La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris. Un an . — Six mois
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- REVUE DES SCIENCES
- BT DB LEURS APPLICATIONS AUX ARTS BT A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE D’UNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHÈQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
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- REDACTEUR EN CHEF
- GASTON T ISSAN DIE R
- PRINCIPAUX COLLABORATEURS
- MM. le Dr BADER, médecin de l’assistance publique, D' BERTILLON, H. DE LA BLANCHÈKE H. BLERZY, inspecteur des lignes télégraphiques, CH. BOISSAY CH. BONTEMPS, inspecteur des lignes télégraphiques, A. BREGUET, ancien élève de l’École polytechnique, Dr P. BROGCHI P.-P. DEHERAIN. professeur à l’Ecole de Grignon, C. FLAMMARION, Dr FRANÇOIS FRANCK C.-M. GARIEL, ingénieur des ponts et chaussées, professeur agrégé à l’École de médecine, Dr F. GARR1GOU P. GERVAIS, membre (le l’Académie des sciences, M. GIRARD, docteur ès sciences GIRAUDIERE, ingénieur des mines, AMÉDÈE GUILLEMIN, auteur du Ciel, E. T. HAMY, aide-naturaliste au Muséum Df E. HECKEL, professeur à l’Ecole supérieure de pharmacie à Nancy, Dr N. JOLY (de Toulouse), correspondant de lTnslitut, E. LANDRIN CH. LETORT, de la Bibliothèque nationale, Dr LORTET, professeur à la Faculté des sciences de Lyon V. DE LHYNES, professeur au Conservatoire des arts et métiers, G. MARCEL, de la Bibliothèque nationale, E. MARGOLLÊ STANISLAS MEUNIER, aide-naturaliste au Muséum, A. NIAUDET. E. OUSTALET. aide-naturaliste au Muséum G. PLANTE, J. POISSp.-ï, aide-naturaliste au Muséum, J. SALLERON, Dr E. SAUVAGE, GEORGES SIRE, docteur ès sciences CH. VELAIN, répétiteur a l’École des hautes études, AD. WURTZ, membre de l’Académie des sciences, Dr Z., F. ZURCHER, etc., etc.
- ILLUSTRATIONS
- I) E S SIN A T E U B S r. r a v v iî n s
- MM. BONNAFOUX, FEBAT, GILBERT, E. JUILLERAT MESNEL, A. TISSANDIER, CtC.
- MM. BLANADET, DZETRZCH, MORIEU, SMEETON-TILLY
- pérot, etc., etc.
- QUATRIÈME ANNÉE
- 1 §96
- DEUXIÈME SEMESTRE
- PARIS
- MASSON, ÉD1TEDR
- LIBRAIRE DE L’ACADEMIE DE MEDECINE
- BOULEVARD SAINT-GERMAIN, EN FACE DE l’ÉCOLE DE MÉDECINE
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- ¥ ANNÉE. — N° 15 7.
- 5 JUIN 1870.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA
- CAVERNE OSSIFÈRE DITE KESSLERLOCH
- A THAYNGEN, PllÈS SCHAEFHOUSE l.
- C’était pendant une excursion botanique, l’été de 1873, que M. K. Merk, professeur à l’école polytechnique de Thayngen, en s’arrêtant pour cueillir quelques brins d’Alliaria officinalis qui poussaient en abondance sous un groupe d’arbrisseaux, aperçut à travers les branches l’ouverture béante d’une caverne. 11 força l’entrée et se vit entouré de rochers2. L’idée que peut-être dans un temps préhistorique l’homme avait cherché un abri dans cette belle caverne éveilla en lui le désir de l’explorer. Cependant l’automne passa sans qu’il eût mis la main à l’œuvre et ce ne fut que le 4 décembre qu’il réalisa son projet en compagnie d’un confrère, M. Wepf, et de deux élèves. Après un travail de trois heures, ces messieurs rentraient avec un fardeau d’ossements, mais ils ne savaient pas encore, d’une manière certaine, s’ils avaient découvert une station humaine; ils s’y rendirent une seconde fois pour continuer les fouilles. Les premiers os avaient été trouvés à la profondeur d’un mètre ; en approfondissant la tranchée, on retira bientôt du sol quelques éclats de silex et plusieurs morceaux de bois de renne qui montraient des entailles, trace indubitable que le Kesslerloch avait été jadis le séjour de l’homme. Ces preuves en
- 1 M. Merk : Der Hohlenfund im Kesslerloch. [Miltheilun-gen der Antiquarischen Gesellch. in Zurich, Bd. XIX, p. 1-44, avec 8 pl.). —Voir aussi L. Rutimeyer : Die Knochen-hohle von Thayngen bei Schaffhausen (Archiv. fur Anthropologie, Bd. Y1IÏ, t. II, p. 123 ff.), et par le môme auteur : Die Veranderungen der Thierwels ht der Schweiz seis Anwesenteis der Meusehen. Basel, 1875. (Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme, 12e année, 2* série, t. VII.)
- 3 Selon M. Rütimeyek (Die Veranderungen der Thierwels, p. 9), le mérite de la découverte serait attribué à quelques jeunes écoliers, dont la curiosité fut éveillée par la trouvaille d’os épars parmi les décombres, dans la caverne. Sur cela, l’exploitation eut lieu sous la direction de M. Merk.
- 4e année, — semestre.
- main, l’on tachait avant tout de s’assurer la possession de la localité, en payant assez cher au propriétaire le droit de l’explorer.
- Les fouilles méthodiques commençaient le 19 février 1874 et duraient, avec quelques intervalles, jusqu’au 11 avril. Pendant ces sept semaines, cinq ouvriers s’appliquaient avec ardeur au travail et M. Merk est persuadé que les fouilles ont été exécutées avec toutes les précautions voulues et aussi minutieusement et consciencieusement que possible.
- Le Kesslerloch (surnommé ainsi parce que plusieurs familles de chaudronniers ambulants, il y a quelque dizaine d’années, y cherchèrent abri) est situé vers l’ouest et à dix minutes de distance de Thayngen, sur la frontière du grand-duché de Bade et tout près d’une tranchée de la voie ferrée de Constance à Schaffouse. La caverne forme un creux dans le calcaire blanc jurassique, sur la pente rapide du dernier contre-fort du Jura suisse, au niveau du fond de la vallée qui donne passage au chemin de 1er.
- La caverne s’ouvre sur deux côtés. Au sud, 2 mètres au-dessus du fond de la vallée, se voit une entrée de 5 mètres de largeur, qui s’élargit vers l’ouest en forme d’une chambre de 1 mètre environ de profondeur, sur 7 mètres de longueur. L’entrée principale se trouve vers l’est dans la pente rapide du rocher; large de 12m,50, haute de 3m,05, elle s’aperçoit aujourd’hui de loin, les buissonsqui la cachaient ayant été enlevés à la suite de l’exploitation.
- La profondeur est de 15m,50. Vers le milieu (à 71U,50 de l’entrée) la cavité se réduit à 9m,40 et à une hauteur de Im,80. Un grand rocher de calcaire forme un pilier épais de 6m,10 qui divise le fond de la caverne en deux compartiments, séparés par une cloison dans laquelle on aperçoit un trou rond. Les dimensions de ces compartiments (6m,30 de profondeur et 5m,80 de largeur sur 1 mètre de hauteur) rendirent l’exploitation assez difficile. L’un des deux se rétrécit vers le midi et forme l’entrée inférieure indiquée déjà. Le plafond et les parois, ayant été rongés par le temps, présentent de nombreuses ni-
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- clies qui donnent à l'intérieur un aspect pittoresque rehaussé au fond par des stalactites. En somme, la caverne est claire et spacieuse, d’une aire de 189 mètres carrés et de 297 mètres cubes, et elle offrirait aujourd’hui même un séjour supportable. Le plancher de la grotte était couvert de débris calcaires, non roulés, mais anguleux et évidemment le produit des rochers décomposés par les influences atmosphériques, et par conséquent ce dépôt était plus considérable à l’entrée (lm20— 2m,40) que vers lefond (lm,05 — 0m,90). Parmi ces décombres, il y avait quelques blocs d’une grandeur et d’un poids considérables. Mais ce lit de calcaire avait été favorable à la conservation des couches inférieures, la compression effectuée par l’énorme poids de 182,250 kilogrammes ayant empêché leur décomposition.
- Sur plusieurs points, on aperçut sous ces blocs Une couche de stalagmites si dure qu’il fallait pour l’enlever se servir de poudre à canon. Des silex taillés et des ossements adhérant au fond de cette couche démontraient que cette formation avait commencé pendant que l’homme avait là sa demeure. Sous le lit de décombres et de stalagmites se cachaient les couches ossifères qui renfermaient, avec les ossements bruts, des os et des silex ouvragés, des objets de parures, etc.
- D’après l’épaisseur de ces couches ossifères, qui diminuaient de 0m,59 à l'entrée, à 0m,27 au milieu, jusqu’à 0m,10 au fond, on a supposé que les habitants se tenaient le jour devant l’entrée et qu’ils se retiraient au fond pour dormir. On reconnut dans l’intérieur plusieurs foyers, entourés de pierres plates, qui avaient peut-être servi de sièges à la famille accroupie autour du feu. Vers le nord, on aperçut trois plaques de marbre jurassique enfoncées dans une couche d’argile grasse. Etaieut-ce des sièges d’honneur? Comme il n’y avait autour d’eux aucune trace de charbon ni de cendres, il n’y a pas de raison d’y voir un foyer ou un autel.
- Nous avons parlé plus haut de deux couches ossifères ; en effet, M. Merk et M. Rütimeyer sont d’accord sur ce point, mais ils diffèrent dans la description. Selon M. Merk, la couleur de la couche supérieure est noirâtre, les ossements y inclus d’un blanc jaunâtre et d’assez bonne conservation. La couche inférieure (de 0m,56 — 0m,60 d’épaisseur), également composée de débris de calcaire, offre une teinte rougeâtre, produite par l’oxyde de fer. Les ossements et les outils qu’elle contenait furent mieux conservés, grâce aux eaux souterraines qui agissent comme un préservatif, tandis que les influences atmosphériques décomposent et détruisent. Les eaux, selon M. Merk, auraient absorbé et emporté les matières corruptibles dont la putréfaction aurait donné à la couche supérieure la couleur noirâtre.
- Selon M. Rütimeyer, qui a visité le Kesslerloch, examiné et déterminé les os, la couche inférieure serait argileuse, de teinte grisâtre, représentant probablement des dépôts aquatiques. Les ossements y inclus sont gris ou en partie roulés, tandis que la
- couche supérieure serait composée de débris de la roche (sans l’influence de l’eau), entre lesquels on trouvait çà et là des nids d’ossements, souvent entourés d’un humus gras et de couleur noire. Les os sont de couleur brune ou rougeâtre1 sans aucune trace de frottement.
- L’observation de M. Rütimeyer que, ni les notes prises en travaillant, ni le compte rendu des résultats, ne sont de nature à permettre une répartition des os d’après le gîte, est réfutée par M. Merk. Celui-ci déclare que les couches ont été soigneusement enlevées séparément et que les objets trouvés ont été soigneusement séparés2. M. Merk émit d’abord l’avis que les deux couches représentaient deux périodes, mais les ossements et les outils des deux couches montrant les mêmes caractères, il vit qu’elles ne différaient que par la couleur.
- Un grand inconvénient, qui rendit le travail fort pénible, c’était l'envahissement, des eaux souterraines, qui interrompaient souvent les fouilles. On se vit obligé de s’en débarrasser avec des pompes. A l’entrée de l’est, on travaillait à 0m,90 sous le niveau de l’eau.
- Mais, si le travail fut pénible, le résultat surpassait tout espoir. On emporta 1,500 kilogr. d’os. Pour débarrasser de l’argile adhérente les os et les silex, M. Merk les jeta dans des paniers qui furent plongés dans l’eau. Ensuite, il les arrosa d’eau jusqu’à ce qu’ils fussent bien propres. Il évita l’emploi d’une brosse et d’un torchon, de peur d’endommager les pièces friables.
- Tous les os à moelle avaient été cassés. Aucun d’eux n’avait été rongé. On ne voit pas de traces d’un tranchant affilé, d’un instrument de métal. Les entailles indiquent plutôt un tranchant émoussé.
- Ces ossements, étudiés par M.* Rütimeyer, représentaient vingt-quatre espèces de mammifères, huit espèces d’oiseaux et quelques reptiles. L’homme est représenté par une seule clavicule d’un individu jeune. (Un squelette d’enfant, trouvé à 0m,60 sous la surface, parmi les décombres, a été déclaré récent).
- Ce qui caractérise surtout la faune de Thayngen, c’est l’absence d’animaux domestiques. Quelques os de bœuf ont été déclarés récents. Une mâchoire supérieure est ou d’un chien de la taille de celui des Esquimaux, ou bien d’un petit loup. M. Rütimeyer laisse indécis laquelle des deux espèces elle représente. Si c’est le chien, il serait étonnant que parmi 1,500 kilogr. d’os cet animal domestique ne fût représenté que par une seule mâchoire. Dans la caverne de Frundenthal, la présence du chien est constatée. Il en est de même pour le sanglier. M. Rütimeyer ne trouva que deux phalanges de porc, qui
- 1 Brune ou rougeâtre \Veranderungen der Thierivels, p. 56), jaune et rouge jusqu’au brun (Die Knocltenhohle von Tagngcn).
- 2 Cependant M. Merk dit dans son traité cité plus haut, p. 40 : « Si, lors de l’excavation, tous les objets avaient été assortis selon leur gîte, la perfection (des antiquités de la couche supérieure) eût été d’autant plus frappante; »
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- indiquent un animal plutôt domestique que sauvage, et ce qui mérite notre attention, c’est que parmi les beaux dessins dont il sera question plus bas, on trouve représenté un animal, dont malheureusement la moitié postérieure seule a été trouvée, mais qui ressemble d’une manière surprenante au porc domestique (Riitimeyer).
- Parmi ces 1,500 kilogr. d’os,M. Riitimeyer a constaté une faune du plus haut intérêt, vu la diversité des espèces.
- 1. Animaux gui habitent encore les plaines de la Suisse et pays voisins : loup, chat sauvage, renard européen. Le chat sauvage est rare. Du renard européen, on ne trouve que deux mâchoires.
- 2, Représentant de la faune alpine actuelle : ours brun, lynx, marmotte, chamois, bouquetin, lièvre des Alpes (du dernier on compta 500 individus).
- 5. Animaux actuellement de caractère oriental: hamster, cheval. La présence du cheval sauvage est constatée non seulement par des os, mais encore par cinq ou six portraits admirablement dessinés, dont il sera question plus bas.
- 4. Animaux actuellement de type américain : renard (vulpes fulvus) et un cerf qui se rapproche plutôt du cervus canadensis que du cerf européen. Par rapport à ces deux espèces, M. Riitimeyer fait la remarque qu'on pourrait appliquera la faune un mot de Heer, à propos de la végétation : qu’en Amérique les types semblent plus stables tandis qu’en Europe un développement ininterrompu a opéré leur métamorphose.
- 5. Faune polaire: renne, bos moschatus, renard polaire (canis fulvus et canis lagopus) glouton. Le renne (250 individus de tout âge) fut, à ce qu’il paraît, pour les habitants de Thayngen ce que plus tard le cerf fut pour les villages lacustres. La chair fournissait la nourriture, la peau l’habit, et le bois une matière première excellente pour les outils.
- 6. Animaux de races éteintes : bos primigenius, bisonpriscus, Rondes cavernes, mammouth (elephas primigenius), rhinocéros tichorhinus. Le dernier est rare, mais le lion et le mammouth sont représentés par de nombreux individus de tout âge.
- Parmi les os d’oiseaux, M. Riitimeyer a constaté: le corbeau ordinaire (corvus corax), le pigargue (ha-liaetus albicilla), le cygnus musicus, une oie (auser cinereus ou legatum?) le lagopède (tétras lagopus, peut-être aussi tétras albus).
- Parmi tous les animaux susnommés, le renne, le cheval, deux espèces de renard et le lagopède sont les plus nombreux et, par conséquent, il est à présumer qu’ils furent le but de chasse par excellence.
- Pour mieux juger du caractère de la faune de Thayngen, M. Merk ajoute une belle table comparative qui met sous nos yeux la faune de Veyrier, des cavernes de Belgique et de la Souabe, d’Aurignac, des Kjôkkènmioddings du Dannemark et des habitations lacustres Suisses. De ces stations humaines préhistoriques, ce sont les cavernes belges qui montrent la plus grande ressemblance avec celle de
- Thayngen. Toutefois, il faut tenir compte de cette circonstance que la liste des animaux belges, qui nous présente une plus grande variété, se compose de la récolte de près de quarante stations, tandis que celle de Thayngen est sortie d’une seule caverne. Si la faune quaternaire belge représente un caractère plus ancien que celle de Thayngen, d’un autre côté cette station remonte à une haute antiquité par rapport aux habitations lacustres.
- INDIVIDUS
- 5
- 4 —G 1 —2 1
- 250
- 4 3
- 1 J
- 500 1
- — 1 40 — 50
- 80
- 0
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- 2 — 5
- 5
- 1
- 17 1 2 1
- 2 — 5 2 3 1
- 20
- On pourrait demander s’il est constaté que les animaux dont nous trouvons les restes dans le Kess-lerlocli ont été contemporains. M. Rütimeyer incline vers une réponse affirmative. Si les ossements du mammouth et du rhinocéros se trouvaient dans la couche inférieure, il faut faire attention qu’on y trouva également des ossements du renne, du loup et du glouton et que des os de lion furent positivement recueillis dans la couche supérieure.
- L’on doit regarder les os cassés ou fendus comme des preuves de la présence de l’homme, mais il y en a de plus évidentes ï les éclats de silex étaient au nombre de 12,000, représentant un poids de 350 kilogr. Le silex en place se trouve dans le voisinage, mais les nuclei n’étant pas très-grands, aucun des outils de Thayngen ne dépasse la longueur de0m,10. Parmi ces éclats jaspés, rouges, jaunes, verts, noirs et blancs, M. Merk signale des types caractéristiques : couteau, grattoir et perçoir. Pour juger de leur valeur comme outil, M. Merk s’en est servi pour différentes manipulations et parvint, par exemple, avec une vrille de silex à perforer une plaque d’os ; il réussit à faire des trous aussi mignons que ceux qu’on admire à bon nombre de jolies aiguilles en os. Ce qui manque tout à fait, ce sont des haches ou des marteaux à douille. Deux cents pierres roulées, for-
- IS 3 * 25 i
- ! Vers le Nord.
- Ver, les Alpes.
- Vers
- l’imérique. Vers les Alpes.
- Encore dans le pays.
- '% i En élat d~ \ domesticité.
- 1. Lion des cavernes.
- 2. Mammouth. . .
- 3. Rhinocéros. . .
- 4. Urus............
- 5. Renne............
- 6. Glouton.........
- 7. Renard polaire. .
- 8. Chamois.. . . .
- 9. Bouquetin. . . .
- 10. Lièvre des Alpes.
- 11. Marmotte. . . .
- 12. Wapiti? ....
- 13. Canis lagopus .
- 14. Lagopède. . .
- 15. Aurochs.........
- 16. Cerf élaphe , .
- 17. Ours ...
- 18. Lynx............
- 19. Chat sauvage. .
- 20. Loup. .....
- 21- Cygne...........
- 22. Oie sauvage. . .
- 23. Aigle pécheur. .
- 24. Renard européen.
- 25. Lièvre..........
- 26. Corbeau. . . .
- 27. Chien?? ....
- 28. Cheval.........
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- LA NATURE.
- mant plus ou moins pointe et montrant des traces de coups violents, font présumer à M. Merk qu’on s'en servit en guise de marteau pour casser les os et pour faire sauter les éclats des noyaux de silex.
- La matière par excellence pour les outils fut cependant l’os et surtout le bois de renne. Des tas de bois brut et de nombreux rebuts de la fabrication indiquent qu’il a été ouvragé sur place. Pour cela on commençait par séparer à force de coups le merrain du crâne; puis on enlevait les andouillers qui servaient pour des emmanchures, etc. Les coupures sont si lisses que M. Merk douta d’abord qu’elles eussent été faites sans l’aide d’un instrument de métal. 11 arriva cependant à en produire de la même beauté, à l’aide d’un silex tranchant. La plus difficile des opérations fut, selon lui celle de faire sur le bois de renne la rainure longitudinale, afin de le fendre pour obtenir des flèches, des poinçons et d’au-tres instruments pointus.
- Les ciseaux montrent au bout opposé au tranchant des entailles pour rendre l’emmanchure solide. La plupart sont brisés, c’est l’indice d’un fréquent usage.
- Les pointes de lance, les flèches, tantôt pointues et ornementées, tantôt barbelées représentant des formes variées.
- Un autre instrument, arrondi à la pointe est regardé par M. Merk comme grattoir pour lisser les peaux. Ce qu’il y a de plus admirable parmi les outils en os, c’est une douzaine de poinçons et d’aiguilles, ces dernières Anes comme des aiguilles d’acier à l’œillet rond ou allongé, s’accommodant à la grosseur du fll. Des os de cygne avaient été transformés en sifflets, et certaines entailles transversales sur les tuyaux éveillaient en M. Rütimeyer l’idée que, peut-être, on en avait liés plusieurs ensemble formant ainsi un véritable chalumeau.
- Une peuplade qui mettait, tant de soins à la fabrication et à l’ornementation de ses outils ne dédaignait pas la parure. On en trouve, en effet, de différentes espèces : des dents percées (trois dents de cheval, une d’un carnassier, une autre indéterminable étant coupée à la racine et frottée de manière à former une surface bien polie, noire, rayée de jaune); des rondelles ornementées en os et des pendeloques en lignite (voir p. 5, nos 9 et 10), des pierres, des pétrifications et des coquillages perforés.
- Une plaque en os polie, couverte d’une matière
- rouge, et quelques morceaux de sanguine trouvés tout près, font soupçonner à M. Merk que les habitants de Thayngen se peignaient la figure.
- Nous trouvons ensuite des os perforés, connus sous le nom de bâtons de commandement; 25 à un trou, 4 à deux, quelques-uns couverts de dessins, et enfin nous attirons l’attention sur un nombre de gravures et de sculptures en os qui font reconnaître les habitants de Kesslerloch pour des artistes semblables à ceux du Périgord. Nous comptons cinq dessins de cheval et une tête de cheval sculptée en os (voy. grav., nos 1, 2, 3).
- Une [flaque de lignite, ayant servi en guise d’ardoise, montre des deux côtés des tètes de cheval admirablement bien faites. Une tète de Dos moscha-tus (peut-être le bout d’un manche de poignard) indique la présence de cet animal dont on n’a guère
- trouvé des os. Sur un morceau d’os de bison priscus, matière peu favorable pomTartiste,onvoit gravé les contours d’un animal dont malheureusement le cou et la tête manquent par su ite d’une fracture de l’os. C’est le dessin dans lequel M. Rütimeyer reconnaît un porc (n° ü), charmant par l’ex-presssion caractéristique. Enfin un renne broutant, un ours et un renard (nos4et 5). Avec des outils primitifs, qui saurait mieux faire ?
- Sans nous arrêter sur une description complète, nous donnons la liste des objets recueillis :
- 1. Éclats de silex............................. 12000
- 2. Pierres roulées ayant servi de marteaux. . 200
- 3. Fragments de bois de renne ouvragés. . . 100
- 4. Têtes de flèche................................ 55
- 5. Têtes de lance sans rainures................... 93
- 6. Têtes de lance avec rainures................... 40
- 7 Têtes de lance courbes ......................... 0
- 8. Harpons......................................... 8
- 9. Grattoirs...................................... 10
- 10. Côtes ouvragées. . . -3
- 11. Poinçons........................................ 3
- 12. Aiguilles...................................... 12
- 13. Ustensiles d’usage inconnu...................... 7
- 14. Lignites ou Jayets bruts et ouvragés. ... 60
- 15. Pendeloques d’oreilles en os........... . 3
- 16. Dents percées........................ . 5
- 17. Pendeloques d’oreilles en Jayct................ 10
- 18. Coquillages, ammonites ouvragés................. 4
- 19. Bâtons en os perces d’un trou.................. 25
- 20. Bâtons en os percés de deux trous............... 4
- 21. Dessins figurant des têtes...................... 3
- 22. Dessins figurant des animaux.................... 8
- 23. Sculptures...................................... 2
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- LA NATURE
- Si nous jetons maintenant un regard sur les biens d’une population éteinte et oubliée, qui, grâce aux soins de M. Merk, ont été remis au jour, nous nous trouvons en présence d’une tau ue singulière ;
- elle réunit dans le même pays des espèces appartenant aujourd’hui à des contrées bien différentes et dont la contemporanéité même n’était pas soupçonnée autrefois. Ces animaux avaient été tués par
- Objets découverts dans la caverne de Thayngen, près Schaffhouse.
- 1. Raton de cornmrni’emcnt en bois de renne avec cheval gravé. — 2 et ô. Têtes de cheval gravées sur pierre. — 4. Renard gravé sur os. — 5. Ours gravé sur os. — 6. Gravure sur os figurant un porc (fragment). — 7 et 8 Tète d’ovibos moschatus sculptée en os. — 9. Pendeloque en lignite. — 10. Pendeloque cn_os.
- l’homme: créature intérieure de taille et de torce, armée peut-être d’une massue, d’une pierre ou d’un os pointu. Et quelle pauvreté dans son ménage ! Absence totale d’animaux domestiques; absence
- totale de poteries et de tissus. Mais, par contraste, des traces de foyers, des objets de parures, quelques outils soigneusement- fabriqués et des preuves surprenantes d’un talent éminent pour le dessin et la
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- LÀ NATURE.
- sculpture. Quand donc cette peuplade, probablement contemporaine de celles de Freudenthal et de Ilerblingen habitait-elle le pays? Les animaux qu’elle tuait pour s’en nourrir indiquent une période antérieure de beaucoup à l’époque des premiers établissements lacustres, qui représentent une civilisation bien supérieure, très-developpée et qui virent une faune fort différente animer les forêts. Les animaux du Kesslerloeli indiquent un temps où les glaciers couvraient la Suisse sur une vaste étendue jusque vers le nord du pays.
- Les fouilles de Thayngen et de plusieurs cavernes du voisinage ayant donné des résultats si inattendus, qui jettent un nouveau rayon de lumière sur ces stations humaines d’une haute antiquité, M. Merk recommande aux sociétés des naturalistes suisses d’accorder les sommes d’argent nécessaires pour effectuer des fouilles méthodiques dans plusieurs
- cavernes. J. Mestorf.
- —
- L’EXPOSITION DE PHOTOGRAPHIE
- En organisant cette onzième exposition, au palais de l’Industrie à Paris, on a voulu prouver encore une fois combien sont nombreux tous les services que la photographie est appelée à rendre et aux sciences et aux arts.
- En tête des applications scientifiques on voit figurer les instruments et les épreuves relatifs au passage de Vénus. M. Janssen a exposé les instruments dont il s’est servi dans la station du Japon pour l’enregistrement des contacts : la lunette photographique, le siderostat, et le revolver photographique qu’il a imaginé. Nous renvoyons le lecteur à ce qui a été publié ici-même à ce sujet1.
- L’observatoire d’astronomie physique de Montsou-ris a inauguré ses premiers travauxphotographiques par des épreuves sur verre des taches du soleil. L’observatoire météorologique de Kew expose des spécimens d’enregistrement automatique de l’intensité du vent, de l’intensité lumineuse comparée et des courbes thermométriques.
- La justice fait actuellement un usage important de la photographie pour les recherches des criminels, dont on envoie la photographie au lieu du signalement écrit ; pour les constatations légales des écritures et les désignations de localités où les délits se sont produits. Des copies d’un testament litigieux, des vues d’un endroit où un crime a été commis, sont une preuve que ce moyen si simple de renseigner la justice est maintenant journellement employé. Les archives nationales ont encore mis à profit les procédés photographiques en reproduisant par le photogravure un manuscrit mérovingien, où l’exactitude du fac-similé a été poussée jusqu’à imiter la couleur de l’encre ancienne et le ton du papier.
- Les épreuves palsographiques du docteur Ozanam
- 1 Voy. la Nattire, 1875, premier semestre, p. 556
- sont une des plus ingénieuses applications médicales de la photographie. L’appareil dont ce savant est l’inventeur se compose d’une glace glissant régulièrement pendant l’espace d’une minute devant undube rempli de mercure, oscillant sous l’impulsion directe du pouls. Les diagrammes ainsi obtenus donnent une expression chronographique des variations plus ou moins rapides chez les sujets atteints de maladie.
- Le dépôt des fortifications est entré dans une voie nouvelle en remplaçant une partie du travail de ses dessinateurs par l’atelier du photographe, pour les reproductions, réductions et copies de modèles ou de gravures. Le dépôt d’artillerie de Rennes et celui de Calais ont fait de même, en y ajoutant la photozin-cographie, procédé précieux dans la reproduction des cartes et objets dessinés au trait.
- Malgré les tentatives nombreuses, remontant déjà à une époque assez éloignée, le lever des plans par la photographie, n’a pas encore donné de résultats directs. 11 est même probable que de nombreux obstacles en retarderont longtemps encore la solution. Les premiers essais de M. le colonel Laussedat «continués plus tard par le colonel Javary, n’ont pas eu pour but d’obtenir directement un levé de plan, au moyen d’un appareil plus ou moins pratique, mais ils ont démontré que la photograpliie peut intervenir efficacement comme méthode iconographique complémentaire. Les vues panoramiques successives prises à cet effet, suivant une donnée géométrique, constituent une série de feuilles sur lesquelles on a placé des cotes et des repères, qui aident le cartographe dans son travail de report sur le papier et qui facilitent les travaux exécutés sur le terrain, surtout en ce qui concerne le tracé des courbes de niveau.
- La corporation des ingénieurs royaux de Chatham a envoyé à l’Exposition de remarquables épreuves de grand format, qui indiquent qu’au milieu des préoccupations scientifiques, l’art n’a pas été négligé. Les vues d’Egypte avec leurs tons chauds, les paysages d’Angleterre soumis aux visiteurs, attestent une connaissance complète du bon parti qu’on peut obtenir dans l’éclairage bien combiné.
- La photomicrographie est sensiblement en voie de progrès. En 1868 il n’y avait qu’un unique exposant dans cette spécialité ; cette année on en compte onze. Les travailleurs paraissent se diviser en deux classes distinctes ; les uns s’occupent uniquement des recherches scientifiques où la photographie n’intervient que comme moyen inconogra-phique précieux pour sa vérité; les autres cherchent à obtenir des épreuves intéressantes, agréables à l’œil et s’attachent surtout à reproduire d’excellentes préparations microscopiques. Parmi les exposants de la première catégorie qui ont entrepris des travaux de science pure, nous remarquons les études du docteur de Luys sur les matières cérébrales, envisagées sous leurs caractères pathologiques comparés, dans l’état de santé et dans celui de l’aliénation.
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- LA NATURE.
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- Cette belle collection comprend de nombreuses coupes de moelle allongée, de moelle épinière et de cerveau. M. Aimé Girard, professeur de chimie’ industrielle, aux Arts et Métiers, a étudié les phases successives de la fabrication du papier, ses épreuves photographiques donnent la comparaison entre les fibres, les matières fibreuses et cellulaires, les matières imparfaites. M. Gustave Fritsch a fait des recherches sur le cerveau des poissons en pratiquant des coupes qui mettent en relief les caractères organiques.
- Les autres exposants ont reproduit de bonnes préparations aux détails curieux et nettement perceptibles. Nous citerons surtout MM. Ravet, Souda, Fernandès de Porto, Truau de Gijon, et Moitessier, auteur d’un traité de photomicrographie.
- MM. Favre et Lachenal ont aussi réuni d’importantes collections de sujets microscopiques tirés sur verre pour les projections à la lumière oxhydrique. La netteté des épreuves, indispensable pour le succès de ces projections, ne laisse rien à désirer.
- Le visiteur peut du reste se convaincre de l’attrait et de l’utilité des projections dans l’enseignement, par les séances organisées dans une salle attenant au local même de l’Exposition. MM. Molteni et Rauz font passer sous les yeux des spectateurs, des paysages, des vues de pays lointains, des reproductions de toute nature ; des sujets microscopiques qui, déjà fortement amplifiés, atteignent alors des proportions énormes.
- Le procédé de M. Dagron pour la réduction des dépêches sur une pellicule que l’on confie aux pigeons voyageurs, a rendu des services appréciés pendant le siège de Paris. Il est facile de se convaincre des proportions dans lesquelles les réductions s’opèrent, en comparant un grand tableau de plus de trois mètres de haut avec les pellicules si minces où sont copiées les dépêches imprimées sur le tableau et cependant si nettes vues au microscspe. M. Dagron pourrait ainsi reproduire les 179 mètres carrés de la carte d’État-Major sur des pellicules ne pesant pas plus de 5 grammes et où tous les détails seraient néanmoins perceptibles.
- Les procédés de tirage occupent une large place par leur variété. Au moyen du négatif ordinaire on peut tirer une épreuve aux sels d’argent, procédé le plus usuel, au charbon qui est inaltérable, aux encres grasses, comme la lithographie, et obtenir par plusieurs procédés de photogravure un cliché en relief ou en taille douce. On doit y ajouter la photochromie pratiquée par MM. Vidal, Delarche, Ducosde Hauron, où les propriétés de certains sels sensibles à la lumière sont utilisées pour obtenir, par combinaison de trois couleurs principales, quelques couleurs à un seul ton.
- Ajoutons en terminant que les procédés consistant à éviter les lenteurs et la détérioratien des sels d’argent, maintenant dans le domaine de l’industrie, sont aussi en voie de prospérité. J. Girard.
- LES PONTS DE PARIS
- AUTREFOIS ET AUJOURD’HUI1.
- Tous les systèmes, tous les modes de construction ont été employés successivement pour les ponts de Paris. Faire l’historique des transformations qu’ils ont subies à travers les âges, décrire les 29 ponts qui s’échelonnent aujourd’hui sur les onze kilomètres et demi du cours de la Seine, enclavés dans le périmètre des fortifications, c’est, presque esquisser une monographie complète de cette branche de l’art de l’ingénieur.
- C’est César lui-même qui fait le premier mention des ponts de Paris. 11 rapporte que, pour empêcher le passage de l’armée commandée par son lieutenant Labienus, le brenn gaulois Camulogène fit, en l’an 52 avant notre ère, couper les deux ponts de bois qui unissaient l’île de la Cité à chacune des rives de la Seine. En 358, les Romains avaient, à la place, reconstruit deux ponts en maçonnerie, comme nous l’apprend Julien : « Lutèce est bâtie au milieu d'un fleuve sur une petite ile que deux ponts de pierre rattachent de chaque côté au continent. » L’un d’eux était le Grand pont qui, au neuvième siècle, prit le nom de pont aux Colombes, parce que les oiseliers y avaient élu domicile. Depuis mille ans les habitudes du commerce n’ont pas varié, et les marchands d’oiseaux occupent toujours les mêmes parages. — Au douzième siècle les changeurs établirent, par ordonnance royale, leurs boutiques sur ce pont, qui, depuis lors, s’appela pont de la Marchandise, pont au Changeur et bientôt pont au Change. L’autre était le Petit pont qui est encore aujourd’hui appelé ainsi. Par conséquent, comme on le voit sur notre carte (fig. 1), ils netaient pas dans le même axe, en prolongement l’un de l’autre. Cette disposition était assurément incommode et baroque, mais nous n’avons pas le droit de nous ériger en contempteurs de ces temps éloignés et barbares, puisque, précisément au même lieu, les ingénieurs et les agents voyers du second empire n’ont pas su percer le boulevard Sébastopol dans l’alignement du palais de Justice et du boulevard du Palais.
- Ces deux voies de communication par dessus le fleuve ont été fréquemment détruites par le feu, la glace ou l’eau. Le Petit pont actuel est au moins le onzième qui ait été bâti sur cet emplacement.
- Les crues de la Seine avaient alors une violence dont nous n’avons aucune idée, et auprès desquelles l’inondation qui vient d’avoir lieu n’est absolument rien2.
- 1 Bibliographie : Notice historique sur les ponts de Paris, par M. Féline-Romany (Annales des Ponts et Chaussées, t. VIII, 1864), Paris,etc., par M. Maxime du Camp, t. I. Paris, Hachette, 1868. — Paris illustré, par M. Adolphe Joanne. Paris, Hachette, 1870-76. — Dictionnaire d'architecture, etc., par M. Yiollet-lc-Due, t. VII, article Ponts. Paris, Morel, 1864. — Paris ancien, Paris moderne, par M. de Maupor-ché. Paris, 1813, etc., etc.
- â Depuis que des observations exactes sont faites, il est con-
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- LA NATURE.
- L’inondation de 1176, dont un souvenir de terreur s’est perpétué d’âge en âge, emporta les deux ponts, alors en bois, et qui furent refaits en pierre ; le Petit pont le fut, en 1185, aux frais de Maurice de Sully, évêque de Paris. Le même désastre se renouvela en 1280 et 1296; à la suite de ce dernier, le Petit pont fut reconstruit en pierre, en 1314, « au moyen d’amendes prélevées sur les juifs. » Nous reproduisons son aspect (lig. 2) d’après une miniature d’un manuscrit ayant appartenu à Charles V, la Vie de Monseigneur Sainct Denys, conservé à la Bibliothèque nationalel. Le Petit pont, qui est actuellement d’une seule arche, en comptait alors sept, non compris une porte fortifiée qui, élevée vers le milieu du bras de rivière, y formait une sorte d’île artificielle. On comprend qu’avec de tels ob-tacles opposés au courant le pont devait être souvent enlevé. Ruiné à nouveau, il fut rétabli, une septième fois sur piles de maçonnerie avec tablier de bois, de 1395 à 1406, du temps de Charles YI, qui posa la première pierre ; emporté au bout d’un an, ce pont fut remplacé par un huitième achevé en 1409 ; menaçant ruine, le Petit pont fut réédifié pour la neuvième fois tout au commencement du règne de Louis XII (1498-1500) par un religieux italien, Jean Joconde, qui s’inspirait des traditions des Frères hospitaliers pontifes, cet ordre fondé au moyen âge pour aider les voyageurs à franchir les rivières, « association vraiment fraternelle qui facilitait le rapprochement moral des hommes et des peuples en multipliant leurs relations matérielles. » Comme tous ceux de cette époque, le pont de pierre du frère Joconde formait une véritable rue sur l’eau bordée de maisons de chaque côté. (On en trouvera une vue dans le fragment en fac-similé du plan de Paris en 1552 que nous avons publié dans la Nature — troisième année, 1875, 2e semestre, p. 280). 11 resta en cet état jusqu’en 1718, où un incendie allumé par un bateau enflammé, véritable brûlot fluvial, le détruisit, avec 35 maisons bâties sur le pont ou aux abords. Sa reconstruction fut entreprise
- stant que les grandes crues diminuent sans cesse d’élévation (et, si le plan d’eau n’était pas relevé par des barrages, la hauteur moyenne ainsi que l’étiage minimum irait toujours aussi en s’abaissant). En outre, si l’amplitude des crues est aujourd’hui moindre qu’il y a quelques siècles, déjà alors les dimensions du fleuve n’étaient qu’une faible partie de celles qu’il présentait dans la période antéhistorique, alors que la vallée de la Seine était déjà peuplée par l’homme. Le déboisement semble être la principale cause de cette diminution constante du débit.
- 1 Département des manuscrits, fond français, 2091, folio 99, recto.
- l’année suivante; ce fut le dixième édifice. (On peut voir ses trois arches enfin débarrassées de toute construction parasite, sur la réduction d’une petite partie du plan de Paris en 1734 que nous avons insérée dans la Nature, vis-à-vis du plan de de 1552.)
- Ce dernier passage sus-fluvial existerait encore sans les besoins de la batellerie. Ses deux piles rendant impossib’e le passage des gros bateaux, quand le petit bras fut transformé en canal navigable, le Petit pont fut démoli pour être remplacé par une seule arche en meulière et en ciment de Yassy. Ce onzième pont a été exécuté en 1852 et 1853.
- Pour fermer la Seine aux canots des pirates North-mans, après le pont gaulois en bois et le pont gallo-romain en maçonneries, Charles le Chauve fit élever en 870, sur remplacement du pont au Change, un pont à tablier de bois et à piles de pierres scellées au plomb. En 1141 ce pont, earlovingien fut, à son tour, remplacé par le premier pont portant le nom de pont au Change qui, refait en bois après les grandes inondations dont nous avons parlé, fut enfin rebâti en pierre dans la première moitié du quatorzième siècle, comme on peut le voir sur la gravure que nous reproduisons d’après une miniature de la Vie de Monseigneur Sainct Denys (fig. 3)l. Avec celle qui représente le Petit pont, cette miniature de 1345 est la plus ancienne vue d’un monument parisien de cette espèce. Sur ce pont au Change du quatorzième siècle, les oisifs et les nouvellistes se rassemblaient tous les soirs pour admirer les boutiques et s’amuser des tours des bateleurs, sur ses bords étaient alignées des maisons de bois occupées d’un côté par les changeurs, de l’autre par les orfévrçs ; sauf une, ses arches étaient encombrées par des moulins à farine; l’arche marinière, réservée à la navigation, dépendait du prévôt des marchands, les autres arches et leurs moulins relevaient du chapitre de Notre-Dame, la chaussée était au roi. Ce pont était remplacé dans la première moitié du seizième siècle par un pont de bois, qui fut incendié en 1621. (On le voit sur le plan de 1552.) Un nouvel ouvrage d’art en pierre, également garni d’habitations, fut édifié à sa place de 1659 à 1647. Ces maisons rétrécissaient de la façon la plus gênante l’espace réservé â la circulation, elles coupaient et masquaient la belle ligne des quais, elles surchargeaient et fatiguaient les ponts, et en cas d’un écroulement encombraient le lit du fleuve et amenaient une terrible catastrophe; d’autre part, les roues hydrau-
- 1 Bibliothèque nationale, dép. des manuscrits, fond fr., 2092, f° 37, verso.
- V Veujguxircl à /fa/'Lf
- ffquc de. l'Oteriat ni?-Q *t‘m‘
- Fig. 1.— Plan de Paris sous la domination romains. (Ii’après hulauro.)
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- LA NATURE.
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- liqaes interceptaient en grande partie la navigation; aussi, en 1786, on entreprit la démolition de toutes les constructions sur ou sous les ponts.
- Le pont avait 7 arches, dont une sous le quai, mais l’emplacement des piles avait été si mal choisi que l’une d’elles se trouvait précisément en face de l’arche marinière du pont Notre-Dame, en sorte que les bateaux descendant le rapide existant à l'amont risquaient de se briser contre cet écueil artificiel; pour en finir avec cette cause d’accidents sans cesse renouvelés, diminuer la double pente, en abaissant le sommet du pont, le mettre dans l’alignement du boulevard du Palais et élargir le quai de l’Horloge, on l’a reconstruit en 1860.Le nouveau pont, en pierre de taille et en ciment de Portland, porte sur des piles fon-‘ dées par le système des caissons : une sorte de bateau sans fond dont les dimensions et les formes sont pareilles à celles quedoivent.avoir les fondations des piles et dont la hauteur est supérieure à la profondeur du fleuve estéchoué verticalement sur le lit de la rivière, dragué jusqu’au terrain solide; une couche de béton est coulée au fond du caisson pour le rendre étanche, ensuite une pompe épuise l’eau contenue dans cette
- sorte de puits immergé et enfin on construit la pile à sec dans l’intérieur du caisson, qu’il ne reste plus qu’à démolir jusqu’au dessous de l’étiage après l’achèvement des travaux. Le nouveau pont au Change n’a que 3 arches ; avec le pont Saint-Michel et le pont d’Auteuil, il est un des (rois plus larges de Paris, il a 30 mètres et 51 avec les parapets; soit encore 60 centimètres de moi ns que le pont démoli. Sous les trottoirs ont été ménagées des galeries pour les cables télégraphiques et les conduites d’eau et de gaz. C’est principalement avec les matériaux retaillés du vieux pont qu'il" a été reconstruit1. Le travail de beaucoup le plus difficile a été la démolition des piles de l’ancien ouvrage et l’extraction des pilotis. Après deux siècles de séjour dans l’eau le chêne était devenu noir et dur comme de l’ébène. Les table-tiers achetèrent fortcherces vieux pilotis mais en séchant le bois se fendilla et ils eurent à regretter leur acquisition. Les démolitions, commencées en 1858 , avaient duré seize mois et l’on s’en croyait quitte, quand, en 1867, les pilotes des bateaux-omnibus s’aperçurent
- 1 L’époque d’un édifice est caractérisée par la date à laquelle il a reçu la forme qui le distingue, et non par l’âge des malé-
- Fig. 2. — Le Polit pool, à Paris, au quatorzième siècle. ( l)'uprès une miniature de la Bibliothèque nationale.)
- Fig. 5. — Le pont au Change, à Paris, au quatorzième siècle. (D'après une miniature de la Bibliothèque nationale.)
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- LA NATURE.
- à leurs dépens que les fondations avaient été incomplètement enlevées, il fallut travailler tout l’été pour achever de débarrasser le lit du bois et des pierres qui l’encombraient.
- Nous savons que la plupart des arches du pont au Change étaient occupées par des moulins, appartenant au chapitre de Notre-Dame; une inondation les ayant emportés, et, ceux-ci n’ayant pas été rétablis au profit du chapitre, le clergé métropolitain cessa de célébrer la messe dans la cathédrale. Pour calmer l’émoi des fidèles, on s’empressa de construire, immédiatement au-dessous du pont au Change, un autre pont de bois, achevé avant la mort de Philippe le Bel (1314), quelquefois appelé le Grand pont, mais bien plus communément dénommé le pont aux Meuniers, par suite de sa destination; c’était avant tout un grand établissement de minoterie, flanqué d’une simple passerelle pour les piétons. (On peut, le voir reproduit dans la Nature sur le plan de 1552.) Il écroula en 1596; réédifié en 1608 et 1609 par Charles Marchand, il prit le nom de son constructeur. L’incendie de 1621 dévora à la fois le pont au Change et le pont Marchand. Malgré l’existence de ce pont spécial, dès 1345 les arches du pont au Change étaient encombrées à nouveau d’autres moulins.
- Nous avons vu que pendant quatorze cents ans les Parisiens se sont contentés de deux ponts qui n'étaient pas en face l’un de l’autre.
- C’est dans le prolongement du Petit pont que fut établi le pont Notre-Dame : la première construction1 date de la seconde moitié du quatorzième siècle ; on l’appelait le pont de la Planche-Mibray, c’est-à-dire le pont en planches sur le mi-bras ou moitié de la Seine; la deuxième fut entreprise en 1413 et terminée en 1421 ; « ce pont de bois contenoit en longueur 70 pas et 4 pieds et en largeur 18 pas ; et est oit soutenu sur 17 rangées de pilotis, chacune rangée ayant 30 pilliers ; l’espoisseur de chacun de ces pilliers estoit un peu plus d’un pied, et avoient en hauteur 42 pieds ; de deux costez et sur lequel estoient bas-ties 60 maisons esgales en structure et haulteur. » Le pont était déjà tellement délabré au bout de vingt ans que le parlement arrêta sa réfection, mais, par suite de l’incurie de le municipalité, l’arrêté ne s’exécuta point, et en 1499, le pont, avec les soixante
- riaux qui le constituent. Tel monument, toujours maintenu à l’état d’entretien, peut avoir eu, l’une apres l’autre, toutes ses pierres remplacées par d’autres ident:ques, sans cesser d’être une construction ancienne pourvu que dans ses dispositions premières rien n’ait été changé; tandis, qu’au contraire, un ouvrage — comme ce pont — refait dans des formes toutes différentes avec des pierres de la construction primitive — n’en est pas moins un monument autre et nouveau.
- 1 Nous devons dire qu’une savante dissertation de M. Edouard Fournier tend à établir que le Grand pont antique gaulois et gallo-romain occupait l’emplacement du pont Notre-Dame, et que ce ne fut que sous Charles le Chauve que la voie fut déviée jusqu’à l’emplacement du pont au Change; mais cette opinion, très-plausible et naturelle, est contraire à la tradition générale et à la persistance, si singulièrement tenace et constante, des directions des vieilles rues.
- maisons, s’abîma dans le fleuve... L’indignation populaire fut telle, que prévôts et échevins, traînés en prison, durent payer de grosses amendes.
- Après une pareille catastrophe on se décida à reconstruire le pont en pierre. Sous la direction de Colin de la Chesnaye et de Jean de Doyac, les frères d’Es-cullaint et Joconde, l’architecte du Petit pont, commencèrent les travaux en 1500; ils furent terminés en 1507, sauf les 34 maisons uniformes, achevées seulement en 1512, et décorées en 1660 de termes, de cariatides et de médaillons qui leur donnaient l’aspect le plus monumental. Malgré cela, les hautes raisons de viabilité terrestre et fluviale que nous avons déduites entraînèrent aussi leur démolition en 1786 L et le pont, à son tour, a eu le même sort en 1853, dans le but d’abaisser sa chaussée pour la raccorder par une pente donce avec la rue de Rivoli. C’était une assez médiocre raison pour détruire le plus vieux pont de Paris. L’ancien pont avait 6 arches dont une sous le quai de droite ; celle-ci ayant été supprimée, le nouveau pont n’en a que 5. Il a été reconstruit avec une partie des matériaux primitifs, sur les anciennes fondations conservées jusqu’au niveau de l’étiage. Charles Boissay.
- — La suite prochainement. —
- LES ÉPHÉMÈRES
- LEUR ORGANISATION. --- LEUUS METAMORPHOSES.
- LEURS MŒURS ET LEUR INDUSTRIE.
- « Il est une famille de Névroptëres, les Epiiémé-hides (ou Épiiémérines), où volontiers on cherche des impressions poétiques. Les Ephémères, le nom l’exprime, c’est la vie qui commence au lever du soleil et finit à son déclin le même jour. Les Éphémères, c’est la délicatesse des formes, la légèreté du corps. Les Éphémères, c’est la réalisation du rêve des mystiques apparitions sortant des eaux, lorsque, par un beau soir d’été, des milliers, des millions de ces créatures aériennes voltigent à la surface des étangs ou des rivières2. »
- historique.
- Connues dès la plus haute antiquité, les Ephémères ont été décrites pour la première fois, mais Irès-imparfaitement, par Aristote. « On voit, dit-il, vers le solstice d’été, sur les eaux de l’IIypanis, fleuve qui est près du Bosphore Cimmérien, des espèces de coques plus grosses que des grains de raisin, qui s’ouvrent, et d’où il sort un animal ailé à quatre pieds qui vit et vole jusqu’au soir. Il vieillit à mesure que le soleil baisse, et meurt dès que cet astre est couché;
- 1 On sait, qu’outre les maisons, une pompe hydraulique, montée en 1669 et 1670, refaite en 1708 et supprimée en 1858, embarrassait les arches du pont Notre-Dame.
- 2 Eh. Blanchard, de l’Institut, Métamorphoses, mœurs et instincts des insecles, p. 594. — Paris, 1868.
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- il
- Sa vie est d’un jour : de là, le nom d’Ephémère (éfiiuspov), qu’on lui donne. »
- Fig. 1. — Ephemera vulgala, Fig. 2. — Larve ü’Ephemera mâle imago, c’est-à-dire à vulguta, d’après Blanchard, l’état parlait. (D’après Pictût.) Grossie.
- Grandeur naturelle.
- Cette description renferme trois erreurs manifestes. D’abord les Ephémères naissent d’un œuf, et non d’une coque semblable à un grain de raisin, à moins que le naturaliste de Stagyre n’ait comparé à une grappe en miniature la masse d’œufs que l’on voit suspendue à l’abdomen de la femelle, aussitôt après la fécondation. Mais cette masse, dans son ensemble, n’est pas aussi grosse qu’un seul grain de raisin;
- l’assimilation serait donc doublement inexacte. De plus, les Ephémères ont six pattes, et non pas quatre, comme le dit Aristote, trompé sans doute par la gracilité, la longueur, la direction et le peu d’usage de.s pattes Fig. 3. — Palingenia virgo antérieures qui, chez les (femelle imago). D’après Pictct. mâles surtout, ressemblent à de longues antennes. Enfin, les vraies Ephémères (Ephemera vul-gata, Palingenia virgo, P. longicauda, etc., fig. 1, 2, 3, 4), dont nous allons principalement nous occuper, ne vivent pas même un jour, mais bien quelques heures tout au plus.
- Toute l’antiquité, tout le moyen âge s’écoule sans qu’aucune lumière importante vienne éclairer l’histoire des Ephémères. Au seizième siècle, Scaliger, commentateur d’Aristote, mentionne ces insectes
- 1 Aristote, Traité des animaux, traduction de Camus, p. 255. — Paris, 1785.
- comme apparaissant le soir sur lesliords du Tarn et de la Garonne, et il nous apprend une particularité d’autant plus intéressante, qu’on n’en saurait citer un autre exemple en entomologie.
- Je veux parler de la mue qui s’opère chez l’insecte parfait, ou du moins à l’état de subimago1.
- Swammerdam, en 1675, et Réaumur, en 1742, se firent les historiens des Ephémères, et signalèrent avec le talent d’observation qui les distinguait, une foule de détails pleins d’intérêt, au triple point de vue des mœurs, des métamorphoses et de l’organisation externe de ces insectes singuliers. Swammerdam étudia même leur organisation interne, mais ses recherches sur ce point délicat laissent beaucoup à désirer.
- Fig. 4. — Palingenia longicauda, (D’après Pictet.)
- Parmi les modernes, M. F.-J. Pictet, de Genève, en publiant sa splendide Monographie des Ephémères, mit de l’ordre dans leur classification; mais il n’ajouta que peu de chose aux observations consignées dans les Mémoires de Réaumur et de Swammerdam, surtout en ce qui concerne l’anatomie des insectes que leurs beaux Mémoires ont illustrés.
- Rœsel, Schæffer et Bürmeister, en Allemagne ; Eaton, Westwood, Curtis et Leach, en Angleterre ; Galori, en Italie; de Geer et Léon Dufour, en France, se sont aussi occupés desEpHÉMERiNES : mais il reste encore, dans l’histoire de ces insectes, bien des lacu-
- 1 Les naturalistes donnent le nom de subimago à l’état de l’Éphémérine qui, au sortir de la nymphe, précède l’état parfait (imago).
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- nés que, depuis plusieurs années, mon fils Emile Joly et moi nous nous efforçons de combler.
- Dans les pages qui vont suivre, il ne sera question que de l’organisation extérieure, du genre de vie et des métamorphoses des Ephémères, notamment de la Palingenia virgo, que nous avons surtout étudiée avec un très-grand soin.
- mœurs des éphémères a i/état d’insecte parfait.
- Vers la fin du mois d’août, ou bien au commencement du mois de septembre, ordinairement après le coucher du soleil, apparaissent, sur les bords de la Garonne, des nuées d’insectes aux ailes de gaze, au corps transparent et presque aussi léger que l’air. On les voit voltiger çà et là, se grouper autour des réverbères allumés, et là exécuter,- avec une rapidité vertigineuse, des rondes fantastiques, puis tomber épuisés sur le sol, qui est bientôt jonché de leurs cadavres, ou bien dans le fleuve, où ils deviennent la proie des poissons.
- On dirait des myriades de petits papillons nocturnes, qui viennent brûler leurs ailes au feu du gaz de l’éclairage, ou mieux encore, une neige vivante qui tomberait, à gros flocons, sur les quais et dans les rues peu éloignées de la Garonne.
- Schœffer raconte que, au mois d’août 1778, une telle quantité d’Ephémères (Palingenia virgo) s’abattit aux environs de Hatisbonne, que le pont construit sur le Danube en était littéralement tout couvert, sur une épaisseur de plusieurs centimètres, el qu’il en était de même de ses environs immédiats, sur une étendue fort considérable.
- Les habitants de la ville qui passaient sur le ponl avec des llambeaux, voyaient leurs lumières éteintes par ces nuées d’insectes: l’air en était tout obscurci. Ils pénétraient dans le nez des chevaux, et leur causaient une sensation si désagréable, que ces animaux refusaient de marcher.
- Enfui, ils entraient dans les maisons par les fenêtres entr’ouvertes, et l’on ne savait comment faire pour se délivrer de ces hôtes importuns.
- Nous avons été plusieurs fois, à Toulouse, témoin d’un spectacle semblable qui, dit-ou, n’est pas rare non plus à Paris, en Belgique, en Hollande, etc., etc.
- ERREURS ET PRÉJUGÉS AU SUJET DES ÉPHÉMÈRES.
- Dans ces apparitions subites de la manne, lesquelles cependant, se répètent presque chaque année et, pour ainsi dire à jour fixe, l’Ignorance et la Superstition, sa compagne ordinaire, ont vu des présages funestes, annonçant la guerre, la famine et des misères de toutes sortes. On a cru à des pluies de mouches éphémères, comme certaines personnes croient encore à la réalité des pluies de sang ou de crapauds. Erreurs et préjugés ridicules, qui s évanouissent devant l’examen des faits scrupuleusement observés !
- La science actuelle nous enseigne, au contraire, que les Ephémères sont des êtres très-inoffensifs et très-innocents sous leurs divers états. Elle nous ap-
- prend que leurs dépouilles sont un excellent engrais pour la terre épuisée. Ceux de ces insectes qui tombent en si grand nombre à la surface de l’eau, sont pour les poissons une manne abondante et féconde.
- C’est même sous le nom de manne que le vulgaire et surtout les pêcheurs désignent la chute des Ephémères.
- A Toulouse, l’étrange spectacle que nous venons de décrire, commence, avons-nous dit, vers le 25 du mois d’août, quelque temps après le coucher du soleil, et dure jusqu’à onze heures ou minuit, au plus tard1. A l’étonnante agitation qui régnait sur les bords du fleuve succède tout à coup le silence et l’immobilité de la mort. Mais avant de couvrir le sol de leurs cadavres, ces frêles créatures ont satisfait à la grande loi de la reproduction.
- ACCOUPLEMENT ET PONTE.
- Les mâles, en un clin d’œil, ont fécondé les femelles au sein même des airs, et celles-ci en voltigeant au-dessus des eaux ou en tombant à leur surface, y ont déposé deux grappes d’œufs presque microscopiques qui, au bout de quelques mois, donneront naissance à une nouvelle génération, destinée à parcourir les mêmes phases que ses aînées, et à remplir le même rôle dans l’harmonie universelle. Quant aux innombrables femelles dont les dépouilles gisent sur le sol, leurs œufs, fertiles cependant et susceptibles de se développer s ils avaient été déposés dans le liquide qui leur convient, leurs œufs périssent avec elles sans laisser de postérité. Preuve nouvelle de la fécondité de la Nature, et de la prodigalité avec laquelle on la voit souvent sacrifier les germes de vie qu’elle a produits.
- Swammerdam croyait que les Ephémères ne s’accouplent pas, mais que le mâle arrose les œufs préalablement déposés par la femelle à la surface des eaux. Geoffroy dans son Histoire des Insectes, a partagé cette erreur. Réaumur lui-même a soupçonné, mais n’a jamais pu observer l’accouplement. De Geer dit l’avoir vu sur deux ou trois couples seulement, mais il avoue en même temps qu’il n’a pu voir tout ce qu’il aurait dû et voulu examiner pour nous donner, de cet acte important, mais très-rapide, nue description complète1. Eaton paraît avoir été plus heureux que ses prédécesseurs, car il décrit avec détail l’acte dont il s’agit. Quant à nous, malgré le soin extrême que nous avons mis à épier les amours de la Palingenia virgo, nous n’avons jamais eu la chance indiscrète de la surprendre au moment même où elle perdait la lleur de sa virginité. Cependant, nos observations ont porté, pendant plusieurs années de suite, sur des milliers d’individus. Un fait surtout nous a frappé : c’est la prépondérance numérique très-marquée des femelles sur les mâles dans cette même espèce.
- 1 II est assez fréquent de voir un peu de pluie précéder ou suivre immédiatement l’apparition des Ephémères.
- - Ch. de Geer, Mémoires pour servir à l'histoire clés insectes, t. II, p. l)4’2 et suiv. — Stockholm, 1711.
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- DURÉE DE LA VIE DE L’INSECTE PARFAIT.
- Dans son style pittoresque et concis, Linné a dépeint admirablement celte rapide existence des Éphémères à l’état d’insectes parfaits.
- Volatiles factœ, dit-il , brevissimo fruuntar gaudio ; namsœpe eodemque die, nuptias, puerpéria et exequias célébrantes1. Michelet a dit poétiquement et plus brièvement encore, en parlant des amours des insectes en général : « Pour eux, l'amour, c’est la mort. »
- Les Éphémères, on le voit, ne font pas exception. Ce qui prouve encore mieux l’inexorable fatalité de cette loi, c’est que si, à l’exemple du naturaliste de Geer, on prend une Éphémère au moment même de sa naissance, et qu’on l’enferme seule dans une prison de gaze ou de verre, en ayant soin d’éloigner d’elle tout individu de son espèce appartenant à un autre sexe que le sien, on la verra prolonger sa vie pendant six ou huit jours2.
- JEÛNE ABSOLU DE L’iNSECTE PARFAIT.
- Notons, en terminant, que nos bestiole-, parvenues à l’état parfait, ne prennent absolument aucune nourriture. L’atrophie des organes de la bouche le prouve suffisamment. Quant à l’intestin, il existe néanmoins, mais il est gonflé d’air dans toute son étendue. L’Éphémère imago meurt donc sans avoir mangé, et presque sans avoir vécu. Mais il est temps de faire plus ample connaissance avec les formes extérieures des singuliers insectes dont nous traçons l’intéressante histoire; il est temps d’indiquer les divers genres qui composent la famille très-naturelle à laquelle ils appartiennent.
- CARACTÈRES DISTINCTIFS ET CLASSIFICATION DE LA FAMILLE DES ÉPHÉMÊRINES.
- Celte famille est celle des Éphémérines, dont voici la constitution et le signalement empruntés à la Monographie de M. F. J. Pictet.
- Famille des Éphémérines.
- GEXRES
- égales dans les deux sexes 1 Ephemera.
- réticulées, de nombreuses nervures 1 transversales yeux du mâle simples 1 trois soies caudales la médiane 1 rudimentaire, au 1 moins dans le , mâle Palingenia.
- deux soies caudales, sans aucun rudiment de troisième Baëtis.
- yeux du mâle doubles. Polamanlhus.
- yeux du mâle doubles. . Chloë.
- nervures transversales rares > yeux du mâle simples. ^ deux ailes \ quatre ailes Cœnis. Oligoneuria.
- Bien que la famille des Éphémérines soit classée parmi les insectes à métamorphoses incomplètes, c’est-à-dire chez lesquels la nymphe jouit d’une vie active, comme la larve elle-même, et 11e s’en distingue que par la présence des étuis destinés à loger les ailes encore rudimentaires, nous avons cependant observé dans cette famille un fait A'hyper métamorphose resté jusqu’à présent inaperçu, et dont nous dirons un mot en faisant connaître le développement de la jeune larve 3.
- 1 Traduction. — Une fois capables de voler, elles (les Ephémères) ne jouissent que d’une joie très-courte, puisque souvent, en un seul et même jour, elles célèbrent leurs noces, leurs couches et leurs funérailles.
- 2 S’il faut en croire Eaton (Monography ofthe Ephemeridœ), certains genres d’Éphémérines se livreraient, avant de mourir, plusieurs fois à l’accouplement, et pondraient aussi leurs œufs à diverses reprises. Mais la loi dont nous avons parlé ci-dessus n’en subsiste pas moins dans sa généralité.
- On sait que les divers états par lesquels passent les in-
- La famille des Éphémérines se distingue encore des autres JSéuroptères par ses antennes à trois articles, dont le dernier est une soie mince et su-bulée ; par sa bouche imparfaite et dépourvue de' véritables organes de mastication ; par ses ailes délicates, dont les postérieures sont toujours très-petites, et par sou abdomen terminé par deux ou trois longues soies articulées.
- Outre les entennes, déjà décrites, la tète porte deux yeux à réseau, quelquefois en forme de turban chez les mâles, et plus gros que ceux des^ femelles.
- Le thorax, plus allongé qu’il 11e l’est chez beaucoup d’autres insectes, donne attache à trois paires de pattes grêles, fragiles, dont les antérieures, chez
- sectes à métamorphoses complètes sont ceux d'œuf, de larve, de nymphe et d’imago ou insecte parfait. Or, après l’éclosion de l’œuf, et avant d’arriver à l’état de nymphe, la jeune larve de la P. virgo subit divers changements qui constituent, selon nous, une véritable hypermétamorpliose.
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- les mâles, sont souvent tres-longues et dirigées en avant, à la manière des antennes, disposition qui explique peut-être l’erreur commise par Aristote, quand il a dit que les Éphémères n’avaient que quatre pattes au thorax. Toutes sont terminées par un tarse à 4 ou 5 articles, terminé lui-même par deux crochets membraneux, ou par un seul crochet, flanqué d’un appendice pyriforme.
- Les ailes, ordinairement au nombre de quatre, quelquefois de deux seulement (genre Cœnis, Chloë diptera) sont d’une extrême délicatesse, lisses, diaphanes, plus ou moins réticulées, jamais plissées; les postérieures sont, nous l’avons déjà dit, toujours plus petites que les antérieures.
- Chez l’insecte qui n’a pas encore subi sa dernière mue, qui se trouve encore à l’état de sub-imago, comme disent les naturalistes, les ailes sont presque opaques, couvertes à leur surface d’épines microscopiques, et munies, sur les bords, de poils plus ou moins longs. Ces caractères transitoires sont dus à la membrane épidermique dont T Ephémère doit encore se dépouiller pour passer à l’état à'imago, c’est-à-dire à l’état d’insecte parfait.
- Abdomen. Il est conique, allongé, composé de onze anneaux, dont le dernier, terminé, à son extrémité libre, par deux ou trois longues soies multi-ar-ticulées, est muni, chez le sexe mâle, d’appendices ou crochets, destinés, sans aucun doute, à retenir la femelle pendant l’accouplement.
- L’abdomen de celle-ci présente souvent (chez la Palingenia virgo), entre le 8e et le 9e anneau, deux masses allongées, parallèles , jaunâtres, presque aussi volumineuses que l’abdomen lui-même, et entièrement composées d’œufs d’une dimension quasi microscopique. Nous en avons compté plus de 400 dans chacune de ces grappes : total, 800 pour chaque femelle. Qu’on juge, d’après cela, de leur fécondité. Plongées dans l’eau, les deux masses d’œufs dont nous avons parlé ne tardent pas à se désagréger, les œufs qui les composent vont au fond du vase et y adhèrent fortement au bout de peu d’instants, grâce à une sorte de gomme dont la femelle les a enduits au moment de la ponte. Si ce vase est une assiette blanche, le fond en paraît alors comme sablé d’une multitude de granules d’un blanc jaunâtre et d’une finesse presque microscopique. Enfin, et pour n’omettre aucun détail, nous dirons que beaucoup d’œufs, les uns paraissant complètement formés, les autres en voie de formation, restent enfermés dans les gaines ovariques où ils ont pris naissance, et que, quand la masse pondue est tombée, on voit souvent, à sa place, deux vésicules gonflées d’air qui, je crois, ne sont rien autre chose que les oviductes devenus saillants au dehors.
- Œufs des éhiéméiunes.
- Les œufs des divers genres d’Êphémérines sont encore si peu connus, que M. Pictet lui-même n’en parle pas dans sa Monographie, et qu’il se borne à figurer ceux des Poatmanthus œneas. Ces œufs res-
- semblent beaucoup à ceux que j’ai observés moi-même chez la Palingenia virgo, et dont je donne ici le dessin (fîg. 5, 6 et 7). Ceux ci, ont comme on le voit, une forme ovoïde et ils sont coiffés, à leur petit bout, par une espèce de capuchon, un bourrelet de nature spongieuse, au centre duquel j’ai cru apercevoir une petite ouverture, destinée peut-être à laisser pénétrer le fluide fécondateur jusqu’à l’œuf qu’il doit féconder.
- Fig. 5 et 6.
- Les lieux grappes d’œufs pondus par la Palingenia virgo. (Grandeur natur.)
- Le volume des œufs de la Palingenia virgo ne dépasse pas \ ou | de millimètre : depuis plusieurs années, nous en suivons le développement avec le plus grand soin. Leur examen microscopique (flg. 8), pendant les diverses phases de leur évolution nous a révélé des faits curieux et entièrement nouveaux, qui a été, de notre part, l’objet d’un travail spécial destiné à l’Institut. Disons, en attendant, que nous avons pu nous convaincre, de visu, que la jeune larve, au sortir de l’œuf, offre des différences importantes et tranchées avec la larve qu’on peut appeler adulte, c’est-à-dire parvenue au moment de la nymphose. Mais, pour avoir une idée exacte de ces différences, il convient d’abord de connaître la larve telle
- Fig. 8. — Œuf de Palingenia virgo, 15 jours avant l’éclosion.
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- qu’elle se présente ordinairement à l’observation du naturaliste investigateur, et telle qu’elle a été décrite par presque tous les entomologistes qui se sont occupés des Éphémères. Dr N. Joly (de Toulouse),
- Correspondant de l'Institut,
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Empreintes plantes. — Nous lisons dans VExplorateur que M. Duchartre a récemment signalé un curieux procédé dû à M. Bertot.il s’agit d’un moyen de prendre des empreintes de végétaux sur du papier ordinaire. On imbibe d’huile une feuille de papier que l’on plie en quatre et que l’on presse pour assurer l’imbi-bitiori. La feuille végétale est placée entre les deux derniers plis et pressée. On la transporte alors entre les plis d’une seconde feuille et l’on presse de nouveau, puis on l’enlève. 11 n’y a pas d’empreinte apparente : mais en saupoudrant avec de la plombagine, l’empreinte apparaît, et elle est indélébile si l’on a mélangé à la plombagine de la colophane ou de la résine en poudre. On nettoie l’épreuve avec de la cendre de foyer tamisée, et l’on y appuie un fer à repasser chaud qui fixe l’empreinte en fondant le corps résineux. Les épreuves sont remarquables de netteté, et le procédé est, comine on le voit, peu coûteux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 'i'.) mai 1876. —Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Cas de cécité produite par les éplairs. — Un médecin du Havre adresse la relation suivante, brièvement analysée par le secrétaire perpétuel : En revenant de l’école communale située à un kilomètre environ de sa demeure, une jeune fille de onze ans fut surprise par un violent orage. Effrayée par les éclairs et les détonations, qui se succédaient rapidement, l’enfait hâtait le pas et loin de regarder les zig-zag de la foudre, baissait la tête et tenait les yeux fixés sur la route.
- Celle-ci réfléchissait si fortement la lumière des éclairs que la jeune écolière en était éblouie au point de ne retrouver sa maison qu a graud’peine. Toute la soirée l’éblouissement persista ; et le lendemain, après une nuit de bon sommeil, la pauvre petite était presque aveugle. Yingt-quatre heures plus tard, elle l’était entièrement.
- Au bout de quinze jours seulement les parents se décidèrent à réclamer les soins du médecin, et celui-ci obtenait un résultat très-riche de promesse quand la superstition vint une fois de plus détruire les bons effets de la science. Quelque commère persuada facilement à la famille ignorante que la cause du mal n’était autre chose qu’un sort jeté par un mauvais génie et que les remèdes, d’ailleurs un peu coûteux, seraient avantageusement remplacés par des manœuvres surnaturelles. Ce qui devait arriver survint ; la science humaine, paralysée, ne put empêcher le mal en voie de guérison de faire place à une cécité incurable.
- Intensité de la pesanteur à St-Paul. —D’après M. Ca-zin l’accélération due à la pesanteur s’accroît à Saint-Paul plus rapidement que dans les localités normales, d’un 0,005 de sa valeur : le massif volcanique de Pile exerce donc par lui-même une attraction considérable.
- n. — L’érudition est une belle chose ; et, comme de toutes les belles choses il faut s’en méfier. M. Léopold Hugo pa-
- rait en donner une preuve aujourd’hui. Dans Un ancien livre chinois, ce savant a distingué un chapitre dont, le titre consiste dans le mot pi, non traduit par nous et qui concerne les propriétés d’un triangle rectangle dont les côtés sont entre eux comme les nombres 5, 4 et 5. Partant de là M. Hugo remarque qu’en combinant ces trois nombres avec leurs différences on trouve 3,1415 etc., c’est-à-dire le célèbre t exprimant le rapport de la circonférence au diamètre ; il en conclut, peut-être un peu vite, que les Chinois ont, de leur côté, déterminé ce rapport.
- Alcoolisme. —Si Ton en croit M. le docteur E. De-caisne, la liqueur de la Grande Chartreuse et l’eau de mélisse des Cannes, malgré leur apparence si charitable, ont avec l’alcoolisme des rapports plus intimes qu’on ne le croirait tout d’abord.
- Phylloxéra. — Jusqu’ici il était enseigné que le phylloxéra ne trouvait pas sur les feuilles de la vigne française les conditions favorables à l’établissement de ses galles. D’après M. de Lachanal on était dans l’erreur la plus complète ; un bocal est là sur le bureau qui le démontre absolument. H est rempli de feuilles de vigne française, recouvertes de petites taches brunes dont chacune contient des dizaines d’œufs du parasite. Ce qui a empêché de les signaler jusqu’ici c’est qu’elles ressemblent à s’y méprendre à beaucoup d’autres taches fréquentes sur les feuilles. L’échantillon est envoyé à M.Balbiani, qui aura à observer, pour la première fois, l’éclosion des œufs dos feuilles : nul ne sait encore ce qu’ils doivent donner.
- Le Pèlerin. — C’est un squale des pays tropicaux. MM, Paul et Henry Gervais ont eu la bonne fortune d’en disséquer un qui est venu accidentellement échouer sur nos côtes atlantiques. Le pèlerin a été appelé la baleine des poissons, parce qu’à première vue il rappelle le gigantesque cétacé. Il a plus de trois mètres de long et présente de chaque côté de la tète des appendices qui rappellent tout à fait les fanons. Toutefois, en les examinant de plus près, on reconnaît qu’ils sont essentiellement osseux et que d’un autre côté, loin d’appartenir à la bouche, ils sont fixés sur les arcs branchiaux. En terminant les auteurs remarquent que ces organes, justement à cause de leur nature osseuse, se prêtent à la fossilisation et rappellent qu’on en a trouvé de pétrifiés dans le crag de la Belgique.
- Sidfale de peroxyde de manganèse. — Revenant sur un sujet qui Ta déjà occupé il y a plusieurs mois, M. Frémy décrit la composition du sulfgle à base de bioxyde de manganèse. C’est un sel jaune obtenu par la réaction de l’acide sulfurique sur le permanganate de potasse, et qui se décompose intégralement sous l’influence de l’eau. 11 se combine avec le sulfate de protoxyde de manganèse et donne ainsi un sel double des plus intéressants.
- Stanislas Meunier.
- LE MONT SAINT-ÉL1E
- Depuis la cession de l’Amérique russe, aux Etats-Unis, le littoral à peine connu de cette contrée est l’objet d’études et d’explorations suivies, et le'recueil des cartes hydrographiques s’enrichira de nouveaux et précieux documents, en même temps qu’un jour tout nouveau se fera sur la constitution géologique d’un sol qui s’annonce si riche en produits minéraux. C’est dans le fond de l’espèce d’arc de cercle, que forme la côte eu s'infléchissant vers les
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- LA NATURE.
- îles Aléoutiennes, que s’élève le majestueux Saint-Elie, la plus haute montagne de l’Amérique du Nord; après le Chimborazo ; ce volcan atteint en effet 6550 mètres, celui d’Antisana 5850 mètres, le Cotopaxi 5750 mètres et le mont Saint-Elie 6070 mètres ; ce sont les derniers travaux américains qui lui assignent ce rang, car depuis sa découverte par Behring eu 1741, les divers navigateurs qui ont fréquenté ces parages lui ont assigné des hauteurs variant entre 4000 et 5000 mètres. Cette divergence tient d’une part à l’incertitude de l’appréciation des distances en mer, et de l’autre surtout à ce que fort peu des observateurs ont aperçu le véritable Saint-Elie, trop souvent masqué par d'épais brouillards, et ont dû prendre pour lui un sommet voisin, le
- mont Cook, dont la hauteur est de 4800 mètres ; d’autres sommets aussi élevés ont été aperçus par les derniers explorateurs, plus favorisés par les circonstances atmosphériques que leurs devanciers ; ils ont ainsi reconnu que le Saint-Elie fait partie d’une chaîne de montagne, parallèle à la côte et se rattachant à de puissants massifs intérieurs à peine seulement entrevus.
- Vu de la baie de Yakutat, le Saint-Elie paraît se dégager comme du sein d’une masse confuse de sommets, dominant un vaste plateau dénudé couvert de blocs épars, et terminé du côté de la mer par des falaises abruptes d’une centaine de mètres de haut ; une vallée profonde sépare ce plateau de la base du mont, et reçoit plusieurs petits glaciers pre-
- Le mont Saint-Elie, dans l’Amérique russe (6070® d’altitude), vu de la mer à 98 kilom. E. S. E. — D’après la gravure publiée dans United-States Coast Survey for 1875.
- liant naissance seulement dans les parties basses du massif, quelques-uns se prolongent même jusqu’au fond de la baie, remplie souvent de leurs débris flottants.
- Sur le flanc sud-est, se voit un grand amphithéâtre, à parois abruptes, et rempli d’un vaste champ de neige ; mais comme d’autres semblables, qui se trouvent dans des dépressions du massif, ce champ de neige ou de glace, dépourvu de moraines, et ne pouvant se déplacer, n’offre pas les caractères d’un véritable glacier ; la constitution du mont est telle que nulle part sur ses flancs ne s’aperçoivent de véritables glaciers ; il n’y en a qu’à la base ou plutôt même dans les collines qui l’entourent, et qui paraissent être des cônes de soulèvement d’une formation beaucoup plus récente que le mont lui-même, certaines coulées de lave vont jusqu’à la mer. Le grand amphithéâtre qui, au premier abord, a l’air d’un ancien cratère, comme plusieurs voyageurs l’ont pensé, n’a rien de volcanique, étant composé de
- strates régulières horizontales de roches, qui se prolongent et s’accusent plus nettement encore sur le flanc ouest du pic ; de ce côté, le mont s’élève abrupt de la vallée, puis, après un léger ressaut, présente une immense face rocheuse inclinée à 45°, et de 5000 mètres de haut environ, sans un défaut de continuité ; il se termine par un sommet pyramidal, probablement très-escarpé du côté nord.
- La formation des petits cratères de la base n’a eu que fort peu d’importance sur les puissantes assises tertiaires de la chaîne, dont la composition géologique a beaucoup de rapport avec les hautes sierras de la Californie ; c’est à leur présence qu’est du le classement du Saint-Elie parmi les volcans par quelques géographes. On voit que cette opinion doit être rectifiée. P. Guï.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- Nc 158. — 10 JUIN 1876.
- LA NATURE. 11
- LA LINGUISTIQUE
- OU LA SCIENCE DU LANGAGE.
- £ 1er. - LES TRANSFORMATIONS DU LANGAGE.
- La linguistique est une des sciences à la mode en ce moment, c’est-à-dire Tune de celles dont on s’occupe beaucoup et avec succès.
- Mais est-ce bien une science naturelle qui doive avoir sa place dans la Nature , comme la botanique et la géologie? N’est-ce pas plutôt une science historique , comme l’interprétation des hiéroglyphes ou le déchiffrement des vieux manuscrits ?
- Les deux opiuions ont été soutenues.
- Une langue, considérée sous le rapport de l’usage que l’on en fait, ne donne matière qu’à des études littéraires ; c’est un outil dont l’écrivain se sert avec plus ou moins d’art.
- Au contraire, si l’on examine seulement les origines d’où elle sort, les éléments qui la constituent, les règles qui composent sa grammaire, une langue ne paraît plus être qu’un produit spontané de la nature, que les individus d’une même nation fabriquent tous ensemble d’une façon inconsciente, par conséquent sans qu’aucun d’eux y mette l’empreinte de sa personnalité. Un peuple non civilisé se donne une langue, de même qu’une plaine déserte se couvre de végétation en dehors de toute culture ; les semences en viennent on ne sait d’où, apportées
- 1 Nous empruntons cette gravure, que nous devons à l’obligeance de M. J. Best, au bel ouvrage de M. Ed. Charton : les Voyageurs anciens et modernes.
- ie année. — 2e semestre.
- par le vent ou par les oiseaux ; le sol et le climat modifient peu à peu les plantes qui en sortent, si bien qu’une llore nouvelle est mise au monde, qui diffère de la flore des pays voisins en apparence ; mais avec un peu d’étude le savant reconnaît chez ces végétaux de race nouvelle les caractères de ceux qui les ont engendrés. On devine déjà, d’après ce
- qui précède, que la science du langage n’a d’autre méthode d’investigation que de rapprocher les uns des autres les divers dialectes parlés à la surface de la terre. On a comparé la linguistique à la géologie, et en effet il y a, dans les langues, des faits nombreux qui rappellent tout à fait les phénomènes de stratification et de métamorphisme ; « les noms sont les fossiles de l’histoire, » avait-on dit il y a longtemps déjà. D’autres comparent plus volontiers la linguistique à la botanique, et en effet chaque dialecte ressemble beaucoup à un être vivant ; les langues naissent et elles meurent ; elles ont leur période d’enfance et celle de décrépitude. En somme, tous ces rapprochements sont plus ingénieux que solides. La linguistique est une science à part qui ne s’identifie avec aucune autre.
- Yeut-on juger de la façon imprévue dont s’introduisent des mots dans une langue ? En voici un exemple : les Grecs se sont avisés un jour de fabriquer le mot emtjxoïroç au moyen d’un verbe-racine qui signifie voir, regarder, et d’un préfixe qui signifie à, sur. Le sens primitif de ce mot était donc celui de inspecteur, surveillant. Dès les premiers temps du christianisme, on désigna de ce nom le
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- Spécimen de caractères cunéiformes. — La pierre de Tak-Kersa
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- LA NATURE.
- chef d’une communauté religieuse ; le latin ne fit que l’emprunter au grec sans rien y changer ; mais les langues qui l’ont emprunté au latin l’ont transformé chacune à sa guise. Le français, par l’habitude qu’il a de laisser tomber les dernières syllabes des mots, en vertu d’un mode particulier d’accentuation, en a fait évêque en passant par les formes intermédiaires de épisk et évesc. L’anglais a perdu la première et la dernière syllabe, il a remplacé le premier js par un b et le son sk qui était trop dur par sh ; le mot est ainsi devenu bishop. En allemand, un changement de plus a fait bischof; en danois cela se réduit à bisp, tandis que l’espagnol a fait obispo. Voilà des expressions bien différentes qui ont toutes même origine, chaque peuple s’étant contenté d’accommoder le mot primitif aux exigences particulières de sa prononciation. Qu’on le remarque bien, aucune de ces transformations n’est arbitraire. Elles se font toutes suivant certaines règles précises, j’oserai presque dire suivant certaines formules que l’on verra plus loin. Il faut en vérité le savoir pour y croire, car personne pe se serait avisé à priori d’identifier les mots évêque et bischof, qui n’ont pas une seule lettre en commun.
- En principe, il y a pour chaque peuple des consonnes et des voyelles ou des associations de consonnes et de voyelles qu’il est difficile de prononcer; il y en a d’autres au contraire qui se prononcent sans effort. Eu vertu d’une loi naturelle que l’on retrouve partout, chaque peuple modifie son langage de façon à s’exprimer avec le moins d’effort possible. Où le latin employait le t, l’anglais met un th et l’allemand met un d. Ainsi les mots lu, thou, du, ne sont en réalité qu’un même mot adapté aux aptitudes gloltiques de Rome, de Londres et de Francfort.
- On conviendra que les transformations dont il vient d’être question ressemblent beaucoup à ce que les géologues appellent le métamorphisme. Deux roches sont métamorphiques lorsqu'elles sont composées des mêmes éléments bien qu’elles se présentent sous des aspects différents. Ne pourrait-on appeler aussi mots métamorphiques ces mots si dissemblables par l’écriture et surtout par la prononciation, que l’on n’aurait jamais songé à les assimiler s’il avait été impossible de remonter à leur origine commune?
- En d’autres circonstances, les langues se modifient par une sorte de végétation. Des mots se perdent; on cesse de s’en servir sans que personne sache pourquoi ; d’autres mots s’introduisent par hasard, par caprice. Il est inutile d’en citer des exemples, tant ils sont nombreux dans le dictionnaire. D’autres disparaissent un moment et reviennent ensuite sous un déguisement après avoir été faire un tour à l’étranger. Ainsi, bougette est du vieux français inusité aujourd’hui; mais les Anglais qui nous l’avaient pris nous l’ont rendu sous la forme budget. En général, les emprunts faits aux langues étrangères sont une des causes principales de l’alté-
- ration du langage. Le français vient du latin, c’est incontestable; cependant on ne saurait découvrir dans le latin l’origine de châle, de thé, de sorbet et de tant d’autres mots que nous avons pris aux nations d’Orient en ces derniers siècles.
- Tout ceci montre combien il serait trompeur de comparer les langues entre elles en ne tenant compte que des mots. Ceci prouve aussi que les étymologies les plus vraisemblables sont souvent fallacieuses. Avant de rapprocher deux mots il ne suffit pas de considérer leur analogie actuelle, il faut encore examiner toutes les formes intermédiaires par lesquelles ces mots ont passé. En français, les mots jeu, bon, jour, divin ont même origine; on ne s’en douterait guère. L’anglais to call et le grec xa>$iv, qui signifient l’un et l’autre appeler, n’ont rien de commun-malgré leur ressemblance et leur identité de sens.
- Mais dans une langue il y autre chose que le dictionnaire; ilya la grammaire, c’est-à-dire la déclinaison, la conjugaison, la syntaxe ; et la grammaire se transforme comme les mots en laissant de siècle en siècle des traces de ses transformations. En latin, les cas, les nombres et les temps se marquaient au moyen de suffixes qui n’étaient autre chose que des pronoms ou des articles incorporés dans les verbes ou dans les substan tifs ; on s’en est assuré par l’élude des langues antérieures au latin. Ainsi ma voulait dire moi et si, loi, le mot masi signifiait nous, et l’on formait ainsi amamus, nous aimons, par abréviation de amamasi qui est une forme antérieure au latin. Peu à peu ces suffixes se perdirent ; il en est resté quelque chose dans le français du moyen âge ; il y en a moins encore dans le français actuel, et nous sommes obligés de rétablir les articles et les pronoms. La déclinaison et la conjugaison latines se sont usées en quelque sorte, depuis dix-huit cents ans. Cependant le a de notre pluriel et de notre seconde personne au singulier des verbes, en est un vestige.
- Ne voit-on pas maintenant combien sont variés et, malheureusement, combien sont souvent subtils les moyens d’investigations que possède le linguiste? Sous certains rapports, cela rappelle les procédés de l’analyse chimique ; sous d’autres rapports, cela ressemble aux dissections du zoologue et du botaniste, ou bien encore aux études paléon-tologiques du géologue. A tous ces points de vue, la linguistique est bien vraiment une science naturelle ; mais c’est une science si récente, qu’elle n’est pas encore avancée. Elle est à peu près en l’état où se trouvaient la physique et la chimie à la fin du siècle dernier.
- g 2. — L’origine et la parenté des langues.
- En l’état actuel de nos connaissances, il serait imprudent de disserter sur l’origine du langage. Laissant de côté toute explication sut naturelle dont les esprits scientifiques ne se peuvent contenter, on
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- imaginera que les premiers hommes commencèrent par employer des monosyllabes, auxquels ils donnaient un sens très-général. En chinois, le mot ta signifie indifféremment grand, grandeur, agràn-dir. Contrairement à une idée fort répandue, il paraît probable que très-peu de ces monosyllabes étaient des onomatopées ; le hasard seul les fit choisir, ou quelque circonstance accidentelle dont il est impossible de retrouver la trace. Il est vraisemblable aussi que tout peuple cantonné sur un point du globe, se créa ainsi un dialecte indépendant de celui des autres peuples. Ainsi une tribu qui vivait dans les temps préhistoriques au centre de l’Asie, et dont les citoyens se donnaient à eux - mêmes le nom d’Aryas, a créé de cette façon une langue que les émigrants emportèrent avec eux dans les pays lointains. Or, ces émigrants furent nombreux; les uns allèrent dans l’Inde, où ils sont devenus les Hindous ; d’autres s’arrêtèrent en Perse, où ils ont pris le nom d’Éra-niens; d’autres encore,
- Celtes, Slaves, Italiques,
- Grecs, Germains, sont arrivés dans l’Europe, qu’ils ont peuplée à diverses époques. Pendant les milliers d’années qu’ils ont vécu indépendants les uns des autres, leurs langues se sont transformées comme il a été dit ci-dessus; mais le fond en est resté le même.
- Racines et syntaxe, tout se ressemble encore après des siècles de séparation. Le sanscrit, langue sacrée des bralunines, et le latin n’ont rien eu de commun depuis un temps immémorial ; et cependant dans akvas, cheval, on reconnaît equus; dans agni, feu, on reconnaît ignis, et ainsi de suite.
- Les érudits qui vivaient vers la fin du dix-huitième siècle, furent bien étonnés de découvrir ces
- analogies frappantes en étudiant les Védas, livres sacrés de la littérature hindoue ; la surprise augmenta, lorsqu’ils déchiffrèrent l’Avesta, livre sacré des disciples de Zoroastre, écrit en Zend qui est la langue des anciens habitants de la Perse. Ces recherches mirent en évidence la parenté des langues, que l’on a désignées depuis sous le nom générique de indo-européennes. Bientôt Grimm sut découvrir la formule de transformation pour passer de l’une de ces langues à l’autre. Ici la linguistique ne se contente pas d’à peu près ou de règles générales flanquées d’exceptions comme on en lit dans les grammaires usuelles. La loi de Grimm est une formule précise ; le lecteur qui est familier avec les sciences exactes, sera frappé assurément de la ressemblance entre cette loi et celles qui régissent d’autres transformations naturelles.
- C’est ainsi qu’en chimie, pour ne citer qu’un exemple, le soufre, le chlore, le phosphore se substituent l’un à l’autre dans les combinaisons.
- Disons d’abord que les voyelles ne comptent pas, non plus que certaines consonnes m, l, n. Les consonnes variables sont les labiales b, p, f, v, les dentales à, f, z, les gutturales g, k, c, ch, et comme chacune de ces trois catégories se divise en moyennes , ténues et aspirées, on en dresse le tableau suivant, dans lequel la dernière colonne (4e degré) est identique avec la première :
- lor DEGRÉ. 2e DEGRÉ. 3° DEGRÉ. 4e DEGRÉ. Moyennes. Ténues. Aspirées. Moyennes
- Labiales........ b p f, v b
- Dentales .... d t z, ss d
- (en anglais th)
- Gutturales ... g K c ch, h g
- Spécimens de caractères hiéroglyphiques égyptiens.
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- Cela posé, et étant connu aussi que les langues dérivées de la langue primitive des Aryas sont le sanscrit, le grec, le latin, le celtique, l’allemand, l’anglais, etc., la loi de Grimm consiste à dire que pour passer du sanscrit, du grec, du latin à l’anglais, il y a un degré de permutation ; pour passer de ces langues à l’allemand, il y a deux degrés de permutation. En voici des exemples que nous empruntons seulement aux langues généralement connues :
- Grec ou Latin. Anglais. Allemand.
- terra earth erde
- alter other ander
- vSuç water wasser
- dens tooth z ahn
- f/eyoi ou flagro bright pracht
- Cette méthode de transformation s’applique à un nombre considérable de mots, dont quelques-uns ont conservé le même sens dans les différentes langues issues de la même souche, tandis que d’autres ont pris une signification détournée. On en conclut, en outre, que tout mot qui n’a pas son analogue dans une langue sœur est un mot nouveau, créé depuis que les émigrants ont quitté le berceau de la race.
- Quoique nous craignions d’allonger ce résumé, il est à propos de noter l’aide que cette étude linguistique a donnée aux recherches préhistoriques. Par les mots communs aux langues indo-européennes, on devine quelles idées les Aryens avaient en commun avant leur séparation, quelles choses ils connaissaient. L’on apprend par là qu’ils savaient labourer la terre, fabriquer des chariots, qu’ils mangeaient des viandes rôties et bouillies, qu’ils avaient des arcs et des flèches pour 'combattre, et des boucliers pour se défendre contre l’ennemi.
- L’AllemandBopp a complété les travaux de Grimm, en écrivant une grammaire comparée des langues indo-européennes, qui met encore plus hors de discussion la parenté de tous ces dialectes, parlés aujourd’hui par des peuples disséminés depuis le Gange jusqu’à l’extrémité occidentale de l’Europe.
- Par malheur, la linguistique est encore une science si récente, que l’on n’a de travail un peu. complet que pour la famille indo-européenne. Entre les autres langues, on a découvert quelques analogies; on soupçonne qu’elles se partagent de même en plusieurs grandes familles ; mais il n’y a rien de certain jusqu’à présent. Pour emprunter une comparaison à la chimie, ce sont des composés que l’on n’a pas encore analysés. On en a fait le classement d’après des caractères très-généraux, qui ne suffisent pas pour établir leur degré de parenté.
- § 3. — La classification des luncues.
- Les mots primitifs du langage humain furent, avons-nous dit, des monosyllabes dont la significa-eation était tout à fait vague. Ces mots n’étaient ni des substantifs, ni des adjectifs, ni des verbes, ou plutôt ils étaient tout cela à la fois. Mis au bout les uns des autres, ils composaient des phrases dans lesquelles le rôle de chaque mot était iudiqué par la place qu’il occupait. Chaque mot-racine était alors invariable. Plus tard, pour préciser davantage le sens, il fallut bien recourir à un moyeu d’indiquer le cas, Je genre, le nombre, le temps. On le fit en accolant l’un à l’autre deux monosyllabes qui se complètent mutuellement. En chinois, tse signifie enfant ; nan, mâle ; niu , femelle ; nan-tse veut dire fils et niu-tse veut dire fille. Les langues de cette sorte sont appelées monosyllabiques ou isolantes. On place dans cette catégorie le chinois, l’annamite, le tlii-bétain et quelques autres dialectes de la péninsule indo - chinoise. Les dialectes isolants offrent peu de ressources à l’homme, pour l’expression de sa pensée. Il est à noter, cependant, que le peuple chinois s’en est contenté jusqu’à nos jours, bien qu’il soit parvenu à un degré de civilisation fort avancé. Observons aussi que cette façon de parler est si naturelle à l’homme ignorant que les gens qui connaissent mal une langue"étrangère, la parlent ainsi tout d’abord. Les nègres des basses classes, on
- Hiéroglyphes de l’Amérique centrale
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- le sait, ne s’expriment jamais autrement, lorsqu’ils ont appris le français.
- 11 est à croire que toutes les langues furent d’abord isolantes. Puis, peu à peu, l’habitude se prit d’employer certaines racines dans un sens exclusivement déterminatif ; ces racines furent alors réduites au rôle d’affixes (préfixes, suffixes ou infixés, suivant la place qu’on leur donne dans le mot). En japonais,
- par exemple, le préfixe o indique le genre masculin, le préfixe me le genre féminin ; oneko signifie chat et meneko chatte. Les langues qui en sont arrivées là, s’appellent langues agglutinantes. Ce qui les caractérise essentiellement, c’est d’avoir des éléments-racines et d’autres éléments-affixes qui s’accolent, se juxtaposent, mais sans se confondre.
- Pour plus de clarté, prenons un exemple en fran-
- TABLEAU SYNOPTIQUE DES PRINCIPALES ÉCRITURES.
- Comment donc chacun de nous les entendons-nous parler la propre langue du pays où nous sommes nés ? Français.
- 33i5ie fyèren luit bemt eut iegltcfyer fetne @prad)e, bûïtnncn loti* geboren ftnb?
- Allemand.
- K ai ttwç v'îyxtç àxovopev sxckjtqç tç lâla diable y» tco 'hu.â>v iv y} iyewhdYipev ;
- Grec ancien.
- KaKT> 5K6 MU (VTUUlMMh HXT> rOROpimiHXl. COfi-(“HIBeHHLIM'L KU/KAOMy UAL IIUCX IipiipOAHLIM'L iiaptuieML ?
- Russe moderne.
- &3Ut CIOU4T “DO cbîî) Tlûc 34C 401) A5YÎTP 4. i><i«i3v;ô 4tj dp tvusd-D rri)?
- Irlandais.
- ïïft r -araT
- Sanscrit.
- ^IT Tfrâ^ ^Tïï
- Hindoui.
- Xô^oSJc) esSê
- £J *si£8ô
- Canaresc.
- njiûSi G^cèîiûLjrTcSü^^^CTflloeiiiucua <S6rr(oU^, r5rrûiUjrTaj(i3r&J<S<aC«^00T Gupçqe^juuÿ. ujrruJlrpnTj
- Tamoul.
- t?*- ihwpil Jk£.jf}t-piuj>wU$bi-Q^p.Uifipiun.u
- Jbp jnpnufT b'b bujj~ bÿ:
- Arménien moderne.
- wxaZ >mI ixÂml
- : mis, (7ixx\
- Syrochaldaïque.
- jj ^^
- Persan.
- Ovog jtcoc À.fforfTerr-CCOTejUt 4>OY<A!
- MJLlOff ÔGff ’TGftA.CTÏJi èTAYüCXpOft ffÔHTC.
- Cophte.
- w^VlV} : n ra>A^ H)T :
- T-
- Amharique.
- çais, oii bon nombre de mots sont formés par les deux méthodes qui viennent d’être exposées ci-dessus. Entrevoir est un mot composé sur le modèle des langues isolantes; revoir est composé sur le modèle des langues agglutinantes; car dans le premier cas, entre a un sens qui permet de l’employer seul, tandis que la syllabe re ne signifie quelque chose que jointe à un autre mot.
- La classe des langues agglutinantes comprend la
- grande majorité des idiomes connus, on ne peut citer ici que les principales : le japonais, les dialectes delà Malaisie, de la Polynésie, de l’Australie; les langues nègres, celles du sud de l’Inde, que l’on appelle dravidiennes et qui sont parlées par 55 millions d’individus; celles de l’Amérique, de l’Asie septentrionale; enfin le basque et le hongrois. Ces deux dernières constituent une exception remarquable au milieu des langues européennes. Quant au hongrois,
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- on n’ignore pas qu’il a été apporté en Europe à une époque relativement récente; mais le basque, qui existe dans les Pyrénées occidentales de temps immémorial, ne peut être qu’un vestige dépeuples antérieurs aux invasions celtiques, dont l’époque même est incertaine.
- Les langues américaines méritent une mention à part. Le procédé de l’agglutination y est appliqué avec un luxe , inouï. A la racine monosyllabique s’ajoutent des affîxes déterminatifs, pour exprimer toutes les modifications imaginables; aussi n’est-il pas rare de trouver des mots de dix ou douze syllabes. Par exemple, le mot donner avec les additions dont il est susceptible, prend le sens de donner
- Chinois Manchou. Japonais. Calmuck.
- Écritures se lisant verticalement de haut en has.
- plus, paraître donner, pouvoir donner, avoir le désir de donner. C’est dire que la conjugaison améri-ricaine possède des temps en nombre illimité.
- U y a une troisième forme de langage plus * perfectionnée que les précédentes, c’est la forme des langues à flexion. On entend par flexion, l’opération en vertu de laquelle la racine et ses affîxes déterminatifs se fondent ensemble, se combinent en quelque sorte de façon à perdre leur apparence primitive. La conjugaison et la déclinaison latines ou grecques en offrent des exemples. On comprend aisément que les langues à flexion ont une souplesse que les autres idiomes n’acquerront jamais. C’est en effet cette dernière catégorie qui a servi d’instrument aux productions littéraires les plus remarquables du genre humain.
- Cette catégorie se compose de trois familles, celle des langues indo-européennes dont il a été question
- plus haut, celle des langues sémitiques dont les principales sont l’hébreu, l’arabe et l’ancien phénicien, et celle des langues khamitiques, à laquelle appartiennent l’égyptien et le berbère.
- On suppose que toute langue a commencé par être isolante, puisque quelques-unes sont devenues agglutinantes avec le temps et qu’un très-petit nombre d’idiomes privilégiés sont arrivés à la forme plus parfaite de langue à flexion. Du reste, nous sommes loin de connaître toutes les langues qui ont été parlées dans le monde ; il y en a beaucoup qui ont péri sans laisser de traces. On est tenté de comparer ces innombrables manifestations du langage humain à des plantes variées dont les unes prospèrent et grandissent, tandis que d’autres périssent avant l’âge ou restent rabougries. C’est une flore d’une espèce particulière. Le lettré ne s’intéresse qu’aux fleurs et aux fruits qu’il en voit sortir; le linguiste au contraire étudie toute cette végétation ; il recherche les lois de leur nature ; il voudrait deviner si le tout vient d’une semence unique ou s’il y a eu dès le début des espèces différentes.
- L’identité des langues indo-européennes est le seul fait indiscutable qui soit acquis à la science de la linguistique. Après celles-là, l’attention s’est surtout portée sur les langues sémitiques; mais entre ces deux familles, il y a des dissemblances de structure telles que l’on a presque renoncé à les réduire à un type commun. Nous n’indiquerons qu’une seule de ces dissemblances. Les racines irréductibles auxquelles on arrive en dernière analyse dans les langues indo-européennes sont toutes monosyllabiques, c’est-à-dire composées d’une consonne et d’une voyelle. Dans les langues sémitiques, les voyelles ne comptent pas; elles ne s’écrivent même pas, et les racines irréductibles sonttrilitères, c’est-à-dire composées de trois lettres, de trois consonnes. 11 est difficile de rapprocher des éléments de nature si distincte. S’il y a eu identité, ce que l’on découvrira peut-être plus tard, cela n’a pu être qu’au début, alors que ces deux familles étaient l’une et l’autre dans la période agglutinante ou isolante, mais il ne reste rien qui permette de remonter si loin dans le passé.
- § 4. — L’écriture.
- Toutes les langues ne s’écrivent pas. Il y en a même qui possèdent une littérature assez riche et qui cependant n’ont pas d’écriture; cette littérature se compose de poèmes héroïques que l’on se transmet de bouche en bouche. Aussi n’est-il pas étonnant que des idiomes fort divers quant à leur origine aient parfois le même alphabet. Lorsque deux peuples de civilisation différente se sont trouvés en contact, celui des deux qui était le plus avancé a donné à l’autre ses caractères.
- L’alphabet dont nous nous servons paraît être issu de l’alphabet grec avec quelques modifications, et celui-ci ne serait qu’une transformation des anciens hiéroglyphes de l’Égypte ou de l’Assyrie. On peut
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- reprocher à notre alphabet d’être dépourvu de quelques signes auxquels il faut suppléer par la combinaison de plusieurs lettres. Tel qu’il est, il est commode puisqu’il se propage peu à peu dans les deux mondes. Les Japonais par exemple, pour ne citer que le cas d’un peuple ayant déjà une écriture, les Japonais, dont on connaît les instincts civilisateurs, semblent disposés à préférer nos lettres au système confus dont ils ont fait usage jusqu’à ce jour. Les Allemands ont reçu de l’évêque Ulfilas, au quatrième siècle, une écriture peu lisible dont ils ont peine à se débarrasser. 11 en est de même des Russes qui conservent par une tradition malheureuse l’alphabet qu’inventa leur apôtre Cyrille au neuvième siècle.
- Les alphabets hébreu, arabe et sanscrit, dérivent de l’alphabet phénicien qui, plus ou moins mitigé, se serait ainsi répandu dans toute la terre ; il n’y a pas à s’en étonner d’ailleurs puisque l’on connaît les Phéniciens pour de grands navigateurs qui visitaient les côtes les plus lointaines de l’Asie et de l’Afrique dès la plus haute antiquité. Toutefois on ne peut méconnaître dans l’hébreu et ses dérivés de l’analogie avec les caractères cunéiformes (en forme de coin) des vieilles inscriptions assyriennes. Du sanscrit dérivent les écritures des langues dravidiennes, tamoul, télinga, canarèse, qui se parlent au sud de l’Inde.
- Le Mantchou et le Kalmouck ont reçu aussi l’écriture sémitique, comme tous les peuples habitant au nord de l’Asie; mais, sous l’influence de leurs voisins les Chinois, ils se sont mis à l’écrire de haut en bas. C’était plus commode, dit-on, dans un temps où les tablettes même n’étaient pas encore inventées. Avait-on un message à transmettre, on l’inscrivait sur un bâtonnet.
- L’écriture japonaise actuelle n’est qu’un composé de signes chinois employés dans un sens alphabétique. Quant à l’écriture chinoise, c’est, on le sait, un mélange de signes alphabétiques et idéographiques au milieu desquels les étrangers et les Chinois eux-mêmes ont beaucoup de peine à se retrouver.
- Les peuples civilisés de l’Amérique centrale paraissent avoir eu, avant la conquête espagnole, un système de hiéroglyphes, que l’on ne sait pas encore interpréter. Tous les essais faits jusqu’à ce jour sont demeurés infructueux. Tout au plus devine-t-on que cela se lisait de gauche à droite, en vertu de ce principe, vérifié sur les inscriptions égyptiennes, que les signes à figures doivent être lus en allant au devant des personnages.
- En résumé il n’y a guère que deux systèmes d’écritures en vigueur aujourd’hui, celui des Phéniciens et celui des Chinois. 11 y a donc dans les alphabets une sorte d’unité qui n’existe pas dans les langues au même degré.
- Les figures qui sont ci-jointes donnent une idée de tous les modes d’écriture qui ont été employés à la surface du globe, depuis qu’il y a des hommes et
- qu’ils savent écrire. D’abord, comme spécimen d’écriture cunéiforme, le dessin représente la pierre de Tak-Kesra, nommée vulgairement le caillou de Michaux, conservée au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. C’est un bloc de basalte, ovale arrondi, couvert de caractères assyriens et de dessins grossiers, que M. Michaux, consul de France, découvrit à une journée de marche au-dessus de Ni-uive, près du Tigre.
- Puis viennent les hiéroglyphes égyptiens, assez connus en France depuis les travaux mémorables de Champollion-Figeac; puis les hiéroglyphes de l’Amérique centrale. Ces deux dessins sont, à vrai dire, plutôt des rébus que de l’écriture. ,
- Ensuite, une même phrase est traduite et écrite dans un grand nombre d’idiomes différents, en sorte de présenter à l’œil un tableau synoptique des écritures les plus diverses. Il est facile de reconnaître qu’elles se rattachent toutes à deux ou trois types que les habitudes de chaque pays ont plus ou moins altérés.
- L’étude des antiquités humaines, des traditions antébistoriques s’aide beaucoup des recherches linguistiques, mais il est à propos de rappeler en terminant, que la langue d’un peuple est souvent un emprunt fait à un peuple conquis ou imposé par un peuple conquérant. C’est ainsi que les habitants du midi de la Gaule, aux premiers temps de l’ère chrétienne, ont abandonné leur langue maternelle pour prendre la langue latine après la conquête romaine et que, au contraire, ils ont donné celle-ci à leurs vainqueurs, les barbares du nord. Aussi ne saurait-on trop se garder de conclure à l’identité de race entre deux nations possédant le mêpie idiome. De même aussi, quelque intimes qu’aient été les relations de différents peuples dans l’histoire, il ne faudrait pas en conclure qu’ils parlent des langues parentes. L’histoire de l’Asie occidentale depuis deux mille ans est remplie par les démêlés des Turcs, des Persans et des Arabes; ces trois langues, turc, persan, arabe, s’y parlent pour ainsi dire concurremment, et cependant elles sont aussi distinctes que possible; la première est agglutinante; la seconde est indo-européenne, la troisième est sémitique.
- Nous n’avons voulu donner dans ce bref résumé qu’un aperçu sommaire des procédés d’investigation employés par la linguistique. C’est une science bien moderne, mais elle est en possession d’une bonne méthode; elle a de nombreux adeptes; maintenant, on en peut attendre de fécondes découvertes.
- Le lecteur qui voudrait approfondir cette étude trouvera facilement des livres élémentaires où les principes de la linguistique sont exposés d’une façon claire et compréhensible. Nous citerons notamment la Linguistique, par Abel Hovelacque, VIntroduction M, la science du langage, traduite de l’italien de Do-menico Pezzi, et la Vie du langage, par Whitney.
- H. Blerzv.
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- LA CÉRAMIQUE ET LES AÉROSTATS
- De toutes les découvertes modernes, il n’en est pas de plus intéressante, de plus émouvante que celle
- Fjg. 1, — Assiette représentant l’ascension de Charles et Robert (1er décembre 1783.)
- Fig. 5. — Assiette figurant unojtentative de Blanchard et montrant deux aéronautes agitant des rames.
- bientôt de la partie ; elle célébra, dans des planches délicieuses, les essais d’une science toute française ; la caricature, cette singulière sanction du génie, offrit toutes ses ressources aux jaloux et aux envieux, ajoutant ainsi au concert général la note de la pa-‘ rodie. L’ornementation ne resta pas en retard et l’on vit bientôt dres meubles, des chaises, des miroirs au
- des frères Montgolfier ; aussi, dès que les premières expériences d’Annonay furent connues, le public se passionna-t-il vivement pour les ballons ; rien ne manqua aux créateurs de l’art aérostatique, ni les applaudissements, ni les railleries. La gravure se mit
- Fig. 2. — Assiette de Saiut-Amand représentant une ascension de Testu-Brissv,
- Fig. 4. — Autre assiette représentant la manœuvre des rames dans la nacelle.
- ballon *. Dans ces conditions, en présence de cet engouement facile à comprendre, la céramique devait, de son côté, se préoccuper des ascensions qui, à la fin du dix-huitième siècle, à une époque de fièvre politique et d’effervescence populaire, tenaient tous
- 1 M. Nadar, qui possède de ces meubles, a également de belles assiettes en étain avec gravures représentant des aérostats.
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- les partis réunis dans une même inquiétude sur le sort des navigateurs aériens. Un grand nombre de plats, d’assiettes et d’autres pièces de faïence furent donc décorés dans cette disposition d’esprit.
- Aujourd’hui, après tous les services rendus par les aéronautes — parmi lesquels
- Fig. 5. — Plat de la fabrique de Saint Arnaud, figurant une ascension de Blanchard.
- nous saluons des martyrs — il nous a semblé qu’une description de ces vieilles faïences ne serait pas sans satisfaire la légitime curiosité des amateurs.
- Nous avons parcouru plusieurs collections particulières : la première et l’une des plus complètes est celle de
- MM. Albert et Gaston Tis-sandier, chez lesquels nous avons emprunté les sujets des gravures que nous publions. M. Nadar, à qui rien de ce qui touche aux aérostats n’est étranger, nous a accueilli avec sa bienveillance traditionnelle ; nous devons aussi mentionner les excellentes mais trop courtes citations de M. Maréchal, et enfin remercier quelques amis qui nous ont adressé des renseignements de nature à nous être utiles1.
- 1 L’idée de cet article nous a été fournie par la vue de plats du genre de ceux qui nous occupent, dans la collection de M. Jules Lecocq, de Saint-Quentin.
- Fig. 8. — Petit bidon Louis XVI, représentant le ballon de Blanchard, de 1784.
- La première pièce que nous avons à signaler est nécessairement relative à la première ascension, accomplie en présence du Dauphin dans les jardins de la Muette, le 21 novembre 1785. La montgolfière qui emportait Pilàtre de Rozier et le marquis d’Arlandes était décorée avec un grand luxe, dans le style du dix-huitième siècle. L’assiette commémorative est assez commune; ses bords sont d’une simplicité absolue sans autre décor qu’un simple trait de pinceau. L’aérostat est peint en vert et rouge, au centre se détache le chiffre royal, ayant à droite et à gauche
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- un soleil; du réchaud s’échappent des flammes ; les deux intrépides voyageurs saluent les spectateurs eu agitant des drapeaux. Ces détails sommaires sont exacts, conformes au récit de Fauias de Saint-Fond.
- Quelques jours après ces essais si heureusement couronnés de succès, le 1er décembre 1785, Robert et Charles, le physicien à la mode, le savant des salons élégants, s’élevèrent des Tuileries dans le premier ballon à gaz hydrogène. En montant dans la nacelle, ils jetèrent leurs chapeaux à Delavoipierre qui écrivit, à ce sujet, les vers suivants:
- Je garde vos chapeaux et j’en aurai bien soin,
- Mes amis, je rends grâce au sort qui' me les donne. IVun chapeau qu’avez-vous besoin,
- Lorsque la gloire vous couronne.
- Cet incident n a pas été oublié par les céramistes ; des assiettes existent en effet qui nous montrent un ballon jaune et blanc muni de son fdet soutenant une nacelle dans laquelle sont placés deux aéronautes, l’un d’eux est nu-tête et son chapeau se voit en bas, à droite (fig. 1).
- On a dû, dans la même fabrique, produire une certaine quantité de ces assiettes car, si le sujet reste dans toutes le même, le marly varie dans plusieurs quant aux couleurs de son modeste ornement.
- Le nouvel emploi de l’hydrogène substitué à l’air chauffé, le remplacement de la montgolfière par le ballon à gaz, est un fait assez important pour avoir exercé le talent des artistes. Nous trouvons donc, provenant d’une 'autre fabrique, une pièce représentant» un aérostat à raies verticales violet et jaune, muni de son filet soutenant une nacelle dans laquelle sont deux aéronautes agitant des oriflammes bleu et orange. Cette composition est la copie presque textuelle d’une gravure du temps 1 ; les bords de 1 assiette sont ornes d un petit décor caractéristique que nous retrouverons sur une pièce de faïence relative à Blanchard.
- Un certain nombre d’autres assiettes sont bien dignes d’attirer un moment notre attention, tant par la finesse de leur exécution que par l’intérêt de l’expérience dont elles conservent le souvenir. Cette fois le ballon est à raies verticales blanchps. ou oranges : de la partie supérieure de la soupape jusqu’à l’équateur, un filet soutient par des jcordes nombreuses une nacelle en forme de barque, A l’une des extrémités de cette nacelle est un drapeau, à l’autre un globe aux armes de France; l’aéronaute ne s’occupe pas de la manœuvre du ballon, jl tient à la main un objet d’où jaillit une flamme^tjde la fumée. Au-dessous de lui s’étend un charmant paysage (fig. 2). Les assiettes de ce genre,,d’une forme gracieuse, rappellent le rocail Louis XV très-modéré.
- Ce sont des produits dans le genre de,, ceux de
- 1 Yoy. ta reproduction de cette gravure dans Simples notions sur les ballons et la navigation aérienne, par G. Tis— sandier ; nous avons aussi puisé des notes utiles dans Y Histoire des ballons, de MM. Sircos et Pallier.
- Marseille, mais il en est sorti assez souvent de la manufacture de Saint-Atuand, à laquelle nous n’hésitons pas à les attribuer.
- Il s agit probablement ici de l’ascension de Tes tu Brissy, parti des jardins du Luxembourg le 15 juin 1786. Après avoir perdu, dans la plaine de Montmorency, ses rames qui furent cassées, il s’abaissa vers 0 h. 45 m. près de l’abbaye de Royaumont, puis il quitta de nouveau la terre, descendit entre Ecouen et Vareville, pour remonter encore dans les airs ; il raconte ainsi la dernière période de cette promenade mouvementée : « La nuit étant arrivée, je m abaissai un peu et me trouvai au milieu des nuages, d’où partaient à chaque instant des éclairs accompagnés d’un tonnerre violent. Je me trouvais attiré et repoussé par les nuages chargés de plus ou moins d’électricité. Mon pavillon, qui portait les armes de France, était étincelant de lumière. Suivant l’élévation où je me portais, je reconnaissais l’électricité positive ou négative à l’aide d’une pointe de fer placée dans mon char. 11 sortait de cette pointe une gerbe de feu. lorsque l’électricité était positive ; quand je m’élevais un peu plus haut dans le nuage, la pointe de fer n’offrait qu’un point lumineux parce que l’électricité était négative. »
- À la même époque, un autre chercheur, Blanchard, devait se faire remarquer du public ; nous allons donc rencontrer des faïences qui enregistreront, comme un nouvel album, ses principales tentatives.
- Le vaste champ d’études ouvert aux physiciens attira un nouveau venu ; le ballon que Blanchard construisit avait un aspect peu agréable à l’œil ; un parachute et des rames le rendaient bizarre.
- Le premier essai eut lieu le 2 mars 1784 ; ce fut un échec sanglant. Blanchard, s’élançant du Champ de Mars pour aller à La Villette, descendit à Billancourt !
- Le fabricant qui avait trouvé, dans l’ascension de Charles et Robert, le sujet d’une composition intéressante ne laissa pas perdre l’occasion que lui offrait cette malencontreuse aventure :
- Une assiette nous fait assister aux manoeuvres d’un ballon rond, dont la partie supérieure est orange, l’équateur bleu et l’appendice blanc, muni d’un fdet soutenant une nacelle qui porte des ailes ; entre ces ailes et l’appendice est un parachute. Le dessin, bien qu’assez grossier, répond parfaitement aux descriptions qui furent données de l’appareil ; le doute est donc impossible à cet égard.
- Nous avons à mentionner des variantes qui se rapportent aux différents voyages de Blanchard. Ainsi, dans une assiette semblable à la précédente, les ailes sont supprimées, le parachute n’existe plus et les aéronautes (il y en, a deux) agitent des rames (fig. 5). Line autre nous représente deux voyageurs ramant ^ comme des canotiers dans leur nacelle (fig. 4).
- 5 Une autre assiette encore a trait tout particulièrement à l’ascension du petit Chelsea, près Londres (16 octobre 1784). Ici le ballon est représenté sans filet., la nacelle ronde est munie d’un
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- ventilateur attaché par quatre cordes à l’appendice; il n’y a plus de cercle ni de parachute. Or nous savons que l’aéronaute, accompagné d’un professeur nommé Sheldon, s’éleva dans les airs avec le même ballon qui lui avait servi en France, « le seul changement qu’on y lit fut d’ôter le cerceau qui servait d’équateur et le parasol dont l’inutilité était démontrée.... Un ventilateur devait servir aux différentes manœuvres, etc.... »
- Cet extrait d’une relation contemperaine montre que la vérité a été observée très-scrupuleusement ; un dernier détail va le prouver. Blanchard est seul dans sa nacelle, mais cette circonstance ne détruit rien de notre explication, elle la confirme au contraire, car vers une heure de l’après-midi, il avait dû atterrir à Sunbery pour faire descendre M. Sheldon, puis il repartit seul après avoir ainsi allégé son ballon.
- Blanchard renonça tout à fait à ses appareils qui ne le dirigeaient pas; c’est encore ce que nous apprendrait, à défaut d’autres documents, une assiette qui ne diffère de celles dont nous venons de parler que par la disparition de son système.
- Celui à qui les magistrats de Calais et de plusieurs localités avaient donné à l’envie le titre de citoyen de leurs villes ne voulut être devancé par personne et multiplia les ascensions. Une surtout va nous retenir un instant.
- Le 28 mars 1786, après plusieurs jour d’arrêt occasionné par la tempête, et malgré un temps encore fort mauvais, Blanchard s’éleva au-dessus de la ville de Douai et alla descendre à l’Etoile, en Picardie.
- Pendant son séjour dans l’air, il était passé au-dessus de Saint-Am and et avait laissé tomber dans cette ville une lettre adressée au Journal de Paris. C’est évidement à cette ascension que fait allusion un fort joli plat, semblable comme style à l’assiette de Testu-Brissy, et que nous pensons être, comme elle, un des plus gracieux produits de Saint-Amand (fig. 5) ; ici nous sommes confirmés dans notre hypothèse autant par la donnée historique que par l’aspect de ce plat charmant entre tous. Dans un médaillon s’élève un ballon formé de côtes couleur jaune clair et orange, un filet sans cerceau soutient « le char » ou nacelle peint en bleu et noir; l’aéronaute, habillé de jaune, salue le public en agitant un drapeau. Un sac de lest est pendu en dehors de la nacelle. L’ensemble est d’une exquise sobriété, tout à la fois léger et d’un goût parfait.
- La manufacture de Saint-Amand n’est pas la seule fabrique du nord de la France qui ait livré au commerce des faïences du genre de celles que nous décrivons. Si Nevers et Strasbourg eurent, de leur côté, une grande part dans cette fabrication, Lille, Sin-ceny et l’usine moins importante d’Esmery Hallon peuvent, sans invraisemblance, revendiquer la leur. Quant à Desvres ou Hesdin nous n’en signalerons qu’un produit assez curieux.
- Le ballon est recouvert d’un filet qui enlève une
- nacelle soutenue par des cordes et celles-ci se rattachent au milieu de l’esquif dont les extrémités restent libres ; aussi les aéronautes sont-ils obligés de se retenir (j’une main à l’appareil tandis que de l'autre ils agitent des drapeaux. Le ballon est peint en noir et ocre, l’appendice et la soupape sont rehaussés de rouge ; les aéronautes sont vêtus d’uu habit bleu, ils portent une perruque noire et des chapeaux peu élégants ; la nacelle, peinte en noir, ocre et rouge, laisse échapper des branches de feuillage ; tout est arrangé en vue des décors dans ce plat qui, de loin, garnit parfaitement. Ce dessin ayant été souvent reproduit, nous avons des variantes à signaler dans la bordure ; tantôt sur le marly court un quadrillé bleu, tantôt le quadrillé vert entouré de manganèse est coupé par quatre médaillons où se mêlent le bleu, le rouge et l’ocre ; d’autres fois encore le quadrillé fait place à des bouquets et branches de verdure ; toujours le but poursuivi est d’attirer les regards par l’éclat de vives couleurs.
- Nous ne pouvons appliquer à un fait spécialement déterminé ces pièces de service, qui nous semblent plutôt avoir été inspirées par la généralité des voyages aériens. La même observation va s’adresser à d’autres faïences.
- Celles qui se présentent d’abord à nos yeux nous font en quelque sorte assister aux préliminaires d’une descente; elles nous montrent l’aérostat se rapprochant de la terre. Dans une, un ballon noir et orange, monté par deux personnes, plane au-dessus des champs, un spectateur regarde le ballon qui déjà ralentit sa marche ; dans une autre un ballon bleu se dirige droit sur un arbre menaçant, un paysan s'avance pour porter secours aux voyageurs. Ces deux scènes sont traitées sans une grande finesse, mais avec un certain talent. Un travail beaucoup plus délicat, qui ressemble à celui des ouvriers marseillais, place au centre d’une assiette trois branches d’arbre partant capricieusement dans des directions opposées ; de cet ensemble pittoresque se détache un ballon qui a été précédé d’un autre plus élevé et presque disparu ; c’est une peinture fort agréable, mais sans valeur scientifique.
- Dans le même ordre d’idées, nous citerons encore une assiette assez remarquable. Elle nous offre un ballon portant une nacelle Louis XV et4 deux pennons. L’aérostat vogue dans l’espace au milieu d’oiseaux qui fuient effarés. Au zénith un soleil jaune, aux couleurs criardes, répand ses vifs rayons, et au nadir le manganèse triomphe dans un paysage rapidement esquissé (fig. 6).
- On voit que parmi les faïences aérostatiques se rencontrent de véritables monuments destinés à rappeler un fait marquant dans l’histoire aérostatique, tandis que d’autres représentent de simples allégories. Nous examinerons à présent les'assiettes qui, par leurs légendes, nous feront connaître l’opinion de la foule sur la découverte de Montgolfier.
- La première, qui a nécessité peu de frais d’imagination, nous montre un ballon à raies verticales de
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- plusieurs couleurs divisées par l’équateur d’où partent six cordes retenant une nacelle ornée des oriflammes réglementaires ; un vaste orifice laissera échapper le gaz, et sous la nacelle de l’aérostat se trouve écrit le mot : Adieu.
- Une autre assiette, avec la même légende, nous fait voir un ballon pareil, seulement un peu plus gros ; des oiseaux voltigent sous la nacelle. Le marly, divisé en quatre compartiments par de doubles lignes perpendiculaires à un médaillon prenant tout le fond, est décoré par des branches et des fleurs.
- D’autres assiettes représentent le jardin des Tuileries, avec le ballon de Charles et Robert, et portent tantôt la légende adieu (fig. 7), tantôt l’une de ces deux autres devises, la première ironique : à la folie du siècle, la seconde louangeuse : à l'immortalité.
- Ces assiettes sont essentiellement populaires et n’ont pas la grâce de celles de Sainl-Amand, mais elles dénotent chez ceux qui les ont décorées ce goût délicat qui caractérise le style Louis XVL
- Nous sommes ensuite en présence d’un gros ballon à côtes verticales de couleur rose et verte avec un équateur orange; quatre chaînes, partant de cet équateur, soutiennent une nacelle jaune assez mal ombrée, aussi croirait-on qu’elle est représentée en coupe si on n’apercevait les épaules et la tète d’un aéronautedontle reste du corps disparaît dans la nacelle. La légende lui souhaite bon voyage, et il se repose dans une attitude franchement paisible qui nous rassure pleinement sur l’issue de sa promenade. Trois gros insectes noirs, aux larges ailes roses, voilà pour le marly.
- Les mêmes assiettes existent aussi, et plus nombreuses, sans la légende ; nous croyons qu’elles sortent des fabriques de Strasbourg, nombreuses à celte époque.
- La ligure 8 représente une autre pièce de la collection de MM. Tissandier; c’est un remarquable petit bidon Louis XVI où est peint le ballon que M. Blanchard conduisit dans les airs en février 1784, et qui portait écrit sur ses banderoles la devise : sic itur ad aslra.
- Depuis la fin du règne de Louis XVI, et surtout dans ces dernières années, on a vendu d’autres produits ; mais d’une qualité tellement inférieure qu’ils ne méritent pas une mention, sauf peut-être un grand plat en poterie rustique du canton de Berne (Suisse), exécuté sous la direction de M. Boban et représentant, au milieu de fleurs et de feuillages, le Géant, avec celte dédicace écrite sous la nacelle : A NADAR, E. B. 1864.
- Ainsi donc, à de rares exceptions près, toutes les assiettes au ballon sont antérieures au dix-neuvième siècle ; bien plus, elles sont antérieures à 1789. Faut-il les comprendre dans la dénomination de patriotiques ? Si cette qualification s’applique à tout ce qui nous rappelle la Révolution et à rien de plus, nous devons répondre négativement ; mais si on l’étend, comme il convient de le faire, aux faïences rappelant les évènements importants et glorieux
- de notre histoire nationale, oui, les assiettes au ballon méritent d’être appelées patriotiques, car la gloire de la découverte qu’elles célèbrent est une des plus grandes et des plus pures que la France puisse revendiquer. Georges Lecocq.
- MADAGASCAR
- La grande île de Madagascar, située, comme chacun sait, à peu de distance de la côte orientale d’Afrique, paraît avoir été citée dans le courant du treizième siècle par le célèbre voyageur Marco Polo ; en 1506 elle fut visitée par les Portugais, et en 1642 les Français y fondèrent quelques établissements qui furent détruits en 1774, rétablis en 1815, et abandonnés de nouveau en 1831, à la suite d’une guerre contre les Ovas, la plus puissante des tribus malgaches. Néanmoins jusqu’à ces derniers temps on ne connaissait presque rien de la topographie de cette vaste terre qui mesure environ 1700 kilomètres de long sur 780 de large, qui est traversée par des chaînes de montagnes atteignant sur certains points 6000 mètres d’altitude et qui renferme près de 5 millions d’habitants. Les beaux travaux du capitaine Owen avaient fait connaître exactement la configuration des côtes, mais on ne possédait sur l’intérieur du pays que des renseignements recueillis de la bouche des indigènes, la plupart des voyageurs ne s’étant pas beaucoup éloignés du littoral, et ayant reculé devant les difficultés considérables créées moins par la nature du sol que par le caractère rapace et superstitieux des habitants. De belles collections d’histoire naturelle avaient été rapportées par Goudot, par Bernicr et par Sganzin, mais il restait encore beaucoup de nouveautés à découvrir, beaucoup de faits intéressants à élucider. Un voyageur qui avait déjà entrepris deux voyages sous les auspices du gouvernement français, le premier en 1857 dans l’Amérique du Sud, le second dans l’Inde, en 1862, M. Alfred Grandidier, se proposa de combler cette lacune et fut, en 1865, chargé d’une troisième mission dans le but de faire, à Madagascar, diverses recherches de géographie, d’ethnologie et d’histoire naturelle. Mais toutes les tentatives qu’il fit sur la côte nord-est, pour pénétrer au cœur du pays, échouèrent par suite des obstacles que lui suscitèrent les gouverneurs ovas. L’année suivante il fut plus heureux ; il put visiter une partie des vastes plateaux qui forment le sud de l’île, et rectifia sur la côte occidentale de nombreuses erreurs géographiques. Enfin dans un troisième voyage, en 1869 et 1870, il traversa trois fois l’île de l’ouest à l’est dans toute-sa largeur, de la baie de Bombétok à Tamatave, en passant par Tananarive, de l'embouchure du Mou-roundava à Mananzarine. Pendant ces deux années il fit également plusieurs excursions au lac Tasy, au lac d’Alaoutre, aux sources du Mangourou, au pic
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- d'Aukaratu, le plus haut sommet de l’île, et parcourut plus de 2000 kilomètres de côtes. Pour relever le cours de la rivière Saint-Augustin et pour dresser la carte des provinces d’Imcrne et d’Artsianake, il dut prendre 188 latitudes au moyen de nombreuses séries de hauteurs circumméridiennes, fixer 28 longitudes soit par des occultations d’étoiles par la lune, soit par des distances ou des apo-zéniths lunaires, et dans les districts où la méfiance des indigènes à l’égard des étrangers ne lui permit pas de prendre ostensiblement des tours d’horizon , il fut obligé de relever toutes scs routes à la boussole minute par minute.
- De 1868 à 1870 il tint un registre où il consigna trois fois par jour les observations du baromètre, du thermomètre et du phychomètre, détermina en 19 points différents les coordonnées magnétiques et parcourut un itinéraire de 5500 kilomètres de développement. Sur sa route il recueillit plus de cinquante espèces nouvelles de vertébrés, sans parler des insectes, des mollusques et des plantes, il étudia avec soin les caractères anthropologiques des races qui se sont accumulées et croisées sur ce continent , et il y rassembla tous les documents relatifs aux mœurs, à la langue et aux traditions des différentes tribus.
- A son retour en France, M. Grandidiers’empressa <ie mettre en ordre les matériaux précieux qu’il avait réunis dans scs voyages, et, aussitôt que les événements permirent de reprendre au muséum les études scientifiques, il commença la publication d’un grand ouvrage destiné à faire connaître dans
- tous ses détails cette grande île de Madagascar qui avait failli à plusieurs reprises devenir une colonie française.
- Cet ouvrage pour lequel M. Grandidier s’est assuré la collaboration de MM. A. Milne-Edwards, Vaillant,Bâillon, Fischer, Crosse, Lucas, J. Künckel, d’Herculais, de Saussure, Sauvage, etc., est publié
- par la maison Hachette, et se composera de 12 parties consacrées à la géographie physique et mathématique, à la météorologie et au magnétisme, à l’etno-graphie, à l’anthropologie et à la linguistique, à l’histoire politique, coloniale et commerciale, à l’histoire naturelle des mammifères, des oiseaux, des poissons, des reptiles, des crustacés, des insectes, des anné-lides, des mollusques terrestres et fluviatiles, et des végétaux, ainsi qu’à la géologie et à la paléontologie; il ne renfermera pas moins de 1200 planches, les unes en noir, les autres chromolithogro-phiées ou coloriées à la main, donnant non-seulement les figures, mais encore les détails anatomiques des espèces propres à Madagascar, les types des habitants, les paysages, les coupes géologiques, et la topographie de ce vaste continent.
- Dans l’histoire naturelle des mammifères, qui est publiée en collaboration par MM. A. Grandidier et A. Milne-Edwards, et qui comprendra trois volumes de texte et trois volumes de planches, une large place sera consacrée aux Lémuridés ou faux singes, de sorte qu’il sera possible d’apprécier toute la valeur des caractères anatomiques qui distinguen t cet ordre si curieux. L étude des nombreux spéci-
- l'rojjitlièque couronné (Projrithecus coroualus), d’après le grand ouvrage sur Madagascar.
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- mens de Lémuriens, en peaux, en squelettes et dans l’alcool rapportés par M. Grandidier est destinée à modifier sensiblement les idées des naturalistes relativement à la place que ces animaux doivent occuper dans la série des êtres. Jusqu’à ces derniers temps plusieurs zoologistes persistaient encore à considérer, à l’exemple de Linné, les Lémuriens comme appartenant au même groupe que les singes, mais les recherches de M. A. Milne-Edwards et Grandidier font ressortir les différences essentielles qui séparent les Lémuriens supérieurs ou Indrinés fies Primats inférieurs. Ces différences se traduisent même à l’extérieur, les Indrisinés ayant la physionomie moins mobile, moins intelligente que les singes, l’air moins vif et surtout moins rusé, ce qui tient à ce que le museau n’est pas coudé brusquement au-dessus du front, les bras courts, les jambes très-grandes, les mains longues et grêles, aux doigts à demi palmés ; la poitrine large et aplatie, le poil laineux, touffu, tandis que celui des singes est raide et clair-semé, etc. Les Lémuriens comprennent plusieurs groupes qui se distinguent les uns des autres plus ou moins tranchés, mais les Indrisinés se placent en première ligne par leur encéphale développé, leur face relativement peu étendue et leurs mains allongées. Pendant le séjour qu’il lit sur la côte orientale de Madagascar, Sonnerai eut le premier l’occasion d’observer deux représentants de celte famille exclusivement malgache, un Indri proprement dit et un Maki à bourre ou Avahi, et il déposa l’un de ces animaux au jardin du roi, eu 1781. Plus tard, en 1832, un troisième genre d’indrisinés qui reçut le nom de Propithèque, fut découvert par Bennett, et depuis lors de nombreux spécimens se rapportant soit à ce type zoologique, soit aux genres Indri et Avahi, furent recueillis à Madagascar par MM. Grandidier, Lantz, Pollen, Yan Dam et Gros-sley. E. OustaijEt.
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- CHRONIQUE
- L’Exposition horticole du printemps a eu lieu au palais de l’Industrie dans la grande nef, du 29 mai au 1er juin 1876. Parmi les plantes exposées on peut citer particulièrement, dans la section des légumes et fruits, de monstrueuses asperges d’Argenteuil (monstrueuses est le mot) posant, en moyenne 250 grammes chacune et des courges d’Espagne propres à la fabrication d’une confiture, fort appétissantes à l’œil et recommandables par leur bas prix, ne devant pas dépasser 1 franc le demi-kilogramme.
- Dans la section des plantes ornementales, au nombre des plus extraordinaires ou des plus élégantes, on peut citer Vabutilon, dont les feuilles ont absolument l’aspect du marbre brèche vert-antique, des népenthès à l’urne géante, des muscaris tout semblables à des plumes d’autruche violettes, un ixias viridis, dont la fleur paradoxale, verte, à centre noir, réunit deux couleurs.qui, lorsqu’elles sont presque pures, comme dans le cas présent, sont à peu
- près introuvables dans les corolles. De nouveaux callo-diums, comme la « perle du Bi’ésil » ont des feuilles blanches demi-transparentes, pareilles à une gaze de soie. Une des roses les plus remarquées est l’énorme « général Terwange » qui atteint le volume d’une fleur de pivoine en arbre. Une merveilleuse collection de gloxinias d’une taille exceptionnelle, présentait des variétés superbes de dessin, comme Y argus, moucheté de points roses, ou de nuance, comme le negus coloré en indigo.
- Les grands prix consistant en objet d’art ont été décernés à MM. Savoie (palmiers, plantes de serre et d’appartement), Chardin (palmiers, plantes diverses). Les médailles d’or à MM. Pfersdorff (plantes grasses),^ Croux et fils (rhododendrons et azalées de pleine terre) Vallerand (gloxinias), Touzet (broméliacées), Lévêquc (rosiers), Mar-gottin (rosiers). Il y avait plus de deux cents horticulteurs ou pépiniéristes exposants.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du S juin 1876. — Présidence deM.le vice-amiral Paris.
- Essai des sucres. — D’après M. Muntz, directeur du laboratoire d’essai des sucres à Arras, les indications du polariscope sont loin d’être aussi précises qu’on le croit généralement. La présence de certains corps en dissolution dans le sirop vicient en effet les résultats fournis par l’instrument. Le sel marin, par exemple, fait tomber de 67 à 66 la rotation du plan de polarisation, et, chose digne de remarque, la diminution du pouvoir rotatoire est proportionnelle non pas à la quantité de sucre contenue dans le liquide, mais 'a la dose de sel qu’on y ajoute. Le borate de soude est enc’ore plus actif que le sel marin ; mais on reconnaît que 5 pour 100 de cette substance détermine la diminution maxiina; o, 6, 7 pour 100 ne donnant pas lieu à un abaissement plus considérable. L’auteur insiste sur le rôle de la chaux dont la présence, en faisant baisser l’indication du polariscope, peut avoir, au point de vue fiscal, les conséquences les plus graves.
- Piles électriques. — Au lieu de disposer le zinc des piles de Bunsen sous la forme d’un cylindre, M. Cornil (de Castelsarrazin) le tuyaute à peu près à la manière des filtres de chimie, et augmentant ainsi la surface attaquable, il en retire, paraît-il, un accroissement considérable de la force automotrice.
- Oxyène et ozone. — Si l’on fait comparativement brûler de l’arsenic métallique dans de l’oxygène et dans de l’ozone, on constate que la quantité de chaleur dégagée est beaucoup plus considérable dans le second cas que dans le premier. M. Berthelot qui signale le fait en conclut que l’ozone doit se former avec absorption de chaleur, et il pense que c’est là qu’il faut chercher la raison de la grande activité chimique de l’ozone.
- Le même chimiste annonce que la benzine jouit de la propriété d’absorber l’azote gazeux à la température ordinaire. Un gramme du liquide fixe ainsi au bout de quelques heures 4 ou 5 centimètres cubes de gaz, et il en résulte une sorte de résine soluble dont M. Berthelot utilise les propriétés.
- Chimie générale. — La loi de Dulong et Petit, si généralement acceptée, ne serait cependant exacte qu’à l’égard des gaz. D’après les expériences de M. Terreil, toutes les fois qu’un corps gazeux devient solide, la chaleur spécifique de son atome est augmentée, dans le rapport exact de 1 à 2. Ce résultat important permettra sans doute
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- d’éclairer d’uu jour tout nouveau un grand nombre de réactions chimiques.
- Le spectroscope et le mouvement des étoiles. — Il y a longtemps déjà queM. Huygins a annoncé que le mouvement propre de certaines étoiles qui se rapprochent ou s’éloignent du système solaire, peut être reconnu par les modifications des raies de leur spectre. M. Secchi a contredit ce résultat, assurant que l’effet énoncé est tout à fait inappréciable. Mais le savant anglais revient aujourd’hui à la charge avec une foule d’observations comparées à celles de Greenwich, d’où il résulterait que c’est à l’imperfection relative des appareils du Collège romain qu’il faut attribuer les résultats négatifs de M. Secchi.
- Evolution des bourgeons. — M. de Candolle, présent à la séance, examine une question fort originale. 11 s’agit de savoir si les bourgeons annuels d’un arbre progressivement plus âgé conservent les mêmes caractères de jeunesse ou prennent part à la sénilité de l’individu qui les produit. Des observations faites au Muséum d’histoire naturelle, sous la haute direction de M. le professeur Decaisue, ont montré que,, pour le Robinier faux Acacia, l’époque de la feuillaison ne varie pas du tout avec l’âge. Le Robinier, d’où sont issus tous les faux Acacias d’Europe, a eu ses feuilles exactement en même temps que des individus de 30 ans auxquels on l’avait comparé.
- APise, des résultats un peu différents furent obtenus. Des G i 11 ko (arbre aux quarante écus) et des Noyers donnèrent leurs premières feuilles d’autant plus tôt qu’ils étaient plus âgés. Au contraire des Æsculus hyppocastanum (ou Marronniers d’Inde) furent de plus en plus tardifs à mesure qu’ils étaient moins jeunes.
- Mais M. de Candolle insiste davantage sur les résultats que peut donner un même arbre patiemment suivi pendant un temps très-long. 11 cite deux Marronniers de Genève, suivis avec le plus grand soin depuis 1808 et qui ont fouillé presque mathématiquement le même jour tous les ans, c’est-à-dire du 93e au 96° jour de l’année.
- Une Vigne, cultivée à Ostende depuis 53 ans, a donné des faits remarquables. En divisant cette durée en trois périodes égales, de 11 ans, on constate que, dans la première, la Vigne a fouillé le 127° jour de l’année; dans la seconde le 120“ et dans la troisième le 106e. Il semblerait y avoir là une progression continue, la Vigne devenant plus précoce à mesure qu’elle vieillit. Stanislas Meunier.
- LE LABORATOIRE AGRONOMIQUE
- DE LA SOCIÉTÉ DES AGRICULTEURS DE FRANCE A METTRAY1-
- Un laboratoire agronomique, pour donner des résultats d’une complète utilité, doit être installé en pleine campagne, au milieu d’un vaste domaine. On peut assurément analyser à la ville des engrais et d’autres produits agricoles, mais un laboratoire urbain ne peut guère rendre d’autres services à l’agriculture. Éloigné de la ferme, le savant le plus actif et le plus perspicace, ne saurait suivre pas à pas l’influence des divers agents sur la production
- 1 Lettre adressée à M. Drouyn de Luys, président de la Société des agriculteurs de France, et lue à la septième session annuelle de la Société, le 15 mars 1876. Extrait du Bulletin de la Société des agriculteurs de France.
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- végétale ; privé du voisinage des plantes dans leurs conditions normales de développement, il ne peut faire aucune étude de physiologie végétale directement utile à la pratique; privé d’animaux de ferme, il ne peut observer l’action réelle des aliments sur la production de la viande, de la graisse, du travail ou du fumier; éloigné enfin des machines agricoles en action, comment pourrait-il les juger, mesurer le travail qu’elles dépensent et l’effet qu’elles produisent, éléments qui varient d’un jour à l’autre? Il est aussi impossible de faire de l’agronomie sérieuse en chambre, au milieu d’une ville, que de faire de bonne astronomie au fond d’une cave où le ciel serait invisible.
- Le laboratoire de la Société des agriculteurs de France, aujourd’hui installé à Mettray, se chargera naturellement d’exécuter les analyses d’engrais et autres produits que lui adresseront les membres de cette association. Ces analyses seront faites aux conditions d’un tarif très-réduit qui assurera aux membres de la société le bénéfice de privilèges plus avantageux que ceux dont jouissent pour le même objet les membres de la Société royale d’agriculture d’Angleterre. 11 y a lieu d’espérer que le laboratoire rendra sous ce rapport de nombreux services, mais il faut se hâter d’ajouter que cette partie de sa tâche, malgré son incontestable intérêt, est certainement la moins importante. Le but que se propose la Société est à la fois plus général et plus élevé. Quelques explications sur la voie que doit suivre, dans l’avenir, l’institution nouvelle sont ici nécessaires.
- L’agriculture moderne ne constitue ni un art, ni une science abstraite. Telle que la comprennent et la pratiquent les membres les plus éminents de la Société, l’agriculture a pour but de produire beaucoup et à bas prix dans l’intérêt du consommateur, mais en même temps de produire avec bénéfice pour le cultivateur. Aujourd’hui l’agriculture est une industrie et la plus grande des industries françaises. L’agriculture, comme les autres industries, doit donc mettre constamment à profit les progrès de sciences qui se rattachent à ses travaux et ne jamais ignorer les découvertes dont elle peut profiter, quelle que soit leur nature.
- L’éclat des succès obtenus par les chimistes qui se sont occupés d’agriculture depuis soixante ans ne doit pas faire oublier les services que d’autres sciences rendent à l’industrie rurale.
- Pour beaucoup de personnes la chimie est la science agricole par excellence. L’Agriculture est, en effet, une industrie chimique, en ce sens qu’elle a pour but de transformer les produits les uns dans les autres : elle fait du pain avec du fumier et de la viande avec de l’herbe. Mais elle n’opère pas, comme les autres industries chimiques, dans un atelier fermé, avec des fourneaux et des matières privées de vie; elle opère, au contraire, en plein air, avec le concours du soleil, de la pluie, des êtres vivants, végétaux ou animaux ; son rôle est surtout d’utiliser les forces vitales et de di-
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- riger leur action. Elle doit s’appuyer sans cesse sur les sciences physiologiques appliquées à la connaissance des plantes et des animaux. D’un autre côté, l’agriculture doit faire appel à la géologie pour découvrir les amendements du sol, à la physique pour interpréter les phénomènes atmosphériques, à la mécanique enfin pour calculer la production et l’emploi des forces immenses qu’elle met en jeu afin de bien disposer scs terres, de recueillir et préparer ses récoltes, de transporter ses produits.
- Le moment est venu de réunir les investigations scientifiques d’ordres différents trop longtemps divisés , et entre lesquels les théories modernes établissent un lien commun. Lavoisier avait créé, il y a 98 ans, la théorie de la respiration et de la chaleur animale. 11 avait montré que cette chaleur peut se transformer en travail de toute sorte. Mais les études ultérieures, en donnant l’expression numérique de la valeur du travail en chaleur et réciproquement, ont permis d’analyser les phénomènes jusque-là les plus obscurs de la vie animale ou végétale. Les chimistes savaient depuis longtemps que les plantes fixent le carbone de l’air et que les animaux le brûlent dans leurs poumons et le rendent
- à l’atmosphère. La plante, dit-on, est. un appareil de réduction, l’animal est un appareil d’oxydation. Les mécaniciens ont découvert le sens de cette grande loi, ils ont précisé ce que l’on apercevait à peine il y a quelques années, ils ont montré comment le mouvement et la vie s’entretiennent à la surface de la terre. Pour eux les végé-
- taux accumulent la force et les animaux la dépensent.
- Une plante qui végète absorbe, pour se former, une partie de la radiation solaire qu’elle reçoit. La radiation solaire se transforme ainsi en force latente accumulée dans le végétal. L’animal consomme ce
- végétal, le brûle dans son organisme, dégage la chaleur absorbée par la plante et cette chaleur se transforme en travail que l’animal dépense. Ainsi se complète sur notre globe le cercle de la vie. La radiation solaire s’endort au sein des plantes pour se réveiller en chaleur et en travail chez les animaux. Le soleil est partout dans notre système ; il donne la vie aux plantes et la force aux animaux.
- Les progrès des sciences tendent à les rapprocher, aussi bien que les besoins mêmes des industries qui les appliquent. Pour établir un laboratoire agronomique qui répondît entièrement à sa destination, il fallait donc lui fournir les moyens d’entreprendre et de poursuivre à la fois les recherches de chimie, de physique, de zoologie, de mécanique et de physiologie. Les dispositions prévues dans la construction et l’installation du laboratoire permettent de donner à ses travaux un ea-
- A. Table de laboratoire. — B. Paillasses. — C. Étagères.. — Q. Armoires vitrées pour verrerie jaugée, porcelaine, appareils montés, etc. — E. Petite boite mobile pour les évaporations acides. — F. Étuve de Gay-Lussac à huile. — G. Étuve-de Gay-Lussac à eau. — II. Bains de sable système Schlœsing). — I. Lampe à calcination. — J. Béactifs. — K. Appareil pour dosage d’azote par la chaux sodée. — L. Appareils pour l’analyse organique.— M. Trompes (système de M. Schlœsiug).— N. Appareil de M. Bous-singault pour le dosage de l’ammoniaque. — 0. Appareil de M. Sclilœsing pour le dosage de l’acide nitrique dans les nitrates. — P. Appareil de M. Schlœsiug pour le dosage de l’acide carbonique. — Q. Appareil de M. Schlœsing pour l’épuisement par l’alcool, l’éther, le sulfure de carbone. B. Tableau d’ardoise. — S. Poêles. — T. Évier. — U. Appareils de distillation. — V. Alambic chauffé au bois. — X. Étuve chauffée par la chaleur perdue de l’alambic.— Y. Table d’émailleur. — Z. Soufflet et gazomètre régulateur de pression. — a. Fourneaux. — b. Cheminée en maçonnerie et hotte. — c. Appareil pour dosage du phosphore.— d. Moufle.— e. Grande étuve chauffée au bois.— f. Petite étuve chauffée par les flammes perdues de la grande étuve. — g. Trébuchet. — h. Balance à cavalier. — i. Balance ordinaire. — j. Bibliothèque. — k. Vitrine pour microscope polarimètre, spectroscope, etc. — l. Bureaux. — m. Vitrine ou armoire pour produits chimiques. — n. Cuve à mercure. — o. Eudiomètre de M. Begnault. — p. Viseur pour la mesure des gaz.
- ractère de généralité et de haute utilité qui les rendra dignes de la Société qui les aura provoqués.
- Hervé Mangon.
- Le Propriétaire'Gérant : G. Tissaxdiep . Typographie Laliurc, rue do Flcurus, 9, à Paris.
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- i\’° 159. — 17 JUIN 1876.
- LA NAT LUE
- PILE AU CHLORURE D’ARGENT
- DE 51. WARREN DE LA RUE.
- 11 y a plus de huit ans que M. Warren De La Due a lait usage de piles au chlorure d’argent et qu’il 1rs perfectionne constamment, en vue surtout de ses expériences qui exigent de hautes tensions.
- La figure ci-dessous représente la dernière forme qu’il ait donnée à sa pile ; nous la décrirons d’abord et nous indiquerons ensuite par quelle série de progrès on est arrivé aux dernières dispositions. Le vase extérieur est cylindrique ; il est formé par un tube de verre fermé à la partie inférieure, de 15 centimètres de long et 5 de diamètre. L’électrode soluble est
- formé d’un crayon ou bâton de zinc non amalgamé mais de très-bonne qualité ; le zinc de la Vieille-Montagne est celui que recommande M. De La Rue. Le crayon présente à la partie supérieure un trou cylindrique destiné à recevoir le petit ruban d’argent qui forme le pôle positif de l’élément suivant ; une petite goupille de laiton c, légèrement conique, entre comme un coin dans le trou en question et assure le contact du zinc et de l’argent.
- L’autre électrode est formée d’un ruban d’argent autour duquel est fondu un cylindre de chlorure d’argent AgCl.
- Pour éviter un contact accidentel des deux électrodes, le bâton de chlorure d’argent est placé dans un petit cylindre de papier parchemin A; ce cylindre
- Nouvelle pile au chlorure d’argent, de M. Warren De la Rue.
- de papier présente deux trous vers sa- partie supé-rieuredans lesquels le ruban d’argent lui-même passe comme on le voit en B.
- Le liquide est une solution de sel ammoniac dans l’eau; la meilleure proportion est celle de 25 grammes de chlorhydrate d’ammoniaque pour un litre d’eau distillée.
- Le vase extérieur est fermé par un bouchon de paraffine ; on voit que ce bouchon est traversé par le crayon de zinc et que le ruban d’argent passe entre le verre et le bouchon ; la figure montre également que ce bouchon de paraffine est lui-même percé d’un trou qui permet de verser le liquide au moyen d’un entonnoir et qu’on ferme ensuite avec un autre petit bouchon de paraffine.
- Le choix de cette matière présente des avantages importants; d’abord la paraffine est la matière la plus isolante connue, ce qui est utilè quand on réunit plusieurs milliers d’éléments en tension comme
- 4* année. — 28 semestre.
- le fait M. De La Rue; ensuite elle est absolument anti-hygrométrique, de telle sorte que si on laisse tomber sur sa surface quelques gouttes d’eau, elles se réunissent en boules et ne s’étalent pas sur une grande étendue, ce qui pourrait compromettre l'isolement ; enfin la paraffine fond à une chaleur douce, ce qui permet de produire une fermeture hermétique du vase au moyen d’un petit fil de fer aplati en spatule à son extrémité, et légèrement chauffé qu’on passe au bord du tube de verre, autour du crayon de zinc et autour du petit bouchon ou cheville de paraffine.
- L’action qui se produit dans cet élément est fort simple, le zinc se dissout et remplace l’argent dans le chlorure, l’argent se dépose en une masse poreuse d’abord à la surface puis peu à peu dans la masse du chlorure d’argent.
- Cette pile présente comme toutes celles dans lesquelles le ziuc est employé avec le sel ammoniac
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- l’avantage capital de ne donner lieu à aucune action locale ou intérieure tant que le circuit extérieur n’est pas fermé ; en d’autres termes la pile 11e travaille pas sur elle-même. Cette circonstance est très-importante, car ces éléments 11e servent qu’à des expériences de courte durée, renouvelées à des intervalles de temps assez long : et il est nécessaire de retrouver la pile huit jours plus tard précisément au même degré d’usure qu’on l’a laissée huit jours plus tôt.
- Dans les premiers moments de l'action, le courant est très-faihle parce que la surface d’argent plongée dans le liquide est très-petite, tandis que le chlorure d’argent est très-isolant ; au bout d’un quart d’heure d’action le dégagement du gaz mélangé qu’on obtient dans un voltamètre est d’environ deux centimètres cubes par minute, et c’est le régime normal ou à peu près. Cependant à mesure que l’action continue, l’argent métallique se substitue au chlorure et la résistance de l’élément diminue ; par suite l’intensité du courant fourni augmente et on finit par arriver à un dégagement de trois centimètres cubes environ de gaz mélangés par minute.
- Mais ce sont là des extrêmes et on reconnaîtra que cette pile est remarquablement constante quand on aura jeté les yeux sur le tableau suivant qui donne les résultats des mesures prises à des époques successives assez éloignées avec une pile presqu’ideii-tiquement semblable à celle que nous décrivons.
- Gaz par minute
- 29 juin 1875, début............ 1 cent. cube.
- 4 juillet..................... 1,4
- 27 octobre..................... 1,4
- 15 mars 1876................... 1,45
- 8 avril....................... 1,41
- Cette pile présente donc cette particularité remarquable qu’elle ne se polarise que très-peu, environ de 3 à 4 pour cent. Mais, au bout de quelques minutes, elle est constante pour toute la durée des expériences. Quoique cette pile soit à un seul liquide, il faut remarquer que l’électrolyte essentiel est un corps solide (AgCl) qui ne se dissout pas dans le liquide en contact avec lui, mais qui fournit le chlore nécessaire à la dissolution du zinc.
- Les éléments sont placés les uns à côté des autres dans une planche à trous ; la figure représente une petite pile de 10 couples ; mais pour ses expériences M. De La Rue réunit sur une même planche 200 éléments, et il place six plateaux semblables les uns au-dessous des autres dans un buffet soigneusement construit, pour les mettre à l’abri de la poussière et de toute espèce d’accidents.
- La force électro-motrice de ces éléments est presque égale à celle des éléments Daniell ; quand on emploie le sel ammoniac, la force électromotrice est un peu plus grande qu’avec le sel marin : les déterminations varient entre 0,97 et 1,03 en prenant la pile de Daniell pour unité.
- Quant à la résistance elle varie bien entendu avec la dimension des éléments et même comme nous l’avons dit plus haut, elle varie avec le temps pour un même élément ; nous dirons seulement que pour les piles du modèle que nous prenons pour type, la résistance varie entre 2,7 et 4,3 Ohm, suivant le diamètre des tubes (la distance entre le zinc et le cylindre de chlorure d’argent). Dans les 2400 éléments ci-dessus mentionnés, la résistance est 4,3 Ohm par élément.
- Pendant longtemps on a employé le 'chlorure de sodium au lieu de sel ammoniac, et c’est aussi de cette façon que la pile au chlorure d’argent a été employée en France pour l’usage médical. Cette combinaison est beaucoup moins bonne ; la pile ainsi obtenue travaille sur elle-même et dégage du gaz même quand le circuit est ouvert,, de sorte qu’elle 11e pourrait pas être fermée avec un bouchon de paraffine comme la pile au sel ammoniac. Nous n’avons pas besoin d’insister sur l’avantage qu’il y a à soustraire entièrement une pile à toute évaporation comme on le fait avec ce bouchage hermétique. Avant d’arriver au bouchon de paraffine, M. De La Rue a employé des bouchons de caoutchouc, mais il lésa abandonnés parce que le caoutchouc vulcanisé sulfurait l’argent qu’il fallait alors protéger au moyen de feuilles minces de gutta-percha. La substitution de la paraffine a été, croyons-nous, une innovation très-heureuse, qu’on sera souvent conduit à imiter.
- Le chlorure d’argent est employé aujourd’hui fondu ; il a l’aspect et la consistance de la corne, et on peut le tailler au couteau ; cette substance est celle qu’on appelait autrefois lune cornée, alors que lune était synonyme d’argent et que le nitrate d’argent s'appelait le caustique lunaire; Antérieurement le chlorure d’argent était employé sous la forme d’une poudre qui était au fond du tube ou vase de verre contenant l’élément; l’électrode d’argent allait plonger dans cette poudre ; le zinc au contraire était maintenu dans le liquide à la partie supérieure. O11 n’a pas besoin d’explication pour voir combien la nouvelle forme est plus régulière et plus avantageuse.
- C’est avec une pile de 5,640 éléments de ce genre, telle que personne jusqu’à ce jour n’en avait eu à sa disposition, que M. Warren De La Rue a fait des expériences qui n’avaient pas encore pu être tentées et en a répété d’autres qui ont un grand intérêt scientifique. Nous ne mentionnerons ici qu’une seule série d’expériences dans lesquelles on obtient l’étincelle à distance ; avec
- De pouce.
- 600 éléments l’étincelle a apparu à 0,0033 1200 — ‘ — — 0,0130
- 1800 — — — 0,0345
- 2400 — — — 0,0545
- Ces nombres montrent qu’entre ces limites les
- distances explosives croissent comme les carrés des nombres d’éléments.
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- LA NA TURC.
- Ï>D
- Cette loi, comme toutes celles de la nature, est sujette à des perturbations, et les nombres que nous venons d’indiquer diffèrent d’une manière sensible avec la forme des pointes, ou suivant que l’étincelle éclate entre une pointe et un plateau, suivant que l’électricité négative est du côté de la pointe et du plateau.
- Une heureuse circonstance nous a permis d’assister Hans le laboratoire de M. De La Rue, à de nombreuses et intéressantes expériences, encore non publiées, et sur lesquelles nous comptons appeler l’attention des lecteurs de .la Nature quand elles auront été oftieiellement présentées par l’auteur à la Société royale de Londres. Alf. Niaudet.
- LES CRUES DU NIL ET LE FAYOUI
- d’après les recherches récentes de m. unant-bey.
- L’Égypte est, de tous les pays, celui qui, depuis les époques les plus reculées, a le plus fidèlement gardé sa physionomie primitive ; cela tient à sa formation géologique, dont les anciens avaient très-bien compris la nature; Hérodote rapporte que l’Égypte devait anciennement former un golfe analogue à la mer Rouge, et comblé peu à peu par les apports du Nil ; cette opinion se trouve confirmée par les observations actuelles. Le sol, même dans la haute Égypte, se compose de dépôts limoneux de plusieurs mètres d’épaisseur, superposés à des couches de sables et de gros graviers; les traces d’érosions sur les parois des berges de la rive droite, montrent que le niveau des eaux était autrefois beaucoup plus élevé, et que la longue et étroite vallée, qui, resserrée entre la chaîne Lybique et l’Arabique constitue l’Égypte proprement dite, en dehors du Delta, est le produit d’un lent travail de dénudation du fleuve. Avec la diminution de la pente , commença le dépôt des graviers, puis des sables et des limons charriés depuis les hauts "plateaux traversés par le Nil et ses affluents. L’Égypte se créait ; actuellement elle est composée, comme elle l’était aux plus anciennes époques historiques (5000 ans environ avant notre ère) du large triangle du Délia et de longues bandes, qui remontent du Caire jusqu’au resserrement du Nil à Djebel-Silsileh, ou même jusqu’à Assouan, près de la première cataracte, sur une longueur d’environ 700 kilomètres. La bande orientale, resserrée entre le fleuve et la chaîne Arabique, est souvent interrompue par les falaises qui plongent directement dans les eaux ; toiit ce côté a un caractère désolé et sauvage, battu continuellement par les yents violents du désert, tandis que le côté occidental est bordé de collines se terminant en ' pente plus ou nîoins douce, jusqu’au fond de la vallée dont la largeur moyenne est de 12 kilomètres.
- La pente générale dans le sens de la longueur est celle du fleuve, 0m,00022 pour la haute et la moyenne Égypte et 0m00035 pour le Delta, mais dans le sens
- de la largeur, comme les dépôts les plus lourds provenant des crues du Nil se font les premiers, il en résulte une pente du fleuve vers la chaîne Lybique, qui dans quelques points est assez forte pour produire une dépression du sol de 4 mètres. Cela explique la formation de plusieurs cours d’eau naturels, produits de l’inondation, qui ravinaient autrefois la vallée, et qui, depuis longtemps, sout utilisés pour les irrigations; il en existe pourtant encore plusieurs dont les plus importants sont le Sohagieh et surtout le Bahr-Joussef; ce dernier conserve même pendant l’étiage, des eaux douces abondantes venant de sources s’ouvrant au fond de son lit, circonstance heureuse et rare, car trop généralement les eaux provenant du sol sont imprégnées de matières salines, qui laissent à la surface des dépôts cristallins, détruisant la végétation pour plusieurs années quand l’inondation n’a pas été suffisante. C’est encore une preuve de l’ancienne présence de la mer, et d’ailleurs parallèlement au Nil, l’on rencontre plusieurs vallées ou dépressions, appelées toutes par les Arabes Bahr-bêlah-Ma ou fleuves sans eaux, quelle que soit leur origine ; les parties les plus profondes, comme les lacs de Natron à l’ouest du Caire, sources abondantes de produits salins, sont au-dessous du niveau delà mer, avec laquelle communiquaient autrefois ces vallées, avant que les sables n’en eussent obstruée l’embouchure ; un travail peu important suffirait peut-être pour recréer de ce côté une mer intérieure, analogue à celle projetée pour l’Algérie, et dont la réalisation est des plus désirable, quand on voit les derniers rapports météorologiques publiés par M. de Lesseps sur la modification du climat de l’isthme de Suez.
- Chaque année, vers le solstice d’été, les eaux du Nil commencent à croître d’abord lentement, puis plus rapidement, pendant une période de cent jours environ, du 25 juin au 10 octobre pour les environs du Caire; les calendriers égyptiens mentionnaient plusieurs périodes particulières que l’on retrouve encore dans les calendriers coptes et arabes actuels. Une ancienne tradition attribue la crue à une goutte d’eau tombée du ciel ; la nuit de la goutte, le mariage du Nil, la fête de la croix, ou la bénédiction du Nil, l’ouverture des digues, sont autant de souvenirs antiques auxquels s’associent dans une même pensée traditionnelle dont l’origine leur échappe, et les Coptes et les Musulmans.
- Les crues du Nil sont relevées depuis un temps immémorial au nilomètre de Rhoda, près du Caire; la hauteur de la crue servait jadis de base assez sûre pour l’assiette de l’impôt foncier, car il était absolument défendu d’ouvrir aucune digue, avant que la crue ait atteint une certaine hauteur, 22 coudées environ, ou llm,50, suffisante pour arroser tout le terrain ; mais maintenant avec le système de digues et de barrages existant, les indications de Rhoda n’ont de valeur que pour les terrains environnants, et il arrive le plus souvent que la fête solennelle de l’ouverture des digues a lieu non plus quand le nilomètre marque un niveau déterminé,
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- LA N AT U HE.
- mais à une date à peu près fixe, vers le 10 août H Dans l'antique Égypte, il y avait dans chaque nome ou province, un conseil des anciens chargé d’examiner et de régler les questions des eaux d’irrigation , chaque partie du sol avait un nom spécial suivant son mode d’arrosage, et l’on retrouve sur les monuments ou dans les papyrus les noms de fonctionnaires charges du partage des eaux, de l’entretien des digues et des canaux ; la surface arro-sable, et par suite la prospérité du pays dépendaient d’une bonne administration, et l’on conçoit quelle
- perturbation devaient amener les périodes de désordre, si nombreuses dans l’histoire d’Égypte. Sous la sage administration des Ptolémées, le pays recouvra son ancienne splendeur ; ce fut un des greniers de. Rome, puis plus tard de Constantinople.
- L’ancien système du réglage des eaux a continué à peu près sur les memes bases, jusqu’à nos jours, source perpétuelle de querelles et même de luttes violentes entre les populations des villages voisins ; c’est à Méhémet-Ali, que l’Égypte est redevable des premier travaux d’ensemble régularisant les irriga-
- Orcsai.parX.JIfijrùius,*', de,f)rè’7.23- TW’ù-
- Carte du Fayoum, d’après les travaux de Linant-Bey.
- fions ; les procédés employés ne sont pas à coup sûr dignes d’éloge; c’est par milliers qu’il faut compter les fellahs, enlevés à leurs villages pour les corvées, et morts dans le creusage du canal ‘l’Alexandrie par exemple, mais enfin il faut savoir un certain gré à un despote absolu d’avoir dirigé sa volonté vers des travaux aussi utiles à l’intérêt général. L’Égypte a été partagée en vastes bassins de 18000 à 20000 hectares par des digues transversales au cours du fleuve, reliées par des digues longitudinales ; quelques-uns de ces bassins sont subdivisés en plus petits, par des digues séparant les parties du sol les plus élevées des plus basses. Ces grands bassins ont
- 1 Voy. le Mémoire de Linunt-Bey sur les travaux d’utilité publique en Egypte.
- généralement des canaux spéciaux d’alimentation, qui y conduisent les eaux chargées seulement du limon du Nil ; car leur plafond étant à 3 ou 4 mètres au-dessus de l’étiage, l’eau n’y entre que lorsque la crue est déjà prononcée et les sables restent dans le lit du fleuve.
- D’après des observations faites avec soin au Caire et à Djebel-Silsileh, le volume de l’eau absorbée par le sol est de : 388,750,000 mètres en 24 heures, pendant les hautes crues de 24 coudées ; l’arrosage des terres durant 20 jours environ, cela donne une couche moyenne de 11U,25 pour les 630000 hectares que contiennent la haute et la moyenne Egypte. Quand un bassin est suffisamment arrosé, on en renvoie les eaux soit vers le Nil, si le niveau en a sut-
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- LA NATLUE
- fisamment baissé, soit vers ces cours d’eau naturels qui coulent le long du désert, le Sohagieh etleBahr-Joussef.
- Les fellahs n’ont plus qu’à gratter légèrement le sol avec une mauvaise charrue en bois pour lui confier Je grain qui germera rapidement. De trop fortes crues
- détrempant trop fortement le terrain, sont aussi nuisibles que de trop faibles, qui ont en outre l’inconvénient. de ne pas arroser toute la partie cultivable. Pour beaucoup de cultures spéciales et en particulier pour celle du coton, qui prend beaucoup d’extension surtout dans le Delta, des arrosages d’été sont indis-
- Prise d'eau du Bahr VoueseF
- 'pàTîrr-^2°i<ü.
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- H*?* eaux du tac Moe«
- Sê ù ït "d ^wâêâC et'NTicVeT
- Terrains dè Bénèsouef
- a Partie haute du premier plateau b Partie basee ld.
- Échelle des hauteurs V^pour
- H*?*eaux du lac
- BirkeCètKorn,
- Coupc du Fayourn, suivant la vallée du Bahr-Youssef.
- pensables ; l’eau nécessaire est puisée à grands renforts de bras ou de machines hydrauliques très-élémentaires dans des canaux connus sous le nom de séfis qui sont assez profonds pour conserver de
- l’eau même pendant l’étiage ; la culture du Delta a beaucoup progressé dans les dernières années, surtout depuis l’achèvement du grand barrage du Nil1. On commence même à employer avec succès des
- JjA 'TTi
- Vue des vestiges des pyramides de Biamo.
- machines élévatoires à vapeur; mais c’est dans ces pays du soleil, que les machines solaires de M. Mou-chot, doivent être appelées à jouer un grand rôle ; et le travail des fellahs pourra être mieux employé qu’à curer en plein été, loin de leurs champs, les canaux fétides qui contiennent l’eau d’arrosage.
- Une des plus riches provinces de l’Égypte à toutes les époques de son histoire, le Fayoum, est irriguée d’une façon toute différente; cette province a un ca-
- ractère tout spécial ; ne communiquant avec la vallée du Nil que par la gorge abrupte d’ïllaoum, formée par une dépression de la chaîne Lybique, elle se compose d’alluvions reposant, sur le fond calcaire incliné de trois plateaux qui s’échelonnent, en allant du fleuve vers l’ouest, jusqu’au lac salé, appelé Birket-el-Corn , situé à 62 mètres en contre-bas
- 1 Voy. la Nature, 1874, 2e semestre.
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- (Voir la carte et la coupe). C’est par cette gorge que pénètre la dérivation du Bahr-Joussef, ce cours d’eau naturel que nous avons déjà mentionné, et qui, sur une longueur de 550 kilomètres, draine tout l’excès des eaux d’inondation du Nil, et les amène chargées de principes fertilisants au cœur même de la province, à Médinet. La carte du Fayoum présente au premier abord l’aspect d’un pays sillonné par de nombreux cours d’eau convergent vers le Bahr-Joussef; c’est le contraire qui a lieu ; ce sont les eaux de ce canal, qui, réparties avec soin entre les divers ruisseaux, arrosent ces’ terres légères, et vont porter partout l’abondance ; c’est par ceux-ci que s’écoulent aussi vers le lac l’excès des eaux d’inondation. Les deux plus importants sont le Bahr-belà-Ma, formé à la suite d’une rupture des digues du Bahr-Joussef, et le Bahr-Neslet qui part d’un des nombreux réservoirs, aménagés maintenant avec le plus grand soin, qui se remplissent pendant les crues. Toutes les prises d’eau faites pendant le temps de la sécheresse dans les divers réservoirs sont l’objet de règlements précis et très-bien entendus en vue de l’intérêt général. C’est dans cette province que se trouvait autrefois l’ouvrage le plus remarquable de l’Égypte, qui frappa d’admiration les anciens voyageurs plus encore que les pyramides et les temples les plus renommés ; Hérodote est le premier qui fit connaître au monde ce fameux lac Moeris, dont l’objet était de modérer les trop grandes crues en leur offrant un déversoir, et de suppléer aux trop faibles en restituant une partie de l’eau qu’il recevait ; il le décrit en détail, en donne les dimensions, la profondeur et signale deux hautes pyramides qui s’élevaient au milieu du lac. Seulement Hérodote prit le Pyrée pour un nom d’homme, car le nom de ce lac vient non pas d’un roi Moeris qui n’a jamais existé, mais du nom égyptien Méri qui signifie lac, de même que le nom de Fayoum donné à la province vient de l’égyptien p4om, la mer. Les monuments ont fait connaître le nom du véritable fondateur, l’un de ces Osortasen qui élevèrent si haut l’Égypte, trente siècles avant notre ère ; bien plus, le musée de Boulaq contient un papyrus donnant une sorte de plan du lac, avec des dimensions se rapprochant assez de celles que lui assigne M. Linanl-Bey, à qui l’on doit d’en avoir découvert le véritable emplacement.
- Les géographes s’accordaient bien à le placer dans le Fayoum, mais ils supposaient généralement que le Birket-el-Corn en occupait l’emplacement ; la seule inspection des lieux devait suffire pour montrer la grossière erreur d’une telle hypothèse; mais non content de l’avoir fait ressortir, M. Linant-Bey a retrouvé et suivi sur plusieurs points les anciennes digues qui servaient de clôture au lac, guidé en outre par les anciens géographes, qui plaçaient près des bords du lac la ville antique de Crocodipolis, ou Arsinoé, dont Com-Farès occupe maintenant l’emplacement; bien plus, dans la plaine de Biamo, dans une partie occupée jadis par le lac, s’élèvent
- les ruines de deux pyramides (voy. figure), appelées encore les chaises de Pharaon, et se rapportant ainsi au récit d’Hérodote, très-exact pour ce qu’il avait vu par lui-même, et qui parle de deux pyramides s’élevant du milieu du lac, surmontées de statues.
- Le lac devait contenir 5,000,000,000 de mètres cubes d’eau, pouvant être renvoyés à l’Égypte par la gorge d’Illaoum, ou pouvant arroser le second plateau du Fayoum ; on peut même dire qu’il existe encore de nos jours, en le considérant comme réduit à la dérivation du Bahr-Joussef et aux bassins de Médinet. Détruit peu à peu, par le manque d’entretien des digues, le lac, s’il était reconstitué, permettrait d’arroser sans machines 550,000 hectares, et aurait en outre l’avantage d’être, comme dans les siècles passés, un modérateur des crues du Nil. Il suffirait de 21,000,000 mèt. cub. d’endiguement ; ce travail est considérable sans doute, mais non impossible en présence des grands travaux déjà exécutés en Égypte ; il doit tenter et tentera un homme intelligent comme le khédive, et par les résultats en eux-mêmes, et par la gloire d’attacher son nom à une œuvre qui a immortalisé le premier monarque qui en eut la pensée il y a cinquante siècles !
- P. Goy.
- LE TUNNEL DU SAINT-GOTHARD
- Au centre même du colossal arc de cercle des Alpes, comme un chaînon de ce collier gigantesque dont les deux points d’attache, situés au golfe de Gênes d'un côté, aux rivages de l’Adriatique de l’autre, semblent étreindre les plaines de la Haute-Italie pour les isoler du reste de l’Europe, entre le Simplou à l’ouest et les Alpes grisonnaises du Lukmanier et du Splugen, se dresse le massif du Saint-Gothard. La Reuss au nord, le Tessin au sud, descendant tous deux du sommet, se répandent dans les deux vallées latérales, et vont mêler leurs eaux, la première au lac des Quatre-Cantons, célèbre dans l’histoire des origines de la Suisse, le second au Lac Majeur, A la fin du siècle dernier, William Cox disait que, du haut du Saint-Gothard, on pouvait cracher à la fois dans la Méditerranée et dans l’Océan, Si l’écrivain anglais avait prévu le percement de l’isthme de Suez, il aurait pu dire, plus justement encore, dans la mer du Nord et dans la mer des Indes. Sa comparaison triviale eût donné une idée assez exacte du rôle prépondérant qu’est appelée à jouer un jour, dans le grand courant commercial, la voie ferrée qui traversera le Gothard.
- Un simple coup d’œil jeté sur le profil en long de la ligne nouvelle, l’examen des altitudes extrêmes, prises à la naissance des deux grandes rampes d’accès vers le souterrain et aux deux embouchures du tunnel, nous renseigneront suffisamment sur les difficultés de tous genres contre lesquelles on a dû lutter pour établir le tracé définitif. De Fluelen, ex-
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- trémité sud du lac des Quatre-Cantons, dont le niveau est à 457 mètres au-dessus de la mer, à Gœs-clienen, entrée nord du souterrain, située à la cote 1109 mètres, la différence d’altitudes est de 672 mètres, rachetés par des pentes de 25 °/0). D’Airolo, embouchure sud de la galerie, située à la cote 1155 mètres, la voie redescendra vers le lac Majeur, cote 197 mètres, par des pentes équivalentes. En dehors du souterrain du Gothard, dont la longueur sera d’environ 15 kilomètres, la ligne entière exigera le percement de 27 kilomètres de tunnels secondaires. Le rapport de la longueur de voie souterraine au développement complet du tracé qui, de Lucerne à la frontière italienne, à travers les cantons suisses de Luzerne, Zug, Schwytz, Uri et Tessin, est de 265 kilomètres, atteindra donc 25,5 0/0.
- Les récents rapports adressés par M. l’ingénieur en chef Hellwag au Conseil fédéral Suisse établissent que le coût du tracé, primitivement fixé à 187 millions, ne sera pas inférieur à 289 millions. Quant au grand tunnel, qui nous occupe plus spécialement ici, l’entrepreneur, M. Louis Favre, a soumissionné le percement des 15 kilomètres, à raison de 2800 francs par mètre courant de galerie non revêtue. Ajoutez à cela 12 à 14 millions pour les maçonneries, 8 à 9 millions pour le parachèvement, la pose de la voie, les frais d’études, d’administration, de personnel, etc., et vous arriverez au chiffre de 62 à 65 millions pour le tunnel achevé, dépense relativement faible, si on la compare aux sommes énormes qui ont été affectées à l’établissement des deux œuvres qui, seules dans les deux continents, peuvent être considérées comme similaires du grand travail qui fait le sujet de notre étude. Le souterrain du col de Fréjus ou du Mont-Cenis, long de 12235 mètres, revint à 75 millions ; le tunnel du mont Hoosac, dans les Massachussets, destiné à relier Boston à Àlbany et aux railways de la région des lacs, long de 7654 mètres, coûta plus de 6U00 francs par mètre courant.
- Les immenses progrès qui s’accomplissent de jour en jour, d’une manière invincible, dans la science, n’auront jamais trouvé un champ d’expérimentation plus vaste que dans le travail de creusement des longues galeries souterraines. La perforation mécanique des tunnels est chose toute récente, hier encore dans l’enfance, aujourd’hui en pleine jeunesse, dans toute la force de son expansion. Il y a de cela quinze aimées seulement que le burin et la massette séculaires furent victorieusement remplacés, au front d’attaque du Mont-Cenis, par un outil nouveau, entaillant mécaniquement la roche par percussion, la perforatrice. Pour la première fois aussi, une force jusque là imparfaitement étudiée, aujourd’hui usuelle, l’air comprimé, surgissait, dotant le domaine déjà si riche de la mécanique industrielle d’une machine entièrement originale, le compresseur d’air.
- Compresseur et perforatrice sont au fond demeurés les deux engins originaux, résumant à eux seuls l’ins-
- tallation nécessaire à la perforation mécanique d’un souterrain tel que le Mont-Cenis, le Saint-Gothard , ou les deux grandes galeries projetées de la Manche et du Simplon. L’un et l’autre ont pu, depuis l’installation du premier compresseur d’air et de la première perforatrice au flanc des Alpes du Piémont, varier dans leurs détails ; leurs organes se sont, au gré des inventeurs, perfectionnés dans leur forme et leur distribution extérieures ; ils ont toutefois conservé leur agencement primordial, semblables en cela à ces êtres organisés, à qui chaque saison et chaque climat créent une couleur nouvelle , mais dont le squelette reste immuable sous les variations superficielles qu’ils subissent.
- L’histoire des merveilleuses découvertes qui, à divers titres, ont illustré les noms des savants promoteurs du premier percement des Alpes, est aujourd’hui connu de tous ceux qui, quelque peu que ce soit, touchent au monde de la science. L’air comprimé, au sortir du cylindre compresseur, est transmis aux différents chantiers d’attaque mécanique du souterrain au moyen de conduites en fer ou en fonte de diamètres variables, et donne le mouvement aux perforatrices qui creusent par percussion les fourneaux de mine. Le travail de perforation terminé, les trous sont bourrés de dynamite, on fait exploser, et ou relève les déblais qui sont transportés au lieu de décharge extérieur. Les perforatrices, reculées momentanément derrière un garage creusé dans la roche, à distance suffisante pour qu’elles ne soient pas atteintes par les débris de l'explosion, sont ramenées au front de taille, et la même série d’opérations recommence. Tel est, en somme, fort succinctement, le travail souterrain, si simple dans son ensemble, si minutieux dans les mille et un détails qui le composent.
- Afin de le passer en revue le plus clairement et le plus brièvement possible, nous adopterons la méthode la plus pratique, celle du visiteur qui parcourt pour la première fois les chantiers du tunnel.
- Il nous suffira d’examiner l’une des deux embou- chures, Gœschenen par exemple, les installations des deux entrées du souterrain pouvant être considérées comme identiques. Nous parcourrons d’abord les chantiers extérieurs, depuis la prise d’eau des grandes turbines et le bâtiment des compresseurs,-jusqu’à la conduite d’air qui s’enfonce dans la galerie. Cette première visite achevée, nous examinerons le travail de perforation dans l’intérieur de la montagne. Nous relaterons en dernier lieu les progrès déjà obtenus depuis le commencement du percement (septembre 1872), et, par l’examen comparé des couches géologiques qui composent le massif du Gothard, nous essayerons de prévoir la date d’achèvement de l’œuvre. Chacune de ces trois études nous rendra familiers avec l’un des trois coefficients qui exercent le plus d’influence sur la durée du percement d’un grand tunnel. Sur les chantiers extérieurs, nous rencontrerons le compi’esseur d’air, ou plutôt l’air comprimé, la force; à l’intérieur du tunnel, laper-
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- foratrice, Youtil. L’examen géologique enfin nous fera connaître la montagne elle-même, enveloppée jusqu’à ce jour dans son inertie puissante, que le génie de l’homme est parvenu à vaincre et à assujettir à ses volontés.
- L’embouchure nord du grand tunnel du Gothard est située au has du village de Gœschenen, triste bourg du canton suisse d’Uri. Une soixantaine de maisons, aux pans grisâtres et lézardés, adossées pêle-mêle aux quartiers de rocs détachés des hauts sommets, ou aux énormes moraines abandonnées par
- le glacier voisin dans son recul séculaire, c’était là tout Gœschenen, avant que l’ouverture du nouveau souterrain des Alpes eût apporté dans ce désert toute l’activité d’une exploitation sans trêve. Côte à côte avec le vieux bourg, dont on aperçoit les toits sales du haut du pont qui surplombe la Reuss, a surgi, depuis trois années, une ville nouvelle, élevée à la hâte pour donner un abri momentané à cette population de deux mille hommes qui faisait invasion dans ce coin désolé. Gœschenen est par le fait aujourd’hui, pour le touriste qui passe, une assez jolie sta-
- iÉjjilii
- Route du Gothard
- ^lleVal des Schollenen-Gosr.hPn»n
- à. Andermatt,|la Furka,
- Grtnrdpeur B. Jferwt.r\ dcJSr&i 23.
- Les chantiers d’exploitation du tunnel du Saint-Gothard. Côté nord, Gœschenen. (Plan topographique.)
- 4. Conduite d’eau des grandes turbines.— 2. Bâtiment dos compresseurs d'air, ttt. Turbines Girard. AA, BB. Compresseurs à S atmosphères, CC. Compresseurs à 14 atmosphères pour locomotive à air comprimé, a. a a. Conduite d’air comprimé se dirigeant vers le souterrain, jj. Conduite d’injection des trous de mine. D. Séchour d’air. E. Vannes d’arrêt. F. Régulateur de pression minium. — 3. Compresseurs à colonne d’eau, f. Conduite d’eau des machines à colonne d’eau. — 4. Aspirateur à cloches, g. Conduite d’eau commandant les cloches aspirantes. — 5. Ateliers de réparations de machines, h. Conduite d’eau de la turbine des ateliers. — 6. Fonderie. — 7. Forges pour burins de perforatrices et autres pièces. — 8. Hangar d’essai des perforatrices. — 9. Marteau-pilon, — 40. Scierie. — 44. Vestiaires pour visiteurs et ouvriers. — 42. Magasins.
- tion, avec hôtels confortables, postes et télégraphes, journaux français et autres. On y danse, on y joue, on s’y tue même à coups de couteau ou de revolver. Le bruit n’y manque certes point. Tantôt, c’est le sifflet de la locomotive, tantôt la détonation sourde et sévère de la roche, couvrant la voix des mineurs qui reviennent du tunnel en chantant « l’hymne à Garibaldi » ou quelque vieux refrain populaire de l’autre côté des monts.
- Au sorlir du village, avant de gravir le premier lacet de la route qui s’engage dans l’étroit défilé des
- Schœllenen, au pied même du massif granitique qu’entaille la perforatrice, on aperçoit, dans tout son entier, le chantier d’exploitation du tunnel. Aidé par les deux gravures que nous plaçons en regard, et qui représentent, l’une la reproduction photographique la plus récente de l’ensemble du chantier, l’autre le plan topographique correspondant, le lecteur pourra suivre facilement la description que nous allons faire du chantier de Gœschenen. Il nous a été toutefois impossible de faire entrer dans le cadre de notre dessin les prises d’eau d’ali-
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- mentation des grandes turbines, situées à près d’un kilomètre de l’embouchure du tunnel.
- Toute notre attention doit se concentrer en première ligne sur le bâtiment des compresseurs d’air. Ces cinq machines, d’une dimension relativement restreinte, commandent le travail. Ce sont elles qui soufflent, dans l’intérieur du souterrain, par l’intermédiaire des conduites, l’air comprimé qui dirige le battement du fleuret percuteur des perforatrices. Que les compresseurs viennent à s’arrêter, le tunnel reste inactif. On peut dire qu’ils sont l’âme du grand percement.
- Dans les premières machines, installées au tunnel du Mont-Cenis, l’air atmosphérique était alternativement aspiré et comprimé par le double mouvement ascendant et descendant imprimé à une colonne d’eau verticale par un piston horizontal immergé. Ce système de compresseur a été employé au Gothard pendant la première année de perforation (mars à décembre 1873), en attendant la pose des machines définitives et des conduites d’eau. Le compresseur hydropneumatique, système Colladon, en activité aux deux têtes du tunnel, permet de comprimer l’air directement, à sec, et d’annuler en même temps
- Les chantiers d’exploitation du tunnel du Saint-Gotliard. Côté nord, Gœsehenen. A. Entrée du tunnel. (D’après une photographie récente.)
- les effets nuisibles de l’élévation de température due à la compression, tout en supprimant le matelas liquide des machines primitives de Sommeiller.
- Le fonctionnement du compresseur est le plus simple du monde. L’air atmosphérique, après avoir pénétré dans le cylindre, par deux soupapes d’aspiration placées à la partie supérieure de chacun des deux couvercles antérieur et postérieur, en ressort comprimé à la pression voulue par trois autres orifices à soupapes, de section plus restreinte que les précédentes, et placées à la partie inférieure des mêmes couvercles. Après avoir déposé, dans un réservoir situé à proximité des cylindres compresseurs, l’eau de refroidissement qu’il a entraînée avec lui, le fluide comprimé se rend, par une conduite en fer, dans les grands réservoirs, où il est
- emmagasiné pour le service des perforatrices du souterrain, ou d’autres engins mécaniques utiles à l’exploitation, tels que le marteau-pilon, et surtout la locomotive à air comprimé, déjà décrite dans un des précédents numéros de la Nature1.
- Différentes dispositions sont affectées au refroidissement du fluide comprimé. Le plus souvent, le piston, qui, par son mouvement de va et vient, comprime l’air dans le cylindre, et sa tige prolongée à l’arrière, sont creux; leur intérieur est constamment refroidi par un jet d’eau fraîche amenée par un tube placé dans l’axe de la partie creuse de la tige. Les compresseurs de Gœsehenen et d’Airolo sont établis sur ce principe. A Airolo, les cylindres sont
- 1 Voy. la Nature, n° 145, du 11 mars 187G
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- LA NATURE.
- en outre construits de telle façon qu’une circulation d’eau non interrompue puisse être établie dans l’enveloppe métallique elle-même. L’eau d’injection est prise sur la grande canalisation des turbines , qui utilise une chute totale de 93 mètres ; avant d’arriver au cylindre compresseur, cette eau, qui doit être parfaitement pure, traverse un réservoir-filtre établi dans l’aqueduc qui recouvre les conduites. Tout récemment, on a inauguré, sur les machines de Gœschenen, un nouveau système de refroidissement de l’air très-ingénieux. Devant chaque soupape d’aspiration, on phce un godet dans lequel tombe continuellement un filet d’eau froide ; quand la soupape s’ouvre pour l’aspiration, l’eau est entraînée avec l’air et le refroidit. La seringue d’injection par la tige, ainsi que le refroidissement circulaire dans l'enveloppe même des cylindres, se trouve ainsi supprimée.
- Vingt-trois cylindres, comprimant par heure 1200 mètres cubes d’air à 8 atmosphères, fonctionnent sur les chantiers de Gœschenen et d’Airolo. Us sont partagés en sept groupes, dont cinq de trois cylindres, ou 15 cylindres de 0,420 de diamètre et 0,650 de course, et deux groupes de deux cylindres, soit 4 cylindres de 0,620 de diamètre et 0,900 de course. A ces 19 cylindres viennent s’ajouter 4 petits compresseurs, établis spécialement pour les locomotives à air. Ils aspirent actuellement l’air à la pression atmosphérique, et le compriment à 11 atmosphères ; dès que le service de traction aura atteint un mouvement suffisant, ils aspireront l’air déjà comprimé à 7 atmosphères par les grands cylindres, et le rendront comprimé à 12 atmosphères. L’installation tout entière des 23 cylindres est actionnée par 6 turbines Girard, desservies par la grande conduite métallique qui descend du val des Schœllenen.
- Avant de se rendre aux réservoirs, la provision d’air pomprirn^ par les grands cylindres s’augmente encore du fluide comprimé par les deux compresseurs à petite vitesse, système Sommeiller, autrefois actionnés par une machine à vapeur remplacée aujourd’hui par une machine à colonne d’eau. Sur le parcours de la conduite, à l’entrée et à la sortie des deux grands réservoirs, sont installées deux vannes d’arrêt et un régulateur de pression minima. Le •rôle de ce régulateur est particulièrement utile. Lorsque, par une cause quelconque, le plus souvent par les débris de l’explosion, la conduite d'air est brisée dans le souterrain, les compresseurs, qui alors fonctionnent à vide, prennent instantanément une marche accélérée, pouvant dépasser la vitesse extrême assignée d’avance parle constructeur, avant même qu’on ait le temps de fermer les vannes des turbines. Le régulateur automatique a pour mission de fermer la conduite lorsque la pression descend au-dessous d’une certaine limite, et l’excès de vitesse n’est alors plus à redouter.
- Notre visite au batiment des compresseurs une fois terminée, tout l’intérêt se concentre sur les ins-
- tallations hydrauliques qui commandent le mouvement des six grandes turbines. La prise d’eau avec son réservoir-dépotoir, où l’eau troublée de la Reuss dépose les matières étrangères, neige ou roehes désagrégées, qu’entraîne un courant torrentiel d’une pente de 10 %, sont situés à près d’un kilomètre en amont de la bouche du tunnel. La chute totale est de 93 mètres. La dernière des cinq chambres du réservoir déverse l’eau dans une conduite en tôle de 0,85 de diamètre, longeant la route du Gothard. A 150 mètres du bâtiment des compresseurs, cette conduite se bifurque, au moyen d’une culotte en fonte, en deux branches, de 0,62 de diamètre, qui s’engagent dans l’aqueduc voûté du bâtiment des compresseurs. La première de ces deux branches dessert deux turbines, la seconde les quatre autres. La longueur totale de la conduite, depuis la prise d'eau jusqu’au bâtiment des turbines, est de 800 mètres. Le volume d’eau réparti est d’environ 1200 litres par seconde.
- Ce qui nous reste à décrire rentre dans la vie ordinaire d’un chantier de construction afférent à une œuvre aussi colossale que celle du seûond percement des Alpes, à laquelle une armée de près de deux mille ouvriers, mineurs, mécaniciens, forgerons, charpentiers, travaillent sans relâche. Ici, ce sont les ateliers de réparations de machines, avec leur façade encombrée d’affûts, de perforatrices, fie pièces de compresseurs, que le dur travail a courbés sans merci. Derrière, flambent les forges à burins. Tout près, le marteau pilon bat ses coups réguliers et sourds. Plus loin, ce sont les poudrières, légers bâtiments en planches, isolés parmi les éboulis de la montagne, où sont amorcées les carlonches de dynamite destinées au sautage de la roche après l’explosion. Nous parcourons encore les cantines, la cité ouvrière, l’hôpital, les ateliers des menuisiers, des charrons où se confectionnent, les cintres pour la voûte, où l’on répare les wagons à déblais. Nous croisons sur nos pas les conduites d’air ou d’eau d’injection des trous de mine, que nous voyons s’enfoncer dans le tunnel. Au-dessus de l’ouverture, c’est le bâtiment des ventilateurs, où, dansunmois, les énormes cloches en tôle, de 5 mètres de diamètre, vont aspirer à pleins poumons l’air vicié par la fumée des explosions souterraines.
- Tout ce chantier est plein d’une activité fébrile. Les wagons remplis de burins pour les perforatrices roulent et cahotent sur les voies de service, comme avec un bruissement de bataille; les compresseurs font vibrer leur souffle puissant ; le fer rougi se tord sur l’enclume,
- Semant sur les bras nus ses étincelles d'or.
- Devant nous, dans l’obscurité muette du souterrain, les llammes pâlies s’éloignent avec untremblot-tement confus. A nos pieds, la Reuss bouillonne, déferlant son écume blanche sur les ferrailles entassées qu'elle baigne et découvre à mesure, boulons,
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- roues, tringles, cylindres, conduites, tout cela écorné, écrasé, déchiqueté', dans le rude combat que l’homme livre à la nature au cœur de la montagne. Nous regagnons le sentier qui monte au village de Gœschenen. Un train de wagonnets chargés de déblais débouche du tunnel et passe vivement devant, nous, remorqué par la locomotive à air. il s’en va grossir la masse des débris, arrachés depuis trois années aux entrailles du Saint-Gothard.
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement. —
- Elles vivent appliquées contre les pierres gluantes, dans les endroits où le courant est rapide, et elles attaquent leur proie à force ouverte. D’autres, de même forme à peu près que les précédentes, mais moins bien armées, se tiennent en embuscade dans la vase où elles aiment à ramper. Enfin, celles qui sont habituées à nager trouvent dans leurs soies caudales munies de longues cils, et dans les feuillets membraneux attachés aux six ou sept premiers anneaux de leur abdomen, des instruments parfaitement appropriés au genre de mouvement qu'elles doivent exécuter. Celles-là guettent leur proie et cherchent à s’abriter parmi les herbes aquatiques.
- LES ÉPHÉMÈRES •
- (Suite et fm. — Voy. p. 10.)
- les éphémères a l’état de larve, —~ leur industrie ET LEURS MŒURS. -- (( l’UYPERMÉTAMORPHOSE ))
- CONSTATÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS CHEZ LA JEUNE LARVE.
- DIFFÉRENTES SORTES DE LARVES.
- A l’état de larves, les Ephémérines vivent toutes au sein des eaux. Les unes sont fouisseuses (Ephe-mera Palingenia) (fig. 1); d’autres sont marcheuses [Baëtis, Potamanthus), d’autres enfin nagent avec facilité (Chloë) (fig. 2).
- Fig. 1. — Nymphe de Valingenia Fig- 2. — Chloë bioculata. Rœselii (Ein. Joly). Grossi. (D’après Blanchard.)
- Les premières, au corps long et cylindriques, peuvent creuser des galeries dans la terre humide, au moyen de leurs robustes mandibules en crochet munis d’épines, et de leurs pattes fortes, élargies et tranchantes. Les secondes, c’est-à-dire les larves marcheuses, ont le corps large et aplati, les pattes assez grêles et incapables de fuir.
- DESCRIPTION DES LARVES.
- Dans la description qui va suivre, nous aurons surtout en vue YEphemera vulgata et la Palingenia virgo, dont les larves sont fouisseuses par excellence.
- Tête. — De figure à peu près cylindrique ou légèrement aplatie, la tête est munie de cinq yeux encore très-imparfaits, dont quatre, disposés par paires sur les bords latéraux, et le.cinquième tout près du bord antérieur, entre les deux antennes. Celles-ci sont longues, multi-articulées et assez fortement velues.
- Fig. 3. — Molette de Réaumuf, Fig. 4. — Mandibule, hase de la mandibule. (D’après Pictet.)
- Bouche. — Quant à la bouche, elle se compose, comme chez les insectes broyeurs, d’une paire de robustes mandibules (fig. 3 et 4) formées elles-mêmes d’un crochet épineux, saillant, portant à sa base une pièce dentelée que Réaumur compare à une demi-molette d’éperon, et M. Pictet à une dent molaire d’éléphant. Ces mandibules servent non-seulement à broyer les aliments dont la larve doit se nourrir, mais encore et surtout à creuser la galerie souterraine et aquatique tout ensemble, où elle doit s’abriter et que nous décrirons bientôt.
- Au-dessous de ces organes, tout à la fois manducateurs et fouisseurs, on choires et trouve une paire de maxilles ou mâ- 8011 palpe*
- choires (fig. 5) en forme de brosses convexes extérieurement, et garnies, a leur côte in** terne, d’un grand nombre de poils raides qui, en
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- s’entre-croisant lors du rapprochement latéral des mâchoires, constituent une espèce de crible à travers lequel l’insecte tamise la terre qui contient l’aliment, à peu près comme la baleine, s’il est permis de comparer les colosses aux pygmées, tamise l’eau qui lui apporte les myriades de mollusques, de crustacés et d'acalèphes, ou orties de mer, dont elle fait sa proie habituelle. Les brosses dont il s’agit sont fixées sur un long pédicule, portant à sa base un palpe court, tri-articulé, organe de tact très-délicat.
- Au-dessus des mandibules, un labre Fig. 6.—Labre, quadrangulaire, échancré en avant et sur ses boçds latéraux (fîg. 6) ; au-dessous des mâchoires, une lèvre inférieure à base quadrangulaire, flanquée de chaque côté de deux pièces plus ou moins arrondies (fig. 7) ; enfin deux palpes tri-articulées complètent l’armure buccale.
- Thorax. — Chacun des trois segments dont il se Fig. 7. - Lèvre inférieure. . compose porte une paire de pattes de longueur et de force inégales. Celles de la première paire, plus spécialement destinées à fouir, sont larges, aplaties, armées de soies raides et de crochets robustes, configuration qui leur permet d’agir simultanément ou successivement, à la façon d’une rame, d’une pioche, d’un crible et d’un râteau (fig. 8).
- Fig. 8. — Une patte (1" paire) de la Palingenia virgo, âgée de six mois. Grossf.
- Moins fortes et moins ciliées, les deux autres paires de pattes servant à la marche au fond de l’eau, mouvement d’ailleurs assez rare chez nos insectes.
- Abdomen. — Il est long, cylindrique et légèrement échancré vers son extrémité postérieure. On y compte neuf anneaux, dont le dernier est muni de
- trois longues soies divergentes, composées d’articles nombreux, garnies de poils très-fins, disposés à la manière des barbes d’une plume. C’est là une sorte de gouvernail destiné à régulariser la locomotion de l’insecte au sein des eaux.
- ORGANES RESPIRATOIRES OU FAUSSES BRANCHIES.
- Six paires de rames puissantes, placées sur les six premiers anneaux de l’abdomen, servent non-seulement à la locomotion, mais encore et surtout à la respiration de l’air dissous dans l’eau. En forme de houppes chez les Ephémères, ressemblant à deux feuilles frangées et superposées chez les Palingénies, ces organes sont constitués par une membrane très-mince, repliée sur elle-même, dans la duplicature de laquelle des trachées émanant des gros troncs latéraux, qui portent l’air dans tous les organes, viennent étaler leurs branches, leurs rameaux et leurs ramuscules les plus ténus.
- Quelle abondance, quelle richesse, quelle variété dans la distribution de ces canaux aérifères ! Que de précautions prises par la nature pour protéger ces organes délicats et à fonctions multiples ! Souvent à nu, comme les branchies des têtards de grenouilles au moment où ils sortent de l’œuf (Ephemera, Palingenia Chloë), on les voit, dans le genre Cœnis, recouvertes par un double opercule mobile, fixés à la partie supérieure de l’abomen1. Chez le prétendu
- Fig. 9. — Prosopistoma punctifrons de la Garonne.
- crustacé désigné par Latreille sous le nom de Prosopistoma2 (fig. 9 et 10), ces mêmes branchies tra-
- 1 Voir dans le Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Toulouse, t. IV, p. 14i et suiv., pl. III, la description détaillée que le docteur Em. Joly a donnée du curieux appareil que nous ne pouvons indiquer ici qu’en passant.
- 2 Nous croyons avoir prouvé, mon fils Émile et moi, que le
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- chéennes sont protégées par une véritable carapace analogue à celles des tortues, ou mieux encore au bouclier céphalothoracique du Limule ou de YApus cancriformis.
- Fig. 10. — Cæcums branchiaux du Prosopistoma.
- Mais revenons à la larve du. Palingenia.
- la jeune larve et ses métamorphoses.
- Au moment où elle sort de l’œuf, cette larve est dépourvue de plusieurs organes qui sembleraient
- Fig. 11, —Jeune larve do Palingenia virgo, quelles jours après sou éclosion.
- essentiels, indispensables à la vie, et dont l’apparition tardive a lieu de nous surprendre. Ainsi, elle n’a d’abord ni système nerveux visible, ni appareil
- Prosopistoma de Latreille est un véritable insecte, appartenant, selon toute probabilité, à la famille des Éphémérines. Malheureusement nous n’avons pu encore voir éclore l’insecte parfait. Après avoir un moment combattu notre opinion, MM. Westwood et Mac-Laclan, de la Société cntomologique de Londres, se sont rangés de notre avis.
- Voir dans les Annales des sciences naturelles, t. XVI, t>° série, notre Mémoire intitulé : Études sur le prétendu cru-
- circulatoire, ni organes spéciaux pour la respiration. Sa bouche est moins bien armée,_ et ses pattes sont moins vélues que chez l’insecte parfait. Ses antennes n’ont ni le même nombre d’articles, ni la villosité qu’elles acquerront plus tard (lig. H).
- Quant aux branchies trachéennes, si richement pourvues d’air chez la larve adulte, elles n’existent pas, dans le principe, chez la larve qui sort de l’œuf.
- Un peu plus tard, elles y apparaissent sous la forme de petits cæcums tubuleux (lig. 12), placés dans l’angle postérieur des six premiers anneaux de l’abdomen. Ces fausses branchies, en forme de tube, sont d’une transparence cristalline, comme l’est celle du corps tout entier. Sa longueur alors ne dépasse pas un millimètre et demi.
- Quinze jours après, les branchies tubuleuses se sont converties en sacs aplatis, allongés, comme peetinés à leur extrémité libre, et déjà parcourus par de fines tra-chéoles (lig. 13, 14). La circulation n’existe pas encore. Un mois ou cinq semaines après la naissance, les tubes ou cæcums branchiaux primitifs sont devenus des lamelles en ovale très-allongé, frangées sur leurs bords et laissant voir, grâce à leur parfaite transparence, le tronc axai trachéen, qui se relie avec un tronc plus considérable, lequel longe, avec son congénère, les deux côtés de l’abdomen (fig. 15). En-lin, lorsque la larve de Palingénie a atteint sept millimètres de longueur (environ cinq mois après sa naissance) ses organes respiratoires sont formés de deux lamelles transparentes, superposées l’une à l’autre et richement frangées sur leurs bords (lig. 16). A cette époque, le vaisseau dorsal existe, la circulation est établie depuis longtemps, et l’on voit les corpuscules sanguins cheminer plus ou moins rapidement vers les parties latérales du corps, et d’avant en arrière, pour rentrer dans le vaisseau dorsal, lequel doit les emporter à son tour dans le sens opposé, c’est-à-dire d’arrière en avant1.
- stacé, an sujet duquel Latreille a créé le genre Prosopistoma, et qui n’est aut re chose qu’un véritable insecte hexapode ; et dans la Revue des sciences naturelles du docteur Em. Du-breuil, t. IV, nos nouvelles recherches tendant à établir que le prétendu crustacé, décrit par Latreille sous le nom de Prosopistoma, est un véritable insecte de la tribu des Éphémé-ÎUJS'ES.
- 1 C’est au docteur C. G. Carus que l’on doit la première
- Fig. 12.
- Cæcums branchiaux.
- Fig. li.
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- Il y a donc ici un fait très-curieux d'hyperméta-morpliose, qui avait échappé jusqu’à présent à l’attention des naturalistes, et que nos études sur l’embryogénie de la Palingénie vierge nous ont permis de constater. Il demeure donc bien établi que la jeune larve de celte espèce, et très-probablement celle des autres Ephémérines, subissent, à partir de l’éclosion de l’œuf jusqu’au moment de la nymphose, des changements analogues à cenx que Siebold a constatés chez les Strepsip-lères, que nous avons retrouvés nous-même chez les OEslrides , et que Fabre , d’Avignon, a signalés chez la larve des Meloë.
- Swammerdam a donc eu tort de dire que la larve
- Fig. 16 (avec fig. lo, U et 15). - Branchies trachéennes de la jeune larve de la Palingenia virgo, à divers degrés de développement. Grossi.
- des éphémères, au moment qu’elle sort de l’œuf, ne diffère en rien de la larve adulte.
- Quant à la durée de l’incubation de cet œuf, l’illustre naturaliste de Leyde prétendait qu’elle était inconnue des hommes. Nous avons constaté que six mois au moins, sept mois au plus (cela dépend de la température) sont nécessaires pour l’éclosion.
- MŒURS ET INDUSTRIE DES LARVES FOUISSEUSES.
- Occupons-nous maintenant des faits et gestes de nos insectes pendant leur vie aquatique.
- Mineuses par nature, armées d’instruments admirablement appropriés à ce genre d’industrie, les larves des vraies Ephémères (Ephemera vulgata, Patingenia virgo) se creusent des galeries cylindriques dans la partie des berges de nos fleuves qui est baignée par l’eau. Ces galeries, bien décrites par Réaumur, ont la forme d’un tube en U horizontal, dont les deux orifices, quelquefois confondus en un seul, viennent s’ouvrir à l’extérieur, assez près run de l’autre. La larve d’Ephémère a donc « une porte pour entrer chez elle, une porte pour en sortir. » (Réaumur).
- Les trous dont il s’agit, ordinairement très-nombreux dans la terre assez souvent compacte et argileuse des laïus qui bordent nos rivières, sont creusés à l’aide des pattes fouisseuses et des organes de la manducation précédemment décrits. Si l’insecte a été obligé de se
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- construire sa demeure dans une terre un peu graveleuse, il a soin d’en enduire les parois avec une terre beaucoup plus fine, afin d’éviter les éboulements ou les frottements qui pourraient blesser son corps délicat. Ce logement s’agrandit proportionnellement à la taille de l’hôte qui l’habite ; mais son diamètre ne dépasse pas 5 ou 6 millimètres, et sa longueur, deux fois le corps de l’animal (fig. 17).
- HABITATION DES NYMPHES.
- L’habitation des nymphes est identique à celle des larves, sauf les dimensions en tous sens, qui sont, on le conçoit, un peu plus considérables pour les premières.
- Si le niveau de la rivière vient à baisser, l’insecte se met courageusement à l’œuvre, et, afin que sa demeure soit toujours remplie d’eau, condition essentielle de son existence, il creuse une autre galerie située plus profondément que la première, et quèl-
- démonstration bien nette d’une circulation sanguine chez les insectes. On pourra donc, à ce sujet, consulter avec fruit son mémoire intitulé : Entdeckung eines cinfachen vom Herxen aus beschleunigte. Blutkreislaufes in dm Larven netz-flüglicher Insecten. — Leipzig, 1827. —Voir aussi le savant mémoire de Verloven, d’Utrecht, sur le même sujet. 1844,
- Fig. 17. — Nid d’une jeune larve de P. virgo, fortement grossi.
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- quefois dirigée dans le sens vertical, afin d’atteindre plus facilement la surface liquide et d’en maintenir le niveau à une hauteur convenable pour qu’il puisse y vivre et s’y mouvoir en pleine sécurité.
- RÉGIME DES LARVES ET DES NYMPHES.
- On s’est demandé naturellement quel était le genre de nourriture des larves d’Ephémères. L’examen microscopique du contenu de leur tube digestif donne la réponse à cette question.
- Comme on n’y trouve ordinairement que des molécules terreuses plus ou moins grossières, on en a conclu que ces insectes, à l’état de larves, n’ont pour aliment que les particules organiques mêlées au limon qu’elles ingèrent dans leur estomac; mais nous pensons qu’elles se procurent une nourriture plus substantielle ; car nous avons trouvé dans leur intestin des débris d’insectes et de végétaux aquatiques.
- D’autres larves sont décidément carnassières ; celles des Baëtis et des Chloë sont dans ce cas.
- MUES DES LARVES.---DURÉE DE LA VIE AQUATIQUE.
- Avant d’arriver au moment de la nymphose, les larves d’Ephémères et des Palingénies changent plusieurs fois de peau. La durée de leur vie aquatique serait de deux ans, selon Réaumur, de trois ans, d’après Swammerdam (au moins pour la Palingenia longicauda). La difficulté grande d’élever ces animaux en captivité nous a empêché jusqu’à présent de savoir lequel de ces deux naturalistes également habiles est dans le vrai. Nos observations personnelles, bien qu’incomplètes encore, nous font incliner vers l’avis de Réaumur1.
- NYMPHE DES ÉPHÉMÈRES.
- La nymphe ne diffère de la larve adulte que par une taille un peu plus forte, une couleur plus sombre et la présence de quatre étuis pour les ailes, fixés sur les deux derniers segments du thorax. Mêmes instincts, mêmes habitudes, mêmes mouvements sous les deux états.
- MUES DE LA SUBIMAGO ET DE u’iMAGO.
- Il en est tout autrement de l’insecte parfait : mais, nous l’avons vu, avant d’arriver à sa dernière mor-phose, il ne lui suffit pas de briser l’enveloppe extérieure de la nymphe d’où il est sorti, et dont il continue l’existence sous une forme nouvelle ; il lui faut encore, en vertu d’une exception unique parmi les insectes, se dépouiller du tégument semi-opaque qui emprisonne tout son être, en gêne un peu les mouvements et en ternit l’éclat : Opération délicate et pleine de périls, que l’animal, guidé par son iustiuct, exécute presque toujours de la manière la plus heureuse pour lui et sa postérité. Voici comme il s’y prend.
- A peine la peau de la nymphe s’est-elle fendue
- 1 D’autres Éphémémxes semblent parcourir en un an, et même en six mois, le cycle entier de leurs métamorphoses : tel est, par exemple, le genre Ba'èhs.
- sur sa partie dorsale pour donner issue à l’hôte léger qu’elle abrite encore, celui-ci retire de leurs fourreaux sa tête, ses pattes, son abdomen et les soies qui le terminent, en ayant soin de prendre son point d’appui sur la dépouille qu’il va quitter pour toujours, et qui flotte, comme une coque vide, ou comme une petite nacelle, à la surface de l’élément liquide où il a vécu si longtemps de sa vie aquatique1. Enfin, il agite, déplisse, étend ses ailes, et prend son vol dans l’espace.
- Fig. 18. — Embryon de Palingenia virgo, extrait de l’oeuf peu de jours avant son éclosion.
- Mais malheur à l’Ephémère, si le frêle esquif qui la porte vient à sombrer ! Mouillées par l’eau, ses ailes délicates ne peuvent pas la soutenir dans les airs, et, toute vivante encore, elle deviendra la proie des poissons.
- S’il a réussi, au contraire, à se tirer habilement de sa prison, l’insecte va se fixer sur quelque plante voisine où, une heure ou deux après avoir rejeté sa première dépouille, il se débarrasse encore de la seconde par des procédés presque en tout semblables à ceux qui viennent d’être décrits. De l’état de sub-imago, comme disent les naturalistes, sous lequel il se montrait au sortir de la dépouille de nymphe, il aura passé à celui d'imago, c’est-à-dire d’insecte parfait. Sous ce dernier état, il s’élance de nouveau dans les airs pour y terminer, au bout quelques heures, sa vie plus courte encore que ne l’indique son nom9. Dr N. Joly, de Toulouse.
- Correspondant de l’Institut.
- 1 Assez souvent la nymphe grimpe sur les plantes aquatiques avant de muer, y prend son point d’appui, et évite ainsi le danger dont nous parions en ce moment.
- a Quelquefois le fourreau qui enveloppait toutes les parties de la sub-imago reste attaché à l’extrémité postérieure du corps de l’insecte parfait. De là l’erreur, jadis assez généralement répandue, qui consistait à croire que l’imago et la dépouille de la sub-imago constituaient deux êtres bien distincts, dont l’un était issu de l’autre.
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- CHRONIQUE
- Aéronautique. — La plupart des journaux ont annoncé queM. Gaston Tissandier allait entreprendre une expédition de longue durée, dans la nacelle de l’aérostat le Zénith. Nous croyons devoir démentir cette nouvelle qui est tout à fait inexacte. M. G. Tissandier n’a, pour le moment, aucun projet de voyage en ballon, et la Société française de navigation aérienne n’organise actuellement aucune ascension.
- Réapparition des A pus, leur élevage. — Le
- journal la Nature (1873, t. 1, p. 189, fig. 1 et 2) a expliqué autrefois comment de singuliers crustacés d’eau douce, les Apus, se montrent tout d’un coup en abondance à la suite des inondations. Le fait s’est renouvelé cette année, et on a capturé en abondance pendant la première quinzaine de mai 1876, VApus productus, dans un fossé rempli par la crue de la Seine, près de la porte d’Ivry, entre le glacis des fortifications et un chantier de bois. Pendant longtemps on ne savait ni conserver ni reproduire à volonté ces curieux Crustacés Phyllopodes, qui respirent par des lamelles molles de leurs pattes natatoires. On laissait mourir de faim ces Articulés. Les Apus sont très-voraces et mangent continuellement. U faut leur donner des chairs crues de divers animaux ; sans cette précaution ils se dévorent entr’eux. Les sujets débiles, dont les téguments sont encore mous à la suite d’une mue, et qui sont encore engourdis et peu agiles, servent de proie aux autres. On voit parfois deux Apus, retournés en sens inverse, se rongeant mutuellement le ventre.
- Ils sont presque tous femelles et se reproduisent par-thénogéniquement ; cependant parfois il apparaît des mâles et l’accouplement a lieu. On doit les maintenir dans très-peu d’eau, avec un fond de terre, dans lequel les femelles laissent tomber une foule d’œufs coriaces. Ils meurent presque tous si on laisse l’eau. 11 n’en est pas de même si on retire celle-ci et si on laisse la vase se dessécher. Les œufs se conservent alors très-bien, pendant des années. Si on reverse de l’eau, les petites larves sortent et passent par une série de métamorphoses, dans lesquelles on trouve la forme dite Nauplius, état transitoire de divers crustacés, dont les naturalistes avaient fait autrefois un genre spécial. Ces phénomènes de résurrection sont fréquents chez les Infusoires, les Rotateurs, comme dans les Mucédinées végétales. C’est l’observation des mœurs dans la nature qui a permis aux amateurs l’élevage des Apus, si intéressant pour les aquariums de salon.
- Nous engageons à rechercher les Limnadies, crustacés analogues, mais bien plus rares, où les bords de la carapace infléchis en dessous semblent former une coquille bivalve autour de l’animal. Ils ont été trouvés en France pour la première fois, par Adolphe Brongniart, lors d’une excursion botanique dans la forêt de Fontainebleau. Ils vivaient dans une mare remplie par les pluies, ce qui arrive rarement dans ces bois sablonneux et secs.
- Le tunnel de la Manche. — On a commencé le forage du puits d’exploration qui doit inaugurer les travaux de cette entreprise gigantesque. Ce puits est creusé à Sangate, au cap Blanc-Nez, entre Calais et Boulogne. Il descendra à 100 mètres au-dessous du niveau de la mer, et à son extrémité inférieure on étudiera définitivement la nature de la roche sous-marine, en creusant des galeries qui se prolongeront au-dessous des eaux.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 juin 1876. —Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- M. Cari Vogt assiste à la séance.
- Production de l'ozone. — Jusqu’ici la préparation de l’ozone est compliquée et ne donne lieu qu’à une très-faible quantité de produit. M. Berthelot dépose sur le bureau un appareil extrêmement simple qui lui permet d’obtenir de l’oxygène, chargé à 8 p. 100 d’ozone, avec la plus grande facilité. Il se compose de deux tubes laissant entre eux un espace annulaire, par où s’écoule l’oxygène et dans lequel éclatent les décharges d’une bobine de Rhumkorf, actionnée par 6 ou 8 éléments de Bunsen. On peut faire arriver l’oxygène à raison de plusieurs litres par minute.
- Le même chimiste, revenant sur la fixation de l’azote par les matières organiques, décrit une expérience dans laquelle une bande de papier mouillée, plongée dans l’azote et soumise à l’effluve électrique, donne lieu à la production de quantités considérables d’ammoniaque qui peut être mis en liberté par la chaux sodée. Le fait peut certainement être appliqué à l’explication des phénomènes de nitrification.
- Glycogénie — Continuant le cours de ses communications, M. Claude Bernard résume aujourd’hui les méthodes propres à reconnaître le sucre dans le sang des animaux et à l’y doser. La vapeur surchauffée, l’alcool et le sulfate de soude sont les trois agents mis le plus souvent en œuvre pour isoler le sérum sucré du caillot, et la liqueur de Fehling, concurremment avec le saccharimètre, fournit le mode de dosage le plus précis.
- Oscillations électriques. — Lorsqu’on interrompt un courant d’induction, on remarque, suivant M. Mouton, dont le travail est analysé par M. Desains, que les deux pôles conservent de l’électricité libre, positive pour l’un et négative pour l’autre.. La quantité de cette électricité croit progressivement jusqu’à un certain maximum, puis diminue pour augmenter de nouveau, de façon à effectuer de véritables oscillations. Des appareils extrêmement délicats ont permis à l’auteur d’évaluer la durée d’une oscillation et de la fixer à quelques billionnièmes de seconde et à reconnaître que les oscillations, comme celles du pendule sont isochrones.
- Chimie organique. — Deux notes de chimie organique sont analysées par M. Wurtz.
- La première, de M. Ilenry, est relative à la fixation de l’acide hypochloreux par le propylène et ne saurait être analysée ici. L’autre est de M. Goppelsrœdder et concerne la constitution du noir d’aniline, obtenu, comme nous l’avons dit antérieurement, par l’électrolyce d’un sel ani-lique en dissolution. La conclusion de l’auteur est une tétramine, c’est-à-dire que la molécule de ce corps renferme quatre atomes d’aniline condensés.
- Histoire de l'ambre. — Nous ne faisons que mentionner la lecture de M. Reboux, sur les objets naturellement contenus dans l’ambre ou succin. Nos explications ne sauraient être bien comprises en l’absence de dessin, et nous croyons savoir que l’auteur prépare une notice illustrée pour les lecteurs de la Nature. Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Laiiure, rue «le Flcurus, 9, à l’aiis.
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- N° 160. — 24 JUIN 1876.
- LA NATURE.
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- LES TROMBES
- L’étude des phénomènes produits par des courants électriques de haute tension montre l’importance du rôle que doit jouer l’électricité dans les trombes. Les expériences suivantes sont particulièrement de nature à le faire l’essortir.
- On fait écouler une veine d’eau salée d’un entonnoir muni d’un robinet communiquant avec le pôle positif d’une batterie de 400 couples secondaires ; le liquide est reçu dans une cuvette où plonge le fil négatif et au-dessous de laquelle se trouve un électro-aimant (fig. 1). Dès que le circuit voltaïque est fermé, la veine apparaît sillonnée de traits brillants à sa partie supérieure et traversée par un filet lumineux à sa partie inférieure ; des étincelles, des globules aqueux illuminés jaillissent aveebruis-sement à son extrémité, de la vapeur d’eau se dégage et le liquide, qui entoure le bas de la veine, prend un mouvement gyratoire en sens inverse de celui des aiguilles d'une montre si le pôle de Vélectro-aimant est boréal, et dans le même sens si ce pôle est austral. Le mouvement est rendu visible par des corps légers répandus à la surface du liquide. Si l’on raccourcit la veine, de manière à éviter toute solution de continuité à sa partie inférieure, les signes électriques et lumineux disparaissent presque complètement ; le liquide s’échauffe néanmoins, comme l’atteste une légère vapeur, et le mouvement gyratoire est encore plus net et plus rapide. En allongeant de nouveau la veine, les manifestations électriques et lumineuses reparaissent comme auparavant.
- Cette expérience reproduit les principaux effets des trombes, le bruissement qu’elles font entendre, le brouillard qui se forme autour d’elles, les éclairs qui les sillonnent,, les globes de feu qui apparaissent quelquefois à leur extrémité, de sorte que ces météores peuvent être comparés à des électrodes de liquide ou de vapeur, desquelles s’échappent vers le sol ou la mer les puissants courants électriques des nuées orageuses ; et, s’il n’eu résulte pas d’effets foudroyants c’est que la nuée |
- i' année. — 2e semestre.
- conductrice les accomgagne jusqu’au sol, et qu’il n’y a point, dans ce cas, décharge électrique proprement dite, non plus que dans les conditions qui précèdent. La même expérience montre que le mouvement gyratoire des trombes peut être attribué à l’écoulement du flux électrique sous l’influence magnétique du globe, car il a lieu précisément dans le même sens que ci-dessus, c’est-à-dire en sens inverse de la 7'olation des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère boréal, et en sens direct dans l'hémisphère austral.
- Si l’on considère que ce sens est aussi celui du mouvement des cyclones, que la rotation de ces grands courants aériens a lieu en spirales d’après les diagrammes de nombreux navigateurs, à l’instar des mouvements électrodynamiques eu spirales que j’ai décrits précédemment1, si l’on ajoute que ces mouvements gyra-toires sont accompagnés des manifestations électriques les plus intenses, à leur naissance dans les régions intertropicales, il est permis également de les attribuer à la rotation même des courants électriques de l’atmosphère auxquels les nuages servent de conducteurs mobiles, et dont le mouvement se communique aux masses d’air qui les entourent.
- Cette expérience prouve encore que les trombes, alors même qu’elles ne sont accompagnées d’aucun signe électrique, peuvent être néanmoins chargées d’électricité, et devoir leur mouvement gyratoire à la présence même de cette électricité. C’est quelles forment, dans ce cas, un conducteur assez parfait pour que le flux électrique puisse s’écouler sans se transformer en chaleur et en lumière.
- La même expérience établit enfin que les trombes doivent être chargées d’électricité positive; car, si elle était négative, le mouvement gyratoire aurait lieu en sens inverse de celui qu’on observe dans chaque hémisphère.
- La formation même des trombes ou la descente de ces appendices nuageux vers le sol a été rapportée par Brisson et Peltier à une attraction électrostatique entre les nuages et la terre. On peut ajouter à cette force attractive bien naturelle une action de 130, p. 413; 27 novembre 1875.
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- Fig. 1. — Expérience reproduisent les effets des trombes.
- Fig, 2. — Mascaret électrique ou formation de vagues liquides par l’écoulement d’un puissant courant d'électricité dynamique.
- Fig. 3. — Pompe voltaïque ou effet d’aspiration produit par un courant électrique de haute tension.
- Voy la Nalur*
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- transport, comme l’électricité dynamique en offre de nombreux exemples, et qui tend à faciliter l’écoulement de l’eau du nuage électrisé. L’agitation du liquide, le bouillonnement des eaux au point où ces météores rencontrent la surface de la mer s’expliquent non-seulement par le mouvement descendant lui-même, mais aussi par l’action du flux électrique qui peut repousser ou soulever des masses liquides comme un souffle ou un vent impétueux. Si on appuie en effet, l’électrode positive contre les parois du vase d’eau salée communiquant avec le pôle négatif, on observe, outre des sillons lumineux et des jets abondants de vapeur, un violent remous du liquide, formant une sorte de mascaret électrique, qui élève l’eau à la hauteur de 1 centimètre et demi au-dessus de son niveau. Quand le flux rencontre sur certains points des inégalités de résistance, il se divise et fait naître plusieurs monticules aqueux, comme l’indique la figure 2.
- Mais il peut se produire en même temps, quelque paradoxal que cela semble, des phénomènes d’aspiration très-marqués dont quelques expériences, faites précédemment avec des corps solides, ont déjà donné une idée1, et qui déterminent ici l’ascension d’une colonne liquide sous l’influence de l’écoulement de l’électricité dynamique.
- En introduisant le fil positif dans un tube capillaire, à une certaine distance de l’orifice inférieur, le liquide s’élève rapidement à 25 ou 50 centimètres de hauteur, et retombe en nappe sillonnée de traits brillants et de jets de vapeur (fig. 5). On constitue ainsi une pompe voltaïque, dans laquelle le vide formé résulte de la production et de la condensation de la vapeur autour de l’électrode. Les effets lumineux observés à l’extérieur et à l’intérieur du tube proviennent de ce que le flux électrique s’écoule à la fois par la partie supérieure et la partie inférieure.
- On conçoit donc que, dans les trombes qui offrent souvent une apparence tubulaire, le passage de l’électricité détermine des effets d’aspiration très-énergiques, qui, s’exerçant sur toute la longueur de la colonne électrisée, peuvent élever l’eau à une hauteur indéfinie, et font désigner aussi ces météores sous le nom de pompe ou de siphon, dans certaines parties du monde. L’eau aspirée peut provenir des parois du canal vaporeux lui-même, et l’on s’explique ainsi l’observation faite sur l’absence de sel dans l’eau retombant des trombes marines.
- Les travaux de Peltier ont déjà montré les analogies des trombes avec les effets de l’électricité statique ; mais les phénomènes présentés par de forts courants d’électricité dynamique, réunissant à la fois la quantité et la tension, semblent se rapprocher plus encore des conditions de la nature, et je crois pouvoir conclure de cette étude expérimentale que les trombes sont de puissants effets électrodynami-
- 1 Yoy. la Nalure.no 153, p. 553 ; G mai 1876.
- quesproduits par les forces combinées de l'électricité atmosphérique et du magnétisme terrestre L
- Gaston Planté.
- une
- EXCURSION AU YOLCAN DE LA RÉUNION
- Le volcan de la Réunion, entouré et comme défendu par de grandes murailles circulaires taillées à pic sur plus de 100 mètres de hauteur qui forment ce qu’on appelle les enclos, n’est guère accessible que de deux côtés, par les hautes plaines de l’intérieur ou par le Grand-Brûlé, c’est-à-dire en partant du bord de la mer pour gravir directement les pentes mêmes du cratère.
- Loin de vouloir s’éteindre, comme on l’avait supposé, ce volcan est au contraire d’une grande activité et presque tous les ans déverse des torrents de lave dans cette partie occidentale de l’île qu’on nomme le Grand pays brûlé; ses coulées arrivent parfois jusqu’à la mer et forment alors sur plus de 2000 mètres de hauteur une véritable cascade de feu qui peut atteindre, comme en 1844, 900 à 1000 mètres de largeur. Mais ces éruptions considérables sont heureusement fort rares, elles ne se voient qu’à 6 ou 8 ans d’intervalle et le plus souvent les laves s’arrêtent à 1000 ou 1500 mètres de l’orifice même du cratère. Vers la fin du mois d’août. 1874 de fortes détonations, des trépidations soudaines du sol firent présager une éruption d’une grande violence, mais la coulée ne dura que deux jours, dirigée vers le rempart du Tremblet, elle s’arrêta heureusement à 1500 mètres de la route sans causer de grands dégâts. C’est à cette époque que nous arrivions en rade de Saint-Denis à bord du paquebot « le Dupleix ; » aussitôt débarqué j’organisai, avec MM. Rochefort, Cazin et de L’isle, une petite expédition pour faire l’ascension du volcan dans l’espoir d’arriver encore assez à temps pour assister à la fin de l’éruption. Un médecin de Saint-Benoît, M. le docteur Jacob de Corbemoy, qui connaissait cette partie de l’île pour l’avoir souvent explorée, voulut bien nous donner toutes les indications nécessaires et le 1er septembre nous partîmes de Saint-Benoît, pour nous diriger vers la plaine des Palmistes : ce devait être notre première étape.
- Une route carrossable, qui suit la ravine sèche, conduit au petit hameau de Sainte-Agathe, situé à l’entrée de la plaine, à 974 mètres d’altitude. C’est là que nous devions trouver notre escorte, c’est-à-dire un guide créole et des porteurs pour nos instruments et nos vivres. L’île de la Réunion est, on peut le dire, un véritable musée d’ethnologie ; nul pays, je crois, ne montre rassemblé sur un petit espace une pareille diversité de races amenées par l’immigration ou plus anciennement par la traite ; nos
- 4 Extrait des notes présentées à l’Académie des sciences, les I 26 juillet, 11 octobre 1875, et 17 janvier 1876;
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- douze porteurs s’en ressentaient et formaient à eux seuls comme une collection des principaux types de l’île. C’étaient des Cafres aux épaules robustes, des Malgaches aux cheveux tressés en mille petites nattes, bizarrement groupées autour de la tête, puis des Indiens du Malabar et de Calcutta. La plaine des Palmistes est entourée de tous côtés, sauf dans le nord-est, par des remparts à pic qui peuvent atteindre jusqu’à 200 mètres de hauteur et dont les pentes couvertes de végétation forment comme un rideau de verdure semi-circulaire qui masque l’horizon. C’est là une vallée d’effondrement bien marquée et non un ancien cratère comme l’a pensé Bory de Saint-Vincent ; son niveau varie entre 950 et 4100 mètres, elle présente donc un plateau en pente douce dont le sous-sol est constitué par une coulée de lave grisâtre, scoriacée qui se décompose facilement et donne une terre fertile que recouvre une végétation luxuriante.
- De la plaine des Palmistes il nous fallut nous élever à celle dite des Cafres en franchissant le rempart de la Grande-Montée; ce fut une ascension sinon difficile, du moins longue et pénible à cause de l’abrupte du rempart. Partis dès la première heure du jour nous n’atteignions le sommet que vers une heure de l’après-midi, la température était alors de -f-14°, c’est-à-dire moitié moindre de celle qui devait régner dans le bas de l’île. La plaine des Cafres, d’une altitude moyenne de 1600 mètres, forme une partie déclive, une sorte de selle ou de col entre les deux parties de l’île que nous avons distinguées sous les noms de Massif ancien et de Massif l'écent. C’est une plaine assez inégale, inclinée vers le S.-O. c’est-à-dire en sens inverse de celle des Palmistes et formée d’une succession de petits plateaux échelonnés, entrecoupés de monticules arrondis couverts de végétation. Le sol qui résulte de la désagrégation des laves y est très-argileux, aussi toute cette savane présente des pâturages frais pendant la sécheresse et se change en un vaste marécage pendant la saison des pluies ; son étendue en longueur est d’environ deux lieues. Nous devions la traverser en biais pour nous diriger vers ces cônes volcaniques qui forment les pitons des Foi’ges, de Villiers et Dugain et gagner ensuite les hauts de la rivière des Remparts afin d’aller chercher un gîte dans la caverne des Lataniers. Mais dans cette seconde partie de notre course, nos porteurs déjà peu courageux par nature, fatigués par la longueur du chemin et des montées incessantes, nous créèrent de réels embarras. Le froid était devenu très-vif vers la fin de la journée ; ils étaient à peine vêtus, aussi nous les harcelions sans cesse afin d’éviter une halte qui serait devenue fatale et nous menacions d’abandonner dans ces parages inhospitaliers ceux d’entre eux qui s’arrêteraient. Cette menace fut à notre grand regret mise à exécution, il nous fallut abandonner deux des plus récalcitrants au milieu des fourrés inextricables formés par les Ambavillcs, après avoir réparti leurs charges sur
- chacun de nous. Cette résolution fit grand effet sur le reste de la troupe qui reprit sa marche en avant jusqu’à la tombée du jour.
- La nuit nous surprit vers les sommets de la rivière des Remparts avant que nous n’ayons pu atteindre le terme de notre course et nous couchâmes sur le sol nu, dans le lit d’un ravin, au pied d’un monticule couvert de sables volcaniques et de fragments anguleux d’obsidienne. Le thermomètre marquait alors -f- 5°. La toile noire que M. Cazin avait emportée pour faire de la photographie, fut étendue sur nos têtes afin de nous garantir de la brume qui se résolvait en une pluie fine et pénétrante ; nos porteurs se groupèrent autour d’un feu d’herbes sèches, qu’ils entretinrent toute la nuit.
- Le lendemain, au lever du soleil, le sol paraissait comme soulevé tout autour de nous, les objets que nous avions laissés à terre disparaissaient en partie et se trouvaient comme enfoncés jusqu’à moitié de leur hauteur : c’est qu’en réalité chaque particule de sable, chaque fragment d’obsidienne était exhaussé de plusieurs centimètres et supporté par des prismes de glace qui s’étaient formés pendant la nuit au dépens des évaporations du sol. La température était descendue à — 2°. Ce phénomène surprit au plus haut point notre Malgache, pour qui la glace était du reste chose toute nouvelle.
- A onze heures nous atteignions la caverne des Lataniers après avoir été visiter un vaste cratère d’explosion, le cratère Commerson, bien singulièrement situé sur le bord même des magnifiques escarpements qui forment la grande coupée au fond de laquelle coule la rivière des Remparts ; puis de là, nous nous dirigeâmes vers le pas des sables (2586) pour franchir le premier enclos du volcan.
- Le cône volcanique actuel est en effet précédé de deux grands cirques produits par des affaissements qui ont donné lieu à de véritables murailles circulaires taillées à pic sur plus de 100 mètres de hauteur et qu’on nomme les enclos. Il ne reste plus du premier qu’une faible partie ; sa paroi surplombe dans le nord-est la rivière de l’est, dans l’est la plaine des sables ; mais dans le sud on ne le découvre plus aussi facilement, elle se prolonge de ce côté par la grande coupée de la rivière de l’Angevin dont la formation est postérieure.
- La plaine des Sables (2500 mètres environ) que circonscrit ainsi un rempart basaltique, est formée d’une lave noire compacte recouverte d’une couche de petits fragments anguleux assez réguliers de lave vitreuse, souvent épaisse de deux mètres. Dans le lit des petits ravins qui débitent ses eaux on remarque en outre une accumulation considérable de cristaux d’olivine et d’augite qui proviennent de la désagré^ gation de certaines roches rejetées par le volcan et composées presque uniquement de ces deux minéraux. Elle est entrecoupée de cônes de scories aux formes régulières terminés par de petits cratères dont les coulées peu étendues paraissent consolidées de la veille i
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- Il nous fallut en contourner plusieurs avant d’arri- I franchir au pas de Belcombe(2400 mètres). Le dia-ver sur l’arête du deuxième enclos que nous devions | mètre de ce dernier est de 5000 mètres ; il est dis-
- Volc&rt èteiht
- aaoies
- ! PI~d«S»bt«. Fom!ca leo
- I! PaadeBelleçOrnbe
- Enclos du Volcan
- Route de S*?Rose
- Coupe du massif volcanique récent de l’ile de la Réunion,
- posé en fer à cheval et se prolonge dans l’est par deux grandes murailles parallèles qui se nomment d’une part le Rempart du Bois-Blanc, de l’autre le
- Rempart du Tremblet, et circonscrivent le Grand pays brûlé; c’est là le massif du volcan actuel.
- 11 était ciuq heures quand nous atteignîmes le
- Carte de l’ile de la Réunion. D’après M. L. Maillard.)
- haut du rempart, l’abrupte était effrayant et paraissait à pic sur 250 mètres de hauteur. Dans le bas, des laves d’une couleur sombre s’étalent en une
- sorte de plate-forme qui sert de base à la montagne volcanique dont elles recouvrent également les pentes; il s’en détache au pied du rempart un petit
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- cône de scories admirable de conservation, que Bory mica-leo. Malgré l’heure avancée de la journée je ne de Saint-Vincent a nommé pour cette raison le For- pus résister au désir de parcourir cette plaines de
- Le Formica-leo et le piton Bory (cratère éteint), du haut du pas de Belcombe.
- aves, image de la désolation absolue et je tentai la descente avec MM. de l’Isle et Rochefort. En nous ai-
- dant de quelques arbustes qui poussaient comme à regret dans les anfractuosités de cette muraille accore
- L’enclos et le cône du piton de la fournaise (cratère actuel).
- et apres un nombre infini de lacets, nous arrivâmes non sans difficulté, au bas de l’escarpement. Le
- Formica-leo qui, vu d’en haut, paraissait tres-rap-proclié, était encore à plus de 300 mètres de nous et
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- c’est tout au plus si nous eûmes le temps d’arriver jusqu’à lui. C’est un cône três-ëtalé, parfaitement régulier, haut de 15 mètres sur 1000 à 1200 mètres de base, qui présente au sommet une ouverture d’environ 80 mètres et profonde de 6 mètres ; il est entièrement formé de scories aux couleurs vives, noires, jaunes et surtout rouges.
- Le lendemain, après avoir passé la nuit sous une anfractuosité des laves du rempart, exposés à l’humidité et à un vent glacial, nous gravissions les pentes du piton Bory pour arriver jusqu’au cratère brûlant. Notre guide, qui n’avait jamais franchi le pas de Belcombe, ignorait le chemin ; il nous fallut au prix des plus grandes fatigues, en chercher un à travers les coulées de laves tordues, crevassées dans tous les sens. A notre arrivée sur la bouche du cratère tous les phénomènes volcaniques avaient cessé : sur les pentes du cône formé de scories, de rapilli amoncelés se détachait en noir une coulée de lave vitreuse qui s’était fait jour par de nombreuses fissures à 100 mètres environ du sommet. La lave refroidie formait au fond du cratère, véritable puits circulaire profond de 80 mètres environ, comme une croûte solide largement fissurée. Des vapeurs abondantes s’échappaient en divers points des parois qui montraient des coulées alternatives de laves et de scories couvertes surtout vers le sommet d’un enduit blanchâtre formé de cristaux de gypse. La lave de la dernière éruption qui avait pu s’élever jusqu’à l’orifice même du cratère, s’était épanchée au nord-est, vers la plaine des Osmondes, elle était peu étendue, très-scoriacée, d’un noir bleuâtre et tout à fait vitreuse ; elle avait dû être accompagnée ou suivie de projections nombreuses et en particulier d’une pluie de ces fils volcaniques, si fréquemment rejetés par les volcans des îles Sandwich où on les nomme des Cheveux de Pèle', car ces filaments bruns qui ne sont autre chose que des obsidiennes étirées, tapissaient toutes les anfractuosités des laves. Dans les crevasses qui traversaient la dernière coulée, la température était de 50°,7 près de la surface, et de 72° à 2 mètres de profondeur. De la vapeur d’eau et de l’acide chlorhydrique s’en dégageaient par intermittences assez rapprochées ainsi qu’en divers points des escarpements qui précèdent directement le cône volcanique. Un petit enclos qui n’a pas encore été signalé entoure en effet le cratère : ses abruptes sont d’environ 60 mètres. Le massif du volcan se compose ainsi de deux pitons dont l’un plus élevé (2625 mètres) supporte le cratère Bory, éteint depuis le commencement de ce siècle, tandis que l’autre (piton de la Fournaise, 2515 mètres) qui s’est formé après coup, supporte le cratère brûlant. Les produits de ce volcan se composent surtout de laves basaltiques ou vitreuses riches en péridot ; souvent même ce minéral si caractéristiques des éruptions modernes est rejeté par le cratère en masses volumineuses et compactes. Les produits du volcan ancien qui devait autrefois occuper le centre des trois vallées effrondrées de Gilaos, de
- Salazie et de Mafatte sont tout différents : ils se sont épanchés sur un massif trachytique qui ne se voit plus maintenant que dans le lit des torrents qui drainent les trois cirques précités.
- Nos porteurs, que la vue du volcan avait vivement impressionnés, n’avaient pas voulu nous suivre sur les laves ; ils étaient restés au pas de Belcombe et ne voulurent pas davantage au retour se charger des roches et des produits volcaniques que j’avais récoltés. Les uns prétendaient que les pierres étaient assez nombreuses sur le littoral et qu’il était inutile d’en rapporter de si haut, les autres, affectant une superstition grossière, ne voulaient pas toucher à ce qui venait du feu du bon dieu. Il me fallut user de subterfuge et profiter de la nuit pour glisser dans leurs sacs ma collecte de la journée.
- Ch. Vélain.
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- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 2 juin 1890.
- M. Alvergniat fait fonctionner devant la Société un ra-dioscope formé de deux moulinets indépendants et superposés, dont les faces noircies sont opposées et qui tournent en sens inverse.
- M. Govi fait connaître un appareil qui permet de viser, suivant une même direction et dans une même lunette, des objets situés dans des azimuts rectangulaires, par exemple une grandeur à mesurer et une échelle placée dans un plan vertical perpendiculaire à celui qui passe par l’axe de la lunette. Cet appareil se compose de deux prismes identiques de verre, dont l’ensemble constitue un cube que l’on place soit devant soit derrière l’objectif de la lunette et qui ne déforme pas les images. Sur l’une des deux faces hypoténuses en contact on a déposé une couche très-mince d’or, obtenue par réduction du chlorure, il en résulte que les images observées à travers cette couche ont une couleur bleu-verdâtre et, comme cette surface métallique a un pouvoir réfléchissant considérable, elle renvoie, suivant l’axe de là lunette et sans les affaiblir, les rayons lumineux provenant des objets placés à angle droit avec cette direction. On peut donc amener l’image d’un objet vu par transmission en coïncidence avec celle d’un autre objet ou d’une règle vue par réflexion. La seule condition à remplir pour la mise au point simultanée des deux images, c’est que les distances de l’objet et de la règle à l’objectif soient les mêmes. La transparence de la couche d’or est telle qu’en employant un deuxième appareil orienté en sens inverse et placé en avant ou en arrière du premier on pourrait observer trois images dans la même direction.
- M, Gernez indique un procédé susceptible d’une grande précision pour déterminer la température de solidification d’un corps. On amène le corps à l’état liquide à une température peu inférieure au point de solidification présumé, puis on sème dans le liquide surfondu une parcelle solide qui provoque la solidification. On note la température maxima indiquée par un thermomètre intérieur, et l’on recommence l’expérience en prenant pour température ambiante le maximum observé. Après deux ou trois opérations de ce genre on trouve des nombres qui ne dif-
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- feront les uns des autres que d’une fraction de degré négligeable.
- En appliquant ce procédé à l’étude des particularités que présente le soufre, l’auteur a trouvé que le soufre insoluble dans le sulfure de carbone se solidifie à 114°,3 quelles que soient les actions qu'il ait subies. Au contraire le soufre octaédrique se solidifie à des températures qui varient de 117°,4 à 112e,2, suivant qu’il a été chauffé entre 121° et 170» et de 112»,2 à 114®,4 quand on le chauffe au delà.
- Les autres variétés de soufre présentent des résultats intermédiaires entre les précédents.
- La théorie des ondulations montre que l’intensité lumineuse, aux différents points du plan focal d’un objectif aplanétique dont l’axe est dirigé vers un point lumineux situé à 1 infini, peut être représenté par une courbe dont les ordonnées, d’abord rapidement décroissantes, passent ensuite par une série de maxima et de minima successifs. Si 1 on lait tourner cette courbe autour de son axe vertical on engendre un solide de révolution qui jouit de cette propriété que l'intensité lumineuse sur un élément du plan focal est mesurée par la portion du volume de ce solide qui a pour based’aire considérée. C’est ce que M. André appelle le solide de diffraction, caractéristique de l’objectif considéré. M. André étudie, à l’aide de ce solide de diffraction, les phénomènes qui se présentent avec différentes ouvertures et aussi avec des sources lumineuses de formes diverses.
- A propos de la communication de M. Tommasi relative aux effets que produit la dilatation de l’huile dans un tube fermé, M. William Grosseteste écrit pour faire connaître un appareil inventé par M. de Paver, ingénieur à Thun (Suisse), appareil qui a reçu déjà de noidbreuses applications. Dans un tube métallique fermé et contourné suivant une circonférence, M. de Peyer enferme de l’huile minérale exposée à des variations de températures. Ce tube tend à se redresser et les extrémités se rapprochent ou s’éloignent. C’est ce mouvement qui a été utilisé pour agir sur un obturateur quelconque, robinet, tiroir ou valve. Appliqué à une conduite de vapeur ou d’eau chaude par exemple, on comprend que ce système puisse servir à régler 1 écoulement du fluide à une température constante.
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- MADAGASCAR
- (Suite et fin. — Voy. p. 28 )
- Le Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui possède certainement la plus riche collection de Lémuriens, a certaines espèces représentées par une vingtaine de spécimens en peaux, en squelettes, ou dans l’alcool, et c’est grâce à ces matériaux nombreux que MM. A. Milne-Edwards et Grandidier ont pu faire une étude approfondie de la famille des Indrisinés. Le travail important qui constitue la première partie du septième volume du grand ouvrage sur Madagascar est accompagné de 122 planches, dont 12 en chromolithographie, reproduisant les traits des différentes espèces d’Indrisinés et de leurs variétés, tandis que les autres montrent les caractères anatomiques ; enfin une carte de Madagascar, gravée par Erhard, indique au moyen de signes de formes et de couleurs particulières la distribution géographique des Propithèques, des Avahis et des
- Indris. Ces deux derniers genres ne comprennent chacun qu'une seule espèce savoir, l'Indri à courte queue, Indris brevicaudatus, lémurien de 1 mètre de haut, a la queue rudimentaire, au pelage de couleur noire , avec le museau d’un gris de fer, et une tache triangulaire blanche sur la région lombaire, et l’Avahi lanigère, animal de taille beaucoup plus faible, à la tête sphérique, à la queue très-dé veloppée, au pelage de couleur fauve en dessus, et d’une teinte grise en dessous. Parmi les Propi-theques, au contraire, on peut distinguer trois espèces bien nettement caractérisées qui se subdivisent elles-mêmes en un certain nombre de races locales. La première espèce, le Propithèque à diadème, Propi thecus diadema, se fait remarquer par ses teintes variées et par sa taille élancée. Dans ce Lémurien dont le corps mesure 50 centimètres et dont la queue atteint jusqu a 45 centimètres de long, les épaules et le dos sont d’un gris cendré très-foncé, la face est bleue, entourée d’un cercle blanchâtre, le sommet de la tête orné d’un diadème blanc, les membres sont courts et les mains noires. Deux races, Tune blanche et l’autre noire, le P. sericeus et le P. Edwardsi, paraissent dérivées de ce type principal. Le propithèque de Verreaux (P. Verreauxi) est plus petit que le précédent et a la queue plus allongée : la couleur de son pelage est d’un blanc jaunâtre, avec des reflets roux le long des bras et des jambes et un chaperon brun foncé sur le dessus de la tête : Une de nos gravures (fig. 4) représente quelques individus de cette espèce occupés les uns à se repaître des fruits tombés sur le sol, les autres à grimper aux arbres, en s’aidant des lianes qui s’enroulent autour du tronc et s’accrochent aux maîtresses branches. MM. Alphonse Milne-Edwards et Grandidier sont portés à considérer le P. Deckeni, comme une race albine, et le P. Coquerelii comme une race pie du Propithèque de Verreaux. Le Propithèque de Coquerel, dont nous avons essayé de reproduire les traits (fig. 2), d’après le magnifique vélin exécuté par M. Ëocourt, a la tête, les flancs, les mains, la queue, et une grande partie des jambes d’un blanc plus ou moins pur, le reste du corps et particulièrement le dessus des bras et la face antérieure des cuisses offrant de larges plaques couleur de terre de Sienne brûlée. Enfin le Propithèque couronné (P. Coronatus) comme on peut en juger par notre première figure (P* 29), diffère sensiblement des autres espèces par son museau camus, sa tête couverte d’un capuchon noir, et ses mains noires sur la face palmaire : il a de plus, au moins à l’état adulte, la poitrine et le milieu du ventre d’un rouge brique.
- Chez tous ces Indrisinés la tête, de forme ovoïde, est posée à angle droit sur la colonne vertébrale; la face, presque entièrement dénudée, est égale au plus aux 2/5 de la tête, les yeux sont relativement très-grands, les narines, séparées par un sillon profond, s’ouvrent à l’extrémité du museau et les membres thoraciques sont d’un tiers moins long que les
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- membres abdominaux ; le bras est réuni ail corps par une membrane formant sous les aisselles une sorte de parachute, l’avant-bras ne s’étend pas complètement sur le bras, la main est étroite, le pouce peu développé mais légèrement opposable aux autres doigts qui sont grêles et allongés ; le pied, pourvu d’un pouce très-grand et très-large, qui semble divisé en deux parties égales, se termine par des orteils reliés jusqu’au delà de la seconde phalange par une membrane qui ne leur laisse presque aucune mobilité ; les ongles sont aplatis et carénés le long de la ligne médiane, à l’exception de celui du deuxième doigt, qui est subulé et recourbé. Le tarse, qui ne pose jamais sur le sol, est garni de poils dans toute son étendue et le dessus du corps est couvert d’une laine très-fournie, tandis que la face inférieure est presque glabre et laisse paraître la coloration noire ou brunâtre de la peau; les oreilles sont médiocres, peu mobiles et à demi cachées sous les poils de la tête ; la queue, plus ou moins touffue, varie de longueur suivant les espèces.
- Malgré les différences qu’ils présentent dans les proportions du corps et la coloration du pelage, tous ces animaux ont un air de famille qui permet de les réunir dans un seul et même groupe; ils ont aussi les mêmes mœurs, et par leur genre de vie, méritent jusqu’à un certain point le nom de Singes nocturnes de l’Ancien continent qui leur avait été imposé par Oken. Ils dorment pendant le jour, mais
- d’un sommeil extrêmement léger, que le moindre bruit suffit à interrompre, et, au crépuscule, ils se mettent à la recherche de leur nourriture en se glissant à travers le feuillage, en rampant silencieusement le long des branches. Ils surprennent dans leur sommeil les oiseaux et les petits vertébrés et les étranglent avant qu’ils aient eu le temps de
- pousser un cri, dérobent les œufs dans les nids, vont chercher les insectes qui se cachent sous l’écorce, ou, à défaut d’autre proie, se repaissent de légumes et de fruits succulents. Leur agilité est telle, qu’ils franchissent d’un bond des espaces de de 2 ou 5 mètres, et leur ouïe est si fine, leur vue si bien appropriée aux habitudes nocturnes, qu’ils se dirigent dans les ténèbres avec la plus grande facilité. Sur le sol leur démarche est plus embarrassée, et pendant le jour leurs yeux semblent péniblement affectés par l’éclat de la lumière. Ils se laissent fort bien apprivoiser, et quand on les caresse font entendre un ronronnement semblable à celui des chats. Comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, les Lémuriens ne sont point particuliers à Madagascar; ils se trouvent aussi sur une portion du continent africain et dans quelques îles de l’Asie méridionale; et, si l’on en juge par les débris découverts récemment dans les terrains tertiaires, ils étaient répandus, aux époques antérieures à la nôtre, sur une étendue de pays beaucoup plus considérable, et jusque dans le midi de la France. Mais de nos jours au moins les Indrisinés paraissent con-
- Fig. 1. — Propithèques de Verreaux (Propithecus Verreauxï). D’après le -grand ouvrage sur Madagascar. .
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- stituer une famille exclusivement malgache, et à ce titre, ils méritent, plus encore que les autres Lémuriens, d’attirer l’attention des naturalistes. Du reste, tout en étant confinées dans une seule et meme île, les espèces qui composent ce groupe naturel ne sont pas répandues uniformément sur toute la surface de ce vaste continent; chacune d’elles occupe au contraire une région bien délimitée , comme on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur la belle carte qui accompagne le travail de MM.
- Milne-Edwards et Grandidier ; ainsi le Propithèque à diadème est répandu dans tontes les forets qui couvrent la côte orientale, depuis la baie d’Anton-gil, au nord, jusqu’au pic d’ïbi-tine, situé vers le milieu de l’ile; plus au sud, il est remplacé parle Propitbcque d’Edwards et le Propithèque soyeux ; le Propithèque de Ver-reaux se montre à partir de Port-Dauphin et remonte sur la côte occidentale jusqu’aux environs de Tsimanandra-forzane ; après une lacune peu •considérable, on rencontre le Propithèque de De-cken, qui disparaît à son tour au niveau du cap Saint-André; plus loin le Propithèque de Coquetel, qui est assez commun autour de la baie de Bombétock, et enfin le Propithèque couronné qui commence un peu au-dessus de la baie Mazamba. L’Avahi lanigère fréquente les parages de la baie Passandaba, située presque en face de Nossi-Bé, et se trouve en général sur toute la côte orientale, mais fait complètement défaut sur la côte occidentale, tandis que l’Indris à courte queue occupe seulement la région
- comprise entre la b lie d’Antongil et le pic d’Ibi-tine.
- Toutes les autres familles de mammifères, les oiseaux, les reptiles, tes poissons, les insectes, les mollusques et les végétaux seront étudiés avec le même soin que le groupe de Lémuriens; des planches exécutées par nos meilleures artistes, et des
- photographies d’après nature montreront l’aspect extérieur et la structure intime des animaux et des plantes qui peuplent la grande île de Madagascar, tandis que des cartes détaillées permettront au lecteur de saisir d’un seul coup d’œil la répartition géographique de ces êtres organisés. Les belles publications consacrées aux voyages de la Bonite, de la Coquille, de l’i-strolabe et de la Zélée, ne pouvaient, en raison même de l’étendue des explorations, donner qu’une idée imparfaite des pays parcourus ; au contraire, l’ouvrage entrepris par M. Grandidier sera la monographie complète d’une région, au point de vue historique, géographique et scientifique ; et, si, comme on est en droit de l’espérer, rien ne vient entraver la réalisation du vaste plan conçu par l’auteur, la science française possédera, d’ici à peu d’années, un monument dépassant en importance non-seulement les livres que nous venons de citer, mais encore la plupart des œuvres du même genre éditées à l’étranger.
- Ë. OoSTALET.
- Fig. ‘2. — Propithèque dc^Coquerel (Propitkecus Coquerelii). D’après le grand ouvrage sur Madagascar.
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- SUR LA FORCE DES ÊTRES YOLANTS1
- En 1866, M. Wenham a montré que les oiseaux, venant dans une translation rapide rencontrer à chaque instant de nouvelles masses d’air, dépensaient beaucoup moins de force en plein vol que pendant un vol stationnaire. M. de Louvrié montrait aussi, à la même époque, l’avantage de l’action oblique des surfaces sur l’air, en prenant pour bases les expériences de Thibault. J’ai pu établir la loi très-simple à laquelle est soumise la résistance des plans en translation très-oblique dans un fluide, et j’en ai développé les conséquences en 1872. En introduisant dans mes calculs les données de plusieurs observations que j’avais faites sur diverses espèces d’oiseaux, j’ai déterminé, à peu de choses près, le travail dépensé en plein vol par les oiseaux. Ce travail correspond dans la série et suivant la voilure, à une élévation variant de 0m,50 à 2m50 par seconde du poids de l’animal et généralement supérieure à 1 mètre pour les grosses espèces. Mes calculs, établis sur un ensemble concordant d’expériences et sur une série de faits, d’observations et de considérations théoriques, ont d'ailleurs déjà trouvé, depuis cette époque, de nouveaux appuis. Je citerai les remarquables expériences faites par M. Froude, au nom de l’Amirauté anglaise, sur des plans glissant à la surface de l’eau, et quelques essais faits par M. Marey avec des schémas en translation circulaire sur un manège et en translation rectiligne sur un fü de fer.
- Après avoir déterminé le travail des oiseaux en vol normal par les calculs dont je viens de parler et par d’autres concordants, bien que tout à fait indépendants des premiers, j’ai pensé qu’il y avait aussi un grand intérêt à connaître le travail maximum que les oiseaux sont susceptibles de développer à un moment donné. Ils ont, en effet, dans diverses circonstances, besoin d’avoir recours à une surabondance de force, et les appareils volants que l’on pourra construire dans l’avenir auront, eux aussi, bien que d’une façon moindre, à donner des coups de collier énergiques, principalement pour le départ du sol.
- Parmi les circonstances où les oiseaux développent un travail considérable, l’ascension presque verticale depuis le sol jusqu’à un perchoir élevé m’a paru facile à observer avec précision et donner lieu à des évaluations assez exactes. Lesoiseaux paraissent, dans ces ascensions, développer, à peu de choses près, le maximum du travail dont ils sont susceptibles. J’ai souvent vu des pigeons encore jeunes qui s’étaient élancés pour remonter directement à leur colombier, renoncer à moitié chemin à leur entreprise, par suite de la fatigue excessive de l’ascension. Ils achevaient alors leur trajet par une ascension en spirale sur un circuit assez étendu, augmentant ainsi la durée de leur trajet, mais diminuant beaucoup, par le fait de la translation, les efforts à produire à chaque instant. Ces faits s’observent principalement lorsque les jeunes pigeons viennent dé se baigner et que leur corps, et surtout leurs ailes, sont chargés d’humidité.
- Remarquons d’ailleurs que, dans une ascension, le travail total de l’oiseau est composé de deux parties : l’une fixe, le travail d’élévation ; l’autre variable et croissant avec le temps, le travail dépensé à prendre appui sur l’air. Les oiseaux ont donc intérêt à s’élever le plus vite possible, et c’est ce qu’ils font généralement, même lorsqu’ils ne
- 1 Communication faite à la Société philomatique. ( L'Institut, 20 avril 1876.)
- sont pas sous l’impression d’un sentiment de crainte : leur vitesse d’ascension directe est toujours de plusieurs mètres par seconde.
- J’ai pu mesurer avec un compteur, et dans de bonnes conditions, la vitesse d’ascension directe des pigeons du genre Biset, s’élevant de terre à un perchoir élevé de 10m,75, hauteur mesurée par une petite triangulation contrôlée par la mesure d’une base de vérification. La vitesse moyenne d’ascension sur 8 parcours a été de 2m,75, la moyenne dans les deux montées les plus lentes 2m,30, dans les deux plus rapides 3m,50.
- Des ramiers m’ont donné le chiffre de 3 mètres.
- Pour des moineaux s’élevant de même du sol sur un mur élevé de 8m,50, j’ai pu faire 15 observations. J’ai trouvé ainsi une vitesse moyenne générale de montée 3m,40 : moyenne des deux minima 3 mètres, moyenne des deux maxima 4m,50. — Telle est la vitesse moyenne sur le parcours considéré ; mais il faut remarquer que l’oiseau part sans vitesse et se pose de même, de sorte qu’au milieu du trajet, le mouvement est bien plus rapide. Si l’on assimile le mouvement du moineau à celui d’un pendule, ce qui est une hypothèse assez plausible, on trouve que la vitesse au milieu de l’ascension doit dépasser 5 mètres.
- Pour des paons, oiseaux lourds, qui venaient tous les soirs brancher sur le même arbre afin d’y passer la nuit, j’ai trouvé une vitesse d’ascension de 2m,50 environ. Ils s’élevaient en 2\6 sur une branche élevée de 6“,50, et s'aidaient, au départ, d’un fort élan de leurs pattes.
- Parmi les oiseaux qui m’ont semblé s’élever le plus rapidement, je citerai les perdrix, les tourterelles sauvages et les bécassines. Ce sont des oiseaux de taille médiocre, munis de puissants pectoraux et d’ailes petites ou moyennes.
- Les petits bécasseaux, nommés allouettes de mer, m’ont semblé s’élever plus vite encore. Dans quelques mesures, peu précises il est vrai, par suite du manque de points de repère convenables, j’ai trouvé une élévation d’environ 6 mètres par seconde.
- Ainsi donc en dehors de toute théorie, il est certain que les oiseaux sont capables de développer momentanément une force qui correspond au moins ;
- Pour le paon, à un cheval pour. 30k
- — pigeon (biset et ramier). . 26k
- — moineau.................. 22k
- Et pour l’alouette de mer, environ. 12k
- Comme je le disais déjà tout à l’heure, le travail d’élévation n’est pas le seul que l’oiseau ait à produire : il lui faut encore trouver un point d’appui sur l’air, milieu extrêmement mobile.
- Lorsqu’un oiseau s’élève directement sans translation horizontale et en se maintenant sur une même colonne fluide, il tient l’axe de son corps à peu près vertical, et ses battements sont dirigés dans un sens presque horizontal. Leur amplitude est toujours très-considérable, et ils embrassent parfois la circonférence entière comme chez les pigeons, dont on entend alors assez souvent les ailes s’entrechoquer à leurs extrémités de course. Les changements de plan de l’aile à chaque oscillation sont extrêmement étendus et dépasssent 90°.
- L’aile, convenablement tordue sur elle-même, agit sur l’air avec puissance pendant l’abaissement, à la façon d’un plan incliné ; pendant le relèvement, ou retour, l’aile agit aussi sur l’air, mais beaucoup moins, et par sa face supérieure ; elle fait alors plan incliné en sens contraire, et récolte l’impulsion horizontale donnée par l’aile à l’air
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- dans la précédente oscillation. L’air agit ainsi à la manière de la godille ou plutôt de la queue de certains poissons, décrivant dans l’air mis en mouvement des sinusoïdes à spires très-serrées. En un mot, l’oiseau se fait hélice, il fait du vol hélicoptère, son corps tenu droit représentant le moyeu, et ses ailes les branches de l’hélice.
- Par ces battements horizontaux à grande amplitude, l’Oiseau arrive à actionner une colonne d’air de la plus grande section possible et ayant pour base le cercle décrit par ses ailes autour de son corps. Des battements verticaux, excellents en plein vol parce que la translation appointe alors à chaque instant de nouvelles couches d’air sous les ailes, seraient très-désavantageux dans les ascensions presque verticales que nous considérons, car ils ne mettraient en action qu’une colonne d’air à section bien plus restreinte.
- J’ai reconnu que l’oiseau, dans le vol ascendant direct et dans le vol stationnaire, créait ainsi un courant d’air presque uniforme à cause de la rapide succession des battements inverses et de l’intensité des changements de plan de l’aile, et ce courant a sensiblement pour section la projection horizontale de l’air du parcours décrit par ses ailes. Je m’en suis assuré pour les pigeons, en les faisant s’élever au milieu de fumée ou au-dessus d’un filet à mailles larges enduit de corps légers, tels que du duvet. Lorsque les sphinx stationnent sur une fleur pour en pomper le suc, on voit très-bien le feuillage sous-jacent agité d’une façon continue et régulière par le courant d’air lancé par leurs petites ailes ; en lançant, à l’aide d’un .fin tube, un peu de fumée dans ce courant, on en rend encore plus visibles, pendant un instant, les dimensions et la continuité. En agitant transversalement, auprès d’une bougie, des ailes fraîchement détachées du corps d’un oiseau ou des ailes artificielles, on obtient, avec facilité, un courant presque uniforme et dont on peut mesurer l’étendue. En présentant à la bougie les hélicoptères et les oiseaux artificiels à ailes battantes que j’ai imaginés, j’obtiens aussi ce même résultat d’un courant continu, unique, régulier, cylindrique, sans aucune dispersion ni mouvement centrifuge. J’ai apporté l’un de mes hélicoptères pour faire devant la Société cette expérience. On voit que, contrairement à une idée très-répandue, l’air, loin de se disperser sur la circonférence de l’hélice, y tendrait plutôt, au contraire, à converger sur l’axe, comme le montre la très-légère attraction de la flamme de la bougie. Derrière l’hélice et jusqu’à une assez grande distance, la bougie n’éprouve qu’une très-faible agitation tant quelle est en dehors du cylindre ayant pour base le cercle de l’hélice ; tandis qu’elle est violemment soufflée dès qu’elle entre dans ce cylindre. Enfin à l’avant de l’hélice on voit que la colonne ne se continue pas, et qu’il se forme immédiatement sur l’hélice un cône très-évasé d’aspiration, qui prend l’air de tous côtés.
- Tous ces effets ont lieu même avec des hélices dont les branches sont inclinées vers l’avant, comme celle-ci, et subsistent également lorsqu’elles se meuvent en avant ou en arrière, le long de la colonne d’air en mouvement. Ces considérations et ces expériences nous montrent que le travail dépensé par l’oiseau pour prendre appui sur l’air qui cède sous lui avec une vitesse W, diffère peu du travail nécessaire pour entretenir cette vitesse uniforme W dans un tuyau ayant pour section la projection horizontale de l’aire décrite par les ailes de l’oiseau.
- En prenant ce dernier travail pour celui de l’oiseau, on est d’ailleurs certain de prendre un minimum, car l’uniformité du mouvement de l’air lancé par l’oiseau n’est pas
- absolue, et il existe cei'tainement dans cet air des mouvements tourbillonnaires résultant de l'entraînement, par les masses d’air directement heurtées par les ailes, de celles qui sont moins immédiatement actionnées. Or, on sait que lorsqu’une masse fluide m animée d’une vitesse V en entraîne une autre M par communication latérale avec une vitesse U, on a m V = (M -f- m) U, et cette formule, démontrée par les expériences de M. Piarron de Mondésir sur la ventilation par l’air comprimé, implique perte de force vive. Mais la perte de force vive est faible lorsque M est médiocre par rapport à m, et nous avons vu par son uniformité constatée tout près des ailes, que tel est le cas du courant d’air lancé par l’oiseau.
- Si P est le poids de i’oiseau, Z la longueur de son aile, £ l’arc battu par l’aile dans le 'poids moyen de son battement, ïi l’angle de ce plan avec l’horizon, la section du courant descendant vertical lancé par les deux ailes sera :
- Z2 arc K cos m.
- Pour avoir le volume actionné par seconde, il faut multiplier l’expression précédente par la longueur de la colonne d’air attaquée pendant ce temps.
- S'il s’agissait d’un vol stationnaire, cette longueur serait précisément la vitesse W du courant. Mais dans le cas de vol ascensionnel avec une vitesse h, il faut remarquer que l’ascension amène à chaque instant la création du courant en de nouveaux points, ’a cause de la forme signalée du cône d’aspiration, et l’appui se trouve ainsi très-fortifîé. C’est ainsi que les hélices marines, sous l’action d’une force constante, ne tournent que très-peu plus vite lorsque le navire avance à toute vitesse, que s’il est attaché à un point fixe ;
- "i 5
- dans le premier cas cependant le recul est inférieur à
- tandis qu’il est égal à l’unité dans le second.
- D’après cela, je pense que, dans le cas qui nous occupe, on doit prendre pour la longueur de la colonne d’air actionnée par seconde W + h (peut-être vaudrait-il mieux prendre W -h f h, f étant une certaine fonction de Z, W et h; mais en l’absence d’expériences précises, nous nous en tiendrons à W 4- h).
- Ceci posé, si k est poids de l’unité du volume d’air et g l’accélération de la pesanteur ; la masse d’air lancée pendant une seconde par les ailes sera
- Yl
- — Z2 arc ï cos vi (W + h)
- et le travail dépensé par seconde à l’entretien du courant
- d’où
- _ * p arc ç cos ï) (W + ù) =: P W ;
- 2 2 g
- W “ -\(— h~{- 1 A* + ---^---------)
- 2 \ V « P arc Ç cos «/
- la racine positive convenant seule ici.
- On voit que, dans le vol stationnaire pour lequel h = 0,
- J
- le travail varie proportionnellement à la puissance— du
- poids de l’oiseau et en raison inverse de son envergure (c’est-à-dire de la racine carrée de la surface s’il s’agit de surfaces semblables).
- Appliquons cette formule au ramier, dont j’ai mesuré un certain nombre, et pour lequel j’ai trouvé en moyenne
- P = 480*’ Z = 0m,32 X, —160° y> = 208
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- Nous avons de plus ir ” lk,24 (conditions moyennes) et h = 3m.
- (une méthode de calcul indé- \ pendante de celle-ci m’a donné j un chiffre peu différent. / h
- Le rapport =0,42 nous donne le rendement des
- ailes comme ascenseurs.
- L’élévation AV-t-h, correspondant au travail total d’appui et d’ascension, est de 7m,l.
- Et cependant nous n’avons pas encore tout compté. Je me suis aperçu, en effet, que l’inertie de l’aile, malgré sa merveilleuse légèreté, absorbait dans ses battements un travail notable. Pour ne pas abuser du temps de la Société, je n’entrerai pas aujourd’hui dans le détail de ces recherches. Je me contenterai seulement de dire que j’ai pu arriver à des résultats exacts en pesant les différentes tranches d’ailes d’oiseaux et d’insectes, en intégrant les moments d’inertie partiels, par rapport à l’articulation scapulo-humérale, ainsi obtenus, et en introduisant ces chiffres dans des formules tenant compte du nombre et des conditions géométriques des battements. Appliqués à notre ramier, ces calculs nous donneraient encore plus de 2“ à ajouter aux 7m,l déjà trouvés.
- Ce chiffre, qui tient compte de l’absorption utile de la force vive par la résistance de l’air aux fins de battements, correspond d’ailleurs aussi dans son genre à un maximum ; de même que h en étant dans le sien, et \V à peu de chose près aussi à cause du manque de translation. En plein vol les battements étant bien moins rapides et moins nombreux, le travail d’inertie est beaucoup moindre : de plus, l’absorption en temps convenable de la force vive par la résistance de l’air peut y être tout à fait complète.
- En présence de ce chiffre énorme de plus de 2m, j’ai été amené à penser que l’élasticité de l’aile et celle des muscles devaient jouer un rôle considérable aux extrémités des battements, et que l’aile devait aussi faire ressort à la manière d’un diapason en vibration. L’admirable élasticité des pennes et des ligaments de l’aile, me semble tout à fait en rapport avec cette pensée. J’ai trouvé, par des expériences, qu’une plume constituait, à poids égal, un ressort à peu près deux fois plus puissant que l’acier. Quant aux muscles en contraction ils ont probablement la faculté d’emmagasiner et de restituer jusqu’à un certain point la force à la manière des ressorts. Le travail absorbé par l’inertie ne doit pas cependant paraître entièrement, et il est certain qu’il amène le travail total de notre ramier à correspondre en définitive à une hauteur d’au moins 8“ par seconde, soit 9 kil. par cheval.
- Je suis arrivé à des chiffres plus étonnants encore dans quelques calculs basés sur des observations que j’ai pu faire sur le vol à toute vitesse des martinets, et sur celui des sphinx et des libellules.
- Telle est la puissance dynamique maximum dont les êtres volants m’ont paru susceptibles. Elle est, on le voit, très-considérable, et bien supérieure à celle des mammifères et de l’homme en particulier; elle n’a cependant, bien heureusement, aucun rapport avec les évaluations quelque peu fantastiques publiées jadis par Navier. Il avait osé déclarer que l’hirondelle faisant 15m par seconde, développait un travail correspondant à une élévation de son poids à 290“ par seconde.
- Comparons rapidement, pour terminer, cette force des oiseaux à celle de l’homme et des moteurs de l’industrie. Un homme peut s’élever pendant plusieurs heures par
- jour sur un escalier de 15* par seconde : le ramier qui peut également voler plusieurs heures de suite, dépense en plein vol environ lra,10 de hauteur par seconde. Le rapport des deux chiffres est de 7, 3.
- Pour ce qui est des coups de collier j’ai trouvé, dans une expérience faite dans d’assez mauvaises conditions, qu’un homme pouvait s’élever à un quatrième étage avec une vitesse moyenne de 0m,90 par seconde. Un homme adonné aux exercices de la gymnastique, pourrait très-certainement faire beaucoup mieux. Si nous comparons toutefois c,e chiffre au chiffre correspondant 7m,l du travail extérieur dépensé par le ramier en ascension directe, nous trouvons pour leur rapport le nombre 7, 9 peu différent de celui qui convient pour le travail normal.
- Quant aux moteurs que l’homme est arrivé à construire, les plus légers sont actuellement des machines à vapeur à haute pression, à moyenne détente et sans condensation, telles que les locomotives à grande vitesse, les pompes à vapeur à incendie, et certaines machines de canots à hélices. Aucun d’eux ne pèse moins de 30k par force de cheval, avec un approvisionnement très-faible en eau et combustible. Les admirables machines compound à condenseurs par surface des vaisseaux cuirassés et des paquebots pèsent actuellement au moins 125k par cheval. Mais dans un appareil volant le poids du moteur ne pourra jamais être qu’une fraction du poids total. Selon mes calculs, il y a même intérêt à ce que cette fraction ne dépasse pas un tiers, afin de laisser un poids suffisant pour les surfaces importantes. On voit dès lors que les moteurs actuels sont loin d’égaler la puissance que les oiseaux déploient dans certaines circonstances. Ils sont même encore incapables de développer le travail beaucoup moindre que les grands oiseaux dépensent en plein vol, d’une façon continue, en s’appuyant sur de vastes masses d’air toujours nouvelles.
- Permettez-moi cependant d’exprimer ici ma conviction que,'dans un avenir plus ou moins éloigné, la science arrivera à créer les moteurs légers que réclame la solution du problème de l’aviation. A. Penaud.
- RADIOMÈTRE DE CR00KES
- La Nature a donné à ses lecteurs, au mois d’octobre dernier (1875, 2e semestre, p. 523), une analyse des travaux, alors tout récents, du professeur William Crookes sur les radiations calorifiques ou lumineuses. Depuis la publication de cet article, l’appareil de M. Crookes, le radiomètre ou Crooke's-mill, s’est introduit peu à peu dans nos laboratoires et a surpris les physiciens par sa singularité.
- Sans attribuer à cet instrument une bien grande portée, au moins peut-on dire qu’il a excité l’étonnement d’un grand nombre de personnes, et que le manque d’explication précise à son égard a contribué à piquer la curiosité des savants depuis plus d’une année.
- Le radiomètre représenté par la figure 1, se compose de deux bras d’aluminium rectangulaires, portant à leurs extrémités de petites lames minces de mica, noircies sur une de leurs faces. Ces bras sont soudés à leur point de jonction à un petit chapeau
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- de verre, formant crapaudine, et reposant lui-même sur une pointe d’acier formant pivot. Ce système est placé au centre d’une boule de verre dans laquelle le vide a été fait; et sous l’intluenee d’une lumière quelconque, celle du jour, d’une flamme, etc..., les bras se mettent à tourner dans un sens déterminé, la face blanche du mica se portant en avant. Cette rotation est d’autant plus rapide que la lumière est plus vive : ainsi peut-on voir, par une journée claire, le moulinet accuser par son ralentissement le passage des nuées sur le soleil.
- Le professeur Crookes présenta d’abord son instrument comme pouvant prendre sa force vive sous l’influence de la lumière; mais la plupart des savants se refusèrent à admettre cette explication, peu justifiée à la vérité, si l’on pousse un peu loin l’examen du phénomène.
- Ils crurent plutôt y voir l’action des rayons calorifiques, inséparables des rayons lumineux, dans un gaz raréfié. Ces rayons ccliaulTent une mince couche d’air située contre la face noircie du mica ; cette couche se dilatant se trouve a une pression plus forte que la couche située de l’autre côté de la lame, et elle agit comme un ressort pour pousser celle lame en avant.
- D’autres savants se fondent sur ce que le vide sec est difficile à obtenir, et que, dès lors, la vapeur d’eau condensée à l’état normal sur la face noire et pulvérulente des lames, se dégage à la moindre chaleur en agissant comme le faisait l’air dans l’hypothèse précédente.
- Mais M. Alvergniat, qui construit maintenant des radiomètres fort sensibles, nous di- pifr> 2.
- sait lui-même que le
- vide était poussé jusqu’au dixième de millimètre, et cela à l’aide de sa machine pneumatique qui, comme ou le sait, produit un vide bien près d’être absolument sec.
- Malgré ces objections, il est évident que l’esprit est plus porté à attribuer le rôle prépondérant à la chaleur qu’à la lumière.
- Quant à la chaleur obscure, il en faudrait faire agir une source puissante pour produire un effet quelconque. O11 sail, en effel, qu’elle ne Traverse pas
- le verre, ou du moins ne le traverse qu’en faible quantité. Aussi son actionne mérile-t-elle pas d’être étudiée.
- M. Wartmann, de Genève, a baigné un des instruments dans de l’eau à 00°, sans obtenir de rotation. L’une des expériences qui conclurait le plus en faveur des rayons calorifiques, a été faite par M. Crookes lui-même dans ces derniers temps, et nous l'avons répétée nous-même pour mieux nous en rendre compte.
- Ayant produit un spectre solaire à l’aide d’un prisme de verre, il exposa le radiomètre dans ses différentes régions, et obtint de la sorte le tableau suivant qui montre le nombre de tours des ailettes pour les couleurs du spectre mises en regard.
- Ultra-rouge. .... 100
- Rouge extrême. . . . 85
- Rouge 73
- Orange 66
- Jaune 57
- Vert 41
- Bleu 22
- Indigo 8
- Violet 6
- Ultra-violet 5
- Fig. 1. — Radiomètre de M. Crookes. (1/5 de grandeur d’exécution.)
- Si l’on se rappelle que ce sont justement les rayons rouges qui contiennent le plus de rayous calorifiques, on est conduit naturellement à reconnaître une action efficace de la part de la chaleur. La figure 2 montre plus
- nettement encore que ne peut le faire le tableau précédent, combien peu le maximum des rayons lumineux correspond au maximum des rotations, et combien au contraire celui-ci se rapproche du maximum de l’intensité calorifique.
- La surface, marquée par des traits verticaux est celle des intensités lumineuses.
- La surface marquée par des traits horizontaux représente celle des intensités calorifiques.
- Mais à notre avis, la confirmation du rôle prépondérant de la chaleur pourrait surtout se trouver dans l’expérience suivante due à M. Richard, expérience bien facile à répéter :
- Si l’on expose le radiomètre à une source lumineuse et calorifique assez intense, par exemple si l’on approche l’instrument d’une lampe ordinaire ou d’un bec de gaz, et qu’011 l’abandonne une minute ou deux
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- à cette influence, le moulinet se mettra à tourner avec une très-grande rapidité. Que l’on éloigne alors la lampe, et que l’on arrête la rotation en retournant l’appareil afin de faire agir comme frein une petite tige de verre, qui n’a d’autre but, par sa construction, que d’empêcher la crapaudine de s’échapper de son pivot, on verra, en replaçant le radiomè-tre sur son pied et en l’éclairant d’une lumière aussi faible que possible, les ailettes prendre une rotation inverse. Or ici la lumière n’agit pas ; tout au contraire elle aurait pour effet de produire la rotation directe.
- On a donc obtenu une rotation assez rapide du moulinet dans Y obscurité. Il est alors naturel de penser à un emmagasinement de chaleur, pour expliquer le phénomène. En effet, revenons à l’hypothèse de la Vapeur d’eau citée au début, et nous expliquerons la rotation inverse par une simple recon-densation de vapeur sur les faces, comme nous avions expliqué la rotation directe par l’évaporation.
- Un raisonnement analogue peut se faire pour la seconde hypothèse, celle de l’air échauffé.
- On pourrait nous objecter que la lumière, aussi bien que la chaleur, est capable de s’emmagasiner, comme le prouvent les phénomènes de phosphorescence, et que la rotation nouvelle pourrait être produite par l’action des rayons transformés. Mais pourquoi, dans ce cas, la rotation serait-elle inverse? La chaleur seule nous semble l’indiquer assez nettement.
- À la vérité, il est difficile, jusqu’à présent du moins, d’affirmer que telle ou telle explication est la vraie. On doit se contenter d’une simple présomption.
- M. Wartmann, que nous avons déjà cité, a fait à la société de physique de Genève une communication relatant une série d’expériences faites par lui sur deux radiomètres.
- Ses instruments de construction allemande ont à peu près les dimensions ordinaires. Les lames de mica sont des carrés de 12 à 13 millimètres de côté, et les bras ont une longueur de 5 centimètres.
- Les faits les plus saillants qu’il énonce sont les suivants :
- « Les deux radiomètres sont insensibles aux plus volumineuses étincelles d’une bobine d’induction ou d’une machine de Holtz, qui se succèdent tout près de leur enveloppe ou contre sa paroi. Mais les palettes sont nettement attirées par l’approche d’un corps électrisé, tel qu’un bâton de gomme laque. Dans le champ magnétique d’un électro-aimant de grande puissance, les moulinets subissent les effets ordinaires de l’induction. La fermeture du circuit de la pile arrête immédiatement un de ses radiomètres, et ralentit sensiblement le second.
- « Un de ces radiomètres a présenté la rotation inverse quand on a concentré sur une face blanche, à l’aide d’une lentille, le rayonnement d’une forte lampe modérateur» »
- Cette dernière expérience, quoique paradoxale au premier abord, s’explique encore à l’aide de nos deux premières hypothèses. En effet, ici, les rayons frappent seulement une face blanche; or, cette face, quoique blanche, absorbera nécessairement plus de chaleur que la face noire qui n’est pas échauffée ; et dès lors ce sera la couche d’air située en avant qui, se dilatant, poussera la lame devant elle, ou, en d’autres termes, produira la rotation inverse.
- En somme, M. Wartmann conclut encore comme nous, et n’admet pas que les ailettes tournent dans le vide absolu. 11 attribue même la divergence de ses deux radiomètres à un degré inégal du vide de l’enveloppe.
- M. Alvergniat a construit tout récemment un appareil de Crookes dans lequel il a disposé deux moulinets dont les faces sont noircies d’une manière inverse l’un de l’autre. 11 obtient ainsi dans la même ampoule de verre, deux rotations contraires sous l’influence d’une même source de chaleur. Mais une des bizarreries du radiomètre double est que c’est tantôt le moulinet supérieur qui tourne le plus rapidement, tantôt c’est le moulinet inférieur, sans qu’on puisse saisir la raison de cette anomalie.
- M. Alvergniat a même construit un instrument dans lequel il a laissé intactes les deux faces des lames de mica, et il a obtenu ainsi une rotation des ailettes, faible à la vérité.
- On voit qu’il reste encore bien des points obscurs dans l’explication de tous ces phénomènes ; les expériences sont souvent contradictoires à cause de la délicatesse et de la sensibilité de l’appareil. On a cherché à faire servir le radiomètre à des observations photométriques, mais tel qu’il est construit, il ne se prête pas bien aux mesures. Il faudrait, pour qu’il s’y prêtât, expérimenter, comme l’indique M. Marié Davy, avec un moulinet qui serait suspendu dans son enveloppe par un fil d’argent très-fin, De la sorte, les ailettes, sous l’influence d’une source active quelconque, prendraient une position d’équilibre, et l’angle de torsion ferait connaître la valeur de la force en jeu U
- Antoine Breguet.
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- CHRONIQUE
- Cinquantième anniversaire de la société Industrielle de Mulhouse. — La Société industrielle de Mulhouse vient de célébrer son cinquantième anniversaire par l’inauguration d’une exposition des produits de l’industrie et des arts en Alsace. M. Charles Grad a publié sur cette solennité un intéressant compte-rendu auquel nous empruntons quelques renseignements.
- Pour bien apprécier le but et l’action de la Société in-
- 4 Nous croyons devoir faire remarquer à nos lecteurs que, depuis que cet article a été écrit, M. Fîzeau, dans une des dernières séances de l’Académie des Sciences, a confirmé par ses propres opinions les assertions de notre collaborateur. G. T
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- LA NATURE.
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- dustrielle de Mulhouse, il nous faudrait faire entendre le 1 discours d’ouverture prononcé par son éminent président,
- M. Auguste Dollfus, suivi de I historique de ses travaux l'etracé par M. Penot, son ancien secrétaire général, et qui a l'honneur de participer à son œuvre depuis l’origine de sa fondation. Ce dernier rapport sur les travaux de la Société industrielle pendant les cinquante premières années de son existence témoigne de son activité féconde. Toutes les branches des sciences appliquées y sont représentées largement, sans exclure pour cela la science pure. Les études de Dolfus-Aüsset sur les glaciers, les travaux géologiques de Kœchlin-Schlumberger montrent assez que les fabricants alsaciens ne se préoccupent pas seulement d’intérêts matériels.
- Un grand nombre de communications d’un haut intérêt ont été faites dans la séance de l'anniversaire. Après la l'éunion, un banquet de 400 couverts, éclairé à la lumière électrique, a encore réuni les Membres de la Société et leurs invités. Au nombre de ceux-ci, nous avons remarqué M. Résal, délégué de l’Académie des sciences, et M. Tresca, délégué du Conservatoire des arts et manufactures de Paris ; puis les représentants des Sociétés industrielles de Rouen, de Reims, d’Amiens, etc., etc. En souvenir de la fête, la Société industrielle de Mulhouse a offert une magnifique coupe d’argent à son président, M. Auguste Dolfus, l’in-latigable promoteur de toutes ces entreprises utiles et dont nous voyons la main dans toutes les œuvres d’intérêt public. Un membre de l’Association, qui a depuis longtemps habitué la Société industrielle à ses libéralités, M. Hæf-fely, député au parlement, a fait un nouveau don de 100,000 fr. Un autre don de 100,000 fr. également, a été fait à la Société parla famille de M. Dollfus-Ausset, le fondateur de l’Observatoire glaciaire du col de Saint-Théo-dule, dans les Alpes.
- Les photographies du soleil deM. Janssen. —
- Dans une des dernières séances de l’Académie des sciences M. Janssen a placé sous les yeux de ses collègues, quelques-unes des magnifiques photographies solaires, qu’il obtient tous les jours, d’une façon constante, a son observatoire d’astronomie physique de Montmartre. Ces photographies atteignent une perfection à laquelle on n’était certainement jamais arrivé jusqu’ici, elles sont obtenues directement, et ce sont les plus grandes épreuves que l’on ait encore faites. Le disque solaire sur ces photographies a 22 centimètres de diamètre, ce qui n’empêche pas la pureté et la netteté des clichés, d’être irréprochables. Les taches, les facules, les granulations, apparaissent à une échelle qui permet à l’œil de les étudier sans fatigue. En outre ces grands clichés offrent un avantage des plus précieux, en ce qu’ils permettent de tirer des positifs sur papier, où les détails de la surface solaire sont reproduits sans être masqués comme dans les petites épreuves, par les grains du papier sur lequel on les tire « on comprend en effet la nécessité dans un avenir prochain dit M. Janssen, pour les observatoires d’astronomie, physique, de pouvoir échanger leurs séries reproduites sur papier et rendues inaltérables par un procédé spécial, comme celui du charbon, par exemple». Nous ajouterons que la surtac“ du soleil est actuellement remarquable, par l’absence de taches, qui correspond à l’époque du minimum auquel on arrive en ce moment.
- Prix et médailles de la Société d'encouragement. — Vendredi soir 9 juin, la Société d’encouragement pour l’Industrie Nationale a tenu dans son hôtel, rue
- de Rennes, sa séance annuelle pour la distribution de ses récompenses. Le fauteuil de la présidence était occupé par M. Dumas. Auprès de l’illustre savant se tenaient M. E. Becquerel et l’amiral de Chabannes, vices-présidents; MM. E. Péligotet Ch. Laboulaye secrétaires.
- Après la présentation des comptes de la Société et le rapport des censeurs, M. Laboulaye a lu un éloge de M. le Baron Armand-Pierre Séguier, membre de l’académie des sciences, qui fut pendant plus de trente ans vice-président de la Société. M. le président a ensuite commencé la distribution des prix et des cinquante deux médailles d’or, de platine, d’argent ou de bronze que la Société a décernées cette année, et il a eu pour tous des paroles de félicitation ou d’encouragement qui ont provoqué la plus vive sympathie dans l’assemblée fort nombreuse.
- M. Henri Giffard, l’inventeur del’injecteur qui est maintenant l’organe essentiel d’alimentation de toutes les chaudières à vapeur, le créateur des ballons dirigeables à vapeur de 1852 et de 1855, des aérostats captifs de l’exposition de 1867 et de 1868 à Londres, le constructeur du nouveau wagon suspendu, l’auteur d’un grand nombre de travaux ingénieux et utiles, a reçu la grande médaille de Prony, qui est la plus haute distinction dont la Société d’encouragement dispose pour les arts mécaniques, et qu’elle ne délivre qu’une fois tous les six ans. Cette récompense a été donnée précédemment et successivement à MM. Bous-singault, Henri Sainte Claire Deville et Wheatstone.
- Parmi les autres prix nous mentionnerons un prix de 4,000 fr. décerné à M. Roger fils pour son installation d’un dressage mécanique des meules, qui soustrait totalement les ouvriers de cette action. Des médailles d’or ont été remises à M. Aubin pour ses meules blutantes, à M. Faure, pour ses appareils à façonner les assiettes, à M. Mourceau, pour ses beaux procédés de tissage, etc. Les médailles de platine ont été décernées à MM. Baur (lavoir mécanique), Pelouze et Audoin (purification du gaz); de Laguerenne (horloge électrique), etc., etc.
- BIBLIOGRAPHIE
- Progrès de l'industrie des matières colorantes artificielles, par A. Wurtz, membre de l’Institut. — 1 vol.
- in-8®. G. Masson, éditeur, 1876.
- L’histoire des matières colorantes, dérivées du goudron de houille, est une des plus brillantes conquêtes de la chimie moderne; chaque jour les travaux de l’industrie accroissent l’étendùe de ce nouveau domaine des substances tinctoriales artificielles. Cette histoire, écrite par un maître comme M. Wurtz, prend un caractère tout particulier de concision, de clarté, d’intérêt. L’illustre chimiste passe en revue les procédés de l’exploitation du goudron de houille, et il montre successivement comment chacun des produits qu’on retire de ce résidu devient la base de matières colorantes. Aux substances tinctoriales dérivées de l’aniline, des phénols, de la naphtaline, etc., se joint aujourd’hui, l’alizarine artificielle dérivée de l’antbracène, merveilleux produit de la synthèse, qui apparaît comme un fait éclatant dans l’histoire des industries chimiques. Ajoutons que l’éditeur a voulu rendre le livre de M. Wurtz digne de la plume qui l’a écrit, que des planches gravées facilitent l’explication des appareils, et que 29 échantillons de soie, et de laine teints, collés dans le texte, montrent aux yeux, par la variété et la richesse des nuances $ que le chimiste
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- LA NATURE.
- a droit d’être fier aujourd’hui de la fécondité de la science qui sait produire de si grands résultats.
- Traité pratique de photographie au charbon, par I). V. Monckhûven. — 1 vol. in-8°. Paris, G. Masson, 1876.
- Ce volume a un but essentiellement pratique, il s’a-drêlse aux praticiens qui voudront connaitre Pliistoirc et les méthodes de la photographie au charbon, sur laquelle l’auteur fonde, non sans raison, un grand avenir.
- Le microscope, son emploi et ses applications, par le docteur J. Pelletan, 1 vol. gr. in-8° avec 278 figures dans le texte et 4 planches. — Paris, G. Masson, 1876.
- Nous recommandons ce nouvel ouvrage à tous ceux qui mettent en usage le microscope, aux savants, aux industriels, aux agriculteurs et aux gens du monde qui veulent s’initier aux étranges merveilles du monde invisible. Ils y trouveront un guide aussi sûr que complet, qui faisait jusqu’ici défaut au lecteur français.
- Le Caucase, la Perse et la Turquie d'Asie, d’après la relation de M. le baron de Thielmann, par M. le baron Ernouf. — 1 vol. in-18 illustré. — Paris, E. Plon, 1876.
- La jolie collection de voyages de la librairie Plon et Ce, dans laquelle figurent déjà plusieurs livres qui ont obtenu un succès populaire, comme ceux de MM. de Beauvoir, Meignan, de Compiègne, etc., vient de s’enrichir de ce nouveau volume aussi intéressant qu’instructif. M. de Thielmann, en effet, a exploré récemment diverses contrées très-curieuses, d’un accès difficile et rarement visitées par les Européens ; des vallées du haut Caucase, habitées par des tribus encore insoumises, le littoral du lac d’Ourmiah, les monts Zagros (Chaldéc) et les ruines de Ctésiphon près Bagdad.
- Action sédative du climat de Pau, par le docteur Caze-nave de la Roche. — 1 broch. in-8°. —Nancy, 1876.
- — Remarks on the influence of the océan Winch in the South Western sub pyrenean Basin. — 1 broch. in-8% parle même. —Pau, 1876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 juin 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Théorie du radiomètre. — Nos lecteurs connaissent le radiomètre de M. Crookes dont il vient d’être question précédemment (p. 60); nous n’avons pas à revenir sur la description de cet appareil. Nous nous bornerons- à dire que P'opinion la plus généralement acceptée pour expliquer les effets du radiomètre consiste à les attribuer à une sorte de poussée exercée par la lumière sur la surface mobile contre laquelle elle tombe. On reconnaît en effet que la vitesse de rotation est en rapport direct avec l’intensité de la source lumineuse et qu'elle varie en raison inverse du carré de la distance de la même source successivement rapprochée.
- Pourtant on s’était demandé si ce n’était pas la chaleur accompagnant la lumière qui donnait lieu au mouvement.
- M Crookes pense qu’il n’en est rien car la radiation émise par une masse d’eau bouillante ne détermine aucune rotation.
- Aujourd’hui un physicien italien, M. Govi propose une autre interprétation que M. Dumas paraît goûter beau- i coup. Voici, en deux mots, en quoi elle consiste. La sur- j face_ des disques recouverte de noir de fumée contient 1
- 11 évidemment des gaz condensés dans les pores du charbon divisé. On a beau faire le vide, il reste beaucoup d’hydrogène retenu par occlusion. Mais si, à l’action du vide, vient s’ajouter l’action d’un rayon lumineux et calorifique, alors le gaz est dégagé. Son émission donne lieu à un recul qui entraîne la lame légère en sens inverse et la rotation est expliquée.
- Nous avons dit que M. Dumas adopte complètement cette théorie. Au contraire, M. Fizcau la déclare tout à fait insuffisante. Elle est, en effet, contredite par l’expérience décrite par M. Fizeau dans laquelle celui-ci dispose autour du radiomètre une ceinture continue de bougies semblables entre , elles. Quoiqu’également - actionné de tous côtés le tourniquet se met en mouvement et sa vitesse reste rigoureusement constante pendant un temps indéfini. 11 n’en serait évidemment pas ainsi si la décharge de gaz avait lieu, car ici nulle part l’absorption réparatrice de la dépense ne pourrait se faire par le noir de fumée. On voit donc qu’il y a lieu de soumettre l’appareil de M. Crookes à une étude de plus en plus attentive. Peut-être est-on sur la voie de découvertes que rien ne pouvait faire soupçonner il y a bien peu de temps encore .
- Sur le mercure de Montpellier. — Le savant professeur de géologie à la Faculté des sciences de Toulouse, M. Levmeric étudie à son tour les conditions de gisement de mercure métallique signalé à tant de reprises aux environs de Montpellier. Il signale les dimensions considérables de la zone mercurielle qui s’étend jusque dans l’Aveyron, et la richesse de certaines fissures des schistes décomposés, attestée par les petites bouteilles pleines de métal liquide que l’on rencontre chez beaucoup de paysans. Un caractère des plus dignes de remarque du gisement qui nous occupe, c’est que le mercure arrive à la surface du sol d’une manière intermittente. On en a la preuve par les accidents qu’il produit souvent chez les êtres vivants au milieu desquels il apparaît. Des arbres florissants jusque là meurent rapidement, et des troupeaux ont parfois manifesté tous les signes d’un empoisonnement.
- Cause des seiches du lac Léman. —Les seiches du lac Léman consistent dans un retrait subit des eaux, retrait bientôt suivi d’un retour, cause souvent de désastre sur la rive. Beaucoup de suppositions ont été aventurées pour expliquer le phénomène. M. Forel, professeur à l’Académie de Lausanne, émet l’avis, étayé d’observations barométriques, que les seiches consistent en simples vagues d’oscillations dues à une diminution subite de pression atmosphérique sur l’une des rives.
- Exposition au Muséum. — M. Chevreul annonce que MM. Delille et Filhol exposent au Muséum des objets d’histoire naturelle qu’ils ont recueillis, à l’ile Campbell, lors du séjour, dans cette région déserte, de la commission du passage de Vénus. Des billets d’entrée sont mis à la disposition des membres de l’Académie.
- Glycogénie. — Dans une lecture qu’il serait impossible de résumer, M. Claude Bernard étudie les conditions physiologiques dans lesquelles il faut se placer pour constater la présence du sucre dans le sang de l’homme et des animaux i Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire -Gérant : G. TissaNDIEr.
- Typographie Laliure, rue do Fteurus, 9, à Taris.
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- N‘ 101.
- 1" JUILLET J 8 70.
- LA NATURE.
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- LES NUAGES DE GLACE1
- Les halos solaires ou lunaires et les phénomènes qui accompagnent ces météores ont depuis longtemps fait admettre aux physiciens que les hautes régions de notre atmosphère peuvent tenir en suspension des aiguilles de glace cristallisées, dont l’action sur les rayons lumineux est susceptible de fournir la cause de ces apparitions. II uy-ghens, le premier, en essayant de rendre compte des halos, supposa qu’il se trouvait dans l’air des globules de glace entourés d’eau. Mais celle théorie, que nul fait connu n’accrédite , ne tarda pas à cire abandonnée. C’est Mariotte, vers le milieu du dix-huitième siècle, et, un peu plus tard , Yentui i-qui furent conduits à rechercher la cause des halos et des par-hélies dans la présence au sein de l’atmosphère, de prismes de glace à angles réfringents, de 60'.
- Cette théorie a été reprise par Brewsler et par Arago , puis adoptée par tous les physiciens, parmi lesquels nous mentionnerons spécialement Fraunofer,
- Hyoung, Brandes,
- Brewster, Galle, Ba-binet et Bravais2.
- Quoique d’autre part les météorologistes aient admis depuis longtemps que les cirrus sont constitués par des aiguilles d’eau solidifiée, il reste bien des incertitudes à l’égard de ces nuages et des autres amas de cristaux de glace aériens. Leur formation au sein de l’atmosphère, n’exerce pas
- 1 Communication faite à la Société météorologique de France et à la Société de navigation aérienne.
- 2 Annales de chimie et de physique. 5e série, t. XXI, [). 36, et Journal de l'École polytechnique, t. XVIII.
- ie année. — 2“ semestre.
- seulement son influence sur l’apparition de phénomènes lumineux; elle se traduit par des mouvements calorifiques considérables, elle doit jouer un rôle d’une haute importance dans le mécanisme aérien. Leur étude offre donc un intérêt de premier ordre ; les aéronautes seuls jusqu’ici ont pu l’entreprendre directement et apporter à la météorologie, non pas le fruit de conceptions ou de théories plus ou moins ingénieuses , mais le résultat de faits incontestables et précis. Notre but, en publiant cette notice, est de réunir ces faits généralement peu connus, de les décrire tels qu’ils ont été observés, et de chercher à mettre en relief les conséquences qui s’en dégagent.
- Le 27juillet 1850, MM. Barrai et Bixio, lors de leur ascension aérostatique, devenue célèbre, traversèrent un nuage de glace, à l’altitude de 6000 mètres.
- « Nous sommes couverts, disent les voyageurs1, de petits flocons , en aiguilles extrêmement fines, qui s’accumulent dans les plis de nos vêtements. Dans la période descendante de l’oscillation barométrique, par consé-quent pendant le mouvement ascendant du ballon, le carnet ou\ert devant nous les ramasse de telle façon qu’ils semblent tomber sur lui avec une sorte de crépitation. »
- Le 17 août 1852, c’est-à-dire au milieu de l’été, comme dans l’ascension précédente, Welsh et Nicklin, partis de Londres, en ballon, à trois heures quarante-neuf du soir, rencontrèrent à 5000 mètres d’altitude « une neige formée de cristaux étoilés qui tomba de temps à autre sur le ballon2 ».
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXI. * Œuvres d’Arago. Voyages scientifiques.
- Cirrus pcuuiiormc observe le 28 juin 1873. (Dessin d’après nature.)
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- LA NATURE.
- Le dimanche 8 novembre 1868, mon frère et moi nous avons exécuté à l’usine à gaz de La Yillette, une ascension aérostatique, au moment où une neige abondante tombait à gros flocons. Nous étions accompagnés par M. Gabriel Mangin qui avait bien voulu mettre à notre disposition son ballon l’Union. Grâce à une abondante provision de lest, nous avons pu nous élever lentement jusqu’à l'altitude de 1800 mètres, au milieu de flocons de neige qui voltigeaient autour de la nacelle. A mesure que nous nous élevions dans l’atmosphère, les flocons diminuaient de volume. On les voyait s’accroître en tombant et grossir très-sensiblement. A 2100 mètres, maximum de hauteur que nous ayions pu atteindre, nous nous'trouvions pour ainsi dire au lieu même de la production de la neige. L’air était translucide, et tout autour de nous, nous apercevions, de très-petites paillettes de glace, d’un aspect brillant, irisées comme le mica, qui paraissaient se souder ensemble en tombant, pour donner naissance à un niveau inférieur, à des flocons volumineux. La température était de — 1° h
- Le 16 février 1873, nous avons traversé, avec le ballon le Jean-Bart, un nuage d’une constitution toute particulière et qui rentre bien dans la classe de ceux que nous étudions actuellement ; il avait environ 390 mètres d’épaisseur, et il était suspendu à 1200 mètres seulement au-dessus de la surface terrestre2. Au dessus de ce nuage, régnait un courant aérien qui se mouvait dans une direction sensiblement différente de celle de la couche d’air inférieure. Ce courant aérien était très-chaud, la température y était de 17° 5. A 3 heures 52 minutes nous pénétrons de haut en bas dans le massif du nuage. Des vapeurs blanches, opalines cachent la vue de l’aérostat suspendu sur nos tètes ; le thermomètre marque — 2°, et un givre abondant se dépose sur nos cordages. Un fil de cuivre long de 200 mètres pendu de la nacelle, donne de vives étincelles, comme nous l’avons constaté ainsi que nos compagnons de voyage, et, presque instantanément, il se couvre d’une couche épaisse de paillettes de glace, d’un aspect adamantin. Ces petits cristaux, sans tomber des vapeurs qui nous environnent, paraissent prendre spontanément naissance sur les parois de la nacelle, sur nos vêtements et jusque dans notre barbe2.
- D’autres observations fort intéressantes sont dues à mes regrettés amis Crocé-Spinelli et Sivel, ainsi qu’à MM. Pénaud, Pétard et Jobert. Partis de l’usine à gaz de La Yillette à 10 heures 50 du matin, le 26 avril 1873, dans le ballon l’Étoile polaire, les voyageurs ont traversé « entre 1200 et 2400 mètres une série de nuages composés de petits cristaux prismatiques aiguillés d’environ 4 millimètres de longueur sur 1 /4 de millimètre d'épaisseur, gé«
- 1 Voyages aériens, par J. Glaislier, C. Flammarion, W. de Fonvielle et G. Tis»andicr. — Paris, Hachette et G®, p. 449.
- 2 Comptes rendus de VAcademie des sciences. Séance du 47 février 1873 , t. LXXVI. — Observations météorologiques en ballon. — Voy. la Nature, 1873, lr“ année, p. 321.
- néralement verticaux et donnant une image à bords frangés du soleil1. »
- L’entrée dans ce nuage s’effectua à 1300 mètres d’altitude : la température s’abaissa à — 7°. Au delà, à 3400 m., une zone d’air se rencontra dont la température était de— 20°, et l’air humide sortant des poumons produisait de petits cristaux microscopiques qui s’attachaient à la barbe et aux cheveux. — La température à terre était de -j-4°7. — Au-dessus de 1500 m., elle était de — 4°,et allait en s’abaissant régulièrement jusqu’à 4500 mètres, où elle atteignait — 7".
- Lors de leur mémorable ascension à grande hauteur, le 22 mars 1874, Crocé-Spinelli et Sivel, ont décrit très-complètement d’autres faits de même nature 2.
- « Il faut signaler, disent les deux voyageurs, la présence de très-légers amas de cristaux de glace très-espacés, rencontrés pour une première fois en montant vei's 5000 mètres, et une seconde fois en descendant à la même altitude. Nous aperçûmes, en effet, chaque fois, pendant trois ou quatre minutes et au-dessous du talion, des cristaux aiguillés distants les uns des autres de 20 à 40 centimètres, qui étincelaient vivement au soleil à tel point que, malgré leur petitesse, ils semblaient très-visibles à 100 mètres. Nous n’en vîmes ni au-dessus ni autour tle nous. Peut-être la réflexion des rayons solaires sur les facettes se produisait-elle de telle* façon qu’ils ne pouvaient être vus qu’en dessous de nous. Il est certain que nous devions les traverser à la descente. Ajoutons que ces légers amas ne semblaient pas diminuer la netteté des lignes du sol. »
- Crocé-Spinelli attachait une très-grande importance à l’étude des nuages de glace; aussi a-t-il toujours pris soin de décrire avec beaucoup d’exactitude ceux qui se sont offerts à son observation. Lors de la même ascension, il cite encore au-dessus de l’aérostat « de légers cirrus formant une nappe assez continue, à reflets plus ou moins nacrés ou soyeux, et dont l’élévation semblait être de 9,000 à 10,000 mètres. Ces nuages, à travers lesquels la lumière se tamisait comme à travers un globe dépoli, ne cachèrent que presque complètement et pour très-peu de temps le disque du soleil. »
- Après l’ascension fatale du Zénith (15 avril 1875), j’ai décrit ici-même5 les cirrus abondants que j’ai observés à 4500 mètres et qui allaient en s’accroissant jusqu’à 8000 mètres, altitude où ils formaient autour de ,1a nacelle, comme un cirque immense d’un blanc éblouissant. Cependant à ce moment, le ciel était limpide et transparent, pour les observateurs à la surface du sol, comme me l’ont prouvé plusieurs lettres reçues de quelques habitants du département de la Loire, au-dessus duquel l’aérostat
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. LXXVI, p. 1472.
- 2 Id., t. LXXVIII, p, 1060.
- 3 Yoy. la Nature, 1874, 1er semestre, p. 337 et 352.
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- planait au moment où il atteignait son altitude maxima de 8600 mètres. Ces nuées, sans doute formées d’aiguilles de glace espacées, étaient transparentes vues de bas en haut, et n’apparaissaient que pour l’aéronaute qui, situé au même niveau, les considérait horizontalement sur une grande épaisseur.
- De ces observations encore peu nombreuses, vu le petit nombre d’ascensions exécutées à grande hauteur, il me semble qu’on peut déduire les résultats suivants :
- La présence de cristaux de glace est très-fréquente dans les hautes régions de l’atmosphère.
- Ces cristaux peuvent exister dans les hautes régions de l’air, sans que la limpidité du ciel soit troublée, pour les observateurs terrestres ; en d’autres termes, de véritables bancs d’aiguilles de glace peuvent être suspendus dans l’atmosphère, sans être visibles à la surface de la terre. L’aéronaute, comme je viens de le dire, les aperçoit de près, et surtout quand il les considère horizontalement sur une grande épaisseur.—J’ajouterai que dans les régions polaires, les voyageurs ont souvent vu tomber des cristaux glacés sous un ciel limpide et bleu1.
- La formation des aiguilles de glace dans les hautes régions de l’atmosphère ne peut se produire que par des mouvements calorifiques considérables, qui ne sont pas sans exercer une influence très-importante sur les couches inférieures de l’air. On peut même admettre que ces nuages glacés ne sont pas étrangers aux manifestations électriques de notre atmosphère. Gay-Lussac, dans son ascension mémorable, a rapporté des expériences qui semblent démontrer que la tension électrique s’accroît continuellement à mesure que l’on s’élève. Or, pour se solidifier dans les hautes régions, la vapeur d’eau doit perdre une quantité de chaleur considérable ; il est vraisemblable que cette déperdition de calorique se traduit par une abondante production d’électricité. N’avons-nous pas vu précédemment, que plongé dans un nuage glacé, un fil de cuivre a laissé jaillir l’étincelle électrique?
- Les cristaux de glace des hautes régions peuvent être considérés en outre, dans certains cas, comme l’origine de la neige et de la grêle. A la limite supérieure des couches d’air traversées par la neige, nous avons vu, tout à l’heure, des paillettes extrêmement ténues s’agglomérer et former des flocons toujours grossissant dans leur chute. Ces paillettes étaient en tous points comparables à celles des nuages glacés.
- Si la petite aiguille de glace des hautes régions
- 1 La transformation subite de la Vapeur d’eau en aiguilles glacées est, en effet, un phénomène qui s’observe à la surface de la terre, dans les régions boréales. L’explorateur autrichien, M. Payer, rapporte que dans son dernier voyage, par un froid de — 55°, son haleine sc condensait subitement en petites aiguilles cristallines ; ces cristaux se formaient avec un certain bruissement et brillaient vivement au soleil. Ils nous paraissent offrir des analogies frappantes avec les nuages à glace des hautes régions.
- vient à descendre, à tomber dans un nuage de vapeur à — 2°, semblable à celui que nous avons traversé un peu plus tard, et où des cristaux sc formaient sur nos vêtements, sur la nacelle, ne pourra-t-elle pas y déterminer comme le faisait l’aérostat, un ébranlement moléculaire, et devenir le centre d’une congélation plus importante pour arriver à former le grêlon ?
- Les faits bien constatés sont encore trop rares, pour qu’il soit possible de présenter ces hypothèses autrement que sous une forme dubitative ; mais tels qu’ils sont, ils permettent d’affirmer que les nuages de glace ne sont pas étrangers à la plupart des phénomènes aériens et qu’ils sont dignes de fixer spécialement l’attention des météorologistes.
- J’ajouterai, en terminant, que les amas d’aiguilles de glace, espacées les unes des autres, et souvent invisibles à la surface du sol, diffèrent complètement des cirrus très-apparents qui affectent, commè on le sait, l’apparence de panaches ou de plumulesi. La brume opaline, que nous avons observée le 16 février 1873, et où la vapeur d’eau maintenue à une température inférieure à 0°, se solidifiait subitement sous l’action d'un ébranlement moléculaire, ne ressemble non plus en rien aux cumulus, aux nimbus et aux stratus. Il y aurait, ce nous semble, à tenir compte de ces faits dans la classification actuelle des nuages.
- Gaston Tissanmëh
- LA SCIENCE AU SALON DE PEINTURE
- EN 187 6.*
- Quand une œuvre d’art est bien comprise, quand elle inspire des sentiments nobles et élevés, il peut sembler inutile de la critiquer sur une inexactitude de détail, que l’artiste pouvait ignorer ou même négliger sans manquer à sa tâche. Pourtant il nous semble que les lois naturelles ne doivent nulle part être considérées comme des détails insignifiants, et c’est, selon nous, rendre service à la fois aux sciences et aux arts que de déplorer leur oubli partout où il se fait remarquer. Qui pourra passer, par exemple, devant la fontaine Cuvier sans regretter que ce monument, élevé à la gloire du grand naturaliste, contienne plusieurs fautes grossières d’anatomie comparée?
- Les œuvres les plus belles et les plus justement
- 1 Dans un certain nombre d’observations de cirrus, faites à la surface du sol, je me suis quelquefois demandé si ces nua= ges, formés de prismes géométriques, n’avaient pas eux-mêmes une certaine tendance à prendre un aspect cristallin; Les cirrus rappellent quelquefois l’aspect des cristallisations de chlorhydrate, d’ammoniaque. Le 28 juin 1875, me trouvant en Normandie, j’ai dessiné très-exactement un cirrus très-remarquable, qui se découpait sur le ciel bleu, et que notre gravure (p. 65) représente très-fidèlement. Ou voit qu’il offrait tout à fait l'aspect de certains sels cristallisés;
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- LA NATURE.
- admirées du Salon de cette année ne sont pas toujours exemptes de ces sortes d’inexactitudes. Par exemple, on loue avec raison le beau tableau de M. Sylvestre : Locuste essayant en présence de Néron, le poison destiné à Britannicus; la composition du tableau, l’expression sinistre de Néron, la posture même de l’esclave sacrifié, justifient assurément cette légitime admiration. Mais le geste, d’ailleurs fort beau, que l’auteur fait faire à ce malheureux esclave ne ressemble en rien aux convulsions saccadées et régulières qu’amènent tous les poisons subits. Le misérable, que nous peint M. Sylvestre, est un homme qui souffre, mais ce n’est pas un homme qui meurt d’un de ces breuvages foudroyants que Racine a dépeints en traits ineffaçables.
- Elle a fait expirer un esclave à mes yeux,
- Et le fer est moins prompt à trancher une vie,
- Que le nouveau poison que sa main nous confie.
- M. Aublet, qui a traité le même sujet avec 'moins de talent que M. Sylvestre, a du moins reproduit les convulsions tétaniques qui devaient secouer la victime, et il est certain que la vérité du tableau y a gagné. 11 est fâcheux que M. Aublet ait peint dans le fond de son tableau un alambic assez mal placé chez Locuste, cet instrument ayant été inventé par les Arabes plusieurs siècles après Néron.
- M. Tony Robert Fleury, loin de méconnaître l’histoire de la science médicale, nous a reproduit un de ses plus beaux épisodes. Son tableau représente Pinel réformant les traitements barbares qu’on infligeait avant lui aux aliénés, dans l’espérance de les guérir, mais sans autre résultat que d’aggraver leur état. La scène est grande et belle ; elle a déjà été représentée et notamment dans un tableau qui décore l’Académie de médecine.
- M. T. Robert Fleury nous montre l’illustre aliéniste faisant tomber les chaînes des aliénées de la Salpétrière. La tête de Pinel est pleine de noblesse, de douceur et d’intelligence. Elle rend plus saisissants et plus effrayants encore les regards effarés des malheureuses insensées qui l’entourent.
- Quelques détails secondaires ne sont pas tout à fait conformes à la tradition historique. Par exemple, on raconte que Pinel, aussi simple dans ses habitudes que modeste dans ses écrits, portait un petit vêtement gris-perle auquel M. Robert Fleury a substitué un grave habit noir. On pourrait remarquer encore que c’est à Ricètre (hôpital d’hommes) et non à la Salpétrière que Pinel essaya pour la première fois le traitement des fous par la douceur. On rapporte à ce sujet une histoire assez curieuse et qui montre que les esprits les plus savants et les plus ingénieux ne doivent pas toujours négliger les avis les plus humbles.
- 11 paraît que ce fut un simple garçon d’hôpital qui suggéra à Pinel la réforme humanitaire qui lui fait si grand honneur. Cet employé s’appelait Puzin : « Quand ils sont furieux, lui dit un jour Pinel, que bus-tu? — Je leur enlève leurs chaînes, répondit
- Puzin. —Et puis? — Et puis ils se calment. » Cette réponse fit réfléchir Pinel, qui résolut de profiter de la leçon. Il essaya du système si simple de son garçon d’hôpital, et s’en étant bien trouvé, il l’adopta.
- Le spectacle effrayant et lamentable de la folie furieuse aura toujours le pouvoir de remuer violemment le cœur du public. Il y a là une source inépuisable de succès faciles ; et l’on comprend que les peintres cèdent souvent à la tentation d’y recourir.
- Il en est de la vue des préparations anatomiques et des dissections comme des scènes de la Salpêtrière ; aussi M. Gervex, cherchant un tableau dans la salle d’autopsie de l’Hôlel-Dieu, était-il certain d’attirer, par ce procédé, l’attention universelle.
- La manière dont ce tableau a été exécuté dénote chez l’auteur les qualités les plus heureuses de dessinateur et de coloriste; la manière dont il a été conçu prouve un esprit sage et contenu. M. Gervex a su se garder de toute exagération, de toute déclamation, écueil dangereux contre lequel tous les peintres, excepté Rembrandt, sont venus échouer lorsqu’ils ont traité ce sujet. La tentation est forte, il est vrai, de chercher dans de telles scènes des effets d’horreur. Sachons gré à l’artiste de nous avoir épargné l’impression de dégoût qu’il ne tenait qu’à lui de faire naître, et d’avoir renoncé aux contrastes de couleur que lui eussent aisément fourni les entrailles et les muscles mis à nu. Sachons lui gré aussi d’avoir donné aux deux étudiants, qui se préparent à faire l’autopsie, l’attitude sérieuse et l’expression intelligente qui convient à des hommes distingués et instruits.
- L’année dernière, M. Fremiet nous avait présenté un homme de l’âge de pierre, dansant après avoir tué un ours ; cette année, l’éminent statuaire donne aux animaux leur revanche et nous montre un gorille en train d’assommer un homme. Ce n’est, pourtant pas faute de précautions que notre infortuné semblable s’est laissé prendre par le redoutable quadrumane ; les fragments d’armes qu’on voit autour de lui témoignent des vains efforts qu’il a opposés à son terrible adversaire. La statuette de M. Frémict nous montre le singe victorieux : son visage exprime une joie sauvage; d’une main, il tient par les cheveux la tête de son ennemi mort, et de son autre bras, il fait des gestes de triomphe.
- Le sujet choisi par l’artiste est assurément original ; nous ajouterons que son petit groupe en terre cuite nous paraît plein de mouvement et de vérité.
- Nous avons trouvé, au Salon, les portraits de plusieurs savants illustres. Signalons d’abord celui du vénérable Charles de Bær ; une inscription latine située au-dessous du portrait nous apprend que cet illustre physiologiste atteint sa 85eannée. On remarquera aussi les portraits très-ressemblants du pro* fesseur Bouillaud et de M. Ricord, et la belle statue de La Quintinie, l’arboriculteur de Versailles.
- Le buste de M. Littré nous a moins satisfait. Ilne reproduit pas l’austérité du visage de ce travailleur opiniâtre, ni la douceur extrême de son regard.
- J. Bertillon.
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- LA FORMATION DE LA GRÊLE
- J’ai montré l’influence que devait avoir, dans la formation de la grêle, l’électricité atmosphérique à l’état de décharge ou de flux dynamique, non point en produisant le froid nécessaire à la congélation, comme on l’a supposé quelquefois, mais en exerçant, au contraire, une puissante action calorifique, capable de vaporiser rapidement l’eau des nuages, et de projeter la vapeur formée dans les régions froides de l’atmosphère.
- Pour achever d’exposer le rôle de l’électricité dans ce phénomène naturel, il convient de mentionner Y action mécanique qui peut résulter du passage du flux électrique au sein de masses aqueuses, et projeter aussi dans les airs des globules liquides susceptibles de se transformer en grêlons.
- Avec une source intense d’électricité voltaïque, l’immersion du fil positif dans un liquide conducteur, tel que l’eau salée, détermine l’agrégation des molécules aqueuses autour de l’électrode, sous forme d’un sphéroïde lumineux, par suite d’un double effet simultané d’écoulement et d'aspiration, ou de transport dans les deux sens qui semble particulier au flux électrique (fig. 1).
- Mais, en employant un courant plus intense, provenant de la décharge d’une batterie de 400 couples secondaires, on obtient par l’immersion du fil positif, au lieu d’un globule unique, une gerbe d’innombrables globules ovoïdes qui se succèdent avec une excessive rapidité, et sont projetés à plus de 1 mètre de distance du vase où se fait l'expérience. L’étincelle produite en même temps à la surface du liquide se présente sous forme de couronne ou d’auréole à pointes multiples d’où jaillissent les globules aqueux (fig. 2).
- La métallité de l’électrode n’est pas nécessaire pour obtenir cet effet : un fragment de papier à fil-
- trer, humecté d’eau salée, en communication avec le pôle positif, produit également le phénomène, et constitue une masse humide analogue, jusqu’à un certain point, à celle d’un nuage d’où s’écoule-rait un flux d’électricité. Si, au lieu de rencontrer une couche profonde de liquide, lé courant ne rencontre qu’une surface humide telle que les parois mêmes ou le fond incliné de la cuvette, les effets calorifiques prédominent, l’auréole est plus brillante, et l’eau est rapidement transformée en vapeur (fig. 3).
- L’action du courant diffère donc suivant la résistance qui lui est opposée, et l’on trouve ici un nouvel exemple de substitution réciproque de la chaleur et du travail mécanique résultant du choc électrique. Lorsque le travail représenté par la projection violente du liquide apparaît, il n’y a pas de chaleur ni de vapeur développée , et, quand aucun travail visible n’est accompli, lorsque le liquide n’est pas projeté, il y a chaleur engendrée et dégagement de vapeur.
- 11 résulte de ces expériences :
- 1° Que les décharges électriques produites au sein des nuages peuvent, suivant la densité plus ou moins grande de ces conducteurs humides, déterminer leur réduction en vapeur, ou leur agrégation instantanée en globules d’un volume bien supérieur à celui des globules nuageux eux-mêmes, et que les bombes liquides ainsi formées peuvent être projetées à de grandes hauteurs, où la température est notablement plus basse que celle du milieu dans lequel se produisent les décharges ;
- 2° Que la formation des grêlons, dans le cas où ils ne présentent pas une série de couches opaques et transparentes, mais une structure rayonnante à partir du centre, s’explique aussi par cette action mécanique ; qu’ils doivent être produits d’un seul jet, et congelés sous le volume même qu’ils ont au moment où ils sont lancés par le flux électrique ;
- Fig. 1. — Forme globulaire prise par un liquide sous l'influence du passage d'un courant élec-trique de haute tension.
- Fig. 2. — Gerbe de globules aqueux produite par le passage, dans un liquide, d’un courant électrique de tension double de celle du cas précédent.
- Fig. 3.;— Jets de vapeur et sillons lumineux produits par un courant électrique de haute tension, à la rencontre d’une surface humide ou d’une couche de liquide peu profonde.
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- LA NATURE.
- 3e Que la forme ovoïde ou en pyramide de ces grêlons, ainsi que leurs parties anguleuses, aspérités ou protubérances, est due à leur origine électrique ;
- 4° Que la lueur quelquefois émise par les grêlons est due également à l’électricité; car bien que, dans les expériences dont il s’agit, on ne puisse distinguer si les globules ont une lueur propre ou causée par la réflexion de l’étincelle, il est probable qu’ils sont aussi rendus phosphorescents par le llux électrique qu’ils renferment.
- Ces considérations n’excluent pas la formation de grêlons par voie d’accroissement successif au sein des tourbillons électrisés qui doivent naître, ainsi que je l’ai indiqué, sous l'influence magnétique du globe ; car, les courants électriques de l’atmosphère étant mobiles dans tous les sens autour des points d’où ils émanent, le magnétisme terrestre convertit, sauf à l’équateur même, leur mouvement rayonnant en mouvement, gyratoire de forme spirale.
- Ainsi donc l’électricité intervient dans la production de la grêle par la variété de ses effets soit mécaniques, soit calorifiques, soit magnéto-dynamiques. Le rôle des vents et des courants d’air est sans doute important ; ils entraînent, divisent ou rassemblent, sur leur passage, les masses nuageuses électrisées : ils mettent en présence celles qui sont fortement chargées d’électricité et celles qui le sont moins; ils les élèvent vers les régions froides de l’atmosphère ou facilitent autour d’elles l’abaissement de température nécessaire à la congélation ; ils les dirigent aussi, suivant la configuration du sol, vers les points où l’on observe que la grêle apparaît de préférence. Mais ce sont là des causes concourantes qui préparent seulement les conditions favorables à la production de la grêle, tandis que l’électricité est. la cause efficiente qui, par sa présence même dans les nuages et par la puissance instantanée de ses décharges, détermine la formation subite et la chute du météore. Gaston Planté.
- LES PONTS DE PARIS
- AUTREFOIS ET AUJOURD’HUI.
- (Suite et fin. — Voy. p. 7.)
- De même que le pont Notre-Dame avait été construit dans le prolongement du Petit, pont, c’est dans celui du pont au Change que fut commencé, en 137 8, le pont Saint-Michel ; ce pont en pierre, achevé en 1384 par Hugues Aubriot, prévôt de Paris, fut, en 1408, enlevé par la même crue que le Petit Pont; jusque là il s’était appelé pont Neuf ou Petit pont Neuf; rebâti sur le champ, il portait déjà en 1524 son nom actuel; il fut, en 1547, avec les maisons qu’il portait, jeté dans la rivière par le choc de gros bateaux. Relevé immédiatement en bois (on peut le voir sur le plan de 1552) S il est renversé
- 1 La Nature, 3° année, 2e semestre, p. 280 et seq.
- de rechef par les glaces, en 1616 ; on commença l’année suivante à le reconstruire en pierre, tel que le représente notre gravure (lig. 1). La statue équestre en bronze de Louis XIII dont le bas-relief décorait, comme on le voit, le tympan d’aval, fut enlevée à la Révolution. Les maisons qui le surmontaient furent les dernières à disparaître ; leur démolition ne remonte qu’à 1808. Le pont lui-même eut le même sort, en 1857, lorsqu’on voulut le mettre à l’alignement du boulevard du Palais et faire disparaître le dos-d’âne qu’il présentait en son milieu. L’enlèvement des fondations présenta aussi d’énormes difficultés, cependant tout le travail fut achevé en quatre mois, et dans les quatre mois suivant le pont nouveau fut entièrement rebâti avec les vieilles pierres pour le massif des maçonneries ; il n’a que 3 arches au lieu de 4. Pour la première fois à Paris on fit usage du ciment de Portland et du système des caissons.
- En 1361, il existait un pont de bois reliant la rive droite à l’île Notre-Dame (aujourd’hui partie intégrante de l’île Saint-Louis). Ce pont avait disparu depuis longtemps quand, sur son emplacement, Christofle Marie commença, en 1614, la construction du pont de pierre baptisé de son nom et qui, aujourd’hui, est à Paris le plus ancien pont non restauré depuis sa construction. Achevé en 1635 il était, suivant l’usage, bordé de maisons. La crue du 27 février 1658, la plus forte dont on connaisse la hauteur exacte, 8m,81 au pont de la Tournelle (équivalant à neuf mètres et demi au pont Royal), emporta deux arches avec 22 maisons qu’elles supportaient. Près de 120 personnes furent noyées. L’édifice ne fut réparé qu’après 1664, et aucune habitation n’y fut rebâtie, car on était décidé à supprimer celles des autres arches; il fallut cependant attendre jusqu’en 1786 la réalisation de cette mesure. C’est entre ces deux époques que le pont avait l’aspect reproduit fidèlement par notre gravure (fig. 2).
- En 1370, on acheva, entre l’île Notre-Dame et la rive gauche, un second pont de bois qui ne dura pas plus longtemps que celui de l'autre rive ; il portait, comme lui, le nom de Fust1; il ne fut relevé qu’en 1623 ; emporté par une crue en 1637 et reconstruit toujours en bois, il est enlevé à nouveau en 1651 ; on se décide alors à le rebâtir en pierre ; il est achevé en 1656; c’est le pont de la Tournelle actuel. De 1845 à 1848, après l’avoir abaissé, on l’a élargi d’une façon plus ingénieuse que gracieuse, à l’aide d’arcs métalliques, s’appuyant sur les éperons des piles et portant les trottoirs en encorbellement.
- En 1578, Henri 111 fait commencer le pont Neuf, par un jeune architecte, du Cerceau, qui devait acquérir une si grande renommée. Quand les piles
- 1 En somme, vers la lin du quatorzième siècle, il y avait sept ponts à Paris tous construits depuis le commencement du siècle : le pont Notre-Dame, le pont aux Meuniers, les deux ponts de Fust, le pont au Change et le pont Saint-Michel, le Petit pont; ces trois derniers en pierre; les autres étaient en bois. En 4520, il n’en existait plus que cinq, les deux ponts de Fust avaient disparu.
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- eurent été élevées, la guerre civile interrompit les travaux et ce ne fut qu’après la fin de la Ligue que Henri IV fit achever les arches, en 1604 par Guillaume Marchand. Le pont au Change fut délaissé pour celui-ci, où s’établirent les théâtres en plein vent. Ce superbe pont, le premier qui n’ait pas été encombré de maisons, est encore, au bout de trois siècles, l'un des plus beaux et Je plus long de Paris (253 mètres), En 1775, de petites boutiques y furent élevées sur les hémicycles qui couronnent les piles1; elles n’ont disparu que lors des grands travaux de restauration exécutés de 1848 à 1855. A cette époque le pont a reçu une enveloppe neuve, ses pentes ont été adoucies, les trottoirs qui, sans motif, étaient (comme ceux du pont de Bordeaux) élevés au-dessus de la chaussée (ainsi qu’on le voit sur le plan de 1734 reproduit par la Nature), ont été abaissés, les mascarons de Germain Pillon, reproduits fidèlement, ont été rétablis le long de la corniche2; et pendant ces travaux, exécutés successivement sur chaque moitié longitudinale du pont, la circulation n'a jamais été interrompue.
- En 1606, on avait relié l’IIôtel-Dieu avec son annexe de la rive gauche par un passage spécial, le pont Saint-Charles. En 1852, cette vieille construction de deux arches de maçonnerie, qui barrait partiellement le petit bras de la Seine, a été remplacée par une passerelle en charpente d’une seule travée formant un couloir, fermé sur les côtés et couvert qui met en relation par-dessus la rivière et par-dessous le quai les deux sections de l’ancien Hôtel-Dieu.
- Ce qui fait la gloire et le malheur de notre race, c’est de vouloir innover sans cesse ; il en résulte qu’après avoir atteint le sommet, en changeant encore on ne peut plus que redescendre, — on devait s’en apercevoir dans la construction des ponts.
- En 1623, les deux îles Saint-Louis et de la Cité furent unies par le pont de Bois ou pont Bouge, que son double nom dépeint suffisamment, et qui fit bon service pendant deux siècles. En 1803, les inondations en ayant enfin eu raison, il fut remplacé par un pont de deux arches en bois et fer revêtu de cuivre, « peint lui-même en imitation de pierre de taille » avec pile et culées en maçonnerie; ce chef-d’œuvre compliqué de bois, de fer, de cuivre, de pierre et de peinture coûta la bagatelle 523 914 fr. 91 cent, et tomba en mine au bout de huit ans; on le répara tant bien que mal jusqu’en 1819, où il fallut alors le remplacer par une passerelle en charpente.
- En 1842, l’engouement pour ces constructions laides, incommodes, très-dangereuses et nécessitant des réparations continuelles, que l’on appelle des ponts suspendus, était dans toute sa fureur, et l’on ne manqua pas de substituer à la passerelle en char-
- 1 Déjà en 1608 on avait accolé au pont Neuf la pompe hydraulique de la Samaritaine, qui fut refaite en 1772 et supprimée en 1813.
- 2 Les originaux, trop précieux pour être laissés aux intem-
- péries des saisons, ont enrichi les collections de Cluny.
- pente de la Cité une passerelle suspendue1. Enfin, quand la mode des ponts en fer a succédé à celle des ponts suspendus, on a démoli, en 1860, la passerelle de la Cité, et on lui a substitué, en 1862, le pont Saint-Louis, qui est actuellement fort beau; mais pour combien de temps ?
- Le pont d’Austerlitz, nous le verrons, n’a duré qu’un demi-siècle; les ponts romains, épargnés par les tremblements de terre et la guerre, portent sans fatigue depuis deux mille ans sur leurs robustes reins les plus lourds chariots. Les ponts métalliques, — ces constructions qu’Arago appelait des « ponts colifichets, » — n’ont pas même l’avantage de l’économie : à surface égale, ils coûtent plus cher à Paris que les ponts en maçonnerie. Le pont Saint-Louis est composé d’une seule arche biaise en fonte de 64 mètres d’ouverture.
- En 1625, lors de l’agrandissement de l’Hôtel-Dieu, pour faciliter la communication des parties sises sur les deux rives, on a commencé la construction d’un pont en pierre de deux arches, sur lequel, à son achèvement en 1634, le public fut admis à passer moyennant le péage d’un double tournoi par cavalier... Le pont au Double a toujours gardé ce nom; mais, dans l’intérêt de la navigation, en 1847 et 1848 il a été refait d’une seule arche, de 51 mètres d’ouverture, en meulière et ciment de Vassy, la première construite avec ces matériaux.
- En 1632, un pont en bois fut construit en prolongement de la rue de Beaune, il porta les noms de pont Saint-Anne, pont Barbier, pont Rouge, pont des Tuileries2. En 1656, il est incendié et un autre pont de bois lui succède. Celui-ci est emporté par les glaces en 1684, et, un peu en aval, vis-à-vis de larue du Bac, l’année suivante, Louis XIV fait commencer par Mansard, Gabriel et le frère Romain le pont Royal qui, depuis son achèvement en 1689, n’a reçu aucune modification.
- En 1697, l’île Louviers fut jointe à la rive droite par la passerelle de Grammont, qui disparut en 1844 quand le bras de rivière fut comblé et l’île jointe au continent.
- De 1787 à 1791, le pont de la Concorde (successivement pont Louis XVI, pont de la Révolution, pont Louis XV) fut construit par Perronet. Il lut achevé avec les pierres provenant de la démolition de la Bastille. C’est un des plus beaux ponts modernes, seulement son architecte en a relié les matériaux avec des crampons de fer, ce qui peut, à la longue, en compromettre la durée3.
- 1 Le pont est accessible aux piétons et aux voitures; la passerelle est réservée aux seuls piétons; le ponceau est un pont très-court; le viaduc est réservé aux trains de chemins de fer ; le pont-canal supporte cette voie navigable, le pont-aqueduc conduit une source à un bassin d’alimentation; la buse sert au passage d’un ruisselet; un pont en charpente est une estocade.
- 2 Comme le pont Neuf, il était banque d’une machine hydraulique.
- 5 Par ordonnance de 1816, jusqu’en 1837 ce pont a été décoré de statues de Français illustres.
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- LA NATURE.
- Le premier pont du siècle est la passerelle en fer des Ails, jetée sur la Seine en 1802 et 1803. En 1852 le nombre des arches du pont des Arts, qui était de neuf, a été réduit à huit par suite de l’élargissement du quai Conti. Eu 1865 le tablier du pont a été asphalté,
- A la même époque, 1802, on entreprit la construction du pont d’Austerlitz, qui fut terminé en 1805. Ce fut le premier ouvrage à arches de fonte. L’expérience fut chère, car elle revint à 2 479427 fr. 25 c.; en 1854 les arcs métalliques étaient cassés et il a fallu le reconstruire. Le nouveau pont, tout en pierre, n’a coûté que 951 204 fr. 8 c.; il faut dire que fes piles ont été conservées, tout en les allongeant pour augmenter la largeur du tablier et que
- les maçonneries des arches ont été partiellement faites avec des matériaux provenant de la démolition du pont Notre-Dame*.
- Lamandé, qui venait de construire le pont d’Austerlitz, éleva de 1806 à 1813 le beau pont en pierre d’iéna, que deux ans plus tard Blücher menaçait de faire sauter, à cause de son nom. Louis XVlll le sauva, mais, jusqu’en 1830, il s’appela pont des Invalides.
- Pour faire du nouveau, ou voulut essayer des ponts suspendus. Navier (si célèbre par ses calculs erronés sur le vol des oiseaux) dressa le projet d’un pont de cette espèce, d’une seule arche, à jeter sur la Seine près des Invalides; il fut construit de 1824 à 1826 et l’on s’aperçut alors qu’il s’écroulait de lui-
- même au moment d’être terminé ; on s’empressa de le démolir. Cette petite expérience préalable avait coûté net 845 010 fr. 82 c. On lui substitua un pont, suspendu toujours, on n’en voulait plus d'autres, mais composé de trois travées. Ce pont élevé dans l’alignement de l’allée d’Antin, dont il prit le nom, un peu à l’amont du précédent, a été livré à la circulation en 1829. En 1854 et 1855, la mode des ponts suspendus étant passée, on lui a substitué le pont actuel des Invalides, de quatre arches en pierre, dont les piles latérales ne sont autres que celles du pont suspendu convenablement allongées.
- De 1825 à 1827 on a bâti le pont de Grenelle, dont les arches en charpente ont été remplacées en 1875 par des arches en fonte.
- La passerelle de la Grève ou de l’Ilôtel-de-Yi lie, composée de deux travées suspendues, fut élevée en 1828 ; deux ans plus tard elle prenait le nom de
- Darcole, un des combattants de Juillet tué pendant la lutte; aujourd’hui, par une sorte de calembourg historique et édilitaire, c’est le pont d’Arcole, reconstruit de 1854 à 1856 par Oudry. C’est de beaucoup le plus remarquable des ponts métalliques de Paris; tout en tôle de fer, il se compose d’une seule arche de 80 mètres d’ouverture, surbaissée au treizième (c’est-à-dire dont la flèche n’est que le treizième de la longueur de la corde) ; il est de la plus grande hardiesse et d’une extrême élégance.
- 1 Ainsi, le pont Neuf, dont toutes les parties visibles ont été refaites avec des pierres extraites de la carrière vers le milieu de ce siècle, n’en est pas moins un monument ancien, parce que sa forme primitive est restée la même ; et Je pont d’Austerlitz, dont une partie des matériaux a trois siècles et demi, et dont les piles ont été élevées il y a trois quarts de siècle, n’en est pas moins un édifice contemporain parce qu’il a reçu une forme nouvelle.
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- LA NATURE
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- Le disgracieux pont en pierre de l’Archevêché a été fait en 1828.
- Le pont de Bercy (ou de la Gare), élevé en 1851 et 1852, consistait en trois travées suspendues. En 1863 et 1864, on l’a reconstruit en leur substituant cinq arches en maçonnerie.
- Le pont des Saints-Pères (ou du Carrousel) con-
- struit par Polonceau de 1831 à 1834, est un des rares ponts métalliques dont l’aspect des arches soit, non monumental, mais satisfaisant. Les arcs qui le soutiennent ne sont pas en fer comme on le croit généralement, mais en bois de sapin bitumé, recouvert d’une cuirasse de plaques de fonte ; entre les arcs et le tablier, sont interposés des anneaux de
- Fig. 2, — Le pont Marie, à Paris, au dix-septième siècle. (D’après une ancienne gravure de l’érelle.)
- fonte de diamètre décroissant. Ce pont supporte admirablement l’énorme accroissement de circulation occasionné par le déplacement des guichets du Carrousel.
- Eu 1835 et 1834, un grand pont biais suspendu, qui prit le nom de Louis-Pbilippe (changé, pendant quelque temps, après la révolution de Février, en celui de pont de la Réforme), joignit ensemble, par
- Fig. 5. — Les nouveaux ponts Sully, récemment construits dans le prolongement du boulevard Saint-Germain (1876).
- deux travées, la Cité, l’île Saint-Louis et la rive droite. En 1848, quelques émeutiers, préludant aux incendies de la Commune, brûlèrent la travée entre les deux îles ; elle fut reconstruite aussitôt, mais le tout a été démoli pour faire place au nouveau pont Louis-Philippe qui, perpendiculaire au fleuve, relie la rive droite à Pile Saint-Louis. Ce pont, comprenant trois
- arches en maçonnerie, a été construit de 1860 à 1862.
- En 1837 et 1838, ont été construites deux étroites passerelles suspendues; la première, la passerelle de Constantine, unissait le quai Saint-Bernard et l’île Saint-Louis ; la seconde, la passerelle de Damiette, reliait par deux travées cette île, l’île Louvicrs et la
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- rive droite. Cette passerelle, comme une partie du pont Louis-Philippe, fut détruite en 1848 par les émeutiers. La passerelle de Constantine s’est écroulée en 1872. Les deux ponts Sully ou Saint-Germain, que représentent notre gravure, construits de 1874 à 1876, remplacent les passerelles disparues. Ces ponts, à peu près uniques en ce genre à Paris, sont fortement biais pour se trouver dans l’alignement du boulevard Henri IV (qui doit être percé dans la direction de la ligne visuelle joignant la colonne de Juillet au Panthéon). Le pont du bras gauche se compose de trois arches métalliques, celui du bras droit d’une arche métallique et de deux petites arches en maçonnerie. La nature et la position de ces ponts sont très-loin de leur donner un aspect heureux et monumental (fig. 3). En résumé, on voit que les ponts anciens, élevés par les architectes, ont un aspect plus harmonieux que les ponts contemporains, oeuvre des ingénieurs; il serait possible de réunir les qualités des uns et des autres en livrant le pont pour sa décoration aux architectes, après que les ingénieurs auraient exécuté l’ouvrage d’art.
- Le bras droit de l’île Saint-Louis a été transformé en une gare d’eau par une estacade en charpente établie à l’entrée d’amont de ce bras, et qui empêche les glaces de s’y précipiter. En 1843, un tablier de bois a été posé, partie sur cette charpente (reconstruite en 1872), partie sur trois piles, et a constitué ainsi la passerelle de l’Estacade.
- En 1852 et 1853, pour le passage du chemin de chemin de Ceinture, on a construit à Bercy le magnifique pont mixte dont la moitié a été consacrée à la voie ferrée et le reste à la chaussée et au trottoir. Comme aux ponts des Invalides, de l’Alma et d’Au-teuil, des chambres intérieures d’évidement destinées à alléger le pont, sont ménagées au-dessus des piles. Ce bel ouvrage, baptisé d’abord du nom de Napoléon III, est aujourd’hui le pont National. I)e 1854à 1856, on a exécuté le pont de l’Alma, un des ponts modernes les plus remarquables ; il franchit la Seine à l’aide seulement de trois arches en maçonnerie, dont celle du milieu, unique en son genre à Paris, n’a pas moins de 43 mètres d’ouverture; la hardiesse singulière de ces arches et le grand caractère des statues de soldats en sentinelle sur les éperons des piles lui donnent un aspect éminemment décoratif.
- En 1858 et 1859, a été construit le pont Solférino, composé de trois arches en fonte.
- Enfin, de 1863 à 1865,-a été exécuté le monumental pont à deux rangs d’arcades d’Auteuil (ou du Point-du-Jour) dont l’étage inférieur est occupé par les chaussées et trottoirs, et dont l’étage supérieur est réservé au railway de Ceinture. Ce pont clôt Paris à l’aval comme une majestueuse porte d’eau.
- L’estacade de l’île Saint-Louis sera maintenue, mais le tablier qui la surmonte et forme la passerelle de l’Estacade doit être incessamment supprimé, par suite de l’achèvement des ponts Sully. Lors delà prochaine démolition du vieil Hôtel-Dieu, la
- passerelle Saint-Charles, désormais inutile, disparaîtra, et le pont au Double sera démoli, pour être édifié une troisième fois dans l’axe de la rue d’Arcole. Plus tard, le pont des Saints-Pères fera place au pont des Tuileries qui sera le plus large de Paris, il n’aura pas moins de 45 mètres de largeur, et ses trottoirs seront dans le prolongement des nouveaux guichets pour piétons du Carrousel. Quand la rue de Rennes sera terminée jusqu’au quai, elle sera jointe à la rue du Louvre par un pont en ligne brisée, mis lui-même en communication avec le terre-plein du Pont-Neuf par un second pont parallèle au fleuve, et qui avec le pont du Louvre formera un T. L’arche de gauche du pont du Louvre (au-dessus de l’écluse de la Monnaie), tout en pierre et surbaissée au dix-huitième, sera un tour de force de construction. Enfin un pont sera construit, au débouché de la rue de Tolbiac, à mi-distance du pont National et du pont de Bercy, et l’on en a étudié un qui s’appuiera sur la pointe d’amont, de l’allée des Cygnes, entre le pont d’Iéna et le pont de Grenelle. Charles Boissay.
- l'extosition
- D’APPAREILS SCIENTIFIQUES
- DE SOUTH K EIX SIN G T O N MUSEUM (LONDRES).
- L’Exposition des appareils scientifiques, ouverte à Londres depuis le 1er mai, présente un caractère d’originalité qui mérite d’être tout d’abord signalé; les appareils y sont méthodiquement groupés, divisés en catégories véritablement scientifiques, et cependant l’Exposition est internationale. D’ordinaire, en effet, quand un gouvernement ou une société particulière fait appel aux nations étrangères pour une Exposition industrielle ou autre, un espace est désigné pour chaque pays, et chaque exposant vient classer ses produits sans être astreint à un groupement régulier : il résulte de cette disposition que le visiteur, tout à fait à l’aise pour comparer la valeur des produits semblables provenant de telle nation et de tel fabricant, est au contraire dans le plus grand embarras s’il veut étudier l’évolution d’une science, d’une industrie, les perfectionnements successifs des méthodes : les objets semblables ou comparables sent disséminés, et d’autre part, tout est d’actualité, rien n’appartient à l’histoire.
- Dans l’Exposition de Londres on a mis au second plan la provenance des appareils, et on s’est surtout préoccupé de les grouper d’une façon logique : aussi, le voyageur qui ne peut consacrer que quelques jours à visiter l’Exposition, conserve de son rapide passage des souvenirs précis : il a appris en réalité de quels appareils se servent les physiciens ‘pour l’étude des phénomènes spécialement soumis à leurs recherches ; il a vu comment’ les astronomes transmettent au monde entier les résultats d’observations indiscutables, puisque les phénomènes obser-
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- vés, grâce à des artifices d’une merveilleuse simplicité, inscrivent eux-mêmes sur le papier les courbes de leurs phases successives ; et ces appareils de physique'et d’astronomie, on les suit pas à pas dans leur histoire qui est aussi celle de la science qu’ils ont permis de constituer : la lunette de Galilée, saisissant souvenir des grands efforts d’un autre âge, le baromètre de Torricelli, les appareils dont se servait Faraday pour l’étude des phénomènes d’induction, et bien d’autres instruments précieux, ont la place d’honneur au milieu des pièces de précision qu’emploient la physique et l’astronomie actuelles.
- Le comité d’organisation a donc complètement atteint le but qu’il se proposait quand il mettait dans son programme d’exposer les objets d’un grand intérêt historique « from Muséums and private cabinets, where they are treasured as sacred relies. >i
- Nous retrouverions la même tendance à une exhibition vraiment scientifique si nous parcourions les autres sections ; partout de l’ordre, une présentation méthodique, partout de sérieux matériaux d’instruction.
- Sans insister sur ce côté spécial de l’exhibition de Londres, nous ne manquerons cependant pas de signaler les séries d’appareils d’éclairage pour les phares, particulièrement les systèmes variés de Fresnel et d’Arago qui datent déjà de bien loin (1819 à 1825), les grandes collections de modèles et diagrammes destinés à la démonstration des principes de mécanique, la collection des appareils originaux qui ont s.ervi à Dalton dans ses recherches de météorologie, les théodolites de Ramsden (dont le plus grand, datant de 1792, servit encore en 1862 à la détermination astronomique du méridien).
- 11 est enfin une section sur laquelle a dû porter surtout notre attention et que nous nous attendions à trouver absolument riche entre toutes, la section des appareils destinés aux recherches biologiques : la physiologie animale surtout, a besoin du concours de toutes les autres sciences; elle leur emprunte toutes leurs méthodes qu’elle met en usage après les avoir adaptées à ses nécessités. Comme les autres savants, le physiologiste étudie des phénomènes mécaniques, physiques, chimiques; plus que tous les autres, il expérimente, c’est-à-dire qu’il provoque des phénomènes nouveaux dans des conditions qu’il cherche toujours à déterminer : il semble donc qu’on doive trouver dans les galeries d’une Exposition d’appareils biologiques la plupart des instruments qu’on a successivement passés en revue dans les galeries de mécanique, de physique, de chimie, etc. Et cependant, à part deux collections importantes, celle de Marey et celle de Donders, la première comprenant les appareils du professeur de Paris pour l’exploration et l’inscription des phénomènes de mouvement, celle du professeur d’U-trecht renfermant surtout des appareils d’ophthal-mologie et quelques instruments d’électro-physiolo-
- gie, à part ces deux séries qui sont spéciales aux deux savants physiologistes, nous ne voyons de vraiment important que la collection de microscopes : il est vrai que cette dernière est très-complète, qu’elle est ornée des microscopes de Janssen (1590), de Leeuwenhoeck (1652), de Musschenbroek (1687). Mais les recherches relatives à l’électricité, à l’acoustique, à la chaleur, à la respiration, aux circulations artificielles, etc., sont-elles suffisamment représentées par quelques appareils, alors que notre science est munie de nombreux instruments de précision appropriés à ces sortes de recherches? L’Allemagne, qu’on dit. si riche en appareils enregistreurs, en instruments de mesure galvanométrique, en appareils de toute sorte, la France aujourd’hui dans la même voie d’applications à la science biologique des procédés usités dans les sciences mécanique, physique et chimique, ces deux grandes nations scientifiques auraient dû, semble-t-il, encombrer les locaux de la section de biologie. Nous ne savons à quelle cause attribuer l’infériorité qui nous paraît marquée de l’Exposition d’appareils biologiques : l’éloignement n’existe pas, les difficultés de transport sont supprimées par les soins du comité organisateur, les appareils dont nous regrettons l’absence sont nombreux dans chaque pays, et leur envoi à Londres ne pouvait en aucune façon causer une suspension de travail; peut-être le caractère même de cette exposition, son but, ses tendances internationales, tout cela n’a-t-il pas reçu une publicité suffisante? En tout cas, nous restons convaincu que la France et l’Allemagne scientifiques auraient rendu à la science anglaise un service signalé en démontrant au public anglais et aux hommes officiels, que la physiologie, menacée à l’heure qu’il est en Angleterre par le Bill sur la vivisection, est dans d’autres pays une science assise, définie, cultivée et qui peut aujourd’hui réclamer sa place à côté des sciences dites positives. Dr Fr. Franck.
- — La suite prochainement. —
- LE TUNNEL DU SAINT-GOTHARD
- (Suite. — Voy. p, 38.)
- Le percement des Alpes piémontaises au col de Fréjus, terminé pendant la guerre de France (25 décembre 1870), inaugura le nouveau système de percement mécanique des galeries souterraines, ouvrant ainsi la voie aux œuvres colossales dont les générations précédentes avaient à peine osé rêver l’accomplissement. Depuis longtemps déjà, le développement des relations commerciales entre les peuples limitrophes imposait l’idée d’une communication rapide à travers les barrières naturelles, jusque là infranchissables, qui les séparaient ; mais la durée du percement, par les méthodes alors connues, d’un tunnel de 10, 15 et même 20 kilomètres de longueur, dépassait tellement les limites ordinaires,
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- que les promoteurs d’un chemin transalpin reculaient devant un travail dont la rémunération eût été si tardive. A défaut des routes souterraines, ingénieurs et savants concentraient leurs études sur les perfectionnements à apporter à la locomotion par voie ferrée ; ce fut dans cet ordre d’idées que le célèbre ingénieur Flachat publia son mémoire si connu sur la traversée du Simplon. Si les tunnels de 15 à 20 kilomètres de longueur étaient abandonnés, à plus forte raison le projet de traversée sous-marine entre l’Angleterre et la France, adopté en principe aujourd’hui, était-il relégué, môme après les remarquables études de Thomé de Gamond, au rang de ces conceptions grandioses que la foule aime à caresser, sans espoir cependant de les voir se réaliser jamais.
- Il est presque inutile de rappeler que le temps employé à la construction- d’un souterrain, dépend
- non-seulement de la longueur qui lui est assignée, mais est encore fonction de la hauteur du massif dans lequel il doit être perforé. La durée du travail sera en effet d’autant plus restreinte qu’il pourra être creusé un nombre plus considérable de puits verticaux, rejoignant l’axe futur du tunnel, et formant à leur base autant de points d’attaque de la galerie. Le nombre des chantiers se trouve ainsi multiplié et tous les tronçons partiels réunis forment le souterrain complet. L’examen topographique des régions montagneuses montre assez qu’il serait plus que puéril de songer à employer la méthode par puits dans le creusement des galeries transalpines. Au Saint-Gothard, la différence d’altitudes entre chacune des deux embouchures, Gœschcnen et Airolo, et le point culminant du massif, n’est point inférieure à 1700 mètres. Au Mont-Cenis, l’observatoire du 'Grand-Vallon était à 2950 mètres; Modane, entrée
- Système d’excavation du tunnel du Saint-Gothard.
- Étage supérieur : 1. Galerie de direction. — 2,2. Abatages (droite et gauche). — Étage inférieur : 3, 4. Cunette du Strosse.
- S. Strosse.
- française du souterrain, est à 1202 mètres ; Bardon-nèche, entrée italienne, à 1535 mètres. La différence est plus frappante encore au Simplon, les deux têtes du tunnel projeté se trouvant à moins de 700 mètres, tandis que les sommets extrêmes, leWasen-horn, le Monte-Leone, dépassent l’altitude de 5000. Attaquer manuellement de semblables tunnels par leurs deux embouchures, au moyen de deux galeries uniques marchant à la rencontre l’une de l’autre, reculait la date d’achèvement du travail à une limite véritablement inacceptable. Toute espérance de réalisation pratique d’une traversée transalpine devait donc être ajournée jusqu’à la découverte d’un moyen de perforation plus rapide que par les méthodes alors connues. L’application victorieuse de la perforatrice au souterrain du col de Fréjus devait seule résoudre la question.
- L'outil nouveau, qui allait opérer une révolution si complète dans le monde souterrain, ne devait point, comme la Minerve antique, sortir tout armé du cerveau de son inventeur. Il y a loin de la perforatrice primitive à la perforatrice qu’on emploie ac-
- tuellement au Saint-Gothard, à cette machine élégante, légère, qu’on accroche si facilement à l’affût porteur placé devant le front d’attaque du rocher, qu’on en retire à volonté lorsque l’un quelconque de ses organes a été détérioré par la rude besogne. Les premiers essais de perforation rapide, en vue du percement du Mont-Cenis, furent faits par un ingénieur belge, Henri Mauss, qui proposa d’entailler la roche sur une section régulière au moyen d’un système de ciseaux mus par des cames, et d’arracher ensuite au levier le bloc découpé. En 1855, un Anglais, Bartlett, apporta sa perforatrice rudimentaire, essayée à la Coscia après les ciseaux de Mauss. L’appareil Bartlett se composait en somme d’une machine locomobile à vapeur, à cylindre horizontal, à laquelle était accouplé un mécanisme spécial servant, à comprimer l’air nécessaire au mouvement de va-et-vient, dans un cylindre, d’un piston muni d’un fleuret perforateur. Le moindre inconvénient de la machine Bartlett était d’exiger l’entretien d’un foyer de chaleur et de fumée nuisible à la bonne ventilation de la galerie; elle inaugurait toutefois l’ère des
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- machines à fleuret percuteur, dont le type définitif allait être créé par Sommeiller, qui l’installa au front d’attaque du tunnel du Mont-Cenis.
- Le percement du Gothard aura été une sévère école pour les perforatrices. De nombreuses circonstances, parmi lesquelles la dépense d’air, les frais de réparations et d’achat, doivent guider l’entrepreneur dans le choix de telle ou telle machine. Entre les vingt ou trente systèmes qui ont vu le jour depuis l’achèvement du premier tunnel des Alpes, quatre seulement ont été adoptés pour le percement du Saiut-GoLhard. Ce sont les perforatrices Du-bois-François, Mac - Kean, Ferroux et Tureltini. MM. Dubois et François sont Belges ; M. Mac-Kean, Américain; M. Ferroux, successivement chef des ateliers de réparation des machines au Mont-Cenis et au Saint-Gothard, est Français ; M. Turetlini, directeur de la Société genevoise de construction d’instruments de physique, est Suisse. Peu s’en est fallu, on le voit, que chacune des grandes nations du monde civilisé ne vînt apporter au colossal travail la part de génie qui lui était due.
- Le mécanisme principal de toute machine perforatrice est fort simple. Il s’agit en effet, pour la perforation des fourneaux de mines destinés au sautage de la roche : — 1° de faire battre au fleuret percuteur des coups violents et répétés. — 2° de communiquer à ce fleuret un mouvement de rotation qui l’empêche de s’engager dans le trou qu’il creuse. Le premier mouvement de percussion s’obtient en amenant alternativement , sur les deux faces d’un piston auquel
- est liée invariablement la tige porte-fleuiet, l’air comprimé à une certaine tension par les compresseurs des chantiers extérieurs ; le mouvement de rotation de la tige est commandé par un jeu de rochet et de cliquet ingénieusement distribués. Grâce à ces deux mouvements, l’empreinte laissée sur le roc par le fleuret percuteur peut être représentée par les différentes positions que prendrait le diamètre d’un cercle marquant la place du trou, si ce diamètre était déplacé à chaque coup d’un angle très-petit.
- La course du piston ayant une longueur déterminée, il arrivera certainement un moment où le trou creusé sera assez profond pour que le fleuret n'atteigne plus la roche. La machine battra alors à vide, et, en dehors du travail négatif de l’outil, les organes se détérioreraient vite par ce mode de fonctionnement insolite, si on n’y remédiait en rapprochant le piston poiie-lleuret du front d’attaque. Un troisième mécanisme commande ce mouvement d’avancement automatique.
- En résumé, les pièces essentielles qui se retrouvent dans chaque perforatrice, sont :
- 1° Un cylindre principal pour la percussion.
- 2° Un piston percuteur, dont la tige se prolonge et sert de porte-outil, parce qu'on fixe à son extrémité, au moyen d’un manchon et d’une clavette, le ciseau, burin, ou fleuret, destiné à percer les trous de mine.
- 3° Un tiroir , ou robinet distributeur, dont le mouvement de va-et-vient dirige alternativement l’air comprimé à l’avant ou à l'ar ‘rière du piston.
- 4° Divers organes destinés, soit à faire tourner
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- e piston, la tige porte-outil, ou le ciseau perceur, soit à faire avancer le cylindre et ses annexes vers le front de taille pendant la perforation du trou de mine.
- 5° Un support, châssis, ou cadre rigide, formé ordinairement de deux barres ou longerons, le long desquels le cylindre et ses annexes peuvent glisser pour se rapprocher du trou en percement.
- La longueur d’une perforatrice varie avec le système auquel elle appartient. La machine Ferroux. construite pour la traversée du massif granitique de Gœschenen, mesure 3 mètres sans le tleuret, qui a lui-même lm,20. La longueur approximative de la machine complète sur affût est donc de 4 mètres, sa largeur de 0m,25 à 0'",30, son poids de 250 kilogrammes. D’autres, plus légères, pèsent seulement 180 kilogrammes.
- Le tunnel du Saint-Gothard, comme tous les souterrains qui servent de passage à une ligne de grand trafic, est construit à deux voies. La section du tunnel excavé, qui mesure à peu près 8 mètres en largeur et 7 mètres en hauteur, est ainsi de 45 à 50 mètres carrés. Pour enlever cette surface, il est utile d’établir plusieurs chantiers partiels d’excavation qui se suivent à une certaine distance l’un de l’autre. Diverses méthodes sont suivies pour ce travail ; celle employée au Gothard consiste à percer au faîte du tunnel, dans son axe, une petite galerie d’environ 6 à 7 mètres carrés de superficie, soit 2m,50 de hauteur sur une largeur équivalente ; son toit est ainsi à 6'",50 ou 7m au dessus des rails futurs. Cette petite galerie, dont le progrès exerce une influence capitale sur la marche de l’excavation entière, est suivie, à distance suffisante pour que l’explosion des mines ne compromette point la vie des ouvriers, par deux chantiers, symétriquement placés à droite et à gauche de l’axe du souterrain, qui complètent l’élargissement en calotte nécessaire à l’emplacement de la voûte. Ces deux derniers chantiers d’excavation prennent le nom d'abatages. Petite galerie de direction et abatages en calotte, en tout trois chantiers, forment le premier étage du souterrain en construction. La demi-lune supérieure, quirecevra plus tard le revêtement en maçonnerie, est ainsi excavée.
- Afin d’enlever le massif restant, le strosse, dont la hauteur est encore de 4 mètres au-dessus des rails futurs, on ouvre tout d’abord dans la roche une galerie centrale, un peu à gauche de l’axe du souterrain, afin de laisser sur l’un des côtés du massif non encore enlevé la place nécessaire pour la voie de service de l’étage supérieur. Cette galerie centrale est appelée cunette du strosse. Sa hauteur de 4 mètres, relativement considérable, exige que le travail s’effectue en deux étages d’égale hauteur ou à peu près. L’étage inférieur suit l'étage supérieur à une distance d’une trentaine de mètres, suffisante pour que l’explosion des mines ne détériore point l’affût ni ses perforatrices.
- L’élargissement en calotte et la cunette de strosse
- une fois creusés, le strosse restant est excavé, jusqu’à ce que le profil de la galerie ait épousé la forme du revêtement indiqué qui, dans les terrains ordinaires, est le plein cintre avec piédroits, et aqueduc d’écoulement des eaux situé à la base de l’un des piédroits. Le revêtement avec radier ou voûte inférieure n’est employé que dans les roches très-délitées et sujettes à de nombreuses filtrations.
- Le système de percement des tunnels par petite galerie de faîte, que nous venons de décrire, n’est toutefois point le seul qui soit appliqué. Au tunnel du Mont-Cenis, l’excavation souterraine fut commencée par une petite galerie perforée à la hase du profil, contrairement à la méthode employée aü Gothard. Le tunnel du Mont-IIoosac, dont les travaux furent souvent interrompus par la guerre de sécession, fut exécuté, tantôt par l’une, tantôt par l’autre des deux méthodes.
- Tous les chantiers d’élargissement, de même que la petite galerie de direction, sont perforés mécaniquement, chacun d’eux, suivant sa section, exigeant un nombre plus ou moins grand de perforatrices, montées sur un solide cadre en fer, Yaffût. Chacune d’elles peut à volonté, au moyen d’écrous, être déplacée sur ce cadre en hauteur et direction, selon que les trous de mine ont besoin d’être perforés à tel ou tel emplacement du front de taille, perpendiculairement à la roche ou dans une direction oblique. Dans ce dernier cas, on dit que les perforatrices travaillent en éventail. L’affût qui roule sur la voie de service, se déplace avec le front d’attaque vers lequel il est ramené après l’explosion des mines et le relevage des déblais. L’excavation du tunnel du Gothard, est, en somme, comme le montre la figure théorique ci-contre, toutes proportions gardées, une attaque en gradins droits, à trois étages, analogue à celles qui se pratiquent dans les exploitations minières souterraines.
- La distance entre deux chantiers consécutifs varie avec les circonstances qui se présentent, et qui peuvent avancer ou retarder pendant un certain laps de temps la marche du travail. La galerie de direction peut, par exemple, avancer assez vite dans un terrain tendre, et les chantiers d’arrière marcher lentement dans une roche très-dure. C’est ce qui arrive en ce moment à Gœschenen, la petite galerie travaillant dans des schistes cristallins, et tous les autres chantiers se trouvant encore dans le massif granitique de 2000 mètres d’épaisseur, dont le passage fut si laborieux. Le point extrême du tunnel perforé en petite galerie était, au 1er juin dernier, à 3188 mètres de l’embouchure, les chantiers d’élargissement ou abatages de l’étage supérieur, à 1980 mètres (droite), et'1886 mètres (gauche); les deux étages de la cunette du strosse, à 1733 mètres (supérieur)- et 1092 mètres (inférieur) ; le strosse était enlevé jusqu’à 1100 mètres et la voûte construite jusqu’à 960 mètres de la tête du tunnel»
- Maxime Hélène»
- — La suite prochainement.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Association française pour l’avancement des sciences. — L’Association française pour l’avancement des sciences, qui vient d’être déclarée d’utilité publique, tiendra sa cinquième session, à Clermont-Ferrand, du 18 au 26 août. Des excursions multiples dans l’intéressante région, dont Clermont est le centre, auront lieu pendant la durée du Congrès ; de nombreuses et importantes communications et conférences sont annoncées dès à présent. Une fête donnée par le département réunira, au sommet du Puy-de-Dôme, les membres de l’Association qui se trouveront à Clermont, ainsi qu’un grand nombre de savants français et étrangers, pour l’inauguration de l’Observatoire météorologique du Puy-de-Dôme.
- Le Comité local s’occupe, dès à présent, de tous les détails relatifs à cette session sous la présidence de M. Bardoux, président du conseil général du Puy-de-Dôme. M. Moinier, maire de Clermont, vice-président, et M. Alluard, directeur de l’Observatoire météorologique, secrétaire général, dirigent activement les travaux du Comité local.
- L. Van llontte. — Une des personnalités les plus considérables de l’horticulture vient de disparaître. M. Louis Van Houtte, bourgmestre de Gendbrugge près Gand, est mort le 9 mai à l’àge de 66 ans. — M. Van Houtte était universellement connu, non-seulement par l’importance de son établissement, mais encore par son savoir étendu, et le culte qu’il professait pour les végétaux auxquels il avait consacré sa vie. Il employait toute sa fortune à l’accroissement de la maison, véritable administration, qu’il a fondée et qui avait pris des proportions considérables. Amateur avant tout, il avait créé la plus belle publication horticole du continent sous le nom de Flore des serres et des jardins de l'Europe. Ce recueil splendidement illustré et qui compte dans sa rédaction les noms les plus distingués de la botanique et de l’horticulture, a paru depuis 1845 sans interruption.
- Cas de combustion spontanée.— Le 5 mai 1876, à New-York, vers trois heures, on a senti s’élever une odeur désagréable dans l’établissement du charpentier Delrnage ainsi que dans les environs ; on s’est immédiatement mis en quête pour en savoir la cause, et on s’est aperçu que de la fumée se dégageait par une petite fente du plancher : cette fumée était à un état si vaporeux que d’abord on l’avait prise pour de la poussière ; en regardant de plus près, on a vu que c’était réellement de la fumée. Comme il n’y avait aucun accès au-dessous du plancher, on l’a brisé immédiatement, et l’on a trouvé un amas de sciure de bois accumulée, d’une épaisseur de cinq à six pouces ; cette sciure mêlée de limaille provenait des scies, ainsi que d’autres débris ; le mélange se trouvait complètement saturé avec de l’huile de lin bouillie, qui avait fui d’une lanterne placée juste au-dessus: e’était de cette masse que sortait la fumée, et après un examen plus attentif, on arriva à cette conclusion grave, qu’au-dessous de la surface toute la matière était en feu, et à l’état charbonné. La surface était toute continue, et la fumée filtrait lentement comme émanant d’un puits à charbon.
- Essais d’un bronze de manganèse pour l’artillerie. — On vient de faire à la manufacture royale • d’artillerie, à Woolwich, les essais d’un métal auquel on a donné le nom de bronze de manganèse, essais qui ont été des plus satisfaisants. Ce métal, qui en apparence pst
- presque semblable au métal à canon ordinaire, tout en ayant une couleur plus dorée et une texture plus serrée, peut, par la fonte, prendre toute forme désirée et être employé pour tous les usages auxquels servait le métal à canon; on a trouvé cependant qu’il le surpassait en force, en dureté et en résistance. Dans les expériences qui ont été faites, six spécimens du nouveau métal furent essayés, trois de fonte de différents degrés de dureté et trois de métal forgé. Le premier spécimen de fonte, destiné plus spécialement à la construction, possède une force de tension de plus de 2i tonnes par pouce carré (par 6cn"1, 45), avec une élasticité de 14 tonnes et un allongement avant la rupture de près de 9 p. 100 de sa longueur. Les deux autres spécimens, d’une qualité plus dure ‘et plus résistante, ont donné respectivement une force de tension de 22 tonnes et 25',6 par pouce carré, avec une élasticité de 14 et 16*,8 et un allongement avant rupture de 5,5 et 5,8 p. 100 de leur longueur. Les spécimens du métal forgé possèdent respectivement une force de tension de 29 tonnes, 28*,8 et 50‘,5 par pouce carré, avec une élasticité de 12 tonnes, 15*, 2 et 12 tonnes par pouce carré, et un allongement de 51,8,55,5 et 20, 75 p. 100 de leur longueur avant de se rompre.
- Ce métal, présenté par la White Brass Company de Southwark, porté au rouge peut être forgé et coulé, ce qui en permet l’emploi pour bien des usages pour lesquels on ne peut se servir du métal à canon, que l’on remplaçait alors par le laiton qui est de moitié moins résistant que le nouveau métal. (Times. Revue maritime.) A. P. P3
- Plume électrique d’Êdison. — Cette invention, présentée à la dernière réunion de la Société des arts, consiste en une petite machine électrique qui se trouve au haut d’un porte-plume dont on se sert pour écrire. Cette machine met en mouvement une aiguille qui perce le papier, en faisant de 5 000 à 6000 trous par minute. Le papier ainsi percé, qui fait fonction de patron, est placé dans un châssis, et l’on passe sur lui un rouleau imbibé d’encre ; ce rouleau recouvre d’encre les places qui sont perforées, de sorte qu’en plaçant une feuille de papier au-dessous du papier écrit ou patron, et en passant le rouleau sur elle une ou deux fois, on obtient un fac-similé parfait de l’écriture. On a reconnu que ces fac-similé peuvent être obtenus au nombre de quatre ou cinq par minute, et qu’une feuille d’écriture ou un patron peut suffire pour imprimer mille exemplaires. (Journal of the Society of arts, 19 mai 1876.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du % juin 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Pxtus.
- Conservation des viandes. — Le procédé soumis à l'Académie pour conserver indéfiniment la chair des animaux consiste à tremper celle-ci dans un liquide que l’auteur appelle du « perehlorure d’oxyde de fer » (?). L’effet est de donner à la matière organique une dureté comparable à celle du bois, « caractère, ‘dit à peu près M. Bertrand, auquel l’auteur parait attacher un très-grand prix, mais que nous n’avons pas jusqu’ici été habitué à considérer comme une qualité du bœuf ».
- Double réfraction solaire. — C’est en sortant du port d’Arendal pour se rendre à Christiansand (Norwége) que M.Girard a observé, le 14 juin dernier, un météore remarquable. A travers la brume qui recouvrait l’horizon, il vit une demi-couronne lumineuse plongeant par ses deux branches dans la mer et à laquelle vint bientôt se joindre
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- LA NATURE.
- un cercle complet entourant le soleil et persistant plusieurs minutes. Un sait que la théorie optique de ces belles apparences a occupé plusieurs physiciens et est maintenant complète.
- Météorites. — M. Lawrence Smith, chimiste et minéralogiste américain, dont nous avons plusieurs fois cité le nom dans ce journal, a adressé du Kentucky diverses communications relatives aux pierres tombées du ciel. La première constate que les hydrocarbures dont il a signalé antérieurement la présence dans les masses charbonneuses d’Orgueil, existent normalement dans un très-grand nombre de météorites.
- En second lieu l’étude minéralogique d’une masse de fer recueillie à Cohahula, au Mexique, a mis M. Smith en présence de deux substances minérales intéressantes à divers points de vue. L’une toute superficielle se montre en incrustations dures à la surface du bloc : c’est de l’aragonite et il est à présumer quelle est d’origine terrestre et s’est produite sur la masse durant son séjour dans le sol. L’autre, au contraire, noyée à l’intérieur du métal est bien d’origine cosmique. C’est un sulfure de chrome renfermant 62 p. 100 de ce corps et 58 de soufre et qui constitue une espèce nouvelle de la minéralogie météo-ritique. M. Smith propose de la dédier au savant directeur de l’Ecole des mines de Paris et l’appelle Daubréite.
- Enfin, l’auteur analysant une météorite tombée en 1865 dans le Wisconsin constate son identité avec la pierre de Meno, Wurtemberg, jusqu’ici seule de son espèce dans nos collections ; et de cette identité il • conclut que les deux masses en question dérivent d’un même gisement originel. Nos lecteurs savent comment cette conclusion est celle de nombreuses recherches géologiques résumées dans le premier volume de la Nature, et qui reçoivent chaque jour de nouvelles confirmations.
- Utilisation et aménagement des eaux de la France. — Dans un mémoire analysé par M. de Lesseps, M. Cottard décrit le procédé employé dans le nord-ouest de l’Inde pour utiliser les eaux du haut Gange et prévenir du même coup les inondations. Un gigantesque canal permet la dérivation d’une telle quantité d’eau qu’on l’évalue à 260 mètres cubes s’écoulant à la seconde. Partant de là, M. Cottard pense que dans beaucoup de cas une disposition analogue pourrait être adoptée en France ; il signale tout spécialement l’Adour au sujet duquel il a fait des études que M. de Lesseps qualifie de la manière la plus élogieuse.
- Photochromie. — C’est avec le plus vif intérêt que l’on se passe dans la salle les brillantes photographies coloriées directement par le soleil, que M. Charles Gros a obtenues après dix années de recherches. Nous reviendrons avec détail sur le procédé qui permet d’obtenir ces merveilles quand nous en connaîtrons tous les détails.
- Stanislas Meunier .
- UN CADENAS A LETTRE
- AU SEIZIÈME SIÈCLE.
- Il ne manque pas d’instrumenls ou d’objets usuels que l’on considère comme assez modernes, et dont l’invention remonte cependant à des époques très-anciennes. Tel est le cadenas à lettres, dont nous trouvons une description complète dans un ouvrage fort curieux et très-rare, intitulé : « Les livres de Mie-
- rome Cardanus, médecin milannois, intitulez de la subtilité et subtiles inventions, ensemble les causes occultes et raisons d’icelles, traduis de latin en fran-covs par Richard le Blanc. Paris, 1566. »
- Nous empruntons à ce vieux livre le dessin et la description d’Une serrure qui peut être close sous tout nom.
- « Celte serrure sous tout nom qui fut de sept lettres pourrait exactement être close et fermée et ne pourrait être ouverte sous autre nom que sous celui dont elle avait été fermée. Le tour ou circuit était
- premièrement solide et dur; de l’autre part, en la partie antérieure, un tuyau droit procédait du centre en éminence au bout duquel était une vis courte. A cette serrure, en la marge du circuit, est un autre tuyau vide, rond, égal en magnitude et équidistant de l’autre, et de l’autre part, deux petites lignes distinguent et séparent le bord. A ces lignes sept lettres de diction doivent être mises droit à droit, en tournant et en adaptant les cercles ou anneaux par l’ordre que tu as proposé de garder : comme ainsi soit que le nom soit de sept lettres seri'Ens, chaque anneau constituera la lettre à l’endroit de l’espace de deux lignes afin qu’elle puisse être close ou ouverte. Car ils seront sept anneaux en la marge ayant les lettres de l’alphabet, desquels j’ai écrit un en la marge par exemple : où ils seront autant d’anneaux en nombre qu’est le nombre des lettres sous lequel la lettre doit être close. Au milieu est un cercle large distinct et séparé d’autant d’espaces quelles sont de lettres en la marge. Mèmement ils
- Cadenas à lettre. Fac-similé d’une ligure du seizième siècle
- sont autant d’anneaux ou circuits dentés qu’ils sont d’ordres des lettres de l’alphabet. J’ai écrit ces ordres en la troisième figure, en ajoutant une denti-cule, comme j’ai écrit en la quarte figure la postérieure partie des anneaux ou cercles de la seconde figure, avec un espace au milieu de l’anneau, auquel la dentieule du petit anneau est fichée. Car il est manifeste que le troisième anneau est ainsi tiré ensemble avec le second, qui est tourné alentour; et toutefois l’un ne pourra être joint à l’autre, ni en être arrache, sinon par la lettre fichée en son lieu. Et quand la serrure sera fermée, les anneaux sont tournés sans empêchement afin qu’ainsi la proportion du nom soit confondue. »
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanuier.
- Typographie Lahure, rue de Flcurus, 9, à Paris.
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- N# 162. — 8 JUILLET 1876.
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- LES TSIGANES DE LA ROUMANIE1
- Il y a en Roumanie environ 230 000 Tsiganes, autrefois serfs, aujourd’hui émancipés et jouissant de tous les droits des citoyens. Ils exercent de préférence certains métiers ; ils sont ménétriers, forgerons, maréchaux ferrants, cuisiniers, orpailleurs (en roumain an-rari) , montreurs d’ours (ur-sari (voy. la gravure)2; quelques - uns coulent des cuillères en étain, d’autres fabriquent des objets de boissellerie, ou sont employés comme journaliers aux constructions, pour porter le mortier et les briques ; quelques-uns sont même bri-quetiers.
- En 1864 on a exproprié les propriétaires terriens pour distribuer des lots de terre à tous les paysans. Les Tsiganes qui habitaient les villages ont été aussi rendus propriétaires , et pourtant bien peu d’entre eux se décident à cultiver la terre, car avant tout ils aiment à vagabonder, à vivre de maraude et de mendicité. 11 en est beaucoup qui louent leurs lots de terre aux paysans roumains, à condition que ces derniers payent chaque année, à la place du Tsigane, l’annuité due au propriétaire primitif.
- 1 Bulletin de la Société d'anthropologie, t. X, 1875, p. 597.
- 2 La même publication ( t. VII, 11e série, 1875) contient, p. 586, une Note sur une bande de bateleurs serbes observée en juillet 1873, à Choisy-le-roi, par M. A. Roujou, où il est dit que cette bande, d’un aspect étrange, vue à Cboisy, comprenait trois hommes adultes, conduisant des ours, cinq ou six femmes et autant d’enfants. Les hommes portaient
- 4e année. — 2* semestre.
- Quelques-uns de ces anciens serfs travaillent la terre, mais en qualité de journaliers, et sont souvent em- . ployés en cette qualité par le fermier paysan. En un mot, le Tsigane est incapable de diriger pour son propre compte l’exploitation agricole de 2 hectares ; mais il travaille, lui propriétaire, en qualité de journalier, sur la terre qui lui appartient.
- On voit les Tsiganes camper partout où ils trouvent d'e l’ouvrage, souvent après avoir fait leur possible pour ne pas en trouver. Ils s’abritent sous des tentes ou sous des baraques faites à la bâte.Ils vivent là demi-nus, pêle-mêle, hommes, femmes, enfants, pourceaux et chiens, ils élèvent aussi des ânes et des mulets. Paresseux au delà de ce qu’on peut imaginer, constamment endettés, ils ont toujours escompté leur travail pour l’année à venir. En règle générale, ils meurent insolvables.
- On les conduit très-bien quand on les traite en enfants gâtés, par l’eau-de-vie,
- . les petites faveurs et la crainte de la correction. Dès qu’on veut les traiter en hommes libres, en citoyens, on n’obtient rien d’eux; il ne faut jamais s’attendre à ce qu’ils remplissent de bon gré les engagements pris. Ils ont cela de commun avec les nègres.
- le costume de la région du Danube. Un enfant, de 14 à 15 ans, conduisait un singe. Voici l’intéressante discussion qui a eu lieu à ce sujet.
- M. Bataillaud. — Je n’ai pas le moindre doute que les individus, dont a parlé M. Roujou, ne soient de vrais Bohémiens. Les ursarii, ou montreurs d’ours, appartiennent à une tribu spéciale bien distincte de celle des chaudronniers ou caldreari ; ces derniers ont des tentes très-grandes qu’ils éta-
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- Uu montreur d’ours Tsigane. (D’après une photographie.)
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- LA NATURE.
- Tous les entrepreneurs qui les emploient aux terrassements ou aux vendanges prennent l’engagement de les nourrir : car si on leur confie l’argent le samedi soir, tout sera dépensé le dimanche au cabaret, et la semaine suivante le Tsigane mourra de faim, ou ira mendier.
- Chaque bande ou clan a un chef librement élu (en tsigane vataf, en roumain prirnar). Façonné à la servitude, le Tsigane ne saurait vivre s’il n’a pas un maître par lequel il se laisse diriger, dominer, rosser et tenir en respect. La servitude est une seconde nature.
- L’émancipé d’hier reconnaît qu’il ne serait pas en état de travailler s’il n’avait pas un stimulant continuel ; et le stimulant auquel il a recours volontairement, c’est le fouet du chef. C’est ce dernier qui, au nom de la bande, conclut toutes conventions concernant les travaux à exécuter. L’insigne du commandement est un long fouet disposé en sautoir. Plus le fouet du chef inspire la crainte, plus les fonctions présidentielles sont de longue durée.
- Lorsque la sévérité du vataf diminue d’intensité, tout le clan se lève comme un seul homme : cela arrive à la suite d’une fête bachique, surtout si le temps est à l’orage ; on rosse d’importance le chef et l’on procède incontinent à la nomination d’un autre qui inspire plus de crainte.
- Les Tsiganes ne sont pas dépourvus d’intelligence. Ils ont même beaucoup d’aptitude pour les quelques métiers qu’ils exercent. Jamais ils ne se font bergers* , . .
- Dans l’armée il y a quelques Tsiganes qui sont arrivés à faire de bons sergents. Les forgerons et les armuriers de l’artillerie sont presque tous Tsiganes
- blissent au-dessus de leurs chariots, tandis jquc les ursarii lie voyagent qu’avec des chevaux et n’ont que de très-petites tentes. Depuis 1866, il nous arrive, très-fréquemment, des bandes de Bohémiens d’Orient, alors qu’avant ;çette époque ces bandes étaient très-rares : l’on ne voyait guère que des Bohémiens d’Alsace. ,rl,
- M. Mazard. — J’ai vu dernièrement, avecsM. de Mortillet, un campement de Bohémiens, au bas du I'ecq. Les deux tribus, celle des chaudronniers et celle des montreurs d’ours, étaient réunies; ces derniers paraissaient être dans un état d’infériorité par rapport aux autres. Les chaudronniers occupaient deux vastes tentes, tandis que les ursarii, n’avaient qu’une tente fort misérable.
- M. Roujou fait observer qu’il n’a jamais rencontré de Bohémiens aussi peu basanés et ayant aussi peu le type de leur race que ceux dont il vient de parler.
- M. Girard du Riacle. — J’ai vu, en 1870, des nomades qui ressemblaient entièrement à ceux dont M. Roujou nous a entretenus. Ces nomades avaient le costume des paysans dal-mates et leur chaussure si reconnaissable. Je ne pensais pas qu’ils fussent de vrais Bohémiens.
- M. Hoyelacque note que les ornements que portaient les femmes vues par M. Roujou, sont des ornements dalmates.
- M. Pilar observe que les enfants de la Serbie vont prendre, dans les montagnes, de jeunes ours, à qui ils apprennent à danser en les plaçant sur une surface chauffée. Il remarque que ces bandes, très-misérables, se marient avec les premières venues dans les émigrations ; par ce fait s’expliqueraient les mélanges que l’on a constatés.
- (Le montreur d’ours de notre gravure répond très-bien à la description de M. I’ilar.)
- On a même promu un Tsigane au grade de sous-lieutenant. Sa carrière n’a pas été longue, il a eu une triste fin. Ayant voulu avaler plusieurs beignets l’un après l’autre, ces friandises se sont arrêtées dans le pharynx, et le malheureux officier a succombé à l’asphyxie, il y a de cela dix ou quatorze ans.
- Nous connaissons un Tsigane, fils d’un cuisinier de grand seigneur, qui a étudié la médecine et qui a obtenu le diplôme de docteur. Même quand il parle français il a l’accent tsigane, accent qui consiste à prononcer presque toutes les syllabes en les accompagnant d’une aspiration, et à prolonger outre mesure la durée des mêmes syllabes.
- On fait des efforts en Roumanie pour augmenter le nombre des écoles primaires. Dans les régiments, presque tous les soldats apprennent à lire. Nous pensons donc que, grâce à l’instruction et à l’émancipation, cette pauvre population tsigane, sympathique à bien des égards, arrivera à s’élever graduellement au niveau des gens du peuple des autres races. Ils ne feront pas de fameux cultivateurs, mais ils seront excellents forgerons et bons ménétriers.
- Les Tsiganes fixés dans les villages et dans les villes sont moins noirs et moins lippus que ceux qui, dans les forêts, fabriquent des objets 'de bois-sellerie. Les premiers ont subi un certain degré de mélange avec la l’ace caucasique. Du temps qu ils étaient serfs, ce mélange se faisait même sur une grande échelle, mais non pas d’une manière ostensible.
- Tsiganes turcs ou Turciti, ou Spoïtori. Quelques-uns des anciens serfs raccommodent les casseroles et les chaudrons, travaillent le cuivre, coulent des chandeliers. On les appelle caldarari (de caldare, qui en roumain veut dire chaudière). Ils sont fixés dans les villages ou mènent une vie nomade.
- Mais il existe une autre catégorie de Tsiganes dit Turciti ou Tsiganes turcs, ou Spoïtori (étameurs), qui étament les casseroles et quelquefois même les réparent. Le nom qu’ils se donnent eux-même est Calamgi.
- Ces spoïtori, originaires de la Turquie, sont arrivés en Roumanie au commencement de ce siècle, leur nombre ne dépasse pas le chiffre de cinq mille.
- On trouve un fort groupe de familles de ces spoi-tori dans les communes de Dobreni et de Varesci-Obedeni (à 25 kilomètres sud de Bucharest).
- Us n’ont pas de maisons proprement dites, mais des huttes creusées dans le sol, appelées bordein> comme on en voit encore autour des marais Pontins. Ce sont des troglodytes.
- Ces Tsiganes se tiennent dans leurs villages en hiver seulement. Pendant tout le reste de 1 annee, ils parcourent le pays et exercent leur métier. La femme, les enfants, les outils, les bagages, les provisions, la tente sont placés dans une charrette traînée par des buflles. Souvent un ou deux buffles femelles et leurs petits suivent l’attirail*
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- Le nomade plante sa tente aux abords des villes, et s’en va, la besace sur le dos, offrir ses services. Les Turciti ne travaillent pas le fer; ils ne maraudent jamais.
- Ce sont les femmes qui nettoient les chaudrons avant l’étamage. Elles mettent, pour cela, du sable dans les chaudrons, et un morceau de bure pardessus; puis elles y introduisent leurs pieds comme pour prendre un pédiluve tout en se tenant debout. Après avoir saisi fortement avec les mains une barre tixe quelconque ou quelque traverse de palissade, elles impriment vivement à tout leur corps un mouvement de rotation, tantôt à droite, tantôt à gauche, autour de l’axe vertical. Eu rapprochant bien les jambes l’une contre l’autre, ces femmes frottent ainsi le fond et les parois du chaudron avec la plante des pieds, et par l’intermédiaire du sable. L’intensité du frottement est augmentée de tout le poids du corps.
- Le langage des Turciti est du tsigane mêlé de turc. Leurs noms les plus fréquents sont : Ali, Suli-man, fusun, Mustapha, Micica, Selim, Adin, Curti, Hassan, Hussein, Méhémet.
- Ils sont censés appartenir à la religion musulmane, mais en réalité ils ne suivent aucun culte ; ils n’ont ni temple, ni prêtre, ni livres de prière; ils n’ont aucune idée de Renseignement religieux. Ne sachant ni lire ni écrire, ils ne sauraient que faire des livres sacrés. Les ressources leur manquent, totalement pour entretenir des prêtres, et d’ailleurs les lois du pays ne tolèrent pas l’exercice du culte musulman.
- Ils sont donc sans religion et sans culte; et pourtant ces Tsiganes sont d’une honorabilité parfaite. Jamais voleurs, jamais maraudeurs. Ils empruntent sur parole des sommes assez fortes, relativement à leur e'tat de fortune, lorsqu’ils se mettent en campagne, car il leur faut une bonne provision d’étain ; et à leur retour ils font toujours lace à leurs engagements. La propreté et l’ordre régnent chez eux. Ils ne s’allient qu’entre eux! Les filles sont mariées à l’âge de douze ou treize ans; les garçons à dix-sept ou dix-huit.
- Un de leurs usages est assez bizarre pour que nous le rapportions. La mariée est promenée dans le village au son de la musique. Elle est accroupie plutôt qu’assise sur une charrette primitive ne consistant qu’en un essieu, deux roues et une traverse fixée à l’essieu de manière à faire un T (T). Deux hommes tirent ce simple véhicule. La mariée porte sur le devant de la tête un épiploon frais d’agneau (une toilette), en guise de voile. Bien que musulmans de nom, ils ne prennent pas plusieurs femmes à la fois. Les hommes se rasent le cuir chevelu comme les Chinois, et ne gardent au sommet de la tète que juste assez de cheveux pour s’en faire une tresse.
- Nul homme ne doit toucher de sa main les cheveux d’une jeune fille, pas même le père. On est
- convaincu que si l’on commet une infraction à cette défense, la jeune fille perdra ses cheveux.
- Ces Tsiganes ne s’adonnent jamais h. la culture de la terre, ne se font pas ménétriers ou leutari; ils ont leur musique a eux, qui consiste en un pifferp (appelé par eux surla) et en un tambour mauresque. Un mot sur chacun de ces instruments. La surla n’est pas un flageolet ni un fifre; elle ressemble plutôt au piffero dont se servent les paysans italiens : nous voulons parler du petit instrument à sons aigus, et non pas de la cornemuse ou zampogna. On se rappelle en effet que les Italiens qu’on voyait naguère dans les rues de Paris avaient deux genres d’instruments : l’un cylindrique et muni d’un pavillon à son extrémité inférieure, comme un stéthoscope, c’est le piffero; l’autre, pourvu d’une outre, c’est la zampogna.
- Le tambour des Turciti ressemble fort à celui des turcos (tirailleurs d’Algérie); très-aplati, il a la forme d’une boîte à pilules. Le musicien frappe sur un côté du tambour avec une grosse baguette, et sur l’autre avec une mince. Obedenare.
- LE TELEGRAPHE ELECTRIQUE
- SANS CONDUCTEUR ET LES ÉLECTRO-DIAPASONS.
- Il s est produit récemment une agitation dans la chronique des journaux à propos d’une découverte qui semble merveilleuse : le télégraphe électrique sans conducteur. Nous ne demanderions pas mieux que de célébrer une aussi grande conquête, mais la science n’aime point ces coups d éclat qui la déconsidèrent : elle ne s’adresse à l’imagination qu après avoir satisfait la raison.
- Voici d’ailleurs ce que l’on a raconté. On pourrait correspondre par le nouveau procédé avec une personne choisie, à toute distance, sans avoir pris la précaution d’établir au préalable un fd continu entre les deux stations.-Nous resterons dans les faits constatés.
- M. Bourbouze, en 1870, reprenant des expériences antérieures, essaya à Paris d’utiliser la Seine comme conducteur entre deux stations, le pont d’iéna et le pont d’Austerlitz. Cette initiative pendant l’investissement avait le mérite d’un effort patriotique, car il s’agissait de donner à la capitale assiégée des communications avec la province, et nos ennemis faisaient bonne garde.
- Une pile électrique placée au pont d’iéna envoyait des courants alternatifs au pont d’Austerlitz. Ces courants étaient recueillis dans un galvanomètre très-sensible de l’invention de M. Bourbouze et tra* duits par l’oscillation à droite et à gauche de l’aiguille de l’instrument. L’expérience parut réussir, les éléments d’un langage se trouvaient dans cet essai. On n’avait pas le temps d’en connaître davan* tage ; une mission s’organisa pour aller établir une
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- LA NATURE.
- station en dehors des lignes, elle fut convoyée par un des ballons du Gouvernement, mais elle n’eut pas le temps de terminer ses études, l’armistice vint trop tôt pour qu’on pût constater la valeur de l’idée.
- Nous sommes heureux d’apprendre que M. Bour-bouze reprend aujourd’hui ces travaux ; mais malgré tout l'intérêt qu’ils peuvent offrir, nous croyons devoir mettre nos lecteurs en garde contre des espérances prématurées.
- M. de Parville, qui a su faire la part des chimères débitées à ce propos, indique très-bien l’objection que le bon sens suggère : « Supposez, dit-il, que nous voulions tous parler par ce moyen d’un bout à l’autre d’une ville ; chacun possède son aiguille bavarde et sa pile. Chaque aiguille va marcher sans cesse à droite, à gauche, obéissant à la fois à tout le monde. Elle parlera pour tous les correspondants en même temps. Les dépêches s’enchevêtreront, s’embrouilleront. Ce sera une nouvelle tour de Babel. On ne pourra plus s’entendre. Le fil électrique de la télégraphie actuelle sert de trait d’union, au contraire, et ferme la porte aux indiscrétions.
- » Ainsi, en résumé, oui, on peut communiquer à distance sans fils ; non, on ne peut remplacer par ce nouveau système la télégraphie électrique, puisque nous nous trouverions dans les conditions d’une fonle parlant à la fois à tort et à travers , sans pouvoir se faire entendre.
- « Il faudrait pour que le nouveau système devînt applicable, trouver le moyen de donner à chaque courant comme une individualité propre qui permît au correspondant de le reconnaître parmi les milliers de courants qui pourraient circuler à la fois. Nous n’avons pas le droit de douter de l’avenir et il nous est permis d’espérer que nous y parviendrons qnelque jour. »
- Ici nous reprenons la thèse précédente et nous la continuerons par l’exposé d’un remarquable travail d’un ingénieur danois M. Paul Lacour. Comment donner à chaque courant une individualité propre qui permette de le reconnaître ?
- Lorsqu’on pense aux phénomènes les plus communs de l’acoustique, par exemple la transmission
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- d’un air joué par un orchestre, qui est perçu par tout l’auditoire à des distances assez éloignées des exécutants, on a de la peine à analyser cet effet. La physique nous dit que les sons produits par chaque instrument ont leur tonalité propre et leur mesure distincte, en d’autres termes, les notes qui sortent d’un violon, d’une flûte, d’un trombone, correspondent à des vibrations différentes transmises par l’atmosphère et caractéristiques pour chaque note. En outre le rhylhme dans la succession des notes, qui fait la mesure en musique, produit la cadence constituant avec la tonalité et le timbre des instruments
- l’ensemble de l’air qui nous affecte. La transmission est si précise qu’une oreille démêle dans ce concours d’exécutants , une note intempestive, quelque chose qui détonne au milieu de l’harmonie de l’air. Dans notre explication, c’est la note intempestive qui nous servira de jalon.
- Supposez une série de trois diapasons vibrant d’une façon continue et produisant :
- Le Ier : 100 vibrations par seconde.
- Le 2e : 300 — —
- Le 3e : 500 — —
- Il est aisé de se figurer que chacun de ces diapasons peut interrompre et établir un courant électrique avec des intermittences réglées par le nombre de ses vibrations. Si l’on a trois diapasons identiques aux trois premiers, on pourra concevoir que chaque groupe soit placé à l’extrémité d’une ligne électrique servant de trait d’union. On verra se reproduire le phénomène de l’air de musique transmis à distance : les trois diapasons du départ actionneront respectivement les trois diapasons de l’arrivée, par l’intermédiaire du conduit qui les relie.
- Admettons maintenant que par un effet de la volonté on puisse tantôt mettre en marche, tantôt arrêter un quelconque de ces diapasons, en suivant une cadence qui ne coïncidera plus nécessairement avec son jeu régulier, nous retrouverons à l’autre extrémité dans le symétrique de l’instrument perturbé les mêmes manifestations discordantes. C’est la note intempestive qui se sera transmise aussi fidèlement que les vibrations harmoniques.
- s
- Fig. 1. — Diapason transmetteur du courant.
- Fig. 2. — Station intermédiaire,
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- LA NATURE.
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- On comprend toute la portée d’une réalisation pratique de cette conception, c’est le chemin ouvert à la multiplication indéfinie des transmissions diverses par un même conducteur, c’est encore le germe d’une solution de la transmission par des conducteurs multiples, avec la faculté d’individualiser chaque courant.
- Que faut-il pour remplir cette condition ?
- 1° 11 faut construire des diapasons dont le mouvement soit entretenu par un courant électrique, c’est un problème résolu ;
- 2° 11 faut que ces diapasons émettent des courants dont les phases correspondent exactement à leur mouvement, la solution est acquise aussi ;
- o° Enfin il faut que l’on puisse, dans unintervalle de temps très-petit, par exemple une seconde, arrêter et mettre en marche un grand nombre de fois , cent au moins , chacun des diapasons. Ce dernier point est le seul qui présente de la diffi-culte. Nous voyons que cette difficulté est seulement un problème de construction; il faut opérer sur des masses assez petites pour vaincre facilement l’inertie.
- Les succès obtenus dans cette voie par M. Marcel Deprez avec des enregistreurs électriques de la moindredimension, nous autorisent à penser qu’il n’est pas impossible de construire des diapasons assez petits pour que la troisième condition de notre programme se trouve réalisée.
- Nous compléterons ces aperçus généraux par une explication figurée.
- Nous n’indiquerons point comment on peut produire le mouvement continu d’un diapason au moyen d’un courant électrique. C’est une application simple de dispositifs télégraphiques usuels. M. Merca-dier a publié à ce sujet plusieurs communications auxquelles nous renverrons les spécialistes.
- Nous dirons comment un diapason vibrant d’une façon continue peut envoyer des courants de même intermittence sur une ligne électrique. La figure 1 représente l’appareil nécessaire. La branche n du diapason vient alternativement rencontrer la languette en platine c dont l’écartement est réglé par la vis v. Un courant entrant par Z2, est fermé toutes
- les fois que l’extrémité n touche la lame c et est ouvert au contraire lorsque la vibration du diapason éloigne l’extrémité n; il n’en faut pas davantage pour que par le fil aboutissant au conducteur extérieur, la ligne, il se propage une série d’ondulations électriques calquées exactement sur les vibrations matérielles de la branche du diapason.
- Nous avons maintenant à montrer comment on peut déterminer et signaler le caractère d’un courant intermittant arrivant par le fil télégraphique. La figure 2 représente l’installation du poste intermédiaire traversé par la ligne L L ; A, B, G sont les trois diapasons semblables à ceux du poste expéditeur.
- Le diapason B, par exemple, qui est à l'unisson du courant, entrera en vibration tandis que les
- autres resteront muets. Ce diapason B ira donc toucher la lame de platine (indiquée fig. 1), et il s’établira dans le circuit b b' un courant local de la pile U dont les pôles sont appliqués respectivement à a, b, c, et à a\ b', c'. Ce courant local sera pareillement intermittent suivant la mesure du diapason; mais à raison de la vitesse des pulsations il se manifestera dans plusieurs cas comme un courant constant, soit en opérant une décomposition chimique, soit en déviant une aiguille aimantée, soit en actionnant un électro-aimant, ce qui sont les trois formes des récepteurs télégraphiques connus.
- Nous terminerons cette description par l’indication des organes qui servent à produire les interruptions pour la correspondance au milieu des vibrations ordonnées du diapason. La fig. 5 a été établie dans ce but.
- Le manipulateur C, qui peut osciller autour d’un axe central, vients’appuyer tantôt sur c' tantôt sure". Suivant que le levier C s’appuie sur c' ou sur c", il ferme le circuit du courant intermittent émis par le diapason, soit par la terre du poste de départ, soit par la terre du poste d’arrivée en traversant le fil de ligne.
- On n’aperçoit dont comme objection à la réalisation pratique du système de la multiplication des correspondants suivant une ou plusieurs directions, que
- Manipulateur.
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- la facilité plus ou'raoins grande avec laquelle uu i diapason pourra s’arrêler et se remettre en marche; j c’est là une question de masse, et des doigts déliés nous feront certes quelque jour des appareils assez ! petits pour réaliser ce désideratum.
- . Nous répéterons pour terminer que l’électricité nous ménage encore de grandes surprises, et si nous avons au début de cette notice comprimé notre enthousiasme, nous entendons garder toutes nos espérances. Ch. Bon temps.
- LES
- PRÉPARATIFS DE L’EXPOSITION DE 1878
- À la suite du décret du 4 avril 187-6 décidant qu’une Exposition universelle, officiellement annoncée dès le 28 mars précédent, aurait lieu à Paris du 1er mai au 31 octobre 1878, un concours fut ouvert le 25 avril dernier pour le projet des bâtiments de la future Exposition. D’après le programme, ces bâtiments devaient être provisoires et présenter une superficie couverte de 27 hectares dont 22 dans la partie médiane du Champ-de-Mars et 5 au Trocadéro ; ces deux parties étant reliées par un passage couvert occupé par des vitrines et élevé de 5 mètres au moins au-dessus du pont d’Iéna ; il devait aboutir horizontalement au Trocadéro en laissant le pont entièrement libre, les supports de cette passerelle portant sur les éperons des piles. Les parcs, d’une contenance de 50 hectares, doivent contenir les cafés et restaurants, l’horticulture et l’agriculture ; ces deux dernières seront installées au Trocadéro qui sera couronné par une salle pouvant contenir dix mille personnes. Le palais du Champ-de-Mars sera composé de galeries rectilignes semblables, disposées en forme de table de Pythagore, et devra renfermer des espaces destinés à une exposition des beaux-arts annexée à l’Exposition industrielle par décret du 15 avril; en outre, un emplacement pourra être réservé pour une galerie rétrospective.
- Les plans ont été exposés du 18 au 22 mai au palais des Beaux-Arts ; 94 architectes ont pris part au concours, bien qu’un délai de trois semaines seulement leur ait été accordé pour la rédaction de leurs projets. Parmi les plans qui ont obtenu la faveur du public, on peut citer : Le prpjet (10) de M. Leclerc, pratique et très-étudié. Le pont de jonction au-dessus du pont d léna se bifurque en demi-cercle à l’entrée du Champ-de-Mars et s’abaisse pour rejoindre les deux extrémités de la galerie extérieure du palais du Champ-de-Mars, en dégageant complètement l’entrée d’honneur devant le pont. Le plan de l’édifice est rectangulaire, mais il ne présente pas la forme en « table de Pythagore » du programme; les expositions des différents peuples sont séparées, comme en 1867, par des galeries rayonnantes; seulement, ce qui évite les désagréables perspectives tournantes de la dernière Exposition, les galeries des différents groupes de produits similaires, au lieu de former des ovales concentriques, dessinent des rectangles inscrits les uns dans les autres. On peut reprocher à la galerie des machines d’être trop rapprochée de celle des beaux-arts et aussi trop peu distante du centre, ce qui restreint l’étendue de cette importante section. . ,
- M. Sincholle (12), exilé de Paris par suite de sa participation à la Commune et tout nouvellement expulsé de
- Strasbourg par le gouvernement allemand, avait envoyé en collaboration avec M. Balliôre un projet ayant son entrée principale devant l’avenue Rapp. L’édifice a une vague ressemblance de plan avec l’Escorial — bâti lui-même dans la forme du gril de Saint-Laurent. Cette conception n’est pas gracieuse mais elle a des qualités pratiques.
- Le projet de l’usine Cail dessiné par M, Colibert (15) présente une grande ampleur et une heureuse richesse de couleurs. Dans celui de MM. Davioud et Bourdais (38) on admire une salle tout à fait remarquable couronnant le Trocadéro qui communique avec le Champ-de-Mars au moyen de deux passerelles établies au droit des avenues la Bourdonnaye et Suffren. Le plan de M. de Baudot (42) a de très-bonnes dispositions; celui do M. Hardy (62) — l’un des architectes du dernier palais — est des plus pratiques; partout la circulation y est facile, partout il y a de l’air et de la lumière, le classement est irréprochable et toujours méthodique ; comme au Palais de Cristal à Londres, les Visiteurs sont toujours à l’abri : excellente étude. Le projet 70 (M. Charpentier) est un exemple des étonnantes aberrations de l’esprit humain. L’architecte travestit le palais du progrès et de l’avenir en un décor d’opéra représentant un pont en ruines tapissé de lierre et aboutissant à des pastiches de forteresses féodales. M- Crépinet (75) a une très-belle façade, il jette aussi deux passerelles latérales sur la Seine. Le projet de M. A. Joigny a également fixé notre attention, et la conception du plan nous en a paru très-ingénieuse.
- M. Eyffel (60) avait exposé un pont en tôle d’une seule arche supportant un pavillon aérien à grande hauteur; cela est très-hardi, et a été très-remarqué, mais aurait eu l'inconvénient capital d’obliger les visiteurs à une ascension inutile et fatiguante.
- Six prix de 3,000 francs ont été décernés aux projets de MM. Davioud et Bordais, Bruneaux (69), Crépinet (73), Coquard (80), Picq (93), Roux (89). Six prix de 1,000 francs ont été accordés à MM. Baudot (42), Simil (55)j Eiffel (60), Raulin (67), Hue (68) et Flon (81). Ce grand nombre de concurrents -et de récompenses, malgré le peu de temps accordé, est très en l’honneur de nos architectes. La commission de l’Exposition a décidé néanmoins qu’aucun des plans n’était assez complet pour être exécuté entièrement, mais que l’Etat se chargerait lui-même de l’installation du concours universel et que les architectes et ingénieurs du gouvernement puiseraient dans chacun des 12 plans primés ce qui leur semblerait applicable.
- Le projet définitivement adopté le 12 juin consiste à établir le palais principal dans la partie du Champ-de-Mars la plus rapprochée de l’Ecole militaire, le reste sera transformé en parc. Le projet de galerie au-dessus du pont d’Iéna est abandonné ; le pont d’Iéna actuel sera réservé à la communication entre les deux parties de l’Exposition et un élargissement sera établi pour les passants. Pour ne pas interrompre la circulation, sur les deux rives les quais seront abaissés et confondus avec les berges et pendant le concours, piétons, voitures et tramways passeront sur les chemins de halage existant sous les arbres de rive du pont d’Iéna. Des ascenseurs élèveront sur ce pont les voyageurs des tramways et bateaux-omnibus. La grande allée contournant le palais des Beaux-Arts sera couverte par un vélum incombustible. L’agriculture occupera deux hectares sur le quai de Grenelle.
- Au palais du Charap-de-Mars la galerie des Beaux-Arts sera isolée au centre d’un jardin, entouré par les galeries industrielles. Dans le sens transversal (c’est-à-dire
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- sur la largeur du Champ-de-Mars) la moitié de l’espace sera occupée par la France, le reste par les pays étrangers. Un immense aérostat captif à vapeur sera construit par M. Henri Giffard à l’entrée du Palais, et, sans parler aujourd’hui en détail de cette construction grandiose, nous pouvons affirmer qu’elle comptera parmi les merveilles de l’Exposition. Les constructions du Champ-de-Mars couvriront 25 hectares et celles du Trocadéro deux hectares et demi. Les dépenses sont évaluées à trente-cinq millions. Charles Boissay.
- LE TUNNEL DU SAÏNT-GOTHARD
- (Suite, — Voy. p. 58 et 75.)
- Nous avons représenté ici l'attaque mécanique de l’un quelconque des chantiers d’élargissement, identique du reste à l’attaque en petite galerie. Nous supposerons, par exemple, que nous perforons l’abatage droit de l’étage supérieur du tunnel. Cet affût devrait porter cinq perforatrices, mais pour donner plus de clarté au dessin, nous n’en avons figuré qu’une seule, du système Ferroux. La machine supportée à ses deux extrémités, Iravaille un peu inclinée, en éventail; le mouvement de percussion qui commande le battement du fleuret est situé à l’arrière, le mouvement de rotation à l’avant ; la crémaillère qui court sur le longeron guide l’avancement automatique du mécanisme vers la roche. L’ouvrier placé à l’arrière de l’affût ouvre le robinet de la conduite d’injection des trous de mine ; le mineur placé à l’avant dirige le jet d’arrosage dans l’un des trous perforés. Les burins de rechange ou ceux détériorés sont appuyés contre le rocher. L’affût est solidement calé sur la voie de service dont on distingue les traverses posées sur le sol de l’étage supérieur.
- Le grand affût d’avancement, long d’environ 4 mètres et haut de lm,50, porte 6 perforatrices. Chacune d’elles exige trois ouvriers, occupés au transport et au changement des fleurets, au maintien de leur direction, à l’arrosage des trous perforés, etc... La disposition de cet affût peut être étudiée sur la gravure placée en regard de celle dont nous venons de parler, et qui représente quatre perforatrices, dont une au repos, du système des ingénieurs belges Dubois et François. Derrière l’affût, est placé le ten-der renfermant l’eau d’injection.
- Le nombre et la profondeur des trous de mine, et par suite la durée de la perforation mécanique, varient avec la section du chantier attaqué, la nature de la roche, son affinité plus ou moins grande pour l’explosion, la disposition et l’inclinaison des strates favorisant plus ou moins bien le sautage. La petite galerie de direction présentera certainement le plus de difficultés ; il doit en effet y avoir arrachement de la roche, aucun des côtés de l’excavation future ne présentant une surface déjà libre. Dans le granité, pour une surface de 6 à 7 mètres carrés, le nombre de trous percés au front de taille fut de 22 à 26 ;
- 12 trous suffisent aujourd’hui dans les gneiss schisteux qui ont succédé au massif granitique qui, se détachant du Finsteraahorn, coupait sur 2000 mètres de longueur, à partir de l’embouchure nord, l’axe du souterrain, La profondeur des trous varie de lm,20, profondeur maxima dans les roches granitiques, à# 0,u,80 dans les schistes cristallins micacés ou talqueux. La dépense de dynamite est de 1 kilogramme environ par trou ; la consommation quotidienne de substance explosive est supérieure à 500 kilogrammes pour les deux têtes du tunnel.
- L’enlèvement [des déblais suit immédiatement le sautage de la roche. Les wagonnets, chargés des débris de l’explosion des chantiers de l’étage supérieur — galerie de direction ou élargissement en calotte — sont amenés jusqu’au dessus de la cunette creusée dans le massif inférieur, puis-,basculés dans des entonnoirs en bois qui les dirigent dans des wagons plus grands, remorqués par la locomotive à air jusqu’au lieu de décharge des chantiers extérieurs. On se rendra facilement compte du mouvement intérieur de transport, en songeant que le cube des déblais provenant de l’excavation est d’environ 400 mètres cubes par 24 heures. Les wagons ayant en moyenne une contenance de un mètre cube, 400 wagons doivent donc circuler entre les différentes attaques du tunnel et les chantiers du dehors. Il faut encore tenir compte d’une cinquantaine d’autres wagons affectés au transport des perforatrices qui sortent des ateliers de réparation ou qui y sont ramenées, des burins, des moellons pour la voûte, etc.
- Notre description du travail souterrain ne serait point complète si nous négligions de faire ressortir la relation qui doit forcément exister entre la quantité d’air comprimé dépensé par les perforatrices installées aux divers chantiers d’attaque mécanique, et celle fournie par les compresseurs d’air des chantiers extérieurs. Pour chaque perforatrice des systèmes employés au Gothard, qui battent environ 600 coups par minute sur le front de taille, on calcule une dépense moyenne par minute, de 2mc,50 d’air à la pression atmosphérique. On peut porter ce chiffre à 5 mètres cubes, en tenant compte du fluide comprimé dépensé pour la ventilation du chantier d’altaque, après l’explosion de la roche. Vingt-cinq à trente perforatrices fonctionnent en ce moment dans chacune des galeries nord et sud du souterrain ; elles sont réparties comme suit ; à Gœschenen : 6 au front de taille de la petite galerie de direction, .5 à chacun des deux chantiers d’élargissement en calotte, 4 à l’étage supérieur et 5 à l’étage inférieur de la cunette du strosse. On peut compter sur quarante perforatrices, lorsque le travail aura pris toute son extension. Ces 40 perforatrices consommeront donc, par minute, 120 mètres cubes d’air à la pression atmosphérique. Les sept groupes de compresseurs fournissant 1200 mètres cubes d’air comprimé à 8 atmosphères par heure, soit 20 mètres cubes par minute, ou 160 mètres cubes, si on ra-
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- mène à la pression atmosphérique, on voit que la quantité d’air fournie par les machines installées sur les chantiers extérieurs est largement suftisante pour entretenir la marche des perforatrices du souterrain.
- Ces 1200 mètres cubes d’air comprimé sont amenés aux divers chantiers d’attaque par des conduites en fer ou en fonte qui, partant fies grands réservoirs, ne se terminent qu’au front de taille extrême de la petite galerie. Ces conduites, suspendues contre les maçonneries de revêtement dans la partie complètement achevée du souterrain, longent ensuite les parois de la galerie, et sont recouvertes de déblais qui les protègent contre les éclats des mines projetées ;
- leur diamètre varie de 0IU,20 à O1*1,10 et 0IU,06. Près de chaque attaque, ou ménage, sur ces conduites, une prise d’air correspondant avec un petit réservoir placé à l’arrière de l’affût, et d’où partent les tuyaux de caoutchouc distribuant l’air .aux perforatrices. Toutes ces dispositions se retrouvent dans nos gravures. Après chaque explosion, afin de chasser les vapeurs délétères de la dynamite et de ménager aux mineurs qui relèvent les déblais une atmosphère moins viciée, dans laquelle ils puissent travailler sans danger, le robinet de la prise d’air reste ouvert pendant le temps nécessaire.
- Les travaux de perforation, de sautage de la roche
- La perforation mécanique des trous de min
- et de chargement des déblais, dans l’un quelconque des cinq chantiers mécaniques de la petite galerie, de l’élargissement en calotte et des deux étages de la cunette du strosse, forment ensemble ce qu’on appelle un poste. La moyenne d’avancement de chaque poste est en général de 1 mètre ou 1“,20. Dans une bonne roche, se perforant facilement, et rendant bien à l’explosion, on peut facilement faire 5 à 4 postes par jour, donnant 5m,50 à 4ra,50 de progrès quotidien. Les deux embouchures du souterrain avanceraient donc ainsi de 7 à 9 mètres, si aucune circonstance défavorable ne se présentait. Malheureusement, si parfois on entre dans une période de progrès assez réguliers, il n’est point rare d’un autre côté que quelque déception vienne un jour vous rap-
- s au front de taille du tunnel du Saiut-Golhard.
- peler qu’une œuvre de la grandeur de celle du Go-tliard ne s’accomplit point sans encombre. Ici, ce sont des irruptions d’eau sans précédents dans l’histoire des tunnels, des jets de la grosseur du bras, jaillissant sous une pression énorme, renversant les hommes, éteignant les lampes, inondant les chantiers sous une pluie torrentielle qui tombe en nappe continue du plafond de la galerie ; c’est encore un massif granitique de deux kilomètres d’épaisseur, une roche compacte, cristalline, contre laquelle le fleuret impuissaut s’émousse, où la perforatrice se disloque ; toute l'énergie terrible de la dynamite suffit à peine à l’arrachement du bloc si péniblement perforé.
- Le dur banc de granit déoassé, la période des ef-
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- Perforatrices système Dubois et François, montées sur leur affût, employées au percement du tunnel du Saint-Gothard. (D’après une photographie.)
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- forts et des déboires semble close pour longtemps ; mais voici, succédant au terrain résistant, la roche argileuse, désagrégée, qui tremble et s’éboule au choc du burin. 11 faut marcher pas à pas, étayer le rocher fraîchement excavé, poser des cadres de boisage qui malgré leur solidité, offrent souvent une résistance insuffisante au foisonnement d’un terrain qui se gonfle comme poussé par un ressort intérieur. La perforatrice est là, silencieuse, tristement accrochée à l’affût. Point ou peu de progrès quand on avait cru broyer si facilement la roche docile. Après la barrière granitique, l’inondation! Après l’inondation, l’éboulement ! Combien d’obstacles faudra-t-il vaincre encore, avant que la perforatrice ne batte son dernier coup de fleuret, et que les compresseurs n’envoient leur dernière bouffée d’air au front d’attaque du grand souterrain des Alpes !
- Maxime Hélène.
- — La suite prochainement. —
- EXPOSITION DES COLLECTIONS
- RAPPORTÉES PAR LES EXPÉDITIONS DU PASSAGE DE VÉNUS.
- Dans l’Orangerie du Muséum un très-nombreux public a examiné avec un intérêt soutenu les spécimens de zoo-logié'et de botanique rapportés par deux jeunes savants attachés aux expéditions du passage de Vénus, MM. H. Filhol et De l’Isle.
- M. H. Filhol est resté dix-huit mois en voyage, explorant d’abord les environs de Sidney, puis file Campbell, où il séjourna quatre mois avec l’expédition commandée par M. Bouquet de la Grye *; ensuite, demeuré seul, il visite l’ile Stewart, la Nouvelle Zélande entière, les îles Fidji ou Viti, où il demeure trois mois, enfin la Nouvelle-Calédonie, revient à la Nouvelle-Zélande et rentre en Europe en passant par les îles Sandwich, San-Francisco et le Tram-continental.
- De précieuses acquisitions pour le Muséum sont dues à à M. II. Filhol. Ainsi un squelette de Fidjien et une série, de crânes de naturels qui manquaient à la collection anthropologique ; parmi les mammifères deux énormes phoques, les Leptonyx Weddelii, dont le male a de 3m,50 à 3m,75 de longueur, et de gigantesques otaries, de l’espèce Arctocephalus anstralis.
- Rien de plus remarquable que la collection des oiseaux. Pour la première fois on peut voir le jeune albatros (Diomedea exulans), de file Campbell, couvert d’un splendide duvet blanc et qui reste huit à neuf mois au nid. Il est chassé par le père et la mère, qui reviennent faire une nouvelle couvée; en outre une quantité des énormes œufs blancs et allongés de cet oiseau, si rares jusqu’ici que les collectionneurs les payent cent francs pièce. C’est surtout la Nouvelle-Zélande qui nous offre les merveilles ornithologiques ; l’aspect général des plumages de ses oiseaux est noirâtre, en totalité ou par mélange. Des squelettes pres-qu’entiers et de nombreux ossements représentant les Moas des indigènes, gigantesques autruches à trois doigts
- 1 Voy. In Nature, 1er semestre, 187fi, p. 414.
- ! (Dinomis crassus, Owen, elephantopus, Owen, et d’autres espèces) détruites par les premiers Maoris qui ont peuplé l’ile ; certains de ces ossements portent encore les traces de l’action du feu. Une série à tous les états de Y Aptéryx Oweni a été rapportée des montagnes de Cook, dans l’ile du Milieu. Ces oiseaux sans ailes sont relégués dans les forêts vierges de la côte occidentale, demeurée sauvage et sans routes ; pendant le jour ils restent blottis sous les arbres morts où ils nichent. On les chasse la nuit, au clair de lune. A leur cri : Kivi-Kivi, on lance des chiens dressés à cet effet, et qui rapportent l’Aptéryx. La même île présente encore, plus au sud, le grand et rarissime Aptéryx anstralis, et l’ile du Nord quelques sujets do VAptéryx Mantelli.
- M. 11. Filhol a également rapporté FOcydrorne et sa variété isabelle ; c’est un Raie coureur, à ailes trop petites pour voler, qui se chasse la nuit comme l’Aptéryx, et que décèle son cri ; wika.
- Ces espèces disparaîtront prochainement, ainsi que les suivantes, dues aussi au zèle de M. H. Filhol. Quatre magnifiques exemplaires de Strigops, perroquets nocturnes, vivant dans des terriers; un grand perroquet diurne, le Nestor îiotabilis, des Alpes centrales de l’ile du Milieu, oiseau devenu d’une rareté excessive, les colons anglais ayant presqu’entièrement détruit l’espèce en raison d’un instinct bien bizarre, les Nestors s’empressant de crever les yeux des moutons importés; YHeteralocha Gouldi, magnifique Coryidé noir à bec long et recourbé chez la femelle, entouré dans les deux sexes de superbes caroncules oranges. Cet oiseau n’existe plus que dans la partie centrale de l’ile du Nord, réservée aux Maoris, et dont l’accès est rigoureusement interdit à tout Européen. Un indigène put heureusement en procurera M. H. Filhol.
- Grâce à ce savant et courageux voyageur, le Muséum possède pour la première fois une nombreuse collection d’oiseaux des îles Fidji, où l’on remarque plusieurs espèces de délicieuses petites Colombes. Les naturalistes admirent beaucoup une série de zoophytes recueillis par la drague à de grandes profondeurs. Rien de plus précieux, dans le groupe des Brachiopodes, que les énormes échantillons vivants des Terebratula californica et cruenta, recueillis à l’ile Stewart ou île du Sud, par 100 mètres de fond. Des sujets disséqués montrent les curieuses branchies de ces êtres si rares dans la faune actuelle, si communs aux anciennes époques géologiques.
- Les insectes n’ont pas été oubliés. A côté de beaux papillons des îles Fidji, se trouvent plusieurs boîtes de Coléoptères récoltés à l’ile Stewart et une boîte de Libellu-liens de la même localité, où l’on remarque VUropetala Barovei, à deux larges panaches caudaux. Une Mygale (Arachnide), avec son nid en terre, appartient à plusieurs régions de l’ile du Milieu, commune surtout à Oamaru. Nous espérons que l’éminent professeur d’entomologie du Muséum, qui a décrit autrefois dans un intéressant mémoire les plus curieux insectes rapportés du Thibet par le R. P. Armand David, publiera la faune entomologique de l’ile Campbell. Il est très-important de savoir si cette île lointaine, perdue dans les brumes polaires australes, possède quelques insectes spéciaux, ou seulement des importations accidentelles de la Nouvelle-Zélande. Les Allemands ont fait connaître déjà les insectes recueillis par eux à la terre de Kerguelen, où se rendit une de leurs expéditions du passage de Vénus.
- M. De l’Isle se trouvait attaché comme naturaliste à l’ex-. pédition commandée par M. Mouchez, et qui a eu le bon-| heur d’observer parfaitement le passage de Vénus aux îles
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- St-Paul et Amsterdam. 11 a eu dans sa mission l’actif concours de MIL Yélain et Dr Rochefort. Les deux îles ont fourni une belle série d’une otarie (Otaria Forsteri), plus petite que celle de Campbell et pourvue d’une fourrure. Le mâle est huppé sur la tête et a d’énormes moustaches blondes. Plusieurs poissons d’espèces nouvelles ont été pêchés par M. De .l’ïsle à Saint-Paul, ainsi un très-beau poisson rouge à taches d’un noir bleu, qui lui a été dédié sous le nom de Labrichthys isleanus, Sauvage.
- C’est principalement la botanique qui a fourni à M. De l’ïsle les plus importantes trouvailles. De Saint-Paul proviennent des mousses aériennes toujours baignées dans les vapeurs brûlantes des flancs du cratère, un Campylo-pus de couleur soufrée et un Sphagnum, et une algue végétant dans l’eau à 43°. L’île Amsterdam a procuré un arbre, un Phylica d’espèce nouvelle; des insectes existent dans cette île couverte de broussailles. Malheureusement le séjour des explorateurs était beaucoup trop limité.
- Au retour, M. De l’ïsle a visité les îles Seychelles. lien a rapporté des échantillons qui intéressent beaucoup le public, et qui proviennent du Lodoicea Seychellarum., arbre voisin des Lataniers. Le fruit est formé de trois énormes noix bilobées, sous une enveloppe commune. Il met sept ans à parvenir à sa maturité complète. Au bout de deux ans il contient une pulpe gélatineuse un peu sucrée, puis qui devient peu à peu dure et ligneuse. Avec ses valves les habitants font des écuelles, qui leur servent à manger leur riz et à vider leurs pirogues. On voyait exposés beaucoup d’objets fabriqués avec les nervures des feuilles, des chapeaux, des éventails, des paniers, etc. Maurice Girard.
- LES ESTURGEONS
- Parmi les poissons qui ressemblent aux requins, il en est un certain nombre dont la forme singulière, les écussons qui revêtent le corps, la tête cuirassée de plaques osseuses, la bouche « faiste comme une fluste dessoubs un museau aigu comme l’esperon d’une galère », ont de tout temps attiré l’attention des observateurs. Cités sous le nom d’Hellops par le plus grand naturaliste de l’antiquité, par Aristote, nommés Acipenser et Acipensis par les satiriques, les poètes et les écrivains romains, par Pline le jeune, par Lueilius, par Horace, par Martial, par Athenée, par Ovide, par Cicéron, par Apien le grammairien, ces poissons prennent, au moyen âge, le nom de Sturio et de Stugio, nom dérivé de Stor, ancien mot des langues septentrionales, encore employé aujourd’hui par les peuples du Nord pour désigner les espèces dont il s’agit ici. C’est dans les ouvrages d’Albert le Grand que nous voyons pour la première fois apparaître le nom dont nous avons fait dériver le terme esturgeon. Suivant l’autorité des grands ichthyologistes de la Renaissance, suivant Salviani, Reion et Rondelet, on « ne trouve point que l’Esturgeon soit autre poisson que Acipenser des anciens Romains, Oniskos de Darion, Galaxïas de Galien, » et s’il « y a plusieurs qui pensent que l’esturgeon est celui qu’on reburoit nommer le dauphin, c’est erreur, »
- Des considérations tirées de la conformation des
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- organes de la respiration et de la circulation, du cerveau et des nerfs qui en partent, considérations sur lesquelles il serait sans intérêt de nous étendre en ce moment, ont engagé les naturalistes à séparer, sous le nom de Ganoïdes, un certain nombre de poissons dont les uns avaient été placés près des requins par Cuvier, et dont les autres avaient été rangés à la suite des dupes. Chez ces derniers, le squelette est endurci de sels calcaires ; chez les autres, l’organe passif du mouvement reste toujours cartilagineux; c’est parmi ceux-ci que les esturgeons doivent prendre place.
- Chez les esturgeons, l’ouverture de la bouche est placée comme dans le plus grand nombre des squales, au-dessous du museau avancé. Des cartilages résistants garnissent les deux mâchoires, la lèvre supérieure, ainsi que l'inférieure, est souvent divisée en lobes, que l’animal peut, à sa volonté, porter en avant ou retirer en arrière. Entre l’ouverture de la bouche et le bout du museau, on voit quatre filaments déliés qui, suivant certains anciens auteurs, peuvent attirer « les petits poissons imprudents jusqu’au près de la gueule de l’esturgeon, qui avait caché presque toute sa tête au milieu des plantes marines ou lluviatiles ». D’après Sonuini « lorsqu’il est encore dans la mer, ou près de l’embouchure des grandes rivières, le poisson se nourrit de harengs ou de maquereaux et de gades ; et lorsqu’il est engagé dans les fleuves, il attaque les saumons, qui les remontent à peu près dans le même temps que lui, et ijui ne peuvent lui opposer qu’une faible résistance.
- \ Comme il arrive quelquefois dans les parties élevées des rivières considérables avant ces poissons, ou qu’il se mêle à leurs bandes, dont il cherche à faire sa proie, et qu’il paroît semblable à un géant au milieu de ces légions nombreuses, on l’a comparé à un chef et on l’a nommé le conducteur des saumons. Lorsque le fond des mers ou des rivières qu’ils fréquentent est très-limoneux, ils préfèrent souvent les vers qui peuvent se trouver dans la vase dont le fond des eaux est recouvert, et qu’ils trouvent avec d’autant plus de facilité au milieu de la terre grasse et ramollie, que le bout du museau est dur et un peu pointu, et qu’ils savent fort bien s’en servir pour fouiller dans le limon et dans les sables mous. » C’est aussi l’opinion de Delon, qui nous apprend que l’esturgeon « n’ha aucune dents : par quoy il est mal aisé croire qu’il ne mange, rien que ce qu’il trouve d’uligineux et fangeux au fond de l’eau, fouissant le bourbier de sa fluste, à la manière du rouget barbu. Aussi ne luy trouve l’on jamais rien de solide en son estomach, ains telle chose qui ressemble à la glaire ». On a cru pendant longtemps, en effet, jusqu’à Leuwenhoeck, que l’esturgeon ne se nourrissait que d’air et d’eau ; pour Albert le Grand, la bouche du poisson lui sert de suçoir et l’estomac contient une humeur visqueuse prise par la succion.
- Les esturgeons ont, avons nous dit, la forme de squales; leur queue est inégale ; le corps, revêtu de plaques épineuses, de forme, de grandeur et de
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- nombre variables, est plus ou moins protégé par des écussons osseux disposés en rangées régulières, qui sont presque toujours au nombre de cinq ; « la peau, dit Belon, estant moult aspre, et avec leur rondeur en longueur resemblant avoir cinq angles; » des plaques osseuses protègent la tête; la bouche, complètement privée de dents, est placée au-dessous d’un museau souvent prolongé en pointe et portant deux paires de barbillons à la partie inférieure. Chez les véritables esturgeons, ou acipenser, les seuls qu’aient connus les anciens, le museau est allongé et conique, rarement court et arrondi, la queue est ronde, non enveloppée par des écussons osseux. 11 existe des évents, c’est-à-dire des orifices s’ouvrant dans la bouche et permettant l’entrée et la sortie de l’eau destinée à la respiration. Le genre scaphirhyn-que, cantonné dans l’Amérique du Nord, se caractérise par un museau large, ovalaire, en forme de pelle, à bords minces et à pointe mousse, par la queue plate toute couverte d’écussons terminés par un filament, et par l’absence d’évents.
- Nombreuses sont les espèces du premier groupe, et certains ichthyologistes, à l’exemple de M. Auguste Duméril, en comptent jusqu’à 85. Ces espèces sont séparées en deux groupes ; chez certains esturgeons, en effet, les épines qui arment les écussons du dos sont placées au centre même de l’écusson, tandis que chez d’autres, les épines sont situées à l’extrémité postérieure de la carène. Entre les cinq rangées longitudinales des écussons du dos, des flancs et du ventre, sont de nombreuses petites plaques qui donnent un aspect rugueux à la peau. Ces plaques ou scutelles présentent un aspect différent, suivant les espèces; elles sont tantôt étoilées, tantôt en forme de peigne, étoilées chez les Anlaceus, disposées sans ordre chez les Huso, rangées en quin-quonce chez les Acipenser. Les mêmes combinaisons de caractères se retrouvent chez les Opisthocentres ; les Helops ont de nombreuses scutelles étoilées, tandis que ces scutelles font défaut chez les Lioni-sins et chez les Sterletus ; ceux-ci se reconnaissent à leur lèvre inférieure divisée au milieu.
- Pline distingue nettement deux espèces d’esturgeons, qu’il désigne sous le nom de Ichthyocolle et de Attilus; ces deux espèces sont les Huso ichthyo-coller et Acipenser sturio des zoologistes modernes. Nous ne parlerons ici que de ces deux espèces et des Acipenser ruthenus ci Acipenser stellatus; par les grandes pêches auxquelles elles donnent lieu, par l’emploi commercial dont elles sont l’objet, ces espèces sont les seules qui nous intéressent.
- L’esturgeon ichthyocolle, le Belonga des Russes, parvient à des dimensions considérables, et des individus de 6 mètres de long et du poids de 1500 kilogrammes ont été signalés par des auteurs dignes de foi. Chez cetle espèce, les scutelles sont disposées sans ordre entre les rangées d’écussons; ceux-ci sont, sur le dos, au nombre de 12 à 14. La bouche est largement fendue et occupe toute l’étendue de la largeur du museau ; les barbillons sont longs et dé-
- passent l’orifice de la bouche ; la lèvre inférieure est largement divisée au milieu. La couleur des régions supérieures est un gris cendré tirant sur le brun ; le museau est jaune, et le dessous du corps blanchâtre.
- Sous le nom d’Attilus, Pline a désigné une espèce dont l’aire d’habitation est très-étendue ; dans l’océan Atlantique, sa principale démeure, l’espèce fréquente les côtes de France, d’Angleterre, de Nor-végeet d’Islande; on la l'encontre dans la mer du Nord, dans la Baltique et dans la Méditerranée; cette espèce, nommée par Belon Esturgeon porœlette et Adano, est /’Acipenser Sturio des ichthyologistes modernes. Les scutelles de la peau sont disposées avec régularité, en quinquonce ; le museau est un peu effilé vers sa pointe; la coloration est brunâtre vers le dos et le haut des lianes ; les régions inférieures sont plus claires, à reflets argentés.
- Les deux autres espèces qu’il nous reste à faire connaître ont les écussons dorsaux échancrés en arrière et garnis d’une carène oblique terminée par une pointe épineuse formant l’extrémité supérieure de l’échancrure de l’écusson. Les scutelles étoilées sont nulles chez le Sterlet, nombreuses chez l'Estur-geon-étoilé. Il est probable que c’est la première de ces deux espèces qu’Ovide a chantée dans son poème resté inachevé des Halieutiques ; le Sterlet (Sterletus ruthenus), habite la mer Noire, d’où il remonte dans la mer Caspienne ; on le rencontre dans l’océan Arctique et dans tous les fleuves qui se jettent dans celte mer. De la mer Noire, l’esturgeon étoilé remonte dans le Dnieper, le Dniester et dans le Danube ; de la mer d’Azof, il gagne le Don; de la mer Caspienne, il pénètre dans l’Oural, le Volga, le Kour et la Terek ; on le pêche aussi dans le lac d’Aral.
- Nous avons dit plus haut que l’on pouvait établir deux groupes dans le grand genre Esturgeon; ces deux groupes présentent de curieux faits de distribution géographique, sur lesquels nous croyons utile d’insister un instant. Tous les esturgeons chez lesquels les épines des écussons du dos sont placées à l’extrémité de ceux-ci sont cantonnés dans les grands fleuves qui appartiennent au bassin hydrographique de la Caspienne et de la mer Noire. Les espèces chez lesquelles les épines des écussons sont centrales comptent de très-nombreux représentants dans les eaux douces de l’Amérique du Nord, tant sur les versants du Pacifique que sur celui de l’Atlantique ; tels sont les Antaceus et les Huso, dont les espèces européennes ont même habitat que celles qui appartiennent au groupe des Opisthocentres. Chez les Acipenser, certaines espèces sont des côtes de Suède, de Danemark, d’Angleterre, de France; deux espèces représentent le genre dans les eaux de la Chine du Nord, tandis qu’une espèce, exception remarquable, s’avance jusqu’aux tropiques, dans l’Amérique du Sud; il est possible, du reste, que cette espèce, qui n’a été trouvée qu’une seule fois, provienne d’une région plus septentrionale et ait été entraînée par les courants jusqu’à Cayenne.
- En règle générale, on peut dire que les esturgeons
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- sont habitants de la zone tempérée et surtout des régions froides de cette zone, quoiqu’ils ne semblent pas s’étendre, si ce n’est exceptionnellement, jusqu’aux eaux polaires. Les vastes lacs salés qui, à l’est de la Méditerranée, forment la mer Noire, la mer d’Azof, la Caspienne, sont leur principale demeure dans l’ancien monde; plus à l’est encore, ils se trouvent dans les lacs de l’Asie centrale et jusque vers les frontières du Céleste Empire. De la mer Noire, ils se répandent dans la Méditerranée et dans l’Adriatique; quelques espèces se pêchent sur les côtes ouest de l’Europe, dans les fleuves de l’Allemagne, de la Hollande, des îles Britanniques, de la péninsule Scandinave et de la France. Dans le nouveau
- Monde, leur zone d’habitation est très-vaste au nord; ils sont extrêmement nombreux daus l’océan Pacifique et dans ses eaux tributaires. Depuis le détroit de Behring jusqu’aux côtes de Californie, leur limite nord paraît être vers le 55e ou le 56e degré de latitude nord; ils n’ont pas été trouvés en Amérique dans les eaux qui alimentent l’océan Glacial Arctique; en Asie, au contraire, ces eaux sont fréquemment visitées par les esturgeons.
- Semblables à la plupart des poissons du groupe des saumons et aux aloses, les esturgeons, en effet, quittent à l’époque du frai les mers où ils vivent pour pénétrer dans les golfes et dans les fleuves qui s’y jettent ; habitent-ils les grands lacs, et telles sont
- Esturgeon ichthyocolle.
- la plupart des espèces du nord de PAmérique, ils remontent le cours des eaux tributaires de ces lacs. Certaines espèces accomplissent ainsi de longs voyages; de la mer Noire, de la mer d’Azof, du lac Aral et des autres grands lacs de la Russie, ils remontent dans les fleuves qui s’y déversent, souvent loin de l’embouchure. Ils s’engagent parfois dans les affluents des fleuves. On en a pris daus la Moselle, à Sierck, au-dessus de Metz, près de la frontière du Luxembourg; dans la Loire, suivant Millet, on a pêché un individu pesant 40 livres, aux Ponts-de-Cé, près Angers, en 1810; ils remontent très-rarement la Seine jusqu’à Paris ; cependant, dit Sonnini, « on trouva un esturgeon dans des filets appelés gords, à Neuilly-sur-Seine, en 1800, année fertile en grands événements. Ce poisson pesait deux cents livres, il avoit sept pieds et demi de long et près de quatre pieds de tour. Ou le fit conduire vivantàlaMalmaison,
- dans une gondole remplie d’eau; il y arriva ainsi vivant, et on le mit dans un des bassins du parc où il resta quelque temps. On l’amena ensuite à Paris, et on l’y montra au public dans une enceinte de planches disposées sur la Seine, vis-à-vis les galeries du Louvre. On a pu juger du naturel pacifique de l’espèce, par la douceur extrême avec laquelle cet animal se prêtait à la gène continuelle que lui fai-soient éprouver ceux qui l’exposaient aux regards de tous venans. »
- C’est surtout dans les fleuves qui se déversent dans les mers intérieures de la Russie que les esturgeons s’engagent en grand nombre; ils y entrent par troupes et y sont, suivant Pallas, si abondants en certains points, qu’on les voit fourmiller dans l’eau. Les bandes sont parfois tellement serrées, qu’un seul des villages de pêcheurs qui s’établissent au bord des fleuves, à l’époque de la montée du poisson, peut
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- capturer, pendant les quinze jours que dure la pèche, jusqu’à seize ou vingt mille sterlets.
- E. Sauvage.
- — L» suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Manière de tuer les papillons pour les collections. — On prend un tube de verre de 5 ou 6 centimètres de longueur, et d’un diamètre approprié a la grosseur des papillons que l’on veut faire mourir. Ce tube doit être bouché aux deux extrémités avec deux bouchons de liège bien arrondis et fermant exactement. On glisse dans la première moitié du tube un léger tampon d’ouate, et c’est par l’autre bout qu’on introduit le papillon, qui se trouve alors emprisonné dans une petite chambre où il peut se mouvoir librement entre le bouchon et le tampon d’ouate. Sur ce tampon, on verse une ou deux gouttes d’éther ou de chloroforme, et le papillon meurt instantanément, en conservant toute sa fraîcheur. Quelques instants après, on peut le retirer du tube pour le piquer et l’éta-ler. Ce procédé a pour principal mérite d’éviter le moindre contact des mains sur le papillon vivant. 11 suffit d’emporter en chasse 4 ou 5 tubes de différents diamètres préparés de cette façon pour tuer, aussitôt pris, les papillons de toutes les tailles. Ces tubes peuvent encore être utilisés pour la chasse des insectes délicats des autres ordres qui ont à souffrir du froissement dans les flacons, tels que les libellules, beaucoup de diptères et certains coléoptères dont le corps est recouvert d’une sécrétion pulvérulente ou d’une pubescence qui se détache facilement. — (L. C., Bulletin de la Société Linnéenne d'Amiens.)
- Le» Indiens dn Nonveau-Mexiqne (Etats-Unis). — À la date du 30 juin 1875, M. Yarrow, chirurgien au sei'vice des Etats-Unis, écrivait à ses chefs militaires : « Le village de San Fernando de Taos est un des mieux construits que l’on rencontre parmi les Aborigènes du Nouveau-Mexique. Chacun des cinq chefs a sa chambre de conseil. Celle du capitan de la guerra (capitaine de la guerre) est souterraine ; on y descend par une échelle. Elle a de 25 à 30 pieds de diamètre et sa voûte s’élève à près de 20 pieds de haut. Le cacique ou grand-prêtre est l’oracle et le chef spirituel de la peuplade. 11 punit les individus coupables d’actes irréligieux et nul ne peut se marier sans son autorisation. Tous les ans, le sort désigne celui des jeunes gens de la tribu qui aura l’honneur de servir et de défendre, en cas de besoin, le cacique. L’alcade ou maire du village est élu tous les ans par ses administrés. Il est armé d’une canne qui lui sert à frapper les délinquants et que l’on montre symboliquement à ceux qui sont cités devant son tribunal. Le capitaine de la guerre, dont les fonctions sont héréditaires, accorde ou refuse les pennis de chasse aux Indiens Taos. Quoique catholiques, de nom, il est vrai, ces indigènes adorent le soleil et chantent des hymnes quand cet astre se lève ou se couche. Les Taos apprivoisent des faucons, des aigles et d’autres oiseaux. Pasteurs ou agriculteurs, ils ont des mœurs douces et inoffensives, qui ne rappellent en rien la férocité des peuplades indigènes. Ils aiment tendrement leurs enfants et ne font pas de leurs femmes des bêtes de somme, comme beaucoup d’autres Indiens. Dans le village de Taos et dans la contrée avoisinante existe une
- confrérie de pénitents, dont les exercices rappellent ceux des flagellants du moyen âge. Quand un de ces pénitents vient à mourir, ses confrères hurlent toute la nuit autour de son cadavre, lis sont organisés comme les francs-maçons et leurs loges sont indépendantes les unes des autres. Les flagellations sont plus ou moins volontaires et ont lieu durant la semaine sainte. Quelques-uns de ces fanatiques se prosternent à l’entrée des églises et leur corps est foulé par tous ceux qui entrent ou qui sortent. Il y en a qui meurent à la suite de cette rude épreuve, mais ils se consolent par l’idée du paradis où ils se croient sûrs d’être admis sans retard. 11 parait certain que les confréries des pénitents sont originaires primitivement de l’Espagne et plus tard du Vieux-Mexique.
- (Wlteeler annûal report, etc. Washington, 1875.)
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- BIBLIOGRAPHIE
- Faune élémentaire des coléoptères de France, par M. L.
- Fairmaire, 1 vol. in-18. — 4e édit. — Paris, E. Dey-
- rolle, 1876.
- L’étude des insectes commence presque toujours par l’attrait que présentent aux jeunes gens les petites collections faites par eux-mêmes; beaucoup s’arrêtent à une simple distraction, quelques-uns y puisent le germe des travaux de toute la vie. L’ordre des coléoptères, j>ar l’abondance de ses espèces, et surtout par la facilité avec laquelle on prépare et on conserve les sujets de collections, est celui qui captive le plus d’amateurs. Cela explique le succès du petit livre de M. L. Fairmaire. Les coléoptères les plus fréquents sont décrits en quelques lignes, suffisantes pour les faire reconnaître. L’auteur a grand soin d’indiquer aux débutants les particularités de mœurs permettant de récolter les espèces désirées. La 48 édition présente un plus grand nombre d’espèces indiquées que les éditions précédentes ; en outre, un perfectionnement important est l’introduction de tableaux synoptiques donnant comparativement les caractères des familles, des tribus et des genres, ce qui abrège beaucoup les recherches de l’amateur désireux d’arriver à une détermination spécifique. Des planches accompagnent le livre, en figures noires pour maintenir l’ouvrage à bas prix, mais cependant nettes et bien reconnaissables. M. G.
- Conseils aux nouveaux éducateurs de vers à soie, par
- M. Frédéric de Boullesois, 1 vol. in-8°. — 3“ édition.
- 1875. Paris, Bouchard-Hussard.
- Nous venons de lire une nouvelle édition de cet ouvrage qui, dans son temps, a eu un succès mérité, et dont les premières éditions ont paru en 1842 et en 1851, c’est-à-dire antérieurement aux grands désastres de la sériciculture par la maladie des corpuscules et par la flacherie. L’auteur, M. Frédéric de Boullenois, est un vétéran de la soie ; il a élevé des vers pendant une partie de sa vie, et a été vingt ans secrétaire général d’une société spéciale pour le progrès et l’amélioration de l’industrie de la soie, la Société séricicole de France.
- L’auteur consacre un chapitre aux progrès les plus récents obtenus dans la sériciculture, et il cite avec des éloges mérités le procédé cellulaire de M. Pasteur, pour obtenir de bonnes graines de vers à soie. Il ne pouvait passer sous silence les maladies qui depuis quelques années ravagent nos magnaneries, mais il s’efforce de relever le courage des éducateurs, en leur rappelant que de tout
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- temps il y a eu sur les vers à soie, sur la vigne, sur tous les produits de la terre, sur l’espèce humaine elle-même des maladies, des épidémies, mais que ces terribles fléaux passent, qu’on ne doit jamais désespérer, et qu’en combattant vaillamment on finit toujours par triompher du mal. Ce qu’il y a de certain, c’est que pour les sériciculteurs particulièrement, si quelque chose peut contribuer à les soutenir au milieu de leurs épreuves, c’est l’étude d’ouvrages fondés sur la raison et une longue expérience.
- M. G.
- Etudes sur la Bière, ses maladies, causes qui les provoquent, procédé pour la rendre inaltérable, avec une théorie nouvelle de la fermentation, par M. L. Pasteur. 1 vol. in-8° avec 12 planches gravées et 85 figures dans le texte. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Nous nous bornons à signaler aujourd’hui l’apparition de cet important et remarquable ouvrage, dont nous publierons prochainement un compte rendu analytique détaillé.
- Inhumation et crémation, par le docteur G annal. — 1 broch. in-8°. — Paris, Muzard et fils, 1876.
- Du Daltonisme dans ses rapports avec la navigation, par le docteur Féris. — 1 broch. in-8°. — Paris, J.-B. Baillière, 1876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du Z juillet 1876. — Présidence de M .le vice-amiral Paris.
- Falsification des vins. — Suivant M. Jacqmin, un très-grand nombre de vins du Midi sont colorés par de la fuchsine, matière qu’on reconnaît à sa faculté tinctoriale à l’égard de la laine blanche. Pour que l’expérience réussisse bien, la fibre animale ne doit être introduite dans le liquide qu’après que l’ébullition a chassé de celui-ci l’alcool qu’il contient normalement. En même temps que la fuchsine, l'acide arsénique (ingrédient obligé de la fabrication du rouge d’aniline) se < encontre constamment dans les vins frelatés, et il y a lieu de se préoccuper des conséquences hygiéniques de ce résultat. Au point de vue de la médecine légale, on peut en effet imaginer facilement le cas d’une autopsie qui ferait conclure un crime de la présence de l’arsenic, tandis que le sujet examiné aurait simplement consommé pendant longtemps les vins qui nous occupent.
- Radiomètre. — En réponse à l’objection que lui faisait l’autre jour M. Fizeau, ainsi que nous l’avons rapporté, M. Govi montre qu’en entourant un radiomètre d’une couronne de bougies, on ne se place pas dans les conditions de symétrie la plus parfaite. Un meilleur résultat est obtenu en plongeant l’instrument dans une enceinte dont la température, parfaitement uniforme, peut être réglée avec précision. Avec ce mode opératoire on reconnaît que la lumière n’est pas nécessaire à la manifestation du phénomène et qu’il se développe dans l’obscurité. Si l’enceinte est plus chaude que l’instrument, il se meut comme sous l’action du soleil, c’est-à-dire que le mouvement a lieu des surfaces noircies vers les surfaces brillantes. Mais si elle se refroidit au moment de l’équilibre, il y a repos du tourniquet, et celui-ci ne tarde pas à se mouvoir dans la direction inverse de la précédente. On Voit donc qu’on est ramené à considérer la rotation comme due à l’action de la chaleur et non de la lumière.
- En même temps que cette communication, l’Académie
- reçoit une note de M. Ducretet qui la confirme de tous points. L’auteur prend un radiomètre doué du mouvement direct et il verse un peu d’éther à sa surface : la rotation se ralentit, puis s’arrête et change bientôt de sens pendant tout le temps du refroidissement. C’est si bien la chaleur qui est l’agent du phénomène que des corps phosphorescents et fluorescents ne déterminent aucun effet.
- D’ailleurs, il paraît que l’appareil se comporte de même à toutes les températures et même au rouge comme le montre cette expérience de M. Alvergniat : On chauffe l’appareil au rouge, le moulinet se met à tourner ; mais sa rotation s’accélère sensiblement par la présence d’une simple flamme qui vient joindre son action à celle de la chaleur rayonnante.
- Globules magnétiques de l'atmosphère. — M. Dumas analyse avec détails une note de M. Tissandier dont le résultat principal parait être la constatation du nickel dans les corpuscules ferrugineux que charrie l’atmosphère et qui ont été décrits ici même. La conclusion est que ces globules sont bien réellement cosmiques malgré leur identité d’aspect avec les globules d’oxyde de fer qui pullulent dans les poussières des usines à fer et qui sont d’origine terrestre et même artificielle. (Voy. ci-dessous.)
- Le nickel de la Nouvelle-Calédonie. — La Nouvelle-Calédonie fournit depuis les explorations de M. Garnier un minéral vert pomme consistant en hydrosilicate de nickel et de magnésie et qui paraît destiné à acquérir une importance industrielle considérable. On trouve ce minéral au sein de masses serpentineuses très-abondantes en divers points de l’ile et en association avec des cupho-tides, des diorites, des amphibolites et d’autres roches magnésiennes. Tantôt cette combinaison de nickel se montre sur ces roches diverses comme un enduit d’un beau vert; tantôt elle les pénètre et les colore d’une manière plus ou moins intense ; tantôt elle y forme des filets qui peuvent prendre l’importance et la régularité de filons ; tantôt enfin des rognons ou amas. Comme on devait s’y attendre, le nickel a dans ce minerai, le fer, le cobalt et le chrome comme compagnons à peu près constants.
- Le traitement métallurgique réalisé par MM. Chris-tophle et Bouillet est très-simple : la matière dissoute dans l’acide chlorhydrique est précipitée par la chaux sous forme d’oxyde de nickel à peu près pur ; la réduction par le charbon donne aisément un métal à 99 pour 100 de fin, c’est-à-dire incomparablement plus pur que celui que peuvent former les minerais sulfurés et arsénieux seuls employés jusqu’ici. Ce n’est d’ailleurs pas à l’état libre qu’il parait devoir être utilisé avec le plus d’avantage ; mais allié au cuivre dans la proportion 15 pour 100 contre 85 de ce dernier métal. L’alliage est blanc, malléable à grains très-fins et propre à subir toutes les manipulations métallurgiques : dès maintenant il constitue une conquête des plus précieuses au point de vue industriel.
- Stanislas Meunier.
- LES POUSSIÈRES COSMIQUES
- DE L’ATMOSPHÈRE1.
- Dans la dernière séance de l’Académie des sciem ces, line note complémentaire de mes recherches
- 1 Voy. les Aérolithes microscopiques, 3e année, 1875, 2° semestre, p. 331:
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- sur les poussières atmosphériques, a été analysée par M. Dumas. J’ai pu recueillir depuis plus d’un an, soit dans le sédiment des eaux pluviales tombées à l’observatoire de Sainte-Marie-du-Mont (Manche) sur un collecteur de porcelaine à grande surface, soit dans les poussières provenant directement de l’air, une quantité de corpuscules ferrugineux magnétiques assez considérable pour en faire une analyse qualitative. J'y ai constaté la présence du nickel qui est, comme on le sait,, un des éléments caractéristiques des météorites ; et cela apres en avoir fait un examen microscopique minutieux qui a donné les résultats suivants :
- Les corpuscules aériens attirables à l’aimant ne 'se présentent pas toujours en sphérules à surface lisse, semblables à celles que j’ai décrites. Us affectent souvent d’autres formes, dont j’ai dessiné les aspects caractéristiques à la chambre claire. Tantôt ils sont amorphes; ils apparaissent alors en fragments très-noirs (fig. 1), tantôt ils sont constitués par une réunion de petits grains, extrêmement petits, groupés en amas compacts (fig. 2, cette dernière forme est très-rare), quelquefois ils atteignent des dimensions plus considérables, et dans ce cas leur surface est rugueuse (fig. 5) ou mamelonnée (fig. 4). Pendant les mois d’août et de septembre 1875, j’ai recueilli, parmi les poussières tombées directement de l’air, quelques fragments ferrugineux magnétiques semblables à celui de la figure 4, et qui atteignaient une longueur de i à 5 dixièmes de millimètre.
- Il m’a paru intéressant de comparer ces corpuscules atmosphériques aux fragments que l’on obtiendrait en grattant la surface de météorites authentiques. M. Daubrée a bien voulu m’autoriser à examiner quelques échantillons de la belle collection du Muséum d’histoire naturelle, avec le concours de M. Stanislas Meunier.
- A l’aide d’une lame d’acier, j’ai gratté la surface d’une masse de fer météoritique tombée le 14 juillet 1847 à Braunau llauptmannsdorf (Bohême). Cette surface formée d’une croûte noire adhérente au métal, se divisait aisément, et parmi les fragments pulvérulents détachés, j’ai trouvé quelques parcelles globulaires et mamelonnées (fig. 5).
- Plusieurs fragments semblables, ont été rencontrés, en grattant la surface d’autres échantillons parmi lesquels je citerai la météorite tombée, le 11 juillet 1868, à Ornans (Doubs). La surface métallique de cet échantillon, très-peu cohérente, est mamelonnée et formée par place de sphérules qu’on
- y dirait incrustées. Les parcelles cosmiques recueillies par M. Nordenskiold sur les champs de glace des régions polaires, et envoyées au Muséum, ont été examinées directement. Elles sont constituées de petits grains noirs très-petits (fig. 6) offrant une ressemblance frappante avec ceux que j’ai extraits d’un sédiment d’eau de pluie tombée en France (fig. 2).
- Un sable ferrugineux tombé à Lœbau (Saxe) le 15 janvier 1855, renferme des grains, très-nettement sphériques (fig. 7) et d’autres fragments dont la surface est formée de mamelons arrondis (fig. 8). _
- J’ajouterai en terminant que s’il paraît certain que parmi les poussières ferrugineuses atmosphériques, il en est dont l’origine est extra-terrestre, il faut reconnaître aussi qu’il en existe d’autres qui sont soule' ées par le vent à la surface de la terre, ou emportées par la fumée de nos usines. J’ai indiqué précédemment que le fer, quand il jaillit en étincelles, affecte la forme globulaire : l’oxyde de batti-tures quand il se forme au rouge, produit un grand nombre de sphérules magnétiques : lors des dernières inondations de la Seine, un sable apporté à Choisy, par des eaux qui avaient sans doute balayé le voisinage de quelque usine, contenait une grande quantité de globules sphériques d’oxyde de fer mignétique. Cet échantillon curieux qui m’a été communiqué par M. Stanislas Meunier, ne contenait pas de nickel. Il y a donc des réservés à faire, au sujet des sphérules de fer, que l’on peut rencontrer dans le voisinage des grandes villes. Mais cette source terrestre de poussières ferrugineuses, n'explique en aucune façon, ni l’abondance extraordinaire des parcelles microscopiques de fer qui flottent partout dans l’atmosphère, qui se retrouvent dans la neige des régions polaires, dans celle des Alpes, dans les eaux météoriques recueillies au milieu des campagnes; elle est étrangère à l’existence dans l’air de ces innombrables corpuscules de fer nickelifère, dont il faut, selon nous, chercher l’origine dans la poussière qui jaillit de la surface des météorites incandescentes et qui doit s’en détacher en pluie de feu K
- Gaston Tissandier.
- 1 Voy. Comptes rendus de l'Académie des Sciences. Séance du 3 juillet T876.
- I * À
- J.e Propriétaire-Gérant : G. Tissahdieb.
- Typographie Laliure, rue de Fleuras, 9, à Tari*.
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- N° 163. — 17 JUILLET 1876.
- LA NATURE.
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- PHÉNOMÈNES CHIMIQUES
- DÉTERMINÉS PAR LES EFFLUVES ÉLECTRIQUES d’après les travaux récents de h. uerthelot.
- En 1709, Hauksbée plaça l’un dans l’autre deux cylindres de verre, qui pouvaient être mis en mouvement d’une manière indépendante; il purgea d’air le cylindre intérieur, et il vit qu’il se formait des lueurs dans le gaz raréfié quand il électrisait, en frot tant de la main, la surface du cylindre extérieur mis en mouvementi.
- Le physicien
- anglais désigna Pig-2.
- sous le nom d’effluves électriques, cette forme particulière de la décharge dans un milieu raréfié. On a reconnu depuis cette époque que le passage de l’électricité dans les gaz y produit des phénomènes chimiques très-nombreux. Mais l’intensité ou la nature des réactions sont variables suivant la forme des décharges mises en action. L’effluve, que l’on a appelée également décharge silencieuse, et qui est eu quelque sorte caractérisée par une dissémination de l’étincelle, produit des réactions chimiques spéciales et particulièrement dignes de fixer l’attention.
- Un certain nombre de physiciens ont imaginé des appareils au moyen desquels on donne abondam-
- 1 Physico-méchanical experimenls, 1709. i* arnéc, — 2'semestre.
- ment naissance aux effluves électriques, tout en pouvant recueillir les gaz sur lesquels on a expérimenté. M. Ruhmkorff.s’est servi d’une caisse rectangulaire dans laquelle des lames de verre três-rap-prochées les unes des autres, et revêtues d’une feuille d’étain sur leur face supérieure, communiquaient alternativement avec les pôles d une bobine d’induction. Quand le circuit est fermé , des lueurs brillantes, des effluves électriques se forment entre les lames de verre, et on étudie leur action sur un gaz que l’on fait circuler dans la boîte, munie de deux tubulures.
- M. Siemens a adopté un autre système qui consiste en deux tubes de verre concentriques : des lames d’étain sont collées sur la surface intérieure du tube central, et
- sur la surface extérieure du tube enveloppe. Quand ces feuilles métalliques sont mises en relation avec les pôles d’une bobine, l’effluve jaillit dans l’espace annulaire, où l’on fait circuler les gaz. .
- M. Iïouzeau , modifiant très-heureusement un appareil diî à M. Babo , a employé un simple tube de verre, traversé intérieurement par un fil de platine et recouvert extérieurement d’un second (il de même métal enroulé en hélice. Dans ces derniers temps, M. Thénard est revenu au tube de Siemens, qu’il a modifié et perfectionné : il a fait jaillir l’effluve entre deux surfaces de verre, et il a substitué aux armatures métalliques un liquide conducteur, qui permet de produire une lueur beaucoup plus homogène.
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- Nous avons précédemment parlé des expériences de M. Houzeau, de celles de M. Thénard *; nous n’y reviendrons pas actuellement. Après cet exposé historique très-succinct, nous décrirons les nouveaux appareils que M Berthelot vient d’imaginer, et nous passerons en revue les intéressants résultats que le savant professeur du collège de France en a obtenus.
- Les tubes à effluves de M - Berthelot se font remarquer par la simplicité de leur construction et par la facilité avec laquelle on peut mesurer, avant et après l’action de l’effluve, le volume des gaz sur lesquels on a expérimenté.
- L’appareil de M. Berthelot est formé de deux tubes de verre distincts : 1° Un tube bouché élargi à sa partie inférieure et formant éprouvette. Ce tube affecte deux dispositifs différents : il est enveloppé d’un liquide conducteur (eau acidulée) maintenu dans un réservoir de verre extérieur (fig. 1) ou bien il est simplement entouré d’un ruban de platine, appliqué en spirale sur sa surface extérieure (fig. 2); 2° un tube en Y, d’un diamètre moindre que celui du tube-éprouvette; ce tube est fermé à une de ses extrémités (fig. 3).
- Le premier tube-éprouvette est retourné sur la cuve à mercure, on y introduit les gaz et au besoin le liquide sur lesquels doit agir l’eifluve. Cela fait, on fait passer dans l’intérieur de ce tube la partie bouchée du tube en Y qui est rempli d'eau aiguisée d’acide sulfurique. L’appareil prêt à fonctionner est représenté dans la figure 4. Le ruban de platine du tube-éprouvette et le liquide couducteur du tube en V sont mis en communication avec les pôles d’une bobine de Ruhmkorff; l’effluve jaillit dans le mince espace annulaire compris entre les deux tubes, et contenant le gaz et le liquide sur lesquels on veut opérer.
- M. Berthelot a reconnu que sous l'influence de l’effluve, l’azote libre est absorbé à la température ordinaire par les composés organiques. Les substances sur lesquelles le savant chimiste a agi, ont été d’abord, la benzine, l’essence de térébenthine, le gaz des marais et l’acétylène. Dans le premier cas, l’expérience a été d’une grande netteté : 1 gramme de benzine a absorbé en quelques heures 4 à 5 centimètres cubes d’azote, la majeure partie demeurant inaltérée. La combinaison se fait en donnant naissance à un produit polymérique solide, résineux, brunâtre qui se dépose sur le tube de verre intérieur, dont la surface a clé entièrement mouillée du liquide, par son introduction dans le tube-éprouvette sur la cuve à mercure. Ce produit, soumis à l’action de la chaleur se décompose avec dégagement d’ammoniaque. L’essence de térébenthine et le gaz des marais se comporient à peu près de la même façon. Avec l’acétylène, le produit formé est une substance polymérique analogue au corps dé-
- 1 Yoy. la Nature, 1874 , lor semestre. — Les Tubes à effluves, p. 34.
- couvert précédemment par M. Thénard, mais qui renferme en outre de l’azote.
- Sans multiplier ces indications, dans une première note présentée à l’Académie des sciences1, M. Berthelot a fait observer que cette absorption de l’azote par les matières organiques, dès la température ordinaire, est des plus intéressantes. « 11 n’est guère douteux, dit l’illustre chimiste, que des phénomènes analogues (accompagnés par une absorption d’oxygène) ne doivent se manifester en temps d’orage et même toutes les fois que l’air est électrisé ou présente un potentiel différent dans ses co’.ches supérieures et dans les couches en contact avec le sol, ce qui est, après tout, son état normal : dans ces conditions les matières organiques en contact avec l’air, absorbent très-probablement, et cela d’une manière incessante, quelques doses d’azote et d’oxygène. Cette absorption ne peut être révoquée en doute, au moment des décharges foudroyantes qui répondent à des différences de tension électrique, analogues et supérieures à celles de l’appareil Ruhmkorff, et elle est probable pour les différences plus faibles qui se produisent incessamment. Peut-être même cette absorption d’azote et d’oxygène, jointe aux condensations moléculaires et autres changements chimiques développés au sein des tissus sous l'influence de l’effluve électrique, donne-t-elle lieu â des modifications physiologiques correspondantes, qui joueraient un certain rôle dans ces malaises singuliers manifestés au sein . de l’organisme humain pendant les orages.
- « Sans nous arrêter davantage sur un point particulier. insistons cependant d’une manière générale sur cette nouvelle cause de fixation de l’azote atmosphérique dans la nature. Elle engendre des produits azotés condensés, de l’ordre des principes hu-miques, si répandus à la surface du globe. Quelque limités que les effets en soient à chaque instant et sur chaque point de la superficie terrestre, ils peuvent cependant devenir considérable en raison de l’étendue et de la continuité d’une réaction universellement et perpétuellement agissante. »
- M. Berthelot a du reste démontré directement par l’expérience que les assertions précédentes sont bien l’expression de ce qui passe dans la nature. Il a pris le principe constitutif des tissus végétaux, du papier blanc à filtre, qui n’est autre que la cellulose ou le principe ligneux, et après l’avoir légèrement humecté, il l’a soumis à l’actioirde l’effluve en présence d’azote pur. Dans l’espace de huit ou dix heures, la quantité de gaz absorbée a été très-notable, et l’azote combiné au papier a été postérieurement extrait à l’état d’ammoniaque, sous l’influence de la chaux sodée.
- La présence de l’oxygène n’empêche pas l’absorption de l’azote d’avoir lieu; faisant agir l’eifluve sur de l’air atmosphérique mis en contact avec une solution sirupeuse de dextrine, M. Berthelot a reconnu
- 1 Séance du 5 juin 187(5.
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- qu’uue certaine quantité de l’azote et de l’oxygène se combinait avec la matière organique.
- Les deux éléments constitutifs de l’air ne sont pas les seuls gaz dont l’effluve détermine la combinaison avec les matières organiques ; l’hydrogène est absorbé de la même manière et il l’est même plus rapidement que l’azote. Un centimètre cube de benzine a absorbé sous l’influence des décharges silencieuses, 250 centimètres cubes d’hydrogène, soit environ 2 équivalents. Le résultat de la combinaison est une substance résineuse analogue à un vernis desséché et douée d’une odeur forte et désagréable
- L’essence de térébenthine, l’acétylène, se combinent avec l’hydrogène, en donnant naissance à des composés résineux, polymériques. L’oxyde de carbone et l’hydrogène engendrent un corps solide que M. Thénard et M. Brodie avaient produit précédemment dans les mêmes circonstances, etc.
- Dans la seconde partie de son travail, M. Berthe-lot a étudié la formation et la décomposition des composés binaires, par l’effluve électrique.
- Après avoir rappelé que l’azote et l’hydrogène éprouvent sous l’influence de l’étincelle un commencement de combinaison sous forme d’ammoniaque, que ces deux gaz s’unissent aussi sous l’action de l’effluve, comme l’ont reconnu MM. Chabrier et Thénard, M. Berthelot a mesuré la limite de la réaction produite par la décharge silencieuse et il a constaté qu’elle était beaucoup plus élevée qu’avec l’étincelle. Avec l’effluve, la proportion de gaz ammoniac formé, s’élève à 3 centièmes environ dans le mélange normal d’azote et d’hydrogène; avec l’étincelle, elle n’atteint seulement que quelques cent-millièmes. La décomposition du gaz ammoniac par l’effluve tend vers la même limite. Cette identité des deux limites produites par les actions inverses de l’effluve est remarquable; le fait est aussi important à noter que celui de la diversité qui existe entre l’action de la décharge silencieuse et celle de l’étincelle.
- Nous ne pouvons pas insister longuement sur toutes les expériences décrites par M. Berthelot; nous nous bornerons à dire que le protoxyde d’azote, le bioxyde d’azote, l’hydrogène sulfuré, l’hydrogène phosphoré, l’acide sulfureux, etc.,etc., sont plus ou moins profondément décomposés, et que, en résumé, « l’action de l’effluve, comme celle de l’étincelle, tend à résoudre les gaz composés dans leurs éléments, avec production de phénomènes d’équilibre dus à la tendance inverse de recombinaison. » Seulement, dans le cas de l’effluve, une portion des éléments isolés s’unit au composé lui-même, pour former des produits condensés, à la formation desquels s’opposent la durée plus longue de l’étincelle et, surtout, réchauffement qui lui est dù.
- Quelque rapide qu’ait été cet exposé, il sera suffisant, pensons-nous, pour donner au lecteur une
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 12 juin 1876.
- idée de l’importance et de l’intérêt de ces nouvelles expériences de M. Berthelot : elles n’apportent pas seulement à la chimie le contingent de faits nouveaux, recueillis dans un domaine peu exploré; elles jettent encore la lumière sur les réactions qui s’accomplissent entre les éléments gazeux de l’air et les composés organiques de la surface terrestre, réactions qui président à la végétation et à l’agriculture; elles montrent comment l’électricité peut agir pour Axer l’azote atmosphérique dans la nature, même sans le concours de l’ammoniaque, des composés nitreux ou des engrais, et pour le faire intervenir dans l’éternel et incessant échange qui s’accomplit ici-bas, entre l’organisme vivant et le monde inanimé. Gaston Tissandier.
- l’exposition
- D’APPAREILS SCIENTIFIQUES
- DE SOUTH KENSINGTON MUSEUM (LONDRES)..
- (Suite. — Voy. p. 74.)
- INSTRUMENTS ASTRONOMIQUES.
- L’astronomie, du moins en ce qui concerne ses instruments, est une science appliquée, et l’histoire de l’astronomie pratique traite de l’appropriation d’appareils, employés par d’autres sciences, à l’étude spéciale des corps célestes. Dans l’exposition de Kensington, nous commençons par les appareils destinés à mesurer des angles, nous finissons par une ample collection d’instruments facilitant l’application de presque toutes les branches des sciences physiques et mathématiques à l’astronomie. Dans les observatoires actuels, on rencontre tour à tour, en effet, l’application des lois de l’optique, du calorique, de l’électricité, de la chimie et de la dynamique.
- Toutes les fois qu’on a fourni à la science un nouvel instrument ou une nouvelle méthode d’observation, il n’y a pas eu suppression de ce qui existait auparavant, mais, en général, plutôt addition que substitution. La mesure des angles s’eifectue aujourd’hui plus soigneusement qu’à l’époque d’Hippar-que, mais aussi les angles sont mieux mesurés, parce que l'on a ajouté au télescope la division de l’arc. Le temps est aussi nécessaire aujourd’hui qu’il l’était à l’époque de la clepsydre, mais aujourd’hui nous imprimons au pendule des oscillations uniformes, dont l’électricité prend note. Les couleurs des étoiles sont remarquées aujourd’hui aussi scrupuleusement qu’elles l’étaient avant que le spectro-scope vînt au secours du télescope, mais à présent nous étudions le spectre et nous recherchons la cause de la couleur. L’accroissement de la puissance du télescope, comme instrument des observations faites par l’œil, a poursuivi son chemin, bieu que maintenant presque tous les phénomènes puissent être fixés photographiquement.
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- Les usages que l’on peut faire de tous les instruments astronomiques peuvent se partager en deux grandes catégories :
- I. On peut s’en servir pour étudier les positions, mouvements et dimensions des différentes niasses de matière dans l’univers. Ici nous faisons de la mécanique céleste ou de l’astronomie mécanique.
- IL On peut les utiliser pour étudier les mouvements des molécules dont ces différentes masses sont composées, pour en rechercher la qualité, la coordination et les déplacements. Ici nous nous faisons de la physique céleste ou de l’astronomie physique.
- Les instruments peuvent être disposés de manière à augmenter la portée de l’œil ou à procurer des planches photographiques.
- L’instrument, qui a donné naissance à ceux que nous avons classés dans la première catégorie, date d’Hip-parque (160 av. J. C.), à l’époque duquel on se servit, pour la première fois, de quarts de cercles. Cet instrument se composait de deux cercles de cuivre, dont l’un plus petit, pouvait aisément évoluer dans l’intérieur du plus grand.
- Ce dernier était divisé en 360 degrés et le plus petit cercle était garni de deux aiguilles. Cette première méridienne était placée dans le plan du méridien et servait à mesurer la hauteur du soleil. Avec le cadran préféré par Ptolémée au cercle entier, elle fut l’origine des cercles muraux et des instruments de passage employés de nos jours. C’est à llipparque lui-même que nous devons le premier instrument, au moyen duquel des positions purent être notées dans une partie quelconque de la voûte céleste ; on appelle ces positions « observations extra-méridionales ». Son astrolabe et ses autres instruments préludèrent aux armillœ aliœ acquatoriæ et aux ar~ milice zodiacales de Tycho Bralié et aux altazimuths et équatorials modernes. Dans la collection de Ken-sington on voit un modèle indiquant dans leur forme la plus simple, les principes de l’instrument employé par llipparque pour déterminer soit les ascensions et déclinaisons droites, soit la latitude et la longitude des corps célestes, instrument qui lui permit de découvrir la précession des équinoxes.
- Dans la reproduction de cet instrument, faite et modifiée par Tycho-Brahé' figure intitulée Armillœ
- zodiacales (lig. 1), il y a d’abord un grand cercle E B C, fixé dans le plan du méridien, ayant ses pôles D C tournés vers les pôles des cieux. Dans l’intérieur du grand cercle est un autre cercle F, tournant sur les pivots D C et portant fixé sur lui le cercle O P, disposé dans un plan de manière à former des angles droits aux extrémités de l’axe K, placées relativement à C et à D à une distance égale à l’obliquité de l’écliptique, de sorte que ces points représentent les pôles de l’écliptique et le cercle OP l’écliptique elle-même. Il y a un autre cercle R M, tournant sur les pivots de l’axe K, représentant un méridien de longitude sur lequel on mesure la latitude. Cet instrument montre, d’une manière évidente, les grands progrès dus à Hipparque , qui en introduisit .l’usage.
- Comme le soleil est, en été, dans la partie la plus voisine du pôle nord, sa position est indiquée par le point F sur l’écliptique et par N au solstice d’hiver; ainsi, lorsque nous connaissons le temps de l’année, le point de mire Q peut être placé au même nombre de degrés, à partir de F, que le soleil est éloigné du solstice ou sur le cercle 0 P, dans une position analogue à celle que le soleil occupe dans l’écliptique. Le cercle peut ensuite tourner autour de l’axe C D, jusqu’à ce que le point de mire Q et le point de mire opposé à N Q soient sur la même ligne que le soleil ; alors le cercle O R sera dans le plan de l’écliptique ou de l’orbite de la terre tournant autour du soleil. Le cercle R M pivote ensuite sur son axe K et les points de mire RR sont déplacés jusqu’à ce qu’ils soient dirigés vers la lune.
- La distance Q L, mesurée sur O P, sera alors la longitude de la lune par rapport au soleil et sa latitude L R se mesurera sur le cercle R M. Mais en quoi la lune aurait-elle pu servir à Hipparque? Son but était de déterminer la longitude des étoiles; la seule méthode qu’il pût employer était de se référer au mouvement du soleil, qui fut inscrit sur des tables, de sorte que sa longitude ou distance de l’équinoxe du printemps était toujours connue. Mais nous ne voyons pas en même temps le soleil et les étoiles; aussi, durant le jour, pendant que la lune était au-dessus de l’horizon, Hipparque détermina la différence de longitude entre le soleil et la lune, celle du soleil ou sa distance de l’équinoxe du prin-
- Fig. 1, — Astrolabe de Tycho-Brahé.
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- temps étant connue d’après le temps de l’année ; quand le soleil se fut couché, il détermina la différence de longitude entre la lune et une étoile particulière et il acquit ainsi une idée juste de la longitude des étoiles, ce qui lui permit de préciser la position de 1022 d’entre elles. Tycho remplaça la lune par une planète; de là l’exactitude supérieure de son œuvre, qui est représentée dans l’exposition par un cadran, débris des plus intéressants de la mécanique des temps passés.
- Dans la vaste et admirable collection d’instruments, formée par Tycbo-Brabé, on trouvait tout ce que le génie inventif de l’homme avait imaginé pour l’observation des corps célestes avant l’introduction du télescope. Outre le cadran mural et les armillœ, dont nous avons déjà parlé, on voit à Kensington Vinstrumentum parallacticum sive regvlarum, pour mesurer les altitudes; le quadrans maximus cha-lybeis quadrato inclusus et horizonti azimuthali chali-beo insislens, le sevtam astronomicus trigonicvs dis-tantiis rimandis, etc. -
- Tous ces instruments étaient bien plus grands que ceux des Grecs; des dimensions plus considérables étant nécessitées par les progrès de la science et par la manière de faire des observations. Ptolémée lisait les divisions sur son cadran, dont il se servait principalement pour observer la hauteur du soleil, en faisant tomber l’ombre d’un cy-lindre à son centre sur un autre cylindre se mouvant le long de la branche graduée de l’instrument. Hip-parque observait à l’aide d’un arc partagé en dix minutes, Tycho se servait de points de mire plats, qui étaient pointés sur l’objet ; les cercles étaient partagés en minutes d’arc et, en employant des lignes transversales ou une échelle diagonale, méthode due à Richard Ghanzler, suivant Digges (alœ sensatœ ma-thematicœ, Londres, 1573), l’arc était divisé jusqu’à dix secondes. On comprendra cette méthode en examinant le cadran possédé jadis par Napier de Merchis-town et dont l’Université d’Edimbourg a fait cadeau au Muséum de South Kensington. On verra donc que de grands progrès avaient été faits dans l’art de mesurer l’espace. Des résultats non moins satisfaisants avaient été obtenus pour la mesure du temps, car, dans l’observatoire de Tycho, le gnomon pendant le jour et la clepsydre pendant la nuit, avaient été remplacés par des horloges, non telles que les nôtres, régularisées par le pendule, mais réglées par les oscillations de lourdes barres, comme l’horloge de Douvres.
- L’introduction du télescope réfracteur et du pendule, au dix-septième siècle, marque l’époque la plus importante de l’histoire des instruments astronomiques.
- Dans l’astronomie mécanique, l’usage d’un télescope, au lieu des cylindres de Ptolémée et des points de mire plats, que l’on peut voir sur le cadran de Tycho et sur les différents astrolabes, constitua sur une nouvelle base les déterminations de positions et par suite, des mouvements qui ne sont que des déplacements. Ce n’était pas encore tout. Dans le télescope lui-même, au foyer commun, on ne tarda pas à placer, à l’exemple de Huyghens , de Gascoigne et pl'us tard du marquis de Malvasia, un appareil pour mesurer de faibles angles. Cette mesure est difficile, sans l’emploi dudit appareil, comme l’a très-bien fait ressortir Grant, dans son admirable histoire de l’astronomie physique; cet auteur nous raconte que Tycho avait été dérouté par ses mesures du soleil et de la lune au point d’en conclure qu’une éclipse totale de soleil était impossible.
- La bande de métal, insérée dans l’oculaire par Huyghens, est, de nos jours, remplacée par le micromètre, qui permet de mesurer jusqu’à un centième de seconde d’arc.
- Depuis l’époque de Hall et Dollond, les télescopes réfracteurs n’ont pas cessé de grandir, de se perfectionner et de devenir plus compacts; simultanément, la division du cercle en parties égales est devenue plus parfaite et plus minutieuse. Aussi les tables sont-elles modifiées et, au lieu d’un faible coup d’œil jeté sur un arc gigantesque, nous avons un vaste coup d’œil (grâce au télescope), jeté sur un cercle comparativement petit. Cet état de choses a nécessité une modification dans la méthode du montage. Le télescope est aujourd’hui le premier objet dont il faille tenir compte; il est, en général, supporté par un axe central à angles droits sur sa longueur, avec des pivots soigneusement finis, placés sur des supports appelés Y; quant au cercle attaché à l’un des bouts de Taxe, il est lu par des microscopes armés de micromètres. Pour bien étudier un pareil instrument, il faut examiner, le modèle du télescope de passage, employé à Greenwich. On n’a besoin d’un cercle vertical que pour les instruments de passage et pour les instruments verticaux de première nécessité ; mais, quand il faut aussi des azimuths , le système décrit plus haut doit tourner sur un axe vertical et il y a un cercle horizontal correspondant au cercle vertical. L’instrument de passage, du docteur Bruhn,
- Le télescope de Galilee, exposé à South-Kensington. à Londres.
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- montre comment l’introduction de l’emploi d’un prisme sur le devant de l’objectif modifie cette méthode de montage et fait entrevoir une nouvelle méthode dont certainement on usera beaucoup à l’avenir.
- Les instruments montés avec la plus grande perfection seraient toutefois presque inutiles pour les besoins de l’astronomie mécanique, si les positions qu’ils déterminent n’étaient accompagnées d’une indication exacte de moments d’observation. On trouvera dans la collection des preuves abondantes de la possibilité actuelle de ce procédé.
- Les grossières horloges de l’époque de Tycho-Brahé ont été remplacées par des instruments d’une perfection presque complète; le pendule compensateur de l’horloge ou la balance du chronomètre, pour changements de température, s’obtient aujourd’hui par diverses voies et l’on a même corrigé l’irrégularité de la marche des horloges due aux variations de la pression atmosphérique. De plus, cette perfection dans la mesure du temps, est maintenant fixée, d’une manière permanente, électriquement à l’aide de chronographes et la méthode d’évaluer, par l’œil et par l’oreille, les faibles distances, en divisant mentalement par dixièmes les intervalles des battements d’un pendule à secondes, est maintenant avantageusement remplacée par une autre, qui nous permet de noter pour toujours, aussi exactement que le permet l’imperfection humaine, tout instant ou intervalle de temps sur une échelle qui peut grandir à notre gré. Si les observations étaient infaillibles, un millième de seconde serait aujourd’hui une grande quantité.
- Grâce à l’emploi de l’électricité, on peut non-seulement noter les battements d’un pendule, d’une manière permanente, mais encore régler les battements de toutes les horloges sur ceux d’une horloge modèle.
- Si nous passons de l’astronomie mécanique à l’astronomie physique, ce qu’il faut considérer en premier lieu, ce sont les moyens d’obtenir une grande quantité de lumière et de l’utiliser d’après différents procédés.
- Nous ne pouvons ici, on le conçoit, traiter cette question que sous le point de vue instrumental. Nous n’avons pas besoin de parler de l’invention actuelle du télescope réfracteur. Il est clair toutefois que Galilée, dont l’instrument a été envoyé de Florence pour être exposé à nos regards, fut l’homme qui sut jadis l’utiliser avec le plus de succès. De son temps, nous le trouvons composé d’un verre objectif, dépassant rarement un pouce de diamètre. Dans quelques-unes des lentilles employées par Galilée lui-même, cette dimension ne fut pas même atteinte et bientôt on jugea convenable, pour corriger l’aberration chromatique du verre, de faire le foyer aussi long que possible. Les premiers télescopes avaient en conséquence les proportions d’une simple canne de promeneur. Vint ensuite le progrès dû à
- Huyghens et à quelques-uns de ses contemporains, qui, encore sous l’empire de la même nécessité d’avoir une grande longueur focale, ne voulurent pas rester réduits aux dimensions antérieures et profitèrent des perfectionnements apportés à la fabrication du verre. Parmi les objets venus de Hollande ou offerts par notre Société royale, on voit quantité de lentilles, dont quelques-unes ont une énorme longueur focale, l’une d’elles a même jusqu’à 360 pieds de longueur. Quoique ces lentilles datent, pour ainsi dire, de l’enfance de l’art, et qu’elles soient toutes simples, l’idée de l’achromatisme n’étant venue que longtemps après, la grande longueur focale, jointe à leur excellente forme, en font des instruments astronomiques d’une très-grande puissance, bien qu’à l’époque où l’on s’en servit pour la première fois, il fût impossible d’en obtenir des observations d’une importance réelle. Les instruments de ce genre, appaiTenant à la Société royale, furent montés, il y a quelques années, sur un échafaudage spécial, dans les jardins de Kew et M. De la Rue trouva que l’installation en était parfaite. Depuis cette époque, l’introduction du sidérostat, inventé par Foucault, mais dont l’idée première remonte à Hooke, a fourni un nouveau moyen de juger de leur disposition trop complaisamment louée par M. De La Rue. Quelques-unes de ces vieilles lentilles servent maintenant à obtenir de grandes images du soleil et permettent de photographier le disque de cet astre ainsi que le spectre de ses diverses parties.
- Gomme on le sait, Newton, qui vivait lors de l’introduction de ces lentilles dans la science, pensait qu’il fallait désespérer de les perfectionner, en corrigeant les effets de la dispersion; on imagina donc de recourir à la réflexion et c’est en effet de l’époque de Newton que date le télescope réflecteur. On voit, parmi les objets exposés, l’instrument original, au moyen duquel Newton démontra qu’en employant un miroir au lieu d’une lentille, on pouvait confectionner un télescope d’une dimension bien plus grande; on trouve aussi dans la collection d’autres réflecteurs faits par sir William Herschel, feu lord Rosse et les opticiens de notre temps. Toutefois Hall et Dollond, après l’amélioration apportée par le télescope réflecteur, prouvèrent que Newton s’était trompé à propos de la réfraction de la lumière et aujourd’hui le télescope réfracteur est aussi compact, pour ne pas dire plus, que le télescope réflecteur et, toutes les fois que la fabrication du verre a été améliorée, les dimensions de l’objectif se sont accrues, de telle sorte que l’ouverture d’un demi-pouce, de Galilée, est aujourd’hui représentée par l’ouverture de 25 pouces du télescope appartenant à M. Newall et fait par Cooke, d’York, par l’ouverture de 26 pouces du télescope récemment achevé aux Etats-Unis, par A Ivan Clarke, de Boston, enfin par l’ouverture de 27 pouces du télescope construit en ce moment pour le gouvernement autrichien par
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- M. Grubb, de Dublin, et dont le modèle se trouve à l’Exposition.
- Toutefois, même aujourd’hui, le réflecteur conserve ses anciennes dimensions. Le miroir métallique de Newton, de 2 pouces, a été élevé à 4 pieds par sir William Herschel, à 6 pieds par lord Rosse, j à 4 pieds par M. Lassell et, depuis l’adoption d’un j nouveau procédé chimique, par lequel une couche j d’argent du plus vif éclat a pu être déposée sur la j surface d’un verre, le lourd miroir métallique, qui parfois pesait des tonnes, a fait place, depuis peu, à un miroir de verre bien plus léger et plus mince, qui a l’avantage de se maintenir intact pendant un espace de temps indéterminé, de sorte qu’aujour-d’hui le télescope réflecteur est le plus remarquablement représenté, par le miroir de verre argenté, de 4 pieds, du magnifique réflecteur équatorial dressé depuis peu à l’observatoire de Parish
- Yoilà pour les moyens de réunir de la lumièr e. Si l’on veut simplement employer cette quantité plus grande de lumière à augmenter la portée de l’œil, on se sert de différentes longues-vues, dont la construction dépend de principes établis par Newton, Herschel, Ramsden, Airy, etc. Les applications les plus intéressantes du grand télescope dans nos observatoires actuels, sont celles qui ont rapport à d’autres usages, tels que études spectroscopiques, examen de la polarisation de la lumière ou du rayonnement thermal d’un corps céleste. Pour les études spectroscopiques, sur les corps célestes, le spectroscope est appliqué au télescope en guise d’oculaire; l’image, produite soit par un objectif, soit par un miroir, est projetée sur la fente et, dans ce cas, nous obtenons le spectre de différentes portions du soleil, de la Inné, de planètes, de comètes, de nébuleuses, sans aucune difficulté, sauf que plus le corps est grand, plus la lumière est dispersée par le spectroscope. Quand il s’agit d’étoiles, comme le spectre d’un point est une ligne, il est nécessaire d’étendre cette ligne sur une bande, pour rendre visibles les phénomènes variés de l’absorption. A cet effet, on applique une lentille cylindrique sur le devant de la fente, suivant la méthode employée par M. Huvghens ou plus près de l’œil, d’après les habitudes de plusieurs astronomes du continent. Ici encore, comme dans le cas de l’observation oculaire, nous pouvons remplacer la rétine par une plaque photographique et obtenir les photographies des spectres de différents corps célestes ainsi que des corps célestes eux-mêmes.
- L’étude de la polarisation de la lumière des corps célestes est un point d’une extrême importance, quand on doit observer une éclipse solaire et nous avons ici un excellent moyen de déterminer la position dans l’espace des molécules qui réfléchissent la lumière dans notre œil. A cet effet, il faut introduire dans l’oculaire un bi-quartz ou un savarl en face d’un Nicol et les phénomènes divers de
- 1 Voy. la Nature, 4e année, 1870, p. 39,
- l’examen se voient dans ce cas comme lors de l’observation d’une source de lumière dans un laboratoire.
- L'application d’une pile thermo-électrique à la place de l’oculaire pour déterminer le degré de rayonnement chaud provenant des corps célestes a été, je crois, employé pour la première fois, par le professeur Henry, occupé à déterminer les diverses températures des différentes portions du soleil. Depuis ce temps-là, elle a été employée pour mesurer la chaleur des étoiles, par M. Stone, et la chaleur de la lune, par lord Rosse, qui expose l’instrument dont il s’est servi et, sans aucun doute, dans la suite, un instrument de ce genre fera partie du matériel régulier d’un observatoire physique.
- Il est impossible, dans une esquisse rapide comme doit l’être celle-ci, de faire plus qu’indiquer le terrain couvert par la collection. Au reste, cette collection parle assez éloquemment par elle-même et, grâce aux observateurs de notre pays et des autres contrées, il n’y a pas de partie du domaine de l’astronomie, mécanique ou physique, qui ne soit révélée au public, soit par des objets d’un intérêt historique, soit par des instruments d’une date plus récente, ayant servi à des observations ou à des expériences destinées à survivre ’ongtemps aux savants qui les ont faites l. J. Norman Lockyer.
- — La suite prochainement. —
- PERFORATION DES ROCHES
- PAR LES OURSINS ET PAR LES PHOLADES.
- Dans une excursion récente en Basse-Bretagne, nous nous sommes trouvé en présence d’un de ces phénomènes si nombreux, dont on analyse avec soin tous les détails et dont l’origine reste encore cachée en dépit des efforts de la science. C’était aux environs de Brest, au cap Saint-Mathieu. Nous venions de descendre les escarpements où le phare est posé si fièrement, et nous avancions vers l’Océan sur les galets et les sables argentés produits par les micaschistes désagrégés par les flots. La mer était basse et laissait à découvert, comme un gigantesque dallage, des surfaces presque horizontales de roches schisteuses, admirablement lavées. Mais si ces plans de clivage semblaient avoir été rabotés, ils offraient en même temps d’innombrables cavités cylindroïdes sensiblement verticales, et qu’on eût dit forées avec un gros vilebrequin. Dans quelques points les trous se touchaient presque par leur ouverture, et chacun d’eux contenait un oursin, évidemment habitant normal du lieu.
- A bien des reprises nous avions entendu parler des perforations de roches par les oursins, et nous avions manié les beaux échantillons que possède le Muséum d’histoire naturelle; mais le spectacle qui
- 1 South Kensington Muséum. — Handbook to the spécial loan collection of identifie apparatus.
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- LA NATURE.
- se montrait sous nos yeux dépassait énormément tout ce que nous nous étions figuré.
- La zone à oursins du cap Saint-Mathieu parait avoir plusieurs centaines de mètres de long, parallèlement à la côte, et 10 ou 20 mètres de large : c’est par milliers que les animaux perforants pourraient s’y compter. Tous appartiennent à la même espèce, YEchinus lividus de Lamarck, qui est d’ailleurs la seule dont la faculté lithophage ait été constatée.
- La position des oursins est invariable : la bouche reste appliquée en bas, au centre du trou; l’anus est par conséquent en haut. A marée basse, e’est-à-
- ' dire alors seulement que l’observation est possible’ les oursins gardent une immobilité complète, les radioles étant redressées; ils s’engagent si exactement dans les excavations, que bien souvent il serait tout à fait impossible de les en extraire.
- Le fond des trous montre constamment la roche à nu sur une étendue d’un centimètre carré au moins; cet espace correspond à la bouche de l’animal. Quelquefois toute la surface du trou est à vit dans le rocher.
- Ces trous sont hémisphériques ou en forme de ca-I lotte évasée; plus rarement ils deviennent cylindri-
- Perforations produites par YEchinus lividus sur un grès ferrugineux du terrain dévonien inférieur de la baie de
- tèrc). — Nouvel échantillon du Muséum d'histoire naturelle.
- Douarnenez
- (Finis
- ques. Leur profondeur moyenne varie entre 2 et 4 centimètres; chez quelques-uns cependant elle atteint 10 centimètres; mais alors les oursins sont enclavés dans le fond sans pouvoir se dégager. Les cavités se touchent par leurs parois et communiquent par leurs bords ; jamais un oursin maladroit n’a agrandi sa demeure aux dépens de celle du voisin et n’a percé le mur mitoyen.
- Les oursins ne sont pas les seuls animaux perforants. Plusieurs mollusques sont doués de la même faculté; et nos deux dessins représentent l’un, des oursins, l’autre des phollades, coquillages bivalves, qui vivent dans des trous de forme ovale, creusés soit, comme nous le’ verrons plus loin, par une sécrétion acide, soit bien plus probablement par le frottement de la coquille.
- Mais ce phénomène singulier a été longtemps mis en donte par des savants très-autorisés, parce que l’on rencontre fréquemment 1 Echinus lividus sur les côtes sablonneuses, où il s’enfonce simplement dans le sol, et même en certains lieux, comme le littoral de Corse et celui d’Algérie, où il se loge, ainsi que l’a remarqué M. Deshayes, dans les anfractuosités naturelles des roches. Mais, depuis quelque temps, le fait a été trop étudié, et trop d’échantillons sont venus l'attester dans les collections scientifiques, pour qu’il ne soit pas maintenant absolument certain aux yeux de tout le monde. D’ailleurs, comme le dit très-bien M. le Dr Fischer, un grand nombre de mollusques ont un mode de vie très-différent, suivant les régions qu’ils habitent. Le Tapes perforans vit à l’état libre sur les plages sablonneuses, et dans
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- les excavations de rochers sur les rivages où ceux-ci dominent. 11 ne quitte plus alors les trous où il s’est logé et s’accommode à leur forme. Les Mytilus sont grands, réguliers, attachés par un long byssus aux corps sous-marins sur les plages sablonneuses, et petits, irréguliers, contenus dans des trous, dans les baies rocheuses. Le Pecten pusio de la Méditerranée change de forme dans l’Océan; de libre, il devient adhérent et irrégulier comme les huîtres. Sur les roches, où la mer est assez calme, les Pa-tella adhèrent au sol sans l’entamer; sur d’autres points, battus vigoureusement par les flots, ils
- creusent de véritables trous qu’ils ne quittent guère.
- La seule loi générale à laquelle soient soumis les animaux est la loi de conservation individuelle, et cette loi porte les Oursins à creuser leurs habitations dans des localités où tout autre genre de station compromettrait leur existence.
- Que YEchinus lividus perfore des roches de natures très-diverses (granité, grès, gneiss, micaschiste, etc.), voilà tout ce que l’on sait de positif sur cette intéressante question. Mais comment il arrive à ce résultat, comment avec sa bouche tournée en bas vers le centre du trou, il réussit à se nourrir, tels
- l'erforalions produites par le Pholas dactylus dans un gneiss sous-marin des côtes du département de la Loire-Inférieure
- Nouvel échantillon du Muséum d'histoire naturelle.
- sont les deux points d’interrogation qui n’ont eu encore que des hypothèses pour réponse. Faut-il pour la question de l’alimentation admettre qu’ils abandonnent leurs trous, ou bien supposer que de petits corps organiques arrivent au fond du trou à travers les radioles de l’Oursin, ou bien encore que celui-ci peut se retourner pour saisir sa proie, voilà ce que de patientes observations nous apprendront certainement un jour. En attendant, on a trouvé dans l’cstomac d’un de ces animaux des fragments de coquilles, de calcaires, des grains de sable et même de petits cailloux. Dans le fond des trous se rencontrent aussi quelquefois des détritus de même nature.
- Quant au fait de la perforation, il est encore plus difficile à saisir. M. Cailliaud fait entrer en jeu l’appareil masticateur; M. Valenciennes attribue un rôle
- important aux ventouses pédicellées des ambulacres ; M. Robert croit à l’action des radioles. Mais ce ne sont là que de pures suppositions aussi variées que difficiles à vérifier.
- Pour les Pholades la question de perforation a été mieux étudiée.
- M. Deshayes, dans un mémoire publié dans le premier numéro du Journal de Conchyliologie, prétendait que c’est à l’aide d’une sécrétion acidulée que tous les perforants en général creusent les pierres, lorsque M. Cailliaud, directeur du Musée de Nantes, vint répondre, après de nombreuses observations faites sur ces animaux, que les Pholades agissent non par un moyen chimique, mais par le frottement de leurs coquilles sur la pierre. On lui objectait :
- 1° Que la coquille ne pouvait user la pierre, et
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- que le plus habile des ouvriers reculerait devant un tel travail ;
- 2° Que les Pholades sont sans force et qu’elles ne peuvent pas opérer de mouvement rotatoire;
- 3° enfin, qu’elles manquent de point d’appui.
- Or :
- 1° M. Cailliaud a fait avec les coquilles de deux jeunes Pholades un trou de 18 millimètres de profondeur dans la pierre d’où elles étaient sorties, et cela dans l’espace d’une heure et demie de travail;
- 2° Il n’a pas vu, il est vrai, de Pholades se tourner 'dans leurs trous ; mais il a manié des échantillons de perforations portant tous les caractères de leur travail ; en agissant de haut en bas, elles se servent de leur coquille comme d’un pilon, tournant ensuite par saccades dans un mouvement de va et vient, hachant la pierre avec les aspérités toujours renouvelées de leur coquille pour élargir leur demeure ;
- 5° Ces mollusques trouvent des points d’appui dans leur pied, dans le fort muscle de leurs pièces accessoires en opposition de force à l’échancrure de leurs valves ; en cette position, ouvrir et fermer leurs coquilles suffirait déjà pour user la pierre. Le gonflement de leur siphon, au-dessus de leur coquille, serait encore un moyen d’appui.
- Le jeune âge était également un obstacle.
- M. Cailliaud fit voir de jeunes individus de 5 millimètres de longueur avec leurs trous dans la pierre, , lesquelles sont déjà hachées par le choc de leur petite coquille.
- M. Deshayes, qui déjà n’avait pas vu d’exemples de perforation par les Oursins, ne connaissait que des roches calcaires attaquées par les Pholades, ce qui était favorable à son idée sur les acides.
- M. Cailliaud lui répondit victorieusement en publiant sa découverte, faite dans la Loire-Inférieure, d’un gneiss micacé, grenatifère, perforé par des Pholades, dont la coquille, en usant le mica, avait désagrégé la roche.
- Un autre point mystérieux, se rattachant à l’histoire des Oursins, reste également à éclaircir, c’est l’existence de ces Nullipores que l’on ne trouve jamais que sur les bords et dans les intervalles des excavations qui nous occupent. Ce sont des corps organiques que les naturalistes placent, comme tant d’autres, tantôt dans le règne végétal, tantôt dans le règne animal.
- M. Decaisne en fait des végétaux extrêmement simples, classés parmi les algues incrustantes et puisant dans l’eau du carbonate de chaux qui les pétrifie, et qui, plus tard, lorsqu’ils sont passés à l’état de fossiles, leur donne l’aspect de véritables polypiers. Nous avions, nous aussi, fait notre hypothèse sur ce sujet, et la position de l’Oursin dont la bouche est tournée, ainsi que nous l’avons dit, vers le centre du trou, et l’autre extrémité vers les bords, nous avait fait penser que les Nullipores étaient une espèce de guano. Nous en fîmes l’analyse chimique, mais nous ne pûmes y trouver d’a-
- cide phosphorique en quantité notable, et il fallut renoncer à cette première hypothèse. Toutefois il nous semble impossible, à la vue de la disposition si constante des Nullipores par rapport aux Echinus, de ne pas croire que ces derniers n’agissent d’une manière directe dans le développement des premiers. Sans penser que les Nullipores constituent le produit des déjections de l’oursin sur lequel des cellules végétales viendraient se fixer, il nous semble permis de croire que ces cellules trouvent dans le courant minéralisé, rejeté par l’Oursin, des conditions exceptionnellement propres à leur prospérité. Les petites cellules arrêtent au passage les éléments calcaires si rares dans les eaux marines, surtout au voisinage des roches feldspathiques, et en font les incrustations remarquables qui nous occupent.
- Nous empruntons à un travail très-important de M. le docteur Fischer quelques documents relatifs à la découverte de la faculté perforatrice des oursins.
- Lamark est le premier qui décrivit Y Echinus livi-dus, d’après des individus pris dans la Méditerranée, près de Marseille, par Lalande. 11 ne parla pas des habitudes perforantes des Oursins, néanmoins il possédait, dès 1811, une roche excavée par ceux-ci et la montrait dans ses cours. Il est probable que la diagnose de YEchinus lividus a dû être faite d’après des individus perforants. En juin 1825, M. Bennet adressa à la Société Linnéenne de Londres une notice sur une propriété particulière d’une espèce d’Oursin : il avait trouvé à la surface des rochers de la côte du comté de. Clare (ouest de l’Irlande) de nombreuses cavités creusées par une espèce du genre Echinus et occupées par elles. On l’informait en outre que les Oursins se logent de la même manière dans les rochers des environs de Berehaven et Bantry (ouest du comté de Cork) où M. Humphreys les avait découverts. La note très-explicite de Bennet passa inaperçue.
- Nous arrivons jusqu’en 1849 où la question fut reprise par M. Trevelyan, qui se rendit à Kilkee, sur la côte du comté de Clare, pour examiner YE-chinus lividus. Il nie sa faculté perforatrice et prétend qu’il se loge dans des trous causés par la désagrégation des roches. Le premier, il remarque la Millépore (Nullipora?) qui se dépose à la périphérie de ces trous, augmentant ainsi leur profondeur.
- En France, M. Cailliaud fut le premier à signaler la perforation des roches par les Oursins. En 1854, il annonçait à l’Institut qu’il avait trouvé les Echinus lividus et miliaris, creusant des trous profonds dans le calcaire du plateau du Four, près du Ci’oi-sic (Loire-Inférieure). Peu de temps après, dans la même année, M. Robert présentait à l’Institut des roches perforées, recueillies par lui dans le fond de la grande baie de Douarnenez (Finistère) et portant des plaques de Nullipores. L’auteur faisait remarquer que la perforation ne reconnaît pas pour cause un agent acide, qui devait dissoudre aussi bien les plaques de Nullipores que la roche.
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- M. Lory, vers la même époque, signala des perforations d’Oursins dans le granité à gros grains, qui forme le sol de Guérande.
- M. Deshayes, ayant étudié les Oursins sur les côtes d’Algérie, les a toujours trouvés dans des fentes, des creux de rochers, où ils se meuvent avec une extrême rapidité. Il leur refuse la propriété de creuser les roches, « parce que, dit-il, les individus de la même espèce dans l’Océan et dans la Méditerranée n’ont pas la même faculté, parce que, si la nature avait organisé cet Oursin pour être perforateur, il le serait partout et toujours; enfin, parce que, si l’Oursin perforait, les trous où il se trouve ne seraient pas envahis en partie ou en totalité par un encroûtement artificiel. »
- En 1856, M. Cailhaud supposa que l’Oursin entame les roches avec sa mâchoire. En 1857, il nous apprit que M. Elof'f avait observé des faits semblables à l’île du Pianier, près de Marseille.
- Enfin, M. Marcel de Serres a publié quelques réflexions sur les Oursins perforants en 1856 et en 1857. Il cherchait d’abord à expliquer la rareté des perforations sur les côtes de la Méditerranée par l’absence de flux et de reflux dans cette mer ; ayant reconnu plus tard que l’on avait découvert des Oursins perforants dans la Méditerranée, il les a comparés à ceux de l’Océan et a reconnu leur identité.
- Enfin, la géologie elle-même témoigne de la propriété perforatrice des Oursins, et c’est encore à M. Cailliaud que nous devons la découverte d’échantillons remarquables portant des traces de perforation.
- En 1844, visitant les carrières de Lessines, en Belgique, il observa en beaucoup d’endroits, et toujours à la surface de la roche, des trous qui caractérisent les trous d’animaux perforants, dans une porphyre protoginique ou protogine à pâte compacte à cristaux de feldspath. Ces trous, il faut le dire, ont peu d’analogie avec ceux que nous connaissons des animaux perforants, car ils ne sont pas rétrécis à leur ouverture. L’auteur pense qu’ils pourraient cependant appartenir à des animaux de formes cylindriques, comme les Modioles litho-phages.
- <( La structure des trous, dit l’auteur, prouvait parfaitement qu’ils avaient été perforés ; on en remarquait de forme ovale et quadx'angulaire, excavations naturelles de la roche où l’intérieur a été usé, adouci dans son pourtour et arrondi en cône au fond, comme pour l’assimiler au même usage que les premiers, parfaitement circulaires, et devant provenir du perforage de quelques animaux. »
- On y trouve parfois une substance métallique sulfureuse pouvant provenir de la décomposition des êtres qui ont dû creuser ces trous, ou d’une substance déposée plus tard dans ces excavations. On observe que les cristaux du feldspath eux-mêmes sont perforés, ce qui n’arriverait pas si ces trous provenaient d’une substance minérale de cette, forme de cône (qui n’est pas une forme cristalline), qui
- aurait ainsi donné sa forme à la roche lors de sa formation, et qui, en se décomposant, aurait laissé son vide comme un moule. Mais, ajoute M. Cailliaud, il n’en est pas ainsi; les trous ont été perforés, j’en ai l’intime conviction.
- En tous cas, nous ne possédons pas encore assez de documents pour tirer quelques lumières de la géologie. M. Fischer cite cependant quelques excavations bien reconnaissables, offertes par une roche •de structure oolithique en contact avec le gaûlt, et provenant de Machéroménil dans les Ardennes.
- Ici, comme à l’égard de bien d’autres sujets d’Histoire naturelle, les hypothèses sont plus nombreuses (jue les faits définitivement acquis, et l’on ne peut espérer la solntion du problème que de l’observation patiente et longtemps continuée des mœurs jusqu’ici inconnues des animaux perforateurs. Stanislas Meunier.
- sur UN CAS
- DE FEU SAINT-ELME TERRESTRE
- Le soir du 5 décembre 1875, à 5 heures 45 minutes, me trouvant à cheval entre Orsinval et Jenlain sur la route du Quesnoy à Valenciennes, j’aperçus, sud-ouest, venant de Villerspol, un nuage très-bas et d’un noir de fumée. Le jour tombait et quelques gouttes de pluie m’avertirent qu’il était temps de mettre mon manteau de caoutchouc. En le dépliant, je vis à son sommet quelque chose ‘de phosphorescent répandu en nattes : à peine avais-je fini de me couvrir, qu’une avalanche de grêle, de pluie et de neige tombait, le tout accompagné d’un vent des plus impétueux ; il m’était impossible, en ce moment, de rien distinguer. Le ciel et la terre avaient disparu pour faire place à l’obscurité la plus profonde. Tout à coup, je vis le bout de ma cravache en feu ; j’y portai la main croyant avoir affaire à un ver luisant ; une plus grande surprise m’attendait : tous les doigts de la main, qui était couverte d’une rnoulle en peau de renard, étincelaient comme des chandelles, par pétillements que je n’entendais pas. Je reconnus alors que c’était un phénomène électrique. Je regardai en avant : nouvelle surprise plus extraordinaire encore ! Les oreilles de mon cheval brillaient de la lumière la plus pure : c’était surtout des longs poils de leur intérieur et de la pointe que partait la lumière. Le haut de la bride et tout le devant de la crinière, le toupet n’étaient plus qu’une étincelle continue. Le vent soufflait de plus en plus fort, et m’abittait sur le corps un nombre plus considérable de projectiles, grêle, pluie et neige, dont il me fut, pour le moment, impossible d’apprécier la nature. Je voulus remettre ma capuche, et, dans ce mouvement, la pointe de ma cravache effraya tellement mou cheval que je n’osai recommencer. Je la pris entre les dents et je portai les deux mains en haut pour me coiffer;
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- ma tête et mes mains semblèrent être immédiatement le foyer d’un incendie. Une extrémité du cordon qui serre la capuche et qui flottait en l’air n’a jamais cessé, non plus, d’être éclairée.
- Tout cela dura jusqu’à ce que je fusse arrivé en haut de la première côte, où il y avait des arbres ; j’avais ainsi parcouru un kilomètre, et j’ai pu observer que mes mains tenues baissées n’étaient point éclairées; mais qu’en les élevant, expérience que j’ai renouvelée plusieurs fois, mes doigts devenaient instantanément étincelants.
- L’ensemble de ce phénomène électrique produit par la combinaison de l’électricité du nuage et celle de la terre au moyen de la grêle a disparu tout à coup, après s’être un peu affaibli, et à une centaine de pas plus loin, l’obscurité ayant disparu, je vis pour la première fois que j’étais couvert d’un manteau blanc : c’était de la neige gelée et collée sur moi.
- Ce phénomène lumineux présente un cas de feu Saint-Elme très-bien caractérisé; les Anglais appellent les mêmes feux comazants, du mot latin coma ; les anciens les désignaient sous les noms de Castor et Pollux. Au reste, ces feux ont été très-souvent observés dans l’antiquité. Tite-Live, Pline, Sénèque, Plutarque en font mention. César, dans le livre de ses Commentaires sur la guerre d’Afrique (g 47), écrit : « Cette même nuit (une nuit orageuse pendant laqu.elle il tomba beaucoup de grêle), le fer des javelots de la cinquième légion parut en feu. »
- L’apparition de ces feux est très-commune en haut des mâts, sur les vergues ou les cordages des bâtiments. Jusqu’aux temps modernes, on les a considérés comme des présages. Une fïantme seule se montrant à l’extrémité d’un mât annonçait, suivant la croyance générale, que le moment le plus violent de l’orage n’était pas encore venu ; deux tlammes en annonçaient la fin prochaine. Aussi Horace a-t-il chanté, dans la deuxième ode (livre I), la joie des matelots, lorsqu’ils voyaient briller, en même temps, lès deux étoiles de Castor et de Pollux sur leur navire. Comme on le voit, le phénomène des feux Saint-Elme se produit sur la mer aussi bien que sur la terre; on l’aperçoit le plus souvent à l’extrémité des corps métalliques dont la pointe est dirigée en haut. 11 faut attribuer la production des feux Saint-Elme à un dégagement inusité d’électricité causé par un changement subit de température. Alors l’électricité est dirigée de la terre ou de la mer par quelques corps conducteurs vers les nuages. Ce phénomène est presque toujours accompagné de tonnerre, ou du moins de grêle, dont la formation est due à l’électricité. En même temps, pendant les grands orages, il arrive souvent que les gouttes de pluie, les llocons de neige, et les grêlons produisent une sorte d’étincelle électrique en arrivant à terre, ou même en s’entre-choquant.
- Lorsque l’atmosphère est surchargée d’électricité, tous les objets ont une certaine tendance à devenir lumineux. Guénan de Montbéliard, collaborateur de Buffon, rapporte qu’on a vu quelquefois, en temps
- d’orage, à des hauteurs très-considérables, des corbeaux dont le bec jetait une vive lumière1.
- J. Crasquin.
- LE TÉLÉPHONE DE M. REUSS
- Le télégraphe n’a pas dit son dernier mot. Le Téléphoné de M. Reuss réalise cette conception remarquable de faire parvenir aux plus grandes distances la mélodie qui ne devait être entendue qu’en un lieu déterminé.
- Les observations de Page et Henry ont montré que lorsqu’on soumet un barreau de fer à une série rapide d’aimantations et de désaimantations successives, ce barreau entre en vibration, et les mouvements des particules sont isochrones avec les interruptions du courant. Ces expériences ont été continuées par Wertheim.
- Le dispositif adopté par M. Reuss est représenté dans les deux figures ci après. La fig. 1 montre l’appareil de transmission, la fig. 2 celui de réception.
- A la station où est joué l’air musical (fig. 1), un gros tube T débouchant dans une boîte K reçoit les vibrations de l’air produites par l’instrument. La boîte a pour effet de recueillir et de renforcer le son. A la partie supérieure est tendue une membrane m qui vibre à l’unisson des ébranlements qu’elle reçoit. Pour transformer les mouvements de cette membrane en des émissions et des interruptions cadencées d’un courant électrique, il suffit d'établir un jeu de communications facile à concevoir.
- Supposons qu’une pile, dont l’un des pôles est la terre, soit attachée par l’autre électrode avec le bouton marqué 2 sur la figure; de là, un conduit métallique formé par une mince lame de cuivre i et aboutissant à un disque de platine o amène le courant en face d’une pointe portée par le levier abc. Chaque fois que la membrane m sera soulevée, la pointe touchant le disque, le courant sera établi, il sera interrompu au contraire lorsque la membrane reviendra au repos.
- On a représenté la boîte K coupée à la partie supérieure, afin de montrer le détail de la membrane et de la communication électrique qui répète les vibrations.
- Pour transmettre à une distance quelconque, 100, 200, 500 kilomètres, le courant électrique, il faut une ligne partant du bouton 1 (fig. 1) et rattachée au bouton 3 (fig. 2, qui représente l’appareil de réception).
- Ce dernier est constitué par une tige de fer dd autour de laquelle sont enroulées des spires de fil de cuivre isolées les unes des autres, une des extrémités du fil aboutit au bouton 3 et l’autre à la terre par la vis 4 afin de compléter le circuit de la pile du poste de départ.
- La tige dd a la dimension d’une aiguille à trico-
- 1 Bulletin de l'Association scientifique.
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- ter, la bobine g, constituée par l’assemblage du fil enroulé et de la tige est portée sur une boîte creuse B dont les parois sont très-minces. Au-dessus est un couvercle I) ; l’ensemble de ce dispositif a pour but de renforcer les vibrations que produisent les interruptions successives du courant à travers la tigedd. On les perçoit ainsi plus nettement par l’artilice qui augmente l’intensité des notes données par les cordes d’un piano, lorsque la caisse a une résonnance convenable.
- Ce qui est remarquable dans ce système, c’est que les vibrations de la tige dd sont exactement synchrones avec celles de la membrane m et par suite avec celles de l’instrument dont l’air a été joué dans la tubulure T. Non-seulement la mesure est indiquée, mais la tonalité aussi ; les deux éléments qui composent la mélodie : hauteur du son et intervalle des notes, tout se trouve reproduit automatiquement, sans erreur possible.
- Pour compléter la description, nous devons ajouter qu’il y a sur la figure 1, un levier ts et un électro-aimant EE ; ce sont les organes ordinaires d’un télégraphe Morse (manipulateur et récepteur), qui servent à établir l’entente préalable entre les deux correspondants.
- Ces appareils ne diffèrent pas de ceux qui sont ordinairement usités. De même sur la figure 2, on voit encore le levier de manipulation ; il y a aussi un récepteur qui n’est pas représenté sur le dessin. Nous n’insistons pas sur l’établissement de la communication, la pile de l’instrument musical sert également à l’échange des signaux conventionnels.
- Pour donner au téléphone toute sa valeur, il faut étudier la forme à donner à la boîte K ; les meilleures dispositions trouvées jusqu’à présent consistent à recourber les parois afin d’amplifier l’effet sur la membrane par des réflexions successives. On a réussi aussi à augmenter la puissance du récepteur en introduisant dans la bobine plusieurs tiges de fer;
- le son, primitivement nasillard, a acquis ainsi un timbre plus agréable.
- L’auteur appelle l’attention des physiciens sur cette expérience ; nous peusons comme lui qu’il y a dans cette voie le germe de perfectionnements notables à accomplir dans la télégraphie électrique. Nous ne croyons pas toutefois qu’en l’état actuel, l’invention soit assez perfectionnée pour qu’on puisse, à distance, faire répéter par un ou plusieurs pianos l’air joué sur un instrument semblable au point de départ. Ce serait là, il faut en convenir, un curieux usage de l’électricité. Point ne serait besoin, lorsqu’on invite à danser, de se précautionner d’un musicien. Moyennant un abonnement avec une entreprise qui ne manquerait pas de se créer pour exploiter ce filon, on aurait à discrétion chez soi, la valse ou la polka qu’on pourrait souhaiter. Un simple bouton de sonnette à tourner, comme un robinet d’eau et de gaz, et on serait servi à la demande. Au fond, nous en avons vu bien d’autres; peut-être nos neveux trouveront-ils la chose très-simple.
- Puisque nous avons commencé une notice sur les rapports du télégraphe avec la musique, nous mentionnerons ici un appareil que nous avons vu à l’Exposilion de Vienne, dans la section italienne.
- 11 s’agit cette fois d’un système électrique adapté à un harmonium , et pouvant écrire tous les morceaux joués par l’instrument.
- La base de mélo-graplie est une combinai? on de fils multiples eu rapport avec les différentes touches. Les courants transmis par les fils sont diversifiés par une réaction chimique spéciale, analogue à celle qui est utilisée dans le télégraphe Caselli.
- Pour varier les effets de l’écriture musicale, ou reproduit :
- 1° Les tons, par un trait noir obtenu avec un style
- Fig. 1. — Appareil expéditeur.
- .. Boîte pour recueillir les vibrations. — m. Membrane de caoutchouc fermant la boite (on a coupé la partie supérieure de la boîte). — o. Disque de platine collé sur la membrane, — abc. Levier mobile, portant par la pointe sur la membrane — Is. Clefs de manipulation, pour la correspondance, — E E. Électro-aimant récepteur, pour la correspondance. — 2-1. Vis de pression pour attacher les fils de communication avec la pile et avec la ligne.
- Fig. 2. — Appareil récepteur.
- B. Boite pour renforcer les vibrations, — 1). Couvercle de celte boite. — dd. Fil de fer vibrant par le passage du courant. — g. Bobine à travers laquelle passe le courant. — V s'. Clef de manipulation pour la correspondance. — 1, ‘2, 3. Vis de pression pour attacher les fils de communication avec la pile et avec la ligne.
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- 2° Les demi-tons, avec un trait rouge produit au moyen d’un style de cuivre ;
- 5° Les octaves paires, au moyen d’un souligné brun (style de cobalt);
- 4° l a mesure par des traits verticaux jaunes (style d’alliage de bismuth et de cuivre).
- Les rondes et les noires se distinguent par la longueur du trait correspondant à la durée de la pression de la touche. Ch. Boktemps.
- CHRONIQUE
- llu Nkating an point de vue médical. — Ou
- peut dire d’une manière générale et affirmer comme lait positif qpe le skating exerce sur l’organisme humain une action essentiellement tonique. C’est un reconstituant de l’économie au premier chef. Semblable en cela à la plupart des exercices gymnastiques, il en diffère néanmoins par la nature et le caractère complexe des mouvements qu’il met en jeu. Je m’explique, fous les physiologistes sont d’accord pour diviser les exercices naturels à l’homme en deux grandes catégories : exercices actifs, exercices passifs. A la première appartiennent la marche, le saut, la course, la natation, la danse et l’escrime. Dans la seconde se rangent la vectation en voiture, en litière ou en chaise à porteurs, et la navigation. Or si l’on analyse quels sont les mouvements qu’impliquent le skating, on s’aperçoit bien vite qu’ils n’appartiennent pas exclusivement à l’une ou à l’autre des deux grandes catégories précitées, mais qu’ils participent des deux; en un mot que le skating est un exercice d’ordre mixte, comme l’équitation. Kn effet, l’individu chaussé de patins, pour glisser sur le parquet ciré, est obligé d’exécuter à l’aide des membres inférieurs une série de mouvements propulsifs dont l’élan d’impulsion règle d’avance l’étendue de l’espace parcouru par les patins. Au lieu de patiner comme un débutant, le corps raide et en ligne droite, le patineur expérimenté, à l’instar des peuples du Nord, le haut du corps fortement penché en avant, décrit alternativement à droite et k gauche des diagonales, en s’élançant tour à tour sur une jambe et sur l’autre. Ce mode de skating, en concentrant la contractilité musculaire, doit nécessairement augmenter la vitesse du patineur. Ce simple aperçu suffit à démontrer que dans le skating il y a deux parts à faire : l’une afférente aux mouvements d’impulsion et de direction, et qui en fait un exercice actif; et l’autre de nature essentiellement passive, qui se rapporte à la vectation du corps du patineur sur la surface roulante du patin. On le voit donc, au point de vue physiologique, le skating appartient à un groupe intermédiaire d’exercices à caractère complexe et mixte.
- L’action combinée des mouvements actils et passifs que détermine le skating s’affirme dans ses effets par une suractivité imprimée à l’ensemble fonctionnel de l’organisme. Ainsi j’ai vu, après quelques semaines de skating, l’appétit renaître et les digestions se régulariser chez des dyspeptiques. Des névropathes à peau sèche et contractée, atteints de névralgies et d’insomnies, ont dû à cet exercice une détente nerveuse et le retour du sommeil ; l’abondance des transpirations provoquées rend facilement compte de ce dernier résultat. Puissamment secondée par la contractilité musculaire dépensée, la combustion respiratoire augmente avec la chaleur animale. Rapidement brûlés, les éléments carbures ne s’eimnagasinent plus au
- sein de l’organisme, et le- patineur voit ses chairs, antérieurement empâtées et flasques, gagner en élasticité et en fermeté. Le l'ait dont je certifie l’authenticité est à lui seul une indication précieuse, particulièrement pour les lymphatiques et les individus atteints d’obésité.
- Dr Cazekave de la Roche.
- La plante à tannin. — Il existe en abondance dans l’Amérique du Nord une plante de la famille des Polygonacées qu’on y désigne communément sous le nom de « plante à tannin » C’est le Polygonum amphïbium. Ce végétal fait beaucoup parler de lui en ce moment en ce qu’il semble appelé à remplacer dans l’industrie l’écorce de chêne et autres substances analogues. Il est très-commun dans les vallées de Missouri et de ses affluents. 11 pourrait être cultivé sur une très-vaste échelle et devenir d’un emploi courant dans la fabrication des cuirs. Il contient 18 pour 10(1 de tannin, c’est-à-dire 6 pour 100 de plus que la meilleure écorce de chêne. Le Polygonum amphibium est une plante anuuelle qui peut se récolter et s’empiler comme le foin. Il s’emploie en tannerie de la même manière que l’écorce. 11 rend, paraît-il, le cuir et plus souple et plus résistant et en facilite le poli.
- (iChronique de la société d'alimentation.)
- Eaux minérales du Caucase. — Une note de M. François, présentée récemment à l’Académie, donne des détails curieux sur ces sources peu connues encore, des médecins français au moins. Les sources du versant nord sont des sulfureuses sodiques, des hydrosulfurées acidulées, des bicarbonatées ferrugineuses, des chloro-sulfatées sodiques et magnésiennes acidulées, avec et sans brome avec ou sans iode. Leur température varie de 10° à 62° centigr. Le versant sud renferme des eaux sulfureuses, des ferrugineuses acidulées, des chlorosulfatées sodiques et magnésiennes. Enfin aux points ouest et est de la chaîne on rencontre des boues, des huiles minérales qui seront un jour, dit l’auteur, l’objet d’un commerce avec l'Occident. Certaines sources, comme celles d’Ermolovsky et d'Alexandrovsky, n’ont pas, grâce aux travaux exécutés par l’auteur, un débit inférieur k 1,062,720 litres par jour. Les sources Mikailovsky et Toveivsky n’ont pas moins de 230,180 litres par jour. A Essentuky 10,600 litres par jour. A Geleznovodsky 904,280 litres par jour. Beaucoup de ces eaux rappellent leurs congénères des Pyrénées. Sur un espace restreint de 50 k 45 kilomètres d’écart, on trouve réunis, dit l’auteur : Vichy, Vais, Luchon, Spa, Schwalbach, Aix-la-Chapelle, Kissingen, Marienbaden, Pullna.
- Étymologie historique des États-Unis. — Le
- Maine doit son nom à l’ancienne province française, qui avait Le Mans pour chef-lieu. Le Maine américain formait un apanage de la reine Henriette-Marie, femme de Charles Ier et sœur de Louis XIII; c’est, dit-on, cette même princesse qui donna son nom au Maryland (terre de Ma-' rie)* si connu par l’excellence de son tabac. Le New-Hampshire rappelle le vieux Hampshire (comté de Hamp) d’Angleterre, la plupart des États de l’Union ayant été peuplés par des Anglais. Une cause semblable valut au New-Jersey le nom qu’il porte aujourd’hui. L’État de Ver-mont (Vert Mont) porte une dénomination française ainsi que la Louisiane (colonie fondée par Louis, XIV et vendue k l’Union américaine par le premier consul Napoléon Bonaparte). — Les colons qui s’établirent dans le Rhode-Island crurent trouver k cette contrée une certaine ressemblance avec Y île de Rhodes, de l’archipel hellénique.
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- LA NATURE.
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- — Connecticut signifiait, dans la langue des Mohicans, longue rivière ; Mississipi ou Meschacébé, le père des eaux dans l'idiome des Natchez ; Ohio, belle rivière, dans celui dans celui des Shawnees. — D'autres peuplades aborigènes dénommèrent le Minnesota (eau couverte de nuages); ITowa (les endormis); le Missouri (eau fangeuse); le Wisconsin (lit de rivière sauvage et impétueux) ; l’Illinois (troupe d’hommes) ; le Michigan (lac) ; le Kentucky (tète de rivière) ; le Tennessee (la rivière aux grandes sinuosités); l’Arkansas (l’arche des eaux enfumées), etc. — L’in-diana (pays des Indiens) rappelle que Christophe Colomb, eu découvrant l'Amérique, crut trouver l’extrémité des Indes orientales ou asiatiques. — La Delaware est ainsi nommée de lord Delaware, gouverneur do la Virginie. — La Géorgie est la terre du roi Georges II, comme les deux Carolines (du Nord et du Sud) sont les contrées du roi Charles lor ; comme New-York était l’apanage du duc d’York, frère de Charles IL Shakespeare, en poêle courtisan (il le fut pour Jacques Ier comme pour Elisabeth), appelait la fille de Henri VIII et d’Anne de Boleyn la belle vestale assise sur le trône britannique. C’est donc en l’honneur de la vierge Élisabeth que la Virginie fut ainsi nommée. Un nom plus véridique a été donné à la Pennsylvanie (les forêts de William Penn, le fondateur du quakerisme).
- — Les Florides (fleuries) rappellent que cette contrée fut primitivement une colonie espagnole. (New-York Times.)
- Carraidiael. — Le samedi, 17 juin 1876, on a érigé à Dundee une statue de bronze en l’honneur de James Carmicliael, célèbre ingénieur, qui était né, jour pour jour, cent ans auparavant. Carmichael, à qui la mécanique dut plusieurs perfectionnements, est représenté assis, examinant. un plan, et l’on remarque sur la plinthe quelques miniatures, reproduites d’après celles que ce mécanicien a laissées après lui. La statue et le piédestal, dont les frais ont été couverts par une souscription spontanée, ont environ six mètres de hauteur. La cérémonie de l’inauguration a eu lieu en présence des habitants les plus honorables de la ville de Dundee. Disons à ce propos qu’il serait à désirer que les honneurs et encouragements accordés aux hommes éminents ne fussent jamais exclusivement posthumes. Homère, le Camoens, Cervantes, Gilbert, etc., etc. n’auraient pas été fâchés de jouir de quelque aisance durant leur vie, en attendant l’admiration tardive de la postérité. L’histoire cite plus d’un peintre distingué, qui mourut de misère, tandis que ses tableaux se couvrent aujourd’hui de pièces d’or et de billets de banque.
- Les anciens glaciers de l’Auvergne. — Je visitai récemment, dit M. W. S. Syinonds, de Tewkesbury, l’Auvergne avec trois géologues de mes amis, MM. Guise, Wedderburn et Lucy. En ce qui concerne le Puy-de-Dôme et les alentours de Clermont-Ferrand, il est évident qu’aucun glacier n’a occupé les vallées depuis les derniers courants de lave sortis des cratères du Puy-de-Dôme. Je crois qu’à une époque, dont il est impossible de fixer la date, un glacier descendait dans toute la longueur du bassin de la Dordogne. J’en ai trouvé des traces sur la route conduisant du mont Dorc-les-Bains à Latour, comme sur la plate-forme située au-dessous des rochers de B au-zac, etc. Si les trois visites que j’ai faites aux régions volcaniques delà France centrale me permettent de formuler une opinion, je dirai qu’il y avait des glaciers dans les vallées du mont Dore, alors que les glaciers des Alpes arrivaient jusqu’au Jura et que le glacier des sources du
- Rhin s’avançait jusqu’en Bavière. Il y avait à la même époque des glaciers dans les Vosges et dans la forêt Noire. [Nature.)
- Le climat de la République argentine. — On
- a dit que le climat de la république Argentine est généralement défavorable à la santé des Européens ; c’est une erreur, sans doute : la température est très-variable et l’on passe rapidement du chaud au froid ; mais ni les chaleurs ni les froids ne sont excessifs. Cependant les Européens, sujets à des bronchites et à la phthisie, ne doivent pas aller séjourner sur les bords du Rio de la Plata. La contrée étant située au sud de l’Équateur, les saisons v sont l’inverse de celles d’Europe : l’été s’y compose des mois de décembre, janvier et février; l’automne, des mois de mars, avril et mai; l’hiver, des mois de juin, juillet et août; enfin le printemps, des mois de septembre, octobre et novembre. Les vents du nord sont chauds et amènent avec eux des nuages de poussière. Les plus fortes chaleurs sont de 36 à 57 degrés centigrades, et les froids les plus rigoureux de 10 à Tl degrés. Une fois seulement, j’ai vu le thermomètre monter à 102 degrés (près de 39 degrés centigrades). (Field.)
- La vallée de Tibagy (Brésil). — On a lu récemment, à la société royale de géographie de Londres, des détails, envoyés par M. Thomas P. Bogg Wither, sur la vallée de Tybagy. La contrée, explorée par une société d’ingénieurs et arrosée par Ja Tibagy, est remplie de jaguars, de sangliers, de tapirs et de daims. On y trouve le village de Jalahy, colonie militaire, fondée en 1852 et contenant environ 450 habitants. Par l’effet de l’indolence habituelle aux habitants des régions tropicales, ce nouveau centre de population n’a presque fait aucun progrès. Cependant le climat et le sol sont également admirables. Les froids y sont inconnus et la terre prodigue à ceux qui la cultivent, le café, le sucre, le tabac, le maïs, les fèves, le riz, les oranges, les citrons, les bananes, les ananas, qu’il ne faut pas confondre avec les pommes de pin, quoique les Anglais les appellent pine-apples. II y a cependant un revers à la médaille : ce sont les inondations qui, en 1859, ont détruit la partie inférieure de Jatahy. En allant de cette ville à celle de Tibagy, on rencontre des cataractes, qui rivalisent presque avec celle du Niagara. Outre les jaguars, les voyageurs, dans ces régions peu connues, ont à se tenir sur leurs gardes contre les Indiens Coroa-dos, Bolocudos et autres, connus surtout par leur perfidie et leur férocité. M. Wither conseille vivement aux Anglais de fonder une colonie dans la vallée de la Tibagy, le Brésil ayant besoin de l’infusion d’un sang nouveau (netu blood) pour réaliser les hautes destinées auxquelles l’appelle l’immensité de son territoire, égal, ou peu s’en faut, à l’Europe entière, et ne renfermant encore guère que 8 à 9 millions d’habitants. (Field.)
- — Nous signalons à nos lecteurs l’apparition à Paris, galerie Colbert, d’un nouveau journal hebdomadaire illustré, consacré aux voyages et, plus spécialement, aux entreprises françaises en cours d’exécution dans les pays lointains. Ce journal, intitulé le Nouvel Explorateur, est une petite édition du grand journal Y Explorateur, fondé, il y a deux ans, par les notabilités de la science géographique, sous les auspices de la Société de géographie cl des Chambres syndicales de Paris.
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- LA NATURE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 juillet 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Fermentation. —C’est sans doute en réponse aux communications récentes de M. Tyndall que le professeur Bas-lian adresse un mémoire sur la fermentation de l’urine dans lequel il démontre par des expériences directes que ce liquide animal peut fermenter en dehors de toute intervention des germes atmosphériques. Il fait réagir sur l’urine rendue préalablement stérile la potasse et l’oxygène par une température de 50° centigrades. Au bout de peu de temps les bactéries et les vibrions se montrent en quantités innombrables.
- Accident remarquable des sables moyens. — En visitant récemment les grandes exploitations de sable moyen de Fleurine (Oise) nous avons observé une colonne cylindrique de 6 mètres environ de diamètre sur 10 de hauteur qui s’élève du fond de la carrière comme la tour ruinée d’un ancien château-fort. L’étude du mode de formation de cet accident singulier conduit à y reconnaître l’un des plus beaux puits naturels que l’on ait jamais signalés. Il est enveloppé d’une couche consistante de grès en grappes, de l’effet le plus pittoresque. Les conséquences géologiques du fait en question paraissent nombreuses.
- Phylloxéra. — On sait déjà que le phylloxéra jouit d’une faculté reproductrice considérable. M. Boistôt a cherché à en préciser la valeur. Ayant enfermé dans des tubes distincts un certain nombre de galles des feuilles dans chacune desquelles se trouvent une femelle pleine, il a constaté qu’une seule mère peut donner naissance à 600 petits. L’auteur insiste sur l’impossibilité où il s’est trouvé d’observer le passage sur les racines du phylloxéra des feuilles. Mais, suivant M. Dumas, c’est qu’il n’a pas su se placer dans les conditions les plus favorables.
- Etude sur le sucre de canne. — Tous les chimistes de l’Académie sont mis en émoi par un mémoire de M. Du-rain qui assure que la fermentation du sucre de canne peut, dans certains cas, donner naissance à des matières cellulosiques. De nombreux échantillons accompagnent ce travail qui ne peut manquer d’ouvrir une nouvelle voie aux recherches.
- Élection d'un académicien libre. — La place laissée vacante par le décès deM. Séguier tente sans doute entre autres : MM. Damour, Favé, Lalanne et Lefort. Les votants étant 58, M. Favé est nommé par 31 voix, et son élection, selon les paroles textuelles de M. Paris, sera soumise à l’approbation du « chef de l’Etat ». M. Damour réunit 21 suffrages; M. Lalanne en a 5; le cinquante-huitième est pour M. Lefort.
- Mer algérienne. — M. le capitaine Roudaire, présenta la séance, charge M. de Lesseps de déposer son rapport sommaire sur les résultats de sa dernière expédition en Algérie. La conclusion en est la possibilité d’inonder une surface de 46,000 kilomètres carrés sur une profondeur de 25 à 40 mètres. L’isthme de Gabès qu’il faudra percer ne présente aucune roche solide, mais seulement des sables faciles à déplacer. Il n’a d’ailleurs que 20 kilomètres de largeur, et l’on n’estime pas à plus de 22 millions le nombre des mètres cubes de matière à enlever. Or, on creuse en ce moment dans l’isthme de Suez un canal de 40 lieues de long dans des conditions analogues au prix de 95 centimes le mètre cube. Ce serait donc 20 millions de francs que coûterait le percement algérien. Cette dépense serait rapidemént couverte d’ailleurs
- par le bénéfice procuré par le fermage des pêcheries qui sur toute la côte sont estimées fort cher.
- Roche singulière. — Les dernières explorations de l’ile Bourbon ont fait découvrir une couche de terrain de 1 mètre environ d’épaisseur dont M. le professeur Bureau présente un échantillon à l’Académie. Il résulte des études auxquelles s’est livré le savant botaniste, que cette roche singulière consiste presque exclusivement dans la réunion d’innombrables grains de pollen fossilisés. C’est la première fois qu’une semblable formation est signalée.
- Stanislas Meunier.
- HYGROMÈTRE A CHEYEU
- SYSTÈME AMÉRICAIN.
- Nous avons précédemment parlé à nos lecteurs de perfectionnements apportés à l’hygromètre de Saussure 1 ; nous leur signalerons aujourd’hui un petit instrument, que nous trouvons décrit dans le Anie-
- Hygromètre à cheveu. Modèle américain.
- rican mechanical Dictionary, de New-York, et qui a pour but de rendre plus sensibles les écarts produits sur l’aiguille de l’hygromètre à cheveu, par les variations des quantités d’humidité contenues dans l’air. Un cheveu d’une grande longueur est fixé en un point fixe, formé par une tige plantée sur une planchette. Ce cheveu passe dans la gorge d’une poulie, puis dans celle d’une seconde, et ainsi de suite, comme le représente notre figure. Une petite poulie inférieure lui sert de guide pour le conduire au milieu de la planchette, à sa partie inférieure. Le che\eu est tendu par un poids muni d’une petite aiguille qui correspond à une échelle graduée. L’aiguille monte ou descend suivant que le cheveu se contracte ou s’allonge. L’appareil est gradué expérimentalement. G. T.
- 1 Voy. la Nature, 2e année, 1874, 2“ semestre, p. 112.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 164. — 22 JUILLET 1876.
- LA NATURE.
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- LE FREIN STILMANT
- De toutes les questions qui préoccupent l’attention des ingénieurs chargés de la direction de nos chemins de fer et qui intéressent plus particulièrement la sécurité des voyageurs, une des plus importantes est celle qui se propose l’arrêt d’un train lancé à grande vitesse, dans le temps* le plus court possible.
- Dans tous les cas, cet arrêt est produit, comme chacun le sait, au moyen d’appareils nommés freins, reposant tous sur le même principe : substituer au frottement de roulement un frottement de glissement, déterminé par l’adhérence énergique des roues sur les rails.
- Différentes dispositions mécaniques ont été proposées pour arriver à ce résultat ; parmi celles-ci, une des plus ingénieuses et dont nous allons décrire les principales dispositions, est due à un habile inventeur, M.Stilmant, qui, après bien des mécomptes, bien des tribulations , bien des essais infructueux, est arrivé à rendre son invention pratique et à la faire appliquer sur toutes les grandes lignes de chemin de fer, en France ainsi qu’à l’étranger.
- Dans le frein Stil-mant, dont notre figure représente les parties essentielles, la pression est exercée simultanément sur les quatre roues au moyen de sabots en fer ou en acier fondu ou coulé, pleins ou ëvidés au milieu. Le sabot, évidé au milieu de la partie frottante sur les bandages des roues, porte le nom de sabot à courant d’air, parce que, pendant l’action du serrage, il laisse circuler un courant d’air entre le sabot et le bandage. Grâce à cet évidement on évite la formation de grains durs qui parfois détériorent les bandages.
- Les sabots sont suspendus aux traverses du châssis inférieur du wagon au moyen de bielles ; ils sont retenus symétriquement par rapport à l’axe des roues au moyen de dispositions spéciales qu’on peut régler à volonté.
- Ces sabots reçoivent leur mouvement de bielles mises en relation avec une pièce centrale ou doüble coin articulé pouvant s’élargir à volonté sous l’influence d’une pression produite par le mouvement d’une vis. Cette vis agit à l’aide de tringles, d’arbres et de leviers sur deux coins pressant entre les faces d’une double glissière, suspendue aussi au châssis. Pour obtenir une pression presque instantanée sur
- 4e année. — semestre.
- les roues, on se contentait dans les premiers essais de décrocher le grand levier qui, dans sa chute, entraînait le coin articulé entre la roue d’arrière et la bielle de pression des sabots d’avant. Plus la vitesse était grande, plus le calage ou arrêt était énergique, instantané. Mais cette instantanéité, obtenue en trois ou quatre tours de roue, avait ses inconvénients pratiques, et il était nécessaire pour en utiliser la valeur, d’en limiter la puissance, c’est-à-dire d’en tempérer l’énergie. Ces considérations ont déterminé M. Stilmant à remplacer la crémaillère par une vis. L’agent peut alors régler plus à son gré la chute du grand levier ; le calage se fait moins vite et l’arrêt du train a lieu sans secousse.
- Avec un volant de 450 millimètres de diamètre, un pas de vis de 44 millimètres et un angle des coins de 20 à 23 degrés, on obtient sur les quatre roues, en cinq ou six secondes, une pression totale de 15 000 à 16000 kilogrammes, nécessaire pour agir utilement avec des sabots en 1er ou en acier
- fondu coulé.
- Le frein Stilmant a tous les avantages des freins existants, sans eu avoir les inconvénients. Il fonctionne actuellement comme frein à main, comme frein à vis, et il pourrait fonctionner comme trein commandé à distance ; il pourrait être automoteur, sa combinaison tout entière s’y prête très-bien.
- La compagnie des chemins de fer de l’Est a fait suivre, pendant trois mois, la marche du nouveau frein et ses inspecteurs firent des rapports et dressèrent un tableau des expériences constatant les noms des stations, la vitesse du train, au moment du calage, le chemin parcouru pendant le calage et le chemin parcouru pour l’arrêt du train.
- Il résulte de ces expériences qu’un train possédant une vitesse de 65 à 75 kilomètres à l’heure, a pu être arrêté après avoir parcouru un chemin variant entre 500 et 700 mètres. En disposant sur tous les wagons des freins automoteurs, basés toujours sur le même principe, le mécanicien seul a pu arrêter un train lancé à grande vitesse dkns un parcours de 150 à 200 mètres. Enfin depuis plusieurs années, des freins Stilmant fonctionnent sur plusieurs lignes de chemin de fer français, et pendant le laps de temps pendant lequel ils ont été mis en service, il convient de faire remarquer qu’aucun n’est entré aux ateliers pour réparations. Ils n’est pas douteux que dans un laps de temps très-court, les nouveaux freins seront universellement répandus.
- Ed. Landrin.
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- LA NATURE.
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- LE CLUB ALPIN FRANÇAIS
- ET SES TRAVAUX.
- Voici deux ans à peine que le Club alpin français s’est fondé et l’accueil empressé, fait à cette institution dans toute la France, met en évidence son utilité manifeste. Suivant le premier article de ses Statuts, l’Association se forme pour « servir de lien entre toutes les personnes que leurs goûts ou leurs études attirent vers les montagnes. » Son but « est de faciliter et de propager la connaissance exacte des montagnes de la France et des pays limitrophes par des excursions, soit isolées, soit faites en commun ; par la publication de travaux scientifiques, littéraires et artistiques, et de renseignements propres à diriger les touristes ; par des encouragements aux compagnies de guides ; par des réunions ou des conférences périodiques ; par la création de bibliothèques et de collections spéciales. » Toutes les montagnes de France intéressent également le Club dont le siège central se trouve à Paris, 31, rue Bonaparte, mais qui peut constituer partout des sections particulières avec un nombre de dix membres au moins. Dès maintenant l’Association compte vingt sections établies dans les principales villes du pays, pour les Alpes et les Pyrénées, les Vosges, le Jura, les monts d’Auvergne, jusqu’en Algérie même, pour l’Atlas et le Djurdjura.
- L’honneur de la fondation du Club alpin français revient à M. Adolphe Joanne, l’auteur des Guides-Itinéraires, un homme qui a parcouru toute l’Europe et qui connaît mieux que personne nos montagnes de France. Au moment où le promoteur de l’Association nous parla, pour la première fois, de réunir en Société, les Français amis des montagnes, nous n’avons pu nous empêcher d'émettre un doute sur le succès de l’œuvre. 11 y avait bien déjà des clubs alpins en Suisse et en Angleterre ; il y en avait en Autriche, en Allemagne et en Italie, tous en voie de prospérité et de parfait développement. Mais je doutais de la réunion en France d’un groupe d’hommes s intéressant réellement aux montagnes, en nombre suffisant pour figurer avec avantage à côté des clubs alpins étrangers. Nous avions bien à Paris le Club des jockeys, où les représentants de la société polie exploitent, aux frais de l’État, les courses de chevaux et explorent, avec un zèle reconnu, l’arène de Longchamps, mais dont la dignité serait compromise par l’escalade des hautes cimes. Nous avions aussi, en France, quelques naturalistes et quelques physiciens occupés, avec un grand zèle, de l’étude de notre territoire à tous les points de vue; mais nous comptions ces savants et leur nombre nous semblait faible en regard de la foule des alpinistes appartenant aux pays voisins.
- Eh bien ! je me trompais, en doutant du goût de mes compatriotes pour les montagnes. Lors de sa reunion générale du 30 avril 1875, le Club alpin
- français comptait déjà 845 membres, et, aujourd’hui, après deux années seulement d’existence, le nombre de ses adhérents s’élève à 2,000 environ. Le succès dépasse toutes nos espérances, grâce à l’émulation suscitée dans le pays entier par l’attrait des hautes sommités. L’esprit des hauteurs anime de son souffle la jeunesse française. La jeunesse que nous avons cru, indifférente pour les montagnes, y vole de toutes parts, saisie par le charme de ces joutes vigoureuses avec l’âpre et puissante nature des grandes âmes. Elle comprend aussi, elle comprend encore que les impressions d’une ascension au mont Blanc ou la traversée d’un glacier difficile valent le spectacle des courses du Bois de Boulogne. Elle reconnaît comment la contemplation des magnifiques aspects des Alpes donne d’amples dédommagements en compensation de quelques fatigues, lors même que l’intérêt scientifique n’en est pas le premier mobile. Combien cependant ces jouissances et le sentiment de la nature deviennent plus vifs, quand vous vous élevez surtout pour prendre sur le fait le travail érosif des eaux, pour assister à la marche des glaciers, pour voir les roches erratiques cheminer des montagnes aux plaines, pour suivre du regard les gigantesques assises du sol soulevées et ployées, pour chercher dans ces couches la trace des êtres disparus, pour suivre le mouvement des orages tourbillonnant autour des pics, pour reconnaître en un mot tous les rapports de la physique du globe avec les manifestations de la vie sur la terre.
- Si le paysage de la plaine est muet, nous disait dans son toast porté à la fête du Club alpin suisse à Thoune, M. Rambert, un des hommes qui connaissent le mieux les Alpes, si le paysage de la plaine est muet, celui des montagnes a un langage et nous parle. La montagne parle à l’homme politique, je veux dire au citoyen. Elle lui dit : je t’offre mon secours pour défendre la liberté, je te servirai de rempart. Elle parle au chrétien,.en l’invitant à porter ses regards et ses pensées jusqu’au ciel. Elle parle au savant pour l’engager à scruter les problèmes nombreux qui se rattachent à la formation du relief terrestre. Elle parle à l’artiste pour l’engager à reproduire sur la toile ses lignes hardies. Elle parle à nous tous enfin pour nous porter à la joie, car sur les montagnes nous sentons le cœur à l’aise. Or, le club alpin est la réunion de tous ceux qui ont entendu cette voie de la montagne et qui veulent lui répondre. Quiconque éprouve une jouissance à l’aspect d’un beau site ou des grandes scènes de la nature, à quelque titre que ce soit, quiconque s’intéresse aux montagnes, trouvera sa place marquée au sein de l’Association nouvelle.
- Rien ne vous oblige à tenir en poche un diplôme scientifique pour participer aux affaires du Club ou pour contribuer à son développement. Ce fait ressort au premier coup d’œil de l’examen de la liste des associés. Quant aux travaux accomplis, les deux volumes de l’annuaire que nous avons sous les yeux donnent un tableau fidèle de l’activité de notre
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- LÀ NATURE.
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- société. Entre autres études Y Annuaire du Club alpin français pour 1874 renfermait une lettre charmante de George Sand à son ami M. Joanne sur l’agrément des courses de montagnes. 11 y avait une notice historique sur les Clubs alpins étrangers, de nombreux récits d’ascensions dans les Alpes et dans les Pyrénées, parmi lesquels nous citerons notamment celles de M. et de Mme Albert Millot au mont Cervin, de M. Puiseux aux Grandes-Jousses du Dauphiné, du professeur Studer à la Maladetta. Rappelons aussi divers mémoires sur l’orographie du mont Blanc, sur les cratères éteints et les lacs de l’Auvergne, sur le massif des Vosges et les traces de ses anciens glaciers. L’Annuaire pour 1875, distribué en ce moment même aux membres du Club, forme encore un beau volume in-8°, de prèsde 900 pages, avec de nombreuses cartes et illustrations. Il débute par un compte rendu de la réunion des Clubs alpins français et italien au mont Cenis au mois d’aoùt . dernier. Viennent ensuite les relations d’excursions au mont Blanc et au mont Rose de MM. Franklin et Guyard, dans les gorges de la Diosaz par M. Reven, au val de Fier par M. Descotes, au Parmelan par M. Dunant, à la Vanoise par M. Reymond, de Mou-tiers à Aoste, dans le Queyras, à la Brèche de Lan-nitel, de Saint-Jean-de-Maurienne à Briançon , des ascensions au Chaberton, à la Rochebrune, au Grand Rubren, au Morgon, au Pelvoux, pour les Alpes françaises de la Savoie et du Dauphiné. Dans les Pyrénées explorées depuis des années par le comte Henry Rus-sel-Killough et où M. Trutat vient de faire d’intéressantes observations sur le mouvement des glaciers, M. Lequeutre décrit les deux nouveaux passages du Col de la cascade de Gavarnie et du Cylindre de Mar-boré, M. Schrader et M. Wallon nous conduisent aux montagnes de Pantiscoa et au massif calcaire de la frontière d’Espagne. D’autres récits se rapportent au massif de Bernina, au montViso, au Sasso d’Italia, en Italie et en Suisse. Parmi les mémoires scientifiques, on remarquera les études de M. Vezian sur la géologie du Jura, de M. Godron sur les migrations des végétaux dans les Vosges, de M. Junssen sur une observation astronomique dans les Neelgherries de l’Inde, de M. Hennequin sur une boussole-rapporteur, de M. Viollet-le-Duc sur la carte du mont Blanc.
- L’étude du relief exact des montagnes de France continue à beaucoup occuper les topographes. Par ses nombreux détails, cette étude exige bien du temps et demande beaucoup de persévérance. Témoin les travaux de Bardin, un ancien professeur de l’école polytechnique, qui a consacré-sa vie à la construction de cartes en relief des parties les plus remarquables de la chaîne des Vosges, du Jura, des Pyrénées et des Alpes. Parmi ces reliefs dont le modèle reproduit ou conserve les proportions naturelles du terrain, le plus remarquable est celui du mont Blanc, à l’échelle de quarante millièmes. Bardin est mort sans terminer complètement ce dernier ouvrage. Son œuvre a été reprise par M. Yiollet-le Duc, l’éminent architecte et un des membres les plus actifs du Club
- alpin français, qui poursuit depuis six ans sur les lieux mêmes un levé minutieux du mont Blanc. Bardin avait construit d’abord un relief à gradins, d’après les levés originaux du commandant Mieulet, de l’état-major, dont il fit ensuite exécuter un moulage en cire pour y sculpter les moindres détails de structure. Bien que ce dernier travail soit inachevé, nous en avons une magnifique photographie, qui indique un des plus beaux morceaux de topographie qu’on ait jamais vu. Vous y saisissez d’un coup d’œil, avec l’ensemble des formes du massif, les moindres accidents, les escarpements, les rochers en saillie, les bourrelets des moraines, les crevasses qui déchirent les glaciers, les berges qui longent les cours d'eau.
- Nous ne quitterons pas le mont Blanc sans rappeler que l’altitude de cette montagne nous semble définitivement fixée par les observations géodésiques du commandant Mieulet à 4810 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les hauteurs qu’on lui a attribuées auparavant varient entre elles de 125 mètres et même plus, d’après des déterminations baromé- . triques et divers autres procédés. On a prétendu expliquer ces différences par l’épaisseur variable de la couche de neige et de la glace qui recouvre le sommet. Mais elles tiennent bien plutôt aux circonstances atmosphériques dans lesquelles les observations sont faites. Une expérience prolongée nous a appris à tenir compte des variations rapides et considérables de la réfraction dans ces régions élevées. Les différences de hauteur obtenues tiennent certainement beaucoup à ces causes. Ajoutons ensuite les difficultés d’opération, difficultés que j’ai moi-même éprouvées trop souvent pendant mes séjours dans les Alpes pour l’étude du mouvement des glaciers. Pour prendre les mesures nécessaires, il faut souvent partir au milieu de la nuit, afin de gagner au point du jour la station d’observation. Mais avec le soleil se lèvent des brouillards qui, léchant le flanc de la montagne, viennent bientôt tourbillonner autour de la tête de l’observateur. Un écran opaque environne la cime, ne laissant qu’un horizon de quelques pieds. Il faut attendre par un froid piquant rendu à peu près insupportable par l’inaction et par l’inquiétude. La journée se passe ainsi bien des fois sans avoir rien fait. On regagne le gîte de la nuit pour revenir le lendemain, pour revenir souvent plusieurs jours de suite sans aucun autre résultat. Sous l’effet de ces difficultés, une variation d’une dizaine de mètre.-, autour d’une cote moyenne pour une hauteur comme celle du mont Blanc, peut être considérée comme sans importance. Les résultats de la détermination du commandant Mieulet se trouvent dans ce cas, par rapport à tous les autres nivellements du massif du mont Blanc exécutés pendant ces dernières années. C’est un fait que confirmeront sans aucun doute les mesures nouvelles que nos collègues du Club alpin pourront exécuter. Charles Grad.
- Ète^hach ^Alsace). 1" juillet 1876.
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- LA NATURE.
- m
- SUR DIVERS FOSSILES
- TROUVÉS DANS LE DÉPARTEMENT DE l’aISNE.
- M. Watelet, de Soissons, a fait connaître à la dernière réunion des Sociétés savantes de la Sorbonne les résultats les plus importants de ses recherches paléontologiques. Il a montré un énorme humérus
- Fig. 1. — Nautilus Aizyensis, Watelet.
- de Lophiodon (mammifère), ayant de l’analogie avec celui des éléphant?, indiquant pour l’animal une taille considérable, et aussi une canine du même. Les débris de cette grande espèce, probablement nouvelle, ont été rencontrés, dans un calcaire d’eau douce, à Aizy-Jouy, près de Soissons. La même localité a fourni des coquilles remarquables de Nautiles (Mollusques céphalopodes tétrabranches), type qui se rencontre dans tous les âges géologiques jusqu’à
- Fig. 2. — Nautilus Gaudryensis, Walolet.
- nos jours, mais dont les espèces actuelles ne vivent que dans les mers les plus chaudes. Une coquille polytlialame, servant de flotteur, est reliée par un siphon à l’animal occupant la première chambre. Les espèces nouvelles de M. Watelet, bien caractérisées, sont le Nautilus Aizyensis (fig. 1) des sables inférieurs, et le Nautilus Gaudryensis (fig. 2), d’une localité voisine, et des sables inférieurs, du niveau des sables de Cuise-Lamote, près de Com-piègne, sables fossilifères, si connus des amateurs. M. Watelet a également rencontré et décrit plusieurs échantillons à variations d’une grande et belle co-
- quille univalve, le Rostellaria Geoffroyi, Watelet (fig. 3) (Mollusques gastéropodes). Enfin il a présenté à la réunion une magnifique empreinte de grande taille de feuille d'un figuier, ayant 175 mm.
- Fig. 3. — Rostellaria Geoffroyi, type.
- de largeur à la base du limbe et 375 de longueur. Ce serait le Ficus Leodegarii, Watelet et de Saporta (fig. 4), des grès de Belleu, d’un gisement supérieur
- Fig. A. — Ficus Leodegarii, de Saporta et Watelet,
- aux lignites, qui sont à la base du terrain tertiaire du bassin de Paris. Le moule d’un fruit d’assez grande dimension et présentant les caractères extérieurs d’une figue , trouvé par M. Watelet, appartient peut-être au Ficus Leodegarii.
- Maurice Girard.
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- LA NATURE.
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- DES
- PROPRIÉTÉS OPTIQUES DE L’ATMOSPHÈRE
- DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PUTRÉFACTION ET L’iNFECTION.
- LES GERMES DE l’AIR1.
- Après sept années d’expérimentation sur les poussières atmosphériques, j’ai reconnu que l’air de Londres, toujours très-riche en corpuscules llot-tants, était entièrement dépouillé de toute matière solide étrangère , quand on l’avait filtré à travers un tampon de ouate très-serrée, ou quand on l'avait soumis à la calcination en lui faisant traverser un tube de platine contenant des fils du même métal, chauffés au rouge, ou bien encore quand on le soumettait à l’action de la flamme d’une lampe à esprit de vin. On s’assure du fait en faisant traverser l’air ainsi purifié par un rayon de lumière intense» et on voit qu’il est impossible de distinguer des parties voisines, la portion d’espace traversée par le faisceau lumineux.
- Les matières gazeuses de l’atmosphère sont donc incapables de disperser la lumière. Depuis ces premières expériences j’ai reconnu que pour rendre l’air ainsi optiquement pur, il suffisait de l’abandonner pendant un temps suffisant dans une chambre ou dans un vase hermétiquement fermés. Les parcelles flottantes contenues dans le gaz confiné se déposent peu à peu, l’air est débarrassé de tout corpuscule en suspension, et le rayon lumineux le plus intense n’est plus visible quand il le traverse.
- En comparant les résultats que j’ai pu obtenir
- 1 Pendant un récent séjour à Londres nous avons été reçu par M. Tyndall, qui nous a fait les honneurs de son laboratoire, avec la courtoisie et la gracieuseté qui lui sont propres.
- avec ceux qui se dégagent des remarquables recherches de Schwann, Schrœder et Dusch, Schrœder lui-même, et surtout de l’illustre Pasteur au sujet de la question des « générations spontanées » j’ai été conduit à conclure que le pouvoir de disperser la lumière et celui de développer la vie marchaient de concert dans notre atmosphère.
- Cette conclusion trouve une confirmation importante dans une expérience dont la haute signification ne peut échapper. Le professeur Lister, d’Edimbourg, a indiqué que l’air en passant à travers les poumons, perd sa faculté de développer la putréfaction, et qu’il peut ainsi se mélanger impunément avec le sang. Ce grand et savant chirurgien eut la pénétration d’attribuer l’immunité du danger à la filtration de l’air par les poumons.
- Avant de connaître cette hypothèse, en 1869, j’en avais virtuellement démontré la justesse, de la manière suivante : si dans une chambre noire, contenant de l’air ordinaire on souffle à travers un tube (fig. 1) terminé par un verre de lampe b (chauffé afin d’éviter la condensation de la vapeur d’eau) l’air échappé des poumons diminue d’abord sensiblement l’intensité du rayon lumi-. neux qu’il traverse à la sortie du verre. Vers la fin de l’expiration, la trace blanche du rayon se trouve brisée par une brèche ou un trou parfaitement noir a, dû à l’absence totale dans l’air expiré de toute matière capable de projeter de la lumière (fig. 1 ). On prouve ainsi que les parties intérieures des poumons sont remplies d’air optiquement pur, qui, comme tel, empêche les organes- essentiels d’être atteints par la putréfaction.
- J’ai pensé que ce procédé si simple de faire l’in-
- L’illustre savant anglais a bien voulu, sur notre demande, nous remettre lui-même cette intéressante notice que nous n’hésitons pas à présenter à nos lecteurs, quoiqu’elle ait été
- Fig. 1. — Expérience de M. Tyndall démontrant que l’air exhalé des poumons est optiquement pur.
- Fig. 2. — Appareil de M. Tyndall pour l’étude des germes de l’air.
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- vestigation du milieu dans lequel on expérimente, au moyen d’un rayon lumineux, et alors que la sensibilité de l’œil a été augmentée par l’obscurité, ne manquerait pas de porter ses fruits. Comme on n’a guère tiré parti de cette méthode, j’ai résolu d’y consacrer quelque temps cette année pour en démontrer plus complètement l’efficacité.
- J’ai voulu dégager mon esprit, et autant que possible celui des autres, de cette incertitude et de cette confusion qui assiègent actuellement la doctrine de la génération spontanée. Pasteur l’a qualifiée de chimère, et il a formulé sa ferme conviction que, d’après cette idée, il était possible de faire disparaître de la terre les maladies parasitiques. La question offre donc une haute importance, tant au point de vue médical, qu’en ce qui concerne l’humanité tout entière. Mais l’état de l’opinion médicale à ce sujet n’est pas satisfaisante. Dans un numéro récent du British medical Journal, et en réponse à la question, « de quelle manière la contagion est-elle engendrée et communiquée? » MM. Braidwood et Vacher répondent qu’en dépit d’innombrables et patients travaux, les résultats obtenus jusqu’ici, surtout en ce qui concerne le mode de production de la contagion, n’ont donné lieu qu’à de grandes déceptions. Les observateurs, même encore maintenant, ne s’accordent pas, pour dire si les corpuscules infiniment petits, dont nous venons de signaler la découverte, et si les germes morbides, proviennent toujours des corps similaires, préalablement existant, ou s’ils ne naissent point, de novo, sous l’influence de certaines conditions favorables.
- Dans le but de faire disparaître ces incertitudes, j’ai communiqué récemment aux membres de la Société royale, et surtout à ceux qui étudient l’étiologie des maladies, une description de la méthode que j’ai êmployée dans mes recherches et des résultats qui en sont la conséquence.
- On a construit un certain nombre de boîtes, ou chambres, ayant une devanture en verre, et les autres parties en bois (fig. 2). Au fond est pratiqué une petite porte, s’ouvrant et se fermant à l’aide de charnières. Dans les parois latérales se trouvent enchâssés deux carreaux de vitre se faisant face l’un à l’autre. Le haut est perforé au milieu d’un trou de 0W,05 de diamètre, avec fermeture étanche an moyen d’un diaphragme de caoutchouc, percé en son milieu d’une petite ouverture où l’on peut faire passer la tige d’une longue pipette p dont la partie supérieure se termine par un tout petit entonnoir. Un tube circulaire de 0m,0o de diamètre et 0ra,04 pouce de hauteur, entoure la pipette, et l’espace entre les deux objets est rempli de coton tassé, et
- publiée précédemment par plusieurs recueils scientifiques français. Mais la notice ci-dessus a été corrigée par M. Tyndall lui-même, qui y a fait quelques additions intéressantes ; elle sera en outre complétée dans la seconde partie par des diagrammes inédits, que l’auteur nous a communiqués, et qui représentent d’une façon originale les résultats des expérimentations. G. T.
- imbibé de glycérine. Ainsi la pipette, élevée ou abaissée non-seulement est serrée par le caoutchouc, mais traverse encore un cylindre rembourré de coton poisseux (sluffing box). La largeur de l’ouverture fermée par le caoutchouc permet de donner librement des mouvements latéraux à la partie inférieure de la pipette. Dans deux autres petites ouvertures pratiquées à la partie supérieure de la boîte on a fixé, d’une façon étanche, les extrémités ouvertes de deux petits tubes, dans le but de mettre en communication l’espace intérieur avec l’atmosphère. Ces tubes s, s'sont recourbés plusieurs fois sur eux-mêmes, de façon à intercepter et à retenir les particules que des courants d’air faibles causés par des changements de température pourraient entraîner en s’établissant entre le dehors et le dedans.
- Le bas de la boîte est percé de deux rangées, et quelquefois d’une seule rangée d’ouvertures, dans lesquelles on a fixé avec joints bien étanches de grandes éprouvettes R qui doivent contenir le liquide à exposer à l’action de l’air dépouillé de corpuscules.
- Le 10 septembre, une première boîte de ce genre a été fermée. Le passage d’un rayon concentré, la traversant par ses deux fenêtres latérales, laissa voir l’air de l’intérieur chargé de matière flottante. Le 13 du même mois la boîte fut examinée de nouveau, le rayon lumineux avant son entrée dans la chambre, et à partir de sa sortie, se manifestait par une vive traînée qui disparaissait dans la boîte. Trois jours de repos suffirent donc à faire déposer toute la matière flottante intérieure sur les parois de la chambre où les retenait une couche de glycérine, dont on les avait à dessein préalablement recouvertes. Les tubes d’essai furent alors remplis par la pipette, et après les avoir chauffés pendant cinq minutes, dans un bain d’huile bouillante, on les abandonna à l’action de l’air dépouillé de corpuscules. Pendant l’ébullition, la vapeur d’eau s’élevait dans la chambre, et s’y condensait en grande partie, le reste s'échappait, par le haut, à travers les tubes recourbés. Avant le retrait du bain d’huile, de petits bouchons de bourre de coton étaient introduits dans les tubes recourbés, afin que l’air s’introduisant dans la chambre refroidie ne put entraîner avec lui quelques corpuscules. Mais aussitôt que l’air de la boîte eut pris la température ambiante, on put retirer les bouchons de bourre de coton.
- Dans de telles circonstances, nous avons donc dans notre chambre, de l’oxygène, de l’azote, de l’acide carbonique, de l’ammoniaque, de la vapeur d’eau, et toutes les autres matières gazeuses qui constituent l’atmosphère des grandes cités. Nous les avons de plus, non dénaturées par la calcination, non modifiées même par la filtration ou une manipulation quelconque. La question qui se pose maintenant devant nous est celle-ci : l’air avec tous ses éléments constitutifs, mais lorsqu’il s’est dé-
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- pouillé lui-même de toute matière se trouvant mécaniquement suspendue dans son sein, peut-il produire la putréfaction? A cette question le règne animal, comme le règne végétal, donne une réponse négative.
- On a fait des expériences sur les végétaux ; l’on s’est servi de foin, de turneps, de thé, de café, de houblon ; les expériences furent répétées de différentes manières, avec des infusions acides et des infusions alcalines. Parmi les substances animales employées, nous mentionnerons un grand nombre d’expériences faites avec l’urine; en même temps bœuf, mouton, lièvre, lapin, rognons, volaille, faisan, sole, saumon, morue, turbot, mulet, hareng, merlan, anguille, huître, étaient tous soumis aux mêmes épreuves.
- Le résultat a été que les infusions de ces substances exposées à l’air ordinaire du laboratoire de l’Institut royal, et maintenues à la température de 15° à 22° centigrades, sont toutes entrées en putréfaction dans l’espace de deux à quatre jours. Dans quelque lieu qu’on les plaçât, elles étaient infailliblement attaquées. Le nombre des tubes contenant les infusions fut multiplié jusqu’à six cents ; aucun n’échappa à l’infection.
- D’autre part, on ne rencontra pas un seul cas de production de vie bactérienne ou de phénomènes se rattachant à la putréfaction, dans l’air où le rayon lumineux n’avait dévoilé la présence d’aucun corpuscule. La propriété de développer cette vie dans l'atmosphère est donc indissolublement liée à celle de disperser la lumière.
- La. seule condition nécessaire pour que ces infusions longtemps inertes s’animent en quelque sorte et fourmillent d’organismes, c’est d’y ouvrir l’accès de la matière flottante de l’air. Ces infusions, après être restées pendant quatre mois aussi limpides et claires que de l’eau distillée, devenaient putrides et se remplissaient d’organismes vivants, trois jours après l’ouverture de l’arrière-porte laissant pénétrer l’air ordinaire chargé de poussières.
- La preuve qu’une telle vie provient des parcelles en suspension dans l’air se réduit donc à une démonstration oculaire.
- Examinons plus profondément le caractère de ces particules qui produisent la vie. Yersons de l’eau de Cologne dans l’eau ; un précipité blanc rend ce liquide laiteux ; ou bien, si, comme le fait Bruckle, nous dissolvons dans l’alcool du mastic de gomme pur, et que nous versions la dissolution dans l’eau, la solution ainsi formée, le mastic est précipité, et le liquide obtenu est laiteux. Quand la dissolution est très-concentrée, le mastic se sépare en grumeaux, mais, en étendant peu à peu la dissolution alcoolique, on arrive à un , moment où la couleur laiteuse disparaît, et où le liquide prend, à la lumière réfléchie, une teinte azurée, Cette teinte est, en réalité, la couleur du ciel, et provient d’une cause semblable, c’est-à-dire de la dispersion de la lumière par des particules,
- petites en comparaison de la grandeur des ondes lumineuses.
- Lorsque ce liquide est examiné avec un miscros-cope très-puissant, il apparaît aussi uniforme que l’eau distillée. Les particules de mastic, quoique innombrables, échappent absolument au microscope, et sous l’action d’un rayon lumineux à angle droit elles fournissent une lumière parfaitement polarisée. La manière dont se comporte optiquement la matière flottante de l’air prouve qu’elle se compose en partie de particules d’une extrême ténuité.
- Si l’on observe un rayon parallèle dans un air chargé de corpuscules et qu’on le regarde horizontalement à travers un prisme de Nicol, dans une direction perpendiculaire au rayon, la plus longue diagonale du prisme étant verticale, ou voit que la majeure partie de la lumière provenant de la matière la plus ténue est éteinte. D’autre part, les corpuscules plus lumineux brillent avec plus d’éclat, par suite de l’augmentation de l’obscurité de l’espace qui les entoure. Je crois pouvoir conclure que c’est, dans ces particules les plus ténues, qui échappent au microscope, qu’il faut chercher la matière pestilentielle pour le développement de la vie Bactérienne. Quoique se trouvant en dehors de la portée du microscope, l’existence de ces corpuscules étrangers à l’atmosphère, tout en y restant en suspension, est aussi certaine que s’ils pouvaient être saisis avec les doigts, et aperçus à l’œil nu. Supposons-les agrandis à un tel point qu’ils deviennent perceptibles non pas seulement au microscope, mais à nos sens dépourvus de tout instrument. Admettons que, dans ces circonstances, nos notions sur leur nature soient aussi incomplètes que maintenant, et que nous ne sachions pas si elles sont germes, particules de poussière organique morte, ou particules de matière minérale. Supposons qu’on remplisse à la main un vase (un pot de fleur) avec de la terre, à laquelle nous mêlerons nos particules inconnues, et qu’après quarante heures, des bourgeons , des brins d’herbes et des cressons bien caractérisés apparaissent à la surface du sol. Admettons que l’expérience toujours renouvelée, donne toujours le même résultat. Quelle serait notre conclusion ? Regarderons-nous ces plantes vivantes comme les produits d’une poussière inerte ou de matières minérales? N’y verrons-nous pas plutôt des rejetons de semences vivantes? La réponse est indiscutable. Nul doute que l’expérience du pot de fleur mette fin à nos incertitudes et à notre ignorance. Nous regarderons le fait de la production des cressons et des herbes comme la preuve positive que les particules semées dans la terre du pot étaient des semences de plantes qui en sont nées. Il serait tout simplement monstrueux de conclure quelles ont été engendrées spontanément.
- Ce raisonnement s’applique littéralement au développement de la Bactérie provenant de cette ma* tière flottante que le rayon électrique révèle dans
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- l’air, et en l’absence de laquelle nulle vie rienne ne peut être engendrée. 11 n’y a, se semble, nul côté faible dans ce raisonnement ; il est si simple, qu’il est inadmissible que parmi les bonnnes qui cultivent la haute science, il s’en trouve jamais pour admettre que la vie Bactérienne peut provenir d’une poussière morte.
- On a suivi ici un nouveau mode d’expérimentation ; il est permis d’affirmer que les conditions posées dans cette voie par d’autres investigateurs, conduits à des résultats différents, n’ont pas été strictement obseï-vées. Pour convaincre du soin qui a présidé aux expériences au moyen desquelles ont été obtenus ces prétendus résultats, je citerai les paroles suivantes d’un écrivain qui a exercé une certaine influence dans le monde médical, aussi bien dans notre pays qu’en Amérique. « Nous savons, dit-il, que les infusions de betteraves, ou foin, exposées à l’air ordinaire, à l’air filtré, ou à l’air calciné, ou même absolument soustraites au contact de l’air, sont plus ou moins promptes à fourmiller de bactéries ou de vibrions dans l’espace de deux à six jours. »
- Où se trouvent ces nous possédant de telles notions, c’est ce que l’on ne dit pas. Je ne suis certainement pas du nombre de ces « nous », bien que j’aie avidemment cherché quelque personne de ce genre. Je vais examiner successivement les assertions précédentes.
- Parlons d’abord de l’air filtré. Douze gros tubes
- passent à travers un support de bois et sont recouverts d’une grande cloche chauffée et scellée
- Bacté- | dans du ciment.
- Fig. 3. — Autre disposition de l’appareil pour l’étude des germes de l’air.— MIN, pipette; ab, tubes courbes. — Les infusions dans la cloche dépourvue de corpuscules restent limpides. Les mêmes infusions placées extérieurement entrent en putréfaction.
- Fig. 4. — Appareil de M. Tyndall pour dépouiller u n espace d’air C de corpuscules, par l’incandescence d’un fil de platine F, ' rougi à l’aide d’un courant électrique.
- On pompe à plusieurs reprises l’air contenu sous la cloche, en y laissant rentrer de l’air filtré sur une bourre de coton. Les tubes d’essai contenaient des infusions de foin, de betterave, de bœuf, de mouton, trois tubes pour chaque espèce. Ces infusions, après plusieurs mois écoulés , sont actuellement aussi claires, aussi transparentes , qu’au premier jour de leur introduction. Au contraire, les douze tubes semblables, préparés dans le même temps, de la même manière, mais exposés à l’air ordinaire , sont chargés de mycélium, de moisissure et de bactéries.
- Quant à l’air calciné, une semblable cloche couvre douze autres tubes pleins des mêmes infusions. La cloche est vidée d’air puis remplie avec soin d’un air ayant traversé un tuyau en platine chauffé au rouge, et contenant un rouleau de fils de platine à la même température : essayé par le passage du rayon lumi-ueux, l’air calciné se trouva dépourvu absolument de matière flottante. Pas la moindre tache ne troubla la limpidité des infusions ainsi exposées, tandis que douze tubes similaires, placés en dehors du matras, se trouvèrent en pleine putréfaction.
- Les expériences sur l’air calciné affectent encore une autre forme. J’ai trouvé, il y a six ans, que pour purifier l’air de toute matière flottante, il suffisait d’y faire agir pendant un temps suffisant un fil de platine chauffé à blanc (fig. 4). Des jus de poire, de prune, des infusions de foin et de betterave, de l’eau de levure, soumis à l’ébullition ont été placés au contact de
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- l’air calciné. Ces liquides sont encore aujourd’hui intacts, tandis que les mêmes infusions exposées à l’air ordinaire sont remplies depuis longtemps de moisissure et complètement putréfiés.
- On a affirmé que des infusions de betterave et de foin rendues légèrement alcalines étaient particulièrement propres à produire les phénomènes de génération spontanée. Dans la recherche actuelle, il ne s’est point trouvé que tel fût le cas. Un grand nombre d’infusions semblables ont été préparées, et elles sont demeurées sans altération sensible durant des mois entiers.
- Enfin, en ce qui concerne les infusions complètement soustraites à l’air, une série de tubes contenant différentes infusions fut soumis à l’ébullition sous une cloche pleine d’air filtré, que l’on put enlever aussi complètement que possible, à l’aide d’une bonne pompe à air. Ces éprouvettes sont aujourd’hui aussi transparentes qu'à l’époque de leur préparation, il y a trois mois, tandis qu’une série correspondante de tubes exposés à l’air du laboratoire sont tous en putréfaction.
- Il est encore une autre forme d’expérience à laquelle on a attaché une grande importance ; — elle consiste dans l’emploi de tubes hermétiquement scellés. Le 6 avril dernier, une discussion sur la Théorie des germes de maladies fut entamée devant la Société pathologique de Londres.
- La réunion se composait d’un grand nombre de médecins distingués, dont quelques-uns furent profondément influencés par les arguments, et aucun d’eux ne discuta les faits produits à cette occasion contre la théorie. Le résumé des faits fut présenté de la façon suivante par le docteur Bastian : « Dans le but de résoudre ces questions, on peut préparer avec soin une infusion de quelque tissu animal,
- muscle, rognons, ou foie; on la place dans un flacon dont le col est étiré et rétréci au chalumeau ; on soumet le liquide à l’ébullition ; on scelle le
- Fig. o. — Tube scellé contenant une infusion.
- vase pendant cette ébullition, et on le conserve dans un endroit chaud, en attendant le résultat. Au bout d’un temps variable, ce liquide, préalablement chauffé dans le flacon scellé hermétiquement , fourmille plus ou moins de bactéries et organismes du même genre. »
- Avant de lire ce compte rendu, j’avais expérimenté sur des tubes contenant des infusions de foin et de betterave, et sur 21 tubes renfermant des infusions de bœuf, de maquereau , d’anguille, d’huître, de gruau d’avoine, de malt et de pomme de terre. Les tubes avaient été scellés hermétiquement pendant l’ébullition, non pas au chalumeau , mais à la lampe à esprit de vin, bien plus maniable (fig. 5). Dans aucun cas il n’y eut la moindre apparence de bactéries ni d’organismes congénères. La lecture attentive de la discussion précédente me décida à en revenir au muscle, au foie et aux rognons, afin de varier et multiplier les preuves. Volaille, faisan, bécasse, perdrix, pluvier, canard sauvage, bœuf, mouton, cœur, langue, poumon, cervelle, riz de veau, tripe, cristallin, bœuf, hareng, mulet, morue, sole, tout cela fut compris dans ces expériences. Il n’y eût ni erreur ni obscurité dans les résultats. Le 13 janvier, cent trente neuf flacons furent placés sous les yeux des membres de la Société Royale, et dans ce nombre d’essais, on ne trouva pas un indice pour faire présumer que les liquides contenus dans les tubes soumis à l’ébullition et scellés contiendraient par la suite des bactéries ou des organismes semblables.
- Cette masse d’expériences démontre évidemment qu’il y a eu erreur, vice de préparation ou d’observation, dans les expériences citées par le docteur Rastian. Mais l’homme est sujet à l’erreur, et dans une recherche si délicate, dont les conclusions offrent tant d’importance, ce n’est pas tant l’erreur qu’il faut déplorer que la persistance qu’on met à y demeurer dans l’interet de la cause. Je vais mon-
- Fig. 6. — Appareil de M. Tyndall pour l’étude des germes contenus dans l’eau. — A, tube, en relation avec une pompe à air; BC, tube contenant de la ouate pour filtrer l’air extérieur; G, bloc de glace; D, eau provenant de la fusion de la glace. (Voir article suivant.)
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- trer au lecteur par des exemples les risques d’erreurs où j’ai failli tomber moi-même. Le 21 octobre j’ouvris la porte d’une de mes chambres contenant six tubes pleins d’une infusion de betterave; ces tubes étaient restés parfaitement clairs pendant trois semaines, tandis que trois jours suffirent pour faire pulluler les bactéries dans trois tubes semblables exposés à l’air ordinaire. A l’aide d’une petite pipette je prélevai des échantillons dans les tubes transparents, et les soumis à l’examen du microscope.
- L’un de ces tubes présenta un champ de vie d’une extraordinaire abondance. 11 y avait des organismes globulaires, qui tournaient et se mouvaient avec une vigueur remarquable, parmi un grand nombre de bactéries. Pendant longtemps j’essayai, mais en vain, de découvrir une cause quelconque d’erreur; j’étais sur le point d’abandonner les conclusions fournies par toutes mes autres expériences, et d’accepter le résultat comme une exception à tout ce qui m’avait semblé précédemment être une loi générale. La cause de ma perplexité s’arrêta enfin sur un point minuscule d’infusion contenant des Bactéries, et qui par attraction capillaire s’était attachée à un endroit de l’une de mes pipettes.
- Le 2 novembre je fis bouillir de nouveau sous une cloche des infusionsde betterave, de foin, de mouton, contenues dans trois éprouvettes. L’air de la cloche avait été filtré avec tant de soin, que l’examen le plus scrupuleux au passage d’un rayon concentré ne révélait, pas la moindre particule de matière flottante. Actuellement, chacun des tubes est plein de mycélium et couvert de moisissure. Nous avons ici, à coup sûr, un cas de génération spontanée. Voyons son histoire.
- Après que l’air a été expulsé d’un liquide en ébullition, il est difficile de continuer l’opération sans soubresauts qui le font déborder. Le liquide demeure tranquille par intervalle, puis monte avec une énergie subite. 11 en fut ainsi dans le cas présent; en bouillant, le liquide déborda de l’un des tubes, et se répandit sur la surface résineuse dans laquelle était scellée la cloche, et sur laquelle, sans nul doute, étaient tombés des germes. Durant trois semaines les infusions étaient restées parfaitement limpides. Au bout de ce temps, dans le but de renouveler l’air de la cloche, elle fut vidée et remplie d’air frais ayant passé par un tampon débourré de coton. A mesure que l’air entrait, mon attention fut attirée par deux petites taches de penicillum qui reposaient sur le liquide qui avait débordé. Je m’aperçus aussitôt que, l’expérience était trompeuse, l’air, en s’introduisant, devant en effet entraîner quelques spores de penicellum et les disperser dans la cloche. Celle-ci fut donc emplie très-lentement, afin de réduire à un minimum cette cause de perturbation. Cependant le jour suivant, une touffe de mycélium fut aperçue au fond de l’un des trois tubes, de celui qui contenait l’infusion de foin. Depuis
- lors, cette touffe a grandi au point de remplir une grande partie du tube. Les deux tubes contenant des infusions de betterave et de mouton conservèrent une transparence parfaite environ deux mois de plus. Vers la fin de décembre, l’infusion de mouton, dans le voisinage dangereux de la moisissure extérieure, laissa paraître une touffe sur sa surface. L’infusion de bœuf resta pure et limpide encore une quinzaine de jours. Le froid devint intense et me décida à ajouter un troisième fourneau aux deux qui chauffaient déjà la pièce où se taisaient ces expériences. La chaleur de ce fourneau agissait sur l’un des côtés de la cloche, et un jour après que le nouveau feu fut allumé, l’infusion de bœuf donna naissance à une touffe de mycélium. Dans un tel cas les petites taches de penicellium auraient pu facilement échapper à l’attention, et nous nous serions crus en présence de trois cas de génération spontanée bien plus surprenants que la plupart de ceux qui ont été mentionnés. J. Tyndall.
- — La tin prochainement. —
- LES DISLOCATIONS
- DES ALPES OCCIDENTALES
- Depuis bien des années le savant professeur de géologie de la Faculté des sciences de Grenoble, M. Lory, a étudié les Alpes occidentales, objets de ses nombreuses excursions. La question qu’il a cherché à résoudre est la suivante : Peut-on saisir des différences d’époques dans les dislocations qui ont donné aux Alpes occidentales leur aspect actuel ? — On peut reconnaître deux époques géologiques bien caractérisées.
- La plus récente, qu’on observe sur les chaînes subalpines du versant français, est postérieure au dépôt des assises de mollasse marine. On les trouve, en effet, redressées et affectées des mêmes ruptures et des mêmes inclinaisons que les calcaires crétacés, sur lesquels elles reposent. Ces dislocations des assises inférieures et moyennes de la mollasse sont très-probablement antérieures aux dépôts pliocènes ou mio-pliocènes, qui ne se rencontrent que dans les plaines subalpines et en couches sensiblement horizontales, ainsi les lignites du Bas-Dauphiné. C’est l’âge assigné depuis longtemps, par Élie de Beaumont, à son système de soulèvement des Alpes occidentales, c’est l’époque à laquelle appartiennent les chaînes les plus extérieures du versant français, telles que nos chaînes de la Grande-Chartreuse , du Royans, du Ver-cors, etc. Mais la mollasse ne se rencontrant pas plus avant que cette zone des chaînes subalpines, il est difficile de préciser quelle a été la part des dislocations de cette époque dans le façonnement des zones alpines pius intérieures.
- Une autre époque de dislocations, beaucoup plus ancienne, a laissé au contraire des traces bien caractérisées dans une de ces zones intérieures, la zone des roches anciennes, cristallines, comprenant les massifs du Pelvoux, des Grandes-Rousses, de la chaîne de Belledonne, du mont Blanc, des Aiguilles-Rouges et des Alpes-Bernoises. Dans tous ces massifs les schistes cristallins anciens sont redressés, le plus souvent dans des situa-
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- tions à peu près verticales; en Dauphiné et en Savoie ils sont accompagnés de grès houiller (grès à anthracite), dont Jes couches, sont généralement parallèles ou à peu près parallèles à celles des schistes anciens. En bien des points, au contraire, et fort nettement, on voit des couches encore horizontales de calcaires jurassiques et même de trias, reposer à des altitudes très-diverses, en stratification discordante, sur les tranches des schistes cristallins et du grès houiller, ce qui prouve un lent enfoncement de cette zone au-dessous de la mer jurassique. 11 faut remarquer que les vallées profondes donnent des parallélismes apparents trompeurs, les sommets fournissent les vraies discordances par quelques lambeaux encore en place ; ainsi sur le massif du Pelvoux, à 3,600 m. d’altitude, sont des terrains liasiques horizontaux, en position de formation, et de même sur d’autres massifs alpins à aiguilles déchiquetées.
- Il y a donc eu des bouleversements anciens antérieurs aux terrains secondaires, après le dépôt du grès houiller et avant le dépôt du trias. Le relief actuel très-accidenté de ces massifs, les dislocations ultérieures très-compliquées, peut-être opérées à diverses époques, subies en maintes places par le trias et le terrain jurassique, s’expliquent par des affaissements ou des exhaussements partiels et locaux, qui n’ont pas notablement modifié l’allure générale des roches anciennes.. Ces dislocations ultérieures ont eu lieu suivant des directions parallèles ou à peu près parallèles à celles du premier redressement des terrains anciens après l’époque houillère.
- Dans les zones alpines plus intérieures et sur le versant italien les couches du grès houiller et même celles des schistes cristallins ne paraissent pas avoir été disloquées notablement avant le trias et le terrain jurassique, qui se montrent redressés sous les mêmes inclinaisons que les terrains anciens. La dislocation qui a suivi l’époque houillère a donc été concentrée dans la zone alpine ci-dessus définie, sans s’étendre au S. E. de cette zone. .
- Entre ces deux périodes bien déterminées de dislocations alpines, l’une après le terrain houiller, l’autre pendant la période miocène, se placent les temps secondaires et la première période tertiaire ou éocène. Les Alpes rentrent ici dans les lois ordinaires du reste de l’Europe. C’est une longue ère de repos, sans dislocations violentes, mais avec de lents affaissements ou relèvements de certaines zones, d’où est résulté le dépôt des divers terrains secondaires dans des bassins très-différents. L’ensemble des couches secondaires, du trias à la craie blanche inclusivement, se présente presque partout en stratification parfaitement parallèle. Pendant l’époque crétacée, la mer était rejetée sur la zone des chaînes subalpines actuelles ; il est très-rare de voir les dépôts crétacés déborder, vers l’Est, sur les tranches de couches jurassiques déjà redressées (col du Noyer, en Dévoluy).
- A l’époque éocène, par des affaissements locaux et continus de zones étroites, se formèrent deux longs golfes où se déposèrent les terrains nummulitiques, l’un au versant N. 0., se terminant en pointe étroite aux Déserts, près Chambéry, l’autre de la côte ligurienne au versant Est du Pelvoux et de la chaîne de Bel le donné, venant se terminer un peu au Sud de Moutiers.
- Le fait saillant qui résulte des études de M. Lorv, c’est que les dislocations récentes se sont effectuées suivant les mêmes directions que celles qu’il est encore possible de constater rigoureusement pour les dislocations les plus anciennes : celles-ci, depuis le massif du Pelvoux jusqu’aux Alpes-Bcrnoises, montrent successivement, comme
- directions dominantes des terrains anciens redressés, les. directions N. N. 0. (Valgaudemar, Yallonise), à peu près N. E. (Grandes-Rousses), N. N. E. (chaîne de Belledonne, Mont-Blanc), N. E. et enfin E. N. E. Tout indique que ces diverses directions résultent de dislocations contemporaines et simultanées. De même aussi, dans les chaînes calcaires subalpines, les mêmes changements de directions se produisent en passant du Dévoluy au Vercors, puis au massif de la Chartreuse, aux chaînes crétacées de la Savoie et à celles de la Suisse, affectant toujours de la même manière les couches des terrains crétacés et celles de la mollasse elle-même.
- Les différentes époques de dislocations ne sont donc pas caractérisées, comme le croyait dans le principe Elie de Beaumont, pur des directions différentes ; des directions très-différentes sont au contraire affectées dans nos Alpes par des chaînes qui paraissent n’être que les produits partiels et simultanés d’un même ensemble de dislocations.
- En terminant son importante communication à la réunion des sociétés savantes de la Sorbonne, M. Lory a fait remarquer que les Alpes ne sont pas creuses, mais ont été profondément comprimées dans leur base, d’où les divergences en éventail de leurs sommets. A ce propos M. Le Verrier a rappelé qu’un astronome français avait énoncé que les Pyrénées sont peut-être creuses. M. Ley-meric s’est déclaré opposé à cette opinion et a reconnu qu’elles sont pleines, d’après les coupes complètes qu’offrent leurs vallées. M. Petit avait atfirmé une répulsion du fil à plomb par les Pyrénées. Or les astronomes russes ont trouvé récemment une déviation analogue indiquant, selon eux, des cavités dans le Caucase. Il y aurait, dit M. Le Verrier, à reprendre les expériences de déviation du fil à plomb près des Pyrénées, en raison de ces déterminations incontestables faites sur le Caucase.
- Maurice Girard.
- LES ESTURGEONS
- (Suite et fin. — Voy. p. 91.)
- La pêche des esturgeons est pratiquée en grand, ces poissons étant un objet important de commerce. C’est surtout sur les fleuves de la Russie méridionale et de la Sibérie que cette pêche a lieu ; le grand naturaliste russe Dallas nous a laissé d’intéressants renseignements à cet égard.
- Les Cosaques du Juïk prennent généralement au mois de janvier, avec les crochets, des esturgeons communs et des ichthyocolles. Dès que le temps de la pêche est arrivé, on assemble le peuple avec les cérémonies d’usage; on s’informe si les Cosaques qui ont voyagé pour leurs affaires sont de retour, et quels sont les lieux où l’on a remarqué le plus de poissons ; on fixe ensuite le jour de l’ouverture de la pêche. Chacun a soin de préparer en particulier tous les objets nécessaires à cette pêche; les principaux sont de bons crochets et des perches de différentes grandeurs au bout desquelles on attache des crochets appelés bagors. Avant l’ouverture de la pêche, on distribue des billets munis du sceau de la chan * cellerie à tous les Cosaques enrôlés, mais qui ne
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- LA NATURE.
- jouissent pas de la solde de la garde de la ligne. Le jour de l’ouverture de la pêche, tous ceux qui ont un billet se rassemblent en traîneau avec leurs ustensiles, avant le lever du soleil. L’atteman élu pour présider à cette pêche les passe en revue et examine avec soin s’ils sont pourvus de leurs armes, afin d’être en état de défense en cas d’attaque de la part des Kirguis. Dès que le jour paraît, on donne le signal du départ par la décharge de deux pièces de canon placées hors de la ville. Aussitôt la décharge faite, chacun s’empresse d’arriver au grand galop vers la contrée destinée à la pêche, afin de se rendre maître du lieu le plus avantageux. Chaque Cosaque fait, dans l’endroit où il s’est proposé de pêcher, une petite ouverture ronde dans la glace; puis il se sert de son crochet, le descendant jusqu’au fond de l’eau. Aussitôt que les gros poissons tombent dans les crochets, ils les font baisser; le Cosaque qui les sent, relève promptement son crochet et tire le poisson sur la glace. Chaque homme fait vœu, avant son départ, de donner son premier poisson à l’église, et même plusieurs, si la pêche a été heureuse. Ces pêcheurs ont un singulier préjugé; ils sont persuadés que, si une grenouille vient à tomber dans leurs crochets, il faut renoncer à la pêche, attendu que, quand même ils changeraient de crochet et de place, ils ne prendraient pas le plus petit poisson.
- La seconde pêche importante est celle des esturgeons étoilés ; elle se fait au printemps et au moyen de filets. Chaque pêcheur est seul dans un petit canot. Le filet est double ; on attache des pierres à la partie qui est au fond de l’eau, afin qu’elle ne soit pas entraînée par le courant. Lorsque le Cosaque a jeté son filet en travers du fleuve, il- laisse aller son canot au courant de l’eau sans ramer, de manière que son filet aille toujours au travers devant lui. Les esturgeons étoilés ne trouvent pas de résistance dans la partie du filet qui est à mailles larges ; mais lorsqu’ils sentent l’autre paroi et qu’ils veulent rétrograder, ils s’embarrassent et restent accrochés par les nageoires. L’eau est tellement troublée par le grand nombre de filets et de canots qui se succèdent les uns aux autres, que le poisson qui remonte toujours vers le courant ne voit plus les filets et s’y jette de plus en plus.
- La troisième pêche commence à la fin de septembre ou aux premiers jours d’octobre ; elle se fait avec de grands filets à larges mailles.
- En Sibérie, suivant Pallas, la pêche dure depuis le printempsjusqu’en automne; l’attirail nécessaire consiste dans une corde bien goudronnée de 30 à 40 brasses de longueur, à laquelle on fixe de distance en distance de petites cordelettes garnies chacune d’un hameçon pourvu lui-même, au moyen d’une petite ficelle de crin, d’un morceau d’écorce de tremble qui flotte sur l’eau. On attache des pierres de distance en distance à la corde, qui tient par une extrémité à une ancre de bois ; à l’autre extrémité est un panier qui flotte; le tout est jeté dans les endroits les plus profonds du fleuve. L’ancre va au fond ; la
- corde et les hameçons prennent la direction du fleuve tandis que le panier suit le cours ; les hameçons, soutenus par les morceaux d’écorce de tremble se trouvent entre les deux eaux. Les esturgeons et les sterlets, qui nagent toujours plus vers le fond qu’à la superficie des eaux, restent accrochés aux hameçons. Les pêcheurs font tous les jours la revue de leurs filets, en les soulevant hors de l’eau pour détacher les poissons.
- Le long du Volga, la pêche serait différente, suivant Bloch : « On choisit dans le fleuve un endroit convenable, puis l’on y enfonce une rangée d’arbres ou de pieux, qui traverse une partie du cours d’eau, en forme d’angle obtus, ouvert vers le courant. Après cela on prend des claies, faites de branches d’arbres ou d’osier, et assez larges pour s’étendre depuis le fond jusqu’à la surface. On assujettit ces claies au fond contre les pieux, de manière que le courant les y presse davantage. Cela forme une espèce de parc qui oblige les poissons remontant le fleuve de suivre sa direction, et de chercher une autre issue. Or, dans l’angle du parc est une ouverture d’environ deux ou trois brasses, qui sert d’entrée à une chambre carrée, fermée aussi avec des pieux ou de l’osier, et dans laquelle le poisson se prend.... Dans chaque chambre il y a des choses préparées pour avertir de l’entrée du poisson, et pour aider à le prendre. Aufond est étendu un filet de petites cordes ou une claie d’osier, et ce cadre remplit tout l’espace de la chambre. Aux quatre coins sont assujettis de fortes cordes avec lesquelles on peut lever cette machine par le moyen de deux poulies placées au-dessus des ouvertures. Au-dessous de l’ouverture de la chambre, on a tout près une trappe faite de perches et d’osiers entrelacés, dont on se sert en été, ou un filet monté sur une perche transversale, et qui s’étend devant
- l’ouverture.... Dès que l’on remarque quelques
- mouvements à un morceau de bois qui sert d’avertisseur, on baisse la trappe ; et la chambre se trouvant fermée, on lève la machine mobile qui est au fond, et on amène ainsi tout le poissou qui s’y trouve. Alors on prend les poissons avec^uu crochet, on laisse retomber la machine et on rouvre la chambre pour une nouvelle prise. »
- Aux environ d’Astrakan la pêche se fait en canot et au moyen de grands filets.
- Albert le Grand nous rapporte que de son temps on s’emparait des esturgeons endormis sur le sable en les frappant d’un trident.
- La pêche des esturgeons a pour but la fabrication de l’ichthyocolle ou colle de poisson, que la Russie exporte en quantité considérable. Suivant Pallas, la colle fournie par le sterlet serait la meilleure. Après avoir bien lavé la vessie natatoire on la retourne pour la faire sécher ; on détache alors facilement la membrane interne, la seule en usage ; après un court séjour dans un endroit humide, cette membrane est roulée en forme de serpent ou de cœur; cette sorte, la plus estimée, est connue dans le commerce sous le nom de colle en lyre.
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- La pêche des esturgeons chez les Cosaques du Jaïk, en Sibérie
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- LA NATURE.
- La colle en feuilles s’obtient surtout avec la vessie natatoire du bélionger (Acipenser huso). La vessie est coupée, dans le sens de la longueur, en bandes que l’on fait un peu sécher au soleil. Le feuillet interne étant détaché, on le roule, et les cylindres ainsi obtenus sont foulés dans un tonneau où ils restent pendant quelques heures ; puis on les coupe par bandes larges mais courtes.
- L’emploi dans les arts de la colle d’esturgeon paraît remonter à une haute antiquité; les Grecs et les Latins la connaissaient sous le nom (YIchthyocolle. Belon nous apprend que de son temps « elle servoit aux papetiers, libraires et parcheminiers, et encor à ceulx qui font des instruments de musique, et aux menuisiers qui besongnent de marqueterie. »
- La vessie natatoire n’est pas la seule partie utilisée dans l’esturgeon ; avec la graisse on fait dans les contrées du nord une huile à brûler très-estimée ; la chair entre pour une grande part dans les ressources alimentaires des populations voisines des fleuves où l’on pêche le poisson ; les œufs servent à la fabrication du caviar.
- « Les esturgeons, en effet, nous dit Belon, sont de moult grand revenu en toutes contrées de la terre, mais encor plus en la mer de Pont, qu’en nul autre lieu; car sortants de l’eau salée de la mer, et entrants dedans le lac Méotido, sont pes-chez uoulant aller en la rivière de la ITana. Les pes-cheurs ont leur sel tout prest pour saler les œufs et leur chair, dont ils emplissent de moult grands vaisseaux, pour y auoir proufit. Les œufs ainsi salez, sont nommez en leur vulgaire Cauiari. Et après qu’ils ont salé les esturgeons, et les ont fenduz en long, les pendent à des perches au soleil pour les faire deseicher, afin que chargeant leurs nauires de telle marchandise, et retournez en Grèce, ils les uendent aux habitants. Les esturgeons fraiz sont nommez des Grecs en leur uulgaire Xiriehi, mais salez sont nommés Moronna. Us transportent leur chair salée iusque en Italie, où elle prend le nom de Spinalia ou Schenalia, quasi comme qui diroit de l’eschinee; aussi est-ce de l’escbine de l’esturgeon. Et combien que telle salure nous soit incongneue, si est ce qu’elle est autant uulgaire, comme a nous est le haren, et en Italie la tonine. Mais pour ce que les esturgeons de ce pays la, et aussi ceulx du Pau, n’ont apparence d’écailles, et n’ont la peau rude comme les nostres, et qu’il est défendu aux Juifs de ne manger chose qu’il n’ait d’escaille, ils ne mangent ni moronne ni cauiar d’esturgeon. 11 n’y a que les esturgeons femelles qui facent le caniare ; car les masles ont des laitances. »
- Il y a quatre manières principales de préparer le caviar, dont Pallas a donné la description dans le troisième volume de ses voyages. Cette préparation n’a pas changé depuis la Renaissance ; nous lisons, en effet, dans Aldrovande, qui cite les auteurs antérieurs, que les œufs, mélangés à du sel, du vinaigre et du vin blanc, sont enfermés dans de petits sacs de toile, de telle sorte que
- l’excès de sel et d’eau peut s’écouler ; cette préparation du caviar est encore aujourd’hui la plus estimée. Aldrovande nous apprend aussi que de son temps (1613) l’on préparait deux sortes de caviar, l’un avec les œufs d’esturgeon, l’autre avec les œufs de carpe, celui-ci à l’usage des juifs, à qui il est interdit de se nourrir de poissons n’ayant pas d’écailles. Disons, en passant, qu’il est probable que le condiment que les Romains recherchaient tant sous le nom de garum, était préparé avec des œufs de poissons salés et légèrement fermentés, du cumin, des oignons, de la mente, de la rue, du miel, du vinaigre et de l’huile.
- La chair de l’esturgeon est d’une précieuse ressource alimentaire chez les peuplades de la Russie; suivant Pallas on préférerait les individus pris dans les fleuves à ceux qu’on pêche en mer et ces derniers vaudraient dix pour cent de moins que les autres. Ce n’est pas, du reste, seulement de nos jours que l’esturgeon est recherché comme aliment ; ce poisson fut, à une certaine époque, en grand honneur à Rome.
- Suivant Athénée, en effet, « Archestrate, cet homme qui a mené une vie de Sardanapale, parlant du chien de mer des environs de Rhodes, pense que c’est le même poisson que les Romains appellent Acipenser, et que l’on sert couronné de guirlandes, au son des flûtes, ceux qui le servent ayant aussi des couronnes. » — « Envoyez l’esturgeon aux tables impériales, nous dit Martial dans ses épigrammes, et qu’un morceau si rare soit l’ornement de la table des dieux. »
- Cicéron, dans une de ses plaidoiries, et dans son livre du Bien et du Mal nous parle aussi de l’esturgeon ; le même auteur cite trois vers du satirique Lucilius, trois vers intéressants en ce qu’ils nous font savoir vers quelle époque l’esturgeon fut en honneur sur les tables des grands. Le hérault ou crieur public Gallonius, dont le nom à été conservé jusqu’à nous, grâce à une sorte de célébrité que lui firent ses habitudes de gastronomie, paraît être le premier qui ait vanté les qualités de la chair de l’esturgeon: « 0 Publius, ô gouffre de Gallonius, s’écrie Lucilius, que tu me semblés à plaindre; tu as beau charger ta table de squilles et d’esturgeons énormes, tu n as de ta vie goûté un bon repas. » L’esturgeon n’était guère en faveur alors, et, suivant Horace, la table de Gallonius fut réputée infâme parce qu’il y avait paru de ces poissons : cependant, d’après Pline le naturaliste, l’esturgeon était de son temps un poisson qu’il ne craint pas de qualifier du plus noble de tous. Comme tous les aliments, l’esturgeon fut tantôt très-recherché, tantôt tout à fait dédaigné; peu en honneur sous Trajan, ce poisson est .de nouveau en faveur sous Septime Sevère. Au moyen-âge l’esturgeon est considéré, suivant Rondelet, « comme un poisson fort délicat, de bon é plaisant goult, de bone nourriture é substance. »
- E. Sauvage.
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Pluies anormales de la Suisse orientale. —
- Les journaux ont parlé des terribles inondations survenues au milieu du mois dernier dans la région nord-est de la Suisse. On peut se faire une idée des énormes masses d’eau charriées par le Rhin à la suite d’une série de pluies chaudes et de la rapide fonte des neiges, par ce fait que le lac de Constance s’est élevé de trois mètres au-dessus de son niveau habituel. Nous empruntons à un journal de Zurich quelques données relatives aux pluies tombées jusqu’au jour de sa publication (16 juin). Le savant météorologiste qui les a recueillies, M. Billwiller, constate qu’étant arrivé seulement à la mi-juin, on doit déjà signaler l’année actuelle comme pluvieuse, c’est-à-dire comme une année dans laquelle la quantité de pluie surpasse considérablement la moyenne.
- Entre 1864 et 1875, la moyenne annuelle de l’eau de pluie recueillie à l’Observatoire de Zurich est de 1101mm. Le i'2 juin, à midi, on était déjà arrivé à cette quantité et le 14 au matin, elle s’élevait à 1160“““. Si donc les mois du prochain semestre, dans lequel il tombe d’ordinaire plus de pluie que dans le premier, restaient en arrière de leurs moyennes, éventualité qu’on n’a aucune raison de prévoir, l’année 1876 serait une année pluvieuse peu différente de 1867, qui présente, dans la même période de douze ans, un maximum avec 1525““ d’eau tombée. Le minimum, de 725““, moitié environ du maximum, correspond à l’année 1865, qui a été si favorable à la vigne, et qui a eu un mois de septembre sans aucune pluie (le seul pendant les douze ans). Voici en millimètres les quantités de pluie tombées pendant les premiers mois de 1876 avec les moyennes correspondantes pendant cette
- même période Janvier. Février. Mars. Avril. Mai.
- Moyenne de 12 ans 51 45 71 90 111
- Année 1876 15 191 287 183 170
- Janvier est de beaucoup en arrière de la moyenne
- mais février et mars présentent le quadruple, avril le double et mai dépasse la moyenne de 50 p. c. C’est en juin que l’abondance de la pluie est extrême. Du 8 au soir jusqu’à la matinée du 14, elle est de 314““, quantité qui n’a pas été atteinte depuis 12 ans par un mois entier comme on le voit par le tableau suivant des maxima mensuels :
- 1866 août 244““ï
- 1867 juin 222 1869 août 235 1870octobre216
- 1872 mai 258 1872 août 230 1874 juillet 204 1876 mars 287-
- Ajoutons que sur la carte synoptique de l’Observatoire de Hambourg, correspondante au vendredi 9 juin, on voit une dépression barométrique qui se maintient sur l’Europe centrale en diminuant progressivement jusqu’au 13, époque de sa dissolution complète. Les vapeurs que les vents amenèrent pendant ce temps sur la terrasse septentrionale des Alpes durent s’élever dans les régions supérieurs de l’atmosphère et donner lieu par leur rapide refroidissement à l’énorme précipitation constatée, analogue à celle qui causa l’année dernière, à la même époque, l’inondation du bassin de la Garonne.
- F. Zurcher.
- Cartes photographiées. — M. Baden-Pritchard, du laboratoire royal de Woolwich, a perfectionné, à la suite d’une mission qui l’avait conduit à Paris, une invention
- au moyen de laquelle il fabrique de petites cartes photographiées, destinées à être mises entre les mains des officiers, en temps de guerre. Les cartes, réduites à un petit format, peuvent être aisément grossies au moyen d’un instrument assez petit pour que les officiers puissent le mettre en poche. Ces cartes sont photographiées sur des plaques enduites de glycérine blanche. La glycérine est rendue plus foncée avec de l’alun, et lavée ensuite avec du collodion et de l’huile de ricin. Les plus grandes cartes ont 6 pouces carrés ; 50 ou 60 d’entre elles forment un cahier n’ayant pas plus d’un demi-pouce d’épaisseur. Les officiers seront munis d’un instrument renfermant une chambre noire pouvant s’aplatir (ou se plier). On peut, au besoin, y glisser les photographies, qui seront ensuite examinées comme les plaques stéréoscopiques transparentes. Très probablement le ministère de la guerre fera avant peu de nombreuses commandes de cet appareil. (Iron.)
- Un gorille d'Afrique en Angleterre. — Un
- jeune gorille vivant a été amené récemment à Liverpool par l’expédition de la société africaine d’Allemagne, à bord du bâtiment à vapeur Loanda qui arrive de la côte occidentale d’Afrique. Cet animal est un jeune mâle dans un état de santé excellent; il mesure près de trois pieds de haut. Il n’était jamais venu en Angleterre qu’un autre spécimen vivant de cette espèce. Dans l’hiver de 1855 à 1856, une jeune gorille, de beaucoup plus petite taille, avait été exposée à Liverpool et dans d’autres villes. Elle est morte en mars 1856 et a été envoyée à M. Walton qui en a conservé la peau pour sa collection et qui a donné le squelette au musée de Leeds. Tous les essais faits depuis pour apporter des gorilles vivants en Angleterre ont été infructueux. Le gorille de la société africaine d’Allemagne va bientôt être conduit à Berlin. Il a été déjà l’objet de quelques observations curieuses. Je l’ai vu, dit M. Th. Moore, directeur du Musée de Liverpool, dans une lettre adressée au Times, se promener en liberté à travers le salon de l’hôtel Alexandra, tantôt regardant par les fenêtres avec une gravité étonnante, tantôt se retournant pour examiner un nouvel arrivant et lui faire quelque tour, lui mordre en jouant les mollets, lui tirer la barbe, ce qui parait être son jeu favori, le prendre dans ses bras, examiner son chapeau ou son parapluie. Quand il devient par trop indiscret, un petit coup appliqué sur l’oreille, comme à un enfant, suffit pour le Tamener à l’ordre. L’expédition possède ce gorille depuis huit mois et demi; il a grandi d’environ six pouces pendant ce temps, et l’on suppose qu’il est âgé de deux à trois ans.
- Astuce des singes. — Un Français, établi depuis quinze ans dans la République transwaalienne, où il a établi diverses plantations, nous raconte le fait suivant qu’aucun naturaliste n’a encore rapporté. Les plantations de café sont très-exposées aux dévastations des grands singes cynocéphales, Entre les caféiers se trouve un arbuste dont nous n’avons pu savoir le nom scientifique, et qui porte ses fruits fort rapprochés du tronc. Une espèce de guêpes, dont la piqûre est très-douloureuse, avait choisi plusieurs de ces arbustes pour y attacher ses nids, et les Babouins avaient été souvent vus jetant des regards d’envie sur les fruits sans oser y toucher par crainte des aiguillons. Un beau matin notre planteur entendit des cris terribles, et, au moyen d’une bonne paire de jumelles, fut témoin de la scène suivante : un gros vénérable Babouin, chef de la bande, saisissait de jeunes singes et les lançait dans l’arbuste, et cela à plusieurs reprises malgré tous les cris et gémissements. Le choc faisait tomber les nids de
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- LA NATURE.
- guêpes, qui s’acharnaient après la victime, et pendant ce temps le vieux malin allait tranquillement se repaître des fruits, dont il daignait jeter les restants aux femelles et aux jeunes restés en bas.
- (Chronique de la Société d'acclimatation.)
- REVUE DE L’ÉTRANGER. — Ventilateurs.— Le 5 juin 1874, disent les journaux anglais, fonctionna, pour la première fois, la nouvelle machine à air de la Chambre des communes. Au moyen de cet appareil, la salle des Communes peut recevoir, par minute, de 60 à 90,000 gallons (de 270,000 à 405,000 litres) d’air, rafraîchi au degré voulu, et six minutes suffisent pour renouveler tout l’air de l’intcrieur de l’édifice.
- — Production de la houille dans les îles Britanniques. — En 1873, les îles Britanniques exportèrent 12,617,566 tonnes de houille, valeur 529,712,775 francs. 1/5 fut pour la France ; 1/8 pour l’Allemagne ; 1/16 pour l’Italie ; 1/20 pour la Russie; 1/21 pour le Danemark; 1/22 pour la Suède; 1/22 pour l’Égypte ; 1/30 pour le Brésil, etc. La consommation des îles Britanniques elles-mêmes fut égale à peu près à l'exportation. (Globe of London.)
- — Tir. rapport, fait au Parlement britannique en 1874, constatait que e Royaume-Uni renfermait 69,982 aliénés (pauper lunatics), entretenus aux frais de l’État. Quant aux riches qui ne jouissent pas de l’usage de leurs facultés mentales, il n’en était pas question dans ce document.
- — Parmi les Aborigènes ou Peaux-rouges des États-Unis, les uns, tels que les Cherakees, se civilisent et finiront par se fondre avec les Blancs, les autres s’éloignent ou se rapprochent des extrémités de l’Union, en se livrant à des hostilités ou des actes de brigandage qui aboutiront à leur extermination, car ils ne sont pas même un contre cent, et, s’ils ont des fusils perfectionnés, ils manquent de canons. Au nombre de ceux qui se civilisent, les journaux américains citaient, en 1874, un Cherakees, M. William Adair, qui a été reçu avocat à la Ilaute-Cour des comptes des États-Unis.— Il y a déjà quelques années, disent les journaux de l’Australie, qu’est décédé le dernier échantillon des Aborigènes de la Tasmanie ou Terre de Van Diemen. Quant aux indigènes de l’Australie, la faim, l’abus de liqueurs fortes, la haine de travail, etc., les auront fait disparaître’ probablement avant la fin de ce siècle. — De 1856 à 1872, le nombre des Maories ou indigènes de la Nouvelle-Zélande a baissé de 53,700 à 36,359, tandis que celui des immigrants anglais s’élevait, en 4874, à plus de 100,000. Faut-il, dit un journal anglais, que la colonisation britannique aboutisse presque uniformément à l’extinction de la race aborigène,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du il juillet 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Pinis.
- Vins fuchsines. — Déjà nous avons dit, d’après M. Jac-queinain, comment on peut reconnaître avec un brin de laine blanche, qui s’y teint, si un vin donné a été artificiellement coloré à l’aide de la fuchsine. M. Ilusson, qui traite aujourd’hui d’une question analogue, cherche si le rouge d’aniline peut rendre toxique le liquide alcoolique auquel il est mêlé. Sa conclusion est que sans qu’il en résulte d’ailleurs d’action bien préjudiciable à la santé, les animaux soumis au régime fuchsine se sont montrés atteints d’une dégénérescence biliaire ; le liquide de la vésicule du foie avait pris une couleur toute spéciale et qu’on y constatait une concentration considérable du liquide assimilé.
- Transformation du sucre. — D’après les analyses très-précises de M. Aimé Girard, on constate en général que beaucoup de sucre de canne se transforme en sucre réducteur pendant le cours des opérations du raffinage. S’il
- y a une quantité notable de glucose en mélange avec le lenthodose, ce glucose devient la cause d’une création de glucose nouveau. Dans'ces conditions, 36 heures d’ébullition peuvent donner la quantité de glucose primitif et l’on sait combien certaines opérations, bien indifférentes à première vue, arrivent à fausser complètement les résultats d’un essai saccharimétrique.
- Le nickel d'Espagne. — A côté du minerai nickeli-fère originaire de la Nouvelle-Calédonie dont nous parlions l’autre jour, il est intéressant de citer avec M. Mes-sonnier le minérai récemment découvert dans la province de Malaga, en Espagne, et qui semble avoir avec le premier les plus intimes analogies. Ici comme là le soufre ét l’arsenic brillent par leur absence et l’on se trouve en présence d’un double silicate de soufre et de magnésie. Le traitement est donc le même et les mines espagnoles contribueront sans doute à populariser l’emploi d’un métal que les premières qualités désignent certainement par une foule d’usages où le fer laisse à désirer.
- Qualités sonores des métaux. — C’est le titre d’un travail dans lequel M. Decharme compare au point de vue des sons qu’elles peuvent rendre, des places de dimensions égales en titres par des métaux et des alliages très-variés. La conclusion est que, toutes choses égales, le plomb donnant 6 )0 vibrations, l’aluminium en exécute 2762. Entre ces deux extrêmes se distribuent toutes les autres substances étudiées : l’acier, le fer et le cuivre se rangeront du côté de l’aluminium, tandis que l’or, l’argent, l’antimoine et l’étain se rapprochent davantage du plomb. Pour la durée des sons émis des différences analogues peuvent être notées : le plomb rentre dans le silence après 3/10 de seconde tandis que l’acier vibre encore après 45 secondes.
- lodure d'amidon. — Il est de falsification ordinaire d’inlroduire de la fécule dans le beurre. M Richot s’est aperçu que dans ce cas l’iode devient impropre à révéler la matière amylacée. Il suffit d’une faible quantité de substance albuminoïde pour que l’iodure d’amidon refuse de révéler une belle couleur bleue. Les chimistes chargés d’expertiser devront noter cette intéressante particularité.
- Phylloxéra. — Après avoir, bien mérité de la science par ses belles études physiologiques sur le redoutable ennemi de nos vignobles, M. Balbiani couronne son œuvre par une découverte véritablement consolante. Elle consiste en ce que le phylloxéra une fois passé des feuilles sur les racines,, est fatalement voué à une extinction spontanée. En effet, à chacune des générations d’origine parthénogé-nétique auxquelles il donne lieu, les femelles montrent une fécondité de moins en moins grande. 11 résulte de là que l’on détruit le parasite des feuilles, relativement mal protégé ; on se rendra par cela même maître du fléau sans l’aller attaquer dans ses retranchements souterrains.
- En même temps que ce mémoire, l’Académie en reçoit un de M. Mouillefert où il est démontré que les sulfocar-bonates de soude et de baryte sont tout aussi antiphylloxé-riques que le sel correspondant à base de potasse.
- Présentation. — M. Schutzenberger, actuellement directeur du Laboratoire de chimie de la Sorbonne, est présenté en première ligne pour la chaire laissée vacante, au Collège de France, par le décès de M. Balard. M. Cernez est présenté en seconde ligne. Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissasdiep.
- Typographie Laliure, rua do Fleurus, 9, à l'aris.
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- N° 05. — 29 JUILLET 1876.
- LA NATURE.
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- LA COLLECTION ETHNOGRAPHIQUE
- DE M. VAN K1NSBERGEN, AU MUSÉUM DE PARIS.
- I/établissement des Hollandais dans l’archipel Indien, après avoir constitué pendant longtemps un
- obstacle des plus sérieux au perfectionnement des connaissances humaines dans cette partie de l’Océanie, est devenu au contraire depuis moins d’un siècle un instrument de progrès pour la géographie, l’ethnographie, etc. Le temps n’est plus où les agents des Provinces-Unies avaient mandat, de dissimuler de leur mieux aux étrangers tout ce qui pouvait les ins-
- Groupc d'enfants malais. (D'après une photographie de M. Van Knishergen.)
- truire de la configuration, des ressources variées, des institutions, des mœurs, etc., des établissements de la Sonde ou des Moluques. Les Hollandais coloniaux rivalisent au contraire de zèle dans la divulgation * de tout ce qui intéresse les seiencçs géographiques, et le gouvernement prend aujourd’hui une large part à ce mouvement.
- Aux écrits des Sociétés savantes et des parti cu-
- 4e aunée. — 2* semestre.
- liers, fort nombreux et pleins d’intérêt, l’État Néerlandais joint de remarquables publications officielles, parmi lesquelles nous devons citer les belles cartes de l’Institut topographique et le splendide atlas du Boerô Boudour, que l’on a pu admirer l’an dernier à l’Exposition du congrès de Géographie. La confection de ce dernier travail a même provoqué la création d’un emploi d’ « ins-
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- LA NATURE.
- pecteur et photographe du gouvernement pour les monuments antiques de Java », emploi confié à un artiste des plus habiles qui, après nous avoir fait connaître les magnificences de l’architecture indienne de cette grande île, se donne aujourd’hui la tâche de recueillir les meilleurs matériaux pour une ethnographie des îles de la Sonde. L’exposition, à laquelle nous faisions tout à l’heure allusion, renfermait un certain nombre de photographies représentant des types malais et autres, et dont MM. Voûte et Meissen nous montraient les meilleures. La collection Van Kinsbergen, dont une partie vient d’être offerte par son auteur au Muséum d’histoire naturelle, est peut-être plus remarquable encore.
- Les insulaires de Java,deMadilra et de Bali y sont représentés par un grand nombre de sujets, parmi lesquels ceux de cette dernière île présentent un intérêt tout spécial. C’est, à Bali, en effet, que le type javanais s’est le mieux conservé. Pendant la guerre de Modjopaït, les bouddhistes de Java, qui n’ont pas voulu se convertir à l’islamisme, se sont réfugiés à Bali, et leurs descendants y ont conservé la prépondérance. La race n’est pas homogène, ses caractères sont susceptibles de grandes variations, mais l’influence du sang indou y est plus manifeste que partout ailleurs dans la Sonde, et se traduit par une prestance plus noble, une taille et des proportions plus avantageuses, une physionomie surtout, dont les traits se rapprochent dans quelques cas, de la manière la plus frappante, de celle des castes supérieures de la presqu’île cisgangétique. M. Van Kinsbergen a photographié le radja de Bali, une'partie de sa famille et plusieurs nobles de la caste des Idas ; presque tous ces personnages présentent à un haut degré les apparences extérieures qui viennent d’être signalées. Deux des femmes du roi font cependant exception et se rapprochent plutôt du type populaire représenté dans la collection par des personnages assez divers. Un scribe avec sa feuille de papyrus qu’il grave du stylet, des gladiateurs armés d’énormes coutelas et vêtus de costumes à carreaux et à raies du plus singulier effet, une bayadère coiffée d’un énorme chapeau de fleurs, deux comédiens, enfin, bizarrement costumés de vêtements moitié blancs moitié bigarrés, et la tète couverte d’une étrange mitre en coton décorée de fleurs.-Tout ce monde de basse classe a la physionomie malaise, comme presque tous les types de Java reproduits par M.- Van Kinsbergen.
- Ici l’influence du sang indou, qui se manifeste parfois encore, apparaît de plus en plus rare, et si le célèbre peintre javanais, le Raden Saleb, qui fut élève d’IIorace Vernet, semble devoir à ce mélange la supériorité de son talent d’imitation, l’empereur de Solo, photographié comme le Raden par M. Van Kinsbergen, se montre sous les traits d’un véritable Malais. La famille du sultan de Djokjokarta offre plusieurs figures d’un type plus élevé ; quelques-unes des beautés qu’elle compte sont même assez remarquables, mais elles portent toutes à un haut degré l’empreinte malaise. La perle de Java, la belle Raden
- Aïou, femme du régent de Bagelen, est elle-même de race malaise pure ; elle en offre dans son visage arrondis tous les traits adoucis et comme estompés.
- Les types populaires javanais sont largement représentés dans la collection Van Kinsbergen. Voici les gardes de nuit dans leur guérite, avec le bambou creux qui sert à donner l’alarme, et la longue fourche destinée à saisir les coureurs d’amok; les topeng, chanteuses et danseuses publiques; les musiciens en plein vent; le restaurateur ambulant ; les marchands d'herbes Préangers, sorte de Malais demi-sauvages; le prêtre musulman, accompagné de son
- bedeau.... enfin quelques intérieurs de Malais de
- Batavia, parmi lesquels se remarque la jolie scène enfantine qui accompagne ce court article.
- 11 nous resterait à dire quelques mots des photographies de Madura. Le peuple Madlirais offre, suivant M. Grandidier, cet intérêt particulier d’être de toutes les populations de la Sonde celui qui ressemble le plus aux Ilovas; Malais émigrés qui dominent à Madagascar. Les personnages que M. Van Kinsbergen a groupés autour du Pahanbehan, ou sultan de l’île, présentent, en effet, une apparence extérieure qui ne dément en aucune façon l’opinion qui vient d’être rappelée. Ils sont d’ailleurs remarquables par, l’uniformité de leur type, à quelque classe qu’ils appartiennent, grands officiers ou simples serviteurs. On ne rencontre plus ici les variations qui nous frappaient tant tout à l’heure, et qui s’expliquaient par un mélange qui, à Madura, ne semble avoir laissé aucune trace.
- Tels sont, aussi sommairement exposés que possible, les renseignements ethnologiques que peut donner un examen rapide de la collection dont M. Van Kinsbergen vient d’enrichir notre Muséum. Il nous resterait à signaler l’habileté avec laquelle les épreuves qui la composent ont été exécutées, le goût qui a présidé à la mise en scène, l’heureuse disposition des groupes, la bonne attitude donnée, aux individus qui les composent, etc., etc. Ces qualités font de la série photographique de l’artiste de Batavia une des plus agréables- <et des plus artistiques qui aient été formées jusqu’ici pour un Musée ethnographique. 1 E. T. Hamy
- - • LES
- PROPRIÉTÉS OPTIQUES DE L’ATMOSPHÈRE
- DANS LEURS RAPPORTS
- AVEC LA PUTRÉFACTION ET l’iNFECTION.
- LES GERMES DE l’AIR.
- (Suite et fin. — Voy. p. 117.)
- Quoique je n’aie aucune raison de douter de la diffusion générale des germes dans l’atmosphère, je . pense qu’il est désirable que ce point soit mis hors de doute. A Davon, M. Darwin, M. Francis Darwin; à High Ehus, sir John Lubbock; à Sherwood, près
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- LA NATURE.
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- Tunbridge Wels, M. Siemens ; à Pembroke Lodge, Richmond Park, M. Rollo Russell; à Heathlield Park, MM. Hamilton ; à l’hôpital de Greenwich, M. Hirst; à Kew, le docteur Iloocker; au Palais de Cristal, M. Price, ont bien voulu se charger de surveiller des infusions qui toutes se sont trouvées chargées d’organismes. Pour approfondir davantage cette question de la diffusion des germes atmosphériques, un plateau en bois carré fut percé de 100 trous dans chacun desquels on adapta un tube. Le 23 octobre, trente de ces tubes furent remplis d’une infusion de foin, trente-cinq d’une infusion de turneps, et trente-cinq d’une infusion de bœuf. Les tubes, avec leurs infusions, avaient été préalablement soumis à l’ébullition, dix à la fois, dans un bain d’huile. Cent cercles furent tracés sur une feuille de papier de façon à figurer une carte du plateau, et, tous les jours, l’état de chaque tube était enregistré sur son cercle correspondant. Dans la description qui suit, le terme nuageux est employé pour marquer le premier degré de trouble, sensible mais non prononcé. Le mot boueux est employé pour marquer un trouble épais. Le premier tube qui devint trouble appartenait au groupe du bœuf, et se trouvait d’un jour entier en avance sur les autres tubes. Le progrès de la putréfaction fut enregistré pour la première fois le 26 octobre et la description de la carte de ce jour peut être ainsi relevée. (Voir les diagrammes ci-joints.)
- Foin. — Sur les trente échantillons observés, l’un devint boueux ; c’était, le septième de la rangée du milieu à partir du côté du plateau le plus rapproché du poêle. Entre celui-ci et le poêle six tubes restèrent parfaitement limpides. Cela prouvait que les différences de température peuvent avoir moins d’influence que d’autres causes. Tous les autres tubes contenant de l’infusion de foin montraient des traces de moisissure sur le liquide clair.
- Turneps. — Sur les trente-cinq tubes, quatre étaient très-boueux ; deux d’entre eux se trouvaient dans la rangée rapprochée de la cheminée, l’un était quatre rangs plus loin et l’autre sept rangs en avant. Outre ces tubes, il y en avait six qui se trouvaient nuageux, mais ne montraient pas de moisissures.
- Bœuf. — L’un des trente-cinq tubes était très-boueux, dans la septième rangée à partir du poêle. Trois tubes étaient nuageux, et sept montraient des traces de moisissure.
- En général, les infusions organiques exposées .à 1 air pendant l’automne restent parfaitement limpides deux jours de plus. Sans nul doute des germes y tombent tout d’abord, mais leur incubation exige un certain temps. Cette période de limpidité pourrait être dite d'état latent, et, en effet, elle correspond exactement a ce que nous appelons du même nom en médecine. Vers la fin de cette période, la dégénérescence en un état morbide est comparativement soudaine; l’infusion prend, dans quelques heures, une couleur plus ou moins nuageuse.
- Ainsi le tube confié à M. Darwin était, le 19 octobre, clair à 8 h. 30 du matin, trouble à 4 h. 30 du soir. Sept heures après le premier enregistrement de notre plateau de tubes, il s’était produit un changement prononcé. On peut le décrire ainsi : au lieu d’un tube, huit renfermant de l’infusion de foin étaient devenus complètement boueux. Vingt de ces tubes avaient produit un dépôt contenant des bactéries, et chaque tube contenant des bactéries était recouvert de moisissure. Trois tubes seulement demeuraient limpides, mais des moisissures se montraient à leurs surfaces.
- Les tubes boueux d’infusion de turneps, d’abord au nombre de quatre, se trouvaient au nombre de dix ; sept tubes étaient nuageux, dix-huit restaient limpides, laissant apparaître çà et là quelques taches de moisissures à la surface. Six tubes d’infusion de bœuf étaient nuageux; l’un d’eux était très-boueux, et dans la plupart des autres il y avait des traces de moisissure. Quinze heures après cette observation, c’est-à-dire dans la matinée du 27 octobre, tous les tubes contenant de l’infusion de foin étaient altérés, bien qu’à divers degrés ; les uns étaient plus troubles que les autres. Trois tubes d’infusion de turneps restaient seuls intacts dans toute cette série, et deux de ces derniers portaient de la moisissure à leurs surfaces. Un seul seulement des trente-cinq tubes d’infusion de bœuf restait intact, il faut ajouter que dans celui des tubes qui s’altéra le premier un phénomène particulier avait eu lieu. Le dépôt boueux de ce tube, après être resté gris pendant un jour, devint d’un jaune verdâtre et garda cette couleur jusqu’à la fin. Le 27 les cent tubes étaient tous atteints ; dans la plupart l’état boueux était le même. Quelques-uns cependant, moisis à la surface, chargés de dépôt à la partie inférieure, contenaient un liquide intermédiaire assez limpide. Les différentes phases de 1 altération suivirent une marche semblable a celle de l’épidémie qui se propage dans une population, les attaques étant successives avec différents degrés d’intensité.
- D’après la manière irrégulière suivant laquelle les tubes sont attaqués, nous pouvons conclure que sous le rapport de la quantité, la distribution des germes dans l’air n’est pas uniforme. En outre, cette singularité d’un seul tube sur cent qui se distingue par des bactéries particulières, développant une couleur verte, fait aussi voir que sous le rapport de la qualité, la distribution n’offre pas plus d’uniformité. La même absence d’uniformité se manifeste dans la lutte pour l’existence entre la bactérie et le pénicillium. Dans certains tubes, la première triomphait ; dans d’autres, au contraire, c’est le dernier qui a le dessus. Il semblerait aussi qu’il n’y ait pas plus d’uniformité en ce qui concerne la vigueur vitale. Avec des infusions exactement pareilles les mouvements des bactéries dans quelques tubes étaient excessivement lents, dans quelques autres ils ressemblaient à une pluie de projectiles ; ces mouvements étaient si violents, si ranidés, que l’œil les
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- suivait avec peine. En réfléchissant sur l’ensemble de ces faits, je puis conclure que les germes flottent dans l’atmosphère par groupes ou nuées, séparées entre elles par des espaces plus ou moins remplis. Le contact d’un nuage bactérien et d’un liquide favorable doit naturellement produire un effet différent que le contact de ce même liquide avec un espace intermédiaire. Mais, comme dans le cas d’un ciel mamelonné, les différentes parties d’une région sont successivement visitées par l'ombre, à la longue, les différents tubes de notre plateau sont successivement touchés par les nuées de bactéries, et la fécondation ou l’infection de tous doit être le résultat final. Ces résultats se rattachent aux
- expériences de M. Pasteur sur la non-continuité de la cause de la génération dite spontanée, ainsi qu’à d’autres expériences qui me sont propres1.
- Le 9 novembre, un second plateau, qui contenait cent tubes remplis d’une infusion de mouton furent exposés à l’air. Au matin du 11 du même mois, six des dix'tubes les plus rapprochés du poêle commencèrent de se putréfier. Trois des rangées les plus éloignées du foyer n’avaient pas résisté davantage, et çà et là sur le plateau, des tubes isolés s’étaient montrés atteints de putréfation. Sur les cent tubes que contenait le plateau, vingt-sept étaient ou boueux ou troublés le 11. C’est évidemment ainsi que, dans une atmosphère contagieuse, les individus se trou-
- 26 Octobre (Après-midi) 26 Octobre ( 7 !?. soir )
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- Moisissures Boueux Nuageux
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- Moisissures Nuageux Boueux Dépôt Moisissure et dépôt Limpide
- Diagrammes représentant, en plan, l’état des tubes à infusion de M. Tyudall, du 26 octobre 187o, après midi, au même jour à 7 ii.
- vent successivement frappés. Le 12, tous les tubes étaient infectés, mais les différences de leurs contenus étaient extraordinaires. Tous contenaient des bactéries, quelques uns en petit nombre, d’autres en fourmillaient. Dans quelques tubes, les mouvements étaient faibles, languissants, dans quelques autres, ils étaient nuis en apparence, tandis que dans d’autres les bactéries s’élançaient de tous les côtés, rampaient vigoureusement. Ces différences peuvent être attribuées à des changements qui affectent la matière des germes, car l’infusion, exposée à l’air, était partout la même. Ici encore nous avons une image de ce qui arrive dans une épidémie, la différence du nombre et de l’énergie des essaims bactériels ressemble à l’intensité variable de la maladie. Cela
- prouve jusqu'à l’évidence que de deux individus de la même population, exposés à une atmosphère con-
- * Quand on ouvre une plaie au passage d’un nuage bactérien, l’effet doit être bien différent que si l’ouverture a lieu au moment où passe l’espace compris entre de tels nuages. On expliquerait ainsi certains phénomènes capricieux qui se produisent durant le pansement des plaies. Sous ce titre : Rien de nouveau sous le soleil, le professeur Huxley vient de m’envoyer, tout récemment, le remarquable extrait que voici : « L’on peut d’ailleurs se figurer comme des nuées les animalcules qui flottent dans l’atmosphère, nuées auxquelles succèdent des masses d’air ne contenant absolument rien , et même avec une persistance qui dure des jours entiers. » (Ehrenberg, Animalcules d’infusion, 1838, p. 525). La coïncidence des termes est surprenante , car je ne sais rien de la théorie d’Ehrenberg. Mes nuées ne sont, en tout cas, que des diminutifs des siennes.
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- FOIN TURNEPS BŒUF
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- tagieuse, l’un peut être gravement atteint, et l’autre légèrement, bien que ces deux individus soient également susceptibles d’être infectés, comme deux échantillons différents d’une même infusion de mouton.
- Le parallélisme de ces actions avec le progrès d’une maladie pestilentielle peut être poussé plus loin encore.
- Le Times du 17 janvier contenait une lettre remarquable sur la fièvre typhoïde ; elle était signée M. D.; on y trouve le fait suivant: « Dans une partie de la ville ( Edimbourg ), qui renferme une agglomération de population des classes les plus misérables, il y a, suivant le rapport
- de la municipalité pour 1874, au moins 319 maisons ou habitations — plusieurs d’un seul étage d’après le système à niveau, — dans lesquelles il n’existe pas de communications avec les égouts de la rue, et conséquemment pas de water-closets. Encore aujourd’hui, les excréments et les ordures sont amassés dans des baquets qui restent dans l’habitation jusqu’au lendemain où ils sont portés dans la rue et vidés dans les tombereaux de la municipalité. Malgré l’ivrognerie et le vice de cette population, aussi dense qu’un troupeau de moutons dans une bergerie, au milieu de ces ordures conservées durant vingt-quatre heures ; jamais, chose remarquable, un cas de fièvre typhoïde ni de dyphtérie ne s’est produit :
- 27 Octobre ( 6h30 soir j
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- Boueux Nuageux Verdâtre
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- Dépôt Dépôt et moisissures limpide
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- Boueux Verdâtre Trouble et dépôt
- Diagrammes représentant l’état des mêmes tubes à infusion du 27 au 29 octobre 1875.
- ces maladies sont absolument inconnues dans ces ignobles taudis. »
- Le cas offre de l’analogie avec l’expérience suivante, caractéristique d’une certaine certaine classe de phénomènes. Le 30 novembre, une certaine quantité de détritus animaux, bœuf, poisson, lapin, lièvre, fut placée dans deux grandes éprouvettes, dont les ouvertures communiquaient avec une cloche qui contenait six tubes. Le 13 décembre, alors que ces détritus étaient dans un état de putréfaction infecte, on mit dans les quatre autres tubes des infusions de merlan, de turneps, de bœuf, de mouton. On les soumit à l’ébullition, puis on les abandonna à l’action des émanations putrides des deux tubes. Ces infusions étaient encore limpides à Noël. L’extrémité de la pipette fut alors plongée
- dans l’un des tubes putrides, et une quantité de matière aussi peu considérable que celle du vaccin pris au bout d’une lancette, fut transportée dans l’infusion de turneps, qui ne s’altéra point sensiblement sur le moment. Mais le 26, le trouble se manifesta partout. Le 27, un point de l’infusion de turneps infectée fut transportée sur le merlan, et le 28 celui-ci fut entièrement attaqué. Les tubes du mouton et du bœuf restèrent jusque là limpides comme de l’eau distillée, exactement comme dans le cas des hommes et des femmes qui vivent à Edimbourg. Aucune quantité de gaz fétide n’a le pouvoir de propager la peste, tant que les organismes constituant la vraie contagion ne sont point accessibles aux infusions.
- La prédominance dans l’eau de la matière germi-
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- nale des bactéries a été démontrée jusqu’à la dernière évidence par les expériences du docteur Surdon Sauder son1. Mais, quant à la promptitude du développement, les germes qui sont dans l’eau se trouvent dans une condition bien différente de celle des germes qui sont dans l’air. Dans l’eau, ces germes sont humides prêts à être transformés rapidement en organismes complets. Dans l’air, ces germes sont plus ou moins desséchés ; ils exigent une période de préparation plus ou moins longue pour arriver au point de départ des germes aquatiques.
- La rapidité du mouvement d’une infusion infestée soit par une tache liquide contenant des bactéries, soit par une goutte d’eau, est extraordinaire. Le 4 janvier, un lil en verre, presque de la ténuité d’un cheveu, fut plongé dans une infusion nuageuse de turneps, et l’extrémité de ce lil fut seulement introduite dans une grande éprouvette contenant une infusion de rouget. Après douze heures le liquide était devenu complètement trouble. Une seconde éprouvette, contenant la même infusion fut infestée avec une seule goutte d’eau distillée fournie par MM. Ilopkin et Williams. Douze heures su Dirent pour ternir l’infusion ainsi traitée. Les mêmes expériences furent faites de la même façon avec du hareng et donnèrent le même résultat. Dans cette saison de l’année il faut plusieurs jours d’exposition à l’air pour produire un effet semblable. Le 51 décembre, une infusion concentrée de turneps fut préparée en faisant digérer de minces tranches du légume dans de l’eau distillée à la température de 48°,8 centigrades. L’infusion fut divisée dans quatre grandes éprouvettes; l’une de ces éprouvettes ne fut point soumise à l'ébullition, une autre y fut soumise pendant cinq minutes ; les deux éprouvettes qui restaient, après ébullition, furent d’abord refroidies, puis infestées d’une goutte d’infusion de bœuf contenant des bactéries. Le tube qui n’avait pas été soumis à l'ébullition et les deux tubes infestés devinrent nuageux vingt-quatre heures après, et, le plus trouble des trois était le premier tube. L’infusion de turneps, était dans un état de transparence exceptionnelle, et son inspection au microscope n’y avait pas révélé la moindre trace de bactérie vivante. Il s’y trouvait donc des germes au repos qui, convenablement nourris, donnèrent naissance, en une seule journée, à des légions bactériennes. Cinq jours n’avaient pas suffi pour produire un effet approximativement égal à celui-ci dans le tube qui n’avait pas été soumis à l’ébullition, et qui, sans avoir été infesté, était seulement resté exposé à l’air ordinaire du laboratoire.
- On ne saurait mettre en doute que les germes de l’air diffèrent entre eux par leur préparation au développement. Les uns sont jeunes -, les autres vieux; les uns secs, les autres humides. Infestée
- 1 M. Tyndall a reconnu que dans l’eau la plus pure, dans celle qui provient de la fusion de la glace, il y a des germes, l/appareil employé à cet effet est représenté précédemment, p. l‘21.
- par de tels germes, la même infusion exige un espace de temps différent pour développer la vie bactérienne. Cette remarque s’applique aux épidémies ; elle explique les différents degrés de rapidité avec lesquelles elles sévissent sur les différents membres d’une population. Chez les uns la période d’incubation, si on peut l’appeler ainsi, est longue ; chez les autres elle est courte ; les différences dépendent des degrés différents de préparation des éléments de la contagion.
- C’est avec une véritable satisfaction que je mentionnerai, en terminant, la patience, l’habileté de main, la sagacité, la justesse de vue, de parole et d’action dont a fait preuve, pendant toute la durée de recherches si considérables et si compliquées, M. John Cottrell, mon préparateur, secondé avec zèle par son jeune collègue, M. Frank Valter.
- J. Tyndall.
- L’AXIS
- De tous les cerfs qui vivent en captivité dans nos ménageries, dans nos parcs et dans nos jardins publics, l’axis est certainement l’un des plus remarquables par l’élégance de ses formes et la beauté de son pelage. Par les proportions du corps et la distribution des couleurs, il ressemble extrêmement au daim commun d’Europe, avec lequel on l’a fréquemment comparé : les analogies sont même tellement étroites entre les femelles des deux espèces qu’en été, c’est à peine si l’on parvient à les distinguer. Chez les mâles, au contraire, les bois fournissent toujours des caractères qu’il est impossible de méconnaître. Dans l’axis, en effet, ces organes affectent la forme d’une lyre ; ils s’élèvent d’abord presque verticalement, se recourbent ensuite légèrement en arrière, puis en dehors et en haut, et se rapprochent un peu à leurs extrémités supérieures. L’andouiller inférieur ou andouilier d’œil (*) qui naît tout près de la base du bois, sur la face antérieure se dirige en avant, et se relève en divergeant faiblement à la pointe, tandis que l’andouiller supérieur, qui forme l’enfourchure et qui prend son origine vers le milieu de la lige, regarde en haut et en arrière. Enfin la tige est cylindrique et rugueuse, au lieu d’être aplatie et pourvue de dilatations et de palmures comme chez le daim d’Europe.
- Tous les naturalistes sont d’accord aujourd’hui pour considérer l’axis et le daim comme deux espèces parfaitement distinctes, mais du temps de Duffon beaucoup de personnes conservaient encore des doutes à cet égard et étaient disposées à regarder ces deux formes de cervidés comme deux races locales d’un même type spécifique. Dans le but d’éclairer celte question controversée, F. Cuvier fit
- 1 Voy. au sujet des bois, de leur développement et des parties qui les composent, notre article sur le Wapiti, dans le numéro de la Nature, du 18 décembre 1875.
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- à la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle une série d’observations qui ont mis pleinement en lumière les caractères différentiels de ces animaux. Il reconnut que, dans l’un comme dans l’autre, le dos et les lianes sont d’un fauve plus ou moins foncé et moucheté de blanc, que le rachis est orné d'une bande brune ou noirâtre et qu’une bande blanche presque continue se prolonge de chaque côté du ventre et même entre les jambes; mais il fit remarquer que la tête qui, dans le daim, est d’un brun grisâtre uniforme, est marquée dans l’axis, sur la région frontale, d’une large tache foncée et, sur le milieu du nez, d’une ligne de la même couleur. En outre, dans l’axis, le menton et la gorge sont d’un blanc pur, tandis que dans le daim ces mêmes parties sont à peu près de la même teinte que la poitrine et le dessous du corps, c’est-à-dire d’un gris jaunâtre. Dans l’espèce européenne la partie postérieure des cuisses est occupée par une large tache blanche séparée de la teinte fauve du dos et des flancs par une bande noire; dans l’axis, au contraire, cette région présente la même coloration que les parties voisines. Entin, chez ce dernier, la queue est d’un brun clair en dessus, d’un blanc pur en dessous, avec une bordure noirâtre étroite à l’extrémité, tandis que chez l’axis elle est noire dans sa partie supérieure et blanche sur la face inférieure. Ces différences dans le pelage s’accusent encore davantage pendant la saison d’hiver, car alors le daim revêt une livrée d’un brun uniforme, tandis que l’axis conserve les mouchetures qui ornent ses flancs.
- L’axis est du reste presque toujours d’une taille plus forte que le daim et mesure souvent 4 à 5 pieds de large sur 3 pieds de hauteur au garrot ; il a la tête plus allongée, plus pointue, les larmiers faiblement indiqués et les oreilles de grandeur moyenne, minces, lancéolées, à peine revêtues de poils sur leur face interne.
- Cette belle espèce de cerf habite le continent indien et se trouve également dans les forêts qui couvrent la côte du Malabar, dans les jungles du Bengale et sur les collines boisées de la chaîne des Ghâts. Les indigènes le désignent sous les noms de chital, chiltra, chitra, chitri, Jhank *, chatidah, boro khotiya, bitriya, lupi, etc., et lui font, de même que les colons anglais, une chasse fort active, quoique sa chair laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la qualité. Ces animaux, en effet, qui pendant le jour restent cachés dans les broussailles, se réunissent le soir en troupes nombreuses, que le naturaliste Jerdon estime à une centaine d’individus, et causent souvent de grands ravages dans les plantations de riz.
- L’axis paraît avoir été connu des Romains, et c’est probablement l’animal que Pline désigne dans son Flistoire naturelle lorsqu’il dit : « Ils (les Indiens) chassent aussi une bête sauvage nommée axis,
- 1 Ce nom s’applique plus spécialement au mâle.
- I qui a le pelage du faon, avec des taches plus nombreuses et plus blanches, et qui est consacrée au dieu Bacchus *. » A une époque plus rapprochée de nous, Belon, puis Erxleben et H. Smith en ont fait mention dans leurs ouvrages, et Buffon a donné quelques détails sur cette espèce que l’on désignait sous les noms vulgaires de biche de Sardaigne et de cerf du Gange. « Messieurs de l’Académie des sciences, dit Buffon, en nous donnant la figure et la description des parties antérieures de cet animal, ont dit peu de chose de sa forme extérieure, et rien du tout de ce qui a rapport à son histoire ; ils l’ont seulement appelé biche de Sardaigne, parce que probablement il leur était venu sous ce nom de la ménagerie du Roi : mais rien n’indique que cet animal soit originaire de Sardaigne; aucun auteur n’a dit qu’il existe dans cette île comme animal sauvage, et l’on voit, au contraire, par les passages que nous avons cités, qu’il se trouve dans les contrées les plus chaudes*de l’Asie. Ainsi la dénomination de biche de Sardaigne avait été faussement appliquée : celle de cerf du Gange lui conviendrait mieux, s’il était, en effet, de la même espèce que le cerf, puisque la partie de l’Inde qu’arrose le Gange paraît être son pays natal. Cependant il paraît aussi qu’il se trouve en Barbarie, et il est probable que le daim moucheté du cap de Bonne-Espérance est encore le même que celui-ci. » Tout en assignant à l’axis une aire d’habitation trop étendue, le grand naturaliste que nous venons de citer avait donc parfait ement reconnu le lieu d’origine de cette espèce. « L’axis, ajoute Buffon, subsiste et se multiplie aisément en Europe. Il y en a des troupeaux à la ménagerie de Versailles. Ils produisent entre eux aussi facilement que les daims : néanmoins on n’a jamais remarqué qu’ils se soient mêlés ni avec les daims, ni avec les cerfs, et c’est ce qui nous a fait présumer que ce n’était point une variété de l’un ou de l’autre, mais une espèce particulière et moyenne entre les-deux. Cependant, comme l’on n’a pas fait des expériences directes et décisives à ce sujet, et que l’on n’a pas employé les moyens nécessaires pour obliger ces animaux à se joindre, nous n’assurerons pas positivement qu’ils soient d’espèces différentes. » Et plus loin : « M. le duc de Richmond avait dans son parc, en 1763, une grande quantité de cette espèce de daims qu’on appelle vulgairement cerfs du Gange, et que j’ai nommés axis. M. Collinson m’a écrit qu’on lui avait assuré qu’ils engendraient avec les autres daims.
- « Ils vivent volontiers avec eux, dit-il, et ne forment pas de troupes séparées. Il y a plus de soixante ans que l’on a cette espèce en Angleterre ; elle y existe avec celle des daims noirs et des daims blancs, et même avant celle du cerf, qui sont plus nouvelles dans Tile de la Grande-Bretagne, et que je crois avoir été envoyées de France; car il n’y avait auparavant en Angleterre que le daim commun (fallow
- i « ...et feram nomine axirn, hinnuli pelle, pluribus can-
- didioribusque maculis, sacram liberi patris, »
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- deer), et le chevreuil en Ecosse : mais, indépendamment de cette première espèce de daim, il y a maintenant le daim axis, le daim noir, le daim fauve et le daim blanc. Le mélange de toutes ces couleurs fait que dans les parcs il se trouve de très-belles variétés. »
- Depuis plus d’un siècle, en effet, on a importé en Europe un nombre considérable de ces animaux qui sont généralement reproduits avec une grande facilité dans les parcs et dans les ménageries non-seulement en Angleterre, mais encore en France et en Allemagne. Parfois cependant, les jeunes n’étant venus au monde qu’à une époque trop tardive de l’année, la multiplication de l’espèce a été entravée par la rigueur de nos hivers. L’axis est justement apprécié pour la beauté de son pelage et la douceur d,e ses mœurs; malheureusement il conserve toujours en captivité un fond de timidité qui dégénère souvent eu métiance. La linesse de son odorat tend à développer chez lui cette disposition naturelle, et encore ou a eu maintes fois l’occasion de le constater, il refuse obstinément les aliments dont il est le plus friand si la personne qui les lui présente les a conservés trop longtemps dans la main.
- Sous le nom de cerf à paupières nues (Cervus nudipalpebra) Ogilby avait décrit, en 1831, une deuxième espèce d’axis, également originaire des bords du Gange. D’après cet auteur, ce cerf de la taille du daim, mais à corps plus trapu, se serait distingué de la forme précédemment connue par son pelage raide, d’un brun foncé, presque noir, particulièrement sur la tète, le cou et la ligne dorsale, par sa queue, son croupion et la face interne de ses cuisses d’une couleur sombre, sans aucun mélange de poils blancs, par ses flancs ornés de mouchetures à peine visibles, par ses extrémités d’un noir de jais, son mulfle et le tour de ses yeux noirs et complètement dénués de poils, et enfin par scs bois allongés et munis de deux andouillers naissant l’un tout près de la base et l’autre aux deux tiers de la tige. Mais depuis lors on a reconnu que cette prétendue espèce n’était en réalité qu’une variété noire de l’axis commun. Le grand axis et Yaxis moyen de Pennant, le cerf de Ceylan „de Smith, et plusieurs autres ont dû être également rayés des catalogues ou ramenés au rang de simples races locales. En revanche les cerfs mâle et femelle reçus dernièrement par le Jardin zoologique de Londres et qui paraissent originaires de Manille, doivent probablement constituer une espèce distincte, que M. Sclater a proposé de nommer Cervus Alfredi, en l’honneur du duc d’Edimbourg. Le mâle qui ne mesure que 2 pieds 6 pouces de haut, diffère de l’axis non-seulement par sa taille plus faible, mais encore par sa coloration plus foncée : son pelage, d’un brun chocolat, présente, sur les flancs, six rangées de taches jaunâtres à demi effacées., La ligne dorsale n’est point marquée par une raie sombre, la région postérieure et la face interne des cuisses sont d’une teinte fauve, la tête, d’un brun
- pâle, oflre entre les bois une tache noirâtre; les oreilles, assez petites, sont noires sur la surface externe, et faiblement velues ; le mufle, également de couleur noire est large et complètement dénudé ; enfin le front et la partie supérieure de la gorge sont d’un blanc jaunâtre pâle. Ce cerf envoyé en 1870 par le prince Alfred, fut placé l’année suivante avec une biche de la même espèce, et de cette union naquit au commencement de l’année 1872 un jeune faon, très-fort et très-bien constitué, différant sensiblement des jeunes axis du même âge. A la même époque le mâle ayant changé de bois, il fut possible d’étudier, mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’alors, les caractères présentés par ces organes, et l’on put s’assurer que la tige et les andouillers ne présentaient ni les mêmes formes, ni les mêmes dimensions que chez l’axis.
- Quant au cerf faux-axis, décrit dans la zoologie du voyage de la Bonite, et qu’on pourrait être tenté de considérer, en raison du nom qu’il porte, comme une forme voisine de l’axis, les naturalistes sont d’accord aujourd’hui pour le placer dans un groupe à part, avec le Cervus sika du Japon et le Cervus mantchuricus de la Chine septentrionale. Il est originaire de l’île de Formose et a été introduit de là dans la Chine méridionale. M. Swinhoe qui avait étudié divers spécimens de cette espèce non-seulement dans leur pays natal, mais encore à Canton, dans le jardin du vice-roi, les avait décrits sous le nom de cerfs de Taiwan, mais depuis lors il a reconnu leur identité spécifique avec le cerf rapporté par Eydoux et Souleyet et conservé dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle. Ces cerfs de Formose ressemblent du reste à l’axis par leur pelage, ayant le dos d’un brun fauve, le front noirâtre, le dessus du corps et la face interne des jambes d’un blanc plus ou moins pur, et les flancs ornés de quelques rangées de taches jaunâtres; et ce sont peut-être les animaux dont parle Buffon, à la fin de sa notice sur l’axis. « Il y avait, dit-il, en 1764, à la ménagerie de Versailles, deux daims chinois, l’un mâle et l’autre femelle; ils n’avaient que deux pieds trois ou quatre pouces de hauteur ; le corps et la queue étaient d’un brun minime ; le ventre et les jambes fauve-clair; les jambes courtes ; le bois large, étendu et garni d’andonillers. Cette espèce, plus petite que celle des daims ordinaires, et même que celle de l’axis, n’est peut-être néanmoins qu’une variété de celui-ci, quoiqu’il en diffère en ce qu’il n’a pas de taches blanches ; mais on a observé qu’au lieu de ces taches blanches, il avait en plusieurs endroits quelques grands poils fauves qui tranchaient visiblement sur le brun du corps. Au reste, la femelle était de la même couleur que le mâle, et je présume que la race pourrait non-seulement se perpétuer en France, mais peut-être même se mêler avec celle de l’axis, d’autant que ces animaux sont également originaires de l’orient de l’Asie. »
- Dans les mêmes régions que l’axis vivent encore d’autres représentants de la famille des cervidés, et
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- outre autres le hyélaphe ou cerf-cochou, mais nous | n’avons pas à nous en occuper ici, car ces animaux,
- que l’on voit assez fréquemment dans nos ménage- | ries, sont faciles à distinguer de ceux que nous VO'
- L’Axis, d’après un individu actuellement vivant au Jardin, zoologique de Londres.
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- nons de citer par les proportions différentes de leur corps, la conformation de leur bois et les teintes plus uniformes de leur pelage, , E. Oustalet.
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- TRAVAUX D’ART EN PLUMES D’OISEAUX
- Parmi les produits%qui ont été envoyés à l’Exposition de Philadelphie, nous signalerons un manteau en plumes d’oiseaux, fabriqué dans l’archipel d’Hawaï ou des îles Sandwich, capitale Honolulu, et qui est destiné à servir de spécimen de l’industrie des insulaires. Nous trouvons des détails curieux sur ce vêtement dans un récent travail fort remarquable dù à M. Ferdinand Denis, bien connu par ses publications sur l’Amérique espagnole, le Brésil et le Portugal. L’auteur nous offre l’histoire, aussi complète que possible, d’une industrie inconnue en Europe; l'Arte plumarià : Les plumes d'oiseaux; leur valeur et leur emploi dans des arts au Mexique, au Pérou, au Brésil, dans les Indes, etc. (Paris, 1 broch. in-8°). C’est, comme on voit, un sujet neuf qui n’avait pas encore été exploré et qui pourtant méritait de l’être, à cause des monuments rares, curieux, et en même temps fragiles et éphémères que cet art a produits de l’autre côté de l’Atlantique.
- A Honolulu, les deux oiseaux dont le plumage s’employait le plus fréquemment pour la texture des riches manteaux des rois et des princes, étaient l’Ivi et l’Oo. L’Oo est, paraît-il, un oiseau d’un beau noir, portant près des épaules quelques plumes jaunes qui ont infiniment plus de valeur. Les plumes de ces volatiles étaient recherchées, comme en Europe les pierres les plus précieuses. Déjà on en avait confectionné, il y a deux années, un vêtement royal qu’on avait offert, à Rio de Janeiro, à don Pedro Ier, au prix de 30000 francs; mais la nouvelle parure qu’on avait annoncée comme devant figurer à l’Exposition de Philadelphie, était bien plus splendide et d’un prix beaucoup plus élevé. C’est un manteau royal fait des plumes jaunes de l’Oo, artistement fixées sur une trame à mailles très-serrées, manteau dont la fabrication a, pendant sept règnes consécutifs, occupé je ne sais combien d’artisans et dont le prix serait, dit-on, de 5 millions de francs. Ce chiffre est sans doute très-exagéré.
- En tout cas, cet exemple prouve que l’art de la mosaïque en plumes, si pratiqué par les anciens Mexicains, comme nous l’avons indiqué précédemment, n’est pas tout à fait perdu de nos jours, et qu’on s'y exerce encore dans les pays où la matière première abonde.
- Le Brésil, sous ce rapport, a continué les traditions du Mexique. Il n’est pas de pays où les oiseaux que la nature a pourvus d’un plumage éclatant soient en aussi grand nombre : un volume entier ne suffirait pas à énumérer les richesses ornithologiques de cette région privilégiée, où, suivant la charmante expression du P. Dutertre, les fleurs célestes de l’air viennent rendre visite aux fleurs de la terre.
- Aujourd’hui, ce sont principalement les religieuses du couvent de la Soledade, près de Bahia ou San-Salvador, qui se livrent à cette gracieuse industrie. Ces religieuses sont de l’ordre des Ursulines ; elles sont cloîtrées, il faut donc qu’elles aient recours à des chasseurs qui leur apportent journellement une ample moisson d’oiseaux au plumage splendide ; cependant, sans avoir les magnifiques volières dont nous avons déjà parlé et que possédaient les souverains de Mexico et de Tezcuco, elles élèvent elles-
- mèrnes de brillants volatiles, dont les plumages variés sont soumis, dit-on, à des coupes régulières, qui viennent grossir le trésor qu’on tient en réserve dans la maison, comme dans les fabriques de soie on garde en magasin des tissus de teintes diverses.
- Un curieux détail que nous apprend l’auteur : c’est que ces petits pensionnaires, momentanément dépouillés de leur étincelante parure, sont l'objet de mille soins délicats de la part des religieuses, qui les couvrent notamment de gentils et coquets caparaçons d’étoffes pour les préserver des injures de l’atmosphère.
- Cependant, ces religieuses paraissent avoir renoncé depuis quelque temps à faire des élèves. L’art n’en est pas moins cultivé, et très-heureusement, à Sainte-Catherine, et surtout à Rio de Janeiro; en cette dernière ville, il existe des ateliers de fleurs faites en plumes, lesquelles fleurs joignent au mérite de leur couleur inaltérable un fini précieux d’exécution, A l’exacte imitation des fleurs naturelles vient se joindre la foule des fleurs imaginaires et impossibles inventées par la fantaisie. 11 en est parmi ces dernières qui semblent jeter de phosphorescentes ueurs. Cet effet est produit par certaines combinaisons de plumes ravies à la toison brillante des colibris. Los ailes étincelantes des insectes servent aussi à former des bouquets et des parures d’un effet vraiment magique.
- Mais ce ne sont pas seulement des bouquets, des couronnes et des parures qui sont ainsi fabriqués ; les plumes brillantes d’oiseaux servent à orner ces lits suspendus ou hamacs qui sont des meubles indispensables au Brésil et en général dans l’Amérique du Sud. On sait que trois choses frappèrent de surprise Christophe Colomb à son arrivée au Nouveau-Monde : ce furent le tabac ou petun, le maïs et les hamacs. Au dix-neuvième siècle, la fabrication de hamacs* somptueux appartient presque exclusivement au Brésil. Dès 1658, les dames brésiliennes et portugaises conféctionnaient de riches hamacs, et M. Ferd. Denis pense que déjà, vers cette époque, elles les ornaient de plumes.
- La courbe gracieuse de ces meubles, nous dit élégamment l’auteur, se prête à toutes les combinaisons de l’artiste, et les guirlandes de couleurs variées à l’infini permettent d’établir sur les deux revers du lit soit le chiffre du possesseur, soit les armes de l’empire brésilien, exécutées en plumes, vraies mosaïques où brille l’habileté indienne. L’auteur, dans sa collection, en possède un qui est aux armes de l’empire du Brésil, et qui dénote, à ce qu’il nous apprend, une habileté singulière de la part de celui dont la main a exécuté ces rosaces si brillamment colorées. Il est certains de ces meubles dont la confection a exigé plusieurs années de travail. Quelques-uns dépassent, il est vrai, les proportions ordinaires, et pourraient recevoir huit guerriers. Ces lits de grande dimension sont fort rares, chaque ménage portant d’ordinaire avec soi son hamac roulé dans une élégante corbeille.
- Nous aurions bien d’autres particularités à emprunter au travail intéressant de M. Ferdinand Denis. L’auteur rappelle l’emploi qui a été fait en France, par la mode, des plumes de certains oiseaux; un livre intéressant, publié l’année dernière : Histoire des éventails chez tous les peuples et à toutes les époques, par M. S. Blondel, avait déjà montré le parti qu’on en avait tiré pour l’ornementation de ces écrans portatifs. Nous terminerons par une observation empruntée à un naturaliste éminent.
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- Le lecteur se sera sans doute plus d’une fois demandé ce qui produit ces feux changeants, ces jeux de lumière si variés que répand le plumage des oiseaux dans les régions tropicales, ou même en certaines contrées d'Europe, quand ce plumage est étincelant.
- « Ce serait une erreur de croire, a dit M. Poucliet, que toutes ces belles nuances métalliques, qui diaprent les plumes des oiseaux et les ailes des papillons sont dues à des pigments : elles ont pour cause unique des feux de lumière, fugitifs comme les feux du diamant.
- « Quand on examine avec le microscope une plume à reflet métallique de la gorge du colibri, on est tout d’abord étonné de ne rien voir des magnifiques nuances dont on voulait pénétrer le mystère. Elle est tout simplement faite d’une substance brune, opaque presque autant qu’une plume d’oie noire. On remarque toutefois un agencement spécial : la barbe, au lieu d’une tige effilée, offre une série de petits carrés de substance cornée bout à bout. Ces plaques, larges de quelques centièmes de millimètres, sont extrêmement minces, brunes et toutes d’apparence semblable, quel que soit le reflet qu’elles donnent. Les grandes plumes brillantes du paon sont faites de même : les plaques sont seulement plus espacées et l’éclat est moindre. Cet état de surface est dû à des élévations et à des dépressions insaisissables pour nos meilleurs intru-ments et encore inconnues. » .
- DE LA VULGARISATION
- |PA R LA PRESSE.
- L’universalité des études météorologiques comptera certainement parmi les caractères les plus saillants du mouvement scientifique de notre époque.
- Tous les gouvernements ont organisé de grands services officiels de Prévision du Temps, chargés de centraliser par le télégraphe les observations faites sur une vaste étendue de pays, de les reporter sur des cartes, d’en conclure la marche suivie par les tempêtes, et d’en aviser les marins dans tous les ports des pays civilisés.
- Les avertissements agricoles qui fonctionnent depuis longtemps aux Etats-Unis, et qui viennent d’ètre inaugurés en France le dfir mai, les observations si multipliées faites sur la pluie et le régime des eaux, la précision apportée aux observations, grâce aux instruments perfectionnés dont on dispose, la construction d’instruments enregistreurs qui ont réalisé dans la météorologie un progrès analogue à celui dont les machines ont doté l’industrie, toutes ces conditions réunies ont contribué à vulgariser une science dont les résultats, comme les procédés d’investigation, sont à la portée de tout le monde, et à y intéresser non plus seulement les physiciens, mais le public tout entier.
- Lorsque l’on examine les conditions dans lesquelles s’est effectué ce grand mouvement scienti-tifique, on reconnaît qu’il est dù à la fois à un changement de méthode dans la discussion des phé-
- nomènes, et à un changement de procédés dans la manière de les représenter.
- Il y a quelques années encore, on se contentait souvent de faire quelques observations plus ou moins équidistantes par jour, et d’en prendre la moyenne, qu’on calculait suivant des règles variant dans chaque pays.
- Cette méthode déplorable, qui a pour résultat de laisser échapper la plus grande partie des phénomènes qu’on n’observe pas, et de masquer ceux qu’on observe, par un système de compensation qui en dénature la signification, ne pouvait donner des résultats compréhensibles que pour les savants; quant au public, ce qui l’intéresse, ce sont précisément les extrêmes, qui affectent péniblement ses sens, ou qui occasionnent des désastres l’atteignant dans ses intérêts. Aussi n’est-ce que du jour où l’on a publié des observations textuelles, dans lesquelles chacun pouvait reconnaître et mesurer les phénomènes dont il avait été le témoin, que le public s’est intéressé à ces études.
- Les avertissements météorologiques ne sont basés que sur des observations textuelles, faites partout de la même manière et à la même heure, et par conséquent toujours comparables entre elles.
- Mais à mesure que les observations se multipliaient, il devenait nécessaire de simplifier les procédés de discussion, sous peine de se noyer dans d’interminables colonnes de chiffres, dont l’esprit a naturellement peu d’aptitude à démêler la signifi-fication, sans un effort d’attention assez considérable.
- C’est alors qu’on a imaginé les procédés graphiques, qui donnent une représentation des phénomènes bien plus facilement saisissable, parce qu’un simple coup d’œil suffit pour en embrasser sans peine l’ensemble et en reconnaître immédiatement les traits les plus saillants.
- Dans cet ordre d’idées, le procédé qui consiste à représenter toutes les observations faites au même moment sur un continent par des signes placés en regard de chaque station sur une carte géographique, et notamment à réunir les points où la pression barométrique (à une même altitude) est la même, par des courbes qui sont en réalité les courbes de niveau de l’atmosphère, ce procédé, disons-nous, a fait faire un pas décisif à la discussion des phénomènes présents, et à la prévision raisonnée des phénomènes à venir.
- Les Cartes du Temps, ainsi établies, sont publiées chaque jour par le Signal Service de Washington pour les Etats-Unis, par le Meteorological Office de Londres pour le nord-ouest de l’Europe, et par Y Observatoire de Paris, pour la totalité de l’Europe.
- Les journaux politiques se sont même trouvés en présence d’un tel désir du public, de consulter ces documents renfermés jusqu’à ces derniers temps dans des bulletins scientifiques coûteux et tirés à un petit nombre d’exemplaires, qu’ils les reproduisent maintenant chaque jour dans leurs colonnes.
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- Nous citerons en Angleterre le Times qui reproduit dans son édition du soir les Weather maps du Meteorological Office de Londres, et, dans son édition du matin, des Cartes du Temps, faites d’après des observations spéciales, pour lesquelles il ne dépense pas moins de 500 livres sterling par an, et qui donnent la situation générale du nord-ouest de l’Europe à 6 heures du soir.
- En France, le journal quotidien Y Opinion reproduit également chaque soir la Carte du Temps de l’Observatoire de Paris, qui résume les observations faites le matin même dans toute l’Europe. Cette reproduction se fait à l’aide d’un report sur métal de la carte tracée sur papier lithographique par les physiciens de l’Observatoire, et par les procédés de la gravure chimique en relief, que plusieurs opérateurs habiles, parmi lesquels nous men-
- tionnerons MM. Yves et Barret, ont rendu tout à fait pratique.
- Les publications de cette nature ont beaucoup contribué à vulgariser cette nouvelle branche de la science, fondée par Maury et Le Verrier, à laquelle on a donné le nom de Météorologie internationale ou dynamique, et qui est caractérisée par P unité de temps et l’universalité des lieux.
- Mais il y a une autre partie de la science, caractérisée par l’unité du lieu et la succession des temps, qui s’appelle météorologie locale ou statique, à l’aide de laquelle on étudie les phénomènes dont l'ensemble constitue la climatologie de chaque pays.
- Celle-là intéresse peut-être encore davantage le public, parce qu’elle lui représente les phénomènes même dont il est le témoin chaque jour, et c’est surtout à la vulgarisation de ces observations locales,
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- THER.
- Fig. i. — Fac simile d’un tableau météorologique hebdomadaire, publié par le Times, de Londres.
- au moyen de courbes, que la presse quotidienne a beaucoup contribué dans ces derniers temps. Nous allons donner à ce sujet quelques développements, accompagnés d’exemples qui feront bien comprendre Futilité de ces publications, dont on trouve depuis quelque temps un specimen au verso de la couverture de la Nature.
- Aux Etats-Unis, les études météorologiques ont pris, à la suite de l’impulsion donnée par Maury, une extension telle, que le gouvernement dépense 1,250,000 frans par an pour le service des avertissements institués « for the benefit of commerce and agriculture ». 11 l’a confié, ainsi que la télégraphie militaire, à un véritable corps d’armée, placé sous les ordres d’un brigadier général (Albert Myer), dirigé et inspecté par des officiers, et exécuté par des sergents-observateurs, dressés dans une école d’application spéciale.
- Il n’est donc pas étonnant que les connaissances météorologiques y aient atteint un très-grand degré j
- de diffusion, et un grand nombre de journaux consacrent chaque jour un chapitre spécial à la discussion des phénomènes météorologiques du jour, et à la publication de courbes très-détaillées, qui en reproduisent l’ensemble.
- En Angleterre, le Times consacre chaque jeudi une colonne entière (équivalant à plus de 180 lignes), aux informations relatives au temps qu’il fait. Indépendamment de la carte qui résume la situation générale de l’atmosphère sur les Iles britanniques et les pays voisins, il publie un diagramme très-complet dont nous donnons ci-dessus un specimen(fig. 1 ), et qui présente le tableau complet des observations laites, à l’aide d'instruments-enregistreurs, à l’Observatoire météorologique de Kew, près Londres. Dans ce diagramme, la courbe supérieure représente la force du vent exprimée en milles anglais; la courbe pointiilée donne la hauteur barométrique en pouces anglais, depuis 28p,6 = 726mm,4, jusqu’à j 30p,5 = 774m,n,7; les deux courbes pleines situées
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- au-dessous donnent les indications du thermomètre sec et du thermomètre mouillé en degrés Fahrenheit, l'échelle allant de 40° F = 4°,4 C jusqu’à 80° F = 26°,7 centigrades. Enfin les indications inférieures donnent la direction du vent, l’état du ciel et la pluie tombée; Y écartement plus ou moins grand des courbes thermométriques mesure le degré de sécheresse ou d’humidité. On a donc dans ce tableau tous les éléments du climat. L’espacement de deux lignes verticales correspond à 6 heures de temps, celui de deux lignes horizontales à 1°,1 centigrade pour la température et à 2mm,5 pour la pression barométrique, dont les oscillations y sont représentées en grandeur naturelle.
- Trois autres journaux anglais publient également des courbes météorologiques hebdomadaires, résu-
- mant les observations fournies par les instruments-enregistreurs du Meteorological Office de Londres; ce sont : The Lloyd's Newspaper, The Observer (fig. 2) et le journal illustré The Graphie (fig. 3), dont les courbes se terminent respectivement les vendredi, samedi et jeudi, et dont les diagrammes ont une largeur de 52, 60 et 67 millimètres, soit de 71/2 à 9 1/2 millimètres par semaine.
- En France, le journal Y Opinion, qui consacre régulièrement chaque jour deux colonnes de son feuilleton à la publication de documents météorologiques, depuis plus de six mois, est le premier qui, à l’exemple des journaux américains, ait publié des courbes météorologiques quotidiennes.
- Il ne donne, il est vrai, que la hauteur barométrique, mais la courbe publiée est celle que trace
- SUN.
- MON.
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- Fine but
- Fa.ir io VeryWet
- Showery to Fâir
- Cloudy ^
- but fine
- 0.0 3
- Fig. 2. — Fac simile des courbes météorologiques de YObserver, Fig. 5. — Fac simile des courbes météorologiques du Graphie, semaine du 11 au 17 juin 1876. semaine du 7 au 15 mars 1876 (ouragan le 12).
- le baromètre enregistreur de M. Redier, et ce sont des observations continues, ce qui constitue un progrès considérable sur les observations intermittentes ou les moyennes, reliées les unes aux autres par des lignes droites ou courbes qui ne représentent jamais la réalité des faits.
- Le succès de ce nouveau mode de vulgarisation par la presse, des observations météorologiques, a été tel, que l’Académie a nommé une commission composée de MM. Le Verrier, Ch. Sainte-Claire Deville et l’amiral Paris, chargée de faire un rapport sur cette question, et que le cliché de Y Opinion a été reproduit dans les journaux d’un grand nombre de pays ; nous citerons notamment les Mondes du 4 mai, le Mobacher du 21 mai (Bulletin météorologique officiel du gouvernement général de l’Algérie), et le Zeitschrift fur Météorologie, de Vienne (15 juin).
- En même temps, M. de Fonvielle, commençait dans Ylllustration la publication de courbes météorologiques (n°3 des 6 mai et 11 juin), résumant les
- observations faites à Montsouris, et accompagnées d’une Revue mensuelle qui en fait ressortir les caractères les plus saillants.
- Le cadre adopté pour le diagramme de Ylllustration est très-complet et très-heureusement imaginé, et l’on doit applaudir à cette prise de possession par la météorologie d’un de nos journaux illustrés les plus répandus ; nous l’avons déjà dit, c’est un signe des temps. Malheureusement les courbes de Ylllustration sont de simples traits reliant des moyennes, et c’est plutôt un dessin pittoresque qu’une publication scientifique.
- Profitant de l’expérience de tous nos devanciers, nous avons voulu offrir aux lecteurs de la Nature une publication météorologique sérieuse, réunissant tous les perfectionnements de celles que nous avons successivement examinées, et, à partir du 22 mai, on trouve sur la couverture de notre journal une série ininterrompue d’observations.
- Nous avons adopté le fond quadrillé de YOpinion,
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- qui permet une lecture très-facile des observations, et nous avons recours, comme ce journal, aux procédés expéditifs de la gravure chimique en relief.
- Nous avons donné à notre diagramme une longueur bien plus considérable que celle des journaux anglais, même le Times, car notre cadre a 140mm de long, ce qui représente 20mm par jour; on peut donc très-facilement y suivre heure par heure, la succession des phénomènes météorologiques.
- Après avoir publié d’abord la courbe continue du baromètre enregistreur Redier, nous avons complété, à partir du 12 juin, nos indications, en donnant la courbe du thermomètre à boule sèche et à boule mouillée, et nous avons publié les excellentes observations horaires de température faites 20 fois par jour par M. E. Renou, à l’Observatoire météorologique du Parc de Saint-Maur.
- CHRONIQUE
- Tunnel du Salnt-Gotliard. — La petite galerie de direction du grand tunnel du Gothard était arrivée, au Ie' juillet dernier, à 3,282 mètres de l’embouchure nord (Gœschenen), et à 5,048 mètres de l’embouchure sud (Airolo), soit un total de 6,330 mètres perforés, sur les 14,920 qui forment la longueur du souterrain des schistes cristallins relativement tendres; par contre la galerie sud traverse une roche amphibolique et grenat i-fères d’une dureté extrême, rebelle en même temps à la perforation et à l’explosion.
- Plusieurs confrères de la presse scientifique, sur la foi de journaux étrangers imparfaitement renseignés, ont annoncé que les travaux de percement du grand tunnel allaient être interrompus; nous sommes en mesure d’affirmer le contraire. Les bruits défavorables qui circulent en ce moment sur la situation financière de la Société du chemin de fer du Gothard ont seuls pu faire confondre la direction de cette société avec celle de l’entreprise de percement du tunnel, confiée à l’habile entrepreneur Louis Favre. Les organes les plus accrédités de la presse suisse ont annoncé que la direction de la Société du chemin de fer du Gothard avait congédié provisoirement, pour le mois de septembre, tout le personnel attaché à la construction de la ligne ; la nouvelle est exacte, mais le percement du souterrain, dont les frais sont garantis par les 85,000,000 de subventions des trois états participants (Allemagne, Suisse, Italie), n’en continuera pas moins, malgré l’arrêt momentané des autres travaux.
- Il était naturel de soulever à ce propos la question politique et commerciale qui fait de la voie ferrée du Gothard, au point de vue des intérêts de la France, une œuvre hostile au premier chef. Nous ne croyons point cependant que le salut soit pour nous dans le désastre financier de la compagnie qui, du reste, peut parfaitement, à une époque assez rapprochée, ou bien être aidée par les subsides supplémentaires des pays intéressés, ou bien être reconstituée sur de nouvelles bases, avec modification du tracé primitif, et allégement des dépenses prévues par le récent rapport de M. l’ingénieur en chef Ilellevay dont nous avons déjà parlé. Nous ferions preuve de peu de connaissance de la ténacité de nos voisins, en nous imaginant qu’une œuvre si laborieusement entreprise serait
- abandonnée par eux pour quelques millions à débourser en sus du chiffre des prévisions. L’ouverture de la ligne entière du Gothard sera certainement retardée au delà de la limite du 1er octobre 1880 assignée par la société actuelle, mais elle sera toujours livrée à l’exploitation à un moment donné ; nous n’avons point d’illusions à conserver à ce sujet.
- Il devient donc de première nécessité, si nous voulons conserver en France le grand courant de transit qui se dirige vers la Haute-Italie, d’opposer dans le plus bref délai un contre-poids sérieux au chemin du Gothard. Le tunnel du Mont-Cenis, pour des motifs que nous ne pouvons développer ici, ne peut remplir ces conditions. La seule solution consiste dans le percement d’un troisième tunnel transalpin au Simplon. Cette question, maintes fois traitée par des plumes autorisées, portée à la tribune de l’Assemblée, a toujours été ajournée. Le courant commercial, qui appelle le transit à travers le Simplon, est cependant d’une telle importance que, en attendant la construction inévitable du nouveau tunnel, la nouvelle société de la ligne du Simplon, a conclu récemment, sous réserve de ratifications réciproques avec la compagnie du Rail central siégeant à Londres, une convention pour l’appÜcation provisoire au passage du massif, du chemin de fer système Fell autrefois installé de St-Michel à Suze sur la route du mont Cenis. Le percement du Simplon deviendra du reste le corollaire inévitable du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre.
- Nous nous proposons de revenir sur cette question du futur tunnel du Simplon qui, on le voit, nous intéresse à un si haut point. Mais, nous le répétons, une telle situation demande autre chose que des plaintes stériles, qui souvent même se traduisent par une sorte d’exclusivisme scientifique, d’autant plus injuste que les œuvres merveilleuses du genre du tunnel du St-Gotliard, avant d’être l’apanage spécial d’un pays, sont la propriété du génie humain. Maxime Hélène.
- Tremblement de terre en Autriche. — Le
- 17 juillet, à une heure et demie de l’après-midi, un tremblement de terre d’une certaine violence s’est fait sentir à Vienne. Deux fortes secousses ont eu lieu, suivie d’une troisième plus faible. En quelques endroits, les oscillations ont été accompagnées d’un sourd grondement. Le ciel avait quelques nuages, l’air était calme et chaud. Dans les appartements, les meubles se sont ébranlés, les verres ont rendu un son, les sonnettes se sont agitées, le tableaux appendus aux murs ont éprouvé un balancement, des platras se sont détachés des plafonds, des tuiles sont tombées des toits, et les habitants, inquiets, se sont précipités dans les rues sous l’impression de la terreur. Au local de la Bourse la panique était grande, le bâtiment provisoire, fait de bois et de briques, a fait entendre soudain des craquements sinistres ; un nuage de poussière a envahi les salles. On a cru tout d’abord à une explosion de chaudière à vapeur dans la cave. Tout le monde s’est élancé vers les issues. Les cloches de l’église des Dominicains ont oscillé quelques instants. Le tremblement de terre s’est fait sentir simultanément, dans une grande partie de l’Autriche occidentale.
- La pression atmosphérique était de 7,635mm, la température de 25°,7 Celsius, le vent nord-ouest très-doux, le ciel clair. Sur le Danube, le phénomène s’est surtout manifesté de Passau à Presbourg; au nord, à Wittingau, Schelletau, Budweis, Trebitsch. Tischnovitz et Prerau; au sud, à Odenberg, à Kindberg, et s’est arrêté aux Alpes
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- Noriques. Le point où le mouvement a été le plus violent est Scheibbs, dans la partie occidentale de la basse Autriche. Dans cet endroit, il y a eu trois secousses, qui ont duré dix secondes. Tandis que sur ce même point la direction était de l’ouest à l’est, au nord la direction était du nord au sud. Le nouveau lit du Danube a offert un singulier spectacle : l’eau de la rive droite s’est retirée, et, formant une vague énorme, a inondé des terrains sur la rive gauche.
- Colonie de Vaucluse. — Inauguration. — La
- colonie-école de Vaucluse pour l’éducation des jeunes idiots dont nous avons donné le plan et la description dans la Nature (4e année, 1876, 1er semestre, p. 46), vient d’être ouverte le 1er juillet 1876, après quelques retards. Le directeur de Vaucluse, M. le Dr Billod, avec sa sollicitude pour ses malades et son habileté administrative ordinaires, n’a pas cru devoir, sous sa haute direction, confier l’organisation du nouvel établissement à un autre qu’à celui qui a fondé à Bicêtre la première école d’idiots et l’a dirigée pendant 34 ans, M. Deleporte, dont nous avons déjà signalé la persévérance (La Nature, même tome, p. 131). Malgré son long professorat, l’instituteur n’a pas voulu se séparer de « ses enfants # et il est arrivé à Vaucluse avec les trente garçons les plus intelligents — les plus susceptibles d’éducation, pour mieux dire — de ceux qu’il tentait d’instruire à Bicêtre. La nouvelle maison est admirablement disposée et outillée; l’architecte, M. Maréchal, y a prodigué l'air et la lumière, sources de la santé comme de la gaieté; les enfants, actuellement vêtus d’une bonne tunique-blouse de toile pour l’été, au lieu de l’affreuse veste de gros drap qu’ils portaient à Bicêtre en toute saison, bien nourris, occupés aux exercices intellectuels — de beaucoup les plus pénibles pour eux — seulement trois heures par jour, semblent très-heureux et l’on peut espérer que dès que cette excellente institution sera connue, elle deviendra trop petite pour contenir les enfants que l’on demandera à y faire entrer. C. B.
- Plans de Paris en relief. — Les articles que nous avons consacrés aux plans de Paris (La Nature, 3° année, 1875, 2e semestre, p. 278; 4e année, 1876,1er semestre, p. 199), nous engagent à signaler l’exhibition de deux plans-reliefs fort intéressants. La belle collection de reliefs des Invalides (fermée au public depuis la guerre) ne renterme pas de plan de Paris ; on y voit seulement un petit relief local du mont Valérien. Il y a quelques années, on a exposé au Palais de l’Industrie un plan relief fort grossier du siège de Paris ; tels étaient les précédents, quand, simultanément, deux plans viennent d’être soumis au public. Dans l’un (exposé rue du Château-d’Eau), on n’a reproduit qu’une partie circulaire de Paris comprenant un peu moins que le cercle que l’on peut inscrire dans les fortifications ; une vue panoramique peinte tout autour, étend la vue au loin, mais ceci n’a aucune précision géométrique. L’auteur a eu la louable pensée de donner dans son relief la même échelle aux longueurs, largeurs et hauteurs du terrain naturel et des monuments : un millième. Mais, les maisons étant relativement plus grandes, il en résulte que ce plan est la preuve que, à cette échelle, pour l’œil, la sensation du relief disparaît absolument, quand les élévations ne sont pas exagérées, ce plan est en carte. Celui qui est exposé rue Tait-bout est en plâtre ; l’échelle de ce dernier est de cinq millième, pour les longueurs et un cinq centième pour les hauteurs de terrain et d’édifices, soit décuple; il repré-
- sentées de largeur; l’effet du relief est saisissant et tous les détails sont d une exactitude minutieuse ; c’est une œuvre d une précision scientifique, destinée principalement à faire ressortir l’avantage et la possibilité d’exécution d un canal de la Seine à la Seine formant une ceinture au nord de Paris, projeté par l’auteur de ce très-intéressant plan-relief. G. p
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 juillet 1876.— Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Lueur verticale sur le soleil. — M. Amédée Guillemin adresse d’Orsay la description d’un phénomène météorologique déjà signalé par M. Renou qui l’a observé du parc de Saint-Maur. C’est le mercredi 12 juillet qu’il a eu lieu vers 8 heures du soir. Une colonne verticale de 12 à 15 degrés de hauteur se montra au-dessus du soleil. Elle se perdait insensiblement vers le haut, mais elle était nettement terminée de chaque côté par des verticales que M. Renou regarde comme étant des tangentes au disque solaire, tandis que M. Guillemin affirme qu’elles étaient écartées l’une de l’autre d’une distance supérieure au diamètre du soleil. Cassini a signalé, en 1672, un phénomène tout pareil, et depuis on l’a observé plusieurs fois; toutefois, il est fort rare et c’est ce qui en rend l’observation très-intéressante.
- Expérience sur le radio mètre. — M. Gaiffe adresse la description d’une expérience qu’il vient de faire sur le radiomètre et dont la conclusion est que la chaleur est Je vrai moteur de l’appareil. L’instrument qu’il emploie a ses ailettes peintes d’un côté en bleu mat et de l’autre en rouge mat. Sous l’influence des radiations solaires, il tourne dans un certain sens ; mais si au soleil on substitue une plaque de fer chauffée au rouge, la radiation a lieu immédiatement en sens inverse.
- Visibilité de la partie infrarouge du spectre. — M. Edmond Becquerel expose ses observations sur la partie infrarouge du spectre. On sait que cette région, caractérisée par les rayons calorifiques qui y prédominent, est invisible et n’est rendue sensible jusqu’ici que par l’emploi des instruments thermométriques. Or certaines substances phosphorescentes peuvent devenir visibles sous l’action de ces rayons calorifiques et dès lors cette portion du spectre peut être étudiée optiquement comme les autres. Afin de rendre le phénomène plus facilement observable, le célèbre physicien a recours à un artifice des plus ingénieux qui consiste à superposer à la partie ultra-rouge d’un spectre donné la portion ultra violette d’un second spectre. Les rayons de ce second spectre, doué d’une grande activité chimique, sont très-efficaces pour développer la phosphorescence et par conséquent ils exagèrent les phénomènes que l’on veut étudier. Il y a d’ail leurs lieu de choisir avec soin la matière phosphorescente à employer, les sulfures alcalins ne valent pas mieux malgré leur grande activité que la chaux carbonatée et le spath fluor. C’est la blende hexagonale, découverte par M. Sidot, qui fournit les meilleurs résultats. Une figure affichée le long du mur de la salle des séances montre tous les détails de constitution de la portion ultrarouge du spectre, et on y voit une intéressante confirmation des données fournies par les méthodes thermométriques.
- Le Cedrella sinensis. — M. Decaisne annonce que cet
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- LA NATURE.
- arbre, depuis longtemps cultivé au Muséum, est cette année en pleine floraison. Le célèbre botaniste ajoute que cette espèce, dont les diverses parties répandent une odeur alliacée, est recherchée par les Chinois comme condiment.
- Anatomie végétale. — M. Trécul fait une longue lecture relative à la constitution intime des ainaryllidées : c’est la suite des recherches persévérantes du savant mi-crographe dont le résultat constant est de démontrer l’insuffisance et l’inexactitude de la théorie cai’pellaire.
- Les puits artésiens du Sahara. — M. Ville, inspecteur général des mines à Alger, communique, par l’intermédiaire de M. Daubré, une notice sur les puits forés en Algérie depuis la conquête française. Dans les trois provinces d’Alger, Oran et Constantine, le nombre de ces puits est de 615, représentant une longueur totale déplus de 26 kilomètres. La dépense s’est élevée à 2,500,000 francs, ce qui met le mètre au prix moyen de 95 francs. Il faut dire que cette moyenne a été élevée par un puits exceptionnellement coûteux creusé dans la province d’Oran à 596 mètres de profondeur. Ce puits est d’ailleurs intéressant au point de vue géologique, en fournissant par la variation de la température avec la profondeur un accroissement remarquablement rapide : c’est en effet de 1 degré par 17m,55 seulement que la température augmente à mesure que l’on descend. Des roches éruptives peu éloignées ne semblent pas suffisantes pour expliquer le fait.
- Age des filons de mercure. — M. Virlet d’Aout adresse des observations d’après lesquelles le mercure exploité dans certaines localités du Mexique et de l’Espagne ne serait arrivé des profondeurs qu’à la période quaternaire.
- Mollusques de Saint-Paul et d'Amsterdam. — M. Vélain adresse par l’intermédiaire de M. Lacaze Dulhiers une notice sur les mollusques de Saint-Paul et d’Amsterdam. L’auteur a distingué 40 espèces réparties entre 29 genres et parmi lesquelles 33 sont nouvelles. Des planches accompagnent cette intéressante monographie.
- Verrerie. — M. Bontemps adresse, par l’intermédiaire de M. Péligot, la traduction du traité de la verrerie du moine Théophile. Cet, ouvrage qui date du dixième ou du onzième siècle avait déjà été transporté du latin en français, mais toujours par des personnes étrangères à la verrerie et incapables par conséquent d’en faire sentir tous les détails. Stanislas Meuniek.
- PERLES FOSSILES
- C’est dans une course aux environs de Compiègne que fut trouvée l’an passé l’huître perlière que représente notre dessin. Elle gisait dans les sables tertiaires les plus anciens du bassin de Paris, c’est-
- à-dire dans ces sables connus sous le nom de formation de Bracheux. Spécifiquement c’est YOstrœa bel-lovacina et l’échantillon déposé au Muséum d’histoire naturelle est une valve supérieure, très-plate par conséquent, dans laquelle sont incrustées deux perles ovales parfaitement opaques et ternes.
- Les perles, au point de vue de la joaillerie, n’ont rien de comparable aux diamants qui traversent impunément le temps et restent, avec tout leur éclat, cachés dans une gangue de terre. Leurs qualités de poli et de brillant ne se conservent bien que dans un écrin. Elles ne sont guère plus solides que l’élément d’où elles sont sorties; sous l’action des gaz fétides elles ternissent complètement ; les acides les détruisent ; on sait avec quelle facilité Cléopâtre les anéantissait, et celles que l’on fabrique maintenant avec du verre doublé d’écailles d’ablettes sont infiniment supérieures comme dureté (et égales comme beauté) à ces coûteuses curiosités que des plongeurs vont, au prix de mille périls, chercher au
- fond de la mer des In* des.
- UOstrœa bellovacina est une espèce éteinte qui ne donne pas ordinairement de perles. Cependant les lignites de Vauxbuin , près Sois-sons, nous en ont récemment fourni une à peu près sphérique et qui aurait eu quelque valeur à l’état de fraîcheur.
- On sait d’ailleurs que tous les mollusques à test nacré sont susceptibles de donner des perles : telles les moules et l’huître communes, comme le rappelle encore le procès fait dans ces dernier temps à une écaillère qui voulait garder celles qu’elle avait trouvées dans une huître livrée à un consommateur.
- On n’est pas encore bien certain du mode de formation de ces « gouttes de rosée durcies » comme les appellent les poètes orientaux. Tout porte à penser qu’elles sont dues à une maladie de mollusque causée soit par un parasite, soit par un corps étranger introduit dans la coquille. Les Chinois et les Hindous ont même essayé de tirer parti de cette circonstance en mettant des éclats de coquilles ou des fragments de verre dans les valves entr’ou-vertes; mais, paraît-il, sans résultats satisfaisants. Exemple de plus de l’art avec lequel nous mettons parfois à profit les infirmités même des animaux.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Perle fossile. — Nouvel échantillon du Muséum d’histoire naturelle.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 1G6. — 5 AOUT 18 76.
- LA NATURE.
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- LE TUNNEL DU SAINT-GOTHARD
- (Suite et fin. — Voy. p. 58, 7!>, 87 et 142.)
- Notre visite au souterrain terminée, montons la route qui conduit au massif principal du Gothard. Dès les dernières maisons du village, s’ouvre l’étroit et sombre défilé des Schôllenen, où sont établies les installations hydrauliques destinées à capter l’eau de la Reuss pour le mouvement des grandes turbines. Les chantiers du tunnel disparaissent peu à
- peu derrière la grande ombre noire du rocher granitique contre lequel ils sont adossés ; les longs bâtiments aux toits rouges et enfumés, les voies de service, les trains de wagonnets, s’effacent les uns après les autres, comme un décor qui rentre dans la coulisse. Bientôt nous n’apercevons plus que l’extrémité du talus grisâtre des déblais, avec la silhouette noire de la locomotive et la fumée discrète des cartoucheries de dynamite perdues dans les sapins. Devant nous, la route du Gothard déroule ses lacets poussiéreux, côtoyant les escarpements, surplombée çà et là par quelque pan de rocher où grimpe la rose
- La tête sud du tunnel du Saint-Gothard. Airolo. (D’après une photographie.)
- des Alpes. Au fond du précipice, la Reuss se tord avec furie, écumante, tachetée de blocs énormes. Tout le long du chemin, s’allonge sur des piliers en maçonnerie, comme un énorme serpent noir au repos, la conduite en tôle de 0m,85 de diamètre qui descend au bâtiment des compresseurs d’air. En face du vieux pont Sprengibrücke, nous rencontrons le réservoir, solide construction dont les murs épais, à cheval sur uu bloc énorme, dominent le torrent qui vient d’abandonner une partie de ses eaux dans le bassin de captation. Nous venons de franchir la limite extrême des installations du grand tunnel. A mesure que nous avançons, la vallée se resserre, les zigzags de la roule prennent une pente plus rapide, et on entre bientôt dans la lugubre « Teu-
- t* Junéf. — semestre.
- felsthal » qu’a rendue célèbre le combat de Lecourbe contre Souwaroff, en 1798. Voici près de nous le Pont-du-Diable, à la fantastique légende ; nous traversons un tunnel d’une cinquantaine de mètres de longueur, et nous débouchons dans la plaine d’Andermatt, couchée comme un riant oasis au pied des pics neigeux du Gothard et des glaciers du Rhône qui blanchissent à l’horizon.
- Arrêtons-nous sous la voûte de ce petit souterrain « Trou d’Uri » qui ferme le Val des Schôllenen. Sous nos pieds, à 500 mètres environ de profondeur, la perforatrice entaille le roc. S’il nous était possible de laisser tomber, à travers l’épais soubassement granitique sur lequel nous reposons, un fil à plomb de 500 mètres de longueur, il rencontrerait
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- LA NATURE.'
- assez exactement l’axe du souterrain du Gothard, à 1850 mètres de l’embouchure nord de Gœschenen. Singulier contraste ! Autour de nous, tout est silence ; seul, le bruit de la Reuss qui se brise contre ' les rochers trouble la solitude de cette nature déserte. C’est au cœur même de la montagne qui, il y a moins d’un demi-siècle, semblait condamnée à lïnerlie éternelle, que sont venus se réfugier le mouvement et la vie.
- Une course à travers le Gothard, lorsque les beaux jours ont fondu les neiges qui grossissent la Reuss et la Tremola, nous fera toucher du doigt la constitution géologique du massif, composé eu entier de roches cristallines, éruptives ou métamorphiques. Les géologues qui, en vue du percement du grand tunnel, ont étudié la montagne sur toutes ses faces, nous ont du reste singulièrement facilité la besogne. De distance en distance, tranchant sur la couleur brune et humide du rocher exposé à toutes les intempéries, apparaît une place fraîchement découverte au pic ou à la mine, sur laquelle on peut étudier à l’aise la structure intime du terrain. C’est ainsi que, successivement, de Gœschenen à Airolo, à travers le Yal des Schôllenen, la plaine d’Andermatt, et les deux versants du col, nous rencontrons en premier lieu, sur deux kilomètres d’épaisseur, le granité ou gneiss granitique du Finsteraahorn ; viennent ensuite les gneiss schisteux, solides ou délités, les calcaires cristallins sous une faible épaisseur, puis enfin l’énorme passage de douze kilomètres de roches métamorphiques, micacées, amphi-boliques, grenatifères, coupées de bandes quartzeu-ses, serpentineuses ou dioritiques. L’embouchure sud d’Airolo s’ouvre dans des roches dolomitiques dont la puissance n’est que d’une centaine de mètres. MM. les professeurs Giordano et de Fritsch ont établi les profils géologiques de la montagne dans l’axe du tunnel ; leurs études ayant été résumées dans un des précédents numéros de la Nature % nous y renverrons nos lecteurs, en constatant seulement que les prévisions des deux savants ont jusqu’à ce jour été pleinement réalisées.
- La constitution intime d’une montagne — il est à peine besoin de le faire remarquer — exerce une influence capitale sur la durée du percement du tunnel qui doit la traverser. Plus dure est la roche, plus nombreux devront être les trous de mine, plus laborieuse la perforation mécanique. Le maximum d’avancement quotidien de la petite galerie du souterrain duSaint-Gotliard, dans la roche granitique de Gœschenen, ne fut guère supérieur à 5 mètres, tandis qu’il atteignait au même moment 4 mètres et même 4m,50 dans les terrains schisteux d’Airolo, lorsque le travail n’était point entravé par les circonstances fâcheuses dont nous allons parler. En août, septembre et octobre 1875, le gneiss granitique de Gœschenen passa brusquement, à la cote 1100“*, aux gneiss talqueux ; la durée de la perforation mécani-
- 1 Vov, la Nature, 1M année 1873, n° 9.
- que des trous de mines, auparavant de 5 heures à 5h,30', descendit jusqu a 3 heures ou 5h,30\ Le granité revenu vers 1400 mètres, le travail reprit la marche pénible qu’il ne devait quitter qu’à la limite extrême de la roche éruptive.
- La dureté de la roche n’est toutefois point le seul coefficient dont il faille tenir compte pour l’évaluation du progrès quotidien d’avancement de la petite galerie, et par suite de la durée de percement d’un tunnel comme celui du Saint-Gothard. Le relevage des déblais ou marinage, pendant lequel la perforation mécanique est suspendue, l’affût étant retiré à l’abri des explosions, est également à considérer. L’accomplissement de cette opération dépend en effet de nombreuses circonstances, parmi lesquelles se place au premier rang ce que nous pourrions appeler l’état, hygrométrique de la roche traversée, comprise dans les roches compactes et sèches , ou dans les terrains délités, le plus souvent aquifères.
- Le relevage des déblais dans une roche sèche, comme le gneiss granitique de Gœschenen, s’effectuait facilement dans une période de deux à trois heures, tandis qu’il exigeait un temps au moins double dans les schistes de la galerie sud, où le débit d’eau était devenu si considérable que la pose de la voie pour l’affût, après chaque perforation, se faisait dans un véritable torrent de 0111,50 de profondeur. A un certain moment, les irruptions d’eau étaient même tellement puissantes qu’il avait été indispensable d’adopter, pour le bourrage des trous de mine, une méthode particulière, afin de maintenir la charge de dynamite que la pression énorme -du jet d’eau d’infiltration eût infailliblement rejetée.
- La cartouche était enfermée dans un tube en fer blanc que l’on coinçait contre les parois du trou ; après quoi le feu était mis aux mines comme d’habitude.
- Les deux galeries nord et sud du tunnel du Saint-Gothard — Gœschenen et Airolo — sont arrivées aujourd’hui (1er août 1876), la première à la cote 3395m,75, la seconde à 3101 mètres. C’est donc en tout, sur les 14 920 mètres qui forment la longueur complète du souterrain du Gothard, un total de 6495,u,75 mètres perforés en petite section. Les conditions dans lesquelles s’accomplit ce travail, nous venons déjà de le faire remarquer, furent loin d’être identiques aux deux embouchures. Tandis qu’à Gœschenen, la perforation mécanique, en dehors d’une centaine de mètres de terrains ébou-leux traversés entre les cotes 2760 mètres et 2860 mètres, s’effectua constamment daus une roche solide, ne nécessitant aucun boisage et ne pré* sentant aucune trace sérieuse d’infiltrations,—même lorsque la petite galerie, à 1600 mètres de l’embouchure, passa sous le lit de la Reuss, à 240 mètres au-dessous du val des Schôllenen, — la galerie sud d’Airolo avait à vaincre les difficultés les plus insurmontables qui se soient peut-être jamais rencontrées dans le percement d’un tunnel. De 42 litres par seconde (mai 1873), le débit des eaux d’in-
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- iiltration s’élève rapidement jusqu’à atteindre, en décembre, dans les micaschistes talqtieux et grena-tifères, le chiffre déjà considérable de 200 litres ; le front d’attaque de la roche fournit à lui seul 40 litres. En janvier 1874, on compte de 250 à 250 litres. L’année entière se passe dans cette effrayante situation ; ce n’est qu’en décembre que la roche devient à peu près sèche, les travaux d’élargissement restant inondés. Combien de journées laborieuses dépensées en luttes stériles, combien d’heures employées, perdues plutôt, à détourner les eaux, à franchir les crevasses pleines d’éboulis, véritables cheminées d’où s’écoulent en nappes épaisses les matières délitées accumulées depuis de longs siècles, à retirer hâtivement l’affût et les perforatrices, menacés d’être enfouis sous l’éboulement, à boiser la roche, qui craque et se fendille sous l’énorme pression environnante. Aujourd’hui encore, lorsqu’on entreprend la longue et pénible course qui conduit au front d’attaque, à plus de 5 kilomètres de l’embouchure, on doit traverser, en certains endroits, la forêt de boisages qu’a laissée derrière elle la roche indocile, comme un témoin des premiers jours de labeur ingrat.
- Nous eussions aimé, comme pièces à l’appui, mettre sous les yeux de nos lecteurs les divers échantillons géologiques que nous avons réunis depuis le commencement des travaux du tunnel, autant par curiosité scientifique que pour conserver le souvenir des étapes périlleuses qu’aura parcourues la perforatrice dans le souterrain du Gothard. Nous eussions retrouvé, pour l’embouchure nord, les variétés si nombreuses du gneiss granitique, tantôt grisâtre, zébré de longues bandes de mica, tantôt brillant comme une mosaïque où se mêlent la blancheur male du feldspath et le scintillement clair des lamelles quartzeuses. Le côté sud est autrement riche, et offre au minéralogiste un champ plus vaste, avec ses roches cristallines qui revêtent à chaque pas les couleurs les plus diverses et les plus chatoyantes. Ici, la x’oche tient solidement enchâssés des multitudes de grenats aux faces rougeâtres pentagonales ; plus loin, ce sont les longues aiguilles d’amphibole, serrées les unes contre les autres comme des touffes de poil rude, ou bien encore s’allongeant régulièrement sur la strate schisteuse, comme de véritables traces fossiles.
- La région granitique du Gothard est une des plus riches en curiosités minéralogiques; c’est elle qui jusqu’à ce jour a fourni les cristaux les plus remarquables. Ceux de la grotte de Tiefen, proche de la Furka, dans la vallée d’Urseren, découverte en 1868, jouissent d’une renommée méritée. Les plus remarquables spécimens se trouvent, croyons-nous, au Musée de Berne ; plusieurs d’entre eux, de la base au sommet de la pyramide, mesurent 0‘",70 de hauteur et pèsent 200 à 500 livres. La galerie nord du tunnel a parfois traversé de ces poches à cristaux si nombreuses dans le massif granitique; un des plus beaux échantillons mis au jour par la
- mine faisait partie de l’envoi que M. Louis Favre adressa, en juillet 1875, à l’Exposition internationale des sciences géographiques ; chacun des cristaux du groupe mesurait environ 0m,50 de hau ; teur sur 0“‘,25 à 0m,50 de diamètre, le groupe entier pesait 100 à 150 kilogrammes. Les cristaux rencontrés dans les poches sont le plus souvent incolores et parfois très clairs lorsqu’on les a débarrassés de la gangue chloriteuse verte qui tapisse la cavité entière; ils sont quelquefois encore, mais bien rarement, accompagnés de petits cristaux roses de spath fluor, atfectant, comme on le sait, la forme d’une double pyramide tétraédrique, tandis que le cristal de roche ordinaire est à base hexagonale. Une cristallisation fort rare et très-recherchée des amateurs est encore celle du feldspath cristallisé en cubes aplatis, de manière à former une plaque qui, grâce à la chlorite dont elle est imprégnée, simule assez bien une de ces antiques ciselures de bronze, auxquelles la patine a donné son rellet verdâtre et doux. Voici encore près de nous les petits amas de pyrites, semées çà et là, comme des clous d’or, sur la blancheur mate de l’eurite; le spath calcaire, puis toute la série étincelante des micas, depuis le mica noir de jais, jusqu’au mica rouge comme des paillettes de cuivre. La galerie sud, composée tout entière de roches schisteuses métamorphiques, fut moins riche en cristaux que le rocher granitique de Gœschenen; elle racheta cependant largement sa pauvreté, en mettant à nu une veine de quartz aurifère, malheureusement si mince que les échantillons s’envolèrent comme par enchantement, sans qu’il me fût possible d’en conserver autre chose que le souvenir, et le regret de n’avoir point su prendre ma part de la précieuse trouvaille dont les vestiges sont aujourd’hui emprisonnés à jamais derrière la voûte protectrice du tumel.
- Les échantillons des diverses variétés de roches rencontrées par l’axe du souterrain, classées et étiquetées avec soin, forment déjà une collection importante. La direction technique du chemin de fer du Gothard publie depuis le commencement des travaux du tunnel, à intervalles réguliers, des rapports spéciaux, avec profils, renfermant, pour une longueur donnée de galerie perforée, de nombreuses indications, qui seront plus tard d’un grand secours pour le géologue. On y trouve, pour chaque portion de tunnel, tous les 20 ou 50 mètres, suivant les changements remarquables du terrain : —la désignation de la roche, gneiss granitique ou talqueux, par exemple; l’inclinaison et leplongement des couches; la température interne du rocher et celle de l’eau qui s’en échappe; la température de l’air prise au front d’attaque et sur les chantiers extérieurs ; enfin» une série d’observations sur le faciès du terrain dans l’intervalle des deux variétés qui ont fourni les échan-! tillons. Le dessin étant établi à l’échelle de on | voit que pour les 14 920 mètres de tunnel, la feuille 1 rcprésen'ant le profil aura une longueur d’environ
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- 75 mèlres, contenant le résumé des expériences de dix années, y compris les premières études avant que le percement ne soit commencé. La série d'observations qui se rattachent plus spécialement aux indications thermométriques de la roche interne, sur lesquelles nous nous proposons de revenir en détail dans une prochaine étude, sont particulièrement intéressantes, parce qu’elles permettent de constater une fois de plus la loi de croissance de la température à mesure qu’on s’éloigne de la surface externe du globe.
- Au milieu de tous les obstacles que nous avons signalés, le tunnel du Saint-Gothard continue chaque jour sa marche vaillante. Commencé par les moyens de perforation manuelle ordinaires, le 12 septembre 1872 à Airolo, le 17 novembre à Gœs-chenen, continué mécaniquement en avril 1875 à l’embouchure nord, en juillet à la tête sud, il est aujourd’hui arrivé à plus de 6 kilomètres pour les deux galeries prises ensemble. Avant la fin de 1876, la perforatrice sera donc venue à bout, en moins de quatre années, de trouer à moitié l’énorme géant.
- Il nous a semblé intéressant de faire suivre cet article du tableau complet des résultats mensuels. Le lecteur remarquera souvent, entre deux dates rapprochées, des écarts considérables dans les moyennes de progrès quotidiens, subordonnés à autant de variations brusques du terrain traversé, plus ou moins favorable à la perforation, au relevage des déblais, compacte ou délité, sec ou aquifère. Nous avons du reste noté soigneusement dans la colonne d’observations les phases les plus marquantes du travail, qu’elles se rapportent à la constitution géologique du terrain ou à l’installation de machines nouvelles, telles que les compresseurs à action directe qui ouvrent l’ère du progrès définitif de la perforation.
- Des chiffres renfermés dans ce tableau, nous pouvons déduire tout d’abord la date d’achèvement probable du travail. Le souterrain entièrement terminé, revêtu des maçonneries utiles et muni de sa voie ferrée, devant être livré à l’exploitation le 1er octobre 1880, nous fixerons comme terme d’achèvement de la petite galerie le 1er janvier de la même année ; il restera donc un délai de neuf
- mois pour terminer les travaux d’élargissement, chiffre parfaitement suffisant. Or, nous avons, au 1er août 1876, une longueur de 6500 mètres perforés en petite section, c’est donc encore 14 920 — 6500, soit 8420in à traverser en 41 mois, soit 205 mètres par mois. Ce chiffre ayant déjà été maintes fois surpassé, rien ne s’oppose donc à ce que le colossal travail soit achevé en temps voulu, toutes réserves gardées sur la situation actuelle de la compagnie du chemin de fer du Gothard, dont la situation financière fait en ce moment l’objet de nombreux commentaires.
- Si la place ne nous était forcément mesurée, nous pourrions encore, des résultats obtenus dans la perforation mécanique du souterrain du Gothard , tirer d’utiles enseignements sur l’avenir des œuvres similaires qui sont encore aujourd’hui à l’état de projet, mais dont la réalisation est proche cependant. Telle la troisième percée des Alpes au Sim-plon, corollaire indispensable de la traversée sous-marine entre la France et l’Angleterre. La longueur du nouveau tunnel transalpin est, en effet, désignée d’avance : à peu près 21 kilomètres, d’après les récentes études faites l’an dernier par le nouveau comité du chemin de fer du Simplon. La durée relativement précise de cette œuvre nouvelle, plus gigantesque encore que ses aînées, et la dépense que nécessitera sa construction, peuvent être évaluées approximativement en prenant pour base les dernières années d’expériences du Saint-Gothard. . Nous laisserons les personnes que ce sujet peut intéresser faire elles-mêmes le calcul bien simple que nous indiquons ; les documents ne manquent point pour cette question qui doit nous solliciter à un double point de vue, et par son caractère éminemment scientifique, et aussi parce qu’elle est au premier chef, nationale. Nul n’ignore , en effet, que l’œuvre colossale dont nous venons d’esquisser 1 histoire, a été subventionnée par nos puissants voisins, au lendemain même de nos défaites, dans le but sinon avoué, du moins visible, d’enlever à la France pour l’acquérir à son profit, une grande partie du transit que la position géographique particulière de notre pays semblait lui assurer à jamais.
- Les moyens de communication rapide à travers
- Échantillon de cristal de roche rencontré dans le gneiss granitique de la galerie nord du grand tunnel du Saint-Gothard, à 2,053 mètres de l’embouchure. — Hauteur du cristal principal, 0“, 50; poids, 150 kilogrammes. (D’après nature.)
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- TABLEAU DES PROGRÈS MENSUELS OBTENUS AU GRAND TUNNEL DU SAINT-GOTHARD, DEPUIS LE COMMENCEMENT DES TRAVAUX (SEPTEMBRE 1872) JUSQU'AU 1" AOUT 1876.
- PROGRÈS MENSUELS • MOYENNE QUOTIDIENNE AVANCEMENT TOTAL DE LA GALERIE
- GŒSCHENEN AIROLO TOTAL
- mètres mètres mètres mètres mètres
- 1872. — Septembre. . . » 28,70 28,70 » 28,70
- Octobre. . . . » 59,40 39,40 u 68,10
- Novembre. . 4,80 17,60 22,40 H 90,50
- Décembre. . . 44,10 IG 30,10 » 120,60
- 1873. — Janvier. . . . 21,10 23,80 4-1,90 >» 165,50
- Février. . . . 20,50 18,10 38,60 » 204,10
- Mars 26,70 21,50 48,20 » 252,50
- Avril 30,40 12 42,40 1,07 294,70
- Mai 42,50 22,50 65 1,57 359,70
- Juin 48,10' 19,60 67,70 1,60 427,40
- Juillet 51 47,40 98,40 3,18 525,80
- Août.. .... 66,60 89,10 155,70 5,02 681,50
- Septembre . . 50,20 60,20 110,40 3,68 791,90
- Octobre. . . . 70 60 130 4,20 921,90
- Novembre. . . 75 51,10 126,10 4,20 1048
- Décembre. . . 79,20 69 148,20 4,79 1196,20
- 1874. — Janvier. . . . 72 51,70 123,70 4,14 1319,90
- Février. . . . 65,80 55,10 121,30 4,64 1441
- Mars 82,10 63,20 145,50 4,74 1686,30
- Avril 58,40 51,90 110,30 3,68 1696,60
- Mai 82 44,80 126,80 4,10 1825,40
- Juin 70,30 63,10 153,40 4,44 1956,80
- Juillet .... 95 62 157 5,06 2113,80
- Août 120 59,80 179,80 5,80 2293,60
- Septembre. . . 108,20 51,20 159,40 5,52 2453
- Octobre.... 115.10 73,40 186,50 6,02 2639
- Novembre. . . 83,70 84,60 168,50 5,61 2807
- Décembre. . . 86,50 86,40 172,90 5,58 • 2980,70
- 1875. — Janvier. . . . 92,60 101,40 194 6,26 3174,70
- Février. . . . 83,10 101 184,10 6^58 335S, 80
- Mars 92,10 86,70 178,80 5,77 5537,60
- Avril 97,60 128 225,60 7,52 3763,20
- Mai 115,50 101 216,50 6,99 3979,70
- Juin 99,50 115 214,30 7,14 4194
- Juillet 113,40 127,20 210,60 7,76 4434,60
- Août 119,90 93,80 215,70 6,96 4650,30
- Septembre. . . 125,90 103,20 229,10 7,64 4879,40
- Octobre. . . . 127,60 116,20 243,80 7,87 5125,20
- Novembre. . . 67,20 90,10 157,50 5,24 5280,50
- Décembre. . . 39,30 90 129,50 4,17 5409,80
- 1876. — Janvier. * . . j 32,50 121,30 153,80 4,96 5563,60
- Février. . . . 46,60 89 135,60 4,68 5699,20
- Mars 75,40 76,10 151,50 4,88 5850.70
- Avril 115,90 63,60 177,50 5,90 6028,20
- Mai 108 59,95 167,95 5,41 6196,15
- Juin 94,20 38,25 152,75 4,40 6328,90
- Juillet 114 53 167 5,40 6495,90
- OBSERVATIONS
- (Dates d'établissement des installations mécaniques, constitution de la roche
- traversée par la petite galerie.)
- Gœschenen * 17 novembre 1872. Commencement des travaux à la main. Gneiss granitique. Roche sèche. — Airolo : 12 septembre 1872. Commencement des travaux à la main. Roches dolomiti-ques. Fortes infiltrations d'eau. Micaschistes altérés et friables.
- Gœschenen : 31 mars 1873, cote 87®,10, installation de la perforation mécanique, avec les machines système Dubois-François, et les compresseurs à petite vitesse et à piston immergé. — 8 octobre, cote 390m, mise en marche du 1er groupe de compresseurs Colladon; 3 novembre, mise en marche du 2e groupe. Gneiss granitique, avec couches interstratifiées de gneiss schisteux. Parties schisteuses seules humides. — Airolo ; 24 juin 1873, cote 214m,10, travail mécanique. —Décembre, cote 580m, mise en marche des trois groupes de compresseurs Colladon. Micaschistes fortement aquifères. Janvier, cote 140“, 25 litres par seconde couches séparées par de la terre glaise. Février, 75 litres. Mars, 90 litres. Juin, 130 litres. Juillet, août, 148 litres. Septembre, octobre, novembre, 195 litres. Décembre, cote 580m, débit total du tunnel 180 litres. Le front de taille seul fournit 30 à 40 litres par seconde.
- Gœschenen : Janvier 1874, cote 650“, mise en marche du 3" groupe de compresseurs Colladon. Mai, installation des perforatrices système Ferroux dans la petite galerie. Décembre, mise en marche du 48 groupe compresseurs Colladon. — Gneiss granitique. Juillet à novembre, talcschistes. Décembre, cote 1600“, passage de la petite galerie sous la Reuss du Val des Schôllenen. Pas d'infiltrations. — Airolo : Micaschistes quartzeux, amphiboliques, grenatifères. Janvier, débit du tunnel, 228 litres par seconde. Septembre, 234 litres. Novembre, jet d’eau de 4 centimètres d’épaisseur, jaillissant jusqu’à 5 mètres du front de taille; son débit seul est de 15 litres à la seconde. Décembre, les innllrations cessent presque entièrement au front d’attaque de la petite galerie, mais les travaux d’élargissement restent toujours inondés.
- Gœschenen : Janvier 1875, mise en marche du 5* groupe de compresseurs Colladon. Gneiss granitique jusqu’à 2000“ (mai). Gneiss riches en mica. Octobre, novembre, décembre (2760-2810“}, roche complètement décomposée et pulvérulente. Boisages. — Airolo : Micaschistes quartzeux, amphiboliques, grenatifères. Février, mars, mise en marche des 48 et 5# groupes de compresseurs Colladon.
- Gœschenen : Établissement des G* et 7* groupes de compresseurs Colladon. Janvier, février, roche décomposée et argileuse ; à partir de 2860“ gneiss micacés ou talqueux. — Airolo : Etablissement des 6* et 7* groupes de compresseurs Colladon. Micaschistes habituels. Roche sèche. Faible débit d’eau du torrent la Trémola qui alimente les grandes turbines. Les avalanches interceptent souvent la 2* conduite d’eau du Tessin. Juin et juillet. Roche amphibolique d’une dureté extrême.
- Longueur totale du tunnel du Saint-Gothard : 14 920*. — Longueur perforée au 1" août 1876 : 6495*, 10. — Reste à perforer : 8i04“,10.
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- LA NATURE.
- les pays accidentés, les ponts, les tunnels, qui livrent passage aux voies ferrées, peuvent, à un moment donné, devenir un auxiliaire terrible, quoi-qu’inconscient, pour une armée victorieuse. Les tristes épisodes de la dernière guerre dans les Vosges nous ont assez montré de quel poids pouvaient peser, dans la balance de la guerre, les ouvrages d’art souterrains. C’est une règle pour le génie militaire d’établir, dans les piédroits des maçonneries de revêtement d’un tunnel, des chambres de mine prêtes à recevoir la charge nécessaire pour obstruer complètement la voie et arrêter ainsi la marche de l’ennemi victorieux, ou assurer sa retraite propre. La grande galerie du Gothard, le cas échéant, n’échappera point .à l’œuvre de destruction. A 145 mètres de l’embouchure sud d’Airolo, s’ouvre une galerie curviligne de raccordement avec la voie extérieure, la longueur de galerie rectiligne ainsi abandonnée devant seulement servir à la ventilation du souterrain. La chambre de mine qui doit être utilisée en cas de défense armée sera placée au point de jonction, dans le piédroit commun. Dure nécessité, qui condamne d’avance les travaux où l’homme accumule toute sa patience et tout son génie, œuvres de paix et de civilisation s’il en fut jamais, à devenir un jour les otages responsables de quelque conflit qu’aura allumé une ambition malsaine ou une haine irréfléchie.
- Quelque surprise que nous réserve l’avenir, le tunnel du Saint-Gothard, comme autrefois le sou-lerraiu du Mont-Cenis qui consacra le premier la perforation mécanique des grandes galeries transalpines, marche d'un pas assuré vers son achèvement. Chaque explosion des fourneaux de mine au front de taille de la petite galerie avance d’autant la date où compresseurs et perforatrices, ayant rempli leur tâche bruyante, rentreront au repos dans les chantiers désormais silencieux et déserts. Quelques années encore, et la locomotive sifflera son chant de fête à l’entrée du nouveau tunnel des Alpes, à cette même place où, loin derrière nous dans la nuit des temps géologiques, l’énorme glacier de la Reuss rayait de ses stries profondes la robe granitique du Saint-Gothard. Maxime Hélène.
- NANKING ET LE TOMBEAU DES MINGS
- (chine).
- La ville de Nanking, située sur la rive droite du Yang-tse-Kiang, et à 80 lieues environ de son embouchure, est peu visitée par les Européens qui passent devant elle en se rendant à Hang-Kao, centre d’un commerce très-important; aucun intérêt, en effet, ne les porte à faire escale sur un point presque uniquement habité par des cultivateurs.
- Des montagnes élevées , au profil pittoresque, courent parallèlement au fleuve, et c’est dans une espèce de cirque qu’elles forment, que le chef de la
- dynastie des Mings fit jeter, vers la fin du quatorzième siècle, les fondements d’une ville qui devait servir de résidence aux empereurs de la Chine, mais qu’une révolution de palais fit abandonner pour Pé-king après la mort du deuxième empereur, dépossédé, dit-on, et assassiné par son oncle.
- Le premier, nommé Tai-tsou, ou Kiang-Hau, était d’origine chinoise; il avait été valet dans un couvent de bonzes. Cette dynastie succédait à une dynastie tartare.
- A l’époque de la guerre des Rebelles, les Tai-pings qui s’étaient emparés d’un grand nombre de villes, et entre autres de Nanking, furent obligés de les abandonner. Mais en se retirant ils les dévastèrent ; l’ancien palais fut brûlé, et la célèbre tour de porcelaine fut démolie. Construite en 572, et rebâtie en 1411, elle avait 200 pieds de haut et 9 étages. Sa forme était octogonale, et chaque côté à la base avait environ 15 pieds de largeur. Un escalier étroit reliait les étages ; chacun d’eux contenait une chambre très-ornée. A l’extrémité, un donjon presque à jour supportait une boule dorée d’une grosseur extraordinaire. On trouve encore sur Remplacement qu’elle occupait une grande quantité de décombres, de tuiles vernissées, et la partie supérieure de la tour, espèce de calotte en métal de près de trois mètres de diamètre. Quant aux briques de porcelaine, elles ont entièrement disparu, prises par les habitants et dispersées dans le pays. J’ai été pourtant assez heureux pour en rapporter une, qui m’a été donnée par le supérieur de la Mission.
- Au mois de janvier 1870, époque de mon arrivée à Nanking, la ville ne possédait, en fait d’Européens, que quatre missionnaires français et un Anglais, M. Mackardtney, ancien chirurgien de l’année des Indes, directeur d’une fonderie de canons pour le comptedu gouvernement chinois. C’est grâce aux complaisantes indications de ces messieurs, à leur gracieuse hospitalité, et aux précieux renseignements trouvés dans les vieux livres de la Mission qu’il nous a été permis de visiter avec quelque fruit ce pays entièrement chinois, où les mœurs et les coutumes n’ont pu être altérées par le contact des étrangers.
- Toutes les fois que le temps le permettait, et que le service n’exigeait pas notre présence à bord, nous allions à terre, et soit à cheval, soit à pied, nous parcourions la ville et ses environs, prenant pour but de notre excursion un des points qui nous avaient été signalés comme intéressants, et ne revenant souvent que le lendemain, après avoir passé une nuit à la Mission.
- Je fis ma première promenade en compagnie du personnel de la légation de Péking et de plusieurs officiers de la frégate. Nous devions ce jour-là déjeuner à la Mission et visiter ensuite le tombeau des Mings. Nous partîmes le matin de bonne heure dans une embarcation à vapeur, pour remonter le canal qui longe extérieurement les murailles de la ville, et qui sert d’abri aux barques de pêcheurs, aux jonques de commerce et aux jonques de guerre.
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- LA NATURE.
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- Dans les premiers moments nous n’eûmes pas trop de peine à circuler; mais en avançant, nous ne tardâmes pas à nous trouver au milieu d'une si grande quantité de bateaux qu’il devint nécessaire, pour éviter les abordages, de faire jouer notre sifflet à vapeur. A ce bruit inusité, on voyait sortir au-dessus des bastingages, et par toutes les ouvertures, une foule de têtes chinoises, moitié effrayées et moitié goguenardes; les enfants'pleuraient, les femmes riaient et les hommes se dérangeaient bien peu ; quant à nos matelots, ils juraient comme des possédés, car leur tâche n’était pas facile: il fallait à chaque instant pousser ces énormes masses, dont les équipages ne se dérangeaient pas. Il est impossible, quand on ne l’a pas vu, de se faire une idée du pêle-mêle, du tohu-bohu que présente cette agglomération de Chinois criant, hurlant, battant le gong, soufflant dans des trompes, ou jouant de leur aigre et discordant violon. L’ouïe et l’odorat y sont désagréablement affectés; l’œil seul y trouve une compensation dans la bizarrerie du spectacle.
- Après une heure de cet exercice peu divertissant, nous mîmes pied à terre, et passant sous une des portes, nous prîmes le chemin de la Mission.
- Les murailles qui entourent la ville, construites en briques, et d’une épaisseur considérable, ont de 45à 20 mètres de hauteur et environ 50 kilomètres d’étendue. Bâties avant la ville, elles enveloppent une superficie de terrain considérable, dont un dixième à peine est couvert de maisons. Le reste, présentant des champs en culture et des terrains vagues.
- Dans le trajet du point de débarquement à la porte de la ville, nous pûmes remarquer un grand nombre de cercueils en bois placés le long de la route. On nous dit que c’était la coutume en Chine, que les pauvres plaçaient ainsi les restes de leurs parents, et que ceux qui avaient de grandes maisons les conservaient chez eux. Ces cercueils sont en bois épais, solidement établis, et garnis, je crois, à l’intérieur d’une espèce de résine pour empêcher les émanations. Nous avons vu sur quelques-uns des ouvertures pratiquées dans l’épaisseur du bois, et dans lesquelles se place la nourriture, qu’ils destinent à leurs chers trépassés. Le culte des ancêtres est à peu près le seul culte du Chinois, très-peu croyant d’ailleurs. L'idée de la mort ne l’effraye pas, et si ses moyens le lui permettent, il économise pendant sa vie pour avoir un bel enterrement après son trépas. Souvent même il prend plaisir à faire construire son cercueil d’avance, pour être certain d’avoir de bonne marchandise.
- A l’entrée de la ville nous trouvâmes un poste de militaires dont j’examinai avec intérêt le costume et les armes, ces dernières placées au râtelier, en dehors du poste ; elles consistaient en voulges et haie-bardes assez semblables aux anciennes armes européennes, mais je ne vis pas une seule arme à feu ; ce n’est que plus tard que j’aperçus un fusil à mèche entre les mains d’un chasseur. Les soldats étaient |
- coiffés d’un turban, et portaient un caleçon de couleur foncée descendant jusqu’au-dessus de la cheville, et une blouse de même étoffe. Sur la poitrine s’étalait un rond blanc sur lequel des caractères chinois servaient à indiquer à quel corps appartenait le soldat; sur le dos un rond pareil portait l’inscription de brave. Je n’ai jamais rencontré eu ville un soldat chinois portant une arme quelconque, mais en re-vance je les ai toujours vus armés d’un parapluie.
- Vingt minutes après avoir franchi les portes, nous arrivions à la Mission, composée de plusieurs bâtiments, dont le principal, habité par les Pères, n’a qu’un premier étage, et contient des chambres meublées à la chinoise. Le rez-de-chaussée, où se trouvent le réfectoire, la salle de réception, etc., s’ouvre sur une galerie en bois qui donne dans le jardin fermé par une grille.
- Un déjeûner servi à la française nous fut offert, et voyant un des Pères se servir de petits bâtons pour manger, je voulus faire mon apprentissage, et je ne m’en tirai pas trop mal, au dire des experts.
- Les mets chinois, coupés en petits morceaux gros comme des dés à jouer, sont assez faciles à saisir avec ces deux baguettes, qu’on tient d’une seule main. Quant au riz, généralement servi dans des bols, -il suffit, pour le manger, non pas de le prendre grainvà grain, ce qui serait assez long, mais bien d’élever la tasse à la hauteur des lèvres et de pousser le contenu dans la bouche à l’aide des petits bâtons.
- Après le repas on nous offrit le thé, qui se prend sans sucre, et que je trouvai détestable. On nous servit également de l’eau-de-vie de riz, que je ne trouvai pas meilleure ; et pour faire passer le tout, nous fumâmes quelques pipes grandes comme des dés à coudre, bourrées d’un tabac chinois très-fin, et dont la fumée prend à la gorge, en laissant une odeur d’huile rance très-prononcée.
- A la fin du déjeuner, des chevaux avaient été amenés à la porte de la Mission, et nous ne tardâmes pas à enfourcher nos bêtes, tristes spécimens de la race chevaline.
- Nanking est réellement mal approvisionnée sous ce rapport, et ce n’est que plus tard, à Péking et à Chang-Hai, que je pus m’assurer qu’on trouvait en Chine de bons et solides poneys.
- Notre cavalcade quitta bientôt la maison, traversant de grands espaces incultes, et rencontrant de temps en temps des chaumières assez semblables aux constructions de même nature que l’on voit en France. Les paysans, vêtus de leur costume d’hiver, en étoffe bleue, sortaient sur le pas de leurs portes avec leurs femmes et leurs enfants, pour nous regarder passer. Les enfants, avec leurs vêtements rembourrés de coton, ressemblaient à de petites boules. Quant aux femmes, habillées de bleu comme leurs maris, elles étaient remarquables par le soin extrême apporté dans l’arrangement de leurs cheveux traversés par de longues épingles ornées de verroterie
- 1 Lu mode des pieds déformés existe généralement dans la
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- LA NATURE.
- De temps en temps nos chevaux faisaient lever des faisans, qui allaient se poser un peu plus loin, et couraient devant nous au grand désespoir de nos chasseurs, qui n’avaient pas de lusil. Ces animaux sont si communs dans le pays, que nous avons pu nous en procurer pendant tout le temps de notre séjour, et à très-bas prix; mais leur chair est, à mon avis, bien inférieure à celle de nos faisans de France.
- Le chemin que nous suivions nous fit passer au milieu des ruines de l’ancien palais impérial. I1‘ serait assez difficile, sur ce qu’il en reste, d’en rétablir le plan primitif ; mais l’énorme dimension des blocs de pierre qui n’ont pu être déplacés ni détruits par le temps, témoigne de la puissance des moyens d’action mis en usage.
- En quittant le palais, nous passâmes près d’un camp tartare entouré de murs, et que de nombreux petits drapeaux signalaient à notre attention.
- Enfin, nous atteignîmes la porte de ville, et la franchissant, nous prîmes à gauche un assez mauvais chemin qui longe la muraille pendant cinq ou six cents mètres avant de tourner dans la plaine, dont le niveau est sensiblement plus bas que le pied des fortifications. Le terrain y est très-inégal , et coupé de tlaques d’eau où s’ébattent de nombreux canards sauvages et des oiseaux aquatiques de toute espèce. Devant nous s'étendait la chaîne des montagnes dont j’ai parlé plus haut, et sur le sommet de laquelle est construite une muraille continue dont on ne voit pas la fin. A trois kilomètres environ de la ville s’élève le tombeau des Mings. C'est une montagne artificielle en terre, ayant la forme d’une pyramide quadrangu-laire, et dans laquelle est, dit-on, enfermé le corps du fondateur de la dynastie. Une construction massive en pierre, d’une hauteur de 10 mètres environ, se dresse au pied même du tumulus. Une voûte percée au milieu permet d’arriver, par un plan fortement incliné, à des escaliers qui se trouvent derrière, et qui donnent accès sur une plate-forme supérieure ; celle-ci supporte une espèce de maison à trois portes dont le toit est effondré.
- campagne, pour les femmes de race chinoise seulement, car les femmes d’origine tartare portent des chaussures pareilles à celles des hommes.
- Vue du tombeau des Mings, près Nanking ( à vol d’oiseau), montrant l’allée des statues. (D’après l’album de M. Véron, capitaine de frégate.)
- Pour gagner cette voûte, nous avions du traverser un pont en marbre blanc, jeté sur un fossé sans eau, et orné de balustrades également en marbre et d’un joli travail, mais en partie détruites.
- Du sommet de la plate-forme, et en se tournant vers la ville, on peut embrasser d’un coup d’œil l’ensemble des constructions qui précèdent l’entrée du tombeau.
- Au bout du pont on distingue les restes de trois enceintes circulaires, dont l’une contient encore, sur une espèce de terrasse, une tortue qui supporte une pierre couverte de caractères chinois. La tortue joue un grand rôle dans l’architecture de ce pays ; elle est, m’a-t-on dit, l’emblème de la sagesse.
- A partir de la troisième enceinte, commence l’allée des statues. Elles sont placées par paires de chaque
- côté de la route qui conduit au pont et se font face. Ce sont : quatre bonzes, puis quatre guerriers couverts de leurs armures, dont les cheveux sont courts ; puis deux obélisques, et enfin deux chevaux debout, deux couchés, deux chiens debout, deux chiens couchés, quatre éléphants , quatre chameaux, quatre lions, quatre animaux frisés dont je n’ai pas pu reconnaître la nature ; toutes
- ces figures, alternativement debout et couchées, sont en pierre, et supportées par des socles carrés également en pierre. Les hommes ont environ trois mètres de haut, les éléphants en ont quatre ; la longueur totale de l’allée, qui affecte une forme sinueuse, est à peu près d’un kilomètre. Elle est terminée par une enceinte en brique en grande partie détruite, et qui renfermait:
- 1° Une massive construction carrée, sans toiture, formée de quatre murailles percées chacune d’une porte, au centre de laquelle se trouve une tortue pareille à celle que j’ai déjà indiquée.
- 2° Une porte chinoise à trois ouvertures couverte d’un toit en tuiles vernissées, et à moitié démolie.
- Nous n’avions pas été favorisés par le temps : une petite pluie fine et continue nous glaçait , et l’heure du retour avait sonné. Je me promis bien de revenir prendre un croquis de tout ce que j’avais vu et qui m’avait si vivement intéressé.
- Je revins donc quelques jours après, accompagné
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- Spécimens des grandes statues de pierre, bordant”l’allée du tombeau des Mings, près Nankin. (D'après l’album de M. Véron, capitaine de frégate.)
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- LA NATURE.
- d’un domestique chinois qui me servait depuis mon départ de Saygon. En examinant à loisir les statues des bonzos et celles des guerriers, je fus émerveillé de la purèté des dessins gravés sur la pierre. Les broderies des vêtements des bonzes et les ciselures des armures des guerriers étaient si nettes que je pus les copier jusque dans leurs plus petits détails. L’artiste, né il y a près de cinq cents ans, s’était évidemment appliqué pour modeler les statues d’hommes; mais il avait beaucoup moins réussi les animaux, imités de la nature, et dont aucun ne rappelle les figures fantastiques si communes dans ce pays ; mais il s’était surpassé dans l’exécution des détails, et l’on peut, grâce à son travail, se rendre un compte exact des armes et armures de cette époque.
- Véron,
- Capitaine de frégate.
- LES
- TREMBLEMENTS DE TERRE EN ITALIE
- (1874-1876).
- La France, heureuse, sous ce point de vue du moins, n’a pas besoin, comme l’Italie, de consacrer une publication spéciale'à ces catastrophes souvent épouvantables et toujours inquiétantes, que les Italiens appellent terremoli (tremblements de terre). Depuis l’année 1874, M. le chevalier et professeur Michel-Étienne de Rossi publie à Rome un journal mensuel intitulé Bulletino del vulcanismo ita-liano (Bulletin du volcanisme italien). Nos voisins du sud-est, malheureusement pour eux, auraient pu commencer un journal de ce genre, il y a 1800 ans, à l’époque des Pline, oncle et neveu; ils auraient même pu remonter encore 1800 ans plus tôt, date approximative des combats fabuleux que les dieux livrèrent aux Titans, en Sicile et dans ce qu’on appelle la partie S. E. du royaume de Naples. Car ces combats n’étaient autre chose que des éruptions volcaniques du Vésuve et de l’Etna ; un mot suffirait à le prouver; les champs Phlégréens, où se livrèrent ces batailles mythologiques étaient, comme leur nom l’indique, des champs brûlés par les laves.
- Mais, sans vouloir nous perdre dans la nuit des temps, occupons-nous avec M. de Rossi et avec ses collaborateurs MM. Serpièri, Denza, Favaro, Palmieri, Pavia, Ragona, Zuchini, Zarlenga, etc., des phénomènes volcaniques et terrémotiques des années 1874-1876. Du 1er septembre 1874 au 51 mai 1875, dit M. de Rossi, des secousses de tremblements de terre furent éprouvées à Randazzo, les 1,2, 3 et 27 septembre; à Rocca di Papa, les 2, 8, 11 et 25 septembre; 1, 3, 18 et 24 octobre; enfin 31 mars; ù Bologne, les 10, 21 23 et 50septembre; 4 et 17 décembre ; 6, 7i et 11 février; 2 et 5 avril; dans le val Nera, le 10 septembre; à Stelvio (Piémont), le 20 septembre, le 21 octobre et le 13 décembre; à Moncalieri, les 7, 16, 18 et 20 octobre; le 9 décembre et le 27 février; à Mon-ghidoro, les 27, 28 et 29 septembre et 26 janvier ; à Pa-lazzo, le 19 octobre ; à Tossignano, le 22 octobre, les 5, 10 et 14 novembre; à Ferrare, le 26 octobre; à Ronta (Toscane), le 8 octobre et le 14 novembre; à Mugello, le 18 octobre; à Marradi, le 19 octobre; à Sassuolo, le
- 5 décembre, le 25 mars et le 20 mai ; à Florence, le
- 6 décembre, le 13 janvier, le 18 mars, le 29 avril et les
- 4 et 5mai; à Trevi, le 24 septembre; Visso, le 24 septembre; Turin, le 25 septembre; Pergosla, le 7 octobre; Frascati, le 14 septembre, 9 octobre, 7 décembre, 6 janvier, 8 mars, 21 et 30 mai; à Villelin, les 6, 8, 13 et 21 octobre; 13, 14, 16 et 19 novembre; 15, 24. 25 et 31 décembre; 17 mars, 25 avril; 5, 6 et 23 mai; à Rome qui, sous ce rapport, mérite son titre de capitale, le 12 octobre, les 5, 9,10, 11, 18,19, 21, 27, 28, 29 et 51 décembre; 13, 15, 17, 2 4, 30 et 51 janvier; 23 et 28 février; 18 et 24 mars; 14 et 17 avril; 10, 11, 12, 16 et 27 mai; à Brontc, le 6 septembre ; Cosenza, les 25 septembre, 12 novembre, 18 février, et 8 avril; 5, 10 et 14 mai; Messine, 8 et 23 octobre, 28 et 29 décembre, 31 mai ; Catanzaro, 27 et 28 octobre ; Bellune, 25 et 27 décembre, 17 mars; Ivrée 1er décembre, 11 et 15 janvier; 13,15, 16 et 17 février; Gênes et Pesaro, le 6 décembre; Cesena, les 20 janvier et 8 février; Forli, les 21 et 22 janvier, le 16 février ; Ascoli, le 17 novembre et le 25 décembre; Pérouse (Perugia), les 15 décembre, 1er janvier, 7, 16 et 18 mars: Ancône, le 25 novembre ; Alvito, le 8 décembre et le 21 janvier; Tarracina, les 21 et 22 décembre; Aquila, 6 décembre et 18 mars; Po-tenza, le 7 décembre; Acireale, le 4 janvier; Tolmezza, le 15 mars; Padoue [Padova), le 18 mars; Oropa, les 11 et 23 février; Camesino, les 23 décembre, 6 mars, 14, 24 et 27 avril, 3 et 4 mai ; Campello, le 23 mars; Civitta-Yecchia, le 13 mars; Ravenne, le 29 avril; Lojano, le 27 mai; Urbain et Anagni, le 5 mai, etc.
- Il est à remarquer que, simultanément avec les tremblements de terre qui affligent l’Italie, du 4 au 7 mai 1875, des secousses semblables firent périr 2,000 personnes dans l’Asie Mineure. M. de Rossi ne dit pas que les phénomènes, énumérés par lui, aient coûté la vie à des Italiens ou à des voyageurs et il est permis de croire que, pendant ces 9 mois, les populations en furent, plus ou moins quittes pour la peur.
- TRAITÉ D'ÉLECTRICITÉ STATIQUE
- DE M. MASCART1.
- Le Nouveau traité d'électricité statique, de M. Mascart, est tout à la fois un ouvrage théorique et expérimental ; il comprend la matière d’un enseignement élevé, et l’auteur a droit aux plus grands éloges, pour avoir réussi à coordonner méthodiquement une innombrable série d’observations et de systèmes. M. Mascart commence à suivre les travaux dus aux premiers savants qui ont fondé la science : Gilbert, Franklin, Coulomb, Yolta, Œr-sledt, Faraday, parmi les expérimentateurs; Poisson, Ampère, Ohm, Green, Thomson, parmi les théoriciens. Puis il continue son œuvre en décrivant d’une façon logique et savante les résultats les plus remarquables dus à la science moderne. Pour le suivre, il faudrait citer en outre toute la pléiade de ceux qui, marchant au second rang, ont perfectionné la pratique ou la théorie, dire en détail comment a été ébauché le code des lois électriques. 11 ne nous est pas possible d’entreprendre une semblable étude;
- 1 2 vol. in-8°. — G. Masson, éditeur. Paris, 1876.
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- mais il nous suffira, pour faire connaître l’ouvrage à nos lecteurs, de citer quelques-unes des curieuses expériences énumérées par M. Mascart.
- Diagomètre de Rousseau, —; La différence de conductibilité de deux liquides différents; en d’autres termes, le temps nécessaire à la propagation électrique à travers deux masses identiques de ces deux liquides, peut servir de caractère distinctif. Qu’il s’agisse, par exemple» de reconnaître le degré de pureté de l’huile d’olive, que le commerce est enclins à marier à l’huile de faine ou de pavot, on comparera la conductibilité électrique du mélange présumé à celle de l’huile pure, et comme dans le fait, la plus faible portion d’huile étrangère altère notablement cette conductibilité dans un sens bien défini, la physique fournira ainsi un moyen original d’atteindre une falsification dont la recherche est ordinairement du domaine de l’analyse chimique.
- Le liquide à essayer est placé dans une capsule métallique G (fig. d) qui repose sur un disque relié
- Fig. 1. — Diagomètre de Rousseau.
- métalliquement à l’aiguille a b mobile sur un pivot central. L’une des extrémités b de l’aiguille parcourt un cadran divisé tracé sur la cloche qui recouvre l’appareil, l’autre extrémité a porte un petit disque qui, à l’état neutre, est très-voisin de la tige A reliée au fil E D.
- Une pile P N envoie parle pôle P, à travers la tige isolée T et la capsule, une charge électrique dans les deux boules A et a; il en résulte une répulsion de l’aiguille ; on note le temps écoulé pour obtenir la déviation maximum dans les divers cas suivants :
- 1° La capsule étant remplie d’huile d’olive pure, on trouve 40 minutes ;
- 2° La capsule étant remplie d’huile de pavot ou de faine, on trouve 27 secondes.
- 5° La capsule étant remplie d’un mélange, on trouve 20 minutes.
- Un calcul simple, établi sur la donnée préalablement vérifiée que la conductibilité du mélange est la moyenne de celle des constituants donne la mesure de la fraude ; dans l’exemple 1/100,
- La pile employée est une pile sèche, c’est-à-dire une pile de Volta formée par des corps renfermant très-peu d’humidité et entre lesquels les actions chimiques sont assez faibles pour que l’appareil puisse conserver pendant un temps très-long un état électrique invariable. Celle qui a été indiquée par M. Rousseau est formée de doubles disques de zinc et de clinquants collés par l’interposition d’un mélange d’huile de pavot et d’essence de térébenthine en parties égales l.
- Soupape électrique de M, Gaugain. — C'est la représentation d’un phénomène singulier, encore inexpliqué. Voici la donnée : si on prend un œuf électrique (fig. 2), composé d’un globe de verre à l’intérieur duquel on peut raréfier l'air au moyen d’une machine pneumatique, et qu’on fasse éclater entre 2 boules placées à l’intérieur l’étincelle d’une bobine d’induction, on fera l’observation suivante. lorsque le pôle positif sera attaché à la boule inférieure et le pôle négatif a la boule supérieure ou inversement, on aura dans un galvanomètre intercalé dans le circuit une dérivation toujours croissante, dans un sens ou dans l’autre, à mesure qu’on raréfiera l’air dans l’œuf.
- C’est un fait qu’on explique étant admis que des deux courants inverses que produit simultanément la bobine, l’un a toujours une tension plus élevée que l’autre, et naturellement c’est le fort qui donne la note.
- Jusque-là, rien d’étonnant. Mais si l’on vient à vernir la boule inférieure de façon à ne plus laisser à la surface en regard de l’autre boule, qu’un petit espace conducteur, on constate une revanche, que pour une pression déterminée de l’air ambiant, le courant transmis entre les deux boules a toujours la même direction, quelle que soit la situation des points d’attache des pôles de la bobine. La boule vernie semble remplir dans ce cas le rôle d’une
- 1 M. Mascart cite une pile sèche du cabinet de physique du Collège de France qui, depuis 1827 jusqu a ce jour, n’a pas cessé de fonctionner et produit encore un effet très-énergique.
- ’ig. 2. — Soupape électrique.
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- soupape dans une conduite d’air ou d’eau, ne permettant jamais le mouvement que dans le sens arrêté d’avance par le constructeur.
- Indiqué sous cette forme schématique l’appareil de M. Gaugain, pour les partisans du Cui bono semblera peu intéressant ; aussi il n’est pas breveté et les savants seuls ont jusqu’à présent retenu le fait que tôt ou tard des applications vulgariseront. 11 a suffi à la réputation de l’auteur que ce principe lui ait fourni une méthode expérimentale qu’il a habilement suivie.
- Figures diverses de la déchargé électrique. — Faraday a distingué dans ces phénomènes quatre formes : 1° l’étincelle, 2° l’aigrette, 5° la lueur, 4° la décharge obscure. L'étincelle est le trait de feu qui éclate entre deux conducteurs inégalement chargés ; elle s’amincit à mesure que la distance explosive augmente, tout en conservant beaucoup d éclat vers les extrémités. La figure 5 représente
- l’étincelle obtenue entre le conducteur d’une machine électrique et la tranche d’un plateau métallique en communication avec le sol.
- A partir d’une certaine distance explosive variable avec le flux d’électricité , l’étincelle Fig. 3. — Étincelle électrique. n’est plus rectiligne, mais formée d’une succession de lignes droites disposées en zigzags. La figure 4 représente une explosion a la distance de 15 à 25 centimètres.
- Si on continue 'augmenter la dis-l mce, la forme se c [implique : il s’échappe latéralement des traits lumineux , partant des angles et se ramifiant eux-mêmes (fig. 5).
- Lorsqu’une machine électrique est en activité dans une chambre obscure, des jets lumineux ou aigrettes s’échappent des parties saillantes des conducteurs avec un bruit sourd analogue à celui d’un soufflet ou d’un jet de vapeur. Ces aigrettes sont formées généralement d’un pédicule rectiligne assez brillant qui, à partir d’un certain point, se ramifie brusquement en un certain nombre de branches divergentes d’une teinte violacée beaucoup moins vive : les branches se ra-
- mifient à leur tour et finissent par s’éteindre tout à fait.
- On produit de très-belles aigrettes en approchant du conducteur de la machine la tranche d’un plateau métallique, à une distance un peu supérieure à la
- Fig. 5. — Traits lumineux électriques ramifiés.
- distance explosive, et surtout en terminant ce conducteur par une boule de dimensions plus petites. La figure 6 représente une aigrette obtenue à la distance de 55 centimètres. Dans ces conditions, le bord du disque devenu légèrement lumineux, est séparé de l’aigrette par un espace qui paraît complètement obscur.
- Fig. 0. — Aigrette électrique.
- Les aigrettes se dessinent encore mieux quand le conducteur extérieur non isolé présente une grande surface, comme une sphère ou la face d’un large plateau (fig. 7).
- Il arrive quelquefois qu’une machine électrique en activité présente aux extrémités des conducteurs, surtout quand elles sont terminées par des boules de petit diamètre, une lueur d’un éclat et d’une étendue variables, tranquille, continue, et qui n’est accompagnée d’aucun bruit. Faraday a constaté que pour transformer l’aigrette en lueur dans l’air ordinaire, il faut diminuer les dimensions du conducteur au point où se fait la décharge, forcer le débit de la machine, et éloigner tous les corps étrangers. Ainsi, le conducteur d’une machine étant muni d’une tige arrondie de petit diamètre de façon à obtenir une lueur, il se forme des aigrettes quand on ralentit ou qu’on arrête la machine.
- Fig. 4. — Étincelle'; à la distance de 20 centimètres.
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- Ces lueurs paraissent être le siège d’une communication continue de l’électricité à l’air ambiant.
- Fig. 7. — Autre aigrette électrique.
- Dans les gaz raréfiés, l’apparence est plus frappante : à la pression de 5 ou 6 centimètres, dans l’œuf électrique (fig. 8 ) il s’échappe de la boule supérieure supposée positive, une multitude de bandes de couleur pourpre dont les unes sont dirigées vers les parois de l’œuf, tandis que d’autres constituent un faisceau de rubans lumineux ayant la forme d’un fuseau, et aboutissant à la boule négative. En même temps, cette dernière boule et la tige qui la supporte sont enveloppées d’une couche épaisse de lumière violacée.
- Si la garniture supérieure de l’œuf est mise en communication avec le conducteur d’une machine ou terminée par une pointe qui donne 'un llux continu, la décharge ne se produit
- plus à une aussi grande distance ; la boule positive donne un germe de lumière pourpre, la boule négative est entourée d’une auréole violacée, mais la gerbe et l’auréole sont séparées par un intervalle complètement obscur, au moins par comparaison avec les portions voisines. Cet espace plus sombre qui s’observe dans tous les gaz est le siège d’un mouvement des fluides électriques, c’est là ce que Faraday appelle la décharge obscure.
- Stratification de la lumière électrique. — Lorsqu’a-vant de faire le vide dans un œuf électrique, on y introduit des vapeurs d’alcool, d’essence de térébenthine, de sulfure de carbone, etc., et qu’on y fait passer les décharges d’une bobine, on voit la nappe lumineuse divisée par des bandes obscures nombreuses, normales en chaque point à la direction du jet de lumière (fig. 9).
- Ces strates se
- i • . i Fig. 9. — Lueurs électriques
- produisent dans gaus ies vapeurs d’essence de téré-
- tous les tubes à gaz benthine.
- raréfiés; leur distance et leur éclat dépendent de la nature et de la pression du gaz, des*dimensions des tubes et de
- Fig, _ Spectre électrique entre deux électrodes d’antimoine.
- l’énergie des décharges; elles sont plus marquées avec une lumière vive et des tubes étroits.
- L’explication de ces phénomènes n’a pas encore
- Fig. 8. — Lueurs électriques dans les gaz raréfiés.
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- été donnée d’une façon satisfaisante ; ils sont à retenir pour former le dossier de l’avenir.
- Composition de la lumière électrique. — Wol-laston, en observant une fente étroite éclairée par la lumière solaire, au travers d’un prisme de flint glass, découvrit dans le spectre quelques lignes obscures qui paraissaient être la séparation de couleurs différentes. Frauenhofer, examinant le spectre solaire avec une lunette, y aperçut un très-grand nombre de raies obscures plus ou moins intenses, dont il publia la table. En éclairant la fente de son appareil par la llamme d’une bougie ou d’une lampe, il ne vit plus qu’un spectre éclairé d’une manière continue, sauf dans le jaune où se montrait une ligne double brillante, dont la position correspondait à une double ligne noire du spectre solaire, qu’on sait maintenant appartenir au sodium.
- Mais « la lumière électrique est, dit-il, par rapport aux lignes et aux raies du spectre, très-différente de la lumière du soleil et d’une lampe. On rencontre, dans le spectre de cette lumière, plusieurs lignes en partie très-claires, dont l’une dans le vert, en comparaison avec les autres parties du spectre, paraît très-brillante. »
- Wheatstone, qui a repris ces expériences, a conclu de ses recherches que la lumière électrique est le résultat de la volatilisation et de l’ignition (mais non de la combustion) de la matière pondérable du conducteur. Cette conséquence n’est autre que le principe de l’analyse spectrale énoncé pour la première fois ; avec cette restriction cependant qu’il n’est pas absolument exact que la nature du milieu ambiant, dans le cas des étincelles électriques, n’intervienne pas aussi dans la composition du spectre.
- Pour terminer cette étude, nous donnons dans la ligure 10 le résultat d’une expérience de Masson, en représentant le spectre électrique entre deux électrodes d’antimoine. C’est le spectre caractéristique de ce métal, présentant les raies a ê y S dans les situations indiquées entre le rouge et le vert. C’est ainsi que Masson fut autorisé comme Weat-stone et à la suite d’expériences plus complètes, à terminer son mémoire par la conclusion suivante :
- « La constitution des spectres électriques est pour une même substance employée comme pôles, indépendante de la source électrique et du milieu dans lequel jaillit l’étincelle. »
- On a aussi cherché dans l’étude du spectre un moyen de distinguer les différentes formes de la décharge : nous renverrons pour la discussion des résultats au remarquable traité de M, Mascart.
- Ch. Bontemps.
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- CHRONIQUE
- Regiomontanus, ainsi nommé du nom latinisé de Sa ville natale, Koenigsberg, en Franconie, s’appelait en réalité Jean Müller. Né le 6 juin 1436, il mourut à Rome*
- le 6 juillet 1476 et, pour célébrer le 400e anniversaire de son décès, les habitants de Kœnigsberg, qui avaient déjà orné de la statue de cet éminent géographe la principale fontaine (Marktbrunnen) de leur ville, viennent de revêtir d’une table commémorative en marbre la maison où il naquit. La vie de Regiomontanus fut courte, mais bien remplie. Après avoir étudié à Leipzig, puis à Vienne, il se rendit à Rome, où il acquit bientôt le renom d’un des plus savants mathématiciens, astronomes et géographes de son temps. De 1468 à 1471, il professa à Vienne les sciences qu’il avait cultivées avec tant de zèle. Il alla ensuite se fixer à Nuremberg, où l’on établit en son honneur l'Observatoire le plus complet qu’on put organiser à cette époque. Regiomontanus y traduisit Claude Ptolémée (probablement en latin) et lit substituer les chiffres arabes aux chiffres romains jusqu’alors en usage. 11 composa à l’usage des navigateurs des éphémérides astronomiques pour les années 1475-1506 ; il perfectionna l’astrolabe et publia tous les ans des calendriers qui jouirent d’une grande vogue. Il mourut à Rome où venait de l’appeler le pape Sixte IV. Le plus célèbre élève de Regiomonla-nus fut Martin Rehairn, qui fut l’ami de Christophe Colomb, de Barthélemy Diaz, d’Americo Vespucci et de Vasco de Gama. (Ùlustrirte Zeitung, de Leipzig, du 15 juillet 1876).
- Les insolations. — Le Sénégal, saus être une des contrées les plus chaudes du globe, est cependant soumis à faction d’un soleil ardent. Des personnes, qui l’ont habité pendant quelques années, assurent qu’une insolation, durant les plus fortes chaleurs, peut donner la mort avec une rapidité foudroyante. Bien que la zone tempérée, où nous résidons, dit un de nos correspondants, ne nous menace pas de dangers aussi imminents, la prudence n en exige pas moins que l’on évite avec soin les rayons du soleil durant les mois de juin, juillet, août, septembre et même octobre. Deux exemples prouveront notre assertion, pour la fin de juin 1876. On lit dans les journaux anglais : Mercredi, 28 juin, James Carmichan, aubergiste à Dundee, est mort d’un coup de soleil, près de Crieff. D’un autre côté, le Galignanis Messenger rapporte ce qui suit, dans son numéro du ltr juillet 1876 : « MIle de Brigodc, âgée de 20 ans et fille de Mrae la baronne de Poilly, vient de mourir d’une, insolation. » 1
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance duZ\ juillet 1876. — Présidence de M.le vice-amiral finis.
- Fermentation cellulosique. — Nous avons déjà analysé un mémoire de M. Durin au sujet de la transformation spontanée du sucre en cellulose. Dans ce travail, l’auteur n’avait pas décidé la question de savoir si le phénomène est dû à des actions chimiques pures et simples ou si des organismes inférieurs, agissant comme ferments, le déter*
- 1 Lorsque, en 1392, durant l’expédition de Bretagne, le roi de France, Charles VI, traversa la forêt du Mans, il fut atteint d’une insolation, cause secondaire, sinon première, de la démence de ce monarque. Jean de la Valette , grand-maître de l’ordre de Malte (1557-1568), mourut d’un coup de soleil. Enfin, il n’y a pas d’année où les journaux de New-York ne mentionnent de nombreux décès, dus uniquement à des insolations. Le 20 juillet 1874, trois enfants de Limnick (Irlande) périrent par l’effet de la même cause.
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- LA NATURE.
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- minent. Il revient aujourd’hui sur le même fait et montre qu’il résulte du développement de certains êtres microscopiques, analogues à quelques égards à la levure de bière.
- Rôle du houblon dans la panification. — Mal renseigné par certaines personnes, M. Sacc avait naguère adressé à l’Académie une note sur la méthode de panification employée aux Etats-Unis. Il y disait entre autres choses que l’addition du houblon déterminait une fermentation immédiate et dispensait de l’usage de tout levain. L’auteur écrit aujourd’hui qu’il s’était complètement trompé : le houblon n'a pas du tout le rôle supposé précédemment et paraît agir au contraire comme conservateur des propriétés du levain.
- D’après cette nouvelle version, les Yankees prépareraient une pâte de farine au moyen d’une infusion de houblon et y ajouteraient du gingenbre, de la farine de maïs, du sel et de la levure de bière. Le tout étant amené à consistance compacte est desséché et peut être pulvérisé ; même après un temps fort prolongé, la poudre, mêlée à la pâte de farine, détermine la fermentation panaire. Reste à savoir si une troisième note n’apportera pas une troisième relation.
- Génération spontanée. — Le secrétaire perpétuel lit en même temps deux lettres. L’une est de M. le Dr Baslian, l’autre de M. Tyndall. La première vient de Londres, l’autre du Valais. Celle-là prétend étayer la théorie de l’hété-rogénie des preuves les plus irréfutables; celle-ci affirme que la vérité est toute du côté de la panspermie. Il y en a pour tous les goûts. C’est à côté de ces communications qu’il faut citer les expériences de M. Joubert sur la fermentation des fruits dans l’acide carbonique. Contrairement à ce qu’a vu M. le professeur Fremy, M. Joubert assure que jamais les cellules de levure n’apparaissent à l’intérieur des fruits conservés entiers. Il y voit bien des globules remplis de granulations, mais il y reconnaît des caractères qui les différencient complètement des grains de levure.
- Nouveau parasite. — Tout le monde connaît de nom la terrible Diarrhée de Cochinchine, qui coûte à notre année et à notre flotte un millier d’hommes par an. D’api’ès M. Normand, médecin de première classe de la marine, la cause en est un entozoaire nouveau, Vanguil-lula stercoralis, qui se développe dans les intestins en nombre prodigieux. Il n’a qu’un quart de millimètre de longueur et son diamètre est extrêmement faible. La découverte de ce redoutable ennemi de l’homme est évidemment une découverte de premier ordre, car la thérapeutique eu tirera nécessairement des lumières immédiates. Sur la demande de M. Paul Gervais, on fera venir à Paris des échantillons de ces vers, qui, étant du groupe des animaux pseudo-ressuscitants, supporteront très-bien le voyage et pourront être bien mieux étudiés sur le vivant.
- Dissociation du calomel. — Il paraît que tout ce qu’on croit savoir sur la densité de vapeur du protochlorure de mercure est à apprendre. D’après M. Debray, ce sel se dissocie avec une extrême facilité dès que sa température atteint 440 degrés et on ne peut pas apprécier dans quelle mesure la décomposition a lieu, parce qu’alors le mercure ne peut pas être décelé par une feuille d’or, l’amalgame étant détruit par la chaleur. Si l’on opère dans un vase de verre, on constate en outre que la dissociation augmente avec la durée de l’expérience ; suivant l’auteur, cela tient à ce que l’alcali constitutif du verre s’empare
- peu à peu du chlore du calomel, de l’oxygène et du mercure se dégageant en même temps.
- Nouveau réactif de la potasse. —M. Carlo, ingénieur des mines, signale les sels de bismuth comme propres à déceler et à doser la potasse. Ils donnent avec l’hypo-sulfite de potasse un précipité jaune cristallisé, insoluble dans l’eau et dans l’alcool, et qui contraste à ce point de vue avec le composé correspondant à base de soude, d’ammoniaque, de lithine, etc. Peut-être l’analyse tirera-t-elle parti de cette réaction.
- Carte agronomique. —Par l’intermédiaire de M. Dau-brée.MM. Meugy etNivois adressent la carte agronomique de l’arrondissement de Rethel, dans les Ardennes. Elle est à très-grande échelle et fait suite au travail correspondant exécuté il y a deux ans par les mêmes auteurs à l’égard de l’arrondissement de Youziers. La carte, coloriée géologiquement, porte en chaque point des signes conventionnels formés d’une lettre et d’un chiffre et qui constituent comme des cotes agronomiques. La lettre donne l’un des dix-sept termes d’une série comprenant toutes les variétés de sols; le chiffre exprime le degré de perméabilité. Stanislas Meunier.
- LES DÉPRESSIONS
- ET
- SOULÈVEMENTS DU SOL SUR LES COTES1
- M. Jules Girard a récemment fait paraître sous ce titre, un opuscule, que nous signalerons à nos lecteurs, en lui empruntant quelques lignes de texte avec les gravures qui les accompagnent.
- Les alternatives de soulèvement et de dépression sont un des caractères les plus appréciables de la constitution du sol terrestre. Toutes les coupes géologiques naturelles ou artificielles témoignent de changements semblables que la géologie, aidée des débris fossiles qu’on y rencontre, a classés méthodiquement.
- Le type classique et étudié depuis longtemps des oscillations du sol sur le bord de la mer, est le temple de Sérapis, à Pouzolles, dans la baie de Naples. On y voit « la déduction des faits écrits sur ces colonnes, en caractères précis et lisibles. » Après l’époque romaine, peut-être après quelque éruption non relatée dans l’histoire, l’édifice s’affaissa dans les eaux, sans qu’il y eût de perturbation dans l’aplomb de ses colonnes; baignées dans la mer pendant des siècles, elles sont perforées jusqu’à la hauteur d'environ 6 mètres par les mollusques. Les trois colonnes de marbre qui restent debout n’ont pas d’altérations jusqu’à la hauteur de 3‘“,06 au-dessus du piédestal ; mais plus haut, on constate, sur une zone de 2W,07 de large, que le marbre a été perforé par un bivalve, le Lihodomus; elles sont donc restées immergées jusqu’à la hauteur de cette seconde zone.
- D’après le géologue Nicolini, le sol aurait subi les dénivellations suivantes : 1° vingt ans avant l’ère
- 1 Brochure m-8°, avec gravures, —* Savy , 77, boulevard Saint-Germain.
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- LA NATURE,
- chrétienne, il était à 5m,06 au-dessus du niveau actuel; 2° vers la lin du premier siècle, il n’était qu’à lm,08 au-dessus de ce même niveau ; 3° à la fin du quatrième siècle il s’est abaissé et avait repris à peu près le niveau d’aujourd’ hui ;
- 4° dans les siècles suivants et antérieurement à l’éruption du Monte-Nuovo, il était à environ 5m,08 du niveau actuel;
- 5° au commencement du quatorzième siècle, il se trouvait à 0m,70 au-dessus du niveau où nous le voyons en ce moment. Tout porte à croire que l’émersion principale eut lieu en 1558, époque de Uéruption du Monte-Nuovo; en quatre jours un énorme cône, haut de 150 mètres et d’un pourtour de plusieurs kilomètres,jaillit de la plaine basse qui continuait le golle dePouzolles vers le nord. Depuis le commencement de ce siècle, des mesures prises avec précision , indiquent que le mouvement d’affaissement se continue.
- 11 en résulterait la confirmation de l’hypothèse de Nicolini , d’une dépression de 0“',014 par an. Les hautes falaises de la Manche sont sou mises à l’érosion perpétuelle des courants de marée. 11 se produit deux fois par jour un courant venant de l’Atlantique dans la Manche, dont une partie pé-
- | nôtre dans l’embouchure de la Seine et dont l’autre
- vient détruire la hase des falaises. Ainsi ont été produites les découpures pittoresques des rochers d’Etretat, qui ont acquis une renommée universelle par leur caractère sauvage. Les effets de l’érosion se font surtout sentir au cap de la Hève, où les éboule-ments sont fréquents.
- Des traces de lorêts submergées se retrouvent sur une partie du Cotentin; après la conquête des Gaules par Jules César, les côtes de Bretagne se seraient étendues plus au nord et celles du Cotentin plus à l’ouestqu’aujour-d’hui. La haie du mont Saint-Michel, le plateau des Minquiers , les îles Chaussey et vraisemblablement Jersey, faisaient partie d’une vaste forêt appelée Koque-lunde au sud, et Scissey (Setia-cum nemus) de Granville à la pointe de la Hague. 11 paraîtrait qu’au quinzième siècle, des pâturages auraient existé entre Saint-Malo et l’ile Cézembre, distante aujourd’hui de 8 kilomètres de la terre ferme.
- Le Propriétaire -Gérant : G. Tissandieb. Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris,
- Saint-Malo vu de l’ile Cézembre.
- Les falaises d’Etretat.
- Plage de galets avec vestiges d’anciens cordons littoraux.
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- N° 167. — 12 AOUT 1876.
- LA NATURE.
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- L’EXPÉDITION DU « CHALLENGER1 »
- Cette grande expédition scientilique, actuellement terminée, peut être considérée comme une des plus importantes de celles qui ont été entreprises à notre époque. Le Challenger a fait un trajet de 69 000 milles (111000 kilomètres); pendant un voyage océanique de trois ans et demi de durée, les savants installés à son bord ont établi 362 stations d’observation, où les profondeurs de la mer et les températures ont été mesurées exactement, où des échantillons de la substance qui tapisse les abîmes océaniques ont été prélevés et soumis à un examen physique puis à une analyse chimique, où la faune a été étudiée soigneusement. A la plupart de ces stations des sondages ont été pratiqués avec des instruments spéciaux pour la détermination des températures intermédiaires , pour l’analyse et l’étude physique des échantillons d’eau, prélevés à ces profondeurs intermédiaires, et pour la connaissance de la nature des courants marins, de leurs directions et de leurs vitesses de translation.
- Nous avons cru devoir récapituler sommairement l’histoire de cette magnifique croisière scientifique.
- Parti d’Angleterre le samedi 21 décembre 1872, le Challenger arriva le 3 janvier 1873 à la hauteur du cap Roc, et des côtes pittoresques de Cintra ; il entra paisiblement dans le Tage, et mouilla devant Lisbonne. 11 quitta cette ville le 12 ; les membres de l’expédition exécutèrent une série de dra-
- 1 Voy. Tables des matières des volumes précédents.
- 4‘ auuée. — î^semeslrt.
- gages et d’observations sur les températures des fonds à la hauteur du cap St-Vincent et à une profondeur de 400 à 1200 brasses (731m,6 à 2194m,8). Gibraltar fut atteint le 18, quitté le 26. Le temps était beau; il y eut une semaine de sondages féconds en résultats, des températures furent prises entre le rocher de Gibraltar et Madère; cette dernière station ayant été atteinte le 3 février. Plusieurs des dragages faits dans cette période ont été très-
- intéressants et ramenèrent à la surface quantité de formes étranges de la vie animale, entre autres une précieuse sorte de pot de fleur de Vénus (Euplec-tella suberea), d’une beauté singulière, qui fut dédiée au capitaine Narès, chef de l’expédition; on trouva encore quelques hérissons de mer, des actinies liliacées, des spécimens variés de polypes marins agglomérés, que décrivit plus tard le docteur Kolliker sous le nom d'Um-bellularia Thom-soni , zoophyte présentant un grand intérêt scientifique.
- Après deux jours passés à Madère, le Chai-lènger arriva en vue de Ténérifle, le 7 au matin, trop tôt pour pouvoir entreprendre l’ascension du Pic, trop tôt surtout pour exécuter une exploration d’histoire naturelle ; cependant quelques collections géologiques et zoologiques ont été rassemblées et une série de dragages heureux a été exécutée entre Ténériffe et Palma, au delà de Gomera et de Hierro ; on recueillit un grand nombre d’observations sur la température. Quant aux observations météorologiques, les officiers de l’expédition y ont excellé partout. Le nombre des observations dans les douze premiers mois de la croisière dépasse le chiffre de 50 000. On releva des profondeurs
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- Fig. 1. — Globigerina, recueillie à la surface de la mer, vue au microscope sous uu fort grossissement. (Expédition du Challenger.)
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- LA NATURE.
- très-considérables à la hauteur des Canaries; ces profondeurs'allaient parfois au delà de 1700 brasses (310Jm,3); la plus grande profondeur trouvée dans cette partie de l’Océan, à la hauteur du cap Saint-Vincent, atteignit 2500 brasses (4572 mètres).
- On peut dire que ce fut à Ténériffe que commencèrent les travaux réguliers de l’expédition. Tout le temps écoulé depuis le départ jusqu’à l’arrivée aux Canaries avait été consacré plus ou moins à mettre en ordre les appareils, à régler les attributions des différents membres de la mission civile, la marche des opérations, etc. A Santa-Cruz, les anciens journaux de bord furent clos, et on commença à ouvrir de nouveaux registres avec quelques modifications, résultats de l’expérience acquise précédemment. Le Challenger s’engagea droit au travers de l’Atlantique, de Ténérilfe à Sombrero; ce dernier point est une petite île au nord-ouest de l’île Anguilla, l’une des Lucayes, groupe qui forme lui-même une portion des Antilles. Sombrero fut atteinte le 15 mars, un mois juste après le départ de Santa-Cruz. La distance entre les deux îles est de 2700 milles (4344 kil.) ; sur cette ligne vingt-trois stations furent choisies; on y fit les études les plus scrupuleuses sur la température du fond, sa profondeur, sa nature. Dans l’un des dragages, à une profondeur de 1500 brasses (2743 mètres), on trouva plusieurs spécimens d’une magnifique éponge de la famille des Hexactinellides ; ces spécimens étaient attachés aux branches d’un corail isis ; nichés dans les fibres de cette éponge se trouvaient des astéries, des annélides et des polyzoa. Il semble, d’après des expériences souvent renouvelées, qu’un grand nombre de ces êtres marins se retirent durant la chaleur du jour dans les profondeurs océaniques, et reviennent vers la surface au frais du soir, du matin et quelquefois de la nuit. Les animaux phosphorescents de grandes dimensions abondaient fréquemment durant la nuit autour du navire et dans son sillage, tandis que nul être semblable ne se montrait dans le jour. Le 26 février, par une matinée claire et une très-faible houle, le Challenger étant à 1600 milles (2574 kil.) de Sombrero, à 23° 23' de latitude N. (Greenwich), 32° 56' de longitude O., la ligne de sonde accusa une profondeur 'de 3150 brasses (5761m-,3); le fond consistait en 'une argile rouge, parfaitement molle, et qui contenait à peine trace de matière organique. C’était la plus grande profondeur jusque-là rencontrée; la matière recueillie dans ce fond était chose toute nouvelle pour les explorateurs. Au maximum de profondeur moyenne, à environ 2200 brasses (4025m,8), le limon ne formait qu’une masse concrétée de coquillages foraminifères, mais à mesure que la sonde descendait au delà, ce limon prenait une teinte plus noire, et son analyse donnait, une moindre quantité de matière calcaire. Dans le limon rouge, on ne trouva presque plus de matière calcaire. Ce limon était d’une extrême finesse, demeurait longtemps en suspension dans l’eau ; l’analyse
- le fit reconnaître comme une argile presque pure; silicate d’alumine et sesquioxyde de fer, avec une faible quantité de manganèse; à cctle profondeur, la vie animale semblait absente dans ces régions.
- Le professeur Wyville Thomson est persuadé que toutes les matières des dépôts semblables, à l’exception des restes d’animaux aujourd’hui connus pour vivre à toutes les profondeurs, proviennent de la surface. Quand on considère l’énorme extension du limon calcaire dans les fonds océaniques, il devient important de savoir quelque chose de ces petits foraminifères qui le produisent. Dans toutes les mers, de l’équateur aux pôles, la surface de l’eau contient des Globigerinœ. Dans les mers torrides, ces animalcules sont plus abondants et plus grands que partout ailleurs. On trouve, dans l’aire intertropicale de l’Atlantique plusieurs variétés plus grandes et avec des caractères distincts. Dans la latitude de Kerguelen, ces animalcules sont moins nombreux et plus petits; plus au sud, leur grosseur diminue encore, et ils ne forment plus qu’une seule variété : la Globigerina bulloides typique. Les Globigerinœ vivantes qui ont été relevées dans le filet, diffèrent complètement des espèces qui se rencontrent dans les grands fonds. L’enveloppe de ces Globigerinœ (fig. 1) est claire et transparente; chacun de ses pores est entouré d’une crête relevée; ces crêtes finissent par former un lacis hexagonal, qui fait que les pores paraissent le fond d’un puits à six côtés. A chaque angle de l’hexagone la crête donne naissance à une délicate épine, flexible, d’une substance calcaire, et qui a quelquefois quatre et cinq fois la longueur du coquillage. Ces épines irradient symétriquement du centre de chaque cellule; elles forment des aiguilles creuses, longues, transparentes, qui se croisent dans toutes les directions, en produisant un très-bel effet. L’intérieur des plus petites cellules des coquillages est entièrement rempli de sarcode granulé couleur orange; la dernière cellule, qui est la plus grande, est ordinairement pleine d’une masse peu considérable, irrégulière, ou de deux ou trois masses enroulées aussi en sarcode couleur orange, contre l’une des parois, le reste de la cellule demeurant vide. Nul arrangement défini, nul commencement de structure n’a été trouvé dans ces sarcodes ; nulle particularité, non plus, à l’exception de globules huileux d’un jaune brillant, pareils à ceux que l’on a trouvés chez quelques types de Rddiolariens ; ces globules sont serrés irrégulièrement sur la surface sarcodique. On a remarqué une tache d’apparence ordinairement plus claire que le reste de la masse, et qui prend une coloration vive dans une dissolution carminée. La présence de particules disséminées de bioplasme était indiquée par de petits points distribués sur toute la substance soumise à la teinture.
- Lorsque la Globigerina vivante est examinée dans des circonstances très-favorables, c’est-à-dire si elle se trouve, dans une eau de mer fraîche, soumise à un microscope assez puissant, le contenu sar-
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- LÀ NATURE.
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- codique des cellules se laisse voir exsudant graduellement des pores de la coquille, il forme des rayons qui s’allongent tout autour du noyau central jusqu’à former autour de celui-ci une crépine floconneuse, d’un effet remarquable. Ces filaments extérieurs de sarcode sont rendus très-visible par les globules huileux, ovales, et remplis de globules secondaires de coloration plus intense, entraînés dans le mouvement du revêtement sarco-dique se dilatant ou se contractant. En même temps, une gaine infiniment délicate et sarcodique, contenant de petites granulations transparentes, mais non huileuses, longent chaque épine jusqu’à son extrémité; on voit cette gaîne qui monte d’un côté de l’épine, et descend de l'autre avec ce caractéristique mouvement processionnel qui nous est si familier dans les pseudopodes de Gromia et des Radiolariens. Si le liquide dans lequel la Globigerina est suspendue reçoit un choc subit, ou bien si une goutte d’une liqueur irritante est ajoutée à l’eau, toute la masse sarcodique se relire dans le coquillage avec une grande rapidité, entraînant les globules huileux : la surface ronde du test reprend son aspect normal.
- On ne sait encore rien sur la nature de YOrbu-lina universa (fig- 2), être remarquable qui, dans certains endroits, existe en grandes quantités dans la vase des Globigerinœ. La coquille de l’Orbulina est sphérique, d’un diamètre ordinaire de 5 millimètres, mais ayant toutes les dimensions moindres. La texture de la coquille adulte ressemble beaucoup à celle de la Globigerina, mais en diffère par des particularités importantes. Les trous qui existent à la surface de la coquille y sont distribués irrégulièrement. Les crêtes qui se montrent entre ces orifices sont beaucoup moins régulières dans les Orbnlina que dans les Globigerina. A l’aide d’un microscope puissant, on voit que les crêtes ou épines sont creuses et flexibles; elles rayonnent naturellement du centre de la sphère, mais dans des spécimens soumis avec le plus grand soin à l’examen du microscope, ces épines parurent généralement enchevêtrées les unes dans les autres et former des faisceaux. Elles sont si fragiles, que le poids de la coquille, qui roule sous l’action du roulement du navire, suffit pour les briser toutes, de sorte qu’au bout de quelques minutes, il ne reste plus que les papilles, formant de petites aspérités sur la surface de la sphère. Dans quelques échantillons, la surface se montrait sans papilles, sans épines, sans structure apparente; on ne voyait que les ouvertures par lesquelles passe et s’étire la matière sarcodique intérieure.
- Les Coccosphères et les Rhabdosphères — ces dernières surtout — que l’on est tenté de confondre avec de petites algues, vivent à la surface, et ne vont au fond de l’eau qu’après leur mort. Plusieurs d’entre elles sont extrêmement belles, ainsi qu’on peut le voir d’après les figures 3 et 4, qui représentent deux formes découvertes par M. Murray.
- Prenant la section de Ténériffe à Sombrero, le havire passa d’abord au-dessus d’un fond de sable et
- de restes volcaniques sur une longueur de 80 milles (128k,72), ensuite au-dessus d’un fond de vase globigérinée, de 550 milles (565k,l), puis, sur 1050 milles (1689 kil.) d’argile rouge; puis encore une fois au-dessus d’un fond relevé de vase globigérinée, de 350 milles (531 kil.), au-dessus d’une vallée de terre rouge, de 850 milles (1367 kil.), enfin, vers la terre, au-dessus d’nn fond de vase globigérinée, de 40 milles (64k,5). Entre l’argile rouge et la vase globigérinée se trouve une vase grise, qui a des caractères propres à ces deux substances, et qui n’est évidemment qu’une transition de l’une à l’autre,
- Le Challenger ne tarda pas à mouiller devant le port de Charlotte Amélie, à St-Thomas; le 25 mars il poursuivit sa roule pour les Bermudes. Lundi 26, sous la 19° 41' N. et 65° 7' 0., à environ quatre-vingt-dix milles (145 kil.), au nord de Saint-Thomas, un sondage fut pratiqué à la grande profondeur de 3950 brasses (7244m,55), et l’on y essaya de la drague. Le relèvement commença à 1 h. 30 et la drague fut amenée à la surface à 5 h. du soir, apportant une grande quantité de limon gris rouge. On ne vit aucun animal, à l’exception de quelques petits torami-fères à écailles calcaires, et d’autres un peu plus grands, du type arénacé.
- Le 4 avril le Challenger se fraya une route à travers les dangereux et tortueux « détroits » que forment les récifs de coraux, et le soir on jeta l’ancre à Grassy Bay, l’une des Bermudes. L’expédition resta quinze jours dans ces parages, et la nature géologique de ces régions put être très-scrupuleusement étudiée. Les îles principales sont bien boisées, mais la grande prépondérance du cèdre des Bermudes (Juniperus bermudiana) donne aux bois un caractère sombre. La résidence officielle de l’amiral Clarence Ilill est située dans une petite baie intérieure appelée Clarence Core. Le jardin est embelli par une végétation tropicale luxuriante dont l’arbre Carica papaya nous donne une idée.
- 11 n’y a qu’une seule nature de roc aux Bermudes. Les îles renferment d’un bout à l’autre une pierre calcaire blanche, granuleuse, ça et là grisâtre ou légèrement bigarrée, généralement molle, et dans quelques endroits friable, ce qui permet de l’entamer avec le fer d’une canne. Mais en certains endroits, comme sur les bords de Hungry Bay, à Paintcr ’s Vale, et le long des falaises qui sont entre Harrington Sound et Castle Harbour, cette pierre est dure, compacte, presque cristalline, et capable de prendre un beau poli. Ce calcaire dur est appelé aux îles, base rock; on le suppose plus ancien que les variétés plus tendres; il donne une excellente pierre de construction, et les ingénieurs le font exploiter en différentes carrières pour des travaux militaires. Les calcaires tendres sont plus fréquemment employés pour les constructions ordinaires* La pierre est extraite de la carrière en blocs rectangulaires au moyen d’une scie ad hoc. Ces blocs, tendres d’abord, durcissent rapidement, une fois qu’ils sont exposés à l’air, à l’instar de certaines
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- LA NATURE.
- pierres calcaires blanches des carrières de Paris.
- Des masses immenses de corail fin sous forme de sable, entourent les plages, et sont lavées par l’eau de mer. Sur certains points sous le vent, ces masses sont ensuite chassées, accumulées jusqu’à former des monticules de quarante à cinquante pieds de haut. Quelquefois elles affectent des formes régulières qui leur donnent de la ressemblance avec des glaciers. Un de ces sortes de placiers de sable a été rencontré à El-bow Bays, sur la jdage sud de la principale île. Le sable a totalement comblé une vallée et avance toujours dans les terres comme un lleuve de poussière, profond d’environ vingt -cinq pieds.
- Les botanistes de l’expédition donnèrent une grande attention à la flore de l’île, et nous espérons trouver bientôt un nouvel assortiment d’algues minuscules dans les ponds et lacs d’eau douce de l’ancien monde.
- Après avoir quitté les Ber-mudesle20avril, on décrivit une section de ces îles, vers Sandy llook, puis de là au sud et à Halifax où l’on se trouva en vue de terre le 9 mai.
- Durant ce parcours , plusieurs sondages furent
- pratiqués à des profondeurs de 2600 (4755“‘,4) à 2800 brasses (5121m,2). Le fond donnait surtout un limon gris. Le Gulf Stream fut bientôt franchi. Une semaine se passa à Halifax pour se ravitailler, et l’on décrivit ensuite une section en droite ligne, de Halifax aux Bermudes, où l’on arriva le 50 mai, après avoir examiné et choisi neuf stations importantes. Le 19 juin, les voyageurs étaient en vue de l’île de Palma, l’une des Canaries ; puis ils descendirent vers Saint-Antoine, l’une des îles du cap Vert, et le 27 juillet ils étaient à Saint-Vincent.
- Fig. 2. — Orbulina, vue au microscope sous un fort grossissement.
- L'île Saint-Vincent, si célèbre dans les vieux journaux de bord, pour ses forêts, son eau, ses chèvres sauvages, ses palombes et son salpêtre, fut soigneusement explorée. Vus de la mer, les rochers présentent un singulier aspect, dù à l’existence au niveau de l’eau de pétrifications calcaires de masses d’algues épaisses et prolongées; celles ci suivent les formes des rochers, où se montrent par groupes arrondis, teintés de blanc, de bigarrures, ou gris
- jaune, ce qui en rehausse considérablement l’effet. Ces incrustations sont fréquemment percées par le Litho-domus candige-ruset autres mollusques. De petites éponges et des Polyzoa occupent les cavités ainsi formées dans les rocs.
- Le navire, après avoir quitté le cap Vert, parvint en vue des îles Bissagos, le 15 août, et trouva fond à une profondeur de 2575 brasses ( 470i“, 775) ; il suivit les côtes, arrivant le 14 à l’ouest des îles deLoss, le 15 devant la Sierra-Leone, le 19 en vue du cap Mesu-rado , avec une profondeur de 2500 brasses : le 21, l’expédition était arrivée le long de la côte africaine, jusqu’au point qu’elle s’était
- proposé d’atteindre, et, se trouvant alors en vue du Cap : elle prit sa route pour les rochers de Saint-Paul, qui sont à 1° nord de l’équateur, et sous la longitude de 29° 15' 0. (Greenwich), à mi-chemin des côtes américaine et africaine. Quoique à 50 et même 60 pieds (15m 2 et 181U 24) au-dessus du niveau de la mer, ce ne sont que des rochers d’un quart de mille de long (465m). Le fond augmente rapidement dans le voisinage de ces rochers jusqu’à 1500 et 2200 brasses (2745m,5 et 4025“,8). La lame y est si tranchante, que les algues elles-mêmes ne peuvent
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- y prendre racine. Continuant la direction du sud-ouest, l’expédition atteignit les îles appelées Fernando-Noronha, le 1er septembre, et quelques jours furent employés à leur exploration. Ce groupe d'îles se compose d’une île principale d’une longueur environ de quatre milles (6k,456) et d’une largeur de trois milles et demi (4\827), et de plusieurs autres îles moins grandes. Il est situé dans l’Atlantique, à environ 5° 58' de latitude S., et 52° 22' de longitude 0. 11 est à 200 milles (521 kil.) du point le plus rapproché de la côte américaine. Ces îles semblent avoir une origine volcanique, le pic du côté du nord de la principale île s’élève à une hauteur de 1000 pieds (504m). C’est une masse de rocs dénudés, dont le sommet, absolument inaccessible, se compose de colonnes basaltiques. La pro-
- ! fondeur de la mer aux alentours est de'1000 à | 2000 bipasses (1829m à 3658m). Les arbres abondent I sur les hauteurs de l’île ; une merveilleuse végéta-! lion grimpante s’attache et s’entrelace avec les branches des arbres. M. Moseley trouva sur les rochers une espèce de Cereus; il ne rencontra qu’une seule sorte d’herbes ( OpUsmenm colorias) dans l’île principale, mais quoique aux j alentours du mont Saint-Michel se trouvent des | emplacements ombreux, humides, ni là, ni dans la principale île Ton ne vit de fougère, de mousse, d’Hepaticœ; le lichen était très-rare. Parmi les principaux fruits cultivés, on peut citer les bananes et les melons ; ces derniers sont très-abondants et d’une saveur particulièrement délicate. La canne à sucre, la cassave, le maïs, les patates sucrées ,pous-
- Fig. 3 et 4. — Organismes microscopiques vivants à la surface de l’Océan (Rhabdosphères), découverts par M. Murray 5 bord
- du Challenger. Vus sous un fort grossissement.
- sent vigoureusement. Les espèces d’animaux terrestres sont nombreuses, les individus de certaines espèces abondent. Deux espèces de lézards, particulières à ce groupe d'îles, ont été étudiées.
- Le 4 septembre, le Challenger se trouvait à environ 90 milles (145 kil. ) au sud du cap Saint-Roque, au-dessus d’un fond de vase globigérinée, à 2275 brasses (4160m,975) de profondeur. Le 8, il était en vue de Parahyba, avec un fond de limon, à 2050 brasses (3749>n,45). Le 9, la sonde ne donnait plus qu’une profondeur de 500 brasses (914m,5), en vue du cap Saint-Augustin. La profondeur augmenta à la hauteur de Macayo (11 septembre) jusqu’à 1715 brasses (5156“,735), pour diminuer vers l’embouchure de la rivière de San-Francisco jusqu’à 1200 brasses (2l92m,8), et même à 700 (1280™,3), à l’approche des côtes. Le 14, le Challenger était à Bahia, d’où, après un court arrêt, il poursuivit son voyage pour décrire une section à
- j travers l’Atlantique, depuis Bahia jusqu’au cap de I Bonne-Espérance. Par suite des vents peu favorables et d’autres causes, la petite île de la Trinité, dont la végétation était complètement inconnue, dut être î laissée de côté, et le navire se dirigea sur les îles ! peu explorées de Tristan d’Acunha. Le 18 octobre, l'ancre fut jetée au nord de la grande île, qui donne son nom au groupe entier. Cette île forme une ran-1 gée de falaises escarpées, presque perpendiculaires, composées de roches noires d’origine volcanique. La ; base de ces roches forme des talus échancrés. Malheureusement, avant d’avoir exploré un grand nombre même d’entre eux, la petite expédition qui était allée à terre, fut surprise par un grain, et l’appelée à bord, après une visite qui n’avait duré que six heures. Des herbes, des joncs pointus, des mousses, des fougères, ont été trouvés sur les falaises ; les Hepaticœ y étaient en telle abondance, qu’elles transformaient la terre en un tapis vert.
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- Çà et là des bouquets de Phylica arborea rompaient l’uniformité de cette végétation. Ce dernier arbre, qui appartient à la famille des Rhamnacées, est particulier à ces îles et à l’île d’Amsterdam, de l'océan Indien du sud. Le Lomaria alpina, trouvé aux endroits rocailleux, avait un feuillage épais; dans une terre végétale et riche, il restait au contraire dépouillé. Quelques plantes vulgaires, telles que le laiteron, se trouvaient là dans leur élément. La Ner-tera depressa, celte gentille petite plante de la famille des cinchonacés, était très-abondante. L’ile a comme une ceinture de la gigantesque plante marine, la Macrocysis pyrifera, si abondante dans la zone tempérée du Sud. De simples plantes poussent quelquefois dans la mer jusqu’à atteindre une longueur de 200 pieds (60“',8) et même il s’en trouve, dit-on, de 700 (212,n,8) à 1000 pieds (504ni), qui forment des masses grosses comme des câbles, à peu près de l’épaisseur du corps d’un homme.
- Quelques membres de l’expédition visitèrent les deux autres îles de ce groupe : Inaccessible Island située à environ vingt-trois milles (37 kil.) à l’ouest-sud-ouest de Tristan d’Acunha, et Nightin-gale-lsland, à environ douze milles (19 kil.) d’inaccessible Island. Dans cette dernière île, on trouva deux Allemands, qui étaient parvenus à cultiver le sol avoisinant leur demeure. Les voyageurs remarquèrent, dans les deux îles, le Phylica arborea, et les arbres étaient couverts de fruits verts en plein développement. Une sorte d’herbes, de la famille de la Dactylis cœspitosa, des îles Falklands, pousse en abondance extraordinaire, et forme des masses impénétrables dans Nightingale Island, séjour de px’édilection de pingouins innombrables. C’est avec les plus grandes difficultés que l’on put se frayer un passage à travers ce fourré. L’herbe était trop haute pour qu’un sentier fût possible, et les cris et les coups de bec des pingouins n’avaient rien de bien agréable. Cette île, qui n’est jamais visitée que dans la saison de la chasse au veau marin, ne dépasse pas un quart de mille d’étendue (463m), et ne forme qu’un point dans l’immensité de l’Océan.
- Le Challenger quitta ces parages pour s’avancer dans la direction de Simon’s Bay. Sur cette ligne, la profondeur varie de 2100 à 2650 brasses (5840m,9 à 5046ra,85), le fond est composé de vase rouge aux profondeurs les plus grandes, et de vase grise aux profondeurs moindres. Le 23 octobre, le Challenger mouillait devant Capetovvn.
- On quitta Simon’s Bay le 14 décembre, six semaines ayant été consacrées à ravitailler et radouber le navire. Dans le district comparativement bien cultivé de Capetown, de nouvelles découvertes furent faites : la plus importante d’entre toutes est celle de M. Moseley, sur le système trachéal du Péri-patus capensis; une relation de cette découverte a été publiée dans un des derniers volumes des Transactions philosophiques. Ce système trachéal, quoique très-visible dans la condition de fraîcheur,
- le devient moins lorsque l’animal a été conservé pendant quelque temps dans l’esprit de vin, et que l’air a été de la sorte expulsé. C’est là ce qui a empêché Grube, Saenger et d’autres de l’apercevoir.
- Les premiers sondages dans la course du sud ont été faits aux environs du courant du cap d’Agulhas, les 17 et 18 décembre. On aurait pu tout naturellement classer les produits de ces sondages dans les Sables verts, mais un examen plus attentif y révéla partout des traces de foraminifères qui les en distinguent.
- Poursuivant la direction du sud, l’expédition visita pendant quelques heures Marion-Island, et l’on y fit une collection considérable de plantes, y compris neuf espèces à fleurs. La drague, dans le voisinage de l’ile, donna un grand nombre d’espèces animales, représentant plusieurs des types septentrionaux, mais modifiés par les formes australes. Le 50 décembre, entre l’ile du Prince Édouard et les Crozels, la drague fut descendue à une profondeur de 1600 brasses (2926u,,4); un grand nombre d’espèces, du genre bien connu des Euplectella, Hyalonema, Umbellu-laria, Pourtalesia, deux sortes de crinoïdes à pédoncules, plusieurs spatangoïdes inconnus, et quelques crustacés remarquables furent capturés.
- 1874. — Le nouvel an commença par un ouragan ; il fut impossible d’atterrir à Possession-lsland. Un dragage à 210 brasses (389IU,09) et un autre à 550 (1005m,95), sur des points éloignés d’environ dix-huit milles de l’ile, dans la direction du sud-ouest, furent accompagnés d’heureux résultats. L’on arriva à l’ile de Kerguelen le 7 janvier, et le Challenger y demeura jusqu’au 1er février. Durant ce temps le docteur V. Willemoës-Suhm s’occupa de la faune, M. Moseley fit une collection de plantes, M. Buchanan étudia les gisements géologiques, et les professeurs Wyville Thomson et Murray, draguèrent les bas-fonds avec la pinnasse à vapeur. Maintes observations ont été faites sur le développement des Échinodernes, et de grandes collections lurent mises en réserve. Dans un des sondages, la nasse ramena une quantité considérable d’éponges en forme de coupes, appartenant probablement à la même espèce que celle qui fut draguée par Sir James Clarke-Ross, il y a plusieurs années, près des barrières déglacé. Le 2 février, l’expédition, à 140 milles au sud de Kerguelen, atteignit bientôt Corin-tliian-Bay à Yong-lsland; toutes les dispositions étaient prises pour l’exploration de ces côtes, quand un changement de temps brusque l’obligea de se remettre en mer, après un débarquement d’une heure environ. La station la plus méridionale fut établie le 14 février, à 65° 42' de latitude S. et 79° 49' de longitude E., la drague rapportant d’une profondeur de 1675 brasses (2970m,575) un nombre considérable d’animaux. Mais draguer si près du pôle antarctique était une opération non moins difficile que dangereuse; la température des laboratoires, pendant plusieurs jours, descendait en moyenne à sept ou huit degrés
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- au-dessous du point de congélation de l’eau. Le navire était entouré de montagnes de glace et des tourmentes de neige, venues du sud-est, sévissaient constamment.
- Le 23 février, le vent se mit à la tempête, le thermomètre descendit à 21° F. (— 6° C), la neme formait un nuage éblouissant de cristaux étoilé», sur le fond du ciel qui paraissait rouge. Personne ne regretta de voir mettre le cap au nord. Ce tut une période de rude besogne pour tout le monde, on continua toutefois de prendre des observations sur la température, sur la pesanteur spéei-tique de l’eau, quotidiennement, on fit également des observations intéressantes sur la glace d’eau de mer. Les sondages et les dragages, au milieu de la glace, ayant eu lieu dans des profondeurs de 1675 à 1975 brasses (5065"»,575 à 361*2®,275), révélèrent la presence d une argile jaunâtre bien caractérisée, mêlée de cailloux et de petites pierres ; ces fonds étaient remplis de diatomées, de Radiolariens, les premières provenant sans nul doute de la fonte des montagnes de glace. Des sondages furent pratiqués le 26 février, les 3 et 7 mars, à 1800 brasses de profondeur (3292®,2), on rencontra des types très-remarquables d’Astéries de grande dimension. Le 13 mars, à une profondeur de 2600 brasses (4755m,4) et une température de fond de 0°2', on trouva en abondance des Holothuries, ainsi que d’autres formes animales.
- On atteignit Melbourne le 17 mars; l’expédition y passa quelques semaines d’un séjour agréable, nécessaire pour reposer les voyageurs des fatigues d’un tour au cercle antarctique. Ensuite on visita Sidney. Les sondages alors pratiqués par le Challenger donnèrent lieu de croire que la Nouvelle-Zélande serait en communication télégraphique avec l’Europe. (Ces prévisions sont aujourd’hui réalisées.) Jusqu à la fin de juin le Challenger se trouvait engagé dans ces opérations ; le 6 juillet 1874, il partait pour une nouvelle croisière.
- Quittant Wellington le 7, Je navire cingla le long de la côte de la Nouvelle-Zélande. Le 10 il était à environ quarante milles (64k,36) à l’est de East Cape, et poursuivant sa course dans la direction des îles Kermadec, il fut le 14 en vue de File Raoul. Les spécimens tirés des profondeurs de 6Û0 brasses (1094®,4) étaient ceux que l’on se fût attendu à trouver aux mêmes profondeurs sur les côtes de Portugal. Vers le soir du 19 on arriva à Tongatabu, de l’archipel des Amis. Deux jours furent employés à visiter différentes parties de l’île, et quelques coups de drague furent exécutés dans peu de profondeur, à une certaine distance de la côte. Puis l’on se dirigea en droite ligne sur Mataku, l’île la plus méridionale des Fijis, et le 24, une expédition composée de géomètres et de naturalistes se rendit à terre. Une autre expédition longea les côtes, opérant des sondages à une profondeur de 100 à 300 brasses (182®,9 à 548®,7), et entre autres précieuses trouvailles, il y eut un spécimen du
- Nautilus à perles (Nautilus pompiüus), conservé vivant pendant quelque temps dans une éprouvette remplie d eau salée, afin d’étudier ses mouvements. On atteignit Kandavu le 25, on visila Levuka le 28, et le navire revint à Kandavu le 5 août, pour y séjourner durant une semaine. L’histoire naturelle des récifs de corail qui entourent les Fijis fut étudiée par le personnel de la mission civile, à laquelle M. Layard, consul de S. M., prêta tout le concours possible. Entre la Nouvelle-Zélande et le groupe des Fijis, on ne prit que deux sondages à une profondeur dépassant 1000 brasses (1829®). L un de ces sondages, en vue du cap Turnagain, Nouvelle-Zélande, donna un fond de vase grise à 1100 brasses (2011® 9), l’autre, à mi chemin des îles Kermadec à l’archipel des Amis, donna une vase rouge, à une profondeur de 2900 brasses (5340m,l). Les autres dragages et sondages eurent lieu à des profondeurs de 300 à 600 brasses (548m 7 à 4 097m,4), et donnèrent en abondance des formes nombreuses de la vie animalel.
- — La suite prochainement. —
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- COLONNE VERTICALE DE LUMIÈRE
- OBSERVÉE AU COUCHER DU SOLEIL
- LES 12 ET 14 JUILLET 1876.
- J’ai été témoin, dans les soirées du 12 et du 14 juillet dernier, d un phénomène optique qui m’a semble assez intéressant pour mériter une description détaillée. Voici cette description, que le dessin ci-après (fig. 3) fait au moment de l’observation et d’après nature, fera mieux comprendre encore, bien que le phénomène soit d une grande simplicité.
- Le mercredi 12 juillet, vers huit heures et demie du soir, une demi-heure, par conséquent, après le coucher du soleil, j aperçus à l’horizon, à peu près au point ou 1 astre avait disparu, une lueur verticale, de couleur pourprée, s’élevant dans l’atmosphère à une hauteur que j’évalue à 8 ou 10 degrés. Elle avait la forme d’une lance, ou d’une colonne pyramidale, légèrement plus étroite au sommet qu’à la. base. Cette base elle-même avait une largeur d’un degré à peu près, peut-être un peu moins, car elle ne me parut pas embrasser beaucoup plus d’un diamètre solaire. La hauteur, étant au moins dix fois plus longue que la base n était large, comme je m’en assurai par un dessin fait sur-le-champ, j’en conclus l'évaluation de 8 ou 10 degrés mentionnée plus haut. Au reste, l’intensité lumineuse allant en décroissant de la base au sommet, ce dernier n’était pas parfaitement limité.
- Quelques nuages, stratus légers, d’un gris-bleu violacé, coupaient horizontalement la lueur sans l’interrompre. Ce jour-là et à celte heure, le temps était calme a Orsay, ou j’observais; le ciel serein;
- 4 D’après le journal anglais JSature.
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- une très-légère brise soufflait dans la direction du nord-est.
- Le lendemain, jeudi, je ne vis rien de semblable.
- Mais le surlendemain, 14 juillet, un phénomène analogue se montra au même point; seulement, quand je le vis, le soleil était couché depuis quelques minutes à peine.
- Je ne sais si c’est parce que la lumière crépusculaire était encore très-vive; mais la lueur n’avait pas la teinte rouge, pourprée, de celle de l’avant-veille ; et cependant la pyramide lumineuse avait une hauteur bien plus grande, étant d’après une évaluation approchée, entre le double et le triple de la première. Je ne puis mieux comparer son aspect, au point de vue de la nuance, qu’à la lumière zodiacale, ou mieux à la queue rectiligne de certaines comètes. Mêmes circonstances atmosphériques que le 12 juillet.
- Cette lueur étroite, ne se fondant point latéralement avec la lumière plus ou moins rougeâtre de l’horizon, était, je le répète, exactement verticale, et devait répondre, par sa base, au lieu du soleil sous l'horizon. Elle s’affaiblit peu à peu chaque soir; mais je ne vis pas le moment précis de la disparition, si toutefois un tel moment était susceptible d’être noté.
- Dès la première soirée, la vue de ce météore lumineux me rappela une observation mentionnée dans le tome X des Mémoires de l'Académie des sciences. Je crois que les lecteurs de la Nature liront avec intérêt la courte note de D. Cassini sur le phénomène que l’illustre astronome observa à deux reprises :
- J’y joins le fac-similé du dessin qui accompagne la note (fig. 4).
- « Le 21 mars de cette année 4692, M. Cassini, après le coucher du soleil, aperçut à l’occident une lumière élevée perpendiculairement sur l’horizon en forme de lance.
- , « Sa hauteur étoit de 44 degrez, et sa largeur, de deux. Sa couleur étoit d’un jaune clair, qui, s’étant peu à peu chargé, ap-prochoit de la couleur de feu sur la fin.
- « Cette lumière étoit traversée de quelques nuages longs et parallèles à l’horizon. Elle sembloit vepir directement du soleil, et elle suivoit son mouvement : ce qu'il étoit aisé de voir en la comparant avec les objets qui étoient à l’horizon. »
- Il n’est pas besoin, je crois, d’insister sur la parfaite similitude de l’observation de Cassini et de celles que j’ai rapportées plus haut.. Il y a seulement un point de plus, d’ailleurs fort important, à savoir le mouvement commun de la colonne lumineuse et du soleil, mouvement que je n’ai pas songé à constater, mais qui ressort peut-être de la comparaison des hauteurs des deux pyramides, le 12 et le 14 juillet, la plus grande correspondant à un moindre abaissement du soleil au-dessous de l’horizon.
- « Ce phénomène, ajoute la note citée, est fort rare. Car depuis 40 ans qu’il y a que M. Cassini observe le ciel, il n’en a vu qu’un autre semblable, qui parut le 21 may 4672, après le coucher du soleil sur les huit heures du soir. Il étoit de la même figure, et dans la même situation perpendiculaire à l’horizon; il venoit directement du soleil, et il suivoit son mouvement. Sa hauteur était d’environ 15 degrez. 11 dura jusqu’à 8 heures et 22 minutes, et après avoir passé au delà du point où le soleil se couche au sols lice d’été, il disparut. » Maintenant, quelle est la nature du phénomène en question, et quelle en est la cause physique? J’en ai cherché l’explication dans les ouvrages de météorologie, sans rien trouver de bien net, de bien satisfaisant. Evidemment il s’agit là d’un météore d’optique atmosphérique ou la réflexion doit jouer le plus grand rôle. Cassini, dès 1692, l’avait bien compris, car il rattache les deux faits dont il fut témoin à d’autres plus complexes, qu’on a coutume de ranger sous la dénomination commune de halos, de parhélies, de paraselènes, dont la théorie est connue. Ainsi, ayant vu, pendant une éclipse de lune en 4677 des rayons quijbr-
- Fig. 1. — Apparence lumineuse vue à l’horizon par J Cassini, le 21 mai 1672 et le 21 mars 1692. — Fac simile de la gravure du temps.
- Fig. 2. — Fac simile de la gravure de J, Cassini sur l’apparence de trois soleils, vus en même temps sur l’horizon, le 18 janvier 1693.
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- moient une appai'ence de croix dont les deux bras étoient parfaitement parallèles à l'horizon , et la pièce de traverse ctoit perpendiculaire aux deux bras, ce phénomène, dit-il, n’étoit peut-être point différent des deux auties dont on vient de parler : car il se peut faire que dans les deux dernières observations on ne voyoit que les rayons perpendiculaires, parce que le soleil étoit sous l’horizon. »
- Du reste, le même tome X des Mémoires de l’Académie renferme une autre note sur des phénomènes observés le 18 janvier 1695, par D. Cassini, et un dessin que nous croyons devoir aussi reproduire (fig. 2). Le titre de la note est celui-ci : Description de l’apparence de trois soleils vus en même
- temps sur l'horizon. Cette fois, c’était au lever du soleil (à 7 h. 58 min.) que se montra la colonne lumineuse ; à la base apparut une image du disque entier du soleil, que Cassini prit d’abord pour l’astre lui-même. Mais ce n’était qu’un faux soleil, comme il put s’en assurer en voyant bientôt apparaître à l'horizon, et au-dessous du premier disque, le véritable bord supérieur, beaucoup plus brillant, du soleil même. C’est à cet instant de l’observation que se rapporte la partie à gauche du dessin. « Peu de temps après, le véritable soleil s’étant caché presque tout entier dans les nuages, M. Cassini fut encore plus surpris de voir au-dessous un troisième soleil, de la même grandeur que le premier, de la
- Fig. 3. — Colonne lumineuse observée à Orsay (Seine-et-Oîsr), les 12 et 14 juillet 187P. (D’après un croquis
- de 11. Amédée Guiilemin.)
- même figure et dans la même ligne verticale. Ce f dernier avoit au-dessous une traînée de lumière qui j ressembloit à celle que le premier avoit au-dessus, j et qui s’élevoit de l’horizon. Cependant le premier I faux soleil paroissoit encore, mais ses raïons per- : pendicnlaires commençoient à s’aftoiblir et à se rac- , courcir. (Voy. la partie à droite du dessin.) Enfin, | l’un et l’autre s’effaçant peu à peu, ils disparurent , entièrement tous deux à 7 heures et 58 minutes. » ;
- Cassini ne manque pas d’assimiler ce phénomène ! aux deux qu’il avait observés en 1672 et 1692. « Il j y a beaucoup d’apparence, dit-il, que ces météores ; étoient de même nature que celui-ci, mais que l’on n’en voyoit que les raïons perpendiculaires à 3’hori— j zon qui suivoient le mouvement du soleil après son coucher, et qui s’éteudoient plus que celui-ci en longueur et en largeur à cause de l’absence du soleil. » Ce serait donc, d’après l’illustre astronome,
- des fragments de parhélies. Du reste, il donne une théorie fort plausible du phénomène des trois soleils, par la réflexion de la lumière solaire dans des lames de glace diversement inclinées; il prouve que cette inclinaison peut être telle qu’il n’y ait qu’une distance de 34' entre les centres du soleil vrai et des deux faux soleils, ainsi que l’observation la lui avait montrée. On sait que les parhélies ordinaires donnent une distance beaucoup plus considérable.
- Mais il resterait à expliquer les pyramides lumineuses. Kœmtz, en citant quelques rares observations de ce genre (celles de Lohrmann à I)ohna,prôs Dresde, en 1824; de Roth, à Cassel, en 1856, de Brandes, en 1858) paraît considérer ces colonnes comme des portions du cercle vertical des parhélies. D’après Brandes, la réflexion de la lumière sur des particules glacées flottant dans l’air, sur des cristaux de neige, rend compte du phénomène, et il
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- cite à l’appui cette curieuse observation du 19 janvier 1858 que nous venons de mentionner. Pendant plusieurs heures, il vit une colonne lumineuse verticale surmontant le soleil à une hauteur de 10 degrés. « Le soleil, dit-il, étant à 6° au-dessus de l’horizon et à 1° au-dessus des édifices qui me dérobaient sa vue, je vis au-dessous du soleil une colonne analogue; mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que cette colonne se continuait sur le sol depuis le soleil jusquà moi ; l’air était pur et la température variait, pendant toute la durée du phénomène, entre — 19°6 à huit heures et —10°2 à midi. Beaucoup de particules glacées flottaient en l’air, et entre le soleil et moi j’aperçus un grand nombre de points lumineux sur un espace dont le diamètre était un peu plus grand que celui du soleil; ces points brillants apparaissaient, puis disparaissaient subitement, et le plus petit nombre se montrait sous la forme de lignes lumineuses qui, poussées par un faible vent d’ouest, traversaient la bande dans toute sa largeur...Le phénomène per-
- sista jusqu’à midi; mais, plusieurs heures après, je vis des points brillants isolés placés verticalement au-dessous du soleil. Il n’y a point ici de phénomènes de diffraction, mais seulement des effets de réflexion. Tous les flocons de neige isolés que j’examinai se composaient de petites lames hexaédriques, dont les plus grandes, du diamètre d’une tête d’épingle, étaient fort brillantes. »
- Je borne là, pour abréger, ces citations; j’ignore si Bravais a donné, dans son grand ouvrage que je n’ai pas sous la main1, la théorie de ces colonnes lumineuses. Les météorologistes qui lisent la Nature répondront avec plus de compétence que je n’en ai aux .questions soulevées par les observations nouvelles comme par les observations antérieures.
- Amédée Guiuemin.
- ' LE PREMIER CHEMIN DE FER
- EN CHINE.
- Le 50 juin dernier, a été inauguré le premier chemin de fer de la Chine. C’est un grand événement, non point seulement à cause des conséquences morales et politiques, dont il n’y a pas à s’occuper ici, mais aussi au simple point .de vue de l’art de l’ingénieur. Le Céleste Empire est vaste, très-fertile en produits agricoles et minéraux, prodigieusement peuplé; la population y est active, industrieuse. Dans l’Inde anglaise qui se trouve dans des conditions économiques assez comparables à celles de la Chine, les voies ferrées construites en vue des besoins commerciaux ont parfaitement réussi. S’il y a
- 1 M. Renou, qui a observé le phénomène du 12 juillet, nous apprend que Bravais a donné cette théorie (Journal de l’Ecole .polytechnique, 1847); d’après lui, le phénomène et se produit dans des cirrhus formés de prismes verticaux, terminés par des bases planes et horizontales. »
- quelques ligne d’un trafic médiocre, ce sont celles que le gouvernement anglais a conçues dans l’intérêt stratégique de sa domination. On se disait donc depuis longtemps qu’il fallait faire des raihvays en Chine, que ce serait une excellente opération ; on présentait des projets aux mandarins, aux ministres, à l’empereur lui-même. Le difficile était de commencer. Comment s’en tirer avec un gouverneur qui, lorsqu’on lui parlait d’un télégraphe sous-marin, il y a peu d’années, répondait qu’il ne s’opposait pas à l’immersion du câble en pleine mer, mais qu’il ne consentirait jamais à en laisser atterrir l’extrémité sur le littoral chinois. Cependant le télégraphe avait été établi. Pour le chemin de fer, il fallait un peu plus de persévérance : l’affaire est enfin venue à terme.
- On pense bien que ce n’est pas par esprit de bienveillance envers le peuple chinois que des Européens voulaient le doter de ce merveilleux mode de locomotion. Quelque industrieux que soient les Chinois, ils ne savent encore ni laminer des rails, ni fabriquer des locomotives. Les maîtres de forges et les manufacturiers de nos pays voulaient s’ouvrir un débouché d’une étendue immense. La question fut discutée sous ce rapport, dans une réunion d’ingénieurs anglais et belges, à Liège. On parlait alors de se cotiser pour construire un petit bout de chemin de fer sur la terre des fleurs et en faire cadeau à l’empereur, à titre de spécimen. Le projet n’aboutit pas.
- Plus tard, la maison Jardine, Matheson et, Cie, de Londres et Shanghaï, éprouva le besoin d’établir à ses frais une route carrossable entré Shanghaï et Woosung, sur une longueur de 16 kilomètres. Les terrains achetés, d’autres négociants s’entendirent pour faire la dépense des rails et des locomotives. Il était prudent de commencer dans les conditions les plus modestes, car on ne savait trop comment les autorités impériales prendraient cela. Il ne devait y avoir qu’une voie, bien entendu, de 76 centimètres de large, avec des rails du modèle Yignoler pesant environ 15 kilogrammes au mètre courant. La dépense atteignait encore malgré tout la somme de 750 000 francs. Des constructeurs anglais, MM. Ransomeset Rapier, offrirent une petite locomotive qui pouvait donner sur une ligne de ce genre une vitesse de 24 kilomètres à l’heure. Au mois de janvier dernier, l’entrepreneur arriva avec ses ouvriers et ses approvisionnements ; la moitié de la ligne, de Shanghaï à Kangwan, vient d’être achevée; l’autre moitié, de Kangwan à Woosung, le sera dans quelques jours.
- L’inauguration de ce tronçon a, parait-il, été un succès. Il y avait foule : pour mieux séduire les assistants, les propriétaires de la ligne transportèrent gratis tous les Chinois qui consentirent à monter dans les wagons. Un très-grand nombre profitèrent de la permission. Le service régulier s’ouvrit le lundi suivant, avec six trains par jour en chaque sens. Ils sont toujours bondés de voyageurs, dit-on, et les recettes sont satisfaisantes.
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- 11 faut espérer que le charmé est enfin rompu, grâce à ce petit essai, et que les Celestials, mandarins ou simples Chinois, n’auront plus peur de la locomotive. C’est un grand avenir qui s’ouvre aux ingénieurs et aux constructeurs de tout ordre. 11 y a place en Chine pour des milliers et des centaines de milliers de kilomètres de railvvays, avec une clientèle assurée d’avance. Espérons que nous entendrons parler bientôt d'un Nord et d’un Midi et d’un Grand-Central chinois, et qui sait? la fameuse ligne transasiatique dont il a élé question déjà en France, en Allemagne et surtout en Russie deviendra peut-être plus facilement une réalité, lorsque les habitants de l’Empire du Milieu seront disposés à faire eux-mêmes la moitié du chemin. Alors on ira de Paris à Péking en une douzaine de jours, ce qui sera vraiment fort agréable pour les voyageurs.
- H. Blerzy.
- DES HAUTEURS BAROMÉTRIQUES
- DANS L’OCÉAN ATLANTIQUE.
- L’Institut royal météorologique des Pays-Bas, dont nous nous avons fait connaître les intéressants et utiles travaux1, vient de publier sous ce titre, à Utrecht, les tableaux des hauteurs barométriques moyennes dans l’océan Atlantique, établis sur plus de trois cent mille observations. Ces tableaux ont été dressés par M. R. A. Ogterop, ancien capitaine de vaisseau, d’après les journaux des marins hollandais.
- Comme le fait justement remarquer M. Buys Ballot, directeur de l’Institut, ces nombreuses observations, résultat du travail de vingt années, ne sulfi-fisent cependant pas pour expliquer toutes les particularités et ériger en loi quelques cas spéciaux. Mais il est certain que les tableaux publiés attireront l’attention du navigateur sur les importants services que peut lui rendre son baromètre, s’il l’observe avec soin et en rapport avec la direction des vents régnants.
- Ainsi, dans l’hémisphère boréal, on trouve les plus grandes hauteurs barométriques un peu en dehors des tropiques, et, conformément à la théorie, on rencontre plus au nord, des vents d’ouest. De même, au-dessus de 50° de latitude, dans l’hémisphère austral, on trouve les hauteurs barométriques plus grandes au nord qu’au sud, ce qui annonce encore la présence des vents d’Ouest, parce que, d’après la théorie, l’air de l’hémisphère central prend un mouvement dans le sens des aiguilles d’une montre autour du lieu de moindre pression barométrique, tandis que ce même mouvement de l’air a lieu en sens inverse dans l’hémisphère boréal.
- Il ne faut pas oublier cependant que les vents ne
- 1 Yoy. la Nature, n° 152.
- soufflent pas uniquement ainsi à la suite de cette distribution des hauteurs barométriques, mais qu’ils sont en premier lieu déterminés par la différence de température, et qu’ensuite les vents et la hauteur barométrique se modifient mutuellement d’après la .règle donnée.
- Les marins devront donc comparer leurs observations du baromètre avec les hauteurs normales approximatives, et consulter en même temps leurs cartes de vents ; ils y trouveront les vents régnants en rapport avec ces hauteurs normales. Si le baromètre s’écarte d’une manière sensible de ces hauteurs moyennes, les écarts ne tarderont pas à se faire sentir dans la direction des vents.
- Nous nous joignons à M. Buys Ballot pour émettre le vœu que de nouvelles applications de la télégraphie électrique puissent bientôt nous mettre à même de faire connaître, sur l’Océan, les hauteurs simultanées du baromètre en divers lieux. Aussi longtemps que ce vœu ne sera pas rempli, on ne pourra donner aux navigateurs connaissance de ces hauteurs qu’au moyen de signaux, dans le voisinage des côtes, et les faire du moins alors participer au privilège de savoir nos perturbations barométriques en rapport constant avec les hauteurs simultanées des lieux environnants. E. Margollé.
- LES RÉCOLTES EN 1876
- Voici les nouvelles qui parviennent des départements sur les récoltes de 1876. Elles sont de beaucoup meilleures qu’on ne le croyait avec le triste printemps que nous avons eu cette année. Dans le nord, dans l’ouest, dans l’est, les blés passent fleur dans de bonnes conditions; si l’épiage est en retard de quinze jours sur une année ordinaire, il se fait maintenant par un temps splendide. Dans la Beauce, on compte sur une récolte qui compensera le déficit de celle de l’année dernière. De la Champagne, de la Brie et de la Bourgogne, nouvelles satisfaisantes. Le Limousin et l’Auvergne se montrent satisfaits, le Nivernais et le Berry espèrent leur récolte annuelle. Tout fait entrevoir une bonne récolte ordinaire dans la Dordogne, la Somme, les bassins du Lot et du Tarn. La vigne se présente dans de bonnes conditions; d’après les nouvelles reçues des vignobles, les effets des gelées de fin d’avril et du commencement de mai dernier seront à peu près nuis. Dans le Tarn-et-Garonne et l’Hérault, on s’attend à une excellente récolte si le temps de la floraison se passe sans accident, et, comme la quantité de raisin est moins considérable quelle ne l’était l’année dernière, on compte sur la qualité. Mais le phylloxéra continue ses ravages dans le Midi.
- ROCHE D’ORIGINE VÉGÉTALE
- a l’ile de la réunion.
- Parmi les voyageurs-naturalistes qui accompagnaient les astronomes chargés d’observer le passage
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- de Vénus sur le Soleil, à l’île Saint-Paul, se trouvait M. Georges del’Isle, plus spécialement appliqué aux recherches botaniques, taudis que ses confrères, MM. Vélain et Rochefort, devaient s’occuper de géologie et de zoologie. La mission de ce voyageur n’était pas terminée, et à l’issue du but principal de l’expédition, M. de l’isle se sépara de ses collègues pour se diriger vers l’île de la Réunion et aux îles Séchelles, afin d’y recueillir des matériaux destinés au Muséum d’histoire naturelle. Ce sont les objets rapportés par lui, ainsi que l’importante collection zoologique due à M. Filhol qui faisait partie de l’expédition commandée par M. Bouquet de la Grye à Campbell, qui ont motivé l’intéressante exposition faite le mois dernier dans l’orangerie du Jardin des Plantes.
- Au milieu d’animaux marins gigantesques et de palmipèdes des plus variés des régions australes, étaient intercalés des spécimens de toute l’échelle organique, depuis des squelettes et des crânes de Fidjiens jusqu’aux plus humbles insectes ou crustacés; depuis le tronc de l’arbre unique qui croît à File d’Amsterdam, en passant par la flore complète de la Réunion, de Saint-Paul et de Campbell, jusqu’aux microscopiques diatomées de ces régions, dont un amateur distingué, M. Petit, avait bien voulu faire la préparation en temps opportun.
- Un colis de petite dimension, sinon oublié, mais nous dirons presque négligé, avait été apporté au dernier moment à l’exposition, comme échantillon de géologie. Cependant M. de l’isle savait qu’il ne manquait pas d’intérêt et l’avait déjà signalé. La caisse ouverte laissa voir une terre jaune, douce au toucher, pulvérulente et d’une légèreté remarquable. Un des naturalistes présents eut l’idée d’en porter quelques fragments sous le microscope, et quel ne fut pas son étonnement en voyant que cette prétendue terre était entièrement formée de petits organes tous semblables et sans le mélange d’autres corps, si ce n’est çà et là quelques parcelles atomiques de quartz. Les zoologistes, après examen, déclarèrent que ce n’était pas des débris d’animaux microscopiques, ce qu’on avait d’abord supposé. Les botanistes pensèrent que l’on avait affaire à des grains de pollen; d’autres, mieux inspirés, et de ce nombre étaient MM. Ch. Robin et Max. Cornu, y voyaient des spores de cryptogames. C’est alors que, désireux d’éclairer ce point en litige, MM. Bureau et Poisson entreprirent de déterminer ce curieux produit, et, dans une note lue à l’Académie des Sciences le 17 juillet, ils sont
- Fig. 1. — Spores de la grotte de la Réunion, vues au microscope. 1/ 00.
- Fig. ‘2 —Spores de PoUjpodium de la Réunion, vues au microscope. 1/500.
- arrivés à le considérer comme entièrement formé de spores de fougères, appartenant très-probablement à une espèce du genre Polypodium. La forme de ces spores (fig. 1) est identique avec celle de certaines espèces vivantes, qui ont servi de point de comparaison (fig. 2), et en prenant, bien entendu, des types de la Réunion autant que possible. Cependant la plupart de ces spores sont privées de leur contenu, mais leur enveloppe n’est pas sensiblement altérée, et la réticulation dont ccs organes sont ordinairement pourvus est encore très-apparente.
- La propriété qu’avait cette terre de brûler à l’instar de l’amadou avait été signalée à M. de l’isle par des gardes forestiers de la Réunion, qui savent qu’il y a deux grottes dans l’île dont le sol présente ce curieux phénomène. Notre naturaliste se fit conduire immédiatement à l’une d’elles.
- La grotte d'où est extrait F échantillon déposé au Muséum est située à 1200 mètres d’altitude, dans la plaine des Palmistes. On y pénètre assez difficilement à cause de sa faible hauteur : elle a 12 à 15 mètres de profondeur et son propre sol est formé de cette sorte de terre essentiellement composée de spores, et semble avoir une épaisseur qu’on estime être de plus d’un mètre.
- Comment ces spores sont-elles arrivées là, et à quelle époque? C’est la question qu’il s’agit de résoudre. Ou ue trouve à cette hauteur et dans les environs aucune fougère à laquelle on puisse les attribuer. Si c’est au vent que cette accumulation prodigieuse d’organes reproducteurs est due1, faudrait-il encore que les plantes qui les ont produits fussent dans le voisinage, mais rien ne se prête actuellement à cette conjecture. L’hypothèse la plus vraisemblable est que ces spores ont été amenées par des courants liquides et que par Faction de l’eau elles se sont modifiées en laissant échapper leur contenu, car elles sont presque toutes ouvertes par le sinus dont elles sont habituellement pourvues. Un soulèvement relativement récent d’une partie de cette île volcanique, à une hauteur supérieure à la région des fougères d’où elles sortent., les a-t-il amenées à cette altitude? A quel âge d’autre part peut-on faire remonter ce curieux gisement? C’est aux géologues qu’il appartiendrait de répondre à ces questions, d’une façon péremptoire.
- 1 Ces spores ont environ un dixième de millimètre de diamètre.
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- LA NATURE.
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- LA THERMODIFFUSION GAZEUSE
- DES COUPS PULVÉRULENTS HUMIDES.
- Ou sait que lorsque l'on vient à chauffer un gaz, il tend à se dilater et se dilate, en effet, s’il est renfermé dans un espace dont la capacité soit susceptible de varier sans grand effort; si le gaz est, au contraire, placé dans un espace de volume invariable, l’action de la chaleur se manifeste par une augmentation de pression qui croît avec la température à laquelle on opère. Si l’espace dans lequel est placé ce gaz communique avec l’air par des orifices plus ou moins larges, la chaleur aura pour effet de faire sortir le gaz par ces orifices plus ou moins rapidement, mais de telle sorte qu’à un certain instant, si la température reste constante, l'équilibre s’établira et que la pression du gaz intérieur sera précisément égale à la pression atmosphérique agissant à l’extérieur.
- Ou vérifie facilement ce fait de la manière suivante (fig. 1) : Dans un bloc d’un corps poreux quel-
- A
- conque, de plâtre par exemple, on creuse une cavité cylindrique où l’on introduit et où l’on scelle une extrémité d’un tube ab ouvert aux deux bouts à l’autre extrémité duquel on adapte un manomètre. On chauffe alors le bloc, soit dans une étuve, soit dans la flamme d’une lampe à alcool ou d’un bec de gaz, et l’on voit que l’équilibre de pression se maintient constamment, le niveau du mercure, restant le même dans les deux branches.
- On peut opérer un peu différemment en remplaçant le bloc de plâtre par un vase de terre poreuse tel que ceux que l’on emploie dans les piles à deux liquides que l’on ferme, soit par un bouchon de liège (fig. 2), traversé par un tube ouvert auquel s’adapte un manomètre, soit en scellant ce tube à l’extrémité du vase poreux avec un peu de plâtre gâché (fig. 3) : la première disposition n'est applicable que lorsque la température ne doit pas être élevée notablement . On peut, à volonté, laisser les vases vides ou les remplir d’une matière pulvérulente. Quelle que soit la forme de l’appareil employé, les résultats que nous avons indiqués précédemment seront toujours les mêmes, si l’on a eu soin d’opérer avec des matières sèches.
- Si, au contraire, on fait l’expérience avec des matières humides, un phénomène nouveau se présente. M. Merget, de Lyon, qui l’a découvert et étudié, lui a donné le nom de thermo diffusion; et il appelle
- thermo diffuseur les appareils qui permettent de le mettre en évidence. M. Merget a présenté un travail sur cette question au Congrès, tenu à Nantes en 1875, par l’Association française pour l’avancement des sciences et a répété les principales expériences que nous allons indiquer d’après ce travail.
- Les appareils sont ceux que nous avons décrits plus haut, seulement ils doivent être imbibés préalablement d’un liquide volatil quelconque; si l’on vient alors à soumettre à l’action de la chaleur l’un
- :b
- Kig. 2.
- de ces appareils, le manomètre indique l'existence d’une pression intérieure par la différence du niveau du mercure dans les deux branches : l’augmentation de la pression intérieure dépend de la volatilité du liquide et de la température à laquelle on opère. En employant un thermo diffuseur de 42 centimètres sur 4 de diamètre la pression intérieure a pu atteindre, à la limite du rouge sombre, une valeur de 5 atmosphères. Cette pression subsiste tant que le liquide n’est pas entièrement évaporé et cesse aussitôt que l’évaporation est complète, le mercure reprenant alors le même niveau dans les deux branches quelle que soit la température à laquelle on opère, comme cela a lieu dans les expériences que nous avons décrites tout d’abord.
- Ce phénomène nouveau peut être mis en évidence d’une autre façon : on sépare le manomètre du tube abducteur et on plonge l’extrémité de celui-ci dans l’eau ; on voit, aussitôt que l’on a commencé à chauffer, des bulles de gaz se dégager régulièrement et plus ou moins rapidement suivant les conditions dans lesquelles on opère; ce dégagement est lié intimement à l’évaporation du liquide, il est uniforme
- Fig. 5.
- si celle-ci se fait régulièrement et cesse aussitôt quelle est terminée. M. Merget indique ainsi qu’il suit les conditions qui font varier les quantités de gaz dégagés.
- « Pour un même thermo diffuseur inégalement amorcé, le volume du gaz dégagé varie avec la proportion d’eau absorbée, et pour des thermo diffuseurs différents amorcés à saturation, les volumes obtenus ont oscillé autour d’une, moyenne de 40 fois environ le volume de l’appareil employé.
- « La vitesse du dégagement, dont la progression suit celle de réchauffement, dépend encore de l’étendue de la surface thermo diffusive et varie dans le même sens : elle a été de plusieurs litres par minute avec des vases poreux de pile du plus grand modèle. »
- Les phénomènes décrits par M. Merget diffèrent,
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- LA NATURE.
- d’ailleurs, d’autres actions de diffusion gazeuse qui ont été étudiés spécialement par Federsen et par Dufour : le premier s’est occupé des courants produits dans une substance poreuse sèche renfermée dans un tube dont les deux extrémités sont portées à des températures différentes : l’expérience a montré, comme l’indiquait la théorie, qu’il se produit un courant de la face froide à la face chaude. Le fait que dans les expériences de M. Merget, la masse tout entière est échauffée et le rôle actif que joue l’humidité différencie ses recherches de celles de Federsen. M. Dufour, de Lausanne, d’autre part, s’est occupé de la diffusion entre deux masses gazeuses à différents états hygrométriques séparées par une paroi poreuse : outre que, comme dans les expériences de Federsen, les résultats sont beaucoup moins accentués que ceux de M. Merget, les expériences ne sont pas aussi simples qu’il pourrait sembler tout d’abord; les xases poreux employés par M. Dufour avaient été soigneusement lavés et agissaient comme les thermo diffuseurs de M. Merget ; c’est à cette action que ce deniier attribue les résultats obtenus par M. Dufour. M. Merget a d’ailleurs établi par les ! expériences suivantes, que dans la thermo diffusion c’est la paroi poreuse humide qui est la condition nécessaire du phénomène, et non la différence d’état hygrométrique des gaz.
- Deux thermo diffuseurs bien mouillés l’un et l’autre sont placés dans des conditions inverses : l’un est placé dans une atmosphère bien sèche (dans un flacon où se trouvait au fond une couche d’acide sulfurique concentré), quelquefois une éponge mouillée est enfermée à l’intérieur; l’autre, au contraire, est rempli de chaux vive fortement chauffée, qui maintient intérieurement une atmosphère sèche. Ces deux appareils, soumis à un faible rayonnement calorifique, ont donné sensiblement le même dégagement de gaz (12 bulles par minute environ sous l’action des rayons du soleil). Si l’état de siccité ou d’humidité était la cause des phénomènes observés, on devrait avoir dans ces expériences des courants de gaz en sens inverse.
- Si l’existence d’une paroi poreuse est démontrée nécessaire par ces expériences, la cause même du phénomène n’est pas encore déterminée, et la thermo diffusion doit être étudiée plus complètement avant qu’on en puisse donner une explication satisfaisante. Mais, dès à présent, il convient de remarquer que ces faits jouent certainement un rôle important dans certains phénomènes naturels :
- M. Merget, après avoir étudié les échanges gazeux entre les plantes et l’atmosphère, croit pouvoir conclure de ces expériences que le végétal doit être considéré comme un système poreux et humide possédant l’activité thermo diffusive propre à tous ces systèmes sous l’influence d’une élévation de température. Chez les végétaux aquatico-aéricns, les feuilles possèdent, à ce point de vue, une activité considérable ; la quantité de gaz ainsi introduite dans la plante peut atteindre jusqu’à un demi-litre par mi-
- nute. L’expérience suivante est fort concluante : une feuille à long pétiole (une feuille de Nuphar, par exemple) est placée dans l’air taudis que l’extrémité libre du pétiole plonge sous une éprouvette remplie d’eau; l’appareil étant placé au soleil, de l’air atmosphérique presque pur passe rapidement sous l’éprouvette. Tout se passe, on le voit, comme si l’on avait dans la feuille un thermo diffuseur naturel ; et le phénomène est d’ordre purement physique.
- La respiration des animaux est peut-être aussi un phénomène du même genre; mais il n’y a pas à cet égard de démonstration qui permette d’être quelque peu affirmatif.
- Nous tiendrons les lecteurs de la Nature au courant des recherches de M. Merget sur le phénomène dont nous venons de donner une idée, non-seulement parce que les faits qui s’y rattachent sont intéressants au point de vue physique, mais surtout parce qu’ils fournissent l’explication d’actions dont les causes étaient indéterminées jusqu’à présent, et parce qu’ils montrent une fois de plus le mutuel secours que se prêtent les unes aux autres, des sciences dont autrefois les domaines semblaient absolument distincts. C. M. Gariel.
- CHRONIQUE
- Société française de physique. — Séance du 20 juillet. — M. Sidot répète devant la Société quelques-unes de ses expériences. 11 fait voir que le charbon de bois obtenu par l’action du sulfure de carbone sur le bois chauffé à une haute température jouit d’une sonorité comparable à celle des métaux, il est aussi rendu beaucoup plus conducteur. Le coton, le chanvre, le papier, carbonisés dans les mêmes conditions peuvent être facilement rendus incandescents dans un bec de gaz, mais, comme les métaux, ils s’éteignent lorsqu’on les retire de la flamme. 11 présente aussi à la Société le produit de l’action de la lumière sur le bisulfure de carbone. C’est le protosulfure de carbone, corps solide qui se dépose dans le sulfure de carbone insolé. 11 contient moitié moins de soufre que le sulfure de carbone, et l’on retrouve le reste du soufre à l’état de soufre soluble en dissolution dans le liquide non encore décomposé. La blende hexagonale préparée par déplacement à haute température dans un courant de gaz sulfureux présente une phosphorescence verte d’une intensité remarquable que l'on peut observer très-facilement pendant le jour après action de la lumière diffuse, ou le soir, après l’action d’une source lumineuse intense, comme la lumière du magnésium. De la grenaille d’argent baignée par du sulfure de carbone et contenue dans un matras scellé à la lampe, s’électrise par l’agitation du matras légèrement chauffé, en même temps qu’il se produit des jets de lumière à l’intérieur. L’auteur présente aussi des échantillons d’oxyde de fer magnétique obtenus soit par combustion d’un tube de fer soit par calcination du colcothar, et les fragments disposés au moment de leur formation parallèlement à l’aiguille d’inclinaison, ont des pôles placés comme ceux de cetle aiguille.
- M. Marié Davy présente à la Société les appareils dont
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- LA NATURE.
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- il va se servir pour déterminer les constantes magnétiques d’un certain nombre de localités, en vue de compléter et de rectifier la carte magnétique de la France.
- 11 décrit en particulier un appareil qui permet d’obtenir avec précision et en moins de trois heures la déclinaison, l’inclinaison et l’intensité magnétiques. Cet appareil diffère peu des boussoles de déclinaison ordinaires, seulement il porte un réticule à fils permettant d’encadrer le soleil. Pour faire une observation, on mesure la hauteur du soleil et on en déduit, sans qu’il soit nécessaire de connaître l’heure avec grande précision, la position du méridien astronomique sur le limbe horizontal de l’instrument. La déclinaison est l’angle de cette direction avec la direction de l’aiguille aimantée, on l’obtient en tournant le microscope jusqu'à ce que l’extrémité de l’aiguille paraisse faire des oscillations égales sur un petit micromètre placé dans le microscope. Il n’y a plus ensuite qu’à faire les corrections ordinaires de retournement, etc. Pour déterminer l’inclinaison, on ajoute à l’appareil un limbe vertical parallèle à celui sur lequel se meut la lunette et qui remplace le contre-poids de ce premier limbe. Puis suivant un rayon de ce limbe on ajuste un gros barreau de fer doux qui, s’aiinantant sous l’influence de la terre, dévie l’aiguille aimantée. On mesure la déviation en tournant le microscope jusqu’à ce qu’il pointe sur l’extrémité de l’aiguille dans le cas où le barreau est vertical de bas en haut, horizontal, d’arrière en avant, vertical de haut en bas, horizontal d’avant en arrière. De ces déviations on déduit l’inclinaison. Quanta l’intensité, on l’obtient en se servant d’un second barreau auxiliaire que l’on place perpendiculairement au plan des limbes et qui agit sur l’aiguille mobile. On mesure la déviation produite par l’actfon du barreau, et celle qu’on obtient en le retournant bout pour bout, et on en déduit l’intensité magnétique.
- Le dynagraplie (ou plutôt dynamographe, comme le voudrait l’étymologie) est un nouvel instrument inventé par M. Dudley, de Cleveland, Ohio (Etats-Unis). Voici la description qu’en donne le journal Iron, de Londres, du 8 juillet 1876 : « Cet instrument est destiné à mesurer et à transcrire sur le papier la résistance éprouvée par les trains de chemins de fer. 11 indique en même temps l’état général de la voie et la puissance de la traction. Sous un wagon attenant immédiatement à la locomotive, est disposé un cylindre en acier, rempli d’huile et ayant deux pistons, l’un de 4 pouces et l’autre de 1 pouce 1 /4 de diamètre ; tous deux arrangés de manière à pouvoir servir indifféremment. La barre de traction du wagon s’étend à l’arrière et agit directement sur le grand piston, qui fait passer l’huile du grand cvlindre dans un petit cylindre, auquel est adapté le petit piston. C’est ce dernier qui met en mouvement le pinceau, notant sur le papier le degré de force développé. Le papier, qui a de 15(1 à 400 pieds de longueur, marque 1/4 de pouce par 100 pieds que parcourt le train. Un chronographe électrique indique le temps toutes les 7 secondes 1/2. »
- |.
- : ‘ lin nouveau journal scientifique en Norvège. — On sait que la Norvège, souvent conquise par les Danois, appartint au Danemark, presque sans interruption, depuis l’année 1587 jusqu’en 1814, époque où les adversaires de Napoléon Ier la donnèrent à la Suède, pour récompenser Bernadotte des services qu’il leur avait rendus. 11 ne faut donc pas s’étonner qu’au jour d’hui encore les Norvégiens et les Danois parlent la même langue. Or, nous avons sous les yeux les deux premières livrai-
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- sons d’un journal récemment fondé (mars 1876) àKris-tiania, ou Christiania, et rédigé en langue danoise par MM. Sophus Lien, Worm Muller et G. 0. Sars. Cette brochure périodique est intitulée Archiv for Mathemalik og Naturvidenskab (Archives des mathématiques et de la science de la nature). L’éditeur est M. Albert Cammer-meyer. Un des rédacteurs, M. Sophus Lie, publie un travail relatif aux mathématiques, rédigé en langue allemande et comprenant 90 pages d’impression. Cet article est intitulé Théorie dés groupes de transformation. Dans le Mémoire de M. Sexe, écrit en langue danoise et ayant pour titre Om nogli garnie strandlinier (sur quelques vieilles lignes de la côte), nous trouvons des détails sur le littoral norvégien. L’auteur ne conclut pas; nous ne savons donc par lui ni si le sol de la Norvège s’est exhaussé par rapport à la mer ni s’il a subi une dépression. Nous ne savons non plus si les eaux ont empiété sur la terre ferme ou si elles ont laissé à sec des espaces qu’elles recouvraient jadis. M. Amund Jlelland consacre un article aux fjords (baies) remplies de glaces et aux glaciers du Groenland septentrional. Ce savant dit avoir visité cette contrée durant les mois de juin, juillet et août 1875 et s’être avancé du 68e au 71e degré de latitude boréale. M. Amund Jlelland sait beaucoup et communique ce qu’il sait avec autant de clarté que de hardiesse. Outre les glaces, dont le Groenland est un des réceptacles les plus privilégiés, le naturaliste, dit-il, y trouvera du gneiss, du granité, du mica, du basalte, des plantes fossiles, etc. Le Groenland, ajoute-t-il, a joui autrefois du doux climat des îles Canaries et du Delta du Nil. Nous regrettons que l’espace nous manque pour analyser les 68 pages de ce Mémoire si intéressant et si instructif, sur lequel nous reviendrons d’ailleurs, si notre temps le permet. A en croire M. Hel-land, l’Europe n’a rien de pareil à opposer aux glaciers du Groenland (phenomen, hois Lige Europa ikke har at opvisc. — M. Worm Müller a rédigé, en langue danoise, un article d’appréciation sur l’ouvrage publié à Paris, chez Adrien Delahaye, 1875,par M. L.Malassez : la numération des globules rouges du sang. » — M. Sexe examine, dans un article de 8 pages, « pourquoi le vent d’est ne souffle pas constamment dans ce qu’on appelle le Belt silencieux. » — Enfin M. Karl Pettersen a écrit 18 pages sur l’étude géologique des alentours de Salten (en Norvège). Nous souhaitons le succès à nos confrères norvégiens.
- Robert Niapicr. — Le 24 juin 1876, le Royaume-Uni a perdu, dans la personne de Bobert Napier un de ses plus habiles constructeurs de machines et de steamers à vapeur. Dans les derniers temps de sa vie, Robert Napier travailla simultanément pour le compte de la marine royale d’Angleterre, pour la France, la Turquie, le Danemark, la Hollande, etc. En 1855, à l’Exposition universelle de Paris, il obtint une médaille d’or et la croix de la Légion d’honneur. En 1862, à celle de Londres, il était président de la section du jury pour l’architecture navale; en 1867, à l’Exposition universelle de Paris, il fut commissaire royal et on lui décerna un grand prix. En 1868, le roi de Danemark le nomma commandant de l'ordre du Dannebrog. En 1861, il avait construit six vaisseaux cuirassés pour la marine britannique. (Iron.)
- Club Alpin français. — Dans sa dernière réunion, la Direction centrale du Club Alpin français a nommé, à l’unanimité des membres présents, M. Adolphe Joanne, président du Club, en remplacement de M. Cézanne, décédé le 21 juin 1876. Le premier congrès du Club Alpin
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- LA NATURE.
- français aura lieu à Annecy, les 13, 14 et 15 août prochain. Toutes les sections du Club Alpin français y seront représentées; les Clubs Alpins suisse, italien et anglais y enverront aussi de nombreux représentants. La ville d’Annecy a voté 2000 francs pour les frais de la fête vénitienne qui doit avoir lieu sur le lac, le soir du premier jour.
- BIBLIOGRAPHIE
- Etude sur l'histoire naturelle de la truffe, par M. Con-
- damv, une broch. in-4° avec planches. — Angoulème, 1876.
- Le mémoire de M. Condamy contient d’intéressantes observations pratiques sur la truffe comestible, et une bonne photographie de diverses espèces de ces cryptogames. La partie théorique de son travail est des plus discutables. M. Condamy rejette avec raison la théorie truffi-gène, tout à fait battue en brèche par les entomologistes (Dr A. Laboulbène; observations sur les insectes tubéri-vores, avec réfutation de l’erreur qui, attribuant les truffes à la piqûre d’un insecte, les a fait assimiler aux galles végétales; Annales soc. entomol. de France, 1864, p. 69). Au reste, M. J. Valserres (Instructions sur la culture de la truffe, Paris, 1876) ne soutient plus cette opinion qu’avec toutes réserves. Les truffes sont attaquées par des Diptères, comme beaucoup d’autres cryptogames azotés, et c’est de là que provenait l’erreur.
- M. Condamy reconnaît donc dans la truffe un cryptogame, et avec raison. Dans l’état actuel de la science, on ne peut admettre ses explications relatives au pollen et aux mycéliums mâle et femelle. La truffe est une forme asexuée, souterraine, à spores agames, renfermées dans des cavités intérieures qui ne s’ouvrent jamais.
- Une très-curieuse expérience de M. Brefeld jette un our tout nouveau sur son histoire. 11 a pris le Pénicillium, glaucum, la moisissure verte si connue du pain et du fromage, qui doit son nom à ce que, à l'air libre, elle donne des chapelets de spores en forme de pinceau, portés sur un pédicelle. Le mode de reproduction des champignons dépend surtout du milieu dans lequel ils se trouvent. Or, en plaçant le Pénicillium en vase clos ou en Yétouffant avec très-peu d’air, M. Brefeld a obtenu au contraire des nodules qui, après avoir été mis sur du sable humide, ont donné des fructifications avec des asques internes ne s’ouvrant pas, c’est-à-dire des productions tout à fait analogues aux truffes. On connaît donc dans la moisissure verte deux formes, l’une aérienne ou pénicillium, l’autre étouffée ou tubéracée. La truffe, en raison de son habitation souterraine, est toujours en air confiné et très-limité, et sans sexe à cet état. Il faut rechercher son pénicillium encore inconnu, sa forme aérienne. Il y a là une voie intéressante ouverte aux expériences deM. Condamy, qui se trouve très-heureusement placé à cet égard, puisque la Charente occupe le sixième rang, en ordre d’importance, dans les cinquante départements qui produisent de la truffe, d’après M. J. Valserres. M. G.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 août 1876. — Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- La destruction du phylloxéra est l’objet de plusieurs pièces de la correspondance fort peu nourrie aujourd’hui ;
- la science se ressent des excès de la saison. M. Garraud envoie la liste des plantes parasiticides dont la culture pourrait mener selon lui au but tant désiré et cherché. On sait que non-seulement cette idée n’est pas nouvelle, mais que même des expériences ont déjà été faites dans cette voie.
- MM. Lefebvre et Senac proposent l’emploi des sulfures alcalins; ce qui rentre dans l’ordre des essais poursuivis.
- Enfin un auteur dont le nom n’est pas arrivé jusqu’à nous demande que le phylloxéra soit pourchassé au moyen de la poussière des routes ; et ceci n’est encore qu’une réédition.
- illèches non vénéneuses. — Les fumeurs ont appris récemment, non sans surprise, que les mèches jaunes dont ils se servent si commodément pour se procurer du feu sont une cause d’intoxication pour les ouvriers qui les fabriquent. Un inconvénient de ce genre n’est jamais signalé sans qu’aussitôt des esprits aussi généreux qu’inventifs se préoccupent d’y porter remède, et c’est ce que fait aujourd’hui M. Ménier, qui envoie un échantillon de mèches dans lesquelles le chromate véhéneux est remplacé par l’oxyde de manganèse inoffensif.
- Une réponse de M. Pasteur a M. Bastien arrive en l’absence de l’auteur par la voie de la correspondance dépouillée aujourd’hui par M. Berthelot, suppléant les deux secrétaires perpétuels. D'après ce que nous en dit le secrétaire intérimaire, cette lettre est purement critique et ne contient pas d’observations nouvelles.
- La diarrhée de la Cochinchine, qui chaque année frappe un millier d’hommes parmi nos troupes et nos équipages, est l’objet d’une nouvelle note de M. Normand, qui d’après les observations faites en commun avec M. Bavay sur les convois de malades arrivés à Toulon, attribue cette maladie à un animalcule, YÀnguillula stercoralis, selon le nom qu’ils lui donnent. Long de un quart de millimètres, le parasite serait visible à l’œil nu; n’était son extrême minceur, avec un grossissement de 50 à 60 diamètres on le voit parfois grouiller dans la masse plus ou moins transparente (les tissus intestinaux principalement) où ils sont emprisonnés. 11 ne serait pas possible, d’après l’auteur, que ce nouveau fléau prît naissance dans les glandes en tube de l’intestin. Le lait est jusqu’ici le seul agent efficace contre l’animalcule et la maladie qu’il engendre.
- La glycérine est le sujet d’une lecture de M. Claude Bernard. Il démontre à nouveau que l'existence de la matière sucrée dans le sang n’est pas un phénomène accidentel, mais aussi régulier qu'aucun autre de ceux que comprend la digestion : que l’on expérimente en effet sur des animaux carnivores ou sur des animaux herbivores et que les sujets soient abondamment nourris ou tenus à la diète, toujours la quantité de sucre que renferme leur sang est à peu de chose près la même. L’auteur apporte aussi un supplément de démonstration à l’appui de ce fait que la source du sucre est dans le foie.
- La statue de l'illustre Vaucanson sera prochainement inaugurée à Grenoble. Le maire de cette ville exprime l’espoir que l’Académie voudra bien déléguer deux de ses membres à cette juste cérémonie.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire—Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° l G8. - lü AOUT 1876.
- LA N AT U KL.
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- NOUVEAU
- PLUVIOMETRE ENREGISTREUR
- Toutes les stations pluviométriques françaises marquent chaque jour, lorsqu’il a plu, la hauteur d’eau tombée et la durée approximative de la pluie. Quelques rares observateurs notent les observations deux ou plusieu r s fois par jour. L’Observatoire de Montsouris, l’école de Grignon, l’École des ponts et chaussées sont, je crois, les seuls établissements français où se trouvent en ce moment, des instruments destinés à inscrire automatiquement le moment précis, la durée et l’abondance de la pluie.
- Tout le monde sait combien il est nécessaire de connaître non-seulement la quantité d’eau qui tombe,[niais aussi la durée de ces averses, quelquefois prodigieuses qui, dans ces derniers temps surtout, ont amené d’immenses désastres. L’administration des ponts et chaussées a particulièrement besoin de ces documents pour déterminer la section de diverses conduites d’eau et principalement l’ouverture des ponts. Scientifiquement, ces données sont indispensables pour rechercher dans quelles conditions atmosphériques se produisent les fortes pluies, quels sont les phénomènes qui les précèdent et peuvent permettre de les prévoir. On pourrait ainsi se prémunir contre les redoutables effets des inondations.
- Si l’instrument indispensable à l'enregistrement automatique de la pluie coûte peu et n’est pas ex-
- 4e année. — 2* semeslre.
- posé à se déranger, on pourra, avec les mêmes ressources, en installer un plus grand nombre. *
- Le pluviomètre enregistreur que je propose est composé de deux parties : la bande de papier sur laquelle les ordonnées doivent être tracées et l’organe destiné à marquer la chute de la pluie, ou le pluviomètre proprement dit.
- L’appareil proprement dit, ou l’udoinétrographe,
- comprend le ré-cepteur et le compteur.
- Le récepteur est toujours placé en dehors de l’Observatoire , sur un point convenable et à l’abri de toute inlluencc perturbatrice. C’est un entonnoir R (voy. la figure), dont l’ouverture supérieure terminée par un anneau cylindrique S mesure exactement une surface de 4 décimètres carrés l. Pour assurer l’exactitude du diamètre et, par suite , celle de la surface du pluviomètre, les bords de l’orifice sont tournés et coupés en biseau; les parois de l’entonnoir sont aussi inclinées de 45° afin d’éviter la projection de la pluie en dehors ; l’ouverture inférieure de l'entonnoir laisse couler l’eau dans un tuyau de plomb T qui l’amène dans l’observatoire.
- L’appareil mesureur et enregistreur est fixé sur les côtés de la boite qui renferme le barométro-graphe.
- Un tube A, percé à la partie inférieure, constitue un siphon intermittent qui s’amorce dès que la quantité d’eau recueillie atteint 1 millimètre de pluie, c’est-à-dire dès qu’il a reçu un volume d’eau égal à 40 centimètres cubes.
- 1 C’est la dimension et la forme adoptées pour les pluviomètres recommandés par l’Association scientifique.
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- Nouveau pluviomètre enregistreur de M. Fuies.
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- LA NATURE.
- Le siphon intermittent, qui se trouve décrit dans les traités de physique sous le nom de vase de Tantale, a déjà été appliqué par (Esler à la construction des udométrographes : on le retrouve dans le grand météorographe de l’observatoire de Bruxelles. Nous pouvons donc nous borner à n’en donner qu’une courte description. Le récepteur A, dans lequel tombe l’eau amenée par le tube T, est traversé à sa partie inférieure par un tube vertical ouvert à ses deux extrémités et dont la longueur engagée dans le récepteur limite la capacité de celui-ci à 40 centimètres cubes. Une cloche renversée recouvre le tube et le transforme eu véritable siphon qui se trouve amorcé dès que l’eau atteint le sommet de la cloche. Aussitôt l’eau s’écoule par te tube et le récepteur est entièrement vidé.
- En ce moment l’eau tombe dans un godet vissé à l’extrémité d’une tige B g, mobile autour d’un axe o; l’autre extrémité g porte un contre-poids destiné à équilibrer l’appareil. Aussitôt que le siphon est amorcé, l’eau tombe dans le godet, et celui-ci, alourdi par le poids de l’eau qu’il vient de recevoir, s’incline, entraîne en même temps la tige et le crayon c placé dans le voisinage de l’axe. Dans ce mouvement, le crayon trace un arc de cercle e sur la bande de papier d.
- Mais le fond du godet est percé d’un petit trou dont le diamètre est 6 ou 8 fois moindre que celui du tube qui sert à l’écoulement du siphon; il se vide donc lentement après avoir été rempli, et la tige, équilibrée par le contre-poids g, reprend petit à petit sa position primitive. Pour mieux assurer le fonctionnement de l’appareil, un ressort à boudin A tend aussi à ramener le levier dans un plan horizontal et à le maintenir dans cette position.
- Le porte-crayon c est mobile sur la tige et peut être plus ou moins rapproché de l’axe afin qu’on puisse augmenter ou diminuer à volonté la longueur de l’arc de cercle décrit par la pointe. Celle-ci appuie toujours sur le papier, parce que le crayon est fixé sur un ressort dont on peut régler la pression. Le porte-crayon permet non-seulement d'agrandir à volonté l’arc de cercle décrit par la pointe, mais de changer à volonté la position de celle-ci, parce qu’il est mobile dans tous les sens.
- Chaque fois qu’il est tombé une quantité de pluie égale à 1 millimètre de hauteur, le godet bascule et le crayon trace un trait. Il suffit donc de compter le nombre de traits pour connaître le nombre de millimètres de pluie tombée. En cherchant la partie de la bande sur laquelle ils sont marqués, on trouve le moment de l’inscription et, par conséquent l’heure, de la chute de la pluie.
- Dès qu’il a cessé de pleuvoir, on n’a qu'à compter ce qu’il reste d’eau dans le tube A qui est divisé pour apprécier le nombre de dixièmes de millimètres à ajouter. On ouvre ensuite le robinet Y et le tube se vide complètement.
- Cet instrument fonctionne bien, et la simplicité de sa construction le préserve de tous dérangements*
- Quant à l’exactitude des résultats, il n’existe qu’une très-petite cause d’erreur provenant du mode de mesurage ou de l’emploi du siphon intermittent. En effet, la pluie continue à tomber dans le tube pendant la durée de l’écoulement du siphon et l’erreur est égale à la quantité d’eau tombée et entraînée pendant cet intervalle. Comme ce temps est très-court, la quantité d’eau perdue est très-faible et l’erreur nous paraîtrait presque négligeable. Mais on peut arrêter l’arrivée de l’eau dans le vase de Tantale pendant l’écoulement du siphon.
- Il suffit, pour cela, ainsi que l’a déjà réalisé M. Salleron, d’adapter au tuyau d’arrivée de l’eau une petite valve d’admission analogue à celle des régulateurs des machines à vapeur. Un levier P porte une valve n qui, en se levant, ferme l’ouverture du conduit T aussitôt que le siphon s’amorce et que le godet B s’abaisse. Cette addition complique un peu l’appareil et le rend plus délicat; mais il assure l’exactitude des indications.
- Il fallait enfin munir l’appareil d’un moyen de contrôle. Nous avons choisi la méthode adoptée par M. Hervé Mangon pour son pluviomètre totaliseur. L’eau versée dans le godet tombe dans un vase de verre K et passe de là dans un récipient F muni d’un robinet L à son extrémité inférieure. Il suffit, après chaque pluie, de mesurer, par la méthode ordinaire, l’eau contenue dans le récipient, pour s’assurer que le nombre de millimètres inscrit représente bien exactement la hauteur de pluie tombée.
- Une horloge II met en mouvement le cylindre sur lequel vient se tracer les petits arcs de cercle décrits par le crayon c à chaque oscillation du godet B. Dr Fines.
- L’EXPÉDITION DU « CHALLENUER »
- (Suite et fin. — Yoy. p. 161.)
- Le 10 août, le Challenger partit pour Api, l’une des îles les moins connues de l’archipel des Nouvelles-Hébrides ; le 18, il mouilla devant l’île. Le capitaine Narès avait donné le passage à onze hommes de l’île d’Api, et deux ou trois officiers avec un corps armé de marins ramenèrent ces hommes au rivage. Les naturels témoignaient quelque méfiance ; ils étaient armés de bâtons, de lances, d’arcs, et de carquois pleins de flèches empoisonnées. Ils étaient complètement nus et avaient un aspect sauvage et repoussant.
- D’Api, le Challenger s’engagea dans la direction du nord-ouest, vers Baine Island, qui est dans une interruption de la grande ligne de récifs, non loin de l’entrée du détroit de Torres. Un sondage pratiqué le 19, à 67° 47' de latitude S. et 165° 20' de longitude E., à une profondeur de 2650 brasses (4846“,85), avec un fond de terre rouge, indiqua une température de fond de 1°, 7 C. Une série de sondages, à une profondeur de 1500 brasses
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- (2743m,5), donna une température minima de 1°,
- 7 C. à 1300 brasses (2377m,7), et par conséquent de cette profondeur jusqu’au fond existait une couche d’eau à température uniforme.
- Le 31, l’expédition visita Baine Island; cette île est bien telle que Jukes l’a décrite. On y fit une collection d’oiseaux particuliers à ces parages, et le jour suivant, 1er septembre, le navire était à Cap-York. De là, croisant jusqu’à la mer Arasura et les îles Arù, il atteignit Dobbo, située dans l'île de Wamma. Après y avoir séjourné quelque temps, pour y tirer des oiseaux de Paradis, atin de se faire une idée de l’histoire naturelle du pays, on se rendit à Ké-Dou-ban, capitale du groupe de Ké, puis à l’île de Banda, et enfin à Amboine le 4 octobre. Dans quelques-uns des dragages opérés entre Ké et Amboine, on rencontra une série merveilleuse de formes nouvelles, non-seulement de pentacrinoïdes, mais d’éponges, d’échinodermes, de crustacés, etc. D’Amboine on fut à Ternate, en franchissant le passage des Molu-ques aux Célèbes, par le détroit qui sépare l’île de Bejaren de la pointe nord-est des Célèbes. Les observations faites par Chimmo dans ce bassin de mer furent confirmées. L’expédition visita Ho-Ho le 28, et, se dirigeant par le passage de l’Est en contournant Mindoro, se trouva le 14 novembre à Manille. Après une courte halte aux Philippines, on choisit ensuite Hong-Kong comme quartier général. Durant le séjour du Challenger dans cette ville, le capitaine Narès reçut un télégramme lui offrant le commandement de l’expédition arctique. Ce fut là un rude coup pour l’expédition entière. Mais, malgré l’affliction que causait le départ d’un homme qui avait si heureusement conduit l’expédition, on reconnut généralement de quelle importance était pour un voyage au pôle Nord un marin du mérite et de l’expérience du capitaine Narès. Le capitaine Thomson, qui commandait à la station de Chine le Modeste, fut le successeur de l’ancien chef de l’expédition.
- 1875. — Le Challenger quitte Hong-Kong le fi janvier. On a l’intention de se rendre dans la région de l’Équateur, d’y faire une série de stations parallèles à la ‘ ligne, sur un prolongement de 200 milles (3318k), avec la perspective de pousser ensuite jusqu’au Japon. Arrivé au milieu de la mer de Chine, on pratique une série de sondages; la température du fond, à 1200 brasses (2294“,8), est de 36° F.. Cela justifie l’assertion de Chimm, que la communication entre la mer de Chine et les eaux de l’Océan antarctique est coupée par une barrière qui s’élève jusqu’à 8 ou 900 brasses (1465m,2 ou 1646“,!) au-dessous de la surface de l’eau. Longeant la côte occidentale de Luzon, le Challenger entre dans les eaux de Panay, où de nouvelles observations sont faites. L’on visite Cebu. La drague y fournit de précieux spécimens d’éponges. De là le navire se rend à la petite île de Camaguin, entre Mindanao et Bahol, pour y étudier les volcans en éruption. Un de ces volcans offrait à, l’époque de la
- visite du Challenger, l’apparence d’un cône irrégulier, d’une hauteur de 1950 pieds (592m,8). La base s’élargit graduellement. Ce cône avait enseveli la ville de Catarman. De Camaguin, le Challenger longea la côte occidentale de Mindanao à Lamboanga, qu’il atteignit pour la seconde fois dans la dernière semaine de janvier. Une petite expédition de chasseurs partit pour camper dans la forêt à la distance d’une chevauchée du vaisseau. De temps en temps on allait les visiter; ils firent dans ce coin de paysage tropical un séjour délicieux, entourés de singes, de galéopithèques, et autres animaux d’alentour.
- On se rendit le 8 février dans le détroit qui sépare Mindanao de Basilan. Les deux îles, vues du détroit, étaient admirables par la végétation luxuriante qui couvrait les ravins et parait d’un manteau de verdure les crêtes, les colonnes de basalte, de leur base à leur sommet. Le 9, l’expédition était en vue du cap Sarangan et de Balat, la plus belle des îles Sarangani, qui a un beau volcan en forme de cône, fortement boisé jusqu’à son cratère. Le 10, devant l’île de Tulur, à 500 brasses (914“.5) de profondeur, la drague rapporta des spécimens de trois ou quatre espèces de Penta-r crinus, à antennes d’une longueur de deux à trois pieds (608mm à 912mm). A cette date le vent devint incertain, et un courant très-violent poussa le navire vers les côtes de la Nouvelle-Guinée. La provision de houille allait en s’épuisant ; on l’employa à la drague, à la sonde, jusqu’au Japon, point le plus rapproché d’un nouvel approvisionnement. Le capitaine Thomson résolut d’aller à la baie de Humboldt. Le 21 février, toujours poussé vers le sud, on était en face du delta de la grande rivière d’Ambernoh, qui prend son origine dans les montagnes Charles-Louis, magnifique chaîne de l’intérieur de la Neuvelle-Guinée, d’une hauteur de plus de 16 000 pieds (4864m); la rivière d’Ambernoh se jette dans la mer au Cap-d’Urville, à l’est de l’entrée de la baie de Geelvink. Le 23, le Challenger jeta l’ancre, à la tombée de la nuit, entre les promontoires de la pointe de Caillé et de la pointe de Bonpland. Le lendemain, au lever du jour, il se trouva entouré d’environ quatre-vingts canots, chacun de 15 à 20 pieds de longueur, monté de six hommes. Il n’-y avait ni femmes ni enfants. Pour des Mélanésiens, ces hommes étaient d’un aspect singulièrement avenant et pittoresque. Leur taille était en moyenne de 5 pieds 4 pouces (l'“,62), leur physionomie était assez douce, d’une expression agréable ; le nez épais et aplati ; les yeux noirs et bons. Le bétel avait détruit les dents et teinté le rouge des gencives; des pendants d’oreilles avaient extraordinairement allongé les lobes des oreilles.] Les naturels de ces régions ont les cheveux crépus, mais non laineux; ils les portent en touffe épaisse, partiellement blanchis à la chaux, ou colorés d’un mélange de chaux et d’ocre rouge. Des pîumes noires et blanches, des couronnes de fleurs écarlates d’hibisque owient les têtes ; la figure est
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- tatouée de noir et de blanc. Sauf quelques oripeaux, le corps est nu. Leur peau est brun-noir à l’ombre; au soleil elle prend une teinte brun-rouge brillante. Une bande de tappa à ornementation variée entoure des deux côtés le milieu du bras supérieur, et dans cette bande ils iixent, en les dirigeant vers le dehors du bras, des bouquets de feuilles vert tendre et blanches d’un croton à feuilles minces et très-beau. Ils sont tous bien armés d’arcs solides, de flèches, celles-ci longues de six pieds, hérissées de barbes. Dans presque chaque canot il y avait, au moment de notre visite, des haches en pierre à manches de bois dur, et qui offraient beaucoup de ressemblance avec les haches trouvées en Danemark. Elles se composaient d’une diorite dure, compacte, et qui prenait un poli de pierre de jade. Les canots avaient en général une proue grotesquement découpée, les rames étaient en bois dur, en forme de lames, et souvent sculptées assez délicatement.
- Dans le cours de la soirée, le capitaine Thomson et le professeur Wyville Thomson se tirent transporter par bateau dans une ile où existait un village, pour y étudier le tempérament des naturels, et pour voir si leur fréquentation n’offrait pas de danger. Ils furent conduits à l’aviron dans une anse sablonneuse, et firent signe qu’ils voulaient aborder au rivage, mais la population entière, composée principalement de femmes et d’enfants, s’armèrent d’arcs et prirent immédiatement une attitude très-déterminée d’hostilité.
- Les femmes n’eurent aucune attitude prévenante ; farouches, elles n’avaient aucun vêtement, aucune parure. Les matrones portaient autour des reins une ceinture frangée de racines grossièrement entrelacées en forme de natte. Le village se composait d’environ vingt à trente huttes, dont les unes étaient construites sous des arbres en terre ferme, et les autres bâties sur pilotis étaient entourées d’une plate-forme au-dessus de la mer. Ces dernières communiquaient avec la terre au moyen de ponts de planches qui se retiraient à volonté.
- Un autre bateau envoyé pour prendre des vues avait été saisi par les naturels et pillé, mais l’équipage n’usa pas de représailles. Si les choses avaient pris une meilleure tournure, le Challenger aurait retardé de cinq jours son départ de la baie de llumboldt, mais le capitaine Thomson ne voulut pas se soumettre à ce système de larcins, ni encourir les chances d’une rupture ouverte, et, après avoir mûrement réfléchi et délibéré, on partit le même
- jour pour 17/e de VAmirauté. Dans l’après-midi, le capitaine et le professeur Wyville Thomson, et M. Murray se rendirent à terre dans un canot avec quelques naturels, et après une promenade d’une heure sur le rivage, M. Murray eut la bonne fortune de voir trois magnifiques spécimens de pigeons terriers à huppes, du genre Gourât et presque de la grosseur d’un coq d’inde.
- Durant la semaine suivante, le navire poursuivit sa route avec des vents légers, de grosses pluies, une température équatoriale, à changements brusques. On passa les îles de Schouten, I’île de l’Her-niite, et l’on poussa vers I’île de l’Amirauté, où l’on aborda le o mars, en jetant l’ancre dans une baie délicieuse, à dix-huit brasses de profondeur. Cette baie fut appelée Baie de Narès, eu l’honneur du chef de l’expédition arctique, autrefois chef de l’expédition du Challenger. Les naturels sont desPapouans mélanésiens, mais ils tiennent plutôt des Papouans de la Nouvelle-Irlande et de la Nouvelle-Bretagne que de ceux de la Nouvelle-Guinée. Les arcs ici sont inconnus ; les naturels se servent de lances à grosses pointes en obsidienne et à hampes légères de 6 à 7 pieds de longueur (lm,824 à 2m,128). Ils ont aussi de longs couteaux effilés ou dagues en obsidienne. Presque chaque homme a fixé à l’épaule une herminette délicatement montée et confectionnée d’une pièce de fer courbée. Us ont encore d’autres équipements de la même forme, mais la partie tranchante est faite en lame épaisse d’écaille broyée fin. Ici les naturels ne firent pas grande résistance au débarquement, mais ils sortirent précipitamment de leurs villages en disant aux femmes de se cacher. Quelquefois la curiosité de celles-ci l’emportait sur leur réserve, et de petits groupes se formaient pour aller voir les étrangers. L’aspect de ces dames n’était rien moins qu’attrayant. Leur costume se composait de deux franges d’herbes ou de feuilles de palmier. Au bout de quelques jours les visiteurs furent tout à fait familiarisés avec les naturels, ils allaient et venaient comme bon leur semblait. Les sauvages de la localité paraissaient ignorer complètement l’usage du tabac et de l’eau-de-vie.
- Le 10 mars, le Challenger sortit du port de iYa-rès, avec le projet de se rendre vers l’une des îles les plus occidentales de l’archipel des Carolines, et même vers l’une de celles du groupe Ladrones; malheureusement le vent contraire poussa l’expédition à l’ouest de l’un et de l’autre groupe, et 1 on ne
- Fig. 1. — Test siliceux de Kadiolarieu recueilli par la sonde du Challenger , à 8184 mètres au fond de l’Océan.
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- vit plus de terre avant d’aborder à la côte japonaise, le 11 avril. Cette croisière fut très-pénible pour les membres de l’expédition. La plupart du temps, l’atmosphère était suffocante, lourde, et le baromètre baissait; avant de subir cette température on avait été une année sous les tropiques. La section qui sépare du Japon les îles de l’Amirauté est d’une longueur de 2250 milles (5621k) en réalité section méridionale; les stations d’observations furent au nombre de douze, et très-régulièrement échelonnées. On atteignit la plus grande profondeur le 23 mars : 4575 brasses (8367m,675). A l’exception de deux sondages pris en vue des côtes du Japon par le Tuscarora, à des profondeurs de 4645 brasses (8492ra,047) et 4655 brasses (8513m,995); ce fut la plus grande profondeur en-
- Fig.2. — Xiphacantha.
- Spécimens de Radiolariens, vus au microscopique, recueillis
- registrée d’une manière certaine. Un second sondage entrepris pour contrôler le premier donna 4475 brasses (8184m,775) ; cette fois-ci, le tube de l’appareil de sondage rapporta un excellent spécimen de la nature du fond, nature spéciale, consistant principalement en test siliceux de Radiolariens. Le corps de ces animaux microscopiques a une charpente siliceuse plus ou moins développée, extérieure, délicatement et régulièrement perforée, présentant souvent des formes remarquablement belles (fig. 1). Quelquefois le test est essentiellement interne, et form4 de plusieurs spiculés siliceux qui rayonnent d’un centre, autour duquel l’enveloppe sarcodique s’applique comme dans le Xiphacantha (fig. 2). Ou bien encore, ces Radiolariens présentent des ramifications siliceuses qui s’anastomosent et forment des
- Fig. 3. — Haliomma.
- par la sonde du Challenger, à 8184 mètres au fond de l’Océan.
- sortes de résilles plus ou moins nombreuses et concentriques, qui sont comme un revêtement au noyau sarcodique; c’est le cas de Y Haliomma (fig. 3). Ces formes si étranges, si admirables et si belles étaient en même temps si nombreuses dans ce sondage, qu’elles masquaient presque totalement l’argile rouge.
- Le phénomène de température le plus remarquable, observé dans cette partie de la croisière, consista en une couche d’eau de surface d’une épaisseur de 80 brasses (146"\52) et d’une température au-dessus de 77° F. (25° G.) Cette température s’étend vers le nord à partir de la côte de la Nouvelle-Guinée, sur un développement de 20°, et à l’ouest jusqu’au méridien des îles Palaos. La plus grande partie de cette vaste masse d’eau chaude se meut avec une rapidité plus ou moins grande vers l’ouest.
- Les voyageurs, fatigués, de travaux persévérants, assidus sous les tropiques, trouvèrent au Japon un
- repos nécessaire et qui avait été bien gagné. Les merveilles de Yeddo et la fraîcheur du climat leur rendirent bientôt la vigueur. De courtes excursions furent faites dans différentes villes et villages, puis une nouvelle croisière s’exécuta dans la direction de Kobe et le long de la côte sud-ouest de Nipon. Le 16 juin le Challenger quitta Yokohama, se dirigeant vers l’est, entre les 35° et 40° de latitude nord, jusqu’au 155° du méridien oriental. Il prit ensuite vers le sud presque directement jusqu’à Honolulu, de l’archipel des Sandwich, où il arriva le 27 juillet.
- Entre le Japon et ces dernières îles, on réussit à établir vingt-quatre stations d’observation. A la première de ces stations, justement à 40 milles (64k,58) au sud-est du phare de Nosima, la drague donna un heureux résultat, et, parmi des quantités d’astéries et autres échinodermes, on trouva un polype hydroïde géant, vraisemblablement du genre Monocaulus. L’hydranthe avait neuf pouces (225mm)
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- d’une extrémité à l’autre des tentacules (non-rétractiles), et l’hydrocaulus ou hampe avait une hauteur de 7 pieds 4 pouces (2m,228) et un diamètre d’un demi-pouce (0,n,0125). Cet animal étrange fut trouvé une seconde fois près de Honolulu. Le sondage le plus profond pris à la hauteur du Japon fut de 5950 brasses (8224m,55), avec un fond d’argile rouge. Les observations de la température donnèrent un singulier résultat. La température de surface avait baissé jusqu’à 65° F (18° C.), et la couche d’eau au-dessus de 50° F (10° C.) fut réduite d’épaisseur à beaucoup moins de 100 brasses (182m,9), tandis que toutes les isothermes, au moins à une profondeur de 400 brasses (751m,6), s’élevèrent en proportion. Il n’y a pas à douter, ce semble, comparaison faite des observations américaines de température avec celles du Challenger, que cette diminution subite de calorique ne soit due à un flux de surface froid venu de la mer d’Otthotsk : ce flux atteint peut-être son maximum à l’époque de la fonte des neiges à laquelle l’Amour et les rivières de Sibérie servent d’écoulement.
- De Yokohama à Honolulu les sondages donnèrent une profondeur très-uniforme : la moyenne de vingt-deux sondages étant 2858 brasses (5257m,582), le fond se trouvait très-généralement d’argile rouge.
- Une délicieuse quinzaine fut passée aux îles Sandwich, et l’on entreprit de nombreuses excursions. Il y a dans la bibliothèque du gouvernement à Honolulu une collection splendide de livres scientifiques, qui permit de vérifier bien des points d’histoire naturelle sur quelques-unes des espèces découvertes. Le 11 août l’expédition visita Hawaï, et explora le cratère de Kilauea. Le 19, elle quitta Hawaï et prit la direction du sud pour Tahiti. Plusieurs sondages et draguages, à une profondeur moyenne de 2800 brasses (5121m,2) rapportèrent des fragments d’un fond d’argile rouge ainsi que plusieurs spécimens d’animaux d’un haut intérêt. On atteignit Tahiti dans les premiers jours de septembre, profitant de toutes les occasions pour connaître les productions, le climat, la structure géologique et les habitants de l’île. Quittant ce pays le 2 octobre, une section fut décrite jusqu’à l’île de Juan Fernandez, sur une longueur de 4000 milles (6457 kilomètres), avec une profondeur moyenne de 2160 brasses (5992m,52). On atteignit Juan Fernandez le 13 novembre, et on employa deux jours à explorer les moindres recoins de l’île en faisant d’amples collections. Le 19, le navire mouillait à Valparaiso ; il y resta trois semaines pour se ravitailler, puis il entreprit une croisière pour doubler le cap Horn et se rendre aux îles Falkland.
- 1876. — Le Challenger arriva aux îles Falkland vers le 10 janvier; on consacra trois semaines à explorer les îles de la côte américaine du sud, en visitant Montevideo le 15 février. Le 23, l’expédition quitta sa dernière station à travers F Atlantique, il fit route pour l’île de l’Ascension et Saint-Vincent, où il retrouva des eaux déjà connues, après avoir
- fait le tour du monde. L’île de l’Ascension apparut à l’horizon le 27; on compléta la cargaison en prenant en même temps à bord quelques passagers. On atteignit Saint-Vincent le 17 avril, et le 26 du même mois le navire était en route pour l’Angleterre1.
- L’ABEILLE ITALIENNE EN FRANCE
- Les améliorations apportées dans ces derniers temps à la culture de l’Abeille se sont étendues non-seulement aux appareils, principalement à la ruche, mais aussi aux races de l’insecte mellifère. Depuis une quinzaine d’années Y Apis ligustica (Spinola), l’Abeille ligurienne ou italienne ou alpine, a été particulièrement recherchée des amateurs. On a aussi introduit l’Abeille carniolienne et l’Abeille égyptienne ; cette dernière, qui est une espèce distincte, n’a donné que de médiocres résultats ; enfin on se propose de nous montrer lse Abeilles Smyr-niennes et Chypriotes à la prochaine Exposition des Insectes, qui aura lieu à l’Orangerie des Tuilleries.
- L’Abeille italienne se distingue de l’Abeille commune (Apis mellifica, Linn.) par un bourdonnement plus doux, des allures plus vives, un travail plus actif. Sa forme est plus svelte, et on peut dire qu’elle est plus jolie par sa couleur, les deux premiers anneaux de l’abdomen étant d’un jaune de terre de Sienne. Aussi la nomme-t-on souvent Abeille jaune par opposition à la race ordinaire de l’Europe septentrionale et occidentale qu’on appelle Abeille noire.
- M. Aug. Mona, apiculteur à Bellinzona (Suisse italienne), vient de publier un volume avec figures, ayant pour titre Y Abeille italienne, moyens de se la procurer, de la multiplier, de faire accepter les mères, etc. C’est un traité sur l’art de cultiver et de faire fructifier cette race, pour laquelle on s’est pris en Allemagne et en Amérique d’une véritable passion. Le travail de M. Mona a été édité par la direction du journal Y Apiculteur1. M. Hamet y a ajouté une introduction sur l’amélioration des races d’Abeil-les, dans laquelle l’habile professeur d’apiculture du Luxembourg indique le moyen de provoquer la hâti-vité du couvain, afin d’obtenir des accouplements entre les races qu’on veut maintenir pures, dans le but d’améliorer les produits du rucher.
- On est loin en effet de pouvoir garantir l’accouplement de la mère Abeille, comme celui d’une jument ou d’une brebis. La jeune reine s’élève au haut des airs et c’est une seule fois qu’elle choisit un époux, payant de sa vie l’honneur d’être le père du peuple futur. Or une foule de faux-bourdons voltige aux heures propices, et, par cet instinct général qui tend à écarter les unions consanguines afin de fortifier le produit, la femelle italienne est portée à re-
- 1 D’après le journal anglais Nature.
- 2 Paris, 59, rue Monge.
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- chercher un faux-bourdon d’autre race, ce qui altère le type de sa descendance, de sorte qu’une colonie italienne perdue dans un rucher français ne donnera plus, au bout de quelques années, que des essaims ordinaires.
- Avec certaines précautions indiquées dans le récent ouvrage qui nous occupe, on peut néanmoins arriver à maintenir pures les colonies italiennes. En stimulant les Abeilles par une nourriture chaude (sirop de sucre ou miel étendu d’un peu de lait doux) on provoque la mère à une ponte plus hâtive de faux-bourdons. Les fécondations se font alors avec des mâles choisis et avant l’éclosion de ceux des ruches non stimulées. On peut encore maintenir captive la colonie de sélection, et ne permettre la sortie qu’aux heures où les autres mâles sont rentrés; car ils ne prennent normalement leurs ébats amoureux que de midi à trois heures. La colonie a été descendue à la cave au moment où la reine est prête à sortir pour se faire féconder. Vers quatre heures on la remonte
- et on stimule les Abeilles en leur présentant du miel. Bientôt une grande sortie est provoquée et la rencontre de la mère et des faux-bourdons a lieu à une heure insolite. C’est par ces moyens qu’on arrive à maintenir pure la descendance d’une colonie italienne ou autre, placée au milieu d’un rucher d’Abeilles communes.
- D’ailleurs il est toujours facile de se procurer des mères italiennes fécondées de race pure, en les demandant aux éleveurs alpins, qui les expédient dans de petites boîtes par chemin de fer. Il y a quelques années la poste s’on chargeait à titre d’échantillon. Le livre de M. Mona donne les instructions nécessaires pour introduire la nouvelle reine dans la ruche et la faire accepter sans encombre par nos Abeilles communes, qu’on aura eu soin de rendre orphelines à l’avance, en enlevant leur reine de la ruche.
- Il faut bien remarquer qu’une nouvelle mère brusquement introduite serait fort exposée, car les hères nourrices de Jupiter enfant ne sont pas toujours d’humeur facile et savent qu’elles portent le glaive. On place la nouvelle mère dans un étui de toile métallique qu’on introduit dans une ruche récente, car les jeunes Abeilles paraissent être plus aimables que les vieilles. L’étui est d’abord entouré par les ouvrières avec une sorte d’acharnement, mais peu à peu l’agitation de la ruche orpheline se calme et souvent ou voit les ouvrières nourrir la mère captive à travers les grilles. Au bout de deux jours, quand elle a bien pris l’odeur de la ruche, on retire l’étui pour un instant, on l’ouvre et on le rebouche avec un morceau de rayon à miel. Les Abeilles percent alors
- elles-mêmes la cire, après avoir mangé le miel, et délivrent la mère qui, dès lors, est acceptée et entourée de soins affectueux. Le couvain de la nouvelle race est soigné avec le même amqur que celui de l’ancienne mère.
- On se contente souvent, quand on veut faire accepter une mère étrangère, de la placer sous une petite calotte en toile métallique, qui est enfoncée sur un gâteau. Le lendemain ou le surlendemain de sa captivité la mère est mise en liberté par les ouvrières, qui rongent les cellules pour lui faire un passage, lorsqu’elles éprouvent le besoin de recon stituer la colonie. Dès lors les jours précieux de la reine sont sauvés.
- Nous dirons en terminant qu’on peut constater chez les marchands de miel de la rue de la Verrerie, les aptitudes particulières de l’Abeille italienne à découvrir le butin.
- En effet, bien qu’il n’existe dans l’intérieur de Paris que quelques colonies de cette race au rucher de 31. Hamet, leur introducteur en France, rucher situé boulevard Saint-3farcel, on les trouve occupées à piller le miel des marchands, en nombre pres-qu’aussi grand que les Abeilles communes, qui comptent cependant beaucoup plus de ruche dans le même périmètre. Maurice Girard.
- UN COSTUME DE GUERRE
- AUX ILES CAROLINES.
- L’anthropologiste, on l’a fait justement remarquer, ne saurait se borner à l’étude des caractères physiques des individus, si grandes que soient, à ce point de vue, les différences qu’il rencontre d’une race humaine à l’autre.
- L’homme vivant présente une série de manifestations intellectuelles dont il est impossible de ne pas tenir compte. Ces manifestations de l’intelligence humaine se traduisent d’une foule de manières ; les productions industrielles des différents peuples, par exemple, n’en sont qu’un mode particulier d’expression.
- Or, de même que chaque race présente un certain nombre de caractères physiques qui lui sont propres de même chaque grand groupe de populations, on pourrait presque dire chaque tribu, possède une industrie spéciale. C’est ce que nous montrent, d’une façon bien évidente les différentes populations de l’Océanie.
- Les Carolins, par exemple, sont arrivés, dans la confection des étoffes, à un degré de perfection dont n’approche aucun autre peuple de cette vaste région.
- Sur ce point, les témoignages sont unanimes et Rienzi qui, d’ailleurs, ne fait que reproduire à peu près textuellement ce qu’avait dit Lesson, s’exprime en ces termes :
- « Une industrie précieuse essentiellement propre à ces peuples (aux habitants des Carolines), c’est la
- Cages pour faire accepter les mères
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- confection des étoffes. Les Australiens el les Polynésiens les plus civilisés emploient, pour leur fabrication, des écorces battues et amincies sous forme de papier; les Cardins, au contraire, se servent d’un petit métier pour assembler les fils, et par des instruments parfaitement analogues à ceux dont se servent les Européens. »
- Cette habileté dans l’art du tisserand nous explique comment, dans un certain nombre d’iles de cet archipel, on a parfois rencontré des insulaires revêtus de costumes plus ou moins complets. Ainsi Mertens a vu à Lougounor, aux îles Séniavine, quelques-uns des habitants vêtus d’une espèce de « mante qui rappelle beaucoup le puncho des habitants du Chili, et qui est faite de deux bandes avec une ouverture laissée au milieu pour y passer la tête. Cette mante ressemble par sa coupe à une chasuble; seulement elle est plus courte, car elle ne tombe pas même jusqu’aux genoux. »
- Aux îles Sydenham, Dumont d’Urville fut très-frappé de voir un certain nombre d’indigènes revêtus de gilets et de pantalons en libres de coco solidement tressées.
- Pourtant, il faut bien le dire, dans les îles Caro-lines elles-mêmes, la majorité des habitants ne portent, en guise de vêtements, que le toi dont parlent tous les voyageurs. C’est une espèce de ceinture, d’environ six pouces de large, qui entoure la taille et dont les extrémités retombent par devant.
- Les pantalons, les gilets sont rares, et un costume complet, comme celui que nous allons décrire, est tout à fait exceptionnel.
- C’est un costume de guerre, envoyé au Muséum d’histoire naturelle, par M.Ballieu, consul de France aux îles Hawaï. Ce vêtement, composé d’un pantalon, d’un gilet et d’une cuirasse, provient des îles Carolines, et, pour peu qu’on ait présent à l’esprit les paroles de Rienzi, que je citais tout à l’heure, il suffit de jeter les yeux sur les pièces dont il s’agit, pour être convaincu de l’authenticité de leur provenance.
- Si j’insiste sur ce point, c’est que dans la collection ethnographique du Louvre se trouve une cuirasse tout à fait analogue à celle représentée ci-contre et qui aurait été rapportée des îles Salomon par la Zélée. Mais, dans la relation du voyage, j’ai vainement cherché un passage se rapportant à cette pièce et, en outre, la fabrication toute earolinienne de l’armure du Louvre me laisse des doutes au sujet de son origine.
- Quoi qu'il en soit de cette pièce, il n’est pas douteux que la cuirasse du Muséum provienne de l’archipel des Carolines aussi bien que le pantalon et le gilet.
- Ces deux derniers objets sont sans doute tout à fait analogues à ceux vus aux îles Sydenham par Dumont d’Urville. Ils sont, comme la cuirasse, en fibres de coco solidement tressées ; mais la fabrication en est beaucoup plus grossière. Sur le pantalon et le gilet on ne voit ni chaîne ni trame. L’étoffe en
- est uniquement formée d’une série de rosaces ou de nœuds, très-rapprochés les uns des autres.
- Le pantalon, sans fente verticale, a la forme d’un maillot. 11 remonte très-haut sous le gilet et il envoie dans le dos un prolongement dans les angles supérieurs duquel sont fixées deux cordes destinées à servir de bretelles. Mais, au lieu de contourner les épaules et de venir se fixer en avant an pantalon, les bretelles maintiennent cette partie du vêtement en passant autour du cou.
- Par sa forme, le gilet rappelle exactement ceux qui servent à nos marins. Pourvu,comme eux, d’une simple ouverture pour y passer la tète, il n’en diffère que par une échancrure que, présentent les manches à leur extrémité inférieure (Voir la figure). Le pantalon, comme je viens de le dire, remontant très-haut, le gilet n’avait en revanche pas besoin de descendre bas ; aussi sa longueur n’est-elle que de 50 à 52 centimètres.
- La partie la plus curieuse de ce costume est sans contredit la cuirasse. Le travail en est d’une beauté et d’une régularité fort remarquables. La trame, de 2 à 5 millimètres de diamètre, s’enroule autour d’une chaîne dont le diamètre excède 8 millimètres; de sorte que l’épaisseur totale de l’armure atteint en moyenne 15 millimètres. Le tissu, en même temps serré et épais, offre une résistance considérable.
- Sur les bords, les fils sont solidement arrêtés au moyen d’une corde de la grosseur de la trame. Dans certaines parties, cette corde forme, en alternant avec une autre en cheveux noirs, une bordure qui dénote un certain goût. Une ornementation en cheveux, formant des taches allongées, se voit également sur les parties destinées à protéger la poitrine et la tête.
- Ce n’est pas uniquement par la beauté du travail que cette cuirasse se fait remarquer; la forme en est elle-même fort curieuse.
- On peut considérer cette armure comme formée essentiellement de deux parties, l’une antérieure, l’autre postérieure.
- La partie antérieure se réunit à la portion dorsale au moyen de deux prolongements qui recouvrent les épaules. Ces prolongements laissent entre eux une ouverture pour le passage de la tète, et ils limitent supérieurement, chacun de leur côté, les ouvertures destinées à laisser passer les bras.
- Trois taches noires, olivaires, faites en cheveux, comme il a été dit, sont disposées verticalement sur la ligne médiane de cette partie; elles sont séparées l’une de l’autre par un intervalle assez considérable. Au niveau de l’extrémité supérieure de la tache du bas est fixée, par son milieu, une corde dont les extrémités servent à maintenir les prolongements latéraux de la pièce dorsale. Le bas de la portion antérieure de la cuirasse offre une bordure noire et jaunâtre, en cheveux et en fibres de coco.
- La pièce dorsale, qui offre vers son milieu une sorte de crinière de même matière que le reste de l’armure, envoie trois prolongements, deux latéraux et un supérieur.
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- Un costume de guerre aux îles Carolincs (Océanie). D’après le vêtement envoyé au Muséum de Paris par M. Ballieu,
- consul de France aux îles Hawaï.
- Les prolongements latéraux viennent., sur les cotés, | recouvrir la pièce pectorale La partie supérieure de
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- ces appendices est excavée de manière à compléter en bas l’ouverture destinée à livrer passage au bras. Vers le milieu de leur bord antérieur, les prolongements en question présentent une anse eu corde, dans laquelle passent les extrémités de la tresse dont le milieu est fixé sur la pièce antérieure. Ces extrémités, ramenées en avant et nouées ensemble, fixent solidement, sur la portion pectorale, les parties latérales.
- La partie vraiment caractéristique de cette cuirasse est le prolongement qu’envoie en haut la partie dorsale. Il forme derrière la tête une sorte d’éventail, large supérieurement de 42 centimètres et de 35 en bas ; il s’élève de 35 centimètres au-dessus des épaules; complètement entourée de la bordure dont nous avons parlé, cette partie présente en outre, sur sa face antérieure, trois rangées verticales de taches noires.
- Deux petites cordes qui partent de dessus les épaules pour se rendre à l’éventail empêchent celui-ci de se renverser en arrière.
- Telle est, en quelques mots, la description de cette singulière armure. La partie tout à fait caractéristique, cette sorte d'écran étalé derrière la tête, nous la retrouvons dans quelques autres îles de l’Océanie. Dans l’archipel Malais, par exemple, à l’île Ombaï, à 700 lieues environ des Carolines, on a signalé des cuirasses en peau de buffle qui ne sont pas sans analogie avec celle que je viens de décrire. Le prolongement supérieur existe ; mais il présente des dimensions fort réduites et arrive à peine à protéger la tête.
- La cuirasse de l’archipel Malais manque des prolongements latéraux, de sorte que les pièces antérieure et postérieure arrivent à peine en contact. Elle présente des ornements en os, en ivoire ou en petites porcelaines, comparables aux ornements en cheveux dont nous avons parlé. Enfin, à Ombaï, l’armure présente dans le dos une sorte de crinière flottante qui rappelle celle que nous avons signalée aux Carolines.
- Dans différentes îles situées à l’ouest de ce dernier archipel, on retrouve des armures qui présentent, avec celle que nous venons de décrire, des analogies soit de forme, soit de fabrication.
- Lesson, frappé de l’habileté que montrent les Carolins pour la confection des étoffes, pense qu’il faut « faire remonter la source d’un art, ainsi perfectionné, à une race plus anciennement civilisée, et depuis longtemps établie en corps de nation. »
- Cette race viendrait, selon toute apparence, de l’extrémité orientale de l’Asie, et aurait peuplé en même temps les Mariannes et les Carolines.
- Des faits déjà assez nombreux que j’ai pu recueillir sembleraient indiquer que, outre cette population et l’élément noir venu du Sud (terre des Papous, Nouvelle-Hollande, etc.), les Carolines auraient reçu des immigrants de l’archipel Malais.
- C’est un point sur lequel je pourrai revenir un jour. Contentons-nous aujourd’hui de constater que dans l’île Ombaï, on rencontre, comme nous venons
- de le voir, des armures qui ne sont pas sans analogies avec la cuirasse que M. Ballieu a envoyée au Muséum. Dr Verneaü.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences.
- Session de Clermont-Ferrand.
- Du 18 au 26 août 1876.
- Au moment où ces lignes passeront sous les yeux de nos lecteurs, la session de Clermont-Ferrand sera déclarée ouverte par le président de l’Association française, M. Dumas, qui prononcera un discours à la séance d’ouverture. Le nombre et l'importance des communications qui doivent être faites pendant la session, l’affluence considérable des savants français et étrangers qui y prendront part, sont à l’avance le témoignage du succès de ce congrès scientifique. Voici quelques-unes des excursions qui seront entreprises :
- 1° Volvic. — En voiture de Clermont, par Durtol et Sayat; Puy de laNugère, exploration du cratère; descente à Volvic par les carrières souterraines; visite d’une exposition de tous les objets se rapportant à l’industrie des laves de Volvic; visite du château de Tournoel; visite à Riom : réception officielle, visite du Musée, de la Sainte-Chapelle, etc.
- 2° Issoire. — Grottes de Jonas, habitations souterraines, vallée de Saucier ; visite des grottes du Cheix ; habitations creusées dans le roc à Perrier ; église d’Is-soire.
- 3° Thiers. — Visite des usines de papeteries et de coutelleries; église Saint-Genès; vieilles maisons en bois; promenade dans la pittoresque vallée de la Durolle, rochers de la Margeride, pont de Seychalles, etc.
- 4° Vichy. —Établissement thermal, sources, fabrique de bicarbonate de soude; visite géologique à l’ardoisière, etc.
- Les excursions finales seront faites aux localités suivantes et dureront trois jours : Le Puy, Cantal, Mont-Dore.
- Enfin le mardi 22 aura lieu l’inauguration de l’observatoire météorologique du Puy-de-Dôme, au sujet duquel nous sommes heureux de pouvoir donner quelques renseignements inédits.
- L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE
- DU PUY-DE-DÔME.
- Bien que le Puy-de-Dôme ne puisse pas être compté parmi les montagnes les plus élevées du globe terrestre, ce pic est célèbre dans l’histoire des sciences : il a été le lieu où se sont faites les expériences que Pascal avait recommandé à son beau-frère Périer de tenter, pour mettre en évidence le rôle de l’atmosphère dans l’appareil de Toricelli, universellement connu aujourd’hui sous le nom de baromètre. On sait que les résultats furent conformes aux prévisions de Pascal et nous n’avons pas à insister sur ces mémorables expériences.
- Le Puy-de-Dôme, à plus de deux siècles d’inter-
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- valle, se trouve être l’objet de l’attention des physiciens, des météorologistes, du monde savant, en un mot : un observatoire météorologique doit être inauguré pendant la 5e session de l’Association française pour l’avancement des sciences qui avait choisi Clermont-Ferrand pour lieu de réunion en 1876, dans le but d’assister à l’inauguration de cet établissement. L’observatoire du Puy-de-Dôme est destiné, sans aucun doute, à rendre des services réels ; les observations journalières qui y seront effectuées ainsi que les recherches spéciales que les physiciens seront conduits à faire, par l’ensemble favorable des conditions où se trouvent placés les bâtiments dont nous allons parler sommairement, fourniront certainement le sujet d’importantes études.
- La montagne du Puy-de-Dôme, qui dépasse de 500 mètres environ tous les sommets volcaniques qui l’entourent, occupe à peu près le centre de la chaîne des Dômes ; elle a son sommet à 1468 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette position isolée, le voisinage de Clermont-Ferrand qui n’en est qu'à 9000 mètres et qui, par sa Faculté des sciences en particulier, est un centre scientifique et intellectuel, les souvenirs qui se rattachent à cette montagne sont autant de raisons qui expliquent le projet maintenant réalisé d’établir au sommet du Puy-de-Dôme un observatoire météorologique relié par un fil télégraphique à une station analogue située dans la plaine.
- Sans vouloir parler aujourd’hui de la fête de l’inauguration dont il sera rendu compte ultérieurement, nous pouvons donner quelques détails intéressants sur l’observatoire météorologique. Nous devons à l’obligeance de M. Alluard, professeur à la Faculté des sciences de Clermont et directeur de l’observatoire qui est son œuvre, on peut le dire, tant il a déployé d’activité et de zèle pour en obtenir la construction, de pouvoir donner un plan exact du pavillon météorologique.
- L’observatoire météorologique se compose en réalité de deux parties : la station de la montagne et la station de la plaine qui sont reliées par un fil télégraphique.
- La station de la plaine, que l’on n’a pu installer, faute d’une place convenable, à la Faculté des sciences comme on l’avait d’abord projeté, est située dans une tour carrée peu distante des locaux de la Faculté. Un aide physicien qui y demeure occupe les étages inférieurs ; les étages supérieurs et la terrasse qui couronne la tour sont réservés aux appareils enregistreurs divers et appareils télégraphiques communiquant avec la station de la montagne que l’on voit directement lorsque les brouillards ne s’y opposent pas.
- La station de la montagne, la plus intéressante, se compose de deux parties distinctes : une tour circulaire (voy. la figure) située au sommet du Puy-de-Dôme, reliée par une galerie souterraine permettant la communication en tout temps, avec la maison d’habitation du gardien située à 15 mètres au-des-
- sous et abritée des vents régnant par la montagne même. Sans nous occuper de cette maison qui renferme des salles pour le directeur de l’Observatoire et pour les savants qui seraient disposés à se livrer à des recherches spéciales, nous dirons quelques mots de la tour.
- Elle comprend un étage souterrain D entouré d’un corridor EE destiné à l’assainir : c’est cette partie qui communique par une galerie d’accès G à la maison d’habitation. Un escalier H la réunit à la partie aérienne comprenant un rez-de-chaussée et une plate-forme gazonnée. Le rez-de-chaussée a un • diamètre intérieur de 6 mètres; il est éclairé par 4 fenêtres orientées suivant les quatre points cardinaux. Les murs ont lm,50 d’épaisseur, ce qui donne à la tour un diamètre extérieur de 9 mètres; un édicule C' abrité des rayons du soleil, mais en libre communication avec l’atmosphère, contient les appareils destinés aux mesures de thermométrie et d’hygrométrie.
- Le pavillon météorologique dont nous venons de parler se termine par une terrasse gazonnée A d’où les visiteurs jouiront d’une vue magnifique.
- 11 est facile de concevoir que des séries continues d’observations météorologiques faites simultanément en deux points peu distants, mais situés à des altitudes notablement différentes et reliés télégraphiquement, donneront lieu à d’intéressantes recherches. D’autre part, l’observatoire de Puy-de-Dôme par sa position exceptionnelle permettra d’entreprendre des études spéciales qui n’ont jamais été faites. On peut facilement concevoir, par exemple, que la composition des faisceaux solaires étudiée comparativement au sommet du Puy-de-Dôme et dans la plaine, au triple point de vue des actions lumineuses calorifiques et chimiques, donnera lieu à de curieuses observations. Un nouveau champ, encore inexploré ou à peu près, se trouve livré aux investigations des savants; il est à souhaiter d’ailleurs que d’autres établissements du même genre viennent à s’établir en divers points du globe convenablement choisis, et que de la comparaison des résultats obtenus, on puisse déduire quelques lois générales. Nous ne pouvons, en France, citer avec l’observatoire du Puy-de-Dôme que l’observatoire établi au Pic du Midi (dans les Pyrénées) par le général de Nansouty1 et dont nous ne pensons pas que l’installation soit aussi complète : il y aurait un avantage réel à ce que le nombre de ces établissements s’accrût rapidement.
- Nous n’avons fait qu’effleurer la question de cet observatoire nouvellement créé ; il nous a paru utile de le décrire au moins sommairement au moment où l’attention générale était attirée sur cette question par l’inauguration officielle à laquelle assisteront de nombreux savants de la France et de l’étranger. Il y aura lieu certainement de revenir avec quelques détails sur l’installation des appareils qui garnissent l’observatoire et sur les résultats
- 1 Yoy. la Nature, 3a année, 1875. Premier semestre, p. 321.
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- qu’ils ont déjà fournis. Nous ne voulons pas cependant quitter cette question sans dire quelques mots des conditions dans lesquelles cet établissement a pu être fondé. Les premières démarches faites par M. Alluard, professeur de physique à la Faculté des sciences de Clermont, remontent à l’année 1869. Des difficultés nombreuses surgirent et il ne fallut pas moins que le zèle actif et intelligent du promoteur
- de cette œuvre pour les vaincre les unes après les autres : l’Etat, le département du Puy-de-Dôme, la ville de Clermont, contribuèrent chacun pour sa part aux dépenses occasionnées par la construction de l’observatoire et l’achat des instruments ; le conseil général du Puy-de-Dôme a pris un intérêt spécial à cette création et l’observatoire a été déclaré établissement départemental. Les travaux, qui n’ont
- ÉLÉVATION du côte Sud.
- Observatoire météorologique du Puy-de-Dôme. Pavillon de la météorologie atmosphérique. Plan, coupe et élévation.
- pas été sans présenter de réelles difficultés par suite des conditions spéciales dans lesquelles on se trouvait, ont été exécutés sous la direction de M. Gautié, ingénieur des ponts et chaussées. Aujourd’hui l’œuvre est à peu près complète : le système des observations a commencé régulièrement.
- Le conseil général du département a désiré que l’inauguration officielle de l’observatoire se fît avec solennité : c’est spécialement en vue de cette cérémonie, que l’Association française pour l’avancement des sciences, sollicitée de tenir une session à Cler-
- mont, a décidé de se réunir cette année dans cette ville ; c’est en vue de cette cérémonie que de nombreuses invitations ont été adressées en France et à l’étranger et que se réuniront au sommet du Puy-de-Dôme, le 22 août, quelques centaines de personnes désireuses de témoigner à la fois l'intérêt qu’elles portent à la science et la satisfaction qu’il y a lieu de ressentir en présence de cette importante création qui dénote un heureux mouvement d’une saine décentralisation scientifique. G.-M. Gariel.
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- PILE HUMIDE DE I. TROUVÉ
- La nouvelle pile de M. Trouvé est une pile Daniell qui présente le grand avantage de fonctionner sans liquide ou du moins sans liquide libre pouvant se renverser ou fuir des vases qui le contiennent.
- Voici comment est composé chaque élément : Un disque rond dezincZ (lig. 1) et un disque de cuivre C sont placés parallèlement l’un à l’autre et séparés par une pile de disques de papier d’un diamètre un peu moindre. Cette masse de papier peut absorber beaucoup d’eau et rester humide pendant un tcmpstrès-long, surtout dans les conditions pratiques que nous indiquerons plus loin. La moitié inférieure des disques de papier est imbibée d’une solution saturée de sulfate de cuivre, l’autre moitié est imbibée d’une solution de sulfate de zinc.
- On voit donc qu’on a là tous les éléments d’une pile Daniell ordinaire, dans laquelle les deux liquides restent séparés beaucoup m ieux qu’ils ne le sont par les vases poreux. Avec cette disposition l’usure du sulfate de cuivre ne se produit guère que par suite du passage du courant ; en d’autres termes, dans cette combinaison il n’y a presque pas de travail intérieur perdu de la pile; or, on sait que cette perte de travail est le plus grand défaut de la pile Daniell.
- Le disque de cuivre est maintenu au centre par une tige isolée, des rondelles de papier et de zinc ; elie dépasse la table d’ardoise qui surmonte l’élément et qui sert de couvercle au vase de verre ou d’ébonite dans lequel on place l’élément à l’abri des courants d’air et de la poussière. Le bord de ce vase a été rodé et l’ardoise bien dressée, de telle sorte que l’élément se trouve dans une capacité hermétiquement fermée et par conséquent préservé de l’évaporation.
- Ainsi constitué, l’élément peut fonctionner pendant plus d’une année, sans qu’on ait à s'en occuper en aucune façon.
- Il va sans dire qu’après un certain temps plus ou moins long et variable avec l’activité du travail qu’on fait faire à la pile, elle finit par s’épuiser ; le sulfate
- de cuivre se trouve réduit et la pile, après s’ètre affaiblie, cesse de fournir un courant sensible.
- Il faut avant ce terme recharger l’élément, ce qui est une opération facile, pour laquelle il ne faut qu’un peu de soin.
- Cette opération consiste à tremper dans une solution chauffée et saturée de sulfate de cuivre la partie inférieure de l’élément; on prépare cette solution dans une cuvette de cuivre faite exprès, elle s’élève jusqu’à un niveau marqué, le couvercle de l’élément porte sur le bord de la cuvette, de telle sorte que le papier s’imbibe jusqu’à la hauteur voulue, sans qu’on ait à la chercher.
- Quant au sulfate de zinc, il se forme constamment par l’action de la pile ; il n’y a donc jamais à en remettre.
- Le zinc lui-même s’use, et au bout d’un certain temps devra être remplacé ; on renouvellera au même moment le papier ; le cuivre au contraire, débarrassé du cuivre pulvérulent déposé par l’action du courant servira indéfiniment, comme les autres parties de la pile.
- Tel est l’élément humide, du nom que lui adonné l’inventeur; et pour le dire en passant, cette dénomination a l’avantage d’être rigoureusement exacte, tandis que le nom de pile sèche, qui a cours dans l’enseignement classique, est inexact, appliqué aux piles de Zam-boni qui n’agissent réellement que grâce à l’humidité qu’elles absorbent. L’élément humide de Trouvé a la même force électromotrice que l’élément Daniell dont il 11e diffère que par la forme. Sa résistance varie avec le diamètre des rondelles de cuivre et de zinc et avec l’épaisseur de la pile de papier intermédiaire. Pour un diamètre donné des rondelles métalliques, 01111e pourrait pas diminuer par trop la quantité de papier sans faire perdre à la pile les qualités de durée qui font l’un de ses principaux mérites ; par contre, à mesure qu’on augmente l’épaisseur du papier, 011 augmente la durée possible du service actif et en même temps la résistance.
- La première application que M. Trouvé ait faite de la pile a été à la thérapeutique. Il réunit un grand nombre d’éléments de petite dimension dans une
- Fig. 2. — Disposition pour la télégraphie militaire de M. Trouvé.
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- LA NATURE.
- même boîte (les plus petites ont des rondelles métalliques du diamètre d’un sou français), et constitue un appareil excellent pour l’application du courant continu ; excellent parce qu’il a une tension assez grande et point de quantité, de telle sorte qu’il ne produit pas de décomposition des tissus aux points d’application des électrodes.
- L’application à la télégraphie militaire était indiquée; nous avons précédemment lait connaître aux lecteurs de la Nature1 le télégraphe portatif dont fait partie une pile du système que nous venons de décrire. Cette pile (fig. 2) est composée de trois boîtes superposées dont chacune contient trois éléments; ces boîtes sont faites en caoutchouc durci ; le couvercle auquel sont attachés les trois éléments est en ardoise. Avec ces neuf éléments on peut faire fonctionner le parleur à plusieurs kilomètres de distance. La pile, on le comprend, peut être portée sans précaution, inclinée sur le côté, ou même mise à l’envers dans les voitures de transport sans aucun inconvénient.
- On appliquera également cette pile humide à tous les appareils d’avertissement ou autres qui fonctionneront dans des trains de chemins de fer et en général partout où la pile devra être transportée.
- Enfin nous croyons que pour la télégraphie en général la pile en question rendra de grands services ; on l’emploiera de préférence sur les circuits d’une certaine résistance auxquels elle est plus particulièrement adaptée par suite de sa résistance intérieure assez considérable. En effet, elle présente les avantages connus de la pile Daniell, dépolarisation complète de l’électrode et par suite grande constance. On peut même dire que sous cette forme la pile Daniell prend une constance inaccoutumée; nous nous expliquons : avec la forme ordinaire on remarque que la forme électro-motrice est absolument invariable, tandis que la résistance intérieure varie d’une manière continuelle, surtout quand le courant est interrompu et rétabli ; chaque fois qu’on mesure à nouveau la résistance intérieure d’une pile Daniell, on trouve une valeur différente et cependant ces valeurs variables conduisent à une valeur unique de la forme électro-motrice; cela s’explique sans doute par les variations continuelles de la composition du liquide. L’expérience suivante que nous avons faite souvent peut être utilement rappelée ici : On laisse le soir une pile fermée sur un galvanomètre approprié, on note la déviation de l’aiguille; le lendemain matin on retrouve la même déviation, d’où on est fondé à conclure que pendant douze heures de circuit fermé la force étectro-motrice et la résistance intérieure de la pile n’ont pas varié ; si alors on ouvre le circuit, ne fùt-ce qu’une seconde et qu’on le referme on trouve une nouvelle déviation et si on prend les mesures on reconnaît que la résistance intérieure a changé et a seule changé.
- Quelle que soit la cause de ces variations subites de résistance intérieure, on doit admettre qu’elles
- s’opposent à une constance absolue du courant que peut fournir la pile.
- Dans la forme nouvelle que lui a donnée M. Trouvé, la pile ne présente pas, du moins au même degré, de variations de résistance, et surtout ces variations ne sont pas aussi subites.
- Mais le principal avantage de la nouvelle disposition imaginée par M. Trouvé est, nous le répétons, la suppression presque complète du travail intérieur de la pile quand le circuit est ouvert. On peut dire d’une pile Daniell qui ne fournit pas de courant, qu’elle est un cheval à l’écurie, c’est-à-dire qu’elle consomme sans produire; c’est là, comme nous le rappellions dans ce qui précède, l’inconvénient unique, mais fort grave, de la pile Daniell ordinaire. Cet inconvénient n’existe pour ainsi dire pas dans la pile humide de M. Trouvé, parce que les liquides y sont superposés dans l’ordre de leurs densités et qu’ils ne peuvent s’y mêler que très-difficilement.
- A. Niaudet.
- CHRONIQUE
- Recherches chimiques sur les productions des pays tropicaux. — I.n Banane. La Patate.
- — Les productions du règne végétal dans les pays tropicaux n’ont pas encore été soumises, par les chimistes, à des recherches un peu importantes et cependant il serait très-utile de connaître leur composition chimique, non-seulement dans l’intérêt de la science, mais encore pour l'avantage du commerce et de l’industrie. C’est pour répondre à ce besoin que M. Corenwinder a fait antérieurement un grand nombre d’analyses de graines oléagineuses exotiques, entre autres celles de l’Arachide, de la Châtaigne du Brésil, de la Noix de Bancoul, etc. Aujourd’hui, il publie les résultats de ses recherches sur des fruits qui ont une importance alimentaire considérable dans les pays chauds ; ces fruits sont la Banane et la Patate. D’après ce chimiste, la banane est remarquable parla grande quantité de sucre qu’elle peut contenir. On sait que lorsqu’elle est encore verte, on y trouve abondamment de l’amidon, mais à la maturité, ce dernier se transforme en sucre. M. Corenwinder a constaté que la banane qui a mûri après avoir été cueillie à l’état vert renferme beaucoup de sucre identique au sucre de canne en même temps qu’une quantité variable de sucre interverti provenant de l’altération du premier.
- 11 a examiné à ce sujet des bananes qui venaient d’arriver du Brésil et il a trouvé : Sucre de canne, 15.90 p. c.; sucre interverti, 5.90 p. c. Total, 21.80 p. c.
- Le fruit s’altère rapidement, car 18 jours après, il ne contenait plus que : sucre de canne, 2.84 p. c.; sucre interverti, 11.84 p. c. Total, 14.68.
- Les bananes les plus fraîches séparées de leur enveloppe avaient la composition suivante :
- Eau 72,450
- Sucre cristallisable . . . . . 15,900
- Sucre interverti. ...... 5,900
- Substances azotées 2,157
- Cellulose, pectine, etc 2,588
- Matières minérales. ..... 1,025
- 1 Voy. table des matières de la 4* année (1er semestre).
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- La composition de ce fruit peut varier beaucoup sui- F vant les pays où il est récolté, les conditions de sa culture et d’autres circonstances. M. Corenwinder pense qu’il serait opportun d’examiner, dans les pays de production, si la banane, à cause de son abondance et de la facilité de sa culture, ne peut pas devenir l’objet d’une application industrielle, soit pour en extraire du sucre cristallisable, soit pour en fabriquer de l’alcool. Quant à la patate, elle renferme, en même temps, de l’amidon, du sucre de canne et de la glucose.
- M. Corenwinder a examiné des patates récoltées aux
- Açores ; en voici la composition :
- Eau................................ 86,450
- Sucre cristallisable................ 3,056
- Glucose . .......................... 0,982
- Amidon, cellulose, etc . . . . 8,567
- Substances azotées.................. 0,394
- Matières minérales.................. 0,551
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- Cette patate était de la variété violette. Elle contenait, ainsi qu’on le remarque, une très-faible proportion de substances azotées : Aussi cette racine est-elle peu nutritive. Cependant il n’en est pas toujours ainsi. La composition de la patate varie, comme celle de la banane, suivant l’espèce, l’origine et les conditions de culture. Ainsi M. Corenwinder a eu l’occasion d’examiner des patates de la variété brune récoltées à Malaga et il a trouvé qu’elles
- . . , ^ étaient composées comme suit :
- Eau......................... 69,100
- Sucre cristallisable ..... 2,783
- Glucose..................... 0,748
- Amidon...................... 14,728
- Cellulose, pectose, etc ... . 10,116
- Substances azotées.......... 1,203
- Matières minérales.......... 1,522
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- Ces patates, ainsi qu’on le remarque, renferment une quantité de matières sèches beaucoup plus considérable que celles des Açores; elles sont notablement plus riches que celles-ci en amidon, en substances azotées et en matières minérales.
- Les derniers Maoris. — Avant que la race indigène qui peuple la Nouvelle-Zélande disparaisse devant les envahisseurs anglais, notons quelques détails biographiques sur un des chefs Maoris qui vient de mourir. Emera Patuoneva terminé, à l’âge de *105 ans, sa carrière, qui laissa des traces dans les annales de la colonie. 11 avait 8 ans lorsque le capitaine Cook aborda à la Nouvelle-Zélande. Emera Patuone, avec un grand nombre de ses compatriotes, se rendit à bord du navire anglais, où il reçut des cadeaux. Un de nos correspondants, qui conversa avec lui en 1840, rapporte que le chef Maoris lui dépeignit le costume du capitaine Cook et des hommes de son équipage. Fils d’un anthropophage et anthropophage lui-même dans sa jeunesse, Emera Patuone fut converti à l’anglicanisme par le révérend Samuel Marsden et, depuis cette époque, il renonça au cannibalisme et rendit de grands services aux colons anglais, en temps de guerre comme en temps de paix. (New-Zeeland Herald.)
- Câbles en Aloès. — Un certain nombre de membres du Congrès de l’Industrie minérale ont visité, pendant leur séjour à Douai * la manufacture de câbles méca-
- niques de Lens (Pas-de-Calais), où la fabrication des câbles plats et des courroies en aloès à l’usage des mines, des élévateurs, etc., a pris depuis quelques années une extension considérable. L’aloès ou chanvre de Manille est le textile définitivement préféré pour ces engins et, après une expérience de dix ans, il a remplacé complètement les chanvres d’Europe. Il offre sur ces derniers une résistance ou accroissement de durée qu’on peut évaluer à 20 p. c. en plus, son poids spécifique est moindre et il ne s’altère pas à l’humidité ; ces avantages réunis font que les câbles ou courroies en aloès procurent une économie de 50 p. c. environ sur les câbles en chanvre d’Europe, et ce, non compris la différence du prix d’achat qui est moindre. Les câbles en aloès coûtent actuellement 20 francs par 100 kilogr. meilleur marché que ceux en chanvre d’Europe. L’avantage total comme accroissement de durée et prix peut donc se chiffrer à environ 50 p. c. Enfin on les préfère fréquemment aux câbles en fils de fer, qui ont l’inconvénient grave de se rompre sans prévenir, d’exiger un entretien coûteux, tout en ne durant pas plus, à poids égal, que les câbles en aloès. La manufacture de Lens est actionnée par une machine américaine Corliss de cent chevaux, à enveloppe de vapeur, consommant de 12 à 1 300 grammes de houille par cheval et par heure. Le filage, le goudronnage de la fabrication des câbles s’opère mécaniquement et par des appareils très-ingénieux. Les câbles se font entièrement seuls, et par suite, la tension des fils, la torsion et le câblage des torons sont parfaitement uniformes; aucune déperdition de force ne peut, comme cela a notablement lieu par les procédés ordinaires, se produire. Le cousage qui ne saurait résister qu’à la condition de voir les 4, 6 ou 8 aus-sières, qu’il a pour but de réunir, mécaniquement fabriquées et s’allongeant bien également toutes, s’effectue au moyen d’énormes machines à coudre fort curieuses. Les câbles de mines opérant aujourd’hui par leur intermédiaire la circulation quotidienne de plusieurs centaines d’ouvriers par puits, en outre d’une extraction considérable de houilles, on comprend la nécessité absolue d’avoir des câbles parfaitement fabriqués, composés de matières de toute première qualité et sans mélanges, pour éviter des ruptures qui entraîneraient, à tous les points de vue, les conséquences les plus graves. (Revue industrielle.)
- — Un mécanicien de Berlin vient d’inventer un vélocipède à vapeur, que l’on dit répondre admirablement au but que l’on désire atteindre à l’aide de ce mécanisme. La machine est chauffée avec du pétrole et placée sur les deux roues de derrière; elle n’incommode en rien le conducteur du tricyde ou tétracyde. (Iron.)
- — Un journal allemand publie le travail de statistique suivant, sur les correspondances postales : Il s’expédie par an environ 3 500000000 de lettres sur la terre entière, soit à peu près 100 lettres par seconde, soit encore un poids annuel de 53 millions de kilogrammes. Kn étendant toutes ces lettres les unes à côté des autres, on couvrirait un espace de 44000 hectares.
- — Japon. — Trois Anglais, dont une dame, résidant à Yokohama, ont fait récemment l’ascension du Fuziyama, qui s’élève à 13,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Les touristes eurent à parcourir quatre milles sur un terrain entièrement couvert de glaces. Pour franchir le dernier mille, qui les séparait du sommet de la montagne, il fallut tailler des degrés dans la neige ou dans la glace. Dans cette occasion, les guides vendirent leurs services au poids de l'or. Revenus de leur excursion, les touristes eurent à souffrir'pendant quel-
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- qiics jours de ce qu’on appelle snow-blindness (l'aveuglement causé parla neige), [Japon Mail.)
- — Depuis 25 ans, le gouvernement britannique accordait tous les ans à la Société royale de Londres la somme de mille livres sterling (25,000 francs) pour contribuer à des recherches scientifiques opérées sur toute la surface du globe. En 1876, il a quintuplé cette somme. (Nature, du 29 juin 1876.)
- — La dernière observation du passage de Vénus sur le disque du soleil a fait croire à quelques astronomes que cette planète, si semblable à notre terre, possède comme nous une lune ou satellite:
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 août 1876. —Présidence de M. le vice-amiral l’Àius.
- Les Per seules. — On professeur a la Faculté des sciences de Clermont, qui a observé dans la nuit du 10 au 11 courant le passage des étoiles dites per seules et déterminé la trajectoire d’un grand nombre de ces météores, assigne à leur point radiant les coordonnées suivantes : ascension droite, 45 degrés; déclinaison, 56 degrés.
- Étude de la matière organique fossile. — On avait remarqué que le phylloxéra ne se développe point dans le voisinage des fours à chaux, ce qui a été attribué aux produits volatils qui se dégagent de cette sorte d’usine. M. Husson fils se livre à l’étude de ces produits pyro-gênés : c’est étudier la matière animale contenue dans les terrains anciens; en d’autres termes, la matière organique fossile.
- Vorigine des pétroles a fourni à M. Biasson, pharmacien à l’hôpital des cliniques, le sujet d’un travail intéressant. Malheureusement, ce travail est imprimé et à ce titre, d’après les règlements ou les usages de l’Académie, il ne saurait être admis aux Comptes rendus. M. Berthe-lot, continuant de faire fonction de secrétaire perpétuel, exprime les regrets que lui cause dans l’espèce, vu l’importance des recherches de M. Biasson, la disposition dont il s’agit et ajoute qu’il y sera fait infraction dans la mesure du possible. Le Compte rendu annoncera donc en deux ou trois lignes que l’auteur, en faisant agir sur le fer un mélange d’acide carbonique et de vapeur d’eau, obtient un carbure d’hydrogène analogue au carbure du pétrole,
- Le phylloxéra est, comme toujours, l’occasion de notes nombreuses. Un auteur dont le nom n’arrive pas jusqu’à nous, propose de traiter la terrible petite bête par le fucus vesiculosus, naguère recommandé aux personnes obèses parM. le Dr Duparc comme moyen de les ramener à des proportions normales. Une autre note a pour auteur M. Marès. M. Marès est un homme important, dit M. le secrétaire intérimaire, sa note sera insérée. — M. Marès est correspondant de l’Académie, fait observer un académicien. — Alors l’inserlion est de droit, répond M. le secrétaire. Mais nous ne savons rien du contenu du travail. Aussi le suivant aura-t-il pour nous plus d’intérêt.
- Une tache phylloxérée de 4 hectares environ s’étant déclarée l’année dernière, à Mancey (Saône-et-Loire), qui est à 30 kilomètres sud des grands vignobles de la Bourgogne, une commission se mit en devoir de l’effacer au moyen des sulfo-carbonates dont on répandit par hectare, dé 800 à 810 kilogrammes dans 310 mètres cubes d’eau. Jamais on n’avait tant forcé la dose. On crut d’abord à un succès complet, car on ignorait alors
- que les œufs du parasite sont réfractaires à l’action du sulfure de carbone, .Mais en deux mois le phylloxéra répare ses pertes (ce qui n’empêcha pas la tache phylloxérée de donner une récolte excellente et abondante), et cette année les insectes ailés sont des milliers de fois plus nombreux que l’année dernière. En outre ils se sont montrés dès le 25 juillet, tandis que jusqu’ici on mettait leur apparition entre les 25 et 50 août.
- De ces observations, M. Ronnnier, délégué de l’Académie et membre de la commission de Mancey, conclut qu’essaimant plus lot, à mesure qu’il s’avance vers le nord, le phylloxéra ne rencontrera pas d’obstacle à son développement dans la fraîcheur du climat ; que l’application des sulfo-carbonates en saison convenable sur des taches avancées préservera, pour un temps, en réduisant l’essaimage, les vignobles voisins : « En effet, dit M. Rom-mier, la tache de Mancey, limitée l’an dernier, ne s’est pas étendue; mais l’an prochain il n’est pas douteux qu’elle couvrira une immense surface sans compter les colonies, qui en sont partie, pour se répandre au loin. »
- Glycémie. — Dans le Mémoire, lu par lui lundi dernier, M. Claude Bernard est arrivé à cette conclusion que normalement le sang veineux des membres, du tronc, de la tête et du cou contient moins de sucre que le sang artériel correspondant : de sorte que la substance sucrée se détruit dans tous ces organes en proportions sans doute variables mais assez difficiles à déterminer. Il montre aujourd’hui qu’un seul organe, le foie, fait exception à cette règle; que le foie au lieu de diminuer la teneur en sucre du sang qui le traverse fournit, au contraire, à ce liquide le sucre répandu par lui d’une manière constante dans tout l’organisme.
- Pathogénie et thérapeutique des maladies par ferment morbifique, tel est le titre d’un mémoire de MM. Polli et de Pietra-Sanla. Les conclusions sont que plusieurs maladies dites catalytiques ont pour cause première une fermentation des principes du sang et que les sullites alcalins et terreux, parfaitement tolérés par l’organisme, jouissent de propriétés anti-fermentatives égales a celles de l’acide sulfureux. Les auteurs ajoutent qu’on rend plus durable encore l’action obtenue en substituant aux sulfites des hyposulfites de même base.
- L'arrosage des chaussées au moyen du chlorure de calcium a été, il y a une couple de mois tout au plus, l’objet d’une note de M. Houzeau : cette note fournit à M. Cousté l’occasion de rendre compte d’expériences qu’il a faites en 4854,1855, 1856 et 1866, tant à Dieppe qu’à Paris, sur le même sujet. Ces expériences l’ont amené à constater que 5 de chlorure de calcium réel sur 10Ü de terre argileuse en poudre suffisent pour empêcher la formation de la poussière. Le chlorure de magnésium, se desséchant rapidement, produit un effet tout opposé : il augmente la poussière au lieu de la réduire. Un des résultats les plus intéressants de l’auteur est celui qu’a donné le liquide-résidu de la fabrication du chlore. Traité par un lait de chaux, puis évaporé et calciné jusqu’à la fusion ignée, ce produit contient 66 p. 100 de chlorure de calcium réel. M. Cousté se le fit livrer à l’état de petits morceaux pralinés, afin de pouvoir le répandre à la pelle sur le sol. Il s’y liquéfiait bientôt sous l’action de l’air et procurait économiquement le résultat cherché.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. TisSandiec.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pari*.
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- K* 1 GO-
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- LA NATURE.
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- L'ATACCIA GRISTATA
- Un a exposé précédemment l’importance des serres de la Muette, à Passy, en décrivant ce bel établissement de la ville de Paris *.
- C’est, surtout par la quantité et la beauté des spécimens que les cultures de la Ville sont attractives. La serre aux Camellias, celle aux Azalées, présentent un coup d’œil féerique à l’époque de la floraison. Les horizons aux vives couleurs ne sont que transitoires à la Muette, et d’autres végé-
- L’Alaccia cristata (B. détail de la fleur). Dessiné d’après nature dans les serres de la ville de Paris.
- taux moins éclatants, mais qui gardent leur parure toute l’année, sont le principal mérite des serres de Passy.
- 1 Yoy. table des matières, 4' année, 1876, 1er semestre.
- 4* anaec. — 2* semestre.
- Quand les efforts d’une industrie font naître une mode et que celle-ci va jusqu’à l’engouement, il faut s’attendre bientôt à voir la réaction se produire. A la passion des fleurs de toutes sortes, a succédé le goût des plantes à feuillage, et il est sorti de là une
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- LA NATURE.
- mine féconde pour l’horticulture; mais, pur contre, les fleurs ont beaucoup souffert de cette infidélité. Que sont devenues, en effet, les cultures d’Œillets, d’Hortensia, de Bruyères, et tant d’autres, qui ont complètement disparu de nos marchés et de nos expositions? C’est donc par les plantes ornementales, par leur feuillage, que la plupart des serres brillent actuellement et que nos appartements sont égayés. Mais à côté des végétaux recherchés par la beauté de leurs fleurs ou par un port majestueux, les serres dont nous parlons donnent asile à de plus humbles plantes, et qui, pour être moins bien vêtues, n’en ont pas moins, beautés modestes, toujours le don de plaire. Au reste il y a des plantes qui provoquent l’admiration ou la surprise, quelquefois la crainte ou la répugnance : celle dont nous allons parler pourrait bien engendrer la mélancolie sinon la tristesse.
- Dans un coin d'une des serres chaudes on pouvait voir, il y a quelques semaines, une fleur étrange, par sa couleur notamment. L'Ataccia cristata est une plante indienne qui n’a rien d’élégant, mais qui excite la curiosité par sa bizarrerie. Au niveau du sol sortent une demi-douzaine de feuilles entières, de forme lancéolée, et rappelant un peu celles des Balisiers ; ces feuilles sont parcourues par des nervures saillantes à leur face inférieure et de couleur brune. Du centre de ce faisceau de feuilles s’élève une hampe (tige sans feuilles) d’un mètre environ, surmontée d’une inflorescence des plus curieuse. Quatre feuilles bractéales, dont deux sont, l’une en avant, l’autre en arrière, servent comme de support aux fleurs, tandis que les deux autres, en forme de spathelles, sont dressées comme deux aigrettes dominant l’inflorescence; ces bractées sont brunes et presque noires, mais la teinte est plus accentuée encore sur les fleurs. Celles-ci sont groupées eu faisceau ; chacune d’elles est formée de six divisions réfléchies au périanthe, et six étamines peu saillantes à anthères également brun-pourpre. Ce qui contribue beaucoup à l’originalité de ces fleurs, c’est qu’elles sont accompagnées d’un nombre assez considérable de fleurs stériles, uniquement formées d’un pédicelle qui s’allonge démesurément et semblables à de longues barbes noires qui descendent au delà de la moitié de la hauteur totale de la plante. Cette véritable fleur de deuil n’a aucun autre intérêt que celui qu’elle fait naître par sa singularité; mais une espèce très-voisine de celle-ci et qui, comme Y Ataccia, fleurit aisément dans nos serres, mérite une attention plus marquée sous le rapport de ses propriétés.
- Le genre Ataccia diffère par des caractères botaniques à peine sensibles du genre Tacca. Le T. pinnatifide est, comme son adjectif l’indique, à feuilles très-découpées, et toute la plante est plus élevée que la première. Ce nom de Tacca, que la science a consacré, lui est donné par les populations des îles Moluques, et les Océaniens l’appellent Fia. Ces peuplades, tout d’abord frugi-
- vores et qui, probablement à cause de l’absence originaire de bétail, se sont adonnées à l’anthropophagie, ces peuplades, dis-je, ont de tout temps cultivé avec soin les végétaux comestibles, soit par leur fruit ou leur racine, tels sont : le Taro et l’Igname, l’Arbre-à-pain, etc. Le Pia porte à sa base un tubercule ramassé, en forme de toupie, qui atteint la taille d’une très-grosse pomme de terre, du poids d’une livre environ. Ce tubercule doit être cuit pour devenir comestible : frais, il a une saveur désagréable; il contient en moyenne 30 à 35 p. 100 de fécule, ce qui est énorme. Cette fécule extraite est réputée comme aliment léger et sert à la nourriture des enfants ou des convalescents. Cette fécule porte souvent le nom d’Arrow, quoique la plante qui le produit le plus communément appartienne à une autre famille. C’est à l’état de bouillie ou de gâteau que la fécule de Pia est le plus employée.
- Une autre industrie est tirée de cette plante. Aux îles de la Société, où le tubercule est également estimé, la hampe fournit une paille d’une blancheur remarquable et qui sert d’ornement, d’objet de coquetterie aux. femmes indigènes, ou bien encore cette paille tressée est employée à faire des chapeaux ou des objets de fantaisie. Pour l’obtenir on fend en deux la hampe dans sa longueur, et la portion extérieure et solide seule est retenue ; le tissu central et mou est gratté et enlevé avec soin. Le Pia, de même que P Ataccia, croissent de préférence dans des endroits ombragés et frais ; ce sont des plantes faciles à multiplier par leurs bourgeons souterrains.
- J. Poisson .
- EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- FABRICATION DU LAQUE AU JAPON.
- L’Exposition japonaise de Philadelphie réserve aux chercheurs plus d’une agréable surprise.
- Dans une vitrine contenant des coffrets, des cabinets, des boîtes de vieux laque, on voit un cadre dans lequel sont symétriquement disposés des prismes de bois. Les uns semblent bruts, les autres paraissent simplement peints en noir, puis le noir prend un aspect poli, vernissé, se couvre peu à peu de poudre d’argent ou d'or, de dessins, de reliefs ; de sorte que Hœil suit successivement tous les procédés par lesquels un simple morceau de cèdre ou de sapin devient un objet d’art, moitié peinture, moitié orfèvrerie, un laque digne de figurer sur une étagère impériale.
- Grâce à l’obligeante courtoisie des commissaires japonais nous avons pu, non-seulement examiner à loisir ce cadre de spécimens, mais il nous a été donné aussi de consulter, sur la fabrication du laque, des documents authentiques qui n’ont été publiés dans aucune langue européenne.
- Nous sommes heureux d’olfrir aux lecteurs de La Nature les premiers renseignements vrais sur un
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- LA NATUUË.
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- art qui pourra cesser d'ètre exclusivement asiatique lorsque nous en connaîtrons tous les secrets.
- Nous avons eu pour guide dans la description des procédés, un traité écrit en Japonais en 1570, par Igarashi, et nous avons copié avec une exactitude rigoureuse les ligures enluminées de l’édition japonaise.
- Les ouvrages en bois laqué ornés de peintures
- s’appellent en japonais Makiyé, mot qui signifie peinture poudrée ou peinture laquée. Ce mot se trouve pour la première fois dans un livre d’histoires et de poésies d’une femme nommée Isé, vers l’an 850 après Jésus-Christ. Puis il figure dans un inventaire du mobilier de la couronne, dressé vers l’an 901 par le bibliothécaire de l’empereur. Ce document mentionne une makiyé, no tsukuyé ikkiyaku,
- î.
- c’est-à-dire une table peinte au poudré ou table laquée avec peintures.
- Un grand nombre d’ouvrages plus récents reproduisent le nom de Makiyé, mais sans donner aucune
- explication au sujet de ce travail qu’il importe de ne pas confondre avec le simple vernissage sur fond noir ou de couleur.
- Il est probable que même pendant la première
- partie du neuvième siècle le Makiyé était encore nouveau pour les Japonais, car on ne trouve pas son nom dans les Annales des Manufactures impériales de l’époque. Ce qu’il y a de certain, c’est que vers l’an 1190 il y avait déjà quelques artistes habiles :
- témoin une boite que l’on garde dans le temple de Tsurugaoka. Les collectionneurs japonais peuvent remonter à l’origine d’ouvrages exécutés vers l’an 1124, sous les règnes des empereurs Toba et Shitoku, bien que les artistes du temps ne signassent pas leurs œuvres.
- Le premier livre qui donne une nomenclature des
- Makiyés anciens parut en 1094 sous le titre de Mampo Zensho. Voici en résumé, ce que nous apprend le huitième volume.
- On reconnaît des Makiyés de cinq périodes distinctes : Au temps de Shomu, vers 724, les objets de ce genre vendus au Japon ressemblaient tellement à ceux d’origine chinoise qu’on peut les croire importés. Tels sont certains spécimens conservés dans le temple bouddhiste de Todaiji ; on leur donne le nom générique de Nurimakiyé*
- On appelle Jodaibutsu les pièces fabriquées avant
- U avènement de l’empereur Toba (environ 1186), et Jidaibulsu celles qui datent de son règne et de plusieurs règnes suivants.
- Les espèces contemporaines de Nobunaga et Taikd datent de 1570 environ. C’est sous le règne de Taiko, que vivait à Kisto le célèbre artiste dont le nom est inconnu, mais auquel on a donné le surnom de Jgarashi qui est devenu le nom de ses descendants. L’un d’eux nous a laissé un traité complet de l'art de Makiyé.
- Au temps de Higashiyama (environ 1687), l’art du
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- LA NATURE.
- Makiyé était au plus haut point de perfection, et les œuvres signées des artistes de l’époque sont payées des sommes énormes par les amateurs japonais.
- Fig, 6.
- Il existe un livre qui donne la généalogie des artistes les plus appréciés, le nom de leurs élèves par-
- e:r--r —:;n ; r -,r
- venus à la célébrité qui ont conservé, puis transmis, les bonnes traditions des grands maîtres en Makiyé : nous avons sous les yeux ce livre d’or, mais dans cette longue liste nous devons nous borner à relever le surnom de Jgarashi, dont nous allons traduire ou analyser le Traité de peinture laquée.
- La substance qui se prête le mieux au travail.du Makiyé est le kinski, sorte de pin nommé par les botanistes Retinispora obtusa. C’est sur ce bois
- Fig. 7.
- qu’ont été faits les plus beaux travaux anciens, si recherchés aujourd’hui.
- La pièce ayant reçu la forme voulue, plongez-là un instant dans de l’eau bouillante, puis essuyez-la et laissez-la sécher à l’ombre. Recouvrez alors de laque — le mot est employé ici dans le sens de vernis — sur laquelle vous tamisez une couche régulière de jisun, c’est-à-dire de poterie sans couverte réduite en poudre très-fine.
- Pulvérisez d’autre part une pierre schisteuse (tonoko) que vous mêlez au jisun pour former le
- Fig. 8.
- kiriko. Celui-ci est délayé avec du seshime-urushi, (vernis de laque), au moyen d’une spatule de bois, nommée urushi hera (fig. 1.) Lorsque la masse est parfaitement homogène, servez-vous de la spatule pour en couvrir le fond de votre ouvrage que vous renfermerez dans une armoire pendant un jour et demi, si la température est modérée, un peu plus longtemps en hiver, un peu moins en été. Prenez alors un morceau de schiste d’un pouce carré environ et frottez-en la surface jusqu’à la rendre bien unie.
- Préparez une nouvelle pâte de schiste en poudre et de seshime (laque), sans y mettre de jisun, élendez-en une couche, séchez et polissez comme il vient d’être dit, puis frottez dessus avec un tampon de coton du seshime que vous essuyerez soigneusement ! avec du papier très-fin adouci en le frottant entre les mains. Mettez alors dans l’armoire pour environ une demi-journée,
- Prenez du nuritate-urushi (sorte de vernis laque)
- et du shoyen, noir de fumée produit par la combus-
- tion de nœuds de pin riches en résine, mêlez inti-
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- LA NAÎTRE.
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- mement et filtrez au travers d’un papier. Trempez dans ce mélange un pinceau plat (fig. 2) proportionné à la dimension du fond que vous couvrez d’une couche régulière et laissez sécher dans l’armoire deux jours avant de polir au moyen de charbon d’Honoki.
- Ces opérations préliminaires constituent le shita-nuri ou sous-laquage.
- Le laquage intermédiaire (nakanuri) consiste
- simplement à répéter l'opération précédente au noir de fumée.
- Alors commence le nnanuri ou sur-laquage.
- Couvrez d’abord l’objet avec du koiro-urushi, vernis très-fin et très-brillant d’un noir verdâtre purifié par filtration. Lorsqu’il est sec, polissez avec le charbon d’Honoki, puis avec le schiste naguroto (ayant soin d’employer les variétés bleue et blanche), poncez si bien la surface qu’il soit impossible d’y
- Fig. 10.
- découvrir la moindre inégalité. Ce polissage se fait communément avec du charbon de koiro au lieu de schiste, mais l’on n'obtient pas ainsi un travail de première qualité.
- La pièce étant à ce point, délayez de la poudre de
- Fig. II.
- schiste (Jisnn) avec de l’huile et frottez au moyen d’un chiffon jusqu’à ce que la surface devienne brillante et reluisante.
- L’esquisse (Shitayé). — Prenez du papier très-mince et uni (Ganpishi), et esquissez-y en couleur
- les sujets que vous voulez représenter sur la pièce laquée (fig. 3), puis, la retournant, repassez les traits à l’envers, avec du vernis yaki-urushi (laque brûlée). Voici comment on le prépare. On roule en tube une bande de papier (fig. 4) de manière à laisser dépasser une extrémité (c’est le Koyori) ; on place une petite quantité de Seshime-urushi sur la partie non enroulée et l’on chauffe jusqu’à effervescence. Ajoutant alors un peu d’oxyde rouge de fer et du camphre, on mêle avec soin et l’on filtre. Le vernis ainsi préparé à chaud ne devient pas sec et cassant.
- Placez alors le papier (le côté peint en dessus) sur l’objet préparé; fixez-le de manière à ce qu’il ne puisse pas se déplacer facilement, frottez la surface avec une spatule de baleine (Kujirano-Hige dont l’extrémité est amincie et flexible (fig. 5), et les
- c
- £
- Fig 12.
- Fig. 13.
- Fig. 14.
- traits de votre sujet, se trouveront transportés sur le i fond de laque. Couvrez de poudre d’étain au moyen d’un peu de ouate et enlevez l’excès avec un blaireau (Kebo) très-fin (fig. 6).
- S h ita m acli i-ur ushi, laque employée pour faire les desosus poudrés ou peints. — Prenez du seshime-urushi un seizième, du nashiji-urushi quatre dixièmes, une petite quantité d’oxyde rouge de fer de couleur intense, plus un peu de camphre. Mélangez et filtrez au papier quatre fois (plus on filtre et plus la matière s’épure), versez dans une tasse et couvrez celle-ci avec un morceau de papier peu perméable
- coupé de telle sorte qu’il se trouve en contact avec la laque (fig. 7), ce qui l’empêche de durcir au contact de l’air.
- On se sert de la laque ou vernis ainsi préparée au bout d’un très-petit pinceau (Neji) (fig. 8) composé de poils de rat. 11 faut appuyer le petit doigt sur le bord de l’objet et tenir verticalement le pinceau (fig. 9) afin de n’employer que la pointe. Quand ce travail est terminé on le couvre de poudre à dessous au moyen d’un pinceau (fig. 10) et on l’enferme dans une armoire. Cette dernière poudre consiste en charbon d’Honoki additionné de trois dixièmes de sou-
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- fre (Kino). Le tout est porphyrisé sous une meule et passé au tamis de soie.
- Le lendemain, prenez du seshime-urushi combiné au camphre et filtré, froltez-en la pièce ébauchée, nettoyez avec du papier fin froissé et vous aurez du suri-urushi, c’est-à-dire du laque frotté, que vous mettrez à sécher comme d’ordinaire. Le lendemain polissez avec du tonoko (poudre de schiste) mélangé d’huile, puis avec du tonoko seul pour enlever toute trace d’huile.
- Sablage ou fini de rouille. —On appelle ainsi le travail par lequel on produit le relief du terrain des fleurs et des animaux. Pour cela on mélange du seshime et du tonoko, et l’on fait une pâte avec de Peau. Cette pfite s’applique an moyen d’une spatule.
- On en retire avec un pinceau là où l’on veut diminuer le relief. On laisse sécher un jour dans l’armoire, après quoi l’on polit les parties basses ou élevées avec des morceaux de anodo (schiste vert) taillés en forme de prisme, de cône ou de cylindre (fig. 14), puis on répète l’opération du laque frotté que nous venons de décrire.
- Le lendemain on mêle à du vernis préparé au noir de fumée (koiro urushi) du noir de fumée sec (.shoyen), et l’on recouvre le travail en se servant d'un pinceau de poils de rat.
- Après un jour et demi on procède au polissage par le charbon. Ayez auprès de vous une pierre de schiste sur laquelle vous frotterez le morceau de charbon de manière à entretenir sa surface parfaitement unie. Enveloppez le doigt médius d’un linge mouillé pour l’appuyer sur votre travail, et, tenant le charbon mouillé entre le pouce et le second doigt, poncez également toutes les parties. Pour terminer, employer la poussière fine du charbon qui reste sur le schiste, puis essuyez. Tamisez alors sur l’ouvrage
- de la poudre de schiste (Tonoko), polissez avec un peu d’huile, puis avec de la poudre sèche; nettoyez avec un chiffon humide et enfin avec un chiffon sec très-doux.
- Procédez alors à peindre les fonds avec du seshime additionné d’une petite quantité d’oxyde de fer et de camphre, laissez sécher, frottez doucement avec de la soie floche et remettez dans l’armoire.
- Fig. 18.
- Pour peindre les sujets, servez-vous de vernis seshime additionné d’un peu d’oxyde de fer et filtré. Servez-vous de pinceaux en poils de rat d’une taille proportionnée à la délicatesse des parties (fig. 12). Alors vo is saupoudrez de métal votre sujet. Par exemple, s’il s’agit d’une fleur de pivoine, employez le yakigane (sorte de poudre d’or) ; usez le koban-jorirushi (sorte d’or) ou le yasuriko (limaille d’or) pour les branches et la tige. Pour représenter des rochers, des pierres, servez-vous de parcelles de mêlai découpées avec un glacis do hanako (sorte de
- poudre d’or). Nous dirons plus loin comment on découpe le métal et répand la poudre d’or.
- Ayant ainsi ornementé votre travail, gardez-le un jour et demi dans l’armoire. Au bout de ce temps passez sur les tons les plus délicats (au moyen d’un pinceau de poils de rat) une légère couche de vernis yoshino-urashi additionné de camphre et filtré, puis laissez sécher de la même manière. Vous procéderez alors au polissage par le charbon Camélia japonica, ayant soin d’envelopper de papier doux le doigt médius qui s’appuie sur l’ouvrage. Celte opération est extrêmement délicate, car on risque d’enlever la mince couche de métal ou de ne pas produire un beau poli : une longue pratique peut seule donner l’habileté voulue. Pour terminer râpez avec un canif
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- une pierre de schiste tendre (uwahikido) impré-gnez-le d’huile, employez-le sur le bout du doigt pour lustrer la peinture et nettoyez avec du papier froissé.
- On met la dernière main à la peinture en répétant à peu près les opérations précédentes. On applique avec un tampon d’ouate des poudres métalliques appropriées aux couleurs des objets représentés, fleurs, oiseaux, etc.; on couvre de yoshino-urushi camphré que l’on essuie avec du coton, puis avec du papier ; on polit avec un schiste (shikido) couvert d’huile; puis on passe de nouveau le vernis camphré que l’on essuie. Enfin, on ajoute à ce vernis quelques gouttes d’eau, on l’étend avec de la ouate, on essuie encore et l’on met à sécher une dernière fois. Il ne reste plus qu’à lustrer en frottant avec du tsunoko ou poudre de corne.
- Indiquons maintenant la manière de préparer et d’employer les métaux pour le makiyé.
- Pour préparer le kirikane métal découpé, étendez la feuille sur un cylindre de bambou (fig. 15), re-couvrez-le d’un papier, puis, au moyen d’un rasoir, coupez des bandes fines et bien égales, ayant soin de laisser intacte une marge de chaque côté. Enlevez alors la feuille de métal et celle de papier, et repla_ cez-les sur le bambou de manière que les bandelettes occupent une position perpendiculaire à celles qu’elles avaient d’abord. En promenant le rasoir dans la direction première autour du bambou, vous détacherez des carrés qui tomberont dans une soucoupe peinte en noir (fig. 14). Pour appliquer ces parcelles découpées, vous les enlevez au bout d’un petit bâton de saule (fig. 15) humecté de salive. On emploie ainsi le cuivre, l’argent et l’or.
- Migakidashi ou dépolissage. — Frottez la partie peinte à dépolir avec de la poudre de charbon d'Ho-noki, afin d’enlever le brillant déjà obtenu et essuyez avec soin avec le blaireau. Puis, avec le pinceau naji à pointe très-fine, reprenez le travail en retouche.
- Pour cela on prend un godet en corne de buffle (fig. 16), muni d’une anse de corde qui sert à le retenir sur le pouce. Ce godet contient une laque de seshime et d’oxyde de fer filtrée cinq fois au papier, et conservée dans une tasse comme nous avons dit plus haut.
- Mettant alors dans une plume d’oie terminée d’un côté par un tamis à mailles très-serrées (fig. 17), vous la faites tomber en nuages sur le dessin, puis vous enlevez au blaireau la poudre non adhérente et mettez à sécher.
- L’emploi des poudres et des feuilles doit toujours être en harmonie avec le sujet. Pour peindre une rivière, par exemple, vous tracerez hardiment les rives au pinceau de poils de rat, emploierez très-légèrement la pointe du néji pour représenter l’eau (fig. 18), vous tamiserez à la plume une espèce d’or, puis une autre de couleur différente, et, enfin, vous insérerez en divers endroits quelques paillons ou fragments d’or en feuilles.
- Pour produire un fond noir on se sert de vernis au noir de fumée (koiro-urushi), et l’on recouvre les parties dorées d’une mince couche de yoshino-urushi, sorte de vernis transparent. On laisse sécher cinq ou six jours, selon la température, et l’on commence par polir lentement les parties noires avec de la poussière de charbon d'IIonoki, puis on polit l'or avec du charbon de Camélia, prenant bien soin de ne pas altérer le dessin. On passe alors sur l’ouvrage de la poudre de corne étendue sur de la ouate, puis un chiffon humide et un chiffon sec. La pièce étant ainsi préparée, on met du vernis au noir de fumée sur un linge de coton et l’on en frotte la peinture, après quoi on essuie avec du papiei froissé et l’on met dans l’armoire pour la nuit. Le lendemain on remplace le vernis au noir de fumée par de la poudre de schiste imbibée d’huile; or frotte et nettoie au papier, et celte opération se répète encore deux fois avant de remettre la pièce dans l’armoire pour la nuit. Le lendemain, on frotte toute la surface avec le doigt jusqu’à ce que le fond et le décor acquièrent un lustre et un poli suffisants, et l’on y donne la dernière main avec de la poudre de corne.
- Pour obtenir un fond gris (nashiji), une fois que vous avez terminé le sous-laquage et le laquage intermédiaire décrits plus haut, travaillez avec la pré. paration indiquée pour la peinture sur dépoli et poudrez avec une plume garnie d’un tamis aux mailles modérément fines. Pour cela, tenez la plume comme le montre la figure 19, entre le pouce et l’index, et frappez dessus de petits coups avec le doigt du milieu, pour faire tomber la poudre métallique. Prenez alors des paillons blancs nommés shirogvishi et passez-la doucement sur les parties déjà sablées d’or.
- Filtrez du vernis nashiji-urushi additionné de camphre et couvrez-en les parties peintes, employant le pinceau à écrire pour les finesses et des pinceaux plus gros pour les portions moins délicates, ayant soin de ne laisser qu’une couche très-mince. Quand le tout a séché un jour et demi, polissez la peinture avec de la poudre de charbon de Camélia étendue sur un chiffon de coton humide ; passez une couche parfaitement uniforme de nashiji-urushi, et mettez-la dans l’armoire.
- Pour reconnaître si le laque est bien sec, soufflez doucement dessus, et, s’il se ternit (preuve qu’il est entièrement sec), meltez-le un jour et demi dans une armoire humide, après quoi vous le laisserez sécher de nouveau. Coupez alors des petits prismes de charbon de Camélia, et polissez leurs extrémités en les frottant sur une pierre de schiste blanc (shirato); enveloppez d’un papier très-doux l’extrémité du médius de la main droite, et tenant les charbons entre le pouce et l’index, poncez comme s’il s’agissait de makiyé en relief. Aussitôt que vous arrivez au niveau de la poudre d’or, continuez avec la poudre de charbon restée sur la pierre, puis nettoyez à fond. Passez ensuite sur l’ouvrage un chiffon de co-
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- ton enduit de nashiji-urushi, essuyez au papier et mettez à sécher dans l'armoire. Le lendemain, poissez de nouveau avec de la poudre de corne (isu-noko) imbibée d’huile; essuyez, passez encore du vernis que vous enlevez avec du papier et remettez à sécher. 11 faut répéter ces opérations jusqu’à ce que l’on se trouve monté à un ton suffisant.
- Après avoir lu îe traité de peinture laquée d’iya-rashi, on comprend la valeur extraordinaire des œuvres signées par les bons artistes en laque. Les pièces d’orfèvrerie les plus délicates, les émaux les plus fins exigent moins de talent d’exécution, de patience et de délicatesse. Il faut un mois pour terminer la moindre bonbonnière !
- Mais aussi quel art dans la composition, quel parti l’on a su tirer des fonds et des reliefs, quelle finesse de détails, quelle harmonie de tons, de formes, de lumière ! Ce sont des bijoux, des trésors, ces laques des quinzième, seizième et dix-septième siècles.
- Nous pouvons, au premier abord, trouver superflus les détails minutieux auxquels le laqueur doit s’astreindre pour faire ces chefs-d’œuvre, mais la perfection est à ce prix. Voulez-vous un exemple de la solidité des vieux laques japonais ? Il y a quelques années un navire qui portait un coffre rempli de vieux laques d’un grand prix fut jeté à la côte par une tempête et sombra sur des récifs. Au bout de deux ans on a employé le scaphandre pour sauver le coffre qui valait, à lui seul, plus que le navire et le reste de sa cargaison. Après ce séjour prolongé dans l’eau de mer, les laques anciens signés de noms connus ont été trouvés intacts : une fois essuyés on reconnut que leur poli n’avait rien perdu de son éclat.
- Lorsque les jésuites envoyèrent à Louis XV les premiers objets en laque, toute la cour s’enthousiasma pour ces produits de l’extrême Orient. Le savant Huyghcns et le peintre Martin cherchèrent vainement à les imiter, et, comme il était difficile de se procurer des objets adaptés aux goûts et usages du temps en Europe, on envoya en Chine et au Japon des meubles et des coffrets précieux pour les faire décorer en laque.
- Telle est l’origine de laques authentiques que l’on pourrait s’étonner de voir sur des travaux d’ébénis-terie de notre pays.
- Quant aux laques communs qui encombrent les magasins de curiosités, ils sont fabriqués par des procédés infiniment plus simples que ceux que nous venons de décrire. Us ne ressemblent pas plus au beau laque, qu’une image d’Êpinal ne se compare à une enluminure byzantine. Dr Saffray.
- Philadelphie, juillet 1876.
- LES DIATOMÉES
- Les Diatomées forment la dernière division du groupe des Algues et occupent dans le règne végé-
- tal la place que tiennent dans le règne animal les Infusoires avec lesquels on les a longtemps confondues. Malgré leur extrême petitesse , ces curieuses plantes présentent d’admirables détails de structure et d’organisation. Aussi, leur histoire est-elle une des plus attrayantes auxquelles nous initie le microscope, et leur étude a-t-elle inspiré des amateurs enthousiastes, car aucune n’est plus féconde en surprises toujours nouvelles et, pour ainsi dire, inépuisables.
- Les Diatomées sont, des Algues microscopiques formées d’une seule cellule qu’on appelle frustule et qui est renfermée dans une enveloppe siliceuse, rigide et incombustible. Le frustule est composé de deux valves entre lesquelles règne une bande, appelée bande connective, qui divise le corpuscule en deux parties opposées, disposition dont dérive le nom donné à ces plantes (tsmm, couper, <hâ, à travers), à l’intérieur est renfermé un endochrome, de nuance verte ou, beaucoup plus souvent, d’un brun jaunâtre, contenant quelques gouttelettes d’apparence huileuse.
- Ces Algues microscopiques vivent dans les eaux douces, dans la mer et dans les eaux saumâtres. Bien que la plupart des espèces appartiennent exclusivement à ces diverses sortes d’eau, quelques-unes qu’on trouve dans les eaux douces se rencontrent aussi dans les eaux salées. Il en est de même de quelques espèces marines. Ces dernières sont ordinairement plus grandes que les espèces d’eau douce. Elles habitent dans les parties tranquilles des eaux courantes et surtout les étangs, les mares, les cressonnières, les parcs d’huîtres ; quelquefois libres, elles sont le plus souvent fixées sur les pierres ou les plantes submergées.
- Elles sont, en effet, enduites d’une couche excessivement mince, d’apparence gélatineuse, qui leur permet d’adhérer assez fortement les unes aux autres ou bien aux corps submergés et aux plantes aquatiques sur lesquelles elles paraissent vivre comme en parasites. C’est ainsi que la plupart des Conferves et des Algues marines semblent, lorsqu’on les retire de l’eau et qu’on les examine à la loupe, couvertes de petits corps revêtant la forme de filaments ou de cristaux. C’est ce qu’on peut remarquer sur les amas de Conferves que l’on retire des étangs ou même sur l’épiderme du cresson que l’on vend en bottes, sur les marchés.
- Un des caractères les plus curieux que présentent ces singulières Algues est de revêtir toujours une forme régulière et même géométrique, non-seulement dans leur aspect général, mais encore dans le détail des stries, lignes, points, sculptures, qui décorent leurs frustules. Les unes sont exactement circulaires, les autres elliptiques, d’autres encore disposées en triangle, eu carré, en trapèze, en parallélogrammes divers. Lorsqu’elles se réunissent, elles se superposent le plus souvent en piles, et l’ensemble apparaît alors comme un filament plus ou moins long, maintenu à l’extérieur par l’enduit gélatineux
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- LA NATURE.
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- dont nous avons parlé, et dont la section est circulaire, elliptique ou de toute autre forme, suivant
- la forme même des éléments superposés. Quelquefois, aussi, elles se réunissent par leurs angles
- alternes et produisent aussi des linéaments en zig- véritable cristallisation; d’autres, triangulaires, se zags capricieux qui figurent au premier abord une réunissent sur une sorte de pédoncule comme les
- lames d’un éventail, ou même forment plusieurs tours de spire, ce qui tient d’ailleurs à leur mode
- 1 La partie droite de la figure montre le système de stries ransversales tel qu’on l’obtient avec un objectif assez faible et
- de reproduction par division binaire, ainsi que nous l’expliquerons par la suite (fig. 1).
- un éclairage directement parallèle au grand axe du frustule. La partie gauche montre les deux systèmes de stries obliques
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- LA NATURE.
- La matière siliceuse qui incruste la carapace des Diatomées, matière qui souvent contient du 1er (silicate de fer), paraît se déposer à la surface de la membrane cellulaire sous forme de corpuscules excessivement fins constituant une sorte de croûte. Si l’on dissout cette incrustation par l’acide fluor-hydrique, on trouve, au-dessous, la membrane cellulaire, de nature végétale, portant les mêmes stries, dessins et sculptures que la couche siliceuse (Bai-ley). La question de savoir si ces stries, ponctuations, etc., sont des protubérances ou des dépressions, est encore en discussion parmi les micro-graphes. Il est probable que selon les espèces, les sculptures forment des saillies ou des creux; nous en parlerons plus en detail en examinant ces diverses espèces. La carapace siliceuse des Diatomées permet à ces petites plantes de résister aux agents de destruction les plus énergiques, aux acides les plus puissants et au temps, plus puissant encore. C’est ainsi que, pour étudier leurs sculptures, on les débarrasse de la matière organique par l’ébullition dans l’acide nitrique qui laisse intacte la surface siliceuse, avec tous les fins détails dont, elle est ornée.
- Cette inaltérabilité permet encore à la carapace des Diatomées de résister à l’action digestive de l’estomac des animaux. On trouve une grande quantité de ces petites Algues dans l’intestin de tous les insectes aquatiques, et l’estomac si puissant des oiseaux est incapable de les dissoudre. Aussi, dans les amas de guano, excréments fossiles d’oiseaux qui se sont nourris de plantes marines ou de poissons chargés de Diatomées, trouve-t-on des quantités considérables de ces carapaces, parfaitement conservées et qui n’ont, pour ainsi dire, besoin que d’un lavage pour toute préparation. La plupart de ces espèces se retrouvent encore vivantes sur les Algues des parages voisins.
- Mais ce n’est pas seulement dans les guanos qu’on trouve des Diatomées fossiles. Certaines couches géologiques ne sont formées que d’amas de leurs enveloppes; et, entre autres, les tripoUs dont on se sert pour le polissage des métaux sont pres-qu’enlièrement composés de semblables débris. L’immense couche de tripoli exploitée à Bilin, en Bohême, sur une profondeur de 40 mètres, n’est formée que d’un dépôt de carapaces appartenant à des Diatomées du genre Navicula. Le dépôt de Pla-nitz, en Saxe, est constitué de la même manière par des Navicnles d’eau douce. En France, on en a trouvé aussi qui sont composés d’espèces marines dans les terrains tertiaires. La détermination des espèces de Diatomées fossiles permet donc de préciser la nature des alluvions, et cette détermination est facile, car la plupart de ces espèces se trouvent encore vivantes de nos jours.
- C’est ainsi que l’on retrouve « des preuves évi-
- tcls qu’on peut les obtenir avec le meme objectif et un éclairage directement parallèle au petit axe du frustulc. Un éclairage diagonal montrerait à la fois les trois systèmes et déterminerait une réticulation hexagonale.
- déniés, dit M. Jules Girard, du séjour des eaux dans des dépôts recouverts aujourd’hui d’épaisses couches de terre. Berlin repose sur une tourbe argileuse de 7 à 20 mètres' de" hauteur, composée de débris de Diatomées. Le lit inférieur de l’Elbe, jusqu’au-dessus de Hambourg, est encombré de vases auxquelles sont mélangées des dépouilles organiques microscopiques. A Wismar (Mecklembourg-Schwé-rin), il se dépose par an 640 mètres cubes de corps siliceux analogues aux Diatomées. En 1859, on a retiré du bassin du port de Swinmunde, à l’embouchure de l’Oder, 90 000 mètres cubes de vase dont le tiers se composait d7organismes microscopiques ; ces êtres vivent sous tous les climats; les limons des fleuves en charrient des milliards; les vases de la mer Noire et du Bosphore contiennent jusqu’à 46 espèces déterminées par le micrographe Ehrenberg. On en a trouvé dans les eaux qui avoisinent les glaces du pôle antarctique ; les rivières et les marais salants de tous les pays en sont remplis. Dans la Géorgie, dans la Floride, des vases dialo-mifères forment des bancs d’une étendue considérable. Des organismes microscopiques ont aussi été découverts dans le sens vertical, résultat probable du séjour des eaux à des époques préhistoriques. On signale les Diatomées par couches prodigieuses : la ville de Richmond (Virginie), est bâtie sur un lif de leurs débris, qui a 6 mètres d’épaisseur Smith). Dans l’ile de Mull (Ecosse), le lac Boa, dont le fond desséché appartient à la période jurassique, a fourni au professeur Grégory 150 espèces nouvelles. »
- Quant aux couches qui sont exploitées pour fournir aux arts les tripolis, elles sont nombreuses aussi, mais il faut le dire, leurs produits sont souvent falsifiés avec du sable plus ou moins fui, mais qui no présente pas les arêtes vives et fines des carapaces de Diatomées, arêtes dont l’action est indispensable pour obtenir le polissage des métaux. Cette falsification sera donc facile à reconnaître par le microscope. C’est ce qui avait engagé jadis M. de Brébis-son, l’un de nos plus savants botanistes et habile diatomophile, à essayer de produire, pour le polissage des plaques daguCrriennes, un tripoli artificiel résultant de l’incinération d’une Diatomée filamenteuse, YHimantidium pectinale, abondante, sous forme de masses d’un brun verdâtre flottant dans les sources de nos bois, à l’automne ou au printemps. L’expérience réussit complètement.
- Ainsi, les Diatomées ont existé de tout temps et existent encore en quantité prodigieuse à la surface du globe, mais, de plus, les mêmes espèces subsistent. Enfin, leur répartition, sous le point de vue de la géographie botanique, paraît à peu près indéterminée, car ces mêmes espèces se trouvent en Europe, en Asie, en Amérique, à peu près dans tous les climats et sous toutes les latitudes.
- Pour expliquer la profusion avec laquelle elles ont été répandues à tous les âges de notre planète, il faut que leur reproduction se fasse avec une extrême rapidité. C’est en effet ce qui a lieu.
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- Les Diatomées, avons-nous dit, se reproduisent par division de l’individu en deux autres; mais elles se reproduisent encore par conjugaison.
- Les procédés de division observés dans les Diatomées diffèrent dans quelques-uns de leurs détails, suivant la forme des valves qui composent le frustule. D’une manière générale on peut le décrire de la manière suivante :
- Sur le milieu de la bande plus ou moins large qui réunit les deux valves l’une à l’autre, on voit apparaître une ligne longitudinale qui est le premier indice de la division de la cellule. En même temps, la bande connective s’élargit quelquefois de manière à doubler la largeur du frustule (Biddul-phià). Bientôt on voit se former, sous celte bande, deux nouvelles valves opposées dos à dos, de sorte que la cellule primitive se trouve divisée en deux nouvelles cellules dont chacune est formée d’une valve ancienne et d’une valve nouvelle. Ces deux cellules sont souvent entièrement formées sous la bande connective qui les enveloppe, laquelle, plus tard, lorsque les deux jeunes cellules se séparent, est éliminée. Aussi trouve-t-on une grande quantité de ces débris dans les sédiments des mares et des ruisseaux. Dans d’autres espèces, la bande disparaît complètement dès que s’annonce la subdivision de la cellule. Ce mode de multiplication est extrêmement rapide; Thwaites a évalué à vingt-quatre heures le temps nécessaire à cette opération, de sorte que si l’on admettait que chaque frustule ainsi formé soit immédiatement eu état de se diviser à son tour, la Diatomée primitive aurait produit, au bout d’un mois, un milliard cent vingt-deux millions de jeunes plantes.
- Mais dans certaines espèces, au moins, la jeune Diatomée ne paraît avoir pris qu’au bout de quelques jours tout son développement. Ce développement, d’ailleurs, n’arrive pas ordinairement à reproduire une plante de même taille que la plante primitive. Toute Diatomée provenant de multiplication par division est, comme on le voit, formée de deux valves d’âge différent, dont l’une, la nouvelle, reste presque toujours un peu plus petite que l’ancienne qui la recouvre par les bords comme un couvercle de boîte ; d’où il résulte que les individus ainsi formés sont de plus en plus petits. Cette différence de taille, insensible sur deux cellules contiguës, est très-manifeste si l’on compare les cellules qui forment les extrémités d’un même filament, lorsqu’elles res-tent groupées en séries après leur formation. C’est ainsi que les petites plantes se multiplient à l’infini et, comme on l’a déjà remarqué à propos des Desmidiées, chaque individu se multiplie par ce procédé avec tous les détails particuliers qui le distinguent, de sorte que, d’un lieu à un autre, on voit apparaître de nombreuses variétés dont on a souvent fait des espèces distinctes et qui ne diffèrent parfois que par des caractères insignifiants ou par la taille.
- Il semble que ce soit précisément pour remédier
- à cette diminution progressive de la taille que les Diatomées ont recours à la reproduction par génération sexuée, c’est-à-dire par conjugaison, car le phénomène le plus remarquable de cette conjugaison est précisément la mise en liberté d’une spore de volume considérable et que pour cette raison on appelle auxospore.
- Deux cellules voisines entr’ouvrent leurs valves et expulsent à l’extérieur tout leur endrochrome, à l’état de cellule primordiale. Les deux endrochromes se confondent en une masse unique qui s’entoure d’une couche mucilagiueuse, prend un grand accroissement et constitue Y auxospore. Cette grande cellule ne germe pas, dans le sens propre du mot, mais peu à peu se transforme en un frustule semblable aux parents, mais plus grand. Celui-ci renouvelle le type de l’espèce, il diffère d’ailleurs par quelques petits détails extérieurs des cellules mères qui lui ont donné naissance. De sorte qu’en se multipliant par division, ce frustule donne des produits dont les deux valves ne sont pas absolument identiques.
- Dans les Epithemia., la conjugaison paraît se doubler d’une division. Lorsque le frustule ouvre ses valves, il expulse deux masses d’endochrome correspondant à chacune de ses moitiés, et ces deux masses se confondent avec les deux masses semblables émanées de la cellule conjuguée. Il y a donc formation de deux auxospores qui se comportent, d'ailleurs, comme dans le cas précédent.
- Mais il arrive aussi que, dans les Diatomées filamenteuses, deux cellules voisines sur le même filament se conjuguent eutre elles, phénomène qui a passé inaperçu et a fait croire que l’auxospore peut se former par la mise en liberté du protoplasma d’une cellule unique. Nous pensons, au contraire, que toutes les fois qu’une auxospore se forme sur la longueur d’un filament, elle provient toujours du concours de deux cellules voisines. Ainsi les Melo-sira sont constitués par des filaments composés d’articles cylindriques ou ovoïdes bout à bout, mais, de distance en distance, on remarque des articles dont le diamètre est souvent trois fois plus grand que celui des autres. Ces articles sont des auxospores, que l’on trouve quelquefois en voie de subdivision, et qui sont formées par la conjugaison de deux cellules contiguës, ou même des deux parties d’une même cellule qui s’étaient séparées pour se diviser en deux cellules et dont l’endochrome déjà divisé s’est réuni de nouveau en une seule masse ou auxo-pore. Cette dernière peut alors s’isoler, mais le plus souvent elle reste, grâce au mucilage qui l’entoure, dans la continuité du filament où elle commence bientôt à se diviser, pendant que les petites cellules ordinaires se divisent aussi, ce qui produit dans le filament des différences de diamètre dont on a longtemps ignoré l’origine.
- Quant aux auxospores, dont l’accroissement se fait toujours avant qu’elles se soient revêtues de leur couche siliceuse, il est possible qu’elles puissent
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- éprouver un autre mode de développement que la division binaire. Il est possible qu’elles germent en fractionnant leur protoplasma et en mettant en liberté un plus grand nombre de spores résultant de ce fractionnement; lesquelles spores, après avoir pris un accroissement proportionné à l’espèce, se revêtent du dépôt siliceux et se transforment en frustules ordinaires. Cela est possible, probable même, d’après diverses observations de Locke, mais rien de certain n’a été signalé sur ce sujet.
- L’un des points les plus curieux de l’histoire des Diatomées est le mouvement dont sont douées un grand nombre d’espèces, et particulièrement des Navicules. Outre la propriété qu’ont les Diatomées de se diriger vers la lumière, propriété qu’elles partagent avec toutes les plante-, qui dirigent naturellement leurs rameaux et leurs fleurs vers le point le plus éclairé, propriétés que ces Algues minuscules mettent en évidence d’une manière bien nette, grâce à ce qu’elles vivent ou peuvent vivre libres et sans attaches dans l’eau, elles sont douées d’une motilité qui semble spontanée et volontaire. Si l’on dépose sur le porte-objet une goutte d’eau tenant en suspension plusieurs Navicules vivantes, on les voit aussitôt se mettre en mouvement et se diriger toutes, comme autant de petites nacelles (d'où le nom qu’on leur a donné), dans un sens différent, ce qui prouve que le mouvement n’est pas dû à un courant établi dans le liquide. Ce mouvement n’est pas non plus cette vibration, pour ainsi dire, sur place, qu’on appelle mouvement moléculaire ou brownien. Il y a, chez les Navicules et beaucoup d’autres Diatomées, notamment dans toute la tribu des Ambulatoriées, un mouvement complet de déplacement, semblable à celui des Oscillaires, qui peut se prolonger assez longtemps et qui se fait toujours dans le sens de la longueur du frustule. Souvent, d’ailleurs, le petit corps après s’être avancé dans un certain sens, s’arrête plus ou moins longtemps et repart bientôt en sens contraire. La plupart du temps il va, pour ainsi dire, aveuglément, se jetant sur ses voisins ou sur les obstacles qui se trouvent devant lui, et c’est alors que, d’or; dinaire, il rebrousse chemin ; mais quelquefois, cependant, il paraît se détourner, comme par un secret instinct, des corps qui peuvent l’arrêter. Cet effet est dû, sans doute, à une petite différence dans la densité de l’eau qui se trouve un peu condensée dans un certaine zone autour des corps immergés par un effet d’attraction moléculaire ou capillaire.
- Les Diatomées qui vivent associées en groupes sous forme de filaments, d’arborisations ou d’éventails, peuvent aussi exécuter ces mouvements, si pour une cause quelconque leurs frustules deviennent libres. Des espèces filamenteuses peuvent même se mouvoir partiellement et sans se séparer, c’est-à-dire que certains frustules se déplacent dans l’intérieur du tube gélatineux, qui les réunit, et sans le rompre. Il en est même dont les mouvements
- sont fort bizarres; tel est, par exemple, le Baciüaria paradoxa qui est composé de plusieurs frustules en bâtonnets, associés parallèlement les uns aux autres, de manière à former une sorte de tablette quadrangulaire. Bientôt le premier de ces bâtonnets glisse sous le second, parallèlement à sa direction, de manière à ne plus toucher la tablette que par une de ses extrémités. Puis le second bâtonnet imitant le mouvement du premier glisse à son tour et va se ranger sous le premier, puis le troisième sous le second, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les frustules se soient déplacés. La tablette s’est ainsi avancée latéralement de toute sa largeur. Alors le premier bâtonnet recommence son mouvement en sens contraire et reprend la position qu’il occupait d’abord; le second le suit bientôt, puis le troisième, etc. Et le phénomène se reproduit ainsi à peu près indéfiniment.
- Ces mouvements des Diatomées ont fait classer autrefois ces êtres singuliers dans le règne animal, parmi les Infusoires. Tel fut l’avis d’Ehrenberg, du I)r Mandl, de Twaites, mais Pritchard, Carpenter, Griffith et Henley, Rabenhorst, Dujardin et la plupart des micrographes de nos jours les rangent, et, selon nous, avec raison, parmi les végétaux, mais pour ainsi dire à la dernière limite et là où la matière organisée semble hésiter entre les deux règnes, participant d’une manière affaiblie à quelques propriétés de l’un et de l’autre.
- Ehrenberg avait placé les Diatomées dans le règne animal parce qu’il avait cru reconnaître sur leurs carapaces de petites ouvertures semblables à celles de la coque des For aminifères, par lesquelles il supposait que le petit être émettait des cils vibra-tiles, et Twaites annonça avoir observé ces filaments. Mais aujourd’hui ces ouvertures ont été reconnues comme étant des protubérances imperforées et les cils des appendices rigides et immobiles, absolument impropres à la locomotion. Quelques espèces, toutefois, paraissent présenter en certains points des espèces de pores où la silicification manque et par lesquels la cellule végétale peut se mettre en rapport avec l’eau ambiante.
- Quoi qu’il eu soit de la motilité de ces Algues microscopiques, elle n’est pas égale aux diverses époques de leur développement ; elle est surtout énergique alors que l’endrochrome prend son plus grand accroissement, diminue, pour cesser bientôt quand l’endochrome commence à se désagréger. Enfin, à une température voisine de celle de la glace, tout mouvement est arrêté, mais il recommence quand la température s’élève.
- Cette intéressante famille a été divisée en 16 tribus contenant un très-grand nombre d’espèces. Il est probable que le nombre de ces espèces sera notablement diminué quand on les connaîtra mieux L
- Dr J. Peli.etan.
- 1 Yoy. la Nature, 5e année, 1er semestre, p. 102; voy. aussi le Microscope, de M. Pelletnn, 1 vol. gr. in-8°. — G, Masson, 1876.
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- RHÉ-ÉLECTROMÉTRE DE M. MELSENS
- M. le professeur Melseiis, de Bruxelles, a fait récemment construire un modèle de rhé-électromètre, sur le principe de l’instrument du même nom proposé par Marianini.
- L’appareil se compose (fig. 1, 2, 3), d’une petite boussole, plus ou moins sensible, sous le cadran de laquelle est placée une hélice de fil métallique bien isolé et enroulé sur un petit cylindre creux d’ébonite; l’axe de cette hélice est perpendiculaire à la direction du méridien magnétique indiqué par l’aiguille. L’une des extrémités du fil de l’hélice communique par la borne L avec un fil télégraphique ; l’autre extrémité communique avec le fil de terre par la borne T. Un fil d’acier ordinaire bien recuit et ne présentant aucune polarité magnétique est placé à l’intérieur de l’hélice. Aussi longtemps que le fil de l’hélice n’est traversé par aucun courant, le fil d’acier reste sans action sur l’aiguille de la boussole , et celle-ci se maintient au 0° de la division du cadran; mais aussitôt que l’hélice reçoit un courant, elle transforme le fil eu un aimant qui dévie l’aiguille de la boussole vers l’est ou vers l’ouest, suivant le sens de ce courant. L’aiguille reste déviée par l'action des pôles du fil d’acier ; elle conserve ainsi la trace du phénomène électrique si fugitif qui a pu l’atteindre.
- En observant de temps en temps le rhé-électro-mètre, on connaît, par le sens et l’amplitude de la déviation de l’aiguille, si l’appareil a été traversé par un courant, le sens de ce courant et, jusqu’à un certain point, son intensité. Il suffit d’enlever le fil
- qui a été aimanté et de le remplacer par un nouveau fil recuit pour ramener l’aiguille de la boussole au 0° et pour remettre l’instrument en état de servir à de nouvelles observations. Le modèle de rhé-électromètre de M. Melsens est d’une construction très-simple et peut-être établi à fort bas prix, ce qui permet d’en multiplier les applications U « Aujourd’hui, dit M. Melsens dans une Note insérée au t. XXXVIII du Bulletin de l’Académie des sciences de Belgique, que les réseaux télégraphiques s’étendent sur toute l’Europe savante , communiquent avec beaucoup d’observatoires et rayonnent, on peut le dire, sur le monde entier, il me semblerait qu’un vaste système d’observations établi, au moyen du rhé-électromètre de Maria-nini, dans tous les postes télégraphiques, serait de nature à nous éclairer sur des points importants se rattachant à tous les phénomènes électriques qui se passent au-dessus de nos têtes, dans les nuages , dans nos édifices, et, sous nos pieds, dans le sol. »
- La direction des télégraphes de Belgique a compris l’intérêt scientifique et pratique des études proposées par M. Melsens ; elle a fait placer quelques-uns de ses appareils dans les bureaux télégraphiques, et a fait connaître à ses agents, par une instruction spéciale en date du 31 mai 1875, l’intérêt, pour la météorologie, de l’observation des rhé-électromètres intercalés sur les fils de ferre des stations, instruments qui ont « pour objet, aux termes de l’instruction, d’indiquer, particulièrement en temps d’orage, si une décharge atmosphérique a
- 1 M. Devos, mécanicien belge des télégraphes de l’État, peut livrer ces appareils pour 10 francs sur une commande d’une centaine.
- Pig, 1, — Rhé-éleclromètre. Plan.
- Fig. 2. — Coupe par l’axe de l’hélice.
- Fig. 3. — Coupe perpendiculaire à la longueur de l’hélice.
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- traversé les lils qui arrivent au bureau. » Les résultats des observations sont transmis sans retard à l’administration centrale, qui pourra suivre ainsi la marche des manifestations électriques dans l’air et dans le sol, et peut-être découvrir la loi qui régit ces phénomènes encore si peu connus.
- Quelques résultats isolés offrent déjà de l’intérêt.
- M. Melsens m’écrit, en effet, à la date du 5 décembre 1875 : « Je n’ai pas encore la connaissance officielle des observations faites dans différents bureaux; mais je puis vous assurer qu’à chaque orage l’appareil enregistre parfois une série nombreuse de courants instantanés, et que l’on constate l’état positif et négatil des fils de la ligne ou de la terre. J’ai vu, dans une observation faite à Bruges, entre 3 heures 45 minutes et 7 heures 55 minutes du soir, sans que l’on change le fer, l’aiguille passer dix ou douze fois de l’est à l’ouest, ce qui suppose des décharges assez violentes pour renverser les pôles du fil. »
- Les faits cités par M. Melsens et les explications données dans son Mémoire ne peuvent laisser de doute sur l’intérêt du système d’observations qu’il propose, soit pour les progrès de la météorologie, soit pour le perfectionnement du système télégraphique en temps d’oragel. Hervé Mangon.
- CHRONIQUE
- Spirophore. — Dans une des dernières séances de l’Académie de médecine, M. Voiliez a donné lecture d’un travail sur le spirophore, appareil de sauvetage pour le traitement de l’asphyxie, principalement pour celles des noyés et des nouveau-nés.
- Cet appareil, dit la Gazette de médecine, repose sur le même principe que le spiroscope dont .M.Woillez a entretenu l’Académie l’année dernière. « La facilité, disait-il à cette époque, avec laquelle l’air extérieur pénètre dans la profondeur des voies respiratoires lorsqu’au lieu d’insut-11er le poumon on le fait d’abord dilater, semble prouver que le meilleur moyen de rétablir la respiration chez les asphyxiés serait l’aspiration extérieure, pratiquée sur les parois thoraciques pour obtenir leur dilatation, et sur l’abdomen pour agir de même sur le diaphragme. »
- Le spirophore est la réalisation de cette idée. Il consiste en un cylindre de zinc ou de tôle assez volumineux pour recevoir le corps d’un adulte jusqu’au cou. Ce cylindre, presque horizontal, est hermétiquement clos inférieurement et ouvert supérieurement : c’est par là qu’est introduit le corps du patient ; cette ouverture supérieure est ensuite fermée autour du cou au moyen d’un diaphragme qui laisse la tête libre. On aspire, au moyen d’un puissant soufflet, l’air confiné autour du corps ; une vitre de cristal et une tige de verre qui traverse l’appa-pareil et vient s’appuyer sur le sternum, permettent de voir et de suivre les mouvements de va-et-vient de la poitrine. Dès qu’on fait le vide, on voit le thorax se dilater et les mouvements d’expiration et d’inspiration se produire comme dans la respiration normale.
- 1 Communication faite à la Société d’encouragement. — Séance du 10 décembre 1875,
- M, Woillez entre dans les détails des expériences qu’il a faites sur lui-même et sur les cadavres; il a pu constater que la quantité d’air qui pénètre dans les poumons à chaque inspiration provoquée était de près de 1 litre. On peut introduire ainsi 12 à 14 litres d’air par minute dans les voies respiratoires. La respiration artificielle obtenue au moyen de cet appareil se produit d’après le même mécanisme que la respiration physiologique, c’est-à-dire par le soulèvement des côtes du sternum et rabaissement simultané du diaphragme.
- L’emploi du spirophore ne présente aucun danger : l’expérience démontre qu’on n’a pas plus à craindre une action fâcheuse sur la circulation des capillaires que la rupture des vésicules pulmonaires.
- M. Woillez examine ensuite dans quelles conditions pa* Biologiques son appareil est indiqué : il insiste surtout sur l’asphyxie des noyés et des nouveau-nés; les moyens ordinaires, l’insufflation de bouche à bouche ou avec un tube laryngien, sont le plus souvent insuffisants ou exposent à la rupture des vésicules pulmonaires. L’air qu’on insuffle est vicié d’avance ou ne pénètre que difficilement dans les profondeurs des voies respiratoires du patient. Son appareil ne présente aucun de ces inconvénients ou de ces dangers, et M. Woillez arrive aux conclusions suivantes :
- 1° Le spirophore, en faisant dilater extérieurement la poitrine par l’élévation du sternum en avant, par le soulèvement des côtes et par l’abaissement simultané du diaphragme, parait être très-supérieur à tous les moyens employés jusqu’à ce jour pour faire pénétrer l’air dans les poumons dans les cas d’asphyxie.
- 2° Il peut reproduire à volonté l’inspiration et l’expiration aussi fréquemment que dans l’état normal.
- 5° Il fait pénétrer à chaque inspiration dans les profondeurs des voies aériennes une quantité d’air bien supérieure à celle de la respiration moyenne physiologique.
- 4° Son emploi est toujours sans danger, parce que la pénétration de l’air dans les poumons n’est jamais supérieure à celle de la pression atmosphérique.
- 5“ Il peut être employé avec avantage pour combattre tous les genres d’asphyxie, quelle que soit leur cause.
- De l'influence des saisons sur le corps. — Le
- Dr B, AV. Richardson a constaté dernièrement un fait curieux, qui consiste en ce que les saisons ont une puissante influence physique sur le corps. Il y a quelques années, dans un établissement de convicts, en Angleterre, on a astreint un certain nombre d’hommes aux mêmes conditions, dans tout ce qui peut les entourer, les vêtements, les appartements, la nourriture, etc. Le médecin en chef de la prison a entrepris des observations qui ont duré environ neuf ans, et pendant lesquelles il a pris les poids de quatre mille individus. 11 a trouvé que, pendant les mois d’hiver, le corps perd de son poids; cette perte varie dans un rapport qui va en augmentant, les changements des gains aux pertes, et des pertes aux gains sont subits, et ont lieu, les premiers au commencement de septembre, et les seconds au commencement d’avril. A’oici des chiffres qui indiquent le rapport de la perte au gain. Perte : janvier, 0,14 ; février, 0,24; mars, 0,95. Gain : avril, 0,03; mai, 0,01; juin, 0,52; juillet, 0,08 ; août, 0,70. Perte : septembre, 0,21 ; octobre, 0,10; novembre (c’est une exception) ; un peu de gain; décembre, 0,03. (Scientific American.)
- Les diatomées de la mer Rouge. — La mer
- Rouge, dit le capitaine Tobias, est couverte de longues
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- bandes de fucus, consistant en couches de diatomées de l’épaisseur d’une ligne. Ces diatomées ont, prises à part, une couleur jaune pâle et des dimensions microscopiques. A une certaine distance, ces bandes de fucus ont un aspect jaunâtre et terreux comme les bancs des mers du Nord. A Djebel-Zukur, le bâtiment a traversé, pendant •40 milles, un véritable lac de Sargasse qui se composait de ces filaments de diatomées, souvent verts, mais rouges presque toujours. Ces derniers exhalent une odeur de putréfaction très-avancée. Ce fait, qui a fait donner probablement à cette mer le nom de mer Rouge, parce que les bandes rouges y dominent, n’est rapporté nulle part. A l’ouest des lies Ilanich, le capitaine Tobias a vu, en traversant le Sargasse, deux petites nappes blanches et vertes. Il a reconnu, en les examinant de près, que l’eau est pleine, en ces endroits, de diatomées qui présentent les mêmes caractères que les autres. Elles sont, généralement, jaunes et rouges ; mais les deux couleurs sont plus pâles. A cet endroit, le capitaine Tobias a fait un sondage de 55 brasses de profondeur, par 15 degrés 42 minutes de latitude nord, et 42 degrés 54 minutes 5 de longitude est. Il en a retiré une nombreuse collection de petits coquillages. — (T. L. Les Mondes.)
- Action de l'éosine sue les raies du spectre.
- — À la réunion de janvier de la Société de photographie, l’honorable secrétaire a lu une note du capitaine J. Wa-terhouse, R. S. C., assistant inspecteur général de l’Inde, sur l’action de l’éosine dans la photographie du spectre. La tetrabrom fluorescine, ou l’éosine, comme elle est appelée dans le commerce, est une matière colorante, remarquable par l’intensité de sa fluorescence et sa belle couleur rose. Son spectre d’absorption est caractérisé par une bande très-forte entre E et F, qui s’élargit en s'effaçant de chaque côté, et se termine, d’une part, au point milieu, entre D et E, et d’autre part, au point milieu, entre F et G. A l’endroit indiqué du spectre, l’action photographique est augmentée d’une façon marquée lorsque le collodion est coloré par la teinture de l’éosine. Le capitaine Waterhouse concluait naturellement que les verts, comme les feuillages, présenteraient plus de détails s’ils étaient photographiés sur des plaques teintes par l’éosine; mais cela n’avait pas lieu : le seul effet était de rendre plus lente toute l'action de la lumière. Les observations de Vogel ont été ainsi confirmées sur ce qui regarde les effets du spectre; le défaut d’action, lorsqu’on photographie des surfaces colorées, ne s’accorde pas avec les résultats qu’il a obtenus, nous croyons, avec des papiers photographiques colorés. Grâce à la bienveillance de M. John Spiller, à qui fut adressée la lettre du capitaine Waterhouse, nous avons pu voir quelques-unes de ses photographies, et elles surpassent certainement tous les résultats de cette nature que nous ayons encore vus. {Nature, 27 janvier 1876.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 août 1876, — Présidence de M. le vice-amiral PÂhis.
- Nous sommes en pleine morte-saison scientifique. La séance s’ouvre en présence de quatre académiciens et la correspondance est dépouillée par M. Milue-Edwards, qui remplace le secrétaire intérimaire.
- La transmission de l'électricité à travers le sol fournit
- à M. Pumoucel le sujet d’une sixième note spécialemen consacrée à l’influence que la composition chimique du terrain exerce sur le passage du fluide.
- La fermentation de l'urine est, comme on devait g’y attendre, l’objet d’une réplique de M. le Dr Bastian à M. Pasteur. M. Milue-Edwards caractérise la réponse du savant anglais exactement comme M. Berthelot caractérisait il y a peu de jours celle de notre compatriote ; « Je crois, dit le secrétaire intérimaire, que M. Bastian n’apporte pas de faits nouveaux et qu'il se borne à défendre l’interprétation par lui donnée des faits déjà connus. »
- Les fruits du Magnolier contiennent de l’acide carbonique et non de l’air pur, comme on le croyait jusqu’ici, et la quantité d’acide carbonique qu’ils contiennent est très-supérieure à la proportion d’oxygène qui fait défaut dans l’air que renferment les mêmes vésicules : telle est la conclusion d’un mémoire de MM. Saint-Pierre et Magnan.
- M. Chapeles-Coulvier Gravié résume ses observations sur les étoiles filantes des 9, 10 et 11 courant. Le nombre de ces météores a été beaucoup moindre encore que l’année dernière : quant à leur point radiant, c’est dans Cassiopée qu’il se trouve.
- M. Planté appelle l’attention sur une nouvelle forme d’éclairs, les éclairs en chapelet, qu’il a observés pendant l’orage du 18 de ce mois.
- Le phylloxéra fournit son contingent hebdomadaire ; mais, d’après M. Miline-Edwafds, la plupart des notes envoyées ne sont pas assez intéressantes pour qu’il soit utile de les analyser. Tel n’est pas le cas des deux communications suivantes :
- Destruction du phylloxéra par la décortication des ceps de vigne. On sait par les travaux de MM. Balbiani et Boiteau que le phylloxéra des racines retrempe sa fécondité en évoluant du sol sur les feuilles et de celles-ci sur les écorces, où ses œufs éclosent dès les premières chaleurs du printemps. Partant de là, M. Sabaté a cherché à détruire les œufs en enlevant les écorces, ce qu'il a fait, au moyen d’un gant à mailles d’acier de son invention, sur 50 hectares d’un vignoble lui appartenant, qui en mesure 70. Or, sur la partie décortiquée, les anciens foyers ne se sont pas étendus et il n’en est pas survenu de nouveaux, et c’est exactement le contraire de ce qui s’est produit sur la partie non traitée; de plus, quelques vignes que l’on pouvait considérer comme perdues se sont rétablies. C’est pendant les mois de décembre, janvier, février, mars et avril que le décorticage a été opéré.
- La méthode anti-phylloxérique, préconisée par M. Ma-rès, consiste à traiter ses points d’attaque par le sulfe-carbonate de potassium et à les raffermir ensuite à la surlace de manière à amener le sol à un état de dureté pareil à celui des terrains incultes et comprimés. Le sul-focarbonate, employé à la dose de 1 décilitre par cep occupant 2m,25 de surface, est dissous dans l’eau ou imbibé dans 2 litres du marc de soude pulvérisé. Jusqu’à présent toutes les applications de ces agents faites en février, mars, avril, mai et juin, et suivies d’un bon raffermissement, ont pleinement réussi. Ce raffermissement s’opère de janvier à mai au moyen de roulages et de pilonnages combinés et répétés. La vigne ainsi traitée végète parfaitement. L’explication théorique des faits est du reste bien simple, et, comme le dit l’auteur : « Elle met en évidence la facilité avec laquelle on peut détruire certains insectes qui paraissent indestructibles, eu agissant
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- LA NATUltK.
- sur eux par le milieu dans lequel ils se développent, et en le leur rendant défavorable, tandis que les végétaux dont ils sont les parasites s’en accommodent encore.
- La formation thermique de deux aldéhydes propyli-ques isomères conduit M. Berthelot à cette conclusion générale dont l’importance n’échappera à aucun de nos lecteurs, que : les corps isomères de même fonction chimique sont formés, depuis leurs éléments, avec des dégagements de chaleur presque identiques, et le rapprochement subsiste dans la formation de leurs dérivés isomériques. On se rend compte de cette loi en observant que la différence entre les arrangements particulaires de tels corps est trop minime pour qu’il puisse y avoir un grand écart entre la somme des travaux moléculaires accomplis dans leur formation.
- Influence des vibrations sonores sur le radiomètre. —
- Dans une demi-obscurité trois radiomètres d’inégale sensibilité et en repos complet ont été placés sur la tablette intérieure d'un orgue de salon. Les notes basses, celles des trois premières octaves, déterminent les mouvements de rotation. Les notes les plus basses agissent le plus; cependant le fa et le fa dièze de l’octave inférieure, surtout avec le jeu du bourdon, déterminent la rotation la plus rapide ; l’ut, le ré et le mi, quoique plus graves, agissent beaucoup moins. L’auteur de cette intéressante observation est M. Jeannel, qui l’explique ainsi : « 11 est évident, dit-il, que l’aiguille, support intérieur du moulinet, doit pouvoir vibrer à l’unisson des notes de l’orgue pour que le mouvement rotatoire se produise. Certaines vibrations de la tablette de l’orgue, transmises à l’aiguille, lui communiquent des vibrations circulaires ou angulaires, d’où résulte la l’otation du moulinet qu’elle supporte. La tablette d’un piano produit des effets analogues, mais moindres. Stanislas Meunier.
- Radeau chinois, surmonté de maisons de bois, descendant le Yang-tsé-Kiang, près Nankin. (D’après l’album de M. Véron, capitaine de frégate.)
- UN MLLA.GE FLOTTANT
- EN CHINE.
- Nous avons publié précédemment de curieux documents, dus à M. Véron, capitaine de frégate, sur le fameux tombeau des Mings, à Nankin. Nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs un nouveau croquis que nous empruntons encore aux albums que M. Véron a remplis de dessins intéressants pendant son séjour en Chine, et qu’il a bien voulu nous confier. Ce croquis représente un train de bois descendant le fleuve de Yang-tse-Kiang, et sur lequel ont été construites quelques maisons d’habitation, qui forment ainsi un véritable village flottant. Les débardeurs chinois séjournent parfois très-longtemps dans ces maisons d’une espèce si particulière. « Les
- arbres, lisons-nous en légende sous le dessin, sont très-rares sur le bord de la mer. Les bois descendent par le fleuve. Les radeaux que l’on forme avec des troncs d’arbre sont assez spacieux pour que l’on puisse y construire un petit village de cabanes en bois, habitées par des familles qui vivent là comme-à terre. Des bateaux et des jonques amarrées , permettent de faire communiquer l’ile flottante avec la terre ferme. Ce spectacle est vraiment curieux et nous en avons joui plusieurs fois pendant notre mouillage devant Nankin. »
- La gravure ci-dessus donne en outre une idée très-exacte des rivages arides et dénudés entre lesquels coule un des grands fleuves de la Chine.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 170. — 2 SEPTEMBRE 1876.
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- LES C0LI0US
- Le lieutenant Cameron, le célèbre voyageur qui est venu dernièrement en Angleterre après avoir exploré une partie de l’Afrique occidentale et cen-
- trale, a rapporté deux Colious vivants offerts à la société zoologique de Londres par un de ses membres correspondants, M. IL C. Hait, de Saint-Paul de Loanda. Ces oiseaux, plus remarquables par la singularité de leurs allures que par la beauté de leur plumage, appartiennent à un genre dont tous
- Colious à dos marron {Colius caslanolus) rapportés vivants en Angleterre par le lieutenant Cameron. ^D’après nature.)
- les représentants sont confinés sur le continent africain, et qui se rattache de très-près au groupe des Touracos et des Musopbages. Il n’y a pas longtemps toutefois que ces affinités naturelles ont été reconnues : Brisson, dans son Ornithologie, plaçait les Colious immédiatement après les Bruants et les Alouettes et avant les Bouvreuils; Buffon les ran-
- geait entre les Bouvreuils et les Manakins; Levai liant, auquel nous devons un chapitre fort intéressant sur les mœurs de ces oiseaux, les éloignait décidément des Bouvreuils pour les mettre entre les Pics et les Loriots ; Cuvier, dans son Règne animal, les rapprochait à la fois des Gros-becs ou Loxia, des Glau-copes et des Cassiques, tandis qu’il reléguait les
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- 4e année. — îe semestre
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- Musophages à la fin des Grimpeurs. Il aurait même été assez disposé, paraît-il, à retirer définitivement les Musophages des Passereaux pour les rattacher aux Gallinacés, car tout en reconnaissant parfaitement que ces oiseaux n’offrent pas de grandes échancrures au sternum et ont les narines percées dans la corne du bec, il avait été frappé de la ressemblance qu’ils présentent avec les Hoccos et les Pénélopes, non seulement dans la manière de se tenir, mais encore dans la distribution des couleurs, dans l’allongement inusité des plumes de la queue et dans la forme du bec, qui est comprimé latéralement et fortement recourbé en dessous. Mais rien dans la structure anatomique des Musophages ne justifie leur rapprochement avec les Gallinacés. Aussi la plupart des naturalistes sont-ils d’accord aujourd’hui pour réunir, à l’exemple de Svvainson, les Musophages et les Colious dans une seule et même famille et pour en faire un des premiers groupes de cet ordre des Passereaux qui paraît encore aujourd’hui si peu naturel et si mal défini. Quelques-uns même, comme M. Wallace, voudraient relier ces oiseaux aux Perroquets, dont ils ont les attitudes bizarres, le vol peu soutenu, le régime frugivore et granivore, et jusqu’à un certain point la conformation des doigts; d’autres, comme M. E. Blanchard, leur trouvent des affinités avec les Rolliers, d’autres snfin, comme M. Garrod, les placeraient plus volontiers entre les Martins-Pêcheurs et les Calaos d’une part, et les Pics, les Toucans et les Barbus d’autre part.
- Le docteur J. Mûrie, qui a fait une étude anatomique du genre Coliou, trouve dans ce type ornithologique des particularités si frappantes, qu’il n’hésite pas à créer en sa faveur un groupe spécial, également éloigné des Grimpeurs, des Perroquets et des Passereaux proprement dits ; néanmoins, comme nous l’avons dit plus haut, il nous semble difficile de nier les affinités qui existent entre les Colious et les Musophages, affinités que le célèbre voyageur Burchell avait déjà soupçonnées et qui ont été reconnues depuis parM. Layard, M. Blanford, M. Gray, le docteur Finsch et M. Hartlaub. Comme les Musophages, les Colious ont un régime exclusivement végétal, le corps svelte, les ailes courtes, la queue très-développée, le bec court, épais, recourbé à partir de la base et comprimé en avant, la mandibule supérieure se terminant par un petit crochet, les pattes robustes et le doigt externe légèrement réversible ; mais leur plumage, au lieu d’offrir ces teintes chatoyantes, vertes, violettes et pourprées, qui permettent aux Musophages de rivaliser avec les Martins-Pêcheurs et les Guêpiers, ne présente que des couleurs ternes, grises, brunes ou fauves, qui sont peu faites pour flatter le regard et qui expliquent le peu d’attention dont ces oiseaux ont été l’objet de la part des naturalistes collecteurs. Les plumes des Colious offrent même, soit dit en passant, une particularité assez curieuse; elles sont décomposées, d’une nature extrêmement sèche, et susceptibles
- par conséquent d’absorber une grande quantité d’eau, à la manière des éponges ; aussi l’oiseau est-il incapable de voler quand il a été mouillé par une pluie d’orage. Les ailes sont fortement tronquées, la quatrième rémige étant la plus grande de toutes, et la queue, très-longue, est formée de pennes raides, dont la tige est très-développée et porte de chaque côté des barbes courtes mais résistantes. Enfin, d’après la plupart des voyageurs, les doigts pourraient, dans certaines circonstances, être dirigés tantôt tous les quatre en avant, comme ceux des Martinets, le pouce devenaut parallèle aux doigts antérieurs, tantôt deux en avant et deux en arrière, comme ceux des Perroquets, des Pics et des Coucous.
- Les Colious, d’après G. Cuvier, tirent leur nom du mot grec Ko^oioç qui désignait primitivement une espèce de Corneille ; en allemand ils s’appellent Mausvôgel et en hollandais Muysvogel (oiseaux-souris), à cause des teintes fauves et grises de leur plumage, et sans doute aussi à cause de l’agilité avec laquelle ils se glissent dans les fourrés les plus épais. Abstraction faite de la queue, qui est aussi longue ou même plus longue que le corps, leur taille n’excède guère celle d’un Moineau ou d’un Bruant de haies, et leurs mœurs présentent, d’espèce à espèce, une telle conformité, que ce que nous dirons de l’une pourra s’appliquer également à l’autre. Les naturalistes connaissent depuis longtemps le Coliou à longue queue (Colins macrurus de Gmelin), que Buffon nommait Coliou hupé du Sénégal et qui habite non-seulement la côte occidentale d’Afrique, mais la Nubie méridionale à partir du 17e degré de latitude nord, l'Abyssinie jusqu’à une altitude de 7000 pieds environ, le Sen-naar et le Kordofan ; dans cette partie orientale du continent africain cet oiseau porte en arabe les noms d'Abu-Denub et d’Abu-Qaru, et en tigréen le nom de Balaha-chebti, qui signifie mangeur de savon. Il mesure environ 33 centimètres de long, la queue seule ayant près de 25 centimètres. Son front, d’une teinte fauve, est surmonté d’une touffe de plumes ébarbées, d’un gris bleuâtre ; la partie postérieure de sa tête et les côtés de son cou sont d’un jaune rougeâtre, son dos d’un gris bleu, sa gorge d’une nuance jaunâtre claire. Des marques fauves ornent le devant de la poitrine, dont le fond est d’un gris nuancé de bleuâtre ; le ventre est couleur de rouille ; le bec d’un rouge amarante sur. la mandibule supérieure, avec la pointe noire, et d’un brun noirâtre sur la mandibule inférieure, les pattes sont rouges, d’une nuance un peu plus fonce'e que celles de notre Tourterelle commune, et l’œil, d’un brun rouge suivant Brehm, d’un gris blanchâtre d’après Lefèvre, est entouré d’un espace nu, teint en rouge carminé. La femelle ressemble beaucoup au mâle, mais a le corps un peu plus petit et les filets de la queue moins allongés, enfin les jeunes se distinguent des adultes par l’absence de la huppe et des teintes bleues sur le sommet et la partie postérieure de la tête.
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- Le Coliou à oreilles blanches (Colins leucotis) a été décrit pour la première fois par le voyageur Rüppell, l’auteur d’une monographie du genre Coliou, publiée en 1839 dans le Musée Senkenberg.
- 11 habite le sud de l’Abyssinie et le pays de Zanzibar. Comme son nom l’indique, il présente sur la région auriculaire deux taches soyeuses d’un gris jaunâtre, qui contrastent avec la teinte cendrée de la gorge et la couleur noirâtre de la région frontale. Le ventre est d’un gris fauve et les barbes des pennes de la queue sont sensiblement plus larges que chez le Coliou macroure. La taille des deux espèces est du l’este à peu près la même, le Coliou à oreilles blanches mesurant 36 à 37 centimètres de long et 30 à 52 centimètres d’envergure ; et chez l’un comme chez l’autre les ailes sont très-courtes et n’ont pas plus de 10 centimètres, tandis que la queue atteint jusqu’à 25 centimètres. D’après Heuglin, le Colius leucotis se tient d’ordinaire à une altitude de 1000 à 1100 pieds au-dessus du niveau de la mer et se nourrit des fruits du Phitolacca habessinica (nommé dans le pays Schebti), de diverses espèces de Zizy-phus, de Sycomores et de Cucurbitacées. Il a été trouvé récemment à Mombas, par M. Raffray, et l’un des spécimens recueillis par ce jeune voyageur figure maintenant dans les collections ornithologiques du Muséum d’histoire naturelle.
- Le Coliou strié (Colius striatus) habite l’Afrique australe et remonte sur la côte orientale, d’où il a été rapporté dernièrement en Angleterre par le capitaine Speke. Il vit en petites troupes de 6 à 10 individus, et construit à 3 pieds du sol un nid dont le fond est fourni d’herbes sèches et dans lequel il dépose un œuf d’un hlanc plus ou moins pur. A peu près dans les mêmes régions vivent le Coliou à dos rouge (Colius erythronotus), que Latham avait cru originaire de l’Inde et qu’il avait nommé Colius indicus, et le Coliou du Cap, que Buffon a figuré dans ses Planches enluminées, d’après un spécimen du cabinet du roi. Quoi qu’en dise Buffon, c’est plutôt cette dernière espèce que le Coliou à longue queue qui est appelée par les Hottentots Quiriwa ou Wiriwa et que Le Vaillant a rencontrée en abondance dans les plaines où croissent des arbrisseaux portant un petit fruit désigné dans le pays sous le nom de Goiré. D’après Lefèvre, le même oiseau se trouverait également, et en assez grand nombre, à Adoua, dans des touffes de palmiers couverts de plantes grimpantes, et serait nommé Balaha chebtthé par les indigènes. Parmi les autres espèces ou les autres races admises par les ornithologistes modernes, et entre autres par M. Sliarpe, nous pourrions citer encore le Coliou à col noir, qui provient de la côte d’Angola, et le Coliou à dos marron, qui est originaire de l’Afrique occidentale et qui est précisément l’espèce rapportée tout récemment en Angleterre par le lieutenant Cameron. Comme on peut en juger par la figure ci-jointe, exécutée d’après nature, ces Colious affectent les poses les plus étranges. Au lieu de] se percher comme la
- plupart des oiseaux, en maintenant l’axe de leur corps dans une direction horizontale ou légèrement oblique, ils se suspendent verticalement aux branches, comme certaines mésanges, en faisant parfois passer leur tête entre leurs jambes. On les a même vus dormir dans cette posture fatigante, en se tenant serrés les uns contre les autres, poitrine contre poitrine, et leur longue queue dirigée vers la terre. De jour ces oiseaux sont singulièrement actifs, et, grâce à la mobilité de leurs articulations, se servent de leurs pattes pour retenir leur nourriture, à la manière de Perroquets ; mais par suite de la brièveté de leurs membres postérieurs, ils se posent difficilement à terre, et ont sur le sol une démarche fort embarrassée. Pour nicher, plusieurs couples se réunissent et vivent pendant quelque temps en fort bonne harmonie, côte à côte sur le même buisson; leurs nids sont formés de petites branches entrelacées et sont doublés de plumes à l’intérieur. La femelle y dépose de quatre à six œufs, d’un blanc plus ou moins rosé, avec des taches et des points rouges.
- Le Coliou à dos marron, s’il n’avait pas la queue aussi développée, ne serait guère plus gros que notre moineau commun. 11 a le front et la gorge d’un noir tiqueté de blanc, le sommet de la tête orné d’une huppe de plumes décomposées, d’une teinte brunâtre, les ailes et la queue d’un brun-roux glacé de gris-lilas, la région interscapulaire et le croupion d’un marron vif, la poitrine grise, le ventre roux, les couvertures inférieures de la queue d’un brun-rouge assez intense, l’iris d’un gris bleuâtre, la paupière d’un gris plombé, les pattes rouges avec les ongles noirs, la mandibule supérieure noirâtre, avec la pointe et le bord plus foncés et la mandibule inférieure d’un jaune livide. La queue, qui est une fois et demi aussi longue que Je corps, se compose de dix pennes, de dimensions graduées, les deux médianes dépassant toutes les autres.
- Les voyageurs racontent des choses fort étranges sur les mœurs des Colious. D’après J. Yerreaux, les Colious à longue queue, pour se reposer, se suspendraient en grappes aux branches des arbres, un premier oiseau serrant fortement avec une patte un rameau entre ses doigts crispés, et laissant pendre l’autre patte, à laquelle s’accrocherait un deuxième oiseau, qui en supporterait lui-même un troisième et ainsi de suite. Cette observation, que ni M. Heuglin ni M. Brelim n’ont eu l’occasion de vérifier, avait déjà été faite par Le Vaillant : ce dernier prétend même que, si l’on est parvenu à découvrir la retraite des Colious, on se rend facilement maître de tout l’essaim, et qu’en venant de grand matin surprendre ces oiseaux dans leur sommeil, on peut les détacher tous ensemble de la branche qui les porte : mais ceci semble bien difficile à admettre, car les Colious ne sont pas assez stupides et ne dorment pas d’un sommeil assez profond pour qu’on puisse ainsi les prendre à la main. Dans les jardins et dans le voisinage des habitations ils se montrent môme fort
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- méfiants. Comme nous l’avons dit, ils se nourrissent principalement, sinon exclusivement, de fruits, de graines et de bourgeons : ils aiment particulièrement les jujubes, les ligues, les dattes, les limons et les raisins, et, en Abyssinie, le docteur Rüppel les a vus se jeter avec avidité sur les fruits du Balanites Æyyptiaca (Al Gelied des Arabes) et sur les baies du Zizyphus spina Christi. Dans l’Afrique centrale ils ne peuvent causer de bien grands ravages, mais au Gap ils sont fort redoutés à cause de leurs déprédations. Aussi leur fait-on une chasse fort active, d’autant plus que Jeur chair est tendre et succulente. Mais il est souvent impossible de les poursuivre dans leurs retraites, car ils s’insinuent avec une adresse remarquable dans les fourrés les plus inextricables, et se glissent comme de véritables souris entre les lianes et les végétaux parasites, qui opposent au chasseur des obstacles insurmontables. En un clin d’œil toute une bande de Colious, obéissant à un cri d’appel, disparaît dans un massif, le traverse et vient sortir par le côté opposé. Leur vol est peu soutenu et légèrement plongeant, et quand ils prennent leur essor, ils font entendre un cri que le voyageur Heuglin traduit par la syllabe dlu, plusieurs fois répétée.
- Tels sont les renseignements recueillis jusqu’à ce jour sur les différentes espèces du genre Coliou; comme il est facile de le voir, ils ne concordent pas toujours parfaitement entre eux, et nous laissent encore dans quelque incertitude relativement au mode de station, au régime, aux variations de plumage de ces singuliers oiseaux; mais nous avons l’espoir que l’expédition française partie récemment du Gabon, et à laquelle M. Marche est attaché en qualité de naturaliste, aura l’occasion de rencontrer sur sa route des troupes de Colious et pourra nous rapporter, en même temps que des spécimens pour nos collections, des documents plus précis sur les mœurs et les changements de coloration du Coliou à dos maron et des espèces originaires de la même contrée. E. Oustalet.
- LE FEU GRISOU
- ACCIDENTS. — MOYENS PRÉVENTIFS.
- Personne n’a encore oublié le terrible coup de grisou du puits Jabin du vendredi 4 février 1876 : plus de 200 victimes sont restées ensevelies à plus de 300 mètres sous terre. Ce puits a d’ailleurs une lugubre célébrité ; sa première explosion de grisou avait tué 4 ouvriers, la deuxième 3 ; la troisième (8 novembre 1871), 70.
- Le puits Jabin est situé à cinq minutes environ de la gare de Saint-Étienne, à peu près au centre d’une exploitation industrielle dont les constructions sont réparties sur une superficie de plusieurs milliers de mètres.
- Le puits Jabin (fig. ci-contre), appartenant à la
- Société anonyme des houillères de Saint-Étienne, est creusé dans la concession de Terrenoire, section du Treuil; sa profondeur est comprise entre 310 et 520 mètres. On y exploite la huitième couche du système moyen de Saint-Étienne, divisée en deux bancs distincts, séparés par un entredeux presque nul dans la région nord-ouest, et croissant jusqu’à 50 et 40 mètres dans la région sud-est. Les deux bancs sont exploités séparément, ils ne sont reliés entre eux que par les travers-bancs nécessaires au roulage. Le banc supérieur a une puissance de lm,20, ou même llll,40, dans la région du Treuil ou du nord-ouest; on l’exploite sous le nom de petite couche ou crue; le banc inférieur ou grande couche à 2ra,50 à 4 mètres de puissance, 5 mètres en moyenne ; on l’exploite dans tout le champ du puits Jabin, tandis que la petite couche, qui s’amincit et s’abâtardit vers le sud-est, n’est exploitée ni dans la partie centrale ni dans la partie sud-est. L’entre-deux qui sépare les deux bancs se compose uniquement de schistes ou gores ; une faille sépare le champ du puits Jabin en deux parties distinctes : la partie sud-est ou de la Richelaudière, sans grisou, et la partie nord-ouest, ou du Treuil, où il y a du grisou. Ces deux régions communiquent seulement par la galerie inférieure de roulage et par la voie de retour d’air où se réunissent les deux courants qui ont parcouru les travaux.
- 11 était deux heures et demi de l’après-midi lorsque l’explosion du 4 février a eu lieu ; elle s’est fait entendre et au puits Jabin et au puits Saint-François ; le bruit était comparable au coup d’un gros pistolet : le courant d’air a été renversé un instant, il est sorti un peu de fumée par le puits Jabin, et un volume considérable de fumée et de gaz irrespirable s’est écoulé par le puits Saint-François (retour d’air). Au bout de quelques secondes la marche normale du courant était rétablie. Les abords du puits n’ont pas été bouleversés ; les portes du puits Saint-François avaient été légèrement soulevées ; le ventilateur fonctionnait régulièrement, les cages fonctionnaient également, et les bennes que l’on remonta n’avaient pas été projetées.
- Le puits Jabin emploie, pour une extraction de 400 tonnes de bouille par jour, un personnel de 240 ouvriers environ au poste de jour, et de 100 à 110 ouvriers au poste de nuit ; ce personnel ouvrier, au moment de l’accident, était sous la direction du gouverneur Blache et de trois sous-gouverneurs ; le roulage était fait par 46 chevaux, sur lesquels 43 ont été tués.
- Les conditions d’aérage étaient excellentes au puits Jabin lors de l’explosion du 4 février 1876. Le courant d’air total descend par le puits Jabin, qui sert à la fois à l’extraction du charbon et au passage des ouvriers; au bas du puits, il se divise en deux branches, dont l’une dessert la région de la Richelaudière et aboutit tout près du puits de sortie d’air (Saint-François) . L’autre branche se divise elle-même en deux sous-courants qui aèrent, l’un la petite couche
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- Vue du Puits Jabin, près de Saint-Étienne. (D’après une photographie). — PP. Puits. — C. Courroie de transmission,de la machine. — T. Supports de fonte.
- iucliné pour déverser la houilie dans les wagons par la galerie B. — B. Bennes.
- — A. Pavillon de la machine. — D. Plan
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- LA1 NATURE.
- et l’extrême région nord-ouest, l’autre la région centrale. Les deux courants se réunissent dans la région supérieure de la mine. Le puits de sortie forme une cheminée d’appel de près de 300 mètres de hauteur; en outre un puissant ventilateur Guibal, qui aspire l’air et détermine un courant régulier d’au moins 20 mètres cubes par seconde, a été installé sur le puits Saint-François. Par ces dispositions l’aérage des travaux était amplement assuré; de plus la marche du courant d’air est constamment ascendante. Si vous ajoutez à cela un personnel d’ingénieurs distingués, MM. Yilliers, Planchard, Rossigneux, Chaus-selle, Holtzer, on aura toutes les garanties désirables. Les lampes Mueseler employées au puits Jabin présentaient une sécurité absolue ; il paraît que la compagnie houillère et l’administration des mines, en recherchant les causes de l’accident, n’avaient pu reconnaître qu’une seule des lampes retrouvées eût été ouverte. Les personnes peu au courant de ce qui se passe dans l’exploitation d’une mine ont une tendance à considérer les exploitants comme des industriels sans nul souci de la vie de leurs ouvriers. C’est là une grossière erreur. Dans aucune industrie, plus que dans les mines de houille, il n’est pris de précautions contre les accidents probables ; et les plus insouciants sont, sans contredit, les ouvriers eux-mêmes. Voici quelles sont les précautions minutieuses relatives aux lampes, qui jouent, d’ailleurs, un grand rôle dans toute exploitation de mine à grisou. La lampe Mueseler est un perfectionnement de l’appareil de Davy ; son pouvoir éclairant est au moins le double ; son réservoir d’huile est d’ailleurs disposé de la même manière que dans la Lampe de Davy ; l’enveloppe est formée, à sa partie inférieure et sur les | environ de sa hauteur totale, d’un tube en cristal recuit, garanti des chocs extérieurs par six tiges verticales ajustées inférieurement sur une virole vissée sur le contour du réservoir et supportant à la partie supérieure un cercle de cuivre. Au-dessus de ce tube est un cylindre en gaze métallique fermé en haut par un chapeau en cuivre rouge percé de trous. A la jonction des deux cylindres est un disque en toile métallique traversé en son milieu par un tube cylindrique ou légèrement conique qui sert de cheminée.
- Au puits Jabin on avait pris une foule de précautions afin de mettre les mineurs à l’abri de leur propre imprudence ; les lampes étaient fermées par une fermeture spéciale inventée par M. Villiers, directeur de la compagnie, et ne s’ouvraient qu’à l’aide d’un électro-aimant. Sur trois points de la mine situés sur le grand courant d’air se trouvaient des lampisteries ; dans chacune d’elles était placé un électro-aimant, et des lampistes choisis pouvaient seuls y rallumer les lampes éteintes. Des faits que nous venons de raconter il résulte : 1° que le puits Jabin était parfaitement installé, 2° que le courant d’air y était très-actif et très-bien dirigé ; 3° que les lampes étaient excellentes, rigoureusement fermées et soigneusement surveillées ; 4° que les travaux étaient en par-
- fait état. D’où vient donc l’accident du 4 février ? Le grisou ou feu grisou est un protocarbure d’hydrogène qui se dégage de certaines couches de houille où il est emprisonné ; mêlé à l’air delà mine, il forme un mélange détonant qui s’enflamme au contact d’un corps en ignition.
- Le grisou est de l’hydrogène carboné presque toujours mêlé à un peu d’azote et d’acide carbonique ; il sort de la houille avec un léger bruissement et quelquefois en telle abondance, qu’il peut contribuer à l’éclairage des mines ; ils’échappeprincipalement des fentes ou soufflures; souvent il devient visible et forme des espèces de bulles enveloppées de légères pellicules que les mineurs écrasent entre leurs mains avant qu’elles ne parviennent sur les lumières. On a prétendu que le courant d’air, en portant partout des poussières charbonneuses, augmente les effets de l’explosion : c’est là une erreur qu’il faut détruire. Le grisou, en se mêlant à l’air des galeries des mines, produit, lorsqu’il est en certaines proportions, des mélanges explosifs. L’explosion provient le plus souvent d’un aérage insuffisant et quelquefois de l’irruption d’une quantité considérable de gaz sortant d’une cavité ou de vieux travaux. L’effet immédiat de l’explosion est d’interrompre brusquement la circulation du courant d’air ventilateur, de le refouler en arrière, et en même temps de renverser les obstacles qui s’opposent à l’expansion du gaz dans toutesles directions. Le courant des gaz brûlés arrive par la voie la plus large à un ou plusieurs puits aboutissant au jour, et renverse ou détériore plus ou moins les machines. Un petit nombre d’ouvriers sont atteints directement par l’explosion ; la plupart périssent par asphyxie, le courant d’air les renverse et les jette contre les parois des galeries, celles-ci s’ébranlent quelquefois, et les mineurs se trouvent emprisonnés dans des cavités souterraines ou sous les éboulements. Les brûlures faites par le grisou peuvent déterminer la mort dans une période de neuf jours ; après le neuvième jour, tout danger disparaît.
- L’accident du puits Jabin a attiré l’attention des ingénieurs sur les causes des explosions et sur les moyens préventifs. 11 faut reconnaître que, malgré des malheurs assez fréquents, les ouvriers mineurs sont toujours imprudents ou imprévoyants, car les explosions arrivent le plus souvent par manque de prudence ou par une coupable désobéissance aux recommandations des surveillants et des ingénieurs. Cependant, en maintes circonstances, une part de responsabilité revient aux compagnies houillères qui, par imprudence ou par négligence, ne prennent pas toutes les précautions propres à sauvegarder la vie des ouvriers mineurs.
- On est encore à trouver la cause réelle de l’accident du puits Jabin : L’explosion a-t-elle été produite par l’imprudence d’un mineur dont la lampe a pu être forcée? Provient-elle d’un échauffement de la petite couche ou d’un ancien feu à travers les dépi— lages? Est-ce un coup de mine au rocher qui a découvert une fissure amenant du grisou ? Autant de
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- questions importantes sans réponse. Ce qu’il y a de certain, d’incontesté, c’est l’abaissement barométrique subit qui s’est produit dans la journée de l’accident. La mine contenait dévastés espaces vides, véritables réservoirs de grisou. Sous l’intluence de la dépression atmosphérique, il y a eu dilatation d’un mélange détonant qui a envahi les travaux dans les parties mêmes bien aérées, en se mélangeant avec l’air pur.
- La cause des explosions une fois découverte, on trouvera, sans doute, le moyen de prévenir ces terribles désastres : les faits analysés semblent conduire à cette conclusion que : dans une mine à grisou, les explosions sont d’autant plus rares que l’aérage est plus énergique, mais que cet aérage énergique augmente les effets de l’explosion.
- Onprévient lesaccidents ouïes dangers d’explosions par des précautions sans cesse vigilantes : la ventilation active est de première nécessité, il est essentiel que les galeries et puits de retour d’air offrent un passage plus large que les puits et galeries d’entrée.
- L’emploi des moyens préventifs peut assurer contre toutes les chances de renversement du courant ventilateur. Pour faciliter l’aérage et pour empêcher que le courant ne change de sens, on place dans l’intervalle de chaque barrage double des portes de sauvetage en bois, mobiles autour d’un axe horizontal situé à la partie supérieure des galeries ; cette porte est décrochée par l’explosion même et maintient la circulation d’air; les ouvriers mineurs ont soin, quand une explosion se produit, de se jeter à terre pour éviter les chocs et les renversements violents produits par le courant gazeux.
- En résumé, le grisou prend feu au contact d’un corps en ignition; le gaz se dégage d’autant plus abondamment et se dilate d’autant plus que la pression atmosphérique est plus faible, une dépression barométrique subite détermine la sortie du gaz protocarboné et l’augmentation de son volume dans les galeries et les vieux travaux. En sorte que la prudence exige : 1° que le mineur ne mette jamais le gaz en contact avec un corps en ignition ; 2° que l’aérage soit aussi considérable, aussi actif que possible dans toutes les parties de la mine, de manière que l’air puisse s’y renouveler; 3° que les vides, cavités, anciens travaux soient isolés des galeries actuelles par des barrages solides et parfaitement clos.
- Les compagnies doivent tenir la main à l’observance des règlements par leurs ouvriers et prendre toutes les précautions pour installer dans les mines des appareils mécaniques qui réduisent à leur minimum les effets des explosions. En ce moment, les ingénieurs cherchent de tous côtés à connaître les véritables causes des explosions du grisou, les moyens de les prévenir et de mettre les ouvriers à l’abri d’un danger permanent qui menace leur vie. On sait que M. Paul Bert a présenté à la Chambre un projet de loi, demandant 50 000 francs pour favoriser les progrès de cette nature. A. F. Noguès.
- LES RUINES DE NANMATAL
- DANS L’iLE DE PONAPÉ (ASCENSION1).
- « Le naturaliste J. Kubary, après avoir voyagé pendant cinq ans dans la mer du Sud pour le Muséum Godefroy, a recueilli des documents d’un intérêt considérable sur l’île Ponapé (Ascension), l’une des îles Seniavina, dans l’archipel des Carolines*. Nous publions aujourd’hui les études qui ont été faites sur les merveilleuses ruines de Nanmatal. « La « légitime curiosité qu’ont excitée depuis long-« temps, parmi les savants spécialistes, les cons-« tructions de pierre de Ponapé nous fait espérer « que les communications de Kubary seront ac-« cueillies favorablement par nos lecteurs et con-« courront puissamment à résoudre ces questions :
- « à quelle époque, dans quel but et par qui ces « constructions gigantesques ont-elles été élevées?5 »
- Les ruines de Nanmatal, situées à l’est de Ponapé, dans l’îlot de Tauacz (Tanache), entre le port de Matalanim et le port de Bonatik (Lod)', ressem-
- 1 D’après la correspondance de J. Kubary. — Journal du Muséum Godefroy.
- sComp. Admiralty Chart, n° 981, Seniavina Islands. London, 1872.
- 3 On trouve sur le même sujet des documents originaux et des essais d’explication dans les ouvrages suivants :
- 1° Viajes cientificos en todo el mundo, desde 1822 hast a 1842, par Francisco Michelina y Rajas. Madrid 1843. (Voyages scientifiques dans le monde entier, depuis 1822 jusqu'à 1842, par .... etc.)
- 2° Remarkable Ruins on Ascension. Extract from the Journal of the Rev. Mr. Clark. Published in The Friend, new sériés vol. 1 n° 12. Honolulu, 1832. (Ruines remarquables dans l ile de l’Ascension. Extrait du Journal du Rev. Mr. Clark. Publié dans le Friend,.etc.)
- 5* A Description of Islands in the Western Pacific Océan, north and south of the Equator, by A. Cheyne. London, 1852. (Description d'tles de l'océan Pacifique occidental, au nord et au sud de l'équateur, par A. Cheyne, Londres, 1852.)
- 4° Journal of the American Oriental Society, vol. III, n° 2, par L. H. Gulick, M. D. New-York, 1853. (Journal de la Société orientale américaine, . etc.)
- 5° Silliman’s American Journal of Science and Arts, vol. XXVI. On the climate and Productions of Ponapé, by L. H. Gulick, M. D. New-York, 1858. (Journal américain des sciences et des arts de Silliman, vol. XXVI. Du climat et des productions de Ponapé..., etc.)
- G" Reise der ôsterreichischen fregatte Novara, um die Erde, in den Jahren 1857-59. Wien, 1861. (Voyage autour du monde de la frégate Novara, dans les années 1857-59. Vienne, 1861.)
- 7° Missionary Herald, vol. 1854 and 1857.
- 8° United States' Exploring Expédition. Ethnography and Philology, by HoratioHale. Philadelphia, 1846. (Voyage d’exploration entrepris par les Etats-Unis. Ethnographie et philologie, par... etc.)
- 9° Waitz, Anthropologie der Naturvôlker. Die Vôlker der Südsee; zweite Abtheilung : die Mikroncsier und Nord -westlichen Polynesier, von Dr G. Gerland. Leipzig, 1870 (Waitz, Anthropologie des peuples sauvages. Les peuples de la mer du Sud; deuxième partie : les habitants de la Micronésie et du nord-ouest de ta Polynésie,... etc.)
- 10° Corals and coral Islands, by James D. Dana. London, 1872. (Coraux et îles de corail, par,..)
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- LA NATURE.
- blent aux constructions de pierre qui existent dans la petite île Lela (Leilei), à l’est de Kusaie (Ualan ou île Strong), et présentent, comme celles-ci, tous les caractères d’une antiquité fabuleuse1. Elles consistent en un grand nombre 1 - v’,ed d’enceintes, qua-drangulaires
- si
- pour la plupart, formées par des colonnes de basalte pentagonales ou hexagonales superposées, qui offrent l’aspect d’une ville, et couvrent une surface de 42 lieetares. L’extrémité occidentale s’appuie, en décrivant un arc de cercle, sur l’île Tauacz ; de là les constructions s’étendent en rayonnant jusqu’à deux lignes parallèles de quadrilatères, qui les limitent et se dirigent du nord-ouest au sud-ouest. Les divers quadrilatères qui occupent l’emplacement des ruines sont des carrés de 18,3 à 27,4 mètres de côté, ou des parallélogrammes dont la longueur
- des côtés est de Fig. 2. — Coupe de la même construction.
- 40 mètres sur 9
- 10
- 15
- 20
- 2b
- 30
- 35 J.
- solidité de ces monuments dépend absolument du poids des colonnes entrecroisées les unes sur les autres. Mais, bien que détériorés en quelques endroits, ils sont, en somme, bien conservés, et il est
- facile d’en saisir le plan général et la destination. A notre avis, Nanmatal est une construction maritime qui, par rapport au niveau de la mer, n’a subi aucune modification appréciable i. Le rivage de Tanacz est toujours resté dans le même état, et le bas-fond qui s’étend entre lui et la mer extérieure est aujourd’hui comme à l’époque où l’on a bâti sous l’eau. La tradition et l’observation des ruines en fournissent la preuve. La hauteur des îles de pierre est telle, en effet, qu a
- marée haute, un
- Fig. 1. — Plan du principal caveau de Nan-Tauacz.
- à 110 sur 25, ou des combinaisons de ces deux figures. Les trapèzes n‘y sont qu’une exception. Séparés par des canaux de 9 à 72 mètres, ces quadrilatères forment chacun une île.
- L’architecture en est des plus simples, et consiste dans la superposition de colonnes de basaltes, matériaux que la nature a fournis tout prépa-
- rés8 (fig. 1, 2, 3).
- Fig. 3. — Détail des constructions en colonnes de basalte.
- D’après cette manière de bâtir, il est évident que la
- 1 Le n° 5 du Geographical Magazine, 1874, publié par Cl. Markham, mentionne aussi des tembeaux de pierre trouvés dans l’île N’gatik (au sud de Ponapé).
- * D’après Gulick, une partie des matériaux ont été apportés
- canot peuty aborder facilement pour débarquer despassagers; les canaux sont partout d’une égale profondeur, presque à sec par le reflux, et par le
- flux, profonds d’une brasse. Destinées à porter des maisons, les constructions de pierre ne devaient
- s’élever qu’à fleur d’eau. On a bâti avec des blocs réguliers de
- du district septentrional deïîut. On trouve encore aujourd’hui au pied des montagnes de ce district des restes de semblables colonnes de basalte. — Michelena y ltojas croit à tort que la pierre employée aux constructions est du granit. — Faute de compétence, Cheyne prétend que les matériaux ne se trouvent nulle part dans l’île.
- ‘Gulick partage l’opinion de Kubary : « Je suis bien convaincu, dit-il, que les constructions conservent à très-peu de chose près, sinon exactement, les mêmes rapports avec 1 Océan qu’à l’époque de leur érection. Il n’y a point, à ma connais-
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- LA NATURE.
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- basalte, qui sont, très-communs, un mur d’environ 5 à 6 pieds de hauteur, enfermant une enceinte quadrangulaire, et on a rempli l’espace vide de blocs de coraux apportés du récif voisin. Ensuite on a généralement dallé la surface supérieure avec des colonnes de basalte, et on a formé ainsi une île artificielle, protégée contre les inondations. Les deux angles saillants qui s’avancent vers l’est atteignent le bord de la couche basaltique qui, sous forme de bas-fond, borde le rivage de l’ile de Po-napé tout entière. Immédiatement contiguë à l’eau profonde de la mer ouverte, la ville aquatique avait besoin en cet endroit d’être défendue contre les flots, et c’est dans un but de préservation qu’on y a élevé une muraille ou rempart, large de 9 mètres et d’une hauteur à peu près égale.
- Dans son ouvrage « coraux et îles de corail, page 350 », Dana1 voit dans les ruines de Ponapé la preuve d’un abaissement progressif du sol, par ce motif qu’elles sont aujourd’hui sous l’eau, et qu’à la place des chemins d’autrefois il y a maintenant des canaux navigables : mais c’est une erreur manifeste, qui trouve sa réfutation dans la description précédente de leur état actuel, ainsi
- sance, de sables accumulés autour de leurs bases, comme ce serait le cas, s’il y avait eu un affaissement. D’ailleurs les coutumes des habitants devaient naturellement les porter à choisir un terrain submergé, pour faire entrer et sortir plus facilement leurs canots, auxquels jls sont si attachés.
- 2 Yoici le passage de Dana : « L’île de Ponapé, dans l’archipel des Carolines, fournit la preuve évidente d’un abaissement progressif du sol, d’après les renseignements recueillis par M. Haie, le philologue (the philologist) de l’expédition Wilkes, de la bouche d’un étranger qui avait résidé longtemps dans cette île. Après avoir expliqué le caractère sacré de cer-
- que dans la tradition, sur laquelle nous revien drons plus tard. Nous sommes plutôt porté à croire à une élévation du sol de Ponapé, et nous voyons une conlirmation de notre opinion dans cette circonstance, que le bord occidental de Nan-matal s’appuie exactement sur l’île Tauacz, que quelques quadrilatères reposent à sec sur cette île, que les canaux sont peu profonds et ne contiennent pas d’amas de coraux morts déposés par la mer, mais des coraux épars, fixés au fond, qui, selon
- toute vraisemblance, vécurent autrefois à la même place, lorsque l’eau était encore assez profonde.
- De toutes ces ruines, au nombre d’environ 80, les trois quarts sont des îles basses formées par des blocs de basalte et qui ne paraissent desti-. nées qu’à servir de soubassements à des maisons; les autres portent sur leur plate-forme des constructions encore plus vastes. Parmi ces dernières îles il faut compter surtout : 1° Nangutra , 2° Itel, 3° Nau-morlausaj, 4°Lu-koporin, 5°Legi-neongair, 6° Li-menekau, 7°Nan-pulak, 8° Kapu-ned, 9° Nan Tauacz (fig. 4). Au milieu de leur enceinte elles ont toutes une voûte en colonnes de basalte, qui offre l’aspect d’un caveau. Quoique celui-ci
- tains monuments de pierre, M. Haie fait cette remarque : « H semble hors de doute que les monuments de Ualan et de Ponapé sont de la même espèce et furent construits dans le môme dessein. Il est évident aussi qu’à l’époque ou ces derniers furent élevés, l’ilot sur lequel ils étaient bâtis était dans une condition différente de celle où il se trouve aujourd’hui. Car actuellement ils sont dans l’eau ; à la place des chemins qu’il y avait autrefois, il y a maintenant des canaux navigables, et, comme dit O’Connell fl’auteur de ces renseignements), là où les murs se sont écroulés, l’eau a pénétré dans les enceintes (enclosures). »
- //ZjJFaxtfTurrlosGj
- Fig. 4. — Plan général des ruines de Nanmatal, dans l’ile de Ponapé.
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- LA NATURE.
- soit fermé soigneusement par des colonnes de basalte, il est facile d’en reconnaître l’entrée. Tous les cavaux que nous avons explorés étaient remplis de coraux. Nous avons trouvé partout, des restes d'ossements humains, des objets de parure très-primitifs (bracelets et colliers), des ustensiles (haches de pierre), etc. Les plus écrasés de ces débris étaient des coquilles d’une espèce de spondyle, percées d’un trou à la charnière, et employées comme ornements de la poitrine. On les mettait en grand nombre avec les morts dans le tombeau, et elles paraissent avoir» été un témoignage particulier de la piété des indigènes. Façonné par le frottement en petites plaques triangulaires, ce coquillage est encore en usage aujourd’hui comme ornement de la ceinture. Nous avons trouvé aussi, dans les tombeaux, de ces disques ronds, percés au milieu, si estimés aujourd’hui, qui tiennent lieu de monnaie et servent à orner la ceinture et la tête. La présence dans le même caveau de beaucoup de mâchoires inférieures et d’os frontaux indique des sépultures de famille; et, le nombre des tombeaux remarquables qui contiennent des ossements se bornant à 13, nous en concluons que c’étaient
- Iexclusivement des tombeaux de rois ou chefs.
- Le monument le plus important et le plus complètement conservé est le Nan Tauacz, qui se compose de cinq enceintes ainsi disposées : 1° enceinte i antérieure, à l’ouest; 2° enceinte du nord; 3° en-* ceinte postérieure (orientale) ; 4° enceinte du sud ; 5° enceinte du milieu, s’étendant sur plus de 80 mètres de longueur.
- Les murailles sont construites en colonnes de basalte régulières, à cinq ou six faces, dont les plus grandes sont placées à la base. Les colonnes supérieures ont une longueur moyenne de cinq pieds ; placées transversalement, elles déterminent l’épaisseur du mur. Les plus petites ont un diamètre de 15 centimètres et pèsent environ 60 kilogrammes. Si l’érection de telles pierres, par les mains de l’homme, à une hauteur de 25 pieds, témoigne déjà de grands efforts, quel étonnement ne doit-on pas éprouver, quand on considère la dimension des colonnes inférieures! Celles-ci ont 1 à 2 mètres d’épaisseur et 3 à 4 mètres de long'; leur poids dépasse 3000 kilogr. Et ce ne sont pas les plus grosses pierres !
- Par quel moyen les insulaires ont-ils pu élever ceS masses énormes à une hauteur aussi considérable, c’est ce que nous ne parvenons pas à comprendre? Les naturels qui habitent l’ile aujourd’hui ne savent rien à ce sujet, et il n’est pas douteux que les ruines ont été trouvées dans leur état actuel par les conquérants ou envahisseurs. Toujours est-il que ces travaux ont dù être exécutés par des milliers de bras, avec une persévérance inouïe, et pendant une longue suite d’années. L’inclinaison des blocs supérieurs vers l’intérieur des enceintes qua-drangulaires indique bien qu’on éleva les pierres au moyen d’un plan incliné ; mais ce n’est qu’une
- conjecture, et le spectateur, étonné de la profonde connaissance qu’avait de la mécanique ce peuple primitif, se perd dans la contemplation des muets témoins qui attestent le développement intellectuel de ses architectes. J. Kubary.
- — La suite prochainement. —
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences.
- Session de Clermont-Ferrand.
- Du 18 au 26 août 1876.
- (Suite. — Voy. p. 186.)
- La 5e session de l’Association française a été ouverte à Clermont-Ferrand, le vendredi 18 août dernier. M. J. Dumas, président, a prononcé devant l’auditoire d’élite réuni en séance générale, une allocution pleine d’éloquence, que le manque d’espace, à notre grand regret, nous oblige à publier d’une façon sommaire.
- L’illustre chimiste retrace d’abord l’histoire de l’Association britannique pour l’avancement des sciences; il insiste sur l’impulsion que l’institution anglaise sait donner aux recherches scientifiques, sur les liens par lesquels elle sait réunir tous les membres de la grande famille scientifique en Angleterre, et sur la vie intellectuelle, dont elle anime les principales villes du Royaume-Uni.
- La France n’a jamais oublié que la science est une grande force, et l’Association Française est venue pour y féaonder partout l’esprit scientifique.
- L’orateur, après avoir fait, en termes élevés, l’apologie de la science, après avoir parlé du rôle qu’ont joué sur la scène de l’histoire les grands savants de notre pays, et en particulier les membres de l’Académie des sciences, reconnaît que dans ces dernières années, on avait une tendance regrettable à abandonner à l’Etat la responsabilité du progrès scientifique et que l’initiative individuelle tendait sans cesse à s’effacer.
- « C’est, à une telle situation, dit M. Dumas, que l’Association scientifique a voulu porter remède. Sans doute, il convient de laisser aux académies, à l’enseignement supérieur, aux élèves sortis des écoles, leur rôle dans la science et dans l'Etat, mais l’initiative privée ne doit pas abdiquer. Il n’est pas bon de se placer en dehors de la science; car on peut dire d'elle ce que Royer-Collard disait de la politique ; Vous ne vous en occupez pas! Soyez tranquille, elle s’occupera de vous.
- « Comme la politique, en effet, la science s’occupe de vous ; en bien toujours, quand on considère l’ensemble des intérêts; en mal quelquefois, s’il s’agit des intérêts privés. Le monde entier profite du percement de l’isthme de Suez ; les armateurs anglais des navires de bois et à voiles que le commerce de l’Inde occupait ont dû, sous peine d’être ruinés, renouveler leur matériel et renoncer à leurs combinaisons commerciales lentes, pour adopter les
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- LA NATURE.
- 219
- navires de fer, mus par la vapeur, et les opérations à court terme.
- « Cette transformation était prévue, mais qui aurait annoncé, au moment où les premières fabriques de gaz pour l’éclairage s’établissaient dans les villes et y répandaient leur noir goudron, qu’il sortirait bientôt de ces résidus infects et sales des parfums recherchés et les couleurs les plus brillantes et les plus pures, une révolution industrielle et agricole? Qui aurait deviné qu’au moment où s’établissait la première fabrique de bougie stéarique, une liqueur inerte et douceâtre qui en sortait était destinée à fournir à la poudre de guerre un rival écrasant ?
- « A chaque instant, sous toutes les formes, la science s’occupe de vous. C’est elle qui a construit ces chemins de fer qui vous ont réunis ; c’est elle qui transporte ces dépêches télégraphiques que vous recevez. La vapeur a broyé le grain et séparé la farine qui produit votre pain; elle a cardé, filé, tissé, teint .et lustré le coton, le lin, la soie ou la laine dont vos vêtements sont formés. La poudre de guerre, mélange dû au hasard, avait changé la face du monde; le nitrate de méthylène, le coton-poudre, les picrates, la dynamite et tant d’autres combinaisons fulminantes dues à la science seront les agents d’une nouvelle évolution sociale. L’ancienne chevalerie couverte de fer avait disparu sous les coups du fantassin muni de l’arquebuse ; les puissants vaisseaux cuirassés ne résisteront pas à ces tirailleurs des mers dont les projectiles percent les blindages d’acier les plus épais.
- « Tandis qu’on calcule ici quelle résistance doit avoir l’enveloppe du navire pour braver les coups, on calcule ailleurs quelle masse et quelle vitesse il faudra donner au projectile pour briser le nouvel obstacle qu’on lui prépare. C’est un assaut de la science contre la science, image de la lutte universelle dans laquelle l’humanité s’engage par une application soutenue de la méthode scientifique à l’étude des problèmes de la nature. Lutte d’homme à homme, entre rivaux poursuivant la même industrie ; lutte de région à région, entre contrées du même pays, opposant l’une à l’autre des productions similaires ; lutte de nation à nation, mesurant leurs forces pour la production en temps de paix, leurs ressources pour l’attaque ou pour la défense en temps de guerre.
- « Ce serait donc en vain que vous diriez : je ne m’occupe pas de la science, elle aurait le droit de vous répondre : au moment même de votre naissance, j’avais tissé les langes qui vous ont reçu; pendant votre vie, je n’ai pas été un seul instant étrangère aux actes de votre existence ; après votre mort, c’est encore en mon nom qu’on veut présider à la destruction ou à la conservation de votre dépouille mortelle. La science vous suit partout : respirer, c’est de la chimie ; marcher, c’est de la mécanique; à tous les moments, sans y penser, nous en faisons tous. Qu’on le veuille ou non, il faut accep-
- ter la science pour compagne, la posséder ou en être possédé : si vous ignorez, vous êtes son esclave ; si vous savez, elle vous obéit.
- « L’avenir appartient à la science. Malheur aux peuples qui fermeraient les yeux sur cette vérité! Ces sublimes esprits, absorbés dans la contemplation désintéressée de l’univers, les Galilée, les Ké-pler, les Laplace, les Lavoisier, ont ouvert aux hommes des sources intarissables de richesse; ils ont donné aux pouvoirs de l’État l’instrument souverain et universel de la force ; ils ont doté le plus humble des citoyens du privilège de monter aux premiers rangs, sans autre capital que le travail et l’étude ; en créant la science moderne, ils ont livré un vaste et libre domaine à toutes les activités ; ils ont découvert un nouveau monde, inépuisable dans sa fertilité.
- « En dehors de l’âme, de son origine et de sa fin, qui sont du domaine de la foi, le reste de l’univers appartient à la science, qui est du domaine de la raison. Avec Pascal, il est vrai, l’homme aurait le droit de dire à l’univers tombant sur lui pour l’écraser : je suis plus noble que celui qui me tue ; je sais qu’il m’écrase et il ne le sait pas! Mais cet univers passif n’est pas seulement un spectacle aux harmonies sublimes offert à la contemplation de notre pensée qui le domine, c’est aussi la source où le corps qui sert d’asile temporaire à la pensée puise sa nourriture, le champ où l’homme trouve tout ce qui est nécessaire à sa conservation, à son bien-être, aux satisfactions de son ambition et aux ardeurs de sa curiosité.
- « Laissons l’âme à Dieu, la morale à la religion et à la philosophie, les passions humaines aux poètes et marchons résolument à la conquête scientifique de l’univers; le théâtre est assez vaste pour nos libres discussions. Appelons à nous, sur ce terrain pacifique et neutre de la philosophie naturelle, où toutes les victoires sont des bienfaits, où les défaites ne coûtent ni sang ni larmes, les cœurs que la grandeur de la patrie émeut ; c’est par la science et par les hauteurs de la science qu’elle ressaisira son prestige....
- « Il n’est pas donné à tous les hommes, dit en terminant 1 orateur, après avoir parlé des jouissances que donne à l’esprit l’étude de la nature, d’embrasser d’un même coup d’œil la marche des astres errants dans l’espace infini et les agitations obscures des particules invisibles de la matière ; mais lorsque Laplace s’écrie : « La courbe décrite par une sim-« pie molécule d’air ou de vapeur est réglée d’une « manière aussi certaine que les orbites planétaires, « il n’y a de différence entre elles que celles qu’y « met notre ignorance; » son âme émue nous apprend que les mathématiques ont leur poésie et nous laisse entrevoir à quelle hauteur il faudrait s’élever pour jouir pleinement du spectacle réservé au génie par les splendeurs de la création. »
- Après ce discours, qui a produit une vive sensation dans l’auditoire, M. Moinier, maire de Cler-
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- LA NATURE.
- mont, a développé, avec beaucoup de chaleur de sentiment, cette pensée que c’était un grand honneur, pour Clermont, de recevoir l’Association française. M. A. Cornu, secrétaire général, a résumé, selon l’usage, 1 histoire de l’Association depuis le dernier congrès, et il a annoncé que l’Association a été reconnue d’utilité publique par décret du président de la République à la date du 9 mai 1870.
- « .... Nous devons, à cette occasion, dit M. le
- secrétaire général, remercier notre honorable trésorier, M. Georges Masson, qui, depuis l’origine, supportait, sous son nom personnel, la lourde responsabilité des deniers de l’Association, avec un dévouement et un zèle dont nous ne saurions lui être trop reconnaissants.
- « Nous devons également un vif témoignage de gratitude à Al. d’Eichthal qui, le premier, s’est préoccupé de faire reconnaître l’Association comme établissement d’utilité publique, et n’a cessé depuis, comme membre du conseil ou comme président, de poursuivre ce but avec ardeur ; quand ce résultat a été obtenu, il n’a pas considéré sa tâche comme terminée, et, pour fêter le joyeux avènement, il a fait un don de 10 000 b ancs à l’Association. »
- Après l’allocution de M. Cornu, M. G. Masson, trésorier de l’Association, a lu le compte rendu financier de l’exercice 1875. Au 31 décembre 1875, le capital de 1 Association était de 190 871 francs 48 centimes représenté par 10 875 francs de rente 5 p. 100.
- - — La suite prochainement. —
- ÉCHELLES ET PÊCHERIES
- |américaines.
- Parmi les opérations si grandioses et si sérieusement étudiées que conduisent depuis quelques années les ingénieurs des pêches aux États-Unis, pour arriver au repeuplement complet de leurs eaux douces et salées, il faut mettre au premier rang les échelles qu’ils ont semées sur toutes leurs rivières •de manière à assurer la remonte facile du poisson,
- et, par suite, le repeuplement naturel des eaux élevées. Les principales espèces anadromes, dont on favorise non-seulement le repeuplement par la reproduction artificielle, mais encore la multiplication naturelle, sont : les Saumons, Y Alose et le Gaspe-reau. Chacune de res espèces appartient à des familles très-différentes, et, par suite, possède un pouvoir remontant très-variable. Il a donc fallu étudier, non-seulement la forme des échelles qui convenait, d’abord, aux circonstances spéciales de lieu et, secondement, aux espèces dont il s’agissait de favoriser la remonte.
- Les trois espèces dont il s’agit remontent les rivières au printemps ou au commencement de l’été, afin d’arriver aux endroits qui leur semblent convenables pour déposer leurs œufs. Le Saumon arrive
- tout à la fois plus tôt, ou plus tard que les autres espèces et gagne immédiatement ses lits de pontes dans les eaux supérieures où il demeure , dans les endroits tranquilles, jusqu’à l’automne suivant, sa saison de frai. L’Alose arrive alors que les rivières sont encore en grandes eaux, plus tard que les premiers et plus tôt que les derniers convois de Saumons : elle pond très-peu de temps après son arrivée dans quelque endroit de la rivière à courant moyen. Elle ne remonte pas si haut que le saumon et n’entre jamais, comme lui, dans les ruisseaux. Le Gas-pereau arrive par petites troupes, en avance sur l’alose, mais la plus grande quantité arrive en même temps qu’elle et pond souvent dans les eaux tranquilles des petites rivières, mais plus généralement dans les lacs et les étangs mêmes les moins considérables ; pour y arriver, il remonte, s’il est nécessaire, le plus petit ruisseau.
- Ce qu’on peut regarder comme un caractère très-remarquable, et commun à ces trois espèces émigrantes, c’est leur retour pour frayer aux eaux mêmes dans lesquelles elles sont nées. Aussi, chaque cours d’eau, pour ainsi dire, chaque bras, chaque lac, chaque étang possède son armée propre de poissons migrateurs vivant et croissant dans la mer, mais quittant à chaque saison l’eau salée pour accomplir le grand acte de la reproduction.
- L’instinct qui les guide vers les eaux où ils sont
- Fig, 1. — Echelle à sillon oblique., (leJPcnsylvanie,
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- LA NATURE.
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- nés est tellement puissant, s’il n’est pas infaillible, que le nombre (le ceux qui manquent au retour est extrêmement minime. Le Gaspereau, d’une taille assez petite, ne suit le grand courant que quand il le peut, autrement il s’accommode de tout autre endroit. Il s’avanoe en troupes énormes qui semblent mues par une impulsion unique. 11 marche surtout vers la fin du jour, et un bel après-midi de soleil paraît son moment favori : à la nuit, il se retire au fond, et, demeurant dans les endroits tranquilles, attend que l’après-midi du lendemain l’engage à se mettre en mouvement.
- Autant nous avons peu de chose à dire du Saumon et de l’Alose américains, dont nous possédons les analogues dans nos eaux, autant il nous sera permis de nous arrêter devant cet Alewife ou Hareng d'eau douce (Pamolobus medio-cris) qu’il faut bien se garder de confondre avec le Hareng de mer (Glu-pea Elongata ) et dont nous ne possédons pas d’analogues. C’est le poisson que nous avons nommé tout à l’heure du nom français de Gaspereau, sous lequel on le connaît là-bas dans quelques États. Il remonte de l’Océan, comme l’Alose, au premier printemps, dans les eaux saumâtres, puis dans les douces, et offre cet avantage de vivre volontiers dans les eaux dormantes,
- au lieu d’exiger une rivière pour' se développer. Dans les premiers temps, et avant la construction de digues dans les cours d’eau, cette espèce était très-abondante le long de la côte, et, tant salée que fraîche, formait une grande partie de la nourriture des populations. Sous beaucoup de rapports, ce poisson est supérieur au hareng de mer : il est d’ailleurs plus gros et a la chair plus fine. De toutes les espèces américaines, aucune ne se propage plus aisément que cet Alewife; et nous avons vu que, dès la fin de la première saison, ils redescendent à la mer pour-revenir dès qu'ils sont adultes à l’endroit où ils sont nés.
- Quand serons-nous en France assez intelligents pour nous approprier une semblable source de richesses?...
- Le nombre des échelles employées pour ouvrir aux diverses espèces que nous venons de citer un
- Fig. ‘2. — Filet à saumon dans la baie de Penobscot. (Conn.)
- passage commode vers les eaux supérieures est considérable déjà ; il le deviendra bien davantage encore lorsque les travaux entrepris par la commission seront terminés : leurs formes surtout sont très-différentes. Nous reproduisons ici une des plus intéressantes, à laquelle on donne le nom d’échelles à sillon oblique (fig. 1), et qui, employée en Pen-sylvanie, sert surtout pour les courants très-rapides. Au moyen de sillons tracés dans un plan oblique, on divise le courant en deux parties, qui tantôt roulent vers le bord, et tantôt sont ramenées l’une contre l’autre vers le milieu par un zig-zag régulier. Il se forme de cette manière, au-dessous des bouillons, une partie calme dans chacune des cases, et le poisson peut vaincre un courant qui, sans cela, eût été
- trop violent pour se laisser remonter.
- Après avoir vu uu des moyens employés pour favoriser l'ensemencement naturel des espèces , il n’est pas sans intérêt de considérer quelques-uns des outils employés pour les récolter. Nous en trouvons deux intéressants dans la baie de Penobscot (Connecticut). C’est d’abord un filet à saumon d’une disposition très-intelligente (fig. 2), rappelant de loin nos Paradières et nos Bourdigues de la Méditerranée; c’est, en second lieu, une pêcherie fixe tout à fait originale qui .s’approche un peu de nos Madragues. Toutes deux comprennent une grande chasse pour amener les poissons qui par troupes suivent, la côte; cette chasse est un simple filet droit tendu du bout, perpendiculairement à la côte, et ayant quatre mètres de hauteur. Le saumon, ayant rencontré la chasse, est conduit dans une première chambre, formée de filets verticaux, soutenus par des flotteurs et tendus, suivant la forme voulue, par des ancres mouillées à une distance suffisante, de manière à soutenir tout l’ensemble à la surface de l’eau, dont il ne touche pas le fond, éloigné souvent de trois ou quatre mètres au moins. 11 va sans dire que les. deux chambres ont un fond de filet. L’invention de ce genre d’engin est attribuée à un Anglais nommé Haliiday : avant lui, on n’eiuployait des filets qu’à une seule chambre. On emploie souvent aussi une autre disposition appelée Gang, comme qui dirait
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- LA NATURE.
- un atelier, en montant trois filets semblables placés l’un à la suite de l’autre sur la même chasse. Les poissons qui échappent au premier ou n’y entrent pas ont beaucoup de chance pour retomber dans le second ou le troisième.
- Nous donnons enfin le plan d’une pêcherie fixe usitée dans les mêmes eaux (fig. 3). Le poisson y est
- Fig. 3. — Pêcherie au filet fixe à saumon, dans la rivière de Penobscot (Conn.)
- également dirigé par une longue chasse joignant la pêcherie à la rive; on a même figuré, par de petites flèches, les courses que décriront naturellement la plupart des poissons qui rencontreront la chasse. L’entrée de la première chambre est assez large pour ne pas effrayer le poisson ; s’il rebrousse chemin avant d’entrer dans la seconde, il a beaucoup de chances pour être ramené à cette entrée par la forme même de l’engin ; une fois passé dans la seconde chambre, il arrivera à coup sûr dans la troisième, ou celle de la mort.
- Ces pêcheries du Penobscot ne sont pas extrêmement chères. On estime que l’une d’elles coûte 60 dollars, soit 300 francs par an : chaque année elles reviennent se mettre à leur même place que
- l’expérience a désignée favorable. Certaines des pêcheries de ces parages servent pour le saumon, d’autres pour le Hareng, d’autres enfin pour divers poissons; cela dépend de leur position dans la baie ou dans la rivière. H. de La Blakchère.
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- CHRONIQUE
- Le Frigorifique. — Nous avons décrit d’une façon complète les procédés au moyen desquels M. Ch. Tellier produit le froid artificiel par l’évaporation de l’éther mô-thylique, les méthodes que l’inventeur emploie pour conserver les viandes, et le navire qu’il avait le projet défaire construire pour rapporter en Europe la viande perdue en Australie, à la Plata, etc. (Voy. 2" année 1874, 2e semestre, p. 167 et 247, et 3* année 1875,1er semestre, p. 180). Ce projet a été mis à exécution par M. Tellier. Le navire le Frigorifique est parti de Rouen le 23 août dernier, au milieu d’une grande affluence de spectateurs, parmi lesquels les notabilités du département, et les représentants de l’Institut MM. l’amiral Paris, Milne Edwards, Fremy et Bouley.
- La Plata, où se rend le Frigorifique, est dans un état des plus précaires. Cette contrée ne possède cependant pas moins de 30 millions de bœufs qui sont tués seulement pour la peau et les cornes. Le succès de l’opération est donc pour ce pays une richesse qui ne pourra que s’accroître, et pour les classes laborieuses européennes une amélioration notable dans la vie à bon marché. Nous ajouterons, en outre, que l’entreprise intéresse l’humanité tout entière, puisqu’elle est appelée à améliorer la condition des pauvres.
- Les conséquences de l’ébonlement du Grand-Sable à. l’ile de la Réunion. — Notre correspondant de l’ile de la Réunion, M. le Dr B. Michel, nous envoie à ce sujet de très-curieux renseignements ; « Depuis la catastrophe du Grand-Sable, le quartier de Saint-André, commune de 10174 (dix mille cent soixante-quatorze habitants) est complètement privé d’eau potable. Les eaux de la rivière du Mât et du bras des Fleurs-Jaunes, jadis excellentes, sont encore aussi troubles, aussi sales qu’au lendemain de l’écroulement du Gros-Morue, il y a huit mois.
- Voici les conclusions du rapport fait par le chimiste chargé d’étudier la question. On peut conclure des analyses faites :
- 1° Que les eaux de Fleurs-Jaunes sont pures à leur origine ;
- 2° Que leur coloration est due à des matières argileuses et sulfureuses tenues en suspension, grâce à l’action délayante des eaux sur des roches désagrégées retenues prisonnières par une grosse roche basaltique ;
- 5° Qu’il est possible de faire sauter cet obstacle et de faciliter ainsi la sortie des matières argileuses qui troublent ces eaux ;
- 4* Qu’en tout état de cause, on peut rendre les eaux de la rivière du Mât potables, par une décantation préalable et une filtration;
- 5° Que ces eaux troubles sont propres à l’irrigation -, mais peuvent offrir des dangers pour l’alimentation des usines.
- Saint-Denis, le 27 juin 1876.
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- LA NATURE.
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- L’Alsace. — Nous extrayons d’une brochure que notre collaborateur M. Ch. Grad a écrite sur l’Alsace les quelques lignes suivantes : L’Alsace était au moment de l’annexion une des meilleures provinces de France, généreusement dotée d’avantages naturels dont l’industrie de ses habitants a tiré un parti admirable. Nulle part la richesse du sol ne rehausse mieux la beauté de la nature. En aucun pays l’abondance et la variété des produits ne sont plus relevés par le progrès incessant des méthodes d’exploitation. A elle seule, l’agriculture donne un rendement annuel de 190 000 000 francs. Chaque année la seule industrie cotonnière fabrique pour 240 000 000 francs de produits manufacturés. Une population de 1 200 000 habitants répartis sur un territoire de 8468 kilomètres carrés fournit près de 35 millions de contributions au trésor public, avec un contingent de 20 000 hommes pour l’armée.
- Exportation des fromages d'Amérique. —
- L’exportation des fromages d’Amérique a pris d’énormes proportions ; l’Angleterre enlève presque toute la quantité disponible de ce produit, qui est embarqué principalement à bord de steamers. L’élévation des prix du fromage américain sur le marché anglais a amené naturellement une augmentation correspondante sur le marché américain. La concurrence entre les acheteurs anglais est telle, qu’on n’attend pas que le produit soit arrivé sur le marché ; on va le chercher aux sources mêmes de production. Les embarquements pour l’Angleterre ont été pendant un temps d’environ cent mille boîtes par semaine ; en un seul jour, elles ont atteint le chiffre de soixante-cinq mille boites; c’est le chiffre le plus élevé qu’on ait vu en un seul jour.
- Fabrication de l’huile de bois en Suède. —
- Parmi les branches d’industrie qui, dans ces derniers temps, se sont établies avec succès en Suède, l’industrie de l’huile de bois occupe une place importante. Cette industrie cherche à utiliser les souches, les racines qui restent dans la terre, après que les forêts ont été abattues pour en faire des bois sciés ou équarris, et les arbres qui fournissent la résine. Ces matières premières sont soumises à une distillation sèche, c’est-à-dire qu’elles sont chauffées dans des cornues sans que l’air y ait accès : il se forme dans cette opération une certaine quantité de produits qui trouvent un emploi facile dans la vie journalière et dans diverses branches d’industrie. Outre l’huile de bois, ces matières fournissent de la térébenthine, de la créosote, du goudron, de l’acide acétique, du charbon de bois, des huiles de goudron, etc. L’huile de bois pour éclairage, telle qu’elie est produite actuellement dans les fabriques de Suède, n’est pas propre à être brûlée dans les lampes ordinaires de photogène. La grande quantité de carbone que cette huile contient la fait fumer. Elle exige donc des lampes spéciales, peu différentes d’ailleurs des lampes ordinaires de photogène, qui peuvent être facilement rendues propres à l’usage de l’huile de bois. Mêlée avec le photogène en certaines proportions, l’huile de bois peut même être employée dans les lampes ordinaires de photogène. Dans son état naturel et sans mélange, c’est l’huile d’éclairage la moins coûteuse, son prix est de 55 centimes le litre. Elle n’est pas sujette à explosion et dure à la consommation 35 pour 100 de plus que le photogène. Les arbres qui, à la distillation, donnent l’huile d’éclairage de bois sont, en général, le pin et le sapin. U y a dans le pays environ quinze fabriques, dont trois ont produit, en 1870, ensemble 15000 liti •es. (Chron. de la Soc d'acclimatation.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 août 1876. — Présidence de M. le vice-amiral PÂkis.
- La planète Lescarbault. — Ce n’est pas par ce temps de vacance qu’on s’attend à voir faire des travaux importants; c’est donc avec un plaisir d’autant plus grand qu’il est imprévu que nous entendons M. Le Verrier annoncer un fait qui comptera parmi les plus grandes découvertes astronomiques. On sait qu’il y a un grand nombre d’années, M. Le Verrier avait montré que l’étude des mouvements de Mercure amenait à conclure qu’il devait exister entre cet astre et le soleil une ou plusieurs planètes dont l’attraction expliquerait les perturbations observées. C’est quelque temps après qu’un médecin d’Orgères, M. le Dr Lescarbault, annonça avoir vu passer sur le disque solaire un point noir circulaire qui ne pouvait être autre chose que la planète demandée. M. le Verrier soumit au contrôle le plus sévère les faits annoncés par M. Lescarbault, et sa conclusion fut que la découverte était réelle. A Zurich, M. Wolff signala alors d’anciennes observations de Meissier et d’autres d’où l’on pouvait penser que la planète avait été vue plusieurs fois et même que son année était de 42 jours.
- Malheureusement les observateurs qui voulurent voir le globe de M. Lescarbault furent longtemps malheureux. M. Coumbary, astrononome de Constantinople, assura bien l’avoir revu, mais l’époque de son observation ne parut pas favorable au succès qu’il prétendait avoir obtenu, et les choses restèrent douteuses.
- Cela posé, M. Le Verrier dépose sur le bureau de l’Académie une lettre de M. Wolff (de Zurich) annonçant que l’astre cherché a été vu le même jour par trois observateurs situés en des points très-différents : M. Wolff lui-même, à Zurich, M. Weber, à Peklo, en Allemagne, et M. Schmidt, à Athènes. Depuis l’observation deM. Lescarbault il s’est écoulé 6216 jours, ou exactement, 148 fois 42 jours. La durée de révolution de la planète intra-mercurielle est donc confirmée encore.
- Effets de foudre. — L’orage du 18 août a présenté diverses particularités non encore signalées et dont on doit la connaissance à M. Trécul et à M. Planté. Le premier de ees observateurs était, pendant l’orage, à écrire devant sa fenêtre ouverte. De grands éclats de tonnerre, qui semblait tomber dans le voisinage, eurent lieu à plusieurs reprises. Durant les plus rapprochés M. Trécul vit de petites colonnes lumineuses descendre obliquement jusque sur son papier. La longueur de l’une d'elles était d’environ 2 mètres et sa largeur la plus grande de 15 centimètres. Obtuses à l’extrémité la plus éloignée, elles s’atténuaient graduellement et n’avaient plus que trois à quatre centimètres à la surface de la table. « Leur apparence était celle d’un gaz enflammé, dit l’auteur, leurs contours mal définis; leur couleur peu intense était jaune légèrement rougeâtre, comme celle de beaucoup de flammes ; mais à la surface du papier, où elles s’agitaient pendant 4 ou 5 secondes, elles avaient des teintes plus vives. Je ne remarquai pas bien la couleur de cette partie inférieure de la première, mais la déuxième présentait de vives couleurs (jaune, vert et bleu) de l’arc-en-ciel ; la troisième était d'un très-beau bleu avec affaiblissement de ton, presque blanche au contact du papier. » Pas de détonation, pas d’odeur; le phénomène repart comme il était venu et l’auteur n’a ressenti aucune secousse.
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- LA NATURE.
- M. Gaston Planté était au même instant sur les hauteurs de Meudon, et c’est de là qu’il a vu l’éclair qui a foudroyé à la fois le boulevard de Vaugirard, la rue d’Assas et d’autres points. Cet éclair s’est élancé de la nue vers le sol en décrivant une courbe semblable à un S allongé et qui est resté visible pendant un instant appréciable et formant comme un chapelet de grains brillants disséminés le long d’un filet lumineux très-étroit. Suivant l'ingénieux auteur «cette formation de grains lumineux alternant avec des traits de feu est une conséquence de l’écoulement du fluide électrique au travers d’un milieu pondérable ; elle est tout à fait analogue soit au chapelet de globules incandescents que présente un long fd métallique fondu par un courant voltaïque et dont les extrémités restent un instant suspendues en fusion aux pôles de la pile, soit encore aux renflements et aux noeuds résultant de l’écoulement de toute veine liquide. » Ce qui donne à ces importantes observations un intérêt tout particulier c’est que les éclairs chapelets de M. Planté constituent comme une forme transitoire entre les éclairs rectilignes et la foudre globulaire proprement dits. Déjà l’auteur, par des expériences connues de nos lecteurs, a jeté sur ce dernier phénomène une vive lumière ; tout porte à penser que c’est à lui qu’est réservé l’honneur de l’élucider entièrement.
- Fermentation. — Il résulte d’expériences entreprises par M. de Luca, professeur à Naples, que des fruits et des feuilles abandonnés dans l’acide carbonique ou dans l’hydrogène absolument privés d’air entrent au bout de quelque temps en fermentation véritable. De l’alcool et de l’acide acétique se produisent dans le premier gaz, de la inannite avec le second, mais pas plus dans un cas que dans l’autre on ne voit apparaître de ferments organisés. C’est là, si le fait se confirme, quelque chose de bien nouveau et qui pourrait bien conduire à des conséquences importantes.
- Un nouveau journal. — M. Faye annonce une publication très-intéressante de M. Rudolph Wolff, que nous nommions déjà tout à l’heure. C’est un journal à périodicité irrégulière, consacré exclusivement à l’étude des taches solaires et surtout du mystérieux rapport qui semble exister entre elles et les phénomènes du magnétisme terrestre. 11 est impossible de comprendre de quelle nature peut être le lien qui relie deux ordres de faits si différents, mais les données acquises depuis 1610, c’est-à-dire depuis plus de deux siècles et demi, montrent une coinci-dence constante et parfaite entre eux.
- Satellites de l'étoile polaire. — La polaire est dotée d’un satellite de 9e grandeur signalé depuis longtemps, mais un astronome d’Anvers, M. de Boë, annonce avoir découvert deux autres étoiles de 14e grandeur, qui tournent également autour du même centre. On se dispose à vérifier cette découverte à l’Observatoire de Paris.
- Stanislas Meunier.
- MAMMIFÈRES FOSSILES
- DU DAKOTA ET DU NEBIÎASKA ( ÉTATS-UNIS ).
- Un géologue américain, M. Leidy, a récemment découvert plusieurs fossiles nouveaux dans le Dakota* et le Nebraska, aux Etat-Unis. Nous empruntons au Wheeler annaal Report of the United Stades geolo-yical Survey of the Territories la description qu’il donne du Procamelus occidental.
- Le crâne de cette espèce ressemble assez à celui du lama ; seulement il est plus allongé, comme on peul le voir en examinant les caractères dentaux. Je suis aussi à même, dit M. Leidy, de démontrer sur cette espèce, commeje l’ai déjà fait à propos du Procamelus her-terodontus, la présence de la deuxième dent incisive. Comme le spécimen décrit n’est pas tout à fait adulte, la première paire n’est pas visible, mais la bordure alvéolaire est creusée dans sa posilion normale. Une cavité étendue est située au-dessus de la série prémolaire postérieure des dents et contracte fortement le milieu de la partie faciale du crâne. La position antérieure de l’os maxillaire est concave et surploni-blée par les régions superjacentes , ce qui produit une deuxième cavité, contractant la face palatale. Ces cavités sont représentées par des rudiments dans le Lama anchenia. Ajoutons que les cavités connues cornmelarmiers dans les cer-vidœ sont bien développées chez cette espèce-ci ; car elles se montrent souvent aussi grandes que chez le lama et tout à fait égales à celles que possède un daim. Le foramen supraorbital communique avec la bordure des sourcils par une assez large fissure ; l’os lacrymal a un certain développement. Le crâne rassemble à celui du lama dans sa crête sagittale modérée, dans son processus paramastoïde oblong; l’ulna et le radius sont entièrement coossifiés. Le carpe offre les caractères des Camelidœ en l’absence du trapezium. 11 n’y a que deux métacarpes qui, chez le spécimen décrit, ne sont coossifiés que dans leur moitié la plus rapprochée. Comme la dernière dent mollah e n’a poussé qu’aux deux tiers, le présent animal n’est pas complètement adulte; dans un spécimen plus âgé, cette dent est évidemment complète. En thèse générale, le Procamelus occidentalis ressemblait beaucoup au lama.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiee .
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 171. — 9 SEPTEMBRE 1876.
- LA NATURE.
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- LES MOUSSES
- Sous l’herbe des bois, sur les rochers, à l’abri des fleurs qui croissent au bord des ruisseaux, ou bien encore sur l’écorce des grands arbres, en haut des vieilles murailles, sur les toits de chaume, se trouve une infinie variété de petits mondes ignorés et charmants. Il est bien facile de faire connaissance avec eux. Etendez-vous, par exemple, à l’ombre d’un taillis ; regardez attentivement, de très-près, sous les plantes qui forment l’herbe. Ecartez de votre esprit toute idée comparative de grandeur entre ce que vous voyez et vous ; concentrez vos rayons visuels le plus près possible. Restez ainsi quelques instants. Dégagé de la notion des proportions relatives à votre indi-
- vidu, vous agrandirez forcément par la pensée les objets qui sont devant vous et vous verrez se dérouler sous vos yeux un étrange paysage.
- Ce sont des forêts de végétaux bizarres; leurs feuilles sont claires et transparentes, avec une fine nervure plus sombre au milieu. Leurs tiges brunes ou rougeâtres se dressent côte à côte, ou bien rampent longuement en se ramifiant sur le sol. Il en est qui se terminent par des involucres rouges ou jaunes, qui font songer à des fleurs. Au sommet d’un grand nombre d’entre elles, sur les rameaux latéraux de quelques autres ou partant des tiges rampantes, surgissent de tous côtés, portées sur de longs pédicelles, des urnes brunes de formes variées qui semblent être les fruits de ces plantes. Elles sont arrondies ou terminées par une longue pointe, ovoïdes ou cylindri-
- Fig. 1.— A. Sports.— B. Spore germant (grossissement, 500). —G. Protonéma sorti delà spore, portant enl),0 de jeunes Bourgeons
- de tiges feuillées (grossiss., 100).
- Fig. 2. — A. Jeune tige feuillée (grossiss., 20). — B. Bourgeon florifère, avec archégones et anthéridies, entremêlés de poils
- (paraphyses) (gr.,50).
- ques, retombantes ou dressées. Les plus jeunes, encore vertes, sont revêtues au sommet par une fine membrane translucide en forme de coiffe; d’autres plus âgées, s’ouvrent à leur partie supérieure par un petit couvercle arrondi qui laisse entrevoir en dedans une petite rangée de dents rouges élégamment fim-briées. Dans les urnes tout à fait mûres et ouvertes on peut apercevoir de minuscules sphères prêtes à s’échapper ; ce sont sans doute les graines. Plus loin, sous les tiges régulièrement recouvertes de feuilles uniformes, on observe parfois, brillant dans un rayon de soleil, des amas de filaments verts enchevêtrés ; çà et là des tiges flexibles à feuilles den-ticulées vont d’une plante à l’autre. Ce sont les lianes de cette forêt lilliputienne qu’anime la vie des insectes.
- Au printemps ou à l’automne, quand vous rencontrerez dans un village un de ces vieux murs bas,
- 4* année. — 2* semestre.
- à moitié désagrégés par le temps, qui bordent souvent les chemins conduisant aux champs, approchez-vous et examinez avec soin la partie supérieure du mur, aux endroits les moins encombrés par la végétation des séneçons, des géranium sauvages, des lamium et des saxifrages.
- Vous retrouverez là, mais sous d’autres apparences, avec un aspect bien différent, des végétaux analogues à ceux que vous avez examinés sous l’herbe des bois. Ici, les tiges sont agglomérées en touffes serrées, placées les unes à côté des autres; les pédicelles se détachent nombreux, au-dessus du velours des feuilles et dressent en l’air leurs urnes colorées. Ces îlots de végétation ont les tons les plus divers. Les uns sont d’un vert sombre, noirâüe; d’autres sont pubescents, soyeux ou comme poussiéreux et portent des capsules qui s infléchissent et se replongent dans les feuilles ; de place en place, quelques-
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- LA NATURE.
- uns tranchent par un vert vif et gai, ou se distinguent par une teinte claire élégamment argentée.
- Sur les rochers, sur les vieux arbres, au bord des fontaines, vous pourriez revoir ainsi, dans toutes ses délicates variations, ce séduisant monde des mousses.
- Mais, si agréable qu’il soit à voir, il ne suffit pas de le contempler. On peut vouloir le connaître plus intimement, savoir quelle est la vie de ces charmantes petites plantes, comment elles naissent, se nourrissent, croissent, se propagent, fleurissent, fructifient. Si nous voulons faire cette étude, prenons, par exemple, un certain nombre de ces toutes petites sphères, qu’on appelle spores (fig. 1, A), que renferment les capsules mûres et que nous sommes portés à prendre pour des graines. Semons-les dans la terre humide: puis suivons leur développement jusqu’à ce que nous arrivions à un organe qui reproduise ces mêmes spores ; nous aurons ainsi parcouru tout le cycle de la végétation des mousses et nous en aurons pu étudier successivement toutes les fonctions. Celles de ces spores qui se trouveront dans les conditions convenables d’humidité, de chaleur et d’aération vont germer. La membrane externe de la spore se rompt, tandis que sa membrane interne s’allonge en une expansion cylindrique, qui surgit au-dehors (fig. 1, B). Puis ce tube, d’abord incolore, s’accroît par son extrémité en se cloisonnant de temps en temps de façon à constituer une file de cellules. Il ne tarde pas à se ramifier sur le sol et dans le sol. La partie souterraine se colore en brun et ses ramifications latérales peuvent jouer le rôle de racines en absorbant les matières nutritives de la terre; quant aux filaments cellulaires, ra-meux, qui sont restés à l’air libre et à la lumière, ils développent dans leurs cellules la matière verte appelée chlorophylle, qui joue un rôle si important dans la nutrition des végétaux en leur permettant de s’assimiler le charbon que renferme l’acide carbonique de l’air (fig. 1, C).
- On a appelé protonéma l’ensemble de ces filaments verts ou bruns qui sortent de la spore des mousses et constituent leur premier appareil végétatif. On ignorait autrefois cette première phase de leur existence et les botanistes avaient même classé parmi les algues voisines des Conferves ces filaments verts du protonéma que l’on rencontre si souvent au milieu des tiges de mousses plus âgées. C’est qu’en effet ces files de cellules vertes rappellent tout à fait certaines algues ; tandis que les parties brunes ou incolores ressemblent à s’y méprendre au mycélium de beaucoup de champignons.
- Jusqu’à présent, dans cette plante informe qui se nourrit par des tubes jouant le rôle de poils radicaux, qui assimile par la chlorophylle de ses rameaux aériens, il nous est impossible de reconnaître une mousse analogue à celle d’où nous avons pris les spores.
- Mais si nous continuons à suivre avec attention le développement du protonéma, nous apercevrons bientôt, si nous examinons au microscope, des renfle-
- ments cellulaires qui se forment à la base de certains tubes, toujours un peu au-dessous d’une cloison (fig. 1, D). La cellule qui se produit ne tarde pas à se cloisonner elle-même transversalement pour en former plusieurs autres, laissant à la partie supérieure une cellule terminale qui se sépare rapidement sur ses faces en donnant naissance au-dessous d’elle à un grand nombre de cellules.
- Cet accroissement se fait d’une façon identique à celui que nous pourrions observer à la partie supérieure d’une jeune tige de mousse en voie de croissance. Les renflements cellulaires qui se produisent de place en place sur les tubes protonémiques ne sont pas autre chose, en effet, que des bourgeons de mousses; c’est le début des tiges fouillées comme nous pourrons nous en assurer en étudiant leur évolution complète.
- Ainsi c’est le protonéma sorti de la spore, et dont les filaments peuvent couvrir en certains cas jusqu’à plusieurs décimètres carrés de surface, qui donne naissance en un très-grand nombre de ces points aux tiges feuillées. C’est ce qui explique la disposition en touffes et en mamelons serrés que prennent si souvent les mousses ; leurs tiges sont nées côte à côte d’un même protonéma et sout toutes, en somme, issues d’une seule spore.
- La cellule terminale de chacun de ces bourgeons a le plus souvent la forme d’un tétraèdre dont une face un peu bombée serait à l’extérieur, les trois autres faces étant situées vers l’intérieur du bourgeon. La cellule se divise successivement en segments sur ses trois faces internes, et ces segments, qui proéminent un peu au dehors, se divisant à leur tour en un grand nombre de cellules, forment par leurs bases le tissu de la tige et en dehors donnent chacun naissance à un limbe qui se colore en vert par la chlorophylle. C’est de cette façon que se forment les feuilles des mousses, le plus souvent disposées suivant trois lignes par suite de la division en trois de la cellule terminale.
- Prenons une des feuilles qui viennent de se former et regardons-la au microscope. Nous apercevrons au milieu, de la base au sommet, une ligne formée de cellules plus allongées et plus serrées que les autres et qui divise la feuille en deux parties symétriques. C’est ce qu’on peut appeler la nervure médiane, bien qu’elle ne soit pas constituée comme les nervures des plantes supérieures. Les mousses, en effet, ne possèdent pas de vaisseaux pour conduire la sève; ce sont des plantes uniquement cellulaires, et la circulation s’y fait de cellule à cellule, par endosmoses successives à travers leurs parois. On peut cependant, jusqu’à un certain point, considérer ces faisceaux de cellules allongées, qui se trouvent au milieu des feuilles et qui vont souvent rejoindre un faisceau semblable situé au centre de la tige, comme l’ébauche d’un système vasculaire; d’autant plus qu’en bien des cas la circulation y semble être plus spécialement localisée. Les feuilles des mousses sont I assez uniformes : elles nesout ni ramifiées ni pétiolées.
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- Après les avoir laissés se développer pendant un temps assez long, revenons à l’examen de nos tiges feuillées(fig. 2, A). Lorsqu’elles ont acquis une certaine grandeur, le protonéma disparaît en général. Chaque tige vit indépendamment et pour son propre compte ; produisant vers sa base un grand nombre de filaments nouveaux qui s’enfoncent en terre et qu’on peut comparer aux racines des végétaux supérieurs. Par ces filaments et par la matière verte abondamment développée en petits grains dans les cellules de toutes les feuilles, la mousse peut s’assimiler les éléments inorganiques, croître, se ramifier même souvent et atteindre sa plus grande taille.
- C’est alors que nous pourrons remarquer, sur quelques-unes de ces tiges, des bourgeons latéraux ou terminaux qui diffèrent des plus serrées ; elles ont changé d’aspect, elles se rétrécissent et se terminent en pointes aigiies.
- Prenons cette sommité de tige, coupons-là longitudinalement et observons avec une simple loupe. Nous verrons à l’intérieur de ces feuilles de petits organes allongés de forme particulière, entremêlés de poils spéciaux. Ce sont là les fleurs des mousses (fig. 2, B).
- Dans cet ensemble de feuilles modifiées qui entoure les fleurs (et que l’on nomme périchèze) nous nous apercevrons qu’il existe deux sortes d’organes, Les uns, situés vers le milieu dans le cas qui nous occupe, ressemblent à de petites bouteilles vertes, arrondies vers la base, dont le col se prolonge assez longuement à la partie supérieure ; les autres sont des masses cylindriques d’un rouge jaunâtre, placées tout autour, brièvement pédicellées.
- Les premiers sont les organes femelles ; on les appelle archégones. Les seconds sont les organes mâles; on les appelle anthéridies.
- Pour comprendre le rôle de ces différents organes il est nécessaire d’étudier leur structure d’une manière un peu plus approfondie.
- L’archégone est figuré d’après une coupe faite de la base au sommet, vue à un assez fort grossissement (fig. 5, D). On voit que la bouteille est creuse à l’intérieur. A la partie supérieure du ventre, à la base du col, il s’est formé une cellule spéciale arrondie. Cette masse protoplasmique, qu’on nomme oosphère, n’est pas autre chose que l’ovule contenu dans l’ar-chégone, c’est la cellule femelle qui, fécondée, deviendra l’œuf. Quant au col il est rempli par une sorte de mucilage qui résulte de la transformation de ses cellules centrales ; sa partie terminale est d’abord fermée.
- Examinons maintenant l’anthéridie (fig. 3, A) ; nous la trouverons composée d’une masse de petites cellules régulières contenues dans une assise de cellules colorées qui forment la paroi. Si nous observons avec un très-fort grossissement (fig. 3, B), chacune de ces cellules internes nous présentera, an milieu d’un protoplasma granuleux, une petite hélice repliée sur elle-même. En suivant la croissance d’une telle cellule, on voit d’abord les gra-
- nulations du protoplasma animées d’un mouvement de trépidation très-vif, puis elles viennent se fixer sur l’hélice lorsque celle-ci s’est tout à fait constituée. La petite spiricule se met alors à se mouvoir tout entière dans l’intérieur de la cellule-mère. Enfin, si la cellule est mise au contact de l’eau, on voit la spire sortir et tourbillonner dans le liquide en se mouvant au moyen de deux fins cils vibratils aussi longs qu’elle, qui sont attachés à son sommet. C’est cette portion de cellule de l’anthéridie, devenue mobile, qui va devenir l’organe fécondant. On l’appelle un anthérozoïde (fig. 3, C.)
- Et maintenant, que se passe-t-il au moment delà fécondation?
- Lorsque les anthéridies sont mûres, elles s’ouvrent au sommet par un opercule irrégulier et laissent échapper en masse leur contenu intérieur (fig. 3, A) Ce contenu arrive au contact de l’eau, pluie ou rosée, qui recouvre les mousses et qui peut s’être accumulée dans les feuilles périchétiales. Aussitôt tous les petits anthérozoïdes se mettent en mouvement ; leurs spires mues par les cils vibratils tournoient dans l’eau et se précipitent avec rapidité dans toutes les directions.
- Mais, pendant que l’appareil mâle se développe, l’archégone mûrit aussi. Lorsque l’oosphère qu’il contient est prête à être fécondée, le mucilage qui remplit le col de la bouteille (fig. 3. D), s’en retire peu à peu ; il vient se condenser en une toute petite boule placée à l’extérieur, à l’entrée du col qui s’est ouvert pour se terminer en entonnoir.
- Cet amas mucilagineux extérieur semble jouer un certain rôle dans la fécondation; il est, pour les anthérozoïdes, comme un avertissement de la présence de l’archégone. L’un d’eux vient-il à rencontrer cette petite boule, il est arrêté par elle, puis entre brusquement dans le col de la bouteille, comme un tire-bouchon. Il pénètre ainsi par un mouvement de vis jusque dans l’archégone et vient se fondre dans l’oosphère.
- Les deux masses protoplasmiques de l’oosphère et de l’anthérozoïde se contractent et se fusionnent pour n’en former plus qu’une seule qui s’entoure immédiatement d’une membrane d’enveloppe. L'ceuf est formé.
- Disons tout de suite qu’il y a des mousses où les anthéridies et les archégones sont placés dans des périchèzes spéciaux sur la même tige ou sur des tiges différentes. Il peut y avoir ainsi des pieds mâles et des pieds femelles d’une même espèce de mousse. En ce cas les anthérozoïdes ont un bien plus long chemin à parcourir pour arriver jusqu’au col de l’archégone. Sont-ils transportés par le vent, ou bien font-ils le trajet dans l’eau en suivant lorsqu’il a plu tout le contour humide des mousses et du sol ? C’est ce qu’on ignore. Le fait est qu’ils trouvent moyen d’arriver, par un procédé quelconque et que la fécondation a lieu tout aussi bien dans ces mousses-là que dans les autres.
- L’œuf est formé, Ya-t-il se détacher de la plante»
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- comme cela se passe chez des algues, pour aller donner naissance au dehors à un nouvel individu ? Va-t-il se développer en un embryon, comme chez les plantes supérieures, et constituer nne graine qui pourra être rejetée à l’extérieur pour reproduire la plante ? Il ne va suivre ni l’un ni l’autre de ces modes de développement. L’œuf des mousses germe sur place et donne naissance à un appareil particulier (appelé sporogone), qui est, en quelque sorte, un individu grellé sur l’individu primitif.
- On sait que chez les animaux et les végétaux inférieurs on connaît de fréquents exemples de phénomènes qn’on a nommés : générations alternantes. Une génération d’individus sexués, par exemple, pro. duit des œufs qui donnent une génération d’indivi-
- dus asexués; ceux-ci produisent sans fécondation des spores qui, à leur tour, donnent naissance à des individus à sexes séparés et ainsi de suite. C’est ce qui se produit chez beaucoup de polypes hydraires, chez les pucerons (le phylloxéra par exemple). Dans le règne végétal la plupart des végétaux cryptogames présentent les mêmes phénomènes.
- Eh bien, chez les mousses, les tiges feuiliées à archégones et anthéridies représentent la génération sexuée. Nous venons de voir comment elles forment des œufs par la réunion de l’élément mâle et de l'élément femelle. Ces œufs produisent les sporogoncs qui représentent la génération asexuée des mousses. Ce sont en effet ces organes nés de l’œuf de l’arché-gone qui donnent naissance sans fécondation à ces
- Fig. 3. — A. Anthéridie laissant échapper son contenu de cellules et d'anthérozoïdes (grossiss., 300). — B. Portion du tissu antérieur de l’anthéridie, cellules où se sont formés les anthérozoïdes (grossiss., 800). — C. Anthérozoïdes libres, munis de leurs deux cils vibratils (grossiss., 800).
- Fig. A.— A. Sommité florifère après la lécondation d’un archégone. Le sporogone, né de l’œuf, se développe en cylindre allongé (gros., 20. — B. Suite du développement du sporogone qui déchire la paroi de l’archégone en s’accroissant (gros., 20). — C. Sporogone formé, le pied sort de le vaginule et supporte la capsule surmontée de la coiffe (gros., 20). — D. Capsule après la chûte de la coiffe (gros., 20). — E. Capsule après la chûte de l’opercule (gros., 20).
- petites sphères que nous avons semées et qui ne sont autre chose que des spores ; et nous avons constaté que ce sont des individus sexués qui sortent de ces spores.
- Voyons maintenant comment se constitue, grandit et mûrit ce sporogone.
- La cellule qui constitue l’œuf, après s’être entourée d’une membrane ne tarde pas à se diviser en plusieurs autres. 11 se forme alors dans Larché, gone un corps cellulaire qui grandit en s’allongeant (fig. 4, A). Les parois s’accroissent alors elles-mêmes et l’ensemble prend une longueur vingt ou trente fois plus considérable; l’extrémité dn sporogone naissant repoussant devant elle les débris du col de la bouteille qui persiste encore longtemps.
- Puis, vient un moment où la croissance du sporogone interne l’emporte sur celle des parois ; alors J
- sous l’effort de l’élongation du corps nouveau, elles se déchirent irrégulièrement (fig. 4, B). 11 reste, ainsi à la base du sporogone, une partie de l’archégone accru qui lui font une petite collerette (vaginule), tandis que les débris du reste de l’archégone sont entraînés à son sommet où ils forment une membrane scarieuse ; elle constitue ce qu’on a appelé la coiffe.
- Mais pendant que cet individu sorti de l’œuf continue à grandir, on voit sa partie supérieure se renfler tandis que sa hase s’effile enpédicelle. 11 ne naît pas de feuilles sur son pourtour ; sa nourriture est prise en grande partie à la plante-mère. Les organes respiratoires y sont parfois représentés par quelques stomates, petites ostioles ouvertes dans l’épiderme, et qui facilitent le contact des cellules internes avec l’atmosphère.
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- Le renflement produit au sommet du pédicelle prend peu à peu une forme déterminée. Là vont se développer les spores ; aussi appelle-t-on cet organe sporange. C’est ce qu’on a nommé la capsule, et quelquefois, à tort, le fruit des mousses (fig. 4, C).
- Cette capsule prend les aspects les plus différents dans les diverses espèces de mousses. Bornons-nous pour le moment à décrire l’organisation de celles que nous avons sous les yeux, qui se sont formées dans les archégones fécondés des tiges feuillées que nous étudions.
- Nous y voyons tout d’abord la coiffe qui recouvre le bec et la partie supérieure de la capsule, comme un capuchon. Au bout de quelque temps, cette coiffe se détache de plus en plus et tombe, par son propre poids ou entraînée par le vent. La capsule nous ap-
- paraît alors à découvert (fig. 4, D), et nous nous apercevons qu’elle se termine par un disqne arrondi plus coloré que le reste du sporange et prolongé en son milieu par un bec allongé. Ce disque, c’est l’oper-cule. Laissons la capsule mûrir et nous verrons cet opercule se détacher à son tour sous l’impulsion d’un anneau de petites cellules élastiques, très-hygrométriques, situées à sa base. Il tombe et laisse voir au sommet de l’urne une double rangée de charmantes petites dents colorées qui la maintiennent encore close (fig. 4, E). Ce sont les dents du yéristome qui fournissent aux bryologues, par leur diversité, des caractères importants pour la distinction des genres et des espèces. C’est surtout lorsqu’on les examine au microscope que leurs couleurs, leurs fines découpures, leurs élégants contours ser-
- Fig. 5. — A. Mnium punctatum.— B. Bartramia pomiformis. — C. Fissidens taxifolius.
- Fig. 6. — A. Godet de Tetraphis pellucida avec ses propagules (gros., 100). — B. Tetraphis pellucida portant des goiets à propa-gules. — G. Aulacomnium androgynum avec ses sphères de propagules. — D. Polytrichum formosum, sommité de la tige mâle, — E. Capsule d'Andreæa petrophila (gros., 40), — F. Capsule d'Encalypta ciliata, munie de sa coiffe (gros., 20).
- rulés se montrent sous leurs plus jolis aspects.
- Dans l’urne, sous les rangées de dents, se sont isolées des cellules arrondies particulières. Elles sont situées tout autour d’une colonne centrale constituée par le tissu médian de la capsule. A la maturité complète, les petites dents s’écarteront pour leur livrer passage. Ce sont les spores, capables de donner au dehors, par leur germination, un protonéma et des tiges nouvelles.
- Nous venons de parcourir tout le cercle de la végétation des mousses. Spore, filamentsprotonémiques tiges à feuilles et à fleurs, œufs formés dans ces fleurs, sporogones naissant de ces œufs et donnant des capsules qui produisent à leur tour des spores : tels sont les états successifs par lesquels elles passent. En suivant pas à pas la succession des formes, nous avons pu écarter les idées fausses qu’une étude superficielle aurait fait naître. C’est ainsi que nous
- avons vu que les capsules ne sont pas les fruits de mousses et que leurs spores ne sont pas comparables aux graines des phanérogames.
- Donnons maintenant quelques exemples, choisis parmi les différentes espèces de mousses, de l’aspect qu’elles peuvent présenter. Les capsules sporifères ont une extrême diversité d’allure. Chez les Mnium et les Fissidens (fig. 5. A, C) l’opercule est terminé en un bec finement allongé, la coiffe est coupée obliquement à la base. Chez les Bartramia (fig. 5, B) la capsule est sphérique et l’opercule très-petit. La coiffe est très-grande et déchirée régulièrement à la base en une. ligne dentelée dans Y Encalypta ciliata (fig. 6, F), elle enveloppe complètement la capsule. Enfin certaines urnes ne s’ouvrent pas par un couvercle, mais se fendent en quatre valves pour laisser échapper les spores. C’est ce qui a lieu par exemple dans le genre Andreæa, type d’une petit
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- tribu caractérisée par ce mode de déhiscence. (fig.6,E).
- C’est surtout sur des caractères tirés de la manière d’être, de la position de la forme des capsules spori-fères qu’on a étabH la classification des mousses. Ces caractères ont l’avantage d’être beaucoup plus commodes à observer que ceux que l’on pourrait déduire de la disposition des fleurs et un bryologue exercé peut très-bien arriver à déterminer une mousse, sans microscope, avec une simple loupe.
- Les feuilles, quoique ayant toujours les caractères généraux dont nous avons parlé, peuvent aussi varier de forme. Trois petites mousses, que l’on trouve dans les endroits humides et ombreux des bois, peuvent montrer ces variations de port (fig. 5). Le Mnium punctatum (A) a les feuilles arrondies et claires, le Bartramia pomifbrmis (B) les a longues, légèrement courbées et terminées en pointes tandis que celles du Fissidens taxifolius (C) offrent l’aspect de feuilles composées de plusieurs folioles qui, par leur disposition et leur forme, rappellent un peu un jeune rameau d’if ( Taxus) ; c’est ce qui a fait donner à cette mousse son nom spécifique.
- Nous avons vu que les fleurs femelles et les fleurs mâles pouvaient quelquefois se trouver placées sur des pieds différents ; les pieds mâles prennent alors en général un port tout particulier. Les feuilles supérieures de la tige se transforment en bractées élargies et colorées qui font ressembler la sommité florifère à une petite coupe rouge ou jaune. C’est ce qu’on voit très-bien sur les tiges mâles d’une grande mousse qu’on trouve abondamment dans tous les bois, le Polytrichum formosum (fig. 6, D).
- On sait qu’on peut reproduire les plantes sans changer aucun de leurs caractères au moyen de boutures. La bouture c’est un bourgeon de l’individu qui se développe à part ; mais il donne toujours naissance à une partie du même individu, il n’v a eu ni formation d’œuf, ni formation de spore. On trouve des plantes qui peuvent ainsi reproduire leur individu en un grand nombre de plants différents, par une sorte de bouture naturelle. Par exemple, le Lis bulbifère porte à l’aisselle de certaines de ses feuilles de petits bourgeons qui se détachent, tombent et peuvent se développer en terre. La Ficaire (Ficaria ranunculoïdes), cette fleur jaune si abondante au printemps, dans les bois et dans les haies, présente des bulbilles analogues et-jouant le même rôle. Eh bien, de même que ces phanérogames, certaines mousses peuvent aussi se multiplier au moyen de boutures naturelles. Cette propagation végétative s’accomplit avec une très-grande variété, par de nombreux procédés. Un des plus remarquables est le suivant. Si l’on regarde avec soin les mousses qui recouvrent le rebord d’un chemin creux et sablonneux des bois, aux endroits qui surplombent, sous les bruyères, on en apercevra qui portent de petits appareils particuliers qu’on ne peut reconnaître ni pour des fleurs mâles, ni pour des fleurs femelles, ni pour des capsules. Dans YÂulacomnium androgy-
- num (fig. 6, C), par exemple, c’est une petite masse de granulations verdâtres, réunies en forme de boule au sommet d’un prolongement de la tige dépourvue de feuilles, Dans le Tetraphis pellucida, qui est aussi une mousse très-commune, ce sont de petits godets (fig. 6, B) qui renferment des grains analogues à ceux de Y Aulacomnium.
- Si nous prenons un de ces petits godets de Tetraphis et si nous en faisons une coupe au microscope, nous verrons très-bien ces petits organes réunis à l’intérieur, portés sur de minces filaments. Ce sont de simples masses de cellules. L’une d’elles détachée et, tombant en terre est susceptible de se développer en un protonéma d’où sortiront de nouvelles tiges feuillées. On appelle propagules ces petites masses qni peuvent propager ainsi la mousse sans aucune formation d’œuf ou de spore.
- Ajoutons maintenant quelques mots au sujet de la distribution géographique et du rôle que jouent dans la nature les intéressants petits végétaux que nous venons d’étudier.
- Les mousses sont répandues sur toute la surface du globe, de l’équateur aux pôles ; elles sont surtout fréquentes dans les endroits humides, frais. Leurs espèces sont très-nombreuses sur les hautes montagnes. A égalité d’altitude on les trouve surtout en plus grand nombre dans la partie septentrionale de la région tempérée de l’hémisphère nord et dans la partie méridionale de la région tempérée de l’hémisphère sud.
- Elles sont beaucoup moins localisées que les plantes supérieures. Ainsi il y a en Europe le quart des mousses connues du globe, tandis qu’il n’y croît que le dixième seulement des végétaux phanérogames qu’on connaît à la surface de la terre. Sous toutes les latitudes, dans tous les pays, il existe une trentaine d’espèces de mousses que l’on retrouve toujours, qui sont également répandues partout.
- Les mousses, comme nous l'avons dit, habitent les rochers, les troncs d’arbres, la terre ou l’eau; quelques-unes sont même entièrement submergées.
- L’étude des rapports qui existent entre l’habitat des végétaux et la nature du sol est une question fort complexe, très-controversée. On s’était tout d’abord fait illusion sur l’importance de la relation qu’on peut établir entre la composition chimique du sol et les espèces de plantes qui y croissent. On a reconnu que l’on s’était beaucoup exagéré cette importance et que la nature physique du sol, sa friabilité, sa cohérence, etc., influaient bien plus que la composition chimique. On connaît cependant quelques cas frappants où l’influence de la composition chimique intervient d’une manière dominante. Les châtaigniers, par exemple, poussent sur les terrains siliceux, jamais sur les terrains calcaires ; d’autres plantes telles que la Pulsatille (Anemone pulsatilla) affectionnent au contraire exclusivement les terrains calcaires.
- On rencontre, chez les mousses, de nombreux exemples de cette même relation. C’est ainsi que
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- deux des mousses dont nous avons parlé, l’Au-lacomnium androgynum et YAndreœa petrophila ne se trouvent que sur le siliceux ; d’autres ne poussent que sur le calcaire, tels sont les Barbula revo-luta, Mnium rostratum.
- Les usages des mousses offrent très-peu d’intérêt. On sait qu’on s’en sert pour l’emballage des plantes. h'Hypnum triquetrum est spécialement utilisée pour garnir les jardinières. Enfin certaines espèces sont employées dans l’industrie ; tel est le Pohjtrichum commune que l’on recueille pour en confectionner des brosses à l’usage des tisserands, etc.
- Mais il est un point de vue digne d’attention. C’est le rôle des mousses dans la nature et les relations de leur existence avec celle des autres végétaux.
- Si une île volcanique nouvelle émerge de l’océan, si un morceau de terrain se détache d’une montagne, il se fera à la longue, sur ces sols dénudés, une abondante végétation. L’établissement de ce monde végétal n’aura lieu que progressivement, lentement, par phases successives. Tout d’abord les premières plantes que l’on verra apparaître, ce sont les algues qui empruntent à l’air presque tous les éléments dont elles se nourrissent ; puis les champignons viendront mêler leurs filaments aux leurs et constituer ces plaques de forme et de couleur variées que l’on a nommé les Lichens. Déjà les lichens, plus durables que les algues isolées, peuvent constituer une légère couche de débris organiques. C’est alors qu’apparaîtront les mousses qui poussant, dans ce premier humus, achèvent et complètent le travail des lichens. Elles constituent, par l’accumulation de leurs tiges mortes, une épaisse terre végétale dans laquelle peuvent croître à leur tour les fougères et les plantes phanérogames. C’est absolument de la même manière que les choses se sont passées dans l’histoire de notre planète, aux diverses époques géologiques. Les algues et les lichens ont formé les premières couches de terre. Les mousses ont terminé leur œuvre et peu à peu sont apparus les différents ordres de plantes qui constituent aujourd’hui le tapis végétal de tout le globe. Gaston Bonnier.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- rouR l'avancement des sciences.
- Session de Clermont-Ferrand.
- Du 18 au 26 août 1876.
- (Suite. — Voy. p. 186 et 218.)
- INAUGURATION DE L’OBSERVATOIRE MÉTÉOROLOGIQUE DU PUY-DE-DÔME
- La journée du 22 août, où l’on a inauguré un des plus curieux établissements météorologiques du monde civilisé a été certainement la plus intéressante de la session. Huit cents personnes environ s’étaient fait inscrire pour gravir le sommet du Puy-de-Dôme, pour atteindre ce lieu à jamais célè-
- bre, où retentit le nom de Pascal, et pour visiter cet observatoire, fièrement planté au sein des nuages. C’était un curieux spectacle que de voir défiler de la place de Jaude à Clermont, une trentaine de fourgons d’artillerie, chargés d’excursionnistes et traînés chacun par six chevaux; ils offraient de loin, l’aspect d’un vaste ruban se déroulant le long du chemin. On arriva à 9 heures du matin au point de la montagne où les voitures ne passent plus, et où les moins alertes furent contraints de faire l’ascension à pied
- Quelques membres du Club Alpin, nous étions parmi ceux-là, ont fait route pédestrement, accompagnés d’un petit nombre de savants de Clermont ; ils arrivèrent les premiers au rendez-vous sur le sommet.
- Le ciel était couvert de nuages épais et le vent soufflait avec force. A cette hauteur de 4465 mètres au-dessus du niveau de la mer, on distinguait cependant les montagnes des environs, le magnifique Puy-de-Pariou, voisin du Puy-de-Dôme, et la ville de Clermont, assise au fond de la vallée sur un tapis de verdure. Par moments une éclaircie se formait ; on eût dit alors un décor apparaissant tout à coup, l’horizon s’agrandissait et la riche Auvergne brillait de tout son éclat.
- Au pied de l’observatoire se dressait une vaste tente-abri, protégeant des intempéries de l’atmosphère une table de huit cents couverts. C’est là que les membres de l’Association furent invités d’abord à prendre place.
- Après le repas commença la série des toasts dont nous croyons devoir faire une analyse rapide. Ce fut d’abord M. Tireman, préfet du Puy-de-Dôme, qui prit la parole, en offrant un hommage de reconnaissance aux hôtes éminents dont la présence, a-t-il dit, atteste, de la manière la plus éclatante, la grandeur de l’œuvre qui est inaugurée.
- Conçue il y a sept ans, ajouta M. le préfet, sous les auspices d’un ministre dont le nom est resté cher à l’Université, cette œuvre fut bien menacée à la suite des terribles événements de 1870. Quand la France épuisée par ses patriotiques efforts dut courber la tête et acheter la paix au prix d’une rançon sans précédent et d’un sacrifice plus douloureux encore, il fallut avoir une foi bien robuste pour croire réalisable cette oeuvre qu’une nation riche et heureuse peut seule entreprendre....
- Après M. le préfet, M. Bardoux, président du conseil général, évoqua avec beaucoup d’à propos le glorieux souvenir de ce sublime fils de l’Auvergne : Biaise Pascal.
- ....Que dirait-il s’il vivait parmi nous, cet immortel génie, qui dès 1647 faisait exécuter sur le puy de Dôme les expériences dont l’histoire des sciences se souvient ? Je me le demandais en gravissant ces pentes, au milieu de ces espaces infinis dont l’éternel silence l’effrayait ; et je croyais voir planer sur nous la grande ombre de Biaise Pascal.
- L’Auvergne, si fière de vous offrir, en ce jour, l’hospitalité, ne pouvait oublier le plus illustre de ses enfants, celui qui marche seul, sans rivaux, dans son attitude aus-
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- tore et mélancolique, en tète île ses grands hommes. C’est qu’aussi il est le plus moderne de nous tous, c’est qu’il nous appartient par un côté que notre temps comprend peut-être mieux que les siècles passés ; je veux dire, par sa poursuite continue et désintéressée de la vérité. Pendant toute sa vie ardente et douloureuse, il fut affamé de certitude. Il la cherche partout, en religion comme en philosophie, trouvant, partout où se jetait son esprit géométrique, quelque chose d’original et de nouveau. Mais pourquoi en parler plus longtemps? Le moment n’est pas éloigné où sur une des places de Clermont se dressera cette radieuse image. Le ministre populaire et libéral qui a le bonheur de diriger les progrès de
- l’instruction publique en France et qui m’a prié de vous exprimer ses l’egrets de ne pouvoir assister à cette cérémonie, annonce que la statue en bronze de Pascal sera donnée par l’administration des beaux-arts....
- C’est M. Claude Bernard, comme ancien président de l’Association française pour l’avancement des sciences, qui répondit à M. Bardoux, et il ajouta au magnifique éloge de Pascal qu’on vient de lire un trait tout récent qui montre bien que cette grande ombre planait en effet sur tout le Congrès : lors de la réception faite aux excursionnistes de Vichy, un
- Yue\les ruines du temple romain, situé à côté de l’Observatoire du Puy-de-Dôme.
- savant anglais, M. Hawghton , vice-président de l’Association britannique pour l’avancement des sciences, a exprimé cettejdée juste qu’on ne pou* vait mieux célébrer que dans le pays de Pascal l’union des sciences et des lettres. C’est sous l’invocation] de ce nom qui appartient à l’humanité entière que M. Claude Bernard a placé son toast de remerciement au préfet et au préaident du Conseil général.
- M. Janssen, au nom de la Société météorologique de France, a rappelé à son tour l’expérience célèbre que Pascal fit faire sur ce même sommet du Puy-de-Dôme ; il a décrit avec un art parfait le baromètre et ce que la science doit aux observations faites avec ce précieux instrument. Il a annoncé enfin, au milieu des applaudissements de l’auditoire, que la Société
- météorologique de France, appréciant les travaux et la persévérance de M. Alluard, lui a décerné sa plus haute distinction, une première médaille d’argent1.
- M. Alluard prit alors la parole et commença par remercier M. le préfet de ses paroles bienveillantes, et la Société météorologique de France de la haute récompense par lesquelles ils ont couronné son œuvre.
- ....Grâce au talent et au dévouement de l’ingénieur des ponts et chaussées, M. Gautié, l’observatoire du Puy-de-Dôme, ajouta M. Alluard, s’est construit en silence et sans bruit. Votre présence ici est la plus haute récompense que nous puissions ambitionner : elle nous honore et nous
- 1 Voy. pour le compte rendu complet de la journée le Moniteur du Puy-de-Dôme, jeudi 24 août 1876.
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- L'Observaloire du Puy-de-Dôme le jour de son inauguration par l’Association française pour l’avancement des sciences.
- (Mardi 22 août 1876.)
- qu’ils ont été formulés. Le projet de l’observatoire du Puy-de-Dôme a triomphé de toutes les crises qu’il a traversées-, parce que le souvenir de Pascal a aplani bien des difficultés ; l’histoire de sa fondation se résume en ces mots : Si l'Observatoire du Puij-de-Dôme a réussi, c'est que Pascal lui a porté bonheur....
- Qu’en terminant, il me soit permis de vous prier d’adresser ici même des témoignages de sympathie et d’encouragement à mon collègue le général de Nansouty, dont vous connaissez tous le courage et le dévouement à la science. Trouvant le sommet du Puy-de-Dôme beaucoup trop bas, après avoir affronté des dangers que lui seul a oubliés, il ne craint pas d’aller s’établir à une hauteur double de celle-ci, afin d’ouvrir des voies nouvelles à la météorologie.
- Nous devons nous contenter de mentionner les autres paroles prononcées par M. Moinier, maire
- de Clermont , par M. Julien, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Clermont, par M. Laussedat, l’honorable député de l’Ailier, par M. le commandant Perrier, par M. Lc-dru, président de la commission départementale , et nous arriverons à la visite faite à l’observatoire et aux ruines du temple romain trouvé au sommet du Puy-de-Dôme.
- L’observatoire du Puy-de-Dôme, comme l’indique le plan que nous publions ci-dessus, se compose de deux bâtiments distincts : la maison du gardien et le pavillon météorologique.
- Ruines de taChapelle S'Barnabé
- Plan de l’Observatoire météorologique du Puy-üe-Dôme (altitude 1465“).
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- La maison du gardien comprend d’abord le bureau du télégraphe, d’ou l’on expédie les dépêches à la station de la plaine dont nous parlerons tout à l’heure, et à côté duquel est disposé un logement destiné au gardien. Ce gardien a été choisi par M. Al-luard, dans la marine. C’est un ancien second maître de timonerie, qui vit au sommet du Puy-de-Dôme avec sa famille ; il est chargé des observations météorologiques, de l’expédition des dépêches, et il aura son avenir assuré après dix années de service. Au premier étage se trouvent l'appartement du directeur, et quelques chambres réservées aux savants qui voudraient séjourner au sommet du pic pour s’y livrer à des observations. Le corps de bâtiment que nous venons de décrire communique au pavillon météorologique par un tunnel souterrain.
- Le pavillon météorologique, dont on a parlé précédemment (p. 186), comprend un étage souterrain construit au-dessus d’un caveau, et un autre étage supérieur qui se trouve de plain-pied au sommet du pic; on l’aperçoit à gauche de notre gravure; il est couronné d’une rampe et surmonté d’un sol gazonné.
- Quand on a traversé le tunnel en passant par la maison du gardien, on arrive dans la partie inférieure du pavillon météorologique ; c’est une cave où ne pénètre pas la lumière du jour. Elle est destinée à former le cabinet magnétique. Cette salle sera séchée à l’aide d’une ventilation énergique, les murs en seront couverts d’un enduit ; on y installera les instruments réservés à l’étude du magnétisme. Le premier étage, situé au-dessus, se trouve encore sous le. sol, mais il est muni de deux soupiraux qui amènent la lumière de la surface. Il constitue une chambre circulaire, entourée d’un corridor, dans le but de l’envelopper d’une couche d’air isolante. C’est là que seront placés les appareils, dont le fonctionnement régulier exige une température constante, et parmi lesquels nous mentionnerons le baromètre enregistreur de M. Redier1.
- L’étage supérieur, comme nous l’avons dit, saillit du sol, il forme une belle pièce munie de quatre fenêtres, orientées suivant les quatre points cardinaux. Elle communique avec une petite cage extérieure, formée de volets, suivant la manière habituelle, et contenant les thermomètres secs et mouillés, à maxima, à minima, etc.
- Elle renferme intérieurement les instruments suivants :
- 1° Anémographe, de M. Hervé Mangon2, communiquant par des fds électriques avec l’anémomètre Robinson, placé en haut du mât fixé, à la partie supérieure de la tour; — 2° Enregistreur ou pluviomètre, de M. Hervé Mangon3; — 5° Thermo-hygro-graphe, de M. Ilasler de Berne; — 4° Baromètres Fortin et Tonnelot-Renou ; — 5° Horloge régulateur; — 6° Lunette astronomique.
- 1 Yov., pour la description de cet instrument, 3e ann. 1875, 1er semestre, p. 267.
- â Yoy. 3° année 1875, 2° semestre, p. 573.
- 3 Yoy. 4° année 1876, 1er semestre, p. 93.
- La pièce que nous décrivons est meublée de tables, placées entre chaque fenêtre ; on y remarque en outre un beau plan en relief de la chaîne des Dômes.
- Le sommet de la tour en plein air est surmonté d’un talus gazonné dont la surface dépasse la hauteur de la rampe. On y a fixé dans la partie centrale un mât de fer, pourvu d’une hune, où l’on monte à l’aide d’une échelle à 4 mètres au-dessus de la surface du sol gazonné. Le mât est surmonté de l’anémomètre Robinson, construit par Hardy, et communiquant, comme nous venons de le dire, avec l’enregistreur Hervé Mangon. Cette construction a dû être établie dans des conditions de solidité exceptionnelles. M. Gautié, ingénieur des ponts et chaussées, chargé des travaux de l’édification de l’observatoire, a calculé qu’elle était susceptible de résister impunément à des vents de 45 mètres par seconde, dont l’action égale une pression de 400 kilog. par mètre carré environ.
- Indépendamment des observations fournies par les appareils enregistreurs, le gardien exécute des observations de 3 heures en 5 lieurés; il les transmet, par le télégraphe, à la station de la plaine. Ces observations du sommet et celles de la plaine sont étudiées conjointement, avec la dépêche qui arrive à midi de l’observatoire de Paris. Elles servent à formuler l’avis météorologique du département, qui est d’ailleurs’un de ceux où le service des avertissements agricoles fonctionne depuis le mois de mai.
- La station de la plaine est à 1092 mètres au-dessous de l’observatoire du Puy-de-Dôme, avec lequel elle est en relation constante, par l’intermédiaire du filtélégraphique. Elle est située à Rabanesse, et installée dans une maison pourvue d’une tour qua-drangulaire de 15 mètres de hauteur. La station de la plaine comprend une série d’instruments identiques à ceux de l’observatoire du sommet. Tous les jours, on y rédige un bulletin semblable à celui que nous plaçons comme spécimen sous les yeux de nos lecteurs (p. 235).
- On formule en même temps des avertissements envoyés par télégraphe aux stations du département et dont voici un spécimen :
- TEMPS PROBABLE.
- La dépression qui nous a amené les orages d’hier et d’aujourd’hui persiste à l’ouest de l’Irlande, Nouvelle baisse de 3m* à Clermont où le baromètre marque 757“m. Encore des orages à craindre. — Clermont, 19 août 1876.
- La station de la plaine est pourvue d’un vaste abri suisse pour les thermomètres ; M. Alluard y a fait construire un bel atelier de photographie, où il a le projet d’organiser un service régulier de photographie des nuages ; il y a en outre fort bien installé, sur une pelouse, un abri thermométrique en toile imperméabilisée, à côté duquel se trouvent un support pour les thermomètres à houle blanche et à
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- LA NATURE.
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- boule noircie placés dans le vide, un pluviomètre, un neigomètre, etc.
- Telle est cette belle installation, qui, à si juste titre, a vivement attiré l’attention du monde savant tout entier, et qui ne tardera sans doute pas à fournir à la science un riche contingent de faits nouveaux.
- Pour terminer ce qui est relatif à la journée de l’inauguration de l’observatoire du Puy-de-Dôme, il
- BULLETIN MÉTÉOROLOGIQUE DU 19 AOUT 1876.
- PRESSION DE L’AIR CLERMONT PUY-DE-DOME
- Hier, à midi . 761»“. 10 9
- Aujourd’hui, à midi 758““, 29 641”»,00
- Hausse a
- Baisse , 2““,81 a
- TEMPÉRATURE CLERMONT 1 PUY-DE-DOME
- La plus élevée d’hier 27,4 2io,2
- La plus basse de la nuit 12°, o | y, y
- VENT CLERMONT PUY-DE-DOME
- Direction dominante Ouest. Sud-Ouest.
- La plus grande vitesse par seconde. 7", 50
- Plus petite vitesse 0”, 00 »
- PLUIE CLERMONT PUY-DE-DOME
- Hauteur tombée depuis hier, à midi,
- jusqu’à aujourdhui 25““,07 »
- HUMIDITÉ DE L’AIR CLERMONT PUY-DE-DOME
- Moyenne des observations faites aujourd’hui, de 6 heures du matin
- à midi 82,00 a
- Spécimen d’un bulletin météorologique quotidien, rédigé à l’Observatoire du puy de Dôme. (Station de la plaine.)
- nous resterait à parler, des ruines romaines que l’on a découvertes en faisant les fouilles nécessaires aux premiers travaux du pavillon météorologique. On suppose que ces vestiges sont ceux d’un ancien temple de Mercure; quoi qu’il en soit, il a été possible de reconstituer le plan de ce monument. « La première impression que l’on éprouve en étudiant ce plan d’ensemble, dit M. Mallay, secrétaire de la commission des fouilles, c’est l’admiration1. La grandeur de l’édifice, élevé à 1440 mètres d’alti-tude, vous surprend et vous confond ; lorsqu’on arrive aux détails, l’imagination est frappée de la richesse décorative de l’intérieur; les marbres les
- * Rapport sur les fouilles archéologiques exécutées au sommet du Puy de Dôme, par A. Mallay, secrétaire de la Commission des fouilles. — Mémoires de VAcadémie de Clermont, 1875.
- Le Puy de Dôme, ses ruines, Mercure et les matrones, par P. P. Mathieu. — 1 vol. in-8, — Clermont, 1876.
- plus rares et les plus précieux ; les bronzes et les porphyres formaient le revêtement des murs en pierre de taille de grand appareil, reliées entre elles par des crampons de bronze. »
- Il y aurait sans doute bien des renseignements à publier au sujet de cet antique monument, mais ils s’éloignent trop de notre domaine habituel, pour que nous ayons cherché à les recueillir. Nous avons cru devoir nous borner à placer sous les yeux de nos lecteurs, une gravure qui représente une des parties les plus intéressantes de ces curieux vestiges d’une civilisation qui n’est plus. Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE
- « L’institut agronomique fondé et entretenu aux frais de l’État, au Conservatoire des arts et métiers à Paris, en vertu de la loi du 29 juillet 1876, a pour but de favoriser le progrès et d’élever le niveau de la science agricole en ^ formant :
- 1° Des agriculteurs et des propriétaires possédant toutes les connaissances scientifiques nécessaires pour la meilleure exploitation du sol ;
- 2° Des administrateurs capables et instruits pour les divers services publics ou privés dans lesquels les intérêts agricoles sont engagés ;
- 3° Des professeurs spéciaux pour l’enseignement agricole et des directeurs de stations de recherches agronomiques.
- L’institut se compose à cet effet : 1° de l’école des hautes études de l’agriculture instituée au Conservatoire des arts et métiers qui est le siège de l’enseignement proprement dit; et 2° d’un grand établissement de recherches et d’expérimentation créé à la ferme de Yin-cennes.
- L’enseignement comprend les cours désignés ci-après :
- Mécanique et machines. —Génie rural et constructions agricoles. — Physique. —Météorologie. —Chimie générale. — Chimie agricole. — Analyse chimique. — Technologie des industries agricoles. — Botanique, anatomie et physiologie végétale. — Maladies des plantes. — Zoologie et entomologie (insectes utiles et nuisibles). -— Agriculture. — Hygiène. — Minéralogie et géologie. — Droit administratif et droit rural. — Agriculture générale. — Agriculture comparée. — Zootechnie.^— llygiène.et extérieur des animaux domestiques. — Economie rurale. — Statistique et comptabilité agricoles. — Sylviculture. — Viticulture. — Arboriculture et horticulture.
- En dehors de ces cours, les élèves sont exercés sur le terrain au lever des plans, des machines et des constructions, à la pratique de l’arpentage et du nivellement, à l’étude de projets de drainage et d’irrigation; dans les salles d’étude, au dessin graphique, au dessin des machines, au dessin des objets d’histoire naturelle, etc. lis auront à leur disposition des laboratoires que l’on organise actuellement au Conservatoire. » (Journal officiel.)
- Les élèves seront reçus après examen, et seront après leurs études munis d’un diplôme. L’Institut national agronomique sera pour l’agriculture ce que l’École centrale des arts et manufactures est pour l’industrie.
- —o<x—
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- LA NATURE.
- l’exposition
- D’APPAREILS SCIENTIFIQUES
- DE SOUTH KENSINGTON MUSEUM (LONDRES).
- Suite. — Voy. p. IA et 99.)
- LES PREMIERS MICROSCOPES.
- Le microscope composé de Janssen, fabriqué environ vers 4590, offre bien peu d’intérêt sous le rapport de la fabrication et du pouvoir grossissant qui est très-faible. (Ce n’est qu’un jouet comme l’a dit M. Huxley). La seule valeur scientifique intéressante qu’il possède gît dans ce fait qu’il est composé. L'image est vue renversée.
- Comme on le voit d’après le dessin (fig. d), trois tubes constituent tout l'appareil. Ces tubes peuvent glisser les uns dans les autres à la façon de nos lunettes; ils sont en zinc et assez grossièrement faits : les soudures des tubes sont visibles. La monture figurée sur notre gravure est toute moderne et ne sert qu’à supporter l’appareil.
- Zacharias Janssen était fabricant de lunettes à Middlebourg.
- Le deuxième microscope exposé est plus intéressant; il est difficile de concevoir comment les travaux attribués à Leeuwenhock, ont pu être exécutés avec de tels instruments (le catalogue nous dit que ce microscope, à l’usage de Leeuwenhock, a sans doute été fait par lui); il n’y a pas à en douter, car la main-d’œuvre est fort grossière et il est visible qu’une main étrangère aux travaux des métaux a fabriqué cette curieuse relique.
- Les têtes des vis sont simplement formées par l’appla-tissement du fil lui-même et de nombreux coups de limes sont visibles.
- Le microscope, c’est-à-dire une lentille, elle-même microscopique, est enchâssée, sertie, dans la plaque d’argent en E (fig. 2) ; l’objet a observer était placé en F attaché à la pointe de cette curieuse petite pince vissée (et fixe) dans la pièce P. Cette pièce P peut être mue dans trois directions différentes ; c’est le commencement bien grossier de nos ajustements : 1° en tournant la vis A, la pointe de la vis touchant la plaque inférieure, on abaisse ou élève à volonté la pièce P; 2° la vis B, à son tour, permet d’approcher ou d’éloigner la pièce P à volonté;
- 3° enfin tout l’appareil peut tourner sur lui-même à l’aide de la pièce C qui peut tourner sur elle-même, ayant pour axe la vis que l’on voit en R ; cette vis, dont on aperçoit une partie de la tête en D, sert aussi à fixer la branche C, quand la place choisie est déterminée.
- Tout cela fonctionne assez mal, à dire vrai, mais enfin on peut fixer l’objet dans une position voulue, plus ou moins bien; c’est l’essentiel. Le tout est en argent. Plusieurs de ces microscopes ont peut-être été faits, ou tout au moins la plaque d’argent, avec une pièce d’argenterie quelconque, car on voit dans un coin de la plaque et de l’autre côté de l’instrument un poinçon de fabrique, quatre trous y ont été bouchés ; on peut en voir nettement les marques sur le dessin. Je ne sais si l’appareil possédait primitivement un arrangement différent abandonné par Leeuwenhock lui-même; mais je crois bien que la plaque d’argent appartenait d’abord à une pièce d’argenterie, comme je l’ai dit plus haut.
- Le troisième microscope que nous représentons de deux manières afin d’en faciliter la description (fig. 3 et 4), est le plus curieux des trois au point de vue des efforts faits pour faciliter le maniement de l’appareil.
- Jan van Musschenbroek était un mécanicien, on le reconnaît à la complication de l’appareil, quoique un tel arrangement nous fasse sourire maintenant. Le microscope est simple et construit en cuivre jaune; la petite poignée qui le termine est en bois noir et la pièce marquée H en corne.
- Ici, comme avec le microscope de Leeuwenhock, nous voyons l’effort se concentrer, mécaniquement parlant, vers la possibilité de placer l’objet à observer dans toutes les positions possibles. Comme on le voit sur la figure 4, où est figuré un objet, c’est en I que l’on fixait le porte-objet; I est une petite pince qui ressemble assez aux porte-crochets modernes. Cette pièce I est elle-même fixée dans une longue branche P qui passe sous un petit pont M et s’articule en T d’une façon assez curieuse; la poignée lui est fixée. Cette branche et par conséquent la pièce 1 peuvent se mouvoir de deux façons, à l’aide des vis A et B. Un ressort N (fig. 3), agit pour la vis A et un ressort R (fig. 4), agit pour la vis B. La vis A élève ou abaisse la branche P ; la
- Fig. I. — Microscope composé, inventé et construit par Zacharias Janssen, vers 1590 (1/8 grandeur d’exécution.) Exposition de South-Kensington (Londres).
- Fig. 2. — Microscope simple en argent d’Anthony van Leeuwenhock, né en 1652, mort en 1732. (Grandeur d’exécution.) Exposition de South-Ken-singtou.
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- LA NATURE.
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- Fig. 3. — Microscope simple de Jan van Musschenbroek, né en 1687, mort en 1748. (Grandeur d’exécution.) Exposé à South-Kensington (Londres).
- vis B la porte à droite ou une pièce fixée au-dessous de la plaque J, se trouve un tube arrondi aux extrémités, faisant office de charnière entre la boîte EU et le reste de l’appareil; un fil de cuivre U, recourbé, traverse ce tube G et la pièce II.
- En D se trouvaient les microscopes au nombre de quatre, de differents pouvoirs ; ils n’existent plus aujourd’hui. Ils étaient sertis dans une pièce marquée D, laquelle peut pivoter, ce qui permet d’amener l’un quelconque des microscopes devant l’ouverture que l’on voit dans la boîte E (fig. 3). E est en effet une espèce de boîte de métal fixée à coulisses sur la pièce H, dont on peut la séparer à volonté. La pièce H, comme je l’ai dit, est en corne et forme le couvercle, si l’on peut dire, de cette boîte ; une large ouverture, en cône, de la largeur de l’œil y est pratiquée et c’est par là que l’on observe.
- Les trois remarquables instruments que je viens de décrire sont rangés, ajuste titre, parmi les
- à gauche. En C, soude à
- Fig. 4. — Le même instrument mis en fonction.
- plus curieux de ceux que | ferme des lentilles en
- l’on admire à l’Exposition de South-Kensington Muséum, et ils ont particulièrement attiré l’attention des micrographes, très-nombreux en Angleterre. Le microscope composé de Janssen est le plus ancien que l’on connaisse, et par conséquent, il est particulièrement digne d’être considéré attentivement. Il est manifeste que ce constructeur doit être regardé comme le véritable inventeur du microscope ; en admettant que ce fait soit contesté, Zacharias Janssen a tout au moins contribué à vulgariser l’emploi du microscope composé. Quant au microscope simple, son invention, comme on le sait, paraît remonter à une haute antiquité. « Quelques anciens auteurs, comme l’ont très-bien dit MM. Zurcher et Margollé, dans leur petit traité, Télescope et Microscope, Sénèque entre autres dans ses Questions naturelles, font mention de globes de verre, remplis d’eau, servant à augmenter les dimensions d’objets peu visibles. Le musée de Portici ren-verre extraites des ruines
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- LA NATURE.
- d’IIerculanum ; et sir David Brewster, dans l’assemblée de l’Association britannique en 1852, a montré une lentille en cristal de roche trouvée dans les ruines de Ninive, qu’il croit avoir été taillée plutôt au point de vue de l’optique que pour servir d’ornement. » ' P. Nolet.
- CHRONIQUE
- Bolide et Aéroïitlies. — M. François, télégraphiste au Canal de Suez, a envoyé sur un bolide, aperçu le 15 juin 1866, les renseignements suivants à VAssociation scientifique :
- « La direction de la trajectoire était du sud-ouest, au nord-est. La durée du trajet a été environ de dix à quinze secondes. Ciel sans aucun nuage et atmosphère très-calme.
- « D’après la carte de l’isthme de Suez, dressée par M. Lecoq de la Frémondière sous la direction de M. Voisin, directeur général des travaux du canal, le kilomètre 152 du canal de Suez se trouve être à 30° 14' long. E. et à 30° 2' lat. N.
- « Le globe de feu avait de l’analogie avec ce que l’on appelle une bombe, dans les feux d’artifice; il était à peu près de la grandeur de la Lune lorsqu’elle est dans son plein, mais avec une forme allongée. Éclat aussi clair qu’en plein jour, mais avec le reflet d’une lumière électrique.
- « Une traînée lumineuse est restée au ciel après l’extinction du globe de feu ; elle a diminué insensiblement d’éclat jusqu’à complète disparition arrivée environ dix minutes après.
- « La force de la détonation était à peu près comme un coup de tonnerre ordinaire et a duré le même temps que la durée du trajet du bolide, c’est-à-dire environ dix à quinze secondes ; mais c’est surtout dans la direction du nord, c’est-à-dire à l’endroit où le globe de feu s’est éteint, que le roulement a été le plus fort et le plus prolongé. »
- Une chute de pierres météoriques a eu lieu le 28 juin 1876, entre 11 heures et 12 heures avant midi'près de Stalldalel, station du chemin central de la Suède, dans la partie la plus au nord de l’Orebrolà ; plusieurs pierres tombèrent, les unes sur le sol, les autres dans un lac : on en a trouvé deux, l’une du volume du poing, pesant 4 livres et demie, l’autre plus petite. Un témoin oculaire affirme qu’on entendit un sifflement très-intense de l’air, de l’ouest à l’est avec une lumière facile à distinguer, quoique le ciel fût clair et sans nuages. On entendit deux fortes explosions, la seconde succédant à 1a. première après un moment d’intervalle, et suivie d’une autre plus petite ressemblant à des coups de tonnerre, après lesquels huit ou dix personnes virent les pierres tomber ; on vit ensuite un tourbillon de fumée assez peu élevé dans l’air.
- Christian Ehrenberg, célèbre naturaliste allemand, doyen des professeurs de l’Université de Berlin, vient de mourir à l’âge de quatre-vingt-un ans. Ehrenberg est né à Delitsoh en 1795; à l’âge de trente-deux ans, il s’était déjà fait connaître par de nombreux travaux et fut nommé professeur extraordinaire de l’Université. En 1829, Humboldt le choisit pour l’accompagner dans une expédition en Sibérie. Il fut nommé professeur titulaire en 1839. Ehrenberg a beaucoup contribué à vulgari-
- ser l’usage du microscope. Son grand usage sur les infusoires, dont il recueillit les matériaux pendant son voyage avec Humboldt et Gustave Rose, est bien connu du monde scientifique.
- Emploi des pigeons voyageurs. — Nous empruntons à l’excellent journal belge l’Épervier, deux faits curieux sur l’usage des pigeons.
- Un médecin de l’île de Wight, dit la feuille colombophile, utilise ses pigeons voyageurs d’une manière fort ingénieuse. Après avoir fait visite à ses malades dans chaque village, le médecin écrit une liste d’ordonnances, l’attache à la patte d’un pigeon qui, mis en liberté, rapporte chez lui les prescriptions de son maître. Par ce moyen, les ordonnances sont préparées longtemps avant le retour du docteur et on expédie de suite les médicaments destinés aux malades qui habitent au loin.
- L’Epervier nous apprend encore que le paquebot la France, qui est récemment parti du Havre pour New-York, a emporté un grand nombre de pigeons voyageurs. La Compagnie transatlantique veut faire des expériences, assurément très-intéressantes, sur les aptitudes et sur la force des pigeons dans les longues traversées. Il y a un an, elle a acheté à Anvers 40 couples des plus beaux pigeons ; elle va les répartir entre New-York, Fort-de-France, Saint-Thomas et Saint-Nazaire, où sera installé le pigeonnier central. Ces pigeons resteront toujours dans les localités où on les aura tout d’abord transportés ; ce sont leurs petits qui vont servir à établir les communications. Un paquebot, à deux cents lieues de France, lâchera un couple qui, à raison de vingt-cinq lieues à l’heure, apportera à Saint-Nazaire la nouvelle que tout va bien à bord ; à deux cents lieues de Port-de-France, ils feront connaître l’arrivée prochaine du bâtiment. S’il était possible d’avoir sur un parcours des points de repère de deux cents lieues en deux cents lieues, on pourrait établir une communication continue. Ce que les expériences vont faire connaître, c’est l’espace qu’un pigeon peut parcourir, le temps durant lequel il peut voler sans prendre de nourriture. On saura aussi, de cette façon, quelle est l’influence exacte des vents sur son vol, soit au point de vue de la rapidité, soit sous le rapport de la direction.
- I,a Bosnie, l’Herzégovine et le Monténégro ont
- été visités en août et septembre 1873, par M. Arthur Evans, à l'ouvrage duquel nous empruntons les détails suivants : toutes ces contrées sont montueuses et les routes n’y sont qu’ébauchées ou plutôt ne valent guère mieux que des sentiers. La rareté des auberges m’a forcé de passer plus d’une nuit à la belle étoile. Quant aux rivières ou torrents, jeles traversais à gué, faute de ponts. Toutefois les cascades, les vues pittoresques me dédommageaient souvent de mes fatigues. Les fougères s’élevaient dans des proportions gigantesques. Il y a des endroits où les monts et les rochers prennent les formes d’obélisques et de pyramides, si bien que l’on se croirait transporté dans la terre des Pharaons. Les Bosniaques se donnèrent en 1463 aux Turcs pour échapper aux persécutions des catholiques, car eux-mêmes sont grecs schismatiques : c’était renouveler la fable du cheval qui se livra à l’homme pour se venger du cerf. Aujourd’hui ceux des Bosniaques, qui se sont faits maho-métant, retourneraient volontiers au christianisme. Le Monténégro (Montagne noire) doit son nom aux forêts qui en recouvrent les sommités. Ce pays n’ayant pas de débouchés du côté de la mer est pauvre malgré ses mines d’or, de mercure, de fer, de plomb et d’arsenic. Les Russes appellent les Monténégrins, Tchernagoriens, ce qui veut
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- LA NATURE.
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- dire en langue russe les hommes de la Montagne noire. Avant de se révolter les Herzégoviniens demandèrent aux Turcs de ne plus molester leurs garçons et leurs fdles, d’accorder le libre exercice du christianisme, l’égalité devant la loi, la répression des zaptiéhs (gendarmes violents et tyranniques), la réduction des impôts, la suppression des corvées et bref, ils ne voulurent plus être esclaves. On sait le reste. M. Evans dit avoir été témoin oculaire des violences et de la barbarie des Turcs à [l'égard des Herzégoviniens. (Field.)
- Étendue des bassins houillers du Globe. —
- On s’est beaucoup préoccupé, dans ces dernières années, de la question de l’épuisement des bassins houillers. Les chiffres suivants donnent une idée fort exacte de leur
- étendue :
- Hectares.
- Grande-Bretagne .... 1 570000
- France.............. 550 000
- Belgique............ 150 000
- Prusse et Saxe...... 300 000
- Autriche et Bohême . . . 120 000
- Espagne............. 150 000
- Amérique du Nord ... 30 000 000
- La totalité du stock houiller du globe est évaluée à 3 657 milliards de tonnes, déduction faite de ce qui a été consommé jusqu’à ce jour.
- La production annuelle, en prenant l’année 1872 comme type, est fixée au chiffre de 248 144 200 tonnes, dans lesquelles l’Angleterre entre pour plus de moitié, soit 151 millions 640 000 tonnes, tandis que la France n’en produit que 15 204 000.
- Voici maintenant la progression suivie par la consommation du globe :
- 1845. . . Tonnes. . 55690 000
- 1858 . 150 003 000
- 1860. . . . . 131 210000
- 1865. . . . . 172 000 000
- 1868. . . . . 178 000 000
- 1872. . . . . 248144 200
- En admettant que le maximum de production soit atteint en 1900, et en le fixant pour l’Europe et l’Amérique, à cette époque, à 500 millions de tonnes, calcul basé sur la progression de la production pendant les dernières années; en supposant que la consommation, par suite de nouvelles découvertes industrielles, reste alors stationnaire, l’épuisement des combustibles minéraux du globe aurait lieu :
- En France, dans 1143 ans.
- En Angleterre, dans 800 ans.
- En Belgique, dans 750 ans.
- En Allemagne ou Zollverein, dans 507 ans.
- Quant à l’Amérique, en admettant que ses gîtes supportent tout l’effort de la consommation du globe, ses réserves houillères lui permettraient de produire, pendant près de 6 000 ans, 500 millions de tonnes par an, c’est-à-dire une quantité suffisante aux plus amples besoins industriels de la terre entière. (Revue industrielle.)
- La marine militaire de la Chine. — La flotte chinoise se compose de trois escadres, dont les centres sont à Canton, Fu-tcheu et Shanghaï. L’escadre de Canton comprend 3 jonques à vapeur, 2 canonnières achetées aux Anglais à Hong-Kong, et 7 canonnières con-
- struites en Angleterre. Malgré le mauvais état de ces bâtiments, ils rendent néanmoins quelques services sur les côtes méridionales, dont ils surveillent les approches ; l’un d’eux, en 4875, captura le navire anglais Karisborg, qui se livrait à la contrebande. L’escadre de Fu-tcheu — une corvette de 13 canons, 6 canonnières et 8 transports — a tout entière été construite à l’arsenal de cette ville, qui avait lancé, de plus, deux navires, coulés depuis pendant l’expédition de Formose. A l’escadre de Shanghaï, nous trouvons 2 frégates, 9 transports ou canonnières; une de ces dernières est cuirassée, mesure 51™,70 et porte un canon de 200 quintaux. Tous ces navires ont été construits à l’arsenal de Shanghaï. La flotte chinoise compte donc 38 navires, mais qui sont loin de présenter un ensemble homogène; chaque escadre relève du gouvernement de la province et il n’y a pas à Pékin de direction centrale. Sous le rapport de la construction des navires, de la discipline et de la formation des équipages, la division de Fu-tcheu paraît de beaucoup supérieure aux autres, c’est aussi celle qui entraîne le plus de frais. Les machines à vapeur, construites à Fu-tcheu par M. Schic-kel, paraissent meilleures que celles fabriquées à Iokoska, au Japon. Les navires de Fu-tcheu sont presque entièrement armés de canons français, bien servis par des artilleurs indigènes. Les équipages se recrutent à l’archipel Tchusan et à la côte de Tutsan, qui fournissent des marins actifs et vigoureux. Les commandants de navires sont Européens ou Américains et laissent encore à désirer au point de vue militaire. L’école de marine de Fu-tcheu commence à fournir des officiers instruits, auxquels il ne manque que la pratique. Pour protéger les côtes, les Chinois font un grand usage de la torpille, qu’ils fabriquent eux-mêmes à Fu-tcheu. On ne rencontre que fort peu de fortifications proprement dites ; les principales défendent le Peiho, où l’on remarque 2 forts avec 57 canons. Près de Thiom-tsin il y a aussi 2 fortins à l’entrée du fleuve. A Canton, en vertu d’un traité avec l’Angleterre, les Chinois n’ont pu construire de batteries sur le bras du fleuve appelé Bocca-Tigris, mais ils en ont élevé sur le bras le Sin-kiang. En 1875, on a commencé à fortifier l’arsenal de Fu-tcheu, qui renfermera une garnison de 600 hommes. (Neue militarische Blatter et Revue maritime.)
- Amour, haine et jalousie chez les poissons.
- — Froid, insensible, sans cœur, comme un poisson ont été longtemps dans la langue allemande des expressions stéréotypées ; elles n’en sont pas moins fausses, attendu que ces passions diverses existent, à ne pas s’y tromper, chez les truites par exemple, ainsi que j’ai pu m’en convaincre dans un établissement de pisciculture parfaitement organisé. J’ai vu une femelle nager dans toutes les attitudes devant le mâle qu’elle avait choisi entre des centaines de rivaux. J’ai vu l’heureux couple aller chercher un lieu propice pour y frayer. Si parfois un mâle indiscret cherchait à se rapprocher de la femelle, il était repoussé soit par celle-ci, soit par le mâle. Dans ce dernier cas, la femelle restait spectatrice du combat. Je l’ai vue ensuite approprier le mieux possible l’endroit qu’elle destinait à recevoir sa progéniture à venir. A l’époque des amours, il n’est pas rare de voir des mâles sérieusement blessés par leurs rivaux. (Docteur A. Van Clausen, dans le Gartenlaube, de Leipzig.)
- Vol d’une ville. — Les tribunaux américains vont être saisis d’une affaire des plus curieuses. Il ne s’agit de rien moins que du vol de la ville de Meadow-Lake dans le comté de Nevada. Cette ville qui comptait de 300 à 400 maisons,
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- fut abandonnée, en 1865, par ses habitants parce que les mines qu’ils exploitaient dans le pays, ne leur assuraient pas un salaire assez rémunérateur. Quelques années après, de nouveaux colons vinrent s’y établir et ils s’approprièrent naturellement les' maisons abandonnées. Mais ces maisons, avec leurs dépendances, sont maintenant revendiquées par une compagnie qui prétend avoir reçu du gouvernement des titres de propriété en règle. Elle a rencontré la plus vive opposition de la part des occupants et elle a dû s’adresser aux tribunaux. (T. L. l'Explorateur.)
- BIBLIOGRAPHIE
- La Gymnastique raisonnée, par Eugène Paz. 1 vol. in-8° avec 100 figures dans le texte. — Paris, L. Hachette et C% 1876.
- La Réforme cartésienne étendue aux diverses branches des mathématiques pures, par A. Mouciiot. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1875.
- Cours de mécanique à l'usage des écoles d'arts et métiers et de l'enseignement spécial des lycées, par Pascal Dulos. Première partie. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1875.
- Le Soleil, par le P. A. Secchi. 28 édition revue et augmentée. Seconde partie, Ie' fascicule. 1 vol. in-8°, avec nombreuses figures et planches en chromolithographie. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- La guerre d'escadre et la guerre des côtes; les nouveaux navires de combat, par P. Dislère. 1 vol. in-8°. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Les Pandynomètres. Théorie et application, par G.-A. Hirn. 1 brocli. in-18. —Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Étude expérimentale de la marche, parV. Legros. 1 br. in-18 avec planches. — Étude sur le pas, parle même. 1 broch. in-8°. — Paris, Ch. 'fanera, 1876.
- Études sur l'épizootie encore régnante chez les vers à soie du mûrier. État actuel de la question, par le l)r N. Joly. 1 broch. in-18. —Toulouse, imprimerie Doula-doure, 1876.
- Éludes électro-chimiques des dérivés du Benzol, par Frédéric Goppelsrœder. 1 broch. in-8°. — Mulhouse, imprimerie veuve Bader et Ce, 1876.
- Essais sur la mécanique moléculaire, par Pierre Dro-nier. 1 broch. in-18. — Paris, Eugène Lacroix, 1876.
- Geometrical chemistry, by Henri Wurtz. 1 broch. in-18. — New-York, John F. Trow et Son, 1876.
- Annual Record of science and Industry, editedby Spencer F. Baird, with the assistance of eminent men of science. 1 fort vol. in-8° — London, Trübner et Company, 1876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 septembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- La nouvelle planète. — La lecture du compte rendu de la dernière séance est venue modifier profondément ce qui résultait de la communication faite lundi dernier par M. Le Verrier. L’illustre astronome avait formelle-
- ment annoncé que le nouvel astre avait été vu en même temps par trois observateurs, et la preuve, c’est que M. Faye, ayant remarqué en entendant le nom de M. Schmidt, d’Athènes, que a cela était sérieux », M. Le Verrier a répondu : « Mais tous les trois sont sérieux. » Or le compte rendu nous apprend à présent que le point noir n’a été vu que par M. Weber et que les deux autres astronomes, c’est-à-dire M. Schmidt et M. Wolf, se sont bornés à constater que le lendemain le soleil ne présentait rien de particulier. Nous sommes bien loin de compte, comme on voit.
- Soulèvement h Santorin. — Un savant italien, M. de Cigalla, signale un soulèvement sous-marin dont il a été en mesure d’apprécier l’importance à Santorin, dans la baie de Kavassa. Les sondages faits avant 1847, époque où la mer fut envahie en ce point par des émanations sulfurées qui firent mourir le poisson, sondages qui sont portés sur les cartes hydrographiques de cette époque, montrent que le fond s’est élevé de 32 pieds sous la forme d’une protubérance conique.
- Physiologie. — D’après M. Plateau le suc gastrique de la Blatte américaine ne contient que des substances alcalines ou neutres, sans trace de produits acides. C’est un résultat exactement contraire à l’opinion défendue récemment encore par divers physiologistes.
- Extraction du sucre de canne. — Les machines employées à l’écrasage des tiges de canne à sucre ressemblent beaucoup à celles qui déchiquettent la pâte destinée à faire du papier. Or, la bagasse qui en résulte contient encore, suivant deux ingénieurs bien connus, MM. Mignon et Rouart, une proportion très-notable de sucre. Ces constructeurs décrivent un nouvel appareil qu’ils ont expérimenté à la Guadeloupe et qui à la suite d’une pression portée un moment à 80 atmosphères laisse comme résidu une poudre fine absolument dépouillée de principe sucré.
- Invention du briquet à air. — On croit généralement que le briquet pneumatique a été inventé par un ouvrier lyonnais du nom de Molle. M. Govi nous apprend que c’est une erreur. L’honneur de l’ingénieuse invention doit être reporté à l’Italien Ruffo (de Vérone), qui l’a fait connaître avec détails en 1745.
- Phylloxéra.— Nous remarquons, parmi les pièces relatives à cette brûlante question, la lettre d’un M. Lafaye qui, après avoir dit que sa vigne est maintenant, grâce à son traitement, parfaitement guérie, ajoute qu’il n’est pas bien sûr qu’elle ait jamais été malade. Le secrétaire signale aussi une note sur l’apparition du fléau près de Stuttgard, avec cette circonstance que l’insecte importé d’Amérique paraît ne pas s’y propager par la voie atmosphérique, comme si son activité vitale, si grand dans le Midi, était ralentie par la latitude même de la ville allemande.
- Disparition spontanée de l'ammoniaque dans les eaux. — Il résulte d’une lecture de M. Houzeaux que les dissolutions faibles d’ammoniaque dans l’eau perdraient spontanément de l’alcali, alors même qu’on les conserve dans des flacons pleins et hermétiquement bouchés.
- Stanislas Meunier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- iV 172. — 10 SEPTEMBRE 1876.
- LA NAT II HL.
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- PARISIENS
- FOiiGES —LES —BAIS S.
- C’est au commencement de ce siècle que les enfants furent, à Paris, par la création d’un hôpital spécial, mis à l’abri de la contagion physique et surtout morale qui résultait inévitablement de leur cohabitation avec les adultes. Un refuge de filles repenties, fondé en 1732, rue de Sèvres, fut, en
- 1802, tranformé en maison hospitalière pour les enfants, c’est l’hôpital des Enfants malades, ou, comme le peuple l’appelle affectueusement, de l’Enlant-Jésus \ Avec l’accroissement incessant de la population, l’établissement de la rue de Sèvres devint insuffisant, et, au centre des quartiers ouvriers, rue de Charenton, une ancienne annexe de l’Ilôtel-Dieu, existant depuis 1660, fut transformée en un second hôpital d’enfants, inauguré en 1853 : c’est l’hôpital Sainte-Eugénie.
- Malgré cette seconde création, l’encombrement persistait dans les maisons réservées à l’enfance
- L'hôpital d'enfants de Forgcs-les-Bains.
- souffrante. Que faire? On savait que l’air pur de la campagne est excellent pour hâter et confirmer la convalescence; on connaissait l’influence heureuse de l’air maritime sur la scrofule ; on n’ignorait pas que, dans le voisinage de Paris, les eaux de Forges donnaient les meilleurs résultats dans le traitement de cette maladie.
- En conséquence, dans le double but, d’abord de dégager les hôpitaux des Enfants-Malades et de Sainte-Eugénie, ensuite d’assurer aux jeunes valétudinaires le bénéfice considérable de l’air de la campagne, la maison de convalescence de la Roche-
- 1 Voy. la Nature, 4° année, 1870, 1er semestre; p. 1, Vaucluse; p. 98, Ville-Evrard; p. 130, JOicctro"; 2° semestre, p. 145, Colonie de Vaucluse.
- t* année. — 2’ semestre.
- Guyon pour les enfants parisiens fut organisée en 1850. Pour les mêmes raisons, d’abord et surtout pour mettre les scrofuleux dans le milieu et les conditions les plus propres à leur guérison, ensuite enlever aux deux hôpitaux d’enfants des malades dont le séjour est toujours très-long, un hôpital maritime fut installé, à titre d’essai, à Berck-sur-Mer, en 1861 ; un second y fut construit en 1869, et une annexe des Enfants-Malades, d’abord provisoire, fut organisée par M. Imart en 1860, auprès des sources de Forges-les-Bains.
- Au point de vue administratif, la situation de
- a Déjà en 1780, il avait été fondé, à Vaugirard , un petit hôpital spécial pour les pauvres enfants , venus au monde malades des suites de l’inconduite de leurs parents.
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- l’hôpital de Forges n’a pas changé, c’est-à-dire qu’il est encore une annexe de la maison de la rue de Sèvres, ayant même directeur et même économe et desservie également par les sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve; mais, cependant, les deux tiers des lits seulement sont occupés par les scrofuleux de cet hôpital, un tiers est réservé aux enfants venant de Sainte-Eugénie.
- On se rend à Forges par le chemin de fer de Sceaux en le suivant jusqu’à son terminus, Limours, à 40 kilomètres de Paris; on trouve là une voiture de correspondance qui, à 4 kilomètres plus loin, en arrivant au village, passe devant l’hôpital, après avoir suivi une belle route plantée de très-grands et vieux arbres fruitiers.
- La maison est petite — relativement — claire et gaie, assez haute, contrairement à l’ordinaire. Les enfants jouent dans la cour sablée. La première impression n'est pas pénible, comme dans la section des jeunes idiots et épileptiques à Bicêtre; la scrofule, bien au contraire, accompagne très-souvent un développement trop précoce de l’intelligence; les petites figures maigres (ou chez quelques-uns maladivement grasses) sont humaines, jamais bestiales ; les mines souffreteuses sont joyeuses cependant.
- L’âge réglementaire d’admission est de quatre à quinze ans; mais l’administration, sagement négligente, envoie souvent les enfants dès l’âge de trois ans et demi, et, si besoin en est, les laisse jusqu’à seize. Il va sans dire, d’ailleurs, que les mêmes malades ne restent pas tout ce temps-là. La durée du séjour est d’ailleurs excessivement variable ; tout ce qu’on peut dire, c’est qu’au minimum elle n’est jamais au-dessous de trois mois, et que, généralement, elle dure bien plus. Un tiers des enfants sont guéris en moins d’une année ; les autres restent plus longtemps; mais comme on n’envoie à Forges que ceux pour lesquels le traitement par l’eau minérale est jugé opportun, une guérison plus ou moins parfaite est à peu près sûrement obtenue. En tout cas, les décès à l’hôpital de Forges sont extraordinairement rares.
- Au total, l’hôpital comprend 112 lits, 50 pour les garçons, 50 pour les filles et 12 théoriquement réservés à des enfants payant pension ; mais les formalités bureaucratiques arrêtent le public peu familier avec la procédure administrative, et ces derniers restent généralement vides.
- Les sexes d’ailleurs, sont rigoureusement séparés. Aucun luxe, mais partout des flots d’air et de lumière, et cette hygiénique et méticuleuse propreté — si difficile pourtant à maintenir au milieu de jeunes enfants —- qui est le luxe et le légitime orgueil des religieuses. Les vases de cuivre et d’étain de la batterie de cuisine reluisent comme des pièces d’orfèvrerie ; les parquets polis et brillants sont parfumés par la cire d’abeilles. Les salles de réunion, à droite pour les garçons, à gauche pour les filles, servent aux pansements, et, quoiqu’il y en ait de
- bien répugnants et pénibles, nous n’y avons pas senti la plus faible odeur.
- La cuisine est derrière, et, de chaque côté, sont les deux réfectoires. Chaque enfant a sa serviette roulée dans son écuelle posée sous la table dans l’intervalle des repas, surveillés par une sœur du haut d’une sorte de petite chaire.
- A droite comme à gauche, chacune des ailes contient, aux deux étages supérieurs, un dortoir de 21 petits lits de fer propres et sans rideaux, et au premier étage, une infirmerie de 12 lits. Au centre, nous trouvons : au premier, la communauté habitée par les sœurs; au second, la pharmacie et l’école des garçons ; au troisième, la lingerie et l’école des filles.
- Isolée de ce premier corps de bâtiment, se trouve en arrière une spacieuse chapelle, puis au delà, un gymnase en plein air, au milieu du bouquet de bois couvrant les dépendances de la maison et l’entourant presque en entier.
- L’établissement des bains, auquel est annexée la buanderie, est dans une seconde propriété de l’Assistance publique parisienne, à une centaine de pas de distance. Dans les parties du terrain creusées au-dessous du sol naturel, l’eau contenant un principe organique très-fugace suinte, irisée superficiellement, et remplit un réservoir et la large piscine où les enfants sont baignés l’été. A côté est le bain d’hiver, divisé en deux salles de 12 baignoires chacune, alimenté par un réservoir chauffé qui remplit également les cuviers pour le lessivage.
- Le service médical est fait par le jeune et zélé docteur Doumauge, qui est à la fois le médecin de l’hôpital, de la commune et de deux établissements balnéaires privés de Forges. Les enfants sont soignés par 8 religieuses aidées de 12 filles de service laïques; les frêles créatures sont dorlotées par les sœurs, et la plupart n’ont jamais été si bien dans leur famille qu’à l’hôpital ; aussi toute cette petite population nous a-t-elle paru très-douce et la supérieure, la mère Avril, gouverne sa jeune république au doigt et à l’œil.
- La grande punition — pour une infraction grave — consiste à retrancher au dîner le plat de légume et à le remplacer par une plus grande quantité de viande ; mais c’est là une peine sévère rarement appliquée.
- Au delà il n’y a qu’une mesure extrême, le renvoi ; il n’a été prononcé que contre deux enfants depuis l’ouverture de la maison.
- Le traitement de la scrofule exigeant une nourriture essentiellement tonique et réparatrice, les enfants ne restent sans manger de viande qu’un seul jour, le vendredi saint — comme les soldats. Un régime choisi fait partie intégrante du traitement général des enfants strumeux ; il se complète par les bains : ceux-ci sont donnés dans la matinée aux petites filles, dans l’après-midi aux jeunes garçons. Sauf indication spéciale, le bain est invariablement pris tous les jours; on y attache tant d importance
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- que la maison possède une petite voiture à bras pour y transporter les enfants impotents.
- La durée de l’immersion est de 20 à 30 minutes ; en hiver les bains sont pris en baignoire ; mais dès que la température de l’eau atteint 16 à 18° centigrades, les petits malades barbottent dans la piscine où on leur apprend à nager.
- Ce n’est pas la seule instruction qu'ils reçoivent : sans parler de la gymnastique (qui fait aussi partie des moyens thérapeutiques), les religieuses commencent ou continuent leur instruction primaire.La classe des garçons dure de huit heures et demie à onze heures, celle des filles de deux à quatre. En outre, ces dernières sont exercées pendant une heure à la couture et aux travaux de lingerie. Quant aux garçonnets, les plus grands sont un peu employés aux besoins de l’établissement, ce qui est encore favorable à leur hygiène. Le sommeil étant réparateur au plus haut point, on se couche avec le soleil, à 8 heures en été et à 4 en hiver; c’est un peu tôt, mais, les bambins n’ayant pas d’horloge, leurs paupières en s’appesantissant leur prouvent que c’est bien le moment du repos.
- La scrofule est ancienne comme l’humanité, et les plus anciens livres de médecine en parlent. Si elle se montre sous toutes les latitudes et en tout climat, il faut cependant reconnaître qu’elle trouve dans la saison d’hiver une occasion favorable pour se produire ou du moins se manifester, et qu’elle rencontre dans la zone tempérée les meilleures conditions de développement. Ainsi, le froid, l’humidité, les brouillards, la mauvaise qualité de l’eau, l’insuffisance des aliments, voilà les générateurs principaux de la scrofule ; n’oublions pas l’hérédité qui, pour Hugot, en serait la cause par excellence, tandis que pour Baudelocque ce serait l’habitation dans une demeure étroite, obscure, où l’air ne circule pas . librement.
- Eu raison de ce dernier élément étiologique, on comprend que la scrofule soit fréquente à Paris, où, malgré les progrès accomplis, au point de vue de l’hygiène publique, il y a encore tant de logements insalubres. Dans son remarquable rapport sur Yln-suffisance des ressources de la thérapeüthique dans les affections chirurgicales des enfants pauvres de Paris, lu à la Société' de Chirurgie de Paris, dans les séances des 10 et 17 novembre 1875, le Dr Mar-jolin constatait qu’il existe à Paris 2 000 chambres sans fenêtre, ne prenant air et jour que sur le palier, et plus de 3 000 chambres sans poêle ni cheminée.
- De notre côté, nous avons vu plus d’une fois des affections scrofuleuses et tuberculeuses graves se produire sous l’influence manifeste d’un logement insalubre.
- La science médicale* se basant sur l’expérience, a toujours recours pour combattre la scrofule à deux ordres de modificateurs se rapportant, les premiers à l’hygiène, les autres à la médecine. On cherche donc à placer le malade dans les meilleures condi-
- tions possibles d’habitation, d’aération et d’alimentation; on s’adresse parmi les médicaments à ceux qui ont sur le sujet le plus de prise : l’iode, le brome, le fer, le quinquina, le noyer, la gentiane, etc. Et, d’autre part, on soumet le malade à l’influence de l’atmosphère marine, on lui fait prendre des bains d’eaux chlorurées sodiques (telles qu’à Salins, par exemple, dans le Jura), ou, pour rentrer dans notre sujet, on l’envoie aux eaux de Forges, qui ont sur les manifestations strumeuses une action spéciale.
- La situation de Forges est à la fois charmante et très-salubre : un bassin peu profond largement ouvert au midi ; de l’ouest à l’est une suite de collines boisées constituant un écran contre les vents glacés du nord ; au pied de cette colline, sur un espace de deux kilomètres environ, se suivent les agrestes maisons de ce petit village qui compte moins de 800 habitants.
- Dans cette localité privilégiée, les épidémies graves sont inconnnes, et, quant aux scrofuleux, on n’y rencontre que ceux qui viennent du dehors, tandis que pareille immunité ne se retrouve pas dans les communes avoisinantes.
- Le sol, d’après les recherches de M. ttuot, géologue distingué, est constitué de haut en bas par les formations suivantes :
- Meulière..................... 2 mètres..
- Sables et grès de Fontainebleau. . 25 » Argiles rouges et bleues ..... 6 »
- ~33~
- Cette constitution du sol, où se rencontrent peu de matières solubles dans l’eau, laisse entrevoir à priori que les eaux de Forges sont fort peu minéralisées.
- Mais n’oublions pas que toutes les analyses qui ont confirmé ces prévisions s’accordent en même temps à reconnaître dans les eaux de Forges une matière organique assez abondante, dans les piscines particulièrement.
- Les minces filets d’eau qui viennent sourdre au fond de ces bassins, pour les alimenter, en traversant des terres tourbeuses, se chargent d’une matière organique très-appréciable, distincte des baré-gines et de l’acide crénique et présentant les caractères suivants : elle a une odeur et une saveur particulières; elle est soluble dans l’eau et l’alcool* riche en carbone; elle manque d’azote; dans les réactions chimiques elle semble jouer le rôle d’acide.
- Le résidu de l’évaporation des bassins de Forges est formé presque entièrement par cette matière organique qui constitue probablement la partie active de ces eaux. (11 y a, du reste, d’autres thermes dans le même cas, Labarthe-Rivière, par exemple, dans la Haute-Garonne, dont une matière organique analogue forme presque toute la minéralisation.)
- Après tout, comme l’a dit le Dr de Puisaye, médecin inspecteur d’Enghien : « 11 ne faut pas vouloir
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- expliquer toujours et quand même le mode d’action des eaux minérales. »
- Un fait général frappe l’observateur à Forges : à part quelques rares exceptions chez les cachectiques, la bonne mine, l'air de santé de tous ces jeuns chroniques contraste singulièrement avec la ligure pâle, chétive et souffreteuse de ceux des hôpitaux de Paris.
- Nous sommes aujourd’hui, en droit de conclure qu’il y a à Forges, eu outre des conditions climatériques, une action curative évidente de la scrofule dans les eaux appliquées sous forme de bains.
- L’Administration de l’assistance publique, en raison des résultats acquis, doit être encouragée à donner de l’extension à cet hôpital de Forges, afin que le plus grand nombre possible des petits scrofuleux de Paris puisse bénéficier de cette médication au grand air. Ce désir que nous manifestons de voir Forges s’agrandir était exprimé aussi, dans une des conclusions du rapport de M. Marjolin cité plus haut, conclusions qui furent votées à la presque unanimité des membres de la Société de Chirurgie.
- On voit avec quelle sollicitude éclairée l’administration parisienne de l’Assistance étend son action bienfaisante à tous les genres de souffrances : soulageant les uns par sa charité, guérissant les autres par l’habileté des plus illustres maîtres et par l’emploi de tous les modes de médication pouvant augmenter les chances de succès.
- Dr Bader. — Charles Boissay.
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- l’exposition
- D’APPAREILS SCIENTIFIQUES
- DE SOUTH K EN SINGTON MUSEUM (LONDRES ).
- (Suite. — Voy. p. 74, 99 et 256.)
- LES INSTRUMENTS ENREGISTREURS.
- Dans la revue très-générale que nous avons faite précédemment de l’exposition d’appareils scientifiques, nous avons dû laisser de côté tout détail, toute description spéciale.
- Sans prétendre combler aujourd’hui cette lacune, nous insisterons sur un certain nombre d’appareils choisis dans les différentes sections.
- 11 faut adopter un ordre quelconque dans une description de ce genre, et tout classement a ses inconvénients en ce sens qu’il laisse forcément dans l’ombre des parties intéressantes à connaître : le plan que nous nous sommes proposé dans cet article mérite, plus qu’un autre peut-être, le reproche d’être exclusif. Nous voulons faire connaître à nos lecteurs les principaux appareils enregistreurs usités dans les différentes sections scientifiques : physique, météorologie, biologie, etc. Mais la nécessité où se trouve le touriste, qui a vu un grand nombre de beaux sites, de passer sous silence, quand il conte ses impressions de voyage, une foule de points inté-
- ressants, cette nécessité est aussi la nôtre aujourd’hui : nous avons beaucoup vu, beaucoup admiré à l’Exposition de Londres, mais notre attention a été surtout attirée par les applications de la méthode graphique à l’observation des phénomènes variés, des plus lents aux plus rapides, qui font l’objet des recherches scientifiques ; nous nous attacherons dès-lors à indiquer, sinon les détails des appareils, du moins les variétés des procédés qui répondent aux besoins particuliers de chaque série d’observations.
- Les plus parfaits des appareils enregi streurs sont ceux qui donnent la courbe d’un phénomène, c’est-à-dire qui en indiquent sur le papier les phases successives, avec leur forme et leur durée respectives : ceux-là sont le plus souvent des enregistreurs directs : le mouvement d’un corps qui tombe est soumis aux lois de la pesanteur; ces lois se lisent sur la courbe que le corps lui-même, en tombant, a tracée sur un cylindre tournant autour d’un axe vertical. L’appareil de Poncelet et Morin a du premier coup réalisé cette perfection ; c’est lui qui constitue en réalité la base de la méthode graphique.
- Les sciences mécanique, physique, biologique, météorologique, qui étudient le mouvement sous les formes les plus variées, utilisent chaque jour celte précieuse ressource et recueillent directement la courbe du mouvement. Prenons les exemples les plus saillants que présente l’Exposition de Londres pour ce mode d’inscription.
- Les oscillations des verges vibrantes que Wheats-tone avait rendues visibles en terminant chaque verge par une petite sphère de cuivre poli, s’inscrivent directement par le procédé de Kœnig, grâce au style fixé à la verge et qui en retrace le mouvement dans toutes les conditions. On conçoit mieux encore la formation des figures les plus diverses déterminées par la combinaison des mouvements des verges vibrantes dans deux sens dilférents; on saisit le rapport des oscillations perpendiculaires entre elles et de fréquences semblables ou inégales, en examinant les graphiques fournis par l’appareil de Lissa-joux (125)1 (fig. 1) par YEllipsographe de Slaby (117), l’appareil pendulaire du professeur Kno-blauch (de Halle) etc.
- Thomas Young avait obtenu la division du temps en inscrivant sur un cylindre tournant les oscillations isochrones d’une verge vibrante armée d’un style léger ; plus tard, la chronographie s’enrichit de l’inscription directe des vibrations du diapason, vibrations que la méthode optique de Lissajoux et la méthode des sons résultants de Kœnig permettent toujours de déterminer avec exactitude.
- Cette inscription directe des vibrations du diapason constitue une ressource précieuse par sa rigueur et sa simplicité, mais quoique l’on trouve à l’Exposition de Londres des spécimens de diapasons directement inscripteurs, le véritable intérêt de la chronographie n’est pas là unous verrons, à propos de la
- 1 Les chiffres placés à côté du nom des appareils correspondent ù leur numéro de classement à l’Exposition de Londres.
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- chronographie électrique, la valeur immense du diapason comme instrument diviseur du temps.
- L’inscription directe des mouvements du Manomètre à mercure, grâce à un flotteur qui s’élève et s’abaisse avec le niveau du mercure dans la longue branche d’un manomètre en U, est surtout usitée en physiologie, et nous la trouverons au nombre des dispositifs qui entrent dans le grand enregistreur de Von Rotha (de Prague) (5752). Cette inscription des oscillations du mercure a rendu et rendra encore de grands services en physiologie pour l’étude des mouvements des liquides dans les vaisseaux ; mais il y a une qualité qu’il ne faut pas oublier de rappeler dans ce flotteur qui suit fidèlement tous les mouvements du mercure. Il nous montre que, pour une impulsion unique, la colonne de mercure oscille plusieurs fois; il nous apprend, par le tracé qu’il laisse sur le papier, quelle est la période d’oscillation de ce mercure, et nous enseigne ainsi quelle réserve il faut apporter dans l’interprétation des courbes fournies par le manomètre à mercure quand les phénomènes que nous étudions sont quelque peu rapides et quand leurs variations se rapprochent par leur nombre de la période d’oscillation du mercure.
- L’inscription directe , on le voit, décèle aussi bien les qualités que les défauts des appareils dont elle retrace les indications.
- Quand on soumet le manomètre à mercure à des pressions qui varient lentement au lieu de lui de-
- mander des indications brusques et rapides, l’instrument réalise alors la perfection, et cette fois-ci, les courbes inscrites par le flotteur, sont bien les courbes qui correspondent réellement aux variations des pressions étudiées.
- Les applications de l’inscription directe aux observations météorologiques sont peut-être les plus nombreuses : nous en rappellerons seulement quelques-unes, représentées à Londres par d’intéressants spécimens.
- L’un d’eux constitue un véritable objet d’art tant par sa délicate construction que par l’habileté avec laquelle on a condensé dans un petit espace un baro-: mètre anéroïde à: 10 compartiments, un ther-j. momètre métallique formé de dix tubes en zinc et un cylindre enregistreur sur lequel s’inscrivent directement. les variations de la près-. sion atmosphérique et celles de la température : cet appareil, employé à bord des navires, est du profes-
- seur François. Paugger, directeur de l’Académie commerciale et nautique de Trieste (2875). Un petit levier est soudé à l’un des tubes de zinc du. thermomètre et inscrit sur le cylindre enregistreur placé au centre du système tubulaire, les alternatives de dilatation et de retrait du métal déterminées par les changements de température.
- Sur le même cylindre central sont enregistrés les expansions et resserrements des dix anéroïdes soumis aux variations de la pression barométrique.
- A côté des baromètres et thermomètres enregis-
- Fig. 1. — La ligne supérieure représente une vibration dans un sens vertical pour une vibration transversale : rapport de 1 à 1, en acoustique unisson. — Ligne deuxième, une vibration dans le sens vertical pour deux vibrations transversales : rapport de 1 à 2, octave. — Ligne troisième, deux vibrations verticales pour trois vibrations transversales : rapport de 2 à 3, quinte. — Ligne quatrième, rapport* de 3 à 4, quarte.
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- treurs que nous regrettons de ne pouvoir passer tous en revue, le Pluviomètre de Elliott Brolhers (2884) est à noter pour cette raison importante qu’il .supprime une cause d’erreur ordinaire, l’évaporation de l’eau dont il s’agit de connaître la quantité tombée dans un temps donné.
- La pluie tombe par un entonnoir évasé dans un petit auget oscillant autour d'un axe horizontal : chaque oscillation de l’auget déterminée par l’arrivée de l’eau et proportionnée à la quantité reçue, met en marche un système de roues semblables à celles de la sonnerie d’une pendule et les courbes de ces mouvements s’inscrivent sur un cadran divisé.
- Les ressources de la méthode graphique, utilisées d’abord par les sciences physique et météorologique, sont depuis trente ans largement mises à contribution par les sciences biologiques : aujourd'hui^ physiologie végétale et la physiologie animale sont en mesure d’étudier tout ce qui est mouvement dans la nature vivante, et de faire bénéficier cette étude des progrès accomplis par la méthode graphique en général. Mais notre science ne s’est pas contentée d'adapter à ses besoins des procédés empruntés aux sciences voisines, elle a créé des méthodes nouvelles, elle a inspiré à son tour les autres sciences expérimentales : notre époque a vu ce grand progrès, la substitution des faits eux-mêmes aux interprétations variant avec les hommes; les savants qui ont ainsi transformé la physiologie du mouvement en une science positive en forçant les phénomènes à nous livrer leurs secrets par les courbes qu’ils inscrivent eux-mêmes, ces savants sont connus de tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la science en général. Les noms de Ludwig, Donders, Marey, en Allemagne, en Hollande et en France sont déjà sur les lèvres de nos lecteurs. Mais à côté des maîtres, de nombreux disciples ont contribué à l’œuvre commune. Grâce à ces efforts réunis, les mouvements des êtres vivants depuis l’accroissement lent du végétal jusqu’à la brusque secousse d’un muscle, des mouvements les plus imperceptibles aux déplacements les plus étendus, toutes les manifestations de la vie sont susceptibles d’être inscrites dans leurs moindres détails.
- Les procédés doivent donc varier à l'infini : si une occasion exceptionnelle s’offrait aux physiologistes de soumettre au jugement d’un public éclairé les ressources de cette partie de la science ; l’Exposition de Londres réunissant les appareils scientifiques de toute date, réservait une large place aux sciences biologiques.... Nous avons vu dans un précédent article combien peu la physiologie avait, pour une raison ou pour une autre, répondu à cet appel.
- Deux collections seulement, fort importantes, il est vrai,celles du professeur Donders (d’Utrecht) et du professeur Marey (de Paris) permettent de saisir la portée des applications de la méthode graphique à la recherche physiologique. Combien d’intéressants détails, d’appareils ingénieux eussent peut-être enrichi les vitrines et instruit les visiteurs si le concours des auteurs de tout pays eut été plus empressé !
- Nous n’aurons en effet à mentionner, en outre des appareils inseripteurs renfermés dans les deux collections de Donders et de Marey, qu’un bien petit nombre d’instruments importants.
- L’inscription des mouvements n’est souvent possible qu’à la condition que ces mouvements soient amplifiés par le levier. Or le levier peut être en rapport direct ou indirect avec l’organe dont il s’agit d’étudier le mouvement. L’exemple le plus simple est celui de l’ancien explorateur de Marey pour le cœur de la grenouille. Un levier articulé à sa base et pouvant exécuter des mouvements d’ascension et de descente reposait par un point voisin de l’articulation sur la portion charnue du cœur, sur le ventricule. Chaque contraction du cœur soulevait le levier dont la pointe traçait ainsi, sur le cylindre tournant autour d’un axe vertical, la courbe de la pulsation cardiaque.
- Cet appareil que nous avons déjà décrit (Y. Nature, octobre 1875) a été compliqué par Donders qui, à côté du levier explorateur du mouvement du ventricule a placé, dans les mêmes conditions, un levier explorateur des mouvements des oreillettes (3954).
- Dans d’autres circonstances, on modifie la forme du levier et sa situation par rapport à l’organe que l’on veut explorer. C’est ce qu’a fait Marey précisément pour cet explorateur direct du mouvement du cœur : il se sert aujourd’hui d’un levier coudé à sa base, et mobile dans un plan horizontal : le cœur, saisi entre le cuilleron de ce levier mobile et un cuil-leron fixe, met en marche la pointe écrivante. Ce dernier appareil sert en même temps d’excitateur électrique.
- Quoique les mouvements musculaires puissent être explorés par le même procédé que les mouvements du cœur, en appliquant sur le muscle un levier qui se soulèverait pendant le gonflement du muscle, il y a plus d’avantage à utiliser le raccourcissement du corps charnu pour opérer par traction sur un point voisin de la base du levier. Une extrémité du muscle est fixée, et l’autre extrémité est attachée au levier mobile dans le sens horizontal ou dans le sens vertical. Tel est le principe de tous les myographes.
- Ceux de Marey, myographes simple et double, à poids variable pour tendre le muscle, etc., permettent l’inscription sur un cylindre tournant autour d’un axe horizontal; celui de Du Bois-Reymond (3805), fonctionne dans le sens vertical et la pointe du levier soulevée par le muscle trace la courbe sur une plaque de.verre qu’un ressort fait glisser dans une rainure.
- D’autres myographes, comme celui de Engellmann (d’Utrecht) 395T, sont formés d’une chambre humide, dans laquelle plongent des électrodes impolarisables, et qui renferme le muscle attaché à son levier, etc.
- Quelque variée que soit la forme des myographes, ils représentent jusqu’ici des appareils inseripteurs directs.
- On peut encore considérer comme tels les sphygmo-graphes destinés à fournir les courbes du pouls d’une artère. Depuis celui de Vierordt, qui figure à l’Exposition (3757) comme instrument appartenant à l’histoire,
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- jusqu’aux sphygmographes les plus récents, le principe est le même. L’artère qu’on explore transmet ses battements à un levier par l’intermédiaire de pièces articulées qui constituent un tout continu et font du sphygmographe un appareil iuscripteur direct.
- Mais que de fois ne peut-on inscrire le mouvement dans des conditions aussi simples ! Il fallait le transmettre à distance à une plume écrivante, en lui conservant son caractère. De là les appareils inscrip-teurs à transmission.
- C’est surtout en physiologie qu’ils sont employés, et leur vulgarisation est due au professeur Marey. L’air sert d’organe de transmission entre l’organe dont on explore le mouvement et la plume qui en inscrit la courbe : un système clos composé d’un explorateur renfermant de l’air, d’un tube de caoutchouc et d’un appareil inscripteur, forme le fond de l’instrumentation. La figure 2 empruntée au professeur Marey donne une excellente idée de la disposition des différentes pièces du système.
- On varie la forme de l’explorateur suivant les besoins de l’expérience : qu’on veuille étudier les mouvements du cœur, du pouls, de la respiration, des muscles, les détails de la marche, du vol, etc., etc., c’est toujours en principe une capsule métallique pleine d’air et fermée par une membrane de caoutchouc sur laquelle agit l’organe en mouvement : l’air chassé par la pression qui s’exerce sur la membrane va soulever à distance la membrane d’une seconde capsule métallique qui supporte la plume inscrivante. Ces appareils à transmission de Marey sont aussi exacts que les inscripteurs directs, et le professeur Donders en a fait la vérification avec un instrument désigné à l’Exposition sous le nom de « Controller of the Air-Conveyance. » 3955.
- Dr François-Franck.
- — La suite prochainement. —
- EXPOSITION INTERNATIONALE DE 1878
- PROJET DE CONSTRUCTION d’un GRAND BALLON CAPTIF A VAPEUR, TAR M. HENRY GIFFARD.
- Lors de l'Exposition universelle de Paris, en 1867, on se rappelle que M. Henry Giffard construisit, au Champ de Mars, le premier ballon captif à vapeur. Ce matériel aérostatique absolument nouveau eut le privilège d’attirer vivement l’attention du public et des hommes compétents. On admira ce globe, aux proportions imposantes, où 5000 mètres cubes d’hydrogène se trouvaient pour la première fois emprisonnés dans une étoffe imperméable ; le public ne se lassa pas d’exécuter des ascensions à 250 mètres au-dessus du sol, à l’extrémité d’un câble, qu’une machine à vapeur enroulait autour d’un treuil. Mais là où grand nombre de visiteurs ne virent qu’un objet de curiosité peu commun, les ingénieurs et les aéronautes ne manquèrent pas
- d’apercevoir de difficiles et importants problèmes résolus; iis reconnurent que l’aéronautique venait de faire, entre les mains habiles de l’inventeur, un grand pas en avant. Les physiciens et les météorologistes applaudirent aussi à ce nouveau venu qui pouvait leur permettre de s’élever constamment dans l’atmosphère pour y entreprendre une série de recherches et d’observations.
- Les organisateurs de l’Exposition de Philadelphie n’ont pas manqué de s’adresser à M. Henry Giffard, en lui demandant de doter leur installation d’un matériel semblable, si bien fait pour offrir aux étrangers, dans des conditions exceptionnelles, le panorama d’une grande ville. Mais le célèbre ingénieur ne voulut pas entendre les propositions qui lui étaient faites, se promettant de réserver une surprise aérostatique aux visiteurs de la prochaine Exposition internationale de Paris.
- M. Henry Giffard a le projet de construire en 1878 un nouveau ballon captif à vapeur, et d’incessantes études lui ont permis de conce voir un appareil qui, par ses proportions gigantesques, par ses dispositions ingénieuses, savamment conçues, aussi bien que par sa puissance exceptionnelle et sa solidité à toute épreuve, sera, incontestablement, la plus grande merveille mécanique du Champ-de-Mars.
- L’inventeur de l’injecteur a bien voulu me faire l’honneur de me choisir comme son représentant pour soumettre aux organisateurs de l’Exposition internationale de 1878 les plans relatifs à cette construction grandiose.
- Après avoir fait les demandes nécessaires et avoir rencontré partout l’accueil le plus encourageant, nous croyons devoir publier quelques détails précis destinés à faire connaître d’une façon plus complète ce que sera cette vaste entreprise.
- Le ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard sera formé d’une étoffe résistante, solide, absolument imperméable au gaz hydrogène, fabriquée au moyen de toiles et de feuilles de caoutchouc alternativement superposées,protégée extérieurement par plusieurs couches de vernis et revêtue d’une peinture blanche pour amoindrir les effets des rayons solaires. Ce ballon cubera environ 20000 mètres; il formera une sphère immense, la plus grande qui ail jamais été faite et dont le diamètre n’aura pas moins de 34 mètres. Il sera muni à sa partie supérieure et à sa partie inférieure de deux vastes soupapes. Celle du haut pourra être ouverte par les aéronautes dans la nacelle, celle du bas s’ouvrira automatiquement, pour laisser écouler le gaz quand il se dilatera. L’aérostat, amarré à terre, formera au-dessus du sol un dôme monumental, de 50 mètres de hauteur, dépassant de 5 mètres le couronnement de l’Arc-de-Triomphe de Paris.
- Pour joindre les fuseaux de ce ballon, qui pèsera près de 4000 kilogrammes, il faudra exécuter environ six kilomètres de couture. Les cordes du filet auront une longueur totale de trente-cinq kilomètres
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- Exposition internationale de 1878 à Paris. — Projet du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Gif fard, (Coupe.)
- N. Nacelle. — m. Machine à vapeur. — b. Treuil pour le câble' — c. Chaudière. — tt. Tentes pour les spectateurs. — a a. Petits treuils pour les cordes d’équateur. — B. Proportions comparatives d’un ballon ordinaire, cubant 1000 mètres et pouvant enlever trois ou quatre voyageurs. (Échelle de 1/1000.)
- et un poids de 5000 kilogr. Le filet, terminé à sa partie inférieure par une série de pattes d’oie et de poulies, sera attaché par i6 cordes ?i un cercle métallique capable de résister dans tous les sens à des tractions de 100 000 kilogrammes. Le premier cercle sera relié à un second situé à un niveau inférieur et autour duquel s’attacheront les cordes de la nacelle.
- La nacelle lormera une galerie circulaire de 15 mètres de circonférence; un espace annulaire central de 5 mètres de dia-
- Projet de l’installation du grand ballon captif à vapeur de M. Henry Giffard. (Plan.)
- E. Entrée principale. — H H. Appareils de production d’hydrogêne. —aaa... Petits treuils pour attacher les cordes équatoriales de l’aérostat. — ttt... Tentes pour les spectateurs. — O. Or. chestre. —A. Ballon. — mm. Machine à vapeur.— b. Grand treuil pour le câble. — cc. Chaudières. (Échelle de 1/1000.)
- que le câble, corde puissante de 25 centimètres de circonférence, se reliera au cercle supérieur , par l’intermédiaire d’uii peson, muni de cadrans verticaux, où des aiguilles indiqueront constamment la force ascensionnelle de l’aérostat. La galerie eircu-1 air e sera pourvue d’un double fond, où seront emprisonnés 5000 kilogr. tje guides-ropc, de lest, d’ancres et de grappins.
- L’aérostat sera fixé à terre par huit câbles, attachés à des anneaux de fer scellés dans un mur de
- mètre y sera ménagé ; c’est au centre de cet espace | maçonnerie ; la nacelle se trouvera suspendue au-
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- dessus d’une vaste cuvette conique. On montera dans la galerie par l’intermédiaire de deux passerelles mobiles, comme cela se pratique habituellement dans les ports pour se rendre à bord des bateau* à
- vapeur. Quarante à cinquante personnes pourront prendre place à chaque ascension.
- Le câble descendra au fond de la cuvette, il s’enroulera autour d’une poulie métallique montée sur
- Projet de ballon captif à l’Exposition internationale de 1878, par M. Henry Giffard. I.a nacelle.
- une suspension à la Cardan qui sera un modèle d’élégance et de sûreté ; puis il circulera dans un tunnel de 50 mètres d’étendue” et viendra s’enrouler autour d’un treuil de fonte de 2 mètres de diamètre, de 7 mètres de longueur, commandé pat-deux roues d’engrenage de 5m,50 de diamètre,
- qu’une machine à vapeur de 200 chevaux mettra en mouvement par l’intermédiaire d’un pignon de petit diamètre (0m,25). Celte machine, à 4 cylindres de 0m,26 de diamètre et de 0ra,30 de course, pourra travailler jusqu’à 9 ou 10 atmosphères. Le câble aura 550 mètres de longueur; il
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- la nature.
- tie pèsera pas moins de 2500 kilogrammes. L’excédant de la force ascensionnelle ordinaire de l'aérostat, avec les voyageurs, sera de 5 000 kilogrammes, double du poids du câble.
- Le ballon captif sera situé au milieu d'une enceinte circulaire de 100 mètres de diamètre; des treuils, placés de distance en distance sur la circonférence, serviront pendant le gonflement, à attacher les cordes fixées à l’équateur de l’immense sphère aérostatique.
- Le ballon ne sera plus entouré, comme en 1867, d’une charpente circulaire couverte de toiles et formant un tableau peu gracieux ; il dominera les jardinsélégants, dont on pourra couvrir son. enceinte, et formera le dôme le plus élevé de toutes les constructions du Champ de Mars.
- M. Henry Giffard donnera à ce matériel une telle puissance, que l’aérostat amarré à terre pourra, d’après des calculs certains, résister impunément à l’action de vents de 50 à 60 mètres à la seconde. Le ballon ne serait pas endommagé par le souffle des typhons de la mer des Indes, à plus forte raison résistera-t-il aux coups de vent plus cléments de nos climats. Le câble qui dans aucun cas pendant les ascensions n’aura à supporter des tractions supérieures à 10000 kilogrammes, sera éprouvé tous les quinze jours à l'aide des machines montées à une pression plus élevée que dans le service courant (8 atmosphères au lieu de 5) et soumis dans toute son étendue à un effort bien supérieur à celui qu'il supportera dans l'atmosphère.
- Les précautions prises pour vérifier constamment l’état du matériel tout entier rendront illusoire la crainte de tout accident. Nous rappellerons d’ailleurs que le ballon captif de 1867 a fonctionné précédemment sans la moindre mésaventure.
- Les appareils à gaz, destinés à remplir le ballon captif et à lui donner une force ascensionnelle capable d’enlever une locomotive de nos chemins de fer, seront formés de cylindres garnis de plomb, enfouis sous terre; on les remplira de
- Motte Picquet
- Plan de Champ ballon
- tournure de fer. En ouvrant un simple robinet, on y fera tomber de l’acide sulfurique qui se mélangera automatiquement avec dix fois son volume d’eau. Le gaz hydrogène dégagé arrivera dans le ballon par un tuyau souterrain, après avoir traversé des épurateurs destinés à le sécher et à le purifier. Le liquide chargé de sulfate de 1er, résultant de la réaction, sera déversé au dehors par des conduites souterraines. Le gonflement du ballon captif exigera une consommation de plus de cinquante mille kilogrammes de tournure de fer, de plus de cent mille kilogrammes d’acide
- sulfurique et durera environ 48 heures.
- Nous ferions injure à nos lecteurs si nous supposions qu’il soit nécessaire d’insister longuement sur l’importance du merveilleux matériel que nous venons de décrire, et sur les avantages qu’il peut offrir à des points de vue très-divers.
- Les grands spectacles aé* riens n’ont pu être admirés jusqu’ici que par un petit nombre de voyageurs, qui n’ont pas craint d’affronter les aventures du ballon libre. Avec le ballon captif, plus de 200000 visiteurs pourront être enlevés à 500 mètres au-dessus du sol, pendant la durée de l’Exposition. Ils contempleront à une hauteur qui dépassera celle de onze arcs de triomphe superposés l’imposant tableau de la ville de Paris, et ils verront que les scènes décrites par les aéronautes ne sont pas des peintures exagérées.
- L’époque de la construction d’un matériel aérostatique si puissant comptera comme une date mémorable dans les annales de la navigalion aérienne. M. Giffard, en effet, en enfermant 20 000 mètres cubes d’hydrogène, dans une enveloppe imperméable, en mettant au jour un aérostat qui sera aux ballons ordinaires ce qu’un navire transatlantique est à une méchante barque de pêcheur, aura singulièrement rapproché le moment où planera dans l’espace le navire aérien dirigeable, qui nécessite, comme on le sait, un grand volume et une grande puissance.
- l’Exposition internationale de 1878, au] de Mars, avec l'emplacement projeté, du captif & vapeur, de M. Henri Giifard. (Échelle de 1/12500.)
- Sol
- Hauteurs comparatives de l'Arc de Triomphe de Paris, et de la nacelle du ballon captif à l’extrémité de son câble.
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- Nous parlions récemment ici même de la mémorable journée du 22 août, où les savants les plus éminents de la France et de l’étranger inauguraient avec éclat l’observatoire météorologique du Puy-de-Dôme; l’inauguration du ballon captif à vapeur de M. Giffard sera aussi une fête pour la science, car ce magnifique appareil pourra être pourvu de tous les instruments que nécessitent les observations météorologiques ; une partie de la nacelle sera disposée pour constituer un véritable cabinet de physique aérien.
- Le ballon captif à vapeur pourrait trouver sa place au centre du grand parc de l’Exposition de 1878, entre le palais et le pont d’Iéna. On y circulerait tout autour par une allée, et l’enceinte qui lui serait réservée se transformerait, comme nous l’avons dit, en un lieu de repos : le visiteur y trouverait des jardins, des tentes élégantes où il serait commodément assis, il y jouirait mieux des harmonies de l’orchestre qui se fait entendre habituellement aux heures de la promenade, en certains points des expositions.
- M. Henry Giffard, que ses découvertes ont fait riche, et que la fortune n’a pas détourné des grandes et belles entreprises, propose de construire à ses frais ce matériel immense. Le grand ballon captif de 1878 coûtera plusieurs centaines de mille francs, somme insignifiante, du reste, eu égard aux ressources de l’inventeur. Une œuvre si hardie et si étonnante ne manquera pas de faire honneur aux organisateurs de l’Exposition Internationale de 1878, aussi bien qu’à la Ville de Paris et à la science française. Gaston Tissandier.
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- L’HERBIER DE DAUBENTON
- M. H. Nadault de Buffon, avocat général à Bennes, l’un des fondateurs de la Société d’acclimatation, a adressé à M. Drouyn de Lhuys, sous la date du 50 juin, une lettre par laquelle il annonce qu’il offre à cette Société l’herbier de Daubenton.
- a Cet herbier, dit-il, qui a été commencé à Mont-bard par le collaborateur de Buffon, dans le temps où il s’occupait à sa ferme de la Bergerie de l’amélioration des prairies et de l’acclimatation des premiers mérinos, m’a été remis par Mm“ la comtesse de Buffon, nièce de Daubenton.
- « J’estime que cet herbier, qui rappelle à la fois les travaux de Daubenton et les services qu’il a rendus à la science, sera bien à sa place dans les archives d'une Société qui s’est constamment montrée empressée à honorer sa mémoire.
- « Je ne mets d’autre condition à mon offre que le désir de voir graver sur le plat de l’herbier une inscription rappelant qu’il a été offert à la Société par un arrière petit-neveu de Buffon, l’un des fondateurs de la Société nationale d’acclimatation. »
- LES HAEMONIA
- La plupart des entomologistes admettent aujourd'hui le genre Haemonia, établi par Mégerle, pour désigner un certain nombre de coléoptères propres aux contrées froides ou tempérées de l’Europe et de l’Amérique du Nord, La distribution géographique de ces insectes n’est pas, comme on le voit, très-étendue ; ils ne sont pas nombreux en espèces ; mais ils ont des mœurs si singulières et si peu connues que leur histoire nous a semblé de nature à intéresser nos lecteurs.
- Les Haemonia ressemblent beaucoup à d’autres coléoptères appartenant à un genre voisin, les Dona-cies. Le mode de développement des insectes rangés .dans ces deux groupes présente de frappantes analogies, et leurs larves en particulier ont entre elles les plus grands rapports. Mais tandis que les Dona-cies, généralement ornées de brillants reflets métalliques, sont agiles, volent rapidement et s’ébattent en troupes nombreuses, pendant les beaux jours de l’été, sur les roseaux qui avoisinent les mares, les étangs et les cours d’eau, les Haemonia, au contraire, revêtues d’une livrée plus modeste, affectent une coloration uniforme qui varie du jaune pâle au jaune d’ocre ; leur démarche est indolente et leurs habitudes sont presque exclusivement aquatiques. Cependant,*rien chez ces animaux ne semble indiquer le genre de vie auquel ils sont assujettis. Ils n’ont pas, comme on pourrait s’y attendre, les membres disposés pour la natation et transformés en sortes de rames ciliées susceptibles d’agir d’une manière efficace sur le milieu ambiant, mais ils ont conservé l’organisation propre aux animaux qui se meuvent sur le sol.
- En étudiant avec soin les mœurs de ces insectes, on peut facilement se convaincre que la disposition de leurs membres, si extraordinaire qu’elle paraisse à première vue, répond bien à l’usage auquel ils sont destinés. Il est à remarquer en effet que, tout en vivant au sein des eaux, les Haemonia se tiennent presque constamment accrochées aux plantes aquatiques et que leur existence s’écoule sur la touffe d’herbes qui les a vu naître. Elles se transportent lentement d’une tige à l’autre, et forment souvent autour d’un même brin d’herbe des groupes serrés dont les individus se tiennent étroitement embrassés. La structure particulière des tarses dont le dernier article, celui qui porte les griffes, est arqué et très-allongé, permet à l’insecte d’envelopper la tige sur laquelle il se repose et d’y adhérer fortement.
- Cette existence aquatique des Haemonia ne saurait donc être comparée à celle des Dytiques et des espèces carnassières qui se déplacent facilement au moyen de leurs organes natatoires ; elle n’offre pas non plus d’analogie avec celle des Hydrophiles et autres coléoptères du même groupe qui, tout en se nourrissant de matières végétales, nagent avec rapidité et peuvent même s’élancer dans l’air et parcou-
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- rir des espaces souvent considérables. Les Haemonia possèdent cependant sous lès élytres des ailes membraneuses. La présence de ces organes chez des insectes que l’on trouve constamment submergés permet de supposer qu’ils peuvent, dans certaines circonstances, quitter leurs demeures et se transporter dans d’autres milieux; mais si l’on en juge d’après les mœurs de ces animaux, on est porté à admettre aussi qu’ils ne font usage de leurs ailes que dans des cas exceptionnels et seulement pour se soustraire à quelque péril imminent.
- Parmi les espèces à'Haemonia qui vivent en France, les unes se trouvent dans les rivières telles que la Seine, la Loire et la Maine; d’autres dans les marais salés qui avoisinent les côtes de la Manche et de l’Océan. On en a pris également à Metz dans la Moselle, à Strasbourg dans l’Ill, et, sans nul doute,, de nouvelles explorations amèneront la découverte de ces insectes dans d’autres cours d’eau.
- Leur nourriture essentiellement végétale se compose de certaines plantes aquatiques parmi lesquelles on peut citer différentes espèces de Potamogé-tons, de Myriophillum et YEquisetum maritimum.
- I/insecte se trouve toujours sur la portion submergée de ces végétaux et ne laisse pas dépasser la moindre partie de son corps au-dessus de la surface du liquide. Dans cet élément, sa démarche sans être rapide, n’est nullement embarrassée, mais quand il vient à être sorti de son milieu, il ne se dirige qu’avec peine et ses longues antennes, en se collant le long de son corps, gênent considérablement ses mouvements. Sous l’eau, il se cramponne si fortement aux plantes qui lui servent d’asile que souvent on lui arrache les pattes lorsqu’on veut l’en détacher; exposé à l’air, au contraire, il se laisse retomber dans l’eau aussitôt qu’il le peut et, en agitant les pattes, arrive à se trouver placé sur le ventre dès qu’il touche le fond.
- Les Haemonia affectionnent particulièrement les plantes encore jeunes, et lorsque par hasard on les rencontre sur des végétaux plus âgés, ils sont recouverts d’un enduit gélatineux qui les rend méconnaissables.
- La ponte, le développement des larves et l’éclosion des insectes parfaits semblent avoir lieu indistinctement depuis le printemps jusqu’à la fin d’octobre. A cette époque, les insectes parfaits renfermés encore dans les coques passent l’hiver plongés dans un profond engourdissement qu’explique d’ailleurs l’abaissement de la température, et n’éclosent qu’aux mois de mars ou d’avril de l’année suivante. Les métamorphoses des larves éprouvent également un temps d’arrêt pendant la saison froide.
- Les dimensions de la larve ne dépassent pas 8 à 10 millimètres de longueur sur 3 de large environ. Elle est d’un blanc mat. La tête petite et d’un brun roussâtre porte des antennes de quatre articles et des mandibules terminées par deux dents obtuses. Le corps, composé de onze segments, affecte la forme d’un fuseau recourbé en arc dont la convexité est
- tournée en dessus ; il peut en se contractant prendre une forme ovoïde.
- Un examen attentif au moyen de la loupe fait découvrir sur les anneaux de nombreuses soies rousses dirigées en arrière, et plus nombreuses sur les flancs où elles sont irrégulièrement dispersées. Les trois anneaux qui suivent la tête portent chacun une paire de petites pattes d’un roux clair, composées de trois articles, terminées par un ongle brun très-robuste et garnies de soies plus grosses que celles du corps. Le dernier segment de l’abdomen est muni de deux disques cornés armés de deux forts crochets dirigés de haut en bas.
- Les mouvements des larves d'Haemonia sont très-» lents. Elles habitent ordinairement les eaux tranquilles, aussi la nature a-t-elle pris soin de protéger leur existence contre les perturbations qui pourraient survenir dans le milieu ambiant. Lorsque le calme des eaux dans lesquelles elles vivent vient a être troublé par une crue subite, elles se fixent fortement aux végétaux qui les nourrissent et peuvent, ainsi résister aux tourmentes des inondations. Leurs pattes sont trop petites pour remplir ce but, mais les crochets qui terminent leur abdomen deviennent alors pour elles un véritable appareil de sauvetage, une sorte d’ancre de miséricorde. La manière dont elles s’attachent aux plantes aquatiques au moyen de ces crochets mérite une description spéciale.
- On remarque sur les tiges qui portent les larves de petits trous disposés à intervalles irréguliers et dans lesquels l’animal plonge quelquefois sa tête pour prendre sa nourriture. Si on suppose les crochets articulés, on comprend facilement que la larve puisse les introduire dans un de ces trous et les enfoncer dans la tige de la plante ; mais alors elle ne pourra résister au courant et se maintenir dans sa position qu’au prix d’efforts musculaires incessants et considérables. Aussi, n’est-ce pas de cette manière que les choses se passent. Les crochets, au lieu d’être articulés, sont disposés comme une sorte de grappin. La larve introduit son abdomen dans le trou, puis, prenant sur la tige un point d’appui à l’aide de ses pattes, contracte tout son corps de façon à les raccourcir et à enfoncer ses crochets. Cette opération accomplie, elle reprend sa forme naturelle, lâche la branche qu’elle avait saisie et se laisse aller à la dérive, se maintenant fixée à la plante sans le moindre effort, comme si elle y était attachée au moyen de deux clous. Lorsque l’animal désire prendre sa nourriture, une contraction musculaire lui permet de saisir à nouveau la plante avec ses pattes et d’en attaquer le parenchyme à l’aide de ses robustes mâchoires.
- Au moment de se transformer en nymphe, la larve se fixe, soit à la partie inférieure des tiges, soit aux racines des plantes aquatiques et y* attache solidement une coque de forme ellipsoïdale dont le grand axe mesure 8 à 10 millimètres et le petit 3 environ. La coque est, pour ainsi dire, moulée sur la tige du
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- végétal. Elle présente, dans le sens de sa longueur, un sillon qui prend la forme de la branche à laquelle elle est accolée; à cet endroit l’enveloppe est toujours plus mince et disparaît même quelquefois complètement, c’est alors la tige elle-même qui sert à fermer la cellule. La coque terminée est hermétiquement close et présente l’aspect d’un mince parchemin; elle est formée par un liquide que secrète l’animal et qui se coagule sous l’eau.
- La couleur de l’enveloppe varie du jaune clair au jaune brun ; elle est plus ou moins opaque et, dans la plupart des cas cependant, on distingue aisément à l’intérieur, par transparence, la nymphe ou l’insecte parfait.
- Grâce à la couche d’air qui entoure l’insecte enfermé dans sa coque, celle-ci est plus légère que l’eau, et conséquemment monte à la surface lorsqu’elle est détachée de la plante qui la porte, tandis qu’elle redescend au fond si elle vient à être crevée.
- La nymphe est d’un blanc éclatant; très-molle et laisse apercevoir toutes les parties de l’insecte.
- Elle est placée dans la coque la tête en haut, tandis que la peau de la larve, dernier débris du premier état, gît à la partie inférieure de la cellule.
- L’insecte parfait ne quitte sa prison que lorsque ses téguments ont acquis assez de solidité pour ne plus se déformer. Il ronge alors circulairemenl la partie supérieure de son enveloppe et va s’accrocher aux rameaux des plantes. La durée de la vie évolutive des Haemonia, comptée depuis la ponte jusqu’à l’éclosion de l’insecte parfait peut être évaluée à 4 ou 5 mois.
- Les Haemonia sont encore aujourd’hui peu répandues dans les collections et, si on en excepte l’espèce qui, depuis quelques années, a été capturée en assez
- grande quautité dans les eaux de la Moselle, on peut dire que le nombre des individus de ce groupe renfermés dans les cartons des entomologistes est excessivement restreint. Faut-il en conclure que les Haemonia sont rares dans la nature? Cette rareté n’est-elle pas plus appai'ente que réelle, et ne doit elle pas être attribuée à la connaissance imparfaite
- des mœurs de ces animaux? En raisonnant par analogie, on est porté à considérer cette dernière hypothèse comme probable, car beaucoup d’autres insectes , rares dans le principe, sont devenus excessivement communs dans les collections aussitôt qu’on est parvenu à pénétrer les secrets de leur existence. On peut admettre que chez certains articulés la propagation se fait moins facilement que chez d’autres, que l’habitat est plus restreint, que la durée de la vie à l’état parfait peut être moins longue, que les causés de destruction augmentant dans certaines circonstances arrivent à diminuer le nombre des individus, mais nous ne pensons pas qu’il y ait à proprement parler d’insectes rares. Si beaucoup d’espèces sont peu connues, cela tient uniquement à ce qu’on ne sait pas se les procurer.
- Il est assez difficile de récolter les Haemonia à l’état adulte parce que leurs couleurs sombres les dérobent aisément à la vue, mais rien n’est plus commode que de se les procurer lorsqu’elles sont encore renfermées dans leurs coques. La récolte peut avoir lieu depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre. 11 suffit alors d’arracher les plantes en les saisissant près des racines et de les secouer dans l’eau pour les débarrasser de la vase qui les entoure. Un simple coup d’œil permet de reconnaître celles qui portent des
- Les Haemonia.
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- coques. Lorsque l’eau est trop profonde pour qu’on puisse arracher les plantes avec la main, on fait usage d’un rateau ou de tout autre instrument analogue. Les coques ainsi recueillies sont placées dans des bocaux avec les fragments de plantes auxquelles elles sont attachées ; peu importe, d’ailleurs, que ces coques renferment des larves, des nymphes ou des insectes parfaits.
- L’éducation des Haemonia récoltées dans ces conditions n’exige aucun soin, et il suffît de changer l’eau des bocaux à de rares intervalles pour voir éclore les insectes parfaits.
- Nous osons espérer qu’en s’aidant des procédés si simples que nous venons d’indiquer, de zélés explorateurs parviendront à découvrir les Haemonia dans la plupart des cours d’eau qui sillonnent la France, et à démontrer ainsi que l’habitat de ces petits êtres n’est pas aussi restreint qu’on le croit aujourd’hui.
- P. Montillqt.
- CHRONIQUE
- L’Association britannique pour l’avancement des science» a ouvert à Glasgow, le 6 septembre 1876, sa 46® session. Cette réunion de savants s’est occupée de mathématiques, physique chimie, géologie, biologie, anthropologie, zoologie, botanique, anatomie, physiologie, géographie, hydrographie, économie politique, statistique et mécanique. Les présidents des 7 sections étaient MM. Thomson, Perkin, Young, Russell Wallace, Evans, Campbell et Merrifield. Le lieutenant Cameron y a parlé de ses voyages en Afrique. Nous publierons prochainement un compte rendu analytique du congrès de Glasgow.
- Éruption volcanique A Guernesey an trei-siéme siècle.—M. Charles H. Pearson vient de publier, sous le titre de English history of the fourteenth cen~ tury (Histoire de l'Angleterre, durant le quatorzième siècle), un ouvrage dans lequel on trouve le fait peu connu d’une éruption volcanique, qui eut lieu près des côtes de Pile de Guernesey, sous le règne de Henri III (1216-1272). Comme dans l’archipel grec, près des îles Santorin, on vit de puissantes masses de flammes sortir du sein des flots de la mer. Ces feux sous-marins consumèrent des falaises do Guernesey et couvrirent l’île de nuages de cendre.
- Curieuse découverte de monnaies anciennes. — On a trouvé récemment aux environs de Jérusalem, des shekels (sicles), en argent, très-bien conservés. On lit aisémént les mots gravés sur les deux côtés de ces pièces de monnaies. Elles datent de l’an 144 avant J.-C., c’est-à-dire de deux ans après la destruction de Carthage par les Romains. Elles portent le nom du grand prêtre et chef politique de la nation juive, .Simon Machabée. M. John Lernic, de Kirkaldy, a fait l’acquisition d’un certain nombre de ces monnaies d’argent, qui sont au nombre des plus curieuses que l’antiquité nous ait transmises. Les unes sont des sicles et les autres des demi-sicles. (Fife freepress.)
- Les forêts de la Nouvelle-Zélande. — Le voyageur qui, parcourant les forêts de la Nouvelle-Zélande,
- s’élève sur un point culminant, embrasse un horizon immense de feuillage, dans lequel tous les genres de verdure sont représentés : le vert sombre des karaka contraste avec la teinte jaune du kowhai, rehaussée de distance en distance par les larges branches du magnifique pohutu kawa ; de loin en loin s’élève un de ces arbres gigantesques, dominant toute une étendue de forêt. Autant cet aspect est agréable à contempler pendant les beaux jours de l’été, autant il est effrayant de traverser ces grandes forêts quand souffle la tempête ; les éléments déchaînés dévastent d’une manière effrayante ces bouquets si pittoresques d’arbres verts. Les essences de bois de ces forêts vierges sont multipliées à l’infini ; déjà on en a fait usage dans la charpente, la construction navale et la menuiserie. Le commerce des bois coloniaux est une immense industrie, dont le centre est à Auckland. La gomme du kauri est fort recherchée ; on trouve ce produit végétal enfoui dans la terre, parce qu’à une époque fort reculée, de grandes étendues de bois ayant été brûlées, la gomme qui était sécrétée en abondance n’a pas été fondue par la chaleur et s’est conservée intacte dans le sol. La recherche de cette substance emploie aujourd’hui une grande quantité d’indigènes ; la gomme de kauri est soumise à un droit de deux livres sterling par tonne.
- Les accumulations qui existent dans certaines localités sont extraordinaires ; aussi en fait-on un grand commerce d’exportation ; on l’estime à cinq millions de francs. Celte gomme est une sécrétion naturelle de l’arbre, qui se produit entre l’écorce et le bois ; elle s’écoule ainsi, sans traduire sa présence extérieurement, jusqu’aux premières racines, où elle forme un amas. Il existe plus de cinq à six millions de kauris en Nouvelle-Zélande : chaque arbre produit en moyenne 1 kilogramme de gomme valant 1,250 francs les 1,000 kilogrammes.
- (Bulletin de la Société d'acclimatation.)
- Le Colorado, qui a été admis dans l’Union américaine, où il forme le 38® État de l’union et est représenté par une 38® étoile sur le drapeau fédéral, est une contrée remarquable par la rapidité avec laquelle les chemins de fer y ont été construits. En 1869, le nouvel État ne comptait pas un mille. 1609 mètres) de voies ferrées et on n’y pénétrait que par des diligences primitives et des charettes traînées par des bœufs ; aujourd’hui il possède environ 880 kilomètres de chemins de fer. (Iron.)
- Les lièvres de Russie au Jardin d’acclimatation. — Le Jardin d’acclimatation vient de recevoir deux lièvres variables de Russie, dont il va tenter de propager l’espèce. Ces lièvres ont une singulière propriété, celle de changer de couleur. En février, ils prennent une couleur rougeâtre fort différente de celle des lièvres français; au mois de novembre, ils quittent cette couleur et deviennent du blanc le plus pur. Les formes du lièvre variable diffèrent peu de celles de notre lièvre commun ; le curieux phénomène du changement de couleur en fait toute la rareté.
- L’instruction en Californie. — M. Phelps,président de l’Association pour l’éducation nationale, en Californie, nous donne les détails de statistique suivants : antérieurement à l’année 1776; notre pays, dit-il, n’avait que 9 collèges (universités) ; nous aVons aujourd’hui plus de 400 collèges ou universités!, avec près de 57 000 étudiants et 3700 professeurs et maîtres. Alors on faisait peu de chose pour l’instrüction supérieure des femmes ; aujourd’hui nous avons 209 pensions ou institutions (sérni-
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- naires) de femmes avec 23 445 étudiantes et 2245 professeurs. Alors il n’y avait pas d’écoles de commerce, nous en possédons 127 aujourd’hui. Les Kindergarten (jardins d’enfants) sont d’une importation récente (ils sont venus d’Allemagne). En 1814, nous avions déjà 55 kindergarten avec 1636 enfants et 125 maitresses. Malgré cela, il faut confesser que le recensement de 1876 a donné pour TUnion américaine un total de 5 500 000 illettrés. (San Francisco Alta.)
- L’eau verte et l’eau bleue du lae d’Annecy. —
- La plus grande partie du joli lac d’Annecy est enclavée entre des collines très-inclinées, mais couvertes cependant d’une verdure riche et variée. Ce bassin est très-profond. L’eau qu’il contient ne tire aucune nuance verte de la couleur de ses bords ; elle est bleu foncé ou même noire. Au contraire, la partie du lac qui fait suite à la plaine des Fins est peu profonde. La vase compacte qui en forme le fond est couverte de plantes aquatiques qui servent de nourriture aux poissons du lac ou même aux cygnes qui vivent sur ses bords. Pendant les grandes chaleurs de l’été, l’eau de la partie peu profonde est habituellement bleu clair et les barques de pêcheur stationnent alors fréquemment sur la limite des eaux bleues et des eaux noires. Les poissons préfèrent alors se tenir dans les profondeurs, afin de se maintenir à leur température habituelle; mais, comme ils y trouvent une nourriture insuffisante, ils sont obligés, pour vivre, de se rendre momentanément dans les eaux bleues, où les pêcheurs les attendent. Lorsqu’un vent d’orage vient tout à coup bouleverser les eaux du lac, la couleur des eaux noires varie peu, les vagues qui déferlent contre l’allée d’Albi-gny remuent toutes les vases qui s’y trouvent et prennent promptement cette teinte jaune qui est propre à toutes les eaux limoneuses. En même temps, les eaux situées près de la partie profonde prennent une belle teinte verte qui paraît être ainsi intermédiaire entre la couleur bleue des eaux à peu près pures et la couleur jaune des eaux tout à fait troubles. Rey de Morande.
- La population de la Russie. — On s’attend en Russie à ce que le recensement, qui aura lieu en 1883, donne pour la population de l’empire un total de 90 millions d’habitants. Lors du dernier recensement, qui a été fait il y a quelques années, les sujets russes se partageaient comme suit, sous le rapport religieux : 58 millions de Grecs schismatiques, un million de Grecs hétérodoxes, huit millions de catholiques, quatre millions de protestants, trois millions de juifs, sept millions de Mahomé-tants, etc. Total : 85 millions.
- (Galignani's Messenger).
- — Un ciment utile pour le revêtement extérieur d’ouvrages en briqueterie, se confectionne en mêlant à ‘20 parties de sable de rivière, 2 parties de litharge, une partie de chaux vive et de l’huile de lin en quantité suffisante pour former une pâle mince. Ce même ciment est fort bon à employer avec des pierres brisées; il se dessèche très-lentement. (Scientific cunerican).
- — L'ostréiculture en Angleterre et en France. Les bancs d'huîtres ont diminué en Angleterre, tandis qu’ils ont augmenté en France. D’où vient cette différence ? C’est qu’en France la pêche des huîtres est prohibée pendant un certain temps, chaque année, et qu’une surveillance active et énergique éloigne les fraudeurs, tandis qu’en Angleterre le précieux bivalve est beaucoup moins surveillé et protégé, Parmi
- les causes de la rareté croissante des huîtres sur les côtes britanniques, on peut citer l’habitude de les exposer en vente avant qu’elles aient atteint l’âge de se reproduire. Espérons que le Parlement prendra les mesures nécessaires, non-seulement pour empêcher l’extermination des huîtres, mais encore pour en favoriser la multiplication. (Nature, de Londres.)
- — M. Smith vient de publier une histoire naturelle des fougères (Londres, Macmillan et C"*). Ce savant botaniste a consacré 50 années de sa vie à la monographie de cette variété de plantes. En 1864, lors de sa mise à la retraite, M. Smith avait 600 espèces de fougères dans le jardin botanique royal de Kew, dont il était le directeur. On compte aujourd’hui sur le globe 2000 espèces de fougères. (Nature).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- Séance du 11 septembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris»
- Le radiom'etre.— L’inventeur duradiomètre,M. Crooke, écrit à M. du Moncel une lettre qui va refroidir l’ardeur des savants qui se sont voués à l’étude du nouvel instrument. Le physicien anglais déclare en effet que beaucoup des expériences publiées dans ces derniers temps sont décrites dans le grand Mémoire qu’il a déposé à la Société royale, et dont l'impression demandera plusieurs mois encore et peut-être toute une année. Évidemment les auteurs des expériences visées ne perdront rien du mérite dont ils ont fait preuve, mais ils devront laisser à M. Crooke ses droits incontestables de priorité.
- La dernière éclipse de lune. — Le 3 septembre dernier la lune a traversé le cône d’oinbre que la terre produit dans l’espace à l’opposé du soleil. Tous nos lecteurs ont pu, dans les trouées des nuages, en suivre les phases principales. Mieux outillé, M. Perroltin (de l’observatoire de Toulouse) a noté l’époque d’entrée dans l’ombre de toute une série de montagnes lunaires. Cet astronome a constaté de nouveau ce fait déjà connu que la partie éclipsée de notre satellite répand encore assez de lumière pour que le contour du disque lunaire reste constamment visible.
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- Géologie. — On rencontre dans diverses localités autour de Paris des sables qui consistent surtout eu granit désagrégé et décomposé de telle sorte qu’une bonne partie du feldspath est passée à l’état de kaolin. Ils rem* plissent d’ordinaire des fissures verticales traversant des formations variées, et on les désigne sous la qualification d'éruptifs, parce qu’ils se sont manifestement élevés, entraînés de bas en haut, arrachés à l’assise cristalline qui sous nos pieds sert de support à l’énorme épaisseur des terrains stratifiés. Outre les débris granitiques on trouve dans ces sables des fragments pierreux provenant des couches sédimentaires traversées par la faille, et on distingue parmi ceux-ci des représentants des formations profondes et des vestiges de roches superficielles maintenant entraînées par la dénudation qui a sculpté le relief du sol. C’est au nombre de ces derniers qu’il faut ranger un gros bloc de meulière que nous a fourni le filon de sable éruptif de la Maladrerie et qui a subi des actions intéressantes démontrées parles effets qu’elles ont produit. La meulière, dans la faille, s’est recouverte d’une croûte d’un centimètre d’épaisseur et qui paraît scoriacée. En même temps ses vacuoles se sont remplies d’admirables petits cristaux de quartz de 3 centièmes de millimètre de longueur et qui sont d’une perfection absolue. Ces cristaux
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- que l’on n’a encore trouvés dans aucune roche se trouvent être identiques à ceux que l’on obtient, d’après M. Dau-brée, en soumettant les silicates à la corrosion irrésistible de l’eau suréchauffée. La conclusion est que dans le filon, de l’eau à une température très-élevée a circulé ; c’est elle à la fois qui a produit ce quartz, qui a converti le feldspath en kaolin et qui a entraîné le sable granitique jusqu’à la surface du sol exactement comme l’eau du puits de Grenelle amène au jour le sable glauconieux infracrayeux. Quant à la température de cette eau, elle est liée à la profondeur même des régions qui la fournissent, de façon qu’unq fois mesurée par des moyens analogues à celui qui vient d’être signalé, elle peut faire connaître cette profondeur elle-même.
- Un voit qu’il peut résulter de là un jour nouveau jeté sur la constitution profonde du bassin de Paris.
- Trépanation. — Revenant sur un sujet qui l’a déjà occupé, M. Sédillol traite de la trépanation du crâne et des services que la chirurgie peut retirer de cette opération.
- Nouveau procédé pour étudier le fond de la mer. — Il consiste... à s’élever très-haut dans l’air. M. Morel s’étant, le 21 août dernier, élevé en ballon avec M. Duruof, à 1700 mètres au-dessus du pavé de Cherbourg, constata que le fond de la Manche (surtout de la surface de l’eau de plus de 80 mètres) apparaissait avec tous ses détails. Tous les rochers, tous les trous se voyaient, et même (assure l’auteur), les courants de la mer. Il pourrit, si l’observation est bien faite, en résulter une nouvelle méthode de topographie sous-marine , plus simple encore peut-être que celle dont Arago avait déduit le principe de ses études sur la lumière polarisée.
- Découverte archéologique.
- — On écrit de la Charente-Inférieure qu’un paysan, en labourant, a découvert une cavité où se trouvait une rangée d’urnes sans doute fort anciennes avec une corne de bouc et un morceau de fer.
- L’Académie se déclare incompétente en celte matière et renvoie la note à sa sœur des Inscriptions. St. Meunieu.
- BALANCIER UNIVERSEL DE M. GUILMET
- Une courte description suffira pour faire comprendre la nouvelle et originale conception de M. Guilmet.
- Une fourche à deux branches ACCB (fig. 1), lien giitre ses bras et mobile sur pivots le tambour dans lequel est enfermé un mouvement d’horlogerie complet ; c’est-à-dire muni de l’échappement et de son petit pendule
- (fig- 3).
- Un anneau vu en B (fig. 2) est relié à la traverse qui réunit les deux bras par une suspension à trois ressorts; dont l’un, le plus lai ’ge, passe entre les deux autres.
- Au-dessous de la même traverse CG est fixé le grand balancier à plusieurs branches. Voilà tout le système extérieurement.
- On passe l’anneau de suspension sur le support ou chevalet a, tenu par une main de la statue ; on donne une assez forte oscillation et la pièce est en marche.
- Pour avoir l’explication de la continuité des oscillations, il faut remarquer que, tandis que le mouvement d’horlogerie , caché derrière le cadran, oscille avec le grand pendule, le petit pendillon P (fig. 3), restant dans la verticale, les choses se passent connue si l’ancre a oscillait sur le contour du rochet R, dont le mouvement de rotation est entretenu par le ressort moteur du rouage.
- La force des ressorts de la suspension et le plus ou moins de poids du pendillon, ont une influence considérable sur l’étendue des oscillations.
- L’avance ou le retard se fait au centre de la lentille. Si l’effet n’est pas suffisant, on fait un peu remonter ou descendre la barrette du haut du balancier.
- La nouvelle pendule de M. Guilmet renferme les éléments d’un curieux problème de mécanique que nous signalons à l’attention de nos lecteurs érudits, et que nous posons simplement ainsi : Déterminer pourquoi le roulant de pendule, qui réglerait assez mal avec son petit pendillon, et à poste fixe, donne de bons résultats dans les con-ditions auxquelles le soumet le système décrit ci-dessus. (Revue chronométrique.)
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdieb. Typographie Lahure, rue do Fleurus, 9, à Paris.
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- 23 SEPTEMBRE 1876
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- L’ÉCLIPSE DE LUNE
- DU 3 SEPTEMBRE 1876.
- Les éclipses partielles de Lune (ou partiales, comme on disait au dernier siècle) ne sont pas des phénomènes d’un grand intérêt, ni astronomique ni physique. Celle du 5 septembre dernier n’a donné, au moment de sa plus grande phase, qu’une échancrure d’un peu plus d’un tiers du diamètre de la Lune, exactement 0,545, d’après les chiffres de la
- Connaissance des Temps. Celle du 9 mars 1876 était plus faible encore (0,295). Cependant ce n’est pas une raison pour laisser passer ces phénomènes sans attention, et ils peuvent offrir quelquefois à la curiosité de l’observateur des particularités qui méritent d’ètre notées.
- On sait que, le plus souvent, les éclipses totales ou partielles de Lune ont une durée plus longue que celle trouvée par le calcul. La raison en est simple. Les astronomes calculent le diamètre du cône d’ombre, à la distance où la Lune le traverse, dans l’hypothèse du globe terrestre privé d’atmo-
- L’éclipse de lune du 3 septembre 1876. (D'après nature. — Le Havre, 9 h 30' soir.)
- sphère, c’est-à-dire sans tenir compte de l’absorption que les rayons solaires éprouvent en passant au travers des couches de densité croissante qui constituent notre enveloppe aérienne. Cette absorption peut être assez forte pour intercepter presque totalement la lumière du Soleil, et produire le même eilet qu’une augmentation du diamètre terrestre, et par suite un accroissement du diamètre du cône d’ombre qu’il projette dans l’espace. Cassini évaluait cet accroissement à 40”; Le Monnier, à 1’; mais il est clair qu’il doit dépendre de la position qu’occupe à la surface de la Terre la ligne de séparation d’ombre et de lumière, et qu’il est inégal sur les divers points de la périphérie de ce cercle, selon que l’air est plus ou moins dense, plus ou moins chargé de vapeurs et de nuages. Babinet pensait qu’on pourrait ainsi se
- 4e année. — 2e semestre.
- rendre compte de l’état de l’atmosphère dans les diverses régions terrestres. A la fin de l’éclipse du 1er juin 1863, la moitié occidentale du croissant lunaire, qui formait la partie du disque dégagée de l’ombre, restait obscure, tandis que la moitié orientale était illuminée. Cette particularité s’expliquait, d’après le savant et spirituel académicien, par cetle circonstance que les rayons solaires, qui allaient frapper la Lune sur le côté oriental de son disque, rasaient l’horizon terrestre sur des points découverts, sur une mer ouverte, tandis que les rayons de la partie occidentale étaient obstrués par les glaciers du Groënland, dont l’élévation de 500 mètres au-dessus du niveau de la mer suffisait à produire une différence de 4’ dans l’inflexion des rayons lumineux. Un banc de nuages élevés, ajoutait-il, pro-
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- LA NATURE.
- duirait. un effet semblable à l’élévation d’un continent.
- Du reste, si l’atmosphère terrestre, par l’absorption des rayons solaires dans les couches les plus basses et les plus denses, augmente le diamètre du cône d’ombre, et par suite la durée de l’éclipse, elle produit un effet opposé par la réfraction des mêmes rayons dans les couches transparentes, effet qui équivaut à une diminution de la longueur et du diamètre du même cône. C’est cet effet qui rend compte des observations d’éclipses de Lune faites avant le coucher du Soleil, comme il est arrivé en 1666, 1668 et 1750.
- On voit par ce court aperçu que les phases d’une éclipse de Lune, calculées astronomiquement, ne sont pas rigoureusement celles que donne l’observation. Elles sont altérées par l’interposition de l’atmosphère de la Terre, et cela d’une façon qui peut varier beaucoup, et qui dépend de l’écart météorologique de ces couches sur les différents points du cercle de séparation de l’ombre et de la lumière. De plus, il se produit alors, sur la partie obscure du disque lunaire, des effets de coloration dus à la même cause, ou, si l’on veut, à la dispersion des rayons colorés. Ce sont là autant de particularités qui mériteraient d’être étudiées avec quelque soin. Les dernières éclipses du 9 mars et du 5 septembre étaient trop courtes pour donner lieu à des observations de ce genre. Mais nous avons cru devoir appeler sur ces phénomènes l’attention de nos lecteurs, en vue des deux éclipses totales de Lune qui auront lieu le 27 février et le 25 août 1877, parce que ces éclipses seront visibles, l’une complètement et l’autre presque complètement, sur l’horizon de Paris et dans une grande étendue de notre hémisphère.
- Le dessin que nous donnons de l’éclipse du 5 septembre.a été fait à 9 heures 50 minutes, au Havre, par M. Albert Tissandîer. C’était, à quelques minutes près, l’instant de la plus grande phase. Comme on peut le voir, en cette station, l’intérêt du phénomène a été doublé par l’apparition d’un halo lunaire très-marqué, auquel la présence à son centre du disque échancré de la Lune et des légers cirri environnants contribuaient à donner un aspect aussi gracieux que pittoresque. Amédée Guillemin.
- LES RUINES DE NANMÀTAL
- DANS L’iLE DE PONAPÉ (ASCENSION1).
- (Suite. — Voy. p. 215.)
- Revenons aux enceintes de Nan Tauacz. Nous trouvons dans chacune des trois du milieu une voûte en colonnes de basalte. La plus centrale est la plus grande et la plus haute. Le sol du caveau est un peu en contre-bas de l’enceinte elle-même. Le
- 1 Cette île fait partie des îles Carolines (Océanie).
- caveau est rectangulaire, large de 10 à 12 pieds, haut de 7; il est incrusté de colonnes de basalte; à l’ouest il a une entrée légèrement barricadée de colonnes, qui laisse pénétrer l’air et la lumière, ainsi que le plafond composé de grosses colonnes placées parallèlement à côté l’une de l’autre et laissant entre elles un espace d’un demi-pied. De tous les côtés, la voûte en s’élevant forme trois degrés, construits en colonnes régulières, dont les intervalles sont remplis de coraux et de coquillages. Les voûtes des deux autres caveaux sont plus petites et moins hautes.
- Sur la dernière terrasse de l’enceinte postérieure se trouve un tombeau qui n’est point surmonté d’une voûte, et il est vraisemblable qu’il y en a beaucoup d’autres du môme genre. Mais les ruines sont encombrées de débris et de broussailles tellement impénétrables, qu’il est difficile de les découvrir.
- Nan Tauacz est généralement bien conservé ; l’action du temps s’est fait à peine sentir sur des matériaux si compacts ; et, quoique le mur extérieur soit écroulé en quelques endroits sur une faible étendue, et que des brèches se soient ainsi produites, il est facile de combler ces lacunes par la pensée. Comme preuve de la solidité et de l’antiquité du monument, nous citerons ce fait que, sur la voûte du grand caveau, un arbre à pain de trois pieds de circonférence a trouvé un appui suffisant. Ses racines embrassent la partie postérieure du plafond, et s’enfoncent par les fissures dans l’intérieur du caveau. Sur le sommet du mur extérieur, à l’angle septentrional, a poussé un bananier (ficus indico), qui s’élève très-haut dans les airs et enlace le mur de ses innombrables racines. Celles-ci, en pénétrant dans la terre, ont produit une forêt de rejetons non moins gigantesques, qui rendent tout accès impossible. Du reste le terrain tout entier est couvert de bananiers, d’arbres à pain, de cocotiers et de broussailles. Une certaine irrégularité dans l’ensemble des monuments de Nanmatal, la différence de largeur et de hauteur des terrasses, par exemple, autorisent à croire qu’ils ont eu divers architectes, qui se sont succédé et ont fait prévaloir leurs idées personnelles. Nous sommes d’ailleurs portés à admettre que Nan Tauacz a été construit beaucoup plus tard que les ouvrages de la première parallèle, et nous basons notre opinion sur ce fait que les petits disques ronds, les coquillages et les écailles de nacre qu’il renferme1 sont travaillés avec plus d’art et de perfection que les objets semblables des autres tombeaux. Notre intérêt a été particulièrement excité par un morceau d’os bien ciselé et incrusté de coquilles de spondyle.
- Pour faire comprendre la construction des îles Nangutra et Itel, il nous paraît à propos d’intercaler ici une description des coutumes païennes primitives qui se sont perpétuées jusqu’à nos jours à Roan Kitti. Bien qu’elles ne soient plus prati-
- 1 Les écailles de nacre nous ont paru être des parties ou fragenls de harpon.
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- quées que rarement et dans un seul endroit, on ne peut nier leur existence, malgré tous les efforts des missionnaires « pour rendre les naturels plus accessibles à la nouvelle religion par l’oubli des vieilles institutions païennes. » La religion de Ponapé n’avait pour adeptes que les chefs et leurs élus. Ces derniers formaient une société, dont les membres, plus ou moins initiés, portaient tous le nom de « Dziamorou. » Tandis que les chefs en étaient membres de droit, une épreuve de plusieurs années était imposée aux Dziamorous. Elle avait pour objet l’étude de la langue de la société, qui n’était pas celle du peuple, et de plus la science et la pratique des usages, des cérémonies et des prières. Quiconque, au bout de deux ou trois ans, ne possédait pas bien ce programme, était exclu. Les Dziamorous s’assemblaient une fois par an dans un lieu sacré, où ceux qui avaient été admis l’année précédente recevaient la consécration suprême, et où de nouveaux disciples étaient introduits. La place oïi se réunissait l’assemblée s’appelait « Puel dzierani » ; elle était entourée de murailles de pierre, et l'accès en était interdit sous peine de mort à tous les profanes. Sur cette place s’élevait une maison, dans laquelle la « Kapadz dzioma-rou », c’est-à-dire l’assemblée des Élùs, tenait ses séances secrètes. Il y avait dans la société des degrés hiérarchiques, dont le plus haut, Mondziaps, était représenté à Roan Kitti par le roi et les principaux chefs. Chaque district avait sa confrérie particulière. Le signe distinctif de ses membres était une longue chevelure, qui ne devait jamais être coupée, mais brûlée. Quand un des frères mourait, on brûlait les cheveux de tous les membres, à l’exception des deux plus hauts Mondziaps.
- A la mort du grand Dziomarou, le premier des Mondziaps, après lui, devait se couper les cheveux; dans aucun cas le membre qui occupait le sommet de la hiérarchie n’était obligé de les raser ou de les brûler. — Malheureusement nous ne sommes pas en position de donner des renseignements circonstanciés sur les usages secrets de cette société, car aucun Dziamorou n’en trahit les mystères. Tout ce que nous avons pu apprendre, c’est que dans l’assemblée on mangeait, on buvait du kawa, et que chaque membre faisait avec une coupe des libations à la Divinité. — Les Dziomorous du district de Ma-talanim avaient leur temple principal dans les ruines de Nanmatal, sur l’île Nangutra, où ils se réunissaient une fois par an, à la fin de mai ou au commencement de juin, et célébraient la fête d’ « arbungelap ». Dans le même but, tous les indigènes du district se rendaient à Kuffiner, dans la baie de Matalanim l. Tous les canots fabriqués l’année précédente étaient lancés à l’eau ce jour-là, pour recevoir la consécration ; une seule embarcation, réservée à la divinité, était suspendue sans
- 1 Les femmes des chefs n’y assistaient pas, parce qu’il était défendu sous peine de mort aux hommes de la basse classe de les regarder.
- emploi dans la maison royale. Quand on avait accompli à Kuffiner les préliminaires de la fête en exécutant des danses religieuses et en buvant du kawa, toute la foule se rendait par mer, en chantant et en faisant assaut de vitesse, à Nangutra, où le Roi plantait sa lance sur une pierre de forme allongée, qui se trouve encore aujourd’hui près de l’entrée. La basse classe se dirigeait alors vers l'enceinte écartée, à gauche, tandis que les chefs et les Dziamorous allaient s’asseoir autour des pierres de kawa, devant le temple, dans l’enceinte du milieu. Sur la droite étaient entassés les aliments destinés comme offrandes au Dieu ou Esprit. Ensuite le kawa était pilé, et la première coupe, comme c’est encore l’usage aujourd’hui, était offerte au Dieu, les deux suivantes à ses deux prêtres. Personne ne pouvait entrer dans le temple, excepté les deux magiciens du roi, Nangleim et Manabus. Après les libations de kawa, on se transportait dans l’île Itel, où la gigantesque anguille de mer divinisée, vivait, disait-on, dans l’enceinte formée par un mur de 5 pieds de haut et de 4 pieds d’épaisseur. Puis,. sur une colline de pierre, une tortue était tuée et ses entrailles déposées sur un emplacement pavé, dans l’habitation de l’anguille. L’île Itel est construite en débris de coraux ; sa muraille, incomplète, a une entrée vers le sud-ouest.
- D’après la description précédente, et en nous appuyant sur la tradition, nous nous croyons autorisés à conclure :
- 10 Les constructions de pierre de Nanmatal ont été élevées par une race différente de la population actuelle de Ponapé; car, selon la tradition, le dernier roi de la race primitive, Dziantoloa, vécut sur Fîle Nangutra. 11 était anthropophage; ses victimes étaient, avant le repas, parées comme pour une fête, et frottées de curcuma longa. Il résidait dans la ville de pierre, tandis que le peuple habitait l’île principale et devait pourvoir à la subsistance du souverain. Un jour, un étranger, nommé Idzikol-kol, aborda dans la petite île située au sud de Nanmatal. 11 venait des îles Ant 'ou Andéma, situées à environ 10 milles à l’ouest de Ponapé, et craignant que Nanmatal n’eût une population trop nombreuse, il jugea prudent d’opérer sa retraite. Une seconde tentative de débarquement à Matalanim réussit; ldzikolkol, instruit par une femme des forces de Dziautoloa, repoussa ce roi jusque dans l’île haute, et le tua. ldzikolkol est le fondateur de l’ordre actuel, et les Idzibaus de Matalanim sont appelés à lui succéder.
- 2° Les fondateurs de Nanmatal appartenaient à la race nègre, et la population actuelle de Ponapé est une race métisse.
- En voici la preuve : En faisant des fouilles dans les trois caveaux de Nan Tauacz et dans les tombeaux de Naumorlosaj et Lukoporin, inexplorés jusqu’à ce jour, nous avons trouvé parmi les ossements humains des os appartenant évidemment à des crânes dolichocéphales ou d’une forme inter-
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- médiâire entre les crânes aplatis et les crânes allongés. La différence entre un crâne ancien trouvé dans les fouilles et un crâne de la race actuelle est la suivante :
- Crâne ancien : longueur 18lmm, largeur 127mui, angle facial inconnu.
- Crâne moderne : longueur 170mni, largeur 155 1/2“ , angle facial 76° 30'.
- 3° Les ruines de Ponapé ne prouvent nullement l’abaissement du sol de Pile, mais apparaissent de la manière la plus évidente comme les restes ou assises fondamentales d’une construction maritime (Wasserbau).
- 4° L’opinion, souvent exprimée, que les ruines sont des restes de fortifications élevées par des pirates espagnols, est tout à fait dénuée de fondement. Le canon espagnol trouvé en 1839 par H. M. S. Larne ne prouve qu’une chose, c’est que la nouvelle du naufrage d’un grand navire à l’île de Ant, longtemps avant la découverte des îles Senia-vina par l’amiral Lüttke, en 1828, est vraie, et que probablement un canon qui avait été à bord de ce navire fut porté à Roan Kitti1. ,1. Kubary.
- DE L’EMPLOI DES COQUILLES
- CHEZ LES PEUPLADES DE l’aGE DU IiENNE DU MIDI DE LA FRANCE.
- S’il est un fait certain et indiscutable aujourd’hui, car il s’appuie sur des preuves précises et matérielles qui ne laissent guère de place à l'imagination, c’est à coup sûr la modification profonde que le climat de notre pays a dû subir avant les époques historiques. Depuis la première apparition de l’homme dans nos contrées, de grands événements climatériques ont eu lieu et ont laissé d’indéniables traces. Lorsque l’on constate en France, à l’époque quaternaire, la présence de toute une faune et de toute une flore du nord, n’est-on pas en droit, en effet, et cela par une induction des.plus légitimes, n’est-on pas eu droit d’en conclure que les conditions ‘ de milieu étaient, jusqu’à un certain point, les mêmes que dans les contrées boréales.
- Tout ce qui touche à la connaissance plus exacte des mœurs, des coutumes et des habitudes des antiques peuplades qui foulèrent le sol de la Gaule bien avant que l’histoire ou la tradition aient pu enregistrer leurs faits et gestes intéresse vivement aujourd’hui tous ceux qui s’efforcent de reconnaître les premières manifestations de l’activité humaine, et de savoir par quelles phases a dû passer l’homme avant d’arriver à son état actuel de civilisation.
- Nous ne voulons pas parler ici de ces peuplades qui parcouraient nos vallées quaternaires à l’époque où vivaient le grand éléphant mammouth à l’épaisse crinière, le rhinocéros à narines cloisonnées et le
- * Traduit de l’allemand, Journal du Muséum. Godefroy.
- grand ours des cavernes ; nous désirons seulement appeler un instant l’attention sur les tribus qui, à l’époque que les paléontologistes et les archéologues connaissent sous le nom d’âge du renne, habitaient en troglodytes les cavernes et les abris sous roches.
- A cette époque les espèces éteintes avaient presque complètement disparu; des modifications profondes dans le climat n’avaient pas tardé à exercer leur active influence sur la faune tout entière : au climat humide de l’époque glaciaire avait succédé un climat froid et sec. Quelques rares mammouths, mieux doués que les autres pour la grande lutte de l’existence, subsistaient seuls encore. Le renne, déjà apparu aux époques antérieures, mais plus fécond et plus apte peut-être que ses voisins à subir des variations de température relativement assez étendues, pullulait alors et, par son abondance extrême, caractérise tout un âge, l’âge des animaux émigrés. Le renne, le bœuf musqué, le glouton, parmi les mammifères, le strix des neiges, le lagopède blanc, le lagopède muet, parmi les oiseaux, se sont depuis retirés vers le nord ; d’autres, tels que le chamois, la marmotte, le bouquetin, la niverolle des neiges, l’hirondelle des rochers, le tétras à queue fourchue, ont émigré en altitude ; reculant sans cesse devant un climat devenu trop chaud, ces espèces se sont réfugiées sur les hautes cimes des Alpes et des Pyrénées ; nombre de plantes ont suivi les animaux dans leurs migrations, antiques témoins de conditions climatériques tout autres que celles qui nous régissent aujourd’hui.
- A cette époque du renne, malgré les rigueurs d’un climat rude parfois, le sol de l’antique Gaule nourrissait une robuste population dont l’humanité peut à bon droit être fière. Si les chasseurs du renne quaternaire ne paraissent pas avoir connu la vie pastorale proprement dite, cette seconde étape des peuples qui progressent, ni l’agriculture, ce dernier degré de la civilisation, leur époque n’en fut pas moins une des plus grandes de l’humanité ; elle fut, en quelque sorte, 1 aurore d’une civilisation se dégageant de profondes ténèbres. L’homme n’est plus alors un être purement matériel, ne connaissant que la vie animale et la lutte pour l’existence ; chez lui les instincts intellectuels se réveillent. « Cet homme des temps magdaléniens, dit avec juste raison M. Edouard Pietle, n’inventa pas seulement les arts plastiques, il s’ingénia à les perfectionner... Un peut dire de lui que si, par la faune qui l’a entouré, il appartient encore à la période quaternaire, il fut le précurseur et l’initiateur des temps civilisés. »
- Aux âges antérieurs, les instruments en pierre taillée étaient seuls en usage ; à l’époque de la Ma -deleine, la pierre taillée est mêlée à des instruments en os. La flèche barbelée, la pointe de lance en os à extrémité inférieure entrant dans la hampe sont inventées ; alors apparaissent une foule d’outils et d’ustensiles encore en usage aujourd’hui, le harpon, la cuiller, l’aiguille. C’est à cette époque qu’appartiennent les célèbres gisements de la Madeleine, des
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- Eyzies et de Laugerie-Basse dans la Dordogne, de Bruniquel dans Lot-et-Garonne, de Baoussé-Roussé dans la province de Vintimille, de Furfooz en Belgique, de Thayngen dans le canton de Schaffausen, la station à l’air libre de Sclmssenried dans le Wurtemberg, et nombre d’autres cavernes et abris qu’il serait trop longd'ènumérer.
- Les admirables recherches de Lartet et Christy sur les cavernes de la vallée de la Vézère, les fouilles si parfaitement conduites par MM. Louis Lartet. Chaplain-
- Duparc, de Mortillet, Massénat, Trutat, Cartaillac, Brun, Piette, Garrigou, Rivière, Dupont, dans les stations de la Belgique et du midi de la France, nous ont révélé les mœurs de toute une population inconnue avant eux. Par une véritable évocation des morts dormant depuis de longs siècles dans les couches contemporaines de l’âge du renne, ils ont su les faire revivre pour nous. Il est inutile de parler ici de l’art avec lequel les troglodytes taillaient le silex ou façonnaient des instruments en os, de parler du goût si prononcé qu’ils avaient pour le dessin ; ces choses sont connues et il en a été à plusieurs reprises question ici même1; nous voulons seulement attirer l’attention sur quelques faits plus ignorés et qui viennent jeter un jour nouveau sur les habitudes de nos prédécesseurs sur le sol de la Gaule.
- Dès les premières recherches faites dans les cavernes de l’époque du renne, les explorateurs signalèrent la présence de nombreuses coquilles vivantes et fossiles.
- Les coquilles fossiles avaient été ramassées dans des gisements souvent assez éloignés, les coquilles vivantes étaient des coquilles marines provenant des plages méditerranéenne et océanique de la France.
- L’étude de ces coquilles, tant vivantes que fossiles,
- 1 Voy. Tables des aimées précédentes.
- Fjg. 1, — Phoque gravé sur une dent d’ours trouvé à Sordes.
- vient d’être faite tout dernièrement par M. le docteur P. fischer et l’a conduit à des résultats du plus haut intérêt.
- Parlons d’abord des coquilles vivantes.
- A la Madeleine, à Cro-Magnon, dans la Dordogne,
- à Bize dans l’IIé-rault, dans la vallée du Gave d’O-léron, ont été trouvées des coquilles qui abondent dans les laisses de rivages de l’Aquitaine. A Laugerie - Basse (Dordogne) MM. de Mortillet et Massénat ont recueilli de nombreuses espèces
- des mêmes plages, espèces auxquelles étaient mêlées des coquilles de la Méditerranée ; les grottes de Menton ont fourni à M. Rivière avec de nombreuses espèces méditerranéennes, quelques espèces de l’Océan. A Gourdan, dans la Haute-Garonne, M. Ed. Piette a constaté la présence de coquilles, dont les unes sont propres au littoral océanique de la France, tandis que d’autres sont spéciales à la Méditerranée ; d’autres espèces communes aux deux mers, ne peuvent nous fournir que peu de renseignements.
- L’examen des coquilles fossiles est tout aussi instructif et fournit de précieux documents sur les voyages ou sur les rapports commerciaux de nos Troglodytes de l’âge du renne.
- C’est ainsi que dans les grottes du Périgord, l’on a trouvé des fossiles des fa-luns de la Touraine, de l’Anjou, de l’Aquitaine ; qu’à Menton, M. Rivière a recueilli des coquilles provenant de la Perte- du-Rhône et de Valogne, que M. Lecocq a constaté dans une station préhistorique d’Auvergne, un oursin de la craie du nord de la France. Cette recherche des fossiles par les Troglodytes n’était pas spéciale aux anciennes populations du midi de la France et de la Ligurie ; M. E. Dupont a découvert, dans les grottes de la vallée de la Lesse, des coquilles fossiles dont nous ne connaissons le gisement qu’en Champagne et aux
- Fig. 2. — Collier de coquilles provenant de la station de Cro-Magnon.
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- environs de Paris. M. C. Mayer a également signalé dans la grotte de Thayngen, canton de Schaffausen, des fossiles du bassin de Vienne. Fait plus curieux encore, M. Masséna a ramassé, à Laugerie-Basse, une espèce fossile, la Paludina lenta, dont le gisement n’a encore été signalé qu’à File de Wight.
- De ce dernier fait on pourrait peut-être conclure que dès l’époque dont nous parlons la navigation existait déjà ; comment expliquer, en effet, la présence en Dordogne, d’une coquille qui ne se trouve qu’en Angleterre. Dès l’âge du renne, la France avait cessé d’ètre réunie à l’Angleterre ; le détroit du Pas-de-Calais existait. Fait corrélatif, M. Mayer a trouvé, à Thayngen, une huître qui ne vit plus aujourd’hui que dans la mer Rouge ; de la présence de cette espèce en Suisse, il faudrait presque conclure à la navigation dans la Méditerranée.
- Les peuples de l’âge du renne étaient pêcheurs, comme nous l’apprennent les nombreux débris de poissons que nous trouvons dans les restes de leurs repas, et les harpons qu’ils façonnaient avec tant de soin. Or il semble que la pêche doive conduire presque forcément à la navigation. Tandis que les peuplades de l’Aquitaine et de la Gascogne se contentaient de ramasser les coquilles mortes et roulées que les flots rejetaient sur la plage, les Troglodytes de la Ligurie, de la Provence et du Languedoc savaient se procurer des coquilles vivantes.
- Les listes de coquilles, tant vivantes que fossiles, sont extrêmement instructives. Si les chasseurs du renne quaternaire se paraient des coquilles de la Méditerranée et de l’Océan, c’est que, comme le dit avec raison M. Piette, « dans leur vie nomade, quittant un cantonnement de chasse épuisé pour un autre cantonnement, ils allaient eux-mêmes d’une mer à l'autre, en suivant le pied des Pyrénées, dont la chaîne toujours couverte de neige formait un désert séparant l’Espagne de la Gaule. Ils séjournaient dans toutes les vallées un peu profondes ; car toutes alors étaient encombrées encore de glaciers en retrait, et sans doute le renne trouvait, croissant sur la vase glaciaire encore froide, son lichen favori... On a prétendu que l’homme de l'âge du renne était sédentaire, parce que, parmi les débris de cuisine des grottes et des abris où il a vécu, on rencontre des ossements de faon dé tous les âges. Cela prouve simplement qu’il ne venait pas y résider à époque fixe. 11 venait y camper indifféremment à une saison ou à une autre, hâtant son'arrivée ou son départ selon la quantité de gibier qu’il rencontrait. » S’il pouvait rester encore quelques doutes sur les habitudes nomades de ces chasseurs pyrénéens, l’incertitude s’évanouirait devant ce fait que parmi les objets gravés recueillis par MM. Piette; L. Lartet et Chaplain-Duparc, à Courdon et à Sordes, il en est deux représentant un phoque parfaitement reconnaissable; il est incontestable que ceux qui ont gravé cet animal avaient voyagé sur les bords de la mer et vu par eux-mêmes le mammifère représenté figure 1. * ;
- Certaines coquilles, que l’on trouve en abondance dans les grottes situées près de la mer, ont certainement servi à l’alimentation ; telles sont les patelles, les grands peignes, les buccins, les vénus, les sourdons, les pectoncles, les huîtres, les moules.
- Dans les cavernes de Grimaldi' ou de Menton, l’on a ramassé des morceaux de grosses coquilles usées qui ont dù être recueillies sur la plage, puis percées. Les coquilles d’huîtres, de pectuncles, de spondyles, ont été recueillies, roulées, décolorées, et n’ont certainement pu servir d’ornement. Il est probable que, comme le peuse M. Fischer, ces coquilles ont dû servir à lester des filets. Les pêcheurs de nos côtes emploient souvent des pierres percées dans le même but, et l’on sait que les habitants des archipels de l’océan Indien attachent de grosses coquilles à leurs filets.
- De tous temps et en tous pays l’amour de la parure semble avoir été inné chez l’homme. Les plus misérables de tous les hommes cherchent à se parer, et dans ce but s’ornent la chevelure de plumes et de fleurs, se chargent le cou et les bras de colliers en coquilles ou eu dents d’animaux. Le même goût pour la parure a certainement existé dès l’âge du renne. L’on trouve fréquemment dans les stations de cette époque des fragments d’oxyde de manganèse et de sanguine et tout fait penser que ces deux pierres ont pu servir au tatouage. A Excideuil, à Gourdan, et dans maintes autres stations, l’on a recueilli des dents de loup, de renard, de bœuf, de renne, dents percées et ayant certainement servi à former des colliers; pareil usage se retrouve chez les sauvages actuels.
- Certaines coquilles fossiles de provenance éloignée ont pu être recueillies dans un simple but de curiosité. Dans ses courses à la recherche du gibier, le sauvage actuel ramasse souvent des objets qui, par leur forme, leur rareté, leur éclat, attirent son attention ; il les rapporte dans sa hutte et ces choses deviennent souvent pour lui des fétiches. Les peuples chasseurs portent de semblables talismans qui ont la propriété de rendre la chasse heureuse ; il serait dès lors possible que certains des objets recueillis dans les cavernes aient pu être des amulettes.
- M. Fischer se demande si certaines coquilles n’étaient pas les ornements réservés aux chefs ou aux personnages de distinction. Nous savons, en effet, que dans les îles de la mer des Indes certaines coquilles ne pouvaient être portées que par les chefs. La porcelaine aurore, cette belle coquille si rare encore dans les collections, était réservée aux princes Kanaques. Une ovule de la Nouvelle-Calédonie, l’ovule anguleuse, est si recherchée par les chefs des Nouvelles-Hébrides, qu’ils donnent en échange jusqu’à un demi-tonneau de bois de sandal, qui représente une valeur de 400 à 500 francs.
- Des coquilles de petites dimensions et non comestibles ont été recueillies en abondance dans les grottes de Grimaldi. Ces nasses, ces colombelles,
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- ces cérithes, ces petits trochus n’ont rien qui par leur aspect ou par leur éclat ait pu les faire rechercher comme ornement ; elles ne sont d’ailleurs jamais percées. Ne peut-on pas se demander si ces coquilles n’étaient pas des objets de troc? Il est vrai qu’à l’époque à laquelle, dans le grand combat de la vie, l’on luttait pour une vallée giboyeuse ou un territoire de chasse, l’on dut peu songer à faire des échanges. Mais les tribus de l’Amérique du Nord, tribus de chasseurs, et, par suite, de nomades, ne se servaient-elles pas de coquilles comme objet de trafic. Un dentale, le dentale précreux, était, sous le nom de llai-a-qua-on etdeAlli-ko-check, employé suivant M. Stearm depuis la Californie jusqu’à l’Alaska. Nous ne parlerons pas ici du cauris, la Cyprea moneta, qui sert de monnaie dans une grande partie de l’Afrique1 ; nous dirons seulement que les coquilles semblent avoir été employées comme signe monétaire dès la plus haute antiquité, et que la Cyprea annulas des mers des Indes a été trouvée par le docteur Layard dans les ruines de Nemrod.
- A l’idée de trafic se rattache l’idée de numération, et l’on a pu se demander si les coquilles trouvées dans les cavernes n’étaient pas l’indice d’un certain système de numération ayant existé chez les peuplades de l’âge du renne. Les peuples primitifs, chez lesquels ce système est le plus rudimentaire, se servent pour compter d’objets similaires enfilés les uns à la suite des autres et séparés de distance en distance égale par nn objet de nature différente. Les Arabes ne comptent guère autrement, et l’on sait qu’à la naissance d’une fille, ils lui attachent un petit sachet au cou ; chaque année on dépose une coquille ou un petit caillou dans ce sachet ; lorsque douze de ces objets sont renfermés dans le sachet, l’enfant est en âge d’être mariée ou plutôt vendue. L’on sait aussi du reste qu’en Russie, à une époque relativement moderne, sous le règne d’Ivan le Terrible, les employés de la couronne, ne sachant ni lire ni écrire, se servaient de chapelets de coquilles pour la perception des impôts. L’on a maintes fois trouvé dans les cavernes des fragments de coquilles bivalves, peignes ou sourdons, percées au centre; ces coquilles ont pu servir au même usage. Stearns nous apprend que des morceaux du Saxidonus gracilis sont employés comme signe de numération dans la partie sud de la Californie, suivant Halibartun, la Venus mercenaria est, sous le nom de Wampum, en usage chez les peuplades du littoral atlantique de l’Amérique du Nord. Dans le Benguella la coquille d’un mollusque terrestre, VAchatina monetaria, est, d’après MM. Morelli et Fischer, découpée en rondelles dont le centre est percé ; elle sert de signe monétaire employé pour les transactions commerciales et
- 1 Les Cauris, ou monnaie de Guinée, sont originaires des mers asiatiques du Pacifique. Suivant Woodvvard, on importe, chaque année, en Angleterre, un grand nombre de tonnes de cette petite coquille, que l’on réexporte de nouveau pour les échanges avec les peuplades de l’Afrique occideutale ; dans l’année 1848 l’on en a importé 60 tonnes à Liverpool.
- l’acquittement d’une partie du tribut; on en forme des chapelets nommés Quirandas de Dongs, chapelets que les femmes portent aussi comme ornement.
- De l’étude des coquilles trouvées dans les cavernes du midi de la France, M. P. Fischer a cru devoir conclure que si la similitude des usages était corrélative de la similitude des caractères anthropologiques, on réunirait sous un même nom de race les Troglodytes de la Madeleine, de Cro-Magnon, de Laugeiie-Basse, de Sordes, de Bruniquel, de Bize, de Grimaldi, de Thayngen. Ces tribus avaient de fréquentes relations entre elles et échangeaient les produits de leur industrie ; les coquilles servaient sans doute de monnaie. D’après la provenance de ces coquilles l'on pourrait reconnaître deux rameaux dans la population du sud de la France à cette époque ; un rameau occidental, habitant le Périgord, l’Aquitaine, la Gascogne, la Touraine, chez lequel la coquille percée dominante est la Litlorina lit-torea, forme océanique ; un rameau oriental, dont le centre est la Ligurie et qui envoie des colonies en Provence et en Languedoc; la JSassa neritea, forme méditerranéenne est la coquille la plus employée. « Les hommes du rameau occidental paraissent avoir eu d’autres mœurs que ceux du rameau oriental; ils étaient surtout chasseurs et artistes; ceux du rameau oriental étaient pêcheurs et commerçants. )) E. Sauvage.
- ANÉMOMÈTRE COMPTEUR ÉLECTRIQUE
- Le vent augmente rapidement de vitesse à mesure qu’on s’élève au-dessus du sol. Alors même qu’on se trouve en pays plat, bien découvert, le frottement de l’air contre la surface de la terre et les corps divers qui la recouvrent amène un ralentissement considérable.
- Quand on veut placer un anémomètre, il est donc important de se mettre, autant que faire se peut, en dehors de l’influence des obstacles les plus proches. Pour cela il faut s’élever un peu au-dessus du niveau du sol, de 2m,50 au moins, lorsqu’on se trouve en rase campagne, et s’éloigner de tous les corps qui peuvent arrêter ou gêner la libre circulation de l’air. Les observations de ce genre étant faites plus fréquemment dans les villes et souvent au-dessus des maisons, on peut considérer le niveau moyen des toitures comme le niveau moyen du sol et l’on doit s’élever au-dessus des points qui dominent le plus. Malgré tous ces soins, les résultats ne seront pas encore rigoureusement comparables, et il sera important, lorsqu’on donnera les vitesses, de bien décrire l’exposition des appareils destinés à les mesurer. L’accès des instruments devient pénible et difficile dans de semblables conditions, aussi est-il nécessaire de transmettre les indications plus ou moins loin, dans un endroit commode où l’observation puisse, à tout instant et sans difficulté aucune,
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- connaître et noter la vitesse du vent. Des appareils spéciaux sont donc indispensables.
- L’anéinométrographe de M. Hervé Mangon est à peu près seul employé en France. Cet instrument marque toutes les dix minutes, avec une admirable exactitude, la vitesse et la direction du vent quelle que soit la distance qui sépare les appareils indicateur et enregi'treur. Malheureusement le prix en est élevé, et malgré tous les soins des constructeurs les plus habiles, il est encore peu répandu, parce qu’il faut certaines connaissances et de la dex-lérité manuelle pour corriger les diverses causes qui peuvent arrêter son fonc tionnement régulier. C’est néanmoins le meilleur des instruments à recommander.
- Quand j’ai voulu connaître exactement la vitesse du vent à Mont-Louis1, qui est notre station météorologique départementale la plus élevée, les considérations précédentes m’ont forcé à chercher un instrument simple qui permît à la fois de relever à tout instant et de compter chaque jour la vitesse du vent.
- Au début, nous avons employé l’anémomètre compteur ordinaire. C est le moulinet à ailes hémisphériques du I)r Robinson et à indications électriques. Chaque fois que le moulinet a fait 100 tours ou que le vent a parcouru 500 mètres, il y a un contact qui fait, déclancher une sonnerie placée dans le circuit.
- Cet appareil, privé d’enregistreur, permet de connaître la vitesse à un moment quelconque , puisqu’il suffit de compter le nombre de fois que la sonnerie fonctionne dans un temps donné ; mais il ne laisse aucune trace et ne peut pas marquer la vitesse diurne.
- Nous avons substitué à la sonnerie un compteur qui indique toujours la vitesse actuelle et totalise le nombre de tours ou la vitesse diurne.
- Les fig. 1 et 2 représentent cet appareil qui a été fabriqué par M. Salleron, l’un des plus habiles constructeurs de Paris.
- Une plaque de fer doux C est soutenue sur le milieu de sa longueur par un axe composé de deux vis coniques. L’une de ses extrémités peut être attirée
- 1 Mont-Louis est une place de guerre, située à 1600 mètres au-dessus du niveau de la mer, au point où les Corbicres se détachent des Pyrénées orientales, Le climat y est rigoureux : en hiver le froid y est intense et le vent y souffle avec vio-
- par un électro-aimant E et ramenée dans sa position primitive par un ressort antagoniste. L’extrémité de cette armature de fer doux porte un ro-chet A qui pousse une dent de la roue R chaque fois que le courant passe dans la bobine E ou que le fer doux, attiré par l’électro-aimant, s’abaisse.
- Le courant passe lorsque le moulinet a fait 100 tours, parce qu’en ce moment une cheville placée sur la roue dentée que commande la vis sans lin de l’axe du moulinet vient toucher un ressort isolé de l’anémomètre, mais communiquant avec un des pôles de la pile.. La force d’attraction de l’clectro-aimant étant alors supérieure à la résistance du ressort antagoniste, la plaque de fer doux ’est attirée, le crochet s’abaisse et pousse une dent. Mais, dès que le contact cesse, le courant ne passe plus et le ressort r force l’extrémité de la plaque de fer doux à se relever. Le contre-crochet 4’, en ne laissant pas passer plus d’une dent, assure l’exactitude des indications.
- Les deux vis YV’ servent à limiter l’oscillation du fer doux, et le ressort spiral r sert à régler la résistance suivant la puissance de la pile.
- La roue à rochet R commande elle-même au compteur ordinaire qui peut totaliser un million de
- tours ou un trajet de cinq cent mille kilomètres parcourus par le vent.
- Une pile composée de deux petits éléments Leclanché et dont les pôles communiquent avec ces deux bornes — et -+-de l’appareil suffit pour assurer le bon fonctionnement du compteur.
- Ce n’est qu’après avoir vérifié l’exactitude des indications de ce compteur, comparé avec un grand anémométrographe, que j’ai employé l’appareil qui sert à Mont-Louis depuis deux ans. Il permet à notre intelligent et dévoué collaborateur M. Fal-guère de lire, dans sa chambre, quel que soit le temps, le nombre de révolutions accomplies par le moulinet placé sur le rempart de la ville au sommet d’un mât élevé de 20 mètres au-dessus du sol.
- Dr Fines. .
- lence ; la neige qui tombe fréquemment, et souvent avec abondance, persiste longtemps et rend parfois la circulation impossible Dans ces conditions, il est pénible et difficile de faire de bonnes observations.
- Fig. 2. — Compteur électrique de M. Fines, destiné à enregistrer les mouvements de l’anémomètre à ailes hémisphériques du I)r Kobinson.
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- LA NATURE.
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- ÉCHANGE
- DES SACS DES DÉPÊCHES SUD LES VOIES FERRÉES.
- Tous les voyageurs en chemin de fer ont remarqué que le service de la poste se fait dans un wagon spécial.
- On en extrait les sacs de dépêches à destination de la localité où le train s’arrête, et on y place les expéditions de la localité pour la route.
- Cet arrêt du train, pour certains express qui ne déposent pas de voyageurs ne paraît pas nécessaire; on a depuis longtemps songé à des systèmes automatiques fonctionnant en marche pour la double opération qui constitue l’échange : enlèvement d’un sac et dépôt d’un autre.
- Les Américains, qui sont en matière d’ex-ploitation des voies ferrées très-hardis et très-exigeants , ont essayé déjà plusieurs appareils; il ne semble pas cependant que jusqu’ici aucun type ait réalisé les conditions
- wagon et qui doit en marche être déposé à la station. On voit en A' représenté par des traits pointillés ce sac accroché au bras du poteau Q lorsque le train est passé devant lui. Sur le même bras et de l’autre côté est le sac B que le convoi doit emporter. La porte P du wagon est fermée. La fig. 2 montre eu
- A' le sac déposé à l’extrémité du bras du poteau, lorsque par l’effet du contrepoids C ce bras a été rabattu pour ne plus faire saillie sur la voie. Le sac IT a quitté le poteau et est venu prendre sa place à la portière du wagon, en même temps cette portière s’est spontanément ouverte. La flèche indique le sens du mouvement. On voit donc que la manœuvre est complète, les deux sacs A et B ont fait la permutation demandée.
- Pour compléter la description, signalons deux agrafes a et b qui reçoivent respectivement les sacs B et A. L’agrafe a est placée sur le support de la porte P du wagon et du côté opposé à l’anneau qui
- Fig. 1 et 2. — Nouvel appareil pour échanger les dépêches sur les voies fenées sans l’arrêt des trains. (La figure inférieure montre le sac A substitué au sac B, après le passage du train.)
- requises.
- Nous signalons aux lecteurs de la Nature une invention originale de M. Cacheleux; elle réunit la simplicité et la sécurité. L’application dira si le problème est cette fois complètement résolu. Tel qu’il se présente aujourd’hui, le type construit par M. Cacheleux mérite d’être essayé par les Compagnies, nous sommes assuré que l’on n’a pas encore produit une solution aussi satisfaisante.
- Les lig. 1 et 2 représentent l’appareil en fonction. La fig. 1 montre en A le sac fixé à la porte du
- porte le sac A. Lorsque le train passe devant le poteau Q, l’agrafe a passe au travers de l’anneau du sac B et le saisit ; un ressort placé au-dessus vient retenir cet anneau de telle sorte que le choc ne peut en aucune façon l’entraîner. Le ressort commande aussi un déclic agissant sur la charnière de la porte P et qui la fait ouvrir automatiquement. La même fonction est remplie par l’agrafe b qui reçoit le sac A.
- M. Cacheleux a construit plusieurs modèles à échelle réduile de son appareil; on éprouve une vé-
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- LA NATURE.
- ritable surprise en faisant marcher ces petits modèles, on constate qu’ils fonctionnent avec une régularité parfaite comme un jeu de bagues. Il a obtenu davantage : après avoir longtemps attendu une expérience pratique, il a trouvé récemment l’occasion d’essayer un appareil de dimensions normales, à la gare de Mouzon, sur la ligne de Lérouville à Sedan. Les ingénieurs ont constaté dans ces essais que entre les vitesses de 10 à 60 kilomètres à l’heure, la manœuvre automatique a été parfaitement exécutée. Ch. Bosteüps.
- RÉUNION DE LA SOCIÉTÉ SUISSE
- DES SCIENCES NATURELLES
- A BALE (21-23 AOUT).
- Eii même temps que l’Association française pour l’avancement des sciences tenait ses assises annuelles à Clermont-Ferrand, la Société suisse des sciences naturelles, dont la fondation remonte à une soixantaine d’années, se réunissait à Bâle, sous la présidence de M. le professeur Pierre Mérian. Nous remarquons, parmi les membres présents : MM. Ch. Martins, de Montpellier, Alphonse Favre (Genève), Ruttimeyer (Bâle), Albert Forci (Vaud), Relier, À. Ileim, Mayer (Zurich), Muhlberg (Aarau), Th. de Siebold (Munich), Sandberger (Wurzbourg), Oscar Schmidt (Strasbourg), Ecker (Fribourg), Lebert (Breslau), llis (Leipsick), Gouzy (Munster), etc., en tout plus de deux cent cinquante savants suisses ou étrangers, dont les noms illustrent, chacun dans l’ordre d’études qu’ils ont choisi, les différentes branches du savoir humain. Nous mentionnerons brièvement, d’après le compte rendu du Journal de Genève, les sujets les plus marquants qui ont été développés dans les trois séances de ce congrès.
- Les premières délibérations s’ouvrirent le lundi 21, dans l’église Saint-Martin de Bâle. Après qu’il eut souhaité la bienvenue aux membres présents, le président central de la Société, M. Ruttimeyer, l’auteur, avec M. Ris, du remarquable ouvrage Crania Helvetica, exposa l’histoire et les caractères du progrès dans les êtres organisés. M. le professeur Sandberger’, de Yurzbourg, entretient ensuite le congrès de la constitution géologique des Vosges et de la Forêt-Noire, qu’il rapporte au même massif, en faisant ressortir l’analogie de leur formation plu-tonienne et l’identité de leur flore. M. Alph. Favre, de Genève, parle des glaciers primitifs du Rhône et du Rhin ; ses explications sont rendues plus claires et plus précises encore, au moyen de cartes murales représentant les bassins de ces gigantesques glaciers et les montagnes qui formaient leurs domaines respectifs. M. Fatio, de Genève, résume l’histoire de l’invasion du phylloxéra dans ce canton et expose les procédés employés jusqu’à ce jour pour le combattre. M. le Dr Lombard, de Genève, aborde la triste question de l’alcoolisme et du crétinisme, en faisant ressortir l’urgence de créer une géographie médicale et une statistique sanitaire, qui permettent dé se rendre compte exactement des contrées où sévissent avec le plus de force ces terribles affections. L’orateur s’aide d’une carte de la Suisse sur laquelle les foyers du crétinisme sont indiqués par des points rouges. « Contre la scrophu-losis du Tessin, dit-il, on emploie maintenant les bains
- de mer à Sestri-Levante (rivière de Gênes) ; on a lutté avec succès contre le crétinisme du Valais, par l’ouverture de la route du Simplon et par la correction du Rhône. Il faut faire plus encore, il faut refouler le crétinisme hors du Valais, et faire dispuraitre les points rouges qui assombrissent la carte sanitaire de notre pays. # Les cas d’alcoolisme sont, comme on sait, excessivement fréquents dans le canton de Berne, où la consommation d’alcool absorbé annuellement par habitant atteint un chiffre incroyable. Le crétinisme sévit surtout en Valais, où il donne lieu à des monstruosités véritablement terrifiantes.
- Les différentes sections du Congrès tinrent leurs séances respectives dans la matinée du 22 : la section médicale, dans la salle des cours de l’Hôpital, sous la présidence de M. le professeur Socin; la section géologique, dans l’Aula du Musée, sous la présidence de M. Lang, puis de M. Sandberger; la section zoologique et botanique, dans le grand amphithéâtre du Musée, sous la direction de MM. Schwendcner, et Albert Forel, le naturaliste bien connu du canton de Vaud, auteur de mémoires remarquables sur la Faune profonde du lac de Genève ; la section de physique, de chimie, d'anatomie et de mathématiques, au Bernoullianum, sous la présidence de M. le professeur Hagenbach-Bischotf. Le défaut d’espace nous interdit de faire un compte rendu détaillé de chacun des mémoires lus par les savants des différentes sections du Congrès, nous nous contenterons de citer le sujet des principales études et les noms de leurs auteurs.
- Dans la section médicale, M. le professeur Lebert, de Vevey, parle du catarrhe aigu et infectieux de l’estomac, et d’une méthode nouvelle de l’emploi intérieur de l’eau de mer; M. le Dr Baader, de l’érisypèle; M. le l)r Lombard, de la distribution en Suisse de diverses maladies et de la mortalité aux différentes époques de l’année dans les principales contrées de l’Europe. M. le professeur AVille, de Bâle, traite la question de l’hérédité des affections mentales, et M. le Dr Luchsinger, de Zurich, expose les résultats de récentes expériences au sujet de l’influence du système nerveux sur la sécrétion des glandes sudatives.
- Les sections de géologie et de zoologie ont surtout présenté un intérêt tout particulier. Dans la section géologique, M. Alphonse Favre, reprenant la question des glaciers qu’il avait déjà traitée la veille, entretient l’assemblée des phénomènes de leur avancement et de leur retrait alternatifs, sur lesquels, depuis plus de soixante-dix ans, se poursuivent des expériences minutieuses, et des relations qui semblent lier ces phénomènes aux variations de la température. Le savant géologue discute ensuite l’hypothèse récemment admise par M. Daubrée sur l’origine de la structure du massif central des Alpes, telle qu’elle se manifeste d’une manière spécialement régulière au Mont-Blanc et au Saint-Gothard. M. Daubrée attribue cette structure à une pression exercée de bas en haut sur une masse non encore solidifiée; M. le professeur Renevier, de Lausanne, l’explique au contraire par une puissante pression latérale. M. Ruttimeyer lit un travail sur des bâtons ronds et appointis trouvés à Wetzikon, et qui proviennent de l’époque glaciaire. M. le Dr Gross, de Neuve* ville, présente une riche collection d’objets de bronze trouvés près de la station lacustre d’Auvernier (lac de Neuchâtel) ; cette collection renferme, entre autres, un couteau entièrement semblable à ceux que M. Ch. Martins a remarqués déjà chez les Kabyles. M. le professeur
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- LA NATURE.
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- C. Mayer, de Zurich, combat la théorie émise par MM. De- . sor et Gaslaldi, d’après laquelle les pétrifications du pliocène trouvées près de Fino et dans le voisinage du lac de j Corne en contact immédiat avec les moraines des gla- j ciers auraient appartenu à une mer qui s’étendait jus-qu'au pied des Alpes, et dans laquelle auraient débouché jadis les énormes glaciers alpins.
- M. Th. de Siebold, de Munich, présente à la section zoologique et botanique une série d’observations sur un petit crustacé du grand lac salé d’Uiah, dont il a étudié des échantillons vivants. M. Ecker, de Fribourg, expose les récentes découvertes faites dans les cavernes ossilères de la Suisse, dont la Nature a souvent entretenu ses lcc- tours. M. Ch. Martins, de Montpellier, a comparé les arbustes du sud de la France qui font preuve d'une grande sensibilité au froid, avec les plantes semblables ou analogues qu.i ont été retrouvées en France à l’état fossile ; il est ainsi arrivé à la conclusion que ces arbres et ces arbrisseaux, tels que le laurier-rose, le grenadier, le myrthe, le laurier, le palmier nain, etc., doivent être considérés comme les restes d’un groupe jadis très-riche en espèces dont la plus grande partie n’a point survécu, lorsque, à la dernière période de transformation de la terre, il s’est produit dans les contrées dont il s’agit un notable refroidissement de la température. M. le professeur Christ confirme les observations de M. Ch. Martins par ses propres études sur la végétation de la Suisse.
- M. Schwendener, de Bâle, rend compte des observations microscopiques qu’il a faites sur les bâtons appointis de Wetzikon dont M. Ruttimeyer entretenait la section de géologie. MM. Falio (Genève), Pfau (Thurgovie), Leuthner (Vienne), Keller (Zurich), Ilis (Bâle) et Muller (Bâle), donnent lecture de leurs travaux sur divers sujets de zoologie et de botanique très-intéressants.
- Parmi les travaux présentés à la section de physique, de chimie, d’asLronomie et de mathématiques, nous remarquons tout d’abord l’étude de M. A. Forel sur les seiches du lac de Genève. Ce curieux phénomène des seiches, sur lequel M. Forel avait déjà insisté à la dernière réunion de la Société suisse des sciences naturelles à An-dernatt (pied du Saint-Gothard), en septembre 1875, a été observé sur la plupart des lacs suisses, sur ceux de Neuchâtel et de Constance entre autres. Il consiste, comme le savent nos lecteurs, en un mouvement rhyt-mique d’élévation et d’abaissement du niveau de l’eau ; ces vagues de balancement s’établissent suivant les deux f, diamètres principaux des lacs à forme régulières. Suivant leur amplitude, les seiches sont attribuées à une variation plus ou moins rapide de la pression atmosphérique sur une région limitée du lac, ou à des secousses de tremblements de terre. M. Ed. Sarrazin expose les recherches qu’il a faites avec M. L. Soret sur la polarisation rotatoire du quartz. M. llagenbach-Bichoff explique le phénomène bien connu de la boule creuse ou de l’œuf vide qui se tient en équilibre au sommet d’un jet d’eau; M. l’ingénieur Lanterburg, de Berne, traite.de l’influence des forêts sur la formation des sources. Plusieurs membres de la section, parmi lesquels M. Billwyler, chef du bureau météorologique de Zurich, et M. le professeur Culmann, ouvrent la discussion sur l’origine des récentes inondations de la Suisse orientale. Dans la section mathématique, M. le professeur Àmslcr donne des explications sur de nouveaux instruments de son invention, en particulier sur un moyen de mesurer la surlace réelle d’une contrée sur une carte construite d’après une méthode de projections donnée, M. le professeur Wolff présente à l'a
- section des communications sur diverses questions astronomiques.
- La dernière séance du mercredi 22 réunissait les membres des diverses sections en assemblée générale. M. le professeur Hagenbach-Bischoff lit un mémoire de M. l’ingénieur Gosset, du bureau topographique de Berne, sur la mensuration du glacier du Rhône. M. le Dr Studer, de Berne, résume le voyage, sur la Gazelle, de la commission scientifique allemande, envoyée à l’ile de Kerguelen pour y observer le passage de Vénus. M. Ch. Martins expose, au nom de M. Desor absent, les recherches de ce savant sur les terrains pliocène et glaciaire de l’Italie sep-- tentrionale. MM. les professeurs Fraas (Stutlgard), et Lebert (Vevey), résument l’analyse faite dès 1856, de l’ambre trouvé par Russegger sur le Liban, et qui serait, d’après ces éludes, une* substance tout à fait nouvelle. L’assemblée clôt sa séance par la lecture des noms des nouveaux membres et des membres honoraires récemment proposés, parmi lesquels nous remarquons MM. Daubrée, Alb. Gaudry, L. Larlet, et une vingtaine de savants étrangers : MM. Rod. Clausius, professeur de physique à l’université de Bonn ; IL Uelmholz, professeur de physique à runiversLé de Berlin ; Will-Thomson, professeur de philosophie naturelle à l’université de Glasgow, etc... Le lieu de réunion du prochain congrès, qui se tiendra sous la présidence de M. le professeur Dufour, de Lausanne, a été fixé à Bex (canton de Yaud).
- Notre intention n’est point de rendre compte des réunions qui suivirent les séances dont nous venons de donner le résumé, ni de reproduire les nombreux toasts portés dans les agapes qui sont le complément accoutumé de tout congrès, même scientifique. Il est certes de peu d’intérêt pour nos lecteurs de savoir que les savants de Bâle ont été reçus, à hleinri-chen,par la marche du Tannhauser, que le 5° régiment badois exécuta en leur honneur, comme un écho affaibli des fameuses représentations de Bayreuth; nous ne pouvons cependant passer sous silence un épisode d’un caractère plus scientifique, qui illustra la soirée familière donnée aux savants dans la magnifique salle de la Burg-vortei de Bâle. Les organisateurs de la fête avaient eu l’ingénieuse et originale idée de reconstruire, d’après les gravures du célèbre ouvrage de M. Oswald Heer, la Suisse primitive, un paysage anlidiluvien, avec sa végétation grandiose, ses monstrueux hôtes aujourd’hui éteints,
- I toute cette flore et toute cette faune gigantesques, dont les débris pétrifiés forment aujourd’hui les assises du monde moderne. Le tableau, brillamment éclairé, était d’un effet saisissant.
- Dans le cours de leurs séances, L 5 savants du Congrès suisse se gardèrent bien d’oubLer leurs confrères de Clermont, à qui ils s’empressèrent d’adresser par dépêche télégraphique l’expression de toutes leurs sym-phathies. M. le professeur Ch. Martins, au nom de la Société française pour l’avancement des sciences, répondit en transmettant au Congrès de Bâle « un cordial salut de la République française à la République suisse ». Le Congrès de Bâle était terminé. Maxime Hélène.
- STATISTIQUE DES CHEMINS DE EER
- Pour se rendre un compte exact de ce que nécessite l’exploitation des chemins de fer et des résultats
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- LA NATURE.
- qu’elle produit, il suffit de considérer les opérations du service d’une des grandes compagnies modernes. Nous empruntons au Compte Rendu récemment publié par les chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, sur leurs travaux en 1875, les curieux documents qui suivent.
- Les attributions du service du Matériel et de la Traction comprennent :
- 1° La construction, l’entretien et la réparation : du matériel roulant (machines, tenders, voitures et vagons), de l’outillage et du mobilier des services de l’Exploitation et du matériel de la Traction ; 2° La traction des trains sur la ligne et dans les gares; 5° [.es travaux divers de construction dans les ateliers; 4° Les opérations du Magasin général; 5° Les opérations de la Division des Combustibles ; 6° La construction et l’exploitation des usines à agglomérer le menu charbon ; 7° L’établissement et le contrôle des inventaires ; Du matériel roulant; De l’outillage et du mobilier du service du Matériel et de la Traction; Du matériel et du mobilier du service de l’Exploitation.
- Le parcours des trains qui était en 1866
- de. . . :..................... 26 511 984 km.
- a été en 1874 de.............. 40 581 105
- et en 1875 de................. 40 255 820
- Le nombre moyen de véhicules aux trains de marchandises, qui était en 1866 de, ... 47 246 vg.
- a été en 1874 de................... 42 558
- et en 1875 de...................... 42 098
- Les dépenses totales par kilomètre de trains, en y comprenant cette fois le renouvellement des essieux, la part afférente à l’entretien des vagons loués et les diverses dépenses et recettes extraordinaires, ont été:
- En 1866........................ 1 115 fr. 5 c.
- Eu 1874........................ 1 508 5
- En 1875. . . , . ,............. 1 188 8
- Le nombre des agents attachés aux chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, en 1875, était de 15 096. Le nombre total des salaires attribués à ce personnel a été de 20 664 148 fr. 27.
- Le nombre moyen de machines en service dans l’exercice 1875, se compose ainsi :
- Machines existant au 1er janvier 1875. . 1 804
- 70 machines livrées en 1875, qui ont servi seulement en moyenne 6,54 mois de l’année, soit pour l’année entière........ 57
- Total. . . . 1841
- Le parcours des machines de gare, qui
- était en 1874 de.................... 58 852 km.
- a été en 1875 de.................... 59 018
- La consommation et la dépense totales pour le combustible des machines locomotives ont été, en 1875, déduction faite des bénéfices de la division des combustibles :
- Houille et agglomérés . 572 770 200 ton.
- Pour une valeur de. . 17 925 705 fr. 57
- Bois et fagots d’allumage. . 5 486 710
- Pour une valeur de. . 121 797 fr. 01
- Totaux. . 578 256 910 ton. 18 045 502 fr. 58
- Nous ajouterons aux documents qui précèdent les
- détails suivants, que publie le journal anglais En-gineer, sur les plus grandes vitesses obtenues sur les chemins de 1er. Brunei, avec une locomotive Convier, a franchi 15 milles en 10 minutes, ce qui donne 75 milles à l’heure (117 kilomètres). M. Patrick Stirling, du Greath Northern, a fait franchir, il y a deux ans, à 16 vagons 15 milles en 12 minutes, ce qui donne 75 milles à l’heure (120 kilomètres). Le Greath Britain, le Lord of the Isles et l’Ivon Duke, grandes machines faites pour la lutte sur le Greath-Weestern Ralway, ont parcouru chacune, avec 4 ou 5 wagons, la distance comprise entre Paddington et Didcot, pendant un laps de temps de 47 minutes et demie ; c’est une vitesse de 66 milles à l’heure (lü6 kilomètres), ou, comme maximum de marche, il y a eu une vitesse de 72 milles à l’heure (116 kilomètres). Le New-Middland, machine express accouplée, parcourt dans sa course ordinaire 68, 70 et. 72 milles à l’heure (109 à 115 kilomètres). Sur le Great Northern, nous avons constaté nous-même le temps du trajet de 10 heures du matin, partant de Leeds, et nous avons trouvé qu’il parcourait, pendant plusieurs milles de suite, 1 mille eu 52 secondes, ou 69 milles à l’heure (111 kilomètres). Les machines en service sont celles de M. Sterling, à cylindre extérieur; le traiu est de 10 wagons.
- NOUVEAU
- DICTIONNAIRE DE BOTANIQUE
- PAU M. H. BAILLON.
- Nous avons souvent signalé à nos lecteurs les belles et utiles publications que la librairie Hachette ne cesse de produire ; nous leur avons parlé de la Géographie Universelle de M. Elisée Reclus , du Ciel de M. Amédée Guillemiu et des innombrables livres de science que ces éditeurs répandent à profusion non-seulement en France, mais dans tous les pays du monde civilisé, pour le plus grand bien de l’instruction générale.
- La maison Hachette vient d’entreprendre une nouvelle publication, un grand dictionnaire de botanique dont elle a confié la rédaction à l’un de nos botanistes les plus éminents, M. H. Bâillon, qui s’est adjoint de savants collaborateurs spécialistes,
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- Achmea paniculata. — Port
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- LA NATURE.
- parmi lesquels nous citerons, MM. de Seynes, de Lanessan, Mussat, Nylander, Tison, Fournier, .1. Poisson, Soubeiran, Bocquillon, Dutailly, E. Bureau, Weddel, etc.
- Cet ouvrage, illustré d’environ 10,000 gravures, disent les éditeurs, est destiné, non pas à donner sur chacun des mots employés en botanique (dont le nombre est considérable) une dissertation complète et poussée.jusqu’aux détails minutieux, mais seulement à présenter de chacun de ces mots une définition nette et précise; la nomenclature sera aussi étendue que possible ; une partie bibliographique très-complète renverra aux sources le lecteur qui voudrait faire une étude spéciale de telle ou telle question. On insistera sur les applications nombreuses de la botanique à la culture, à l’industrie, à l'économie drmestique, à la médecine, à la pharmacie.
- Toutes les plantes utiles seront signalées, en même temps que celles qui sont propres à l’ornementation des parcs et jardins, et celles qui sont dangereuses pour l’homme ou les animaux.
- Toutes les questions d’organographie, d’anatomie et de physiologie végétale seront résumées de façon à faire connaître l’état de la science sur ces ques-. tions.
- Ce dictionnaire renferme encore tout ce qui est relatif à l'histoire de la botanique et à la biographie, à la paléontologie végétale et au langage botanique.
- Il est destiné, non-seulement à donner aux gens du, monde tous les renseignements nécessaires sur les mots de botanique connus, mais encore à devenir le vade-mecum et le répertoire des botanistes de profession.
- Le Dictionnaire de Botanique de RL, Bâillon paraîtra en fascicules séparés, dont nous avons le premier entre les mains, Il est remarquable par son luxe typographique, par la finesse des gravures qu’il renferme, et par l’excellente exécution de, ses planches en couleur. Nous lui empruntons la description d’une plante remarquable de l’Amérique tropicale. . '
- Æchmea. G. de Broméliacées, établi par Ruiz et Pavon (Flor, pr., 111). Accepté par la plupart des auteurs modernes, ce genre présente les caractères suivants r Les fleurs sont hermaphrodites et régulières. Le réceptacle concave porte sur ses b.ords un périanthe double, à six divisions, dont„îes trois externes sont minces, roulées en spirale et sont comme tronquées obliquement au sommet, qui est muni d’une petite arête; les trois intérieures, plus grandes, pétaloïdes, portent habituellement à la base de leur face interne un certain nombre de petites écailles. L’androcée est formée de six étamines superposées aux verticilles du périanthe. Au fond du réceptacle se trouve un ovaire à trois branches stigmatifères filiformes. Le fruit est une baie à parois presque sèches dans chacune des loges de laquelle il existe plusieurs graines à funicule allongé et renfermant, sous des téguments coriaces, un petit
- embryon accompagné d’un gros albumen féculent. Ce sont des plantes herbacées, à fleurs peu remarquables, entourées chacune d’une bractée cupnli-forme aristée, à feuilles coriaces, le plus souvent dentées en scie, disposées en rosettes d’où partent des rameaux terminés par un épi simple ou composé (Voy. la gravure ci-jointe), on les rencontre sur le tronc des arbres (bien qu’elles ne soient pas réellement parasites) ou dans les fentes des rochers des lieux humides et ombragés. Le genre Æchmea originaire de l’Amérique tropicale, doit, son nom à la forme de son périanthe, et des bractées qui accompagnent ses fleurs (utxph, pointe). Il appartient d’après la forme de son réceptacle à la section des Broméliacées, qui est caractérisée par un ovaire infère, et qui contient en outre les genres Ananassa, Bro-melia, etc. Si l’on admet que la famille des Broméliacées ne doit pas être conservée, les Æchmea trouvent, facilement leur place parmi les Hœmodo-racées. Plusieurs belles espèces sont cultivées dans nos serres, pour leurs fleurs, notamment YÆ. fui-, gens.
- CHRONIQUE
- Feu Saint-Finie. — Le 19 août, après le coucher du soleil, un orage de très-mauvaise apparence se forma dans le sud-ouest. Vers 9 heures, à la clôture du poste, des éclairs innombrables répandaient une telle lumière, que je pus, sans trop de difficulté, descendre par les ro-chers presqu’à pic, taillés pour la défense du fort en construction. Le feu Saint-Elme brillait en tête du mât de signaux du Sémaphore. Au bas de l’escarpement je trouvai quelques voisins assemblés pour voirie feu de joie qui devait être allumé à la fête du village de Reynier. En même temps que je leur donnais des explications sur le feu Saint-Ehne, nous vîmes le même feu apparaître au bout de la moustache de l’un de nous et autour de son chapeau. Nous élevâmes alors nos tuyaux de pipe en l’air, et chacun avait sa lumière qui augmentait à mesure que l’orage se rapprochait. Bientôt la pluie nous obligea de rentrer, mais l’orage n’éclata qu’entre minuit et 2 heures du matin. (Extrait d’un Rapport du Guetteur du Séma-tphorede Six—Fours, près Toulon.)
- Les cires minérales et végétales. — Les cires minérales ou fossiles ont été longtemps à peine connues et vaguement indiquées dans les ouvrages de minéralogie ; depuis leur emploi industriel elles ont été mieux étudiées, et nous croyons utile de donner quelques caractères physiques et chimiques de nature à aider le commerce des ciriers pour déceler les falsifications.
- Les cires minérales sont des hydrocarbures, souvent mélangés entre eux et voisins des bitumes. Ce sont des substances fréquemment cristallisables, en partie isomères de l’essence de térébenthine, différant surtout les unes des autres par la température de fusion. Elles proviennent fréquemment des arbres résineux enfouis dans les tourbières, et rarement des lignites ou des formations houillères.
- La principale est 1 ’ozokérite ou ozocérite, dite paraffine naturelle. Elle est moins dense que l’eau, d’un éclat cireux sur sa cassure qui est conchoïdale dans un sens, et
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- translucide en écailles minces. Sa couleur est d’un vert poireau foncé, inclinant au brunâtre par réflexion, d’un brun jaunâtre, d’un jaune de miel ou rouge hyacinthe par transmission. Sa poussière est d’un blanc jaunâtre. Elle est tendre, flexible, se laisse couper comme de la cire, se pétrissant entre les doigts quand on l’échauffe un peu. Elle dégage une odeur aromatique et bitumineuse qu’on augmente par le frottement, et s’électrise négativement à la friction. Elle est fusible en un liquide huileux clair, qui se prend en masse par refroidissement. Elle brûle avec une flamme éclairante, un peu fuligineuse. Soluble en entier dans l’essence de térébenthine et le naphte, plus ou moins dans l’éther, elle l’est peu dans l’alcool bouillant, d’où la matière se sépare à l’état cristallin, après refroidissement de la liqueur. Elle est inattaquable par l’acide sulfurique.
- L’ozocérite a été trouvée dans le Caucase, sur la côte occidentale de la mer Caspienne, en Moldavie, en Transylvanie, dans la Gallicie autrichienne, en Moravie, dans le grès houiller à Urpeth, près Newcastle sur Tyne, en Angleterre, enfin au Texas. En Moldavie l’ozocérite est employée directement pour l’éclairage. Elle peut être utilisée pour la fabrication du gaz à éclairage, et on en extrait des bougies transparentes de paraffine. Une fabrique de cette cire, dite cérésin, existe à Francfort sur l’Oder, et la production dépasse, dit-on, cinquante mille kilogr. par an. Ce produit purifié est très-employé par les parfumeurs, et remplace en pharmacie la cire d’abeilles, empêchant les médicaments de rancir.
- Une substance voisine, encore peu employée, est la hatchettine ou adipocire minérale, d’un blanc jaunâtre ou verdâtre, ou brune, d’un éclat nacré, très-tendre, de la consistance de la cire ou du spermacéti. Elle se trouve près de Liège, en Belgique, dans le comté de Glamorgan (pays de Galles), en Angleterre, en Moravie et en Bohême. Elle est à peine attaquée par l’acide azotique, mais complètement carbonisée par l’acide sulfurique, peu soluble dans l’alcool bouillant, peu soluble dans l’éther, en laissant un résidu visqueux et inodore.
- Citons encore le neft-gil, de l’ile Tschelekan, dans la mer Caspienne, près des sources de naphte, et la baiké-rite, des environs du lac Baïkal. A côté de ces cires fossiles, mais dans les bitumes proprement dits, on peut mentionner le Kir et Vélatérite. Cette dernière substance, appelée bitume élastique, caoutchouc minéral, offre à peu près la densité de l’eau. Elle est noire, d’un brun-noirâtre, d’un vert-noirâtre, d’un brun-rougeâtre, facile à couper au couteau, élastique comme du caoutchouc ; on la trouve à Montrelais (département de la Loire-Inférieure), dans le Derbyshire en Angleterre, en Écosse, près d’Edimbourg, et à Woodbury, dans le Connecticut (Mats-Unis). On peut consulter, pour plus de détails : A. Des Cloi— zeaux, Manuel de minéralogie, II, 1er fasc., 1874, p. 55 et suivantes.
- Il existe un grand nombre de cires d’origine végétale. Les unes, encore bien mal connues, sont sécrétées par des Hémiptères Homoptères, suçant la sève de diverses plantes ; d’autres proviennent directement d’exsudations de divers Palmiers principalement. Dans l’intérieur du Brésil le Copernicia cerifera laisse écouler de glandes à la surface des feuilles une cire dite de carnauba, dont la ré coite annuelle atteint un million de kilogrammes, et qui sert, mêlée au suif, à la fabrication des chandelles. Purifiée et blanchie, elle est d’un blanc jaunâtre, très-cassante, facile à pulvériser, soluble dans l’alcool bouillant et dans l’éther, fusible à 83°,5 cent, Dans les Andes de
- Bogota,la tige du Ceroxylon andicola, Humb.,laisse suinter à ses entre-nœuds une matière céroïde, connue dans le pays sous le nom de cera de palma. Elle se présente sous la forme d’une poudre blanc-grisâtre, et, après sa purification, d’un blanc-jaunâtre, peu soluble dans l’alcool bouillant et ayant pour point de fusion 72° cent.
- M. G.
- — De la limaille fine de zinc et d’étain, en quantités égales, pétrie avec du mercure de manière à former une pâte épaisse, est pulvérisée à l’état de dessication incomplète et constitue ensuite un excellent amalgame à l’usage des machines électriques. (Scientific American.)
- — En 18/1, les Etats-Unis possédaient environ 32 millions de têtes de race ovine. (Journaux américains.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 septembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- La planète intramercurielle. — Comme il l’avait promis la dernière fois, M. Le Verrier aborde aujourd’hui l’étude des témoignages relatifs aux passages de la planète de Lescarbault. Il cite avec détails une trentaine d’observations publiées depuis 1750 par divers astronomes, et sa conclusion est que les éléments du nouve. astre peuvent être déduits avec exactitude des données formées, en 1820, en 1856, par M. Lescarbault et, en 1876, par M. Weber. La durée de révolution est décidément de 28 jours, ou exactement 28î,00774, et la marche de la planète est donnée par la formule
- V = 15°,2 4- 12°,85559 (j — 1750)
- dans laquelle le premier terme est la longitude et où représente la durée en jours écoulée depuis 1750. L’orbite est circulaire.Le nœud descendant se trouve par 195 degrés et le nœud ascendant par + 12 degrés. Le prochain passage doit avoir lieu le 30 octobre, mais on ne peut affirmer à l’avance qu’il sera visible. II peut, en effet s’effectuer la nuit et diverses circonstances peuvent être défavorables. En tous cas, les astronomes de tous les pays civilisés auront au bon moment l’œil à la lunette.
- Trombe. — A l’occasion d’une trombe déchaînée ces jours derniers aux environs d’Orléans, M. Faye demande pourquoi il n’existe pas de compagnies d’assurances contre ces désastreux phénomènes. Gette trombe, formée des vents de nord-ouest et de sud-ouest venait d’Ozoir le Breuil où elle avait renversé un moulin. Elle atteignit d’abord Yillamblain, où elle détruisit dix maisons; un vieillard fut écrasé sous les décombres de sa grange ; la foudre vint frapper un moulin qui s’écroula et le propriétaire eut le bonheur de pouvoir s’échapper. Continuant sa course furieuse, la trombe arrivait sur Tournoisis, où vingt-cinq maisons furent endommagées. Sur la route, un père de famille, âgé de 28 ans, fut enlevé par la tempête et jeté contre un mur où il resta aplati et fut achevé par la chute d’une lucarne de grenier. Enfin l’ouragan arrivait plus terrible sur Coinces, où quarante-quatre maisons sur quarante-six étaient atteintes. Tous les bâtiments communaux sont gravement endommagés. La misère est profonde; le chiffre dépasse 200,000 francs.
- Arc-en-ciel lunaire. — M. Martin de Brette se trouvant à Saint-Just, dans la Haute-Vienne, a observé le
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- LA NATURE.
- 2 septembre dernier le phénomène assez rare d’un arc-en-ciel lunaire. La journée avait été pluvieuse par intervalles et assez chaude. Au coucher du soleil la température se refroidit sensiblement; le vent était nul et la lune dans son plein brillait d’un vif éclat. Bientôt cependant un brouillard épais se leva de la rivière jusqu’à 120 mètres de hauteur et le disque lunaire s’entoura d’une auréole d’environ 2 degrés de largeur. C’est alors que dans la direction opposée apparut l’arc-en-ciel. Il était vert jaunâtre tirant extérieurement sur le rouge et intérieurement sur le violet. Ces couleurs extrêmes étaient peu apparentes et ne devenaient visibles qu’après une observation attentive de quelques instants. Cet arc-en-ciel lunaire était enveloppé d’un second arc plus faible et de nuance analogue.
- Expériences sur les roches vitreuses. — Chacun des types de roches vitreuses se rapportant, par la composition élémentaire, à un groupe de roches cristallines (les obsidiennes aux traclivles, les gallinacés aux basaltes, les ré-linites aux porphyres, etc.), il semble, à première vue, qu’elles soient comme des scories de roches correspondantes, et l’on peut s’attendre à les reproduire par la fusion, c’est-à-dire par la vitrification de celles-ci. L'expérience cependant est loin de réaliser cette prévision, car les roches vitreuses naturelles, à l’opposé des produits de vitrification, sont hydratées et renferment, en outre, le plus souvent des matières volatiles 11 résulte, au contraire, des recherches que nous poursuivons depuis plusieurs années que les roches cristallines peuvent, dans beaucoup de cas, être considérées comme le résultat de la dévitrification des roches vitreuses. L’observation de certains échantillons naturels conduisait déjà à cette opinion ; elle a été confirmée par des expériences faites, les unes à la faïencerie de Choisy-le-Roi, grâce à la bonne obligeance de M. H. Boulenger, les autres à la manufacture de Saint-Gobain, dont les fours ont été mis à notre disposition par M. le professeur Fiémy. Pour obtenir la dévitrification des roches étudiées il faut commencer par les fondre afin d’en chasser lous les éléments volatils, puis les soumettre pendant huit jours à une température convenable. L’obsidienne, la gallinace et le rétinite, traitées ainsi, ont donné des résultats fort nets qui arriveraient certainement à reproduire le trachyte, le basalte et le porphyre si l’expérience était sulfisamment prolongée.
- Piège à serpents. — On voit sur le bureau un petit instrument dont les naturels du Congo se servent, parait-il, pour prendre les serpents venimeux. C’est une sorte de manche faite de lanières d’osier élastiques et disposées de telle façon que la pression de dedans au dehors a pour effet d’en resserrer le diamètre. Un appât y étant placé, dès qu’un serpent y introduit la tête, on peut dire qu’il est pris. On examine avec intérêt cette arme si simple, heureux de vivre sous un ciel où son usage est inutile.
- Stanislas Meunier.
- appareil
- POUR LA PRODUCTION DE L’OZONE
- DE M. M. BERTHELOT.
- Nous avons décrit précédemment les tubes à effluves de M. Berthelot, en exposant les expériences remarquables que le savant chimiste a récemment
- exécutées au collège de France (p. 97 ) M. Berthelot est arrivé en même temps à des résultats importants sur la formation thermique de Vozone. Sans entrer dans le détail de ces expériences, que le lecteur spécialiste a pu lire dans les Comptes Etendus de l'Académie des sciences (séance du 5 juin 1876), nous publions ici le nouvel appareil qui a été employé pour la production de l’ozone sous l’influence des effluves électriques. 11 consiste en un tube de verre
- Nouvel appareil pour la production de l’ozone,
- e, muni de deux tubulures a et b. Un autre tube d, pénètre dans le premier et forme une fermeture en c. Il est rempli d’un liquide conducteur (eau aiguisée d’acide sulfurique) ; le tout est placé dans une éprouvette remplie du même liquide.
- Les électrodes communiquent avec le liquide du tube intérieur et avec le liquide extérieur.
- La décharge silencieuse ou l’effluve électrique se produit dans l’espace annulaire compris entre les tubes c et d. Elle agit sur l’oxygène qui arrive en a et qui s’échappe en b, après avoir été en partie transformé en ozone, sous l’influence de l’effluve. Cet appareil est peut-être le plus simple de ceux qui ont été proposés pour préparer l’ozone. 11 fournit des rendements considérables. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- Typographie Laliure.'rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- 30 SEPTEMBRE 1 876.
- LA NATURE.
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- L’ANALYSE DES HASARDS
- LE JEU DE L’AIGUILLE.
- La Nature, tout en mentionnant les découvertes récentes, ouvre aussi son cadre à l’étude des problèmes scientifiques qui ont intéressé nos prédécesseurs. 11 nous semble curieux d’appeler l’attention sur des tentatives autrefois fameuses que notregéné-ralion a délaissées. Nous voulons parler de l’analyse des hasards, science encore connue sous le nom de Calcid des prohabilités et qui jadis cultivée avec
- ardeur, est aujourd’hui presque tombéedans l’oubli.
- Fondée par le caprice d’un bel esprit, le chevalier de Méré, qui proposait à Pascal, en 1654, deux difficultés de jeu, l’analyse des hasards a nécessité des études d’un genre entièrement nouveau. 11 s’agissait d’y mesurer le degré mathématique de croyance dont pouvaient, être dignes de simples conjectures.
- Nous résumerons, tout d’abord, quelques-uns des principes posés à ce sujet par Laplace.
- Nous savons que sur un certain nombre d’événements, un seul doit arriver ; mais rien ne porte à
- Fig. 1. — Calcul des probabilités. — Le jeu de l’aiguille.
- croire que l’un d’eux arrivera plutôt que les autres. La théorie des hasards consiste à réduire tous les événements du même genre à un certain nombre de cas également possibles, c’est-à-dire tels, que nous soyons également indécis sur leur existence; et à déterminer le nombre de cas favorables à l’événement dont on cherche la probabilité. Le rapport de ce nombre à celui de tous les cas possibles est la mesure de cette probabilité qui n’est ainsi qu’une fraction dont le numérateur est le nombre des cas favorables et dont le dénominateur est le nombre de tous les cas possibles.
- Quand tous les cas sont favorables à un événement, sa probabilité se change en certitude, et son expression devient égale à l’unité.
- f* année. — 2“ semoslro.
- Les probabilités augmentent ou diminuent par leurs combinaisons mutuelles; si les événements sont indépendants les uns des autres, la probabilité de l’existence de leur ensemble est le produit de leurs probabilités particulières. Ainsi, la probabilité d’amener un as avec un seul dé, étant un sixième, celle d’amener deux as en projetant deux dés à la fois est un trente-sixième. En effet, chacune des faces de l’un pouvant se combiner avec les six faces de l’autre, il y a trente-six cas possibles, parmi lesquels un seul donne les deux as.
- Lorsque deux événements dépendent l’un de l’autre, la probabilité de l’événement composé est le produit de la probabilité du premier événement, par la probabilité que cet événement étant arrivé,
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- LA NATURE.
- l’autre arrivera. Cette règle permet d’étudier l’influence des événements passés sur la probabilité des événements futurs.
- Si l’on calcule, à priori, la probabilité de l’événement arrivé et la probabilité d’un événement composé de celui-ci et d’un autre qu’on attend, la seconde probabilité, divisée par la première, sera la probabilité de l’événement attendu, tirée de l’événement observé.
- La probabilité des événements sert à déterminer l’espérance ou la crainte des personnes intéressées à leur existence. Le mot espérance exprime ici l’avantage de celui qui attend un bien quelconque, dans des suppositions qui ne sont que probables. Cet avantage, dans la théorie des hasards, est le produit de la somme espérée, par la probabilité de l’obtenir; c’est la somme partielle qui doit revenir lorsqu’on ne veut pas courir les risques de l'événement, en supposant que la répartition se fasse proportionnellement aux probabilités. Cette répartition est la seule équitable, lorsqu’on fait abstraction de toutes circonstances étrangères ; parce qu’un égal degré de probabilité donne un droit égal sur la somme espérée. On nomme cet avantage espérance mathématique.
- Toutefois l’application rigoureuse de ce principe peut conduire à une conséquence inadmissible ; écoutons Laplace : « Paul joue à croix ou pile, avec 1 a condition de recevoir deux francs s’il amène croix au premier coup ; quatre francs s’il ne l’amène qu’au second, huit, francs s’il ne l’amène qu’au troisième, et ainsi de suite. Sa mise au jeu, suivant le calcul1, doit être égale au nombre des coups ; en sorte que si la partie continue à l’infini, la mise doit être infinie. Cependant aucun homme raisonnable ne voudrait exposer à ce jeu une somme même modique, cinquante francs par exemple. D’où vient cette différence entre le résultat du calcul, et l’indication du sens commun ? On reconnut bientôt qu’elle tenait à ce que l’avantage moral qu’un bien nous procure n’est pas proportionnel à ce bien, et qu’il dépend de mille circonstances souvent très-difficiles à définir, mais dont la plus générale et la plus importante est celle de la fortune. En effet-, il est visible qu’un franc a beaucoup plus de prix pour celui qui n’en a que cent, que pour un millionnaire. On doit donc distinguer, dans le bien espéré, sa valeur absolue de sa valeur relative : celle-ci se règle sur les motifs qui le font désirer ; au lieu que la première en est indépendante. »
- En l’absence d’un principe général pour apprécier cette valeur relative, en voici un proposé par Daniel Bernouilli et qui a été généralement admis.
- La valeur relative d’une somme infiniment petite est égale à sa valeur absolue divisée par le bien total de la personne intéressée. En appliquant le calcul à ce principe, on trouve que l’espérance morale,
- 1 Lorsque l’avantage dépend de plusieurs événements, on l’obtient en prenant la somme des produits de la probabilité de chaque événement par le bien attaché à son arrivée.
- accroissement de la fortune physique dû aux expectatives, coïncide avec l’espérance mathématique , lorsque la fortune, prise pour unité, devient infinie par rapport aux variations qu’elle reçoit des expectatives. Mais lorsque ces variations sont une portion sensible de cette unité, les deux espérances peuvent différer très-notablement entre elles.
- Dans l’exemple cité, celle règle conduit à des résultats conformes aux indications du sens commun. On trouve en effet que si la fortune de Paul est de deux cents francs, il ne doit pas raisonnablement mettre au jeu plus de neuf francs.
- Au jeu le plus égal, la perte est toujours relativement plus grande que le gain. En supposant, par exemple, qu’un joueur ayant une fortune de cent francs, en expose cinquante au jeu de croix ou pile, sa fortune après sa mise au jeu, sera réduite à quatre-vingt sept francs, c’est-à-dire que cette dernière somme procurerait au joueur le même avantage moral, que l’état de sa fortune après sa mise. D’où cette conclusion ; le jeu est désavantageux , même dans les cas où la mise est égale au produit de la somme espérée par la probabilité. Que l’on juge par là de l’immoralité des jeux dans lesquels la somme espérée est au-dessous de ce produit I
- Jacques Bernouilli a établi ainsi qu’il suit la conséquence de ses méditations sur le calcul des probabilités ;
- Une urne contenant des boules blanches et noires est mise devant le spectateur, qui tire une boule, constate la couleur et la remet dans P urne. Après une série d’épreuves assez longues, le nombre total des boules extraites, divisé par le nombre total des boules, représente une fraction très-approchée de celle qui a, pour numérateur, le nombre réel des boules blanches existant dans l’urne, et pour dénominateur le nombre total des boules. En d’autres termes, les deux rapports du nombre soit des boules blanches extraites, soit des* boules blanches réellement existantes au nombre total,.des boules, tendent de plus en plus à se confondre ; ou bien encore, la probabilité tirée de cette expérience approche indéfiniment de la certitude. Les deux fractions peuvent différer entre elles aussi peu qu’on voudra, si l’on prolonge suffisamment les épreuves.
- On tire de ce théorème plusieurs conséquences :
- 1° Les rapports des effets de la nature sont à peu près constants, quand ces effets sont considérés en grand nombre ;
- 2° Dans une série d’événements, indéfiniment prolongée, Faction des causes régulières et constantes l’emporte à la longue sur celle des causes irrégulières.
- Applications. — Les combinaisons que les jeux présentent ont été l’objet des premières recherches sur les probabilités.
- Nous compléterons par deux exemples les indications qui précèdent*
- 1° Deux joueurs A et B, dont les adresses sont égales, jouent ensemble avec la condition que celui
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- qui le premier aura vaincu l’autre un nombre donné de fois gagnera la partie, et emportera la somme des mises au jeu; après quelques coups, les joueurs conviennent de se retirer sans avoir terminé la partie ; on demande de quelle manière cette somme doit être partagée entre eux. C’est l’un des problèmes posés à Pascal par le chevalier de Méré.
- Les parts doivent être proportionnelles aux probabilités respectives de gagner la partie. Ces probabilités dépendent des nombres de points qui manquent à chaque joueur pour atteindre le nombre donné.
- On détermine les probabilités de A, en partant des plus petits nombres, et en observant que la probabilité est égale à l’unité, lorsqu’il 11e manque aucun point au joueur A. En supposant ainsi qu’il ne manque qu’un point au joueur A, on trouve que sa probabilité est 1/2, 5/4, 7/8, etc., suivant qu’il manque à B un point, ou deux ou trois.
- On supposera ensuite qu’il manque deux points au joueur A, et l’on trouvera sa probabilité égale à 1/4, 1/2, 11/16, etc., suivant qu’il manque à B un point, ou deux, ou trois, etc.
- On supposera encore qu’il manque trois points au joueur A, et ainsi de suite.
- Notons en passant que cette solution a été modifiée par Daniel Bernouilli par la considération de la fortune respective des joueurs, d’où il a déduit la notion de l’espérance morale. Cette solution fameuse dans l’histoire de la science porte le nom de problème de Pétersbour g, parce qu’elle fut publiée pour la première fois dans les Mémoires de VAcadémie de Russie.
- 2° Nous arrivons an jeu de l'aiguille. 11 s’agit d’une véritable récréation mathématique, dont le résultat indiqué par la théorie, est bien fait pour produire l’étonnement.
- Le jeu de l’aiguille est une application des divers principes que nous avons posés.
- Si l’on trace sur une feuille de papier une série de lignes AA1, BBl, CC1, DD1 parallèles équidistantes, et que l’on projette au hasard sur cette feuille de papier une aiguille ab entièrement cylindrique, dont la longueur sera égale à la moitié de la distance des parallèles (fig. 1 et 2), on constatera ce résultat curieux.
- Si l’expérience est prolongée assez longtemps; pour fixer les idées, si l’on projette cent fois l’aiguille au hasard, il arrivera que dans ces cent épreuves, l’aiguille rencontrera une quelconque des parallèles un certain nombre de fois. En divisant le nombre des épreuves par le nombre des rencontres, on obtiendra comme quotient un nombre qui se rapprochera d’autant plus de la valeur du rapport de la circonférence ou diamètre, qu’on aura multiplié davantage les épreuves*
- Ce rapport, suivant les principes de la géométrie, est un nombre fixe dont la valeur numérique est : 3, 1415926.
- Après cent épreuves, on trouve généralement la valeur exacte jusqu’aux deux premiers chiffres : 5, 1.
- Comment expliquer cette conséquence inattendue?
- L’application du calcul des probabilités en donne la raison. Le rapport indiqué des rencontres au nombre des épreuves est la probabilité de cette rencontre. Le calcul cherche à évaluer cette probabilité en faisant l’énumération des cas possibles et des événements favorables.
- L’énumération des cas possibles exige l’application du principe des probabilités composées. On voit facilement qu’il suffit de considérer les chances qu’a l’aiguille de tomber entre deux parallèles déterminées AA1 et BB1 (fîg. 2), ensuite qu’il suffit même de considérer ce qui se passe dans l’intervalle situé entre AA1 et le milieu de l’intervalle mn égal à l’équidistance. Pour une rencontre, il faut donc :
- d° Que le milieu de l’aiguille tombe entre m et l milieu de mo;
- 2° Que l’angle de l’aiguille avec mo, soit plus petit que l'angle mcb;
- Tl
- c _______________________!__________________________c»
- D_______________________________________________D*
- Fig. 2.
- L’évaluation de chacune de ces probabilités et leur combinaison par multiplication, suivant le principe des probabilités composées, donne finalement pour expression de la probabilité le nombre ir.
- Cet exemple curieux justifie le théorème de Bernouilli relatif à la multiplication des événements ; il n’y a pas de limite à l’approximation du résultat lorsqu’on prolonge assez loin l’épreuve.
- Lorsque la longueur de l’aiguille n’est pas exactement là moitié de la distance des parallèles (elle peut être quelconque, pourvu qu’elle reste inférieure à cette distance), la règle pratique du jeu est la suivante :
- Il faut multiplier le rapport du nombre des projections au nombre des rencontres par le double du rapport de la longueur de l’aiguille à l’intervalle des parallèles. Dans le cas particulier cité plus haut, le double du dernier rapport a pour valeur l’unité.
- Nous donnerons une application numérique citée par les auteurs.
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- LA NATURE.
- Avec une aiguille de 50 millimètres de longueur projetée 10000 fois sur une série de parallèles dont la distance était de 65“i,n,6, on a trouvé un nom-. bre de rencontres égal à 5009.
- On prend le rapport {!£§, on multiplie par le rapport et le produit est : 5,1421.
- La vraie valeur est : 5,1415.
- On a une approximation de 10®^-
- Les dimensions indiquées dans cette expérience sont celles qui présentent, pour un nombre déterminé d’épreuves, le plus de chances d’obtenir la plus grande approximation possible.
- Nous terminerons ces considérations sur les jeux par quelques réflexions empruntées à Laplace.
- « L’esprit a ses illusions, comme le sens de la vue ; et de même que le loucher corrige celles-ci, la réflexion et le calcul corrigent les premières. La probabilité fondée sur une expérience journalière, ou exagérée par la crainte et par l’espérance, nous frappe plus qu’une probabilité supérieure, mais qui n’est qu’un simple résultat de calcul...
- « Dans une longue série d’événements du même genre, les seules chances du hasard doivent quelquefois offrir ces veines singulières de bonheur ou de malheur, que la plupart des joueurs ne manquent pas d’attribuer à une sorte de fatalité. 11 arrive souvent dans les jeux qui dépendent à la fois du hasard et de l’habileté des joueurs, que celui qui perd, troublé par sa perte, cherche à la réparer par des coups hasardeux qu’il éviterait dans une autre situation ; il aggrave ainsi son propre malheur et il en prolonge la durée. C’est cependant alors que la prudence devient nécessaire, et qu’il importe de se convaincre que le désavantage moral, attaché aux chances défavorables, s’accroît par le malheur même. » Ch. Bontemps.
- LE CANON ARMSTRONG
- DE 100 TONNES.
- La lutte à laquelle nous font assister les constructeurs de canons est loin de vouloir prendre lin. Après la mise au monde des Infants de Woolwich, de 35 et de 81 tonnes, et du Krupp de 35 centimètres , voici que la maison Armstrong vient d’en fabriquer un de 100 tonnes. C’est l’Italie, dont la marine grandit chaque jour, comme le reste d’ailleurs dans cet heureux pays, qui se fait ce Cadeau magnifique.
- Elle avait sur ses chantiers deux bâtiments qu’elle a voulu capables de tenir tête aux plus puissants navires qui soient à la mer. Pour armer ces colosses dont l’un, le Duilio, est aujourd’hui lancé, et dont l’autre, le Dandolo, s’achève en ce moment, il fallait logiquement une artillerie telle qu’il n’en existait pas encore.. Un seul constructeur peut-être pouvait la lui donner : sir William Armstrong. Elle s’est donc adressée à lui et lui a commandé
- huit pièces : le Duilio et le Dandolo devant en porter quatre chacun, dans les deux tourelles qu’ils possèdent, une de chaque bord, pour commander simultanément le tir en chasse et le tir en retraite.
- Ces tourelles seront dignes des hôtes qu’elles auront à loger : leur diamètre intérieur atteindra 7ni,92 et leur diamètre extérieur 9“,90. Il ne faut pas oublier qu’indépendemmeutde leurs deux pièces, elles contiendront encore l’appareil nécessaire au chargement, et qui est imité de celui de l’Inflexible anglais. Elles pèseront toutes chargées, 7000 tonues chacune; elles évolueront néanmoins avec une excessive rapidité (une minute), et pourront s’arrêter net, au besoin.
- L’appareil de chargement dont nous venons de parler est hydraulique. Le coup tiré, la pièce est amenée à sa position de chargement et sa volée abaissée ; le refouloir hydraulique, à la tête duquel est fixée une éponge, est enfoncé dans l’âme ; lorsqu’il a atteint le fond, une soupape s’ouvre et l’arrose, éteignant les flammèches qui ont pu rester ; la gargousse et le projectile sont alors présentés puis chassés dans la chambre. Toutes ces opérations sont accomplies par un seul homme, qui manie les leviers : c’est un progrès. A bord de la Dévastation, pour un tir rapide, il faut tous les dix coups changer l’armement par des relais de quarante hommes ; pour le canon de 100 tonnes et son appareil hydraulique, dix hommes suffisent à l'accomplissement du travail : quatre hommes pour écouvillonner, abaisser et relever la volée, pour monter la charge et la rendre, pointer et tirer, et enfin amorcer.
- A ces détails sur l’installation de la pièce, ajoutons qu’elle n’est pas montée sur un lourd affût dans les formes ordinaires; le canon repose sur une paire de massifs formant supports de tourillons, reliés avec des compresseurs placés immédiatement sur l’arrière, de telle sorte que l’effort du recul a lieu directement dans la ligne d’action. Ces massifs et leurs accessoires pèseront 55 tonnes; les compresseurs servant à modérer le recul ou à mettre la pièce en batterie seront mus par la force hydraulique employée à la pression de 800 à 900 livres, soit 56 à 63 kilogrammes par centimètre carré, pression obtenue au moyen d’une pompe.
- Les huit canons italiens, dont notre dessin représente le premier, au moment de son embarquement, sont du système bien connu de sir W. Armstrong ; leur tube intérieur est en acier et rayé de vingt-sept rayures laissant entre elles un espace à peu près égal à leur largeur; ces rayures sont des spirales avec un pas croissant de 1 à 45 diamètres ; leur profondeur est de 3 millimètres. Le tube est en deux morceaux réunis par une double frette, et à la culasse il y a trois enveloppes de métal.
- Chaque pièce pèse 401 tonnes et demie (100 tonnes en nombre rond). Leur longueur intérieure est de 10U1,02, celle de l’âme de 9m,296 et son diamètre de O1",431. Le diamètre extérieur, à la bouche, est de 0m,737, et à la culasse de lm958.
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- LE NOUVEAU CANON ARMSTRONG DE 100 TONNES
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- Le poids du projectile de rupture est de 908 kil., celui du projectile d’épreuve de 1135 kilogr. de plus que le projectile du canon de 81 tonnes. Le capitaine Noble a calculé que le travail total développé était, à la sortie du projectile, d’environ 39 000 pieds-tonnes, alors que pour le canon de 81 tonnes il n’était que de24000 pieds-tonnes, il aura donc un effet de 30 pour 100 plus grand. Cette estimation de 39 000 pieds-tonnes ést simplement approximative.
- La force de pénétration-;dn projectile a été estimée suffisante pour percer une cuirasse de üm,76 appuyée sur le matelas ordinaire en bois de teak, la plus grande épaisseur de cuirasse du Dîiilio et du Dandolo n’étant que de 0,u,60 et de 0m,451 pour les tourelles. !La gargousse a lm,32 de longueur et 0m,393 de diamètre; elle contient 173k,45 de poudre cubique pebble ayant 38 millimètres de côté. La vitesse initiale du projectile atteindra 420 mètres par seconde; son mouvement de rotation lui sera donné par un obturateur en cuivre, fixé à son culot, et sur lequel sont disposées des saillies correspondant aux rayures de la pièce.
- Sir W. Armstrong a mis dix-huit mois à fabriquer cette arme gigantesque, dans sa manufacture d’Elswick ; elle coûtera 400 000 fr. au gouvernement italien. Embarquée à Newcastle on-Tyne sur le transport Europa, elle est arrivée, à la fin du mois d’août, à l’arsenal de la Spezzia où une grue de 160 tonnes, fabriquée spécialement pour cet objet, l’a débarquée. L'Italie nous apprend qu’on ne tardera pas à faire les expériences de cette pièce, en présence d’une commission technique, présidée par le directeur général d’artillerie et torpilles du ministère de la marine italienne, M. le comte Albini. L. Renard.
- DE LA RESPIRATION ARTIFICIELLE
- DANS L’ASPHYXIE ET LA SYNCOPE MÉTHODE PAC INI.
- Depuis plusieurs années déjà, le Dr Philippe Pa-cini, de Florence, appelle l’attention du public sur sa méthode de respiration artificielle dans l’asphyxie et la syncope. Cette méthode, que son auteur, par de louables efforts, cherche à répandre le plus possible, se recommande par sa simplicité, la facilité de son application, et, aussi par de nombreux succès. Il sera donc utile, pensons-nous, de contribuer à la faire connaître en France ; la voici eu quelques mots :
- Le sujet, noyé ou asphyxié, en état de mort apparente, est placé sur un pian légèrement incliné’; le cou, le thorax, le bas-ventre sont délivrés de tout lien ou vêtement qui les comprimeraient ; la bouche ayant été ouverte, et la gorge débarrassée des corps étrangers ou de la matière spumeuse qu’elle peut ] contenir, on fera écouler le liquide retenu dans le 1
- pharynx, en plaçant le malade sur le côté ou sur le ventre, pendant quelques instants, après quoi on le recouchera sur le dos et on se gardera bien, dès lors, d’exercer aucune pression sur le bas-ventre, afin d’éviter le reflux, vers le pharynx, des liquides contenus dans l’estomac; ce qui empêcherait l’entrée de l’air dans le larynx et la trachée. Alors la tête étant maintenue, autant que possible, dans l’axe du tronc, l’opérateur, placé derrière la tête du patient, saisira fortement les deux bras près de l’aisselle en tirant à lui d’avant en arrière, et de bas en haut.
- Ce mouvement, par l’intermédiaire de la clavicule soulevée, est nécessairement transmis au sternum, qui, à son tour, élève les côtes correspondantes.
- On voit que, de cette façon, il y a, pour la cage thoracique, accroissement de ses trois diamètres ; quoique le diaphragme, restant immobile, n’y participe pas.
- Dans ces conditions, s’il n’y a pas d’obstacle au passage de l’air, il pénètre dans les poumons, en produisant un murmure très-appréciable ; c’est l’inspiration; celle-ci étant terminée, on cesse les mouvements inspirateurs, en laissant à la réaction élastique des côtes le soin de produire l’expiration.
- Ces mouvements de respiration artificielle seront répétés dans le rhythme normal ; à savoir 15 à 20 fois par minute; et, s’il reste encore chez l’asphyxié quelque étincelle de vie, la résurrection est nécessaire selon la conviction de l’auteur.
- Si le sujet est d’une faible corpulence, un aide le tiendra par les jambes, afin que le corps tout entier ne cède pas aux tractions exercées sur les bras ; à défaut d’aide, on attachera les jambes, à quelque objet résistant.
- Si, au contraire le sujet est d’une forte corpulence, il sera bon que les mouvements inspirateurs soient exercés par deux personnes, une à chaque bras.
- Si l’on ne peut disposer d’un plan incliné, le malade sera étendu sur le sol, la tête reposant sur les cuisses de l’opérateur à genoux derrière lui ; s’il y a deux opérateurs, la tête sera placée sur leurs genoux rapprochés ; après quoi l’on procédera aux manœuvres indiquées.
- Malgré tout le soin apporté dans ces manœuvres, il peut arriver que l’air ne pénètre pas dans les poumons. D’après le Dr Pacini, l’obstacle à son entrée ne réside pas dans la glotte, comme on pourrait le croire ; la glotte, il est vrai, présente le point le plus étroit des voies aériennes supérieures; mais, sur le cadavre comme sur l’homme sain, elle a une tendance naturelle à res ter ouverte. L’obstacle à l’entrée de l’air tient, alors, à ce que dans la position horizontale chez l’asphyxié, en état de mort apparente, l’épiglotte participant au relâchement qui affecte les divers tissus, vient s’appuyer sur la face postérieure du pharynx.
- Pour remédier à cet état de choses, il faudra, d’abord, que le malade soit maintenu sur un plan fortement incliné, puis pendant que l’opérateur pratiquera les manœuvres respiratoires, un aide opérera
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- avec le pouce et l’index, sur la saillie du cartilage thyroïde de légères pressions qui auront pour résultat de soulever l’épiglotte, et de permettre à l’air de pénétrer dans le poumon.
- Pendant que le malade sera soumis à ces procédés de respiration artificielle, M. Pacini nous rappelle que, si le nombre des assistants le permet, le noyé devra être séché, réchauffé, que des frictions seront exercées sur les membres inférieurs, afin d’y ranimer la circulation.
- Préoccupé de mettre sa méthode en lumière, l’auteur n’insiste pas assez, selon nous, sur les secours coneommitants qui ont tant d’importance dans les cas d’asphyxie, particulièrement lorsqu’elle succède à la submersion.
- Redisons-le : il sera urgent que le noyé soit essuyé, séché, réchauffé, frictionné avec des linges chauds ou imbibés de liquides excitants, tels que l’alcool, les diverses essences, etc.; on pourra chatouiller le voile du palais avec une plume, on fera brûler une allumette sous son nez, on lui fera respirer, pendant quelques secondes, de l’ammoniaque ; on emploiera l’électricité, si la chose est possible, et on galvanisera le nerf phrénique, le diaphragme ; on pourra enfin recourir au fer chaud en appliquant des pointes de feu sur la poitrine, application rapide et de courte durée, bien entendu. Le Dr Faure, dans son remarquable travail sur l’asphyxie a démontré l’efficacité de ce moyen.
- Ainsi ce sera concurremment que l’on donnera au noyé ces divers soins dans le but d’exciter, de mettre en mouvement les actions nerveuses et qu’on aura recours à la respiration artificielle.
- Et, ici, nous dirons que la méthode Pacini a sur les autres de sérieux avantages : d’abord, sur celles qui exigent des appareils tels que soufflets, spiro-phores, etc., elle a l’avantage de n’en exiger aucun; elle est applicable partout, toujours, et instantanément.
- La méthode Pacini est préférable à l’insufflation bouche à bouche, parce qu’elle est exempte des dangers que celle-ci fait courir au malade : emphysème interstitiel, ou sous-pleural, rupture des vésicules pulmonaires, suffocation subite des plus graves.
- Somme toute, dans un cas d’asphyxie et de mort apparente, alors que le cœur bat encore, quoique d’une façon inappréciable, cet ensemble de moyens devra être appliqué aussi rapidement et aussi longtemps que possible 3, 4, 6 heures même; à moins que la rigidité cadavérique ne soit survenue ; et parfois, surtout lorsqu’il y aura eu syncope, des soins intelligents, dévoués et persévérants rappelleront à la vie des hommes qui, à défaut de ces soins, eussent péri indubitablement. Dr Bader.
- LÀ FOUDRE GLOBULAIRE
- Dans le cours de mes recherches précédentes, j’ai eu l’occasion d’observer des phénomènes d’électri-
- cité dynamique présentant des analogies avec les effets de la foudre globulaire. Il est résulté de mes expériences qu’avec des décharges produites par un courant électrique de haute tension, fournissant une quantité d’électricité que në sauraient donner les appareils d’électricité statique ou d’induction, on obtenait, par le contact du pôle positif avec la surface d’un liquide, sans décomposition électrolytique très-sensible, la formation de globules lumineux animés d’un mouvement gyratoire, suivis, dans certaines conditions, de bruyantes étincelles au pôle négatif. Il était permis d’en conclure qu’un effet analogue devait se produire, dans les grands orages, quand l’électricité atmosphérique se trouvait en qùantité exceptionnelle, de manière à constituer, par ses décharges continues, une sorte de flux dynamique et de plus, quand l’atmosphère était traversée par une pluie abondante pouvant faciliter la formation de sphéroïdes de vapeur d’eau électrisés.
- Or ces conditions se sont trouvées réalisées lors du violent orage qui a éclaté à Paris le 24 juillet, et il en est résulté une chute de foudre, sous la forme globulaire, sur une maison portant le n° 28 de la rue des Tournelles, et sur un coin du théâtre du boulevard Baumarchais. Entre 3 h. 30 m, et 4 heures de l’après-midi, une pluie torrentielle mêlée de grosse grêle, et accompagnée d’éclairs et de tonnerre, s’abattit sur la place de la Bastille. Le vent étant relativement faible, une portion de la nuée orageuse se maintint presque fixe pendant quelques minutes; les décharges étaient incessantes, et plusieurs coups de tonnerre succédant aux éclairs sans intervalle appréciable annoncèrent que la foudre était tombée plusieurs fois dans le voisinage.
- D’après l'enquête à laquelle je me suis livré, elle parait être tombée trois fois presque au même point, sur le théâtre, dans la cour et dans le jardin de la maison n° 28 de larue des Tournelles, connue au Marais sous le nom de l’hôtel de Ninon de Len-clos. Le régisseur du théâtre Beaumarchais, qui se trouvait dans le magasin des costumes, petit pavillon situé à la partie supérieure de l’édifice, a vu tomber une bombe de feu (fig. 1).
- Dans la rue des Tournelles un ouvrier demeurant au quatrième étage a aperçu un globe de feu, de la grosseur d’un boulet de canon, passer au bord du toit près d’un pot de fleurs, en ne brisant qu’une tige, et tomber dans la cour. Au même instant, un autre ouvrier placé au rez-de-chaussée a observé trois petites boules de feu au-dessus du sol de la même cour, qui était alors complètement inondée. De son côté, M. L..., fabricant de bronzes, voyait tomber dans son jardin deux ou trois parcelles incandescentes, sans contours nettement définis, et qui ont semblé, suivant son expression, se noyer dans le jardin transformé en un vaste bassin par l’abondance de l’eau tombée comme une véritable trombe (fig. 2).
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- Les dégâts matériels ont été insignifiants, comme on pouvait s’y attendre en raison même de la chute de cette colonne d’eau qui a pu conduire facilement la majeure partie du flux électrique jusqu’au sol. Un fragment de la toiture en zinc du théâtre, soulevé et lancé sur la maison voisine, le gaz enflammé à l’extrémité d’un tuyau de plomb placé en A (fig. 1), et quelques commotions ressenties par les diverses personnes témoins du phénomène, tels sont les seuls accidents qui ont été constatés. Les tuyaux de cheminée s’élevant à une certaine hauteur au-dessus de l’édifice, ainsi qu’on le voit dans les fig. \ et 2, ont pu contribuera faire de ce point un lieu d’élection, pour la foudre.
- Ces observations me paraissent confirmer les vues que j’ai émises précédemment. Bien qu’il n’y ait pas eu là un de ces cas extraordinaires dans lesquels la foudre en boule se meut avec lenteur, et reste quelque temps visible, il s’est formé néanmoins des globes électrisés comme dans les expériences citées plus haut, et comme dans d’autres, où un filet d’eau traversé par un puissant courant électrique et sillonné intérieurement de traits de feu, reproduit les effets des trombes, en déterminant, avec crépitation, le jaillissement de globules lumineux à la surface du liquide où plonge le pôle négatif.
- La formation de la foudre globulaire pourrait donc s’expliquer de la manière suivante : •
- 1° Le flux électrique, en traversant l’atmosphère humide, produit un effet d’aspiration énergique ou un vide partiel, résultant de son action calorifique puissante et de la vaporisation de toute matière opposée à son passage. Par cet effet d’aspiration, la matière elle-même tend à prendre la forme sphérique ou globulaire, de même que le liquide du
- Fig. 1. — Effet de l’orage du ‘24 juillet 1876, à Paris. — Chute de foudre sous forme globulaire sur le théâtre Beaumarchais. — A. Enuroit où un tuyau à gaz a étéAfondu.
- voltamètre dans l’expérience rappelée plus haut, ou, en général, comme une masse liquide soustraite à l’action de la pesanteur.
- 2° La matière pondérable amenée ainsi à l’état globulaire se trouve nécessairement très-raréfiée, (puisque cette raréfaction est la conséquence du passage d’un puissant flux électrique. Empruntée au milieu environnant, elle doit être composée d’air et de vapeur d’eau. Il s’y trouve aussi sans doute
- quelques traces de gaz provenant d’une faible décomposition électrolytique; mais, comme les effets calorifiques et lumineux sont ici prédominants, par suite de la baule tension de l’électricité atmo-sphériq ue, l’é 1 e c-trolyse est à peine sensible, et l’on ne peut attribuer au mélange détonant formé par ces gaz, raréfiés eux-mêmes, les phénomènes explosifs des globes fulminants.
- 3° Le flux électrique s’accumule dans cette enveloppe ou ce milieu de matière raréfiée, et rend visible sa forme sphérique par la lumière qu’il y produit. 11 se forme ainsi une sorte d’œuf électrique\unùmm, que le milieu environnant tend, il est vrai, à remplir; mais, si ce milieu n’est pas trop dense, comme l’air ou la vapeur d’eau, l’abondance du courant mesure qu’elle afflue
- électrique raréfie la matière dans le milieu électrisé.
- 4° Pour concevoir cette accumulation ou cette condensation de l’électricité dans les globes fulminants, il faut considérer que, si le flux électrique est en grande quantité dans l’atmosphère, la violence avec laquelle il fait irruption est telle, que nulle voie n’est assez large pour lui donner un facile et complet écoulement. Pour peu qu’il rencontre une résistance, il s’ensuit un arrêt, un remous de ce courant, et en ce point une concentration de ses effets. Or les couches atmosphériques plus ou
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- moins humides présentent, comme l’a fait observer M. du Moncel1, des inégalités de résistance très-grandes. D’un autre côté, la portion d’atmosphère interposée entre le nuage électrisé et le sol peut jouer le rôle d’une lame isolante comme celle d’un condensateur, ou comme le liquide du voltamètre. Le sol devenant fortement négatif, en admettant que le nuage orageux soit chargé d’électricité positive, il en résulte que l’électricité tend à s'accumuler à la surface de séparation, et les points où cette accumulation se produit en plus grande quantité peuvent donner naissance à des globes fulminants.
- 5° Cette assimilation de l’atmosphère à la lame isolante d’un condensateur permet aussi de comprendre comment les globes fulminants formés soit dans les nues, soit près du sol, peuvent se dissiper sans bruit ou se décharger avec explosion. Puisque le sol est. fortement négatif sous l’influence du nuage électrisé, cette électricité négative fait équilibre, au travers de l’atmosphère, à la positive qui s’accumule dans les globes fulminants.
- Si l’accumulation cesse par l’insuffisance du courant électrique, le globe fulminant peut disparaître sans bruit.
- Si, au contraire, le flux électrique très-abondant tend à accumuler sans cesse dans le globe de nouvelles quantités d’électricité positive, il arrive un moment où, sur un point donné, celte électricité acquiert une tension très-forte ; l’atmosphère est alors traversée comme le verre d’une bouteille de Leydetrop fortement chargée, et la décharge a lieu avec explosion. Ces phénomènes se reproduisent, du reste, dans le voltamètre soumis à l’action d’un courant électrique de haute tension, en variant simplement le degré d’immersion de l’électrode positive ou de l’électrode négative.
- 1 Notice sur le tonnerre et les éclairs, p. 25 et 49,
- 6° L’abondance avec laquelle doit s’écouler le flux électrique, pour produire ces accumulations locales d’électricité dans les globes fulminants, explique comment les paratonnerres ont été souvent inefficaces contre la chute de la foudre globulaire. On peut en conclure que, pour combattre ou neutraliser ce genre de manifestation de l’électricité atmosphérique, les paratonnerres à pointes multiples, tels que ceux de MM. Melsenset Perrot, agissant sur un grand nombre de points de l’atmosphère, seraient plus efficaces que les paratonnerres à pointe unique d’une grande hauteur.
- 7° Le mouvement gyraloire que l’on a constaté souvent dans les globes fulminants résulte, de même que celui des globules lumineux formés à la surface du liquide d’un voltamètre, de la réaction due à l’écoulement du flux électrique ou de la vapeur d’eau qu’il produit. Dans l’expérience du voltamètre, le sens de ce mouvement est variable et dépend de la direction dans laquelle s’écoule le flux élec'rique, s’il n’y a pas toutefois en jeu une influence magnétique ; mais, si l’on fait intervenir l’action d’un aimant, le mouvement se produit dans un sens déterminé, inverse de celui des aiguilles d’une montre, au-dessus d’un pôle boréal. On peut en déduire que dans la nature, sousl influence sans cesse agissante du magnétisme du globe, ce mouvement gyraloire doit avoir lieu, comme celui des trombes, en sens inverse des aiguilles d’une montre, au-dessus de l’hémisphère boréal. Cette conséquence intéressante à vérifier peut être signalée à l’attention des observateurs.
- 8° Le bruissement qui accompagne quelquefois l’apparition des globes fulminants se retrouve également, dans l’expérience citée plus haut, et provient, comme celui d’autres phénomènes électriques
- Fig. 2. — Effet de l’orage du 24 juillet 1876, à Paris. — Chute de foudre sous forme de parcelles de feu, dans le jardin de l’hôtel de Ninon de Lenclos, rue des Tournelles.
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- naturels, de la vaporisation rapide produite par l’intensité de l’effet calorifique que développe le flux électrique. S'il y a décharge proprement dite, c’est le bruit même du tonnerre qui se fait entendre ; car, l’effet calorifique étant alors plus puissant et de courte durée, la rentrée brusque de l’air dans l’espace raréfié par la décharge détermine naturellement un bruit plus sec et plus intense.
- 9° Il résulte aussi de tout ce qui précède et de l’analogie des effets de l’électricité atmosphérique avec ceux d’un courant électrique de haute tension que le signe électrique des globes fulminants doit être positif.
- 10° Pour achever de se rendre compte de l’accumulation de l’électricité dans les globes fulminants, et pour expliquer leur marche singulière, on peut les comparer à des tores animés d’une grande vitesse de rotation, qui présentent, comme on le sait, de curieux effets de composition de mouvements et de résistance à l’action de la pesanteur.
- Il y a toutefois cette distinction à établir que le mouvement condensé dans les globes fulminants n’est pas un mouvement de rotation, mais un mode de mouvement vibratoire extrêmement rapide constituant l’électrieité elle-même, et qui, d’autre part, ne doit pas etre confondu avec le mouvement gyra-toire de réaction expliqué plus haut.
- De même aussi que les tores, par suite de leur grande vitesse de rotation, peuvent briser les corps qu’ils rencontrent, ou se briser eux-mêmes contre les corps fixes qui tendent à les arrêter brusquement, de même les globes fulminauts peuvent éclater, si leur mouvement vibratoire interne vient à être arrêté ou neutralisé subitement. Mais ce n’est qu’une rupture d'équilibre électrique dans le sol ou dans l’atmosphère qui peut déterminer cet effet, et, si aucun changement n’a lieu dans ce sens, les globes électrisés restent insensibles au contact des corps étrangers ou des objets placés à la surface du sol qu’ils rencontrent sur leur passage.
- Ainsi s expliqueraient les allures bizarres des globes fulminants, leur soustraction apparente aux lois de la pesanteur, leur marche lente ou rapide, et leur inocuité dans certains cas, ou leurs effets destructeurs, avec tous les phénomènes qui caractérisent l’expansion de la force électrique.
- Gaston Planté.
- L’ASSOCIATION BRITANNIQUE
- pour l’avancement des sciences.
- Session de <*lasgo,w.
- SEPTEMBRE 1876.
- L’assemblée s’est réunie, le 6 septembre 1876, à Glasgow, sous la présidence de M. Thomas Andrews, de Bel-fast. Sur quarante-six années d’existence que compte 1 Association, il y en a trois (1876 y compris) où la ses-
- sion a été tenue dans cette même ville de Glasgow. Edimbourg a eu le même honneur, à trois dates différentes (1854, 1850 et 1871); Aberdeen, en 1859,sous la présidence du prince Albert, et Dundee, en 1867. Les savants étrangers n’étaient pas encore arrivés au début du Congrès, mais l’on comptait sur la présence prochaine de SiM. Negri, Braune, Grubi, Cohn, Stoletow, le baron de Wrangell et Ceruti. Un livre-guide, en trois volumes, avec une carte des environs de Glasgow, a été remis à chacun des membres de l’Association.
- M. Thomas Andrews, président du Congrès, a inauguré la session en prononçant un long discours que nous allons résumer très-succinctement. « Je regrette, a dit l’orateur, d’autant plus de ne pouvoir parler de nos illustres prédécesseurs qu’il existe aujourd’hui un défaut, grossissant de jour en jour ; on est porté à s’exagérer l’importance des découvertes et inventions comtemporaines et à atténuer le mérite de celles de nos devanciers. Glasgow a vu naître, dans ses mui’s, trois sciences nouvelles : la chimie expérimentale, l’économie politique et la mécanique des ingénieurs actuels. On reconnaît actuellement que Black fonda la chimie moderne et nul n’a jamais disputé à Adam Smith et à Watt l’honneur d’avoir créé et développé,’ le premier, l’économie politique, le second, la machine à vapeur perfectionnée. C’est ici que sir W. Hooker donna à la chaire de botanique une réputation européenne; c’est ici que Graham découvrit la loi de la dilatation des gaz et les propriétés des acides à plusieurs bases; c’est ici que sir William Thomson procéda à ses recherches de physique et de mathématiques et inventa ces précieux instruments, aussi utiles pour la télégraphie transatlantique que pour les travaux des savants.
- Après cet exorde, M. Andrews, énumère les principaux travaux scientifiques modernes. « Signalons, comme un événement heureux pour la science, le retour du Challenger, avec ses minutieuses observations et ses intéressantes découvertes. Au reste sir Wyville Thomson nous fera connaître, dans une séance prochaine, les grandes choses laites par lui et ses compagnons durant leur long voyage scientifique.
- « L’expédition du lieutenant Cameron contribuera au remplacement de la traite des nègres par un commerce fructueux et légitime.
- « Nous ne savons rien de notre expédition du pôle nord, mais nous pouvons dire que l’Angleterre doit persister dans cette entreprise, peut-être plus périlleuse que fructueuse; car les nations étrangères nous disputent passionnément l’honneur d’arriver les premiers, soit au pôle arctique, soit au pôle antarctique.
- « C’est à l’observation du passage de Vénus en i 769 que nous devons les voyages du capitaine Cook et la possession actuelle de l’Australie. Les efforts récents de M. Janssen au Japon offrent un vif intérêt. Ce savant constata l’existence de l’atmosphère lumineuse qui entoure le soleil et celle de l’atmosphère qui environne la planète Vénus.
- « Je ne puis ici m’empêcher de déplorer la perte récente de Wheatstone, en Angleterre, et de Foucault, en France.
- « M. Christie, de l’Observatoire de Greenwich, a confirmé les remarques de M. Huggins sur les étoiles fixes qui tantôt s’éloignent, tantôt se rapprochent de nous.
- « M. Lockyer travaille à une carte du spectre solaire, laquelle aura de plus fortes dimensions que toutes celles qui ont été publiées jusqu’ici. C’est au reste l’analyse spectrale qui a fait découvrir un nouveau métal, le gallium, .à M, Lecoq de Boisbaudran, déjà honorablement
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- connu par un puvrage sur l’application du spectroscope à l’analyse chimique.
- « Espérons que l’Angleterre ne restera pas en arrière des autres nations qui établissent un grand nombre d’observatoires météorologiques, tels, par exemple, que celui que M. Janssen s’occupe de créera Fontenay, en France.
- « Il parait que la plupart des ouragans, qui désolent nos côtes, prennent naissauce à l’est de l’ile de Terre-Neuve. En ce qui regarde la vitesse des vents, l’anémomètre du docteur Robinson a complètement réalisé les espérances de son inventeur. Durant ses sept années d’études à l’observatoire d’Armagh, il a remarqué que le vent le plus impétueux est celui de S. S. 0.
- « Dans la précieuse machine de sir William Thomson, nous avons un instrument qui permet de mesurer exactement la hauteur d’une marée (tide, de là tidal machine) à toutes les heures du jour et de la nuit.
- « Le balhomètre de Siemens est un instrument dans lequel la force constante d’un ressort est opposée à la pression variable d’une colonne de mercure. Grâce à l’emploi d’un bathomètre, à bord d’un navire, on peut mesurer la profondeur de la mer, d’une manière approximative, sans avoir besoin de recourir à la sonde.
- « Un nouvel élément, à l’état de grande raréfaction, existe-t-il dans les couches supérieures de notre atmosphère ou devons-nous, avec Angstrôm, attribuer la ligne proéminente du spectre de l’aurore boréale à une lumière fluorescente ou phosphorescente produite par la décharge électrique, à laquelle on doit l’aurore boréale ? 11 faudra faire encore d’autres observations avant de pouvoir donner une réponse satisfaisante à cette question, comme aussi à la question provoquée par la remarquable ligne verte que l’on observe partout dans la couronne solaire. Payons à ce propos notre tribut de regrets à Angstrôm, à cet éminent professeur dont l’Université d’Upsal déplore la perte récente,
- « Comme, dans les aérolithes, on n’a jamais découvert de substance autre que celles qui se trouvent sur notre terre, nous sommes amenés à croire que l’univers entier est composé des mêmes matériaux que notre globe, »
- L'orateur entre ensuite dans des généralités et exhorte les savants, industriels et agriculteurs des îles britanniques à ne pas se laisser dépasser par les Allemands, les Français, etc. Il fait, à ce propos, l’éloge de l’Association française pour l’avancement de la science et de son président, membre tout à la fois de l’Académie des sciences et de l’Académie française.
- « Quel que soit le résultat de nos efforts pour contribuer au progrès de la science et de l’industrie, dit en terminant M. Andrews, il n’est pas nécessaire d’être prophète pour annoncer que dans l’avenir les ressources infinies que le suprême auteur de l’univers a mises à la disposition de l’homme seront de plus en plus utilisées, pour l’amélioration physique et morale des sociétés. A moins que l’histoire de l’avenir ne concorde nullement avec celle du passé, le progrès de l’humanité se fera par périodes alternatives d’activité et de repos. Il ne sera pas l’œuvre d’une seule race ni d’une seule nation. Toutes les races supérieures ont contribué à élever l’édifice de la civilisation tel qu’il existe de nos jours ; l’Asie et le nord de l’Afrique peuvent légitimement revendiquer l’honneur d’une grande partie de cet ouvrage. Il est probable que la découverte de la puissance de la vapeur a, dans ces dernières années, produit de plus grands changements dans le monde qu’il n’en avait jamais été accompli dans un si court espace de temps. Mais les ressources de la
- nature ne sont pas bornées à la vapeur et à la combustion du charbon. La roue à eau fixe et la turbine à mouvement rapide sont des machines plus parfaites que la machine à vapeur stationnaire; et si l’on utilisait des courants d’eau formés par les glaciers, on aurait là une force illimitée et presque constante, qui ne dépendrait que de la continuité de la chaleur solaire. Cependant, il n’y a pas lieu de craindre une révolution immédiate dans l’industrie, bien que la turbine soit déjà employée sur le Rhin et sur le Rhône. Dans la lutte qu’ils soutiennent pour conserver la haute position qu’ils ont acquise dans la science et dans ses applications, les compatriotes de Newton et de Watt n’ont rien à redouter tant qu’ils garderont leurs vieilles ti'aditions et qu’ils se souviendront que le déclin des grandes nations a commencé quand elles ont abandonné ces habitudes d’intelligente activité dont dépend tout succès durable. »
- Après avoir résumé le discours prononcé par l’éminent président, nous signalerons les communications importantes faites dans les séances des sections.
- M. le professeur Young, président de la section de géologie, fait un résumé critique de toutes les opinions émises jusqu’ici par les géologues, dont les uns, comme Guthric Tait, donnent à la terre un âge de dix à quinze millions d’années, tandis que M. W. Thomson parle de 200 millions d’années. Il résulte de l’ensemble de ce discours que l’accord est encore loin de régner parmi les géologues d’outre-Manche.
- M. Alfred Russel Wallace, président de la section de biologie, a inauguré la séance par une allocution adressée à ses confrères ; « Parmi les questions qui peuvent attirer notre attention, dit-il, on doit demander, par exemple, pourquoi il n’existe pas d’éléphants en Amérique ni de daims pn Australie? Pourquoi les races d’animaux éteintes sont-elles fréquemment plus grandes que celles d’aujourd’hui? » Suit un brillant éloge de Darwin, qui « a développé, avec une rare patience et sagacité, un nouveau système d’observations et d’études, guidé par certains principes généraux qui sont presque aussi simples que celui de la gravitation et d’une pureté non moins grande. Aussi peut-on regarder Darwin comme le fondateur de la biologie philosophique. »
- « Les papillons de l’Amérique méridionale sont tous protégés contre les oiseaux par la répugnance qu’inspire à ceux-ci une secrétion nauséabonde qui jaillit du corps du papillon menacé. L’île d’Amboine produit des papillons d’une grandeur extraordinaire. Ceux des îles Philippines ont des couleurs d’un éclat métallique. » M. Wallace attribue au climat et à d’autres influences locales la diversité de couleurs qui caractérise les papillons, les oiseaux, etc. « Beaucoup de fleurs sont fécondées par l’intermédiaire des insectes et des oiseaux qui leur apportent le pollen nécessaire, le tout d’une manière inconsciente.
- o Le professeur et théologien catholique Mirart admet, avec Darwin et Spencer, que, sous le rapport de la structure physique, il y avait une grande analogie entre l’homme primitif et les singes de forte race ; mais il prétend que, sous le rapport intellectuel et moral, cette analogie n’existait pas.
- Le capitaine Evans, président de la section de géographie, a, comme ses collègues, prononcé un discours inaugural. Il a parlé surtout du lieutenant Cameron et de l’expédition scientifique du Challenger. Remontant dans le passé, il a rendu un juste hommage à Alexandre de Hum-boldt, Yanerius, Dampier, Halley, Rennell, si connu par
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- ses études sur les courants de l’océan Atlantique, Red-field, Reed et Thom, et Dore, dont l’attention se porta sur les ouragans et sur la manière de les annoncer à l’avance. « M. Prestwich, ajoute-t-il, vient de publier, dans les Philosophical transactions, une excellente dis— sertatipn sur la température de la mer à différentes profondeurs. John Ross trouva, en 1848, dans la mer Arctique, des indices de la vie animale à 6 000 pieds de profondeur, et James Ross, en 1840, constata, à l’ouest du cap de Bonne-Espérance, une profondeur de 10 060 pieds (Le pied anglais vaut 304 millimètres). Plus tard, dans le nord de l’océan Pacifique, on n’a trouvé le fond qu’à une profondeur de 27 000 pieds.
- « La navigation, au sud de l’équateur, est plus dangereuse qu’au nord ; car, à partir du 50e degré de latitude australe, les navires rencontrent fréquemment des îles flottantes de glace. Les glaces barrèrent le passage à d’Urville et à Wilkes, au 05e degré de latitude méridionale et à Ross, au 77e. Ces îles s’élèvent jusqu’à 200 pieds au-dessus de la surface de la mer. Dans l’océan Atlantique, les glaces australes remontent jusqu’au 40e degré de latitude méridionale. »
- En terminant, le capitaine Evans annonce au Congrès que M. Octave Stone fera une lecture sur la Nouvelle-Guinée, qu’il vient de visiter.
- Dans une séance de la section de mathématiques et de physique, le président, M. William Thomson, a dit :
- « La plus grande merveille dont j’ai été témoin à l’Exposition universelle de Philadelphie est le téléphone électrique de M. Graham Bell, d’Édimbourg, aujourd’hui naturalisé aux États-Unis. Placé à l’une des extrémités d’un fil télégraphique, il me fit entendre distinctement des phrases entières, à moi, qui étais placé à l’autre extrémité. (Le Journal anglais n’indique pas la longueur de ce fil.) J’entendis toutes ces phrases de mes propres oreilles {ail this my ower ears heard). » Si l’Angleterre ne veut pas modifier ses lois relatives aux brevets, ajoute le président, l’Amérique ne tardera pas à devenir le premier foyer des inventions utiles, pour le globe entier. »
- « Les prévisions météorologiques d’Old Prob, continue M. Thomson, coûtent à l'Union américaine 250 000 dollars (1 287 500 francs) par an; mais personne ne trouve la dépense exorbitante, car sur 100 prédictions 80 se sont réalisées.
- M. Thomson a ensuite lu un mémoire, rédigé par lui, sur la chaleur de l’intérieur du globe terrestre, sur la fluidité ou la solidité des régions centrales de la terre, sur la rotation de son axe ; mais il n’a point quitté le terrain des hypothèses et son mémoire ne fournit pas de conclusions.
- Dans la section de chimie, M. William Henry Perkin, président, sans annoncer de découvertes tout à fait nou-vel!es, a parlé des couleurs récemment obtenues et déjà utilisées par l’industrie, telles que celles qui dérivent de l’aniline, de la toluidine, l’alizarine, l’anthrapurpu-rine, etc.
- Dans la section de géologie, le duc d’Argyll a parlé des débris volcaniques que l’on rencontre dans les îles voisines de l’Écosse septentrionale. Les volcans qui les ont produits sont éteints depuis un temps immémorial. On a complimenté le duc d’Argyll sur les intéressants détails contenus dans son mémoire ; mais ses hypothèses géologiques ont été plus ou moins contestées par MM. les professeurs Geikie, Harkness, Oosskey et Williamson.
- Le vice-président de la section de biologie, M. Alfred Newton (nom glorieux, mais difficile à porter), professeur, de zoologie et d’anatomie comparée à l’Université de Cam-i
- bridge, a mentionné en premier lieu l’expédition du Challenger. J’apprends, dit-il, que les richesses zoolc-giques, rapportées par ce navire, ont été provisoirement déposées à l’Université d’Édimbourg. M. le professeur Allman sera chargé de publier la description des Hydrozoa et M. Busk, celle des Polyzoa. Le trésor de Sa Majesté la reine a pris pour son compte les frais de la publication des savants mémoires, que l’on attendra avec une vive impatience. M. Newton a ensuite fait indirectement l'éloge de M. Darwin et directement celui de M. Wallace, auteur de Geographical distribution of animais. lia surtout attaché un grand prix à la faune de Java, Bornéo et Célèbes. II a regretté que la botanique ait été laissée de côté ou à peu près par M. Wallace. Passant à un ordre d’idées différent, M. Newton a prophétisé, tout en la déplorant,, la prochaine extermination des éléphants, des baleines, des phoques, etc., auxquels la race humaine fait une guerre si acharnée et malheureusement inévitable. 11 paraît, dit-il, que la race des zèbres est morte, car on ne trouve plus ces élégants exemplaires de la race asine. Les législateurs des différentes contrées de l’Europe, de l’Amérique, etc., ont beau prendre des mesures en faveur des races d’animaux menacées de périr; la destruction va son train et bientôt les bufalos ou bisons do l’Amérique septentrionale auront succombé sous les coups des civilisés comme sous ceux des sauvages. L’huile animale aura disparu et il existe cependant des industries qui ne peuvent s’en passer et qui seront fort embarrassées pour trouver un équivalent. M. Newton craint même que les harengs, les morues, etc., ne grossissent tôt ou tard la liste nécrologique des races d’animaux détruites parle genre humain. Huîtres, crabes, homards, etc., tomberont dans les mêmes catacombes, si l’on n’y avise sérieusement.
- Nous ajouterons, en terminant ce compte rendu sommaire, que plus de 2,700 savants se sont trouvés réunis à Glasgow, à l’effet de prendre part aux séances et aux opérations du Congrès de l’Association britannique pour l’avancement de la science ; de ce nombre sont les personnages les plus éminents du mouvement scientifique en Angleterre.
- La situation économique de la Société est très-prospère. Cette année il y avait en caisse 764 livres ster-lings (19100 francs, c’est-à-dire 16 600 francs de plus que l’année dernière; en outre les dons faits à la Société, depuis un an s’élèvent à une somme de 1892 livres ster-lings (27 500 francs).
- Sur 18 savants étrangers, venus à Glasgow, on ne cite qù’un Français, M. Bergeron. Les autres sont trois Italiens, un Hollandais, deux Russes et un Belge, le reste Allemands, sauf M. Fritsch, de Prague.
- En 1877, le Congrès se réunira à Plymoulh et, en 1878, à Dublin.
- PURIFICATION DES EAUX CALCAIRES
- VALLÉE DE COLNE (ANGLETERRE).
- On sait qu’il existe abondamment des eaux naturelles chargées de carbonate de chaux à un tel point qu’elles ne peuvent être employées pour l’alimentation ou pour les usages domestiques et industriels. On a souvent proposé d’utiliser les eaux de ] cette nature en les purifiant par l’eau de chaux. La réaction qui prend naissance dans ces circonstances
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- est des plus simples. Le carbonate de chaux qui existe dans les eaux à l’état de bicarbonate soluble, est transformé eu carbonate insoluble et se précipite. Cette méthode, dont les savants anglais attribuent l’idée première à M. Clarke, a été souvent mise à profit, et nous mentionnerons notamment quelques essais qui ont été exécutés avec succès par la Compagnie du chemin de fer du nord de l’Espagne, dans le but de pu rider les eaux calcaires destinées à l’alimentation des chaudières à vapeur. On conçoit que la question offre un intérêt capital pour les contrées que la nature a seulement pourvues d’eaux calcaires, et que les tentatives laites dans le but de rendre leur purification tout à fait pratique, sont dignes de l’attention des savants et des industriels.
- Ces considérations nous ont engagé à signaler le nouvel établissement de la vallée de Col ne, et à en donner une description succincte :
- Une Compagnie anglaise importante s’est récemment formée dans le but de fournir de l’eau potable à un district considérable, situé au nord-ouest de Londres, et presque dépourvu jusqu’ici de ce liquide. Ce district comprend • Bushay,
- Aldenham, Elstree, Pinner, Harrow-Weald, Stanmore , Edgware, les parties les plus élevées de Hendon et Kings-bury. On savait bien, depuis de longues années, que l’on pourrait aisément obtenir quantité d’eau considérable dans le terrain crayeux, situé au-dessous des prairies de Busliay, près Walford ; mais longtemps la dureté, inhérente à celte eau, empêcha de l’utiliser. Cette difficulté a été aplanie par l’adoption du procédé que nous venous de signaler précédemment.
- Les bâtiments et travaux de la Compagnie, inaugurés le jeudi, 3 août 1870, couvrent une éten due- d’environ cinq ares, dans les prairies de Busbey, près Walford ; entre autres constructions, il y a une maison avec un bassin, puis un emplacement où on laisse la chaux s’éteindre, ainsi que trois grands réservoirs à ciel ouvert (voir la gravure ci-jointe), et un bassin où l’eau se dépose et se clarifie. La source d’où l’eau est extraite est immédiatement au - dessous de l’emplacement des machines ; l’eau est retirée d’une profondeur de deux cent trente cinq pieds, hors du terrain crayeux. Après avoir été purifiée par la chaux, elle est pompée et introduite dans un réservoir, à
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- Bushey-Heath ; ce réservoir contient deux millions de galons (quatre vingt-dix mille huit cent soixante-neuf hèctolilres) ; il est situé à cinq cent dix-huit pieds au-dessus du niveau de la mer. De ce point, l’eau peut être distribuée dans les endroits les plus élevés entre Watford et Londres. Voici comment on opère pour purifier l’eau : Quand la chaux s’est éteinte dans l’emplacement circulaire dont nous avons parlé plus haut, on la mêle avec de l’eau dans les bassins à chaux contigus, de manière à former un lait consistant. Ce mélange se déverse, par l’effet de son poids, dans les réservoirs ; on l’y laisse, pendant cinq heures environ, agir sur l’eau qui y est contenue. A la fin de l’opération, le bicarbonate de chaux tenu en dissolution est précipité par la chaux et le titre de l’eau est abaissé de dix-huit degrés et demi à trois. Elle coule vers l’emplacement des machines, d’où une pompe la fait passer dans le réservoir de Bushey-Heath. La craie précipitée est, de temps en temps, extraite des l’éservoirs et jetée dans une fosse avoisinante, où on l’entasse, pour la livrer à l’agriculture. Gaston Tissandier.
- CHRONIQUE
- Le grand aquarium de New-ïork. — On vient d’achever à New-York, à l’angle de la 55e rue et de Broadway, la construction d’un aquarium gigantesque qui doit être inauguré ces jours-ci. Des baleines, capturées sur les côtes du Labrador, vont être placées dans plusieurs bassins longitudinaux d’une étendue suffisante pour permettre à ces grands cétacés d’y prendre leurs ébats. On a déjà reçu plusieurs otaries de la mer de Behring, et l’on espère exhiber au public le fameux phoque Ben Butler, qui fréquente depuis plusieurs années l’ile San Domingo, dans la baie de San-Francisco, et qui passe pour le plus gros de son espèce. Le directeur du nouvel aquarium a promis 5 000 dollars au chasseur qui embarquera vivant à bord d’un steamer ce monstrueux amphibie. Les poissons d eau douce sont exposés dans des réservoirs en verre dont les visiteurs pourront faire le tour. Afin de faciliter les recherches scientifiques, on a placé dans le bâtiment central une bibliothèque comprenant les meilleurs ouvrages d’histoire naturelle, des gravures, des revues et des journaux scientifiques, un laboratoire, des microscopes, des tables de dessin, une salle de dissection, et tout le inatériel'nécessaire pour mouler et photographier. Enfin, cet aquarium, unique au monde par ses proportions et par la rareté des sujets exposés, renfermera un restaurant où l’on ne servira que du poisson et des crustacés pêchés sous les yeux du consommateur.
- (Chronique de l'acclimatation.)
- Cartes du temps et avertissements des tempêtes. — L’extension des observations et des renseignements météorologiques communiqués au public, à laquelle la Nature prend depuis quelque temps une part considérable, l’insertion des cartes du temps dans un grand nombre de journaux, et leur publication sur les quais des ports, ainsi que dans quelques centres agricoles, ont fait naître le besoin d’un ouvrage contenant l’explication de ces documents et des remarques dont ils sont accompa-
- gnés. Ce travail a été entrepris en Angleterre, avec plein succès, par M. Robert Scott, l’éminent directeur du bureau météorologique de Londres, dans un petit livre 1 où les principes sur lesquels est fondée l’étude du temps sont exposés avec une grande clarté. La majorité du public se borne jusqu’à présent à observer la hausse et la baisse du baromètre dans leur relation avec le temps, sans chercher à en savoir le comment et le pourquoi. On acquiert facilement cette connaissance dans l’ouvrage de M. Scott et on comprend la probabilité de prévisions offrant une grande probabilité. C’est ainsi qu’on verra diminuer le nombre encore trop grand des ignorants qui sont la proie des charlatans de la météorologie. Les vues théoriques ne tiennent qu’une petite place dans le très-utile exposé que nous recommandons à nos lecteurs; le côté pratique y domine. Dans un appendice on trouve des tableaux d’observations et une réduction des quatre cartes du temps relatives au baromètre, au thermomètre, aux vents et à la mer, aux nuages et à la pluie, qui sont expédiées chaque jour par le Bureau météorologique de Londres. F. Zurchër.
- La mortalité dans les grandes villes a été l’objet d’une curieuse statistique publiée récemment par la Revue médicale de Berlin, Voici d’après ce journal le nombre des personnes qui, en moyenne, meurent dans
- une semaine, sur un chiffre de 100 000 habitants :
- Wiesbaden ... 57 Londres . . . 56
- Dublin . . ... 58 Chicago.... 56
- Vienne . . ... 43 Stockholm. . . 56
- Calcutta. . ... 43 Christiania . . 57
- Amsterdam ... 45 Magdebourg . . 59
- Bombay. . ... 45 Munich .... 69
- Copenhague ... 46 La Haye . . . 70
- Boston . . ... 46 Berlin .... 72
- Paris. . . ... 47 Alexandrie . . 75
- Liverpool . ... 48 Cologne.... 75
- Francfort . ... 50 Breslau.... 76
- Leipzig . . . 50 Philadelphie. 77
- Rotterdam ... 52 Madras .... 79
- Bruxelles . ... 53 Prague .... 79
- Carlsruhe . . . . 54 New-York . . . 82
- La production agricole en Australie. — Nous
- extrayons de la statistique officielle pour 1875 qui vient d’être récemment publiée quelques chiffres relatifs à l’Australie, ils sont d’autant plus intéressants que la masse du public français est fort peu au courant de ce qui se passe dans ce nouveau monde qui, s’il continue ses progrès merveilleux, est destiné avant peu d’années à amener sur nos marchés un élément de concurrence des plus redoutables.
- Les colonies australiennes, y compris la Tasmanie, mais sauf la Nouvelle-Zélande, ont une population de 1 891 000 individus environ, qüi ne cultivent pas moins de 5 245 000 acres de terrain. Cela fait une proportion de 1 are 3/4 par tête. De ce nombre 1 823 000 acres portent des céréales, plus des trois quarts : du blé. Quant à la Nouvelle-Zélande elle possède d’immenses prairies artificielles et la proportion des récoltes varie considérablement avec les provinces. Victoria, qui a une population de 808 000 individus, ne possédait en 1874 que 1 012 000 acres cultivées, alors que l’Australie méridionale, qui
- 1 Weather charts and Storm warnings, by Robert Scott, M. A , F. R. S., director of the meteorological office, with nu-merous illustrations. — Henry S. King et Co !, London, 1876,
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- n’ayait que 205 000 habitants, en possédait 1 350 000. L’Australie méridionale produit plus de blé que toutes les autres colonies australiennes ensemble, y compi’is la Nouvelle-Zélande. Peu d’autres céréales sont cultivées d’une manière régulière et sur une grande échelle, si ce n’est l’avoine qui occupe une étendue considérable de terre dans la Nouvelle-Zélande et Victoria. Toutes ces colonies réunies possédaient, en 1874,1 527 500 acres plantés en blé, un peu plus de la moitié de l’espace consacré à cette culture dans le Royaume-Uni. Le produit s’est élevé l’année dernière à 21 000 000 de bushels *. On comprend que les Australiens vont exporter des quantités considérables de grains et vont encombrer de ces produits les marchés du globe. Le coton dont on a inauguré la culture dans le Queensland, ne semble pas être en progrès et dans cette colonie le nombre d’aci’es consacrées à la culture de la vigne n’a pas augmenté non plus. Les statistiques des colonies de l’Afrique centrale sont de dates trop variées et trop éloignées pour donner lieu à une comparaison; celles du Cap remontent à 1865 tandis que celles de Natal vont jusqu’en 1874. Le maïs est la principale culture de cette dernière colonie où l’on cultive également 8 000 acres en canne à sucre. Le Cap, d’un autre côté, produisait principalement du blé et possédait en 1865, 16 000 acres de vignobles, soit 1 000 acres de plus que l’Australie. Le Canada est un peu en retard pour ce qui regarde la statistique agricole, la dernière, remontant à 1871, nous y voyons que le Dominion produisait à ce moment 16 724 000 bushels de blé et 42 000 000 bushels d’avoine. La moyenne du rendement du blé à l’acre paraît être, pour les colonies australiennes, la plus élevée dans la Nouvelle-Zélande où elle atteint 28 bushels à l’acre et la plus basse dans l’Australie méridionale où elle n’atteint que 11 bushels 5/4. Presque la moitié des bêtes à corne de l’Australie appartient à la Nouvelle-Galles du Sud qui en possède 2 857 000 têtes sur un total d’environ six millions. Queensland vient après et ensuite Victoria. La Nouvelle-Galles du Sud possédait à elle seule en 1874 plus de bêtes à cornes que le Canada en 1871. C’est dans l’élevage des moutons que consiste la plus grande prospérité des colonies australiennes, on en comptait en 1874 61 650 000; c’était une augmentation de 3 600 000 ou de six pour cent sur l’année précédente. De ce total la Nouvelle-Galles en possède 23 000 000, Victoria plus de 11 millions et les autres colonies de six à sept millions chacune. La valeur de la laine importée en Angleterre s’est élevée l’année précédente à 16 millions de livres sterling, soit 400 millions de francs et le poids de la laine importée a été de 259 000 livres. Aucune autre colonie ne possède, si ce n’est le cap de Bonne-Espérance, une telle quantité de moutons; en 1865 il en possédait dix millions de têtes; les pays étrangers qui en possèdent le plus sont la Prusse, la France et la Russie, mais depuis 1866 les troupeaux de la France et de la Prusse ont considérablement diminué.
- La consommation des produits anglais aux États-Unis a diminué de 17 sch. 6 d, par tête de population, alors qu’elle diminuait de 10 livres st. par tête dans les colonies australiennes. Liverpool, Manchester, Glascow et Sheffield sont les centres de commerce les plus gravement affectés par cette sérieuse décroissance du commerce anglais avec les pays au-delà de l’Océan, et les steamers qui taisaient le transit des marchandises ont fait des pertes sensibles. (Extrait et traduit de l’anglais par Gabriel Marcel.)
- 1 Le busliel vaut î litres 36,347604.
- — On a servi récemment dans deux cafés de Vienne (Au-
- triche) du maté du Paraguay en guise de thé de Chine, mais sans cacher la vérité aux clients. La plante américaine a été tort goûtée, et le thé se voit menacé d’un dangereux compétiteur. [Deutsche Industrie Zcittmg.)
- — Une exposition d’amiante sous toutes ses formes, a eu
- lieu récemment au palais Simonetti, à Rome. On y a vu du lll d’amiante, plus solide que celui de coton , du linge d’amiante,, du papier d’amiante, coûtant environ 4 t'r. 50 le kilogramme. Naturellement ce papier résiste au feu. Presque tous les échantillons, provenant des mines d’Italie, sont destinés aux États-Unis, (Scientific American.)
- — M. Edmond Ncison, qui a étudié la lune pendant plusieurs
- années consécutives, rejette l’opinion de ceux qui n’accordent pas d’atmosphère à notre satellite. Seulement il accorde que l’atmosphère lunaire est environ cinquante fois moins dense que la nôtre. Sir John Ilerschel a constaté, dans la lune, des dépôts diluviens. (Nature, de Londres,)
- — Le nombre des pêcheurs du littoral de l'Allemagne est
- 17 195 possédant 8150 bateaux; les îles Britanniques ont 134000 pêcheurs avec 36 001) bateaux ; la France, 73 757 pêcheurs avec 16 819 bateaux : l’Italie, 60 000 pêcheurs avec
- 18 000 bateaux; l’Autriche, 7196 pêcheurs et 1852 bateaux.
- Jahresberïcht der Commission in Kiel.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 25 septembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Vulcain. — La séance, on peut le dire, a été prise tout entière par la communication de M. Le Verrier sur la pla-nèje problématique qui se meut autour du soleil en dedans de l’orbite de Mercure. En effet, la correspondance qui a précédé ne renfermait rien qui puisse être analysé, et, après M. Le Verrier, M. Chasles a déposé un Mémoire de haute géométrie.
- Terminant le dépouillement de tous les recueils astronomiques au point de vue des relations qu’ils peuvent contenir de passages de corps ronds sur le soleil, M. Le Verrier conclut que trois observations seules peuvent être retenues comme propres à former des matériaux de discussion. La première, du 26 mars 1859, est celle deM. le Dr Lescarbault; la seconde, du 20 mars 1862, est de M. Lummis ; la dernière est du 4 avril 1876 et a M. Weber pour auteur. Ces observations étant considérées comme constantes, la question est de savoir si elles s’appliquent à une seule planète ou à plusieurs. Or les diamètres paraissent analogues entre eux dans tous les cas et le mouvement semble être le même. Mais, 1 epoque de l’année étant sensiblement la même dans les trois cas, la question reste un peu indéterminée et le calcul conduit à une double solution.
- Dans le premier la longitude héliocentrique de la planète est
- V= —197-4 + 12°,850,32 (j —1750)
- où le second terme représente le mouvement diurne mul-1 tiplié par le nombre de jours écoulé depuis 1750.
- La seconde solution donne
- V = 4- 19°,7 -t- 8°,567,61 (j — 1750).
- Ces deux orbites, quoique très-différentes en apparence, coïncident sensiblement au moment ou 1 astre est pai
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- LA NATURE.
- son nœud ascendant, seulement si c’est la première qui est exacte, le prochain passage visible aura lieu du 2 au 3 octobre ; et si c’est la seconde, du 10 au 11. Toutes les parties du monde sont dès maintenant prévenues télégraphiquement et l’on peut espérer qu’avant un mois nous serons enfin fixés sur l'existence jusqu’ici si problématique de la planète Vulcain. Il faut remarquer enfin que ce •passage ayant lieu à l’opposé de ceux déjà observés, l’excentricité pourra se faire sentir par un retard ou une avance qui pourront aller jusqu’à quatre jours. Aussi M. Le Verrier recommande-t-il d’observer du 50 septembre au 4 octobre puis du 8 au 12 du même mois.
- Bolide. — Hier dimanche, à 6 heures 40 minutes du
- soir, M. Le Verrier vit tout à coup la terrasse de l’observatoire s’illuminer vivement. 11 aperçut au Nord 3 degrés Est un vif éclat paraissant accompagner une explosion. Le corps lumineux était alors très-près de l’horizon, à 5° 1 /2 tout au plus au-dessus de Montmartre. Mettant en pratique les préceptes qu’il a préconisés, M. Le Verrier attendit longtemps pour percevoir le bruit de l’explosion, mais il n’entendit rien.
- Le soir même il recevait de Gravelines l’assurance que le bolide avait été vu, et ce matin une dépêche de Yar-mouth, en Angleterre, mentionne le même phénomène. Il résulte de là qu’un bolide très-volumineux a fourni une trajectoire très-étendue dans notre atmosphère. M. Le Verrier demande que tous ceux qui auront à cet égard
- quelques observations intéressantes à . faire connaitre en adressent le récit à l’Observatoire.
- Service météorologique. — C’est encore le même savant qui annonce l’extension du service destiné à mettre l’agriculture en mesure contre les désastres causés par le mauvais temps. Voilà un an que le service télégraphique fonctionne pour la Vienne, la Haute-Vienne et le Puy-de-Dôme, et les trois départements se félicitent hautement du profit qu’ils en ont retiré. Récemment les Alpes, les Hautes-Alpes, l’Eure-et-Loir et le Pas-de-Calais sont entrés dans le réseau, et l’on peut espérer qu’au printemps toute la France en sera enveloppée.
- Déjà l'agriculture n’est plus seule à bénéficier du nouveau service, et l’armée y a trouvé une aide très-utile. Pendant toute la durée des grandes manœuvres qui viennent d’avoir lieu, l’Observatoire a été en relation télégraphique avec le général Lebrun, qui a constamment été prévenu du temps qui se préparait pour le lendemain. Le général écrit au Directeur de l’Observatoire l’expression de sa satisfaction et il ajoute qu’il a pu apprécier combien le service météorologique pourrait être utile dans une guerre sérieuse. Stanislas Meumer.
- PIEGE À TIGRES
- Dans une dernière séance de l’Académie des sciences, M. A. Trécul a parlé d’un piège à serpents, employé aux Etats-Unis (p. 272). Nous trouvons, dans les albums de voyages que M. Véron nous a confiés, un piège à tigres que nous reproduisons comme un objet de curiosité peu connu dans nos régions. Ce piège est construit à la façon de nos souricières, à l’aide de gros troncs de cocotiers. Les tigres sont attirés intérieurement par une proie qui, généralement, est un chien ou un cochon, que l’on attache au fond du piège. Quand un tigre y pénètre, il fait fonctionner un système de bascule, et la porte d’entrée tombe subitement, en glissant entre deux charnières, comme notre gravure le montre très-nettement.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- KM75. — 7 OCTOBRE 1876. LA NATURE.
- LES SERPENTS DE MER
- Le type serpent est si bien adapté à la vie aquatique, par les nombreuses transitions que plusieurs poissons présentent, que personne ne s’étonnera de savoir que le type marin existe représenté, dans les climats les plus chauds, par une famille composée de sept genres seulement, renfermant une vingtaine d’espèces toutes propres à l’Océanie et aux archipels Indiens. Même dans nos pays tempérés, vin certain nombre de reptiles ne craignent ni les endroits hu-
- mides, ni même les étangs et les rivières; mais nous ne connaissons aucune espèce qui aborde la mer et nous pensons fermement qu’il n’en existe pas.
- Dans les pays tropicaux, au contraire, la famille des Thanatophidiens est spécialement constituée pour habiter les lieux marins; les individus sont fort nombreux et s’avancent sur les eaux à de grandes distances au large. Tous ont pour caractère une queue plate et un corps comprimé, parfaitement adaptés à leur genre de vie aquatique, sorte de compromis entre le serpent et l’anguille.
- Tous sont venimeux, leur morsure est souvent mor-
- Serpent de mer portant . des anatifes fixés à son corps.
- telle, ainsi que les voyageurs dans la mer de Formose l’affirment ; là où ils sont nombreux, les pêcheurs en ont une grande frayeur : un des hommes mordus près du navire anglais Y Algérienne, par un serpent de mer pris à Madras, mourut en une heure un quart. Un fait qui doit être noté et surtout confirmé par de sérieuses expériences, c’est que l’action de leur venin ne serait plus dangereuse quand ils sont retirés de la mer hors de laquelle ils vivent très-bien deux ou trois jours. Ce sont des animaux de lm,50 de long et dont quelques espèces atteignent jusqu’à 5 mètres. Les mâchoires et les dents sont plus petites que chez les serpents terrestres de même taille : la tête est toujours petite, mais les propor-
- tions du corps changent considérablement, selon la saison et l’individu. Quelquefois leur corps est mince et élancé, d’autres fois court et épais, souvent très-gros vers la queue et disproportionné par la longueur du cou.
- Cet animal nage comme un poisson ; souvent il se rassemble, on ne sait pourquoi, et ses ébats dans les eaux bleues du golfe de Bengale sont pleins de grâce, de vivacité et de vigueur. Si nous parlons de ces curieux animaux, c’est qu’on vient d’envoyer, en Angleterre, un spécimen du genre Hydrophis, l’hy-drophis chloris, un de ceux qui aiment les estuaires des fleuves et les marécages salés, et, en même temps, une des espèces dont l’aire de distri-
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- i* année. — î* semestre.
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- LA NATURE.
- bution est la plus étendue, car on la trouve dans l’océan Indien, aussi bien que dans le Pacifique, de Madagascar à l’isthme de Panama.
- Parmi les hydrophidiens, un genre est surtout à signaler : celui des Platures, qui semble établir un passage naturel entre les serpents marins et les serpents terrestres. Sa conformation générale et ses larges écailles ventrales indiquent un animal qui a le pouvoir de s’avancer sur la terre et probablement d’y chasser aussi bien que dans la mer ; les écailles abdominales diffèrent très-peu de celles du reste du corps, qui sont généralement hexagonales, placées côte à côte, quelquefois légèrement imbriquées, quelquefois aussi tuberculées au centre.
- Nous devons faire remarquer au lecteur, que les narines, les yeux et les écailles de la tête sont spéciaux chez ces reptiles marins. Les yeux sont petits, avec une pupille circulaire qui se contracte tellement lorsque le serpent est sorti de l’eau que bientôt on pourrait le croire aveugle. Les narines s’ouvrent à la surface, de sorte qu’elles permettent derespirer alors que seulement cette surface du museau sort de l’eau ; leurs ouvertures sont d’ailleurs protégées par un appareil intérieur valvulaire. A la différence des autres espèces, les platures semblent très-délicats hors de l’eau, qu’ils paraissent, faits pour quitter aisément. Ils meurent vite en captivité ; on a réussi à en conserver, mais pour bien peu de temps, en les mettant dans un trou au milieu du sable à travers lequel l’eau de mer filtrait.
- Il est évident que ces animaux vivent de poissons, de crustacés, de petites tortues que leurs crochets •venimeux foudroient ; mais ce qui est curieux, c’est que plusieurs animaux flottant sur la mer, les anatifes, par exemple, se fixent souvent sur leur corps, et qu’ils ne savent pas s’en débarrasser !
- H. DE LA BLANCHÈRE.
- THÉORIE DES FLAMMES ÉCLAIRANTES1
- L’ingénieuse théorie de Davy, attribuant d’une manière exclusive le pouvoir éclairant des flammes à la présence do particules solides portées à l’incandescence, a soulevé depuis quelques années de fréquentes objections et-ne peut plus être considérée comme suffisante pour rendre compte de tous les faits.
- Ce fut d’abord M. Frankland2 qui fit remarquer que cette théorie n’expliquait point la lumière que communiquent aux flammes certaines substances qui ne forment que des produits volatils, l’arsenic par exemple, et surtout son sulfure. Il montra que le pouvoir éclairant d’une flamme ordinaire est proportionnel à la pression de l’atmosphère dans laquelle a lieu la combustion, et que la flamme de
- 1 J. Ltebig’s Annalen der Chemie, t. CLXXXI, p. 129.
- a Proceedings of the R. Soc. of London, XI, 187 et 366, et XI, 419.
- l’hydrogène et surtout celle de l’oxyde de carbone dans l’oxygène deviennent très-lumineuses sous une pression de 10 atmosphères, bien qu’elles ne renferment aucune particule solide. Il conclut de ses expériences que la lumière est essentiellement due à 1 incandescence de gaz ou de vapeurs d’une grande densité, et attribue l’éclat de la flamme du gaz et des combustibles organiques à la présence de carbures d’hydrogène fortement condensés.
- A la suite des communications de M. Frankland, M. IL Sainte-Claire Deville1 remarquait que ce savant n’avait pas assez tenu compte de la température des flammes, laquelle, suivant lui, jouait le rôle le plus important dans ces phénomènes, tandis que la présence de carbures d’hydrogène condensés lui semble incompatible avec la facile destruction de ces carbures par la chaleur. Les corps gazeux émettent des raies brillantes de plus en plus nombreuses à mesure que la température s’élève ; ils arrivent donc à produire une flamme brillante, d’autant plus éclairante que leur spectre contiendra des raies de réfrangibilités plus différentes. Ce savant admet que le pouvoir éclairant d’une flamme entièrement gazeuze est une propriété spécifique qui se rattache à la production des raies fournies par les matières quelle contient; il est aussi inexplicable que les propriétés spécifiques des corps eux-mêmes, la densité, la couleur, etc.
- Plus tard, M. Knapp2 signala une expérience curieuse. Tout le monde connaît les brûleurs à gaz de Bunsen, dans lesquels un filet de gaz, lancé dans l’axe et à la base d’un tube métallique garni d’ouvertures latérales, entraîne un courant d’air et vient brûler à l’orifice supérieur de ce tube avec une flamme bleue, non lumineuse et ne déposant pas de noir fumée. On avait généralement expliqué ce fait par une combustion plus instantanée et plus complète du charbon, résultant du mélange du gaz d’éclairage avec l’oxygène de l’air. Or, M. Knapp a montré que le même résultat est obtenu, quand on remplace l’air, dans ce mélange, par des gaz inertes, comme l’azote ou l’acide carbonique qui ne peuvent contribuer en rien à la combustion du charbon. Il a conclu de cette expérience que la suppression de la lumière était due à un abaissement de température et surtout à la dilution du gaz combustible. Cette dernière cause, suivant lui, donnerait aussi l’explication des phénomènes observés par Frankland, relatifs à l’influence de la pression.
- MM. Stein3 et Blochmann4 ont rattaché cette influence à la théorie primitive de Davy, en admettant que l’oxygène de l’air extérieur pénètre plus facilement dans l’intérieur du gaz combustible ainsi dilué et peut ainsi brûler plus rapidement le charbon.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXVII, p. 1089.
- 2 Journal fur prakt, Chemie, 2e série, t. I, p. 428.
- 3 Journal fur prakt. Chemie, 26 série, t. IX, p. 180.
- 4 Liebig’s Annalen der Chemie, t. GLXVIII, p. 355.
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- Plus récemment enfin, M. E. Wibel1 a cherché à renverser cette explication et à montrer que l’éclat ou l’absence de lumière de la flamme du gaz est uniquement dû à la température de cette flamme.
- 11 cite surtout, à l’appui de son opinion, ce fait que lorsque la flamme a été rendue obscure, dans un brûleur de Bunsen, par l’addition au gaz soit d’air, soit d’un gaz quelconque, il suffit, pour lui rendre son pouvoir lumineux, de chauffer le tube métallique par lequel s’échappe le gaz, bien que cette opération ne puisse qu’augmenter l’état de dilution de ce gaz.
- Le mémoire actuel de M. Heumann tend à établir qu’aucune des explications successivement données par les divers auteurs que nous venons de citer ne suffit à elle seule pour rendre compte de tous les faits observés, mais que toutes ces causes peuvent intervenir séparément ou simultanément.
- L’élévation de température de la flamme peut sulfire pour lui donner le pouvoir éclairant qu’elle ne posséderait pas à une température plus basse. L’expérience de M. Wibel ne suffit pas pour en donner la démonstration rigoureuse. Car on pourrait supposer que le fait de chauffer le tube par lequel sortent les gaz modifie, par un changement de pression, les conditions du mélange gazeux en opposant une plus grande résistance à l’aspiration de l’air extérieur. L’auteur s’est mis à l’abri de cette cause d’incertitude en faisant brûler un mélange de gaz d’éclairage et d’air ou d’acide carbonique, mélange préparé à l’avance dans un gazomètre. Il a constaté que ce mélange sortant par un tube froid brûle avec une flamme bleue non lumineuse ; que la flamme devient blanche et brillante si l’on chauffe le tube par lequel sort le gaz. Il a vu aussi que la flamme redevient obscure si le gaz, après avoir été chauffé sur un point de son parcours, de manière à brûler avec lumière, est refroidi par une circulation postérieure au travers d’un tube froid. Ainsi le phénomène est bien dû à la température de la flamme et non à une modification chimique qu’aurait subie le gaz sous l’influence de la chaleur.
- L’influence de la chaleur seule est d’ailleurs mise en évidence par une expérience très-simple. Un filet de gaz d’éclairage enflammé est dirigé horizontalement sur la surface d’une capsule de platine suspendue verticalement ; la flamme étalée et refroidie au contact du métal devient bleue et obscure. A la rigueur, on pourrait attribuer ce changement à l’épanouissement de la flamme permettant une plus facile admission de l’air extérieur. Mais il suffit, pour rendre à cette flamme étalée tout son éclat, de chauffer au rouge la capsule de platine par le moyen d’un fort bec de Bunsen dirigé contre sa face postérieure.
- Mais, si un abaissement de température peut suffire pour anéantir l’éclat d’une flamme, le même effet peut aussi être produit par la dilution du gaz.
- 1 Bcrichte dor deutschen chemischen Gesellschaft. t. VIII,
- p. 221.
- Parmi les nombreuses observations à l’appui de ce fait, on peut particulièrement citer celle due à M. Stein, que la flamme du gaz d’éclairage peut être rendue obscure par le mélange de ce gaz avec l’oxyde de carbone, bien que l’effet pyrométrique de ce gaz combustible soit à peu près le même que celui du gaz d’éclairage, en sorte que la température de la flamme ne doit pas être sensiblement abaissée.
- Il a également montré que la flamme du gaz rendue obscure par le mélange d’azote possède encore une chaleur suffisante pour décomposer, avec séparation de charbon, le gaz d’éclairage.
- D’ailleurs l’idée de supposer le pouvoir éclairant d’une flamme dépendant uniquement de sa température serait en contradiction avec l’usage journalier des brûleurs de Bunsen, qui donnent une flamme bien plus chaude lorsqu’elle n’est pas lumineuse.
- Pour se rendre compte de ces faits, il faut admettre, d’après M. Ileumann, que, pour rendre l’éclat à une flamme de gaz rendue obscure par sa dilution, soit par de l’air soit par un gaz inerte, il faut que cette flamme soit portée à une température bien plus élevée que celle qui suffirait si ce gaz n’avait pas été dilué. C’est ainsi que la flamme d’un brûleur de Bunsen, alimentée par de l’air, reste obscure bien que sa température soit plus élevée que celle de la flamme lumineuse, et ne devient brillante que lorsqu’on chauffe fortement le tube d’où elle se dégage.
- La double influence de la température et de la dilution explique bien aussi la difficuté que l’on éprouve à rendre obscure la flamme d’un mélange de gaz d’éclairage et d’oxygène. On n’y parvient qu’en augmentant considérablement la rapidité du courant d’oxygène et en interposant dans la flamme un treillis de fils de platine. Cela résulte évidemment de la température extrêmement élevée produite par la combustion du gaz avec l’oxygène pur.
- L’effet de la dilution peut se produire par le mélange d’un gaz étranger soit avec le gaz combustible, soit avec le gaz comburant. De là, l’explication de l’affaiblissement et de la disparition du pouvoir lumineux de la flamme du gaz d’éclairage, brûlant dans un ballon primitivement rempli d’air ou d’oxygène à mesure que celui-ci est plus dilué par l’accumulation des produits gazeux de la combustion.
- Indépendamment de ces deux causes, il faut aussi tenir cômpte des circonstances qui facilitent une combustion plus instantanée du charbon et qui rattachent ainsi ces phénomènes à la théorie ancienne de Davy. C’est ainsi que s’explique la diminution de lumière d’une petite flamme de gaz qu’on transporte de l’air atmosphérique dans une atmosphère d’oxygène pur. Cet effet ne peut se produire qu’à la condition que le principe lumineux de la flamme soit susceptible de se transformer par l’oxydation, comme le charbon, en un gaz non éclairant. Et, en effet, le pouvoir éclairant d’une flamme
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- d’hydrogène renfermant des vapeurs d’oxychlorure de chrome, de bichlorure d’étain ou de chlorure de sodium, augmente au contraire quand on la transporte de l’air dans l’oxygène.
- L’auteur cite encore plusieurs expériences intéressantes et arrive ainsi à cette conclusion que la diminution du pouvoir éclairant peut provenir de trois causes : l’abaissement de température de la flamme, la dilution et l’oxydation rapide de l’élément combustible.
- Il conviendrait, sans doute, d’y ajouter la diminution de pression, qui remplacerait la dilution par un gaz étranger, et la nature spécifique des matières contenues dans la flamme, conformément à l’opinion de M. H. Deville, mais l’auteur ne s’est occupé dans ce travail que de la flamme du gaz ordinaire, sous la pression atmosphérique,
- Peut-être pourrait-on supposer que, si la dilution du gaz combustible et l’abaissement de température de la flamme amènent une diminution de son éclat, ces deux causes pourront bien, dans beaucoup de cas, n’agir qu’indirectement en s’opposant à la décomposition des carbures d’hydrogène et à la séparation du charbon qui demeurerait, suivant la théorie de Davy, la cause la plus efficace du pouvoir lumineux. 11 y aurait quelque intérêt sous ce rapport, à constater si le gaz d’éclairage, dilué par une diminution de pression ou par le mélange avec un gaz étranger, n’exigerait pas, pour sa décomposition, une température beaucoup plus élevée que dans son état naturel *. C. M.
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- LES CACTÉES
- Il est un groupe de plantes auxquelles on donne communément le nom de plantes grasses; et quoique cette dénomination ne s’adresse pas seulement aux représentants d’une classe ou d’une famille de plantes déterminées, les personnes les moins versées dans l’étude de la botanique ou la pratique de l’horticulture savent que c’est surtout aux Cactées que cette qualification s’applique.
- Pourquoi, à peu d’exceptions près, ces végétaux affectent-ils des formes étranges et lourdes, et sont-ils la plupart du temps privés de feuilles? C’est une des questions les plus intéressantes de l’organogra-phie végétale, un cas tératologique d’une constance remarquable dans la transmission aux descendants de l’espèce, et qui prouverait jusqu’à un certain point que le milieu n’a pas toujours l’influence qu’on cherche à lui attribuer, puisque ces végétaux exotiques même par le semis ne semblent pas s’être modifiés dans nos cultures.
- Les naturalistes ont remarqué de tout temps que les régions chaudes et sèches, ainsi que les plateaux élevés des montagnes, offraient une vé-
- 1 Archives des sciences physiques et naturelles, de Genève.
- gétation spéciale que ne présentent pas les vallées. Celles-ci, surtout loi’squ’clles sont parcourues par des cours d’eau, montrent une verdeur bien connue, et chacun sait que c’est à l’humidité de Pair et du sol qu’est due cette exubérance du feuillage. Par contre, les voyageurs qui parcourent l’Arabie, les régions désertiques de l’Afrique ou de l’Asie, sont attristés par l’apparence misérable de la végétation qui les entoure. Là, au contraire, l’espèee a pris un faciès inaccoutumé, les feuilles ont diminué détaillé ou même ont disparu; mais en compensation les rameaux se sont multipliés, sont devenus volumineux; les feuilles sont changées en épines, ou toute la plante s’est couverte de poils nombreux. Et telle espèce qui sous notre ciel tempéré déploie tous ses moyens, ne deviendrait qu’un buisson disgracieux sur les bords de la mer Rouge, s’il était possible qu’elle pût s’y rencontrer. Mais les connaissances qu’on possède en géographie botanique ne permettent que rarement de voir des plantes ayant une aire très-étendue en latitude surtout, et plus rarement encore d’en signaler de cosmopolites. C’est donc sur des espèces souvent très-voisines l’une de l’autre, mais presque toujours distinctes, que l’on constate ces dissemblances de formes, de vestiture en un mot, que prennent les végétaux lorsqu’ils sont destinés à vivre dans des climats totalement différents.
- On est vraiment surpris quand on voit un genre très-naturel, comme celui des Euphorbes 1 par exemple, présenter des différences aussi frappantes dans le port, selon qu’elles sont munies de feuilles ou qu’elles en sont dépourvues, et ce caractère morphologique s’accorder presque toujours avec la distribution géographique des espèces. C’est justement ce genre Euphorbe qui se prête le mieux à l’entrée en matière d’un article sur les Cactées, au point de vue comparatif.
- Les botanistes savent que la flore des pays secs présente des caractères spéciaux, qui consistent en une végétation pour ainsi dire condensée, et qui subit sous cette température, qui exige une abondante transpiration des êtres organisés, une contraction dans les organes appendiculaires, lesquels, comme on sait, sont ordinairement chargés des fonctions de la respiration. Aussi voit-on presque toujours les végétaux de ces contrées se mettre en garde, en quelques façons, contre une dépense trop grande, et pour diminuer les surfaces d’évaporation, essayer de les masquer, en opposant un épiderme d’une grande épaisseur, en amoindrissant le nombre des stomates, ou bien en ayant leurs feuilles couvertes d’un duvet blanchâtre destiné sans doute à atténuer l’intensité des rayons caloriques. Certaines régions sèches de l’Asie et de l’Afrique, le cap de Ronne-Espérance, l’Australie et les plateaux élevés des Andes sont les localités préférées de cette végétation particulière.
- 1 Voy. la Nature, n° 107, sur les Euphorbes cactiformes.
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- Forêt de Cereus Dyckii, dans le Guatemala, d’après une photographie de M. Lewis, ingénieur.
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- Les Cactées, dont, à peu d’exceptions près, la culture est si facile dans nos serres froides et tempérées, rentrent, plus qu’aucune autre plante, dans cette catégorie de végétaux condensés. S’il était possible qu’un Cactus, par un écart de végétation, prit des feuilles normales, il est plus que probable que cette tige- charnue, volumineuse, qu’on connaît à ces plantes, serait notablement diminuée et qu’elle n’aurait pas cette verdeur qui couvre toute sa surface. Cette hypothèse devient réalité dans le genre Pereskia, qui appartient à la famille qui nous occupe : ici toutes les feuilles se développent d’une façon légitime, et la tige alors ne présente rien d’anormal. Comme on le voit, il y a dans ce phénomène morphologique quelque chose de saisissant, une restitution vraiment admirable, que la nature fait à l’être organisé qu’elle a dépouillé d’une parure ou d’un organe utile, mais en compensation, elle lui fournit des moyens multiples de satisfaire à ses fonctions les plus essentielles. C’est là ce que les naturalistes nomment le balancement organique; c’est-à-dire que si un des organes diminue d’importance ou vient à manquer, les organes voisins s’emparent de la somme de matière et de force disparues et se chargent alors des fonctions de ces organes transmutés; ce qui est justice.
- Si en effet on sectionne une tige de Cactée, on est frappé de la niasse de tissu mou et vert extérieurement qui entoure le cylindre ligneux. Il est facile de comprendre que cette snrface verte est formée de la même matière que des feuilles, que la nature a répandue sur toute la périphérie de la tige ou des rameaux, et que les fonctions de respiration sont dévolues à cette même surface, laquelle est couverte de stomates, petits organes qui sont généralement portés par les feuilles. Mais si celles-ci ont disparu, elles ont laissé des traces de la place qu’elles devaient occuper, par la présence d’un coussinet plus ou moins proéminent, et des aiguillons nés d’un des bourgeons qui surmontent la feuille absente, démontrent suffisamment que c’est de ce point que sortira un rameau ou une fleur, comme cela se passe pour tout végétal phanérogame.
- Les fleurs brillantes de plusieurs espèces de Cactées sont trop connues pour que nous en parlions longuement; cependant ces plantes sont le privilège de quelques établissements publics ou horticoles ou d’un petit nombre d’amateurs ; elles sont beaucoup moins répandues qu’on ne le pense et qu’elles mériteraient de l’être. Il est vrai que la grâce, l’élégance ne sont pas le propre des plantes grasses, il faut être passionné pour ces bizarreries végétales pour les bien goûter; mais rien ne s’opposerait à ce que dans une serre intelligemment garnie, on associe aux Cactées des plantes à feuillage élégant qui contrasteraient alors avec la froideur de leurs voisines ; c’est ainsi qu’un praticien de goût doit procéder.
- La somme des Cactées cultivées pour leurs fleurs
- "est relativement faible, si l’on envisage le nombre considérable des espèces que fournit cette famille. Ce sont lc£ genre Epiphyllum, Phyllocactus et quelques Cerieus, dont la tige est plus ou moins élancée, aplatie ou anguleuse, ou presque cylindrique, et qui donnent des fleurs roses ou écarlates, et qui ont, pour quelques-unes des espèces, le privilège de fleurir en hiver et par cela même n’en sont que plus recherchées.
- Les autres genres, et principalement les Melocac-tus, Mamillaria, Echinocactus, etc., sont des plantes à tige courte, ramassée en forme de dôme et à côtes plus ou moins saillantes et garnies d’aiguilles souvent redoutables et de teintes diverses. C’est la plupart du temps à ces piquant?, droits ou arqués, striés, etc., et de tailles différentes, qu’est due l’unique parure de ces Cactées méloniformes, car le plus souvent elles sont des années sans fleurir et sauf quelques espèces, leurs fleurs sont assez insignifiantes.
- Par suite d’une ingénieuse relation qu’on a cru voir entre le nombre des côtes de ces plantes et celui des lignes perpendiculaires des feuilles sur les rameaux des autres plantes, on est arrivé à admettre que chaque côte correspond effectivement à une série de feuilles superposéces, et dont les personnes qui se sont exercées à étudier ce qu’on nomme la phyllotaxie ou arrangement des feuilles sur la tige se souviendront. Le physicien Bonnet a le premier remarqué que les feuilles suivent sur la tige une spirale plus ou moins allongée ou raccourcie, et que pour arriver à déterminer cette spire, il faut faire une fois, deux fois, trois fois, etc. le tour du rameau. En tenant compte des tours de spire et du nombre de feuilles qu’on rencontre pour atteindre la feuille qui est superposée à celle du point de départ, il était arrivé à des calculs fixes, représentés par les formules f, §, f, etc., le numéra-
- teur représentant les tours de spire et le dénominateur le nombre de feuilles rencontrées. Les Cactées dont nous parlons, en effet, dédoublent leurs côtes dans le même ordre, et c’est encore une preuve à l’appui de la métamorphose si singulière des feuilles dans ces plantes.
- Il ne faudrait pas croire que tout l’intérêt de la fleur des Cactées s’arrête ici. Un certain nombre d’espèces de Cerens, au lieu de s’épanouir le jour, profitent invariablement de l’obscurité pour ouvrir leurs corolles. Beaucoup de jardiniers et d'amateurs se rappellent avoir guetté le soir avec une lanterne le moment où cette fleur « qui fuit Phœbus et sourit à la nuit », se laisserait surprendre dans toute sa beauté. On peut dire sans exagération que les espèces auxquelles nous faisons allusion offrent un spectacle digne d’être recherché : la taille de la fleur, qui ne mesure pas moins de 20 à 25 centimètres de long et largement ouverte comme un énorme volant à joue, la teinte blanche ou quelquefois jaunâtre des divisions nombreuses du périan-the, l’innombrable quantité d’étamines jaunes que
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- ces fleurs portent habituellement, enfin, jointe à cela, une odeur délicieuse de vanille ou de citron, qui se dégage de cet ensemble, telles sont les fleurs des Cereus grandiflorus, triangularis, Napoleo-nis, etc. Cette dernière espèce vient de fleurir il y a peu de jours au Muséum et comme ces fleurs ne s’ouvrent qu’une fois, c’est-à-dire pendant une nuit seulement, on risque fort de les manquer si l’on ne fait pas bonne garde. Mais ces espèces resteront toujours plantes de collections; leur floraison se faisant souvent attendre plusieurs années, n’excite guère que la curiosité, et leur port d’ailleurs laisse beaucoup à désirer. Il vaut mieux sous ce rapport nous occuper des espèces remarquables par leur stature ou leurs propriétés et qui au point de vue pittoresque ou de l’utilité méritent d’ètre signalées.
- La reproduction d’une photographie tout à fait inédite que donne la figure ci-joiute est peut-être ce que l’on a vu de plus curieux comme ensemble de Cactées gigantesques.
- Cette sorte de forêt formée d’énormes pieds du Cereus Dyckii a été prise par M. Lewis, ingénieur français au service du gouvernement du Guatemala. Des nègres ont été placés à dessein dans le paysage pour donner la taille approximative de ces singuliers arbres, dont le tronc et les branches sont défendues par huit ou dix rangées d’épines qui en rendent l’approche impossible. On distingue très-nettement sur la photographie les fleurs et les boutons que portent les spécimens du premier plan.
- Appartenant à ce groupe et beaucoup plus connu que le précédent est le C. peruvianus, très-répandu dans l’horticulture. Cette espèce très-résistante et d’une multiplication facile, car la majorité des Cactées reprennent très-bien de bouture, sert habituellement de sujet pour greffer des espèces délicates ou naines. On greffe ainsi sur un tronçon de colonne cannelée de ce Cereus, un Mamillaria, un Epiphyl-lum ou un autre Cereus, ou tout autre genre qui s’accommode de ce procédé de multiplication. Cette pratique donne lieu souvent à des associations les plus étranges de deux plantes totalement différentes. La facilité de reprise de ces Cereus arborescents permet de les employer aux Antilles et là où il plaît, sur le continent américain, à faire des haies, véritables clôtures d’habitations, impénétrables pour l’homme et les animaux. Avec le temps le C. peruvianus peut atteindre une très-grande taille, et tout le monde connaît l’exemplaire qui se trouve dans l’une des grandes serres du Muséum, qui, s’il n’avait été arrêté dans son développement, dépasserait maintenant le faîte de cette serre, c’est à-dire 15 mètres.
- Enfin, pour compléter l’histoire de ces Cactées gigantesques, on ne peut se dispenser de signaler le plus volumineux et le plus haut des Cereus connus et qui pour cette raison a été nommé C. giganteus.
- C’est en 1864 que fut faite l’exploration d’une partie des États-Unis, par le général Whipple, en vue d’établir le chemin de fer qui devait relier la
- vallée du Mississipi avec l’océan Pacifique. Un des membres de l’expédition, M. Engelmann, botaniste distingué auquel on doit des travaux intéressants sur les Cactées, cite une localité dans le Colorado (État voisin du Nouveau-Mexique) où les plantes de cette famille étaient en si grande abondance et en espèces si variées, que pour célébrer cette découverte, on convint d’appeler ce point Cactus Pass. Non loin de cette précieuse vallée, M. Engelmann découvrit le plus étonnant arbre qu’il ait jamais vu, il le nomma incontinent C. giganteus. Ce curieux et remarquable végétal ne vient pas habituellement en société comme les espèces précédentes, il est isolé, rarement formant des groupes; sa forme insolite, l’attache si singulière de ses rameaux, eu font une sorte de végétal antédiluvien, comme on en représente dans les décors de féeries. M. Engelmann dit qu’on prendrait ces arbres pour des monolithes, quand ils sont simples, ou de gigantesques candélabres, quand ils sont ramifiés, plantés dans des roches mêmes sans aucune espèce de sol végétal. Partout des rochers nus, calcinés par des chaleurs torrides ; si ce n’est çà et là quelques buissons de plantes diverses. Leur taille varie entre 8 mètres et 12 mètres de hauteur. La force d’enracinement de ce Cereus est considérable. Ce n’est qu’après les plus grands efforts que 25 hommes de l’escorte, dit-il, sont parvenus à renverser un exemplaire de moyenne taille. Cependant la première impression qu’on éprouve est qu’on pourra en renverser un facilement avec le pied. Ce Cereus ne fleurit pas avant d’avoir atteint 3 mètres. Quand l’âge fait périr cet arbre c’est par le sommet qu’il est frappé ; toute la partie charnue contribue à sa décomposition ; alors il ne reste plus que des portions ligneuses du centre qui se fendent facilement en long et dont les Indiens se servent comme gaules pour faire tomber les fruits mêmes de cet arbre, qu’ils apprécient beaucoup et dont ils font des sortes de confitures. Le narrateur qui rapporte ces faits dit qu’il ne sait ce qu’il doit penser de la durée de ces Cactées, mais il est porté à croire que, à cause de la lenteur du développement des individus qu’on a essayé de cultiver, les quelques exemplaires qu’il a vus mesurant 14 et 15 mètres de haut, ça doit être par milliers d’années comme pour les vieux Séquoia1 qu’il faudrait compter pour estimer exactement leur âge.
- De même que la plupart des Cactées, le C. giganteus craint les lieux humides; c’est dans les endroits. les plus arides et les plus secs que vivent ces plantes en général, et ces mœurs indiquent suffisamment le mode de culture qui leur convient pendant la période de repos toutefois, car les rosées et les pluies sont à considérer sous les tropiques.
- Relativement à la culture des Cactées, on n’accueillera pas sans intérêt l’opinion de M. L. Neumann dont, la compétence en culture de plantes de
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- serres est bien connue. Les Cactées pour lui ont deux époques de végétation bien tranchées : l’une de repos et pendant laquelle on peut abandonner ces plantes et les priver entièrement d’eau ; puis la période de végétation, pendant laquelle alors elles devraient avoir le pied dans l’eau ou à peu près. A l’appui de cette assertion, il nous citait un de ses amis, simple amateur à Varsovie, qui s’imagina de transformer sa cour en jardin. Le terrain fut défoncé, de bonne terre et une forte couche de fumier furent apportés, puis il dessina des massifs entièrement formés de Cactées de toute sorte en pleine terre. Quand venait l’époque des chaleurs, excessives comme on sait, dans l’Est, il arrosait ses massifs, comme les maraîchers leurs salades ; puis, la mauvaise saison arrivant, il arrachait ses plantes, secouait bien leurs racines et les plaçait ainsi dans des pots vides, relégués tout simplement dans un cellier jusqu’à l’année suivante, pour être replantées à nouveau, et ainsi de suite. Il obtint des résultats merveilleux, à l’exception des Melocactus cependant, qui préfèrent ne pas quitter la serre chaude.
- La géographie de ces végétaux est très-restreinte : c’est le Nouveau-Monde qui est leur patrie naturelle ; ils semblent renfermés entre le 49° de latitude boréale et le 30° de lat. australe ; mais leur véritable centre est le Mexique et les États américains avoisinants. Sur les 650 espèces environ de Cactées décrites, mais qu’une révision scrupuleuse diminuerait de nombre certainement, on n’en cite qu’une seule appartenant au genre Rhipsalis, qui ne serait pas américaine. Comme on le voit, c’est un remarquable exemple de centre de création, dont on ne trouve qu’un ou deux analogues pour des familles aussi nombreuses en espèces.
- Si les terrains humides leur sont antipathiques, on s’explique pourquoi on ne voit jamais de Cactées le long des cours d’eau, et lors même que comme pour les Pereskia, que Bonpland dit avoir vu descendre jusqu’au bord de la mer, c’est au milieu des aspérités les plus arides du sol qu’on les rencontre. Ainsi c’est plutôt l’air sec qui plaît à ces plantes qu’une élévation de température, et le Dr Wcddell, dans ses voyages en Amérique du Sud, signale de véritables futaies de Cereus qu’il aurait aperçues dans le voisinage de la Paz, c’est-à-dire à une hauteur d’environ 4000 mètres et non loin des neiges perpétuelles. D’ailleurs, au Mexique même, le naturaliste-voyageur Bourgeau, qui faisait partie de l’expédition scientifique, remarqua bien au-dessus du plateau de Mexico de nombreuses Cactées, . allant jusqu’à de grandes hauteurs, et l’on cultive en plein air au Muséum depuis plusieurs années, des Opuntia,, qu’on croyait naguère plantes tropicales, et qui prospèrent très-bien sans aucun abris.
- Puisque ce nom d'Opuntia vient sous notre plume, il n’est pas sans importance de rappeler que c’est à l’O. vulgaris qu’on donne le nom de Figuier d’Inde ou de Barbarie. Cette plante dont les rameaux aplatis et ovales lui ont valu aussi le nom de semelle du
- pape, est répandue depuis les temps les plus reculés en Afrique et en Asie et jusque dans l’Europe méridionale, où elle se développe comme en Amérique. Les deux usages qu’on lui reconnaît sont de faire d’excellentes clôtures vulnérantes pour les hommes et les animaux et qui par cela même les en éloignent. Les soldats qui ont fait les campagnes d’Afrique se rappellent que pendant la guerre ils arrivaient à se frayer un passage souvent après les plus grands efforts, en abattant à coups de sabre une portion de haie de Figuier de Barbarie, mais non sans souvent se blesser aux épines terribles de cette plante. Enfin ils ont appris aussi comment les Arabes procédaient pour manger les fruits à'Opuntia, qui sont acidulés et sucrés, et qui n’ont pas, parait-il, l’inconvénient qu’ont la plupart des fruits du tropique sur la santé des Européens nouvellement débarqués. Leur surface revêtue de petits faisceaux de fins aiguillons en rendrait la consommation impossible, sans la préparation préalable suivante. On jette dans un vase à demi rempli d’eau les fruits qu’on vient de cueillir avec précaution, puis on agite vivement avec un bâton ; il s’ensuit un frottement réciproque des fruits qui détache les piquants qui viennent flotter à la surface. On décante et l’opération répétée deux ou trois fois est satisfaisante.
- Les indigènes mangent cuits les jeunes rameaux de certaines Cactées dépouillés des aiguillons, comme nous le faisons des asperges, et le Gardeners Chronique signalait, en 1849, un usage curieux du Cereus grandiflorus, dont les boutons pouvaient fournir <i une excellente salade ». (?) J. Poisson.
- GRÊLONS EXTRAORDINAIRES
- Le 7 septembre 1876, une forte averse de grêle a eu lieu à Paris, au-dessus du quartier de l’Observatoire. Les grêlons atteignaient des dimensions peu communes et ils affectaient des formes très-remarquables. M. E. Fron, chef du service météorologique, les a examinés attentivement, et il a dessiné ceux qui lui paraissaient offrir le plus d’intérêt. Après les avoir signalés dans le Bidletin de l'Observatoire, M. Fron a bien voulu nous communiquer à leur* sujet quelques documents que nous nous empressons de reproduire.
- La chute de grêle s’est produite à trois heures du soir. Elle a duré sept minutes environ. La gravure ci-jointe (I) représente exactement ces curieux projectiles atmosphériques. La figure 1 et la figure 5 sont des coupes faites parmi les grêlons les plus communs. Dans la figure 1 l’intérieur est d’un blanc opalin sans couches concentriques. Dans la figure 5, au contraire, les couches concentriques sont nettement indiquées ; le centre seul est opaque, ainsi que l’intervalle qui sépare les diverses couches. La figure 2 correspond à une forme qui a été fréquente. Le grêlon présente deux cornes et, suivant
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- l’axe des cornes, il existe une grande quantité de | petites bulles de gaz, eomrae on l’a figuré sur le
- I. — Grêlons tombés le 7 septembre 1876, à trois heures du soir, à l’Observatoire de Paris. Coupes représentées grandeur naturelle. (D’après les dessins de M. E- Fron, chef du service météorologique à l’Observatoire de Paris.)
- II. - Grêlons tombés près de Clermont-Ferrand, en septembre 1873. Coupes représentées grandeur naturelle. D’après les dessins de M. le professeur Martial Lamotte.)
- dessin. Quelques-uns des grêlons devaient avoir une | longueur double, mais les cornes s’étant brisées en
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- tombant, on ne les a pas dessinées. Les grêlons représentés par les figures 3 et 7 offraient à leur surface des mamelons lui donnant l’aspect de framboises. Les autres grêlons (fig. 4 et 8) sont remarquables par la présence de bulles de gaz très-volumineuses. Des petites bulles, très-fines, existaient en grand nombre dans les grêlons des figures 2 et 3.
- On ne saurait trop appeler l’attention des météorologistes sur l’étude des grêlons, dont le mode de formation est encore si mystérieux, et recommander l’examen des conditions atmosphériques dans lesquelles ils prennent naissance. Arago a donné l'énumération des chutes de grêle les plus remarquables qu’ont, pu lui fournir les annales de la météorologie. Nous ne parlerons pas ici de ces faits devenus classiques ; mais nous en signalerons deux autres dont le premier est inédit et le second fort peu connu.
- M. le professeur Martial Lamotte (de Clermont-Ferrand), qui a étudié avec beaucoup d’ardeur les orages de pluie et de grêle dans le département du Puy-de-Dôme, nous a autorisé à publier les dessins qu’il a exécutés de grêlons vraiment prodigieux, tombés aux Gazeries en septembre 1873. Ces grêlons étaient formés de zones alternativement opaques (blanc mat) et transparentes ; leur forme et leur grosseur sont remarquables.
- Leur chute, nous écrit M. Martial Lamotte, a été accompagnée d’un phénomène qu’il est peut-être utile de noter. Cette chute a eu lieu par un temps très-calme ; les grêlons tombaient ‘verticalement, et si mollement, que, malgré leurs dimensions, ils n’occasionnaient aucun dégât ; ils paraissaient en quelque sorte soutenus par une force électrique, ét, chose singulière, ceux qui frappaient le toit retombaient ensuite sur le sol bien plus violemment que les autres.
- Notre gravure II donne l’aspect de plusieurs de ces grêlons. Le n° 1 est hérissé de pointes, et le noyau opaque est central, comme dans le n° 2, où il prend une forme très-irrégulière. Le n° 3 est formé de couches alternativement opaques et transparentes. Dans le n° 4 le noyau central est au contraire transparent, et s’allonge dans la masse en aiguilles qui rayonnent autour du centre. Le n° 3 est opaque à l’intérieur et au centre; il comprend une zone intermédiaire transparente. Le n° 6 est remarquable par ses dentelures centrales dénotant une structure cristalline.
- Nous recommanderons aux observateurs d’examiner avec soin les corpuscules solides étrangers à l’eau, qui existent dans les grêlons.
- Il sulfit de les laisser fondrè dans un vase de verre bien propre, et d’examiner au microscope le sédiment qu’ils abandonnent. Dans le sédiment déposé par l’eau de grêle, en outre de poussières aériennes de toutes sortes et habituelles aux eaux météoriques, j’ai fréquemment reconnu l’existence de corpuscules tout particuliers, animés du mouvement Brownien ; je reviendrai plus tard avec plus de détails sur ces faits curieux.
- Je citerai, pour terminer cette courte énumération de grêlons curieux, le passage suivant, extrait d’un mémoire de M. E.-H. Von Baumhauer, intitulé : Sur l'origine des aurores polaires, et publié dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome LXX1V, page 678 :
- Plus d’une fois on a observé des chutes de grêle dans lesquelles les grêlons avaient un noyau métallique, et je présume que le fait se présenterait fréquemment, si l’on se donnait plus souvent la peine d’examiner les grêlons. C’est ainsi, par exemple, que Eversman a trouvé dans des grêlons, tombés à Sterlitamack, dans la province d’Orem-bourg, en Russie, des octaèdres obtusangles de sulfure de fer, dans lesquels Herman a dosé 90 pour 400 de fer1. De même, il est tombé, le 21 juin 1821, dans la province de Majo, en Espagne, des grêlons avec noyaux métalliques où Pictet a constaté la présence du fer au moyen du ferro-cyanure de potassium 2. Mais ce qui mérite surtout notre attention, c’est la chute à Padoue, le 26 août 1834, de grêlons avec des noyaux de couleur gris, cendré. Ces noyaux, examinés par Cozari 3, consistaient en grains de diverses grosseurs, dont les plus gros étaient attirables à l’aimant et furent trouvés composés de fer et de nickel. L’identité de cette matière avec celle des aérolithes ne peut guère faire l’objet d'un doute.
- On voit par ces faits combien l’étude des grêlons peut être riche en révélations inattendues.
- Gaston Tissandier.
- LES INSULAIRES DE PONAPÉ
- (ARCHIPEL DES CAROLINES, OCÉANIE4.)
- TATOUAGE.
- Depuis mon arrivée à Ponapé, j’ai constaté avec une grande satisfaction, que mes craintes relativement aux dispositions des indigènes n’avaient aucun fondement. Les bruits et les rapports qui m’avaient dépeint cette île sous les plus noires couleurs ne se sont pas confirmés. J’ai pu me livrer à mes recherches scientifiques avec une liberté entière, et sans être inquiété.
- Les naturels de Ponapé étaient, il n’y a pas encore bien longtemps, tels qu’on se représente volontiers chez nous un insulaire naïf et hospitalier de la mer du Sud. Mais depuis la découverte de ce groupe d’îles par l’amiral Lütke, en 1828, c’est-à-dire dans une période de cinquante aunées, ils ont subi, d’une part, la puissante influence des marins jetés sur ces côtes, et, de l’autre, l’active propagande des missionnaires américains. Les premiers
- 1 Gilb. Ann., LXXVÏ, p, 340.
- 2 Id., LXXII, p. 436.
- 5 D, L. Cozari, Annali dette scienze del regno Lonib.-Veneto, nov., déc. 1834, dans New Edimb. phil. Journal, XXXVII, p. 85.
- 4 Après avoir exposé (p. 215 et 258) les recherches et les opinions de Kubary sur les ruines de Nanmatal, nous publions aujourd’hui, d’après le Journal du Muséum Godefroy, les autres renseignements que Kubary a donnés sur Ponapé.
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- blancs établis à Ponapé étaient des matelots déserteurs, qui s’étaient bercés de l’espoir d’y trouver le bonheur. Leur nature, considérée d’abord comme divine, ne tarda pas à se dévoiler, et à se manifester comme une nature tout à fait humaine, et de plus très-imparfaite ; alors ils se firent détester des indigènes. Tant que le nombre des étrangers fut limité, chaque chef se fit un point d’honneur d’avoir son blanc, « son blanc domestique apprivoisé, » comme on disait. Mais quand ils devinrent plus nombreux, ils cessèrent d’être une chose curieuse, et, au lieu d’être recherchés, ils se disputèrent la faveur des chefs. Ils ne songèrent qu’à se supplanter mutuellement, et les indigènes, ayant de tels exemples sous les yeux, accueillirent désormais avec prévention tous les Européns. Une invasion de la variole noire, apportée dans l’île, en 1854, par le navire anglais Delta , et qui fit périr environ les trois quarts de la population, leur commandait de se tenir sur leurs gardes.
- Sous le rapport politique, Ponapé se divise en cinq districts indépendants les uns des autres : Dzjokoits (Jekoits), Nott (Nutt), Ou, Matalanim et Itoan Kitti. Ce dernier se subdivise en Kitti proprement dit et Wana. Chacun de ces districts avait, il y a une vingtaine d’années, plusieurs chefs, autour desquels se groupaient les habitants. Les étroites limites du territoire enchaînaient l’insulaire à sa maison, et l’abondance des fruits à pain et des ignames lui rendait la vie facile et heureuse. Sa richesse consistait en nattes, fibres végétales, ignames, un canot et une jolie maison ; ses devoirs comme sujet l’obligeaient à servir son chef immédiat et à lui apporter de temps en temps de la nourriture. En retour il recevait du terrain pour ses plantations, et était intéressé dans les entreprises du chef. Dans l’intérieur du district, les rapports politiques se manifestaient par des fêtes continuelles ; car, chaque fois qu’un chef payait son tribut à un autre chef, son supérieur hiérarchique, cet événement s’accomplissait d’une manière solennelle. Le chef suprême faisait une fois par an sa tournée chez tous ses feudataires, et ceux-ci agissaient de même à l’égard de leurs sujets , chez lesquels ils banquetaient et festoyaient incessamment. Les préparatifs et la célébration de ces fêtes remplissaient la plus grande partie de la vie des indigènes. Les guerres que l’on se faisait de temps en temps pour conserver l’influence conquise, faisaient plus de bruit que de mal. Les anciennes coutumes tenaient lieu de lois. On ne pouvait pas voler, par la raison bien simple qu’il n’y avait rien à voler. Le mensonge entre compatriotes était inutile, et n’était employé que comme une arme naturelle contre les étrangers.
- Les parents aimaient — et aiment encore aujourd’hui — passionnément leurs enfants, et les hommes avaient beaucoup de respect pour leurs femmes. Les mariages ne se faisaient que lorsque la jeune fille avait été tatouée. L’adultère était souvent puni de mort.
- Quand, il y a vingt ans, des missionnaires américains arrivèrent à Ponapé, ils furent reçus, comme tous les autres étrangers, avec bienveillance et curiosité. Partout on fut tolérant ; on les laissa faire, mais on exigea en même temps que les coutumes et les lois du pays fussent respectées. Les succès de la mission furent peu rapides, et ce n’est qu’en profitant des dissensions qui s’élevèrent entre les divers districts quelle réussit enfin à s’établir solidement , à modifier les anciennes institutions, et à gagner au christianisme deux à trois cents prosélytes.
- Quant à ma situation à l’égard des indigènes, elle est extrêmement favorable, parce que j’ai avec moi mes six jeunes kanjes, et que je n’ai besoin par conséquent d’aucune aide étrangère. J’eus d’abord à essuyer quelques désagréments de la part du chef suprême Nanikin. Mais depuis que je me suis résigné, par égard pour son rang, et sur le conseil de son entourage, à lui payer un tribut d’eau-de-vie, comme ont coutume de le faire tous les capitaines de navires qui entrent dans le port, je suis avec lui sur un bon pied. Comme l’ivrognerie a rendu le tempérament de Nanikin très-irritable, que mon habitation est à dix pas à peine de sa maison, et que par suite nous sommés en contact perpétuel, j’ai jugé à propos de transiger. Une preuve qu’il n’y avait pas à plaisanter avec ce personnage, c’est que, un jour, sous l’influence de l’eau-de-vie, il attacha sa femme à un arbre, et l’égorgea, sous prétexte qu’elle lui avait été infidèle. Une autre fois, il mit tout seul le feu à l’église, nouvellement bâtie, après avoir inutilement averti les missionnaires de le laisser tranquille. 11 n’entrait nullement dans mes vues de briguer, à quelque prix que ce fut, la faveur de son Altesse, comme le faisaient les autres blancs domiciliés à Roan Kitti, et, dès le lendemain, Nanikin et madame son épouse, la fille d’un Anglais mort dans cette île, étant venus me faire leur première visite officielle, je profitai de l’occasion pour m’expliquer nettement avec lui. Je reçus les hautes seigneuries, bien entendu, avec les plus grandes prévenances, et je leur servis à déjeuner. Pendant la conversation, je remarquai avec plaisir que Nanikin joint à un caractère presque enfantin un jugement solide. Il n’oublia pas un seul instant le décorum qui convient à un souverain, et se comporta envers moi d’une manière tout à fait distinguée. Je n’hésitai pas à lui exprimer mon regret de voir souvent dans un état indigne un chef d’un si grand mérite, et je lui dis franchement, que je n’étais nullement disposé à supporter avec sang-froid une insulte qui me serait faite, même par un homme . ivre. Comme je suis indépendant, que j’ai des serviteurs à moi, et assez de marchandises pour me tirer d’affaire tout seul, que d’ailleurs je ne poursuis pas un but intéressé, il m’en coûterait peu de me passer de son amitié. Nanikin reçut mçs observations avec bienveillance, et m’assura que la plus grande amitié devait nous unir. Et en effet des re-
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- lations amicales s’établirent peu à peu entre nous, et jusqu’à présent elles n’ont point été troublées. Jamais Nanikin ne passe devant mon habitation sans y entrer, et sans me poser sur la tête sa guirlande de fleurs1. Jamais un cochon n’est tué sans que j’en reçoive un quartier, la part du chef; jamais une captui’e de tortues n’a lieu sans qu’on m’en apporte une; jamais enfin Nanikin ne s’est montré en ma présence arrogant, mendiant ou ivre. On comprend que, dans une situation aussi favorable auprès de l’autorité supérieure, je suis au mieux avec les indigènes.
- Quant à mes collections, j’ai pu former un riche trésor. Je me suis appliqué surtout à la conservation des oiseaux. J’ai réussi à m’en procurer — malheureusement en un seul échantillon — quelques-uns qui se laissent difficilement approcher, entre autres un beau hibou, un pigeon qui a de la ressemblance avec le phlegoenas, et une espèce de coccygomorphe de grande taille ; on ne les trouve que dans l’intérieur de l’île. J’ai fait une collection complète, et en plusieurs exemplaires, des oiseaux qui habitent sur les côtes. Je possède tout entières treize espèces qui n’existent pas dans l’occident ; de quinze autres, qui se trouvent aussi dans l’occident, j’ai choisi les plus précieuses, èt me suis contenté de prendre des notes sur les autres. Il me manque en-encore trois espèces, dont je sais lês noms. La population des oiseaux de Ponapé n’aurait donc que trente et une espèces, par conséquent moins que celle de Palau.
- En fait de poissons, je n’ai pu rien recueillir d'important. La plupart des espèces se rencontrent aussi dans les parages occidentaux, et ce n’est que tout à fait isolé qu’on découvre un poisson nouveau. La lagune intérieure de Ponapé ne leur est pas favorable; l’eau n’a qu’un faible volume, et les nombreux cours d’eau qui s’y jettent y déposent du limon ; vers le bord extérieur seulement les coraux et les animaux marins peuvent y vivre.
- Les indigènes actuels de Ponapé, comme ceux des autres îles de l’archipel des Caroline?, ont la peau plus ou moins brune2 ; ils sont trapus ; leur visage n’a aucun caractère typique ; ils ont les cheveux noirs et plats5, pas de barbe. Aujourd’hui ils portent généralement les cheveux courts. Ils les arrangent avec peu de soin ; mais pour les oindre ils n’épargnent pas l’huile. Les femmes les coupent à la hauteur des épaules. Les membres de la société païenne « Dziamarou » portent seuls les cheveux longs, mais ils les raccourcissent en brûlant la pointe, quand un de leurs frères est mort.
- Le crâne est tantôt aplati, tantôt allongé, ce qui
- 1 D’après la relation de l’expédition du Novara, le chef de. Ponapé, comme celui d’Yap, porte une guirlande de fleurs autour du cou et du corps.
- 2 D’après Kittlitz, beaucoup moins brune que les naturels d’Ualan ; d’après Rojas, elle est d’un brun cuivré ; d’après Virgin, d’un brun rouge sombre.
- 5 Selon Gulick, ils ont les cheveux noir de jais et légèrement crépus, quelques-uns les ont même tout à fait crépus.
- est l’indice certain d’une race métisse. Des quatre crânes que j’ai trouvés dans les ruines de Nanmatal, je crois avoir le droit de conclure que les habitants primitifs avaient le crâne allongé.
- Les naturels d’aujourd’hui se distinguent de leurs voisins surtout par l’art du tatouage, qui, pour toutes les îles situées sous l’Équateur, doit être considéré comme le principal signe distinctif1. La fignre ci-jointe aidera le lecteur à se faire une idée du tatouage de Ponapé. Celui qui est exécuté avec tant de goût et de régularité sur le bras, comme on le voit par notre dessin, est propre aux insulaires de Ponapé et commun aux deux sexes, qui n’ont point de signe distinctif spécial.
- Dans les îles Palau, les femmes seules se soumettent à cette opération douloureuse pour orner leurs bras, et le dessin du tatouage diffère essentiellement de celui de Ponapé. Tandis que dans cette dernière île les hommes se tatouent les deux jambes, ceux de Palau ne se tatouent que la jambe gauche. A Ponapé les surfaces noires sont séparées par des raies longitudinales; il n’en est pas ainsi à Palau, et de plus la partie postérieure et la partie intérieure de la jambe y sont uniformément noires, et le long des deux côtés seulement il existe une décoration de croix, de pierres, et autres figures d’ornement. Le tatouage d’Yap a cela de commun avec celui de Ponapé que la cuisse est divisée à la même hauteur ; pour le reste il diffère sensiblement, car toute la surface des deux jambes est noire, à l’exception de quelques raies longitudinales et transversales très-étroites, qui varient selon les diverses tribus.
- Dans l’île de Ponapé, toutes les femmes, quel que soit leur rang, sont obligées, à un certain âge, de subir la douloureuse opération du tatouage. Une jeune fille qui n’est pas encore tatouée est consi dérée comme mineure, et n’a pas le droit de se marier ; bien plus, une sorte d’opprobre s’attache à la femme qui, étant en âge d’être tatouée, ne l’est pas encore. Dès la quatrième ou la cinquième année, les filles reçoivent autour des hanches les |.i entiers traits du dessin; cinq ou six ans après, les couleurs noires sont appliquées depuis les genoux jusqu’aux chevilles, et le bas-ventre est attaqué. Après un nouvel intervalle, c’est le côté intérieur des hanches et des cuisses, puis le côté extérieur ; et enfin la décoration des bras, qui s’étendait autrefois sur toute leur longueur depuis l’épaule jusqu’à la main. Il est digne de remarque que le soin avec lequel est exécuté le tatouage des femmes, et qui est pour elles un vrai supplice, est particulier à Palau et à Ponapé. Nous eu trouvons l’explication dans la position sociale qu’occupe la femme dans ces deux pays, où c’est la mère qui donne aux enfants leur rang hiérarchique. A Yap, où le rang des enfants dépend de la condition du père, je n’ai remarqué, ainsi que dans les autres îles occidentales de l’archipel des Carolines, aucune forme fixe et déter-
- 5 II faut excepter les îles Greenwich, Nukuor ou Monte* verde, Anchorit et Hermit, auxquelles le tatouage est inconnu
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- minée de tatouage pour les femmes. Une main de jeune fdle appartenant à une tribu d’esclaves de l’île d’Yap vient à l’appui de ce qui précède. Le tatouage des garçons à Ponapé commence à six ou sept ans ; mais on ne trace alors que les contours du dessin, le remplissage est ajourné jusqu’à la quatorzième année.
- Le tatouage est un art, et il est pratiqué, à Po-
- napé comme à Palau, par des femmes très-habiles et fort bien payéesl. Le procédé est à peu près le même dans toutes les îles ; l’instrument dont on se sert et la couleur diffèrent seuls. L’instrument en usage à Ponapé ressemble à un peigne ou à une fourchette, et il est formé d’épines d’une espèce de citronnier sauvage, qui, artistement liées ensemble, sont d’abord collées au manche avec du jus de fruit à pain,
- Tatouage des insulaires de Ponapé. (D'après J. Kubary.)
- puis solidement fixées. Le noir provient de la fumée produite par une flamme dans laquelle on a fait brûler une noix appelée « dziakan » L L’artiste commence son travail en appliquant le dessin au
- D’après le capitaine Ckeyne, la cendre de noix A’alearites tribola, imbibée d’eau, est introduite sous l’épiderme au moyen d’un peigne en os. Les naturels de Palau emploient, selon Kubary, le noir produit par la fumée d’une flamme dans laquelle a été brûlée de la résine.
- moyen d’une nervure de feuille de cocotier, plongée dans le noir délayé avec de l’eau.
- Ordinairement on ne dessine d’abord que les
- 1 Dans l’île d’Yap le tatouage est exécuté publiquement par des hommes, et accompagné de cérémonies religieuses spéciales. Ordinairement deux jeunes gens, qui doivent être affiliés à une société de guerriers, se réunissent, et pendant qu’ils subissent l’opération, un prêtre est assis immobile auprès d’eux et appelle par des charmes un heureux succès.
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- contours, puis la fourchette est enfoncée, par une sorte de marteau de bois, dans la peau, qui non-seulement piquée, mais tout à fait déchirée, est pénétrée par la matière colorante. Après avoir lavé soigneusement les traits du dessin, on examine s’ils sont uniformément noirs ; s’ils ne le sont pas, on reprend les places où la couleur manque. Vient ensuite l’exécution des détails, le plus souvent sans modèle. L’opération est longue, douloureuse, et souvent accompagnée d’une fièvre violente, qui, dans quelques cas, entraîne la mort. Le tatouage d’un bras, à Ponapé, n’est pas terminé dans un jour ; habituellement les bras s’enflent, et c’est en causant une ardente inflammation que le noir pénètre dans la peau, et occasionne dès la première nuit un gonflement qui met en relief les traits du dessin. Le troisième jour il sèche, et le cinquième la croûte se détache par écailles. Il forme alors une cicatrice saillante, vive, d’un noir bleu foncé, qui reste encore longtemps sensible.
- Le costume national de Ponapé consiste, pour les hommes , en un pagne en feuilles de cocotier, appelé « kaol », et semblable à P « in » des insulaires d’Ebon.
- Pour la classe inférieure, il est fabriqué avec l’écorce du « kalau » , espèce de Malvacée ; pour les chefs, et comme liabit de cérémonie, en feuilles de jeunes cocotiers1. On ajoute volontiers à ce pagne une chemise d’Europe. Aujourd'hui, les femmes sont complètement vêtues à l’européenne, surtout les jours de fêtes chrétiennes. Habituellement, elles portent autour des reins une pièce d’étoffe teinte avec le cureuma, et sur la poitrine et les épaules un mouchoir écbancré au milieu, dans le genre de la « tiputa » des femmes des îles Samoa. Avant l’arrivée des blancs, les femmes de Ponapé portaient une étoffe faite avec l’écorce d’un arbre appelé « maki » aux Samoa, « tongongoango » dans les Anchorit. J. Kübary.
- CHRONIQUE
- L’Exposition des beaux-arts appliqués si l'industrie est ouverte au Palais de l’Industrie et comprend un musée de tapisseries d’un puissant intérêt représenté par les spécimens prêtés par le Garde-Meuble, les Manufactures nationales, l’Espagne, l’Italie, la Belgique et le Musée Kensington de Londres. Parmi les tapisseries anciennes et modernes l’établissement des Gobelins brille tau premier rang. Le visiteur, après avoir admiré les anciennes tapisseries faites d’après Rubens, et d’autres pièces incomparables, passe en revue les panneaux destinés au Nouvel Opéra ; il peut en même temps se rendre compte de cette étonnante fabrication, qui s’exécute comme aux Gobelins, sous les yeux du visiteur. L’exposition proprement dite est installée au rez-de-chaussée;
- 1 D’après Lütke et Kittlitz, les marins de Ponapé portaient un serre-tête en écorce de mûrier, qui servait aussi de fronde. Kittlitz rapporte encore que les habitants de Ponapé, quand ils dansaient, mettaient des manchettes de feuilles de palmier découpées en lanières, dont le bruit accompagnait la danse.
- un grand nombre de fabricants parisiens y ont envoyé leurs plus belles productions. Parmi les objets qui rentrent dans le domaine de la physique, nous citerons les pendules solaires de M. Grivolat, les horloges mystérieuses de M. Henry Robert (voy. 1874, 2a semestre, p. 412), et de fort jolis automates de 51. Bontemps : ce sont de petits oiseaux qui chantent en battant de l'aile. Nous avons remarqué les émaux cloisonnés que M. Barbe-dienne etM, Christofle fabriquent aujourd’hui d’une façon remarquable, les belles verroteries de Venise, de M. Brocard. Enfin la céramique se distingue par les véritables chefs-d’œuvre des Deck, des Haviland, des Tortat, etc. On doit mentionner encore les remarquables peintures sur porcelaine de Mlla C. Rebeyrol, qui a exposé plusieurs pièces, dénotant beaucoup d’art et beaucoup de goût. Nous regrettons d’être obligé de nous borner à une énumération aussi succincte, et nous ne terminerons pas sans faire remarquer que la 5° exposition de Y Union centrale se signale par d’incontestables progrès sur les précédentes.
- L’Exposition des insectes a eu lieu dans l’orangerie des Tuileries comme les années précédentes. Elle a offert aux visiteurs un grand nombre de collections et de produits intéressants, qui ont vivement attiré l’attention du public et des entomologistes. Voici les noms des principaux lauréats de cette exposition :
- MM. Méry-Picard, Dillon et la Société protectrice des animaux : chacun une médaille d’honneur. Les conférenciers Louis Blairet, de la Blanchère, Maurice Girard, Ila-met, Millet, Sagnier, Trouillet et Vianne, pour leurs intéressantes causeries scientifiques, sont honorés d’une médaille de lra classe. Médailles d’or : MM. Boiteau, Dillon, Miot, Savard, Nachet, Chevalier et Mérand, docteur Ferry de Lavergne ; de vermeil : Nagel, Bouvier, Gault. Médailles d’argent de lr” classe, section des poudres insecticides : MM. Dumeil-Desille, Vicat, Zacherl; de 2° classe, Daubin, Galzy-Tachet et Ponsin. Un grand nombre d’autres médailles, vermeil, argent, bronze, et diplômes de mérite, ont été accordés aux sériciculteurs, aux apiculteurs et inventeurs d’insecticides.
- Le Congrès des orientalistes a été ouvert à Marseille sous la présidence de M. de Lesseps, le 4 octobre et se prolongera jusqu’au 10. Le Congrès des orientalistes a pour but de contribuer aux progrès des études ethnographiques, linguistiques et historiques relatives à l’Asie, à l’Océanie et à l’Afrique, pour les encourager et les vulgariser en province et dans les colonies françaises ; il a aussi spécialement pour objet l’étude de la géographie de ces pays dans ses rapports avec leur commerce, leur industrie, leurs forces productives, leurs mesures et monnaies; il s’occupe également de la législation commerciale, industrielle et maritime de ces contrées.
- Les plantes marines de semis. — Depuis plusieurs années M. le Dr A. Sicard, du Comité médical des Bouches-du-Rhône, poursuit à Marseille des expériences sur la reproduction des plantes marines par voie de semis, dans des aquariums alimentés à l’aide de l’eau de la Méditerranée.
- Il a d’abord constaté des variations dans la salure de l’eau, dont l’expérience suivante est un exemple. Le 4 mai 1872, plusieurs plantes marines furent placées dans un aquarium rempli de six litres d’eau de mer. La température de l’eau était à ce moment de 12" cent, de la salure 4° 5 au pèse-sel. Le lendemain elle n’est plus que de 4° et le 6 de 5° 5. Le 10 on constate au pèse-sel 4° 9, ce qui constitue une augmentation de salure de 0° 4 sur
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- développent par graines ou par spores et sans changer l’eau, se salent et se dessalent selon diverses circonstances ; de l’eau douce est toujours ajoutée pour maintenir le niveau, et finit par égaler trois ou quatre fois la quantité d’eau de mer placée originairement dans l’aqua-rium. Diverses saveurs et odeurs se produisent dans l’eau de mer des appareils, selon les plantes qui y croissent et d’autres circonstances non encore bien déterminées ; c’est ainsi que les saveurs et odeurs de la rose, de la violette, du géranium, du safran, de l’abricot et autres agréables, se trouvent à côté des saveurs .viveuses et de celles du goudron et de l’acide phénique.
- M. À. Sicard a montré aux auditeurs du Congrès des Sociétés savantes de 1876, à la Sorbonne, des échantillons de mousses marines végétant sur un madrépore placé dans' un aquarium, depuis le mois de janvier 1872, et donnant lieu chaque année au printemps à des phénomènes de fructification, consistant en urnes d’une superbe couleur nacrée, se développant à l’extrémité de filaments d’un beau vert, puis se détachant et montant à la surface de l’eau. Il a également montré des semis récents, avant déposé une légère couche d’un vert clair sur les parois des appareils. 11 cite le fait suivant, comme exemple de la vitalité de certaines plantes marines. Le 13 mai 1875, une parcelle d’algue provenant des aquariums et desséchée plusieurs mois au soleil, a été placée dans l’eau de mer, où elle a développé une magnifique plante verte en façon de ruban. En février et mars 1876, il s’est formé sur les bords du ruban de rares filaments supportant des urnes arrondies de couleur irisée, qui se détachent ensuite et viennent s’ouvrir à la surface de l’eau, en donnant naissance à des plantules vertes. Les expériences du Dr Sicard ont de l’intérêt, mais gagneraient beaucoup à être précisées plus scientifiquement.
- Existence de micrococcus et de bactéries sur les murs des salles d’hôpitaux. — Les analyses de l’air et les belles expériences entreprises par M. Pasteur à propos de l’examen de la doctrine des générations spontanées ont démontré que partout dans l’air sont répandus les germes d’organismes inférieurs : micrococcus, bactéries-, etc. Dans un hôpital, l’air contient un nombre plus considérable de ces éléments, et de plus, certains corps spéciaux, globules de pus, spores de parasites épi— physaires, etc., émanant des organismes malades et susceptibles de voltiger dans l’atmosphère, grâce à la légèreté résultant de leur dessiccation. C’est ainsi que vers 1865, M. Broca, ayant fait laver les murs d’une des salles de l’hôpital Saint-Antoine, découvrait des globules de pus dans le liquide exprimé de l’éponge. En 1860, M. Chalvet fut conduit à attribuer à la présence d’une algue microscopique du genre Pahnella la coloration bleue qu’on observe souvent au voisinage des plaies {Bull, de Soc. anatorn., juin 1860). En 1861, le Dr Eisel, de Prague, plaçait entre deux lits, dans une salle occupée par 33 enfants affectés d’ophthalmie purulente, un instrument analogue à l’aéroscope de Pouchet : parmi les corpuscules de l’atmosphère recueillis sur la plaque de verre enduite de glycérine figuraient des globules de pus parfaitement reconnaissables (Wochenbl. der Zeitschr. der Aerzte, 1861, n° 13). A ces faits et à d’autres analogues consignés dans la Dissertation inaugurale du Dr Deville (Rech. sur les êtres organisés de Vair et leur infltience miasmatique, Strasbourg, 1868) vient s’ajouter celui que M. Nepveu, chef de laboratoire de la Pitié, a récemment présenté à la Société de biologie ( Voy. Gaz. méd., Paris, 27 juin 1874, p. 533). Un mètre carré du mur
- le jour de la formation de cet aquarium ; au contraire le 14 elle n’est plus que de 5°, perdant ainsi 1° 9 de salure comparativement au 10. Huit jours après on constate 4° 5 de salure, revenant ainsi, à 0° 2 près, à la salure du point de départ. Les notes journalières recueillies par l’expérimentateur, depuis plusieurs années, prouvent que les eaux de la Méditerranée, mises dans les appareils où des plantes se d'une salle de chirurgie ayant été lavé après ne l'avoir pas été depuis deux ans, le liquide exprimé de l’éponge (30 gr. environ) fut examiné immédiatement après. Il était noirâtre dans toute son étendue et renfermait des micrococcus en très-grande quantité (50 à 60 par champ du microscope), quelques microbactéries ; de plus : des cellules épithéliales en petit nombre, quelques globules de pus, quelques globules rouges, et enfin des masses noirâtres irrégulières et des corps ovoïdes de nature inconnue. L’expérience fut entourée d’ailleurs de toutes les précautions susceptibles d’écarter les causes d’erreurs ; l’éponge employée était neuve, parfaitement lavée dans de l’eau distillée toute récente.
- Cet ensemble de faits donne des indications sur les éléments constitutifs de ce que l’on appelle le poison nosocomial ; il nous permet de comprendre comment le germe d’un grand nombre de maladies se trouve dans l’air des hôpitaux et comment ceux-ci peuvent facilement devenir de véritables foyers d’infection. Bien qu’à un moindre degré, les mêmes conditions peuvent se trouver réalisées dans la pratique civile, surtout en hiver, par suite du séjour prolongé de malades dans les lits entourés de rideaux épais et placés dans des alcôves qu’il est impossible de ventiler suffisamment. {Rev. méd. de l'Est.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 octobre 1876,
- Présidence de M. le vice-amiral I’îms.
- La planète intra-mercurielle. — C’est encore le fameux Yulcain qui fait les frais de la séance, mais sous une forme toute nouvelle. Depuis lundi dernier tout eSt changé. Les observations qui paraissaient les plus précises ont perdu de leur valeur dans une nouvelle discussion, d’autres sont devenues concluantes, qu’on avait à peine remarquées, la périodicité de la rotation est allongée et on pourra se croiser les bras les jours où, la dernière fois, il semblait si utile d’observer le soleil.
- La méthode suivie par M. Le Verrier dans ces importantes recherches est des plus remarquables et c’est un vrai plaisir de le voir déduire les faits et discuter la valeur des observations. Il élimine successivement toutes les mauvaises et finalement il en retient cinq dont les caractères sont en effet bien remarquables.
- Trois sont du mois de mars, ce sont :
- 1849, mars, 12, Sidebotham. m
- 1866, mars, 20, Lummis.
- 1859, mars, 26, Lescarbault.
- Et deux sont d’octobre ; ce sont s
- 1802, octobre 10,Fntsche.
- 1839, octobre 2, Decuppis.
- En combinant les cinq observations, on arrive à représenter l’orbite avec une précision incomparablement plus grande que celle fournie par les observations discutées précédemment. La formule que voici :
- V = 126°4 10°.901.64 t — 1°7 cos v,
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- où t représente le nombre de jours écoulés depuis 1750, donne les positions de l’astre à 1/2 degré près. La révolution du nouveau Vulcain est de
- 55 jours, 0225
- l’excentricité est très-faible, ce qui est une bonne condition pour rendre compte des faits observés et la distance égale à 0.205 représente le cinquième de celle qui nous sépare du soleil.
- Résumant son intéressant travail, M. Le Verrier dit : « Je ne puis m’imaginer que ce ne soit pas là la vérité. » On pourra prochainement en avoir un contrôle direct.
- Petites planètes. — Deux nouveaux mondes de la grande famille planétaire comprise entre les orbites de Mars et de* Jupiter réclament leur état civil. Provisoirement on leur donne simplement les numéros matricules 168 et 169. La première est présentée par l’observatoire de Washington; l’autre par M. Prosper Henry de Paris.
- Extraction du gallium. — Poursuivant ses études sur le métal auquel il a donné le jour, M. Lecoq de Bois-baudrant annonce qu’il est parvenu à simplifier et à abréger beaucoup le mode de préparation du gallium. Le précipité gélatineux donné par le zinc dans la solution acide du minerai naturel est dissous dans l’acide chlorhydrique et traité par l’hydrogène sulfuré. Le carbonate de soude ajouté par portions dans la liqueur filtrée permet d’isoler les oxydes auquel le gallium est associé. Ceux-ci transformés en sulfates abandonnent à l’eau chaude le sous-sel de gallium d’où l’oxyde de ce métal est précipité par un courant prolongé d’acide carbonique. Il n'y a plus alors qu’à le purifier.
- Le Maïs contre le phylloxéra. — Dans une lettre adressée à M. Dumas, M. Gâchez assure que les vignes dans les rangs desquelles on sème du maïs rouge sont complètement préservées du phylloxéra. L’insecte abandonnerait la vigne pour se précipiter en masse sur les racines du maïs. Voilà qui vaut évidemment la peine d’être vérifié.
- . Machine solaire. — M. Mouchot place sur le bureau de l’Académie une nouvelle disposition de sa machine solaire dont nos lecteurs ont eu précédemment la description. L’appareil est surtout destiné cette fois à réaliser des distillations. En un quart d’heure elle convertit 1 litre de vin en eau-de-vie qui, dit l’auteur, loin de posséder le goût désagréable de l’alcool retiré du vin par les procédés ordinaires, offre au palais surpris la saveur du meilleur kirsch. En mettant des fleurs dans la chaudière on fait des essences et des parfums, et avec de l’eau seule, qui se volatilise, on peut chauffer une petite cuisine américaine et préparer tout un dîner.
- Reproduction du phylloxéra. — Il y a déjà longtemps que M. Lichtenstein a combattu M. Balbiani disant que le phylloxéra des racines, abandonné à lui-même, c’est-à-dire privé du concours du phylloxéra ailé, disparaîtrait bientôt. Le savant professeur du Collège de France demandait des preuves à l’observateur de Montpellier. Celui-ci en apporte aujourd’hui. Deux phylloxéras aptères, datant de novembre dernier, furent placés en avril dans des conditions favorables. En mai, ils donnent des œufs parthénogéniques et meurent. Les petits éclos au bout de 8 à 9 jours subissent leur mue, pondent à leur tour, etc., et à 1 heure actuelle M. Lichtenstein a obtenu 6 générations successives de plus en plus abondantes non-seulement parce que les parents sont chaque fois plus nom-
- breux mais parce que la fécondité paraît augmenter chaque fois. Les phylloxéras aptères sont maintenant au nombre de plusieurs milliers. Parmi eux il n’y a que douze insectes ailés, lesquels ne peuvent déposer sur les feuilles que douze œufs. Il en résulte donc que si, suivant les conseils de M. Balbiani, on se bornait à écorcer et à couler feuilles et sarments on ne ferait éprouver au parasite qu’un dommage insignifiant. C’est sur les racines qu’il faut agir, exactement comme lorsqu’on veut débarrasser, un champ du chiendient qui l'infeste; la faucliaison des graines ne produit rien en comparaison de l’arrachage total. Stanislas Meunier.
- EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- PRODUITS DES FORGES DE LA SUÈDE.
- Nous empruntons au Scientific American, de New-York, la représentation d’une curiosité qui a le pri-
- Curieuse statuette, construite avec des clous de Ter.
- vilége d’attirer l’attention des visiteurs de l’Exposition universelle de Philadelphie. C’est une statuette représentant très-fidèlement un renne, et qui offre cette singularité d’être construite par des forgerons suédois, au moyen de clous de fer qu’ils ont fabriqués. Cette petite statuette métallique est une véritable mosaïque, où il n'entre pas d’autres matériaux que des clous de différentes dimensions. Les yeux de l’animal sont formés par la tête ronde d’un clou brillant, autour duquel rayonnent d’autres clous et ainsi de même pour le reste de l’œuvre. Croirait-on que cet objet bizarre est un des succès de l’Exposition et que les visiteurs se pressent en foule pour le considérer ?
- L’exposition des forges de la Suède offre d’ailleurs un grand intérêt et présente de nombreux spécimens de pièces de fer, de remarquable qualité.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandikf. Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- N° 176. — 14 OCTOBRE 1 876.
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- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences,
- Session de Clermont-Ferrand1.
- LES EXCURSIONS.
- On conçoit que, malgré l’intérêt des établissements
- industriels de Clermont-Ferrand et des principales villes avoisinantes, la plus grande partie des membres du Congrès devaient se trouver plus particulièrement attirés vers les incomparables curiosités naturelles de l’Auvergne, vers ses chaînes de montagnes étranges, que dominent, çàetlà, les cratères, aujourd'hui verdoyants, de volcans éteints. Le nombre des
- Vue de la chaîne des Puys, en Auvergne, prise du Pny des Gouttes. (Dessin de M. de Bérard, d’après son panneau destiné à la galerie
- de minéralogie du Jardin des Plantes).
- excursions a été considérable, aussi ne pourrons-1 Suite. Yoy. p. 186, 218 et 231. année. — 2° semoslre.
- nous les énumérer que d’une façon sommaire, mais nous reproduirons tout d’abord, d’après M. Poulett
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- Scroppe, qui a attaché son nom à l’étude des volcans, quelques renseignements sur les points les plus caractéristiques du terrain de l’Auvergne1.
- La Limagne d’Auvergne, dit le géologue, est une grande vallée-plaine d’environ 32 kilomètres de large et de 40 kilomètres de long. Son sol, à l’exception des collines calcaires, consiste en un alluvium formé principalement parles débris roulés des roehés granitiques de trachyte et de basalte, à travers lesquels l’Ailier creuse encore son lit pour la plus grande partie dans son cours du nord au sud. Ces plaines, au milieu desquelles est situé Clermont, se terminent à la base de la ligne des montagnes volcaniques que l’on nomme puys dans le pays et qui s’élèvent sur la surlace du plateau, suivant une ligue presque exactement dirigée du nord au sud.
- La chaîne des puys comprend à peu près 60 montagnes volcaniques, plus ou moins considérables, dont quelques-unes se groupent en contact immédiat, les unes avec les autres, tandis que d’autres fois, un intervalle considérable les sépare. Le tout joint aux scories et aux cendres volcaniques qui couvrent la plaine autour d’elles et entre elles lorme une crête dentelée et irrégulière dirigée du nord au sud, et d’environ 30 kilomètres de long sur 3 kilomètres de large.
- A l’exception de cinq parmi lesquelles le Puy-de-Dôme lui-même, la plus élevée et la plus proéminente, toutes ces montagnes sont des cônes volcaniques d’éruption dont l’origine paraît récente. Leur élévation varie entre 150 et 300 mètres au-dessus de leur base. Elles sont couvertes d’un gazon serré en brin de bruyères et quelques-uns par d’épaisses forêts de hêtres, jadis beaucoup plus abondantes.
- Ces cônes paraissent entièrement et uniformément composés de scories incohérentes de blocs de lave, delapiRo et de pouzzolane, avec des fragments accidentés de domite et de granité. Leur forme est plus ou moins celle d’un cône tronqué et leurs lianes s’élèvent sous un angle qui oscille autour de 30 degrés. Le cratère est souvent parfait et il faut alors gravir la montagne pour l’observer. Fréquemment cependant il s’est formé sur un de ses bords une échancrure par où la lave s’est échappée, évidemment par suite de la pesanteur et du choc de cette matière, alors qu’elle était poussée hors de l’orifice volcanique à l’état de fusion après la formation du cône.
- Le puy de Dôme, comme le dit Ramond, est « le géantde la chaîne. » Il dépasse de beaucoup par sa mas se et par son élévation les nombreuses sommités qui, à partir de sa base, s’étendent vers le nord et vers le sud. Sa hauteur au-dessus dé la mer est de 1468 mètres et au-dessus de sa base d a peu près 500 mètres, ses flancs présentent une inclinaison, qui varie de 30 degrés à 60 degrés. 11 est entièrement formé de cette variété de trachyte à laquelle on a donné le nom de
- 1 Géologie et volcans éteints du centre de la France, par G. Poulett-Serope, traduit de l’anglais par Fil. Yimonl.— Clermont-Ferrand, 1806
- domite, parce qu’on lui supposait un caractère minéralogique particulier.
- Le puy de Corne s’élève un peu à l’ouest. Il est remarquable par la régularité de sa forme conique, par sa hauteur qui est de plus de 300 mètres au-dessus de la plaine environnante, de laquelle il s’élance majestueusement sous un angle d’environ 55 degrés, et par-dessus tout par les prodigieuses dimensions de la coulée qu’il a vomie.
- Le puy Pariou est encore un des cônes les plus réguliers et les plus considérables de la chaîne. Le cratère a la forme d’un cône renversé. Il est revêtu jusqu’au fond par du gazon et c’est un spectacle quelque peu singulier que de voir un troupeau de bêtes à cornes paissant tranquillement sur l’orifice d’où sont sorties de si furieuses explosions. Sa profondeur est de 96 mètres et sa circonférence de 960 mètres.
- Notre première gravure représente quelques-uns de ces cônes remarquables. Le puy de Dôme les domine tous ; on l’aperçoit, au dernier plan du dessin: le puy Pariou s’aperçoit en deçà du puy de Dôme et le puy de Corne apparaît à droite affectant la forme d’un grand pain de sucre. Ces différents sommets ont pu être visités par quelques membres du Congrès, lors de l’inauguration de l’observatoire météorologique; mais tous ceux qui ont gravi le puy de Dôme les ont considérés de loin, à l’état de panorama naturel, du plus saisissant aspect.
- Le dimanche, 20 août, plusieurs excursions ont eu lieu, à Volvic, à Thiers, à lssoirc, etc. La première excursion était la plus nombreuse et ne comptait pas moins de 104 personnes. La matinée se passa à visiter les carrières de Volvic et le curieux puy de la Nugère.
- C’est un cône volcanique qui montre des trous de plusieurs cratères dont le principal est un bassin oblong, large et profond. 11 envoie une masse de lave vers le nord-ouest. De nombreux orifices moins considérables semblent avoir été en éruption en même temps eL après avoir formé en commun la saillie nord-est de la montagne ; ils paraissent avoir fourni un autre puissant courant de lave qu’on voit se précipiter en une large cascade au bas de ses flancs escarpés, et qui, entourant une éminence de granité par laquelle le courant a été arrêté et divisé, va rejoindre la première coulée. Ces deux laves inondent ensemble une vallée considérable, et, s’en échappant par un étroit défilé, descendent sur l’emplacement du bourg de Volvic ; là elles ont été soit arrêtées, soit recouvertes par une coulée moins ancienne, due au puy voisin delà Bannière.
- La roche de la Nugère a été exploitée depuis trois ou quatre cents ans et est employée comme la principale pierre à bâtir de la contrée sous le nom de pierre de Volvic (Voy. gravure p. 5U8). Elle est remplie de cellules nombreuses et irrégulières, allongées dans la direction du courant et contient une forte proportion de feldspath, tellement qu’elle se rapproche par ses caractères du trachyte.
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- En effet, on la distingue difficilement de quelques trachytes du mont Dore et elle a une grande ressemblance avec la roche de lave meulière du Nei-dermenniog, près du lac de Laach dans l’Eiffel, aussi bien qu’avec quelques laves italiennes, spécialement celle qui est exploitée près de Camaldoli, et qu’on emploie beaucoup à Naples. Sa couleur est grisâtre, et on la taille avec facilité. Les fissures occasionnées dans la niasse par le retrait sont rares et distantes : aussi peut-on en extraire des blocs de grande dimension. Ces fissures sont fortement tapissées de fer spéculaire, qui est en outre disséminé en quantité à travers les pores de la roche1.
- Après la descente du cratère, la commune de Vol-vic offrit aux excursionnistes un déjeuner froid servi dans une délicieuse prairie que de grands châtaigniers abritaient de leur ombrage, puis au dessert, on ne voulut pas laisser partir les membres du Congrès sans leur montrer la bourrée, cette danse caractéristique de l’Auvergne, et plusieurs couples de jeunes villageois, exécutèrent les pas de la bourrée simple et de la bourrée carrée, accompagnés des refrains de chansons patoises.
- On visita Yolvic et les produits de l’industrie du pays, blocs de lave taillés et sculptés, le musée de sculpture installé à l’école des Frères, on monta au vieux château de Tournoël ; on en redescendit pour gagner Riom, après avoir parcouru sur la route les magnifiques gorges d’Enval, un des plus beaux sites de l’Auvergne. A Riom, les membres du Congrès reçurent un accueil chaleureux et enthousiaste. La population tout entière était sur pied, les arcs de triomphe dominaient la foule de leurs oriflammes, le maire de la ville, accompagné du Conseil municipal et de toutes les autorités, reçut les membres de l’Association française et les invita à la fête qui fut donnée en leur honneur au musée de la ville.
- Pendant cette même journée, un autre groupe d’excursionnistes visita la ville de Tliiers, ses fabriques de coutellerie, ses usines de papier et le bel observatoire de M. Pine-Chapet, installation remarquable au sujet de laquelle nous nous proposons de donner plus tard quelques détails spéciaux.
- L’excursion d’Issoire offrit aussi, aux membres du Congrès qui l’exécutèrent, le spectacle d’un grand nombre de curiosités remarquables ; les flancs de la montagne Perrier, percés de trous comme un vaste guêpier, grottes superposées .en étage, façonnées de main d’homme, inaccessibles en apparence et cependant encore occupées par quelques rares continuateurs des anciens habitants ; les énormes rochers qu’a semés sur une pente boisée, en 1737, l’ébou-./emcnt de Pardines, quelques-uns hauts de 40 mètres, se dressant à pic, isolés au milieu d’une riante végétation, muets témoins d’un récent cataclysme ; le pont de Meilhaud qu’a traversé François Ier et plus loin, au-dessous des ruines du château de Ram-baud, l’étrange source minérale suspendue en sta-
- 1 Poulett-Scrope, ouvrage précédemment cité.
- ladites au flanc de la hauteur et qui avait formé de son côté sur la rivière, par ses dépôts successifs, un pont naturel de travertin, dont les attaches sont encore existantes ; le point extrême de la cheyre de Montchal, cette puissante coulée de lave venue de deux lieues, mais arrêtée par la Couze, non sans une lutte terrible qui a fait ressauter en écume basaltique les roches que le volcan précipitait sur la rivière.
- On visita encore les moines rouges de Coteuge, un des plus singuliers spectacles qu’on puisse voir : figurez-vous une procession confuse de pénitents d’argile ocreuse, longs, maigres et encapuchonnés, ou bien encore un dédale de pagodes indiennes à clochetons bizarrement découpés ; c'est la pluie, paraît-il, qui a été le sculpteur de cet immense bas-relief; elle y a creusé des ravines qui paraissent systématiques et architecturales, laissant à nu des colon-nettes décharnées, des statues informes, échappées à l’érosion1.
- Comme nous l’avons dit précédemment, d’autres excursionnistes se rendirent à Vichy, ils parcoururent l’établissement thermal, la fabrique de carbonate de soude, etc.
- Pendant que la plupart des membres de l’Association française s’acheminaient vers le Casino et le somptueux déjeuner que leur offrait la municipalité de Vichy, un certain nombre de géologues, se ralliant sous l’habile direction de M. Julien, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Clermont, partaient pour l’Ardoisière.
- Là ils se dirigeaient vers le terrain carbonifère qui leur réservait des plaisirs, qui, pour être dédaignés de beaucoup, n’en sont pas moins goûtés des fidèles. Le chemin ressemble un peu au chemin du paradis ; il est abrupt et broussailleux ; mais au bout, quel dédommagement!
- Lorsque les premiers coups de marteiu montrent presque sur chaque fragment de roche un fossile carbonifère, la fatigue disparaît; le géologue, le marteau à la main, est comme le soldat au feu. Ce gisement découvert et bientôt étudié par M. Julien est d’une richesse admirable; chacun des touristes récolte de nombreuses espèces.
- On revient à l’Ardoisière et on reprend les voitures. Au retour, les excursionnistes s’arrêtent plusieurs fois ; cette vallée de l’Ardoisière, si pittoresque pour le touriste, n’est pas moins riche pour le géologue et le minéralogiste. Auprès des Grivats, on va explorer le filon de spath fluor et de barytine dont l’exploitation a été tentée jadis ; de beaux échantillons de fluorine jaune de miel et de barytine cristallisée sont recueillis. Les géologues récoltent encore les porphyres de Cusset, et rentrent à Vichy, pour retrouver tout le reste de l’excursion, et reprendre le train qui doit les ramener à Clermont.
- Tandis qu’une grande partie des membres du Congrès prenaient part aux excursions officielles que nous venons de décrire, les anthropologistes, sous la
- i 1 Moniteur du Puy-de-Dôme. Août 187o,
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- conduite du savant docteur Pommerol, se rendaient à Villars pour y étudier les remarquables habitations en pierres sèches qui y ont été construites à une époque ancienne, mais encore indéterminée, par une population refoulée.
- Ces habitations très-remarquables construites sur une cheyre d’un accès peu aisé portent encore dans les environs le nom de caches et d’ancien village.
- Nous sommes heureux, dit le rédacteur du Moniteur du Puy-de Dôme, que cette antique cité, une des principales curiosités du département, ait été visitée par des savants tels que MM. Broca, Pouchet,
- Topinard, Hovelaeque, Girard de Rialle et de Mortil-lét.
- Après avoir étudié en détail les curieuses habitations dont nous venons de parler, les anthropologistes ont été visiter le menhir qui se trouve sur la place du village de Villars et qui est surmonté d’une croix comme presque tous les monuments mégalithiques.
- L'excursion s’est ensuite partagée : une partie est revenue à Clermont avec M. le docteur Pommerol, tandis que quelques anthropologistes déterminés, entre autres le savant docteur Topinard et M. le doo-
- Les carrières de Yolvic, en Auvergne. (D'après une photographie.)
- leur Collineau, se sont engagés dans la montagne, guidés par M. Roujou, professeur à la Faculté.
- M. Roujou leur a fait voir les belles et intelligentes populations de Lasehamps et de Fonlfreyde. Ces messieurs ont été profondément surpris de la beauté remarquable du type de Fontfreyde qui peut supporter sans désavantage la comparaison avec les plus belles races du nord-est de la France et de l’Allemagne Les cheveux sont du plus beau blond, les yeux bleus de cobalt, la peau remarquablement blanche, le front large et élevé.
- Ces messieurs se sont rendus de là à Ceyrat où ils ont constaté qu’un type voisin de celui de Font* freyde tendait à se répandre et à prédominer. De Ceyrat, ils ont gagné Boisséjour où une petite population basanée, très-noire et très-inférieure était
- jadis nombreuse, mais, à leur grand étonnement, ils n’ont pu en retrouver que deux ou trois représentants; les habitants actuels, depuis qu’ils se mélangent, prennent le type de Ceyrat, et, des femmes, à qui on demandait ce’ qu’était devenue l’ancienne population répondirent qu’elle avait presqu’entière-ment disparu et qu’il ne naissait presque plus d’enfants de ce type.
- Nous constatons avec plaisir ce développement progressif des populations supérieures dans le département du Puy-de-Dôme. Ici comme partout la grande loi du progrès assure le triomphe des plus intelligents et des mieux doués, et promet à notre pays un splendide avenir.
- M. Roujou tenait à montrer aux anthropologistes combien sont faux les préjugés répandus contre le
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- département du Puy-de-Dôme par des esprits superficiels, qui ne jugent des races du pays que par quelques villages arriérés situés dans les gorges, quelques-uns même aux environs de Clermont, et où la race primitive compte encore quelques représentants.
- Ces observateurs n’avaient pas remarqué deux faits capitaux :
- 1° Que les types inférieurs ne sont relativement nombreux que sur quelques points :
- 2° Que dans ces localités même ils disparaissent rapidement sous l’influence du mélange et de la civilisation.
- Le lendemain de cette journée si bien remplie du 20 août, les membres du Congrès purent assister à leurs séances de sections ou suivre l’excursion des géologues à Issoire et à Perrier. Nous en empruntons le récit à un des excursionnistes.
- Nous partons à neuf heures pour Issoire, avec M. Julien, qui se multiplie pour montrer à tous ceux qui en sont curieux les richesses géologiques de notre sol. A Issoire, après avoir admiré, comme il convient, l’église romane, nous nous embarquons en voiture pour Pardines.
- Là, nous montons sur le plateau. Ce plateau, à
- Vue du lac Cbauibon, en Auvergne. (D’après une photographie.)
- l’altitude de 600 mètres, qui s’étend de Pardines à Perrier et au delà, est formé par le calcaire à hym-nées qui constitue le fond de la vallée. Au-dessus de ce calcaire, s’étendent les sables pliocènes, dans lesquels ont été découverts de nombreux ossements de mammifères, et des conglomérats formés de roches provenant du mont Dore. A la partie supérieure, formant en quelque sorte la table qui a préservé de 1 érosion les terrains meubles immédiatement inférieurs, on voit, vers Pardines, des basaltes en couches puissantes, qui, sous l’action atmosphérique, s’éboulent sans cesse dans la vallée. Des quartiers de roche immenses sont séparés du massif principal par des crevasses recouvertes çà et là de terre végétale, constituant des passages très-difficiles Plus loin, du côté de Perrier, les basaltes supérieurs
- font place à des couches formées de trass du mont Dore cimentant des blocs énormes de trachytes. On y voit des traces des anciens glaciers de l’Auvergne, contemporains de la période tertiaire; nous n’avons pas tardé à trouver en effet un bloc considérable de basalte, aussi nettement strié que s’il avait passé par les glaciers des Alpes.
- Sous la menace d’un orage imminent, nous descendons la côte de la montagne de Pardines, non sans regarder le terrain et en rapporter de bons échantillons.
- Le mardi 22 eut lieu l’inauguration de l’Observatoire du Puy-de-Dôme dont nous avons parlé précédemment.
- Les excursions finales ont commencé le 26 août et ont duré plusieurs jours : elles étaient au nom-
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- bre de trois.f Les premiers excursionnistes ont visité, sous les auspices de M. Yimont, le mont Dore, la station de la Bourboule et les admirables sites qui font de ces points les plus beaux peut-être de l’Auvergne. Ils sont revenus par le lac Chambon, dont nous donnons une gravure (p. 309) visitant le château de Murols, les eaux minérales de Saint-Nectaire et Issoire. Les seconds excursionnistes ont traversé le massif du Cantal, les autres ont visité le Puy. Si nous ajoutons que plusieurs excursions spéciales ont eu lieu pour les botanistes du Congrès, sous la direction de M. Martial Lamotte, que les agronomes ont visité une fabrique de sucre, les chimistes les mines de plomb argentifère de Pontgibaud, l’usine à caoutchouc de Blanzat, on comprendra qu’il nous est impossible de donner une description, si sommaire quelle soit, de ces nombreuses visites ; mais leur seule énumération suffit pour faire comprendre de quel puissant intérêt a pu être la session de l’Association française à Clermont-Ferrand.
- Si nous ajoutons que la ville de Clermont elle-même a fourni aux savants du Congrès l’occasion de connaître un grand nombre d’établissements importants, le musée Lecoq, le musée Bouillet, la fontaine de Sainte-Allyre, etc., etc., que les séances de sections, ayant lieu tous les jours, ont été remplies de discussions intéressantes et de communications souvent importantes, que des conférences publiques, parmi lesquelles nous mentionnerons tout particulièrement celle de M. Wurtz, ont été suivies par de nombreux auditeurs; que les autorités et les habitants de la ville et des régions d’alentour ont donné à tous le plus sympathique témoignage d’une cordialité touchante et d’une hospitalité peu commune, on concevra que le souvenir du Congrès de Clermont-Ferrand restera longtemps gravé dans la mémoire de tous ceux qui y ont pris part.
- — La lin prochainement. —
- LE GALLIUM
- DE M. LECOQ DE BOISBAUDRAN
- ET L’EKAALUMINIUM
- DE M. MENDELEEF.
- Nous avons parlé précédemment de la découverte du Galliuml, en prenant soin de rester dans le domaine des faits. La discussion de certaines données théoriques d’une haute importance, auxquelles l’apparition du nouveau métal apportait une signification particulière, nous semblait alors prématurée.
- Depuis les derniers résultats obtenus par M. Lecoq de Boisbaudran, sur les propriétés du gallium, il n’est plus permis de rester sur la réserve en ce
- 1 \oy. 1876, premier semestre, p. 193,
- qui concerne les travaux de l’éminent savant russe, M. Mendeleef.
- En 1869, M. Mendeleef publia dans le Journal de la Société chimique russe, puis un peu plus tard (i'STl) dans les Annales de Liebig (supplément Band VIII, p. 133), un mémoire remarquable qui à cette époque passa presque inaperçu et dans lequel il énonça la loi suivante : Les propriétés des corps simples, la constitution de leurs combinaisons, ainsi que les propriétés de ces dernières, sont des fonctions périodiques des poids atomiques des éléments.
- Sans nous engager dans l’étude et la discussion des théories générales du savant russe, il nous suffira de dire que M. Mendeleef qui paraissait à dessein cacher quelques points de son système dans l’obscurité, n’en concluait pas moins qu’il existait des lacunes dans le système des corps simples connus, et il définissait avec hardiesse les propriétés de quelques-uns de ces futurs éléments ainsi que celles de leurs composés. Parmi les groupes qu’il établissait M. Mendeleef trouvait une lacune dans ceux de la 5e série. Il désignait sous le nom à'ekaalumi-nium l’élément à découvrir.
- On va voir que le gallium offre des analogies frappantes avec ce métal hypothétique, dont M. Mendeleef a jadis prévu l’existence, mais il nous faut auparavant, pour donner de la clarté à ce qui va suivre, nous arrêter sur les récents travaux de M. Lecoq de Boisbaudran.
- M. Lecoq de Boisbaudran est parvenu à préparer plus de cinq décigrammes de gallium. A l’état liquide ce métal, dont le point de fusion paraît être définitivement de 30°,15, est d’un beau blanc d’argent; mais en cristallisant il prend une teinte bleuâtre très-prononcée et son éclat diminue notablement. En opérant convenablement la solidification du gallium surfondu, on obtient des cristaux isolés : ce sont des octaèdres basés, que M. Lecoq de Boisbaudran s’occupe de mesurer.
- Nous arrivons à présent au point important, la densité du gallium. Voici ce que dit à ce sujet M. Lecoq de Boisbaudran :
- « En mai 1876, j’essayai de mesurer la densité du gallium sur un échantillon de 6 centigrammes; j’obtins 4,7 à 15 degrés (et relativement à l’eau à 15 degrés). La moyenne des densités de l’aluminium et de l’indium étant 4,8 (à 5,1), le poids spécifique provisoirement trouvé pour le gallium paraissait pouvoir s’accorder assez bien avec une théorie plaçant ce métal eutre l’indium et l’aluminium. Cependant les calculs établis par M. Mendeleef pour un corps hypothétique qui semble correspondre au gallium (du moins d’après plusieurs de ses propriétés) conduisaient au nombre 5,9.
- « Le gallium cristallisé sous l’eau, décrépite quelquefois quand on le chauffe. Peut-être mon premier métal contenait-il des vacuoles remplies d air ou d’eau. J’ignore si cette cause d erreur s est jointe ou non à d’autres pour fausser ma première
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- détermination; quoi qu’il en soit, je l’évitai depuis en chauffant fortement le métal et le solidifiant dans une atmosphère sèche. J’obtins alors des densités plus élevées, variant néanmoins de 5,5 à 6,2 tant que le poids des prises d’essai ne dépassa pas quelques centigrammes.
- « Je viens enlin d’opérer avec 58 centigrammes de gallium provenant de la réunion de six échantillons. »
- Les moyennes des deux expériences très-concordantes, faites à deux reprises différentes par le savant chimiste, ont donné 1° : 5,955, 2° : 5,956,
- a II n’est pas besoin d’insister, je crois, ajoute M. Lecoq de Boisbaudran, sur l’extrême importance qui s’attache à la confirmation des vues théoriques de M. Mendcleef concernant la densité du nouvel élément. »
- On reste en effet frappé d’étonnement quand on compare les propriétés du métal que M. Mendeleef décrivait comme devant exister, avec celles du gallium, actuellement mis au jour.
- M. Mendeleef disait en 1869 : L'ékaaluminium aura un oxyde de la forme El2 O3 (l’oxyde de gallium est Ga203); sa densité sera 5,9 (celle du gallium vient d’être trouvée, 5,9) ; il sera presque fixe et fondra à.une température assez basse (le gallium est fixe et fond à 50 degrés). M. Mendeleef annonçait en outre que l’élément futur, volatil et prenant place par ses propriétés entre l’aluminium et l’indium serait découvert par l’analyse spectrale (le gallium a été découvert par l’analyse spectrale).
- Si les théories de M. Mendeleef présentent encore des points obscurs, la découverte du gallium vient leur donner une confirmation trop sérieuse pour qu’elles ne soient considérées dès à présent comme une des conceptions les plus remarquables de notre époque.
- Hâtons-nous d’ajouter que les prévisions de M. Mendeleef ne diminuent en rien le mérite de M. Lecoq de Boisbaudran. D’ailleurs, le chimiste français n’a pas fait sa découverte au hasard, d’une façon fortuite ; lui aussi il a prévu l’existence du gallium ; il ne l’a isolé qu’au prix de travaux persévérants de dix années. Après avoir étudié et comparé les spectres des différents métaux, il est parvenu par des considérations d’un ordre des plus élevés à soupçonner l’existence d’un métal voisin de l'aluminium et de l’indium ; il a cherché ce nouvel élément; il a trouvé le gallium.
- Cette découverte prend donc actuellement un caractère d’une importance capitale. L’apparition du gallium, ainsi comprise, ouvre à la science de nouveaux horizons. De même que l’astronomie révèle, par le calcul, l’existence des planètes ignorées, la chimie, s’appuyant sur des conceptions purement théoriques, peut aussi dévoiler celle des éléments, avant qu’on ait imaginé les réactions destinées à les faire connaître.
- Gaston Tissandier.
- LES UNIVERSITÉS ALLEMANDES
- Jetez-vous un coup-d’œil sur le vaste programme des matières enseignées dans les universités allemandes, vous serez frappé d’étonnement. Sauf dans les écoles de Paris qui comptent encore parmi les premières du monde, la plupart des facultés des sciences et des lettres en France ne comptent que cinq professeurs. Il y en a cent trente-cinq à l’Université de Berlin, soixante-dix à l’Université de Kœnigsberg, contre trois cent quarante-huit dans toutes les facultés des quinze divisions académiques de la France, en 1870. La faculté des sciences et la faculté des lettres de Strasbourg, plus favorisées que d’autres, avaient alors treize professeurs, contre trente-six à la faculté de philosophie et des sciences de l’Université actuelle. L’Université actuelle compte un total de quatre-vingts professeurs répartis entre les cinq facultés de théologie, de droit, de médecine, de philosophie, des sciences naturelles et mathématiques. Chaque faculté composée de l’ensemble des professeurs ordinaires élit son doyen; les facultés réunies nomment ensemble le recteur de l’Université et se prononcent sur les changements à introduire aux statuts. Les fonctions du recteur et des doyens durent une année. A côté du recteur, il y a encore le sénat et la chambre disciplinaire. Le sénat surveiUe avec le recteur la marche de l’institution : il comprend outre les doyens de chaque faculté un délégué choisi parmi les professeurs de la faculté. La chambre disciplinaire, composée du recteur, du prorecteur et d’un syndic pris dans la faculté de droit, règle les questions de police intérieure. Une commission administrative spéciale gère les biens de l’Université sous réserve de faire connaître les résultats de sa gérance à la cour des comptes de l’empire. En ce qui concerne les études, les professeurs ordinaires et extraordinaires de chaque faculté doivent passer en revue, dans le délai de trois semestres, toutes les branches essentielles de l’enseignement. Tous les professeurs en titre des facultés ont à soumettre au doyen le programme de leurs cours, la faculté dans son ensemble devant se prononcer sur les compléments ou les modifications à faire au plan des lectures.
- Cette année même la Prusse consacre à l’entretien de ses neuf universités 6577397 marcs ou 8221 746 francs, dont 4 820 841 marcs, ou 6 026 050 francs, fournis par la caisse de l’État. En France, le budget de 1870 attribuait au service des facultés une somme totale de 4 215 521 francs seulement. Pour l’Alsace-Lorraine le crédit mis à la disposition de l’Université de Strasbourg, en 1876, s’élève à 194 690 marcs ou 1 118 562 francs. Eu égard à la population, la dépense respective par tête d’habitant est fr. 0,70 en Alsace-Lorraine; 0,12 en France; 0,53 en Prusse.
- Sur le total de 194 690 marcs pour l’Université de Strasbourg, il y a 872 740 de dépenses ordi-
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- naires et 21 950 de dépenses extraordinaires, celles-ci attribuées à l’installation des laboratoires et des instituts. La caisse de l’empire contribue aux dépenses pour une somme de 400 000 marcs en 1876, somme à laquelle il faut ajouter 47 457 marcs de recettes ordinaires, non compris la rétribution des cours payée aux professeurs par les élèves. Les recettes ordinaires comprennent 22 425 marcs provenant de fondations; 15 480 marcs provenant de droits d’immatriculation et d’examen ; 6832 marcs provenant d’indemnités diverses et d’abonnement à la salle de lecture de l’Université; 2100 marcs supplément au traitement du pvolesseur chargé du levé géologique du pays et 600 marcs supplément au questeur et au caissier pour le service de la bibliothèque. Eu Prusse, le produit des fondations en 1876 donne une recette de 843 319 marcs pour l’ensemble des neuf universités, dont 414 596 marcs pour la seule université de Greifswald, et 63 883 marcs à l’Université de Kœnigsberg pour stipendes à 87 étudiants pauvres. A Strasbourg les stipendes coûtent par année 19 625 marcs, mis à la disposition du sénat, chargé de les répartir suivant les demandes que chaque étudiant de l’Université a droit de lui soumettre. La rétribution régulière des professeurs s'élève à 512 600 mares non compris le traitement éventuel payé directement aux professeurs par les élèves pour chaque cours, pour 56 professeurs ordinaires, 19 professeurs extraordinaires, 3 lecteurs et 2 autres maîtres ; la rétribution du personnel administratif à 50 240 marcs ; les frais de matériel à 46 325 marcs ; la dotation des instituls, des cliniques et des séminaires à 240 810 marcs; les prix annuels mis au concours 3300 m. Sur les frais du personnel administratif il y a 3000 m., traitement du curateur; 3600 marcs suppléments au recteur et aux doyens des facultés; 5100 marcs au secrétaire de l’Université; 5100 marcs au questeur-trésorier; 4500 marcs au secrétaire du curateur contrôleur de la caisse; 2100 marcs au commis de la chancellerie et au commis de la caisse; 7570 marcs pour promotions au doctorat; 6000 marcs pour travaux extraordinaires, etc., etc.
- Quelques détails sur la dotation des instituts, des cliniques et des séminaires attachés aux diverses chaires trouveront ici leur place et ne seront pas sans intérêt. On n’a pas consacré moins de 5 308 080 francs pour l’installation première de l’Université et de ses annexes de 1872-1876. Cette année même le budget d’Alsace-Lorraine leur accorde 240 810 marcs pour dépenses ordinaires et 21 950 marcs pour dépenses extraordinaires, soit ensemble 262 860 marcs ou 328 450 francs. Contre 262 760 marcs attribués en 1876 aux instituts et aux laboratoires de l’Université de Strasbourg, 668 879 marcs inscrits au même titre sur le budget de la Prusse pour l’Université de Berlin; 306 746 marcs pour l’Université de Kœnigsberg; 338 764 marcs pour l’Université de Bonn.
- Ces chiffres n’ont pas besoin d’autre commentaire. J’ajouterai seulement en manière de comparaison que pour un crédit annuel de 328 450 francs attribués aux laboratoires et aux collections de l’Université de Strasbourg, bibliothèque non comprise, le total des sommes portées au budget de 1871 en France pour entretien et renouvellement des collections, établissement des laboratoires, frais de manipulation et de cours de toutes les facultés des sciences, des facultés de médecine et des écoles supérieures de pharmacie du pays enlier ne dépassent pas 341 000 francs. Dans les principaux établissements du haut enseignement en France les instruments du travail manquent ou sont beaucoup trop restreints;... dans l’état actuel de la science, l’enseignement oral ne suffit plus. Sous peine de déchéance, l’enseignement doit s’appuyer sur l’expérimentation, sur les exercices pratiques du laboratoire, travail également indispensable pour les élèves comme pour les maîtres, et sans lequel il n’y a point de progrès possible1. Charles Ghai».
- LE GRAND ORGUE DE PRIMR0SE-HILL
- A LONDRES.
- Jusqu’ici, c’est principalement dans l’Europe continentale que les amateurs de l'orgue, ce roi des instruments, ont dû chercher les plus beaux spécimens de ces puissantes machines harmoniques et mélodiques. Bien que Londres ait d’innombrables églises et chapelles et des orgues par centaines, il en est à peine un qui soit digne de fixer l’attention de l’étranger. Deux ou trois instruments, remarquables par leurs vastes proportions et accessibles au public, les orgues d’Albert Hall du palais Alexandra et du palais de cristal, attirent l’attention générale, mais ils sont loin de procurer aux amateurs les mêmes plaisirs, les mêmes sensations que leurs heureux rivaux du continent, les orgues de Harlem, de Fribourg, de Lucerne, etc. La rareté des orgues, pouvant captiver et enthousiasmer les mélomanes, provient de l’extrême difficulté que les facteurs rencontrent dans la construction et l’agencement de ces instruments gigantesques. Néanmoins, vu le goût naissant du public pour les concerts, les opéras et l’art musical dans son ensemble, on a dû s’efforcer de vaincre cette difficulté et de s'approcher autant que possible de la perfection.
- Nous donnons ici une courte description de l’orgue, réellement remarquable, placé récemment à Drimrose-Ilill-Road dans le Regent's park. 11 surpasse en grandeur l’orgue de Harlem et ne laisse rien à désirer pour la beauté, la richesse, la grandeur de tons et la sûreté du mécanisme. Malgré
- 1 Extrait d’un ouvrage sous presse sur les Finances et VAdministration de l’Alsace-Lorraine sous le régime allemand.
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- Le grand orgue récemment construit à Primrose-Ilill .Londres).
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- cela, la majeure partie des dilettanti ignore encore son existence. Il possède cependant des qualités inconnues à tous les orgues fabriqués avant lui. Il a 7 claviers, chacun de 61 notes; seule la pédale n’en a que 50. Les 98 registres sont maniés par les mains et les pieds de l’organiste. Une colonne d’air, d’un demi-pouce de large seulement, circulé dans les tuyaux de l’orgue dit écho ; c’est le plus mince filet d’air qui existe jusqu’ici dans un orgue quelconque. Dans les forti et les tutti, la puissance des sons est telle, qu’elle rivalise avec les plus formidables éclats du tonnerre ou la décharge d’une nombreuse artillerie. Par contre, on ne peut qu’admirer l’extrême douceur de ses sons, qui égale celle des meilleurs instruments de Silbermann. Les soufflets sont mus par une machine à vapeur qui fait le vide et donne ainsi la pression atmosphérique pour force motrice à l’ensemble de l’instrument. L’orgue dit écho produit une illusion complète; on jurerait entendre un orgue lointain.
- En général, l’organiste, quand il fonctionne, tourne le dos au public. Ici il le regarde en face. La machine à vapeur, dont il a été parlé plus haut, a une force de onze chevaux. Il a fallu trois années entières pour construire l’orgue de Primrose-Hill-Itoad. On l’a mis à la place qu’il occupe en ce moment à l’aide d’opérations surveillées par M, W. T. Best, de Liverpool. Les facteurs de cet orgue exceptionnel sont M\l. Bryceson frères, et Morten, de Londres. Une salle spéciale (Hall) a été bâtie à Primrose-Hill-Road, pour recevoir ce magnifique instrument, acheté par M. Nath. J. Holmes, Cet orgue a 16 mètres de hauteur, 10 mètres de large et 10 mètres de profondeur1.
- LES BOLIDES DE SEPTEMBRE 1876
- Le Bulletin international de l'Observatoire de Paris a récemment publié plusieurs documents sur le bolide du 24 septembre, que M. Le Verrier a signalé à l’Académie des Sciences, dans sa séance du 25 (voy. p. 288), M. J. Cockburn, de Dearn-IIall, Eddleston (Angleterre), donne dans Nature, de Londres, la description d’un bolide analogue qu’il a observé la veille, le 23 septembre, à 9 heures 5! minutes du soir. M. J. Cockburn prenait la photographie de quelques étoiles, quand il vit le plus brillant météore qu’il eût aperçu depuis deux ans. Le météore resta visible pendant une seconde et demie et laissa une traînée que l’on put voir encore pendant une demi-seconde. Le météore était vert foncé, et sa traînée, orange. Parti de l’a de la Lyre, il traversa la voie lactée dans la direction de l’Aigle, mais il disparut avant d’avoir franchi complètement la voie lactée. Le docteur J. E. Taylor, d’Ipswicb,
- 1 D’après le journal anglais Nature,
- d’autre part, a observé le bolide du 24. Il vit tomber le météore directement au-dessus de la planète Saturne. Ce météore parcourut environ la sixième partie du ciel : le docteur Taylor n’en avait jamais vu d’aussi brillant. Avant de disparaître le bolide parut éclater et faire explosion. On remarqua pendant près fie dix minutes la traînée blanche et lumineuse qu’il avait laissée derrière lui et qui s’évanouit ensuite. Le même météore fut vu à Broadstairs, West Deeping, dans le Lincolnshire, à Walton-on-the-Naze, dans le Somersetshire.
- Nous ajouterons que d’après l'Industriel alsacien un troisième bolide a été vu dans la soirée du 20 septembre, à 8 heures 50 minutes, sous forme d’un globe de feu d’une magnifique teinte verte, qui a traversé rapidement le ciel dans la direction de Ri-bery et a éclaté en approchant de l’horizon. M. Hu-gon, chef de bataillon du génie, à Clermont-Ferrand, a observé ce même météore, exactement à la même heure. Le bolide était vert et avait l’aspect d’une belle chandelle romaine vue à cent mètres de distance.
- D’après les faits qui précèdent, il y a donc à signaler trois bolides remarquables en septembre : 1° le 20 septembre à 8 heures 50 minutes du soir; 2° le 23 à 9 heures 51 minutes du soir; 3° le 24 à 6 heures 35 minutes du soir.
- L’IMMIGRATION DES PLANTES
- EN NORVEGE.
- Lorsqu’on parcourt un pays accidenté où le climat et la nature minéralogique du sol varient d’une manière sensible, on s’aperçoit immédiatement que la flore n’a aucune uniformité. Mais pour peu que l’on ait quelques connaissances botaniques, on voit bientôt que la distribution géographique des végétaux se modifie dans des conditions très-diverses et qu’il est impossible, la plupart du temps, de reconnaître au premier abord.
- Si l’on fait une étude de la répartition des plantes un peu plus approfondie que celle que peut faire un voyageur traversant la contrée en herborisant, on finit par déterminer pour ainsi dire diverses flores, qui y existent côte à côte. Chacune de ces flores est caractérisée nettement par un certain nombre d’espèces qui s’étendent dans des régions que des observations suivies peuvent délimiter.
- Il ne faut pas croire qu’étant données l’altitude et la latitude d’un point dans un pays montagneux on puisse déterminer à l’avance quelles sont les plantes qui s’y trouvent ; lors même que l’on comparerait des localités choisies dans les mêmes conditions d’humidité et où le sol présentât la même composition.
- Si on veut lier la distribution des plantes aux
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- phénomènes météorologiques, à l’exposition, au climat, à la température moyenne, etc., on s’aperçoit bien vite qu’il faut y renoncer. C’est à peine si quelques remarques générales pourraient être faites pour quelques espèces spéciales, et encore n’auraient-elles rien d’absolu.
- Aussi, si on veut trouver l’explication du mode de formation de ces diverses flores d’une même contrée, faut-il avoir recours à d’autres procédés d’investigation.
- On doit d’abord étudier les modes de migration des espèces végétales et l’influence des phénomènes atmosphériques sur ces différents modes de migration; en consultant ensuite les positions relatives qu’occupent ces sortes de flores partielles dont nous avons parlé, on peut en rattacher les origines aux périodes géologiques les plus récentes. On peut souvent même faire plus et recueillir par les empreintes végétales que renferment les dépôts glaciaires et d’alluvions modernes ou par les débris que contiennent les tourbières, des indications sur les anciennes migrations végétales. Il est alors possible d’expliquer comment on trouve maintenant la même association d’espèces en des points très-éloignés les uns des autres et qui semblent n’avoir entre eux aucune relation.
- Un travail de ce genre, entrepris par exemple dans toute la chaîne des Alpes, serait d’un très-grand intérêt. La flore y est en effet d’une étonnante variété. Dans les Alpes françaises, les plantes du Dauphiné diffèrent déjà visiblement par leur nature et par leur distribution de celles des Alpes maritimes. La flore des Alpes suisses offre encore d’autres caractères et si l’on va d’Allemagne en Italie par le Tyrol allemand et le Tyrol italien, on est frappé par l’extrême diversité que présente la répartition des espèces non-seulement de l’un à l’autre versant, mais même dans une seule vallée.
- M. Axel Blytt1 a cherché à étudier de cette façon la géographie botanique de la Norvège. Après avoir reconnu et déterminé dans cette remarquable contrée diverses flores bien caractérisées, il a essayé d’en expliquer la formation.
- M. Blytt constate d’abord que la migration des espèces végétales ne se fait pas en général rapidement; et qu’on ne pourrait expliquer de cette façon le passage sans transition d’une flore à une autre. Sauf les courants océaniques qui entraînent des glaces flottantes couvertes de terre et de pierres et qui peuvent en certain cas transporter les plantes arctiques (M. Rink), le transport des graines par l’atmosphère, par les oiseaux de passage granivores l, par les espèces animales du continent, semblent en général être exceptionnel. M. Alphonse de Candolle a mis en évidence que l’Océan sans glaces flottantes
- 1 Essai/ on the immigration of the norwegian flora du-ring alternating rainy and dry periods, by Axel Ijlytt. — Christiania, A. Cammermeyer. 1876.
- 1 Le lî. Collet a, du reste, constaté que les oiseaux de passage en Norvège sont en général insectivores.
- oppose d’une manière presque absolue une barrière à la migration des plantes. Quant aux graines de plantes exotiques apportées accidentellement par les navires, on a seulement observé en Norvège trois espèces ayant pu se naturaliser. M. Blytt en conclut qu’eu général le transport des espèces lent et à petite distance est la règle, et la migration rapide et à grande distance l’exception.
- Ce n’est donc pas par l’hypothèse de grands transports subits et lointains qu’on pourrait expliquer les sauts brusques qui se présentent dans l’extension des espèces insulaires et continentales dans la presqu’île Scandinave.
- Quant à l’influence de la composition minéralogique de la roche sur laquelle croissent les végétaux, de nombreuses observations ont montré que la même espèce, en divers climats, emprunte au même sous-sol des éléments différents. La concurrence vitale qui résulte des différentes espèces qui se trouvent côte à côte a aussi une influence essentielle sur leur mode d’adaptation à une localité donnée. Il y a des plantes qui, au nord de la Norvège, ne poussent que sur le calcaire tandis que.les mêmes plantes au sud croissent indifféremment sur le gneiss, le schiste ou le calcaire. M. Blytt a vu à Bergen des plantes de marais les Alnus glutinosa, Scabiosa Succisa, Vaccinium uliginosum, Pingui-cula vulgaris, etc., qui poussaient sur des rochers secs et à pic. Il a aussi trouvé lç Parnassia palu-stris dans du sable sec en compagnie du Carex are-naria.
- Mais les passages brusques d’une végétation à une autre deviennent intelligibles si on admet que le climat de la Norvège a subi depuis l’époque glaciaire des altérations séculaires, qu’il a été à certaines époques plus insulaire, à d’autres plus continental. C’est ainsi que la végétation riche et variée des schistes micacés paraît repi'ésenter les restes d’une ancienne flore, correspondant à une époque continentale, alors que l’influence de l’Océan n’avait pas l’intensité qu’elle possède actuellement. De même la distribution dispersée des plantes des côtes doit indiquer des temps plus humides, où les plantes littorales avaient une bien plus grande extension.
- Quant aux preuves de ces anciennes migrations, ce sont les dépôts géologiques modernes qui les fournissent. Citons quelques-unes des plus frappantes.
- Les tourbières actuelles, les anciennes tourbières et les dépôts qu’elles renferment à une certaine profondeur fournissent de précieuses indications. Ainsi, sur le littoral, depuis Lister jusqu’à Nordva-ranger, là où il y a à peine un arbre, la présence de nombreux troncs dans les tourbières indique qu’il a été autrefois couvert de forêts. Dans beaucoup de tourbières des montagnes Scandinaves, les couches inférieures révèlent la présence d’anciennes forêts, au-dessus se trouvent des débris de plantes aquatiques, tandis qu’actuellement le sol est tout
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- autour pierreux, couvert de bruyères et sans un seul arbrel.
- Parmi les renseignements que fournit l’étude des dépôts d’alluvion, on peut citer les empreintes trouvées dans l’argile glaciaire de Skanie par le géologue Natborst :
- En un point où la flore actuelle est relativement méridionale, il a trouvé dans l’argile des empreintes de feuilles de Dryas octopetala, Salix reticulata, Salix polaris, Salix herbacea, Betula nana, qui sont des plantes essentiellement arctiques. M.
- Steenstrup a fait des observations analogues en Zélande. Or ces plantes arctiques dont on a retrouvé les débris font actuellement defaut en Zélande et en Skanie. On conclut de ces observations que la llore arctique a existé en Norvège avant toute autre, à la fin des périodes glaciaires.
- M. Blytt suppose donc que les différents éléments de la flore de Norvège ont été importés à différentes époques et qu’ils représentent les diverses périodes de l’histoire postglaciaire de cette région. A chaque changement de climat de nouveaux immigrants supplantaient en certains points les espèces qui s’y trouvaient, tandis qu’en d’autres points la lutte était soutenue avec avantage par les premiers occupants.
- M. Blytt a divisé la végétation de la Norvège en sept flores principales :
- La flore arctique que caractérisent surtout les Polygonum viviparum, Saxifraga oppositifolia, Primula Sibirica. Elle est essentiellement continentale. C’est la première apparue et elle s’étendait autrefois dans toute la contrée. Les périodes de
- 1 On peut faire des remarques analogues dans les Alpes; par exemple, en France, dans l’Oisans, il n’est pas rare de rencontrer d’anciens troncs d’arbres dans des tourbières, situées bien au-dessus de la région des sapins actuels.
- pluie successives ont peu à peu amené de nouveaux immigrants et l’élément arctique s’est trouvé éparpillé de tout côté, relégué dans les points à la fois les plus élevés et les pliis éloignés de l'Océan.
- La flore subarctique, riche en espèces caractéristiques, correspond à peu près à ce qu’on nomme dans les Alpes la flore de la région des sapins. On y trouve en effet les Ranunculus aconitifolius, Mulgedium alpinum, Hieracium prenanthoides,
- etc., qui sont toutes des plantes qu’on trouve dans les altitudes moyennes de la chaîne alpine. Cette flore s’étend actuellement dans presque toutes les parties continentales de la Norvège méridionale et dans toute la Norvège septentrionale, sauf les points les plus élevés.
- Puis ont apparu à peu près à la même époque :
- La flore boréale an sud, qui est continentale et la flore atlantique, à l’ouest, qui a tous les caractères d’une flore insulaire.
- L’étude des tourbières montre qu’à cette époque des périodes alternatives de pluies et de sécheresse se sont succédé. C’est pendant ces alternances que sont apparues les flores que M. Blytt nomme flore subboréale et flore subatlantique.
- L’époque actuelle semble correspondre, en Norvège, à une période de sécheresse. En beaucoup d’endroits les tourbières disparaissent et sont remplacées par des bruyères recouvrant un terrain sec.
- On voit par cet essai, quel intérêt peut présenter ce genre d’étude, et comment les considérations géologiques jointes aux observations des phénomènes actuels peuvent jusqu’à un certain point rendre compte du mode de formation du tapis végétal qui couvre le sol. C’est une nouvelle voie ouverte à la géographie botanique. Il est à souhaiter qu’elle soit suivie par les nombreux observateurs qui s occupent de celte science. Gaston Bonnier,
- Carte de la llore norvégienne, d’après M. Axel Blytt.
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- LA NATURE.
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- LES CUIRASSÉS SANS MATURE
- LE DUILIO.
- En décrivant le canon de 100 tonnes que la maison Armstrong vient de transporter à la Spezzia (p.276), nous avons dit que cette pièce était destinée à armer l’un des navires dont s’enrichit actuellement la jeune, mais déjà redoutable marine italienne. Ce navire, nommé le Duilio, en souvenir du héros de Myles, Nepos Duilius, a été lancé le 8 mai 1876 des chantiers de Castellamare, en présence du roi d’Italie, des ministres et d’une nombreuse députation du Sénat et de la Chambre des députés. L’auteur de ses plans est M. Brin, ancien élève de notre Ecole du génie maritime, directeur du matériel de la marine italienne et actuellement ministre de cette marine. Le Duilio appartient, comme son frère le Dandolo, dont les chantiers de la Spezzia poursui-
- vent l’achèvement avec activité, à la catégorie dite des cuirassés sans mâture.
- On connaît les principes qui ont présidé, vers 1869, à la conception de ce type de navires. Le but qu’on se proposait était de produire un navire de guerre bien adapté aux conditions de la lutte dans les mers d’Europe, doué du maximum de puissance offensive et défensive. On considérait comme nécessaire qu’il pût traverser l’Atlantique, mais la condition fondamentale était la guerre dans la Manche, la Méditerranée et les autres mers d’Europe. La puissance défensive était déterminée par la condition de présenter une sécurité aussi complète que possible contre l’effet des boulets pleins ou creux existant à l’époque de la mise en chantier ou dont on pouvait prévoir la création prochaine, et en même temps de permettre d'attaquer sans danger des fortifications. Quant à la puissance offensive, elle était représentée par des canons pouvant
- Epahseur de /a euj'rasse 0,559
- Machine ; ! Chaudières
- Le Duiiiût nouveau navire cuirassé italien.
- percer à peu près toutes les cuirasses alors en usage, un commandement libre dans toutes les directions et une disposition telle qu’on pût les manœuvrer à la mer efficacement et avec sécurité, hors les circonstances exceptionnelles les plus extrêmes.
- On compte aujourd’hui six de ces navires à la mer : la Dévastation, le Thunderer, le Dread-nought et l’Inflexible (anglais), le Pierre-le-Grand (russe) et* enfin le Duilio. Quoique les premiers lancés soient encore de formidables machines de guerre, on ne saurait cependant les comparer à leurs cadets, car ceux-ci ont naturellement profité des perfectionnements apportés depuis une dizaine d’années dans les détails de la construction navale et de l’armement. MM. les ingénieurs Dislère et Marchai, l’un dans ses divers ouvrages sur la marine cuirassée l, l’autre dans ses Navires de guerre les plus récents2 ont suivi avec trop de soin les progrès accomplis dans le domaine de leur profession pour
- 1 3 vol. in-18, chez Gauthier-Villars.
- 1 1 vol. in-8°, chez Berger-Levrault.
- que nous croyons nécessaire de les exposer à notre tour. Le Duilio d’ailleurs les résume tous.
- Voici les traits principaux de ce navire :
- Longueur entre perpendiculaires . , 107>m,50
- Largeur à la flottaison.................. 18,25
- Largeur au fort.......................... 19,70
- Profondeur de carène...................... 7,89
- Tirant d’eau. Avant....................... 7,74
- — Arrière............................ 8,04
- Déplacement 10 650 tx.
- Poids de la coque................ . 5 630
- — l’artillerie......... 560
- cuirasse et matelas. . 5 360
- machine. ................ 1 250
- — combustible.............. 1 150
- — objets divers........ 700
- Épaisseur de la cuirasse, à la flottaison :
- Cuirasse extérieure........... 550 mill.
- — intérieure.............. 38 —
- — matelas................ 450 —
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- LA NATURE.
- Épaisseur de la tourelle et du réduit :
- Cuirasse extérieure .... 450 mill.
- — intérieure .... 58 —
- — matelas.............. 450 —
- Cuirasse du pont............... 70 —
- Machine :
- Surface de chauffe. . . . 2210niï.
- .— grilles .... 85.61lua.
- Puissance indiquée . . . 7500 cliev.
- Hélices : deux à......... 4 ailes.
- Yitesse probable......... 14 nœuds.
- Ajoutons que le navire est divisé eu compartiments étanches, et que pour les vider au cas où un projectile, pénétrant dans la partie peu protégée, déterminerait l’invasion de l’eau, un ingénieux système de pompes peut les débarrasser très-rapidement. Ces mêmes pompes permettent, au besoin, de remplir d’eau le double fond du bâtiment s’il était nécessaire de l’enfoncer plus ou moins, c’est-à-dire d’augmenter la protection tout en diminuant la cible offerte à l’ennemi.
- Cette faculté qu’a le Duilio d’émerger ou de s’enfoncer offre encore cet avantage que, si dans un combat, le navire est rencontré par l’éperou d’un adversaire, et se trouve subitement à la bande, l’introduction de l’eau lui permettra de se redresser. Il est vrai qu’alors il en résultera pour lui une réduction de vitesse, de sécurité et de commandement des pièces ; mais ces avantages et ces inconvénients se compensent en partie.
- Le gouvernail du Duilio, dont la surface atteint 17 mètres, est entièrement sous l’eau. La barre et l’appareil sont placés dans une chambre étanche et complètement à l’abri des projectiles. La proue du navire est armée d’un éperon. A l’avant aussi on remarque une disposition propre au lancement des torpilles automotrices. Enfin, à l’arrière, entre les deux hélices, on a ménagé une sorte de tunnel dans lequel sera renfermée une embarcation porte-torpilles, pouvant être mise à l’eau au moment du combat.
- Tel est le Duilio, qui remplit assurément, et au delà, le programme de 4869. Mais il ne faut pas perdre de vue que c’est en déplaçant plus de 10 000 tonneaux, déplacement qu’il est permis de considérer, jusqu’à ce que l’expérience ait prouvé le contraire, comme supérieur au maximum du navire maniable. Et ce défaut de vitesse et de dextérité n’amoindrit-il pas la puissance de l’artillerie ? Si formidable qu’elle soit, on sait qu’elle ne vaut que par le flotteur qui la porte.
- Le Duilio et les navires sans mâture présentent aussi, au point de vue offensif, deux inconvénients, que M. l’ingénieur Dislère. relève avec un grand sens :
- L’artillerie légère ne trouve place à bord que sur les passerelles au-dessus des tours, ce qui limite forcément le calibre des pièces à un chiffre très-faible,
- et ne permet guère de les utiliser pour démolir par la mitraille les superstructures de leurs adversaires; ils ne peuvent, en outre, recevoir comme les véritables navires d’escadre, dans leurs hunes, des mitrailleuses ou des fusiliers très-adroits destinés à démonter les commandants et les officiers.
- L’absence de mâture est un inconvénient plus sérieux encore, quand on songe au danger que l’on court en se fiant, pour la propulsion, à l’action des machines seules; sans doute il est difficile que deux hélices soient paralysées à la fois ; elles réalisent à ce point de vue un progrès incontestable sur le navire à une seule hélice, mais cependant le fait n’est pas impossible : à l’un des essais de la Dévastation, les deux condenseurs furent cassés en même temps ; il fallut mouiller sur-le-champ.
- Ces réserves faites, il faut reconnaître que le Duilio et son frère le Dandolo, qui n’auront le plus souvent à rencontrer dans la Méditerrannée les circonstances de temps qui ont maintes fois empêché les cuirassés sans mâture anglais d’affronter l’Océan, seront dans cette mer de très-puissants engins de combat : leurs deux hélices leur assurent des chances de rentrer au port en cas d’avaries ; leur approvisionnement de charbon est suffisant pour opérer sur toutes les côtes, de Gibraltar à Constantinople, avec faculté de ravitaillement dans un des ports italiens ; leur artillerie leur permet de bombarder bon nombre d’établissements maritimes à des distances où leur cuirasse les mettra à l’abri des batteries de côtes les les plus puissantes. En un mot, ce sont d’immenses garde-côtes offensifs, appelés sans nul doute à faire le plus grand honneur à l’ingénieur qui en a conçu l’idée comme à ceux qui l’ont réalisée.
- En constatant cet accroissement pour ainsi dire quotidien du volume du navire de guerre et du canon, il est permis de penser qu’on ne s’arrêtera pas dans une voie où la science s’efforce de reculer sans cesse les limites de l’impossible. Si nous en croyons M. l’ingénieur Dislère, en effet, un arsenal européen (anglais?) va mettre en chantier un cuirassé destiné à dépasser comme puissance offensive et, par suite, comme déplacement, les conditions déjà exagérées que l’on a essayé de réunir sur les cuirassés sans mâture. Ce navire aurait 122 mètres de longueur ; il devra atteindre une vitesse de 17 nœuds avec une machine de 18 000 chevaux ; ses extrémités seraient décuirassées ; il porterait deux tours cuirassées à 80 centimètres, et renfermant chacune un canon de 160 tonneaux. En calculant ses poids, on en déduit un déplacement total de 16 000 tonneaux que l’on peut supposer réparti de la manière suivante :
- Coque, 5100; artillerie, 900; armement, etc., 1000; machines et chaudières, 5000; charbon, 1200; cuirassement, reste, 4800; total, 16000.
- Ce poids disponible pour le cuirassement permettra probablement de protéger les murailles verticales par des plaques de 5ü cent, au maximum et les ponts par un blindage de 6 à 7 cent.... Mais le
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- LA NATURE.
- 519
- caractère essentiel de ce navire : canons monstres trcs-protégés et vitesse extraordinaire, n’entraîne-t-il pas, nécessairement, comme conséquence, l’absence complète de toute maniabilité? C’est là un problème qu’un avenir très-prochain permettra de résoudre.
- L. Renaud.
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- CHRONIQUE
- I.» culture de la vigne en Australie. — Certains des vignobles les plus importants des colonies australiennes sont situés dans cette délicieuse région que les colons se plaisent à nommer les Alpes de Victoria. Le contraste entre ce pays et les plaines de Brown est frappant comme climat et comme sol. Les vignes du district de Yering sont plantées pour la plupart dans un sol peu coloré et une glaise friable, celles de la région du Murray dans une terre rouge foncé dont l’aspect est parfaitement d’accord avec la chaleur et l’aridité du climat. 11 n’est pas surprenant que les vins produits dans des conditions si différentes ne se ressemblent pas. Tandis que le.Murray donne du Porto et du Xérès, le Yarra produit et en grande abondance des vins comparables aux clarets du Médoc, au Sauterne, au llochheiin et au Chablis, et avant qu’il soit peu de temps nous pourrons ajouter à cette liste le Champagne. Cette culture a considérablement favorisé la colonisation, car elle est très-rémuriérative, aussi s’étend-elle tous les jours, bien que la demande ne soit pas encore considérable. Les propriétaires de vignes cherchent moins jusqu’ici à se procurer des plantes qui rapportent beaucoup que des cépages de choix ; c’est ainsi qu’ils ont de l’Hermitage blanc et noir, du pineau noir de Bourgogne, du Tokay, du Riesling, etc. Si le phylloxéra continuait à dévaster nos vignes, cette industrie pourrait prendre en Australie une importance exceptionnelle, alors surtout qu’on aurait une plus grande habitude des soins et du traitement des vins. G. M.
- Élevage des poules en France. — Nous empruntons à Y Acclimatation les renseignements qui suivent sur le produit annuel que tire l’agriculture française de l’élevage des poules :
- La France nourrit environ 40 millions de poules qui, au prix moyen de l'r. 2,50, donnent 100 millions de francs. Ces 40 millions de poules sont annuellement réformées par cinquième, et livrées à la consommation, d’où un premier produit en viande de 20 millions. Cinq millions de coqs sont réformés chaque année, dans les mêmes conditions que leurs femelles, ce qui fournit un deuxième produit de viande de 5 millions. De nos 40 millions de poules naissent annuellement 100 millions de poulets, sur lesquels il convient de prendre 10 millions de producteurs, destinés à remplacer les ascendants qui ont été sacrifiés. 11 faut encore rédui.e la quantité de 10 millions, à cause des accidents et des maladies. Nous restons alors en face d’un nombre de 80 millions de poulets qui, vendus à fr. 1,50 la pièce, donnent un troisième profit de 120 millions de francs. Aux chiffres ci-dessus indiqués, il importe, afin de se rendre un compte fidèle de la situation présente, d’ajouter comme résultat de la plus-value des chapons et des poulardes, une somme de fi millions. Total, 151 millions.
- Nos 40 millions de poules pondent chacune 100 œufs par an, ce qui donne un total de-4 milliards d’œufs, va-
- lant 6 centimes, soit 240 millions. C’est donc à un mouvement commercial de près de 400 millions par an, que donne lieu ce produit de nos basses-cours.
- Télégraphe trans-afrieain. — On a fait le projet d’établir une ligne télégraphique jusqu’au cap de Bonne-Espérance à travers tout le continent africain. Actuellement, il existe une communication télégraphique d’Alexandrie à Khartoum, ce qui formé un parcours de 1 769 kilomètres; des études ont déjà été faites pour le prolonger jusqu’à Gondo-Koro. De Khartoum à la baie de Delagoa, où se terminent au nord les lignes du sud de l’Afrique, il y a environ 3000 kilomètres, chemin plus court que celui des lignes existantes sur les trois autres continents. La ligne télégraphique passerait au-dessous des lacs Victoria, Nyansa et Tanganyika, et de là, en suivant le cours des rivières de Shiré et du Zambèse, irait jusqu’à la mer, d’où une courte ligne océanienne la rattacherait à la baie de Delagoa ou port Natal. Un embranchement irait d’Ujiji à Zanzibar. Sur les 2500 kilomètres environ de ligne télégraphique aérienne, on pense qu’une grande partie pourrait être établie, sans faire la dépense de poteaux télégraphiques, en se servant des arbres dans les contrées couvertes d’épaisses forêts qui sont fréquentes dans l’Afrique tropicale. La difficulté serait d’empêcher les indigènes de s’emparer des fils de 1er, dans les contrées où le fer est rare et d’une grande valeur. Mais cette difficulté n’est pas insurmontable. L’entreprise, si elle peut être réalisée et si les communications télégraphiques peuvent fonctionner régulièrement, serait très-lucrative et contribuerait considérablement à ouvrir l’Afrique au commerce et à la civilisation. [bon.)
- i n prétendu manuscrit de Denis Papin. —
- C’est par erreur que les journaux politiques et plusieurs journaux de médecine ont annoncé l’acquisition récente par la Bibliothèque nationale d’un Traité des opérations sans douleur, attribué à Denis Papin. Depuis 1875, le département des manuscrits, n’a acquis que deux volumes de médecine : l’un, qui contient des fragments d’ouvrages, est du dixième siècle ; l'autre, est un Traité d'astrologie el d'obstétrique (milieu du quinzième siècle). Ces ouvrages n’ont rien de commun avec le traité dont les journaux ont parlé et qui n’existe pas à la Bibliothèque.
- (Gazette de Médecine.)
- Erratum. — N° 175, 7 octobre 1876, page 503. -Les sept premières lignes de la colonne 2e ont été transposées et doivent commencer la colonne lre de la même
- PaSe-
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- académie des sciences
- Séance du 9 octobre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral PÀms.
- Rôle agricole de l'électricité atmosphérique. — Sauf à l’état de tonnerre l’électricité passe généralement jusqu’ici pour n’avoir eu agriculture qu’une influence très-secondaire. Dans la caractéristique agronomique d’un lieu, on ne cite pas l’état électrique de l’atmosphère comme une condition comparable à la température, à l’hygrométrie, à l’altitude, etc. Or, d’après M. Berthelet, on a grand tort et l’on méconnait un agent dont le rôle jj est capital.
- i Profitant en effet de la belle installation réalisée à lob-
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- LA NATURE.
- servatoire de Montsouris par MM. Marié-Davy et Albert Lévy, M. Berthelot a pu soumeltre des matières cellulosiques à des influences électriques naturelles dont l'intensité était à chaque instant mesurée. Dans un appareil qu’il présente à l’Académie, du papier a été soumis dans l’air ou dans l’azote à une tension correspondant en moyenne à 5 couples et demi de Daniell. Or, toujours de l’azote a été fixé sur le papier qui, soumis à la chaux sodée, a dégagé de l’ammoniaque comme les matières organiques. Donc, à tout moment, le tissu des végétaux fixe sous l’influence de l’électricité atmosphérique de l’azote emprunté à l’air et il se développe ainsi les composés azotés caractéristiques de la vie.
- La découverte de M. Berthelot est certainement destinée à expliquer beaucoup de faits encore obscurs de la physiologie végétale.
- Géologie. — Au nom de M. Paul de Rouville, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, M. Daubrée présente une belle carte géologique du département de l’Hérault, dressée au jôoôô accompagnée non pas encore de la description géologique du département, mais d’une introduction à une pareille description promise pour bientôt.
- En même temps, M. PaulGervais dépose la description géologique du Gard, par M. Émilien Dumas, destinée à servir d’explication à la carte déjà publiée par le même auteur.
- Action toxique de l'acide borique. — Donné aux plantes en solutions très-étendues, l’acide borique détermine des effets désastreux ; les feuilles jaunissent, le végétal ne tarde pas à mourir. Partant de ces faits qu’il vient d’observer, M. Péligot appelle l’attention sur un procédé de conservation des viandes, qui consiste à les immerger dans une semblable dissolution d’acide borique. La conservation est parfaite, comme en témoignent des échantillons expédiés de la Plata, mais il paraît vraisemblable qu’une matière si funeste aux végétaux doit être toxique à l’homme et aux animaux. On décide que des expériences seront faites à cet égard.
- Affinité capillaire. — M. Chevreul prend 100 grammes d’eau de strontiane renfermant 0®r,645 de cette terre et y ajoute de la litharge. Au bout de soixante-douze heures il reconnaît que de strontiane se sont précipités sur
- l’oxyde de plomb et que 0sr,008 de celui-ci sont entrés en dissolution. La chaux et la baryte donnent lieu à des effets analogues que l’auteur rattache à l’alfinité capillaire.
- En même temps il signale les erreurs que des faits de ce genre peuvent faire commettre à l’analyste. En précipitant , dans un liquide complexe le peroxyle de fer ou l’alumine par l’ammoniaque, on peut très-bien entraîner une partie de la chaux qui s’y trouve et obtenir par conséquent des résultats inexacts. D’après M. Chevreul, il n'y a que le spectroscope qui puisse fournir alors des indications précises sur la valeur des séparations réalisées.
- Application des sèches. — Les sèches des lacs de la Suisse sont, comme on sait, des balancements d’ensemble que Iss eaux de ces lacs manifestent parfois. M. Forel a si bien étudié le phénomène, qu’il en exprime toutes_les circonstances par une formule où l’intensité de l’oscillation est liée à la profondeur même de la masse d’eau en mouvement. Il en résulte qu’en mesurant l’étendue du balancement, on peut, sans sondage, savoir la profondeur des lacs suisses ; c’est ce que des mesures directes ont confirmé.
- Phylloxéra du chêne. — Soumis à de nouvelles études, le phylloxéra du chêne a offert à M. Balbiani cette particularité curieuse de présenter à peu près autant d’individus sexués sous la forme aptère qu’à l’état ailé. C’est tout le contraire pour le phylloxéra de la vigne, qui tant qu’il est aptère use exclusivement, comme on sait, du mode de rsproduction, d’ailleurs très-fécond pour lui, connu sous le nom de parthénogenèse.
- Influence du semis sur la vigne. — On a dit à plusieurs reprises que si les vignes sont atteintes de tant de fléaux, c’est que l’espèce s’épuise et qu’il faut la régénérer par des semis. Partant de là, M. Yignal a, dans la Gironde, semé des pépins de raisin sur la plus vaste échelle. Ses élèves ont six ans maintenant et quoique ayant coûté bien plus cher que leurs voisins obtenus par la méthode ordinaire, ils sont tout aussi malades qu’eux, tout aussi peu régénérés. Stanislas Meunier.
- CURIEUSE TROUVAILLE
- F'AITE DANS L’ESTOMAC d’uNE MORUE.
- Nous reproduisons la gravure ci-dessous d’après un dessin que M. Frank Buckland, naturaliste amé-
- Engins de pêche trouvés dans l’estomac d’une morue.
- ricain bien connu, publie dans le journal Land and Water. Elle représente les objets qui ont été trouvés dans l’estomac d’une morue; ce sont plusieurs hameçons enroulés du crin de cheval formant les lignes, et mêlés à des cordelettes. Pour expliquer la présence, dans l’estomac de l’animal, de ces hameçons dont la pointe est retournée, M. Frank Buckland suppose que de petits poissons, qui les avaient avalés, ont échappé aux pêcheurs, et sont allés s’engloutir dans l’estomac de la morue, qui a digéré le contenant sans pouvoir en faire autant du contenu. Nous offrons ce fait singulier aux amateurs de pêche qui veulent bien nous lire. Ajoutons que M. Frank Bukland possède une très-belle collection d’histoire naturelle, où il a recueilli un grand nombre de curiosités relatives aux poissons et à leurs mœurs.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N* 17 7. — 21 OCTOBRE 1876.
- LA NATURE.
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- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- tour l’avancement des sciences1.
- CONFERENCE SUR LES MATIÈRES COLORANTES ARTIFICIELLES FAITE A CLERMONT-FERRAND, LE 24 AOUT lfe76
- Par 91. Ad. Wurt*.
- Mesdames et Messieurs,
- Je nie propose de vous entretenir d’une des plus belles conquêtes que la chimie ait faites dans ces
- derniers temps, d’une série de découvertes où se révèle d’une manière éclatante l’influence de la science pure sur les progrès des arts pratiques. Il s’agit de la formation artificielle d’un grand nombre de matières colorantes qui rivalisent en éclat avec les couleurs les plus belles que nous offre la nature et qui par un effort merveilleux de la science sont toutes tirées d’une seule matière, le goudron.
- Quel contraste entre ce produit noir, poisseux, infect, et les matériaux purs qu’on peut en retirer,
- Bloc de houille de 100 kilogrammes représenté avec le volume proportionnel des principaux produits qu’on en retire. (Réduction 1/5.) 1. Bloc de houille. — 2. Goudron. — 3. Huile légère. — 4. Huile lourde.—5. Graisse verte ou huile à anthracène.—6. Benzine.
- — 7. Toluène. — 8. Phénol. — 9. Naphtaline. — 10. Anthracène. (D'après les échantillons delà conférence de M.Wurtz.)
- et qu’on parvient à transformer diversement de façon à les convertir en une pléiade de matières colorantes qui possèdent , à l’état sec un éclat irisé, rappelant celui des feuilles de cantharides, et, à l’état de dissolution, les teintes les plus riches de l’arc-en-ciel. Leur pouvoir colorant est immense et je vais vous en donner immédiatement la preuve expérimentale. Voici des feuilles de papier blanc sur lesquelles on a répandu diverses matières colorantes
- 1 Suite et lin, voy. p. 186, 218, 231 et 505.
- 4e aoaét. — î* seniestrt.
- finement pulvérisées. La poudre est tellement ténue et la quantité en est tellement faible, que la blancheur du papier en est à peine ternie. J’y verse de l’alcool pour dissoudre ces matières et voici de riches colorations qui apparaissent immédiatement et qui teignent le papier, en pourpre, en bleu, en violet, en vert, en rose.
- Toutes ces matières sont des espèces chimiques bien caractérisées. Leur composition a été déterminée, leur mode de formation, leurs liens de parenté, leurs propriétés sont connus. Leur histoire
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- LA NATURE.
- chimique est à peu près achevée, mais elle est difficile, et l’on peut dire que leur étude a été un des problèmes les plus ardus de b chimie organique. Je vais pourtant essayer de vous donner une idée des principes scientifiques sur lesquels repose cette étude, car il me semble que je manquerais mon but si je me bornais à vous montrer toutes sortes de couleurs.
- Le goudron de houille est donc la matière première d’où l’on retire ces belles matières colorantes. Vous savez que le goudron est un des produits de la distillation de la bouille en vase clos. Cette opération donne lieu à la formation du gaz de l’éclairage et de divers produits qui se condensent à l'état liquide et qui sont : une eau chargée d’ammoniaque et le goudron, lequel se sépare sous forme d’un liquide épais, noir. Le résidu de la distillation de bouille est le coke.
- Le goudron est une mine très-riche de substances organiques qu’on peut en séparer et dont chacune constitue une individualité distincte, .une espèce à part. J’ai eu la curiosité de faire le dénombrement des divers corps qu’on en a retirés jusqu’ici : ils sont au nombre de quarante-trois. Toutes ces substances existent toutes formées dans le goudron et y sont mélangées les unes avec les autres. On réussit à les séparer à l’aide de procédés que l’industrie n’a pas tardé à emprunter à la science pure. Je ne vous parlerai pas de tous ces corps : je ne mentionnerai que ceux qui servent de matières premières dans la fabrication des produits colorants.
- Voici d’abord des carbures d’hydrogène, ainsi nommés parce qu’ils ne sont composés que de deux éléments, le carbone et l’hydrogène. Les uns sont gazeux ; d’autres sont liquides, d’autres enfin solides. Parmi les liquides je mentionnerai la benzine que tout le monde connaît, le toluène que M. Henri Sainte-Glaire Deville a rencontré autrefois parmi les produits de la distillation du baume de Tolu. Voici des carbures solides : la naphtaline, cristallisée en lames brillantes, et Yanthracèhe dont on tire aujourd’hui un si grand parti. Dans cet autre corps, bien connu par ses propriétés antiputrides, le phénol, un troisième élément, l’oxygène, est venu s’ajouter au carbone et à l’hydrogène. Enfin je me bâte de distinguer parmi tant d’autres substances que je pourrais énumérer comme faisant partie du goudron, Y aniline, un corps basique, c’est-à-dire, capable de neutraliser les acides, à la façon de l’ammoniaque, pour former avec eux de véritables sels, analogues aux sels ammoniacaux. Comme l’ammoniaque, l’aniline renferme de l’azote qui y est associé au carbone et à l’hydrogène. C’est elle qui constitue la matière première la plus précieuse pour la fabrication des couleurs artificielles.
- Mais comment extraire du goudron toutes ces matières et bien d’autres encore, qui y sont mélangées ? On y parvient en soumettant le goudron à la distillation, opération qui s’exécute dans de grandes chaudières cylindriques en tôle forte, d’une capacité
- de vingt à trente mètres cubes et qui sont chauffées à feu nu dans des fours construits d’une façon particulière. Par cette seule opération on parvient immédiatement à séparer le goudron en diverses parties ou fractions que l’on soumet ensuite à des traitements particuliers, en vue d’en retirer les produits utiles qu’elles renferment. Il faut vous dire que ces produits diffèrent les uns des autres par leur degré de volatilité, c’est-à-dire par la facilité plus ou moins grande avec laquelle ils entrent en ébullition et se vaporisent lorsqu’on les chauffe. Ainsi la benzine, plus volatile que l’eau, passe au-dessous de 100°; le toluène passe au-dessus, à 111°; le phénol ne bout qu’à 186° ; la naphtaline qu’à 212° ; et l’anthracène ne passe à la distillation qu’à 560°. Si donc on chauffe une masse de goudron qui renferme tous ces produits, ils passeront à la distillation successivement, au fur et à mesure que la température s’élèvera, les plus volatils d’abord, les moins volatils en dernier lieu, et les autres à des degrés intermédiaires, selon l’élévation croissante de leurs points d’ébullition. En recueillant à part ces diverses portions on parvient donc à séparer les uns des autres les produits de volatilité diftérenle. C’est ce qu’on appelle, en terme de laboratoire, une distillation fractionnée.
- Appliquée à la séparation des produits contenus dans le goudron de houille, cette opération fournit :
- 1° Les huiles ou essences légères de goudron, qui passent au-dessous de 15ü° et qui sont riches en benzine, en toluène et en d’aulres carbures analogues. Les divers goudrons en fournissent des quantités variables qui dépassent rarement 3 p. 0/0 de leurs poids ;
- 2° Les huiles moyennes et les huiles lourdes passent les premières entre 450° et 200° et les autres entre 200° et500°. Celles-ci sont les produits les plus abondants du goudron, qui en donne jusqu’à 25 p, 0/0. Ces huiles sont encore riches en carbures d’hydrogène. On y rencontre beaucoup de naphtaline. Elles contiennent aussi du phénol et de l’aniline.
- 3° Les huiles à anthracène ou graisses vertes, ainsi nommées parce qu’elles présentent après le refroidissement une consistance onctueuse et une couleur verdâtre. Elles ne passent à la distillation qu’entre 300 et 400° et contiennent ce carbure d’hydrogène solide qu’on nomme anthracène et qui sert de matière première dans la préparation artificielle de l’alizarine.
- Ce qui reste dans les cornues, après le départ de toutes ces huiles, constitue le brai. On le fait couler dans des bassins où il se refroidit. 11 sert principalement pour la fabrication des briquettes agglomérées.
- Je passe sous silence les procédés particuliers à l’aide desquels on isole et l’on purifie tous les pro-| duits que l’on retire du goudron de houille. Ces j détails techniques nous entraîneraient trop loin. I Mais je vous demande la permission de vous exposer
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- quelques notions scientifiques concernant la composition et les propriétés des substances chimiques que je viens de nommer.
- La première et la plus importante est la benzine. Lorsqu’elle est parfaitement pure elle se prend à une basse température, en une masse de cristaux fusibles à 5°. Elle bout à 82°. Elle est formée par l’union de six atomes de carbone avec six atomes d’hydrogène ; tous ces atomes s’étant groupés et combinés pour former une seule molécule de benzine (fig. 1). Ce système de six atomes de carbone et de six atomes d’hydrogène représente une combinaison stable. Les atomes de carbone attirent les atonies d’hydrogène comme une planète attire ses satellites et l’équilibre se maintient dans ce petit monde, à la condition que chacfue atome demeure dans la. sphère d’attraction de ses voisins. Cet équilibre serait rompu si l’on enlevait, par exemple, un atome d’hydrogène, comme il serait troublé dans un système planétaire, si un astre venait à disparaître.
- On peut néanmoins enlever un ou plusieurs atomes d’hydrogène, dans ce groupement qui constitue la benzine, mais à la condition de le remplacer par un autre élément ou atome qui soit équivalent à c^t atome d’hydrogène. Ainsi je puis déplacer un de ces six atomes d’hydrogène qui sont représentés par des boules blanches dans cette figure schématique, et je puis le remplacer par un atome de chlore. Le système est de nouveau en équilibre. L’atome de chlore que je représente par une boule jaune s’est mis à la place de l’atome d’hydrogène : il s’est mis en rapport avec l’atome de carbone qui attirait ce dernier, quand il y était. Rien n’est donc changé dans le système, en ce qui concerne le nombre des atomes élémentaires. Nous comptons toujours nos six atomes de carbone représentés par des boules noires, cinq atomes d’hydrogène, et à la place du sixième un atome de chlore qui s’y est substitué. Ceci vous représente un cas de substitution, phénomène très-fréquent en chimie, d’abord constaté par M. Dumas, approfondi par Laurent et dont notre illustre président a reconnu le premier toute l’importance.
- Mais, au lieu de remplacer un atome d’hydrogène par un corps simple tel que le chlore ou le brome, nous pouvons y substituer un groupe d’atomes faisant fonction de corps simple. Ceci exige une explication et les détails dans lesquels je vais entrer maintenant vont former le nœud de la question scientifique qui se rattache à notre sujet. Cette question est d’un ordre élevé. Je vous demanderai donc quelque attention et aussi quelque indulgence.
- Voici un gaz, le plus simple de tous les composés de carbone et d’hydrogène. On le nomme hydrogène protocarboné ou quelquefois gaz des marais, parce qu’il se dégage en bulles nombreuses lorsqu’on remue la vase des marais. 11 fait aussi irruption de temps en temps dans les galeries des mines de houille et produit par son inflammation ces coups de grisou qui font tant de victimes. 11 ne renferme
- qu’un atome de carbone et quatre atomes d’hydrogène. Qu’on lui enlève un de ces atomes d’hydrogène, l’atome de carbone qui est capable d’en attirer et d’en fixer quatre, cessera d’être satisfait dans son affinité pour l’hydrogène. Il ne sera plus saturé, connue on dit, et le reste, composé de un atome de carbone et de trois atomes d’hydrogène, tendra à se combiner de nouveau à un atome d’hydrogène ou à son équivalent. L’enlèvement d’un atome d’hydrogène aura donc développé dans le reste une force de combinaison qui équivaut à celle qui réside dans un atome d’hydrogène, et là où il manque un atome d’hydrogène, le i este dont il s’agit pourra y suppléer. Si donc d’un autre côté on enlève à une molécule de benzine un atome d’hydrogène, ce nouveau reste formé de six atomes de carbone et de cinq atomes d’hydrogène, se trouvera dans le même cas que le premier. .Sa capacité de combinaison est représentée comme pour l’autre, par un atome d’hydrogène. Voilà donc deux restes, l’un, gaz des marais moins un atome d’hydrogène, il prend le nom de méthyle, l’autre benzine moins un atome d’hydrogène, il prend le nom de phényle, ces restes pourront en s’unissant tous deux compléter ce qui leur manque à chacun. Dé cette combinaison résultera le méthyle-phényle qui n’est autre chose que le toluène. Il représente de la benzine dont un atome d’hydrogène a été remplacé par le groupe méthyle, ou encore, si l’on veut, du gaz des marais, dans lequel un atome d’hydrogène a été remplacé par un reste phényle. C’est ainsi que les restes ou groupes incomplets, auxquels il manque un atome d'hydrogène, peuvent se substituer dans les combinaisons à un atome d’hydrogène. Ce toluène que nous venons de former renferme, vous le voyez, sept atomes de carbone et huit atomes d’hydrogène (fig. 2). Et son mode de dérivation que je viens de vous exposer n’est pas seulement une vue théorique. C’est le résultat d’une expérience. On peut former du toluène en partant de la benzine, substituer, par le fait, dans celle-ci, un groupe méthyle à un atome d’hydrogène. Mais l’hydrogène d’un composé donné, de la benzine par exemple, peut être remplacé par d’autres restes ou d’autres groupes que le méthyle ou le phényle. Et ces restes sont engendrés comme ceux-ci par la perte d’un atome d’hydrogène.
- Voici de l’eau : elle est formée d’un atome d’oxygène et de deux atomes d’hydrogène. Si elle venait à perdre un atome d’hydrogène, le reste tendrait à se combiner de nouveau avec cet atome d’hydrogène, et acquerrait une capacité de combinaison équivalente à un atome d’hydrogène : il serait bon pour un atome d’hydrogène et là où cet atome manquerait il pourrait y suppléer. 11 pourra donc, ce reste formé de un atome d’oxygène et de un atome d’hydrogène, remplacer un atome d’hydrogène de la benzine. Le corps résultant de cette substitution n’est autre que le phénol et je puis représenter sa dérivation de la benzine en enlevant à celle-ci un atome d’hydrogène, sous forme de cette boule blanche, et en
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- le remplaçant par un atome d’oxygène et un atome d’hydrogène, groupe qui est figuré ici par une boule rouge et une boule blanche et que je mets à la place de l’hydrogène enlevé à la benzine. Et le phénol peut être préparé à l’aide de benzine par un procédé qui n’est que la représentation et la réalisation de la vue théorique que je viens de vous exposer.
- Enfin, dernier exemple de ces substitutions de groupes d’atomes ou de restes à l’hydrogène de la benzine. L’ammoniaque est formée de 1 atome d’azote et de 3 atomes d’hydrogène, combinaison que je représente par une boule verte et trois boules blanches. Si cette ammoniaque perdait un atome d’hydrogène, le reste, formé d’un atome d’azotp et de deux atomes d’hydrogène, ayant acquis la force de combinaison qui réside dans un atome d'hydrogène, pourrait se substituer à un atome d’hydrogène là où il en manque un. Il peut donc remplacer un atome d’hydiogène de la benzine et le corps qui résulte de cette substitution est précisément d'aniline ou phénylamine (fig. 4). Ce corps existe tout formé dans le goudron de houille et l’on peut l’extraire des huiles moyennes et des huiles lourdes. Mais un chimiste russe, M. Zinin, est parvenu à la former artificiellement, réalisant par l’expérience le procédé de ^substitution qui vient d’être exposé.
- Voici comment on réussit à convertir la benzine en aniline : on commence par transformer la benzine en un dérivé nitrogéné, la nitro-benzine (fig. 3). Pour cela on la traite par l’acide nitrique concentré et nous avons fait cette expérience. La benzine a été mélangée à froid et avec précaution avec une certaine quantité d’acide nitrique, additionné préalablement d’acide sulfurique ceucentré. Voici ce mélange qui est coloré en rouge orangé et qui émet des vapeurs rouges. Je >e verse dans l’eau et vous voyez une huile dense se séparer et tomber au fond de l’eau qui dissout l’excès des acides. C’est la nitro-benzine. Je vais essayer de vous expliquer la réaction qui lui donne naissance. Une molécule de benzine perd un atome d’hydrogène. Celui-ci va former de l’eau avec un atome d’oxygène et un atome d’hydrogène qui se détachent tous deux d’une molécule d’acide nitrique laquelle renferme un atome d’azote combiné à trois atomes d’oxygène et à un atome d’hydrogène. Après avoir perdu de la sorte un atome d’hydrogène et un atome d’oxygène, l’acide nitrique est réduit à un reste qui renferme un atome d’azote et deux atomes d’oxygène. Ce reste se substitue à l’hydrogène que la benzine a perdu pareillement et le corps qui résulte de cette substitution est précisément la nitro-benzine. Purifié il se présente sous forme d_’un liquide jaune, transparent doué d’une bonne odeur d’amandes amères, qui le fait rechercher des parfumeurs. On l’emploie, en effet, sous le nom d’essence de Mirbane, à parfumer les savons. Vous voyez qu’il ne diffère de l’aniline que par ce fait qu’il renferme deux atomes d’oxygène unis à l’azote, dans le reste nitrique, tandis que l’aniline renferme deux atomes d’hydrogène unis à ce même atome d’azote dans un
- reste ammoniacal. Remplacez donc les deux atomes d’oxygène que voici par deux atomes d’hydrogène et vous aurez converti la nitro-benzine en aniline (fig. 4). Ce remplacement est facile. Il suffit de soumettre la nitrobenzine à l’action d’un corps capable de céder ou de dégager de l’hydrogène pour que celui-ci s’empare d’abord de l’oxygène, pour former de l’eau et se substitue ensuite à cet oxygène atome à atome.
- Pour cela, Zinin soumettait la nitro-benzine à l’action de l’hydrogène sulfuré, dont l’hydrogène se sép ire facilement du soufre. M. Béchamp conseille de remplacer cette source d’hydrogène par une autre plus abondante, un mélange de fer et d’acide acétique qui dégage de l’hydrogène, comme fait un mélange d’acide sulfurique étendu et de fer. Dans les deux cas il se forme un sel de fer.
- Le procédé qui vient d’être décrit pour la transformation de la benzine en aniline ou phénylamine s’applique aussi à la transformation du toluène (fig. 2), d’abord en un corps nitrogéné, le nitroto-luène, et puis en une base correspondante à l’aniline et qu’on nomme toluidine (fig. 5). Et vous voyez que cette toluidine est elle-même un dérivé de la benzine. D’abord on a converti celle-ci eu toluène en lui arrachant un atome d’hydrogène et en le remplaçant par un groupe méthylique (fig. 2), puis on enlève un second atome d’hydrogène au groupe ben-zénique qui en renfermait primitivement six, et on remplace ce second atome d’hydrogène par un reste ammoniacal : tous ces remplacements peuvent être réalisés par l’expérience.
- Nous voici maintenant en possession des matières premières qui entrent en jeu dans la préparation d’un grand nombre de couleurs d’aniline. Une des plus importantes est cette riche couleur pourpre qui est connue sous le nom de fuchsine. M. Renard, de Lyon, qui l’a découverte en 1862 y a attaché son nom. Un éminent chimiste allemand, M. Ilofmann, qui l’avait entrevue et qui l’a étudiée, l’a nommée rosaniline. On l’obtient en oxydant l’aniline, ou plutôt un mélange d’aniline et de toluidine; car l’aniline du commerce, préparée d’une certaine manière et employée à cet usage, est un mélange de ces deux corps. L’agent oxydant qu’on emploie est une substance dangereuse, l’acide arsénique, qui possède une certaine tendance à perdre de l’oxygène pour se convertir en acide arsénieux. Cet oxygène qu’il perd, lorsqu’on le chauffe avec un mélange d’aniline et de toluidine, sert à enlever de l’hydrogène à ces derniers corps : il se forme de l’eau et de la rosaniline.
- Je voudrais vous faire comprendre cette réaction qui est très-curieuse et qui, mettant en conflit des molécules relativement simples, une d’aniline et deux de toluidine, donne naissance à une molécule très-compliquée, la rosaniline, celle-ci renfermant tous les éléments des trois molécules qu’on vient de nommer, hormis six atomes d’hydrogène qui leur ont été enlevés. C’est précisément cette perte d’hy-
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- Fig. 1. — Benzine (C6H6).
- drogène qui donne lieu à la formation de la molécule complexe de rosaniline. Voici comment.
- Je prends, passez-moi le mot, une molécule d’aniline qui est représentée par cette figure schématique.
- Je dispose à côté de cette aniline deux molécules de toluidine de manière à faire toucher en quelque sorte les trois molécules. J’enlève maintenant un atome d hydrogène à un certain atome de carbone de la molécule d’aniline. Cet atome de carbone ne sera plus satisfait dans ses affinités, puisqu’il vient de perdre quelque chose. J’enlève de même un atome d’hydrogène à un certain atome de carbone d’une molécule de toluidine.
- Comme l’autre, cet atome de carbone là ne sera plus satisfait, puisqu’il a perdu un atome d’hydrogène. Cette perte aura développé dans chacun de ces atomes de carbone une force en vertu de laquelle ils vont se porter l’un sur l’autre pour contracter une union solide. Voilà donc la molécule d’aniline soudée à une molécule de toluidine. A celle-ci je vais enlever maintenant un second atome d’hydrogène et en même temps j’enlève un atome d’hydrogène à la seconde molécule de toluidine, car nous en avons deux ; les deux atomes de carbone ainsi dépouillés vont s’unir entre eux et cimenter l’union des molécules de toluidine. Enfin, la seconde molécule de toluidine, perdant un second atome d’hydrogène, et la molécule d’aniline, qui n’en a perdu qu’un jusqu’à présent, en perdant un second à son tour, ces deux molécules vont se souder. Et c’est ainsi que par la perte de six atomes d’hydrogène, et par suite de la force de combinaison développée par cette perte, les trois molécules d’abord libres et indépendantes les unes des autres, ont été obligées de se souder pour constituer un groupement unique, stable mais compliqué, car il renferme, comme vous voyez, vingt atomes de carbone représentés par vingt boules noires, dix-neuf atomes d’hydrogène représentés par dix-neuf boules blanches, trois atomes d’azote représentés par trois boules vertes. C’est la rosaniline. L’ammoniaque ne renferme dans sa molécule qu’un seul atome d'azote : il en est de même de l’aniline, de la toluidine. Ces corps sont des mona-mines. La rosaniline qui en renferme trois est qua-
- Fignres schématiques représentant les molécules de différents corps dérivés du goudron de houille.,
- Fig. 2. - Toluène (PH*).
- Fig. 3. — Nitro-benzine (CTPAzO*). Fig. 4. — Aniline (C6H7Az).
- lifiée de triamine. Chose curieuse, à l’état de pureté, la rosaniline est incolore, mais les combinaisons qu’elle forme avec les acides, c’est-à-dire les sels de rosaniline, présentent à l’état cristallisé des reflets verts magnifiques, et, à l’état de dissolution, une teinte pourpre.
- Mais indiquons le procédé industriel qui sert à préparer la rosaniline. Dans de grandes chaudières en tôle forte, munies d’agitateurs mécaniques, on introduit 1000 kilogrammes d’aniline commerciale et 1500 kilogrammes d’une solution d’acide arsénique à 75 p. 0/0. On chauffe, et, lorsque l’opération est terminée, on vide les chaudières et on épuise la masse obtenue par l’eau bouillante. Aux liqueurs obtenues, on ajoute une solution de sel marin : il se forme du chlorhydrate de rosaniline qui se précipite, car il est insoluble dans la solution saline. On le purifie par cristallisation et on l’obtient sous la forme où je vous le présente ici. Pour teindre avec la rosaniline, il suffit de dissoudre une petite quantité de chlorhydrate de rosaniline dans l’eau chaude. Voici un tel bain : j’y plonge ce morceau d’étoffe de soie blanche; je le retire au bout de deux minutes, je le lave à grande eau, et le voilà teint en pourpre.
- Avec la rosaniline on a réussi à préparer diverses autres matières colorantes, dont je dois vous entretenir maintenant.
- Voici d’abord le bleu de Lyon qui est dû à MM. Girard et de Laire. Ces chimistes distingués ont découvert une réaction qui est féconde et qui consiste à chauffer avec de l’aniline le chlorhydrate d’aniline ou d’une autre base analogue. L’aniline ou phényla-mine, qu’on ajoute ainsi au chlorhydrate, se convertit en ammoniaque en gagnant un atome d’hydrogène et en perdant le groupe phényle. Celui-ci va se substituer à l’hydrogène enlevé à la seconde molécule d’aniline (phénylamine) qui est ainsi convertie en diphény lamine. Celle-ci n’est donc autre chose que de l’ammoniaque dans laquelle deux atomes d’hydrogène ont été remplacés par deux groupes phényliques. Si l’aniline ou phénylamine est de l’ammoniaque phénylée une seule fois, la diphény-lamine est de l’aniline phénylée ou de l’ammoniaque
- Fig. 4.— Toluidine (C7H9Az.)
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- phénylée deux fois. On parvient donc à phényler l’aniline en chauffant son chlorhydrate avec de l’aniline. On parvient de même à phényler la rosaniline en chauffant son chlorhydrate avec de l’aniline ; il se dégage de l’ammoniaque, et le chlorhydrate de phényl-rosaniline ainsi obtenu, n’est autre chose que le bleu de Lyon de MM. Girard et de Laire. Pour le fixer sur les étoffes, on l’employait autrefois en solution alcoolique. On est parvenu depuis quelque temps à le rendre soluble dans l’eau en le traitant par l’acide sulfurique. M. Girard, qui veut bien m’assister dans ces expériences et dont les travaux ont tant contribué aux progrès de l’induslrie des couleurs d’aniline, va plonger dans ce bain une étoffe de soie blanche et la retirer teinte en bleu.
- Après vous avoir expliqué comment on peut phényler la rosaniline (et on fait entrer ainsi trois groupes phényle dans une seule molécule de rosaniline), je dois vous dire qu’on parvient aussi à la méthyler, c’est-à-dire à y introduire un ou plusieurs de ces restes que nous avons appelés méthyle (p. 323). Ces restes existent dans une foule de combinaisons, entre autres dans ce gaz qui est le chlorure de méthyle, et que je puis enflammer. Vous le voyez brûler avec une flamme bordée de vert. U renferme le groupe méthylique uni à un atome de chlore. Et voici son analogue, l’iodure de méthyle, qui est liquide et qui renferme un groupe méthylique uni à un atome d’iode. Et lorsqu’on chauffe cet iodure de méthyle avec la rosaniline, l’iode enlève de l’hydrogène à celle-ci et le groupe méthyle qui vient d’abandonner l’iode se substitue à cet hydrogène. On obtient ainsi la rosaniline triméthylée. C’est ce qu’on nomme le violet Hofmann du nom de son illustre inventeur. Et les sels de cette base méthylée présentent une magnifique teinte violette, et sont capables, l’expérience va vous le montrer, de communiquer celte teinte à la soie.
- Pour préparer la rosaniline triméthylée, nous avons d’abord préparé la rosaniline, nous l’avons méthylée ensuite. Un chimiste distingué, M. Lauth, est parvenu à renverser pour ainsi dire cette méthode. Il a d’abord méthylé l’aniline et a oxydé ensuite cette méthylaniline par un procédé particulier. Il est parvenu ainsi à la convertir directement en rosaniline triméthylée. Le produit obtenu est le violet de Paris.
- Mais voici de nouveaux faits concernant la rosaniline triméthylée et de nouveaux dérivés colorants de cette belle matière. Elle possède la propriété remarquable de s’unir directement au chlorure ou à l’io-dure de méthyle que je viens de vous montrer. Suivant qu’une molécule de rosaline triméthylée se combine avec une, deux, ou trois molécules de chlorure de méthyle, les combinaisons formées présentent de riches teintes d’un violet Parme, d’un vert éclatant, ou d’un violet bleu.
- Je vous présente ici la combinaison de rosaniline triméthylée avec deux molécules de chlorure de méthyle. C’est le vert-lumière, qui est préparé avec tant
- d’habileté par la grande maison Poirrier de Saint-Denis. Elle porte justement le nom de vert-lumière, car vous voyez que la riche couleur verte qu’elle communique à la soie conserve sa teinte et son éclat à la lumière artificielle.
- Nous avons tiré de l’aniline des matières colorantes pourpres, bleues, violettes, vertes. On peut en former d’autres, mais je vous demande la permission de les mentionner sommairement.
- Voici d’abord le noir d'aniline qui n’est pas à proprement parler une couleur tinctoriale. C’est une couleur d’application : on la forme, on la développe sur la fibre même, à laquelle elle communique une riche teinte noire. Je dois dire pourtant qu’on est parvenu dans ces derniers temps à préparer des bains de noir d’aniline dans lesquels on plonge les tissus.
- La safranine que je vous présente ici communique à la soie de belles teintes d’un rouge rose. Enfin voici des étoffes teintes avec les bleus de diphényJamine, qu’on prépare à l’aide de l’aniline phénylée ou diphénylamine, dont je vous ai indiqué tout à l’heure le mode de formation.
- Les matières colorantes dont je viens de vous entretenir sont les couleurs d’aniline proprement dites. Il me reste à vous parler de celles qu’on peut dériver de la naphtaline, du phénol, de l’anthracène.
- Beaucoup de travaux ont été entrepris dans l’espoir de convertir en matières colorantes la naphtaline, ce beau carbure d’hydrogène qui cristallise en belles lamelles brillantes et qui offre peu de valeur. Lue seule de ces matières mérite d’être mentionnée ici. C’est la rosanaphlylamine qui est à la naphtaline ce que la rosaniline est à la benzine. Elle teint la soie en rose et sa solution rouge présente, comme vous voyez, la plus belle fluorescence orangée.
- Le phénol et ses congénères donnent naissance à de nombreuses et belles matières colorantes. Vous connaissez l’acide picrique, dérivé nitrogéné du phénol, qui est jaune, et dont la solution aqueuse est fort employée en teinture. Elle communique à la soie une belle couleur jaune.
- L’acide rosolique est un autre dérivé du phénol. On l’obtient en chauffant ce dernier corps avec de l’acide sulfurique et de l’acide oxalique. On peut s’en servir directement, on peut aussi le transformer en une matière colorante rouge, la coralline.
- Je ne puis m’arrêter à vous décrire tous ces procédés et tous ces produits ; mais je dois mentionner, en quittant ce sujet, un dérivé du phénol dont on a tiré grand parti dans ces derniers temps. Le voici. Ce sont ces beaux cristaux blancs qu’on désigne sous le nom de résorcine. C’est un proche parent du phénol, et si ce dernier corps dérive de la benzine par l’addition d’un atome d’oxygène, la résorcine dérive de la benzine par l’addition de deux atomes d’oxygène. M. Baeyer, chimiste allemand très-éminent, a eu l’idée de chauffer ce corps avec un acide qui est un produit d’oxydation de la naphtaline, l’acide phtalique
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- anhydre; et de la combinaison de ces corps est ré- I sultée une magnifique matière qui a reçu le nom sin- j gulier mais significatif de fluorescéine.N oyez en effet la magnifique fluorescence verte que présente cette matière dont la solution est rose par transparence. Quelques gouttes de celte solution concentrée que je verse dans l’eau s’y répandent en stries et en nuages qui vont s’étendant et s’illuminant en vert, tandis que la liqueur elle-même devient rose par transparence et vous fait paraître ainsi un papier blanc que je place derrière. Et, chose curieuse, lorsqu’on traite cette belle matière par le brome, on la convertit eu un corps bromé, dont la solution communique à la soie une magnifique couleur d’un rouge rose. C’est la teinte éclatante de l’aurore. De là le nom d’éosine que M. Baeyer a donné à cette riche matière colorante.
- Mais voici le triomphe de la science dans cette voie pleine de surprises et de merveilles. On est parvenu à former artificiellement la matière colorante rouge de la garance que Robiquet a découverte et désignée sous le nom d'alizarine. L’histoire de cette découverte est particulièrement instructive, et met en lumière la puissance et le rôle prépondérant de la science dans les progrès des industries modernes. L’alizarine est un corps oxygéné; sur la foi d’analyses anciennes, on avait pensé d’abord qu’elle devait se rattacher à la naphtaline et qu’elle pourrait être préparée artificiellement à l’aide de ce dernier corps. Mais un grand nombre d’essais tentés dans ce sens sont demeurés infructueux. Un jour deux chimistes allemands, MM. Graebe et Liebermann, sont parvenus à retirer de l’alizarine, en lui enlevant tout son oxygène et en y ajoutant de l’hydrogène, non pas de la naphtaline mais de l’anthracène. C’était donc ce dernier corps qui devait être considéré comme le carbure d’hydrogène générateur de l’alizarine, et pour le convertir en cette substance il suffisait de lui enlever deux atomes d’hydrogène et d’y ajouter quatre atomes d’oxygène. C’est peu, direz-vous, et une telle transformation doit être facile à effectuer. 11 n’en est rien. Elle est facile à énoncer, difficile à réaliser par l’expérience. Mais ces difficultés ont été vaincues par MM. Graebe et Liebermann, et la question théorique aussi bien que le problème expérimental ont été résolus par une intuition supérieure et une rare habileté. Qu’il me suffise de dire qu’en oxydant l’anthracène par l’acide chromique, on la convertit d’abord en ce corps cristallisé en aiguilles jaunes magnifiques qu’on appelle anthraquinone. Cette substance renferme deux atomes d’hydrogène de moins que l’anthracène, plus deux atomes d'oxygène. Pour achever sa transformation en alizarine il faut encore y ajouter quatre autres atomes d’oxy-gètie. On y parvient. Et ce beau corps cristallisé en magnifiques aiguilles rouges est l’alizarine.. Ainsi obtenue par synthèse elle est identique en tous points avec l’alizarine que l’on peut extraire de la racine de garance.
- Vous voyez que cette matière tinctoriale est em-
- ployée dans la teinture de la laine et du coton. Voie des échantillons de coton qui sont teints en rouge, en violet, en noir, par l’alizarine, suivant la nature du mordant qui imprégnait les places où la matière colorante s’est fixée. Elle ne se fixerait pas sur la fibre de coton nue : pour teindre celle-ci, il faut l’imprégner préalablement de certains sels qui sont, dans le cas présent, l’acétate d’alumine, l’acétate de fer, ou un mélange des deux. Dans ces pièces de coton, vous voyez des bandes diversement colorées en rouge, en violet, en noir. Les bandes rouges avaient été mordancées avec de l’acétate d’alumine; les violettes avec un mélange d’acétate d’alumine et d’acétate de fer, les noires avec de l’acétate de fer. Je dois les beaux échantillons d’étoffe de soie et de coton dont vous avez admiré les dessins gracieux et les teintes riches à la libéralité de la maison Thierry-Mieg, de Mulhouse, et à l’habileté de M. Rosenstiehl. Je prie mes compatriotes alsaciens de recevoir ici le témoignage public de ma reconnaissance.
- Me voici arrivé au terme de cette longue exposition. Je vous ai montré quelques-unes de ces matières colorantes artificielles qui communiquent aux tissus les teintes les plus variées et les plus éclatantes. Je vous ai indiqué leur origine, leur mode de préparation, leur composition, leur emploi; mais j’aurais parlé en vain si je n’avais fait comprendre à mon auditoire quel a été le rôle de la science dans la création de ces richesses. Rien, ou presque rien, n’est dû au hasard, dans cet essor merveilleux d’une industrie nouvelle : la science a toujours guidé, quelquefois précédé, l’application industrielle. Nul autre exemple ne met autant en lumière la haute signification et la beauté féconde de la théorie. Oui, ces choses sont belles, non-seulement parce qu’elles sont utiles, mais aussi et surtout, parce qu’elles honorent l’esprit humain, qui semble avoir surpris quelques-uns des secrets de la nature. Cette alizarine n’est-elle pas la même matière que celle qui colore en rouge la racine de garance ? Et comment a-t-on réussi à la former de toutes pièces, ainsi que les matières qui lui sont analogues? C’est parla force du raisonnement scientifique et à la suite de recherches expérimentales patientes et ardues. On a étudié leurs propriétés, leurs transformations ; on a recherché leurs relations avec les corps voisins ; on a déterminé la nature, le nombre et le groupement probable de leurs atomes constituants. On a découvert, en un mot, cette chose profondément cachée, la structure intime de leurs molécules. Voilà le but de la chimie, voilà ce qu’il y a d’élevé et de désintéressé dans la mission des chimistes. Le reste nous est donné par surcroît, et pourvu que nous cultivions la science, les applications naîtront d’elles-mêmes et se détacheront en quelque sorte toutes seules, comme les fruits mûrs se détachent des arbres, chacun en sa saison. C’est cette haute signification de la science, comme instrument de culture supérieure et de civilisation, que nous voudrions faire pénétrer dans les esprits, heureux si I après avoir travaillé en ouvriers fidèles, nous pouvions
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- LA NATURE.
- atteindre au but élevé que se propose l’Association et qui est si bien résumé dans sa devise : « Par la science, pour la patrie. » Ad. Wurtz.
- CERFS NAINS DE LA CHINE
- ( Elaphodus cephalophus et Lophotragus michiamts. )
- A la fin de l’année 1875, un naturaliste anglais, M. Swinhoe, qui a séjourné longtemps dans la Chine méridionale et qui a été contraint, par le mauvais état de sa santé, de revenir dans sa patrie, reçut de M. Michie, son correspondant à Shanghaï, une lettre dans laquelle ce dernier l’avertissait qu’il venait de découvrir, dans les montagnes aux environs deNingpo, une nouvelle espèce de cerf, désignée par les gens du pays sous le nom de Shanyang (bouc sauvage). Bientôt après, par les soins de M. Michie, la dépouille de cet animal parvint en Angleterre, et M. Swinhoe, l’ayant étudiée avec soin, se crut autorisé à déclarer qu’elle appartenait non-seulement à une espèce nouvelle, mais encore à un type générique différent de ceux que l’on connaissait jusqu’à ce jour. En conséquence il proposa de désigner ce cerf de Ningpo sous le nom de Lophotragus michianus pour rappeler à la fois le souvenir de la personne à laquelle était due la découverte et le caractère le plus saillant de l’animal, caractère consistant dans la présence d’une houppe (Xo?oç) de poils raides sur le sommet de la tête. La peau qui fut envoyée à Londres n’était malheureusement accompagnée d’aucune portion de squelette, néanmoins, en s’aidant d’une photographie exécutée d’après l’animal récemment tué, M, Swinhoe parvint à donner, dans les Proceedings de la Société zoologique, une description suffisamment détaillée et une excellente figure de son Lophotragus. Mais tout aussitôt quelques naturalistes se demandèrent s’il n’y aurait pas quelques rapports entre ce cervidé et celui qui avait été signalé précédemment par M. Alphonse Milne-Edwards, dans les Nouvelles Archives du Muséum d'histoire naturelle, sous les nom spécifique à'Elaphodus cephalophus. Ces analogies furent reconnues par M. Swinhoe lui-même quand il reçut de M. Mil-ne-Edwards communication de la figure de la femelle et de la tête osseuse du mâle de V Elaphodus trouvé par l’abbé A. David dans les montagnes de la principauté de Moupin ; toutefois ce n’est que dans ces derniers temps que la parenté de ces deux cerfs put être définitivement établie, en comparant le type conservé dans notre collection avec un exemplaire vivant de Lophotragus michianus acquis récemment par la Société zoologique de Londres, au prix de trente-cinq livres sterling (875 fr.). Tous ceux qui ont eu l’occasion de voir les deux animaux ne peuvent nier leurs affinités, et, d’après ce que me disait ces jours-ci M. Forbes, il paraîtrait même qu'il convient de ranger le Lophotragus michianus et VEla-
- phodus cephalophus, sinon dans la même espèce, au moins dans un seul et même genre qui, suivant la loi de priorité, devra porter le nom d'Elaphodus, proposé par M. Milne-Edwards.
- Comme on peut en juger par la figure que nous publions aujourd’hui et qui a été exécutée d’après l’animal amené vivant en Angleterre, le Lophotragus ou Elaphodus michianus est un cerf de petite taille, aux formes assez massives rappelant un peu, par son aspect général et par des canines proéminentes, les Hydropotes ou cerfs aquatiques de la Chine. Il ne mesure pas plus de 21 pouces (55 centimètres) de haut, c’est-à-dire qu’il n’est pas plus gros que notre chèvre domestique. Comme celle-ci il a le corps couvert de poils rudes et mérite, par conséquent, sous certains rapports, le nom de chèvre sauvage qui lui a été donné par les Chinois de Ningpo. Sur le sommet de la tète, ces poils s’allongent considérablement et forment une touffe, de 4 à 5 centimètres do long, qui est légèrement inclinée en arrière entre les oreilles et qui présente un aspect fort singulier. En écartant cette touffe avec les doigts, on peut sentir deux protubérances osseuses qui partent de la région frontale, mais on ne découvre aucune trace de bois proprement dits, quoique l’animal vivant au Jardin zoologique de Londres soit, d’après M. Swinhoe, un mâle parvenu au terme de sa croissance. Comme nous l’avons dit, la mâchoire supérieure est armée de deux canines qui dépassent la lèvre et font saillie de chaque côté de la bouche, les yeux sont grands et expressifs, les fosses lacrymales atteignent près de 2 centimètres de long, et les narines sont confluentes avec la lèvre supérieure. La couleur générale du pelage est un brun noirâtre qui devient assez foncé sur le front, la houppe céphalique, la face postérieure des oreilles, la ligne dorsale et la face externe des membres, mais qui s’éclaircit sensiblement sur le ventre et les parties inférieures. Le dessous de la queue, la face interne des cuisses, une raie étroite.qui s’étend en dehors immédiatement au-dessus du sabot, et l’intérieur des oreilles sont d’un blanc presque pur; seulement dans cette derniere région la teinte blanche est recoupée par une bande noire beaucoup plus nette quecelle qui existe chez la plupart des cerfs. Autour de la bouche, sur le bord même des lèvres, régnent également deux bandes blanches bien marquées.
- Cette description s’applique presque exactement aux petit s cerfs qui ont été découverts antérieurement par M. l’abbé David et pour lesquels M. A. Milne-Edwards a créé le genre Elaphodus. Chez ces derniers, en effet, comme chez le Lophotragus michianus, on remarque, au moins chez le mâle, deux grandes canines tranchantes qui dépassent de beaucoup la lèvre supérieure et qui descendent même au-dessous du bord de la mâchoire inférieure, et, sur le sommet de la* tête, des poils allongés formant une touffe dirigée d’avant en arrière. Au-dessous de ces poils sont des pédoncules osseux, inclinés à peu près suivant la ligne fronto-nasale, et portant de véritables
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- Le Lophotragus michianus, cerf nain de la Chine, vivant actuellement au Jardin de la Société zoologique de Londres.
- (I/o de grandeur naturelle.)
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- bois, mais des bois simples, et tellement rudimentaires, qu’ils ne font pas saillie à l’extérieur. Par ce caractère et par le développement de ses canines supérieures, YElaphodus se rappproche des Hydropotes et des Moschus ou Chevrotains, tandis que par ses joues creuses et ses fosses lacrymales très-grandes et par la direction de ses pédoncules frontaux il présente des affinités avec les Muntjacs. Mais il n’a pas, comme ces derniers, le front encaissé entre deux bourrelets nasaux sus-orbitaires, il a, au contraire, le front fortement bombé, comme les cerfs ordinaires. Le nez est busqué et la partie de la face située au-dessus de la racine des dents canines est légèrement concave; enfin les os maxillaires, au lieu de se rétrécir, comme d’ordinaire, à leur partie supérieure, sont fortement dilatés à cette extrémité. Chez la femelle les bois font complètement défaut, et il n’y a même aucune trace de prolongements frontaux, mais les fosses lacrymales sont presque aussi développées ' que chez le mâle, et la mâchoire supérieure est armée également de canines pointues.
- Le pelage de YElaphodus est bien fourni, d’un brun nuancé, mais toujours plus intense sur la ligne dorsale, absolument comme le cerf décrit par M. Swinhoe. Le sommet de la tête est noirâtre, les sourcils, les joues et le tour de la bouche, d’une teinte beaucoup plus claire tirant sur le jaune ; l’intérieur des oreilles, d’un gris blanchâtre passant au blanc pur sur l’extrémité et le bord interne. La face inférieure de la queue est également blanche, de même qu’une partie de la région anale, tandis que les membres sont, en dehors, d’une teinte presque aussi foncée que le dos et le sommet de la tête.
- La taille de cette espèce est peu considérable, et sensiblement inférieure à celle de notre daim commun. En effet, d’après M. Milne-Edwards, YElaphodus cephalophus ne mesure que 49 centimètres de hauteur en garrot, 56 centimètres au niveau des lombes, 58 centimètres de longueur du poitrail à l’anus et 1“,06 du bout du museau à l’extrémité de la queue. Les dimensions du Lophotragus paraissent être les mêmes; malheureusement M. Swinhoe, en nous disant que cet animal a 21 pouces de haut (53 centimètres environ), néglige d’indiquer si la mesure a été prise au garrot ou au niveau du train de derrière.
- En présence de cette concordance dans les caractères extérieurs, dans les teintes de la robe et dans les dimensions de YElaphodus cephalophus et du Lophotragus michianus, on est tenté d’aller plus loin encore que nous ne l’indiquions en commençant et de réunir sous un même nom spécifique les deux cerfs dont nous venons de parler, quoiqu’ils ne soient pas originaires précisément de la même région, le premier, YElaphodus, provenant de la province de Moupin (Thibet oriental), le second, le Lophotragus, des environs de Shanghaï (Chine méridionale). Mais pour résoudre définitivement cette question, il est prudent d’attendre que l’arrivée en Europe de nouveaux spécimens ait permis de suivre
- toutes les variations de pelage et surtout d’étudier plus à fond les caractères ostéologiques de ces animaux, dont les mœurs sont, jusqu’à présent, presque inconnues. E. Oustalet.
- CORRESPONDANCE
- IÆS POUSSIÈRES DE CHARBON ET LE FEU GRISOU.
- Monsieur le Directeur,
- L’article publié dans La Nature du 2 septembre 1876, par M.Noguès, sous le titre : le feu Grisou (p. 212), contient les lignes suivantes ; « On a prétendu que le courant d’air, en portant partout des poussières charbonneuses, augmente les effets de l’explosion : c’est là une erreur qu’il faut détruire. » L’auteur ne dit rien de plus sur les poussières charbonneuses ; il semble donc considérer leur rôle comme nul. Les plus récentes observations paraissent cependant démontrer que ce rôle est important, et que c’est à leur présence que sont dues les plus terribles conséquences d’une explosion.
- Les mineurs échappés aux explosions ont été, comme bien on pense, questionnés sur les circonstances qui accompagnent ces accidents. Or tous, sans exception, ont fait les déclarations que voici : L’explosion entendue est faible pour des ouvriers situés à quelque distance du champ d’explosion ; mais ces ouvriers ont toujours vu la flamme venir à eux du fond de la galerie : cette flamme était toujours très-rouge, et les atteignait rapidement. Or il est tout à fait impossible de reconnaître là les caractères de l’explosion d’un mélange détonant, où l’inflammation est instantanée dans toute la masse. Il convient d’ajouter, en outre, que presque jamais les lampes de ces ouvriers, atteints à distance par le feu, n’avaient signalé une forte proportion de grisou.
- Il y a donc autre chose, et cette autre chose, bien des ingénieurs sont aujourd’hui convaincus que ce sont les poussières. Celles-ci sont toujours plus ou moins abondantes dans les galeries : elles se déposent sur les boiseries et y forment des couches parfois assez épaisses. On on a remarqué encore qu’après toutes les explosions on retrouvait ces poussières agglomérées, sèches, transformées en coke. Enfin, les galeries étaient remplies d’acide carbonique, et c’est par l’asphyxie que périssaient la. plupart des ouvriers. De cet ensemble de remarques on a pu déduire que le phénomène explosif suivait les phases suivantes : 1° Inflammation en un certain point d’un mélange explosif; 2° inflammation des poussières en suspension et des gaz dégagés, par la chaleur, des poussières fixées aux boisages ; 3e propagation lointaine de cette inflammation des pulvérins par le déplacement d’air résultant de l’explosion primitive. Ainsi seulement s’expliquent la marche du tourbillon igné constatée par les ouvriers ; l’aspect rouge de ce tourbillon; la mort d’ouvriers atteints fort loin du champ d’explosion ; enfin et surtout la présence d’énormes quantités d’acide carbonique dans toute les galeries après l’explosion. Si cet acide était un résultat de l’explosion du grisou, celui-ci aurait été forcément décelé par les lampes ; or nous savons qu’il ne l’était pas.
- Quelle est donc cependant, d’après cette théorie, l’influence incontestable de la baisse barométrique?
- La baisse barométrique, de 1 centimètre de mercure, par exemple, a pour effet d’augmenter de yj environ le
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- volume occupé par l’atmosphère intérieure de la mine. Or celle-ci comprend aussi bien les galeries bien ventilées que les vieux travaux remblayés qui ne le sont pas du tout. Il en résulte que c’est dans ceux-ci que s’accumule de préférence le grisou, et qu’en cas de baisse subite du baromètre, il peut faire insensiblement invasion en grande quantité en un point déterminé de la mine.
- Or, quelque perfectionnées que soient les lampes, il suffit alors d’un ouvrier qui perd son sang-froid pour amener une explosion. En effet, en voyant la flamme remplir la lampe, l’ouvrier est trop souvent tenté de faire deux choses également dangereuses : s’enfuir en courant, ou souffler sur sa lampe : dans les deux cas le résultat est le même : la flamme sort de la toile et l’explosion a lieu ; alors le feu se propage comme il a été dit plus haut. Les gaz qui sortent des fronts de taille par les soufflards, petits ou grands, sont toujours à une pression bien supérieure à celle de l’atmosphère ; il en résulte qu’une baisse barométrique de 1 centimètre ne peut guère faire varier leur débit : aussi croyons-nous que c’est plutôt des vieux travaux qu’il faut se méfier en temps de baisse barométrique.
- Certaines mines ont organisé des équipes de chercheurs de grisou, munis de lampes spéciales, et menant un petit ventilateur à bras, avec lequel ils chassent le grisou accumulé dans les cavités du plafond. Ces ouvriers sont aussi chargés d’arroser périodiquement les bois iges afin d’enlever les pulvérins et de les faire tomber sur le sol où ils sont constamment humides et sans danger. Ces équipes ont déjà rendu de grands services : il est à désirer qu’elles se généralisent et que cette précaution, en somme peu coûteuse, contribue à diminuer la fréquence de ces terribles catastrophes qui reviennent périodiquement émouvoir l’opinion publique, et y jeter des doutes sur les capacités du personnel, pourtant si intelligent, des houillères françaises. V.Picou.
- Saint-Denis, octobre 1876.
- Nous publierons dans notre prochaine livraison la réponse que notre collaborateur, M. Noguès, nous a adressée au sujet de la lettre précédente. G. T.
- ACTION DE LA LUMIÈRE .
- SUR LA CONDUCTIBILITÉ ÉLECTRIQUE DU SÉLÉNIUM.
- L’ŒIL ARTIFICIEL DE M. W. SIEMENS.
- M. William Siemens a fait au mois de mars dernier une communication intéressante sur ce sujet à l’Institution Royale ; nous en extrayons ce qui suit :
- Le sélénium a été découvert, comme on le sait, en 1817, par Berzelius en distillant des pyrites de fer. C’est une substance fusible, combustible et fort semblable au soufre, au phosphore et au lellure. En liquéfiant le sélénium à la température de 217° C. et en le refroidissant ensuite rapidement, on obtient un corps brun, amorphe, à cassure couchoïdale et non conducteur de l’électricité; si on le chauffe ensuite seulement à 100° et si on le maintient à cette température, il devient cristallin et légèrement conduc-
- teur, cette conductibilité augmentant avec le pouvoir de la batterie et variant avec le sens du courant, comme cela a été observé récemment par le professeur Adams.
- Le 12 février 1873, M. Willoughby Smith annonça à la réunion de la Société des Telegraph Engineers que M. May, télégraphiste à Yalentia, avait observé qu’un barreau de sélénium cristallisé exposé à la* lumière offrait une beaucoup moins grande résistance au passage d’un courant électrique que lorsqu’il était placé dans l’obscurité. Ce fait fut confirmé par le comte Rosse, qui prouva que ce phénomène était dû uniquement à l’action de la lumière et variait sous l’influence des diverses parties du spectre; puis par M. Sale et conjointement ensuite par MM. II. N. Draper et K. J. Moss.
- Une année plus tard, ce sujet a été repris séparément par deux savants, le professeur Adams en Angleterre et le docteur Werner Siemens à Berlin, et voici les résultats auxquels ce dernier est arrivé.
- Pour faire ses expériences, M. Siemens employait le sélénium de la manière suivante : Deux spirales de fils de platine étaient placées sur une plaque de mica, et à une certaine distance l’une de l’autre, de manière à ne pas se toucher, puis une goutte de sélénium était déposée sur les fils, et avant que la solidification eût lieu, on plaçait dessus une autre plaque de mica. Les extrémités libres des fils de platine servaient à introduire le sélénium dans un circuit galvanique.
- Le sélénium amorphe ne produit aucune déviation du galvanomètre soit à la lumière, soit dans l’obscurité.
- Si un disque de sélénium maintenu pendant quelque temps à 100° C., puis refroidi, est inséré dans le courant, on constate au contraire une légère déviation du galvanomètre sous l’influence de la lumière, mais elle est toujours nulle dans l’obscurité. Si enfin le disque a été maintenu pendant plusieurs heures à 210° C., c’est-à-dire à une température un peu plus inférieure au point de fusion, puis refroidi graduellement, la déviation du galvanomètre, à peine sensible dans l’obscurité, devient considérable à la lumière.
- 11 résulte aussi des expériences de M. Siemens que le sélénium ne conduit pas l’électricité au-dessus de 80° G. et que depuis cette température jusqu’à 210° C. la conductibilité augmente graduellement, puis elle diminue ; en le laissant refroidir on constate la même marche. M. Siemens appelle le premier changement obtenu dans le sélénium en le chauffant à 100° C. modification électrolyte, et modification métallique celle qui est due à un réchauffement de 210° C. Avec la modification électrolyte la conductibilité s’accroît par l’élévation de température, tandis qu’avec la modification métallique elle décroît. La modification métallique est cependant bien meilleure conductrice de l’électricité, mais elle est moins stable et cette conductibilité est beaucoup augmentée sous l’influence de la lumière, comme cela ressort des ré-
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- LA NATURE.
- sultats suivants obtenus par M. Obach dans le laboratoire de M. Siemens :
- Conductibilité relative.
- Sélénium placé dans : Déflation. Rapport. Résistance.
- 1. Obscurité . 32 1 10070 000
- 2. Lumière diffuse . . . 110 5,4 2939000
- 3. Lumière d’une lampe. . 180 5.6 1 790 000
- 4. Lumière solaire . . 470 14,7 680 000
- Il résulte de ces expériences une extension de la théorie d’flelmholtz, à savoir : que la conductibilité
- (Eil artificiel de M. Siemens.
- DD'. Boule de verre creuse. — AB. Lentille biconvexe. — SS'. Disque de sélénium mis en communication avec un galvanomètre et un élément Daniell. — Eli'. Écrans mobiles.
- des métaux varie eu raison inverse de leur chaleur totale (Helmholtz ayant seulement en vue la chaleur sensible), et l’influence de la lumière sur le sélénium doit être expliquée par un changement dans l’état moléculaire des portions éclairées de sa surface, ou à un dégagement de chaleur spécifique, ou un changement de l’état électrolyte à l’état métallique. En soumettant une plaque de sélénium sensible aux diverses portions du spectre, M. Siemens a constaté que les rayons acti ait pies ne produisaient aucun! effet appréciable, et que l’influence augmentait au contraire à mesure que l’on se rapprochait du rouge sombre, pour diminuer ensuite et devenir nulle dans le spectre purement calorifique.
- Il est clair qu’on pourra utiliser sans doute avec avantage le sélénium en photométrie et M. Siemens a déjà construit un photomètre fondé sur la singulière propriété que présente cette substance.
- Pour montrer la sensibilité du sélénium par une
- expérience frappante, M. W. Siemens a construit l’appareil suivant : Ayant pris une sphère creuse munie de deux ouvertures opposées (voy. la fig.), il a placé une lentille convergente AB à l’une, et à l’autre une plaque de sélénium SS' en communication avec un courant électrique et un galvanomètre. La lentille étant recouverte par deux écrans mobiles EE', on peut comparer le tout a un œil, les écrans représentant les paupières, et la plaque de sélénium la rétine. Dès que l’on enlève les écrans on voit le galvanomètre dévier et la grandeur de la déviation dépend de la couleur de la lumière qui converge au foyer coïncidant avec le sélénium ; très-faible si la lumière est bleue, elle est plus considérable si la lumière est rouge, et bien plus encore s’il s’agit d’une lumière blanche.
- Cet œil artificiel pourrait être mis en communication avec un électro-aimant qui replacerait automatiquement les écrans devant la lentille.
- « Voilà donc, dit M. Siemens, un œil artificiel qui est sensible à la lumière et aux différences de couleur, qui donne des signes de fatigue lorsqu’il est soumis à l’action prolongée d’une lumière intense, et qui ?e remet de cette fatigue par le repos, en tenant les paupières fermées. 11 ne serait pas difficile de mettre en communication avec le galvanomètre un électro-aimant, disposé de manière à clore automatiquement les paupières sous l’influence d’une lumière vive, et d’imiter ainsi l’action du cerveau qui fait cligner les yeux lors d’un éclair. Celte analogie peut n’être pas sans utilité pour les physiologistes qui cherchent à expliquer les fonctions naturelles de l’organisme.1 »
- ACCIDENTS DE MONTAGNE
- Dans la matinée du lundi 28 août 1876, deux Anglais, MM. Hayman et Johnson, accompagnés des «leux frères Ignace et François Sarbach, guides à Saint-Nicolas, quittèrent le chalet de la Cour de lys, à l’entrée de la vallée de la Gressonay, avec l’intention de franchir le Felik Joch, pour se rendre à l’hôpital Riffel, placé au-dessous du même versant que Zermatt. Trompée parle brouillard, la petite troupe prit trop à droite, mais réussit à gravir une montigne encore plus élevée que le Félik Joch. En passant sous un long toit de neige, les voyageurs furent toi.t à coup recouverts par une avalanche. Johnson et François Sarbach se trouvèrent engloutis dans la neige et sans doute étouffés rapidement; les deux autres voyageurs parvinrent à se dégager de l’avalanche, mais ils furent obligés de passer la nuit, sans provisions, au milieu des neiges. L’absence prolongée des hôtes attendus à l’hôtel Riffel y jeta l’alarme et l’on se mit à leur recherche. M. Hayman fut
- 1 Proceedings of the P. Soc. of London, Xt. 137 ; XYI, il9. — Nature, 1816.— Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, août 1876.
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- trouvé presque évanoui, les mains gelées, le guide Ignace était dans un état non moins déplorable. Ce guide a survécu à ses souffrances, mais non M. Ilayman, qui mourut quelques jours après. Voici la description, donnée par M. Huisli, du Felik Joeh : c’est un des passages les plus élevés et les plus difficiles des Alpes; il est situé à l’ouest du mont Rose. Non loin de là est le Matterhorn , où Douglas, Hudson, Iladon et Croz périrent, eux aussi, misérablement dans les neiges.
- Un autre accident a vivement ému la Suisse, dans ces derniers temps; c’est celui de M. Edouard Barnard, qui s’est arrêté à Kes-wick avec sa femme et son enfant. Il partit seul pour Rotstbwaite, dans la soirée du dimanche 13 août 1876. Il voulait aller de là à Waslwater, puis retourner à Butlermere. Le lundi, à une heure de l’après-midi, il quitta l’hôtel Wastdale de Ritson et depuis on n’eut plus de ses nouvelles que le 10 septembre, jour où son corps fut retrouvé au pied du Pillar Rock. Comme on ne découvrit sur le cadavre ni meurtrissures ni contusions , on crut généralement qu’il était mort soit par suite d’une fatigue excessive, soit par suite d’une insolation, car le temps était alors très-chaud. Le Pillar Rock est une masse splendide de porphyre; à son sommet une bouteille renferme
- Le Felik Joch, à Zermalt. Switzerland (Suisse). — XX. Points entre lesquels MM. Johnson, Ilayman et Fr. Sarback perdirent la vie, le 28 août 1876.
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- les noms peu nombreux de ceux qui ont escaladé les flancs presque verticaux de ce pic, qu’il ne faut pas confondre avec le mont Pillai*. L. Lhéritier.
- CHRONIQUE
- Le poids d’un atome d'hydrogène. — M. Anna-heirn a fait récemment une conférence sur la divisibilité de la matière, à la Société chimique de Berlin. Voici la description d’une des expériences qu’il a exécutées devant son auditoire. M. Ànnaheim dissout 0,0007 grammes de fuchsine (une parcelle de 0,5 millimètres de diamètre environ) dans de l’alcool, et il étend cette solution de manière à lui donner un volume de 1000 centimètres cubes. Dans chaque centimètre cube de cette solution bien agitée, il y a 0,000 000 7 grammes de matière colorante.
- Le liquide ainsi obtenu est versé dans une burette de 1 centimètre de diamètre; il parait encore sensiblement coloré quand on le regarde sur un tond blanc, et cette coloration peut même être entrevue à une certaine distance Si une goutte de cette burette (il y en a trente cinq dans un centimètre cube) est versée dans un petit tube d’essai de 0,8 centimètre de diamètre, la couleur rouge sera encore visible si on la regarde parallèlement sur une feuille de papier blanc et en se servant d’un tube de comparaison contenant une goutte d’alcool pur. 11 résulte de ce fait que notre œil peut percevoir 0,000 000 02 gramme de fuchsine. En supposant que cette goutte de la solution ne contienne qu’une seule molécule de matière colorante, il en résultera, d’après la formule de la fuchsine, que le poids absolu d’un atome d’hydrogène, un des éléments constitutifs de cette substance, serait de 0,000000 000 059 gramme. M. Annaheim a fait une expérience semblable avec la cyanine, et il a été conduit à représenter le poids de l’atome d’hydrogène par 0,000 000 000 054 gramme, chiffre très voisin du précédent. Il résulte de ces faits que l’on peut avoir la certitude, et cela mathématiquement, que le poids d’un atome d’hydrogène ne peut pas excéder 0,000000 00005 gramme. Il va sans dire qu’il peut être inférieur à ce nombre, qui est un maximum.
- Rapide développement d’animaux et de plantes importés. — On sait que certaines plantes, importées dans de nouvelles contrées, s’y développent beaucoup mieux que sur leur sol natal. Gela se voit surtout à propos des végétaux de l’Orient transplantés en Californie et donnant naissance à des résultats merveilleux. Il en est de même, plus ou moins, d’animaux, notamment de poissons, transportés dans des contrées où leurs similaires font défaut. On raconte des faits extraordinaires sur la rapidité de la croissance de la carpe d’Allemagne transportée en Californie ; c’est au point qu’elle y grandit autant en un an qu’elle ferait en 5 ou 4 ans en Allemagne; au bout d’un an, elle y est capable de reproduction. Quoi qu’il en soit, nous sommes certains que la truite a merveilleusement bien réussi en Australie, où on l’a importée d’Angleterre. Un correspondant annonçait naguère qu’en novembre 1872, à Ballarat, on retira de l’eau 400 petites truites, écloses au mois de septembre précédent. En janvier 1875, ou 26 mois après qu’on les eut remises dans l’eau, 29 mois après leur éclosion, on en prit un certain nombre dans des filets. L’une d’elles, une femelle, pesait 10 livres moins une once, deux autres, 9 livres 3/4, deux 9 livres, cinq ou six autres, 7 livres 1/2 chacune;
- la moins lourde pesait 6 livres et toutes étaient en parfait état. Une expérience semblable avait été faite à l’occasion d’une perche, dont les père et mère étaient venus d’Angleterre. Il y a trois ans, des œufs de perches furent mis dans un vivier près de Ballarat. Ces poissons étant éclos, on en a pris quelques-uns dernièrement qui pesaient 5 ou 6 livres chacun. (Mémoirs Boston Nat. Hist. Soc.)
- Découverte de débris d'animaux dans des couches de lignite du district de Saskatchewan. — Un document important pour la solution de la question de ce qu’on appelle les couches de transition ou de lignite, renfermant une grande partie de la houille des montagnes rocheuses, vient d’être apporté par M. Georges Dawson, géologue de la Commission britannique des frontières de l’Amérique du Nord. Il a découvert une région, riche en fossiles, dans des couches de cette époque, sur les rives de la Milk, dans le district de Saskatchewan. Ces débris consistaient en poissons, tortues et nombreux sauriens de terre; il n’y avait pas de mammifères. Les sauriens appartiennent à l’étrange groupe des dinosauriens, que l’on sait avoir existé postérieurement à la période crétacée, et leur présence dénote que les couches de lignite sont crétacées dans le voisinage, comme on a déjà prouvé qu’elles l’étaient dans le Dako-tan, le Wyoming et le Colorado. Quelques espèces sont communes à la plupart, pour ne pas dire à la totalité de ces emplacements. On trouve aussi dans le voisinage des rives de la Milk des restes de poissons dits anguilles de iner (yar-fishes). On en a aussi trouvé dans les terrains tertiaires; leur espèce d’ailleurs subsiste encore. Ainsi, bien qu’ils forment un ancien type, ils relient les formations crétacées et tertiaires plus intimement qu’on ne l’a su jusqu’ici. (Annual record of Science and industry.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 octobre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- M. Ch. Sainte-Claire Deville. — Nos lecteurs savent déjà la nouvelle perte qui frappe la science. M. Charles Deville est mort cette semaine des suites d’une maladie contractée au service de la géologie et qui l’a fait souffrir pendant plus de trente ans. C’est, en effet, lors de ses premières recherches sur la constitution des Antilles qu’il a contracté l’affection rhumatismale dont il n’a jamais pu se guérir. Le travail considérable dont il s’agit était à peine terminé, que le trop fameux désastre de la Pointe-à-Pitre vint détruire toutes les collections recueillies en trois années. M. Deville néanmoins donna la carte géologique de la Guadeloupe. Rentré en France, il s’adonna à l’étude des feldspath, et c’est à lui qu’on doit les notions définitives sur la constitution de ces minéraux. Poursuivant la direction chimique où il réussissait si bien, il fit connaître cet état allotropique du soufre .qui, devenu mou par la trempe, a acquis des propriétés physiques et chimiques toutes différentes de celles du soufre ordinaire, au' point que M. Dumas regarde M. Deville comme l’auteur d’une véritable transmutation d’un corps simple (le soufre ordinaire) dans un autre corps simple (le soufre mou). Cette belle découverte ne produisit pas, à beaucoup près, autant d’impression que celle faite, peu après, du phosphore rouge par M. Sclirœtter, et cependant elle est absolument du même
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- ordre et ouvrait une voie nouvelle. Il serait impossible d’énumérer ici tous les travaux du savant géologue. Signalons seulement son Mémoire classique sur les émanations volcaniques où sont liées d’une façon si intime les phases successives des éruptions et la nature des vapeurs dégagées du sol. Rappelons enfin que c’est à lui qu’est due la fondation de l’observatoire météorologique de Montsouris, dirigé aujourd’hui par M. Marié Davy.
- Vulcain. — Encore une fois M. Le Verrier revient sur la planète intra-mercurielle, dont l’étude restera un des exemples les plus intéressants de l’application de la méthode scientifique à la decouverte des faits naturels. Nous avons rapporté la formule qui en exprime l’orbite et nous avons dit comment M. Le Verrier l’a obtenue. L’auteur, avant d’aller plus loin, s’est demandé si une formule trouvée ainsi peut permettre d’indiquer à l’avance le passage de la planète sur le Soleil. Pour cela, il a fait un travail analogue au sujet de Mercure, dont la théorie est si complète, comme on sait. 11 a pris les observations (dé-barassées de tout appareil de précision) de :
- La Concha, 5 novembre 1789 (Montevideo),
- Kayser, 9 novembre 1802 (Amsterdam) ;
- Fischer, 5 mai 1852 (Lisbonne) ; llouzeau, 4 mai 1845 (Bruxelles).
- 11 en a conclu une expression de l’orbite qui se trouve être
- V = 56°,04 -p 4°,092307 j — 7°,66 sin v — 9°,18 cos v
- où j est compté depuis 1785; puis il a calculé un passage suivant et a trouvé : 9 novembre 1848. Or, on sait que c'est précisément le 9 novembre 1848 que Hind a observé à Londres un passage de Mercure. C’est-à-dire que, si on ne l’avait pas connu déjà, Mercure eût pu ctre découvert ainsi. Donc la méthode est bonne et ce qu’elle donne pour Vulcain doit être considéré comme acquis.
- Cela posé, et en admettant que les observateurs dont on utilise les données sont sincères, on trouve qu’il peut y avoir plusieurs solutions à la question de savoir quand on doit examiner le Soleil en vue d’v reconnaître un passage. D’après l’auteur, toutes ces solutions sont contenues dans la formule :
- V=139°, 94 +216°,18A + (10°,901252 — 1»,972472 A);
- où k est une indéterminée dont les valeurs sont nécessairement entières.
- Remarquons d’abord que, si les solutions diffèrent dans la plupart des points de l’orbite, elles coïncident au nœud et cette circonstance rend la question beaucoup plus simple. D’un autre côté, on ne peut faire varier k que dans des limites très-étroites.
- En effet, avec k = 0 la distance au soleil est 0,201, ou le cinquième de celle qui nous sépare nous-mêmes de l’astre central; l’élongation est alors de 10°, c’est-à-dire que Vulcain est toujours si voisin de la photosphère, qu’on s’explique aisément de ne l’avoir vu que si rarement. Avec k = 1 on a presque les mêmes résultats, la distance n’est plus que 0,181 et la rareté des observations est justifiée d’autant mieux. Mais si k — 2 la rotation de l’astre doit se faire en 24 jours, c’est-à-dire en moins de temps que le Soleil n’en met pour tourner sur lui-même, et par conséquent on ne peut admettre cette solution sans renoncer à l’hypotlièse cosmogonique de Laplace. A l’in-
- verse avec k ~ 1, l’élongation devient si grande, qu’on aurait dù observer la planète très-souvent. Comme on voit, M. Le Verrier arrive ainsi à resserrer progressivement la question qu’il étudie si élégamment.
- Maintenant on constate toujours dans les passages d’une même planète sur le Soleil des périodes de fréquence et de rareté. Vénus, par exemple, passe deux foison 10 ans, puis il lui faut un grand siècle pour s’offrir de nouveau aux observateurs sur le disque solaire ; il en est de même de Mercure; M. Le Verrier reconnaît qu’il en est encore de même de Vulcain. Pour celui-ci la période est de 7 ans 1 j2. Il y aura un passage le 22 mars 1877, mais ensuite il faudra attendre jusqu’en 1883. Même ce passage de l’an prochain n’est-il pas bien certain, le calcul montrant que la trajectoire de la planète sera sensiblement tangente au bord du Soleil et la précision des observations ne permettant pas de déterminer sa situation d’une façon absolue. En tous cas les astronomes feront bien de mettre l’œil à la lunette à l’époque indiquée. En attendant, et dès qu’il sera prêt pour ce travail, M. Janssen étudiera au spectroscope les abords du Soleil, car il y aura de nombreux passsages dans la région coronale.
- Voilà où en est aujourd’hui cette grande question dont M. Le Verrier a su tirer un si bon parti.
- Géodésie. — C’est avec le plus vif intérêt qu’on écoute la lecture d’une lettre deM. le commandant Mouchez, rentré en Algérie après le relevé géodésique des 200 lieues de côte des deux Syrtes.
- Le trava il a présenté de grandes difficultés, le rivage élant bas, formé de dunes, et n’offrant pas de points observables à plus de 2 lieues. Les abords des côtes sont rendus fort dangereux par les innombrables récifs non marqués sur les cartes qu’on rencontre à chaque pas, et le débarquement est loin d’être commode. Les naturels, en effet, sont d’affreux sauvages n’ayant jamais vu de navires européens sur leurs côtes, sinon désemparés, livrés par la tempête et passés à l’état d’épaves bonnes à dévaliser. Excités encore par les rumeurs vagues de la « guerre sainte » dont l’Orient est le théâtre, ils ne dissimulent pas leur désir d’offrir à Allah quelques têtes de chrétiens. Celle de M. Mouchez leur paraissant remplir toutes les conditions, ils entourèrent un jour le commandant qui avait mis pied à terre, et notre courageux compatriote dut parlementer deux heures avec deux cents de ces fanatiques pour arriver à se rembarquer. Heureusement que la force morale vaut mieux que la puissance bestiale et que son empire s’étend même sur les derniers des hommes.
- Stanislas Meunier,
- LE COUP DE VENT
- DU 28 SEPTEMBRE 187G, A COWES (ÎLE DE WIGHT).
- Le désastre récemment survenu dans l’île de Wight, est sans doute assez commun dans d’autres parties du globe, mais il est exceptionnel dans ces régions. Les premiers symptômes du phénomène ont etc une pesanteur innaccoutumée de l’atmosphère et le vol effaré d’un grand nombre d’oiseaux s’enfuyant comme saisis d’une panique. G était le jeudi 28 septembre 1876, vers 6 heures du matin. Entre 7 et 8 heures un vent impétueux s’éleva tout à coup ; J il souillait avec fureur vers le nord-est, parallèle-
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- LA NATURE,
- ment au rivage de la mer. Le coup de vent ne dura pace; mais ce laps de temps si court fut suffisant que quelques secondes et 11e désola qu’un petit es- pour produire une destruction presque incroyable.
- La promenade de Cowes (ile de Wight), pendant le coup de vent du 28 septembre 1876. (D’après nature.)
- Des toitures furent enlevées, des maisons renversées, de grands arbres déracinés ou brisés ; des bateaux retirés de l’eau et jetés sur le rivage, d’autres furent lancés à la mer, chavirés et réduits en pièces ; l’air était obscurci par les ardoises, les branches d’arbres qui volaient emportées par le vent. Dans la métairie de M.
- Davis, à Broad-fields, les dégâts furent énormes, les granges croulèrent, les meules d’orge, de froment et de foin, furent dispersées en tous sens. La station du chemin de fer fut démolie, et des wagons plus ou moins endommagés. Quelques-uns même ont été enlevés des rails. Les hôtels du Globe et de la Marine furent presque détruits; -enfin la ville entière de Cowes eut beaucoup
- à souffrir. Il n’y eut heureusement personne de tué; mais le nombre des bles-est cousidé-la métairie de M. Davis, quatre hommes furent ensevelis sous la grange ; mais on les relira sains et saufs. Le dessinateur, auquel nous devons les curieux croquis ci-joints, rapporte que la ville avait l’air de sortir d’un bombardement; des navires qui croisaient dans le Soient furent tellement assaillis par l’ouragan, que le yacht La-lona, ancré à
- un demi-mille du rivage, eut une tuile enfoncée dans ses lianes et qu’il fut difficile de l’en arracher.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdieb. Typographie Laliure, rue île Kleurus, U, à Paris.
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- N° 178. — 28 OCTOBRE 1876.
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- ÉCLAIRS EN CHAPELET
- L’orage qui a éclaté sur Paris et ses environs le 18 août 1876, vers 6 heures du matin, a offert un exemple d’un genre d’éclair très-rare, non encore classé en Météorologie, et de nature à jeter un nouveau jour sur la formation de la foudre globulaire.
- La vaste nuée qui obscurcissait le ciel a donné d’abord naissance à une série d’éclairs de grande longueur et de formes très-variées : quelques-uns étaient bifurqués; d’autres présentaient des courbes
- à points multiples ou des contours fermés. Ces éclairs paraissaient, en général, composés de points brillants, semblables aux sillons de feu produits sur une surface humide par un courant électrique de haute tension.
- Mais le plus remarquable entre tous est celui qui s’est élancé de la nue vers le sol, en décrivant une courbe semblable à un S allongé, et qui est resté visible pendant un instant appréciable, en formant comme un chapelet de grains brillants, disséminés le long d’un filet lumineux très-étroit (Voy. la gravure). Cet éclair, que nous avons observé des hauteurs de
- Éclair en chapelet observé au-dessus de Paris pendant l’orage du 18 août 1876. (D’après un croquis pris
- ues uameurs ue iueuuuu.
- Meudon, a paru frapper Paris dans la direction de Vaugirard. On sait, en effet, que la foudre est tombée dans ce quartier, sur plusieurs points, boulevard de Vaugirard, rue d’Assas, etc. Il est probable que la chute de la foudre a dû avoir lieu simultanément sur ces divers points, et qu’elle s’est divisée en plusieurs branches ou en plusieurs grains dans le voisinage du sol ; car nous n’avons vu qu’un seul éclair atteindre la terre dans cette direction. La pluie avait été très-abondante et de longue durée, en sorte que l’air, traversé par la décharge, devait être entièrement saturé de vapeur d'eau.
- Cette formation de grains lumineux, alternant-avec des traits de feu, est une conséquence de l’écoulement du flux électrique au travers d’un milieu pon-
- 4® année. — 2e semoslre.
- dérable et tout à fait analogue soit au chapelet de globules incandescents que présente un long fil métallique fondu par un courant voltaïque, et dont les extrémités restent un instant suspendues en fusion aux pôles de la pile, soit encore aux renfle-ments et aux nœuds résultant de l’écoulement de toute veine liquide. De telles agglomérations de matière électrisée et lumineuse doivent être naturellement plus lentes à se dissiper que le trait lui-même qui les relie, et ainsi s’explique la persistance de l’éclair observé.
- Ce genre d’éclair constitue un phénomène indicatif, qui montre la transition de la forme ordinaire de la foudre en traits sinueux ou rectilignes à la forme globulaire. On conçoit, en effet, que, si la
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- condensation électr ique sur quelques points du trajet de l’éclair est plus considérable, les grains puissent acquérir un certain volume, et donner naissance à des globes restant quelque temps visibles. Ainsi les globes fulminants peuvent être considérés comme dérivant d’un éclair en chapelet, et si l’on ne voit pas, sur le point même où ils apparaissent, le trait de foudre d’où ils se sont détachés, c’est qu’on ne peut saisir de près tout l’ensemble du phénomène, comme lorsqu’on est placé à une grande distance.
- Cette observation s’accorde avec une autre du même genre, citée par M. du Moncel1 dans la description d’une série d’éclairs à sillon persistant. Pendant un orage à Londres, dans la nuit du 19 au 20 juin 1857, on remarqua plusieurs éclairs « qui persistaient pendant quelques instants, et ne disparaissaient qu’après s’être comme fondus en lumière granulaire On pourrait donc réunir ces exemples d’éclairs d’un caractère particulier, et les classer, sous le nom d'éclairs en chapelet, parmi les phénomènes météorologiques. Gaston Planté.
- LA GYMNASTIQUE SCIENTIFIQUE
- On a discuté longtemps sur la valeur thérapeutique du quinquina, on s’est injurié plus d’une fois à propos de l’émétique, on s’est battu souvent à l’occasion de la saignée. Il n’y a pas au monde un médicament, un remède, qui n’ait donné lieu à des contestations ou à des querelles. Je me trompe; il est un remède dont l’efficacité puissante n’a jamais été mise en doute : dans tous les temps et dans tous les pays les médecins ont été unanimes pour considérer la gymnastique comme la ressource la plus puissante que l’homme possède pour conserver la santé ou guérir les maladies.
- Longtemps négligée, malgré la tradition des merveilles qui s’accomplissaient dans les gymnases antiques, la gymnastique a été remise en honneur au commencement de ce siècle. Le colonel Amorose en France fut célèbre par les résultats remarquables qu’il obtint vers 1840. Sa célébrité dura quelques années et il fallut que l’idée, dont il pressentait à peu près seul l’importance, fît le tour de l’Europe, pour que la France l’accueillît et l’adoptât, amplifiée, fécondée, mais surtout ornée de l’attrait qu’ont d’ordinaire pour tous les bons Français les choses qui nous arrivent de l'étranger.
- En Angleterre, en Suède, en Allemagne, en Russie, la gymnastique a produit des miracles, et si jamais une institution doit opérer la régénération physique et morale d’un peuple, c’est assurément l’institution d’écoles dans lesquelles les enfants et les jeunes gens apprennent à tirer le maximum de travail utile de leurs muscles et de leur cerveau.
- C’est aujourd’hui, grâce à Dieu, une opinion in-
- 1 Notice sur le tonnerre et les éclairs, p. 54.
- contestée que la gymnastique fait les hommes forts, sains et sages, en rétablissant l’équilibre du physique et du moral, que les conditions artificielles de la vie civilisée concourent à leur faire perdre.
- Personne n’en doute, tout le monde le croit : mais il ne suffit pas de croire. Il faut le démontrer, et les démonstrations n’ont de valeur que lorsque les résultats s’expriment par des chiffres.
- Or on n’avait pas encore essayé, comme vient de le faire le Dr Burcq, de ramener à des proportions numériques les avantages de l’exercice physique et d’établir le bilan de cette admirable usine qui s’appelle l’économie animale.
- Le Dr Burcq a fait ses observations sur un grand nombre de sujets; il a trouvé dans lecole normale de gymnastique militaire de la Faisanderie un champ d’expériences précieux. MM. les commandants Grellet et Canonnier, qui dirigent cette admirable pépinière de moniteurs destinés à l’armée, se sont prêtés à la poursuite de ces recherches avec une bonne grâce à laquelle nous devons rendre hommage. Le savant médecin dont nous parlons a pu faire connaître le résultat de six mois d’études dont l’exactitude ne laisse rien à désirer.
- Nous savons aujourd’hui, d’après un nombre d’observations supérieur à mille, que les exercices gymnastiques ont pour effet :
- 1° D’augmenter les forces musculaires jusqu’à 23 et même jusqu’à 58 pour cent, en même temps que de tendre à les équilibrer dans les deux moitiés du corps ;
- 2° D’agrandir la capacité pulmonaire d’au moins un sixième ;
- 5° D’accroître le poids des hommes jusqu’à 15 pour cent, et d’autre part, cependant, d’en diminuer le volume, accroissement dont bénéficie exclusivement le système musculaire, ainsi que le démontre la plus-value dynamométrique.
- M. Burcq a remarque que c’est surtout dans la première moitié du cours de la Faisanderie que l’augmentation des forces s’observe avec ses caractères les plus tranchés.
- Ces recherches sont actuellement remarquables ; le Dr Burcq aura l’honneur d’avoir publié le premier les résultats heureux de la gymnastique, résultats affirmés par le concours simultané de la mensuration, du pesage et de la dynamométrie.
- Nous croyons n’enlever rien à son mérite en ajoutant que ces recherches, faites à la Faisanderie sur des sujets adultes et bien musclés, ne représentent qu’une partie de la vérité.
- Un homme dont le nom est inséparable de tous les progrès accomplis en gymnastique dans les vingt dernières années, M. Eugène Paz, a de son côté étudié les résultats que produit l’exercice physique méthodique chez certains malades et chez un grand nombre d’individus, artistes, gens de lettres, hommes de cabinet, dont les muscles sont moins volumineux que chez les solides soldats qui manœu^ vient à l’École de la Faisanderie. .
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- LA NATURE.
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- Opérant avec la variété infinie d’engins qu’il a réunis dans ce splendide établissement de la rue des Martyrs qu’on appelle le Grand-Gymnase, M. Paz a pu constater, également avec des chiffres, la puissance qu’acquièrent les organes de ceux qui se soumettent à l’entraînement des exercices méthodiques.
- 11 nous a fait personnellement reconnaître cette loi, que M. Burcq a d’ailleurs fort bien formulée, en vertu de laquelle le volume du corps diminue en même temps que le poids augmente.
- Il a pu confirmer les résultats obtenus par le savant médecin sur l’accroissement de la capacité pulmonaire en constatant l’accroissement de la puissance et de la souplesse que la gymnastique a produit chez un certain nombre de chanteurs. .
- Nous pourrions citer ici trois artistes célèbres qui depuis un an ont acquis une augmentation de puissance qui se chiffre précisément par 1/6, c’est-à-dire par le nombre auquel le docteur Burcq évalue l’agrandissement de la capacité pulmonaire.
- Le rapprochement de ces résultats cherchés avec une égale rigueur, mais obtenus dans des conditions différentes, est fort instructif et donne aux recherches de M. Burcq une confirmation saisissante.
- Henri Vivien.
- LA CIRCULATION
- DES
- COUCHES INFÉRIEURES DE L’ATMOSPHÈRE
- DANS L’ATLANTIQUE NORD,
- Maury a dessiné lui-même, sur une mappemonde hydrographique (projection de Mercator), la circulation générale des couches inférieures de l’atmosphère, telle qu’il l’envisageait.
- Pour l’Atlantique Nord, cette circulation lui paraissait ainsi définie : 1° une bande de calmes, un peu au-dessus de l’équateur; bande partout parallèle à l’équateur, si ce n’est près de la côte d’Afrique où il la relevait vers le nord-est; 2° au-dessus de cette bande de calmes, une large bande de nord-est, les'alizés qu’il terminait à un parallèle situé près des tropiques; 3° au-dessus des alizés, une petite bande de calmes et de folles brises (calmes des tropiques); 4° enfin, au-dessus des calmes.du Cancer des vents du sud-ouest, d’ouest et de nord-ouest.
- Maury donnait, en outre, à cette circulation générale un mouvement d’ensemble, et disait non sans raison : « les vents suivent le Soleil, » c’est-à-dire la bande des calmes équatoriaux descend avec le Soleil en hiver, remonte avec lui en été, et dans son mouvement entraîne tous les autres vents. Il indiquait aussi sur sa carte une déformation, suivant les saisons, de la bande des calmes de l’équateur. La déformation indiquée était bien dans le sens de
- la vérité, mais elle était loin d’y être entièrement conforme.
- Quelle que soit l’admiration justement méritée qui s’attache à l’ensemble des œuvres de Maury, il est certain que cette circulation de l’atmosphère par zones, telle qu’il l’a imaginée, ne laissera aucune trace dans la science; car elle est en contradiction avec toutes les observations connues, aussi bien avec les siennes qu’avec les nôtres. Et peut-être est-ce ici le moment de rappeler que le grand travail de Météorologie nautique que j’ai commencé il y a quelques années m’a permis d’accumuler plus de 650,000 observations1 sur les vents de l’Atlantique Nord, là où Maury n’en avait réuni que 196,000; et que par conséquent il n’est pas étonnant que je sois aujourd’hui en mesure de rectifier plusieurs des assertions du célèbre Américain, d’en compléter certaines autres, et d’ajouter aux connaissances déjà acquises certains faits nouveaux, relatifs à ce grand bassin de l’Atlantique Nord dont les phénomènes météorologiques intéressent si vivement toutes les contrées de l’Europe.
- Pour étudier la circulation générale atmosphérique dans un des grands bassins océaniques, la carte d’été de ce bassin est la meilleure à consulter. Plaçons-nous donc en face de la carte juillel-août-septembre de l’Atlantique Nord, et voyons ce qu’elle enseigne.
- Lorsqu’un officier d’état-major étudie la carte d’un pays sur lequel il doit faire combattre et manœuvrer des troupes, il voit peu à peu se détacher de cette carte des points qui, pour n’être pas marqués sur le plan d’une façon spéciale, n’en prennent pas moins dans son esprit une valeur toute particulière; il les appelle les points stratégiques. De même, un météorologiste, eu présence de la carte juillet-août-septembre de l’Atlantique Nord, distinguera bientôt sur cette carte, à mesure qu’il l’étudiera, quatre points météorologiques principaux, en quelque sorte les clefs de la situation.
- Ces quatre points météorologiques principaux sont : d’une part, le golfe du Mexique et le Sahara; de l’autre les Açores et la région maximum des calmes.
- Le golfe du Mexique et le Sahara, les plus importants, sont deux points de convergence des vents. Et en effet, qu’on suive le mouvement général des alizés de nord-est, soit du côté du Mexique, soit près de la côte d’Afrique ; qu’on suive également le mouvement des alizés du sud-est, soit du côté de l’Afrique, soit vers les Antilles, on trouvera toujours ces alizés se dirigeant les uns et les autres (en quelque endroit qu’on les considère), ou vers le Sahara, ou vers le Mexique. Il y a donc continuité absolue du mouvement général des alizés, et, de plus, com vergence de ces vents au Sahara et au golfe dit Mexique.
- De cette convergence ainsi définie résulte tout
- 1 Yoy. les Comptes rendus, séunce du 0 septembre 187.' .
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- LA NATURE.
- naturellement et presqife forcément, pour cause de continuité, qu’au milieu de l’Atlantique se trouve une portion de calmes à droite desquels les vents sont ouest et se dirigent vers l’Afrique, tandis qu’à gauche ils sont est et vont aux Antilles. Ces calmes, qui établissent vers le milieu de l’Atlantique une limite des effets du Sahara et du golfe du Mexique, sont situés entre 5 et 10 degrés latitude N. et 52 à 42 degrés longitude 0.; ils forment ce que nous avons appelé la région maximum des calmes, et constituent, comme on le voit sur la carte, un des quatre points météorologiques principaux.
- Quant aux Açores, autour d’elles se dessine un immense tourbillon tournant en sens direct et d’où s’échappe, dans le nord-ouest des îles, assez loin du centre, comme une grande gerbe de vent, qui, d’abord sud-sud-ouest, devient sud-ouest, puis ouest-sud-ouest pour former bientôt les vents d'ouest des latitudes élevées. Près du centre des tourbillons, les vents qui sont ouest au-dessus se courbent et deviennent successivement sur la droite ouest-nord-ouest, nord-ouest, nord-nord-ouest, puis nord par le travers du cap du Finistère. A partir de là, tandis que, près des Açores et au-dessous, les vents continuent leur mouvement de rotation nord-est, est, est-sud-est, sud, ou aperçoit comme une autre gerbe immense qui, se détachant du tourbillon, non loin du cap Finistère lui-mème, se courbe insensiblement, mais aussi régulièrement que le ferait une courbe mathématique des plus simples, et, traversant l’Atlantique pour se rendre au golfe du Mexique, forme sur sa route ce qu’on est convenu d’appeler les vents alizés.
- Tel est le tableau de la circulation des vents d’été dans l’Atlantique, telle qu’elle résulte de la carte météorologique juillet-août-septembre, et, pour la mieux mettre en évidence, nous l’avons représentée sur la carte ci-contre1.
- Il y a un point très-important à signaler dans ce tableau de la circulation des vents d’été de l’Atlantique nord : le mouvement de rotation des Açores n’est pas celui d’un circuit, c’est une rotation en spirale, c’est-à-dire que non-seulement les vents tournent autour des Açores, mais ils tournent en s’en éloignant de tous les côtés. Or si les vents s’éloignent ainsi de tous les côtés d’un point quelconque situé sur la surface du globe, soit en tournant, soit directement, qu’en résulte-t-il? — Il en résulte qu’en ce point, du haut des parties supérieures de l’atmosphère, descend la masse d’air qui alimente tous les vents environnants. Cette conclu-
- On remarquera sans doute que, près des Bermudes, cette carte ne renferme aucune indication. C’est qu’en effet, pour cet endroit, on n’aperçoit pas sur les cartes de moyennes la marche générale des vents ; les courbes de direction s’y enchevêtrent sans rien donner. Est-ce à dire que de bonnes cartes mensuelles, quand on les aura, éclaireront ce point obscur de la circulation atmosphérique? Rien ne le prouve malheureusement. Peut-être même est-il présumable qu’il faudra, pour voir ce qui se passe aux environs de ces îles, le secours des cartes simultanées.
- sion est nécessaire, et elle subsiste même abstraction faite de toute idée de pression barométrique.
- Ainsi donc, en été, il existe au milieu de l’Atlantique nord, près des Açores, une région où l’air descend des parties supérieures pour venir alimenter tous les vents, lesquels, sous l’influence de forces dont nous nous occuperons plus tard, prennent la direction des alizés, des vents d’ouest et des autres, et forment finalement le tableau que nous avons donné de la circulation des vents d’été dans l’Atlantique nord.
- Sortons maintenant, ne serait-ce qu’un instant, du domaine des faits pour entrer dans celui des hypothèses; élargissons le cadre, enveloppons d’un seul coup d’œil toute la surface terrestre, et supposons non-seulement qu’il existe sur les différents océans plusieurs points analogues à celui des Açores, mais encore que nous puissions prouver un jour (ce que ni nous, ni personne, croyons-nous, ne sommes capables de faire aujourd’hui) qu’il existe certains points du globe vers lesquels les vents convergent de toutes les directions, soit en tournant, soit directement. Qu’en résulterait-il pour ccs derniers points? — 11 en résulterait, nécessairement qu’en ccs points, contrairement à ce qui se passe aux Açores, l’air, au lieu de descendre, s’élèverait dans l’atmosphère.
- Or c’est précisément en quoi consiste, selon nous, toute l’économie du système de la circulation atmosphérique. 11 doit exister sur la surface du globe cinq ou six points, qu’il s’agit de déterminer, se déplaçant avec les saisons (en été, l’un d’eux se trouve probablement sur le plateau d’Asie), où l’atmosphère s’élève dans les parties supérieures, en attirant à elle tout l’air des parties inférieures, air qui, dans son mouvement, constitue les vents. Puis, des parties supérieures cet air redescend à la surface, en des points tels que celui des Açores, pour aller ensuite converger vers les points où l’atmosphère s’élève.
- Tel serait le tableau gigantesque de la circulation générale atmosphérique..... Mais, il faut bien
- le dire, ce tableau si simple et si grandiose n’est encore que l’expression d’une conviction hypothétique; et de ces sortes de convictions, quelque fondées qu’elles puissent paraître au premier abord, il faut savoir se défier, surtout en météorologie, où (témoin la question des cyclones, des tornades et des trombes) les plus savants semblent parfois si convaincus d’opinions absolument contraires1.
- L. Brault.
- 1 Cet article est un résumé de plusieurs communications faites à Y Académie des sciences et à la Société météorologique de France. On ne saurait trop applaudir à de si belles et de si laborieuses recherches. La lecture de la notice ci-dessus suffit à montrer ce que pourront bientôt conclure d un travail si important, les marins, au point de vue pratique, les météorologistes, au point de vue théorique. (Note de la rédaction.)
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- Carte de la circulation générale des vents d'été de l'Atlantique nord, par M. L. Brault.
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- LA NATURE.
- L’EXPOSITION DE GÉOGRAPHIE
- A LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE.
- A l’occasion du Congrès international des sciences géographiques, dont la deuxième session a eu lieu, l’année dernière, à Paris, la Bibliothèque nationale avait ouvert une exposition servant d’annexe à celle qui était installée dans le Palais des Tuileries.
- Quoique très-riche en documents et en travaux géographiques modernes, notre grand établissement scientifique n’avait pas voulu faire double emploi avec les collections réunies aux Tuileries, et il avait seulement exposé des objets anciens, des monuments rares ou inédits, que des règlements fort sages lui interdisent de laisser sortir. Aussi, n’avait-il offert au public ni ses grandes cartes topographiques des divers états-majors, de Cassini, de Van der Maelen, etc., ni ses atlas récents, ni ses nombreuses cartes géologiques, ni ses cartes hydrographiques du Dépôt de la marine de France, de l’Amirauté anglaise ou autres.
- Mais, grâce à M. Léopold Delislc, membre de l’Institut, administrateur général de la Bibliothèque nationale, et à M. E. Cortambert, bibliothécaire de la Section des cartes et plans, elle avait pu réunir dans la magnifique galerie Mazarine une collection unique dans son genre, et à laquelle avaient contribué, avec le Département des Imprimés, ceux des Manuscrits et des Estampes. Les objets exposés rentraient généralement dans le Groupe IV, consacré à la Géographie historique et à l’histoire delà Géographie, et comprenant, outre les ouvrages et manuscrits anciens et modernes traitant de la géographie et de son histoire, les cartes et globes anciens, les instruments servant aux anciens géographes, astrolabes, cadrans solaires, etc., etc.
- Le succès obtenu par l’Exposition de la galerie Mazarine, inspira à l’Administration de la Bibliothèque l’heureuse idée de transformer cette exhibition temporaire en une institution permanente. Celle-ci, installée au rez-de-chaussée de la salle dite des Globes et dans deux salles ayant vue sur la grande cour de la rue Richelieu, a été récemment ouverte au public, qui y est admis tous les mardis, de dix heures à quatre ; on y accède par le grand vestibule de la Salle de travail du département des Imprimés ; l’entrée se trouve sur la gauche, au bas du grand escalier, où l’on a tout récemment placé les inscriptions romaines du Bas-Danube, rapportées pour la Bibliothèque, il y a sept ou huit ans, par M. Ernest Desjardins, et jusque-là déposées dans la cour de l’hôtel situé au n° S de la rue Neuve-des-Petits-Champs.
- Bien que l’espace restreint dont on disposait là n’ait pas permis d’y transporter tous les monuments exposés dans la galerie Mazarine, bien que les départements des Manuscrits et des Estampes soient rentrés en possession de quelques précieux docu-
- ments qu’ils avaient prêtés à l’occasion du Congrès géographique, l’Exposition dont nous allons maintenant donner une description étendue, n’en offre pas moins le plus grand intérêt, par la rareté de la plupart des objets qu’elle renferme. Nous allons énumérer, dans l’ordre où ils sont placés, tous ces objets, sans en excepter un, de façon à fournir au visiteur, dans cet article, un catalogue complet de cette intéressante collection ; seulement, nous aurons soin de donner quelques détails spéciaux sur les pièces dont l'importance mérite une attention particulière.
- En entrant dans la première salle de l’Exposition, on est frappé d’abord des dimensions gigantesques des deux grands globes de Coronelli, exécutés, en 1683, par ordre du cardinal d’Estrées, qui en ht présent au roi Louis XIV1.
- Tournons immédiatement à droite et suivons ce côté de la salle, le long duquel sont appendues des cartes munies presque toutes d’un numéro rouge. Voici les numéros de ces cartes avec l’indication des sujets qu’elles représentent.
- 162. Portulan représentant une partie de l’Amérique. Carte portugaise du commencement du seizième siècle. Manuscrit.
- 107. La Cassettina all’agcmina, du cabinet du marquis de Trivulci, à Milan. Fac-similé des dessins géographiques renfermés dans cette cassette.
- 168. Portulan représentant l’Europe et une partie de
- l’Asie et de l’Amérique, avec les pavillons des divers États et de nombreuses figures, par Mecia de Viladestes, 1413. Celte carte est écrite en catalan. Comme la carte catalane de 1375 (voy. ci-après le n° 92), elle mentionne l’arrivée de Jacques Ferrer à la rivière de l’Or, en Afrique, le 10 août 1316.
- 169. Portulan représentant la Méditerranée, une partie
- de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, par François Pizigano et Dominique-Marc Pizigano. Venise, 1367, ms. — Fac-similé de la carte originale qui se trouve à la Bibliothèque de Parme.
- 53. Plan de la Capitainerie royale de Halatte, par J. Dubois. Dix-huitième siècle. Ms.
- 166. Portulan italien représentant une partie de la Méditerranée; attribué à Gaspard Viegas, 1534. Ms. 172. Portulan représentant la Méditerranée, seizième siècle. Ms.
- 97. Portulan représentant la Méditerranée, par Vincent Rachuscus, « in terra li Burni (sic) ». 1598.
- 156. Portulan représentant l’Amérique, une partie de
- l’Europe et de l’Afrique. Carte portugaise du seizième siècle. Ms.
- 255. Carte d’une partie du Languedoc, par Roussel. Commencement du dix-huitième siècle.
- 157. Portulan représentant les parties occidentales de
- l’Europe et de l’Afrique, par Salvator Oliva. Marseille, 1631. Ms.
- 158. Portulan représentant la Méditerranée, par Gaspar
- Viegas. 1534.
- 160. Portulan représentant l’océan Indien, et partie de
- 1 Nous renverrons, pour la description de ces globes, à 1 article que nous leur avons spécialement consacre dans ce journal. (Voy. la Nature du 21 août 1875, n°116, p. 177.
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- LA NATURE.
- l’Asie et de l’Afrique, par Evert'Gysberts, soon. 1599. Ms.
- 164. Portulan français représentant la Méditerranée, par Roussin. Venise, 1669. Ms.
- 163. Portulan catalan représentant la' Méditerranée, par Guillaume de Soler. Quinzième siècle. Ms.
- 146. Carte marine (Portulan représentant la Méditerranée)
- par don Domingo de Villarroet. Naples, 1589. Ms.
- 147. Portulan représentant la Méditerranée, par Barthé-
- lemy Olives. Majorque, 1584. Ms.
- 56. Carte du Guipuzcoa, par Roussel. Commencement du dix-huitième siècle. Ms.
- 148. Portulan représentant l’Amérique et une partie de
- l’Afrique et de l’Europe, par Domingo Sanches. Lisbonne, 1618.
- 149. Fac-similé d’un portulan catalan de la Méditerranée
- et d’une partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, par Palestrina. Majorque, 1511. Ms.
- 152. Portulan représentant la Méditerranée et l’Europe
- occidentale, par Gaspar Viegas (?), 1534. Ms.
- 153. Portulan représentant la Méditerranée. Fin du
- quinzième siècle.Ms.
- 109. Partie du Languedoc, du comté de Foix, du pays de Saut, par Roussel. 1722. Ms.
- 130. Portulan représentant la Méditerranée, par François
- Oliva. Messine, 1603. Ms.
- 131. Mappemonde sur une projection semi-elliptique, par
- Jehan Cossin, de Dieppe. 1570. Ms.
- 132. Portulan représentant la Méditerranée, par Yesconte
- Majollo. Gênes, 1547. Ms.
- 170 M’s. Carte du Guipuzcoa, par Roussel. Commencement du dix-huitième siècle. Ms.
- 133. Portulan de l’Archipel, attribué à Gaspard Viegas.
- 1534 (?). Ms.
- 154. Portulan représentant l’Atlantique, une partie de
- l’Europe, de l’Afrique et du Brésil, par Gaspar Viegas. 1534. Ms.
- 155. Carte de la mer Caspienne, dite de Pierre le Grand,
- par Cari von Werden. Saint-Pétersbourg, 1721. Ms. en russe, avec traduction par l’abbé Girard, 1728. Don de Pierre le Grand à la Bibliothèque du Roi.
- — Portulan italien représentant la Méditerranée, par Caloiro et Oliva. 1631. Ms.
- 159. Carte de la France, par P. Ilamon de Blois. 1568. Ms. 140. Portulan représentant la Méditerranée, par Pierre Cornetus. Rotterdam, 1618.
- 254. Carte d’une partie du Béarn, de la Bigorre, du Né-bouzan et du Comminges, par Roussel. Dix-huitième siècle. Ms.
- 115. Portulan représentant la Méditerranée, par J. Ge-
- roldi. Venise, 1422. Ms.
- 116. Environs de Rio de Janeiro (Brésil), par Jacques
- de Vaudeclaye. Dieppe, 1579. Ms.
- 117. Carte française d’une partie de la côte orientale de
- l’Amérique méridionale, entre l’Amazone et le rio San-Francisco, par le même. Dieppe, 1579. Ms.
- 118. Portulan représentant la Méditerranée, dit carte Pi-
- sane (provenant d’une famille de Pise) ; quatorzième siècle. Ms.
- 119. Fac-similé, par Rosenberg, de la Mappemonde dite
- de Charles V, dont l’original est à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Quatorzième siècle. On y voit la signature de Charles V.
- 122. Mappemonde du seizième siècle, par Nicolas Desliens. Dieppe, 1566. Ms,
- o 45
- 123. Globe terrestre en fuseaux (carte espagnole), seizième
- siècle. Ms.
- 124. Portulan français représentant une partie de l’Atlan-
- tique et ies côtes de l’Europe et de l’Afrique. Dix-septième siècle. Ms.
- 125. Mappemonde insérée dans un commentaire de
- l’Apocalypse écrit dans l’abbaye de Saint-Sever, en Gascogne, au onzième siècle et dont l’original se trouve au Département des Manuscrits Je la Bibliothèque nationale. Fac simile.
- 126. Fac-similé, par Rosenberg, d’une mappemonde pour
- la Cosmographie de Pomponius Mêla, de 1417. Ms.
- 127. Fac-similé, par Rosenberg, d’une carte italienne sur
- vélin, représentant le cours inférieur du Danube. 1453. Ms.
- 128. Carte du Monde au neuvième ou dixième siècle,
- d’après celle qui se trouve dans un Commentaire de l’Apocalypse, manuscrit de la Bibliothèque de Turin. Fac-similé gravé (fîg. 1).
- Ce très-curieux monument géographique a été décrit avec quelque détail par M. E. Cortambert dans l'Explorateur du 6 avril 1876. On remarquera que la carte, suivant un usage qui persista longtemps au moyen âge, est orientée avec l’ouest en bas, l’est en haut, le nord à gauche et le midi à droite, ce qui fait que la Méditerranée, par exemple, semée de rectangles qui représentent ses îles, a une direction verticale. Il faut la rapprocher de sa voisine, portant le n° 125, qui est la reproduction d’une autre mappemonde du onzième siècle, celle-là, insérée dans une autre copie du même manuscrit, exécutée au monastère de Saint-Sever, en Gascogne, et appartenant à la Bibliothèque nationale. Il n’y a qu’une dizaine d’années que cette dernière carte a été réunie, par un heureux hasard, au manuscrit dont elle avait été arrachée à une époque inconnue.
- 253. Carte d’une partie des Pyrénées, par Roussel. 1730. Ms.
- Nous voilà arrivés à l’extrémité de la salle. Le mur du fond se trouve percé de trois grandes fenêtres, et, suivant ce mur, nous trouvons les objets (pie voici, dans l’embrasure de la fenêtre du milieu :
- 274. Relief du Taunus, avec la ville de Francfort et une partie du cours du Main, par Ravenstein. Francfort, 1833.
- 265. Relief du mont Ccnis, par Bardin.
- 266. Relief du mont Blanc, par Kummer.
- — Appareil, système Tremeschini, pour montrer le mouvement de rotation de la terre autour du soleil.
- En face, deux vitrines isolées renferment :
- 279. Relief de la rade de Villefranche, par Garcia.
- 291 et 292. Reliefs de l’ile de Porquerolles, par Bardin. 281. Relief du Simplon, de Brigg à Domo Dossola, par L. Gaudin.
- 295. Portulan représentant l’Europe, une grande partie de l’Afrique et de l’ouest de l’Asie, avec un cartouche donnant l’ensemble du monde connu, et avec notes en latin. Derrière la carte sont dessinés j divers animaux. Commencement du seizième
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- LA NATURE.
- Sur le troisième côté de la salle, ou remarque les cartes suivantes :
- 101. Cartes mss. d’une partie de l’Afrique et des petites Antilles, par G. Delisle. (Autographe.)
- 102 à 107 bis. Spécimens de la collection des cartes manuscrites de d’Anville, au nombre d’environ trois cents feuilles, appartenant à la Section géographique de la Bibliothèque nationale.
- 100. Carte ms', d’une partie du diocèse de Lisieux, par d’Anville, avec une notice ms. du même.
- 110. Carte du Hurepoix, par Buache. Ms.
- 112, Carte de la triangulation d’une partie de la France, par Cassini, avec lettre du même auteur. (Autographe.)
- 56. Plan topographique des environs de Fontainebleau, attribué à Cassini. Dix-septième siècle. Ms.
- Fig. i. — Mappemonde renfermée dans le Commentaire de VApocalypse, manuscrit composé par Beatus, bénédictin du monastère de Valcovaldo, au huitième siècle. D’après une ancienne copie de ce manuscrit, exécutée au onzième siècle et appartenant à la Bibliothèque de Turin,
- 263. Relief de la Grèce et de l’Archipel, par Lartigue.
- (Un des plus anciens reliefs exécutés.)
- 35. Carte de la Hongrie, par l’état-major autrichien.
- — Plan topographique et archéologique d’Athènes,
- dressé à l’échelle de 1/2500 par Emile Burnouf, 1849-1871. Des numéros inscrits sur le plan et la carte indiquent les hauteurs au-dessus du niveau de la mer.
- — Umgebung von Neuburg. — Umgebung von Glognilz
- (Bohême), — par l’Elat-major autrichien.
- 113. Plan de Mirabel. « Griffonnement du plan du siège « de la ville et chasteau de Mirabel en Vivarest,
- « faict par monseigneur le duc de Montmoranci, en « juin 1628. »
- 165. Portulan italien représentant la Méditerranée. Commencement du seizième siècle. Ms.
- 171. Portulan italien représentant la Méditerranée, avec une grande partie de l’Europe et de l’Afrique. Seizième siècle. Ms.
- 99. Idem.
- 159. Portulan représentant la plus grande partie de ,1a Méditerranée, par Mathieu Prunes. Majorque, 1588. Ms.
- 129. Carte autographe de Mahé de la Bourdonnais, des-
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- LÀ NATURE.
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- sinée à la Bastille vers 1750 et représentant les Indes et les colonies françaises de l’océan Indien.
- « Pendant les deux premières années de sa détention à la Bastille, Mahé de la Bourdonnais, privé de toute communication et généralement de tout ce qui est nécessaire pour écrire, trouva dans son industrie les moyens d’établir sa justification dans un mémoire écrit de sa main et d’y joindre
- la présente carte, pour donner à ses juges une idée juste du local de son gouvernement et de celui de Pondichéry, ainsi que de l’indépendance réciproque et de la parfaite égalité des pouvoirs attribués aux deux gouverneurs, chacun dans son district. »
- Deux mouchoirs imbibés d’eau-de-vie lui servirent de papier, l’encre noire fut composée avec
- Fig.'|2. — Appareil cosmographique eu cuivre, représentant, sur Fig. 3. — 1. Globe terrestre de Senex, dix-septième siècle. — une face, les constellations boréales et les signes du zodiaque, 2. Globe céleste arabe-koufique, en bronze, seizième siècle. —
- ainsi que la correspondance de ces signes avec les heures et les 3. Petit cadran solaire cylindrique, dix-septième siècle. (Exposi-
- jours; sur l’autre, le mouvement dos planètes autour du Soleil. tion de géographie à la Bibliothèque nationale.)
- de la suie, et la brune avec du marc de café ; un sou marqué, ajusté sur un morceau de bois, devint une plume avec laquelle il exécuta ce curieux document.
- « Quant aux détails et à la position des objets, ce fut l’ouvrage de sa mémoire. »
- 98. Portulan représentant la Méditerranée, par Pierre Roselli. Majorque, 1462. Ms.
- 143. Le Béarn, par P. Duval (gendre de Sanson). (Autographe.)
- 154. Carte de la basse Égypte, par Paul Lucas. 1717. Ms. 141. Carte d’une partie de l’Asie Mineure, par James Rennell. (Autographe.)
- — Salzbourg et ses eaux, par Naumann. 1729.
- — Environs d’Athènes et de Platée, par J.-D. Barbié
- du Bocage. Ms. Cette carte a été exécutée pour le Voyage du jeune Anacharsis, d’après les données fournies par les auteurs anciens, de février 1784 à septembre 4797 pour Platée, et de septembre 1785 à mars 1798 pour Athènes. L’auteur s’est beaucoup servi des plans que Fouchirot avait levés sur
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- LA N A TU R F.
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- les lieux mêmes en 1781 par ordre de M. de Choi-seul-Gouffier.
- Outre ces cartes, on trouve dans cette première salle un certain nombre de monuments géographiques et autres que nous allons rapidement énumérer, et parmi lesquels on rencontre quelques pièces vraiment curieuses soit au point de vue scientifique, soit seulement au point do vue artistique.
- A droite, en entrant, c’est d’abord, sous le n°271, un Plan-reliefdu château et des jardins de Bellevue-Meudon, exécuté par Le Roy, ingénieur et pensionnaire de Sa Majesté. 1777.
- A gauche, sur une sorte d’estrade, on a réuni les objets suivants :
- 390. Appareil cosmographique, par Thuret. 1725. Un
- mécanisme d’horlogerie placé à l’intérieur lui faisait indiquer les jours, les mois et les années, ainsi que diverses circonstances astronomiques. (Fig. 2.)
- 388 et 389. Deux globes terrestres, par J. Senex. 1725. (Fig. 5-1 °.)
- 391. Autre appareil cosmographique de Thuret. Sur une
- face, les constellations de l’hémisphère Nord, sur l’autre, les rapports du soleil et des signes du zodiaque pendant le cours de l’année.
- 383. Au milieu de l’estrade, un beau globe céleste, par Deuvez, d’après Coronelli, gravé par J.-B. Nolin, Paris, 1693.
- A l’autre extrémité de la salle se trouve, à droite, un globe terrestre moderne, par Adami et Kiepert, et, à gauche, une estrade faisant pendant à la première, sur laquelle on voit :
- 397. Au milieu, un globe terrestre, d’après Coronelli. 1688.
- 404. Sphère armillairc représentant le système de Ptolé-
- inée (mouvement du soleil et de la lune autour de la terre). Dix-septième siècle.
- 403. Sphère représentant le système de Copernic (mouvement des planètes autour du soleil). Dix-septième siècle. .
- 402. Cadran solaire, avec la description d’une partie du globe, gravés sur marbre, par P. Lemaire. Dix-septième siècle.
- 405. Globe ayant pour titre un Avis aux lecteurs, en latin,
- et portant plusieurs légendes latines relatives aux productions, aux mœurs des divers pays et aux découvertes des voyageurs, ainsi que des cartouches représentant les peuples, les personnages allégoriques et les productions de ces contrées. L’auteur est Arnoldus Florentins, à Langren.
- " Passons maintenant dans la deuxième salle, et, tournant immédiatement à droite, relevons les cartes exposées sur les murs.
- 59. Plan de Boulogne-sur-Mer, par Desorgeries. 1725. Ms.
- 51. Reconnaissances des environs de Versailles, faites par le Dauphin en 1769.
- 183. Plan des jardins et forêt de Marly, par Alexandre Le Moine. 1726. Ms. '
- — Golfe du Mexique.
- — Côte septentrionale de l’Amérique du Sud.
- 57. Environs de Lorient et de Port-Louis. 1758.
- 63. Reconnaissance militaire et topographique de la ligne occupée par l’armée française sur le lac d’Idro, la Chiesa, l’Üglio et le Pô, d’après l’armistice convenu à Alexandrie, le 8 prairial an VIII, entre Berthier et Mêlas ; par Auguste Chabrier. Ms. Milan, 23 messidor an VIII.
- 54. Plan de Toulon et des environs, par Dclmedou; an XIII. Ms.
- 250. Carte du cours de l’Ohio, pour les voyages du général Collot. 1796. Ms.
- 248. Vue de Québec, pour une opération militaire en 1729, par Mahier. Québec, 1729. Ms.
- 247. Plan de la rade et de la ville du Carénage, île de Sainte-Lucie, par De Peyre. 1784. Ms.
- — Vue du Cap Français. 1734.
- — Id., par Dusault. 1717.
- — Sources de la Mobile. 1796,
- — Pays des Illinois. 1796.
- — Asie, par De Fer. 1730.
- — Afrique, par Arrowsmith.
- —- Amérique, par le même.
- 94. Amérique, par Mathieu Pecciolo, 1601.
- 84. Plan de la forêt de Senart et environs. Dix-huitième siècle. Ms.
- 268. Relief de l’Italie septentrionale, par J. Thevenel et Franceschi. 1859.
- — Relief d’études topographiques, exécuté au Dépôt de
- la Guerre.
- 156. Relief de l’Asie, par Kummer.
- — Brest.
- — Partie de l’Amérique, par Lartigue.
- — Bohème, par Hirckmann.
- 267. Ile de Sainte-Hélène. Relief par Baùerkeller.
- — Lyon, par Streflleur.
- — Le grand Sceau d’Angleterre, 1651, et onze mé-
- dailles rappelant des sièges et batailles (Russie et Pays-Bas).
- 173. Carte de l’abbaye de Montmartre, comparée^ l’époque actuelle, par Caries, 1858. Ms.
- — Table géographique de Iager, offrant tous les ren-
- seignements que peuvent présenter les atlas et les sphères pour l’étude, les démonstrations et les recherches géographiques, avec aiguilles mobiles.
- — Vue de Ponte Delgada (Açores).
- 298. Portraits de plusieurs géographes célèbres.
- 301. Portraits de deux voyageurs anglais : John Franklin et George Back.
- 277. Relief de l’ile de Clare (côte ouest de l’Islande), par William Bald.
- 294. Relief de Ténériffe, par Berthelot. 1846.
- — Italie, par Lartigue. Ms.
- — Projet de pont sur le Bosphore.
- — Relief du bassin de la Gironde.
- — Relief du bassin du Rhône.
- — Arabie Pétrée, par Dobbs.
- 300. Portrait de Mercator.
- 297. Portrait de J.-R. Bellot.
- 260. Relief de la Palestine, par Dobbs.
- .261. Relief de la Palestine, avec plan de Jérusalem, par Louis Erbe.
- — Plan géométral de Lyon.
- Plan de Fécamp. 1695. Ms.
- 182. Paris, ses fauxbourgs et ses environs, par Roussel 1731. Tirage sur l’ancien cuivre, par Auguste Logerot, sous le règne de Louis-Philippe, avec in-
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- LA NATURE.
- 547
- dication des diverses limites de Paris jusqu’à cette époque.
- 215. Carte delà Dalmatie, par l’état-major autrichien.
- — Dauphiné, par P. Placide. 1692.
- 175. Plan de Paris par Gomboust, 1652. Édition origi-
- nale.
- — Plan de Paris, par l’abbé de la Grive, 1735.
- — Environs de Paris, par l’Académie des sciences.
- 1674.
- — Duché de Berry, par Raguy, dix-septième siècle. Ms.
- — Diocèse de Toulouse, par Delaistre, dix-huitième siè-
- cle.
- 176. Plan de Paris, dit de Turgot, 1734-59. Levé par
- Louis Bretez.
- — Carte particulière des lignes qui couvrent la pro-
- vince de Champagne et les trois évêchés.
- — Environs de Paris, par l’abbé delà Grive. 1740.
- 95. Carte de la Méditerranée. 1662.
- — Bombardement d’Alger par la flotte de Charles-
- Quint. 1541.
- 95. Mappemonde de Jansson. 1610.
- — Combat naval devant Alger. 1510.
- — Château de Bellevue. 1780.
- Après avoir suivi les murs de la salle, il nous reste à voir, dans le même ordre, les objets disposés au' milieu de cette salle. Au bas des quatre marches que l’on descend en entrant, on trouve une nombreuse et intéressante collection d’inscriptions puniques découvertes en Tunisie et données à la Bibliothèque par M. de Sainte-Marie. La plupart de ces pierres conservent les traces de l’incendie qui a détruit le vaisseau cuirassé le Magenta, sur lequel elles furent rapportées d’Afrique.
- En suivant à droite, on rencontre successivement :
- — Carte des environs de la ville de Brest-. 1777.
- 560 bis. Plan des environs de Collioure, par le lieutenant d’artillerie Lair. 1824. Les courbes d’altitude sont indiquées sur ce plan.
- — Carte du canal de communication depuis la rivière
- de Garonne jusqu’au Rhône en Languedoc.
- 161. Relief de l’Amérique du Nord, par Kummer.
- 170. Relief de l’Amérique du Sud, par Kummer.
- — La France ecclésiastique ' en 1736, où sont indi-
- quées toutes les abbayes d’hommes et de filles à la nomination du roi.
- — Manuscrit original de la carte de France, en 1657. 108. Relief des régions arctiques, par Kummer.
- 150. Relief de l’Afrique, par Kummer.
- — Mappemonde de Juan de la Cosa, pilote de Colomb.
- 1500. Publiée dans les Monuments de lu Géographie, de Jomard.
- 283. Relief du Kazenkopf, des environs de Bade, etc.,
- par Karl Rath.
- 120. Relief de l’Europe, par Kummer.
- 284. Relief des environs de Tubingen, de Reutlingen et
- de Rottenburg, par Karl Rath.
- 282. Relief de la colonie de Surinam, par Karl Rath. 293. Relief des environs de Stuttgart, par Karth.
- 275. Relief de Wildbad et du voisinage, par Karl Rath. 91. Mappemonde peinte sur parchemin, par ordre de Henri II. Fac-similé. Quelques critiques, entre autres M. d’Avezac, font remonter cette carte au temps de François Ier. Nous avons fait reproduire,
- dans le dessin ci-contre (fig. 4), une portion de l’Amérique du Sud, d’après ce curieux docu ment.
- Il ne reste plus à voir, dans celte deuxième salle, que des objets réunis dans la vitrine placée entre les deux fenêtres. Voici ce qu’on y remarque :
- 261 bis. Panorama du Rhin, de Cologne à Coblentz. Relief par Bauerkeller.
- 424. Astrolabe arabe.
- 421. Globe céleste en bronze, fait à la Mecque au seizième siècle.
- 429. Astrolabe arabe-koufique.
- 452. Zodiaque arabe. (Fig. 5.)
- 428. Astrolabe, par George llartman. Nuremberg, 1626.
- 426. Instrument pour montrer les rapports des mouve-
- ments du soleil et de la lune relativement aux signes du zodiaque et aux mois. Seizième siècle. (?)
- 435. Astrolabe français ou allemand, avec plusieurs plaques circulaires concentriques. Dix-septième siècle.
- 430. Instrument de déclinaison, avec cercle horaire.
- 434. Astrolabe français, par François Chassignet. Rome,
- 1622. (Fig. 6.)
- 425. Astrolabe, par George llartman.
- 427. Globe terrestre en cuivre, du seizième siècle, pro-
- bablement d’origine espagnole. Les noms sont en latin, le titre porte : Nova et integra universi orbis (orbs) descriptio.
- 433. Astrolabe arabe, en cuivre, en forme de disque.
- 431. Astrolabe arabe, avec les signes du zodiaque et plu-
- sieurs constellations.
- 400. Boussole-cadran, sans son gnomon, avec calen-
- drier, signes du zodiaque, heures pour les différentes époques de l’année, les 360 degrés de l’horizon, par Etienne Migon. 1652. Ms.
- 398. Sphère terrestre en creux, par Joseph Silbermann.
- * Hémisphère austral. — L’hémisphère boréal porte le n° 399.
- 401. Sphère céleste en creux, par Silbermann. Hémi-
- sphère boréol.
- 414. Boussole chinoise.
- — Le mont Vésuve, en plâtre.
- — Amérique centrale. Relief par Lartigue.
- 596. Globe céleste arabe-koufique, en bronze, du onzième siècle. (Fig. 3-2°.)
- 418. Petit cadran solaire cylindrique. Dix-septième siècle. (Fig. 3-3°.)
- 415. Boussole chinoise.
- 417. Cadran solaire, en cuivre, avec boussole. Sur la face opposée, on voit un homme armé d’une épée, portant les emblèmes de la chasse et de la pêche, avec la date de 1560 et le nom de Jupiter.
- — Portrait de Napoléon Ier, en nacre. Ouvrage japonais.
- 1828.
- — L’Etna, par Elie de Beaumont. Relief.
- 2S5-289. Reliefs des environs de Metz, par Bardin.
- 276. Relief du mont Vésuve, parDufrénoy.
- Le visiteur passe ensuite dans la troisième salle, dans laquelle se trouvent les objets suivants :
- 87. Carte chinoise représentant une partie de la Chine. 6. Portraits des membres de l’expédition d’Egypte (savants, ingénieurs, etc.), en 1798, dessinés par Dutertre,
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- LA NATURE.
- 44. Panorama du canal de Suez, dressé sous la direction de M. Ferd. de Lcsseps.
- 8 à 41. Peintures et dessins originaux représentant des monuments, des paysages et des personnages égyptiens. — Expédition française de 1798.
- — Relief de l’Europe, par Louis Erbe, de Stuttgart. 595. Tablettes en marbre, enchâssant une mappemonde terrestre et une mappemonde céleste dessinées sur plâtre.
- 272. Calendrier perpétuel en relief sur une table, avec
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- Fig. 4. — Région nord-est de l'Amérique du Sud, d’après la mappemonde dite de Henri II.
- rose des vents, symboles des saisons, signes du zodiaque, etc., par André Pleninger. Ratisbonne, 1603.
- — Modèle de l’obélisque de Louqsor, en plâtre.
- 42. Carte de la haute Égypte. Expédition de 1798.
- 50. Syrie. Expédition de 1798.
- — Plaque de cuivre trouvée à Rélida. Car. arabes.
- 83. Carte chinoise. Ile de Po-Tou.
- 74. Carte de la Corée, en chinois.
- 73. Carte des îles Lieou-Khieou, en chinois.
- 88. Fragment de la mappemonde d’Edrisi. Fac-similé L’original se trouve dans un manuscrit arabe du
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- quatorzième siècle. (Fonds arabe, suppl. 892), renfermant la Géographie d’Edrisi, avec un planisphère et plusieurs cartes. Ce fragment représente le Soudan.
- — PlandePékin. 1817.
- 82. Carte du Japon, en japonais.
- 90. Palais d’été de l’empereur de Chine, aux environs de Pékin. Gravure chinoise imitant un dessin à la plume.
- 48. Carte delà basse Égypte. Expédition de 1798.
- — Mappemonde dressée en 1459 par Fra Mauro, cos-
- mographe vénitien, par ordre d’Alphonse Y, roi de Portugal, publiée par le vicomte de Santarem en 1854. L’original est à Venise.
- 101 bis. Mappemonde de la cathédrale de Hereford, par Richard de Ilaldinghatn (ou de Bello), vers 1300. Fac-similé fait en 1841.
- 92. Carte catalane (1375). Fac-similé par Rosenberg.
- Fig, o, — Zodiaque arabe. (Réduction 1/5.)
- 47. Carte de la moyenne Egypte et carte générale de l’Egypte. Expédition de 1798.
- 319. Carte marine représentant la mer des Indes, par Michel-Antoine Baudrand. 1651. Ms. sur parchemin.
- 70. Carte de la Chine. Carte chinoise.
- 79. Carte chinoise représentant une partie de la Chine orientale.
- — Mosaïque de Palestrina relative à l’Égypte.
- 81. Carte chinoise représentant les provinces de Hou-nan, de Ilou-pé et de Hou-Kouang.
- Dans le milieu de cette salle ont été disposés encore quelques objets par lesquels nous terminerons cette longue, mais complète nomenclature. Suivant le même ordre que pour les monuments exposés sur les murs, et partant de la porte d’entrée, on trouve successivement ;
- 393. Globe terrestre, par Martin Behaim, 1492. Fac-similé, d’une exactitude parfaite, de l’original qui se trouve à Nuremberg. Ce globe est extrêmement
- Mention du voyage de Jacques Ferrer à la rivière de l'Or, en 1346. L’original appartient au département des Manuscrits, et fait partie d’un atlas qui se trouvait dans la bibliothèque du roi Charles V, au Louvre.
- 43. Plan de la ville de Thèhes, par MM. Jollois etDevil-liers, avec cartouches donnant le plan général de Thèbes et le plan d’Hermonthis, par M. Jomard, 1800. Ms.
- 543. Mappemonde japonaise rapportée en Europe par Kæmpfer. Dix-sèptième siècle. Ms.
- — Hémisphère céleste boréal. Chinois-latin.
- 359. Fac-similé d’une mappemonde sur ivoire et ébène, exécutée sous Philippe II. Tablette faisant partie d’un meuble donné en présent par ce roi. 1597.
- 88 bis. Mappemonde d’Edrisi. Fac-similé. L’original appartient au département des Manuscrits. (Voy. ci-dessus le n° 88.)
- Fig. 6. — Astrolabe français. (Réduction 1/5.)
- curieux, particulièrement à cause de la lacune qu’il présente à l’endroit où devrait se trouver l’Amérique, non encore découverte à l’époque où il fut exécuté.
- 392. Sphère d’après Ptolémée, pour expliquer les mouvements du soleil et de la lune autour de la terre, portant, sur un cercle qui entoure la terre, cette indication : Fait par Jérôme Martinot, orlocjer, et valet de chambre du Roy. Cette sphère est montée en cuivre, avec roues pour produire les mouvements. Une petite mappemonde représentée sur une surface plane se trouve en dedans du cadran du pôle arctique. Par les détails de cette carte, ainsi.que par le style, on voit que l’appareil date du règne de Louis XIV. Le pied est en bois sculpté et doré, et porte une boussole en cuivre (sans l’aiguille).
- 394. Globe terrestre, fait à Rouen au milieu du seizième siècle. Les noms sont en latin; le titre porte : Nova et integra universi orbis descriptio. Rhoto-magi. Provenant de la bibliothèque de l’abbé Lé-cuy, à Bourges.
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- LA NATURE.
- 258. Relief d’Athènes et des environs, par Fauve!. On des plus anciens reliefs, de même que le suivant.
- 263. Relief delà Grèce el de l’Archipel, par Lartigue. 256. Relief des Antilles, par le même. Un des premiers
- essais de reliefs géographiques.
- 264. Relief de l’Allemagne, par Kummer.
- 290. Relief du'Würtemberg, par Karl Rath.
- 144. Célèbre mappemonde de Sebastien Cabot, 1544. Seul exemplaire connu. Une légende précieuse, en latin et en espagnol, apprend, entre autres renseignements, que Jean et Sébastien Cabot abordèrent sur le nouveau continent en 1494. V. la note 8 sur la légende, à gauche de la carte.
- 77. La Chine et les populations tributaires. Carte chinoise.
- 270. Relief d’une partie du cours du Rhin. Environs de Bonn.
- 269. Relief de la Suisse saxonne, par Schuster.
- 273. Relief du Harz, par Kummer.
- 280. Le Niederwald, par l’Institut géographique de Francfort.
- Nous avons terminé l’énumération de tous les monuments installés dans les salles de l’Exposition géographique à la Bibliothèque nationale. Nous n’avons pas craint de donner cette énumération complète, malgré sa sécheresse et sa longueur. Mais il nous a semblé que beaucoup de nos lecteurs ne seraient pas fâchés de posséder ainsi le catalogue entier d’une collection curieuse à tant de titres, et plus d’un travailleur trouvera sans doute dans cette liste, d’intéressants renseignements sur des monuments scientifiques peu connus du public. Nous serons trop heureux d’avoir pu être utile à quelques-uns, et d’avoir contribué à faire connaître ce nouveau musée aux amis de plus en plus nombreux de la science géographique.
- Charles Letort,
- de la Bibliothèque Nationale.
- CORRESPONDANCE
- LES POUSSIÈRES DE CHARBON ET LE FEU GRISOU.
- Paris, ce 19 octobre 1876.
- Monsieur le Directeur,
- Les objections que M. Picou a publiées dans le dernier numéro de La Nature (p. 330) sont très-sérieuses ; elles méritent une attention réfléchie.
- M. Picou attribue un rôle très-important aux poussières charbonneuses ; la présence des pulvérins dans les galeries des mines est incontestable ; mais nous ne pouvons leur attribuer le rôle principal que leur fait jouer notre contradicteur. Lorsque le grisou s’échappe des fronts des tailles, il détermine par sa sortie une division très-ténue des parcelles de houille, une fine poussière se forme ; mais ce charbon divisé est en très-petite quantité. D’un autre côté, le travail d’extraction répand dans les galeries des mines des poussières charbonneuses, parfois fort abondantes. Certes, si ces poussières plus ou moins ténues, étaient réellement en suspension dans l’air dans le cas d’une explosion de grisou, elles joueraient un rôle important, surtout dans les accidents et les phénomènes qui
- accompagnent les explosions. Mais l’humidité qui règne constamment dans les galeries des mines fait tomber les poussières qui, humides, recouvrent le sol ou les parois des galeries et les boiseries. Lorsque les poussières sont mouillées, de l’aveu même de M. Picou, elles ne peuvent avoir aucun effet. Or, il est difficile qu’un corps aussi hygrométrique que les poussiers charbonneux restent secs dans les galeries des mines. Il peut arriver cependant qu’en certaines circonstances une certaine partie de ces poussières puisse s’enflammer eL que les couches de pulvérins en contact avec les parois se transforment en coke dans une explosion de grisou.
- On ne peut nier qu’une faible partie de ces poussières ne puisse colorer la flamme et ajouter aux résultats de la combustion du mélange explosif une certaine quantité de gaz acide carbonique.
- Par la combustiou du grisou il se forme de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone; or, l’asphvxie rapide est produite par ces gaz irrespirables, dont l’un est très-énei’giquement toxique.
- Les poussières charbonneuses qui recouvrent les vêtements et le corps des mineurs donnent certainement aux brûlures un caractère particulier de gravité. Les poussières jouent peut-être un autre rôle important dans les accidents de grisou en condensant les gaz. Toutes les observations sont d’accord pour attribuer une influence considérable à la baisse barométrique ; les gaz qui ont envahi les vieux travaux et qui ont été condensés par les poussières augmentent alors de volume ; cette augmentation dépend de l’importance de la dépression. De plus, devant la baisse barométrique, le dégagement du grisou par les soufflards devient plus considérable. Je suis d’accord avec M. Picou, sur ce fait, qu’il faut se méfier des vieux travaux; aussi ai-je recommandé dans mon article de les isoler complètement, par des barrages bien faits, des murs étanches, et de veiller constamment à l’aérage des mines. L’important est de prévenir les accidents et les explosions de grisou : pour atteindre ce résultat on ne saurait négliger aucun moyen.
- A part le cas particulier des poussières charbonneuses et le rôle qu’il leur attribue, je crois qu’entre M. Picou et moi il n’y a aucune autre divergence.
- A. Noguès,
- Ingénieur civil des Mines.
- CHRONIQUE
- Météorites dans l’Inde. — Nous avons reçu dernièrement des détails sur une remarquable chute de pierres météoriques, qui eut lieu dans l’Inde, le 23 septembre 1873. Les plus gros blocs tombèrent en plus grand nombre près du village de Kahirpar, à 29 degrés 56 minutes de latitude nord, et à 72 degrés 12 minutes à l’est de Greenwich. Cinq pierres, assure-t-on, ont été recueillies dans cet endroit, mais il paraît que le nombre en fut plus considérable. Des météorites tombèrent de même dans quantité d’autres endroits et le district sur lequel cette pluie se répandit a 16 milles (plus de 21 kilomè-tresj de longueur, dans la direction du S. E. au N. O., sur une largeur d’environ 3 milles (4 kilomètres). Plusieurs pierres furent nécessairement déterrées ; car elles s’étaient enfoncées dans le sol à une profondeur de 18 pouces (45 centimètres) environ. Les trois plus grosses pesaient 10 livres (4 kilogrammes 534 grammes); elles étaient de forme irrégulière et toutes brisées. Ces aérolithes ont
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- la teinte ordinaire gris d’acier eL leur contexture est dense et cristalline. Un de ces morceaux avait "une pesanteur spécifique de 3,66. Le météore qui a produit cette pluie de météorites était d’un éclat remarquable et sa disparition fut suivie, au bout d’un intervalle d’environ 3 minutes et demie, d’une bruyante détonation, dont l’écho prolongea le bruit, comme il le fait pour les roulements d’un tonnerre lointain. — (Journal de la Société asiatique du Bengale, 1876.)
- Un nouveau kanguron dans la Nouvelle-Guinée. — Un nouveau kangurou, du genre Dorcopsis, est arrivé dernièrement du S. E. de la Nouvelle-Guinée chez le docteur Albertis, qui l’a décrit sous le nom de Dorcopsis luctuosa ; c’est la seconde espèce du genre, aujourd’hui connu, de la Nouvelle-Guinée. On sait depuis longtemps que l’ile d’Aru possède une espèce de véritable kangurou, à nez épilé, dénudé, décrit sous le nom de Macropus brunü. C’est là un fait remarquable de distribution géographique, tous les autres kangurous connus étant natifs de l’Australie et de ses alentours.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 octobre 18"6.
- Présidence de M. le vice-amiral PÀnis.
- Fabrication industrielle de la nitro-glycérine. — D’ordinaire pour fabriquer la nitro-glycérine, base de la dynamite, on mêle de la glycérine à la fois à l’acide sulfurique et à l’acide azotique. La chaleur dégagée est considérable et il est toujours à craindre qu’elle ne soit suffisante pour déterminer la détonation du produit, ce qui arrive quelquefois. M. Gélis a eu l’heureuse idée d’éliminer ce danger en amenant la chaleur à se développer en deux fois. Pour cela, il mélange d’abord la glycérine à l’acide sulfurique ; l’échauffement n’a aucun inconvénient, car aucune substance explosible n’est produite. C’est seulement après refroidissement que l’acide azotique est ajouté, et alors la chaleur produite est trop peu considérable pour produire d’effet fâcheux. Tout le monde applaudira à cette heureuse idée.
- Le bathomètre. — M. Siemens a imaginé un appareil qui donne la profondeur de l’eau sans nécessiter l’emploi de la sonde. C’est le bathomètre-, véritable balance disposée de façon à permettre d’apprécier l’attraction exercée à la surface de l’eau par les masses rocheuses qui constituent le fond, attraction dont l’énergie varie nécessairement suivant la distance. C’est un gros tube de cuivre plein de mercure communiquant avec un tube de verre très-fin et contenant de l’eau. La pression variable du mercure avec son poids dans chaque localité donne lieu à une oscillation correspondante de l’eau et c’est celle-ci qui, après une graduation convenable, donne, la distance des masses rocheuses et par conséquent la profondeur. Pour fixer la valeur de ce procédé si original, des expériences ont été suivies sur le Parrallèle pendant que ce navire procédait à l’installation d’un câble transatlantique. Des sondages étaient faits à chaque instant et l’on pouvait apprécier la valeur des indications du bathomètre. La coïncidence est des plus remarquables, mais elle ne sort pas complète ainsi quecela se conçoit aisément. La sonde, en effet, donne une distance verticale; le nouvel appareil, influencé par toutes les roches du fond, ne peut fournir qu’une moyenne et celle-ci ne saurait concorder avec la première mesure que dans le cas où l’on aurait
- un fond horizontal ou un fond régulièrement incliné. Quoiqu’il en soit, l’instrument de M. Siemens est des plus intéressants, et il faut souhaiter que son étude soit poursuivie.
- Hygiène. — C’est avec les plus grands éloges que SI. Larrey dépose, au nom de SI. Kubhorn, un Mémoire sur l’assainissement rapide des champs de bataille et des milieux épidémiques. Etant données les épouvantables conséquences des massacres que tant de gens ont l’air de regarder comme un des actes normaux de l’histoire, l’auteur cherche à les rendre le moins funestes possibles ; à faire que les morts ne se vengent pas par la peste de ce que les vivants leur ont fait. Il arrive à poser en principe que la seule méthode satisfaisante d’assainissement des champs de bataille consiste dans la crémation ou incinération des cadavres. Sans doute cette pratique soulève plus d’une objection : les préjugés religieux, certaines questions médicales, diverses formalités légales n’y paraissent pas trouver leur compte à la façon ordinaire ; mais l’auteur, dans une discussion serrée, pense lever tous les obstacles, et il décrit l’appareil qui permettra de réaliser en grand et rapidement l’incinération qu’il préconise.
- Le temps nous manque pour analyser aujourd’hui avec le soin qu’elle mérite cette importante communication, à laquelle le Journal d'hygiène de M. le Dr de Pietra Santa a largement ouvert ses colonnes. Nous y reviendrons.
- Torpille électrique. — Si l’on en croit M. le professeur Rouget (de Montpellier), l’appareil électrique ne contient pas autre chose que des nerfs anastomosés supportés par du tissu conjonctif. Aucune cellule spéciale ne s’y rencontre, et c’est à l’action nerveuse seule que doit être attribuée l’origine de l’elfluve électrique.
- Dictionnaire étymologique des mots français d’origine orientale. — Tel est le titre d’un volume offert à l’Académie par M. Marcel Dévie et que le secrétaire perpétuel signale d’une manière toute particulière. En parcourant ce beau livre, imprimé avec le plus grand soin à l’Imprimerie nationale, on est émerveillé de la quantité de mots que nous avons empruntés aux langues de l’Orient : arabe, persan,, turc, hébreu et malais. L’arabe est de tous ces idiomes celui qui a été le plus souvent mis à contribution, bien plus même qu’on ne le suppose généralement. Il est clair, en effet, suivant la remarque de l’auteur, que cette langue « qui pendant des siècles a dominé sur le bassin méditerranéen, langue dans laquelle, mieux qu’en toute autre, s’écrivaient et s’enseignaient les principales sciences au moyen âge, ne pouvait manquer d’introduire dans les nations voisines, inférieures en bien des points, un bon nombre de mots acceptés dans les arts et même dans la langue courante. » Mais si ces mots sont nombreux, ils ont en même temps subi dans le cours des âges des modifications successives, quelquefois si grandes, que leur origine est des plus difficiles à découvrir et exige des prodiges de sagacité. A ce point de vue, on sera charmé à la lecture de beaucoup d’articles du dictionnaire de M. Dévie.
- Les mots venant du turc ou du persan, beaucoup moins nombreux, n’offrent pas à beaucoup près des difficultés aussi grandes, et le malais, qui nous a fourni une cinquantaine de mots, à peu près tous relatifs à l’histoire naturelle, n’a pas davantage de secrets pour l’étyinologiste. Enfin l’hébreu n’a donné qu’un petit nombre de termes, de pure érudition.
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- LA NATURE
- Le volume que nous recommandons en ce moment à nos lecteurs, quelle que soit leur spécialité, et pourvu qu’ils s’intéressent à l’histoire générale de l’humanité, comprend environ sept cents articles, concernant mille mots environ. Presque toujours l’auteur a placé à côté du mot français les termes congénères des autres langues romanes ainsi que M. Littré l’a déjà fait de son côté et il en résulte une foule de notions étymologiques entièrement relatives à ces langues elles-mêmes. Un double index très-complet de mots européens et de mots orientaux, placé à la fin du volume, favorise les recherches, même pour un grand nombre de termes français qui ne figurent point à leur ordre alphabétique. Stanislas Meunier.
- MUSÉE DE SAINT-GERMAIN1
- CUILLÈRES ET COUTEAU DU TEMPS DES ROMAINS.
- En visitant récemment le musée de Saint-Germain, M. Gabriel de Mortillet voulut bien nous signaler les cuillères et le manche de couteau romains qui font partie de la magnifique collection désignée sous le nom de trésor. Ce sont des pièces uniques, dont nous publions une représentation exacte (voy. gravures ci-dessous).
- Cuillères romaines en argent (cuillère supérieure), et en or (inférieure), exposées dans le Trésor du musée de Saint-Germain.
- La cuillère figurée à la partie supérieure de notre gravure est en argent ; son manche est terminé en une pointe, qui servait à manger les coquillages.
- (Pline XXVIII,14).
- La seconde cuillère est en or massif et beaucoup plus ornée que la précédente. Le manche de couteau est remarquable par la finesse de l’exécution , il est entièrement en ivoire et représente un singe moulé sur un tigre.
- Les Romains, qui ont inventé une foule d’ustensiles pour tous les usages de la vie, paraissent en avoir imaginé fort peu pour les festins; leurs couteaux étaient employés à couper les viandes (Pétrone, 70); les cuillères servaient surtout à manger les œufs (Pline, XXIII, 2) et les aliments sans consistance (Cato. R. R. 84). Les Romains avaient en outre des tuyaux de plume pour se curer
- les dents (Mart. III, 82), mais pour le reste ils saisissaient les morceaux avec les doigts (Horace, I,
- Esp. 16). Aussi n’allaient-ils jamais souper dehors sans porter avec eux une pièce de linge Lintea ou Mappa (Catulle, 12. — Horace, II) pour s’essuyer en mangeant. Outre cela, après chaque service, les esclaves versaient de l’eau sur les mains des convives ; ils le faisaient au moyen d’un vase à col étroit qu’ils tenaient au - des-
- d’un bassin de métal. (Marcell. V.)2.
- Voy. la Nature, 1874, 28 semestre, p. 129 et 262.
- Rome au siècle d'Auguste, par Ch. Dezobry.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- V 179
- 4 NOVEMBRE 18 76,
- LA NATURE,
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- LA FAUNE DE LUE CAMPBELL •
- Le passage de Vénus sur le soleil était un événement astronomique trop considérable pour que la Nature ne tînt pas à honneur de mettre ses lecteurs au courant des efforts faits par la France pour observer convenablement ce phénomène séculaire. Divers articles publiés soit dans le courant des deux dernières années, soit cette année même, ont fait connaître l’installation des observatoires, les méthodes employées et les résultats vraiment admira-
- bles obtenus simultanément par les astronomes et les physiciens envoyés dans les deux hémisphères, en Cochinchine, en Chine, au Japon, à l’île Saint-Paul, à l’île Campbell et à la Nouvelle-Calédonie1. L’île Saint-Paul a été décrite au triple point de vue de sa constitution géologique, de sa flore et de sa faune, et il a été rendu compte également, dans ce même recueil, de l’Exposition organisée au mois de juillet dernier, par l’administration du Muséum, et comprenant les collections rapportées par les naturalistes, attachés aux diverses expéditions astronomiques2. Cependant en contemplant les richesses
- Fig. 1. — Le puffin sombre (Puffinus tristis) de l’ile Campbell. Mâle adulte. (1/5 de grandeur naturelle.)
- accumulées dans nos galeries zoologiques, en voyant tous ces représentants de la faune antarctique, si peu connue et si différente de celle qui nous entoure, il nous a semblé qu’il y avait encore quelque chose à glaner dans le champ déjà parcouru, et qu’une notice sur les animaux de l’île Campbell pouvait offrir de l’intérêt pour nos lecteurs.
- L’île Campbell, située au sud des îles Auckland, non loin de ces banquises qui s’élèvent comme une muraille autour du continent antarctique, était à peine connue lorsque, au mois de septembre 1874, la Vire y débarqua la mission astronomique, commandée par M. Bouquet de la Grye. Jusque-ü cette terre inhospitalière, toujours environnée d’un épais manteau de brouillards, n’avait guère été visitée que
- par des bateaux armés pour la chasse des phoques et des otaries, ou par des navires chassés par les tempêtes qui régnent, presque constamment dans ces parages. Aussi tandis que M. Bouquet de la Grye et M. Hatt disposaient les instruments d’optique, préparaient leurs observations et dressaient une carte détaillée qui a été reproduite par le journal la Nature3, M. Filhol parcourait l’île en tout sens, allait chercher les otaries et les oiseaux de mer jusque dans leurs retraites, et recueillait précieusement, pour les mettre dans son herbier, les mousses,
- 1 Voy. les numéros des 6 novembre et 25 décembre 1875. 22 janvier, 27 mai et 8 juillet 1870.
- 2 Voy. Table des matières des volumes précédents.
- 3 Numéro du 27 mai 1876.
- i* année. — 2* semestre,
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- les lichens, les fougères et les bruyères (Erica lon-gifolia), qui croissent sur cette terre ingrate. Campbell, en effet, comme Sainl-Paul, est le reste d’un cratère dont une portion s’est effondrée sous les eaux de l’Océan, et son sol, composé presque exclusivement de basaltes, de trachytes et de laves avec quelques fragments de calcaires recouverts d’une couche épaisse de tourbe, ne nourrit qu’une végétation chétive et des arbres rabougris : sur les roches crevassées, lavées incessamment par la. pluie et la neige, dans les sentiers étroits creusés au milieu des bruyères par les phoques et les otaries qui descendent à la mer, la marche est excessivement pénible, et ce n’est qu’au prix de grandes fatigues et de sérieux dangers que M. Filhol a pu se procurer les magnifiques spécimens qui font l’ornement de nos collections. Quelques-unes des otaries, qui mesurent trois mètres de long ont été rapportées à dos d’hommes depuis l’intérieur de l’ile, d’un point situé à quarante-huit heures de marche de la côte ! Quelque intérêt que présentent ces grands mammifères marins, nous n’aurons pas cependant à en parler longuement aujourd’hui, puisque nous en avons déjà entretenu précédemment nos lecteurs, à propos des deux spécimens vivants au jardin d’acclimatation1' Nous nous contenterons de rappeler que les otaries de l’île Campbell, sur lesquelles M. Musgrave et M. Raynal ont donné d’intéressants détails2, appartiennent aux espèces nommées par les naturalistes Arctocéphale de Hookcr et Arctoçéphale cendré, tandis que les phoques de la mçrae région doivent être désignés scientifiquement .,%ous le nom de'Sté-norhynques leptonyx. Ces derniers sont des animaux indolents^ qui passent de longues heures couchés sur le rivage et qüi' se laissent tirer sans résistance, tandis que les Arctocéphales sont des amphibies redoutables, qui grimpent avec agilité sur les rochers et qui, lorsqu’ils sont blessés, se précipitent souvent avec une teîié fiîréur, que le chasseur court le risque d’être écrasé soüs’leur masse énorme ou déchiré par leurs canines aiguës.
- Tous les voyageurs qui ont exploré les régions polaires ont été frappés du nombre prodigieux des oiseaux de mer qu’on y rencontre, et de l’extrême rareté des oiseaux terrestres ; c’est précisément l’inverse de ce qu’on remarque sous les tropiques, où la faune ornithologique continentale est au contraire d’une richesse merveilleuse. Un naturaliste anglais de beaucoup de mérite, le capitaine Hutton, qui s’est occupé de l’ornithologie des contrées antarctiques, explique ce phénomène singulier par la différence que l’on constate entre la zone tropicale et les régions polaires sous le rapport de la distribution des végétaux. Dans la zone tropicale, en effet, dominent les plantes élevées en organisation, qui ont besoin de beaucoup de chaleur, d’air et de lumière, et qui trouvent sur le sol tous les éléments
- 1 Numpro du 30 octobre 1875.
- J Les Naufragés des îles Auckland.— Paris, 1870, Librairie Hachette;
- nécessaires à leur développement, tandis que dans les régions boréales ou australes vivent des végétaux inférieurs, qui sont beaucoup moins exigeants, si l’on peut s’exprimer ainsi, et qui se contentent d’une faible lumière et de la température peu élevée, mais constante, que le milieu liquide leur fournit. A l’exubérance de la végétation terrestre dans la zone tropicale correspond donc, jusqu’à un certain point, dans les régions polaires, une vigueur exceptionnelle de la flore marine. Celle-ci a pour conséquence un développement parallèle des mollusques pélagiens qui vivent sur les algues et sur les fucus, et ces mollusques à leur tour permettent à une foule d’oiseaux de mer, Pingouins, Pétrels et Mouettes, de trouver en toute saison une nourriture abondante. Ayant d’ailleurs sur quelques îles perdues dans l’immensité-de l’Océan des retraites assurées pour élever leurs petits, ces oiseaux se sont multiplies d’une manière étonnante et ont formé une population aussi nombreuse que celle des contrées les plus favorisées. Il ne s’agit ici, bien entendu, que du nombre des individus, car sous le rapport du nombre des espèces la faune ornithologique des terres arctiques est extrêmement restreinte, et, chose remarquable, les formes sont à peu près les mêmes dans les deux hémisphères. Au nord comme au sud on trouve le Procellaria gigantea, le Daption ca-pensis, le Prion vittatus, le Pelecanoïdes urinatrix, et le Diomedea brachyura, le Procellaria glacialis, le Puffimis cinereus', le Lestris catarractes des mers boréales ont pour représentants, dans les mers australes, le Diomedea exulans, le Procellaria gla-cialdides, le Procellaria hœsitata et le Lestris an-tarcticus. M. llutton en conclut que plusieurs espèces du nord sont originaires de la zone antarctique, qu’elles ont émigré pendant la période glaciaire, et qu’elles se sont peu à peu différenciées en étaftt soumises à de nouvelles conditions biologiques. Mais l’examen de cette question nous entraînerait beaucoup trop loin et il est temps de revenir aux animaux de I île Campbell. Parmi ceux-ci dominent les Pétrels, bien connus des navigateurs, et appartenant à l’ordre des Palmipèdes de Cuvier. Ils se font remarquer non-seulement par leurs pieds disposés en forme de rames, comme ceux des Oies et des Canards, mais encore par leurs ailes puissantes, par leur plumage tantôt d’un brun uniforme, tantôt varié de bleu clair, de blanc, de gris et de noir, et surtout par leur bec fortement recourbé à la pointe. Ce bec semble au premier abord constituer une arme redoutable, analogue à celle des oiseaux de proie, mais en le considérant de plus près on voit que son extrémité seule présente quelque dureté et que ses bords, mous et faiblement tranchants, ne sauraient faire une blessure de quelque gravité. Du reste les Pétrels n’ont point besoin de mandibules puissantes, car ils se nourrissent d’animaux de petite taille, aux téguments peu résistants, tels que des Méduses, des mollusques nus, des crustacés inférieurs, ou de petits poissons, et ce n’est qu’accidentellement qu’ils
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- se repaissent des débris de phoques abandonnés par les chasseurs. D’après M. Ilutton, il faudrait même regarder le crochet lerminal du bec des Pétrels non comme le résultat d’une appropriation de l’organe en vue d’un régime déterminé, mais comme un simple caractère de famille, comme un indice des relations qui existent entre ces oiseaux et les Laridés. Chez quelques-uns de ces derniers, les Stercoraires ou Lestris, la mandibule supérieure est déjà fortement recourbée et h mandibule inférieure anguleuse, comme chez les Pétrels; le même caractère se retrouve, considérablement atténué, chez les Mouettes, et disparaît entièrement chez les Hirondelles de mer. Mais dans tous les Laridés l’ouverture des narines ne présente rien de particulier et s’ouvre comme une simple fente plus ou moins près du front, tandis que chez les Pétrels on remarque sur la mandibule supérieure un ou deux tubes donnant accès dans les fosses nasales et logés d'ordinaire dans des sillons longitudinaux. Pour M. Ilutton, ce prolongement des narines est en rapport avec les habitudes nocturnes de la plupart des Pétrels et correspond à l’épanouissement des plumes auriculaires chez les Chats-Huants, à l’extension de la bouche chez les Engoulevents : il est certain en effet que les Albatros, qui, à l’état adulte, ont des habitudes diurnes, ont les tubes nasaux considérablement réduits, tandis que les Puffms, les Péléca-noïdes, et surtout les Pétrels et les Thalassidromes, oiseaux essentiellement nocturnes, offrent des tubes bien développés.
- La puissance de vol des Pétrels est extrêmement remarquable. Le lieutenant Weld a vu un Damier (Daption capensis) qui portait un ruban rouge autour du cou, et qui était par cela même facile à reconnaître, suivre le bâtiment pendant 1 500 milles (2 776 kil.) ; de son côté, M. Gould rapporte qu’une variété albine du Procellarien géant (Procellaria gigantea) accompagna pendant trois semaines le navire sur lequel il était ! 11 ne faut pas^ croire cependant que, durant tout cet espace de temps, l’oiseau soit resté sur ses ailes, il s’est évidemment reposé sur les flots pendant une partie de la nuit. M. Ilutton a vu en effet, à plusieurs reprises, des Pétrels qui suivaient le bateau pendant la journée, disparaître à la tombée de la nuit, pour reparaître au matin suivant, et dans son voyage de Londres à la Nouvelle-Zélande il a rencontré des Albatros qui étaient couchés sur la mer, les uns à côté des autres, aussi tranquillement que sur la terre ferme, et que le passage du navire tirait brusquement de leur assoupissement.
- On divise généralement la famille des Procella-ridés ou Pétrels en trois groupes secondaires, les Diomédéens, ou Albatros qui sont de grande taille, qui n’ont pas de doigt postérieur, qui ont les narines ouvertes à l’extrémité de deux tubes très-courts, nettement séparés l’un de l’autre et situés de chaque côté de la mandibule supérieure, dans une longue et profonde suture; les Procellciriens, ou
- Pétrels proprement dits, qui à une ou deux exceptions près, sont de taille médiocre, qui ont quatre doigts, et les narines s’ouvrant soit dans un tube unique, soit dans deux tubes adossés et situés en avant du front; enfin les Pélécanoidiens ou Halodromes, qui ont trois doigts comme les Albatros, mais qui offrent aussi des affinités avec un groupe tout différent, celui des Guillemots et des Mergules.
- Il y a dans les mers australes plusieurs espèces d’Albatros faciles â distinguer les unes des autres par les teintes de leur plumage, les proportions de leur corps et la coloration de leur bec. A Pile Campbell, la plus commune de toutes est le grand Albatros ou Mouton du Cap des navigateurs français (Diomedea exulans). Ce magnifique oiseau mesure 4 mètres d’envergure et 1 mètre 30 du bout du bec à l’extrémité de la queue ; quand il est en plumage de noces, il a la tête, et le corps et la queue d’un blanc pur, les ailes variées de noir et de blanc grisâtre, les pattes d’un blanc rosé, le bec de la même teinte avec l’extrémité jaunâtre, les yeux bruns entourés d’un cercle verdâtre. Chez quelques individus on remarque sur les côtés du cou une strie rose, qui disparaît avec l’âge. D’après Gould et la plupart des auteurs, les jeunes seraient d’un brun fuligineux avec le front, la gorge et les joues d’un blanc plus ou moins pur; mais parmi tous les individus queM. Fil-bol a eu l’occasion d’observer et qui étaient déjà, il est vrai, de la taille des adultes, il n’y en avait aucun qui fût revêtu d’un semblable plumage. Les jeunes oiseaux que ce naturaliste a pu se procurer, et dont il a donné la dépouille au Muséum d’histoire naturelle, ressemblent au contraire en tous points aux adultes, sauf qu’ils ont une partie du corps c-ouverté encore d’un duvet aussi blanc et aussi tin que celui d’un cygne. Mais, chose digne de remarque, ce duvet n’est pas constitué comme chez la plupart des volatiles, il est formé par l’extrémité même des plumes, qui est décomposée; aussi disparaît-il fort lentement, non par suite d’une mue, mais simplement par l’usure des barbes terminales. Comme on peut en juger par la figure ci-jointe (fig. 2) exécutée d’après nature, le jeune, revêtu de ce plumage de transition, olfre un aspect fort singulier, ayant encore une partie du vêtement du premier âge, tout en ayant déjà atteint la taille de ses parents.
- La nourriture des Albatros paraît consister presque exclusivement en petits crustacés, en méduses et en mollusques marins, et M. Hutton n a jamais trouvé dans leur estomac le moindre débris de poisson. Ces oiseaux du reste n’ont pas des mouvements assez rapides pour s’emparer d’animaux doués de puissants organes de natation ; ils ne fondent pas à la manière des frégattes sur tous les objets qui flottent à la surface de l’Océan, et ils ont au contraire l’habitude, pour prendre leur repas, de s installer confortablement sur l’élément liquide. Aussi ne réussit-on à les prendre à la ligne que lorsque le J vaisseau ne file pas plus de 4 ou 5 nœuds et quand 1 on peut dérouler assez de corde pour que l’oiseau
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- ait le temps de considérer l'amorce à loisir avant de l’avaler. Le meilleur appât est un morceau de peau de porc salé et cru, cette proie étant trop dure pour que de petits oiseaux puissent l’arracher du hameçon. Il n’est pas nécessaire que celui-ci soit barbelé, car il s’accroche toujours facilement à l’extrémité recourbée de la mandibule supérieure de l’Albatros, mais il faut, comme d’ordinaire, que l’amorce soit soutenue par des bouchons de liège.
- Les grands Albatros ne volent presque jamais pendant la nuit, et à terre même ils paraissent avoir des habitudes essentiellement diurnes. Ils ne s’avancent que rarement au nord du 30e degré de latitude S., mais aussitôt qu’on approche de cette limite, on peut s’attendre à en rencontrer. A partir du 40e degré, ils deviennent très-communs, et ils couvrent de leurs troupes nombreuses l’île du Prince Édouard, l’île de Kerguelen et l’île Campbell. Sur tous ces points ils arrivent vers le mois d’octobre. D’après les observations de M. le Dr Filhol, les mâles ne se montrent que quelque temps après les femelles, et aussitôt se rangent en cercle pour que chaque femelle puisse faire choix d’un époiitx. Les couples ainsi formés vivent en parfaite harmonie les uns avec les autres et se rendent, paraît-il, des visites de temps en temps. Le nid, toujours placé sur un plateau élevé, est en forme de tronc de cône, il est fait avec des herbes et de la terre que l’oiseau se procure en creusant un fossé circulaire dont il accumule les déblais à l’intérieur. Au sommet, légèrement excavé, de ce petit édifice, la femelle dépose un œuf d’un blanc pur, de forme allongée et à peu près de même volume qu’un œuf de cygne. Cet œuf n’éclot qu’au bout de deux mois environ, et le petit qui en sort est dans un état d’imperfection extrême. Il paraît cependant bien établi, d’après les observations de M. Harris, que, dans certaines localités au moins, sinon partout, les parents quittent les jeunes, peu de mois après leur naissance, et s’en vont à la mer pour ne revenir qu’au mois d’octobre. Suivant le même naturaliste qui en ceci ne se trouve pas tout à fait d’accord avec M. le Dr Filhol, chaque paire irait aussitôt à son ancien nid, et après avoir distribué quelques caresses au jeune abandonné, le forcerait à vider les lieux pour les approprier en vue de recevoir une nouvelle progéniture. Quelquefois les jeunes, âgés d’une dizaine de mois, ne se laissent pas déposséder sans résistance de l’asile qu’ils n’ont pour ainsi dire point quitté ; ils sont en effet déjà très-vifs, au moment du retour de leurs parents, quoique, en l’absence de ceux-ci, ils aient dû avoir heaucoup de peine à pourvoir à leur nourriture; leurs ^ailes en effet sont encore si faibles, que c'est seulement l’année suivante qu’ils peuvent aller à la mer, en même temps que les vieux, et M. Harris affirme que pendant plusieurs mois il n’a pas vu, ni à Kerguelen, ni à l’île du Prince Édouard, d’individus adultes ayant pu servir de nourrices aux eunes abandonnés. Il y a là évidemment un problème à résoudre, problème que, malgré tout son
- zèle, M. le Dr Filhol n’a pu éclaircir, puisqu’il s’est trouvé à Fîle Campbell dans la saison de la ponte des Albatros, alors que la colonie était au grand complet.
- L’instinct qui permet aux Albatros, après avoir parcouru des centaines de lieues, de revenir non-seulement à la même île, mais au nid qu’ils ont construit, n’est pas moins difficile à comprendre, car ces oiseaux, voyageant au-dessns de l’immense Océan et, partant d’un point donné pour se diriger dans différentes directions, n’ont point pour se guider ces fleurs et ces montagnes qui servent de point de repère à nos oiseaux terrestres. Rien n’est plus beau, dit M. Ilutton, que de voir l’Albatros géant planer, les ailes immobiles, à une grande hauteur dans les airs, puis, décrivant une courbe gracieuse, venir effleurer la crête des vagues de ses ailes immenses. Tout à coup il s’abat sur les flots, et soudain il change complètement d’aspect; ses ailes sont collées au corps, sa tête est ramenée en arrière, son corps semble replié sur lui-même et ses pieds frappent l’eau de leurs larges membranes. En même temps il fait entendre un cri guttural rappelant à la fois le croassement d’une corneille et le bêlement d’un agneau. Puis, à un moment donné, il quitte de nouveau l'élément liquide; par la seule force de ses pattes, il s’élance d'un bond à une distance de 60 à 70 mètres, et ayant acquis un champ suffisant pour déployer ses ailes, il s’élève majestueusement dans les airs. Mais cet oiseau si bon voilier, ce nageur si infatigable, est sur le sol d’une gaucherie extrême ; quand il a été pris à la ligne et tiré sur le pont d’un navire, il est complètement désarmé, et semble avoir à peine la force de se traîner. On le voit parfois alors rejeter à la manière de beaucoup de Pétrels, une grande quantité d’huile répandant une odeur nauséabonde.
- L’Albatros à sourcils noirs (Diomedea melano-phrys), qui est de taille plus petite que le précédent et qui se distingue, comme son nom l’indique, par une tache foncée située dans le voisinage de l’œil et l’Albatros fuligineux (Diomedea fuliginosa), au plumage d’un gris sombre sont beaucoup moins répandus à Campbell que l’Albatros géant. 11 en est de même de l’Ossifrage ou Pétrel géant (Ossifraga ou Procellaria gigantea), le Mother Carey Gonse du capitaine Cook, le Nelly des marins anglais. En revanche, les Puffins noirs ou Puflins tristes (Pufjî-nus tristis) y sont entièrement communs, et ont fourni plusieurs fois d’excellents rôtis aux membres de l’expédition française. Ces oiseaux, que les colons de la Nouvelle-Zélande désignent sous le nom de Mutton-Birds (oiseaux-moutons) ont, à l’état adulte, le plumage entièrement d’un noir grisâtre, le bec noirâtre passant au brun jaunâtre sur l’arête supérieure, les tarses et les doigts d’un bleu pâle avec les membranes interdigitales brunâtres, et l’iris noir. Ils ont à peu près la taille d’un pigeon, avec des formes plus élancées (fig. 1). D’après les observations de M. Filhol et les notes de M. Davies, pu-
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- bliées dans le Tasmanian journal, les Puffîns tristes arrivent dans les parages de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande au mois de septembre. Ils s’avancent en troupes immenses, au coucher du soleil, vers les points où sont établies leurs rookeries 1 et pendant une dizaine de jours ils s’occupent des travaux préliminaires de leur installation et creusent dans la terre des trous où ils déposent leurs œufs ; puis ils retournent à la mer pendant quatre ou cinq semaines, pour revenir à la fin de novembre, en bandes de plus en plus nombreuses, et bientôt après la ponte commence. 11 est difficile de décrire le
- tumulte qui accompagne leur arrivée. A peine le soleil a-t-il disparu de l’horizon, que des nuées de Puffins se montrent de tous côtés, formant des bandes si serrées que le ciel en est obscurci, et que la nuit se fait dix minutes plus tôt que d’habitude. Le défilé continue pendant près d’une heure, et bientôt sur la terre le tumulte est indescriptible. De tous côtés le sol est miné de nombreux terriers, et cependant il n’y a pas assez de demeures pour loger le quart des arrivants : aussi que de cris, que de disputes! Enfin l’ordre s’établit peu à peu, chaque femelle s’installe dans un trou et y dépose
- Fig.‘2. — L’albatros géant (Diomedea exulans). Jeune individu de la taille d’un adulte, mais revêtu encore d’une partie de son duvet
- (1/15 de grandeur naturelle.)
- un œuf d’un blanc sale, fréquemment souillé de brun rougeâtre, et mesurant 7 à 8 centimètres de long sur 4 à 5 de large. Pendant la plus grande partie des journées suivantes ces oiseaux restent cachés dans leurs retraites, mais ils en sortent à la tombée de la nuit pour se livrer à la pêche. Sur quelques îles voisines de l’Australie, on leur fait une chasse active, non-seulement pour leur chair, qui, salée, constitue une nourriture assez délicate, mais surtout pour leurs plumes dont on remplit des coussins et des édredons. Il faut sacrifier 40 oiseaux
- 1 Ce mot, qu’il n’est pas possible de traduire en français, désigne en anglais le siège d’une colonie de corneilles; il a été fréquemment appliqué, par extension, aux agglomérations de nids d’autres oiseaux.
- pour obtenir une livre de plumes, et 1600 par conséquent pour faire un lit de plumes ordinaire, du poids de 40 livres. Néanmoins, malgré le massacre que l'on en fait chaque année, les Puffins ne semblent pas diminuer en nombre. L’extrait suivant du voyage de Flinders peut donner une idée de leur abondance sur certains points des côtes de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.
- « Leur vol, dit ce voyageur, formait un véritable torrent de 50 à 80 yards (45 à 73 mètres) d’épaisseur sur 300 yards au moins (274 mètres) de large, et ils étaient tellement serrés, que chaque individu avait juste l’espace nécessaire pour mouvoir ses ailes. Pendant une heure et demie le passage continua sans interruption, avec une vitesse quelque
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- peu inférieure à celle d’un vol de pigeons. Je crois qu’au bas mot il n’y avait pas moins de 100 millions de Pétrels. En effet, en assignant à la bande seulement 50 yards d’épaisseur sur 300 yards de largeur, en lui attribuant une vitesse de 30 milles à l’heure, et en estimant à 9 yards cubes l’espace occupé par chaque oiseau, on arrive au chiffre de 151 500 000. Comme les trous nécessaires pour loger cette multitude devaient être au nombre de 75 750 000, et que chaque trou devait occuper en moyenne 1 yard carré, la troupe entière, une fois installée sur la terre ferme, pouvait couvrir une superficie d’environ 18 1/2 mille carrés géographiques (69 235 kil. carrés).
- Outre les trois espèces d’Albatros, le Procellarien géant et le Puftin triste, on trouve encore à l’tle Campbell, le Labbe ou Stercoraire antarctique, qui parait être une simple race de notre grand Stercoraire (Lestris catarractes), le Goéland dominicain (Larus dominicanus) correspondant au Lariis mari-nus de nos côtes, le Canard à sourcils (Anas super-ciliosa), espèce commune à la Nouvelle-Zélande, à l’Australie et aux îles Yiti, deux espèces de Cormorans, et plusieurs Manchots tels que YEudyptes an-tipoda, découvert parHombron et Jacquinot dans leur voyage au pôle Sud, YEudyptes chrysocomeà peine distinct de YEudyptes chrysolopha qui habite l’ile Saint-Paul, et YAptenodytes Pennanti, au plumage mi-parti blanc et grisâtre, avec la tête couverte d’un masque brunâtre et deux traits jaunes sur les côtés du cou.
- Il n’y a dans l’île qu’un seul oiseau terrestre, encore n’est-ce pas une espèce autochtone. C’est un Zosterops (Z. lateralis), sorte de petite fauvette au dos nuancé de gris et de verdâtre, au ventre pâle, avec les flancs lavés de brun rougeâtre et les yeux entourés d’un cercle de petites plumes blanches, brillantes comme de la soie. Les Maoris le nomment Tau-hou (oiseau à lunettes) et les colons anglais de la Nouvelle-Zélande Blight bird (oiseau myope), White eye (œil blanc), etc. On rencontre cette espèce non-seulement à 1 île Campbell, mais encore à l’ile Stewart, à l’île Chatham, dans l’île méridionale et dans l’île septentrionale de la Nouvelle-Zélande, en Tasmanie et jusque dans la Nouvelle-Galles du sud. C’est probablement la Tasmanie qui doit être considérée comme son lieu d’origine ; c’est de là qu’elle a dû gagner successivement d’une part le midi du continent australien, de l’autre la Nouvelle-Zélande et les îles avoisinantes. Il résulte d’informations certaines que ce charmant oiseau a fait son apparition sur la côte nord du détroit de Cook1 pendant l’hiver de 1856. Au commencement de juin quelques individus se montrèrent aux environs de Wellington et bientôt après des bandes de la même espèce, qui semblaient fatiguées par un long voyage, se répandirent sur les côtes. Ces oiseaux que les habitants du pays voyaient
- 1 Détroit qui sépare les deux îles principales de la Nouvelle-Zélande,
- pour la première fois, demeurèrent trois mois dans les vergers et les jardins de la province de Wellington, puis ils disparurent aussi brusquement qu’ils étaient venus. Us restèrent deux ans sans revenir, mais en 1858 ils se montrèrent de nouveau, également en hiver, et depuis lors ils visitèrent régulièrement le pays, à la grande joie des colons, qu’ils débarrassaient d’une foule d’insectes nuisibles aux arbres et aux plantes potagères. Chaque fois ils s’avancèrent un peu plus loin vers le nord, et en 1867 ils atteignirent l’extrémité septentrionale de la Nouvelle-Zélande.
- Dans l’île du Sud, M. Potts les observa pour la première fois dans la province de Canterbuy, le 28 juillet 1856, et en 1860, dans une visite à Nelson, M. Buller, l’auteur de Y Ornithologie de la Nouvelle-Zélande, en vit un assez grand nombre dans les jardins autour de la ville. L’année suivante il en rencontra qui semblaient se diriger vers le nord, et depuis lors il acquit la certitude qu’ils ne cessaient pas de visiter la contrée régulièrement à la même saison.
- Les Zosterops, sauf dans la saison des amours, se montrent toujours en troupes composées d’une centaine d’individus. Aussitôt qu’ils sont arrivés dans un enclos qui leur promet une abondante nourriture, ils se dispersent et sautent avec agilité de branche en branche. En s’approchant avec précaution on peut les voir chercher parmi les fleurs, sous les feuilles ou dans les fentes de l’écorce les pucerons et les autres petits insectes dont ils font leur principale nourriture. A la Nouvelle-Zélande ils rendent chaque année d’immenses services à l’agriculture en détruisant les parasites des chous, des rosiers et des arbres fruitiers et particulièrement le terrible Aphidien connu sous le nom d'American blightl, qui couvre les plantes de ses toiles et qui les fait rapidement périr. Aussi les colons ont-ils en estime toute particulière les petits Zosterops et ne songent-ils pas à leur reprocher les quelques fruits qu’ils prennent çà et là dans les vergers.
- Le cri de ces oiseaux, ordinairement doux et plaintif, devient un peu plus bref et plus rapide quand ils volent en troupe. Durant la saison des amours le mâle fait entendre un gazouillement charmant, mais si faible, si voilé, qu’il semble ne chanter que pour lui-même et pour sa compagne. En cage le Zosterops lateralis se nourrit assez facilement, mais il se console avec peine de la perte de sa liberté, et succombe en général, malgré tous les soins, au bout de quelques semaines.
- A la Nouvelle-Zélande cette jolie petite espèce niche au mois d’octobre, et il est probable qu’à l’île Campbell la ponte a lieu à peu près à la même époque, puisque M. le Dr Filhol a pu recueillir et l’apporter au Muséum un nid tout frais et des œufs de ce charmant oiseau. Le nid, suspendu à un arbrisseau par deux brides latérales, est formé d’herbes sèches et de lichens artistement entrelacés; la
- 1 C’est le Schiwneuia lanigera des entomologistes.
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- femelle y dépose trois ou quatre œufs, d’un bleu pâle, sans taches, et de forme ovoïde.
- Les insectes sont extrêmement rares à l’ile Campbell, et les mollusques terrestres ne sont représentés que par une espèce de petite taille; quant aux mollusques marins, ce sont principalement des Maules, des Tapes, des Patelles, des Haliotides, etc. Les crustacés qui vivent sur les côtes sont également peu variés, et généralement beaucoup plus petits que ceux qui vivent dans les parages de l’île Saint-Paul. Enfin les poissons sont naturellement les mêmes que ceux que l’on pêche sur les côtes voisines de la Nouvelle-Zélande, et leur étude n’offre rien de bien caractéristique. I
- Comme il est facile d’en juger par cette notice rapide, l’ile Campbell ne possède qu’une faune extrêmement pauvre. En effet, les insectes et les mollusques terrestres y sont presque inconnus, les mammifères et les oiseaux réellement autochtones y font entièrement défaut, et les phoques, les otaries, de même que les oiseaux pélagiens, doivent être considérés plutôt comme des hôtes temporaires que comme des formes indigènes et stationnaires. Cette pauvreté de la faune peut s’expliquer à la fois par le peu d’étendue de cette terre et par les phénomènes géologiques dont elle a été le théâtre. 11 résulte en effet des observations de M. Filhol que l’île j Campbell, après avoir fait partie, pendant la période éocène d’un grand continent antarctique qui com- j prenait également la Nouvelle-Zélande, se serait effondrée sous les eaux de la mer pendant la période miocène, pour reparaître ensuite à la fin de cette période, sous la forme d’un îlot volcanique complètement indépendant. Il est évident que cet effondrement a eu pour effet d’anéantir toute la population que 1 île Campbell pouvait avoir en commun avec la Nouvelle-Zélande, et qu’une fois sortie des eaux, son sol aride, exposé à toutes les intempéries, n’a pu nourrir que quelques plantes rabougries dont les graines étaient apportées par les vents, et donner asile à un petit nombre d’espèces animales émigrées des régions avoisinantes. E. Oustalet.
- LE COCA DU PÉROU
- On a déjà signalé les remarquables propriétés du Coca. ün médecin américain en a fait un usage thérapeutique dont il décrit les excellents effets dans une lettre adressée au Standard. Nous en extrayons les passages suivants :
- Je pense qu’il est admis, dit l’auteur, que les Indiens de l’Amérique du Sud sont la race la plus active du monde. Cette activité est attribuée au fréquent usage qu’ils font des feuilles du coca, arbrisseau qui pousse à une hauteur de huit pieds. Ses feuilles ont la longueur d’un pouce à un pouce et demi et sont d’un vert foncé ; ses fleurs sont blanches et ses fruits rouges. On le cultive avec soin et il arrive à sa perfection en deux années envi-ron ; les indigènes recueillent alors ses feuilles qu’ils font sécher et qu’ils enveloppent ensuite dans des feuilles de palmier et de la flanelle.
- Les effets physiologiques des feuilles de coca sur l’organisation se révèlent par le haut degré de vitalité physique et intellectuelle qu’elles produisent ; les yeux deviennent brillants, le pouls s’élève, un grand désir d’activité se manifeste et le corps prend une extrême vigueur.
- Je n’ai vu aucun rapport authentique duquel il soit résulté que le coca amène la mort par ses effets. Au contraire, tout (end à établir que les mangeurs de coca parviennent à un âge avancé.
- En 1875, j’ai été appelé auprès d’un malade bien constitué, âgé de quarante ans, qui, en état de santé avait pesé environ 120 livres; il n’en pesait plus alors que 88.
- 11 présentait tous les symptômes d’une consomption bien caractérisée. Son médecin avait employé saris résultat les remèdes ordinaires. La faiblesse était si grande, qu’il pouvait à peine marcher dans sa chambre. J’entrepris de le traiter par le coca, qui le ranima promptement et le guérit en neuf semaines environ.
- Dans ta même année, un homme de quarante-six ans, qui souffrait depuis douze ans d’une amaurose et d’une paralysie des membres inférieurs, me fit appeler. Dans cette circonstance, je fis prendre un mélange dont le coca était l’ingrédient actif; le résultat fut la guérison de l’amaurose en quinze jours. Le malade put reprendre la marche et faire plusieurs milles sans difficulté et sans fatigue.
- CHARLES SAINTE-CLAIRE DEVILLE
- Le savant géologue et météorologiste que la science vient de perdre, est né en 1814, à Saint-Thomas, aux Antilles. Il fit ses études à Paris, ainsi que son frère Henri, qui était appelé à devenir une des illustrations de la chimie française. Après avoir suivi les cours de l’École des mines, Charles Sainte-Claire Deville, que sa vocation attirait vers l’étude de la physique du globe, résolut de visiter en homme de science les îles qui l’avaient vu naître ; il entreprit un grand voyage aux Antilles, à Ténériffe, aux îles du cap Vert, s’attachant surtout à l’exploration des terrains volcaniques. Il avait l’ecueilli un grand nombre d’observations, rassemblé de riches collections de roches et de fossiles, quand le tremblement de terre de la Pointe-à-Pitre vint subitement engloutir toutes ces richesses. Le jeune géologue eut la douleur de voir s’anéantir le fruit de trois années de travaux et d’efforts, il eut celle de voir périr au milieu de ce cataclysme, son oncle et plusieurs membres de sa famille. Il avait pu exécuter cependant la triangulation de la Guadeloupe, dont il publia la carte.
- « Chargé officiellement de constater les désastres causés par cette grande commotion, il succomba, dit M. Dumas, à la douleur morale et aux fatigues, et fut transporté sur un bâtiment qui, après cinquante-trois jours d’une traversée de tempêtes, le déposait au Havre, perclus et atteint, pour la vie, d’une affection rhumatismale dont il n’a jamais guéri.
- « Bientôt cependant, reprenant, dans le laboratoire de son frère, l’analyse des rbehes, il en déduisati la simplification définitive de la formule des felds*
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- paths. Il découvrait le soufre amorphe et insoluble, montrant ainsi, pour la première fois, un corps simple amené à deux états différents, non-seulement par des caractères physiques, mais par des propriétés chimiques, essentielles, et ouvrant ainsi la voie à la découverte du phosphore amorphe que Schroter devait réaliser plus tard.
- « Envisageant sous un point de vue nouveau, auquel ses observations, sur le soufre n’étaient pas étrangères, le phénomène de la fusion des minéraux, il y découvrait une cause de changement dans le volume des masses qui en sont formées, et donnait ainsi à la géologie et à son maître, Élie de Beaumont, le moyen d’expliquer certaines circonstances, et non les moins importantes, des phénomènes de dissociation des couches terrestres1 2. »
- Élie de Beaumont, qui l’avait distingué depuis son passage à l’École des mines, fut ainsi conduit à le presser de se consacrer à l’étude des phénomènes volcaniques. Charles Sainte - Claire Deville a suivi avec passion, pendant cinq ou six années, toutes les éruptions du Vésuve et de l’Etna. Le savant géologue recueillit avec soin tous les gaz qui s’exhalent des bouches de ces volcans et en fit l’analyse avec une remarquable précision. La loi de succession qui règle l’apparition des gaz caractéristiques du travail volcanique, reconnue, constatée, mise en évidence par Charles Sainte-Claire Deville, a été confirmée par les élèves qu’il avait formés et prit place désormais dans la science du globeâ.
- Charles Sainte-Claire Deville s’est toute sa vie préoccupé des progrès de la météorologie ; il a été un des fondateurs de la Société météorologique de France, dont il n’a cessé jusqu’à sa dernière heure d’être un des membres les plus actifs. Il a attaché son nom à la création du magnifique observatoire de Montsouris, et pendant cinq années consécutives, il a organisé et dirigé cet établissement qui occupe aujourd’hui un des premiers rangs parmi les observatoires des pays civilisés.
- L’illustre météorologiste pensait que dans nos
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 16 octobre 1876.
- 2 Paroles prononcées à l’Académie des sciences, par M. Dumas.
- climats moyens il existe un rapport entre les oscillations de la pression barométrique et celles de la température : rapport qui d’après lui devait se traduire par une avance variable du baromètre sur le thermomètre. Dans une série de notes présentées à l’Académie des sciences, Charles Sainte-Claire De-ville a réuni un grand nombre de faits en faveur de ses théories. Parmi les mémoires les plus intéressants qu’il a publiés précédemment, nous mentionnerons son Voyage géologique aux Antilles et aux îles de Ténériffe et de Fogo (1856-1864, 1 vol. in-4° avec carte), ses Lettres à Élie de Beaumont sur l’éruption du Vésuve, imprimées dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, son travail sur les éruptions actuelles du volcan de Stromboli (1858), etc.
- En 1857, Ch. Sainte-Claire Deville a été élu membre de l’Académie des sciences en remplacement de M. Dufrénoy. 11 a été promu officier de la Légion d’honneur en 1862. Il était inspecteur des établissements météorologiques de France et d’Algérie.
- Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette notice succincte sur l’éminent savant qu’en reproduisant les quelques lignes que son digne élève et ami, M. F. Fouqué, a publiées au lendemain de sa mort dans la Revue scientifique ;
- « Né sous le ciel des Antilles, Charles Sainte-Claire Deville possédait au plus haut degré tous les dons heureux qui sont le trait saillant des habitants de ces chaudes régions, sans avoir leurs défauts. Chez lui, une vivacité d’esprit singulière s’associait aux délicatesses les plus exquises de la sensibilité. Son intelligence rapide et pénétrante saisissait du premier coup le point précis qu’il fallait atteindre pour résoudre la question la plus compliquée. Son cœur, plein de confiance et de tendresse, répandait sur tous ceux qui l’entouraient des trésors de bienveillance et d’affection. Rien de ce qui touchait les intérêts de la science ne lui était indifférent. Ardent à encourager le bien et à combattre ce qu’il croyait mauvais, il ne reculait devant aucune discussion, aucune lutte, et savait y apporter tolérance et courtoisie. De grandes joies et de grandes douleurs ont été son partage. Il repose maintenant du sommeil éternel, mais sa mémoire vivra. »
- Charles Sainte-Claire Deville, mort le 10 octobre 1876. (D’après une photographie.)
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- LANCEMENT DE L’ANNAMITE
- Le grand transport de guerre l'Annamite, qui a été lancé à Cherbourg, le5 octobre 1876, est destiné à transporter des troupes pour le service de nos colonies ; c’est le premier où l’on ait réalisé tous les progrès qui résultent de la science moderne, en ce qui concerne les règles de l'hygiène.
- L’Annamite a 110 mètres de long et 17 mètres de large; sa hauteur est de 12 mètres ; il jauge 5400
- tonneaux. Sa machine sera de 2500 chevaux nominaux; il est construit en fer et en bois.
- Il renferme des chambres au nombre de plus de cent pour les officiers, sans compter celles de l’état-major du bord. Ces chambres sont spacieuses, admirablement ventilées et très-bien éclairées.
- Une conduite d’eau douce est ménagée dans chacune d'elles, et l’officier, pour ses ablutions, aura ainsi de l’eau à discrétion.
- Au centre du bâtiment, et parfaitement isolé du reste des passagers, se trouve l’hôpital ; il peut con-
- VAnnamite avant son lancement, exécuté à Cherbourg, le 5 octobre 1876. (D’après une photographie.)
- tenir quatre-vingts lits, qu’on peut monter et démonter en un instant. Ici tous les minutieux services qu’exige un établissement hospitalier ont été prévus : pharmacie, lingerie, poste d’infirmiers, salle des morts, etc. Pour les soldats et marins, on a ménagé 600à 700postes de^oucbage. Partout, enfin, un puissant appareil de ventilation lancera de l’air constamment renouvelé. Ainsi, de l’air, de la lumière et de l’eau seront largement dispensés à tout le monde.
- Grâce aux précautions prises, le lancement de Y Annamite, qui n’avait pas réussi le 21 septembre, comme on l’avait annoncé, a eu lieu cette fois, sans difficultés, et tout avait été si bien prévu, qu’il a quitté la cale où ou l’avait construit sans que l’on fût obligé de faire agir les énormes leviers que
- l’on avait disposés afin de le forcer à glisser à l’eau.
- L’opération du lancement présentait des difficultés plus nombreuses que celles nécessitées dans le lancement d’un navire ordinaire.
- L'Annamite, en effet, est un bâtiment plus long que tout ce qui a paru jusqu’ici sur les chantiers militaires français. De plus, l’espace libre, entre l’arrière du navirel, sur la cale où il était construit, et les quais opposés, est bien restreint : le bassin Napoléon III n’a guère, en effet, plus de 240 mètres de large; et, lorsque l’arrière de Y Annamite a commencé à flotter, il lui restait à peine sa longueur à parcourir: or,] à ce moment, une pareille masse,
- 1 Les bâtiments se lancent toujours l’arrière en avant.
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- qu’aucun obstacle ne viendrait contrarier dans sa marche doit posséder une vitesse énorme, plus grande à coup sur que celle quelle aura jamais, malgré sa puissante machine.
- La frégate cuirassée le Richelieu, lancée il y a trois ans à Toulon, sur une des cales du Mourillon, dans un endroit où l’on pouvait procéder à la mise à l’eau, sans diminuer sérieusement la vitesse du navire, à cause du grand espace libre qui s’étendait devant lui, a parcouru plus d'un kilomètre avant de s’arrêter.
- Ici les conditions étaient bien différentes, VAnnamite, après avoir flotté sur une longueur de 100 mètres à peu près, devait avoir complètement perdu sa vitesse.
- Huit jours avant la mise à l’eau du bâtiment, on enlève la partie supérieure des chantiers de dessous le bâtiment et on les remplace par plusieurs pièces de bois reliées entre elles par des écarts et devant former une seule pièce qui a pour longueur celle de la quille du bâtiment, plus 6 mètres environ : c’est cet assemblage de pièces de bois que l’on appelle patin.
- Le premier bout-avant, pins fort que les autres, est chevillé avec plusieurs pièces de bois assemblées pour retenir le bâtiment sur sa cale jusqu’à l’heure indiquée pour le lancement.
- Cette opération terminée, on dégarnit de nouveau les chantiers, en commenç? nt par l’arrière, pour passer dans le patin une coulisse dont la partie supérieure, en contact avec le pflin, est suiffée avec soin.
- Deux câbles passent dans les ècubiers1 de l’avant et sont amarrés solidement sur des ancres empennées, enfouies à l’avant de la cale du navire pour l’empêcher d’aller plus loin que le chemin qu’il doit parcourir. Ces câbles sont, en outre, garnis, de place en place, de bouts de filin rattachant les câbles au bâtiment et destinés à casser au fur et à mesure que le bâtiment descend : c’est ce qu’on appelle bosse cassante. On place, en outre, deux autres câbles plus faibles que les précédents et qui servent à conduire le bâtiment dans l’espace qu’il a à parcourir, à guider sa course, en un mot.
- Lorsque la distance à parcourir est restreinte, on prend le parti de placer à l’arrière du bâtiment (partie qui descend la première dans l’eau) un grand panneau en planches, vulgairement appelé masque, qui sert à diminuer, très-efficacement, la vitesse.
- Une drome, ou réunion de plusieurs pièces de mâture ligaturées, est placée dans la direction que doit parcourir le bâtiment, à plusieurs mètres du quai. Elle a pour but d’arrêter le navire, tout en laissant à la drome la liberté d’un certain parcours afin d’amoindrir le choc.
- Le ber, sur lequel doit porter lebâtiment, une fois les accores enlevées, est toujours disposé de la façon habituelle, mais les coûtes ou les deux longues poutres placées de chaque côté de la quille et des-
- 1 Les ècubiers sont les trous à l’avant et à l’arrière du bâtiment, par lesquels passent les câbles destinés à retenir le bâtimettl âii rjiiât bit â sblitëllil’ les Ühfcttîfe.
- tinées à servir de glissières au bâtiment sur son ber, sont, contrairement à ce qui se passait jusqu’ici, du moins pour les bâtiments de cette dimension, fortement chevillées aux œuvres vives, de sorte qu’elles n’ont pu être enlevées qu’après le passage au bassin de radoub. C’est un bassin fermé par un bateau-porte dans lequel on a ménagé des vannes. Lorsque la mer est pleine, ou plutôt, à haute mer, on dérange ce bateau ; le bassin se remplit d’eau et on y fait entrer le bâtiment dont la coque demande des réparations. On replace le bateau-porte, puis, au moyen de pompes à vapeur on vide le bassin de radoub. Le bâtiment se trouve à sec et on peut travailler aux réparations.
- Les détails qui précédent ne s’appliquent qu’au lancement en général ; et, disons-le, généralement aussi ces opérations suffisent. Quand un bâtiment abandonné à lui-même ne glisse pas, entraîné par son propre poids, c’est l’exception, et l’ingénieur qui dirige les opérations ne peut être mis en cause. Quelques jours de pluie, après une longue sécheresse, suffisent pour gonfler les pièces de bois qui forment le patin et mettre obstacle complet au glissement.
- Tel fut le cas de Y Annamite, lors de la première tentative de lancement qui eut lieu le 21 septembre dernier. Nous avons assisté à toutes les opérations et nous avons suivi toutes les tentatives faites pour ébranler cette énorme masse.
- C’est vraiment un spectacle grandiose. Des escouades d’ouvriers se sont partagé l’abatage des accores du bâtiment. Tant d’un côté, tant de l’autre. Les uns battent en brèche ces pièces de bois au moyen d’un bélier en fonte : les autres les renversent. Cette manœuvre se fait simultanément au moyen du sifflet.
- En équilibre sur son ber, Y Annamite doit partir si l’on sépare de la partie-avant du patin, fortement retenue à terre, celle qui porte le bâtiment et qui doit l’entraîner en glissant. Des ouvriers opèrent la section, mais Y Annamite ne fait pas le plus petit mouvement.
- C’est alors que l’on usa des grands moyens. On fit passer des coins entre le patin et les glissières : on fit agir deux immenses leviers que l’on avait préalablement installés ; rien n’y fit. Les heures s’écoulaient et la mer avait tellement baissé, qu’on dut remettre l’opération .et attendre la marée suivante.
- On mit à profit les quinze jours qui séparent une marée de celle qui la suit- pour visiter soigneusement les diverses pièces sur lesquelles reposait le bâtiment. Vers l’avant, et de chaque côté, furent placés trois leviers d’une douzaine de mètres de longueur et d’environ 50, 60 et 80 centimètres d’équarrissage au gros bout, et garnis, sur leurs faces, de plaques de fer de 15 à 48 millimètres d'épaisseur fixées par de fortes bandes également en fer.
- Le 5 octobre aii mâtin, à l’heure de lâ marée, les horfihies étaient âiix bartfes des cabestans, pi-êts â
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- mettre en jeu les énormes leviers. Cette fois, Y Annamite céda : à peine la section du patin est-elle opérée, qu’un craquement se fait entendre, et Y Annamite glisse majestueusement sur ses chantiers avec une vitesse modérée, à peu près uniforme pendant quelques secondes, et qui ne s’accroît sensiblement qu’au moment où l’avant du navire a cessé de porter sur la partie inférieure de la cale. Bientôt le batiment rencontre les deux dromes placées sur son chemin et destinées à ralentir ou à arrêter sa marche; enfin, en un mot, l’opération a eu un plein succès. E. Renët.
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- LA QUESTION DES TIGRES
- DANS LES INDES ANGLAISES.
- On a fait, en 1872, le compte des créatures humaines que les animaux féroces ont dévorées dans les Indes pendant les années 1868, 1869 et 1870. Ce chiffre s’élève à 58218 personnes. Sur ce nombre effrayant de victimes, on en compte 25 664 qui ont succombé à la morsure des serpents venimeux; les autres ont été presque toutes dévorées par les tigres. — 12 554 individus en trois ans, 4184 par par an.
- Dans certaines contrées de l’Inde, les tigres ont dépeuplé des villages entiers. Us enlèvent les hommes en plein jour sur les routes fréquentées. Là où s’élevaient des villages riches et populeux, on ne trouve plus que des ruines. Ailleurs, les cultures deviennent impossibles, et les habitants n’échappent, à ces animaux que pour mourir de misère et de faim. Partout où le tigre existe, il y a guerre à mort entre l’homme et lui.
- A Goa, on a élevé une croix sur le lieu où un officier portugais, chevauchant à la tête de ses hommes, fut saisi sous leurs yeux par un tigre et enlevé sans qu’on put rien tenter pour le sauver.
- D’après un mémoire lu par le capitaine Rogers à l’Association de la Science sociale, et qui ne contient que des renseignements puisés aux sources officielles, il paraît que, dans le Bengale inférieur, 13400 individus ont été tués en six ans par les bêtes féroces qui infestent le pays. On estime que, dans la Péninsule entière, il périt tous les ans 40000 individus de cette mort.
- En 1869, une tigresse, durant plusieurs semaines, a arrêté le trafic sur une route, et elle a fait 127 victimes.
- Dans le Naysunka, le même tigre, en 1867, 1868 et 1869, a tué 108 personnes. Il lui est arrivé de mettre à mort quatre ou cinq personnes dans la même attaque. Une fois, il enleva la vie au père, à la mère et à trois enfants. Enfin, dans la semaine qui précéda celle où il tomba sous les balles des chasseurs, il avait jeté bas sept victimes.
- Mais là ne se bornent pas les ravages des tigres, ils s’attaquent plus encore aux troupeaux, ei l’on es-
- time que pour chaque habitant dévoré, 60 têtes de bétail sont détruites. C’est une perte d’argent de 25 millions de francs par an. Il faut y ajouter l’abandon des cultures par les populations effrayées, qui fuient devant les attaques de ces fauves.
- Des districts entiers se dépeuplent aux approches du redoutable ennemi. Dans une des provinces du Centre, il a suffi d’une tigresse pour mettre en fuite les habitants de treize villages, laissant en friche un espace de 250 milles carrés, où la culture avait été introduite par eux.
- Lord E. a signalé ces faits à la Chambre des Lords, et a demandé au gouvernement anglais de prendre des mesures pour faire cesser ce carnage. Depuis la grande révolte des Cipayes, toute la population a été désarmée : les tigres ont redoublé d’audace, et leur nombre s’est accru considérablement. En outre, les malheureux cultivateurs ne sont protégés contre eux que d’une manière tout à fait insuffisante.
- Il existe, dans les localités où les tigres abondent , une corporation de chasseurs, soldée par le gouvernement, et dont les membres reçoivent, pour la tête de l’animal, une prime d’autant plus élevée qu’il a causé plus de dommages. Mais ces défenseurs soldés attendent, avant de tuer la bête, qu’elle ait acquis une célébrité assez grande pour que l’autorité paye sa mort par un don de 500 roupies.
- Le duc d’Argyll, au nom du gouvernement, a promis de s’occuper de cette question, et le Times, en racontant ces horreurs, termine par cette phrase :
- « Il est affreux de songer qu’au milieu du dix-neuvième siècle, avec tous les engins perfectionnés que l’homme a inventés pour détruire son semblable, un nombre considérable de sujets de Sa Majesté sont exposés, comme si c'était une des formes naturelles de la mort, à être dévorés sur le seuil de leur porte par des animaux sauvages. »
- La chasse au tigre est de toutes les chasses la plus périlleuse. C’est celle qui réclame le plus grand nombre d’hommes armés. Cinq à six éléphants portent les chasseurs, munis de carabines de gros calibre, chargés de balles à pointes d’acier; sans compter une escorte de cent à cent cinquante fantassins. Si le tigre, dès la première décharge, n’est pas atteint à la tête ou au cœur, il s’élance d’un bond sur l’un des éléphants, lui lacère la trompe d’un coup de ses griffes terribles. La position des chasseurs devient alors très-critique, et souvent en peu d’instants plusieurs hommes tombent mortellement frappés.
- Il suffit de dire que ce redoutable animal éventre un buffle d’un seul coup ; on a constaté qu’il ne se sert pas toujours de ses dents pour abattre sa proie, il la terrasse souvent d’un coup de patte, comme on userait d’une massue.
- On a vu des chasseurs, terrassés par des lions, se débattre sous leur terrible étreinte, et en sortir vivants avec qüelqüés côtés brisées et un bras du une jambe de rhoins. D’aütres ont eu les ds broyés par la
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- trompe d’un éléphant furieux, les premiers comme les seconds ont quelquefois échappé à la mort; mais il est presque sans exemple qu’un homme soit jamais sorti vivant des griffes du tigre, si ce n’est pour succomber peu d’instants après à ses horribles blessures.
- Ceux qui ont observé le tigre ne le taxeront jamais de lâcheté, bien au contraire, ils affirment que nul animal n’attaque avec plus de hardiesse, et ne meurt avec plus de courage. Il est rare que le tigre, criblé de balles, ne fasse avant d’expirer une ou plusieurs victimes. A. Guichon.
- LE PLUS HAUT MONUMENT DU MONDE
- La Nature a parlé autrefois (2e année, 1874, 1er semestre, p. 241) d’une tour de mille pieds de haut dont la construction était projetée à Philadelphie; cette idée était tout à fait dans le goût des Américains, qui tiennent en toute chose à avoir « le plus grand qui existe », le plus long pont, le plus profond puits artésien et ainsi de suite ; cependant la disgracieuse tour de Philadelphie est restée à l’état de projet et c’est actuellement la France qui de nouveau possède « le plus haut monument du monde ».
- Chose singulière et peu connue, il a existé autrefois des édifices notablement plus élevés que ceux qui restent aujourd’hui. Le plus haut qui ait encore été construit est l’ancienne flèche de Saint-Paul de Londres, bâtie en 1221, sous Henri III d’Angleterre et incendiée en 1561 ; elle s’élevait à 165 mètres au-dessus du sol, à peu près au double de la hauteur du Panthéon de Paris, ou â près de quatre fois celle de la colonne de la place Vendôme.
- Immédiatement après ce clocher, remplacé actuellement par le dôme imité de Saint-Pierre de Rome, on doit ranger par ordre de taille le phare d’Alexandrie, construit vers 283 avant Père vulgaire, sous Ptolémée Philadelphe, par Sostrate de Cnide, et qui existait encore au douzième siècle; sa hauteur était de 96 brasses ou 100 statures d’hommes de trois coudées chacune, c’est-à-dire environ 160 mètres ; il surpassait donc d’une quinzaine de mètres la grande pyramide sa voisine.
- Le troisième édifice, par ordre de taille, fut le clocher de Beauvais, construit sous Henri II par Jean Vast et qui s’écroula en 1573; il n’avait pas moins de 153 mètres.
- C’est ici que doit s’intercaler l’édifice qui vient d’être achevé, la flèche de fonte de la cathédrale de Rouen, dont les plans ont été dressés dès 1822 par M. Alavoine; les travaux entrepris, en 1829 furent interrompus par la révolution de 1848; ils ont été repris cette année après un abandon de vingt-six ans et terminés en une seule campagne. La hauteur de la nouvelle flèche métallique est de 150 mètres.
- Viennent ensuite les flèches de Cologne, tout récemment achevées aussi, et qui s’élèvent à 147 m.
- Ce n’est qu’en sixème ligne que la grande py-
- ramide de Chéops se place pour sa hauteur primitive de 146 mètres, mais, sa pointe étant détruite, elle n’arrive avec sa hauteur actuelle de 138 mètres, qu’en huitième ligne, après la fameuse tour de Strasbourg, élevée sur les plans d’Erwin de Steinbach jusqu’à 142 mètres et une cheminée d’usine de Glasgow qui, rivalisant avec les monuments célèbres, dépasse quelque peu 138 mètres, hauteur à laquelle affleurent encore, avec la grande pyramide, la tour de Saint-Etienne à Vienne, en Autriche, et la croix de Saint-Pierre-de-Romel.
- Comme point de comparaison, rappelons, en finissant, que le plus haut monument de Paris, la flèche dorée des Invalides, ne s’élève pas à plus de 105 mètres au-dessus du sol. Charles Boissay.
- LA BOUÉE QUI SIFFLE
- On a considérablement amélioré dans ces derniers temps l’éclairage et le balisage des côtes, et au nombre des progrès accomplis dans cette voie il faut signaler tout d’abord certains appareils que l’on a placés à côté des phares et qui produisent des signaux au moyen du son. 11 reste, cependant, encore beaucoup à faire pour assurer, dans la limite du possible, la sécurité de la navigation dans le voisinage des terres par temps de brume. Les efforts tentés, chaque jour, pour obtenir ce résultat se révèlent par des inventions de genres différents, parmi lesquelles quelques-unes méritent d’être signalées, en raison de leur caractère pratique ou de leur originalité.
- La bouée dont nous donnons le dessin appartient à cette catégorie. Elle émane d’un Américain, M. Courtenay, de New-York. C’est une bouée qui siffle sans autre secours que le mécanisme qu’elle renferme. Elle a été expérimentée, et, dans les essais qui en ont été faits, elle a été entendue à 9 milles (de 1609 mètres) sous le vent, à 5 milles au vent, et à 6 milles vent de travers, soit dans un rayon de 3 milles 3/4 environ.
- On avait déjà des instruments analogues : deux bouées, l’une surmontée d’une cloche, que le mouvement des vagues agitait, l’autre pourvue d’un sifflet que mettait en jeu l’air chassé par l’agitation de l’eau. Malheureusement, par calme, ces systèmes étaient complètement inefficaces et, avec une brume épaisse, le navigateur se trouvait réduit à naviguer à la sonde.
- L’invention de M. Courtenay est basée sur l’application des lois de la pesanteur à celles qui régissent le mouvement des vagues. Celles-ci sont de deux espèces : les vagues de translation et les vagues d’oscillation. Les vagues ordinaires sont oscillatoires,
- 1 Nous avons trouvé quelques-uns de ces chiffres curieux, disséminés dans les excellents Guides de la maison Hachette : Londres, par Élisée Reclus, la France du Nord et l'Allemagne du Nord, par M. .Toanne.
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- mais elles deviennent des vagues de translation quand elles pénètrent dans des eaux peu profondes, et elles affectent la forme cycloïdale. Le mouvement de L eau est une fluctuation alternative partant d’un point et revenant vers ce même point ; au sommet de la vague, le mouvement des particules a lieu dans la direction de la vague, dans le creux au contraire le mouvement est à l’opposé. Le mouvement est plus grand à la crête qu'au fond du creux. A mi-hauteur, il n’y a pas de mouvement.
- Il est prouvé que la profondeur à laquelle l’eau est encore agitée est à peu près égale à la hauteur de la vague mesurée du creux à la crête : par conséquent, une vague ayant 3 mètres de hauteur et 9 à 10 mètres de long agitera l’eau seulement jusqu’à environ 3 mètres de la surface ; à une profondeur égale à la longueur de la vague il reste pourtant encore une légère agitation que l’on peut évaluer à ~ de celle de la surface. Pratiquement l’évaluation que nous avons donnée suffit.
- D’après ce qui précède on comprendra facilement qu’un cylindre creux étant immergé jusqu’à une profondeur plus grande que la hauteur des vagues dans une eau agitée, l’eau qui y pénétrera n’atteindra pas le niveau des vagues, mais seulement le niveau moyen qui est à mi-hauteur. Par suite, alors que les plus lourdes lames déferleront autour du cylindre, la surface du liquide, à l’intérieur, ne changera pas , malgré l’élévation ou la dépression des eaux environnantes, le cylindre creux s’enfonçant dans l’eau à une profondeur excédant la hauteur de la lame.
- Considérant ce cylindre comme immobile, le niveau du liquide se maintiendra constant en B, et la partie inférieure restera en pleine eau ; les vagues ne produiront aucun effet sur la colonne d’eau enfermée. Si, maintenant, l’on suppose le cylindre fixé à la partie inférieure d’un flotteur C, lequel reste à la surface s’élevant et s’abaissant à chaque ondulation, on aura une colonne immobile entourée d’une enveloppe mobile, en d’autres termes, un cylindre mobile et un piston fixe, au moyen duquel l’air sera comprimé en raison de la force des vagues.
- On remarquera que le tube A monte jusqu’au sommet de la bouée où un puissant sifflet se trouve placé. Entre le diaphragme D et la plaque fermant le cylindre au sommet de la bouée, s’étendent deux tubes E. E., ouverts dans le haut, et portant, en bas, des soupapes évasées. Un tube central, F, part du diaphragme et se termine au sifflet.
- Supposons que l’appareil soit porté de la position où le diaphragme D est juste au-dessus du niveau moyen, comme dans la figure, au sommet de la vague, l’espace compris entre le niveau constant B et le diaphragme augmentera considérablement, et l’air sera chassé dans les tubes E, de manière à les remplir. Que l’instrument descende maintenant dans le creux de la vague, le diaphragme pressera naturellement le piston d’eau, et l’air comprimé, ne pouvant s’échapper des tubes E, sera chassé à travers le tube central F, et mettra ainsi en jeu le sifflet.
- Il est clair que toute modification dans la surface de l’eau produira un pareil effet , une houle allongée aussi bien qu’une lame courte ; mais on comprend que, plus creuse sera la lame, plus long sera le son. Ainsi, par exemple, avec des lames de 8 pieds anglais de profondeur déferlant au nombre de 8 par minute, on aura des sons en quantité égale. Avec des vagues de 20 pieds au nombre de 4 par minute, on obtiendra 4 sons. S’il se produit quelques différences dans les intervalles, la force du coup de sifflet sera la même dans tous les cas, car elle dépend uniquement du poids de la bouée et de la longueur du tube.
- Nous avons ainsi, en résumé, les moyens de déterminer mathématiquement les dimensions et les proportions de l’instrument destiné à produire un effet déterminé. D’un autre côté, la résistance présentée par le piston d’eau égale la pression d’une colonne d’eau de profondeur semblable. Connaissant la pression nécessaire par centimètre carré pour mettre en jeu le sifflet, on mettra en rapport la longueur du tube. Pour comprimer l’air, on a le poids total de l’appareil appliqué à la surface du diaphragme. La présence de l’eau dans le tube est la
- La bouée qui siffle.
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- preuve de la pression exercée, car si la force expansive de l’air excédait la résistance de la colonne, l’eau serait naturellement chassée par le fond. Ayant donc fixé cette pression désirée, un simple calcul fondé, comme nous le disions tout à l’heure, sur les lois de la pesanteur spécifique suffira pour établir le poids et les proportions de l’appareil.
- Ajoutons que cette bouée est fixée au moyen d’une chaîne à nue ancre convenable, et que le gouvernail G empêche la bouée de tourbillonner et la chaîne de s’enrouler. Son inventeur pense qu’on pourra l’employer partout où il y aura des ondulations atteignant 0ra,30, dans les rivières aussi bien qu’à la mer. Dans les parages dangereux, il propose de se servir de bouées ayant chacune un sifflet d’un diapason différent, ce qui permettrait au navigateur de déterminer sa position aussi exactement qu’avec des phares d’apparences diverses. L. Renaud.
- CHRONIQUE
- te spiritisme en Angleterre. - M. Lankeslcr, professeur de zoologie à l’université de Londres, indigné de voir que les théories des médiums étaient scientifiquement discutées à l’Association britannique, résolut de prendre en flagrant délit un des prestidigitateurs qui était parvenu à surprendre la bonne foi de quelques savants. Il avisa un certain Hâter, dont l’industrie consiste à faire écrire, par les esprits qu’il invoque, la réponse aux questions qui lui sont adressées. Les esprits tracent leur missive sous une table contre laquelle le médium tient l’ardoise collée. Le crayon se trouve enfermé entre la table et le cadre de l’ardoise, de sorte qu’aucune puissance humaine ne saurait s’en servir. M. Lan-kester acquit bientôt la certitude que Hâter écrivait rapidement la réponse au moment même où il passait l’ardoise sous la table, en ayant soin de distraire l’attention des assistants. Le lendemain le professeur revint accompagné deM. Horatio Donkin, médecin à l’hôpital de Westminster, qu’il présenta comme un ami incrédule dont il voulait opérer la conversion. Mais, sans attendre cette fois l’invocation, M. Lankester passa la main sous la table et s'empara de l’ardoise, sur laquelle la réponse était déjà tracée.
- Sur la scintillation des étoiles. — M. Montigny a présenté à l’Académie royale de Bruxelles la suite de ses recherches sur la scintillation des étoiles. Dans ce travail, il a étudié non-seulement le nombre de bandes des spectres stellaires, mais encore leur développement et surtout l’obscurité des lignes et zones qui les caractérisent. Utilisant les observations du P. Secchi, il croit pouvoir indiquer avec une grande précision la connexion qui existe entre la fréquence des scintillations et les caractères des spectres, en tenant spécialement compte des quatre types proposés par le P. Secchi. La comparaison de ses propres remarques avec celles du savant italien lui fait conclure que les étoiles qui ont été choisies comme montrant des spectres typiques sont aussi celles qui ont les scintillations les plus fréquentes. Les étoiles typiques de la 48 classe de spectres sont celles dont la scintillation est la plus faible. Les étoiles de lr0 classe, qui scintillent moins que les étoiles typiques, se distinguent en général par un moins grand nombre de lignes
- spectrales. Ses conclusions ont, dit-il, été confirmées postérieurement par les observations de MM. Huggins et Miller. (Bulletin de l'Académie royale de Belgique.)
- Ifatmosplière solaire. - M. Zôllncr a publié en détail ses théories relatives à la nature des taches solaires et il a basé son argumentation principalement sur les lois annoncées par M. Kirchoff, dans ses études du spectre solaire. Il montre d’abord que, si les couches inférieures de l’atmosphère solaire rayonnent autant qu’elles absorbent, il sera difficile de découvrir des nuages dans l’atmosphère, en admettant qu’il y ait une différence d’éclat entre eux et l’atmosphère avoisinante; il établit ensuite qu’il ne suffit pas de conjecturer l’existence de nuages, qu’il faut encore trouver une explication plausible de leur existence prolongée pendant des semaines et des mois. Dans son analyse, il cherche à démontrer qu’un refroidissement local ne peut être expliqué par une simple déperdition de calorique et que des courants impétueux de gaz froids qui montent ou descendent ne peuvent être produits par cette cause. L’influence de la radiation restant ainsi la seule explication, il établit une analogie entre les taches du soleil et la formation de la rosée sur la terre, et, cherchant les circonstances où la radiation, à la surface de la terre, est localisée le plus longtemps, il trouve que cette radiation opère avec le plus de liberté quand le corps est solide; il conclut donc que les taches solaires sont d’une nature solide. (Poggendorff Annalen.)
- I.cs Hæmonia. — Quelques-uns de nos lecteurs nous ont demandé des renseignements complémentaires sur ces curieux insectes, que nous avons décrits précédemment (p. 251). Nous ne saurions mieux faire que de les renvoyer à un article du Dictionnaire d'histoire naturelle, de d’Orbigny (2e édition, 1868, tome VII, p. 6), et à un travail plus complet publié par M. Leprieur, en 1870 : Notes sur le genre Hœmonia et spécialement sur l'espèce qu'on trouve dans les eaux de la Moselle. (Bulletin de la Société d'histoire naturelle .de Colmar, 10e année, 1869), travail dans lequel nous avons puisé d’intéressantes observations. P. Montillot.
- Cari Jelinek. — Nous avons le regret d’annoncer la mort du docteur Cari Jelinek, directeur de l’Institut météorologique de Vienne, conseiller royal, professeur à l’Université de Vienne, chevalier de l’ordre de la Croix de fer, de l’ordre de Sainte-Anne et de Medjidjié, membre de l’Académie des Sciences, secrétaire de la Société météorologique d’Autriche, membre honoraire de la Société météorologique d’Angleterre, etc., décédé à Vienne, le 19 octobre 1876, après une longue maladie. La science météorologique perd en lui un de ses représentants les plus éminents. La part active qu’il avait prise aux délibérations du Congrès météorologique international de Vienne, le soin avec lequel il dirigeait une des plus importantes Revues météorologiques de l’étranger, les travaux personnels qu’il avait faits, lui avaient acquis une juste autorité. Sa mort laisse une place vacante dans le Comité météorologique international permanent, composé des plus éminents * météorologistes de tous les pays.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Phylloxéra, procédés de destruction, avec gravures
- et cartes; 2rae édition, augmentée des plus récentes découvertes, par M. Maurice Girard. —- Paris, Hachette et C% 1876.
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- LA NATURE.
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- En 1874, le journal la Nature a annoncé la première édition du petit ouvrage populaire de M. Maurice Girard, destiné à vulgariser dans nos campagnes des notions malheureusement trop utiles sur l’implacable et tenace ennemi des vignobles de toute l’Europe.
- Depuis cette époque la connaissance complète du cycle de l’évolution phylloxérienne a été acquise ; la seconde édition fait connaître l’insecte agame ailé, ses essaimages, sa nourriture sur les bourgeons et les feuilles des vignes, enfin les œufs des deux sexes qu’il produit. De ceux-ci sortent les sexués aptères, renouvelant la race par l’accouplement et pondant l’œuf d’hiver, toujours sur le cep. (M. Balbiani). Enfin l’ouvrage indique la descendance aptère née de cet œuf. Les insectes agames et de fécondité décroissante ainsi reproduits au printemps se portent, les uns sur les feuilles, pour y former des galles, qui disparaissent peu à peu à mesure que la feuille devient plus dure et plus résistante (M. Boiteau), les autres sur les racines, aliment toujours tendre et propice, de manière à régénérer les multitudes d’aptères souterrains qui sont la forme la plus connue et la plus redoutable de l’espèce polymorphe Phylloxéra vastatrix (Planchon).
- Nous devons faire remarquer que le Phylloxéra sera bientôt une actualité parisienne, car son existence est constatée à Blois et à Orléans.
- La civilisation primitive, par M. E. B. Tylor, traduit de l’anglais par M"e P. Brunet, tome Ier. — 1 vol, in-8°. — Paris, G. Reinwald etCia, 1876.
- Le premier volume de cet important ouvrage vient de paraître en français à la librairie de C. Reinwald. La grande variété et l’importance de son contenu : philosophie, linguistique, mythologie, animisme, etc., ont rendu nécessaire un travail minutieux et le concours de savants spéciaux. Ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’origine et du développement de la civilisation trouveront dans cet .ouvrage une riche mine de faits et d’observations. Ces faits, toujours accompagnés de l’indication des sources, jettent une vive lumière sur beaucoup de points ignorés ou mal interprétés jusqu’ici. Le second volume de ce trésor d’érudition est sous presse et paraîtra incessamment.
- Manuel du magnanier, par Léopold Roman. — 1 vol. in-18 avec planches et gravures. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Grâce aux remarquables travaux de M. Pasteur, l’industrie séricicole tend à reprendre son importance. Au découragement des éducateurs, qui, depuis plus de vingt-cinq ans, voyaient leurs récoltes tour à tour anéanties par des maladies inconnues succède enfin la confiance en l’avenir. 11 est même certain que le jour où les magna-niers sauront abandonner les errements de la routine et entrer franchement dans la voie du progrès tracée par M. Pasteur, que le jour où ils feront eux-mêmes leurs graines comme autrefois, sans avoir recours à des marchands trop souvent sans loyauté, que ce jour-là, disons-nous, s’ouvrira pour la sériciculture une ère nouvelle qui lui rendra son ancienne prospérité. L’auteur du Manuel du Magnanier, instruit par de longues et pénibles expériences, a pensé qu’il rendrait un véritable service aux sériciculteurs en décrivant aussi simplement que possible les nouveaux procédés, et en mettant à la portée de toutes les intelligences la méthode simple et économique qui doit être appliquée.
- Le chauffage par le gaz considéré dans ses diverses ap-
- plications : science, industrie et usages dotnestiques, suivi d'une notice sur les moteurs à gaz, avec 126 figures dans le texte, par Gustave Germinet. — 1 vol. in-18 avec 126 figures dans le texte. — Paris, Eugène Lacroix.
- Recherches sur les phénomènes de la digestion et sur la structure de Vappareil digestif chez les Myriapodes de Belgique, par Félix Plateau. —- 1 brochure in-4° avec planches hors texte. —Bruxelles, 1876.
- Note sur les phénomènes de la digestion chez là Blatte américaine, par Félix Plateau. — 1 brochure 111-8°. Bruxelles, 1876.
- Almanach de la richesse, 1877. — 1 brochure in-12. — Paris, Bibliothèque de la réforme économique, 1876.
- H congresso scientifico di Clermont-Ferrand, par Dome-nico Ragona. —Modena, 1876.
- Classification de 250 fécules, par M. Bernardin. 1 broch-in-8°. —Gand, 1876.
- Aérage et assainissement des grandes villes, par C. Bosc. 1 broch. in-8°. — Paris, Veuve A. Morel et Cie, 1876.
- Les Alpes. Histoire et souvenirs, par Xavier Roux. — 1 vol. in-18. — Balteuweck, 1876.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 octobre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- L'Intra-mercuriel. — On se rappelle la manière si élégante dont M. Le Verrier appréciait la valeur des formules qui permettent de calculer l’orbite de Vulcain : il supposait Mercure inconnu, et de trois observations de cette planète il déduisait avec sa formule un quatrième passage. Par hasard, il avait choisi l’époque d’un passage signalé par M. Ilind et c’est ce passage qui démontrait l’excellence des calculs de notre compatriote,
- Or, voici qu’aujourd’hui ce même M. Hind, comme pour rendre à M. Le Verrier sa politesse, écrit que les formules donnent avec une exactitude absolue l’époque d’un passage annoncé le 19 octobre 1819 par Stark. Ce dernier astronome avait précisé la position du point noir sur le Soleil, disant qu’il se trouvait par 14 minutes du centre au sud et par 4 minutes à l’est ; cette position est rigoureusement celle exigée par la formule de M. Le Verrier. Aussi, le directeur de l’Observatoire va-t-il aujourd’hui jusqu’à dire qu’il commence à croire que la fameuse planète va être enfin découverte et cela sans lunette, les yeux fermés, par la seule force du calcul.
- Éclairage électrique. — Combien de fois a-t-on dit que l’électricité ne serait jamais appliquée d’une manière courante à l’éclairage de nos rues et que le bec de gaz n’avait rien à craindre de sa concurrence. Que faire, en effet, d’une lumière qui vous éblouit dès qu’elle existe et qu’on ne pourrait utiliser qu’en la plaçant très-haut pour l’affaiblir beaucoup et par conséquent en en perdant une fraction énorme : car on ne pouvait la diviser ; c’est ce qui était évident.
- Pendant ce temps, un physicien russe, ancien officier du génie dans ce pays, M. Jabloskoff (sauf orthographe)
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- poursuivait ses expériences, qui l’amènent à montrer la possibilité de diviser un même courant électrique entre plusieurs becs disposés à des distances réciproques plus ou moins grandes. Il augmente en même temps la quantité de lumière produite. Enfin, contre toute attente, il supprime les régulateurs, appareils des plus ingénieux, mais très-coûteux et faciles à déranger.
- Et ce qu'il y a peut-être de plus merveilleux dans tout cela c’est la simplicité du procédé par lequel tous ces beaux résultats sont obtenus. Tout le monde connaît le dispositif des lampes électriques : Ce sont deux crayons de charbon placés verticalement l’un au-dessus de l’autre et entre lesquels jaillit l’étincelle, pourvu que la distance qui les sépare soit convenable ; avec notre savant russe, rien de pareil. Les deux crayons sont placés parallèlement l’un à l’autre empâtés dans un cylindre d’une substance isolatrice. C’est comme une chandelle d’un nouveau genre, à l’extrémité inférieure de laquelle sortent les deux bouts de charbon, à une distance relative telle que l’étincelle jaillit entre eux. A mesure que ces charbons se raccourcissent par combustion, la matière isolatrice entre en fusion et se volatilise, et les choses restant exactement dans le même état, font que le cylindre n’est pas entièrement brûlé.
- Place-t-on plusieurs de ces bougies sur le circuit électrique, il en résulte autant de foyers lumineux, et leur lumière est augmentée par les substances solides entraînées dans la flamme par la volatilisation de la matière isolante elle-même.
- On peut prédire un grand avenir à cette invention, qui vient à point à une époque où la diminution de la houille contenue dans le sol préoccupe tout le monde.
- Magnétisme. — D’après MM. le commandant Trêves et Durassier la distribution du magnétisme dans un aimant est fortement influencée par la teneur de l’acier en carbone. En comparant des aimants contenant 1, 1/2 ou 1/4 p. 100 de carbone, on reconnaît que, moins il y a de ce métalloïde, plus la distribution est uniforme dans tout le barreau. La carburation a pour effet de concentrer le magnétisme vers les pôles.
- Enchaînement de la transmission et de la transformation du mouvement dans les milieux divers. — C’est sous ce titre, peut-être un peu long, que M. J. Rambosson expose ses idées sur le rôle des transformations de force, reconnues en physiques, dans le domaine physiologique et dans le domaine psychique. Voici, dit l’auteur, comme ce principe nous parait être formulé :
- « Un mouvement purement physique peut se transformer en mouvement physiologique et en mouvement psychique, en se transmettant à ces divers milieux ; et réciproquement, un mouvement psychique peut se transformer en mouvement physiologique et en mouvement physique, en passant d’un milieu à un autre. »
- Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- PHÉNOMÈNE LUMINEUX OBSERVÉ LES 12 ET 15 JUILLET 1876.
- Chartres, septembre 1876.
- Monsieur,
- L’article que M. A. Guillemin a publié sur une colonne verticale de lumière, dans votre numéro du 12 août 1876
- (p. 167), m’a déterminé à vous adresser la description d’un phénomène analogue dont j’ai été le témoin les 12 et 13 juillet de cette année.
- Le soleil venait de se coucher, j’étais assis sur le penchant d’un coteau : au-dessus de l’endroit où le soleil avait disparu on distinguait parfaitement trois colonnes de lumière orangée, qui s’élevaient au-dessus de l’horizon.
- Je me retournai pour suivre leurs traces dans le ciel, au zénith elles étaient peu apparentes, mais à l’est elles étaient au moins aussi intenses qu’à l’occident, elles avaient un mouvement du nord au sud, et, à mesure que chacune de ces colonnes venait passer au zénith, elle devenait plus brillante ; en descendant vers le sud, elle perdait son éclat. Ces colonnes de lumière ont toujours conservé le
- Colonnes de lumière observées au coucher du soleil, le 12 juillet 1876. (D’après un croquis de M. de Mély, pris au château de Mesnil-Germain (Calvados).
- même axe et la même largeur, pendant une demi-heure environ, du 11 au 12. Le lendemain 13, le phénomène se reproduisit ; il avait assez fortement gelé pour que, non-seulement la terre fût blanche, mais les flaques d’eau avaient une mince pellicule de glace. A huit heures du matin, j’ai vu cette forte gelée blanche si extraordinaire pour la saison, et les ouvriers que j’employais, qui demeurent le long de la rivière, m’ont dit, en arrivant, que les flaques d’eau étaient frisées de glace. Je demeure, il est vrai, dans le fond d’une vallée, mais jamais, ni les fermiers ni les habitants du pays n’avaient constaté semblable fait au mois de juillet. Du reste, les massifs de fleurs ont beaucoup souffert, et les géraniums notamment, dans la journée, avaient triste mine. Je vous envoie un dessin très-précis du phénomène que j’ai observé.
- Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.
- F. de Mély.
- Château de Mesnil-Germain, par Fervacques (Calvados).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Pans.
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- N® 18 U.
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- LES COURS PUBLIAS ET GRATUITS
- DU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS.
- Le Conservatoire des Arts et Métiers vient de rouvrir les portes de scs amphithéâtres aux nombreux
- auditeurs qui suivent chaque année les cours de ce bel établissement national (lundi 6 novembre). La Nature, qui a toujours su rendre un juste hommage aux institutions scientifiques de l’étranger, ne doit pas oublier celles qui sont une des gloires de la France, et que notre indifférence nous conduit par-
- cours publics au Conservatoire des Arts et Métiers. Vue des gradins inférieurs du grand amphithéâtre.
- fois à ne pas apprécier à leur juste valeur. Nos voisins d’outre-Manche ont si bien compris l’importance du Conservatoire des Arts et Métiers, qu’ils 4® année. — 2® semestre.
- ont voulu doter leur pays d’une installation semblable, et qu’ils viennent de le faire, en jetant les fondements du musée Kemington, dont nous avons
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- à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs1. Ce musée est devenu une institution de l’État qui a été dotée d’un budget de 2 millions de francs, sous le nom de Science and art Departement.
- 11 semble que Descartes ait été chez nous le premier qui aurait songé à organiser des cours publics pour les ouvriers. « Son plan consistait à faire bâtir de grandes salles pour chaque corps de métier; à annexer à chacune de ces salles un cabinet où se trouveraient rassemblés les instruments mécaniques nécessaires ou utiles aux arts qu’on devait y enseigner, et attacher à chacun de ces cabinets un pro-lesseur habile, capable de répondre à toutes les questions des artisans, et qui pût les mettre à même de se rendre raison des procédés qu’ils étaient appelés journellement à mettre en pratique. Ce plan resta à l’état de projet, et plus d’un siècle s’écoula entre sa conception et la première tentative faite pour le réaliser2. » •
- Vaucanson, en mourant, en 1782, légua au Gouvernement une collection qui allait deviner en quelque sorte le germe de la fondation du Conservatoire des Arts et Métiers. Elle comprenait des machines, des instruments, des appareils et des outils destinés à la classe ouvrière, et était ouverte au public. Cette belle collection fut installée dans l’hôtel Mor-tagne, et elle s’accrut jusqu’en 1792 de plus de 500 machines nouvelles. Enfin la Convention nationale, sous l’instigation des comités d’instruction publique et d’agriculture, publia, le 19 vendémiaire de l’an III un décret qui portait « qu’il serait formé à Paris, sous le nom de Conservatoire des arts et métiers, un dépôt public de machines, modèles, outils, dessins, descriptions et livres de tous les genres d’arts et métiers, dont la construction et l’emploi seraient expliqués par trois démonstrateurs attachés à rétablissement. » Un dessinateur leur était adjoint. Le comité d’agriculture et des arts était chargé de se concerter avec celui des finances pour le choix du local où devait être placé le Conservatoire des Arts et Métiers.
- Ce ne fut que le 12 germinal an VII que les bâtiments du prieuré de Saint-Martin-des-Champs furent affectés à l’installation du nouveau Conservatoire. Après des fortunes diverses, l’établissement ne tarda pas à s’accroître et à prospérer sans cesse. Outre ses collections de modèles, le Conservatoire met à la disposition du public sa bibliothèque de 25 000 volumes, sa galerie du Portefeuille et ses archives : par ses cours publics, il se présente comme un des établissements les plus utiles de notre pays3.
- Notre gravure représente le grand amphithéâtre qui chaque soir est littéralement rempli d’auditeurs, appartenant pour la plupart à la classe laborieuse et intelligente des travailleurs de Paris, qui s’intéressent si vivement aux progrès de la science.
- 1 Voy. p. 74^ 79, 256 et 244 du présent volume.
- 4 P. Iluguet. Notice historique sur le Conservatoire des Arts et Métiers.
- 5 Le haut enseignement du Conservatoire comprend qua-
- LE CONGRÈS MYC0L0GIQUE
- Le Congrès myeologique organisé par la Société botanique de France, vient de terminer sa session. C’est la première fois dans notre pays qu’une réunion officielle est tenue, uniquement pour l’élude des champignons. On sait qu’en Angleterre, depuis plusieurs années, une Société de mycologues est instituée et qu’elle compte un nombre considérable de membres tant savants qu’amateurs, llabi--tuellement, aux questions scientifiques traitées, s’ajoutent des expériences gastronomiques fort goûtées de l’autre côté du détroit. Les séances se terminent invariablement par des festins dont les champignons de toutes sortes, mais reconnus inoffensifs cependant, font les principaux frais. Ces réunions, tout en profitant à la science, ont pour résultat pratique une utile vulgarisation de ia connaissance des champignons.
- Il parait qu’il y a beaucoup plus de bons champignons qu’on ne le suppose. Quand on aura fait entrer dans les mœurs cette nouvelle branche de connaissances, on tirera un profit plus utile de végétaux qui, d’ordinaire, sont considérés, même par les gens du monde, comme le rebut de la végétation. Dans le nord de l’Europe et principalement en Russie, on mange presque indistinctement tous les champignons après une simple préparation.
- Les organisateurs du nouveau Congrès ont été agréablement surpris, et l’écho le plus empressé a répondu à leur appel. Le nombre des exposants était considérable pour un début, et fait bien augurer de l’avenir, Auprès de champignons arrivés de tous les points.de la France étaient exposées de très-belles collections d’aquarellês, dont quelques-unes étaient vraiment remarquables, et excitaient vivement l’attention.
- torze chaires, dont voici les désignations avec les noms des titulaires et les jours et heures des cours en 1876-1877 :
- COURS. PROFESSEURS. JOURS ET HEURES
- Géométrie ippü-jCüloil( l Ll„ss„„. . I i"*».
- quee aux arts. . | ( y,OU son.
- Géométrie descrip-j r . j Lundis, jeudis,
- Uve............... r LA GOTRÎiEIUE- i 8h,45 soir.
- Mécanique appli-(t,,,,,.,,, (Mardis, vendredis,
- quée aux arts, .j ....................( 7h,30 soir.
- (É,nil«). .
- Phynque <W«?»<*ejBEC,„E„L (Edmond)!’1"®*' 5,"Kdis’ aux arts. . . .( I o ,40 soir.
- , . Lundis, jeudis,
- Chimie générale. . Péligot (Eugene). . j 91* soir.
- (Mardis, vendredis,
- Chimie industrielle Girard (Aune). . . j 8h,45 soir. Chimie appliquée à\
- la teinture, la cé-1 T l Lundis, jeudis,
- ramique et la ver- BE Lmms.............f 7»,50 soir.
- rerie............)
- Chimie agricole et )n j Mercredis, samedis,
- analyse chimique| 0DSalN(UULr‘ • * •{ 8h,45 soir.
- ' (Mardis, vendredis;
- Agriculture. , . . Mole. ..... .j 7k 30 soir.
- Travaux agricoles)^^ (Uervé)> . ^jMercredis sarnodis, et geme rural. . j ( y,ou son.
- l Lundis, jeudis,
- Filature et tissage -, Alcan............< 8h 45 soir
- Économie politique \
- et législation m->Sera ouvert ultérieurement. dustrielle. . . . )
- Économie indus-) (Mardis, vendredis,
- trieltc et stalisti-'J. Durât.........j 8h 45 soir.
- que .
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- L’ouverture de la session a été faite par M. Bureau, exprésident de la Société botanique qui, après une allocution de circonstance, a installé les membres désignés pour diriger les travaux du Congrès. M. de Seynes, professeur agrégé à la faculté de médecine, président; MM. le vicomte de Guernisac, Roze, docteur Quélet, docteur Richon et Boudier, vice-présidents; MM. Max. Cornu et Doassans, secrétaires. Le programme consistait en deux jours d’exposition dans une des salles de la Société d’Ilorticulture, 84, rue de Grenelle-Saint-Germain, trois séances du soir et trois explorations aux environs de Paris : l’une à Montmorency, l’autre à Chaville, et la troisième, à Fontainebleau, devait durer du jeudi 26, au dimanche 29.
- La première séance a donné lieu à une communication de M. Boudier, qui rappelle que les champignons, dits Coprins et Atramentaires, fournissent lors de leur décomposition, une encre indélébile, qu’il propose de faire employer pour la confection des actes et des billets de valeur. La teinte noire étant fournie principalement par les spores de ces champignons, une simple inspection au microscope des caractères tracés, décélérait la présence de ces petits organes, et mettrait ainsi à l’abri de la falsification des pièces en question. Une discussion générale s’engage sur la conservation des champignons, dont la difficulté d’étude réside dans la fugacité de ces végétaux. Parmi toutes les matières proposées, telles que benzine, pétrole, sulfure de carbone, etc., MM. Boutet et Chanel prétendent que l’acide salicylique très-étendu d’eau est ce qui convient le mieux. M. Lemoine est arrivé à un assez heureux résultat par une savante dessiccation, mais ce procédé ne remplit pas complètement le but. Les deux séances suivantes consistent en communications verbales et écrites, sur la valeur des caractères de certaines espèces, propositions d’espèces nouvelles et promesse de réduction du nombre des espèces décrites ! M. Cornu, rapporteur des excursions de Montmorency et de Chaville, annonce 280 espèces trouvées dans la première et 150 daftsla seconde.
- La question toujours posée est celle-ci : « Dites-nous quels sont les bons et les mauvais champignons » ? Cet argument à brûle-pourpoint d’un amateur lui vaut de la part du bureau la réplique que le Congrès est formé en vue d'arriver à ce but pratique par l’étude approfondie des espèces. M. le Dr Guerrapin déclare avoir fait depuis plusieurs années des expériences sur lui-même et sur un de ses amis ; il a consigné les symptômes de plusieurs empoisonnements dont il a été l’objet. On pourra, suivant lui, avant peu formuler qu’il y a un petit nombre d’espèces réellement comestibles, une majorité d’espèces inoffensives, mais médiocres, et un nombre réduit de vraiment vénéneuses.
- Une matinée fut consacrée à la visite des collections sèches et des modèles en cire du Muséum, puis les membres du Congrès se dirigèrent à Fontainebleau. Le résultat des trois jours d’herborisation a été des plus inattendu par la richesse de la moisson et la rareté de beaucoup d’espèces, J. P.
- LES REPTILES DE L’AMBRE
- Employé de toute antiquité comme objet d’ornement, l’ambre a donné lieu aux fables les plus diverses ; nombreuses sont, en effet, les opinions émises par les anciens auteurs sur son origine. Sylvetius, dans ses Pandectes, Weckerius, dans son traité spé-
- cial des antidotes, sont d’avis que l’ambre est formé de l’écume de la mer. Le même Sylvetius, Tichsta-dius et Fragosus pensent que cette substance pourrait être le produit d’une maladie du foie de certains poissons marins. L’ambre est excrété par différentes baleines, suivant Clausius; il provient de l’animal dans la tête duquel se trouve le spermaceti, d’après l’opinion de Jérôme Cardanus et de Scaliger ; telle est aussi l’avis de l’africain Léon. Nous lisons dans la traduction française de son ouvrage :
- « Pour venir maintenant à parler des poissons, Ambara en est un de grandeur et forme épouvantable; lequel ne se peut veoir si non quand il n’a plus de vie, pource que la mer le jette sur le rivage. 11 a la tête autant dure, comme si elle étoyt de pierre et s’en trouve d’aucuns, qui ont vingt et cinq toises en longueur, et d’autres davantage, tellement, que le nom de balene, ne luy conviendroit pas mal. Ceux qui habitent sur les rivages de l’Océan disent que ce poisson est celuy qui jette l’ambre gris L » Telle est aussi l’opinion de François Bacon. Pour Averroes et Césalpin l’ambre est une sorte de camphre ; pour Clausius et Théophraste c’est le fruit d’un arbre sous-marin, et pour Dioscoride le produit d’une sorte d’acacias. Selon d’autres auteurs, Adrien Toll, Cardanus, Georgius Agricol, Solenander, Bertinus, Gor-cias, Jean Hugo, Nicolas Monardes, Eusèbe, l’ambre est une espèce de bitume ; selon Césalpin et Johannes Monardus c’est unsuccin.
- Ces opinions diverses sont conciliables entre elles; on a confondu, en effet, jusqu’à ces derniers temps, sous le nom d’ambre des substances de nature diverse. Lorsque Jérôme Cardanus et Clausius préten-daient que l’ambre provenait de l’animal dans la tête duquel se trouve le spermaceti, ils étaient dans le vrai, s’ils faisaient allusion à l’ambre gris; ceux qui, comme Dioscoride, pensaient que l’ambre était la résine d’une sorte d’acacias, entendaient sans doute parler de la résine copal, qui provient d’Afrique, et dont l’origine nous est encore inconnue, quoique cette matière paraisse avoir été produite à l’époque quaternaire par un arbre qui aurait disparu; les naturalistes qui, avec Clausius et Théophraste croyaient que l’ambre avait été sécrété par des arbres sous-marins, se rapprochaient encore davantage de la vérité ; on sait effectivement, en effet, que l’ambre est le produit de conifères de l’époque tertiaire et que cette résine est en tous points comparable à celle qui découle aujourd’hui encore de certains de nos arbres2.
- Les auteurs latins étaient bien près de la vérité lorsque, constatant dans l’ambre la présence de corps organisés, ils en tiraient cette conclusion fort logique que l’ambre avait dû primitivement être liquide^ Deux vers bien connus de Martial nous montrent la
- 1 Historiale description de VAfrique, escrite de nôtre tèms par Jean Leon, African, premièrement en langue arabesque, puis en toscane, et à présent mise en françois. A Lyon, par Jean Temporal, 1556.
- 8 L’acide auccinique a été retrouvé dans la résine qui s’é coule des pins de la forêt de Fontainebleaui
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- fourmi du peuplier errant sous les endroits ombreux et engluée d’une mince pellicule par une goutte du succin :
- Dum phaëtontea formica vagatur in timbra Implicuit tenuem succina gulta sérum1.
- Martial nous dit que la vipère se glissa entre les rameaux, le succin coule en une cire qui lui barre le passage. Tandis qu’elle s’étonne, transie par le froid, elle est enveloppée. Ne t’en plains pas, ajoute-t-il, Gléopfitre dans son sépulcre royal, si la vipcreest ensevelie dans un plus noble tombeau :
- Flentibus steliadum ramis dum vipera serpit Fluxit in obstantem succina gemma seram.
- Quæ dum miratur pingui se rare teneri Concreto riguit vincta répété gela.
- Ne tibi regali placeas Cleopatra sepulchro Vipera si lumulo nobiliore jacet.
- Le naturaliste latin, Pline, mentionne dans l’ambre la présence de corps organisés; l’ambre, selon lui, a dû primitivement être liquide : Liquidum primo dis-tillare, argumento sunt quœdam intus translucen-
- tia, ut formicœ aut culices lacertœque, quas adliœ-risse musteo non est duhium et inclusas indures-centil.
- Dans ces passages empruntés à Martial et à Pline, la présence de reptiles, serpent et lézard, est nommément indiquée ; Aurifaber, dans son histoire du succin, mentionne également la présence d’araignées, de chenilles, de poissons et d’œufs de poisson dans l’ambre. Dans un traité spécial sur les grenouilles et les lézards de l’ambre, Daniel Hermann a figuré deux animaux trouvés dans l’ambre de Prusse et dont nous donnons ci-contre le fac-similé d’après un ouvrage fort rare de Justus Fidus Klobius2 (fig. 2). Le traité d’Hermann, malgré ses deux éditions, étant presque introuvable aujourd’hui, nous croyons qu’il est d’un certain intérêt de lui emprunter quelques vers :
- Aspicis ut stet adliuc illæso corpore Rana.
- Rana gerens viridem seu nuper nata colorcm.
- Ut pedibus distenta est? ut torvumque ; tuetur.
- Lumine distorto? Et saltum velut usque minatur.
- Fig. 1. — Ilémidaclylc du Cap, d'après JI. L. Vaillant.
- Et quasi contendit patulas exire per auras.
- Abnegat electri massa indurata regressum.
- Frusto alio exiguos tremebunda Lacerta Lacertos.
- Ne quicquam extendit, sinuat que ; volumina caudæ Tortilis ; et squamra apparent per terga minutæ.
- Et parviin guiculi ; deformis pandit hiatus.
- Os, in agone olim luctaque ; in mortis apertum. Quando animam evomuit crebris singultibus actam, Sanguinis bine sparsi vestigia viva supersunt2.
- Dans son grand traité de minéralogie, publié en 1678, le P. Kircher mentionne également un fragment d’ambre contenant un Saurien fossile communiqué par le duc de Brunswick.
- 1 Tandis que la fourmi du peuplier erre sous l’ombrage, elle est englobée par une gouttelette de succin.
- 2 On peut voir une grenouille dont le corps a conservé scs formes et sa couleur verte. Les pattes sont écartées et le corps contourné comme si l’animal s’apprêtait à sauter et à s’élancer dans les airs; s’il ne le peut, c’est que la masse de succin en s’endurcissant s’y opposait. Un lézard qui s’agite est dans un autre fragment; il semble ramper; sa queue est contournée; on distingue les petites écailles du dos ; la bouche est entr’ou-vertc ; elle porte l’empreinte de l’agonie et s’est contorsionnée lors de la mort, quand l’animal a rendu le dernier soupir; des gouttelettes de sang éparses en sont le témoignage.
- Au milieu du siècle dernier, Sendel, dans un ouvrage consacré aux corps que l’on trouve dans l’ambre, a repris cette question d’une manière générale. « Tout en admettant l’authenticité de morceaux d’ambre qui renferment des insectes et autres animaux inférieurs, il conteste celle des échantillons où se trouvent des vertébrés, tels que lézards, grenouilles, poissons... L’auteur, pour prouver cette proposition, tire ses arguments de l’expérience et du raisonnement. S’étant procuré un morceau d’ambre où se trouvait un batracien, il dit s’être assuré, en examinant et brisant même cette pièce, qu’elle était artificiellement fabriquée, et il donne la méthode à suivre pour en reproduire de semblables. Cela consiste à fendre en deux parties un morceau d’ambre d’une grosseur convenable ; après l’avoir creusé sur la section, on introduit dans la cavité ainsi obtenue
- 1 L’ambre a dù être liquide, comme le prouve dans cette substance diaphane la présence de fournis, de moucherons et de lézards; ces animaux ont été saisis par la substance qui s’est solidifiée alors qu’ils étaient englobés par elle.
- 2 Ambrœ historiam ad ornnipotenlis Del gloriatn et ho-tninum sanitatem, exliibit Justus Fidus Klobius. — Wittcn-bergæ, M 1)C LXVI.
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- l’animal; les vicies sont comblés au moyen d’un mastic, d’une résine, rappelant le succin lui-même et l’on dissimule la solution de continuité, soit sous une monture métallique, soit en ornementant le bord de façons variées. Sendel ajoute que l’état glabre de la peau de ces animaux et leur force devaient d’ailleurs leur permettre de se retirer de cette sorte de glu. Cet auteur figure, d’après Fischer, un petit saurien de l’ambre, mais il ne paraît pas avoir vu lui-même cette pièce1. »
- M. Léon Vaillant, à qui nous avons emprunté les lignes que nous venons de citer, a repris avec grand soin l’étude de la question si controversée de la présence de lézards dans l’ambre. Grâce à l’obligeance de MM. L. Lartet et Reboux, il a pu étudier deux exemplaires de reptiles renfermés dans une substance qui, tout en ayant l’apparence de l’ambre serait, d’après les personnes les plus compétentes, du copal demi-dur, cette substance que l’industrie moderne tire de la côte orientale d’Afrique.
- Les deux exemplaires étudiés par M. Vaillant, appartiennent à une espèce, YHemi-dactylus capensis qui vit aujourd’hui encore dans les régions l’on récolte du copal (fig. 1); les insectes renfermés dans les mêmes morceaux appartiennent à la même faune selon M. E. Ous-talet, qui leur a consacré ûne notice spéciale.
- « Quant à l’englobement naturel de ces Hemidac-tyles, il ne peut être regardé comme douteux. Il n’est pas possible de reconnaître aucune trace indiquant le partage des fragments en deux, suivant le procédé indiqué par Sendel. Il est vrai que les ouvriers modernes ont, paraît-il, singulièrement perfectionné la fabrication de l’ambre artiüciel, et parviendraient aujourd’hui à introduire dans la substance ramollie des corps étrangers, tels que des insectes, pour mieux simuler l’ambre vrai ; mais l’examen direct des échantillons donne des preuves indiscutables de leur authenticité. Le grand nombre de débris organiques qui accompagne ces sauriens montrerait de la part des ouvriers, dans l’hypothèse d’une supercherie, une singulière patience, le travail se trouvant d’autant compliqué. Le choix du Gecko, espèce rare, arboricole, la présence des parasites de cet animal, indiqueraient que cette pièce aurait dù être fabriquée dans le pays même où habite cet animal, ce que rien ne porte à supposer.
- 1 Remarques sur les lézards de l’ambre et description d’un Gecliotien de la résine copal, par M. L. Vaillant {Ann. c. nat.} t. VI, 18 75).
- Enfin, difficulté plus insurmontable, les animaux étaient vivants lorsqu’ils ont été enveloppés par les résine copale; ceci ressort : pour le saurien de M. Lartet, de l’arrachement de la langue, de la rupture de la queue, l’un et l’autre accompagnés d’épanchement sanguin ; pour celui de M. Reboux, de l’évacuation des fèces.
- « Toutes ces impossibilités s’expliquent au contraire très-facilement, dès l’instant qu'on admet l’englobement naturel. Des insectes, attirés par l’odeur de la résine alors fluide, ont été fixés sur cette substance, comme nous le voyons dans les exploitations actuelles ; les mouvements de ces animaux frappant la vue de petits sauriens en quête de leur proie, ceux-ci, en voulant les saisir, ont eux-mêmes été englués ; la position d’un des insectes, par rapport au Gecko de M. Lartet, vient à l’appui de cette idée. Dans les efforts que ces reptiles ont fait pour se dégager, on comprend qu’ils se soient mutilés ou
- aient eu des évacuations alvines. Enfin, la résine en continuant à couler, a dû donner aux membres cette position ramenée en arrière qu’on observe sur l’un et l’autre échantillon1. » Des deux exemplaires signalés par Klobius, d’après Daniel Hermann, celui qui contient la grenouille pourrait avoir été fabriqué artificiellement suivant le pro« cédé indiqué par Sendel; l’autre, celui qui représente un lézard semble authentique; autant que la figure grossière nous permet de le juger, ce Lacertien serait un Gecko; les membres sont ramenés en arrière; en avant de la bouche sont des traces de sang. La bouche est largement ouverte ; elle est béante par la lutte de l’agonie, lorsque le souffle de la vie a été rendu dans de fréquents soupirs, ainsi que le témoignent les gouttes de sang que l’on remarque. » Cet exemplaire présente les plus grandes similitudes avec ceux étudiés par M. Vaillant et doit probablement avoir même origine.
- La présence des Lacertiens dans l’ambre reste dès lors encore problématique ; les pièces décrites par Pline, par Hermann et par Kircher pouvaient provenir de l’Afrique centrale, qui, par l’Abyssinie, était certainement en relations commerciales avec l’Égypte et le monde ancien. Les lézards auraient tous été trouvés, non dans l’ambre, mais dans la résine copal. Klobius, dans le traité déjà cité, distingue l’ambre du succin ; dans l’ambre, dit-il, on n’a pas
- 1 Vaillant, loc. cit., p. 12
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- trouvé les reptiles indiqués dans le succin ; il nous semble probable que l’auteur a désigné sous le nom de succin la résine quaternaire d’Afrique que les anciens connaissaient certainement et qui pouvait leur être transmise.par les peuplades des bords de la mer Rouge. E. Sauvage.
- DES VINS COLORÉS PAR LA FUCHSINE*
- Le commerce loyal s’est ému avec raison de ces fraudes que les tribunaux ont eu déjà occasion de réprimer et qui consistent à livrer à la consommation des vins artificiellement colorés par des matières colorantes diverses, et particulièrement par la fuchsine. C’est de cette dernière sophistication que je vais m’occuper au point de vue de la physiologie, de l’hygiène et des moyens auxquels on doit avoir recours pour rendre cette fraude impossible. Commençons par dire qu’à ma connaissance elle ne s’est jamais exercée sur les vins de Bourgogne et sur les grands bordeaux. Des vins inférieurs du Midi, des liquides importés d’Espagne ou d’Italie ont été seuls incriminés.
- La coloration avec la fuchsine pure exempte d’arsenic est-elle dangereuse, peut-on la tolérer? Voilà la première question que je vais aborder.
- Eu égard aux petites quantités de fuchsine qui interviennent dans les vins artificiellement colorés, on peut dire avec certitude, comme cela a déjà été affirmé par MM. Bergeron et LTIôte, que ces vins ne peuvent être considérés comme des toxiques ayant une action nuisible immédiate. Quelle que soit la dose de vin ingérée, les accidents qui apparaîtront immédiatement devront être attribués au vin pris en excès et non à la fuchsine. Mais peut-on répondre avec certitude que l’usage contimi de vin coloré avec cette substance soit inoffensif? Certainement non. Des colorations anomales qui ont été signalées sur certaines parties du corps après l’usage de vins fuchsines démontrent que cette substance n’est pas détruite et éliminée comme les matières colorantes du vin. On a signalé, après un usage persévérant de la fuchsine, des troubles dans l’excrétion rénale et l’apparition de l'albumine dans les urines. C’est toujours une chose lâcheuse que de modifier les fonctions d’un organe épurateur aussi important que le rein, et surtout de favoriser l’élimination de l’albumine. Si on n’est pas immédiatement empoisonné par un vin fuchsiné, au moins doit-on redouter à priori la continuité de l’usage d’une pareille boisson.
- Nous arrivons maintenant à l’emploi, comme colorant, de la fuchsine arsenicale; on dira, et cela est vrai, la quantité d’arsenic est si faible, quand on emploie de la fuchsine commerciale, qu’on n’a rien à redouter des fractions de milligramme qu’on peut ainsi ingérer. Mais est-ce bien de la fuchsine com-
- 1 Extrait du Bulletin énèral de thérapeutique médicale et chirurgicale.
- merciale que les fraudeurs emploient? Cela est fort douteux; le plus habituellement ils mettent en œuvre les résidus de la fabrication de la fuchsine, qui renferment diverses matières colorantes et qui, surtout, peuvent contenir des proportions beaucoup plus élevées d’acide arsénique. La quantité de ce toxique sera encore assez faible pour ne pas causer des empoisonnements immédiats; mais peut-on répondre que la continuité de l’usage de ce poison ne sera pas funeste à certaines individualités ? Qui oserait prendre la responsabilité de convertir les consommateurs de vin en toxicophagesl
- D’après ce que je viens de dire, je suis loin d’admettre que la coloration du vin avec la fuchsine pure ou arsenicale soit une pratique relativement inoffensive. Supposons-le pour un moment : dans cette hypothèse, doit-on la tolérer? Non, mille fois non; on commencera par colorer des vins blancs, puis on en arrivera à fabriquer des liquides dans lesquels le bitartrate de potasse sera remplacé par de l’acide sulfurique, les produits de la fermentation du raisin par de l’esprit de betterave et de la glycérine. Vendre des vins blancs colorés par de la fuchsine, ou par de la cochenille, ou par du suc de baies d’yèble (vin de Fismes), ou par toute autre matière colorante, c’est une tromperie sur la nature de la marchandise vendue. Au point de vue de l’hygiène, c’est une pratique déplorable, car les vins ainsi coldrés ne peuvent être comparés au vin ne contenant aucun autre principe colorant que ceux que le raisin lui fournit.
- Je suis, sur cette question, en communauté absolue d’opinion avec M. Teissonière, avec MM. les membres de la Chambre syndicale des vins de Paris, et je dis avec eux : La coloration artificielle des vins, quelle quelle soit, est une fraude, et j’ajoute : condamnable au point de vue de l’hygiène et de la morale.
- Quels moyens doit-on employer pour rendre cette fraude impossible? Nous allons successivement les indiquer. Commençons par dire qu’il faut s’attaquer aux coupables à tous les degrés. Les tribunaux sauront bien faire la part des inscients et des fraudeurs volontaires.
- Les premiers qu’il faut atteindre, ce sont ces fabricants qui vendent ces mixtures avec destination de colorer les vins. On ne peut leur appliquer, me direz-vous, les articles de la loi qui punit la tromperie sur la nature de la marchandise vendue ; cela est incontestable; mais, comme ils débitent un mélange destine' à être introduit au corps de l’homme, et contenant doux substances toxiques, la fuchsine et l’acide arsénique, ils peuvent être poursuivis et condamnés de ce chef; en effet, les pharmaciens seuls ont le privilège de débiter de pareilles mixtures, sur ordonnance de médecin. La deuxième catégorie de coupables qu’il faut poursuivre, ce sont les producteurs ou fabricants de vin qui mettent en œuvre ces matières colorantes. La Chambre de commerce de Béziers a donné un excellent exemple en
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- poursuivant énergiquement la répression de cette fraude sur les lieux de production. Il est important, en outre, comme les négociants de Cette l’ont signalé, qu’on soumette, en douane, à une expertise aussi facile que rapide les vins importés des pays étrangers, surtout ceux dont l’introduction en France s’est considérablement accrue depuis peu d’années.
- Les marchands de vin et même les marchands de vin en détail qui débitent des vins artificiellement colorés doivent être poursuivis. Ils argueront de leur ignorance, c’est une excuse qu’on ne peut admettre. Quand on appartient à une profession, on doit la connaître. Quand il se produit une question aussi capitale pour un commerce, ceux qui l’exercent ne peuvent rester étrangers à ce qui les touche si particulièrement.
- La plupart, pour ne pas dire presque tous les vins qui se débitent en France, arrivent à la consommation parisienne. Si dans ce grand centre les fraudes sont efficacement découvertes et réprimées, elles auront bientôt cessé d’être. Rien n’est plus facile que d’atteindre ce but. En effet, un important service, celui de la dégustation, est institué à la Préfecture de police pour prévenir et favoriser la répression de toutes les fraudes qui se rapportent au vin au point de vue de ses qualités hygiéniques ; il faut donner à ce service les moyens de constater facilement et sûrement ces sophistications nouvelles. Autrefois MM. les dégustateurs exerçaient leur contrôle au domicile des marchands devin; cet usage présentait des inconvénients de divers ordres. Aujourd’hui, des échantillons sont prélevés chez les marchands de vin par les commissaires de police, et transmis à la Préfecture, où ils sont soumis à l’appréciation de MM. les dégustateurs.
- Dr Bouchardat.
- — La suite prochainement. —
- L’EXPÉDITION ANGLAISE AU POLE NORD
- Les deux navires YAlert et la Discovery que le gouvernement des îles Britanniques avait envoyés à la conquête du pôle nord 1, sont récemment revenus en Angleterre ; malgré les efforts les plus énergiques, l’expédition n’a pu dépasser les banquises qui entourent d’une infranchissable barrière ces régions inaccessibles. Voici le récit que le Daily News a publié de cet émouvant voyage arctique :
- Après avoir quitté le port Foulke, le 29 juillet 1875, YAlert est entrée dans la région des glaces à- la hauteur du cap Sabine. Après une lutte vive et obstinée contre les banquises, elle atteignit la rive septentrionale de la baie de Lady Franklin, où la Discovery demeura pour hiverner. L'Alert parvint aux limites extrêmes de la navigation sur les bords de la mer Polaire, la glace variait en épaisseur jusqu'à 150 pieds. La terre du Président n’existe pas. Le bâtiment hiverna par 82°,27. Pendant 142 jours, on
- 1 Yoy. 4° année 1876, 1er semestre , p, 167 et Tables des années précédentes.
- ne vit jamais le soleil. Au printemps, quand on voulut essayer de voyager sur la glace, on eut à vaincre des difficultés presque insurmontables ; un détachement parvint néanmoins à s’avancer vers le nord jusqu’au 83°,20 de latitude : mais il mit 70 jours à accomplir cet exploit.
- On doubla le cap Colombia, le point le plus septentrional du continent américain, et l’on releva les côtes sur une étendue de 220 milles vers l’ouest. Le Groenland fut exploré très-avant dans la direction de l’est. Les hommes . montés sur des traîneaux souffrirent beaucoup du scorbut. Ils ne rencontrèrent aucun gibier. Quatre membres de l’expédition, Hans C. Petersen, George Porter, de YAlert, James Iland et Charles Paul, de la Discovery, moururent à la suite de voyages en traîneaux. Nulle part on ne rencontra d’Esquimaux; on ne trouva plus trace de ces indigènes à partir du 81°,52. On ne vit plus de banquises au delà du cap de l’Union. Un seul ours fut aperçu pendant l’absence de l’équipage du navire. La glace était tellement couverte d’aspérités que les traîneaux ne parvenaient pas à franchir plus d’un mille en 12 heures : ils finirent néanmoins, après des efforts inouïs, par atteindre le 83°,20. Ils n’étaient plus alors qu’à 400 milles du pôle. Pendant qu’ils prenaient leurs quartiers d’hiver, plusieurs membres de l’expédition recueillirent des spécimens très-curieux d’histoire naturelle et firent des observations d’une haute importance scientifique.
- On trouva aussi du charbon de terre d’excellente qualité auprès de la Discovery, et de splendides coraux fossiles à l’extrême nord. L’expédition eut à subir Faction du froid le plus intense qu’on ait jamais ressenti (inférieur à 40° au-dessous de 0°). Sauf les décès mentionnés plus haut, l’état sanitaire de l’expédition a été généralement satisfaisant. Quelques membres gelés, quelques cas de scorbut parmi les équipages des traîneaux, voilà tout. Sur la glace on n’a pas eu de malades. L’intrépide Petersen mourut quarante jours après avoir subi l’amputation des deux pieds qu’il avait eus gelés. Parmi les curiosités rapportées par les officiers de YAlert se trouve un échantillon de blé déposé par le Polaris, quand ce bâtiment explora les régions arctiques. Les officiers et les équipages parlent avec le plus grand enthousiasme du capitaine Narès. A une époque critique, il demeura sur le pont, à l’exception de quelques heures, nuit et jour pendant trente jours, encourageant et aidant son équipage cruellement éprouvé. En arrivant à Valencia, le capitaine, avec trois officiers, partit immédiatement par un train spécial pour prendre l’express du soir à Killarney et se rendre à Londres.
- Il emporte avec lui des trophées pleins d’intérêt de l’expédition, tels que : cartes, photographies, etc. L’absence prolongée de viande fraîche paraît avoir été une rude épreuve pour les équipages ; aussi, après leurs familles, ce qu’ils semblent avoir eu à cœur de voir par-dessus tout, c’est du mouton. Un vieux baleinier, de grande expérience, et qui n’a pas fait moins de vingt-cinq voyages au cercle arctique, déclare qu’aucune autre expédition n’a jamais obtenu des résultats aussi satisfaisants que celle-ci et que le succès dépasse ses prévisions. Il assure que le pôle, dont on s’est approché jusqu’à 400 milles (de 1609 mètres), est entouré d’une couche de glace dont il évalue l’épaisseur à 200 pieds. L’opinion de tous ceux qui ont pris part à l’expédition est qu’atteindre le pôle ou faire plus que Y^Alert ou la Discovery n’ont fait est simplement impossible.
- Le Pandora, qui avait fait pour son propre compte un voyage arctique, est également revenu en Angleterre.
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- LA NATURE.
- LES AVERTISSEMENTS MÉTÉOROLOGIQUES
- AGRICOLES.
- Depuis quelques années, la météorologie, dont quelques savants s’occupaient seuls il y a trente ans, est entrée dans une voie pratique appelée à rendre les plus grands services à la marine et à l’agriculture. L’extension qu’a récemment prise le service de la prévision du temps à l’Observatoire de Paris constitue l'une des plus intéressantes applications de la science moderne, et au moment où les avertissements météorologiques, réservés autrefois aux ports, pénètrent dans les campagnes et sont affichés dans
- Vienne^
- Fig. 1. — 30 septembre 1876, 8 h, matin.
- point que la pression atmosphérique est la plus basse.
- Pour suivre avec sûreté la marche des tempêtes sur notre continent, il suffit donc, ainsi qu’on le fait à Paris, à Londres, à Hambourg, à Copenhague, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, à Constantinople, à Florence, à Madrid, à Lisbonne, à Alger, de centraliser par le télégraphe les observations météorologiques faites en différents pays, de les reporter sur une carte d’Europe, puis de réunir par des courbes (appelées isobares) les points où la pression barométrique est la même, et si ce tracé fait ressortir un centre de dépression barométrique notable, c’est qu’en ce point se trouve le centre d’un tourbillon.
- Le centre de dépression se déplace d’un jour à l’autre et l’on déduit de ces déplacements non seule-
- les communes rurales, il est opportun d’expliquer sur quelle base scientifique ils s’appuient et quel est le mécanisme de cette organisation.
- Le principe sur lequel reposent les avertissements aux ports est le suivant : on a remarqué que les grandes tempêtes sont toutes occasionnées par des cyclones ou tourbillons d’air animés invariablement, comme une toupie lancée, d’un double mouvement de rotation et de translation; le premier s’effectue toujours en sens inverse du mouvement des aiguilles d’une montre, dans notre hémisphère, ce qui donne la direction du vent lorsque l’on connaît le centre, et la position du centre est elle-même très-facile à déterminer à chaque instant, parce que c’est en ce
- Fig. 2. — !•' octobre 1876, 7 h. matin.
- ment la route qu’il a suivie depuis la veille, mais, avec une assez grande probabilité, celle qu’il suivra jusqu’au lendemain. Divers faits qu’a révélés l’observation, par exemple la tendance des tourbillons qui viennent de l’océan Atlantique à aborder l’Europe par Valencia (point d’attache du câble transatlantique, au sud-ouest de l’Irlande) et à marcher pat-groupe à quelques jours d’intervalle, facilitent les déductions que l’on tire de l’examen de ces Cartes du temps qui servent de base aux avertissements.
- Nous donnons comme exemple les Cartes du temps des 50 septembre, 1er, 2 et 5 octobre, tracées à l’aide des Bulletins publiés chaque jour par les services météorologiques des villes mentionnées ci-dessus (fig. 1, 2, 5 et 4). Il y a précisément eu à la fin de septembre et au commencement d’octobre un
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- LA NATURE.
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- groupe de plusieurs tourbillons traversant l’Europe, de l’Irlande au nord de la Russie.
- Le premier a abordé l’Europe par Yalencia, le 28, et a causé les désastres mentionnés récemment par la Nature (p. 336) ; son centre se trouve nettement indiqué, au nord-ouest de l’Europe, par une dépression barométrique de 733 millimètres sur les cartes des 30 septembre et 1er octobre.
- Le second aborde l’Europe le 30 septembre et s’avance dans la même direction que le précédent pendant les journées des 1er, 2 et 3 octobre; dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, son passage a occasionné au nord de la France une très-violente tempête.
- 2 oclobre 1876, 7 h. matin.
- Aux États-Unis, le service des avertissements a été placé sous les ordres du Ministre de la Guerre, par un décret du 9 février 1870; à sa tête se trouve un général (Albert J. Mver), ayant, pour le seconder, une véritable armée d’observateurs, formés à une école spéciale d’application ; les avantages que l’on a retirés pour la protection des côtes, d’une pareille organisation, ont été considérables dès le début.
- Mais on ne s’en est pas tenu là, et ou a pensé que l’agriculture pourrait tirer d’informations météorologique précises, faites avec soin et transmises avec rapidité, des avantages analogues à ceux dont la marine avait si souveut éprouvé les heureux effets. C’est aux États-Unis que cette application toute nouvelle de la météorologie a été inaugurée.
- Maury y avait voué scs dernières années, et le fa-
- Le troisième aborde l’Europe le 3 octobre par Yalencia1, et, d’après ce que nous avons dit plus haut, il était aisé de prévoir la route qu’il suivrait ; les avertissements météorologiques ont en conséquence été adressés aux ports. La marée a été d’une force exceptionnelle, et, depuis le 12 mars, on n’avait pas observé sur nos côtes un vent aussi violent.
- C’est en 1855, que M. Le Verrier fonda à l’Observatoire de Paris ce service qui, d’abord circonscrit aux côtes françaises, s’étendit peu à peu aux pays voisins; il embrasse maintenant, en Europe comme en Amérique, des continents entiers : la météorologie internationale, branche nouvelle et féconde, qui a déjà évité tant de désastres, date de cette époque.
- Xofi 1
- Fig. 4. — 5 octobre 1876, 7 h. matin.
- meux discours qu’il prononça au Congrès d’agriculture de Saint-Louis, le 29 juin 1872, discours qui provoqua un immense enthousiasme et qui fut tiré à vingt mille exemplaires, triompha des dernières hésitations : un service d’avertissements météorologiques for the benefit of commerce and agriculture fonctionne sur tout le territoire de l’Union; il est doté d’un budget de 1 250000 francs par an.
- Les observations faites au milieu de la nuit sont discutées immédiatement à Washington ; le résultat de la discussion et l'indication du temps probable sont télégraphiés à vingt centres de distribution, puis imprimés de suite dans ces centres sous la forme de ce qu’on appelle le Farmer s Bulletin (Bullc-
- 1 Les points noirs marqués sur nos cartes représentent les 'localités où se trouvent les stations météorologiques.
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- tin des fermiers), dont nous donnons plus loin le spe'cimen traduit en français (fig. 5) : par suite d’une convention spéciale conclue entre le Ministère de la Guerre et l’Administration des Postes, ce bulletin arrive dans tous les bureaux de poste par les courriers du matin, et il est immédiatement placé dans un cadre bien en vue, dans chacun de ces bureaux. Sept mille bureaux de poste affichent ainsi chaque matin les renseignements extraits par le Bureau météorologique de Washington des observations faites à 11 heures de la nuit précédente.
- La France, qui avait donné l’exemple pour les avertissements maritimes, ne pouvait pas rester en retard pour les avertissements agricoles, et le premier acte de M. Le Verrier, en reprenant possession de l’Observatoire, a été d’y rattacher les services météorologiques, qu’on avait transportés à Montsouris, et de faire rendre le décret du 15 février 1875, qui paraissait au Journal officiel le même jour que sa nomination, et dont l’acticlc premier est ainsi conçu :
- « L’étude des grands mouvements de l’atmosphère et les avertissements météorologiques aux ports et à Vagriculture sont placés dans les attributions de l’Observatoire de Paris. »
- Nous n’entrerons pas ici dans le détail des difficultés qu’a rencontrées l’exécution de ce décret ; bornons-nous à constater qu’il a fallu plus de trois ans pour que le fonctionnement des avertissements agricoles pût sortir du domaine de la théorie pour entrer dans celui de la pratique et que c’est seulement le 1er mai 1876 que l’Observatoire de Paris les a inaugurés, à titre d’essai, dans trois départements.
- Il est beaucoup plus facile d’avertir les marins que les agriculteurs des phénomènes météorologiques qui les intéressent. En effet, ce qui préoccupe presque exclusivement le marin, c’est la force et la direction du vent et l’approche des tempêtes ; or, ainsi qu’on l’a dit plus haut, la baisse du baromètre, lorsqu’elle se produit dans des conditions et à des endroits déterminés, est un signe presque infaillible de leur passage.
- L’agriculture, au contraire, s’inquiète peu du vent qui, dans nos contrées, est rarement assez fort pour détruire les édifices on arracher les arbres, ainsi que cela a eu lieu le 12 mars dernier dans le nord de la France; ce qui l’intéresse, c’est de savoir s’il pleuvra ou non, s’il y aura de la gelée, s’il y a à craindre des orages, de la grêle, etc. Or, la pluie, le froid, les orages, la grêle, ne sont pas des phénomènes généraux, comme les tempêtes tournantes, dont l’Observatoire annonce la marche chaque jour, depuis dix-huit ans, et qui s’étendent sur des circonférences de 100 à 500 kilomètres de rayon et même plus, mais des phénomènes locaux. Ils varient d’un département à un autre, suivant des circonstances topographiques et hydrographiques que les habitants peuvent seuls connaître, et il est nécessaire que, dans chaque département, une Commission spéciale d’hommes compétents s’attache à les déterminer.
- C’est ce qu’a parfaitement prévu le décret du 15 février 1875, qui, séparant comme elles doivent l’être deux branches de la météorologie essentiellement différentes et jusque-là confondues, a décidé, par l’article 2, que les travaux relatifs à la physique générale des divers bassins de la France seraient attribués à des commissions météorologiques départementales.
- C’est au Conseil de l’Observatoire qu’était dévolu, d’après le décret, le soin d’organiser ces commissions ; mais, pendant dix-huit mois, divers motifs l’empêchèrent de s’en occuper, à. tel point que l’Algérie, qui voulut, dès la fin de 1875, appliquer les dispositions du décret, fut contrainte d’organiser ses services météorologiques en dehors de l’Observatoire de Paris, et elle l’a fait avec tant d’ardeur et de bonne volonté, sous la généreuse impulsion du général Chanzy, que, sous ce rapport, elle peut servir de modèle à la métropole. Ensuite, lorsque les crédits nécessaires eurent été alloués, et que le Conseil de l’Observatoire voulut faire appel au concours des départements, il eut à lutter contre l’inertie des uns, l’incrédulité des autres, le manque de fonds d’un côté, le manque d’hommes d’initiative de l’autre, et comme le fonctionnement régulier des Commissions météorologiques départementales est la base de celui des avertissements agricoles, l’organisation de ce dernier en a été forcément retardée.
- Telle est la cause pour laquelle la France n’a réalisé qu’en 1876 un progrès important qui, depuis 1872, est complètement entré dans les habitudes et les nécessités de la vie ordinaire en Amérique, où comme nous l’avons dit, les avertissements météorologiques agricoles sont répandus à profusion sur tous les points du territoire, llâtons-nous d’ajouter cependant qu’ils sont encore inconnus dans le reste de l’Europe, et les autres États de l’ancien continent attendent de nous avoir vus à l’œuvre, pour profiter de notre expérience et nous imiter, comme ils l’ont fait pour les avertissements maritimes dont nous leur avons donné l’exemple.
- Voici comment, dans la circulaire d’organisation du nouveau service, M. Le Verrier a posé le programme des études et travaux qui doivent être poursuivis par les Commissions météorologiques départementales.
- « Le service agricole ne peut pas, comme celui de la marine, consister en des avis absolus envoyés par l’Observatoire de Paris. 11 est indispensable que les avertissements généraux qui seront expédiés aux chefs-lieux des départements y soient commentés par les Commissions météorologiques, en tenant compte des circonstances locales et d’une étude attentive particulière aux diftérentes contrées. Cette marche offrira d’ailleurs le grand avantage d’amener un progrès décisif dans les études météorologiques en France.
- « Les commissions chargées du développement des avertissements agricoles auront tout d’abord à suivre la marche de la pluie, non pas seulement sa quantité, mais la façon dont elle se développe pro-
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- gressivement à travers les cantons, à travers les départements, lorsque, après un temps sec, le temps pluvieux survient à son tour.
- « L’étude des orages devra pareillement être reprise avec attention. Lorsqu’un orage se manifestera aux extrémités d’un département, il en faudra prévenir immédiatement le chef-lieu, et, celui-ci, à son tour, venant à informer l’Observatoire de Paris, il sera possible, dans bien des circonstances, de prévenir ceux des départements qui pourraient être menacés.
- « L’étude des grêles sera l’objet d’une attention particulière. Il faut arriver à connaître quelle peut être l’influence des bois, des collines, des cours d’eau sur un phénomène dont l’action est trop souvent désastreuse.
- « Les gelées tardives du printemps causent de grandes pertes à l’agriculture. On a souvent dit qu’on pourrait peut-être en conjurer l’effet par l’emploi de la tumée. Il faut aussi que cette question soit résolue. Les pertes qu’il s’agirait d’atténuer se chiffrant par millions dans certains départements, on pourrait sans doute réunir les ressources nécessaires pour quelques expériences pratiques. Mais il faudrait qu’elles fussent étendues à la fois à une grande surface de pays, à l’ensemble d’une vallée. Lorsque, du haut des collines, on assiste à la combustion en usage des herbes, on est frappé de la façon dont disparaissent à la vue toutes les parties de la vallée, et l’on ne peut s’empêcher de croire que, si l’on empêchait ainsi les rayonnements nocturnes dangereux au printemps, il en pourrait résulter des avantages.
- « Les avertissements relatifs aux inondations sont aussi d’une grande importance : l’attention a été trop fortement excitée à cet égard dans les dernières années pour qu’il soit besoin d’insister ; mais les ingénieurs des ponts et chaussées et des mines sont chargés de cet important service, et nous devons seulement conclure ici à la nécessité d’assurer leur concours aux commissions météorologiques agricoles... »
- Il s’est trouvé trois hommes en France, trois présidents de Commissions météorologiques, qui ont parfaitement compris l’immense avantage que les agriculteurs et même les autres habitants de leurs départements retireraient de cette organisation, et qui, sans s’effrayer du travail qui allait leur incomber, ont accepté les conditions posées par le Conseil de l’Observatoire de Paris, et se sont résolûment mis à l’œuvre pour en faciliter l’exécution, en rivalisant de zèle et de bonne volonté.
- Ce sont : M. Hébert, à Limoges, qui a été un des plus actifs promoteurs de cette réforme, et qui en a si clairement exposé le mécanisme à la réunion des Délégués des Sociétés savantes pendant la semaine de Pâques à la Sorbonne; M. le comte de Touchim-bert, à Poitiers, qui a organisé avec tant de dévouement, au mois de novembre dernier, le premier congrès météorologique du Comité de l’Ouest-Océanien,
- où ce projet a pris naissance, et M. Alluard à Clermont-Ferrand, qui vient de mener à bien avec tant d’honneur et de succès l’édification de l’Observatoire météorologique du Puy-de-Dôme.
- Leurs noms doivent être cités à l’ordre du jour de la science, car ce sont eux qui ont rendu possible, par leur empressement à seconder les vues de M. Le Verrier, le premier essai des avertissements agricoles en France, et qui ont donné l’exemple, qu’on s’empresse d’imiter de toutes parts, maintenant que le succès a couronné cette tentative.
- C’est en effet un spectacle digne d’attention que celui de cette modeste science, la météorologie, dont on s’occupait si peu à ses débuts, il y a quelques années, qui s’est tout d’un coup emparée de l’opinion publique, au point d’occuper une si grande place dans les préoccupations de la vie ordinaire, d’avoir dans chaque pays des milliers d’observateui's pour étudier les phénomènes, et des Commissions répandues partout pour grouper ces efforts et mettre en valeur les résultats obtenus. D’un côté, des Instituts spéciaux dirigent ce grand mouvement scientifique et s’en servent pour marcher d’un pas sûr à la découverte des lois générales que nous cache encore l’apparente variabilité des changements atmosphériques ; de l’autre, pendant que la théorie progresse, les applications pratiques deviennent de jour en jour plus nombreuses et plus répandues. Sur terre comme sur mer, avant de s’embarquer pour un voyage ou de commencer les principales opérations agricoles, on consulte le baromètre et on apprend chaque jour à en mieux interpréter les indications.
- Ainsi que le disait M. Le Verrier aux réunions des Délégués à la Sorbonne, en annonçant que le service des Avertissements météorologiques agricoles allait fonctionner dans quelques jours : « de solliciteuse, la météorologie va devenir sollicitée »; en effet, après avoir eu beaucoup de peine à organiser le service dans trois départements, le Conseil de l'Observatoire est obligé de réagir maintenant contre l'empressement des autres départements à solliciter les avertissements agricoles, avtmt d’avoir rempli les conditions nécessaires pour les obtenir.
- Ces conditions sont au nombre de deux. D’une part, il faut qu’il y ait au chef-lieu du département une Commission météorologique qui fonctionne, c’est à dire qui soit en état de discuter sur place les phénomènes, au fur et à mesure qu’ils se produisent, et qui, de plus, ait un délégué chargé de recevoir chaque jour à midi le télégramme de l’Observatoire, basé sur les observations faites à 8 heures du matin dans toute l’Europe et de le transmettre dans les stations, après l’avoir modifié ou complété, s’il y a lieu, en tenant compte des circonstances locales au moment de la réception.
- En second lieu, on exige avec raison que les avertissements ne soient envoyés qu’aux stations munies d’un baromètre, afin que le correspondant puisse d’abord, à l’aide de cet instrument, interpréter convenablement l’avertissement qu’il reçoit, et com-
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- {BUFFALO, N. Y.)
- BULLETIN DES FERMIERS.
- DÉPARTEMENT DE LA GUERRE, fîureuu î>u Cljff ifs Signaux.
- DIVISION
- des Télégraphes et Bdlletiks a l’usage m Comierce et de l’Agriculture.
- parer ensuite Ja prévision aux faits constatés; de cette manière, grâce aux observations faites dans les communes, la Commission départementale peut acquérir une expérience qui lui fera certainement défaut au début, mais qui viendra peu à peu et qui la mettra à même de transformer plus sûrement en indications précises et appropriées à chaque localité, les indications plus générales reçues de l’Observatoire.
- Au surplus,
- M. le directeur de l’Observatoire a notifié officiellement aux présidents des Commissions météorologiques les conditions dans lesquelles doit fonctionner le service des avertissements agricoles, et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici les passages de cette circulaire qui résument les décisions du Conseil.
- « 1° L’organisation sera départementale et placée sous les auspices du Préfet.
- « Ce sont MM.les préfets qui ont constitué les commissions météorologiques et qui ont d’ailleurs dans leurs attributions les comités agricoles. C’est à eux qu’il appartiendra
- d’user, dans l’intérêt de l’agriculture, des facilités concédées par l’administration des lignes télégraphiques; connaissant bien l’utilité et les besoins du service qui sera ainsi placé sous leur autorité, il leur sera plus facile d’intervenir près des conseils généraux, pour obtenir les allocations nécessaires, qui seront toujours modiques auprès des intérêts à sauvegarder.
- « 2° Les départements qui désireront constituer le service des avertissements agricoles devront établir des baromètres dans toutes les localités à desservir.
- « Ces baromètres devront être placés, autant que possible, à la portée du public et, pour cela, établis
- dans des boîtes, à la porte des mairies, des églises, des écoles, du télégraphe.
- « La lecture devra en être facile, avantage qui sera réalisé avec le baromètre anéroïde à cadran. Ce baromètre coûte 20 francs et jouit aujourd’hui d’une grande précision (fig. 6 et 7).
- « 3° Tous les baromètres d’une contrée seront réglés au niveau de la mer, afin d’en faciliter l’usage et
- Washington, D. CJeudi 20 juillet 1870. — 1 h. du matin.
- ÉTAT DU TEMPS DE LA VEILLE.
- La température s’est élevée dans la région des Lacs, avec des vents du Sud, pression moindre et temps clair, à l’exception de pluies locales près des lacs Supérieur et Ërié. Un temps clair et très-chaud- a régné dans les États dn Centre, avec des vents Sud, sans changement dans le baromètre. Le baromètre a baissé dans les États du Sud et la vallée de l’Ohio, avec un temps généralement clair et sans changement dans la température. Le baromètre a baissé, mais remonte maintenant dans le Nord-Ouest, avec un temps clair, eicepté de la pluie dans le Minnesota.
- Les fleuves ont monté de 7 pouces (48 cent.) à Sbreveport, 6 ponces (15 cent.) à Louisviile, et ont baissé défi pouces (30 cent.) à Little lUck, 7 pouces (18 cent.) à Keokuk, et 3 pouces (7 d/2 cent.) à Memphis.
- TEMPS PROBABLE.
- Pour la Nouvelle-Angleterre et les Étals du Centre, il j aura une continuation de temps très-chaud et généralement clair, avec des vents du Sud et de l’Ouest, baisse du baromètre et possibilité de pluie dans les régions du Nord.
- Pour la région du lac Inférieur, temps plus chaud et en partie nuageux, pluies locales, vents du Sud à l’Ouest, et baisse du baromètre suivie de hausse.
- Pour la région du lac Supérieur, les vallées du haut Mississipi et du bas Missouri, légère baisse dans la température et temps en partie nuageux, pluies locales, vents du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, baromètre avec légère tendance de hausse.
- Pour le Sud de l’Atlantique et les régions du Golfe du Mexique, température stationnaire ou légèrement plus élevée, avec vents Sud-Est à Sud-Ouest, légères variations dans le baromètre, temps généralement clair dans le premier district et pluies locales dans le Sud-Ouest et dans le Mississipi.
- Pour le Tennessee et la vallée de l’Ohio, continuation de temps généralement clair et plus chaud, avec vents faibles du Sud à l’Ouest et hausse lente du baromètre.
- La Rivière llouge continuera à monter légèrement; le Mississipi à baisser aux stations au-dessus de Vicksburg.
- Pour la RÉGION DU LAC INFÉRIEUR et pendant le mois de JUILLET, on trouve que les vents soufflant du Sud-Est ou du Sud-Ouest ou des directions intermédiaires seront très-probablement suivis de PLUIE. Les vents soufflant du Nord-Est ou du Nord-Ouest ou de directions entre ces points sont ceux qui ont le moins de chance d'être suivis de PLUIE.
- Publié avec la coopération du
- Fig. 5:
- de rendre plus uniforme et plus pratique l’inscription des présages qui sera placée sur le contour des cadrans *.
- « 4° La commission météorologique du chef-lieu devra être as-sez nombreuse pour qu’aux époques où fonctionnera le service il y ait toujours quelqu’un prêt à recevoir les dépêches de l’Observatoire de Paris, à les compléter en tenant compte des circonstances locales, afin d’assurer l’expédition rapide aux stations cantonales.
- « 11 ne sera pas moins nécessaire d’avoir dans les cantons des correspondants zélés qui enseignent aux populations l’usage qu’elles doivent faire des dépêches. C’est ainsi que, dans la Vienne et la Haute-Vienne, dans chacune des stations fonctionne un groupe de trois observateurs au moins, sous la direction du maire, du curé ou d’une personne notable ; MM. les instituteurs font également partie de cette commission. » Toutes choses élant ainsi organisées, il faudra
- 1 On pourra sc procurer le baromètre agricole en adressant un mandat de 20 francs sur la poste à l’agent comptable de l’Association scientifique de France, dont les bureaux sont à Paris, boulevard Saint-Michel, Il*. Il faudra dans la lettre joindre l’altitude pour laquelle l’instrument doit être réglé. On recevra l’instrument sans retard, sans autres frais et sans autres formalités. Le constructeur est NI. Iîcdier, cour des Petites-Ecuries, 8, à Paris.
- la GUERRE et de la POSTE. Signé : ALBERT MYER.
- Spécimen, traduit en français, du Farmer's Bulletin des États-Unis (Réduction 1/2.)
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- obtenir de l’Administration des ligues télégraphiques l’envoi d’une dépêche, qui sera transmise par l’Observatoire de Paris au chef-lieu, comme aussi l'envoi des dépêches du chef-lieu aux stations départementales pourvues de baromètres, ce qui est la condition indispensable.
- L’administration des lignes télégraphiques, qui ne cesse de donner aux entreprises utiles à la Science, à la Marine, à l’Agriculture un concours empressé, avait bien voulu, par une décision de M. le directeur général Pierret, accorder, à titre d’essai, dans les trois départements de la Vienne, de la Haute-Vienne et du Puy-de-Dôme , les communications nécessaires en toute franchise, et le service a commencé à fonctionner dès le 1er mai, dans les deux premiers de ces départements. L’expérience en ayant fait ressortir les grands avantages, la mesure a été généralisée : la franchise télégraphique entre le Directeur de l’Observatoire et les Préfets, pour les avertissements météorologiques agricoles, existe maintenant pour tous les départements, et M. Le Verrier a notifié cette décision aux Préfets par une circulaire en date du 7 août 1876, en les engageant à appeler l’attention du Conseil général sur cette question.
- Cela posé, nous allons expliquer en détail le mécanisme de ces avertissements et indiquer les résultats qui ont été obtenus.
- C’est dans le département de la Haute-Vienne que l’organisation des avertissements agricoles a été la plus complète au début ; aussi c’est celui-là que nous choisirons pour exemple, afin de bien faire comprendre le fonctionnement de ce nouveau service. Dans la Haute-Vienne, le Préfet avait compris l’utilité pratique, pour l’agriculture et la marine, des études météorologiques, et, par une circulaire 1 du mois de dé-
- 1 Voici un extrait de cette circulaire prefectorale, qui contient d’excellentes recommandations et qui peut certainement
- cembre 1874, il avait fait un intelligent appel aux observateurs; aussi lorsque M. Hébert, voulut organiser dans ce département les avertissements agricoles, il trouva le terrain tout préparé.
- La Commission météorologique,’ placée sous sa présidence, fonctionnait régulièrement ; des souscriptions publiques firent les frais des baromètres agricoles ; enfin les correspondants cantonaux de la Commission étaient les destinataires indiqués des avertissements agricoles.
- Par une circulaire du 8 mars 1876, le Président de la Commission météorologique avait fait appel à leur bonne volonté dans les termes suivants.
- « .... Dès cette année, nous
- allons essayer d’appliquer le système de prévision du temps, à l’aide du Bulletin international, à l’aide des dépêches journalières qui nous seront expédiées de l’Observatoire, à l’aide enfin des baromètres et des pluviomètres que nous plaçons dans tous les cantons et des observations précises que nous ferons nous-même à Limoges. C’est, à votre zèle et à votre dévouement que nous
- devons d’avoir obtenu que la Haute-Vienne soit, avec la Vienne, le premier département dans lequel ce service est appelé à fonctionner; ce n’est pas pour vous un mince honneur, et nous espé-x’ons que ce sera un puissant excitant pour tous et en particulier pour ceux d’entre vous desquels nous devons réclamer un supplément d’efforts pour la surveillance des baromètres, l’inscription des hauteurs et la constatation des pluies. »
- — La suite prochainement. —
- servir de modèle pour les départements qui ont différé jusqu’à présent de concourir à l’organisation décrétée en 1875 :
- « Au nombre des études qui incombent aux Commissions météorologiques départementales se place au premier rang l’observation des orages, de leur marche, de leurs lois, dans le but d’arriver à les prévoir et à prévenir les dégâts et les pertes si considérables qu’ils occasionnent trop souvent, et plus
- Fig. 6. — Baromètre métallique dos nouvelles stations météorologiques agricoles. (Réduction 1/2.)
- V'
- Fig. 7. — Mécanisme de l’instrument (coupe).
- T. Boîte barométrique en métal mince, vidé d’air. — P. Pointe de métal agissant sur une palette dont le mouvement est transmis à un rateau R. — R. Rateau engrenant avec un pignon placé au centre de l’ensemble. — G. Aiguille fixée sur le pignon du centre. — Y. Vis de rappel pour régler la position de l’aiguille et la mettre au point convenable, suivant la station du baromètre. — (Quand la pression augmente, la boîte T s'aplatit, la pointe P s’abaisse et le rateau, conduit par la palette, tournant en proportion de cet abaissement fait marcher l’aiguille vers la droite. Le contraire arrive si la pression atmosphérique diminue.)
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Exposition universelle de 1878. —Membres du jury d'admission. — Le Journal officiel du 29 octobre contient un rapport de M. Krantz, commissaire général, au Ministère de l’Agriculture et du Commerce, relatif aux attributions des jurys d’admission pour les exposants français. Ces jurys sont chargés non-seulement de statuer en dernier ressort sur l’admission des exposants, mais de provoquer l’adhésion des hésitants, de fixer et de répartir les superficies à allouer à chacun, de résoudre toutes les questions relatives à l’installation, de manière à présenter pour chaque classe un projet réunissant à la fois l’agrément de la direction centrale pour les dispositions projetées et l’assentiment des exposants admis, pour leur part contributive de dépenses. Les jurys fourniront ensuite, grâce à l’addition d’une sorte de syndicat des exposants admis par eux, un comité d’installation.
- Ce rapport est suivi de la liste des personnes appelées à faire partie des jurys d’admission. Chacune des 90 classes entre lesquelles se répartissent les objets exposés ,a un jury composé de 5 à 25 membres.
- Voici quelques noms que nous avons relevés en parcourant la liste, et qui se rattachent spécialement au domaine scientifique : MM. Claude Bernard, Milne Edwards, Le Verrier, Pasteur, vice-amiral Paris, Boussingault, De-caisne, Dupuy de Lomé, Becquerel, Daubrée, P. Ger-vais, Berthelot, Janssen, Péligot, Wurtz, Hervé Mangon, Jurien delà Gravière, Vvon Yillarceau, Jamin, Faye, Du-chartre, Chatin, Blanchard, Cosson, Tresca, Vulpian, Bou-chardat, Paul Bert, Béclard, Liouville, Peaucellier, Rolland, Lauth, Scheurer-Kestner, Bureau, colonel Lausse-dat, le commandant Périer, Moll, Schlœsing, Mascart, V. de Luynes, Bouquet de la Gryc, marquis de Yibraye, Prillieux, Aimé Girard, A. Geoffroy Saint-Hilaire, Salvetat, A. Cornu, Denayrouse, Ileuzé, de Ginestous, Simonin, de Parville, Clémendot, V. Borie, du Breuil, Friedel, de Com-berousse, Malte-Brun, Tarry, Grandidier, J. Persoz, Barrai, d’Alméida, Gaston Tissandier, etc., etc.
- La liste compte un grand nombre d’ingénieurs : MM. Camus, Alcan, Arson, Farcot, Kretz, Belgrand, de la Gournerie, A. Burat, E. Trélat, de Chancourtois, de Maxsilly, Durand-Claye, de Gayffier, Hirsch, Turgan, Sadi-Carnot, etc.; des constructeurs d’appareils de science : MM. Breguet, Re-dier, Molteni, Mignon, etc.; des éditeurs : MM. G. Hachette, G. Masson, Chaix, Baillière, Germer Baillière, Gauthier-Yillars, Delagrave, etc.; des fabricants et des négociants représentant les diverses branches de l’industrie et du commerce.
- Les mines de plomb argentifère du massachusetts. — Les faits suivants, relatifs à l’étendue des mines d’argent, dans le Massachusetts, sont publiés
- tard, peut-être à les détourner, quand les causes qui les attirent de préférence en certains lieux seront mieux connues. Pour être faite avec succès, cette observation nécessite l’existence d'une station au moins dans chaque canton, et même, s’il est possible, dans chaque commune, afin qu’aucun phénomène né passe inaperçu, et afin que de l’ensemble des indications réunies sur toute la surface du département et de la France puissent sortir des données utiles aux populations. »
- Dans le département de Loir-et-Cher, le réseau d'observateurs cantonaux est organisé depuis longtemps. Cette organisation, qui vulgarisera les études météorologiques sur toute la surface du pays, doit être la principale préoccupation des Commissions météorologiques départementales»
- d’après M. G. W. Kempton, ingénieur des mines à New-buryport, Massachusetts. Au dire de ce savant, la région minière s’étend du sud au nord, de Gloocester, Massachusetts, à Portsmouth, New Hampshire; et de l’est à l’ouest de l’Atlantique à une ligne tirée du nord au sud par Great Land, Norlh Andover, Massachusetts. C’est dans cette région qu’a été trouvé le premier et le plus important filon, le Chipman, situé dans le nord de Newbury-port. On l’a suivi l’espace de 3 milles (4 kilomètres). La direction est presque verticale, s’inclinant légèrement vers le nord. Le minerai est principalement de la galène, fournissant, par tonne, de 50 à 150 onces (de 145 à 435 grammes) d’argent, avec un peu d’or. On trouve de l’argent natif dans le quartz ainsi que de la stéphanite. Les puits de Chipman et de Boynton ont été creusés pour ce filon; le second a, dans ce moment, 100 pieds de profondeur. On a retiré pour environ 20 000 dollars (150 000 fr.) de galène, du Chipman, dès le début, en forant les 75 premiers pieds du puits. L’épaisseur moyenne de la gangue, du Chipman, est d’environ 60 pieds. Le filon est borné au nord par du granit, au sud par de l’ardoise. Il n’y a pas moins de onze veines parallèles dans cette partie du district minier; on a commencé avec succès les travaux sur plusieurs points. M. Kempton signale une seconde variété de minerai, c’est-à-dire du tôtrahédrite, souvent très-riche en argent. La veine Bart-lett est, dit-il, la plus remarquable; car elle a un affleurement de gangue d’environ 100 pieds d’épaisseur. Cette veine fournit de 200 à 1100 onces d’argent par tonne et 30 p. 100 de cuivre. On a aussi reconnu des veines de cuivre gris, en contact avec du porphyre. Une 5e rangée de veines gît au nord des veines de galène et au sud de celles de porphyre. Elles contiennent de la galène et du cuivre gris, mais on ne les a pas encore assez étudiées pour pouvoir apprécier leur valeur réelle.
- Matières salines et sédiment de l’Elbe. — Des
- observations faites avec soin (1871 et 1872) ont montré que, sur les frontières de la Saxe et de la Bohême, l’Elbe transporte annuellement dans son cours 6 179 000 000 de mètres cubes d’eau. M. Breitenlohmen , analysant, en 1866, les différentes matières, chariées par l’Elbe, a calculé qu'il y avait dans ce volume d’eau 1 169 820 000 kilogrammes de substances solides, dont à peu près une moitié à l’état de suspension et l’autre moitié à l’état de dissolution. Il trouvait sur ces quantités : 140 380 000 kilogrammes de chaux; 28 130 000 kilogrammes de magnésie ; 54 520 000 kilogrammes de potasse ; 39 600 000 kilogrammes de soude; 45 690 0C0 kilogrammes d’acide sulfurique et 1 500 000 kilogrammes d’acide phosphorique.
- La population de l’jtlgérie. — De 1866 à 1872, dans un laps de six années, la population européenne n’avait gagné que 247 7 personnes par l’excédant des naissances sur les décès. Dans un laps deux fois moindre, de 1872 à 1875, le gain a été de 5784 personnes. Là-dessus,-le gain des Français est de 2212, celui des Espagnols de 2560, celui des Italiens de 596, celui des Maltais de 505, celui des autres nationalités, non compris les Allemands, de 64. Quant aux Allemands, ils ont perdu 153 personnes (606 décès, 453 naissances). Dans la période 1866-1872, le gain des Français avait été-.de 258, celui des Espagnols de 1355, celui des Italiens de 1178, celui des Maltais de 506» et les Allemands avaient eu 218 décès de plus que les naissances. Ces chiffres n’expriment pas exactement la croissance naturelle des Algériens, car, dit la Correspondance algérienne, l’effectif
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- des prisons, des orphelinats, des communautés religieuses d’une part, le groupe des étrangers qui viennent passer l’hiver en Algérie d’autre part, fournissent un nombre de décès fort appréciable, qui devrait être retranché de la mortalité au même litre que le nombre des décès militaires.
- Étais allotropiques de l’or. — Dans ses recherches thermo-chimiques sur l’or et ses combinaisons, M. Jules Thomson a observé que l’or désagrégé forme différentes solutions et que, réduit par des agents différents, il présente des différences, dont trois ont été étudiées par lui : 1° réduit d’une solution chlorique par l’acide sulfureux l’or forme une masse granuleuse ; 2° réduit d’une solution bromique, il forme une poudre très-foncée, qui, même à l’état de dessiccation, reste pulvérulente ; 3° à l’état de bromure, d’iodure ou de chlorure, réduit par 1 acide sulfureux, il forme une très-belle poudre à éclat métallique et couleur jaune. Ces modifications se distinguent aussi par les inégalités de dégagement calorifique dans quelques réactions. (Nature.)
- Sur une nouvelle classe de matières colorantes. — M. Laulh a découvert de nouvelles subtances colorantes renfermant du soufre, par l’action du soufre à 180° sur les phenvlènes diamines, puis en oxydant la substance obtenue ; ou bien il traite le chlorhydrate de la base par une dissolution d’hydrogène sulfuré et de perchlorure de fer ; dans ce cas la sulfuration et l’oxydation se font en même temps. La matière colorante obtenue par le [3 phé-nilène diamine est un violet bleu d’une belle nuance et qui conserve son ton spécial à la lumière artificielle. Par substitution, cette matière donne d’autres dérivés colorés, surtout des bleus solubles dans l’eau et se fixant en teinture par la simple immersion de la fibre dans le bain, ce qui est un grand avantage sur les bleus d’aniline. (Moniteur scientifique et Revue suisse.)
- La nouvelle école d’anthropologie. — Dans quelques jours aura lieu, à la Faculté de médecine, l’inauguration de la nouvelle école d’anthropologie. Voici le programme des cours, tel qu’il a été soumis à M. le ministre de l’instruction publique.
- Anthropologie anatomique : M. le professeur Paul Broca, secrétaire général de la Société.
- Anthropologie biologique : M. Topinard, conservateur des collections de la Société d’anthropologie.
- Ethnologie : M. Daily, ancien président de la Société. Anthropologie préhistorique : M. de Mortillet, président de la Société d’anthropologie.
- Anthropologie linguistique : SI. Hovelacque, secrétaire du comité central de la Société.
- Ces cours seront publics. Les élèves qui se feront inscrire seront admis aux conférences pratiques du laboratoire d’anthropologie.
- Les loups eh Russie. — Pendant que M. le comte d'Esterno poursuit en France, avec une infatigable persévérance, la campagne qu’il a entreprise contre les loups, M. Lazarewsky publie une brochure qui contient de curieux détails sur les ravages exercés en Russie par ces animaux. D’après cette brochure, dont le Bulletin de la Société des agriculteurs de France donne l’analyse, les loups ont dévoré, en 1873, dans quarante-cinq gouvernements de la Russie, d’où la Pologne et les provinces bal-tiques sont exclues, 179 000 pièces de gros bétail,
- 502 900 de petit : ce qui équivaut, en moyenne, à la somme de 7 573 000 roubles ou à peu près de 2 roubles par déciatine (environ 1 hectare). 11 faut encore ajouter à ces chiffres la valeur des oiseaux de basse-cour et des chiens mangés par les loups. C’est ainsi que dans le seul gouvernement de Kalouga ils ont dévoré dans la même année 8200 oies et plus de 2000 chiens. Pour les cinquante gouvernements de la Russie, cette perte seule s’élève à près de 1 million de roubles. Le tribut entier payé par la Russie aux loups monte donc à 15 millions, sans compter les hommes qui périssent de la même manière, et dont le chiffre est estimé à près de 200 par an en moyenne. La chasse, pratiquée seulement par la classe aisée, s’est montrée jusqu’ici impuissante à arrêter les progrès du mal; et pour atteindre un résultat efficace, M. Lazarew-ski propose de l’emplacer le fusil par le poison. Il appuie beaucoup sur les avantages de ce dernier procédé, parmi lesquels le bon marché occupe la première place. Il affirme que le moyen le plus simple et le plus facile de se débarrasser de ces animaux, c’est d’empoisonner les cadavres d’oiseaux ou de chiens et de les disperser dans les forêts, surtout près des sources où les loups viennent se désaltérer et où un seul cadavre peut suffire à faire périr toute une lignée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 novembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Finis.
- Electrochimie. — D’intéressantes expériences ont amené M. Bertrand, préparateur à la station agronomique du Centre à obtenir le dépôt électro-chimique de métaux qui, comme l’aluminium et le magnésium, n’avaient point encore été soumis à un pareil traitement. Le secret consiste à exercer l’action électrolytique sur la solution du fluorure double d’ammonium et du métal considéré. Par la même manipulation on réalise aussi la précipitation à l’état métallique du cadmium, du bismuth et du palladium.
- Réactif des vins fuchsinés. — D’après M. Bouillon, on peut reconnaître la fuchsine dans les vins, en soumettant à l’éther le liquide préalablement traité par de la baryte en excès. L’éther prend alors une coloration sensible, même si la matière recherchée ne représente pas plus d’un cent-millionième du produit examiné. Les autres méthodes proposées jusqu’ici sont loin d’arriver à une pareille précision.
- Antidote du plomb. — L iodure de potassium pris à la dose de 5 à 8 centigrammes par jour préserve de tout accident, les personnes appelées à manipuler les prépara-* tions saturnines : c’est du moins ce qui résulte des essais poursuivis sur lui-même et sur scs ouvriers par M. Fort (de Lille).
- Bolide. — Nous avons eu nous-mêine, dimanche dernier, 5 novembre, l’occasion d’observer le passage d’un très-beau bolide. G’était à Choisy-le-Roi (Seine), et il était 8 h. 40 du soir (heure vérifiée à la gare du chemin de fer). Le ciel, presque pur, ne montrait qu’une légère traînée de nuages vers l’est, où la lune répandait une grande lumière. Les personnes que nous accompagnions et nous, nous fumes surpris tout à coup par une très-vive illumination, analogue à celle d’un éclair et dé couleur bleuâtre, éclipsant tout à fait l’éclat de la lune. Cherchant à appliquer les préceptes recommandés par M. Le Verrier nous nous tournâmes rapidement vers l’esL d’où venait la
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- LA NATURE.
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- lumière, et nous vîmes nettement un globe, gros en apparence comme le poing, s’ouvrir à la manière d’une balle à feu. Il se trouvait très-près de Oublié (a, de la grande Ourse) et derrière lui, sa trajectoire dirigée à peu près du sud au nord était tracée comme à la règle par un sillon lumineux absolument rectiligne et commençant tout près de la Chèvre (a du Cocher). Ce sillon s’élargissait progressivement vers le bolide et se dissipa peu à peu. Bien que son extinction nous parût lente, elle était déjà complète quand nos compagnons portèrent leurs regards sur la région du ciel que nous leur signalions. Nous n’avons pas entendu de bruit à la suite de l’explosion.
- Magnétisme. — Voici une très-jolie expérience réalisée par MM. le commandant Trêves et Durassicr et que M. Lu-mas répète devant l’Académie : on prend un aimant en fer à cheval et on le place à plat sur une table, de façon que ses pôles soient à un niveau un peu plus élevé que sa ligne neutre. L’aimant étant recouvert d’une feuille de I
- verre, on place sur celle-ci, et perpendiculairement à la ligne neutre, un petit barreau cylindrique en fer doux. Celui-ci, abandonné à lui-même, se met à rouler spontanément, remonte la pente et vient se fixer sur les pôles.
- Phylloxéra.—Nous ne ferons que mentionner une très-longue discussion soulevée par M. Bouillaud au sujet des ravages causés dans les Charentes par le phylloxéra. Le savant médecin ne paraît pas avoir rien apporté de nouveau à la question si intéressante qu’il a traitée, mais il a donné à M. Dumas l’occasion de faire une véritable conférence sur le fléau dont nos vignobles souffrent tant, et il faut désirer que l’illustre académicien conserve dans la rédaction qui paraîtra au Compte rendu la forme vivante qu’il a su donner à son improvisation. Un semblable résumé répandu parmi les vignerons ferait sans doute un bien plus heureux effet que les modestes rapports officiels auxquels on s’est borné jusqu’à présent.
- I Stamslas MeumtR.
- Nouvelles mitrailleuses expérimentées par les Anglais dans les Indes.
- LES MITRAILLEUSES AUX COLONIES
- L’emploi des mitrailleuses pour la guerre en pays sauvage paraît aujourd’hui généralement adopté. Ce sont les Russes qui l’ont indiqué les premiers. Lors de leur campagne de Khiva ils firent usage de deux mitrailleuses Gatling qui leur rendirent les plus grands services. En s’emparant de l’idée à leur tour, les Anglais l’ont réalisée sous des formes différentes. En attendant qu’ils trouvent un type qui satisfasse aux besoins des expéditions qui ont pour théâtre des pays privés de roules et couverts de broussailles, ils songent à utiliser les mitrailleuses dans l’Inde, en les faisant porter par des chameaux et des éléphants. Comme le fait remarquer le colonel Maxwell dans une brochure publiée dernièrement sous le titre de Camel Gun, les provinces du nord-ouest des Indes anglaises possèdent une très-jolie race de chameaux que l’on pourrait utiliser
- très-heureusement dans ce but. La supériorité des mitrailleuses fonctionnant de la sorle aurait deux avantages sur l’infanterie ordinaire : 1° une plus grande mobilité; 2° une plus grande rapidité de tir. Une mitrailleuse représente dans un combat, au point de vue du tir, la valeur de dix fantassins; sans tenir comple de sa supériorité sur l’infanterie comme effet moral, on peut dire que sa place ést marquée dans les colonies où les troupes européennes s’acclimatent difficilement et où elle permettra, nécessairement, de réduire dans des proportions notables les effectifs métropolitains. Notre gravure représente deux systèmes de mitrailleuses actuellement expérimentées par l’armée anglaise dans les Indes. R.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaxdier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° \ 81. _ 18 NOVEMBRE 1 876.
- LA NATURE.
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- UNE SÉPULTURE DE L’AGE DE UA PIERRE POLIE, EN ANJOU
- Au commencement de l’année 1875, stance fortuite lit de'couvrir dans la commune de Brézé, près Saumur, une sépulture remontant aux premiers temps de l’âge de la pierre polie et qui nous a paru présenter, à beaucoup d’égards, un intérêt exceptionnel. Nous devons à M. Joly-Leterme, architecte à Saumur, correspondant honoraire du Comité d’archéologie et auteur de la fouille, les renseignements qui nous ont permis de rédiger cette courte notice.
- Le mode d’inhumation était assez différent de ce qu’on rencontre habituellement à l’époque néolithique : une fosse avait été creusée dans la marne argileuse ; le fond en était formé par la couche de craie sous-jacente à la marne, et l’ouverture était bouchée par les dalles dont nous dirons un mot tout à l’heure. Cette fosse, irrégulièrement ovoïde, présentait 4 mètres de longueur sur lm,40 centimètres de largeur ’ moyenne ; sa profondeur était de O111,55 centimètres environ. Elle contenait des ossements disposés sans aucun ordre, parmi lesquels on a trouvé un crâne en bon état1, différents os longs, des vertèbres, des os iliaques, etc. Avec les os se trouvaient divers objets en silex, en corne de cerf ou en terre, tout à fait caractéristiques de la période de la pierre polie.
- Les instruments en silex ne sont point réellement polis, mais ils portent, pour la plupart, des retouches assez fines qui ne peuvent laisser aucun doute sur l’âge néolithique de ces instruments. Telle est, entre autres, la belle lame représentée ci-dessus environ au quart de sa grandeur] (fig. 1) et qui mesure plus de 27 centimètres de long et 5 centimètres et demi dans sa plus grande largeur A, B ;
- une circon- | les bords en
- Fig. 1, — Lame de silex.
- 1 Le crâne provenant de cette fouille et différents os du squelette , se trouvent aujourd’hui au Muséum ; ils ont été donnés par M. Joly
- Fig. 2. — Vases en terre trouvés dans la sépulture de Brézé.
- sont finement retaillés en forme de scie tels sont encore une fort belle pointe de flèche, quelques couteaux et quelques grattoirs. Mais à côté de ces instruments , qui dénotent une assez grande habileté dans le travail du silex, on en a rencontré un grand nombre simplement taillés, ou portant les traces de retouches fort grossières. Un seul instrument en pierre était véritablement poli : c’est une petite hache, non point en silex, mais en pierre verdâtre, assez dure et qui pourrait bien être une diorite. Ce petit instrument présente la plus grande ressemblance avec les amulettes qu’on rencontre si fréquemment dans les dolmens, avec cette différence toutefois qu’elle n’offre point de trou à l’extrémité opposée au tranchant.
- Les instruments en bois de cerf étaient peu nombreux et avaient dû servir d’emmanchures, peut-être même de marteaux ; ils présentaient vers leur milieu une perforation d’environ 27 millimètres sur 19.
- Les vases en terre, dont un certain nombre étaient entiers, ne sont pas les objets les moins intéressants de cette découverte. Ils étaient tous placés, dans la fosse, Couverture en bas, dans une position plus ou moins oblique. La pâte en est assez line, pour l’époque, et dans les fragments on ne voit pas ces débris de calcaire ou de coquilles qu’on employait si souvent à cette période pour donner du corps à la masse. Mais la confection en est tout à fuit primitive et assurément on n’a pas fait usage, pour leur fabrication, du tour à potier. Les surfaces interne et externe sont d’un brun grisâtre : elles ne présentent point la couleur rougeât re des poteries qui ont été plus ou moins cuites; il est fort probable qu’elles ont été simplement sé-
- 4e année.
- ?e semoslre.
- ehées au soleil. L’intérieur de la pâte est noire et
- or,
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- LA NATUil K.
- rappelle, d’après M. Joly, les poteries que les femmes arabes emploient dans les douars pour préparer le couscous; ces dernières poteries ne sont point cuites avant.de s’en servir.
- Les vases trouvés à Brézé portent presque tous l’empreinte des doigts ; la forme en est très-grossière et l’épaisseur des parois très-irrégulière ; il n’en est aucun qui présente en haut, un véritable rebord ou un ornement quelconque. Les uns, les plus primitifs, offrent à peine un léger rétrécissement à la partie inférieure; on ne remarque sur leurs parois aucune trace d’anses ou d’ornementation; la forme en est peu symétrique. Les autres, dont la figure 2 donne l’aspect au quart d’exécution, présentent une forme plus élégante; le rétrécissement est bien marqué en bas, et en ou Ire on remarque vers la partie supérieure, de petites protu-
- I
- Fig. 5. — Dessins creusés sur les dalles de la sépulture.
- bérances, au nombre de deux ou de quatre, qui ne sont autre chose que des anses rudimentaires et qui pouvaient servir à suspendre l’instrument*.
- Sur un troisième type de vase, qui ne porte non plus aucune ornementation, on voit, d’un côté, une anse unique assez volumineuse, mais très-grossièrement façonnée. Ce dernier vase, d’une facture extrêmement rudimentaire, présente une forme peu commune : c’est une espèce de bol sans fond qui offre quelque analogie avec les lampes de schiste dont se servent les Esquimaux, mais celles-ci sont moins profondes et la forme, au lieu d’être irrégulièrement circulaire, en est elliptique.
- Tels sont, en quelques mots, les différents objets que renfermait la fosse; les instruments en silex, ceux en bois de cerf, aussi bien que les poteries, tout démontre que la sépulture de Brézé devait remonter aux premiers temps de l’époque néolithique. Cette sépulture nous a présenté un mode rare, peut-être unique, d’inhumation, ( es instruments enfouis avec les cadavres offrent assurément un grand inté^
- rêt : on ne rencontre pas souvent des lames de silex de plus de 27 centimètres de longueur, et les types de poteries trouvés à Brézé sont d’une assez grande rareté. Mais cette fouille est encore intéressante par un autre côté; nous voulons parler des dalles en calcaire qui recouvraient la fosse et auxquelles nous avons déjà fait allusion. Ces pierres plates présentaient un côté brut, celui en rapport avec la terre meuble qui recouvrait la sépulture, et un côté travaillé, directement en contact avec les objets contenus dans l’excavation. Le travail, sur ce côté, consistait en dessins grossièrement gravés en creux et représentant des figures plus ou moins géométriques, comme des croix, des triangles, etc. (fig. 5). Bien de semblable, que je sache, n’avait été signalé jusqu’à ce
- jour-
- C’est une découverte nouvelle à joindre à toutes celles qui se sont déjà succédé si rapidement sur tous les points de notre territoire. On ne peut plus douter aujourd’hui de l’existence, dès le début de l’âge de la pierre polie, de populations nombreuses répandues sur tous les points de la France. L’homme de cette époque savait confectionner, outre ses outils en silex, des poteries dont nous venons de voir des échantillons bkm rudimentaires.
- Si, à Brézé, l’homme de l’époque néolithique n’ornementait pas encore ses vases en terre, comme il le fit un peu plus tard, il n’en possédait pas moins ce sentiment artistique que nous rencontrons jusque chez les peuplades les plus primitives, ainsi que nous le montrent les pierres qui recouvraient la sépulture dont nous venons de parler.
- l)r Yerneaü.
- DES VINS COLORÉS PAR LA FUCHSINE
- (Suite et fin. — Vov. p. 574.)
- J’ai eu plus d’une occasion de reconnaître la grande habileté des employés chargés du service des dégustations, mais on comprend sans peine que des difficultés peuvent se présenter qu’on 11e peut résoudre à Laide des seules propriétés organoleptiques. Dans ma pensée, pour ce qui se rattache à la coloration artificielle et à d’autres questions que je n’ai point à examiner ici, l'intervention journalière d'un chimiste expérimenté me paraît indispensable. Aujourd’hui que le service de la dégustation est centralisé à la Préfecture, cette indispensable intervention est très-facile à instituer, et par elle les colorations artificielles des vins cesseront.
- 11 existe des moyens très-faciles à mettre en œuvre pour reconnaître la coloration artificielle des vins. M. Gautier vient de publier un excellent travail sur ce sujet. Pour ce qui est de la coloration par la fuchsine, j’ai cru 11e pouvoir rien mieux faire que de prier M. Ch. Girard, qui connaît à fond toutes les questions se rapportant aux matières colorantes dérivées de la bouille, de bien vouloir me rédiger la notice qui suit.
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- LA NATURE.
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- Voici la note qui m’a été remise par M. Girard :
- « Plusieurs procédés ont déjà été indiqués pour rechercher les matières tinctoriales servant à colorer les vins. Je ne rappellerai ici que les deux principaux, celui indiqué par M. Falières et ce même procédé modifié par M. E. Ritter, celui que je propose n’étant, du reste, qu’une modification de ces mêmes procédés.
- Le procédé de M. Falières1 consiste à traiter les vins suspects par l’ammoniaque en excès puis par l’éther ordinaire, on agite, décante,verse dans la solution quelques gouttes d’acide acétique, la coloration de l’éther indique’si le vin contient de la fuchsine.
- Le procédé de M. Falières modifié par M. Ritter2 consiste à éliminer d’abord en partie l’alcool contenu dans le vin puis à saturer par l’anunoniaque en excès, agiter avec l’éther, décanter et évaporer ces dernier en présence du fil de laine ou de soie; si le vin renferme de la fuchsine, ces derniers restent teints.
- Ces procédés donnent d’excellents résultats lorsque les vins ont été colorés avec des sels de rosani-line presque purs. Il n’en est pas de même lorsqu’on a affaire à un mélange provenant des résidus de la fabrication de la rosaniline, résidus renfermant de la mauvaniline et de la chrysotoluidine, et connus dans le commerce sous le nom de grenat. On emploie également la safranine, le brun d’aniline, etc. La base de la safranine est presque complètement insoluble dans l’éther ordinaire; cette propriété est du reste partagée par la plupart des autres matières colorantes dérivées de l’aniline : c’est pourquoi les auteurs des divers procédés recommandent de chauffer les vins suspects en présence d’un excès d’ammoniaque, leurs bases étant légèrement solubles dans un excès d’alcali.
- J’ai obtenu des résultats beaucoup plus nets en employant l’éther acétique à la place d’éther ordinaire, les bases de la plupart des matières colorantes provenant de l’aniline se dissolvant plus facilement et en plus grande quantité dans l’éther acétique que dans l’éther ordinaire. L’emploi de l’éther acétique présente en outre moins de danger; il s'enflamme moins facilement, il permet enfin de supprimer, dans presque tous les cas, la saturation par l’acide acétique, etc.
- L’alcool amylique pur, que l’on trouve actuellement avec facilité dans le commerce, peut être employé avantageusement dans les essais préliminaires et rapides pour rechercher les matières colorantes dérivées de la houille; son emploi dans des recherches définitives présente plus de difficultés que l’éther acétique. Son point d’ébullition étant relativement assez élevé, il est difficile d’obtenir une bonne teinture et de garder vers soi un échantillon de tissu teint; il faut ajouter de l’eau et faire bouillir un certain temps.pour entraîner l’alcool amy-
- 1 Journal d’agriculture pratique, n° 30; 27 juillet 187G,
- ’J Des vins colorés par la fuchsine. E. Ritter. — Rorger-Levrault et Cio, éditeurs.
- lique, enfin teindre en évaporant l’eau presque à sec. On devra donc se contenter de la coloration que prend l’alcool amylique avec les matières colorantes de la houille.
- Le procédé qui m’a donné les résultats les plus constants consiste à prendre 150 centimètres cubes de vin suspect et à les saturer par un léger excès d’eau de baryte, ou avec une solution aqueuse de potasse ou de soude, de manière à rendre la liqueur complètement alcaline. La nuance du précipité obtenu avec l’eau de baryte peut, jusqu’à un certain point, fournir un indice sur les matières colorantes autres que l’aniline employées à colorer les vins, campêche. cochenille, etc. (voy. le travail de M. Gautier)l; puis j’ajoute 25 à 30 centimètres cubes d’éther acétique ou d’alcool amylique, j’agite et laisse reposer; je décante l’éther, ou l’alcool amylique filtré, et j’évapore rapidement en présence d’un fil de laine ou d’un mouchet de soie composé de quelques fils de soie (trois ou quatre au plus).
- La liqueur-éthérée ou l’alcool amylique prend le plus souvent une coloration plus ou moins rosée, surtout si l'on n’a pas ajouté au vin un trop grand excès d’alcali. Cette coloration, très-sensible surtout avec l’alcool amylique, s’aperçoit très-aisément en regardant la surface de séparation du vin et du liquide ajouté sous une faible incidence.
- Le passage de la solution éthérée à travers un papier à filtre a pour but d’enlever toutes traces de liqueur mère aqueuse qui pourrait masquer ou modifier la teinte déposée sur le tissu.
- La rosaniline se décolore et donne une nuance feuille-morte, l’eau en excès ramène la couleur primitive. La safranine passe, dans les mêmes conditions, au violet, au bleu foncé, et enfin au vert clair. En ajoutant peu à peu de l’eau, les mêmes phénomènes de coloration se reproduisent en sens inverse, bien entendu; enfin, une plus grande quantité d’eau régénère la couleur primitive.
- La safranine et quelques autres matières colorantes dérivées du goudron ayant peu d’affinité pour la laine, il est bon de faire les essais de teinture ; 1° avec la laine; 2° avec la soie.
- Les violets solubles à l’eau donnent, par le même réactif, une coloration bleu verdâtre, puis jaune ; l’eau en excès donne une solution violette.
- La mauvaniline fournit, avec l’acide chlorhydrique, une nuance d’abord bleu-indigo, puis jaune, plus feuille-morte que celle produite avec la rosaniline; l’eau en excès fait virer la solution au violet-rouge.
- La chrysotoluidine ne se décolore que très-peu par l’acide chlorhydrique; pour la caractériser, il suffit de faire bouillir la solution ou le tissu teint avec un peu de tuthie ou poudre de zinc ; les bases donnent des leucodérivés incolores, tandis que celui produit par la chrysotoluidine reparaît au contact de l’air.
- 1 Gautier, Bulletin de Iti Société chimique, l. XXV, p. 45j,
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- LA NATLHL.
- Lebrun d’aniline (brun de phénylène-diamine) se fixe direclement sur le tissu avec une couleur jaune-rouge; au contact de l’air, ou avec quelques gouttes d’acide chlorhydrique étendu, la nuance vire au brun, rouge foncé. La solution acétique un peu concentrée teint également en brun-rouge; en solution étendue, la nuance qui se fixe est brun jaune.
- Enfin ajoutons, en terminant, que pour distinguer la rosanilinc et autres similaires d’avec la cochenille, il suffira de verser quelques gouttes d’hyposulfite de soude ; les sels de rosanilme sont entièrement décolorés, tandis que la teinte rose de la cochenille n’est détruite que très-lentement. »
- Dr Bouchardat.
- LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE
- DE MADRID.
- On n’a pas oublié qu’au congrès de géographie, le représentant de l’Espagne fût le colonel Cocllo, bien connu par ses nombreuses publications cartographiques. Il conçut à ce moment le projet de doter l’Espagne d’une société de géographie. C’était vraiment une anomalie singulière de voir un pays qui engendra tant de découvreurs, d’explorateurs et de conquistadores fameux, ne pas posséder de centre où pussent se réunir tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la géographie. L’idée de M. Goello lut accueillie avec sympathie par un certain nombre d’Espagnols distingués dans les lettres, les sciences ou la politique; elle reçut l’appui du gouvernement et une junte préparatoire se réunit le 26 janvier 1876, sous la présidence du ministre du Progrès (Fomento), le comte de Toreno. Là M. Coello exposa ses idées et déclara qu’il regrettait vivement de n’avoir pas vu jusqu’à ce jour s’établir une société de géographie en Espagne, alors que l’Europe en possédait trente-deux, qu’il venait de s’en créer en Roumanie et en Égypte, enfin qu’il s’en organisait une en Portugal. Les réunions se succédèrent, on décida la fondation delà Société, on discuta son règlement, on choisit à l’élection une commission centrale de 32 membres, on élut pour président un ancien ministre, l’illustre Fcrnan Caballero, des Académies d’histoire et des sciences morales et politiques, pour vice-président le colonel Goello de 1 Academie d histoire; pour membres honoraires don Bernavides et le comte de Toreno, qui avait contribué à la création de la Société; pour membre correspondant, et c’est le seul, M. Vivien de Saint-Martin, le savant géographe français. La première séance ordinaire eut lieu le 8 a\ril 1876 et l’on y décida la publication d’une collection géographique et d’un bulletin qui devait contenir des mémoires étendus, des analyses d’ouvrages, des articles nécrologiques, des mélanges, les actes de la Société et un bulletin bibliographique. Le premier numéro de cette tres-intéres-sanle publication, que nous venons de recevoir, ren-
- ferme, outre le procès-verbal des séances de la junte organisatrice, celui des deux premières séances ordinaires, la liste des membres fondateurs et un très-important, Mémoire sur le système que la Société compte suivre pour la reproduction, par des signes conventionnels, manquant à l’alphabet espagnol, de la prononciation des noms étrangers. En môme temps, certains signes spéciaux sont choisis pour rendre graphiquement divers accidents du sol, c’est ainsi que les fleuves desséchés auront leur représentation spéciale, que les montagnes, outre les hachures ordinaires, porteront des courbes de niveau avec l’altitude en mètres ; les mers et les lacs auront aussi des courbes de profondeur, sauf cependant lorsqu’on reproduira d’anciennes cartes. Quant au méridien adopté, c’est celui de l’île de Fer, et cependant celui de Madrid sera également porté sur les cartes publiées par la Société de géographie. Afin qu’on ne puisse se méprendre sur l’importance de cette réforme, qui sera la base et l’unification des publications de la Société, une carte où est appliquée le système adopté est jointe au premier Bulletin.
- Nous nous hâtons de dire que nous approuvons hautement la pensée qui a présidé à cet important travail : la Société de Madrid ne tardera pas à en recueillir les fruits. Au nombre des membres, nous avons rencontré des professeurs, des ingénieurs, des topographes, des astronomes, des officiers des armées de terre et de mer, des publicistes, des membres du haut clergé, enfin l’élite de la société espagnole. Avec de tels éléments de vie et de prospérité, nul doute que tous les vœux que nous pouvons faire pour le progrès de la Sociélé de géographie de Madrid soient bien vite exaucés, et c’est avec bonheur que nous enregistrerons le succès de notre émule madrilène. Les luttes courtoises de la science tournent au profit général et c’est sur ce terrain que nous aimons à nous rencontrer avec une nation à laquelle nous rattachent tant de liens de sympathie et d’affinité de race. Gabriel Marcel.
- JAMES LICK
- Nous apprenons par les journaux américains la mort de James Lick, dont le nom peu connu de ce côté de l'Atlantique, est digne de figurer au premier rang, parmi ceux des plus ardents apôtres de la science et des plus grands bienfaiteurs de l’humanité. James Lick, dont les fondations philanthropiques et scientifiques perpétueront la mémoire, est mort récemment à San Francisco, à l’àge de quatre-vingts ans. L’une des clauses du testament de cet homme de bien, dont la lortune était immense, attribue une somme de 5 500 000 trancs (700 000 dollars) à l’établissement d’un grand observatoire.
- Le Bulletin international nous apprend que M. Floyd, chargé de l’exécution du testament astronomique de James Lick, va prendre toutes les mesures nécessaires pour arriver à la constitution d’un grand observatoire californien
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- LA NATURE.
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- quelques lieues de Londres, et le Kensington’s Muséum. Ce dernier établissement situé dans la capitale même, renferme indépendamment d’une riche collection d’objets artistiques, tout ce que la nature peut offrir de produits naturels et manufacturés. Dans le jardin de Kew, les richesses végétales y sont exclusivement représentées, mais sous toutes les
- LE RAFFLESIA ET LE WELW1TSCH1A
- Parmi les curiosités scientifiques les plus remarquables, que le touriste ou le voyageur avide de connaître ne manque jamais de visiter quand il se rend en Angleterre est le Kew’s Garde», situé à
- Fleur de Rafflesia. (Grandeur naturelle : t mètre de diamètre.)
- ormes et avec un luxe dont nous n’avons pas conscience. Des parterrres splendidement dessinés et ornés, des gazons sans pareils qu’entretient toujours verts une atmosphère constamment humide, laquelle favorise également la végétation de nombreux arbres exotiques, qui se refusent à croître sous le climat parisien. Les serres immenses, ainsi que l’herbier considérable que Kew renferme, sont universellement connus, et les Musées pratiques contenant des pro-
- duits végétaux sont du plus grand intérêt. Dans l’un d’eux (Muséum nü 3) occupés par des spécimens de tous les bois connus, deux curiosités arrêtent le spectateur. Ce sont le Welwitschia mirabilis (dont on peut voir des exemplaires à notre Muséum de Paris), et une reproduction en cire du Rafflesia Arnoldi (représenté dans le même établissement par une peinture).
- L’étonnante fleur que reproduit ce modèle a été
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- découverte il y a à peu près GO ans dans une jongle, à Uîle de Sumatra par un naturel qui accompagnait le Dr J. Arnold, sur les bords de la rivière du Manna, dans la province de Bencoulen, là où la végétation est d’une luxuriance inouïe; mais aussi où les émanations qui se dégagent des rives, toujours couvertes d’une brume épaisse, rendent le séjour funeste aux voyageurs qui se hasardent dans ces parages. Ce naturaliste fut émerveillé de cette rencontre, il en fit le dessin sur place et conserva dans l’alcool les portions du végétal qu’il avait divisé. Mais la mort 11e tarda pas à atteindre cet intrépide voyageur, victime de son ardeur scientifique. Néanmoins les matériaux et les notes qu’il avait recueillis furent adressées à l’illustre Rob, Brown en Angleterre par St. Raffles, qui de son côté avait cherché à compléter les recherches d’Arnold. En souvenir de ce dernier, R. Brown donna le nom de Rafflesia à cette nouveauté botanique, et, en mémoire d’Arnold, il lui appliqua le nom spécifique d ’Arnoldi.
- Quelques années plus tard une seconde espèce fut retrouvée par le savant auteur de la Flore de Java, G. L. Blume, qui la découvrit dans cette lie même. L’enthousiasme de ce botaniste, lorsqu’il fut en présence de cette monstrueuse Heur, est en partie dépeint dans ses écrits et prouve qu’il fallait que la chose fut bien extraordinaire, pour exalter l’esprit scientifique d’un homme habitué à voir une végétation d’une richesse et d’une variété qui n’est égalée par aucun autre point du globe. C’est en parlant de ces îles de la Malaisie qu’un naturaliste disait que pendant le calme de la nuit, « on entendait les arbres pousser » et qu’on percevait distinctement le frôlement réciproque des feuilles et des rameaux en voie de développement. Sans vouloir attribuer plus de confiance qu’il n’en faut à ces récits merveilleux, on ne peut se dispenser de reconnaître que les voyageurs qui ont fréquenté ces contrées s’accordent tous quant aux peintures qu’ils en font.
- Dans une lettre toute récente d’un jeune savant, envoyé au printemps dernier par le Muséum dans la Malaisie, les impressions sont tout aussi en-tliousiastes que celles de scs prédécesseurs. Le Dr de la Savinière, animé d’un zèle scientifique bien rare, rehaussé par un excellent esprit d’observation, s’est courageusement engagé dans ces pays que l’Européen n’aborde toujours qu’avec défiance. Il entreprenait, le 5 juillet dernier, sa première exploration de File Célèbes, après avoir touché à Singapoore et à Java. Là, grâce à ses lettres de recommandation, à l’obligeance des consuls qui Font même accompagné dans quelques excursions, et aussi à ta sympathie qu’il inspira, il reçut l’accueil le plus flatteur pour notre pays et le plus encourageant pour son entreprise. M. de la Savinière pouvait-il descendre à Java sans visiter Buitenzorg et son jardin botanique dirigé par M. Scheffer, dont les connaissances étendues et l’obligeance sont bien connues? Évidemment non.
- Le jardin de Buitenzorg est tout simplement une merveille qui a suggéré l’expression suivante : « 11 suffit de s’embarquer, d’arriver à Buitenzorg, puis quand on aura visité ce jardin, de revenir chez soi. » Ce qui signifie qu’on ne verra nulle part une végétation semblable. Pour former ce jardin botanique, on a choisi un point admirablement situé, puis on a taillé et dessiné le jardin à même dans la forêt. Les arbres ont été ménagés selon les besoins ou les intentions, et les plantes ont été groupées dans un ordre plus conforme à la nature qu’aux exigences scientifiques. Les espèces parasites ou épi pli y tes couvrent des troncs d’arbres dans des attitudes différentes; les lianes étreignent des arbres gigantesques ou s’élancent, dirigées par la main de l’homme, eu traversant d’immenses espaces, vers des voûtes de verdure d’une hauteur prodigieuse. Toutes les productions végétales des tropiques se trouvent là avec un luxe inouï. Bienheureux le mortel qui peut, bravant ce climat dévorant, et oubliant un peu sa patrie, contempler à loisir ces splendeurs, dont nous n’avons dans nos serres que de bien pâles représentants ! Mais puisqu’il ne nous est pas permis de suivre M. de la Savinière dans ses pérégrinations, souhaiions-lui santé et succès, et revenons un peu aux Rafflesia, qu’une trop longue digression nous avait fait négliger. Toutefois il ne faut pas oublier que le pays parcouru par notre voyageur est la patrie des Rafflesia, et il n’est pas douteux qu’il rapporte sur ces curieuses plantes des renseignements et des matériaux nouveaux.
- Les espèces de llafflesiacées appartenant aux genres Brugmansia, Fr ostia, Apodanthes et Rafflesia, sont toutes des plantes parasites, comme le sont notre Gui et les Loranthus dont la grande majorité des espèces habitent les pays chauds. Cependant c’est sur les rameaux des arbres qu’on observe ceux-ci, tandis que c’est sur des racines que les Rafflé-siacées s’implantent.
- Entièrement privés de feuilles et de matière verte, ces singuliers végétaux toutefois sont pourvus d’écailles ou bractées qui cachent et enveloppent la fleur avant son épanouissement. On n’a jusqu’ici observé le Rafflesia Arnoldi et le R. Patma que sur les grosses racines qui courent à surface du sol, dans l’humus des forêts, de quelques espèces de Cissus, lianes atteignant une grande taille, et dont notre Vigne vierge, originaire de l’Amérique du Nord, peut nous donner une idée réduite.
- Un renflement qui se produit à la surface d’une racine et qui semble soulever l’écorce annonce la présence d’un Rafflesia. Bientôt l’écorce se fend et le bourgeon, que les peintures et le texte de la Flora Javæ, font ressembler à la pomme d’un gros chou cabus, s’ouvre et laisse voir cinq grands lobes qui vont s’étaler et s’enrouler légèrement sur les bords; puis un anneau circulaire entoure uue coupe profonde relevée au centre en un ovaire composé de nombreux carpelles plongés eux-mêmes dans une masse charnue du réceptacle relevée sur
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- ses bords; ce sont ces carpelles dont U extrémité stigmatique s’élève du centre du plateau comme autant de pointes et dont l’aspect à première vue rappelle une sorte de moule à gâteaux. Au-dessous de ces bords est ménagée une galerie circulaire et couverte qui abrite de nombreuses étamines sessiles, lesquelles s’ouvrent par un pore et ' laissent voir un pollen pulvérulent, dont on ne com- j prendrait pas le rôle fécondateur sans l’intervention ! des insectes. i
- En effet, on ne peut nier la participation des in- I sectes dans l’acte important de la reproduction chez ; les plantes, et surtout pour celles qui, comme les liafflesia, ont des fleurs incomplètement hermaphrodites; c’est-à-dire que certaines fleurs ont des ovaires parfaits avec des étamines mal conformées et réciproquement. D’ailleurs, l’organisation de la fleur fût-elle parfaite, il ne serait pas possible que situés tels qu’ils sont, les uns par rapport aux autres, les organes sexuels puissent avoir de connivence sans le secours d’un agent mécanique quelconque. 11 est donc indispensable, puisqu’ici le vent ne peut faciliter la fécondation, que ce soin soit confié à quelques-uns des nombreux insectes qui abondent dans ces régions tropicales. La nature, j qui ne fait rien à demi, et qui même dans ses ma- j nifestations en apparence les plus inutiles ou les plus désagréables, cache souvent, sinon toujours, un but, a permis que celte fleur répandît une odeur infecte, de matière en décomposition, dont les émanations sont rendues plus diffusibles sous une haute ; température. Or, de même que pour les fleurs de cer- ; taine Aristoloches, dont nous parlerons bientôt, et au- j près desquelles on a cru devoir, dans la classification, ! rapprocher les Rafflesiacées, la fécondation, si elle j ne s’opère pas par des mouches, ce qui n’est pas i inadmissible, pnisqu’Arnold a vu en s’approchant sortir une nuée d’insectes de la coupe de cette fleur, serait favorisée par certains coléoptères qui recherchent les matières en putréfaction ou toutefois celles qui en portent l’odeur, et, en cheminant dans diverses directions, leur corps chargés de quelques grains de pollen dérobés aux anthères, ont mille chances d’être portés aux nombreux stigmates qui émergent \ du plateau central. Les observations successives signalent à chaque instant des faits nouveaux à l’appui de cette théorie.
- La taille colossale de ces fleurs est ce qui tout d’abord a frappé les voyageurs ; le jR. Arnoldi, nommé à Sumatra Ambùn-Ambùn, est la plus grande espèce, elle atteint en moyenne 0m,80 à 1 mètre, et quelquefois plus, de diamètre. Chaque division du périanthe a 12 pouces anglais. La coupe récepticulaire a été mesurée par Arnold qui a constaté sur son spécimen qu’elle contenait 12 pintes, enfin que le poids total de cette fleur était de 15 livres....
- Le R. Patma de Java est un peu moins grand, il est connu dans cette île sous ce nom de Patma qui lui a été conservé par Blum. La couleur rouge-brique
- du périanthe, de la première espèce surtout, sou épaisseur et sa consistance charnue, ainsi que les taches plus pâles dont il est parsemé, donnent à celte fleur une apparence pulmonacée qui semble l’éloigner encore du règne végétal. La coupe et le plateau central, portant les étamines ainsi que les carpelles, sont d’un rouge sombre, enfin tout ce qui peut par le faciès et l’odeur rappeler la matière animale semble être réuni dans cette fleur, qui n’est même pas encadrée de verdure.
- Les efforts tentés en Hollande pour cultiver cette plante en serre, ont été infructueux, comme ils léseront souvent, sinon toujours, pour les plantes parasites dont on ne connaît pas encore suffisamment les mœurs. Cependant Teysmann, ancien directeur du Jardin de Buitenzorg, avait opéré si heureusement à Sumatra, il est vrai, qu’en insinuant quelques graines fort petites de Rafflesia dans l’écorce d’une racine de Cissus, il a réussi complètement. Ce n’est que plusieurs mois après ce semis que l’écorce se soulevant, s’est déchirée pour laisser passer de jeunes individus qui ont mis 3 mois pour arriver à leur complet développement.
- Un végétal aussi étrange, était bien fait pour inspirer à une population idolâtre ou au moins fort arriérée, des vertus imaginaires. Aussi les naturels considèrent-ils le R. Patma comme étant doué de la propriété d’annoocer une heureuse ou malheureuse délivrance pendant la parturition. Les prêtres javanais, à cet effet, plongent dans l’eau un bouton de la fleur et à la façon dont il entr’ouvre ses bractées, et dont il s’épanouit à la faveur du liquide, les augures prophétisent et proclament quel sera le sort de l’épouse et de sa progéniture. En général, le Patma est regardé comme l’emblème de la fécondité, et comme son tissu renferme une notable quantité de tannin, il est usité, associé à divers aromates, dans certains cas particuliers d’hémorrhagie.
- Si le Rafflesia a joui d’une célébrité méritée auprès du monde scientifique, c’est plutôt à ses dimensions extraordinaires peut-être qu’il la devait, qu’aux particularités de sa structure.
- Le Welwitschia\my n’a ni grandes fleurs, ni propriétés merveilleuses, il ne dégage aucune odeur et son port n’a l ien de gracieux, et cependant c’est dans l’acception du mot la plus retentissante découverte qu’on ait faite en botanique depuis longtemps. Ce végétal est si singulier, il est si réduit dans ses organes de végétation, qu’on dirait que la nature s’est arrêtée en chemin, lorsque cette plante est apparue, et qu’elle a oublié d’achever son œuvre.
- L’Afrique passe pour la terre classique des productions naturelles les plus extraordinaires. « Sem-per aliquid novi ex Africa provenire. » Le règne animal lui doit ses animaux les plus curieux et de la plus grande taille. C’est également en Afrique qu’ils sont le plus nombreux, quoique les végétaux y soient en moins grandes proportions que dans tout autre continent. Darwin, il y a 30 ans, aveç
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- celle sagacité qui caractérisait l'homme de génie, insistait sur ce point, et, après avoir relevé de nombreuses observations, il était arrivé à formuler « qu’il n’existe pour les mammifères aucun rapport immédiat entre la grosseur et le nombre des espèces et la quantité de la végétation dans les pays qu’ils habitent ».
- 11 serait trop long d’énumérer les végétaux intéressants de l’Afrique, mais on ne peut oublier le Baobab, les Eriodendron, etc., c’est-à-dire les plus gros arbres du globe.
- Le Welwitschia, s’il eut été un bel arbre ou une plante utile, aurait été depuis longtemps connu, mais, comme il croît dans les endroits les plus stériles, on s’explique qu’il n’ait été découvert que depuis une quinzaine d’années.
- Le I)r Welwitsch .voyageur naturaliste au compte du gouvernement portugais, rencontra le premier cet étrange végétal, et eu donna avis à M. Iloo-ker, directeur du Jardin de Kew. Peu de temps après, un des compagnons de Livingstone, qui accom-^ pagnait ce voyageur dans le Zambèse,
- Th.Baines, artiste distingué, signala cette plante dans la contrée de l)amnra,à 180 lieues du Cap Negro, entre le 24° et le 25" lat. sud. Il en fit une reproduction et l’envoya eu Angleterre avec des cônes de la plante, qui s’altérèrent en chemin et l’on ne sauva qu’un petit nombre de graines. Le I)r J. I). llooker se proposa sur-le-champ de publier cette plante si curieuse et il demanda à différents résidents dans ces parages, de se la procurer en bon état. Bientôt ce végétal, signalé à tous les voyageurs de la côte occidentale d’Afrique par le jardin de Kew, il s’ensuivit que cet établissement recevait en 1862 des échantillons en bon état, tant de M. Welwitsch que de deux autres correspondants. M. llooker reconnaissait dans un Mémoire
- splendidement illustré sur cette plante, qu’elle formait un genre nouveau de la petite famille des Gnetacées. Le sol sablonneux et des plus stériles donnait dans un espace restreint un nombre assez considérable de Wehvitschia, lesquels végétaient dans une terre dure et siliceuse associée à un peu d’oxide de fer; leurs racines pivotantes étaient si profondément enfouies dans le sol, qu'il fallait un
- temps fort long pour en déraciner un seul.
- L’apparence de la plante est celle d’un cône renversé dont l’extrémité fusiforme s’enfonce en terre, et le talon du cône porte deux feuilles énormes et d’une consistance qui rappelle le vieux cuir; puis au-dessus de ces deux feuilles, qui sont permanentes et qui ne tombent jamais, s’élèvent, sur les pieds adultes, des inflorescences qui sont disposées à peu près circulairemenl. Les individus de petite taille et surtout de germination font voi r ce si n gu 1 i er mode de développement qui est unique dans le règne végétal. Les deux cotylédons sortis après la germination de la graine, continuent à croître en longueur et en largeur suivant le dé-vedoppement de la tige. Celle-ci forme alors un plateau qui dépasse peu le niveau d’insertion des feuilles ; mais ce plateau avec l’àge avancé du Welwitschia arrive à se diviser en deux parties à peu près égales, et désormais cette tige semblera se creuser en son centre pour former un immense entonnoir qui peut atteindre sur des individus très-vieux plus d’un mètre de diamètre. L’exemplaire qui se trouvait lors de l’Exposition universelle de 1867 dans l’cxj osition du Portugal, était le plus colossal qu’on ait vu, il mesurait environ 1 mètre 50 centimètres en largeur. Sur les bords de ce plateau et un peu au-dessus des deux feuilles, est ménagé ordinairement un sinus qui bientôt eu voit un autre se lormer puis
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- Le Welwitschia, d’après la peinture exposée à rétablissement de Kiew.
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- un troisième, etc., qui s’éloignent toujours du I centre ; c’est, de cés dépressions circulaires que sortiront des bourgeons devant donner directement des fleurs et des fruits.
- Le tronc du Welwitschia mirabilis est ligneux, mais d’une consistance particulière, dure et feutrée, qui lui donne une grande résistance en même temps que de l’élasticité. D’ailleurs tout le tissu de cette plante (caractère qui semble appartenir à toutes les Gnetacées) est pénétré d’un élément particulier, qu’on retrouve dans quelques Aroïdées et d’autres plantes encore, et qui semble augmenter la résistance du tissu général. 11 consiste en une quantité de cellules rameuses à parois épaissies et granuleuses pénétrées d’oxalate de chaux et que n’aiment pas à rencontrer les instruments tranchants. Les feuilles, d’un vert sombre sur le vivant, sont d’une grande ténacité dans le sens de la longueur; mais on peut les diviser indéfiniment suivant leurs nervures, qui sont parallèles, ce qu’elles font au reste toutes seules dans la nature,-et l’on voit souvent de vieux pieds du Welwitschia n’avoir plus que des lanières pendantes de chaque côté et qui arrivent à se détruire peu à peu avec l’âge. Les deux faces de ces feuilles cotylédonnaires sont parsemées de stomates qui sont en lignes régulières et plongés dans un épiderme épais.
- Les inflorescences, verdâtres, sont en chatons à 4 angles formés d’écailles ou plutôt de bractées parfaitement imbriquées, lesquelles deviennent d’un beau rouge à la maturité. À l’aisselle de chaque bractée est une fleur hermaphrodite ou une fleur femelle. Dans les unes le périantbe est à 4 parties et le gynécée est formé de 6 étamines à anthères à 3 loges, et à filets réunis à la base; dans les autres le périantbe forme une outre comprimée à deux ailes. Au centre est le gynécée, formé d’un ovaire pour les uns, ou d’un ovule pour d’autres savants, et qui a la particularité, dans cette dernière manière d’envisager l’organe femelle, d’avoir un tégument’ considérablement développé et qui se termine en « processus styli-forme » dilaté au sommet en « exostome stigmati-forme (B, figure de la p. 392). Chaque graine est lenticulaire, comprimée et accompagnée de deux ailes membraneuses, elle contient un embryon à deux cotylédones, situé au sein d’un albumen oléagineux. I
- La place de cette plante dans le règne végétal n’aurait peut-etre pas été reconnue sans les fleurs, qui sont toujours le critérium important en matière de détermination. Rienne pouvait faire supposer tout d’abord que ce fut une Gnetacée. Des organes de végétation si étranges ne sont connus nulle part que dans cet exemple, et le Welwitschia restera longtemps encore un objet (Téfonnêtaent pour les naturalistes, Ce qu’il y a de particulier, c’est que ce végétal insolite appartient à une famille de plantes très-restreinte et qui semble s’éteindre; celui-ci est-il un dernier vestige d’une forme destinée à dis-
- paraître? En tout cas il est bien digne d’être antédiluvien. On ne pourra plus maintenant ignorer que les Gnetacées ont joué un rôle important pendant la période houillère : des travaux récents le prouvent et l’organisation des fruits silicifiés rencontrés dans ces terrains devront pour beaucoup d’entre eux être rattachés à cette famille, beaucoup plus peut-être qu’on ne le pense, quand on aura étudié et rattaché aux diverses espèces les rameaux qui s’y rapportent. J. Poisson.
- LES AVERTISSEMENTS MÉTÉOROLOGIQUES
- AGRICOLES L (Suite et fin. — Voy, p. 37G.)
- Le 1er mai 1876, dans la Haute-Vienne trente stations, dont l’altitude variait entre 225 et 461 mètres, recevaient les avertissements agricoles ; dans chacune d’elles on avait constitué une petite commission locale, composée de trois personnes, de service tour à tour, afin que les observations ne soient jamais interrompues : on avait placé, sur la façade de la mairie, un cadre destiné â recevoir : 1° le baromètre anéroïde donnant la pression atmosphérique au niveau de la mer; 2° des instructions imprimées relatives à l’emploi du baromètre ; 3° le bulletin d’observation sur lequel l’observateur de service inscrit, deux fois par jour au moins la hauteur observée ; 4U le télégramme adressé par la Commission météorologique; 5° l’indication du temps probable (fig. 1).
- Les instructions imprimées, placées à droite et à gauche du cadre, renferment, sous une forme simple et concise, ce que les agriculteurs ont besoin de savoir pour bien comprendre le sens du télégramme et les indications du baromètre, qui entre ainsi, comme l’horloge publique, dans l’usage quotidien de la vie ordinaire.
- Ces instructions ont été rédigées avec un très-grand soin par la Commission météorologique de la Haute-Vienne; elles font connaître que « ce n’est pas la position de l’aiguille qu’il faut consulter pour connaître le temps probable, mais la variation de l’aiguille depuis la veille ou le dernier déplacement opéré par l’observateur local » ; elles apprennent que « les changements de temps, dans nos régions, sont dus au passage de mouvements de l’air en forme
- 1 Après avoir exposé, dans notre précédente livraison, le plan général qui a présidé à la conception du service des avertissements météorologiques agricoles, nous publions aujourd’hui des documents très-précis sur les organisations qui viennent d’ètre réalisées dans plusieurs de nos départements. Nous espérons que ces documents seront de nature à faciliter partout ailleurs des organisations semblables, dont tout le monde comprend aujourd’hui l’importance.
- Nous adressons ici nos remercîments sincères aux présidents des Commissions météorologiques de la Haute-Vienne, de la Vienne, du Puy-de-Dôme, de l’Ailier, de l’Eure-ët-Loir, des llautes-Alpes, pour l’obligeance avec laquelle ils ont bien voulu faciliter'notre tâche, dans l’intérêt de la science.
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- de « tourbillons » dont les allures et les principaux caractères sont résumés succinctement, que « la pression de l’air, diminuant des bords au centre de ces tourbillons, le baromètre, véritable balance qui mesure la pression de l’air, doit baisser à mesure que le centre approche et doit monter à mesure qu’il s’éloigne, etc. »
- Elles expliquent enfin le sens qu’il faut attacher aux mouvements du baromètre dont la baisse annonce le mauvais temps, et la hausse, le retour du beau temps; donnent des indications précises et à la portée de tout le monde, sur la durée et l’intensité du mauvais temps et sur les signes du temps.
- Cette petite instruction pratique aura la plus heureuse influence pour combattre les préjugés, répandre des notions saines et justes sur ce qu’il est indispensable de connaître en météorologie ; on y trouve par exemple, imprimée en caractères italiques, cette Règle générale dont l’observation sans idée préconçue des phénomènes naturels, démontre bien vile l’exactitude :
- « Quand le baromètre monte, la température s'abaisse; quand il baisse, elle s'élève. »
- L’idée de placer à la porte des mairies le cadre météorologique destiné à recevoir le baromètre, les instructions pratiques et le télégramme quotidien du temps.probable, cadre qui forme le pendant de celui qui contient les actes de l’état civil, est heureuse et féconde ; elle fera bientôt comprendre partout les avantages que le public doit tirer des études météorologiques, qui rendent de si grands services depuis qu’on les a décentralisées et mises à la portée de ceux qui sont appelés à en profiter.
- Les cadres météorologiques affichés dans les stations agricoles de la Haute-Vienne reviennent à 20 francs environ avec les instruments : l’établissement de chaque station agricole qui reçoit les avertissements et envoie en échange les observations barométriques et pluviométriques ne revient pas à 00 francs.
- Indépendamment de ces stations cantonales élémentaires, la Commission météorologique a fait établir six stations plus complètes munies : d’un excellent baromètre, système Fortin, construit par Alvergniat, de thermomètres fronde, à maxima et minima, avec cadre d’exposition en laiton, et de pluviomètres; le prix total de l’outillage de ces stations n’atteint pas 150 francs. Leurs observations servent de points de repère pour régler les baromètres anéroïdes des cantons.
- Voici maintenant comment fonctionne le service. Chaque jour, à midi, l’Observatoire de Paris envoie un télégramme qui fait connaître la situation générale du temps en Europe, les hauteurs barométriques réduites au niveau de la mer, à l’aide desquelles on peut suivre la marche des tempêtes, et l’indication du temps probable. Ce télégramme est adressé au préfet.
- Voici, comme exemple, le télégramme envoyé le l4,1’ mai pour l’inauguration du service ;
- Observatoire de Paris à Préfet de la Haute-Vienne (Limoges), à Préfet de la Vienne (Poitiers).
- Pression 755 Copenhague.
- — 760 Christiansund,Cherbourg,Biarritz, Florence.
- — 765 Thursoe, Valencia, Madrid.
- La dépression, dont le centre était resté hier à l’entrée de la Manche, a traversé le nord de la France et s’étend de l’Alsace au Danemark. Les vents d’entre sud et ouest persistent sur le nord-ouest de la France, tendant à tourner au nord. Le froid et la pluie vont continuer.
- Avec ces données, les Commissions météorologiques de Limoges et de Poitiers ont pu construire la Carte du temps pour le Ier mai, ainsi que les courbes d’égale pression barométrique qui se sont trouvées d’accord avec celles du Bulletin international de l’Observatoire, reçu par la poste le lendemain.
- A l’aide de cette carte, des conclusions générales ajoutées par l’Observatoire, et des observations faites dans le département, les Commissions météorologiques ont rédigé les avertissements transmis immédiatement par le télégraphe aux observateurs cantonaux. Ceux-ci ont affiché le télégramme à la mairie, dans le cadre ad hoc, où il est resté jusqu’à l’arrivée du télégramme du lendemain, qui l’a rem placé.
- Dans la Haute-Vienne, les observateurs en retirant le télégramme de la veille, indiquent au dos « le temps qu’il a fait » et ces originaux, renvoyés à la fin du mois à la Commission, et classés dans ses Archives, les mettent à même de comparer ses prévisions avec l’événement, et d’acquérir par cette comparaison l’expérience qui, si elle fait défaut au début, se fortifiera de jour en jour par la pratique.
- Les observateurs cantonaux inscrivent, en outre, chaque matin et chaque soir, la hauteur barométrique observée sur la feuille d’observation placée au bas du cadre, de sorte que les personnes qui vont consulter la dépêche, savent en regardant le baromètre, s’il a monté ou baissé depuis la dernière observation, et quelle est la grandeur de cette variation qui constitue le principal élément d’information pour la prévision du temps. Ces bulletins d’observation, qui durent une semaine, sont eux-mêmes transmis à la Commission ainsi que les feuilles d’observations pluviométriques, et servent de base à ses travaux.
- C'est dans le département de la Haute-Vienne que, grâce à l’activité déployée par M. Hébert, l’organisation a été d’abord la plus complète. Mais chaque commission météorologique, tout en se conformant au plan général, a adopté pour l’application, des dispositions de détail différentes.
- Dans la Vienne, M. de Touchimbert a pu également organiser le service dès le 1er mai. Animé d’un ardent désir d’être utile à son pays, en servant à la fois les intérêts de l’agriculture et ceux de la science, il n’a rien négligé pour communiquer l’entrain aux observateurs et pour obtenir d’eux une collaboration sérieuse et dévouée. Dès que la dé-| pêche de l’Observatoire lui parvient chaque jour, î M. de Touchimbert trace sur la carte d’Europe les
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- courbes d’égale pression barométrique (isobares) qui donnent la [caractéristique du temps, fait afficher cette carte à côté du baromètre dans les cadres placés à la mairie et au palais de justice, à Poitiers, et rédige la dépêche météorologique pour les cantons.
- Nous donnons (fig. 2) le modèie de ces cadres en usage à Poitiers.
- L’initiative, prise par M. de Touehimbert, de publier chaque jour, en manuscrit, la carte du temps du matin, est des plus heureuses; elle habitue le public à interpréter et à mieux comprendre les télégrammes de l’Obscrva-. toire; nous espérons que Paris ne restera pas plus longtemps, sous ce rapport, en arrière de la province, et que bientôt des cadres météorologiques affichés dans nos principaux monuments, mettront le public de la capitale à même de lire, vers une heure hic l’après midi, la carte du temps qu’on ne reçoit à domicile par la poste qu’à huit heures du soir, c’est-à-dire beaucoup trop tard pour en profiter. Actuellement vingt-huit stations reçoivent chaque jour les avertissements agricoles dans la Vienne; leurs cadres ne contiennent pas la carte du temps du jour, que les observateurs cantonaux ne savent pas tracer ; ce document est remplacé par une inslruction imprimée sur l’usage du baromètre, sur la manière d’interpréter ses indications et sur les signes du temps ; cette instruction, différente de celle de la Haute-Vienne, met
- Fig. 1. — Boite d'affichage des avertissements météorologiques du département de la Haute-Vienne.
- Elévation
- lüiiap
- ImSMS8«l
- Fig. 2.
- campagnes. Les correspondants cantonaux de la Commission météorologique, sont des instituteurs, des
- pharmaciens, des professeurs , des agents voyers, des propriétaires qui prêtent leur concours, avec une grande bonne volonté, à ce nouveau service. Chaque jour ils observent le baromètre, les températures maxima et mi-nima et la pluie tombée : ils envoient eu fin de mois au président de la Commission une feuille d’observations et une courbe barométrique. La comparaison de toutes ces courbes avec celles du chef-lieu permet de s’assurer si les baromètres cantonaux sont bien réglés, et de rectifier, aubesoiu, leurs indications; celte constatation, dont le résultat leur est notifié, oblige les observateurs à faire connaissance avec leur baromètre et à se bien pénétrer des avantages que sa lecture peut leur fournir, de concert avec la dépêche.
- Dans le département du Puy-de-Dôme, le service des avertissements agricoles a commencé le 15 juin. Fort de l’expérience de ses collègues qui avaient eu à surmonter les premières difficutés, M. Alluard l’a organisé de la manière la plus heureuse. L’observatoire érigé au sommet du Puy-de-Dôme lui rend les plus grands services pour la rédaction de ses avertissements, et le modèle qu’il a adopté pour les cadres d’affichage est incontestablement le meilleur. En voici les principales dispositions que la figure 3 reproduit
- Coupe
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- Boîte d’affichage des avertissements météorologiques du département de la Vienne.
- à la portée de tous, les notions météorologiques usuelles qu’il est le plus utile de répandre dans les
- très-exactement. 11 y a, comme dans laHaute-Vienne, trois compartiments : celui de gauche est affecté à
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- l’instruction sur l’usage et les indications du baromètre, car partout on a compris la nécessité de vulgariser ces notions et d’y initier la masse du public, auquel il est essentiel de faire abandonner la lecture des prédictions prophétiques plus ou moins absurdes qui circulent en France et en Algérie; au centre se trouvent le baromètre, la dépêche relative au temps probable et la carte rédigée le jour meme, comme à Poitiers, d’après les hauteurs barométriques d’Europe, télégraphiées par l’Observatoire de Paris.
- L’innovation introduite par M. Alluard consiste dans la portion de droite du cadre qui contient, en gros caractères, pour la station météorologique de Ra-banesse, près de Clermont Ferrand, et pour l’observatoire du sommet du Puy-de-Dôme :
- 1° la pression de Pair à midi pour le jour et la veille, avec la hausse ou la baisse; 2° les températures maxima et minima; 5° le vent dominant et les vitesses maxima et minima exprimées en nombre de mètres parcourus par seconde;
- 4° la pluie tombée en vingt-quatre heures cl la mesure de l’humidité ;
- 5" les remarques générales1. La comparaison quotidienne de ces résultats donnés par une station en plaine et une station en montagne est des plus instructives, car on sait que le vent qui
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- Fis. 3.
- Boite d’aflîclmgc des avertissements météorologiques du département du Puy-de-Dôme.
- souffle à la surface de la terre est celui qui soufflait auparavant dans les couches supérieures de l’atmosphère.
- Les avertissements agricoles sont envoyés chaque jour à quinze stations dans le Puy-de-Dôme ; la station de la montagne, où se trouvent des appareils enregistreurs, permettant de suivre à chaque
- 1 Yoy. la Nature, p. 235,
- instant les moindres variations do la pression atmosphérique, de la température, de l’état hygrométrique, de la force et de la direction du vent, offre une
- ressource d’autant plus précieuse pour les avertissements agricoles, que la partie occidentale du département, dont l’altitude varie entre 700 et 1000 mètres, a un climat très-différent de celui de la partie orien-tde, qui comprend le bassin de l’Ailier (la Limagne), dont l’altitude est comprise entre 500 et 500 mètres.
- L’existence de ces deux climats distincts et simultanés crée des difficultés que l’on n’aurait pu vaincre sans l’observatoire du Puy-de-Dôme dont nous avons déjà donné la description. Les premiers résultats ayant été satisfaisants, M. Alluard se propose d’étendre les avertissements météorologiques à la -majeure partie des communes du département. Pour les stations autres que Clermont, qui ne peuvent avoir la carte du temps publiée en manuscrit au chef-lieu, cette partie du cadre contient la dépêche de la veiPe, et en la comparant avec celle du jour, qui se trouve au-dessus du baromètre, on peut se rendre compte, jusqu’à un certain point, de la marche des centres de dépression qui amèneront le mauvais temps ou du déplacement des zones de fortes pressions dont la présence coïncide avec le beau temps.
- Ajoutons enfin que les trois journaux de Clermont-Ferrand envoient chaque jour, vers deux heures du soir, copier la dépêche et le bulletin météorologique du jour, et qu’ils les publient le soir même vers quatre ou cinq heures, de manière que, le lendemain au plus tard, tout le département eu a connaissance.
- Après le Puy-de-Dôme, c’est l’Ailier qui est entré
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- dans la-voie des avertissements agricoles. Là encore, la Commission météorologique a eu la bonne fortune d’avoir à sa tête un homme d’initiative et de progrès, M. de Pons, conservaient' des forêts, qui, le premier en France, a fait faire sur une grande échelle les reboisements en montagne, et qui était ainsi parfaitement en mesure d’apprécier les services pratiques que la science, judicieusement mise en usage, peut rendre aux populations.
- Sous son impulsion, la Commission météorologique de l’Ailier produit d’excellents travaux et de sérieuses observations ; ses publications sont empreintes d’un esprit éclairé et ont beaucoup contribué à vulgariser la météorologie dans le département. Elle a commencé le service des avertissements météorologiques le 25 août ; la dépêche du temps probable a été expédiée ce jour-là dans dix stations; le nombre en est actuellement de quatorze et va s’augmenter. Les baromètres agricoles, construits par M. Redier, sont munis d’un double limbe, de manière à donner à la fois la pression barométrique réelle de la station et la pression réduite au niveau de la mer, qui sert de terme commun de comparaison pour toutes.
- La figure 4 donne le cadre d'affichage de l’Ailier. La carte reproduite par notre gravure n’est pas la carte du jour, manuscrite, telle qu’on F affiche à Poitiers et à Clermont-Ferrand; c’est la carie du temps autographiée contenue dans le Bulletin international de la veille. Ainsi on a mis la carte du 50 septembre au-dessus de la dépêche du 1er octobre. Cela ne vaut pas, pour le chef-lieu, le système de la Vienne et du Puy-de-Dôme; mais toutes les stations de l’Ailier reçoivent le Bulletin international, et cette carte du temps se trouve affichée dans les campagnes à côté du baromètre, ce qui constitue un progrès pour ces dernières.
- L’instruction placée en regard de la carte et de la dépêche contient d’ailleurs d’excellentes indications ; la météorologie y est envisagée de haut, et on y insiste avec raison sur l’étroite relation qui relie tous les changements de temps dans nos contrées avec le passage des tourbillons marqué par les dépressions barométriques qui permettent de suivre leur itinéraire sur la carte d’Europe.
- L’Eure-et-Loir a également organisé les avertis-sements agricoles; le cadre d’affichage, dans les stations de ce département, ne contient que deux compartiments : un pour le baromètre et un pour la dépêche; l’ensemble a 0m,205 de large et 0m,50 de haut; les dispositions bienveillantes du préfet, qui est président de la Commission météorologique, et de l’inspecteur d’académie ont beaucoup facilité l’installation du service à laquelle le vice-président, M. de Saint-Laumes, a apporté tous ses soins.
- Citons enfin le département des Ilautes-Alpes, où le service météorologique agricole a été organisé par M. Fargue, ingénieur en chef, président de la Commission météorologique. Les indications données à ce sujet par le Courrier des Alpes ont été repro-
- duites par le Bulletin international du 4 novembre.
- Enfin les départements du nord de la France forment une région des plus intéressantes, où l’on s’occupe d’organiser les avertissements agricoles : le Pas-de-Calais a commencé et bientôt le Nord, la Somme, l’Aisne et l’Oise suivront cet exemple.
- Il y a tout lieu d’espérer, ainsi que le disait M. Le Verrier à une récente séance de l’Académie des sciences, qu’au printemps prochain ce réseau d’avertissements enveloppera la France presque tout entière, et qu’il n’y aura d’exceptions que pour les départements teintés en noir sur les cartes statistiques de l’instruction publique.
- CHRONIQUE
- Bolides. — Notre collaborateur, M. Amédéc Guille-min, nous mentionne l’apparition d’un bolide aperçu à Orsay (Seine-et-Oise), lundi 0 novembre vers six heures du soir.
- À l’E. N. E.,un globe lumineux se montra tout à coup, à une hauteur de 20° à 25°, et se mit à décrire lentement en se dirigeant vers le sud, une trajectoire légèrement courbée et presque horizontale comme l’indique le cro-
- Bolidc du G novembre 1876, observé à Orsay.
- quis ci-dessus. La longue traînée était visible encore sur tout le parcours du bolide quand il disparut vers le S. 0. Durée de l’apparition, 50 secondes environ. Tète moins grosse que le disque de la lune.
- Le bolide de la veille (dimanche 5 novembre) que M. Stanislas Meunier a signalé dans notre dernière livraison (p. 585) a été aperçu vers 9 h. du soir, dans le département de l’Aube. « Ce bolide, dit le journal L'Aube, après avoir décrit une longue courbe dans la direction du N. E., a éclaté avec une assez faible détonation, laissant derrière lui une traînée d’étincelles très-lumineuses. »
- Accidents de chemins de fer en Angleterre.
- — Le capitaine Tyler, du Board of trade, dans un travail supplémentaire, reprend le relevé des accidents arrivés en 1875 sur tous les chemins de 1er de l’Angleterre. Pendant cet exercice, il a été transporté la quantité énorme de 507 millions de voyageurs, en dehors de ceux qui ont des billets d’abonnement, — et 200 millions de tonnes de marchandises.Ces transports ont été effectués par une armée de 280 000 employés et un parc de 12 000 locomotives, qui ont consumé 10 millions de tonnes de houille. Comparé aux exercices précédents, celui de 1875 offre une sécurité plus grande.
- Il y a eu en tout 164 accidents; 1290 personnes y ont été tuées et 5755 blessées, dont 17 voyageurs tués et 1212 blessés par la faute de l’exploitation, et 154 voyageurs tués et 1806 blessés par leur propre imprudence.
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- Il y a donc à peu près 1 voyageur tué par la faute de l’exploitation sur 30 millions de voyageurs. Ce résultat est tavorable aux chemins de fer, dès qu’on prend en considération que, dans la même année, 87 personnes ont été tuées et 2704 blessées dans les rues de Londres.
- Les accidents sont classés ainsi qu’il suit :
- Déraillements, mauvais entretien de la voie ou des tra-
- vaux d’art................................. ]4 accidents.
- Explosions de chaudières, ruptures d’essieux ou défauts de matériel d’exploitation ............... ....... 14 ___
- Vitesse exagérée dans l’entrée des stations....................................... 2 ___
- Choc des trains sur les voies principales. ..................................... 10
- Choc des trains dans les embranchements ..................................... 14
- Choc des trains entre les signaux dans
- les gares ou les évitements................ 67 —
- Choc des trains allant en sens opposés 7 —
- Rencontre de deux trains sur un
- croisement de niveau........................ 1 __
- Fausse position des aiguilles .... 25 —
- Irrégularités sur des plans inclinés . 8 —
- Causes non définies...................... 5 —
- Total...........164 accidents.
- Le capitaine Tyler est d’avis d’adopter les mesures suivantes, pour augmenter la sécurité générale de l’exploitation :
- 1° Disposition convenable des signaux et des aiguilles;
- 2° Maintien absolu de l’intervalle réglementaire entre les trains; — 3° Amélioration des ordres de service et de la discipline; — 4° Emploi de freins automatiques; — 5° Augmentation du nombre des voies principales et des voies accessoires correspondant à l’importance du trafic.
- En ce qui concerne spécialement les employés, on compte :
- 104 morts et 460 blessés pendant le rangement des trains ; 51 morts et 347 blessés pendant l’accouplement des wagons; 96 morts et 199 blegsés pendant l’entretien de la voie.
- Casiers de poste américains. — On écrit de Berne, le 12 octobre 1876 : « L’administration des postes suisses vient, a 1 instar de celle des États-Unis, d’installer dans diverses villes les casiers dits américains ou yale-boxes. Les casiers sont ajustés dans le vestibule des bureaux principaux; ils sont à serrure et le détenteur peut, à toute heure du jour et sans déranger le personnel, retirer ce qui a été déposé dans sa case. C’est là une innovation toute américaine : elle a été accueillie avec beaucoup de laveur, car elle répond à un besoin. L’administration réclame une taxe de 1 fr. 50 par mois, soit 18 fr. par an, pour prix du casier. Ce n’est pas beaucoup, mais c est cependant trop, si on considère surtout que le détenteur se dérange plusieurs fois par jour, et qu’il évite à l’administration le transport à domicile des objets de correspondance arrivant par tous les courriers. »
- — On vient de découvrir dans le Nevada ( États-Unis ) une riche solfatare, qui produit en quantité du soufre à l’état de grumeaux cristallisés. La tonne de ce produit minéral se vend déjà à San Francisco au prix de 250 à 2'0 fr. La mine s’étend du nord au sud l’espace de 1350 mètres environ. Un est arrivé
- à 7 mètres de profondeur. Le minerai renferme 75 p. 100 de soulre pur. L’exploitation sera d’autant plus fructueuse que la distance est courte jusqu’aux marchés les plus rapprochés.
- [Scientifie American.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 13 novembre 1876,
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Bolide, — Notre savant collaborateur, M. Amédée Guillemin, écrit d’Orsay, qu’il a vu lundi soir, à six heures moins un quart, un globe de feu apparaître dans une éclaircie des nuages. L’apparence de ce météore qui se mouvait du nord vers le sud est représentée dans un dessin que l’auteur joint à sa communication, et dont nos lecteurs ont ci-contre la reproduction (p. 598).
- Phylloxéra.— Le Compte rendu n’ayant pas reproduit sa communication de l’autre jour, M. Bouillaud lit aujourd’hui une nouvelle note sur le désastre dont les vignobles des deux Charentes sont le théâtre. M. Jules François, inspecteur général des mines, écrit de son côté que l’eau vitriolique résultant du lavage des pyrites elfleuries constitue un remède antiphilloxerique dont il a pu récemment constater l’efficacité.
- Composition minéralogique des laves de Santorin.— Les recherches de M. Fouqué sur l’analyse microscopique des laves de Théra dans l’archipel de Santorin, sont l’objet d’un rapport favorable que M. üaubrée lit au nom d’une commission. L’un des résultats de l’auteur qui nous parait devoir être signalé, c’est la confirmation des vues de Pou-lett Scrope et de Stoppani, suivant que les cristaux des laves ne prennent pas naissance au moment de la cristallisation, mais préexistent dans la masse en fusion. Il faut aussi mentionner le présence d'abondants cristaux de tri— dyraique (silice dimorphique) dans la substance de laves essentiellement basiques. C’est un fait tout à fait imprévu et dont les conséquences lithologiques seront fécondes. Enfin M. Fouqué montre que l’anorthite, regardé jusqu’ici comme l’apanage de certaines laves d’Islande, est un des éléments ordinaires des contrées volcaniques.
- Sensibilité des Oursins. — M. Léon Frcderieh, de l’Université de Gand, a étudié au laboratoire de Roscoff le système nerveux des oursins et M. de Lacaze Duthiers expose aujourd’hui ses principaux l'ésultats. L’appareil nerveux parait consister en cinq cordons verticaux partant des angles d’un ganglion situé autour de la bouche et allant se terminer au pôle anal à cinq pores qu’on a pris à tort pour des yeux. Voici une expérience qui semble prouver que ce sont des cordons nerveux : si on met dans un aquarium un oursin à l’envers, c’est-à-dire la bouche en haut, il agite ses appendices ambulacraires et ne larde pas à reprendre sa position normale. On peut couper en deux un oursin suivant son équateur sans que la moitié où est la bouche, et par conséquent le ganglion cité plus haut, perde cette faculté de reprendre son équilibre. Mais avec de lins ciseaux vient-on à couper les cinq racines des cordons verticaux, aussitôt celte lésion insignifiante en apparence prive l’animal de la faculté de coordination des mouvements. Ses baguettes s'agitent en tous sens mais il ne peut se redresser.
- Fer natif. — M. Guignol adresse de R:o de Janeiro
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- l’analyse d’un fer natif exceptionnellement riche en nickel (il en contient 3G p. 100) donnant par les acides les figures dites de Widmannstœtten, et qui cependant ne serait pas météorique. Comme les célèbres masses d’Ovi-l'ak (Groenland) il ferait partie intrinsèque de la croûte de notre globe. 11 est bien à désirer, au point de vue de la géologie comparée, que de plus amples renseignements soient fournis à cet égard. Stanislas Meunier.
- LES CARTES D’ORAGES
- Une des conséquences pratiques de l’organisai ion des avertissements météorologiques que nous venons de développer (p. 594), dans l’espoir que nos renseignemenls pourront faciliter les efforts des autres Commissions départementales , c’est la sûreté avec laquelle , grâce à ces nombreuses stations d’observation, on suivra la marche des orages. Déjà on est arrivé à des résultats très-importants ; les rapports de MM.
- Hébert et de Pons pour la Haute-Vienne et l’Ailier montrent avec quelle précision ces importants phénomènes ont pu être étudiés en 1876 ; ils établissent notamment que les courants orageux se produisent souvent en plusieurs endroits à la fois et que c’est à leur point de rencontre que tombe la grêle; comme les orages suivent généralement les vallées, il en résulte que c’est aux confluents de celles-ci que se trouvent les cantons le plus souvent exposés à la grêle.
- Comme spécimen de ces travaux des Commissions météorologiques, nous reproduisons la carte des orages du 18 mai 1876, dans la Ilautc-Yienne; on y remarque le chemin parcouru par les deux
- orages, qui ont eu lieu successivement à 1 heure et à 5 heures de la même journée. On y lit les heures de passage du courant dans les différentes localités; on y trouve enfin les perturbations apportées par le météore aux fils télégraphiques.
- C’est à l’aide de bulletins spéciaux répandus à profusion dans toutes les communes et transmis le lendemain de l’événement au chef-lieu du département que les Commissions météorologiques dressent leurs cartes d’orage ; celles-ci sont ensuite publiées dans l’Atlas météorologique annuel de l’Observatoire de Paris et servent à dresser les caries régionales. 11 n’est pas douteux que l’Atlas de 1876 ne contienne à cet égard un très-grand nombre de
- précieux documents.
- Les stations des avertissement s m étéorologiques agricoles, nous le répétons, contribueront puissamment à la confection des cartes d’orage, et l’agriculture en retirera des importants profits. « Tout agriculteur, suivant les expressions de Maury, peut dire ce que vaudrait pour lui une prévision du temps, même obtenue pendant une courte période de l’année. En calculant ce bénéfice pour toute la contrée, nous pouvons affirmer qu’une connaissance du temps anticipée de quelques jours lors de tel état particulier de la récolte aurait une valeur de plusieurs millions. En plaçant le producteur sur le même pied que l’intermédiaire, quant à la constatation de l’état des récoltes, nous avons une perspective d’économie et de gain telle, qu’aucun autre ordre de recherches n’en pourrait présenter de semblables. »
- Le Propriétaire -Gérant : G. Tissandieb.
- j , O
- ^y~s?Jun.icTLs
- I ^ -
- Gravé, par E. Morl&cu.
- Cartes d’orages. Département de la Haute-Vienne. Orages du 18 mai 1876.
- Perturbations apportées aux tils télégraphiques : 1. Fil 253, Limoges-Tours : à la terre, lh,10 à 2h,20. — 2. Fil 254, id. — 3. Fil 5, Limogcs-Bcllac, id. — 4. Fil 259, Limoges-Angoulème, id. — 5. Fil de Limoges à Ain, id. — 6. Fil de Limoges-Clialus : à la terre, 1\50 à 2h,20. — 7. Fil 231, Limoges-Bordeaux : à la terre, lh,12 à 2^,20. — 8. Fil 215, Limoges-Toulouse, id. — 9. Fil 252, Limoges-Tulle : à la terre, Th,l0 à 2h,20 (5h,50, contacts d’orage). — 10. Fil 252bis, Limoges-Saint-Yrieix : à la terre, lh,l0 à 2h,20. — 11. Fil 250, Limoges-Brivcs-Tulle, 12h,41. Contacts d’orage : à la terre, lh,10 à 2>>,20. Tulle reste à la terre jusqu’à 3\50. Drives se met à la terre à 4h,14. — 12. Fil 18, Limoges-Sainl-Germain : à la terre, lh,10 à 2\20. — 13. Fil 16, Limoges-Pierrebuftîère : à la terre de lh,10 à 2>>,20. — 14. Fil 205, Limoges-Clermont, id. — 15. Fil 14, Limoges-Eymoutiers, id. — 16. Fil 12, Limoges Saint-Léonard, id.
- Typographie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N* 18 2.
- 25 NOVEMBRE 1876.
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- EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- LES ANTIQUITÉS PÉRUVIENNES.
- Au centre de l’Exposition péruvienne se dresse une grande vitrine à quatre faces, dans laquelle on a disposé, avec tout le soin et l’art désirables, une magnifique collection de momies. Non loin de là se trouvent des poteries et une série de petites boîtes brunes en vannerie qui proviennent également des anciens tombeaux péruviens.
- Grâce à l’obligeance du commissaire péruvien, M.Valiente, j’avais mes coudées franches dans son département, et je m’efforçai d'en user de mon mieux pour les lecteurs de la Nature.
- Pour eux, les momies péruviennes ne sont pas une nouveauté*; mais celles que l’on a envoyées à Philadelphie sont accompagnées de documents de toute sorte qui méritent une étude générale.
- On sait que les momies du Pérou diffèrent beaucoup de celles des tombeaux égyptiens.
- Quelques peuplades, suivant l’usage des Mexicains , plaçaient le corps, réduit au moindre volume possible, dans un vase de terre, le séchaient lentement et le déposaient ainsi dans des salles souterraines. D’autres se contentaient d’envelopper le corps replié dans des toiles de coton retenues par un réseau de cordes.
- Quelquefois, surtout dans les régions sèches, on déposait le corps, grossièrement embaumé, dans la chambre souterraine, avec des vêtements, des armes, des vases contenant des aliments et des boissons, des boîtes en vannerie dans lesquelles on empaquetait avec soin les objets les plus chers ou les plus familiers; tout cela devait servir au défunt dans la seconde existence qu’il allait commencer sous terre.
- La même coutume existait chez les Gaulois, nos ancêtres; témoin les momies, très-bien conservées, que l’on a retrouvées en Auvergne au siècle dernier.
- Une des plus belles momies de l’Exposition péru-
- 1 La Nature, 5e année, 1er semestre, p. 07 et 408. ie ana«p. — 3* semestre.
- vienne est celle d’un guerrier, dans la posture assise, les jambes pliées et dressées contre le corps, la tête droite, les bras croisés sur la poitrine. Il est vêtu d’une ruana en tissu de coton, garnie d’une bordure en tapisserie de laine à frange. Ses armes consistent en un sabre à dos très-épais, à tranchant un peu mousse, des épées mieux affilées à pointe aiguë, un casse-tête sculpté à jour.
- A l’exception du casse-tête, en gaïac, toutes ces armes sont faites en bois de macana, palmier de petite taille dont le bois est extrêmement dur. Il servait également à la fabrication des arcs, longs
- d’environ deux mètres, et des pointes de flèches solidement attachées à des roseaux au moyen de fils de coton. Notons, en passant, que les Péruviens des régions froides d’où proviennent ces momies n’empoisonnaient pas d’ordinaire leurs llèches comme ceux des régions chaudes.
- Quelques tètes portent des traces de peinture au vermillon ; d’autres ont les cheveux roux, comme s’ils avaient subi une teinture ; on dirait une chevelure de Vénitienne patiemment rougie au soleil, comme le raconte Titien le fils, pour expliquer d’où vient la nuance rutilante des coiffures luxurieuse-ment étalées dans les tableaux de son père. Une tête à cheveux très-courts est coiffée d’un bonnet collant, en tresses de coton, qui avance jusqu’à la moitié du front, se replie aux tempes, et descend de chaque côté en oreilles terminées par des boucles régulières très-minces : on dirait une coiffure égyptienne.
- De toutes les momies exposées, la plus importante est celle dont j’ai pris le dessin (fig. 1), faute d’en pouvoir obtenir une photographie. La tête conserve un certain modelé, presque de l’expression, grâce à cette préparation « qui force la mort de durer comme l’exprime si heureusement Michelet. Les cheveux, assez courts, très-noirs, et plats comme ceux de toutes les tribus an do-péruviennes, retombent en partie sur les tempes. Une coquille taillée en disque à bords biseautés est appliquée sur la bouche et maintenue par deux cordons noués derrière la tète. Dans le trou percé à gauche pour le
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- passage du cordon, est insérée une petite plaque d’argent de forme lancéolée; — peut-être y en avait-il une semblable de l’autre côté de la bouche. Les épaules, le dos et une partie de la poitrine sont enveloppés dans une étoffe de coton d’un tissu un peu lâche, qui s’écarte pour laisser voir sur l’estomac une ceinture en tapisserie de laine à fond brun avec des raies jaunes et des dessins rouges. La partie inférieure du corps disparaît dans un manteau, ou plutôt un tapis en toile de coton grossière couverte de plumes multicolores attachées une à une sur le tissu en lignes régulièrement imbriquées. Des parties un peu dégarnies permettent de juger ce travail élégant et solide. Des cordes d’Hibiscus retiennent en place les étoffes et une quantité de menus objets, parmi lesquels une clochette en argent, une grande coquille, etc.
- Nous devons quitter ces objets pour signaler les petacas, boîtes aux formes carrées, faites en pétioles de Carludovica palmata, tressées avec tout l’art d’un vannier moderne. Leur long séjour dans la terre leur a donné une couleur brune foncée. Quelques-unes tombent en poussière au moindre contact un peu rude; la plupart sont bien conservées, mais toutes exhalent une odeur cadavéreuse sui. generis, et laissent échapper, dès qu’on y touche, une poussière rougeâtre formée en grande partie de microscopiques cryptogames.
- La plupart n’ont pas été ouvertes, et nous trouvons intacts les cordons de laine ou de coton qui les ont fermées à une époque difficile à déterminer dans l’état actuel des connaissances archéologiques.
- Ces objets ont-ils été déposés dans les sépultures par les hommes auxquels Manco-Capac donna les premières notions dans les arts et l’industrie, ou datent-ils d’une des périodes beaucoup plus anciennes dont les Incas avaient entièrement perdu la tradition à l’avénement du dernier civilisateur de leur race?
- Les recherches que j’ai poursuivies pendant plusieurs années dans un pays voisin du Pérou me portent à croire que l’on y découvrira l’existence successive d’un grand nombre de races qui, par leurs invasions, ont apporté dans les mêmes régions tantôt une civilisation avancée assez semblable à celle de l’Inde, tantôt la barbarie de l’âge de pierre. Il en résulte que les travaux les plus remarquables sont souvent les plus anciens. En tout cas, il est possible que les petacas dont nous allons faire l’inventaire remontent à environ cinq mille ans.
- Cette boîte devait être placée dans la tombe d’un enfant. Voici sa poupée en terre cuite soigneusement enveloppée dans du duvet de Bonibax ceiba, une petite tasse en bois avec anse, au bord de laquelle perche un oiseau, pleine de mica jaune en poudre fine; deux très-petites tourterelles de couleur chocolat clair, un collier incomplet en perles de nacre et coquillages ; une bande d’étoffe jaune à raies rouges, sur laquelle sont figures des oiseaux fantastiques ; une fronde en miniature* dans laquelle se trouve une pierre de porphyre vert polie et bril-
- lante ; enfin, deux alpargatas, ou sandales, en fibres-de Fourcroya tressées avec art, ainsi que la corde de la fronde. Ailleurs, nous trouvons, avec des objets du même genre, une poupée en terre habillée avec beaucoup de soin. Des mèches brunes de laine de guanaco simulant les cheveux, sur lesquels s’élève une couronne de plumes rouges retenue en place par une bande de passementerie. Le corps est enveloppé d’un premier vêtement de toile brune et d’un morceau d’étoffe d’un travail précieux.
- Presque toutes les petacas contiennent des gousses d’arachides ou des épis de maïs très-courts, fortement coniques, à grains très-serrés, de couleur brune, sans doute foncée par le temps. On y trouve aussi, enveloppées dans un nouet de toile ou renfermées dans un sac en tissu de laine, des feuilles d'Eryihroxylon coca parfaitement conservées.
- La Coca, dont les préparations pharmaceutiques sont devenues à la mode depuis quelques années, a toujours joué un grand rôle dans l’histoire du Pérou et des autres régions andines. C’est un arbuste qui n’atteint guère plus de trois mètres de hauteur. Ses feuilles, grandes comme celles de l’arbre à thé, sont lisses, ovales, aiguës et d’un vert foncé. Depuis l’isthme de Panama jusqu’au Chili, les Indiens des Andes, au temps de la conquête espagnole, mâchaient ses feuilles avec uue petite quantité de chaux, d’ocrc ou de cendre, selon les localités. La Coca ne prospérant que dans quelques régions élevées de la Cordillère donnait lieu à un commerce considérable. Encore aujourd’hui la Bolivie en produit sept millions de kilogrammes.
- J’ai entendu répéter souvent, d’après des récits fantaisistes, que les Indiens pouvaient travailler plusieurs jours de suite sans prendr e d’autre nourriture que tles boulettes de feuilles de Coca. Je les ai vus, en effet, mâchonner ces feuilles, faute de mieux, entre deux étapes et se sentir réconfortés par leur action tonique et stimulante, mais il faut avouer que cette plante n’est pas plus nourrissante que le thé. Les Indiens l’estimaient surtout pour son action spéciale sur le cerveau et les organes des sens, action comparable à celle du thé et du café. Us avaient remarqué bien avant les physiologistes modernes, que la Coca, si elle ne nourrit que faiblement par la chlorophylle, la gomme et la cire de ses feuilles, îalentit la déperdition, l’usure des tissus, grâce à un alcaloïde analogue à la théine. Pour eux, la Coca était une plante sacrée, qui ligu-rait dans les cérémonies religieuses, et ils en déposaient dans les tombes, avec du maïs et des boissons fermentées, pour que les morts n’en fussent pas privés dans l’autre vie.
- Mais continuons notre inventaire de ces reliques où nous trouvons confondus les produits de civilisations très-différentes. Voici des vases en terre noire très-fine, affectant la forme grossière d’animaux (fig. 2), et couverts d’un vernis non vitrifié extrêmement mince, luisant, mais facile à détacher; des (lûtes à cinq trous formées d’un os naturel auquel
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- on adaptait sans doute une embouchure (fig. 3) ; une cuiller en bois fort bien façonnée malgré sa forme trop ronde; des figures en cuivre et eu bronze fondu, une bague d’argent formée de fils aplatis et soudés avec art ; des pesons en terre (fig. 4) ; des peignes formés par la réunion de longues épines de palmier ou de petites lattes de Macana réunies par un entrecroisement de fils bruns et blancs formant une élégante passementerie (fig. 5); des colliers de perles façonnées en nacre, des plaques minces d’argent.
- Fig. 2. — Vase en terre cuite lisse.
- destinées sans doute à former des diadèmes; des colliers composés de figurines en terre, en bois, en bronze ou en pierre dure (fig. 6), alternant avec des perles grossières en terre et d’autres extrêmement bien travaillées ; des perles de verre commun filé et soudé, d’autres d’une fabrication beaucoup plus difficile et qui témoignent d’un art déjà sorti de l’enfance.
- Fig. 3. — Flûte d’os.
- Les perles en terre cuite des colliers rappellent les colliers commémoratifs trouvés dans les sépultures des Mound Buïlders de l’Amérique du Nord, mais il y en a beaucoup d’un travail bien supérieur, Quelques-unes sont unies, lisses et comme plomba-ginées; d’autres ressemblent à des pesons. Les plus nombreuses affectent des formes parfaitement régulières et portent en creux des signes qui ont évidemment été imprimés avec des poinçons de métal. Il serait impossible, en effet, de sculpter ces signes avec une telle régularité, et l’on retrouve les mêmes imperfections reproduites avec une exactitude qui ne peut pas laisser de doute sur la manière dont les dessins en creux ont été obtenus. Les perles sont presque toutes de couleur brune ou noirâtre; les parties creuses ont reçu une légère couche d’un
- pigment blanc, jaune ou rouge. Si, comme le fait supposer la tradition et la nature des signes qui dé* corent ces perles, chaque dessin représente un caractère ou un ensemble de signes hiéroglyphiques ou
- Fig. A. — Bague en argent. Deux pesons en terre cuite peinte et gravée.
- idéographiques, le temps viendra sans doute où, en présence d’une série suffisamment nombreuse de ces colliers, un Champollion trouvera la clef de leurs énigmes et nous y fera lire les annales des
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- Fig. 5. — Peigne.
- anciens Péruviens. Il se peut encore que des signes semblables trouvés dans des sépultures de l’Amérique du Nord ou de l’Inde nous mettent sur la trace de filiations dont il importe de réunir toutes les preuves.
- Du reste, si les colliers ne conduisent pas à ce résultat, on pourra encore espérer l’atteindre au moyen des Quipos, que l’on s’est trop hâté de déclarer indéchiffrables.
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- Au nombre des objets les plus curieux et les mieux conservés de l'Exposition péruvienne figure un de ces Quipos qui servaient à enregistrer, soit de simples statistiques, soit des annales complètes (tig. 7). Celui-ci commence par quatre fils doubles en laine
- jaune formant, à distances égales, de simples boucles de différente taille. 11 continue par un assemblage de dix-huit fils en laine rouge qui, après un nœud, jette une branche à nœuds et boucles formée de huit fils et continue, ainsi dédoublé, par une
- Fig. 6. — Portions de colliers en terre cuite, en pierre dure, en bronze, en bois et en verre.
- suite de nœuds et de boucles. A ces deux premières sections, longues chacune d’environ trente centimètres (sans compter les branches) se rattache un cordon lâche formé de deux gros fils bleus, deux
- ’fils fins de même couleur et deux fils lins roses. Après dix nœuds, simples et doubles, ce cordon se dédouble pour former une branche à boucles et nœuds. Celle-ci, dès la première boucle, est renfor-
- Fig. 7. — Fragment de quipo.
- cée par l’addition de fils exactement semblables à ceux dont elle a été privée par le dédoublement du cordon primitif. Quelques-unes des branches qui se détachent plus loin enserrent dans leurs boucles de petites pelottes de coton. Après avoir continué pendant près de trois mètres, subissant des modi-
- fications analogues, mais toujours variées dans les détails, le quipo, formé encore des trois fils produits par le premier dédoublement, présente de grandes boucles simples à la base desquelles se trouvent des nœuds plus ou moins gros. Puis vient une section à laquelle s’ajoute un fil brun en laine,
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- qui se trouve doublé dans les dernières boucles. Le tout se termine par un simple fil bleu à boucles simples.
- Cette description abrégée suffit pour donner une idée de la manière dont se composaient les quipos et du nombre considérable de combinaisons auxquelles se prête ce moyen si primitif de représenter des idées ou des nombres. Nous ne savons pas si chaque forme, chaque assemblage de fils et de couleurs, de nœuds simples ou multiples, de boucles plus ou moins grandes, de branches et de subdivisions sont des signes idéographiques ou la sténographie de ces signes ; encore moins oserait-on assurer aujourd’hui qu’ils eussent une valeur phonétique; mais il est certain que l’on pourrait, de nos jours, établir de toutes pièces, par des moyens aussi
- Fig. 8. — Planche en terre cuite pour l’impression des tissus.
- simples, tout un système de recensement et d’annales, voire même une langue aussi complète que quelques idiomes des îles océaniennes. Et quand même il faudrait limiter à des combinaisons numériques les arrangements de cordelettes, cordons, fils, aux couleurs simples ou multiples, rien ne prouverait que cet emploi des nombres ne correspondait pas aux combinaisons arithmétiques que l’on a attribuées à la langue Quichua.
- Quoiqu’il en soit de la solution de ce problème, le fait même de l’usage des quipos permet de supputer l’époque à laquelle remontent, en Amérique, ces documents de l’histoire inconnue et les objets que l’on trouve avec eux dans les plus anciennes sépultures ; ils indiquent de plus une filiation très-probable entre les Péruviens et les Asiatiques chez qui
- Fig. 9. — Autre planche en terre cuite pour l’impression des tissus.
- l’on constate, dans les temps très-reculés, l’emploi des cordelettes comme moyen de conserver les annales nationales.
- En effet, avant l’avénement de l’empereur Fo-Fli, environ 5300 ans avant Jésus-Christ, les Chinois qui ne connaissaient pas l’écriture, se servaient de véritables quipos, On trouve d’ailleurs, dans les écrits de Confucius, un passage qui ne peut laisser aucun doute à cet égard : « Les hommes de l’antiquité se servaient de. cordes à nœuds pour donner des ordres. Ceux qui leur succédèrent leur substituèrent des signes ou figures. »
- De ce fait négligé par les historiens du Pérou et par les ethnographes, on peut conclure que les Asiatiques — ou les Atlantes — qui peuplèrent le Mexique et le Pérou, soit comme premiers occupants, soit comme conquérants substitués à des races vaincues, passèrent en Amérique avant l’invention des premiers signes de l’écriture chinoise, c’cst-à-dire il y a environ cinq mille ans.
- Mais revenons à nos petacas, dont nous n’avons pas terminé l’inventaire.
- Voici un long collier composé de perles en fragments de coquilles, en pierre, en émail, eu verre, et de bâtonnets de verre d’un travail remarquable. Il contient en outre une petite tête d’animal en feldspath très-dur, percée de part en part, et dans laquelle on a serti des yeux artificiels. Il y a peu de pièces d’émail, l’une des plus curieuses, de couleur turquoise, est un fragment de cylindre dont les cassures n’ont pas été usées et polies comme les faces de quelques autres pièces. Un certain nombre de petites perles sont formées par la simple soudure de fils grossiers en verre commun, taudis que d’autres attestent un art déjà fort avancé. Celles-ci, prismes à quatre faces, montrent sur leurs tranches qu’elles proviennent d’un tube bleu foncé trempé dans un bain de verre blanc laiteux, puis recouvert d’une couche bleu-indigo. De longs bâtonnets à quatre faces ont été travaillés de la même manière;
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- l’intérieur est en verre commun, trempé dans l’émail blanc, puis dans un émail bleu ciel. Plusieurs ont été tordus avant le refroidissement. En voici un autre de composition beaucoup plus savante : on y trouve une partie centrale en pâte commune, trempée très-légèrement dans l’émail rouge, puis renforcée d’une couche de verre trempée ensuite dans l’émail blanc. Sur cette couche ont été disposées des baguettes d’émail vert, rouge, bleu, chacune laissant paraître un mince filet du fond blanc; le tout a été ramolli, étiré et légèrement tordu. Une baguette d’émail vert, mal soudée, s’est, détachée et permet de se rendre compte du travail. D'autres morceaux, plus compliqués encore, ont été cassés en tronçons dont les extrémités taillées à facettes, présentent l’apparence du millefiori que les Italiens croient avoir inventé.
- Fig. 10. — Planche en écorce et chaumes pour l’impression des tissus.
- 11 est donc certain qu’il y a eu au Pérou, à une époque fort reculée, des races qui savaient travailler le verre, — à moins de supposer que les colliers des anciens tombeaux ont été apportés par les premiers émigrants, ce qui n’est guère admissible, puisque l’on trouve côte à côte des produits de la fabrication à tous ses degrés de perfectionnement.
- Mais si l’origine de ces colliers en verre peut donner lieu à quelques doutes, il n’en est pas de même en ce qui concerne l’industrie textile dont nous trouvons ici des échantillons surprenants.
- • Dans toutes les petacas destinées aux sépultures de femmes les Péruviens empaquetaient, avec un soin minutieux des fuseaux, du coton brut et filé, des pelottes de laine de diverses couleurs, des aiguilles en épines de palmier, des morceaux d’étoffes de coton, de laine, des franges, des passementeries, et les instruments nécessaires à la confection de ces différents ouvrages.
- Les tissus étaient ordinairement fabriqués en bandes larges de quinze à vingt-cinq centimètres. Parmi ceux en coton, il y en a qui peuvent rivaliser, pour la régularité du grain, avec nos meilleures cretonnes ; ils sont souvent disposés en lar-
- ges raies alternativement brunes et blanches. Nous avons vu déjà que les masses de coton attachées aux quenouilles étaient blanches ou brunes. Il faut donc admettre que l’on teignait le coLon avant le filage, ce qui ne manque pas de présenter des inconvénients, à moins qu’il n’ait existé au Pérou une
- Fig. 11. — Dessin d’une tapisserie.
- espèce de colon produisant une soie brune, comme la Chine en possède qui donne naturellement la couleur nankin.
- Quelquefois la toile "de coton blanche ou écrue recevait une décoration en couleurs par un procédé d’estampage. Yoici quelques-unes des planches qui ont servi à cet usage (fig. 8, 9 et 10). La plupart sont des disques de terre cuite munis d’une poignée cylindrique, assez finement taillés à jour. Un autre
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- outil d’estampage s’improvisait avec des lanières d’écorce contournées et repliées de manière ï former, vue de champ, un dessin à jour. On remplissait les vides avec des tronçons de tiges de graminées très-dures, on serrait. le tout par de nombreuses circonvolutions d’écorce, après quoi il n’y avait plus qu’à unir la surface en la frottant sur une pierre.
- Je n’ai pas trouvé de beaux spécimens d’estampage, mais quelques pièces de toile au tissu lâche, sur lesquelles sont brodées en laine rouge, brune et noire, des figures d’animaux et des arabesques d’assez bon effet.
- Le travail le plus riche et le plus curieux consiste en étoffes tissées à la manière des tapisseries à haute lisse de Beauvais et des Gobelins. Quelques-unes sont de vrais chef-d’œuvres et peuvent rivaliser, sauf le dessin, avec les plus belles productions de notre industrie. Dans ces tissus, la chaîne est en lils de coton bien retors et très-réguliers; la trame est en laine. Celle-ci provient sans doute du gua-naco, type sauvage du lama et de l’Alpaca.
- Dans le travail des tapisseries de haute lisse, l’ouvrier qui veut exécuter un dessin tracé sur la chaîne, tire en avant un ou plusieurs fils et au moyen de la broche garnie de laine passe de gauche à droite le fil de recouvrement, le tend et le tasse avec la pointe de l’outil ; après cette passée il rend la liberté aux fils et attire ceux qui étaient restés en arrière, pour faire, de droite à gauche, une autre passée qui complète la duite. Souvent, au lieu d’opérer sur toute la largeur d’un dessin, le tapis- . sier le décompose en sections dont les contours se trouvent d’ordinaire déterminés par des changements de couleurs ou de tons dans le sens vertical ou oblique : on ajuste à l’aiguille les morceaux ainsi confectionnés.
- Les Péruviennes donnaient dès le commencement, à l’étoffe, toute sa largeur, mais voulant obtenir un travail sans envers, elles étaient obligées, en arrivant à un changement de couleur vertical ou oblique de revenir sur leurs pas, de duite en duite, jusqu’à ce que toute la partie à couvrir fût terminée de haut en bas. Il en résulte une solution de continuité à tous les changements de couleur placés sur une ligne verticale. Si elles dépassent un centimètre en longueur, on les trouve communément rapprochées par des points assez bien dissimulés.
- J’ai sous les yeux une bande de tapisserie qui peut donner une assez juste idée de ce genre de travail (lig. 11). Le fond est jaune d’ocre foncé. Dans le chef se détachent des raies étroites rouge-brune et rouge, puis ou trouve une ligne de figures qui représentent sans doute des oiseaux. Ceux-ci, d’un dessin parfaitement symétrique, tracé en noir, sont colorés en jaune clair, brun et rouge, après les oiseaux sont répétées les raies du chef. Au-dessous de cette première partie, l’étoffe est divisée en trois lignes de petits parallélogrammes formant alternativement un carré exact, et un carré long. Dans
- cette espèce de damier chaque espèce de paralléllo-gramme porte le même dessin, qui tranche sur la couleur du fond : les couleurs des fonds et des dessins, rouge, brun, jaune, se correspondent suivant des lignes diagonales. Après le damier l'étoffe reproduit la bande à raies et entrecoupée d’une ligne d’oiseaux. Au bas de la tapisserie est cousue une longue frange de laine. Toute cette pièce est remarquable par la régularité du grain, la bonne entente de l’ornementation et l’harmonie des couleurs et l’égale perfection des deux faces.
- Un peu plus loin, nous trouvons un travail de ce genre en cours d’exécution. Le chef est retenu par des fils grossiers à la barre du métier qui consiste en un tronçon de bambou. La tapisserie, peu avancée représente une grecque du dessin le plus pur se détachant en jaune sur fond brun.
- Les plantes de la Cordillère des Andes suffisaient pour teindre les laines dans les tons que nous trouvons employés pour ces étoffes. J’ai vu en effet les Indiens teindre en rouge vif au moysn de la Rai-cilla (Rubia nitida) ; en rouge d’ocre avec la fécule de Chica (Bignonia chica); en jaune avec YEspino, espèce de Berberis et avec le Tuno (Miconia granu-losa) ; en oranger avec YAlizo, Bouleau des Andes et le Gamon (Ànthericurn?) ; enfin ils obtiennent un vert superbe avec la Chilca (Baccharis polyantha).
- Sachons gré à ceux qui nous ont envoyé tant de sujets intéressants d’étude. Malheureusement le public passe sans soupçonner leur existence. Aucune note explicative, pas même une étiquette, n’indique la provenance, la nature de ces précieux objets et si je n’avais dénoué les cordons qui, depuis tant de siècles, liaient ces fragiles petacas dont quelques-unes se résolvaient en poussière entre mes mains, on n’aurait peut-être jamais su que Philadelphie possède dans son Exposition des spécimens uniques des arts préhistoriques. Dp Saffiiav.
- Philadelphie,* octobre 1876.
- BOLIDE
- Nous avons parlé des bolides observés le 5 novembre (p. 383) et le lendemain, 6 (p. 398). Le surlendemain 7, un troisième météore a été vu à Belle-Ile. Voici en quels termes M. Gouëzel en donne la description dans le Bulletin de l'Observatoire : « Hier 7 novembre, à 7 h. 40 du soir, un bolide a été observé à Belle-Ile. Son mouvement s’opérait du N. E. au S. 0., laissant le zénith à environ 5° dans le S. 11 se présenta sous la forme d’une énorme et éblouissante étoile animée d’une vitesse vertigineuse, traçant un sillon lumineux de plus en plus accentué qui a persisté pendant plus d’une minute. La trajectoire a commencé à environ 65° au-dessus de l’horizon et s’est arrêtée au même niveau. Arrivé au terme de sa course, l’aé-rolilhe était un peu moins gros que la lune ; il a éclaté comme une pièce d’artifice en formant un soleil incandescent qui fatiguait l’œil autant que la lumière électrique. Le centre contenait du bleu et un peu d’orangé, les nombreuses aiguilles de la frange étaient du blanc le plus vif. Aucune détonation n’a été entendue, »
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- LE BUSTE D’ËDOUÂRD LARTET
- RÉCEMMENT INSTALLÉ AU MUSÉE DE SAINT-GERMAIN.
- Le buste de l’illustre paléontologisle auquel les sciences préhistoriques doivent des découvertes nombreuses et importantes, vient d’être définitivement installé dans une des grandes salles du musée de Saint-Germain. Nous reproduisons cette œuvre d’art d’après une photographie que M. de. Mortillet nous a autorisé à faire exécuter sur le modèle même. Nous profiterons de cette circonstance pour récapituler succinctement les travaux les plus saillants du grand savant que la mort a frappé le if S janvier 1871 dans sa 71e année.
- C’est en 1854 que Lartet se rendit dans le Gers pour assister à la découverte des ossements fossiles de San-san, découverte qui devait lui révéler sa voca-lion. « La première note de Lartet sur les fouilles de Sansan, dit M. G. de Mortillet, fut publiée en 1855 dans le Bulletin de la Sociétégéologique.
- Cette note attira tellement l’attention des savants que l’auteur fut chargé par le ministère de l'instruction publique et par 1 Académie des sciences de faire des recherches destinées à enrichir les galeries du Muséum d'histoire naturelle. La colline de Sansan a fourni une
- faune abondante appartenant au tertiaire moyen ou miocène. Mais ce qui rend cette faune surtout intéressante, c’est qu’elle contient le premier singe qui a été rencontré à l’état fossile (Protopithecus an-tiquus). La découverte du singe de Sansan ne devait pas rester isolée. En 1856, Lartet soumettait à l’Académie des sciences une Note sur un grand singe fossile qui se rattache au groupe des singes supérieurs. Ce singe a été trouvé par M. Frontan à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), à peu près au même niveau géologique que Sansan... Cette même année 1856, Lartet a soumis à l’Académie, conjointement avec M. Albert Gaudry, le Résultat des recherches paléontologiques entreprises dans VÂttique sous les auspices de l'Académie. Là encore les singes fossiles se sont montrés et ont été parfaitement décrits et figurés par M. Gaudry, qui seul a
- Le buste d’Édouard Lartet, au Musée de Saint-Germain,
- continué la publication des fouilles de l’Attique.
- Ce qu’il venait de faire pour les singes, Lartet devait aussi le faire pour l’homme. Pendant que nos géologues du midi de la France, les Tournai, les de Christol, les Emilien Dumas, voyaient leur découverte de l’homme fossile des cavernes discréditée et oubliée, pendant que l’homme du volcan de Denise était traité’de mystification, pendant que Boucher de Perthes, avec toute sa ténacité, ne pouvait triompher des mauvais vouloirs, Édouard Lartet étudiait patiemment la question et cherchait des bases solides pour bien l’asseoir et triompher de toutes les oppositions. »
- En 1858, il publia son mémoire sur les Migrations anciennes des mammifères deV époque actuelle, puis deux ans après son grand travail sur l'Ancienneté géologique de l'espèce humaine dans l'Europe occidentale.
- L’activité intellectuelle de Lartet était prodigieuse : on lui doit un grand nombre de notes sur le tibia fossile d’un grand oiseau provenant de la molasse du Gers, sur des Siréniens fossiles de la Gironde, sur un crâne et une phalange de 1 Ovibos moschatus, sur les éléphants fossiles, etc. Sa générosité était au-dessus de tout éloge, et il a enrichi nos musées d’un grand nombre de collections. La place du buste de ce savant était bien au musée de Saint-Germain, qui possède, grâce à ses dons, une admirable série d’objets des cavernes.
- Avec un caractère timide, Lartet était doué d’une grande hardiesse de pensée, aussi ne livrait-il à la publicité le fruit de ses conceptions, qu’après lui avoir assuré la maturité par l’étude consciencieuse des faits.
- « Un an et demi avant sa mort, Édouard Lartet, ajoute son savant biographe, vers le milieu de 1868, soumit à l’Académie une note modestement intitulé : De quelques cas de progression organique vérifiables dans la succession des temps géologiques sur des mammifères de même famille et de même genre. Cette note est le point de départ d’une branche toute nouvelle des sciences, la paléontologie de l’existence et de l’intelligence. »
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- LE PRONOSTIC
- OU STURM-GLASS DES ANGLAIS.
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé des renseignements sur le sturm glass (tube des tempêtes) que l’on voit en vente chez les opticiens sous Je nom de baroscope, baromètre chimique, etc.; sur le mode de construction de ce petit appareil, et sur sa valeur au point de vue des indications qu’il est susceptible de fournir au météorologiste : nous nous faisons un plaisir de répondre à leur invitation.
- M. le Dr E. Grellois a fait en 1865 une communication très-complète à ce sujet à la Société météorologique de France'; il a bien voulu nous donner le résultat de ses recherches et de ses expériences ; nous allons les résumer aussi succinctement que possible.
- I e baroscope consiste en un tube de verre hermétiquement fermé, et fixé à une petite planchette que l’on peut adapter à un mur. Le tube de verre contient un liquide transparent au sein duquel on aperçoit des cristaux en aiguilles d’un aspect nacré.
- Ces cristaux varient fréquemment d’aspect, ils se forment tantôt au fond du tube, tantôt au milieu, tantôt à la surface (fig. ci—jointes). On leur voit prendre parfois la forme d’étoiles délicates, parfois celle d’un fin duvet, etc. Au dire des constructeurs de l’appareil, et sur l’affirmation de l’illustre amiral Fitz-Roy, chacune de ces variations de forme, et de situation des cristaux présagerait des modifications atmosphériques, annoncerait des variations de température, des tempêtes, des orages, etc. Nous allons voir si l’efficacité du tube des tempêtes est justifiée par l’observation, mais nous dirons au-paravant quelques mots de l'histoire de son invention.
- D’après M. Poey, l’inventeur de cet instrument serait un Italien nommé Malaeredi, qui aurait construit le premier un de ces instruments en Angleterre, où il était connu sous le nom de sturm glass, il y a environ quarante ans1.
- M. le Dr Grellois, de son côté, a trouvé dans les
- 1 Voy. Comptes rendus de l’Académie des Scie?ices. Séance du 29 juillet 1801.
- archives de l’Académie de Metz des observations météorologiques recueillies de 1776 à 1781, par Le Gaux, avocat au Parlement, qui donnait l’indication d’un instrument appelé pronostic et en tout semblable au sturm glass. La description de l’appareil se trouve encore d’autre part, dans une brochure publiée en 1782, sans nom d’auteur, et en 1785, sous le nom de Fiorini, Italien, constructeur de pièces physiques, qui s’associa avec un nommé Bianchi, chez lequel se trouvait le pronostic.
- Quoi qu’il en soit de l’origine de l’instrument, il ne tarda pas à être délaissé jusque vers 1864, époque à laquelle deux constructeurs de Londres, MM. Negretti et Zambra, le tirèrent d’un oubli qu’il paraissait si bien mériter. Ils construisirent un grand nombre de sturm glass, qui obtinrent un certain succès sous le haut et scientifique patronage de l’amiral Fitz-Roy.
- Voici les substances qui, d’après Fiorini , entrent dans la composition de l’instrument : Camphre, alun de Rome, sel ammoniac, dans un tube scellé hermétiquement et presque rempli d esprit de vin, avec un peu d’éther vitrio-lique ; suivant MM. Negretti et Zambra : camphre, 2 parties, nitrate de potasse (salpêtre), 1 partie, sel ammoniac, 1 partie. Le tout dissous dans l’alcool pur et précipité partiellement avec de l’eau distillée. L’extrémité du tube est ouverte ou soudée.
- « Un chimiste de mes amis, M. Tripier, a bien voulu, dit le Dr Grellois, me préparer un certain nombre de pronostics, d’après la formule suivante qu’il a reconnu être la plus sensible :
- Alcool à 80 degrés ...................... 80 grammes.
- Nitre (salpêtre).......................... 6 —
- Chlorure ammoniacal (sel ammoniac) . 0
- Camphre................................... 0 —
- Eau distillée.......................... 200 —
- Bianchi et Fiorini ont publié les indications que l’on peut attendre de l’instrument. Nous nous bornerons à reproduire celles que donne à son siyet l’amiral Fitz-Roy, dans son Weather Bock.
- « Depuis plus d’un siècle, on connaissait dans notre pays cet instrument, sous le nom de sturm glass. On est incertain sur son inventeur, mais on en vendait au vieux pont de Londres, à 1 enseigne du Miroir. Jusqu’en 1825 nous avons eu de ces
- Le pronostic figure avec trois aspects différents de ses cristaux.
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- verres comme de simples objets de curiosité, considérant leurs variations comme étant sans importance, jusqu’à ce qu’il nous parût démontré que si l’on fixait cet instrument en plein air, sans le déranger, soustrait à la radiation solaire, mais exposé à la lumière diffuse, le mélange chimique offrait des apparences différentes suivant la direction, non suivant la force du vent ; ces apparences ne semblaient dépendre, que de la tension électrique de l’atmosphère. Si le courant vient du nord ou d’une direction voisine, en regardant le mélange à la loupe, on le voit, d’abord uni, se concréter et prendre l’aspect d’une feuille de sapin, d’if ou de fougère; ou bien ce sont de grandes mais délicates cristallisations offrant, l’apparence d’une gelée blanche. Si le vent souffle du côté opposé, tout cela diminue et s’évanouit. Cependant, sous l’influence d'un vent du sud continu, le mélange prend l’aspect de sucre en dissolution.
- « Quand le vent passe à l’est, il se forme des étoiles plus ou moins nombreuses; le liquide est pesant et peu clair. Par le vent d’ouest, au contraire, le liquide est limpide, et les cristallisations bien définies. Lorsque les linéaments solides et inégaux paraissent en bas ou en haut du liquide (ce qui a lieu par les vents polaires), c’est l’indice d’électricité positive dans l’atmosphère ; un mélange confus indique la coexistence d’un courant du nord avec un courant du sud dans la même localité. Des flocons sales, dans ce mélange confus, ou des étoiles en mouvement, indiquent un vent du sud, probablement fort, ou coup de vent. Quand on ne voit dans le tube qu’une substance d apparence molle, ressemblant à du miel ou à du sucre, c’est l’indice d’un faible courant du sud, avec de l’électricité négative. La connaissance de ces faits est le résultat d’expériences répétées avec un galvanomètre délicat pour mesurer la tension électrique de l’air.
- « La température de l’air affecte le mélange, mais non la température seule, ce qu’ont démontré de nombreuses comparaisons de changements de température en hiver et en été.
- « On a fait de cet instrument de nombreuses imitations, toutes plus ou moins incorrectes ; les meilleurs sont préparés par MM. Negrelti et Zamvra. »
- Pendant une année d’observations assidues, M. le Dr Grellois a soumis l’instrument à une analyse rigoureuse, que nous regrettons de ne pouvoir développer. Nous renverrons à ce sujet le lecteur à YAn-nuaire de la Société météorologique de France (t. XIII, p. 145, séance du 15 juin 1865), nous nous bornerons à dire ici que les obsenations de M. le Dr Grellois sont décrites avec beaucoup de méthode, et conduisent logiquement à des résultats qui infirment complètement les anciennes assertions de l’amiral Fitz-Roy. M. Poey, en même temps que M. Grellois, observait le sturm glass à la Havane pendant deux années consécutives et arrivait, comme le premier, à des résultats négatifs.
- Le sturm glass, d’après ce qui précède, ne joui-
- rait d’aucune propriété météoroscopique. Ce sont les variations de température qui exerceraient principalement leur influence sur les cristallisations de l’instrument; mais elles ne paraissent les affecter que dans leurs grands écarts. Cet instrument constitue donc un objet de simple curiosité, plutôt qu’un appareil scientifique.
- Les renseignements qui précèdent permettront du reste au lecteur d’éprouver lui-même la valeur de ces assertions. Gaston Tissandier.
- DISTRIBUTION DES PRIX
- DE L’ASSOCIATION POLYTECHNIQUE.
- Dimanche 12 novembre a eu lieu, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, la distribution des récompenses que l’Association ( polytechnique décerne chaque année aux élèves de ses cours gratuits. M. Dumas, de l’Académie française et de l’Académie des sciences, vice-président du conseil supérieur de l’instruction publique, président de l’Association, délégué par le ministre de l’instruction publique, présidait la séance. Plusieurs maires des arrondissements de Paris, des membres du conseil municipal, M. Gréard, directeur de l’enseignement primaire, des savants français et étrangers, et, parmi eux, MM. Wah-lund, de l’université d’Lipsal, Frédéric Passy et Félix Clément, avaient tenu à honorer cette solennité de leur présence. On remarquait encore sur l’estrade les professeurs des deux Associations polytechnique et philotechnique, air.si qn’un certain nombre d’élèves de l’École polytechnique, rappelant ainsi l’origine de l’Association. M. Dumas, dans un discours chaleureusement applaudi, a retracé à grands traits le rôle de l'État, des municipalités et des initiatives particulières dans l’instruction populaire, dans l’œuvre de l’Association polytechnique. Après ce discours, M. Gastelier, secrétaire général, a pris la parole et a fait le compte rendu des travaux de l’année. Des prix d’honneur et des livrets de la caisse d’épargne, offerts par le ministre de l’instruction publique et par Mme veuve Perdonnet, ont été décernés aux élèves qui ont obtenu le plus de mentions.
- EXPOSITION
- D’APPAREILS SCIENTIFIQUES
- DE SOUTH KENSINGTON MUSEUM A LONDRES (Suite et lin. — Voy. p. 74, 99, 236 et 244.)
- CHRONOGRAPHIE.
- L’étude d’un phénomène météorologique, biologique, etc., n’est complète que quand on peut ajouter aux notions fournies par l’analyse la connaissance de la durée, du début et de la fin de ce phénomène. Cette estimation, pour être rigoureuse, doit reposer sur l’emploi d’appareils d’une précision extrême permettant de signaler sans retard appréciable ou tout ou moins avec un retard connu les divers instants du phénomène observé. Si rapide que soit celui-ci, la science possède le moyen d’en fixer les limites.
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- C’est cette partie de l’analyse expérimentale qui constitue la Chronoyraphie, et l’Exposition de Londres présente de nombreux spécimens des appareils employés à cette recherche. Nous rappellerons les principes de la méthode, et, tout en signalant les principaux procédés mis en usage, nous insisterons plus particulièrement sur les applications et sur le mode d’emploi des appareils.
- Dans un précédent article, nous avons indiqué l’emploi des diapasons réglés à vibrations de nombre connu, comme appareils inscripteurs. Nous savons qu’en armant d’un style léger l’une des branches du diapason, on obtient, sur les cylindres enregistreurs à rotation rapide, la division du temps en fractions de seconde d’une rigueur incontestable. Ces mêmes diapasons sont souvent employés comme appareils interrupteurs d’un courant de pile et les clôtures et ruptures du circuit électrique, correspondant aux vibrations du diapason, sont inscrites avec des appareils qu’on nomme signaux électriques.
- C’est toujours sur le même principe que repose la disposition de ces signaux : le courant de pile circule dans une seule bobine ou dans deux bobines associées l’une à l’autre, soit en tension, • soit en quantité, et provoque l’aimantation d’un petit barreau placé au centre de la bobine : chaque clôture du courant détermine ainsi l’attraction d’une petite plaque R (fig. 1 ) tournant autour d’un axe et entraînant dans son mouvement un style d’acier qui trace sur le cylindre une ligne plus ou moins verticale, suivant la rapidité de l’aimantation et suivant la vitesse de rotation de l’appareil enregistreur. Au moment où se produit la rupture du courant de la pile, la plaque cesse d’être attirée par le barreau et est arrachée du contact par un rappel élastique; dans ce mouvement, la plume inscrivante trace sur le cylindre une ligne dont la verticalité dépend à la fois de la rapidité de l’arrachement et de la vitesse de translation du papier.
- Ces signaux électriques peuvent servir, comme nous le verrons tout à l’heure, aune foule d’usages différents. Nous ne nous occupons maintenant que de leur application à la mesure des divisions du temps quand on les dispose sur le trajet d’un courant électrique alternativement ouvert et fermé par les vibrations d’un diapason.
- Quel que soit le nombre de ces vibrations, de 10 à 500 par seconde, les signaux bien construits les indiquent sur le tracé. Mais, comme il est souvent avantageux d’avoir un appareil réglé pour un nombre de vibrations connues, on peut adopter le cliro-nographe de Marey, qui se compose d’une lame d’acier terminée par une plume et dont les dimensions sont telles qu’elle vibre à l’unisson au diapason de 100 vibrations doubles. A côté du style armé d’une petite masse de fer doux est un petit électro-aimant qui en entretient les vibrations en produisant des attractions renouvelées 100 fois par seconde. Ce chronographe peut être tenu à la main
- ou mieux mouté sur un support qui permet de l’approcher du cylindre et d’en appliquer exactement la pointe sur le papier enfumé. Grâce à lui, on saura toujours apprécier la durée d’un acte inscrit sur le même cylindre animé de la même vitesse, et de plus on sera en mesure de contrôler à tout instant la marche de l’appareil enregistreur 1.
- Pour qu’un appareil à signaux électro-magnétiques soit capable d’indiquer avec précision le moment de l’aimantation et celui de la désaimantation, il doit remplir certaines conditions que nous trouvons réalisées dans les derniers appareils de M. Marcel De-près (voy. Journal de physique théorique et appliquée, t. IV). Il faut que l’instantanéité des signaux ne soit diminuée ni par l’inertie de l’armature, ni par la durée desphases d’aimantation et de désaimantation. Dans les appareils à signaux de Deprès, la masse de la pièce de fer doux qui est soumise à l’attraction de l’électro-aimant est aussi réduite que possible; toutes les pièces qui doivent être animées de vitesse sont aussi extrêmement légères : l’aimantation produite par la clôture du courant de pile est ainsi indiquée sur le cylindre avec un retard extrêmement bref (1/5000 de seconde environ). Le signal de la rupture du courant doit de même coïncider aussi exactement que possible avec l’instant de la désaimantation; c’est pourquoi la plaque mobile est fortement rappelée par un double fil de caoutchouc dont on peut faire varier la tension suivant la pile employée.
- Pour calculer la valeur du retard des signaux sur le moment de l’aimantation et de la désaimantation, on peut mettre en usage un procédé très-rigoureux imaginé par Ilelmholtz : on fait interrompre le courant par le cylindre lui-même, soit à l’aide d’une goupille plantée dans son fond, soit, comme l’a fait Deprès, à l’aide d’un secteur isolant de caoutchouc durci faisant partie de l’un des fonds du cylindre. Dans une première expérience, on fait tourner le cylindre à la main avec la plus grande lenteur, de telle façon que le signal de la rupture s’inscrive pour ainsi dire sans retard, la vitesse de rotation pouvant être considérée comme nulle. On obtient de même le signal de la clôture. Ceci fait, on donne au cylindre enregistreur toute sa vitesse, et quand les deux signaux de rupture et de clôture (de désaimantation et de réaimantation) ont été obtenus dans cette seconde expérience, on constate qu’ils retardent sur les mêmes signaux inscrits sans vitesse du cylindre. Ce retard se calcule en reportant la distance qui sépare les signaux de la seconde expérience de ceux de la première, sur le tracé du diapason de 500 vibrations doubles par seconde. On remarque que le retard est extrêmement minima, négligeable dans la plupart des recherches, et, en tout cas, constant si l’on veut en tenir compte.
- Le retard du signal de rupture peut tenir, avons-nous dit, à l’inertie des pièces mobiles qui doivent
- 1 Voy. la Nature, 1874, 1er semestre, p. 353.
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- être animées de vitesse ; mais il tient aussi au magnétisme rémanant qui ne peut être atténué qu'en employant des fers doux choisis et éprouvés avec le plus grand soin.
- Nous reproduisons ici le dessin de l’appareil à signaux électro-magnétiques de M. Michel Deprès (tig. 2), selon le modèle qui figure à l’Exposition de Londres dans la collection du professeur Marey. A l’appareil est joint le tracé des signaux correspondant aux ruptures et clôtures produites par un diapason de 500 vibrations simples (fig. 5).
- La perfection des signaux électro-magnétiques semble devoir faire oublier les autres procédés d’inscription électrique des divers instants d’un phénomène. Ainsi les traces colorées laissées sur un papier mouillé avec une solution d’iodure ou de cyano-ferrure de potassium, n’approchent point de la netteté des signaux recueillis avec les appareils que nous venons de mentionner. Si le procédé de l’électrolyse peut rendre quelques services, c’est seulement dans les cas où l’on veut faire un simple comptage, sans se préoccuper de l’inslant précis du début et de la fin d’un acte quelconque.
- Il en est de même, quoique l’on ne puisse porter ce jugement qu’avec certaines réserves, des signaux obtenus avec les étincelles d’induction. Ny-land a insisté (Arch.
- Néerland., t. V) sur la multiplicité des traces fournies par l’étincelle qui est elle-même complexe, et Deprès, dans ses recherches sur la vitesse des projectiles, a fait justement remarquer que « l’étincelle n’était pas suivant la normale entre la pointe et le cylindre, mais se dévie en divers sens suivant le chemin où elle trouve la meilleure conductibilité dans la petite couche d’air qu’elle doit traverser. Même dans les cas où la pointe métallique touche le cylindre et frotte constamment sur sa surface, on n’est pas à l’abri de ces déviations ». (Marey, Trav. de laboratoire, G. Masson, 1875).
- Les signaux à air ne présentent pas ces inconvénients et sont susceptibles de nombreuses applications quand on opère à courte distance ; leur sensibilité n’est mise en doute par personne et peut se démontrer par l’expérience suivante :
- On saisit entre les mors d’un étau le tube métallique qui est en communication avec la cavité d’une petite cassolette fermée par une membrane de caoutchouc et remplie d’air. En faisant agir sur la membrane peu tendue l’une des branches d’un diapason maintenu par son manche dans un second
- étau ; on transmet à un second tambour à air mis en rapport avec le premier toutes les vibrations du diapason. Le tambour récepteur portant un levier léger terminé par une plume fine, il est facile d'inscrire sur le cylindre enregistreur les oscillations imprimées cà l’air contenu dans le tambour percuté. Cette expérience permet de contrôler la fidélité des signaux à air et ne laisse point de doute sur leur sensibilité. Gomme il s’agit ici d’une division du temps en fractions de secondes et non de l’insertion des différents instants d’un phénomène, on n’a point à se préoccuper du retard lié à la transmission du mouvement. Si l’on voulait marquer avec les mêmes signaux le moment exact du début et de la fin d’un phénomène, il faudrait faire le calcul très-simple de la vitesse avec laquelle s’opère la transmission dans un tube d’une longueur déterminée, étant donné ce fait que cette vitesse est sensiblement égale à celle du son. Mais le grand avantage des signaux à air,
- c’est de permettre l’inscription du début et de la fin d’un mouvement qui est lui-même enregistré en même temps par le même procédé. Dans la plupart des appareils de physiologie exposés par le professeur Marey, le mouvement est inscrit à l’aide de la transmission par l’air (voy. l’article précédent, n° 172 de la Nature) ; si l’on veut enregistrer en même temps l’instant du début, de la fin et la durée du mouvement étudié, le signal à air est tout à fait approprié parce qu’il n’y a plus lieu de tenir compte du retard qui est commun aux deux graphiques, à la condition que les tubes de transmission soient d’égales dimensions. C’est avec les signaux à air que Marey a inscrit les espaces parcourus par les voitures, dans ses expériences sur la traction élastique (fig. 4) : le comptage des tours de roues donnait la mesure de la vitesse du véhicule, étant connu le périmètre de la roue. Dans une foule d’autres circonstances ces signaux peuvent être encore mis en usage, quelquefois avec un avantage réel sur les signaux électriques. Non-seulement, en effet, leur emploi ne nécessite pas un outillage compliqué et coûteux comme celui des signaux électriques, mais il présente dans certains cas une supériorité marquée sur ces derniers : « c’est lorsqu’il s’agit d'inscrire un acte dont le début serait trop faible pour mettre en mouvement un interrupteur électrique; ce dernier risquerait, en effet, de n’agir qu’au moment où le mouvement dont il doit marquer le début aurait acquis une énergie suffisante pour rompre un cou-
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- l’ant de pile. Cela pourrait donc amener un retard du signal sur le début réel du mouvement... » (Marey, Trav.de laboratoire, 1875, p. 155.)
- Mais les applications des signaux à air sont restreintes relativement à celles des signaux électriques ; la distance n’existe pas plus que l’extrême fréquence des actes à signaler par la rupture ou la clôture des courants électriques, quand les appareils satisfont aux conditions sur lesquels nous avons insisté plus haut à propos des appareils électro-magnétiques de Marcel Deprès.
- L’astronomie, la météorologie, la balistique, la biologie, etc., toutes ces sciences en ont fait usage et tiré grand profit.
- C’est à l’aide de l’inscription électrique des divisions du temps qu’on fait les déterminations de longitude : le pendule d’une horloge battant la seconde ouvre et ferme alternativement le courant d’une pile dont les fds aboutissent à deux signaux électro-magnétiques aussi comparables que possible et inscrivant la seconde à la fois dans deux postes éloignés. Le passage d’une étoile est signalé et inscrit par les deux observateurs dans les deux postes. En tenant compte de l’équation personnelle, on détermine ainsi par l’intervalle des deux signaux de passage la différence de longitude des deux postes d’observation.
- Signalons parmi les appareils cbronographiques employés dans les recherches astronomiques le chro-nographe magnétique deWheatstone (1871), lechro-nographe de Groves, « lor astronomical calculations, for railvvay speed and speed of machinery » (187*2), le chronographe astronomique de Carrington exposé par D. Stone (4874) l’appareil électro-magnétique enregistreur de Edelmann (Munich) 1875.
- La vitesse des projectiles n'a pu être rigoureusement déterminée que grâce aux signaux électriques; les chronoscopes et chronographes inscrits à l’Exposition de Londres sous les nos 401, 405, 404, 405, 407, sont tous destinés à cette recherche. Celui de Bashforth (n° 407), est particulièrement bien disposé pour déterminer le temps employé par le projectile à franchir une série de cibles; il a permis a‘étudier la résistance de l’air au mouvement du
- projectile; ces études intéressantes sont publiées dans les Proceeding of the Royal Artillery Institution, Woolwich, 1866. Marcel Deprès, avec ses derniers appareils, a pu mesurer le temps que met une balle de chassepot à franchir la moitié de sa longueur en lui faisant fermer un courant entre deux pièces métalliques éloignées l’une de l’autre de 1 centimètre.
- Dans les recherches physiologiques, les appareils cbronographiques sont employées à tout instant. On s’en sert pour déterminer la vitesse de rotation des appareils enregistreurs, précaution devenue moins nécessaire depuis que les régulateurs de Foucault et de Yillarceaux ont été adaptés aux mouvements d’horlogerie qui mettent les cylindres en mouvement; mais c’est principalement pour signaler l’instant précis où commence un acte dont on recueille
- l’inscription et le moment de sa tin que l’on utilise cette précieuse ressource. On a pu dét crminer ainsi des valeurs de temps infiniment petites, le retard que met un muscle à se contracter quand on l’excite lui-même ou quand on excite son nerf moteur ; le temps qui sépare une pulsation du cœur de la pulsation artériellle qui lui est subordonnée, etc. Pour bien faire comprendre l’application de celte méthode à la recherche physiologique, nons citerons comme exemple la recherche sur la vitesse de transmission à travers les nerfs. On excite un nerf moteur en un point voisin du muscle commande par ce nerf; le signal de l’instant exact auquel une décharge électrique a été envoyée dans le nerf pour l’exciter est recueilli sur le cylindre au dessous de la ligne sur laquelle le muscle inscrit son mouvement. On voit qu’il s’écoule entre le moment de l’excitation du nerf et celui de la contraction du muscle un temps sensiblement constant de deux centièmes de seconde. Si maintenant on transporte l’excitation sur le même nerf aussi loin que possible du muscle, et qu’on répète l’expérience, on verra que le muscle s’est contracté plus tard que dans le premier cas. Au lieu de deux centièmes par seconde, le retard sera de trois centièmes par exemple; ce 1/100 surajouté représente la durée de la transmis-
- Fig. 2. — Appareil à signaux électriques de M. Deprès.
- Fig. o. — Signaux de cet appareil actionné par un diapason interrupteur de 50Ü vibrations par seconde. (Héliogravure.)
- Fig. 4. — Ligne supérieure : comptage des tours d’une roue qui avait 5”, 20 de circontéuce. Ligne intérieure : comptage des secondes. Vitesse de la voiture : 2m,48 par seconde.
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- sion de l’excitation pour une longueur de nerf déterminée : il est facile d’en déduire la vitesse de transmission par seconde de l'agent nerveux moteur. J)r François-Franck.
- CHRONIQUE
- Banquet offert à M. Chevreul. — Quelques mois après la Constitution de l’an X (1802), qui nommait consul à vie le premier Bonaparte, un jeune homme âgé de 17 ans à peine, entrait comme chimiste dans la fabrique de produits chimiques de Vauquelin. Ce jeune savant, né à Angers le 51 août 1786, allait être nommé préparateur de chimie au Muséum d’histoire naturelle en 1810, professeur à la manufacture des Gobelins en 1824 et membre de l’Académie des sciences en 1826. Après avoir illustré son pays par de grandes découvertes, il allait devenir professeur au Muséum (1850), directeur de cet établissement (1864 et 1869), grand officier de la Légion d’honneur en 1865, et les années allaient succéder aux années sans altérer les forces de ce travailleur infatigable qui se nomme Michel-Eugène Chevrcul.
- Le 15 novembre un banquet a été offert par l’Académie des sciences et les chimistes de Paris à M. Chevreul, pour célébrer le 50° anniversaire de son élection à l’Académie des sciences. A sept heures du soir, soixante-quinze convives environ prenaient place dans le restaurant de M. Bignon, autour d’une table magnifiquement servie. Ou remarquait parmi les convives, MM. Chevreul, Dumas, Claude Bernard, Pasteur, vice-amiral Paris, Bertrand, Frémy, Wurtz, Daubrée, Pelouze, Péligot, Kuhlmann, général Favé, Cahours, Troost, Le Blanc, Bouis, Aimé Girard, de Luynes, Friedel, Caventou, Salvétat, Cloëz, Bertin, Junglleich, Personne, Grimault, de Laire, Lauth, Ch. Girard, L’Hôte, Bourgeois, Hardy, etc., etc. Après le repas, M. Dumas, président, a pris la parole au nom de l’Institut, et a retracé l’histoire des travaux de M. Chevreul, en insistant sur l’influence considérable qu’ils ont exercée sur les progrès de la science moderne. M. Chevreul s’est alors levé; il a chaleureusement remercié l’orateur et tous les assistants, sans dissimuler l’émotion qu’il éprouvait devant un si touchant témoignage de respect et de sympathie.
- M. Wurtz, au ^floin de l’Académie des sciences, a prononcé les paroles suivantes :
- « C’est un grand honneur pour moi, cher et illustre confrère, que de vous saluer au nom de l’Académie des sciences. 11 y a cinquante ans que vous y êtes entré et vous l’honorez depuis cinquante ans. Et vos premiers travaux, qui resteront votre gloire et celle du pays, remontent bien au delà. Vous avez tenu ce que vous promettiez alors : cette finesse d’observation, ce tact sûr dans la découverte des nouveaux corps et des nouvelles méthodes, ces qualités éminentes qui ont rendu immortel le nom de Scheele au siècle dernier, se retrouvent dans tous vos travaux. Vous y avez joint le goût et le talent des généralisations élevées, vous souvenant que la science n’est pas seulement un recueil de faits, mais encore un instrument propre à les trier et à les coordonner sur la base solide de l’expérience. Ainsi, soit que vous ayez prudemment élevé et consciencieusement achevé ce monument qu’on appelle « Recherches sur les corps gras », soit que, plus tard, vous ayez fait connaître tant de corps nouveaux, enseignant aux chimistes l’art de les séparer les uns des
- autres, de les caractériser comme espèces nouvelles ou de les faire servir à des applications utiles, soit que, dans un autre ordre d’idées, vous ayez posé les règles du contraste simultané des couleurs, soit que, arrivé au sommet, vous ayez exposé vos recherches sur l’histoire de la chimie ou vos idées sur la vraie méthode scientifique, dans tous ces travaux si divers et si nombreux, vous avez apporté ces dispositions d’esprit qui constituent votre génie propre, l’exàctitude, la profondeur, la sincérité, la persévérance. C’est ainsi que votre carrière a été aussi fructueuse quelle a été longue. Et le temps qui a passé n’a fait que vous effleurer de son aile, car, par un rare privilège, représentant d’un autre âge par les années, vous êtes resté jeune parmi nous! Puissions-nous, en cela comme en tout le reste, vous prendre pour modèle, et puisse cet exemple que vous nous donnez de constance dans le travail et de fidélité à la science n’être perdu pour aucun de nous. Vous nous êtes aussi un encouragement, car votre carrière a été heureuse, et n’est-il pas vrai, cher et vénéré maître, qu’en vous dévouant au culte désintéressé de la science vous avez rencontré ces satisfactions élevées de l’esprit, qui sont en grande partie le bonheur. De ce bonheur puissiez-vous jouir longtemps encore et, aujourd’hui, tenir pour agréable le témoignage de cordiale et respectueuse sympathie que les chimistes de Paris ont voulu vous offrir. Vive monsieur Chevreul ! »
- Après M. Wurtz, MM. Bertrand, Frémy, Claude Bernard, Péligot, Decaux, Daubrée et Gauthier, ont successivement pris la parole, aux noms du Muséum, de l’établissement des Gobelins, du conseil supérieur des arts et manufactures, de la Société chimique de Paris, etc.
- Papier réactif dfs vins fuchsines. — M. le
- Dr Couttolenc a signalé au Congrès de Bruxelles le caramel rouge qui est employé par certains industriels pour produire artificiellement toutes espèces de vins et liqueurs. Le caramel rouge employé pour accentuer la couleur d’un vin rouge, transformer en rouge des vins blancs, afin d’augmenter ainsi leur valeur vénale ou colorer des liquides destinés à prendre la pompeuse appellation de vin, le caramel rouge, disons-nous, contient -jusqu’à 6 grammes de fuchsine par litre; cette quantité, suffisante pour une pièce de 228 litres, devient notoirement insuffisante s’il s’agit de colorer semblable quantité de vin blanc ou artificiel. Comme on a trouvé des fuchsines portant 55 p. 100 d’arsenic, le calcul en est facile, étant maintenues les doses miniina ci-dessus, nous serions exposés à boire du vin agrémenté de 8m“,7 par litre! M. Couttolenc a signalé un papier réactif blanc, qui prend dans du vin ordinaire la teinte grise du zinc oxydé, mais pour peu que ce vin contienne une minime proportion de fuchsine, aussitôt le papier réactif deviendra rose, et cette nuance sera d’autant plus accusée que la dose de fuchsine mélangée au vin sera plus considérable.
- CORRESPONDANCE
- l’obsekvatoire météorologique de monté caVo.
- Rome, 15 novembre 1876.
- M. Gaston Tissandier,
- J’estime beaucoup votre publication, et je vous serai reconnaissant de publier les nouvelles scientifiques que je pourrai avoir à faire connaître..,.
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- J’ai lu le récit de la fête vraiment splendide qui a célébré l’inauguration de l’observatoire du Puy-de-Dôme. Tout cela était bien dû à cette œuvre; moi aussi, avec de petites ressources, j’ai cherché à organiser une station élevée sur le plus haut sommet de notre système volcanique Latial, qui, quoique plus modeste que celui de l’Auvergne, n’est pas moins intéressant. Le sommet de notre système s’appelle Monte Cavo, l’ancien et célèbre Mons Albanus, où était le temple de Jupiter Labialis, et où les consuls et les triomphateurs allaient exécuter leurs cérémonies. L’ancienne route subsiste encore, et les restes du temple sont encore visibles. La hauteur du Monte Cavo est de 966 mètres au-dessus de la mer, et de 950 mètres environ au-dessus de la plaine qui environne sa base à la campagne Romaine. Ce sommet, libre de tous les côtés, se trouve séparé des Apennins par une large vallée. Il ressemble à un cratère lunaire. Là sur le haut d’un couvent où habitent encore des religieux, j’ai placé un baromètre Fortin, un thermomètre, un psychro-mètre, une girouette robuste capable de résister aux vents très-forts, un thermométrographe, un pluviomètre et quelques autres appareils, parmi lesquels je citerai un hypsomètre deM. Rossi. (Un anémomètre enregistreur est en construclion).
- Quoiqu’il y ait seulement deux mois que les observations sont faites régulièrement, on a déjà obtenu des résultats intéressants pour la différence des stations ; j’ai le projet d’en rendre compte à l’Académie des sciences.
- Au milieu du mont, j’ai constitué sur sa pente une au-Ire station intermédiaire entre Rome et le sommet : elle est située à 360 mètres d’altitude environ et est aussi très-intéressante pour l’étude graduée de la hauteur. Elle est tenue par des religieux de Giottaferrata.
- Sans doute nous ne disposons pas de toutes les commodités que l’on a au Puy-de-Dôme ; mais j’espère que ces stations seront utiles à la science. Nos moyens sont bornés; et je n’ai pu dépenser dans mon observatoire de Monte Cavo qu’une somme bien minime.
- Votre tout dévoué, P.-A. Secciii.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 novembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Grêle remarquable. — Une véritable trombe de grêle est tombée récemment dans la campagne de home, où elle a produit de sérieux dégâts. M. Secchi, directeur de l’observatoire romain, dont on vient de lire ci-dessus l’intéressante lettre sur ses installations météorologiques, a reconnu que la plupart des grêlons, pesant de 40 à 60 grammes (quelques-uns pesant 300 grammes), étaient constitués par des cristaux de glace groupés ensemble. Ces cristaux en forme de prisme hexagonal terminé par une pyramide à six pans, avaient absolument l’aspect du quartz hyalin et chaque grêlon ressemblait à une géode de cristal de roche. Quelques grêlons cependant différaient de cette grêle pointue, pour adopter l’appellation des paysans, et se présentaient avec une forme sphérique et une structure concentrique. Pendant la chute de grêle le nuage paraissait animé d’un mouvement giratoire très-sensible et laissait échapper des bruits intenses, comme une violente crépitation due sans doute aux innombrables éclairs qui s’y développaient sans cesse.
- Résistance des œufs du phylloxéra. — En vue d’apprécier la valeur des moyens proposés pour détruire le phylloxéra, M. Balbiani a étudié l’action de diverses substances sur l’œuf d’hiver du redoutable parasite. L’eau, à moins d’agir très-longtemps, semble être sans effet aucun. L’acide chromique et le bichromate de potasse même en solution assez concentrée, ne produisent presque rien. Au contraire les sulf'ocarbonates alcalins frappent l’œuf dans son essence même : il arrive bien à éclore, mais à peine arrivé au jour le jeune insecte succombe. Ce résultat, dit l’auteur, est déterminé par une solution de sulfocarbonate ne contenant qu’un millième de ce sel.
- Étude sur le Ruthénium. — M. Henri Sainte-Claire Deville expose les conclusions d’un travail qu’il a poursuivi avec M. Debray sur les métaux de platine et insiste spécialement sur ce qui concerne le Ruthénium. L’un des faits les plus saillants est relatif à l’acide hypnrruthé-nique (Ru O4), qui, chauffé à 100 degrés environ, fait violemment explosion et dégage alors des torrents d’ozone. La même production a lieu si l’acide métallique est placé au sein d’une flamme extrêmement chaude, et le fait est alors d’autant plus frappant, que l’on sait qu’il suffit, dans les conditions ordinaires, d’une température de 150° à 200 degrés pour que l’ozone soit décomposé.
- Effluves électriques. — Après avoir monti'é à l’aide d’une machine de Holz que le signe des deux électricités n’influe pas sur les réactions chimiques qu’elles peuvent produire, M. Berthelot annonce qu’on peut avec un seul couple de pile, réaliser des effets identiques à ceux que détermine l’électricité statique. En faisant usage d’un seul élément Leclancher et en disposant les choses de façon que le courant ne soit pas fermé, l’auteur arrive en vingt jours a préparer assez d’ozone pour qu’une lame d’argent soit toute noire de bioxyde. Dans les mêmes conditions, de l’azote est directement fixé par les matières organiques, exactement comme dans les expériences dont nous rendions compte récemment, comme ayant été exécutées à Montsouris par M. Berthelot lui-même.
- Théorie des planètes supérieur es.—Après un labeur continué bien longtemps, M. Le Verrier arrive enfin à compléter, par la théorie de Neptune et d’Uranus, l’étude de tous les membres du système solaire. Le but principal de l’auteur était de décider la question de savoir s'il existe une planète ultraneptunienne, qui serait signalée, exactement comme Neptune l’a été lui-même, par les perturbations qu’elle produirait sur les planètes déjà connues. La conclusion est que rien n’indique l’existence de corps planétaires au delà de Neptune et, par conséquent, qu’il n’y a aucune raison pour les chercher.
- Stanislas Meunier.
- DU CHANT DES SOURIS
- Un soir de l’été dernier j’étais assis assez tard à ma table de travail, lorsque mon attention fut attirée par un bruit insolite qui partait d’un coin retiré de mon appartement : c’était un susurras doux et mélodieux, analogue à un gazouillement d’oiseau, et me rappelant à ,1a lois le chant du canari et
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- les notes perlées, limpides et pures que fait entendre le rossignol pendant les plus belles nuits.
- Après avoir écouté pendant quelques minutes, je me dirigeai vers le point d’où partait cette mélodie, et je lus ainsi conduit dans un couloir encombré d’objets de rebut : armé d’une bougie je remuai tout, je frappai du pied ; le cbant continuait toujours, plus distinct à mesure que je m’en approchais ; je croyais à chaque instant mettre la main sur le chanteur mystérieux, lorsque, brusquement, tout bruit cessa.
- Arrivé à ce point de mon récit qui, pour commencer au voisinage de minuit, n’a rien de dramatique, la vérité m’oblige à faire l’aveu d’une passion inoffensive : j’élevais alors des serins, et bien que je n’eusse pas du tout reconnu la voix de mes chanteurs habituels, j’allai cependant leur rendre visite, alin de m’assurer qu’aucun d’eux n’avait pris ces habitudes de romance en pleine nuit. Tout mon monde, la tête enveloppée sous l’aile, dormait profondément. Je suivis cet exemple et me couchai, sans m’expliquer comment un grillon, un animal quelconque de la gent porte-élitres pouvait produire un pareil bruit.
- Le lendemain soir, et pendant les nuits suivantes, puis enfin pendant le jour, la même aubade recommença. Je pris alors la résolution de saisir le chanteur, de l’épier, et je me livrai pendant toute une bonne heure au plaisir de l’affût.
- La roulade continuait toujours ; elle commençait piano, puis venait un renforzendo; le tout durait environ un quart d’heure; après ce temps le bruit cessait et reprenait dans un autre point : c’était comme deux notes sol, fa, jetées brusquement l’une sur l’autre et donnant naissance à un susurrus ca-densé qui ressemblait assez au bruit que font dans les rues ces marchands ambulants, qui imitent le chant d’un oiseau en soufflant dans un tube de verre recourbé et à moitié plongé dans l’eau.
- Je commençais, je l’avoue, à être agacé de mes recherches vaines et de ce chant qui semblait me narguer d’un coin à l’autre de la chambre, lorsque à l’endroit d’où partaitle bruit, j’aperçus derrière une commode, une charmante petite souris, tranquillement assise, la tête au vent, le nez tout vibrant, et paraissant dans une sorte d’extase qui bannissait toute crainte; elle me vit cependant et se sauva. Je désirais n’en pas rester là avec ma cantatrice ; il me fut facile de l’attirer par les séductions les plus irrésistibles dont la graine de mes oiseaux et quelques morceaux de mie de pain tirent les frais ; elle se familiarisa, en effet, assez pour que je pusse l’entendre et la voir chanter un grand nombre de fois, plus souvent même que je l’aurais désiré, car il était peu de nuits que je ne fusse éveillé par .elle. J’eus au moins la satisfaction de constater qu’elle faisait des progrès sensibles : le chant était plus soutenu, plus prolongé. Plusieurs amis purent, comme moi, l’entendre et la voir pendant trois ou quatre mois: elle était devenue l’amie de la maison.
- Mais le mois de septembre survint et je partis pour plusieurs semaines.
- Lorsque je rentrai j’avais deux chanteuses ; la première avait fait une élève facile à distinguer par son inhabileté ; elles chantaient du reste en même temps,
- 1 une dans ma cuisine, l’autre dans mon cabinet.
- Mais je ne tardai pas à m’apercevoir qu’à côté de la prima dona et de son élève, toute une troupe de personnages muets mais affamés, avaient pris un rôle chez moi, et mes livres largement ébarbés me montraient assez que, si on avait chanté en mon absence, on n’avait pas jeûné.
- Mon rôle de Mécène devenait impossible; j’endurcis mon cœur et tendis un piège à mes hôtes indiscrets, en leur adressant ces mots du vieux rat dont parle Horace :
- ........................Terrestria quando
- Mortalcs animas vivant sortita, neque ulla est.
- Aut magno aut parvo letthri fuga..........
- Je pris quelques comparses, mais mes chanteuses m’annonçaient toujours leur présence.
- Hélas ! un matin je trouvai deux cadavres en tout semblables aux autres, mais depuis ce jour : la gente souricelle oneques ne chanta.
- Deux enseignements découlent de cette histoire aussi simple que véridique.
- Le premier c’est que l’homme est un animal pervers; La Fontaine l’a dit il y a longtemps.
- Le second c’est que les curieux qui ont dit avoir entendu chanter les souris ont fort à tort été traités par les naturalistes de trompeurs ou de trompés. —11 est parfaitement vrai que les souris, sans doute celles qui vivent auprès des canaris, peuvent apprendre à chanter et peuvent même former à leur tour des élèves, car mes serins avaient été enlevés pendant que ma seconde chanteuse faisait son éducation musicale.
- Wood (illustrated Natural Eistory, Londresl860, p. 558) a ouï raconter au Rév. R. L. Bamp-field qu’il avait entendu des souris imiter le chant d’un canari dont la cage était suspendue dans la cuisine ; enfin le docteur Eichelberg (die gartenlaube) raconte qu’étant en prison au mois de novembre 1846, il entendit dans sa cheminée « une voix qui ne différait pas de celle du canari ; le timbre en était doux, mélodieux, les roulades étaient prolongées, sans interruption », c’était une souris. —Le même auteur rapporte qu’une souris chanteuse fut prise, à Cassel, dans la boutique d’un négociant nommé Grundlach.
- Brehm [la vie des animaux illustrée), qui regarde ces faits comme douteux, ajoute : « la chose demande a être étudiée, ne fut-ce que pour redresser une erreur ».
- L’histoire qui précède montre que l’erreur est du côté des sceptiques. Dr A. Bordier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, y. à Paris.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abeille italienne en France, 182.
- Académie des sciences, 15, 50, 48, 64, 79,95, 112, 128, 145, 158, 176, 192, 207, 223, 240, 255, 271, 287, 303, 319, 335, 351, 367, 583, 399, 415.
- Achmea paniculata, 268.
- Aérolithes, 238.
- Aérostat captif à vapeur de M. II. Giffard (Projet d’), 247.
- Aéroslats (La Céramique et les), 24.
- Air (Germes de P), 117, 130.
- Affinité capillaire, 320.
- Age du renne (Emploi des coquilles à 1’), 260.
- Agricole en Australie (Production), 287.
- Agronomique (Carte), 159.
- Agronomique (Institut national), 235.
- Agronomique de Mettray (Le laboratoire), 31.
- Alcoolisme, 15.
- Aldéhydes propyliques isomères (Formation thermique de deux), 298.
- Algérie (Population de P), 382,
- Aloès (Cables en), 190.
- Alpes occidentales (Les dislocations des),
- 122.
- Alsace (L’)f 223.
- Ambre (histoire de 1’), 48.
- Ambre (Reptiles de F), 371.
- Amidon (Iodure d’), 128.
- Ammoniaque dans les eaux (Disparition de 1’), 240.
- Anémomètre compteur électrique, 263.
- Animaux et plantes importés (Rapide développement d’), 354.
- Annamite (Lancement de P), 354, 361.
- Anthropologie (École d’), 383.
- Appareils scientifiques de Londres (Ex- . position d’), 74, 99, 236, 244, 410.
- Apus, leur élevage (Réapparition des), 48.
- Aquarium de New-York, 286.
- Arc-en-ciel lunaire, 271.
- Archéologique (Découverte), 256,
- Arrosage des chaussées au moyen du chlorure de calcium, 192.
- Asphyxie (Respiration artificielle dans l’j, 278.
- Association britannique pourPavancement des sciences. Session de Glasgow, 254, 282.
- Association française pour l’avancement 4e année. — 2’ semestre.
- des sciences. Session de Clermont-Ferrand en 1876, 79, 186, 218, 231, 305, 321.
- Astronomiques (Instruments), 99.
- Ataccia Crist ata, 193.
- Atome d’hydrogène (le poids d’un), 354.
- Atmosphère (Germes de P), 117, 130.
- Atmosphère dans l’Atlantique Nord (Circulation des couches inférieures de P), 339.
- Atmosphère solaire, 366.
- Auvergne (Anciens glaciers de P), 111.
- Auvergne (Excursions pendant le Congrès de Clermont-Ferrand), 305.
- Australie (Culture de la vigne en), 519.
- Avertissements météorologiques agricoles, 376, 394.
- Axis, 134.
- B
- Bactéries sur les murs des salles d’hôpitaux, 3*.»3.
- Balancier universel de M. Guilmct, 256.
- Ballons (Voy Aérostats).
- Banane, 190.
- Barométriques dans l’océan Atlantique (Des hauteurs), 171.
- Bathomètrc, 551.
- Bolides, 238, 288, 383, 398, 399, 407.
- Bolides de septembre 1876, 314.
- Borique (Action toxique de l’acide), 520.
- Bosnie, 238.
- Botanique (Dictionnaire de), 268.
- Bouée qui siffle (La), 564.
- Bourgeons (Évolution des), 31.
- Bronze de manganèse pour l’artillerie, 79.
- G
- Cactées (Les), 292.
- Cadenas à lettre au xvi8 siècle, 80. Calcul des probabilités, 275.
- Californie (L’instruction en) 254.
- Calomel (Dissociation du) 159.
- Campbell (La faune de Pile), 553.
- Canon Armstrong de 100 tonnes, 276. Carolines (Costume de guerre aux îles), 183.
- Carmichael, 111.
- Cartes du temps, 287, 400.
- Cartes photographiées, 127.
- Caverne ossifère de Thayngen, 1.
- Cécité produite par les éclairs, 15. Gedrella sinensis, 143.
- Céramique et les aérostats (La), 24.
- Cerfs nains de la Chine, 328.
- Challenger (expédition du), 161, 178.
- Chambon (Lac), 509.
- Charbon et le feu grisou (les poussières de), 530, 350.
- Chemin de fer en Chine (Le premier), 170.
- Chemins de fer (Statistique dès), 267.
- Chemins de fer (Accidents de), 398.
- Chevreul (Banquet offert à M.), 414.
- Chine (Marine militaire en), 239.
- Chine (Tombeau des Mings en), 150.
- Chine (Un village flottant en), 208.
- Chlorure de Calcium (Arrosage par le), 192.
- Cires minérales et végétales, 270.
- Civilisation primitive, 567.
- Club Alpin français et ses travaux, 114, 175. -
- Coca du Pérou, 359.
- Colious (Les), 209.
- Colonne verticale de lumière observée au coucher du soleil les 12 et 14 juillet 1876, 167.
- Colorado, 254.
- Colorantes artificielles (matières), 321, 383.
- Combustion spontanée (Cas de), 79.
- Congrès mycologique, 370.
- Conservatoire des arts et métiers (Cours publics au', 369.
- Coquilles à Page du renne (Emploi des), 260.
- Costume de guerre aux îles Carolines, 183.
- Crues du Nil et le Fayoum (Les), 35.
- Cuillères et couteau du temps des Romains, 352.
- Cuirassés sans mâture (Le ), 317.
- D
- Dépêches sur les voies ferrées (Échange des sacs de), 265.
- Diapasons (Électro-), 63.
- Diarrhée de la Cochinchine, 176.
- Diatomées (Les), 200, 206.
- Dictionnaire étymologique des mots français d’origine orientale, 351.
- Dynagraphe, 175.
- E
- Eaux calcaires (Purification des), 284.
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- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Eaux de la France (Utilisation et aménagement des), 80.
- Eaux minérales du Caucase, 110.
- Éboulement de l’île de la Réunion (Les conséquences de 1’), 222.
- Éclairage électrique, 567.
- Éclairs (Cécité produite par les), 15.
- Éclairs en chapelets, 337.
- Éclipse de lune du 3 septembre 1876, 255, 257.
- École d’anthropologie, 383.
- Effluves électriques (Phénomènes chimiques déterminés parles), 97, 415.
- Elbe (Sédiment de 1’), 382.
- Électricité à travers le sol (Transmission
- _ de T), 207.
- Électricité atmosphérique (Rôle agricole de 1’), 319.
- Électricité statique (Traité d’), 154.
- Électrique (Éclairage), 367.
- Électriques (Oscillations), 48.
- Électro-diapasons, 83.
- Électro-chimie, 383.
- Électromètre de M. Melscns (Rhé-), 205.
- Éosine sur les raies du spectre (Action de 1’), 207.
- Éphémères (Les), 10, 43.
- Erhenberg (Christian), 258.
- Esturgeons (Les), 91, 123.
- États-Unis (Étymologie historique des),
- 110.
- Ethnographique de M. Van Kinsbergen (Collection), 129.
- Étoile polaire (Satellites de 1’), 224.
- Étoiles (Le spectroscopc et le mouvement des), 51.
- Exposition d’appareils scientifiques de South-Kerisington muséum (Londres), 74, 99, 236, 244, 410.
- Exposition de géographie à la Bibliothèque nationale, 342.
- Exposition de Philadelphie, 194,504,401.
- Exposition de 1-878 (Préparatifs pour P), 86, 247, 582.
- Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie, 502.
- Exposition des collections rapportées par les expéditions du passage de Vénus, 90.
- Exposition des insectes, 302.
- F
- Faune de l’ile Campbell (La), 353.
- Fayoum (Le), 35.
- Fer natif, 599.
- Fermentation, 112, 124.
- Fermentation cellulosique, 158.,
- Feu grisou, accidents, moyens préventifs,
- 212.
- Feu Saint-Elme terrestre (Sur un cas de), 107,270.
- Flammes éclairantes (Théorie des), 290.
- Forêts de la Nouvelle-Zélande, 254.
- Fossile (Matière organique), 192.
- Fossiles du Dakota et du Nebraska (Mammifères), 224.
- Fossiles trouvés dans le département de l’Aisne, 116.
- Foudre (Effets de), 223.
- Foudre globulaire, 279.
- Frein stilmant (Le), 113.
- Frigorifique (Le), 22.
- Fromages d’Amérique (Exportation des), 223.
- G
- Gallium, 304, 310.
- Générations spontanées, 159.
- Géodésie, 535.
- Géographie à la Bibliothèque nationale (Exposition de), 342.
- Géologie, 255, 520.
- Germes de Pair (Les), 117, 150.
- Glace (Les nuages de), 65.
- Glaciers de l’Auvergne (Anciens), 111. Glycérine, 176.
- Glycémie, 192,
- Glycogénie, 48, 64.
- Gorille d’Afrique en Angleterre, 127. Grêle (Formation de la), 69.
- Grêlons extraordinaires, 296, 415.
- Grisou (Le feu), 212, 330, 350. Gymnastique scientifique (La), 558.
- H
- Haemonia (Les), 251, 566.
- Hasards (Analyse des), 273.
- Herbier de Daubenton, 251.
- Herzégovine, 238.
- Horticole (Exposition), 30.
- Hospitaliers parisiens (Les établissements) 241.
- Houblon dans la panification (Rôle du), 159.
- Ilouillcrs (Étendue des bassins), 239-Iloutle (Van), 79.
- Huile de bois en Suède (Fabrication de P), 223.
- Hygiène. 551.
- Hygromètre à cheveu, système américain,
- 11?.
- I
- Immigration des plantes en Norvège, 314.
- Indiens du Nouveau-Mexique, 94. Insectes (Exposition des), 302. Insolations, 158.
- Iodure d’amidon, 128.
- J
- Jelinek, 566.
- Journal scientifique en Norvège (Un nouveau), 175.
- K
- Kangurou dans la nouvelle Guinée (Un nouveau) 551.
- L
- Laboratoire agronomique de Mettray, 31.
- Lac d’Annecy (L’eau verte du), 255. Lancement de P Annamite, 361.
- Laque au Japon (Fabrication du), 194. Lartet (Le buste de), 408.
- Laves de Santorin, 399.
- Lick (James), 388.
- Lièvres de Russie au Jardin d'acclimatation, 254.
- Lignite de Saskatchewan (Débris d’animaux dans le), 334.
- Linguistique ou la science du langage (La), 17.
- Loups en Russie, 383.
- Lune (Éclipse de), 255, 257.
- M
- Madagascar, 28, 55.
- Magnanier (Manuel du), 367. Magnétisme, 568, 584.
- Magnolier (Fruits du), 207.
- Malais, 129.
- Mammifères fossiles du Dakota et du Nébraska, 224.
- Manganèse (Sulfate de peroxyde de), 15. Maoris (Les derniers). 190.
- Marine militaire en Chine, 239.
- Marines de semis (Plantes), 502.
- Mèches non vénéneuses, 176.
- Mer algérienne, 112.
- Mercure de Montpellier, 64.
- Mercure (Filons de), 144. ,
- Métaux (Qualités sonores des), 128. Météorites, 80, 350.
- Météorologique (Service), 283. Météorologiques (Vulgarisation des observations), 139.
- Météorologiques agricoles ( Averti; se-ments), 376, 394.
- Microscopes (Les premiers), 236.
- Mings en Chine (Tombeau des), 150. Mitrailleuses aux colonies, 384. Mollusques de Saint-Paul et Amsterdam, 144.
- Monnaies anciennes ( Curieuse découverte de), 254.
- Montagnes (Accidents de), 332. Monument (Le plus haut), 564. Monténégro, 238.
- Mont Saint-Élie, 15.
- Mortalité dans les grandes villes, 286. Morue (Trouvaille faite dans l’estomac d’une), 520.
- Mousses (Les), 225.
- Musée de Saint-Germain, 352. Mycologique (Congrès), 370.
- N
- Nanking et le tombeau des Mings (Chine), 150.
- Nanmatal, dans l’île de Ponapé, Ascension (Ruines de), 215, 258.
- Napier (Robert), 175.
- Nickel d’Espagne, 128.
- Nickel de la Nouvelle-Calédonie, 95.
- Nil et le Fayoum (Les crues du), 35. Nitroglycérine (Fabrication industrielle de la), 351.
- Nuages de glace (Les), 65.
- O
- Observatoire météorologique du Puy de Dôme, 186, 231.
- Observatoire météorologique de Monte-Cavo, 414.
- Œil artificiel de M. Siemens, 551.
- Or (États allotropiques de F), 385. Orages (Cartes des), 400.
- Orgue de Primrose-Hill, à Londres, 312. Orientalistes (Congrès des), 302.
- Oursins et pholades (Perforation des roches par les), 103.
- Oursins (Sensibilité des), 399.
- Ozone (Oxygène et), 30.
- Ozone (Production de P), 48, 272.
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-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- 419
- P
- Panification (Rôle du houblon dans la), 159.
- Papillons pour les collections (Manière de tuer les), 94.
- Parasite (Nouveau), 159.
- Paris en relief (Plans de), 143.
- Patate, 190.
- Pêcheries américaines, 220.
- Peinture (La science au Salon de), 07. Pèlerin (Le), 15.
- Perles fossiles, 144.
- Perséïdes (Les), 192.
- Péruviennes (Antiquités), 401.
- Pétroles (Origine des), 192.
- Phénomène lumineux observé les 12 et 13 juillet 1876, 368.
- Photochromie , 80,
- Photographie (Exposition de), 6. Photographies du soleil de M. Janssen, 63. Phylloxéra, 15,112, 128, 176, 192, 207, 240, 304, 520, 566, 584, 399, 415. Physique (Société française de), 54,174. Piège à serpents, 272.
- Piège à tign s, 288.
- Pigeons voyageurs, 258.
- Pile au chlorure d’argent de M. Warren de la Rue, 33.
- Pile humide de M. Trouvé, 189.
- Piles électriques, 30.
- Planète Lescarbault intra-mercurielle. Vulcain. (La), 223, 240, 271, 287, 303, 335, 367.
- Planètes supérieures, 415.
- Plantes en Norvège (Immigration des), 314.
- Plantes (Empreinte des), 15.
- Plantes maritimes de semis, 302.
- Plomb du Massachusetts (Mines de), 582. Plomb (Antidote du), 383.
- Pluies anormales de la Suisse orientale, 127.
- Plume électrique d’Ericson, 79.
- Plumes d’oiseaux (Travaux d’art en), 138. Pluviomètre enregistreur, 177.
- Poissons (Amour et jalousie chez les), 239. Pôle Nord (Expédition anglaise au), 375. Ponapé (Ruines de Nanmatal, dans l’ilc de), 215, 250.
- Ponapé (Insulaires de), 298.
- Ponts de Paris (Les), 7, 70.
- Poste américaine (Casiers de), 599. Potasse (Nouveau réactif de la), 159. Poules en France (Élevage des), 319. Poussières cosmiques de l’atmosphère, 95.
- Probabilités (Calcul des), 273.
- Pronostic ou sturm-glass, 409. Propithèques, 29.
- Puits artésiens du Sahara, 144. Purification des eaux calcaires, 284.
- Puy-de-Dôme (Observatoire du), 186, 231.
- R
- Radiomètre de Crookes, 60, 04, 95, 143, 208, 255.
- Rafflesia (Le), 389.
- Récoltes en 1876, 171.
- Réfraction solaire (Double), 79.
- Régiomontanus, 158.
- Reptiles de l’ambre, 371.
- République Argentine (Le climat de la),
- 111.
- Respiration artificielle dans l’asphyxie , 278.
- Réunion (Excursion au volcan de la), 50.
- Roche d’origine végélale à l’ile de la Réunion, 171.
- Roche singulière, 112.
- Roches (Perforations par les oursins et parles pholades), 103.
- Roches vitreuses (Expériences sur les), 272.
- Roumanie (Tsiganes de la), 81.
- Russie (Population-de la), 255.
- Ruthénium, 415.
- S
- Sables moyens (Accident remarquable des), 112.
- Sainte-Claire Deville (Ch.), 334, 359. Saisons sur le corps (Influence des), 206. Salon de peinture (La science au), 67. Santorin (Soulèvement à), 240. Scientifiques de Londres ( Exposition d’appareils, 74, 99, 236, 244, 410. Scintillation des étoiles, 566.
- Sédiment de l’Elbe, 382.
- Seiches (Application des), 320.
- Seiches du lac Léman (Cause des), 64. Sélénium (Action de la lumière sur la conductibilité électrique du), 531. Sépulture de l’âge de la pierre polie, 585. Serpents de mer, 289.
- Serpents (Piège à), 272.
- Skating au point de vue médical, 110. Singes (Astuce des), 127.
- Société de géographie de Madrid (Nouvelle), 388.
- Société d’encouragement (Prix et médailles de la), 63.
- Société industrielle de Mulhouse (Cinquantième anniversaire de la), 62. Société française de physique, 54, 174. Société suisse des sciences naturelles, 266. Solaire (Atmosphère), 566.
- Solaire (Machine), 504.
- Soleil (Lueur verticale sur le), 143. Soulèvements et dépressions du sol sur les côtes, 159.
- Souris (Chant des), 415.
- Spectre (Visibilité de la partie infrarouge du), 143.
- Spectre (Action de l'éosine sur les raies du), 207.
- Spiritisme en Angleterre, 366. Spiropbore, 206,
- Statistique des chemins de fer, 207. Sucre (Transformation du), 128.
- Sucre de canne, 112, 240.
- Sucres (Essai des), 30.
- T
- Taunin (Plante à), 110.
- Tatouage, 298.
- Télégraphe électrique sans conducteur, 83. Télégraphe transafricain, 319.
- Téléphone de M. Rcuss, 108.
- Tempêtes (Avertissement des), 283. Thermo-diffusion gazeuse des corps pulvérulents humides, 173.
- Tibagy (Brésil) (La vallée de), 111. Tigres dans les Indes anglaises (La question des), 363.
- Tigres (Piège à), 288.
- Tombeau des Mings en Chine, 150. Torpille électrique, 351.
- Trombes (Les), 49, 271.
- Truffe (Étude de l’histoire naturelle de la), 170.
- Tsiganes de la Roumanie, 81, Tremblement de terreemAulriche, 142. Tremblements de terre en Italie, 150. Trépanation, 256.
- Tunnel de la Manche, 48.
- Tunnel du Saint-Gothard (Le), 38, 75, 87, 142, 145.
- U
- Universités allemandes, 311.
- Y
- Vaucanson (Statue de), 176.
- Vaucluse (Colonie de), 143.
- Végétale (Anatomie), 144.
- Vent du 28 septembre 1876 à Cowes (Coup de), 335.
- Viandes (Conservation des), 79.
- Vigne en Australie (Culture de la), 319. Vigne (Influence du semis sur la), 320. Ville (Vol d’une), 239.
- Vins (falsification des), 95.
- Vins fuschinés, 128, 374, 385, 386,414. Volants (Sur la force des êtres', 58. Volcan de la Réunion (Excursionau), L0. Volcanique à Guernesey au treizième siècle (Eruption), 254.
- Volvic (Carrières de), 308.
- Vulcain (Planète Lescarbault ou), 223, 240, 271, 287, 335, 367.
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- Welwitsehia (Le) 589.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Ryder (Dr'j — Les établissements hospitaliers parisiens. For-ges-les-Bains, 241. — De la respiration artificielle dans l’asphyxie et la syncope, 278.
- Bertillon (J.). —La science au Salon de peinture en 1876, 67.
- Blanchère (IL de i.a). — Échelles et pêcheries américaines, 220. — Les serpents de mer, 289.
- Blerzy (IL). — La linguistique ou la science du langage, 17.— Le premier chemin de fer en Chine, 170.
- Boissay (Ch.). — Les ponts de P.,rîs, autrefois et aujourd’hui, 7, 70. — Les préparatifs de l’Exposition de 1878. — Les établissements hospitaliers parisiens : Forges-les-Bains, 241,
- — Le plus haut monument du monde, 364.
- Bonnier (G.). — Les mousses, 225. — L’immigration des plantes en Norvège, 514.
- Bontemps (Ch.). —Le télégraphe électrique sans conducteur et les électro-diapasons, 83. — Le téléphone de M. Reuss, 108.—Traité de l’électricité statique de M. Mascart, 154.
- — Échange des sacs de dépêches sur les voies ferrées, 265.
- — L’analyse des hasards. Le jeu de l’aiguille, 273.
- Bordier (Dr), — Du chant des souris, 415.
- Bocchardat (Dr). —Des vins colorés par la fuchsine, 374, 386
- Brault (L.). — La circulation des couches inferieures de l’atmosphère dans l’Atlantique Nord, 559.
- Breguet (A.). — Radiomètre de Crookes, 60.
- Crasquin (J.).— Sur un cas de feu Saint-Elme terrestre, 107.
- Fines (Dr). — Nouveau pluviomètre enregistreur, 177. —Anémomètre compteur électrique, 263.
- Franck (Dr F.). — L’Exposition d’appareils scientifiques de South-Kensington à Londres, 74, 244, 410.
- Gariel (C. M.). — La thermodiffusion gazeuse des corps pulvérulents humides, 173. — L’observatoire météorologique du Puy-de-Dôme, 186.
- Girard (J.). — L’Exposition de photographie, 6.
- Girard (M.).— Exposition des collections rapportées par les expéditions du passage de Vénus, 90. — Sur divers fossiles trouvés dans le département de l’Aisne, 116. —Les dislocations des Alpes occidentales, 122. — L'abeille italienne en France, 182.
- Grad (Cii.). Le club Alpin français et ses travaux, 11 i._Les
- universités allemandes, 311.
- Gdichon (A.). — La question des tigres dans les Indes an<Hai-ses, 363. 8
- Guillemin (Amédée). — Colonne verticale de lumière observée au coucher du soleil les 12 et 14 juillet 1876, 167. _L’é-
- clipse de lune du 5 septembre 1876, 257.
- Guy (P.). — Le mont Saint-Elie, 15. — Les crues du Nil et le Fayoum, d'après les récentes recherches de M. Linant Bey, 35.
- IIamy (E.-T.). — La collection ethnographique de M. Van Kins-bergen au Muséum de Paris, 129..
- Hélène (Maxime). — Le tunnel du Saint-Gothard, 38, 75, 87, 142, 145. — Réunion de la Société suisse des sciences naturelles, 266.
- Joly (de Toulouse) (Dr N.). Les Éphémères. Leur organisation. Leurs métamorphoses. Leurs mœurs et leur industrie. Les éphémères à l’état de larve. V Hyper métamorphose constatée pour la première fois chez la jeune larve, 10, 43.
- Kubary(J-). Les ruines de Nanmatal dans l’île de Ponapé (Ascension), 215, 258. — Les insulaires de Ponip5, 208.
- Landrin (Ed.). Le frein Stilmant, 113.
- Lecocq (G.). La céramique et les aérostats, 21.
- Letort (Ch.). — L’Exposition de géographie à la Bibliothèque nationale, 342,
- [.héritier (L.'). .— Accidents de montagne, 352.
- Lockyeu (J.-N.). L’Exposition d’appareils scientifiqucs,de Soulh-Kensington Muséum (Londres). Instruments astronomiques, 99.
- M. (C.). —Théorie des flammes éclairantes, 290.
- Mangon (Hervé). — Le laboratoire agronomique de la Société des agriculteurs de France de Mettray, 51. — Rhé-électro-mètre de M. Melsens, 205.
- Margollé (Élie).— Des hauteurs barométriques dans l’océan Atlantique, 171.
- Mély (F. de). — Phénomène lumineux observé les 12 et 13 juillet 1876, 368.
- Mestorf (J.). La caverne ossifère dite Kesslerloch à Thayngen, près Schaffouse, 1.
- Meunier (Stanislas). — Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences 15, 30, 48, 04, 79, 95, 112, 128, 145, 158, 176, 192, 207, 223, 240, 255, 271, 287, 305, 319, 334, 351, 367, 383, 399, 415. — Perforation des roches par les oursins et lespholades, 103.— Perles fossiles, 141.
- Montillot (L.). — Les Haemonia, 251, 566.
- Niaudet (Alf ). — Pile au chlorure d’argent de M. Warren de la Rue. — Pile humide de M. Trouvé, 189.
- Noguès (A.-F.). — Le feu grisou, accidents, moyens préventifs, 212. — Les poussières de charbon et le feu grisou, 350.
- Nolet (P.). — Les premiers microscopes à l’Exposition d’appareils scientifiques de Londres, 236.
- 0bédénare. — Les tsiganes de la Roumanie, 81.
- Oustalet (E.). Madagascar, 28, 55. — I/Axis, 154. — Les Colious, 209. — Cerfs nains de la Chine, 328, — La faune de l’ile Campbell, 553.
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- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Pelletas (Dr J.). — Les diatomées, 200.
- Penaud (A.), — Sur la force des êtres volants, 58.
- Picou (V ). Les poussières de charbon et le feu grisou, 330.
- Planté (Gaston). Les trombes, 49. — La formation de la grêle, 69. — La foudic globulaire, 279, —Éclairs en chapelet, 337.
- Poisson (J.). — L’Ataccia cristata, 193. — Les Cactées, 292. — Le congrès mycologique, 370.—Le Rafflesia et le \Yel~ witschia, 389.
- Renaud (L.). Le canon Armstrong, de 100 tonnes, 270. *— Les cuirassés sans mâture : le Duilio, 517. — La bouée qui siffle, 364, — Les mitrailleuses aux colonies, 384.
- Renet (E,). Lancement de VAnnamite, 361.
- Saffray (Dr). — Exposition de Philadelphie. — Fabrication du laque au Japon, 194, — Les antiquités péruviennes, 401.
- Sauvage (E.). — Les esturgeons, 91,123. — De l’emploi des coquilles chez les peuplades de l’âge du renne du midi de lo France, 260. — Les reptiles de l’ambre, 371.
- Secciii (A.-P.) — Observatoire météorologique de Monte-Cavo,
- 414.
- Tissandier (G.). — Les nuages de glace, 65. — Les poussières cosmiques de l’atmosphère , 95. — Phénomènes chimiques déterminés par les effluves électriques, d’après les travaux récents de MM. Berthelot, 97,— Hygromètre à cheveu, système américain, 112. —Inauguration de l’observatoire du Puy-de-Dôme, le 22 août 1876, 231. — Exposition internationale de 1878. Projet de construction d’un grand ballon captif à vapeur, par M. Henry Giflard, 247. — Appareil pour la production de l’ozone, de M. M. Berthelot, 272.
- * — Purification des eaux calcaires dans la vallée de Colne
- (Angleterre), 284. — Grêlons extraordinaires, 296. — Le gallium de M. Lecocq de Boisbaudran et l’ekaaluminium de M. Mendeleef, 510. — Le pronostic ou slurm-glass des Anglais, 409.
- Tyndai.l (J.).. — Des propriétés optiques de l’atmosphère dans leurs rapports avec la putréfaction et l’infection. Les germes de l’air, 117, 130.
- Vélain (Ch.), — Une excursion au volcan de la Réunion, 50.
- Verneau (Dr). — Un costume de guerre aux îles Carolines, 183. — Une sépulture de l’âge de la pierre polie, 385.
- Véro.y. —Nanking et le tombeau des Mings (Chine), 150, Vivien (IL).— La gymnastique scientifique, 338.
- Wurtz (Ad.). — Conférence sur les matières colorantes artificielles, faite â Clermont-Ferrand le 24 août 1876, 321.
- Zurcher (F.). — Cartes du temps et av n-lissements des tempêtes, 286.
- Articles non signés. — Société française de physique, 54,174.
- — Un cadenas à lettres au seizième siècle, 80. — Travaux d’art en plumes d’oiseaux, 138. — De la vulgarisation des observations météorologiques par la presse, 139. — Les tremblements de terre en Italie (1874-1876), 155. — Les dépressions et soulèvements du sol sur les côtes, 159. — L’expédition du CAallenger, 161,178.— Les récoltes en 1876.
- — Roche d’origine végétale à l’île de la Réunion, 171.—
- — Un village flottant en Chine, 208. — Mammifères fossiles du Dakota et du Nebraska (États-Unis), 224. — Institut national agronomique, 235. — L’herbier de Daubenton, 251.
- — Balancier universel deM. Guilmet, 256. — Statistique des chemins de fer, 267. — Nouveau dictionnaire de botanique de M. Bâillon, 268. — Association britannique pour l’avancement des sciences. Session de Glasgow, 282. — Piège à tigres, 288. — Exposition de Philadelphie, produits des forges de la Suède, 304. —Association française pour l’avancement des sciences. Session de Clermont-Ferrand. Les excursions, 505. — Le grand orgue de Primrose-Ilill à Londres, 512. — Les bolides de septembre 1876, 314. — Curieuse trouvaille faite dans l’estomac d’une morue, 520. — Action de la lumière sur la conductibilité électrique du sélénium ; l’œil artificiel de M, Siemens, 531. — Le coup de vent du 28 septembre 1876 à Cowes (île de AViglit), 335. — Musée de Saint-Germain. Cuillères et couteaux du temps des Romains, 352. — Coca du Pérou, 359. — Charles Sainte-Claire Deville, 559. — Les cours publics et gratuits au Conservatoire des arts et métiers, 369. — L’expédition anglaise au pôle Nord, 375. — Les avertissements météorologiques agricoles, 376, 394, — Le buste de Lartet, 408.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N, B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- L’Exposition d’appareils scientifiques de South-Kcnsington
- Muséum (Londres). Instruments astronomiques (N.
- Lockyer) ............................................ 99
- Colonne verticale de lumière observée au coucher du soleil les 12 et 14 juillet 1876 (Amédée Goillemin). . 107
- L’Éclipse de lune du 3 septembre 1876 (Amédée Goillemin) . 257
- Le spectroscope et le mouvement des étoiles............. 51
- Lueur verticale sur le soleil......................... 145
- Les Per seules..........................................197
- La planète intramercurielle Lescarbault ou planète
- Vulcain.............. 223, 240, 271, 287, 305, 354, 367
- Satellites de Vétoile polaire...........................224
- Un nouveau journal astronomique.........................224
- La dernière éclipse de lune.............................255
- Petites planètes........................................304
- Sur la scintillation des étoiles........................566
- IJ atmosphère solaire...................................566
- Théorie des planètes supérieures........................415
- Physique.
- L’Exposition de photographie (J. Girard)................. 6
- Pile au chlorure d’argenLde M. Warren de la Rue (A.
- Niaudet)............................................ 35
- Les trombes (G. Planté)................................. 49
- Société française de physique. Comptes rendus des séan-
- Le radiomètre de M. Crookes (A. Breguet)................ 60
- La formation de la grêle (G. Planté).................... 69
- Le télégraphe électrique sans conducteur et les électrodiapasons (Ch. Bontemps)................................ 85
- Le télégraphe de Reuss (Ch.Bontemps)......................108
- La thermo-diffusion gazeuse des coips pulvérulents humides (C. M. Gaiiiel)...................................173
- Pile humide de M. Trouvé (A. Niaudet)...................189
- Rhé-électromètre de M. Melsens (Hervé Mangon) .... 205
- Les premiers microscopes (P. Nolet).......................236
- Théorie des flammes éclairantes (C. M.).................2jj0
- Le grand orgue de Primrose-Hill, à Londres..............512
- Action de la lumière sur la conductibilité électrique du
- sélénium; l’œil artificiel de M. Siemens...............331
- Piles électriques........................................ 50
- Oscillations électriques............................... . 48
- Les photographies du soleil de M. Janssen............... 63
- Théorie du radiomètre...................... 64, 95, 143, 255
- Plume électrique d’Éricson................................ 79
- Photochromie............................................ 80
- Visibilité de la partie infrarouge du spectre. ... 143
- Action de l'éosine sur les raies du spectre.............207
- Transmission de l'électricité à travers le sol............207
- Influence des vibrations sonores sur le radiomètre, . 208
- Invention du briquet à air.........................240
- Machine solaire................................... 504
- Le bathomèlre..................................... 551
- Eclairage électrique . ...........................567
- Magnétisme . ,......................................368
- Chimie.
- Le laboratoire agronomique de la Société des agriculteurs de France à Mettray (Hervé Mangon) ....... 51.
- Phénomènes chimiques déterminés par les effluves électriques, d’après les travaux récents de M. Berlhelot
- (G. Tissandier).................................. 97
- Des propriétés optiques de l’atmosphère dans leurs rapports avec la putréfaction et l'infection. Les germes
- de l’air (J. Tyndall)........................117, 130
- Appareil pour la production de l’ozone de M. M. Berthe-
- lot (G. Tissandier)............................... 272
- Purification des eaux calcaires. Vallée de Colne (Angleterre) G. Tissandier..................................284
- Le Gallium de M. Lecoq de Roisbaudran et l’ekaalumi-
- nium de M. McndeluffG. Tissandier).................510
- Conférence sur les matières colorantes artificielles faite à Clermont-Ferrand le 24 août 1876 (Ad. Wurtz) . . . 321
- Des vins colorés par la fuchsine (Dr Bouchardat. . 574, 386
- Essai des sucres...................................... 50
- Oxygène et ozone...................................... 30
- Chimie générale. ,.................................... 30
- Production de l’ozone................... . . 48
- Chimie organique...................................... 48
- Sur le mercure de Montpellier......................... 64
- Cas de combustion spontanée......................... 79
- Essais d’un bronze de Manganèse pour l’artillerie. , 79
- Conservation des viandes............................. 79
- Falsification des vins................................ 95
- Le nickel de la Nouvelle-Calédonie.................... 95
- Eaux minérales du Caucase.............................110
- Fermentation....................................112, 224
- Étude sur le sucre de canne...........................112
- Vins fuchsinés........................................128
- Transformation du sucre...............................128
- Le nickel d’Espagne................................. 128
- Qualités sonores des métaux...........................128
- lodure d’amidon.......................................128
- Verrerie..............................................144
- Fermentation cellulosique.............................158
- Rôle du houblon dans la panification ....... 159
- Dissociation du calomel...............................159
- Nouveau réactif de la potasse.........................159
- Mèches non vénéneuses............................... 176
- Recherches chimiques sur la production des pays tropicaux. — La Banane. — La patate......................190
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- TABLE DES MATIÈRES.
- La formation thermique de deux aldéhydes propyli-
- ques isomères....................................
- Fabrication de l’huile de bois en Suède.............
- Extraction du sucre de canne........................
- Disparition spontanée de l ammoniaque dans les eaux.
- Cires minérales et végétales........................
- Extraction du gallium...............................
- Action toxique de l’acide borique...................
- Affinité capillaire.................................
- Le poids d’un atome d’hydrogène.....................
- Fabrication industrielle de la nitroglycérine .... Sur une nouvelle classe de matières colorantes . . .
- Papier réactif des vins fuchsinés...................
- Etude sur le Ruthénium..............'...............
- Effluves électriques. ..............................
- Météorologie. — Géologie. — Physique du globe.
- Les trombes (G. Planté).............................
- Une excursion au volcan de la Réunion (Cn. Vêlais) . .
- Les nuages de glace (G. Tissandier).................
- La formation de la grêle (G. Planté). . ............
- Les poussières cosmiques de l'atmosphère (G. Tissandier). Sur un cas de feu Saint-Elme terrestre (J. Crasquin) . . Hygromètre à cheveux, système américain (G. T.). . . Les dislocations des Alpes occidentales (II. Girard). . . Pluies anormales de la Suisse orientale (F. Zurciier). . De la vulgarisation des observations météorologiques par
- la presse............................•...........
- Les tremblements de terre en Italie (1874-1876). . .
- Les dépressions et les soulèvements du sol sur les côtes
- L’expédition du Challenger.................. 161,
- Colonne verticale de lumière, observée au coucher du soleil, les 12 et 14 juillet 1876 (Ajiédée Guillemin) . . Des hauteurs barométriques dans l’océan Atlantique (E.
- Margollé)............................................
- Nouveau pluviomètre enregistreur (Dr Fines)............
- L’observatoire météorologique du Puy-de-Dôme (G. M.
- Gariel) (G. Tissandier).........................180,
- Anémomètre compteur électrique (Dr Fines)............
- La foudre globulaire (G. Planté).......................
- Grêlons extraordinaires (G. Tissandier)...........29t)5
- Les bolides de septembre 1876...................
- Le coup de vent du 28 septembre 1870 à Cowes (île de
- Wiglit) .............................................
- Éclairs en chapelet (G. Planté)........................
- La circulation des couches inférieures de l’nt oosphère
- dans l’Atlantique Nord (L. Brault)...................
- Les avertissements météorologiques agricoles . . , 376,
- Le pronostic ou sturm-glass des Anglais (G. Tissaniiier). L’observatoire rnétéorologiqnedeMonlc-Cavo(A -P. Secciii)
- Causes des seiches du lac Léman.....................
- Double réfraction solaire.........................
- Météorites..........................................
- Les anciens glaciers de l'Auvergne............* •
- Le climat de la République argentine................
- La vallée de Tibagy (Brésil)........................
- Accident remarquable des sables moyens..............
- Roche singulière....................................
- Tremblement de terre en Autriche....................
- Lueur verticale sur le soleil.......................
- Origine des Pétroles....................... ...
- Les conséquences de Véboulcment du Gros-Morne à
- l'île de la Réunion..............................
- Effets de foudre........................’ . . . .
- Bolide et aérolithes................................
- Étendue des bassins houillers du globe..............
- Soulèvement à Sanlorin......................... . ,
- Eruption volcanique à Gucrnesey au xme siècle.
- L'eau verte et l’eau bleue du lac d'Annecy..........
- Géologie...................................... 255,
- Feu Saint-Elme. ....................................
- Trombe..............................................
- Arc-en-ciel lunaire.............................271
- Expériences sur les roches vitreuses............272
- Cartes du temps et avertissement des tempêtes. . . 286
- Bolides.........................................288
- Service météorologique.................... 288, 383, 599
- Application des seiches.........................320
- Découverte de débris d'animaux dans les couches de
- lignite du district de Saskatchewan...........534
- Météorites dans l’Inde. . . . •.................350
- Phénomène lumineux observé les 12 et 15 juillet 1870. 568 Composition minéralogique des laves de Sanlorin. . 399
- Fer natif. ...................................... 399
- Sciences naturelles. — Zoologie, — Botanique.
- Paléontologie.
- Les Éphémères, leur organisation, leurs métamorphoses, leurs mœurs et leur industrie. Les éphémères à l’état de larves. L’Hypermétamorphose constatée pour la
- première fois chez la jeune larve (Dr N. Joly). . , 10, 45
- Madagascar (E. Oustalet).............................28, 54
- Exposition des collections rapportées par les expéditions
- du passage de Vénus (M. Girard)...................... 90
- Les E-turgeons (E. Sauvage).......................91, 125
- Perforation des roches par les Oursins et les Pholadcs
- (S. Meunier).........................................105
- Sur divers fossiles trouvés dans le département de 1 Aisne
- (M. Girard)......................................... 116
- L’axis (E. Oustalet)....................................154
- Travaux d’art en plumes d'oiseaux.......................158
- Les perles fossiles (S. Meunier)........................144
- Roche d’origine végétale à T’ile de la Réunion.......171
- L'ataccia crislata (J. Poisson)....................... 195
- Les diatomées (Dr J. Pelletan)..........................200
- Les Colious (E. Oustalet). .............................209
- Les Mousses (G. Bonnier)................................225
- L’herbier de Daubenton................................. 251
- Les Haemonia (P. Montillot)....................... 251, 366
- Nouveau dictionnaire de botanique par M. A. Bâillon. . 268
- Les serpents de mer (II. de la Blanuiière)...........289
- Les Cactées (J. Poisson)................................292
- L’immigration des plantes en Norvège (G. Bonnier) . . 514
- Cerfs nains de la Chine (E. Oustalet)................528
- La faune de l’île Campbell (E. Oustalet)................555
- Les reptiles de l’ambre (E. Sauvage)....................571
- Le Rafflesia et le Welwitschia (J . Poisson)............589
- Du chant des souris (Dr Bordier)........................415
- Empreintes des plantes.................................. 15
- L'exposition horticole du printemps..................... 30
- Evolution des bourgeons .... 51
- Réapparition des Apus, leur élevage........... . . 48
- Histoire de l’ambre..................................... 48
- Manière de tuer les papillons pour les collections. . 91
- La plante à tannin......................................110
- Uu gorille d’Afrique en Angleterre......................127
- Astuce des singes.......................................127
- Le Cedrella sinensis....................................145
- Anatomie végétale.......................................144
- Mollusques de Saint-Paul et d’Amsterdam.................141
- Élude de la matière organique fossile...................192
- Les diatomées de la mer Rouge...........................206
- Fruits du magnolier.....................................207
- Amour, haine et jalousie chez les poiss ms..............239
- Les forêts de la Nouvelle-Zélande ......................254
- Les lièvres de Russie au jardin d'acclimatation. . . 254
- Piège à serpents........................................272
- Le grand aquarium de New-York...........................286
- Piège à tigres..........................................288
- Les plantes marines, de semis......................... 502
- Rapide développement d'animaux et clc plantes importés . ...............................................534
- Un nouveau kangurou dans la Nouvelle-Guinée. . . . 551
- Torpille électrique.....................................551
- Sensibilité des oursins............................... 399
- 208
- 223
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- TABLE DES MATIÈRES.
- 425
- Anthropologie. — Sciences préhistoriques.
- îavcrneossifère dite Keslerloch à Thayngen, prèsSchaff-
- iouse (J. Mestorf)................................ . 1
- linguistique ou la science du langage (II. Blerzy). . 17
- i tsiganes de la Roumanie (Odédenahe).................. 81
- collection ethnographique de M. Van Kinsbergen au
- Uuséum de Paris (E.-T. IIasiy).........................129
- costume de guerre aux îles Carolines (Dr Verseau). 183 s ruines de Nanmalal dans l’ile de Ponapé (Ascension)
- l’emploi des coquilles chez les peuplades de l’âge du
- renne du midi de la France (E. Sauvage).............260
- s insulaires de Ponapé. Le tatouage (J. Kubauy). . . . 298 musée de Saint-Germain. Cuillères et couteaux du
- temps des Romains...................................552
- e sépulture de l’âge de la pierre polie en Anjou (Dr Ver
- iVeau), ............................................385
- s antiquités péruviennes (Dr Saffray)............. 401
- buste de Lartet.....................................408
- s Indiens du Nouveau-Mexique [États-Unis). ... 9i
- s derniers Maoris...................................191
- ctionnaire étymologique des mots français d'origine
- arabe.............................................. 551
- ! nouvelle école d'anthropologie....................382
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- mont Sainl-Élie (P. Guy).............................. 15
- 5 club Alpin fiançais et ses travaux (Ch. Grad). . . . 114 mking et le tombeau des Mings (Chine) (Véron). . . 150
- expédition du Challenger.......................161, 178
- î village flottant, en Chine............................208
- [cursions faites en Auvergne pendant la session de l’Association française à Clermont-Ferrand................305
- exposition de géographie à la Bibliothèque nationale
- (Ch. Letort.).................. . ..................512
- Expédition anglaise au pôle Nord........................575
- irtes photographiques...................................127
- Alsace..................................................223
- t Bosnie, l’Herzégovine et le Monténégro................231
- iodésie.................................................335
- Mécanique. — Art de l’ingénieur. — Arts industriels.
- ;s ponts de Paris autrefois et aujourd’hui (Ch. Bois-
- say), . . . .......................................7, 70
- es crues du Nil et le Fayoum, d’après le recherches
- récentes de M. Linant Bey (P. Guy) . .............. 35
- b tunnel du Saint-Gothard (Maxime Hélène). . 58, 75,
- 87, 142, 145
- n cadenas à lettres au seizième siècle............... 80
- b frein Stilmant (E. Landrin)...........................113
- e premier chemin de fer en Chine (H. Blerzy) . . . . 170
- abrication du laque au Japon (Dr Saffray)...............194
- e feu grisou. — Accidents. — Moyens préventifs (A. F.
- Nogues)...............................................212
- alancier universel de M. Guilmet........................256
- change des sacs de dépêches sur les voies ferrées
- (Ch. Bontemps)........................................265
- es poussières de charbon et le feu grisou (V. Picou). . 330
- e tunnel de la Manche................................... 48
- tilisation et aménagement des eaux de la France. , 80
- fer algérienne..........................................112
- Han de Paris en relief..................................143
- es puits artésiens du Sahara............................144
- lynagraphe............................................ 175
- )âbles en aloès. . . ...................................191
- Irrosag'e des chaussées au moyen du chlorure de calcium............................................. • • 19^
- [ccidehts de chemins de fer en Angleterre...............398
- Physiologie. — Médecine. — Hygiène.
- Sur la force des êtres volants (A. Pénaud)............. 58
- Les établissements hospitaliers parisiens. Forges-les-Bains
- (Dr Bader. —Ch. Boissay)............................241
- Delà respiration artificielle dans l’asphyxie et la svncope
- La gymnastique scicntitiquc (If. Vivien).....................558
- Du skating au point de vue medical..................110
- Colonie de Vaucluse,—Inauguration...................145
- Les insolations.....................................15g
- Génération spontanée................................155
- Nouveau parasite................................... 159
- La diarrhée de la Cochinchine.......................176
- Glycérine...........................................47g
- «7 **"*•*•••* * » * • * » « • I tl 4
- Pathologie et thérapeutique des maladies par ferment morbifique..................................492
- Le spirophore................................ 206
- De l’influence des saisons sur le corps........207
- Trépanation...........;........................256
- Existence de Micrococcus et de Bactéries sur les murs
- des salles d’hôpitaux.....................505
- Hygiène......................351
- Le coca du Pérou...............................559
- L’enchaînement de la transmission et de la transformation du mouvement dans les milieux divers. . . 368
- Agriculture. — Aquiculture.
- Le laboratoire agronomique de la Société des agricul-
- teurs de France à Mettray (Hervé Mangon)............ 31
- Les récoltes en 1876................................474
- L’abeille italienne en France (M. Girard)...........182
- Échelles et pêcheries américaines (II. de la Blanihère). 220
- Institut national agronomique..................t 255
- Phylloxéra.. . . . 15, 112, 128,176, 192, '207,240, 520 Carte agronomique..................................... 459
- E exportation des fromages d'Amérique. ...... 225
- L’ostréiculture en Angleterre et en France ..... 255
- La production agricole aux États-Unis............... 287
- Le maïs contre te phylloxéra. ......................504
- Beproduction du phylloxéra..........................59 4
- La culture de la vigne en Australie.................549
- Elevage des poules en France........................519
- Rôle agricole de l’électricité atmosphérique .... 319
- Influence du semis sur la vigne........................520
- Art militaire — Marine.
- Le canon Armstiong de 100 tonnes (L. Renai d). . . . 276 Les cuirassés sans mâture (L, Renard) . ....... 317
- Lancement de l'Annamite (E. 1\enet).................5gj
- La bouée qui siffle (L. Renard)..........................
- Les mitrailleuses aux colonies (R.).................584
- Essai d’un bronze de manganèse pour Vartillerie. . . 79
- La marine militaire de la Chine..................... 239
- Aéronautique.
- La céramique et. les aérostats (G. Lecocq).......... 04
- Sur la force des êtres volants (A. Penaud).......... 5g
- Projet de construction d’un grand ballon captif à vapeur
- par M. Henry Gilf'ard (G. Tissandieu)............247
- Aéronautique............................ "
- Nouveau procédé pour étudier le fond de la mer
- ( Voyage aérien)............................. 256
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Charles Sainte-Claire Deville..................... 35g
- Le buste de Lartet. . ........ . " ’ /.ne
- p.425 - vue 429/432
-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- L. Van Houtte...................................... 79
- Etymologie historique des États-Unis...............110
- Carmichael.........................................111
- Regiomontanus......................................158
- Robert Napier......................................175
- Statue de Vaucanson................................176
- Christian Erhenberg................................238
- Invention du briquet à air.........................240
- Un prétendu manuscrit de Denis Papin...............319
- Jelineck...........................................566
- James Lie h........................................388
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques, — Expositions.
- Académie des sciences. Séances hebdomadaires. . . 15, 50,
- 48, 64, 79, 95,112, 128, 143, 158, 176, 192, 207,
- 223, 240, 255, 271, 287, 505, 519, 334, 351, 567,
- 383, 599, 415.
- L’Exposition de photographie............................. 0
- Société française de physique. — Comples rendus des
- séances...........................................51,174
- L’Exposition d’appareils scientifiques de Soulb-Kcn-sington Muséum à Londres, (Dr Fn. Franck, N. Loc-
- kyer , P. Nolet).................. 74,99, 236, 214, 410
- Les préparatifs de l’Exposition de 1878. ..... 80, 247
- Exposition des collections rapportées par les expéditions
- du passage de Vénus (M, Girard)..................... 99
- L’association française pour l'avancement des sciences.
- — Session de Clermont-Ferrand. Août 1876. . 79,
- 186, 248, 231, 505
- Exposition de Philadelphie (Dr Saffray) . . . 194, 504, 401 L’association britannique pour l’avancement des sciences.
- — Session de Glascovv...................... 254, 282
- Réunion de la Société suisse des sciences naturelles
- de Bàle (21-23 août), (Maxime Hélène)................266
- Le congrès mycologique (J.-P.)..........................370
- L’exposition horticole du printemps..................... 50
- Cinquantième anniversaire de la Société industrielle
- de Mulhouse.......................................... 02
- Prix et médailles de la Société d’encouragement... 63
- Association française pour l'avancement des sciences. 79
- Club Alpin français................................... 175
- L’exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie. 502
- L’exposition des insectes............................302
- Le congrès des orientalistes.......................... 502
- Exposition universelle de 1878......................... 382
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- La science au Salon de peinture en 1876 (J. Bertillon) 67 Statistique des chemins de fer............. 267
- L’analyse des hasards. — Le jeu de l’aiguille (Ch Bon-
- temps)............................................* '
- Les universités allemandes (Ch. Grad)................I
- Curieuse trouvaille faite dans l’estomac d’une morue. . !
- Accidents de montagnes ................................I
- La question des tigres dans les Indes anglaises (A. Gui-
- chon)...............................................i
- Le plus haut monument du monde (Ch. Boissay). ... !
- Les cours publics et gratuits au Conservatoire des arts et
- métiers.................................................
- Un nouveau journal scientifique en Norvège.............:
- Le Frigorifique........................................1
- Emploi des pigeons voyageurs...........................1
- Etendue des bassins houillers du globe............!
- Vol d’une ville........................................1
- Curieuse découverte de monnaies anciennes..........i
- L’instruction en Californie............................I
- Le Colorado. ..........................................1
- La population de la Russie........................... 1
- Découverte archéologique...............................‘
- Le spiritisme en Angleterre............................<
- La population de l’Algérie.............................7
- Accidents de chemins dé fer en Angleterre. .... !
- Les loups en Russie....................................«
- Casiers de poste américains............................<
- Bibliographie.
- Progrès de l’industrie des matières colorantes, par
- A. WüRTZ..........................................
- Traité pratique de photographie au charbon, par Monck-
- hoven.............................................
- Le microscope, par J. Pelletan.......................
- Le Caucase, la Perse et la Turquie d’Asie, par de Thiel-
- ..................................................
- Faune élémentaire des coléoptères de France, par L. Faik-
- maire.............................................
- Conseils aux nouveaux éducateurs des vers à soie, par
- F. de Boullenois................................... .
- Étude sur l’histoire naturelle de la truffe, par Condamy. 1 Nouveau dictionnaire de botanique, par H. Bâillon. . 2
- Le phylloxéra, par Maurice Girard....................3
- La civilisation primitive, par Tylor.................3
- Manuel du magnanier, par L. Roman....................3
- Notices bibliographiques......................... 240, 3
- Correspondance
- Les poussières de charbon et le feu grisou (V. Picou, No-
- guès)......................................... 330, 5
- Phénomène lumineux observé les 12 et 13 juillet 1876
- (F. de SIély).....................................
- Sur l’observatoire de Monte-Cavo (A.-P. Secciii). ....
- FIN DES TABLES.
- to
- p.426 - vue 430/432
-
-
-
- ERRATA
- Page 59, col. 1, ligne 15, au lieu de : Luzerne,
- — 208, — lisez : Lucerne. 2, — 17 et suiv. au Heu de : de Greatli, lisez : Great.
- — 282, — 2, — 44, au lieu de : inocuité,
- lisez : innocuité.
- Page 303. Les sept premières lignes de la 2e colonne ont été Iransposées et doivent commencer la lro colonne de la même page.
- typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
- p.427 - vue 431/432
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- p.428 - vue 432/432
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