécrètent un lait qui, dit-on, est d’un goût agréable.
- Les poumons, placés immédiatement au-dessous de la colonne vertébrale, sont très-volumineux et figurent deux vessies natatoires ; en les insufflant, Humboldt a reconnu qu’ils pouvaient contenir un volume d’air égal à 1,000 pieds cubes. Ce développement de l’appareil respiratoire pourrait faire supposer que le Lamantin jouit de la faculté de pouvoir rester longtemps sous l’eau ; il n’en est rien cependant, et tous les voyageurs s’accordent à dire que cet animal vient fréquemment à la surface pour respirer et qu’il se tient de préférence dans les eaux peu profondes. Peut-être, comme le dit Humboldt, la pression des autres viscères et principalement de l’estomac et des intestins, généralement bourrés de matières végétales, vient-elle empêcher jusqu’à un certain point le jeu des poumons, qui sont incomplètement protégés par les côtes, et nécessite-t-elle une fréquence inusitée dans les mouvements respiratoires. Comme chez tous les
- Fig. 1. — Fac-similé d’une ancienne gravure intitulée le La me n tin, d’après Liobinet.
- animaux herbivores, les intestins sont très-dévelop-pés; ils atteignent, lorsqu’ils sont déroulés, une longueur de près de 50 mètres.
- Les Lamantins ne sortent point de l’eau pour chercher leur nourriture, et trouvent en abondance le long des rives ou dans le lit même des fleuves les plantes qui leur sont nécessaires. Lorsqu’ils sont repus, ils se couchent dans un endroit peu profond, en tenant le museau constamment hors de l’eau. Ce sont des animaux de mœurs douces, mais à l’intelligence fort peu développée ; ils sont monogames et le mâle semble fort attaché à la femelle, il la défend dans le danger, il l’aide à élever ses petits et, lorsqu’elle vient à mourir, il n’abandonne son cadavre qu'à la dernière extrémité. Les pêcheurs mettent même cet instinct à profit pour s’emparer de toute une famille. D’ordinaire chaque couple ne reste pas isolé, il se réunit à d’autres couples de manière à former des troupes extrêmement nombreuses ; un auteur espagnol prétend même que par le dessèchement subit d’un lac il périt à la fois plus de trois mille Lamantins, et Humboldt rapporte que, dans le cano del manati, ces animaux étaient si abondants, que l’eau était couverte de leurs exeréments.
- Les Indiens de certaines tribus considèrent la chair du Lamantin comme très-malsaine et comme étant de nature à donner la fièvre; les Piraos se cachaient même, paraît-il, pour ne pas toucher aux animaux que Humboldt et Bompland venaient de tuer; les Guamos et les Otomakos se montraient au contraire très-friands de cette viande, dont le goût rappelle, suivant Humboldt, celui de la chair de porc. La viande de Lamantin, salée et séchée au soleil, se conserve pendant toute l’année, et dans certaines parties de l’Amérique on la mange en carême. Gonzalo Oviédo en fait grand éloge et raconte qu’il en a rapporté en Espagne, en 1551, et qu’il en a même offert à l’impératrice : « Cette chair, dit-il, sembla si bonne à tous, qu’ils croyaient manger de la viande d’Angleterre. » Autrefois, les jésuites se réunissaient chaque année, avec les indigènes de leurs paroisses, à Cabruta, au-dessus de l’embouchure de P Apure, pour chasser les Lamantins dont la graisse, connue sous le nom de manteca del manati, servait à alimenter les lampes d’église et même à apprêter les mets. Cette graisse en effet n’a pas l’odeur repoussante de l’huile de la Baleine et de la plupart des Cétacés. La peau du Lamantin est
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- épaisse de 4 centimètres, et, coupée en lannières, donnerait de bonnes courroies si elle n’avait le grave inconvénient de s’altérer dans l’eau; jadis on en faisait les fouets destinés à corriger les esclaves,
- Au moment des grandes inondations, les Lamantins remontent les fleuves et se répandent dans les lacs peu profonds qui communiquent avec ces grands cours d’eau ; c’est alors qu’on leur donne la chasse.
- Fig. 2. — Lamantins (Manatus aus(ralis), d’après des individus apportés vivants en Angleterre.
- Les Indiens montent sur des radeaux ou plutôt encore sur de légers canots qui leur permettent de franchir les passes les plus étroites, et lorsqu’ils sont arrivés près d’une troupe de Lamantins, ils
- lancent à l’animal le plus voisin une sorte de harpon fait d’une flèche emmanchée au bout d’un bâton, et fixé à une cordelelte de 100 brasses de longueur. Le Lamantin blessé fuit de toute sa vitesse
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- avec le harpon dans la plaie, mais, au moyen d’une bouée attachée à la cordelette, il est facile de suivre sa trace, de le harceler, et, quand il est épuisé, de le tirer sur le rivage pour lui donner le coup de grâce. Si l’on en croit les Indiens, cette chasse n’est pas sans danger quand les Lamantins sont en grande troupe, car ils viennent au secours de leur camarade blessé et, dans leurs efforts pour le délivrer, ils font parfois chavirer l’embarcation.
- Comme les Phoques, les Lamantins s’apprivoisent facilement. Martyr, voyageur mort au commencement du seizième siècle, raconte qu’un cacique de l’île Saint-Domingue gardait dans un lac un jeune poisson qui s’appelait manate et qui avait été pris dans la mer ; « il était si apprivoisé, qu’il venait, chaque fois qu’on l’appelait, mangeait le pain dans la main, se laissait caresser, et portait même les gens sur son dos, les conduisant à l’autre rive, partout où ils voulaient. Mais il survint un jour un fort orage, une grande masse d'eau tomba des montagnes dans le lac, celui-ci déborda et le manate retourna dans la mer, où on ne le vit plus. » A part quelques exagérations, ce récit doit être exact ; d’ailleurs un autre auteur, Gomara, rapporte un fait analogue et nous apprend qu’un animal, qui était certainement un lamantin, vécut vingt-six ans dans le lac de Guagnabo, et qu’il y atteignit la taille d’un dauphin. Il s’approchait quand on l’appelait Mato, sortait de l’eau et rampait jusqu’à la maison pour y recevoir sa nourriture. Une fois il transporta dix jeunes gens d’une rive à l’autre sans plonger; mais un jour un Espagnol ayant eu la funeste idée d’essayer la dureté de la peau de cet animal en lui lançant une flèche, Mato refusa désormais d’obéir à l’appel des gens vêtus à l’européenne.
- Enfin, il y a quelques années, en 1869, le docteur R. C. Cuningham a pu observer, au Passao publico (Jardin public) de Rio-de-Janeiro, un Lamantin austral de 4 à 5 pieds de'long, qui était gardé dans un bassin, et qui s’était pris d’une belle affection pour un cygne blanc; dans tous ses mouvements, l’oiseau, qui ne paraissait d’ailleurs nullement effrayé, était suivi par le Sirénien, qui flottait comme une souche à la surface de l’eau. De temps en temps le Lamantin s’approchait du bord et venait prendre, avec ses lèvres curieusement découpées, des touffes d’herbes de la main des visiteurs, ou bien, s’arcboutant contre la margelle du bassin, avançait la tête pour brouter les plantes qui croissaient au bord.
- Nous insisterons moins sur la troisième et dernière espèce de Lamantin, le Lamantin du Sénégal, nommé Lériou par les nègres Yolofs, Ambisiangulo et Casiangoni par quelques tribus de la côte, et Pazzi-Mouller (Poisson-femme) par les colons portugais. La taille de celte espèce est généralement plus faible que celle du Lamantin austral, quoique Adanson ait vu des individus de 8 pieds de long et pesant 800 livres ; la couleur est aussi plus foncée, la forme de la tête n’est pas tout à fait la même, et
- les nageoires présentent sur leur bord quatre ongles distincts. La peau est parsemée de quelques poils raides, de neuf lignes de longueur environ, elle est très-épaisse et repose sur une couche de graisse de près de deux pouces d’épaisseur ; les lèvres sont charnues, la langue est attachée, comme chez les Lamantins d’Amérique, au plancher de la mâchoire inférieure. Les yeux, fort petits, ont l’iris d’un bleu foncé et la prunelle noire ; quant aux oreilles, elles ne sont décelées à l'extérieur par aucune ouverture. De même que son congénère américain, le Lamantin du Sénégal remonte à certaines époques le cours des grands fleuves, tels que le Niger, et arrive jusque dans des lacs situés à une grande distance de la côte ; c’est là que les indigènes viennent le poursuivre et s’en emparent facilement. La chair de cet animal passe pour excellente, et se conserve longtemps lorsqu’elle est salée ; aussi les nègres se livrent-ils à de véritables massacres de ces animaux, dont le nombre a déjà considérablement diminué.
- E. Oustalet.
- DES MARIAGES CONSANGUINS
- A PROPOS D-’UN RÉCENT TRAVAIL DE M. G. DARWIN.
- (Suite et fin. — Voy. p. 278.)
- D’après les recherches dont nous avons parlé précédemment, il fut permis à l’auteur d’admettre que la proportion des mariages contractés entre cousins de mêmes noms est d’environ 0,75 pour 100 des mariages en général. Restait à déduire la proportion des mariages consanguins en général (que les deux conjoints portent le même nom ou des noms différents).
- Le raisonnement seul semble donner une solution, car toute personne peut diviser ses cousins germains en quatre catégories : 1° les enfants des frères de son père ; 2° les enfants des sœurs de son père ; 3° les enfants des frères de sa mère ;.4° les enfants des sœurs de sa mère. — Si ces catégories étaient égales entre elles, le rapport des cousins de mêmes noms aux cousins de différents noms serait en général f. Mais il est facile de voir qu’en moyenne, les catégories ci-dessus ne seront pas égales.
- En effet, on peut admettre qu’en moyenne, deux familles contiennent autant de garçons que de filles. Soient deux familles A et B composées chacune de deux garçons et de deux filles. L’un des garçons A épouse une demoiselle B ; leurs enfants auront pour cousins :
- 1° Les enfants du frère (au singulier) de leur père ;
- 2° Les enfants des deux sœurs de leur père ;
- 3° Les enfants des deux frères de leur mère ;
- 4° Les enfants de la sœur (au singulier encore) de leur mère.
- Et l’on voit que les catégories (1) et (4) seront en moyenne moins nombreuses que les deux autres.
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- 11 était donc permis de conjecturer que le rapport cherché entre le nombre des cousins de mêmes noms et celui des cousins de noms différents était plus petit que 1/3.
- Mais les raisonnements humains sont peu de chose, tant que l’expérience ne vient pas les contrôler.
- Et d’abord, qui nous dit que les familles soient en moyenne composées comme nous l’avons supposé tout à l’heure, et que cet équilibre entre les garçons et les filles existe en moyenne dans les familles. Aucune statistique, à vrai dire, ne permet de nier une telle assertion ; mais la science ne peut pas l’admettre tant qu’aucun document ne permettra pas non plus de l’affirmer.
- Cette statistique, qui, jusqu’à présent, fait défaut, M. Darwin a essayé de la constituer lui-même. Il a envoyé à un certain nombre de familles instruites un questionnaire qu’il les priait de remplir dans l’intérêt de la science; 283 familles consentirent à • lui faire connaître ainsi leur composition. M. George Darwin nous donne les résultats de celte enquête bien incomplète sans doute, vu le petit nombre des observations réunies, mais bien précieuse néanmoins, car c’est la première de ce genre qui ait été entreprise. D’ailleurs, si elle ne nous donne pas la stricte vérité, du moins on peut espérer qu’elle nous en indique vaguement les proportions principales.
- En appliquant aux chiffres qui résultaient de cette enquête le raisonnement que nous citions tout à l’heure, M. Darwin trouve que le rapport des cousins germains de mêmes noms aux cousins germains de noms différents doit être environ de 4/4.
- Une méthode aussi hypothétique demandait à être confirmée par une autre plus directe. M. George Darwin a donc expédié à un certain nombre de particuliers une autre circulaire, dans laquelle il les priait de lui faire connaître les mariages entre cousins qui auraient eu lieu parmi leurs parents les plus proches. Cette seconde enquête confirma la première, et l’auteur se crut en droit d’affirmer que le rapport cherché était compris entre y~r3 et .
- Appliquant ce rapport à la proportion des mariages de mêmes noms, telle qu’elle résultait de ses investigations précédentes, l’auteur arrive à trouver qu’en Angleterre, la proportion des mariages entre cousins germains est environ de 2 à 3 pour 100.
- D’autres recherches, plus directes, mais limitées à de plus petits nombres, sont venues confirmer ce chiffre. Par exemple, M. George Darwin a soigneusement analysé l’armorial anglais et un autre livre de généalogie, le Burkes Landed Gentry. Ces différents moyens d’investigation lui ont donné des résultats à peu près constants, et ils lui ont permis de conclure que la proportion des mariages entre cousins s’abaisse à Londres à 4 1/2 pour 100, mais que, dans les districts ruraux, elle s’élève à 2 1/2. Dans les classes aisées, elle monte à 3 1/2 pour 100, et a sa plus haute expression (4 1/2 pour 100) dans l’aristocratie.
- La seconde partie du travail de M. Darwin consiste en enquêtes exécutées à sa prière dans une vingtaine d’asiles d’aliénés, et dans un certain nombre d’institutions de sourds-muets et de jeunes aveugles. Il a prié les directeurs de ces différents établissements de prendre des renseignements sur la famille de chacun de leurs pensionnaires, afin de savoir dans quelles proportions ces familles étaient consanguines.
- Au premier abord, une question si simple paraît facile à trancher. I/expérieuce, la dure expérience découvre mille détails imprévus qui rendent de telles enquêtes difficiles et incertaines.
- Les directeurs d’asiles ont, en effet, si pou de renseignements sur leurs pensionnaires, que, le plus souvent ils ont été obligés de demander directement à chacun d’eux s’ils étaient issus de consanguins. Or, on devine l’incertitude de leurs réponses; dans les asilçs d’aliénés, les idiots ne répondaient pas, et d’autre part, comment se fier à la réponse d’un fou.
- Ces réserves faites, l’enquête dirigée par M. George Darwin conserve une valeur considérable, grâce au grand nombre d’observations qu’il a su réunir. Par exemple, il a eu des renseignements sur les familles de 4,822 aliénés; on peut affirmer qu’aucun travailleur sérieux n'en avait jusqu’alors réuni une série aussi importante. Sur le nombre, 170 (ou 3 à 4 pour 100) étaient issus de cousins germains. On voit que nous sommes loin des rapports effrayants que M. Boudin avait cru pouvoir annoncer, et que la proportion donnée par M. Darwin s’éloigne de la proportion normale des mariages consanguins.
- L’enquête entreprise par notre auteur dans les institutions de sourds-muets a réuni un nombre bien moindre d’observations. Sur 360 sourds-muets de naissance, dont la famille a pu être connue, 8 seule-ments (soit 2, 2 pour 100) étaient issus de cousins germains. Cette proportion est fondée sur un trop petit nombre d’observations pour mériter toute la confiance d’un statisticien prudent, mais, telle qu’elle est, elle est loin d’être défavorable à la consanguinité.
- On le voit, la seconde partie de l’ouvrage de M. George Darwin apporte quelques éléments précieux pour la solution d’une question qui ne peut être résolue définitivement que par la méthode statistique. Sans doute on n’y parviendra qu’en accumulant les enquêtes restreintes ; elles prendront de la valeur en devenant plus nombreuses et en s’additionnant les uns aux autres, confirmant ainsi l’adage : L’union fait la force.
- Quant à la première partie du mémoire dont nous parlons, elle surprendra sans doute par sa hardiesse. Elle donne un remarquable exemple des conséquences inattendues qu’un statisticien perspicace peut souvent tirer de documents qu’un premier abord ferait rejeter comme puérils. Des méthodes aussi audacieuses doivent sans doute être hasardées à défaut de données plus dignes de foi, mais il faut
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- reconnaître, avec M. George Darwin lui-même, qu’elles ne peuvent donner que des résultats plus ou moins approximatifs.
- Il eût été facile à la Chambre anglaise de faire cesser cette incertitude. Lorsque le recensement de 4871 lui fut présenté, plusieurs savants, parmi lesquels l’illustre Lubbock, proposèrent d’ajouter au questionnaire une ligne relative aux mariages consanguins. Cette proposition si simple et si sage n’excita parmi les députés que des éclats de rire. Les hommes de loi et les marchands qui composent la Chambre n’y virent que l’expression d’une vaine curiosité de savant, et la rejetèrent dédaigneusement.
- Cependant la question des mariages consanguins, si importante au point de vue scientifique, ne présente-t-elle pas en outre un côté pratique qui aurait dû toucher les membres du Parlement anglais? S’il était prouvé que ces sortes de mariages sont dangereux pour la postérité, une société jalouse de sa propre conservation n’aurait-elle pas le devoir, sinon de les interdire absolument, du moins de veiller à ce qu’ils fussent le plus rares possible. Quand donc se doutera-t-on qu’il faut étudier la société avant de songera la gouverner? J. Bertillon.
- YOYAGE DU PRINCE DE GALLES
- DANS l/lNDE.
- Il ne nous semble pas qu’on ait bien compris en France toute l’importance que les Anglais attachaient à ce voyage de l’héritier de la couronne. Dans la pensée du gouvernement anglais celte visite devait avoir un profond retentissement parmi les popula-lions de l’Inde. Si les Hindous ont accepté la domination anglaise, c’est qu’elle est infiniment plus douce et moins tracassière que celle de leurs ancjens rois ; mais il n'en est pas de même pour les populations musulmanes, turbulentes par tempérament aussi bien que par religion, et l’on sentira de quelle importance il était de leur montrer leur futur empereur entouré de tout l’appareil de la force et de la puissance militaire que les progrès des sciences ont assuré aux nations européennes. On n’a donc rien ménagé pour produire l’impression que l’on attendait : on a choisi parmi les horse guanls les plus beaux de ces beaux cavaliers au splendide costume pour servir d’escorte au prince de Galles dans les cérémonies officielles ; on a aménagé avec un luxe inouï un navire spécial, le Sérapis, pour porter dans l’Inde le fils aîné de la reine Victoria ; enfin, on a réuni dans les provinces qui ont été le théâtre de la sanglante révolte de 1857 tout un corps d’armée, sous les ordres du vainqueur de Magdala, le général lord Napier. Auprès des Hindous et des Cinghalais l’affabilité du prince devait réussir; on comptait surtout auprès des populations des districts plus
- récemment annexés sur l’imposant spectacle militaire; les Anglais n’auront été trompés nulle part, et ils peuvent compter sur le loyalisme de tous leurs sujets et de leurs vasseaux, au moment où les agrandissements des Russes pouvaient leur faire craindre quelque nouvelle complication.
- Nous ne dirons rien du commencement du voyage du prince de Galles, ni de l’accueil qu’il a reçu à Athènes, ni de ce qu’il a vu de l’Égypte, ce sont là pays aujourd’hui trop connus; l’intérêt véritable au voyage ne commençant, à proprement parler, qu’à Aden, dont l’importance, depuis le percement de l’isthme de Suez, est encore devenue plus considérable. Aussi le gouvernement anglais a-t-il entassé dans le fort un immense matériel de guerre, a-t-il porté la garnison à 1400 hommes installés dans des campements, a-t-il creusé dans le roc d’immenses réservoirs ou citernes qui peuvent, dit-on, approvisionner d’eau la garnison pendant trois ans. Le prince de Galles, à la vue du débarcadère orné de colonnettes en bois peint et d’arcades faites de. feuilles de palmier, devant une trentaine de maisons à peine, rangées en demi-cercle, qui se détachaient sur les rocs pelés, nus et brûlés d’Aden, ne pouvait soupçonner, au premier abord, l’importance de la ville, des forts et de la garnison qu’il venait visiter. Mais ce n’était, pas l’Inde encore; les types qu’il avait sous les yeux, il avait déjà pu les voir à Suez lorsqu’il l’avait quittée le 27 octobre ; il lui fallut mettre le pied à Bombay pour se sentir véritablement dans un monde nouveau, comme types, comme mœurs, comme croyances, pour se sentir en un mot à l’étranger. Mais aussi quelles étranges physionomies ne ressemblant à rien de ce que l’on connaît, quel singulier costume que ces draperies enroulées autour du corps, quelles coiffures que ces turbans indescriptibles, variés de forme et de couleur, quel ciel, quelle végétation, quelle couleur et quel soleil ! Bombay sur une population de 600 000 habitants n’en compte pas moins de 45 000 sectateurs de Zoroastre. Les Parsis, qu’on a surnommés les juifs de l’Inde, sont costumés de la plus singulière façon et sont facilement reconnaissables à leur turban d’une forme particulière et à leur pantalon cylindrique. A côté de costumes éclatants, chargés de broderies et de diamants, on trouve partout dans l’Inde des gens à demi nus, et il est une remarque que nous avons souvent rencontrée dans les récits des voyageurs, c’est que cette nudité ne choque pas et que plus un homme est foncé de peau, plus il a l’air babillé. Le prince de Galles fut reçu au débarcadère à Bombay par une réunion des plus puissants et des plus riches souverains dépossédés, le guicowar de Baroda, les maharajahs d’Odeypoore et de Mysore, le rajah de Kolapore et bien d’autres, aux costumes chargés à l’envi de diamants et de pierres précieuses. Si la cordialité et la simplicité du prince, saluant individuellement les rajahs qui luj étaient présentés, et adressant à quelques-uns de ces paroles qui prouvent qu’on les connaît, firent une
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- VOYAGE DU PRIÏS'CE DE GALLES DANS L’IINDE
- Le prince
- de Galles montant sur un éléphant. D’après le croquis d’un artiste attaché a l'Expédition.
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- LA N AT U HL.
- excellente impression sur ces grands dignitaires, il en fut de même pour la foule immense que, sur son parcours de quatre kilomètres, dut fendre la voiture qui portait le prince. A quoi bon décrire les arcs de triomphe, les inscriptions louangeuses, les illuminations composées de cordons de gaz, de guirlandes gigantesques de lampions, de milliers de lanternes transparentes qui éclairaient, comme en plein jour, un espace de dix-sept milles carrés. Dirons-nous la fête offerte dans le palais du vice-roi, à 10000 bambins des deux sexes, les dîners, le bal brillant offert par le club, >et ces autres cérémonies auxquelles échappe à grand’peine tout prince en voyage, une pose de première pierre, etc? Ce sont là spectacles que nous avons vus longtemps à Paris, mais qui prennent dans ce pays féerique, au milieu de ces populations avides de mouvement, un caractère tout particulier d’étrangeté, un ragoût qu’apprécient particulièrement les princes habitués à la banalité, au convenu de nos réceptions européennes. En quittant Bombay pour Baroda, le prince de Galles avait deux buts : passer en revue une dizaine de régiments qui y sont cantonnés, et rendre visite au jeune gui-covvar. Baroda, située à 247 milles dans le nord, est le chef-lieu de la principauté la plus importante de la présidence de Bombay. Le priuce a gagné cette vieille cité pleine de monuments antiques par le chemin de fer, à travers un passage montagneux d’une beauté sauvage; au débarcadère l’attendaient des éléphants richement caparaçonnés qui l’ont conduit dans la ville. Sur la route une foule immense, entassée, ne savait de quelle manière témoigner au futur empereur des Indes sa joie et son enthousiasme. C’est pendant celte visite qu’eurent lieu ces fameux combats d’éléphants et de rhinocéros qui ont défrayé la presse entière et que les journaux illustrés se sont plu à représenter. 11 faut avouer du reste que, malgré toutes les excitations possibles, malgré les coups de lance et les chandelles romaines, les éléphants et les rhinocéros, troublés sans doute par la venue du prince, refusèrent obstinément d’en venir aux coups ; seuls les buffles et les béliers consentirent à lutter, à faire retentir l’air du bruit de leurs têtes entrechoquées. La fête se continua par un curieux défilé d’antilopes, de gazelles, de brebis, de singes, d’oiseaux, de tigres, etc. Le 20 novembre on donna au prince le spectacle d’une chasse aux gazelles. Ces animaux, très-nombreux dans les environs de Baroda, ne sont pas effrayés des charrettes des paysans qui sillonnent continuellement la campagne; aussi, et ce n’est pas ce qu'il y eut de moins curieux, se servit-on de ce véhicule. Les chasseurs y étaient cachés et lorsqu’ils n’étaient plus qu’à une centaine de mètres des gazelles, ils déchaperonnaient le guépard, qui ne tardait pas en quelques bonds à saisir les animaux fugitifs. 11 y eut aussi une chasse aux faucons, mais ce genre de sport est trop connu pour que nous nous y arrêtions. Gabriel Marcel.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Ei’exposition scientifique de Kensington h Londres. — Une nouvelle exposition scientifique d’un très-haut intérêt vient de s’ouvrir à Londres, le 1" avril, au Soulh-Kensington-Muséum. Elle comprend tous les appareils et instruments pouvant servir à montrer les méthodes scientifiques employées à diverses époques et forme ainsi une histoire vivante et pittoresque des progrès accomplis par l'esprit humain dans le domaine de la science. L’exposition se divise en cinq sections (mécanique-physique, chimie, géographie, physique et biologie) ; elle est organisée par l’initiative du gouvernement britannique qui a pris à sa charge tous les frais d’envoi et d’assurance, des objets exposés à l’aller et au retour.
- Le comité français se compose de plusieurs membres de l’Académie des sciences, parmi lesquels on remarque MM. Becquerel, de Quatrefages, Dumas, Leverrier et le général Morin, directeur du Conservatoire des arts et métiers.
- L’exposition n’est pas encore complètement organisée, mais elle promet d’être très-belle. On est déjà sûr de montrer au public une collection de machines et un cabinet de physique comme on n’en a jamais vu, tant poulie nombre que pour la variété des objets exposés et méthodiquement classés. La collection des objets d’enseignement scientifique est aussi des plus remarquables. Le cabinet de chimie de l’exposition est non moins vaste et beau, et la collection historique renferme des instruments employés par Bayle, Priestley, Dallon, Watt, Ilerschel aîné, Lavoisier et Ampère. On a fait des démarches pour obtenir de l’Italie les télescopes et les aimants employés par Galilée, mais ces reliques sont si précieusement gardées, qu’on ni’ sait pas encore si le gouvernement italien consentira à leur déplacement. On espère, dit le Temps, avoir dans la collection des instruments employés par Torricelli, Volta, Galvini, Tycho-Brahé, Van Maruin et les premiers inventeurs du microscope. Nous décrirons prochainement un certain nombre de ces curieux objets.
- Ln jardin d’acclimatation à Cannes. — La
- Société d’acclimatation, qui possède déjà un jardin à Hyères, songeait depuis quelque temps à créer dans la ville de Cannes un établissement d’expérience et d’agrément. Ce projet va se réaliser. La municipalité de la ville de Cannes, appréciant à leur juste valeur les avantages que doit amener pour celte ville la création du jardin projeté, a concédé pour cinquante années à la Société un terrain d’une superficie de 10,000 mètres environ. Le nouveau jardin, abrité contre les vents du nord et de l’ouest, mais ouvert au midi, placé par conséquent dans des conditions d’exposition qui en font une sorte de serre découverte, sera très-favorable à la culture des végétaux originaires des contrées plus chaudes que la nôtre.
- Un pied de vigne colossal. — Le plus grand pied de vigne qui soit au monde se trouve près de Santa-Bar-bara, en Californie. Le tronc de cet arbre a près de quatre pieds de circonférence à sa base et conserve la même grosseur jusqu’à la hauteur de huit pieds. A ce point, la vigne se divise en plusieurs branches qui couvrent une surface d’environ 4000 pieds carrés. L’année dernière elle a produit douze mille livres de raisin. On estime qu’elle est âgée de 35 à 50 ans. Elle est la propriété d’une vieille femme espagnole.
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- BIBLIOGRAPHIE
- Études sur les fibres textiles végétales, par M. Vétillart, sénateur. 1 vol. in-8\ — Paris, Firmin-Didot, 1876.
- Reconnaître la nature des filaments dont se compose une toile, un fil, un cordage, tel est le problème que s’est proposé l'auteur de ces études. 11 y est parvenu avec une certitude mathématique, à l'aide du microscope employé concurremment avec certains réactifs qui déterminent des colorations variant suivant la nature des libres soumises à ces essais. Les planches qui accompagnent l’ouvrage montrent comment, à l’aide de formes que révèle le microscope et les colorations dont nous venons de parler, l’œil le moins exercé peut arrivera différencier les fibres végétales textiles par une simple inspection. Les six.premières planches font comprendre comment ces fibres se trouvent disséminées dans l’écorceou dans les feuilles des végétaux. Les trois dernières ont pour but de faire ressortir les caractères qui distinguent neuf d’entre elles qui sont les plus communément employées. Les fibres sont examinées dans leur longueur, mais surtout à l’aide de tranches minces, pratiquées perpendiculairement à leur axe. Ce dernier mode d’investigation, qui est particulier à l’auteur, forme la partie la plus neuve et la plus originale de ces recherches. L’auteur étudie spécialement un certain nombre de fibres textiles, parmi celles qui présentent le plus d’intérêt ; il les décrit minutieusement et il montre comment ses recherches permettent non-seulement de les distinguer, mais encore de reconnaître la valeur intrinsèque de chacune, par l’observation de leur forme, de leur structure, de leur longueur et de la nature de la substance qui les compose. Quant à la valeur du procédé en lui-même, il suffit de dire qu’il a été approuvé par l’Académie des sciences, sur un rapport présenté par MM. Chevreul, Decaisneet Dupuy-de-Lôme. Le ministère de la marine l’a adopté pour vérifier les fournitures faites à l’État. Les ministres de la guerre et du commerce ont honoré, par des souscriptions, cet ouvrage qui présente un intérêt réel et pratique, en permettant de dévoiler toutes les fraudes qui peuvent se commettre dans les produits composés de textiles végétaux.
- Les villes mortes du golfe de Lyon, par Ch. Lenthéric. — 1 vol. in-18, avec 15 cartes et plans. Paris, E. Plon, 1876.
- Le littoral du golfe de Lyon est un véritable pays bas. Toutes les villes mortes de l’ancienne Narbonnaise ont été des cités lacustres baignées par les eaux des lagunes primitives. C’est par là que sont venues la civilisation grecque et la colonisation romaine; c’est là qu’ont abordé les premiers apôtres du Christianisme et que les flottes des croisés se sont réunies pour faire voile vers l’Orient. On comprend dès lors tout l’intérêt qui s’attache au livre remarquable que M. Ch. Lenthéric vient de publier.
- Nouveau système du monde, par Eug. Lavaux. — 1 vol. in-8°. Paris, 1876.
- Mémoire sur les occultations d'étoiles par les planètes, par J.-A. Normand. — 1 broch. in-4°. Paris, Gauthier-Yillars, 1876.
- L'assainissement de Paris, par le docteur P. de Pietka Santa. — 1 broch. in-18. Paris, Lachaud et C°, 1876.
- Instruction pratique sur les moyens à employer pour combattre le phylloxéra et spécialement pendant l’hiver, par les membres de la commission du phylloxéra, de
- l’Académie des sciences, MM. Dumas, Milne Edwards, Duciiatre, Blanchard, Pasteur, Thénard et Bouley. — 1 broch. in-4°, Paris, Gauthier-Yillars, 1876.
- Les travaux mécaniques pour le percement du tunnel du Golhard, par le prof. Colladon. — 1 broch. in-8°. Genève, 1876.
- Indications générales sur les vignobles des Charenles, par Maurice Girard. — 1 broch. in-4°, avec cartes. Paris, Imprimerie nationale, 1876.
- Arithmetic adapied to the Course of instruction usualle pursued, by A. Towne. — 1 vol. in-18. Louisville, hY. J. Morton et C°, 1876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- émee du 3 avril 1876. — Présidence de M. le vice-amiral finis.
- Encore une fois l’Académie a cru ne pas devoir tenir de séance : le désintéressement des choses de la science étant considéré comme un hommage rendu aux savants qui meurent, la vacance d’aujourd’hui a été décidée en l’honneur de M. Balard, décédé vendredi et enterré ce malin même. Il faut dire que pour obtenir cette marque de regrets, un membre de l’Académie doit encore choisir le moment de sa mort ; tout le monde se rappelle que, le jour même des funérailles de M. Brongniart, l’Académie a tenu sa séance, et cela seulement parce que la semaine précédente la perte de MM. Andral et Séguier l’avait conduite à se proroger.
- Le nom de M. Balard est indissolublement lié à la découverte du brome, c’est-à-dire à l’un des faits qui, sans compter l’accroissement de richesses qu’il a fourni, ont le plus contribué à asseoir les classifications chimiques maintenant admises. C’est donc un grand chimiste que la science vient de perdre ; c’était en même temps un excellent professeur, et l’on se souvient de l’ardeur foute méridionale qu’il apportait à ses leçons de la Sorbonne et du Collège de France. Il a très-peu publié et n’a point écrit de livres ; les discussions auxquelles il s’est mêlé à l’Institut sont peu nombreuses, mais on peut en citer parmi elles qui furent bruyantes. Dans la question des générations spontanées, M. Balard défendit toujours M. Pasteur avec un parti pris et une exagération qui ont frappé tout le monde, même les adversaires les plus décidés de l’hétérogénie. Lors de la malheureuse affaire des autographes de M. Chasles, c'est M. Balard qui certifiait le grand âge des encresemployées la veille même par Yrain-Lucas et compagnie et exécutait à cet égard des expériences plus probantes les unes que les autres.
- Enfin nous ne pouvons laisser passer ce sujet sans rappeler que Biot, l’homme probe par excellence, consacra une note fulgurante à combattre, d’ailleurs sans succès, la candidature de M. Balard, au Collège de France, où se présentait en même temps que lui l’immortel Auguste Laurent. On sait que M. Balard, déjà professeur à la Sorbonne et à l’Ecole normale, obtint cette troisième chaire, et Laurent, déjà fatigué, dut se satisfaire du poste d’essayeur à la Monnaie, où la phthisie, favorisée par les mauvaises conditions hygiéniques des laboratoires de la rue Guénégaud, vint l’arracher bientôt à ses travaux.
- M. Balard, né en 1802 à Montpellier, fut successivement pharmacien, puis professeur au College, à l’Lcole de
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- LA NATURE.
- pharmacie et à la Faculté des sciences de cette ville. C’est à la suite de la découverte du brome, c’est-à-dire après Un26 qu’il fut appelé à Paris. 11 était inspecteur général de l’Enseignement supérieur. Stanislas Meunier.
- LES FLEURS DE LA GLACE
- Depuis bien des siècles sans doute on remarque et ou admire les dessins variés que la cristallisation de l’eau opère sur les vitres pendant les nuits glaciales de l’hiver; depuis longtemps aussi on a essayé de reproduire, par le dessin, ces singulières Heurs de la glace; mais le plus sur moyen de les obtenir exactement, c’était certainement d’essayer de les photographier.
- C’est ce qu’a récemment tenté de taire M. A. Martin-Flammarion, beau-ii'ère de notre collaborateur, et, d’après la gravure que nous reproduisons d’après son cliché, nos lecteurs pourront constater avec nous qu’il y a admirablement réussi.
- Ne croirait-on pas voir un magnifique bouquet de délicates fougères brodé sur un léger rideau de lumière et d’ombre? Chacune de ces fleurs nous présente ses blanches pétales imbriquées sur des angles de 60 degrés, ou multiples de ce chiffre, tels que 120, 180, 240 et 300. Un rayon de chaleur les disperse, un souffle d’air glacé les reconstruit. Nous ne croyons pouvoir mieux accompagner notre gravure qu’en rappelant quelques passages poétiques dus à M. Tyn-dall sur ces merveilleuses fleurs de glace. « Solide, liquide, ou gaz, dit le savant anglais, l’eau est une des substances les plus admirables de la nature. A toutes les températures supérieures à zéro, le mouvement de chaleur est snflisant pour tenir les molécules de l’eau dégagées de leur union rigide; mais à zéro le mouvement est si réduit, que les atomes
- s’accrochent les uns les autres, et s’unissent en un solide. Cette union, toutefois, est soumise à des lois. Pour la plupart un bloc de glace ne paraît pas présenter plus d’intérêt et de beauté qu’un bloc de verre ; mais pour l’esprit éclairé du savant la glace est au verre ce qu’un oratorio de Ilændel est aux cris de la rue ou du marché. La glace est une musique, le verre est un bruit ; la glace est l’ordre, le verre est la confusion. Dans le verre, les forces moléculaires ont abouti à un écheveau embrouillé, inextricable ; dans la glace elles ont su tisser une broderie régulière. »
- Après avoir révélé, par l’expérience, la structure cristalline de l’eau solidiliée, M. Tyn-dall fait ressortir de cette structure admirable. « Peu de personnes, dit-il, sont initiées aux beautés cachées dans un bloc de glace ordinaire et cependant, la nature opère ainsi dans le monde entier. Chaque atome de la croûte solide qui couvre les lacs glacés du Nord a été fixé suivant cette même loi. La nature dispose ses rayons avec harmonie, et la mission de la science est de purifier assez nos organes pour que nous puissions saisir ses accords. «
- 11 y a quelques années, un chimiste distingué, M. Haas, est parvenu à fixer sur le verre les curieuses arborescences des fleurs de la glace. M. Haas expose au froid une lame de verre horizontale, recouverte d’une mince couche d’eau, tenant en suspension de la poudre d’émail. Le givre se forme, et, quand la glace est évaporée, on a des arborescences d’émail ; en portant autour la vitre ainsi préparée, l’émail, en fondant, fixe d’une façon durable et permanente les cristallisations du givre.
- Le Projirictaire-Gérant : G. Tissanliei;. Typographie I.aliure, rue île Fleurai, 9, à Paris.
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- N° 150.
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- L’HIRONDELLE DE MER MOLSïAC
- ( Hydro-chelidon hybridus )
- ET SON NID FLOTTANT.
- Le docteur Regland, dans son Ornithologie d’Europe, est le premier auteur qui lasse mention du remarquable nid de ces oiseaux peu connus, d’après une note de Crespond, naturaliste de Nîmes. Celui-ci (1841) en vit dans un marais des environs de cette ville, mais il donne à ces nids une forme sphérique que je n’ai pas retrouvée dans ceux qu’il m'a été donné d’étudier. Aussi, les observations nouvelles
- que nous allons publier nous semblent-elles de nature à intéresser les lecteurs.
- Déjà en 1847, au mois de juin, j’avais eu occa-casion de tirer une femelle de Moustac isolée qui voltigeait sur un des étangs de Saône-et-Loire, près du château de Terrans; plus tard, en 1862, j’avais tiré en août un vieux mâle faisant partie d une bande de six retardataires, reste d’une grande troupe qui, dans le mois de juin de cette année, avait niché sur un étang; mais le gardien de la pèche les en avait éloignés, sous prétexte que ces oiseaux y dévoraient du poisson ; mon bateau de chasse avait même servi à cet homme pour détruire à coup de rames les nids qui s’y trouvaient, et pas un des œufs n’avait été
- L’hirondelle Moustac.
- conservé. On me dit cependant qu’ils ressemblaient beaucoup comme volume et couleurs à ceux de la corneille ordinaire. C’était déjà un indice précieux pour m’exciter à tenter de nouvelles recherches sur un sujet jusqu’ici fort obscur.
- Le 29 juin 1874, ayant appris que les étangs du canton de Pierre (Saône-et-Loire) contenaient un grand nombre d’hirondelles Moustac, nous nous y engageâmes en barque. En manouvrant pour faire traverser les hautes herbes à notre bateau, notre présence attira bientôt sur nous l’attention de quelques hirondelles ; cette violation de leur domicile, bien loin de les épouvanter, et par conséquent de les faire luir, nous procura l’avantage de les examiner de très-près; il en arrivait de toutes les parties de l'étang.
- Le mâle de cette espèce est un peu plus grand que la femelle, il mesure vingt-six centimètres, son plu-
- 4* année, — 1er semestre.
- mage au printemps est généralement brun cendré, plus foncé sur les parties inférieures, qui semblent noires : queue très-peu fourchue, tête et cou noir, bec et pieds rouge de brique. En automne, le noir de la tête et du corps est tapiré plus ou moins de blanc.
- Les sujets de l’année sont blanc dessous, brun clair sur les régions supérieures avec des taches brunes à bordures rougeâtres, bec brun rougeâtre à la. base, pieds couleur de chair iris-brun.
- A notre arrivée dans la région des nids, nous fûmes littéralement assaillis par une nuée de ces oiseaux; il y en avait au moins deux cents, et nous étions assourdis par leurs cris répétés. Ils volaient autour de nous eu décrivant de grands circuits dans l’atmosphère et beaucoup d’entre eux devinrent si hardis, qu’ils nous effleuraient la tête de leurs longues ailes, au point
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- LA NATURE.
- qu’armé d’une simple baguette j’aurais pu en abattre un grand nombre. Les nids que je pus apercevoir étaient énormes et ressemblaient à des pyramides cylindro-coniques. Il y en avait une vingtaine dans un espace déterminé et éloignés les uns des autres de huit à dix mètres : ils contenaient bien en vue sur leur sommet, soit des poussins, soit des œufs, mais toujours au nombre de trois. Ces oisillons, d’une belle couleur jaune doré, venaient seulement d’éclore, et saisis de crainte à notre approche, ils se jetèrent résolument à l’eau dans le but évident de nous échapper. On les voyait nager avec célérité pour chercher un abri ; aucun ne plongea, pas mêmeuri sujet âgé d’environ quinze jours, recouvert déjà de quelques plumes, qui, au premier bruit de notre approche, s’était empressé de nous fuir également, mais le sillage occasionné par la rapidité de ses mouvements attira notre attention ; poursuivi à force de rames et se voyailt atteint, il s’allongea sur l’eau' et garda l’immobilité la plus complète jusqu’au moment où on le saisit ; alors il se mit comme en défense, cherchant à frapper à coups de bec, et criant ses appels de secours, qui nous ramenèrent le tourbillon d’hirondelles sur nos têtes.
- Les matériaux dont les nids étaient formés consistaient en rameaux fistuleux de la ligne aquatique, de feuilles et côtes de la sagittaire et de brindilles de trèfle d’eau, plantes qui croissent abondamment en ces lieux. Le diamètre de l’édifice, à sa base vers la ligne de flottaison, pouvait avoir 35 à 40 centimètres, la portion conique s’élevait d’environ 25 centimètres, son diamètre, au sommet, formant cuvette, environ 15 centimètres, la partie submergée plongeait d’environ 35 centimètres. Cette disposition merveilleuse est donc susceptible de remplir toutes les conditions voulues de stabilité ; en effet on y voit une base très-large dont le poids s’augmente au fur et à mesure que les plantes qui la composent s’imbibent et pourrissent sous l’action de la température élevée de l’eau à cette époque de l’année, poids beaucoup plus considérable que toute la portion du nid qui fait saillie. C’est donc tout ce qu’il faut en effet pour que l’édifice, charrié par les vents ou secoué par les vagues, ne puisse chavirer. Il est même probable que cette disposition savante a uniquement pour but de préserver seulement les œufs du naufrage pendant le temps de l’incubation, car, comme nous l’avons déjà vu, les poussins, très-bons nageurs dès leur naissance, savent très-bien pourvoir à leur salut. Du reste, ces nids, constamment de plus en plus lourds, ne tardent pas à sombrer, puis-qu’à la fin d’aoùt je n’ai pu en retrouver aucun.
- Cette accumulation de nids sur un même point prouve que l’iiirondelle de mer Moustac aime la vie en société; qu’ainsi rassemblés ces oiseaux doivent s’entre-aider pour la construction des nids, car de tels édifices exigeraient d’un seul couple, pour la réunion d’une aussi grande masse de matériaux, infiniment trop de peines et de temps : en outre,
- ainsi réunis ces oiseaux peuvent-ils encore se prêter aide et assistance pour défendre leur progéniture.
- Mais comment se fait-il que pour une vingtaine de nids seulement l’attroupement des oiseaux était si considérable ? Il est possible que, dans l’espèce, les mâles soient toujours plus nombreux que les femelles, ou que beaucoup de ces dernières ne se disposent à nicher qu’à une époque différente sous un autre climat.
- Nous ferons observer en terminant que ce qui frappe d’étonnement l’observateur dans l’étude des mœurs des oiseaux du genre Sterne, dont nous nous occupons, c’est la différence tranchée qui existe entre les habitudes ; les uns construisent d’énormes nids flottants et ne vivent, paraît-il, que de frai de poissons, d’insectes et voire d’an-nélides, comme les Moustacs, qui s’assemblent encore en grand nombre sur un point choisi; les autres, comme l’hirondelle de mer Pierre Ga-rin, qui nous arrive régulièrement par couples au printemps, vit dans l’isolement et se cantonne sur les graviers du Doubs, où elle niche en y déposant à nu et sans nid apparent trois œufs, dont le soleil fait en bonne partie les frais d’incubation. Ces oiseaux ne couvent bien en effet leurs œufs que pendant la nuit et les journées pluvieuses; les poussins de leur côté ne se jettent pas à la nage, mais courent sur les graviers entre lesquels ils se blotis-sent au moindre danger. Leur genre de vie est exclusivement consacré à la poursuite de petits poissons qu’ils pêchent très-habilement, en rasant l’eau de leurs ailes pùissantes. R...
- L’EXPLORATION DE L’AUSTRALIE
- DE 1829 A 1875.
- L’honneur d’avoir découvert l’Australie a été longtemps décerné au hollandais Dirk Ilartog qui, le 25 octobre 1616, atterrit à la pointe occidentale de l'île et l’appela terre à'Endraght, du nom du navire qu’il montait. On sait aujourd’hui que les Français d’abord, puis les Portugais et les Espagnols1 ont devancé leurs compétiteurs. Des traditions qui ont cours parmi les indigènes attribuent, d’ailleurs, aux Chinois la première découverte de l’île ; ce qu’il y a de certain c’est qu’en 1851, on découvrit sur le littoral australien des avirons et d’autres engins nau-
- 2 Dans un mémoire intitulé Further facts in tlic carly cliscovery of Amtralia> M. Major établit la priorité des Français d’une façon indiscutable, d’après une carte, signée d’Oronce Finé, de Besançon, que possède le Muséum britannique et qui date de 1551. Les titres des Portugais reposent sur une série de cartes qui portent, avec le nom de John Rotz, le millésime de 1542, et qui font également partie des collections du Muséum. Enfin, les papiers trouvés en 1762, à Manille, par M. Datrymple, prouvent qu’en 1606, l’Espagnol Yaës de Torrès avait donné dans le détroit qui porte son nom et l’avait exploré pendant deux mois.
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- LA NATURE.
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- tiques de forme chinoise, à n’en pas douter, qui étaient enfouis à de grandes profondeurs et recouverts d’alluvions fournissant la preuve incontestable qu’il s’était écoulé un long temps depuis leur abandon.
- Vingt-six ans après Ilartog, un de ses compatriotes, Abel Jannsen Tasman, contourna, mais sans y toucher, la Nouvelle-Hollande, ou la grande terre du Sud, comme on continuait encore de l’appeler, suivant l’idée favorite des géographes d’alors, qui, depuis les voyages de Colomb, n’avaient cessé de croire à un grand continent austral, qu’ils regardaient comme un cont repoids nécessaire au massif des terres de l’autre hémisphère. Tasman découvrit au sud une grande île, celle qui avoisine la pointe sud-est du continent australien. En l’honneur du gouverneur général des Indes néerlandaises, il l’appela terre de Van-Diemen, car il la prenait pour une portion de terre ferme, et cette méprise a subsisté longtemps après lui. Depuis lors, l’Australie sembla dédaignée des navigateurs, et, lorsqu en 1770 Cook y aborda, toute la côte orientale, sur une étendue de 32 degi’és, soit plus de 1,900 milles marins, restait totalement inconnue. Cette côte est toute hérissée, vers sou extrémité septentrionale, de récifs qui en rendaient l’exploration très-difficile. Cook l’avait presque achevée néanmoins lorsque, dans la nuit du 10 au 11 juin, son navire donna sur une roche sous-marine et y resta encloué. Il fallut vingt-quatre heures d’efforts presque surhumains pour l’en dégager, mais ce choc avait dépouillé YEndeavour d’une partie de sa doublure et de sa fausse quille : il dut gagner au plus vite un mouillage prochain, pour se réparer et remettre le cap sur l’Europe.
- Dix-lmit ans plus tard, le capitaine Philips jetait sur les rivages'de Botany-Bay 760 convicts, quelques marins et quelques militaires, en tout 1,017 personnes, qui ont été le noyau d’une colonie parvenue, dans l’espace de quatre-vingts et quelques années, à une prospérité vraiment extraordinaire. Jusqu’en 1815, toutefois, la colonisation végéta dans le sud-est de l’île et s’arrêta au pied des montagnes Bleues, comme devant une barrière infranchissable. Vues de Sydney, ces hauteurs semblent une lisière de petites collines se distinguant à peine du sol : en réalité elles atteignent 900 mètres d’altitude et opposent aux voyageurs de profondes coupures, des roches abruptes, des passes inextricables et que les indigènes, d’ailleurs, se refusaient à indiquer. Quand M. Evans eut franchi la passe Kangeroo, qui s’ouvre presque en droite ligne devant le port Jakson, les défrichements s’étendirent dans la plaine de Bathurst, mais, se ramifiant toujours à l’ouest, dans les vallées du Murrumbridge, du Lachlan, du Dar-ling. La première expédition de Slurt(1829), montra que ces rivières venaient grossir le Murray, fleuve qui se jette dans la baie Encounter et qui est le récipient des eaux du versant occidental des montagnes bleues. Pendant trente-trois jours, Sturt descendit le Murray et atteignit le lac ou lagune Alexandrina, qu’une
- barre de sable sépare de la mer, dont le voyageur entendait les vagues bruire au loin. Il ne lui restait plus que de faibles provisions ;. il dut songer au retour, et ne l’accomplit pas sans de grandes fatigues et des privations énormes.
- Quelques années plus tard, l’exploration des plaines fertiles qui s’étendent entre le Murray et le golfe Spencer fit naître la colonie d’Adélaïde, et, de ce moment, une préoccupation s’empara, pour ne plus le quitter, de l’esprit des colons. Ceux du sud cherchèrent une communication vers l’ouest ; ceux de l’est un débouché vers le nord. Ces derniers s’imaginèrent qu’ils le trouveraient dans quelque grand cours d’eau et qu’ils pourraient remplacer, par cette voie fluviale, la traversée entre Sydney et la mer des Moluques, que le détroit de Torrès et la grande barrière de corail rendent si périlleuse. Pendant deux années (1840-1841), Eyre pénétra dans la région du Torrens, vaste dépression qui mesure quatre degrés en latitude, et presque autant en longitude, et qui renferme de nombreux lacs salés ; puis il s’engagea dans la terre de Nuyts, long enfoncement du littoral, privé de havres, de haies, d’abris, sans que ses privations et ses dangers aboutissent à un autre résultat que de mettre en évidence la parfaite désolation de cette zone. Un jeune naturaliste allemand, Leich-hardt, qui s’était rendu en Australie en 1842, fut plus heureux : il reconnut, deux ans plus tard, le pays compris entre la haie Moreton, qui occupe à peu près Je milieu de la côte orientale, et Port-Essington, qui est le point le plus septentrional de la côte septentrionale, à l’ouest de l’immense golfe de Carpen-tarie.
- Cette exploration dura une quinzaine de mois, et Leichhardt avait coupé obliquement tout le nord-est de l’Australie sur une longueur, à vol d’oiseau, de 1,900 milles. Enhardi par ce premier succès, Leichhardt s’offrit à traverser l’Australie tout entière dans sa plus grande longueur, de l’est à l’ouest. Il partit, à cet effet, de Brisbane, sur la baie Moreton, au commencement de 1848, et au mois d’avril de cette aunée ses lettres le montraient arrivé sur les bords de la rivière Cagoon, à 300 milles de Brisbane. Depuis on n’a reçu de lui et de ses compagnons aucune nouvelle, et ce fut seulement en 1858 qu’un des frères Gregory retrouva les premières traces de son expédition, près de la rivière Victoria.
- L’année 1848 est restée tristement célèbre dans les fastes des explorations australiennes. On avait reconnu que la rivière Victoria, qui d’ailleurs manque d’eau, se dirigeait vers la côte méridionale et dès lors la recherche d’une grande communication fluviale entre le nord et l’est devenait presque puérile ; mais les voies terrestres ne semblaient pas encore fermées. La base de la péninsule allongée d’York, qui forme les rivages orientaux du Carpentarie, at-lira l’attention, et un colon se chargea d’y pénétrer ; Partant de la partie septentrionale de la presqu’île, Kennedy se dirigea au sud sur la haie de la Princesse Charlotte, où un navire de guerre l’attendaiL Six
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- mois plus tard, les marins de Y Albion recueillaient un indigène nu, couvert de blessures, mourant de faim. Ses premiers besoins apaisés, il fournit sur l’expédition les détails les plus navrants. Dès sou début, elle avait rencontré des buissons qui avaient entravé sa marche et, plus tard, ses faibles provisions épuisées, force avait été d’abattre tous les chevaux. Tous les hommes, à l’exception de trois Européens et de l’indigène avaient alors refusé de pousser plus avant. Finalement, Kennedy se trouva réduit à rebrousser chemin ou bien à poursuivre sa route avec l’indigène seul. Ce fut ce dernier parti qu’il adopta, mais pour recevoir, dans une rencontre avec des indigènes, une blessure mortelle et expirer sous les yeux de son fidèle compagnon. On n’a retrouvé ni ses papiers ni ses restes mortels.
- Primo avulso, non déficit Alter. — La mauvaise fortune de Leichhardt et de Kennedy n’empêcha point les frères Gregory, les Iloë, les Austin, les Babbage, les Morton, de fouiller, pendant les douze années qui suivirent, les déserts du centre, de l’ouest et de l’est. Forcé de m’eu tenir aux résultats les plus essentiels, je passe à regret sur leurs courses et j’arrive à la première traversée du continent australien, de Melbourne au golfe de Carpentarie.
- Elle a coûté la vie à son auteur, l’irlandais Thomas O’Hara Burke, qui, après avoir été cadet à Woolwich et volontaire au service autrichien, vint, en 1 849, s’établir en Australie. Parti de Melbourne le 20 août 1860, accompagné de dix-sept personnes, et suivi de vingt-cinq chevaux, d’autant de chameaux et d’un grand matériel, Burke atteignit vers la Un de décembre cette région située entre le 25e et le 20e parallèle sud, qu'on a nommé le Désert pierreux, où Sturt, lors de sa seconde exploration (1845) avait passé six mois dans la situation la plus affreuse et où M. Poole, son lieutenant, avait péri. Burke et sa petite troupe la franchirent sans encombre; elle ne parait leur avoir offert ni le manque d’eau, ni l’aspect de désolation profonde que Sturt y avait relevés. Et ce phénomène, en apparence si étrange, comporte l’explication la plus naturelle, cette partie du continent australien étant sujette à des alternatives de sécheresses persistantes et de pluies torrentielles qui, tour à tour, métamorphosent en marécages recouverts d’une végétation luxuriante des steppes véritables, et transforment des parties inondées et verdoyantes en déserts absolument anhydres. Cette région franchie, les voyageurs entrèrent dans la vallée du Yappar, ou Gloncary ; ils approchaient des bords de la mer, qui se révélaient par des signes de plus en plus caractéristiques, et, le 11 février 1861, ils virent le llux envahir les marécages dont F Yappar est bordé. Burke se porta en avant, droit vers le nord ; mais une plaine argileuse, inondée d’eau ou couverte de buissons inextricables, leur barra le chemin de cet océan dont la proximité, toutefois, n’était pas douteuse.
- Burke et ses compagnons se sentaient très-faibles ; les chameaux ou étaient morts ou refusaient démarcher; il n’y avait plus guère de vivres. On décida le
- retour, et c’est, en l’effectuant que Burke, de même que Wills, l’astronome et le topographe de l’expédition, périrent de fatigue et d’inanition dans la vallée duCooper, qu’ils avaient traversée au départ. Il était réservé à un Squatter, John Mac Douall Stuart, d’atteindre cette mer que Burke avait seulement entendue, en traversant également l’Australie du nord au sud et en touchant à sou point central. C’était un vétéran des explorations australiennes, qui avait accompagné Stuart en I 845, et qui, treize ans plus tard, franchit lui-même la région du Torrcus. Stuart partit d’Adélaïde en mars 1860 ; mais, arrêté par des obstacles insurmontables, il dut y rentrer à deux reprises différentes. Son corps était débilité ; mais sa volonté restait inébranlable et son courage tout entier. A peine de retour, il s’occupa de reconstituer sa caravane, et vers latin de novembre 1861, il repartait accompagné cette ibis de M. Waterhouse, savant naturaliste. En février 1862, les voyageurs avaient atteint JSew-Castle Water, ce bassin d’eau douce large de 240 mètres et d’une longueur indéterminée qu’il avait relevé l’année précédente, par le 17° 50' 40" de latitude sud, et contourné en essayant, mais sans succès, de reconnaître la ligne qui sépare les forêts impénétrables du nord et les déserts sablonneux du sud. Cette fois encore aucun passage ne s’ouvrait directement au nord, ni au nord-est de ce bassin : Stuart dut incliner vers le nord-ouest, mais pour reprendre bientôt, la direction du nord, après avoir rencontré d’abord de belles prairies, puis une forêt vierge. Il franchissait successivement une zone de broussailles et de larges plaines d’une alluvion noirâtre, presque noyées sous les eaux, et parvenait, le 10 juillet, aux sources de la petite rivière Adélaïde, qui arrose un pays abondant en palmiers, en penda-nus, eu pins et en bambous. Stuart y discernait, avec une satisfaction difficile à décrire, des signes certains du voisinage de l’Océan. Le 24, il pénétra dans une vallée large et tapissée de hautes herbes. Déjà on entendait le murmure de la vague. Stuart fait arrêter les chevaux de la caravane; il s’avance seul et contemple les flots du Pacifique se déroulant dans le golfe de Yan-Diemen. Puis il appelle scs compagnons qui ne se doutaient pas encore d’une telle proximité. Lanier, la mer! s’écrient-ils, et ils se précipitent vers la plage en poussant des acclamations frénétiques.
- Tandis que Stuart accomplissait sa grande traversée, des expéditions entreprises sous l’inspiration des gouvernements locaux se proposaient de retrouver au moins les traces de Burke, s’il n’était plus possible encore de lui porter secours. M. Landsborough, parti du Carpentarie, traversa la vallée du Cooper et revint à Melbourne, mais sans avoir rien appris de précis sur le sort de l’infortuné voyageur (1861-62). M. Mac-Kinlay lit le même trajet, mais en sens contraire. Après avoir atteint, en six semaines, les derniers établissements des Squatters, qui déjà s’étendaient à plus de 660 lieues au nord d’Adélaïde, il entra dans le Désert pierreux. Stuart avait tailli y
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- Kyre, 18¥0~41 heichhardJb 180*5 Sutrt 1845 A.CGrëgory 1848 Roe- 180*8-49 A.C Grègory 1052 Austùt, 1854 A jC* Grégory 1855-56 F.Crégory 1850
- Stuart, 1860 Morton, 1860 F.Gregory 1861 Stuart 1861 Burke et WOU1860. €1 Kennedy 1848
- VOYAGES.
- MïKinlay 1861-62 Lcwcl&bor0ughsl8€l 62 Hovtrit 1862 Stuart-1862 Lefroy 1Ô68 ffunt 186b, 06
- F et A. Jardines J865
- Délivrer etHardxvioJkesJ86ô Irayre 1865,66 M^'/Tinlay 1866 SholL 1866 Comtes 1866 ForresV 1869. 70 Brcrcvrv 1871 Gibnore, 1821
- Carte des explorations en Australie. (Les parties blanches du continent représentent les régions encore inexplorées.)
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- LA N AT (J RL.
- mourir de soif : M. Mae-Kinlay, lui, faillit s’y noyer. Le 29 mai 1862 il atteignait la rivière Leichhardt non loin de son embouchure, et put voir la marée y affluer et y refluer. Des marécages impraticables l’empêchèrent de parvenir à la côte elle-même, et il revint par la jeune colonie de Queensland ; sa caravane et lui étaient dans un état déplorable: les hommes avaient manqué de thé, de sucre, de farine et la plupart des bêtes de somme avaient péri. Cette même année on eut enfin des nouvelles certaines de l’expédition de Burke. M. Howitt, parti de Melbourne, avait, en effet, rencontré, le 15 septembre, King, le compagnon qui avait, assisté Burke à ses derniers moments et reçu ses instructions suprêmes. Il avait été recueilli par une tribu indigène : M. Iiowit ne reconnut pas sans peine dans l'espèce de cadavre qu’il avait sous les yeux l’homme si vigoureux que Burke était jadis.
- Signalons, de 1863 à 1C66, les expéditions de MM. Lefroy, ïïunt, Delisseï, Hardwicke, Scboll Covvle, dans la région occidentale; des frères Jardine dans la presqu’île d’York. Ce fut aussi pendant cette période (1865), que des initiales trouvées, sur un arbre vinrent réveiller le souvenir de Leichhardt et suggérèrent l’idée d’une nouvelle recherche de ses traces. La direction en fut confiée à M. Mac-Intyre, de Queensland. Il se mit en route au mois de juin 1866 ; mais, saisi bientôt des fièvres, il succomba aux environs de la rivière Fraser, qui se jette au fond du golfe de Carpentarie. Plus tard, M. Gill-mora a trouvé à Wantatto, localité sise près du 25e parallèle et par le 140e de longitude, des restes qui paraissaient ceux de quatre Européens. C’était en 1871, et l’année suivante ce voyageur découvrit à une centaine de milles plus à l’ouest des pantalons, des morceaux de tissus impénétrables, des fragments de toile à tente et de couvertures bleues. Enfin, au mois de juin 1874, un nommé Andrew Hume a prétendu qu’il avait retrouvé Classen, le second de Leichhardt, parmi les indigènes qui habitent les sources de Stewart-Creek. Classen, disait-il, lui avait raconté comment Leichhardt, abandonné de ses gens qui s’étaient mutinés, était mort d’épuisement et de soif. Quoique appuyés de la montre et,du cadran de Leichhardt, qu’Andrew Hume affirme avoir retrouvés, ces détails ont trouvé beaucoup d’incrédules, et nous ne sachons pas qu a cette heure ils aient été vérifiés.
- Les explorations australiennes ont repris de la vigueur pendant ces trois dernières années. Dans la seconde moitié de 1872, une expédition dans l’Australie centrale avait été organisée à Melbourne, par les soins du docteur Muller et placée sous la direction de M. Ernest Gilles. Elle partit de Chambers Pillar, bloc de grès haut d’environ 45 mètres, situé à l’ouest de la ligne télégraphique1, qui coupe aujourd’hui le continent australien du sud au nord, d’Adélaïde à Port-Darwin, sur une longueur de 5,240 kilomètres. Elle se dirigea vers le nord-ouest
- 1 Par les 25e de latitude sud et de longitude Est,
- et rencontra la chaîne de hauteurs qui porte le nom de Macdonell Range, et que M. Gilles nous apprend se prolonger vers l’ouest de trois degrés. A ce point de sa route, le voyageur prit au sud-ouest et vers les 24°,30' de latitude sud, découvrit un vaste marais salé, qu’il nomma le Lake Amedeus, long d’environ deux cents kilomètres. Le manque d’eau contraignit alors M. Gilles de revenir à son point de départ, sans quoi il eût probablement atteint les sources de la rivière Murchison. Le colonel Egcrton Warburton, plus heureux, a pu effectuer le premier cette traversée de la moitié occidentale du continent, dans laquelle tant de ses prédécesseurs avaient échoué. Parti d'Adélaïde, M. Warburton atteignit, au mois de décembre 1872, la station télégraphique d’Alice Springs, distante de 1100 milles. Le 15 avril 1873, il en partait pour se diriger vers l’ouest et, après un trajet de neuf mois, arrivait à Perth, capitale de la colonie de l’Australie occidentale. L’expédition n’avait emporté de vivres que pour six mois : on devine par ce seul fait les souffrances que le colonel Warburton et ses compagnons eurent à endurer. Pendant les derniers jours, ils vécurent exclusivement de la chair de leurs chameaux, devenus si maigres, que cette chair fournissait un bouillon absolument dépourvu de graisse. Ayant atteint les bords de la rivière Oakover, ils en trouvèrent le lit desséché, et ils auraient tous péri d’épuisement si deux d’entre eux, que leurs jambes pouvaient encore porter, n’avaient gagné l’habitation la plus voisine, celle de MM. Grant, Harper et Anderson, distante de 150 milles et n’en avaient ramené d’abondants secours. Le long des montagnes Mac-Dougall, ainsi nommées de l’explorateur de la ligue télégraphique, la caravane avait trouvé des pâturages et de l’eau ; sur le reste de son parcours, jusqu’à la rivière Oakover, ce ne furent plus que des amas de sables et un terrain désolé. Quant aux indigènes, ils fuyaient à l’approche des voyageurs, et M. Warburton les dépeint comme placés « au plus bas degré de l’espèce humaine ». Ils n’ont pas de huttes et s’abritent derrière les buissons. Leur costume complet se compose d’un os de walla-bus, qu’ils se passent à travers les narines; ainsi font les hommes, et les femmes.... ne s’habillent pas du tout.
- Cet ensemble d’explorations a tranché des questions restées longtemps indécises, et-on sait aujourd’hui, à n’en pas douter, que l’Australie intérieure ne renferme ni Caspienne, ni grands lacs, ni hautes montagnes. Des chaînes de collines, dont l’altitude varie entre 500 ou 600 mètres, des rides sablonneuses, des cours d’eau rarement permanents, de larges dépressions salines, quelquefois lacs et le plus souvent marécages, voilà son système hydrographique et orographique. Il s’en faut, il est vrai, que toute l’aire australienne soit encore explorée: au nord-ouest, la terre de Tasman ; au nord, la terre d’Arnheim; au nord-est, la terre de Carpentarie et la presqu’île d’York sont toujours teintées en blanc sur la carte. A l’ouest, comme au centre et au sud, du
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- 35e au 20e degré de latitude sud, s’étendent de vastes espaces vierges de toute exploration ou sur lesquels les voyageurs n’ont encore poussé que des pointes rares et isolées. Il n’y aurait donc aucune exagération, croyons-nous, à dire que sur les 6 millions 553 000 kilomètres qui composent la superficie de la grande île, il y en a plus d’un tiers à visiter encore. Cette nouvelle exploration sera l’œuvre du temps ; mais quels qu’en puissent être les résultats, ils ne paraissent pas susceptibles, d’après lesdonnées delà géographie mathématique, d’altérer, dans ce qu’elle a d’essentiellement acquis, la physionomie physique que quarante années d’anciens voyages assignent à ce singulier pays, si différent par sa faune et sa flore, soit de l’ancien monde soit du nouveau. Ad. F. de Fontpeutuis.
- NOUVEAUX DOCUMENTS
- SUR L’ANCIENNE ÉCOLE AÉROSTATIQUE
- DE MEUDOH.
- Pendant le dernier blocus de Metz, en 1870, on s’efforça dès les premiers jours de l’investissement par l’armée prussienne d’organiser un service d’observation militaire aérostatique. Mais dans la ville où naquit Pilâtre de Rozier on ne sut pas construire un ballon. Et dans cette ville même, à l’insu de tous, il se trouvait, enfouis dans les cartons de l’administration de la guerre, des dossiers d’un haut prix, contenant les documents les plus complets sur les ballons militaires de Maubeuge et de Fleurus, et sur le mode de construction de ces aérostats !
- Quand Bazaine ouvrit à l’armée de Frédéric-Charles les portes de Meiz, on put sauver quelques-uns de ces papiers, qui furent envoyés à Fontainebleau. Parmi ceux-ci on a retrouvé récemment d’admirables aquarelles absolument inédites, dues au pinceau de l’illustre Conté, et représentant dans tous ses détails l’ancienne école aérostatique de Meudon. Nous sommes heureux de pouvoir donner la description de ces précieuses pièces historiques, dont nous avons entre les mains les reproductions photographiques.
- Les aquarelles de Conté, sauvées de Metz, n’ont pas moins de 40 centimètres de large ; elles sont au nombre de huit et représentent les sujets suivants :
- 1° Salle de la coupe de l'étoffe des aérostats. — C’est une grande salle éclairée de chaque côté par deux larges fenêtres, et au milieu de laquelle on aperçoit à droite une longue table où des coupeurs taillent dans la soie les fuseaux dont ils ont dessiné la forme, à l’aide de patrons faits en bois mince à la façon des équerres. La pièce de soie est tendue sur la table au moyen d’une sorte d’étau particulier, fort bien imaginé, et qui empêche la pi’oduction des plis. A gauche, un homme fait glisser un pinceau sur le bord de la côte taillée, comme on le voit encore dans le dessin suivant ;
- 2° Salle de couture. — Au fond d’une grande salle éclairée de chaque côté par quatre fenêtres, huit ouvrières cousent ensemble les fuseaux de l’aérostat. Sur le premier plan, un homme enduit d’un vernis les bords du fuseau, et paraît apporter à sa tâche un soin particulier. Il est probable que ce vernissage préliminaire du bord dufuseau, déjà indiqué dans la première aquarelle, était destiné à éviter les fuites déterminées par les trous d’aiguille. Le fil passant à travers une étoffe ainsi préparée devait en effet s’enduire lui-même et mieux absorber ensuite le vernis définitif. Quoi qu’il en soit, il est certain que la plupart des aérostats modernes perdent énormément de gaz par leurs coutures, généralement très-incompléte-ment imperméabilisées. Si nous exceptons les constructions grandioses de M. Giffard, dans ses ballons captifs à vapeur, les aérostats confectionnés aujourd’hui ne resteraient certainement pas gonflés pendant plusieurs semaines, comme le faisaient ceux de l’ancienne école de Meudon. En effet, on sait aujourd’hui d’une façon certaine que l’une des compagnies aérostatiques de l’école de Meudon suivit, en 1797, l’armée du général Moreau, en transportant un ballon gonflé, sans renouvellement du gaz possible, pendant trois mois de suite ;
- 5° Vue du laboratoire pour la préparation des vernis. — C’est une grande salle voûtée. A la droite 's’élève un fourneau muni d’une hotte fort bien construite ; des bassines y sont installées, au-dessus de quatre foyers. Sur le premier plan trois hommes préparent le vernis, et filtrent, dans une des bassines, une substance qu’ils font passer à travers une toile tordue ;
- 4° Nettoyage d’une bassine de cuivre hémisphérique, destinée à la cuisson du vernis;
- Les vernis employés pour les aérostats militaires avaient été l’objet d’un grand nombre d’expériences exécutées par Conté. On a retrouvé les recettes que ce dernier chimiste faisait connaître à ses élèves dans son cours. Il recommandait surtout l’emploi de vernis formés par la cuisson de l'huile de lin additionnée de caoutchouc;
- 5° Moule de bois pour redresser la bassine précédente et la nettoyer extérieurement sans la bos-suer;
- 6° Vernissage de Vaérostat terminé. — (Voir notre fig. 1). Le ballon est entièrement gonflé d’air dans une salle voûtée et circulaire. Il peut tourner autour de son axe, maintenu par des cordes attachées aux deux pôles de la sphère. Des ouvriers y étalent le vernis à l’aide de tampons. Cette précaution de vernir un ballon tout gonflé est excellente et permet au liquide de sécher, sans coller les côtes les unes contre les autres, comme cela peut avoir lieu quand l’aérostat est en partie plié sur lui-même ;
- 7° Tente-abri pour l’aérostat en campagne. —La reproduction que nous donnons de cette aquarelle (fig. 2) nous dispense d’une longue explication. Le ballon est recouvert d’une housse de toile, mainte-
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- nue par des pieux à la surface du sol ; dans ces conditions, il doit pouvoir résister à la violence du vent. Ce dessin est particulièrement intéressant car la tente-abri qu’il représente diffère sensiblement de celle que Coutelle employait, et que les traités aéronautiques ont souvent représentée ;
- 8° Manœuvre du ballon captif au milieu de Vàr-mée française. — L’aérostat est maintenu dans l’atmosphère par des cordes attachées à son équateur à l’aide de pattes d’oie. Deux observateurs sont juchés dans la nacelle. À terre les cordes d’attache du ballon passent dans des poulies fixes et sont tirées par douze hommes. Au milieu du dessin, on voit
- sur le premier plan un général français accompagné de deux officiers attendant les renseignements que les observateurs aériens ne vont pas manquer de leur fournir sur les mouvements de l’ennemi.
- Telles étaient les dispositions de l’école nationale aérostatique de Meudon, fondée le 10 brumaire de l’an III (1794), à l’instigation de Guyton-Morveau et sous la direction de Conté, cet homme remarquable, qui était tout à la fois peintre, mécanicien, chimiste, et dont le grand 'Monge avait pu dire, comme on l’a répété si souvent : « Il a toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans la main. » Conté soumit à l’approbation du Comité du salut
- Fig. 1. _ Opération du vernissage d’un ballon à l’école aérostatique de Meudon. (D'après une aquarelle inédite de Conté.)
- public le règlement intérieur de l’école, et rédigea un cours que l’on possède aujourd’hui et qu’on peut citer comme un modèle de clarté de concision et de patriotisme1.
- Il y avait déjà deux ans que Monge avait proposé à la Convention d’employer les aérostats comme machines de guerre, et qu’une commission composée par Lavoisier, Berthoiet, Fourcroy, Monge, Guy-ton, etc., avait été constituée pour étudier la construction et le mode de gonflement des ballons militaires. Pendant ces deux années, de nombreuses expériences avaient été faites à Meudon; une pre-
- 1 Archives du Dépôt des fortifications. — De Vaérostation militaire, par M. Delambre, capitaine du génie. — Paris, à Ja Réunion des officiers.
- mière compagnie d’aérostiers militaires avait été créée, Coutelle avait assisté dans la nacelle du ballon VEntreprenant au siège de Maubeuge (2 juin 1794), à la prise de Charleroi (25 juin), à la victoire de Fleurus (26 juin)1, servant partout d’éclaireur aérien au général Jourdan; pendant ce temps Conté avait organisé une deuxième compagnie d’aérostiers : un brillant avenir semblait devoir s’ouvrir à la nouvelle école aérostatique.
- Bientôtl’intrépide Coutelle exécute devant Mayence
- 1 Quelques officiers ont contesté l’importance du rôle que le ballon de Coutelle a joué dans cette mémorable journée ; mais les procès-verbaux de l’époque et les affirmations de Coutelle démontrent que les mouvements des troupes ennemies ont été signalés constamment à 300 mètres d’altitude.
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- assiégé un grand nombre de reconnaissances aériennes, et après s’être signalé à Mannheim, les aérostiers prennent leurs quartiers d’hiver à Frakental, où ils fondèrent un nouvel établissement.
- En 1797, « la lre compagnie aérostatique suivit l’armée de Jourdan qui s’avança jusqu’à Naab ; mais à la défaite de Wurtzbourg, les aérostiers enfermés dans la ville furent faits prisonniers de guerre avec le reste de la garnison. La 2e compagnie, partie de Strasbourg, accompagna l’armée de Moreau jusqu’à Augsbourg, faisant des reconnaissances journalières et conservant un ballon gonflé pendant trois mois, sans renouvellement possible de gaz. Ce fait qui
- montre quel degré d’imperméabilité les constructeurs dftMeudon surent donner à leurs enveloppes paraîtrait incroyable, mais il est rapporté par un témoin oculaire, le lieutenant de la compagnie, le baron de Selle de Beauchamp, qui nous a laissé d’intéressants, mais trop courts mémoires sur les événements auxquels il a pris part1. »
- Malgré d’incontestables succès, malgré des efforts si remarquables, là devait se terminer la glorieuse histoire des aérostiers militaires et de l’école de Meudon, comme on va le voir par le récit (pie nous empruntons au capitaine Delambre.
- « La 2e compagnie, oubliée quelque temps à Slras-
- Fig. 2. — Tente-abri destinée à garantir du vent un aérostat militaire. (D’après une aquarelle inécfite de Conté.)
- bourg et laissée sans emploi, malgré les démarches reitérées de ses officiers, fut signalée par Hoche au ministre dans une lettre du «30 août 1797 comme absolument inutile à l’armée et pouvant par son licenciement procurer une économie, et peu après, le 29 pluviôse an YI1 (18 janvier 1799), le Directoire prononça en effet le licenciement de la 2e compagnie1. Quant à la lr“ compagnie, rendue à la liberté par le traité de Léoben, elle avait été attachée à l’expédition d’Egypte, et les deux hommes éminents qui avaient été les créateurs de l’aérostation militaire, Coutelle et Conté, sentant quelle défaveur devait peser dé-
- 1 Archives nationales. Gomme si le Directoire avait eu honte de l’arrêté qu’il rendait, l’article 5 se termine par ces mots : « Le présent arrêté ne sera pas publié. »
- sormais sur l’œuvre qu’ils étaient impuissants à sauver, profitèrent de cette circonstance pour se faire attacher à cette expédition. Le matériel aérostatique fut perdu à la bataille d’Aboukir; les hommes furent alors employés seulement comme soldats de génie ; les officiers eurent diverses missions à remplir : Coutelle fit un long voyage d’exploration jusqu’en Abyssinie; quant à Conté, il se multiplia, et, mettant au service de la nouvelle colonie son génie créateur, il trouva moyen d’établir des usines de toute sorte, des moulins, des machines, des télégraphes; mais les ballons n’eurent aucun rôle à jouer, si ce n’est comme montgolfières dans les fêtes
- 1 De l'aérostation militaire. Ouvrage précédemment cité.
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- données an Caire. Au retour d’Égypte, en l’an X, la Ie compagnie, trouva à Marseille l’ordre qui Ja licenciait; désormais, l’aérostation militaire n’avait plus d’existence officielle. Mais le décret de suppression du 29 pluviôse chargeait le corps du génie de conserver les traditions de lecole de Meudon. Deux officiers et le sergent-major de la 2a compagnie furent envoyés avec le Télémaque, le dernier ballon construit à Meudon, à l’école de Metz, pour y donner l’enseignement théorique et pratique. Toutefois, le génie n’accepta de l’héritage de Meudon que quelques archives et n’exécutajamaislaloi de pluviôse. Malgré les réclamations éloquentes du commandant Prieur, en 1799, le silence le plus complet se fit sur Ta question; pas une tradition ne fut transmise, pas une leçon ne fut donnée, et pendant la dernière guerre, Metz, complètement investi par l’armée allemande, Metz, où se trouvait l’école d’application de l’aérostation militaire, n’eut ni un aéronaute ni un ballon. »
- Gaston Tissandieis.
- TRAITEMENT DES ALIÉNÉS
- PAR LA LUMIÈRE SOLAIRE.
- C’est M. le docteur Ponza, directeur de l’asile d’a- ' liénés d’Alexandrie (Italie), qui a eu la première idée de ce nouveau procédé curatif. Pour mettre son idée à exécution, il a eu recours aux lumières du R. P. Secchi, l’illustre directeur de l’observatoire astronomique du College romain.
- Ce dernier a exprimé son avis en ces termes :
- « L’idée d’étudier les troubles des aliénés, en rapport avec les perturbations magnétiques et avec la lumière colorée, et surtout violette, du soleil, est d’une importance remarquable, et je la crois bien digne d’être cultivée. »
- U a semblé en outre fort important au R. P. Secchi d’étudier l’influence de la lumière violette du soleil sur l’organisme humain.
- Pour obtenir cette lumière, il n’y a qu’un moyen,
- « c’est de filtrer la lumière solaire, de manière à écarter tous les autres rayons et à n’avoir plus que les seuls rayons violets plus réfrangibles. »
- « Celte teinte violette, dit le P. Secchi dans sa réponse au docteur Ponza, a je ne sais quoi de mélancolique, de dépressif, qui, physiologiquement, abat l’âme ; c’est pour cela, sans doute, que les poètes ont drapé la mélancolie de vêtements violets. Peut-être se peut-il faire que la lumière violette calme l’excitation nerveuse des malheureux aliénés maniaques. Et bien que, physiquement, rien ne puisse assurer du succès, comme il s’agit d’un fait physiologique, il me semble qu’il y a lieu de tenter l’expérience. »
- Le savant jésuite donne les conseils suivants sur l’aménagement des chambres qui doivent servir aux expériences ;
- « Les parois des chambres qui serviront aux expériences devront être peintes de la même couleur que les verres qu’on aura mis aux fenêtres ; pour favoriser l’action de la lumière solaire, on aura soin de donner à la chambre le plus grand nombre de fenêtres possible, de manière qu’elle puisse recevoir directement la lumière à des heures différentes de la journée.
- « Pour mettre à exécution ces conseils tout scientifiques, je vous proposerais de faire coucher les aliénés que vous allez mettre en observation dans des chambres orientées au levant et au midi, à parois colorées comme les vitres et de même dimensions. »
- Après avoir pris connaissance de la réponse du P. Secchi, M. le docteur Ponza prépara plusieurs chambres et fit donner à chacune la teinte correspondante à la couleur des vitres posées aux fenêtres.
- Les expériences ont donné d’excellents résultats.
- Après trois heures passées dans la chambre rouge, un malade affecté d’un délire taciturne était devenu gai et souriant ; le lendemain de son entrée dans la même chambre, un maniaque qui refusait absolument toute nourriture demanda à déjeuner en se levant et mangea avec une avidité surprenante.
- « Dans la chambre à vitres bleues, dit le docteur Ponza, je fis coucher un maniaque très-agité, maintenu avec la camisole : moins d’une heure après, je le trouvai beaucoup plus calme. L’action de la lumière bleue est assez intense sur les nerfs optiques ; j’en ai eu la preuve par le fait suivant : un jour, en présence du docteur Bongiovanni, professeur de clinique médicale à l’université de Pavie, venu tout exprès d’Alexandrie pour suivre mes expériences, je conduisis dans la chambre bleue le docteur Manfredi. Nous lui avions d’abord bandé les yeux, et pour le dérouter, nous lui avions fait faire plusieurs tours sous les arcades de l’asile : aussitôt que M. Manfredi fut entré dans la chambre à vitraux bleus, il nous dit où il était ; il en avait été averti par une sensation d’oppression étrange.
- « J’ai fait coucher un aliéné dans une chambre à vitraux violets ; le lendemain, ce malade me pria de le renvoyer chez lui, il se sentait guéri. Il a quitté l’asile, il est heureux et toujours bien portant. »
- M. le docteur Ponza donne en ces termes le résultat de ses expériences sur la force calorique des rayons lumineux :
- « Les rayons violets sont, parmi tous les autres, ceux qui possèdent les rayons électro-chimiques les plus intenses ; la lumière rouge est aussi très-riche en rayons caloriques ; la lumière bleue, au contraire, est tout à fait dépourvue de rayons caloriques, chimiques et électriques. Son influence bienfaisante est difficile à saisir. Étant la négation absolue de toute excitation, la lumière bleue réussit merveilleusement à calmer les agitations furieuses des maniaques. »
- Ces recherches semblent très-importantes pour le traitement de la folie; « on pourra obtenir des améliorations, souvent même des guérisons qu’il eût
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- été téméraire d’espérer, en faisant vivre les aliénés dans une chambre à parois colorées en violet, comme les vitraux des fenêtres1. »
- LA TERRE VÉGÉTALE2
- Malgré sa très-faible épaisseur, qui en fait comme une sorte d’épiderme du globe, la terre végétale est pour nous de première importance par les services qu’elle nous rend. C’est en effet le support universel des plantes et par conséquent le réservoir de toutes les matières solides et liquides dont se nourrissent les êtres vivants.
- Il est clair que la terre végétale s’est produite à toutes les époques géologiques, pour être à chaque instant détruite et reformée de manière à occuper toujours la zone la plus superficielle de la terre. Outre qu’on trouve parfois des vestiges du sol végétal proprement dit dans plusieurs anciens terrains sé-dimentaires, il est bien évident que les végétaux dont ceux-ci contiennent les débris n’ont pu se développer sans le secours de la terre végétale.
- C’est ainsi que, dans l’île de Portland, on observe au-dessus de l’assise dite portlandienne, formation d’originemarine, un calcaire lacustre de 2 mètres de puissance, qui supporte une couche appelée lit de boue (dirt bed) ayant de 30 à 45 centimètres d’épaisseur. Le lit de boue est, brun-noirâtre ; il renferme des lignites terreux, des cailloux roulés atteignant jusqu’à 22 centimètres de diamètre et des troncs sili-cifiés de conifères et de cycadées. Quelques-uns de ces troncs sont couchés dans le lit de boue et leurs fragments rapprochés les uns des 'autres indiquent des arbres dont l’élévation était de 7 mètres environ. Leur partie inférieure reste en place à une élévation qui varie de 30 à 40 centimètres et qui quelquefois atteint 2 mètres. Les racines sont encore fixées à la roche où elles pénétraient jadis. On pourrait multiplier ces exemples; mais ce qui doit nous occuper ici ce n’est, pas la terre végétale fossile, mais bien celle que l’on cultive aujourd’hui. Voyons donc rapidement de quoi elle est faite, comment elle se produit et comment on peut l’améliorer.
- En thèse générale la terre végétale consiste dans le mélange de l’humus avec le sable quartzeux, le calcaire et l’argile, et c’est des proportions relatives de ces quatre éléments fondamentaux que dépendent les.propriétés agricoles des différentes terres. Il ne faut pas oublier, en effet, que, pour être propre à la culture, un sol doit être assez meuble pour que les racines puissent y pénétrer et s’y étendre et pour que les eaux n’y séjournent pas, assez divisé pour que
- 1 Gazette des Hôpitaux.
- 2 Sous ce titre, La terre végétale, de quoi elle est faite, comment elle se forme, comment on Vaméliore, la librairie Rothschild vient de publier une petite géologie agricole par notre collaborateur M. Stanislas Meunier. Nous empruntons à cet intéressant ouvrage les documents de cette notice.
- l’air puisse y arriver et se renouvelle, assez gras pour qu’il ne se dessèche pas trop vite.
- On conçoit, d’après cela, qu’il est très-intéressant de faire l’analyse chimique d’une terre dont la valeur agricole est à déterminer. Les procédés sur lesquels nous n’avons pas ici à insister sont très-nombreux et l’on remarque qu’en général ce sont les moins savants qui donnent les meilleurs résultats. « Un simple lavage, dit M. Boussingault, en dit certainement plus qu’aucune analyse chimique, » et tous ceux qui se sont occupés du sujet se sont rangés à cette opinion.
- Nous n’avons pas, bienentendu, à nous arrêter aux variations de composition que présente la terre végétale et qui conduisent à ranger les divers sols agricoles en plusieurs types nettement caractérisés. Arrivons à la question si intéressante de l’origine de la couche arable.
- D’une manière générale, on peut distinguer, au point de vue du mode de formation, deux grandes classes de terres végétales. Les unes sont de formation locale, les autres résultent d’un transport. La figure 1 est la reproduction de ce qu’on peut observer à la partie supérieure d’un très-grand nombre de carrières. La terre végétale formant la couche tout à fait superficielle, on trouve entre elle (n° 1) et la roche vierge (n° 4) deux couches plus ou moins nettes qui représentent manifestement des états inégalement avancés de la transformation de cette dernière. La plus supérieure, (n° 2), généralement désignée sous le nom de sous-sol, consiste en une sorte de terre végétale où manque en grande partie la matière organique, mais où abondent, encore les pierrailles de plus en plus grosses à mesure qu’on creuse davantage. L’autre (n° 5) est formée pour ainsi dire de la réunion exclusive de ces pierrailles qui, devenant progressivement de plus en plus volumineuses, passent peu à peu aux bancs continus situés plus bas.
- Il est manifeste, en présence de cette disposition, que la terre végétale locale résulte avant tout de la réduction de la roche dure en fragments de plus en plus ténus qui se mélangent de matières organiques dérivant de la décomposition des plantes.
- Remarquons que le résultat final de la désagrégation des roches et de la décomposition des minéraux qui entrent dans leur constitution est, par suite de l’existence des eaux ruisselant de toutes parts, la formation des alluvions étendues comme un manteau sur la pente des montagnes peu escarpées et dans le fond des vallées et des plaines les plus étendues.
- Qu’ils soient formés de galets, de cailloux, de sable ou d’argile, ces dépôts peuvent devenir la base d’une terre végétale, s’ils sont suffisamment meubles et humides. Tout d’abord, la végétation y réussit sans peine ; des plantes auxquelles leur complexion permet de vivre en grande partie aux dépens de l’atmosphère et qui ne demandent pour ainsi dire à la terre qu’un appui, s’y fixeront si le climat est favorable, les cactus, les plantes grasses dans les sables ;
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- les mimosas, les prêles sur les graviers. Ces plantes laisseront, après une chétive existence, des débris utiles aux générations suivantes. La matière organique en s’accumulant dans ces sols ingrats les rendra avec le temps de moins en moins stériles.
- Le lœss est le type par excellence de ces terres de transport. Sa formation remonte à l'époque glaciaire et il s’observe en placages sur toutes les formations. La figure 2 donne par exemple la coupe du coteau de Meu-don, près de Paris, où l’on voit le lœss A plaqué sur les assises du calcaire grossier et de l’argile plastique (4 et 5) et remontant même jusque sur le sable de Fontainebleau (2).
- Le problème de l’amélioration de la terre végétale peut être envisagé à deux points de vue. 11 y a d’abord à considérer le cas où une terre imparfaite doit être ramenée au type normal ; et en second lieu il faut voir quelles sont les substances qui, introduites dans une terre normale, en augmentent les qualités.
- La première question comprend le chaulage et le marnage, le colmatage, les irrigations et le drainage c’est-à-dire l’application des amendements minéraux ; l’autre concerne les engrais minéraux.
- Ces derniers sont très-nombreux : le plâtre, le phosphate de chaux, le nitrate de soude, le salpêtre, le sel, la earnallite, les cendres de bois, les eaux d’égout doivent être cités comme exemples.
- Les plus énergiques et les plus recherchés sont le guano et la earnallite.
- Le guano est un vrai engrais fossile, un fumier minéralisé. Il s’exploite surtout aux îles Chincha, voisines du Pérou, et la figure 3 reproduit, d’après une photographie, l’une des exploitations principales. On le trouve aussi sur la côte Bolivienne et au nord du Chili, vers le désert d’Atacama ; enfin dans certaines îles tropicales du Pacifique, de l’océan Indien, de la mer Rouge et de l’Atlantique. C’est une déjection d’oiseaux fossilisée et renfermant, outre le phosphate de chaux, des sels à base d’ammoniaque qui sont pour la terre végétale où on les met comme une manne bienfaisante qui en augmente singulièrement la fertilité.
- On assiste encore chaque jour à la production du guano. Il faut voir les oiseaux marins allant en guerre sur les eaux calmes et transparentes du Pacifique. Des chefs mènent la bande, qui se déroule comme un immense anneau ; puis la pêche commence. On cerne les poissons, et chaque volatile plonge, happe au passage la sardine ou le hareng de l’endroit et s’en repaît avidement.
- La bombance finie, la troupe regagne l’île ou le rivage le plus voisin, et là, silencieuse, recueillie, elle prélude à l’élaboration lente et difficile des produits ingurgités. Peu à peu, avec le temps, la masse ainsi déposée augmente d'épaisseur. 11 se forme comme des couches de sédiments géologiques, au milieu desquels se rencontrent même des fossiles, des oiseaux qui tombent sur la place, n’eu pouvant plus, et des poissons rendus tout entiers. Le climat du pays aide à celte précieuse formation. Au Pérou il ne pleut jamais, pas un atome ne se perd du guano déposé jadis ni de celui qui se confectionne encore sous nos yeux. Nous savons que les Incas, ces premiers maîtres du pays connaissaient les propriétés fertilisantes du curieux engrais; ils remployaient dans la culture des terres et avaient défendu, sous peine de mort, de tuer aucun des oiseaux marins producteurs du guano. Après la conquête du Pérou par Pizarre, l’usage de cet engrais se perdit, Ce n’est que de nos jours que l’on y a de nouveau recouru et avec le plus grand succès. L’emploi en est devenu général. Tout agriculteur veut aujourd’hui user du guano et en réclame impérieusement. Le Pérou,lui, a tout gagné à l’exploitation de l’utile fumier. II en tire le plus net de ses revenus en le fournissant au monde entier. Les magnifiques plantations de sucre de Cuba, de la Réunion, de Maurice ont, par l’emploi du guano, doublé et quadruplé leur rendement. Les pauvres Chinois qui fouillent les gîtes et les marins qui transportent ce produit, à l’odeur trop caractéristique, sont les seuls à s’en plaindre.
- La earnallite, que ses caractères externes peuvent faire confondre avec le sel gemme, en diffère profon-
- Fig. 2. — Disposition d’un placage de lœss sur le flanc du coteau de Meudon, près Paris.
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- dément par sa grande teneur en potasse. Il en résulte que ce minéral offre au point de vue agricole une importance infiniment plus grande que celle du premier. C’est en Prusse, à Stassfurth, que se rencontre presque toute la carnallite exploitée jusqu’ici.
- Les premiers sondages qui y furent exécutés datent de 1859; quatre années après, en 1845, le sel gemme apparut à une profondeur de 505 mètres. La sonde traversa ensuite une couche de marne de 6m,25 et pénétra dans une couche de sel gemme où l’on
- Fig. 3. — Vue d’une exploitation de guano aux îles Chiueiia
- s’arrêta, en 1851, à la profondeur totale de 580 mètres.
- Les eaux qu’on obtint d’abord ne renfermaient guère de sel marin, mais des quantités considérables de chlorure de magnésium et de potassium, et ne pouvaient être employées dans les salines; cependant celte première difficulté n’arrêta pas le gouvernement prussien, qui, en 1851 et 1852, commença les travaux nécessaires à l’établissement de deux puits propres à l’exploitation du sel gemme. A une profondeur de 255 mètres on rencontra des sels riches en chlorure de Jnagnésium et ce lie fut qu’à 504 mètres qu’on arriva au sel marin pur, déposé en couches dont la puissance est encore inconnue, puisque les travaux poussés jusqu’à 555 mètres, niveau de l’exploitation actuelle, n’ont pas encore touché les couches sur lesquelles repose le gisement.
- En 1858, des travaux analogues furent entrepris dans le petit duché d’Anhall, enclave de la Prusse, à une distance de 1,165 mètres du puits prussien
- et on rencontra le gisement de sel à une profondeur de 169 mètres et le sel marin à 298 mètres. La figure 4 donne la coupe des couches traversées dans ces deux localités voisines. Dans cette coupe, 1 représente le grès bigarré, 2 le gypse avec anhydrite, 5 la marne, 4 les sels magnésiens et potassiques et 5 le sel gemme.
- On n’a poussé les travaux ni dans l’une ni dans l’autre exploitation jusqu’à la base du gisement et l’on ne peut se figurer encore nettement la puissance de ces gîtes. Toutefois l’étendue du bassin est d’environ 1,400 kilomètres carrés et présente une source de richesse dans laquelle on peut puiser à pleines mains sans crainte de la tarir.
- Le gisement de Stassfurth peut se partager en quatre parties. La plus profonde consiste en une couche de sel gemme pur de 214 mètres de puissance connue ; au-dessus se trouve une couche de sel impur de 62m,60 qui renferme déjà des sels déliquescents; puis vient une couche de 57 mètres dans laquelle abondent les sulfates ; enfin la couche supérieure,
- -île Slassluilli.
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- LA NATURE.
- épaisse de 64 mètres, est formée par un mélange de sel gemme, de sulfate de magnésie et de sels de potasse et spécialement de carnallite1.' Dr Z...
- CHRONIQUE
- Les insectes des hois ouvrés. — Dans la séance du 15 mars 1876 a été présenté à l’Académie un rapport, de M. Maurice Girard, sur les insectes qui attaquent les bois ouvrés, c’est-à-dire les poutres de nos maisons, les planches des boiseries, les frises de parquet, les meubles, principalement en noyer et en chêne, etc. Il faut bien distinguer ces insectes cherchant leur subsistance dans la substance azotée des cellules du bois mort, des insectes bien plus nombreux qui attaquent les bois vivants, ou les bois abattus conservant encore de la sève. Ces derniers ne sont pas à redouter pour nos constructions et nos ustensiles domestiques, tandis que les premiers peuvent nous causer des préjudices pour nos' constructions et nos ustensiles domestiques. Ce sont principalement les coléoptères du genre Anobmm, nommés vulgairement Vrillettes, à cause des trous creusés par les larves, et qui semblent forés à la vrille.
- De petits las de poussière en fine vermoulure jaunâtre tombée de ces trous décèlent la présence de ces fléaux de nos habitations. Les adultes s’appellent pendant la nuit par de petits coups frappés'avec la tête contre les parois sèches et sonores de nos boiseries. Ces bruits secs, qui rappellent les esprits frappeurs et qui se font entendre à notre oreille dans le mélancolique ennui des insomnies, ont valu à ces insectes le nom d'horloge de la mort. 11 serait beaucoup plus exact de les appeler horloge de Vamour, car leurs bruits sont simplement des avertissements des deux sexes cherchant à se rencontrer pour accomplir la fonction de reproduction. Les genres Lyetus, Limexylon, Ptinus, Rhyncolus, etc., viennent aussi apporter leur contingent à l’œuvre de destruction. Le commeixe des bois est intéressé au plus haut point aux questions qui se rattachent aux mœurs de ces insectes, en raison du degré de responsabilité qui peut incomber aux fournisseurs à l’égard des acheteurs, et des circonstances dans lesquelles les tribu—
- 1 Le volume dont nous venons de donner un très-rapide résumé est accompagné d’une très-intéressante carte agricole de la France, due à M. Delesse, et qui est essentiellement basée sur le revenu que donne la terre dans les diverses localités. On conçoit en effet que l’ensemble des circonstances dont il est nécessaire de tenir compte dans l’étude d’une terre est en définitive résumé par le revenu net qu’elle rapporte en argent, car il permet d’évaluer sa valeur réelle : ce revenu donne d’ailleurs une commune mesure, qui fournit le moyen de comparer entre elles les terres produisant les récoltes les plus variées, telles que les terres arables, les vignes, les prés, les bois. C’est ainsi qu’il sert de base à l'établissement d’une carte agricole.
- M. Delesse a adopté dans la carte propre à la Tetre végétale l’échelle de 4,000,000me. Des couleurs conventionnelles représentent les diverses cultures, et, de plus, chacune de ces couleurs a reçu une nuance d’autant plus foncée que la culture correspondante fournit un revenu plus grand. Pour graduer ces nuances méthodiquement, l’auteur a tracé d’abord des courbes d’égal revenu, et c’est ainsi que, malgré la petitesse de son echelle, la carte dont nous parlons montre d’une manière simple comme.nl sont réparties les richesses agricoles de la France. Un seul coup d’œil fournit à cet égard des révélations aussi imprévues qu’intéressantes.
- naux de commerce doivent accorder des dommages et intérêts ou au contraire les refuser. Les conclusions du rapport sont les suivantes: Les insectes spéciaux aux bois secs peuvent s’introduire partout, soit par les ouvertures des maisons, soit au moyen des poutres, planches, meubles, objets en bois introduits. Si l’on se refuse à admettre, du reste sans aucune preuve expérimentale jusqu’à présent signalée par les auteurs, que ces insectes soient capables d’attaquer les bois ouvrés mis en place, il est certain qu’il suffit d’un nombre primitif d’insectes extrêmement faible et tout à fait inappréciable dans le bois du chantier, pour opérer une destruction plusieurs années après, en raison de leur multiplication naturelle. Aucun marchand de bois ne peut répondre d’une introduction accidentelle dans une petite partie mortifiée d’un arbre robuste et sain du reste, l’examen le plus minutieux pouvant ne présenter aucune trace extérieure d’une invasion limitée à une fraction presque infinitésimale du cube de bois livré. Un marchand, ou un entrepreneur, ou un architecte, une fois la livraison et la pose des bois opérées, ne sauraient être rendus responsables, après plusieurs années, d’accidents pouvant provenir de causes étrangères à ces bois et plus récentes que la pose, ou peut-être parfois antérieurs à celle-ci, mais qu’il était impossible de découvrir avant la livraison.
- l'n lac intermittent en Hongrie. —- Le lac de
- Neusield, en Hongrie, qui était desséché depuis quelques années, sans qu’on en connût la cause, vient de renaître subitement à la vie. Son bassin s’est rempli d’eau elles riverains sont en quête de petits bateaux pour aller se promener dans leurs champs entièrement submergés. Ces champs n’avaient pas encore produit grand’chose, il est vrai, mais les dommages n’en sont pas moins considérables. Les flots du lac baignent de nouveau les villages de Rust et de Ilolling.
- La force humaine à propos du marcheur Weston. — L’exploit que vient d’accomplir Weston, qui a parcouru 275 milles (366 kilomètres) en soixante-quinze heures consécutives, est l’objet d’intéressantes considérations scientifiques dans les journaux de médecine. Ce voyage s’est accompli de la manière suivante : Après une première marche de 90 milles il se reposa vingt-trois minutes ; il se remit ensuite en marche et fit une halte de quatre heures cinquante minutes après avoir atteint le cent vingtième mille. Il fit encore quelques haltes fort courtes et marcha pendant les 88 derniers milles sans se reposer un instant. La vitesse moyenne de ce marcheur célèbre s’est élevée à près de 5 milles par heure. Weston doit prochainement entreprendre un voyage dans lequel il se propose. de parcourir 500 milles (666 kilomètres) en six jours consécutifs.
- Cette marche extraordinaire nous a suggéré l’idée de rechercher quelles étaient les limites de la force de l’homme. Voici quelques faits que nous empruntons au Traité de Génie rural de M. Hervé-Mangon. On cite l’exemple d’un homme qui portait sur ses épaules trois sacs de farine de Paris et pouvait encore marcher sous cette forte charge. Il paria un jour qu’il pourrait porter quatre sacs. 11 fut victime de celte imprudente gageure et tomba brisé, sous cette charge de 636 kilogr. On voit assez souvent des acrobates porter, mais sans se déplacer sensiblement, un poids de 800 à 900 kilogr. attaché à leur ceinture ou placé sur une table sous laquelle ils s’arc-boutent. Voici d’autres chiffres relatifs au travail mécanique considérable que les muscles peuvent fournir dans un temps très-courti Un très-
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- bon sauteur peut s’élever pendant le saut et sans élan à une hauteur de lm,60. La durée de ce saut est de 0”,5655 pour la montée et autant pour la descente. Pendant ce temps très-court d’un peu plus d’une demi-seconde, ce sauteur produit une quantité de travail mécanique égale à son poids multiplié par la hauteur à laquelle il s’élève, c’est-à-dire, dans ce cas, à 96 kilogrammètres. Il faudrait une machine de deux chevaux un quart de force pour fournir, dans le même temps, un travail équivalent.
- Les stimulants nervi ns aux États-Unis. — Si
- la consommation du thé et du café, écrit le savant rédacteur du Sanitarian, de New-York, peut être considérée comme l’indice certain de la prospérité d’une contrée, il doit être très-intéressant de rechercher quel est le rang occupé par les États-Unis. Voici, d’après les résultats obtenus par un statisticien consciencieux, le tableau des diverses proportions de thé et de café consommées, annuellement, par individu, chez les nations ci-après :
- Belgique 16 livres et 7/8
- Grande-Bretagne 6 1/2
- France 4 5/8
- Italie 1 5/4
- Espagne 0 1/4
- Aux États-Unis, pour une population de 44,000,000 d’âmes, les chiffres sont de 4 livres 5/8 de café et de 1 livre 3/8 de thé, soit 6 livres en tout. Si l’on réfléchit aux immenses avantages qui dérivent de ces stimulants salutaires, si l’on tient compte de l’utilité pour l’homme d’avoir à sa disposition un agent stimulant en rapport avec le plus ou moins d’activité de son existence, on en déduira logiquement la nécessité de ne pas grever par des mesures financières trop restrictives ces consommations de premier ordre. Mieux vaut pour l’État se passer de quelques milliers de dollars que de placer le travailleur dans l’alternative de renoncer à son thé et à son café, ou de les remplacer par ces stimulants délétères, les alcools de toute provenance, dont l’abus conduirait infailliblement le pays à la ruine et à la mort!
- (Dr Bell. Journal d'Hygiène.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 avril 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Paris .
- Taches solaires artificielles. — Nous n’entendons pas bien l’explication fournie par M. le Secrétaire perpétuel au sujet de l’expérience par laquelle, à l’aide de l’électricité, on arrive à imiter, dans tous leurs détails, les apparences des taches solaires ; mais il suffit de savoir que l’auteur en est M. Gaston Planté pour être convaincu à l’avance de la haute valeur du nouveau travail, et pour être par conséquent autorisé à le signaler.
- Ammoniaque atmosphérique. — C’est comme suite à des recherches dont nous avons déjà parlé que M. Schlœ-sing étudie ce que devient une masse d’air saturée d’eau et chargée d’ammoniaque et s’avançant des tropiques vers le pôle. Cet air, se refroidissant peu à peu, dépose progressivement son humidité. Or, d’après les calculs de l’auteur, si on suppose la température initiale égale à 20 degrés, le 1er gramme d’eau condensée prend le 1/400 de l’ammoniaque totale, ou 0.25 p< 100, le 6e gramme emporte 5.4 p. 100 de gaz alcalin, le 12% 7 p* 100, etc. D’où l’on
- voit qu’à mesure que la température s’abaisse, la quantité d’ammoniaque contenue dans l’eau augmente. A zéro, cette quantité dépasse 66 p. 100. Il en résulte, conformément à ce que M. Schlœsing avait déjà vu antérieurement, que les pluies d’hiver sont bien plus fertiles, au point de vue agricole, que les pluies d’été. En analysant ce travail, M. Dumas insiste sur l’intérêt qu’il y aurait d’en répéter les principales expériences sur le sommet des montagnes, et M. Boussingault annonce qu’il a depuis longtemps réuni les matériaux d’un travail de ce genre, et qu’il se propose de le communiquer à l’Académie.
- Phylloxéra issu des œufs d'hiver. — En inspectant à la loupe des œufs d’hiver du phylloxéra vastatrix. M. Bal-biani y a aperçu un point jaune qu’il n’a pas tardé à reconnaître pour un phylloxéra récemment éclos. Le nouveau-né resta immobile pendant deux heures environ, puis se mit à courir avec vivacité sur le fragment d’écorce de vigne qui le portait. Il représente une quatrième forme jusqu’ici inaperçue du terrible parasite. Intermédiaire entre les femelles dioïques et les femelles porthénogéniques, il a le corps élancé des premières et le reste des secondes. On peut dire qu’à présent l’histoire physiologique du phylloxéra est complète.
- Germination. — M. Boussingault, partant du rôle de la lumière sous l’influence de laquelle les végétaux décomposent l’acide carbonique de l’air et s’accroissent, s’est demandé si, dans une atmosphère privée de cet acide, la germination n’aurait pas lieu comme dans l’obscurité. Il n’en a rien été. Le maïs a poussé des feuilles parfaitement vertes, qui ont bientôt atteint, en présence de 10 litres d’air, une longueur de 24 centimètres. Le carbone fixé par la plante venait de l’amidon et de l’huile contenues dans les graines et qui avaient été véritablement brûlés. Il peut être conclu de là qu’en présence d’un air et d’un sol également stériles, le premier effet de la germination est de rendre l’air fertile en y introduisant de l’acide carbonique qui se trouve propre à être utilisé par la germination ultérieure.
- Election d'un correspondant. — C’est un Prussien, dont nous avons oublié le nom, que l’Académie s’est adjoint aujourd’hui à une forte majorité pour remplir une place de correspondant, devenue vacante dans la section de géométrie. On dit, pour expliquer la chose, qu’il fallait rendre à l’ennemi la politesse faite à MM. L. et C. (de l’Institut) récemment admis dans le sein de l’Académie de Berlin. Si ces deux savants ont vraiment accepté le titre d’académiciens prussiens, le vote d’aujourd’hui, loin d’être expliqué, est aggravé encore. Notons que M. Le Verrier a accueilli par une exclamation patriotique, qui a fait sensation, le résultat du scrutin.
- ' Nomination de candidats. — La chaire de malacologie étant vacante au Muséum, l’Académie avait à présenter au choix du ministre une liste de deux candidats. C’est l’aide-naturaliste attaché à la chaire, M. Edmond Perrier, qui a été présenté en première ligne ; M. Fischer, aide-naturaliste de paléontologie a été nommé second candidat.
- Sianislas Meunier.
- LE C0RACLE DU PAYS DE GALLES
- Le coracle est un petit bateau construit avec des baguettes d’osier, comme les ouvrages de vannerie* ou avec des éclisses de bois élastiques, et au moyen
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- LA NATURE.
- duquel on pêche le saumon dans le pays de Galles. La forme et la matière varient, du reste, un peu suivant les contrées. Dans le voisinage de Shrewsbury, la carcasse du coracle est couverte de grosse toile, et l’on passe par-dessus une couche de peinture ; dans le Cardiganshire, on se sert de flanelle que l’on revêt ensuite de goudron.
- Les coracles que l’honorable M. Willis Bound a exposés l’an dernier, au palais de l’Industrie, ont l,n,20 de long sur 95 cent, de large ; ils portent un banc de 0“',25 au milieu. La forme de la pagaie avec laquelle on manœuvre celte embarcation minuscule varie également selon les endroits. Sur la Severn, la lame est carrée, tandis que, sur la Ilee, elle a une forme plus allongée; le manche a toujours environ ln,,50de long. Le bateau, qui ressemble assez bien à une coque de noix, est si léger et si portatif, que le pêcheur le met sur son dos pour venir et pour s’en retourner.
- Le coracle est souvent employé pour pêcher à la mouche, parce que, en beaucoup d’endroits , les berges des rivières de ce pays, sont déchirées , coupées à pic, ou couvertes de bois jusqu’au bord même de l’eau. Avec sa coque de noix, le pêcheur va partout.
- C’est un dicton dans le pays, qu’un Gallois avec son Bush et son coracle fera plus de besogne en un jour, en pêchant, que deux hommes dans un bateau.
- Pour pêcher le saumon, il faut être deux, chacun dans son coracle, et l’on traîne dans le sens du courant, une nappe simple que l’on appelle dans le pays : Homes, parce qu’elle porte, dans le haut, une rangée d’anneaux de corne—Horn— au lieu de lièges. A travers ces anneaux passe une corde dont un des pêcheurs tient le bout. En tirant sur cette corde, qui est distincle de celle de tirage du lilet, celui-ci se ferme instantanément dès qu’un poisson, remontant, vient à le rencontrer.
- Ce filet présente quelques variétés suivant les rivières: le capitaine Medwin, dans son Angler of Wales, dit : « Nous étions sur le pont de Machynl-leth depuis quelques instants, occupés à regarder deux pêcheurs dans leurs coracles. Ils draguaient au saumon, et ils me parurent avoir besoin de beaucoup d’adresse pour garder l’équilibre dans d’aussi
- fragiles et frêles embarcations. Le filet, attaché aux deux batelels, les rendait solidaires l’un de l’autre ; lorsque tout fut prêt, les pêcheurs décrivirent, au moyen de leurs pagaies, un grand cercle; puis, réunis de nouveau, ils tirèrent avec précaution leur filet traînant. Ils paraissaient très-habiles dans le manie-, ment de leurs embarcations, et parfaitement insouciants d’un danger quelconque. Leur premier coup fut nul. Un saumon de 10 à 12 livres sauta pardessus les lièges..... Aujourd’hui, pour éviter de
- pareils accidents, on se sert, auprès de Shrewsbury, de traîneaux à doubles nappes. »
- Le coracle remonte à la plus haute antiquité ; on le trouve bien connu au temps de César, et Lucain, dans sa Pharsale, le décrit à peu près tel qu’il est
- de nos jours1.
- Bien avant Lucain, Hérodote nous avait laissé la description d’une des curiosités des anciens Assyriens, les Kuffah, ou bateaux de peau, dont on se servait pour descendre l’Euphrate vers Babylone. « Ou fabrique, dit-il, ces bateaux dans la partie de l’Arménie qui est au-dessus de l’Assyrie, avec des saules, dont on fait la carène et les varan gués, qu’on revêt, par dehors, de peaux, auxquelles on donne la forme d’un plancher. On les arrondit comme un bouclier, sans aucune distinction de proue ni de poupe. »
- Nous pourrions multiplier ces citations. En dehors des Gallois, l’emploi des bateaux de peaux ne se retrouve plus en Europe que chez les esquimaux tout à fait au nord. Dans ces régions ces bateaux sont très-fréquemment usités, et les voyageurs nous rapportent que les femmes du pays savent les conduire • avec une grande habileté.
- IL DE LA BlANCHÈRE.
- 1 Primum cana salix madefacto vimine parvam Texitur in puppim, cœsoque inducto juvenco,
- Vectoris patiens tumidum supernatat amnem.
- Sic Yenetus stagnante Pado, fusoque Britannus Navigat oceano : sic, cum tenet omnia Nilus,
- ^Conseritur bibula Memphytis cymba papyro.
- Phars., 1. IV, v. 131.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Le Coracle du pays des Galles.
- Typographie Laiiure, rue de Fleurus, 0, à Paris.
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- N° 151.
- 22 AVRIL 1876.
- LA NATURE.
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- LA CRANIOLOGIE
- DANS LES ŒUVRES DE l’ANTIQUITÉ1.
- L’antiquité classique ne s’est jamais fait une idée bien nette de ce que nous appelons race, et le terme e0v<5; que nous lui avons emprunté pour en former les mots ethnologie, ethnique, ethnographie, etc., était toujours pris par les Grecs dans le sens de peuple, nation. On a,dans les temps modernes , volontairement détourné ce mot de son véritable sens, pour l’appliquer, par une convention tacite, à une idée pour laquelle il n’avait pas été fait. Et il est entend u aujourd’hui que, quand nous parlons de crâniologie ethnique, nous voulons désigner cette partie de la crâniologie qui s’occupe de décrire et de comparer les différents types céphaliques réputés particuliers à telle ou telle race humaine.
- La Grèce ignorait complètement les recherches de ce genre2.
- Nous n’avons par conséquent rien ou presque
- rien à trouver dans les textes de ses philosophes,
- 1 Nous empruntons les documents de ce chapitre au remarquable ouvrage en cours de publication : Crania elhnica. Les crânes des races humaines décrits et figurés d’après les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris, de la Société d’anthropologie de Paris et les principales collections de la France et de l’Étranger, par MM. de Quatrefages et Hamy. 2e partie, ch. Ier. — Cet ouvrage doit former un volume grand in-4° d’environ 500 pages de texte descriptif et raisonné, avec nombreuses figures intercalées dans le texte et 100 planches lithographiées. Il sera publié en 10 livraisons, chacune de 3 à 6 feuilles de texte et de 10 planches. Les livraisons I à IV sont en vente. — Paris, J.B. Baillière et fils, 19, rue Hautefeuille.
- 2 Campe, Balbi, Niebuhr ont été les premiers à se servir du
- i' année. — 1er semestre.
- de ses historiens ou de ses naturalistes. Quand les premiers s’occupent de la tête, c’est pour formuler des théories étranges sur le rapport de sa forme avec celle de la voûte céleste. Tout au plus trouverait-on chez les seconds quelques rares indications sur l’épaisseur relative de la tête chez les Persans et chez les Egyptiens ou sur l’absence de sutures des crânes Éthiopiens. Hippocrate n’a parlé avec quelques détails que de la tête des macrocé.
- phales,et Galien, qui a repris en la développant la doctrine hippocratique sur les formes céphaliques , considère comme anormales toutes celles qui diffèrent de l’ovale. Quant aux naturalistes, aux géographes, etc., ils admettent avec tant de crédulité les récits les plus étranges et les plus invraisemblables sur les races exotiques, qu’il n’y a que rarement à tenir compte de leurs descriptions, sauf eu ce qui concerne les caractères extérieurs, taille , couleurs, etc.
- Seuls, les documents artistiques nous révèlent chez les Grecs des connaissances étendues sur la constitution du crâne et
- de la face, dont ils n’ont cependant représenté que deux types bien caractérisés. Retzius, Gratiolet, M. Nicolucci qui ont étudié au point de vue de la conformation céphalique la statuaire grecque, y ont reconnu la forme dolichocéphale, chez les Apollon, les Vénus, les Grâces, les Muses, etc., et la forme brachycéphale attribuée à Hercule, à Silène, etc.. Miltiade, Eschyle, Sophocle, Euripide, Démosthènes, Périclès, Aristote sont du premier type; Socrate appartient au second. Ces deux formes de tête distingueraient, suivant Retzius, l’Hellène dolicho-
- mot ethnographie ; le mot ethnologie a été créé par W. Edwards en 1859.
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- 1 et 2. — Uetits vases grecs avec types ethniques de l’époque des successeurs d’Alexandre-lc-Grand.. (Musée du Louvre.)
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- LA NATURE.
- céphale et le brachycéphale Pélasge. Les divinités rustiques, satyres, faunes, etc., représentées comme un élément mythologique primitif et étranger à la race Héllénique sont de ce dernier type, que la Grèce, dédaigneuse de tout ce qui n’est pas elle-même, attribue du même coup à tous les peuples quelle qualifie de barbares. Des traits courts, ramassés et rendus souvent repoussants par une expression brutale ou sinistre sont ordinairement donnés par les artistes aux Scythes, aux Col-chidiens, aux Phrygiens. On s’étonne de voir paraître les Égyptiens sous des dehors si contraires à la réalité, comme cela se remarque dans une peinture de vase publiée par Millingen et qui représente Busiris châtié par Hercule, et on se croit, avec non moins de raison, le droit d’être surpris de ce que les Perses, que les Grecs avaient vus de près cepen -dant, paraissent si faiblement caractérisés dans les bas-reliefs du temple de la Victoire Aptère à Athènes, surtout si l’on compare ces bas-reliefs à ceux de Persé-polis.
- L’auteur de l’article auquel nous empruntons ces renseignements, estime qu’il faut descendre « jusqu’à une époque et jusqu’à un pays où l’esprit hellénique était profondément modifié » pour trouver le souci de ce que nous entendons par la vérité historique ou plutôt ethnographique. Les monuments ethnographiques sont, en effet, fort rares dans l’art grec, antérieurement à Pompéï et à llerculanum. Nous en avons cependant rencontré quelques-uns dans les collections du Louvre ; la petite bouteille dont nous donnons ci-contre la figure et qui représente la tète d’un nègre (tig. 2) appartient, suivant M. Ravaisson, à l’époque des successeurs d’Alexandre, aussi bien que celle que nous lui juxtaposons, et dont le type Grec le plus pur a fourni le sujet (tig. 1).
- Les Grecs dans tous les étrangers n’avaient vu que des barbares et les avaient tous figurés, sans
- | acception de pays, d’une manière à peu près iden-; tique. Pour les Romains, l’étranger est presque toujours un vaincu dont la figure est appelée à orner les monuments triomphaux, véritables pages d’histoire, où les nations mises sous le joug sont représentées avec des types encore un peu conventionnels et par trop uniformes, mais cependant beaucoup plus vrais que ceux que l’art grec avait généralisés1. Nombreuses sont les sculptures romaines consacrées aux Gaulois, aux Germains, auxDaces, etc. Nous reviendrons dans la suite sur les principales en étudiant rapidement, au point de vue de leur conformation céphalique, ces divers peuples anciens. 11 nous suffit pour le présent de placer sous les yeux du lecteur la figure d’un de ces monuments (fig. 3), conservé au Musée du Louvre. L'examen de ce groupe suffira [tour donner une idée exacte de l’anthropogr a-phie romaine, et pour montrer Y intérêt spécial qui peut s’attacher à ses œuvres2.
- L’Égypte, dont les conceptions ethnologiques, longtemps mal interprétées , commencent à nous apparaître avec plus de clarté, l’Égypte mettait les autres nations au-dessous de son peuple, mais elle
- leur faisait place, sous la direction et sous la protection des Dieux nationaux, dans le ciel inférieur. Les artistes furent par là autorisés à donner à la représentation des étrangers les mêmes soins qu’à celle de leurs compatriotes. Us avaient pour la reproduction de la figure une aptitude toute spéciale, et l’on peut dire que dans leur œuvre immense chaque tête est presque un portrait, en donnant à ces mots son sens
- 1 Les Étrusques ont aussi laissé des monuments anthropographiques intéressants dans leur naïveté un peu primitive, yious aurons l’occasion d’y revenir à plusieurs reprises dans la suite. Citons pourtant dès à présent la curieuse collection de portraits funéraires eu terre cuite rassemblés par Campana et déposés aujourd’hui au Musée du Louvre.
- 2 Le type Romain lui-même a été étudié dans les monuments par \V. Edwards.
- Fig. 3. — Gaulois défendant sa maison, lias-relief romain enchâssé dans le socle de la grande Mclpomènc du Musée au Louvre.
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- le plus général. Les caractères généraux propres à chacune des races du genre humain ont été saisis avec un tact extrêmement remarquable.
- Les deux auteurs de ce travail ont visité ensemble les principaux monuments de l’ancienne Égypte en 1869, et n’ont pas été moins frappés que leurs très-nombreux devanciers de la perfection avec laquelle , depuis l’ancien empire jusqu’aux Ptolémées, les Égyptiens ont traduit les caractères crâniens et faciaux des types ethniques qu’ils avaient à sculpter ou à peindre. Cet art ethnographique, dont les panneaux de la IIIe dynastie, récemment découverts par M. Mariette, sont les plus anciens monuments , atteint son plus haut degré de développement après l’expulsion des Hycsos, sous les XVIIIe et XXIe dynasties. C’est à cette grande époque qu’appartiennent les productions anthropographiques les plus remarquables de l’Égypte, les sculptures et les peintures des palais et des temples de Karnak, de Rames-séum , de Deir el Bahari , d’ibsam-houl, deSoleb,etc., et celles des tombeaux de Biban el Molouk, de Qournet Mouraï, de Cheikh abdel Qournah,etc.
- Les plus célébrés de ces œuvres d’art toutes spéciales sont celles que depuis Champollion l’on désigne sous le nom de tableaux des races humaines. Bel-zoni, Champollion,
- Lepsius, Brugsch, en ont publié des ligures avec quelques variantes ; nous reproduisons
- ci-contre, avec la plus
- Fig. 4. — Tète d’une statue supposée de Ramsès 11.
- Fig. 5. — Les races vaincues du temple dTbsamboul.
- Éthiopie el Soudan,
- grande exactitude et de visu, les têtes des personnages qui y figurent (fig. 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10).
- Le premier (fig. 6) que Belzoni avait cru Persan et que Champollion considérait comme représentant l’Europe, est un Tamahou, probablement un Libyen de la race blonde du Nord ; le second est un Amou, c’est-à-dire un Asiatique de race sémitique; le troisième est un nègre, Nalisi ; lequatrième, un Égyptien. Cet ensemble, qui correspond, comme Champollion l’avait reconnu, à de grandes divisions géographiques et surtout ethno--it: logiques, est sujet dans les monuments funéraires à quelques variations qui montrent bien que les Egyptiens en avaient fait l’expression d’un véritable système ethnographique. Le Sémite de la figure 7 est en effet remplacé quelque-i fois dans cette scène par un autre individu de même type que tout son extérieur engage à considérer comme un véritable Assyrien; quelquefois encore c’est un Iranien qui vient représenter l’Asie. Champollion a aussi nolé des variantes intéressantes du Tamahou.
- Dans la scène des tributs à Touth-mès III du tombeau de Rekhmara, publiée , mais d’une façon très-insuffisante, par Hoskins et Wilkinson, l’Afrique et l’Asie sont seules en action, en registres alternés. Le Poun, qui correspond à l’extrémité orientale de l’Afrique, et. le Kousch, représentent la première, les
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- LA NATURE.
- TYPES ETHNIQUES DES TOMBEAUX DES BOIS A BIB AN-EL-MOLOU K.
- Kéfat ou Phéniciens; et les Rotennou, du nord de l’Asie antérieure, répondent à la seconde. Huit types ethniques figurent dans ce splendide monument : ce sont avec les Égyptiens, des Nègres noirs, bruns et rouges, des Asiatiques blonds, etc.
- Le tombeau de Houi, contemporain du règne d’Amen-touonkh nous en montre plus encore. Les Nègres y ont des délégués de cinq tons de peau différents. On y voit en outre des Éthiopiens et des Assyriens de deux races, l’une claire et l’autre foncée.
- Ajoutons à cette énumération les Petti et les Menti du Sinaï, les Sati et les Tennou de Palestine, les Shasou du Liban, les Kétas de l’Oronte, les Ruten, les Amor-
- Fig. 10. — Type sémitique.
- rhéens (Àmaor), etc., représentés sous les traits des races sémitiques ; les Tahcnnou de race Libyque, Mashouashas, Kahakas ; les Hanebou ou peuples des pays septentrionaux, Shardanas ou Sardiniens, Sha-kalshas ou Sicules, Ouaskasha ou Osques, Daanaou Dauniens, Tourshas ou Étrusques, Lekou ou Lyciens , Akaouaskhas ou Achéens, Dardana ou Darda-niens, Tsekkariou ou Teuc-riens, Pelestasou Pélasges,etc., non moins reconnaissables à leurs traits Européens qu’aux insignes et aux ornements qui leur sont propres, et nous aurons une idée à peu près exacte de l’étendue des connaissances ethnologiques des Égyptiens et des ressources considérables que peuvent offrir leurs monuments pour
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- l’étude des races de l'antiquité. Morton, qui s’est attaché, dans la mesure de ses ressources, à l’étude de ces représentations si nombreuses et si variées, a cru pouvoir comprendre les Indous et les Mongols au nombre des races figurées dans les monuments de l’Égypte. Cette hypothèse ne s’est point confirmée pour les premiers, et quant aux seconds, elle repose sur une identification qui n’est pas encore établie1.
- L’art Assyrien a puisé en Egypte une partie de ses inspirations, mais pendant sa période archaïque il n’a rien pris à l’art Egyptien de son goût si décidé pour l’ethnographie. 11 traite alors la figure humaine suivant un type uniforme et voulu, type national qu’il répète indéfiniment dans les nombreuses figures de Korsabad et de Nimrud. Ce n’est qu’à une époque plus récente, qu’entraîné par son génie réaliste et désireux d’ajouter à l’exactitude des pages historiques dont il orne les murailles des palais de Koyundjik, l’artiste Niniviie s’efforce de rendre avec quelque fidélité le type des races que la sienne a vaincues et subjuguées. Il s’inspire rarement dans cette anthropographie des modèles Égyptiens, il copie directement la nature avec sa rudesse habituelle, mais
- 1 Les Abyssins, qui ont subi l’influence de la civilisation égyptienne pendant de longs siècles, ont conservé dans leur peinture hiératique quelque chose de cette anthropographie si remarquable dont nous venons d’énumérer les principaux types. Le diable, par exemple, y est toujours figuré sous les traits d’un nègre Changalla. (G. Lejean, Théodore II (Univers illtii-Ire, ‘28 mai 1868.)
- avec assez de vérité pour qu’il ne soit pas très-malaisé de distinguer dans son œuvre, quoiqu-en ait dit M. Beulé, des types ethniques assez divers, et tout aussi remarquables aux traits de leur visage qu’à leurs vêtements ou à leurs armes. Ces
- types ne sont ni aussi nombreux ni aussi nettement tranchés que Nott et Gliddon l’estimaient. Nous ne croyons pas, pour notre part, pouvoir attribuer, avec ces auteurs, telles ou telles représentations du type sémite aux Juifs, aux Élamites, aux Arméniens , etc. Il nous parait, comme à M. G. Rawlinson, que « le front droit, mais peu élevé, le sourcil fourni,l’œil large et en amande, le nez aquilin, un peu épais et déprimé en s’amincissant vers son extrémité, la bouche forte et ferme, avec les lèvres quelque peu épaisses, le menton bien formé... la chevelure abondante et la barbe ample, toutes deux coloriées en noir » , sont des traits communs pour la plupart aux Sémites en général, et ne peuvent pas servir à distinguer parmi les peuples de cette race des groupes particuliers. Mais à côté de ce type général, commun aux races sémitiques, nous trouvons quelques autres types bien tranchés, un type babylonien et un type susien, par exemple, déjà distingués par le savant auteur de l’histoire des grandes monarchies orientales. Nous croyons pouvoir y ajouter avec certitude le type grec que des troupes auxiliaires, probablement cypriotes, présentent dans les bas-reliefs d’Assourbanipal V, et avec plus de réserve un Aryen qui peut être Médique ou Perse, et
- Fig. 11. — Type assyrien.
- Fig 15. — Type babylonien.
- TYPES ETHNIQUES DU MONUMENT D ASSOURBANIPAL V A KOYOUNDJIK. (MUSÉE DU I.OUVRE.)
- Fig. 14.— Type susirn.
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- que l’on trouve plus rarement dans les monuments de-la même époque. Nous avons fait graver très-fidè-lement, d’après les originaux du Musée du Louvre, quatre figures qui donneront une idée fort exacte de l’état des connaissances des Assyriens du septième siècle avant notre ère sur les caractères ethniques de la tête. La première (fig. 11) représente un Assyrien, c’est Assourbanipal lui-même, type très-pur de la race. Au-dessous de lui est un Babylonien aux traits mongoliques que l’on pourra rapprocher de quelques-uns de ceux que M. Rawlinson a fait représenter, puis viennent le Grec et le Susien, le Grec, un auxiliaire cypriote avec les traits bien connus de sa race (fig. 12), le Susien, produit probable de quelque métissage de Kouschite et de Nègre (fig. 14). Ce dernier est plus remarquable encore que celui dont M. Rawlinson a fait l’objet de ses observations. Son nez, relativement plat, ses narines dilatées, ses pommettes saillantes, ses lèvres épaisses, etc., en font un type de race bien observé et bien x^endu.
- Les Babyloniens ne sont pas inférieurs aux Assyriens dans les très-rares représentations de leur type national qui sont parvenues jusqu’à nous. La plupart des Sculptures de l’ancien empire de Chaldée, fragments de statues ou cylindres gravés, étaient grossières et ne pouvaient offrir qu’un faible intérêt pour l’étude du type ethnique. Mais l’homme au chien de Senkereh, qui remonte au début du nouvel empire Chaldéen et le bas-relief du roi Mardouk-idin-akhé, du douzième siècle avant notre ère, dont M. Lenormant vient de publier de fort belles photogravures, nous montrent, reproduits avec fidélité et dans un style qui se ressent de l’influence Assyrienne, le type grossier et le type fin de cette race Accadienne, que les philologues rattachent presque unanimement au groupe Ougro-Finnois.
- L’art Persan, autre dérivation de l’art Assyrien, a. également réussi à rendre les différents types des races humaines avec beaucoup de vérité. Le grand ouvrage de Flandin et Coste renferme de nombreuses et intéressantes séries de types ethniques très-distincts, parmi lesquelles on reconnaît ceux des principales populations de l’Asie. Ker Porter en a publié d’autres non moins intéressantes.
- On peut voir dans le voyage de Ch. Texier des figures saces et lyeiennes ethnologiquement très-remarquables. On trouve enfin dans la péninsule cisgangétique, sur un certain nombre de monuments de diverses natures, des représentations plus ou moins anciennes, qu’il est possible de rattacher à trois types ethniques bien distincts, celui des grottes d’Elephanta, etc., étudié pour la première fois par W. Hunter et qui semble négroïde, celui du temple de Sanchi qui est touranien et dont nous devons la connaissance à M. Louis Rousselet; et le type aryen des grands monuments brahmaniques.
- 11 y aurait une certaine injustice à ne pas accorder quelque attention, en terminant cette revue rapide des monuments antiques, aux ruines américaines qui nous ont conservé, surtout à Palenqué, une ico-
- nographie si frappante de la vieille race Toltèque. Le Mexique a eu aussi son anthropographie, quelquefois fort remarquable ; nous ne pouvons que renvoyer aux publications spéciales et surtout à la note que M. Boban vient de publier sur les idoles de Les-tanzuela, dans le Musée Archéologique.
- A. de Quatrefages. — E.-T. IIamy.
- LE LAC BOUILLANT DE LA DOMINIQUE
- On ne peut s’empêcher d etre étonné quand on réfléchit combien il reste encore à découvrir sur notre terre cependant si petite. Qui croirait que les Antilles anglaises ou françaises peuvent encore fournir matière à découvertes? C’est cependant ce qui vient d’arriver à l’une d’elles ayant appartenu successivement aux deux nations, la Dominique, qui n’en est pas mieux connue pour cela. Située entre la Guadeloupe et la Martinique, ce n’est pourtant pas un territoire immense, puisqu’elle ne contient que 754 kilomètres carrés : elle a 48 à 50 kilomètres de long sur 25 de large, et représente à peine le cinquième d’un département français. C’est, en un mot, un massif volcanique, — quoique assez peu élevé, puisque l’hnray’sview n’atteint que 1580 mètres, et c’est le point le plus élevé, — mais extrêmement découpé et arrosé par de nombreuses et belles rivières. Une petite partie de l’île est cultivée, mais pourrait l’être sur plusieurs milliers d’hectares d’une terre admirablement fertile, tandis que le reste est couvert de forêts vierges.
- Cette île est, avec celle de Saint-Vincent, la seule des Antilles où restent encore quelques-uns des habitants primitifs, les Caraïbes : le Gouvernement anglais a alloué à ces indiens un district spécial sur lequel ils vivent paisiblement, au nombre d’environ trois cents individus, fort sauvages et fuyant tout observateur.
- C’est au milieu du massif volcanique central que, au mois de janvier 1875, a été découverte une des principales curiosités de l’île. On savait bien que, dans le centre, existaient des dépôts de soufre, mais on en ignorait les gisements exacts et l’un des explorateurs en avait découvert un dépôt considérable un jour qu’il était perdu dans les bois. C’est pour le retrouver qu’il partit du Roseau avec plusieurs compagnons.
- « Un sentier partant du Roseau, dit-il, nous amena, en moins de deux heures, au petit village de Landat, dans la montagne, à 700 mètres au moins au-dessus de la mer. Là nous trouvâmes nos porteurs, quatre hommes et quelques enfants, dont nous envoyâmes deux hommes en avant pour nous frayer un sentier et nous bâtir un ajoupa pour passer la nuit. Une fois nos hommes qui restaient bien chargés, nous nous mîmes en route pour couper la rivière du Vousseau à l’endroit où elle se
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- divise en deux branches qui forment bientôt d’admirables cascades bien connues. Bientôt nous étions au milieu de forêts vierges.
- « Autour de nous, des gommiers d’une grosseur énorme dont les troncs s’élèvent à 40 mètres sans branches : sur le sol, par-dessous bois, on ne le voit apparaître que peu à peu, en gagnant la montagne. Le caractère des forêts Dominicaines, c’est l’incroyable abondance des fougères et des mousses qu’elles renferment. Quelque part que l’on porte sa vue, sur le sol, sur les troncs, sur les branches, même sur les pierres perpendiculaires des précipices, partout s’étalent, avec leurs frondes admirables, des fougères de toutes formes et de toutes couleurs. Les lianes et les plantes grimpantes existent partout avec une incroyable abondance; nos hommes, armés de leurs larges et longs couteaux faits exprès, nous avaient, à grands coups, taillé un sentier au milieu de tout cela. Si ces végétaux avaient été aussi durs qu’ils le paraissent, nous ne serions jamais passé !
- « A partir de Landat, nous montions toujours et nous étions bien arrivés à 1000 mètres d’élévation : nous n’avions pas d’autre moyen que de suivre le lit des torrents sur les pierres glissantes, et prenant de forts bains de pieds de temps en temps. Il fallait descendre dans un précipice dangereux pour approcher des soufrières et trouver l’ajoupa où nous passâmes la nuit, dévorés par de longs moustiques noirs, et empestés par la vapeur de soufre que le vent nous envoyait.
- « Il fallut, le lendemain, suivre le torrent, mais, en approchant des champs de soufre, ses eaux étaient devenues d’une blancheur opaque, à cause des sédiments qu’elles contenaient. Les herbes, dans le voisinage du dépôt, étaient chétives, et à peine y distinguait-on quelques végétaux rabougris. Le sol était presque partout couvert de pierres ponces blanches et, de place en place, se montraient des mousses spongieuses noires, comme bouillies dans l’humidité. Ça et là le soufre, avec sa brillante couleur, sortait de terre par masses, et, plus haut s’ouvraient de nombreuses fumeroles imprégnées de vapeurs sulfureuses. Quelques-unes étaient très-grandes ; en nous approchant, nous entendions des bruits éclatants et des roulements sourds. Autour des fumeroles, s’étaient distillés de magnifiques anneaux de soufre natif, et nous ne pouvions soulever une pierre sans trouver au-dessous une couche de ce même minéral.
- « Il était très-dangereux de marcher partout là, car à chaque instant le sol s’effondrait sous nos pieds, et il en sortait des vapeurs et de l’eau bouillante. Ainsi nous nous dirigeâmes vers une montagne au sommet de laquelle nous apercevions des nuages blancs moutonneux qui semblaient se reformer sans cesse. Ce fut pénible, mais enfin nous débouchâmes entre deux roches, et restâmes ébahis !
- « Nous étions au bord d’un abîme d’où montaient des masses tourbillonnantes de vapeur d'eau et de de gaz suffocants. Des bruits sourds, des grondements,
- des bruits de bouillonnement tout particuliers, frappèrent nos oreilles, tandis que nos narines étaient remplies de gaz sulfureux empoisonnés. Tout à coup le vent tourna et chassa les vapeurs qui nous entouraient; à nos pieds s’étendait une nappe d’eau bouillante! Elle roulait et mugissait à une trentaine de mètres au-dessous de nous....
- <( Au milieu de cette sorte de marmite, une espèce de digue d’eau, de pli mouvant de deux mètres de haut environ, se mouvait en rond, tandis que les bords du lac étaient comme découpés en petits caps et en anses toutes bordées de soufre jaune déposé par les eaux, sur lequel venaient mourir les vagues en miniature causées par l'ébullition du milieu. D’après la position du bourrelet de soufre que nous pûmes voir, nous nous assurâmes que le niveau du lac devait varier. Tout cela ne put être qu’entrevu par instants, au milieu de la fumée. A côté de nous, un petit, ruisseau déjà chaud se jetait dans le lac, et nous vîmes que le point de sortie était de l’autre côté, en face de nous; mais il nous fut absolument impossible d’explorer et même d’aborder ce côté.
- « Du côté même où nous étions, la station n’était point exempte de désagréments : nos habits étaient saturés de l’humidité de la vapeur qui se condensait sur nous ; nos montres et notre argent étaient noircis par l’action des gaz sulfurés. Nous dûmes quitter la place, mais avec l’intention d’y revenir, ce qui fut exécuté à la fin d’avril.
- « A ce moment l’ébullition n’était pas tout à fait aussi violente qu’à la première visite, et la vapeur avait si fort diminué, que nous pouvions distinctement voir toute la surface ! Notre première visite avait eu lieu pendant la saison des pluies, et cette seconde après de nombreuses semaines de sécheresse ; aussi nous pensons que la chute des pluies a une influence sur le lac bouillant. Ce qui nous l’a prouvé, c’est que, pendant notre seconde visite, une vigoureuse ondée nous surprit et aussitôt l’ébullition devint plus forte et le cône central s’éleva plus haut. En même temps les vapeurs augmentèrent de violence et la vue devint plus difficile.
- « Le bassin bouillant a environ 150 mètres de long sur 80 mètres de large. Sa hauteur au-dessus de la mer, mesurée avec un baromètre anéroïde, est de 808 mètres. Température de l’eau au bord : 85° centigrades ; température dans le bassin d’un petit geyser, dans la grande soufrière tout auprès, 90°,55 centigrades. Température de l’atmosphère, maximum 17°,78, minimum 10°,33. »
- LA CATASTROPHE Dü GRAND-SABLE
- A SALAZIE (iLE DE LA RÉUNION).
- L’ile de la Réunion, qui vient d’être si cruellement éprouvée dans ces derniers temps, est une île absolument volcanique. C’est une grande terre de
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- LA NATURE
- forme assez régulièrement ovale, orientée du N.-O.
- au S.-E., et dont les hauteurs principales s’élèvent
- Fig. i. — Vue intérieure du cirque de Salazie, prise du rempart de la Fenêtre, au-dessous de la plaine de Belouve.
- » Le Cimandel (222G"). — „ Le piton d’Enehaing (1351”). — „„ Plaine des Chicots (227— „„„ Plaine des Fougères (IG80”).
- <m~ - y Tiivière du Mât.
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- Echelle
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- Fig. 2. — Caite du cirque de Salazie, montrant l’effet de l’ébouleinent (ile de la Réunion)
- do 2500 mètres à 5000 mètres. Elle se compose de | deux parties très-distinctes : la première, à l’oue. t.
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- H». 5. — \ue actuelle du théâtre de la catastrophe du Grand-Sable (île de la Réunion'. D’après un croquis de JI. le docteur Cassien,
- joint au rapport de la Commission nommée par le Gouverneur de la Réunion.
- Fig- 4. — Lac formé près l’éboulis à File de la Réunion. (D’après un croquis de M. le docteur Cassien )
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- LA NATURE.
- marquée par trois grandes vallées circulaires, produites par des effondrements, était autrefois occupée par un vaste cratère central, dont les témoins restés debout forment encore les points culminants de l’île. Toute activité volcanique a cessé dans ce massif ancien, ou tout au moins elle ne s’y manifeste plus que par des sources thermales abondantes. Les phénomènes volcaniques qui ont fait émerger l’île au sein de l’océan Indien, après s’être successivement déplacés de l’ouest à l’est, semblent maintenant concentrés dans la seconde partie, à l’est, que caractérise un volcan continuellement en éruption. Les trois cirques du massif ancien, di’aînés par des torrents impétueux pendant la saison des pluies, sont entièrement livrés aux érosions causées par les agents atmosphériques, et leurs parois abruptes, uniquement formées de roches volcaniques, de coulées de laves basiques plus ou moins feldspathiques qui se désagrègent sans cesse sous l’influence des eaux pluviales, se dégradent et s’élargissent de plus en plus. Le plus remarquable d’entre eux, c’est sans contredit, dans le N.-E., celui de Salazie; moins abrupte, moins accidenté que celui de Cilaos, qui lui correspond dans le S. 0., il offre des sites plus gracieux, plus pittoresques, et en outre des sources thermales précieuses. Son climat bienfaisant, y attire tous les ans une société nombreuse, qui, fuyant les chaleurs énervantes du littoral, vient y ! chercher, avec un air pur, de charmantes prome- nades. C’est, à vrai dire, une vaste dépression circonscrite par des remparts à pic, dont l’altitude croît graduellement de 1200 mètres à 3000 mètres vers le S. O., et qui s’ouvre au contraire dans le N. E. par une grande fissure d’abord évasée, mais i qui se rétrécit bientôt en un défilé étroit et profond . dans lequel coule la rivière du Mât. Du haut du rempart delà Fenêtre, qui domine le village de Salazie, il est facile de se rendre compte du mode de formation de cette vallée, dont on embrasse du regard tout l’ensemble, et de se convaincre que, loin d’être due à un ancien cratère « dont la forme spéciale serait encore conservée », comme certains auteurs l’ont admis, elle résulte d’une fracture dont la direction est encore indiquée par les gorges mêmes de la rivière du Mât (fig. 1).
- Les coulées de laves qui forment les abruptes des remparts de la plaine des Fougères (1680 mètres) et de la plaine des Chicots (2275 mètres), sont identiques avec celles des falaises des plaines de Belouve (1500 mètres) et des Salazes (2188 mètres), qui leur font face. '»Toutes ces plaines, autrefois reliées entre elles, devaient se prolonger jusqu’au piton des Neiges (3,069 mètres), pour former les pentes de l’ancien volcan dont nous avons parlé; mais une large fissure, produite par un soulèvement considérable du sol, qui bientôt a été suivi par un affaissement, les a séparées. Le sommet de cette fracture s’est alors effrondré, et les eaux pluviales, en se recueillant dans la dépression qui s’était faite, l’ont depuis cette époque sans cesse ravinée, en donnant
- lieu à des torrents dont le lit se creuse de plus en plus.
- Les restes de cet effondrement des lèvres de la fracture primitive se voient encore au milieu du cirque et forment plusieurs pitons qui se dressent isolés, comme le piton d’Encliein (1351 mètres), par exemple, au milieu des plateaux que de nombreux torrents découpent si profondément. Sur ces plateaux faiblement inclinés, et qu’on nomme avec tant de raison des îlets, le sol est extrêment fertile ; aussi, malgré leur accès souvent difficile, une population nombreuse s’y presse pour les défricher et les mettre en culture. Le sol du cirque de Salazie, formé de roches volcaniques décomposées, est du reste partout éminemment propre à la culture, et de tous côtés, sur les pentes les plus abruptes, au fond des gorges les plus profondes, partout enfin où l’homme peut s’attacher, de pauvres familles créoles, chargées d’enfants, viennent établir de modestes cases en paille et vivent du produit du peu de terre qu’elles peuvent défricher.
- C’est dans ces conditions que s’étageaient autrefois, au pied du Gros-Morne, sur un talus en gradins couvert d’arbustes, onze cabanes occupées par soixante-cinq personnes que la difficulté de vivre avait poussées jusque dans cette partie la plus solitaire et la plus reculée du cirque. Derrière ce petit village, des flancs mêmes du Gros-Morne, jaillissaient deux cascades dont les eaux réunies en un petit torrent, le bras du Grand-Sable, traversaient le plateau occupé, dans toute son étendue, avant de se jeter dans un cours d’eau plus important, le bras de Fleurs-J aunes, qui coulait à peu de distance, dans un encaissement profond de plus de 100 mètres. Tous les habitants de la Réunion qui ont parcouru le cirque de Salazie, connaissaient ce site pittoresque pour être venu y admirer des sources pétrifiantes remarquables dont les eaux jaillissaient en filets multiples sur des fougères et des mousses, qui se trouvaient bien vite recouvertes d’un tuf de couleur grisâtre,
- Colonie florissante, ravins profondément encaissés, cascades et sources si souvent admirées..., tout cela n’est plus, et fait place maintenant à un chaos affreux, à une immense accumulation de roches et de terres éboulées. Le 26 novembre dernier, entre cinq heures et six heures et demie du soir, une partie du Gros-Morne, montagne dont l’altitude excède 3000 mètres, s’écroulait, ensevelissant tout le terrain compris entre la mare d’Affouches et le camp de Pierrot sous une avalanche effroyable de pierres et de quartiers de montagne. Une superficie de plus de 160 hectares se trouvait bouleversée de fond en comble et recouverte par des millions de mètres cubes de roches volcaniques amoncelées (fig. 2).
- La catastrophe s’est accomplie en quelques secondes : les mille échos du cirque de Salazie se renvoyèrent pendant plus de dix minutes le bruit effroyable de l’avalanche, qui se traduisit dans le bas de l’île par un roulement sourd et continu qu’on attribua au tonnerre.
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- Le village du Grand-Sable a disparu et se trouve maintenant englouti avec soixante-deux de ses habitants sous un éboulis de 40 à 60 mètres d’épaisseur. On n’a même pas pu songer à rechercher les corps des victimes ; des secours organisés immédiatement par le docteur Cassien, médecin en chef de l’hôpital militaire de Salazie, furent malheureusement inutiles et toutes les recherches n’amenèrent d’autres vestiges des malheureux habitants que quelques débris horriblement mutilés. Deux infortunés survivent, hélas! à ce désastre : deux habitants du Grand-Sable étaient absents au moment de la catastrophe et sont maintenant privés de tout. L’un, Julien Maillot, a perdu sa femme avec quatre enfants, son père, sa mère plus que septuagénaire, cinq frères et sœurs, des neveux et des nièces : tout son cœur, tout son intérêt, toute sa vie! L’autre, Paul Yidot, sa femme avec sept enfants, son frère également marié et avec trois enfants. Qu’on juge de leur stupeur quand, à la place des cabanes qu’ils avaient laissées si tranquilles le matin, ils n’ont plus trouvé au retour qu’un chaos affreux : de pareils malheurs sont insondables!
- Le théâtre de l’accident n’offre plus maintenant qu’un tableau navrant. On dirait un sol labouré par une charrue gigantesque qui aurait ramené à la surface terres et rochers dans un mélange indescriptible (fig. 3). Des monceaux dé blocs énormes, qui peuvent atteindre jusqu’à 6000 mètres cubes, des quartiers de montagne écroulés, accumulés les uns sur les autres, comblent maintenant le torrent de Fleurs-Jaunes. Une partie du Gros-Morne s’est détachée sur une hauteur de 1200 mètres et sur une largeur de 400 environ ; des blocs provenant de cet éboulement affreux ont été projetés à près de 2 kilomètres jusque sur le plateau voisin, le camp de Pierrot. Une cabane, située dans l’ouest, sur le piton du camp d’Henri, a été seule préservée; elle a glissé avec une partie du piton et les arbres séculaires qui l’entouraient, et ne s’est arrêtée que de l’autre côté du bras de Fleurs-Jaunes, après avoir parcouru d’une course vertigineuse un espace de près de 300 mètres. C’est la seule épave de ce grand désastre. Ses habitants, un jeune couple et deux enfants, ont glissé avec leur immeuble, mais n’ont éprouvé aucun mal et se sont enfuis par dessus l’éboulis aussitôt après l’événement. Enfin, au pied même du Gros-Morne, une vaste excavation donne lieu maintenant à un petit lac entretenu par les nombreuses cascades qui jaillissent de la montagne devenue accore (fig. 4). Deux-personnes seules se trouvant sur des hauteurs voisines ont assisté à cette catastrophe ; l’une d’elles raconte qu’elle vit passer devant ses yeux, avec un bruit terrible, comme un nuage noir, puis des arbres, de la terre, des pierres qüi rebondissaient au fond de la vallée. Le sol trembla ; tout cela dura deux ou trois minutes ; elle ne vit ni vapeur ni fumée, ne sentit aucune odeur particulière. Aussitôt après l’événement, les lieux se trouvèrent dans l’état où ils sont aujourd’hui.
- En présence d’une aussi effroyable catastrophe, d’un bouleversement si considérable, on est naturellement porté à croire que la chute d’une montagne telle que le Gros-Morne est due à une commotion souterraine, à un tremblement de terre. C’est, là en effet l’idée qui tout d’abord a prévalu à la Réunion, et beaucoup ont cru voir dans cet accident une menace, une indication qu’un volcan allait se former dans l’intérieur du cirque de Salazie. Les habitants furent terrifiés; il en est qui prétendirent avoir ressenti des secousses et entendu des détonations; d’autres parlèrent d’odeur de soufre et de pluies de cendres. Un médecin de la Réunion, M. le docteur Vinson, après s’être livré à une étude minutieuse des lieux et avoir dressé une sorte d’enquête avec M. Cazeau, ancien ingénieur très-expérimenté et très-observateur, a cru pouvoir affirmer que l’accident avait pour cause une action volcanique intense, et, dans un Mémoire adressé à ce sujet à l’Académie1, fit remarquer a que le volcan de la Réunion, en activité permanente autrefois, était silencieux depuis de longues années et que, privée de cette soupape de sûreté, File avait pu éprouver la convulsion qui a entraîné la catastrophe du Grand-Sable ».
- Enfin, l’imagination des poètes aidant, on en vint même à dire :
- Maintenant en ces lieux, désormais solitaires, S’échappent en sifflant, par de nouveaux cratères, Une noire fumée et d’épaisses vapeurs.
- Ce n’était là, fort heureusement pour les habitants de la Réunion, qu’une licence poétique un peu forte.
- Le cataclysme n’a rien de commun avec les phénomènes volcaniques et doit être rapporté tout entier à un éboulement gigantesque produit par un effondrement du sol et par la désagrégation de certaines des roches volcaniques qui entraient dans la constitution de la montagne.
- En traversant pendant le mois de janvier 1875 la chaîne des Salazes, c’est-à-dire le massif où s’est produit l’éboulement, pour passer du cirque de Gilaos dans celui de Salazie, j’avais été bloqué à Marlat avec M. Deramond conducteur des ponts et chaussées, qui me servait obligeamment de guide, par un ouragan, et j’avais été frappé des dégâts immenses que pouvaient causer en un instant les pluies torrentielles qui fondent sur ces remparts. J’avais vu là d’énormes failles dans lesquelles les eaux s’engouffraient et disparaissaient pour former, à de certaines hauteurs, dans ces murailles à pic, de véritables éruptions boueuses. 11 devenait évident que, les érosions se multipliant, certains massifs s’abattraient, provoquant des éboulements considérables : aussi, à la nouvelle de l’accident, n’ai-je pas hésité un seul instant à l’attribuer uniquement à un éboulement dû aux causes originaires de la vallée où il s’était produit.
- 1 Séance du 10 janvier 1876.
- 2 Moniteur de ta Réunion, samedi 8 janvier 1876.
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- Le gouverneur de la Réunion, après s’être transporté sur les lieux au lendemain du désastre, avait nommé une commission1 pour étudier les causes de la catastrophe. Le rapport de cette commission vient de nous parvenir par la dernière malle des Indes ; il établit de la façon la plus nette que le phénomène survenu au Grand-Sable est absolument comparable aux grands éboulements de montagnes dont la Suisse et d’autres contrées ont été souvent le théâtre. Voici d’ailleurs comment, d’après les faits observés par elle, la commission retrace les phases successives ou simultanées de l’événement.
- Un affaissement s’est produit à la base septentrionale du Gros-Morne. Le talus eu gradins avec les cases qu’il portait et dont il ne reste plus aucune trace, s’est, effondré et a été englouti sur place. Obéissant à ce mouvement d’abaissement, la partie supérieure du plateau s’est affaissée à son tour en formant en son milieu et longitudinalement un pli rentrant.
- Perdant sa base, un pan du Gros-Morne se détache, et celte masse énorme, en tombant sur le plateau déjà abaissé, en exagère l’affaissement. Dans le haut de la vallée, le sol, déchiré par d’énormes blocs projetés, agissant à la fois comme des coins et comme des bombes, est violemment refoulé à droite et à gauche, plissé, tassé, retourné. Du côté opposé, le sol refoulé disparaît sous l’éboulis qui broie et recouvre les cases qu’on y voyait.
- En avant, l’effroyable avalanche chasse devant elle tout le sol de la position déclive de la vallée. Ce sol glisse vers le bas, emportant les cultures et les arbres qui le couvrent. Sous la pression formidable exercée par ces terrains qui glissent et sans doute aussi par l’effet de la trépidation, tout un pan de terre, celui qui bordait en bas le profond ravin de Fleurs-Jaunes, n’étant pas soutenu sur ce point, se détache, est poussé à travers ce ravin, aborde la rive opposée et y reste adbssé, comblant ainsi une excavation large de 80 mètres.
- Sur le terrain qui surmonte ce pan détaché se trouvaient deux cases. L’une, vers la droite, était habitée par une famille de huit personnes : le terrain supérieur, en pivotant, glisse de ce côté par dessus ce lopin de terre, le retourne en partie et ensevelit la case et la famille. Le lendemain, on retrouva les poules picorant tranquillement à quelques mètres du lieu où fut la cabane. Plus heureuses, deux femmes qui se trouvaient devant l’autre cabane, et qui portaient chacune un enfant, purent s’échapper en gravissant la rive quelles venaient d’aborder. « Elles entendirent un grand bruit, et sentirent en même temps le sol trembler, se crevasser. Elles ne virent rien, sinon que le terrain où elles se trouvaient venait d’aborder la rive opposée. L’une d’elles tomba
- 1 Cette Commission se composait de M. le Dr Cotholendv, médecin en chef, M. Joly, professeur des sciences physiques au lycée de Saint-Denis, M. Léonard, pharmacien en chef M. le D1 Jacob de Cordemoy, licencié ès-sciences naturelles naturaliste éminent, qui avait été désigné comme rapporteur.
- avec son enfant dans une crevasse d’où elle parvint à se dégager, pendant que l’autre relevait et emportait l’enfant en même temps que le sien. Elles grimpèrent sur l’escarpement de la rive gauche et gagnèrent le camp de Pierrot. Leurs vêtements et leurs cheveux étaient couverts de poussière. »
- Enfin, la chute du piton du Grand-Sable, qui vint ensuite, acheva de combler les deux ravins qui coulaient à ses pieds, tandis que la secousse et la vibration du sol provoquaient au piton du camp d’Henri le glissement du versant boisé qui dominait la vallée.
- Tels sont les faits qui, se succédant en un temps très-court, ont eu pour résultat, dans leur ensemble, celte lamentable catastrophe où soixante-deux personnes ont péri. Ch. Vélain.
- LES PYRITES DE FER
- Il y a quelques années, en 1873, à la réunion de l’Association française à Lyon, le brillant et sympathique professeur de chimie industrielle au Conservatoire des arts et métiers, M. Aimé Girard, ayant à faire une conférence publique sur les industries chimiques, s’exprimait ainsi : a Les quantités d’acide sulfurique fabriquées en Europe sont grandes et je ne me trompe certes pas beaucoup en évaluant la production annuelle de l’Europe à 800 millions de kilogrammes d’acide concentré. Je ne sais si ce chiffre de 800 millions de kilogrammes parle suffisamment à votre esprit, aussi pour mieux vous en faire apprécier la grandeur, vous demanderai-je la permission de donner à cette appréciation une forme plus vulgaire, mais plus saisissante peut-être. Imaginez que tout l’acide sulfurique fabriqué en Europe ait été amené à Lyon et que nous ayons l’intention de l’emmagasiner dans un canal, doublé de plomb bien entendu, que nous aurions creusé parallèlement au Rhône. Savez-vous quelle dimension il faudra donner à ce canal ? Supposons que nous l’ayons creusé à deux mètres de profondeur, que nous lui ayons donné 10 mètres de largeur : il nous faudra, si nous voulons y enfermer tout l’acide sulfurique que fabrique l’industrie européenne en une année, le pousser au-delà de Gisors, le continuer jusqu’à Vienne dans l’Isère, lui donner, en un mot, une longueur de 25 à 30 kilomètres. Et pour produire tout cet acide sulfurique, savez-vous ce qu’il aura fallu de ces pyrites dont nous devons à MM. Perret de Lyon l’emploi industriel ? Il en faudra 600,000 tonnes, 600 millions de kilogrammes, c’est-à-dire que pour les transporter en chemin de fer au moyen d’un train véritablement idéal, il ne faudrait pas moins de 60 à 80,000 de nos wagons. »
- Qu’est cette pyrite de fer dont on lait un si prodigieux emploi, où se rencontre-t-elle, comment Tem-ploie-t-on ? c’est ce que nous allons brièvement résumer dans les pages suivantes, en prenant pour guide un Mémoire de MM. Aimé Girard et Henri
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- Morin, tout récemment paru dans les Annales de chimie et de physique (février 1876).
- Fabrication de Vacide sulfurique. — Substitution des pyrites au soufre. — On sait que l’acide sulfurique, combinaison de soufre et d’oxygène unie à des proportions variables d’eau, s’obtient en oxydant l’acide sulfureux au moyen de l’acide azotique. Dans les cours de chimie on montre aisément cette transformation en versant dans une cloche de gaz acide sulfureux quelques gouttes d’acide azotique; on voit des vapeurs rulilantes d’acide liypoazotique apparaître immédiatement, et si on ajoute de l’eau, puis un sel soluble de baryum (azotate ou chlorure), on obtient un volumineux précipité blanc de sulfate de baryte, indice certain de la production de l’acide sulfurique. Ainsi, le point de départ de la fabrication de l’acide sillfurique est l’acide sulfureux qu’on obtient en brûlant du soufre à l’air ; en eu-ilammant une allumette soufrée chacun a senti une odeur extrêmement piquante due précisément à ce gaz acide sulfureux, et pendant des années on n’a pas employé d’autre méthode pour se le procurer que de brûler du soufre dans un courant d’air. Les appareils servant à la préparation de. l'acide sulfurique, les chambres de plomb,
- . naguère vastes récipients cubant plusieurs centaines de mètres cubes, dans lesquels réagissent l’acide sulfureux, l’acide azotique, l’air et l’eau, étaient précédés de fours où brûlait le soufre. L’acide sulfureux produit pénètre dans les chambres pour y gagner, sous l’influence de l’acide azotique, l’atome d’oxygène qui lui manque pour devenir acide sulfurique.
- Bientôt cependant l’emploi du soufre devient onéreux : les localités où l’on rencontre cette matière sont peu nombreuses; tout celui que nous employons en France nous vient de Sicile, de l’Etna, dont les pentes sont couvertes de roches friables d’où il est facile de l’extraire, mais, plusieurs industries importantes faisant concurrence dans la consommation du soufre à la fabrication de l’acide sulfurique dont le développement s’accroît sans cesse,
- le prix du soufre devait fatalement s’élever; on l’emploie non-seulement, en effet, à la fabrication de la poudre à tirer, dont l’Europe fait depuis quelques années une terrible consommation, mais aussi au soufrage des vignes atteintes de l’oïdium ; on sait que ce dernier emploi prit un grand développement vers 1854, 1855 et même pendant les années suivantes, au moment où nos vignobles furent menacés d’une destruction complète, comme ils le sont aujourd’hui encore par l’invasion du phylloxéra.
- On chercha donc à remplacer le soufre et on songea à un minéral assez commun qui jusqu’alors n’a-
- vait pas trouvé d’emploi. Ce minéral est le bisulfure de fer, plus connu sous le nom de pyrite de fer. C’est une belle matière solide jaune présentant parfois l’aspect métallique à un si haut degré, que les ignorants qui le rencontrent croient avoir mis la main sur une matière d’une haute valeur.
- Ce minéral brillant est souvent cristallisé, il se présente en cubes, en dodécaèdres rliomboï-daux, parfois aussi en masses arrondies présentant une structure rayonnéé ; on eu trouve aussi des plaques d’assez grande dimension pour être réfléchissantes, ce qui leur a valu le nom de miroir des Incas, sous lequel on le désigne encore parfois; souvent la pyrite est simplement en masses concrétion nées, plus ou moins volumineuses; mais quel que soit son éclat extérieur, elle est toujours susceptible, quand elle est chauffée dans un courant d’air, de produire, au contact de l’oxygène, un abondant dégagement d’acide sulfureux; aussi songea-t-on à l’utiliser pour remplacer le soufre devenu d’un prix trop élevé.
- Ce ne fut pas sans de longs efforts que la substitution des pyrites au soufre fut réalisée, et l’honneur en revient à deux industriels français, MM. Perret de Lyon, ainsi que nous l’avons vu plus haut; grâce à eux aujourd’hui presque toutes les chambres de plomb n’emploient plus le soufre natif et brûlent des pyrites, aussi la consommation
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- s’accroît-elle rapidement ainsi qu’on peut le voir par le tableau suivant :
- LIEUX D’ORIGINE 1864 1874
- Saint-Bel (Rhône). . . , 60,000 120,000
- Saint-Julien (Gard).. . . 19,000 24,000
- Diverses mines du Gard. . 10,000 6,000
- Soyons (Ardèche). . . . 310 9,000
- Importation Inconnu mais très-faihle. 18,000
- 89,510 178,400
- Ces 178,000 tonnes représentent une valeur d’environ 6 millions de francs.
- Parmi les causes qui contribuent à augmenter considérablement la consommation de l’acide sulfurique se trouve la fabrication des superphosphates, phosphates traités par l’acide sulfurique, et comme ces phosphates sont beaucoup plus employés en Angleterre qu’en France, la consommation des pyrites s’est-elle beaucoup plus accrue dans ce pays que dans le nôtre, mais contrairement à ce qui arrive chez nous, les anglais ne trouvent pas sur leur sol les pyrites nécessaires à leur consommation et sont obligés de les demander à divers gisements étrangers; on en jugera par le tableau suivant:
- lieux d'origine 1864 1872
- Tonnes. Tonnes.
- Norwége 16,087 71,655
- Hollande 12,751 5,682
- Belgique . . 7,069 D
- Portugal . 118,489 180,329
- Espagne 15,529 257,429
- Divers 1,065 2,521
- Total. . . 170,990 517,626
- Gisements et composition des pyr ites françaises
- — Les pyrites se rencontrent en France dans un grand nombre de localités ; mais la plupart de ces gisements sont, en réalité, sans valeur industrielle et c’est en somme à deux groupes principaux que s’adresse exclusivement notre fabrication de produits chimiques : l’un, de beaucoup plus considérable, le plus anciennement exploité également, est le groupe du Rhône, l’autre, moins important, mais plus nombreux, est le groupe du Gard et de l’Ardèche.
- En examinant la carte ci jointe, on voit que le groupe du Rhône est situé au nord-est de Lyon et qu’il est traversé par la petite rivière de la Rrevenne, il est généralement désigné sous le nom de groupe de Sain-Bel. La production de ces gisements, exploités par la compagnie de Saint-Gobain, s’est élevée en 1874 à 120,000 tonnes, c’est-à-dire qu’elle a suffi aux deux tiers de la fabrication des produits chimiques en France.
- Le groupe du Gard et de l’Ardèche, situé au nord-est de Nîmes, tout près d’Alais, est surtout important par le gisement de Saint-Julien de Yalgalgues, dans le Gard, dans le voisinage d’Alais, et celui de Soyous, situé à l’est de Valence, sur la rive droite du Rhône ; ces deux gisements, exploités par
- M. H. Merle, ont fourni en 1874, le premier 24,000 tonnes de minerai, le second près de 10,000 tonnes, soit à eux deux un peu plus du sixième de la consommation française.
- Les pyrites sont loin de représenter une composition constante : non-seulement les proportions de soufre y sont très-variables mais on y rencontre aussi plusieurs éléments volatils qui nuisent plus ou moins à la fabrication et qui donnent un acide sulfurique plus ou moins pur; très-peu de pyrites sont absolument exemptes d’arsenic, aussi est-il rare que l’acide sulfurique du commerce n’en renferme pas ; en outre on trouve quelquefois dans les pyrites des éléments rares qui s’accumulent dans les chambres de plomb d’où on peut les extraire pour les étudier ; on trouve parfois dans les pyrites belges du sélénium, et l’auteur de cet article a eu occasion de constater sa présence dans l’acide sulfurique fabriqué aux environs de Paris ; on sait que c’est dans les chambres de plomb de Lille que M. Lamy a trouvé les combinaisons du thallium qui lui ont permis d’isoler puis d’étudier ce métal.
- Les pyrites renferment encore du zinc, parfois du cuivre, du fluorure de calcium qui dégage de l’acide fluorhydrique, dont l’action peut être parfois gênante, enfin, quand les pyrites sont mêlées à une gangue insoluble dans les acides, leur valeur est diminuée beaucoup moins cependant que lorsque cette gangue est calcaire, car dans ce cas l’acide carbonique dégagé vient se mêler aux gaz des chambres, et retarde leurs réactions les uns sur les autres et par suite la production de l’acide sulfurique.
- Les bonnes pyrites de Saint-Bel renferment de 52,5 à 53 p. 100 de soufre, ce sont les plus pures, elles répondent presque à la composition théorique du bisulfure de fer (53,95 p. 100 de soufre), mais la teneur descend à 48 p. 100, 46, 38 et même parfois 15 p. 100, quand la gangue est très-abondante : à ce taux la pyrite n’est plus marchande.
- Les pyrites de Saint-Julien de Valgagues renferment de 49 à 41 p. 100 de soufre dans les bonnes parties, malheureusement presque toujours la gangue renferme du carbonate de chaux, les parties les moins riches renferment encore 34 p. 100 de soufre, mais elles sont habituellement rejetées. Enfin la pyrite de Soyous (Ardèche) contient de 49,5 à 44 p. 100 de soufre et la gangue n’est pas calcaire, mais les proportions d’arsenic y sont sensibles 0,39, 0,23, 0,31, 0,16 p. 100.
- Les pyrites de fer sont brûlées dans les fours construits près des chambres de plomb avec une telle perfection, que l’oxyde de fer qui reste a pu être converti en fonte de bonne qualité, ce qui n’arriverait pas pas s’il restait dans ce minerai artificiel des quantités sensibles de soufre.
- En résumé, la fabrication française est sûre de rencontrer chez elle, pendant plusieurs siècles, d’immenses approvisionnements de pyrites, et on ne saurait trop louer l’habileté de nos manufacturiers; ceux-ci, en effet, ont su tirer parti d une ma-
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- tière abondante qui, naguère encore considérée comme sans valeur, représente aujourd’hui pour les 180,000 tonnes employées en France, une valeur approximative de 6 millions de francs.
- CHRONIQUE
- Accidents de chemin de fer en Angleterre. —
- Voici l’extrait d’un article publié par le Pall Mail Gazette., du 4 avril 1876; il montre avec quelle singulière insouciance nos voisins traitent la question de la sécurité des voyageurs : « Il y a eu dans le mois de mars, dit ce journal, une diminution marquée dans le nombre des accidents : 16 seulement ont eu lieu, et toujours ayant des résultats terribles, surtout pour les employés des chemins de fer. Une locomotive, dont la chaudière a sauté, a tué 5 hommes sur le coup. Il y a eu seulement 4 rencontres, ce qui est relativement très-peu considérable ; à côté de cela, il y a eu 8 cas de trains ayant déraillé. En tout, 6 hommes ont été tués, 11 sont dans un tel état, qu’il est peu d’espoir de les sauver, 4 sont sérieusement blessés, 18 ont été plus ou moins blessés dangereusement, et environ 50 voyageurs ont eu à souffrir de contusions résultant de chocs. »
- Station néolithique découverte dans l'Aisne.
- — D’intéressantes découvertes viennent d’avoir lieu tout récemment à Caulaincourt (arrondissement de Saint-Quentin, Aisne), où MM. Georges Lecocq et J. Pilloy ont trouvé une station néolithique centenant de nombreux silex taillés, tels que haches polies, pointes de flèche, couteaux, etc. Dans un champ voisin de cette station, deux tombeaux en pierre avaient été heurtés par la charrue il y a quelques années ; profitant de ce renseignement, MM. Pilloy et Lecocq ont fait des fouilles qui ont permis de mettre au jour, en dix heures de travail, environ quarante tombes appartenant à l’époque mérovingienne et contenant les objets caractéristiques de ce genre de sépulture : colliers de femme (perles, grains d’ambre, etc.), fibules, styles, boucles, plaques de ceinture, couteaux, vases funéraires en terre noire, etc., etc.) La saison des semailles n’a pas permis de continuer les fouilles, qui sont suspendues momentanément, mais qui suffisent pour ne laisser aucun doute sur la nature et la valeur des emplacements explorés.
- Un esturgeon pêché à. Poissy. — Un pêcheur de Poissy vient de faire une capture peu commune, qu’il s’est empressé d’offrir au Jardin d’acclimatation. Il s’agit d'un Esturgeon (Accipenser Sturio), long d’un mètre et demi et pesant 55 kilog. Ce poisson, géant pour les eaux de la Seine, serait du fretin pour celles du Volga, où l’on pêche des esturgeons monstres, dont nous aurons prochainement l’occasion de parler à nos lecteurs.
- Propriétés hypnotiques du lactate de soude.
- — W. Preyer, d’iéna, a constaté nombre de fois qu’une solution aqueuse concentrée de lactate de soude, injectée sous la peau ou bien introduite en assez grande quantité dans l’estomac vide, déter ine une sensation de fatigue avec assoupissement et même une somnolence comparable au sommeil naturel, à la condition, toutefois, que toute excitation des sens soit écartée. Des phénomènes identiques se montrent lors d’une production abondante dans Pintérieur du tube digestif de lactate sodique ; après l’ingestion par la bouche de solutions de sucre concentrées, de grandes quantités de lait frais, ou plus spécialement
- aigri; après l’usage du petit lait doux ou aigre. Le sommeil ainsi provoqué apparaît plus vite chez les jeunes animaux que chez les vieux; chez ceux qui ont une excitabilité réflexe plutôt forte que faible ; chez les rats, les chats, les pigeons, les grenouilles, plus vite que chez les lapins et les cobayes. Egalement il se montre plus promptement chez les petits animaux que chez ceux de grande taille, et par un temps froid plus vite que par un temps chaud.
- L’homme est diversement influencé par le lactate de soude. Tel éprouvera une somnolence invincible après avoir avalé à jeun du lait caillé, un verre d’eau fortement sucrée, ou bien une solution de 12 grammes de lactate de soude dans 120 grammes d’eau, mais tel autre ne ressentira rien. L’auteur ne s’explique pas cette variabilité d’effet. Il est d’avis que le lactate de soude mérite d’être expérimenté comme antipyrétique, comme sédatif dans la manie et dans certaines formes d’affections convulsives, en raison de la propriété qu’il a d’amener promptement la résolution musculaire. Toutes les fois que Preyer observa les effets hypnotiques du lactate de soude, il nota que la respiration se ralentissait et devenait plus profonde, que l’irritabilité diminuait, et qu’enfin, chez les animaux à sang chaud, la température s’abaissait sous l’influence de doses fortes. Ces dernières sont bien supportées, sans qu’il en résulte aucun inconvénient. (Centralblatt fur die med. Wissenschaften, août, et Brit. M. J. octobre 1874. Journal de Thérapeutique).
- Société française de physique. — Séance du 17 mars 1876. — M. Mercadier fait fonctionner des diapasons dont le mouvement vibratoire est entretenu électriquement à l’aide d’un électro-aimant disposé entre les branches dè chaque diapason. Cet électro-aimant est animé par un courant qui entre par l’une des extrémités du fil et sort par un fil d’argent qui bute périodiquement contre une vis portée par le diapason auquel aboutit le fil qui ferme le circuit : cette disposition réalise une sorte de trembleur électrique recevant une impulsion à chaque période. Suivantla position que l’on donne à l’électro-aimant, on peut faire varier l’amplitude des vibrations. D’un autre côté, en faisant glisser des poids suffisants-le long des branches du diapason on peut faire varier la hauteur du son qu’il émet, de telle sorte qu’on réalise des sons variant dans l’étendue de une ou plusieurs octaves si les branches du diapason sont suffisamment minces ; il suffit donc de placer ces poids en des positions convenables pour amener le diapason à l’émission d’un son donné. Un contre-poids additionnel, disposé à l’extrémité de l’une des branches et muni d’une vis, permet d’arriver à l’unisson parfait pendant que l’appareil est en vibration. En associant deux diapasons de ce genre, munis de miroirs et agissant sur l’un d'eux seulement, l’auteur montre qu’on réalise avec une grande perfection les courbes caractéristiques de l’unisson de l’octave, de la quinte, etc... Il donne même le moyen de fixer ces courbes à la forme qui correspond à telle différence de phase que l’on veut, en utilisant l’effet, qu’il a fait connaître antérieurement, de l.t variation d’amplitude des oscillations ; il suffit pour cela d’agir sur le diapason avec le doigt.
- M. Tommasi fait connaître le moyen qu’il a imaginé d’utiliser la chaleur provenant de la vapeur perdue des machines ordinaires. Il s’en sert pour dilater un liquide de faible chaleur spécifique et très - dilatable tel que l’huile. Cette dilatation s’effectuant dans.un vase à parois résistantes muni d’un piston mobile, exerce sur le piston un effet que l’on peut utiliser de diverses manières. En remplaçant le courant de vapeur perdue par de l’eau froide
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- on ramènerait le piston au point de départ. L’auteur fait I fonctionner un appareil dans lequel la dilatation d’une I colonne d’huile contenue dans un tube de fer, s’exerçant sur une plaque de plomb retunue par une garniture d’acier percée d’un trou en fait sortir par pression un cylindre de plomb, comme le ferait un effort mécanique que l’auteur évalue à 800 atmosphères.
- Tremblement de terre en Suisse — Le 2 avril, à 5 h. 55 du matin, deux secousses très-distinctes de l’est à l’ouest ont été ressenties. À Berne, les boiseries ont craqué un peu partout, des tableaux ont été mis en mouvement et quelques-uns même dans plusieurs habitations, ont été détachés du mur où ils se trouvaient pendus. A Gerlier et Douannes, pendant deux secondes on a senti tout trembler, des portes se sont ouvertes, des tuiles sont tombées des toits, les cloches ont tinté. A Neuchâtel les secousses étaient accompagnées par un bruit semblable à celui d’une forte détonation ; dans la basse ville, l’oscillation a été violente. Des personnes qui se trouvaient dans la rue disent qu’une bouffée d’air chaud a passé à ce moment. Le personnel du train de Bienne, qui se trouvait dans cette gare, a éprouvé une secousse si violente, qu’il a cru que la terre allait s’ouvrir. On ne signale nulle part d’accident grave ; mais l’émotion générale a été très-vive, car on craignait que ces premières oscillations du sol ne fussent les avertissements précurseurs d’un cataclysme.
- BIBLIOGRAPHIE
- Manuel rfapiculture rationnelle, par C. de Ribeaucourt.
- 1 vol. in-18. 2S édition, ornée de nombreuses figures.
- — Neuchâtel et Paris, librairie Sandoz.
- La Suisse produit d’excellent miel, objet d’un fructueux commerce, et son gouvernement a le bon esprit de comprendre qu’il faut propager partout l’instruction apicole. Aussi le Conseil d’Ftat de Genève avait chargé l’auteur de ce petit ouvrage populaire, de conférences dans les campagnes, qui réunirent un grand nombre d'auditeurs ; le département de l’agriculture a distribué aux instituteurs la première édition du Manuel, aujourd’hui épuisée, et nous espérons que les praticiens de notre pays sauront tirer profit de la seconde édition qui vient de paraître.
- Ce que l’auteur appelle l’apiculture rationnelle, ce n’est pas l’emploi exclusif d’un système de ruches, soit fixes, £oit à cadres mobiles, mais la conduite de l’éducation des abeilles, en se conformant aux mœurs de ces précieux insectes.
- L’auteur explique pourquoi on doit préférer en général la ruche à rayons mobiles pour la facilité des manipulations apicoles, puis décrit les meilleures méthodes pour opérer l’essaimage artificiel, après avoir exposé les inconvénients qu’offrent pour l’apiculteur les essaims naturels, et 1 avantage qu’il y a souvent à les empêcher de se produire.
- Les soins à donner aux abeilles aux diverses époques de l’année, leur nourrissement en cas de disette, leurs maladies et leurs ennemis font ensuite l’objet d’une revue méthodique, L’auteur termine par la récolte du miel, en se servant de l’extracteur à force centrifuge, la fabrication de la cire et enfin une étude sur les abeilles italiennes, si appréciées en Suisse {Apis ligustica, Spinola), le moyen de les acclimater et d’en conserver la race pure.
- Maurice Girard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du\1 avril 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Finis.
- Station humaine préhistorique. — M. Charles Grad signale la découverte faite récemment aux envirens de Belfort d’une série de grottes renfermant des vestiges de l’âge de la pierre polie. Elles sont situées sur une fouille qui sépare le terrain jurassique du terrain de transition et se succèdent en enfilade. La première, connue depuis plusieurs années et utilisée comme cave à bière ne présente rien de particulier; mais les suivantes, au nombre de trois paraissent dignes de la plus vive attention. Elles ont à peu près 30 mètres de long sur 19 de large et 10 de hauteur, et sont remplies d’incrustations calcaires. Les stalactites du plafond rejoignent les stalagmites du sol et les parois sont recouvertes comme d’un rideau de concrétions pierreuses. En fouillant la stalagmite on a mis à jour de nombreux sqnelettes humains et spécialement une dizaine de crânes d’une parfaite conservation. Par leur angle facial très-ouvert et par leur vaste cavité cérébrale, ils dénotent une belle race dont l’âge est relevé par les instruments et les outils de tout genre découverts en même temps. Ce sont des silex taillés, des anneaux de serpentin et des os travaillés. Trois vases de terre gisaient avec des squelettes, d’une capacité de 8 à 10 litres; ils sont de formes variées et offrent les caractères des poteries faites à la main. Des restes de chiens, de cerfs et de loups accompagnaient les débris humains. Les fouilles continuent et promettent encore des résultats intéressants ; aussi l’auteur de la communication émet-il le vœu que l’Académie prie M. de Quatrefages d’aller lui-même sur les lieux apprécier l’importance de la découverte signalée.
- Orientation des arbres renversés par les trombes. — A première vue il semble que les arbres renversés par les trombes affectent des directions absolument quelconques. M. Faye montre qu’il n'en est pas ainsi en réalité et il tire de la position affectée par les arbres une nouvelle preuve de la justesse de sa théorie des trombes. Si l’on examine comment les arbres renversés sont placés sur le trajet du météore, on constate que ceux situés sur la droite de la tempête sont couchés à peu près dans la direction suivie par la trombe, tandis que ceux situés sur la gauche sont couchés dans un sens sensiblement perpendiculaire.
- Or, si l’on divise la trombe en quatre cadrans par une ligne parallèle à la direction de translation et par une ligne perpendiculaire à la première, on constate que les forces appliquées à des points de ces cadrans sont très-loin d’être égales et que toute la grande énergie est pour ainsi dire localisée dans le cadran antérieurdroit et dans le cadran postérieur gauche. C’est ce dont on s’assure en se rappelant que dans notre hémisphère les trombes tournent de droite à gauche et en composant dans chaqne cadran la force de giration avec la force de translation. Il n’est pas possible de faire comprendre, sans un dessin, tout le détail du raisonnement présenté par M. Faye ; bornons-nous à dire que toutes les particularités d’orientation des arbres abattus semblent devoir être ainsi expliquées avec précision. Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissani-iek.
- Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- A. BRONGNIÀRT
- Le 18 février 1876 mourait subitement, au Muséum une des illustrations scientifiques de notre pays. A peine ses enfants et petits enfants, qui chaque semaine se groupaient autour de lui, venaient-ils de quitter M. Brongniart, que ce doyen de la botanique française s’éteignait sans souffrances dans les bras de son fils, M. Édouard Brongniart, qui habitait avec lui.
- M. Adolphe-Théodore Brongniart était né le 14 janvier 1801, à Paris, dans l’hôtel de son grand-père, Coquebert de Montbret. Son père, Alexandre Brongniart, qui a glorieusement marqué sa place dans la science, venait d’être appelé à la direction de la manufacture impériale de Sèvres depuis un an. On peut dire que les premiers pas de M. Brongniart furent ébauchés sur la grande voie scientifique, et qu’il y marcha d’un pas assuré pendant tout le cours de sa féconde carrière.
- Tout jeune encore,
- M. Ad. Brongniart aima les plantes ; il avait puisé ce goût de la botanique dans ses visites à la Mal-maison, dans les excursions qu’il faisait en compagnie de son père ou de son grand-père maternel, M. Coquebert de Montbret, dont l’instruction était aussi variée que profonde, enfin dans un petit jardin qu’il cultivait lui-même à Sèvres et dont il fut séparé par suite des désordres de la guerre et de l’invasion de 1814 et 1815.
- C’est à l’âge de dix-neuf ans, en 1820, qu’il publia son premier travail sur un crustacé d’eau douce, trouvé dans les mares de Franchart, à Fontainebleau, alors qu’il accompagnait son père et Cuvier, qui poursuivaient leurs recherches sur la géologie du bassin parisien ; il acquiérait déjà des connaissances qu’il devait appliquer si fructueusement à ses travaux paléontologiques.
- Son goût particulier et des aptitudes spéciales pour les mathématiques les plus élevées semblaient le destiner à l’École polytechnique, et, comme il le disait lui-même, ce fut sous l’influence de la volonté paternelle qu’il dut abandonner cette voie. Reçu bachelier en 1822, il fit ses études médicales, qui disposent mieux que tout autre travail aux scien-
- ces naturelles ; il obtint le grade de docteur en 1826. L’année suivante il concourait à l’agrégation de la Faculté de médecine; il y fit le cours de matière médicale pendant deux ans. Mais par suite d’une circonstance favorable et qui lui permit de s’adonner • à ses travaux préférés, M. Ad. Brongniart permula avec Ach. Richard, alors aide-naturaliste au Muséum et qui désirait arriver à l’Ecole de médecine ; c’est ainsi que, abandonnant ses fonctions à la Faculté, M. Brongniart devint l’adjoint de Desfontaines en 1831, il remplaça bientôt dans son cours ce savant, qu’une cécité presque complète tenait dans la retraite et qui ne tarda pas à mourir. En effet, deux ans après, M. Brongniart était nommé professeur au Muséum ( 1833) et membre de l’Institut (1834), à la place de l’auteur du Flora atlan-tica. Quoiquejeune pour d’aussi hautes fonctions, M. Brongniart les avait méritées par la publication de plus de 40 mémoires ou notes sur la paléontologie végétale, et sur la botanique pure ou descriptive. 11 faut mettre en première ligne son remarquable Mémoire, devenu classique, sur la génération et le développement de l’embryon des végétaux phanérogames , qui remporta le grand prix de physiologie à l’Académie en 1827,elle travailqui, à lui seul, devait l’immortaliser, et qui parut en 1828 : l'Histoire des végétaux fossiles, Ire partie, avec 176 planches presque toutes dessinées de la main de l’auteur ou par madame Ad. Brongniart. La liste de ses travaux prouve que ni ses nombreux rapports à l’Institut, ni les diverses branches de la botanique n’étaient alors négligés par cet infatigable travailleur. Cependant ses recherches sur les végétaux fossiles nécessitaient des déplacements fréquents : il visita l’Irlande, l’Ecosse, l’Angleterre (1825), où il fut honoré de l’amitié de Rob. Brown dont il devint le disciple, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique (1835), les villes houillères de France; partout où des gisements carbonifères ou même des terrains plus récents appelaient son attention, son activité l’y portait. Déjà il avait pu acquérir des connaissances que donnent les voyages et la fréquentation des savants distingués, en accompagnant son père et Bertrand Geslin dans le Jura et dans la Suisse (1817) ; en Italie ( 1820), et en voyageant en société de
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- Berzélius et Vôhlër en Suède et en Norwège (1824). i Néanmoins, son enseignement officiel au Muséum n’en souffrait pas, il faisait de 40 à 45 leçons d’une heure et demie, c’est-à-dire 3 fois par semaine, à partir du mois d’avril; il était le seul professeur pour toute la botanique et la paléontologie végétale; son cours embrassait un cycle de 5 années. M. Brongniart dans ses leçons négligeait sciemment les détails élémentaires pour les questions élevées. Il possédait à un haut degré le talent d’assimilation des travaux d’autrui, qu’il exposait avec la même facilité que les siens propres. Modeste avant tout, il ne se citait presque jamais. Il résumait l’état de la science avec un art infini. La préface de son Histoire des végétaux fossiles, et celle de son Énumération des genres de plantes cultivées au Muséum en sont la preuve. Indépendamment de ses publications, on sait que M. Brongniart était un des fondateurs des Annales des Sciences naturelles, dirigées d’abord en commun avec MM. M. Edwards et Audouin, et plus tard avec M. Decaisne.
- L’École de botanique du Muséum ne pouvant plus tenir dans les limites étroites qui l’étreignaient, il fallut procéder à sa replantation ; M. Brongniart en profita pour la disposer dans un ordre nouveau. Il fit paraître alors sa nouvelle classification sous le titre Enumération des genres de plantes cultivées au Muséum-, travail dans lequel il instituait des groupements basés sur les caractères tirés de la structure de la graine et sur cette ingénieuse conception que les plantes dites apétales ne peuvent, par cette seule raison, être séparées des fleurs péta-lées; il les considérait logiquement comme des queues de séries de types plus complètement organisés.
- - La collection de plantes fossiles qu’avait formée Brongniart, aidé de son père et de nombreux correspondants, devenait considérable, il l’offrit au Muséum et plus tard il fit don de son important herbier au même établissement (1856).
- Cette collection de fossiles est la plus complète qui soit connue : celle de Strasbourg ne l’égale pas. Mais les étudès scientifiques qui exigent le maniement de collections considérables et encombrantes, puis leur mise en ordre, sont des considérations dont on ne tient généralement pas compte et qui sont inconnues au savant de cabinet. M. Brongniart se trouvait aux prises avec des matériaux d’études qui augmentaient dans des proportions énormes, par des envois successifs de tous les points du globe. 11 eût fallu trouver de l’aide pour continuer son grand travail sur les végétaux fossiles. Il espéra pendant quelque temps attirer à Paris M. Schimper, pour lequel il avait le plus vif attachement ; malheureusement ce Savant ne put lui prêter son concours que pendant une ou deux saisons. Ne pouvant se faire suppléer dans son enseignement, si ce n’est pendant trois ans, de 4869 à 4872, et l’année dernière, seul pour étudier les plantes fossiles, les documents qu’il réu-
- nissait étaient interrompus chaque année quand venait l’époque des cours ou lorsque l’herbier du Muséum, qui s’accroissait prodigieusement, réclamait ses soins. Nous avons vu de 1860 à 1867, M. Brongniart, aidé d’un seul garçon de service, travailler 6 à 7 heures par jour au classement matériel des envois nombreux de plantes fossiles qui s’accumulaient sans cesse.
- En 1852, M. Brongniart fut nommé inspecteur de l’enseignement supérieur et membre du conseil supérieur de l’instruction publique; ces hautes fonctions, qu’il conserva jusqu’en 1872, prenaient beaucoup de temps au savant, mais M. Brongniart ne pouvait et ne devait les refuser. En ces circonstances il aurait pu se. reposer pour ses fonctions administratives au Muséum et pour sa direction des collections sur son collègue et ami M. de Jussieu; mais ce savant aimable et spirituel devait mourir prématurément en 4854. M. de Jussieu, qui était professeur de botanique rurale au Muséum et qui occupait également une chaire à la Sorbonne, ne fut remplacé ni dans l’un ni dans l’autre établissement. Par l’incompétence d’un ministre, deux chaires de botanique ont été supprimées à Paris pendant vingt ans, alors qu’elles augmentaient à l’étranger. C’est à ce moment que M. Brongniart, redoublant d’efforts, essaya de remplacer M. de Jussieu dans ses herborisations ; mais sa complexion s’opposait à une marche prolongée, et après quelques tentatives il confia ce soin à M. Decaisne, ancien aide et plus tard collègue de M. de Jussieu, qui voulut bien se charger pendant de nombreuses années de continuer cet enseignement.
- De violentes secousses vinrent, pendant plusieurs années, éprouver le savant professeur. La mort de son père (4847) qu’il chérissait; le mauvais état de santé qui se manifesta dès lors chez madame Ad. Brongniart, épouse aussi tendrement aimée que bonne et dévouée ; puis enfin la perte de sa mère (4862), bientôt suivie de celle de sa femme, furent pour lui de cruelles épreuves bien capables d’abattre un homme, même de cette valeur. Aussi ces douloureuses impressions nuisirent quelque temps à ses travaux.
- La riche flore de la Nouvelle-Calédonie attira l’attention de M. Brongniart aussitôt que les premiers spécimens arrivèrent en France. Il publia seul d’abord, puis en collaboration de M. A. Gris, pendant une succession d’années, les types les plus curieux de cette intéressante localité. Mais les richesses de la flore actuelle ne pouvaient éclipser les attraits de l’ancienne dans l’esprit de M. Brongniart ; aussi était-il toujours prêt à accueillir avec empressement ce qui lui était communiqué, ou les renseignements qu’on lui demandait sur ce sujet favori. C’est ainsi qu’un jeune ingénieur, qui se présentait timidement à lui il y a quelques années, pour lui exposer ses recherches sur la flore houillère de Saint-Etienne, dut à ce maître des encouragements bienveillants pour l’achèvement de son travail et son succès à l’Académie des sèiences, succès que le Mémoire de
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- M. Grand’Eury méritait d’ailleurs à tous égards. A partir de ce moment, le savant paléontologiste, repris d’une nouvelle ardeur, acheva rapidement deux monographies entreprises sur les Palmiers et sur les Pandanées de la Nouvelle-Calédonie; son laboratoire, qui fut toujours son lieu de prédilection, lui devint plus cher en reprenant ses anciennes études.
- C’est au milieu d’un grand travail entrepris, avec l’aide d’un de ses aides-naturalistes, M. Renault, sur les graines fossiles du terrain houiller, que M. Bron-gniart fut frappé soudainement. Cette place où nous l’avons vu pendant de nombreuses années entouré de la vénération et de la sympathie la plus vive de ses subordonnés nous rappellera longtemps encore ses conseils pleins de prudence, son esprit droit et la bienveillance de ses observations. Ces qualités morales, qui ajoutent beaucoup au mérite scientifique, n’étaient réellement appréciables que pour quiconque pénétrait un peu intimement chez M. Bron-gniart ; d’une réserve qui indiquait un homme de qualité, M. Brongniart ne se livrait qu’à bon escient, mais alors l’accueil qu’on recevait de lui était de la plus exquise courtoisie et les effets de sa bonté se manifestaient souvent à votre insu.
- Nous ne pouvons nous dispenser de citer ce passage d’une lettre d’un membre de sa famille, qui plus que tout autre pouvait juger cet homme de bien....
- « 11 ne croyait pas au mal, n’en disait jamais de personne et n’aimait pas à en entendre dire. 11 excusait toujours ceux qui n’agissaient pas bien avec lui ou qui lui montraient de l’ingratitude. »
- M. Ad. Brongniart laisse deux fils : M. Edouard Brongniart, peintre de talent, dont on a pu remarquer plusieurs portraits au salon, et M. Jules Brongniart, médecin distingué, élève favori de Natalis Guillot. Un des graves soucis du maître dont nous avons essayé d’esquisser imparfaitement la vie était de ne pas voir sou nom lui succéder dans les sciences naturelles. Sa famille, qui par ses soins empressés ne lui donnait que des joies, lui a même ménagé ce qu’il ambitionnait le plus : son petit-fils, M. Charles Brongniart, doué de toutes les qualités qui font le bon naturaliste, vient, à l’âge de 17 ans, de publier un Mémoire fort curieux sur une espèce de crustacé découverte dans le terrain houiller de Saint-Etienne ; ce mémoire a eu l’honneur d’une lecture à l’Institut.
- Le nombre des travaux publiés par M. Ad. Brongniart dépasse 160. Depuis 1864 il était commandeur de la Légion d’honneur et de la Rose du Brésil et officier de l’Ordre de Léopold.
- LES CHANGEMENTS DE COULEÜR
- DES CAMÉLÉONS
- b’aPRÈS LES TRAVAUX RÉGENTS DE M. PAUL BERT.
- D’ordinaire, avant de parler des mœurs d’une espèce, avant de signaler quelque particularité de
- son organisation, nous sommes dans la nécessité d’en donner une description plus ou moins détaillée ; mais aujourd’hui nous pouvons nous dispenser de cette sorte de présentation, car pour tous nos lecteurs les Caméléons sont de vieilles connaissances. Tous les ouvrages élémentaires d’histoire naturelle ont en effet publié des figures de ces animaux, qui sont représentés dans nos collections par de nombreux spécimens, et qui se trouvent assez fréquemment en captivité dans nos jardins publics ; et les personnes qui ont fait un séjour de quelque durée sur le littoral méditerranéen, en Egypte, en Espagne, dans l’Asie mineure ou en Tunisie, ont eu plusieurs fois sans doute l’occasion d’observer ces reptiles singuliers qui avaient déjà, dans l’antiquité, attiré l’attention d’Aristote. Ce grand naturaliste a donné sur l’espèce la plus commune des détails assez exacts, et, après lui, une foule d’auteurs ont décrit successivement ces animaux à la tête volumineuse, armée quelquefois d’appendices en forme de cornes, à la gueule largement fendue, aux yeux considérablement développés, mais n’ayant qu’une ouverture pupillaire extrêmement réduite, et jouissant de la propriété de se mouvoir indépendamment l’un de l’autre, au corps comprimé latéralement et fortement arqué dans la région dorsale, à la queue volubile et préhensile comme celle de certains quadrumanes, aux pattes conformées spécialement pour grimper sur les arbres, munies de doigts disposés en deux faisceaux et terminés chacun par des ongles crochus, aux dents insérées sur le bord des os maxillaires et incisifs, à la langue protractile et susceptible d’être employée comme une sorte de trompe pour la préhension des aliments. En 1676 le célèbre médecin et architecte Claude Perrault publia dans les Bulletins de l'Académie des sciences un mémoire sur les mouvements de la langue chez le caméléon : il fit remarquer que dans cet animal la langue proprement dite est supportée par un boyau élastique et peut, dans l’état de projection, égaler la longueur totale du corps ; il admit en même temps que le jeu de cet organe était produit par l’insufflation d’une certaine quantité d’air chassé par les poumons, plutôt que par l’action de muscles spéciaux. Cette opinion fut contredite plus tard par Bibron, par Houston, par Gaïus et par Duvernoy ; ces anatomistes, pour la plupart, comparèrent le renflement terminal de la langue du caméléon à la boule d’un bilboquet, l’os hyoïde à la tige, et les ligaments à la corde du même instrument, et ils supposèrent que la massue, détachée de la tige sous l’effort de muscles particuliers, revenait, par suite de son élasticité naturelle, à sa position première, la proie une fois saisie. Enfin, tout récemment, M. Paul Bert a expliqué d’une manière complète ce mécanisme curieux, et en a obtenu la reproduction chez l’animal mort, par l’action de l’excitant électrique sur les muscles projecteurs, préhenseurs et rétracteurs.
- Des théories aussi diverses ont été émises pour expliquer les changements de couleurs que subissent
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- les caméléons, changements dont on a singulièrement exagéré l’importance. On croit généralement que ces animaux peuvent prendre indifféremment en quelques secondes les couleurs des objets qui les environnent et qu’ils usent de ce subterfuge pour se dérober plus facilement à la vue de leurs ennemis ; mais c’est là une opinion erronée, et des expériences, conduites avec le plus grand soin, ont démontré que les caméléons sont incapables de modifier leur aspect extérieur d’une manière aussi rapide et aussi profonde. Sous l’influence de certains agents excitateurs, tels que la lumière, la chaleur, l’électricité, etc., ou sous l’empire de certaines passions, ils peuvent seulement faire varier la nuance de leur corp», le faire passer d’une teinte à une autre teinte appartenant à la même série
- chromatique, effacer ou rendre apparentes des taches disséminées sur telle ou telle région de leurs téguments, et particulièrement sur les lianes; mais, comme on le voit, il y a loin de ces altérations graduelles aux changements à vue décrits par des voyageurs fantaisistes et par des observateurs doués d’une imagination trop féconde. Parmi les animaux que M. Milne-Edwards eut l’occasion d’examiner en 1835, il y en avait un qui, à la lumière du jour, était d’une teinte vert-bouteille ou d’un noir terne et qui, lorsqu’il était endormi, passait au jaune sale, tandis qu’un autre était d’ordinaire d’un gris violacé et prenait pendant la nuit une teinte grise et blanchâtre. Lorsqu’ils étaient exposés aux
- rayons du soleil, le premier laissait voir sur les côtés du corps des taches d’un vert-pomme, et l’autre des maculatures d’un jaune sale; ces taches devinrent plus sensibles quand les caméléons commencèrent à dépérir, et se changèrent peu à peu en des plaques noirâtres qui s’étendirent sur la totalité du corps. En étudiant sous le microscope des lambeaux de téguments arrachés de ces reptiles et soumis préalablement à l’action des alcalis, M. Milne-Edwards reconnut que les matières colorantes de la peau, les pigments, n’étaient pas limités comme chez les mammifères et les oiseaux à la couche profonde de l’épiderme, mais qu’ils étaient en partie étalés à la surface du derme, en partie logés
- Fig. 1. — Caméléon ayant la moelle épinière coupée en a.
- Fig. 2. — Caméléon ayant la moelle épinière coupée en a, b, c. et soumis à une excitation centripète en b, centrifuge en c.
- plus profondément encore et distribués dans une série de petites poches d’une conformation toute particulière. Ges poches peuvent tour à tour cacher sous le derme les éléments qu elles renferment et les pousser vers l’extérieur, de manière à les faire paraître au milieu du pigment superficiel, ou même au-dessus de celui-ci; dans ce dernier cas, elles déterminent tantôt la production de taches plus ou moins étendues, tantôt des variations considérables dans la coloration générale.
- M. Brücke, physiologiste allemand qui a publié en 1851 un mémoire sur le sujet qui nous occupe, a parfaitement reconnu l’existence, dans la peau du caméléon, des corpuscules contractiles signalés par M. Milne-Edwards, mais il n’a pas attribué exclusivement, comme ce dernier, les changements de coloration à la disposition particulière des pigments, il a supposé que les cellules profondes de l’épiderme, aplaties en lames minces, jouaient aussi un certain rôle en produisant des phénomènes d’interférence. Des expériences directes l’ont convaincu que le système nerveux exerçait une influence directe sur la coloration des téguments, la section d’un nerf mixte donnant à toute la région cutanée qu’il innerve une teinte noirâtre foncée, et l’excitation de ce même nerf faisant prendre à la portion correspondante de la peau d’abord une teinte verte, puis une teinte jaune. Des phénomènes analogues furent constatés sur un morceau de peau séparé du corps, puis excité par l’électricité. Plus | récemment encore, M. G. Pouchet a étudié au microscope les Conditions anatomiques des variations de couleur, non-seulement chez les reptiles, mais encore chez les batraciens, chez les poissons et chez les crustacés.
- Chez les Caméléons, au-dessous des chromoblastes signalés par M. Milne-Edwards, et sur la structure desquels il nous a donné de nouveaux renseignements, il a découvert une couche remarquable, qu’il nomme cœrulescente, et qui jouit de la propriété singulière de paraître jaune sur un fond clair, et bleue sur un fond opaque. Ce bleu, se mêlant chez le Caméléon à un pigment jaune, qui est fixe, donne la teinte verte. Enfin, à côté des cellules noirâtres,
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- il existe encore d’autres chromoblastes qui contiennent une matière rouge ou jaune, et dont le jeu vient modifier aussi la nuance des téguments.
- Dans les expériences faites par M. Pouchet, la fonction chromatique, c’est-à-dire la faculté que possèdent certains animaux de mettre leur corps en rapport avec l’intensité de la lumière réfléchie par le milieu ambiant, était anéantie par l’ablation du globe oculaire ou par la section du nerf optique ; elle semblait donc se rapporter à ce que les physiologistes nomment une action réflexe, et paraissait dépendre d’une influence exercée à distance sur les éléments du système nerveux central ; mais comment s’opérait la transmission, c’est ce qu’il importait de déterminer. Dans ce but, M. Pouchet pratiqua de nombreuses sections sur l’axe cérébro-spinal et sur les nerfs qui en dépendent, et il reconnut que la communication entre les chromoblastes et le cerveau ne s’effectuait point par le nerf latéral, comme on aurait pu le supposer a priori, la peau étant le siège du phénomène; il reconnut, en revanche, que le nerf trijumeau jouait un certain rôle dans les changements de coloration, puisque de jeunes turbots, chez lesquels ce nerf avait été coupé, et qui avaient été placés dans des vases sablés, prenaient en général une teinte pâle, mais conservaient dans la région faciale une teinte noirâtre prononcée. La section des nerfs rachidiens donna des résultats aussi nets lorsqu’elle fut effectuée au-dessous du point où ces nerfs reçoivent des filets du grand sympathique : dans ce cas, il se produisit une bande noirâtre sur toute la région soumise à l’influence des nerfs mixtes qui recevaient des filets du sympathique sectionné. M. Pouchet conclut de ces expériences que le grand sympathique gouvernait la fonction chromatique, qu’il était la voie de communication entre le cerveau et les chromoblastes, et qu’il provoquait la dilatation ou la contraction des cellules pigmentaires.
- En même temps, M. P. Bert faisait sur le Caméléon une série de recherches dont les résultats, com-
- 5. — Caméléon dormant, éclairé par une forte lampe, une partie du corps ayant été protégée par un écran découpé.
- muniqués en 1874 et 1875 à la Société de Biologie, se trouvent consignés dans un mémoire présenté récemment à l’Académie des sciences. Ces expériences sont venues éclairer d’un jour tout nouveau cette question si complexe des changements de couleur des caméléons. Comme les observateurs qui l’ont précédé, M. P. Bert a distingué dans la peau de ces reptiles des corpuscules contractiles qui tantôt sont cachés dans les profondeurs du derme et tantôt s’étalent à la surface dans d’innombrables ramifications ; il a reconnu également l’existence d’un pigment jaune superficiel et de la couche cœrulescente, découverte par M. G. Pouchet; enfin, reprenant les expériences de Brücke, il a vérifié l’exactitude des résultats obtenus par ce physiologiste, en faisant agir l’électricité sur un nerf sectionné ou sur un lambeau de peau séparé du corps.
- Mais là ne se sont pas bornées ses observations. En coupant la moelle épinière vers le milieu de sa longueur a (fig. 1), il a rendu l’animal mi-parti vert et noir, toute la partie postérieure du corps prenant une teinte sombre, tandis que la partie antérieure conserve une teinte claire, puis , en pratiquant la section sur la région cervicale, il a déterminé l’obscurcissement presque immédiat de la tête et de la partie antérieure du corps dont les nerfs, destinés aux corpuscules colorés, naissent entre la troisième et la sixième vertèbre dorsale et suivent le trajet du grand sympathique du cou. Toutefois, après la section de la moelle, l’excitation énergique d’un nerf mixte amena, par action réflexe, un éclaircissement de la peau, surtout du côté correspondant. En faisant deux ou trois sections de la moelle, par exemple en a, b, c (fig. 2), et en exerçant en b et en c des excitations dirigées en sens contraire, M. Bert vit la totalité du corps prendre une teinte vert clair, à l’exception de la région innervée par la portion b c, qui restait noirâtre ; et en pratiquant non plus une section complète, mais seulement une hémisection de l’axe nerveux spinal, il entraîna le noircissement de la moitié correspondante du
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- Fig. 4. — Caméléon éveillé, au soleil, la partie antérieure du corps recevant les rayons lumineux à travers un verre rouge et la partie postérieure à travers un verre bleu.
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- corps. Après l’ablation des deux hémisphères cérébraux, des tubercules optiques, du cervelet, de l’isthme de l’encéphale, le changement de coloration ne se produisit pas spontanément mais il s’effectua lorsque l'animal eut été excité. La destruction d’un seul hémisphère cérébral, destruction qui entraînait forcément la perte de l’œil opposé, produisit sur le côté correspondant une variation de teinte beaucoup plus rapide et surtout beaucoup plus durable que sur le côté opposé, et l’ablation de l’œil sain n’eut aucunement pour effet de rétablir l’équilibre. Il n’en fut pas de même quand M. Bert, au lieu de supprimer un hémisphère cérébral, enleva simplement un des yeux ; dans ce cas le côté correspondant resta beaucoup plus clair que celui par lequel la vue continuait à s’exercer, et la suppression de l’œil opposé effaça toute différence de teinte entre les deux moitiés du corps.
- Le curare n’exerça point d’action appréciable sur les nerfs colorateurs, dont l’excitation continua à déterminer l’apparition d’une teinte claire, alors que les nerfs moteurs étaient impuissants à produire une contraction musculaire ; l’ésérine, au contraire, paralysa les nerfs colorateurs avant les autres.
- Claude Perrault, Yrolik, Brücke et plusieurs autres physiologistes avaient déjà constaté que pendant le sommeil et après la mort, le corps des caméléons revêt une couleur jaunâtre, et que, sous l’action des rayons lumineux, il prend une teinte plus ou moins foncée. Complétant ces observations, M. P. Bert a remarqué que l’anesthésie produit absolument les mêmes effets que le sommeil normal, et que la lumière n’influence pas seulement les animaux morts ou endormis, mais qu’elle modifie d’une façon très-curieuse la coloration des caméléons à l’état de veille. Le phénomène se manifeste également lorsque la lumière est transmise à travers des verres colorés en bleu foncé, mais il cesse complètement lorsqu’on emploie des verres rouges ou jaunes. Pour rendre plus saisissants les résultats de ces expériences, M. Bert a imaginé d’éclairer, au moyen d’une forte ampe, un caméléon endormi, en ayant soin de protéger, au moyen d’un écran découpé, une partie de la région dorsale : il a obtenu ainsi l’apparence singulière qui est représentée dans notre figure 3. La tête, le cou, les pattes, l’abdomen et la queue du caméléon sont d’un vert-noirâtre très-foncé, tandis que le dos est orné d’une sorte de selle brunâtre, irrégulièrement découpée, avec deux taches brunes correspondant aux échancrures de l’écran protecteur. D’un autre côté, en plaçant un autre animal, complètement éveillé, en plein soleil, mais en ayant soin d’abriter la partie antérieure du reptile derrière un verre rouge, et la partie postérieure derrière un verre bleu, il a divisé le corps en deux régions bien distinctes, l’une d’un vert clair, avec quelques taches rougeâtres, l’autre d’un vert noirâtre avec des maculatures très-saillantes (fig. 4).
- De l’ensemble de ces faits M. Bert a tiré les conclusions suivantes-: 1" Les couleurs et les tons divers
- que prennent les caméléons sont dus aux changements de position des corpuscules colorés qui tantôt en s’enfonçant sous le derme, forment un fond opaque sous la couche cœrulescente, tantôt en s’étalant en ramifications superficielles, laissent à la peau sa couleur jaune, ou lui donnent les couleurs verte et noire; 2°Les mouvements de ces chromoblastes sont commandés par deux ordres de nerfs, dont les uns les font remonter de la profondeur à la surface, tandis que les autres les font rentrer dans l’intérieur des téguments. Pendant l’excitation portée à son maximum d’intensité, comme dans l’état de repos complet, ces corpuscules sont cachés sous le derme: c’est ce qu’on observe par exemple après la mort de l’animal ou pendant le sommeil soit naturel, soit artificiel.
- On sait que M. Claude Bernard a reconnu l’existence, chez tous les animaux supérieurs, de nerfs particuliers destinés à régler le cours du sang dans les vaisseaux : de ces nerfs, les uns, pouvant resserrer le calibre des canaux sanguins, ont été appelés, nerfs vaso-constricteurs, tandis que les autres jouissant de la propriété d’augmenter le calibre des mêmes vaisseaux, ont reçu le nom de vaso-dilatateurs. Or M. Bert a constaté que les nerfs qui font refluer les corpuscules sous le derme se comportent exactement comme les nerfs vaso-constricteurs ; comme ces derniers, ils suivent les nerfs mixtes des membres et le grand sympathique du cou ; comme eux ils ne s’entrecroisent point dans la moelle épinière, comme eux ils prennent, pour la tête, leur origine au commencement de la région dorsale, comme eux ils possèdent un centre réflexe très-puissant dans la moelle allongée et un centre moins énergique dans toute l’étendue de la moelle épinière, comme eux enfin ils sont respectés par le curare. Par analogie M. Bert compare les nerfs qui amènent les corpuscules vers la surface du derme aux nerfs vasodilatateurs, et il suppose que ces nerfs, avant d’atteindre les chromoblastes, traversent des cellules nerveuses qui influent sur leur mode d’action. Chaque hémisphère du cerveau commande, par l’intermédiaire des centres réflexes, aux nerfs colorateurs des deux côtés du corps, mais il agit principalement sur les nerfs analogues aux vaso-contricteurs de son côté et sur les nerfs comparables aux vaso-dilatateurs du côté opposé. Cela étant admis, il est facile d'expliquer l’aspect singulier que présente un caméléon dont un œil a été enlevé, l’autre restant exposé à la lumière solaire. En effet, puisque dans l’état régulier des choses, chaque hémisphère cérébral par suite de l’entrecroisement des nerfs optiques, entre en jeu sous l’influence des excitations transmises par l’œil du côté opposé, il est évident que la perte d’un œil, de l’œil droit par exemple, entraîne l’inertie de l’hémisphère gauche. L’hémisphère droit, recevant par l'œil gauche l’influence des rayons lumineux, agit à son tour sur les nerfs colorateurs de son côté analogues aux nerfs vaso-constricteurs et sur les nerfs du côté gauche
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- analogues aux nerfs vaso-dilatateurs ; par suite, du côté droit les corpuscules colorés rentrent sous le derme et la peau prend une teinte claire, tandis que du côté gauche les corpuscules viennent à la surface et la peau prend une teinte noirâtre.
- L’ablation de l’œil gauche a évidemment pour résultat de paralyser l’hémisphère droit comme l’hémisphère gauche, et de rétablir l’équilibre. Quant aux effets produits par la lumière transmise à travers des verres colorés, ils résultent sans doute de ce que les corpuscules colorés, comme certaines substances chimiques, ne sont pas également influencés par tous les rayons du spectre, les rayons appartenant à la région bleu-violet ayant seuls la propriété de faire mouvoir les chromoblastes et de les amener près de lu surface de la peau. Cette action excitatrice de la lumière sur une substance contractile, action qui n’était reconnue jusqu’ici qu’à la chaleur et à l’électricité, est un des faits les plus inattendus et les plus curieux qui aient été dans ces derniers temps acquis au domaine de la physiologie générale.
- Les recherches de M. P. Bert serviront de point de départ à ce savant physiologiste pour étudier les phénomènes que la lumière détermine en agissant sur la substance contractile dans d’autres circonstances. Il espère notamment trouver, en les poursuivant, la raison de l'influence favorable pour la santé qu’exerce l’action directe de la lumière sur la peau des enfants et des personnes lymphatiques. Mais, dès à présent, les résultats qu’il a obtenus permettent de comprendre, beaucoup mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, le rôle que jouent les chromoblastes et le mécanisme au moyen duquel ces corpuscules colorés peuvent modifier l’aspect extérieur des caméléons. E. Oustalet.
- LES FOURMILIONS ET LEURS PIÈGES
- Lorsque nos promenades nous conduisent en des endroits sablonneux, dans les excavations d’où l’on retire le sable, sur les talus des chemins arénacés si fréquents dans les bois, surtout à Fontainebleau, à Lardy, à Bouray, etc. (pour nous restreindre aux environs de Paris), nos regards sont souvent attirés par l’aspect de petits entonnoirs, à ouverture bien circulaire, creusés dans les parties les plus meubles du terrain. Un passant inattentif pourrait croire à des cavités accidentelles dues à quelque tourbillon de vent; mais si on examine de plus près ces entonnoirs, on aperçoit au fond une sorte de pince à moitié enfouie dans le sable, et, si on y plonge le doigt, on en retire nn petit animal ovoïde, à pattes courtes, d’un gris rosé, couvert de poils. La tête est plate et subcarrée, portant des antennes assez longues, mul-tiarticulées, en forme de soie, et, contre chacune, une saillie sur laquelle sont, de chaque côté, six yeux, noirs et brillants, bien visibles avec une forte loupe. En avant sont deux crochets recourbés, très-aigus au bout, dentés à la base au côté interne. C’est
- une tenaille que la Larve enfonce dans le corps de ses victimes, et au moyen de laquelle elle suce leur sang, car chaque branche est creuse, formée par l’ac-colcment de deux gouttières, représentant les mandibules et les mâchoires de la bouche normale des insectes. Le prothorax, qui porte la première paire de pattes, est rétréci, les deux autres anneaux du thorax pareils à ceux de l’abdomen, ceux-ci les plus larges au milieu, puis régulièrement décroissants, tous portant d.es tubercules, des touffes de poils, des rangées d’épines, le neuvième ou dernier petit et étroit.
- Il se termine par un tube pointu, rétractile comme les tuyaux d’une lunette, qu’on peut faire sortir en pressant l’abdomen de l’insecte. C’est une filière d’où sort une matière visqueuse, devenant à l’air un fil de soie; en outre il y a, dit-on, un très-petit anus, dont l’existence était niée par les anciens auteurs et d’où sortent des excréments, comme de très-fins grains de poudre, qui se perdent dans le sable. Cependant M. Leydig, d’autre part, regarde l'intestin moyen de cette larve comme fermé, l’intestin postérieur, très-dilaté, devenant le réservoir de la matière productive de la soie.
- Si cette larve est posée sur le sable, on voit qu’elle ne peut marcher qu’à reculons. Elle reste parfois immobile pendant des heures entières, aimant à se réchauffer sous les rayons du soleil, car elle paraît frileuse. Si le temps est chaud et couvert, ou si la faim la presse, elle se met en mouvement pour construire un entonnoir, qui est une embuscade pour la chasse, ses pattes trop courtes l’empêchant de sauter sur la proie, même la plus voisine.
- Elle décrit à reculons une spirale dont les tours internes s’enfoncent régulièrement au dessous du plan de la circonférence du pourtour. Dès qu’elle a fait un pas, elle s’arrête, pour charger de sable sa tête carrée, et, aussitôt, la soulevant brusquement, jette le sable qui la couvrait en dehors de la circonférence de l’enceinte. Celle des jambes de la première paire, qui est du côté de l’intérieur du trou, sert à l’insecte comme d’une main, pour pousser sur sa tête le sable qui èst du même côté, et cela par mouvements prompts et sans répit. L’ouvrier occupé à creuser un fossé ne jette pas plus sûrement hors de ses bords, et pas si vite, la terre que la bêche a coupée, que la tête du Fourmilion ne lance hors de l’entonnoir le sable dont elle est chargée. Quand elle a répété cet exercice deux ou trois fois au même point, la larve fait en arrière un nouveau pas, recouvre sa tête de sable, revenant par intervalles presqu’aux mêmes places, quand elle est aux deux bouts des diamètres parallèles des spires concentriques. L’autre jambe de la même paire remplace ensuite son homologue fatiguée ; l’animal doit se retourner, et décrire des spires inverses aux précédentes, afin que la jambe chargeuse de sable soit toujours du côté interne de l’entonnoir. Pour cela il traverse le cône formé du sable non encore enlevé, en passant au côté diamétralement opposé. Il arrive quelquefois, pendant le travail, que la larve rencontre une petite
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- pierre, trop pesante pour qu’elle puisse l’expulser d’un coup de tête. Elle se glisse en dessous, afin de la mettre sur sou dos ; mais le plus difficile reste à faire, c’est de conserver la pierre en équilibre pendant que l’insecte monte à reculons le long d’une peute mouvante et escarpée. Si la pierre échappe et roule au fond du précipice, le nouveau Sisyphe, à cinq ou six reprises parfois, reprend sou fardeau et recommence sa pénible ascension.
- Les entonnoirs sont appropries à la taille, c’est-à-dire à l’âge des larves qui les façonnent. Leur diamètre supérieur varie de deux à trois millimètres jusqu’à soixante environ, et leur profondeur, s’ils sont récents, est d’environ les trois quarts du diamètre de l’ouverture. La même larve ne les habite d’ordinaire que quelques jours ; elle en sort quand les parois sont devenues trop inclinées par suite des éboulements, de sorte que la réparation devient plus difficile qu’une construction nouvelle, ou si elle s’aperçoit, au manque de victimes, que le piège est mal placé. Son instinct lui fait disposer l’entonnoir d’ordinaire au levant ou au midi, à l’abri de la pluie, au pied des vieux murs, dans le creux accidentel d’un talus, au dessous de quelque souche d’arbre, de sorte qu’une pierre, une paroi en saillie, l’inclinaisou du tronc ou d’une grosse racine arrête l’eau pluviale, qui agglutinerait ensemble les grains sableux de l’entonnoir, et les empêcherait de rouler aisément jusqu’au fond.
- Sans l’entonnoir en bon état, jamais en effet ce massif insecte ne pourrait saisir une proie, que guettent sans cesse ses yeux et ses mandibules, les seuls organes qui sortent du fond du sable où il reste blotti. Tout articulé lui est bon, fourmi, chenille, moucheron, cloporte ou araignée côtoyant le cratère perfide, et même un individu de sa propre espèce, pourvu que la victime soit vivante, car il jette hors du trou, d’un coup de tête, un insecte mort, même récemment, comme les cadavres sucés et exsangues dont il s’est repu. Malheur à l’imprudent qui chemine sur les bords! le sable cède sous ses pas, et la fourmi est, le plus souvent, précipitée d’un seul coup dans cette vraie fosse à lion. Si l’insecte, plus adroit, cherche à se cramponner au talus mouvant, surtout s’il remonte, la large tète plate du Fourmilion, portée sur un cou mobile, devient une catapulte. Le meurtrier projette d’un mouvement brusque sur sa victime le sable qui recouvre sa tête, et l’étourdit sous des décharges réitérées de mitraille. Tombé au fond, l’insecte est saisi par la pince, enfoncé sous le sable et sucé à loisir. Sa résistance semble exciter l’appétit et doubler la jouissance de la larve féroce. Les insectes vigoureux et même bien armés, comme une abeille ou une guêpe, essayent en vain d’échapper au bourreau. Le Fourmilion, cramponné au sable avec ses pattes crochues, étourdit peu à peu sa proie, en la secouant rudement et battant son corps contre le sable. Rien de plus aisé que de se donner à domicile le spectacle de ces combats de gladiateurs dans un cirque en miniature. Il suffit de placer un Four-
- milion dans un pot ou un bocal garni de sable ; on le voit édifier son embuscade, et on le nourrit de mouches à qui on arrache les ailes.
- On pourrait croire que cette terrible larve n’a pas d’ennemis à craindre; cependant, M. L. Fairmaire vient de faire connaître que, malgré ses moyens si puissants de meurtre, un chétif Chalcidien (Hyménoptères), du genre Ilalticella, parvient à déposer ses œufs dans son corps et à faire vivre ses larves vengeresses aux dépens des tissus du redoutable Fourmilion, qui trouve ainsi la mort sans pouvoir achever son développement.
- La larve du Fourmilion vit longtemps et passe l'hiver engourdie au fond de son entonnoir, ou sous le sable d’à côté. Elle supporte de longs jeûnes et on en peut conserver vivantes plusieurs mois sans aliments. C’est un fait général pour tous les carnassiers peu agiles et chassant seulement à l’affût, auxquels la proie manque souvent plusieurs jours de suite, ainsi que cela arrive aussi chez les araignées sédentaires sur leurs toiles.
- C’est dans l’entonnoir, mais au-dessous du fond, ou dans le sable, où elle creuse de longs et tortueux sillons, que la larve en été subit sa nymphose. Si, en juillet et août pour le climat de Paris, on remue le sable où l’on voit des entonnoirs, ou qui en a offert antérieurement, on ramène des boules, qu’on croirait, au premier abord, de simples amas de grains pulvérulents du sol qui les entoure. En réalité ce sont des cocons sphériques dont l’extérieur est fait de parcelles sableuses, associées par des liens d’une soie très-fine. Si on les ouvre avec des ciseaux, on reste émerveillé à l’aspect de la surface interne, bien différente de la granulation rugueuse de l'extérieur. Le plus beau satin blanc n’a pas un tissu de brillant et de délicatesse comparables. Dans ce moelleux berceau repose la nymphe, roulée en arc, offrant toutes les parties de l’adulte enveloppées d’une mince pellicule blanche, les pattes repliées en dessous, les fourreaux des ailes tombant sur les côtés ; auprès se trouve la peau chiffonnée de la larve, avec les crochets meurtriers qui n’existent plus chez l’adulte.
- Au bout de trois semaines environ, celui-ci, retirant ses pattes et ses ailes de leurs gaines, ronge avec ses mandibules une partie des fils de soie qui tapissent sa coque et de ceux qui lient les grains de sable, et se montre au jour. On est étonné de la grandeur des ailes de gaze de l’élégant, insecte qui sort de la petite nymphe. Au premier abord on croirait voir une Libellule ou demoiselle ; mais les antennes grenues se terminant peu à peu en massue, l’absence des trois petits yeux simples sur le vertex, les gros yeux latéraux à facettes existant seuls, les ailes plus longues et plus pointues, couchées en toit au repos et dans la marche le long du corps, la forme des appendices anaux, ne permettent pas la confusion. Elle est surtout impossible pour quiconque à vu voler les Fourmilions. Leurs ailes molles s’agitent lentement et avec un frémissement
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- 1. Acanthaclisis occitanica. 1 a. Id., au repos. — 2. Myrmeleon formicarius 2a. Id., au repos. — 3. Palpares libelluloides. 3a. Sa larve. — 4. Myrmeleon formicalynx ou innotatus. 4 a. Sa larve. 4b. Son entonnoir de chasse. — 5. Cocon entier.— 6. Cooon coupé montrant la nymphe couchée à l’intérieur.
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- LA NATURE.
- moelleux, bien différent de l’essor rapide et soutenu des Libellules, qui volent comme l’hirondelle. Les Fourmilions sont obligés de se reposer bientôt, et ne font que rarement usage de leurs ailes, car on ne les observe pas souvent dans les airs, même aux lieux où les entonnoirs de leurs larves sont très-abondants. Au sortir du cocon ils répandent une agréable odeur de rose, ainsi que d’autres insectes des sables.
- Nous en possédons deux espèces aux environs de Paris. L’une est le Myrmeleon formicarius, Linn., le Fourmilion de Geoffroy et de Réaumur, qui n’en ont pas connu d’autres. Cette espèce a été indiquée pour la première fois (ou une autre très-voisine) en Italie par Vallisnieri, qui décrit ses mœurs dans un dialogue supposé entre Malpighi et Pline (Galerie de Minerve, Venise, 1697). Sans avoir connaissance de ce travail, Poupart donna en France une bonne description de l’espèce, avec des figures passables (Mém. Acad, royale des Sci., 1704, p. 255, pl. VIII p. 146). Le corps est long de 16 à 26 mètres, l’aile antérieure de 24 à 32. Les antennes, plus courtes que la tête et le corselet pris ensemble, dilatées et un peu excavées vers l’extrémité, sont d’un brun roussatre, ainsi que les palpes. Le corps est d’un gris noirâtre, tacheté de jaune, cette couleur bordant en arrière les anneaux de l’abdomen, les pattes d’un brun jaunâtre. Les ailes, avec des ptérostigmas diffus et blanchâtres à leurs bouts supérieurs, sont transparentes, les supérieures avec six taches brunes oblongues, les inférieures en ayant deux ou quatre, et quelques points bruns vers le sommet. Cet insecte, commun dans toute l’Europe centrale et méridionale, et qu’on prend fréquemment à Fontainebleau, ne paraît pas dépasser Paris au nord.
- La seconde espèce (aussi de notre figure), de même taille ou souvent un peu plus grande que la précédente, est le Myrmeleon formicalynx, Fabr. Cet insecte est brunâtre, avec un duvet léger et court, les pattes jaunâtres, ainsi que le bord postérieur des segments abdominaux. La différence réside dans les ailes, un peu plus grandes, hyalines, irisées, sans taches, sauf les ptérostigmas bien visibles, d’un blanc légèrement jaunâtre. Ce Fourmilion remonte beaucoup plus haut que le précédent ; je l’ai pris dans !a forêt de Compiègne ; c’est le seul qui existe en Suède, et il est aussi de Sibérie. Jusqu’à présent on n’a pas rencontré de Fourmilions en Angleterre, et il est très-probable que c’est le formicalynx seul, à ailes immaculées, qu’on pourrait peut-être y trouver. Toutefois, on ne saurait guère espérer sa capture dans un pays si bien exploré par les entomologistes anglais, pleins de zèle pour la recherche de toutes leurs productions nationales.
- Les espèces de Fourmilions deviennent plus nombreuses, à mesure qu’on marche de Paris vers le centre et le midi de la France. Les espèces que nous allons citer ne construisent pas d’entonnoir. Leurs larves marchent en avant comme en arrière, et sautent sur la proie qui passe près d’elles, et qu’elles guettent cachées dans le sable. On voit voler le soir,
- à Fontainebleau, une espèce‘de plus grande taille que les deux que nous avons décrites, ayant les antennes bien plus longues ; c’est le Formicaleo (sous-genre) tetragrammicus, Pallas, qué nous engageons les jeunes amateurs à rechercher encore plus près de Paris, ainsi à Lard y, à Bouray et peut être à Cham-pigny, de douloureuse mémoire. 11 y a là quelques laudes arides et fortement insolées, qui offrent, en espèces méridionales, de riches trouvailles aux amateurs d’insectes et de plantes. Ce Fourmilion se rencontre dans la plus grande partie de l’Europe centrale et méridionale, en Corse, en Algérie, etc. Outre sa grande taille, il est facile à reconnaître par les antennes plus longues, par les segments abdominaux ayant à la base deux taches jaunes et un anneau d’un jaune pâle à l’extrémité, par les ailes plus longues et plus aiguës que chez le formicarius parisien, et autrement marquées de taches brunes. L’aile antérieure a une petite tache noirâtre, en forme de croissant vers le bout et postérieurement, et, en outre, trois taches brunes principales ; l’aile postérieure présente seulement une petite tache noirâtre vis-à-vis le ptérostigma, et une grosse tache brune ovoïde au bord postérieur, tache qui manque chez le formicarius.
- Un très-grand Fourmilion, à ailes étroites et très-pointues, de la taille des plus puissantes Libellules, existe dans le midi de la France, se montrant dès la Saintonge, le Bordelais et les Landes. C’est YAcan-thaclisis occitanica, de Villers, qui remonte à l’intérieur de l’Europe jusqu’à la Hongrie et la Prusse orientale, d’un brun roussâtre, avec lignes longitudinales noires et poils blanchâtres, les nervures des ailes variées de blaric jaunâtre et de noirâtre, la membrane ayant en outre des mouchetures blanchâtres. La larve, plus grosse et plus allongée que celle des Fourmilions proprement dits, se trouve en grattant le sable dans les dunes d’Arcachon et de l’étang de Biscarosse. Sa couleur la fait confondre avec celle des sables blancs. Elle est d’un blanc d’ivoire, immaculée en dessous, avec des séries de taches brunes sur la partie supérieure convexe. Elle s’enferme à reculons dans le sable, mais peu profondément, et sa présence ne se trahit que par un léger relèvement du sable, précédé d’une faible dépression, au fond de laquelle on voit la tenaille ouverte. Quand elle a saisi un insecte qui passe, elle l’entraîne à reculons dans un sillon sousarénacé d’environ trois centimètres, le suce et lance son cadavre loin du gîte. Elle sait aussi marcher en avant assez gauchement, et sortir en entier de sa tanière pour s’élancer sur la proie, et s’enterrer ensuite à reculons avec elle.
- Enfin, dans l’extrême midi de la France se rencontre une espèce encore plus grande, qui se trouve sur tout le pourtour européen et africain de la Méditerranée, de Gibraltar à Constantinople, dans les lieux sablonneux, s’élevant d’un vol lent et lourd par les chaudes journées du printemps et d’une partie de l’été : C’est le Palpares libélluloïdes, Linn., de60millimètres de long sur 120 d’envergure, à larges ailes
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- duveteuses, arrondies au bout qui est jaunâtre, marquées aux deux paires sur les bords de nombreuses taches noires, avec trois larges taches irrégulièrement oblongues sur le disque.
- Le corps de cet insecte est jaune, varié de noir, poilu, avec des bandes noires longitudinales et latérales, les pattes rougeâtres à bouts noirs, l’extrémité du corps terminée chez le mâle par une longue tenaille poilue, à branches divergentes, atteignant un centimètre de longueur. La. larve de ce magnifique insecte, presqu’aussi grosse que le bout du pouce, est toute noire et velue, garnie de poils raides. Elle ne se construit pas d’entonnoir, et se jette en avant sur la proie à sa portée, comme on a pu le voir sur un individu qui a vécu plusieurs mois en captivité chez M. E. Blanchard, professeur d’entomologie au Muséum.
- Maurice Girard.
- INSTITUT MÉTÉOROLOGIQUE ROYAL
- DES PAYS-BAS.
- La Nature a déjà résumé pour ses lecteurs les travaux si utiles qui sont poursuivis avec un zèle éclairé dans les Instituts et les Observatoires météorologiques de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de Nor-wège et des États-Unis. L’Institut météorologique d’Utrecht, dirigé par un savant distingué, M. Buys-Ballot, contribue non moins activement aux progrès de la science, aidé dans son œuvre par les nombreuses observations que lui envoient, de toutes les mers du globe, les marins néerlandais. Les observations des vents ainsi recueillies ont produit de très-bonnes cartes, et fait connaître avec plus de précision les courants généraux de l’atmosphère. Les déterminations de la température de l’eau de la mer, et des données plus exactes sur les localités où les observations ont été faites, ont aussi répandu plus de lumière sur les courants marins, et en particulier sur ceux qui existent au sud du cap de Bonne-Espérance.
- Les observations de météorologie maritime ne s’étendant pas encore sur un nombre suffisant d’années pour en déduire théoriquement des résultats entièrement satisfaisants, l’Institut d’Utrecht a cherché dans une minutieuse investigation des faits, dans l’examen le plus attentif des traversées, quelles étaient les routes les plus avantageuses à suivre dans les diverses saisons de l’année. Cette recherche, dans laquelle on a fait abstraction des données théoriques sur l’action du vent ou des courants, a conduit, principalement pour les traversées de l’Inde en Europe, à indiquer, avec une certitude très-approximative, les meilleures routes à suivre. Le tableau général indicateur des routes de Java au Cap, et les douze cartes routières (une pour chaque mois) du Cap à la Manche montrent au marin les régions dans lesquelles il aura la meilleure chance de raccourcir sa traversée. Les
- zones, ainsi tracées, offrent sur les routes linéaires de Maury l’avantage de multiplier les chances qu’a le navigateur de se remettre en bonne voie, quand le gros temps ou d’autres causes l’ont fait dévier de la route qu’il se proposait de suivre.
- Dans la récente publication1 où il a fait connaître ces résultats, M. Buys-Ballot esquisse à grands traits les phénomènes physiques que la science et l’observation nous ont découverts dans l’Océan et dans l’atmosphère. 11 rend un juste hommage à l’initiative de Maury, dont les incessants travaux ont contribué, pour une si grande part, à l’avancement de la météorologie nautique et préparé les progrès, aujourd’hui si rapides, de la météorologie terrestre. « Les publications et les travaux de l’Institut météorologique d’Utrecht, dit M. Buys-Ballot, continuent à nous conduire à de nouveaux résultats qui tous se trouvent intimement liés aux développements des principes généraux, les expliquent plus clairement et viennent progressivement consolider leur degré d’exactitude. » D’accord avec Maury et avec tous nos savants météorologistes, M. Buys-Ballot montre ensuite que c’est par le progrès simultané des observations sur terre et sur mer qu’on arrivera au but vers lequel convergent tous les efforts : la connaissance des lois qui gouvernent l’atmosphère. II met très-bien en relief l'influence de la température sur la formation des courants marins, qui subissent d’ailleurs dans leurs trajets beaucoup de variations dues à la forme et à la nature des terres. Ces variations, ainsi que celles qui paraissent résulter de certaines variations périodiques dans les saisons, doivent être l’objet de l’examen le plus attentif des météorologistes. Elles peuvent conduire à découvrir les causes des changements que nous avons tant d’intérêt à prévoir, des perturbations d’où naissent les orages, les tempêtes et les cyclones. L’action du soleil sur l’atmosphère, sur les océans et les continents ; la géographie physique du globe terrestre, sont aujourd’hui étudiées à la fois dans les Instituts météorologiques qui existent ou se fondent dans tous les États civilisés, sur les innombrables bâtiments que Maury ajustement nommés des Observatoires flottants, et dans les aérostats où de vaillants observateurs donnent les preuves du plus sincère dévouement à la science.
- C’est dans ces travaux persévérants, multipliés, que la météorologie puise chaque jour de nouvelles forces de développement, et qu’elle trouve, comme le dit M. Buys-Ballot, les moyens d’assister le marin et le cultivateur par ses théories, par les résultats de ses patientes et sérieuses investigations. Ajoutons que par Lavoisier, Lamarck, Romme, Bouguer, qui, dès 1726, proposait de faire relever sur les journaux de tous les navires les renseignements utiles à la navigation, la France a contribué pour une grande part à provoquer le mouvement scientifique dont la météorologie est maintenant l’objet.
- Eue Margollé.
- 1 Les Courants de la mer et de l'atmosphère. Note du Dr Buys-Ballot, directeur de l’Institut météorologique d’Utrecht.
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- EXPLORATEUR ÉLECTRIQUE DES PLAIES
- ET EXTRACTEUR DES PROJECTILES DE M. TROUVÉ.
- Ou se souvient du fameux stylet dont se servit Né-laton pour s’assurer de la balle dont Garibaldi avait été atteint. On n’a pas oublié que l’extrémité exploratrice de l’instrument employé par le célèbre chirurgien était formée d’une petite boule rugueuse de porcelaine, qui fut retirée noircie par la balle de plomb. Ce moyen était ingénieux, sans doute, et il fut dans ce cas d’une grande utilité ; mais les services qu’il peut rendre sont très-limités. En effet, la présence du corps étranger est ainsi constatée, mais on ne peut en déterminer la nature, et la constatation elle-même devient impossible dans des cas assez fré-qnents : ceux dans lesquelles la balle est enkystée, ou recouverte d’une membrane, ou d’une portion de muscle ou de cartilage, ou même d’un morceau du vêtement du blessé.
- M. Trouvé, l’un de nos plus ingénieux constructeurs d’appareils électriques, a réussi à donner une solution complète du problème si complexe que présente le cas dont nous venons de parler.
- L’appareil de M. Trouvé est basé sur la grande conductibilité électrique des métaux comparée à celle des différentes parties du corps humain et des liquides.
- Il comprend quatre parties distinctes :
- \° Une pile; 2° Une sonde exploratrice ;
- 3° Un appareil révélateur ; 4° Un extracteur ; on peut y ajouter une cinquième partie, composée d’une boussole asiatique très-sensible.
- La pile, représentée en grandeur naturelle (fîg. I), et que M. Trouvé a appliquée à beaucoup d’autres usages, est formée d’un couple zinc-charbon, renfermé dans un étui de caoutchouc durci, fermé hermétiquement. Le zinc et le charbon n’occupent que la moitié supérieure de l’étui, l’autre moitié est occupée par le liquide excitateur (bisulfate de mercure). Tant que l’étui conserve cette position, le couple ne plonge pas dans le liquide, il n’y a pas de production d’électricité, ni de dépense par conséquent; mais dès que l’étui est renversé ou placé horizontalement, l’immersion du zinc et du charbon dans le liquide en résulte et le courant se produit immédiatement, pour cesser aussitôt qu’on redresse l’étui.
- La sonde exploratrice (fig. 3), est une canule rigide ou souple, qui sert à faire l’exploration préalable de la plaie et facilite l’introduction des appareils explorateurs.
- U appareil révélateur représenté (fig. 2), en
- grandeur naturelle, est semblable à une petite montre fermée de deux glaces transparentes. Il contient un électro-aimant très-petit, disposé pour fonctionner en trembleur , et construit de manière à résister à tous les chocs. A l’extérieur, deux petits anneaux servent à attacher, au moyen de mousquetons spéciaux, les rhéophores de la pile.
- Le stylet, qui s’ajuste à frottement au révélateur et le complète, est formé de deux tiges métalliques très-isolées l’une de l’autre, renfermées dans un tube protecteur commun et terminées par des pointes aiguës qui font une saillie de quelques millimètres eu dehors de leurs enveloppes. Les deux tiges du stylet font partie du circuit électrique de la pile et de l’éleclro-aimant ; il suffit qu’un corps conducteur soit en contact avec les pointes pour que ce circuit soit complet et que le courant passe en faisant vibrer le trembleur.
- EMPLOI DE l’appareil.
- Voici comment on procède avec l’instrument : on introduit, pour commencer, dans la plaie, la sonde exploratrice (fig. 5), composée d’une canule et d’un mandrin mousse. Ce dernier, glissant librement dans la canule et soustrait à toute pression latérale des tissus, donne une sensation plus nette que la canule seule ne pourrait le faire. Quand on a rencontré le corps solide étranger, il peut arriver que le choc du bout du mandrin suffise à faire discerner qu’on est en présence d’un métal, et la besogne est bien avancée. Mais souvent il arrive que le projectile est enveloppé dans des tissus, ou dans des morceaux d’étoffe qui ont pénétré avec le projectile ; c’est alors que la seconde opération devient nécessaire. Elle consiste à introduire dans la canule, à la place du mandrin mousse, le stylet terminé par l’appareil révélateur. Les deux pointes du stylet traversent l’étoffe qui enveloppe le projectile, et si elles rencontrent un métal, le circuit électrique est fermé, èt le trembleur fonctionne ; on le voit, on l’entend, on le sent, car il frémit entre les doigts.
- Il s’agit de démêler ensuite à quel métal on a affaire, et sur le champ de bataille on ne peut guère hésiter qu’entre le plomb, le cuivre et le fer.
- Si c’est du plomb et qu’on fasse balancer le stylet, ses deux pointes, pénétrant dans le métal, ferment le courant dans toutes les positions.
- Le contraire a lieu avec le fer ou le cuivre ; quand ils sont au bout du stylet et qu’on l’incline dans dit férents sens, il arrive que l’une des pointes cesse de toucher le métal et par conséquent la marche du trembleur est discontinue.
- Pour distinguer le fer du cuivre, il faut employer la petite aiguille aimantée dont nous avons parlé ; on la présente au voisinage de la plaie : si le corps élran-
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- ger est du fer, de l’acier ou de la foute, l’aiguille est dirigée et montre sa place; si l’aiguille reste indifférente, on sait que le corps métallique annoncé par le révélateur est du cuivre ou du bronze.
- Quand la plaie est fermée, on commence l’exploration avec le signe douleur pour guide; puis à travers les tissus on introduit deux longues aiguilles à acupuncture qui jouent le rôle des pointes
- du stylet et vont toucher le projectile, oublié depuis plusieurs années peut-être dans le corps du patient.
- Nous avons expliqué le secours qu’on tirait de l'électricité quand le corps est un métal ; quand le révélateur reste muet, on doit conclure que l’objet de la recherche est un morceau de bois ou de pierre. Avant de songer à l’extraire il sera souvent intéres-
- Fig. 2. — Stylet et révélateur.
- Fig. 3. — Sonde exploratrice.
- sant de déterminer sa nature ; M. Trouvé a disposé pour cela une petite tarière à l’aide de laquelle, par un mouvement de rotation, on détache et ramène, si la substance est friable, quelques petits éclats emprisonnés dans le pas de vis et très-suffisants pour renseigner le chirurgien. Si d’ailleurs la tarière ne pé-
- nètre pas et ne ramène rien, on est fondé à conclure qu’elle a rencontré un silex.
- EXTRACTION.
- Dans bien des cas la tarière servira à extraire le projectile; pour le plomb notamment, on fera péné-
- Fig. 4. -
- Extracteur et tarrière.
- trer la tarière comme un tire-bouchon dans du liège et on ramènera la balle.
- Mais si la tarière ne pénètre pas, on emploiera une longue pince (fig. 3) dont les deux branches sont isolées électriquement l’une de l’autre et reliées par des conducteurs souples au révélateur ; avec cet appareil on est sûr que l’objet saisi est métallique; on n’est pas exposé à saisir un organe voisin, un os par exemple ; on est même prévenu si on pince à la fois le projectile et un muscle ou toute autre partie du corps ; en un mot, toute méprise est impossible.
- En résumé, grâce à cet ensemble d’appareils si simples et si ingénieusement combinés, on voit que le chirurgien arrive d’abord à savoir la nature du
- projectile, métal ou corps non conducteur ; si c’est un métal, il distingue le plomb par son carctère mou, le fer par sa dureté et ses qualités magnétiques, le cuivre parce qu’il est dur et non magnétique ; si c’est un corps non conducteur, il distingue les corps durs parce qu’ils résistent à sa tarière, et arrive à détacher des autres corps un petit éclat qu’il peut examiner commodément et reconnaître de la manière la plus complète.
- La Faculté de médecine de Paris, appréciant à leur valeur ces instruments et ces méthodes, présentés au concours de 1875, a donné à l’inventeur le prix Barbier. Dr Z.
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- CHRONIQUE
- Société de géographie de Paris. — Mercredi, 19 avril, a eu lieu dans la grande salle de l’hôtel de la Société d’encouragement la première assemblée générale pour 1876 de la Société de géographie de Paris, qui inaugurait la cinquante-cinquième année de son existence.
- M. le vice-amiral de La Roncière Le Noury a ouvert la séance par un discours où il s’est attaché à faire ressortir le succès obtenu par le congrès des sciences géographiques qui s’est tenu l’an dernier à Paris, et où il a développé l’histoire des progrès de la Société de géographie.
- L’intérêt de la séance consistait dans la lecture du rapport sur le concours ou prix annuel, dans la proclamation du nom des voyageurs ou savants-lauréats, et dans la remise des médailles d’or qui leur étaient décernées par la Société. Le rapport a été lu par M. William Ilutier, au nom de la commission d’examen, composée de MM. Eug. Cor-tambert, H. Duveyrier, Y.-A. Maltebrun, Maunoir, Vivien de Saint-Martin etW.lluber, secrétaire. La grande médaille d’or a été accordée à M. le docteur Gustave Nachtigal, pour ses explorations au Soudan oriental, de 1869 à 1875; deux autres médailles d’or ont été distribuées, l’une à M. Mariette-Bey, pour les résultats de ses recherches égyp-tologiques au point de vue de la géographie ancienne ; l’autre à M. N. Préjwalski, pour ses voyages en Mongolie et au Thibet, de 1870 à 1873. La Société, comme on voit, répartit ses récompenses de la manière la plus impartiale, sans acception de nationalité, puisqu’un Russe, un Allemand et un Français ont été couronnés tour à tour dans la séance générale.
- Le Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne. — La quatorzième réunion annuelle des délégués des Sociétés savantes des départements a eu lieu à la Sorbonne, à dater du 18 avril. Un grand nombre de travaux d’un haut intérêt ont été présentés dans les trois sections, d’histoire et de philologie, d’archéologie et des sciences. La section des sciences est divisée en sciences physiques et sciences naturelles ; nous commencerons dans un de nos prochains numéros la publication du compte rendu des communications qui ont été faites.
- La sarracénie pourprée. — Voici quelques renseignements qui nous sont fournis sur cette plante, recommandée dans l’Inde contre la petite vérole, par le professeur Schmitt, de Nancy. La sarracenia purpurea, de la famille des sarracinacées, est une petite plante herbacée, à tige rhizomatique, qui croit spontanément en Amérique (Guyane et Amérique du Nord). Stanislas Martin a retiré du rhizome un alcaloïde, la sarracénine, mal défini encore. Dans l’Inde, on administre surtout la décoction, qui est de couleur jaune-brunâtre, sans beaucoup d’odeur et d’une saveur amère : 50 grammes pour un litre d’eau, avec réduction à 500 grammes de liquide. On prépare encore une teinture de sarracénie, de la même façon que les teintures médicamenteuses ordinaires : avec 1 partie de substance pour 5 de véhicule. En résumé, la sarracénie contient surtout et comme principes actifs, un alcaloïde, la sarracénine, du tanin, de la variété des tanins du café, du cachou et des quinquinas, une matière colorante, l’acide sarracénique (Schmitt) ; elle renferme, en outre, de l’eau, des matières gommeuses, résineuses, albumineuses et des sels inorganiques. L’auteur termine en disant que la sarracénie doit être rangée parmi les médicaments
- amers astringents, et qu’on doit recommander, comme préparations thérapeutiques, l’extrait hydroalcoolique etla teinture. (J. de pharm. et chimie, mars 1875.)
- Le thermomètre pneumatique. — La combustion spontanée des provisions de charbon de terre, pendant les longs voyages sous les tropiques, est un des grands dangers de la navigation dans ces parages. Aussi le gouvernement anglais a-t-il proposé un prix pour le meilleur moyen qu’on trouverait à opposer à la combustion spontanée du charbon dans la cale des navires. On espéra d’abord obvier à cet inconvénient par une fermeture hermétique et par une absence complète de ventilation : les (lamines devaient être étouffées malgré l’élément que leur offrirait la matière inflammable. Mais les Américains suivent le procédé absolument contraire; ils laissent pénétrer autant d’air que possible, afin d’éviter le développement de la chaleur à l’intérieur de la masse de houille. Aucune de ces deux méthodes n’ayant paru mériter de confiance, un habitant de San-Francisco a imaginé de construire un thermomètre pneumatique, qui a, au moins, l’avantage d'avertir du moment où une trop grande chaleur se déclare dans la provision de charbon ; ce qui permet de prendre les mesures nécessaires pour empêcher le développement de l’incendie. Ce thermomètre pneumatique n’est autre chose qu’un cylindre de cuivre, au bout duquel se trouve un diaphragme en caoutchouc assez épais, qui se ferme hermétiquement. Ce cylindre, à couverture métallique, est assez large pour recevoir un tuyau de fer. Sur le diaphragme de caoutchouc repose une tige mince et métallique qui, par le tuyau en fer dont nous parlons, communique à un cadran marquant les degrés de chaleur. Si une chaleur anormale vient à se développer dans la cale aux charbons, l’air contenu dans le cylindre se dilate, le diaphragme de caoutchouc se gonfle et imprime un mouvement à la tige métallique, laquelle est en communication avec l’aiguille du cadran. On a ainsi l’indication du degré exact de chaleur qui règne dans la masse de charbon. D’après M. Louis Figuier, cet instrument, expérimenté à San-Francisco, a donné de très-bons résultats.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 avril 1876. — Présidence de M.. Péligot.
- Ravages du phylloxéra. — D’après une note de M. Mares, il y a en France 250,000 hectares de vignes détruits ou en voie de destruction par le fait du phylloxéra. C’est une perte de cinq cents millions de francs, sans compter la valeur du terrain occupé. 11 nous reste encore pour quatre milliards de vignobles dont il convient de conjurer l’anéantissement. Or, l’auteur constate que le phylloxéra n’attaque jamais les vignes sauvages qui poussent naturellement dans les haies et dans les bois, et il en conclut que l’on pourrait peut-être reconstituer les cépages perdus en plantant des vignes qu’on abandonnerait ensuite sans culture. On mettrait toutes les chances de son côté en enfouissant toutes les racines à un mètre au moins sous le sol et en espaçant beaucoup les plants. M. Dumas paraît attacher beaucoup de prix à cette communication dont l’auteur est converti à l'efficacité du sulfo-carbonate.
- Étude sur la betterave à sucre. — Quelle est la part qui revient dans la richesse saccharine des betteraves à la variété cultivée et au mode de culture suivi ? tel est le pro-
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- blême qu'ont voulu résoudre MM. Frémy et Dehérain. Les deux savants du Muséum ont élevé des betteraves appartenant aux deux variétés Collet rose et Vilmorin améliorées dans des conditions identiques, mêmes sols stériles, mêmes engrais donnés en mêmes quantités, et ils ont reconnu que les racines obtenues présentaient des richesses très-variables; avec l’aide de M. H. Vilmorin, ils ont en outre cultivé à Verrières des betteraves de ces deux variétés en les soumettant à une fumure exagérée de nitrate de soude ; les betteraves qui ont reçu un grand excès d’engrais azoté sont devenues plus pauvres en sucre, mais tandis que la teneur des Collets roses tombait à un chiffre tel qu’elles ne pouvaient plus être utilisées par la sucrerie, les betteraves améliorées conservaient encore une richesse exceptionnelle en même temps que le rendement à l’hectare se trouvait suffisamment accru pour que leur culture devînt rémunératrice pour le planteur.
- Ces expériences présentent un grand intérêt aujourd’hui que la plupart des betteraves seront vendues d’après leur teneur en sucre, le cultivateur n’hésitera pas à faire un choix scrupuleux de ses graines et donnera la préférence aux variétés très-riches, d’autant plus qu’il sera assuré qu’une fumure copieuse lui donnera des racines d’une richesse suffisante en même temps qu’un rendement abondant.
- Particularités de forme des météorites. — Nos lecteurs savent qu’un caractère constant des météorites est d’offrir avec une forme polyédrique irrégulière une surface toute remplie de dépressions arrondies qu’on a comparées à celles produites par des doigts pressés sur une pâte molle. Nous avons fait remarquer nous-mêmes, il y a plusieurs années, que les fragments de roches terrestres abandonnés aux intempéries acquièrent dans beaucoup de cas une manière d’être identique, et nous en avons conclu que c’est à une érosion causée par l’air que les cavités cupuli-formes sont dues. La seule différence entre les deux classes de roches serait que pour les météorites l’érosion a lieu très-vite, tandis que pour les masses terrestres elle se faittrès-lentement. M. Daubrée lit aujourd’hui un travail d’où il résulte que les capsules sont causées par des échauffements locaux dus à des sortes de coups de chalumeau que la niasse extra-terrestre reçoit sur sa face postérieure pendant son trajet à travers l’atmosphère. C’est aux tourbillons développés dans l’air par le vide que produit le passage de la pierre qu’il convient de rapporter les dards dont il est question. Les principaux arguments de l’auteur sont tirés des résultats présentés par des grains de poudre à canon tombés de la pièce au moment du tir sans avoir subi la combustion complète, et dont la surface reproduit en petit celle des météorites. Grâce à un appareil construit par M. Bianchi, M. Daubrée a pu suivre pas à pas la combustion d’un grain de poudre dans le vide et la comparaison semble avoir été favorable à la thèse qu’il défend.
- Election d'un associé étranger. — La mort de Charles Wheatstone a laissé vacante une des huit places d’associés étrangers. Trente-sept voix la donnent à M. Baër ; quatre suffrages sont acquis à M. Williams Thompson, et deux à M. Bunsen. Un bulletin désigne M. Stokes.
- Physiologie végétale. —Lorsque, à la suite du Mémoire dans lequel M. Boussingault étudiait la croissance des plants de maïs dans l’obscurité, l’auteur a formulé, comme nous l’avons dit, ses idées sur le rôle de la matière verte. M. Pasteur a introduit comme objection le fait des annédinées pouvant se multiplier indéfiniment dans l’obscurité et en l’absence de Lucide carbonique gazeux. M. Boussingault a
- depuis lors réfléchi à la difficulté, et il fait remarquer aujourd’hui que si les végétaux inférieurs n’ont pas besoin de lumière pour vivre, c’est qu’ils se nourrissent aux dépens de principes immédiats, le sucre, l’alcool, etc., développés antérieurement dans les plantes plus élevées par le fait de la radiation lumineuse. De sorte, dit-il, que si le soleil s’éteignait, non-seulement les plantes vertes, mais même les végétaux habitant les lieux les plus obscurs cesseraient bientôt d’exister. M. Dumas donne à cette proposition une plus grande importance en faisant remarquer que les plantes inférieures vont puiser le carbone dans ces composés dits explosifs, parce qu’ils dégagent de la chaleur en se décomposant, tandis que les plantes élevées vont le prendre dans l’acide carbonique, lequel, au contraire, ne se dissocie qu’en absorbant beaucoup de chaleur ; c’est pour cela que l’intervention du soleil leur est nécessaire. Toutes les plantes ont besoin de chaleur pour vivre, les unes la tirent directement du soleil, les autres, de composés, comme le sucre, où la chaleur solaire est en quelque sorte emmagasinée.
- L'homme à la fourchette, — Lé 50 mars 1874, Laus-seur, employé du Printemps, et âgé de dix-huit ans, fit une chose qui le porta du coup au premier rang des hommes du jour1 : la presse s’occupait de lui quotidiennement ; on le fit mourir plusieurs fois, et une revue de fin d’année fit de son histoire un de ses tableaux les plus attractifs. Tout ému encore du souvenir d’un bateleur qu’il avait vu opérer, et rempli d’émulation, il annonça à la fin d’un repas qu’il allait s’introduire une fourchette dans la gorge en ayant bien soin d’ailleurs d’en retenir les dents avec Jessiennes. L’expérience annoncée réussit très-bien ; elle réussit même si bien, qu’on jugea utile de la recommencer, et c’est alors qu’une mauvaise plaisanterie d’un collègue de Lausseur lui fit lâcher prise et détermina la chute de la fourchette dans l’œsophage. C’est ainsi que se produisit l'homme à la fourchette, dont on peut rire puisque tout est bien- qui finit bien. La douleur causée fut intense; un médecin appelé immédiatement fut assez heureux pour saisir le corps etranger avec une pince, et il allait l’extraire, quand le malade, pris de convulsions, le repoussa violemment. Les symptômes d’asphyxie les plus alarmants se développèrent, auxquels succéda un immense bien-être ; la fourchette était entrée dans l’estomac. Le sujet de l’observation commençait à croire qu’il pourrait s’accommoder de sa nouvelle situation, lorsqu’au bout de quinze jours, des accidents gastriques accompagnés de syncope se déclarèrent ; il fallut quitter toute occupation régulière, et pendant de longs mois le malheureux endura un supplice presque constant. C’est en octobre dernier que le malade entra â la Charité, dans le service du docteur Labbé. Celui-ci, encouragé par les avis de MM. Gosselin et Larrey, résolut de pratiquer la gastrotomie, c’est-à-dire l’ouverture de l'estomac et d’extraire directement le corps étranger. On essaya d’abord, au moyen de caustiques, à déterminer des adhérences de l’extérieur vers l’intérieur afin de fixer le viscère, mais le succès n’ayant pas répondu à l’attente de l’opérateur, il détermina la zone triangulaire que l’on peut perforer sans intéresser aucun organe essentiel. Le dimanche 8 avril, l’incision fut pratiquée, couche par couche, et la plaie maintenue étanche ; on fit sortir une portion de la paroi stomacale maintenue par une anse de fil et qu’on fixa par des aiguilles courbes et des points de suture aux lèvres de la plaie. C’est alors qu’on incisa l’estomac. Une pince fut introduite, et après diverses manœuvres, d’ailleurs fort
- 1 Voy. la Nature, 1874, l4r sem., p. 510 et 2e sein., p. 550.
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- LA NATURE.
- simples, la fourchette vint au jour, et c’est elle que les académiciens se passent de main en main avec curiosité. L’opéré est, paraît-il, dès maintenant revenu à la santé et n’a plus qu’à se débarrasser de la fistule stomacale qu’il porte encore et qui est en voie d’oblitération.
- Stanislas Meunier.
- UN NOUVEAU FILTRE
- Le Bulletin du Musée de Belgique cite l’invention suivante de MM. Autier et Allaire, qui nous a semblé fort originale. 11 s’agit d’un filtre où il n’entre pas de matière filtrante : le départ des impuretés dont on veut débarrasser le liquide est obtenu par une simple action mécanique.
- Tout le monde connaît cette expérience familière de la cuiller tournée dans une assiette à potage : le liquide se divise en courbes concentriques animées d’un mouvement de rotation, et l’on voit les particules solides abandonner le centre de l’assiette et tendre vers les bords.
- C’est le principe de l’application de MM.
- Autier et Allaire.
- Leur appareil, représenté ci-contre, se compose d’un grand récipient bb dans lequel on introduit le liquide à traiter par un déversoir a a. Au milieu du récipient est un cylindre vertical ce monté sur un axe et pouvant tourner avec une grande vitesse, au moyen du jeu d’engrenages indiqué. Des ouvertures circulaires sont pratiquées sur la surface du cylindre et permettent au liquide éclairci qui occupe le centre du récipient de se réunir dans l’intérieur du cylindre. Les flèches inférieures indiquent que finalement tout le liquide filtré sort par l’orifice d, suit le tube //', et vient tomber par l’orifice g dans un vase, où il arrive plus ou moins vite, suivant l’ouverture donnée à la coulisse qui règle la sortie.
- Les particules solides, rejetées à la circonférence extérieure sur les bords du récipient, s’y déposent à cause de la vitesse moindre des couches éloignées, elles tombent par l’effet du ralentissement et de leur
- propre poids. On les trouve toutes réunies dans la tubulure hh, suivant le sens des flèches de la figure, pour sortir par l’orifice i, qui se règle de même que l’orifice g au moyen de vannes mobiles.
- Cet appareil, par la simplicité et l’économie du fonctionnement, est appelé à rendre de grands services dans les industries du papier et du sucre, où l’on opère sur de grandes masses. Le dégagement du liquide purifié, par les ouvertures de la surface latérale du cylindre est toujours facile ; il n’y a pas à craindre d’engorgement, les parties solides étant rejetées à l’opposé. 11 va sans dire qu’on fait varier
- le degré de clarification, soit par la vitesse de rotation des engrenages, soit par l’ouverture variable donnée aux vannes de sortie g et i. Toute usine mécanique possédant une force motrice, même faible, peut utiliser ce nouvel appareil, qui sera mis en action avec un effort modéré.
- On se demandera aussi s’il ne pourrait pas en être fait une application dans la distribution des eaux potables. Certaines eaux naturelles, surtout pendant les crues, entraînent avec elles des limons et des graviers dont le filtre de MM. Autier et Allaire aurait sans doute facilement raison.
- La force mécanique pourrait être empruntée au cours d’eau, et la dépense se réduirait ainsi à des frais de premier établissement relativement peu élevés. On sait toutes les difficultés qu’il y a, pour l’alimentation d’une grande ville, à obtenir de l’eau pure et les moyens coûteux que l’on doit employer pour y arriver d’une manière efficace.
- Ce serait un progrès considérable de diminuer cette dépense ; nous reviendrons sur ce sujet, lorsque l’essai aura été tenté, et nous avons lieu de croire que des expériences ne tarderont pas à être exécutées à ce sujet.
- Ch. Bontemps.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Nouveau filtre centrifuge.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N® 155. - 6 MAI 1876.
- LA NATURE.
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- Perforations analogues aux taches solaires produites par un courant électrique de haute tension.
- Fig. 1. — Vues en dessus.
- LES TACHES SOLAIRES
- ET LA CONSTITUTION PHYSIQUE DU SOLEIL.
- Parmi les nombreuses analogies que révèle la comparaison des effets des courants électriques de haute tension avec les phénomènes atmosphériques et cosmiques, il en est une qui paraît très-remarquable. Voici l’expérience sur laquelle elle est fondée :
- Une feuille de papier à filtrer, humectée d’eau salée, est mise en communication avec le pôle négatif d’une batterie secondaire de 400 éléments. A peine le fil positif touche-t-il la surface humide, qu'il se produit, au * dessous de ce fil, avec dégagement de
- lumière et projection de vapeur, une cavité en forme de cratère, hérissé, sur ses bords, d’innombrables filaments desséchés et enchevêtrés les uns dans les autres (fig. 1). Le fil positif se trouve en même temps recouvert d’un magma formé par la pâte de papier transportée ; des débris filiformes adhèrent aussi à l’électrode sur’une longueur de 10 à 15 centimètres. Les extrémités des filaments sont dirigées vers l’électrode positive, de sorte que, si l’on place cette électrode au - dessous du papier, on n’observe point de cratère saillant à la surface supérieure,
- mais une simple excavation dont les rebords filamenteux sont comme aspirés et rentrés en dedans vers le point d’où sort l’électricité positive (fig. 2). Quelques filaments, par suite de leur grande longueur et de leur dessication instantanée, se recourbent en crochet à leur extrémité. La figure 3 représente les détails de ces perforations électriques, en grandeur naturelle.
- Il est impossible de ne pas être frappé de l’analogie complète de cette structure avec celle des taches solaires, telles quelles ont été observées par MM. Nasmyth, Dawes, Lockyer, Chacornac, le P. Secchi, Tacchini, Zangley, etc., et qui ont été assimilées à des brins ou à des fagots de chaume, à des filaments recourbés, tordus ou entrelacés, etc.
- 4® aoaée. — l*r semestre.
- Fig. “2. — Vues en dessous.
- Fig. 3. — Perforations électriques analogues aux taches solaires. (Grand, natur.
- Ces apparences bizarres des taches solaires, si difficiles à expliquer par des actions mécaniques ordinaires, se comprennent facilement par l’intervention de l’électricité, dont le caractère est de cliver, de façonner en pointes ou de diviser en fils toute matière opposée à son passage, pour se frayer les voies multiples qui semblent nécessaires à son rapide écoulement.
- 11 est donc permis d’admettre que les taches solaires sont des cavités produites par des éruptions essentiellement électriques ; que, par suite, la masse
- interne du soleil doit être fortement chargée d’électricité , et que, d’après le sens des excavations dont les talus filamenteux sont rentrés vers l’intérieur del’astre, l’électricité qui s’en échappe doit
- être positive. J’ai été conduit ainsi à étudier les phénomènes présentés par les globules incandescents qu’on obtient en fondant de gros fils métalliques à l’aide d’un puissant courant électrique de quantité; je résumerai très-succintement les effets que j’ai observés sur des globules de fer et d'acier de 7 à 8 millimètres de diamètre : 1° leur surface liquide
- incandescente paraît agitée , ondulée, et parsemée de taches de toutes dimensions, produites par des bulles gazeuses qui viennent de l’intérieur du globule, où elles causent aussi une effervescence ; 2° ces
- bulles se développent si rapidement qu’il est difficile de saisir leurs différentes phases; on y distingue néanmoins des ombres, des pénombres et des parties brillantes; 3° elles finissent par percer l’enveloppe liquide, en projetant des parcelles incandescentes ; 4° les globules refroidis présentent une surface ridée et mamelonnée ; 5° on reconnaît qu’ils sont creux et que leur enveloppe est d’autant plus mince, que le métal renfermait plus de gaz en combinaison.
- Ces expériences permettent de conclure par voie d’analogie : 1° que le Soleil peut être considéré comme un globe creux électrisé, plein de gaz et de vapeurs, recouvert d’une enveloppe liquide de matière fondue et incandescente ; 2° que les rides ou
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- LA N AT U KL.
- lucules de sa surface proviennent des ondulations de cette enveloppe liquéfiée ; 3° que les taches sont produites par les niasses de gaz et de vapeur électrisées venant de l’intérieur de l’astre, perçant l’enveloppe fluide et donnant aux rebords des cavités, ainsi qu’il a été dit plus haut, les formes qui caractérisent le passage de l’électricité positive ; 4° que les facules semblent être une phase brillante dans l’évolution des masses gazeuses, lorsqu’elles se rapprochent de la surface avant leur éruption ; 5° que les protubérances sont formées par les gaz eux-mêmes, sortant de l’intérieur de l’astre à une température plus élevée, et, par suite, plus lumineux que ceux qui forment l’atmosphère de sa surface.
- On peut ob jecter à ces conclusions que les globules métalliques dont il s’agit sont produits entre les deux pôles d’un appareil et traversés par un courant électrique, tandis que le Soleil est isolé dans l’espace ; mais en se reportant à mes expériences antérieures telles que celle de la gerbe, on conçoit la production de sphéroïdes électrisés, entièrement détachés de la source d’où ils émanent. Déplus, si dans l’expérience actuelle on laisse fondre le fil auquel le globule adhère, le courant s’interrompt ; le globule reste suspendu à l’un des pôles, et, pendant le court instant qu’il se maintient incandescent, on voit encore des taches se produire et des bulles se dégager à sa surface. Si ce phénomène dure un temps appréciable, avec une aussi petite masse de matière, on comprend quelle durée il peut avoir quand il s’agit du globe immense du Soleil. Le mouvement vibratoire électrique communiqué persiste, à l’instar du mouvement mécanique, avec les effets physiques et chimiques qui lui sont propres. Ainsi le Soleil ne crée point l’électricité qu’il possède, non plus que la chaleur et la lumière qui en sont la transformation : c’est une provision qu’il a reçue de l’anneau nébuleux dont il n’est qu’une particule brillante, destinée à s’éteindre un jour ; cet anneau nébuleux dérive d’une autre onde électrisée et ainsi de suite, jusqu’à la cause première, créatrice de toute force et de tout mouvement. En se plaçant à ce point de vue, l’incandescence du globe solaire, prolongée pendant une longue série de siècles, n’est elle-même qu’une étincelle de courte durée dans l’infini du temps et de l’espace1. Gaston Planté.
- LE NAVIRE DE GUERRE MODERNE
- des métamorphoses qui rendent aujourd’hui assez difficile l’étude des flottes contemporaines.
- Comme exemple, nous pouvons rappeler que jadis les navires de combat étaient classés suivant le nom- bre de leurs bouches à feu. Cette nomenclature n’existe plus, car c’est moins par la quantité de ses canons qu’un bâtiment cuirassé acquiert de l’importance, que par la puissance de cette artillerie, maintenant réduite à un petit nombre de pièces de fort calibre. C’est d’après son tirant d'eau et la disposition de son armement qu’il prend rang sur les listes des flottes. Ou le dénomme encore suivant sa destination, soit qu’il ait à opérer en pleine mer, soit que son champ d’action ne doive pas dépasser les côtes, l’embouchure des fleuves et les entrées de
- Port-
- Un bon navire de guerre est celui qui satisfait aux conditions marines suivantes : tirant d'eau et déplacement moyens, stabilité, vitesse et qualités giratoires parfaites, ainsi qu’aux exigences militaires que nous allons énumérer.
- Pour l’attaque, le navire de guerre doit être pourvu d’une artillerie puissante, d’un éperon solide et des meilleurs systèmes de torpilles ;
- Pour la défense il doit avoir la cuirasse le moins pénétrable possible, des cloisons étanches et un double fond.
- Les canons et la cuirasse constituent les armes offensives et défensives sur lesquelles on peut encore le mieux compter.
- Les canons adoptés par les grandes marines sont de types différents ; on les désigne couramment par les noms de canons lisses Rodman (américains), rayés français se chargeant par la culasse, rayés dits de Woolwich et rayés de Whitworth (anglais) se chargeant par la bouche, et Krupp se chargeant par la culasse.
- Après l’artillerie vient Yéperon, arme moins maniable, mais qui, lorsqu’on peut l’employer, constitue un élément de combat décisif. Ainsi, étant donnés le poids de l’éperon et la vitesse du navire, on obtient une force vive qui peut être évaluée de la manière suivante :
- VITESSE EN MÈTRES
- POIDS EN TONNEAUX PAR SECONDE
- DE 1Ü00 KIL. (le MÈTRE= 1852 MET.)
- 1600 5,14 (10 milles)
- » 1,20(14 — )
- 8000 5,14(10 — )
- » 7,20(14 — )
- FORCE VIVE EN TONNEAUX-MÈTRES
- 2,155
- 4,228
- 10,773
- 21,158
- On sait combien la substitution, dans les flottes de guerre, de la vapeur à la voile, a modifié le vieux navire de nos pères. Plus récemment, l’adoption de la cuirasse, des tourelles et de l’éperon, l’accroissement du volume des canons, sont venus, à leur tour, en compliquer l’état et l’apparence. Tel objet ou telle partie du bâtiment a disparu, tels autres sont de création nouvelle, un grand nombre aussi ont subi
- 1 Note présentée à l’Académie des sciences. — Séance du 10 avril 1876,
- Les navires de guerre disposent encore de la torpille remorquée et de la torpille automotrice; mais cet engin est encore trop à l’état embryonnaire pour qu’il soit permis de le mettre en parallèle avec le canon. Nous ne le citons que pour mémoire, quoique plusieurs marines soient en possession de divers systèmes sur lesquels elles comptent.
- La défense du navire est représentée premièrement par sa cuirasse, dont l’efficacité, on le comprend,
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- LA NAT U HE.
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- varie suivant le projectile qui cherchera à la percer. Il est indiqué que ce dernier doit être lui-même doué de qualités spéciales. Ainsi, il faut qu’il soit d’une matière assez résistante pour ne pas redouter de déformation, et d’une forme capable de faciliter son passage dans l’air et la perforation du blindage contre lequel il est dirigé. Ce travail de pénétration dépend d’abord du diamètre du projectile et ensuite de sa force vive. Si nous admettons que la résistance de la cuirasse augmente comme le carré de son épaisseur, nous obtiendrons :
- EPAISSEUR Dlî LA CUIRASSE EN CENTIMÈTRES
- 5
- 10
- 15
- 20
- 25
- 50
- 55
- 40
- 45
- 50
- 55
- 60
- TRAVAIL DE PERFORATION EN TONNEAUX-MÈTRES PAR CENTIMÈTRE CARRÉ
- 0,1
- 0,4
- 0,9
- 1,6
- 2.5
- 5.6 4,9 6,4 8,1
- 10,0
- 12,1
- 14,4
- Cette cuirasse, qui, dans le principe, couvrait le navire, de bout en bout, d’une même épaisseur, s’amincit aujourd’hui, lorsqu’elle ne disparaît pas tout à fait, sur les points les moins vulnérables du bâtiment ; elle repose sur une couche de bois de teak, que l'on nomme le matelas, et qui a pour objet d’amortir les vibrations causées par le choc du projectile.
- Sous ce matelas est la coque, que l’on fait aujourd’hui assez généralement en fer : les coques en fer permettent l’emploi des doubles fonds, etc., et préservent de l’incendie. Afin d’éviter l’envahissement de l’eau, on les divise en cloisons étanches. Le double fond a le même but, lorsque l’éperon de l’ennemi, une torpille ou un écueil ont troué le fond extérieur.
- Si maintenant nous passons en revue les qualités nautiques du navire, nous voyons qu’on en exige, tout d’abord, un tirant d’eau assez réduit pour qu’il puisse pénétrer sans crainte dans les eaux peu profondes. Il y a donc lieu, lors de son armement, de le charger le moins possible, — problème d’une solution assez difficile, si l’on additionne les poids dont il ne peut s’alléger et qui sont représentés par sa coque en fer, sa cuirasse, son éperon, ses chaudières pleines, son combustible, son artillerie, ses torpilles, ses munitions, ses vivres et* son équipage.
- Il est plus aisé d’exiger des constructeurs de la stabilité' et de la vitesse. 11 est à peu près établi aujourd’hui que la cuirasse, une grande hauteur de batterie et le double fond favorisent un roulis modéré. Quant au tangage, on peut l’atténuer en grande partie par une très-grande hauteur métacentrique, ce qui modère beaucoup l’amplitude des oscillations. Si ce mouvement est vif, et par suite le rayon d’iner-
- tie réduit, la proue ne plonge pas dans l’eau. On. obtient ce résultat par une belle longueur, des extrémités effilées, une batterie centrale, pas de canons à l’avant ni à l’arrière. C’est pour n’avoir pas tenu compte de ces règles que le Captain a coulé à pic en 1870.
- Ce qui ne doit pas non plus faire défaut au navire de guerre, c’est d’être maniable, de bien gouverner, de posséder non-seulement une grande vitesse en ligne droite, mais une grande vitesse angulaire. Pour la lutte à l’éperon, cette qualité est essentielle; les expériences faites en Russie ont prouvé d’une manière absolue que, dans ce cas, la victoire ne pourrait appartenir qu’au navire qui tournera le plus rapidement sur lui-même et dans l’espace le plus restreint. C’est ce qui a conduit les constructeurs à doter un grand nombre de navires de deux hélices qui le font tourner autour de son centre de gravité, tandis que le gouvernail ne lui permet que de décrire un cercle. L. Renard.
- A. J. BALARD
- DISCOURS DE M. WURTZ1.
- La mort frappe sur nous à coups redoublés. En peu de semaines, Andral, Brongniart, Séguier, nous ont été ravis, et voici un nouveau deuil qui nous surprend : comme les autres, c’est un grand deuil. M. Balard avait vaincu deux maladies ; sa forte constitution et savaillanlc nature promettaient une convalescence facile et rapide, lorsqu’il a été terrassé en deux jours par une violente atteinte, retour offensif du mal qu’il avait dominé une première fois. La science, l’enseignement public, l’Institut, ses amis, et même le monde qui ne l’a pas connu, perdent en lui un de ces êtres d’élite dont l’existence est un bienfait et le souvenir un culte. Au nom de l’Académie des scieuces, je viens rendre hommage à sa chère mémoire. Une voix plus autorisée, mais non moins amie que la mienne, dira un jour quels furent ses travaux dans la science, ses succès et ses déceptions dans la vie. Pour moi, au bord de sa tombe, je vais essayer de faire revivre un instant sa noble et sympathique figure.
- 1 M. Wurtz a prononcé les paroles suivantes aux funérailles de M. Balard, le 5 avril 1876 :
- a Messieurs,
- « M. Balard a voulu qu’aucun discours ne fût prononcé sur sa tombe. Je m.e borne donc à exprimer, au nom de l’Académie, du Conseil supérieur de l’instruction publique, de la Faculté des sciences, les regrets profonds que leur cause une si grande perte. Adieu, cher maître, cher confrère. A défaut de discours, et mieux peut-être, notre silence ému témoigne de notre douleur. Adieu. »
- M. Wurtz avait préparé le discours par lequel il se fait l’interprète de la douleur et des regrets de l'Académie des sciences, lorsque les volontés de M. Balard ont été connues. L’Académie, tout en respectant la décision d’un de ses membres regretté, a voulu conserver cet hommage rendu à la mémoire de M. Balard, en publiant ce discours que nous reproduisons.
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- LA NATURE.
- Antoine-Jérôme Balard naquit à Montpellier, le 30 septembre 1802, de parents honorables mais pauvres. C’étaient des vignerons qui cultivaient leur champ de leur mains. Ils gardèrent leur fds pendant son enfance et le confièrent ensuite à sa marraine, qui l’adopta et le fit élever. C’est à elle que M. Balard est redevable de son éducation et de sa carrière : il semble avoir trouvé dans l'héritage maternel un don plus précieux encore, l’intelligence vive, l’énergie et la droiture de caractère. Après de bonnes études au collège de Montpellier, nous le trouvons, à dix-sept ans, préparateur à l’école de pharmacie. Cette école qu’il va illustrer lui décerne son diplôme le 5 juillet 1826. Il était alors partagé entre la chimie et la botanique ; plus tard il cultivera et enseignera la physique ; son esprit était .apte à toutes les sciences, et il va donner immédiatement de sa pénétration et de son talent dans l’art des expériences une preuve éclatante.
- Vers 1824, herborisant au bord d’un marais salant, par une matinée de printemps, il avait remarqué un dépôt de sulfate de soude que la fraîcheur de la nuit avait fait cristalliser dans un bassin où l’on conservait des eaux mères du sel commun. L’idée d’exploiter ces eaux mères s’empara immédiatement de son esprit et l’occupa pendant la plus grande partie de sa vie. Daus le cours de ses expériences il fut frappé par une coloration particulière que certains réactifs développent dans ces eaux. Il saisit le fait et, l’ayant poursuivi avec cette ténacité qui est le génie des inventeurs, il eut l’heureuse fortune de découvrir le brome. C’était une grande découverte. M. Balard a isolé un nouveau corps simple, et ce n’est pas un de ces métaux r ares, je dirai obscurs, qui se cachent dans quelque minéral peu connu; c’est un grand corps qui va prendre rang entre le chlore, que l’on doit à Scheele, et l’iode, que l’on doit à Gay-Lussac. Ainsi le nom de ce jeune homme de vingt-quatre ans se placera d’emblée à côté de ces noms illustres. Le voilà devenu immortel. L'attention s’est immédiatement portée sur le nouveau corps : ses propriétés, ses principales combinaisons ont été étudiées par M. Balard et décrites dans un Mémoire classique. Gay-Lussac félicite le jeune chimiste et montre un échantillon de brome dans son cours à l’Ecole polytechnique. La Société royale de Londres lui décerne la plus haute récompense dont elle dispose. A Montpellier, sa renommée vient en aide à sa pauvreté. 11 est appelé successivement à l’école de pharmacie, au collège royal, et enfin, en 1834, à la Faculté des sciences. Le voilà dans une situation qui va lui procurer à la fois des ressources pour la vie de chaque jour et, chose plus précieuse, des moyens de travail. Mais la gêne des premières années aura laissé dans son esprit une empreinte durable : des habitudes d’économie, avec le désir légitime d’assurer l’avenir des siens, le goût d’une existence modeste et d’une installation médiocre, avec un éloignement marqué pour les moyens et les objets dispendieux. L’influence de cette disposition
- s’est fait sentir dans ses travaux. 11 choisissait de préférence les méthodes simples, les appareils primitifs, les réactifs préparés par lui-même, se plaisant à rappeler les grandes découvertes qui sont sorties de la pauvre officine de Scheele. Il ne pouvait mieux choisir son modèle ; mais n’est-il pas vrai, d’nn autre côté, que si la simplicité des méthodes est un avantage et l’agencement économique des choses un gain, ces conditions ne sont pas toujours compatibles avec la précision que l’on doit rechercher avant tout dans les expériences ? Celles que l’on doit à M. Balard ont toujours eu ce caractère de précision. Ses découvertes n’ont jamais été contestées et sont marquées toutes au coin de sa puissante originalité. Celles de l’acide hypochloreux et de l’acide oxamique ont comblé de véritables lacunes et ont ouvert des voies nouvelles.
- 11 était occupé de l’étude de cette huile qui se sépare pendant la distillation de l’eau-de-vie de marc et qu’on a nommée alcool amylique, lorsqu’il fut appelé à Paris pour monter dans la chaire de Thénard à la Faculté des sciences, M. Dumas occupant celle de Gay-Lussac. Il y prit sa place après ses grands devanciers et à côté de son inimitable collègue.. Sa parole vive, son exposition lucide et abondante-, les accents un peu élevés de sa voix, tout cela commandait l’attention d’un auditoire difficile. Plus tard il a apporté le même entrain et la même distinction dans son enseignement au Collège de France, où il fut appelé en 1850 à remplacer Pe-louze.
- M. Balard a habité Paris pendant trente-huit ans. Cette longue période a été sinon la plus productive, du moins la plus utile de sa vie. L’Académie des sciences lui avait ouvert ses portes dès 1844. Depuis lors il a pris au mouvement scientifique l’intérêt le plus vif et le plus soutenu, cherchant plutôt à développer ses premières découvertes et à en tirer parti qu’à en faire de nouvelles. Il avait pris en 1840 un brevet pour l’extraction des sels de potasse des eaux mères des marais salants qui ont déjà laissé déposer du sulfate de soude sous l’influence du froid. Ses recherches de laboratoire lui avaient appris la proportion de ces sels et les conditions de leur séparation. Pendant quarante ans il a poursuivi l’application de ces expériences à l’industrie, rare exemple d’une persévérance que le succès a couronné à la fin. Mais, comme il arrive souvent, ce succès n’a pas été complet au point de vue des avantages matériels qu’on pouvait en espérer. Au moment même où les dernières difficultés étaient vaincues, on a découvert en Allemagne, près de Stassfurt, des couches presque inépuisables des sels dont il s’agit, et qui sont déposés, après le sel commun, à un âge géologique antérieur, par le dessèchement d’une mer primitive. Ainsi la nature avait achevé elle-même, et sur une immense échelle, ce que M. Balard avait réussi à effectuer, en imitant, sans le savoir, les procédés naturels. Cette coïncidence peut ajouter à sa gloire : elle n’a rien ajouté à sa fortune. En ce qui concerne
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- LA NATURE.
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- l’application du brome, qui est devenu aujourd’hui un agent très-utile et très-répandu dans l’art du photographe, et, sous forme de bromure de potassium, un médicament très-précieux, notre confrère a eu le même genre de succès : il a dû se contenter de l’idée que sa découverte est devenue un bienfait pour les hommes.
- M. Balard a été heureux par caractère, mais il a connu l’adversité dans la vie. Ses trois enfants lui ont été successivement enlevés, et l’année dernière il a perdu la fidèle compagne de sa vie. Il n’était point isolé pourtant : les enfants de sa femme, qu’il a adoptés et qui méritaient de l’être, ont entouré sa vieillesse et ses derniers jours de soins pieux. Il a supporté fortement les grandes douleurs, trouvant dans son âme un ressort et dans ses convictions un soulagement. Sa situation matérielle s’était enfin améliorée, mais son .genre de vie a continué d’être modeste. Il était dur et strict pour lui-même, indulgent et généreux pour les autres, et cet homme, qui se refusait les plus simples jouissances du bien-être, était toujours prêt à secourir ceux qui faisaient appel 5 sa bonté. Cette bonté ne se lassait jamais : elle était ingénieuse et faisait succéder les prêts aux dons quand la période des dons était passée. Savant pauvre, il était riche, et sa richesse lui venait du cœur. Il était simple dans ses manières, sincère dans ses paroles, ferme dans ses promesses, fidèle dans ses affections ; et qui pourrait oublier les grâces de son esprit cultivé, les charmes de sa conversation vive, nourrie, naturelle, pleine de sel et de saillies,exempte d'ironie et d’âpreté ?
- Ce cœur, qui débordait de sentiments généreux, était inaccessible à la jalousie, à la vanité, à la morgue, cette forme déplaisante de la vanité. Voilà, Messieurs, ce que nous avons perdu. Et de tout cela ne resterait-il aujourd’hui qu’un souvenir et un exemple? Nous avons la confiance qu’il n’en est pas ainsi. N’est-il pas vrai que ce que nous avons aimé en lui, la bonté parfaite, la droiture, la modestie, et par-dessus tout la chaleur et la générosité du cœur, n’est-il pas vrai que tout cela subsiste? Oui, cher maître, cher confrère et ami, tes œuvres et tes vertus t’ont suivi, et cette chose qui n’est plus rien
- et que nous allons recouvrir de terre, ce n’est pas toi. Adieu1.
- 1 A ces paroles de M. Wurtz nous ajouterons quelques appréciations remarquables, empruntées à une excellente notice biographique, publiée sur M. Balard par le journal la République française.
- En ce qui concerne la méthode d’extraction du sulfate de soude des eaux de la mer, on peut dire que c’est par une étude assidue de jour et de nuit des phénomènes naturels, dans des marécages où la fièvre intermittente règne en permanence, le réactif et la balance à la main, que M. Balard a saisi les faits naturels, qu’il a créé la marche et signalé l’heure propice des opérations à effectuer.
- Le mélange de sel marin et de sulfate de magnésie, accumulé dans le premier dépôt, est emmagasiné en attendant
- l’hiver. Alors dissous dans l’eau et abandonné au refroidissement de la nuit, il laisse déposer, par suite d’un double échange entre ses parties constituantes, du sulfate de soude.
- La production de ce sel important était, en 1844, dans ces premières tentatives, de 600,000 kilogr. pour une surface de 200 hectares. En y affectant, disait M. Balard, 20,000 hectares de terres sans valeur, on pourrait recueillir 60 millions de kilogrammes de sulfate de soude, quantité nécessaire pour fabriquer toute la soude dont la France a besoin; et 9 millions de kilogrammes de sulfate de potasse, c’est-à-dire quatre fois plus que l’industrie ne consomme actuellement de cette matière, qu’elle tire à grands frais d’Allemagne, de Russie et d’Amérique. « Cette exploitation promet un triple résultat: 1° Elle fera nécessairement baisser le prix des potasses et des soudes du commerce, qui sont la base de plusieurs industries importantes ; 2“ la France exportera de la potasse au lieu d’en importer; 3° elle n’achetera plus que 8 à 10 millions de kilogrammes de soufre, car elle ne fabriquera plus toute celte portion d’acide sulfurique qui lui sert aujourd’hui pour faire des sulfates alcalins. ».
- Presque toutes ces prévisions se sont réalisées; grâce à l’essor qu’a pris notre industrie depuis 1844, il faudrait considérablement augmenter les chiffres du mémoire relatifs à cette époque.
- Si nous voulons savoir comment M. Balard comprenait le rôle de la science, il nous suffira de voir comment il terminait devant l’Académie l’exposé de ses remarquables recherches sur les salines : « La science ne me paraît pas avoir seulement pour mission de satisfaire chez l’homme ce besoin de tout connaître, de tout approfondir, qui caractérise la plus noble de ses facultés; elle en a aussi une autre, moins brillante sans doute, mais peut-être plus morale, je dirai presque plus sainte, qui consiste à coordonner les forces de la nature pour augmenter la production et rapprocher les hommes de l’égalité par l’universalité du bien-être. J’ai cru qu’en la faisant servir à créer, à perfectionner cette industrie nouvelle, je ne déviais pas pour cela de la voie que j’avais suivie jusqu’alors. Rentré maintenant et pour toujours dans ces études de science pure, vers lesquelles me portent mes goûts, je ne regrette pas, je l’avoue, le temps que cette industrie m’a em-
- A.-J. Balard, mort le 1" avril 1876.
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- LA NATURE.
- AURORES BORÉALES
- ET MAGNÉTISME TERRESTRE
- ENTRE LA NOUVELLE-ZEMBLE ET LA TERRE FRANÇOIS-JOSEPH.
- Le chef de la seconde expédition austro-hongroise au pôle Nord, M. Weyprecht, a fait à Vienne une conférence sur cette expédition et sur les données scientifiques qui ont été recueillies par elle. Cette conférence a été publiée dans les Mittheillungen de Petermann, et en partie reproduite dans le Natur-forscher, d’où nous extrayons les détails qui suivent, d’après les Archives des Sciences physiques de Genève.
- Pendant leur voyage de Nowaja-Semlia à la terre François-Joseph, les explorateurs autrichiens estiment avoir rencontré une zone de maximum d’aurore ; l’intensité du phénomène varie en effet considérablement, à ce qu’ils pensent, dans une même latitude. Dans cette contrée le phénomène est continu, et, par un temps clair, on en observe toujours au moins des traces; en revanche, il revêt les formes les plus variées et échappe à toute description ; il est là, mais on ne voit ni d’où il vient, ni comment il s’est produit.
- D’une manière tout à fait générale, M. Weyprecht distingue trois types principaux : de grands arcs réguliers, immobiles, s’élevant au-dessus de l’horizon sud, passant par le zénith et s’éteignant vers l’horizon nord; des rubans lumineux, repliés plusieurs fois sur eux-mêmes et changeant continuellement de place et de forme; enfin, la couronne, composée de rayons disposés suivant des méridiens. La lumière est en général d’un blanc un peu verdâtre ; dans le cas où le phénomène est le plus brillant et le plus mobile, les couleurs prismatiques apparaissent généralement avec un grand éclat.
- M. Weyprecht cite en particulier une aurore du second type observée en février 1874. Un large courant de feu s’étendait de l’ouest à l’est, en passant par le zénith et envoyant, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, des vagues lumineuses semblables à des flammes,* qui se propageaient avec la vitesse de l’éclair et présentaient les couleurs prismatiques. On observait en même temps un tremblement lumineux et des éclairs incessants sur tout l’espace céleste entre l’horizon sud et le pôle; les rayons de l’aurore se poursuivaient dans une sorte de danse ininterrompue.
- Le lien le plus intime existe entre les aurores boréales et les perturbations magnétiques. De 3000 observations environ, faites sur ce point à toute
- ployé. En absence de préoccupations d’un certain ordre, en moyens matériels de travail, en loisirs consacrés à la science, elle me rendra, je l’espère, plus qu’elle ne m’a coûté. »
- Hélas! ces dernières paroles ne se sont point réalisées : M. Balard est mort, comme tous les inventeurs, sans recueillir lebénélice matériel de ses beaux travaux; d’autres récoltent à c elle heure ce qu’il a semé,
- heure de la journée, M. Weyprecht croit pouvoir tirer les conclusions suivantes.
- Les perturbations sont d’autant plus fortes que les mouvements des rayons de l’aurore sont plus intenses et plus rapides, que les couleurs prismatiques se montrent'avec plus d’éclat. Les arcs immobiles et réguliers n’exercent presque aucune action sur l’aiguille.
- Pour toutes les perturbations la déviation de l’aiguille s’accomplissait vers l’est, la déclinaison diminuait, l’inclinaison augmentait. Il n’a pu être fait d’observations satisfaisantes sur le spectre de l’aurore ni sur les courants terrestres.
- LE JARDIN FLEURISTE
- DE LA VILLE DE PARIS.
- Comme dans toute civilisation raffinée, le goût des fleurs se développe de plus en plus, et il n’y a point à Paris de magasins dont, proportion gardée, le nombre se soit aussi singulièrement accru que celui des boutiques de fleuristes. Autrefois il n’y avait de publics à Paris que les jardins des Plantes, des Tuileries, du Luxembourg et du Palais Royal, qui dépendent de l’État. Lors des grands embellissements édilitaires on voulut rehausser leur magnificence à l’aide de la décoration changeante et polychrome des végétaux, réunis en parterres ou en corbeilles, et compléter les percements de rues et les constructions d’édifices par la création de parcs et de squares, — autre architecture employant pour matériaux la plante vivante au lieu du bois équarri. De plus, dans un but d’assainissement, on tenait, dans tous les quartiers, à augmenter le nombre des jardins, si nécessaires aux jeux de l’enfance, à son hygiène et à celle des vieillards.
- Les végétaux pour la plupart sont mis déjà grands dans les jardins publics ; sauf exception ils sont semés, greffés, bouturés ou reproduits par marcottes ou drageons dans les établissements horticoles, et c’est après les y avoir élevés qu’ils sont transportés au lieu qu’ils doivent décorer. Cet élevage a lieu dans les pépinières pour les espèces indigènes. Mais, pour les plantes exotiques, il en est beaucoup qui, vivant très-bien en plein air quand elles ont acquis un dé-véloppement suffisant, doivent pourtant d’abord être reproduites et passer les premiers temps de leur existence à l’abri d’une serre, tels les géraniums, divers bégonias ; un grand nombre d’autres, s’accommodant au climat de notre été, seraient tuées par les gelées et doivent être rentrées l’hiver ; enfin il est des plantes magnifiquement décoratives, qui ne doivent pas quitter les serres. Celles-ci ne peuvent être utilisées dans les squares, mais la municipalité a d’autres obligations à remplir : de grandes fêtes officielles peuvent être données par la Ville, des fleurs de serre chaude sont alors nécessaires pour l’orne-
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- LA NATURE.
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- mentation des salons; enfin, à titre gracieux, la ville contribue par ses richesses horticoles à augmenter l’éclat des fêtes de l’État et de certaines solennités de bienfaisance.
- Aujourd’hui la ville de Paris doit en outre entretenir de plantes d’ornement les bois de Boulogne et de Yincennes, les parcs Monceaux et des Buttes-Chaumont (sans compter le futur parc de Montsou-ris), un grand nombre de squares, plusieurs voies publiques telles que les Champs-Elysées, le Troca-déro et l’avenue du Bois-de-Boulogne, et une multitude de corbeilles et de plates-bandes.
- Pour satisfaire à ces exigences diverses, l’administration, outre plusieurs pépinières, a créé en 1856 à Passy, avenue d’Eylau 115, près de la porte de la Muette1, un vaste jardin fleuriste qu'il est question de transporter en dehors des fortifications, entre la route d’Auteuil à Boulogne et l’ancienne porte des Princes. L’établissement actuel, séparé par la tranchée du railway de ceinture en deux parties réunies par un pont, couvre une superficie de 29,000 mètres carrés ; sur cet espace sont éparpillées quarante serres ou orangeries chauffées par 29 foyers différents.
- Le Fleuriste a été établi au-dessus d’anciennes carrières de pierre à chaux, utilisées comme caves, pour y emmagasiner à l’abri de la lumière les oignons à Heurs, les rhizomes, les tubercules, et pour y installer les appareils de chauffage.
- Sauf pour la grande serre des palmiers, dont la température tropicale ne peut être entretenue que par un calorifère à air chaud concurremment avec un calorifère à circulation d’eau chaude, c’est ce dernier système, ou thermo-siphon, qui partout est employé.
- Quand le soleil brille, les serres sont chauffées par ses rayons condensés par le vitrage des serres ; le reste du temps, dès que la température extérieure s’abaisse à un moment des 24 heures au-dessous du minimum que peuvent supporter les plantes, on chauffe à la houille; et — déduction philosophique saisissante — alors encore c’est le soleil qui épanouit les fleurs et mûrit les fruits de la zone torride. Le charbon de terre qui entretient la température élevée des serres est composé de plantes fossiles que les rayons du soleil ont fait croître, et la chaleur de ceux-ci s’y est accumulée ; et, en le brûlant, nous faisons fleurir nos plantes de serres à l’ardeur du soleil qui a lui autrefois; nous faisons vivre les arbres des tropiques à l’aide des arbres qui ont vécu à l’époque houillère.
- 1 Et non loin des glacières de la ville, dont nous avons donné la description dans la Nature (4e année, 1876, 1er semestre, p. 150), et que l’on pourra visiter en même temps. Puisque nous sommes amenés à citer ces glacières et l’usine frigorifique, disons qu’un important perfectionnement y a été réalisé : à l’éther sulfurique, bouillant à 15° au-dessous de zéro dans le vide, a été substitué l’éther méthylique, bouillant à 30° au-dessous de zéro à la pression atmosphérique. Cette première substitution a pour conséquence celle d’une solution de chlorure de calcium comme bain réfrigérateur à l’eau saturée de sel marin (qui se serait congelée à cette température plus basse).
- Nous avons dit que les caves ne sont que d’anciennes carrières transformées, ces carrières sont encore exploitables, et l’on expérimente un fourneau à cuire la chaux dans lequel la chaleur perdue serait employée au chauffage des serres, qui se trouverait ainsi ne rien coûter.
- La dépense de ce vaste établissement d’horticulture est d’ailleurs faible, relativement d’abord au nombre du personnel, s’élevant à 55 employés fixes, non-compris les jardiniers pris à la journée en temps de presse, et surtout ensuite à l’énorme quantité de plantes qu’il expédie dans les parcs et les squares. (On ne fait, pour employer l’argot technique, pas moins de cent quatre-vingt mille géraniums chaque année). Mais le budget total du Fleuriste n’en représente pas moins une somme assez ronde: 180,000 francs par art.
- Ce n’est pas sans motif que nous parlons dans le numéro d’aujourd’hui des serres de la ville; actuellement l’admirable collection d’azalées qu’elles possèdent est en pleine floraison et nous ne saurions trop engager ceux de nos lecteurs qui se trouvent à Paris à la visiter, sans perdre de temps. A partir du milieu de mai les fleurs des diverses plantes se passent, les feuilles brû'ées par le soleil dans des pièces closes deviennent grisâtres, et la plupart des plantes d’ailleurs sont transportées dans les jardins.
- Les serres ne sont pas publiques, mais on les visite de 2 à 7 heures sur la présentation d’une carte qui, sans avoir besoin de recommandation aucune, est accordée, au palais du Luxembourg, à toute personne qui en fait la demande.
- Le Fleuriste, en quelque sorte créé par le regretté M. Barillet, est très-habilement administré aujourd’hui, sous la haute direction de M. Alphand, par M. Drouet, qui a bien voulu nous faire, avec la plus gracieuse amabilité, les honneurs de son intéressant domaine, où le peintre, le poète et le naturaliste sont également charmés.
- Cet établissement affirme dès l’entrée son importance scientifique, en étalant aux regards, au milieu d’une pelouse, le plus fort pied de phormium tenax à feuilles panachées cultivé en Europe; couvert d’un simple paillasson, le textile néo-zélandais brave impunément l’hiver de France. Très-obligeamment guidés par le chef de la multiplication, M. Bauer, nous commençons notre visite par la serre même où se fait cette opération.
- C’est la plus chaude de toutes, la température y est de 25 degrés et ne doit pas descendre au-dessous de 20. Cela ne suffit pas encore et, principalement pour concentrer l’humidité, les toutes jeunes plantes sont étouffées (c’est encore le mot technique) sous des cloches.
- On sait combien les plantes à feuillage coloré ont fourni à l’odorante palette du jardinier de nuances nouvelles, d’une richesse de ton et d’une harmonie de contraste incomparables; nous remarquons de jeunes feuilles délicatement veinées de brun et jaspées de rose, ce sont celles du bertolonia van Hout-
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- tel, tout récemment conquis ù la serre chaude ; des nepenthès suspendent à de longs pétioles hélicoïdaux leurs urnes à demi pleines.
- La serre de sevrage où sont transportées les jeunes plantes en sortant de la précédente est à une température moitié moindre, 12° seulement.
- Une des plus étranges fleurs qui s’y trouvent est celle de Yatacciacristata, large et brune, que nous reproduirons à part et dont un de nos collaborateurs a bien voulu se charger de donner la description botanique. Les deux serres des géraniums viennent ensuite, puis celle des aroïdées, où croissent les cal-ladiums et les bégonias les plus magnifiques et les plus rares, jusqu’au Bettina Rothshild, écarlate et
- velouté, dont on a beaucoup parlé ces temps derniers, lors du mariage de sa marraine.
- Les serres des bégonias et des aralias précèdent celle des plantes médicinales et officinales. Celle-ci n’est pas très-garnie et la raison en est simple. Au Jardin des Plantes, où l’on cherche avant tout à posséder des espèces typiques de toutes les familles, la collection est très-complèle, ici. où l’on a en vue de réunir les plantes qui, par leurs fleurs, leurs feuilles ou leur port, peuvent servir à l’ornementation ; les échantillons sont peu nombreux ; on les garde surtout, la vente étant interdite à l’établissement, pour se procurer par voie d’échange les variétés qui font défaut. Cetle serre est, malgré cela, bien curieuse, car nous
- Serre des Azalées de la ville de Paris.
- y trouvons vivants tous les végétaux lointains dont nous employons journellement les produits: tel arbre sourcilleux de l’équateur est représenté par une modeste bouture qui végète dans un pot, mais ce n’en est pas moins la même essence dont les caractères spécifiques sont invariables ; c’est toujours la nature — regardée par le gros bout de la lorgnette seulement. L’eucalyptus à la feuille odorante, l’arbre qui supprime la fièvre paludéenne et dessèche les marais, est l’hôte le plus précieux de cette serre.
- Dans ses voisines, les deux serres à caoutchoucs, on élève chaque année 5,00t) de ces beaux figuiers si à la mode aujourd’hui pour la décoration intérieure.
- Les 18 serres hollandaises juxtaposées sont la véritable usine de l’établissement : c’est là, sous les vitrages bas forçant la plante à s’étaler largement, que l’on fait lever les semis, que l’on reproduit certains bégonias avec des fragments de feuilles et que l’on
- cultive par masses énormes les héliotropes, les fuchsias, les bruyères et cent plantes diverses. La quantité n’en est pas encore suffisante et, en dehors des serres, sous les châssis, sont élevées nombre d’espèces plus robustes; plus tard toutes ces jeunes plantes sont repiquées au grand air entre les om-brières formées de baies serrées de cyprès qui préservent les nouvelles pousses d’une trop forte insolation.
- La serre des hibiscus ou roses de Chine est intéressante, mais moins curieuse que celle des fougères. Presque toutes les fougères sont remarquables par l’étrangeté ou la grâce de leur port, mais certaines espèces diffèrent tellement de la forme habituelle, que sans leur mode particulier de reproduction on ne les reconnaîtrait pas ; les capillaires, délicats, vaporeux, aériens, semblent être un nuage de verdure ; tandis que les casques, courts, ramassés, arrondis, surmontés par certaines feuilles comme d’un cimier,
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- tandis que d’autres retombent pour former la bombe, ressemblent positivement à cet le coiffure défensive. Les feuilles des fougères, qui remplacent les fleurs absentes, en ont revêtu les délicats attributs. Les
- gymnogrammes ne paraissent d’abord se distinguer par rien, mais en soulevant la feuille, sa face inférieure apparaît saupoudrée d’une éclatante poussière d’or, de soufre ou d’argent qui, ainsi qu’il arrive
- Serre des Palmiers de la ville de Paris
- pour le duvet des ailes de papillon, reste'-aux doigts en y dessinant la silhouette de la fronde.
- La serre des azalées est divisée comme une église en une nef et deux bas-côtés dont elle est flanquée, et c’est un temple en effet : le temple de Flore. Les
- azalées échelonnent en amphithéâtre leur tête arrondie en un énorme bouquet. Les rangs pressés des arbustes se recourbent, — comme on le voit sur notre gravure — en un harmonieux ler-à-cheval tout diapré de couleurs vives et de nuances délicates, du
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- blanc au ponceau, du violet au chamois, et celte serre a plutôt en ce moment l’aspect d’un décor. de féerie, où pour une fois la réalité se serait substituée à l’illusion, que d’un établissement horticole et près-que industriel.
- Cette même impression, on l’a éprouvée il y a deux mois, à la fin de l’hiver, dans la grande serre des camellias : il y a là de véritables et vieux arbres plus gros que le bras, qui viennent du château de la Malmaison.
- La belle et grande serre contiguë est celle des palmiers. Ici c’est franchement la nature tropicale transportée à Paris par un miracle de science et de civilisation. Ces touffes de feuilles palmées qui se recourbent, voltigeant au moindre souflle comme de gigantesques plumes végétales, ornements délicats et ravissants de nos serres, de nos salons, de nos boudoirs et qui, pour être obtenus, demandent quinze années de culture persévérante, ont, dans leur pays natal, une bien autre importance et une bien autre ampleur : ce sont les cocotiers.
- Les extrêmes se touchent, à côté de ces vivants panaches nous trouvons à ras de terre des sortes de loupes ligneuses que l’on croirait n’être que des souches desséchées depuis longtemps, s’il ne s’en échappait une frêle tige grimpante qui, chaque année, se flétrit pour être remplacée, l’an suivant, par une autre tige poussée d’un autre point. Cet informe excroissance est fort bien nommée pied -d’éléphant . Les longues feuilles étroites des pandanus et les feuilles fenestrées des philodendrons se mirent sur les eaux tièdes du bassin où les racines de ces derniers viennent boire en s’allongeant et rampant comme des couleuvres. L’un des ptiitodendrons, on le voit dans notre gravure, était, chose rare, en fleurs ces jours derniers; son énorme spathe blanche évasée en calice entourait sa fleur en forme de plantin ou d’épi de maïs gigantesque, qui deviendra, dans la serre, sans changer de forme, un fruit au délicieux parfum....
- Elle n’est pas bien vaste cette forêt vierge sous cloche, mais son atmosphère est moite et embaumée, il y règne l’éternel été et l’on en sort comme d’un doux rêve quand, cessant d’être préservé par son fragile rempart de verre, on est saisi de nouveau par les intempéries de notre froid climat.
- Charles Boissay.
- RÉUNI-ON DES DÉLÉGUÉS
- DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS A LA SORBONNE (AVRIL l87d),
- SCIENCES PHYSIQUES
- I. — PHYSIQUE.
- Perfectionnement des éledroscopes. — Vernis pour écrire sur le verre — M. Terquem, professeur à la Fa-
- culté des sciences de bille fait connaître quelques modifications très-simples à introduire dans la construction des condensateurs électriques et des éledroscopes. La manière ordinaire de construire les plateaux d’un électroscope-condensateur, par exemple, est vicieuse. Il faut qu’ils soient épais et non minces, afin d’empêcher toute déformation et que la face inférieure du plateau supérieur puisse s’appliquer exactement sur la face plane du plateau inférieur. Si, de plus, au lieu du vernis ordinaire on pose sur chaque face des plateaux plusieurs couches de collo-dion (très-peu alcoolique pour qu’une couche nouvelle ne dissolve pas la précédente), on arrive, avec ces légères modifications, à obtenir un pouvoir condensant vraiment énorme, si on les compare à celui qu’on obtient avec les instruments dont on se sert d’habitude dans les cours.
- M. Terquem propose aussi de remplacer l’une des feuilles de l’électroscope à lames d’or par une feuille fixe de clinquant, ce qui, sans rien changer à la sensibilité de l’appareil, élimine la difficulté qu’on éprouve lorsqu’on veut remettre un électroscope en état et replacer ses deux feuilles d’or.
- Enfin, une indication de peu d’importance en elle-même mais très-intéressante au point de vue de l’enseignement est celle d’un nouveau vernis qui permet d’écrire à l’encre sur le verre, et par suite de projeter dans un cours toute figure faite à la main, de façon à la faire voir à un nombreux auditoire1.
- Variation du coefficient de détente des vapeurs surchauffées. — M. Crouillebois, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, en interprétant le? expériences de M. Cahours sur les vapeurs, qui avaient été faites dans un autre but, fait remarquer que le coefficient de détente des vapeurs surchauffées n’est pas constant. M. Zeuner avait proposé la valeur constante 4/3, nombre qui s’accordait assez bien avec les expériences de MM. Ilirn et Cazin, sur la détente de la vapeur d’eau surchauffée ; la valeur 1,30 déduite par M. Moutier, d’expériences précédentes de M. Ilirn, se rapproche aussi de celle que propose M. Zeuner.
- M. Crouillebois montre, en s’appuyant sur les expériences de M. Cahours qu’il n’y a concordance que vers 200°; en général le coefficient de détente des vapeurs surchauffées et en particulier de la vapeur d’eau varie avec la température. Il fait remarquer en outre que les calculs de M. Zeuner relatifs à la détermination du travail dans les machines à vapeur sont entachés d’erreur.
- Phénomènes d'interférences des rayons lumineux produits par les lames minces de collodion. — M. Gripon, professeur de physique à la Faculté des sciences de Rennes, communique la suite de ses études optiques sur les lames minces de collodion. Si on tend sur des cadres deux lames minces de collodion dans des directions à peu près parallèles et qu’on reçoive la lumière diffuse qui a été réfléchie successivement sur chacune des lames ; on aperçoit des franges d’interférence brillamment colorées, comme dans l’expérience des lames de Brewster. Mais ces franges ont leurs bords dentelés en zigzag, ce qui tient à l’irrégularité de structure des lames de collodion. Dans les expériences où par le passage de la lumière polarisée à travers une lame mince, un cristal ou un système de cristaux, on produit des anneaux colorés, on peut, en se servant d’une lame de collodion comme polariseur, faire apparaître des anneaux secondaires, qui viennent se superposer aux premiers ou qui, quelquefois, se croisant avec les anneaux
- 1 La composition de ce vernis est très-simple (100 grammes d’alcool absolu, 5 gr. de sandaraque, 7 gr. de mastic).
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- ordinaires, peuvent produire de brillantes colorations. On peut aussi obtenir les mêmes effets d’anneaux secondaires en faisant passer la lumière qui sort de l’appareil à anneaux à travers une lame de collodion au lieu d’employer cette lame comme polariseur. La production de ces anneaux colorés secondaires s’explique pour la différence de marche des deux rayons qui se réfléchissent sur les deux faces de la lame de collodion.
- Mesure de la chaleur solaire. — M. Crova, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier communique les principaux résultats de ses recherches sur l'intensité calorifique des radiations solaires et leur absorption par l’atmosphère terrestre. Après avoir examiné les causes d’erreur que comportaient l’emploi des instruments et les méthodes de discussion de ses prédécesseurs, M. Crova décrit le pyrhéliomètre étalon, dont il a fait usage, ainsi que l’actinomètre dont il s’est servi pour obtenir ses séries d’observations. Une des modifications intéressantes apportées à l’appareil de Pouillet consiste dans la substitution d’une couche de matière plus parfaitement absorbante à la simple couche de noir de fumée, dont M. Crova a constaté l'insuffisance. Une couche galvanoplastique de cuivre recouverte de noir de platine est de beaucoup préférable pour absorber la chaleur solaire.
- M. Crova a constaté que dans une même journée la courbe horaire des quantités de chaleur reçues n’était pas symétrique par rapport à l’ordonnée qui correspond au midi vrai. La radiation est pour une même masse atmosphérique traversée, notablement plus forte le matin que le soir, à égale distance de midi, par exemple à neuf heures du matin qu’à trois heures du soir. Cependant, quelques journées de temps beau et sec, en hiver et en automne, ont présenté exceptionnellement une symétrie remarquable. Alors, partant de ses observations, M. Crova a pu calculer l’équation de l’intensité calorifique en fonction des masses atmosphériques traversées. Il est à remarquer que ce sont les masses traversées et non les épaisseurs qui sont à considérer, vu la variation de densité des diverses couches de l’atmosphère.
- Les principales conclusions déduites des observations de M. Crova sont les suivantes : L’intensité calorifique des radiations solaires aux limites de l’atmosphère ne peut encore être déterminée avec précision. Cependant, on peut dire que la quantité de chaleur reçue par minute et par centimètre carré parait voisine de 2 calories. La radiation est, pour une même masse atmosphérique traversée, plus intense en hiver qu’en été. Elle est sans relation apparente avec l'état hygrométrique à la surface du sol. Elle dépend au contraire essentiellement de la direction des vents dans les régions supérieures de l’atmosphère. Lesmaxima de radiation, à Montpellier, ont été toujours observés dans les mois de mars et d’avril ; les minima en juillet, août et septembre ; les masses traversées étant les mêmes dans tous les cas. 11 n’est pas sans intérêt d’ajouter que le nombre déduit des expériences récentes de M. J. Violie, comme représentant la constante solaire est voisin de celui que signale M. Crova.
- Etude comparative des radiations lumineuses, — M. Trannin, préparateur à la Faculté des sciences de Lille, décrit d’abord la disposition qu’il a adoptée pour comparer les radiations de deux sources lumineuses. Son procédé consiste essentiellement dans la production de deux spectres cannelés de Fizeau et Foucault, Il s'arrange de façon à ce que les bandes sombres d’interférences produites dans le spectre de la première source lumineuse coïncident avec les franges lumineuses du spectre produit
- par la seconde source. Grâce à un prisme deWollaston on obtient une partie commune des deux spectres ; et, lorsque l’égalité des deux lumières est atteinte, le? franges disparaissent dans cette partie commune. On a l’avantage de comparer toujours de cette façon les intensités des lumières de même couleur ; l’on sait, en effet, que de même que l’oreille ne peut apprécier les différences d’intensité de deux sons de hauteur différente, l’œil ne peut pas faire la comparaison des intensités lumineuses de couleurs différentes. M. Trannin a aussi cherché à déterminer la précision relative des mesures dans les différentes parties du spectre. Le coefficient de précision le plus grand est pour l’orangé ; le bleu et le rouge ont au contraire de faibles coefficients de précision. Cela n’a rien d’étonnant, mais ce qui est plus remarquable c’est que la valeur de ces coefficients de précision pour toutes les couleurs du spectre varient relativement peu avec la distance à laquelle on place la source lumineuse. Gaston Bonnier.
- — La suite prochainement. —
- VOYAGE DU PRINCE DE GALLES
- DANS L’iNDE.
- (Suite. — Voy. p. 230.)
- Nous n’avons rien à dire du petit port de Touti-corin, situé en face de Ceylan, si ce n’est qu’on y pêche une quantité de perles fameuses et qu’on y fait un immense commerce du coton qui est récolté en grande quantité dans la province de Tinne-velly. C’est de cette petite ville que le prince de Galles gagna, par le chemin de fer, la vieille cité de Madura, qui possède une des pagodes les plus célèbres et les plus riches de l’Inde méridionale ; puis Trichinopoli, ville de 30,000 habitants dont les Français et les Anglais se sont autrefois disputé la possession et qui est aujourd’hui renommée par l’habileté et le goût de ses orfèvres, aussi bien que par ses manufactures de cigares. La décoration de la ville ne ressemblait pas à ce qu’on avait vu jusque là, elle consistait surtout en toiles peintes, sur lesquelles étaient représentés des types hindous, des dieux, des rajahs, des chasseurs et mille scènes de la vie indigène ; tout cela illuminé le soir produisit un effet aussi grandiose qu’original. Ce qu’il y a déplus curieux à Trichinopoli, c’est la fameuse pagode de Srirangam, à quatr e milles de la ville, avec ses sept enceintes concentriques dont la dernière contient le sanctuaire où éclatent, au milieu d’un dédale de colonnes, mille beautés exotiques et une magnificence barbare.
- Après une courte station à Trichinopoli, l’illustre voyageur gagna Madras, où l’attendait une réception chaleureuse, plus chaleureuse qu’elle ne l’avait été dans les villes qu’il avait visitées jusque-là. Les arcs de triomphe formaient des niasses imposantes, de véritables monuments recouverts d’une verdure touffue, ornés d’accessoires divers et de longues bannières qui flottaient au vent. Mais pour celui qui veut échapper aux cérémonies officielles et qui peut errer à sa fantaisie dans la ville, combien l’aspect en
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- est moins pittoresque, moins original, moins frappant que celui de Bombay ! Qu’elle est laide, sale et puante, la cité indigène, et que le quartier étranger manque de caractère, avec ses constructions à l’européenne! Quand on a vu le People’s Park, où les Européens, les métis, les indigènes se promènent nonchalamment, quand on a visité le club, qui passe pour le premier de l’Inde, quand on a assisté, comme le prince de Galles, à des courses à l'européenne, où les coureurs australiens l’emportent, généralement sur ceux de l’Inde, on n’a plus qu’à gagner au plus vite la reine du Bengale, Calcutta, la cité des palais.
- Si l’on arrive à Calcutta par l’IIoogly, une des branches du Gange, large comme la Gironde à Bordeaux, on 11e peut s’empêcher de trouver qu’elles sont appliquées ajuste litre, ces expressions louangeuses ; bien trompeur en effet est le décor qu’011 'a sous les yeux : figurez-vous une immense rangée de palais dont le pied baigne dans l’eau et qui s’étend à perte de vue, mais qui est aussi mince que longue : c’est, dans le faubourg de Garden lleach, le palais de l’ancien roi d’Oude, qui, s’il n’olfre rien de remarquable au point de vue de l’art, occupe un immense espace avec ses jardins et ses dépendances, qui renferment 3,000 serviteurs, 400 femmes, des chevaux, des lions, des tigres, etc.; c’est l’hôtel du gouvernement, qui fait mieux de loin que de près, en photographie qu’en réalité. Ce qu’il faut visiter à Calcutta, ce 11e sont pas les bazars, qui ne sont en rien comparables à ceux de Bombay ; ce n’est pas le quartier indigène, qui est sans grand intérêt ; ce 11e sont pas les pagodes : il n’y en a qu’une, dédiée à la déesse Kali ; ce n’est pas la mosquée, qui est moderne, c’est le midàn, immense espacé de terrain découvert, pelouse coupée de routes et d’allées de promenade que sillonnent tous les matins des sahibs sur des chevaux australiens ou des coursiers arabes. On y voit à la fois, ou tour à tour, un champ de cricket, un champ de course, un jeu de paume, un champ de mars, et sur l’espace resté libre s’installent encore des bazars et des expositions. A l’extrémité s’étend le cours, où les beautés à la mode de Calcutta vont se faire voir en buggies. Mais j’oublie qu’il me faut décrire aussi la réception du prince de Galles et les fêtes officielles. Les plus riches, les plus puissants des princes indiens s’étaient réunis ici et l’intérêt que pouvaient offrir ces types divers disparaissait devant la richesse des costumes, l’éclat des diamants dont ils étaient tous chargés. Le lendemain de ce défilé de bijoux et de pierreries, le prince, sans doute pour se reposer la vue, se rendit à Barrackpore, parc immense où se coudoient des arbres magnifiques, entre lesquels on reconnaît le teck, le peepul, le mangotier, etc.; c’est de cet endroit, peut-être après avoir visité le tombeau de lady Canning et réfléchi sur le néant des choses humaines et l’instabilité de la puissance, que le prince de Galles poussa jusqu’à Chandernagor, un des derniers débris de notre empire colonial dans l’Inde. Nous n’insisterons
- pas sur la réception improvisée qui lui fut faite par nos nationaux, nous 11e raconterons pas, et pour cause, les fêles qui eurent lieu dans le jardin du gouvernement à Calcutta, le bal dans le palais du vice-roi, et nous profiterons de notre privilège de narrateur, semblable à ce tapis magique des contes orientaux sur lequel il suffisait de s’asseoir pour être transporté d’un lieu à un autre, pour conduire nos lecteurs à Bénares, la cité sacrée des Hindous.
- A la suite de ces divertissements, le prince de Galles revint à Bombay, d’où il partit le 25 novembre pourGoa. Avant d’atteindre cette ville, dernier débris de la puissance portugaise aux Indes, le Sérapis passa devant la petite île d’Iinjera, en vue du port du même nom, qu’on appelle aussi quelquefois Raj-puri. C’était autrefois une forteresse importante, et lorsque florissait la monarchie musulmane de Bec-japor elle servait de principal dépôt au Sedee ou amiral africain de l’Etat, qui possédait cette dignité à la condition d’entretenir une flotte pour protéger les bâtiments marchands et convoyer les pèlerinsjus-que dans la mer Rouge. Cette île résista longtemps aux Mahrattes et 11e tomba entre les mains d’Au-reng Zeb que par la mutinerie de sa garnison. Au déclin de l’empire de Delhi, le Sedee de l’île recouvra son indépendance, qu’il sut conserver jusqu’à présent. Aujourd’hui cette forteresse, jadis imprenable, n’est plus qu’un amas de ruines, au milieu de jungles épaises, retraite favorite des tigres. Le petit état de Goa, large de 60 milles et long de 50, possède une population fortement mêlée d’Hindous, d’Africains, de Portugais, qui a la réputation de fournir à l’Inde entière des domestiques, des guides et des interprètes. Le vieux Goa, à 50 milles sur la rivière, est aujourd’hui presque désert; on y voit encore beaucoup d’églises renommées, et particulièrement celle du Bom-Jesus, qui renferme le mausolée en marbre noir de. Saint François-Xavier ; une quantité de prêtres et de religieux des divers ordres. Une nouvelle ville s’est, élevée, c’est Panjim ou Nou-veau-Goa, bâtie à une distance plus commode de la mer. Après être resté un jour et une nuit à Goa, le prince de Galles reprit la mer, toucha quelques heures à Beypoore, sans y descendre cependant, et fit route pour Ceylan, où il débarqua à Colombo, le 28 novembre.
- Les Cinghalais n’avaient pas épargné leurs peines pour recevoir leur hôte impérial et c’était un ravissant spectacle dans sa simplicité que celui de ces arcs de triomphe pour la construction desquels les matériaux avaient tous été fournis par la nature : bambous, fruits et fleurs à l’arrangement, à la disposition desquels un goût délicat avait présidé. Dans le port les bateaux mêmes étaient repeints et couverts d’arches de fleurs, de feuillages et de fruits, qui leur donnaient une vague ressemblance avec les gondoles vénitiennes. A terre le prince fut reçu par le gouverneur, sir H. W. Gregory, assisté du conseil législatif et de la municipalité ; l’adresse de bienvenue, courte mais chaleureuse, fut remise au prince
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- de Galles dans une belle cassette en ivoire ornée de joyaux indigènes. Rien de plus pittoresque que cette scène ; au milieu d’un paysage féerique, une foule compacte d’indigènes aux costumes variés, aux cheveux réunis sur le sommet de la tète en forme de chignon et retenus par un peigne demi-circulaire, les uniformes brillants du cortègeet des horse-guards, et dans le fond la mer couverte de bâtiments pa-voisés. Dès le lendemain le prince de Galles gagna
- Kandy, par le chemin de fer, et put apprécier les merveilleux paysages de Ceylan, ce paradis terrestre, où se succèdent les jardins, les prairies, les rivières, les forêts, les étangs où baignent des lotus blancs et roses, où l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer de cette variété indescriptible de plantes, de cette puissance de végétation exubérante où s’échelonne toute la gamme des couleurs. A mesure qu’on s’approche de Kandy, le spectacle devient plus gran-
- I/îlp d’iinjpfa,
- diose, les montagnes en s’élevant prennent un air majestueux et la ville, qui se mire dans un petit lac, au fond d’une vallée, présente un spectacle enchanteur, avec ses maisons ombragées de verdure, taches d’un blanc éclatant qui se découpent sur la végétation élégante et légère des palmiers, des bananiers et des bambous. L’enthousiasme fut aussi grand qu’à Colombo et les indigènes accueillirent avec des hur-rahs frénétiques l’héritier de la Grande-Bretagne; d’ailleurs la ville était en grande toilette, des arcs de triomphe d’une architecture élégante, faits de bambous et de roseaux avec une science de l’effet déco-
- îatif, avec un goût bien plus original qu'à Bombay, avaient été échelonnés sur le parcours du cortège. Le soir eut lieu dans le parc une procession d’éléphants, ou Percharra, à la lueur des torches, avec un cortège de danseurs, de sorciers et de musiciens, ce qui constitue le nec plus ultra des réjouissances Cinghalaises. On montra aussi au prince de Galles des indigènes qui vivent dans les bois, restes d’une population primitive aujourd’hui presque entièrement détruite, les Veddas.
- A son retour à Colombo le prince de Galles assista à une chasse aux éléphants organisée en son hou-
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- neur et réussit à foudroyer plusieurs de ces énormes pachydermes, non sans courir quelque risque, dit-on, mais en tout cas à la satisfaction des indigènes émerveillés de l’adresse et dn bonheur de leur hôte. Les réjouissances se terminèrent par une visite à l’exposition des animaux indigènes et des produits du pays et par un bal où le prince eut l’air de s’amuser beaucoup. Le 9 décembre, il quitta Ceylan oùles preuves d’affection et d’enthousiasme ne lui avaient pas manqué, emportant le souvenir embaumé de cette île célébrée dès la plus haute antiquité et dont le charme pénétrant ne s’oublie jamais.
- Gabriel Marcel.
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- CHRONIQUE
- Réunion annuelle de l’Association scientifique de France. — Le 20 avril dernier, l’Association scientifique a tenu sa réunion annuelle, qui a donné l’occasion de cinq communications, toutes très-intéressantes. La première a été faite par le président, M. Le Verrier, sur les .progrès de la météorologie pratique. 11 a annoncé qu’enfin, sous les auspices de l’Observatoire, on allait entreprendre la vérification, depuis si longtemps demandée, de la relation vraie entre la hauteur barométrique et l’altitude absolue. Jusqu’à une élévation de 600 à 700 mètres, les observations seront faites avec un ballon captif, et au delà en ballon libre, avec l’aérostat en soie que possède l’Observatoire. Une boule dorée, suspendue au-dessous de la nacelle, sera visée à l’aide des lunettes de trois théodolites placés aux sommets d’un de nos triangles géodésiques, à des instants réglés d’avance, au même moment où l’aéronaute mesurera la colonne mercurielle; quatre chronomètres parfaitement réglés assureront la simultanéité des lectures des trois observateurs terrestres et de l’observateur aérien. (Nous nous permettrons d’ajouter que l’on assurera bien plus sûrement encore le synchronisme parfait des observations en faisant faire par l’aéronaute, au moment même de son observation barométrique, un signal visible dans les trois lunettes des théodolites, par exemple soulever la boule et la laisser retomber, ou descendre une boule de moitié plus petite au-dessous de l’autre). M. Le Verrier a annoncé ensuite, qu’en développement du service d’avertissements météorologiques maritimes bi-quotidiens qui fonctionne aujourd’hui, le service des avertissements météorologiques agricoles journaliers venait, avec le concours de l’administration des télégraphes, d’être institué dans leS départements du Puy-de-Dôme, de la Vienne et de la Haute-Vienne. M. Girod a résumé les expériences sur le rayonnement solaire qu’il a entreprises dans les plaines et au sommet du mont Blanc, en collaboration avec M. Margottet. M. Fouqué a fait le très-intéressant historique des recherches contemporaines chimiques, géologiques et archéologiques faites a Santorin. M. Filhol a raconté son non moins attachant voyage comme naturaliste attaché à l’expédition de Campbell, ses chasses à l’aptérin et au strygops, près des glaciers néo-zélandais, et ses expéditions, parfois aventureuses, à la recherche des crânes des mahoris anthropophages...; enfin, M. Mou-chot a montré son ingénieuse petite chaudière solaire, bien connue des lecteurs de la Nature. (Voir n" 137 du 15janvier 1876, p. 102.) — C, B.
- Concordance des Tremblements de terre avec ï’àge de la Tune. Observation de M. Alexis Perrey. — Un professeur de Dijon, M. Alexis Perrey, poursuit depuis un quart de siècle le développement de cette idée que les tremblements de terre proviennent de l’effet de l’attraction de la lune et du soleil s’exerçant sur la partie liquide, c’est-à-dire sur la masse fondue par le feu intérieur, qui est contenue sous l’écorce solide de notre globe. M. Alexis Perrey vient de publier le résumé général de ses études sur ce sujet. Les observations de M. Alexis Perrey embrassent, comme nous le disons, un intervalle d’un quart de siècle : de 1842 à 1872. L’auteur discute les faits en les comptant de deux manières. Il dresse d’abord un tableau des jours lunaires dans lesquels il y a eu tremblement de terre, en laissant de côté les heures et les pays ; ensuite il distingue les tremblements éprouvés dans des régions différentes, séparées par des régions non ébranlées. Alors, il compte pour un, pour deux, pour trois, etc., chaque jour de tremblement de terre, suivant que pour ce jour il y a eu des tremblements dans une, deux, trois, etc., régions séparées. Les mêmes conséquences ont été déduites de ces deux modes de supputation. 11 résulte des rapprochements faits par M. Perrey qu’il y a prédominance des tremblements de terre vers les époques des svzygies lunaires. Depuis un quart de siècle, les tremblements de terre sont plus fréquents aux syzygies qu’aux quadratures. L’auteur a encore étudié la fréquence du phénomène au périgée et à l’apogée, et il a trouvé que les tremblements de terre sont aussi fréquents au périgée qu’à l’apogée. Ainsi, l’influence de la lune et du soleil sur les tremblements de terre se manifesterait par des effets en rapport avec l’attraction. (Louis Figuier.)
- Ta machine motrice «le l’Exposition de Philadelphie. — Le grand moteur qui doit figurer dans le compartiment des machines à l’exposition universelle du centenaire américain s’élève lentement dans la partie centrale du compartiment. Cette machine a été construite par M. Corliss, elle est de la force de 1,600 chevaux et peut à l’occasion produire une force de 2,500 chevaux s’il en est besoin; elle arrive par pièces par le chemin de fer de Providence Rhode-Island. Elle pèsera dans son ensemble 700 tonnes, soit 1,400,000 livres. 65 voitures sont nécessaires pour la transporter, et quelques-unes de ses sections sont si lourdes, qu’il a fallu donner une force extraordinaire et une solidité à toute épreuve aux chariots qui la conduisent à l’Exposition. Depuis plusieurs semaines les ouvriers travaillent de la pique et de la truelle pour construire les fondations sur lesquelles reposera la puissante machine. C’est ce moteur qui donnera l’impulsion à toutes les machines qui se trouveront dans le compartiment d’un bout à l’autre de la galerie. Il y aura quatre lignes principales de machines, dont quatre de chaque côté du transept central au milieu duquel sera établi le moteur. Sept de ces machines auront une vitesse de 120 révolutions, et la huitième, une vitesse de 240 révolutions à la minute.
- Te xol dn pélican. — Au premier degré de l’échelle des grands volateurs se trouve le pélican. Un de ces oiseaux, que nous avions réussi à tuer, dit M. Wenham dans VAéronaute, pesait 21 livres (9 k. 555) et mesurait 10 pieds d’envergure (5 m. 04). Le pélican s’enlève avec beaucoup de difficulté, mais une fois sur son aile [en plein Vol), il semble voler malgré son grand poids avec de très-faibles efforts. Ces oiseaux avancent d’une façon particulière ; ils volent en une seule file, à la suite d’un conduc-*
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- teur. Si celui-ci monte ou descend, les pélicans qui le suivent imitent successivement tous ses mouvements avec précision. Pendant leur vol, ils donnent environ 70 coups d’ailes par minute. Cet étrange oiseau a de singulières habitudes; on peut en voir des bandes qui, à une certaine distance du rivage, planent à de grandes hauteurs, sans doute pour le plaisir de se distraire. On dirait, à les voir avec leurs ailes ouvertes et immobiles, qu’ils flottent avec sérénité dans les hautes régions de l’atmosphère, où pendant plus d’une heure ils inscrivent le même espace dans les grands cercles qu’ils tracent. Avec leurs têtes rejetées en arrière, et leurs longs becs posés sur la poitrine, on est tenté de croire qu’ils sont endormis. A l’aide d’un petit nombre de coups d’ailes par minute, ils maintiennent leur ‘ vitesse d'impulsion et conservent leur hauteur. L’effort que font ces volateurs est évidemment faible, et montre l’erreur de ceux qui pensent qu’une force considérable est nécessaire pour maintenir le vol d’un oiseau de cette grandeur et de ce poids. Rien chez le pélican ne révèle une grande vigueur, car, après une légère blessure, il se laisse aisément capturer ; ne pouvant faire aucune résistance effective, il bat lourdement de ses ailes immenses, dont les coups, selon quelques-uns, devraient avoir la force d’un coup de pied de cheval! Par une soirée calme, on voit des nuées de ces oiseaux prendre leur vol et descendre le cours de la rivière ; ils conservent chacun leur place,, comme s’ils ne formaient qu’un l6ut mù par une même impulsion. Ils avancent par bandes qui passent à peine à 15 pouces (0 m. 375) au-dessus des eaux; leur vol est rapide, d’une aisance et d’une grâce inimitables. Fait remarquable, ces nuées d’oiseaux qui avancent avec une vitesse de trente milles environ (48229 m. 42) à 1 heure, troublent si peu l’élément dans lequel ils se meuvent, qu’aucune ride ne signale leur passage sur les eaux qu’ils effleurent.
- Ascensions aérostatiques. — Nous avons encore un triste naufrage aérien à enregistrer dans l’histoire de l’aéronautique. Dimanche 10 avril, M. Camille d’Artois, accompagné d’un gymnaste et de M. A. Gauffray, s’est élevé du Mans à 5 h. 30 m. du soir, par un vent d’ouest assez violent. Une heure après le départ, le ballon au moment de la descente s’est déchiré en se heurtant contre des arbres élevés ; la nacelle s’est précipitée contre terre avec une telle force, que MM, d’Artois et Gauffray ont eu chacun une jambe cassée. Le troisième voyageur en a été quitte pour de fortes contusions.
- Le lendemain, 17 avril, M. Duté-Poitevin exécutait, à Bruxelles, un voyage aérien beaucoup plus heureux, pendant la durée duquel il lui a été donné de faire quelques intéressantes observations météorologiques, dont il a envoyé les résultats à la Société de navigation aérienne. A 1,200 mètres d’altitude les voyageurs ont traversé une zone aérienne‘où tombait une pluie line, qui se dissolvait dans l’air à des niveaux inférieurs, et qui n’arrivait pas jusqu'à terre. Le départ a eu lieu à 5 heures, et l’aérostat, après s’être élevé à 2,000 mètres, a été ramené à terre dans d’excellentes conditions, non loin d’Anvers, à 7 heures du soir.
- Boissons fermentées des Chinois. — Les ravages exercés par le phylloxéra dans les vignobles de France, ont encouragé bien des tentatives povu* découvrir un nouveau genre de breuvage destiné à remplacer le vin. Le marquis de Villeneuve raconte qu’en Chine un pseudo-vin, appelé tsien-ia, est très en usage. C’est un liquide concentré obtenu par la préparation de quatre plantes, communes
- en Chine, et mélangées en certaines proportions. Les plantes sont desséchées et pulvérisées, réduites ensuite en pâte, solidifiées en forme de boules ou de tablettes carrées, qui se vendent à raison de 30 centimes la livre. Une tablette ou boule donne un ou deux litres de liquide fermenté agréable au goût, et offrant beaucoup de ressemblance avec le vin. Les Européens et les étrangers dans le Céleste Empire recherchent et apprécient cette boisson. On fabrique aussi une eau-de-vie de la même façon ; au moyen d’un appareil du prix de mille francs environ, on peut fabriquer 100 litres d’eau-de-vie par jour.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Ciel, par Amédée Güillemin, 5e édition, paraissant en livraisons hebdomadaires. — 1 vol. grand in-8°. — Paris, Hachette et Cc.
- Le Ciel est certainement une des plus belles publications scientifiques de notre temps, et l’immense succès que cet ouvrage a obtenu est le plus sur témoignagne de son mérite. Le Ciel de M. Amédée Güillemin est pour nos contemporains ce qu’ont été jadis la Mécanique céleste de Laplace, et l'Astronomie populaire d’Arago. C’est l’histoire du firmament tout entier, c’est l’immense tableau des astres, représenté d’après les plus récentes données de la science. La nouvelle édition que publie notre collaborateur est une refonte presque complète des éditions précédentes. 11 y a ajouté d’innombrables documents nouveaux sur la constitution du soleil, sur celle des comètes, sur les résultats fournis par l'analyse spectrale, ayant sans cesse recours aux progrès les plus nouveaux de la gravure et de la lithographie pour figurer les phénomènes astronomiques. C’est ainsi que les taches du soleil, publiées hors texte par l’héliogravure, sont représentées avec une perfection à laquelle on n’était pas encore arrivé jusqu’ici. Le nouveau Ciel de M. Amédée Güillemin sera lu et étudié par tous ceux que les sublimes harmonies du monde ne laissent pas indifférents.
- Abyssinie par Achille Raffray. 1 vol. in-18, avec carte et gravures sur bois. — Paris, J3. Plon et G8, 1876. —
- L’auteur, M. Raffray, chargé par le ministre de l’instruction publique d’une mission dans l’Afrique orientale, nous donne, dans un style coloré et élégant, les détails les plus curieux sur l'histoire, l’ethnographie, le commerce, l’armée, la flore et la faune de cette belle nature des tropiques.
- Études et lectures sur l'astronomie, par Camille Flammarion, tome VI, accompagné de 27 figures astronomiques. — 1 vol. in-18. — Paris, Gautier-Villars, 1875.
- Ce volume de notre collaborateur n’est pas moins intéressant que les précédents ; on y lira surtout avec fruit les chapitres relatifs aux mouvements propres des étoiles, vaste sujet que l’auteur a éclairé d’un jour tout nouveau par ses travaux personnels.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1 mai 1816. — Présidence de M. le vice-amiral Paris
- Recherches sur la force électro-motrice. — Au nom de son père présent à la séance, mais que son état de santé
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- LA NATURE.
- empêche de prendre la parole, M. Edmond Becquerel expose un fait remarquable que l’illustre physicien a rencontré dans le cours de ses recherches sur les forces électromotrices. Il rappelle d’abord en quelques mots la méthode de l’auteur. Deux vases en verre, l’un grand, l’autre petit, celui-ci placé dans celui-là, contiennent respectivement les deux liquides sur lesquels on expérimente. Une lame métallique, une lame d’or, par exemple, est dans chacun d’eux, et ces deux lames sont réunies ensemble par un fil conducteur. Enfin le petit vase est félé de haut en bas : tel est l’appareil. Maintenant, on doit se souvenir que dans le cas où les solations employées (l’acide nitrique par exemple et la potasse) sont très-concentrées, la force électro-motrice développée, à quelque moment qu’on la mesure, est toujours la même ; en d’autres termes, cette force est une constante. Or, l’effet n’est plus le même et c’est là le résultat nouveau, lorsque les liquides sont étendus (8 ou 10 grammes d’acide et de potasse par litre d’eau). Pour préciser, supposons qu’au moment où les solutions sont mises en présence on obtienne le nombre 128, ce qui équivaut à peu près au gg-j de la force électro-motrice d’un élément Bunsen : presque immédiatement après il augmentera et en quelques jours il s’élèvera à 193 qui est une constante. La force électro-motrice s’élève de 102 à 136 quand les liquides employés sont l’acide sulfurique et la potasse.
- Quelle est la cause de cette augmentation? M. Becquerel montre que les lames et les liquides n’y sont pour rien et que les effets obtenus tiennent
- uniquement à ce qui 0ursin (***««'««
- se passe dans la fêlure,
- a l’espèce de condensation qui se produit auprès d’elle dans le liquide employé.
- Recherches sur les composés du carbone pur dans les météorites. - Tel est le titre d’un Mémoire de M. Lawrence Smith, mémoire qu’accompagnent de nombreux échantillons. De nodules graphiques mécaniques séparés de météorites et dont quelques-uns atteignent le poids de 30 à 40 grammes, l’auteur a extrait d’abord par le sulfure de carbone du soufre libre, ensuite, par l’éther, un composé offrant toutes les apparences de sulfure d’éthyle. Quant au carbone, il se place, par ses compositions moléculaires, entre le graphite cristallisé qui existe naturellement k la surface de la terre, et le carbone amorphe qu’on tire des substances organiques. Résumant nos connaissances actuelles sur l’histoire astronomique du carbone, M. L. Smith constate que ce corps existe dans l’espace céleste sous la forme de gaz (dans les comètes où le spectro-scope nous le montre), et sous la forme solide (dans les météorites). Solide, il se présente tantôt dans un état de division extrême, et tantôt à l’état compact, dur et résistant, comme dans les noyaux qui sont l’objet de ce travail.
- L'œuf d'hiver du phylloxéra. — Selon les observations
- de M. Boiteau, l’insecte qui sort de cet œuf au lieu de gagner au plus tôt les racines de la vigne, se dirige vers les bourgeons du haut de celle-ci dans lesquels il s’établit. Le travail de d’auteur parait confirmer celui que M. Balbiani a publié, il y a deux ou trois ans déjà, sur le phylloxéra du chêne.
- La Société industrielle de Mulhouse, qui s’apprête à fêter son 50' anniversaire, prie l’Académie de vouloir bien se faire représenter à cette solennité. M. Resal sera délégué auprès de l’illustre Société.
- Stanislas Meunier.
- LES OURSINS
- A l’époque de Linné, on ne connaissait guère que dix-sept espèces d’oursins. Aujourd’hui on en compte plusieurs centaines, dont notre dessin représente l’une des plus curieuses, et ce petit groupe d’animaux marins est devenu le type de la classe des Echi-nodermes.
- « Les oursins, dit Moquin-Tandon, sont vêtus d’une tunique calcaire, souvent globuleuse ou ovoïde, quelquefois déprimée, composée de plaques [as-sules) hexagonales ou polygonales sou-mamiiiaïus Lamarck.) dées intimement
- entre elles, formant vingt rangées symétriques distribuées par paires. Les rangées les plus larges portent des piquants mobiles (baguettes), qui sont à la fois des organes de protection et des organes de mouvement ; les autres sont percées de pores en séries longitudinales régulières (ambulairse), lesquelles donnent issue à des filaments (tentacules) dont l’animal se sert pour respirer et pour marcher.
- « Les dimensions et les formes des piquants sont extrêmement variables. Des oursins ont des épines trois ou quatre fois plus longues que le diamètre de leur enveloppe testacée; tandis que d’autres en ont de trois ou quatre fois plus courtes.
- « La bouche des oursins est située au-dessous du corps, ordinairement vers le milieu. Autour de cet orifice existent des tentacules charnus, palmés, peu ou point rétractiles. Ce sont les organes de la préhension alimentaire. »
- Le Propriétaire -Gérant : G. Tissandieh. Typographie l.aliure, rue do Flcurus, 9, à Paris.
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- N" 154. — 13 MAI 1876.
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- LES INFUSOIRES
- DÉVELOPPEMENT ET ORGANISATION1.
- Si l’on place une petite quantité de matière végétale, une feuille, un fragment de tige, quelques brins d’herbe ou de foin dans une quantité d’eau suffisante pour que la putréfaction n’envahisse pas le liquide, et qu’on expose le vase à l’air et à la lumière ; si l’on examine au bout de quelques jours une goutte de cette eau au microscope, on y recon-
- naît, d’autant plus tôt que la température ambiante est plus élevée, la présence des Vibrioniens. Ordinairement en assez petit nombre, ceux-ci se développent surtout dans les infusions ou macérations animales. Mais au bout de quelques jours encore, on s’aperçoit que les Mierozoaires inférieurs ont à peu près disparu et qu’à leur place vont, viennent, tourbillonnent dans le liquide des animalcules dont la tailie est beaucoup plus considérable et l’organisation beaucoup plus compliquée.
- Ces Mierozoaires sont les Infusoires proprement dits.
- Fig. 1- — Stylonichia mytilus.
- Infusoire marcheur et sauteur présentant des cirrhes autour de la bouche, des soies et des styles autour du corps et à la partie postérieure, des cornicu-les à la surface. Longueur, 00““,l lî>, largeur, 0”",066.
- Fi?- 2.
- Stentor polymor-phus,. en extension.
- Longueur : 0“”,240.
- Fig. 5, — Cothurnia.
- Deux individus dans une même coque tubulaire hyaline, l’un en extension, l’autre en contraction.
- Longueur, 0"“,288.
- Ce n’est guère que dans la seconde moitié du siècle dernier que les perfectionnements du microscope permirent aux naturalistes d’étudier ces animalcules et de pénétrer les mystères de ce monde étrange, composé d’êtres aux formes bizarres qui s’agitent par milliers dans la moindre goutte d’eau stagnante; Baker (1745), Trembley (1744), Bill (1752), Joblot, Ledenmüller, Rœsel (1754-55),
- * ISous sommes heureux d’offrir à nos lecteurs la primeur de ce travail médit, qui forme un des plus intéressants chapitres d’un ouvrage de M. J. Pelletan : le Microscope, que la librairie G. Masson va prochainement mettre en vente. Ce volume in-8% de plus de 800 pages, illustré de nombreuses gravures, est le plus complet et le plus utile traité que l’on puisse recommander aux micrographes et aux amateurs.
- i« année. — 1er semestre.
- enfin Wrisberg (1764) qui donna à ces êtres le nom d'Infusoires, furent les premiers à s’avancer dans cette voie difficile où les suivirent bientôt Ellis (1769), Eichorn (1776), Spallanzani et Saussure (1780), puis Gleichen qui eut l’idée de colorer les Mierozoaires avec du carmin, invention bien simple qui fit faire de rapides progrès à la Microzoologie (1778). Enfin O.-F. Müller donna, à ce que nous croyons, le premier essai de classification des Infusoires (1786),
- Après Müller il faut citer Lamark, Gmelin, Cuvier, Girod-Chantrains, Bosc, Schrank, Schweigger (1820), Bory de Saint-Vincent qui désigna les Infusoires sous le nom de Microscopiques. Mais aucun travail n’eut un plus grand retentissement et ne fit faire de plus
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- réels progrès à cette partie de l’histoire naturelle que celui du célèbre professeur de Berlin, Ehrenberg (1830).
- Tandis que, pour Latreille, les Infusoires étaient des êtres sans estomac, des Agastriques, Ehrenberg en fit, au contraire, des animaux complets, doués de plusieurs estomacs (Polygastriques), d’un système nerveux, d’organes des sens, etc. etc. Mais bientôt une réaction violente s’éleva, tant en Allemagne qu’en France, contre les idées d’Ehrenberg dont les découvertes, entachées d’exagérations évidentes, subirent un contrôle sévère de la part de Dujardin et de plusieurs autres observateurs : Siebold, Leuckart, Pritchard, etc., etc.
- Euün apparurent les travaux tout modernes de Perty (1852), Stein (1854), Claparède et Lachmann (1852 1801), Balbiani (1861), de Fromentel (1874) qui ont constitué l’histoire naturelle des Infusoires telle qu’elle est aujourd’hui.
- (tuant à ce nom d'Infusoires donné aux Micro-zoaires qui se développent dans les infusions végétales et dans les eaux stagnantes, lesquelles sont des infusions naturelles, son sens a été peu à peu restreint à une certaine famille de ces êtres. 11 n’est donc pas absolument juste de reprocher aux premiers observateurs, Müller, Ehrenberg, Dujardin même, cette apparente confusion, qui n ote rien de leur valeur à leurs travaux, eu égard surtout à l’imperfection relative des instruments dont ils disposaient, confusion qui tient, d’ailleurs, à ce que les naturalistes qui les ont suivis ont établi des coupes et des subdivisions dans les groupes qu’ils avaient institués, de même que chaque jour les botanistes l'ont de nouvelles subdivisions dans les grandes coupes génériques établies jadis par Linné, l’un des plus admirables classificateurs qui aient jamais existé.
- Quoi qu’il en soit, les Infusoires des anciens auteurs contenaient des espèces qui, depuis, sont devenues des Desmidiées et des Diatomées (Infusoires végétaux), des Algues et des Protophytes, telles que les Volvociens (que des auteurs modernes conservent d’ailleurs encore parmi les Infusoires vrais) ; puis des Vibrioniens, qui sont des Protophytes pour les uns, des Infusoires pour les autres, enfin des Rhizopodes, des Rotateurs ou Systolides, et même des Foraminifères.
- Les Infusoires constituent aujourd’hui une famille très-nombreuse d’animaux microscopiques de formes excessivement variées, dont le corps est formé par une masse gélatineuse plus ou moins dense, mais parfois très-nettement différenciée en organes distincts? masse que Dujardin a désignée sous le nom de soécode. Cette substance albuminoïde, ordinairement incolore, est parfois diversement colorée en vert, bleu, rouge, jaune ou brun ; elle est soluble dans l’ammoniaque, particularité dont on s’est servi pour distinguer les Infusoires, vrais animaux, qui disparaissent en se dissolvant dans l’ammoniaque, des Infusoires végétaux, zoospores, Protophytes etc.,
- dont les mouvements sont arrêtés, mais dont la substance n’est pas dissoute dans cet alcali. Après la mort, le sarcode se délaie, se dissout et disparaît, le plus souvent, par diffluence dans l’eau ambiante, ce qui rend à peu près impossible la conservation des Infusoires en préparation de collection.
- Ehrenberg décrivait dans les Infusoires des organes nombreux et complexes. Dujardin n’en admettait aucun ; pour lui, l’animalcule n’était qu’une masse de sarcode plus ou moins liquide, prolongée très-souvent en cils vibratiles, en cirrhes ou en longs filaments tentaculiformes appelés flagellum, sarcode dans lequel se creusaient, suivant les circonstances, des vacuoles accidentelles n’ayant rien de déterminé ni dans leur forme, ni dans leur position, et dans lesquelles, par exemple, se logeaient les corpuscules absorbés par l’Infusoire pour sa nourriture.
- Cette description, exagérée dans un sens autant que celle d’Eluenberg l’était dans le sens opposé, paraît cependant en grande partie exacte pour un certain nombre de ces petits êtres et presque entièrement vraie pour les Amides et les Rhizopodes.
- C’est qu’en effet, on peut établir une grande division parmi les Infusoires, la première comprend des êtres doués de cils vibratiles, de cirrhes et de soies qui servent à l’animal pour se mouvoir dans le liquide et, en même temps, pour déterminer un tourbillon qui amène à la bouche les corpuscules dont il fait sa nourriture.
- Ces Infusoires ciliés ou Infusoires à tourbillon (Microzoa vorticosa, Fromentel), sont ordinairement doués d’organes plus ou moins compliqués.
- La seconde division comprend des animalcules qui ne portent qu'un, deux ou plusieurs filaments allongés, ou flagellum, avec lesquels l’Infusoire se dirige en vacillant, et amène la nourriture à la bouche qu’on lui voit quelquefois, mais que le plus souvent on lui devine. Le corps se réduit alors presque toujours à une masse sarcodique, qui change facilement sa forme et dans laquelle on ne distingue guère qu’un seul organe, une vésicule contractile. Ce sont les Infusoires flagellés (Microzoa nutantia, Fromentel), auxquels il faut joindre les Infusoires cilio-flagellés, c’est-à-dire doués à la fois de cils et de flagellums.
- C’est parmi ces Infusoires inférieurs que divers auteurs classent les Volvociens, Volvox, Gonium, Pandorina, les Prolococcus, etc., dont certains, les Protoeoccus, par exemple, nous ont paru pouvoir être confondus avec les Monades, Chlamydomonades, Thécomonades, Cercomonades, etc., que l’on conserve cependant au dernier échelon des Infusoires, où ils confinent aux Vibrioniens d’une part, ei de l’autre aux Amides et aux Rhizopodes.
- Le caractère distinctif de tous ces êtres consiste dans la présence, en un certain point du corps, d’une cellule, ou vacuole, qui éprouve un mouvement rhythmique de contraction brusque suivi d’une dilatation lente. Un a signalé, dans certaines cel-
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- Iules considérées comme végétales, l’existence d’une semblable vésicule contractile, qui nous paraît le plus sérieux argument fourni en faveur de l’animalité de la cellule.
- La vésicule contractile existe chez tous les Infusoires, bien qu’il soit bien souvent très-difficile, disons mieux, impossible, de la voir, soit à cause de l’excessive petitesse de l’animal, soit en raison de la rapidité vertigineuse de ses mouvements. On conçoit, en effet, qu’il faut que l’animal s’agite bien peu pour permettre à l’œil de suivre le jeu de ses organes internes, quand on pense que l’objectif sous lequel ou l’examine, s’il grossit seulement 500 fois, multiplie par ce nombre le chemin parcouru dans chacun des mouvements.
- Examinons maintenant en détail les différents organes qu’on a pu constater quelquefois d’une manière certaine, souvent d’une manière douteuse, chez les Infusoires, et particulièrement chez les Infusoires ciliés, qui sont le plus complètement organisés.
- Le corps de l’Infusoire, formé d’une masse sarco-diquc, est recouvert par une fine membrane appelée cuticule par M. Colin, et qu’on peut quelquefois mettre en évidence par les réactifs qui contractent la masse intérieure et l’isolent de la couche enveloppante. Tel est l’effet de l’alcool sur les Kolpodes, les Paramécies et beaucoup d’infusoires analogues.
- Ce tégument prend quelquefois la consistance d’une véritable carapace, comme chez les Kolpodes et les Coleps. Quelquefois il est lisse, mais le plus souvent on le voit marqué de stries ou de ponctuations en lignes longitudinales ou obliques.
- Ces stries ou sillons portent ordinairement des rangées de cils très-fms, vibraliles, et, souvent aussi, des cils beaucoup plus gros et plus raides qu’on appelle cirrhes, dont le mouvement rapide détermine autour de l’animal un tourbillon qui a pour effet de faire mouvoir l’animal avec une vitesse quelquefois très-grande, et, en même temps, d’amener à sa bouche les corpuscules nutritifs. Souvent encore les Infusoires sont munis de styles, de soies longues et raides dont les usages sont divers et qui permettent, par exemple, à l’Infusoire de faire des sauts brusques dans le liquide (Infusoires sauteurs, Iialteria, fig. 7); des cornicules, cils plus courts, très-üns, larges à la base, pointus à l’extrémité, doués de mouvements indépendants à l’aide desquels l’animal peut marcher sur les corps immergés, par exemple sur le verre du porte-objet, rappelant assez bien l’aspect de certains insectes et particulièrement des Cloportes (Infusoires marcheurs : fig. 1, Stylo-nychia, fig. 9 et 10, Plœsconia).
- Les cils, les cirrhes, les cornicules, etc., ne sont pas produits par des prolongements de la cuticule, mais ils la traversent et sont insérés au-dessous d’elle sur de petits points brillants, lesquels paraissent des mamelons musculaires, car les différentes ponctuations que l’on remarque, à travers le tégument, sur le corps de la plupart des Infusoires, sur-
- tout quand ils se contractent, peuvent être considérés comme les attaches musculaires d’un nombre considérable de fibres dont l’ensemble forme autour du corps de l’animal comme une couche éminemment contractile, comparable au tissu musculaire, et que pour cette raison M. de Eromentel appelle myose.
- On peut constater l’existence de ces éléments musculaires sur les Infusoirses qui ont la propriété ’ de se contracter énergiquement, les Vorticelles et les Stentors par exemple.
- Les Stentors sont de gros Infusoires qui, à l’état d’extension, ont la forme d’une trompette (fig. 2). Fixé momentanément par sa base, le Stentor ouvre, comme un gouffre, son large pavillon, sur le bord duquel une couronne de cirrhes détermine un tourbillon violent dans lequel se précipitent les corpuscules environnants, corpuscules dont les plus petits pénètrent dans la bouche du monstre microscopique, tandis que les plus gros, s’ils sont jugés indigestes, sont rejetés par une fente qui interrompt la couronne à son milieu. Tout le corps est couvert d’une villosité formée de très-petits cils vibratiles, ondulant comme un champ de blé sous la brise, et l’on voit des séries longitudinales de points qui sont les attaches musculaires et les insertions de cils, points qui deviennent plus saillants encore lorsqu’un choc venant troubler l’Infusoire, il se contracte tout à coup comme une boule en rentrant à l’intérieur sa couronne de cirrhes.
- Mais les insertions musculaires se manifestent encore plus visiblement sur les Vorticelles qui paraissent de charmantes petites fleurs en forme de clochettes, d urne ou de chapeau, dressées à l’extrémité d’un pédoncule et formant par leur réunion un élégant pelitbouquet. Comme les Stentors, d’ailleurs, les Vorticelles déterminent un tourbillon par le mouvement ondulatoire d’une couronne de cirrhes buccaux. Mais non-seulement le corps de l’Infusoire est contractile, son pédoncule l’est aussi. Formé par le prolongement du tégument, il paraît constitué comme un tube creux dans l’intérieur duquel les insertions de la myose se font suivant une spirale. D’où fi résulte qu’en se contractant le pédoncule se resserre et se raccourcit, comme un ressort à boudin. Dans d autres espèces, les insertions se font en ligne droite, mais successivement sur les deux côtés opposés du tube qui, par la contraction, se raccourcit en zig-zag.
- H est bien plus difficile, pour ne pas dire impossible, de mettre en évidence la présence de la myose chez les Inlusoires inferieurs, ou pour mieux dire, plus petits, et munis seulement d’un ou de plusieurs de ces longs appendices filamenteux qui sont doués d’un mouvement ondulatoire plus ou moins rapide et que nous avons appelés flayellum.
- Mais, outre les organes appendiculaires dont, nous avons parlé, on peut presque toujours reconnaître chez les Infusoires ciliés la position occupée par la bouche, laquelle est ordinairement garnie de cirrhes disposés soit eu cercle interrompu en un point de sa
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- circonférence, pour se prolonger en une ligne spirale entourant l’orifice buccal, commedansles Vorticelles, les Stentors, soit en rangées à peu près droites, dirigées plus ou moins obliquement à la surface du corps. La bouche, en effet, peut être située à l’extrémité anterieure de l’individu, comme chez ces mêmes Vorticelliens où elle est placée dans le pavillon, soit obliquement, soit à la partie moyenne du
- corps, comme dans le Stylonychia mytilus (fig. 1) et la plupart des Infusoires qui ne sont pas fixés. Sur ceux qui présentent une certaine taille, comme le Stylonychia, on peut voir avec quelle admirable adresse ces animalcules se servent de leurs cirrhes buccaux pour palper, retourfier, manier, avant de les avaler ou de les rejeter, les corps un peu volumineux qui sont amenés devant leur bouche. Nous
- Fi". 4,
- Fig. 6.
- Fig. 7.
- Fig. 4. — Chilodon cncullulus, en voie de division. On voit les deux bouches en forme de nasse des deux individus en voie de séparation. Les deux vésicules contractiles extrêmes, en haut à gauche, en bas à droite, existent dans l’individu primitif, les deux vésicules moyennes, droite et gauche, sont de récente formation. — Fig. h. — Ëuglena ou Bodo viridis. — Fig. 6. — Dinophysis ovata. — Fig. 7. — Alleria grandinella.
- Fig. 8.
- Fig. 9.
- Fig. 10.
- Fig. 11.
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- Fig. 12. Fig. 13.
- Fig. 8. — Oxytricha crassa. Cet exemplaire montre fcien la vésicule contractile aveo ses plis étoilés, très-visibles surtout dans les premiers instants de la systole. — Fig 9. — Plœsconia cithara, de face. — Fig. 10 — Le même, de profil. — Fig. 11. — Aspidisca lynceus. — Fig. 12. — Afassula {lava. — Fig. 15. — Algivia legumen.
- infusoires divers vus au microscope.
- avons vu ainsi des Infusoires saisir et palper des filaments d’Oscillaires, comme ferait un écureuil avec ses pattes de devant, retournant la petite plante dans tous les sens, la rejetant, la reprenant jusqu’à ce qu’ils aient trouvé le sens convenable pour l’engloutir.
- Dans des cas semblables, il est facile de suivre le trajet du corpuscule avalé dans l’estomac de l’Infusoire, et l’on peut rendre cette observation plus commode encore en délayant un peu de carmin, finement broyé, dans l’eau habitée par les Infusoires qui
- avalent les granules de la matière colorante et teignent ainsi en rouge l’intérieur de leur canal digestif.
- On peut constater, de cette manière, qu’immédia-tement au-dessous de l’ouverture buccale qu’on distingue au centre de la spirale des cirrhes chez les Vorticelliens, ou dans la fosse déterminée par la rangée oblique dans les autres Infusoires ciliés, règne un conduit plus ou moins large et long, qu’on peut appeler œsophage (fig. 2), mais dont on perd presque toujours bientôt la trace, dans le
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- corps de l’Infusoire. Dans cet œsophage on voit se former peu à peu un amas de matières, un bol alimentaire, qui prend une forme arrondie, et qui, à un certain moment, est dégluti, et dès lors, parcourt un trajet plus ou moins long et sinueux dans le corps de l’animalcule dont il fait quelquefois, pour ainsi dire, le tour entier, pour aller sortir en un point souvent très-i’appro-ché de la bouche et qui est un Anus (Vorti-celles). Dans le Stylonychia mytilus, l’anus est à l’extrémité inférieure du corps, entre des styles raides et pénicillés dont la fonction peut être de faciliter la sortie des fèces («g* !)•
- Bien qu’on puisse suivre le trajet du bol alimentaire, qui bientôt est poussé en avant par un second, et celui-ci par un troisième, et ainsi de suite, nous ne croyons pas qu’aucun observateur puisse affirmer avoir vu chez les Infusoires un tube digestif à parois distinctes. Les aliments suivent pourtant un trajet toujours le même, et il est très-probable que ce trajet est limité par des parois qui s’écartent devant le bol alimentaire et se referment derrière lui. On ne peut rien voir de semblable chez les Infusoires cilioflagellés , Ceratium,
- Dinophysis (fig. 6), Peri-nidium, etc., non plus que chez les Infusoires flagellés, Euglena (fig. 5),
- Cryptoglena, Monas, etc., chez qui on ne distingue guère que la vésicule contractile, et quelquefois un sillon situé à la base des
- i
- Fig. 14.
- Lacrymaria olor La partie antérieure du corps, prolongée en un long col, est surmontée de la bouche. 0“",10.
- premières
- appendices flagelliformes, sillon dans lequel » comme nous l’avons dit, on devine, plutôt qu’on ne voit, une bouche.
- Quant à la vésicule contractile, elle constitue un appareil très-important dans lequel on s’accorde à reconnaître un organe de circulation, un cœur. En effet, si on l’examine sur un Infusoire de grande taille, une Paramécie (fig. 17), un Kolpode (fig. 18) ou un autre animal voisin (fig. 1), on ne tarde pas à apercevoir que cette vésicule est entourée d’autres petites vacuoles allongées qui se dilatent au moment où la vésicule se contracte, ce qui indique que le liquide contenu dans cette dernière est chassé par sa systole dans les vacuoles environnantes, lesquelles se referment peu à peu, comme si le liquide qu’elles ont reçu s’écoulait dans des vaisseaux qui y prendraient leur origine. Mais comment le circuit se ferme-t-il, comment le liquide nourricier, le sang, si l’on 'eut, revient-il à la vésicule contractile, qui se dilate lentement pour se contracter subitement, comme sous l’action d’un sphincter? C’est ce que l’on ignore, et même la supposition d’un système vasculaire, ou plutôt lacunaire, n’est encore qu’une hypothèse, probable, il est vrai, d’après ce qu’un examen patient révèle dans la structure des grands Infusoires, mais il faut avouer qu’on ne peut guère reconnaître avec un peu de certitude que les ramifications formées par les vacuoles.
- Chez un grand nombre d’infusoires, on remarque | deux, trois vésicules contractiles (punctum saliens),
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- et même davantage (fig. 4). Ces différents centres circulatoires se renvoient-ils les uns aux autres le liquide qui les remplit? C’est encore là une question dont la solution nous manque.
- Il est remarquable, d’autre part, que la vésicule contractile est toujours très-superficielle, et même on peut observer parfois qu’elle forme une petite saillie sur les téguments. Sa paroi est, en ce point, excessivement mince, ce qui a porté M. de Fromentel à penser que, peut-être, il s’établit, là, à travers la fine membrane, une action de l’air dissous dans l’eau sur le liquide intravésieulaire, une hématose, en un mot. Lavésicule pourrait ainsi être, à la fois, un organe de circulation et de respiration. L’action de l’air est, en effet, nécessaire aux Infusoires ; transportés dans de l’eau privée d’air par l’ébullition, ils ne tardent pas à périr.
- Enfin, dans la masse sarcodique qui compose le corps de l’Infusoire, on peut observer, avec un bon instrument, avec beaucoup d’attention et surtout de patience, un corpuscule qu’on appelle le noyau, lequel, parfois, contient un nucléole, mais le nucléole forme plus souvent un point distinct plus ou moins éloigné du noyau. C’est dans le noyau que M. Balbiani voit un organe de reproduction femelle, tandis que le nucléole est un organe mâle.
- 11 est certain, en effet, que le noyau joue un grand rôle dans la reproduction des Infusoires. Cette reproduction se fait de deux manières; par division binaire longitudinale ou oblique, et, bien plus souvent, transversale, ce qui a été observé depuis longtemps, et ce qui est le mode le plus fréquent de multiplication ; par copulation, ainsi que l’a démontré M. Balbiani sur quelques grands Infusoires de la famille des Paraméciens.
- La division longitudinale est rare et s’observe facilement sur les Vortieelles. On voit le disque vi-bratile se partager en deux lobes, et le corps de l’animalcule s’étrangler suivant sa longueur. Une des moitiés conserve sa vésicule contractile, l’autre moitié s’en forme bientôt une, mais le noyau se partage entre les deux individus, dont la division se complète rapidement, et chacun se met bientôt .à agiter les cils de son disque vibratile. Cependant une couronne de cils particuliers se forme, dans un repli, à la base de la jeune Vorticelle, qui bientôt se sépare de sa voisine, s’en va en tournant rapidement autour de son axe, à reculons, grâce à ses fils vibratiles, et, après des évolutions capricieuses dans le liquide, se fixe par cette même base sur un corps solide. Les cils de la base tombent bientôt, et l’on voit, de quart d’heure en quart d’heure, s’allonger son pédoncule, qui, d’après M. de Fromentel, croît dans la proportion de 0mm,002 par 24 heures, ce qui est à peu près la vitesse de la croissance de la barbe chez l’homme.
- Dans la division oblique (Stentor) la ligne de sépar ration part de l’un des angles du pavillon et traverse le corps en écharpe, pour aboutir, vers le milieu de éa liautéur, Hu côté oppose, et césl sur cette ligne
- que se forme le disque de cils vibratiles du Stentor inférieur. Quant à la division transversale, elle est très-facile à observer et elle présente cette particularité, dans les espèces qui ont, comme le Chilodon cucululus, deux vésicules contractiles, l’une inférieure, l’autre supérieure, que chacun des deux individus conserve une des vésicules préexistantes et s’en forme une seconde (fig. 4).
- Quant aux phénomènes qui s’accomplissent dans le partage des organes digestifs du premier individu entre les deux animalcules résultant de la division, on est encore dans l’ignorance à ce sujet; et bien évidemment, d’ailleurs, ce partage doit se faire dans des conditions différentes suivant le sens de la fissiparité.
- Mais ce qu’on sait, c’est que ce mode de propaga-tiôn est très-rapide ; on peut en suivre les progrès à vue d’œil, et en deux heures : par exemple, une Vorticelle peut s’être divisée, le jeune individu s’être séparé du pédoncule, avoir fait toutes ses petites évolutions en liberté, à l'aide des cils adven-tifs de sa base (elle nage alors la base en avant et le disque vibratile rétracté) et s’être fixée sur un corps solide pour y développer sou pédoncule. Eh-remberg a calculé qu’un seul Paramecium peut, dans des circonstances favorables, donner naissance par fissiparité à 268 millions de Paramécies, en un mois....
- Pour terminer ce tableau résumé *de l’organisation des Infusoires nous n’avons plus qu’un mot à ajouter. Ces mouvements si variés dont sont doués ces admirables animalcules sont-ils des mouvements spontanés et voulus, ou bien sont-ils purement automatiques, tels, par exemple, que ceux des cellules de l’épithélium vibratile le long des voies aériennes chez les animaux vertébrés et chez l’homme en particulier? Bien des naturalistes ont tranché cette question en affirmant que les Infusoires n’exécutent aucun mouvement réfléchi, car pour admettre qu’ils aient conscience de leurs actes, il faudrait leur reconnaître un système nerveux quelconque. Or, bien qu’Ehrenberg ait décrit cet appareil nerveux, il faut avouer que l’imagination féconde du célèbre micrographe a vu, en ceci, plus de choses que ses yeux. Nous ne sommes aujourd’hui autorisés à désigner, spécialement et certainement, comme un centre nerveux aucune des différentes parties du corps des Infusoires. Et, cependant, il est absolument impossible pour quiconque les a examinés avec attention, a étudié leur vie et leurs mœurs, les a vus chassant dans les eaux qu’ils habitent, se rassemblant, s’évitant, se poursuivant, se réfugiant sous des abris protecteurs, scrutant les anfractuosités des corps submergés, sur lesquels ils vont, viennent, courent, s’arrêtent, choisissant tel aliment, le palpant, le retournant pour l’avaler plus à l’aise ; il est impossible, disons-nous, de méconnaître que tous ces actes sont parfaitement réglés et voulus, au même titre que ceux de n’importe quel animal. ^ Et, quant ay système nei-veux, la seule ciliose certaine c’est
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- qu’on ne l’a pas vu, ce qui ne signifie pas du tout qu’il n’existe pas. L’étrange histoire de ces êtres va chaque jour en se perfectionnant, grâce aux progrès incessants de ce merveilleux instrument qu’on appelle le microscope, et nous ne désespérons pas qu’un jour viendra où l’on reconnaîtra dans ces atomes vivants, que Linné confondait sous le nom de chaos, les organes nécessaires et suffisants pour expliquer tous leurs actes et toutes leurs lonctions1.
- Br,L Pelletan.
- LA CREMATION DES MORTS
- Le Conseil municipal de Paris a reçu, il y a peu de temps, communication d’un rapport du Conseil d’hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, relatif à la question de la crémation. Voici dans quelles circonstances le Conseil d’hygiène avait été appelé à donner son avis sur l’incinération des corps.
- Dans une délibération en date du 14 août 1874, le Conseil municipal de Paris avait inséré, à propos de l’ouverture d’un cimetière près de Méry-sur-Oise, une disposition par laquelle il invitait le préfet de la Seine à prendre les mesures nécessaires pour ouvrir un concours, dans le but de rechercher le meilleur procédé d’incinération ou tout autre système conduisant à un résultat analogue. Sur cette invitation, le préfet instituait, par arrêté du 15 février 1875, une commission administrative chargée spécialement d’étudier les conditions d’un concours à ouvrir dans les termes de la délibération ci-dessus.
- La commission ainsi constituée était composée de MM. llérold, président ; Degouve-Denuncques, Cadet, Charles Loiseau, Mallet, Viollet-le-Duc, Deli-gny, membres du Conseil municipal ; Pelletier, directeur de l’administration générale; Feydeau, inspecteur général des cimetières ; Baube, Bouchardat, membres du Conseil d’hygiène ; Motheré, secrétaire, avec voix consultative. Dans sa séance du 16 juillet 1875, elle adopta enfin un projet de programme pour le concours à organiser. D’après ce programme, le meilleur procédé d’incinération ou toute autre opération atteignant le meilleur résultat devra assurer la transformation des matières organiques sans production d’odeur, ni de fumée ni de gaz délétère ; il devra garantir l’identité et la conservation totale et sans mélanges des matière fixes. Le moyen employé sera expéditif et économique, n’apportant aucun obstacle à la célébration des cérémonies religieuses, de quelque culte que ce soit, etc.
- 1 La sensibilité des Infusoires est très-prononcée ; car, au moindre contact, ceux qui sont contractiles se contractent avec énergie, ou même lorsqu’on imprime un choc ou une secousse au porte-objet. Beaucoup d’infusoires flagellés portent à la partie antérieure du corps, un point oculaire rouge, désigné comme un œil par Ehrenberg, mais qui ne paraît, chez ces êtres, qu’une tache pigmentaire, quoique, dans les Rotateurs,il est aujourd’hui certain que ces points représentent des yeux rudimeni aires.
- Ce programme, élaboré par une commission spéciale, ne fut pas immédiatement soumis au Conseil municipal. Le 21 août 1875, le préfet de la Seine écrivait au préfet de police à ce sujet, pour lui demander d’abord son avis sur une question touchant, disait-il, par certains points, aux attributions d’une administration chargée plus directement de tous les services intéressant la salubrité. Le 17 décembre 1875, la préfecture de police renvoyait la question devant le Conseil d’hygiène et de salubrité ; celui-ci nommait aussitôt une commission composée de MM. Baube, Boussingault, Bouchardat, Troost, rapporteur, dont le travail, envoyé au préfet de police, était lu par ce magistrat devant le Conseil municipal, imprimé et distribué aux membres de ce collège parisien.
- Nous sommes heureux de reconnaître que les membres de la commission d’hygiène ont délibéré, ont examiné le sujet en dehors de tout parti pris, en savants pratiques, et l’on peut accepter comme absolument désintéressées les conclusions auxquelles ils sont arrivés.
- Ces conclusions se résument ainsi*, la commission a constaté la possibilité d’obtenir l’incinération des corps sans dégagement de gaz insalubres ; elle a reconnu l’avantage de cette incinération sur l’inhumation dans la fosse commune, au point de vue de l’hygiène. Mais elle a trouvé dans la crémation de très-sérieux inconvénients au point de vue de la médecine légale, et, par suite, au point de vue de la sécurité publique.
- Ce dernier point pourra se discuter plus à fond dans un autre moment; mais nous pouvons dire déjà que les craintes formulées par le rapporteur nous semblent exagérées.
- Certainement, il est tout d’abord une série de poisons, tels que ceux qui ont une origine végétale, ou bien encore : l’arsenic, le phosphore, le sublimé-corrosif, que l’incinération des cadavres fera aisément disparaître à jamais s’ils ont été absorbés par le décédé. Donc impunité absolue pour le criminel qui aura fait usage de ces substances.
- D’autres poisons, d’origine métallique, les sels de cuivre et de plomb, par exemple, se retrouveraient, suivant le rapport, dans les cendres ; mais, dit-on, ne sera-t-il pas facile au coupable, à l’instant même de la crémation et lorsqu’il n’est pas encore soupçonné, de disperser les cendres accusatrices ou de les remplacer par d’autres ?
- Il n’y a, ajoute-t-on, qu’un moyen de lever ces objections : ce serait de prescrire qu’on ne pourrait brûler un cadavre avant que l’autopsie n’en eût été pratiquée. Evidemment, c’est là, suivant la commission, une très-mauvaise solution; car des investigations de ce genre ne se comprennent guère qu’en présence de présomptions ou au moins d’indications préalables. Et puis, quelles difficultés le jour où les demandes d’incinération viendraient à se multiplier ! La précipitation, en quelque sorte obligatoire, avec laquelle , on présiderait aux autopsies en ce cas exclut préci-
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- sèment les mesures (le prudence et d’attention soutenue nécessaires en pareille circonstance. Ajoutons que, dans l’état actuel de la législation, les expertises médico-légales de ce genre sont environnées de formalités sans nombre, dans lesquelles intervient le parquet, et que les autopsies judiciaires doivent être faites en présence du procureur de la République ou de son délégué, du juge d’instruction, etc., etc. Dans la pratique, le vœu de la loi à cet égard n’est pas toujours rempli ; c’est évident : mais ses prescriptions n’en subsistent pas moins et demeurent encore, par -leur multiplicité, leur minutie, un sérieux ob-
- stacle à prévoir pour le jour où les autopsies légales deviendraient un peu fréquentes.
- A ces objections on pourrait faire de nombreuses réponses. Il est certain, d’abord, que les empoisonnements,— malgré le nombre des crimes qui échappent encore à la connaissance de la justice, — ne sont pas si fréquents que pourraient le faire penser les craintes de la commission d’hygiène. Nous ne pouvons croire que l’adoption de la crémation donne des encouragements aux empoisonneurs : sachant que tout corps destiné à l’incinération doit faire l’objet d’un examen médico-légal attentif, ceux-ci
- Fig. 1. — Vue du petit temple où se trouve l’appareil crématoire de M. A. Keller.
- seraient bien audacieux, bien imprudents, bien inconséquents, s’ils allaient courir les risques de voir l’autopsie révéler leur crime. L’inhumation pure et simple leur offrira toujours plus de chances d’impunité.
- Quant à la difficulté de suffire à pratiquer toutes les autopsies avec un égal soin, si l’habitude de la crémation venait à se répandre, c’est là un argument qui ne nous semble pas avoir une valeur suffisante ; on n’a certes pas à redouter, de la part des populations françaises un engouement subit pour ce mode de destruction des corps. Sur les l^O à 130 personnes qui meurent tous les jours à Paris, s’il y en avait, d’ici à longtemps, une dizaine pour lesquelles on adoptât la crémation, ce serait déjà beaucoup. Sur
- ces 10, il y en a bien 9 — et même ce chiffre est modeste, — dont la mort peut être immédiatement rapportée, par le médecin vérificateur des décès, à une cause ou à des causes parfaitement nettes, surtout si l’examen nécroscopique permet de vérifier le diagnostic posé pendant la vie ou au moment du décès. Resterait donc par jour un cadavre dont l’autopsie réclamerait des précautions particulières, présenterait des difficultés spéciales, et que les médecins experts devraient examiner avec des soins plus minutieux pour bien établir que la mort n’est pas le résultat d’un crime. Ces chiffres, que nous ne donnons qu’à titre de renseignement et que nous forçons même, on le voit, réduisent singulièrement l’objection tirée de la multiplicité des autopsies et
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- de la difficulté de leur consacrer le temps et l’attention désirables : les experts suffiront longtemps à la tâche. Inutile d’ajouter qu’ils auraient toujours la faculté de refuser l’autorisation nécessaire pour l’incinération dans les cas qui leur sembleraient gravement suspects, refus dont ils se montreraient peu prodigues, il est vrai, vu les interprétations auxquelles donnerait lieu une pareille interdiction. Nous laissons de côté la question des formalités administratives ou judiciaires, qu’il y aurait sans doute à accommoder à de nouvelles pratiques funéraires.
- On dit encore que les poisons minéraux, certains
- du moins, susceptibles de résister à l’action du feu et de se retrouver dans les cendres du cadavre, pourraient disparaître à jamais si ces cendres étaient détruites par les soins de l’auteur d’un crime, ou remplacées par d’autres analogues, mais ne renfermant pas de substances toxiques.
- En supposant que l’autopsie n’ait rien décelé, est-il donc convenu que, lorsqu’on aurait fait brûler le corps d’un parent ou d’une personne quelconque, on pourrait emporter chez soi ces cendres ou en disposer sans autre formalité? Nous pensons bien, au contraire, que l’opération de la crémation, celle qui
- Fig. 2. — Cérémonie de la crémation de M. A. Kellor, à Milan, le 22 janvier 1876.
- consisterait à réunir les derniers débris humains laissés par le feu, et à les enfermer dans l’urne, la clôture, la conservation même de ce vase, seraient accomplies sous le contrôle incessant de l’autorité publique, et que les particuliers ne jouiraient pas plus qu’aujourd’hui de la faculté de déplacer librement les restes des morts. Que l’on organise dans les cimetières de vastes colombaires pour y recevoir les urnes, qu’on installe de ces sortes de chapelles dans les églises ou dans leur voisinage sous l’administration du clergé, — comme le propose M. le docteur Gannal dans une brochure adressée au conseil municipal, et dont il veut bien nous communiquer les épreuves, — ou que l’on conserve les sépultures particulières, il est évident que l’autorité pu-
- blique ne peut se départir en aucun cas de mesures analogues à celles qui, dans nos cimetières, rendent inviolables les sépultures des corps inhumés. A toute époque la justice saurait rechercher, dans les cendres de la victime, ces traces accusatrices que l’on craint de voir disperser par une main criminelle, si la crémation pouvait les laisser subsister.
- Mais ce sont là questions à débattre quand on va s’occuper du cimetière de Méry-sur-Oise et des nouveaux modes de destruction des corps, à adopter. N’insistons donc pas plus longuement sur un problème dont la solution se trouve dans les précautions à prendre par la société avant d’autoriser l’incinération; donnons plutôt quelques détails sur un appareil à crémation dont on a beaucoup parlé dans ces
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- derniers temps : c’est celui qui a été employée, le 22 janvier dernier, à Milan, pour l’incinération d’un M. Albert Keller, décédé dans cette ville deux ans auparavant.
- La Nature a publié, il y a un an1, la description d’un four construit spécialement par M. Siemens pour servir à la crémation des corps, soit à l’aide du gaz d’éclairage, soit avec du charbon de bois ou tout autre combustible. Les résultats obtenus par cet appareil ont été très-satisfaisants.
- Celui qui a été installé dans le grand cimetière de Milan est dû aux professeurs Polli et Clericetti ; ce dernier a perfectionné et considérablement amélioré l’invention de son collaborateur, qui poursuivait depuis longtemps déjà d’intéressantes expériences à ce sujet dans l’usine à gaz de la capitale de la Lombardie.
- L’urne crématoire, avec les diverses annexes que comporte son fonctionnement, a été établie dans un élégant édicule élevé dans le cimetière, et que représente la ligure 1.
- L’appareil lui-même, dont on voit les détails sur la figure 3, offre extérieurement l’apparence d’un sarcophage antique, dissimulant la chambre où s’opère l’incinération. Cette chambre, où se trouvent le foyer ou cendrier, sous forme d’une caisse rectangulaire, est recouverte d’un dôme semi-circulaire consistant en une mince plaque de fer (a, b, c, d, e, f, g, h) revêtue intérieurement d’une matière réfractaire. *'
- Séparée de ce premier dôme par une distance de 0“,10 s’élève une voûte semi-cylindrique, construite en briques ordinaires, convenablement consolidée par une armature en fer. La chambre à air ainsi formée empêche toute déperdition de calorique, tout en maintenant à une basse température l’extérieur de l’urne pendant que la combustion s’effectue dans l’intérieur. .
- L’apjiareil est complètement clos à l’une de ses extrémités; à l’autre il présente une ouverture qui donne dans la chambre à crémation. Cet orifice est muni d’un système de fermeture qui se compose de deux parties : l’une, inférieure, sorte de guichet formé d’une plaque de fer correspondant au loyer ou cendrier (b, g, f, m), et l’autre supérieure, qui ferme l’ouverture du four ; celle-ci, en matériaux réfractâmes, porte en son milieu un petit tube tronconique en fer, permettant de surveiller de l’extérieur la marche de l’opération.
- La partie inférieure du four, son plancher, se compose de deux grilles de fer concaves, concentriques, placées l’une sur l’autre et élevées à une certaine distance au-dessus de la plaque du cendrier.
- La grille inférieure D est fixe et porte 217 flammes de gaz, dont la moitié sont des flammes ordinaires en éventail, et les autres de petites flammes minces, destinées à remplir les vides laissés par les pre-
- 1 Voy. n° du 27 mars 1875, p. 257. Four à crémation de M. F. Siemens,
- inières, ce qui permet d’obtenir une surface de combustion continue, comme un véritable lit de feu.
- La grille supérieure AB est mobile et susceptible de glisser facilement sur deux guides latéraux en 1er, au moyen de roulettes installées ad hoc; elle peut ainsi sortir par la bouche du four, et est destinée à recevoir le cadavre. Formée de barres de fer, cette' grille présente latéralement, et sur toute sa longueur, deux appendices, mobiles à l’aide de charnières, qui se relèvent et servent à ramener vers le centre les parties du corps qui pourraient accidentellement s’isoler pendant la crémation.
- Une lame de fer (m, f), à rebords saillants et facile à extraire par la bouche du four, une fois l’opération terminée, est destinée à recevoir les cendres fines et les matières grasses enflammées qui peuvent tomber de la grille supérieure, à travers le lit de flammes.
- Par l’extrémité opposée à la bouche du four pénètre le conduit qui amène le gaz à la grille inférieure, et trois jets de gaz et d’air, de 3 centimètres de diamètre, poussés à une certaine pression au moyen d’un ventilateur.
- Dans la voûte supérieure de l’appareil est pratiquée, au milieu, une ouverture C, qui donne entrée dans le conduit H, en matière réfractaire; ce dernier passe sous le sol et aboutit à une cheminée, munie intérieurement d’une couronne de flamme de gaz, servant à appeler dans les canaux du four le courant d’air extérieur qui afflue par les ouvertures Z, réglées par des guichets spéciaux disposés au niveau de ces orifices. Tel est l’appareil Polli-Clericetti.
- Au moment de l’opération, on apporte, dans sa bière, le corps à incinérer, enveloppé de son linceul, et recouvert d’un voile. On tire hors du four la grille supérieure, sur laquelle on dépose le cadavre, que l’on introduit rapidement dans l'appareil. On ouvre l’accès au gaz, on ferme l’ouverture du four et alors commence la combustion, qui devient plus active et plus efficace, grâce aux becs VV, que l’on dirige sur les parties du corps les plus difficiles à détruire.
- On observe la marche de l’opération à travers le petit tube tronconique placé dans la porte du four, et par les ouvertures Z. Un long tube branché sur la cheminée porte, à son extrémité supérieure, une flamme de gaz grâce à laquelle on peut constater à tout instant s’il s’échappe ou non des produits gazeux combustibles.
- La crémation de M. Keller, pratiquée à l’aide de cet appareil, dura une heure et demie, temps certainement un peu trop long, mais qui serait déjà notablement réduit si, au lieu de pratiquer une crémation isolée, on brûlait plusieurs cadavres successivement, dans un appareil de plus en plus échauffé. Le corps, qui pesait 53 kil. 50, donna 2 kil. 82 de cendre, c’est-à-dire environ 1/17,2 du poids du cadavre.
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- Quant à la décence de l’opération, quant à la manière dont elle se concilie avec les cérémonies religieuses et le respect du aux morts, on peut voir, par notre ligure 2, qui représente l’intérieur du petit temple où s’abrite l’urne crématoire, que rien ne décèle le procédé industriel sur lequel repose la crémation. Tout semble avoir été, à ce point de vue, admirablement combiné. Seulement, si l’on examine les résultats obtenus, on constate que la combustion a été insuffisante; l’appareil Siemens semble avoir plus complètement réussi dans cette œuvre
- Fig. 3. — Appareil Polli-Clericetti, pour la crémation.
- de destruction. Mais nous ne voulons pas entrer aujourd’hui dans les détails d’une comparaison approfondie entre les divers modes qui ont été imaginés jusqu’ici ; nous attendrons pour cela le moment où la question viendra à se discuter d’une manière sérieuse en France. Nous pourrons alors utiliser, au profit de nos lecteurs, de nombreux et importants documents mis gracieusement à notre disposition par M. le docteur Gannal, dont les travaux dans cet ordre d’idées sont si justement appréciés, ainsi que par M. le docteur de Pietra-Santa, rédacteur en chef du Journal d'hygiène, et un des plus fervents apôtres de la crémation dans notre pays. I)r Z.
- RÉUNION DES DÉLÉGUÉS
- DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS A LA SORBONNE (AVRIL 1876).
- SCIENCES PHYSIQUES
- PUYSIQUË
- (Suite. — Voy. p. 5G2.)
- Hypothèse sur lu nature de l’électricité. — On sait qu’on ne connaît rien encore de précis sur la nature de l’électricité, bien que l’on soit souvent porté à supposer que les phénomènes électriques sont dus, comme la chaleur et la lumière, à un mode de mouvement spécial de l'éther. M. Renard, professeur à la Faculté des sciences de Nancy, imagine qu’un courant électrique est un mouvement produit par les vibrations longitudinales de l’éther accompagné d'un mouvement général de translation. 11 admet, en outre, comme ceux qui font l’hypothèse d’un seul fluide, que si les molécules d’un corps sont entourées d’une atmosphère d’éther plus considérable qu’à l’état naturel, le corps est dans l’état où on le dit chargé d’électricité positive, et que c’est au contraire quand les molécules sont entourées de moins d’éther qu’on les dit chargés d’électricité négative. M. Renard a cherché à expliquer, dans cette hypothèse, un certain nombre de phénomènes connus d’électricité, par exemple, l’aimantation des aiguilles d’acier par les décharges électriques que Savary a montré se produire alternativement dans un sens ou dans l’autre, suivaut la position des aiguilles. M. Le Verrier ayant demandé à l’auteur de la communication si sa théorie lui avait fait découvrir un phénomène électrique non encore connu, M. Renard dit avoir prévu, sans les connaître, les résultats obtenus par M. Berlin dans ses expériences sur l’action des aimants creux. Cela ne pourrait évidemment pas suffire pour faire admettre une hypothèse qui aurait besoin d’étre appuyée par de nombreuses expériences et surtout par des expériences nouvelles.
- Application industrielle de lu chaleur solaire. — M. Mouchot, professeur au lycée de Tours, s’est occupé de la chaleur solaire au point de vue des applications industrielles. 11 présente son intéressant appareil, qui a été décrit dans ce recueil avec détail et sur lequel je n’ai pas à revenir (Voyez la Nature du 15 janvier 1876, n° 157,
- p. 102).
- Vibrations communiquées aux nappes liquides de forme déterminée. — L’étude des vibrations des liquides n’avait jamais été faite d’une façon approfondie ; on pouvait citer quelques expériences des frères Weber, qui ont étudié la forme que prend une nappe de liquide dans lequel tombe un filet du même liquide. Certains faits bien connus n’avaient même jamais pu être expliqués d’une façon satisfaisante. Ainsi, si on place une bouteille à demi remplie d’eau sur un support en mouvement, par exemple dans un wagon de chemin de fer, on remarque que l’eau ne présente d’ondulations à sa surface que pour certaines rapidités de trépidation ; pour les autres, le mouvement semble ne produire sur le liquide aucun effet sensible.
- Une expérience fai te par M. Faye a engagé M. Barthélemy, professeur de physique au lycée de Toulouse, à étudier, d’une manière plus complète et par des procédés plus délicats, la forme que prennent les nappes liquides sous l’influence des vibrations qui leur sont transmises.
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- Voici quel est le mode d’expérimentation de M. Barthélemy. Un vase de forme déterminée B (fig. 4), contenant du mercure, est placé sur la caisse d’un lourd diapason D, qui, mis en vibration, communique au liquide un ébranlement régulier d’une grande fixité sur toute sa surface. Pour observer les effets produits on peut projeter sur un écran la surface du liquide fortement éclairée. Un faisceau de rayon lumineux est renvoyé par un premier miroir A sur la surface du mercure vibrant ; le mercure réfléchit la lumière sur un second miroir G qui rend le faisceau horizontal et l’envoie sur une lentille E à l’aide de laquelle on produit sur un écran F une image amplifiée de la surface du bain.
- Cette image peut même être assez fixe pour permettre d’en prendre des épreuves photographiques.
- Quant aux vases, ils sont généralement en verre. Comme vases elliptiques, M. Barthélemy a pris simplement les verres bombés servant à recouvrir les statuettes ovales ; ils lui ont donné de très-bons résultats ; comme vases circulaires, on peut prendre des capsules de verre mince ; en mettant du mastic dans une pareille capsule on peut aussi y tailler un récipient rectangulaire ou triangulaire.
- D’une manière générale, quelle que soit la forme du vase, on constate qu’en faisant vibrer successivement deux diapasons donnant, le premier, un ut par exemple, et le second, 1 ut à l’octave grave, la distance entre les raies qui se produisent à la surface du liquide est, pour le second, double de la première.
- D’où on conclut que la largeur des ondulations est la raison inverse des vibrations. Dès lors nous pouvons nous expliquer comment l’eau de la bouteille placée dans un wagon reste en apparence indifférente à certains mouvements ; c’est qu’en ce cas la largeur de l’onde qui correspond à l’ébranlement produit est plus grande que celle du vase ; le mouvement ne se traduit plus que par de légères oscillations de toute la surface, sans production de plissements.
- Les figures 1, 2, 3 pourront donner une idée de l’aspect qu’offrent les images'projetées de la surface du mercure contenu dans des vases circulaires, triangulaires, ou elliptiques. Dans les vases circulaires on voit se dessiner sous l’influence des vibrations du diapason des cercles équidistants coupés par des rayons équidistants, ce qui orme de petits trapèzes à bases curvilignes; si le vase est
- touché directement par le diapason, ont voit en outre une double croix se dessiner au milieu du cercle ; cette croix limite un espace central où le mercure n’est pas en vibrations. Dans les vases triangulaires, les lignes nodales obtenues avec le diapason sont perpendiculaires aux trois cotés. Elles forment ainsi trois systèmes qui dessinent des hexagones brillants dont l’ensemble rappelle la disposition des alvéoles d’abeilles dans un rayon de cire. Les phénomènes les plus remarquables sont produits par la
- vibration des nappes liquides dans des vases elliptiques. En ce cas, on voit se former, indépendamment de lignes dessinant des ellipses hoinofocales, des dépressions qui figurent la courbe développée de l’ellipse ; en outre, à l’intérieur des quatre branches de cette développée, on distingue des lignes nodales en forme de branches d’hyperbole et les deux axes de l’ellipse très-nettement accusés
- II. — CHIMIE.
- Nouveau procédé pour séparer l'arsenic et l'antimoine. Application à la recherche des poisons. — M. Filhol, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse indique
- un mode de préparation de l’arséniure d’hvdro-gène qui conduit à la séparation de l’arsenic et de l’antimoine. On sait combien sont nombreuses les propriétés communes à ces deux corps et de quelle iinporlanee est leur distinction en médecine légale. M. Filhol prépare l’hydrogène, qui agit sur lés composés arséniés, par l’action du zinc sur la potasse et non comme on le fait habituellement, par l’action du zinc sur l’acide sulfurique. En employant le même procédé avec des composés antimoniés, il ne se produit pas la moindre trace d’antimoine d’hydrogène. On peut donc, si on a un mélange de composés d’arsenic et d’antimoine, faire dégager tout l’arsenic à l’état de combinaison avec l’hydrogène et retrouver tout l’antimoine dans l’appareil.
- La même modification dans le mode de production de l’hydrogène amène un perfectionnement dans la recherche des empoisonnements par le phosphore. Un composé phosphuré formé par l’hydrogène provenant de l’action des bases et non des acides sur le zinc colore la flamme en vert d’une façon beaucoup plus intense. U est bon d’ajputer que, si qn remplace le zinc par l’aluminium, on a une réaction bien plus facilement produite.
- Fig. 1 et 2. — Figures produites par la vibration de mercure dans des vases circulaires et triangulaires.
- Fig. 3. — Figure produite par les vibrations du mercure dans un vase elliptique.
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- Eaux minérales acides du Japon. — M. Filhol communique aussi le résultat de l’analyse qu’il a faite d’une eau minérale très-remarquable, rapportée du Japon par M. le Dr Vidai. Ce sont des eaux thermales qui viennent de bas en haut et jaillissent comme les Geysers de l’Islande. Elles sont très-actives, presque toxiques. On y trouve plus d’un gramme d’acide sulfurique par litre et de l’acide chlorhydrique libre. Elles sont chargées de sulfate d’alumine, de sulfate de protoxyde de fer et aussi de silice hydratée qui forme des dépôts sur les roches. Ces eaux laissent également déposer du soufre en abondance ; autour d’elles, le sol en est tellement imprégné, que les habitants de la contrée viennent l’exploiter. Ajoutons qu’on peut y décéler la présence de l'Iode.
- Étude chimique des fonctions des feuilles. — M. Co-renwinder, membre de la Société des sciences de Lille, rend compte de ses longs travaux sur les fonctions des feuilles. M. Corenwinder est venu combattre une vieille erreur qui est malheureusement encore trop répandue sur ce sujet. Bien que la question du double rôle d’assimilation et de respiration des plantes ait été complètement
- élucidée par M. Garreau, MM. Yogel et Wittwer et les travaux de M. Boussingault, M. Corenwinder a pensé qu’il était bon d’en faire de nombreuses vérifications sous diverses formes propres à entraîner la conviction chez ceux qui, peu au courant, croient encore que les plantes respirent à l’inverse des animaux.
- Tous les naturalistes font maintenant, avec M. Sachs, une distinction absolue entre deux fonctions des organes végétaux très-différentes, mais qui consistent toutes deux
- en échanges gazeux entre le végétal et l'atmosphère. L’une d’elles est commune à toutes les cellules végétales, c’est une fonction de la partie vivante de toutes ses cellules, cette base physique de la vie qu’on nomme le pro-tosplasma. La matière vivante de toute cellule, le jour comme la nuit, absorbe l’oxygène de l’air pour émettre de l’acide carbonique ; c’est cette fonction que l’on nomme respiration ; elle est la même chez les animaux et chez les végétaux; son siège est dans le protoplasma des cellules.
- Une autre fonction est spéciale au règne végétal, et réside uniquement dans les parties vertes des plantes sous
- Fig. 4. — Appareil de M. Barthélemy, pour projeter les vibrations des nappes liquides.
- Fig. 5. — Appareil de M. Corenwinder pour étudier les fonctions des feuilles.
- l'influence des rayons solaires. Dans la plupart des végétaux il existe en plusieurs points, et spécialement dans les feuilles, un grand nombre de cellules dont le contenu protoplasmique renferme de petits grains colorés par une matière verte qu’on appelle la chlorophylle. Cette matière verte, sous l’action des rayons solaires, et seulement sous cette action, possède la propriété d’absorber l’acide carbonique de l’air, de fixer, de s’assimiler le carbone en émettant de l’oxygène. Cette fonction spéciale des grains
- verts contenus dans certaines cellules et qui n’a lieu que dans ces grains verts et à la lumière a été appelée assimilation.
- Ainsi il existe deux fonctions inverses, la respiration qui a lieu le jour et la nuit dans toutes les cellules, même dans le contenu non .vert des cellules à chlorophylle etl’as-similation, fonction spéciale de la matière verte qui n’a lieu qu’à la lumière. Dans la nuit, la respiration seule ayant lieu, les plantes émettent de l’acide carbonique ;
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- c’est par exemple ce qui peut rendre si dangereux la présence des fleurs dans une chambre close où l'on dort. En plein jour le fonctionnement simultané de cette respiration et de l’assimilation qui par la chlorophyle absorbe au contraire l’acide carbonique de l’air rend l’étude du phénomène plus compliquée. Comme, en général, à la lumière, l’absorption d’acide carbonique par assimilation est de beaucoup supérieure à l’exhalaison d’acide carbonique de toute la plante; c’est ce qui a pu faire croire, en examinant les choses grossièrement, que les plantes respiraient à l’inverse des animaux.
- M. Corenwinder décrit l’appareil dont il se sert pour étudier l’absorption ou la production d’acide carbonique dans les différentes circonstances. Au moyen d'un aspirateur A (fig. 5) on fait passer un courant d’air dans une cloche E qui renferme la partie supérieure de la plante qu’on veut étudier. Cette cloche est rodée à sa partie inférieure et exactement appliquée sur une plaque de zinc percée au milieu pour laisser passer la tige de la plante ; l’ouverture qui laisse passer la tige est ensuite convenablement lutée de façon à clore hermétiquement la cloche à sa partie inferieure. De jeunes pousses, des bourgeons où la matière verte n’est pas encore développée, sont-ils placés sous la cloche, ou constate une absorption d’oxvgène et un dégagement d'acte carbonique. Des feuilles vertes, lorsque la cloche est exposée aux rayons solaires, absorbent au contraire l'acide carbonique pour émettre de l’oxygène.
- Si l’on soumet les feuilles blanches des maïs panachés on des chicorées blanches à l’action du soleil dans la cloche, on constate que le phénomène respiratoire seul apparaît, l’oxygène est absorbé et l’acide carbonique, dégagé même en pleine lumière, cela tient à ce que ces feuilles blanches, n’ayant, pas développé de grains verts de chlorophylle dans leurs cellules, il ne peut, dès lors, y avoir trace d’assimilation.
- Enfin M. Corenwinder, pour séparer nettement les deux fonctions au moment où elles pourraient avoir lieu en même temps, a placé à la lumière des bourgeons verts dans des cloches à eau contenant de l’acide carbonique ; la respiration se trouvait arrêtée par l’absence du contact de l’air, l’autre fonction, l'assimilation se manifeste seule et il y a dégagement d’oxvgène.
- Dans une plante donnée, l’assimilation pendant la journée l’emporte toujours de beaucoup sur la respiration de la nuit et du jour. Aussi l’acide carbonique versé par la respiration des animaux et des plantes dans l’atmosphère est-il fixé par la matière verte des végétaux, ce qui fait que l’atmosphère conserve une composition à peu près constante.
- Nouvelle combinaison en proportions définies de l'acide chlorhydrique avec l'eau. — M. Isidore Pierre, doyen de la Faculté des sciences de Caen, dans une série d’études faites sur les mélanges réfrigérants, a découvert un nouvel hydrate cristallisé d’acide chlorhydrique. La cristallisation a lieu à une température de 18° au-dessous de zéro. La formule de ce nouvel hydrate correspond à la combinaison d’un équivalent d’acide chlorhydrique avec quatre équivalents d’eau.
- Recherches sur le soufre mou. — M. Brame, professeur à l’Ecole de médecine de Tours, donne lecture des principaux passages d’un Jong travail qu’il a fait sur les modifications allotropiques du soufre. Rappelons qu’on connaît le soufre sous différentes formes ; d’abord à deux états cristallins incompatibles, puis le soufre insoluble et amorphe ; on sait aussi que si on refroidit brusquement en le plongeant dans l’eau froide du soufre fondu chauffé à 250°
- on obtient un corps jaune-brun qui s’étire comme de la gomme élastique, c’est ce qu’on appelle le soufre mou. Enfin ce corps peut en certains cas se présenter sous la forme de très-petites cellules où l’on distingue deux parties, une enveloppe et un contenu ; c’est le soufre utriculaire.
- M. Brame montre, par des éludes chimiques et microscopiques, que le soufre mou est du soufre utriculaire agrégé. Quant au soufre insoluble, il ne serait formé que par les enveloppes des utricules qui se seraient vidées au contact du liquide et dont la partie interne aurait été dissoute ; on peut s’expliquer ainsi comment le soufre est plus ou moins insoluble suivant les circonstances. Il faut tenir compte de son état utriculaire. D’après ces recherches, il ne resterait plus que deux formes allotropiques du soufre ; mais l’auteur de la communication paraît tenir peu compte des différents dégagements de chaleur qui se produisent dans le lent refroidissement du soufre et qui indiquent incontestablement un grand nombre d’états différents de ce corps simple.
- M. Brame signale, en outre, trois nouvelles combinaisons de soufre et de charbon en proportions définies.
- Le gallium et ses composés. — M. Lecoq de Boisbau-dran expose la suite de ses recherches sur le métal nouveau qu’il a découvert. II est en train de retirer 8 à 15 centigr. de gallium en traitant plus de 450 kilogrammes de minerai. Après avoir donné les caractères qui peuvent faire reconnaître la présence du gallium par l’aualyse spectrale, et la formule de l’oxyde de gallium, M. Lecoq de Bois-baudran signale un sel qu’il a obtenu ; il pense que c’est l’alun d’ammoniaque et de gallium.
- Nous ajouterons que dans la séance de l’Académie des sciences du 1er mai dernier M. Wurtz a présenté, au nom de M. Lecoq de Boisbaudran, une petite quantité de gallium pur. Le premier échantillon était à l’état solide, parce qu’il était uni à de petites quantités de métaux étrangers. Mais le gallium pur tond vers 29°,5, aussi se liquéfie-t-il dès qu’on le saisit entre les doigts, et il se maintient très-facilement en surfusion.
- Perfectionnement dans l'emploi des condenseurs des machines à vapeur. - M. Ilétet, professeur de chimie aux Ecoles de la marine, à Brest, lit une communication sur la purification des eaux grasses acides des condenseurs à surface.
- On a remplacé, depuis un certain nombre d’années, dans les machines à vapeur les condenseurs à injection d’eau froide par des réfrigérants a grandes surfaces où on condense la vapeur des cylindres directement pour avoir de l’eau distillée chaude qui retourne aux chaudières comme eau d’alimentation. Cette modification évite la formation de dépôts salins, argileux ou calcaires, dans les chaudières. Malheureusement on s’aperçut bientôt qu’à côté des avantages se trouvaient des inconvénients. 11 se forme des acides gras provenant des huiles de graissage et qui sont entraînés dans les chaudières par l’eau des condenseurs. Depuis qu’on fait usage des condenseurs à surface, les chaudières en tôle de fer sont corrodées et des dépôts considérables de fer associés aux corps gras se forment à la place des anciens dépôts salins. U y a des chaudières qui ont ainsi perdu jusqu’à 500 kilogrammes de fer en huit jours.
- Les différentes nations maritimes cherchent, depuis plusieurs années, le moyen de remédier à ce défaut qui fait perdre aux condenseurs à surface tous les avantages qu’on pensait en retirer. En France, le ministère de la marine a fait étudier la question. Voici, en quelques mots, comment elle a été résolue.
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- LA NATURE.
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- M. Ilêtet emploie la chaux qui forme dans un épurateur spécial un savon de chaux insoluble ; il ne retourne alors aux chaudièresque de l’eau pure sans acide gras. M. Hétet, après avoir décrit son épurateur, ajoute que son procédé vient d’être essayé avec succès sur un navire de l’Etat, le Dupetit-Thouars, de la force nominale de 450 chevaux. On pourra donc, sans craindre l’attaque des chaudières et la formation de dépôts, employer les condenseurs à surface qui procurent une très-importante économie de combustible.
- L’eau distillée pour boisson faite à bord des navires par condensation de la vapeur des chaudières a été également purifiée par une méthode analogue ; le liquide traité passe ensuite à travers un filtre de noir animal ; on reçoit l’eau dans des caisses en tôle où on la conserve pour l’usage de tous les jours.
- III. — MÉTÉOROLOGIE.
- M. Le Verrier profite de la présence de plusieurs météorologistes de province à la réunion des sociétés savantes pour rappeler le décret de 1875 qui charge l’Observatoire des avertissements maritimes et agricoles. On est arrivé à de bons résultats pour les avertissements maritimes mais la question est bien plus complexe lorsqu’il s’agit des avertissements agricoles. Il faudrait absolument que les météorologistes des départements s’en occupassent activement ; il faudrait que tous les départements soient organisés au point de vue des observations comme le Puy-de-Dôme, la Vienne et la Haute-Vienne avec lesquels l’Observatoire échange des dépêches.
- Organisation des observations météorologiques dans la Haute-Vienne. — M. Hébert, président de la commission de météorologique de la Haute-Vienne, décrit le système d’exposition des baromètres dans les stations météorologiques du département. Ce sont en général les maires, les instituteurs ou les curés qui constituent le personnel d’observateurs. Dans la boite contenant le baromètre sont disposés des compartiments renfermant des instructions spéciales sur la manière de faire les observations et des notions de météorologie pratique. On doit toujours noter s’il y a discordance ou concordance entre les phénomènes constatés et prédit's. 11 existe aussi des stations pluvioiné-triques où l’on mesure chaque matin la hauteur d’eau tombée la veille ; on peut aussi étudier la marche de la pluie.
- Hypothèse pour expliquer les taches du soleil. — M. Valada, professeur au lycee de La Hoche-sur-Yon, décrit un certain nombre d’expériences assez bizarres faites sur les corps en rotation. 11 cherche à expliquer la production des taches du soleil qui se trouvent surtout dans les régions équatoriales, en supposant que la production de la chaleur a lieu surtout aux deux pôles et que deux courants contraires viennent se rencontrer vers l’équateur. Celle théorie aurait besoin d’étre accompagnée de plus nombreuses et plus précises expériences pour acquérir une certaine netteté. Gaston Bonnier.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Chemin de fer métropolitain ù Paris. — Plusieurs journaux annoncent qu’une commission, nommée par M. le préfet de la Seine, va partir dans quelques jours pour Londres, afin d’y étudier sur place le chemin de fer
- métropolitain, qui traverse la capitale anglaise en tous sens (Voy. La Nature, 1er janvier et 5 février 1876, p. 70 et 145). Cette commission se compose de MM. Alphand, directeur des travaux de Paris ; Hochereau, chef du service des promenades ; Huchet, ingénieur en chef ; Grégoire et Buffet. Les informations qu’elle aura recuellies doivent servir de base à un travail d’ensemble qui sera soumis au Conseil général de la Seine, dans la session d’octobre. Il s’agit ici de la question des railways dans l’intérieur de Paris, c’est-à-dire d’une sorte de chemin métropolitain qui, tracé au centre de la ville, mettrait en relation les différentes stations du chemin de fer de ceinture, par des lignes traversant Paris dans tous les sens.
- lies sauterelle* pronostics «In temps. — Jusqu’à présent les sauterelles avaient été considérées comme un fléau, et elles ne sont guère en effet autre chose pour les récoltes. M. Lachot nous apprend dans le Bulletin de la Société d'acclimatation que d’observations en observations, on en est arrivé aux États de l’Amérique du Sud où, à des saisons déterminées, se voient des vols considérables de ces orthoptères, à en tirer des conséquences sur l’état du temps. Un naturaliste racontait récemment, dans un mémoire scientifique, qu’il avait plus d une fois vu des millions de sauterelles dans l’air s’abattre en colonnes serrées sur le sol, et qu’alors la pluie ne tardait pas à tomber. Quand celle-ct avait cessé, les insectes reprenaient leur essor, pour redescendre un peu plus tard si la pluie devait recommencer.
- Un églantier âgé de mille ans. —M. J. Schwartz parle, dans le Cultivateur, d’un Églantier célèbre qui existe encore adossé à l’antique église d’Hildersheim, en Allemagne, et dont 1 âge serait très-considérable. Cet Églantier ne daterait rien moins que de l’époque de Charlemagne, et, s’il faut en croire la tradition locale, ce serait ce héros lui-même qui l’aurait fait planter. Toujours est-il qu’il sort d’une crypte qu’on a ouverte à sa partie supérieure, sans doute pour donner accès à la lumière et à la pluie, afin que l’arbuste put végéter, et on s’autorise de cette circonstance pour en conclure que l’Églantier en question est antérieur à la construction de l’Église elle-même. Le tronc, presque aussi gros que le corps d’un homme, traverse obliquement le mur de la crypte, épais d’environ l“5ü, et va sortir au dehors, à quelques centimètres au-dessus du niveau du sol. Là il se divise en cinq branches d’inégale grosseur, dont les ramifications couvrent, sur les murs de l’église, où il est maintenu par une sorte de palissage en fer, une surface de près de sept mètres de haut sur une de huit mètres de largeur. C’est un évêque du nom d’Hépilo qui, entre les années 1054 à 1079, fit le premier soutenir les branches de l’arbre, et le fait est certain, puisqu’il est mentionné dans les cartu-laires de l’église. On sait par la même autorité que c’est vers 1120 que fut pratiquée, dans le mur de la crypte, l’ouverture par laquelle la tige de l’Églantier passe .à l’extérieur, et que cet arbre, dès ie treizième siècle, était considéré comme la merveille du pays.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les systèmes télégraphiques, aériens, électriques,pneumatiques, par Ch. Bontemcs, sous-inspecteur des lignes
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- LA NATURE.
- télégraphiques. — 1 vol. in-8°, accompagné d’un atlas. — Paris, Dunod 1876.
- Nous signalons à nos lecteurs cet important ouvrage, dû à la plume compétente d’un de nos collaborateurs, qui a réussi à vulgariser les procédés de la télégraphie moderne. Jamais le progrès ne s’est manifesté d’une manière plus saisissante que dans cette étonnante histoire de la télégraphie, depuis les signaux aériens de Chappe, jusqu’aux câbles électriques qui enceignent la terre entière, et jusqu’aux tubes de la télégraphie pneumatique ; aussi le livre de M. Ch. Bontemps offre-t-il un puissant intérêt. Cet ouvrage se recommande de lui-même par le nom de son auteur, qui, physicien et praticien tout à la fois, offre toutes les garanties des renseignements complets et sûrs. Le texte est complété par un bel atlas, où l’on examinera, avec fruit, une magnifique carte des grandes communications électriques du monde.
- Lespandynamomètres. Théorie et application, par G.-A, Hirn. — 1 brochure in—18, avec planches. — Paris, Gauthier-Viliars, 1876.
- Note sur une sécrétion propre aux coléoptères dytiscides, par Félix Plateau. — 1 brochure in-8°. — Bruxelles.
- Etude sur les courants aériens, par M. de Tastes. — 1 brochure in-8°. — Limoges.
- Aperçu sur les ressources industrielles du département de l’Ariége, par le docteur F. Garrigou. — 1 brochure in-8°. — Bordeaux, 1875.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 mai 1876, — Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- M. le général Morin. — Plusieurs journaux ont annoncé, par une confusion de nom, la mort du général Morin, directeur du Conservatoire des arts et métiers, etc., etc. Le savant académicien se charge de démentir lui-même cette lugubre nouvelle en présentant le travail suivant au nom de M. Liais.
- Passage de corpuscules sur le Soleil. — C’est à l’observatoire de Rio-de-Janeiro que les faits dont il s’agit ont été observés. Au mois de décembre dernier, alors que le soleil était presque au zénith, on vit tous les jours pendant plusieurs semaines le disque solaire traversé par des corpuscules les uns sombres et les autres lumineux : le 22 janvier ces apparences cessèrent et ne se montrèrent plus. M. Liais pense que les corps observés sont des bolides parcourant autour du soleil des trajectoires fermées et il présente toute une théorie pour rendre compte de l’heure et de la saison où le phénomène a été visible.
- Ses conclusions ne sont d’ailleurs partagées ni par M. Fizeau ni par M. Le Verrier. Le premier résume des observations analogues qu’il a faites il y a déjà plusieurs années et qui semblent identiques à celles de l’astronome brésilien. Seulement on reconnut alors que les prétendus bolides n’étaient pas autre chose que des insectes se mouvant à une très-grande hauteur dans notre propre atmosphère. Le pouvoir réflecteur des ailes de certains insectes est si grand, que ceux-ci peuvent paraître dans certains cas assez lumineux pour briller sur le soleil lui-même.
- Nitrification. — 11 y a bien longtemps déjà que M. Du-
- mas, parlant de l’oxydation spontanée de l’hydrogène sulfuré des bains d’Aix en Savoie, où l’on voit ce corps se transformer au contact des corps gazeux en acide sulfurique, s’était demandé si l’ammoniaque, dans les mêmes conditions, ne pourrait pas se transformer en acide azotique. De nombreuses expériences étaient cependant restées sans résultats. M. Schloesing donne aujourd’hui la raison de cet insuccès. Il fait voir en effet que l’ammoniaque mis en présence de corps poreux secs tels que la terre végétale défrichée, ne subit aucune modification. Mais il en est tout autrement si l’eau peut intervenir : alors la nitrification se développe et peut même, dans certaines conditions, se poursuivre avec une très-grande activité.
- Osmium cristallisé. — Pour obtenir l’osmium cristallisé, c’est-à-dire à un état où on ne l’avait pas encore eu, MM. H. Sainte-Claire Deville et Debray opèrent de la manière suivante. Du charbon étant mis dans un tube de porcelaine chauffé au rouge, on le traite par un courant de vapeur de benzine jusqu a ce qu’il soit peu pénétré de carbone pulvérulent provenant de la décomposition de l’hydrocarbure.
- On remplace alors le gaz inflammable par un courant d’azote chargé de vapeur d’acide osmique. Celui-ci se réduit et l’osmium se dépose sur le charbon en pellicules amorphes et dans la partie relativement froide du tube en cristaux mesurables. Si l’acide osmique arrive en excès, la réduction n’est pas complète et l’on recueille du sesquioxyde d’osmium, qui est de couleur cuivreuse tout à fait comparable à celle de l’azoture de titane. Les mêmes chimistes ont encore obtenu les cristaux d’osmium en alliant ce corps à l’étain pour soumettre ensuite l’alliage à l’action de l’acide azotique : tout l’étain se sépare et le résidu d’osmium est nettement cristallisé. La densité de l’osmium est égale à 22,477, c’est à-dire très-supérieure à celle du du platine et par conséquent à celle de tous les autres corps connus.
- Sur la dernière crue de la Seine. — On se rappelle peut-être que M. Belgrand avait calculé qu’au moment des plus hautes eaux, la Seine devait débiter 1661 mètres cubes à la seconde. Depuis lors des mesures directes ont pu être faites et elles ont donné 1,662 mètres, c’est-à-dire sensiblement la même chose. La quantité totale d’eau qui, pendant toute la crue, c’est-à-dire du 16 février au 10 avril, a passé sous les ponts est de 4,251,000,000 mètres cubes. La quantité moyenne d’ammoniaque contenue an mètre cube a été de 0 gr. 18 ; pour l’acide azotique elle a atteint 5gr,17. Ces moyennes sont d’ailleurs très-éloignées des nombres extrêmes d’où on les a déduites. L’ammoniaque était d’abord très-abondante et a atteint la proportion de Ogr. 30, mais ensuite elle a diminué de façon à être, à la fin de la crue, égale à 0 gr. 04. Pour l’acide azotique on a observé la marche inverse ; d’abord il ne représentait quelgr. 20 par mètre cube, mais il s’est élevé progressivement jusqu’à 5gr. 35. Ces divers nombres résultent d’analyses exécutées par M. Boussingault.
- Election de correspondant. — La mort de M. Marc Seguin avait laissé vacante une place de correspondant dans la section de mécanique. A l’unanimité des membres présents, M. Colladon, de Genève, est appelé à succéder à notre illustre compatriote. Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N” 155. — 20 MAI 1870,
- LA NATURE.
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- UN BAL EN CALIFORNIE
- SUR UN TRONC DE « SEQUOIA GIGANTEA. »
- La Nature a raconté précédemment dans une notice sur le Séquoia gigantea1 que lors de l'Exposition universelle de 1855 à Londres, on avait amené de la Californie des plaques d’écorce d’un de ces arbres gigantesques, et qu’on les avait rapprochées de manière à en reconstituer le tronc. Le vide intérieur formait une grande salle, où il avait été possible de
- donner un dîner de trente couverts. Une reconstitution semblable s’était déjà faite à San-Francisco ; l’écorce d’un tronc de Séquoia abritait un salon élégamment meublé, où l’on avait mis un piano et des sièges pour quarante personnes.
- On sait que les troncs de ces arbres, dont la hauteur atteint 90 et 100 mètres, mesurent parfois à leur base 12 mètres de diamètre ; on conçoit que des proportions si extraordinaires leur assurent toujours le privilège d’exciter la curiosité des naturalistes et du public.
- Nous^avons reçu des Etats-Unis une curieuse gra-
- Bal donné sur le tronc d’un Séquoia gigantea, en Californie. (D’après une gravure américaine.)
- vure que nous reproduisons, pour donner en quelque sorte le complément des détails qui ont été publiés ici-même. Elle représente un bal qui a été donné en Californie, sur le vaste plancher massif formé par la section du tronc abattu, d’un des plus grands Séquoias de la Californie. Cet arbre avait à sa base 53 mètres de circonférence, ou 11 mètres de diamètre, en nombre rond. Il avait été scié à l’aide d’un mécanisme spécial, et quand l’immense géant végétal fut tombé, quelques excursionnistes organisèrent un orchestre et dansèrent sur la coupe du vaste tronc. Le souvenir de cette fête, peu commune, a été consacré par la curieuse gravure que nous venons de mention-
- 1 Voy.Séquoia gigantea-, 1875, 2° semestre, p. 119.
- 4e année. — lor semestre.
- ner et dont nous sommes heureux d’être les premiers à publier une reproduction fidèle, dans une publication française.
- La destruction de semblables arbres, véritables merveilles du monde végétal, doit être considérée comme un acte de vandalisme. Un certain nombre de Californiens, excités par l’appât du gain, avaient cependant organisé l’abattage du Séquoia, c’est-à-dire la dévastation complète de ces forêts. Aussi le gouvernement des Etats-Unis a-t-il pris des mesures pour mettre un terme au pillage de ces admirables curiosités naturelles. Les immenses Séquoias de la Californie sont devenus propriété nationale, et la loi les protège désormais des atteintes d’une spéculation barbare.
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- LA NATURE.
- LA CHALEUR INTÉRIEURE DE LA TERRE
- Les causes de la chaleur interne du globe terrestre ont été étudiées récemment avec un soin tout particulier par le professeur Mohr de Bonne. Après avoir indiqué les objections faites contre la théorie pluton-nienne de l’origine de la chaleur centrale, il discute les données obtenues par les indications d’un thermo-descendu jusqu’à une profondeur de 4000 pieds à travers la roche à Speremberg près de Berlin.
- Si l’intérieur du globe terrestre est encore à l’état de fusion, l’espace nécessaire pour produire un même accroisement de chaleur sera d’autant plus mince que l’on descendra plus bas et que l’on approchera davantage de la fournaise. La chaleur venue de l’intérieur se transmet par conduction en traversant des sphères de plus en plus vastes, et, en supposant que la conductibilité des matériaux soit uniforme, la température des couches extérieures de la sphère terrestre doit diminuer en proportion de l’accroissement de leur volume ; en d’autres termes, l’accroissement de la chaleur, par cent pieds, doit devenir de plus en plus grande, à mesure que nous descendons. Telle est la première proposition formulée par l’auteur. Maintenant voici les premiers résultats du thermomètre du forage de Speremberg.
- Pour une Degrés Acroissement par
- ofondeur de Réaumur. 100 pieds. '
- 700 pieds 15°, 054 —
- 900 17°,849 1“,097
- 1100 19°,943 1«,047
- 1300 21 ”,939 0°,997
- 1500 23”, 830 0°,940
- 1700 25”,825 0«,896
- 1900 27”,315 0°,846
- 2100 28",906 0°,795
- 339Q 36”,756 0“,608
- La troisième colonne est une proportion arithmétique décroissante du premier ordre, montrant pour chaque descente de cent pieds des différences égales de 0°,Û50 ou de ^ du degré Réaumur. En appliquant cette décroissance aux profondeurs situées au-dessous de 700 pieds et entre 2100 et 5590 pieds, le professeur Mohr établit la table suivante pour l’accroissement de la chaleur dans toute l’épaisseur de la couche creusée.
- Profondeur. Accroissement par 100 pieds de profondeur.
- 100 à 200 pieds 1“,35
- 200 à 500 1“,30
- 300 à 400 1”,25
- 400 à 500 1°,20
- 500 à 600 1”,15
- 600 à 700 1“,10
- 700 à 900 1“,097
- 900 à 1100 1”,047
- 1100 à 1300 0",997
- 1300 à 1500 0“,946
- 1500 à 1700 0»,896
- 1700 à 1900 0°,846
- 1900 à 2100 0”,795
- 2100 à 2300 0“,745
- 2500 à 2500 0”,695
- 2500 à 2700 0°,645
- 2700 à 2900 0°,595
- 2900 ù 5100 0“,545
- 3100 à 5300 0”,495
- 3300 a 5390 0o,445
- De cette série l’auteur conclut qu’à une profondeur de 5170 pieds l’accroissement devient nul.
- Une pareille diminution dans l’accroissement de la température selon la profondeur a été observée au puits artésien do Grenelle. Mais ici la profondeur atteinte était beaucoup moindre, et la diversité des roches traversées pouvait apporter des doutes sur la valeur du résultat. Ces expériences ont été pour M. Morh une confirmation des objections faites d’autre part à la théorie plutonnienne. « La cause de l’accroissement de la chaleur dans l’intérieur du globe, dit-il, doit appartenir aux couches supérieures de la croûte terrestre. La théorie des volcans doit s’adapter elle-même aux résultats précédents ; la fluidité des laves ne vient pas d’une incandescence existant actuellement dans le globe, mais c’est, une évolution locale de la chaleur résultant des tassements qui ont toujours été produits par la mer et par son action sur les roches solides. On a remarqué d’ailleurs que tous les volcans sont situés dans le voisinage des mers. Ceux sur chauffeinent local des foyers volcaniques contribuent grandement à la chaleur intérieure du globe. Le noyau interne de la terre ne peut perdre que peu de chaleur, à cause de la mauvaise conductibilité des roches calcaires et siliceuses, tandis qu’avec le temps il doit propager* uniformément dans l’intérieur tous les effets calorifiques dus aux volcans et entretenir ainsi une certaine température constante assez élevée. La conclusion est donc que l’accroissement de chaleur que l’on rencontre partout est le résultat de toutes les actions calorifiques précédentes uniformément disséminées par conduction dans le noyau intérieur du globe. L’auteur fait remarquer que d’autres causes de chaleur terrestre doivent provenir de la formation de nouvelles roches cristallines sous l’action de la chaleur solaire, d’infiltration de produits chimiques, tels que ceux qui résultent de l’évolution de l’acide carbonique par le contact de l’oxyde de fer avec les restes organiques, la formation de pyrites par la réduction de sulfates en contact avec des matières organiques, la décomposition de la tourbe et des substances carhonnées1.
- LA GRANDE CRUE DE LA SEINE
- EN 1870.
- Avant d’oublier les désastres immensés causés dans tout le bassin de la Seine par les inondations du mois de mars 1876, il est intéressant, non-seulement au point de vue philanthropique des pro-
- 1 Traduit et résumé du journal anglais 'Nature.
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- LA NATURE.
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- grès à réaliser, pour éviter le retour de ces malheurs trop fréquents, mais encore au point de vue météorologique des causes de ces crues extraordinaires, de rassembler sous un même coup d’œil l’ensemble des documents relatifs à l’observation scientifique de cet événement, de saisir dans son unité l’ascension et la descente des eaux, et de juger le fait à sa valeur exacte, en le comparant aux crues antérieures extraordinaires que le fleuve a déjà subies.
- On sait que les inondations ont toujours pour cause la pluie ou la neige. Mais la fonte des neiges ne joue pas généralement le rôle prépondérant qu’on a l’habitude de lui attribuer. En effet, la neige ne contient ordinairement que le dixième ou même le douzième de son volume d’eau : c’est de l’eau dont les molécules sont fort écartées et ne se touchent pas. Une épaisseur de trente centimètres de neige 11e donne qu’une couche d’eau de trente millimètres, et même moins si elle est fraîchement tombée.
- L’eau des pluies agit au contraire d’une manière beaucoup plus active. L’eau qui tombe dans le bassin d’un fleuve, étant forcée de s’écouler par lui à la mer, fait déborder le lit du fleuve lorsque sa quantité en dépasse les limites. Le bassin de la Seine, par exemple, mesure 79 000 kilomètres carrés; il tombe par an sur cette surface une couche d’eau de 60 centimètres d’épaisseur, année moyenne. Mais cette eau se comporte différemment, suivant qu’elle tombe sur des terrains perméables ou des terrains imperméables.
- Dans le premier cas, elle pénètre à travers le sol, descend en s’infiltrant à travers les terres, atteint les couches imperméables, et forme les couches, les fontaines et les ruisseaux. Dans le second cas, elle ruisselle à la surface et amène facilement des crues torrentielles. Les cours d’eau des terrains imperméables éprouvent des crues très-élevées et de très-courte durée ; les crues des cours d’eau des terrains perméables sont peu élevées et de très-longue durée. Les terrains imperméables du bassin de^la Seine sont : le granit du Morvan, le lias de l’Àuxois, les marnes kimmeridgiennes de la Lorraine, le terrain crétacé inférieur de la Champagne humide, de l’Ar-gonne, de la Puisaye et du pays de Bray, les argiles du Câlinais, de la Bric et de Montmorency. Les terrains perméables sont : les terrains oolithiques de la Bourgogne et de la Lorraine, la craie blanche de la Champagne et de la Normandie, l’argile à silex, les sables et calcaires éocènes des plateaux des bords de l’Yonne, du Soissonnais, du Valois, du Tardénois, du Vexin français, les sables de Fontainebleau, les calcaires de la Beauce, les alluvions des grandes vallées, surtout les terrains crétacés. En résumé, les terrains qui ont une action sur les crues occupent une surface de 54 000 kilomètres caiTés ; le reste, formant une surface de 45 000 kilomètres carrés, est absolument sans action sur les crues.
- C’est aux travaux éminents et aux efforts persévérants de M. Belgrand que l’on doit cette connais-
- sance approfondie du bassin de la Seine et du régime des eaux à sa surface. Il résulte de plus de vingt années d’études consécutives que les crues de la Seine prennent à Paris leur forme définitive, provenant des affluents, dont les principaux sont : l’Yonne, la Marne, le Grand-Morin et le Cousin. Ce sont les crues torrentielles des affluents qui amènent la crue générale de la Seine, habituellement trois jours et demi après qu’elle s’est manifestée dans ses affluents. De plus, la hauteur d’une crue à Paris est à la hauteur moyenne d’une crue correspondante dans les affluents, dans le rapport de 2 à 1, de sorte qu’en doublant la hauteur observée en amont aux stations hydrométriques, on obtient celle de Paris; lorsque le.fleuve est en décroissance, le coefficient 11’est que de un et demi.
- Le régime des cours d’eau est bien différent, suivant qu’ils coulent sur les terrains perméables ou sur les autres. La Seine et la Saône, par exemple, ont un cours lent et tranquille; leurs eaux montent lentement et descendent plus lentement encore ; la Loire, au contraire, est un fleuve torrentiel dans toute sa partie supérieure. La région nord-ouest de la France présente une homogénéité de climat remarquable; le bassin de la Seine, en particulier, est soumis tout entier aux mêmes influences sous le rapport de la pluie; il en résulte que le niveau de ses différents cours d’eau monte et baisse à peu près en même temps, et qu’en regardant la crue d’uu ruisseau de Normandie on peut annoncer celle d’un ruisseau de Bourgogne.
- Les inondations ont eu deux causes au lieu d’une ; elles ont été commencées par la fonte des neiges, arrivée en même temps sur tout le bassin, et elles ont été développées par les pluies qui ont accompagné aussitôt la saute du vent du nord au sud-ouest. Le vent du nord et la neige ont régné l’hiver dernier d’une manière constante, sauf quelques bourrasques ; le 18 janvier, les vents ont tourné au sud-ouest en même temps que le thermomètre remontait au-dessus de zéro, et les neiges ont commencé à fondre; du 4 au 12 février il y a eu un retour du froid et de la neige, et le 13 le dégel définitif est arrivé avec la dernière saute du vent du nord au sud-ouest. A partir de cette date, toutes les neiges partout amoncelées commencent à fondre en même temps.
- Ce n’est pas tout. Le courant atmosphérique du Sud-Ouest est non-seulement chaud, mais humide, et c’est lui qui nous amène toutes les pluies de l’Océan. Non-seulement la neige fond, mais la pluie tombe. Voici la hauteur d’eau tombée en millimètres depuis le lep décembre au pluviomètre de l’ob-
- servatoire de Montsouris :
- Décembre............ 22 mm,4
- Janvier............. 9ram,l
- Février...... . 55'nm,0
- 1er au 20 mars..... 58mra,4
- Les chiffres du pluviomètre de l’observatoire de Paris 11e sont pas sensiblement différents.
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- LA NATURE.
- Or, voici la moyenne ordinaire de la pluie mesurée à l’observatoire de Paris, d’après 70 années d’observations consécutives (1804-1874.)
- Janvier 36 millimètres.
- Février 28 —
- Mars 38 —
- Avril 37 —
- Mai 49 —
- Juin 47 —
- Juillet 59 —
- Août 46 —
- Septembre 52 —
- Octobre 48 —
- Novembre 43 —
- Décembre. .... 36
- Moyenne de l’année. 510 —
- On voit que les mois de février et mars ont été très-pluvieux et ont dépassé la moyenne de près du double.
- Il tombe en moyenne 51 centimètres d’eau par an sur Paris.
- La pluie diminue suivant la distance de l’Océan et augmente suivant la hauteur du sol. Il tombe par an lm,30 d’eau à Brest et à Nantes,
- 1 mètre à Rennes et à Rouen,
- 51 centimètres à Paris, 40 centimètres à Châlons et à Reims.
- Quand le reliet du sol augmente , les nuages sont retardés et la pluie tombe davantage ; les
- points sur lesquels la hauteur d’eau tombée est le plus considérable en France sont les sommets du Morvan, des Vosges, des Cévennes et des Alpes, où la hauteur annuelle atteint lm,80 et même 2 mètres.
- Ainsi, la fonte des neiges d’une part, et d’autre part la continuité des pluies, ont amené la crue des affluents torrentiels du bassin de la Seine. Du 1er janvier au 15 mars il est tombé aux Settons (Morvan) 680 millimètres, dont 30 dans la seule journée du 12. Des diverses stations udométriques installées sur les affluents qui ont le plus d’action sur le régime de la Seine (Yonne à Clamecy, Cousin à Avallon, Armançon à Aisy, Marne au dessous du lias de Langres, Grand-Morin à Coulomniers, etc.), on reçoit tous les matins à la Préfecture de la Seine
- F évrier 5 10 15 20 25 29 NI ars 5 10 15 20 2b 31 Avril 5 10 15 20 25 30
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- ECHELLE.
- En hauteur, le millimètre indique un décimètre de hauteur d'eau,
- En longueur, lemlUimètre indique un jour.
- Fig. 1. — Diagramme de la crue de la Seinè en 1876.
- Hauteurs observées au pont d’Austerlitz. (D’après le service hydrométrique de la Seine.)
- la cote des eaux; d’après les crues observées, et sur les principes exposés plus haut, un habile ingénieur, M. Lemoine, calcule la crue probable de la Seine qui doit en résulter. Théoriquement, ce sont les pluies qui amènent les crues, mais pratiquement on calcule plus simplement et plus sûrement sur le simple examen du niveau des affluents eux-mêmes.
- On appréciera d’un seul coup d’œil la marche du fleuve par l’examen du diagramme du régime de la Seine du 1er février au 25 avril, qui renferme toute la crue (fig. 1). Cette figure tracée par M. Maréchal, au service hydrométrique du bassin de la Seine, sous la direction de MM. Belgrand et Lemoine, est construite à l’échelle de 1 millimètre pour 1 décimètre de hauteur d’eau. En longueur chaque millimètre correspond à un jour.
- La hauteur moyenne de la Seine à Paris est de lm, 24 au-dessus de l’é-tiage. On voit que du 15 février au 10 avril le fleuve est resté au-dessus de ce niveau.
- La Seine entre en grande crue ordinaire lorsqu’elle atteint la cote de 5m,30 au pont d’Austerlitz. Elle affleure alors les bords des grands cercles de fonte du pont des Saints-Pères et submerge certaines rues basses , comme le quai de Bercy et la rue Hérold, à Auteuil. La navigation est suspendue et à partir de cette hauteur la crue devient désastreuse. Le fleuve est resté au-dessus de ce niveau du 8 mars au 22.
- Le zéro de l’échelle du pont d’Austerlitz est à 0m,14 au-dessous de l’étiage conventionnel du pont de la Tournelle. Celui-ci a été marqué sur les basses eaux de 1719 (qui n’ont pas été les plus basses de toutes). Les bas ports de Paris sont à 2m,50, et les banquettes de halage à 4ra,0 au-dessus de ce zéro.
- On se souvient des tableaux principaux de l’inondation qui se succédaient, en descendant la Seine de Montereau à Rouen. A l’est de Paris, de Villeneuve-Saint-Georges à Maison-Alfort, on ne voyait qu’un lac immense d’où émergeaient des îles, des têtes de peupliers et quelques toits de maison. Alfort était
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- LA NATURE
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- entièrement inondé. Sur la rive droite de la Marne, le spectacle n’était ni moins effrayant, ni moins triste : l’eau avait tout envahi, et à Charenton la la circulation était interdite dans toutes les parties basses. En arrivant à Paris on trouvait dans Bercy l’un des aspects les plus singuliers et les plus pittoresques de l’inondation (fig. 2).
- Après avoir traversé Paris, on trouvait au delà des quais d’Auteuil et de Javel, complètement inondés, une nappe immense d’eau limoneuse, submergeant l’île Saint-Germain, Pile Seguin et le Bas-Meudon. Le parc de Saint-Cloud était envahi jusqu’au bassin, et ces jolis paysages, ordinairement si gais, offraient du haut de Meudon, l’aspect le plus lamentable. Il
- en était de même à Longchamps, à Courbevoie, à Asnières, à Pile Saint-Denis et sur tout le cours de la Seine, dont les riverains campaient à la façon des castors.
- En arrivant à Poissy, le fleuve, grossi encore par les eaux de l’Oise, inondait les boulevards et les faubourgs et battait de ses lames écumantes les piliers de son vieux pont, sur lequel se dressait, sentinelle abandonnée, la silhouette tremblante du moulin de la reine Blanche.
- Triel et ses villas, Vernouillet, Meulan, Mantes, Epone, étaient envahis ou cernés. C’était, la mer à perte de vue, semée d’îles, qui sont des villes et des villages. C’est Rosny, c’est Bannières, c’est
- Fig. 2. — Vue de l’inondation de la Seine, à Bercy, le 14 mars 1876, (D’après nature.)
- Gaillon, Saint-Pierre, Pont-de-PArche, le bourg de Poses, Sotteville, Sous-le-Val, Oissel, élevant dans la nue son haut clocher comme un signal de détresse. La voie ferrée seule coupe de sa ligne rigide cette nappe mouvante qui n’a pu atteindre la crête de ses remblais, et au-dessus de laquelle volètent quelques petits oiseaux affolés et passent en croassant de longues bandes de corbeaux en quête d’une proie. Des oiseaux de mer volant comme pendant les tempêtes, sont restés dans les environs de Paris longtemps après la diminution des eaux.
- Nous avons eu la curiosité de faire le voyage de Paris à Rouen le jour du maximum. Nul spectacle n’était à la fois plus lamentable et plus étrange. Des vagues agitées par le vent brisaient leurs crêtes moutonneuses, les cimes des arbres et des toits des habitations émergeaient tristement de la nappe
- liquide eten certains points du parcours, par exemple, de Poissy à Mantes, les eaux paraissaient s’étendre jusqu’à l’horizon, et la voie ferrée rappelait celle de Venise,
- Le maximum de la crue est arrivé le 17 mars à minuit, à la hauteur de 6m,69 à l’échelle du pont d’Austerlitz, et de 7m,40 au pont Royal. Cette crue est la troisième du siècle. En effet, si l’on compare, comme on en a l’habitude, les hauteurs d’eau mesurées à l’échelle classique du pont de la Tournelle (dont le zéro a été fixé au niveau des plus basses eaux de 1719, l’une des années les plus sèches que l’on connaisse), on voit que la plus haute crue du siècle, celle du 3 janvier 1802, y a atteint kla cote de 7m,45.
- Celle du 2 mars 1807. . . . 6m,7Q
- Celle du 17 mars 1876. . . 6“,5ü
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- Viennent ensuite :
- Celle du 10 octobre 1836.. . . 6m,40 Celle du 16 décembre 1854. . . 6®,40 Celle du 8 décembre 1801. . . 6m,‘24
- Celle du 13 mars 1818. , . . . 0",20 Celle du 8 février 1850„ , . . 6m,Ü5 Celle du 18 octobre 1872. t . 5m,95
- On voit que cette dernière, que nous avons tons pu comparer facilement par la pensée à celle du mois de mars, était restée fort loin au-dessous.
- Contrairement aux prévisions, les eaux sont descendues plus vites qu’elles n’avaient monté, comme on peut le voir sur notre diagramme (fig. 1).
- Les annales de la météorologie ont conservé le souvenir de plusieures crues supérieures encore à celle de 1802. L’une des plus mémorables et des mieux étudiées a été celle de 1740. Elle a atteint la cote de 701,91 au pont de la Tournelle, et elle a marqué au pont Royal une hauteur de plus de 8 mètres, comme on l’y voit encore aujourd’hui. Si l’on compare le débit de la Seine à ce niveau à celui qu’elle a dans ses plus basses eaux, on trouve un résultat bien remarquable. Ainsi, à cette hauteur, le fleuve fait passer sous le pont de la Tournelle 2,110 mètres cubes par seconde. Or, dans les plus basses eaux la Seine tombe à un débit de 40 mètres cubes seulement par seconde. Le rapport entre ces deux nombres est 52. La Seine a 52 fois plus d’eau dans ses plus grandes eaux qu’à l’étiage.
- On a mesuré une crue supérieure encore à celle de 1740 ; c’est celle de 1658, qui dépassa 8 mètres et demi à l’échelle précédente et inonda la moitié de Paris, après avoir emporté le pont Marie avec les vingt-deux maisons et leurs cent vingt habitants. On peut donc dire que la quantité d’eau qui coule dans la Seine peut varier dans la proportion de-1 à 60.
- Grégoire de Tours raconte que, du temps de Chil-péric, en l’an 583, la Seine déborda jusqu’à l’église Saint-Laurent. En 851 , une inondation s’étendit jusque du côté de Saint-Denis, où Louis le Débonnaire faisait un pèlerinage. En 886, les Normands, faisant le siège de Paris, furent arrêtés par les débordements du fleuve, qui causèrent un grand nombre de naufrages. On voit aussi une terrible inondation s’étendre sur la moitié de Paris en 1206, sous Philippe Auguste. En 1496, le flot s’arrêta dans le faubourg Saint-Jacques, au-dessus de la place Maubert, couvrit les trois îles, et inonda toute la campagne environnante. Cent ans plus tard, une crue analogue signala l’année 1596, et, malgré l’élévation des eaux et les malheurs déjà arrivés, les habitants des ponts, alors couverts de maisons, comme on le sait, ne consentirent à quitter leur demeure que par une ordonnance du Parlement.
- On doit encore signaler parmi les années de grande inondation celles de 1649 et 1651, sous la Fronde, où l’on proposa de creuser un canal de dérivation, qui fut tracé dans le ruisseau de Ménilmontant, ruisseau qui communiquait par un bras aux fossés de la Bastille et faisait le tour du nord de Paris, en dehors
- des boulevards, à peu près le long du trajet des rues Richer, de Provence, de la Chaussée-d’Anfin, Saint-Lazarre et du Cours-la-Reine. C’étaient alors des champs ! Que Paris est loin de là, quoi qu’il n’y ait que deux siècles d’écoulés depuis cette époque.
- La quantité d’eau qui coule dans le lit de la Seine paraît énorme ; mais qu’est-ce que ce fleuve à côté du Saint-Laurent et du Mississipi ? — un ruisseau. Le débit moyen de tous les fleuves de la terre dépasse de 2000 fois au moins celui de la Seine. Mais tous ces fleuves ne charrient qu’une goutte d’eau dans le grand lac de l’Océan. Deux mille Seine coulant à pleins bords n’amèneraient environ que deux cents kilomètres cubes d’eau par jour à la mer ; il faudrait trente mille ans pour la remplir ; car en admettant une profondeur moyenne de cinq kilomètres au lit de l’Océan, on trouve que le volume d’eau total s’élève à deux mille milliards de kilomètres cubes. Lors donc qu’un bel esprit du temps des Grecs s’offrait à boire la mer à condition d’empêcher les fleuves d’y verser le tribut de leurs ondes, c’était là un non-sens digne de l’époque du roi Midas, car, alors même que tous les fleuves seraient supprimés, l’Océan aurait encore presque autant d’eau qu’il en a aujourd’hui.
- Il y a assez d’eau dans l’Océan pour entourer le globe entier, s’il était nivelé, d’une couche d’eau de 200 mètres d’épaisseur, hauteur suffisante pour noyer le genre humain et ses œuvres.
- Dans l’état actuel des choses, notre planète n’est point d’ailleurs parfaitement organisée. Au point de vue de la raison, les inondations comme les sécheresses sont des extrêmes. L’homme pourrait déjà corriger la nature par des canaux de dérivation, utilisant des eaux qui non-seulement sont inutiles, mais nuisibles. Les eaux de France entraînent à la mer la valeur de plusieurs têtes de bétail par heure, a dit M. Hervé Mangon. Le volume du limon charrié par la Durance représente la terre arable de 4000 hectares et 14 000 tonnes d’azote. D’un autre côté, tandis que ces principes de fertilité nous échappent, un peu plus tard, faute d’eau, nos usines, notre navigation intérieure sont réduits au chômage, et de vastes régions n’atteignent pas leur développement normal à cause du manque d’irrigation. Il est possible d’imaginer, et même de réaliser une meilleure répartition des eaux dans les pays habités.
- La dérivation des eaux du Rhône, de la Garonne, de la Loire, de l’Ailier métamorphoserait les bassins du Midi, de la Beauce, du Bourbonnais etc. Le prix de construction de ces canaux serait rapidement compensé, d’un côté, par la disparition ou l’amoindrissement des désastres analogues à ceux qui viennent de se produire et, d’autre part, par l’amélioration du travail sur leur parcours.
- Quant aux inondations torrentielles locales, qui ont pour cause l’aridité du sol, le reboisement serait un moyen facile et peu dispendieux. Exemple : les quatre dernières inondations du département de l’Aude (août 1872, septembre 1874, juin et sep-
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- lembre 1875) ont coûté à elles seules 15 669 000 fr., autant que le reboisement de 140 000 hectares, sans comparaison.
- Un jour, peut-être, les peuples sauront faire de la terre la vraie propriété de la famille humaine.
- Camille Flammarion.
- LES REINES DE TROIE1
- M. Maxime du Camp est l’un des plus infatigables travailleurs et l’un des esprits les plus encyclopédiques de notre temps. Pendant qu’il prépare l’édition unifiée de son Paris, où chaque chapitre sera suivi d’un complément dont les chiffres se rapporteront tous à l’année 1875, choisie comine type, il publie dans le Moniteur universel de nombreux articles très-remarqués sur les sujets les plus divers. Après les Souvenirs de Vannée 1848, qui viennent de paraître en volume à la librairie Hachette, il a publié l’étude sur VEmplacement d'Ilion, dont nous rendons compte, et, actuellement, il traite de VArmement des puissances européennes ! Est-il possible d’aborder des sujets plus différents les uns des autres, et toujours il le fait avec assez d’autorité pour être cité et commenté par les feuilles publiques des couleurs les plus opposées.
- L’opinion de M. du Camp est absolument conforme à celle que le docteur Joly (de Toulouse) défend dans les excellents articles sur les ruines de Troie publiés dans la Nature2, et il est difficile, après avoir lu la pressante et lumineuse argumentation de ces deux savants, de n’être pas convaincu avec eux de la parfaite authenticité des découvertes de M. Schliemann et de l’exactitude de l’assimilation que le célèbre Américain a faite entre la seconde des villes superposées découvertes par lui et la Troie homérique.
- La plus grosse difficulté gisait jusqu’à présent dans le défaut de synchronisme entre l’époque indiquée par les constatations archéologiques et celle qui a été conservée par les traditions historiques. Les toutes récentes recherches de M. Gladstone fixent la prise de Troie vers l’année 1316 ou 1317 avant notre ère, ce qui est en rapport parfait avec les données chronologiques connues. Au contraire, des découvertes du docteur Schliemann, MM. de Longpé-rier et Emile Burnouf ont conclu que l’incendie raconté par Homère devait se placer vers 1700 avant J.-C. Comment ont-ils établi cette date, le voici : Dans les ruines de la Pompéi antéhistorique, récemment découverte à Santorin, on a trouvé des outils de cuivre pur et des vases en poterie identiques à d’autres vases peints en Egypte sur le tombeau de Rekhmara et représentant des présents offerts à Touthmès III, lequel vivait au dix-huitième siècle avant l’ère chrétienne. On en a conclu logiquement que la ville ensevelie sous les cendres du volcan de Santorin et l’àge du cuivre pur étaient contemporains du règne de Touthmès III, et de l’an 1700. D’autre part, l’humanité décQuvrit promptement que l’on augmentait beaucoup la dureté du cuivre en l’alliant
- 1 Vemplacement de VIlion d’Homère, d'après les plus récentes découvertes, par M. Maxime du Camp. — Une brochure in-18, de 84 pages. — Paris, 1876 (no sc trouve pas dans le commerce.)
- * La Nature, 2° année (1874), 2° semestre, p. 183, 195, 250, 283.
- à l’étain, et la durée de l’àge du cuivre paraît avoir été fort courte ; aussi les armes découvertes dans la Troie de Priam paraissant également en cuivre pur, on en est arrivé, en passant de l’Egypte à Santorin et de Santorin à Uion, à admettre que Troie avait été détruite par les Àchéens à la même époque, 1700. Mais, depuis ces ingénieuses déductions, une découverte chimique importante, signalée par la Nature, est venue modifier le problème. Les analyses de M. Damour ont prouvé que les objets troyens n’étaient pas en cuivre, mais en vrai bronze, contenant une notable proportion d’étain. Or, l’usage de cet alliage s’est prolongé longtemps après celui du cuivre pur. Ceci met, croyons-nous, parfaitement d’accord les découvertes de M. Schliemann et les déterminations nouvelles de M. Gladstone, et rend désormais possible d’esquisser le petit tableau suivant.
- Dix-septième siècle avant l’ère vulgaire? Dardanos? et les ancêtres des Iliens fondent, à Bounar-Baschi ? Dardania, dont les ruines cyclopéennes sont retrouvées par Mau-duitenUSl'l.
- Quinzième siècle? Ilos transporte la ville à Ilissarlick; c’est la lro Ilion, dont les ruines cyclopéennes en gros blocs non équarris sont retrouvées par Schliemann, en 1873, de 16 et 14 à 10 mètres de profondeur.
- Première moitié du quatorzième siècle? Hercule? détruit la lre Ilion, et Priam? fonde la 2e Ilion, dont les ruines en briques crues sont retrouvées de 10 à 7 mètres de profondeur.
- 1317 ou 1516 environ : Troie 2e est incendiée par les Grecs-Achéens.
- Douzième siècle?? Un peuple inconnu fonde une 38 Ilion dont les ruines trouvées de 7 à 5 mètres sont celles d’habitations en pierres reliées par de l’argile.
- Dixième siècle?? Une autre peuplade inconnue fonde une 40 Uion dont les ruines, trouvées de 5 54 mètres, sont celles de maisons de bois, incendiées par les Grecs-Lydiens.
- Fin du huitième siècle : Les Lydiens fondent la 5e Ilion, dont les ruines en pierres reliées à la chaux sont retrouvées de 4 à 2 mètres de profondeur.
- Fin du quatrième siècle avant l’ère vulgaire à la moitié du quatrième siècle après notre ère : Lysimaque fonde la 6e Ilion, ville gréco-romaine, détruite par Constance II, et dont les ruines sont retrouvées de 2 mètres de profondeur à la surface.
- ^ Ce fait capital de l’existence du bronze dans la 20 Ilion fait disparaître les dernières difficultés. Il était bien extraordinaire que, sep't siècles après la guerre de Troie, Homère eût pu donner une description aussi minutieusement exacte des objets mis au jour par M. Schliemann; l’incendie rapproché jusqu’en 1316, si Homère ne se trouve pas encore tout à fait le contemporain des événements qu’il a chantés, du moins appartient-il à la même époque générale, comme M. Gladstone l’établit également.
- Le docteur Schliemann, M. E. Burnouf, et, d’après eux, M. Joly dans La Nature, ont attiré vivement l’attention sur les croix et autres signes gravés sur des objets en poterie extraits des ruines de Troie, et ont voulu en conclure à l’existence des mythes religieux analogues à ceux de l’Inde. Comme M. du Camp le dit excellemment, depuis que la croix est devenue le symbole du christianisme on accorde une importance trop considérable à des traits qui n’étaient, selon toute probabilité, que de simples ornements ; et d’un dessin primitif en quelque sorte instinctif, l’imagination a fait seule un emblème sacré.
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- LA NATURE.
- Il y a bien longtemps que nous avons adopté personnellement les mêmes idées, et lorsque les archéologues discutaient sur le sens caché des spirales dont le dolmen de Gavr-Iniz est orné, nous avons dit que leurs hypothèses nous semblaient tout aussi raisonnables que celles que l’on pourrait faire dans quelques milliers d’années pour découvrir et expliquer la signification symbolique des vermicelles dont les murs du Louvre sont enjolivés.
- Le témoignage de M. Maxime du Camp, qui a deux fois visité la Troade, est d’une haute valeur en faveur de la réalité de l’assimilation des ruines récemment découvertes avec la Pergame homérique, et c’est avec la plus spirituelle ironie que l’encyclopédiste voyageur plaisante les savants de cabinet qui tranchent les questions à leur table de travail : « On peut être certain qu’une nouvelle théorie se formulera bientôt, et que l’on nous prouvera que Y Iliade
- entière est extraite du Ramayâna. Agamennon deviendra Rama et la Mysie sera l’ile de Ceylan. Cette hypothèse peut se soutenir et s’appuyer sur des arguments assez spécieux pour faire son chemin parmi les illettrés. »
- Charles Boissay.
- TÉLÉGRAPHIE MILITAIRE
- SYSTÈMES DE M. TROUVÉ.
- Le système de télégraphie militaire inventé par M. Trouvé mérite d’attirer l’attention pour deux raisons : d’ùne part il réalise un ensemble complet se suffisant à lui-même, et suffisant dans un très-
- grand nombre de cas, et d’autre part il a déjà été adopté par plus d’une armée européenne, c’est-à-dire que ce n’est plus une chose nouvelle recommandée seulement par l’inventeur, mais une combinaison qui a été dès à présent appréciée par des hommes compétents.
- L ensemble se compose d’un câble à deux fils destiné à réunir deux stations, et, pour chaque station, d’une pile et d’un appareil de correspondance. La figure 1 réprésente la ligne et les deux stations, ou, pour parler un langage moins technique, les deux correspondants. L’officier qu’on voit à droite a choisi son point d’observation. Il porte en bandoulière une pile qu’on voit à son côté et un appareil télégraphique, gros comme une montre, qu’il peut mettre dans sa poche ou accrocher à son épaulette dans les intervalles de la correspondance.
- Le soldat qu’on voit s’éloignant à gauche porte
- sur le dos un crochet, analogue à ceux dont se servent les commissionnaires à Paris ; sur ce crochet on voit d’abord, à la partie supérieure, une grosse bobine sur laquelle est enroulé le câble, et ensuite à la partie inférieure, la pile ; il a en outre le petit appareil télégraphique, qui est, au moment considéré, accroché en haut et à gauche du crochet.
- A mesure que le soldat marche en avant, le câble se déroule derrière lui sur le sol, et la bobine tourne sur son axe; le moment venu de correspondre, il décrochera le petit appareil télégraphique, et, le prenant à la main, commencera l’envoi ou la réception des dépêches qui se présenteront. Cette correspondance pourra avoir lieu sans même qu’il arrête sa marche et sans que tout le câble soit déroulé ; il y a un kilomètre de câble sur la bobine, on sera donc obligé de s’arrêter après avoir parcouru mille mètres, mais on pourra aussi bien correspondre à
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- LA NATUItE.
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- une distance moindre, à 500 mètres, par exemple, parce que la communication a toujours lieu au travers du câble entier, qu’il soit enroulé sur la bobine ou déroulé sur le sol.
- Le câble est à deux conducteurs isolés; chacun d’eux est recouvert de gutta percha, et tous deux ensemble sont réunis sous une enveloppe de ruban caoutchouté ; avec cette protection, il peut être étendu sur un sol sec ou humide, il peut même être exposé à la pluie ou traverser un ruisseau sans que la communication en soit troublée. Nous ferons remarquer ici, par parenthèse, que, vu le peu de résistance électrique de la ligne, une petite perte serait de peu de conséquence.
- Les deux conducteurs sont attachés à la pile de l’officier stationnaire avant la séparation des deux télégraphistes ; des boutons spéciaux, désignés par des lettres, ne laissent place à aucune erreur.
- Avant de se quitter, ils vérifieront leurs appareils en transmettant dans les deux sens une courte phrase. Après avoir repris sa position , le télégraphiste mobile en avisera son correspondant par l’envoi du mot d’ordre, et l’échange de dépêches pourra commencer.
- Le soldat porteur du crochet recherche les sentiers inaccessibles aux voitures ; s’il a une route à traverser, il choisit de préférence un endroit où des arbres lui permettent de monter le fil à une hauteur suffisante pour laisser passer par-dessous les voitures et les canons, car on comprend, de reste, que, si ce fil était étendu au travers du chemin, il courrait chance d’être écrasé et coupé par les roues qui passeraient dessus. A vrai dire, pour ce cas et d’autres analogues, il faudra adjoindre au télégraphiste un compagnon chargé d’enlever le câble sur les branches des arbres et de divers soins de ce genre. D’ailleurs, le moment venu de cesser la communication, le
- Fig. 2. — Système de télégraphie militaire de M. Trouvé. La bobine et la pile.
- télégraphiste reçoit l’ordre de revenir à son point de départ, et là encore un compagnon lui est nécessaire pour enrouler le câble sur la bobine ; l’aide se sert alors d’une manivelle qui s’emmanche sur le bout de droite de l’axe de la bobine (fig. 2) ; il la tourne et enroule le fil pendant que le porteur marche au petit pas pour faciliter l’opération.
- Nous avons montré ici deux télégraphistes, l’un stationnaire, l’autre mobile, séparés par une distance maximum de mille mètres. Mais le second peut être accompagné d’un troisième, porteur d’un crochet et d’une bobine identiques ; quand l’un des porteurs aura épuisé son câble, le second commencera à dérouler le sien, non sans avoir établi la liaison entre les deux câbles, au moyen de petits mousquetons très - ingénieusement combinés. Il sera donc possible d’établir la correspondance entre deux points distants de deux ou plusieurs kilomètres, sans rien changer au système.
- Pour faire comprendre toute l’utilité de cet ensemble si simple, il faut insister sur ce point que, dans un cas de grande urgence, une ligne de un kilomètre peut être établie sur un terrain découvert, en dix minutes, c’est-à-dire dans le temps nécessaire pour parcourir à pied cette distance.
- On aura remarqué dans ce qui précède que nous avons parlé d’un câble à deux fils , tandis que le télégraphe ordinaire n’emploie qu’un seul fil et se sert de la terre pour suppléer au fil de retour. En y réfléchissant, on verra que cette télégraphie volante ne peut pas fonctionner dans les conditions ordinaires ; l’établissement d’une bonne perte à la terre est en effet indispensable à chaque station ; or les télégraphistes militaires ne peuvent pas toujours choisir un terrain convenable à cette communication avec la terre qui d’ailleurs ne peut que oien rarement être
- Fig. 3. — Le parleur, représenté en demi-grandeur.
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- LA NATURE.
- établie d’une manière instantanée. Dans les plaines de sable brûlées par le soleil, en Algérie par exemple, on n’arriverait pas à établir un ül de terre ; dans une plaine gelée à plusieurs pieds d’épaisseur, comme ont été nos campagnes pendant une notable partie du temps qu’a duré la dernière guerre, on n’y arriverait pas davantage. Ces raisons ont déterminé M. Trouvé à employer deux conducteurs et à s’écarter des habitudes du service télégraphique ordinaire ; et nous sommes convaincu qu’il a eu raison, sans vouloir dire que la télégraphie militaire doive dans tous les cas procéder ainsi.
- Si on avait à employer le télégraphe Trouvé à de grandes distances, il serait à propos de faire usage des deux conducteurs comme d’un seul, ce qui réduirait de moitié la résistance de la ligne, et d’employer la terre pour le retour.
- Nous nous sommes étendu assez longuement sur la ligne télégraphique proprement dite, qui est la partie la plus essentielle d’un télégraphe électrique ; les appareils de correspondance n’en sont réellement que l’accessoire : ils peuvent d’ailleurs être combinés de bien des façons, et M. Trouvé en a proposé deux concurremment ; l’un est un télégraphe à cadran très analogue au télégraphe Bréguet ; l’autre est un appareil du système Morse à lecture au son, ce que nous appelons en langage technique un Parleur. Nous ne décrirons pour le moment que le dernier.
- PARLEUR DE TROUVÉ
- L’appareil de correspondance dit Parleur de Trouvé est représenté en demi-grandeur par la figure 5. Il a la dimension d’une grosse montre et peut être porté dans un gousset. La boîte est en métal ; on la fait habituellement en laiton nickelé à la pile. On a figuré l’instrument avec l’un des fonds enlevé pour laisser voir le mécanisme, qui est d’ailleurs très simple. Un électro-aimant en est le principal organe ; son armature, placée au-dessous a un mouvement peu étendu, autour d’un axe placé du côté du spectateur ; cette armature vient par un petit appendice frapper un bouton monté sur le fond de la boîte qui est eu arrière. Ces petits coups font un bruit suffisant avec une pile convenable pour permettre facilement la lecture, sans même qu’il soit nécessaire de mettre l’appareil près de l’oreille ; on comprend que la boîte du Parleur sert de caisse de résonnance et contribue notablement à la netteté de la perception.
- Le manipulateur, ou clef Morse est placé à l’extérieur de la boîte ; c’est un petit levier qui pivote autour d’un axe et dont l’extrémité est relevée; la manipulation peut se faire avec le bout de l’index de la main droite, la boîte étant tenue dans la main gauche.
- Précédemment, M. Trouvé avait réalisé une autre disposition encore plus compacte ; la manipulation se faisait par un bouton placé dans l’anneau de la bélière, comme est le bouton de remontoir dans les
- montres qui se remontent sans clef. 11 n’est pas impossible qu’on revienne à cette forme, qui offre moins de prise aux accidents.
- Trois fils conducteurs isolés sont attachés à l’appareil et servent à le relier à la pile et aux deux lignes. Ces conducteurs sont formés chacun de plusieurs fils de cuivre très fins, tressés, ce qui donne une souplesse extrême à l’ensemble ; ils sont recouverts chacun de soie d’une couleur spéciale; d’ailleurs le petit crochet qui les termine est numéroté ; et ces numéros correspondent à ceux des boutons de la caisse à pile auxquels ils doivent êlre attachés, de telle sorte que malgré la bâte fiévreuse avec laquelle toutes ces liaisons peuvent être faites quelquefois, il ne paraît pas possible de commettre d’erreur.
- U nous reste à parler de la pile elle-même, qui n’est pas la partie la moins heureuse de l’ensemble et qui présente des avantages tout à fait incontestables. Nous consacrerons à ce sujet un prochain article ; mais dès à présent le lecteur a vu le caractère capital du lélé-praphe militaire de M. Trouvé, qui est la réunion de toutes ses parties (câbles, pile, manipulation, récepteur, avertisseur) sur le dos d’un homme, tout cet ensemble étant comparable à un sac de soldai et d’un moindre poids. Alf. Niaudet.
- RÉUNION DES DÉLÉGUÉS
- DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS A LA SORBONNE (AVRIL 1876).
- (Suite.— Voy. p. 362 et 379.)
- SUIENCEJîî NATURELLES ET MEDICALES .
- Reptiles et Batraciens de l'Ouest de la France. — Ces animaux ont été étudiés par M. F. Lataste, de la Société linnéenne de Bordeaux, aux environs de Paris et dans la Gironde1. La difficulté de leur faune consiste surtout pour les batraciens urodèles, dans les variations causées par le sexe, le séjour, la saison et d’autres conditions indéterminées. L’auteur pense être le premier à avoir signalé, dans les Sauriens, pour la faune de l’Ouest, le lézard vivipare. Les Batraciens ont principalement appelé son attention. Les Urodèles de son catalogue étaient déjà tous connus. Seulement le Triton alpestre passait pour rare On ne pouvait se le procurer qu’à prix d’argent, et la ménagerie du Muséum le recevait de Nantes. Or dans une seule excursion, M. Lataste recueillait 107 individus de cette espèce. Quant aux Anoures, il est le premier à signaler la Rana agilis dans la Gironde, où elle est fort commune ; on l’avait jusqu'à présent confondue avec Rana fnsea, Rœsel. Les Hylaviridis, Alytes obstelricans, Pelodytes punctatus passaient pour fort rares. Ils sont au contraire très-communs, et il a désigné des localités où on peut les trouver en abondance. Son catalogue raisonné indique avec précision l’époque d’accouplement de tous nos Anoures, renseignement utile au collectionneur qui veut profiter de ce moment pour faire ample provision
- 1 F. Lataste,Essai d’une faune herpélologique de la Gironde,• actes Soc. linn. de Bordeaux, t. XXX.
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- des deux sexes d’une espèce, et au zoologiste désireux ' d’étudier la reproduction et le développement de ces animaux.
- Sur les Echinides fossiles. — M. Cotteau expose les résultats de ses recherches sur les Echinides (vulgairement Oursins) tertiaires des possessions suédoises aux Antilles, les îles Anguilla et Saint-Barthélemy. Trente-trois espèces appartenant aux terrains éocène et miocène ont été décrites et figurées par l’auteur, dans un mémoire qui paraîtra très-prochainement dans les Actes de l’Académie de Stockholm. Aucune de ces espèces n’existe actuellement dans les mers des Antilles. Les espèces miocènes considérées dans leur ensemble offrent de grands rapports avec les Echinides rencontrés dans les terrains miocènes d’Europe, et démontrent que, si les mers de cette époque ne communiquaient pas ensemble, du moins les animaux qui y vivaient se développaient dans des conditions climatériques à peu près identiques. A l’époque éocène il n’en était pas de même ; les différences entre les Echinides éocènes des Antilles et ceux d’Europe sont beaucoup plus grandes. Si des genres sont identiques, il en est d’autres tout h fait dislincts et spéciaux à la région des Antilles.
- Dans un autre travail, M. Cotteau étudie les Echinides et fossiles du département de l’Yonne. Sur douze espèces de l’étage turonien, six sont spéciales à l’Yonne, et il en est six qui se retrouvent dans F étage sénonien. Un Uohisfer très-intéressant est celui dont M. Cotteau a été conduit à faire une espèce nouvelle, sous le nom de Yonnensis.
- Asymétrie des lobes cérébraux antérieurs. — L’inspection d’un grand nombre d’encéphales humains fait voir que le lobe antérieur gauche est un peu plus fort que le droit. Un autre fait d’expérience également reconnu c’est que le bras droit est un peu plus robuste que le gauche, et de là ce fait naturel que nous avons plus de tendance à nous en servir que de son congénère, que nous sommes naturellement droitiers. Ces deux faits se rattachent l’un à l’autre, et M. le docteur de Fleury, professseur à l’école de médecine de Bordeaux, a entrepris de démontrer, par des mesures prises sur un grand nombre de sujets, qu’ils sont en rapport avec une irrigation sanguine inégale de chaque côté chez l’adulte. Le tronc brachio-céphalique, qui n’existe qu’à droite sur la crosse aortique, produit d’abord, par une différence d’ajutage, une inégalité dans les ondées de sang rouge qui vont à droite et à gauche. En outre les diamètres des sous-clavières droite et gauche sont différents, celui de la droite notablement plus fort. Il y a peu de différence entre ceux des deux carotides primitives, le diamètre de la gauche est un peu plus grand. L’hémisphère gauche, un peu plus richement hematosé que le droit, est un peu plus fort, et comme, par l’entrecroisement des fibres nerveuses, il commande au côté droit du corps, cela amène le fait des droitiers naturels, concurremment avec le plus grand afflux du sang au bras droit par la sous-clavière. Nous sommes donc droitiers par ce double fait de la sous-clavière droite plus large et du lobe gauche antérieur du cerveau plus fort. M. de Fleury a recherché si des causes anatomiques analogues se rencontrent chez les divers mammifères et a examiné sous ce rapport toute la série. Il a constaté que les chimpanzés, les phoques, les castors, artérialisésà la façon de l’homme, sont aussi des animaux très-adroits et intelligents.
- Terminaison des nerfs dans les organes électriques des torpilles. — D’après M. le Dr Rouget, professeur à la faculté de médecine de Montpellier, c’est l’appareil nerveux lui-même qui constitue la production électrique par
- sa terminaison. M. Ranvier a contesté les résultats annoncés par Kôlliker, Max Schultze, etc., mais M. Rouget admet comme eux qu’il n’y a dans l’appareil électrique des torpilles qu’un réseau nerveux soutenu par du tissu conjonctif, et l’expansion nerveuse seule est l’agent électrogène. On trouve des réseaux analogues dans les centres nerveux, ainsi dans le cervelet. Pour faire ressortir ces réseaux il faut en faire une préparation au nitrate d’argent, puis à la glycérine, et enfin une exposition à la lumière diffuse. Le développement de l’électricité dans ce réseau nerveux est un exemple de transformation du mouvement propre des nerfs en force vive ; tout se comporte, au reste, dans l’appareil électrique comme dans un muscle, sans qu’il y ait d’autre tissu spécial que le tissu nerveux.
- Algues d’eau douce parasites. — Le doyen de la faculté des sciences de Rennes, M. Sirodot, a reconnu deux végétations tout à fait différentes, une d’été, une d’hiver, sur le Chantransia ? investiens, Kutzing ; c’est une plante parasite de différentes espèces de Batrachospermes. Le prothallc asexué pendant l’hiver, émet des organes de multiplication, des sporules, qui se fixent sur les Batrachospermes des ruisseaux. Us produisent une végétation qui est l’individu sexué d’été, remarquable par l’absence de système radiculaire, comme les Cuscutes, fléau des Luzernes. Toutes les parties de l’algue portent également les organes de la fécondation, anthéridies et trichogynes.
- Lichens du département de la Marne. — Les Lichens sont des végétaux cryptogames regardés aujourd’hui, d’après une importante découverte botanique moderne, comme parasites des algues. M. Brisson a cherché surtout à les séparer des Champignons et en a catalogué environ trois cents espèces. Plusieurs sont nouvelles pour la flore française et trois pour la flore universelle ; ainsi le Verrucaria rivulicola découvert sur les pierres de craie tendre, à 50 centimètres de profondeur sous l’eau, dans le ruisseau delà Somme-Soude, à Lenharrée (arrondissement d’Epernay), à six kilomètres de la source. C’est un exemple prouvant que ces plantes, qui vivent ordinairement à l’air libre, peuvent aussi exister sous l’eau ; toutefois il est probable qu’elles se développent et se reproduisent dans les quelques jours où le ruisseau se dessèche chaque année. Le travail de M. Brisson a pour but de vulgariser l’étude peu avancée en France des Lichens.
- Classification et nomenclature des Fonginées. — Dans son travail sur les Champignons, M. le Dr Quélet cherche à apporter des simplifications à la classification des espèces fongines par des changements dans les organes dont se servent en général les botanistes à cet effet. Il essaye de démontrer : 1° la nécessité de modifier et de corriger les caractères servant de base à la classification ; 2° de diminuer les groupes tirés des caractères subtils, comme la déhiscence du stipe, la décurrence dos lamelles, la courbure de la marge, la coloration des spores, surtout des spores brunes, purpurines et noires ; 5° l’inconvénient des noms multiples et des variétés, formes et accidents élevés au rang d’espèces, ce qui cause l’encombrement des ouvrages descriptifs. Il propose de recourir surtout à l’étude de la spore (forme et structure) pour la distinction des groupes, étude qu’il regarde comme insuffisante pour distinguer les espèces affines. Il fait appel aux naturalistes pour qu’ils veuillent bien se communiquer par échange les espèces vivantes de champignons, accompagnées de descriptions et de figures coloriées, afin de revenir à une saine méthode conforme à l’histoire naturelle.
- Phénomènes géologiques qui se produisent depuis des siècles, sans discontinuité, sur le littoral des départements
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- de la Vendée et de la Charente-Inférieure. — D’après M. Delfortrie, de la Société linnéenne de Bordeaux, il y a affaissement graduel des côtes de ces départements, et de même à Saint-Jean-de-Luz, en Normandie et en Bretagne. Cela se reconnaît d’après les débris soit préhistoriques, soit gallo-romains enfouis sous la mer ou sous les marais littoraux actuels et sur lesquels se sont parfois formés des bancs d’huîtres. Une petite cité existait au quatorzième siècle sur la côte de la Gironde et a été depuis presqu’entièrement recouverte par les eaux. La tour de Cordouan est plus basse aujourd’hui que lors de sa construction. Le plateau environnant s’est fort rétréci ; autrefois on y pouvait loger deux cents hommes dans des bâtiments, et maintenant la mer haute bat le pied de la tour. Arcachon offre aussi la preuve d’un affaissement très-lent. Il est probable qu’un exhaussement succédera plus tard à cette graduelle dépression.
- M. Delesse, prenant la parole, déclare qu’il croit le phénomène plus complexe. Il y a surtout, dit-il, des destructions par les vagues, ainsi la mer enlève chaque année une portion de la côte des Landes. L’embouchure de la Charente s’obstrue peu à peu par les sables qui proviennent de ces érosions, ainsi que les ports de Rochefort et de la Rochelle. M. Delesse admet plutôt une sape marine qu’un affaissement général, car il y a des relèvements sur des points voisins des parties enfoncées.
- Géologie du Tam-et-Garonne. — M. Rey-Lescure, de Montauban, a présenté à la réunion une carte géologique dressée par lui du département du Tarn-et-Garonne. Il a particulièrement insisté sur la place intéressante occupée par le lias et par un terrain pisolithique, très probablement lacustre, sur les bords de la vallée de la Vère, près de Bruniquel, (canton de Monclar), ces terrains ayant été de sa part l’objet d’une étude spéciale.
- Sur l'encombrement charbonneux des houilleurs. — Les mines de houille du bassin de Saint-Etienne sont sèches, les galeries remplies d’une poussière très fine, impalpable, en suspension dans l’air, pénétrant dans les poumons des houilleurs et s’y accumulant, par un phénomène que le Dr. Riembault, médecin de l’Ilôtel-Dieu de Saint-Étienne, a nommé encombrement charbonneux des poumons. Au bout de cinq ans consécutifs de travail la couleur des puumons commence à s’altérer, au bout de douze ans la couleur normale est méconnaissable, et, après vingt ans, tout leur tissu a acquis la couleur noire du charbon.
- Là est la limite de la tolérance, car, au-delà, l’irritation due à la présence d’un corps étranger se manifeste, l’acte respiratoire est gêné, les sujets sont essoufflés et présentent les désordres de l’emphysème et du catharrhe pulmonaire. Le mal peut rester stationnaire, mais ne rétrograde jamais, le charbon étant emmagasiné pour toujours. Il se distribue régulièrent dans toutes les parties du poumon.
- Jamais l’encombrement charbonneux ne produit la phtisie ; il en est peut-être le préservatif. Sur 106 autopsies de mineurs encombrés, 5 seulement étaient tuberculeux, et jeunes en même temps,par conséquent phtisiques en raison de l’hérédité et non par le charbon. 11 n’y a pas de moyen curatif de cet encombrement pulmonaire. Des tranches de poumons noircies ont été malaxées et lessivées dans l’alcool, l’éther, la solution aqueuse de potasse, même avec ébullition, et elles sont restées aussi noires qu’avant. Il ne reste à employer qu’un moyen préventif, l’arrosage des galeries abattant la poussière du charbon, qui est hygrométrique.
- Une très intéressante série de préparations, naturelles et reproduites par la photographie, accompagnait la communication de M. le Dr Riembault. C’étaient des tranches de
- poumons en gamme chromatique, depuis la couleur rosée avec quelques filets noirs jusqu’au noir total, opaque et profond ; il y avait une analogie avec des rondelles de truffe à divers degrés de maturité. (Voy. fig. p. 597.) On voit donc combien il est juste d’assurer à la pénible profession des mineurs un salaire élevé, et de garantir la subsistance à leur vieillesse anticipée, au moyen des caisses de secours et de retraite, puisqu’ils ne peuvent plus vivre, de leur travail au bout de vingt ans de séjour dans la mine; l’arrosage des galeries au moyen d’eau pulvérisée, bien facile à obtenir avec les forces motrices perdues de l’exploitation, doit devenir pour les compagnies une mesure obligatoire.
- Phénomènes qui accompagnent le développement de l'inflammation. — M. le Dr Picot, professeur à l’école de médecine de Tours, a étudié les accidents inflammatoires provoqués sur le péritoine de jeunes chats. lia constaté: 1" arrêt de la circulation là où se fait l’inflammation ; 2“ augmentation considérable de l’activité circulatoire dans le voisinage. En outre des altérations se manifestent dans les cellules desjpoints enflammés, par destruction des éléments normaux de ces cellules aux places del’arrêt de circulation. L’inflammation est un processus morbide avec anémie, avec désorganisation du tissu normal quand elle se termine par suppuration ou nécrose ; au contraire il y a hypérémie et production de nouveaux éléments dans le cas où elle amène la cicatrisation.
- Sur le climat d’Ajaccio, (Corse). — Les praticiens ont reconnu que pour juger de l’influence heureuse d’un climat au point de vue sanitaire, il faut tenir compte d’éléments variés, afin d’arriver à comprendre rationnellement cette science queM. leDr de Piétra-Santa a nommé climato-thè-rapie. L’étude de la climatologie est à ce point de vue la description des influences physiologiques exercées par les agents répandus dans l’atmosphère.
- En appliquant les principes de cette science aux conditions remplies par la ville d’Ajaccio, M. de Piétra Santa arrive à conclure que cette ville réunit les conditions des meilleures stations d’hiver de la France méridionale, et se classe dans les zones maritimes où l’air est tonique, sec et stimulant. Elle jouit d’une grande uniformité dans la répartition des températures. Les variations des saisons sont graduelles, les vicissitudes atmosphériques peu marquées, les oscillations de la colonne barométrique limitées dans les mouvements diurnes et mensuels. Le climat d’Ajaccio est intermédiaire entre celui des côtes de Provence et du littoral Méditerranéen et le climat d’Alger ; la moyenne annuelle delà température est 17°,55, et celle]de la saison d’hiver 14°.
- Les observations cliniques sont en rapport avec ces données et constatent une émigration des valétudinaires en progression croissante.
- Les écoles publiques et l'hygiène de la vue — Les réformes heureuses et prochaines que le gouvernement va apporter à l’enseignement populaire donnent un grand intérêt au sujet traité par M. leDr Gayat, de Lyon. L’auteur a fait porter ses observations sur plus de 420 000 élèves, répartis dans 300 écoles environ :
- 1° Il démontre par des statistiques que la myopie dite scolaire, dont on connaît les inconvénients, obéit à la loi du développement progressif, aussi bien dans les écoles primaires, où Szokalski l’avait niée, que dans les lycées et autres établissements d’instruction secondaire.
- 2° Il recommande de ne pas négliger l’étude de l’hypermétropie, défaut opposé à la myopie, fréquent chez les enfants dont il occasionne le strabisme, et qui rend difficile
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- leur application à la lecture et à l’écriture ; 3e II insiste sur les dangers de contagions pour les écoles, de certaines inflammations de l’oeil et des paupières. En France on a méconnu jusqu’à ce jour ce point d’hygiène, mais les deux missions que l’auteur vient de remplir pour le compte du ministère de l’instruction publique lui ont révélé des faits tellement nombreux et inquiétants, qu’il y a lieu de s’en occuper à l’avenir (voy. Comptes rendus Acad, des Sci., séance du 7 janvier 1876). L’auteur termine par l’exposé détaillé des précautions hygiéniques qu’il faut opposer ’a ces trois affections de l’organe de la vue chez les écoliers. Il réclame une grande aération des écoles et l’éclairage d’un seul côté, comme dans les ateliers des peintres, une bonne position de l’enfant lisant ou écrivant, la suppression des tables en fer à cheval, le gaz avec réflecteur substitué aux lampes à flammes vacillantes, le repos fréquent des yeux de l’élève par la variation des exercices, des intercalations de chant et de marche, etc.
- Cas singuliers de médecine légale. — Un jeune homme du département de la Lozère disparut lors de nos récentes inondations. On trouva les fragments de sa veste, et, à un autre endroit, le pantalon boutonné avec la ceinture bouclée;
- enfin quinze jours après le corps de ce malheureux fut rencontré sans vêtement à 40 kilomètres de là. M. le Dr Jaunies, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, consulté par le parquet dans la prévision d’un crime, a pu expliquer par les phénomènes cadavériques cette singulière séparation du corps et des vêtements.
- Établissement des sanatoria dans les Pyrénées — Le traitement de la phtisie pulmonaire par les altitudes préoccupe beaucoup le monde médical. Un médecin de Pau, M. le Dr Casenave de la Roche, consacre la première partie du travail soumis à la réunion, à des considérations générales sur ce traitement, qui convient par la forme torpide de la phtisie pulmonaire, celle des lymphatiques ou améniques, tandis que la forme éréthique ou nerveuse est contraire à ce traitement, qui amène alors des hémoptysies et hâte le travail de désorganisation. Passant ensuite à la partie pratique, et à l’exemple des stations alpines déjà célèbres *, l’auteur propose l’établissement de sanatoria analogues sur les hauts plateaux des Pyçénées, qui sont, par leurs pentes, beaucoup plus accessibles que ceux des Alpes, et offrent de bien plus grandes ressources alimentaires pour la création d’établissements hospitaliers. Il re-
- Àspect de tranches de poumons de mineurs ayant travaillé dans les mines : 5 ans, 11 ans, 16 ans, 20 ans, 50 ans et 40 ans. (D’après une photographie présentée à la Réunion des Sociétés savantes par M. le Dr Riembault.)
- commande surtout, comme merveilleusement disposé à cet égard, le village de Goutz, dans la vallée d’Ossau, à 995 mètres d’altitude. Un auteur du dix-septième siècle s’exprime ainsi sur ce village : n Goutz ne serait rien moins qu’un vrai paradis. L’air y est si pur, on y respire un calme si grand, que l’Éden uniquement planté pour l’homme innocent ne saurait lui être comparé. » Ce village offrirait en outre la facilité matérielle d’une cure de petit lait, en raison des nombreuses fromageries de Goutz, seule industrie de cette peuplade de bergers, qui fournirait amplement aux exigences de la cure diététique.
- La même vallée présenterait encore le village de Gabos, à 1052 mètres, les plateaux de Broussette; de Bious, Bious-Artigues, aux altitudes de 1300 à 1600 mètres. L’auteur termine en disant qu’au dehors de la vallée d’Ossau il y a encore des localités convenables dans les autres vallées des Pyrénées, sur les rampes des pics du Ger, d’Ossau, de Yigneinale, du mont Perdu.
- A l’occasion de cette communication M. le Br de Pietra-Santa s’est déclaré trés-opposé à ces conclusions. Selon lui les vrais sanatoria doivent avoir de 3000 à 4U00 mètres d’altitude, comme on en trouve dans les Andes. Alors en effet l’air est tonique, tandis qu’aux altitudes de 1000 mètres environ l’air est sédatif et humide, et par suite les conditions respiratoires entièrement différentes.
- Plantes insectivores françaises. — Les plantes qui
- mangent de la viande sont aujourd’hui à la mode, après les curieux travaux de MM. Heckel et Morren et surtout du célèbre savant, M. Darwin. Il est encore permis de se demander toutefois s’il y a bien exactement une véritable digestion. Peut-être les sécrétions glandulaires des pièges à insectes tiennent-elles à une irritation mécanique seulement. M. Milne-Edwards a demandé, avec beaucoup de raison, d’essayer des digestions artificielles avec les liquides de ces glandes végétales. La découverte d’organes pareils sur des plantes qui ne sont nullement insectivores, et aussi en dehors des pièges sur les plantes insectivores, est le fait important des observations communiquées à la réunion par M. Duval-Jouve, qui a étudié des plantes insectivores aquatiques croissant naturellement dans les eaux douces des environs de Montpellier.
- Ce botaniste a fait porter ses observations sur YAldro-vandia vesiculosa et U Ulricularia vulgaris.
- Toutes deux sont des plantes flottantes à la surface de l’eau et dépourvues de racines ; à l’automne les feuilles terminales de leurs tiges se rapprochent et constituent une masse très-dense qui tombe sur la vase et y passe l’hiver à l’abri des gelées. Ces feuilles d’hiver diffèrent des autres en ce qu’elles sont dépourvues de tout appareil de capture, ainsi que de lacunes à air. Les premières feuilles qui au
- 1 Voy. les Cures d'air, journal la Nature, n® 145, p. 234.
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- printemps se développent sur Y Utricularia vulgaris sont encore privées d’ascidies, et ont des divisions, non plus filiformes, mais larges ; les ascidies se montrent ensuite par degrés au fond des sinus des divisions, et leur développement montre très-bien qu’elles ne sont pas de nature axile, comme quelques botanistes l’avaient cru.
- Le fait de la capture de petits animaux aquatiques par le limbe-piége de VAldrovandia, et dans les ascidies de VUtricularia, est reconnu par tout le monde, et M. Duval-Jouve affirme avoir constamment trouvé des traces d’insectes aquatiques surtout dans ces singuliers organes. Que ces êtres capturés soient décomposés par un liquide sécrété est un second point sur lequel on s’accorde encore assez ; mais on est loin de s’entendre de même sur le phénomène de l’absorption, lequel constituerait la vraie carnivorité.
- Le limbe-piége de V Aldrovandia consiste en deux valves concaves, s’ouvrant et se fermant sur une nervure médiane représentant une charnière. Sur cette nervure sont de larges expansions filiformes que M. Ch. Darwin considère comme organes de sensibilité, déterminant, au plus léger contact d’un corps étranger, le rapprochement des valves ; contre cette nervure et sur une région plus épaisse que le reste, se voient de petites exodermies capitées, considérées par M. Darwin comme les organes sécrétant d'abord le liquide digestif, absorbant ensuite les produits de la décomposition digestive ; enfin vers le bord replié en dedans et armé de dents marginales se trouvent d’autres exodermies nommées par l’illustre observateur anglais processus quadrifides (quadrifid process) et auxquelles il attribue la fonction d’absorber les matières excréçientitielles des proies capturées et digérées ou le résultat de la putréfaction. Dans ces ascidies des Utricularia, ces derniers appareils sont si nombreux, qu’ils en tapissent la face interne, on y trouve aussi les autres petits appareils et enfin vers l’ouverture une sorte de soupape s’ouvrant du dehors en dedans, munie, comme la nervure de Y Aldrovandia, des expansions filiformes déterminant l’occlusion au moindre contact. M. Ed. Morren ne peut admettre l’opinion du naturaliste anglais sur la double fonction de sécrétion et d’absorption qui rempliraient successivement les exodermies capitées, et il pense que les grandes stomates dont sont pourvues les feuilles des Pinguicula doivent concourir à celte absorption. M. Duval-Jouve fait remarquer que Y Aldrovandia et Y Utricularia sont dépourvues de stomates et que sur ces plantes le rôle de ces organes est à éliminer ; il ajoute que les exodermies de la face interne des pièges des Aldrovandia et des Utricularia se retrouvent à la face externe, sur les divisions des feuilles, sur les pétioles, sur les tiges, et que de plus on rencontre ces mêmes appareils sur les feuilles de plantes qui ne sont nullement carnivores, ainsi des Callitriche, à la face inférieure des feuilles de plusieurs Nymphéacées, etc., et qu’en conséquence si ce sont des organes d’absorption, ce qui est à étudier, leur fonction a une toute autre étendue que celle qu’on leur attribuait et doit s’exercer sur les éléments dégagés dans le milieu où vivent ces plantes aquatiques.
- Sur un nouveau terrain des Pyrénées. — M. Leymeric, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, a signalé le terrain situé dans les Pyrénées, entre la craie de Maës-tricht et le terrain nummulitique, comme devant constituer un étage distinct, qu’il propose d’appeler terrain garumnien. Ce terrain est fossilifère dans ses couches inférieures, caractérisées surtout par la présence de cyrènes et de sphœrulites. M. Leymeric a retrouvé en Catalogne, dans la vallée de la Sègre, une bande de terrain rouge, ayant le faciès du garumnien, et il a pu y reconnaître à
- la partie inférieure la présence de cyrènes. On a, du reste, retrouvé le terrain garumnien sur tout le versant espagnol où il forme une bande parallèle à la direction des Pyrénées, et la séparation de ce nouvel étage est admise par les géologues d’Espagne. Maurice Girard.
- — La suite prochainement —
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 mai 1876. —Présidence de M. le vice-amiral PÂkis.
- La semaine a été féconde en travaux de tous genres, mais il n’en a été donné qu’une énumération rapide. Il s’agit aujourd’hui de discuter dans le comité secret, qui doit suivre la séance publique, les titres des candidats à la place vacante de M. Àndral. Le lecteur comprendra comment notre compte-rendu se trouve présenté d’une façon très-sommaire.
- Statistique. — D’après M. Charles Giraud, la population du Calvados décroît d’une manière continue depuis 40 ans. Dans toutes les communes les naissances sont moins nombreuses que les décès.
- Chaleur solaire. — Des considérations qu’on ne nous communique pas conduisent M. Marchand a affirmer que le solejl n’émet pas de chaleur. C’est la lumière solaire qui, au contact de l’atmosphère terrestre, donne lieu à des phénomènes chimiques et physiques d’où résulte l’effluve thermique. Attendons les raisons de l’auteur.
- Analyse lithologique. — Un très-volumineux travail est déposé sur le bureau, au nom de M. Fouqué, par le secrétaire perpétuel. Il s’agit de l’analyse lithologique des laves de Santorin. Ces laves, compactes d’aspect et d’un noir uniforme, se résolvent, pour qui sait les examiner, en minéraux distincts, parfaitement définis et qu’on peut rapporter à des espèces bien caractérisées. Le résultat le plus saillant consiste dans la présence simultanée dans les laves de Santorin de plusieurs feldspath différents.
- Astronomie. — Il parait que la petite planète n°162 est d’observation très-difficile. M. Ravet, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, en adresse les éphémé-rides afin d’en rendre l’examen plus commode.
- Impureté nouvelle de l'argent. — Depuis quelques années on remarque à la Monnaie que certains lingo s d’argent donnent un métal cassant et tout parsemé de taches opaques. M. Debray annonce que ces taches sont constituées par du séléniure d’argent et que le sélénium est apporté par l’acide sulfurique employé lors de l’affinage. Le remède très-simple consiste à chauffer l’argent séléniuré dans une atmosphère oxydante.
- Phylloxéra. — Continuant les études dont nous avons déjà parlé, M. Boiteau, de Libourne, annonce que le phylloxéra issu des œufs d’hiver et qui mange d’abord sur les feuilles ne trouve pas sur les ceps français les conditions favorables à son développement. La feuille de ces vignes ne lui convenant pas, l’insecte, arrivé sur les rameaux, meurt le plus souvent ; quelque fois cependant il retourne à terre et cherche à se fixer sur les racines. Si l’on observe ce qui se passe sur les vignes américaines, on voit que les choses sont peu différentes. Dans ce cas le parasite détermine sur la feuille la formation de ces coques où il s’établit d’une manière si commode pour pondre. La conclusion est donc que la présence dans nos vignobles de plantes américaines peut être tout à fait funeste.
- Eau des lacs amers. — On sait qu’il existe au fond des lacs amers un puissant banc de sel gemme. Or, de ré-
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- cents sondages ont montré que ce banc s'est dissous spontanément sur lm,50 de profondeur depuis l’ouverture du canal. De plus l’eau du lac est moins salée qu’à l’origine.
- M. de Lesseps attribue ces résultats aux courants qui entraînent les eaux lourdes et salées du fond vers la mer rouge et amènent pour les remplacer les eaux plus fraîches de la Méditerranée. Il tire même de cette observation la conclusion que, lors de l’inondation des Chotts algériens ^suivant le projet de M. Roudaire, le même phénomène aura lieu et qu’on n’aura pas à lutter contre la concentration du sel par évaporation, ainsi qu’on a cru pouvoir le redouter par avance. Stanislas Meunier.
- LES ENGRAIS CHIMIQUES
- DE M. G. VILLE.
- Le second volume des Entretiens agricoles (4e édition) de M. G. Ville vient de paraître. Les opinions émises déjà par M. Ville sur l’emploi des engrais chimiques sont connus depuis plusieurs années et ont été l’objet, tour à tour, d’un accueil enthousiaste et de crilicpies assez vives. Nous n’avons pas le dessein d’ajouter quoi que ce soit à ces discussions soutenues de part et d’autres par des hommes d’un grand mérite. Le morcellement de la propriété, en entravant la pratique possible d’une culture bien réglée et rémunératrice pour le propriétaire a été cause d’un appel aux engrais artificiels ; pas de bétail ou pas assez de bétail, c’est-à-dire pas ou peu de fumier, or, pas de fumier, pas de récolte. Depuis Hésiode et Varron jusqu’à Olivier de Serres et Dom-basle, la litière des animaux a été le fond de toute culture. Le fumier faisant défaut, on a eu recours à la jachère, et l’usage des assolements ou cultures alternantes a fait disparaître la jachère. On est donc arrivé à ne jamais laisser la terre inactive, c’est-à-dire inoccupée ; le maximum de cette pratique de culture, qui prend quelquefois le nom de culture intensive, est en usage chez les maraîchers.
- En l’absence de fumier ou de matières analogues, la chimie s’est demandé si l’on ne pourrait pas restituer au sol les matériaux que la plante y avait puisés, à l’exception toutefois des matériaux carbonés, qui lui viennent ordinairement de l’atmosphère. Il s’agissait d’analyser un pied de froment, une betterave, une faucillée de luzerne et d’en constater la nature et la somme des éléments constitutifs. L’honneur de ces recherches est du tout d’abord à MM. Boussingault et Payen, bientôt suivis d’autres chimistes de talent. Mais on s’aperçut que les produits similaires : potasse, chaux, azote, etc., retrouvés dans les végétaux analysés n’avaient pas, quand on les restituait au sol, toute l’efficacité qu’on en attendait ; or il n’y avait qu’un moyen, procédé ingénieux pour avoir raison de l’inertie de certains produits, c’était de soumettre les terres à l’analyse, et c’est cette pratique d’investigation qui semble avoir guidé les chimistes agronomes qui ont le plus fait faire de progrès à l’agriculture dans ces derniers
- temps. Quand un sol est abondamment pourvu d’un sel utile à la végétation de telle plante, on n’augmente nullement le rendement en ajoutant à la terre ce même sel ; au contraire, son excès peut être nuisible. Comme on le voit, le système des engrais chimiques est basé sur ces données : approvisionner le sol des matériaux qui lui manquent le plus, en faisant des restrictions à l’égard de ceux qu’il contient en proportion suffisante. Mais on comprend combien * les résultats de pareilles cultures ont pu être variables, quand les recherches n’avaient pas atteint le degré de perfection qu elles ont aujourd’hui : le dosage des matières fertilisantes, la nature diverse des sols, enfin, point capital, le prix de revient des engrais. Ce sont ces considérations qui ont attiré l’attention de savants comme MM. Ville et Dehérain, dont les principales expériences, indépendamment des applications qui sont faites en grand depuis plusieurs années, ont été exécutées à la ferme de Vin-cennes et à l’école de Grignon.
- L’absence de fumier a, comme on sait, fait employer depuis longtemps des matières fertilisantes ac- ' tives; tels sont le guano, les tourteaux, les poudret-tes, et certaines font la fortune de leur pays; aussi l’usage en est fréquent dans les colonies qui ne peuvent songer à l’élevage, ni même à la conservation des bestiaux. Or à la Réunion, il y a quelques années, on était aux abois de ne pouvoir plus obtenir de belles cultures de cannes sans une énorme quantité de guano, engrais relativement cher, mais même avec le guano seul on épuisait promptement la terre si on n’y associait les débris des végétaux, des plantes en vert ; unelégumiiieuse est fréquemment employée à cet effet: après la récolte, on sème une sorte de haricot, qui bientôt germe et va couvrir d’un toit de verdure le champ exploité, et qui, par la putresœnee, aidera à la fertilisation du sol.
- Le fumier agit-il seulement comme engrais? C’est à lui seul que l’agriculture demandait autrefois ses produits, c’est lui qui, comme les autres débris végétaux, forme Yhumus, dont la présence est toujours favorable à la végétation. Il est bien certain que le fumier agit non pas seulement chimiquement, mais encore physiquement, en alégissant le sol et en le rendant perméable à l’air. Le dicton agricole : « Deux binages valent une fumure » n’est pas sans vérité ; aussi l’usage exclusif des engrais ne paraît maintenu par M. Ville que là où on ne peut pas l’associer à « des fumiers.dont on combinera l’emploi avec celui des engrais chimiques ». C’est probablement en ce point que s’arrêteront désormais les discussions qui divisaient les savants adonnés à ces recherches patientes.
- Dans son premier volume, M. Ville figure des produits de froment photographiés sur nature et qui, par l’engrais nommé complet: matière azotée, phosphate de chaux, potasse et chaux, atteignent le maximum de rendement, c’est-à-dire 46 liectol. de blé à l’hectare, tandis que la matière azotée seule ne fournit que 20 hectolitres. Si la matière azotée est suppri-
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- mée en laissant l’engrais minéral seul, le rendement n’est plus que de 16 hectol.; enfin, dans une terre sans engrais on n’a plus que 11 hectol.
- Appliquant ces expériences à la pomme de terre et à la vigne, dans son second volume, M. Ville signale les effets étonnants de la potasse sur les vé-
- gétaux. Sur la pomme de terre, son engrais complet lui donne 16 000 kilogr. à l’hectare, l’absence de matière azotée et celle du phosphate fournissent encore dans le premier cas 11 800 kilogr., et dans le second 14 900 kilogr.; mais la différence est sensible si la potasse disparaît, le chiffre tombe à 7250
- Engrais complet.
- Engrais sans potasse.
- Terre sans aucun engrais.
- Reproduction d’une photographie montrant l’influence des engrais chimiques sur la croissance de ceps de vignes, cultivés en pleine terre et remis en pots pour la circonstance.
- kilogr. La chaux ne paraît pas avoir d’effet marqué et, pour terme de comparaison, M. Ville donne le résultat d’une terre sans engrais aucun, c’est-à-dire 3500 kilogr. à l’hectare.
- Sur la vigne, l’influence de la potasse serait en-
- core plus évidente; l’engrais complet donnerait 12 000 kilogr. à l’hectare, soit 96 hectolitres de jus; sans azote 6200 kilogr. ou 50 hectol.; et sans phosphate 7300 kilogr. soit 58 hectol.; sans chaux 7800 kilogr. soit 62 hectol., enfin sans potasse,
- Echelle de 10 centimètres.
- Engrais complet. Pas de matière azotée. Pas de phosphate. Pas de potasse. Pas de chaux. Terre sans aucun
- 16,000k à l’hectare. 11,800* à l’hect. 14,900k à l’hect. 'Î,'2o0k à l’hect. 13,500“ à l’hect. engrais. 3,500k.
- Reproduction d’une photographie montrant l’influence des engrais chimiques sur le rendement d’un hectare de terre
- en pommes de terre.
- comme dans la terre sans engrais, la récolte est chiffrée 0.
- M. Ville affirme que la potasse étant dominante dans la pomme de terre, le défaut de cette base coïncide avec l’apparition de la maladie et que les végétaux qui en sont privés deviennent la proie des organismes inférieurs : champignons, pucerons, etc.
- Hamel avait autrefois avancé que l’invasion des maladies parasitaires et l’infection étaient en rapport avec l’état pathologique des végétaux, cela est vrai sous certains rapports ; mais vouloir admettre, comme on l’a fait dans diverses publications et tout
- récemment encore, que la potasse est un agent efficace pour la destruction du phylloxéra, est illusoire; les expériences tentées à plusieurs reprises, par M. Max. Cornu notamment, ont prouvé que l’on tuait la plante avant de tuer le phylloxéra. Jusqu’à présent c’est encore les sulfocarhonates dus à l’initiative de M. Dumas qui ont le plus de succès sur les vignes phylloxérées.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- PRODUCTION ARTIFICIELLE
- DES FORMES CRISTALLINES DE LA NEIGE.
- Les formes gracieuses et variées des flocons de neige ont depuis longtemps attiré l’attention des
- savants. Mais Scoresby, surtout, dans les régions polaires, en a fait l’objet de recherches complètes et il en a donné une centaine de figures exactes.
- Les nombreuses formes qu’affecte la neige sont ramenées par cet observateur aux ciuq principaux types suivants :
- Cristaux artificiels d’iodoforme, affectant les memes figures que les cristaux de neige. (D’après des dessins faits à la chambre claire.)
- 1° Petites lamelles minces, qui apparaissent tantôt comme des étoiles, tantôt comme de simples hexagones, tantôt comme des figures composées, à six côtés avec ou sans pointes ; 2° Formes qui ont des pointes branchues dans divers plans et un noyau plat
- ou sphérique au milieu; 5° Fines aiguilles ou prismes à six faces ; 4° Pyramides à six faces ; 5° Aiguilles ou prismes fichés par l’une des extrémités ou par toutes les deux au milieu de feuilles minces.
- Nous devons des recherches plus récentes sur les
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- t* année. — te? semestre.
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- cristaux de neige et sur les circonstances qui accompagnent leur formation à MM. Barrai, Bixio, Glais-her\Frietsch2, et Tyndall3. Mais jusqu’à ce jour il n’a encore été fait, à ma connaissance, aucun essai pour reproduire artificiellement les nombreuses formes des flocons de neige, ce qui doit étonner d’autant moins, qu’il n’est pas en notre pouvoir de provoquer les conditions variées dans lesquelles la nature opère avec la vapeur d’eau. D’ailleurs les flocons de neige sont des cristaux très-fugitifs ; ils ne peuvent exister qu’à une basse température et il est impossible de songer à en faire, des préparations microscopiques durables. Dans l’intérêt des recherches cristallogéniques il m’a semblé très-intéressant de découvrir un corps qui, sans être sensible aux changements de température de l’air ambiant, soit susceptible de cristalliser comme la neige dans des conditions facilement réalisables dans nos laboratoires et qui puisse donner des cristaux semblables à ceux des' flocons de neige.
- L’iodoforme, découvert en 1822 par Serullas4, s’est manifesté, après plusieurs essais que j’ai exécutés, comme un corps doué de ces propriétés. En 1834, M. Dumas3 trouva que la composition de ce corps répondait à la formule CMH5. Serullas obtint la combinaison sous forme d’un corps jaune cristallin, (appelé par lui hydrioiodure de carbone : il ne fut désigné que plus tard par M. Dumas sous le nom de iodoforme), en traitant une solution alcoolique d’iode par une lessive de potasse.
- L’iodoforme ne se décompose pas avec la même facilité dans l’éther et le chloroforme que dans l’alcool : une solution d’iode dans l’éther, traitée par une lessive de potasse ou l’ammoniaque, donne également de l’iodoforme. De plus Lieben a démontré que des combinaisons qui, traitées par la soude caustique et l’iode, donnent de l’iodoforme, contiennent le groupe méthyl. L’iodoforme employé dans mes essais de cristallisation a été préparé d’après le procédé de Serullas.
- Les cristaux de * l’iodoforme, généralement en forme de tablettes, présentent ordinairement la combinaison d’une pyramide hexagonale. L’iodoforme cristallise dans le système hexagonal et non dans le système rhomboïdal. En effet, il a un seul axe optique, comme j’ai pu m’en assurer par l’examen d’un cristal en forme de tablette dans le microscope de polarisation Des Cloizeaux.
- Contrairement aux sels qui produisent des cristaux simples, pauvres de formes, l’iodoforme en produit qui sont extrêmement riches en variétés. Mais généralement ils prennent naissance sous un volume
- 1 Cristaux de neige observés par James Glaisher, 1855.
- * K. Frietsch. Des figures de la neige, Rapports des séances de la classe de Math, et de Phys, de l’Académie, vol. II. Vienne, 1853, p. 492.
- 3 J. Tyndall. Glaciers des Alpes. — La chaleur, par J. Tyndall. Édition allemande publiée par II. Helmholtz et G. Wiede-man. Brunswick, 1897.
- 4 Annales de Chimie et de Physique, t. XX, p. 195.
- 3 M., t. LYI, p. 122.
- microscopique ; ils ne trahissent bien leur richesse de formes que lorsque l’iodoforme est dégagé de ses solutions dans des conditions spéciales. L’influence que l’inégale rapidité de la formation exerce sur la forme, le volume et la perfection des cristaux simples et composés, est surtout considérable. C’est ce qu’on peut observer commodément si l’on dissout de Y iodoforme dans l’alcool à 90 0/0 bouillant, et qu’on laisse refroidir la solution dans de l’eau à diverses températures. Dans mes essais, j’ai obtenu des cristaux où la forme de tablette était prédominante quand la solution alcoolique chaude contenue dans le tube d’essai, solution dans laquelle il y avait 15 à 30 0/0 d’iodoforme, était placée pendant dix minutes dans de l’eau à 14 et 15°. Au contraire, des groupes de cristaux, en forme d’étoiles, souvent très-compliqués, se produisaient quand l’eau employée pour le refroidissement avait une température de 26°. La formation des cristaux peut aussi être hâtée ou retardée, selon qu’on verse dans la solution alcoolique de l’iodo-forme une quantité plus ou moins grande d’eau distillée ; on doit remplacer l’eau par de l’alcool dans le cas où la solution de l’iodoforme a eu lieu dans l’éther. Des formes très-différentes l’une de l’autre peuvent être aussi produites par l’évaporation plus ou moins rapide des solutions de l’iodoforme, ou par la réaction réciproque de solutions de potasse et d’iode de concentration différente. Quand la cristallisation est rapide, on n’obtient seulement que des grains cristallins, irréguliers, ou même des agrégats granuleux.
- Pour bien montrer la richesse de formes et la ressemblance frappante des cristaux de l’iodoforme avec ceux de la neige, j’ai dessiné exactement d’après nature, à l’aide d’une chambre claire de Ilartnack, quelques-uns de ces cristaux caractéristiques, que l’on pourra examiner dans la planche ci-jointe1.
- Jean Dogiel.
- LE CLIMAT DU SÉNÉGAL
- d’après LES TRAVAUX DE M. LE Dr BORIUS2.
- Il ne manque pas de gens qui demandent aux sciences de montrer le résultat matériel que l’on peut tirer de leur étude, sous peine de les rejeter dans le domaine des spéculations de l’esprit. L’histoire du développement pris dans ces derniers temps par la météorologie est une preuve de la vérité de cette proposition. Dès que cette partie de la physique a su montrer un but pratique, les ressources nécessaires aux observations multiples qu’elle
- 1 Bulletin de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, t. IX, 1874.
- 2 Recherches sur le climat du Sénégal, par A. Bonus, — 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Yillars. — Ouvrage couronné par l’Académie des sciences.
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- nécessite ont fiai par pouvoir se recueillir, en Amérique, d’abord, puis enlin en Europe.
- La prévision du temps au moyen de l’étude des mouvements du baromètre est depuis longtemps connue des marins, mais c’est surtout dans ces dernières aimées que les travaux des divers observateurs, centralisés au moyen du télégraphe, ont permis de réunir, à un moment donné, sur un point, tous les renseignements nécessaires à l’étude des centres de dépression atmosphérique ainsi que des mouvements tournants de l’air. On a pu en déduire la prévision des coups de vents et des tempêtes, prévision qui peut être si utile à la navigation et à l'agriculture.
- La médecine n’a pas encore su tirer de la météorologie des résultats d’une aussi grande importance. Elle fut pourtant la première science qui chercha à indiquer les relations existant entre l’air, l’eau, les milieux, et les maladies qui atteignent l’espèce humaine, ainsi que les modifications que pouvaient apporter, dans la constitution physique des habitants des diverses contrées, les agents climatériques.
- « Les travaux les plus utiles à l’homme ne sont pas les plus brillants ni les mieux récompensés, disait Malouin en 1746 à l’Académie de médecine. 11 y a cependant lieu d’espérer que, sans attendre des siècles, il y aura bien des occasions où les observations météorologiques mettront en état de connaître mieux la cause de plusieurs maladies et qu’on pourra ainsi en tirer une utilité présente. »
- Ce que disait Malouin pour la médecine, il y a plus d’un siècle, et dont la réalisation n’existe pas encore, Borda et Lavoisier le disaient relativement à la prévision du temps.
- La prévision du temps, malgré ses imperfections présentes, n’en est pas moins un fait acquis à la science. Tout nous porte à croire que si les vues de Malouin n’ont pas encore été suivies de résultat, il lie faut pas désespérer de trouver quelques-unes des grandes lois qui unissent l’homme au milieu dans lequel il vit et aux changements réguliers ou accidentels de ce milieu.
- Les pays où les vicissitudes atmosphériques sont les plus régulières, ceux des régions tropicales, se trouvent être aussi ceux où la pathologie est, malgré la gravité des maladies, le plus simple et le moins complexe. C’est, croyons-nous, dans ces contrées que le problème dont Malouin demandait la solution à l’avenir se présente dans sa plus grande simplicité. Tout effort tendant à nous faire connaître les conditions climatologiques des contrées équatoriales et les rapports existant, sous ces latitudes, entre les maladies et les agents atmosphériques, doivent donc être accueillis comme tendant à un but scientifique d’une incontestable utilité.
- L’auteur des Recherches sur le climat du Sénégal, M. le docteur Borius, nous fait connaître d’une manière aussi intéressante que complète la constitution atmosphérique de cette partie de l’Afrique. C’est le premier livre traitant cette ques-
- tion, que nul n’avait jusqu’ici abordée, au moins d’une façon vraiment scientifique. En lisant l’ouvrage de M. Borius on éprouve un certain étonnement, en comparant la vérité, résultant des nombreuses observations de l’auteur et de celles que pendant vingt ans ont laborieusement recueillies les médecins de la marine, aux croyances généralement répandues sur ce climat. « Les idées les plus fausses régnent sur le Sénégal. Les opticiens gravent sérieusement sur leurs plaques thermométriques à plus de 10° au-dessus de la température humaine le mot Sénégal. Cette température, dont aucune observation véridique n’a jamais été citée, est reteuuepaiTesprit comme un fait normal et ordinaire. Aussi, rien n’égale l’étonnement des européens, lorsque, débarquant sur les côtes de notre colonie, ils reconnaissent qu’ils ont été transportés dans un milieu dont leur imagination avait fait une sorte de fournaise et qui ne leur donne que des sensations de chaleur très-supportables dans la saison chaude, et des sensations de fraîcheur souvent fort accusées s’ils arrivent dans la saison sèche. » Le littoral de la Sénégambie présente au contaire uu fait très-remarquable, disait à l’Académie des sciences M. Sainte-Claire-Deville, c’est la région tropicale qui, à latitude égale, présente la température moyenne annuelle la plus basse connue :‘23°,2,Saint-Louis;23°,8,Corée. Dans cette dernière ville les extrêmes de la température ont été en dix années 14° et 33°. Jamais, à l’ombre, la température n’a dépassé cette hauteur, tandis que, en France, on observe parfois, également à l’ombre, des températures de 41°; ainsi, à Poitiers, le 24 juillet 1870, cette température était dépassée, d’après le savant directeur du laboratoire des recherches I météorologiques du parc de Saint-Maur, M. Renou. La fréquence des hautes températures est elle-même moindre, à Gorée, qu’en certains points delà France; en 1860 le maximum n’atteignit ou ne dépassa à Gorée 30 dégivs que 26 fois, tandis qu’à Montpellier, l’année précédente, le thermomètre s’était élevé quarante fois au-dessus de 30 degrés.
- M. Bprius trouve une explication de cette faible température de la région du Cap-Vert dans la présence du vaste courant maritime, appelé courant polaire de l’Afrique. Ce courant vient lécher les côtes de la Sénégambie, s’y réchauffe et en même temps les rafraîchit, jouant ainsi un rôle diamétralement opposé à celui que joue sur nos côtes le courant du Gulf-stream.
- Ces bonnes conditions atmosphériques contrastent d’une manière étrange avec l’insalubrité du pays, due tout entière aux nombreux marécages de cette partie de l’Afrique. Dans le point le moins insalubre de toute la colonie, à Gorée, 100 hommes de garnie son fournissent par an plus de 109 entrées à l’hôpital pour les seules 'maladies endémiques, et eil temps d’épidémie la mortalité a pu atteindre, en 1859, 61 pour 100 de la population européenne.
- Les conditions climatériques varient considérablement d’un point à un autre du Sénégal. A
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- 520 kilomètres de la côte, à Bakrel, la température moyenne annuelle atteint 28 degrés ; aussi l’insalubrité y est telle, que 100 hommes de garnison fournissent 992 entrées à l’hôpital par an.
- M. Borius étudie chacun des climats partiels du Sénégal et arrive à ces conclusions remarquables :
- L’insalubrité d’un point quelconque du Sénégal augmente ou diminue très-régulièrement avec la température moyenne.
- D’un point à un autre de la colonie, l’insalubrité varie proportionnellement aux températures moyennes de ces points.
- Les forts maxima n’agissent sur lu constitution médicale que lorsque leur fréquence est assez grande jour élever la température moyenne mensuelle.
- Nous ne pouvons suivre le docteur Borius dans les nombreuses considérations qu’il expose sur la température du Sénégal ; mais nous signalerons plus spécialement le chapitre intitulé Appréciation physiologique de la température, dans lequel l’auteur indique les véritables causes physjques des sensations de chaleur, sensations qui sont loin d’être toujours parallèles à la marche de la colonne thermométrique.
- Les observations faites avec soin par l’auteur lui ont permis d’étudier d’une manière toute particulière l’état hygrométrique de l’air et d’arriver à des conclusions physiques et médicales des plus importantes. Tandis qu’au Sénégal les variations de température sont plus faibles qu’en France, les variations dans l’état hygrométrique sont considérables, soit d’un moment de l’année à l’autre, soit dans la même journée. Elles atteignent le double de celles observées en France, tout en correspondant à des variations de température très-faibles. L’étude des vents, de leurs propriétés hygiéniques, variables suivant les localités, forme, pour chacune des régions étudiées, un important chapitre rempli d’indications pratiques.
- Les pluies sont fort intéressantes dans une région où elles ne tombent que pendant 30 jours par an en moyenne, et de juillet à septembre seulement : la quantité d’eau l’ecueillie dans les pluviomètres est à peu près la môme que celle qui tombe à Paris : un peu plus d’un demi mètre par an. Le rôle important des pluies sur l’état sanitaire est mis en évidence.
- La meilleure expression, le témoin fidèle et abrégé des conditions météorologiques d’une vaste région, c’est le régime des fleuves qui la traversent. Le régime des eaux du Sénégal est indiqué avec une grande précision à l’aide d’un tracé graphique et forme le sujet d’un chapitre spécial.
- Les observations de l'évaporation de l’eau, celles de l’ozone atmosphérique faites pendant un an par l’auteur, ont donné lieu à des conclusions très-remarquables. En cherchant l’influence des vents sur les autres météores, chaleur, humidité, ozone, Fauteur a fait un long travail qui lui a coûté de nombreux calculs, mais dont les résultats sont pleins d'enseignemeuts. Ainsi, par exemple, le vent du
- désert fait disparaître l’ozone de l’air ; or ces vents sont ceux qui ont sur l’arrêt de la production des miasmes fébrigènes l’influence la plus manifeste. D’un autre côté, l’évaporation et l’abondance de l’ozone sont en raison inverse ; or il existe une liaison bien connue entre les miasmes de malaria et l’évaporation. 11 en résulte ce fait, que, les mêmes vents qui diminuent l’ozone diminuent aussi les miasmes, ce qui contredit une opiniongénéralement répandue. Les recherches faites sur l’ozone n’ont d’ailleurs permis à l’auteur de trouver aucun rapport simple entre l’abondance de l’ozone et l’état sanitaire.
- Un chapitre est consacré à l’étude des orages et des tornades ; nous ne suivrons pas l’auteur dans les considérations pratiques et théoriques relatives à ces météores et à leur marche ; nous nous bornerons à signaler l’originalité de cette étude : elle s’appuie sur un réseau d’observations dont, avec le concours des employés du télégraphe, M. Borius a su couvrir le Sénégal pendant les dix mois de l’hivernage 1875.
- Enfin, dans son dernier chapitre, l’auteur expose à grands traits le climat général de cette contrée et pose ses conclusions, qui intéressent autant le médecin, le physicien, l’hygiéniste et le colon. Sobre de théories, s’appuyant constamment sur l’observation des faits, donnant sous forme de nombreux tableaux numériques des tracés graphiques, des cartes, des preuves de ses affirmations, l’auteur nous présente un tableau fidèle de l’état actuel de nos connaissances physiques sur cette partie du globe. Il serait à désirer que nos autres colonies fussent étudiées avec la même méthode.
- Gaston Tissandier.
- LES MARMITES DE GÉANTS
- S’il s’agit vraiment de marmites, à des géants seuls elles peuvent convenir. En tous cas, ce sont les résultats d’un phénomène géologique grandiose qu’il convient de signaler aux lecteurs.
- Notre gravure représente, d’après une photographie, l’aspect du jardin des Glaciers, situé à Lucerne, et qui pourrait bien être, en même temps qu’un point intéressant pour la science, un établissement de bon rapport pour son propriétaire. C’est une manière de Robinson suisse, où l’on dîne, non sur des arbres, comme au Robinson parisien, mais sur le bord de marmites de géants, dont le nom est en effet beaucoup plus dinatoire.
- On voit que celles-ci consistent en cavités plus ou moins régulièrement cylindriques, plus ou moins profondes, et contenant en général des meules, c’est-à-dire de grosses masses arrondies de roches très-dures.
- La découverte en a été faite vers la fin de 1872, en
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- déblayant un terrain, auprès du célèbre Lion mourant de Thornwaldsen, afin d’y installer les agrandissements d’un marchand de vins, dont les affaires croissantes exigeaient une extension nouvelle. On
- eut à peine déblayé le sol des matériaux meubles qui l’encombraient, que, parvenu à la roche vierge, on rencontra la série d’excavations infundibuliformes qui nous occupent.
- Vue des Marmites de Géants dans le Jardin des glaciers, prés de Lucerne. (D'après une photographie.)
- Quant au mode de formation de ces curieux accidents, on n’arriverait sans doute pas aisément à le découvrir, si la nature ne se chargeait, à l’heure qu’il est, d’en produire de semblables sous nos yeux.
- A la surface des glaciers actuels, on reconnaît, en effet, que toutes les fois que l’eau provenant de la fonte des neiges n’est pas absorbée en totalité par le glacier, elle imbibe les couches inférieures de nevés et, entraînée par la pente, elle finit par s’écoulera
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- la surface de la glace en un grand nombre de petits filets qui se réunissent et donnent alors naissance à des ruisseaux plus ou moins volumineux.
- Or, ces eaux usent et corrodent la glace, et y creusent des sillons sinueux parfois profonds, dans lesquels sont entraînés de menus débris de roches, de graviers et des galets, qui roulent en s’entrechoquant et finissent par s’user, s’arrondir et prendre les formes propres aux galets façonnés par les cours d’eau. A la suite de fontes extraordinaires, ces ruisseaux prennent quelquefois les proportions de véritables torrents. On les remarque principalement sur les parties des glaciers dépourvues de fentes, car il suffit qu’une crevasse s’ouvre et vienne crever leur lit, pour en interrompre le cours.
- C’est alors que se produit quelque chose d’analogue aux marmites que nous avons en vue. En effet, l’eau, en tombant dans une fracture de la glace, en corrode les bords et arrondit la paroi sur laquelle elle coule; lorsque plus tard cette fracture se referme, le sillon demi-circulaire formé d’un côté se conserve, et en même temps, si l’ouverture est insuffisante pour débiter la totalité de l’eau, la paroi opposée se corrode à son tour, et la cavité dans laquelle les eaux continuent à s’engouffrer devient un trou plus ou moins cylindrique. Les trous de ce genre, connus des montagnards et des glacialistes sous les noms de puits et de moulins, s’enfoncent verticalement comme les parois des crevasses qui leur ont donné naissance, et finissent par s’incliner comme elles.
- Eli bien, ce qui produit si aisément dans la glace, sous les yeux du premier touriste venu, se continue sous le glacier, aux dépens de la roche dure qui le supporte; mais pour l’observer, il faut pénétrer dans les grottes et dans les crevasses, souvent au prix de grands périls.
- Les eaux que nous venons de voir se précipiter avec tant d’impétuosité dans les crevasses, dans les trous et dans les cavités de la glace, corrodent les rochers qu’elles viennent frapper, en émoussent les aspérités et les arrondissent.
- A l’aide du sable et des galets qu’elles entraînent avec elles et qu’elles projettent contre les rochers ou qu’elles font rouler à leu*’ surface, elles creusent des canaux sinueux ou des cavités circulaires, exactes reproductions des marmites proprement dites. Ces cavités et ces canaux s’observent non-seulement sur le fond, mais sur les parois verticales et plus ordinairement inclinées, et évidemment dans le sens de la plus grande pente du terrain, et dans des directions normales à celles des vallées, et leurs dispositions, aussi bien que leurs formes, ne laissent aucun doute sur leur origine et sur leur mode de formation.
- Cette conséquence étant admise, et il est impossible de la repousser, il en résulte que les marmites de Lucerne datent d’une époque où la région qui les présente était couverte de glaces. Le même fait est encore attesté par les autres caractères des roches dans le même pays.
- C’est qu’en effet les glaciers impriment aux roches sur lesquelles ils glissent une physionomie toute spéciale et y inscrivent des signes non équivoques de leur passage. L’un des plus saillants consiste dans le polissage des roches qui sont, suivant l’expression si heureuse de Saussure, moutonnées, parce que leur réunion, vue d'un peu loin, rappelle assez bien l’ensemble d’un troupeau de moutons. A Lucerne, au voisinage des marmites, toutes les roches sont parfaitement polies, au point qu’il faut faire attention en y montant de n’y pas glisser.
- En regardant de plus près, on constate que les roches ne sont pas seulement polies ; dans beauconp de cas, elles sont couvertes de stries, c’est-à-dire de lignes fines qu’on dirait tracées avec un burin, et qui, réellement, ont été faites par des galets et des pierres enchâssés dans la glace. On y trouve, en outre, de vraies moraines dans lesquelles abondent des galets qui, ayant servi à strier les roches, sont aussi striés eux-mêmes.
- Ces caractères démontrent donc bien qu’on est en plein terrain glaciaire et que les marmites ont èu effet la même origine que les cavités cylindroïdes des glaciers d’aujourd’hui.
- D’ailleurs, ce n’est pas à Lucerne seulement qu’on peut en voir de ce genre. Dans une foule de régions, on constate que les glaciers ont agi sur des points qu’ils ont maintenant tout à fait abandonnés. C’est ainsi que sur les côtes de Scandinavie les fiords si capricieux qui les dentellent apparaissent comme les lits d’anciens glaciers maintenant fondus. Outre les roches polies et striées, ou y trouve à profusion des marmites de géants, remarquables entre toutes par leurs énormes dimensions.
- La conséquence est que non-seulement il y avait à une époque géologique, maintenant passée, des glaciers qui n’existent plus, mais encore que ces glaciers fossiles étaient plus volumineux et plus actifs que les glaciers d’aujourd’hui.
- Ce n’est pas le lieu d’insister ici sur ce qu’on appelle la période glaciaire et sur les caractères qu’elle présente; disons seulement que beaucoup de faits semblent devoir faire admettre que les glaces sont de beaucoup antérieures à la période quaternaire où l’on s’est généralement habitué à les confiner.
- Aux environs mêmes de Paris, certaines roches, et entre autres des bancs de grès de Fontainebleau, visibles à La Padole et à Ghampceuil, près Corbeil, offrent des stries qui seraient dues à l’action de glaciers pliocènes. Une moraine profonde existerait sur le plateau entre l’Essonne et l’Ecole, toute remplie de galets striés. La direction des canelures sur les coteaux seraient N. E., c’est-à-dire toute différente de celle des vallées actuelles, et dépendrait par conséquent d’un phénomène antérieur à leur creusement.
- Dans le terrain miocène, M. Gastaldi a signalé, à la Superga, en Piémont, des blocs engagés dans un conglomérat, et qui offrent toutes les apparences des fragments rocheux entraînés par des glaces flottantes.
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- L’un de ces blocs a près de 8 mètres de côté, et l’une de ses faces, parfaitement polie, offre les stries glaciaires. 11 faut ajouter que la formation en question est dépourvue de fossiles, mais son âge résulte du recouvrement qu’elle subit de la part d’une couche miocène supérieure fossilifère, quelle sépare d’une couche miocène inférieure bien caractérisée. Certains blocs de conglomérat de Superga sont formés de serpentine, c’est-à-dire d’une roche qui n’existe pas en place, à moins de trente-trois kilomètres, et cela porte à penser que les glaces flottantes ont joué encore là un rôle considérable.
- En 1857, le géologue anglais Godwin Austeen signale, à Purley, dans le sud de l’Angleterre, des fragments pierreux englobés dans la craie non remaniée. Parmi ces fragments, il en est qui sont constitués par de la syénite norwégienne, et aucune force autre que celle des glaces flottantes ne peut être invoquée pour en expliquer le transport à si longue distance. Deux années auparavant, Ramsay signa lait un conglomérat permien du Shropshire et du Worcestershire comme dû à l’action des glaces flottantes, et en isolait des blocs de 500 kilogrammes parfaitement polis et striés. Laissons de côté les apparences de même genre offertes par le terrain dévonien du Yorkshire, par ce qu’elles peuvent être dues à d’autres causes, et remarquons combien l'influence glaciaire, en même temps qu’elle cesse <je caractériser une période, acquiert par cela même d’importance géologique. Dans des études de ce genre, il faut bien distinguer les caractères glaciaires de ceux plus, ou moins analogues produits par des agents autres que la glace. Beaucoup de stries rapprochées d’abord de celles qui nous occupaient tout à l’heure ont été reconnues comme résultant de l’action des intempéries sur la tranche de certaines roches. Beaucoup de cavités, comparées à l’origine aux marmites de géants, doivent en être soigneusement distinguées : tels sont spécialement les puits naturels dont nous avons nous-même entretenu les lecteurs de la Nature, et dont le mode de formation est si particulier b
- Stanislas Meunier.
- yoyage du prince de galles
- DANS l’iNDE.
- (Suite et fin. — Yoy. p, 500 et 563)
- La ville de Bénares doit à ses 1,400 pagodes, aux minarets fantastiques, à ses monuments grandioses, chefs-d’œuvre de l’architecture hindoue, un caractère étrange, un aspect grandiose, qui frappent indistinctement tous les voyageurs. Il faudrait des mois à un artiste pour voir en détail toutes les merveilles accu-
- 1 Yoy. 5e année 1875. 24 semestre, p. 353.
- mulées, entassées à Bénares ; malgré les illuminations véritablement féeriques des palais et des habitations situés sur le bord du fleuve, malgré la réception toute amicale du rajah de Bénares et les présents magnifiques qu’il a faits au prince de Galles, on ne peut pas dire que l’accueil ait été enthousiaste; il ne faut pas s’en étonner d’ailleurs, de la part de la population de la plus superstitieuse des villes hindoues, qui, en 1857, s’est montrée très-hostile aux Anglais, et dont le fanatisme est soigneusement entretenu par une légion de prêtres, habiles spéculateurs. Peut-être cette raison est-elle cause du peu de temps que le prince de Galles resta à Bénares. Toujours est-il que ni les splendeurs du temple d’Or ou Bislieswar, ni celles du Doorga Khond, temple dans lequel vivent en liberté une foule de singes, animaux sacrés, ni d’innombrables merveilles d’un autre genre, n’empêchèrent le prince de partir à toute vapeur vers Lucknow, l’ancienne capitale du royaume d’Oude.
- Depuis le fameux siège de 1857, Lucknow s’est complètement relevée de ses ruines. Cette ville est située à 880 kilomètres de Calcutta et à 57 milles de Cawnpore. Elle a été transformée par les architectes anglais, qui ont percé de larges avenues, découpé des squares et planté des parcs ornés de pièces d’eau et d’étangs. On y compte aujourd’hui 200 000 habitants. Le prince de Galles en visita les principaux monuments, tels que le Secunder Bagh, le Dilkhoosha, le grand Imambara, etc. Puis il posa la première pierre d’un monument funèbre élevé aux Cipayes morts pour la défense des Anglais, et distribua aux rares survivants des récompenses, en témoignage d’estime et de respect pour leur dévouement. Cette cérémonie, qui eut lieu le 7 janvier, en présence de la garnison et d’une nombreuse foule d’indigènes, est destinée à laisser une trace profonde dans l’esprit de ces populations facilement impressionnables.
- Puis l’illustre visiteur gagna Delhi, qui fut jusqu’en 1857 la résidence du grand Mogol. Cette ville, la Rome de l’Asie, devint au douzième siècle le siège du pouvoir musulman ; aussi fut-elle de tout temps ornée de magnifiques monuments, entre lesquels brille au premier rang le fameux minaret de Kootab. Saccagée à la fin du quatorzième siècle par Tamerlan, elle devint, grâce aux sultans Baber, Akbar, Selim, Chah Jehan, la capitale merveilleuse d’un des plus grands empires qui aient existé. On y remarque encore aujourd’hui une magnifique citadelle qui contient uïl grand nombre de bâtiments magnifiques : tels sont le Dewan-i-Aub bâti par Chah Jehan, le Dewan-i-Khas, le tombeau de Humayoon, avec son altier dôme de marbre, la Jumma Musjid, entourée d’un cloître à colonnes. Parmi les rues et les avenues, nous devons citer le Chaudnee-Chowk, immense boulevard planté de baraques où l’on vend toute espèce d’objets, depuis la noix de betel jusqu’aux plus magnifiques étoffes de Cachemire et aux pierreries les plus éblouissantes.
- A Lahore, le prince de Galles atteignit presque
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- la limite des possessions britanniques dans l’Inde, du côté de la Chine. Cette ville, l’ancienne Sag-dala, qui fut la capitale du roi Porus (si Porus est bien un nom d’homme et non l’équivalent indien de l’égyptien Pharaon), est située sur le lîavi, à 94 lieues de Delhi, au milieu de la plaine bien cultivée du Penjab. Elle est entourée de fortifications importantes, qui eu font, au point de vue militaire, une des places les plus fortes de l’hi-doustan. Quoiqu’elle soit aujourd’hui bien déchue île son antique splendeur, on y remarque encore une foule de caravansérails, de pagodes et de sanctuaires. On dirait, à voir ses toits plats et ses murs ornés de moucharabiehs, le Caire ou Damas ; mais ce qui fait qu’on oublie cette impression fugitive, ce sont et la grande mosquée, et le mausolée de l’empereur Dje-hangir, et P ancien palais d’été du grand Mogol, et les fameux jardins de Shalamar, situés à G ou 7 kilomètres de Laliore, où un certain nombre de chefs indigènes donnèrent au prince de Galles une magnifique fête de nuit.
- Aussitôt qu’il en eut fini avec les revues militaires, les réceptions de chefs indigènes, les processions d’éléphants et les mille cérémonies si variées et toujours attrayantes par la splendeur des costumes, la pompe et le faste indien, Je futur empereur des Indes, accompagné du duc de Sutherland, du maha-rajah de Sialkote et d’une suite nombreuse, est allé faire une excursion à Wazerabad, et de là s’est rendu à Jummoo, au pied de l’Hymalaya, dont les sommets inaccessibles dépassent 8000 mètres d’altitude. Cette visite ne devait durer que deux jours et deux nuits, voyage compris. Le maharajah avait fait dresser en plein air des tentes et tout un campement des plus confortables. La ville de Jummoo, aux terrasses dominées par quelques pagodes, s’étage a,u sommet d’un coteau. Sur la gauche se diesse sur une colline boisée le Baô, qui se détache sur les pentes de l’Ili-malaya. L’entrée du prince de Galles, monté sur un éléphant avec le roi de Cachemire, eut lieu avec un éclat féerique, et le cortège de hussards, de cuirassiers indiens, de hallebardiers rouges, de guerriers de toute couleur et des races les plus diverses, d’éléphants, de dromadaires, de chevaux de selle conduits à la main, parut plus long, plus riche, plus coloré que partout ailleurs. Un palais avait été construit en deux mois pour le prince de Galles; dans ce monument on vit se succéder des l'êtes magnifiques, avec des danses de bayadères ; le lendemain eut lieu une grande citasse aux gazelles, aux antilopes, aux sangliers, aux daims et aux chats sauvages.
- Jummoo est la capitale du Cachemire, bien qu’elle soit loin d’en être la ville la plus importante, puisqu’elle ne possède pas d’édifices et ne compte qu’une population de 20 000 habitants. En effet, la ville principale, Srinagas, se trouve dans une des plus belles vallées qui soient au monde, mais dont l’accès, à travers de hautes montagnes, est très-difficile.
- Dirons-nous aussi la visite à Umritsur, l’ancienne
- capitale des Sikhs, où la population est si fanatique, qu’on a dù prendre de grandes précautions pour ne point exposer la vie des illustres voyageurs. On a même, paraît-il, renoncé à visiter le temple de l'Or, où sont déposés les livres saints des Sikhs. Nous n’accompagnerons pas longtemps le prince de Galles dans sa visite à Agra, sur la rive droite de la Jurnnn, ville qui n’est plus guère aujourd’hui qu’un amas de ruines, au milieu desquelles se dressent encore la citadelle d’Akbar, où 6000 Anglais restèrent assiégés pendant plusieurs mois, en 1857, le Motee-Musjid et le Taj, monument élevé par Djeanghir, à la mémoire de sa femme Noor IJjhan. Nous avons hâte d’arriver à Gwalior, où le prince de Galles arriva le 51 janvier. Le roi du pays est le maharajah Seindiah, dont les É'ats sont sous le contrôle de l’Angleterre. Seindiah est un prince essentiellement militaire, aussi prend-il grand soin de son armée de 20 000 hommes, qui est la mieux exercée, la plus disciplinée de l’Inde. Il y eut à Gwalior une revue de 8000 hommes de troupe d’élite, qui parurent au prince dignes de leur excellente réputation. Quant à la ville de Gwalior, c’est une jolie cité dans le goût mauresque qui a été repeinte et mise à neuf pour la circonstance. Seindiah avait fait terminer à la hâte, pour le prince, un palais qu’il se fait construire par un architecte italien, au milieu d’un parc et d’un jardin anglais planté d’arbustes taillés, orné de pelouses et semé de chalets suisses. Non loin de là se trouve un temple boudhiste recouvert de bas-reliefs prodigieux, malheureusement mutilés par les iconoclastes hindous. En revenant de Gwalior, le prince s’arrêta à Dholepore, dont le maharajah, âgé de 15 ans, a pour précepteur et pour conseiller un officier anglais, le major Donelly.
- Après être revenu à Agra, le prince de Galles partit pour une excursion de trois semaines dans le 'ferai; la première partie de ce temps il la passa avec sir IL Ramsay dans le Kuiuaon, et le reste avec sir Jung Bahadoor dans le JNepaul. Le 'ferai est cette immense ceinture de plaines qui borde les forêts au pied de l'Himalaya. Comme on peut le penser, il y a là gibier de toute espèce, rhinocéros, éléphants, tigres, ours, etc., jusqu’à des myriades d’oiseaux qui peuplent toutes les jungles. Ces animaux pullulent sans être dérangés, à cause de la mauvaise réputation du pays et des fièvres qui y sont souvent mortelles. Là aussi eurent lieu d’immenses chasses, où 2(i0 éléphants, 55Ü chameaux, 120 chevaux, 60 chars à bœufs, 1000 natifs, 75 goorkhas et de nombreux agents de police prirent part. On part le matin de bonne heure, on partage les éléphants en deux ou trois groupes qui sont chargés de rabattre en ligne droite ou en cercle vers le prince le gibier qu’il n’est pas toujours facile de distinguer au milieu de ces herbes hautes comme des éléphants, et où l’on ne peut le suivre qu’à l’inclinai son des plantes qu’il foule sur son passage. Mais ces chasses, pour extraordinaires qu’elles fussent, ne valurent pas encore celle uni eut lieu dans le Né-
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- Défilé de 700 éléphants, dans le Nepaul, en présence du prince de Galles. (D’après une gravure du Graphie, de Londres.)
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- paul, et à laquelle 700 éléphants prirent part (voir notre gravure). A lui seul et dans une même journée le prince tua six tigres; un autre jour, 28 tigres, des ours, des léopards, restèrent sur le carreau, el l’on peut dire qu’on ne vit jamais chasses pareilles.
- Après cette excursion, à laquelle le prince de Galles prit un vif plaisir, il se rendit à Allahabad, où il tint un chapitre de l’Étoile de l’Inde, visita Indore et regagna Bombay, où il s’embarqua pour l’Europe, après un voyage où se réalisèrent pour lui toutes les merveilles des Mille et une Nuits.
- Gabriel Marcel.
- RÉUNION DES DÉLÉGUÉS
- DES SOCIÉTÉS SAVANTES DES DÉPARTEMENTS A LA SORBONNE (AVRIL 1876).
- (Suite et fi». — Voy. p. 562, 579 et 501.)
- SCIENCES NATURELLES ET MEDICALES
- Aperçu anthropologique sur les découvertes du vallum funéraire du mont Vaudois et de la caverne sépulcrale du Mont, près Cravanche. — Des peuplades ont habité les Vosges plusieurs milliers d’années avant les Romains. La syllabe sal, souvent répétée dans des noms de pays, indique des peuples aryopélages très-anciens*. Près d’Héi'L court, au mont Vaudois, se trouve un cimetière préhistorique, formé par un vallum triangulaire de 570 mètres de contour, bordé sur un côté par des rocs à pic et sur les deux autres par une muraille grossière à pente douce, prise à tort pour un camp romain ou du moyen âge. Ce vallum a été examiné par M. Youlot, de la Société d’émulation de Belfort, lors des travaux exécutés par le génie militaire pour les fortifications de cette place. Il y a trouvé tous les éléments d’un lieu de sépulture par incinération. Une vingtaine de squelettes assez bien conservés ont été exhumés, tant du vallum que de nombreux tumuli environnants, et, entre autres, le squelette carbonisé d’une jeune fille. Les corps avaient été couchés sur le dos dans les sarcophages ou sépultures de famille, les genoux violemment repliés. Les instruments d’os et de silex recueillis se rapportent à l’âge de la pierre polie. La peuplade qui habitait Je mont Vaüdois était formée de petits hommes à forte tête, sous-dolichocéphales, à angle facial de 85° environ, d’une taille moyenne de lm,626. Cette tribu, vigoureuse et robuste, comme le montrent les clavicules tordues, épaisses et raboteuses, était sauvage et vivait de chasse, ainsi que le prouvent l’usure précoce des dents et un grand nombre d’os d’animaux, fendus en long pour en extraire la moelle, et qui avaient servi aux repas funéraires. On y reconnaît le Bas priscus, le cerf gigantesque des forêts lacustres de la Suisse (Cervus elaphus), le sanglier, quelques chèvres et chevreuils, pas de chevaux.
- Non loin de là, à Cravanche, près Belfort, sur les flancs d’un long plateau calcaire nommé le Mont, une caverne fut découverte par des carriers, et par hasard, et on y pénétra pour la première fois le 2 mars 1876. L’entrée en était fermée depuis longtemps par suite d’un éboulement; mais, adis, des hommes de la seconde moitié de l’époque de la pierre polie et de sa limite extrême y avaient pénétré. On a trouvé les traces d’un grand foyer, dans la salle princi-
- pale, et des sépultures sous des amas de roches, sur les côtés et dans les étages du sous-sol. Cette caverne était une nécropole, où de nombreux corps furent déposés, la tête et les genoux relevés. La race qui utilisait pour les derniers devoirs la caverne de Cravanche était plus petite que celle du mont Vaudois, car sa taille moyenne, d’après une vingtaine de squelettes, était de lm,545 seulement. C’était aussi une peuplade dolichocéphale, d’angle facial de 76° à 87°, ce qui donne 80°,42 en moyenne; à nez aquilin, à taille svelte et élégante. La caverne offre des ustensiles de silex, d’os, de cornes de cerf gigantesque, des urnes de terre noire ou brune. Les clavicules montrent, chez les femmes et même chez quelques hommes, une peuplade peu habituée aux travaux pénibles, probablement de mœurs douces, et douée d’un certain instinct du beau, comme le montrent quelques dessins de poteries et une natte de gra-men incrustée.
- Métamorphoses des Acariens, et en particulier des Trombidions. — Les importants travaux de M. Mégnin ont jeté un jour tout nouveau sur un ordre d’Arachnides dégradées, les Acariens, qu’on appelle vulgairement les Mites. Dans leur jeune âge, au lieu des huit pattes qui caractérisent la classe des Arachnides, ils n’en ont que six, à la façon des Insectes, et ont alors souvent été pris, par les anciens auteurs, pour des Poux ou des Ricins (Pédiculides des Oiseaux). Ces chétifs animalcules sont d'un grand intérêt, en raison des graves maladies de la peau qu’ils engendrent, les affections psoriques de l’homme et des animaux domestiques, notamment celles du cheval, si bien éludiées dans un tout récent travail de M. Mégnin (Précis des maladies de la peau du cheval; Paris, Dey-rolle, 1876). Le fait zoologique le plus curieux de ses recherches, c’est la formation des Hypopes des Acariens. Ce sont des nymphes non sexuées, à huit pattes, comme les adultes; elles ne sont pas une forme, nécessaire de l’espèce, une métamorphose obligatoire, mais une forme accidentelle, où l’animal revêt un véritable habit de voyage. Il prend une cuirasse, des ventouses abdominales et des griffes, pour se faire porter, par une foule d’animaux différents et surtout d’insectes, dans des milieux propices à son développement sexuel, forme définitive de l’espèce. Un Hypope n’est pas un vrai parasite de Panimal porteur. C’est un Acarien qui prend Vomnibus pour fuir la disette et assurer la propagation de l'espèce, et qui le quitte au moment favorable. La forme hypope peut manquer, si la larve se trouve tout de suite dans de bonnes conditions biologiques. Tout le monde connaît ces petits Acariens roux et si agiles qu’on trouve souvent sur les Bourdons, les Carabes, et surtout les Coléoptères stercoraires, comme les Géotrupes, qui en ont reçu le nom de mère à poux. Je les ai rencontrés également sur des Mulots, et aussi courant dans les mousses. C’est le Gamase des Coléoptères des auteurs; or, M. Mégnin a reconnu que ce n’est là qu’une nymphe agame, un Hypope de deux Gamases sexués, l’un mâle, l’autre femelle, dont on avait fait des espèces différentes.
- Les Trombidions, qu’on nomme souvent araignées rouges, vivent libres à l’état adulte, remarquables par leur belle couleur écarlate et le duvet soyeux qui revêt leur corps dodu. Leurs larves, à six pattes, sont au contraire des parasites, suçant les tissus des animaux auxquels elles s’attachent. M. Mégnin a vu pondre le Trombidion soyeux, commun au printemps, dans les jardins. Les larves, sorties des œufs en août et septembre, sont le petit animal connu sous les noms de rouget ou d'aoûian, se fixant à la base des poils des lapins, des lièvres, des chiens, surtout près
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- des yeux et des oreilles. Elles s’attachent aussi aux personnes qui se reposent sur l’herbe, causent de vives démangeaisons, et même une maladie de peau éphémère nommée érythème autumnal. Une autre espèce, le Trom-bidion fuligineux, qui vit dans les bois au pied des chênes, donne une larve qui se fixe aux mouches, aux papillons, aux faucheurs, et prend sur eux son accroissement. Ils paraissent garnis de points rouges.
- Un nouveau grand Saurien fossile. — M. Morel de Glasville est parvenu à retirer de sa gangue et à reconstituer, à force de soins et de patience, la tête d’un gigantesque Saurien, trouvée en 1871 aux Vaches-Noires, sur les côtes de la Manche, dans les argiles oxfordiennes de Dives. C’est l’espèce la plus importante dont on ait encore entièrement reconstruit la tète. Ses grandes dimensions, la tête fossile mesurée a lm,28 de longueur totale sur 0m,42 de largeur, avec mâchoire inférieure en place, le crâne avec la mâchoire supérieure mesurant lm,17, les deux mâchoires armées de 150 dents coniques environ ; la forme très-renflée de l’intermaxillaire, l’ouverture rectangulaire vaste et profonde des arrière-narines, constituent pour ce fossile une espèce nouvelle, sous le nom de Steneosaurus Heberti. En opposition avec le volume de cette tête, on est frappé de l’extrême petitesse de la cavité crânienne, et, par suite, de l’encéphale. La cavité crânienne pénétrait, à une profondeur de 0m,08 , à l’extrémité postérieure des pariétaux, soudés entre eux sous la forme d’un tube effilé de la grosseur d’une plume à écrire. Ce tube devait servir de gaine aux lobes olfactifs. Par suite de cette soudure des pariétaux, les trous optiques sont situés à l’extrémité postérieure des pariétaux, chacun à O01,25 de l’œil, distance considérable, dont on trouve des exemples dans un autre ordre de Vertébrés, par exemple parmi les Poissons de l’ordre des Sélaciens. Les nerfs et les vaisseaux de l'œil, aussitôt après leur sortie, cheminaient sous une saillie en forme de toit, fournie par la face externe des pariétaux, pour gagner les orbites.
- Des dispositions ostéologiques fondamentales séparent donc les Sténéosaures des Téléosaures proprement dits. Le grand Saurien des Vaches-Noires était sans doute un reptile marin très-vorace, et avait probablement à lutter avec les Ichthyosaures et autres animaux redoutables.
- Métamorphoses des Ligules. — Il est reconnu, maintenant, que beaucoup de vers intestinaux sont les parasites successifs d’espèces animales différentes, et ne deviennent sexués et donnant leurs œufs que chez l’une d’elles. Ainsi, les Ligules vivent à l’intérieur du ventre des Cyprinides de nos eaux douces; leur corps ne porte ni suçoirs ni crochets extérieurs, et ne contient pas d’œufs. Il ressemble à un long ruban finement strié en travers. Ces vers sortent des poissons, en déchirant la paroi du ventre, et tombent dans l’eau. Les oiseaux aquatiques des étangs, qui s’en montrent fort avides et qui sont le second commensal nécessaire de l’espèce, les avalent. Le ver hermaphrodite prend dans leur intestin les organes sexuels et pond une foule d’œufs, d’où sortent des larves agiles qui sont absorbées par les poissons. M. Lortet, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, a étudié, mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’ici, les Ligules des étangs de la Bresse, vivant d’abord dans les tanches, puis passant dans les canards sauvages. Elles ont été si abondantes au commencement de cette année, qu’elles ont apparu par milliards, et, par leur action meurtrière sur les tanches, un seul négociant en poissons a perdu cent mille francs.
- Sur la flore forestière de Meximieux {Ain) et le climat
- des environs de Lyon à l'époque pliocène. — Un important mémoire publié dans les Archives du Muséum d’histoire naturelle de Lyon, avec 16 planches coloriées, a été présenté par MM. le comte de Salporta et Marion, Il concerne la flore fossile du dépôt traverfineux de Meximieux (Ain), qui reporte l’esprit au sein des forêts du commencement de l’âge pliocène, la plus récente des trois périodes entre lesquelles se partage la gi-ande époque tertiaire. La nature de la roche dénote une station fraîche, voisine du bord des eaux vives et jaillissantes, située dans l'intérieur des terres et sur la lisière de bois profonds.
- Les auteurs se sont attachés d’abord à fixer l’âge de la flore. Des considérations tirées de la disposition des couches du terrain et du caractère des mollusques, notamment une grande clausilie (Gastéropode pulmonè), qui accompagnent dans ces tufs les débris de plantes empâtées dans les incrustations des eaux jaillissantes, ont porté M. Faisan, auteur de l'introduction stratigraphique, “à le ranger à l’horizon du Mastodon dissimilis, Jourdan. A cette époque, le bassin du Rhône était comme une Adriatique en voie de retrait. La mer, après avoir longtemps occupé toute la vallée, s’éloignait par étapes successives, et les eaux douces, d’autant plus puissantes que le climat était alors plus tempéré et plus humide, coulaient en abondauce sur le sol récemment délaissé par la mer.
- Une étude de la végétation miocène précédente et des éléments qu’elle comprenait est placée dans le Mémoire avant la description raisonnée et accompagnée de figures des espèces elles-mêmes. Plusieurs plantes, en effet, provenant du nord et des régions polaires, semblent avoir envahi l’Europe dans le cours de la période miocène, favorisées par un abaissement progressif de la température. Cette analyse de l’extension graduelle des plantes, de leurs modifications et de leurs aptitudes, a conduit les auteurs, par l’étude comparative de lous les caractères visibles dans les fossiles, à reconnaître quelles étaient parmi les espèces pliocènes de Meximieux, celles qui vivent encore, elles-mêmes ou leurs congénères, soit en Europe, soit en dehors des limites de ce continent, aux Canaries, dans l’Amérique du Nord, en Asie ou même au Japon. On ne peut guère citer que le buis, le peuplier blanc et l’Acer opulifolium L. ou érable à feuilles d’obier (Viorne), qui oient persisté dans les mêmes lieux sans éprouver de vrais changements. D’autres espèces de Meximieux sont maintenant en voie de retrait vers le Sud ; ainsi une fougère canarienne qui s’avançait alors jusqu a Lyon, et le daurier rose, qui n’existe plus sauvage qu’aux environs d’Hyères et de Gènes, sur l’extrême littoral méditerranéen. Enfin, d’autres espèces ont péri et ne se retrouvent plus nulle part; ainsi une espèce de chêne vert à grandes feuilles, Quercus prœ-cursor, Sap. et Mar., un tulipier, un tilleul, Tilia expansa, analogue ’a une espèce de la Louisiane, un noyer, un bambou, enfin un grenadier, Punica Planchoni, dont les fleurs àl’état de bouton se sont conservées fossiles. Tout en se rapprochant du grenadier actuellement vivant, il présente des caractères différentiels de nature à le faire distinguer. On sait que le Punica granatum, cultivé pour la beauté de son feuillage, de ses fleurs et de ses fruits, est originaire de l’Asie austro-occidentale. Il a été introduit en Syrie, et de là, par les l'héniciens, à Carthage. Il n’est donc pas indigène ; mais l’ancienne Europe possédait en propre un grenadier qu’elle a perdu, par l’effet des révolutions géologiques qui l’ont bouleversée, et dont les fruits, à en juger par les calices qui sont parvenus jusqu’à nous, semblent avoir été plus petits et, par conséqueut, moins
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- savoureux que les nôtres, améliorés du reste par la culture.
- Non seulement les auteurs ont pu décrire les espèces végétales de la forêt de Meximieux et en déterminer le vrai caractère, mais en outre définir, au moyen de ces végétaux, les conditions climatériques de l’ancienne localité. A l’aide de recherches.poursuivies sur des points différents, les uns aux bords même de la mer pliocène, les autres dans l’intérieur des terres, vers le sommet et sur la croupe des massifs volcaniques du Cantal, alors en pleine activité, ils ont pu tracer un tableau fort exact des diverses zones forestières échelonnées par gradins, qui s’étageaient alors à partir du bord même de la mer usqu’à une altitude de 1,200 à 1,500 mètres. Les forêts des poinls les plus élevés étaient composées d’arbres résineux, de pins, de sapins, de mélèzes, dont les débris légers, graines ailées, écailles de cône, feuilles isolées, ne nous sont connus que grâce à l’action du vent et des eaux courantes, qui les ont entraînées parfois jusqu’à la région
- inférieure. La plus curieuse espèce de ces conifères d’autrefois est le pinsapo, Abies pinsapo, Boiss., qui habite maintenant les chaînes de l’Andalousie et qui alors remplaçait nos sapins actuels sur les croupes montagneuses de l’Europe centrale. De même le laurier rose et plusieurs Laurinées, viornes, houx, etc,, maintenant canariens, peuplaient les environs même de Meximieux. C’est donc aux restes de forêts des îles Canaries que ressemblent le plus les forêts de l’âge pliocène de Meximieux. Le climat des environs de Lyon à cette époque devait être à peu près celui de ces îles, c’est à-dire 17° à 18° en moyenne annuelle, au commencement des temps pliocènes.
- La précession des équinoxes au point de vue des phénomènes glaciaires et torrides. — M. Péroche, de Bar-le-Duc, a cherché à expliquer les lentes périodes de réchauffement et de refroidissement par lesquelles paraît passer notre globe, et dont les anciennes extensions des glaciers sont la preuve. L’auteur combine la précession astrono-
- Nouveau grand Saurien fossile (Steneausorus Heberti) découvert par M. Morel de Glasville et présenté à la réunion des Sociétés savantes a la Sorbonne. A. Crâne et mâchoire supérieure, vus on dessus. — B. Mâchoire inférieure, vue en dessus.
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- mique des équinoxes ou balancement de la terre sur son axe, d'une durée totale de 26 000 ans, avec un déplacement hypothétique des pôles suivant un cercle de 16° de rayon en projection. D'après lui, au bout de 43 400 ans se renouveleraient nos grandes chaleurs et nos grands froids, et nous passerions des uns aux autres dans des intervalles réduits de moitié, soit de 21 700 ans. Quant à la dernière période glaciaire, elle aurait eu pour nous sa plus grande intensité il y a 9 900 ans. Nous nous serions alors trouvés rapprochés du pôle à la distance de 26°, et notre situation, au moment de ces plus grands froids, serait celle qu’a aujourd’hui l'Islande, tandis qu’au moment de nos grandes chaleurs nous aurions, dans le nord de la France, la température moyenne actuelle de l’Algérie. L’hypothèse très hardie de M. Péroche devient principalement du ressort de la discussion astronomique et semble fort douteuse. Au reste, l’auteur annonce un complément de son Mémoire sur ce point important.
- Les eaux minérales de la Tarentaise (Savoie) — M. le directeur Laissus a cherché à démontrer que l’on trouve sur le sol français des eaux minérales aussi puissantes que
- celles qu’on va demander à grands frais à l’Allemagne pour certaines affections graves. 11 s’occupe surtout dans son travail des eaux thermales de Brides et de Salins— Moutiers, exploitées régulièrement dans deux établissements bien installés, dont il est le médecin inspecteur.
- Les eaux thermales de Brides, qui sont salines, sulfatées, sodiques, magnésiennes et calciques, sont essentiellement purgatives, et, à ce titre, très-efficaces dans les maladies chroniques des voies digestives, et surtout les engorgements du foie. En même temps la tonicité que leur donnent le fer et l’arsenic permet d’en faire longtemps usage sans fatigue pour l’intestin. Les eaux de Brides remplacent avantageusement les eaux allemandes de Carlsbad et de Kissingen, qui sont beaucoup plus excitantes.
- Les eaux de Salins-Moutiers, qu’il ne faut pas confondre avec celles de Salins-Jura, sont de véritables bains de mer chauds, car leur température est de 36° cent. Ces eaux, chlorurées-sodiques fortes, contiennent plus de 10 gr. de sel marin par litre, et les autres principes minéraux, sulfates, fer, lilhine, arsenic, bromures et iodu-
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- res, font monter le total de la minéralisation à 16 gr. par litre. Gomme leur débit est de près de quatre millions de litres par jour, on peut donner des bains à eau courante,
- d’une force considérable et toujours égale. Ces eaux reconstituantes et résolutives sont indiquées avant tout dans les affections du système lymphatique et dans la scrofule,
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- Fii. 1. — Puits du Saint-Homme, à Thuliu. — Fig. 2. Disposition du bord méridional du bassin primaire de Valenciennes, avant ses dislocations. — Fig. 3. -Coupe idéale montrant la structure du bassin houiller de Quièvrechain, d’après les faits connus, les terrains morts enlevés.
- 9. Schistes houillers. — 8. Calcaire carbonifère. — 7, Psammites du Condros. (6. Calcaires d’Huy. — 5. Schistes fossilifères. — 4. Poudingue de Wepion. Dévonien moyen.) — (3. Schistes et Psammites de Fooz, schistes bigarrés. — 2. Arkose. — 1. Poudingue d’Om-bret. Gédinien, dévonien i-nférienr.) — S. Terrain silurien.
- même la plus grave, dans toutes les maladies marquées au coin de l’anémie et de la faiblesse ; elles sont excellentes pour les enfants débiles et délicats qui ne peuvent se tenir sur leurs jambes, et chez lesquels il y a un arrêt de développement organique. On prend ces eaux surtout en bains et en douches, et aussi en boisson à petite dose. Elles sont les analogues des eaux allemandes de ÎSauheim et de Kreusnach, avec l’avantage de la ther-malité et du séjour en pays national.
- . M. le DrLaissus parle aussi des eaux sulfureuses de Bonneval, des eaux des Glaciers, au pied du col du Bonhomme, qui sont ferrugineuses, et peuvent remplacer les eaux de Saint-Galmier, des eaux salées d’Arbonne qui ont 280 gr. de sel par litre, et proviennent d’un roc salé qui a longtemps servi à l’extraction du sel. On connaît encore fort mal les richesses hydrologiques de la Tarenlaise (arrondissement de Moutiers),
- autrefois le pays des Centrons, et il est utile d’appeler l’attention des médecins et des malades sur ce point.
- Sur les failles du bassin houiller des environs de Valenciennes (Nord). — La houille existe de divers côtés aux environs de Valenciennes, et passe même, à de grandes profondeurs, sous la ville. Si depuis des milliers de siècles cette région a joui d’un calme profond, recouverte par la mer crétacée, qui a déposé 20l) mètres de sédiments, il n’en était pas ainsi antérieurement. Elle a été bouleversée et retournée, comme l’attestent de grandes failles ou fractures obliques et des superpositions géologiques anormales se sont produites. Il y a un fait des plus importants pour l'exploitation industrielle, car on peut rencontrer la nouille sous des couches qui, à l’ordinaire, lui sont inférieures, et dès lors, arrêtent les recherches. M. Gosselet, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Lille,
- Ile Campbell, d’après le plan levé en 1874 par MM. Bouquet de la Grye et Hatt. — P. 414.
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- a fait voir que la houille a été recouverte au sud de Valenciennes par le grès rouge dévonien en stratification discordante et de même au nord, et, très-probablement, au-dessus de celui-ci, par le silurien aussi en stratification discordante. Comme le montre la figure idéale du bassin houiller avant sa dislocation (page 413, fig. 2), les schistes de Fooz formaient le rivage sur lequel se déposaient en stratifications discordantes d’abord le poudingue, puis les schistes fossilifères et le calcaire dévonien. Au-dessus de celui-ci ont dû se former successivement les psammites du Condros, le calcaire carbonifère et les schistes houillers, contenant la houille d’exploitation. Le bassin se comblait de plus en plus, et le rivage avançait vers le nord. Lors des plissements de l’ancien sol primaire et de la formation de la grande faille, le bord méridional du bassin s’est brisé. Il s’en est détaché deux fragments par les failles ou fractures AB, CB, MN. Nous ne savons pas ce qu’est devenu le fragment MNCD, mais le lambeau ABCD a été poussé au nord sur le terrain houiller, et, faisant une pirouette complète, s’est renversé à sa surface. Si l’on veut s’en rendre compte, que l’on coupe la figure suivant AB, CD, MN, que l’on transporte CD parallèlement à lui-même, au nord de MN, et qu’on le fasse pivoter autour du point C jusqu’à ce que HK ait pris la direction verticale KII de l’état actuel, on aura la disposition observée dans le forage du puits du Saint-Homme, à Thulin (fig. 1), où la houille a été trouvée sous les superpositions anormales indiquées par M. Gos-selet.
- Il est démontré que le terrain houiller de Dour avec son prolongement de Quiévrechain forme un coin recouvert obliquement de chaque côté par le terrain dévonien, et l’avenir industriel du bassin de Quiévrechain, ce que prouveront les sondages ultérieurs, dépend essentiellement de l’obliquité plus ou moins grande de la faille qui le sépare du calcaire du nord.
- Géologie de la Corse. — Après un séjour de plusieurs années en Corse, M. Hollande, actuellement professeur de physique au lycée de Limoges, a fait une étude des divers terrains géologiques de l’ile de Corse, en rectifiant certaines inexactitudes. Les dépôts sédimentaires de la Corse comprennent le terrain quaternaire, le tertiaire, le terrain secondaire, représenté par le lias, l’infra-lias et peut-être le trias, le terrain primaire avec les étages du carbonifé-*. rien, du dévonien, du silurien et les schistes cristallins. Nous ne pouvons entrer, à propos de cet important travail, dans une analyse de détail, comprenant des noms de localités. Sous l’inspiration des idées d’un géologue éminent, M. Hébert, des notions nouvelles doivent prendre place dans la science. Tandis que la côte occidentale est principalement formée de porphyres et de granités, on trouve sur la côte orientale des dépôts sédimentaires, qu'on regardait jusqu’à ce jour comme crétacés, d’après la présence des nummulites. M. Hollande a reconnu au contraire les couches des terrains primaires, notamment du carbonifère supérieur, et sur celles-ci, au nord-est de l’île, des calcaires infra-liasiques, fait capital et tout nouveau pour la géologie de la Corse. Les couches infra-liasiques, avec Avicula contorta, etc., sont bien nettes, bien développées, et donnent de bons fossiles dans le bassin du Nebbio. On les retrouve par places dans l’intérieur de l’ile.
- Partout l’infra—lias se termine par une couche de calcaire gris, compacte, que l’on croit liasique. Sur elle on a un calcaire bleuâtre nummulilique, avec divers fossiles indiquant l’éocène moyen. En certaines places, sur ces dépôts nummulitiques, sont les couches du miocène si caractérisées par leurs clypéastres. En certain point ce miocène
- supporte un sable jaune à fossiles pliocènes. Enfin au golfe de Santa-Manza, etc. sont des dépôts quaternaires avec de nombreux fossiles.
- Faune et flore de l'île Campbell. — M. H. Filhol fait une communication relative à son voyage dans les mers centrales, et a exposé le résultat de ses observations sur la faune et la flore de l’ile Campbell, où il est demeuré durant quatre mois avec la commission qui était chargée d’y observer le passage de Vénus. Il a rappelé tout d’abord les services éminents qui ont été rendus par M. Bouquet de la Grye, commandant de l’expédition, qui, durant les dures épreuves qu’ont eu à subir, sur cette terre désolée, les membres de l’expédition, n’a cessé un seul jour de leur prêter le plus généreux concours pour leurs travaux, et d’être un exemple admirable de dévouement à la science.
- L’étude de l’ile Campbell offrait un grand intérêt pour les naturalistes. C’est une île d’aspect fort triste, toujours revêtue d’un manteau de brume, entourée d’immenses falaises sillonnées de filons de basalte et de trachyte, couverte de tourbe 'a l’intérieur. Elle est située au sud des îles Aukland, et est une des dernières terres qu’on rencontre, non loin de la banquise, dans l’hémisphère austral. Au nord, la terre la plus proche est la Nouvelle-Zélande, au sud, les débris du continent antarticque explorés par Ross et où fument, au milieu des glaces, les deux grands volcans l’Erebus et le Terror. Au nord-ouest, la Tasmanie et la Nouvelle-Hollande, à Test, la Patagonie. Chacune de ces régions est caractérisée par une faune spéciale, et l’on se demandait quelles étaient les affinités qu’offrait Campbell avec ces grandes terres. Mais ce n’est pas seulement par les êtres vivants que ces continents ou ces diverses parties de continents se différencient et forment de nos jours des provinces zoologiques distinctes ; ils se séparent nettement les uns des autres par leurs productions actuelles et aussi par les débris que les diverses générations y ont abandonnés durant la période zéologique. La Nouvelle-Zélande n’offre pas de Mammifères terrestres ; à l’exception de deux Chauves-souris, la classe des oiseaux y est caractérisée par ses Aptéryx, entièrement privés d’ailes, ses Strigops ou perroquets nocturnes, et les gigantesques Moas et Dinornis à l’état fossile récent ; l’Australie offre une faune spéciale de Marsupiaux, tandis que la Terre de feu a des Mammifères placentés. M. H. Filhol ne devait donc pas seulement porter ses études sur les animaux qu’on trouve aujourd’hui à Campbell, mais devait aussi s’occuper de la recherche des êtres qui y avaient vécu autrefois. Il fallait et constater son état actuel et retracer son passé.
- Les observations de M. II. Filhol tendent à prouver que Campbell a été sous les eaux durant la période crétacé supérieure, qu’il a fait partie durant l’époque éoeène d’un grand continent antarctique qui comprenait la Nouvelle-Zélande et qui s’est éffondré sous la mer durant la période miocène. A la fin de cette époque , marquée par des éruptions volcaniques sous-marines, Campbell est revenu de nouveau à la surface des mers australes à l’état d’ile ; depuis lors il ne s’est jamais relié aux terres voisines. Ce fait devait entraîner avec lui comme conséquence l’absence de mammifères, d’oiseaux terrestres, de reptiles; c’est ce que M. H. Filhol a constaté. Cette observation est importante parce que les îles Aukland , l’ile Macquarie qui sort des terres rapprochées, présentent, malgré le voisinage de la banquise, une faune abondante d’oiseaux terrestres qui se retrouvent tous à la Nouvelle-Zélande.. La séparation de ces îles de cette grande terre a eu lieu évù
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- demment à une époque plus voisine de nous, et elles n’ont pas depuis été immergées. Les êtres qui y vivaient s’y sont perpétués alors que Campbell ne pouvait offrir aux êtres vivants que des animaux marins, phoques, baleines, dauphins ; des oiseaux pélagiens, albatros , ossifrages, lares, sternes, pingouins. Les insectes devaient être des insectes apportés par les bateaux qui relâchaient dans les baies au moment de la pèche de la baleine, ou par quelque coup de vent.
- Un seul oiseau terrestre se rencontre à Campbell, c’est le Zosterops lateralis, Latham, originaire d’Australie et qui a été apporté par un coup de vent. C’est une petite fauvette de la taille des nôtres. Un fait semblable, se rapportant au même oiseau, a été noté aux îles Chatham, où il a apparu brusquement, il y a quelques années.
- Les Otaries (Otaria jubata) sont des Phocidès pesant jusqu'à 500 kilogrammes, vivant assez loin dans l’intérieur de l’ile, solitaires, bondissant avec force, dangereuses à approcher et se défendant avec courage, comme nos matelots en tirent l’épreuve. LesLeptonvx (Leptomjx Wealdei) sont au contraire des Phoques des côtes, qui s’échouent immobiles sur les plages. Us chassent aux Goélands, en se glissant sournoisement sous les warechs, et attrapant ces oiseaux sur les rocs. Il y avait en outre un petit Phoque (Arctocephalus australisl) et quelques espèces de Balénides fort rares, le Globicephalus Khingû, YEubalœna australis et le cachalot (Physeter macrocephalus, La-cépède.)
- Parmi les oiseaux pélagiques, il faut citer l’Albatros (.Diomedea exculans) ou mouton du Cap. 11 vient nicher dans l’été austral sur les hauts plateaux de Pile Campbell. Les femelles arrivent les premières, puis les mâles, qui se rangent en cercle, et chaque femelle se choisit un époux. Le couple ne pond qu’un œuf ; le mâle et la femelle couvent tour à tour. Un autre oiseau fort intéressant est le Puffmus tristis, ordinairement diurne, mais devenant nocturne à l’époque de la ponte et sortant la nuit pour pêcher. 11 n’y a aussi qu’un seul œuf pondu que le père et la mère couvent tour à tour dans un terrier. C’est l'oiseau mouton des Anglais ; il fournissait d’excellents rôtis aux membres de l’expédition française à Campbell. Il est fumé et mangé, en hiver, par les Maoris ou indigènes de la Nouvelle-Zélande.
- Les poissons sont rares à Campbell, à cause de la fraîcheur de Peau, car la température moyenne de la mer, durant Pété, a été de 7°. Les crustacés, peu abondants, appartiennent à l’Australie où à la Nouvelle-Zélande, ou essentiellement à la faune australe. II en est de même des mollusques, seulement ils semblent offrir plus d’affinités avec ceux du détroit de Magellan.
- Quant à la flore,'elle se compose de plantes rabougries, d’espèces nombreuses, environ 150 parmi les Cryptogames et autant chez les Phanérogames. M. Filhol a remarqué que les espèces qu’il avait rencontrées à Campbell, au bord de la mer, se retrouvaient à la Nouvelle-Zélande, à 1500 et 2000 mètres d’altitude. D’autre part, quelques espèces sont chiliennes, et ce fait est fort remarquable, vu que l’expédition envoyée à Saint-Paul l’a constaté également.
- Ces faits relatifs à Pile Campbell s’accordent avec la loi reconnue par M. Alponse Milne-Edwards, que les régions australes se sont peuplées par migrations progressives du nord au sud. M. le docteur IL Filhol a également exploré la Nouvelle-Zélande, Pile Stewart, les îles Viti, la Nouvelle-Calédonie, et lorsqu’il a fait, à la réunion des Sociétés savantes, à la Sorbonne, devant le ministre de l’instruction publique, la première et intéressante communication
- que nous venons de raconter, les applaudissements de l’assemblée ont félicité son courage et son dévouement à la science. Le savant illustre qui a organisé, à travers tant d’obstacles, la belle campagne scientifique du passage de Vénus doit être justement associé à tous ces remarquables résultats.
- Nous mentionnerons pour terminer les communications suivantes : M. Perréciot, de Baume-les-Dames (Doubs) a exposé des considérations élevées, mais beaucoup plutôt métaphysiques qu’expérimentales, sur la législation et le système de l’univers, ne formant, d’après lui, qu’un tout divisé en quatre règnes, minéral, végétal, animal et spirituel ; M. le docteur Ripoll, de Toulouse, arapportédes observations d’opérations de taille, hardiment et heureusement réussies, sans crainte de léser la glande prostate ; M. La-motte, de Clermont-Ferrand, a présenté une flore du plateau central de la France; M. Delage, une note de géologie locale de Saint-Germain-sur-Ule, au nord de Rennes ; M. le docteur Sicard, de Marseille, a fait connaître les résultats de ses expériences dans des aquariums à eau de mer, où il est parvenu à réussir des semis de diverses Algues et à étudier leur développement. Il s’est occupé aussi du degré de salure des eaux de mer en rapport avec ces phénomènes.
- Nous signalerons enfin des communications importantes de M. Lory sur les Dislocations des Alpes occidentales, et de M. Watelet sur Divers fossiles trouvés dans le département de l'Aisne1. Maurice Girard.
- Erratum. — Dans l’article Réunion des délégués des Sociétés savantes du numéro précédent, 155 :
- Page 596, lre col., ligne 49, catharrhe; lisez : catarrhe. — Page 597, 28 col., ligne 12 : par la forme torpide; lisez : pour. — Page 598, lre col,, lignes 57 et 04, M. Ley-meric; lisez : M. Leymerie.
- CORRESPONDANCE
- Au sujet des comptes rendus de la réunion des Sociétés savantes (Recherches sur le soufre mou, p. 582), nous recevons une lettre de M. Brame, qui fait remarquer que « c’est à l’état latent du soufre utriculaire », retrouvé par lui dans toutes les formes du soufre, excepté dans le Rhomboctaèdre, que doit être attribuée la chaleur latente qui se revèle. M. Brame en conclut qu’il n’y a pour le soufre que deux états allotropiques. Enfin M. Brame insiste sur ce point qu’il a comparé aux hydrates les combinaisons de soufre et de sulfure de carbone qu’il a obtenues. — G. B.
- CHRONIQUE
- Université en Sibérie. — On a annoncé* il y a quelque temps, la création d’une université en Sibérie. Le projet concernant cette fondation vient d’être présenté au ministère de l’instruction publique de Russie. Nous y voyons que le budget dudit établissement sera de 212 220 roubles (le rouble argent vaut 4 fr.,) soit 126 000 roubles (en chiffre rond) de moins que celui de l’université de Karkow; 155 000 de moins que celui de l’université de Kiew ; 155 000 de moins que celui de l’université de
- 1 Ces deux dernières communications feront l’objet de notices spéciales, que nous publierons prochainement.
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- Kazan, et 199 000 de moins que celui de l’université de Moscou. Le nombre de chaires devant y être relativement assez restreint, il en résultera une certaine économie ; en outre, l’hôpital existant remplacera la clinique pour la Faculté de Médecine. Les professeurs seront ainsi répartis : 8 professeurs et 3 agrégés pour la Faculté d’histoire et de philologie ; 12 professeurs et 4 agrégés pour la Faculté des sciences physiques et mathématiques ; 8 professeurs et agrégés pour la Faculté de droit; 11 professeurs et 9 agrégés pour celle de médecine. Tout ce personnel jouira des droits et prérogatives que comporte le service en Sibérie. Le nombre des étudiants est évalué à 240 ; les frais de construction se monteront à un demi-million. Le recteur de l’université sera, à ce qu’on suppose, M. le professeur Florinskij. Déjà plusieurs savants et professeurs ont promis de léguer a l’université naissante leurs collections et leurs bibliothèques. En même temps, on transmet quelques renseignements sur d’autres universités russes. A celle de Kazan, le nombre des étudiants est, pour l’année courante, de 506. Pendant l’exercice précédent, 463 étudiants avaient fréquenté l’université. Cette dernière dispose de 195 bourses, dont la moindre est de 142 roubles et la plus forte de 500 roubles (1200 fr.). A Karkow, le nombre des étudiants est de 700. L’université dépense 50 000 roubles pour des bourses aux étudiants pauvres. En outre, il existe une société de secours à leur usage, laquelle, d’après le compte rendu qui vient de paraître, a distribué, en 1875, 4261 roubles, sans compter 4243 roubles accordés à des étudiants à titre de prêts. Enfin, l’université d’Odessa va recevoir une Faculté de médecine. (Journal officiel.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 mai 1876. — Présidence de M le vice-amiral PÂnis
- Antidote du mercure et du plomb. — C’est à bien bon droit qu’on renvoie à la commission dite des arts insalubres un travail de M. Melsens sur les utiles propriétés de l’iodure de potassium. Nos lecteurs savent combien sont antihygiéniques les industries qui, comme la peinture, emploient beaucoup de céruse ou qui, comme la fabrication des glaces, font usage de mercure: au bout de peu de temps les ouvriers sont pris d’accidents très-graves en face desquels la médecine reste le plus souvent impuissante. Or M. Melsens s’est assuré que l’iodure de potassium pris en potion amène les métaux toxiques à un état de solution sous lequel ils sont facilement éliminés de l’organisme, et la pratique de ce traitement a donné de si bons résultats, qu’elle est adoptée dans beaucoup d’ateliers.
- Avis sur l'emploi des paratonnerres. — Récemment l’observatoire du Vésuve a été pourvu d’un paratonnerre à quatre pointes de platine. Bientôt après et sans qu’on ait remarqué de coup de foudre, l’une des pointes était fondue. Peu de temps après, une seconde pointe avait le même sort et M. de Luca, chimiste à Naples, fut chargé de se rendre compte de ce phénomène jusqu’alors ignoré. Le résultat fut que les pointes, loin d’être en platine pur, étaient constituées par un alliage renfermant jusqu’à 12 p. 100 de plomb, et par conséquent très-fusible. On fera donc bien d’examiner de très-près le prétendu platine des paratonnerres qu’on pourra employer et c’est à cause de l’importance pratique de cette remarque que le Mémoire du savant italien est renvoyé par l’Académie a une commission d’électriciens.
- Sur les ronds des fées. — Tout le monde connaît ces zones circulaires qui dans les pâturages se distinguent par leur végétation exubérante. Le paysan, dans son langage naïf, y voit la trace de la danse nocturne d’êtres surnaturels: ce sont les ronds des fées. — M. Cailletet y voit l’influence de certains champignons.
- Les champignons diffèrent profondément par leur composition de tous les végétaux verts. Leurs cendres ne contiennent ni silice, ni fer, ni magnésie, mais elles sont extrêmement riches en acide phosphorique, en potasse et en chaux. Il résulte de là qu’en végétant les champignons concentrent toutes les substances les plus fertilisantes que contient la terre sur laquelle croit leur micellium ; de façon que, si un champignon se développe sur un pré, il déterminera bientôt autour de lui un enrichissement considérable du sol. Les plantes qui s’y trouveront acquerreront donc un degré exceptionnel d’activité vitale et le rond des fées sera formé.
- Culture de la vigne et fabrication de la chaux. — A diverses reprises les tribunaux ont été saisis de plaintes de vignerons gênés, disaient-ils, par les fumées de fours à chaux voisins auxquels ils attribuaient la mauvaise qualité de leurs vins. Suivant les lieux, suivant les époques, des décisions diverses furent rendues de façon que la question est pendante encore de savoir si les fours à chaux sont, oui non, nuisibles à la viticulture.
- Attaquant de nouveau le problème, mais cette fois par l’expérience directe, M. Eusson étudie comparativement les vins produits près des fours ou dans de.v régions qui n’en contiennent pas. Sa conclusion est que la fumée communique toujours au liquide une odeur et un goût empyreumatique des plus désagréables. Ces matières pyro-génées sont quelquelois même assez abondantes pour retarder la fermentation du jus de raisin, sinon pour l’entraver tout à fait.
- Ahkas et Niamniams. — C’est comme écho de la Société du Caire que M. de Lesseps résume un travail de M. Mariette relatif à ces nains de l’Afrique centrale connus sous le nom à'Akkas. L’auteur croit tout à fait à l’existence le ce peuple de pygmés, et il prétend que les anciens Egyptiens le connaissaient très-bien. Dans le langage antique de l’Egypte, niam signifie nain et Akka enfant à la mamelle.
- Election. — En mourant, M. Andral a laissé vacante une place d’académicien, dans la section de médecine et de clinique. Les candidats sont très-nombreux et l’on dit que, dans le dernier comité, la lutte a été des plus vive. C’est ce qui explique comment le choix de la section a été bien éloigné de se trouver ratifié.
- La section en effet présentait : en première ligne, M. Gubler; en seconde, M. Yulpian ; en troisième, MM. Barth et Piorry ; en quatrième, MM. Davaine et Marey. Or, les votants étant au nombre de cinquante-six, M. Yulpian a réuni vingt-deux suffrages etM. Marey vingt-trois. M. Gubler n’a eu que cinq voix, comme M. Barthe; M. Davaine en a une.
- Un second tour était donc nécessaire. Cette fois M. Vul* pian a été nommé par trente-trois suffrages. M. Marey a réuni les vingt-trois autres voix.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakmek. Typographie Laliure, rue do Fleurus, 9, à Pari*.
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- INDEX ALPHABETIQUE
- A
- Académie des sciences, 15, SI, 47, 63, 79, 95, 110, 127, 143, 159, 176, 192, 206, 223, 239, 254, 271, 287, 303, 319, 336, 350, 367 , 384, 398, 416.
- Acariens (Métamorphose des), 410.
- Acclimatation de bourdons à la Nouvelle-Zélande, 62.
- Acide chlorhydrique (Hydrate d’), 95.
- Acide phénique, son emploi dans les maladies contagieuses, 190.
- Acide phosphorique (Constitution de 1’),
- 15.
- Acide sulfurique (Concentration de 1’), 64.
- Aéronaute (Xavier de Maistre), 162, 186.
- Aérostat l'Univers (Catastrophe de T), 43.
- Aérostats (Perfectionnement dans la construction des), 174.
- Aérostatiques (Ascensions), 51, 367.
- Aérostatique de Meudon (Nouveaux documents feur l’ancienne école), 311.
- Afrique (Voyage du lieutenant Cameron en), 241.
- Afrique (Au cœur de T), 22.
- Afrique équatoriale (L’), 75.
- Agates arborisées, 144,
- Age de pierre en Norwége, 30.
- Agricole (Concours), 207.
- Agricole en France (Accroissement de la richesse), 159.
- Aimantation, 271.
- Aimantation (Influence de la trempe sur P), 110.
- Aimants (Magnétisme intérieur des), 127.
- Air comprimé (Locomotive à), 228.
- Air (Rafraîchissement de 1’), 33.
- Alchimistes (Formules énigmatiques des), 280.
- Algues d’eau douce parasites, 595.
- Aliénés de la Seine (Asiles d’), 1, 98, 130.
- Aliénés (Leur traitement par la lumière solaire), 314.
- Amiante (Carton feutre d'), 47.
- Ammoniaque atmosphérique, 287, 319.
- Anacardium occidentale, 183.
- Analyse spectrale, 193.
- Andral, 227.
- Analyse lithologique, 398.
- Aniline (Noir d’), 159.
- 'Antimoine (Procédé de séparation d’avec l’arsenic), 380.
- i* année, — l,r h mettre.
- Appareil enregistreur des angles du roulis, 151.
- Appareil enregistreur du son, 126. Appareil pour l’essai des betteraves, 52. Aquiculture en Russie, 38.
- Arbres de pierre, 126.
- Arc-en-ciel (Poisson), 225.
- Arcs-en-ciel, se croisant, 7.
- Arctiques (Explorations), 107.
- Argent (Impureté de P), 598.
- Arsenic (Procédé de séparation d’avec l’antimoine), 580.
- Ascensions (Voy. Aérostatique).
- Asiles d’aliénés de la Seine, 1, 98, 130. Astronomie, 239.
- Astronomie (Cours d’), 64.
- Astronomie des Babyloniens, 158, 154. Astronomie (Les progrès de P), 95. Asymétrie des lobes cérébraux, 395. Aurores boréales et magnétisme terrestre, 558.
- Aurores polaires, 289.
- Australie (Exploration de P), 306. Autruche (Domestication de P), 191. Azoture de sodium, 127,
- B
- Babyloniens (Astronomie des), 138, 154. Bactéridies dans le sang (Production de),-32.
- Balances sans fléaux, 27.
- Balard, 355.
- Balises et phares, 9.
- Ballons (Voy. Aérostats).
- Betteraves à sucre ^Études sur les), 350. Betteraves (Appareil pour l’essai des), 32.
- Betteraves (Formation du sucre dans les), 63
- Bièvre et l’hygiène publique (La), 271. Bois indestructible, 46.
- Boissons alcooliques (Effet des), 191. Boissons fermentées des Chinois, 367. Borax de Californie, 223,
- Bosnie et l’Herzégovine (La), 219. Bourbon (Catastrophe de l’île), 111,327. Bourdons à la Nouvelle-Zélande, 62. Brongniart, 206, 337. •
- c
- Calais (l3thme de), 163.
- Caméléons (Changements de couleur des), 339.
- Cameron (Voyage en Afrique du lieutenant), 241.
- Campbell (Géologie de Pile), 128. Campbell (Faune et flore de l’île), 414. Canal de Nicaragua (Nouveau), 182, 203. Canal entre la Baltique et la mer Blanche, 192.
- Canon Krupp (Le), 232.
- Caranda, 254.
- Carte géographique, 143. Cartes-statistiques, 47.
- Carton-feutre d’Amiante, 47.
- Cataractes du Niagara en hiver, 97. Caverne sépulcrale du Mont, près Cra-vranche, 410.
- Cavernes en Suisse (Découverte de), 206. Cellulose hydratée, 51.
- Cerveau et la température animale (Le), 239.
- Chaleur solaire, 362, 398.
- Challenger (Expédition du), 126, 214. Charbon (Combustion spontanée du) ,110. Chemins de fer en Angleterre (Accidents de), 335.
- Chemin de fer métropolitain de Paris, 46, 383.
- Chemins de fer en Chine, 91.
- Chemins de 1er souterrains à Londres, 70, 145.
- Chrome (Colle-forte au), 159.
- Chromis pater-familias, 81.
- Ciel en 1876 (Le), 65.
- Cire artificielle, 126.
- Climat d’Ajaccio, 396.
- Coca (Huile de), 223.
- Cœur (Température du), 223.
- Colle-forte au chrome, 159.
- Colorado (Monuments primitifs du), 44. Combustion spontanée du charbon, 110. Concours agricole au palais de l'Industrie, 207.
- Condenseurs des machines à vapeur (Perfectionnements des), 582. Conduites d’eau (Engorgement dans les) 192. ’
- Couronnes solaires et lunaires (Halos et), 257.
- Coracle du pays de Galles, 319. Corneilles (De l’ulilité des), 149,
- Corps simples (Complexité des), 271. Craie (Plissements de la), 127.
- Crania ethnica, 96.
- Craniologie dans les œuvres de l'Antiquité (La), 521.
- 27
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- INDEX ALPIIABÉTIOUE.
- 4 IN
- Crémation des morts (La), 575.
- Creusot (Le), tOO, 141, 155. Cristallisation des eaux météoriques, 161, 176.
- Cuisson par le froid, 286.
- Crue de la Seine (La), 271, 384, 386. Cures d’air dans la phthisie pulmonaire, 234.
- Cyanure du potassium (Action sur le platine), 144.
- Cyclographe, 190.
- D
- Danube (Régularisation du cours du),
- 211.
- Delebecque, 62.
- Difformités, 48.
- Dinornis (Découverte d'ossements de), 191.
- Dissolutions des solides et des liquides (Mouvements qui accompagnent les), 6. Distillation de l’eau de u er, 268.. Dominique (Lac bouillant de la), 326, Duchenne, de Boulogne, 82.
- E
- Eau de mer (Distillation de T), 268. Eaux de Paris, 123.
- Eaux météoriques (Cristallisation des), 161, 176.
- Eaux minérales acides du Japon, 381. Eaux minérales de la Tarentaise, 412. Éboulement à l’île de la Réunion, 143, 254, 328.
- Échinides fossiles, 595.
- Éclairage électrique, 94.
- Écroulement du gros Morne, 143, 251. Édentés tertiaires, 15.
- Églantier âgé de mille ans, 383.
- Eider, 114.
- Electricité (Hypothèse sur la'nature de 1’), 379.
- Électricité (Son emploi pour la folie),
- 110.
- Électrique (Éclairage), 94.
- Électrique (Sifflet), 6'. Électro-métalliques (Réductions), 176. Électro-motrice (Recherches sur la force), 367.
- Électroscopes (Perfectionnements des), 562.
- Engrais chimiques, 399.
- Enseignements par les affiches et les tableaux, 158.
- Esturgeon pêché à Poissy, 535.
- Étoiles filantes (Spectre des), 126. Exposition scientifique de Kensington, 302.
- F
- Fabriques de produits chimiques (vapeurs des), 286.
- Ferry-Bonis pour la traversée de'la Manche, 113. »
- Feu (Enduits préservatifs contre le), 46. Feu grisou en Belgique (Explosion de),
- 30.
- Feuilles (Étude chimique des fonctions des), 381.
- Filtration automatique (Appareil de), 128. Filtre (Un nouveau) 552.
- Fleurs de la glace, 304.
- Fl1 re forestière de Mcximieux (Ain) ,411.
- Foie (Fonction glycogéniqne du), 127. Folie ^Emploi de l’électricité dans la),
- 110.
- Fonginécs (Classification des), 395.
- Force (Diffusion de la), 102.
- Force humaine à propos du marcheur Weston, 318.
- Formules énigmatiques des anciens alchimistes, 280.
- Fossiles (Les pistes), 282.
- Foudre sur les vignes (Effet de la), 94. Fourmis-lions et leurs pièges (Les), 543. Frigorifique (Le), 158.
- Froid (Cuisson par le), 286.
- Fumâison des viandes, 96.
- G
- Gallium (Le), 31, 195, 382.
- Garance (Application imprévue de la), 239.
- Gastrotomie (Homme à la fourchette), 351.
- Gaz d’éclairage (Appareil à), 17.
- Géodésie au Brésil, 259.
- Géographie (Société de), 350. Géographique de l’Inde (Exploration), 26, 58.
- Géologie du Tarn et Garonne. 396. Géologie belge, 176.
- Germination, 519.
- Glace (Exploitation aux Etats-Unis),135. Glacières de Paris, 150.
- Gorille (Le), 209.
- Gramme (Sur la machine), 143.
- Grès à paver (Sa perforation par des ta-cines d’arbre), 224.
- Grisou (Feu), 30, 206.
- Grisou (Appareils indicateurs du), 271. Guiliard (Achille), 270.
- Gymnastique raisonnée, 287.
- H
- Halos et couronnes solaires et lunaires, 257.
- ' Herbiers (Préparation des), 78. Herzégovine (La Bosnie et P), 219. Hirondelle de mer, Moustac, 305. Homme à la fourchette, 351.
- Homme pliocène, 159.
- Houilles des environs de Valenciennes, (Faille du bassin), 413.
- Houilleurs (Encombrement charbonneux des), 596.
- Hovenia dulcis, 183.
- Huile de Coca, 223.
- Hydrostats, 27.
- Hygiène, 239,
- * Hygiène (Journal d’), 51.
- Hypnotiques du lactate de soude (Propriétés), 535.
- I
- Iles Saint-Paul et Amsterdam, 55. Illusions d’optique (La vision et les), 260, 275, 290.
- Inde anglaise (Exploration de P), 26,58. Inde (Voyage du prince de Galles dans P), 300, 363, 407.
- Infusoires (Les), 569.
- Inondations, 255, 271, 384, 386. Insectes des bois ouvrés, 318. Interférences des rayons lumineux par
- les lames minces de Collodion (Phénomène d’),362.
- Isthme de Calais, 163.
- J
- Jakuns, sauvages de la Malaisie, 167.
- Japon (Eaux minérales acides du), 381.
- Jardin d’acclimatation à Cannes, 502.
- Jardin fleuriste de la ville de Paris, 358.
- Koumys (Le), 94.
- L
- Laboratoire de zoologie à Naples, 94.
- Lac bouillant de la Dominique, 326.
- Lac Georges, 12.
- Lac intermittent en Hongrie, 318.
- Lac de Tibériade (Chromis pater-familias du), 81.
- Lacs d’eau douce (Eau salée dans le fond des), 30.
- Lacs amers (Eau des), 598.
- Lactate de soude (Propriétés hypnotiques du), 535.
- Lamantins (Les), 294.
- Lampe électrique (Nouveau système de), 239.
- Libelluliens et leurs chasses (Les), 69, 138.
- Lichens du département de la Marne, 411.
- Ligules (Métamorphoses des), 395.
- Liquides (Vibrations communiquées aux nappes), 379.
- Locomotives à air comprimé, 228.
- Lombriciens (Clas.-ilication des), 15.
- Longévité de la race juive, 62.
- Longévité des médecins en Angleterre, 206.
- Lune (Protubérances sur la), 222.
- M
- Macareux, 114.
- Machine motrice de l’Exposition de Philadelphie, 366.
- Machine solaire de M. Mouchot, 102.
- Magnétisme (Son influence sur les spectres), 143.
- Magnétisme (chaleur sur le), 143.
- Magnétisme (Etudes sur le), 31.
- Magnétisme intérieur des aimants, 127.
- Magnéto-électrique (Machine), 20.
- Maistre, aéronaute (Xavier de), 162, 186.
- Malaise (Jakuns, sauvages de la Péninsule),
- 167.
- Manche (tunnel sous la), 95.
- Manche (Pont sur la), 239.
- Mancône (Effets toxiques de l’écorce de), 270.
- Manganèse (Nouvel oxyde de), 223.
- Marcheur W eston (la force humaine à propos du), 318.
- Mariages consanguins (Des), 278, 298.
- Maritimes en 1875 (Sinistres), 222.
- Marmites de Géants (Les), 404.
- Matières organiques extra-terrestres, 15..
- Médecins en Angleterre (Longévité des), 206.
- Médecins-femmes en Russie, 222.
- Mer (Curiosités zoologiques de la), 170.
- Mesnel, 179.
- Mesures (Vérification des unités de), 170
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-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- Métallurgie, 259.
- Météorite américaine, 15.
- Météorites (Géologie des), 64.
- Météorites (Particularités de forme des),
- 351.
- Météorites (Etude sur les composés du carbone pur dans les), 368. Météorologie (Commission de Lyon), 48. Météorologique (Société), 78. Météorologique des Pays-Bas (Institut), 547.
- Météorologiques (Stations), 170. Météorologiques dans la Haute-Vienne (Observations), 383.
- Mines (Accidents en Angleterre), 14. Mississipi (Canalisation du), 222.
- Momie australienne du musée de Bris-banc, 16.
- Mongolie, 251.
- Mont Blanc (Ascension du), 278. Monuments primitifs du Colorado, 44. Mousquet à ballons de M. Krupp (Le), 129.
- Mouvement végétal (Le), 230, 244, 263, Mygales (Les), 49.
- N
- Navire cuirassé chinois (Le premier),
- 110.
- Navire de guerre moderne, 554.
- Neige (Production artificielle des formes cristallines), 401.
- Niagara en hiver, 97.
- Niams-Niams, 22, 416.
- Nicaragua (Nouveau canal de), 182, 205. Nitrification, 223, 384.
- Nitro-glycérine (Expérience sur la), 14. Noir d’aniline, 159.
- Nuages à neige, 52,
- O
- Observatoire du Pic du Midi, 111. Observatoires des Etats-Unis, 218, 247. Ongles chinois, annamites et siamois, 199. Optique (La vision et les illusions d'), 260, 273, 290.
- Orages et tacbes solaires, 78.
- Osmium cristallisé, 384.
- Oursins (Les), 368,
- Oxyde de manganèse (Nouvel), 223. Ozone (Taches du soleil et), 206.
- P
- Paléontologie, 144.
- Pékin par terre (De Paris à), 251. Pélican (Vol du), 366.
- Pensylvanie (Puits de gaz en), 235. Phares et Balises, 9.
- Phrynosome (Le), 29.
- Phthisie pulmonaire (Cure d’air dans la), 234.
- Phylloxéra, 143, 176, 254, 271, 287, 398.
- Phylloxéra (Les œufs du), 11, 363. Phylloxéra en Afrique, 47, 63. Phylloxéra issu des œufs d’hiver, 319. Phylloxéra (Remède contre le), 85. Phylloxéra (Ravages du), 350. Physiologie végétale, 351.
- Physique (Société française de), 110,142, 202, 235.
- Pic du Midi (Observatoire du), 111.
- Pigeons voyageurs (Expositions de), 286.
- Pigeons voyageurs (Protection aux), 142-
- Pistes fossiles (Les), 283.
- Plaies (Explorateur électrique des), 548.
- Plan de Paris, 199.
- Planètes (Nouvelles), 159, 255.
- Platine et silicium, 255.
- Plantes insectivores françaises, 597.
- Platine (Action du cyanure de potassium sur le), 144.
- Pliocène (Homme), 159.
- Pluviomètres enregistreurs de M. Hervé-Mangon, 93, 288.
- Poisson arc-en-ciel, 225.
- Poissons amphibies (Les), 153.
- Poissons vivants (Transport des), 80.
- Pont sur la Manche, 259.
- Pont gigantesque sur le Saint-Laurent, 191.
- Population en Europe (Accroissement de la), 191.
- Population de Londres, 190.
- Potasse contre le phylloxéra, 176.
- Poudre (Etude sur la), 207.
- Procession des équinoxes, 412.
- Prévision du temps, 7.
- Protubérances solaires, 287.
- Protubérances sur la lune, 222.
- Puces (Curieuse exhibition de), 111.
- Puces (Sur la force musculaire des), 126.
- Puits de gaz en Pensylvanie, 235.
- Pyrénées (Sur un nouveau terrain des), 398.
- Pyrites de fer, 15, 332.
- R
- Racines d’arbre (Perforation d’un grès à paver par des), 224.
- Radiations lumineuses (Etude comparative des), 363.
- Rafraîchissement artificiel de l’air, 53.
- Réfrigérant (Mélange), 159.
- Régulateur isochrone de M. Yvon Villar-ceau, 187.
- Reptiles et batraciens de l’ouest de la France, 394.
- Réunion (Catastrophe du Grand-Sable, île de la), 327.
- Roger Bacon chinois (Un), 63.
- Roulis (Appareil enregistreur dos angles du), 151.
- Rumford ^Œuvres complètes de), 270.
- S
- Sable vert inférieur au calcaire grossier, 47.
- Saint-Paul (Ile), 53.
- Sanatoria dans les Pyrénées, 597.
- Sang (Ses mouvements subits dans les vaisseaux), 144.
- Santé (Dictionnaire de la), 176.
- Sarracénie pourprée, 350.
- Saurien fossile (Un nouveau), 411.
- Sauterelles pronostics du temps (Les). 383.
- Schiste (Sa transformation en argile), 46.
- Scientifique de France (Association), 366.
- Séquoia gigantea, 385.
- Sénégal (Climat du), 402.
- Seine (Grande crue de la), 386.
- Séguier, 290.
- Serres de la ville de Paris, 360.
- Sibérie, 251.
- Sifflet électrique, 62.
- Silicium (Platine et), 255.
- Simstres maritimes en 1875, 222.
- Société de géographie de Paris, 350.
- Société d’instruction et d’éducation populaires, 238.
- Société française de navigation aérienne, 43.
- Société française de physique, 110, 142, 202, 335.
- Société industrielle de Mulhouse, 70.
- Société météorologique de France, 78.
- Sociétés savantes à la Sorbonne, 350, 562, 379, 394, 410.
- Sodium (Azoture de), 127.
- Solaire (Mesure de la chaleur), 363.
- Solaire (Machine), 102.
- Solaires (lâches), 206, 319, 552, 383.
- Soleil et ozone (Taches du), 206,
- Soleil (Corpuscules sur le), 384.
- Son (Appareil enregistreur du), 126.
- Soufre (Nouveau gisement de), 95.
- Soufre mou (Recherches sur le), 382.
- Sourds-muets (Education dès), 271.
- Spec'rcs des corps (Influence du magnétisme sur les), 143.
- Slat on humaine préhistorique, “56.
- Station néolithique découverte dans l'Aisne, 335.
- Stimulants nervins aux États-Unis, 519.
- Stribori (Découverte d’un manuscrit de), 63.
- Su rage des vins. 159.
- Sucre dans les plantes (Formation du\ 31, 63, 96.
- Sucre de canne (Composition du), 127.
- Sucre (Production chez les animaux).
- 111.
- Sulfocarbonates alcalins et vignes phyl-loxérées, 85.
- Sumatra (Exploration dans l’intérieur de), 230.
- T
- Taches du soleil (Hypothèse pour expliquer les), 383.
- Taches du soleil et ozone, 206.
- Taches solaires et orages, 78.
- Taches solaires artificielles, 319, 353.
- Tarets fossiles, 180.
- Télégraphie militaire, 122, 392.
- Télescope de l’Observatoire, (Grand), 39.
- Tempête (Inondation cl), 235.
- Température animale (Le cerveau et la), 239.
- Température souterraine, 271.
- Terre (Chaleur intérieure de la), 386.
- Terre végétale, 315.
- Terres qui conservent leur fertilité sans recevoir d’engrais, 19.
- Thermomètre pneumatique. 350.
- Thomé de Gamond, 255.
- Torpilles (Organes électriques des), 395.
- Tramways (Traction mécanique sur les), 177.
- Tremblements de terre avec Page de la lune (Concordance des)* 366*
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-
- 420
- INDEX ALPHABETIQUE.
- Tremblements de leTre en Italie, 46.
- Tremblements de terre en Sibérie, 142.
- Tremblements de terre en Suisse, 356.
- Trempe (Son inlluence sur l’aimenta-tion), HO.
- Trempe du verre et ses applications, 87, 118.
- Troie (Les ruines de), 391.
- Trombe en Suède (Description d’une), 142.
- Trombes (Histoire de), 127.
- Trombes (Orientation des arbres renversés par les), 336.
- Tunnel du Saint-Gothard, 159, 238.
- Tunnel sous la Manche, 95.
- U
- lirée (Ferment de 1’), 159.
- y
- Vaisseaux sanguins (Méthode pour écrire les mouvements des), 237.
- Vapeurs surchauffées (Variation du coefficient de détente des), 562.
- Végétal (Le mouvement), 230,244, 263.
- Végétal (Poids soulevé par la croissance d’un tissu), 238.
- Végétale (Physiologie), 351.
- Végétale (Terre), 315.
- Verre trempé, 87, 118, 254.
- Viandes (Fumaison des), 96.
- Vibrations communiquées aux nappes liquides, 379.
- Vigne colossal (Un pied de), 302.
- Vignes (Effet de la foudre sur les), 94
- Vins (sucrage des),
- Vision et les illusions duplique (La), 260, 273, 290.
- Vol du Pélican, 366.
- Vue (Écoles publiques et hygiène de lu , 396.
- w
- Wagon Giffard, 46.
- Wapiti (Le), 34.
- Z
- Zoologie à Naples (Laboratoire de), 94. Zoologiques de la mer (Curiosités), 170.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- R,\der (Dr; — es asiles d’aliénés de la Seine, Vaucluse. Ville-Evrard, Bicêlre, 1, 08, 150.
- Bertillon (J.). — Des maciages consanguins à propos d’un récent travail de M. Darwin, 278, 298.
- Rlanchère (II. delà). —L’nqii'ciillure en Rmsie, 58. — Transport des poissons vivants, 80. — Le coraclc du pays de Galles, 519.
- Blerzy (H.) Phares et balises, 9.
- Boissay (Ch.). — Les asiles d’aliénés de la Seine. — Vaucluse, Ville-Evrard, Bicêtre, 1, 98, 150. —L'Afrique équatoriale, 75. — Les glacières de Paris, 150. — Le plan de Paris acheté par la bibliothèque de la ville, 199. — Le jardin fleuriste de la ville de Paris, 558. — Les ruines de Troie, 591.
- Bonnier (G.). — Réunion des délégués des sociétés savantes des départements à la Sorbonne, sciences physiques. 562, 579.
- Boxtemps (Ch.). — La diffusion de la force : la machine solaire de M. Mouchot, 102. — La vision et les illusions d’optique, 260, 273, 290. — Un nouveau tiltre, 352.
- Breguet (A.). Régulateur isochrone de M. Yvon Villarceau, 187.
- Brocchi (Dr P.). — Les mygales, 49.
- Brunner (J.). — Distillation de l’eau de mer pour en obtenir de l’eau potable, 268.
- D... (A.). — Andral, 227.
- Dogiel (J.), Production artificielle des formes ciistallines de la neige, 401.
- Flammarion (C.). —Le ciel en 1876, 65. — L’astronomie des Babyloniens, d’après les découvertes récentes faites à Ni-nive, 138, 154. — Les observatoires des États-Unis, 218, 247. — La grande crue de la Seine en 1876, 386.
- Fontpertuis (Ad. F. de), — L’exploration géographique de l’Inde anglaise, depuis la fin du dernier siècle jusqu’à nos jours, 26, 58. — L’exploration de l’Australie de 1829 à 1873, 306.
- Gariel (C. M.). — Locomotive à air comprimé, employée aux travaux du percement du tunnel du Saint-Gothard, 228.
- Giffard (Henri). — Perfectionnements dans la construction des aérostats, à propos de la catastrophe de « l’Univers », 174.
- Girard (J.). — Les monuments primitifs du Colorado, 44. — Les explorations arctiques ; l'expédition anglaise au pôle nord ; l’exploration à l’embouchure de Ieniséï, 107.
- Girard (M.).— Les œufs de phylloxéra sur les ceps. Importance pratique, 11. — Les libelluliens et leurs chasses, 69, 138.— Curiosités zoologiques de la mer, 170. — Concours agricole
- du palais de l’Industrie; cires et miel, 207. —Manuel d’agii-culture rnlionclle, 556. —Les fourmis-lions et leurs pièges, 343. — Réunion des délégués des sociétés savantes à la Sorbonne, 594, 410.
- Giruihn (J.). — Fumaison des viandes, 96.
- Giiiaihuère. — Le rafraîchissement de l’air, 53. — I.a traction mécanique sur les tramways, 177. — Régularisation du cours du Danube à Vienne, 211 .
- Girouard (E.). —bouveau système de lampe électrique à régulateur indépendant, 239.
- Guy (P.). — I e nouveau canal du Mearagua, 182,203.
- Hamy (E.-T.). — La momie australienne du musée de Brisbane, 16, — Les Jakuns, population sauvage de l’intérieur de la Péninsule malaise, 167. — Ongles chinois, annamites et siamois, 199. — La Craniologie dans les œuvres de l’antiquité, 321.
- IIeckel (Dr Kd.). — L’Eider et le Macareux de l’Islande, 114.
- Kermogand (A.). — L’Eider et le Mai areux de l'Llande, 114.
- Letort (Ch.). — Duchenne (de Boulogne), 83,
- I.héritier (L.). — Le lac Georges, 12. — Les cataractes du Niagara en hiver, 97. — L’exploitation de la glace aux États-Unis, 135.
- Lortet (Dr). —Le chvomis pater-familias du lac de Tibériade 81.
- Luynes (V. de). — La trempe du verre et ses applicdions, 87, 118.
- Marcel (G.). — La Bosnie et l’Herzégovine, 219. — Le voyage du lieutenant Cameron dans la région des lacs en Afrique, 211. — Voyage du prince de Galles dans l’Inde, 300, 363, 407.
- Margollé (Élie). — Commission de météorologie de Lyon, 18. — Institut météorologique royal des Pays-Bas, 347.
- Meunier (Stanislas). — Séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 47, 63, 79, 95, 110, 127, 143, 159 176, 192, 206, 223, 239, 254, 271, 287, 303, 319, 336,350! 367, 384, 398, 416.— L’isthme de Calais, 163. — Les ta-rets fossiles, 180. — Perforation d’un grès à paver par des racines d’arbre, 224. — Les pistes fossiles, 282. — Les Marmites de Géants, 404.
- Mosso (Dr). — Sur une nouvelle méthode pour écrire les mouvements des vaisseaux sanguins chez l’homme, 237.
- Mouillefert (P.). — La guérison des vignes phylloxérées par les sulfocarboiiates alcalins, 85.
- Niaudet (Alf ). — Nouvelle machine magnéto-électrique à courants continus, 20. — Sur la machine Gramme, 143. — Télégraphie militaire, systèmes de M. Trouvé, 392.
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- LISTE DES AUTEURS PAU ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Nollt (P.). — Appareil à gaz auto-pneumatique de M. M’A-voy, 17. — Les chemins de fer souterrains à Londres, 70, 145.
- N or et (E.). — Projet de Ferry-Boats pour la traversée de la Manche, 113.
- OcsTAiÆT (E ). — Le Wapiti, 34. — Le mouvement végétal, d’après les recherches récentes de M. Ed. Heckel, 250, 244, 263 — Les lamantins, 294.— Les changements de couleur des Caméléons, d’après les travaux récents de M. Paul Bert, 339.
- Pelletai (l)r J.). — Les infusoires. Développement et organisation, 369.
- Pennetier (G.). — De l’utilité des corneilles, 149.
- Planté (G). — Les aurores polaires, 289. — Les taches solaires et la constitution physique du soleil, 353.
- Poisson (J.). —Iles Saint-Paul et Amsterdam, 53.— L’Hove-nia dulcis et l’Anacardium occidentale, 188.
- Quatreeages (A. de). — La craniologie dans les œuvres de l’antiquité, 321.
- R ... — L’hirondelle de mer Moustac et son nid flottant, 505.
- Renaud (L.). — Le canon Krupp de 35 centimètres pour la défense des côtes, 252. — Le navire de guerre moderne, 554.
- Rubënson. — Arcs-en-ciel se croisant, 7.
- Sai.leiion (J.). — Cause des engorgements dans les conduites d’eau, 192.
- Sauvage (E.). — Le phrynosome, 29. — Les poissons amphibies. 133. — Le poisson arc-en-ciel, 225.
- Schmitu (Laurence). — Puits de gaz en Pensylvanie, 255.
- Secrétan (II.-F.). — Sur les mouvements qui accompagnent la dissolution des solides et des liquides, 6,
- Stevens (M.). — Nouvel appareil de filtration automatique, 128.
- Tegktmeier (W.-B.). — Difformités, 48,
- Thomson (Wvville). — L’expédition du Challenger, 214.
- Tissandier (G.).— De quelques terres qui conservent leur fertilité sans recevoir d’engrais, 19. — Les balances sans fléaux, balances de torsion, hydrostats,27. — Ascension aérostatique au-dessus des nuages à neige, 51. — Le nouveau pluviomètre enregistreur de M. Hervé Mangon, 93. — Le mousquet à
- ballons de M. Krupp, 129. — Appareil enregistreur des angles du roulis, 151. — L’aceroissement de la richesse agricole en France, 159. — La cristallisation des eaux météoriques, 161. — Xavier de Maistre, aéronautè, 162, 186. — L’analyse spectrale et la découverte du gallium, 193. — De Paris à Pékin par terre. Sibérie, Mongolie, par Victor Mei-gnan, 251. — Ilalos et couronnes solaires et lunaires, pronostics du temps, 257. — Appareils indicateurs du grisou et des gaz délétères, 271, — Les formules énigmatiques des anciens alchimistes, 280. — Le pluviomètre enregistreur du nouveau dépôt de l’école des ponts et chaussées, 287. — Nouveaux documents sur l’ancienne école aérostatique de Meudon, 311. — Le Climat du Sénégal, d’après les travaux de M. le Dr Borius, 402.
- Va iût (N.). — Le Creusot, 100, 141, 135.
- Vélain (Ch.). — La catastrophe du Grand-Sable, à Salazie (île de la Réunion), 327.
- Wurtz (A.). — A.-J. Balard, 355.
- Zurcher (F.). — Géographie industrielle de la France, 30,— Stations météorologiques, 170.
- Z.... (Dr). — Au cœur de l’Afrique, par le Dr Schweinfurth. Les Niams-Niams, 22. — La terre végétale, 515. — Explorateur électrique des pluies et extracteur des projectiles de M. Trouvé, 318. — La crémation des morts, 375.
- Articles non sig'és. — La prévision du temps, 7. — Appareil pour l’essai des betteraves, 52. — Le grand télescope de l’Observatoire, 39.— Société française de navigation aérienne, 43. — La catastrophe du ballon l'Univers, 45. — Nouveau procédé de concentration de l’acide sulfurique, 64. — Curieuse exhibition de puces à Paris, 111. — Lu télégraphie militaire, 122 — Les eaux de Paris, 125. — Les agates ar-borisées, 144. — Albin Mesnel, 179. — Société française de physique, 202. — Le Gorille, 209. — Voyase d’exploration dans l’intérieur de Sumatra, 23 — Les cures d’air dans la
- phthisie pulmonaire, 234. — Thomé de Gamond, 255. — Une ascension du mont ibauc en hiver, 278. — Les fleurs de la glace, 304. — Traitement des aliénés par la lumière solaire, 314, — Lac bouillant de la Dominique, 326. — Les pyrites de fer, 332. — Brongniart, 337. — Aurores boréales et magnétisme terrestre entre la Nouvelle-Zemble et la terre François-Joseph, 558. — Les oursins, 368. — Un bal en Californie sur un tronc de Séquoia gigantea, 580. — La chaleur intérieure de la terre, 386. — Les engrais chimiques de M. Ville, 399.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Le grand télescope de l’Observatoire de Paris.......... 59
- Le ciel en 18/6 (G. Flammarion)......................- 65
- L’astronomie des Babyloniens, d’après les découvertes té-
- Les observatoires des États-Unis (G. Flammarion). . 218, 247
- Les taches solaires et la constitution physique du soleil
- (Gaston Planté)...................................355
- Cours d’Astronomie................................... 6 i
- Les taches solaires et les orages....................... 78
- Les progrès de l’astronomie............................. 95
- Spectres des étoiles filantes...........................126
- Nouvelles planètes......................................159
- Les taches du soleil et l’ozone.........................266
- Protubérances sur la lune...............................222
- Astronomie.................................. . . 239
- Petite planète..........................................255
- Protubérances solaires..................................287
- Taches solaires artificielles...........................519
- Hypothèse pour expliquer les taches solaires. . . . 585
- Passage de corpuscules sur le soleil. k.................584
- Physique.
- Nouvelle machine magnéto-électrique à courants continus
- (A. Niaudet).......................................... 21
- Les balances sans fléaux (G. Tissandier)................ 27
- La diffusion de la force : la machine solaire de M. Mou-
- cliot (Ch. Bontemps)..................................102
- Appareil enregistreur des angles de roulis (G. Tissandier). 151 Nouveau système de lampe électrique à régulateur indépendant (E. Girouard)...................................239
- La vision et les illusions d’optique (Ch. Bontemps) 260,
- 273................................................. 290
- Les aurores polaires (G. Planté)........................289
- La télégraphie militaire (A. Niaudet)...................392
- Étude sur le magnétisme................................. 31
- Sifflet électrique. ... 62
- Expérience d’un nouvel appareil d’éclairage électrique. 94 Société française de physique. . . . 110, 142, 202, 335
- Influence de la trempe sur l'aimantation................110
- Appareil enregistreur du son............................126
- Magnétisme intérieur des aimants........................127
- Influence de la chaleur sur le magnétisme.............. 143
- Influence du magnétisme sur le spectre de certains
- corps.................................................143
- Vérification des unités de mesure.......................176
- Aimantation.............................................271
- Le thermomètre pneumatique..............................550
- Perfectionnement des électroscopes......................362
- Variation du coefficient de détente des vapeurs surchauffées............................................362
- Phénomènes d’interférence des rayons lumineux produits par les lames minces de collodion................362
- Mesure de la chaleur solaire...........................365
- Étude comparative des radiations lumineuses. , . . 363
- Recherches sur la force électro-motrice................567
- Hypothèse sur la nature de l'électricité...............379
- Vibrations communiquées aux nappes liquides de forme déterminée.......................................379
- Chimie.
- Sur les mouvements qui accompagnent les mouvements /les solides et des liquides (N.-F. Secrétan) ..... 6
- Appareil à gaz auto-pneumatique deM, îl’Avoy (P.Nolet. 17 De quelques terres qui conservent leur fertilité sans recevoir d’engrais (G. Tissandier)...........................19
- Appareil pour l’essai des betteraves.....................32
- Nouveau procédé de concentration de l’acide sulfurique . 64
- l a trempe du verre et ses applications (V. de Luynes) 87, 118
- Fumaison des viandes (.1. Giiuhdin)......................96
- Nouvel appareil de filtration automatique (M. Stevens) . Iï8 L’analyse spectrale et la découverte du gallium (Tissan-
- dieu)......................................... 193, 382
- Distillation de l'eau de mer pour en obtenir de l’eau potable (J. Brdnner)......................................268
- Appareil indicateur du grisou et des gaz délétères (G. Tissandier) .............................................. 271
- Les formules énigmatiques des anciens alchimistes (G. Tis-
- samdier)..............................................280
- Les pyrites de fer..................................... 332
- Production artificielle des formes cristallines de lu neige
- (J. Dogiel)...........................................402
- Une grande expérience sur la nitro-glycennc .... 14
- Les pyrites de fer..................................... . 15
- Constitution de l'acide phosphorique.....................15
- Le gallium.............................-................31
- Cellulose hydratée.......................................31
- Formation du sucre dans les plantes. ... 31, 63, 96
- Bois indestructibles.....................................46
- Enduits préservatifs contre le feu..................... 46
- Le koumys................................................94
- Hydrate d’acide chlorhydrique.................... 94, 582
- Un nouveau gisement du soufre. . . 95
- Combustion spontanée du charbon..........................110
- Cire artificielle....................................... 126
- Composition du sucre de canne............................127
- Azoture de sodium........................................127
- Le frigorifique..........................................158
- Colle forte au chrome....................................158
- Mélange réfrigérant.....................................159
- Le sucrage des vins......................................159
- Le noir d’alinine ... 159
- Réductions électro-métalliques ..........................176
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-
-
- TABLE DES MATIERES.
- m
- Le grisou............................................
- Étude sur la poudre..................................
- Borax de Californie . ...............................
- Huile de Coca........................................
- Nouvel oxyde de manganèse............................
- Nitrification.................. .*...................
- Application de la garance............................
- Le verre trempé............ .........................
- Platine et silicium...............• .................
- Complexité des corps dits simples....................
- Cuisson par le froid. . . . ,........................
- tes vapeurs des fabriques de produits chimiques . . .
- Propriétés hypnotiques du lactale de soude.............
- Boissons fermentées des Chinois......................
- Nouveau procédé pour séparer l'arsenic et l'antimoine .
- Eaux minérales acides du Japon ......................
- Étude chimique des fonctions des feuilles............
- Recherches sur le soufre mou.........................
- Nitrification........................................
- Osmium cristallisé...................................
- Impureté de l’argent .............................. . .
- 206
- 207
- 225
- 223
- 223
- 224 239
- 254
- 255 271 287 287 535 507 580 380 580 5S2 584 384 598
- Météorologie. — Géologie. — Physique du globe.
- Les taches du soleil et l'ozone..............• . . . 200
- Inondation et tempête..................................255
- Température souterraine. . . . ..................... . 271
- La crue............................................... 271
- Ammoniaque atmosphérique ........................ 287, 319
- Un lac intermittent en Hongrie.........................818
- Orientation des arbres renversés par les trombes . . . 550
- Tremblements de terre en Suisse.......................55(i
- Particularités de forme des météorites.................351
- Concordance des tremblements de terre avec l’âge de la
- lune................................................300
- Recherches sur les composés du carbone pur dans les
- météorites......................................... 308
- Organisation des observations météorologiques dans la
- Haute-Vienne........................................383
- Sur la dernière crue de la Seine......................58 i
- Les sauterelles pronostics du temps...................38.»
- Le climat d'Ajaccio....................................391
- La précession des équinoxes au point de vue des phénomènes glaciaires ou toi rides..........................412
- Les eaux minérales de la Tarentaise (Savoie) . . . 412
- Sur les failles du bassin houiller des environs de Valenciennes................................................413
- Géologie de la Corse, . . . ...................414
- La prévision In temps.................................. 7
- Arcs-en-ciel s«. croisant (Ruben on) .................. 7
- Commission île météorologie de Lyon (E. Margollé) . . . 18
- Ascension aérostatique au-dessus des nuages à neige (G.
- Tissaniiier)...........................................51
- Le nouveau pluviomètre enregistreur de M. Hèrvé-Man-
- gon (G. Tissandier).................................... 93
- Les cataractes du Niagara en hiver (L. Lheritiei.) ... 97
- La cristallisation des eaux météoriques (G. Tissandier) . 101
- L’isthme de Calais (S. Meünier) ...........................163
- Stations météorologiques (F. Zurcher)......................170
- Puits de gaz en Pensylvanie (Laurence Schmieh).........235
- Halos et couronnes solaires et lunaires, pronostics du
- temps (G. Tissandier)..................................257
- Les pistes fossiles (S. Meunieh)...........................282
- Le pluviomètre enregistreur du nouveau dépôt de l’école
- des ponts et chaussées (G. Tissandier).................288
- Les aurores polaires (G. Planté)................... . . 289
- La catastrophe du grand sable à Salazie ^lle de la Réunion)
- (Ch. Vélain)............................................327
- Les pyrites de fer.....................................352
- Institut météorologique royal des Pays-Bas ^K, Mahgollé) . 347 Aurores boréales et magnétisme terrestre entre la Nouvelle-
- Zemble et la terre François-Joseph.....................358
- La chaleur intérieure de la terre.......................386
- La grande crue delà Seine en 1876 (C. Flammarion). . . 386 Le climat du Sénégal, d’après les recherches de M. le Dr Bo-
- rius (G. Tissandier)...................................402
- Les Marmites de Géants (S. Meunier).....................404
- Matières organiques extra-terrestres................. 15
- Météorite américaine.........................................15
- Explosion de feu grisou en Belgique..........................30
- Eau salée dans le fpnd des lacs d’eau douce............30
- Tremblement de terre en Italie............................46
- Transformation du schiste en argile.......................46
- Sur le sable vert inférieur au calcaire grossier. ... 47
- Géologie des météorites...................................64
- Les taches solaires et les orages.........................78
- La Société météorologique de France.......................78
- Effet de la foudre sur les vignes.........................94
- Catastrophe à l’île Bourbon................ 111, 145, 255
- L’observatoire météorologique du pic du midi.............111
- Plissements de la craie . . .............................127
- Histoire des trombes.....................................127
- Géologie de l’tle Campbell...............................128
- Tremblement de terre en Sibérie..........................142
- Description d’une trombe en Suède........................143
- Écroulement du gros Moi ne..................... 143, 255
- Cristallisation des eaux météoriques.....................176
- Géologie belge...........................................176
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique. Paléontologie.
- Le Phryuosome (Dr E.Sauvage).............................. . 29
- Le Wapiti (E. Oustai.et) .................................... 35
- Difformités (W.-B Tegetmeier).................................48
- Les Mygales (Dr Paul Brocehi).................................49
- Les libelluliens et leurs chasses (M. Girard) .... 69, 138
- Le chromis pater-familias du lac de Tibériade (Dr Lortet) 81
- Curieuse exhibition de puces à Paris......................111
- L’Eider et le Macareux de l’Islande (D" Ed. Heckei. et A.
- Kermogant)................................................U4
- Les poissons amphibies (Dr E. Sauvage).......................135
- Agates arborisées.......................................... 444
- Curiosités zoologiques de la mer (M. Girard)..............170
- Les ta rets fossiles (S. Meunier)............................180
- L’Hovenia dulcis et l’anacardium occidentale (J. Poisson) . 185
- Le Gorille............................................ • 209
- Perforation d’un grès à paver par des racines d’arbre (S.
- Meunier) . ... r....................................... 224
- Le poisson arc-en-ciel (Ë. Sauvage) .........................225
- Le mouvement végétal d’après les recherches récentes de
- M. Heckei (E. Oustalet)...................... 230, 244, 263
- Les lamantins (E. Oustalet)................................. 294
- L’hirondelle de mer Moustae et son nid flottant (R.). . , 305
- Les fourmis-lions et leurs pièges (M. Girard)................543
- Le jardin fleuriste de la ville de Paris (Ch. Boissay) . . 335
- Les oursins................................................368
- Les infusoires. Développement et organisation (Dr ,1. Pel-
- letas) .................................................369
- Classification des Lombriciens.........................15
- Édentés tertiaires.....................................15
- Acclimatation de Bourdons à la Nouvelle-Zélande . . 62
- Préparation des herbiers,............................. 78
- Le laboratoire de zoologie de Naples...................94
- Les arbres de pierre et les arbres géants à l’Exposition
- de Philadelphie......................................126
- Sur la force musculaire des puces.....................127
- Paléontologie.........................................143
- Découverte d’ossements de Dinornis et de vestiges humains à ta Nouvelle-Zélande..................
- Domestication de l’autruche..........'.............
- Poids soulevé par la croissance d’un tissu végétal. . . 238
- Un jardin d’acclimatation à Cannes....................302
- Un pied de vigne colossal....................... 302
- Les insectes des bois ouvrés..........................318
- Germination...........................................319
- Un esturgeon pêché à Poissy...........................335
- La sarracénie pourprée . ,........................... • 350
- Physiologie végétale..................................551
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Élude chimique des fonctions des feuilles...........3?0
- Un églantier âgé de mille ans...................... 383
- Reptiles et batraciens de l'ouest de la France. . . . o94
- Ëchinides fossiles...................................395
- Algues d'eau douce parasites..........................395
- Asymétrie des lobes cérébraux.........................395
- Organes électriques des torpilles.....................395
- Lichens du département de la Marne....................^95
- Plantes insectivores françaises..................... 397
- Métamorphoses des Acariens............................410
- Uu nouveau grand Saurien fossile.....................411
- Métamorphoses des ligules............................411
- Sur la flore forestière de Meximieux (Ain) à l’époque plio-
- cène...............................................411
- Faune et flore de l’fle Campbell.....................414
- Anthropologie. — Sciences préhistoriques.
- La momie australienne du musée Brisbane (E. T. IIamy). 10 Les monuments primitifs du Colorado (J. Girard) .... 44
- Les Jakuns, population sauvage de l’intérieur de la Péninsule malaise (E.-T. Hamy).........................167
- Ongles chinois, annamites et siamois (E.-T. Hamy) . . . 199 La craniologie dans les œuvres de l’antiquité (A. de Qüa-
- TREFAGES Ct E.-T. HaMY)............................. 321
- Les ruines de Troie (Oh. Boissay).......................598
- Age de pierre en Norwège ................................30
- Longévité de la race juive.............................. 02
- Crania ethnica...........................................96
- Homme pliocène..........................................159
- Découverte de cavernes en Suisse........................206
- Les fouilles de Caranda . ............................. 254
- Station néolithique découverte dans l’Aisne ..... 335 Valium funéraire du mont Vadois et caverne sépulcrale près Cravanche..........................................410
- Projet de ferry-boats pour la traversée de la Manche
- (E. Nouet).......................................113
- Les eaux de Paris...................................123
- L’exploitation de la glace aux États-Unis (L. Lhéritier). 135
- Les glacières de Paris (Ch. Boissay)................150
- La traction mécanique sur les tramways (Girauiuère) . . 177
- Le Nouveau canal de Nicaragua (P. Guy)........ 182, 205
- Régulateur isochrone de M. Yvon Villarceau (A. Breguet) 187 Cause des engorgements dans les conduites d'eau (J. Sal-
- leron)...........................................189
- Régularisation du cours du Danube à Vienne (Giraudière) 211 Locomotive à air comprimé, employée aux travaux de percement du tunnel du Saint-Gothard (C. M. Gariel) 228
- Un nouveau filtre (Ch. Bontemps).................... 352
- Les accidents des mines en Angleterre en 1873 et 1874. 14
- Le wagon-Giffard.................................... 46
- Chemin de fer métropolitain de Paris.................. 46
- Carton-feutre d'Amiante.......................47, 383
- Chemins de fer en Chine............................. 94
- A propos du tunnel sous la Manche..................... 95
- Nouvelles du tunnel du Saint-Gothard............. 159,238
- Le cyclographe........................................190
- Pont gigantesque sur le Saint-Laurent.................191
- Canal entre la Baltique et la mer Blanche.............192
- Le grisou.............................................206
- Canalisation du Mississipi.......................... 222
- Métallurgie................................... . . 239
- Pont sur la Manche....................................259
- Géodésie..............................................239
- La force humaine à propos du marcheur Wcston . . 319
- Les stimulants nervins aux États-Unis............... . 519
- Accidents de chemin de fer en Angleterre..............555
- La machine motrice de l'Exposition de Philadelphie . 566
- Perfectionnement dans l’emploi des conducteurs des machines à vapeur................................... 582
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- Le lac Georges (L. Lhéritier)................. 12
- Au cœur de l’Afrique, par le Dr Schweinfurth : les Niams-
- Niams (Dr Z...).........................................23
- L’exploration géographique de l’Inde anglaise, depuis la fin du dernier siècle jusqu’à nos jours (F, de Fontper-
- tiïis). ........................................26, 58
- Iles Saint-Paul et Amsterdam (J. Poisson)..................53
- L’Afrique équatoriale. Gabonais, Pahouins, Gallois, Okanda,
- Bangouens, Osyébn (Ch. Boissay).........................75
- Les explorations arctiques : l’expédition anglaise au pôle nord; l’exploration à l’embouchure de l'Ieniseï (J. Girard) .................................................107
- L’expédition du Challenger (W. Thomson)...................214
- La Bosnie et l’Herzégovine (G. Marcel)...................219
- Voyage d’exploration dans l’intérieur de Sumatra. . . . 250 Le voyage du lieutenant Cameron dans la région des lacs
- en Afrique (G. Marcel).................................241
- De Paris à Pékin par terre. Sibérie. Mongolie, par Victor
- Meignan (G. Tissandier)............................... 251
- Une ascension du mont Blanc en hiver.....................278
- Voyage du prince de Galles dans l’Inde (G. Marcel) 300, 565,
- .......................................... .... 407
- L’exploration de l’Australie de 1829 à 1875 (Au.-F. de
- Fontpertuis............................................506
- Le lac bouillant de la Dominique.........................327
- Cartes statistiques.......................................47
- Nouvelles du Challenger................................ 127
- Carte géographique.......................................143
- Mécanique. — Art de l’ingénieur.
- Le rafraîchissement de l’air (Giradd ère)................ 33
- Les chemins de fer souterrains à Londres : le Métropolitain, le Métropolitain district et le Saint John’s wood
- railway (P. Nolet)...............................70, 145
- Le Creuset fN. Vadot).......................100, 141, 155
- Médecine et Physiologie.
- Les asiles d’aliénés de la Seine ; Vaucluse, Ville-Evrard,
- Bicêtre (Dr Bader et Ch. Boissay)...........1, 98, 130
- Les cures d’air dans la phthisie pulmonaire..........235
- Sur une nouvelle m'thodo pour écrire les mouvements des vaisseaux sanguins chez 1 homme (Dr Mosso). . . 237 Des mariages consanguins à propos d’un récent travail de
- M. G. Darwin (J. Bert llon)................. 278,298
- Traitement des aliénés par la lumière solaire ..... 514
- Les changements de couleur des caméléons, d’après les travaux récents de M. Paul Bert (E. Oustalet) . . . 339
- Explorateur électrique des plaies et extracteur des projectiles de M. Trouvé (Dr Z.)....................... 548
- La crémation des morts (Ur Z.)........................375
- Le journal d'hygiène................................. 31
- Production de bactéridies dans le sang............... 32
- Emploi de l’électricité duns la folie.................HO
- Production du sucre chez les animaux..................Hl
- Fonction glycogénique du foie........................127
- Ferment de l’urée.....................................159
- Dictionnaire de la santé.............................176
- Effet des boissons alcooliques.......................191
- Emploi de l’acide phénique comme préservatif des
- maladies contagieuses ............................190
- Les médecins-femmes en Russie.........................222
- Température du cœur ..................................223
- Le cerveau et la température humaine..................239
- Application de la garance............................259
- Hygiène..............................................239
- Effets toxiques de l'écorce de Mancône...............270
- Éducation des sourds-muets............................271
- La Bièvre et l’hygiène publique.......................271
- Gymnastique raisonnée.................................287
- propriétés hypnotiques du lactale de Soude .... 335
- L'homme à la fourchette...............................351
- Sur l’encombrement charbonneux des houilleurs. . . 396
- Les écoles publiques et l’hygiène de la vue...........39g
- Établissement des Sanatoria dans les Pyrénées ... 397
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- TABLE DK S MATIÈRES.
- Agriculture. — Aquiculture.
- Les œufs du phylloxéra sur les cf'ps. Importance pratique (Maurice Girard).................................... H
- De quelques terres qui conservent leur leitililé sans recevoir d’engrais (G. Tissandier)...........* . . . . 19
- L’aquiculture en Russie (H. de la Blanchère) .... 58
- Transport des poissons vivants (H. de la Blanchère) . . 80
- Les engrais chimiques de M. Ville.....................399
- La guérison des vignes phylloxérecs par les sulfocarho-
- nates alcalins (P. Mouillefert).................... 85
- De l’utilité des corneilles (G. Pennetier)............149
- L’accroissement de la richesse agrcole en France (G. Tissandier)...............................................159
- Le concours agricole au palni* de Pin histic (M. Girard) 207
- La terre végétale (Dr Z.). . . .......................315
- Le coracle du pays de Galles (II. de la Blanchère) . . . 519
- Formation du sucre dans les plantes ...... 51,63
- Le phylloxéra en Afrique..........................47, 65
- Effet de la foudre sur les vignes. 94
- A propos de phylloxéra...................... 143, 287, 598
- La potasse contre le phylloxéra...................... 176
- Destruction du phylloxéra..................... . 254
- Invitation aux victimes du phylloxéra..................271
- Phylloxéra issu des œufs d'hiver.......................319
- Havages du phylloxéra............................... 550
- Etude sur la betterave à sucre....................; 550
- L'œuf d’hiver du phylloxéra............................368
- Art militaire — Marine
- Phares et Balises (H. Blerzy)......................... . 9
- La télégraphie militaire (A. Niaudkt).............. 123,592
- Appareil enregistreur des angles du roulis ...... 151
- Le canon Krupp de 35 centimètres pour la d'fensc des
- côtes (L. Renard).....................................252
- Le navire de guerre moderne (L. Renard)................354
- Le premier navire cuirassé chinois.......................110
- Sinistres maritimes en 1875........................... 220
- Œuvres complètes de Humford.......................270
- Achille Guillard..................................270
- Sociétés savantes. — Associations scientifiques Expositions universelles.
- Académie des sciences, séances hebdomadaires (S. Meunier) 15, 31, 47, 63, 79, 95, 110, 127, 143, 159,
- 176, 192, 200, 223, 239, 254, 271, 287, 303, 319,
- 336, 350, 367, 384, 398, 416.
- Réunion des délégués des sociétés savantes des départements à la Sorbonne (avril 1876). Sciences physiques :
- (G. Bonnier). Sciences naturelles (M. Girard). . . .
- • • ............................. 362, 579, 394, 410
- 4 , •' ----7 j —' v * y - » ~
- Société industrielle de Mulhouse. ...... 30, 508
- La Société météorologique de France . ..... . 78
- Société française de physique , , . . 110,142,202,355 Société d’instruction et d’éducation populaires . . . 238
- Expositions de pigeons voyageurs.......................286
- L’exposition scientifique de Kensington à Londres . . 302
- Société de géographie de Paris.........................350
- Le congrès des sociétés savantes à la Sorbonne . . . 350
- Réunion annuelle de l'association scientifique de France............................................... 559
- Variétés, — Généralités. — Statistique.
- L'accroissement de la richesse agricole de France (G. Tis-
- sandier)............................."..........159
- Le plan de Paris acheté par la bibliothèque de la ville
- (C. B.).............................................199
- Les Heurs de la glace..................................504
- Un bal en Californie sur un tronc de Séquoias .... 385
- Protection aux pigeons voyageurs.......................145
- La population de Londres...............................190
- Accroissement de la population en Europe...............191
- Longévité des médecins en Angleterre................ . 206
- Bibliographie.
- Aéronautique.
- Société française d” navigation aérienne (séance publique
- annuelle)............................................... 45
- La catastrophe du ballon Y Univers...................... , 43
- Ascension aérostatique au-dessus des nuages à irige
- (G. Tissandier) ........................................ 51
- Le mousquet à ballons de M. Krupp (G. Tissandier) . . 129
- Xavier de Maistre, aéronaute (G. Tissandier) ..... 162
- Perfectionnements dans la construction des aérostats à propos de la catastrophe de YUnivers (Henri Giffard). 174 Nouveaux documents sur l’ancienne école aérostatique
- de Meudon (G. Tissandier)............................. 311
- Le vol du pélican..........................................366
- Ascensions aérostatiques ..................................367
- Notices nécrologiques. — Histoire de lu science,
- Duchenne, de Boulogne (Ch. Letort) ................... 82
- Xavier de Maistre, aéronaute (G. Tissandier) . , 162,186
- Albin Mesnel......................................179
- Brongniart..................................... 206,337
- Andral (A. D.)....................................... 227
- Thomé de Gamond.......................................255
- P. A. Séguier.................................., 290
- A. J. Balard (A. Wurtz)...............................355
- J. Delebecque..................................... 62
- Un Roger Bacon chinois................... ........ 63
- Découverte d’un manuscrit de Strabon.................. 60
- Au cœur de l’Afrique, par Schweinfurth.............
- Les merveilles de l’industrie par L. Figuier.......
- De Paris à Pékin par terre. Sibérie. Mongolie, par
- Victor Meignan..................................
- Géographie industrielle de la France, par Mme II,
- Meunier.........................................
- Les flammes chantantes, par F. Kastner ......
- Histoire des ballons, par A. Sircos et T. Pallier, , . Annuaire météorologique et agricole de l’observatoire
- de Montsouris pour l’an 1876 ...................
- Annuaire pour l’an 1876, publié par le bureau des
- Longitudes......................................
- Dictionnaire de la santé...........................
- L’Anlhopologie par le Dr Topinard..................
- La Linguistique par A. Hovelaique..................
- Journal humoristique d’un médecin phthisique . . . L’hygiène dans la ville de Rome, par Piétro Balastra Étude de la question de phylloxéra, par Rohart. . . L’année scientifique et industrielle, par M. Figuier. .
- L’homme et la bête, par A. Mangin..................
- Orthoptères et Névroptères, par M. Girard..........
- Sur la génération des ferments, par E. Fremy . . . . Traité de génie rural, par Hervé-Mangon. ......
- Le Monténégro contemporain, par Frilley et J. Wlàho-
- ................................................
- Éludes sur les fibres textiles végétales, par M. Vétil-
- lart ..... ...... ......................
- Les villes mortes du golfe de Lyon, par Cu. Lenthérig. Manuel d’agriculture rationnelle, par C. de Ribeau-
- court...........................................
- Le ciel, par Amédée Guillemin......................
- Abyssinie, par Achille ............................
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- 123
- 251
- 30
- 78
- 93
- 110
- 110
- 176
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- *
- TABLE DES MATIÈRES.
- VI7
- Études et lectures sur Vastronomie, par Camii le Flammarion..............................................565
- Les systèmes télégraphiques, aériens, électriques,
- pneumatiques, par Ch. Bontemps...................583
- Notices bibliographiques........... 30, 78, 174, 287, 307
- Correspondance.
- Sur la machine Gramme (N. Niaudet)......... 143
- Sur la réunion des sociétés savantes..........425
- ERRATA
- Page 111, col. 1”, ligne 15 ej suiv., au lieu de : D' Vincent lisez: D'Vinson.
- Page 138, col, 2, ligne 25, au lieu de : suite et fin, voyez page 26. lisez : suite et fin, voy. p. 69,
- Page 363, col. 2, ligne 22. au lieu de : (suite voy. p. 230), lisez: (suile voy. p. 300).
- Page 397, col. 2, ligne 12, au Heu de : convient par la forme, lisez : convient pour la forme.
- Page 398, col. lre, ligne 57 et suiv., au lieu de ; Leymeric, lisez : Leymeric.
- FIN I) GS TA B LUS
- typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pari»
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